Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /homepages/36/d206324349/htdocs/site_org1G/config/ecran_securite.php on line 180
Etat et économie, des relations beaucoup plus contradictoires qu’il n’y paraît… - Matière et Révolution
English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 05 - ECONOMIC POLICY - ECONOMIE POLITIQUE > 2 - Les lois économiques obéissent à des contradictions dialectiques > Etat et économie, des relations beaucoup plus contradictoires qu’il n’y (...)

Etat et économie, des relations beaucoup plus contradictoires qu’il n’y paraît…

mercredi 5 décembre 2012, par Robert Paris

Etat et économie, des relations beaucoup plus contradictoires qu’il n’y paraît…

On entend dire tous les jours que l’Etat va intervenir pour relancer l’économie, pour empêcher les entreprises et les banques de faire faillite et que cela est possible. Cela sous-entend qu’il n’existe pas vraiment une économie avec ses propres lois et que tout dépend des décisions politiques des gouvernants. Et c’est d’autant plus remarquable qu’ils tenaient exactement le discours inverse il y a quelques années : le discours appelé libéral selon lequel l’Etat n’a pas à intervenir dans l’économie qui a ses propres lois fonctionnant toutes seules, de manière quasi naturelle…

Pour beaucoup d’auteurs, il est parfaitement naturel que l’Etat serve les intérêts économiques et utilise ses moyens financiers et organisationnels au service des classes dirigeantes. Il est à remarquer qu’une bonne partie des mêmes auteurs sortent à peine d’une période dans laquelle ils défendaient la thèse adverse selon laquelle l’Etat intervenait trop dans l’économie. Trop d’Etat disaient les uns, trop de « dictature des marchés financiers » contre les Etats disaient les autres.

Mais est-ce ainsi que se déroulent les relations entre l’Etat bourgeois et les marchés du capital ? Comment ont-ils été dans le passé et comment sont-ils aujourd’hui ? Voilà la question que nous voudrions aborder ici.

Il faut d’abord souligner que la contradiction que nous relevions en premier chez les auteurs qui en discutent concerne les gouvernants eux-mêmes. On aura remarqué par exemple que les adeptes les plus fervents du « moins d’Etat dans l’économie », les Républicains américains, sont du parti politique ouvertement pro-capitaliste, défenseur des qualités des marchés financiers et qui a le plus combattu en faveur de l’idéologie du moins d’Etat. Et c’est justement ce parti qui a dû, face à l’effondrement économique de 2007-2008, mettre en place le plus grand programme d’aide financière massive étatique aux intérêts économiques des capitalistes pour retarder l’effondrement. Au point que les partisans républicains, effarés de ce retournement criaient au socialisme ce qui est très amusant s’agissant de Bush !

Mais le côté comique de l’affaire n’enlève rien à la question : comment se fait-il que l’Etat puisse intervenir ainsi dans la sphère économique faussant complètement les relations « économiques » simplement sur des décisions purement politiques et étatiques. Pourquoi avoir prétendu durant tant d’années que le capitalisme, ce n’est que de l’économie, qu’on doit laisser agir la concurrence, les marchés, les hauts et les bas, les réussites et les faillites, en laissant agir la « loi des marchés » pour ensuite prétendre qu’il serait parfaitement normal que l’Etat empêche la chute de toute banque, de tout établissement financier et de tout trust du moment qu’il a « une taille trop importante pour qu’on le laisse chuter » sans risque systémique ! C’est exceptionnel direz-vous ? Mais justement, on a constaté que depuis ce premier plan d’aide massive de l’Etat américain à l’économie, les aides sont devenues obligatoires, régulières, permanentes même, de la part de l’Etat américain comme de tous les Etats capitalistes du monde ! L’économie capitaliste ne fonctionnerait plus sans sa béquille étatique ?

Etait-ce vrai autrefois ? Est-ce le « fonctionnement normal » ? Comment comprendre la phase actuelle ? Quel a donc été, au cours du développement du capitalisme, la relation entre Etat et économie ? Telle est la question.

Bien des auteurs, disais-je, ne voient aujourd’hui dans cette relation qu’un lien positif entre les deux, au point qu’ils verraient bien une fusion Etat-économie. C’est commode pour effacer ce qui peut nous étonner dans les développements actuels, étonnements pourtant cruciaux pour comprendre que le fonctionnement « normal » est complètement arrêté….

Il est vrai que l’Etat capitaliste a toujours soutenu les capitalistes et qu’on peut lister toutes les fois que les capitalistes ont eu besoin de leur Etat pour se sauver non seulement de la lutte de la classe prolétarienne mais aussi de leurs propres contradictions. Ainsi, à la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Etat a momentanément suppléé aux capitalistes pour relancer l’économie en reconstruisant le pays. Les investisseurs privés n’auraient pas trouvé intéressant de bloquer leurs capitaux dans des charges lourdes de la reconstruction, de l’investissement de recherche, de technologie, nécessaire après la destruction massive en Europe occidentale. D’où le capitalisme d’Etat prédominant dans des pays comme la France, l’Italie, l’Allemagne ou la Belgique après la guerre.

Ce n’est bien entendu qu’un des nombreux exemples par lesquels on peut remarquer que l’économie capitaliste peut très bien s’appuyer sur sa béquille étatique et n’en reste pas moins un système fondé sur l’investissement des propriétaires privés de capitaux.

Le problème dans la situation actuelle réside justement là : l’investissement privé dans l’industrie et le commerce ne repart pas depuis 2007 et cela malgré des efforts financiers étatiques d’un niveau incroyable, jamais connu dans toute l’histoire du capitalisme.

D’autre part, à aucun moment, pas même lors de la guerre ou de la crise de 1929, on n’a vu le capital se désinvestir massivement de l’industrie et du commerce. On assiste donc à du jamais vu et il est inutile de prétendre que ce qui se passe est tout simplement un classique coup de main des Etats bourgeois à l’économie capitaliste !

Un coup de main que certains auteurs croient retrouver dans toute l’histoire du système capitaliste depuis sa naissance fondée sur les lois anglaises des enclosures, jetant à la rue les petits paysans pour en faire une main d’œuvre prolétarienne, sur les lois, anglaises aussi, sur les pauvres qui contraignaient les misérables à travailler dans des prisons ouvrières !

Mais cette aide étatique anglaise au lancement du capitalisme, à son accumulation primitive aussi par le pillage du monde notamment, ne signifie pas pour autant que le développement économique en Angleterre se soit réalisé par l’activité économique de l’Etat. Au contraire, l’Angleterre de l’époque est la seule véritable période d’un véritable laisser-faire, laisser-exploiter, laisser-commercer, que l’on pouvait taxer réellement de « libéralisme ». L’Etat laissait à l’époque les capitalistes privés ou financiers privés faire faillite et n’imaginait même pas les sauver à coups d’argent étatique ! D’ailleurs, la première phase capitaliste anglaise s’est effondrée sans laisser de traces à part un pont en fer et il a fallu repartir de zéro…

Le capitalisme s’est développé de lui-même et sa domination s’est étendue d’abord par des moyens économiques qui sont ceux de l’efficacité financière de l’accumulation du capital bien plus grande par son industrie que par des méthodes artisanales et commerciales selon les anciennes normes de la bourgeoisie d’autrefois, dite marchande. Personne, aucune autorité, n’a conçu ni lancé le capitalisme. Il s’est développé sans que personne en connaisse ni n’en ait étudié les lois. C’est venu longtemps après avec les Ricardo et autres Smith puis avec Marx…

Ceux qui ont vu se développer en Angleterre ce système nouveau ignoraient complètement ses lois, d’où venait la valeur, comment l’argent agissait dans le cadre de ces nouvelles relations économiques. Marx a surtout montré que le cycle capitaliste est inversé par rapport au cycle marchand et que la source de la plus-value, si rentable, est dans l’absence de toute propriété des moyens de production par les producteurs qui permet au possesseur privé de capitaux de s’approprier le surproduit, le temps de travail qui dépasse le temps nécessaire à l’entretien du producteur. On aurait tendance à oublier tout cela, l’investissement privé, la nécessité d’extraire de la plus value du travail humain, quand ont entend que les Etats peuvent mettre autant qu’ils veulent d’argent dans les circuits économiques, argent qui n’est nullement fondé sur des productions industrielles, sur de l’accumulation de richesses issues du travail humain… C’est parce que, depuis 2007, on n’est plus du tout dans un fonctionnement capitaliste normal même si on ne tient surtout pas à ce que nous le sachions…

Il est à remarquer que ceux qui s’intitulent anti-capitalistes eux-mêmes pour la plupart ne semblent pas réaliser qu’il y a quelque chose d’étrange à ces aides massives de l’Etat à l’économie. Certains dénoncent ces aides alors qu’on n’aide pas les chômeurs, les sans logis, les personnes qui ne peuvent plus se soigner, etc., mais ils n’en concluent pas que le système est complètement sorti de son cours normal.

Reprenons donc la question : est-ce que les relations entre l’Etat et l’économie résident toujours et normalement en un soutien de l’un à l’autre et de l’autre à l’un ?

Que nous dit sur ce plan l’histoire des sociétés, celle du capitalisme et même celle des sociétés précédentes ? L’Etat toujours là pour soutenir l’économie et le développement économique menant toujours à soutenir l’Etat ?

Comme sur bien des questions, les auteurs qui pensent ainsi ne veulent voir qu’un des côtés d’une relation contradictoire dialectiquement. Cela signifie que cela est vrai mais que le contraire est vrai aussi…

Bien sûr, l’Etat a une nature de classe qui signifie qu’il est mis en place pour servir une classe sociale et qu’il n’est nullement cet organisme neutre socialement qu’on nous présente le plus souvent. Il n’existe, pas plus en démocratie que sous une autre forme politique, d’Etat « au service des citoyens » et il n’a jamais existé nulle part, pas plus dans un « Etat de droit » qu’ailleurs. La démocratie est, au contraire, le régime par lequel la classe dirigeante exerce le plus directement et logiquement sa domination à chaque fois qu’elle en a les moyens du fait de la prospérité de ses affaires lui permettant de détourner une partie du surproduit social vers des dépenses centrales et de financer ainsi un organisme central de direction de la société et d’abord des forces armées de répression des masses populaires. Et, seulement en second, un appareil administratif permettant de gérer la société et, complètement accessoirement, de donner l’illusion au peuple de participer lui-même indirectement (par délégation) au pouvoir politique. Cela est connu même si nombre de travailleurs l’ignorent.

L’Etat est donc déterminé en premier par la classe sociale qu’il défend, les rapports sociaux qu’il sert. On n’a pas encore vu la police déloger un patron dans un conflit entre patrons et salariés ! Cela ne signifie pas que la relation entre l’Etat et la classe dirigeante soient simples et à sens unique, et encore moins les relations entre le renforcement de l’Etat et le développement de l’économie. A bien des époques de l’Histoire, le développement économique a été entravé par les Etats et le développement économique a mené au renversement de l’Etat…

On retrouve ce type de situations d’abord lorsque les forces productives bourgeoises se sont développées au sein de la société féodale, parvenant à un stade où ces forces avaient besoin de détruire l’Etat féodal pour continuer leur plein développement alors que l’Etat, lui, même s’il avait permis et aidé le développement de la bourgeoisie, défendait quand même fondamentalement les nobles, une classe sociale aux intérêts fondamentalement opposés.

C’est ce que l’on a appelé la révolution bourgeoise, cette révolte des forces productives bourgeoises en plein développement contre le carcan étatique de la société féodale. Il n’a d’ailleurs pas commencé en 1789 en France ni en Angleterre plus de cent ans avant mais en Chine des centaines d’années auparavant. La classe bourgeoise chinoise a été à un doigt d’être la première classe bourgeoise à prendre le pouvoir et c’est seulement par un bain de sang général du pays que la féodalité a pris le dessus, faisant du pays le plus riche du monde de l’époque le plus grand cimetière du monde, un recul de centaines d’années en termes de développement. Dans ces conditions, dire que l’Etat central a toujours comme rôle d’aider au développement économique n’est certainement pas vrai de l’Etat féodal… Mais est-ce entièrement vrai de l’Etat bourgeois ?

Les plus grandes interventions étatiques mondiales des Etats bourgeois n’ont nullement consisté à développer l’économie mais à la détruire dans d’immenses confrontations mondiales que sont les grandes guerres internationales qui montrent déjà que le développement économique n’est nullement une caractéristique constante de l’intervention de l’Etat. Cet organisme défend certes l’ordre social mais il n’est pas un organisme par nature dédié au développement économique.

Bien souvent, l’intervention des états n’aide pas l’économie nationale ni mondiale à grandir car même les capitalistes n’ont pas nécessairement intérêt à favoriser ces développements. La seule chose qui sert le capital est la rentabilité maximale et elle nécessite souvent de bloquer telle ou telle production qui serait techniquement réalisable mais, sur le moment, pas encore assez rentable…

Et il n’y a pas seulement des blocages étatiques qui vont dans le sens des intérêts des capitalistes. Il y a aussi ceux qui vont à l’encontre. Ainsi le protectionnisme, en défendant les intérêts économiques de patrons nationaux, empêche le développement global, mondial, de l’économie capitaliste.

Le protectionnisme, lorsqu’il se développe de manière massive, est un blocage considérable de l’économie.

Mais surtout cette vision « positive » des relations entre Etat et développement économique repose d’abord et avant tout sur une fausse image de relations prétendument idylliques du capitalisme et du développement des forces productives.

Certes, le capitalisme est le système qui a historiquement le plus développé les forces productives, quantitativement et qualitativement, par des changements technologiques considérables. Et pourtant, s’il l’a fait, c’est dialectiquement : parce qu’il est le système qui a le plus détruit les propres forces productives qu’il avait construites, au travers des crises économiques et des guerres… La destruction n’est dans le système capitaliste pas conjoncturelle mais systémique, indispensable au fonctionnement. Présenter le capitalisme comme un simple système de construction, en positif, est un contresens majeur…

C’est, au contraire, aujourd’hui, alors que l’intervention étatique empêche toute grande société capitaliste de criser, de s’effondrer, que le système est mortellement atteint… Sa dynamique provenait justement de sa capacité à détruire sans cesse des masses de forces productives.

La prépondérance actuelle de l’Etat qui a suivi l’époque où l’Etat a pu sembler céder le pas à la « dictature des marchés » est une série de contresens successifs. C’est surtout une incompréhension des étapes de l’effondrement d’un système ayant atteint en même temps son sommet et ses limites.

L’Etat ne fait pas ce qu’il veut avec l’économie, contrairement à ce que croient nombre d’auteurs qui justifient les mesures actuelles de « sauvetage ». D’ailleurs l’incapacité de l’investissement massif étatique de relancer l’activité capitaliste le démontrent pleinement.

Elle n’ont d’ailleurs pas du tout ce but. Elles visent seulement, selon le rôle classique de l’Etat, à défendre l’ordre social en faisant durer la situation pour préparer les classes dirigeantes en détournant la colère des masses populaires sur de faux objectif et en démoralisant les travailleurs face à la crise. Un effondrement économique non maîtrisé en 2007 aurait risqué de déboucher sur une révolution mondiale autrement dangereuse que la seule révolution arabe que l’on a pu présenter non comme une révolution prolétarienne et non comme une réponse à la crise capitaliste…

Les masses d’argent déversées par tous les Etats du monde n’ont rien d’une mesure économique. Sinon, elles pourraient être considérées comme un échec sanglant…

Quand l’économie a atteint des limites, tous les Etats du monde n’y peuvent rien ! On ne change pas l’économie par décret…

La cause de la crise étant la réussite même du système qui a développé ses richesses au point de dépasser la capacités de l’ordre social de les encadrer, ce n’est pas l’Etat qui peut aider à intégrer ces richesses au sein du système.

Plus que jamais aujourd’hui les forces sociales explosent dans le carcan capitaliste et la seule réponse à cette situation est le socialisme que justement combattent les Etats capitalistes. Une fois de plus les Etats combattent contre le sens même du développement économique qui étouffe dans le carcan imposé par l’ordre social…

L’Etat et l’économie ne sont donc pas des forces unie, alliées, et uniquement positives l’une part rapport à l’autre. C’est le succès même du développement capitaliste qui provoque l’effondrement de la domination capitaliste et rend inévitable les futures révolutions prolétariennes.

L’Etat des Pharaons n’a pas créé l’économie égyptienne

4 Messages de forum

  • Etat et économie, des relations beaucoup plus contradictoires qu’il n’y paraît…

    On entend dire tous les jours que l’Etat va intervenir pour relancer l’économie, pour empêcher les entreprises et les banques de faire faillite et que cela est possible. Cela sous-entend qu’il n’existe pas vraiment une économie avec ses propres lois

    Répondre à ce message

  • Plus que jamais aujourd’hui les forces sociales explosent dans le carcan capitaliste et la seule réponse à cette situation est le socialisme que justement combattent les Etats capitalistes. Une fois de plus les Etats combattent contre le sens même du développement économique qui étouffe dans le carcan imposé par l’ordre social…

    L’Etat et l’économie ne sont donc pas des forces unie, alliées, et uniquement positives l’une part rapport à l’autre. C’est le succès même du développement capitaliste qui provoque l’effondrement de la domination capitaliste et rend inévitable les futures révolutions prolétariennes.

    Répondre à ce message

  • « La répercussion du pouvoir de l’Etat sur le développement économique peut être de trois sortes. Elle peut agir dans la même direction, alors tout marche plus vite, elle peut agir en sens inverse du développement économique, et de nos jours, elle fait fiasco chez chaque grand peuple au bout d’un temps déterminé, ou encore, elle peut fermer au développement économique certaines voies et lui en prescrire d’autres — ce cas se ramenant finalement à l’un des deux précédents. Mais il est clair que dans les deuxième et troisième cas, le pouvoir politique peut causer un grand dommage au développement économique et produire un gaspillage massif de force et de matière. (...) Donc, lorsque Barth prétend que nous aurions nié toute réaction des reflets politiques, etc., du mouvement économique sur ce mouvement même, il ne fait que se battre contre des moulins à vent. Il n’a qu’à regarder Le 18 Brumaire de Marx où il s’agit presque uniquement du rôle particulier joué par les luttes et événements politiques, naturellement dans la limite de leur dépendance générale des conditions économiques. Ou Le Capital, par exemple le chapitre sur la journée de travail, où la législation, qui est bien un acte politique, agit de façon si radicale. Ou encore, le chapitre sur l’histoire de la bourgeoisie (le 24e chapitre). Pourquoi luttons-nous donc pour la dictature politique du prolétariat si le pouvoir politique est économiquement impuissant ? La violence (c’est-à-dire le pouvoir d’Etat) est, elle aussi, une puissance économique ! (...) Ce qui manque à tous ces messieurs, c’est la dialectique. Ils ne voient toujours ici que la cause, là que l’effet. Que c’est une abstraction vide, que dans le monde réel pareils antagonismes polaires métaphysiques n’existent que dans les crises, mais que tout le grand cours des choses se produit sous la forme d’action et de réaction de forces, sans doute, très inégales, — dont le mouvement économique est de beaucoup la force la plus puissante, la plus initiale, la plus décisive, qu’il n’y a rien ici d’absolu et que tout est relatif, tout cela, que voulez-vous, ils ne le voient pas ; pour eux Hegel n’a pas existé… »

    Lettre à Conrad Schmidt -
    F. Engels -
    27 octobre 1890

    Répondre à ce message

  • « Il y a action réciproque de deux forces inégales, du mouvement économique d’un côté, et de l’autre de la nouvelle puissance politique qui aspire à la plus grande indépendance possible et qui, une fois constituée, est douée, elle aussi, d’un mouvement propre ; le mouvement économique se fraie bien son chemin en général, mais il est obligé, lui aussi, de subir le contre-coup du mouvement politique qu’il a constitué lui-même et qui est doué d’une indépendance relative, du mouvement d’une part du pouvoir d’Etat, d’autre part, de l’opposition qui se forme en même temps que lui. De même que sur le marché de l’argent, le mouvement du marché industriel se reflète en gros et sous les réserves indiquées plus haut, et naturellement à l’envers, de même, dans la lutte entre le gouvernement et l’opposition se reflète la lutte des classes qui existaient et se combattaient déjà auparavant, mais également à l’envers, non plus directement mais indirectement, non pas comme une lutte de classes, mais comme la lutte pour des principes politiques, et tellement à l’envers qu’il a fallu des millénaires pour que nous découvrions le mystère.

    La répercussion du pouvoir de l’Etat sur le développement économique peut être de trois sortes. Elle peut agir dans la même direction, alors tout marche plus vite, elle peut agir en sens inverse du développement économique, et de nos jours, elle fait fiasco chez chaque grand peuple au bout d’un temps déterminé, ou encore, elle peut fermer au développement économique certaines voies et lui en prescrire d’autres — ce cas se ramenant finalement à l’un des deux précédents. Mais il est clair que dans les deuxième et troisième cas, le pouvoir politique peut causer un grand dommage au développement économique et produire un gaspillage massif de force et de matière. »

    Lettre à Conrad Schmidt
    F. Engels

    27 octobre 1890

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0