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Cortès face à Montezuma - Matière et Révolution
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Cortès face à Montezuma

mardi 29 décembre 2015, par Robert Paris

Cortès face à Montezuma

Montezuma à Fernand Cortez, qui lui vantait la puissance du roi d’Espagne :

« Ne pensez pas, lui répondit-il, que je sois assez ignorant pour ne pas savoir que votre souverain descend de notre ancien prince Quetzalcoatl, qui, après avoir retiré son peuple du fond des sept cavernes, fonda l’empire du Mexique. Par une de ses prophéties, qui sont conservées précieusement dans nos archives, il nous assura qu’il allait conquérir de nouveaux royaumes vers les régions orientales, d’où il avait lui-même amené nos ancêtres, et qu’après une grande révolution d’années, ses descendans reviendraient chez nous pour amender nos lois et réformer notre gouvernement. »

"Montezuma" de Italo Calvino

Moi (Italo Calvino)

Majesté !... Sainteté !... Empereur !... Général !... Je ne sais comment vous appeler, je suis obligé d’avoir recours à des termes qui ne rendent compte que partiellement des attributions de votre charge, des appellations qui, dans ma langue d’aujourd’hui, ont beaucoup perdu de leur autorité et résonnent comme autant d’échos de pouvoirs évanouis… De même que votre trône s’est évanoui, au sommet des hauts plateaux du Mexique, le trône à partir duquel vous régniez sur les Aztèques, comme le plus auguste de leurs souverains, et le dernier aussi, Montezuma… (…) Quand avez-vous commencé à comprendre que ce que vous étiez en train de vivre était la fin d’un monde ?

Montezuma

La fin… Le jour roule vers le couchant… L’été pourrit en un automne boueux. Ainsi, chaque jour… chaque été… Rien ne dit qu’ils reviendront chaque fois. C’est pourquoi l’homme doit gagner la bienveillance des dieux. Pour que le soleil et les étoiles continuent de tourner sur les champs de maïs… encore un jour… encore un an…

Moi

Vous voulez dire que la fin du monde est toujours là, en suspens, et que, parmi tous les événements extraordinaires dont votre vie fut le témoin, le plus extraordinaire était que tout pût continuer, et non que tout soit en train de s’écrouler ?

Montezuma

Ce ne sont pas toujours les mêmes dieux qui règnent dans le ciel, ni toujours les mêmes empires qui perçoivent les impôts dans les villes et les campagnes. Au cours de ma vie, j’ai honoré deux dieux, l’un présent, l’autre absent : le Colibri Azur Huitzilopochtli, qui nous guidait dans la guerre, nous les Aztèques, et le dieu qui a été chassé, le Serpent à Plumes Quetzalcoatl, exilé au-delà de l’océan, dans les terres inconnues de l’Occident. Un jour, le dieu absent reviendrait au Mexique et se vengerait des autres dieux et des peuples qui leur étaient fidèles. Je craignais la menace qui pesait sur mon empire, le bouleversement par lequel débuterait l’ère du Serpent à Plumes, mais, en même temps, je l’attendais, je sentais en moi l’impatience de l’accomplissement de ce destin, tout en sachant qu’il amenait avec lui la ruine des temples, le massacre des Aztèques, ma mort…

Moi

Et avez-vous vraiment cru que le dieu Quetzalcoatl débarquerait à la tête des conquérants espagnols, avez-vous reconnu le Serpent à Plumes sous le heaumer de fer et la barbe noire de Hernàn Cortès ? (Gémissement de douleur de Montezuma.) Pardonnez-moi, roi Montezuma : ce nom rouvre une blessure dans votre esprit…

(…)

Montezuma

Que pouvions-nous faire, que pouvais-je faire, moi qui avais si longuement étudié l’art d’interpréter les antiques figures des temples et les visions de rêves, sinon essayer d’interpréter ces apparitions nouvelles ? Non que celles-ci ressemblassent aux autres : mais les questions que je pouvais me poser face à l’inexplicable que j’étais en train de vivre étaient les même que je me posais en regardant les dieux qui grinçaient des dents sur les parchemins peints, ou ceux qui étaient sculptés dans des blocs de cuivre recouverts de lamelles d’or et incrustés d’émeraudes.

Moi

(…) Vous n’allez pas me dire que vous avez pu croire en Cortès…

Montezuma

Les Blancs n’étaient pas immortels, nous le savions ; ils n’étaient certainement pas les dieux que nous attendions. Mais ils avaient des pouvoirs qui semblaient dépasser l’humain : les flèches se pliaient contre leurs cuirasses, les sarbacanes à feu – ou je ne sais quelle autre diablerie – lançaient des dards toujours mortels. Et pourtant, pourtant, on ne pouvait pas exclure une supériorité de notre part, qui aurait pu équilibrer la balance. Lorsque je les emmenai visiter les merveilles de notre capitale, leur étonnement fut si grand ! C’est nous qui avons triomphé vraiment, ce jour-là, sur ces grossiers conquérants d’outre-mer. L’un d’eux dit même qu’en lisant leurs livres d’aventures, ils n’avaient jamais imaginé une splendeur semblable. Ensuite Cortès me prit en otage dans le palais où je lui avais donné l’hospitalité ; non content de tous les cadeaux que je lui faisais, il fit creuser une galerie souterraine jusqu’à la chambre du trésor et la mit à sac ; mon sort était aussi tordu et épineux qu’un cactus. Mais cette soldatesque qui montait la garde autour de moi passait ses journées à jouer aux dés et à tricher, ils faisaient des bruits obscènes, se battaient pour les objets en or que je leur jetais en récompense. Et moi je restai le roi. J’en donnais la preuve tous les jours : je leur étais supérieur, c’était moi le vainqueur, pas eux.

Moi

Espériez-vous encore renverser le sort ?

Montezuma

Dans le ciel, parmi les dieux, une bataille avait peut-être lieu. Entre nous, il s’était établi une sorte d’équilibre, comme si le sort était suspendu. Sur nos lacs entourés de jardins brillaient blanches les voiles des brigantins qu’ils avaient construits ; sur les berges, leurs arquebuses tiraient à blanc. Certains jours, un bonheur soudain s’emparait de moi, et je riais jusqu’aux larmes. Et il y avait aussi des jours où je ne faisais que pleurer, au milieu des rires de mes geôliers. N’oubliez pas qu’à la tête des étrangers il y avait une femme, une mexicaine, d’une tribu qui était notre ennemie, mais de la même race que nous. Vous dites : Cortès, Cortès, et vous croyez que Malintzin – doña Marina, comme vous l’appelez – n’était que son interprète. Non, le cerveau, ou du moins la moitié du cerveau de Cortès, c’était elle : elles étaient deux les têtes qui guidaient l’expédition espagnole : le dessein de la Conquête naissait de l’union d’une princesse majestueuse de notre terre et d’un petit homme poilu et pâle. Peut-être les aurions-nous réabsorbés, nous, avec toutes leurs armures, tous leurs chevaux et leurs espingoles, peut-être nous serions-nous approprié leurs pouvoirs extraordinaires, peut-être aurions-nous fait asseoir leurs dieux au banquet de tous nos dieux…

Moi

C’était une illusion, Montezuma, pour ne pas voir les barreaux de votre prison ! Mais, vous saviez, pourtant, qu’il existait une autre voie : résister, vous battre, écraser les Espagnols. C’était la voie choisie par votre neveu, qui avait ourdi une conjuration pour vous libérer… et vous l’avez trahi, vous avez prêté aux Espagnols ce qui vous restait d’autorité pour étouffer la rébellion de votre peuple… Pourtant, Cortès n’avait avec lui, à ce moment-là, que quatre cents hommes, isolés sur un continent inconnu, et, de plus, il était brouillé avec les autorités de son gouvernement d’outre-mer… (…)

Montezuma

Suite à venir…

Je savais que nous n’étions pas égaux, mais comme tu le dis, toi, homme blanc, la différence qui m’arrêtait ne pouvait pas être pesée, ni mesurée… Ce n’était pas comme quand, entre deux tribus du haut plateau – ou bien entre deux nations de votre continent -, l’une veut dominer l’autre, et que ce sont le courage et la force dans le combat qui décident les destinées. Pour se battre avec un ennemi, il faut évoluer dans le même espace que lui, exister dans le même temps. Et nous nous obeservions à partir de dimensions différentes, sans nous effleurer. Quand je le reçus pour la première fois, Cortès, violant toutes les règles sacrées, m’embrassa. Les grands prêtres et les dignitaires de ma cour se couvrirent la face devant le scandale. Mais moi, j’ai l’impression que nos corps ne se sont pas touchés. Non parce que ma charge me plaçait au-delà de tout contact étranger, mais parce que nous appartenions à deux mondes qui ne s’étaient jamais rencontrés et qui ne pouvaient pas se rencontrer.

(…)

Moi

Si vous aviez tué les hommes de Cortès, et je dirai plus – écoute bien ce que je vais dire, Montezuma -, si vous les aviez égorgés l’un après l’autre sur l’autel des sacrifices, eh bien, dans ce cas, j’aurais compris, parce que votre survivance en tant que peuple, en tant que continuité historique, était en jeu…

Montezuma

Vois-tu comme tu te contredis, homme blanc ? Les tuer… Je voulais faire quelque chose de plus important encore : les penser. Si j’étais parvenu à penser les Espagnols, à les faire entrer dans l’ordre de mes pensées, à être sûr de leur véritable essence, dieux ou démons malins, peu importe, ou êtres comme nous soumis aux vouloirs divins ou démoniaques, à en faire, en somme – d’êtres inconcevables qu’ils étaient -, quelque chose sur quoi la pensée pouvait s’arrêter et avoir prise, alors, alors seulement, j’aurais pu m’en faire des alliés ou des ennemis, les reconnaître comme persécuteurs ou comme victimes. (…)

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