Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /homepages/36/d206324349/htdocs/site_org1G/config/ecran_securite.php on line 180
Comment la Russie a cessé d’être le pays de la révolution des soviets, premier pas de la révolution mondiale - Matière et Révolution
English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 04 - HISTOIRE CONTEMPORAINE- CONTEMPORARY HISTORY > 000- Le stalinisme ou la révolution trahie > Comment la Russie a cessé d’être le pays de la révolution des soviets, premier (...)

Comment la Russie a cessé d’être le pays de la révolution des soviets, premier pas de la révolution mondiale

mardi 21 août 2018, par Robert Paris

1936-1945 : quand le stalinisme s’est appuyé sur le fascisme, l’impérialisme et la guerre mondiale pour en finir avec l’Etat ouvrier en Russie

La bureaucratie stalinienne a été contrainte d’asseoir sa domination sur un appareil d’Etat qui était issu de la révolution prolétarienne et du pouvoir des soviets. Elle a dû, dans un premier temps, gérer une société dont elle usurpait le pouvoir. Elle n’avait pas conquis ce pouvoir par ces propres forces mais par la double faiblesse des deux vraies forces sociales historiques, le prolétariat et la bourgeoisie capitaliste, aucune des deux n’ayant conservé le pouvoir en Russie.

La bureaucratie russe a pu cacher sa prise de pouvoir par l’affaiblissement du prolétariat russe, isolé par la trahison et l’échec de la révolution soviétique en Europe, par la présence de nombre de bureaucrates, dont bien entendu Staline, dans la direction du parti bolchevik et par la thèse mensongère d’une trahison trotskyste qui a permis d’arrêter et d’assassiner l’immense majorité des anciens dirigeants bolcheviks.

La première étape de la contre-révolution stalinienne a consisté à éliminer une génération entière de révolutionnaires. Les « procès de Moscou » ont été la partie immergée de l’iceberg. Il s’agissait de mettre sur le devant de la scène quelques anciens dirigeants et militants révolutionnaires, ayant reculé et basculé dans l’opportunisme ou choisi de capituler, pensant ainsi, à tort, préserver l’avenir et leur rôle futur pour redresser la politique de l’ancien Etat ouvrier. La réalité de l’élimination des révolutionnaires a concerné mille fois plus de militants que ceux qui ont été mise brutalement sur le devant de la scène parce qu’on a prétendu qu’ils reconnaissaient avoir trahi, avoir assassiné, avoir torpillé l’économie, avoir pactisé avec l’ennemi et mille autres crimes de toutes sortes. En même temps, des milliers d’autres révolutionnaires qui, eux, refusaient toute reconnaissance de leur soi-disant rôle contre-révolutionnaire, ont été d’abord internés, emprisonnés, parqués dans des camps, le tout sans le moindre procès, puis fusillés en masse en quelques jours ou semaines.

Deuxième étape : tout l’appareil d’Etat, à cette occasion, a été transformé, purgé, contraint d’agir violemment contre les révolutionnaires, de renier tout lien avec la révolution prolétarienne. Une quantité de postes au sein du pouvoir a changé de mains. Il n’y a plus eu au sein du pouvoir d’Etat, de haut en bas, que des hommes et des femmes devant leur place à la vague de répression contre les révolutionnaires communistes. En même temps, le type de relations au sein du pouvoir a complètement changé, l’ensemble de l’appareil d’Etat ne fonctionnant plus dans ses relations internes que sur le mode de la terreur : campagnes de dénonciations permanentes, menaces perpétuelles, enquêtes, recherches de coupables, éliminations, etc. Et le parti ex-bolchevik, les soviets, l’Internationale communiste ont suivi le même mouvement. Changement non seulement de personne, changement de politique, changement complet sur le terrain politique et social. L’encadrement a pris le pouvoir sur le cadre, l’Etat « des soviets » sur les soviets, la dictature soi-disant de la classe ouvrière contre celle-ci. La disparition totale de toute démocratie a été un objectif numéro un. L’Etat est devenu un instrument de manipulation de masse de type fasciste avec une mobilisation « populaire » permanente, avec une violente intervention de l’Etat, avec l’utilisation d’organisations de masse pour terroriser les masses.

La troisième étape a consisté en une manipulation de masse des travailleurs, toujours au nom de la lutte contre le terrorisme, le sabotage, la trahison « trotskistes ». Tous ceux qui résistaient à l’accroissement de l’oppression, de l’exploitation, de la terreur contre la classe ouvrière ont été moralement et physiquement détruits, l’ensemble de la classe ouvrière étant contrainte de clamer son soutien à cette politique terroriste anti-ouvrière.

L’intitulé de ce massacre et de cette politique de terreur a été la « lutte contre le trotskisme allié du fascisme ». Cette campagne s’est en fait achevée par l’alliance du stalinisme et du fascisme allemand, sous prétexte de « lutte contre l’impérialisme occidental ». Le stalinisme a prétendu que cette politique d’alliance avec Hitler, tournant à 180° de la politique d’alliance avec les impérialistes européens dits démocratiques soi-disant contre Hitler, visait à diviser les impérialismes pour sauver la Russie en même temps que la paix dans le monde, visait à rompre l’isolement de la Russie révolutionnaire, et prétendait succéder ainsi à la politique révolutionnaire de Lénine pendant la guerre mondiale, qui opposait entre eux les impérialismes.

Mais en fait toutes ces alliances signifiaient d’abord et avant tout que la bureaucratie et l’impérialisme avaient un point commun très fort : la peur et la haine de la reprise de l’action révolutionnaire du prolétariat, en Russie comme dans le reste du monde. Telle était la base de l’accord de Staline et des chefs impérialistes. La bureaucratie craignait la reprise de la révolution, autant sinon plus que l’impérialisme capitaliste lui-même, le prolétariat russe étant encore tout près de sa révolution, en gardant la mémoire et ses forces révolutionnaires étant encore potentiellement

Le but principal de la bureaucratie russe était de ce point de vue identique à celui de la dictature fasciste allemande : éradiquer la révolution prolétarienne en Europe, que ce soit en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, etc., et bien entendu en Russie.

Staline en était tellement persuadé qu’il n’imaginait absolument pas qu’Hitler choisirait de lui faire la guerre !!! C’est au point que, dans sa hâte à se débarrasser de la vieille génération révolutionnaire, il a également éliminé les chefs de l’armée russe, décapitant ainsi celle-ci à la veille même de la guerre. Quand la guerre de l’Allemagne contre la Russie sera déclenchée, l’armée russe sera emportée comme un fétu de paille, Staline terré dans sa datcha et persuadé que la direction de l’Etat russe le condamnera pour ce crime !

Mais, bien avant ce tournant, Staline était, la main dans la main avec les fascistes allemands, à organiser les troupes génocidaires dans une Pologne divisée entre les deux pouvoirs fascistes, le russe et l’allemand… Des deux côtés de la frontière, la même terreur fasciste, les mêmes massacres de masse des Juifs, les mêmes exactions impressionnantes… Portées par la même peur qui provenait de la dernière vague révolutionnaire en Europe, celle de 1917-1923…

Le parallèle Staline-Hitler n’est nullement fortuit. Il provient fondamentalement de la haine du prolétariat révolutionnaire, commune à la bureaucratie et à l’impérialisme.

Les staliniens ont trahi la révolution prolétarienne allemande, en interdisant toute action unie du prolétariat contre les nazis, alors qu’en janvier 1933, la bataille n’étant encore pas perdue. Ils se sont bien gardés d’appeler à la révolution prolétarienne en Autriche contre le fascisme. Ils se sont bien gardés de soutenir la révolution prolétarienne en France et en Espagne dans les années 1936 et suivantes. Au contraire, les staliniens ont fait rentrer la classe ouvrière dans le rang en France en 1936 et brisé la révolution prolétarienne en Espagne, la plus grande révolution prolétarienne auto-organisée de l’Histoire, avant de la livrer à Franco !!!

Oui ! La principale force contre-révolutionnaire en Europe à cette époque était bel et bien le stalinisme !!!!

Et les staliniens n’étaient encore pas capables d’en finir radicalement avec l’Etat ouvrier russe, même s’ils avaient détourné toute l’organisation soviétique, transformée de pouvoir aux travailleurs en courroie de transmission de la bureaucratie dans la classe ouvrière.

En 1936, Staline lance la « nouvelle constitution » qui proclame que les classes sociales n’existent plus en Russie, première étape de l’affirmation qu’il n’y a plus de pouvoir du prolétariat, mais directement le socialisme, fût-il « à pas de tortue » !!!

En même temps, les procès de Moscou ont détruit moralement l’image de la génération de révolutionnaires bolcheviks aux yeux des masses, quelques dirigeants s’autoflagellants dans les grands procès de Moscou servant à ce discrédit. Bien entendu, l’immense majorité des anciens dirigeants révolutionnaires n’a jamais accepté de signer des aveux et n’est pas passée dans des procès publics, finissant assassinée en masse dans les camps de concentration.

Bien entendu, la bourgeoisie mondiale avait parfaitement conscience du rôle positif, pour elle, du tournant stalinien, et elle diffusait consciencieusement les mensonges grossiers des « procès de Moscou » !!!

Mais encore fallait-il bâtir un nouvel Etat, sur de nouvelles bases, nationales et donc bourgeoises, contre l’internationalisme prolétarien et cela a été le rôle de Staline pendant la guerre aux côtés des impérialismes occidentaux.

En laissant l’armée allemande occuper une grande partie de la Russie, Staline l’a aussi laissé finir de massacrer l’ancienne direction révolutionnaire, comme en Ukraine. La guerre et les prétendues trahisons de Russes face à l’ennemi a servi à couvrir les autres massacres de révolutionnaires bolcheviks.

Mais surtout la guerre a permis de former une nouvelle force armée, plus du tout révolutionnaire, plus de tout internationaliste, plus du tout l’armée rouge de Trotsky. C’est dans les massacres fascistes de Pologne, aux côtés de l’Allemagne nazie, que cette nouvelle armée bourgeoise russe a commencé de s’organiser et elle a continué dans la guerre contre l’Allemagne et aux côtés des impérialismes occidentaux.

C’est l’immense bain de sang de la deuxième guerre mondiale en Russie qui a permis ce changement radical. La transformation brutale de la Russie des soviets en Russie nationale bourgeoise n’a pas été une transformation graduelle et économique mais un changement d’abord militaire, politique, guerrier, un vrai massacre. C’est dans le sang que l’on a fait rentrer le prolétariat russe dans le rang. Et on lui a ainsi imposé une nouvelle image de la Russie : celle de la nation, celle du sacrifice guerrier, celle du « camp de la démocratie », du « camp de la paix », du « camp antifasciste ». Pensez donc, le stalinisme pour la démocratie, pour la paix, contre le fascisme !!!!

Mais pour en finir avec la vague révolutionnaire internationale débutée en 1917, certainement !!! C’est pour cela que Staline a pu bénéficier de toute l’aide financière et militaire des impérialismes et pas pour battre Hitler.

Le véritable ennemi commun des impérialismes et de la bureaucratie, celui qu’elles ont battu dans la deuxième guerre mondiale, c’est le prolétariat révolutionnaire !!!

On peut se demander, puisque l’Etat stalinien est devenu bourgeois au cours de la guerre, comment se fait-il qu’il n’ait pas choisi de réintégrer directement le giron capitaliste, rétablissant officiellement la propriété privée et supprimant la dictature officielle des soviets et du parti prétendument communiste.

Eh bien, ce n’est pas la bureaucratie russe qui n’a pas voulu, c’est l’impérialisme qui a choisi de conserver et même de cultiver l’opposition Est-Ouest pour mettre ainsi tout le mouvement ouvrier mondial sous la coupe de cette opposition : ou vous soutenez la dictature russe ou vous soutenez le « monde libre » ! Ce choix est d’abord motivé par la nécessité de lutter contre les révolutions sociale, notamment dans le tiers monde en proie aux luttes nationalistes, en vue d’éviter qu’elles ne basculent dans la révolution prolétarienne.

A l’époque de Gorbatchev, c’est encore l’impérialisme qui a changé d’avis et estimé que le maintien artificiel de la séparation Est-Ouest devenait, au contraire, une cause de déstabilisation sociale mondiale, vus les mouvements ouvriers radicaux qui montaient dans les pays de l’Est.

Du coup, l’URSS a maintenu l’apparence de la propriété nationalisée mais ce n’était pas celle qui avait été socialisée sous Lénine et Trotsky. Celle-là avait été complètement détruite par la guerre civile et par la guerre mondiale. La nouvelle propriété industrielle de l’URSS s’était construite pendant la guerre et avec l’aide massive de l’impérialisme. Elle était bourgeoise, même sous propriété nationalisée, comme l’est l’essentiel de l’économie chinoise actuelle.

La suite

Lire aussi

Lire encore

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0