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La décohérence quantique de Serge Haroche peut-elle servir d’arme de guerre contre le matérialisme dialectique ? - Matière et Révolution
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La décohérence quantique de Serge Haroche peut-elle servir d’arme de guerre contre le matérialisme dialectique ?

mardi 25 février 2014, par Robert Paris

La décohérence quantique de Serge Haroche peut-elle servir d’arme de guerre contre le matérialisme dialectique ?

Certains courants politiques se disant marxistes-léninistes (maoïstes) croient poursuivre le combat de Lénine, notamment dans « Matérialisme et empiriocritisme », en dénonçant la théorie scientifique dite de la « décohérence » en la taxant d’anti matérialiste et anti dialectique. Nous pensons que ces accusations sont parfaitement erronées et nous allons essayer de le montrer mais d’abord, lisons deux articles qui énoncent cette affirmation :

Serge Haroche : la mécanique quantique comme offensive contre la dialectique

Décohérence quantique, incohérence théorique

L’idée des deux textes précédents est que les dernières versions de la physique quantique seraient antimatérialistes et antidialectiques. Nous allons essayer de montrer l’inverse…

Mais il est nécessaire, au préalable, de rappeler quelle est la question scientifique posée et comment elle a été posée : qu’est-ce que la théorie de la décohérence et en quelle sens entend-elle résoudre un problème non encore résolu et posé par la physique quantique, celui du passage du quantique au classique.

Rappelons d’abord pour cela que la physique quantique, en étudiant le niveau atomique et particulaire de la matière, la petite échelle microscopique, a été amenée à montrer que les lois, appelées lois quantiques, n’étaient plus du même type que les anciennes lois de la physique appelée physique classique.

La divergence de la théorie quantique est considérable et porte sur plusieurs points :

- renoncement à l’idéal mécaniste de description d’un objet se déplaçant dans le vide sur des trajectoires continues avec en chaque point connaissance simultanée de la position et de la vitesse, de l’énergie et de la quantité de mouvement

- renoncement à la conception d’une énergie continue (le quanta est une limite inférieure), d’une causalité continue, d’un monde évoluant continûment entre ses différents états (sauts quantiques), d’une observation intervenant continûment au sein de la dynamique

- renoncement à la description d’objets individuels, indépendants du fond (le vide quantique, les champs) et des interactions

- renoncement à l’existence d’un état unique d’un objet matériel unique (superposition d’états potentiels pour chaque particule ou groupe de particules à l’échelle quantique)

- renoncement à toutes les conceptions de la logique formelle, à toutes les réponses par oui ou par non aux questions onde ou corpuscule, local ou non local, tiers exclus, etc.

- renoncement à des lois prédictives pour chaque objet matériel et nouvelles lois probabilistes qui se contentent de prévoir la probabilité pour telle ou telle évolution possible

Il est remarquable que la physique quantique s’est construite non seulement en contradiction avec la physique classique mais aussi sur la base des concepts classiques, en les conservant en partie, en limitant leur domaine de validité mais sans les supprimer tout à fait et en les conservant dès qu’il s’agit d’un phénomène concernant un grand nombre de quanta.

Le critère pour savoir s’il s’agit ou pas d’un phénomène quantique est la mesure d’une quantité appelée l’action et qui est le produit d’une énergie et d’un temps. Pour une action qui vaut une fois ou un petit nombre de fois la constante de Planck, on est dans le domaine quantique. Au-delà, on entre dans le domaine classique. Or, il y a un véritable fossé entre les deux, les lois ne sont pas les mêmes, les logiques ne sont pas les mêmes.

On pourrait se dire : ce sont des niveaux différents de la réalité matérielle avec un saut et un seuil de transition et cela ne gêne personne. Manque de chance, une simple expérience de pensée a démontré que ce n’est pas le cas. Le niveau quantique et le niveau classique s’interpénètrent sans cesse de manière dynamique !

C’est l’expérience du chat de Schrödinger qui démontre l’impossibilité d’ériger une frontière nette entre niveau classique et niveau quantique.

Il est vrai que la découverte de la physique quantique a entraîné de nombreuses dérives philosophiques dans le sens du positivisme et de l’idéalisme, en particulier au sein de ce que l’on a appelé l’école de Copenhague, constituée autour des physiciens Bohr et Heisenberg. Pour Bohr, la science ne peut prétendre ce qu’est la matière et elle doit se contenter de décrire l’interaction entre la matière et l’observateur (ou l’appareillage). Pour Heisenberg, la matière n’existe même pas indépendamment de l’observateur humain et de la pensée humaine. C’est en pensant la matière qu’on construit la matière ! Position ultra-idéaliste que très peu de scientifiques ont suivie finalement.

Les auteurs des deux articles contre Haroche et la théorie de la décohérence croient avoir à faire à des physiciens anti matérialistes et anti dialecticiens comme ceux que combattait Lénine dans « Matérialisme et empiriocriticisme ». (voir ici)

Le contresens des militants révolutionnaires qui ont écrit les deux articles sur Haroche provient du fait qu’ils croient que toute la physique quantique n’est qu’une arme de guerre contre le matérialisme et la dialectique. Si cela est vrai concernant des physiciens à l’origine de cette physique comme Bohr et Heisenberg, ainsi que quelques physiciens de l’école de physique dite de Copenhague, cela n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Il n’y a aucun lien inéluctable entre physique quantique et idéalisme. Le problème dit de la mesure qui est celui de l’interaction entre le phénomène quantique observé et l’appareillage ne nécessite pas, pour être interprété, de nier l’existence de la matière et de considérer que celle-ci n’existe que parce qu’on la mesure.

Il est inévitable à ce stade de rappeler le fameux chat de Schrödinger… Désolé pour ceux qui n’aiment pas les chats mais toute la physique a été contrainte d’en passer par cette image théorique inventée par le physicien quantique Schrödinger et qui avait pour but de démontrer l’impossibilité de dresser une frontière infranchissable entre niveau quantique et niveau classique. Rappelons brièvement que le chat enfermé dans boite contenant un dispositif radioactif va perdre la vie si l’atome radioactif se décompose. Si on considère que l’atome radioactif (objet quantique comme tous les atomes) est dans une superposition d’états (décomposé et non décomposé), alors le chat doit être dans une superposition d’états (mort et vivant). Il est à la fois mort et vivant alors qu’il n’est pas un objet quantique, étant constitué d’un nombre immense de particules.

Le chat démontre donc que, malgré les apparences, il n’y a qu’un seul monde.

L’objet classique, qui n’est pas observé, devrait donc conserver toutes ses potentialités alors que tout objet (même quantique) lorsqu’il est mesuré ne présente plus qu’un seul état, celui qui va être mesuré. Le chat, lui aussi, lorsqu’on ouvre la boite, ne présente plus qu’un seul état : mort ou vivant alors que, lorsqu’il est dans la boite, on est contraint de dire qu’il est une superposition des deux états avec une certaine probabilité pour chacun. Comment interpréter cette superposition pour un objet qui n’est pas à un niveau quantique et ce passage de la superposition à la suppression de celle-ci ?

Tous les partisans de la logique formelle perdent ici leur latin car cette logique formelle interdit la coexistence du oui et du non, de la vie et de la mort, la superposition des états et autres phénomènes qui se multiplient en physique quantique comme la dualité onde/corpuscule.

Les partisans de la dialectique de Hegel ne sont nullement surpris : il n’y a pas besoin que les objets soient quantiques pour qu’ils soient pris dans la dialectique des contraires. Hegel a toujours expliqué que le vivant est une superposition des contraires, de la vie et de la mort, ce que la génétique a finalement confirmé en rapportant les combats des gènes et protéines de la vie et de la mort, incessants au sein de la cellule vivante.

La matière dite inerte est tout aussi dynamique que le vivant. Elle nait et disparait sans cesse au sein du vide. Elle est en permanence créée et supprimée par ses interactions avec les couples particule/antiparticule virtuels et les photons virtuels du vide quantique.

La notion de matière ne disparaît pas dans cette conception de la physique. C’est seulement une certaine image de la matière qui disparaît, celle qui considérait les objets matériels comme ayant une existence indépendante de leur environnement et qui considérait la physique de manière mécaniste, comme le produit des seuls déplacements de particules sans changement de celles-ci.

La physique actuelle considère que les particules sont produites par le vide quantique et également détruites par lui. C’est dans le vide que se trouvent les particules virtuelles entre lesquelles sautent les bosons de Higgs porteurs de la propriété de masse. Ainsi, successivement des particules virtuelles portent puis perdent la propriété de masse. L’électron (ou le proton ou toute autre particule) voit ses propriétés sauter d’une particule virtuelle du vide à une autre toute proche. C’est là que se situent les sauts qui caractérisent le niveau quantique.

Quant au niveau classique, il émerge des interactions entre les particules de matière au travers des photons émis et absorbés par la matière.

Klein expose dans « Petit voyage dans le monde des quanta » comment Haroche a démontré ce phénomène de décohérence en isolant d’abord un atome (grâce à un dispositif permettant de multiples interactions avec des photons lumineux obligeant cet atome à rester dans un volume restreint) :

« Pour voir un atome, les physiciens procèdent comme notre cerveau (qui reçoit les photons réfléchis par un objet, puis reconstitue une image de l’objet), sauf qu’ils utilisent la lumière d’un laser plutôt que celle du soleil ou de la lampe. Excité par le faisceau laser, l’atome diffuse des photons dans différentes directions. Ces photons sont focalisés à l’aide d’instruments optiques appropriés puis sont détectés par des photo-détecteurs très sensibles. L’atome apparaît alors comme une petite tâche lumineuse dont le diamètre, déterminé par la longueur d’onde de la lumière utilisée, est de l’ordre du micromètre (un millionième de mètre), c’est-à-dire dix mille fois plus grand que la taille de l’atome (un dix-milliardième de mètre). L’observation ne donne donc aucune information sur la structure même de l’atome (on ne devine même pas la présence du noyau), mais seulement sur sa position moyenne. Cela est toutefois suffisant – du moins dans certaines conditions – pour distinguer les atomes les uns des autres. On peut ainsi isoler et piéger dans le vide un, deux ou plusieurs atomes en les soumettant à des forces produites par de subtiles configurations de champs électromagnétiques. »

Est-ce que la théorie de la décohérence sous-entend que la matière soit créée par l’observateur ? Pas du tout ! Tout d’abord, le rôle de l’interaction avec l’appareillage ne signifie pas l’interaction avec l’homme-observateur. D’autre part, l’interaction avec l’appareillage appartient à l’ensemble des interactions avec la matière à échelle non quantique (matière macroscopique). Ces interactions ne nécessitent pas la présence de l’homme….

Voici le thème de recherche d’Haroche, bien décrit par le CNRS

Voici le même thème exposé par Gilles Cohen-Tannoudji pour l’Université de tous les savoirs

Et le même sujet par Haroche pour l’Université de tous les savoirs

La thèse d’Haroche pour l’Université de tous les savoirs

Cohen-Tannoudji pour l’Université de tous les savoirs

Exposé général sur la physique quantique

Les questions de physique concernées dans ce débat s’appellent superposition, intrication, décohérence, réduction du paquet d’ondes.

L’infiniment petit se comporte très différemment de l’environnement macroscopique auquel nous sommes habitués. Quelques différences fondamentales qui séparent ces deux mondes sont par exemples :

• la quantification : Un certain nombre d’observables, par exemple l’énergie émise par un atome lors d’une transition entre états excités, sont quantifiés, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent prendre leur valeur que dans un ensemble discret de résultats. A contrario, la mécanique classique prédit le plus souvent que ces observables peuvent prendre continûment n’importe quelle valeur.

• la dualité onde-particule : La notion d’onde et de particule qui sont séparées en mécanique classique deviennent deux facettes d’un même phénomène, décrit de manière mathématique par sa fonction d’onde. En particulier, l’expérience prouve que la lumière peut se comporter comme des particules (photons, mis en évidence par l’effet photoélectrique) ou comme une onde (rayonnement produisant des interférences) selon le contexte expérimental, les électrons et autres particules pouvant également se comporter de manière ondulatoire.

• le principe d’incertitude de Heisenberg : Une incertitude fondamentale empêche la mesure exacte simultanée de deux grandeurs conjuguées. Il est notamment impossible d’obtenir une grande précision sur la mesure de la vitesse d’une particule sans obtenir une précision médiocre sur sa position, et vice versa. Cette incertitude est structurelle et ne dépend pas du soin que l’expérimentateur prend à ne pas « déranger » le système ; elle constitue une limite à la précision de tout instrument de mesure.

• le principe d’une nature qui joue aux dés : Si l’évolution d’un système est bel et bien déterministe (par exemple, la fonction d’onde régie par l’équation de Schrödinger), la mesure d’une observable d’un système dans un état donné connu peut donner aléatoirement une valeur prise dans un ensemble de résultats possibles.

• l’observation influe sur le système observé : Au cours de la mesure d’une observable, un système quantique voit son état modifié. Ce phénomène, appelé réduction du paquet d’onde, est inhérent à la mesure et ne dépend pas du soin que l’expérimentateur prend à ne pas « déranger » le système.

• la non-localité ou intrication : Des systèmes peuvent être intriqués de sorte qu’une interaction en un endroit du système a une répercussion immédiate en d’autres endroits. # Ce phénomène contredit en apparence la relativité restreinte pour laquelle il existe une vitesse limite à la propagation de toute information, la vitesse de la lumière ; toutefois, la non-localité ne permet pas de transférer de l’information.

• la contrafactualité : Des évènements qui auraient pu se produire, mais qui ne se sont pas produits, influent sur les résultats de l’expérience.

• la superposition d’états : Un même objet quantique peut avoir deux (ou plus) états superposés. Par exemple un même photon peut être dans l’état "polarité longitudinale" et "polarité transversale" simultanément. Le chat de Schrödinger est simultanément dans l’état "mort" et "vivant". Un photon qui passe une lame semi-réfléchissante est dans l’état superposé "photon transmis" et "photon réfléchi". C’est uniquement lors de l’acte de mesure que l’objet quantique possédera un état déterminé. Et encore, après mesure, on ne peut pas dire qu’avant la mesure il était dans cet état mais que c’était l’un des états de la superposition…

Les études d’Haroche ont permis d’isoler un atome piégé par des photons. Du coup, il a pu reposer la question de la frontière étrange entre le monde quantique et le monde classique, question philosophique par excellence que se posait déjà Einstein et Schrödinger.

La thèse actuelle sur cette frontière s’appelle la décohérence quantique.

la décohérence quantique est un phénomène physique susceptible d’expliquer la transition entre les règles physiques quantiques et les règles physiques classiques telles que nous les connaissons, à un niveau macroscopique. Plus spécifiquement, cette théorie apporte une réponse, considérée comme étant la plus complète à ce jour, au paradoxe du chat de Schrödinger et au problème de la mesure quantique. La théorie de la décohérence a été introduite par Hans Dieter Zeh en 1970. En 1935, Erwin Schrödinger propose une expérience de pensée, restée célèbre sous le nom de « paradoxe du chat de Schrödinger », dans le but de mettre en évidence les difficultés théoriques et interprétatives de la mécanique quantique. Il imagine une situation dans laquelle un chat et un « dispositif infernal » sont enfermés dans une boîte. Le dispositif est composé d’un atome radioactif et d’un système mécanique conçu pour libérer un poison mortel dans la boîte dès lors que l’atome s’est désintégré. Selon l’interprétation courante de la théorie quantique, l’atome radioactif est dans un état qualifié de « superposé ». Il s’agit d’une combinaison de deux états bien déterminés (état « désintégré » et état « intact »). L’interprétation de cette superposition, bien que surprenante, semble être que l’atome radioactif est « à la fois intact et désintégré ». Tel qu’est conçu le dispositif, l’état de l’atome radioactif (« intact » ou « désintégré ») conditionne l’état du chat enfermé dans la boîte (« vivant » ou « mort »). La conclusion du scénario imaginé par Schrödinger semble être que l’état du chat dans la boîte doit être interprété comme « à la fois vivant et mort » Selon une formulation plus prudente d’un physicien inconnu, « ce que la décohérence nous apprend est que certains objets apparaissent classiques quand ils sont observés ». La décohérence a reçu ses premières confirmations expérimentales en 1996. L’équipe de Serge Haroche, Jean-Michel Raimond et Michel Brune, du Laboratoire Kastler Brossel (LKB), a réussi pour la première fois à prendre la décohérence sur le fait en perfectionnant un dispositif déjà utilisé pour obtenir une preuve très directe de la quantification du champ.

Agoravox nous fournit l’explication suivante. « Mais qu’est-ce donc que cette décohérence ? J’avoue être perplexe et assez dérouté par ces recherches portant sur la physique quantique et plus précisément sur la mesure quantique. Contrairement au monde macroscopique que nous percevons, le monde invisible des éléments matériels individués est pour le moins assez étrange. On le sait depuis le début du siècle dernier, notamment avec les interférences de Young montrant le caractère probabiliste des comportements quantiques. On ne sait pas par quelle fente passe le photon ou l’électron. Appliqué à notre monde, ce comportement ferait qu’on verrait une boule de billard passer par deux trous à la fois, ou alors une superposition de balles de golf sur un terrain, image fournie par le physicien Roger Penrose pour expliquer ce qui reste inexplicable dans le monde quantique. » Voir Dans un de ses cours Serge Haroche précise : « Nous cherchons à comprendre ce phénomène de décohérence et la nature de la frontière entre les mondes classique et quantique en faisant des expériences simples sur quelques atomes et photons confinés dans une boîte. C’est un aspect essentiel de notre travail expérimental. Nous avons par exemple préparé un champ de quelques photons dans un état de superposition, pour ainsi dire suspendu entre deux réalités classiques, et observé comment cette superposition s’efface progressivement pour laisser place à un système décrit par des lois classiques ».

Le problème majeur est que la physique quantique admet des états superposés, absolument inconnus à un niveau macroscopique décrit par la physique classique. L’exemple le plus frappant décrivant ce problème est l’expérience du chat de Schrödinger. Dans cette expérience de pensée, l’état superposé d’une particule (désintégrée/non désintégrée) doit se propager, en suivant scrupuleusement les règles quantiques, à l’état d’un chat qui devrait également être, selon ces règles, dans un état superposé mort/vivant. Or, un tel état n’est jamais observé, d’où paradoxe et problème.

La théorie de la décohérence s’attaque donc au problème de la disparition des états quantiques superposés au niveau macroscopique. Son objectif est de démontrer que le postulat de réduction du paquet d’onde est une conséquence de l’équation de Schrödinger, et n’est pas en contradiction avec celle-ci. L’idée de base de la décohérence est qu’un système quantique ne doit pas être considéré comme isolé, mais en interaction avec un environnement possédant un grand nombre de degrés de liberté. Ce sont ces interactions qui provoquent la disparition rapide des états superposés. En effet, selon cette théorie, chaque éventualité d’un état superposé interagit avec son environnement ; mais la complexité des interactions est telle que les différentes possibilités deviennent rapidement incohérentes (d’où le nom de la théorie). On peut démontrer mathématiquement que chaque interaction « déphase » les fonctions d’onde des états les unes par rapport aux autres, jusqu’à devenir orthogonales et de produit scalaire nul. En conséquence, la probabilité d’observer un état superposé tend rapidement vers zéro. Les interactions et l’environnement dont il est question dans cette théorie ont des origines très diverses. Typiquement, le simple fait d’éclairer un système quantique suffit à provoquer une décohérence. Même en l’absence de tout éclairage, il reste au minimum les photons du fond diffus cosmologique qui provoquent également une décohérence, bien que très lente. Naturellement, le fait de mesurer volontairement un système quantique provoque des interactions nombreuses et complexes avec un environnement constitué par l’appareil de mesure. Dans ce cas, la décohérence est pratiquement instantanée et inévitable. Donc, pour la théorie de la décohérence, l’effondrement de la fonction d’onde n’est pas spécifiquement provoquée par un acte de mesure, mais peut avoir lieu spontanément, même en l’absence d’observation et d’observateurs. Ceci est une différence essentielle avec le postulat de réduction du paquet d’onde qui ne spécifie pas comment, pourquoi ou à quel moment a lieu la réduction, ce qui a ouvert la porte à des interprétations mettant en jeu la conscience et la présence d’un observateur conscient. Ces interprétations deviendront sans objet si la théorie de la décohérence devient suffisamment complète pour préciser ces points. La suite

« La philosophie est présente dans la physique. Et la réciproque est vraie. » écrit le physicien Gilles Cohen-Tannoudji, dans « La Matière-Espace-Temps »

Dans la revue La Recherche, « Ordre et désordre », Hors-série novembre-décembre 2002, le physicien Gilles Cohen-Tannoudji réaffirme : « C’est désormais sur un terrain éminemment philosophique qu’évolue la recherche scientifique de pointe. »

Et Cohen-Tannoudji choisit clairement le matérialisme dialectique.

Gilles Cohen-Tannoudji : « L’histoire de la matérialité remonte le temps de l’histoire de la matière »

Physique et dialectique, d’après le physicien Cohen-Tannoudji

Exposé en anglais de Serge Haroche

Les critiques marxistes de Haroche développent cependant des arguments qu’il convient d’examiner :

1- la réduction du paquet d’ondes « La décohérence est en relation avec un grand principe de base de la mécanique quantique : la réduction du paquet d’onde. La réduction du paquet d’onde consiste à dire que, suite à une mesure, un système physique voit son état entièrement réduit à celui qui a été mesuré. Ce qui sous-entend qu’avant cette mesure, ce système se trouvait dans une superposition d’états. Mais ce principe a toujours été pour la mécanique quantique car c’est un axiome, c’est-à-dire une vérité indémontrable qui doit être admise. En effet, comment observer quelque chose qui disparaît dès qu’on l’observe ! »

2- Le caractère probabiliste de l’étude

« Derrière cette expérience quelque peu obscure, on comprend bien que, là encore, mise en place, mesures et résultats reposent sur des statistiques et des probabilités. Mais ce n’est pas tant les statistiques en elles-mêmes qui vont à l’encontre du matérialisme. C’est bien l’interprétation qui en est faite. La vision de la mécanique quantique telle que nous venons de l’exposer est totalement non-matérialiste, totalement idéaliste dans la mesure où on part d’une approximation de la réalité pour la faire devenir réalité elle-même. Car, pour les partisans de la vision de la mécanique, il n’y a pas d’incertitude expérimentale due à une limitation de la mesure humaine mais bien une impossibilité fondamentale de mesurer l’état des particules du fait de la superposition. On voit où est arrivée la science bourgeoise. Les statistiques et les probabilités ont leur utilité mais elles traduisent tout de même l’inaptitude actuelle à rendre compte avec exactitude de certains phénomènes. La recherche dans ce domaine doit se tourner vers le dépassement de ces dernières, se tourner vers une vision plus juste de ces systèmes dynamiques non linéaires. »

3- La décohérence justifierait une séparation en deux domaines différents et opposés

« La décohérence consiste à dire que l’environnement, et donc l’observation par l’être humain, entraîne la disparition de la superposition des états, propre au domaine de la mécanique quantique. La décohérence est donc présentée comme une explication du passage entre les deux, la raison pour laquelle elles formeraient un ensemble cohérent. En réalité, la décohérence est une barrière, une barrière entre deux mondes différents. L’un serait le monde du hasard, l’autre celui du déterminisme. L’un serait le monde de la complexité, l’autre celui de la simplicité (il est d’ailleurs impressionnant de voir à quel point les partisans de la mécanique quantique balaye la complexité réelle du monde macroscopique d’un revers de main). Etc etc. La décohérence quantique est parfois qualifiée de saut quantique – plus précisément c’est l’axiome de la réduction fonction d’ondes, dont la décohérence est aujourd’hui la tentative d’explication concrète la plus aboutie –. Et le saut quantique est généralement décrit comme un changement brusque et discontinu. Mais la décohérence quantique n’a rien à voir avec un saut qualitatif. Selon les partisans de la décohérence quantique, l’état observé à un moment ne préexiste pas à la mesure : c’est la mesure qui le fait advenir. Autrement dit, le résultat de la décohérence est de « créer » un état par la mesure. Il n’y a aucune contradiction dans la mécanique quantique, il ne peut donc y avoir de saut qualitatif, synthèse entre deux forces en contradiction. »

Nous allons essayer de répondre à ces deux objections qui ne critiquent pas spécialement la thèse d’Haroche mais toute la physique quantique…

Tout d’abord, il est curieux de taxer d’antimatérialiste une théorie qui met en évidence la possibilité d’isoler un atome de matière pour l’observer. Ensuite, il est bizarre de prétendre qu’un physicien qui démontre qu’il n’y a pas deux mondes, l’un quantique l’autre classique serait, au contraire, le fabricant (théorique) d’une frontière étanche entre les deux. Les auteurs n’ont cessé d’affirmer qu’il n’y avait qu’un seul monde.

Ensuite, l’existence du niveau sous-quantique du vide ne signifie pas du tout qu’il n’y ait pas de matière mais que, même dans le vide, c’est encore de la matière, virtuelle celle-là mais tout aussi réelle comme le rappelle Gilles Cohen-Tannoudji : « Toute la matière et toutes les interactions sont donc présents dans l’espace vide pourvu que l’on considère cet espace pendant des intervalles de temps suffisamment brefs. » » Ou encore :

« Pour le dire d’une formule, avec la découverte du boson de Higgs, l’histoire de la matérialité remonte le temps de l’histoire de la matière. C’est une grande leçon philosophique. Oui, l’idée d’une historicité de la nature est épicurienne mais elle avait un défaut car cette idée était dualiste. Avec, d’une part, les atomes (la matière) et le vide et, d’autre part, le clinamen, la petite déclinaison spontanée des atomes dans le vide. Par exemple, Einstein a toujours refusé cette idée du dualisme. Eh bien, on a surmonté ce dualisme : il ne faut pas avoir une vision substantialiste de la matière considérée au sens philosophique du terme. Le mot de particule n’est pas très adéquat. Particule, cela a l’air de vouloir dire petite chose. La matière n’est pas faite de petites choses. En fait, ce qui est premier, ce ne sont pas les particules mais les champs. »

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