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La contradiction, dans Science de la Logique de Hegel

lundi 27 mai 2024, par Robert Paris

La contradiction, dans Science de la Logique de Hegel

LA CONTRADICTION

§ 931
La différence en tant que telle contient ses deux côtés comme moments ; dans la diversité, ils se désagrègent indifféremment ; dans l’opposition comme telle, ce sont des côtés de la différence, l’un n’étant déterminé que par l’autre, et donc seulement des moments ; mais elles n’en sont pas moins déterminées en elles-mêmes, mutuellement indifférentes et mutuellement exclusives : les déterminations auto-subsistantes de la réflexion.

§ 932
L’un est le positif, l’autre le négatif, mais le premier comme intrinsèquement positif, le second comme intrinsèquement négatif. Chacun a sa propre subsistance indifférente par le fait qu’il a en lui le rapport à son autre moment ; c’est donc toute l’opposition autonome. En tant que tout, chacun est médiatisé avec lui-même par son autre et le contient . Mais de plus, il est médiatisé avec lui-même par le non-être de son autre ; c’est donc une unité existant par elle-même et elle exclut l’autre d’elle-même.

§ 933
La détermination auto-subsistante de la réflexion qui contient la détermination opposée, et est auto-subsistante en vertu de cette inclusion, l’exclut en même temps ; dans son auto-subsistance, donc, il exclut de lui-même sa propre auto-subsistance. Car celle-ci consiste à contenir en elle sa détermination opposée — par laquelle seule elle n’est pas un rapport à quelque chose d’extérieur — mais non moins immédiatement en ce qu’elle est elle-même, et exclut aussi de soi la détermination qui lui est négative. C’est donc contradictoire.

§ 934
La différence en tant que telle est déjà implicitement contradiction ; car c’est l’ unité des côtés qui ne sont qu’en tant qu’ils ne sont pas un, et c’est la séparation des côtés qui ne sont séparés que dans le même rapport. Mais le positif et le négatif sont la contradiction posée parce que, en tant qu’unités négatives, ils sont eux-mêmes la position d’eux-mêmes, et dans cette position chacun est la suppression de lui-même et la position de son contraire. Ils constituent la réflexion déterminante comme exclusive ;et parce que l’exclusion des côtés est un acte unique de distinction et que chacun des côtés distingués en excluant l’autre est lui-même tout l’acte d’exclusion, chaque côté en lui-même s’exclut lui-même.

§ 935
Si l’on considère les deux déterminations de la réflexion en elles-mêmes, alors le positif est la position comme réfléchie dans la ressemblance à soi, position qui n’est pas un rapport à un autre, donc une subsistance en tant que la posée est supprimée et exclue. Mais avec cela, le positif se fait rapport d’un non-être — d’une position. C’est donc la contradiction qu’en posant l’identité avec soi en excluant le négatif, il se fait en négatifde ce qu’il s’exclut, c’est-à-dire se fait son contraire. Celui-ci, comme exclu, est posé comme libre de ce qui l’exclut, et donc comme réfléchi en lui-même et comme lui-même exclusif. La réflexion exclusive est donc une position du positif comme excluant son contraire, de sorte que cette position est immédiatement la position de son contraire qu’elle exclut.

§ 936
C’est la contradiction absolue du positif, mais c’est immédiatement la contradiction absolue du négatif ; la position de chacun est une réflexion unique . Le négatif, considéré en soi contre le positif, est la position comme réfléchie en dissemblance avec elle-même, le négatif comme négatif. Mais le négatif est lui-même le différent, le non-être d’un contraire ; donc son reflet dans sa dissemblance est plutôt sa relation à lui-même. La négation en général, c’est le négatif comme qualité, ou détermination immédiate ; mais le négatif comme négatif,est lié au négatif de lui-même, à son contraire. Si ce négatif n’est pris que pour identique au premier, alors lui aussi, comme le premier, n’est qu’immédiat ; et ainsi ils ne sont pas pris comme des opposés mutuels et donc pas comme négatifs ; le négatif n’est pas du tout immédiat. Mais maintenant, comme il est tout aussi vrai que chacun est le même que son contraire, ce rapport des dissemblables est tout autant leur rapport identique.

§ 937
C’est donc la même contradiction qu’est le positif, à savoir la position ou la négation comme rapport à soi. Mais le positif n’est qu’implicitement cette contradiction, tandis que le négatif est la contradiction posée ; car celui-ci, en vertu de son reflet en soi qui en fait un négatif en et pour soi ou un négatif identique à soi, est donc déterminé comme non-identique, comme excluant l’identité. Le négatif est ceci d’être identique à soi en opposition à l’identité, et par conséquent, par sa réflexion excluante, de s’exclure de soi.

§ 938
Le négatif est donc toute l’opposition fondée, comme opposition, sur elle-même, différence absolue qui ne se rapporte pas à un autre ; en tant qu’opposition, il s’exclut de lui-même l’identité — mais ce faisant, il s’exclut lui-même ; car comme rapport à soi il se détermine comme l’identité même qu’il exclut.

§ 939
2. La contradiction se résout d’elle-même. Dans la réflexion auto-exclusive que nous venons de considérer, positive et négative, chacune dans son auto-subsistance, se supplante ; chacun est simplement la transition ou plutôt l’auto-transposition de soi en son contraire. Cet évanouissement incessant des contraires en eux-mêmes est la première unité résultant de la contradiction ; c’est le nul.

§ 940
Mais la contradiction ne contient pas seulement le négatif, mais aussi le positif ; ou bien le reflet auto-excluant est en même temps le reflet posant ; le résultat de la contradiction n’est pas simplement une nullité. Le positif et le négatif constituent la position de l’autosubsistance. Leur propre négation d’eux-mêmes supplante la position de l’autosubsistance. C’est ce qui en vérité périt dans la contradiction.

§ 941
Le reflet en soi. par lequel les côtés de l’opposition sont convertis en relations à soi auto-subsistantes est, en premier lieu, leur auto-subsistance en tant que moments distincts ; en tant que tels, ils ne sont qu’implicitement cet auto-subsistance, car ils sont encore opposés, et le fait qu’ils soient implicitement auto-subsistant constitue leur position. Mais leur réflexion excluante supplante cette position, les convertit en côtés explicitement auto-subsistants, en côtés auto-subsistants non seulement implicitement ou en eux-mêmes, mais par leur rapport négatif à leur contraire ; de cette manière, leur autosubsistance est également posée. Mais plus loin, par cette position, ils se font une position. Ilsse détruisent en ce qu’ils se déterminent comme identiques à eux-mêmes, mais dans cette détermination se trouvent plutôt le négatif, une identité-à-soi qui est un rapport-à-autrui.

§ 942
Mais cette réflexion excluante, à y regarder de plus près, n’est pas seulement cette détermination formelle. C’est un impliciteautosubsistance et est la suppression de cette position, et ce n’est que par cette suppression qu’elle devient explicitement et de fait une unité auto-subsistante. Il est vrai qu’à travers la suppression de l’altérité ou de la position, nous sommes de nouveau présentés avec la position, le négatif d’un autre. Mais en fait, cette négation n’est pas seulement le premier rapport à autrui immédiat, non pas la posée comme immédiateté abolie, mais comme posée abolie. Le reflet excluant de l’auto-subsistance, étant exclusif, se convertit en une position, mais est tout autant une suppression de sa position. C’est une auto-relation sublative ; en cela, il supprime d’abord le négatif, et deuxièmement, se pose comme négatif, et c’est seulement ce négatif qu’il supprime ; en supprimant le négatif, il se pose et se supplante à la fois. De cette façon,lesla détermination exclusive elle - même est cet autre de soi dont elle est la négation ; par conséquent, la suppression de cette posée n’est pas encore une posée comme négative d’un autre, mais est une union avec soi, l’unité positive avec soi. L’autosubsistance est donc par sa propre négation une unité retournée en soi, puisqu’elle retourne en soi par la négation de sa propre position. C’est l’unité de l’essence, étant identique à soi par la négation, non d’un autre, mais de soi.

§ 943
3. Selon ce côté positif, où l’autosubsistance dans l’opposition, comme réflexion excluante, se convertit en une posée qu’elle n’enlève pas moins, l’opposition n’est pas seulement détruite [ zugrunde gegangen ] mais s’est retirée dans son fondement. Le reflet excluant de l’opposition autosubsistante le convertit en négatif, en quelque chose de posé ; elle réduit ainsi ses déterminations essentiellement auto-subsistantes , positives et négatives, au statut de simples déterminations ; et la position, étant ainsi transformée en position, est simplement revenue dans son unité avec elle-même ; c’est l’ essence simple, mais l’essence comme fondement.Par la suppression de ses déterminations intrinsèquement contradictoires, l’essence a été restaurée, mais avec cette détermination, qu’elle est l’unité excluante de la réflexion - une unité simple qui se détermine comme négative, mais dans cette position est immédiatement semblable à elle-même et unie avec lui-même.

§ 944
En premier lieu, donc, l’opposition auto-subsistante par sa contradiction se retire dans le sol ; cette opposition est le prius, l’immédiat, qui forme le point de départ, et l’opposition supprimée ou la posité supprimée est elle-même une posée. Ainsi l’ essence comme fondement est une position, quelque chose qui est devenu. Mais à l’inverse, ce qui a été posé n’est que ceci, que l’opposition ou la posée est une posée supplantée, n’est que commeposition. Donc l’essence comme fondement est la réflexion excluante de telle sorte qu’elle se fait soi-même en une position, que l’opposition d’où nous sommes partis et qui était l’immédiat, est l’autosubsistance simplement posée et déterminée de l’essence, et cette opposition est seulement ce qui s’efface en soi, tandis que l’essence est ce qui, dans sa déterminité, se réfléchit en soi. Essence comme exclut du sol lui - même de lui - même, il pose lui - même ; sa position — qui est ce qui est exclu — n’est que comme position, comme identité, du négatif avec soi. Cet auto-subsistant, c’est le négatif posé comme négatif ; il se contredit en lui-même et reste donc immédiatement par essence un terrain init.

§ 945
La contradiction résolue est donc fondement, essence comme unité du positif et du négatif. En opposition, la détermination est parvenue à l’auto-subsistance ; mais le fondement est cette autosubsistance achevée ; en lui, le négatif est essence auto-subsistante, mais en tant que négatif ; comme identique à lui-même dans cette négativité, le sol est tout autant le positif. L’opposition et sa contradiction est donc en terrain autant aboli que préservé. Le fond est l’essence comme identité-à-soi positive, qui pourtant se rapporte en même temps à elle-même comme négativité, et donc se détermine et se convertit en une position exclue ; mais cette position est toute l’essence autosubsistante, et l’essence est fondée, comme identique à elle-même et positive dans sa négation. L’opposition auto-contradictoire et auto-subsistante était donc déjà elle-même fondée ; tout ce qui s’y ajoutait était la détermination de l’unité-avec-soi,qui résulte du fait que chacun des contraires auto-subsistants se supprime et se fait son contraire, tombant ainsi à terre [zugrunde geht ] ; mais dans ce processus il ne s’unit en même temps qu’à lui-même ; ce n’est donc qu’en tombant à terre [ in seinem Untergange ], c’est-à-dire dans sa position ou sa négation, que le contraire est vraiment l’essence qui se réfléchit et s’identifie à elle-même.

Remarque 1 : Unité du positif et du négatif

§ 946
Le positif et le négatif sont les mêmes. Cette expression relève d’ une réflexion extérieure en tant qu’elle établit une comparaison entre ces deux déterminations. Mais ce n’est pas plus une comparaison extérieure qu’il convient d’établir entre eux qu’entre aucune autre catégorie ; ils doivent plutôt être considérés en eux-mêmes, c’est-à-dire que nous devons considérer ce qu’est leur propre reflet. Mais nous avons trouvé que chacun est essentiellement le simple spectacle ou être illusoire de lui-même dans l’autre et est lui-même la position de lui-même comme l’autre.

§ 947
Mais la pensée superficielle qui ne considère pas le positif et le négatif tels qu’ils sont en eux-mêmes et pour eux-mêmes, peut, bien entendu, se référer à la comparaison afin de porter à sa connaissance l’intenabilité de ces côtés distingués qu’elle suppose fixés dans leur opposition les uns aux autres.

§ 948
Même une petite expérience de la pensée réflexive montrera que si quelque chose a été défini comme positif et que l’on s’éloigne de cette base, alors aussitôt le positif s’est secrètement transformé en négatif, et inversement, le négatif déterminé en positif, et que la pensée réflexive s’embrouille et se contredit dans ces déterminations. La méconnaissance de leur nature imagine cette confusion comme une erreur qui ne devrait pas se produire et l’attribue à une erreur subjective. Cette transition aussi, en fait, reste une simple confusion quand il n’y a pas conscience de la nécessité de la transformation.

§ 949
Mais même pour la réflexion extérieure, c’est un premier lieu simple, le positif n’est pas un immédiatement identique, mais d’une part est l’opposé d’un négatif, n’ayant de sens que dans ce rapport, de sorte que le négatif lui-même est contenu dans sa notion ; d’autre part, qu’elle soit en elle-même la négation liée à elle-même du simple posé ou du négatif, est donc elle-même la négation absolue en elle-même. De même, le négatif qui s’oppose au positif n’a de sens que dans ce rapport à son autre ; il contient donc cela dans sa notion. Mais le négatif a aussi sa propre subsistanceen dehors de ce rapport au positif ; il est identique à lui-même ; mais comme tel il est lui-même ce que le positif était censé être.

§ 950
L’opposition entre le positif et le négatif est prise principalement dans le sens où le premier (bien qu’étymologiquement il exprime la position ) est supposé être un objectif, et le second un subjectif qui ne relève que d’une réflexion extérieure et n’est pas le souci de l’objectif, qui existe en soi et pour soi et pour lequel le subjectif n’existe pas du tout. En effet, si le négatif n’exprime rien d’autre que l’abstraction d’un caprice subjectif ou la détermination d’une comparaison externe, alors bien sûr il n’existe pas pour le positif objectif, c’est-à-dire qu’il n’est pas lié en lui-même à une telle abstraction vide ;dans ce cas, la détermination qu’elle est positive lui est également simplement extérieure. Ainsi, pour prendre un exemple de l’opposition fixe de ces déterminations réflexives, la lumière comme telle est considérée comme le pur positif et les ténèbres comme le pur négatif. Mais la lumière possède essentiellement dans son expansion infinie et dans son pouvoir de favoriser la croissance et d’animer, la nature de la négativité absolue. Les ténèbres, d’autre part, en tant que non-variété ou en tant que matrice non-auto-différenciante de la génération, est le simplement auto-identique, le positif. Elle est prise comme le pur négatif au sens où, comme simple absence de lumière, elle n’existe tout simplement pas pour elle, de sorte que la lumière, dans sa relation avec les ténèbres, est censée être en relation, non avec un autre mais purement avec elle-même, l’obscurité s’évanouissant donc simplement devant elle.Mais c’est un fait familier que la lumière est grisée par l’obscurité ; et en plus de cette simple altération quantitative, il subit aussi le changement qualitatif d’être déterminé à colorer par sa relation avec l’obscurité. Ainsi, par exemple, la vertu n’est pas non plus sans conflit ; c’est plutôt le conflit suprême et fini ; en tant que tel, ce n’est pas simplement le positif, mais c’est la négativité absolue ; c’est aussi la vertu non seulement par rapport au vice, mais c’estdans sa propre opposition et conflit. Ou encore, le vice n’est pas simplement le manque de vertu - l’innocence aussi est ce manque - et il ne se distingue de la vertu que par un reflet extérieur ; au contraire, il s’y oppose en soi, il est mal.Le mal consiste à s’équilibrer contre le bien ; c’est une négativité positive. Mais l’innocence, n’étant ni bonne ni mauvaise, est indifférente aux deux déterminations, n’est ni positive ni négative. Mais en même temps ce manque doit aussi être pris comme une déterminité : d’une part, il doit être considéré comme la nature positive de quelque chose ; de l’autre, il se rapporte à un contraire, et toute nature émergeant de son innocence, de son indifférente identité à soi, se rapporte spontanément à son autre et tombe ainsi par terre ou, au sens positif, se replie sur son sol.

§ 951
La vérité est aussi le positif en tant que savoir qui s’accorde avec l’ objet ; mais ce n’est cette ressemblance à lui-même que dans la mesure où le connaissant s’est mis en rapport négatif avec l’autre, a pénétré l’objet et a aboli la négation qu’il est. L’erreur est un positif, comme une opinion affirmant ce qui n’est pas en soi et pour soi, une opinion qui a conscience d’elle-même et s’affirme. Mais l’ignorance est soit indifférente à la vérité et à l’erreur, et donc ni positivement ni négativement déterminée, sa détermination relevant d’une réflexion extérieure ; ousinon comme objectif, comme détermination propre de la nature, c’est l’impulsion qui est dirigée contre elle-même, un négatif qui contient en lui un sens positif. Il est de la plus haute importance de percevoir et de se souvenir de cette nature des déterminations réflexives que nous venons d’examiner, à savoir que leur vérité ne consiste que dans leur rapport les unes aux autres, que donc chacune dans sa Notion même contient l’autre ; sans cette connaissance, pas un seul pas ne peut être fait en philosophie.

Remarque 2 : La loi du milieu exclu

§ 952
La détermination de l’opposition a aussi été érigée en loi, la loi dite du tiers exclu : quelque chose est A ou non-A ; il n’y a pas de tiers.

§ 953
Cette loi implique d’abord, que tout est un contraire , est déterminé comme positif ou négatif. Proposition importante, qui a sa nécessité dans le fait que l’identité passe dans la différence, et cela dans l’opposition. Seulement, il n’est généralement pas compris dans ce sens, mais ne signifie généralement rien de plus que, de tous les prédicats, soit ce prédicat particulier, soit son non-être appartient à une chose.

L’inverse signifie ici simplement le manque de prédicat ou plutôt d’ indétermination ;et la proposition est si triviale qu’elle ne vaut pas la peine de la dire. Lorsque les déterminations douce, verte, carrée sont prises - et que tous les prédicats sont censés être pris - et qu’ensuite il est dit que l’esprit est soit doux ou pas doux, vert ou pas vert, et ainsi de suite, c’est une trivialité qui ne mène nulle part. La déterminité, le prédicat, se rapporte à quelque chose ; la proposition affirme que le quelque chose est déterminé ; or il doit impliquer essentiellement ceci : que la déterminité se détermine encore elle-même, devient une déterminité intrinsèque, devient opposition. Au lieu de cela, cependant, il ne fait que passer, au sens trivial qui vient d’être mentionné, de la déterminité à son non-être en général, de nouveau à l’indétermination.

§ 954
La loi du tiers exclu se distingue également des lois de l’identité et de la contradiction envisagées plus haut ; ce dernier affirmait qu’il n’y a rien qui soit à la fois A et non-A. Elle implique qu’il n’y a rien qui ne soit ni A ni non-A, qu’il n’y ait pas un tiers qui soit indifférent à l’opposition. Mais en fait le tiers indifférent à l’opposition est donné dans la loi elle-même, c’est-à-dire que A lui-même y est présent. Ce A n’est ni + A ni -A , et est aussi bien + A que -A . Le quelque chose qui était censé être soit - A ou pas Aest donc lié à la fois à + A et non-A ; et encore, en étant lié à A , il est supposé ne pas être lié à non-A , ni à A , s’il est lié à non-A . Le quelque chose lui-même est donc le troisième qui était censé être exclu. Puisque les déterminations opposées dans le quelque chose sont tout autant posées que supprimées dans cette position, la troisième qui a ici la forme d’un quelque chose mort, prise plus profondément, est l’unité de réflexion dans laquelle l’opposition se retire comme dans le fond.
Remarque 3 : La loi de la contradiction

§ 955
Si, maintenant, les premières déterminations de la réflexion, à savoir l’identité, la différence et l’opposition, ont été mises sous la forme d’une loi, à plus forte raison la détermination dans laquelle elles passent comme leur vérité, à savoir la contradiction, doit-elle être saisie et énoncée comme une loi : tout est intrinsèquement contradictoire , et en ce sens que cette loi à l’opposé des autres exprime plutôt la vérité et l’essence des choses . La contradiction qui fait son apparition dans l’opposition, n’est que le rien développé qui est contenu dans l’identité et qui apparaît dans l’expression que la loi de l’identité ne dit rien . Cette négation se détermine en outre dans la différence et l’opposition, qui est maintenant la contradiction posée.

§ 956
Mais c’est l’un des préjugés fondamentaux de la logique telle qu’elle a été comprise jusqu’ici et de la pensée ordinaire que la contradiction n’est pas une détermination aussi caractéristiquement essentielle et immanente que l’identité ; mais en fait, s’il s’agissait de graduer les deux déterminations et qu’il fallait les maintenir séparées, il faudrait alors prendre la contradiction comme la détermination la plus profonde et la plus caractéristique de l’essence. Car par opposition à la contradiction, l’identité n’est que la détermination du simple immédiat, de l’être mort ; mais la contradiction est la racine de tout mouvement et de toute vitalité ; ce n’est que dans la mesure où quelque chose a une contradiction en lui qu’il se meut, a une impulsion et une activité.

§ 957
En premier lieu, la contradiction est ordinairement tenue à l’écart des choses, de la sphère de l’être et de la vérité en général ; il est affirmé qu’il n’y a rien de contradictoire . Deuxièmement, il est déplacé dans une réflexion subjective par laquelle il est d’abord posé dans le processus de mise en relation et de comparaison. Mais même dans cette réflexion, il n’existe pas vraiment, car on dit que le contradictoire ne s’imagine pasou pensée . Qu’elle se produise dans les choses réelles ou dans la pensée réflexive, elle se classe en général comme une éventualité, une sorte d’anomalie et un paroxysme ou une maladie passagère.

§ 958
Maintenant en ce qui concerne l’affirmation qu’il n’y a pas de contradiction, qu’elle n’existe pas, cette affirmation n’a pas à nous inquiéter ; une détermination absolue de l’essence doit être présente dans chaque expérience, dans tout ce qui est actuel, comme dans toute notion. Nous avons fait la même remarque plus haut à propos de l’ infini , qui est la contradiction telle qu’elle se manifeste dans la sphère de l’être. Mais l’expérience commune elle-même l’énonce quand elle dit qu’au moins il y a un hôtede choses contradictoires, d’arrangements contradictoires, dont la contradiction n’existe pas seulement dans une réflexion extérieure, mais en eux-mêmes. De plus, il ne s’agit pas seulement d’une anomalie qui ne se produit qu’ici et là, mais plutôt du négatif tel que déterminé dans la sphère de l’essence, le principe de tout mouvement de soi, qui consiste uniquement en son exposition. Le mouvement extérieur, sensible lui-même est l’existence immédiate de la contradiction. Quelque chose bouge, non parce qu’à un moment c’est ici et à un autre là-bas, mais parce qu’à un même moment c’est ici et pas ici, parce que dans cet « ici », c’est à la fois et n’est pas. Il faut accorder aux dialecticiens antiques les contradictions qu’ils signalaient en mouvement ; mais il ne s’ensuit pas qu’il n’y ait donc pas de mouvement, mais au contraire, ce mouvement estcontradiction existante elle-même.

§ 959
De même, le mouvement interne proprement dit, la pulsion instinctive en général (l’appétit ou nisus de la monade, l’entéléchie de l’essence absolument simple), n’est rien d’autre que le fait que quelque chose est, d’un seul et même égard, autonome. et déficient, le négatif de lui-même . L’ identité abstraite à soi n’a pas de vitalité , mais le positif, étant en soi une négativité, sort de soi et subit une altération. Quelque chose n’est donc vivant que dans la mesure où il contient en lui la contradiction, et de plus ce pouvoir de tenir et de supporter la contradiction en lui. Mais si un existant dans sa détermination positive est à la fois incapable d’aller au-delà de sa détermination négative et de tenir fermement l’un dans l’autre, incapable de contenir en lui la contradiction, alors ce n’est pas l’unité vivante elle-même, dans la contradiction tombe à terre. La pensée spéculative consiste uniquement dans le fait que la pensée tient ferme la contradiction, et en elle, elle-même, mais ne se laisse pas dominer par elle comme dans la pensée ordinaire, où ses déterminations ne se résolvent par la contradiction qu’en d’autres déterminations ou en rien. .

§ 960
Si la contradiction en mouvement, la pulsion instinctive, etc., est masquée pour la pensée ordinaire, dans la simplicité de ces déterminations, la contradiction est, d’autre part, immédiatement représentée dans les déterminations de la relation . Les exemples les plus triviaux d’en haut et d’en bas, de droite et de gauche, de père et de fils, et ainsi de suite à l’ infini , contiennent tous une opposition dans chaque terme. C’est ci - dessus, ce qui est pas ci - dessous ; ’au-dessus’ n’est précisément que ceci, ne pas être ’en-dessous’, et ne l’ est que dans la mesure où il y a un ’en-dessous’ ; et inversement, chaque détermination implique son contraire. Le père est l’autre du fils, et le fils l’autre du père, et chacun est seulcomme cet autre de l’autre ; et en même temps, une seule détermination est, par rapport à l’autre ; leur être est une seule subsistance. Le père a aussi une existence propre en dehors de la relation de fils ; mais alors il n’est pas père mais simplement homme ; de même qu’en haut et en bas, à droite et à gauche, sont chacun aussi un reflet en soi et sont quelque chose en dehors de leur relation, mais alors seulement des lieux en général. Les contraires contiennent donc contradiction en tant qu’ils sont, au même titre, négativement liés les uns aux autres ou se supplantent et sont indifférents les uns aux autres. Pensée ordinaire quand elle passe au moment de l’ indifférencedes déterminations, oublie leur unité négative et les retient ainsi simplement comme « différentes » en général, dans lesquelles la détermination droite n’est plus droite, ni gauche gauche, etc. les déterminations sont devant elle comme auto-négation, l’une étant dans l’autre, et chacun dans cette unité n’étant pas auto-négation mais indifféremment pour soi.

§ 961
Donc si la pensée ordinaire a partout la contradiction pour son contenu, elle n’en prend pas conscience, mais reste une réflexion extérieure qui passe de la ressemblance à la dissemblance, ou du rapport négatif au reflet en soi, des côtés distincts. Il oppose ces deux déterminations et n’a en vue qu’elles , mais non leur transition , qui est le point essentiel et qui contient la contradiction.

La réflexion intelligente , pour l’évoquer ici, consiste au contraire à saisir et à affirmer la contradiction. Même s’il n’exprime pas la Notion des choses et de leurs relations et n’a pour matériel et contenu que les déterminations de la pensée ordinaire, il les met dans un rapport qui contient leur contradiction et permet à leur Notion de montrer ou de briller à travers la contradiction. La raison pensante, cependant, aiguise, pour ainsi dire, la différence flagrante des divers termes, la simple multiplicité de la pensée picturale, en différence essentielle , en opposition . Ce n’est que lorsque les termes multiples ont été poussés au point de contradiction qu’ils deviennent actifs et vivants les uns envers les autres, recevant dans la contradiction la négativité qui est la pulsation intérieure du mouvement de soi et de l’activité spontanée.

§ 962
Nous avons déjà remarqué que la détermination de base dans la preuve ontologique de l’existence de Dieu est la somme totale de toutes les réalités. On montre généralement, tout d’abord, que cette détermination est possible parce qu’elle est exempte de contradiction,la réalité n’étant prise que comme réalité sans aucune limitation. Nous avons remarqué que cette somme totale devient ainsi simple être indéterminé, ou si les réalités sont, en fait, prises comme une pluralité d’êtres déterminés, dans la somme totale de toutes les négations. Plus précisément, lorsque la différence de la réalité est prise en compte, elle se développe de la différence en opposition, et de celle-ci en contradiction, de sorte qu’à la fin la somme de toutes les réalités devient simplement contradiction absolue en elle-même. La pensée ordinaire, mais non spéculative, qui a horreur de la contradiction, comme la nature a horreur du vide, rejette cette conclusion ; car en considérant la contradiction, il s’arrête à la résolution unilatérale de celle-ci en rien, et ne reconnaît pas le côté positif de la contradiction où elle devientactivité absolue et terrain absolu.

§ 963
En général, notre conscience de la nature de la contradiction a montré que ce n’est pas, pour ainsi dire, une tare, une imperfection ou un défaut de quelque chose si une contradiction peut y être signalée. Au contraire, toute détermination, toute chose concrète, toute notion est essentiellement une unité de moments distingués et distinguables, qui, en vertu de la différence déterminée, essentielle, passent en moments contradictoires.Ce côté contradictoire, bien sûr, se résout dans le néant — il se retire dans son unité négative. Or la chose, le sujet, la Notion n’est que cette unité négative elle-même : elle est intrinsèquement contradictoire en elle-même, mais elle n’en est pas moins la contradiction résolue ; c’est le fond qui contient et supporte ses déterminations. La chose, le sujet ou la notion, telle qu’elle se reflète en elle-même dans sa sphère, est sa Contradiction résolue ; mais encore toute sa sphère est aussi déterminée, différente ; il est donc fini, et cela signifie une contradictionune. Elle-même n’est pas la résolution de cette contradiction supérieure ; mais il a une sphère supérieure pour son unité négative, pour son Fond. En conséquence, les choses finies dans la multiplicité indifférente sont simplement ceci, être contradictoires en elles-mêmes, être contradictoires et bouleversées en elles-mêmes et rentrer dans leur Fond .Comme on le démontrera plus loin, la véritable inférence d’un être fini et contingent à un être absolument nécessaire ne consiste pas à inférer celui-ci du premier comme d’un être qui est et reste Fond , au contraire, l’inférence est d’un être que, comme cela est également impliqué immédiatement dans la contingence , est seulement dans un état d’effondrement et est intrinsèquement contradictoire ; ou plutôt, la véritable inférence consiste à montrer que l’Être contingent en soi se retire dans son Fond où il se relève — et, de plus, que par ce retrait il pose le Fond de telle manière seulement qu’il se fait dans le posé. élément. Dans une inférence ordinaire, l’ êtredu fini apparaît comme le Fond de l’absolu : parce que le fini est l’opposition intrinsèquement contradictoire, parce qu’il n’est pas . Dans le premier sens, une inférence s’exprime ainsi : l’être du fini est l’être de l’absolu ; mais dans ce dernier : Le non-être du fini est l’être de l’absolu. ©

Source :

https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/hegel/works/hl/hl431.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr#HL2_439

En anglais :

https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/hegel/works/hl/hl431.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=en&_x_tr_hl=fr#HL2_439

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