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Jean van Heijenoort : un mathématicien contre Engels et la dialectique matérialiste (1) - Matière et Révolution
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Jean van Heijenoort : un mathématicien contre Engels et la dialectique matérialiste (1)

vendredi 14 février 2014, par Alex

Cet article est une critique du texte Friedrich Engels And Mathematics dans lequel Jean Van Heijenoort (H.) renie ses convictions marxistes, en critiquant les écrits d’Engels sur les mathématiques. Notre but est d’alimenter un débat sur la question de la dialectique de la nature. En effet des camarades qui se veulent marxistes nient l’existence d’une dialectique de la nature, voient « La dialectique de la nature » d’Engels du même oeil que H. dans ce texte.

Notre but est de montrer que ce texte de H. qui se pare des habits de la science académique n’a pas de valeur du point de vue de cette science académique, donc encore moins du point de vue marxiste.

L’article débute par une grande promesse :

Friedrich Engels has passed judgment on many points in mathematics and its philosophy. What are his opinions worth ? Important in itself, this question has a more general interest, for Engels’ views on mathematics are part of his ’dialectical materialism’, and their examination gives a valuable insight into this doctrine.

Ainsi l’article a la double prétention d’apporter des éclairages sur : 1) les idées d’Engels sur les mathématiques, 2) le courant philosophique dit "Matérialisme dialectique".

La conclusion de H. est sans appel : 1) la compétence d’Engels en mathématiques 2) le matérialisme dialectique, sont à jeter ensemble à la poubelle.

Ceci dit, nuançons le point 2) : H. est très ambigu sur ce point. Est-ce “le matérialisme dialectique” en général qui est à jeter à la poubelle ou “le matérialisme dialectique d’Engels” ? Citons la conclusion de H. :

The picture we have obtained consists of two parts, rather loosely joined. On the one hand, there is Engels’ ’materialism’, which reduces mathematics to physics, or rather to ’material observation’, entirely ignores its if-then character and sees in it a kind of land surveying. On the other hand, there is the ’dialectic’, which proclaims that mathematics breaks the rules of logic at every step and swarms with ’contradictions’. The ’materialism’ is a very crude form of empiricism ; the ’dialectic’ is a degenerated offshoot of Hegel’s philosophy. The only bond, it seems, that ties these two heterogenous parts together is a common ignoring of the real development of science.

Le lecteur anti-marxiste reste sur sa fin car H. a littéralement massacré le “matérialisme d’Engels” du haut de sa science,mais il ne se prononce finalement pas dans son article sur le “matérialisme” ou sur la "dialectique" en général. La promesse du début de l’article n’est donc pas tenue, H. n’ose pas s’attaquer au “matérialisme dialectique” en général. Il s’attaque à celui-ci uniquement au travers du point de vue d’Engels. Mais de fait il est un adversaire du matérialisme dialectique. De quel droit peut-on l’affirmer ?

Car premièrement il n’est pas le premier adversaire du matérialisme dialectique à utiliser ce procédé

Nos révisionnistes de chez nous ne font que réfuter le matérialisme, tout en feignant de réfuter le matérialiste Plékhanov, et non le matérialiste Engels, ni le matérialiste Feuerbach, ni les conceptions matérialistes de J. Dietzgen,- et de réfuter le matérialisme en se plaçant au point de vue du positivisme “moderne” et “contemporain” des sciences de la nature.

Matérialisme et empiriocriticisme (Lénine, 1908)

Puisque H. se place tout au long de son article du haut de la chaire universitaire porte-parole de la « vraie science », nous emprunterons des arguments à des scientifiques, historiens ou philosophes dont H. aurait reconnu « l’autorité » académique.

Commençons par souligner que la "faiblesse" d’Engels en mathématiques ou en sciences en général ne suffit pas à constituer un argument contre le matérialisme dialectique.

Citons I. Prigogine, prix Nobel de Chimie. Dans son ouvrage“ La Nouvelle alliance” il se place clairement en continuateur d’Engels et du point de vue de celui-ci, le matérialisme dialectique, tout en soulignant qu’Engels n’avait pas vraiment réussi à justifier sa philosophie à l’aide des sciences de la nature :

Nous avons décrit une nature que l’on pet qualifier d’“historique”, capable de développement et d’innovation, mais l’idée d’une histoire de la nature a été développée depuis longtemps par Marx, et de manière plus détaillée, par Engels. comme partie intégrante de la position métrialiste. (...) Engels conclut que le mécanisme est mort et que rien ne s’oppose à la recherche, dans l’histoire de la nature et des sociétés humaines, des lois générales du développement historique : les lois dialectiques. Nous savons aujourd’hui que les découvertes des sciences de la nature du XIXème siècle n’ont pas suffit à transformer les principes de ces sicences (... ) pour répondre à cette question [posée au matérialisme dialectique] nous disposons aujourd’hui de deux atouts supplémentaires(..)

Ainsi pour Prigogine l’argumentation d’Engels ne suffit absolument pas à justifier grâce la science la victoire du matérialisme dialectique sur les autres points de vue philosophiques. Pourtant Prigogine ne s’étend pas sur l’“ignorance” d’Engels, mais en partisan du matérialisme dialectique, il salue la démarche d’Engels, puis met à profit sa compétence de scientifique pour apporter des éléments qui manquaient à Engels. Donc les possibles déficiences d’Engels en sciences ne sont pour Prigogine absolument pas un argument contre la philosophie que celui-ci défend, mais simplement l’occasion d’argumenter en faveur de cette vision du monde en tant que scientifique. H., qui se pose en représentant de la “vraie science” n’apporte absolument aucun éclairage, il ne dévoile jamais au lecteur ce que le développement de la science aurait apporté comme réponse à des problèmes que scientifiques et philosophiques.

La comparaison entre H. et Prigogine. montre clairement que H. est hostile au matérialisme dialectique dans son ensemble, sinon il aurait pallié les "déficiences d’Engels" par son éclairage et même Engels aurait applaudi.

Ce premier point montre que H. se situe dans une niche philosophique (même si elle se dit anti-philosophique) bien déterminée qui fonctionne comme un asile, un refuge pour de nombreux mathématiciens surtout suite à la déception qu’ils ressentirent après les résultats de Gödel de 1931 : ils proclamèrent la séparation des domaines mathématiques et philosophiques, l’autonomie des mathématiques, et se transformant en douaniers de la pensée armés de la matraque du « bon-sens », interdisent depuis lors aux philosophes de pénétrer dans leur petit territoire autonome. Une sorte de Suisse neutre de la pensée s’opposant à « l’immigration de masse des réflexions philosophiques en sciences ».

Or la fécondité du point de vue de la philosophie dialectique en science était reconnue déjà à l’époque de H. Citons un historien des sciences, hostile au matérialisme, mais qui rend hommage à la dialectique idéaliste :

Il ne faut pas oublier que d’autres, qu’on donne comme des évolutionnistes, précurseurs de Darwin, conçurent l’évolution au sens idéal et non réel. Il semble que certaines idées de Goethe fussent de cette nature, comme l’étaient celles de Schelling et de Hegel. Pour eux la relation entre les espèces était dans les idées profondes qui soutenaient leur représentation dans la sphère des concepts (...) Ce point de vue idéal ne détruit pas cependant l’utilité de la contribution philosophique à la théorie évolutionniste. (...) Les philosophes avaient raison et les naturalistes aussi ; ils suivaient chacun leur véritable voie. Les philosophes traitaient d’un problème philosophique non encore mûr pour l’étude scientifique.

Histoire de la science et de ses rapports avec la philosophie et la religion (W. Dampier, 1929)

Le mathématicien Bertrand Russel (bien connu de H. qui a écrit une remarquable anthologie d’articles mathématiques portant sur la logique moderne, dont Russel fut un des fondateurs), reconnaissait également le rôle important de la dialectique de Hegel. Il lui était fondamentalement hostile, mais ne la négligeait pas, ne déclarait pas indépendants les domaines de la science et de la philosophie. Il combattait l’idéalisme de Kant et Hegel après en avoir été un adepte.

Russel opéra donc un tournant analogue à celui de H., mais ne déclara pas la séparation hermétique entre science et philosophie. Russel voyait son ouvrage mathématique majeur, le monument, le chef-d’oeuvre Principia Mathematica, autant comme un ouvrage philosophique que mathématique :

Ce fut vers la fin de 1898 que, Moore et moi, nous révoltâmes conte Hegel et Kant.(...) De 1900 à 1910, nous avons donné Whitehead et moi, la plus grande partie de notre temps à ce qui devint finalement Principia Mathematica. (...) Le but premier des Principia Mathematica était de montrer que toutes les mathématiques pures dérivent de prémisses purement logiques et n’utilisent que des concepts définissables en termes de logique. C’était naturellement l’antithèse des théories de Kant (...).

Histoire de mes idées philosophiques B. Russel (1961)

Donc première conclusion :

H. dit le pire mal d’Engels et de ses écrits sur les sciences, mais malgré sa « puissante » argumentation, ne saisit pas, c’est étrange, l’occasion de réfuter « définitivement » la dialectique ou le matérialisme. De plus il proclame l’indépendance de la science et de la philosophie. Or on a vu que des scientifiques ou un historien des sciences, qui pour certains d’entre eux sont autant que H. hostiles au matérialisme dialectique, ne partagent pas du tout de son point de vue.

Ce point de vue de H. n’est donc absolument pas celui de « la science » comme il le prétend mais seulement le point de vue de scientifiques d’une certaine tendance. Or H.n’écrit rien à ce propos, ne polémique pas contre ses collègues scientifiques qui osent inviter la philosophie dans leur domaine.

Cela seul suffirait à démontrer que H. n’abandonne pas seulement le marxisme, mais tout effort de réflexion en général.

Nous reprendrons point par point ses arguments particuliers dans de prochains articles.

La suite

1 Message

  • Un moyen simple de résoudre la question "marxisme et mathématiques" dans le chapitre "marxisme et sciences" ... est de décider que les mathématiques ne font pas partie des sciences.

    Incroyable ! Cet exploit est réalisé par Lutte Ouvrière dans son dernier Cercle Léon Trotsky. Pauvre Trotsky, lui qui aimait les mathématiques : son nom est associé à un un abrégé d’histoire des sciences qui ne mentionne pas les mathématiques.

    Mais il faut reconnaître l’audace théorique de LO qui se réclame, à contre-coeur, de la dialectique : LO a découvert deux opposés qui ne s’interpénètrent pas, donc contredisent toute la dialectique, sont son "cygne noir" : hasard et déterminisme. Le chaos déterministe n’existe pas pour LO :

    « Le combat pour le déterminisme dans les sciences Malgré les progrès des sciences, certains défendent toujours l’idée d’un hasard inhérent à un certain niveau dans la nature. À cette conception s’oppose celle du déterminisme. Cette notion, indissociable du matérialisme, présuppose qu’à tout phénomène on peut trouver des causes et qu’il n’existe fondamentalement pas de hasard autre que celui lié à notre ignorance. »

    Engels se moqua dans sa ’Dialectique de la nature’ (tiens, étrange, expression qui n’apparaît pas dans cet exposé de LO) de ces "matérialistes" style LO qui remplacent Dieu par le Déterminisme : il affirmait que si une puce le piqua dans le cou à 5 heures du matin, c’est le hasard. Pour LO Engels est un donc un réactionnaire à combattre ! LO le fait discrètement en citant Plékhanov au lieu de Marx ou Engels sur un des chapitres qui est faible chez Plékhanov : l’aspect dialectique du matérialisme (pas un gramme de dialectique chez Plékhanov disaient à une époque des militants de LO).

    Si vous voulez gagner au Loto, où il n’ y donc pas de hasard contrairement à ce qu’on croyait, contactez LO, dont les scientifiques ont sûrement déterminé "les causes" et pourront prévoir le tirage ! Les sciences physiques et mathématiques actuelles disent pourtant le contraire de LO à ce propos. Il a fallut des décennies pour exprimer mathématiquement le fait que même la mécanique déterministe implique parfois un comportement identique au hasard. Mais bon, tout cela, comme les fractales, il est plus simple pour LO de ne pas en parler !

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