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La crise en Irlande - Matière et Révolution
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La crise en Irlande

lundi 7 novembre 2011, par Robert Paris

Idole des marchés financiers, l’Irlande a plongé après la crise de 2007-2008 dans les plus profonds abimes, avant d’"être sauvée" ce qui ne l’empêche pas de subir l’austérité (baisse du salaire minimum, hausse du chômage mais pas d’impôt sur les sociétés) et d’être menacée de replonger.

La presse d’Irlande parlait elle aussi de "sauver" le pays....

La crise en Irlande

Les classes dirigeantes se proposent de nous sauver dans la crise. C’est du moins ce qu’elles prétendent par la voix de leurs dirigeants politiques. La proposition pourrait sembler généreuse si on pouvait la croire. Les pays qui ont connu la pire crise peuvent vous le dire : ne croyez jamais les classes dirigeantes quand elles prétendent vous sauver. Le peuple grec, le peuple islandais, le peuple irlandais et bien d’autres ont eu droit au discours des sauveteurs prétendus. Au bout du nième plan d’austérité, le peuple a cessé d’écouter les classes dirigeantes quand elles prétendent agir pour sauver nos vies. L’Irlande, qui a connu l’une des pires crises bancaire et financière après 2008, s’en est tellement bien sorti que le parti Fianna Fail, qui avait monopolisé le pouvoir depuis l’indépendance de l’Irlande n’a même pas jugé nécessaire de présenter un candidat aux élections présidentielles ! En Irlande, suite au nouveau plan de sauvetage du secteur bancaire, l’ensemble des fonds accordés aux banques et remboursés par l’État s’élève à 70 milliards d’euros. Plusieurs banques ont été nationalisées et, ou fusionnées pour le plus grand profit des banques occidentales engagées en Irlande. Les conséquences sont, elles, payées par la population au travers des plans d’austérité déjà mis en place ou en préparation. Mais cela ne signifie pas que l’Irlande soit sortie de la crise bien entendu ! Les plans "de sortie de crise" ne sont que des plans pour y faire entrer progressivement la population !

Les sacrifices ont été faits et on dit que l’Irlande s’en est sortie. Mais, en même temps, on dit aux Irlandais que rien n’est réglé et qu’il faut un nouveau plan de sacrifices !!!!

Dans son étude annuelle sur l’Irlande, l’OCDE a salué "l’effort considérable d’assainissement budgétaire" mené par les autorités irlandaises, qui ont déjà reçu plusieurs satisfecits du même type de la part du Fonds monétaire internationale (FMI) et de l’Union européenne (UE).

"Des progrès satisfaisants sont réalisés dans la réduction du déficit public, mais il faut faire beaucoup plus", écrit aussi l’Organisation. Elle conseille même aux autorités irlandaises de "réduire le déficit budgétaire plus rapidement que ne le requiert le programme afin de retrouver de la crédibilité sur les marchés des capitaux, pour autant que la croissance économique le permette".

Réactions sociales face à la misère et à un chômage à 14,1 % en Irlande

Déjà, en 2009, le ministre des finances, Brian Lenihan, avait eu cette phrase, au sujet des coupes budgétaires qu’il avait commencé à imposer : "Si ça avait été en France, les gens seraient descendus dans la rue." Il a bien été démenti par la suite... Par contre, les réactions syndicales ont montré que les appareils syndicaux sont bel et bien aux mains de la bourgeoisie...

Les fonctionnaires irlandais ont la gueule de bois. Pendant une décennie euphorique, leurs salaires avaient grimpé, jusqu’à dépasser de loin ceux du secteur privé. Mais le Tigre celtique est retombé aussi abruptement qu’il avait bondi, l’heure est donc venue de rendre des comptes. Et, avec l’annonce du budget 2010, en décembre, l’austérité : baisse des salaires dans la fonction publique de 5 % pour le bas de l’échelle, de 15 % pour le haut, réduction de 4,1 % des aides sociales et des indemnités de chômage, taxe sur les carburants, baisse des bourses... Seules les retraites n’ont pas été touchées.

Liz, cadre au ministère de la santé, a vu son salaire diminuer de 2 % en janvier 2009, puis de 6 % en mars, puis encore de 6 % en janvier 2010. Elle gagnait 2 600 euros par mois, n’en touche plus que 2 100. Certains jours, à l’appel des syndicats, ses collègues ne répondent pas au téléphone. Cette grève du zèle, "pour nous, c’est la façon la plus extrême de protester", dit-elle. En décembre, elle a suivi un appel à la grève d’une journée, mais sans descendre dans la rue. "Nous sommes adaptables, explique-t-elle, quand cette politique d’austérité est arrivée, les gens n’ont pas été surpris, ils s’y attendaient."

"Too big, too quick." L’Irlande, 4,5 millions d’habitants, a grossi trop vite, de manière incontrôlée. La bulle, d’abord immobilière, a éclaté en 2008 : les banques avaient prêté de manière inconsidérée à des consommateurs qui rêvaient tous de devenir propriétaires. L’Etat a dû sauver les banques, et le pays est mité de "lotissements fantômes" - le nombre de maisons vides est estimé à 300 000.

Simultanément, les multinationales comme Dell ont quitté le pays, à la recherche d’une main-d’oeuvre meilleur marché. Le taux de chômage s’élevait à 12,7 % fin janvier. Depuis le début de la crise, prévaut l’idée que "sans l’euro, ce serait l’Islande, pas l’Irlande".

Sur les routes, il est rare de voir d’autres véhicules que des berlines allemandes et des 4 × 4. Mais les plaques d’immatriculation sont parlantes : "05" comme deux premiers chiffres ? La voiture a été achetée en 2005. "10" ? Terminé, on ne voit pratiquement pas de véhicules acquis cette année.

L’Irlande ne produit pas de voitures, mais le gouvernement a introduit une prime à la casse pour sauver le réseau de concessionnaires. Le pays vit sur ses restes et apprend à consommer autrement, il n’est plus honteux de faire ses courses dans les chaînes allemandes de supermarchés Adli et Lidl.

C’est que les salaires ont baissé, non seulement dans le secteur public, mais aussi dans le privé. "En février 2009, tous les salaires de l’entreprise ont diminué de 10 %, explique Sharon, une expert-comptable de 29 ans, on nous a dit "c’est ça ou on licencie"."

Les prix eux aussi baissent régulièrement. Jusqu’en 2008, le coût de la vie à Dublin était d’un tiers plus élevé qu’à Paris. Aujourd’hui, il serait identique. "Le gouvernement mène délibérément une politique de déflation, c’est une erreur", juge le secrétaire général de l’Union des syndicats, David Begg.

"Mieux vaut tard que jamais, mais moi, j’aurai commencé plus tôt", dit au contraire l’ancien ministre des finances, Alan Dukes, à propos du plan d’austérité. Si on fait ça vite, c’est dramatique au début, mais les effets sont plus rapides."

La "cure", en l’occurrence, promet d’être longue : les coupes budgétaires, de 4 milliards d’euros en 2010, doivent être reconduites pendant trois ans, à hauteur de 3 milliards d’euros par an. L’objectif du gouvernement est de ramener le déficit budgétaire (11,7 % du produit intérieur brut en 2009) à 3 % du PIB en 2014.

Même le premier ministre a dû faire un effort. Son salaire, qui était de 285 000 euros annuels (plus que celui de Gordon Brown ou celui de Nicolas Sarkozy) a été ramené à 228 000 euros annuels. Brian Cowen reste néanmoins impopulaire. D’autant qu’un autre que lui s’est révélé dans la crise l’homme fort du gouvernement : le ministre des finances. Début janvier, Brian Lehinan a confirmé une rumeur : oui, il est atteint d’un cancer du pancréas. Ce qui ne l’empêche pas de rester à son poste.

Plus de 15.000 manifestants ont défilé en novembre 2010 à Dublin pour dénoncer les mesures d’austérité drastiques décidées par le gouvernement irlandais pour réduire le déficit du pays et obtenir l’aide de l’UE et du FMI.

Parallèlement, le ministre irlandais des Communications Eamon Ryan a confirmé que son pays pourrait parvenir dimanche à un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) et l’Union européenne sur un plan d’aide de 85 milliards d’euros.

En revanche, il a rejeté les informations selon lesquelles le prêt pourrait être assorti de taux d’intérêt de 6,7%, bien plus élevés que ceux de l’aide accordée à la Grèce en mai dernier. D’après lui, les deux parties qui négocient depuis une semaine souhaitent parvenir à un accord avant l’ouverture des marchés lundi.

A Dublin, l’affluence des manifestants a semblé moins importante qu’anticipée par les syndicats, qui attendaient plusieurs dizaines de milliers de personnes. Le cortège, emmené par des joueurs de cornemuses, a longé le fleuve Liffey pour gagner O’Connell Street dans le centre de Dublin. Sur les banderoles, on pouvait lire "ce n’est pas notre faute si nous devons faire défaut" ou "no country for young men" (pas un pays pour les jeunes"), une allusion aux pressions sur l’emploi, et au film de Joel et Ethan Coen ("No Country for Old Men").

Il s’agissait de la première grande manifestation depuis que Dublin a entamé des négociations pour obtenir l’aide du Fonds monétaire international et de l’Union européenne.

Les syndicats avaient appelé à manifester contre le plan sur quatre ans annoncé mercredi par le Premier ministre Brian Cowen, qui prévoit une baisse des dépenses, des hausses d’impôts et la suppression de milliers de postes dans la fonction publique. Ce sont l’angoisse et l’humiliation de tout un peuple qui s’expriment face à la nouvelle cure d’austérité.

Gel des embauches, réduction des salaires et des allocations. Les Irlandais font face à une nouvelle cure d’austérité. Des mesures qui déclenchent l’ire de la population qui ne veut plus se sacrifier. Pourtant mercredi, le Premier ministre Brian Cowen présentera un troisième plan de rigueur qui s’étalera sur quatre ans. Un plan déjà très contesté par une population irlandaise qui a déjà fait des efforts importants.

"Les mêmes abrutis"

"Le FMI est là et on ne peut rien contre ça. Par contre ceux qui négocient pour nous [auprès du Fonds monétaire international, ndlr], sont les mêmes abrutis qui ont mis notre pays dans cette situation", lance Hélène, une habitante de Dublin qui ne décolère pas.

100.000 personnes sont attendues dans les rues de Dublin samedi pour protester contre les mesures d’austérité. Mais les syndicats craignent que la mobilisation ne dégénère. "Les manifestations sont généralement assez calmes, mais j’ai peur que ça change", confie un syndicaliste, à Europe 1, "vous n’imaginez pas à quel point les gens sont en colère car on n’a pas demandé de comptes aux responsables de la crise. En plus, ils gagnent des sommes considérables, alors les gens sont très très en colère", souligne-t-il.

Humiliation et amertume

Outre la colère, il y a aussi un terrible sentiment d’humiliation chez les Irlandais dont le gouvernement a dû appeler "au secours" pour sauver le pays de la faillite. "La seule raison pour laquelle le FMI a débarqué, ce n’est pas pour sauver l’Irlande", analyse John, un habitant de Dublin, qui attend avec impatience les élections anticipées. Si le FMI est intervenu, "c’est juste pour être sûr que les petits messieurs assis là-haut toucheront bien tout ce qui leur est dû quand ils partiront à la retraite. Moi je dis, dégageons-les !".

Brian Cowen, sous la pression de l’opinion et de l’opposition, a fini par annoncer la tenue d’élections législatives anticipées dès le début de l’année 2011. Mais la presse irlandaise n’a pas attendu la tenue du scrutin pour tirer un trait sur le Premier ministre. Dans un éditorial intitulé "Tombé dans l’oreille d’un sourd", l’ Irish Examiner regrette que le chef du gouvernement n’ait pas annoncé lundi soir sa démission immédiate. Et qu’il ait préféré attendre l’adoption du budget d’austérité, d’ici à janvier, pour convoquer des élections anticipées.

Pour une démission immédiate

"Les rats quittent le navire", écrit l’Irish Daily Mail, en référence à l’implosion de la coalition au pouvoir : M. Cowen a été acculé à l’annonce d’élections anticipées après un appel dans ce sens des Verts, membres clefs de la coalition. Deux députés indépendants cruciaux pour la majorité parlementaire du gouvernement ont de plus annoncé le retrait de leur soutien. "Mais il y a également un grand soulagement : il y aura des élections, la population va enfin avoir son mot à dire", ajoute le quotidien, en référence à l’impopularité record de Brian Cowen.

L’ Irish Times souligne de plus qu’une "révolte ouverte" gronde dorénavant au sein du Fianna Fail, le parti de Brian Cowen. Mais le Parlement "doit adopter le budget, en dépit de la pagaille politique", estime le journal. Enfin, l’ Irish Independent juge également qu’il "faut adopter le budget". "Toute autre considération est insignifiante", tranche-t-il, même s’il aurait préféré que Brian Cowen démissionne immédiatement.

La colère d’Irlande : manifestation de 120000 à 150000 personnes mardi 3 mars 2009.

« Huge protest over Irish economy ». C’est par ce titre que la BBC a caractérisé la journée du 21 février à Dublin. Pour sa part, la presse française n’a que très peu fait écho de cette manifestation d’une ampleur pourtant rare en Irlande. C’est, en effet, la plus importante que le pays ait connu depuis 30 ans. Entre 120 000 et 150 0000 personnes sont ainsi descendues dans les rues à l’appel du principal syndicat irlandais, l’Irish Congress of Trade Unions (ICTU), pour protester contre la crise globale du capitalisme et ses conséquences économiques et sociales très lourdes dans le pays. Alors que le gouvernement de Brian Cowen, déjà discrédité par le vote populaire contre le traité de Lisbonne en 2008, vient d’annoncer que l’économie nationale pourrait se contracter de 10 % entre 2008 et 2010, les manifestants ont contesté les mesures d’austérité que ce dernier prétend prendre pour sauver une économie - produit du néolibéralisme effréné des années 1990 - en profonde récession.

Brian Cowen souhaite notamment organiser un nouveau prélèvement (pour un montant de 1,4 milliards d’euros en 2009) sur les salaires des fonctionnaires pour financer le système de retraites. Celui-ci représenterait une ponction de 1 500 à 2 800 euros par an sur leurs feuilles de paie.

Cette mesure introduit en réalité un vaste plan de coupes budgétaires dont l’ensemble de la population pâtira qui pourrait s’élever à 15 milliards d’euros. Le gouvernement irlandais expérimente les politiques que pourraient préconiser demain le G 20 et les institutions européennes pour l’ensemble de nos pays. Celles-ci reposent sur une idée aussi simple qu’injuste : pour régler la crise, il faut socialiser les pertes et privatiser les profits. En d’autres termes, il s’agit de faire payer aux populations, et en particulier aux salariés - du privé et du public -, les effets de la crise du capitalisme.

Le peuple irlandais a souvent montré, et encore récemment lors du référendum sur le traité de Lisbonne en 2008, sa capacité de résistance face à l’imposition de politiques injustes.

Historique de la crise en Irlande

La crise financière irlandaise (2008-2011), qui a émergé avec la crise financière de 2008, est une crise politique et économique majeure dans l’histoire de l’Irlande, et qui est en partie responsable de la récession subie par le pays pour la première fois depuis les années 1980. Le gouvernement irlandais a officiellement annoncé l’entrée du pays dans la récession en septembre 2008. Le taux de chômage augmenta sensiblement les mois suivants. Selon le Central Statistics Office, l’Irlande fut le premier pays de la zone euro à connaître une récession.

La dureté du plan proposé par le gouvernement irlandais peut laisser songeur tant il fait porter sur le citoyen le coût de la faillite du système bancaire. Entièrement consacré à la recherche de nouvelles recettes, il ne prévoit pas, pour autant, d’actionner le levier de l’imposition sur les sociétés, fût-ce de façon modérée.

L’impôt sur les sociétés demeure en Irlande un sujet tabou, la faiblesse de son taux suscitant un large consensus au sein de la société. Ce sentiment est renforcé par les déclarations alarmistes des responsables des entreprises multinationales, qui, à l’image de la Chambre de commerce americano-irlandaise, prévoient la fermeture des sites en cas d’augmentation de la fiscalité. S’il devait y avoir remise en cause de son taux, celle-ci ne pourrait concerner que les entreprises ne disposant en Irlande que d’une adresse fiscale.

Le nombre de chômeurs demandant des allocations chômage était de 326 000, le plus haut niveau mensuel depuis 1967 et la création de cette statistique. Au milieu de la crise, qui a coïncidé avec les problèmes relatifs aux banques irlandaises, le parti au pouvoir, le Fianna Fáil, a chuté à la troisième place dans un sondage conduit par The Irish Times. Le parti s’est placé derrière le Fine Gael et le Parti travailliste, ce dernier dépassant le Fianna Fáil pour la première fois. Les conditions difficiles ont poussées 100 000 manifestants dans les rues de Dublin le 21 février 2009, ainsi que diverses autres actions de grève. Le principal index de l’Irish Stock Exchange (ISE), qui avait atteint un pic à 10 000 points en avril 2007, a chuté à 1 987 points en février 2009, son plus bas niveau depuis 14 ans. Depuis le milieu de l’année 1995, il n’était jamais tombé sous les 2 000 points.

La forte croissance de l’économie irlandaise durant les années 1997-2007 qui a fait surnommer le pays le Tigre celtique, était due à un faible impôt sur les bénéfices et les faibles taux d’intérêts pratiqués par la Banque centrale européenne, entre autres facteurs. Cela a provoqué une expansion du crédit et, à terme, la bulle immobilière irlandaise qui a explosé en 2007. Les banques irlandaises, déjà très exposées au marché immobilier irlandais, ont été fortement affectées en septembre 2008 par les débuts de la crise financière mondiale de 2007-2010.

Avec l’effondrement du marché immobilier, les banques irlandaises se sont trouvées confrontées à un double problème : un défaut de solvabilité suivi d’un manque de liquidités.

La recapitalisation opérée par le gouvernement irlandais et encouragée par la Commission européenne s’est traduite par un investissement de près de 46 milliards d’euros dans un secteur désormais quasi nationalisé. Le sauvetage de l’Anglo Irish Bank à hauteur de 30 milliards d’euros a été un des éléments les plus visibles de cette politique.

La création de la National Asset Management Agency (NAMA) lui a, par ailleurs, permis de racheter près de 90 milliards d’euros de prêts aux banques.

Ces dispositions, si elles ont considérablement creusé le déficit public qui a atteint 32 % du PIB en 2010, n’ont pas pour autant rétabli suffisamment la confiance pour empêcher une véritable hémorragie des dépôts. 30 milliards d’euros ont ainsi été retirés du secteur bancaire irlandais pour le seul mois de septembre, l’Anglo Irish Bank a, quant à elle, vu ses dépôts fondre de 13 milliards d’euros depuis janvier dernier. Pour faire face à ce problème de liquidités, la Banque centrale européenne a injecté au sein du système bancaire 165 milliards d’euros depuis le début de la crise et a souhaité, le 12 novembre dernier, arrêter ces versements.

Le gouvernement irlandais se retrouve également confronté à un problème de liquidité. Ses investissements massifs dans le secteur bancaire conjugués aux diminutions de recettes liées à la crise ne lui permettent plus de disposer de liquidités suffisantes au-delà du premier semestre 2011. Cette situation est d’autant plus inquiétante que le gouvernement a déjà entrepris de réduire la dépense publique de 14,5 milliards d’euros sur les trois derniers exercices, au moyen de réductions des salaires dans la fonction publique ou de baisses des allocations destinées aux familles et aux chômeurs.

La situation des finances publiques s’est compliqué durant l’année 2008. Le déficit public s’est accru, de nombreuses entreprises ont fait faillite, et le chômage est parti à la hausse. Le niveau index boursier irlandais ISE a chuté fortement. De nombreux travailleurs immigrés ont quitté le pays.

La Anglo Irish Bank a été très exposée à la bulle immobilière irlandaise. En décembre 2008, une controverse sur des prêts secrets a fait chuter fortement le prix de l’action de la banque. L’index ISE est tombé le 24 septembre 2009 à un niveau jamais vu depuis 14 ans, probablement déstabilisé par la démission surprise, la veille, de l’ancien directeur de la Anglo Irish Bank, Anne Heray, du bureau de l’Irish Stock Exchange.

L’économie irlandaise est entrée dans une sévère récession en 2008, puis dans une dépression en 2009. L’ Economic and Social Research Institute, un think tank irlandais, a prédit alors une baisse du PIB pour 2010 de l’ordre de 14%. Au premier trismestre de 2009, le niveau du PIB était en baisse de 8,5% par rapport au premier trismestre de l’année précédente. Le taux de chômage passa de 8,75% à 11,4%. L’économie irlandaise sortit de la récession au troisième trimestre de 2009, avec un PIB en augmentation de 0,3%.

Avec l’explosion de la bulle, l’immobilier résidentiel et d’entreprise a connu un véritable effondrement, avec une baisse sensible de la valeur des biens, ainsi que du nombre des ventes. Des promoteurs immobiliers tels que Liam Carroll ont été fortement touchés. A cause de la crise financière, certaines banques commerciales irlandaises ont aussi été impactées, dont ACC.

Le Central Statistics Office, organisme national de statistique, a estimé que 34 500 personnes ont quitté le pays entre avril 2009 et avril 2010, le chiffre le plus haut depuis 1989. Cependant, seuls 27 700 parmi ces personnes sont des citoyens irlandais. A noter également que cette émigration s’est moins dirigé vers le Royaume Uni, l’Union Européenne et les États-Unis, destination traditionnelle de l’émigration irlandaise.

Après la nomination de Brian Cowen comme Taoiseach, le parti au pouvoir, le Fianna Fáil était encore crédité dans les sondages de près de 41%, leur niveau atteint lors des élections générales de 2007. Le soutien au parti a commencé à chuter à partir de septembre 2008. Le 13 février, le journal The Irish Times a publié un sondage plaçant le Fianna Fáil en troisième position, derrière les deux partis d’opposition, le Fine Gael et le Parti travailliste.

Le 27 février, un sondage a révélé que seul 10% de la population soutenait l’action gouvernamentale. La moitié des personnes interrogées se disaient même favorables à l’organisation immédiate d’éléctions générales. Le Fianna Fáil a emporté 24% des voix aux élections locales de juin 2009, continuant sa lente perte de crédibilité auprès de l’opinion publique à mesure que le pays plongeait davantage dans la crise. En septembre 2009, le soutien au parti au pouvoir tomba à 17%.

Le gouvernement annonça la tenue d’élections pour le printemps 2011, mais finit par ravancer la date au 25 février 2011 suite à de fortes revendications. Le premier ministre (Taoiseach) Brian Cowen fut remplacé comme leader du pari par Micheal Martin. Aux élections, le Fianna Fáil a recueilli 17% des votes, faisant baisser leur nombre de sièges de 71 à 20, un niveau historiquement bas. Les deux partis d’opposition, le Fine Gael et le Parti travailliste, ont obtenu un gain sensible de sièges, sans pour autant atteindre une majorité absolue, ce qui a entraîner la constitution d’un gouvernement de coalition. L’économie irlandaise qui se reposait en grande partie sur l’industrie financière a subi de plein fouet les effets de la crise. Le P.I.B a chuté de 3.0% en 2008 et devrait chuter de 9.0 % pendant l’année 2009. Le taux de chômage est passé de 4,6% fin 2007 à 9,20% au mois de janvier 2009 et 13 % en mars 2010, les estimations sur l’évolution du marché de l’emploi sont alarmistes.

La forte dépendance aux bénéfices réalisés par les multinationales (en grande majorité américaine) implantées en Irlande, et la récession rapide américaine, ont eu un effet démultiplicateur sur l’économie irlandaise. La chute des bénéfices de ces entreprises combinées à l’effondrement du marché immobilier a plongé le pays dans une crise durable.

La note de dette à long terme de l’Irlande est évaluée à A+ par Fitch Ratings, ce qui en fait un des pays les plus mal notés de l’Union Européenne.

WSWS :

La manifestation de samedi 27 novembre à Dublin contre le sauvetage des banques qui a regroupé entre 50.000 et 100.000 personnes était une mobilisation énorme pour l’Irlande par rapport aux 2 millions de travailleurs que compte le pays. Elle était une puissante expression de la détermination des travailleurs, des jeunes gens et des étudiants à résister aux mesures d’austérité qui sont imposées par la coalition Fianna Fail/Parti des Verts comme condition préalable à un paquet de prêts et de garanties de l’Union européenne et du Fonds monétaire international s’élevant à 85 milliards d’euros.

Les souffrances que cela implique ne font que s’aggraver. L’accord conclu tard dimanche soir entre les ministres des Finances de l’UE signifie que l’Irlande devra payer un taux d’intérêt stupéfiant de 5,8 pour cent pour sont prêt, contre 5,2 pour cent pour la Grèce. L’Etat irlandais injectera également dans les coffres des banques 17,5 milliards d’euros provenant du Fonds de réserve de retraite (National Pension Reserve Fund) et d’autres sources. L’on a estimé que d’ici 2014, le paiement d’intérêt pour le prêt sera passé de 2,5 milliards à plus de 8 milliards par an, soit environ un cinquième du total des recettes fiscales.

Et pourtant, il existe un dilemme politique fondamental auquel sont confrontés ceux qui tentent de se défendre contre une réduction supplémentaire de 10 pour cent des salaires, une perte de dizaines de milliers d’emplois, des hausses d’impôts et la suppression d’acquis sociaux – ce qui va coûter 4.000 euros de plus par an aux familles qui ont déjà enduré une perte moyenne de revenu de 4.000 euros. Ce dilemme a trouvé une expression symbolique après le défilé quand les deux principaux représentants du Congrès des syndicats irlandais (Irish Congress of Trade Unions, ICTU) qui l’avait organisé se sont faits huer durant leurs discours qui ont été noyés dans les sifflets et les huées en dépit de la sono.

Les réactions à David Begg, secrétaire national de la Confédération syndicale, (Irish Congress of Trade Unions, ICTU) et Jack O’Connor, vice-président de l’ICTU et dirigeant du premier syndicat irlandais, le Services, Industrial, Professional and Technical Union (SIPTU), ont été manifestement hostiles. Mais la couverture de ce fait a bénéficié de très peu d’attention dans la presse dominante. Le Sunday Times irlandais a fait remarquer, « Jack O’Connor, le président de l’ICTU et David Begg, son secrétaire général, ont été fortement chahutés. Des manifestants en colère ont crié à O’Connor de « quitter la tribune. »

« Amy Brennan, une ouvrière de chez Carraig Donn knitwear [vêtement tricoté] à Athlone, a dit que des responsables syndicaux gagnaient beaucoup trop. ‘Ils ont perdu le sens de la réalité. Ils ont oublié ce que c’est de travailler pour un salaire minimum ou à peine plus. Ils n’ont rien à me dire’, a-t-elle dit. »

La chaîne d’informations télévisées CNN a noté, « Alors que tous les manifestants étaient opposés au gouvernement, ce n’est pas tout le monde sur place qui était d’accord avec les organisateurs officiels du défilé. « L’ICTU travaille en partenariat avec le gouvernement dans le but de réprimer le mécontentement public et toute manifestation d’opinions contraires,’ a dit Kevin Farrell, un membre du bureau exécutif du syndicat irlandais de l’enseignement (Teachers Union of Ireland) qui a hué M. Begg. Ils sont en accord avec le gouvernement qu’il devrait y avoir des coupes. La seule différence entre eux et le gouvernement c’est qu’ils veulent le faire sur une période plus longue. Nous devrions dire au FMI d’aller se faire voir. Le processus de partenariat [négociations salariales au niveau national entre le gouvernement, les syndicats et le patronat] a créé un Congrès des syndicats irlandais (Congress of Trade Unions) qui a oublié comment on négocie. »

Sur internet, toutefois, un certain nombre de sources ont remarqué la signification des réponses données à Begg et à O’Connor. Le Kerry Public Service Workers Alliance, a indiqué, « Le lauréat du prix des hommes d’affaires (Business award) Jack O’Connor et l’ancien banquier David Begg ont été franchement chahutés et se sont faits huer par l’auditoire devant la Poste centrale (General Post Office, GPO) alors qu’ils tenaient leurs discours sur le podium…

La correspondante du Irish Times, Mary Fitzgeral a écrit sur twitter que quelqu’un avait hurlé à l’adresse de Jack ‘ Jette l’éponge, chimpanzé !’ alors qu’il essayait sans grand succès de faire son discours… Begg qui s’est trouvé un peu plus tard sur le podium est reparti avec le même visage gris-cendré.’ »

Le forum Politics.i.e a mis en ligne ce commentaire, « J’étais présent et je les ai hués aussi… Begg et O’Connor sont tous deux responsables de par leur implication dans divers directoires… Je dois dire que c’est la première fois qu’ils se sont faits hués aussi fort. Les huées étaient souvent plus fortes que leur voix retransmise par le système de sonorisation. »

Political World a remarqué, « On pouvait entendre les huées et les sifflets contre O’Connor et Begg aux actualités de TV3 5.45 mais curieusement on ne les entendait plus aux informations sur RTE 6.01. Emplacements différents de leur matériel d’enregistrement ou montage judicieux ? »

L’ICTU est directement responsable de tous les assauts qui ont déjà été entrepris par Fianna Fail et sera aussi complice de tous les assauts qui sont à présent planifiés. Son défilé, qui est régulièrement décrit comme la « dernière chance » des gens qui veulent marquer leur opposition avant l’adoption le 7 décembre du budget d’urgence, a été un exercice de duplicité. Tout comme leurs homologues sur le plan international, les bureaucrates irlandais ont organisé une manifestation symbolique avant de se précipiter pour aller conspirer avec le gouvernement quant à la manière d’imposer l’accord conclu avec les ministres des Finances de Bruxelles.

Begg, O’Connor et leurs pairs ont passé des décennies – toute leur carrière politique – comme les porteurs de valises des banquiers et des grands groupes, en réprimant les grèves par une suite d’accords tripartites avec le patronat et le gouvernement. Le dernier en date est l’accord Croke Park, qui a été signé suite à l’éclatement de la crise. L’accord avait promis l’interdiction de faire grève et la collaboration lors de la précédente série de coupes sociales s’élevant à 14,5 milliards d’euros, en échange d’une garantie de ne pas baisser davantage les salaires ou d’introduire des licenciements obligatoires. Il est encore considéré comme opérationnel par l’ICTU alors même que le gouvernement se prépare à licencier 25.000 salariés du secteur public – un dixième de l’effectif – et à réduire radicalement le salaire minimum.

Begg est impliqué jusqu’au cou dans chacun des sales accords qui sont manigancés. Il a été à la direction de la Banque centrale pendant une quinzaine d’années, il a été gouverneur de l’Irish Times Trust, président-directeur général d’Aer Lingus, et membre du Conseil national économique et social (NESC) et du Conseil consultatif de coopération et de développement d’Irlande (Advisory Board of Development Co-operation Ireland). Il a fait que le défilé se rassemble devant la Poste centrale, qui avait été le théâtre d’une bataille entre les Républicains irlandais et les troupes britanniques lors de l’insurrection de Pâques 1916 ( Easter Rising), uniquement pour que la bureaucratie syndicale et ses apologistes puissent mieux jeter du sable nationaliste au visage de la classe ouvrière.

Et donc il a déclaré que le gouvernement « ne doit en aucune circonstance accepter les termes de ce Traité de Versailles, » au moment même où il se prépare à l’accepter.

De son côté, O’Connor a dénoncé l’« arrogance » du gouvernement à accepter le plan du Fonds européen de stabilité financière qui est vendu comme une mission de sauvetage. « Nous somme ici pour affirmer que tous ensembles nous pouvons surmonter les problèmes créés par la riche élite de ce pays, » a-t-il dit.

Mais, O’Connor fait partie de cette riche élite. Le journal Business and Finance a dernièrement nommé O’Connor « l’homme d’affaires du mois » pour avoir conseillé à ses membres de voter en faveur de l’accord Croke Park. Il a écrit, « Se rendant compte du tort qu’une perturbation pourrait causer à la réputation de l’Irlande à l’étranger, O’Connor a dit : ‘ Si vous avez une longue campagne de grève… l’interprétation à l’extérieur serait que le gouvernement n’a pas su honorer ses engagements et donc la crédibilité des obligations gouvernementales seraient fortement remises en question. »

Le journal fait remarquer que « Les syndicats ont mobilisé des milliers dans de vastes protestations contre ces mesures d’austérité mais après, les objections ont pris la forme d’une campagne menée profil bas et consistant à perturber sporadiquement les services, comme par exemple en refusant de répondre au téléphone. »

Begg et O’Connor sont des hommes coupables, et pas seulement des traîtres individuels. Ils sont représentatifs d’une importante bureaucratie bien rémunérée et qui dirige des organisations qui – dans leur rôle officiel de « partenaires sociaux » – se consacrent à réprimer la lutte de classe au nom de leurs payeurs dans les sièges sociaux des entreprises et les trésoreries gouvernementales à Dublin, Londres, Berlin, Bruxelles et Washington.

C’est pourquoi, bien plus est en jeu que le simple remplacement de l’un ou l’autre, ni même qu’une pression exercée par les travailleurs sur les actuels dirigeants pour qu’ils luttent au nom de leurs membres. Mais c’est tout ce qu’ont à offrir les critiques de gauche de l’ICTU tels le Socialist Party et le Socialist Workers Party. Ils ont à présent rassemblé leurs ressources dans l’Alliance de la gauche unie (United Left Alliance) pour se concentrer sur une campagne l’année prochaine pour une grève générale de 24 heures et l’élection de quelques candidats de gauche au parlement irlandais (Dáil Eireann) dans le but de faire pression sur une éventuelle coalition gouvernementale du Parti travailliste et de Fine Gael.

Après le rassemblement principal, le membre du Socialist Party et député au Parlement européen, Joe Higgins, a réclamé une grève générale de 24 heures organisée par l’ICTU pour mettre fin à la politique désastreuse du « souper avec le FMI ». De son côté, le conseiller de Dun Laoghaire, Richard Boyd Barrett de l’alliance SWP et People Before Profit (Les gens plutôt que les profits), a appelé les gens à « mettre le siège devant » le Dáil le jour de l’adoption du budget.

Ces actions syndicales et gestes symboliques de protestation plutôt minces ne traitent en rien les problèmes fondamentaux auxquels les travailleurs sont confrontés actuellement. Tout comme leurs frères et sœurs de par l’Europe, les travailleurs sont piégés dans des syndicats qui opèrent comme une police de première ligne pour le patronat et des partis tels le Parti travailliste et Sinn Fein qui s’enveloppent dans le drapeau national pour dissimuler leur programme pro-patronal.

Les travailleurs ont besoin d’une organisation qui se consacre à mener la lutte de classe contre les employeurs et leurs représentants, quels que soient leur drapeau, et un parti qui se consacre à la lutte pour le socialisme à l’échelle européenne et internationale.

Irlande : Devant la faillite imminente de l’Etat les syndicats promeuvent l’interdiction de faire grève

Par Steve James

10 juin 2010

L’état de l’économie irlandaise est précaire au point que la logique derrière l’accord Croke Park conclu entre les syndicats irlandais, le gouvernement et les employeurs du secteur public se révèle déjà être une tromperie.

L’accord Croke Park stipule que les syndicats acceptent une interdiction de faire grève pendant quatre ans, une augmentation énorme de la productivité et de la flexibilité, et des pertes d’emplois fondées sur des « départs volontaires » en échange d’une limite sur les baisses des salaires des travailleurs du secteur public. Leur affirmation que ceci empêcherait en quelque sorte l’effondrement de l’économie a totalement été réduite en miettes. En réalité, cet accord révèle au grand jour que les syndicats sont l’instrument de l’aristocratie financière pour imposer les coûts de la crise bancaire à la classe ouvrière et il ouvre la voie à des attaques encore plus féroces à venir.

C’est précisément la raison pour laquelle la disposition consistant à éviter toute réduction de salaire supplémentaire est rendue « tributaire d’une détérioration budgétaire actuellement imprévisible » dans le budget de l’Etat.

Dans un commentaire publié dans l’Irish Times par Morgan Kelly, professeur d’économie à l’University College de Dublin, a clairement montré que la situation budgétaire de l’Irlande doit en fait se détériorer rapidement. Selon Kelly, à qui il revient d’avoir prédit l’effondrement de la bulle immobilière irlandaise, « la question n’est plus de savoir si l’Irlande fera faillite, mais quand cela va se produire. »

Kelly déclare que le renflouement imposé au trésor public par le gouvernement Fianna Fail et la fratrie bancaire irlandaise semi-criminelle dont il est inséparable est tout à fait catastrophique. Aux Etats-Unis, quelques 700 milliards de dollars ont été octroyé aux banques pour racheter des créances douteuses. Quelques 150 milliards de dollars ne pourront vraisemblablement pas être repayés.

L’Irlande s’est engagée à en reprendre pour au moins 70 milliards d’euros, soit la moitié du revenu national, ou dix fois le montant par habitant engagé aux Etats-Unis.

Kelly estime que sur cette vaste somme, 100 milliards d’euros de prêts immobiliers rachetés par le gouvernement via la « mauvaise banque » publique la National Asset Management Agency (NAMA), au moins 33 pour cent ne seront jamais repayés. La même chose vaut pour 20 pour cent des prêts aux entreprises à hauteur de 35 milliards d’euros ainsi que pour 5 pour cent des 160 milliards d’hypothèques et de prêts aux particuliers. Ceci correspond à près de 50 milliards d’euros ou 30 pour cent du PIB. Kelly pense que 70 milliards d’euros est un chiffre plus probable. Si l’on ajoute ce montant à la dette nationale, la dette totale de l’Irlande pèsera pour 115 pour cent du PIB d’ici 2012. Etant donné la baisse du PIB et la hausse du chômage à une cadence de 6.000 par mois, ce rapport ne fera que s’accroître.

A un moment donné les marchés de capitaux internationaux ne financeront certainement plus la dette irlandaise, après quoi le gouvernement sera obligé de s’adresser à la Banque centrale européenne (BCE). En échange d’un plan d’aide, a expliqué Kelly, la BCE exigera des coupes sociales drastiques allant bien au-delà de ce qui a déjà été imposé.

L’analyse de Kelly a été reprise sur le Baseline Scenario, un blog international de commentaires économiques de Peter Boone et Simon Johnson, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international. L’Irlande est confrontée, premièrement soit à un défaut sur la dette souveraine soit à un effondrement de ses banques ; deuxièmement à davantage de réductions drastiques des dépenses publiques ; et enfin à la décision de savoir s’il est possible de poursuivre l’adhésion à l’euro.

Suite à l’aggravation de la situation, les principaux syndicats du secteur public ont viré encore plus à droite. Après avoir tout d’abord rejeté l’accord Croke Park, la direction du deuxième plus grand syndicat du secteur public Impact, a changé la position qu’il défendait le 7 mai pour appeler à présent ses 65.000 adhérents à accepter l’accord.

La base de leur revirement à 180 degrés a été un certain nombre de « clarifications » de l’accord, dont la soi-disant « clause dérogatoire » sur une détérioration budgétaire imprévue. Le syndicat Impact a convenu avec le gouvernement et la Commission irlandaise sur les relations de travail que ce sont « l’intention et les attentes expresses » du gouvernement qu’il n’y aurait pas de nouvelle réduction de salaire. Si toutefois, contre toute attente, une nouvelle baisse de salaire était imposée - bien qu’aucune ne soit prévue « sur la base de faits actuellement connus » — les syndicats ont déclaré qu’ils « se réserveraient le droit de ne plus être liés par les termes de l’accord. »

Cette modification mineure du texte de l’accord, ainsi qu’une concession mineure sur les droits de retraite, ont été présentées par le secrétaire général d’Impact, Shay Cody, comme étant « un signe de confiance dans les intentions du gouvernement. » Cody a également affirmé que les redéploiements obligatoires de postes qui pourraient faire que des travailleurs soient transférés d’un service à un autre dans un périmètre de 45 kilomètres, seraient réalisées « de manière raisonnable. »

Le changement d’attitude d’Impact place le syndicat sur la même ligne que celle du syndicat Services, Industrial, Professional and Technical Union (SIPTU), le plus grand syndicat du secteur public. Quelque 300.000 travailleurs du secteur public votent actuellement sur l’accord. Puis, les responsables syndicaux soumettront les résultats de leur vote au comité du service public au Congrès irlandais des syndicats (Irish Congress of Trade Unions, ICTU) où leurs votes seront évalués en fonction du nombre d’adhérents de leur syndicat respectif.

L’importance donnée à cet accord par le monde des affaires en Irlande est telle que le dirigeant de SIPTU (Service, Industrial, Professional and Technical Union), Jack O’Connor, s’est récemment vu décerner le prix de « L’homme d’affaires du mois » par l’influent magazine Business and Finance. Parmi les précédents gagnants du titre on compte Mathew Elderfield, qui vient d’être nommé à la tête de l’autorité de surveillance de la bourse ; Brian Lenihan, l’actuel ministre des Finances ; et Aidan Heavey, le fondateur et le directeur exécutif du groupe Tullow Oil.

Un certain nombre de responsables de syndicats plus petits ont rejeté l’accord en étant un peu plus honnêtes quant à son impact et pour tenir compte de la vaste résistance exprimée par leurs membres. Daves Hughes, le secrétaire général adjoint du syndicat irlandais des infirmières et des sages-femmes (Irish Nurses and Midwives Organisation, INMO) s’est plaint de la « tyrannie du consensus ». Il a souligné que les termes de Croke Park étaient « des promesses hautement conditionnelles en échange d’un acquiescement absolu à la politique du gouvernement. Il requiert le besoin de réduire au silence tous ceux qui osent défendre leur service, leur emploi ou leurs collègues. »

Hughes a remarqué qu’en plus des 2.000 postes d’infirmières perdus au cours de ces deux dernières années, 6.000 autres postes étaient menacés, ainsi que 3,500 lits d’urgence. Il a toutefois expliqué clairement qu’INMO n’avait nullement l’intention de mener une campagne déterminée contre le gouvernement. « Un vote ’non’ n’entraînera pas une grève des infirmières et des sages-femmes, » a-t-il dit, ce qui requerrait un « nouveau mandat. »

Lors de la conférence annuelle d’INMO, un projet alternatif a été avancé pour l’application de son propre programme de réduction des coûts en matière de santé et impliquant un retour à la maison plus rapide des patients, un plus grand recours à l’unité de traitement des blessures bénignes et une réduction du recours aux pôles spécialisés.

Les critiques voilées de Hughes ont causé une réaction de colère des autres sections de la bureaucratie syndicale.

Louise O’Reilly, la responsable nationale des infirmières au sein du SIPTU et l’une des participantes aux négociations, a insisté pour dire que Croke Park procurait « une sécurité en ces temps incertains. » Elle a dit que c’était le « meilleur des résultats possibles. »

Elle a clairement fait connaître l’hostilité de SIPTU à toute campagne fondée sur la mobilisation de la classe ouvrière, insistant sur le fait qu’une telle mobilisation ne recueillerait que peu de soutien. « Peu nombreux sont ceux qui disent haut et fort la réalité, à savoir qu’une intensification massive des grèves serait le seul moyen d’empêcher que le gouvernement n’introduise d’autres réductions motivées par les intérêts privés. »

En réagissant aux critiques virulentes faites par les propres membres de SIPTU, O’Reilly s’est de plus plainte qu’« il était injuste de présenter le vote comme une sorte de référendum sur le gouvernement. »

Les médias se sont mis de la partie pour soutenir l’accord Croke Park. Dans son commentaire publié dans le journal Irish Independent, Alan Ruddock a fustigé les travailleurs du secteur public en disant qu’ils étaient « protégés du chômage et que leur retraite n’étaient pas affectée par les aléas des marchés boursiers. » Ruddock s’est également plaint de ceux qui s’opposaient à Croke Park en leur reprochant de « ne pas accepter un accord qui n’aurait jamais dû leur être soumis pour négociation. »

A ce jour, l’accord a été rejeté par un grand nombre de groupes de travailleurs.

Les fonctionnaires faiblement rémunérés du syndicat d’employés gouvernementaux (Civil and Public Services Union, CPSU) qui compte 13.000 adhérents, ont rejeté l’accord par deux voix contre une et avec un taux de participation s’élevant à 74 pour cent. Les membres du CPSU ont précédemment voté à 86 pour cent en faveur d’une grève contre les réductions des dépenses du gouvernement.

Deux syndicats d’enseignants - l’association des enseignants du second degré d’Irlande, (Association of Secondary Teachers, Ireland) qui compte 18.000 membres et le syndicat des enseignants d’Irlande (Teachers Union of Ireland) représentant 14.500 membres - ont rejeté l’accord par trois voix contre deux en obtenant une majorité de trois contre un. Deux mille maîtres de conférence de la Fédération irlandaise des professeurs d’université ont voté contre l’accord par deux voix contre une.

Les résultats des principales organisations dont SIPTU et Impact ne sont pas attendus avant juin. Même si le résultat d’ensemble est un « non » clair et net, les travailleurs ne pourront rien défendre dans le cadre de ces organisations pro-patronales moribondes. De nouvelles organisations de luttes sont nécessaires de toute urgence et dont le point de départ sont les intérêts indépendants de la classe ouvrière en Irlande et internationalement et qui refusent de donner le moindre centime à l’oligarchie criminelle et parasitaire d’Irlande.

Le taux d’inflation en Irlande a poursuivi sa progression au mois d’octobre à +2,8% sur un an contre +2,6% le mois précédent, selon des données officielles publiées jeudi.

L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), qui permet les comparaisons entre les pays de l’Union européenne, a également progressé à +1,5% sur un an contre +1,3% en septembre, a indiqué un communiqué de l’Office central des statistiques irlandais (CSO).

Sur un mois, les prix ont à nouveau flambé dans le secteur du logement, eau et énergie (+1,7%), alors qu’ils baissaient dans les transports (-0,8%).

L’inflation irlandaise est un indicateur surveillé de près par les économistes, alors que le pays n’est sorti qu’il y a un an d’une phase de déflation très sévère - la pire depuis la Grande Dépression des années 1930 - liée à la grave crise économique et financière que traverse l’île.

La chute des prix irlandais avait atteint son paroxysme (6,6% sur un an) en octobre 2009.

Face à la dégradation de ses finances publiques et sous la pression des marchés, l’Irlande a dû accepter l’an dernier un plan d’aide de 85 milliards d’euros mis en place par l’Union européenne et le FMI, destiné en particulier à sauver son secteur bancaire en plein naufrage.

En Irlande, le surendettement touche à la fois le secteur public, le secteur privé et les banques. Réduire les trois simultanément est clairement une mauvaise idée, explique le rapport. Si l’Irlande s’entête à respecter tous les objectifs en même temps, la reprise qui se dessine sera vite étouffée. Un risque souligné récemment par le ministre des Finances Michael Noonan. D’autant que seul le moteur des exportations tourne. Le marché intérieur reste déprimé par les baisses de prix (les coûts salariaux unitaires ont baissé de 15% et les prix de l’immobilier commercial ont été divisés par deux).

Il faut donc lâcher du lest d’un côté. Mais lequel ? Du côté des ménages, les autorités ne peuvent pas faire grand-chose. L’endettement atteint 220% du revenu disponible, soit près de deux fois la moyenne internationale. Et la chute des marchés financiers pourrait réduire la richesse nette des ménages de 250 milliards d’euros. Les irlandais vont donc devoir se serrer la ceinture pendant plusieurs années. Lâcher du lest sur le désendettement public est également impossible en pleine crise financière. L’Irlande a enregistré un déficit primaire de 6% du PIB en 2011. C’est le plus mauvais résultat de la zone euro. Voilà le résultat de celui qui est présenté comme le meilleur élève pour les sacrifices recommandés par l’Europe et le FMI !!!

Rien n’est réglé et les travailleurs irlandais n’ont rien de bon à attendre des politiques de "sauvetage de l’Irlande’ !!!

Travailleurs, sauvons nous nous-mêmes !!! Ne tentons pas inutilement de sauver le capitalisme !!!

3 Messages de forum

  • La crise en Irlande 10 mai 2012 07:47

    En Irlande, à deux semaines du référendum sur le traité européen de stabilité financière, le Sinn Féin, parti d’opposition qui fait campagne pour le "non", gagne du terrain. Cet héritier du mouvement d’indépendance nord-irlandais se voit conforté dans son hostilité à l’austérité par les élections en France et en Grèce.

    Les Irlandais doivent se prononcer le 31 mai sur l’adoption ou non du Pacte budgétaire européen. Or, le Sinn Féin (extrême gauche) mise sur son opposition au traité pour reprendre du terrain sur ses opposants. Le "oui" recueille 47% des intentions de vote selon un sondage du 2 mai mené par l’institut Red C pour le journal The Sunday Business Post, contre 35% pour le "non". Le Fianna Fail, principal parti d’opposition y est favorable, tout comme le gouvernement dirigé par Enda Kenny (Fine Gael, centre-droit).

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  • La crise en Irlande 27 juin 2013 17:55

    L’Irlande est retombée en récession avec trois trimestres consécutifs de recul de son économie, selon des statistiques officielles révisées publiées jeudi 27 juin. Au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) a reculé de 0,6 % par rapport au précédent, a indiqué l’Office central des statistiques irlandais.
    L’économie a notamment souffert d’une baisse de la consommation des ménages et des exportations, très importantes pour l’économie insulaire mais dépendantes du reste de la zone euro.

    Le PIB s’était également contracté de 1 % au troisième trimestre de l’an passé puis de 0,2 % au quatrième trimestre, selon des données revues à la baisse.

    La République d’Irlande était donc déjà techniquement en récession, définie par deux trimestres de contraction consécutifs, à la fin de l’année dernière. Sur l’ensemble de l’année 2012, la croissance a aussi été drastiquement revue à la baisse à 0,2 %, contre une précédente estimation de 0,9 %.

    Plombée par ses banques, l’Irlande avait été contrainte d’appeler ses partenaires européens et le FMI à l’aide à la fin de 2010 et avait obtenu un plan de sauvetage global de 85 milliards d’euros assorti de conditions draconiennes. Le pays avait fait figure de modèle parmi les Etats de la zone euro sous assistance financière, retrouvant un temps la croissance et souhaitant se libérer du plan d’aide d’ici à la fin de l’année.

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  • La crise en Irlande 22 mars 2015 08:38

    A Dublin, plusieurs dizaines de milliers de personnes s’opposent la facturation de l’eau...

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