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Fourier et la psychanalyse - Matière et Révolution
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Fourier et la psychanalyse

lundi 14 octobre 2013, par Robert Paris

Extraits de Le Personnage, Charles Fourrier, par Simone Debout-Oleszkiewicz

Fourier et la psychanalyse

Vous dites que (l’attraction) nous porte au mal, écrit Fourier, c’est une accusation vague, elle nous pousse au bien comme au mal selon les chances ... L’homme dépend de l’événement autant que de lui-même. La vie est un drame réussi ou manqué – selon les chances – et les élans, étouffés par une vie étroite limitée par les bornes où la naissance, la pauvreté, le métier enferment l’individu, refrénés par les conventions, dégénéreront ou se développeront en actes aberrants. Le crime même est une déviation accidentelle. Néron n’était pas un criminel-né, mais son maître Sénèque ignora la forme particulière de ses désirs. Il prétendit endiguer ses impulsions au lieu de les orienter vers des œuvres utiles à tous . Il ne faut donc pas changer la nature des passions, mais leur aliment .

Ainsi, pour Fourier comme pour les psychanalystes, il y a parallélisme entre l’accomplissement du sujet et la constitution des objets : changer les voies d’essor, c’est transformer les hommes.

Nos passions n’ayant pas de buts fixes, notre existence est ouverte ; elle appelle la raison. Mais l’intelligence au lieu d’être fidèle à l’élan spontané a voulu le borner, favoriser telle passion et bannir telle autre. Or seul le mouvement plein prépare l’ordre ; les trois distributives nous indiquent que les passions réprouvées peuvent être mariées à la vérité de la vie, intégrées à l’harmonie sociale. Mais on les considère comme des vices car les séries ne se formant pas dans l’ordre civilisé, les trois passions distributives n’y ont aucun emploi, y sont très nuisibles et n’y causent que le désordre . Quant aux autres passions séparées, elles ne sont que tigres déchaînés . Les passions hors de l’état sociétaire sont en discorde générale et entraînent la perdition de l’individu qu’elles dirigent.

La boussole doit être la dualité du mouvement ! Tous les individus comme Néron sont sujets au développement subversif comme au vertueux et harmonique.

Puisque les passions n’ont pas une fin déterminée, nous pouvons prendre du champ par rapport à leurs manifestations. Nous ne sommes pas enlisés dans nos affections, nous pouvons les juger sur leur contenu intentionnel. Il est possible non de réprimer l’élan initial, mais de transférer son énergie d’un objet à un autre.

Cependant changer l’aliment des passions, conduire le dynamisme individuel selon l’ordre total, est-ce accomplir une sublimation ? Fourier admet que le désir puisse gagner de la hauteur selon le contenu qu’il conquiert. Il appelle les hommes à inventer leurs fins, à se dépasser peut-être, mais il reste obstinément fidèle à la plus humble origine. Il affirme que la satisfaction du matériel est condition de la liberté spirituelle. Plutôt qu’une sublimation, il suggère donc une étrange communication entre la chaleur de la vie et nos mouvements transcendants. Il imagine un système où l’homme participe tout entier, où les hauteurs spirituelles ne soient plus en guerre avec les appétits du corps, mais entés sur eux, et gagnent, de ces rapports maintenus, un approfondissement illimité.

Les intuitions de Fourier semblent donc à la fois annoncer la psychanalyse et en préparer la critique.

L’inconscience de soi

Freud rappelle que la pathologie enseigne : Tout processus contient les germes d’une disposition pathologique en tant qu’il peut être inhibé, retardé ou entravé dans son cours. De même, pour Fourier, les aberrations et les crimes résultent des passions inhibées ou, pis encore, inconscientes d’elles-mêmes. Ainsi, dans les Cahiers inédits, il rapporte l’histoire d’une dame Strogonoff, qui faisait torturer et torturait elle-même une jeune et belle esclave. Quel était, dit-il, le véritable motif de ses cruautés ? Était-ce bien la jalousie ? Non, affirme Fourier, c’était le saphisme. La dite dame était saphienne sans le savoir ; elle persécutait l’objet dont elle aurait dû jouir, et cette fureur était d’autant plus grande que l’engorgement venait des préjugés qui, cachant à cette dame le véritable but de sa passion, ne lui laissait pas même d’essor idéal .

Ici, Fourier semble pressentir ce que Freud nommera sublimation. Mais l’essor idéal est un pis-aller. Il faut accomplir le mouvement vrai de la passion. Cependant, il note : Les privations forcées mais reconnues n’engendrent pas de telles fureurs que les élans dont on ignore le but. Et il ajoute : D’autres exercent en sens collectif les atrocités que Mme Strogonoff exerçait individuellement : guerres, oppressions, carnages, peuvent avoir leur source en de tels désirs inconscients .

Le complexe d’Oedipe

Dans un autre passage, Fourier, critiquant la famille civilisée, décrit le complexe d’Œdipe :

Il existe aussi, dit-il, une jalousie des enfants au père car le mariage tel qu’il est pratiqué, le droit de propriété exclusive que la loi donne à l’époux sur sa femme en fait un rival des enfants. « Le Semeur », journal du temps, comprit fort bien ce passage : Fourier, dit-il, travestit l’asile de tendre pitié qu’est le cœur d’une mère en une chose épouvantable et la voix s’effraie à répéter ces incestes de la pensée.

Au vrai, Fourier vise aussi un aspect essentiel du complexe d’Œdipe : le refus de la loi, coercitive et absolue que représente le père. Mais ce phénomène est relatif : Notre système social crée à chaque père dans ses fils une troupe de conspirateurs intentionnels. Il vit donc ce que la sociologie contemporaine aperçoit : dans une société où le père n’aurait pas une prépondérance exclusive, le complexe d’Œdipe n’existerait pas. C’est pourquoi la compréhension se prolonge immédiatement, pour Fourier, en un projet de rénovation totale.

La psychanalyse en acte

Il faut trouver le nœud de chaque cœur, les vérités individuelles et les activités multiples où elles s’exprimeront. Ces deux créations d’ailleurs n’en font qu’une, car c’est dans la vie, dans l’action que l’individu se découvrira et achèvera sa forme propre. Si le principe est bien le même que celui de la psychanalyse, la méthode donc diffère. Comme Freud, Fourier pense qu’un individu est une constellation particulière de désirs.

Il faut respecter tous ces aspects concrets des passions primitives. Dire individu, en effet, pour Fourier comme pour les psychanalystes, c’est dire un être qui débat avec le monde une question, peut-être unique. Si une fois on l’a reconnu, on ne doit plus songer à normaliser les individus, ni les adapter à un monde tout fait, mais plutôt à les orienter vers leurs horizons propres. Pour ce faire, la psychanalyse n’a qu’un moyen : le langage. Non qu’elle tire ses réussites du seul pouvoir cathartique de l’expression, mais de la fonction significative de la parole. Pendant la cure, l’effort du langage vise à découvrir la vérité d’une histoire obscure et, par l’intelligence de soi, à libérer le sujet, dévoyé, de ses fantasmes et de ses aliénations.

Or la création du sens n’est pas essentielle pour Fourier. Les individus en essor subversif ne retrouveront pas leur être harmonique chez un spécialiste qui, avec eux, élèvera à la lumière et à la vérité leurs problèmes et de ce seul fait ruinera les ombres mythiques où ils se fourvoient.

Fourier ne veut pas seulement éclairer mais accomplir, lancer les sujets vers tous les objets qu’ils appellent et les liens humains qu’ils sont capables de susciter. Il suggère donc une critique de la méthode psychanalytique, proche semble-t-il de celle à laquelle prétendit un praticien comme Moreno qui, lui, partit effectivement de la pensée de Freud . Moreno déclare en effet : la névrose n’est jamais strictement individuelle mais phénomène à plusieurs. Ceci ne serait pas nouveau s’il s’agissait seulement de comprendre le rôle d’autrui dans la névrose, car le psychanalyste lui fait droit ; les autres interviennent partout dans le récit du sujet et la compréhension du symptôme. Mais Moreno va plus loin : une sublimation, pense-t-il, ne peut résoudre les conflits où d’autres sont parties. Il faut, dans le psychodrame ou le sociodrame, faire intervenir cet autrui essentiel. Il apparaîtra donc, tantôt au seul titre d’egos auxiliaires remplaçant les véritables intéressés et précipitant la mise au jour des conflits interindividuels, tantôt – et c’est l’affaire principale – en tant qu’acteurs réels qui, pour un instant, joueront leur vie : un mari et une femme, par exemple, montent en scène, ou bien un noir et un blanc. Mais cet effort vers la solution réelle tourne court. Car Moreno agit au mieux en de petits groupes eux-mêmes conditionnés par une société qui demeure hors des prises du guérisseur, inchangée.

Fourier a saisi plus profondément la même idée et ses conséquences : la recréation de l’individu doit se faire dans une intersubjectivité. Le devenir individuel doit s’appuyer sur le devenir de tous. Il faut donc refondre la société tout entière. Alors seulement, l’individu trouvera le milieu nouveau où pourront s’épanouir ses puissances. Moreno, ambitieux et léger, prétend que son analyse sociale fera l’économie d’une révolution. Fourier voit profondément la nécessité de cette révolution.

Moreno partait vigoureusement en guerre contre ce qu’il appelle les conserves culturelles, toutes les vérités faites et apprises, contre la prégnance d’un seul rôle où s’enferme l’homme, ondoyant et divers. Il voulait rendre à chacun le sens du recommencement individuel, de la création journalière. Mais, allégrement lancé, il en arrive tout bonnement à justifier la norme, l’Américain type, bien adapté à sa vie. On se demande comment cette capitulation fut possible. C’est que Moreno ne poursuivit pas les conséquences révolutionnaires de ses prémices. Pourtant il voulut être efficace. Il ne lui restait dès lors qu’une ressource : reconditionner l’individu qu’il traitait, l’adapter au réel qu’il ne pouvait transformer. Il s’allia donc avec la force anonyme d’une masse convaincue de son droit. Une Française qui élevait ses enfants en Amérique disait drôlement : Je ne sais comment les préserver de ce monde. On ne leur fait pas de mal, on ne les exclut pas. On efface à la gomme leurs différences. De même, Moreno en arrive à limer les aspérités individuelles au nom de la réalité ambiante.

Mais ce leitmotiv du réel que l’on retrouve en nombre d’ouvrages psychanalytiques n’est pas négligeable. Il s’introduit au point fragile de la thérapeutique psychanalytique. S’il va à l’encontre de l’inspiration psychanalytique, c’est que le réel dont on parle est un donné. Comment, alors, concilier l’adaptation et l’effort d’une analyse qui tend à libérer le malade d’un drame subi, à le remettre en face de lui-même et de sa liberté ? Si l’on veut faire droit à ces exigences peu conscientes d’elles-mêmes, le seul moyen est de transformer, comme le rêva Fourier, le réel de donné en proposition, et l’histoire individuelle d’événements subis en actes à accomplir. Il faut changer la vie et non seulement la compréhension de la vie.

Certes, la psychanalyse s’appuie sur une transformation existentielle : le transfert sous-tend la communication du médecin et du malade. Il est un rapport affectif ambigu dont la chance ultime est de se dépasser vers une relation unique où la recherche commune n’implique plus de domination : le psychanalyste ne doit être ni juge ni omniscient. Il agit moins par la direction qu’il donne aux entretiens que par sa seule présence alliée. Or c’est une telle relation que Fourier imagine entre les individus et ceux qui régleront les rouages d’Harmonie. Ce rôle idéal du psychanalyste sera celui des éducateurs harmoniens. Mais ceux-ci ne se contenteront pas de parler d’une liberté concrète, ils lui offriront toutes ses chances.

Certaines résistances à la cure psychanalytique sont un refus de l’opération purement subjective qui ruine les êtres mythiques que le malade s’est donnés sans autre compensation que celle de recouvrer une liberté autrefois aliénée, il est vrai, mais aujourd’hui vide. Un roman d’Italo Svevo montre une telle mauvaise foi voulue. Le héros Zeno oppose sa vie au traitement et à la signification qu’on lui propose. Puisqu’il ne peut changer ses proches et le monde où il se situe, il préfère ses fantasmes à l’échec. Ses sentiments sont absurdes qui se réfèrent à des morts ou à des êtres qui lui échappent. Du moins, lui font-ils comme une vie imaginaire. Son problème est de satisfaire ses désirs et non de les tuer. Depuis son enfance, quelque frustration intérieure le domine et le prive d’une adaptation normale, dit le psychanalyste ; mais sa vie, en marge, et la névrose même sont une espèce d’adaptation à des conditions extérieures qu’il ne peut transformer. Le médecin voit peut-être l’origine de son aliénation, il ne peut lui fournir les objets vivants de son désir. Si Zeno consentait à l’interprétation psychanalytique, il deviendrait différent de lui-même. Il ne serait peut-être plus rien. La cure peut réussir superficiellement et, les premiers symptômes disparus, d’autres pourront réapparaître dont la fonction est analogue. C’est un cas fréquent, mais quand elle réussit, le sujet guéri livre un doute radical sur la valeur vitale du traitement. Ainsi Leiris écrit : Je vais mieux, semble-t-il, et ne suis plus hanté aussi continûment par le tragique et par l’idée que je ne puis rien faire dont je ne doive rougir. Je mesure mes actes et mes goûts à leur juste valeur. Je ne me livre plus guère à ces burlesques incartades, mais tout se passe exactement comme si les constructions fallacieuses sur lesquelles je vivais avaient été sapées à la base sans que rien n’ait été donné qui puisse les remplacer. Il en résulte que j’agis certes avec plus de sagacité, mais que le vide où je me meus en est d’autant plus accusé .

Le but de Fourier est précisément de prévenir ce délire d’inutilité à quoi aboutit peut-être aussi bien la cure psychanalytique que l’échec réitéré ou la faiblesse. Cette tristesse qui déprécie favorise les cataclysmes (guerres, oppressions, carnages) . Le même Leiris note avec honte qu’il en était arrivé à souhaiter le renouvellement par l’extérieur que représentait pour lui la guerre – événement qui, de force, vous tire de la vie quotidienne . L’ennui n’est pas étranger sans doute au consentement à la catastrophe. Les cadres sociaux, cages de l’individu, s’ouvrent au temps des guerres et c’est le renouveau radical et d’abord une vacance que les hommes saisissent. André Breton relevait ainsi avec effroi l’espèce d’allégresse qui, en 1939, jeta dans la rue tous les habitants d’un quartier pauvre à l’annonce de la guerre .

Fourier lutte contre cette absurdité. Il prétend saper le monde inhumain, créer les conditions de l’aventure joyeuse à mener par tous chaque jour, non seulement délivrer mais animer les libertés concrètes, agir en somme sur le hasard dont chacun dépend, multiplier à tel point les rencontres que puissent à tout moment surgir la privilégiée, le quasi-miracle de la jonction du désir et de son objet.

En Harmonie, aucun être ne reste jamais dans le vide, tendu vers un objet qui se dérobe. Par exemple, aux armées industrielles, puisque tous les prétendants des vestales ne peuvent être élus, les bacchants et les bacchantes ont la fonction d’aller chaque matin relever les blessés... ils essuient le premier choc, les clameurs de perfidie et d’ingratitude et pour consoler prodiguent leur éloquence et leurs charmes . Certes, leur procession avec le myrte annonciateur de la mauvaise nouvelle fait sourire. Ce sont là des amusettes, comme dit Fourier, mais dont l’intention est claire. Il s’agit de prévenir l’amertume des abandonnés ou leur évasion en quelque fantasme. Ils ont manqué un premier amour, il faut leur montrer que tous les possibles subsistent. Les bacchants et les bacchantes valent pour l’essence vivante de ce qui a été perdu.

Il n’est qu’un moyen noble et sûr à la fois (de guérir et dépasser un mouvement malheureux), dit Fourier : c’est la substitution d’une passion à une autre, qu’elle absorbe pleinement . Il faut apporter au blessé un nouvel avenir.

Peut-être y a-t-il quelque grossièreté en cette volonté délibérée de réduire le chagrin, mais il faut se rappeler que, pour Fourier, un amour non réciproque est le plus bas accord, germe plutôt que réalité. Les amants éconduits n’ont eu que des espoirs chimériques ; une ancienne légende germanique rapportée par Novalis a le même sens : Dieu, nous conte-t-elle, était tenu d’accorder aux jeunes gens purs l’objet de leur désir. Si quelque sot lui demandait une jeune fille qui ne pouvait l’aimer, Dieu, obligé par sa promesse, la lui accordait ; mais, afin de ménager l’union prédestinée de la jeune fille avec un autre, le jeune homme abusé devait mourir. Fourier est moins cruel, envers ceux qui se trompent, que le vieux conteur ou le psychanalyste. Il ne veut pas seulement ruiner la valeur des objets illusoires, c’est-à-dire l’être passé de l’individu, mais prévenir l’apparition des ersatz aberrants, offrir à chacun ce qui lui répond.

Aussi bien quand il s’agit d’un accord véritable, d’un amour ou de toute autre passion qui vise exactement son but, le Nouveau Monde sociétaire lui donnera toute faveur. La multiplicité des biens offerts assure le succès de l’ambitieux qui découvre ses fins, la destruction des préjugés et des règles arbitraires rend possible tout lien qui fait le bien de plusieurs et ne nuit à personne . Fourier propose à chacun d’imposer sa différence – les échanges, en Harmonie, ne seront donc plus définis qu’à partir des mouvements individuels ; l’ordre nouveau balaie les règles les plus universelles si elles doivent restreindre quelque essor particulier.

Fin de la prohibition de l’inceste

Fourier effrite jusqu’à la prohibition de l’inceste. De même que les amours saphiennes sont de précieux liens de transition de l’amour à l’amitié, l’inceste est un ambigu qui engrène de l’amour au famillisme . Si universelle que soit la prohibition de l’inceste, elle est un phénomène de culture et non de nature, car elle varie selon les temps et les lieux. On accommode, dit Fourier, sur les incestes collatéraux, en établissant leurs prix fixes, comme pour les petits pâtés ; cette rançon payée aux autorités atteste le caractère conventionnel de la prohibition, qui fut peut-être nécessaire autrefois pour assurer les échanges sociaux et prévenir la constitution de blocs familiaux fermés les uns aux autres ; elle n’a plus de sens en un monde où les échanges sont à tel point multipliés que les familles s’ouvrent largement et se prolongent jusqu’aux limites du phalanstère et au-delà. Pour bannir cette règle, il n’est plus désormais que d’attendre l’évolution des mœurs. On innovera successivement et proportionnellement aux convenances du temps et des mœurs .

Par cet exemple ultime, nous constatons que Fourier dépasse encore notre actuelle conception de la liberté individuelle et de la liberté des amours. Il voit fort bien que, permettre à chacun de donner libre cours à sa sensibilité intime, c’est accomplir une révolution totale : transformer l’économie et changer la vie, préparer aussi un avenir inédit. L’uniformité, en effet, stupéfie l’esprit et si les grandes créations se firent jour à travers les âges à partir des oppositions et du choc vivifiant des cultures différentes, quand s’instaure la chance d’une unification mondiale les individus singuliers sont appelés à prendre la relève des humanités différentes.

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