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L’origine du langage humain - Matière et Révolution
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L’origine du langage humain

mardi 22 avril 2014, par Robert Paris

Lire ici l’article de Phillip V. Tobias qui a changé notre point de vue sur l’évolution vers le langage humain il y a deux millions d’années (chez Habilis !)

L’origine du langage humain

L’homme dispose du langage et c’est un changement considérable dans son histoire, une véritable révolution. Il y a l’avant et l’après l’événement « langage ». Car l’homme n’a pas toujours disposé du langage. On ne peut pas dire que ce qui caractérise l’homme soit le langage car il y a eu un homme sans langage suivi d’un homme avec langage. La potentialité du langage existait bel et bien mais pas d’utilisation de celui-ci. Comment et pourquoi s’est faite cette révolution, telle est la question que nous voudrions soulever ainsi que celle-ci : quels moyens avons-nous de savoir ?

Aujourd’hui, nous sommes incapables d’imaginer un être humain sans langage mais ce n’est pas particulier car nous sommes également incapables d’imaginer un homme sans capacité de construire et d’utiliser des outils, sans capacité de se défendre face à la nature, sans force face aux animaux sauvages, sans le feu et sans l’agriculture ou l’élevage.

En fait, nous cherchons qui est l’homme et nous cherchons à affirmer qu’il est comme nous alors qu’il y a eu plusieurs révolutions entre les hommes d’avant et les hommes de maintenant, plusieurs franchissements de véritables sauts de l’histoire, de discontinuités de l’évolution de l’espèce humaine, des sauts physiologiques, sociaux, psychologiques, etc…

Nous ne sommes pas dans la continuité des hommes d’avant, même si nous descendons d’eux. Car nous descendons aussi d’êtres vivants qui n’ont rien à voir avec l’homme et qui sont seulement quelques révolutions plus loin, plus avant dans l’histoire des espèces.

Bien des gens pensent que l’homme était fait pour disposer du langage et de l’intelligence qu’il a aujourd’hui, comme ils pensent que l’oiseau a eu des ailes pour voler. Pour eux, la nature est bien faite et elle agit dans un but, presque consciemment, mais il n’en est rien. L’homme n’a pas été fabriqué « pour » abriter une intelligence spéciale. Le cerveau humain n’a pas été bâti « pour » développer un langage particulier. Il ne l’a fait qu’à un stade déterminé de son évolution.

Avant même l’origine des langues, celle du langage est une question polymorphe trop souvent réduite à la simple mutation d’un gène, en l’occurrence FoxP2, dont on sait que la substitution d’un seul de ses 715 acides aminés entraîne de sérieuses pathologies affectant la phonation et, plus généralement, la forme du larynx. Ce gène est, en raison même du caractère sensible de ses mutations, demeuré d’une remarquable stabilité au cours de l’évolution, la séquence de la protéine humaine ne différant que pour deux acides aminés (sur 715) de celle des chimpanzés, des gorilles et des macaques rhésus, et pour un acide aminé supplémentaire avec la souris. La mutation du gène FoxP2 intervenue chez Homo sapiens il y a cent à deux cent mille ans a donc certainement dû être déterminante, mais s’est inscrite dans une dynamique d’évolution commencée plusieurs millions d’années auparavant.

Dans les années 80 la majorité des scientifiques penchaient vers une origine du langage plutôt tardive, il y a 40 000 ans. Cette période était également celle de la "révolution symbolique" (développement des arts avec les grottes ornées, des outils de plus en plus perfectionnés et des sépultures). Il est maintenant permis de penser que les origines du langage sont beaucoup plus anciennes. Les dernières études sur les aptitudes anatomiques des premiers hominidés repoussent les prémisses du langage à 2 millions d’années. C’est l’Homo habilis, il y a plus de deux millions d’années, qui pourrait être le plus ancien préhumain à avoir employé un langage articulé, ce qui ne signifie pas pour autant que cet hominidé ait usé d’un langage comparable au nôtre. On suppose la préexistence d’une proto-langue chantée par la race de l’homme de Néandertal, qui, au niveau de connaissance actuelle, ne possédait pas de syntaxe. La morphologie du crâne d’H. habilis, marquée par l’apparition d’une flexure antéropostérieure jusqu’alors absente chez les Australopithèques, conduisait en effet à l’expansion des zones cérébrales impliquées aujourd’hui dans le langage articulé. Par ailleurs, le redressement du crâne chez l’H. habilis abaissait les voies aériennes supérieures, pharynx et larynx (d’où l’apparition d’une pomme d’Adam), ce qui était une condition nécessaire pour pouvoir moduler la vocalisation et augmentait la hauteur de la voûte du palais, permettant à la langue d’articuler une plus large gamme de sons. Apparues avec le genre Homo, ces caractéristiques allaient se renforcer nettement par la suite, notamment chez l’espèce Homo erectus : au-delà de la bipédie, il se serait agi en fait d’une adaptation à la course à pied pour permettre de mieux contrôler son souffle, en même temps que l’élargissement du thorax pour renforcer la respiration et, sans doute, la perte de la majeure partie des poils pour réguler la température corporelle pendant l’effort. Il est possible que ces capacités physiologiques aient permis l’essor d’une communication orale à la complexité croissante, permettant aux populations de l’H. habilis d’organiser leurs communautés en régulant leurs activités quotidiennes. L’Homo habilis est en effet le premier hominidé pour lequel on met en évidence une organisation sociale structurée (campements, outils, habitats et sans aucun doute spécialisation des individus). Ultérieurement il faut noter que l’augmentation de la masse de l’encéphale, continue de l’Homo erectus à l’Homo sapiens a été un point-clé dans la maturation du langage. Lors du passage à l’Homo Sapiens sont apparues des aires de Broca sur une circonvolution frontale gauche, et de Wernicke sur une circonvolution temporale gauche qui ont suivi la mutation génétique d’un gène, ou peut être plus, dominant, dit de la parole FOXP2 (+…) qui a donné la capacité de l’homme de passer des mots à la syntaxe (ce facteur n’est pas suffisant en lui-même car il existe chez d’autres espèces sans donner naissance à la parole) ; il faut mentionner que ce(s) gène(s) serai(en)t à l’origine (voir à ce sujet la théorie de Jean-Pierre Changeux) de la maturation de ces deux zones – Broca et Wernicke. Prédominent actuellement deux scénarios d’apparition de l’Homo sapiens, le scénario « Out of Africa » et un scénario pluri centripète (polygenèse), mais les recherches récentes en paléo linguistique ont identifié un fond de 27 mots communs à la racine de toutes les langues terrestres écrites au début du XXIe siècle, ce qui pousse à favoriser le scénario « Out of Africa » (monogenèse). En effet, plusieurs sources n’auraient pas eu de raison d’adopter la même proto langue de départ. Enfin l’Homo sapiens a dominé le monde, soit du fait de l’hypothèse productiviste11, soit du fait de l’hypothèse sociologique.

Le langage pourrait avoir de multiples origines, les aires cérébrales du langages étant proches de celles mobilisées pour le travail manuel de précision (ce qui induit un codéveloppement des facultés langagières et manufacturières du genre humain) tandis que l’articulation de sons est par ailleurs souvent corrélée de façon réflexe à des mouvements du corps (à l’effort ou sous l’effet de la surprise, notamment) ; la perception de ces sons pouvait en retour être affinée par le développement du cerveau humain, libéré par la bipédie des limitations d’encombrement et de poids puisqu’il était désormais littéralement « posé » sur la colonne vertébrale, ce qui permettait de charger de sens ces sons nouveaux que la nouvelle morphologie crânienne d’H. habilis permettait de produire. D’un point de vue neurologique, le développement du langage semble provenir des mécanismes de reconnaissance du comportement, de la gestuelle et de l’action d’autrui.

Le comportement des vervets fournit une excellente illustration de ces notions. Il s’agit de singes verts au sujet desquels on a pu montrer dès les années 1970, alors qu’ils étaient captifs dans une réserve du Kenya, qu’ils étaient capables de moduler leur cri d’alerte afin d’induire des stratégies défensives appropriées : s’enfoncer dans la végétation à l’approche d’un aigle, au contraire grimper le plus haut possible à l’approche d’un léopard, ou encore scruter le sol avec attention pour choisir le bon arbre à l’approche d’un python ; on notera que la sémantique de ces cris n’est pas innée mais est enseignée aux jeunes singes par leurs parents. C’est ce type de communication, qui devait sans doute exister chez les Australopithèques et même leurs prédécesseurs, qui a dû se développer sensiblement chez H. habilis pour lui permettre d’organiser ses activités collectives : il y avait donc certainement communication sans pour autant qu’il y ait nécessairement langage.

Le point de vue de Jean-Louis Dessales

Origines du langage, le film 1

Origines du langage, le film 2

Origines du langage, le film 3

Origines du langage, le film 4

Origines du langage, le film 6

Paroles d’hommes, le film

Le désir du langage

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