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Remarques sur la situation économique, sociale et politique en France et en Europe - Matière et Révolution
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Remarques sur la situation économique, sociale et politique en France et en Europe

vendredi 14 décembre 2012, par Robert Paris

Remarques sur la situation économique, sociale et politique en France et en Europe

Média, hommes politiques, centrales syndicales essaient de nous embrouiller sur la signification de la situation économique, politique et sociale et on est de plus en plus matraqués par l’idée qu’il suffira de quelques sacrifices pour faire repartir la machine, sous-entendant que la France est une victime de la mondialisation et de la financiarisation et aussi une victime d’un manque de sacrifice dans les années précédentes. Nous allons voir qu’il s’agit d’une somme de contrevérités et d’une embrouille de grande ampleur destinée à amener les travailleurs dans un piège accepté de tous bords, droite comme gauche, patronat comme syndicats…

Les années 1990-2007 ont été, en France comme en Europe, des années d’un record de prospérité d’autant plus grand que la zone euro a été très attractive pour les capitaux mondiaux inquiets des faillites massives, de l’endettement lourd, de l’instabilité du dollar et des risques boursiers aux USA (World.com ou Vivendi Universal et le secteur des nouvelles technologies notamment). Les pays émergents n’étaient pas encore un investissement incontournable. Le Japon était en pleine crise. C’est de ce sommet que l’Europe tombe actuellement. Elle se plaint de ce qui a fait son succès d’alors : financiarisation à fond, diktat des bourses, des spéculateurs, des opérations immobilières juteuses, développement du secteur technologique et commercial en même temps que se produisait en retour un désinvestissement lent de l’industrie. C’était une période de profits boursiers continuels sur plusieurs années. Les patrimoines de cette bourgeoisie rentière se sont remplis jusqu’à plus soif… Ni la crise « asiatique », ni la crise « américaine » des années 2000 n’ont interrompu cette manne financière qui coulait vers la zone euro.

La crise de 2007-2008 a pu sembler frapper surtout les USA et on aurait pu penser qu’elle allait créer de nouveau un différentiel favorable à l’Europe mais il n’en a rien été car il ne s’agissait plus seulement d’une crise américaine mais d’un effondrement mondial…. Les banques et les trusts basés en France ont très vite bu la tasse comme ceux du reste du monde.

Leur super-prospérité fondée sur des arrivées massives de capitaux spéculatifs s’est vite transformée en effondrement avec celui des spéculations, des banques et des bourses. La transformation des trusts en banques a mené à l’effondrement de ces trusts bien avant toute chute des ventes.

Loin d’être victime de la phase de mondialisation-déréglementation-financiarisation-délocalisation-spéculation massive, la France en est l’un des profiteurs mais cette phase est finie et elle s’achève sur un effondrement général. Dès lors, l’avantage se change en inconvénient et ceux qui n’ont d’autre base que celle qui chute se vautrent avec…

Les classes dirigeantes se gardent bien de nous expliquer cette contradiction : elles sont plus riches que jamais mais l’économie du pays est en chute…

On ne peut pas tout dire aux classes populaires, sinon elles sortiraient les couteaux !

On ne peut pas leur dire que le système capitaliste est parvenu à son sommet et ne peut plus trouver de débouchés pour la masse de capitaux qu’il a réussi à extraire de la classe ouvrière.

On ne peut pas leur dire qu’il n’a choisi que de faire appel à des palliatifs n’ayant aucune solution pour résoudre les problèmes que lui pose l’effondrement qui résulte du heurt entre le système et un véritable mur qui limite sa progression…

On ne peut pas leur dire, par exemple, que la dernière décision de placer les grandes banques sous l’égide de la BCE revient à une européanisation (étatisation sans Etat, il fallait le faire !) des banques qui signifie qu’elles sont toujours proches de la faillite ! Et elle signifie qu’on collectivise les pertes tout en conservant la privatisation des gains... Payez des impôts, vous remplissez les coffres des banques privées, pour qu’elles continuent à spéculer contre l’économie !!!

Le but actuel des classes dirigeantes, en France comme ailleurs, est de faire face aux premières réactions prolétariennes face aux sacrifices qui leur sont présentés. Mais même ces sacrifices ne sont rien d’autre que de l’hypocrisie. Les classes dirigeantes savent parfaitement qu’ils ne sont rien face à ce qui serait nécessaire pour payer les dettes des capitalistes et des Etats. C’est esclavagiser les prolétaires qui serait nécessaire et indispensable et même ainsi on ne pourrait pas combler les trous… C’est le cas en France comme en Grèce, en Espagne, en Italie, en Irlande, etc, comme dans le reste du monde…

Non, les classes dirigeantes européennes se préparent à tout autre chose qu’à simplement faire passer des budgets d’austérité. Ils se préparent à faire la peau des classes populaires et à faire revenir en arrière d’un grand pas si celle-ci ne se décide pas à faire un grand pas en avant.

Ils se préparent parce qu’ils ne pouvaient pas agir ainsi d’un seul coup, avec une classe ouvrière qui n’est pas battue, qui n’est pas démoralisée, qui n’est pas divisée, qui n’est pas écrasée.

Il va leur falloir quelques années pour préparer le terrain à des attaques de plus grande ampleur.

Chaque sacrifice ne sera qu’un moyen d’en demander d’autres…

La Grèce est en avant-garde dans ce domaine : les classes dirigeantes y expérimentent la manière de frapper progressivement les travailleurs et de leur casser le moral, de faire monter les mouvements d’extrême droite, de préparer les forces de répression à frapper, frapper et encore frapper les mouvements populaires.

Les manifestations, les grèves, les désordres servent aux classes dirigeantes d’entraînement. La Grèce était une trop petite économie pour risquer grand-chose à annuler les dettes du pays mais les classes dirigeantes européennes préféraient y expérimenter une attaque anti-sociale en règle, et examiner comment les choses allaient se dérouler ensuite.

En France aussi, nous en sommes au stade de l’expérimentation de la part des classes dirigeantes. Celles-ci avaient avaient de bonnes raisons de se méfier, la dernière tentative d’attaque pro-patronale, celle de Juppé en 1995, s’était soldée par un échec cuisant.

C’est Peugeot qui a lancé l’attaque et, au moment où elle a eu lieu, il a pu sembler à bien des patrons qu’elle était hasardeuse. Le gouvernement de gauche s’est immédiatement désolidarisé officiellement du patron de Peugeot, dénonçant les 8000 licenciements et la fermeture d’Aulnay. Ce n’est ni Montebourg ni Hollande qui étaient choqués mais aussi bien des patrons qui se demandaient alors s’il n’était pas en train de mettre le feu aux poudres…

L’annonce avait été cependant préparée très en avant puisque le patron s’était débrouillé pour que la CGT ait entre les mains un projet de fermeture du site d’Aulnay. Cela a permis de démoraliser les travailleurs d’Aulnay un an à l’avance, à chaque fois que la CGT réaffirmait que le patron allait fermer le site…

Loin d’armer les travailleurs, ces déclarations périodiques de la CGT ne faisaient que semer la démoralisation… Mercier répétait alors à qui voulait l’entendre que « PSA va fermer Aulnay » mais il ne disait rien de plus. Rien sur la manière dont les travailleurs pouvaient s’opposer à cette fermeture. Rien sur le fait que les travailleurs d’Aulnay n’étaient pas du tout les seuls frappés, que tout Peugot était concerné par l’attaque, que tout le patronat suivait cette affaire et allait se lancer derrière PSA si on laissait faire le patron… A aucun moment les militants de PSA Aulnay au premier rang de la lutte de classes en France n’ont présenté à la classe ouvrière l’alternative qui se présentait aux travailleurs avec le droit de choisir… Et, le 12 septembre, quand le patron a officialisé son plan de licenciements massifs, il n’était plus temps de faire des discours, la CGT était au pied du mur, on allait voir ce qu’on allait voir, disait jusque là son dirigeant Mercier… Eh bien, on a vu une CGT qui n’a milité que pour qu’on n’entre pas en lutte tout de suite….

Et elle a décidé de reporter la lutte à après les vacances. Les centrales syndicales en ont fait de même, reportant à septembre et même octobre finalement une réaction contre les licenciements sous forme d’une promenade dans les rues…

A Aulnay, les syndicats ont justifié leur reculade par la nécessité de bloquer le plan par l’appel à un expert pour contrarier le plan patronal.

La nécessité aussi de négocier avec le gouvernement.

La CGT d’Aulnay avait déjà centré son activité sur la nécessité que le gouvernement de Sarkozy intervienne contre les licenciements à Aulnay.

Ce choix était déjà tout un symbole de la fausse radicalité de la direction politique à la tête de la CGT d’Aulnay, le groupe d’extrême gauche Lutte Ouvrière. Comment penser que la mobilisation ouvrière à Aulnay devait se donner comme objectif de demander au gouvernement bourgeois de sauver les travailleurs ? Comment penser de même qu’il fallait isoler le cas d’Aulnay en mettant seulement en avant la fermeture d’un seul site ?

Pendant toutes les vacances, l’offensive des patrons contre le moral des travailleurs a continué. Le gouvernement a joué consistant à souffler le chaud et le froid : chaud, « l’Etat ne laissera pas faire » ; froid, Hollande ne s’est pas engagé à sauver tous les emplois.

PSA a joué son propre jeu : pas d’emploi abandonné, pas de salarié laissé pour compte mais PSA n’a pas autant d’emplois à offrir que de salariés en surplus !!!

Et, voyant que les salariés sont peu réactifs, que la CGT, même après la rentrée des vacances n’organise que des passages gratuits aux péages autoroutiers, l’ensemble des patrons s’est lancé dans les licenciements. Il y en a dans tous les secteurs d’activité…

Il n’ s’agit pas seulement pour les patrons, contrairement à ce qu’ils prétendent de tenir compte de la baisse des ventes, de la récession, il s’agit d’une politique qui vise à casser moralement la classe ouvrière avant de véritablement la démolir…

La classe dirigeante sait parfaitement bien qu’il n’y aura aucune solution économique et qu’il n’y aura à terme qu’une alternative : révolution sociale visant à la suppression de la propriété privée des moyens de production (seul moyen d’interdire les licenciements alors que le système s’enfonce inéluctablement dans le gouffre sans reprise possible) ou contre-révolution sociale avec destruction de tout le monde « démocratique ».

Cette alternative ne concerne pas seulement le Maghreb et le monde arabe où elle n’est pas seulement liée aux dictatures locales fragilisées par la crise mondiale mais au monde capitaliste démoli par l’effondrement de 2007-2008.

Et cette contre-révolution anti-sociale ne peut mener qu’à la destruction complète de la démocratie bourgeoise et supposera bien plus que quelques sacrifices, que quelques plans d’austérité, que des licenciements massifs, que des réductions importantes des salaires et des retraites. Les classes dirigeantes savent bien qu’il va leur falloir gouverner à la matraque les relations sociales et que cela ne s’improvise pas du jour au lendemain. La société n’est pas prête à accepter un tel changement. Même leurs forces de l’ordre n’y sont pas prêtes. Car cela signifie d’en finir avec toutes les libertés de la société, même celles qui bénéficiaient à la petite bourgeoisie. Cela signifie de supprimer les syndicats et leur collaboration avec l’Etat et les patrons mais cela signifie même de s’asseoir sur les élections bourgeoises, sur les libertés démocratiques, sur le droit de la justice, de la presse pour mettre en place des régimes dictatoriaux ou fascistes. Cela nécessite une préparation par une démoralisation profonde de la population, le développement de l’hostilité entre travailleurs et petits bourgeois, entre jeunes et vieux, entre hommes et femmes, entre français et immigrés, entre chômeurs et travailleurs, etc…

Tout cela ne peut être mis en place en un jour ni en un mois. Les plans d’austérité et les plans de licenciements, les négociations pour réformer le droit du travail sont un premier pas vers la remise en cause de tous les rapports sociaux institutionnalisés depuis des années.

Social-démocratie et syndicats ne peuvent que participer à ce recul général qui finira par les détruire car ils cèdent au chantage patronal : le recul ou le chaos…

La population et les travailleurs ne s’attendent nullement à un changement aussi catastrophique au plan économique, social et politique. On leur a seulement dit que l’économie française est un peu plombée par un manque de compétitivité et pas que tout est mort sur le plan du capitalisme….

Nous sortons d’une longue période de calme relatif en Europe sur le terrain social et politique. Cela fait un moment que les anciens régimes fascistes ont cédé la place en Europe de l’ouest et la population ne se souvient même pas que le fascisme avait encore pignon sur rue en Europe de l’ouest dans les années 1960-1970…

Personne n’imagine que des régimes fascistes menacent l’Europe. Même quand des politiciens d’extrême droite ont gouverné, par exemple en Italie, ce n’était pas pour autant le fascisme. Avec l’effondrement de 2007-2008, la situation est entièrement nouvelle et les classes dirigeantes vont avoir besoin de régimes de terreur…

L’image d’une bourgeoisie européenne qui serait naturellement portée à la démocratie est complètement mensongère.

Il en va de même en France où on oublie souvent, sous couvert d’occupation militaire allemande et de guerre mondiale, que c’est l’ensemble de la bourgeoisie française, social-démocratie comprise, qui a choisi Pétain et le fascisme à la fin des années trente… La bourgeoisie européenne avait déjà tout un passé fasciste, ayant choisi de faire subir le fascisme à toute l’Europe de l’Est pour écraser les révolutions finlandaise, polonaise ou allemande, pour entourer la Russie des soviets d’un voisinage de pays violemment hostiles. La bourgeoisie italienne a basculé dans le fascisme en 1922 après l’échec de la révolution prolétarienne en 1920, battue par la social-démocratie comme elle l’avait été dans le reste de l’Europe. Les fascismes portugais (1926), allemand (1933), autrichien (1934) espagnol (1936), grec (1945 puis 1967) et la tentative en Italie (1970) ont suffisamment montré qu’il n’y a toujours aucune incompatibilité entre bourgeoisie européenne et fascisme ni aucun attachement irréductible de cette bourgeoisie à la démocratie, que l’Europe économique s’effondre vite ou lentement…

Plus vite les travailleurs prendront conscience qu’il n’y aura pas de limite économique ou politique aux attaques violentes qu’ils subissent, mieux ils y répondront dans l’immédiat et mieux il se prépareront à la suite….

Et la suite avec le maintien du capitalisme ne peut être que la guerre mondiale. C’est une suite inévitable pour faire face à la montée inévitable aussi des révolutions.

Engels rappelait déjà dans une lettre à Lafargue publiée le 6 novembre 1886 : « Pour se sauver de la révolution, le pauvre tsar est obligé de faire un nouveau pas en avant. Mais chaque pas devient plus dangereux. (…) Il arrivera un moment où l’hostilité des intérêts russes et autrichiens éclatera ouvertement. Il sera alors impossible de localiser la guerre, elle deviendra générale. (…) Les Français patriotes, qui depuis seize ans rêvent de revanche, croient qu’il n’y a rien de plus naturel que de saisir l’occasion qui peut-être s’offrira. Mais, pour notre parti, la question n’est pas aussi simple ; elle ne l’est pas même pour messieurs les chauvins. Une guerre de revanche, faite avec l’alliance et sous l’égide de la Russie, pourrait amener une révolution ou une contre-révolution en France. (…) Si guerre il y a, elle ne se fera que dans le but d’empêcher la révolution. (…) Toute guerre moderne, même si elle est conduite entre Etats constitués des classes dominantes, a un caractère de classe contre le prolétariat. »

1 Message

  • Un rapport qui vient d’être remis à Hollande propose un SMIC jeunes !!!

    Pourquoi ne pas alors proposer aux jeunes un Salaire Minimum d’Insertion professionnelle (le SMIP) ? Le SMIP, réservé aux 17-24 ans, pourrait être modulé en fonction de deux variables qui impactent le cout horaire du travail, à savoir la rémunération du salarié d’une part, et le temps de travail d’autre part. Le Royaume-Uni de Tony Blair a montré la voie à la fin des années 90 en instituant un « salaire minimum différencié », avec lequel la rémunération minimale augmente en fonction de l’âge et de la qualification du salarié. C’est une piste que la France peut à son tour explorer. Une autre piste, aux effets similaires consisterait à établir une durée hebdomadaire du travail différente pour les 17-24 ans. A rémunération mensuelle équivalente au SMIC, les jeunes travailleraient sur une base hebdomadaire de 40h, faisant automatiquement baisser leur cout horaire pour les entreprises sans néanmoins rogner sur leur salaire net et leur pouvoir d’achat. A l’heure où le débat sur les 35 heures refait surface, restreindre le détricotage de cette loi hautement symbolique aux jeunes pourrait peut être trouver un écho politique plus favorable.

    Passer du SMIC au SMIP, Salaire Minimum d’Insertion Professionnelle (SMIP) en adaptant le dispositif actuel, c’est répondre à deux priorités pour renouer avec une croissance sur le long terme : aider les jeunes à trouver des débouchés professionnels et baisser le coût du travail pour des entreprises entravées dans leur développement. Ce SMIP proposerait un salaire progressif ou un temps de travail dégressif aux jeunes salariés, en fonction de leur âge de leurs qualifications. Un jeune de 18 ou 20 ans sans expériences professionnelles, ne se retrouverait plus en concurrence directe avec un salarié ayant une expérience de quelques années pour un poste à rémunération identique. Les entreprises pourraient proposer davantage de postes aux jeunes, car le coût du travail serait diminué. Les vertus en seraient multiples, à la fois pour les jeunes, les entreprises et l’Etat.

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