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Les révolutionnaires qui ne raisonnent pas dialectiquement ne peuvent que se tromper - Matière et Révolution
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Les révolutionnaires qui ne raisonnent pas dialectiquement ne peuvent que se tromper

mercredi 3 juillet 2013, par Robert Paris

« La pensée marxiste est dialectique : elle considère tous les phénomènes dans leur développement, dans leur passage d’un état à un autre La pensée du petit bourgeois conservateur est métaphysique : ses conceptions sont immobiles et immuables, entre les phénomènes il y a des cloisonnements imperméables. L’opposition absolue entre une situation révolutionnaire et une situation non-révolutionnaire représente un exemple classique de pensée métaphysique, selon la formule : ce qui est, est-ce qui n’est pas, n’est pas, et tout le reste vient du Malin.

Dans le processus de l’histoire, on rencontre des situations stables tout à fait non-révolutionnaires. On rencontre aussi des situations notoirement révolutionnaires. Il existe aussi des situations contre-révolutionnaires (il ne faut pas l’oublier !). Mais ce qui existe surtout à notre époque de capitalisme pourrissant ce sont des situations intermédiaires, transitoires : entre une situation non-révolutionnaire et une situation pré-révolutionnaire, entre une situation pré-révolutionnaire et une situation révolutionnaire ou... contre-révolutionnaire. C’est précisément ces états transitoires qui ont une importance décisive du point de vue de la stratégie politique.

Que dirions-nous d’un artiste qui ne distinguerait que les deux couleurs extrêmes dans le spectre ? Qu’il est daltonien ou à moitié aveugle et qu’il lui faut renoncer au pinceau. Que dire d’un homme politique qui ne serait capable de distinguer que deux états : "révolutionnaire" et "non-révolutionnaire" ? Que ce n’est pas un marxiste, mais un stalinien, qui peut faire un bon fonctionnaire, mais en aucun cas un chef prolétarien.

Une situation révolutionnaire se forme par l’action réciproque de facteurs objectifs et subjectifs. Si le parti du prolétariat se montre incapable d’analyser à temps les tendances de la situation pré-révolutionnaire et d’intervenir activement dans son développement, au lieu d’une situation révolutionnaire surgira inévitablement une situation contre-révolutionnaire. C’est précisément devant ce danger que se trouve actuellement le prolétariat français. La politique à courte vue, passive, opportuniste du front unique, et surtout des staliniens, qui sont devenus son aile droite, voilà ce qui constitue le principal obstacle sur la voie de la révolution prolétarienne en France. »

Trotsky dans "Où va la France"

« Le refus d’admettre que les contradictions sociales sont l’élément moteur du développement a conduit, dans le royaume de la pensée théorique, à rejeter la dialectique, comme logique des contradictions. De même qu’en politique on a jugé possible de convaincre tout le monde de la justesse d’un programme donné à l’aide de quelques bons syllogismes et de transformer peu à peu la société par des mesures "rationnelles", de même, dans le domaine théorique, on a considéré comme prouvé que la logique d’Aristote, abaissée au niveau du bon sens, suffit à résoudre tous les problèmes.

Le pragmatisme, mélange de rationalisme et d’empirisme, est devenu la philosophie...

Les petits-bourgeois de formation universitaire, dès les bancs de l’école, ont reçu leurs préjugés théoriques sous une forme définitive. Ayant assimilé toutes sortes de connaissances, utiles ou inutiles, sans le secours de la dialectique, ils s’imaginent pouvoir fort bien s’en passer toute leur vie. En réalité, ils ne se passent de la dialectique que dans la mesure où ils ne soumettent à aucune vérification théorique, ne fourbissent et n’affinent pas les instruments de leur pensée et ne sortent pas, pratiquement, du cercle étroit des relations de la vie quotidienne. Confrontés à de grands événements, ils sont facilement perdus et retombent dans les ornières de la petite-bourgeoisie. Faire fond sur l’inconséquence pour justifier un bloc théorique sans principes, c’est témoigner à charge contre soi même, comme marxiste. L’inconséquence n’est pas le fait du hasard et en politique ce n’est absolument pas un trait individuel. L’inconséquence remplit habituellement une fonction sociale. Il y a des groupes sociaux qui ne peuvent être conséquents. Les éléments petits-bourgeois qui ne se sont pas complètement dépouillés de leurs vieilles tendances petites-bourgeoises sont systématiquement contraints de recourir à l’intérieur du parti ouvrier à des compromis théoriques avec leur propre conscience. »

Trotsky dans "Défense du marxisme"

Les révolutionnaires qui ne raisonnent pas dialectiquement ne peuvent que se tromper eux-mêmes et tromper ceux qui les suivent

Pour une grande part des militants d’extrême gauche, l’idée n’est qu’un élément secondaire de l’activité. Selon ces activistes, qui se concentrent sur l’intervention, sur le travail social et organisationnel, l’idée se ramène à l’étude d’anciens auteurs et pas à un travail nouveau de recherche. Ils ne cherchent pas à analyser le monde car, pour eux, l’analyse a déjà été faite, de manière définitive, pour l’essentiel par Marx, Lénine et Trotsky, entre autres. Du coup, ils estiment que l’idée est seulement une propagande devant toucher le grand public, aider à mobiliser, à entraîner dans la lutte, à faire adhérer, à recruter. Ils estiment que l’analyse, ils l’ont, que le monde n’a pas fondamentalement changé et qu’il n’est pas nécessaire de donner une nouvelle analyse scientifique d’un monde qui est pourtant bien plus inattendu, incompris, difficile à comprendre, peu évident à analyser qu’ils ne le prétendent. Pour les uns, il suffit de s’en tenir aux grands révolutionnaires, pour d’autres, il suffit d’y revenir. Alors qu’on doit certes étudier les grands auteurs mais on doit nous-mêmes nous lancer dans l’arène et chercher à comprendre le monde en laissant de côté tout ce qu’on a appris et en analysant par nos propres moyens.

Croire que le monde a été définitivement analysé par Marx ? Croire qu’il suffit de relire Marx pour le comprendre ? Comme si ce qui arrivait au capitalisme crevait les yeux, comme si la crise du système était une évidence, comme si les conséquences possibles tombaient sous le sens, comme s’il ne s’agissait pas d’un phénomène nouveau, qui doit à chaque pas être analysé à nouveau ?

L’émergence de nouvelles grandes puissances comme les Brics (dont la Chine, l’Inde, la Russie ou le Brésil) est aussi de la nouveauté et un changement considérable dans l’évolution du système mondial, nouveauté qui nécessite de nouvelles analyses.

Prétendre, dans ces conditions, que les révolutionnaires doivent d’abord s’activer, agir, recruter, plutôt qu’analyser, c’est vouloir marcher sur une seule jambe tout autant que ceux qui prétendraient qu’il n’est pas nécessaire de se lier à la classe ouvrière, à ses préoccupations, à son action, à ses expériences mais seulement d’étudier théoriquement. L’un sans l’autre n’est pas une manière d’avancer. Les pragmatistes ne nous font pas davantage avancer que les théoriciens purs.

Il faut changer le monde mais pour cela, il faut le penser. Et il faut réfléchir à la manière par laquelle nous pensons : notre philosophie. Car on ne peut compter sur notre philosophie spontanée : elle est trompeuse !

Notre philosophie spontanée est proche de la logique formelle. C’est celle de notre psychologie personnelle qui nous dit que nous sommes toujours le même, que notre identité se maintient, que le monde autour de nous aussi se maintient en gros identique à lui-même, que nos pensées n’ont pas besoin de changements radicaux, que nos anciens raisonnements ne doivent pas être remis radicalement en question, que nos connaissances sont des bases assurées pour penser l’avenir. Cet ensemble psychologique, combattant nos peurs, nous donnant une certaine assurance face aux risques de la vie, nous apporte une certaine manière de philosopher. Elle admet les changements graduels, la continuité mais pas les transformations radicales, pas les sauts qualitatifs, pas l’existence simultanée des contraires, pas la transformation d’un élément en son contraire. La pensée spontanée n’admet absolument pas la dialectique des contraires. Elle se fonde au contraire sur des réponses par oui ou non exclusif.

La pensée dialectique n’est pas une pensée spontanée parce qu’elle ne procède que par négations alors que les auteurs et les suiveurs d’une philosophie souhaitent généralement des réponses, des solutions, des résultats donc du positif. Le seul positif qu’admette la dialectique est la négation de la négation.

Tous les militants révolutionnaires et groupes qui diffusent leur pensée positive ne sont pas dialecticiens. Ils ont des élèves auxquels ils enseignent qu’il y a des leçons positives du passé et qu’il suffit de suivre ces leçons positives pour ne plus se tromper.

Exemple de leçons positives : il faut militer, il faut étudier, il faut se battre, il faut construire un parti révolutionnaire communiste, il faut une direction politique, il faut un programme révolutionnaire, il faut être marxiste, il faut faire du syndicalisme, il faut participer aux élections pour faire de la politique parmi les travailleurs, il faut être trotskiste.

Pourtant, l’idée révolutionnaire, elle-même, n’est nullement contenue dans toutes les précédentes affirmations. Elle n’est qu’en négatif : contre cette prison sociale qui fait de nous tous des esclaves, contre toutes les idéologies qui servent à piéger tous ces esclaves et à leur faire prendre une prison pour un lieu de vacances, contre ce qui est présenté comme le nec plus ultra de la démocratie : l’Etat, cette bande d’hommes en armes au service de la bourgeoisie, contre sa réforme, contre son amélioration, contre la conservation du système.

Ceux qui croient que les révolutionnaires marxistes proposent en positif « le communisme » oublient simplement que Marx combattait un tel utopisme et considérait que le marxisme était que l’étude scientifique des enseignements de la lutte des travailleurs et de l’évolution du monde et pas la défense d’un système idéal qui serait entièrement né dans nos têtes.

La dialectique n’offre pas des leçons positives mais cherche à démolir des a priori erronés. La philosophie que la dialectique veux combattre est celle qui fait croire qu’il y d’un côté le bien et de l’autre côté le mal, d’un côté le vrai et de l’autre le faux, d’un côté la matière et de l’autre le vide, d’un côté la matière inerte et de l’autre la matière vivante, d’un côté les êtres vivants et de l’autre l’homme, d’un côté… et d’un autre côté…

Cette idée est spontanée parce qu’elle se fonde sur l’idée : d’un côté il y a moi et de l’autre le reste des hommes. Mais elle est fausse parce que je ne suis pas du tout séparé des autres hommes. Et elle est fausse parce que je ne suis pas simplement « un » homme mais plusieurs potentialités très opposées entre elles et qu’en tant qu’être humain conscient, je peux faire des choix entre ces potentialités. Encore ne faut-il pas nier que j’héberge en mon sein des êtres très différents qui ne demandent qu’à s’exprimer et même à prendre le pouvoir…

Le plus relationnel et extraverti des hommes est en même temps égocentrique et misanthrope. Le plus audacieux est peureux. Le plus calme est le plus violent. C’est la contradiction qui nous guide et non la seule affirmation d’un élément contraire à ses opposés qui nous guide.

La philosophie nécessaire pour ne pas être piégés par des a priori inconnus est de connaître et de combattre de tels a priori.

Parmi ces a priori, citons « je » est une seule et même personne, le corps et l’esprit sont deux êtres différents, le faux et le vrai sont diamétralement opposés, un plus un sera toujours égale à deux et il existe des vérités absolues et inébranlables, celui qui connait les lois peut prédire la suite des événements, la science est faite de relations de cause à effet, etc…

Ces prétendues vérités issues de la croyance commune sont appelées aussi la logique formelle ou la métaphysique selon les auteurs.

Tous ceux qui affirment « ceci est indiscutable » en font partie. Tous ceux qui diffusent des séries de leçons positives sont anti-dialectiques, même si la leçon consiste à dire « nous sommes pour la dialectique ». Mais la dialectique n’est nullement une série de leçons philosophiques positives. C’est seulement une manière de combattre pour démolir les fausses idées reçues.

Nous allons tenter de donner de multiples exemples montrant que le refus de remettre en cause la pensée spontanée, la pensée du commun, la pensée formelle, mène les révolutionnaires dans le mur.

La pensée du bien et du mal, du noir et du blanc, du oui ou non (exclusif), telle est la pensée que nous devons sans cesse combattre et qui ne sera jamais définitivement annihilée parce que toute la société comme tous les caractères de l’individu y mènent. Bien sûr, tout le monde croit que ce n’est pas une philosophie et que c’est seulement les faits… Mais cela n’est pas vrai. Nous n’avons pas la réalité devant nos yeux mais seulement ce que notre pensée nous dit de voir et de comprendre. Par exemple, nous ne voyons pas l’agitation moléculaire et la matière de la table nous semble immobile. Nous ne voyons pas non plus le mouvement de la terre. Nous ne voyons pas non plus les mouvements de l’opinion publique ni prolétarienne. La réalité n’a rien d’une évidence sensible. Pas plus dans le domaine économique, social ou politique que dans celui de la physique, de la chimie, de la biochimie ou de l’évolution des espèces. Raisonner sur ces sujets ne consiste pas simplement à accumuler des observations ni à les sérier logiquement. Les pensées nécessaires sur le monde sont beaucoup plus absurdes que cela en apparence. Penser, par exemple, que la matière est en même temps une onde ou que la lumière est en même temps particulaire, penser que la matière est du vide et que le vide est matériel, penser que l’espèce contient dans son matériel génétique d’autres potentialités d’espèces, que la mort est au sein de la vie comme mécanisme qui lui est indispensable, tout cela n’est nullement logique au sens formel.

Il en va de même dans le domaine politique. Penser que le prolétariat est communiste et, en même temps, qu’il défend le système d’exploitation qui lui donne travail, logement et revenu, ce sont des contradictions irréductibles et pourtant les deux propositions sont en même temps vraies.

Le prolétariat a joué un rôle révolutionnaire dans la Commune de Paris (1871) et ce rôle a été internationaliste et pourtant la Commune a démarré sur des bases nationalistes et même chauvines alors que le nationalisme français était celui d’un Etat bourgeois réactionnaire. C’est contradictoire mais c’est réel. Les syndicats et les parlements bourgeois sont actuellement le meilleur moyen d’entraver la lutte des classes du prolétariat et sa conscience communiste et pourtant, à un stade de l’affrontement de classe, la bourgeoisie peut avoir besoin de détruire ces organes de collaboration de classe et le prolétarait avoir besoin de les défendre. Ce sont des contradictions politiques qu’il faut comprendre si on ne veut pas nuire à la lutte prolétarienne.

Depuis belle lurette la bourgeoisie ne fait plus des questions démocratiques et en particulier de l’oppression nationale une question de lutte révolutionnaire et elle ne prend donc plus la tête de ce type de lutte, tout en restant à la tête des directions nationalistes bourgeoises et petites bourgeoises. Certains diront que ces luttes sont dépassées mais, comme ces oppressions se maintiennent et sont source de sentiments violents de révoltes, c’est au prolétariat de prendre la tête de ces luttes dont les buts sont bourgeois. C’est contradictoire mais c’est fondamental de le comprendre.

Le prolétariat et la bourgeoisie sont les deux seules classes historiques, c’est-à-dire capables dans le monde moderne d’ouvrir des perspectives sociales. La petite bourgeoisie n’a plus de rôle indépendant. Cela ne signifie pas qu’elle ne soit pas importante pour les deux classes fondamentales de l’Histoire. Au contraire, celui qui en prend la tête a de bonnes chances de gagner son combat ! Opposer diamétralement le prolétariat et la petite bourgeoisie, c’est isoler les travailleurs et faire échouer leur lutte. Pourtant, le non dialecticien expliquera que le prolétariat est communiste et la petite bourgeoisie anti-communiste et livrera ainsi la petite bourgeoisie à suivre la grande, ce qui dans les périodes d’effondrement social et économique peut signifier les livrer aux fascistes…

Pour celui qui refuse de voir les contradictions dialectiques, tous les régimes bourgeois se valent ou bien la démocratie doit toujours être défendue, dans toutes les circonstances. Pour les non dialecticiens, c’est ou le bien ou le mal. Ou participer aux syndicats et aux parlements bourgeois, c’est toujours bon ou c’est toujours mauvais ! C’est un contresens majeur pour des révolutionnaires ! Cela mène d’un côté à l’opportunisme et de l’autre au gauchisme.

Bien des groupes prétendent qu’ils n’ont pas besoin d’approfondir les questions philosophiques, une manière pour eux d’évacuer la question épineuse de la dialectique. Ils déclarent simplement ne pas vouloir être des théoriciens en chambre comme si Marx, Lénine ou Trotsky l’étaient. Ils affirment qu’ils disposent des œuvres de ces derniers et quelques autres et ne pas avoir des dispositions suffisantes pour faire avancer la théorie. Vive la modestie ! On ambitionne donc de changer le monde, mais pas de le comprendre !!!!

Ils affirment que les problèmes qui se posent au prolétariat, ce sont surtout des problèmes d’organisation et pas des problèmes théoriques. Comme si c’était possible d’avoir l’un sans l’autre. Ils ont vu une rupture entre l’époque de Trotsky et la notre sur le plan organisationnel et militant et ils n’ont pas vu de rupture théorique !

Ils estiment que ce qui manque au prolétariat c’est une organisation comme s’il ne manquait pas d’abord une conception révolutionnaire, comme si une telle conception allait naître naturellement de l’apparition d’une organisation, comme si c’était juste l’expériences militante prolétarienne qui allait faire naître les idées politiques. Et ces gens-là se revendiquent de Lénine qui affirmait exactement le contraire dans « Que faire » sans parler de Marx qui a passé toute sa vie à affirmer le contraire…

Comme si l’existence des idées marxistes suffisait pour décrire le monde actuel, comme s’il ne fallait pas à nouveau analyser le monde pour faire vivre les idées révolutionnaires marxistes.

Si les prolétaires ne disposent pas d’idées politiques révolutionnaires, ils peuvent mener des révolutions et les faire échouer même s’il existe des partis révolutionnaires et des soviets. N’oublions pas que sans Lénine et Trotsky, on ne parlerait pas de la révolution d’Octobre car la direction du parti bolchevique était majoritairement contre comme elle avait été contre la politique défendue par Lénine en avril 1917 et qui préparait cette prise du pouvoir. Cela signifie que le parti et sa théorie politique sont deux facteurs tout à fait différents. Rien ne garantit un parti révolutionnaire d’avoir des dirigeants capables d’élaborer une théorie révolutionnaire et donc d’assumer jusqu’au bout leurs tâches…

La Commune avait à sa tête l’équivalent d’un parti révolutionnaire avec de multiples tendances mais, en l’absence de Blanqui, elle ne disposait pas d’une théorie révolutionnaire. Un dirigeant conscient de la bourgeoisie comme Thiers savait que c’est là qui bénéficiait à la bourgeoisie et nuisait définitivement au prolétariat. Sans théorie révolutionnaire pas de victoire révolutionnaire. Ceux qui disent seulement « sans parti révolutionnaire » omettent sciemment qu’il existe des partis révolutionnaires qui ne disposent pas de l’arme de la théorie.

Sans théorie révolutionnaire pas de stratégie du prolétariat, pas de conception de la lutte, pas d’anticipation des situations possibles et du rôle potentiel du prolétariat. Les pragmatistes en restent à leur refrain « il faut lutter », « il faut mobiliser », « il faut être nombreux », « il faut un parti », « il faut un syndicat », « il faut manifester », « il faut protester ».

Ils ne nous disent pas quelle est la situation de la classe dirigeante et de son système qui l’amène à changer radicalement de politique. Ils ne nous disent pas quelles sont les politiques possibles pour les classes dirigeantes dans la situation catastrophique du système. Non ! Eux veulent partir des préoccupations et de l’opinion des travailleurs ! Comme si c’était le point de départ d’un raisonnement sur la politique ouvrière. Comme s’il n’y avait pas meilleurs défenseurs du système que les travailleurs ! Cela ne nous empêche absolument pas de défendre l’idée que la classe ouvrière est potentiellement communiste mais ceux qui prétendent que la classe ouvrière doit considérer des revendications obtenues partiellement comme des victoires nous trompent. La classe ouvrière a été défaite en juin-juillet 1936 alors qu’elle a obtenu satisfaction sur une série de revendications. Et c’est souvent ainsi…

Des victoires ouvrières transformées en défaites, voilà qui nécessite de connaitre la dialectique pour être compris. Des mobilisations transformées en opérations massives de démobilisation, de déboussolement et de démoralisation. Des constructions de partis prolétariens transformées en leur contraire, voilà qui permettrait de comprendre l’évolution des extrêmes gauches. Des études des œuvres marxistes de manière académique ou scolaire, de manière purement organisationnelle ou religieuse, transformées en attitudes profondément antimarxistes. Nous en avons des exemples de transformation dialectique des contraires !

Nous avons des majeures sous les yeux : ce n’est pas le prolétariat qui est en train de détruire le système, c’est les capitalistes et les Etats capitalistes eux-mêmes. Ce n’est pas le prolétariat qui est au centre des mobilisations, c’est la petite bourgeoisie car elle perd confiance dans le système qui s’effondre. Mais le seul qui a des perspectives à donner à l’ensemble de la société, petite bourgeoisie comprise, c’est le prolétariat. Eh bien, une fraction de l’extrême gauche, suivant les appareils syndicaux, ne se donne nullement comme objectif de faire du prolétariat l’aile marchante des révoltés. Et l’autre partie du prolétariat, préconisant de se détourner complètement des luttes syndicales, ne donne aucun objectif à la classe ouvrière car, selon elle, le moment n’est pas venu de la lutte de classe pure, lutte de classe censée ne pas se préoccuper des masses petites bourgeoises !!!

Nous sommes bien encadrés entre ceux qui pensent que la participation des révolutionnaires aux actions réformistes est un bien et ceux qui pensent que c’est un mal !!!!

Nous sommes bien encadrés entre ceux qui préconisent n’importe quelle unité avec les réformistes dans les grèves et manifestations et ceux qui préconisent l’isolement pur du prolétariat dans sa pureté communiste !

Nous sommes encore bien encadrés entre ceux qui prétendent que la crise capitaliste n’est qu’un prétexte des classes dirigeantes pour ponctionner davantage les prolétaires et ceux qui affirment que l’on a affaire à une crise classique « marxiste » dont le système sortira encore renforcé.

Nous sommes bien encadrés entre ceux qui prétendent que le capitalisme va s’en sortir et ceux qui prétendent qu’il n’a aucun problème, à part exploiter les travailleurs et les faire reculer…

Oui, le prolétariat a plus que jamais besoin d’une boussole et celle-ci nécessite une manière scientifique d’analyser la réalité, une philosophie. Le caractère contradictoire de la réalité doit être exploré. Comprendre les contradictions, c’est trouver le moteur de l’Histoire.

Le rôle des révolutionnaires n’est pas de pousser à la lutte et même pas de pousser à l’organisation mais de développer la conscience de la réalité. Cette réalité contient à la fois notre défaite et notre victoire. Elle est profondément contradictoire. Comme l’est la réalité du prolétariat, celle du capitalisme, ou celle des extrêmes gauches. Nous ne savons pas dans quel sens tout cela basculera. Nous savons que nous militons pour éclairer cette nature contradictoire qui fait qu’au moment où les hommes désespèrent de la révolution ou du prolétariat, ces derniers font parfois des bonds en avant historiques qui proviennent du fait que ces contradictions étaient parvenues au point de rupture….

Nous ne comptons pas sur nos petits bras pour pousser les travailleurs, pour pousser l’évolution historique, pour pousser l’extrême gauche ou n’importe quelle fraction de la société. Nous comptons sur les forces de la société elle-même mais nous sommes persuadés que ces forces ont besoin d’une boussole, d’une analyse qui ne découle pas seulement des expériences propres de ces forces sociales, d’une science, d’une philosophie qui n’ont rien de spontané ni d’élémentaire.

Tous ceux qui nous disent « la lutte de classe, rien que la lutte de classe et les leçons de cette lutte » ne peuvent que nous éloigner des véritables leçons que nous donnent l’histoire de la société car ils nous éloignent de la philosophie scientifique indispensable pour les comprendre.

D’un côté une extrême gauche qui prétend que ceux qui détruisent les droits sociaux seraient des syndicats « réformistes » qu’on pourrait accompagner dans les luttes et de l’autre une autre extrême gauche qui ne voit aucune contradiction entre la démocratie bourgeoisie consistant à s’appuyer sur ces syndicats et le fascisme consistant à les détruire….

La pensée en noir et blanc, en bien et mal, la pensée « en positif », a peut-être encore de beaux jours devant elle dans l’extrême gauche, elle est pourtant le meilleur moyen de tomber dans tous les pièges et de se détourner des véritables politiques de classe du prolétariat en désarmant celui-ci devant les épreuves qui l’attendent.

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