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La nature de la Hongrie « socialiste » et des « pays de l’Est » - Matière et Révolution
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La nature de la Hongrie « socialiste » et des « pays de l’Est »

vendredi 12 octobre 2012, par Robert Paris

La nature de la Hongrie « socialiste » et des « pays de l’Est »

“Toutes les théories et illusions concernant un « Etat populaire », « Démocratie populaire », ont conduit la classe ouvrière au cours des luttes de classes sous la société capitaliste dans les défaites les plus sanglantes. Seule la lutte intransigeante contre l’Etat capitaliste jusqu’à sa destruction et l’instauration de l’Etat des conseils ouvriers et paysans peuvent empêcher d’autres défaites. La bourgeoisie et la petite bourgeoisie déracinée ont porté le fascisme au pouvoir. Le fascisme est une création du capitalisme. Seule l’action indépendante et victorieuse de la classe ouvrière contre le capitalisme peut anéantir le mal du fascisme avec ses racines. Dans cette lutte, la petite bourgeoisie hésitante suivra le prolétariat révolutionnaire dans sa poussée, comme l’histoire des grandes révolutions nous l’a appris.”

Extrait de la déclaration des trotskystes internés dans le camp de Buchenwald en 1945

« La démocratie populaire, c’est la dictature du prolétariat sans le système des soviets. »

Mathias Rakosi, dirigeant stalinien de Hongrie et du Parti communiste, cité par Denis Healey dans « Le rideau tombe »

« Démocraties populaires » : rien de communiste, ni démocratique, ni populaire

« Certains croient encore que l’Armée Rouge apportait le flux de la révolution sociale avec elle quand elle pénétra en Europe de l’Est en 1944. C’est parfaitement faux : non seulement, l’essence réelle des régimes (l’exploitation sociale) fut laissée telle quelle, mais de plus, pendant une longue période, même les structures politiques existantes furent maintenues, avec seulement quelques rares modifications superficielles. On garda même souvent les mêmes policiers. La raison de la collaboration du gouvernement russe avec l’ « ennemi de classe » (bourgeois) était, d’après Molotov,« de maintenir la loi et l’ordre et de prévenir la montée de l’anarchie. »

Andy Anderson

Dans « Hongrie 1956 »

Les pays de l’Est, d’anciens régimes communistes ? Rien n’est plus faux que cette caractérisation. Les « Démocraties Populaires », comme on les a appelées, ont été mises en place à la suite de la deuxième guerre mondiale après leur occupation par l’armée russe, accompagnée d’abord de la bénédiction de l’impérialisme américain. Et cela pour une raison fondamentale : les accords qui livraient les « pays de l’Est » étaient un partage des tâches entre l’impérialisme et la bureaucratie russe en vue de contrer les risques de révolution prolétarienne. Comme le relève François Fejtö, dans « La tragédie hongroise », « La plupart des pays d’Europe centrale et particulièrement la Hongrie se trouvaient à la libération dans un état frôlant la guerre civile. (…) Mathias Rakosi, alors premier secrétaire du Parti communiste hongrois, (déclarait que) la présence des troupes soviétiques en Hongrie permit d’éviter une guerre civile. En effet, les régimes d’après guerre en Europe centrale se sont presque tous établis sur ce que j’appellerais un refoulement de guerre civile. Un refoulement, oui, car la révolution politique et sociale aurait éclaté sans la présence de l’armée russe. » La première aide du stalinisme aux classes dirigeantes, locales ou internationales, a consisté dans le fait d’éviter un vide du pouvoir, alors que les anciens appareils d’Etat étaient cassés par la guerre et discrédités par leur intervention aux côtés des nazis. La Russie a fourni une aide matérielle d’urgence, pour éviter que le mécontentement social ne prenne immédiatement un tour explosif dès la fin de la guerre. Ensuite, sous l’égide de l’armée russe, une alliance nationale de toutes les couches sociales et de tous les partis politiques a été imposée. C’était, d’abord et avant tout, une alliance contre la classe ouvrière. Et cela commence par la destruction des anciens partis ouvriers, y compris le Parti communiste. En Pologne, c’était facile : le Parti communiste polonais avait déjà été dissous en 1938. Il suffisait de le reconstruire de a à z, avec des éléments arrivistes, prêts à se situer du côté de l’occupant. Dans d’autres pays comme la Hongrie, il fallait détruire l’ancien parti communiste et les anciennes organisations ouvrières au nom … du communisme. Sandor Kopacsi, préfet de police de Budapest, rapporte : « Défilèrent devant nous les dossiers des membres de la « fraction Demeny », des communistes de l’illégalité apparatenant à un groupuscule autre que celui conduit par Rakosi, les sociaux-démocrates appartenant à l’aile « Justus », orientation pro-communiste du parti socialiste hongrois. (…) Ils furent qualifiés d’ « éléments réactionnaires, pro-fascistes, pro-ancien régime » sans l’ombre d’une précision concernant les preuves. » Kopacsi rapporte que le pouvoir « communiste » fut constitué exclusivement de Hongrois venus de Russie : « Le « cerveau » Rakosi et son second, l’acétique et famélique Gerö, ancien commissaire du GPU dans la guerre d’Espagne, agent hongrois numéro un de la sécurité soviétique à Budapest (…), le sadique Mihaly Farkas, un bègue bedonnant, commandant en chef de toutes les forces armées du pays et le discret et envoûtant Jozef Revai, idéologue en chef du parti (…) se faisant appeler le « Quadrige », tous anciens émigrants en Union Soviétique, assumaient pratiquement à eux seuls la direction du pays. »

Dans « Le rideau tombe » de Denis Healey, on peut lire : « Lorsque l’Armée rouge pénétra en Europe orientale, en 1944 et 1945, elle amena dans son sillage des petits groupes de chefs communistes polonais, tchèques, hongrois etc, qui avaient passé à Moscou les dix ou vingt dernières années, occupés dans divers organismes du Komintern, ou simplement traînant leurs journées dans leurs chambres d’hôtel. Ces « Moscovites » occupèrent aussitôt les postes les plus importants dans les partis communistes locaux. Des frictions surgirent naturellement entre eux et le petit nombre de leurs collègues qui avaient vécu des années difficiles en luttant sur place contre le fascisme et les Allemands. (…) Le mouvement clandestin polonais, qui ne pouvait prendre aucune responsabilité dans les décisions de Yalta dut cependant faire face à la nouvelle situation qui en résulte. En février 1945, l’ensemble du mouvement clandestin, qui était resté loyal envers le gouvernement de Londres, décida de se présenter au grand jour comme une organisation légale. Le gouvernement polonais de Londres fit connaître les noms et les adresses des chefs clandestins en Pologne aux gouvernements britannique et américain qui, en toute bonne foi, repassèrent l’information aux autorités soviétiques. A la suite de quoi, le commandement militaire russe invita les dirigeants clandestins à participer à des consultations en vue d’un règlement politique. Cette invitation était un piège. Les seize hommes, et parmi eux les socialistes Puzak et Pajdak, avaient reçu des garanties absolues quant à leur sécurité, mais dès qu’ils se montrèrent, ils furent arrêtés, entassés dans un avion militaire et expédiés à Moscou où ils furent emprisonnés. »

Aucune révolution ouvrière, et même aucune intervention indépendante des masses, ni en 1945 ni en 1948, n’a participé de la construction de ces Etat. Ils ont été, au contraire, fondés pour la combattre. La classe ouvrière était la première à être muselée dès 1944-45. Elle perdait les droits syndicaux dont elle avait bénéficié dans les régimes réactionnaires bourgeois qu’elle avait connu avant guerre. Ni droit syndical ni droit politique pour les travailleurs, à la fin de la guerre en 1944, avant même que soit imposé le parti unique et le syndicat unique, qui seront mis en place en 1947-48, avec la guerre froide. En 1947, quand « le rideau de fer » tombe, il ne s’agit nullement d’une prise de pouvoir de la classe ouvrière ou d’une de ses fractions. Denis Healey écrit : « Jour après jour, les journaux polonais, tchèque, hongrois et roumains rapportent des histoires de relâchements, d’absentéisme et même de sabotage dans les usines. Il semble que les ouvriers organisent des grèves perlées, refusent de faire des heures supplémentaires, essayent de frauder sur les salaires et tentent d’ »exercer une terreur sur la direction » Les communistes assurent qu’il s’agit d’une conspiration tramée par ces agents bien connusde l’impérialisme anglo-américain que sont les anciens secrétaires socialistes des syndicats. ». Avec l’après-guerre, la dictature sociale contre les travailleurs s’aggrave. Les syndicats sont muselés. Leurs dirigeants sont emprisonnés dès la fin de la guerre dès la mise en place des « démocraties populaires ». Des travailleurs sont souvent jugés pour « sabotage économique » comme ces deux ouvriers de Brno condamnés à mort en 1948 pour vol de cartes d’alimentation. En 1948, plus de la moitié des prisonniers sont des ouvriers. En Tchécoslovaquie, parmi les travailleurs condamnés, il y a les 40.000 travailleurs forcés des mines d’uranium. Malgré la chape de plomb qui pèse sur les travailleurs, les réactions ouvrières spontanées, hors de tout contrôle syndical, montrent à quel point les conditions de vie et de travail des ouvriers sont insupportables. La situation sociale est explosive à la fin de la guerre. Les ouvriers et les paysans peuplent les prisons pendant que les anciens membres des classes dirigeantes et les riches se gobergent et participent au pouvoir. Kopacsi rapporte dans « Au nom de la classe ouvrière » : « C’était terrible de voir ça : dans un Etat où le pouvoir appartenait (théoriquement) aux ouvrers et aux paysans, la plupart des détenus étaient précisément des ouvriers et des paysans. »

Dans « Le rideau tombe » de Denis Healey, Adam Ciolkosz écrit dans « Pologne » : « Les syndicats ne représentent plus les ouvriers, mais au contraire aident l’Etat à les exploiter. Suivant Beirut, la production industrielle, en 1949, a dépassé de 75% le niveau d’avant-guerre, tandis que les salaires se sont élevés de 26,6%. (…) L’effort physique et la tension nerveuse imposés par les méthodes stakhanovistes aboutissent à une altération rapide de la santé ; il est significatif que le pionnier du stakhanovisme en Pologne, le mineur Vincent Pstrowski, soit mort à l’hôpital d’épuisement physique. (…) Dès juillet 1945, l’organisateur d’une grève de 1534 ouvriers dans usine de tissage, à Pabianice, Tadeusz Borowiec fut condamné par un tribunal militaire à dix ans d’emprisonnement. Cette sentence devait servir d’exemple mais les grèves continuèrent, pour les congés, les salaires, de meilleures conditions de travail, une meilleure alimentation, etc… Les mineurs, les ouvriers métallurgistes et du textile se sont mis en grève dans différentes régions du pays ; 6000 ouvriers ont décrété la grève à Poznan dans une fabrique de Wagons ; la minde « Paris » dont les ouvriers étaient en majorité communistes avant la guerre, a cessé le travail à plusieurs reprises. A Gdansk, Gdynia et Szczecin, les dockers ont fait grève pour obtenir le paiement de 75% de leur salaire journalier, les jours où ils ne travaillaient pas, conformément à un accords antérieur ; la grève fut réprimée avec effusion de sang par la police. A Lodz, le centre le plus important de l’industrie textile, les ouvriers de neuf usines ont fait grève pendant dix jours, en septembre 1947, et 40.000 hommes ont manifesté dans les rues pour protester contre l’obligation de faire fonctionner quatre métiers à la fois au lieu de deux. Là encore, les ouvriers durent ramasser dans les rues leurs morts et leurs blessés après avoir subi l’assaut de la police (…). »

Nombre d’anciens dirigeants syndicalistes, communistes et socialistes soupçonnés de velléités de militantisme indépendant, des dirigeants staliniens comme le roumain Parrascanu ou le bulgare Traycho Kostov, furent jugés et fusillés pour « nationalisme ». Ces régimes firent en revanche longtemps la part belle aux anciennes classes dirigeantes, propriétaires terriens, noblesse et bourgeoisie. Les anciennes administrations, forces armées et policières furent maintenues autant que possible. L’armée soviétique n’avait nullement l’intention de bouleverser l’ordre bourgeois, politique et social. Au contraire. Elle n’a même pas fait confiance aux anciens militants et dirigeants staliniens qui avaient milité avant la guerre. La purge a été générale. Dirigeants syndicalistes, sociaux-démocrates et anciens staliniens ont subi le même sort. Dans les fourgons de l’armée « rouge », on trouvait non des dirigeants des partis communistes mais des fonctionnaires, hongrois, tchécoslovaques ou polonais, du Komintern qui avaient passé les décennies précédentes à Moscou. Par exemple, en Pologne, l’armée rouge avait amené avec elle le « Comité polonais de Libération », qui s’intitulera ensuite comité de Lublin, qui n’avait rien de spécialement polonais puisqu’il avait été fondé sans la moindre relation avec les militants staliniens polonais et encore moins avec les autres partis polonais. Les anciens dirigeants staliniens, qui avaient milité dans leur pays durant l’avant guerre et la guerre, ont été rapidement purgés. Les membres même des partis communistes ont été renouvelés, laissant place à un grand nombre d’arrivistes qui avaient un passé chargé ou étant sous la coupe des staliniens par des dossiers de police pour « activités criminelles ». Nombre d’entre eux avaient pactisé avec les nazis et recherchaient ainsi une couverture. D’autres avaient fait partie des anciennes classes dirigeantes et craignaient que les staliniens ne les menacent.

Les « coups de Prague » des staliniens ne découlent nullement de leur appui par la classe ouvrière. Toutes les élections libres de 1945 à 1948 dans les Pays de l’Est ont montré que le parti stalinien était loin d’avoir un crédit massif dans la classe ouvrière. « Dans 63 usines et mines des plus importants districts industriels de Pologne, et sur un total de 928 sièges, le Parti Ouvrier Polonais (stalinien) n’en eut que 193 (21%), tandis que les socialistes obtenaient 556 (64%). » écrit Denis Healey dans « Le rideau tombe ».

Quant au régime dans les usines sous la férule stalinienne, il est pire qu’avant guerre (suppression du salaire de base pour le salaire aux pièces, suppression des syndicats libres, suppression du droit de grève). Mais ce n’est pas sans réaction de la classe ouvrière. Andy Anderson cite le ministre hongrois de l’industrie Istvan Kossa, parlant à Debrecen le 6 décembre 1948 : « Les travailleurs ont adopté une attitude terroriste envers les directeurs des industries nationalisées. » En même temps, les membres des Partis communistes étaient eux-mêmes frappés pour non respect du régime de dictature : entre 1948 et 1950, les partis communistes expulsèrent de leurs rangs 250.000 membres en Tchécoslovaquie, 92.500 en Bulgarie, 192.000 en Roumanie et 483.000 en Hongrie. Les illusions de l’après-guerre étaient mortes.

Des régimes sortis des engrenages de la politique des blocs Loin d’être les nouveaux avant-postes de la révolution, ces États réactionnaires mais pro-russes résultaient donc d’un entente entre bureaucratie stalinienne et bourgeoisie occidentale face à la menace révolutionnaire de l’après guerre mondiale, selon le partage des tâches et des zones convenu à Yalta entre Staline, Roosevelt et Churchill.

C’est en 1947 que cette belle entente contre la classe ouvrière s’est défaite et que l’accord entre gardes-chiourmes a fait place à la « guerre froide ». Le prolétariat n’étant plus directement menaçant, les États-Unis reprirent l’offensive diplomatique. Avec le plan Marshall, les USA décidèrent d’offrir aux classes dirigeantes de l’Europe leur protection en même temps qu’une aide matérielle. La Russie riposta en faisant tomber le rideau de fer, mettant sous sa coupe exclusive des régimes qui, sinon, auraient rejoint le marché mondial impérialiste. L’URSS constitua son « glacis » : cela ne signifiait nullement un tournant vers le socialisme, et surtout pas une amélioration du sort de la classe ouvrière. Marika Kovacs rapporte dans ses Souvenirs sur la Hongrie : « Le tournant de 48 renforce l’oppression et la terreur : le pluralisme politique et la liberté d’expression avaient vécu. Des milliers et des milliers de personnes ont disparu sans laisser de traces. L’arbitraire prend un aspect de masse. Près de 1 300 000 personnes comparaissent devant des tribunaux et sont inculpés, dans un pays de 9,5 millions d’habitants ! » Les répressions violentes contre les luttes des travailleurs de Tchécoslovaquie et d’Allemagne de l’Est en 1953, de Hongrie ou de Pologne en 1956 devaient amplement montrer que ces Etats étaient d’abord et avant tout les ennemis du prolétariat.

En 1956, la Russie fit des pas vers le rapprochement est-ouest en vue de la réintégration dans le giron capitaliste. Ce fut la politique de Krouchtchev. Elle avait l’accord de l’impérialisme. Une réforme de la gestion des entreprises et une opération démocratie au sommet, ressemblant fort à celle que mènerait plus tard Grobatchev avec « Pérestroïka » et « Gastnost », était lancée. La bureaucratie avançait prudemment, à la fois méfiante vis-à-vis de l’Ouest et, surtout, des réactions de la classe ouvrière. Les révoltes de Hongrie, de Pologne et des camps du goulag, ainsi que des premiers mouvements sociaux en Russie allaient amener la fin de l’expérience et le retrait forcé de Kroutchev.

Par la suite, l’impérialisme continua d’exercer une pression permanente sur la Russie et sur ces pays dans le cadre de la politique des blocs, sans d’ailleurs chercher vraiment à les récupérer. Les relations économiques et financières de l’Est avec les pays impérialistes amenèrent les Démocraties Populaires sous-développées à dépendre de plus en plus des prêts des banques occidentales. Elles furent frappées elles aussi par la crise de la dette. Seule la pression russe, et non la volonté de la population (que ces régimes dictatoriaux se gardaient bien de consulter), les empêchèrent de revenir vers l’Europe occidentale.

Cette « ruée vers l’Ouest » restait pourtant le projet fondamental des classes privilégiées, et les dirigeants de l’Est essayèrent à plusieurs reprises de la faciliter. C’était aussi l’objectif que beaucoup d’opposants politiques parvinrent à donner aux mouvements sociaux. Pour autant, il n’y avait pas non plus de fatalité que la chute des régimes de l’Est ne mène à une révolution prolétarienne, comme l’ont montré la révolution ouvrière hongroise ou les mouvements prolétariens en Pologne en 1956 comme dans les années 70-80 (l’immense grève des chantiers navals de Gdansk, qui vit l’émergence du syndicat Solidarnosc, fut un coup sévère porté au régime polonais).

Alberto Vega

Signification de la révolte de Juin 1953 en Allemagne Orientale fin 1953

Les événements de juin 1953 en Allemagne Orientale sont une manifestation de la crise générale du bloc russe. L’élément essentiel de cette crise est la résistance de la classe ouvrière à l’exploitation de la bureaucratie [1].

Le mouvement d’Allemagne fait écho aux grèves de Tchécoslovaquie, à la sourde opposition des ouvriers russes qui a déterminé les récentes concessions du régime en U.R.S.S.

L’élément fondamental de la production, le prolétariat, refuse de collaborer à des tâches qu’il ne reconnaît plus comme les siennes. La division du régime bureaucratique en classes et l’antagonisme irréductible des intérêts de ces classes, apparaissent au grand jour. Les journées de juin constituent un éclatant démenti à la propagande stalinienne sur l’édification du socialisme et la participation des ouvriers à la gestion de l’économie et de l’Etat. Démenti qui a été donné non seulement par l’action des travailleurs, mais par l’attitude même du S.E.D. et du gouvernement, dont les jérémiades hypocrites ? « nous n’avons pas su nous faire écouter par la classe ouvrière », « nous avons appliqué une politique erronée » ? et les accusations dépitées ? « les ouvriers n’ont pas fait preuve de conscience de classe » ? prouvent bien que le parti et l’Etat sont deux corps étrangers, extérieurs au prolétariat, auquel ils imposent un régime et une politique. Leur isolement est frappant au cours de ces journées lâchés par la majorité de leurs propres fonctionnaires et par une partie de la police populaire, ils n’ont évité l’effondrement que grâce à l’intervention des troupes russes. Leur rôle : fusilleurs d’ouvriers et serviteur de l’impérialisme russe. Voici ce qui ne fait plus de doute pour les travailleurs allemands. Egalement évidente l’attitude anti-ouvrière de la « grande amie de l’Est », la Russie bureaucratique, dont les troupes sont intervenues pour mater la révolte ouvrière. Mais l’essentiel de ce mouvement c’est la démonstration qu’il est possible pour la classe ouvrière de résister, de s’organiser et de passer à l’attaque dans un régime du type totalitaire stalinien et de l’obliger à faire des concessions importantes. Démenti irréfutable donné à tous les défaitistes, tous les ex révolutionnaires qui nous rebattaient les oreilles avec la prétendue transformation des prolétaires en « esclaves » sous le régime stalinien, avec l’incapacité du prolétariat à lutter contre le capitalisme bureaucratique. Sans doute les événements de juin ont-ils été déterminés par une série de facteurs précis, dont certains découlent de la situation particulière de l’Allemagne Orientale. Par exemple, la proximité de l’Ouest, la possibilité donc de maintenir des contacts avec les ouvriers des pays occidentaux, la possibilité d’exploiter les hésitations de l’occupant, pour lequel la zone orientale a longtemps été un objet de marchandage et dont la propagande pour l’unification de l’Allemagne entravait la liberté de mouvement.

Mais d’autres facteurs ont, eux, une signification et une valeur générales.

Le fait que l’action ait eu lieu dans les régions de forte concentration industrielle est la preuve que seule la classe ouvrière est capable de mener la lutte contre l’exploitation bureaucratique. Les villes de la zone orientale ont une tradition révolutionnaire fort ancienne. Ce prolétariat qui se révolte en 1953 contre le stalinisme est le même que celui du mouvement spartakiste de janvier 1919 à Berlin, de l’insurrection de 1921 en Saxe et en Thuringe, le même qui a combattu les chemises brunes pendant des années et a maintenu une sourde résistance au nazisme. Ce n’est pas la masse brute aux réactions élémentaires qu’aime à décrire le journalisme bourgeois, mais une classe capable de conserver vivante son expérience de lutte et d’organisation.

Cette expérience, les ouvriers ont su s’en servir après la fin de la guerre. Le soutien qu’ils ont accordé aux mesures de nationalisation prises par les staliniens, leur tentative d’intervention dans la gestion des usines à travers des comités d’entreprise, n’ont pas été de longue durée. Dans la mesure où le caractère bureaucratique de l’Etat s’est dévoilé, les ouvriers ont manifesté leur opposition au régime et celle-ci est devenue peu à peu plus consciente et plus ferme, ils ont organisé leur résistance à l’exploitation en profitant de toutes les possibilités qu’offrait l’appareil bureaucratique ; ils ont su modifier les formes de la lutte suivant le lieu, l’époque et l’adversaire immédiat. Dès 1949, après la période de reconstruction proprement dite, de famine aussi, l’opposition entre la couche des dirigeants, formée par des anciens techniciens et des anciens ouvriers promus bureaucrates, et l’ensemble des travailleurs se précise.

Dans les usines, c’est la lutte contre les « stakhanovistes » et les chronométreurs. Dans les assemblées d’usine, dans les réunions syndicales, les ouvriers s’opposent au relèvement des normes de travail, aux mesures tendant à les pousser au rendement. Ils utilisent même les organes de l’appareil bureaucratique qui sont le plus près d’eux, les organismes syndicaux de base, pour défendre leurs droits et ils parviennent à les faire respecter dans bien des cas.

Cette opposition s’accentue au début de 1953. La politique de réarmement, d’industrialisation à outrance, de collectivisation rapide de l’agriculture, aggrave la pénurie de produits de consommation et provoque l’augmentation des prix des denrées du marché libre. En même temps, la campagne officielle pour le relèvement « volontaire » des normes se développe. Le Gouvernement exige un rendement accru des ouvriers. Mais il diminue les prestations des assurances sociales et annule la réduction de 75 % sur les billets de chemin de fer pour les ouvriers se rendant au travail. Des grèves sporadiques éclatent à Magdeburg et à Chemnitz.

En mai, une augmentation générale de 10 % des normes est décidée. Elle doit être appliquée à partir de juin.

Or, au même moment, le parti décide un tournant destiné à améliorer la situation économique et à faire écho à l’offensive de paix russe. Des mesures de détente sont prises en faveur des paysans, du commerce et de l’industrie privés, de l’Eglise. Mais aucune mesure ne concerne directement les ouvriers.

On sait comment cette situation a provoqué l’explosion des 16 et 17 juin, comment la grève, commencée sur les chantiers de construction de la Stalinallee, à Berlin, s’est transformée en manifestation de rue et s’est étendue en un vaste mouvement de révolte de tous les ouvriers de l’Allemagne Orientale [2].

Mais ce qu’il faut souligner c’est la nette conscience que les travailleurs ont manifesté du caractère anti-ouvrier du régime, leur dynamisme dans la lutte, leur capacité d’organisation, la portée politique de leurs initiatives.

La formation des comités de grève est un fait établi, reconnu même par la presse officielle. A Berlin, on connaît ceux des usines « Kabelwerke », du Block 40 de la Stalinallee, des chantiers de Friedrichshein, des aciéries de Henningsdorf. Ce sont d’ailleurs ces métallos de Henningsdorf qui, le matin du 17, avec les ouvriers d’Oranienburg, parcourent 14 kilomètres pour participer aux manifestations et occupent le Stade WalterUlbricht, où des discussions ont lieu sur la question du remplacement du Gouvernement, pendant lesquelles des ouvriers lancent l’idée d’un « Gouvernement des métallurgistes » [3].

Le caractère de la grève est très net dès le début à Berlin. Le 16, devant le siège du Gouvernement, les ouvriers proclament des revendications précises : abolition de l’augmentation de 10 % des normes, diminution de 40 % des prix du ravitaillement et des marchandises vendues dans les magasins du secteur libre, démission du Gouvernement, élections libres. Au ministre Selbmann qui essaie de les calmer et s’écrie : « Camarades, je suis aussi un ouvrier, un communiste… », ils répondent : « Tu ne l’es plus, les vrais communistes, c’est nous ». Dans les villes industrielles de la zone, l’action ouvrière est encore plus nette et violente.

A Brandenburg, les ouvriers du bâtiment forment un comité de grève avec ceux des chantiers de constructions navales « Thälmann » ; ils envoient aussitôt des cyclistes aux principales usines. 20.000 manifestants parcourent les rues. Ils libèrent les prisonniers politiques, attaquent le local du S.E.D. La plupart des « vopos » (police populaire) sont désarmés ou rejoignent les manifestants ; une minorité se défend.

A Leipzig, plus de 30.000 manifestants attaquent le Bâtiment de la Radio, les locaux du parti. Des policiers populaires sont désarmés. A Rosslau (Elbe), la grève commence aux Chantiers de constructions navales « Rosslauer ». Les ouvriers se dirigent vers la mairie, où le maire finit par se joindre à eux. Ils utilisent des camions avec haut-parleur pris aux « vopos ». Ils pénètrent dans la prison et libèrent 20 prisonniers politiques. Ayant rencontré un camion plein de « vopos », ils les désarment et les enferment en prison.

A Iéna, les grévistes attaquent les locaux du parti, des jeunesses, détruisent leurs dossiers, s’emparent de quelques armes. Ils attaquent la prison et libèrent les détenus politiques.

A Halle, les prisonniers politiques sont libérés. A 6 heures du soir des milliers de grévistes se réunissent sur le « Hallmarkt » et le « Grossenmarkt » ; des orateurs improvisés prennent la parole ; les tanks russes sont arrêtés au milieu des manifestants. Un comité central de grève est élu.

A Magdeburg, le Palais de Justice, la préfecture, sont attaqués, les dossiers brûlent. 1.000 grévistes attaquent la prison de Sudenburg-Magdeburg. Ils ne peuvent libérer qu’une partie des détenus, car la police populaire tire des toits et les tanks russes interviennent : 12 morts.

A Gera, en Thuringe, les grévistes occupent le siège de la police. A Erfurt, la grève est générale et les prisonniers politiques sont libérés. Aux usines Leuna, près de Merseburg, 20.000 ouvriers débraient. Ils forment un comité de grève ; une délégation est envoyée à Berlin pour prendre contact avec les grévistes de la capitale. Le comité de grève de Leuna utilise les installations de radio de l’usine. Les ouvriers marchent sur Merseburg. Environ 240 « vopos » sont désarmés ou rejoignent les colonnes des manifestants.

A Merseburg, 30.000 manifestants parcourent les rues, libèrent les prisonniers politiques, désarment les « vopos ». 70.000 personnes se réunissent sur la Uhlandplatz. Il y a là les ouvriers des usines Leuna et Buna, des mines de Gross-Kayna, de la papeterie de Königsmühle, du bâtiment, les traminots, des employés, des « vopos », des ménagères. Ils élisent un comité central de grève de 25 membres. Ayant appris que les troupes russes arrêtent des grévistes et les gardent, les ouvriers se dirigent vers la prison et se font remettre les détenus par les russes.

A Bitterfeld, dans la même région, environ 35.000 manifestants se réunissent sur la Platz der Jugend.

Le comité central de grève donne l’ordre aux pompiers de nettoyer la ville des inscriptions et affiches staliniennes.

Ce même comité envoie un télégramme qui commence ainsi : « Au soi-disant Gouvernement Démocratique Allemand. Nous, travailleurs de l’arrondissement de Bitterfeld, exigeons :

1. Le retrait du soi-disant Gouvernement Démocratique Allemand qui est arrivé au pouvoir par des élections truquées ; 2. La constitution d’un Gouvernement provisoire de travailleurs progressistes » Il envoie également un télégramme au Haut Commissaire soviétique demandant la levée de l’état de siège à Berlin et « de toutes les mesures prises contre la classe ouvrière pour qu’ainsi, nous, allemands, puissions conserver la croyance que vous êtes effectivement le représentant d’un régime de travailleurs ». Dans toutes ces villes, pendant quelques heures, une journée, les ouvriers sont les maîtres de la rue. Des bruits se répandent : le Gouvernement aurait démissionné, les russes n’oseraient pas le soutenir. Les blindés russes sortent enfin, l’état de siège est proclamé, les rassemblements interdits. La police populaire se regroupe. Les ouvriers battent en retraite. Mais la grève dure encore un jour ou deux, davantage dans certaines usines.

La résistance des ouvriers n’est pas brisée. Le Gouvernement envoie des émissaires dans les usines pendant que le comité central du parti publie, le 22 juin, un programme destiné à améliorer le niveau de vie et à aider à effacer « l’acrimonie contre le Gouvernement ». Il comporte les dix points suivants :

1. Retour à des normes de production plus faibles et calcul des salaires suivant le système en vigueur le 1er avril 1953. 2. Réduction des tarifs de transport pour les ouvriers gagnant moins de 500 marks par mois. 3. Réévaluation des pensions de veuves et invalides et des pensions de vieillesse. 4. Les congés de maladie ne seront pas décomptés du congé annuel normal. 5. Pas d’inscription obligatoire à la Sécurité Sociale. 6. Accroissement de 3.600 millions de marks des crédits budgétaires pour les constructions d’appartements et d’immeubles privés. 7. Attribution de 30 millions de marks supplémentaires pour l’amélioration des installations sanitaires et des services sociaux dans les usines de l’Etat. 8. Attribution de 40 millions de marks supplémentaires pour un nouveau programme culturel destiné à la construction d’un plus grand nombre de cinémas, de théâtres, d’écoles, de jardins d’enfants et d’instituts culturels pour les heures de loisir. 9. Amélioration des chaussures et des vêtements de travail distribués par les syndicats. 10. Réduction des coupures de courant aux dépens de l’industrie lourde.

Le mouvement a obligé la bureaucratie à reculer. La résistance paie. Enseignement de ces journées que les travailleurs n’oublieront pas et qui peut avoir des profondes répercussions dans les autres pays du « glacis » russe.

Mais si la résistance ouvrière est parvenue à s’exprimer ouvertement, à arracher des concessions au régime, c’est parce que celui-ci se débat dans de profondes contradictions.

L’industrialisation des pays satellites se fait en fonction des besoins de l’U.R.S.S., sans que celle-ci soit capable de satisfaire aux nécessités en produits de consommation courante et en biens d’équipement. D’où la pénurie de vivres et les difficultés de la planification. Les bureaucraties nationales sont divisées tandis qu’une partie obéit aveuglément à Moscou, l’autre partie souhaite une politique qui tiendrait davantage compte des intérêts « nationaux » et s’effraie du fossé qui se creuse entre elle et la majorité de la population. Le soi-disant parfait fonctionnement du capitalisme bureaucratique, qui serait arrivé â résoudre toutes les contradictions du capitalisme classique, est donc bien un leurre. Car ni la concurrence, ni l’anarchie du marché, que la planification peut amender, n’en constituent la cause profonde. Celle-ci réside dans l’appropriation du travail par une minorité qui oriente la production en fonction de ses intérêts et écarte la majorité productrice de la gestion de l’économie et de la société. Dans ces conditions, l’industrialisation signifie exploitation accrue du prolétariat. Par l’augmentation de la productivité individuelle, par l’augmentation des heures de travail ou par les deux à la fois, la masse des produits augmente, mais la part que les ouvriers en reçoivent reste la même quand elle ne diminue pas. La partie de la production destinée aux ouvriers, essentiellement des produits de consommation, diminue par rapport à la partie réinvestie et à celle qui est destinée à la consommation de la bureaucratie.

Mais ce mécanisme n’a rien d’automatique. La production moderne et surtout l’économie planifiée, exigent une collaboration effective des ouvriers au processus de production. Nécessité technique par suite de la complexité des rouages industriels et du plan. Nécessité politique pour faire accepter les « sacrifices nécessaires ».

C’est cette contradiction entre la collaboration indispensable du prolétariat et son exploitation, son aliénation, qui est la cause profonde de la crise du capitalisme, aussi bien traditionnel que bureaucratique. C’est elle qui se trouve à la racine des évènements de juin.

Depuis 1949, la classe ouvrière du secteur oriental a fait un énorme pas en avant. Surmontant la mystification du « socialisme » stalinien, elle a posé de nouveau le vrai problème : la lutte entre exploités et exploiteurs.

Au cours de la révolte de juin, indiscutablement spontanée, elle a su se donner, au dehors du cadre syndical et politique traditionnel, des formes d’organisation propres ? comités de grève ? et a fait des tentatives importantes pour coordonner son action : formation de comités centraux de grève, envoi de délégations aux usines de la région, dans le cas de Leuna, envoi d’une délégation à Berlin. Sans doute le mouvement n’est-il pas parvenu à une grande clarté politique. L’idée d’un Gouvernement des travailleurs a été avancée dans certains cas, adoptée, par exemple, par le comité de Bitterfeld et, à l’échelon de l’usine, les comités de grève se sont pratiquement substitués à la direction officielle. Mais l’intervention de couches non-prolétariennes dans les manifestations, s’est traduite par des revendications démocratiques formelles, souvent par du nationalisme. Dans certaines villes, la tendance social-démocrate des ouvriers s’est exprimée ouvertement [4].

Il est clair que l’intervention des troupes russes, avec la proclamation de l’état de siège, a empêché le développement, aussi bien politique que d’organisation, du mouvement. Mais cette intervention même, montre un autre aspect des limites qui lui étaient imposées : la puissance de l’U.R.S.S. comme force contre-révolutionnaire et la possibilité pour Moscou d’utiliser ses troupes contre les travailleurs. Il y a aussi l’isolement de la révolte, le manque d’écho chez les ouvriers de l’Ouest. Il est certain qu’un mouvement de solidarité en Allemagne Occidentale, une grève générale par exemple, aurait constitué une puissante démonstration d’unité ouvrière face aux deux blocs impérialistes et leurs serviteurs de Bonn et de Berlin. Mais les travailleurs de l’Ouest, sous l’influence des dirigeants réformistes, n’ont pas bougé. A la place de la grève de solidarité, il y a eu les manifestations d’« union sacrée » de Berlin-Est présidées par Adenauer, l’exploitation des événements dans un sens nationaliste et la répugnante affaire de la distribution des colis de vivres. Dans les autres pays occidentaux, si des militants isolés ont pu être encouragés par l’action de juin, l’ensemble des travailleurs n’a pas non plus bougé.

Mais quelles qu’aient été ses limites, la révolte de juin reste un événement majeur de la lutte révolutionnaire. Aboutissement du lent regroupement des travailleurs de la zone orientale et de leur résistance croissante, elle peut représenter le point de départ d’une nouvelle étape.

Notes

[1] Sur le régime social en Allemagne orientale, voir l’étude de Hugo Bell, « Le Stalinisme en Allemagne orientale », publiée dans les n° 7 (p.1 à 45) et 8 (p.31 à 49) de Socialisme ou Barbarie.

[2] Voir l’article de Sarel, « Combats ouvriers sur l’avenue Staline », dans Les Temps Modernes d’octobre 1953.

[3] D’après le correspondant de L’Observateur.

[4] « A Magdeburg, vieux centre social-démocrate, les ouvriers manifestent en exigeant la légalisation, du parti social-démocrate. Les cheminots de Magdeburg font partir des locomotives avec l’inscription : « Nous ne négocierons ni avec Ulbricht, ni avec Adenauer. Nous négocierons seulement avec Ollenhauer » (Ollenhauer, chef du parti socialiste de l’Ouest, est originaire de Magdeburg). » ? « IVe Internationale », juillet 1958.

« En 1945, nul ne voulait la révolution en Hongrie. D’ailleurs, l’Union soviétique n’aurait jamais permis qu’un mouvement révolutionnaire vînt balayer les vestiges surannés du passé. Staline n’aimait pas les révolutionnaires. Ce fut précisément pour cette raison qu’il fit exécuter quelques romantiques combattants de la guerre civile d’Espagne, et, parmi ses alliées, tous ceux qui – comme Trotski et bien d’autres – croyaient à la force cathartique de la révolution. C’était les hommes robots qu’il préférait, les fonctionnaires dociles, les exécutants aveugles. Tous les autres restaient suspects à ses yeux. En 1945, pour tout dire, une révolution sociale hongroise eût été contraire aux intérêts de l’armée russe, laquelle, conformément à une vieille tradition orientale, au lieu de compter sur les ressources de l’Union soviétique, assurait le ravitaillement des combattants – et, plus tard, des occupants – en réquisitionnant (souvent avec des méthodes aussi hypocrites qu’impitoyables) denrées alimentaires, cheptel et pétrole dans les pays mêmes qu’elle avait envahis. Aussi n’aurait-elle guère apprécié que ces biens se dispersent dans le chaos d’une révolution. Peu de temps après, les communistes voulurent persuader le peuple hongrois qu’ils avaient fait bénéficier de conquêtes révolutionnaires tout en lui épargnant les sanglants sacrifices d’une révolution. »

Sándor Márai (1900-1989), » écrivain et journaliste hongrois.

Dans Mémoires de Hongrie (Föld, föld !..., 1972) Albin Michel, 2004

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