Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /homepages/36/d206324349/htdocs/site_org1G/config/ecran_securite.php on line 180
On a retrouvé les mythes de l’histoire de France grâce à Jean-Paul Demoule - Matière et Révolution
English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 24 - Commentaires de livres > On a retrouvé les mythes de l’histoire de France grâce à Jean-Paul (...)

On a retrouvé les mythes de l’histoire de France grâce à Jean-Paul Demoule

dimanche 15 juillet 2012, par Robert Paris

En cette journée de la mythologie de l’histoire de France, le 14 juillet, il convient de lire un ouvrage qui détruit les mythes français...

LA LEGENDE FRANCAISE

UN LIVRE A L’ENCONTRE DE LA LEGENDE

"On a retrouvé l’histoire de France" de Jean-Paul Demoule

Responsable des archéologues du sauvetage, s’occupant des restes archéologiques mis à jour par les grands travaux d’infrastructures, l’auteur dresse un tableau de quarante années d’archéologie en France. Il en profite pour faire la peau à quelques idées reçues sur la formation de la France gauloise, chrétienne, hexagonale.

Il pointe les mensonges, les mythes, les détournements de l’histoire et les trous de l’éducation historique des Français. De Vercingétorix à Charlemagne en passant par Clovis, il remarque la construction d’un mythe national après-coup en réinventant les faits et en les déformant : Vercingétorix, le vaincu de César, mythifié déjà par César dans « La guerre des gaules » devenu sous la houlette de la bourgeoisie française un héros chrétien en… 1870, le chef franc Clovis, dont l’Histoire de France omet sciemment de dire que c’était un germain, devenu le fondateur du christianisme monarchique français parce qu’il se serait fait baptiser, et Charlemagne, revendiqué par l’histoire de France alors qu’il avait placé sa capitale à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, et aurait tout aussi bien pu être revendiqué par tous les pays d’Europe de l’ouest et même au-delà.

Quant à l’archéologie, elle n’a bien sûr rien à voir avec les frontières nationales et, du coup, les périodes de la préhistoire et du néolithique semblent bien absentes des livres de l’histoire enseignée aux enfants qui passent allègrement aux grands empires comme si ceux-ci avaient inventé l’agriculture, la vie urbaine, le commerce et la culture, la civilisation…

Les grandes civilisations apparaissent ainsi comme produites par les grands Etats, un véritable mensonge étatique…

En somme, un ouvrage à lire…

Quelques autres commentaires glanés ici et là :

Quand l’archéologie décape toutes les idées reçues et nous raconte la vraie histoire de France.

C’est fou le nombre de clichés que nous continuons de véhiculer à propos de l’histoire de France. Ainsi : nos ancêtres sont les Gaulois, d’ailleurs de pittoresques barbares – heureusement que les Romains sont passés par là... Le Moyen Âge n’est qu’une sorte de longue nuit ou il ne se serait pas passé grand-chose... Clovis fut un acteur majeur de l’identité de la France... Les Barbares nous ont envahis... Et tout à l’avenant.

Or, comme le dévoile ce livre avec maestria, les fouilles menées surtout depuis vingt ans nous prouvent à quel point le passé sur le territoire que nous appelons France n’a rien à voir avec ce que continuent de raconter les leçons encore préconisées par l’Éducation nationale. Des leçons dépassées qui traduisent chez nombre de responsables (de programmes, voire politiques) « au mieux une inculture, au pire des a priori idéologiques accablants ». Regrettable : la richesse de ces fouilles qui apparaissent ici dans toute leur multiplicité n’est montrée que ponctuellement à la télévision, à destination du grand public, et leur sens profond n’est pas toujours explicité. C’est donc à un décapage vigoureux que se livre – non sans humour – Jean-Paul Demoule, qui fut pendant plus de dix ans à la tête de l’institut majeur de fouilles en activité sur notre territoire, l’Inrap, invitant son lecteur à reprendre le fil de l’histoire réelle, tout en en dénonçant les manipulations. Audacieux, il évoque d’emblée la préhistoire quand les premiers immigrants semblent déjà arrivés d’Afrique sur notre territoire actuel (vers Béziers). Ensuite, nous allons rencontrer les Homo sapiens, créateurs d’art dans les grottes ornées il y a 35 000 ans, les « colons du Moyen-Orient » apportant l’agriculture et l’élevage il y a environ 7 800 ans, les Gaulois experts dans la métallurgie du fer, les Romains et... des Barbares moins barbares que leur nom ne continue de le suggérer ! Sans oublier de revisiter les modes de vie plus proches de nous, au Moyen Âge, à la Renaissance et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, selon les couches de la société et ses membres très divers.

L’archéologie nous raconte une nouvelle histoire de France – concrète et argumentée – et non sa reconstruction idéologique poussiéreuse, voire dangereuse, remontant au XIXe siècle et à la IIIe République.

A l’heure où l’enseignement de l’Histoire devient du zaping émotionnel pour que les générations soient sans repère, à l’image de ceux qui nous gouvernent, voilà un livre qui nous rappelle fort justement à la raison.

L’Histoire se fait à partir des documents écrits, des témoignages, des actes, des lois, des monuments et des fouilles.

Ah ! Les fouilles ! La bête noire des promoteurs, et des élus. « Quoi ! Il va falloir attendre que ces messieurs et dames de l’INRAP aient fini de gratouiller la terre pour retrouver trois boutons de culotte et une canette pour continuer à creuser notre parking, à étaler notre autoroute, à construire notre énième carrefour, à lancer notre TGV ? Mais on n’en a rien à f… »

Tel est l’état d’esprit dominant de cette époque mercantile où l’Histoire commence avec la naissance de chacun et où « le temps, c’est de l’argent ».

Si pour Yves Lacoste, « la géographie, ça sert à faire la guerre », pour Jean-Paul Demoule, « l’archéologie est un sport de combat ».

A preuve cet extrait p. 160 :

« Si nous nous reportons à nouveau à l’intéressant Guide pratique des parents, CP CM2 distribué par la Ministère de l’Education Nationale à l’automne 2008, le Moyen-Âge est ainsi résumé : « Le Moyen-Âge » : Après les invasions, la naissance et le développement du royaume de France. Les relations entre seigneurs et paysans, le rôle de l’Eglise. Conflits et échanges en Méditerranée : les Croisades, la découverte d’une autre civilisation, l’Islam. La Guerre de cent ans. 496 : baptême de Clovis ; couronnement de Charlemagne ; 987 Hugues Capet, roi de France ; Saint Louis ; Jeanne d’Arc. »

Sans épiloguer, ni ironiser sur cette « découverte d’une autre civilisation » que furent les sanglantes croisades, on voit bien la suite de poncifs, « les invasions » comprises, à laquelle est ainsi réduit le Moyen-Âge. Certes, il ne faut pas non plus idéaliser. Les libertés communales, par exemples, ne concernent pas les campagnes, où vivent 90% de la population, laquelle doit produire pour tous les autres, et notamment le clergé, autant de bouches à nourrir. C’est donc une autre vision du Moyen Âge qu’il faut avoir, débarrassée de ses mythes, positifs (Clovis) ou négatifs (on n’est plus au Moyen Âge !), et de ses amnésies (les Francs germaniques, les communautés juives). Non plus « une longue nuit barbare » entre la brillante Antiquité et la plus brillante encore Renaissance, mais une époque d’un millénaire marquée aussi bien par une révolution industrielle et technique que par l’évolution des mentalités. »

On aura compris que Jean-Paul Demoule, en creusant le sol, en analysant ce que l’on y trouve, remet en question les mythes, les erreurs, les croyances qui conduisent à instrumentaliser les esprits à propos de « l’identité française » qui s’est construite sur des migrations successives, puisque, depuis l’arrivée des homo faber, la France est, avec l’Espagne à l’extrémité ouest de l’Eurasie.

« C’est pourquoi, à côté de la « pureté » ethnique et nationale, il faut aussi pulvériser le mythe de « l’origine ». Il n’y a pas d’origine de la France, pas de jour où la France aurait commencé. Certains évoquent le fameux baptême de Clovis, que je me suis efforcé de démythifier. Chateaubriand, bien que royaliste légitimiste, n’était pas dupe. Il se moque dans ses Etudes historiques qu’on ait pu jusqu’à la Révolution célébrer une messe à la mémoire de Clovis (qu’il nomme Klovigh), ce qui était pour lui un non-sens historique : « La vérité religieuse a une vie que la vérité philosophique et la vérité politique n’ont pas : combien de fois la société avait-elle changé de mœurs, d’opinions et de lois, dans l’espace de mille deux cent quatre vingt ans ! » Oui, il y a deux cents ans, le vicomte François-René de Chateaubriand, ministre d’Etat et pair de France, chef de file du romantisme, savait déjà que la nation n’a pas de caractère immuable, qu’elle évolue et se recompose sans cesse, avec des individus nouveaux et venus de toutes parts. » p 296

Vous aurez compris pourquoi d’aucuns n’aiment guère les archéologues, ces fouineurs de notre passé qui nous éclairent sur notre présent en remettant en question les croyances et mensonges que l’on nous a inculqués.

Livre décapant, frais et dont on sort un peu moins…niais qu’avant. Cela repose de la fatuité communicante de la campagne présidentielle en cours.

Un tour de France en 200.000 ans

Par les temps qui courent, le thème de l’ « identité nationale » est, de temps à autre, à la mode. Il est intéressant de voir comment en parle l’archéologie, discipline qui se fonde sur les « archives du sol », comme le dit joliment la préface de La France racontée par les archéologues. Un bien bel ouvrage que celui-là. Beau d’abord parce que magnifiquement illustrée par les objets des fouilles découverts depuis une vingtaine d’années dans tout l’Hexagone. Quelque 2000 fouilles, dites « préventives », ont ainsi réalisées lors de grands travaux d’aménagement sur 2 % des surfaces construites. On a ainsi pu accumuler un matériau considérable qui permet de repenser l’histoire de notre pays.

En 168 sites, l’archéologue Cyril Marcigny et la journaliste Daphné Bétard font faire à leurs lecteurs un tour de France métropolitaine et d’Outre-Mer, qui couvre… 200.000 années. Un peu à la manière du directeur du British Museum dans un autre beau livre intitulé « A History of the World in 100 Objects » (Une histoire du monde en 100 objets, chez Penguin).

Ce tour de France commence avec « des cerfs, des panthères et quelques oiseaux » vieux de 200.000 ans en Seine-Maritime, et se termine au XXe siècle à Baillet-en-France (Val-d’Oise) où furent mis à jour des… bas-reliefs du pavillon soviétique de l’Exposition internationale (à Paris) de 1936. Entre temps, le lecteur voyageur a visité des résidences aristocratiques du premier âge du Fer (900-750 avant notre ère) en Seine-et-Marne. Il a rencontré les Grecs de Marseille et des potiers de l’an mille dans la Drôme. A Gevrey-Chambertin (Côte-d’Or), il a parcouru des « vignes basses » datées… des Ier au IIIe siècles de notre ère. A Etaples-sur-Mer (Pas-de-Calais), il s’est promené dans les camps des soldats de Napoléon prêts à envahir la Grande-Bretagne. Entre temps, sur l’îlot de Tromelin (océan Indien), il aura écouté l’histoire d’esclaves naufragés à la fin du XVIIIe sur cet atoll perdu…

Bref, l’occasion de découvrir tout ce qui, au cours des siècles, a forgé l’identité de ce « cher et vieux pays », pour paraphraser le général de Gaulle.

Briseur de mythes

De son côté, Jean-Paul Demoule, avec son passionnant On a retrouvé l’histoire de France, aide son lecteur à s’y retrouver au milieu des mythes et des approximations de notre histoire nationale souvent écrite (ou réécrite) au XIXe siècle. Une histoire que ce professeur à l’université de Paris I revisite à la lumière de l’archéologie. Cette « revisite », servie par un humour très britannique, fait exploser avec jubilation nombre d’idées reçues.

Il en va ainsi du « mythe » de Vercingétorix (« notre premier héros national »), de la Gaule et des Gaulois, victimes « de deux déformations historiques successives ». La première vient de César qui a écrit sur la Gaule « un ouvrage de propagande à la gloire de son auteur ». La seconde s’est produite à la Révolution et au XIXe, quand la nation française se cherchait un passé.

2 Messages de forum

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0