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Egypte ; une révolution qui ne va pas jusqu'au bout dévore ses enfants - Matière et Révolution
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Egypte ; une révolution qui ne va pas jusqu’au bout dévore ses enfants

mercredi 11 janvier 2012, par Robert Paris

A un an du début de la révolution, alors que Moubarak est jugé pour ses violences contre le peuple, la répression violente est toujours exercée par le pouvoir militaire qui lui a succédé. Le pouvoir tue plus que jamais les révoltés d’Egypte...

L’armée cherche aujourd’hui à s’attribuer le mérite d’avoir renversé Moubarak alors qu’elle ne pouvait à l’époque réprimer sans prendre le risque d’une révolte des soldats et d’une révolution prolétarienne dans les entreprises. C’est mensonger de prétendre que la hiérarchie militaire ait pris le parti des manifestants ! Ils ont fait la part des choses : plutôt lâcher Moubarak pour garder le pouvoir politique et économique ! C’est aussi le choix que leur conseillait l’impérialisme...

Le conseil militaire qui dirige l’Egypte depuis la chute de Moubarak est l’organisateur de la répression à grande échelle contre quiconque prétend le renverser. Il n’a fait chuter le Raïs que parce celui-ci provoquait un soulèvement qui dépassait largement la jeunesse et était en train de s’étendre massivement à toute la classe ouvrière. En s’appuyant sur les syndicats, en lâchant du lest sur le terrain social, en proposant aux islamistes de gouverner, en s’acoquinant avec quelques "démocrates", la classe dirigeante espère se sortir de la révolution. Il s’agit de ramener le peuple travailleur à l’époque où la peur faisait taire, où le peuple ne s’exprimait pas, ne s’organisait pas.

La lutte qui a été menée contre Moubarak d’abord puis contre l’armée ne peut pas s’arrêter aux portes du pouvoir. Elle dépasse le cadre d’une "démocratisation" du régime et de la société égyptienne.

La lutte de l’armée contre le peuple dépasse, elle aussi, une simple remise à l’ordre. Elle vise l’écrasement du peuple travailleur et de la jeunesse.

Les méthodes sont la répression et une campagne de discrédit contre les révolutionnaires taxés d’être vendus à des forces étrangères. D’où les enquêtes et arrestations de militants pour fabriquer une thèse du complot contre l’Egypte. Le haut conseil militaire défend ainsi les intérêts de la classe dirigeante dont il est une part importante, l’armée égyptienne s’étant sous Sadate et Moubarak, emparée des entreprises les plus juteuses du pays...

Les forces armées ont trouvé un point d’appui solide pour maintenir leur ordre en la personne des organisations islamistes. Celles-ci ont encore un certain crédit populaire et ont profité de l’absence d’autres organisations auprès des masses les plus démunies. Elles ont profité aussi du réformisme des organisations syndicales qui les amène à refuser tout rôle politique indépendant à la classe ouvrière. Résultat : les islamistes accèdent au pouvoir progressivement en acceptant le gouvernement imposé par la conseil des forces armées et en discutant avec la bourgeoisie égyptienne et l’impérialisme américain ! Voilà un beau soutien à l’exploitation et à l’oppression. Les forces islamistes se donnent souvent un petit air radical et populaire, mais elles n’ont jamais remis en cause la bourgeoisie et sa domination. Elles se présentent en Egypte en sauveur du pouvoir bourgeois. Cela doit être souligné.

La révolution en Egypte a encore bien des moyens de nous surprendre. Les analystes, ne l’oublions pas, avaient affirmé que Ben Ali pouvait tomber mais pas Moubarak. Aujourd’hui ils minimisent la part prise par les grèves ouvrières dans la décision des autorités d’écarter Moubarak et aujourd’hui de la juger.

La classe dirigeante, elle, ne minimise pas le risque de révolution prolétarienne dans un pays dont la capitale est l’une des plus prolétarisées du monde ! Mais elle a d’autant plus de raison de ne rien céder sur le fond...

Manifestations et répression se succèdent tous les jours à un rythme effréné. Alors que les élections législatives battent leur plein en Egypte au prix d’une vague de violence sans précédent de l’armée contre les révolutionnaires. Des violences que dit "regretter profondément" le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige la pays. Surtout celles dont sont victimes les femmes : "Le Conseil suprême des forces armées exprime aux femmes d’Egypte ses profonds regrets pour les atteintes qui se sont produites lors des affrontements récents au cours des manifestations devant le Parlement et le siège du gouvernement", a affirmé le CSFA dans un communiqué. Et de promettre "toutes les mesures légales pour que les responsables de ces atteintes rendent des comptes". Mais ceux qui tiennent ces propos sont justement les organisateurs de la répression. Ils ont fait leur paix avec quelques politiciens, avec une partie des islamistes auxquels ils offrent de participer à la gestion de la société, à la condition que les dirigeants de la haute hiérarchie de l’armée conservent le véritable pouvoir. Et les dirigeants islamistes emblent d’accord pour ce deal. Les dirigeants occidentaux aussi, même s’ils continuent à faire mine de désapprouver (mollement) les violences de la répression.

Pour la cinquième journée d’affilée, la police et l’armée égyptiennes ont tiré des coups de feu et fait usage de gaz lacrymogène et de matraques, mardi 20 décembre, contre des manifestants hostiles au pouvoir militaire. Au moins quatre personnes ont été blessées. Les forces de l’ordre tentaient une nouvelle fois de déloger les protestataires de la place Tahrir, au Caire.

D’intenses fusillades ont résonné tandis que les forces de sécurité chargeaient la centaine de manifestants qui refusaient de quitter les lieux, ont déclaré des activistes et un journaliste de Reuters. "Des centaines de membres de la sûreté de l’Etat et de l’armée ont pénétré sur la place et ont commencé à tirer sans relâche. Ils ont poursuivi des manifestants et brûlé tout ce qui était sur leur passage, y compris du matériel médical et des couvertures", a témoigné Ismaïl, un manifestant, au téléphone.

Les images d’une femme à terre brutalisée par les forces de l’ordre et traînée au sol au point de faire apparaître ses sous-vêtements ont en effet choqué de nombreux Egyptiens. Le quotidien indépendant Tahrir, fondé après la chute du président Hosni Moubarak en février, fustigeait en une "les forces qui attentent à l’honneur", avec une photo d’un soldat tenant une femme par les cheveux tandis qu’un autre brandissait une matraque au-dessus d’elle. La veille, un quotidien avait montré en une la photo d’une manifestante voilée, dont les soldats découvraient le soutien-gorge et le ventre en la frappant et en la traînant sur la chaussée.

L’armée, elle, se défend. "Depuis le début de la révolution, des forces malveillantes tentent d’entraîner l’Egypte dans le chaos et placent l’armée dans une situation de confrontation avec le peuple, a déclaré le général Adel Emara, assurant qu’il s’agissait d’un incident isolé et que l’armée n’avait pas donné l’ordre d’évacuer la place Tahrir par la force. Ce qui est en train de se passer n’a rien à voir avec la révolution et sa jeunesse pure, qui n’a jamais souhaité mettre à terre ce pays."

C’est une opération de discrédit de grande ampleur qui est menée par l’armée contre les forces révolutionnaires.

La campagne d’enquête et arrestations contre les ONG vise à faire croire qu’ils ont touché de l’argent de l’étranger.

Pour le Conseil suprême des forces armées, qui dirige actuellement l’Egypte, l’armée a "héroïquement rempli sa mission consistant à défendre les édifices et biens de l’Egypte contre une conspiration visant à saper les bases de l’Etat". Le général Adel Omara a accusé les médias étrangers et égyptiens de "verser de l’huile sur le feu". Selon lui, les manifestants "des enfants des rues, des casseurs et des drogués", payés pour créer des tensions entre le peuple et l’armée. Il a par ailleurs affirmé qu’un "plan visant à brûler l’Assemblée du peuple avait été découvert".

Les protestataires avaient tenté de briser un mur de briques érigé pour bloquer l’accès au Parlement, situé non loin de la place Tahrir. De sources médicales, on estime que treize personnes sont mortes et des centaines d’autres ont été blessées depuis le début de ces nouveaux affrontements, vendredi. Les manifestants affirment que ce bilan va s’alourdir avec la dernière intervention des forces de l’ordre. Des personnalités politiques et des membres du Parlement ont tenté de se rendre sur la place mardi mais ils ont fait demi-tour en raison des fusillades, a ajouté le manifestant joint par téléphone. Une source militaire a fait état de 164 arrestations. Une source au sein des services de sécurité a déclaré qu’un jeune homme de 26 ans était mort en détention sans que l’on connaisse la cause de son décès. C’est un aveu pour des quantités de crimes cachés.

Dix mois après le renversement de Hosni Moubarak, une partie de la population soupçonne l’armée de profiter de son rôle à la tête du processus de transition pour tenter de conserver le pouvoir.

En fait, la caste des généraux qui ne s’est débarrassée de Moubarak que pour mieux conserver le pouvoir réel, est d’autant plus féroce qu’elle a vu la menace prolétarienne se développer. Sur certains points, elle n’a reculé que momentanément, bien décidée à faire payer au peuple travailleur et à la jeunesse toutes leurs audaces !

Toute démocratisation dans ces conditions n’est qu’illusoire. Il y a une alternative : ou le pouvoir des travalleurs, des jeunes, des milieux populaires ou celui de la bourgeoisie militaire qui représente la bourgeoisie impérialiste mondiale.

Toutes les accommodations au nom du "nous sommes tous des Egyptiens" ne peut qu’être mensongère...

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2 Messages de forum

  • La révolution en Egypte a encore bien des moyens de nous surprendre. Les analystes, ne l’oublions pas, avaient affirmé que Ben Ali pouvait tomber mais pas Moubarak. Aujourd’hui ils minimisent la part prise par les grèves ouvrières dans la décision des autorités d’écarter Moubarak et aujourd’hui de la juger.

    La classe dirigeante, elle, ne minimise pas le risque de révolution prolétarienne dans un pays dont la capitale est l’une des plus prolétarisées du monde ! Mais elle a d’autant plus de raison de ne rien céder sur le fond...

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  • Un an après, plusieurs organisations, dont certaines avaient contribué à lancer la révolte contre l’ancien président, avaient appelé à lever le pied dans les universités et sur les lieux de travail, pour exiger que l’armée, accusée de mal gérer la transition, passe le relais aux civils. Des étudiants ont manifesté dans plusieurs universités pour exiger la fin du pouvoir du Conseil suprême des forces armées (CSFA), à qui Hosni Moubarak a remis les rênes du pays.

    "Je suis en grève car la situation du pays est mauvaise. Il n’y a aucune différence entre le Conseil militaire et Moubarak", a affirmé à l’AFP Mahmoud Magdy, un étudiant en économie à l’université d’Aïn Chams. A l’université du Caire, une centaine d’étudiants se sont rassemblés en scandant "A bas le pouvoir militaire" et "Etudiants et travailleurs contre l’oppression et l’exploitation".

    La ministre de la Coopération internationale au sein du gouvernement nommé par les militaires, Fayza Aboul Naga, a déclaré à l’agence officielle Mena que le mouvement n’avait pas été suivi dans le monde du travail et que les Egyptiens avaient "rejeté l’appel à la désobéissance civile".

    Pour Alaa Abdel Fattah, un militant détenu pendant près de deux mois pour avoir "incité à la violence contre les forces armées" lors d’une manifestation, l’appel à la grève visait à "envoyer un message au peuple" pour promouvoir cette idée de désobéissance civile. La prochaine mobilisation sera plus large, après "une coordination avec les travailleurs", a-t-il assuré, en estimant que la mobilisation avait été bonne dans les universités et les lycées.

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