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L’extrême gauche de France d’origine trotskiste agit en aile gauche des bureaucraties syndicales inféodées à la bourgeoisie et à l’Etat - Matière et Révolution
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L’extrême gauche de France d’origine trotskiste agit en aile gauche des bureaucraties syndicales inféodées à la bourgeoisie et à l’Etat

lundi 27 février 2012, par Robert Paris

Quelle politique des révolutionnaires dans les luttes sociales ?


Que vous soyez dans une grande ou une petite entreprise, que vous soyez en CDI ou précaires, avec ou sans emploi, que vous soyez jeunes ou vieux, français ou immigrés, hommes ou femmes, avec ou sans papiers, du public ou du privé, d’un secteur ou d’un autre, des bureaux ou de la production, d’une profession ou d’une autre, syndiqué ou non syndiqué,

DIRIGEZ VOUS-MÊMES VOS LUTTES,

PRÉPAREZ UNE VRAIE ALTERNATIVE POLITIQUE,

ÉLISEZ VOS VÉRITABLES REPRÉSENTANTS,

CONSTRUISEZ VOS CONSEILS DE SALARIES

Ne vous inquiétez pas si vous avez tout le poids du passé contre vous dès que vous tentez de mettre en place des formes d’organisation des travailleurs par eux-mêmes (comités, conseils, coordinations, interpros, etc...) : vous aurez toute la force de l’avenir avec vous !!!

Contactez les salariés d’autres entreprises, suscitez chez eux l’envie de mettre en place leurs propres conseils, fédérez les, propagez partout l’idée qu’on n’avancera pas tant que nous ne déciderons pas nous-mêmes de nos actions, de nos revendications et de nos modes d’organisation. Montrez leur que les patrons et le gouvernement ne craignent pas les syndicats ni les organisations de gauche et d’extrême gauche, ils ne craignent que les travailleurs organisés en conseils !!!


Trotsky dans le Programme de transition alors que ce texte écrivait :

"Toute grève avec occupation pose dans la pratique la question de savoir qui est le maître dans l’usine : le capitalisme ou les ouvriers. Si la grève avec occupation soulève cette question épisodiquement, le COMITÉ D’USINE donne à cette même question une expression organisée. Élu par tous les ouvriers et employés de l’entreprise, le Comité d’usine crée d’un coup un contrepoids à la volonté de l’administration. A la critique que les réformistes font des patrons de l’ancien type, ceux qu’on appelle les "patrons de droit divin", du genre de Ford, en face des "bons" exploiteurs "démocratiques", nous opposons le mot d’ordre des comités d’usine comme centres de lutte contre les uns et les autres. Les bureaucrates des syndicats s’opposeront, en règle générale, à la création de comités d’usine, de même qu’ils s’opposeront à tout pas hardi dans la voie de la mobilisation des masses. Il sera, cependant, d’autant plus facile de briser leur opposition que le mouvement aura plus d’ampleur. Là où les ouvriers de l’entreprise, dans les périodes "calmes", appartiennent déjà tous aux syndicats (closed shop), le comité coïncidera formellement avec l’organe du syndicat, mais il en renouvellera la composition et en élargira les fonctions. Cependant, la principale signification des comités est de devenir des états-majors de combat pour les couches ouvrières que le syndicat n’est, en général, pas capable d’atteindre. C’est d’ailleurs précisément de ces couches les plus exploitées que sortiront les détachements les plus dévoués à la révolution. Dès que le comité fait son apparition, il s’établit en fait une DUALITÉ DE POUVOIR dans l’usine. Par son essence même, cette dualité de pouvoir est quelque chose de transitoire, car elle renferme en elle-même deux régimes inconciliables : le régime capitaliste et le régime prolétarien. L’importance principale des comités d’usine consiste précisément en ce qu’ils ouvrent, sinon une période directement révolutionnaire, du moins une période pré-révolutionnaire, entre le régime bourgeois et le régime prolétarien. Que la propagande pour les comités d’usine ne soit ni prématurée ni artificielle, c’est ce que démontrent amplement les vagues d’occupations d’usines qui ont déferlé sur un certain nombre de pays. De nouvelles vagues de ce genre sont inévitables dans un prochain avenir. Il est nécessaire d’ouvrir à temps une campagne en faveur des comités d’usine pour ne pas se trouver pris à l’improviste."


L’extrême gauche de France d’origine trotskiste agit en aile gauche des bureaucraties syndicales inféodées à la bourgeoisie et à l’Etat

Il y a deux manières pour des militants d’extrême gauche de jouer un rôle dans les syndicats. La première consiste, à la faveur d’une mobilisation des travailleurs permettant une élévation du niveau de conscience, de gagner une influence et de prendre des responsabilités syndicales tout en soulignant les défauts et limites du syndicalisme, en particulier en exigeant que les révolutionnaires ne dirigent qu’à la faveur de véritables comités de travailleurs qui ne se laissent pas diriger par les calculs des syndicats. La deuxième, opportuniste et menant à des désillusions même si elle permet à l’organisation d’en tirer des avantages pour le groupe, consiste à pénétrer par des méthodes organisationnelles occultes l’organisation syndicale pour y diriger sans avoir expliqué au grand jour une vision différente de la manière de diriger la lutte et sans réels comités de travailleurs. La méthode opportuniste mène à des grèves parfois dites dures ou radicales mais qui, refusant de contrer les centrales, maintiennent les luttes sociales dans d’étroites limites et le plus souvent à l’échec. En tout cas à l’échec si on se place du point de vue de la prise de conscience par les travailleurs de leur capacité à diriger la société.

Voyons quelques exemples qui éclairent ces questions...

Lutte ouvrière est actuellement un très bon exemple d’une organisation d’extrême gauche qui a joué un rôle dans plusieurs luttes ouvrières même si bien des travailleurs de l’entreprise ignoraient complètement que l’organisation trotskyste y a joué un rôle. C’est généralement cachés derrière la seule étiquette CGT que des militants et sympathisants de LO ont permis à la direction de LO d’y mener une politique. Nous ne dénonçons pas ici la forme mais le fond. Quand on a une politique, on la mène au grand jour dans la classe ouvrière et on permet à celle-ci de prendre les décisions et orientations...

Il y a deux politiques possibles. Dans un cas on s’appuie sur les travailleurs pour combattre les centrales syndicales ou, si on n’a pas le rapport de forces on ne les cautionne pas par notre silence complice. Dans le deuxième cas, ce n’est plus une extrême gauche qui infléchit la lutte de classe, ce sont les centrales syndicales qui, par autocensure, influence, pression, crainte, calcul, opportunisme des groupes d’extrême gauche, infléchissent la politique de l’extrême gauche, devenue l’aile gauche de la trahison.

LO s’imagine qu’elle pourra pratiquer une méthode réformiste de conquête des masses sans devenir elle-même réformiste. Mais les lois de la société sont plus fortes que les petits calculs...

1°) Les centrales syndicales sont notre premier adversaire

2°) C’est seulement en le sachant que les travailleurs peuvent se donner les moyens organisationnels d’agir vraiment contre leurs vrais ennemis : patrons et gouvernement. Pas question de faire comme si le gouvernement ou le président va intervenir comme intermédiaire pour résoudre le problème.

3°) Ces vrais ennemis ne sont pas seulement Sarkozy mais la bourgeoisie et se battre supposait de frapper la bourgeoisie ou de l’en menacer au moins. Pas question de présenter Sarkozy ou le gouvernement comme le seul ennemi.

4°) La classe ouvrière a besoin non seulement de sa colère, de sa mobilisation, de sa grève ou de sa manifestation mais avant tout de sa conscience de classe et de son auto-organisation. Les centrales sont les vrais adversaires et de l’un et de l’autre.

5°) Sans cette conscience, les travailleurs se retrouvent avec un bandeau sur les yeux. Sans ces comités de lutte, ces interpo, ces coordinations, ces conseils ouvriers ou de quartiers, les travailleurs sont désarmés.

6°) Quand les centrales, au plus haut des manifestations se contentent d’une journée un jour férié (premier mai), certains se permettent de dire qu’on sait ce que sont les limites du mouvement ! Non, les travailleurs eux-mêmes n’ont pas pu savoir ce qu’étaient les limites du mouvement.

7°) Les échecs de lutte comme celle des retraites doivent permettre de tirer des leçons mais même cela nécessite un peu de courage politique mes camarades !

8°) On ne répètera jamais assez que les révolutionnaires ne doivent jamais cacher les causes des défaites, ne doivent jamais présenter des faux amis comme des amis, ne doivent jamais cacher les objectifs et les moyens des classes dirigeantes mais aussi leurs points faibles, les perspectives et les moyens des travailleurs et aussi leurs faiblesses. c’est seulement comme cela que l’on peut avancer.

9°) Pas question non plus de présenter les attaques patronales comme des cas localisés alors qu’il s’agit d’une attaque d’ensemble. Pas question de faire croire qu’on peut gagner par une lutte locale quand il faudrait une lutte générale.

10°) Pas question de faire croire que les responsables de ces attaques ne sont qu’à l’étranger : l’Europe, les délocalisations, les USA, le FMI. Cela n’aurait comme résultat que de faire croire que nos salaires et nos emplois seraient siphonnés par des travailleurs étrangers ce qui est faux et criminel !

11°) Aucun calcul des révolutionnaires ne doit reposer sur des discours que l’on sait mensonger et que l’on profère pour soi-disant tenir compte de la conscience des travailleurs. Seule la vérité est un outil pour la conscience des travailleurs et donc c’est le seul que s’autorisent les révolutionnaires.

Voici la stratégie des centrales syndicales qu’il s’agit de combattre


« L’oubli des grands points théoriques fondamentaux pour les intérêts immédiats et passagers, la lutte et la course aux succès momentanés sans se soucier des conséquences ultérieures, le sacrifice de l’avenir du mouvement au présent du mouvement - tout cela a peut-être des mobiles « honnêtes » mais cela est et reste de l’opportunisme. Or l’opportunisme « honnête » est peut-être le plus dangereux de tous. »

Engels, Critique du projet de programme social-démocrate d’Erfurt de 1891 .

En se présentant aux élections, les groupes d’extrême gauche auraient pu en faire une tribune pour les luttes ouvrières et les perspectives politiques que ces luttes devraient ouvrir.

A la fois, le vote pour Poutou et Arthaud apparaît inutile et il apparaît radical sans base. Aucun d’entre eux ne donne d’autre part des raisons de frapper sur les classes dirigeantes en votant pour eux. Ils expriment ouvertement un rejet des sacrifices en faveur des capitalistes mais sans toucher véritablement du fait d’un discours un peu vide des deux organisations.

Elles ne développent aucune perspective concrète à part le thème : il faudra lutter ! Mais appeler à lutter n’est pas vraiment le rôle de groupes ou partis révolutionnaires. Il conviendrait plutôt d’éclairer qui sont les adversaires, les faux amis et quelles sont les perspectives... Comment lutter pour gagner, c’est bien ce qu’aucune des deux ne veut dire pour ne pas se heurter aux appareils syndicaux. En conséquence, elles apparaissent toutes les deux comme l’aile gauche des centrales syndicales et ce n’est pas particulièrement porteur au moment où les travailleurs viennent d’être défaits en les suivant...

Les deux organisations se sont présentées aux élections pour ne pas déchoir, plus que parce qu’elles ont réellement quelque chose à dire au travers des présidentielles et cela se sent.

Elles ne voient pas comment se servir de cette tribune pour frapper l’adversaire tout en respectant le cours politique qui est le leur...

En fait, depuis des années, ces deux groupes se présentent aux élections pour des raisons purement internes : pour se construire ! Comme si on pouvait demander aux travailleurs qui sont inquiets face à la situation de se préoccuper d’abord de la situation des deux groupes !!!

Mais, direz-vous, ce n’est pas grave : les deux groupes développent des idées qui vont servir à l’avenir. Ils sèment pour la lutte contre le capitalisme... Pas du tout, justement !

Ils sèment des incompréhensions et des mensonges sur l’Etat, sur les appareils syndicaux, sur le réformisme et même sur le capitalisme...

Quels sont les enjeux de la crise actuelle ? Où nous mène-t-elle ? Motus !

Que signifie le grippage du système ? Motus !

Que faire demain face à l’Etat bourgeois ? Motus !

Quelle est la cause des dernières défaites ouvrières ? Motus !

Comment s’organiser pour bâtir une nouvelle société ? Motus !

Comment s’organiser dans les luttes ? Motus !

Sur toutes ces questions clefs, les deux groupes et leurs porte-paroles ne répondent rien.

Ce n’est pas un simple problème électoral : c’est un manque total de perspective politique des deux organisations qui se montre ainsi au grand public et cela ne fait pas avancer la cause des révolutionnaires !!!

Les retraites

Le mouvement contre la réforme des retraites a été présenté comme un succès par les centrales syndicales qui ont réussi à promener les salariés par millions jusqu’à épuisement sans rien en tirer...

Ils ont été battus et ne savent même pas pourquoi.

Malgré les grands rassemblements des journées d’action sur les retraites, on a été loin de connaître un renforcement de l’organisation des salariés et de la coordination des luttes. Car les organisateurs n’en voulaient pas.

Dès le lendemain des journées de mobilisation, les salariés étaient certes satisfaits d’avoir marqué leur mécontentement et d’être nombreux à le faire mais ils se retrouvaient seuls à nouveau, dans leur secteur, dans leur usine. Alors que leur force serait de s’unir par delà les sites, les secteurs et les professions. Le 19 mars, les salariés des usines qui sont menacées de fermeture étaient dans la rue. Mais le lendemain, les salariés de Sony et ceux de Valeo ou de Continental n’étaient pas davantage organisés ensemble pour réagir. Les hospitaliers et les enseignants étaient dans la rue ensemble, mais, dès le lendemain, ils étaient à nouveau séparés. Car jamais les organisateurs de ces manifestations n’ont visé à la coordination des luttes. Et surtout parce que nous, salariés, ne nous sommes pas donnés les moyens de ces liaisons entre travailleurs de divers secteurs. Il n’y a pas de comités de liaison entre les entreprises qui licencient. Il n’y a pas de comité de liaison des salariés du public menacés par la casse du service public. Et encore moins de liaison entre public et privé.

Dans le mouvement des retraites, loin de montrer que les centrales passaient volontairement à côté de la possibilité de renverser le rapport de forces, Lutte ouvrière écrivait :

"Dans le mouvement en cours, ce qui est marquant c’est l’attitude des confédérations syndicales. L’an dernier, en 2009, elles n’avaient proposé aucune stratégie pour donner une suite aux deux journées de mobilisation réussies de janvier et de mars. Elles avaient profité du traditionnel défilé du 1er Mai pour enterrer le mouvement avant de disperser les réactions, catégorie par catégorie, dès la rentrée de septembre.

Depuis le début de la lutte actuelle, en juin, elles se démènent pour mobiliser les travailleurs comme leurs propres militants. Elles n’ont pas cessé leur effort durant les congés d’été et ont appelé à une journée de grève nationale dès la rentrée de septembre. Depuis, elles ont proposé une stratégie et un calendrier d’action pour entraîner, d’une journée de grève sur l’autre, plus de travailleurs dans la rue. Bernard Thibault a envoyé une lettre à chaque syndiqué dans laquelle il appelait « à généraliser la tenue d’assemblées générales pour définir ensemble et démocratiquement le rythme, la forme et les modalités de la reconduction de la grève à partir du 13 octobre ». La confédération et certaines fédérations ont de leur côté pris des dispositions en vue de reconduire la grève.

Même François Chérèque n’a pas rompu le front uni des organisations, le gouvernement ne lui ayant pas fait, à ce jour, la moindre concession qui justifierait son retrait du front syndical.

Nous ne savons pas jusqu’ou les confédérations sont prêtes à aller. Ce que nous pouvons constater, c’est que quand elles le veulent et dans une situation de mécontentement, elles sont capables de mobiliser les travailleurs."

Dans la grève des retraites, examinons quelques remarques tirées des éditos de LO :

« Les dirigeants syndicaux étaient en droit d’espérer que, sur une réforme concernant un problème social, ils seraient associés aux négociations et qu’ils pourraient justifier leur rôle et leur préférence pour les négociations par quelques succès susceptibles d’être brandis face au mécontentement de la base. Eh bien, associés aux négociations, ils ne l’ont pas été ! »

« Il est puéril d’en accuser l’absence d’appels dans ce sens [pour une grève générale] de la part des confédérations syndicales. »

« Mais elles n’ont rien freiné non plus car, en l’occurrence, elles n’avaient rien à freiner. »

L’édito de LO écrit : « Il faudra des luttes puissantes pour imposer ces objectifs. » Mais faudra-t-il suivre les confédérations ? Ou s’organiser autrement ? Motus !

Lisons ensemble le texte du cercle organisé par Lutte ouvrière tel qu’il est diffusé par son site et intitulé "Les syndicats hier et aujourd’hui" en pleine trahison syndicale du mouvement des retraites :

"Dans le mouvement en cours, ce qui est marquant c’est l’attitude des confédérations syndicales. L’an dernier, en 2009, elles n’avaient proposé aucune stratégie pour donner une suite aux deux journées de mobilisation réussies de janvier et de mars. Elles avaient profité du traditionnel défilé du 1er Mai pour enterrer le mouvement avant de disperser les réactions, catégorie par catégorie, dès la rentrée de septembre.

Depuis le début de la lutte actuelle, en juin, elles se démènent pour mobiliser les travailleurs comme leurs propres militants. Elles n’ont pas cessé leur effort durant les congés d’été et ont appelé à une journée de grève nationale dès la rentrée de septembre. Depuis, elles ont proposé une stratégie et un calendrier d’action pour entraîner, d’une journée de grève sur l’autre, plus de travailleurs dans la rue. Bernard Thibault a envoyé une lettre à chaque syndiqué dans laquelle il appelait « à généraliser la tenue d’assemblées générales pour définir ensemble et démocratiquement le rythme, la forme et les modalités de la reconduction de la grève à partir du 13 octobre ». La confédération et certaines fédérations ont de leur côté pris des dispositions en vue de reconduire la grève.

Même François Chérèque n’a pas rompu le front uni des organisations, le gouvernement ne lui ayant pas fait, à ce jour, la moindre concession qui justifierait son retrait du front syndical. Nous ne savons pas jusqu’où les confédérations sont prêtes à aller. Ce que nous pouvons constater, c’est que quand elles le veulent et dans une situation de mécontentement, elles sont capables de mobiliser les travailleurs. »

La réalité de la trahison syndicale du mouvement des retraites

Dans le mouvement des retraites, l’unité syndicale a servi d’argument contre... le front des travailleurs, leur organisation sur des objectifs de classe et l’extension du mouvement. Bien des travailleurs ont pensé que la force du mouvement résidait dans l’unité syndicale. Loin d’être une force, cette « unité » a été déterminante pour battre les travailleurs tout en sauvegardant le crédit des centrales syndicales et du PS, pourtant nullement décidés à mener véritablement le combat...

La lutte a été menée (jusqu’à la défaite) par l’Intersyndicale, unissant de manière inattendue des centrales qui roulent pour des intérêts de boutique concurrents, qui n’ont aucune vision commune et encore moins d’accord sur la question des retraites... Certains syndicats de l’Intersyndicale sont carrément pour des retraites privées par capitalisation, pour l’augmentation de la durée des années de travail, pour l’augmentation du nombre de trimestres cotisés et on en passe... Ces directions qui n’étaient d’accord sur rien concernant les retraites (revendications, enjeux, objectifs) n’ont montré qu’une unité de façade puisque la plupart des syndicats locaux CGC ou CFTC et parfois CFDT n’appelaient ni à la grève, ni à la manifestation dans de nombreux secteurs.

L’Intersyndicale n’a cessé de lancer des messages démobilisateurs : il ne fallait pas que le mouvement soit trop coûteux pour les salariés, il suffisait de manifester les samedis sans faire grève plutôt que de se mettre mal avec son patron, que de risquer son emploi, les blocages suffiraient à faire reculer le gouvernement ou bien les cheminots préféraient des grèves de 59 minutes ou encore la jeunesse allait prendre le relais des travailleurs ou le manque d’essence allait faire plier Sarkozy sans appel à l’ensemble de la classe ouvrière...

Ainsi, on retardait, on temporisait, on décommandait l’action… Mais il fallait faire croire aux plus combatifs que l’on ne perdait pas de vue l’idée de la généralisation. « Plus l’intransigeance dominera, plus l’idée de grèves reconductibles gagnera du terrain », tonnait Bernard Thibaut, le 10 septembre, dans « Le Monde ». Mais, le 5 octobre, le même déclarait à l’AFP : « Personne ne peut prétendre faire participer sous la même forme plusieurs dizaines de millions de personnes, de la signature d’une pétition à la participation à une multitude d’initiatives locales, voire aux manifestations lors des journées interprofessionnelles. Qui dit mouvement social dit de multiples formes pour y participer ». Et le 7 octobre sur RTL : "Cela (la grève générale) n’a jamais été pratiqué dans l’histoire sociale de notre pays (...) C’est un slogan pour moi tout à fait abstrait, abscons. Cela ne correspond pas aux pratiques par lesquelles on parvient à élever le niveau du rapport de forces." Le prétexte était de laisser les travailleurs et les syndicats décider localement. Mais, dans la plupart des entreprises, il n’y a jamais eu une assemblée générale pour en discuter.

Et les centrales ont tout fait pour ne pas unir la lutte avec celle des entreprises qui licencient, des ports, des éboueurs, des raffineries ou de l’hôpital Tenon...L’unité de l’intersyndicale s’est faite contre les risques de la radicalisation comme l’explique la CFDT : « La CFDT et l’intersyndicale n’ont jamais prôné de grève reconductible. (…) Le risque d’embrasement est réel sans que les organisations syndicales ne maîtrisent le système. (…) L’absence de dialogue risque de former un jour des positions jusqu’auboutistes. » La CGC déclarait : "Il n’y a pas, d’un côté, les patrons employeurs et, de l’autre les salariés victimes. Il y a une société en marche pour laquelle chacun a un rôle qui concerne l’intérêt général." Ces centrales ont été capables de proposer des journées d’action jusqu’à épuisement des participants, sans que les plus droitières ne ressentent le risque d’être accusées de radicalisme. Car ce mode d’action visait à "s’exprimer", mais pas à engager la lutte contre le patronat et le gouvernement. Les centrales risquaient d’autant moins d’être accusée d’irresponsabilité que les classes dirigeantes savaient que, sans ce cadre étouffant de l’Intersyndicale, il y avait des risques sociaux réels de la part de travailleurs en colère...La CFDT déclare le 6 novembre : « Il nous importe de rester populaires et de conserver notre image de syndicalistes responsables ». Responsables, oui vis-à-vis de la bourgeoisie, pas des travailleurs !

L’unité du front prolétarien nécessite que les travailleurs soient organisés au sein de comités de lutte et que ces comités soient reliés et décident ensemble de l’avenir de la lutte et ensuite de l’avenir de la société. La véritable unité des travailleurs nécessite une lutte de classe sans compromission ni négociation avec la grande bourgeoisie et une perspective d’avenir : bâtir une société débarrassée de l’exploitation.

Les centrales syndicales et partis de gauche (même extrême) tiennent tous le même discours, selon lequel tout est bien organisé dans le mouvement des retraites et que l’échec provient seulement de la dureté et de la surdité de Sarkozy et selon lequel, pour gagner, il suffit de continuer la même stratégie, avec encore plus de journées d’action, encore plus de manifestations et de manifestants, qu’il suffit d’être plus nombreux, qu’il suffit de tenir, de bloquer plus et plus longtemps : les transports, les terminaux pétroliers ou les aéroports ou les routes. Eh bien c’est faux ! Les lycéens et les étudiants, même très déterminés, ne se substitueront pas à l’action de la classe ouvrière. Le blocage de l’essence, celui des routes, celui des transports ne peut pas remplacer l’action d’ensemble de la classe ouvrière. Et cette dernière a été limitée à des journées de manifestations, y compris sans grève.

Et d’abord la détermination des centrales est factice. Elles ont joué un double jeu. D’un côté elles ont fait mine de suivre les salariés. De l’autre, elles ont livré un message qui disait exactement l’inverse, disant à nos adversaires qu’elles ne comptaient nullement les contraindre à reculer. Les centrales ont prétendu que, dans ce mouvement des retraites, elles suivaient démocratiquement les décisions des grévistes, mais cela est faux. C’est l’intersyndicale qui a tout décidé bureaucratiquement en ce qui concerne les rythmes et les moyens d’action. Elles ont programmé des journées sans grève qui diffusaient un message inverse de celui qu’il aurait fallu. Elles disaient aux travailleurs du privé : vous pouvez agir à l’économie sans faire grève. Notre action va vous permettre d’agir à votre place et vous pourrez vous y associer sans entrer en lutte. C’est le message inverse qu’il fallait livrer.

Elles ont multiplié les journées d’action alors qu’elles savaient parfaitement que nulle part ces journées n’ont suffi, depuis la crise, à faire plier les gouvernants. Elles ont combattu l’idée de la grève reconductible mais de manière astucieuse en faisant comme si c’étaient les assemblées de grévistes qui ne l’avaient pas adopté. Elles ne l’avaient pas vraiment proposé. Et la grève reconductible qu’il s’agissait de développer n’était pas celle d’un seul secteur ou d’une seule région, contrairement à ce qu’elles ont mis en place. En s’opposant à la grève votée à mains levées, les centrales ont combattu l’influence combative des assemblées. En proposant aux travailleurs du secteur privé de ne pas faire grève – les fameuses manifestations du samedi -, elles ont donné des garanties aux patrons que leurs intérêts ne seraient pas directement visés. Ce n’est pas le seul discours par lequel elles démobilisaient par derrière les travailleurs qu’elles affirmaient suivre dans leur colère. Par exemple, Le Reste, dirigeant de la CGT des cheminots, se répandait sur les ondes pour dire qu’il comprenait les cheminots fatigués par la grève et ses pertes financières et qu’il fallait recourir à la grève de 59 minutes qui ne coûte que une heure sur la paie. Ils n’ont cessé de dire que la grève générale n’était pas presse-bouton mais ils n’ont jamais dit clairement aux salariés que sans action générale, la classe ouvrière n’avait aucune chance de gagner.

On a entendu les leaders syndicaux expliquer que les travailleurs devaient ménager leurs forces et seulement tenir pour des journées d’action et que cela devait suffire pour contraindre Sarkozy à négocier. Mais que veut dire cette demande de négocier ? Pour des centrales qui prétendent en même temps que les soixante ans ne sont pas négociables et un gouvernement qui affirme que 62 ans ne sont pas négociables ? Eh bien, cet appel à négocier, propre à toutes les centrales de l’intersyndicale, est un message clair pour les classes dirigeantes : elles ne veulent nullement mener la lutte à une attaque contre les patrons, nos vrais adversaires.

Faire peur aux classes dirigeantes, c’est commencer à organiser de manière autonome la classe ouvrière. C’est constituer partout des comités, des collectifs, des coordinations, des interprofessionnelles, des assemblées qui unissent tous les secteurs des salariés, c’est débattre dans ces réunions de tout, ces problèmes de toute la société et pas seulement des retraites, de notre avenir qui est gravement compromis par la faillite du système capitaliste. Rien ne ferait plus peur aux patrons que de voir dans leur entreprise que les directions syndicales dites "responsables" ne soient plus les seules à lui faire face, que les salariés prennent les décisions eux-mêmes, élisent leurs délégués dans le feu de la lutte.

L’hôpital Tenon se bat seul. Malgré les efforts des agents de Tenon vers les personnels d’autres hôpitaux comme Saint-Antoine, pas de réel appel des syndicats hospitaliers afin d’élargir le mouvement. Les terminaux pétroliers se battent seuls. Les cheminots ont fait la grève reconductible seuls.

Aucune proposition venue des dirigeants syndicaux ne visait à appeler l’ensemble des travailleurs à les rejoindre. Est-ce que les éboueurs pouvaient gagner seuls sur les retraites ? Est-ce que les jeunes peuvent lutter seuls à notre place ? Est-ce qu’il suffit de bloquer l’essence pour faire reculer la bourgeoisie ? Est-ce que des promenades du dimanche, est-ce que des journées d’action suffisent à faire peur aux classes dirigeantes ?

NON, NON, ET NON !!!

Cette stratégie de l’Intersyndicale consistant à fatiguer les marcheurs et les grévistes en diluant, en éparpillant, en émiettant, en saucissonnant les actions est plus coûteuse en efforts vains et épuisants qu’une vraie lutte d’ensemble des travailleurs. Elle ne développe pas notre force ni notre conscience de nos vrais moyens. Nous ne manquons ni de colère ni de soutiens. Nous manquons de l’envie de nous diriger nous-mêmes. C’est cela qui doit changer, si nous voulons inverser le rapport de forces, que ce soit pour les retraites, pour la défense des emplois, des salaires et des services publics…

Les centrales ont empêché le développement d’une grève générale et surtout empêché les travailleurs de la généraliser eux-mêmes...

En faisant croire que les centrales allaient le faire :

« Plus l’intransigeance dominera, plus l’idée de grèves reconductibles gagnera du terrain », tonnait Bernard Thibaut, vendredi 10 septembre, dans « Le Monde ».

Puis en cassant publiquement l’idée de généralisation des grèves :

Le 5 octobre, Bernard Thibaut déclare à l’AFP : « Personne ne peut prétendre faire participer sous la même forme plusieurs dizaines de millions de personnes, de la signature d’une pétition à la participation à une multitude d’initiatives locales, voire aux manifestations lors des journées interprofessionnelles. Qui dit mouvement social dit de multiples formes pour y participer ».

Bernard Thibaut le 7 octobre sur RTL : "Cela ( NDLR :la grève générale), précisons que cet amnésique pourrait se pencher sur l’histoire de la CGT du début du 20ème siècle pour s’apercevoir de l’énorme contre-vérité qu’il profère…) n’a jamais été pratiqué dans l’histoire sociale de notre pays (...) C’est un slogan pour moi tout à fait abstrait, abscons. Cela ne correspond pas aux pratiques par lesquelles on parvient à élever le niveau du rapport de forces."

Bernard Thibault : "la CGT va continuer à conjuguer mobilisation, proposition, contestation lorsqu’il le faut, et négociation."

CFDT : « La CFDT et l’intersyndicale n’ont jamais prôné de grève reconductible. (…) Le risque d’embrasement est réel sans que les organisations syndicales ne maîtrisent le système. (…) L’absence de dialogue risque de former un jour des positions jusqu’auboutistes. »

Le gouvernement et Sarkozy n’ont aucune raison politique et sociale de céder si les classes dirigeantes n’ont rien à craindre pour leurs affaires, rien à craindre de la classe ouvrière, et en particulier pas à craindre que la lutte des retraites n’enflamme l’ensemble de la lutte sociale, des salaires, des emplois, des chômeurs, des sans toits, des sans papiers.... Pas à craindre que cette lutte ne change le rapport de forces sociales, ce qui signifierait aussi que les travailleurs prennent la tête de toutes les couches qui sont victimes actuellement : petits paysans, petits artisans, petits épargnants, chômeurs, étudiants, etc...

Pour faire reculer Sarkozy, il faut faire peur aux classes dirigeantes pour que celles-ci disent à Sarkozy : attention danger !

Sans cela il n’aura que des raisons politiques et sociales de ne pas céder. Dire aux salariés : soyez nombreux dans la rue et en grève pour vous faire entendre de Sarkozy est faux.

Il faut dire aux salariés : faites vous craindre des classes dirigeantes en leur montrant non seulement le nombre mais la radicalité de l’auto-organisation, des assemblées interpro mais aussi des comités de travailleurs, des collectifs, des liens d’une entreprise à une autre, une popularisation de ces moyens de lutte et d’organisation...

Il ne faut pas nous arrêter aux barrières que l’on veut nous mettre : chaque secteur s’occupe seulement de son secteur, chaque catégorie de sa catégorie. Et d’abord parce que c’est le contraire qui fera peur à nos adversaires.

Il ne faut pas que des syndicalistes soient approuvés quand ils disent aux salariés : vous n’êtes pas obligés de faire grève dans le privé si votre patron n’apprécierait pas et vous pouvez agir efficacement en manifestant le samedi sans faire grève. C’est se tirer une balle dans le pied. même si des travailleurs trouvent que l’idée est bonne. L’idée bonne, c’est de dire aux salariés : sachons ce que nous voulons, décidons-le nous-mêmes, gardons la direction de nos luttes et alors ne craignons pas de nous engager dans la lutte avec le prix que cela coutera. Si nous ne sommes pas prêts à payer le prix, ne nous étonnons pas du résultat.

Si des syndicats nationaux dignes de ce nom existaient, ils n’auraient pas décidé à la place de la classe ouvrière ni des journées d’action ni une grève générale reconductible mais ils auraient dit aux travailleurs de tous le pays : lundi, avant la grève nationale, assemblez vous partout à telle heure. Dans ces assemblées, votez des décisions, des revendications, des moyens d’action, élisez des délégués et envoyez les à une assemblée centrale. Ces directions ouvrières là n’existent pas. A nous de les faire naitre !!!

Lutte ouvrière a affirmé que les centrales syndicales ne pouvaient pas être débordées parce que la combativité et la mobilisation étaient insuffisantes. Il était donc inutile de dénoncer une quelconque trahison des centrales...

Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault, interrogé dans le « Parisien » du 10 mars sur le risque de contagion en métropole des grèves aux Antilles, affirmait : « Le conflit n’est pas transposable, la situation n’est pas comparable. » La dirigeante du PS Martine Aubry déclarait dans « Le Parisien » du 13 février « craindre une propagation des événements qui agitent les Antilles » et sur un mouvement de révolte sociale en métropole, elle affirmait : « Il faut tout faire pour que cela n’arrive pas » « Le Monde » écrivait en janvier 2009 : « A l’Elysée comme au Parti socialiste, dans les syndicats comme dans les milieux patronaux, tout le monde redoute une explosion du chaudron social. »

le 5 octobre, le même déclarait à l’AFP : « Personne ne peut prétendre faire participer sous la même forme plusieurs dizaines de millions de personnes, de la signature d’une pétition à la participation à une multitude d’initiatives locales, voire aux manifestations lors des journées interprofessionnelles. Qui dit mouvement social dit de multiples formes pour y participer ». Et le 7 octobre sur RTL : "Cela (la grève générale) n’a jamais été pratiqué dans l’histoire sociale de notre pays (...) C’est un slogan pour moi tout à fait abstrait, abscons. Cela ne correspond pas aux pratiques par lesquelles on parvient à élever le niveau du rapport de forces."

Si cela ne se posait pas, si les travailleurs et les militants n’en parlaient pas du tout, s’il ne voulait pas bloquer ce risque, pourquoi y aurait-il fait publiquement allusion plusieurs fois pour la combattre ?

La lutte des Continental, la lutte de tous les travailleurs contre les licenciements

On a beaucoup entendu parler des Contis dans l’extrême gauche car celle-ci a beaucoup courtisé le dirigeant syndical des Contis, Xavier, et a fait comme si cette lutte avait ouvert de véritables perspectives alors qu’en réalité les travailleurs y ont été aussi isolés et dos au mur qu’ailleurs et ils en ont fait la publicité sans discuter clairement des limites syndicalistes que celui-ci mettait à la lutte...

La grève des Contis a été une grève où l’organisation Lutte ouvrière a finalement été conseillère des dirigeants syndicalistes de la lutte, ce dont on ne pourrait que se féliciter si le résultat avait été différent de ce que font les bureaucraties staliniennes ou réformistes…

La direction de LO dans la grève des salariés de Continental s’est marquée clairement par l’intervention dirigeante au sein de la grève d’une espèce de comité de lutte de Roland Spirko, de la direction politique de LO.

Pour beaucoup de salariés, la lutte des Continental et des New Fabris est bien connue. Ils ont vu que les salariés de ces entreprises menacées de fermeture ont à leur tour menacé de faire sauter l’usine, ont attaqué une préfecture, ont brûlé des véhicules pour montrer leur colère et ne pas se retrouver dehors sans rien. Ils ont parfaitement bien fait de se battre, de ne pas se laisser faire et de montrer qu’ils étaient en colère.

Mais aussi, beaucoup de travailleurs estiment que les Contis, que les New Fabris ne pouvaient pas faire autre chose pour leur cause, pour l’ensemble de la cause ouvrière et en cela ils se trompent. Comme si les syndicats avaient réellement tenté par exemple de mobiliser ensemble les salariés de l’Automobile au lieu de mobiliser séparément chaque entreprise, y compris PSA et Renault séparément et... se faire battre séparément ! On aurait pu penser que le rôle d’une organisation comme LO allait être de mettre un pavé dans la mare de ces stratégies syndicales mais il n’en est même pas résulté une prise de conscience qu’une autre stratégie était possible...

Bien des salariés croient que leur lutte était forcément isolée car dos au mur, coincée par la menace de fermeture. Non, leur lutte était coincée par la trahison des syndicats.

Pourquoi aurait-elle été isolée puisqu’au même moment de nombreuses luttes avaient lieu dont le combat des retraites avec deux millions et demi de salariés dans la rue en janvier et trois millions en mars, la lutte des Sony et des Valeo, de La Redoute, des hôpitaux, des éboueurs, des ports, etc…

En même temps avaient lieu la lutte des enseignants-chercheurs, celle des Toyota, etc...

Les Renault de Rueil étaient aussi menacés de "délocalisation" à Guyancourt et Lardy... sans savoir exactement ce qu’on allait leur faire. A Renault, la CGT s’était contenté de ne pas prendre part au vote sur la fermeture de Rueil alors qu’elle avait voté pour la confiance à Ghosn et pour le plan d’austérité du patron appelé contrat social de crise. Tout cela n’avait pas suffi à LO pour dénoncer publiquement la CGT où sont ses militants...

Et toutes ces attaques se déroulaient séparément sans qu’un militant à la tête d’une lutte, et Lo était dans plusieurs d’entre elles à la tête, ne nous dise qu’il y avait une autre politique possible.

Xavier Mathieu, responsable cégétiste de Continental, qui - déçu du faible soutien de la centrale - a traité son secrétaire général de « racaille »... mais il n’a pas montré ce qu’il aurait été possible de faire, car il en restait à la manière syndicale de diriger les luttes.

Les entreprises qui licencient, comme New Fabris ou Continental, ont connu des grèves (grèves massives avec occupation et parfois des cadres et dirigeants séquestrés et menaces de faire exploser l’entreprise éventuellement), mais, au final, les salariés sont licenciés, et les sous qu’ils ont gagné durement ne sont rien face au coût de la vie et rien face aux profits des capitalistes. Certains syndicats parlent de victoire et certains des salariés qui ont mené ces luttes ressentent honnêtement une victoire mais elle est bien amère...

Avant même que commence la lutte, on avait pu voir la limite du syndicalisme réformiste. Toute la France a reçu les message suivant : "Les syndicats de Continental sont sur le cul. On a accepté la flexibilité, la réduction des salaires, travailler 40 heures payés 35, pour éviter la fermeture » osent dire les responsables du syndicat majoritaire CFTC ! C’est eux qui ont conseillé aux salariés d’accepter ce marché de dupes, ce chantage plus exactement. Ils ont tenu leur promesse et s’étonnent que les patrons ne tiennent pas la leur… La stratégie syndicale de négociation est complètement caduque, quand elle ne se retourne pas directement contre l’intérêt des travailleurs. On l’avait déjà vu à Continental où les salariés avaient accepté de travailler 40 heures payés 35 heures mais cet « accord » patronat/syndicat pour « sauver l’entreprise » n’a pas empêché la fermeture. Les responsables syndicaux de Continental n’en ont pas moins continué la même stratégie de négociations avec le gouvernement et le patron. Pas plus que l’accord cautionné également par les syndicats à Arcelor-Mittal. Ce sont aussi les syndicalistes locaux de Caterpilar qui ont accepté les 600 licenciements, sous prétexte que le patron était passé d’un projet de 600 à 730 licenciements puis de nouveau à 600. Jusqu’à la dernière minute, le syndicat CFTC majoritaire dans l’usine Continental de Claroix se disait « sûr de l’avenir du site » et « faisait confiance à la direction et à Sarkozy ».

Les salariés de Continental (Clairoix) avaient appris la fermeture de leur entreprise de pneus. Cela signifiait 1200 licenciements. C’est une usine dans laquelle gouvernement, patronat et syndicat avaient prétendu éviter un plan social en faisant accepter aux salariés un passage à 40 heures.

Comme exemple de radicalisme syndical qui ne se différencie pas sur le fond de l’illusion réformiste que propagent les centrales syndicales, Xavier Mathieu est délégué CGT est un des leaders de la grève dans l’usine Continental en Picardie, contre sa fermeture.

Dans l’interview donnée au monde, le délégué critique la tête de la CGT pour mieux défendre un syndicalisme de corporation, d’usine. Il se prend pour le roi des fortes têtes, mais les centrales syndicales l’ont convaincu que la lutte secteur par secteur, atelier par atelier, encadré par le syndicat, était ce qui se faisait de mieux.

Dans l’article ci dessous, Mathieu essaye de convaincre qu’il n’a jamais voulu réellement dépasser les limites de sa boite : alors "l’union fait la force", c’est valable les jours de fête. Ce sont les limites du réformisme de bonne fois et même quand il est radical qu’il souligne involontairement, même sous l’influence de LO...

Le journal Le Monde du 27.08.09 :

"La CGT a laissé ses propres délégués dans la merde"

« Délégué CGT de l’usine Continental Clairoix promise à la fermeture, Xavier Mathieu s’est récemment attaqué aux dirigeants syndicalistes, les traitant de "racaille" et leur reprochant de "frayer avec le gouvernement". Selon lui, les "Conti", qui ont obtenu 50 000 euros d’indemnités de licenciement n’auraient pas eu autant s’ils avaient confié leur sort aux confédération syndicales.

A l’issue du conflit de Continental Clairoix, vous vous en êtes pris aux instances dirigeantes des syndicats, notamment au vôtre, la CGT, en traitant Bernard Thibault de "racaille". Pourquoi ?

Ce n’est pas une attaque contre la CGT. J’ai trop de respect pour tous les salariés et délégués qui se battent comme des fous durant les conflits. J’ai plutôt parlé en leur nom, et je peux vous assurer que beaucoup pensent comme moi, à savoir qu’on n’est pas assez soutenus. D’ailleurs, je ne reproche pas à Bernard Thibault de ne pas venir devant les usines. Ce que je reproche à la direction, c’est qu’elle a refusé de nous soutenir quand nous étions convoqués au tribunal (pour les destructions dans la préfecture de l’Oise). Quand on a demandé de l’aide, il n’y a que des partis politiques de gauche qui sont venus et aucune confédération syndicale. Alors que dans les sept convoqués, il y avait trois élus CGT, deux syndiqués et deux sympathisants. Dans les confédérations paysannes ou autres, on n’abandonne jamais ses adhérents. La CGT a laissé ses propres délégués dans la merde. C’est honteux.

Il y a une fracture entre les directions des confédérations et la base ?

La fracture entre la base et les directions est générale. Pas seulement du côté de la CGT. C’est pareil à FO ou à la CFDT. Je ne regrette pas mon coup de colère. Quand le mec pour qui je paie mes timbres depuis 18 ans refuse de venir soutenir des ouvriers poursuivis au tribunal pour s’être battus, je n’ai pas de respect pour lui. Ce n’est pas parce qu’il est au-dessus de moi que je suis obligé de l’adorer. D’ailleurs, je vais arrêter de répondre là-dessus. J’ai juste un conseil à leur donner : c’est d’arrêter de penser que tous ceux qui sont en colère sont manipulés par l’extrême gauche. Ça, c’est le même discours que l’UMP. Et franchement, ce n’est pas très respectueux de la classe ouvrière, de penser que nous sommes des moutons incapables de nous battre tout seuls.

On vous a pourtant accusé de rouler pour le NPA d’Olivier Besancenot...

Ça fait quatre mois et demi qu’on nous répète les mêmes conneries. A la CGT de Continental Clairoix, il n’y a aucun encarté, ni au NPA, ni au PC, ni à LO. Aucun. C’est la mode : dès qu’on n’est pas content, on est taxé d’être d’extrême gauche. Je suis allé à l’université d’été du NPA parce qu’ils m’ont invité. J’avais dit, à l’époque où différents partis nous avaient soutenus, que j’étais prêt à venir parler de la lutte des Conti. Je l’ai fait pour Lutte ouvrière en juin, je l’ai fait au NPA, je le ferai le 12 septembre à la Fête de l’Humanité. Si les Verts, le PS ou le PRG me le demandent, je le ferai.

Mais mettre dos-à-dos les politiques et les syndicalistes, c’est de la connerie. Quand Thibault demande l’interdiction des licenciements ou la hausse du SMIC, ce n’est pas de la politique ? Est-ce que Bové n’a pas été syndicaliste avant d’être homme politique ? La CGT reproche ça uniquement si tu n’es pas au Parti communiste, tout le monde le sait. Thibault refuse d’aller au NPA, mais il va bien à la Fête de l’Huma. S’il ne veut pas faire de politique, il n’a rien à y foutre. Comment on peut dire, si on est syndicaliste, qu’on ne fait pas de politique ? Le syndicalisme, c’est de la politique ou alors je comprends rien.

Est-ce que les rencontres que vous avez faites pendant ces derniers mois peuvent aboutir à une coordination des luttes ?

Je ne sais pas. Tant que ça ne sont que les gens qui sont dans la merde qui appellent à l’aide, ça n’aboutit pas. Ça bougera quand ce seront les gens qui n’ont pas de problèmes qui viendront aider. En plus, je vois bien que quand on était dans notre lutte, on avait d’autres choses à faire que d’aller organiser des coordinations avec d’autres boîtes.

Et puis, je ne suis pas un professionnel de tout ça. Il y a six mois de ça, je faisais mes trois parties de pêche par semaine, je regardais le foot à la télé. Je défendais mes copains à l’usine, mais toutes ces histoires, ça me dépassait.

L’après-Continental, vous le voyez comment ?

Je ne sais même pas ce que je vais devenir. Je suis en train de réaliser aujourd’hui ce que les copains me disent depuis plusieurs mois : "Tu t’exposes trop." Alors peut-être que mon plus gros combat, ça ne va pas être Conti, mais de retrouver du travail. J’espère que je me trompe, même si je ne regrette pas ce qui s’est passé. Tout ce qu’on a vécu durant ces six mois, tous ces efforts et cette chaleur humaine, je ne sais pas si les gens qui me critiquent peuvent le comprendre.

Finalement, les dirigeants syndicaux de Continental, y compris la CGT, appellent les salariés à reprendre le travail :

"Il faut que la reprise se fasse, mais pas dans n’importe quelles conditions", avait déclaré devant les salariés Xavier Mathieu, délégué CGT, en pointe dans le mouvement depuis l’annonce de la fermeture d’ici 2010 du site qui emploie 1.120 personnes, la plus importante en France depuis le début de la crise.

"On va reprendre le travail, mais la lutte continue, elle sera même plus facile, parce qu’on n’aura plus le souci de ne pas être payé", avait-il ajouté.

"C’est clair qu’il faut reprendre, vos familles ont besoin de cet argent", avait déclaré aux salariés présents Antonio Da Costa, secrétaire CFTC du CE.

Le 21 avril, les travailleurs de l’entreprise allemande de pneumatiques, Continental, de l’usine de Clairoix en Picardie, apprenant que le tribunal les déboutait de leur demande d’annulation de la procédure de fermeture de leur usine entraînant 1 120 licenciements, ont saccagé les bureaux de la sous-préfecture.

Le 16 mars, des travailleurs de Continental avaient fait irruption dans une réunion du comité central d’entreprise à Reims et bombardé leurs patrons d’oeufs et de chaussures. Suite à cela l’entreprise tient à présent les réunions du comité central de l’entreprise à mille kilomètres de là, dans un hôtel de Nice, avec des consignes de sécurité très strictes.

Une couverture de gauche est apportée aux syndicats par le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et Lutte ouvrière (LO). Tous deux ont salué la trahison de Clairoix comme une « victoire. » Le NPA a donné la garantie écrite qu’il n’opposerait pas de critique aux trahisons de la CGT et d’autres syndicats. Après que la CGT eut refusé de se rendre à l’université d’été du NPA, car il s’y trouvait des travailleurs critiques de Thibault (notamment Xavier Mathieu de Continental Clairoix) le NPA a rencontré la CGT le 1er octobre et lui a dit, selon son propre reportage, que « Le NPA a réaffirmé qu’il n’avait pas vocation à se substituer aux syndicats... » et que « Le NPA a tenu à dire à la CGT que sa crainte de construction d’un courant NPA dans la CGT, était sans fondement. L’autonomie des syndicats quant à la défense des salariés va de soi pour le NPA... »

L’Automobile licencie … progressivement et es salariés perdent... progressivement

Les vagues de licenciements et de fermetures de sites et d’usines continuent dans l’Automobile. Les réactions restent isolées. Les salariés concernés se retrouvent à se battre seuls et dos au mur. Comment lutter dans une entreprise qui ferme, quand les autres salariés de l’Automobile dont les entreprises fonctionnent ne sont pas concernées par la lutte ? Du coup, ces salariés sont contraints par cette stratégie de saucissonnage des luttes à mener des actions visibles en séquestrant leurs dirigeants, en menaçant de faire sauter l’usine, ou de brûler les stocks de pièces, comme à Sullaire (Montbrison), Sodimatex (Crépy-en-valois), et autres Proma (Gien). Cette stratégie est criminelle à leur égard, mais elle l’est aussi au nôtre. Qui peut croire que ces boites resteront longtemps les seules visées ? Nous aussi, nous nous retrouverons isolés lorsqu’il s’agira de nous défendre et rien de pire que d’avoir attendu d’être menacés par la fermeture d’une usine…

PSA

Comment les travailleurs de PSA-Peugeot-Citroën peuvent se défendre ? Comment les militants ouvriers peuvent organiser la lutte ? Comment apprécier les buts du patron ? Comment construire le rapport de forces ? Quel mode d’action ? Quelle stratégie pour gagner ? Comment développer notre argumentation pour renforcer la conscience et l’organisation du camp des travailleurs ? Quelle perspective ?

Voici comment Lutte ouvrière qui dirige le syndicat CGT de PSA Aulnay conçoit la lutte.

Une grève plus ancienne à PSA

Le dirigeant syndical de PSA, aussi porte-parole de Lo, Mercier en tant que représentant CGT sur PSA :

Parmi les réactions syndicales aux suppressions d’emploi annoncées par PSA :

Jean-Pierre Mercier, délégué CGT central de PSA :: "si ces chiffres sont vrais, ce serait considérable, une véritable déclaration de guerre contre l’emploi". "Cela sous-entendrait forcément des arrêts entiers d’équipe de production [...] alors qu’il n’y a aucune justification à ce que ces postes soient supprimés", a-t-il poursuivi.

Le groupe a d’"autres solutions que de supprimer des emplois pour faire face à des possibles baisses de ventes". "C’est répartir le travail entre tous les salariés, ce qui est techniquement possible", a-t-il dit, estimant qu’il fallait aussi "demander aux actionnaires de faire des économies".

Comme si c’était un problème technique concernant seulement PSA...

Mais il ne dit pas que cela. Il souligne que les emplois sont délocalisés..

Pourquoi choisir alors de souligner les délocalisations comme le fait Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière, quand elle déclare : " je veux me faire connaître, partager mes idées dans la lutte contre les licenciements, contre les délocalisations, faire partager aux travailleurs les richesses du pays."

On partage au sein du pays ? Et si "le pays" vole les richesses du monde, parce que c’est un pays impérialiste ?

« S’ils veulent investir à l’étranger, qu’ils piochent dans leur caisse, cela ne doit pas se faire au détriment de l’emploi en France », s’est indigné Jean-Pierre Mercier, de la CGT. Sous-entendu : c’est pour délocaliser que le patron supprime des emplois : pour investir "à l’étranger". Et c’est faux. Les patrons suppriment des emplois parce qu’ils ne veulent pas investir dans la production et qu’ils ne veulent plus que spéculer. Le capitalisme est en phase de destruction...

Or Jean-Pierre Mercier est de Lutte Ouvrière, une organisation d’extrême gauche....

Et il rajouté :

"Aujourd’hui nous sommes compétitifs en France et nous allons nous battre pour garder nos emplois".

"Nous" sommes donc en compétition avec les "travailleurs étrangers" !!!

"Nous" sommes des Français et pas des prolétaires du monde !!!

Jean-Pierre Mercier a assuré que le groupe avait d’"autres solutions que de supprimer des emplois pour faire face à des possibles baisses de ventes".

Comme si c’était les baisses des ventes qui nécessitaient des suppressions d’emplois...

L’extrême gauche a des solutions pour les patrons...

Comme si c’était une bonne idée d’entrer dans la logique des "solutions" qui est celle des syndicalistes réformistes !

La CGT PSA se donne des objectifs industriels : " Des garanties sur Aulnay :

C’est-à-dire l’application de la motion signée par 2200 salariés d’Aulnay en juin demandant un engagement par écrit de la Direction dans un accord tripartite (Syndicats, PSA , gouvernement) pour le maintien de la fabrication de la C3 à Aulnay jusqu’à son terme (au minimum décembre 2016) en deux équipes, avec un plan de charge permettant de garantir tous les emplois existant actuellement sur l’usine, intérimaire compris ; et l’attribution à Aulnay d’un futur modèle après la C3." (tract CGT du 8 novembre 2011 - la CGT PSA est tenue par Lutte Ouvrière)

Mais peut-on mener une lutte qui s’élargisse au delà de PSA Aulnay sur de tels objectifs ? Non !

On a pu entendre des militants syndicalistes d’extrême gauche déclarer au rassemblement des salariés de PSA contre les suppressions d’emplois : "Nous n’avons rien contre le fait que PSA embauche des travailleurs chinois ou brésiliens. Ils ont besoin comme nous de travailler et ce sont des frères de classe, mais cela ne doit pas se faire en supprimant des emplois de travailleurs en France." C’est une manière hypocrite de sous-entendre que ce sont les emplois en Chine ou au Brésil qui cassent les emplois en France. C’est faux ! Les emplois baissent partout dans le monde en ce moment, y compris en Chine : la mondialisation n’en est pas la cause, pas plus que les délocalisations. Si le patron veut le faire croire, ce n’est pas un hasard...

Le patronat n’est plus en train de mondialiser l’économie, il est en train de mondialiser la chute irrévocable de son système....

Le raisonnement précédent sous-entend qu’il s’agit simplement de délocalisations en vue d’augmenter les profits et que la racine de cette politique n’a rien à voir avec la crise que connait le système mondial. C’est faux.

Cette manière de raisonner laisse entendre que les suppressions d’emplois ne sont pas liées aux désordres financiers, boursiers, monétaires et économiques du système mondial. Et c’est faux.

C’est une manière de dire que le patron de PSA mène une politique particulière qui est particulièrement hostile aux travailleurs et qu’il suffirait que les travailleurs de PSA se mobilisent contre ce plan pour le faire reculer. Et c’est faux.

C’est faux parce que l’offensive contre les travailleurs n’est nullement cantonnée à PSA. La première des choses à faire pour élever le niveau de conscience et le rapport des forces serait de montrer aux travailleurs de PSA qui veulent se mobiliser que la lutte doit être générale et qu’il est vital de se mobiliser à des niveaux plus important qu’un site comme Citroën Aulnay et même qu’un groupe comme PSA. Il va falloir entraîner toute l’Automobile et même toute la classe ouvrière.

Les licenciements à PSA sont un ballon d’essai qui suit les licenciements et fermetures d’usines chez les sous-traitants de l’Automobile.

Les suppressions d’emplois à PSA ont le même motif que celles à la BNP Paribas, la Société générale et le Crédit agricole, Philips, Areva et Air France, notamment... Au lieu de particulariser PSA, des travailleurs conscients devraient lier les luttes des travailleurs entre elles, dans l’Automobile et au delà.

Les luttes des travailleurs des sous-traitants de Peugeot et Renault ayant été isolées et battues, il devient possible de s’attaquer à PSA d’abord puis, un peu plus tard, à Renault.

Est-ce que ces syndicalistes mènent une propagande active permettant aux salariés du reste de l’Automobile de comprendre et combattre cette manœuvre de division ? Nullement !

Les syndicalistes expliquent au contraire la situation site par site (défendre Aulnay), entreprise par entreprise, pays par pays.

Pour quelle raison, les travailleurs de PSA seraient-ils suivis par ceux de Renault sur l’objectif unique de "sauver l’emploi à PSA" ?

Quels sont les axes d’une CGT dirigée par LO ?

Nous, salariés de PSA devons nous unir aux autres salariés des entreprises de l’Automobile qui licencient et ferment comme les sous-traitants ? Non !

Nous, à PSA, nous savons que les plans de licenciements sont liés à ceux dans les banques, à ceux dans tous les autres secteurs comme le Bâtiment ou le nucléaire ? Non !

Nous, salariés de PSA, ne marchons pas dans les mensonges selon lesquels les travailleurs chinois et brésiliens nous prennent nos emplois ? Non !

Les arguments sont :

Rien ne peut justifier un tel choix. PSA est une entreprise qui ne rencontre aucune difficulté financière. Ses ventes sont au plus haut niveau avec son record historique de 3,6 millions de véhicules vendus en 2010. La direction de PSA a déclaré disposer de 11 milliards d’euro de réserve. De plus, PSA reçoit en permanence des aides financières de l’Etat : aides à la recherche, dégrèvement des cotisations sociales, prêt de trois milliards d’€, prime à la casse.

voir : cgt-psa-aulnay.fr/petition/non-la-casse-de-lusine-de-psa-aulnay

Donc si PSA rencontrait des difficultés ? Ce serait alors légitime ?

Si les ventes n’étaient pas au plus haut ?

Si PSA ne disposait pas de milliards ? Alors les petites et moyennes entreprises sous traitantes de l’Automobile, là les licenciements étaient légitimes ?

SNCM

La grève SNCM de 2005 est assez fameuse. Elle a touché l’ensemble des travailleurs et les appareils syndicaux n’ont nullement cherché à s’appuyer sur cette sympathie pour aider la grève. La CGT a organisé, avec l’aide de la direction, un vote dans lequel les bulletins de vote disaient que voter pour la grève c’est voter pour la destruction de l’entreprise et que voter contre la grève c’est voter pour le maintien de l’entreprise !!!

Commentaire de Lutte Ouvrière présente syndicalement et politiquement dans l’entreprise :

Lutte Ouvrière n°1941 du 14 octobre 2005

Editorial

Vive les travailleurs de la SNCM ! À l’heure où nous écrivons la grève des travailleurs de la SNCM entre dans sa quatrième semaine. Ils n’acceptent pas la privatisation de leur entreprise et les 400 suppressions d’emplois qui vont avec. Leur courage et leur combativité méritent le respect de l’ensemble des travailleurs.

Au début, c’est une privatisation pure et simple qui a été annoncée, mais la détermination des grévistes a amené le gouvernement à reculer en annonçant qu’il garderait 25% du capital, puis que la participation des salariés passerait à 9%. C’est encore la détermination des grévistes qui a imposé la libération des marins du Pascal-Paoli. Le gouvernement vient de promettre qu’il n’y aura pas de licenciements secs et que l’entreprise ne sera pas démantelée.

Mais en même temps il agite la menace du dépôt de bilan et de 2200 licenciements, si le travail n’a pas repris avant vendredi soir.

Malgré tout cela, les travailleurs de la SNCM continuent. Ils ont raison de penser que même une participation de l’État à 25% n’empêchera pas des suppressions d’emplois puisque 100% de participation, comme c’est le cas jusqu’à nouvel ordre, ne les ont pas empêchées. Et chaque travailleur sait que la promesse de « pas de licenciements secs » n’empêche pas des propositions de mutation, qui reviennent au même.

Les ministres se succèdent à la télévision pour mener une campagne de propagande contre la grève et les grévistes. Des patrons pleurent sur les millions d’euros que les grèves leur font perdre. Ce qui prouve au moins que ces millions, ils ne les gagnent que grâce au travail de tous ceux qui participent à la production comme au transport de leurs marchandises. Les politiciens vitupèrent contre « la minorité violente » qui bafouerait la démocratie en tenant en « otage » l’économie.

Minorité, les grévistes ? Mais, lorsque le chef du gouvernement décide d’attribuer la SNCM, dont la valeur est estimée à 450 millions d’euros, pour la somme de 35 millions d’euros au PDG d’un fonds de spéculation, son ami personnel, en promettant de surcroît que l’État prendra en charge le paiement des dettes et les frais des licenciements prévus, contre la volonté non seulement des travailleurs de la SNCM, mais de toute une région, qu’est-ce donc si ce n’est une poignée d’individus qui imposent leur diktat à tous ?

Violents, les grévistes ? Mais annoncer des centaines de licenciements, c’est-à-dire autant de travailleurs poussés au chômage, n’est-ce pas une violence contre ces travailleurs et contre leurs familles ?

Pour la bourgeoisie, lorsqu’une grande entreprise, publique comme la SNCM ou privée comme Hewlett-Packard, décide de mettre à la rue des centaines de travailleurs, c’est normal. Mais que les travailleurs menacés se défendent, c’est une violence inadmissible.

Et combien d’autres mensonges pour essayer de dresser l’opinion publique contre les travailleurs de la SNCM ? Les subventions versées à la SNCM constitueraient un « gouffre » que l’État ne peut plus supporter ? Pourquoi donc le déficit de la SNCM, service public utile en direction de la Corse et du Maghreb, serait-il insupportable ? Mais il n’est pas question de toucher au programme d’avions de combat Rafale, cher à Dassault... et surtout coûteux pour les contribuables, alors qu’il creuse un gouffre autrement plus important dans le budget !

Sous la pression, certaines organisations syndicales, FO et la CGC, qui comptent de nombreux officiers dans ces rangs, ont fini par appeler à la reprise du travail. Lors d’une assemblée générale des sédentaires, la reprise du travail a été demandée par le représentant de la CGT. Les marins doivent à leur tour être consultés de la même façon.

Quoique décident ceux de la SNCM, leur lutte mérite le respect de tout les travailleurs.

Le patronat et le gouvernement, auraient bien voulu avoir affaire à des travailleurs qui acceptent en silence les coups qu’on leur donne !

Eh bien, les travailleurs de la SNCM ne l’ont pas entendu ainsi ! Ce sont eux qui ont raison !

Voilà ce que l’on aurait voulu lire dans LO sur le conflit de la SNCM :

Un exemple des politiques syndicales : le conflit à la SNCM

Le choix de la CGT de la SNCM de cesser la grève a été assez soudain pour surprendre de nombreux grévistes, qui étaient décidés à tenir malgré le chantage au dépôt de bilan et aux licenciements, fait par le gouvernement sous le couvert de lois présentées comme inexorables. Le lundi 10 octobre, la CGT semblait décidée à ne pas céder à l’ultimatum posé par les ministres Perben et Breton. Ceux-ci avaient présenté leurs propositions de privatisation partielle avec 400 suppressions d’emplois. Ou bien les grévistes reprenaient le travail, ou bien, le vendredi suivant, la direction déposait le bilan auprès du tribunal de commerce.

D’autres événements inquiétaient les grévistes. Le week-end précédent en effet, on avait appris l’arrêt de la grève des agents du Port Autonome de Marseille, le PAM. Surtout, on apprenait que FO, la CGC, et les syndicats d’officiers trouvaient des « avancées » dans les propositions du gouvernement et envisageaient de quitter le mouvement. En dehors de l’encadrement, ces syndicats réunis ne représentaient qu’une poignée de grévistes, mais c’était quand même une défection.

Par contre, la grève des métros et bus de la ville de Marseille (RTM) se poursuivait sans faillir. Malgré le langage de plus en plus hostile de la presse, la sympathie des travailleurs à Marseille et en Corse était chaleureuse. Enfin, une manifestation commune de la SNCM, la RTM, Nestlé, STMicroélectronics était prévue pour le samedi 15 octobre par les syndicats CGT, CFDT, CFTC, UNSA et Solidaires 13 avec le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault.

C’est ce que relevaient les dirigeants de la CGT pour renforcer les grévistes. Ils ne croyaient pas à la menace de dépôt de bilan qui, d’ailleurs, n’est jamais qu’une procédure comptable. Et finalement l’assemblée générale du lundi 10 octobre avait pris la décision de continuer la grève dans l’enthousiasme et s’était terminée par l’Internationale. Cette décision était reconduite avec la même détermination par la quasi-totalité des employés sédentaires et des marins de l’assemblée du mardi 11 octobre.

Mais mercredi 12 octobre une succession d’assemblées préparait la reprise du travail. L’une se déroulait mercredi matin où les dirigeants de la CGT changeaient visiblement de langage. À 14 h, le secrétaire CGT des sédentaires expliquait dans une réunion de ceux-ci : « On est arrivé au bout, mieux vaut accepter cela sinon ce sera la lettre de licenciement pour tous et non un plan social ». La CFDT disait qu’il ne s’agissait pas d’arrêter la grève mais de la « mettre en pointillé, de la suspendre ». Il y eut plusieurs interventions contre l’arrêt de la grève, certains étant même en colère et pensant qu’il fallait en appeler aux autres services publics menacés de privatisation. Mais d’autres pensaient que depuis 23 jours qu’on était en grève, on n’avait rien vu venir ; ni EDF ni les cheminots n’avaient bougé : il valait mieux ne pas en arriver au dépôt de bilan et aux plus de 2000 licenciements que la presse envisageait dans ce cas.

Au soir de ce même mercredi 12 octobre, l’assemblée très nombreuse remplissait à craquer la salle de cinéma du ferry Méditerranée. Sur l’estrade, outre les élus et dirigeants CGT, l’avocat de la CGT ouvrit l’assemblée en expliquant qu’effectivement le dépôt de bilan était en cours, que dans ce cas il n’y aurait ni plan social ni même de congés. Tout le monde serait licencié. Le premier salaire ne pourrait être versé avant quatre mois. Ayant atterré l’assistance, il s’en fut. Les dirigeants syndicaux dirent qu’ils ne pouvaient pas mener les travailleurs au dépôt de bilan, que c’était à ceux-ci de se prononcer. On sera, disaient-ils, en meilleure position pour continuer la lutte si l’on a repris le travail. En cas de dépôt de bilan, le syndicat n’aura plus aucun droit de regard, on entrerait dans une lutte hors-la-loi.

Il y eut de nombreuses questions d’ordre juridique sur les conséquences et les modalités d’un dépôt de bilan. Un marin du STC (Syndicat des travailleurs corses) voulait continuer la lutte, renforcé par un appel à la grève dans toute la Corse pour le samedi. Des grévistes s’étonnèrent du changement de cap de la CGT, alors qu’il n’y avait rien de changé depuis le lundi. Trois ou quatre autres intervinrent pour dire qu’il fallait continuer. Une militante de Lutte Ouvrière dit qu’on pouvait être fiers de notre grève, qui avait fait reculer le gouvernement dans un premier temps, et qui avait été suivie par les travailleurs au niveau national ; il ne fallait pas céder au chantage mais continuer la grève.

Le vote de la fin de la grève

C’est jeudi matin que la décision fut prise par presque 600 marins et sédentaires. Un premier vote donna une nette majorité pour que le vote s’effectue à main levée. Mais finalement le vote à bulletins secrets fut choisi afin de vérifier qu’il n’y avait pas de votant non-gréviste. Deux piles de bulletins furent posés sur l’estrade où se tenaient les dirigeants syndicaux. Ils avaient été préparés de façon très particulière puisque l’un des bulletins portait « Oui à la reprise de l’activité. Pour éviter le dépôt de bilan » et l’autre « Non à la reprise de l’activité = dépôt de bilan » !. Ainsi celui qui votait « non » avait le sentiment qu’il votait pour le dépôt de bilan. Chacun venait prendre le bulletin de son choix pour le mettre dans l’urne. Malgré l’avis du syndicat et le chantage du gouvernement, 73 votants se prononcèrent pour continuer la lutte, conscients qu’il fallait mettre à profit la mobilisation en cours et l’intérêt des travailleurs de tout le pays. Il y eut cependant 519 votes « oui » à la reprise du travail, même si beaucoup la votèrent en se disant prêts à reprendre la lutte.

Le gouvernement menaçait d’un dépôt de bilan. Peut-être n’était-ce là qu’un coup de bluff, mais peut-être y était-il réellement décidé et était-ce une menace réelle.

Pour le faire reculer il restait possible de continuer la grève, mais il aurait aussi fallu y rallier des travailleurs d’autres entreprises, visées elles aussi par les projets de privatisation, aller vers une extension du conflit. Beaucoup de grévistes ressentaient, plus ou moins clairement, cette nécessité de l’extension. Ils l’attendaient d’ailleurs de la direction de la CGT, et étaient de plus en plus déçus de constater que celle-ci, visiblement, n’en voulait pas.

Alors, pour continuer cette grève de déjà 23 jours, il aurait fallu aller contre l’avis de la CGT qui l’avait conduite jusque-là et la grande majorité des grévistes ne s’y sont pas sentis prêts. Le protocole de reprise fut établi le vendredi 14 et les marins refusèrent de prendre la mer tant qu’ils n’en connaissaient pas le contenu. Finalement, les jours de grève seront tous retenus, moitié sur les salaires, moitié sur les congés ou les RTT. Ces retraits sont répartis sur trois mois. Aucune sanction ne sera prise pour les actions durant la grève.

À la manifestation de samedi 15, il n’y eut que quelques dizaines de salariés de la SNCM. Cette manifestation, avec la présence de Bernard Thibault, venait après la bataille et pour justifier la reculade.

Les dirigeants syndicaux et le conflit de la SNCM : L’art et la manière de couler une grève Depuis plusieurs années, il existe au sein de notre organisation une tendance minoritaire. Cette tendance soumet des textes différents de ceux de la majorité au vote de nos camarades lors de nos conférences nationales. Mais elle s’est exprimée aussi, à chaque fois qu’elle l’a désiré, dans les bulletins intérieurs de notre organisation. Ces camarades ont demandé à se constituer en tendance structurée ou, autrement dit, en fraction. C’est pourquoi ils s’expriment chaque semaine à cet endroit, dans les colonnes de notre hebdomadaire, parfois pour défendre des opinions identiques ou semblables à celles de la majorité, parfois pour défendre des points de vue différents. Le conflit à la SNCM a marqué l’actualité sociale de la rentrée. On a vu, pendant 24 jours des travailleurs combatifs se mobiliser contre le coup de force que tentait de Villepin, malgré les tentatives répétées du gouvernement de mater le conflit.

Lorsque le gouvernement avait annoncé le désengagement total de l’État de la SNCM, avec un plan social où on parlait de 600 licenciements (sur 2400 salariés), la réaction du personnel ne s’était pas fait attendre : la grève démarrait le lendemain. La détermination pendant la première semaine de grève explique que le 27 septembre le gouvernement effectuait un léger recul en annonçant le maintien de l’État comme actionnaire minoritaire et 400 suppressions d’emplois sans licenciements secs. Mais déjà la CGT en rabattait sur les revendications : « Nous pourrons discuter d’une ouverture du capital au privé, très minoritaire » affirme alors Jean-Paul Israël, de la CGT-Marins. Un recul suivi par d’autres, la CGT insistant par la suite sur la demande de 51% de parts pour l’État.

Ces concessions sur les revendications s’effectuaient alors que le mouvement marquait des points. Ceux de la SNCM n’étaient plus seuls : fin septembre, le personnel du port autonome de Marseille s’était mis en grève. Certes, en même temps qu’il reculait quelque peu, de Villepin mania la trique en faisant donner le GIGN contre le Pascal Paoli, passé sous contrôle des grévistes. Mais ce mauvais coup ne les désarçonna pas, il contribua plutôt à mettre le conflit sous les feux de l’actualité et à susciter l’émotion et la solidarité parmi les travailleurs du pays.

L’affaire devenant nationale, on vit Thibault s’impliquer personnellement... en se rendant à Matignon, à sa demande, pour négocier par-dessus la tête des grévistes. Puis il adresse le dimanche 9 octobre, avant que les ministres Perben et Breton se rendent à nouveau à Marseille pour une rencontre avec les syndicats, une lettre à de Villepin soulignant que ceux-ci « ont accepté la perspective d’une présence de capitaux privés et l’hypothèse d’un plan social... ». La revendication que l’État reste présent à 51% dans le capital n’y figure pas. « L’avenir de la SNCM ne se résume pas fondamentalement à la question de la part de capital de l’État actionnaire », dira Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT.

Lors de la journée d’action du 4 octobre à Marseille, on put mesurer la réelle sympathie envers les grévistes de la SNCM. À Marseille les traminots, eux aussi menacés, ont poursuivi la grève à partir du 4. N’était-il pas possible à partir de cette journée d’action d’étendre le mouvement ? Pas possible de s’adresser aux cheminots, salariés d’EDF ou autres, sur la liste des prochaines victimes des privatisations et licenciements, qui préfèreraient faire front ensemble plutôt que se battre séparément ?

Savoir s’il y aurait eu du répondant à une telle tentative, nul ne peut certes l’affirmer. Ce qui est sûr, c’est qu’une extension aurait vraiment fait peur au gouvernement. Et ce qui l’est également, c’est que telle n’était pas la volonté des confédérations syndicales. Les négociations chères à Thibault n’ont rien donné de très différent de ce qu’annonçait de Villepin fin septembre. La grève est demeurée forte, même si quelques fléchissements ont eu lieu les derniers jours, avec la fin de la grève du port autonome de Marseille. C’est dans cette situation que la CGT, se posant en syndicat « responsable » a décidé de consulter les grévistes. Le jeudi 13 octobre, à l’assemblée générale, le choix proposé était entre un bulletin de vote « Non à la reprise du travail = dépôt de bilan », et « Oui à la reprise du travail pour éviter un dépôt de bilan ». Le message était sans ambiguïté : poursuivre la grève, c’est mettre l’entreprise en faillite et faire 2400 chômeurs. Ce chantage-là, on l’avait entendu depuis des semaines, de la bouche de Villepin, des autorités ou des médias alarmés par la soi-disant gravité de la santé financière de la SNCM. Il y avait urgence, nous disait-on, et une seule solution était possible : la privatisation et les licenciements. Ces arguments fallacieux, les grévistes de la SNCM les connaissaient bien, ils n’y avaient pas cédé pendant plus de trois semaines. Mais cette fois-ci, c’était la CGT elle-même qui tenait ce discours aux salariés. En affirmant que la continuation menait au dépôt de bilan, la CGT montrait qu’elle n’était plus disposée à poursuivre le combat, et elle portait ainsi un coup fatal à la grève. Même si, hypocritement, le secrétaire local du syndicat CGT des marins, refusait aux grévistes toute indication de vote.

On a certes entendu le Syndicat des travailleurs corses dénoncer l’attitude de la CGT. Mais sans offrir la moindre alternative aux travailleurs, ne voulant depuis le début se préoccuper que des intérêts prétendument spécifiques des travailleurs corses. Si sa revendication de régionalisation de la SNCM était mise en place, elle ne garantirait rien contre la privatisation ni contre des suppressions d’emplois. Dans les derniers jours de la grève, le STC n’a rien proposé. Il n’a poussé des hauts cris contre la CGT... qu’une fois la reprise votée.

Le conflit de la SNCM montre une fois de plus que les travailleurs ne peuvent pas compter sur les directions syndicales pour organiser une véritable riposte à l’offensive patronale et gouvernementale. C’est aux travailleurs eux-mêmes qu’il revient alors de pousser à l’extension la plus large possible de chacun de leurs combats. Ils ne doivent pas remettre la direction de leurs luttes aux appareils syndicaux s’ils ne veulent pas être menés en bateau, puis vaincus. La réelle démocratie dans la grève est indispensable, et elle consiste à élire et contrôler la direction de la lutte par les grévistes eux-mêmes et pendant toute la durée du conflit.

SNCM, RTM, SNCF... Quatre mois de grèves déterminées... mais défaites

Le dernier tiers de l’année 2006 aura été marqué par des grèves qui bien que localisées, ont focalisé l’attention de tout le pays. Ainsi, après les marins de la SNCM, puis les traminots de la RTM, à Marseille, celle en décembre des conducteurs du RER D en banlieue parisienne. Elle a duré 10 jours (23 à la SNCM et 46 à la RTM) mais, venant dans la foulée d’une grève générale (avortée) de la SNCF et semblant sur le point d’être imitée par d’autres secteurs cheminots (pendant quelques jours, ceux du RER B l’ont rejointe, puis d’autres en province s’y sont mis de leur côté), elle a provoqué un instant la même inquiétude des autorités et des médias. Une inquiétude qui démontre que, dans le climat social actuel, gouvernement et patrons craignent que la moindre grève un peu sérieuse serve de détonateur à un mouvement bien plus large, même quand ce n’est ni la volonté ni les préoccupations des grévistes eux-mêmes.

Là, la colère a éclaté à propos de nouveaux horaires : augmentation du nombre de week-ends travaillés, due à la décision de faire circuler plus de trains sans créer les effectifs suffisants. Apparemment un problème bien spécifique. En fait, la simple traduction chez les roulants de l’accroissement de l’exploitation dont sont victimes, sous une forme ou sous une autre (augmentation de la charge de travail, suppressions d’emplois, manipulation des horaires, abaissement du salaire réel) tous les cheminots, et en fait tous les travailleurs du privé comme du public. D’où la crainte des autorités que ce mouvement serve d’exemple et leur volonté d’y mettre fin à tout prix... sans céder autre chose que des miettes. Ce qui en fait du coup un contre-exemple... comme la SNCM ou la RTM l’ont été avant lui. L’échec inévitable ?

Qu’en conclure ? Que même dures, même menées par des travailleurs déterminés, les grèves seraient, face à la fermeté du gouvernement actuel, inefficaces, vouées à l’échec ?

La grève des conducteurs de la banlieue parisienne a échoué parce qu’elle est restée isolée, tout comme celles de la SNCM et de la RTM. Or cet isolement n’était en rien une fatalité. Les mêmes problèmes et le même mécontentement existent chez l’ensemble des cheminots qui subissent tous de plein fouet la politique de baisse des effectifs (7 000 suppressions de postes entre 2003 et 2004) et des salaires (augmentations très faibles après des années de quasi-blocage depuis 1998). Dans ce contexte, pourtant, les syndicats (la CGT et Sud, très implantés en banlieue) n’ont pas eu la moindre démarche pour s’adresser aux autres cheminots. Ils n’ont diffusé aucune information vers les autres secteurs, au point que, parfois, les conducteurs de dépôts voisins ne connaissaient même pas les raisons précises de la grève. Et ils ne se sont pas plus adressés aux voyageurs.

Paradoxe apparent même, c’est la direction SNCF et les médias mobilisés par elle qui l’ont fait. Le seul tract distribué dans les gares fut celui de la direction. Évidemment, ce brusque souci de l’usager (qui, d’habitude, sur ces lignes de banlieue est traité comme un chien : retards quotidiens, conditions difficiles aux heures de pointe) n’était pas anodin. En faisant des conducteurs d’affreux privilégiés, paraît-il très bien payés pour des journées de travail de moins de 6 heures, il s’agissait de susciter la colère des voyageurs... contre les grévistes, de contribuer à isoler la grève. Quoi de plus facile, du coup, pour la direction de jouer sur la gêne et la lassitude croissantes d’usagers tenus à l’écart d’un mouvement dont ils ne comprenaient pas les raisons... et d’attendre patiemment que la grève s’essouffle ? Ainsi, en ne faisant rien pour étendre ni même faire connaître la grève, les syndicats, qu’ils l’aient voulu ou non, l’ont condamnée à l’impasse et ont envoyé les grévistes, tout déterminés qu’ils étaient, dans le mur. De toute évidence, le même sort fut réservé aux grèves qui éclatèrent par la suite dans d’autres villes de province, à Rouen, dans le Sud-Ouest ou encore à Nice où les conducteurs de TER durent reprendre eux aussi après dix jours de grève sans résultat. La culture du catégoriel.

Il est vrai que les grévistes eux-mêmes ne voyaient pas l’utilité d’élargir, pas même à l’ensemble de la catégorie des roulants. Mais comment n’en aurait-il pas été ainsi quand tout espoir de grève générale de la SNCF avait été torpillé 15 jours plus tôt ! Le 21 novembre au soir, en effet, les fédérations syndicales (CFDT exceptée) appelaient l’ensemble des cheminots à une grève reconductible... pour les inviter à reprendre le travail dès le lendemain. Le prétexte de la volte-face ? Les cheminots auraient remporté une victoire, petite certes, mais une victoire quand même, et la participation à la grève était un peu faiblarde.

Une victoire, les ridicules concessions de la direction ? 0,3 % d’augmentation, une prime de 120 euros (hiérarchisée, c’est-à-dire profitant d’abord aux plus hauts salaires), de vagues promesses de geler (et non annuler) quelques suppressions de postes : pas de quoi pourtant stopper la dégradation du niveau de vie ni la réduction continue des effectifs !

Les cheminots n’auraient pas répondu présents ? C’est ce qu’avait voulu faire croire bien sûr la direction en publiant le chiffre de 23 % de grévistes, repris en chœur par tous les médias. Un chiffre forcément bas puisqu’il englobait toutes les catégories de cheminots, cadres et maîtrises compris. Par contre elle se gardait bien d’ébruiter celui, bien plus significatif, de l’Exécution (33 %). Cette première journée, sans être un franc succès, montrait au contraire qu’une partie non négligeable des cheminots était partante pour ce qu’elle croyait vraiment une grève reconductible, c’est-à-dire peut-être longue et difficile... mais au moins générale à la SNCF.

Seulement voilà, c’était un trompe-l’œil. Trompe-l’œil qui n’avait sans doute pas échappé à la direction SNCF et au gouvernement.

Tout dans l’appel des syndicats sonnait faux en effet. Et d’abord les revendications : un catalogue fourre-tout où il était question des salaires, de l’emploi et de la privatisation, réelles préoccupations des cheminots, mais où rien n’était précisé ni chiffré. Peu motivant pour les hésitants ! Ensuite, la préparation de cette grève... ou plutôt son sabotage : l’annonce du préavis des semaines à l’avance aurait pu être l’occasion de mobiliser, prendre le temps de passer dans tous les secteurs, convaincre les indécis... bref déployer tous les efforts pour que cette première journée soit une réussite. Dans une certaine mesure, sur le terrain, les militants syndicaux l’ont fait, en organisant dans bien des endroits des tournées. Mais quelle efficacité ces initiatives pouvaient-elles avoir quand, dans le même temps, les fédérations se prêtaient au jeu de la négociation, adoptant au gré des tractations avec la direction un ton de plus en plus conciliant la semaine précédant la grève ! D’un côté, elles agitaient le mot d’ordre de grève reconductible (ce qui permettait de donner le change aux cheminots les plus combatifs), de l’autre elles multipliaient les signes rassurants en direction du gouvernement et de la direction : pas d’inquiétude, il n’est pas dans notre intention d’organiser un nouveau 95, tout au plus une grève que l’on fera cesser le plus tôt possible, au premier os que vous nous donnerez à ronger... Promesse tenue puisque, le 22 au soir, après un jour de grève, les syndicats arrêtaient tout. La peur du mouvement d’ensemble.

L’appel des syndicats n’avait donc été qu’une comédie, dont les seuls dupes ont été les cheminots qui y ont vu enfin l’occasion d’engager un combat d’ampleur et de rompre avec la succession de « journées d’action » (six depuis janvier 2005 !) dont ils avaient pu amplement mesurer l’inefficacité. Et voilà que cette grève reconductible se révélait n’être qu’une « grève carrée » (grève de 24 heures dans le jargon cheminot) de plus !

L’opération avait réussi. Cette grève avortée ne pouvait manquer d’en refroidir beaucoup. Et, pour les plus déterminés, ceux qui avaient le plus la colère et n’acceptaient vraiment pas les nouveaux coups, les aiguiller vers des bagarres locales. La voie de la grève générale ne venait-elle pas de leur être fermée ? Tout les poussait donc à tenter d’obtenir localement ce qu’ils pouvaient, pour eux-mêmes, sans se préoccuper des autres, en ne comptant que sur leurs propres forces. Ce repliement sur soi n’était que la conséquence de la défaite du 21 novembre.

À la SNCF, les directions syndicales ont fait une fois de plus la démonstration que leur intention n’était pas d’aller vers le mouvement d’ensemble, seul moyen de mener à la victoire. Lorsque des mouvements locaux se déclenchent malgré tout, elles peuvent certes en prendre la tête et se montrer « radicales » (en laissant faire leurs représentants locaux qui ont moins de visées politiciennes ou sont davantage sous la pression de la base), elles peuvent même les déclencher elles-mêmes pour éviter d’être débordées, mais elles ne tenteront rien pour les étendre. Ou plutôt elles feront tout pour que ce ne soit pas.

La SNCF n’a été qu’un nouvel avatar de la politique qu’on avait vu à l’œuvre quelques semaines avant, lors des grèves de la SNCM et de la RTM. Alors qu’il aurait fallu tout faire pour tenter d’étendre (ce qui localement commençait un peu à se faire, puisqu’à Marseille les dockers s’y étaient mis aussi), les directions syndicales torpillèrent l’occasion de le faire. Là, ce fut par le biais de l’organisation d’une action de plus grande envergure, la journée interprofessionnelle du 4 octobre, mais... sans lendemain. Pourtant près d’un million de personnes étaient descendues dans la rue dire non aux privatisations et aux suppressions de postes, ce contre quoi justement les grévistes de la SNCM et de la RTM étaient en train de se battre. Le succès de cette journée ne fut pas extraordinaire (les salariés du privé, notamment, étaient encore trop peu nombreux). Il aurait pu pourtant offrir un point d’appui pour proposer une perspective aux salariés confrontés aux mêmes problèmes. Les syndicats se contentèrent de se féliciter de ce succès sans chercher à l’exploiter et à organiser l’étape suivante, avec comme objectif la généralisation des luttes. Et ils laissèrent les grévistes de la SNCM et de la RTM continuer tout seuls. Avec le résultat que l’on connaît... Mettre toutes les chances de notre côté.

Le trimestre dernier, tant à la SNCF qu’à la SNCM ou à la RTM, c’est la politique des directions syndicales qui a montré son efficacité au service de nos adversaires. La grève, elle, est toujours à l’ordre du jour. Mais pas la grève isolée, parquée, atomisée. La grève dirigée par des travailleurs organisés en comités de travailleurs et fédérée à l’échelle nationale.

Au lieu de cela, on pouvait lire dans Lutte Ouvrière n°1941 du 14 octobre 2005

SNCM - Marseille : après trois semaines de grève Durant toute la première semaine d’octobre, le gouvernement a continué de mener une virulente campagne sur les risques de dépôt de bilan de la SNCM, tout en faisant mine de faire une nouvelle proposition à prendre ou à laisser. Les syndicats FO et CGC-CFE, ainsi que les syndicats d’officiers se sont retirés du mouvement sans que cela n’ait entamé le moral de la majorité qui rejette la privatisation de la compagnie. Mais bien évidemment quand la CGT a fait une proposition identique, mercredi 12 octobre à l’assemblée des sédentaires, cela a été ressenti comme un appel à l’arrêt de la grève.

Lors de leur venue à Marseille du jeudi 6 octobre, les ministres des Transports, Dominique Perben, et de l’Économie, Thierry Breton, ont refusé de négocier, réitèrant la menace de dépôt de bilan.

D’autres entreprises continuaient aussi leur grève, la Régie des Transports de Marseille (la RTM), le Port Autonome de Marseille (le PAM). Une manifestation a eu lieu devant la mairie le vendredi 7 octobre, rassemblant des centaines de traminots, des travailleurs de Nestlé, de STMicroElectronics, du PAM, et de la SNCM, dont des matelots qui arrivaient en canots sur le Vieux Port. L’ambiance était chaleureuse.

Durant le week-end, la grève des agents du PAM prenait fin.

En tout début de semaine, lundi 10 octobre donc, 200 grévistes ont distribué des tracts à la Joliette, à la Porte d’Aix, et au tunnel Prado-Carénage. Les encouragements, « courage, il faut tenir », « ne lâchez pas », étaient nombreux, prouvant aux grévistes que leur lutte est suivie avec une grande sympathie.

Les grévistes se sont à nouveau rassemblés devant la préfecture à 10 heures, tandis que les ministres, de retour à Marseille adoptaient une attitude provocante. Lors de la rencontre avec les syndicalistes, Perben et Breton ont distribué une feuille portant les propositions quasiment inchangées du gouvernement. Ils ont déclaré que c’était ça ou le dépôt de bilan, qu’ils ne discuteraient qu’après la reprise du travail et que leur avion les attendait.

Sur ce, marins et sédentaires réunis sur le Méditerranée, ont reconduit la grève avec enthousiasme, leur assemblée s’étant terminée par l’Internationale.

Une réunion du Conseil d’administration de la Compagnie s’est tenue, elle aussi, ce même lundi 10 octobre, à laquelle la CGT a décidé de ne pas participer.

Ce jour-là encore, FO a annoncé se contenter des propositions gouvernementales et s’est retirée de la grève. Le représentant de la CGC trouvait, lui aussi, qu’il y avait « des avancées » et appelait à la suspension du mouvement. Mais, mardi 11 octobre, lors de l’assemblée des sédentaires, l’écrasante majorité des 250 présents a encore voté la continuation de la grève. L’après-midi sur le Méditerranée les sédentaires retrouvaient les marins et ils reconduisaient ensemble la grève. Rendez-vous était pris pour informer la population par tract.

Des pages entières du journal La Provence et les déclarations du maire ont présenté les grèves comme une catastrophe pour Marseille. Comme si la catastrophe pour Marseille, la Provence et la Corse, ce ne serait pas plutôt les suppressions d’emplois, directes et induites, et la vente des transports publics sur mer comme sur terre, à des sociétés privées ne se préoccupant que de rentabilité au détriment du service public et de la population.

Mercredi 12 octobre, dans l’après-midi, le secrétaire CGT des sédentaires appelait ceux-ci à reprendre le travail. L’argument principal étant d’éviter le dépôt de bilan prévu pour vendredi. Dans l’assemblée générale houleuse, des grévistes ont crié leur volonté de continuer la grève. La même proposition devrait être faite mercredi soir à l’assemblée des marins, et la décision être prise, jeudi 13, après une nuit de réflexion.

Pourtant face au chantage, les grévistes avaient du poids, d’autant plus qu’ils n’étaient pas seuls et qu’ils avaient la sympathie des travailleurs de Marseille. Ils pouvaient transformer les décrets, règlements et autres articles du code du commerce en ce qu’ils sont : des chiffons de papier. Ceci, d’autant plus qu’une manifestation, prévue samedi 15, promettait d’être importante.

Correspondant LO

Hôpitaux

On peut citer de multiples exemples comme la grève à Saint-Antoine, la grève à Tenon, la non-grève à Saint-Antoine...

Victoria ? Victoire, qu’ils disent…

Les syndicats de l’APHP ont beau crier victoire et annoncer que la mobilisation a réussi, les réformes prétendues, la réorganisation et les plans stratégiques de restrictions de l’hôpital public, notamment les regroupements et les suppressions d’emplois, n’ont nullement été remis en question ni même stoppés momentanément ou retardés, contrairement à ce qu’ils affirment mensongèrement.

Avec la mobilisation autour du siège de l’APHP de l’avenue Victoria, les personnels de l’Hôpital public disposaient enfin d’un moyen de dénoncer au grand jour l’opération de destruction massive de la santé et l’occasion de donner un coup d’arrêt à la politique de démolition engagée par le gouvernement dans tous les services publics. En permettant de regrouper tous les personnels de l’ensemble de la Santé autour d’un point de fixation, cette mobilisation réussie pouvait les amener à se rassembler sur des objectifs et des moyens d’action collectifs, ce qui n’avait pas été le cas depuis longtemps. Et le début était un succès puisque des hôpitaux mobilisés s’étaient rendus sur place en nombre en plus de petites délégations de plusieurs hôpitaux. Raison de plus pour les dirigeants syndicaux d’y mettre fin rapidement avant que le résultat les dépasse… Il a suffi que le gouvernement leur fasse miroiter des négociations et le gel des « réformes » en attendant les discussions pour que ces centrales syndicales sonnent la retraite… La pause des projets n’est que des mots. Quant aux négociations, elles ne visent même pas les suppressions d’emplois massives que le gouvernement n’entend pas mettre en débat ! Ce n’est que de la poudre aux yeux.

Il est grand temps que les salariés de l’hôpital public, comme de l’ensemble du service public ou du privé, décident eux-mêmes de mener les luttes sociale sans en laisser la direction à des stratèges de la défaite, les mêmes qui en 2003 ont laissé nos retraites remises en cause, les mêmes qui ont décommandé la grève générale des raffineries alors que la fermeture de la raffinerie de Dunkerque n’était pas abandonnée. Là aussi, les syndicats avaient crié victoire car ils avaient obtenu des négociations et, en entendant, le gel des mesures. Ce n’est pas en suivant de telles directions si facile à geler dès qu’on leur parle de « dialogue social » que nous pouvons nous battre, mais en mettant en place nos propres moyens de décisions : assemblées générales qui prennent les décisions, collectifs, coordinations et comités de grève qui les préparent…

Les militants d’extrême gauche, de Lo par exemple, qui avaient leur poids dans la mobilisation à Victoria qui pouvait entraîner d’autres hôpitaux n’ont pas cherché à contrer les centrales qui avaient décidé d’annuler cette mobilisation ni n’ont voulu dénoncer cette trahison.

Hôpital Saint-Antoine : Comment les syndicats peuvent empêcher que se développe un mouvement d’ensemble

Les grèves de Saint-Antoine et de Tenon ont été battues car isolées. Elles se battaient pour des revendications qui ne peuvent être gagnées que par une lutte se généralisant, ce qu’aucune centrale ne souhaite impulser et que les militants d’extrême gauche, présents dans ces grèves, ont refusé d’impulser, soutenant les centrales...

Ici l’article de LO alors que LO intervient au sein de la CGT :

Hôpital Saint-Antoine — Paris : après trois mois de conflit Une première avancée

Au terme d’une grève entamée le 30 novembre, dans laquelle la quasi-totalité du personnel était assigné, avec une suspension pendant la période des fêtes de fin d’année, le personnel du service d’hématologie de l’hôpital Saint-Antoine a voté la reprise du travail pour le vendredi 6 janvier sur ce qu’il a considéré comme un compromis acceptable.

La direction s’est engagée par écrit sur les points suivant : la mise en stage, pour commencer le processus de titularisation, avec effet au 1er décembre 2011, de trois aides-soignantes en CDD à répétition et, même si le poste de coursier demandé n’est pas accepté, la direction s’est engagée, toujours par écrit, à ce que les coursiers actuellement en poste soient remplacés lors de leurs congés.

Certes, tout n’est pas réglé. Mais il est certain que cette avancée, si limitée qu’elle soit, n’a été rendue possible que par la mobilisation du personnel d’hématologie qui s’est adressé aux autres secteurs de l’hôpital pour essayer de faire face en commun aux problèmes rencontrés par tous.

Plusieurs fois, le personnel de l’hématologie a appelé d’autres services à participer à des assemblées communes. De 65, les rassemblements sont passés à 130 personnes, puis à 165. Même si la proximité des fêtes et trois semaines de conflit ont fait que les choses en sont restées là, cela a permis de réunir ensemble à plusieurs reprises toutes les catégories : ouvriers, aides-soignantes, cuisiniers, agents hospitaliers ou administratifs, infirmières et cadres infirmiers, avec des agents venus de différents services de pneumologie, médecine interne, services techniques, sécurité incendie. De plus, face à des menaces proférées par un haut cadre, 102 collègues d’hématologie (les trois quart du service) ont signé une lettre pour dire que cela ne passerait pas.

C’est ce climat revendicatif qui a commencé à s’étendre à d’autres services, en particulier la pneumologie et la sécurité incendie, qui a amené la direction à préférer ne pas en rajouter en proposant ce compromis. En tout cas, avoir pris l’habitude de sortir de l’isolement et des divisions dans lesquelles on essaye d’enfermer chaque catégorie est un acquis qui servira demain. Car les problèmes ne sont pas terminés, loin de là.

Au moment même où la CGT, sous prétexte d’un comité de soutien dont on n’a pas vu la couleur, envoyait promener toute proposition d’action de la Maternité pourtant mobilisée contre sa fermeture dans l’hôpital et vers les autres hôpitaux, voilà ce qu’écrivait LO :

Hôpital Saint-Antoine - Paris 12e "Un regroupement qui ne se fait pas sans douleur

À l’hôpital Saint-Antoine (Paris 12e) comme dans tous les hôpitaux de l’AP-HP, la direction commence à préparer le regroupement de son établissement avec ceux de Tenon, Trousseau et Rothschild. Lors du déplacement d’un service d’un hôpital vers un autre, des lits sont supprimés, du personnel disparaît (700 postes sur Paris cette année).

Ainsi, Saint-Antoine gardera le service d’hématologie auquel se joindra dans le courant 2010 l’Hématologie de l’Hôtel-Dieu. Mais avant cela, la direction a cherché, depuis deux ans déjà, à bouleverser le rythme du service. Mais le personnel mobilisé depuis septembre en a décidé autrement et a opposé, pour novembre, son propre roulement en trois équipes à celui des cadres prévu pour deux équipes. Devant leur détermination, la direction a fini par reculer.

Autre secteur visé à Saint-Antoine : la Maternité. Celle-ci devrait être déménagée vers Trousseau, déjà surchargé, et Tenon dont les locaux sont encore en désamiantage ! Le service procède à 2 400 accouchements par an et regroupe un service de réanimation néonatale, des urgences gynécologiques, un centre d’IVG ; il accueille également le Planning familial du 12e arrondissement. Là aussi le personnel et les patientes se sont mobilisés : une pétition a été massivement signée, une grève du personnel a eu lieu lundi 9 novembre, avec journée portes ouvertes. Pour l’instant, la direction reste floue sur le devenir de la Maternité et renvoie à la direction générale de l’AP-HP. Des actions sont prévues par le service et par des associations de quartier pour maintenir la pression, afin d’obtenir enfin des réponses à leurs questions."

Maintenir la pression, agir par service, des actions sont prévues, des associations de quartier, LO, dont les militants sont à la CGT, reprenait mot à mot le discours de la bureaucrate CGT qui dirige d’une main de fer les luttes sociales à Saint-Antoine...

Raffineries

Les raffineries ont été l’occasion de voir la bureaucratie à l’oeuvre au point qu’elle a désorienté ses propres militants des raffineries. Une fois on y va puis on arrêt, une fois on n’y va, une fois grève générale puis on arrête...

La CGT avait appelé le 15 avril 2009 les salariés des raffineries françaises du groupe Total à cesser le travail. Cette date correspond au jour où doit se tenir, sous l’égide du gouvernement, une table ronde sur l’avenir du raffinage dans l’Hexagone. Dénonçant la fermeture de la raffinerie des Flandres, près de Dunkerque, le syndicat appelle les personnels à défendre l’emploi. La CGT réclame « une industrie du raffinage au service des besoins économiques et sociaux du pays et des bassins d’emploi ».

Lundi, lors d’un Comité Central d’Entreprise au siège du groupe, à la Défense, Total a présenté son projet de fermeture de l’établissement des Flandres, l’une des six raffineries françaises du groupe. S’engeant à ne procéder à aucun licenciement parmi les 370 salariés, la direction souhaite reconvertir le site en dépôt. Un centre de formation aux métiers du raffinage et un centre d’assistance technique aux opérations de raffinage seraient créés sur place, ce qui permettrait de maintenir à Dunkerque 240 postes. En parallèle, Total prévoit de reclasser 80 salariés dans d’autres raffineries et 30 sur d’autres types de structures du groupe en France. Enfin, 20 salariés pourraient bénéficier d’un départ anticipé à la retraite.

Dénonçant la fermeture de l’établissement des Flandres, les salariés, très mobilisés, avaient paralysé, le mois dernier, les raffineries et dépôts pétroliers du groupe. Mais ils avaient eu affaire aux stratégies des centrales syndicales.

Dès le début du conflit, la CGT avait chargé des responsables syndicaux centraux de le gérer. Prenant un air ultra-combatif, la centrale avait elle-même lancé le mot d’ordre de grève générale dépassant même le cadre de Total, pour finir par l’arrêter avant même que cette grève aie eu le temps de se développer.

En même temps, il apparaissait un accord entre Sarkozy et la direction CGT, ce qui ressortait dans les discours du gouvernement qui trouvait normale la réaction de la CGT. Bizarre, bizarre : un syndicat appelle à la grève générale et menacerait de bloque r l’approvisionnement en essence du pays et le gouvernement de droite soutiendrait le syndicat...

Manipulation est certainement le mot et de tous les côtés. C’est même de la raffinerie... tactique pour renouveler le jeu patron/Etat/syndicat qui commençait à s’user.

Pour en dire plus, il faut rentrer dans bien des détails scabreux... Les travailleurs de cette raffinerie sont véritablement pris en otage, leur site menacé leur dit-on de fermeture puis on leur dit non puis oui, puis pas tout de suite puis pas avant cinq ans, puis toutes les raffineries sont menacées, puis le gouvernement affirme qu’aucune ne l’est, puis le dirigeant de Total, nullement indépendant du pouvoir, déclare qu’il verra, qu’il tentera de sauver des emplois, de proposer des alternatives, puis, puis, ...

Visiblement déjà tout ce petit monde joue un jeu. Lequel ? Ils veulent provoquer une lutte ou quoi ?

Puis la lutte démarre. Ou du moins ce qui est présenté comme tel. Contre qui lutte-on devrait-on demander dans chaque lutte. Et ici plus que jamais !

Total, c’est la même chose que le gouvernement et ils ne disent jamais la même chose tout en faisant semblant de se concerter. Vous avez dit bizarre...

Les syndicats jouent un autre jeu, tout aussi compliqué. ils appellent une raffinerie, tout Total, toutes les raffineries, plus aucune, de nouveau Total, de nouveau plus aucune, finalement la seule paraît-il menacée. Oulala ! ça donne mal à la tête aux concernés, aux grévistes, aux non-grévistes qui ne savent pas si on les appelle encore ou non...

Quelle impression cherche-t-on à donner ? Que les syndicats ont mené une lutte alors qu’il y avait arrangement dès le départ, cela y ressemble bien.

Généraliser les luttes n’entre pas dans la stratégie de ces centrales. Quand elles font semblant, c’est assez désordonné et peu convaincant.

Et Sarkozy n’est-il pas en train de remercier ces syndicats en leur donnant le droit de se présenter comme une direction radicale. Dans tout cela, il semble bien que personne ne se soucie du vrai problème : les menaces qui pèsent sur les salariés menacés de licenciements !!!!

Pour finir, la CGT annonce qu’elle a obtenu des choses de Total, grâce à une convocation du PDG par Sarkozy, entrevue secrète mais diffusée à la presse... En fait, tout ce que la CGT a obtenu c’est ….. des réunions de discussion alors qu’il y en avait déjà.

La CGT a donc cassé une mobilisation contre des nèfles, contre sa bonne entente avec un gouvernement qui se dit d’accord avec ses revendications !

Comme si l’Etat français n’avait pas les moyens d’imposer sa politique à Total s’il n’était pas au service de ses trusts et ne jouait pas un jeu démagogique dans cette affaire.

Et les révolutionnaires là dedans ?

Vont-ils dénoncer les manœuvres des centrales syndicales ?

Pas du tout !

L’éditorial de Lutte Ouvrière soutient à fond les faux appels de Bernard Thibaut. Quand celui-ci les retire, sur le site de LO on trouve une espèce de justification disant qu’on ne sait pas pourquoi mais la Cgt a sûrement ses raisons de retirer son mot d’ordre... Caution complète.

La fraction de LO, dans et hors du NPA, écrit une phrase qui n’a aucun sens en guise d’explication (« Chez Total, bien sûr, où rien n’est terminé, après que les ouvriers de Dunkerque se sont invités lundi au siège du groupe à la Défense, malgré les gaz lacrymogènes des forces de l’ordre. « )

et surtout une phrase qui ne dénonce nullement les centrales syndicales.

Le NPA se dit pour la lutte sans jamais explique ra manœuvre... Qui n’explique pas cautionne !!!!

ANNEXE

lutte ouvrière écrit dans son éditorial :

Vive la lutte des travailleurs de Total !

Les travailleurs de Total ont répondu de la seule façon juste et appropriée à la décision révoltante du trust pétrolier de fermer l’usine de Dunkerque : par la grève illimitée de toutes les raffineries. Total est le groupe industriel le plus riche du pays. Cette année encore, malgré la crise, il a dégagé près de huit milliards de profit. Une fraction modeste de ce profit suffirait à financer le maintien de l’emploi sans diminution de salaire, quitte à répartir le travail entre les différentes raffineries existantes et leurs travailleurs. Mais il n’en est pas question pour la direction de l’entreprise.

Dans une période de crise et de chômage massif, fermer la raffinerie de Dunkerque, c’est pousser vers la pauvreté ceux qui ont fait marcher l’usine et qui ont contribué à la richesse du trust. Et, aux travailleurs mis à la porte de Total, s’ajoutent ceux des sous-traitants, sans parler de ceux dont les revenus dépendent des dépenses des salariés.

Les dirigeants de Total comme leurs semblables sont des criminels irresponsables. Et les ministres qui s’agitent mais ne font rien pour contraindre Total à revenir sur son projet apparaissent pour ce qu’ils sont : de tristes pantins chargés de justifier l’injustifiable.

L’action des travailleurs de Total est plus que légitime, elle est nécessaire. En réagissant non pas au niveau d’une seule usine, celle dont les travailleurs sont directement attaqués, mais au niveau de l’ensemble des raffineries, en mettant en cause l’approvisionnement de l’ensemble des stations-service, ils menacent les actionnaires là où il sont sensibles : au profit.

La grève ne mobilise pas, pour le moment, l’ensemble des travailleurs du secteur pétrolier. Mais elle montre la voie. C’est en allant jusqu’au bout sur cette voie qu’il est possible d’interdire les licenciements, en empêchant les licencieurs de licencier.

Il y a de quoi être indigné, révolté, devant la coïncidence, cette semaine, d’annonces de profits énormes dans les banques et dans les grandes entreprises, et de plans de licenciements et de projets de fermeture ou de délocalisation. Six milliards de bénéfice pour la seule banque BNP, une des banques responsables de la crise financière ! Huit milliards pour Sanofi ! Près de quatre pour Axa ! Ajouter ces bénéfices les uns aux autres aboutit à des sommes largement suffisantes pour maintenir les emplois et en créer de nouveaux. Mais pas un centime de ces sommes ne sert à cela. Elles sont distribuées aux actionnaires, souvent de grandes sociétés, qui ne les investissent pas mais les placent en opérations spéculatives.

Cette situation ne peut pas durer. Elle ne durera pas. On ne peut que souhaiter que ceux de Total ou encore ceux d’Ikéa soient les hirondelles qui annoncent un printemps de lutte. Seules des luttes larges et massives feront reculer le grand patronat et le gouvernement.

Mais il est important que l’indignation qui monte dans le monde du travail et dans les classes populaires s’exprime aussi dans les élections qui viennent. Ce n’est pas que les résultats des régionales changeront les choses sur les questions qui sont vitales pour les travailleurs, comme les licenciements et les bas salaires. Mais il n’y a aucune raison de laisser la campagne électorale ronronner autour de discours de politiciens, sans même que se fasse entendre une voix dissonante venant du monde du travail.

Les listes Lutte Ouvrière présentes dans ces régionales ne participent en rien à la rivalité entre les partis politiques pour se répartir les directions des régions. Le vote pour les listes Lutte Ouvrière sera interprété comme un cri de colère venant de ceux, salariés, chômeurs, retraités, qui sont victimes de la crise et conscients que ce n’est pas à eux de la payer alors que la responsabilité en incombe totalement aux banquiers, aux grands capitalistes.

Ce sera aussi un vote en faveur d’objectifs qu’il serait souhaitable de mettre en avant dans les luttes futures. Il faut interdire les licenciements et répartir le travail entre tous sans diminution de salaire. Il faut soumettre au contrôle de la population laborieuse les dirigeants actuels de l’économie, les grands patrons licencieurs et les banquiers irresponsables.

Alors, exprimez la colère qui monte dans le monde du travail en votant pour les listes Lutte Ouvrière !

Arlette Laguiller

DÉCLARATION DU NPA :

Il y a douze raffineries en France. Les salariés des six raffineries françaises du groupe Total sont en grève depuis mercredi à l’appel de la CGT et de Solidaires. Les salariés de deux raffineries Exxon Mobil à Port-Jérôme-Gravenchon (Seine-Maritime) et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) ont d’ores et déjà annoncé qu’ils se mettraient en grève mardi. Les autres raffineries appartiennent à Ineos, Petroplus et Lyondell Basell.

L’enjeu de ce bras de fer est décisif pour tous les travailleurs. Au-delà de l’agitation journalistique sur le risque de pénurie d’essence à l’occasion des congés d’hiver (est-ce bien le rôle du secrétaire général de la CGT d’agiter le chiffon rouge de la pénurie  ?), c’est la possibilité de gagner sur l’emploi qui est aujourd’hui ouverte. Après la quasi-relaxe des Conti, le désaveu de la direction de Philips par la justice, les «  Total  » peuvent faire la preuve qu’il est possible de faire reculer l’un des plus grand groupes internationaux, en sauvant l’emploi.

Les salariés de Total montrent la voie. À chaque étape des provocations de la direction, ils ont répondu par l’élargissement de la mobilisation. Leur bataille devient nationale et politique. Préparons-nous à tous nous retrouver à leurs côtés.

Le travail avait repris dans les raffineries à l’appel de la Cgt qui était aussi à origine de l’appel à la grève générale....

Les salariés de quatre raffineries Total sur six en France ont voté mercredi la reprise du travail, a-t-on appris de sources syndicales. La reprise a été votée à La Mède (raffinerie de Provence, Bouches-du-Rhône), à la mi-journée, puis successivement à Feyzin (Rhône), Donges (Loire-Atlantique) et Grandpuits (Seine-et-Marne), selon des délégués syndicaux CGT, FO et CFDT. Les salariés de la raffinerie des Flandres, près de Dunkerque, restent en grève dans l’attente du comité d’entreprise du 8 mars.

Bilan :

dans l’ensemble, les salariés des six raffineries Total ont choisi d’obéir au mot d’ordre de la CGT. Ils ont choisi la reprise du travail. La CGT peut être satisfaite.

La direction de la cgt a cassé un mouvement qui était puissant et bien parti ! Honteux !abandonner ceux de Dunkerque qui avaient lancé le mouvement contre une promesse de table ronde( comme pour les profs ) payement éventuel des jours de grève et une promesse de non fermeture ,lamentable cela sent le coup fourré a un moment ou le gouvernement était en difficulté,il est vrai que sarkozy avait remercié les syndicats pour leur "responsabilité" il va pouvoir le faire encore !

En pleine embrouille !

Effectivement il manque l’outil organisationnel unitaire sous contrôle démocratique direct des travailleurs, qui permette de cesser d’être à la merci de la division et de l’indiscipline des directions syndicales. Sans cela, nous n’y arriverons jamais.

Déjà, la pratique régulière d’assemblées générales décisionnelles est une avancée considérable mais ça ne suffit pas, il faut bien passer à l’organisation unitaire sous contrôle démocratique quand le niveau de mobilisation le permet.

La situation actuelle est beaucoup plus complexe que n’essaye de le faire croire la bourgeoisie, les médias et, hélas, une partie des directions syndicales.

Le poison de la division et de la démobilisation qui laisse isolés ceux de la raffinerie des Flandres a été inséminé. Nous y verrons mieux demain, mais tous et toutes, nous devons soutenir ces travailleurs, proposer la socialisation de Total, sans indemnités pour les actionnaires, pour mettre l’entreprise sous contrôle des travailleurs.

Cette histoire n’est pas finie et le recul en trompe l’oeil de la direction ne doit pas faire illusion, ils ferment quand même l’avenir de l’emploi localement, surtout sur la sous-traitance et pour le reste il repasseront les plats à nouveau bientôt.

Il nous appartient de faire pression sur ce qui reste de la gauche, comme sur l’ensemble de la sphère politicienne, pour leur demander de confisquer Total, de populariser ces idées dans la population afin d’aller vers un grand service public de l’énergie sous contrôle des travailleurs qui serait seul apte à faire une mutation + écologique sans malmener les hommes et les femmes , sans maltraiter les travailleurs.

Quand les travailleurs de Total résistent et luttent face au géant pétrolier qui a permis à ses actionnaires de manger 4 fois le montant de l’équivalent de la CMUC en 2 ans , il y a également cette question récurrente de la propriété des moyens de production, afin de les mettre au service de la classe populaire.

Les raffineurs ont donc au moins deux autres raisons de se défendre, la mutation écologique et l’objectif du pouvoir des travailleurs. Rien que l’ombre de l’ombre de la possibilité de la réalité d’exécution de la deuxième raison aiderait singulièrement la direction du groupe pour revenir à des sentiments plus nobles. Les syndicats représentatifs n’ont rien obtenu, à part une réunion du CE anticipée au 8 mars. Dans cinq ans ce sera le tour des autres raffineries pour cesser l’activité.

Plus de productions en France. Plus de savoir faire, plus d’emplois de production... seulement des services et plus de chômage.

La CGT, encore une fois, demande la reprise du travail, avant consultation du personnel. Alors pourquoi organiser un vote aujourd’hui ? C’est très efficace pour casser le mouvement. Et c’est assez dégueulasse, honteux.

Les camarades partenaires sociaux auront droit à un hommage appuyé de leur partenaires de classe au pouvoir politique et financier , pour leur sens des responsabilités. ( maintenant vous êtes des nôtres, vous êtes notre démocratie, enfin nous y sommes...entre nous, gens de pouvoir, gouvernement et opposition rassemblés...)

Les travailleurs de la raffinerie Total de Feyzin s’étaient mis en grève le 17 février, en solidarité avec ceux de la raffinerie des Flandres, décidant la grève illimitée et cessant la production. Lundi 22, ils avaient même mis en route les procédures d’arrêt total de la raffinerie, qui s’est donc retrouvée complètement arrêtée mercredi 24 février au matin.

Mais c’est ce jour-là, alors que la grève se durcissait et tenait bon, qu’est arrivée la consigne des dirigeants syndicaux nationaux de Total de la suspendre. À l’assemblée générale de 13 h 30, la nouvelle était déjà connue par les médias et les 300 grévistes présents voulaient comprendre.

En fait, beaucoup n’ont guère été convaincus par les arguments syndicaux prétendant que tout avait été obtenu. Un certain nombre de grévistes se sont exprimés pour dire leur mécontentement, dire qu’ils étaient partis pour aller jusqu’au 8 mars, jour de la réunion du Comité central d’entreprise, que les dirigeants syndicaux disent une chose un jour et autre chose le lendemain, que l’objectif de faire redémarrer les Flandres n’était pas atteint, que Total avait mis un genou à terre et qu’en continuant il était possible de lui faire mettre les deux, et qu’ils étaient sceptiques quant à la possibilité de redémarrer le mouvement après le 8 mars.

L’organisation Lutte Ouvrière qui écrit cela rajoutait à son commentaire enthousiaste sur la fausse grève générale des raffineries orchestrées puis annulée par la CGT :

"Mais quels que soient la raison et les calculs qui ont amené la direction de la CGT Pétrochimie à suspendre le mouvement, il n’en reste pas moins que la généralisation de la lutte à laquelle elle a appelé était la meilleur réponse à apporter à Total et au gouvernement."

Concluant un édito qui commençait par :

"Vive la lutte des travailleurs de Total !

Les travailleurs de Total ont répondu de la seule façon juste et appropriée à la décision révoltante du trust pétrolier de fermer l’usine de Dunkerque : par la grève illimitée de toutes les raffineries."

On aimerait une explication sur les stratégies syndicales. Les travailleurs n’auraient-ils pas droit à ce que LO explique ce qu’elle en pense dans un édito aussi ...

SNCF

Quand LO combattait le bureaucratisme syndical dans ses rangs

Comment les centrales syndicales envoyaient les grèves dans des impasses

voir aussi SNCM

suite à venir...

Aéroports

L’extrême gauche, la bureaucratie syndicale et la grève des aéroports

’il a fallu le badge pour s’apercevoir que LO avait influencé cette grève. Parce que la politique de la grève ne montrait pas la moindre différence avec une grève dirigée par de simples syndicalistes qui ne discutent même pas avec l’extrême gauche... Ce n’est pas la politique menée qui pouvait en effet nous faire savoir que LO était là-dedans !

Le mouvement des aéroports a été canalisé, limité, isolé puis battu, enfin trahi par les directions syndicales et l’extrême gauche crie victoire alors que les revendications des salariés n’ont nullement été satisfaites et que les travailleurs n’ont pas pu s’organiser de manière indépendante des centrales traitres. A aucun moment, cette extrême gauche n’a cherché à les prévenir de la politique des centrales, de montrer qu’elle ne faisait que les isoler, qu’elle les abandonnait, qu’elle ne les soutenait même pas publiquement. Cherchez l’erreur ! Ce n’est pas une erreur : c’est une politique, celle de la gauche des appareils syndicaux...

Les leçons de la grève des aéroports

Le mouvement de grève a débuté le 16 décembre pour réclamer une revalorisation salariale. Le salaire mensuel d’un agent de sûreté est situé en moyenne entre 1 100 et 1 600 €. Le 16 décembre, les syndicats des entreprises de sûreté travaillant comme prestataires pour les aéroports ont lancé un préavis de grève national reconductible dans leurs différentes entreprises (ICTS France, Securitas, Brink’s, Alyzia Sûreté, etc.), qui emploient 10 000 salariés, pour exiger une revalorisation des salaires de 200 euros (qui s’échelonnent entre 1 100 et 1 400 euros selon les syndicats, 1 600 selon le patronat), et de meilleures conditions de travail.

Un récent rapport parlementaire souligne que « les personnels de sûreté sont les victimes de conditions de vie et de travail difficiles, parfois peu compatibles avec la vigilance et la concentration qu’exige leur activité de contrôle ». Le président du Sesa, Patrick Thouverez, a reconnu mercredi 21 décembre que « cette profession est un peu en mal de reconnaissance ». Il s’est dit favorable à des discussions sur les conditions de travail, mais pas sur les salaires, qui restent pourtant la principale requête des agents de sûreté.

Les patrons de Sécuritas, Brinks, ICTS imposent, avec la complicité d’ADP et des compagnies aériennes, des conditions d’un autre âge : des payes au niveau du Smic, des horaires impossibles, des temps partiels imposés, le travail sept jours sur sept, levés avant 5 h ou terminant à minuit passé, avec des plannings qui changent tout le temps, et en plus, pas de salle de repos ou de cantine, le mépris des chefs, et un statut précaire… Il y en a plus qu’assez !

A Roissy, c’est 180 policiers et 80 gendarmes qui, sans être formés pour cela, assurent une partie des contrôles de sécurité avant l’embarquement. Les « bleus », réduits à leur rôle de suppôts de l’ordre en place, deviennent ainsi des jaunes des temps modernes. Martiaux, Sarko et le délicieux Guéant viennent de déclarer qu’il n’était pas acceptable de prendre ainsi les Français en otage ! L’UMP annonce vouloir déposer une proposition de loi le 24 janvier prochain pour instaurer un service minimum dans les transports aériens. Des classiques, resservis sur tous les tons lors de chaque grève ! Le patronat du secteur joue le pourrissement pariant sur la division, l’épuisement et la lassitude.

Les salariés ont trouvé une revendication claire, unifiante et populaire : deux cents euros pour tous ! C’était le même mot d’ordre qui avait enflammé les Dom-Tom en février- mars 2009 et qui pourrait, dès aujourd’hui, servir de drapeau de ralliement à l’ensemble des salariés, rpivé comme public, précaires comme CDI !

Nathalie Artaud (LO), Olivier Besancenot (NPA), Jean-Luc Mélenchon et Marie-Georges Buffet (Front de gauche) se sont déjà rendus sur place pour affirmer leur solidarité et protester contre toute atteinte directe ou indirecte au droit de grève. Cela n’a rien de très étonnant. Par contre, aucun d’entre eux ne s’est étonné de l’absence des dirigeants nationaux des centrales qui, théoriquement, soutiendraient tous la grève... Aucune dénonciation donc de l’isolement voulu contre cette grève par les centrales !!!

Tous ont affirmé qu’il n’était pas normal que l’Etat intervienne contre les salariés et pour les patrons. Au lieu d’affirmer que tous les travailleurs doivent en tirer la leçon : l’Etat est bel et bien bourgeois et pas démocratique, ce qui signifie qu’à l’avenir, qui que ce soit qui gouverne, il ne faut pas s’attendre à ce que l’Etat, sa police, son armée, sa justice, soient impartiales ni soient aux côtés des victimes de l’exploitation...

Quelques leçons du mouvement des aéroports

La première, c’est que nous sommes dans une période où la classe capitaliste nous déclare collectivement la guerre et est prête à affronter des grèves radicales du moment qu’elles sont isolées. Donc, on ne peut pas nécessairement refuser de se battre dans certaines circonstances, mais il ne faut surtout pas se laisser isoler.

Les service de sécurité des aéroports ne sont pas les seules personnels qui pourraient se mettre en grève pour 200€ dans les aéroports. Tous ceux qui se refusent à appeler les autres secteurs des aéroports à se mettre eux aussi en grève sont des responsables de l’isolement de la grève...

La deuxième leçon, c’est que l’Etat est prêt à réprimer. Cela fait longtemps que l’on ne l’a ps vu à l’oeuvre contre les grèves de manière physique et violente, mais cela va revenir avec la crise. Il faut le savoir, le dire, en prévenir les travailleurs. Il ne faut semer aucune illusion sur le rôle de classe de l’Etat. Dire : l’Etat devrait intervenir pour faire reculer les patrons de la sécurité aéroportuaire, c’est semer des illusions...

Quant à LO voici son commentaire :

"Aéroport de Roissy

Onze jours de grève et le moral pour l’année !

Désormais tout le monde connaît dans le pays la situation de ces sous-traitants des aéroports, travaillant sept jours sur sept, même le dimanche, pour un salaire proche du smic, et encore à condition d’être à temps plein. Leur révolte s’est fait entendre et c’est là un succès de leur grève.

Oui, les travailleurs se sont fait respecter. Les directions ne voulaient pas parler argent ou salaire, et ils ont dû faire des concessions. Les patrons de la branche ont fini par proposer une augmentation des primes. Un doublement de la prime de performance individuelle, ce qui la porterait à un mois de salaire, mais avec seulement 500 euros garantis, et le restant soumis à des critères aléatoires et arbitraires. À la toute fin, les patrons ont rajouté une augmentation de 1,60 euro par jour de la prime panier, l’équivalent de 370 euros d’augmentation sur l’année. Ils ont enfin accepté la reprise à 100 % du personnel en cas de changement de société titulaire du contrat.

La grève a continué mais lundi 26, à part la CGT, les directions syndicales ont signé le protocole, souvent contre l’avis de leurs propres élus de Roissy et contre celui de l’assemblée des grévistes.

Si les grévistes n’ont pas pu obtenir tout ce qu’ils demandaient, ils ont obtenu un accord qui concerne l’ensemble des 10 000 salariés des sociétés de sûreté opérant sur l’ensemble des aéroports du pays. Ils ont fait reculer les patrons et ils sont fiers de leur lutte et de s’être fait entendre de tous les travailleurs du pays.

Lutte Ouvrière n°2264 du 22 décembre 2011

Editorial

Contre les mensonges des ministres, solidarité avec les grévistes des aéroports

Le mouvement de grève des agents de sûreté, chargés du contrôle des bagages des passagers dans les aéroports, se poursuit. Et voilà que le gouvernement reparle d’un service minimum et menace de remplacer les grévistes par des policiers. La ministre de l’Écologie et des Transports, Kosciusko-Morizet, s’est déclarée quant à elle « choquée » des inconvénients que la continuation de cette grève implique pour les voyageurs : vols perturbés, avions retardés.

Eh oui, lorsqu’une catégorie de travailleurs arrête le travail, cela a des conséquences ! Preuve que, sans les travailleurs, rien ne fonctionne.

Pour que les avions volent, pour que des millions de personnes puissent se déplacer par ce moyen, il faut la collaboration d’une multitude de catégories de travailleurs : pilotes, hôtesses de l’air, bien sûr, mais aussi mécaniciens, bagagistes, agents de piste ou de sûreté, agents d’accueil ou d’entretien. Leurs qualifications sont différentes, leurs salaires aussi. Les uns dépendent des aéroports, les autres des compagnies aériennes, d’autres encore de multiples sociétés sous-traitantes. Ils ont tous en commun que, sans eux, les entreprises ne peuvent pas fonctionner, ne peuvent pas remplir leur rôle social, et qu’elles ne peuvent pas non plus produire du profit. La seule catégorie sociale liée au secteur qui est totalement inutile est celle des actionnaires, des propriétaires des compagnies aériennes.

Il en va ainsi pour toutes les entreprises. Leur fonctionnement résulte du travail d’une multitude de salariés pour le seul profit d’une poignée d’exploiteurs.

Les agents de sûreté protestent contre les salaires bas, mais aussi contre les conditions de travail déplorables : horaires de galère, travail parfois sept jours sur sept, absence de salles de repos et de cantine. Ils revendiquent une augmentation de salaire de 200 euros.

Les grévistes se heurtent non seulement à leurs directions, les entreprises du secteur, Brinks, Securitas et autres ICTS France, mais aussi aux donneurs d’ordres, les aéroports et les compagnies aériennes : à tous ceux qui ont intérêt à ce que les avions volent, que les profits rentrent et que les salariés se laissent exploiter en silence. Et tout ce beau monde peut compter sur les dirigeants politiques qui, pour faire taire ceux qui osent revendiquer, brandissent les intérêts des usagers.

La solidarité de tous les travailleurs doit aller aux grévistes. D’autant plus que les revendications qu’ils avancent sont largement partagées par l’ensemble du monde du travail ! La dégradation du pouvoir d’achat est, avec le chômage, un des fléaux qui frappent le monde du travail.

Le blocage des salaires, officiellement déclaré il y a presque trente ans par un gouvernement socialiste, survit aux changements de gouvernement. Les prix augmentent pourtant, et à un rythme de plus en plus rapide avec l’aggravation de la crise financière. Ils augmentent en particulier pour les produits et les services les plus indispensables : loyer, gaz, électricité, fioul, transport, sans parler des produits alimentaires de base. Aux hausses de prix s’ajoutent les prélèvements croissants de l’État lui-même.

L’augmentation générale des salaires est une nécessité pour l’ensemble des salariés, rien que pour annuler la perte du pouvoir d’achat accumulée au fil des ans. Et une fois la hausse des salaires obtenue, il est nécessaire de la garantir par l’indexation automatique et immédiate des salaires sur les hausses de prix constatées par les salariés eux-mêmes, et non pas par des officines gouvernementales.

Cet objectif doit être dans le programme des futures luttes des travailleurs, à côté de ceux, indispensables, contre le chômage : l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire.

Alors, solidarité avec ceux qui se battent pour une augmentation de salaire, oui ! Mais, bien au-delà de la simple solidarité, il faut être conscient que tous les travailleurs, de quelque catégorie et de quelque secteur qu’ils soient, ont les mêmes intérêts face à la classe capitaliste et à son État. Ils doivent unir leurs forces pour obtenir satisfaction par le seul moyen possible : la lutte collective.

Au cours de la lutte collective que le patronat et l’État finiront par provoquer, le monde du travail se rendra compte que, pour obtenir satisfaction à ses revendications vitales, il faudra s’en prendre à la dictature du grand capital sur les entreprises et la société. Dans la guerre sociale aggravée par la crise, c’est eux ou nous : leur profit ou notre droit à la vie !

Éditorial des bulletins d’entreprise Lutte Ouvrière du 19 décembre

Lutte Ouvrière n°2265 du 30 décembre 2011

Aéroport de Lyon Saint-Exupéry : une grève arrêtée mais qui a permis de relever la tête

Lundi matin 26 décembre, après onze jours de grève dont le week-end de Noël, l’assemblée des grévistes de l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry avait massivement voté la reconduction de la grève. Les représentants locaux des syndicats présents dans la grève, ceux de la CGT mais aussi ceux de l’UNSA, appelaient à la poursuite du mouvement.

Malgré les jours de grève accumulés, malgré l’arrogance des patrons d’Aéroport de Lyon (ADL) qui ont payé au prix fort des sociétés extérieures — dont une venue d’Allemagne — pour remplacer les grévistes, la détermination de ces derniers restait très forte.

C’est dire si l’annonce, en début d’après-midi, que plusieurs syndicats nationaux avaient signé le protocole d’accord proposé par les patrons de la sûreté aéroportuaire (le Sesa) fut une surprise. Les propositions du Sesa sont bien sûr un premier recul, imposé par la grève, mais restent loin des 200 euros d’augmentation mensuelle réclamés par les grévistes.

Les grévistes sont bien convaincus que leur employeur, la Brink’s, et son donneur d’ordre, ADL, contrôlé à 40 % par la Chambre de commerce et d’industrie de Lyon et à 60 % par l’État, ont largement les moyens d’augmenter leurs salaires. Ils rappellent que la taxe aéroportuaire, répercutée sur les usagers, ne cesse d’augmenter et qu’elle devrait précisément servir à payer le travail de tous ceux qui font fonctionner l’aéroport au quotidien.

Pour autant, malgré cette conviction que leurs revendications étaient plus que légitimes, la majorité des grévistes ne s’est pas sentie capable de poursuivre la grève après l’annonce de la signature, sans concertation, de l’accord par certains syndicats. Avec de l’amertume pour certains, mais craignant de briser la cohésion de leur mouvement, ils ont décidé de reprendre le travail, considérant que c’est leur lutte qui a permis ce premier recul des patrons.

Et la grève a d’ores et déjà changé bien des choses pour les quelque 350 agents de sûreté qui l’ont faite. Ils ont relevé la tête, affirmé leur dignité et comme le disait l’un d’eux, « cela n’a pas de prix ». Même si d’autres travailleurs, aussi mal payés et aussi corvéables que les agents de sûreté mais autant indispensables au fonctionnement de l’aéroport, ne les ont pas rejoints dans la grève, ce qui aurait changé le rapport de force, beaucoup ont marqué leur soutien aux grévistes.

Face à la cohésion de classe des patrons, des entreprises de sûreté aux aéroports en passant par les compagnies aériennes, il est indispensable que les travailleurs se battent tous ensemble et se donnent les moyens de diriger eux-mêmes leur grève jusqu’au bout sans se laisser dicter le moment de la reprise par qui que ce soit."

L’extrême gauche suiviste vis-à-vis des appareils syndicaux applaudit la trahison de la grève aéroportuaire française présentée comme une victoire !!!!

Conclusions

Est-celle révolue l’époque où on pouvait lire sous la plume des révolutionnaires :

Léon Trotsky expliquait que face à une lutte qui monte il faut mettre en place ces comités malgré les syndicats et les partis qui n’en voudraient pas, se considérant comme concurrencés...

« La principale conquête de la première vague de grève réside dans le fait que des chefs ouvriers sont apparus dans les ateliers et les usines. (…) La grève a secoué, ranimé, renouvelé dans son ensemble le gigantesque organisme de la classe. (…) L’organisation de combat ne coïnciderait pas avec le parti, même s’il existait en France un parti révolutionnaire de masse, car le mouvement est incomparablement plus large qu’un parti. L’organisation de combat ne peut pas non plus coïncider avec les syndicats, qui n’embrassent qu’une partie insignifiante de la classe et sont soumis à une bureaucratie archi-réactionnaire. La nouvelle organisation doit répondre à la nature du mouvement lui-même, refléter la masse en lutte, exprimer sa volonté la plus arrêtée. Il s’agit d’un gouvernement direct de la classe révolutionnaire. Il n’est pas besoin ici d’inventer des formes nouvelles : il y a des précédents historiques. Les ateliers et les usines élisent leurs députés, qui se réunissent pour élaborer en commun les plans de la lutte et pour la diriger. Il n’y a même pas à inventer de nom pour une telle organisation : ce sont les « soviets de députés ouvriers ». (...) Le mot d’ordre de comités ne peut être abordé que par une véritable organisation révolutionnaire, absolument dévouée aux masses, à leur cause, à leur lutte. Les ouvriers français viennent de montrer de nouveau qu’ils sont dignes de leur réputation historique. Il faut leur faire confiance. Les soviets sont toujours nés des grèves. La grève de masse est l’élément naturel de la révolution prolétarienne. D’atelier en atelier, d’usine en usine, de quartier en quartier, de ville en ville, les comités d’action doivent établir entre eux une liaison étroite, se réunir en conférences par villes, par branches de production, par arrondissements, afin de couronner le tout par un congrès de tous les comités d’action de France. »

Extraits de Léon Trotsky dans « L’étape décisive » (5 juin 1936)

Les masses entrent en lutte avec toutes leurs idées, leurs groupements, leurs traditions, leurs organisations. Les partis continuent de vivre et de lutter. Au cours des élections aux comités d’action, chaque parti essaiera naturellement de faire passer les siens. Les comités d’action prendront leurs décisions à la majorité, avec entière liberté pour les partis et les fractions de s’y grouper. Les comités d’action, par rapport aux partis, peuvent être considérés comme des parlements révolutionnaires : les partis ne sont pas exclus, bien au contraire puisqu’ils sont supposés nécessaires ; mais en même temps, ils sont contrôlés dans l’action et les masses apprennent à se libérer de l’influence des partis pourris.

Cela signifie-t-il que les comités d’action sont des soviets ? Dans certaines conditions, les comités d’action peuvent devenir des soviets. Il serait néanmoins erroné de désigner de ce nom les comité d’action. Aujourd’hui en effet, en 1935, les masses populaires sont habituées à associer au nom de soviet l’idée du pouvoir déjà conquis. Et nous n’en sommes pas encore près en France. En Russie, les soviets n’ont pas du tout été pendant leurs premiers pas ce qu’ils devaient devenir par la suite, ils ont même souvent, à l’époque, porté le nom modeste de comités ouvriers ou de comités de grève.

Les comités d’action, dans leur stade actuel, ont pour tâche d’unifier la lutte défensive des masses travailleuses en France, et aussi de leur donner la conscience de leur propre force pour l’offensive à venir. Cela aboutira-t-il aux soviets véritables ? Cela dépend de la réponse à la question de savoir si l’actuelle situation critique en France se développera ou non jusqu’à sa conclusion révolutionnaire. Or cela ne dépend pas uniquement de la volonté de l’avant garde révolutionnaire, mais aussi de nombre de conditions objectives. En tout cas, le mouvement de masses qui se heurte actuellement à la barrière du Front populaire n’avancera pas sans les comités d’action [5].

Des tâches telles que la création de la milice ouvrière, l’armement des ouvriers, la préparation de la grève générale, resteront sur le papier si la masse ne s’attelle pas elle même à la lutte, par des organes responsables. Seuls ces comités d’action nés de la lutte peuvent réaliser la véritable milice, comptant non des milliers, mais des dizaines de milliers de combattants. Seuls les comités d’action couvrant les principaux centres du pays pourront choisir le moment de passer à des méthodes de lutte plus décidées, dont la direction leur appartiendra de droit.

Il découle des considérations exposées plus haut un certain nombre de conclusions pour l’activité politique des révolutionnaires prolétariens en France. La première concerne la prétendue “ gauche révolutionnaire ”. Ce groupe se caractérise par sa totale incompréhension des lois du mouvement des masses. Les centristes ont beau bavarder sur “ les masses ”, c’est toujours sur l’appareil réformiste qu’ils s’orientent. En répétant tels ou tels mots d’ordre révolutionnaires, Marceau Pivert continue à les subordonner au principe abstrait de l’ “ unité organique ”, qui se révèle en fait l’unité avec les patriotes contre les révolutionnaires.

Au moment où la question de vie ou de mort pour les masses révolutionnaires est de briser la résistance des appareils social-patriotes unis, les centristes de gauche considèrent l’ “ unité ” de ces appareils comme un bien absolu, situé au dessus des intérêts de la lutte révolutionnaire. Ne peut bâtir des comités d’action que celui qui a compris jusqu’au bout la nécessité de libérer les masses de la direction des traîtres des social patriotes. Cependant, Pivert s’accroche à Zyromski, qui s’accroche à Blum, qui, de concert avec Thorez, s’accroche à Herriot, qui s’accroche à Laval. Pivert entre dans le système du Front populaire ce n’est pas pour rien que la “ gauche révolutionnaire ” a voté au dernier conseil national la honteuse résolution de Blum et le Front populaire entre aussi, comme son “ aile ”, dans le régime bonapartiste de Laval. Si la direction du Front populaire (Herriot-Blum-Cachin-Thorez-Zyromski-Pivert) parvient à se maintenir au cours de la proche période décisive, alors le régime bonapartiste cédera inévitablement sa place au fascisme.

La condition de la victoire du prolétariat est la liquidation de la direction actuelle. Le mot d’ordre de l’ “ unité ” devient, dans ces conditions, non seulement une bêtise, mais un crime. Aucune unité avec les agents de l’impérialisme français et de la Société des Nations.

A leur direction perfide, il faut opposer les comités d’action révolutionnaires. On ne peut construire ces comités qu’en démasquant impitoyablement la politique antirévolutionnaire de la prétendue “, gauche révolutionnaire ”, Marceau Pivert en tête. Des illusions et des doutes à cet égard ne peuvent, bien entendu, avoir place dans nos rangs.

Je conclurai volontiers ces quelques remarques par des réflexions fondamentales de nos illustres prédécesseurs. Sans religion de la parole du passé, elles me semblent un élément important de la réflexion.

Léon Trotsky dans Les syndicats dans l’époque de transition :

“Les sections de la IV° Internationale doivent constamment s’efforcer, non seulement de renouveler l’appareil des syndicats, en proposant hardiment et résolument dans les moments critiques de nouveaux leaders prêts à la lutte à la place des fonctionnaires routiniers et des carriéristes, mais encore de créer, dans tous les cas où c’est possible, des organisations de combat autonomes qui répondent mieux aux tâches de la lutte des masses contre la société bourgeoise, sans même s’arrêter, si c’est nécessaire, devant une rupture ouverte avec l’appareil conservateur des syndicats.(...) Les bureaucrates des syndicats s’opposeront, en règle générale, à la création de comités d’usine, de même qu’ils s’opposeront à tout pas hardi dans la voie de la mobilisation des masses. Il sera, cependant, d’autant plus facile de briser leur opposition que le mouvement aura plus d’ampleur. (...) Cependant, la principale signification des comités est de devenir des états-majors de combat pour les couches ouvrières que le syndicat n’est, en général, pas capable d’atteindre. C’est d’ailleurs précisément de ces couches les plus exploitées que sortiront les détachements les plus dévoués à la révolution. Dès que le comité fait son apparition, il s’établit en fait une DUALITÉ DE POUVOIR dans l’usine. Par son essence même, cette dualité de pouvoir est quelque chose de transitoire, car elle renferme en elle-même deux régimes inconciliables : le régime capitaliste et le régime prolétarien. L’importance principale des comités d’usine consiste précisément en ce qu’ils ouvrent, sinon une période directement révolutionnaire, du moins une période pré-révolutionnaire, entre le régime bourgeois et le régime prolétarien. Que la propagande pour les comités d’usine ne soit ni prématurée ni artificielle, c’est ce que démontrent amplement les vagues d’occupations d’usines qui ont déferlé sur un certain nombre de pays. De nouvelles vagues de ce genre sont inévitables dans un prochain avenir. Il est nécessaire d’ouvrir à temps une campagne en faveur des comités d’usine pour ne pas se trouver pris à l’improviste.”

« Le mot d’ordre de comités ne peut être abordé que par une véritable organisation révolutionnaire, absolument dévouée aux masses, à leur cause, à leur lutte. Les ouvriers français viennent de montrer de nouveau qu’ils sont dignes de leur réputation historique. Il faut leur faire confiance. Les soviets sont toujours nés des grèves. La grève de masse est l’élément naturel de la révolution prolétarienne. D’atelier en atelier, d’usine en usine, de quartier en quartier, de ville en ville, les comités d’action doivent établir entre eux une liaison étroite, se réunir en conférences par villes, par branches de production, par arrondissements, afin de couronner le tout par un congrès de tous les comités d’action de France. » Extraits de Léon Trotsky dans « L’étape décisive » (5 juin 1936)

"Une des erreurs les plus grandes et les plus dangereuses que commettent les communistes (comme, d’ailleurs, les révolutionnaires en général qui ont mené à bien le début d’une grande révolution), c’est de se figurer que la révolution peut être accomplie par les mains des seuls révolutionnaires. Or, pour assurer le succès de toute action révolutionnaire sérieuse, il faut comprendre et savoir appliquer pratiquement l’idée que les révolutionnaires ne peuvent jouer un rôle que comme avant garde de la classe réellement avancée et viable. L’avant garde ne remplit sa mission que lorsqu’elle sait ne pas se détacher de la masse qu’elle dirige, lorsqu’elle sait véritablement faire progresser toute la masse. Sans l’alliance avec les non communistes dans les domaines d’activité les plus divers, il ne saurait être question d’aucun succès en matière de construction de la société communiste." Lénine dans "Le matérialisme militant"

L’auto-organisation de toutes les luttes dans une même coordination qui regroupe les délégués de comités de grève élus est le meilleur moyen de gagner, et c’est la seule façon de ne pas être trahis ! C’est la seule manière, face à l’effondrement du système, de préparer un autre avenir que misère, chômage fascisme et guerre !!!

L’attitude des syndicats a posé problème depuis toujours aux travailleurs et aux révolutionnaires. Ne poser les problèmes de la classe ouvrière que dans le cadre du système suppose une adaptation des militants qui, même lorsqu’elle n’est pas consciente, a des conséquences catastrophiques. Voir le rôle des syndicats sociaux-démocrates dans l’évolution du mouvement socialiste dans les grands pays riches.

Que penser de l’état du syndicalisme aujourd’hui ? Le degré du problème est encore plus grand. On a longtemps vu dans le problème syndical un défaut des directions syndicales. C’est bien sûr plus que jamais le cas mais la question des seules bureaucraties est dépassée. Le pourrissement s’est aggravé. Il touche la base syndicale. Il touche même les travailleurs qui ont une conception fondamentale de ce qu’est le syndicalisme complètement pervertie. C’est au point que la baisse du syndicalisme est devenue préoccupante pour le patronat et l’Etat qui ont absolument besoin de leurs relais syndicaux parmi les travailleurs pour servir d’encadrement, de transmetteurs, de tampons sociaux. Inversement, le caractère double (bourgeois/ouvrier) des syndicats a commencé à basculer essentiellement d’un côté étant donné que, dans les ateliers et les bureaux, l’intervention dans la lutte larvée quotidienne est quasiment absente alors que l’essentiel de l’activité syndicale est prise par la participation aux côtés des représentants des patrons et de l’Etat.

Mais l’essentiel est ailleurs. Le rôle le plus contre-productif des syndicats consiste à enlever toute autonomie à la classe ouvrière en l’empêchant de s’organiser elle-même dans ses luttes. Le second rôle consiste à faire croire que la lutte des classes ne peut se faire qu’en tant que défense du cadre capitaliste, sans la moindre contestation de celui-ci.

La première idée peut consister à voir la solution dans la contestation des bureaucraties syndicales. C’était vrai au début du phénomène. On en est loin. La situation et le rôle des syndicats – tampons, intermédiaires, avocats, assistance sociale, etc – a été intégré pour l’essentiel dans la classe ouvrière. Les travailleurs se plaignent des syndicats mais pas en revendiquant leur propre organisation et intervention indépendante. En particulier, ils ne sont pas choqués du rôle d’intermédiaire des syndicats. Ils y sont accoutumés et souhaitent seulement que les syndicats soient de bons avocats. Du coup, il n’y a pas nécessairement de base large pour défendre, dans le cadre syndical, une politique de classe. Le caractère de collaboration de l’essentiel de l’activité syndicale est frappant et ces dernières années ont été fertiles en situations où les syndicats ont été des sauveurs des classes dirigeantes dans les mouvements sociaux. Si des militants d’extrême gauche se sont parfois trouvé facilement bien placés dans les appareils syndicaux ce n’est pas du fait d’un accroissement du poids des conceptions révolutionnaires en leur sein mais faute de combattants, faute de candidats à ces postes et du fait que les appareils syndicaux ont vu qu’on pouvait utiliser aisément les militants révolutionnaires pour faire le travail.

Certes les révolutionnaires ont une position de principe qui consiste à ne pas s’isoler des milieux militants même quand il y de fortes critiques à leur faire et même quand les syndicats sont réactionnaires, ils ne se tiennent pas à l’écart. Cela ne veut pas dire qu’ils doivent nécessairement participer sans arrêt à tous les postes alors même que les syndicats sont parfois des coquilles vides et que l’activité ne les met parfois en contact avec presque personne et ne permet pas nécessairement d’être en meilleure position pour défendre l’essentiel : l’auto-organisation des travailleurs et en particulier celle des luttes.

Les militants révolutionnaires qui considèrent que le syndicat dans lequel ils ont mis un pied est « leur syndicat » et le défendent ont cessé de défendre la nécessité de l’organisation indépendante des travailleurs. Cet opportunisme est très courant dans les milieux d’extrême gauche et très catastrophique pour l’avenir.

C’est particulièrement vrai dans les pays impérialistes où les syndicats ont une place de participants de la gestion capitaliste à tous les niveaux. Dans les pays pauvres, ils ont aussi eu plus souvent à canaliser des coups de colère sociaux pour empêcher qu’ils prennent un tour révolutionnaire. La trahison n’y est pas moins grande, loin de là.

Et surtout, la tendance naturelle des travailleurs à fonder des syndicats plutôt qu’à s’organiser sur des bases de classe sur le terrain politique a des conséquences catastrophiques et surtout celle-ci : les courants d’extrême gauche n’ont que peu de liens avec le monde ouvrier et ne sont nullement de sous la pression des travailleurs ce qui les soumet à toutes les pressions de la société bourgeoise.

L’essentiel n’est donc nullement de savoir si tactiquement les militants sont dans les syndicats ni ce qu’ils y font. C’est de savoir si les militants sont aux côtés des travailleurs, à la base, et ce qu’ils y font pour saisir toutes les occasions de susciter toutes les formes d’organisation des travailleurs par eux-mêmes, seule préparation du rôle conscient du prolétariat en vue des confrontations inévitables que nous préparent la crise du système.

Les syndicats défendent le système. Ils agissent parfois radicalement mais toujours se refusent à contester les bases de la société capitaliste. C’est un rôle historique qui est donc foncièrement réactionnaire et sur lequel il convient de ne jamais susciter d’illusions. Il n’est pas question pour des militants de défendre que les syndicats devraient faire ceci, dire cela. Nous devons défendre ce que nous pensons que devrait faire ou dire les travailleurs, ce qui n’est pas du tout la même chose.

Dans ces conditions, il ne faut pas se voiler la face ni avoir peur d’appeler un chat un chat, quitte à ne pas être suivi de certains travailleurs.

Les syndicats sont parmi nos pires adversaires. Il ne faut pas se le cacher ni le cacher aux travailleurs.

1- La situation actuelle de la lutte des classes dans le monde se caractérise par une double contradiction, à la fois pour la classe capitaliste et pour la classe ouvrière. Double force, car le capitalisme est parvenu à dominer la planète et que la classe ouvrière s’est également étendue au monde entier. Double faiblesse, parce que le capitalisme a atteint ses limites et connaît une grave crise de suraccumulation qui le rend incapable de nouveaux investissements, cette perte de dynamisme ne pouvant être remplacée par les dépenses colossales des Etats et que le prolétariat connaît une grave crise de confiance dans ses propres forces, crise dans laquelle social-démocratie, nationalisme et stalinisme se partagent la responsabilité et d’où découle une faiblesse idéologique, politique et organisationnelle. Et même, on peut parler en un certain sens de crise morale dans la mesure où les travailleurs n’attendent souvent de leur classe et de ses organisations aucun changement radical de leur sort. Les trahisons des organisations dites ouvrières ne datent pas d’hier. Par contre, le fait que celles-ci s’affichent comme ne se revendiquant plus ni du pouvoir aux travailleurs, ni ’une classe ouvrière internationale, ni même du communisme et du socialisme, mais de la gestion "réaliste" de la société capitaliste, est uen relative nouveauté, un pas de plus dans la décadence.

2- La décadence existe aussi dans le camp d’en face. La décadence impérialiste implique non seulement un effondrement économique mais, également, va certainement entraîner à brève échéance un effondrement social, politique et moral du cadre classique bourgeois. Bien évidemment, les révolutionnaires n’ont rien à regretter des illusions petites bourgeoises dans le système, que ce soient des illusions sur les institutions démocratiques (constitutions, gouvernements, légalité, rôle de l’Etat, services publics, syndicats) ou des illusions dans le mode de maintien de l’ordre bourgeois (violence des forces policières et armées, non respect des droits des citoyens, non respect de la légalité bourgeoise elle-même). Les relations de classe vont prendre un caractère beaucoup plus cru et rude. Cependant, la bourgeoisie, dans un premier temps, aura d’autant plus besoin de tromperies des masses à grande échelle. Le réformisme, qui n’a plus aucun sens en termes de possibilités réelles de réformes, d’amélioration de la situation des masses, prendra un rôle encore plus grand pour les classes dirigeantes, dans un premier temps. Il jouera le rôle de police de la classe ouvrière, rôle que les forces de répression ne pourront pas jouer dans une montée des mécontentements sociaux. Ce n’est pas seulement le rôle des partis de gauche. C’est également celui des associations et des syndicats. Ils serviront à encadrer la classe ouvrière, à étouffer sa voix et à l’empêcher de s’auto-organiser. Ils jouent déjà ce rôle bien entendu, mais ils vont devenir le principal outil des classes dirigeantes quand la crise va prendre une tournure plus catastrophique.

3- Les révolutionnaires n’ont jamais eu d’illusions dans le rôle des organisations réformistes. La question n’est pas là. Il s’agit d’un rôle nouveau de celles-ci, en période de crise révolutionnaire, c’est-à-dire de crise dans laquelle la situation objective mène à la remise en question de la direction de la planète par la bourgeoisie impérialiste. Bien entendu, le problème est accru par le fait que nous sommes pour le moment dans une situation intermédiaire : la crise a connu ses premiers soubresauts sans que les travailleurs ne mesurent le sens de celle-ci. Bien entendu, tout l’effort des classes dirigeantes consiste à faire croire à la possibilité d’une pérennité du système et de préparer en attendant les tremblement de terre à venir des solutions politiques et sociales pour encadrer les masses. Si on comprend que l’avenir proche est celui d’affrontements sociaux de grande ampleur, on ne peut non plus ignorer que l’avenir pour les travailleurs n’est pas au mode d’organisation des périodes calmes : la démocratie bourgeoise, les associations, la gauche et les syndicats. Elle est à l’auto-organisation des travailleurs : comités de travailleurs élus et révocables sur les lieux de travail ou d’habitation.

4- Cela ne signifie pas que les révolutionnaires doivent anticiper et quitter les autres types d’activité avant que les travailleurs n’en soient là. Mais cela a une grande importance en ce qui concerne la formation et la conscience des militants révolutionnaires eux-mêmes. Et, dans ce domaine, ce que l’on pense a encore plus d’importance que ce que l’on est encore momentanément en train de faire. Il faut, par la pensée, dépasser le niveau de l’activisme quotidien pour se préparer et préparer ceux qui nous entourent à ce qui va suivre….

5- Le syndicalisme n’est pas et n’a jamais été le mode unique d’organisation de la classe ouvrière. Il a longtemps été le mode d’organisation des plus grandes masses. De nos jours, dans les pays impérialistes, ce serait une tromperie que de dire qu’il organise les travailleurs. Ni il les réunit, ni il leur donne les moyens de discuter, de décider, d’avoir voix au chapitre, même pour la simple confection d’un tract, pour la décision d’une action, pour l’élection d’un dirigeant, pour la conclusion d’une lutte. C’est bien connu : c’est le bureaucratisme quasi-total. C’est loin d’être nouveau mais cela a pris encore des proportions supplémentaires avec l’aggravation de la dépendance des syndicats vis-à-vis de l’Etat et des trusts.

6- Pour les révolutionnaires, cela n’est pas le premier point. Bureaucratisés ou pas, les syndicats sont un certain niveau de conscience limité de la classe ouvrière, niveau qui ne mène nullement spontanément à la conscience historique du rôle du prolétariat et même qui s’y oppose en quelque sorte. En effet, la plus large masse des travailleurs qui adhère aux syndicats en attend une amélioration des conditions de vie et de travail en accord avec la légalité de cette société et en discussion avec la classe dirigeante. La base d’accord entre les militants honnêtes du syndicat et la bureaucratie existe bel et bien. Il est aisé pour la bureaucratie de rappeler aux travailleurs ou aux militants de base qui ruent parfois dans les brancards sous les coups de trahisons trop grossières que les militants révolutionnaires, eux, veulent renverser la classe dirigeante ! Ce n’est pas le cas des travailleurs du rang… Du moins, pas pour le moment. Et encore moins des militants syndicalistes, sauf exception.

7- Pour nous, la conscience de classe, c’est la conscience des intérêts d’avenir de l’humanité et non la défense d’intérêts d’un groupe social, celui des travailleurs, avec des revendications particulières pour lui. C’est une conscience communiste. Le rôle des révolutionnaires de défenseurs d’une conscience d’avenir du prolétariat est inséparable de leur rôle dans la lutte des classes quotidienne. Cela suppose de démontrer sans cesse aux travailleurs qu’ils représentent un autre avenir, d’autres possibilités sociales, d’autres solutions au fonctionnement social. Ce n’est pas un simple rôle de mobilisation et de revendication. En fait partie notre rôle internationaliste, dimension totalement occultée actuellement par les syndicats. En fait également partie notre propagande pour un mode d’organisation autonome du prolétariat qui ne nécessite pas de grandes luttes sociales. Dans les problèmes de tous les jours des travailleurs peuvent s’auto-organiser. Nous l’avons vécu sur la question de l’amiante dans l’entreprise, sur la question des transports dans l’entreprise, sur la question des sans-papiers ou dans une grève sur les salaires ou contre les licenciements. Nous pouvons le vivre demain sur la question du stress et des suicides. Nous pouvons également connaître des comités de travailleurs sur des questions comme la hausse des prix ou les licenciements. Toutes les fois qu’il est possible de mettre en place une véritable auto-organisation des travailleurs, il est hors de question de faire appel aux syndicats même si nous en faisons partie, même si nous y militons, même si nous les dirigeons.

8- La raison fondamentale est la suivante : il faut que les luttes sociales préparent l’organisation révolutionnaire politique mais préparent aussi la classe elle-même à son rôle de direction et ces deux question ne doivent pas être confondues comme Lénine l’a maintes fois répété.

9- Il en résulte les tâches suivantes pour les communistes révolutionnaires :

- militer en développant le maximum de liens avec la classe ouvrière et pas seulement avec ses militants organisés

- ne jamais s’isoler de la masse des travailleurs et les faire juges de nos positions, de nos orientations et de nos combats par tous les moyens (prises de paroles, affiches, tracts publics)

- participer à l’activité syndicale mais en ayant conscience que l’on intervient en terrain miné, en préparant les camarades non seulement aux combats avec les bureaucrates mais aux pressions multiples et aux déformations que représente la participation aux organismes syndicaux

- ne jamais participer à des responsabilités syndicales tant qu’on n’a pas de groupes autour de soi sur des bases politiques claires et tant que l’on n’a pas de parution publique régulière communiste révolutionnaire sur l’entreprise

- ne briguer des responsabilités syndicales que sur la base d’un soutien clair et sur des objectifs écrits et votés des travailleurs

- s’interdire de diriger une lutte en tant que syndicaliste sans se donner les moyens d’organiser tous les travailleurs en lutte en faisant élire des organes de direction de cette lutte.

- Et ne jamais oublier que prôner la grève générale et même la révolution sans l’organisation de comités de grève, de comité central de grève, de comité d’usine et de soviets, c’est envoyer la classe ouvrière à la défaite et même bien pire…

4 Messages de forum

  • L’organisation Lutte Ouvrière ... d’il y a plus de trente ans ...

    vendredi 31 juillet 2009

    Il y a quelques années (trente ans) L’organisation Lutte Ouvrière écrivait dans un texte intitulé « Les révolutionnaires dans les luttes revendicatives » :

    « Nous luttons bien sûr pour la révolution. Mais, à l’époque actuelle, les révolutionnaires ont surtout l’occasion de connaître des luttes de bien moindre envergure. Ce n’est pas nous qui choisissons la forme ni les objectifs des luttes des travailleurs (…) mais il ne faut pas perdre de vue que nous participons à ces luttes avec comme objectif d’élever la conscience des travailleurs. (…) Mais, à travers de ces mouvements, petits et grands, qui sont des moments privilégiés où les travailleurs sont réceptifs aux idées et où leur conscience peut progresser d’un bond, nous voulons leur apprendre, grâce à nos interventions, à diriger eux-mêmes leurs luttes, à les prendre en mains dans les moindres détails. (…) Et, pour nous, il est préférable et de loin que des travailleurs aient appris à s’organiser et à diriger démocratiquement leurs mouvements même s’ils n’ont rien obtenu, plutôt qu’obtenir une bricole, tout en restant spectateurs, en laissant aux militants syndicaux le soin de s’occuper de tout. (…) Journées d’action nationales, régionales, locales et par branche : souvent les syndicats lancent des actions pour le communiqué, et elles son sans lendemain. (…) Dès qu’un mouvement devient un peu plus profond qu’une simple protestation, qu’une simple demande, nous devons alors nous poser le problème de la mise en place d’une organisation et d’une direction démocratique de la grève : ce que l’on appelle le comité de grève.

    Cela nous devons le proposer systématiquement, même si les syndicats ont une attitude correcte dans la grève, même si c’est eux qui l’ont déclenchée, et même si c’est nous-mêmes qui dirigeons la grève dès le début grâce à nos responsabilités syndicales. Ce comité de grève, nous devons le proposer, même si les travailleurs n’en voient pas au premier abord la nécessité.

    Et ce comité de grève n’a rien à voir avec un comité inter-syndical auquel on adjoint quelques travailleurs, qui sont là en tant qu’assistants ou spectateurs plutôt que représentants des grévistes. Le comité de grève, c’est le groupe de travailleurs, syndiqués ou non syndiqués, ayant des responsabilités syndicales ou non, élu par l’ensemble des travailleurs en grève, syndiqués ou non, avec le mandat précis d’organiser et de diriger la grève.

    Tout d’abord, nous sommes, en tant que révolutionnaires, pour que ce soit les travailleurs qui dirigent la société. Alors cela doit commencer en donnant les moyens aux travailleurs de prendre directement la direction de leurs grèves, quelque soit par ailleurs l’influence des organisations syndicales dans les entreprises.

    En dirigeant leurs grèves à travers des comités de grève, les travailleurs ayant à résoudre les problèmes quotidiens du mouvement (propagande, occupation des locaux, animation et même certaines tâches de gestion, par exemple la nourriture des grévistes, les problèmes de financement, etc), ils font l’apprentissage qui leur servira à l’avenir.

    Des comités de grève pour l’apprentissage du pouvoir ouvrier : nous sommes pour la démocratie ouvrière, c’est pour nous une conception fondamentale qui nous différencie de tous les autres syndicats et partis de gauche.

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  • A la SNCF en 1978, Lo écrivait :

    Dans ces deux mouvements, nous aurions pu nous contenter d’essayer de prendre la direction en tant que représentants du syndicat (CGT à Villeneuve, CFDT à Paris-Austerlitz). Cela aurait sans doute été parfaitement possible, et dans ce cas nous aurions pu certainement coopérer avec l’appareil CGT. (…) Nous nous y sommes refusés, considérant que dans un tel mouvement tout ce que les travailleurs avaient à y gagner était d’élever leur niveau de conscience en apprenant qu’il était possible d’avoir une autre organisation de la grève, qui à la fois permette le contrôle démocratique de celle-ci par les grévistes et amène ceux-ci à être partie prenante de toutes les décisions et de toute l’organisation.

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  • Le mouvement des aéroports a été canalisé, limité, isolé puis battu, enfin trahi par les directions syndicales et l’extrême gauche crie victoire alors que les revendications des salariés n’ont nullement été satisfaites et que les travailleurs n’ont pas pu s’organiser de manière indépendante des centrales traitres. A aucun moment, cette extrême gauche n’a cherché à les prévenir de la politique des centrales, de montrer qu’elle ne faisait que les isoler, qu’elle les abandonnait, qu’elle ne les soutenait même pas publiquement. Cherchez l’erreur ! Ce n’est pas une erreur : c’est une politique, celle de la gauche des appareils syndicaux...

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  • « Lénine expliquait aux amateurs de "problèmes politiques concrets" que notre politique n’est pas de caractère conjoncturel mais principiel ; que la tactique est subordonnée à la stratégie ; que, pour nous, le sens fondamental de chaque campagne politique est de mener les travailleurs des questions particulières aux problèmes généraux, c’est-à-dire de les amener à la compréhension de la société moderne et du caractère de ses forces fondamentales. »

    Léon Trotsky dans "Défense du marxisme" dans le paragraphe "contre le pseudo "réalisme" politique"

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