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Gould et Lewontin, un évolutionniste et un biologiste, tous deux adeptes du matérialisme et de la dialectique de Karl Marx et Friedrich Engels - Matière et Révolution
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Gould et Lewontin, un évolutionniste et un biologiste, tous deux adeptes du matérialisme et de la dialectique de Karl Marx et Friedrich Engels

mercredi 4 septembre 2013, par Robert Paris

Pour clarifier ce qu’est la dialectique, donnons la parole à son adversaire le plus résolu. Le philosophe qui exprime le plus nettement son opposition à la pensée dialectique, Aristote, écrit dans « Métaphysique » (Livre IV) :

« Ainsi que nous l’avons dit, il y a des philosophes qui prétendent qu’il est possible que la même chose soit et ne soit pas, et que l’esprit peut avoir la pensée simultanée des contraires. Bon nombre de Physiciens aussi admettent cette possibilité. Mais, quant à nous, nous affirmons qu’il ne se peut jamais qu’en même temps une même chose soit et ne soit pas ; et c’est en vertu de cette conviction que nous avons déclaré ce principe le plus incontestable de tous les principes. »

Ou encore Berkeley qui écrit dans son « Traité sur les principes de la connaissance humaine » :

« que tout le chœur céleste et tout le mobilier de la terre, en un mot tous ces corps qui composent l’ordre puissant du monde ne subsistent point hors d’un esprit […] ; que, par conséquent, du moment qu’ils ne sont pas effectivement perçus par moi, ou qu’ils n’existent pas dans mon esprit, ou dans celui de quelque autre esprit créé, il faut qu’ils n’aient aucune sorte d’existence, ou bien qu’ils existent dans l’esprit de quelque Esprit éternel. »

Gould et Lewontin, un évolutionniste et biologiste, tous deux adeptes du matérialisme et de la dialectique de Karl Marx et Friedrich Engels

Stephen J. Gould, lui même matérialiste et dialecticien, écrit :

"Darwin a appliqué une philosophie matérialiste en accord avec son interprétation de la nature".

Trotsky écrit :

"La découverte de Darwin a été la plus grande victoire de la dialectique dans l’intégralité du domaine de la matière organique."

Trotsky, dans « L’opposition petite-bourgeoise dans le SWP » :

« Nous appelons notre dialectique matérialiste, parce que ses racines ne sont ni dans les cieux (ni dans les profondeurs de notre "libre esprit"), mais dans la réalité-objective, dans la nature. La conscience est née de l’inconscient, la psychologie de la physiologie, le monde organique de l’inorganique, le système solaire de la nébuleuse. A tous les degrés de cette échelle du développement, les changements quantitatifs sont devenus qualitatifs. Notre pensée, y compris dialectique, n’est qu’une des manifestations de la matière changeante. Il n’y a place, dans cette mécanique ni pour Dieu, ni pour le diable, ni pour l’âme immortelle, ni pour les normes éternelles du droit et de la morale. La dialectique de la pensée, procédant de la dialectique de la nature, a par conséquence un caractère entièrement matérialiste.

Le darwinisme, qui expliquait l’origine des espèces par la transformation de changements quantitatifs en changements qualitatif, a signifié le triomphe de la dialectique à l’échelle de toute la nature organique. Un autre grand triomphe fut la découverte de la table de poids atomiques des éléments chimiques, puis celle de la transformation des éléments les uns dans les autres.

A ces transformations (des espèces, des éléments, etc.) est étroitement liée la question de la classification, également importante dans les sciences naturelles et dans les sciences sociales. Le système de Linné (18e siècle) , reposant sur l’immutabilité des espèces, se limitait à l’art de décrire et de classer les plantes selon leur aspect extérieur. La période infantile de la botanique est analogue à celle de la logique car les formes de notre pensée se développent, comme tout ce qui est vivant. Ce n’est qu’en rejetant délibérément l’idée de l’immutabilité des espèces, et par l’étude de l’histoire de l’évolution des plantes et de leur conformation, qu’on a pu jeter les bases d’une classification réellement scientifique.

Marx, qui à la différence de Darwin était un dialecticien conscient, a trouvé les bases d’une classification scientifique des sociétés humaines dans le développement des forces productives et la structure des rapports de propriété, qui constituent l’anatomie de la société. Le marxisme a substitué la classification matérialiste dialectique à la classification vulgaire, descriptive des sociétés et des Etats, qui, aujourd’hui encore, fleurit dans les chaires universitaires. Ce n’est qu’en utilisant la méthode de Marx qu’on peut définir correctement le concept d’Etat ouvrier et le moment de sa ruine. »

Stephen Jay Gould dialecticien et matérialiste

Gould, dans « Le pouce du panda » :

« Eldredge et moi faisons référence à ce mécanisme sous le nom de système des équilibres ponctués. (...) Si le gradualisme est plus un produit de la pensée occidentale qu’un phénomène de nature, il nous faut alors étudier d’autres philosophies du changement pour élargir le champ de nos préjugés. Les fameuses lois de la dialectique reformulées par Engels à partir de la philosophie de Hegel, font explicitement référence à cette notion de ponctuation. Elles parlent par exemple de ’’la transformation de la quantité en qualité’’. La formule laisse entendre que le changement se produit par grands sauts suivant une lente accumulation de tensions auquel un système résiste jusqu’au moment où il atteint le point de rupture. »

Gould, dans « Le pouce du panda » :

« Toutes les grandes théories de la spéciation s’accordent à reconnaître que la divergence s’effectue rapidement au sein de populations très réduites. (...) Le processus (de spéciation) peut prendre des centaines voir des milliers d’années. (...) Mais mille ans, ce n’est qu’un infime pourcentage de la durée moyenne d’existence des espèces invertébrées. (...) Eldredge et moi faisons référence à ce mécanisme sous le nom de système des équilibres ponctués. (...) Si le gradualisme est plus un produit de la pensée occidentale qu’un phénomène de nature, il nous faut alors étudier d’autres philosophies du changement pour élargir le champ de nos préjugés. Les fameuses lois de la dialectique reformulées par Engels à partir de la philosophie de Hegel, font explicitement référence à cette notion de ponctuation. Elles parlent par exemple de ‘’ la transformation de la quantité en qualité ‘’ La formule laisse entendre que le changement se produit par grands sauts suivant une lente accumulation de tensions auquel un système résiste jusqu’au moment où il atteint le point de rupture. (...) Le modèle ponctué peut refléter les rythmes du changement biologique (...) ne serait-ce qu’à cause du nombre et de l’importance des résistances au changement dans les systèmes complexes à l’état stable. (...) « L’histoire de n’importe quelle région de la terre est comme la vie d’un soldat. Elle consiste en de longues périodes d’ennui entrecoupées de courtes périodes d’effroi. »

Stephen Jay Gould dans « Le pouce du panda » :

« Sur des sujets aussi fondamentaux que la philosophie générale du changement, la science et la société travaillent habituellement la main dans la main. (…) Les hommes de savoir transposèrent dans la nature le programme libéral de changement lent et ordonné qu’ils préconisaient pour la transformation de la société humaine. (…) Dans son argumentation en faveur du gradualisme comme rythme presque universel, Darwin dut employer la méthode caractéristique de Lyell : le rejet de la simple apparence et du bon sens au profit d’une réalité sous-jacente. Contrairement à ce qu’accréditent les mythes en vogue, Darwin et Lyell n’étaient pas les héros de la vraie science, défendant l’objectivité contre les élucubrations théologiques des « catastrophistes » comme Cuvier et Buckland. Les catastrophistes étaient des hommes aussi soucieux de vérité scientifique que les gradualistes. »

Gould dans "Le pouce du panda" :

« Dans ma propre branche professionnelle, j’ai été impressionné par l’influence profonde et malheureuse que le gradualisme a exercé sur la paléontologie par l’intermédiaire de la vielle devise "la nature ne fait pas de sauts". le gradualisme, l’idée que tout changement doit être continu, lent et régulier, n’est jamais né d’une interprétation des roches. Il représentait une opinion préconçue, largement répandue, s’expliquant en partie comme une réaction du libéralisme du 19ème siècle face à un monde en révolution. Mais il continue à pervertir notre prétendue vision objective de l’histoire de la vie. (...) L’histoire de la vie, telle que je la conçois, est une série d’états stables, marqués à de rares intervalles par des événements importants qui se produisent à grande vitesse et contribuent à mettre en place la prochaine ère de stabilité. »

"La vie est belle", Stephen Jay Gould :

"L’histoire de la vie ressemble à un gigantesque élagage ne laissant survivre qu’un petit nombre de lignée, lesquelles peuvent ensuite subir une différenciation ; mais elle ne ressemble pas à cette montée régulière de l’existence, de la complexité et de la diversité, comme on le raconte traditionnellement."

"La vie est belle", Stephen Jay Gould :

« Des perspectives bien plus intéressantes peuvent s’ouvrir dés lors que nous choisissons une position située en dehors de la ligne de la dichotomie. (...) Chaque fois que l’on déroule le film de la vie, l’évolution prend une voie différente de celle que nous connaissons. (...). Mais la diversité des itinéraires possibles montre à l’évidence que les résultats finaux ne peuvent être prédit au départ. (...) Cette troisième alternative ne représente ni plus, ni moins que l’essence de l’histoire. Elle a pour nom contingence - et la contingence est une chose en soi, et non la combinaison du déterminisme et du hasard. »

"La vie est belle", Stephen Jay Gould :

« La science a été longue à prendre en compte des explications de type historique - et les interprétations formulées jusqu’ici ont souffert de cette omission. Elle a aussi tendu à dénigrer l’histoire lorsqu’elle y a été confrontée, considérant toute invocation de la contingence comme moins élégantes basées directement sur des "lois de la nature" intemporelles. »

Gould, dans La structure de la théorie de l’évolution :

« Les modèles ponctualistes se sont révélés utiles, et ont même fourni des idées nouvelles ayant permis de se dégager d’impasses théoriques, dans certains domaines situés hors de la biologie. Il s’agit, par exemple, des études sur l’histoire de l’outillage de l’homme préhistorique (...) d’études sur la théorie de l’apprentissage (...) ou bien d’études sur la dynamique des organisations sociales humaines ou sur les modalités de l’histoire humaine ou encore sur l’évolution des technologies, ainsi l’histoire du livre (...). Nous avons écrit : « L’inclinaison générale au gradualisme, dont tant d’entre nous font preuve, traduit une position métaphysique, liée à l’histoire moderne des sociétés occidentales : elle ne dérive pas de l’observation empirique précise, liée à l’étude objective du monde naturel. (...) Nous étions également obligés de nous demander quel était le contexte culturel de nos vues ponctualistes. Nous avons donc commencé par écrire que « d’autres conceptions du changement sont bien connues en philosophie. » Et nous avons alors discuté de la plus évidente d’entre elles : la dialectique hégélienne et sa redéfinition par Marx et Engels, en tant que théorie du changement social révolutionnaire dans l’histoire humaine. »

Gould, dans « Un hérisson dans la tempête » :

« Il nous faut comprendre au sein d’un tout les propriétés naissantes qui résultent de l’interpénétration inextricable des gènes et de l’environnement. Bref, nous devons emprunter ce que tant de grands penseurs nomment une approche dialectique, mais que les modes américaines récusent, en y dénonçant une rhétorique à usage politique. La pensée dialectique devrait être prise plus au sérieux par les savants occidentaux, et non être écartée sous prétexte que certaines nations de l’autre partie du monde en ont adopté une version figée pour asseoir leur dogme. (…) Lorsqu’elles se présentent comme les lignes directrices d’une philosophie du changement, et non comme des préceptes dogmatiques que l’on décrète vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de systèmes complets, et où les composantes elles-mêmes n’existent pas a priori, mais sont à la fois les produits du système et des données que l’on fait entrer dans le système. Ainsi, la loi des « contraires qui s’interpénètrent » témoigne de l’interdépendance absolue des composantes ; la « transformation de la quantité en qualité » défend une vision systémique du changement, qui traduit les entrées de données incrémentielles en changements d’état ; et la « négation de la négation » décrit la direction donnée à l’histoire, car les systèmes complexes ne peuvent retourner exactement à leurs états antérieurs. »

Gould dans « Un hérisson dans la tempête » :

« Les questions que [La dialectique] soulève sont, sous une autre forme, les questions de l’opposition entre réductionnisme et holisme qui sont à présent si brûlante dans tous les domaines de la biologie (où les explications réductionnistes ont atteint leurs limites et où, pour progresser, il faudrait de nouvelles approches pour traiter les données existantes, au lieu d’accumuler encore d’avantage de données). Lorsqu’elle se présente comme les lignes directrices d’une philosophie du changement, et non comme des préceptes dogmatiques que l’on décrète vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de systèmes complets, et où les composantes elles-mêmes n’existent pas a priori, mais sont à la fois les produits du système et des données que l’on fait entrer dans le système. Ainsi, la loi des "contraires qui s’interpénètrent" témoigne de l’interdépendance absolue des composantes ; la "transformation de la quantité en qualité" défend une vision systématique du changement, qui traduit les entrées de données incrémentielles en changement d’état ; et "la négation de la négation" décrit la direction donnée à l’histoire, car des systèmes complexes ne peuvent retourner exactement à leurs états antérieurs. »

Gould dans « Un hérisson dans la tempête » :

« Si la dialectique est susceptible de répondre aux interrogations théoriques des sciences les plus récentes, c’est qu’elle dépasse l’optique de la logique formelle. (...) Elle renvoie à une dialecticité de la matière. »

Gould dans « Aux racines du temps » :

« C’est pour montrer que ces transitions d’une espèce à une autre reflètent avec précision les œuvres de l’évolution et qu’elles ne résultent en rien des lacunes des collections de fossiles que nous avons développé, Niles Eldredge et moi-même, la théorie de l’équilibre ponctué. »

Gould, dans « Aux racines du temps » :

« L’analyse d’un phénomène isolé peut nous éclairer quelque peu mais qu’est-ce à dire en comparaison des lumières que dispense le contexte historique. »

« La structure de la théorie de l’évolution ». Il y expose à quel point une révolution philosophique a été indispensable à l’évolution… de la théorie de l’évolution : « Les nombreuses collaborations fondamentales qui furent publiées entre biologistes évolutionnistes et philosophes des sciences professionnels ont représenté l’aspect le plus original et le plus important de la reconstruction de la théorie de l’évolution qui a été opérée à la fin du 20ème siècle. (...) Nous avons tendance à penser que le progrès de nos recherches ne dépend que de l’observation « directe » et que nous n’avons guère à nous soucier, contrairement à d’autres biologistes, de problèmes conceptuels tels que l’interprétation de phénomènes se déroulant à une échelle trop petite (ou évoluant trop rapidement). La plupart d’entre nous ricaneraient si on leur proposait de travailler avec un philosophe professionnel, considérant une telle entreprise au mieux comme une agréable perte de temps (...). Et, cependant, les problèmes conceptuels posés par des théories invoquant des causes opérant à plusieurs niveaux simultanément , des effets propagés vers le haut et vers le bas, des propriétés émergeant (ou non) à des niveaux supérieurs, des interactions entre processus aléatoires et processus déterministes et des facteurs prévisibles ou contingents, se sont révélés si complexes et si peu familiers aux personnes ayant appris à traiter les modèles plus simples de causalité unilinéaire que la biologie utilise depuis des siècles qu’il leur a fallu se tourner vers des collègues ayant explicitement appris à penser avec rigueur à ces questions. (...) Plusieurs résultats importants dans le domaine de la théorie moderne de la théorie de l’évolution (...) ont été publiés sous la forme d’articles et de livres écrits conjointement par des biologistes et des philosophes : il s’agit des livres de Sober et Wilson, 1998, et d’Eldredge et Greene, 1992, et des articles de Sober et Lewontin, 1982, et de Mayo et Gilinsky, 1987. J’ai moi-même compris comment formuler une théorie opérationnelle de sélection hiérarchique (...) grâce à un travail mené en commun avec Elisabeth Lloyd, une philosophe des sciences professionnelle. » Stephen Jay Gould expliquait dans « Le pouce du panda » : « Eldredge et moi faisons référence à ce mécanisme sous le nom de système des équilibres ponctués. (...) Si le gradualisme est plus un produit de la pensée occidentale qu’un phénomène de nature, il nous faut alors étudier d’autres philosophies du changement pour élargir le champ de nos préjugés. Les fameuses lois de la dialectique reformulées par Engels à partir de la philosophie de Hegel, font explicitement référence à cette notion de ponctuation. Elles parlent par exemple de ’’ la transformation de la quantité en qualité’’. La formule laisse entendre que le changement se produit par grands sauts suivant une lente accumulation de tensions auquel un système résiste jusqu’au moment où il atteint le point de rupture. » Gould ne se contente pas d’émettre cette hypothèse des équilibres ponctués [Stephen Jay Gould explique comment distinguer des évolutions ponctuées d’autres types d’évolution, notamment la durée de la phase de ponctuation et de la stase : « La première représente un maximum de 1 à 2 pour cent de la seconde ». Il donne un autre critère de comparaison : « On peut distinguer l’équilibre ponctué des autres apparents changements rapides dans les strates (...) en s’appuyant sur un critère précis : celui de la persistance de l’espèce ancestrale après que l’espèce descendante s’en est détachée. »] pour son domaine d’étude : l’évolution des espèces.

Dans sa dernière synthèse théorique intitulée « La structure de la théorie de l’évolution », il constate que la conception ponctualiste qu’il défend dépasse largement ce domaine et a un caractère général, philosophique : « Les modèles ponctualistes se sont révélés utiles, et ont même fourni des idées nouvelles ayant permis de se dégager d’impasses théoriques, dans certains domaines situés hors de la biologie. Il s’agit, par exemple, des études sur l’histoire de l’outillage de l’homme préhistorique (...) d’études sur la théorie de l’apprentissage (...) ou bien d’études sur la dynamique des organisations sociales humaines ou sur les modalités de l’histoire humaine ou encore sur l’évolution des technologies, ainsi l’histoire du livre (...). Nous avons écrit : « L’inclinaison générale au gradualisme, dont tant d’entre nous font preuve, traduit une position métaphysique, liée à l’histoire moderne des sociétés occidentales : elle ne dérive pas de l’observation empirique précise, liée à l’étude objective du monde naturel. (...) Nous étions également obligés de nous demander quel était le contexte culturel de nos vues ponctualistes. Nous avons donc commencé par écrire que « d’autres conceptions du changement sont bien connues en philosophie. » Et nous avons alors discuté de la plus évidente d’entre elles : la dialectique hégélienne et sa redifinition par Marx et Engels, en tant que théorie du changement social révolutionnaire dans l’histoire humaine. »

Stephen J. Gould écrit : "Darwin a appliqué une philosophie matérialiste en accord avec son interprétation de la nature".

La vie est belle (1989), Stephen Jay Gould :

« L’évolution de la vie à la surface de la planète est conforme au modèle du buisson touffu doté d’innombrables branches et continuellement élagué par le sinistre sécateur de l’extinction. Elle ne peut du tout être représentée par l’échelle d’une inévitable progrès. »

Gould dans « Quand les poules auront des dents » :

« La vie n’est pas une saga du progrès : elle est plutôt une histoire de bifurcations et de méandres compliqués, avec des survivants temporaires qui s’adaptent aux transformations du milieu local et n’approchent guère de la perfection »

Richard C. Lewontin dialecticien et matérialiste

Lewontin, dans « Nous ne sommes pas programmés » :

« Les explications dialectiques cherchent à rendre compte de l’univers matériel d’une façon cohérente, unitaire, mais non réductionniste. Pour la dialectique, l’univers est unitaire, mais en changement constant ; les phénomènes observables à tout instant font partie de processus, processus qui ont une histoire et un futur, dont les voies ne sont pas uniquement déterminés par leurs unités constitutives. Les "touts" sont composés d’unités dont on peut décrire les propriétés, mais l’interaction de ces unités, lors de la constitution des "touts", engendre des complexités qui font que les produits obtenus sont qualitativement différents des parties constitutives. »

Lewontin, dans « La Triple hélice : Les gènes, l’organisme, l’environnement » :

« De même qu’il existe une dialectique entre l’organisme et son environnement, l’un façonnant l’autre, il existe une dialectique entre la méthode et la problématique de la science. »

Richard Levins et Richard Lewontin :

« La façon dialectique de voir insiste sur le fait que la permanence et l’équilibre ne sont pas l’état naturel des choses mais requiert une explication qui doit être cherchée dans l’action de forces opposées. (...) Les forces opposées sont considérées comme contradictoires en ce sens que, prises à part, elles auraient des effets contraires, et que leur action conjointe peut être différente du résultat auquel aboutirait leur action séparée. (...) Les processus opposés peuvent alors apparaître comme une part de l’autorégulation et du développement de l’objet qui (...) apparaît comme un système de rétroactions positives et négatives. » (dans l’article « Le biologiste dialecticien » tiré d’un ouvrage collectif de Lucien Sève « Sciences et dialectique de la nature »)

Extraits de « Sciences et dialectiques de la nature » (ouvrage collectif – La Dispute) Article « Le biologiste dialecticien » de Richard Levins et Richard Lewontin :

« Ce qui caractérise le monde dialectique sous tous ses aspects est qu’il est constamment en mouvement. Les constantes deviennent des variables, les causes deviennent des effets, et les systèmes se développent, détruisant les conditions qui leur ont donné naissance. Même les éléments qui apparaissent stables sont des forces en état d’équilibre dynamique qui peuvent soudain se déséquilibrer, comme lorsqu’un morceau de métal tristement gris d’une taille critique devient une boule de feu plus aveuglante qu’un millier de Soleils. (…) Le développement des systèmes à travers le temps apparaît comme la conséquence de forces et de mouvements en opposition les uns aux autres. Cette figuration de forces opposées a donné naissance à l’idée la plus discutée et la plus difficile, et cependant la plus centrale dans la pensée dialectique : le principe de contradiction. (…) Les contradictions entre forces sont partout dans la nature, et non seulement dans les institutions humaines. Cette tradition de la dialectique remonte à Engels (1880) qui écrivait dans « Dialectique de la nature » que les enchaînements dialectiques ne doivent en aucune manière « être introduits dans les faits par construction mais découverts en partant d’eux » et élaborés de même. (…) Des forces opposées se trouvent à la base du monde physique et biologique en évolution. Les choses changent à cause de l’action sur elle de forces opposées, et elles sont ce qu’elles sont à cause de l’équilibre temporaire."

Sur Lewontin

Lire en anglais

A LIRE :

Richard Levins et Richard Lewontin, "Le biologiste dialecticien"

1 Message

  • La théorie des équilibres ponctués (qui, répétons-le, ne rejette aucunement les idées de Darwin), propose, sur la base de l’analyse du registre fossile de différents groupes taxinomiques, que :

    une espèce apparaît, à l’échelle des temps géologiques et dans les enregistrements sédimentaires, en un temps géologiquement court , souvent assez court pour que le déroulement de la spéciation ne puisse pas être enregistré dans les sédiments (« ponctuation ») ;
    une fois apparue (c’est-à-dire morphologiquement discernable des autres espèces et en particulier de l’espèce ancestrale), la nouvelle espèce reste inchangée (statistiquement) durant toute son existence (« stase »), existence beaucoup plus longue que l’épisode de spéciation, puis s’éteint (après avoir éventuellement « donné naissance » à d’autres espèces) ;
    la spéciation de type ponctuée est un phénomène de cladogenèse et de diversification : elle aboutit à une nouvelle espèce, distincte de l’espèce ancestrale, sans que cette dernière ne disparaisse : l’espèce-fille et l’espèce-mère peuvent coexister dans le temps et l’espace.

    Cette nouvelle conception de la spéciation dans le registre paléontologique n’est pas opposée à la spéciation darwinienne, souligne Gould, puisqu’elle peut très bien se dérouler en plusieurs centaines ou milliers d’années, donc paraître lente et graduelle à l’échelle humaine et à l’échelle des générations successives des organismes. Mais cette durée est suffisamment faible, géologiquement parlant, pour se trouver entièrement représentée dans un seul joint de stratification !

    « Par conséquent, ça n’est pas réellement la spéciation « ponctuée » qui doit paraître étonnante ou innovante dans cette théorie, ni les données qui la soutiennent, mais bien plus la « stase » des espèces ». Gould rappelle, avec une certaine malice, que si cette stase n’a longtemps pas été reconnue ni admise par les évolutionnistes, elle était pourtant constatée et directement utilisée par les biostratigraphes, puisqu’elle est permet la définition de biozones , comme l’atteste d’ailleurs tous les schémas explicatifs de cette notion de biozone.

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