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Sous Louis XIII et Louis XIV, les insurrections populaires contre les impôts et la misère - Matière et Révolution
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Sous Louis XIII et Louis XIV, les insurrections populaires contre les impôts et la misère

dimanche 3 novembre 2019, par Robert Paris

Sous Louis XIII et Louis XIV, les insurrections populaires contre les impôts et la misère

Chronologie des révoltes en France

Acte d’accusation du roi Louis XIV

Révolte du papier timbré dans l’Ouest de la France

La révolte des nu-pieds

Troubles et révoltes populaires en France au XVIe-XVIIe siècles

Croquants et nu-pieds, les soulèvements paysans en France du XVIe au XVIIe siècle

Histoire des croquants

Cahiers des Etats de Normandie sous Louis XIII et Louis XIV

La mémoire des croquants

Jacquou le croquant

Jacquerie des croquants

Les révoltes paysannes en Aquitaine

Etienne Marcel et la révolte paysanne

Louis XIII est roi de 1610 à 1643. Louis XIV est roi de 1643 à 1715. Bien avant ces deux rois, les révoltes anti-impôts et contre la misère n’ont pas manqué : Révolution d’Etienne Marcel (1356), Grande Jacquerie (1358), Révolte des Maillotins (1382-1383), la Mutemaque de Reims révolte anti-fiscale avec destruction des registres (1461), révolte de la ville du Puy (1477), Les paysans d’Albret fuient dans les bois pour échapper à l’impôt (1477), Mouvement dit le « populaire » d’Agen (1481), Révolte contre la gabelle (1542-1548), 1548 : Jacquerie des Pitauds, en Bordelais, Jacquerie des gautiers en Normandie (1579), Révolte à Paris (1588), Soulèvement des Tard-Avisés en Limousin et Périgord (1593-1599), etc.

Le règne de Louis XIII est marqué par des révoltes paysannes anti-fiscales, notamment celles des Croquants et des Nu-Pieds. Richelieu et Louis XIII ont fait donner l’armée contre les révoltés et en 1641 celle-ci a fait un vrai massacre, les soldats tuant en masse les paysans, violant les femmes, torturant les enfants et brûlant ls récoltes et même les églises ! Richelieu avait déclaré du chef de cette armée de répression : « Un tel homme ne pouvait donner plus de satisfaction au roi ».

Il faut dire que l’Etat avait cruellement besoin d’argent et était prêt à en trouver à tout prix pour la population :

« La réduction de La Rochelle coûta 40 millions ; les subsides fournis aux Hollandais, aux Suédois, au landgrave de Hesse, à Mansfeld, au duc de Weimar, à la Savoie, à toutes les puissances qui servirent à abaisser la maison d’Autriche, coûtèrent davantage. La dépense de chaque année de la période française de la guerre de trente ans s’éleva à 60 millions, somme énorme pour le temps ; « et ces charges furent supportées sans prendre sur les gages des officiers, sans toucher au revenu des particuliers, sans demander aucune aliénation de fonds du clergé : tous moyens extraordinaires auxquels les prédécesseurs de Louis XIII avaient recouru aux moindres guerres. » Pour faire face à ces dépenses, il fut obligé de recourir à l’augmentation des impôts, à la création de nouveaux offices et à un emprunt de 40 millions. » Source : Histoire de France sous Louis XIII de M. Bazin

Des impôts sur tout et le peuple est las de payer

Petite chronologie :

1624 : Croquants du Quercy

1630 : Lanturlus de Bourgogne

1637 : Révolte des Croquants

1635-37 Jacqueries dite des Jacquou le croquant » qui débutent en Guyenne puis en Angoumois et Périgord

1639 : Nu-pieds de Normandie

1648 : révolution dite de « la fronde » en France jusqu’en 1653

La Fronde, c’est une révolte contre l’impôt

Il est difficile de résumer la Fronde en quelques mots, tant ces cinq années furent riches de rebondissements et de retournements de situation. Il s’agit d’une authentique révolte fiscale, émanant non pas du peuple ou des paysans, comme les jacqueries ou les émotions populaires qui parcourent les campagnes tout au long de l’époque moderne, mais venant des élites : noblesse de robe et d’épée. C’est une révolte des parlements, ces hommes de loi chargés d’enregistrer les édits. La Fronde a échoué, de peu.

En 1648, le Parlement de Paris s’oppose aux impôts que veut lever par Mazarin et un pouvoir de légiférer en matière d’impôt. La Journée des barricades contraint la régente et le roi à s’installer à Rueil-Malmaison. Si la Cour revient assez vite dans la capitale, les exigences des parlementaires, appuyés par le très populaire Jean-François Paul de Gondi, obligent Mazarin à envisager un coup de force. En pleine nuit début 1649, la régente et la cour quittent la capitale dans le but de l’assiéger et de la remettre à obéissance. L’affaire se complique quand des personnalités de la haute noblesse apportent leur soutien à la fronde : le prince de Conti, frère de Condé, Beaufort, petit-fils d’Henri IV et quelques autres veulent renverser Mazarin. Si, après quelques mois de siège conduit par Condé, un accord de paix (Paix de Rueil) est trouvé qui voit le triomphe du Parlement de Paris et des généraux mais qui constitue une déception pour la Cour et pour le peuple. De sorte que plus que d’une paix il s’agit d’une trêve23.

Révolte des Camisards

A partir du règne personnel de Louis XIV, toutefois, les séditions de ce type, telle la révolte des Lustucrus dans le Boulonnais (1662) Révolte du Vivarais (1670), Révolte de Bordeaux (1675) ou celle du Papier timbré en Bretagne, dite des Bonnets rouges (1675), sont réprimées sans pitié.

Le mouvement des « bonnets rouges », ou « révolte du papier timbré », a enflammé la Bretagne durant le règne de Louis XIV. Les insurgés, des paysans mais aussi des artisans, souhaitaient protester contre des nouvelles taxes imposées pour financer la guerre en Hollande, notamment la taxe sur le « papier timbré », servant aux actes officiels. Clochers rasés, rebelles condamnés aux galères et paysans pendus : cette fronde à tendance anti-jacobine s’est terminée comme beaucoup dans le sang.

Les émeutes sous Louis XIV

Les révoltes populaires sous l’Ancien Régime XVIe-XVIIIe siècles

Voltaire sur la Fronde dans « Le Siècle de Louis XIV

En France, les événements de la Fronde eurent pour origine des révoltes paysannes contre les impôts nouveaux établis pour payer les dépenses de guerre et les emplois distribués par la royauté aux derniers féodaux résignés à devenir courtisans. Déjà, Henri IV avait payé d’une centaine de millions la soumission des chefs militaires qui auraient pu empêcher son avènement au trône. Ce « père du peuple » qui, suivant nos Plutarque, voulait que chaque paysan mît la poule au pot tous les dimanches, avait abusé, sans aucun ménagement, des tailles et de la gabelle. On vit, sous Henri IV et Louis XIII, les révoltes des Croquants, paysans du Périgord, du Limousin, du Quercy, puis, en 1639, celle des Va-nu-pieds, ouvriers et gens de métiers de Normandie. L’administration de Mazarin aggravant encore les charges populaires par toutes ses déprédations, la protestation populaire devint plus générale et fut soutenue par le Parlement, d’émanation bourgeoise. La Fronde éclata. Elle fut la guerre des appétits de cour et des intrigues des féodaux non encore entièrement domestiqués qui se battirent alternativement, mais toujours patriotiquement et glorieusement, pour et contre la France, jusqu’au jour où ils se virent suffisamment pourvus de ses dépouilles. Cela dura cinq ans, après quoi princes, bourgeois et Parlement permirent à Louis XIV de dire : « L’État, c’est moi ! » sur le dos du peuple. Celui-ci resta le dindon de la farce et paya de plus en plus la prétendue gloire du « Grand Siècle », un des plus calamiteux de ceux que la France ait connus. Le peuple des campagnes, réduit à l’état de bête de somme et de vache à lait, allait encore, pendant quatre-vingts ans, étouffer dans sa poitrine cette révolte qui le ferait un jour mettre le feu aux châteaux. La révocation de l’Édit de Nantes et les persécutions religieuses accompagnées des dragonnades déterminèrent, sous le « grand roi », la dernière insurrection paysanne, celle des Camisards, soulevés dans les Cévennes au double cri de : « Plus d’impôts ! Liberté de conscience ! »

Source

Les Etats de Bretagne : La Révolte du papier timbré

« Il s’éleva quelques séditions en Bretagne et en Guienne à cause des impôts que ces provinces, naturellement mutines ou plus jalouses de leur liberté que les autres, ne pouvaient souffrir ; mais ce n’était plus le temps de la minorité, et le roi qui était sur le trôné savait trop bien se faire obéir pour souffrir que ses sujets osassent s’opposer à ses édits dans le temps qu’il donnait la loi à ses ennemis. les plus coupables furent punis, et ceux qui furent épargnés rentrèrent dans le devoir [2]. » C’est ainsi qu’un historien contemporain, dont les termes ont été presque invariablement reproduits par la plupart de ceux qui l’ont suivi, par le des résistances qui mirent sous Louis XIV la capitale de la Guienne au pouvoir d’une insurrection et provoquèrent pour celle de la Bretagne des rigueurs que l’Europe ne connaissait plus. Les historiens du XVIIe siècle font disparaître la nation devant le prince à ce point qu’elle semble dans leurs récits se montrer impassible dans toutes les fortunes et devant toutes les résolutions du pouvoir. On dirait qu’elle n’intervient dans le drame que pour apporter à heure fixe le tribut obligé de son or et de son sang. Rien n’est cependant moins conforme à la vérité, car, dans les temps même où la royauté semble posséder la plénitude de son prestige, les résistances furent fréquentes et plus d’une fois scellées par le sang. La guerre des camisards ne fut pas la première protestation qu’eût suscitée la violation du droit au sein de cette société appauvrie et décimée. Rétablir la vérité sur ce point-là, c’est relever l’honneur du pays, puisqu’il est moins humiliant d’être vaincu par le despotisme que de s’y résigner sans lutte.

Plus de trente années avant qu’un garçon boulanger eût détruit une armée française dans les Cévennes, un autre partisan avait dirigé dans les landes de la Gascogne un soulèvement provoqué par l’introduction de la gabelle dans ces contrées. Maître un moment de plusieurs villes importantes, un vieux soldat du nom de Audijos, à la tête de plusieurs milliers d’insurgés, tint deux ans la campagne, malgré les forces imposantes envoyées pour le réduire. Les sympathies universelles des populations protégèrent Audijos contre toutes les poursuites, quoique bon nombre des siens fussent journellement roués ou pendus à Dax, à Tartas, à Saint-Sever. Dans l’impossibilité de faire tomber sa tête, le gouvernement estima habile d’offrir à ce chef intrépide, comme il dut le faire plus tard pour Jean Cavalier, des lettres d’abolition avec un emploi hors du royaume [3]. Deux années auparavant, le comté de Boulogne s’était trouvé en feu par suite d’une taxe de 40,000 livres imposée en dépit des privilèges reconnus aux Boulonnais. « C’était une très petite somme, nous dit Louis XIV lui-même dans ses mémoires, et je la leur imposai seulement pour leur faire connaître que j’en avais le pouvoir et le droit. » Le roi ajoute que, des rassemblemens armés s’étant formés en plusieurs lieux, il dut envoyer des troupes pour réprimer l’insurrection ; il fit ensuite condamner à mort et envoyer aux galères ceux qui furent pris les armes à la main, « croyant devoir en cette circonstance, ajoute le monarque dans ses conseils à son fils, suivre ma raison plutôt que mon inclination [4]. » Il dut en effet en coûter beaucoup au cœur du prince, car cette révolte, secrètement fomentée par la noblesse, comme nous l’apprend Louis XIV, fut réprimée avec une rigueur terrible. Un document de l’existence duquel on douterait, s’il n’avait une date certaine, prescrivit avant toute information judiciaire à un maître des requêtes envoyé sur les lieux de punir au moins douze cents personnes, chiffre minimum, et de choisir les prisonniers parmi les hommes les plus valides, de manière qu’ils pussent faire un service utile sur les galères de sa majesté, négligées par le cardinal Mazarin durant son administration, et que M. Colbert aspirait alors à renforcer par un personnel vigoureux [5].

Un écrivain dont les travaux ont concouru à éclairer les côtés les moins connus de ce règne ne pouvait omettre les émeutes provoquées dans la plupart des provinces du royaume par les disettes fréquentes et les impitoyables exigences du fisc. M. Pierre Clément a tracé une sorte de tableau synoptique de ces insurrections si bien étranglées par la corde que l’histoire en a perdu jusqu’à la trace. Il a retrouvé cette trace douloureuse dans le Boulonnais, dans le. Quercy, en Périgord, en Normandie, en Languedoc, partout enfin où s’exerça cette domination d’autant plus inflexible qu’elle avait la croyance et jusqu’au fanatisme de son droit [6]. Grâce à ces récens travaux, grâce surtout à la correspondance administrative dépouillée par M. Depping, le public a connu la gravité de cette insurrection de Guienne qui mit au pouvoir du peuple l’une des plus grandes villes du royaume, et fut assez forte pour contraindre le parlement de Bordeaux à amnistier la révolte. La popularité acquise aux lettres de Mme de Sévigné a fait que l’on connaît un peu mieux l’importance de l’insurrection bretonne, laquelle éclata en même temps que l’insurrection bordelaise et pour les mêmes motifs ; mais, en dehors des agitations populaires et de leurs sanglantes répressions, la révolte du papier timbré se présente en Bretagne avec un caractère tout particulier. L’application d’édits dont la province venait de se libérer à prix d’argent constitue une violation tellement éclatante des principes de la morale publique, et cette violation fut précédée d’un oubli si révoltant d’engagemens sacrés, qu’un particulier qui se conduirait vis-à-vis d’un autre comme le gouvernement français se conduisit alors vis-à-vis des Bretons serait pour toujours retranché de la société des honnêtes gens.

La Bretagne, qui durant les troubles de la fronde venait de prodiguer à la cause royale les gages les plus précieux de son dévouement, fut traitée comme une province conquise à l’instant même où sa population avait les armes à la main pour protéger contre L’ennemi extérieur l’intégrité du territoire national. Personne n’ignore que la guerre intentée par Louis XIV à la Hollande provoqua les plus chaudes alarmes, de 1672 à 1675, dans les provinces maritimes du royaume. Deux flottes formidables commandées par les plus grands hommes de mer du temps menacèrent plusieurs fois les côtes de la Manche, et l’anxiété publique était d’autant plus naturelle que ces côtes n’étaient point fortifiées, et que les armées françaises se trouvaient alors engagées tout entières en Allemagne. La population bretonne suffit seule à la défense de son double littoral. Jour et nuit en observation, elle ne quittait la bêche du terrassier que pour saisir le mousquet du garde-côte. Lorsque le chevalier de Rohan, abusant de la bonhomie des Hollandais pour leur escroquer de l’argent, leur promit de les introduire en Normandie, ce Catilina de ruelles respecta trop sa patrie pour mêler le nom de la Bretagne à des trames dignes d’aller se dénouer en police correctionnelle. Rien de plus patriotique que l’attitude de la péninsule durant cette crise. Attaquée par des forces considérables, Belle-Ile fut sauvée par l’élan de la population rurale et de la noblesse, et, au moment où allait commencer à Rennes la révolte, ce drame s’ouvrait à l’autre extrémité de la péninsule par un prologue d’un caractère antique. Depuis plusieurs semaines, des milliers de paysans des diocèses de Cornouailles et de Tréguier étaient accourus à Brest, et travaillaient avec ardeur à protéger la ville et son port par des terrassemens qui en formaient, à bien dire, la seule défense. Le duc de Chaulnes venait de partir pour la côte sud en emmenant la garnison lorsque, dans les derniers jours de juin 1674, la flotte de Tromp se déploya tout entière en vue de Brest, paraissant se disposer à la fois à forcer le goulet et à opérer un débarquement. Les moyens de défense étaient à peu près nuls, mais l’on était résolu à mourir en vendant chèrement sa vie. L’évêque de Tréguier réunit sur la place publique toute la population, et, après avoir donné au peuple l’absolution générale, il l’envoya, la conscience libre et le cœur joyeux, garnir les remparts, dont une soudaine tempête éloigna bientôt après l’ennemi en dispersant la flotte hollandaise dans des passes périlleuses.

Cette heure était mal choisie pour mettre en vigueur par de simples arrêts du conseil des édits dont la Bretagne s’était rédimée six mois auparavant, et dont elle avait célébré le retrait aux cris mille fois répétés de vive le roi ! Ni le duc de Chaumes, ni M. de Lavardin, ni M. Boucherat, ni Colbert, n’ignoraient qu’en votant en dehors du don gratuit un subside extraordinaire de deux millions l’assemblée close au mois de janvier 1674 avait entendu attacher à ce vote une condition formelle, l’abandon de tous les impôts contre lesquels protestaient alors le parlement et les états. Aucun doute n’était possible sur ce point en présence d’une délibération prise quelques jours auparavant, et dont le texte a trop d’importance pour n’être pas reproduit. « Les états, outre le don gratuit, ont offert au roi deux millions pour la suppression de la chambre royale du domaine établie à Rennes, de l’arrêt du conseil qui défend au parlement la communication aux états, de la recherche des justices seigneuriales et amendes pour icelles, — pour le retrait de l’édit des francs-fiefs et nouveaux acquêts, celui du sceau, celui de la nouvelle création d’officiers, les taxes sur les notaires, procureurs, huissiers et sergens, l’édit d’érection du greffe des arbitrages, des banquiers expéditionnaires en cour de Rome, des arts et métiers en communautés, du greffe des enregistremens, des hypothèques, du papier timbré, l’arrêt pour les îles, îlots, bacs, péages et pêcheries, la recherche des fruits de malefoi, ladite somme de deux millions payable à condition et non autrement qu’avant le premier paiement sa majesté enverra une déclaration portant suppression de tous ces édits et arrêts, et que, dans le moment qu’on en rétablira quelques-uns, le trésorier des états cessera de payer [7]. »

Jamais rédaction plus catégorique ne fut imaginée pour prévenir la mauvaise foi. On peut donc comprendre la surprise indignée de la Bretagne quand elle vit des arrêts du conseil et de simples décisions ministérielles mettre en vigueur la plupart des édits, malgré la délibération solennelle des états [8] et les refus de vérification que leur opposait le parlement de Rennes. Qu’on se figure la colère du peuple lorsqu’à tant de prescriptions ruineuses pour les diverses classes de la société vint se joindre, comme une insulte à l’assemblée à peine séparée, l’impôt nouveau qui assujettissait à la marque toute la vaisselle d’étain [9], et quand les traitans commencèrent la perception des droits sur le papier timbré et sur le tabac ! La culture de cette plante, libre jusqu’alors, se trouva tout à coup restreinte à quelques localités ; la vente en fut abandonnée pour une somme annuelle de 500,000 livres à des fermiers qui en rehaussèrent immédiatement le prix, au désespoir de la population rurale, pour laquelle le tabac était devenu un besoin impérieux. L’émotion publique grandit chaque jour par l’effet même des mesures prises pour assurer la sécurité de la perception.

A Rennes commença le mouvement qui, dans les premiers mois de 1675, s’étendit par toute la péninsule. Les marchands de tabac et ceux de vaisselle d’étain, obligés d’élever des prix dont le maintien aurait amené leur ruine, rencontrant dans le peuple des dispositions fort menaçantes, s’adressèrent au premier président du parlement, qui avait fait aux édits une opposition constante. Alarmé d’une agitation depuis longtemps prévue et annoncée, M. d’Argouges promit décrire à la cour pour exposer l’état des choses, en exprimant l’espoir que les vœux de la population ne tarderaient pas à être exaucés. Soit que la réponse du premier président fût équivoque, soit qu’on affectât de la croire telle, ses paroles furent interprétées comme une promesse donnée au nom du gouvernement de rétablir bientôt les choses et les prix sur l’ancien pied. La foule, excitée par cette espérance, se rua donc sur les bureaux institués pour le débit du tabac, la vente du papier timbré et le poinçonnage de la vaisselle d’étain. Durant cette agression, deux hommes furent tués par les préposés du timbre, et leur mort exaspéra la multitude qui, se portant au domicile des maltôtiers, brûla les registres et finit par envahir les maisons et par les saccager. Ces violences imprimèrent bientôt à l’émeute un caractère plus redoutable, et les hôtels de tous les capitalistes auxquels on supposait quelque intérêt dans les fermes furent menacés de pillage et d’incendie : situation d’autant plus grave qu’aucune autorité, hors celle du parlement, ne se rencontrait alors à Rennes. Le gouverneur de la province était à Versailles ; M. de Lavardin, lieutenant-général de la Haute-Bretagne, était à Nantes, où les appréhensions n’étaient pas moins vives ; enfin le marquis de Coëtlogon, gouverneur de la ville, se trouvant absent, avait délégué ses pouvoirs à son fils, jeune homme plein de courage, mais dénué de toute influence personnelle.

Les moyens de défense militaire étaient nuls, l’un des plus chers privilèges de la ville de Rennes étant de ne pas recevoir de garnison, et le service de sûreté se trouvant confié aux compagnies bourgeoises, qui portaient le nom de cinquantaines. Ce fut à la bourgeoisie organisée, ce fut surtout à la noblesse, toujours armée et toujours prête à combattre, que le jeune gouverneur en survivance dut adresser un chaleureux appel. L’une et l’autre y répondirent avec un dévouement égal. Au moment où l’émeute menaçait de se porter aux dernières extrémités, quelques compagnies de milice soutenues par de nombreux gentilshommes engagèrent contre elle une lutte assez meurtrière, mais où elles ne tardèrent pas à demeurer victorieuses. L’insurrection une fois refoulée dans les faubourgs, les portes de la ville furent fermées, et l’ordre parut une première fois rétabli ; mais les troubles recommencèrent promptement, et la sédition, associant aux griefs populaires d’invincibles antipathies religieuses, se jeta, aux abords de la ville, sur le temple consacré au culte protestant, auquel appartenaient plusieurs des employés des fermes [10]. L’édifice fut brûlé avant l’arrivée de deux cents gentilshommes accourus l’épée à la main pour écarter les incendiaires. Ce fut à la lueur des flammes que le marquis de Lavardin, parti de Nantes au premier bruit des événemens, entra dans Rennes et prit jusqu’au retour du duc de Chaulnes la direction des mesures défensives. Le gouverneur ne tarda pas à le joindre.

Après la clôture comme pendant la durée des états, M. le duc de Chaulnes avait fait près du contrôleur-général, pour obtenir ou le rapport ou la modification des édits, des efforts dont sa correspondance constate la persistance et l’inutilité. Sans croire que M. de Chaulnes ait jamais inspiré l’adoration que Saint-Simon attribue à la Bretagne pour son gouverneur, il y a tout lieu de penser que jusqu’à la crise de 1675 il n’y comptait pas d’ennemis. Il y avait déployé la sagacité d’un esprit mûri par les grandes affaires diplomatiques et cette magnificence tant célébrée par Saint-Simon et par Mme de Sévigné, magnificence que rendaient d’ailleurs facile les immenses profits de son gouvernement durant la guerre maritime [11]. Si l’ami de Mme de Sévigné fut plus tard considéré par toute la population bretonne comme un ennemi public, ce qu’ignora toujours Saint-Simon, qui prenait ses renseignemens à Versailles, ce changement s’explique par l’exaspération que provoquèrent chez M. de Chaulnes les insultes populaires, tristes conséquences de la répression dont il fut l’instrument. Les rigueurs impitoyables exercées par un homme naturellement modéré furent la suite de la funeste condition imposée aux agens de tous les pouvoirs absolus, accoutumés à mesurer le zèle de leurs serviteurs à la promptitude avec laquelle ceux-ci sont obéis.

Arrivé le 2 mai 1675 à Rennes, où il fixa depuis cette époque sa résidence, le gouverneur de la province fut accueilli avec empressement par toute la bourgeoisie, car, si celle-ci se montrait fort opposée aux édits, elle était aussi fort alarmée des conséquences d’une insurrection toute prête à renaître. Reçu le lendemain à l’hôtel de ville avec les honneurs d’usage, M. de Chaulnes se montra d’autant plus résolu à faire strictement exécuter les ordres du roi, qu’il avait à faire oublier aux ministres ses efforts récens pour en obtenir la modification. Rien n’était en effet plus dangereux pour un courtisan de profession que d’avoir eu raison contre un gouvernement qui ne doutait pas plus de sa sagesse que de son droit ; mais pendant que le gouverneur se préparait à rétablir les bureaux saccagés, les nouvelles les plus sinistres lui arrivaient de tous les points de la province. L’émeute venait d’obtenir à Nantes une sorte de victoire d’un effet périlleux. La femme d’un menuisier, dont les cris avaient attroupé le peuple, fut arrêtée par la garde du gouverneur de la ville, et son emprisonnement mit sur pied toute la populace des faubourgs. La mise en liberté de la Veillone fut réclamée avec des menaces terribles, et la fureur des insurgés devint tellement aveugle que, M. de la Beaume, évêque de Nantes, s’étant jeté au milieu d’eux dans la vaine espérance de les calmer, leur première pensée fut de sauver la vie de la prisonnière en menaçant celle du courageux pasteur. Le peuple l’enferma dans une église en faisant savoir au baron de Molac, gouverneur de la ville, que la vie de l’évêque dépendrait du sort réservé à la Veillone, et qu’il serait pendu, si elle l’était elle-même. Il est douteux qu’une population profondément religieuse se fût jamais résolue à accomplir cette menace ; cependant le péril du prélat parut assez grave pour que M. de Molac se décidât à délivrer la Veillone en faisant porter au peuple par cette femme des paroles de conciliation qui furent accueillies aux cris de vive le roi sans édits ! La nouvelle de ces événemens arrivait à Versailles au moment où l’on apprenait que l’insurrection de Guienne avait contraint le parlement de Bordeaux de pactiser avec elle en infligeant à la royauté l’échec le plus grave qu’elle eût essuyé depuis la fronde. Aussi la conduite de M. de Molac provoqua-t-elle à la cour la plus vive indignation. Suspendu de ses fonctions, il dut en remettre immédiatement l’exercice au marquis de Lavardin, envoyé par le duc de Chaulnes à Nantes avec quelques troupes pour y présider à la punition des coupables et rendre à l’autorité dans cette grande ville le prestige qu’elle avait perdu.

Cependant le feu de la révolte gagnait toutes les parties de la Bretagne. A Lamballe, à Vannes, à Montfort, la sédition éclatait simultanément, et les paysans refusaient d’acquitter toute espèce d’impôt. Une bande d’employés du tabac était massacrée près de Dinan, dans la forêt de la Hunaudaye. A Guingamp, les bourgeois, placés entre la crainte que leur inspiraient les émeutiers et la terreur non moins vive causée par la prochaine arrivée des troupes, attaquaient bravement l’émeute, et faisaient pendre par voie de justice sommaire trois des prisonniers les plus compromis, afin de ne laisser ni au grand-prévôt ni à M. le duc de Chaulnes aucun motif pour venir les visiter, — précaution qui n’empêcha pas cette malheureuse communauté d’avoir deux mois après à héberger le gouverneur, sa suite, ses juges et ses garnisaires. Les choses allaient plus mal encore dans la Basse-Bretagne, ruinée l’année précédente par une mauvaise récolte, et dont les populations rurales avaient passé plus d’une fois, dans des crises semblables, de leur apathie habituelle à la fiévreuse ivresse du carnage. Dans le duché de Rohan et la principauté de Léon, les paysans firent main basse sur tous les magasins de tabac et de papier timbré, et ne tardèrent pas à refuser l’acquittement de toutes les taxes. A Landerneau, des établissemens industriels considérables furent anéantis sur le seul soupçon d’appartenir à des traitans intéressés dans les fournitures du port de Brest ; mais les révoltés du Léon furent bientôt dépassés par ceux de la Cornouailles. M. de Langeron, plus connu sous le nom de marquis de Lacoste, lieutenant-général pour le roi dans les quatre évêchés de la Basse-Bretagne, se porta successivement à Carhaix et à Châteaulin, où les paysans parcouraient les campagnes. Les rustiques s’étaient armés des vieux mousquets de la ligue et brûlaient les châteaux abandonnés par les gentilshommes, contraints de se rendre, sur l’ordre du gouverneur, au point de concentration assigné dans chaque ressort au ban de la noblesse. A Châteaulin surtout, M. de Lacoste, qui avait réuni en toute hâte à cette troupe de gentilshommes les faibles contingens fournis par les garnisons du littoral, trouva devant lui une multitude exaspérée qui paraissait obéir à une impulsion donnée par le notaire d’une paroisse voisine. Une véritable bataille s’engagea aux abords et jusque dans les rues de cette petite ville. Le lieutenant-général de la Basse-Bretagne y fut blessé grièvement, et, si l’absence de documens interdit d’apprécier l’importance de ce conflit, il résille des faits connus que durant trois mois la Cornouailles demeura au pouvoir de l’insurrection [12]. Le marquis de Lacoste se fit transporter à Brest afin d’y trouver les soins exigés par ses blessures, et peut-être aussi pour y veiller lui-même à la sûreté de cette ville, bloquée et un moment menacée. L’éloignement forcé de ce personnage fut un vrai malheur pour cette contrée. Jouissant de l’estime générale que lui avaient assurée des qualités élevées et modestes, M. de Lacoste semblait appelé à exercer le rôle de médiateur entre les gentilshommes, obligés par honneur de marcher sous ses ordres, et les paysans, qui, furieux de se voir combattus par leurs chefs naturels, les pendaient sans miséricorde. Il aurait certainement préservé le pays des vengeances atroces dont l’arrivée du gouverneur fut le signal, et qui, si le détail en était mieux connu, fourniraient une des pages les plus sombres de notre histoire.

Tandis que ces choses se passaient en Basse-Bretagne, ni M. ni Mme de Chaulnes n’étaient à Rennes sur un lit de roses, car l’émeute y renaissait mille fois plus insolente qu’à ses débuts. Les nombreux gentilshommes qui jusqu’alors avaient entouré le gouverneur venaient de quitter Rennes sur le bruit des événemens pour veiller à la sûreté de leurs propriétés et de leurs familles, Dans cet isolement périlleux, le duc de Chaulnes agit comme tout autre aurait fait probablement à sa place. Il appela de Nantes quelques compagnies du régiment de la Couronne, force très insuffisante, mais la seule dont on pût alors disposer. Ces compagnies entrèrent à Rennes tambour battant et mèche allumée et se dirigèrent vers l’hôtel de ville, soit sur l’ordre du gouverneur, soit par une inspiration spontanée, car les lettres du duc de Chaulnes laissent quelque doute à cet égard. Le corps de garde de cet hôtel était occupé par la milice bourgeoise depuis le commencement des troubles, et celle-ci considéra comme une insulte l’invitation qui lui fut faite de l’évacuer. La bourgeoisie craignait l’émeute ; mais elle avait vu avec une humiliation qui chez elle faisait taire jusqu’à la crainte quelques centaines de soldats s’établir dans une ville à laquelle appartenait le privilège de ne pas recevoir de garnison ; or le privilège n’était pas alors moins sacré pour chacune des classes de la société française que n’est aujourd’hui pour nous le droit commun. C’est là une manière de sentir dont nous ne saurions désormais nous faire aucune idée, mais qui tenait à l’essence même de cette vieille organisation dont elle constituait la force et l’honneur. L’antipathie des bourgeois pour les soldats dominant donc pour ce jour-là la crainte que leur avaient antérieurement inspirée les émeutiers, les cinquanteniers affluèrent en armes à l’hôtel de ville, et les militaires, sur un ordre du gouverneur, s’empressèrent, afin d’éviter un conflit, d’évacuer le corps de garde pour s’établir dans les dépendances de l’ancien manoir épiscopal, résidence de M. le duc de Chaulnes. Le lendemain, les marchands serraient la main des faubouriens qui leur avaient fait si grand’peur la veille. Ils s’emparèrent en commun de toutes les portes, et rompirent les chaînes des ponts-levis, afin qu’on ne pût empêcher les habitans de la banlieue d’entrer en ville pour venir leur prêter au besoin main-forte contre la garnison. Il semblait que celle-ci fût devenue tout à coup le seul ennemi public. En présence d’une évolution aussi soudaine de l’opinion, ayant d’ailleurs à compter avec le parlement, qui, tout en sévissant contre les perturbateurs [13], maintenait résolument son opposition aux mesures qui avaient provoqué l’agitation, M. de Chaulnes comprit que mieux valait encore pour sa fortune politique une grande humiliation personnelle qu’un conflit duquel l’autorité royale courrait risque de sortir vaincue. Il se résigna donc, la honte et la douleur dans l’âme, à faire repartir les troupes qu’il avait lui-même appelées ; malheureusement il perdit le bénéfice de cette concession, et parut reculer devant l’émeute, quoiqu’il fût d’une rare intrépidité. Avant qu’il eût pu donner des ordres pour le départ des troupes, tous les abords de son hôtel avaient été envahis par la foule, et lorsque le duc se présenta au balcon afin de haranguer la multitude, il fut assailli par une grêle de pierres et par un torrent de qualifications injurieuses entre lesquelles la plus douce, si l’on en croit Mme de Sévigné, était celle de gros cochon [14].

Deux jours après leur entrée menaçante, les trois malheureuses compagnies furent donc obligées de déguerpir de grand matin, protégées contre la populace par une nombreuse escorte de la milice bourgeoise. Celle-ci s’empara de tous les postes et eut la ville à sa merci. Le gouverneur, ne pouvant attendre aucun secours important de troupes régulières tant que l’armée française serait occupée sur le Rhin, prit le parti de patienter jusqu’à la fin de la campagne, en calmant par une politique temporisatrice une situation qu’il n’était pas assez fort pour dominer. Il se rapprocha donc du parlement, conclut un arrangement secret avec les fermiers du tabac pour la suspension de leurs opérations jusqu’à la prochaine tenue des états, et s’aventura même à promettre, sans aucune sorte d’autorisation ministérielle, comme le constate sa correspondance, la réunion à Dinan de ces états, attendue par tous comme la dernière espérance de la province. Le duc de Chaumes avait à la dernière session si bien réussi à compromettre la noblesse en séparant ses intérêts de ceux des autres ordres, qu’il ne considérait pas comme impossible d’obtenir par le concours de la majorité des gentilshommes une sorte de sanction légale des édits. Ce fut donc de très bonne foi qu’il travailla près du contrôleur-général et de M. de Pomponne, chargé des affaires de la province, à provoquer la réunion des états, à laquelle Louis XIV répugnait singulièrement, et l’on verra qu’en ceci son esprit politique servit très bien le gouverneur, qui ne fut pas trompé dans son espérance.

Cependant la position de M. de Chaumes était devenue intolérable dans une ville unanime, ainsi qu’il le reconnaît lui-même dans toutes ses dépêches, pour détester la politique dont il se trouvait être l’instrument fatal. Lorsqu’il parcourait les rues de Rennes, l’insulte s’y dressait pour lui sous toutes les formes. Il n’avait pas seulement à se défendre contre ce que Mme de Sévigné appelle la colique pierreuse, la sûreté et l’honneur de sa famille étaient tous les jours compromis. Les lettres de la marquise ne nous ont initiés qu’à la plus faible partie de ces tribulations quotidiennes. La mère de Mme de Grignan n’arriva aux Rochers qu’au mois d’octobre, et ne put apprendre à Paris que par ouï-dire les premiers actes du drame qu’elle exposait à sa fille, Si Mme de Sévigné assista à la péripétie la plus terrible, celle de la répression, elle ignora une foule d’épisodes conservés par la tradition locale, et dont son amitié pour le gouverneur de la Bretagne ne l’aurait pas empêchée d’amuser les loisirs de la gouvernante de Provence, heureuse de ne pas connaître d’expérience comment on détestait un gouverneur. Un jour, pour ne citer qu’un seul fait, la duchesse de Chaulnes parcourait le faubourg de la rue Haute, rasée trois mois plus tard probablement en souvenir de cette mésaventure ; son carrosse est bientôt entouré d’une foule compacte du milieu de laquelle se détachent quelques femmes au geste patelin et au sourire équivoque. — Madame, voudriez-vous bien consentir à nommer un enfant ? — Très volontiers, — reprend la gouvernante, heureuse de ce retour inattendu de popularité. Elle ouvre avec empressement la portière pour aller voir le nourrisson. A l’instant, une main vigoureuse lui lance à la tête la charogne d’un chat pourri, et les applaudissemens de la foule révèlent à la duchesse que tel est le filleul qu’on lui destine. Son cocher, alarmé, met ses chevaux au galop, et un coup de fusil vient briser l’épaule du page de Mme de Chaulnes, laquelle dut certainement éprouver cette fois toutes les terreurs décrites par Mme de Sévigné, et se croire appelée à être mise en pièces [15].

Cependant, sous le coup des mauvaises nouvelles qui survenaient de toutes parts, le duc de Chaulnes prit la résolution de se rapprocher de la Basse-Bretagne, car ce pays échappait de plus en plus à l’action de l’autorité royale. Il quitta Rennes au mois de juillet, y laissant Mme de Chaulnes à peu près prisonnière, et s’en remettant du soin de maintenir l’ordre à la milice bourgeoise, laquelle fit une sorte de pacte avec les émeutiers pour le maintien de la sécurité publique. Afin de ne commencer ses opérations qu’à coup sûr, le gouverneur alla s’enfermer dans Port-Louis, attendant derrière les fortifications de cette place les nombreux renforts qui ne lui arrivèrent qu’en septembre. De ce quartier-général, le duc de Chaulnes convoqua le ban et l’arrière-ban de la noblesse en des termes si pressans qu’un gentilhomme ne pouvait, sans forfaire à l’honneur, manquer d’obéir aux ordres qu’il recevait au nom du roi. Tous coururent aux armes, et la noblesse devint ainsi le noyau même, et durant plus de deux mois, l’instrument unique de la répression. Déjà compromise l’année précédente par le retrait opéré à son profit des édits sur le domaine et sur la justice seigneuriale, elle se trouva directement engagée, jusqu’à l’arrivée des troupes de ligne, contre les populations rurales, circonstance qui concourut à imprimer à la révolte le caractère anti-aristocratique signalé dans tout le cours de la correspondance du gouverneur. C’est d’ailleurs avec la plus grande réserve qu’il convient d’accepter sur ce point-là les assertions de M. de Chaulnes, courtisan habile et fonctionnaire assoupli. Le gouverneur de Bretagne faisait des efforts très peu généreux pour rejeter sur l’impopularité des nobles l’insurrection des campagnes, manifestement provoquée par l’excès des charges publiques. Il espérait, en attribuant la révolte à ce motif, écarter de l’esprit du roi la périlleuse pensée que des populations soumises à son gouvernement chancelaient dans leur obéissance. Il prit donc le plus grand soin pour établir que la cause principale des troubles se rencontrait dans les prétendus sévices exercés par la noblesse envers ses vassaux, compromettant vis-à-vis des populations les nobles dont il faisait ses auxiliaires, et profitant de cette compromission afin de les calomnier près du pouvoir. Les affirmations qui remplissent la correspondance échangée entre le duc de Chaulnes et Colbert, du mois de février au mois d’octobre 1675, sont, malgré une grande habileté de rédaction, plus spécieuses que fondées. Ce que le peuple armoricain poursuivait d’une haine implacable, c’étaient les maltôtiers, c’étaient surtout les gens des fermes, pour la plupart étrangers au pays, où ils représentaient le régime fiscal dont ces malheureux sentaient de plus en plus les étreintes [16]. Ce peuple ne tarda pas cependant, il faut bien le reconnaître, à passer de la haine des bourgeois enrichis à la haine des gentilshommes, et rien n’était plus naturel, puisque la fatalité des circonstances avait partout transformé ces derniers en auxiliaires d’un pouvoir universellement abhorré.

Dans le duché de Rohan, une bande de deux mille rustiques s’emparait de Pontivy, où elle brûlait le bureau du timbre et la maison d’un fermier des devoirs ; dans le comté de Poher, dont la ville de Carhaix était le chef-lieu, les paysans saccagèrent les châteaux, tous désertés par les propriétaires. Le Kergoat, grande demeure fortifiée, fut pris après une sorte de siège en règle et livré aux flammes avec un somptueux mobilier, dont les vingt communes voisines se virent condamnées l’année suivante à payer la valeur, fixée à la somme de 64,800 livres. Ces violences étaient encore dépassées sur le littoral de la Cornouailles, ancien théâtre des dévastations de Fontenelle, qu’ensanglantait alors une démagogie, sauvage. Sur les rochers de Penmarch, dans cette contrée où une industrie homicide ajoutait souvent aux périls des vents et des flots, l’imagination populaire s’était complu à tracer le programme d’une société idéale telle que ce peuple enfant la pouvait rêver. Dans le code paysan,. dont M. de Chaulnes se hâta d’envoyer une copie à Versailles à l’appui de ses assertions outrageantes pour la noblesse bretonne, les aspirations du communisme moderne se mêlent à des idées découlant d’une source toute différente. C’est une étrange mixture de naïveté et de convoitise, un plan de guerre contre les nobles, dont la principale disposition consiste à épouser leurs filles afin d’être anobli par elles [17]. Si les greffes des présidiaux et des justices seigneuriales avaient conservé les minutes des jugemens rendus par le grand-prévôt après la répression de l’insurrection en Cornouailles, ou plutôt si M. de La Pinelaie et M. de La Perrine, son lieutenant, avaient pris la peine de rédiger leurs nombreuses sentences de mort avant d’envoyer les condamnés à la potence, nous aurions sur les attentats commis par les compagnons du torrében des détails pleins d’intérêt ; mais ces détails manquent absolument, et c’est à la tradition seule qu’il faut s’en rapporter. Je me trouve en mesure, en puisant à cette source, de joindre aux faits nombreux recueillis par M. de La Borderie un épisode qui établit l’authenticité du code paysan dans l’un de ses articles les plus invraisemblables, celui qui désigne la gabelle comme une personne vivante.

Les bonnets bleus [18] des quatorze paroisses liguées, après avoir vainement tenté de pénétrer dans Quimper, ville fermée, se ruèrent sur les demeures des gentilshommes, qui de tous les points du littoral étaient venus s’enfermer dans les murs de cette place. Un vieillard impotent, M. Eusenou de Kersalaün, aimé et universellement respecté jusqu’alors, mais dont les fils combattaient dans l’armée du roi auprès du marquis de Lacoste, était demeuré à peu près seul en son manoir du Cosquer, situé dans la commune de Combrit, au centre même du territoire de l’union armorique. Aucune fortification ne protégeait cette demeure seigneuriale, dont les portes, attaquées par une bande de torrében, cédèrent à peu près sans résistance. Les torrében pénétrèrent dans la grande salle du château, où M. de Kersalaün attendit et reçut la mort dans son fauteuil. Il y fut assommé à coups de bâton. Après ce crime, dont la seule pensée les aurait fait reculer d’horreur quelques semaines auparavant, ces forcenés complétèrent leur œuvre en s’en prenant au riche mobilier, qu’ils mirent en pièces. Ayant aperçu une grande pendule, objet dont ils ignoraient l’usage et dont le bruit mystérieux piqua vivement leur curiosité, ils se prirent à la contempler avec étonnement. Bientôt l’un d’entre eux s’écria que c’était probablement la gabelle en personne qu’ils avaient en face d’eux. Il est à remarquer en effet que dans cette étrange insurrection la crainte, alors générale, de voir établir l’impôt du sel en Bretagne, quoique cette crainte ne fût pas fondée, exerça une influence au moins égale à l’antipathie qu’inspiraient les impôts déjà décrétés. On juge donc avec quelle joie délirante la prise de la gabelle fut accueillie de la foule. La pendule fut portée dans la cour du château, et les torrében se consolèrent en la brisant de ne pouvoir assommer du même coup tous les croquans venus de France pour saigner à blanc le pauvre peuple de l’Armor et s’engraisser de sa substance. Trois mois plus tard, la justice du roi avait passé : vingt-deux victimes étaient suspendues aux branches des grands chênes qui ombrageaient le vieux manoir, et de là ce terrible dicton, que sous le duc de Chaulnes les chênes portaient des hommes en guise de glands. Un peu plus tard, le parlement ordonnait la démolition de la flèche de l’église de Combrit, dont la plate-forme dénudée atteste encore aujourd’hui la grandeur du crime et celle de la réparation [19].

On peut déjà, par cette esquisse, embrasser la physionomie de cette révolte, que provoquèrent des souffrances trop véritables, aggravées par l’appréhension de souffrances plus vives encore. Le pouvoir s’indigne qu’on lui parle de droit lorsqu’il demande de l’argent, n’admettant pas d’ailleurs l’existence d’un droit en dehors du sien. La noblesse, engagée par fidélité monarchique dans la résistance au mouvement national, exècre d’autant plus les édits qu’ils lui ont créé une situation plus délicate ; la bourgeoisie a grand’peur des émeutiers, mais plus grand’peur des soldats ; elle n’a pas encore appris à sacrifier sans murmure ses droits à ses terreurs, et regarde en face un gouverneur de province de l’œil dont elle n’oserait aujourd’hui regarder un préfet. Le peuple enfin, le peuple des campagnes bretonnantes surtout, se prend pour la première fois depuis l’union à haïr le gouvernement ; il arrive à croire que sa misère alimente le luxe insolent des fonctionnaires que la France lui envoie. Séparé de celle-ci par la double barrière de la langue et de l’histoire, ce peuple n’est touché ni des triomphes ni des magnificences du grand règne, et peut-être de lointains échos ont-ils fait arriver jusqu’à lui le bruit des grands scandales et des grandes prodigalités. La seule chose qu’il sache de cette fière royauté devant laquelle s’incline l’Europe, c’est que la bourse du roi de France est profonde comme la mer, et comme l’enfer toujours béante [20].

Tandis que les bonnets bleus parcouraient le diocèse de Quimper, et que les bonnets rouges agissaient de même dans ceux de Léon et de Tréguier, le duc de Chaulnes ne sortait de Port-Louis que pour des excursions rapides. En septembre arrivèrent enfin les premiers renforts, faute desquels il n’avait pu jusqu’alors rien entreprendre de décisif. Ce corps, fort de six mille hommes, pénétra par Nantes en Bretagne ; mais avant l’arrivée des troupes le gouverneur avait reçu des auxiliaires sur lesquels il n’avait point compté, et leur intervention inattendue forme un touchant épisode dans ce drame sinistre.

Les dévouemens religieux n’ont jamais manqué au sol armoricain. Au milieu de ces personnages, deux figures se font surtout remarquer : M. Lenobletz acheva, vers la fin du XVIe siècle, l’œuvre d’évangélisation commencée par les Pol et les Corentin, en continuant contre une superstitieuse ignorance les combats engagés contre l’idolâtrie par les fondateurs des premières églises bretonnes. Il usa sa vie à déraciner les restes latens du druidisme, allant de rocher en rocher et d’écueil en écueil, passant et repassant de l’île d’Ouessant dans l’île de Molènes, de Molènes dans l’île de Sein, vieux sanctuaires d’un culte dont les traces n’avaient pas plus disparu que les autels [21]. Le successeur que Lenobletz s’était choisi reçut une mission plus belle encore. Le père Maunoir pansa d’une main pieuse les profondes blessures infligées à ces populations par les guerres de la ligue et le long brigandage dont elles furent suivies. La nationalité armoricaine ne s’est pas incarnée dans un type plus élevé. Julien Maunoir est le prêtre breton par excellence. entre fort jeune dans la compagnie de Jésus, il se préparait aux missions d’Amérique lorsqu’il se crut averti par une révélation d’avoir à consacrer l’inépuisable charité qu’il était à la veille d’aller dépenser dans les forêts du Canada aux malheureuses populations maritimes rançonnées par les brigands et surtout par ce Fontenelle dont nous avons raconté les déprédations à l’époque de la ligue. Il fonda donc une société de prêtres missionnaires et une école originale de prédication qui, depuis deux siècles, n’a rien perdu de sa puissance populaire et de son irrésistible efficacité. Parlant aux sens en même temps qu’à l’âme, il traduisit en drames et en tableaux vivans les plus hauts mystères de la foi, donnant à ses enseignemens religieux le caractère d’une sorte de démonstration empirique, sans en effleurer d’ailleurs l’austère spiritualité.

Une mission prêchée dans une paroisse bretonne d’après la tradition du père Maunoir est, même de nos jours, un spectacle saisissant. Ces exercices, prolongés quelquefois durant plusieurs semaines, font passer en effet des populations entières par l’alternative de toutes les angoisses et de toutes les espérances chrétiennes, selon que la foi déroule devant elles l’horizon de ses menaces ou celui de ses promesses. C’est avec un indescriptible étonnement que le voyageur étranger à cette nationalité singulière voit la longue spirale des divines miséricordes et des châtimens infernaux se dérouler en une série de naïves peintures commentées par une ardente parole que vient interrompre le chœur populaire des cantiques et souvent le chœur des sanglots.

Annoncer une mission, y convier plusieurs paroisses, c’était opérer la plus puissante diversion au sein des populations rurales sur le point de se soulever comme par une sorte de contagion. Le père Maunoir vit le danger qui menaçait ces malheureux, également incapables de mesurer l’étendue de leur faute et d’en prévoir l’expiation. Il se dévoua donc au l’établissement de la paix avec un zèle sans bornes, et son intervention opportune arrêta l’incendie qui menaçait de s’étendre du diocèse de Quimper à ceux de Vannes et de Saint-Brieuc. Il fit annoncer une grande mission au centre du bassin que forment les chaînes réunies des montagnes d’Arrhes et des Montagnes-Noires. Toutes les populations y accoururent de plusieurs lieues de distance, mais dans des dispositions assez peu rassurantes pour la paix publique, s’il est vrai, comme l’affirme le biographe du père Maunoir, qu’une foule de paysans entrèrent d’abord dans l’église les armes à la main afin d’y chercher la gabelle qu’on disait cachée dans le bagage des missionnaires [22]. Toutefois un changement aussi rapide que merveilleux ne tarda pas à s’opérer au sein de ces populations dont la ferveur égalait la rudesse. A peine le père Maunoir eut-il prononcé quelques paroles, qu’elles comprirent tout ce qu’il y avait d’insensé dans ces bruits ridicules et de coupable dans la crédulité avec laquelle elles les avaient accueillis. En quelques jours, le calme rentra dans ces cœurs ulcérés, et lorsqu’à la procession finale le prêtre chargé de représenter Jésus-Christ dans les tortures de sa passion parut le roseau à la main et la couronne sanglante au front, le père Maunoir, demandant aux milliers de spectateurs qui l’entouraient s’ils étaient résolus à crucifier de nouveau le sauveur des hommes en entretenant des pensées de révolte et de mort, tout ce peuple tomba la face contre terre en poussant de longs cris de miséricorde.

Ayant ainsi concouru à l’apaisement de la province, Maunoir commença la plus difficile partie de sa tâche. Il se rendit au Port-Louis, afin de recommander à la clémence du gouverneur ces malheureux égarés et d’obtenir la grâce d’assister ceux que la justice du roi voudrait frapper. On soupçonnait en effet que M. de Chaulnes entendait mesurer la rigueur des châtimens à la hardiesse de la révolte, et que l’arrivée des troupes royales lui en fournirait les moyens. Au commencement de septembre, le duc porta son quartier-général à Guingamp, et l’on sait, grâce à M. Ropartz, ce qu’il en coûta à cette communauté pour défrayer un régiment ; ce curieux mémoire peut être mis en regard du menu, désormais historique, des troupes prussiennes à Francfort. La mort des trois rebelles accrochés à la potence par les bourgeois avant l’arrivée du gouverneur ne fut pas considérée comme une satisfaction suffisante ; le grand-prévôt se mit donc à l’œuvre, et une femme, témoin oculaire de ces exécutions quotidiennes, écrit que les pauvres paysans « deviennent souples comme un gant, parce qu’on en pend et qu’on en roue chaque jour une quantité [23]. » De Guingamp, M. de Chaulnes se dirigea sur Carhaix, assisté de MM. De Forbin et de Vins, deux officiers provençaux dont Mme de Sévigné suivait les opérations militaires avec anxiété afin d’en adresser à Aix les tristes bulletins.

Dans ces landes de la Bretagne centrale, où les paysans avaient été déjà taillés en pièces sous la ligue, quelques milliers d’hommes osèrent, dans leur folle inexpérience, tenir tête aux soldats de Turenne et de Condé. Une décharge suffit pour couvrir la terre de cadavres, et à la rencontre du Tymeur le duc de Chaulnes triompha sans gloire, puisqu’il vainquit sans péril ; mais cette facile immolation, du champ de bataille n’arrêta point le cours de la justice., MM. de La Pinelaie et de La Perrine suivaient le gouverneur, et dans le vaste espace qui s’étend de Carhaix à Morlaix et des côtes du Léon à celles de la Cornouailles une forêt de potences s’éleva pour punir une population qui pouvait à bon droit présenter son ignorance comme une circonstance atténuante pour sa barbarie. Elle avait été plus crédule en effet que cruelle, et ses vertus avaient survécu à ses crimes [24]. On put s’en assurer à la manière dont elle accueillit l’expiation. Le trait vraiment caractéristique de la race armoricaine, c’est la facile résignation avec laquelle elle accepte les arrêts du sort, si rigoureux qu’ils puissent être. Le paysan breton reste impassible dans la souffrance comme, dans le péril : pour ce fataliste chrétien, ce qui est écrit est écrit. C’est ce trait original qu’a voulu peindre Mme de Sévigné dans un passage fameux dont on a plus d’une fois abusé contre la population bretonne et contre l’illustre femme demeurée si longtemps le seul historien de ses douleurs. Arrivée en Bretagne à la fin de septembre, au moment où la roue et la corde fonctionnent en Cornouailles et vont bientôt commencer à Rennes leur triste office, Mme de Sévigné apprend à la fois la rigueur des châtimens et la tranquillité d’âme avec laquelle ces malheureux s’y soumettent. « Nos pauvres Bretons s’attroupent quarante, cinquante par les champs, et dès qu’ils voient les soldats, ils se jettent à genoux et disent mea culpa, c’est le seul mot de français qu’ils sachent, comme nos Français qui disaient qu’en Allemagne le seul mot de latin qu’on disait à la messe, c’était kyrie eleison. On ne laisse pas de les pendre ; ils demandent à boire, du tabac et qu’on les dépêche, et de Caron pas un mot [25]. » Les condamnés, qui ne marchandaient pas au bourreau une vie à laquelle la plupart d’entre eux ne tenaient guère, n’avaient à parler de Caron ni aux soldats du bailli de Forbin, ni aux exécuteurs du grand-prévôt. D’autres confidens étaient là pour les aider à franchir le sombre passage. Le père Maunoir avait obtenu du duc de Chaulnes, pour ses missionnaires et pour lui-même, l’autorisation de suivre la justice du roi à sa trace sanglante, et les mémoires d’après lesquels fut écrite sa vie constatent quelles abondantes consolations il recueillit dans l’accomplissement de ce ministère. « Ces malheureux, dit-son biographe, embrassaient pour la plupart la piété avec tant d’ardeur, qu’en les assistant à la mort les missionnaires pensaient à cette parole de David : On les tuait, et ils retournaient à Dieu [26]. »

Ce commentaire dispense de tout autre. Mme de Sévigné a joué de malheur pour les lettres écrites par elle durant les troubles de la Bretagne. Si sincère qu’y soit l’expression de sa pitié et de quelque courageuse réprobation qu’elle y flétrisse les actes d’un vieil ami, la liberté de ses allures a fait douter de la vérité de son émotion, et ses larmes ont séché sous le feu roulant de ses saillies. L’esprit est un écueil dangereux pour le cœur, et lorsqu’on sacrifié trop à l’un, on s’expose à voir quelquefois calomnier l’autre. Le cœur de Mme de Sévigné a donc été calomnié, il faudrait dire par sa faute, si elle avait jamais pu se défendre contre ces sortes de tentations. Il est d’ailleurs impossible de se méprendre sur ses véritables sentimens sitôt qu’elle se trouve en présence de ces tristes scènes. Si réservée qu’elle se fût montrée d’abord dans l’expression de son blâme, elle ne peut contenir son indignation lorsqu’elle voit le duc de Chaulnes, après sa rentrée à Rennes, se conduire en pleine paix comme un conquérant des temps barbares, et confondre sa vengeance personnelle avec l’intérêt de la vindicte publique. Aucune considération n’arrête alors la noble femme, et sa main légère cloue au pilori de l’histoire l’homme si étrangement présenté par Saint-Simon comme le modèle des gouverneurs et l’idole de ses administrés.

Dans les premiers jours d’octobre, M. de Chaumes, après un court séjour à Châteaulin, à Quimper et à Morlaix, quitta la Basse-Bretagne pacifiée et punie pour retourner à Rennes. Il marchait accompagné de trois régimens d’infanterie, de six compagnies de gardes-françaises, de trois compagnies de mousquetaires de la maison du roi, auxquels il avait joint un millier d’archers de la maréchaussée. A la tête d’une pareille armée, le gouverneur n’avait pas à craindre de voir les bourgeois de Rennes invoquer leurs vieux privilèges et refuser d’admettre dans leurs murs une garnison, ainsi qu’ils l’avaient fait cinq mois auparavant. L’appréhension d’une résistance, si impossible et si invraisemblable qu’elle fût, paraît cependant avoir existé chez M. de Chaulnes. Cette appréhension peut seule en effet expliquer, sans les excuser, les lettres bienveillantes que le gouverneur adresse pendant sa marche à la communauté de Rennes pour lui annoncer son retour prochain et lui donner l’assurance que la marche des troupes ne la concerne en aucune façon. Ici le caractère de M. de Chaulnes est fort gravement compromis, car au reproche de cruauté vient s’ajouter l’imputation d’une trame ourdie de longue main et reposant sur un mensonge.

Les deux lettres rassurantes adressées à la ville de Rennes sont en effet en contradiction formelle avec celles que le gouverneur ne cessa d’écrire aux ministres depuis le commencement de l’insurrection. Dans sa correspondance administrative, il insiste en toute occasion pour qu’il soit fait à Rennes un exemple rigoureux, mais nécessaire, de manière que cette ville soit mise hors d’état de s’opposer dans l’avenir à aucune des volontés du roi. Dès le 12 juin 1675, le gouverneur dénonçait à Colbert et à Pomponne le parlement de Bretagne comme le centre de toutes les résistances qui surgissaient alors dans la province contre les nouveaux impôts. « Les personnes du palais répandent chaque jour ici mille bruits contre l’autorité du roi, disant qu’il ne la faut laisser croître en la personne de ceux qui commandent, et le parlement a profité de mon absence pour faire des cabales dont on voit présentement les effets. » Dès la même époque, il n’hésite pas sur la nécessité de raser les faubourgs de Rennes, afin de s’assurer contre la mauvaise volonté des habitans, « qui sont unanimes à blâmer les mesures ordonnées par sa majesté. Le remède est de ruiner entièrement les faubourgs de cette ville. Il est un peu violent ; mais c’est, dans mon sens, l’unique. Je n’en trouve même pas l’exécution difficile avec des troupes réglées. Il faut de nécessité s’y résoudre, et par les mesures que je prendrai à propos je ne doute pas que l’on y puisse réussir ; mais sans cela l’on ne se peut jamais assurer de cette ville. Il ne faut pas pour cela que les troupes viennent séparément, mais en même temps. Peu d’infanterie suffira. » La résolution d’appliquer ce remède était donc arrêtée depuis plusieurs mois dans l’esprit du duc de Chaulnes, et lorsqu’il faisait dire aux magistrats de Rennes que l’arrivée des troupes ne concernait cette ville en aucune façon, ce procédé inqualifiable ne trouvait pas même d’excuse dans l’appréhension d’une résistance dont la pensée ne pouvait venir à personne.

Ce fut le 11 octobre que le gouverneur entra dans Rennes à la tête des troupes, « l’infanterie mèche allumée des deux bouts et Balle en bouche, la cavalerie avec le mousquet haut et l’épée nue à la main, M. de Chaulnes ayant à sa droite M. de Marillac, maître des Requêtes et intendant de justice, envoyé pour faire le procès aux séditieux, et à sa gauche M. de Forbin, général des troupes du roi en Bretagne [27]. » Comme Rennes n’avait pas de casernes, puisque cette ville ne recevait jamais de garnison, les troupes furent logées chez l’habitant. Elles se tinrent sur le pied de guerre, continuant durant tout leur séjour, malgré une tranquillité profonde, de faire des patrouilles de jour et de nuit, et procédant à domicile au désarmement général, dont les seuls gentilshommes furent exceptés. Le 16, M. de Marillac porta au palais, au milieu des cris de désespoir d’une population ruinée, une déclaration du roi qui transférait le parlement de Bretagne à Vannes, où il demeura en effet quatorze ans malgré les supplications réitérées des états de la province. Pour les faits qui vont suivre, c’est à Mme de Sévigné qu’il faut laisser la parole, car quel récit vaudrait le sien, et quel témoignage est à la fois plus accablant et moins suspect ?

« M. de Chaumes est à Rennes avec 4,000 hommes, il a transféré le parlement à Vannes, c’est une désolation terrible. La ruine de Rennes emporte celle de la province. Je prends part à cette tristesse et à cette désolation. On ne croit pas que nous ayons d’états, et si on les tient, ce sera encore pour racheter les édits que nous achetâmes il y a deux ans, et qu’on nous a tous redonnés. M. de Montmoron [28] s’est sauvé ici pour ne point entendre les cris et les pleurs de Rennes en voyant sortir son cher parlement… » « Voulez-vous savoir des nouvelles de Rennes ? Il y a présentement 5,000 hommes, on a fait une taxe de 100,000 écus sur les bourgeois, et si on ne trouve pas cette somme dans les vingt-quatre heures, elle sera doublée… M. de Chaulnes n’oublie pas toutes les injures qu’on lui a dites, et c’est cela qu’on va punir… On a chassé et banni toute une grande rue, et défendu de les recueillir sous peine de mort, de sorte qu’on voit tous ces misérables, femmes accouchées, vieillards, enfans, errer en pleurs au sortir de la ville, sans savoir où aller, sans avoir de nourriture ni de quoi se coucher [29]. Avant-hier on roua un violon qui avait commencé la danse et la pillerie du papier timbré. On a pris soixante bourgeois ; on commence demain à pendre [30]. Cette province est un bel exemple pour les autres, et surtout de respecter les gouverneurs et les gouvernantes, de ne point leur dire d’injures, de ne pas jeter de pierres dans leur jardin. Enfin vous pouvez compter qu’il n’y a plus de Bretagne… » « Si vous voyiez l’horreur, la détestation, la haine qu’on a ici pour le gouverneur, vous sentiriez bien plus que vous ne faites la douceur d’être aimée et honorée. Quels affronts ! quelles injures, quelles menaces [31] ! »

Mme de Sévigné s’identifie si bien avec les douleurs de la province, qu’elle accueille jusqu’aux bruits populaires les moins établis. Au lieu de quatre roués, elle en met dix ; elle ajoute un zéro au chiffre des six pendus ; elle célèbre enfin dans des termes d’une audacieuse liberté le refus qu’aurait fait le parlement de se racheter de l’exil en consentant à l’érection d’une citadelle pour dominer la ville de Rennes, et adresse un noble adieu aux magistrats courageux qui se sont éloignés plus vite qu’on n’aurait voulu, préférant les maux aux remèdes [32].

Cependant le duc de Chaulnes attachait trop de prix à demeurer gouverneur de Bretagne pour ne pas souhaiter, après l’ample satisfaction donnée à sa vengeance, le rétablissement dans cette province d’une situation administrative régulière. Afin de retrouver quelque point d’appui sur cette terre bouleversée, il insista vivement pour la convocation des états, et parvint à obtenir l’autorisation de les ouvrir à Dinan le 6 novembre 1675. En ceci, le duc fut bien servi par son instinct politique, car messieurs des états, accablés tour à tour par les horreurs de la révolte et par celles de la répression, s’attendant d’ailleurs à n’être plus réunis, s’abandonnèrent sans réserve à la clémence royale, et ne soulevèrent les questions antérieurement agitées que dans la mesure où le soin de leur honneur le leur commandait absolument. Espérant désarmer les colères en donnant une satisfaction préalable aux intérêts, ils commencèrent par porter le don gratuit à 3 millions, puis ils versèrent sur toutes les têtes une pluie si abondante de gratifications que Mme de Sévigné, qui aurait pu recueillir pour elle-même quelques gouttes de cette averse, déclarait « la folie des états parvenue au comble de toutes les petites maisons. »

Après le vote du don gratuit, fixé sans débat dès l’ouverture de l’assemblée, le premier soin des états, tremblant pour leur propre existence, fut de répudier toute solidarité dans les troubles qui venaient de désoler la province. L’assemblée prit en conséquence le 12 novembre une délibération dont le but est, comme on va le voir, d’écarter de l’esprit de Louis XIV la dangereuse pensée qu’on ait pu, dans le cours des troubles, mettre un seul moment son autorité en question, les états estimant plus sûr d’implorer la clémence royale pour des voleurs que pour des mécontens. « Les gens des trois états du pays et duché de Bretagne convoqués et assemblés par autorité du roi en la ville de Dinan, informés de quelques troubles, soulèvemens et séditions arrivés depuis peu dans quelques villes et paroisses de cette province, causés pour la plupart par des gens sans aveu ni biens, emportés plutôt par un esprit de pillage que de révolte, et dans la crainte que sa majesté en conçût quelque mauvaise impression contre le général de la province (qui n’est jamais sortie hors du respect, soumission, obéissance et fidélité dus à sa majesté), estimant qu’il leur est de la dernière importance d’en rendre leur témoignage à sa majesté par une députation prompte et solennelle, ont pour cet effet député, de l’église, Mgr de Saint-Malo, de la noblesse, M. le duc de Rohan, et du tiers M. Charette de La Gascherie, qu’ils ont priés de partir au plus tôt pour l’effet de ladite députation, dont ils attendront avec beaucoup d’impatience le succès ! »

Les dêputés en cour reçurent des instructions dont la rédaction timide s’explique par les difficultés du temps. Ni les droits de la province en matière d’impôts, ni les engagemens pris avec elle à la dernière tenue des états lors du rachat des édits n’y étaient rappelés en termes formels, et l’on se bornait à exprimer le vœu de voir la Bretagne contribuer à l’avenir aux charges publiques par des impôts d’une perception moins difficile que ceux du tabac, de l’étain, du papier timbré et des saisies immobilières. Le point sur lequel insista l’assemblée avec le plus d’énergie fut le rappel du parlement dans la ville de Rennes. L’éloignement de cette cour était en effet pour le pays tout entier une cause de désolation et de ruine, et les devoirs ayant déjà diminué de plus de 300,000 livres par suite de son transfert à Vannes. » L’assemblée crut devoir garder d’ailleurs un silence complet sur les exactions comme sur les châtimens infligés non pas seulement aux coupables juridiquement convaincus, mais à la généralité de la province. Elle prit en ces circonstances critiques attitude qui convenait à sa fortune. Si ce ne fut pas de l’héroïsme, ce fut de la prudence, car rien n’aurait été plus facile à Louis XIV, irrité et tout-puissant, que de supprimer les états de Bretagne pour placer cette province sous le régime ordinaire des généralités, ainsi qu’il l’avait déjà fait pour la Normandie. L’attitude réservée des trois ordres sauva probablement en 1675 les libertés bretonnes, qui, jusqu’à la fin du règne, s’éclipsèrent sans périr.

Après le départ de la députation, la tenue des états se prolongea durant un mois. On peut inférer du silence gardé par les procès-verbaux, ou que les députés ne virent pas Louis XIV, ou que la réponse royale ne parut pas de nature à être communiquée à l’assemblée. Le seul témoignage officiel de la pensée du gouvernement résulte des annotations placées selon l’usage en marge du cahier des remontrances, lorsque le roi répondit à ce cahier [33]. Ces annotations portent, en ce qui concerne les impôts, que « sa majesté a déjà fait connaître ses intentions sur cette matière, » et pour ce qui se rapporte au séjour du parlement à Vannes, que « le roi statuera sur cet article conformément à l’intérêt de son service. »

Aucun déboire ne fut épargné aux états durant cette tenue de Dinan. Tandis qu’ils prodiguaient à la couronne les témoignages de la plus respectueuse soumission, le châtiment infligé à la province revêtait des formes de plus en plus insultantes. Ce n’était pas d’ailleurs au duc de Chaumes, rentré par instinct comme par calcul dans son caractère modéré, que ce redoublement de rigueur pouvait alors être imputé. Il était du fait de M. de Louvois, qui avait trouvé commode de faire nourrir à discrétion durant l’hiver, par une province réputée rebelle, un nouveau corps de 10,000 hommes dont il n’aurait besoin sur le Rhin qu’au printemps. Ces soudards, s’installant donc dès le début sur le pied de guerre, vinrent au commencement de décembre s’abattre comme une volée de sauterelles sur la malheureuse Bretagne, « s’établissant, ma foi, comme en pays de conquête, dit Mme de Sévigné, malgré notre beau mariage avec Charles VIII et Louis XII… Il y a ici 10 à 12,000 hommes qui vivent comme s’ils étaient encore au-delà du Rhin ; nous sommes tous ruinés, mais nous goûtons l’unique bien des cœurs infortunés, nous ne sommes pas seuls misérables ; on dit qu’on est encore pis en Guienne [34]. » Chaque courrier porte en Provence des bulletins dont les témoignages contemporains ont confirmé l’exactitude, si monstrueux et si invraisemblables que soient pour nous de pareils faits. Ici ce sont des soldats qui « menacent d’égorger tout le monde, et ils le feraient comme ils le disent, n’était M. de Pommereu. Là ils enfoncent les portes pour voler, menacent d’incendier les maisons et finissent par mettre un petit enfant à la broche. » Quelquefois c’est Mme de Sévigné qui frissonne aux Rochers en apprenait la présence de ces bons sujets dans les environs ; un autre jour, c’est la gouvernante de Bretagne elle-même qui n’ose se rendre de Rennes à Vitré, « de peur d’être volée par les soldats qui sont sur les chemins ! »

Ce n’est point par légèreté, encore moins par malveillance que Mme de Sévigné s’exprime ainsi, car elle est l’amie de M. de Chaulnes et dit un bien infini de M. de Pommereu, « le plus honnête homme et le plus bel esprit de la robe. » Les écrits contemporains de MM. de La Courneuve, Du Chemin, de La Monneraye et Morel, dépouillés par M. de La Borderie, ne laissent aucun doute sur l’exactitude de ces récits, dont les plus odieuses circonstances viennent se résumer dans les lignes suivantes écrites par un bourgeois de Rennes, témoin oculaire des événemens : « Plusieurs habitans de cette ville et faubourgs de Rennes ont été battus par des soldats qui s’étaient logés chez eux, et tous les soldats ont tellement vexé les habitans qu’ils ont jeté plusieurs de leurs hôtes et hôtesses par les fenêtres après les avoir battus et excédés, ont violé les femmes, lié des enfans tout nus sur des broches pour vouloir les faire rôtir, rompu et brûlé les meubles, démoli les fenêtres et les vitres des maisons, exigé grandes sommes de leurs hôtes et commis tant de crimes qu’ils égalent Rennes à la destruction de Hiérusalem [35]. »

Durant trois mois, ces bandits, dont la main de Louvois n’était pas encore parvenue à faire de véritables soldats français, continuèrent de rançonner la Bretagne. Ce pays n’en fut délivré que dans le courant de mars, par l’ordre que reçurent ces bataillons indisciplinés d’avoir à rejoindre en Alsace l’armée du maréchal de Luxembourg. Le 2 du même mois, le parlement enregistrait à Vannes l’amnistie qui, après une longue année de tortures, rendait à une grande province sa sécurité perdue, amnistie précieuse, quoique incomplète, puisque cent soixante-quatre individus demeurèrent placés sous la menace de poursuites criminelles. Cette nombreuse catégorie des réservés comprenait un seul gentilhomme, une douzaine de procureurs et de notaires, quatre curés de la basse Cornouailles, et plus de cent paysans, pour la plupart fugitifs ou cachés. Mais Rennes, où l’avidité du fisc arrêta seule la pioche des démolisseurs, attendit longtemps le retour de sa prospérité perdue et du parlement dont cette ville était si fière. Les supplications des états, réitérées à chacune de leurs sessions, ne furent accueillies qu’en 1689 [36], et l’on regrette d’avoir à dire que cet acte de clémence si tardive dut être acheté par la ville au prix d’un subside extraordinaire de 500,000 livres spontanément offert au roi.

Commencées pour des questions d’argent, ces luttes ardentes finirent donc pour de l’argent. Tel est le caractère presque constant de toutes celles qui furent engagées sous ce régime sans prévoyance et sans contrôle, dont les agens déployaient en matière financière une impéritie trop souvent doublée par la mauvaise foi. L’administration des états de Bretagne, qui avait été facile et prospère durant la régence d’Anne d’Autriche et les premières années de Louis XIV, ne tarda pas à devenir embarrassée, et bientôt après périlleuse sous le coup d’exigences qui croissaient à mesure que tarissaient les sources de la richesse publique. Contrainte de s’engager chaque année dans la voie des emprunts et des anticipations pour faire face à ses dépenses ordinaires, sur le point d’être entraînée, en 1689, dans la faillite de M. d’Harrouis, son trésorier, cette administration ne marcha plus que par des expédiens analogues à ceux qui, sous le ministère de Pontchartrain, de Chamillard et de Desmaretz, ruinaient l’état lui-même, et ouvraient devant tous les esprits la perspective d’une banqueroute inévitable.

Depuis 1675 jusqu’à la fin de ce long règne, les états n’eurent plus que la modeste ambition de vivre. Il serait sans intérêt d’en suivre l’histoire dans l’exposé monotone d’un cérémonial qui prend toute la place dérobée aux affaires sérieuses. La charge unique de cette assemblée fut d’inventer chaque année de nouveaux moyens de subvenir à des exigences financières qui, depuis le traité de Ryswick jusqu’à celui d’Utrecht, s’étaient développées par suite de nos victoires, et bientôt après par suite de nos désastres, dans des proportions jusqu’alors sans exemple. En 1677, nous voyons les états, afin de satisfaire à la fois aux demandes du prince et aux réclamations des nombreux fermiers des devoirs pillés pendant la révolte du papier timbré, emprunter sur les contribuables aux fouages, déjà écrasés, un redoublement pour 1677 et un redoublement et demi pour 1680 [37], avec une somme de 200,000 livres au denier 10. A Vitré, nouvel emprunt de 500,000 livres, suivi aux états de Vannes d’un subside extraordinaire de 900,000 livres accordé au roi en dehors du don gratuit de 3 millions pour le rachat d’un édit sur la taxe des maisons. L’impôt de la capitation créé en 1695 pour la généralité du royaume, impôt auquel les états ne firent aucune tentative pour échapper, vint augmenter d’une somme de 1,500,000 livres la charge annuelle du budget breton. L’équilibre se trouva dès lors complètement rompu entre les recettes et les dépenses, malgré le patriotique empressement que mirent toutes les classes de la société sans exception à payer le subside de guerre.

En 1683, la France perdit Colbert ; six ans plus tard, elle fut en présence de la ligue d’Augsbourg, qui constitua contre elle une coalition permanente malgré quelques années d’une paix précaire, et bientôt elle dut faire face aux périls de la guerre de la succession. Dans ces extrémités, les divers contrôleurs-généraux, depuis Lepelletier jusqu’à Desmaretz, le plus intelligent de tous, recoururent aux tristes expédiens qui, à partir du XIVe siècle, avaient constitué le fonds même de la science économique. On altéra la valeur des monnaies en la surhaussant d’un dixième, on augmenta d’un quart la taxe des lettres ; on aliéna des terres du domaine avec cinq cents lettres de noblesse vendues à l’encan ; on reprit surtout à grand renfort d’imagination ces fructueuses créations d’offices que des sots, si absurde que fût l’emploi, se rencontraient toujours à point nommé pour acheter [38]. La France eut des magistrats semestriels et trimestriels, des lieutenans-maires acquérant la noblesse en versant le prix de leurs charges ; elle eut des taxateurs et calculateurs aux dépens, des contrôleurs pour les actes notariés, des jurés crieurs d’enterremens et de mariages, des greffiers de l’écritoire, des conseillers rouleurs de vin, des contrôleurs visiteurs de beurre frais, des essayeurs de beurre salé, étranges fonctionnaires qui, malgré l’évidente inutilité de leurs fonctions, s’interposaient dans toutes les transactions de la vie privée, exigeant, sous peine de poursuites, le prix attaché par l’édit d’érection à l’exercice de leurs charges ridicules.

Lorsque ce déluge de créations fiscales s’abattit sur la Bretagne, les états, malgré la nullité où ils étaient tombés, ne purent s’empêcher de pousser un long cri d’indignation. Ce cri retentit dans leurs remontrances de 1697, 1701, 1703 et 1707. Ces tributs onéreux imaginés par un gouvernement aux abois étaient tellement incompatibles avec le droit toujours reconnu, du moins en principe, à la province, de consentir les impôts, ces érections étaient en contradiction si formelle avec les engagemens pris par Henri IV, par Louis XIII et par Louis XIV au début de son règne, de ne créer en Bretagne aucun nouvel office salarié sans l’assentiment des états, qu’il devenait impossible pour ceux-ci de garder le silence sans manquer à l’honneur. Dépositaires des droits de la province en des jours difficiles, ils devaient tout au moins interrompre la prescription dont on n’aurait pas manqué d’arguer plus tard contre elle. Ils le firent résolûment, et le cahier remis au roi en 1704 à la suite des états de Vannes [39] constate que, si la liberté avait disparu des actes, elle vivait toujours dans les cœurs. Les états y reprennent, dans une série de douze articles rédigés avec une fermeté respectueuse, tous les griefs contre les actes arbitraires et la mauvaise foi dont la province a souffert depuis vingt ans. Ils constatent jusqu’à l’évidence que la plupart des nouveaux subsides ont déjà été rachetés par eux plusieurs fois, et montrent l’inutilité des offices créés au mépris de la parole royale solennellement engagée. Dans ce cahier, comme dans celui de 1709, ils rappellent avec une fierté modeste que leur concours n’a manqué à Louis XIV ni aux beaux temps de son règne, ni dans les épreuves qui les ont suivis, et demandent pour prix d’une fidélité aussi soutenue qu’on s’en remette à leur patriotisme du soin de concourir au soutien de l’état obéré par les voies et moyens qui leur paraîtront les plus compatibles avec les vrais intérêts d’une province écrasée par l’excès des charges publiques et surtout par la continuation de la guerre maritime.

Pour l’administration de la province en effet, les embarras devenaient énormes, et les difficultés presque insolubles. En 1707, le trésorier des états avait refusé de satisfaire au paiement du don gratuit et des dépenses ordinaires assises sur l’éventualité de plus en plus incertaine d’un emprunt. Cet agent arguait, non sans raison, de ce que « leur crédit ne pourrait leur fournir aucun secours à l’avenir, attendu que depuis le commencement de la guerre ils n’ont subsisté que par des emprunts, en ayant fait dans le courant de 1702, 1704, 1705 et 1706 pour plus de 8,390,000 livres, et le public étant rebuté de voir qu’à chaque terme ils en ordonnent de nouveaux. » Les emprunts ne produisant plus, il fallut bien recourir à de nouveaux impôts, au risque de réduire la consommation. Ce fut ainsi qu’en 1709, l’une des plus douloureuses années qu’ait jamais traversées aucun peuple, le contrôleur-général Desmaretz imposa aux états, malgré leurs vives répugnances, la création d’un nouveau droit d’entrée sur toutes les boissons introduites dans la province. Ce droit, immédiatement vendu pour huit années à des traitans au prix d’une somme de 4,900,000 livres une fois payée, venant se joindre aux anciens devoirs, perçus de temps immémorial sur la consommation en détail, ne tarda pas à faire baisser celle-ci d’une somme supérieure à celle qu’avait d’abord produite le nouvel impôt, la fiscalité finissant toujours par se tromper elle-même.

En lisant les registres des états durant cette lamentable période, on éprouve une impression saisissante. On est en présence d’un peuple profondément blessé dans ses susceptibilités les plus vives, mais qui ne marchande pour servir le roi ni son or ni son sang. Les procès-verbaux contiennent en annexes des listes nominatives de secours accordés aux nombreux officiers bretons mutilés en Flandre, en Espagne et en Piémont. Ces secours, dont chaque désastre vient grossir le chiffre, s’élèvent rarement au-delà de 300 livres, et descendent quelquefois jusqu’à 30 livres par personne. Depuis quelques années, le ruban de Saint-Louis était venu rehausser un peu l’exiguïté de cette aumône, qui d’ailleurs n’humiliait pas, car elle était offerte de gentilshommes à gentilshommes, et pour les deux tiers de cette noblesse la pauvreté était la conséquence forcée de la position que les lois et les mœurs lui avaient faite en lui interdisant l’accès de toutes les carrières lucratives.

En servant le roi dans ses armées, cette noblesse était devenue profondément monarchique sans rien perdre de son sévère esprit national, car elle demeurait étrangère à la cour. Malgré ses nombreux griefs contre Louis XIV, elle avait contracté le culte des personnes royales au point de se trouver fière de recevoir en 1695 pour gouverneur le second fils légitimé du roi et de Mme de Montespan. Lorsque commença le grand vol des bâtards, quand, sans égard, pour les longs services du duc de Chaulnes, Louis XIV le révoqua brutalement afin de donner son emploi au comte de Toulouse, déjà investi de l’amirauté du royaume, ce choix fut accueilli avec une allégresse générale qu’il est impossible de méconnaître, Bien loin que les Bretons, en voyant s’éloigner M. de Chaulnes, « montrassent leur désespoir par leurs larmes, leurs lettres et leurs discours [40], » les états furent les véritables organes du sentiment public lorsqu’ils ordonnèrent, à l’occasion de la nomination du comte de Toulouse, des feux de joie par toute la province [41]. Quoique la politique de Louis XIV eût interdit à son fils légitimé, comme aux princes du sang, de résider dans la province dont il lui avait attribué le gouvernement, le comte de Toulouse justifia par un patronage utile la sympathie avec laquelle sa nomination avait été accueillie, et pendant le cours de son gouvernement qui se prolongea quarante années, la Bretagne passa, sous la régence, de la prostration profonde où l’avait conduite le règne de Louis XIV à la soudaine et audacieuse revendication de toutes ses libertés méconnues.

L. DE CARNE.

NOTES :

1 • Voyez la Revue du 15 septembre, du 1er octobre, du 15 novembre, et du 1er décembre

2 • Histoire de Louis XIV, par Larrey, t. IV, p. 290.

3 • Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV, t. III. — Voir les cinquante-sept lettres adressées par Pellat à Colbert du 26 mai 1664 au 8 février 1667.

4 • Instruction du dauphin. Œuvres de Louis XIV, t. Ier, p. 213.

5 • Arrêt du conseil et instructions au sieur de Machault, dans la Gazette de France de 1662, n° 88.

6 • La Police sous Louis XIV, chap. XII. — Les émeutes en province.

7 • Registre des états de Vitré, 20 décembre 1673.

8 • Les états considéraient si bien l’impôt du papier timbré, par exemple, comme illégal et comme abrogé, qu’ils prescrivirent, avant de se séparer, à leur procureur-syndic de rédiger leurs procès-verbaux et généralement tous les écrits relatifs à l’administration de la province sur papier commun et non timbré. — Registre des états de Vitré, 30 décembre 1673.

9 • Edit du 19 février 1674.

10 • Il résulte des registres secrets du parlement que cette cour, de tout temps fort opposée aux jésuites, fit les plus grands efforts afin d’impliquer dans l’incendie du temple protestant les élèves du collège que cette compagnie possédait à Rennes. Des poursuites furent commencées contre un élève de cinquième, âgé de treize ans, et durent être abandonnées faute de charges suffisantes. — Registres secrets, année 1675, 27 avril, t. III.

11 • Dangeau, je ne sais trop sur quel fondement, porte à 900,000 livres la part du duc de Chaulnes dans la valeur des prises, telle qu’elle était déterminée par les droits de l’amirauté en Bretagne.

12 • Voir aux tomes VI et VII de la Revue de Bretagne les important travaux de M. de La Borderie sur cette insurrection, dont il a été le premier et dont il est demeuré jusqu’ici le seul historien.

13 • Un arrêt du 10 juin 1675 interdisait sous peine de mort tout attroupement, ordonnait des poursuites contre tous les perturbateurs du repos public et spécialement contre les malveillans qui répandaient de faux bruits, tels que celui du prochain établissement de la gabelle en Bretagne. — Registres secrets du parlement, année 1675, t. II et III.

14 • Lettre du 19 juin 1675.

15 • Lettres des 24 et 29 juillet 1675.

16 • « Ce qu’il y a de pire en ceci, c’est qu’il suffit à présent d’appeler un de ses ennemis particuliers maltôtier pour le faire assommer à l’instant par le peuple. » Lettre de M. de Guémadeuc, évêque de Saint-Malo, à Colbert, du 23 juillet. C’est le prélat obséquieux et léger, si justement qualifié par Mme de Sévigné du nom de linotte mitrée.

17 • La copie du code paysan adressée à Colbert ne se trouve pas dans les anciens volumes verts de la bibliothèque impériale ; mais par l’intervention de M. Gaultier du Mottay, M. de La Borderie a pu en obtenir une autre, et je reproduis ici textuellement ce curieux spécimen des égaremens de l’esprit humain chez un peuple honnête. Copie du règlement fait par les habitans des quatorze paroisses unies du pays armorique, situé depuis Douarnenez jusqu’à Concarneau, pour être observé inviolablement entre eux jusqu’à la Saint-Michel prochaine, sous peine de TORREBEN (traduisez : casse-tête). 1. Que lesdites quatorze paroisses, unies ensemble pour la liberté de la province, députeront six des plus notables de leurs paroisses aux états prochains pour déduire les raisons de leur soulèvement, lesquels seront défrayés aux dépens de leurs communautés, qui leur fourniront à chacun un bonnet bleu et une camisole rouge, un haut-de-chausses bleu, avec la veste et l’équipage convenable à leurs qualités. 2. Qu’ils (les habitans des quatorze paroisses unies) mettront les armes bas et cesseront tout acte d’hostilité jusques audit temps (de la Saint-Michel 1675), par une grâce spéciale qu’ils font aux gentilshommes, qu’ils feront sommer de retourner dans leurs maisons de campagne au plus tôt, faute de quoi ils seront déchus de ladite grâce. 3. Que défense soit faite de sonner le tocsin et de faire assemblée d’hommes armés sans le consentement universel de ladite union, à peine aux délinquans d’être pendus aux clochers, ou passés par les armes. 4. Que les droits de champart et corvée, prétendus par lesdits gentilshommes, seront abolis comme une violation de la liberté armorique. 5. Que pour confirmer la paix et la concorde entre les gentilshommes et nobles habitans desdites paroisses, il se fera des mariages entre eux, à condition que les filles nobles choisiront leurs maris de condition commune qu’elles anobliront et leur postérité, qui partagera également les biens de leurs successions. 6. Il est défendu, à peine d’être passé par la fourche, de donner retraite à la gabelle et à ses enfans, et de leur fournir ni à manger ni aucune commodité ; mais au contraire il est enjoint de tirer sur elle comme sur un chien enragé. 7. Qu’il ne se lèvera, pour tout droit, que cent sols par barrique de vin, et un écu pour celui du cru de la province, à condition que les hôtes et cabaretiers ne pourront vendre l’un que cinq sols, et l’autre que trois sols la pinte. 8. Que l’argent des fouages anciens sera employé pour acheter du tabac, qui sera distribué avec le pain bénit aux messes paroissiales, pour la satisfaction des paroissiens. 9. Que les recteurs, curés et prêtres seront gagés pour le service de leurs paroissiens, sans qu’ils puissent prétendre aucun droit de dime, ni aucun autre salaire pour toutes leurs fonctions curiales. 10. Que la justice sera exercée par gens capables choisis par les nobles habitans, qui seront gagés avec leurs greffiers, sans qu’ils puissent prétendre rien des parties pour leurs vacations, sous peine de punition, — et que le papier timbré sera en exécration à eux et à leur postérité, pour ce que tous les actes qui ont été passés sur papier timbré seront écrits, en autre papier et seront par après brûlés pour en effacer entièrement la mémoire. 11. Que la chasse sera défendue à qui que ce soit depuis le premier jour de mars jusqu’à la mi-septembre, et que fuies et colombiers seront rasés, et permis de tirer sur les pigeons en campagne. 12. Qu’il sera loisible d’aller aux moulins que l’on voudra, et que les meuniers seront contraints de rendre la farine au poids du blé. 13. Que la ville de Quimper et autres adjacentes seront contraintes par la force des armes d’approuver et ratifier le présent règlement, à peine d’être déclarées ennemies de la liberté armorique, et les habitans punis où ils seront rencontrés ; défense de leur porter aucune denrée ni marchandise jusqu’à ce qu’ils aient satisfait, sous peine de torrében. 14. Que le présent règlement sera lu et publié aux prônes des grandes messes et par tous les carrefours et aux paroisses, et affiché aux croix qui seront posées. Signé TORREBEN et les habitans.

18 • Cette particularité du costume des paysans insurgés était connue dès le mois de juillet à Paris, d’où Mme de Sévigné l’indique à sa fille. « On dit qu’il y a cinq ou six cents bonnets bleus en Basse-Bretagne qui auraient grand besoin d’être pendus pour leur apprendre à parler. » Lettre du 3 juillet 1675. »

19 • Cet événement, connu de M. Boucherat, fut probablement raconté par lui à Mme de Sévigné. De là sans doute l’histoire de la pendule que les paysans prirent pour la gabelle, jusqu’à ce que le curé leur eût persuadé que c’était le jubilé.

20 • Je n’hésite pas à donner ici, malgré son étendue, le chant connu sous le nom de la Ronde du papier timbré, l’une des inspirations les plus originales du génie poétique de la Bretagne : « Qu’elle nouvelle en Bretagne ?… Que de bruit ! que de fumée ! — Le cheval du roi, quoique boiteux, vient d’être ferré de neuf ; — Il va porter en Basse-Bretagne le papier timbré et les scellés. — Le roi de France a six capitaines, bons gentilshommes, gens de grande noblesse ; — Le roi de France a six capitaines pour monter sa haquenée. — Deux sont en selle, deux sur le cou, les deux autres sur le bout de la croupe. — Légère armée qu’a le roi de France ! — Dans notre balance, elle ne pèsera pas cent livres ! — Le premier porte le pavillon et la fleur de lis du poltron ; — Le second tient une épée rouillée qui ne fera grand mal à personne ; — Le troisième a des éperons de paille pour égratigner la sale bête ; — Le quatrième porte deux plumes, l’une sur son chapeau de capitaine ; — L’une sur son chapeau de capitaine et l’autre derrière l’oreille. — Avec le cinquième viennent les herbes de malheur : le papier timbré, la bourse vide, — La bourse du roi, profonde comme la mer, comme l’enfer toujours béante ! — Enfin le dernier tient la queue et conduit le cheval en poste. — Quel équipage a le roi ! quelle noblesse ! quelle armée ! — Or, à leur première arrivée, avec leur timbre, en ce pays, — Ils étaient vêtus de haillons et maigres comme des feuilles sèches ; — Nez longs, grands yeux, joues pâles et décharnées ; — Leurs jambes étaient des bâtons de barrières, et leurs genoux des nœuds de fagots ; — Mais ils ne furent pas longtemps au pays qu’ils ne changèrent, nos six messieurs ; — Habits de velours à passementeries, bas de soie et brodés encore ! — Nos six croquans s’étaient même acheté chacun une épée à garde d’ivoire. — En bien peu de temps, dans nos cantons, ils avaient changé de manière d’être. — Face arrondie, trogne avinée, petits yeux vifs et égrillards, — Ventres larges comme des tonneaux, voilà le portrait de nos six huissiers : — Pour les transporter jusqu’à Rennes, on creva six chevaux de limon ! — Lors de leur arrivée première, avec leur timbre, en ce pays, — Jean le paysan vivait aux champs tout doucement, bien tranquille, à l’aise. — Avant qu’ils s’en retournassent chez eux, il y avait eu du trouble dans nos quartiers ; — Il en avait coûté à nos bourses de faire requinquer ces gaillards ! — Mes amis, si ce n’est pas faux ce que racontent les vieillards, — Du temps de la duchesse Anne, on ne nous traitait pas ainsi ! »

22 • Vie de M. Lenobletz, par le père Verjus, t. Ier, p. 146. et suiv.

23 • Vie du R. P. Maunoir, par le pète Boschet, Paris, 1697, in-12, p. 360.

24 • Lettre Mme de Carnabat du 24 septembre 1675, dans l’Histoire de Guingamp, t. III.

25 • Si l’insurrection de la Guienne profita aux galères de Toulon, celle de la Bretagne dota d’un large contingent les galères de Brest, Quelques années plus tard, plusieurs centaines de ces malheureux se firent remarquer par leur mâle courage lors de la descente des Anglais à Camaret. Voyez la Vie du père Maunoir, p. 374.

26 • Lettre datée de la Seilleraye, du 24 novembre 1675.

27 • Vie du père Maunoir, p. 343.

28 • Journal manuscrit de M. de La Corneuve cité par M. de La Borderie.

29 • M. de Montmoron, doyen du parlement, était d’une branche de la maison de Sévigné.

30 • La rue Haute, dont les habitans furent bannis par arrêt du conseil rendu le 16 octobre, pourrait être nommée la rue du Chat pourri. La démolition des maisons, commença quelques mois après ; mais on épargna celles que les propriétaires consentirent à racheter moyennant finance, et la moitié du faubourg seulement fut rasée, la cupidité ayant triomphé de la vengeance.

31 • De ces soixante bourgeois, pris à peu près au hasard, car les principaux avaient quitté la ville avant l’arrivée des troupes, six seulement furent exécutés ; les autres furent envoyés aux galères ou bannis.

32 • Lettres des Rochers des 16, 20, 30 décembre et 6 novembre 1675.

33 • Lettre du 30 novembre 1675.

34 • Cette réponse est datée de Condé le 10 mai 1676.

35 • 22 décembre 1675, 5 janvier 1676.

36 • Journal de Du Chemin.

37 • L’audience de rentrée eut lieu à Rennes le 1er février 1689.

38 • Registre des états de Saint-Brieuc, 7 septembre 1677.

39 • Forboumais, Recherches sur les Finances, t. IV, p. 38. — Bailly, Histoire financière, t. II, p. 18 et suiv.

40 • Ces remontrances sont à la date du 4 décembre 1703, et il leur a été répondu le 26 mai 1705. J’en ai trouvé le texte aux Archives de l’empire, nouveau fonds du contrôle général.

41 • Saint-Simon, t. II, p. 58.

42 • Registre des états de Vannes, novembre 1695.

Source : Louis de Carné, Les Etats de Bretagne - La Révolte du papier timbré

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