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Pourquoi la gauche politique et syndicale n’est pas un rempart ni une alternative face à la montée mondiale de l’extrême droite ?

lundi 21 novembre 2016, par Robert Paris

Pourquoi la gauche politique et syndicale n’est pas un rempart ni une alternative face à la montée mondiale de l’extrême droite ?

Le parti démocrate américain n’a pas empêché la victoire d’un Trump et, même si les « démocrates » font tout ce qu’ils peuvent pour rassurer les opinions publiques, il est clair que l’équipe Trump est d’extrême droite comme l’indique le choix de Brennan comme principal conseiller de la Maison Blanche. En Allemagne aussi, Merkel est incapable d’empêcher la montée de l’extrême droite. En France, Hollande-Valls-Sarkozy, dont les discours et les actes rejoignent de plus en plus l’extrême droite, n’évitent même pas sa montée au travers du lepénisme électoral, et marquent cette dérive à l’extrême droite par des discours anti-Roms, anti-migrants ou anti-musulmans mais aussi anti-syndicaux, bellicistes, guerriers, et même racistes. Hollande lui-même n’a-t-il pas déclaré que l’islam était un problème, laissant entendre que le terrorisme et l’insécurité avaient comme source une seule religion qui serait à la fois plus fanatique, plus terroriste, plus « radicalisée » que les autres… Jusque là, Valls et Sarkozy étaient les seuls à proférer de telles insanités. En somme, la gauche gouvernementale rejoint tout simplement le discours du lepénisme.

La montée d’extrême droite n’est pas seulement politicienne. Elle sort même du cadre des élections.

Aux USA, elle prend la forme non seulement d’un président élu mais aussi de milices fasciste défilant en armes, agressant des noirs ou des migrants mexicains ou brûlant des mosquées, de groupes de forces de police assassinant des noirs, de groupes du Ku Klux Klan qui recrutent massivement…

En France, elle prend la forme de manifestations anti-migrants, de locaux d’accueil de ceux-ci brûlés, d’agressions contre des femmes voilées ou contre des mosquées, de groupes de policiers d’extrême droite qui se mobilisent dans la rue, qui contestent les décisions de justice et le gouvernement, de généraux français qui contestent publiquement la démocratie bourgeoise et en appellent sans se cacher à une dictature militaire, etc. Et aussi au sein de la « manif pour tous », des mouvements anti-avortements, des mouvements politiques intégristes catholiques, etc… La fabrique de militants fascistes en masse a commencé, la préparation des forces de l’ordre à des interventions violentes contre les travailleurs et les milieux populaires aussi. Tout cela au nom de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme. On arrête des jeunes, des syndicalistes, des salariés menacés de licenciements, en utilisant la législation d’exception de l’état d’urgence, comme si les conflits sociaux avaient le moindre rapport avec le terrorisme. Eh bien, oui, il y a un rapport : la classe dirigeante a fait basculer le monde dans la guerre pour faire face à la situation sociale. La guerre, c’est une manière d’interdire les libertés au nom… de la défense de la liberté !!! Hollande l’avait bien remarqué, lui qui regardait avec envie l’ambiance d’unité nationale de la première guerre mondiale lors des commémorations !

En Inde, c’est le chef des bandes armées racistes hindouistes anti-musulmanes, qui avait organisé des progromes et des massacres fascistes, Modi, qui est devenu président du pays et qui a entrepris d’attaquer tous les acquis des travailleurs. Là aussi, l’extrême droite démagogue et violente qui a le vent en poupe.

Comme on le voit la religion hindouiste peut aussi servir de prétexte à propagande fasciste et c’est aussi le cas de la religion catholique comme on l’avait déjà constaté avec les curés blancs du Rwanda, grands organisateurs des massacres du Hutu Power ou dans celui des bandes fascistes antibalakas que l’armée française a soutenu au Centrafrique, cautionnant des assassinats de masse, comme on l’a également constaté en Ukraine avec les bandes fascistes chrétiennes qui ont été soutenues par l’Europe, sous prétexte de faire pièce à la Russie.

La poussée à l’extrême droite est mondiale et ne peut pas simplement être imputée aux circonstances et aux équipes politiciennes nationales et locales. Il y a nécessairement un point commun avec la situation mondiale de l’économie capitaliste qui, en même temps, a connu un effondrement historique jamais connu jusque là : malgré des injections de milliers de milliards de dollars de toutes les banques centrales, les investissements privés ne sont pas repartis et les banques centrales ne peuvent aller beaucoup plus loin dans leurs interventions financières car elles-mêmes menacent de s’effondrer !!!

Si la poussée à l’extrême droite, dont l’élection de Trump n’est qu’un épisode, ne peut pas être contrée, nulle part au monde, par les autres équipes politiques, quelle que soit leur couleur, c’est pour une raison fondamentale et pas conjoncturelle ni politicienne : c’est parce que la poussée à l’extrême droite est la volonté des classes dirigeantes du monde capitaliste, parce qu’elle est nécessaire pour détourner les travailleurs et les peuples du combat de classe, de la révolution sociale, de la lutte contre les trusts et les banques, contre les possesseurs privés du grand capital.

La poussée fasciste a pour but de casser la classe exploitée, en la divisant, en l’affolant, en la trompant, en lui désignant de faux adversaires, en la menaçant à l’aide du terrorisme et du contre-terrorisme tout aussi violent, en lui retirant ses droits démocratiques sous prétexte de guerre au terrorisme…

C’est parce que l’extrême droite est une nécessité pour les classes dirigeantes que l’on retrouve son discours aussi bien dans la bouche d’un Sarkozy que d’un Valls, aussi bien dans celle de Le Pen que de Cazeneuve… Tous ceux qui sont au service des classes dirigeantes sont incapables de se dérober à leur rôle, fût-il en contradiction avec leurs convictions politiques et même avec leurs intérêts personnels politiciens. Voilà pourquoi les courants bourgeois sont aussi impuissants devant la montée de l’extrême droite…

L’extrême droite n’est pas seulement un courant de l’échiquier politicien, c’est une orientation politique de classe lorsque le système capitaliste se retrouve face à des situations de crise qui menacent sa stabilité et son pouvoir.

Il est remarquable, par exemple, que le pays qui était jusqu’à récemment présenté comme le plus dynamique du monde capitaliste, la Chine, le plus industriel, le plus conquérant sur les marchés, le plus gourmand en termes d’énergie, le plus rentable aussi, la classe dirigeante s’estime toujours incapable d’accorder à sa population une simple démocratie bourgeoise et continue à imposer le parti unique, le syndicat unique, le média unique, et refuse toute organisation politique indépendante, tout syndicat indépendant, tout droit à une information indépendante même, tout droit à manifester, à faire grève, à contester au point que ceux qui le font quand même se retrouvent dans le goulag chinois, le laogaï, ou avec une balle dans la tête ! Et tout cela sans que les classes dirigeantes du monde occidental ne voient rien à reprocher à tout cela, estimant que c’est la seule manière d’empêcher la révolution sociale d’exploser comme elle a failli le faire lors de la grande révolte de Tiananmen.

Pas plus que le fascisme de Modi en Inde, que le fascisme des gouvernants soutenus par les USA et l’Europe et qui s’est imposé en tuant des civils au lance-flamme en Ukraine, ou que l’extrême droite qui est venue au pouvoir également au Japon, la dictature féroce imposée à la Chine ne choque le monde capitaliste occidental !

Pas plus que les horreurs des interventions militaires occidentales, que ce soit pour soutenir des bandes armées terroristes ou soi-disant pour les combattre, en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye, au Pakistan ou au Yémen ne choquent aucun responsable de la fameuse « communauté internationale » !!!

Le tournant vers l’extrême droite dans le monde, c’est aussi le tournant vers la guerre mondiale, que ce soit en prétendant combattre les dictatures ou combattre les armées terroristes comme Daesh, ou encore combattre la Russie ou la Chine. Parce qu’entrer en guerre, c’est aussi faire entrer la guerre à l’intérieur des pays : un pays en guerre n’est plus une démocratie, c’est un pays où l’armée et la police font la loi, au nom de l’ « état de guerre » ou de l’ « état d’urgence » !

L’extrême droite fasciste, qu’on l’appelle populisme, démagogie, protectionnisme, xénophobie, nationalisme radical, poussée sécuritaire, racisme, sexisme, anti-migrants, anti-étrangers, intégrisme, bellicisme et autres haines interreligieuses ou intercommunautaires, est un phénomène qui monte dans le monde entier et l’élection de Trump n’a été particulièrement remarquée que parce que là, cela touche le pays le plus puissant du monde. Mais le même type d’élection a déjà eu lieu au Japon, en Inde ou aux Philippines, pour ne citer que ces quelques exemples et l’extrême droite monte partout…

Le message sur la montée présentée comme irrésistible de l’extrême droite est d’autant plus largement diffusé qu’il s’agit de faire croire en une force sociale que l’on ne pourrait pas combattre et de laisser entendre qu’il s’agirait d’un courant populaire et militant, largement soutenu dans les masses. C’est une manière de présenter cette fausse alternative au « peuple qui en assez du système » prêtant ainsi une véritable force sociale à cette extrême droite qui n’en a en fait aucune en propre et aussi de contraindre ceux qui craignent une telle évolution d’être tétanisés par la peur et de se sentir désarmés.

On retrouve là les politiques menées notamment par les classes dirigeantes du monde dans les années 1930 suite à la crise mondiale du capitalisme en 1929 et pour faire face aux montées ouvrières de ces mêmes années notamment en Espagne et en France.

Il s’agit de faire basculer l’opinion populaire et particulièrement la petite bourgeoisie dans le fascisme, en la dressant contre la démocratie bourgeoise et notamment contre les syndicats et la gauche, ou bien de la contraindre à se raccrocher à l’Etat bourgeois, soi-disant pour se sauver du fascisme.

Il y a une raison de fond à la chute de la démocratie bourgeoise et même à son soutien au fascisme : c’est la chute des couches moyennes dans la crise mondiale.

La démocratie bourgeoise n’est possible que lorsque ces couches moyennes sont, bon an mal an, plutôt satisfaites de la société bourgeoise, bien que celle-ci n’aide et ne favorise qu’une minorité, celle du très grand capital, bien moins de 1% de la population. Lorsque ces couches sont contentes ou au moins vivent dans l’espoir de le devenir, la classe dirigeante et son Etat peuvent accorder quelques droits démocratiques à la population, non pas pour prendre les véritables décisions mais pour avoir la possibilité d’être consultées, de se croire libres… Mais, lorsque ces couches sont menacées par la crise du système, lorsqu’elles deviennent exaspérées qu’on sauve les grandes banques et les trusts et qu’on laisse s’écrouler la petite entreprise, il y a alors un danger mortel pour le grand capital : le danger que ces couches moyennes soient entraînées aux côtés de la classe ouvrière contre les banques et les trusts, contre le grand capital. C’est alors qu’intervient la fameuse poussée populiste vers l’extrême droite. C’est encore une manière de faire croire aux couches moyennes que ce serait elles-mêmes qui décideraient et qui mèneraient une lutte « contre le système », langage confus qui vise à lancer ces masses exaspérées ou affolées contre le système démocratique en leur faisant croire qu’elles luttent contre le système capitaliste. On trouve alors des Trump qui se disent « candidat anti-système » alors qu’ils sont des milliardaires ou encore d’autres comme Macron, émanation des banques qui s’affirme candidat anti-système ou enfin Le Pen, elle aussi « antisystème » seulement parce qu’ils combattraient le « système droite-gauche » et bien entendu pas le système d’exploitation qui domine le monde !!!

Pourquoi, d’un seul coup, la classe moyenne mondiale se mettrait-elle à perdre confiance dans le système capitaliste ?

Parce que les travailleurs ne sont pas les seuls à payer les frais de l’effondrement capitaliste ! D’ailleurs, vu la masse de dettes publiques et privées du capitalisme, pressurer la classe ouvrière ne permettrait pas de combler le millième des trous abisssaux ! Même pour simplement retarder la chute inéluctable, il faut au moins y jeter les épargnes des milieux moyens, de la petite bourgeoisie. Et c’est exactement à cela que les gouvernants se préparent presque ouvertement partout dans le monde…

Prenons par exemple la France : elle a annoncé en 2015 que les comptes en banque seraient garantis à hauteur de 100.000€ par compte en banque et a rajouté par une deuxième loi Sapin en 2016 que les assurances-vie avaient une garantie du même type. Et tout cela qu’il s’agisse de la faillite d’un établissement bancaire, d’une assurance ou d’une institution financière ou bien d’une faillite générale. On pourrait croire ainsi que cela démontre le contraire de ce qu’on voulait prouver mais examinons plus précisément ces deux lois de la gauche gouvernementale Hollande-Valls-Sapin…

La loi garantit que les banques devront restituer, jusqu’à un certain seuil, à leurs propriétaires les contenus des comptes en banque et les assurances-vie ? Pas du tout ! Elle affirme au contraire que les banques et autres assurances pourront mettre la main sur la totalité des comptes en banque et des assurances-vie et que c’est l’Etat qui se porte garant de ces sommes de 100.000€ et autres… Mais comment s’en porte-t-il garant en cas de crise financière globale ? Eh bien, il a mis en place des « fonds de garantie »…

Ce sont ces fonds vers lesquels l’épargnant lésé devra se tourner…

Très bien ! Seulement le fond de garantie des comptes en banque est seulement doté de deux milliards d’euros et celui de garantie des assurances-vie n’est pas encore doté d’un centime ! C’est peu en cas de défaillance globale des établissements bancaires et des assurances !

Et pourquoi avoir mis en place ces nouvelles mesures qui donnent droit aux banques et assurances ou établissements financiers à carrément voler les épargnes sinon parce que l’Etat prévoit qu’il n’aura pas les moyens et que les banques centrales n’auront pas les moyens de le faire, contrairement à ce qui s’est passé en 2007-2008 et jusqu’à aujourd’hui…

En somme, les épargnants n’ont plus qu’à raccrrocher leurs espoirs et leurs épargnes dans la confiance dans les engagements gouvernementaux, sachant que les promesses n’engagent que ceux qui y croient…

La petite bourgeoisie, toute la classe moyenne, est donc présentée au grand capital pour être plumée et croquée comme vulgaire volaille au cas où le capital se trouve si affamé qu’il n’y a plus d’autre solution que de la jeter massivement en pâture.

On voit ainsi que le grand capital et ses serviteurs au sommet de l’Etat savent que la situation d’acrobaties financières actuelle ne pourra durer éternellement et elle sait qu’il faudra s’en prendre massivement à la couche sociale qui a toujours fondé la stabilité sociale et politique, la classe moyenne…

D’où la nécessité de jeter le monde dans la violence des guerres, des affrontements interreligieux, interraciaux, interrégionaux, entre les peuples, entre les nations ou les guerres civiles intérieures, d’où la nécessité des leaders populistes démagogues d’extrême droite, d’où la nécessité de se préparer à se passer de la démocratie bourgeoise, puisque son pilier essentiel, la petite bourgeoisie, se prépare à tomber.

Certes, la classe ouvrière n’est pas, pour le moment, consciente des enjeux et encore moins de ses tâches historiques, celles consistant à se préparer à prendre la tête de toutes les couches exploitées, opprimées et volées, des peuples frappés, bombardés, violés, des femmes, des jeunes, des chômeurs, etc. Mais la classe dirigeante sait parfaitement que, dès lors qu’il sera évident que le capitalisme n’a plus d’autre avenir à offrir que le chômage et la misère de masse, que la boue et le sang, le prolétariat renouera avec son action révolutionnaire et pourra alors se porter à la tête de toutes les couches sociales révoltées. C’est pour cela qu’il est intervenu depuis 2008 de manière financière massive afin de retarder l’effondrement économique et préparer des poussées fascistes dans le monde entier, lui permettant de détourner la menace sociale…

Pour construire sa propre organisation, la classe ouvrière devra se rendre indépendante des réformistes qui l’ont menée à l’impasse actuelle, dirigeants politiques comme syndicaux ou associatifs, car ces dirigeants sont liés à la société bourgeoise et à son Etat, à ses lois et à ses règles et sont incapables, même quand cette société coule, de sortir du Titanic et ils peuvent même nous attacher au navire pour qu’on coule avec !!! La gauche de la gauche et l’extrême gauche opportuniste sont trop liés aux réformistes pour nous en détacher et sont donc tout aussi dangereux...

Dans les quelques années qui viennent ce grand combat, qui est pour le moment caché non seulement par les classes dirigeantes mais par les dirigeants réformistes politiques et syndicaux, viendra au grand jour mais le délai, qui aura servi aux classes dirigeantes à préparer des « solutions » comme des bandes fascistes, des groupes terroristes, des régimes brutaux soi-disant sécuritaires, n’aura pas servi à la classe ouvrière du monde pour s’y préparer, pour s’organiser, pour s’unifier, pour se forger un programme, pour se donner confiance dans ses propre perspectives. C’est cela le grand danger de la situation actuelle et tous ceux qui en sont conscients se doivent de diffuser leurs idées et leurs propositions à tous les travailleurs ainsi qu’à tous ceux qui choisissent de militer dans le camp des travailleurs. C’est l’avenir du prolétariat et même celui de l’humanité qui dépendra de cette prise de conscience, de sa rapidité et de cet effort pour reconstruire l’organisation autonome des travailleurs…

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