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B. Traven - Administration indienne et démocratie directe - Matière et Révolution
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B. Traven - Administration indienne et démocratie directe

samedi 7 décembre 2013, par Robert Paris

Traven décrit une coutume indienne :

Administration indienne et démocratie directe

A l’occasion de la fête d’investiture, pendant que les cloches sonnent, on fait brûler des feux d’artifice. Il y a de la musique, les gens dansent dans un vacarme joyeux. Le nouveau chef élu est, devant le portail du cabildo, présenté par les délégués de sa tribu au chef sortant et à ses conseillers. Avec cette présentation est terminé l’examen des documents électoraux.

Le chef sortant fait un discours, rédigé sous forme de poésie, en langue indienne vraisemblablement très ancienne. Le nouveau chef y répond avec modestie et courtoisie. Son discours est également formulé en langue indienne et utilise des rimes qui ont très probablement été prévues pour ce genre de cérémonie il y a mille ans ou davantage.

Quand après de nombreux cérémonials le bâton lui est enfin remis, on apporte une chaise. Cette chaise est basse. Elle est faite d’un bois aux entrelacs multiples, ressemblant à du raphia. Le siège est percé à la dimension d’un postérieur d’homme.

Au milieu des rires, des joyeux quolibets et des plaisanteries grivoises des hommes qui assistent en foule à la cérémonie, le nouveau chef abaisse à demi son pantalon de coton blanc et pose son derrière dénudé sur l’ouverture de la chaise. Il tient dans sa dextre le bâton d’ébène à pommeau d’argent représentatif de sa fonction et siège, plein de dignité, le visage tourné vers les hommes de la nation rassemblés devant lui.

Il est assis, sérieux, majestueux, comme s’il allait procéder solennellement à son premier acte officiel.

Les plaisanteries et les rires des hommes qui l’entourent se taisent un instant. On a l’impression que tous veulent écouter avec recueillement les premières paroles importantes de leur nouveau chef. A ce moment arrivent trois hommes envoyés à cette fête par la tribu qui aura à élire le cacique l’année suivante. Ces hommes portent un pot de terre dont les flancs sont percés de nombreux évents. Le pot est empli de braises qui rougeoient avec vivacité, attisées par le moindre souffle d’air.

Dans un discours en langue indienne, dit en vers, l’un des hommes explique le but de l’acte qu’il va accomplir. Dès qu’il a terminé son discours, il place le pot plein de braises sous le postérieur dénudé du nouveau chef. Dans son discours, il a expliqué que ce feu placé sous le derrière du chef dignement assis sur son siège officiel doit lui rappeler qu’il n’y est pas installé pour s’y reposer, mais pour travailler pour le peuple. Il doit demeurer vif et zélé même lorsqu’il est installé officiellement. En outre, il ne doit pas oublier qui a glissé ce feu sous son séant, c’est-à-dire la tribu qui désignera le cacique de l’année à venir, et ceci pour lui mettre en mémoire qu’il ne doit pas se cramponner à sa place, mais la céder dès que son mandat sera écoulé, afin d’éviter un règne à vie ou une dictature qui serait néfaste au bien du peuple. S’il venait jamais à s’accrocher à son poste, on lui mettrait sous les fesses un feu si grand et si long qu’il ne resterait rien de lui ni du siège.

Dès que le pot empli de braises ardentes a été glissé sous le siège, des maximes rimées sont dites par un homme de la tribu dont l’élu se retire, un homme de la tribu qui élira le jefe l’année suivante et un homme de la tribu dont est issu le cacique nouvellement investi. Tant que la récitation des sentences n’est pas terminée, le nouveau chef ne doit pas se lever de son siège. La durée de l’épreuve dépendra de la popularité ou de l’impopularité de l’élu parmi ses frères de race. Les récitants pourront soit psalmodier les rimes lentement et précautionneusement, ou bien les dire avec toute la hâte permise sans trahir ouvertement leur intention. Lorsque l’homme qui doit parler à son tour a l’impression que ceux qui l’ont précédé ont été trop rapides, il a le droit de réparer le dommage très largement par une lenteur redoublée de son discours.

Le chef, quelles que soient ses sensations, ne doit manifester d’aucune manière, grimace ou geste, les effets de la chaleur sur sa personne. Bien au contraire, lorsque tous les aphorismes ont été récités, il ne se relève pas immédiatement, heureux d’en avoir terminé avec la séance de réchauffage ; il reste au contraire assis un bon moment pour bien montrer qu’il n’a pas l’intention de fuir devant les peines que l’exercice de ses fonctions pourraient lui préparer. Assez souvent il se met même à plaisanter, ce qui augmente la gaieté des hommes qui le regardent et attendent avec impatience qu’il laisse apparaître son inconfort pour pouvoir se moquer de lui. Mais plus les plaisanteries sont alertes, plus longtemps il reste assis et plus le respect et la confiance qu’il inspire grandissent.

Il cherche à reporter le ridicule sur les autres. Il dit à l’un : « Alors, gringalet, tu n’as pas de poumons, comment veux-tu donner à ta femme les moyens de faire une bonne soupe si tu es trop faible pour souffler sur le feu sous mon cul pour que je me réchauffe un peu. Hé ! toi, Eliseo, viens ici gratter la glace qui se dépose sur mon derrière. » Les braises sont à peu près éteintes. Le chef se lève lentement. La glace dont il parlait n’est cependant pas tout à fait inoffensive. La peau est couverte de grosses cloques et, en de nombreux endroits, de plaques noirâtres que l’on peut sentir de loin. Un ami s’approche de lui, lui enduit les fesses d’huile et lui applique un pansement de feuilles écrasées tandis qu’un autre lui offre de grands verres de tequila.

Pendant de longues semaines, le nouveau chef n’oubliera pas sur quoi il est assis. Pendant les premiers mois qui suivent son entrée en fonction, cela l’aide considérablement à gouverner selon les désirs exprimés par la nation au cours de son élection.

Dans presque tous les cas, il reste suffisamment de cicatrices sur cette partie cachée de son individu pour qu’il puisse prouver jusqu’à l’âge le plus avancé, grâce à un document inaltérable, qu’il a eu l’honneur d’être élu une fois chef de sa nation, mais aussi pour le soustraire à la tentation de se faire élire à ce poste une seconde fois, ce qui serait contraire aux mœurs de son peuple.

On pourrait très sérieusement conseiller aux prolétaires de mettre en application cette méthode d’élection indienne éprouvée, en particulier à l’égard des fonctionnaires de leurs organisations syndicales et politiques. Pas seulement en Russie, où c’est le plus nécessaire, mais aussi dans tous les pays où Marx et Lénine sont les saints qu’on honore. Les prolétaires en lutte pourraient obtenir des résultats utiles avec bien plus de certitude en mettant chaque année sous les fesses de leurs dirigeants un feu bien attisé.

Aucun chef n’est irremplaçable. Et plus rapidement les nouveaux dirigeants se succèdent sur le siège ardent, plus vivant reste le mouvement.

Ne sois pas timoré, prolétaire. Et encore moins sentimental.


La charrette (extraits)

Andrès, charretier indien, avait eu maintes occasions de s’apercevoir qu’il ne serait pas récompensé proportionnellement au travail qu’il effectuerait. Son travail, en dépit de tous ses efforts, ne semblait pas satisfaire son patron. Il fallait se distinguer : travailler plus que les autres charretiers, se montrer indispensable, mieux capable de travailler dur et de s’occuper des bêtes. Andrès avait dû trimer pendant plus de quatre mois avant de pouvoir payer au maître ses dettes avec le patron précédent. Il avait été obligé de s’acheter ses vêtements de travail : quatre chemises, trois pantalons, autant de caleçons, un sombrero de paille tressée, une couverture neuve, ainsi qu’une blouse de calicot, au cours de ces quatre premiers mois. Les vêtements des charretiers s’usaient comme s’ils avaient été plongés dans un baquet d’acide sulfurique. Tous les colis qu’ils transportaient étaient hérissés de clous et d’échardes qui accrochaient la chemise ou le pantalon et les transformaient en guenilles. Les pluies torrentielles qui les surprenaient en cours de route imbibaient les vêtements qui séchaient ensuite trop rapidement, sous le soleil tropical ; cela avait pour effet d’user tous les tissus jusqu’à la corde. Les ronces qui envahissaient les sentiers leur en arrachaient quelques lambeaux au passage, malgré tous les soins pris en vue de les éviter.

Pendant qu’il voyage ainsi, un charretier est bien obligé, de temps en temps, d’avaler un petit verre d’alcool, lorsqu’il grelotte de froid et qu’il est trempé jusqu’aux os. Il lui arrive de s’acheter quelques citrons pour se désaltérer, un paquet de cigarettes, quelques mangues ou un bout de fromage, pour varier son ordinaire. D’autres fois encore, s’ils traversaient un village en fête, il leur prenait envie d’aller faire un tour à la fois et de s’amuser un peu avec les villageois. Ils achetaient un harmonica, quelque vieille guitare, pour faire passer le temps, pendant les longues veillées passées auprès d’un feu de bois. On avait besoin d’une savonnette, il fallait se faire couper les cheveux, une fois en passant, se procurer du désinfectant pour panser les plaies des bêtes. Quant aux chaussures, ces bonnes chaussures qui vous protégeraient les pieds contre les pierres et les épines du chemin, il ne fallait pas y songer. Les charretiers s’estimaient heureux lorsqu’ils avaient de quoi acheter une paire de sandales indigènes.

Ils avaient beau être prudents et économes de leurs centavos, leurs dettes envers le patron ne diminuaient jamais ; c’était lui, en effet, le seul être au monde qui consentît à leur vendre à crédit. Tous les objets qui leur étaient indispensables, ils devaient les acheter à leur maître ; aucun autre commerçant ne leur aurait vendu la moindre babiole, s’ils n’avaient pas assez d’argent pour payer comptant.

Les avances consenties sur les salaires, c’étaient autant de dettes que le charretier contractait, et tant qu’il avait une dette envers son patron, il ne pouvait le quitter. S’il tentait de fuir, la police se chargeait de le ramener. Bien entendu, le charretier n’est ni un esclave ni un péon asservi, travaillant comme une bête de somme. Il est libre, mais il a le devoir de payer à son maître ce qu’il lui doit ; après quoi il pourra aller où bon lui semblera. L’univers tout entier et toutes les richesses qu’il contient sont à lui. D’ailleurs, personne ne l’oblige à contracter des dettes, aucune loi, ni aucun gouvernement. Il est absolument libre d’en faire ou de ne point en faire. S’il ne veille pas à la sauvegarde de sa propre liberté, ni son maître ni l’Etat ni le gouverneur n’y peuvent rien. Et s’il n’a pas amassé un capital suffisant, qui lui permette de s’installer comme représentant, industriel ou propriétaire terrien, c’est sa faute uniquement, et cela prouve qu’il n’a pas su être économe. N’importe qui a la possibilité de se muer en banquier. Si les prolétaires ne deviennent pas banquiers, ils ne doivent s’en prendre qu’à leur manque d’ordre dans leurs dépenses. Le système capitaliste n’est qu’un mythe qui fut inventé par les agitateurs et les anarchistes, désireux de fomenter une révolution mondiale ; ce qui leur donnerait l’occasion de se jeter sur les honnêtes gens et notamment sur les filles, ravissantes naturellement, de banquiers. Sois économe, prolétaire ! Et tu pourras devenir le propriétaire de la première banque que tu rencontreras au coin de la rue, sans avoir à recourir pour cela aux bouleversements d’une révolution mondiale…

Ce qui était équitable et conforme à la loi qui soutenait tout ce qui est juste. Car la loi et l’Etat soutiennent en effet tout ce qui est équitable. S’il en était autrement, à quoi donc serviraient l’Etat, sa police, ses soldats, ses juges, ses prisons ? C’étaient des considérations subtiles de ce genre qui permettaient aux charretiers de se sentir favorisés par rapport aux misérables péons attachés à leur finca.

Le monde est plein de justice. Ce sont les charretiers, les péons, tous les prolétaires enfin, qui sont responsables de ce que l’on ne fasse pas toujours usage de cette justice ; elle leur serait accordée, bien sûr, s’ils voulaient prendre la peine de l’exiger. Personne n’appuie un revolver chargé contre la poitrine du charretier pour l’obliger à faire des dettes ; personne n’oblige qui que ce soit à s’endetter, même pas le propriétaire le plus cupide, ni le plus avare. C’est en ceci que réside la grande liberté du prolétariat : à savoir que personne ne le contraint à contracter des dettes.

Or, si les charretiers ainsi que les péons font un usage maladroit, pour ne pas dire dangereux, de cette liberté qui constitue l’essence même d’une monnaie nationale, la faut n’en incombe ni aux propriétaires ni aux négociants. Il serait absolument injuste de le prétendre.


Qui était B. Traven ?

Albert Einstein, à qui l’on demandait que livre il emporterait sur une île déserte, répondit un jour : «  N’importe lequel pourvu qu’il soit de Traven. ».

En France, c’est à Manès Sperber que l’on doit la connaissance de Traven.

B. Traven est un écrivain de langue allemande, surtout connu pour son roman Le Trésor de la Sierra Madre (Der Schatz der Sierra Madre). Ce livre a été porté à l’écran par John Huston, dans un film du même nom, avec comme acteur principal Humphrey Bogart. On sait que B. Traven aurait participé au tournage de ce film sous le nom de Hal Croves, « traducteur et agent artistique » de Traven. Mais, selon Huston, B. Traven aurait été le nom de plume de plusieurs personnes (Traven Torsvan alias Hal Croves et Ret Marut) travaillant en collaboration. Parmi ses différents pseudonymes, on relève : Traven Torsvan, Berick Torsvan, Otto Feige, Kraus Linger, Richard Wienecke, Hugo Kronthal… Mais Traven a toujours souhaité brouiller les pistes de son parcours souvent par nécessité (il a longtemps été recherché), par malice (le désir amusé de brouiller les pistes) et surtout par conviction (car pour lui seule l’œuvre compte).

S’il demeure encore aujourd’hui des doutes sur l’origine exacte de sa naissance, ainsi que sur les conditions de son enfance et de son adolescence, on connaît, malgré tous ses efforts de dissimulation, l’essentiel de son parcours. Pour certains, il naît le 25 février 1882 à San Francisco, pour d’autres le 3 mars 1890 à Chicago… En fait, celui qui signait B. Traven, est l’acteur Ret Marut qui, dès 1907, d’abord apprenti serrurier, parcourt ensuite les tréteaux d’Allemagne avec Elfriede Zelcke, sa compagne. La guerre éclate, il n’est pas enrôlé, mais devient journaliste et écrivain. Secondé par Irene Mermet, sa nouvelle amie et collaboratrice, Marut va publier des nouvelles pacifistes et surtout, à partir de 1917 diriger, malgré la censure, une revue anarchiste, Le Fondeur de Brique (Der Ziegelbrenner) vendu sur abonnement.

Le 7 novembre 1918, se crée la République des conseils de Bavière, à laquelle Marut va participer activement avec Irene. Marut est directeur du département de la presse et porte-parole de la « commission préparatoire pour la constitution du tribunal révolutionnaire » ; il fait partie du comité de propagande du gouvernement des conseils. Le 1er mai, les gardes blancs entrent dans Munich. Répression générale.

Il est arrêté le 2 mai 1919, mais réussit à s’évader, puis en compagnie d’Irene, il va errer pendant quatre ans et demi à travers l’Europe, sous divers pseudonymes. Le 30 novembre 1923 il est arrêté à Londres pour défaut de permis de séjour et emprisonné deux mois et demi à la prison de Brixton. Il y révèle à la police sa véritable identité : Otto Feige né le 23 février 1882 à Schwiebus en Brandebourg (aujourd’hui Świebodzin en Pologne) ; son nom de scène, Marut, étant l’anagramme de traum (« rêve » en allemand). Finalement il réussit en avril 1924 à embarquer sur un cargo, vers Tampico, port mexicain.

Sa découverte du Mexique et de l’exploitation des indiens va devenir le moteur premier de ses écrits et de sa vie pendant ces dix années prolifiques. Ses ouvrages seront écrits en allemand et publiés par le journal social-démocrate Vorwärts en feuilletons, puis par la Guilde du Livre à Berlin grâce à l’appui de son « découvreur », Ernst Preczang. Inauguré par Les Cueilleurs de coton, suivront Le Vaisseau des Morts et Le Trésor de la Sierra Madre avec pour personnage récurrent Gérald Gale. Parallèlement, Traven participe à des expéditions archéologiques et ethnologiques au Chiapas comme photographe, sous le nom de Torsvan, tout en suivant des cours de civilisation et d’histoire indianiste à l’université de Mexico.

À partir de 1928, il entame le cycle dit de la Jungle, avec des nouvelles et récits comme L’Arbuste et Le Pays de printemps (illustrés de ses photos) et des romans comme Un pont dans la jungle et Rosa Blanca. À partir de 1931, il obtient un permis de séjour et part s’installer près d’Acapulco, dans une auberge à Parque Cachu. Puis, c’est le cycle de la caboa (caoutchouc), le plus prolifique avec notamment La Charette, Gouvernement, La Révolte des Pendus et Le Général de la jungle. Entre temps, la prise de pouvoir par Hitler contraint les éditeurs à transférer la publication de ses ouvrages en Suisse à Zurich. En homme avisé, Traven envoie également ses manuscrits aux États-Unis et à Londres, où ils vont connaitre un succès immédiat. Dans ces années-là, Traven va faire la connaissance d’Esperanza López Mateos, sœur du futur président du Mexique, qui devient la traductrice de ses livres en espagnol et sa nouvelle compagne. Après Le Général de la jungle publié en 1939 en Suède il a pratiquement cessé d’écrire, à part un curieux roman Aslan Norval en 1960, dont l’action se situe aux États-Unis.

Après le suicide d’Esperanza López Mateos en 1951, il s’installe à Mexico, dans la maison de Rosa Elena Luján, qui sera sa secrétaire, puis son épouse. Désormais, il se consacre à la diffusion de ses livres et aux adaptations de ses films (9 de son vivant). Après l’épisode du tournage du Trésor de la Sierra Madre, le journaliste Louis Spota révèle que l’agent littéraire Hal Croves, qui a supervisé l’adaptation du roman, s’appelle en réalité Torsvan et n’est autre que le célèbre écrivain B. Traven lui-même. Commence alors la « chasse au Traven » dont il s’amusera à déjouer tous les pièges avec habileté jusqu’à sa mort le 26 mars 1969.

Un mois plus tard, sa veuve, Rosa Elena Luján, annonça que Hal Croves (B. Traven Torsvan à l’état-civil mexicain) était en réalité Ret Marut.

Selon ses volontés, ses cendres furent éparpillées au-dessus du Chiapas.

Une révolution toute fraîche avait sans doute attiré Marut au Mexique : celle d’Emiliano Zapata et de Francisco Villa, qui secoua le pays de fond en comble de 1910 à 1920. Quand Marut débarque sur cette terre, aux alentours de 1924, les cendres de la révolution mexicaine sont encore chaudes

Traven a explicité sa pensée dans une lettre de 1927 à son éditeur : « Je considère les Indiens mexicains et le prolétariat mexicain, qui est indien à 95%, comme mes frères de cœur ; prolétariat inconnu de l’Europe, qui n’en a jamais entendu parler, et qui est victime et lutte pour sa libération pour accéder à la lumière du soleil. Je n’ai pas encore réussi jusqu’ici à retracer cela clairement pour les travailleurs européens, ni dans une œuvre d’art. »

En 1926, dans une lettre à la Guilde Gutenberg accompagnant le manuscrit du Totenschiff (le Vaisseau des morts), il déclarait :

« Celui qui postule un emploi de veilleur de nuit ou d’allumeur de réverbères se voit demander un curriculum vitæ à transmettre dans un certain délai. Mais d’un travailleur qui crée des œuvres intellectuelles, on ne devrait jamais l’exiger. C’est impoli. On l’incite à mentir. Surtout s’il croit, pour des raisons bonnes ou mauvaises, que sa vie véritable pourrait décevoir les autres. Cela ne vaut certes pas pour moi. Ma vie personnelle ne décevrait pas. Mais elle ne regarde que moi et je tiens à ce qu’il en soit ainsi. Non par égoïsme. Mais parce que je désire être mon propre juge en ce qui concerne mes affaires personnelles. »

« J’aimerais le dire très clairement. La biographie d’un créateur n’a pas la moindre importance. Si on ne reconnaît pas l’homme à ses œuvres, de deux choses l’une : soit c’est l’homme qui ne vaut rien, soit ce sont ses ouvrages. C’est pourquoi l’homme créateur ne devrait pas avoir d’autre biographie que ses œuvres. C’est dans ses œuvres qu’il expose à la critique sa personnalité et sa vie. »

Or, dès avant, on trouve sous sa plume des paradoxes de ce genre : « L’homme célèbre .- La célébrité de quelqu’un, quel qu’il soit, a pour base une brutale transgression de la raison. Car gloire et célébrité ne sont rien de plus qu’être reconnu par la majorité. Et selon l’expression d’un des plus grands philosophes, la majorité a constamment tort » (in Frankfurter Zeitung, 18 mai 1913).

« Le capitalisme sous sa forme actuelle ne peut que mener à la guerre. Il en va fondamentalement autrement lorsque l’humanité est amenée à approfondir ses idées, à changer sa façon de penser. [...] Et c’est parce que tous les hommes pensent argent que l’argent et le capitalisme constituent aujourd’hui le seul pouvoir, un pouvoir décisif et des plus influent. [...] Si l’on offrait aux hommes une vie plus motivée, plus riche, plus délectable ; si le travail leur était une joie et non le seul moyen d’assurer péniblement leur pitance ; si l’on donnait aux hommes toute possibilité d’exercer leurs pleines facultés et d’utiliser leurs talents, au lieu de les laisser s’étioler, aucune hystérie guerrière n’aurait le moindre succès, dans aucun pays. [...] Après la guerre, il ne s’agira à coup sûr pas de reconstruire le passé ; car c’est précisément le passé qui a apporté cette indicible souffrance pesant sur l’humanité. Ce qu’il faudra, c’est une refondation complète, totale de nos pensées et de notre manière de penser. La paresse d’esprit est le mal le plus terrible, un mal bien plus grave que de se tromper. Une pensée faussée peut être remise sur la bonne voie ; la paresse d’esprit est irrémédiable. Si, avant guerre, nous pensions : “ Dans la vie, c’est l’argent qui est la chose la plus importante ! ”, après la guerre il nous faudra penser : “ Dans la vie c’est le travail qui est la chose la plus importante ! ”. » (Der Ziegelbrenner n° 1, 1er septembre 1917).

Son œuvre :

Le Vaisseau des morts

Le Trésor de la Sierra Madre

Le Pont dans la jungle

Rosa Blanca

La Charrette

La Révolte des pendus

Le Général de la Jungle

Le chagrin de saint Antoine et autres histoires mexicaines

Le Visiteur du soir

Macario

Dans l’État le plus libre du monde

Non traduits en français :

Le Pays du printemps

L’Arbuste

Les Ramasseurs de coton

Aslan Norval

La Création du soleil - légende indienne

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