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Les croisades du monde chrétien contre le monde musulman : nobles ? héroïques ? religieuses ? et civilisatrices ? - Matière et Révolution
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Les croisades du monde chrétien contre le monde musulman : nobles ? héroïques ? religieuses ? et civilisatrices ?

lundi 24 décembre 2012, par Robert Paris

Les croisades du monde chrétien contre le monde musulman : nobles ? héroïques ? religieuses ? et civilisatrices ?

On se souvient que celui qui a remis officiellement dans l’actualité brulante les croisades s’appelait Georges Bush et qu’il avait lancé sa croisade en Irak et en Afghanistan. Il avait même rappelé qu’il s’agissait prétendument de la croisade du Bien contre le Mal, de l’Occident chrétien contre le Monde musulman taxé de terrorisme.

Une évocation étonnante en plein vingtième siècle ! D’autant que les raisons qui l’amenaient à entrer en croisade n’avaient pas grand-chose à voir avec des buts religieux. Mais, direz-vous, les puissances européennes en croisade non plus ! Elles aussi devaient faire face à leur propre crise économique, sociale et politique et, comme les USA en 2001, elles avaient besoin d’une « bonne et belle cause » pour amener les peuples à se dévouer et pour, plus prosaïquement, unir les puissances contre un Mal dangereux, ou présenté comme tel… Elles avaient besoin d’un ciment économique, social, et même idéologique pour fédérer les peuples derrière la chrétienté qui était menacée de l’intérieur et pas de l’extérieur…

La France a elle aussi le souvenir glorieux de ses croisades !!! Pourtant, vus les massacres et les défaites cuisantes, il n’y avait pas grand chose de glorieux là-dedans !

Pas plus que dans la suite puisque la France a prétendu s’appuyer sur l’occupation des croisés pour retourner dans la région comme puissance impérialiste et colonialiste à la chute de l’empire ottoman à la fin de la première guerre mondiale, en occupant Liban et Syrie !

Les contre vérités sur les croisades ne consistent pas seulement en la prétention que l’occident voulait civiliser l’orient ! Il s’agissait de piller, de violer, et de voler une civilisation par bien des côtés supérieure à celle d’occident. Ces lauriers n’étaient pas très catholiques, ils se voulaient "chrétiens", mais c’était en fait le "christianisme" à la Godefroy de Bouillon et autres Richard Coeur de Lion. Après les massacres commis chemin faisant pour Jérusalem, dont 30.000 Juifs en Rhénanie, ils tuèrent lors de la prise de la Ville Sainte 70.000 Musulmans et Juifs - hommes, femmes, enfants, vieillards - pour ensuite les piller. Comme écrit le chroniqueur Franc de Gesta Francorum qui prit part à la curée, après ce massacre, les Croisés, tout dégoulinants de sang, "allèrent, pleurant de joie, honorer le Tombeau du Seigneur".

"Les défenseurs s’enfuirent à travers la ville (de Jérusalem). Les nôtres les poursuivirent jusqu’au Temple de Salomon où il y a eu un tel bain de sang qu’on y pataugeait jusqu’aux chevilles. Les Croisés traversèrent la ville en raflant or, argent, chevaux et mulets. Ils pillaient les maisons pleines de richesses. Après cela, heureux et pleurant de joie, allèrent, les nôtres, honorer le Tombeau du Seigneur."

D’autres mensonges sont également développés, comme celui d’un occident qui aurait réussi à freiner la montée en Europe du nord de l’empire arabe alors que la vérité est que les armées des croisés ne seraient parvenues à rien sans l’attaque des Mongols de Hulagu, le petit-fils de Genghis Khan.

7 juin 1099. La première croisade se présente devant Jérusalem. Ça va saigner !

Après trois ans de souffrances et quelques massacres pour se mettre en jambes, les croisés s’apprêtent à investir la Ville sainte.

Le 7 juin 1099, les croisés arrivent enfin en vue de Jérusalem, la ville du Saint-Sépulcre. Beaucoup pleurent de joie. Tant de souffrances, tant de morts pour conquérir la tombe d’un prophète qui professe de tendre l’autre joue... Cela fait presque trois ans que Godefroy de Bouillon, à la tête d’une large troupe, a quitté sa Flandre pour la Terre sainte. N’ayant pas trouvé de vol direct, il a fait plusieurs escales. Une première à Constantinople, où l’empereur byzantin les oblige à lui jurer allégeance, puis à Nicée (aujourd’hui, Iznik en Turquie), qui se rend sans combattre, et à Antioche, qui résiste six mois avant de se livrer, et enfin à Édesse (Urfa). Le circuit n’est pas terminé, les croisés visitent encore Tripoli, Beyrouth, Ty, Haffa et Rama avant de débarquer devant Jérusalem, aussi frais que Beigbeder après une semaine d’immersion dans un night-club. Que la ville est grande et que les murailles sont hautes ! Et pour compter sur un coup de main du Père qui se prélasse sur son nuage, ils peuvent se brosser.

Combien sont-ils de chrétiens à mettre le siège devant la Ville sainte ? Environ 1 500 chevaliers sur les 7 000 partis d’Europe. On imagine les 5 500 veuves en train de ferrailler avec leur ceinture de chasteté... Les hommes à pied sont peut-être 12 000 sur les 20 000 qui ont pris le départ. Ce nombre est largement insuffisant pour boucler hermétiquement la cité. Godefroy et les deux Robert (de Flandre et de Normandie) se postent au nord et au sud de la Ville sainte. Tandis que Raymond plante ses tentes à l’ouest. Avant de passer à l’attaque, il faut trouver de l’eau et de la bouffe. Un calvaire dans ce pays désertique. Rien à becqueter, même pas un agneau pascal, et surtout rien à boire ! Les seules sources du coin sont dans la ville. C’est le monde à l’envers : les assiégés ont de l’eau et de nombreuses provisions, tandis que les assiégeants manquent de tout. Au point que plusieurs dizaines d’entre eux meurent de faim et de soif. Comment franchir les murs ? Le mieux serait de louer de vieux hélicos soviétiques. Faute de pouvoir y recourir, les croisés se mettent aussitôt à fabriquer des échelles en bois. Impatients de libérer le Christ, mais aussi de piller la ville, ils montent à l’assaut des remparts, le 13 juin. Mais vraiment sans grande conviction. Un peu comme les joueurs du Paris Saint-Germain dans un mauvais jour. Les Fatimides qui tiennent la ville n’ont aucun mal à les repousser.

Les assiégeants sont dans une situation désespérée, à cause du manque de provisions, mais aussi de leurs incessantes chamailleries. Heureusement, plusieurs navires génois abordent Jaffa avec des vivres. Les croisés se ressaisissent, lancent une expédition en Samarie pour rapporter le bois nécessaire à la construction de hautes tours montées sur roues. Pour signaler à Dieu de se tenir prêt à leur filer un coup de main - après tout, c’est pour son fils et lui qu’ils ont fait tout ce chemin -, les croisés organisent une procession qui fait le tour de Jérusalem. Ils suivent leurs prêtres, portant des reliques, pieds nus et chantant des cantiques. Du haut des murs, les sarrasins se fichent de la gueule de ces galeux d’infidèles, fabriquant de fausses croix. Une fois les tours d’assaut achevées, les chrétiens décident de donner l’assaut le 14 juillet.

Durant la nuit qui précède, ils changent de place les tours d’assaut pour les placer devant des portions de mur qui n’ont pas été renforcées par les défenseurs. Au petit matin, l’attaque est donnée. Les chrétiens utilisent des balistes pour balancer des pierres, des flèches, mais aussi de la paille enflammée et des poutres trempées dans du soufre par-dessus les murailles. Des fantassins descellent des pierres à la base des remparts sous une pluie de flèches.

Jérusalem résiste encore quand la nuit tombe. Lorsque le soleil, curieux de la suite des opérations, jette un premier rayon sur la cité, la bataille reprend, plus féroce que la veille. Durant la nuit, les Turcs ont construit de nouvelles machines pour projeter de lourdes pierres sur les machines adverses afin de les détruire. À midi, le désespoir gagne le camp des assaillants. Les murs de la ville restent entiers et sont toujours couverts de défenseurs. Heureusement, Dieu veille, tandis qu’Allah fait sûrement la sieste, car les chrétiens reprennent du poil de la bête. Sur le mont des Oliviers, un chevalier brandit son bouclier pour galvaniser les troupes. Les croisés repartent à l’assaut. Les archers arrosent les murailles de flèches enflammées qui font fuir les défenseurs. Les assaillants en profitent pour mettre en place les ponts-levis des tours en bois. Deux frères flamands, suivis de Godefroy de Bouillon, sont les premiers à pénétrer dans Jérusalem.

Les chrétiens dévalent dans Jérusalem, où ils font sauter les têtes ennemies comme des bouchons de champagne. Devant une telle furie, les défenseurs courent se réfugier dans la mosquée d’al-Aqsa. Ils sont peut-être 10 000. Du pain bénit pour les chrétiens qui les saignent comme de la viande halal. L’affrontement le plus violent se déroule dans la tour du Temple, où le gouverneur de la ville a trouvé refuge. Finalement, celui-ci se rend auprès du comte de Toulouse, qui, bon prince, le fait conduire indemne à Ascalon. Durant ce temps, la boucherie continue. C’est au tour des juifs de s’enfermer dans la grande synagogue. Mal joué, les "Latins" mettent le feu. Voilà ce que c’est que de trop écouter Johnny : "Allumez le feu..." Un témoin de la prise de Jérusalem écrit : "Il y avait un tel massacre que nos hommes pataugeaient dans le sang jusqu’aux chevilles... Puis les croisés se sont rués dans toute la cité, s’emparant de l’or et de l’argent des chevaux et des mules et pillant les demeures remplies d’objets précieux. Puis, se réjouissant et pleurant d’un trop-plein de bonheur, ils sont tous allés adorer et rendre grâce à Jésus Notre Sauveur." Si la soldatesque s’en donne à coeur joie, elle ne tue cependant pas tous les habitants. Beaucoup, musulmans et juifs, peuvent fuir vers Ascalon ou Damas.

Dès le lendemain de la prise de la ville, les milliers de cadavres qui commencent déjà à se décomposer et à puer à la chaleur sont entassés au-delà des portes pour être brûlés en tas immenses. Godefroy de Bouillon a refusé de devenir roi de Jérusalem. "Je ne porterai pas une couronne d’or là où le Christ porta une couronne d’épines." Il a préféré devenir l’avoué du Saint-Sépulcre. Son frère n’a pas cette pudeur et prend le nom de Baudouin Ier de Jérusalem. La ville du Christ restera aux mains des chrétiens jusqu’à sa prise par Saladin, en 1187.

Source

Les croisades du point de vue arabe (lu sur le net)

Tout d’abord je tiens à préciser que dans ce modeste travail de devoir, je me suis intéressé sur ‘’le comment’’ plutôt que ‘’le pourquoi’’ pour rédiger ces quelques pages. Il s’agit des événements écris en détaille par les historiens de l’époque. Je me suis intéressé particulièrement à la ville de Jérusalem, en me focalisant surtout sur la conquête et la reconquête de cette ville si importante autant pour les chrétiens que les musulmans.

Toute de même, l’histoire des croisades reste très passionnante. L’œuvre d’Amin Maalouf peut être considérée comme un travail de reportage à la fois passionnant et romancé

Le but et le point de départ

En 1095 le Pape Urbain II lance un appel pour la cause juste qui est la libération de Jérusalem de l’occupation des infidèles. Les historiens notent qu’après le concile régional de Clermont (18-26 novembre 1095) le pape a initié pour propager la réforme grégorienne. Après la tenue du concile, le Pape s’adresse à la foule présente pour annoncer les décisions prises. Cependant le Pape « se tourne alors vers les chevaliers ; ce sont des hommes libres, spécialistes du combat à cheval […]. Le pape les engage à renoncer aux guerres privées, qui les opposent les uns aux autres ; il les conjure de cesser de faire la violence aux pauvres, c’est-à-dire dans la définition d’alors, à ceux qui ne peuvent se défendre (les clercs et les serviteurs de l’Église, les paysans, les femmes). Il les appelle à réserver leur trop-plein d’énergie à une cause juste : aller libérer les Églises d’orient du joug turc et délivrer Jérusalem[1], la ville sainte du Christ alors aux mains des infidèles (les musulmans). »[2]

Il est à constater que Jérusalem est depuis plusieurs siècles un lieu de pèlerinage pour les chrétiens. Ce pèlerinage a été mis en danger pendant l’occupation des Fatimides ; le pouvoir chiite en Egypte. Ces difficultés du pèlerinage à Jérusalem [3]à motiver selon Alain Demurger « la nécessité de prévoir une escorte armée »[4].

Urbain II s’est rendu à plusieurs villes de France et à écrit des lettres pour motiver les bénévoles et les guerriers de se préparer pour la libération de Jérusalem. Cette fois-ci le nom de Jérusalem est cité d’une manière explicite dans les sermons du pape.

Il n’est pas vain de rappeler que la notion de la guerre juste est à discuter. Alain Demurger mentionne que « Saint Auguste donna alors une définition à la guerre juste encore valable à la veille de la première croisade : est juste une guerre entreprise à l’initiative d’une autorité légitime pour défendre le pays ou les bien. Ou pour récupérer les biens injustement pris »[5]. ce même auteur ajoute que « cette définition pouvait s’appliquer à l’expédition envisagée par Urbain II, dont l’un des objectifs était de « récupérer » la terre du Christ. Et le pape était bien une autorité légitime. »[6]

Si l’on s’interroge du coté des empereurs musulmans, nous trouvons que ceux-ci aussi ont appelé leurs sujets à une contre guerre sainte pour défendre les lieux saints de l’islam tel que la mosquée de Al Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam et le point de départ du prophète Muhammed (Mahomet) pendant son voyage nocturne. L’arrivée des Franj (les occidentaux)

« Dés juillet 1096, Kilij Arslan apprend qu’une immense foule de Franj est en route vers Constantinople. D’emblée, il craint le pire, Bien entendu, il n’a aucune idée des buts réels poursuivis par ces gens, mais leur venue en orient ne présage pas pour lui rien de bon. »[7] Ce jeune roi turc fut le premier à affronter les envahisseurs venus d’occident vu la proximité de Nicée, sa capitale à la ville de Constantinople. Sentant le danger autour de lui, le jeune sultan se prépare pour défendre sa ville et « demande à ses agents de redoubler de vigilance et de le tenir constamment au courant des faits et gestes de ces nouveaux envahisseurs […]. Aux premiers jours d’août, la menace se précise. Les Franj traversent le Bosphore, convoyés par des navires byzantins »,[8] D’alors commence un véritable va et vient dans le palais du sultan, des informateurs et des espions qui essayent de récupérer les plans et les mouvements des nouveaux arrivés non souhaités. Jusqu’à la fin du mois d’août rien ne semble inquiéter les cavaliers turcs. Amin Maalouf écrit « mais voilà qu’un jour vers la mi-septembre, les Franj modifient brusquement leurs habitudes […]. Ils ont pris la direction de Nicée, traversé quelques villages tous chrétiens, et mis la main sur les récoltes qui venaient d’être engrangées en cette période de moisson, massacrant sans pitié les paysans qui tentaient de leur résister. »[9]

Ainsi commence la bataille pour délivrer la ville de Jérusalem comme l’objectif final. Il est à noter que plusieurs combats ont eu lieu ; des victoires et des défaites tant dans le camp musulman que dans le camp des croisés.

La conquête de Jérusalem

L’an 1099 sera décisif pour des Franj qui se sont plus que jamais motivés pour libérer la ville sainte. Jusque là gouverner par les turcs qui ont réussi à chasser les fatimides. Cela a poussé le maître du Caire d’avoir des bonnes relations et des concertations avec Alexis, le roi des Roum (les grecs), une alliance s’est établie entre ces deux hommes politiques. Amin Maalouf note ainsi : « militaire et d’origine arménienne, le maître du Caire n’a aucune sympathie pour les turcs […]. Entre le Caire et Constantinople, ainsi qu’entre al-Afdal et Alexis, une solide amitié s’est établit. » Ce genre de relation entre deux camps principalement rivaux est à constater couramment durant les croisades. Pendant tout le long de ce moment de guerre et de tuerie, certains empereurs musulmans n’hésitent pas à s’aliéner avec des rois ou empereurs du camp rival, d’orient ou d’occident contre le calife ou l’empereur musulman pour mieux protéger son emprise à sa ville de règne, et vice versa.

Le plan d’al-Afdal était une opération concertée entre le Caire et le basileus. Il en profite pour envoyer une délégation aux Franj pour leur proposer son offre de partage. Amin nous détaille cette offre dans ces termes : « à eux la Syrie du Nord, et à lui la Syrie du Sud, ce qui lui garantie la Palestine, Damas, les villes de la côte jusqu’à Beyrouth. »[10] Surtout af-Afdal avait la conviction que son offre sera perçue comme un cadeau. Mais contre toute attente, la réponse de ses prétendants alliés sera comme le souligne Amin Maalouf « évasive, ils demandaient des explications, des précisions sur le sort futur de Jérusalem, ils se montraient amicaux certes, à l’égard des diplomates égyptiens, allant même jusqu’à leur offrir en spectacle les têtes coupées de trois cent turcs tués prés d’Antioche »[11]. Alors le maître du Caire semble étonner de la réaction des Franj, « sa proposition n’était-elle pas réaliste, et même généreuse ? Les Roum et leurs auxiliaires francs auraient-ils sérieusement l’intention de s’emparer de Jérusalem comme ses envoyés en avaient eu l’impression ? Alexis lui aurait-il menti ? ».[12] Des doutes qui agacent le sommeil de l’homme fort du Caire. Amin Maalouf rapporte que « lors qu’en juin 1098 la nouvelle de la chute d’Antioche lui parvint, suivie […] de la défaite humiliante de Karbouka. Le vizir est alors décidé à agir immédiatement pour prendre de vitesse adversaires et alliés ».[13] Il a donc quitté l’Égypte à la tête d’une armée pour aller assiéger la ville sainte. Au bout de quarante jours, il gagne son défi en prenant en main la décision de Jérusalem, tout en accordant la grâce aux deux frères turcs qui commandaient la ville jusqu’alors.[14] Après quelques mois d’exploit pour les égyptiens, les nouvelles des Franj paraissent inquiétantes. Au fait, en janvier 1099 les guerriers occidentaux qui n’ont aucun motif que celui de reprendre la ville de Jérusalem et le tombeau du Christ, « reprennent résolument leur marche vers le sud ». al-Afdal s’inquiète et envoie un homme de confiance pour aller consulter Alexis, mais la réponse de ce dernier ne le rassure guère. Au contre il se désengage de toute capacité d’arrêter ou dévier la marche des Franj vers Jérusalem. Sa réponse était : « ces gens là agissent pour leur propre compte, ils cherchent à établir leurs propres Etats, refusant de rendre Antioche à l’empire contrairement à ce qu’ils avaient juré de faire, et semblent résolus pour prendre Jérusalem par tout les moyens. Le pape les a appelés à la guerre sainte pour s’emparer du tombeau du Christ, et rien ne pourra les détourner de leur objectif ».[15]

Al-Afdal se sent pris par le gorge et sollicite auprès d’Alexis de faire son mieux pour faire retarder la marche des Franj vers Jérusalem. Une demande que ce dernier tente de la satisfaire. Al-Afdal tente de nouveaux une seconde négociation en précisant sa politique dans la ville sainte qui est : « une liberté du culte strictement respectée et la possibilité pour les pèlerins de s’y rendre chaque fois qu’ils le désireront à condition, bien entendu, d’y aller en petits groupes et sans armes. La réponse des Franj est cinglante : nous irons à Jérusalem tous ensemble, et en ordre de combat, les lances levées ». Amin ajoute que « c’est une déclaration de guerre. Le 19 mai 1099, joignant l’acte à la parole, les envahisseurs franchissent sans hésiter, Nahr el Kalb la limite nord du domaine fatimide ».[16]

Les croisés traversent donc plusieurs villes notamment Beyrouth, Tyr, Acre, qui n’ont pas mené aucune résistance. Dès la matinée du 07 juin 1099 les habitants du Jérusalem les voient apparaître au loin. Les cauchemars de l’homme fort de l’Égypte deviennent une réalité. Son lieutenant qui se trouvait à Jérusalem ; Iftikhar commence une véritable préparation et prévision pour mieux défendre la ville. Iftikhal ordonne alors d’empoisonner les sources et les puits d’environ. Il est allé jusqu’à expulser les habitants chrétiens susceptibles de collaborer avec leurs coreligionnaires francs.[17] Après deux semaines de siège le général égyptien commence à s’inquiéter et ordonne aux combattants d’inonder d’une pluie des flèches tout mouvement vers les murs de la ville. Pendant ce temps des rumeurs circulent sur la probabilité de la venue de l’homme fort du Caire, ce qui pousse les assiégeants de redoubler l’effort pour ne pas se retrouver entre deux feux.

Au moment où les musulmans réussissent à brûler et à détruire la tour sud des Franj en tuant un grand nombre parmi le camp adverse, un messager venant du nord appelle à l’aide, car la ville était envahie de l’autre côté.

En cette terrible journée de juillet 1099 comme le marque Amin, Le général Iftikhal se refugiait dans la tour de David où « il peut se tenir plusieurs jours encore mais il sait que la bataille est déjà perdue. Le quartier juif est envahi, les rues sont jonchées des cadavres [...). Dans l’après midi, les combats ont pratiquement cessé dans le centre de la cité. »[18]

Toutefois, le générale bénéficie d’un accord de cesser le feu avec une garantie de la part de Saint Gilles d’une vie sauve ainsi que ses hommes. Mais le reste des habitants de la ville passe « au fil de l’épée, les Franj massacrèrent les musulmans pendant une semaine ».[19]

Il est à signaler que même les coreligionnaires des nouveaux chefs de la ville sainte n’échappent pas à la torture. Les occidentaux débutent leur pouvoir par « expulser de l’église du Saint-Sépulcre tous les prêtres des rites orientaux […]. Abasourdis par tant de fanatisme, les dignitaires des communautés chrétiennes orientales décident de résister. Ils refusent de révéler à l’occupant le lieu où ils ont caché la vraie croix sur laquelle le Christ est mort ».[20] Mais les vainqueurs de Jérusalem réussissent quand même à obtenir avec la force le secret sur le lieu de la vraie croix.

L’armée d’al-Afdal n’arrive pas au bord de la Palestine que vingt jours après le drame. Désormais la Palestine a un nouveau chef. Cependant il s’engage de nouveau à des négociations tout en se basant dans la ville d’Ascalon. Mais la réponse de son adversaire ne tarde pas à venir, puisque les Franj se précipitent vers Ascalon où ils écrasent l’armée égyptienne. Ibn Qalanissi ajouter que « la tuerie n’épargna ni les fantassins ni les volontaires, ni les gens de la ville. Dix mille âmes environ périrent et le camp fut pillé ».[21] Ainsi s’achève l’interminable proposition et négociation du maître du Caire.

Cependant le monde arabe est partagé entre les Franj d’une part, et d’autre part, il est coupé en petits royaumes et émirats. Chaque roi ou émir essaye de mieux se positionner pour conquérir une ville voisine. Jusqu’à peu avant la mort de Bourri, l’empereur de Damas, un brave empereur turc commence à émerger comme le véritable roi qui va réussir à unir l’ensemble de la Syrie et d’Irak sous son emprise. Il s’agit de l’Atabek Imadeddin Zinki, qui a battu les troupes arabes du calife de Bagdad, alors gouverneur de la ville de Bassora. Ce que lui donne le titre de gouverneur de Mossoul et Alep. Mais quelques années après, il sera à de son tour battu par al-Moustarchid, toujours calife de Bagdad. Zinki risquait de tomber dans la main de son adversaire mais sauvé par un militaire kurde, nommé Ayyoub, le père de Saladin.

Neuf mois après son entrée solennelle à Alep, Zinki affronte les Franj dans une bataille sous les murs de Baarin. Ibn al-Athir relate ce combat en ces termes : « le combat sera court mais décisif. En quelques heures, les occidentaux, épuisés par une longue marche forcée, sont écrasés sous le nombre et taillés en pièces. Seuls le roi et quelques hommes de sa suite parviennent à se réfugier dans la forteresse. Foulque n’a que le temps d’envoyer un messager à Jérusalem pour qu’on vienne le délivrer ».[22] Zinki coupe toute communication vers Jérusalem. Zinki mène plusieurs guerres contre les occidentaux, tout en élargissant son pouvoir au sein du monde musulman. Il réussi à reconquérir la ville d’Edesse, ce que lui attribue plus des ambitions. De fait, « les réfugiés de Palestine et des villes côtières nombreux dans l’entourage de l’atabek commencent déjà à parler de reconquérir Jérusalem, un objectif qui deviendra bientôt le symbole de la résistance aux Franj ».[23] Zinki poursuit sa montrée triomphale. Mais pendant son siège de la ville de Jaabar gouvernée par un émir arabe qui refuse de se soumettre à l’autorité turc, il fut poignardé par un « certain Yarankach d’origine franque »[24]. Le désordre sème alors dans son armée si forte et si disciplinée, avant que son fils monte au trône.

Les croisades pendant le règne de Nourredin Mahmoud

Le second fils de l’atabek, Nourrendin Mahmoud, vingt neuf ans, parait l’homme fort de la situation. Doté de plein de qualité d’un homme d’Etat. Il prône pour : « une seule religion, l’islam sunnite, ce qui implique une lutte acharnée contre toutes les ‘’hérésies’’ ; un seul Etat, pour encercler les Franj de toute part ; un seul objectif, le jihad pour reconquérir les territoires occupés et surtout libérer Jérusalem ».[25]

Le nouveau maître d’Alep entame une négociation avec le pouvoir au Damas pour la soumission de la ville sans combat en se montrant comme un défenseur du Damas. Ce que refusent les dignitaires de cette dernière, qui lui ont fait savoir qu’entre eux et le fils de Zinki, il n’ya désormais que le sabre. Pour éviter les deux puissances du Damas et du Jérusalem (qui sont en accord d’alliance), Nourreddin retire son siège. Il tentera plusieurs fois de convaincre Abaq, le souverain de Damas, mais ce dernier fait recours à chaque fois au Baudouin III, roi de Jérusalem. Le fils de Zinki change de méthode. Il utilise le stratagème de fausses informations au tour du souverain de Damas et en chargeant le père de Saladin d’organiser un réseau de complicités pour amener la ville au capitule. Une stratégie qui donnera ses fruits puisque le 25 Avril 1154, il domine la ville qu’il considérait essentielle pour mener son contre offensive pour renverser les donnés et forcer l’occupant à se retirer de la ville sainte.

Nourreddin reste déterminé pour ses convictions d’un seul Etat et songe à attaquer l’Égypte. Cette fois-ci c’est l’oncle de Saladin, Chirkouh qui est chargé de cette mission. Ce dernier choisit son neveu pour lui accompagner. Une demande que Saladin ne souhaite pas l’accomplir. Mais face aux exigences de son oncle et l’ordre de son maître, il finit par accepter. Cependant il mène son expédition vers l’Égypte, et réussit avec l’accompagnement d’un certain Chawer de contrôler le pouvoir au Caire avant que ce dernier tourne contre le général kurde en lui demandant de retourner en Syrie. Après quelques agissements avec son ancien allié, Chirbouh accepte de se retirer du Caire avec l’intention d’y revenir plutôt possible. Chawer cherche une alliance avec Amaury, roi de Jérusalem, qui a aussi des ambitions pour conquérir l’Égypte. Les deux armées syriennes et égyptiennes restent en alerte pendant un moment, et à chaque tentative de l’oncle de Saladin le souverain du Caire cherche secours à Jérusalem.

La coalition de deux armées égyptienne et franque se prépare pour mener une dernière attaque pour résoudre la menace syrienne une fois pour toutes. Ce moment même l’oncle de Saladin essaye aussi de tendre un piège pour atteindre en fin à sa victoire. Le 18 mars 1167, prés de la localité d’El-Babein, sur la rive ouest du Nil, le corps à corps se rapproche. Chirkouh a confié le commandement du centre à Saladin. De fait, les troupes du roi de Jérusalem marchent vers lui. « Saladin fait mine de s’enfuir, ils se lancent à sa poursuites sans se rendre compte que les ailes droite et gauche de l’armée syrienne leur coupent déjà toute retraite. Les pertes des chevaliers francs sont sévères. Mais Amaury réussit à s’échapper »[26]. Les deux chefs de guerres Chawer er Amaury vont aussi assiéger Alexandrie, une ville stratégique importante que le général kurde domine déjà. Ils réussirent à mettre la pression sur Chirkouh. Le général confie de nouveau, les commandements de la ville à son neveu. Cependant « Le blocus devient de plus en plus rigoureux. A la famine s’ajoutent bientôt les épidémies, ainsi qu’un pilonnage quotidien par catapultes. Pour le garçon de vingt-neuf ans qu’est Saladin, la responsabilité est lourde ».[27] Etant au courant de l’impatience du roi de Jérusalem de « rentrer vers son royaume harcelé par Nourreddin », le général kurde penche d’une manière habile à ouvrir un autre front dans le sud pour disperser la force de ses assiégeants et faire durer le combat. En août 1167, après avoir convaincu Amaury que sa mêlée dans cette guerre n’a servie qu’à Chawer, les deux armées parviennent à un accord de retour de leurs pays respectifs.

En 1168 la course vers l’Égypte recommence. Le roi de Jérusalem fort rassuré de l’arrivée d’une nouvelle vague des combattants occidentaux, pour la quatrième fois retourne pour l’Égypte. Cette nouvelle expédition commence par « une tuerie aussi affreuse que gratuite. Les occidentaux s’emparent en effet de la ville de Bilbeis où, sans aucune raison, ils massacrent les habitants, les hommes, les femmes et les enfants, aussi bien les musulmans que les chrétiens de rite copte »[28]. Pendant ce moment difficile pour les égyptiens, le calife fatimide al-Adid lui-même supplie Nourreddin de venir à leur secours contre les Franj. Un cri de cœur que Nourreddin prend au sérieux et envoie son redoutable général kurde. Ce dernier comme d’habitude exige l’accompagnement de son neveu Saladin qui conteste encore. Amin relate cette tension en ces mots « cette fois, il n’y aura pas d’affrontement entre Chirkouh et Amaury. Impressionné par la détermination des cairotes, prêts à détruire leur ville plutôt qu’à lui livrer, et craignant d’être pris à revers par l’armée de la Syrie, le roi franc rentre en Palestine le 2 janvier 1169. Six jours après le général kurde arrive au Caire pour y être accueilli comme un sauveur, aussi bien par la population que par les dignitaires fatimides »[29]. Quant à vizir Chawer il sera pris en embuscade et tué par Saladin. Le général kurde succède alors Chawer au vizirat, mais il y demeure pas pour long temps. Après deux mois de son nouveau poste, l’oncle de Saladin suite à un repas, est frappé par un malaise. Il meurt quelques instants plus tard. Alors le destin semble choisir Saladin pour le début de sa carrière. « De fait, Saladin est convoqué au palais du souverain où il reçoit le titre d’al-Malik en-Nasser, ‘’le roi victorieux’’ ». En quelques semaines il parvient à s’imposer. Il élimine d’abord les agents fatimides dont il doute de leur confiance et les remplace par ses proches. Il écrase aussi une révolte au sein de l’armée égyptienne, plus que tout, il réussit à repousser une grande invasion franque dirigée toujours par Amaury pour la cinquième et la dernière fois.

Malgré ce début prometteur pour Saladin, la méfiance vis-à-vis de son maître trouve son chemin dans leur relation. Nourreddin qui ne supporte plus de voir un pouvoir chiite en Égypte, demande à Saladin d’abolir le calife fatimide. Une demande que Saladin considère très tôt pour l’accomplir. Cependant il commence à prendre ses distances en vers le pouvoir en Syrie. Nourreddin finit par le convoquer à Damas mais Saladin refuse d’y aller, par peur de se retrouver faiblit face à son maître. Toute de même, Saladin attend le bon moment pour interdire la mention de noms des fatimides dans les prières. En ce moment même, le dernier calife des fatimides est sur son lit très gravement malade, et le pouvoir fatimide chiite est arrêté à sa mort. Il est temps pour Saladin de se montrer comme le véritable souverain de l’Égypte. La tension monte entre les deux hommes. Nourreddin songe de mener une expédition en personne contre Saladin afin de prendre en main la décision de terres égyptiennes. Cette fois-ci, le père de Saladin rentre en jeu et suggère à son fils un plan afin de calmer la colère Nourreddin. En tant que représentant du pouvoir en Syrie, Il lui ordonne d’écrire à Nourreddin pour avouer sa soumission et sa dépendance. Mais cela ne lui empêche pas d’éviter à deux reprises la rencontre de Nourreddin : pendant son siège en 1171 à l’est de Jérusalem et pendant sa guerroyée en juillet 1173 en Jourdain[30]. A la mort d’Ayyoub, Nourreddin semble convaincu que seule une punition de Saladin est efficace pour contrôler l’Égypte puisque ce dernier évite de se battre contre les Franj par peur de se retrouver uni avec lui. Pendant ses préparatifs, il tombe gravement malade. « Le 15 mai 1174, est annoncée à Damas la mort de Nourreddin Mahmoud, le roi saint, le moujahid qui a unifié la Syrie musulmane et permis au monde arabe de se préparer à la lutte décisive contre l’occupant […]. En dépit de son conflit, les dernières années avec Saladin, celui-ci, avec le temps, apparaitra, bien davantage comme son continuateur que comme son rival »[31].

Saladin dirige le monde arabe pour reconquérir Jérusalem

Le premier défi de Saladin était de convaincre les dignitaires du Damas et aux proches de Nourreddin qui le nommaient d’insolent de sa fidélité. Les événements semblent favorables pour lui. Au fait, Nourreddin n’a qu’un adolescent de 11 ans pour lui succéder au pouvoir. De l’autre côté et après deux mois, le roi de Jérusalem Amaury qui a tant combattu pour dominer l’Égypte est disparu, laissant la commande de la ville sainte à son fils de 13 ans Baudouin IV. « Il ne reste plus dans tout l’orient qu’un seul monarque qui puisse faire obstacle à l’irrésistible ascension de Saladin et c’est Manuel, l’empereur des Roum, qui rêve, en effet d’être un jour le suzerain de la Syrie et veut envahir l’Égypte en collaboration avec les Franj ». Mais l’armée byzantine sera écrasée par Kilij Arsalan II, petit fils du premier en septembre 1176. Cette armée qui a durant 16 ans pu résister à la force de Nourreddin. Manuel mourra peu de temps après, et Saladin n’a plus aucun sérieux adversaire pour l’empêcher d’arriver à ses fins. Notamment unification du monde arabe et mobilisation des musulmans sur le plan morale et militaire « en vue de la reconquête des terres occupées et surtout de Jérusalem ».

Saladin évite tout affrontement avec le fils de Nourreddin. Il envoie d’abord une lettre à la fois, réconciliant et menaçante, puis il dirige une armée pour aller assiéger la ville. Face à la fermeté de conseillers du jeune sultan, il décide de lever son siège. Toute de même « il décide de se proclamer ‘’roi de l’Égypte et de Syrie’’ pour ne pas dépendre d’aucun suzerain ». Saladin reste quelques années sans arriver à convaincre le jeune sultan. Mais à la fin de 1181, le jeune sultan meurt subitement à l’âge de 18 ans, et « un an et demi plus tard, le 18 juin 1183, Saladin fait son entrée solennelle à Alep. Désormais, la Syrie et l’Égypte ne font plus qu’un, non pas nominalement comme au temps de Nourreddin mais effectivement, sous l’autorité incontesté du souverain ayyoubide []. Tandis que le roi de Jérusalem, affreusement mutilé par le lépre, sombre dans l’impotence, deux clans rivaux se disputent le pouvoir. Le premier, favorable à un arrangement avec Saladin, est dirigé par Raymond, compte de Tripoli. Le second extrémiste, à pour porte-parole Renaud de Châtillon, l’ancien prince d’Antioche ».

Saladin débute son pouvoir en accordant ou en acceptant les traités de paix avec le royaume de Jérusalem. Mais l’ancien prince d’Antioche ne renonce pas à ses aventures de mener une guerre sans merci contre les arabes, malgré ses 15 ans passés dans les prisons d’Alep. Renaud s’installe donc dans les puissantes forteresses de Kerak et mène plusieurs invasions au sein des territoires musulmans en se moquant des accords de paix signés. A plusieurs reprises, ces hommes interceptent les pèlerins vers la Mecque, en massacrant les hommes armés et en captivants les restes vers Kerak. Et lorsque certains captifs rappelaient à Renaud les accords signés, il leur défiait par ces mots : « Que votre Mahomet vienne donc vous délivrer ». Un défi qui pousse Saladin de jurer de le tuer par ses propres mains. Mais il préfère de temporiser pour l’instant et envoie des messagers à Renaud pour qu’il libère les captifs selon les accords de paix signés. Mais le prince refuse de recevoir les envoyés de Saladin. Ces derniers se tournent vers Jérusalem où ils seront reçus par le roi Guy (arrivé au trône après la mort du jeune Baudouin IV) qui s’est montré choquer par les actes de Renaud mais incapable d’agir. Alors la trêve est rompue, Saladin lance un appel dans tout le monde arabe pour que les émirs viennent le rejoindre pour le combat décisif contre l’occupant. En ce moment même, un conflit oppose le roi de Jérusalem et le souverain de Tripoli, Raymond. Ce dernier recoure à Saladin pour avoir une alliance avec lui contre le roi Guy. Quand ce dernier se prépare pour attaquer la ville de Tibériade, une ville qui appartient à la femme de Raymond, celui-ci rencontre Saladin et parvient à avoir un accord. Alors Saladin envoie quelques troupes de son armée pour défendre la ville et l’armée de Jérusalem retourne au bercail. Le 30 avril 1187, Saladin profite de cette alliance avec Raymond pour lui demander de « laisser ses éclaireurs faire un tour de reconnaissance du côté du lac de Galilée, le compte est embarrassé mais ne peut refuser »[32]. Cette autorisation va soulever la tension chez les dignitaires francs qui contestaient fermement l’acte de Raymond, qu’ils accusaient d’être converti à l’islam sinon il n’aurait pu laisser les cavaliers musulmans traversent son territoire et massacrent les Templiers et les moines-soldats qui se sont combattus avec l’armée de Saladin. Cependant Saladin continue de se préparer. « Désormais, émirs et soldats ont hâte de croiser le fer avec les Franj. En juin Saladin rassemble donc toutes ses troupes à mi-chemin entre Damas et Tibériade : douze mille cavaliers qui défilent devant lui, sans compter fantassins et volontaires. Du haut de son destrier, le sultan a hurlé son ordre du jour, bientôt répété en écho par des milliers de voix enflammées : ‘’ Victoire sur l’ennemi de Dieu’’ »[33]. Vu l’extrême prudence des guerriers occidentaux, Saladin décide de leur tendre un piège afin de leur forcer au combat. « Il se dirige vers Tibériade, occupe la ville en une seule journée, ordonne d’y allumer de nombreux incendies et met le siège devant la citadelle, occupée par la comtesse, épouse de Raymond »[34]. L’armée musulmane était si puissante qu’elle pouvait gagner le combat dans si peu de temps, mais Saladin ordonne de ralentir la bataille pour donner le temps à ses adversaires de s’unir. Raymond intervient pour calmer la folie de ses co-équipiers en ces termes : « Tibériade m’appartient […], et c’est ma propre femme qui est assiégée. Mais je suis prêt à accepter que la citadelle soit prise et que ma femme soit capturée si l’offensive de Saladin s’arrête là. Car par Dieu, j’ai vu bien des armées musulmanes par le passé et aucune n’était aussi nombreuse ni aussi puissante que celle dont dispose Saladin aujourd’hui. Evitons donc de nous mesurer à lui. Nous pourrons toujours reprendre Tibériade plus tard et payer une rançon pour libérer les nôtres »[35]. Mais comme toujours c’est Renaud qui s’oppose. Raymond finit par reculer tout en leur mettant en garde.

Cependant, l’armée franque d’environ douze mille hommes, se dirige vers Tibériade. Un parcours qui n’est pas si long. Toutefois en été « cet espace de la terre palestinienne est complètement aride. Il n’y a ni source ni puits, et les cours d’eau sont à sec ». Alors Saladin prépare minutieusement son siège. Ses cavaliers attaquaient le camp adverse par-devant, par-derrière, et aux cotés, ils sont bien tombés dans le piège, de telle sorte qu’il faut une autorisation de Saladin pour boire.[36]

« Le 4 juillet 1187, dés premiers lieurs de l’aube, les Franj sont totalement encerclés, étourdis par la soif, tentent désespérément de dévaler la colline et d’atteindre le lac. Leurs fantassins qui [(épuisés de la soif)] courent à l’aveuglette, […] viennent s’écraser, vaque après vaque, sur un solide mur de sabre et de lances »[37]. Les survivants parviennent à rejoindre les chevaliers. Désormais la défaite est presque sûre. Toute de même, ils continuent à se battre jusqu’au bout. L’auteur de l’histoire parfaite raconte : « les musulmans avaient mis le feu à l’herbe sèche, et le vent soufflait la fumée dans les yeux des chevaliers. Assaillis par la soif, les flammes, la fumée, la chaleur de l’été et le feu du combat, les Franj n’en pouvaient plus. Mais se dirent qu’ils ne pourraient échapper à la mort qu’en l’affrontant. Ils lancèrent alors des attaques si violentes que les musulmans faillirent céder. Cependant, à chaque assaut, les Franj subissaient des pertes et leur nombre diminuait. Les musulmans s’emparèrent de la vraie croix. Ce fut, pour les Franj la plus lourde des pertes, car c’est sur elle, prétendent-ils, que le Messie, la paix soit sur lui, aurait été crucifié »[38]. Cette dernière phrase de l’historien arabe montre le point de vue exclusivement islamique sur la mort du Christ que je ne vais pas aborder ici.

Le roi Raymond et quelques personnes de sa suite sont épargnés de la tuerie. Les musulmans sortent victorieux de cette bataille de Hittin. La tente du roi est s’écroulée. Le roi Guy même et le prince Renaud sont capturés. Saladin gracie le premier mais le second est décapité comme il avait juré de le faire.

Saladin estime alors que « les Franj n’ont plus d’armée, et il faut en profiter sans aucun délai pour leur reprendre toutes les terres qu’ils ont injustement occupées »[39]. Ces mêmes mots étaient utilisés avant pour justifier les croisades.

Le mardi suivant l’armée de Saladin marche vers le port d’Acre qui capitule sans résistance. Cependant les émirs de Saladin continuent leurs marches dans la terre palestinienne. Les établissements francs commencent à tomber sur l’emprise de l’armée musulmane. C’est le cas de Naplouse, de Haïfa, de Nazareth, aussi celui de Galilée et Samarie. Certains habitants se dirigent vers la ville de Tir et Jérusalem. « De fait, partout ailleurs la reconquête se fait en douceur »[1][40]. sauf à Jaffa où al-Adel, le frère de Saladin, à la tête de la troupe égyptienne, a eu une farouche résistance, mais réussit à tailler en pièces ses adversaires. Saladin se dirige alors vers le sud, et il passe devant la ville de Tyr sans trop perdre le temps, il décide de continuer vers Ascalon. « Le 4 septembre Ascalon capitule, puis Gaza […] au même moment (il) dépêche quelques émirs de son armée vers la région de Jérusalem où ils s’emparent de plusieurs localités, dont Bethléem »[41]. Le seul désir du sultan maintenant c’est la reconquête de Jérusalem.

Saladin songe d’entrer « ce lieu vénéré sans destruction et sans effusion de sang »[42]. Il envoie un messager à la population de la ville sainte pour entreprendre des « pourparlers sur l’avenir de la cité : on lui remet la ville sans combat, les habitants qui le désirent pourront partir en emportant tout leurs bien, les lieux de culte chrétiens seront respectés, et (ceux qui) voudront venir en pèlerinage ne seront pas inquiétés »[43]. Mais la réponse était négative. « Livrer Jérusalem, la cité où le Jésus est mort ? Il n’en est pas question ! La ville est à eux et ils la défendront jusqu’au bout »[44].

Alors Saladin jure de prendre la ville par l’épée. Il convoque ses troupes dispersées partout en Syrie de se regrouper autour de la ville sainte. Tout le monde se précipite pour y participer. Cependant « la défense de la ville est assurée par Balian d’Ibelin, maître de Ramleh, un seigneur »[45], très respecté qui avait même pris accord avec Saladin pour ne pas porter les armes. Mais face à l’exigence de ses compatriotes, il demande l’avis du « Sultan, magnanime (qui lui) délié de son engagement »[46]. Il était convaincu que toute résistance finira par écraser vu la supériorité de l’armée musulmane. En plus « les chrétiens orientaux, orthodoxes et jacobites, qui vivent à Jérusalem, sont favorables à Saladin, surtout le clergé, […] l’un de principaux conseillers du sultan est un prêtre orthodoxe du nom Youssef Balit »[47].

« Balian (qui est) trop occupé de la défense de la ville ne pouvait plus mettre sa femme à l’abri, le sultan lui avait procuré une escorte pour la conduire à Tyr »[48]. Un geste de grandeur même pendant la guerre.

Pendant ce temps la résistance au sein de la ville sainte est courageuse mais pas pour long temps. Le 20 septembre la ville est encerclée, six jours après Saladin « demande à ses troupes d’accentuer leur pression en vue de l’assaut final. Le 29 septembre, les sapeurs parviennent à ouvrir une brèche au nord de l’enceinte, très prés de l’endroit par lequel les occidentaux ont opéré leur percée en juillet 1099. Voyant qu’il ne sert plus à rien de poursuivre le combat, Bilian demande un sauf-conduit et se présente devant le sultan »[49]. Il commence des négociations afin d’obtenir une vie sauve, le sultan jure que « maintenant, le temps n’est plus aux négociations, car il a juré qu’il prendra la ville par l’épée comme l’avaient fait les Franj ! Le seul moyen de le délier de son serment, c’est que Jérusalem lui ouvre ses portes et s’en remette totalement à lui, sans conditions »[50]. Bilian insiste mais Saladin refuse de le promettre. Il prononce ces mots touchants : « O sultan, sache qu’il y a dans cette ville une foule de gens dont Dieu seul connait le nombre. Ils hésitent à poursuivre le combat, parce qu’ils espèrent que tu préserveras leurs vies comme tu l’as fait avec bien d’autres […]. Mais si nous voyons que la mort est inévitable, alors, par Dieu nous tuerons nos enfants et nos femmes, nous brûlerons tout ce que nous possédons, nous vous laisserons […], pas un seul homme ni une seule femme à emmener en captivité. Ensuite, nous détruirons le Rocher sacré, la mosquée al-Aqsa […], nous tuerons les cinq mille prisonniers musulmans que nous détenons […]. A la fin, nous sortirons, et nous nous battrons contre vous comme on se bat pour sa vie »[51]. Et Amin d’ajoute que : « sans être impressionné par les menaces, Saladin est ému par la ferveur de son interlocuteur. (Puis) il se tourne vers ses conseillers et leur demander si, pour éviter la destruction des lieux saints de l’islam, il ne pourrait pas être délié de son serment […]. Leur réponse est affirmative »[52]. Toute de même, ses conseillers exigent une rançon pour la libération de ses adversaires, Balian accepte le principe et plaide pour les pauvres. Les deux camps adverses finissent par se mettre d’accord à une somme de rançon. Le frère du sultan quant à lui, demande l’autorisation « de libérer sans rançon mille prisonniers pauvres. En l’apprenant le patriarche franc en demande sept cents autres, et Balian cinq cents. Puis, de sa propre initiative, le sultan annonce pour toutes les personnes âgées la possibilité de partir sans rien payer, ainsi que la libération de pères de familles emprisonnés. Quant aux veuves et orphelins […] il leur offre des cadeaux avant de les laisser partir »[53].

Le moment si attendu arrive. « Le vendredi 2 octobre 1187, le 27 rajab de l’an 583 de l’hégire, le jour même où les musulmans fêtent le voyage nocturne du prophète à Jérusalem, Saladin fait son entrée solennelle dans la ville sainte. Ses émirs et ses soldats ont des ordres stricts : aucun chrétien, qu’il soit franc ou occidental, ne doit être inquiété. De fait, il n’y aura ni massacre ni pillage »[54]. Quelques fanatiques en guise des représailles, réclament la destruction de l’église de Saint-Sépulcre, mais Saladin les a remet à leur place et il a même renforcé la garde des lieux de culte.

En guise de conclusion, je précise qu’après la reconquête de Jérusalem par le sultan Salaheddin, les croisés se sont remobilisés pour récupérer des villes qu’ils estiment occupées injustement par les musulmans. Et il ya eu en total huit croisades entre 1096-1291.
- Je précise aussi que Saladin était plus tolèrant envers les vaincus après sa victoire à Jérusalem et ailleurs que les croisés qui exterminent les musulmans quand ils se retrouvent vainqueurs.
- Malgré que le but des croisades fût tout d’abord d’ordre religieux, on constate des alliances militaires entre deux camps de croyances différentes pendant les moments forts de ces guerres et de tuerie.

WAGUE Banta

Master Religions et Sociétés Janvier 2010

[1] Selon Alain Demurger, les historiens se sont interrogés si : le pape a-t-il réellement prononcé le nom de Jérusalem ? [2] Alain D. Croisades et croisés au Moyen Age, Flammarion, Paris, 2006, p, 17. [3] [4]Idem [5] Idem. p.30. [6] Idem. [7] Amin Maalouf, Les croisades vues par les arabes, JCLettés, Paris, 1983, p. 19. [8] Idem, p. 21. [9]Idem, p. 22. [10] Amin, p. 61. [11] Idem [12] Idem, p. 62. [13] Idem [14]Idem [15] Idem [16] Amin, p.63. [17] Idem, p.64. [18] Idem, p.66. [19] Idem, p.67. [20] Amin, p. 67. [21] Idem, p. 68 [22] Idem, p. 139. [23]Amin, p .152. [24]Idem, p.154. [25] Idem, p. 160. [26]Amin, p. 182. [27] Idem, p. 183. [28]Idem, p. 184. [29]Amin, p.186. [30]Idem. [31]Amin, p. 191. [32]Amin, p.205. [33]Idem, p. 206. [34]Idem, p. 207. [35]Amin, p. 207. [36]Idem, p. 208. [37]Idem, p. 209. [38]Idem. [39]Amin, p. 211. [40] Idem, p. 212. [41] Idem. [42] Idem, p. 213. [43] Idem. [44] Idem. [45] Idem. [46] Idem, p. 214. [47]Amin, p. 214. [48] Idem. [49] Idem. [50]Idem. [51]Idem, p. 215. [52]Idem. [53]Idem, p. 216. [54]Amin, p. 215.

source

Première croisade

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Les massacres d’Arabes sont aussi des massacres de Juifs

Deuxième croisade

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Troisième croisade

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Quatrième croisade

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Cinquième croisade

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Sixième croisade

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Septième croisade

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Huitième croisade

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Fin des croisades

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Bonnes affaires des croisades

Les croisades ont permis à la bourgeoisie occidentale accumuler un capital primitif. Très primitif en effet !

Le vol des richesses, l’entrée des connaissances, le développement du commerce, tout cela a fait entrer l’Europe occidentale dans la civilisation...

L’apport le plus positif et le plus remarquable demeure l’expansion du commerce avec tout ce que cela a entraîné : richesse des ports, progrès dans la navigation ou modification dans la vie quotidienne.

L’autre apport moins évident, plus difficilement appréciable, relève des domaines intellectuel et artistique. Il a agi d’une façon moins consciente, moins visible et sur une période plus longue mais d’une manière profonde. Enfin et surtout il n’est pas déraisonnable de conclure que le sacrifice de tant de gens de bonne volonté n’aura pas été vain.

Une autre particularité dont ils apprécièrent vite les bienfaits, ce furent les plantes aromatiques, comme les roses (la rose de Provins et la rose de Damas ont été ramenées en France à cette époque), les lis, le henné, la giroflée, ou médicinales telles le séné ou la scammonée. La culture de l’indigo pour la teinture des étoffes était aussi une source de profit. En revanche les croisés apprirent beaucoup dans la fabrication des étoffes de coton et surtout de soie. Ainsi surent-ils traiter les damas, les brocarts, la moire. C’est aussi là-bas que fut connu le camelot, cette étoffe chaude faite de poils de chameaux ou de chèvres qui donna son nom aux marchands ambulants. Tous ces produits furent commercialisés avec l’Occident, par les bateaux qui deux fois par an, au printemps et à l’automne, faisaient le passage des pèlerins. Ce commerce profita surtout aux grands ports italiens de Venise, Pise et Gênes. On peut également citer Marseille, mais à un moindre degré. En échange de l’aide de leur flotte, Vénitiens, Génois et Pisans réclamaient des comptoirs dans les ports de la côte palestinienne. Ces comptoirs leur permirent d’établir un commerce fructueux, non seulement des produits des territoires libérés mais également de ceux en provenance de pays beaucoup plus lointains comme les Indes qui jusque-là n’arrivaient que difficilement par voie terrestre. Le commerce des épices si recherché prit de ce fait une grande ampleur. Le poivre, le clou de girofle, le gingembre, la cannelle, la muscade, le garingal, le safran, la cardamone, le cumin ou l’anis qui arrivèrent désormais plus facilement par la mer, furent vite très recherchés pour agrémenter la cuisine médiévale et le demeurèrent longtemps après. Ce contact avec les caravanes venant des Indes ouvrit la voie à des explorateurs audacieux comme Marco Polo.

Ces marchands italiens firent de si bonnes affaires qu’après avoir aidé à l’implantation du nouveau royaume, l’intérêt passant avant la solidarité, ils poursuivirent souvent, lorsque le vent tourna, une politique contraire à celle du royaume franc. Ainsi, pour ne pas nuire à leur commerce avec l’Égypte, ils n’hésitèrent pas à prévenir le sultan des menées qui se préparaient contre lui. Ils réussirent de la sorte à maintenir quelques comptoirs chez les infidèles. On sait que les Vénitiens, en détournant la quatrième croisade, se taillèrent un empire avec toutes les îles grecques où ils se réservèrent le monopole du commerce. De là est née la somptueuse Venise que nous connaissons.

Au début réticents, les croisés se laissent séduire par les fastes de Byzance

Avec les croisades, la marine et la construction navale connaissent une expansion. Les ports de Venise, Pise, Gênes bénéficient de l’expérience des marins arabes qui naviguent jusqu’en Chine. Ils ouvrent la voie à des aventuriers comme Marco Polo.

Si les premières croisades gagnèrent la Terre sainte par la voie terrestre, on se rendit vite compte que le voyage était long, pénible et dangereux, c’est pourquoi les transports par mer furent bientôt organisés. Ces traversées qui devinrent peu à peu régulières nécessitèrent la construction de flottes fort importantes qui servirent également pour le commerce. Il en résulta des progrès considérables dans la navigation. Dès le début des croisades on vit des navires partant des pays nordiques faire un long périple jusqu’en Terre sainte, ouvrant ainsi des voies de communication nouvelles entre le nord et le sud. Les marins qui cabotaient le long des côtes, devenus plus habiles, s’élancèrent à travers les mers.

La construction navale elle-même prit un essor fort important. On cite un navire si grand sorti de Venise qu’on l’avait appelé Le Monde. Mais il n’y eut pas que les ports italiens pour bénéficier du mouvement provoqué par les croisades, Marseille, Narbonne, puis Aigues-Mortes et Sète y trouvèrent une place de premier plan.

Il est certain que cette maîtrise de la mer acquise par l’Occident grâce à la sûreté des navires et l’habileté des marins allait permettre les grandes découvertes d’au-delà des mers, des Espagnols et des Portugais. Dans le domaine maritime, on ne peut écarter le rôle que joua l’ordre des Hospitaliers. Replié à Rhodes, puis à Malte, ses navires et spécialement ses galères furent jusqu’à la Révolution les gardiens de nos côtes contre les incursions des barbaresques.

A ces aspects positifs bien tangibles, il faut en ajouter un autre plus subtil puisqu’il touche à l’évolution des moeurs. Lorsque les croisés arrivèrent pour la première fois à Constantinople, ce fut comme un éblouissement. Jamais ils n’avaient vu tant de richesse et de somptuosité. La ville et la cour impériale demeuraient les derniers restes de cet Empire romain qui avait répandu sa civilisation sur tout le pourtour de la Méditerranée. Même après l’invasion musulmane, l’empreinte de ses moeurs était demeurée dans les pays envahis.

Mais à Constantinople la splendeur des temps passés persistait toujours intacte comme si aucun revers ne l’avait forcée à se replier sur elle-même. On comprend l’émerveillement de ces pèlerins qui ayant quitté d’humbles maisons ou de rudes forteresses découvraient ces palais regorgeant de luxe et de richesses.

Devant tant de luxe, les croisés se montrèrent au début fort réticents. Tout cela cachait une réelle décadence. Toutefois une femme comme Aliénor d’Aquitaine fut profondément impressionnée par son passage au milieu des fêtes et des fastes de Byzance. Elle y avait rencontré des esprits éminemment cultivés, héritiers de toutes les connaissances antiques, et fut sensible à leur charme. Aussi à son retour en France s’empressa-t-elle de former autour d’elle une des plus brillante cour de poètes et de savants. Certes troubadours et trouvères existaient déjà, mais ils prendront désormais une place plus importante dans des cours plus modestes et donneront naissance à ce que l’on a appelé l’amour courtois. C’est là encore que s’épanouit l’esprit chevaleresque, dont l’idéal ne pouvait mieux se réaliser qu’en allant en Terre sainte batailler pour la défense où la reconquête de Jérusalem. On peut considérer également que l’étiquette fort compliquée et stricte de la cour byzantine inspira celle qui pénétra peu à peu les cours féodales, inaugurant un nouveau savoir-vivre. D’ailleurs de nombreux princes ou princesses du royaume franc s’allièrent avec des Byzantins.

Mais si Constantinople fut une sorte de phare c’est par les moeurs conservés par les populations autrefois byzantines que les hommes des croisades furent le plus influencés. Ceux qui s’y fixèrent que l’on appelait les "poulains", prirent le goût des coutumes orientales.

Ils se laissèrent séduire par un certain luxe, un certain raffinement dans leurs habitudes courantes. Aimant les beaux vêtements, prenant des bains à la romaine, se laissant aller aux fêtes et au décorum, ils semblaient afficher une mollesse qui déplaisait fort à ceux qui débarquaient de France et d’Occident. Les croisés nouveaux venus reprochaient aux "poulains" leurs moeurs décadentes, mais n’en étaient pas moins attirés par ce savoir-vivre qui les changeait de la rudesse de la vie qu’ils avaient menée jusque-là. Ainsi lorsqu’ils regagnaient leurs châteaux, rapportant belles étoffes où beaux souvenirs, jugeaient-ils l’austérité de leur vie et s’employaient-ils à la rendre plus agréable. L’architecture, surtout militaire, fera également de grands progrès grâce aux croisades. Architectes et ingénieurs s’inspireront des "stratagèmes" du Byzantin Végèce. Ils laisseront en Terre sainte les magnifiques citadelles dont on peut encore admirer les ruines grandioses le Krak des Chevaliers, Saône, Marqab, le Krak de Moab, Montréal…, pour n’en citer que quelques-uns.

De même en France on verra surgir à la même époque Château-Gaillard ou Carcassonne. Quant à l’architecture religieuse, elle a donné de nombreux et beaux sanctuaires en Orient, mais il n’en reste que de rares vestiges.

En revanche les églises en rotonde que l’on retrouve un peu partout en Europe et que l’on attribue trop souvent aux templiers sont, elles, directement inspirées de l’Orient byzantin. A propos des templiers on évoque fréquemment leurs liens avec la gnose et la kabbale dont ils auraient eu connaissance en Orient et on laisse entendre qu’ils auraient transmis leurs secrets aux maçons et aux constructeurs de cathédrales. Mais là comme pour le fameux trésor des templiers, on s’éloigne de l’Histoire.

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