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Marx et Engels sur l’organisation des travailleurs
mercredi 13 mai 2026, par
1847
Grèves et regroupements de travailleurs
« Tout mouvement à la hausse des salaires ne peut avoir d’autre effet qu’une hausse du prix du blé, du vin, etc., c’est-à-dire l’effet d’une disette. A quoi servent les salaires ? Il s’agit du prix de revient du maïs, etc. ; ils sont le prix intégral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des éléments composant la richesse et consommés de manière reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, doubler les salaires... c’est attribuer à chacun des producteurs une part plus grande que son produit, ce qui est contradictoire, et si la hausse ne s’étend qu’à un petit nombre d’industries, elle amène une perturbation générale des échanges ; en un mot, une disette....
« Il est impossible, je le déclare, que des grèves suivies d’augmentations de salaires n’aboutissent pas à une hausse générale des prix : c’est aussi certain que deux et deux font quatre. »
(Proudhon, Vol. I, p. 110 et 111)
Nous nions toutes ces affirmations, sauf que deux et deux font quatre.
En premier lieu, il n’y a pas de hausse générale des prix . Si le prix de tout double en même temps que les salaires, il n’y a pas de changement de prix, le seul changement est celui des termes.
D’autre part, une hausse générale des salaires ne peut jamais produire une hausse plus ou moins générale du prix des marchandises. En fait, si chaque industrie employait le même nombre de travailleurs par rapport au capital fixe ou aux instruments utilisés, une augmentation générale des salaires produirait une baisse générale des profits et le prix courant des marchandises ne subirait aucune modification.
Mais comme le rapport entre le travail manuel et le capital fixe n’est pas le même dans les différentes industries, toutes les industries qui emploient une masse relativement plus grande de capital et moins de travailleurs seront obligées tôt ou tard de baisser le prix de leurs marchandises. Dans le cas contraire, où le prix de leurs marchandises ne baisse pas, leur profit s’élèvera au-dessus du taux commun des profits. Les machines ne sont pas des salariés. La hausse générale des salaires affectera donc moins les industries qui, par rapport aux autres, emploient plus de machines que de travailleurs. Mais comme la concurrence tend toujours à niveler le taux des profits, les profits qui s’élèvent au-dessus du taux moyen ne peuvent qu’être transitoires. Ainsi, à quelques fluctuations près, une hausse générale des salaires conduira, non comme le dit M. Proudhon, à une hausse générale des prix, mais à une baisse partielle, c’est-à-dire une baisse du prix courant des marchandises fabriquées. principalement à l’aide de machines.
La hausse et la baisse des profits et des salaires expriment simplement la proportion dans laquelle capitalistes et ouvriers se partagent le produit d’une journée de travail, sans influencer dans la plupart des cas le prix du produit. Mais que « des grèves suivies d’augmentations de salaires aboutissent à une hausse générale des prix, voire à une disette », voilà des notions qui ne peuvent fleurir que dans le cerveau d’un poète incompris.
En Angleterre, les grèves ont régulièrement donné lieu à l’invention et à l’application de nouvelles machines. Les machines étaient, peut-on dire, l’arme employée par le capitaliste pour réprimer la révolte du travail spécialisé. La mule autonome , la plus grande invention de l’industrie moderne, mit hors de combat les fileurs révoltés. Si les coalitions et les grèves n’avaient d’autre effet que de faire réagir contre elles les efforts du génie mécanique, elles exerceraient encore une immense influence sur le développement de l’industrie.
« Je trouve, continue M. Proudhon, dans un article publié par M. Léon Faucher... septembre 1845, que depuis quelque temps les ouvriers britanniques ont perdu l’habitude de se regrouper, ce qui est assurément un progrès pour lequel on ne peut mais félicitez-les : mais cette amélioration du moral des ouvriers vient surtout de leur éducation économique. « Ce n’est pas des fabricants, s’écrie un ouvrier de filature lors d’une réunion à Bolton, que dépendent les salaires. Dans les périodes de dépression, les maîtres ne sont pour ainsi dire que le fouet dont la nécessité s’arme et, qu’ils le veuillent ou non, ils doivent porter des coups. Le principe régulateur est la relation entre l’offre et la demande ; et les maîtres n’ont pas ce pouvoir.
"Bien joué !" s’écrie M. Proudhon. « Ce sont des travailleurs bien formés, des travailleurs modèles, etc., etc., etc. Une telle pauvreté n’existait pas en Grande-Bretagne ; il ne traversera pas la Manche.
(Proudhon, Vol. I, p. 261 et 262)
De toutes les villes d’Angleterre, Bolton est celle où le radicalisme est le plus développé. Les ouvriers de Bolton sont connus pour être les plus révolutionnaires de tous. A l’époque de la grande agitation en Angleterre pour l’abolition des Corn Laws, les fabricants anglais pensaient qu’ils ne pourraient faire face aux propriétaires terriens qu’en mettant les ouvriers au premier plan. Mais comme les intérêts des ouvriers n’étaient pas moins opposés à ceux des fabricants que les intérêts des fabricants ne l’étaient à ceux des propriétaires fonciers, il était naturel que les fabricants se trouvent mal dans les réunions ouvrières. Qu’ont fait les constructeurs ? Pour sauver les apparences, ils organisèrent des réunions composées en grande partie de contremaîtres, du petit nombre d’ouvriers qui leur étaient dévoués et des vrais amis du métier . Lorsque, plus tard, les véritables travailleurs ont tenté, comme à Bolton et à Manchester, de prendre part à ces fausses manifestations pour protester contre elles, on leur a interdit l’entrée au motif qu’il s’agissait d’une réunion à billet – une réunion à laquelle seules les personnes ayant les qualifications requises étaient autorisées. les cartes d’entrée étaient admises. Pourtant les affiches placardées sur les murs annonçaient des réunions publiques. Chaque fois qu’une de ces réunions avait lieu, les journaux des constructeurs rendaient compte de manière pompeuse et détaillée des discours prononcés. Il va sans dire que ce sont les contremaîtres qui faisaient ces discours. Les journaux de Londres les reproduisent mot pour mot. M. Proudhon a le malheur de prendre des contremaîtres pour de simples ouvriers, et il leur enjoint de ne pas traverser la Manche.
Si en 1844 et 1845 les grèves retinrent moins l’attention qu’auparavant, c’est parce que 1844 et 1845 furent les deux premières années de prospérité que l’industrie britannique connut depuis 1837. Néanmoins aucun des syndicats n’avait été dissous.
Écoutons maintenant les contremaîtres de Bolton. Selon eux, les fabricants n’ont aucun contrôle sur les salaires parce qu’ils n’ont aucun contrôle sur le prix des produits, et ils n’ont aucun contrôle sur le prix des produits parce qu’ils n’ont aucun contrôle sur le marché mondial. C’est pourquoi ils souhaitent qu’il soit entendu qu’il ne faut pas former de coalitions pour extorquer aux patrons une augmentation de salaire. M. Proudhon, au contraire, interdit les coalitions, de peur qu’elles ne soient suivies d’une hausse des salaires qui n’entraînerait une disette générale. Inutile de dire que sur un point il y a une entente cordiale entre les contremaîtres et M. Proudhon : qu’une hausse des salaires équivaut à une hausse du prix des produits.
Mais la crainte de la disette est-elle la véritable cause de la rancune de M. Proudhon ? Non. Tout simplement, il est ennuyé par les contremaîtres de Bolton parce qu’ils déterminent la valeur par l’offre et la demande et ne tiennent pratiquement pas compte de la valeur constituée , de la valeur passée à l’état de constitution, de la constitution de la valeur, y compris l’échangeabilité permanente et toutes les autres proportionnalités de rapports et rapports de proportionnalité, avec la Providence à leurs côtés.
« Une grève ouvrière est illégale, et ce n’est pas seulement le Code pénal qui le dit, c’est le système économique, la nécessité de l’ordre établi...
« Que chaque ouvrier individuellement dispose librement de sa personne et de ses mains, cela peut être toléré, mais que les ouvriers entreprennent par coalition de faire violence au monopole, c’est quelque chose que la société ne peut permettre. »
(Vol. I, p. 334 et 335)
M. Proudhon veut faire passer un article du Code pénal comme une conséquence nécessaire et générale des rapports de production bourgeois.
En Angleterre, le regroupement est autorisé par une loi du Parlement, et c’est le système économique qui a contraint le Parlement à accorder cette autorisation légale. En 1825, lorsque, sous le ministre Huskisson, le Parlement dut modifier la loi pour la rendre de plus en plus conforme aux conditions résultant de la libre concurrence, il dut nécessairement abolir toutes les lois interdisant les regroupements d’ouvriers. Plus l’industrie et la concurrence se développent, plus il y a d’éléments qui provoquent et renforcent la combinaison, et dès que la combinaison devient un fait économique, gagnant chaque jour en solidité, elle ne tardera pas à devenir un fait juridique.
Ainsi l’article du Code pénal prouve tout au plus que l’industrie moderne et la concurrence n’étaient pas encore bien développées sous l’Assemblée constituante et sous l’Empire. [1]
Économistes et socialistes [*1] sont d’accord sur un point : la condamnation de la combinaison . Seulement, ils ont des motifs différents pour justifier leur acte de condamnation.
Les économistes disent aux travailleurs :
Ne combinez pas. Par la combinaison vous gênez le progrès régulier de l’industrie, vous empêchez les fabricants d’exécuter leurs commandes, vous perturbez le commerce et vous précipitez l’invasion des machines qui, en rendant votre travail en partie inutile, vous obligent à accepter un salaire encore inférieur. D’ailleurs, quoi que vous fassiez, votre salaire sera toujours déterminé par le rapport des mains demandées aux mains fournies, et c’est un effort aussi ridicule que dangereux pour vous de vous révolter contre les lois éternelles de l’économie politique.
Les socialistes disent aux ouvriers :
Ne combinez pas, car de toute façon, qu’y gagnerez-vous ? Une hausse des salaires ? Les économistes vous prouveront bien clairement que les quelques gains que vous pourrez en tirer pendant quelques instants si vous réussissez seront suivis d’une baisse permanente. D’habiles calculateurs vous prouveront qu’il vous faudrait des années pour récupérer, par l’augmentation de vos salaires, les dépenses occasionnées par l’organisation et l’entretien des combinaisons.
Et nous, socialistes, vous disons qu’en dehors de la question d’argent, vous continuerez néanmoins à être des ouvriers, et que les maîtres continueront à être les maîtres, comme avant. Donc pas de combinaison ! Pas de politique ! Car entrer en coalition, n’est-ce pas s’engager dans la politique ?
Les économistes veulent que les ouvriers restent dans la société telle qu’elle est constituée et telle qu’elle a été signée et scellée par eux dans leurs manuels.
Les socialistes veulent que les ouvriers abandonnent l’ancienne société pour mieux pouvoir entrer dans la nouvelle société qu’ils leur ont préparée avec tant de prévoyance.
Malgré les deux, malgré les manuels et les utopies, la combinaison n’a pas encore cessé un instant d’avancer et de croître avec le développement et la croissance de l’industrie moderne. Elle est aujourd’hui parvenue à un tel stade que le degré auquel la combinaison s’est développée dans un pays donné marque clairement le rang qu’il occupe dans la hiérarchie du marché mondial. L’Angleterre, dont l’industrie a atteint le plus haut degré de développement, possède les combinaisons les plus nombreuses et les mieux organisées.
En Angleterre, on ne s’est pas arrêté à des combinaisons partielles qui n’ont d’autre objectif qu’une frappe passagère, et qui disparaissent avec elle. Des coalitions permanentes se sont constituées, des syndicats , qui servent de remparts aux ouvriers dans leurs luttes contre le patronat. Et à l’heure actuelle, tous ces syndicats locaux trouvent un point de ralliement dans la National Association of United Trades , dont le comité central est à Londres et qui compte déjà 80 000 membres. L’organisation de ces grèves, coalitions et syndicats se poursuivit simultanément avec les luttes politiques des ouvriers, qui constituent aujourd’hui un grand parti politique, sous le nom de Chartistes .
La première tentative des travailleurs de s’associer entre eux se fait toujours sous forme de combinaisons.
La grande industrie concentre en un même lieu une foule de gens qui ne se connaissent pas. La concurrence divise leurs intérêts. Mais le maintien des salaires, cet intérêt commun qu’ils ont contre leur patron, les unit dans une pensée commune de résistance – de combinaison . Ainsi, la coalition a toujours un double objectif : mettre un terme à la concurrence entre les travailleurs, afin qu’ils puissent poursuivre une concurrence générale avec le capitaliste. Si le premier but de la résistance était simplement le maintien des salaires, les coalitions, d’abord isolées, se constituent en groupes à mesure que les capitalistes s’unissent à leur tour en vue de la répression, et face à un capital toujours uni, le maintien de l’association. leur devient plus nécessaire que celui du salaire. C’est si vrai que les économistes anglais s’étonnent de voir les ouvriers sacrifier une bonne partie de leur salaire au profit d’associations qui, aux yeux de ces économistes, sont établies uniquement en faveur des salaires. Dans cette lutte – véritable guerre civile – tous les éléments nécessaires à une bataille à venir s’unissent et se développent. Une fois parvenue à ce point, l’association prend un caractère politique.
Les conditions économiques avaient d’abord transformé la masse de la population du pays en travailleurs. La combinaison du capital a créé pour cette masse une situation commune, des intérêts communs. Cette masse est donc déjà une classe contre le capital, mais pas encore pour elle-même. Dans la lutte, dont nous n’avons noté que quelques phases, cette masse s’unit et se constitue comme classe à part. Les intérêts qu’elle défend deviennent des intérêts de classe. Mais la lutte de classe contre classe est une lutte politique.
Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases à distinguer : celle où elle s’est constituée en classe sous le régime de la féodalité et de la monarchie absolue, et celle où, déjà constituée en classe, elle a renversé la féodalité et la monarchie pour faire de la société une société bourgeoise. société. La première de ces phases fut la plus longue et nécessita les plus grands efforts. Cela aussi commença par des coalitions partielles contre les seigneurs féodaux.
De nombreuses recherches ont été menées pour retracer les différentes phases historiques par lesquelles la bourgeoisie est passée, depuis la commune jusqu’à sa constitution en classe.
Mais lorsqu’il s’agit de faire une étude précise des grèves, regroupements et autres formes sous lesquelles les prolétaires réalisent sous nos yeux leur organisation en classe, les uns sont saisis d’une peur réelle et les autres affichent un dédain transcendantal .
Une classe opprimée est la condition vitale de toute société fondée sur l’antagonisme des classes. L’émancipation de la classe opprimée implique donc nécessairement la création d’une nouvelle société. Pour que la classe opprimée puisse s’émanciper, il faut que les puissances productives déjà acquises et les rapports sociaux existants ne puissent plus coexister. De tous les instruments de production, la plus grande puissance productive est la classe révolutionnaire elle-même. L’organisation des éléments révolutionnaires en classe suppose l’existence de toutes les forces productives qui pourraient être engendrées au sein de l’ancienne société.
Cela signifie-t-il qu’après la chute de l’ancienne société, il y aura une nouvelle domination de classe aboutissant à un nouveau pouvoir politique ? Non.
La condition de l’émancipation de la classe ouvrière est l’abolition de toute classe, tout comme la condition de la libération du tiers-état, de l’ordre bourgeois, était l’abolition de tous les domaines et de tous les ordres. [*2]
La classe ouvrière, au cours de son développement, substituera à l’ancienne société civile une association qui exclura les classes et leurs antagonismes, et il n’y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est précisément l’expression officielle de la volonté politique. antagonisme dans la société civile.
Pendant ce temps, l’antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie est une lutte de classe contre classe, une lutte qui, portée à sa plus haute expression, est une révolution totale. En effet, est-il surprenant qu’une société fondée sur l’ opposition des classes aboutisse à la contradiction brutale , au choc des corps contre les corps, comme dénouement final ?
Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n’y a jamais de mouvement politique qui ne soit en même temps social.
Ce n’est que dans un ordre de choses où il n’y aura plus de classes et d’antagonismes de classes que les évolutions sociales cesseront d’être des révolutions politiques . D’ici là, à la veille de tout remaniement général de la société, le dernier mot des sciences sociales sera toujours :
« Le combat ou la mort ; la lutte sanguinaire ou le néant. C’est ainsi que la question est invinciblement posée.
[Extrait du roman Jean Siska de George Sand :
« Le combat ou la mort : lutte sanglante ou extinction. C’est ainsi que la question se pose inexorablement.
Notes de bas de page
[1] Les lois alors en vigueur en France – la loi dite Le Chapelier adoptée en 1791 lors de la révolution par l’Assemblée constituante et le code pénal élaboré sous l’Empire napoléonien – interdisaient aux ouvriers de se syndiquer ou de se rendre en grève. L’interdiction des syndicats a été abolie en France en 1884.
[*1] C’est-à-dire les socialistes de l’époque : les fouriéristes en France, les owenistes en Angleterre. FE [– Note d’Engels sur l’édition allemande, 1885]
[*2] Domaines ici au sens historique des domaines de la féodalité, domaines aux privilèges définis et limités. La révolution de la bourgeoisie a aboli les domaines et leurs privilèges. La société bourgeoise ne connaît que des classes . Il était donc absolument en contradiction avec l’histoire de décrire le prolétariat comme le « quatrième pouvoir ». [– Engels, édition allemande de 1885.]
Discours du Comité central à la Ligue communiste
Londres, mars 1850
Frères !
Au cours des deux années révolutionnaires de 1848-1849, la Ligue fit ses preuves de deux manières. Premièrement, ses membres se sont partout impliqués énergiquement dans le mouvement et se sont tenus aux premiers rangs de la seule classe résolument révolutionnaire, le prolétariat, dans la presse, sur les barricades et sur les champs de bataille. La Ligue a en outre fait ses preuves dans la mesure où sa compréhension du mouvement, telle qu’exprimée dans les circulaires publiées par les Congrès et le Comité central de 1847 et dans le Manifeste du Parti communiste , s’est révélée la seule correcte, et les attentes exprimées dans ces documents ont été pleinement remplies. Ce message, autrefois propagé en secret par la Ligue, est désormais sur toutes les lèvres et prêché ouvertement sur le marché. Mais dans le même temps, l’organisation autrefois solide de la Ligue s’est considérablement affaiblie. Un grand nombre de membres directement impliqués dans le mouvement pensaient que le temps des sociétés secrètes était révolu et que la seule action publique suffisait. Les différents districts et communes ont laissé leurs liens avec le Comité central s’affaiblir et s’endormir progressivement. Ainsi, tandis que le parti démocrate, le parti de la petite-bourgeoisie, s’organise de plus en plus en Allemagne, le parti ouvrier a perdu son seul point d’ancrage solide, restant organisé au mieux dans des localités individuelles pour des objectifs locaux ; au sein du mouvement général, elle est par conséquent tombée sous la domination et la direction complètes des démocrates petits-bourgeois. Cette situation ne peut pas durer ; l’indépendance des travailleurs doit être restaurée. Le Comité central reconnut cette nécessité et envoya donc un émissaire, Joseph Moll, en Allemagne au cours de l’hiver 1848-1849 pour réorganiser la Ligue. La mission de Moll n’a cependant pas produit d’effet durable, en partie parce que les ouvriers allemands de l’époque n’avaient pas assez d’expérience et en partie parce qu’elle a été interrompue par l’insurrection de mai dernier. Moll lui-même prit les armes, rejoignit l’armée du Bade-Palatinat et tomba le 29 juin lors de la bataille de la Murg. La Ligue perdit en lui l’un des membres les plus anciens, les plus actifs et les plus fiables, qui avait participé à tous les congrès et comités centraux et qui avait auparavant mené une série de missions avec beaucoup de succès. Depuis la défaite des partis révolutionnaires allemand et français en juillet 1849, presque tous les membres du Comité central se sont rassemblés à Londres : ils ont reconstitué leurs effectifs avec de nouvelles forces révolutionnaires et ont entrepris de réorganiser la Ligue avec un zèle renouvelé.
Cette réorganisation ne peut être réalisée que par un émissaire, et le Comité central considère qu’il est très important d’envoyer cet émissaire au moment même où une nouvelle révolution est imminente, c’est-à-dire lorsque le parti ouvrier doit entrer dans la bataille avec toute la force nécessaire. d’organisation, d’unité et d’indépendance, afin qu’elle ne soit pas exploitée et prise en charge par la bourgeoisie comme en 1848.
Nous vous avions déjà dit en 1848, mes frères, que la bourgeoisie libérale allemande arriverait bientôt au pouvoir et retournerait immédiatement son pouvoir nouvellement conquis contre les ouvriers. Vous avez vu comment cette prévision s’est réalisée. C’est en effet la bourgeoisie qui a pris possession de l’autorité de l’État à la suite du mouvement de mars 1848 et a utilisé ce pouvoir pour repousser les ouvriers, ses alliés dans la lutte, vers leur ancienne position d’oppression. Bien que la bourgeoisie n’ait pu y parvenir qu’en concluant une alliance avec le parti féodal vaincu en mars et qu’elle ait finalement dû céder à nouveau le pouvoir à ce parti féodal absolutiste, elle s’est néanmoins assurée des conditions favorables. Compte tenu des difficultés financières du gouvernement, ces conditions garantiraient qu’à long terme le pouvoir retomberait entre ses mains et que tous ses intérêts seraient sauvegardés, s’il était possible au mouvement révolutionnaire d’assumer désormais ce qu’on appelle cours pacifique du développement. Pour garantir son pouvoir, la bourgeoisie n’aurait même pas besoin d’attiser la haine en prenant des mesures violentes contre le peuple, puisque toutes ces mesures violentes ont déjà été mises en œuvre par la contre-révolution féodale. Mais les événements ne suivront pas ce cours pacifique. Au contraire, la révolution qui accélérera le cours des événements est imminente, qu’elle soit initiée par un soulèvement indépendant du prolétariat français ou par une invasion de la Babel révolutionnaire par la Sainte-Alliance.
Le rôle perfide que la bourgeoisie libérale allemande a joué contre le peuple en 1848 sera assumé dans la révolution à venir par la petite bourgeoisie démocratique, qui occupe désormais dans l’opposition la même position que la bourgeoisie libérale d’avant 1848. Ce parti démocratique, qui est bien plus dangereux pour les ouvriers que ne l’étaient auparavant les libéraux, est composé de trois éléments : 1) Les éléments les plus progressistes de la grande bourgeoisie, qui poursuivent l’objectif du renversement immédiat et complet de la féodalité et de l’absolutisme. Cette fraction est représentée par l’ancien Berlin Vereinbarer, les résistants aux impôts ; 2) Le petit bourgeois constitutionnel-démocrate, dont l’objectif principal lors du mouvement précédent était la formation d’un Etat fédéral plus ou moins démocratique ; c’est pour cela que leurs représentants, la gauche à l’Assemblée de Francfort et plus tard au Parlement de Stuttgart, ont œuvré, comme ils l’ont eux-mêmes fait dans la campagne pour la Constitution du Reich ; 3) Les petits-bourgeois républicains, dont l’idéal est une république fédérale allemande semblable à celle de la Suisse et qui se disent désormais « rouges » et « sociaux-démocrates » parce qu’ils nourrissent le pieux désir d’abolir la pression exercée par le grand capital sur le petit capital. , par la grande bourgeoisie sur la petite bourgeoisie. Les représentants de cette fraction étaient les membres des congrès et comités démocratiques, les dirigeants des associations démocratiques et les rédacteurs des journaux démocratiques.
Après leur défaite, toutes ces fractions se prétendent « républicaines » ou « rouges », tout comme aujourd’hui les membres de la petite bourgeoisie républicaine en France se disent « socialistes ». Là où, comme dans le Wurtemberg, en Bavière, etc., ils trouvent encore une chance de parvenir à leurs fins par la voie constitutionnelle, ils profitent de l’occasion pour conserver leurs anciennes phrases et prouver par leurs actes qu’ils n’ont pas changé le moins du monde. En outre, il va sans dire que le changement de nom de ce parti ne modifie en rien ses rapports avec les travailleurs, mais prouve simplement qu’il est désormais obligé de former un front contre la bourgeoisie unie à l’absolutisme et de rechercher le soutien du prolétariat.
Le parti démocrate petit-bourgeois en Allemagne est très puissant. Elle n’embrasse pas seulement la grande majorité de la classe moyenne urbaine, les petits commerçants industriels et les maîtres artisans ; il compte aussi parmi ses partisans les paysans et le prolétariat rural, dans la mesure où ce dernier n’a pas encore trouvé d’appui parmi le prolétariat indépendant des villes.
La relation du parti ouvrier révolutionnaire avec les démocrates petits-bourgeois est la suivante : il coopère avec eux contre le parti qu’ils visent à renverser ; il s’oppose à eux partout où ils souhaitent assurer leur propre position.
Les petits-bourgeois démocrates, loin de vouloir transformer la société entière dans l’intérêt des prolétaires révolutionnaires, aspirent seulement à un changement des conditions sociales qui rendra la société existante aussi tolérable et confortable que possible pour eux. Ils exigent donc avant tout une réduction des dépenses publiques par une restriction de la bureaucratie et le transfert de la majeure partie de la charge fiscale vers les grands propriétaires fonciers et la bourgeoisie. Ils exigent en outre la suppression de la pression exercée par le grand capital sur le petit capital par la création d’institutions publiques de crédit et l’adoption de lois contre l’usure, grâce auxquelles il leur serait possible, ainsi qu’aux paysans, de recevoir des avances de l’État à des conditions favorables. des capitalistes ; aussi, l’introduction de rapports de propriété bourgeoise sur la terre par l’abolition complète de la féodalité. Pour réaliser tout cela, ils ont besoin d’une forme de gouvernement démocratique, soit constitutionnelle, soit républicaine, qui leur donnerait, ainsi qu’à leurs alliés paysans, la majorité ; ils ont également besoin d’un système démocratique de gouvernement local qui leur donne un contrôle direct sur la propriété municipale et sur une série de fonctions politiques actuellement aux mains des bureaucrates.
La domination du capital et son accumulation rapide doivent être encore contrecarrées, en partie par une réduction du droit de succession, et en partie par le transfert d’autant d’emplois que possible à l’État. En ce qui concerne les ouvriers, une chose est avant tout certaine : ils doivent rester des salariés comme avant. Cependant, les petits-bourgeois démocrates veulent de meilleurs salaires et une meilleure sécurité pour les travailleurs, et espèrent y parvenir par une extension de l’emploi public et par des mesures sociales ; en bref, ils espèrent soudoyer les ouvriers avec une aumône plus ou moins déguisée et briser leur force révolutionnaire en rendant temporairement leur situation tolérable. Les revendications de la démocratie petite-bourgeoise résumées ici ne sont pas exprimées simultanément par toutes ses sections et, dans leur totalité, elles sont l’objectif explicite d’un très petit nombre seulement de ses partisans. Plus certains individus ou fractions de la petite bourgeoisie avanceront, plus ils adopteront explicitement ces revendications, et les rares personnes qui reconnaissent leur propre programme dans ce qui a été mentionné ci-dessus pourraient bien croire qu’elles ont avancé le maximum qu’on peut exiger de la petite bourgeoisie. la révolution. Mais ces revendications ne peuvent en aucun cas satisfaire le parti du prolétariat. Tandis que les petits-bourgeois démocrates veulent mettre un terme à la révolution le plus rapidement possible, en atteignant tout au plus les objectifs déjà mentionnés, il est de notre intérêt et de notre tâche de rendre la révolution permanente jusqu’à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été chassées du pouvoir. leurs positions dirigeantes, jusqu’à ce que le prolétariat ait conquis le pouvoir d’État et jusqu’à ce que l’association des prolétaires ait suffisamment progressé – non seulement dans un pays mais dans tous les pays dirigeants du monde – pour que cesse la concurrence entre les prolétaires de ces pays et au moins les forces décisives de la production sont concentrées entre les mains des ouvriers. Notre préoccupation ne peut pas être simplement de modifier la propriété privée, mais de l’abolir, non d’étouffer les antagonismes de classe mais d’abolir les classes, non d’améliorer la société existante mais d’en fonder une nouvelle. Il ne fait aucun doute qu’au cours de la révolution allemande, les démocrates petits-bourgeois acquerront pour le moment une influence prédominante. La question est donc de savoir quelle doit être l’attitude du prolétariat, et en particulier de la Ligue, à son égard :
1) Tant que perdurent les conditions actuelles dans lesquelles les démocrates petits-bourgeois sont également opprimés ;
2) Dans la lutte révolutionnaire à venir, qui les mettra dans une position dominante ;
3) Après cette lutte, pendant la période de prédominance petite-bourgeoise sur les classes renversées et sur le prolétariat.
1. En ce moment, alors que les petits-bourgeois démocrates sont partout opprimés, ils prêchent au prolétariat l’unité générale et la réconciliation ; ils tendent la main de l’amitié et cherchent à fonder un grand parti d’opposition qui embrasserait toutes les nuances de l’opinion démocratique ; c’est-à-dire qu’ils cherchent à piéger les ouvriers dans une organisation de parti dans laquelle prévalent des expressions sociales-démocrates générales tandis que leurs intérêts particuliers sont cachés derrière eux et dans laquelle, dans le souci de préserver la paix, les revendications spécifiques du prolétariat ne peuvent pas être satisfaites. être présentée. Une telle unité serait à leur seul avantage et au désavantage total du prolétariat. Le prolétariat perdrait toute sa position indépendante durement acquise et serait réduit une fois de plus à un simple appendice de la démocratie bourgeoise officielle. Il faut donc résister de la manière la plus décisive à cette unité. Au lieu de s’abaisser au rang d’un chœur applaudissant, les ouvriers, et surtout la Ligue, doivent œuvrer à la création d’une organisation indépendante du parti ouvrier, à la fois secrète et ouverte, et aux côtés des démocrates officiels et de la Ligue. doit viser à faire de chacune de ses communes un centre et un noyau d’associations ouvrières dans lequel la position et les intérêts du prolétariat peuvent être discutés sans influence bourgeoise. Les démocrates de Breslau, qui mènent une campagne furieuse dans leur organe, la Neue Oder Zeitung, démontrent à quel point les démocrates bourgeois prennent au sérieux une alliance dans laquelle le prolétariat aurait un pouvoir et des droits égaux., contre les travailleurs organisés de manière indépendante, qu’ils appellent « socialistes ». Dans le cas d’une lutte contre un ennemi commun, une alliance spéciale n’est pas nécessaire. Dès qu’il faudra combattre directement un tel ennemi, les intérêts des deux parties coïncideront pour un moment et une association d’opportunités momentanées surgira spontanément dans le futur, comme cela s’est produit dans le passé. Il va sans dire que dans les conflits sanglants à venir, comme dans tous les autres, ce seront les travailleurs, avec leur courage, leur détermination et leur abnégation, qui seront les principaux responsables de la victoire. Comme par le passé, ainsi dans la lutte à venir également, la petite bourgeoisie, en général, hésitera le plus longtemps possible et restera craintive, indécise et inactive ; mais lorsque la victoire sera certaine, il la revendiquera et appellera les ouvriers à se comporter de manière ordonnée, à retourner au travail et à prévenir les soi-disant excès, et il exclura le prolétariat des fruits de la victoire. Il n’est pas au pouvoir des ouvriers d’empêcher les démocrates petits-bourgeois de le faire ; mais il est en leur pouvoir de rendre aussi difficile que possible à la petite bourgeoisie l’usage de son pouvoir contre le prolétariat armé, et de lui dicter des conditions telles que la domination des démocrates bourgeois, dès le début, portera en elle cela portera les germes de sa propre destruction, et son déplacement ultérieur par le prolétariat sera considérablement facilité. Surtout, pendant et immédiatement après la lutte, les ouvriers doivent, dans la mesure du possible, s’opposer aux tentatives de pacification bourgeoises et contraindre les démocrates à mettre à exécution leurs phrases terroristes. Ils doivent veiller à ce que l’enthousiasme révolutionnaire immédiat ne soit pas soudainement réprimé après la victoire. Au contraire, il faut la maintenir le plus longtemps possible. Loin de s’opposer aux soi-disant excès – cas de vengeance populaire contre des individus détestés ou contre des bâtiments publics auxquels sont associés des souvenirs haineux – le parti ouvrier doit non seulement tolérer ces actions mais doit même leur donner une direction. Pendant et après la lutte, les ouvriers doivent à chaque occasion présenter leurs propres revendications contre celles des démocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les travailleurs dès que la bourgeoisie démocratique entreprendra de prendre le pouvoir. Ils doivent obtenir ces garanties par la force si nécessaire, et généralement s’assurer que les nouveaux dirigeants s’engagent à faire toutes les concessions et promesses possibles – le moyen le plus sûr de les compromettre. Ils doivent contrôler par tous les moyens et dans la mesure du possible l’euphorie victorieuse et l’enthousiasme pour la nouvelle situation qui suivent chaque bataille de rue réussie, par une analyse froide et froide de la situation et par une méfiance non dissimulée à l’égard du nouveau gouvernement. Aux côtés des nouveaux gouvernements officiels, ils doivent simultanément établir leurs propres gouvernements ouvriers révolutionnaires,soit sous la forme de comités et de conseils exécutifs locaux, soit par l’intermédiaire de clubs ou de comités ouvriers, de sorte que les gouvernements démocratiques bourgeois non seulement perdent immédiatement le soutien des ouvriers, mais se retrouvent dès le début surveillés et menacés par les autorités derrière lesquelles se tiennent les travailleurs. toute la masse des ouvriers. En un mot, dès le moment de la victoire, la suspicion des ouvriers doit se porter non plus contre le parti réactionnaire vaincu, mais contre leur ancien allié, contre le parti qui entend exploiter pour lui-même la victoire commune.
2. Pour pouvoir s’opposer avec force et menace à ce parti, dont la trahison des travailleurs commencera dès la première heure de la victoire, les travailleurs doivent être armés et organisés. Il faut armer immédiatement tout le prolétariat de mousquets, de fusils, de canons et de munitions, et s’opposer à la résurgence de la milice citoyenne à l’ancienne, dirigée contre les ouvriers. Là où la formation de cette milice ne peut être empêchée, les ouvriers doivent essayer de s’organiser de manière indépendante en tant que garde prolétarienne, avec des dirigeants élus et avec leur propre état-major élu ; ils doivent essayer de se placer non sous les ordres de l’autorité de l’Etat mais sous les ordres des conseils locaux révolutionnaires constitués par les ouvriers. Là où les ouvriers sont employés par l’Etat, ils doivent s’armer et s’organiser en corps spéciaux avec des dirigeants élus, ou en tant que partie de la garde prolétarienne. Sous aucun prétexte, les armes et les munitions ne doivent être restituées ; toute tentative de désarmer les travailleurs doit être déjouée, par la force si nécessaire. La destruction de l’influence des démocrates bourgeois sur les ouvriers et l’imposition de conditions qui compromettent le règne de la démocratie bourgeoise, qui est pour le moment inévitable, et le rendent aussi difficile que possible - tels sont les principaux points sur lesquels le prolétariat et c’est pourquoi la Ligue doit garder à l’esprit pendant et après le soulèvement prochain.
3. Dès que les nouveaux gouvernements seront établis, leur lutte contre les travailleurs commencera. Pour que les ouvriers puissent s’opposer par la force aux petits-bourgeois démocrates, il est avant tout essentiel qu’ils soient organisés de manière indépendante et centralisés dans des clubs. Dès que possible après le renversement des gouvernements actuels, le Comité central se rendra en Allemagne et convoquera immédiatement un congrès, lui soumettant les propositions nécessaires pour la centralisation des clubs ouvriers sous une direction établie au centre du mouvement. opérations. L’organisation rapide de liaisons, au moins provinciales, entre les clubs ouvriers est une des conditions essentielles du renforcement et du développement du parti ouvrier ; le résultat immédiat du renversement des gouvernements existants sera l’élection d’un organe représentatif national. Ici, le prolétariat doit veiller : 1) à ce que, par des pratiques agressives, les autorités locales et les commissaires du gouvernement n’excluent, sous aucun prétexte que ce soit, une quelconque partie des travailleurs ; 2) que des candidats ouvriers sont nommés partout en opposition aux candidats démocrates bourgeois. Dans la mesure du possible, ils devraient être membres de la Ligue et leur élection devrait se faire par tous les moyens possibles. Même là où il n’y a aucune chance d’être élus, les travailleurs doivent présenter leurs propres candidats pour préserver leur indépendance, évaluer leur propre force et porter leur position révolutionnaire et le point de vue de leur parti à l’attention du public. Ils ne doivent pas se laisser égarer par les phrases creuses des démocrates, qui affirmeront que les candidats ouvriers diviseront le parti démocrate et offriront aux forces de réaction une chance de victoire. Tous ces discours signifient, en dernière analyse, que le prolétariat doit être escroqué. Les progrès que fera le parti prolétarien en agissant ainsi de manière indépendante sont infiniment plus importants que les inconvénients résultant de la présence de quelques réactionnaires dans le corps représentatif. Si les forces de la démocratie entreprennent dès le début une action terroriste décisive contre la réaction, l’influence réactionnaire dans les élections sera déjà détruite.
Le premier point sur lequel les démocrates bourgeois entreront en conflit avec les ouvriers sera l’abolition de la féodalité, car lors de la première révolution française, la petite bourgeoisie voudra donner les terres féodales aux paysans comme propriété gratuite ; c’est-à-dire qu’ils tenteront de perpétuer l’existence du prolétariat rural et de former une classe paysanne petite-bourgeoise qui sera soumise au même cycle d’appauvrissement et d’endettement qui afflige encore le paysan français. Les ouvriers doivent s’opposer à ce projet à la fois dans l’intérêt du prolétariat rural et dans leur propre intérêt. Ils doivent exiger que les propriétés féodales confisquées restent propriété de l’État et soient utilisées pour des colonies ouvrières, cultivées collectivement par le prolétariat rural avec tous les avantages de la grande agriculture et où le principe de la propriété commune trouvera immédiatement une base solide au sein du groupe. du système fragile des relations de propriété bourgeoises. De même que les démocrates s’allient aux paysans, les ouvriers doivent s’allier au prolétariat rural.
Soit les démocrates travailleront directement à une république fédérée, soit du moins, s’ils ne peuvent éviter la république une et indivisible, ils tenteront de paralyser le gouvernement central en accordant aux communes et aux provinces la plus grande autonomie et indépendance possible. En opposition à ce projet, les ouvriers doivent lutter non seulement pour une république allemande une et indivisible, mais aussi, au sein de cette république, pour une centralisation la plus décisive du pouvoir entre les mains du pouvoir d’Etat. Ils ne doivent pas se laisser égarer par des discours démocratiques vides de sens sur la liberté des communes, l’autonomie, etc. Dans un pays comme l’Allemagne, où tant de vestiges du Moyen Âge doivent encore être abolis, où tant de choses locales et Il faut briser l’obstination provinciale, on ne peut en aucun cas tolérer que chaque village, chaque ville et chaque province oppose de nouveaux obstacles à l’activité révolutionnaire, qui ne peut se développer avec toute son efficacité qu’à partir d’un point central. Une reprise de la situation actuelle, dans laquelle les Allemands doivent mener une lutte séparée dans chaque ville et province pour obtenir le même degré de progrès, ne peut pas non plus être tolérée. Surtout, on ne peut pas permettre à un soi-disant système libre de gouvernement local de perpétuer une forme de propriété qui est plus arriérée que la propriété privée moderne et qui se transforme partout et inévitablement en propriété privée ; à savoir la propriété communale, avec les conflits qui en résultent entre les communautés pauvres et riches. On ne peut pas non plus permettre à ce soi-disant système libre de gouvernement local de perpétuer, à côté du droit civil de l’État, l’existence d’un droit civil communal avec ses pratiques acerbes dirigées contre les travailleurs. Comme en France en 1793, la tâche du parti véritablement révolutionnaire en Allemagne est de réaliser la centralisation la plus stricte. [Il faut rappeler aujourd’hui que ce passage repose sur un malentendu. A cette époque – grâce aux falsificateurs bonapartistes et libéraux de l’histoire – il était considéré comme acquis que l’appareil administratif centralisé français avait été introduit par la Grande Révolution et surtout qu’il avait été utilisé par la Convention comme une arme indispensable et décisive. pour vaincre la réaction royaliste et fédéraliste et l’ennemi extérieur. Mais on sait aujourd’hui que, tout au long de la révolution jusqu’au XVIII brumaire, toute l’administration des départements, des arrondissements et des communesse composait d’autorités élues par les constituants respectifs eux-mêmes, et que ces autorités agissaient en toute liberté dans le cadre des lois générales de l’État ; que précisément ce gouvernement autonome provincial et local, semblable à celui américain, est devenu le levier le plus puissant de la révolution et à tel point que Napoléon, immédiatement après son coup d’État du XVIII brumaire, s’est empressé de le remplacer par le une administration préfectorale encore existante, qui fut donc dès le début un pur instrument de réaction. Mais pas plus que l’autonomie locale et provinciale n’est en contradiction avec la centralisation politique nationale, elle n’est nécessairement liée à cet égoïsme cantonal ou communal borné qui nous paraît si répugnant en Suisse et que tous les pays d’Allemagne du Sud En 1849, les républicains fédéraux voulaient établir le pouvoir en Allemagne. – Note d’Engels sur l’édition de 1885.]
Nous avons vu comment la prochaine poussée amènera les démocrates au pouvoir et comment ils seront contraints de proposer des mesures plus ou moins socialistes. on demandera quelles mesures les ouvriers doivent proposer en réponse. Au début, bien sûr, les ouvriers ne peuvent proposer aucune mesure directement communiste. Mais les actions suivantes sont possibles :
1. Ils peuvent forcer les démocrates à s’introduire dans autant de domaines que possible de l’ordre social existant, afin de perturber son fonctionnement régulier et de faire en sorte que les démocrates petits-bourgeois se compromettent ; en outre, les travailleurs peuvent imposer la concentration du plus grand nombre possible de forces productives – moyens de transport, usines, chemins de fer, etc. – entre les mains de l’État.
2. Ils doivent pousser les propositions des démocrates jusqu’à leur extrême logique (les démocrates agiront de toute façon de manière réformiste et non révolutionnaire) et transformer ces propositions en attaques directes contre la propriété privée. Si, par exemple, la petite bourgeoisie propose l’achat des chemins de fer et des usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement confisqués par l’État, sans compensation, comme propriété des réactionnaires. Si les démocrates proposent un impôt proportionnel, alors les travailleurs doivent exiger un impôt progressif ; si les démocrates eux-mêmes proposent un impôt progressif modéré, alors les travailleurs doivent insister sur un impôt dont les taux augmentent si fortement qu’il ruine le grand capital ; si les démocrates exigent la régulation de la dette de l’État, alors les travailleurs doivent exiger la faillite nationale. Les revendications des travailleurs devront donc être ajustées en fonction des mesures et des concessions des démocrates.
Bien que les ouvriers allemands ne puissent pas accéder au pouvoir et réaliser leurs intérêts de classe sans passer par un développement révolutionnaire prolongé, ils peuvent cette fois au moins être sûrs que le premier acte du drame révolutionnaire qui approche coïncidera avec la victoire directe de leur propre pays. classe en France et sera ainsi accélérée. Mais ce sont eux qui doivent contribuer le plus à leur victoire finale, en s’informant de leurs propres intérêts de classe, en prenant le plus tôt possible leur position politique indépendante, en ne se laissant pas induire en erreur par les phrases hypocrites de la petite bourgeoisie démocratique et en les faisant douter. pendant un instant la nécessité d’un parti du prolétariat organisé de manière indépendante. Leur cri de guerre doit être : La Révolution Permanente.
Discours du Comité central à la Ligue communiste
juin 1850
Frères !
Dans notre dernière circulaire, remise par l’émissaire de la Ligue, nous avons discuté de la position du parti ouvrier et, en particulier, de la Ligue, tant à l’heure actuelle qu’en cas de révolution.
L’objectif principal de cette lettre est de présenter un rapport sur l’état de la Ligue.
Pendant un certain temps, à la suite des défaites subies par le parti révolutionnaire l’été dernier, l’organisation de la Ligue s’est presque complètement désintégrée. Les membres les plus actifs de la Ligue impliqués dans les différents mouvements sont dispersés, les contacts sont rompus et les adresses ne peuvent plus être utilisées ; à cause de cela et à cause du danger d’ouverture des lettres, la correspondance devint temporairement impossible. Le Comité central a donc été condamné à une inactivité complète jusque vers la fin de l’année dernière.
À mesure que les séquelles immédiates de nos défaites s’estompaient, il devint évident que le parti révolutionnaire avait besoin d’une organisation secrète forte dans toute l’Allemagne. La nécessité de cette organisation, qui conduisit le Comité central à décider d’envoyer un émissaire en Allemagne et en Suisse, conduisit également la commune de Cologne à tenter d’organiser la Ligue en Allemagne même.
Au début de l’année, plusieurs réfugiés plus ou moins connus des différents mouvements formèrent en Suisse une organisation qui entendait renverser les gouvernements au moment opportun et tenir les hommes prêts à prendre la direction du mouvement et même à le gouvernement lui-même. Cette association ne possédait aucun caractère de parti particulier ; les éléments hétéroclites qui le composaient rendaient cela impossible. Les membres étaient des personnes de tous les groupes du mouvement, depuis les communistes résolus et même les anciens membres de la Ligue jusqu’aux démocrates petits-bourgeois les plus timides et aux anciens membres du gouvernement du Palatinat.
Aux yeux des carriéristes du Bade-Palatinat et des personnalités de moindre ambition, si nombreux en Suisse à cette époque, cette association représentait pour eux une occasion idéale de progresser.
Les instructions que cette association a envoyées à ses agents — et que le Comité central a en sa possession — donnent tout aussi peu de raisons de se fier. L’absence d’un point de vue précis du parti et la tentative de rassembler tous les éléments d’opposition disponibles dans une association simulée ne sont que mal masquées par une masse de questions détaillées concernant la situation industrielle, agricole, politique et militaire de chaque localité. Numériquement aussi, l’association était extrêmement faible ; d’après la liste complète des membres que nous possédons, la société entière en Suisse comptait, au faîte de sa force, une trentaine de membres à peine. Il est significatif que les travailleurs soient à peine représentés parmi les membres. Dès le début, c’était une armée d’officiers et de sous-officiers sans aucun soldat. Parmi ses membres figurent A. Fries et Greiner du Palatinat, Korner d’Elberfeld, Sigel, etc.
Ils ont envoyé deux agents en Allemagne. Le premier agent, Bruhn, membre de la Ligue, réussit, par de faux semblants, à persuader certains membres de la Ligue et certaines communes d’adhérer pour le moment à la nouvelle association, car ils croyaient qu’il s’agissait de la Ligue ressuscitée. Tout en rendant compte de la Ligue au Comité central suisse à Zurich, il nous envoyait simultanément des rapports sur l’association suisse. Il ne peut pas se contenter de son rôle d’informateur, car alors qu’il correspondait encore avec nous, il a écrit de pures calomnies aux habitants de Francfort, gagnés à l’association suisse, et il leur a ordonné de ne conclure aucun accord. aucun contact avec Londres. Pour cela, il fut immédiatement expulsé de la Ligue. Les affaires de Francfort furent réglées par un émissaire de la Ligue. On peut ajouter que les activités de Bruhn au nom du Comité central suisse restèrent infructueuses. Le deuxième agent, l’étudiant Schurz de Bonn, n’obtint aucun résultat car, comme il l’écrivait à Zurich, il constatait que tous les gens utiles étaient déjà entre les mains de la Ligue. Il a ensuite quitté brutalement l’Allemagne et traîne désormais à Bruxelles et à Paris, où il est surveillé par la Ligue. Le Comité central ne considère pas cette nouvelle association comme un danger, d’autant plus qu’un membre tout à fait fiable de la Ligue fait partie du comité, avec pour instruction d’observer et de rendre compte des actions et des projets de ces personnes, dans la mesure où ils opèrent contre le Ligue. Par ailleurs, nous avons envoyé un émissaire en Suisse afin de recruter les personnes qui seront utiles à la Ligue, avec l’aide dudit membre de la Ligue, et afin d’organiser la Ligue en Suisse en général. Ces informations sont basées sur des documents entièrement authentiques.
Une autre tentative de même nature avait déjà été faite auparavant par Struve, Sigel et d’autres, au moment où ils unissaient leurs forces à Genève. Ces gens n’eurent aucun scrupule à affirmer sans ambages que l’association qu’ils tentaient de fonder était la Ligue, ni à utiliser les noms des membres de la Ligue précisément à cette fin. Bien sûr, ils n’ont trompé personne avec ce mensonge. Leur tentative fut si infructueuse à tous égards que les quelques membres de cette association avortée restés en Suisse durent finalement adhérer à l’organisation mentionnée précédemment. Mais plus cette coterie devenait impuissante, plus elle se vantait de titres prétentieux comme « Comité central de la démocratie européenne », etc. Struve, avec quelques autres grands hommes déçus, a poursuivi ces tentatives ici à Londres. Des manifestes et des appels à adhérer au « Bureau central des réfugiés allemands » et au « Comité central de la démocratie européenne » ont été envoyés dans toutes les régions d’Allemagne, mais cette fois encore sans le moindre succès.
Les contacts que cette coterie prétend avoir noués avec des révolutionnaires français et autres non-allemands n’existent pas. Toute leur activité se limite à quelques petites intrigues parmi les réfugiés allemands ici à Londres, qui n’affectent pas directement la Société des Nations et qui sont inoffensives et faciles à surveiller. Toutes ces tentatives ont soit le même objectif que la Ligue, à savoir l’organisation révolutionnaire du parti ouvrier, auquel cas elles sapent la centralisation et la force du parti en le fragmentant et ont donc un caractère séparatiste résolument nuisible, soit sinon, ils ne peuvent servir qu’à utiliser le parti ouvrier à des fins qui lui sont étrangères ou carrément hostiles. Dans certaines circonstances, le parti ouvrier peut utiliser avec profit d’autres partis et groupes pour ses propres objectifs, mais il ne doit se subordonner à aucun autre parti. Ceux qui étaient au gouvernement lors du dernier mouvement et qui ont utilisé leur position uniquement pour trahir le mouvement et écraser le parti ouvrier s’il tentait d’agir de manière indépendante doivent à tout prix être tenus à distance.
Voici un rapport sur l’état de la Ligue :
je. Belgique
L’organisation de la Ligue parmi les ouvriers belges, telle qu’elle existait en 1846 et 1847, a naturellement pris fin, puisque les principaux membres ont été arrêtés en 1848 et condamnés à mort, leur peine étant commuée en réclusion à perpétuité avec travaux forcés. D’une manière générale, la Ligue en Belgique a perdu de sa force depuis la révolution de février et depuis que la plupart des membres de l’Association des travailleurs allemands ont été chassés de Bruxelles. Les mesures policières mises en place ont empêché sa réorganisation. Néanmoins, une commune bruxelloise a persévéré jusqu’au bout ; il existe encore aujourd’hui et fonctionne au mieux de ses capacités.
ii. Allemagne
Dans cette circulaire, le Comité central avait l’intention de présenter un rapport spécial sur la situation de la Société des Nations en Allemagne. Cependant, cette information ne peut pas être faite à l’heure actuelle, car la police prussienne enquête actuellement sur un vaste réseau de contacts au sein du parti révolutionnaire. Cette circulaire, qui arrivera en toute sécurité en Allemagne mais qui, bien entendu, pourra tomber ici et là entre les mains de la police lors de sa diffusion en Allemagne, doit donc être rédigée de manière à ce que son contenu ne fournisse pas à ces dernières des armes qui pourraient être utilisées contre la Ligue. Le Comité central se bornera donc, pour l’heure, aux remarques suivantes :
En Allemagne, la ligue a ses principaux centres à Cologne, Francfort-sur-le-Main, Hanau, Mayence, Wiesbaden, Hambourg, Schwerin, Berlin, Breslau, Liegnitz, Glogau, Leipzig, Nuremberg, Munich, Bamberg, Wurzburg, Stuttgart et Baden.
Les villes suivantes ont été choisies comme districts centraux : Hambourg pour le Schleswig-Holstein ; Schwerin pour le Mecklembourg ; Breslau pour la Silésie ; Leipzig pour la Saxe et Berlin ; Nuremberg pour la Bavière, Cologne pour la Rhénanie et la Westphalie. Les communes de Göttingen, Stuttgart et Bruxelles resteront pour l’instant en contact direct avec le Comité central, jusqu’à ce qu’elles soient parvenues à élargir leur influence dans la mesure nécessaire pour former de nouveaux districts centraux.
Une décision ne sera prise sur la position de la Ligue à Bade qu’après réception du rapport de l’émissaire envoyé là-bas et en Suisse.
Partout où existent des associations de paysans et d’ouvriers agricoles, comme dans le Schleswig-Holstein et le Mecklembourg, les membres de la Ligue ont réussi à exercer une influence directe sur elles et, dans certains cas, à en obtenir un contrôle total. Pour la plupart, les associations d’ouvriers et de travailleurs agricoles de Saxe, de Franconie, de Hesse et de Nassau sont également sous la direction de la Ligue. Les membres les plus influents de la Fraternité ouvrière appartiennent également à la Ligue. Le Comité central veut faire remarquer à toutes les communes et aux membres de la Ligue qu’il est de la plus haute importance de conquérir partout une influence dans les associations ouvrières, sportives, paysannes et agricoles, etc. Il demande aux districts centraux et aux communes correspondant directement au Comité central de faire un rapport spécial dans leurs lettres ultérieures sur ce qui a été réalisé dans ce domaine.
L’émissaire en Allemagne, qui a reçu un vote d’éloge du Comité central pour son activité, n’a recruté partout dans la Ligue que les personnes les plus sûres et a laissé l’expansion de la Ligue à leurs connaissances locales les plus compétentes. La possibilité de recruter des révolutionnaires convaincus dépendra de la situation locale. Là où cela n’est pas possible, une deuxième classe de membres de la Ligue doit être créée pour ceux qui sont fiables et qui font des révolutionnaires utiles mais qui ne comprennent pas encore toutes les implications communistes du mouvement actuel. Cette seconde classe, auprès de laquelle l’association doit être représentée comme une simple affaire locale ou régionale, doit rester sous la direction continue des membres et des comités actuels de la Ligue. Grâce à ces nouveaux contacts, l’influence de la Ligue sur les associations paysannes et sportives en particulier peut être très fermement organisée. Les arrangements détaillés sont laissés aux districts centraux ; le Comité central espère également recevoir le plus tôt possible leurs rapports sur ces questions.
Une commune a proposé au Comité central de convoquer un congrès de la Ligue, en allemand même. Les communes et les districts comprendront certainement que, dans les circonstances actuelles, même les congrès régionaux des districts centraux ne sont pas partout souhaitables et qu’un congrès général de la Ligue est actuellement purement impossible. Toutefois, le Comité central convoquera un congrès de la Ligue communiste dans un lieu approprié dès que les circonstances le permettront. La Rhénanie et la Westphalie prussiennes ont récemment reçu la visite d’un émissaire du district central de Cologne. Le rapport sur le résultat de ce voyage n’est pas encore parvenu à Cologne. Nous demandons à tous les districts centraux d’envoyer des émissaires similaires dans leurs régions et de rendre compte de leurs succès dans les plus brefs délais. Signalons enfin qu’au Schleswig-Holstein, des contacts ont été établis avec l’armée : nous attendons toujours le rapport plus détaillé sur l’influence que la Ligue peut espérer y gagner.
iii. Suisse
Le rapport de l’émissaire est toujours attendu. il ne sera donc pas possible de fournir des informations plus précises avant la prochaine circulaire.
iv. France
Les contacts avec les ouvriers allemands de Besançon et d’autres localités du Jura seront rétablis depuis la Suisse. A Paris Ewerbeck, le Ligueur qui était jusqu’à présent à la tête de la commune, a annoncé sa démission de la Ligue, car il considère que ses activités littéraires sont plus importantes. Les contacts sont donc momentanément interrompus et doivent être repris avec une prudence particulière, car les Parisiens ont enrôlé un grand nombre de personnes absolument inaptes à la Ligue et qui y étaient même directement opposées.
c.Angleterre
Le district de Londres est le plus fort de toute la Ligue. Elle a acquis un crédit particulier en couvrant à elle seule les dépenses de la Ligue pendant plusieurs années, notamment celles liées aux voyages des émissaires de la Ligue. Elle a été récemment renforcée par le recrutement de nouveaux éléments et elle continue de diriger ici l’Association éducative ouvrière allemande, ainsi que la section plus résolue des réfugiés allemands en Angleterre.
Le Comité central est en contact avec les partis résolument révolutionnaires français, anglais et hongrois par l’intermédiaire de membres délégués à cet effet.
De tous les partis impliqués dans la révolution française, c’est en particulier le véritable parti prolétarien dirigé par Blanqui qui nous a rejoint. Les délégués de la société secrète blanquiste sont en contact régulier et officiel avec les délégués de la Ligue, à qui ils ont confié d’importants travaux préparatoires à la prochaine révolution.
Les dirigeants de l’aile révolutionnaire des chartistes sont également en contact régulier et étroit avec les délégués du Comité central. Leurs journaux sont mis à notre disposition. La rupture entre ce parti ouvrier révolutionnaire et indépendant et la faction dirigée par O’Connor, qui tend davantage vers une politique de réconciliation, a été considérablement accélérée par les délégués de la Ligue.
Le Comité central est également en contact avec la partie la plus progressiste des réfugiés hongrois. Ce parti est important car il comprend de nombreux excellents experts militaires, qui seraient à la disposition de la Ligue en cas de révolution.
Le Comité central demande aux districts centraux de diffuser cette lettre parmi leurs membres dans les plus brefs délais et de soumettre prochainement leurs propres rapports. Il exhorte tous les membres de la Ligue à l’activité la plus intense, surtout maintenant que la situation est devenue si critique qu’il ne faudra pas longtemps avant qu’une nouvelle révolution n’éclate.
1885
Frédéric Engels
Sur l’histoire de la Ligue communiste
Londres
, 8 octobre 1885
Avec la condamnation des communistes de Cologne en 1852, le rideau tombe sur la première période du mouvement ouvrier indépendant allemand. Aujourd’hui, cette période est presque oubliée. Il dura pourtant de 1836 à 1852 et, avec la propagation des travailleurs allemands à l’étranger, le mouvement se développa dans presque tous les pays civilisés. Et ce n’est pas tout. Le mouvement ouvrier international actuel est en substance une continuation directe du mouvement ouvrier allemand de l’époque, qui fut le premier mouvement ouvrier international de tous les temps et qui donna naissance à nombre de ceux qui prirent un rôle dirigeant dans son mouvement. Association internationale des travailleurs. Et les principes théoriques que la Ligue communiste avait inscrits sur sa bannière dans le Manifeste du Parti communiste de 1847 constituent aujourd’hui le lien international le plus fort de tout le mouvement prolétarien d’Europe et d’Amérique.
Jusqu’à présent, il n’existe qu’une seule source pour une histoire cohérente de ce mouvement. Il s’agit du soi-disant Livre noir, Les Conspirations communistes du dix-neuvième siècle , de Wermuth et Stieber, Erline, en deux parties, 1853 et 1854. Cette compilation grossière, hérissée de falsifications délibérées, fabriquée par deux des canailles de la police les plus méprisables. de notre siècle, sert encore aujourd’hui de source ultime pour tous les écrits non communistes sur cette période.
Ce que je puis donner ici n’est qu’une esquisse, et encore seulement en ce qui concerne la Société des Nations elle-même ; seulement ce qui est absolument nécessaire pour comprendre les Révélations . J’espère qu’un jour j’aurai l’occasion d’exploiter le riche matériel rassemblé par Marx et moi-même sur l’histoire de cette période glorieuse de la jeunesse du mouvement ouvrier international.
* En 1836, les éléments les plus extrémistes, principalement prolétariens, de la Ligue secrète démocrate-républicaine des hors-la-loi, fondée en 1834 par des réfugiés allemands à Paris, se séparèrent et formèrent la nouvelle Ligue secrète des Justes. La Ligue mère, dans laquelle il ne restait que des éléments endormis à la Jakobus Venedey, s’endormit bientôt complètement ; Lorsqu’en 1840 la police flairait quelques quartiers en Allemagne, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. La nouvelle Ligue, au contraire, se développa relativement rapidement. À l’origine, il s’agissait d’une exception allemande du communisme ouvrier français, rappelant le babouvisme et prenant forme à Paris à peu près à la même époque ; la communauté des biens était exigée comme la conséquence nécessaire de « l’égalité ». Les objectifs étaient ceux des sociétés secrètes parisiennes de l’époque : moitié association de propagande, moitié complot, Paris étant cependant toujours considéré comme le point central de l’action révolutionnaire, même si la préparation de putschs occasionnels en Allemagne n’était nullement exclue. Mais comme Paris restait le champ de bataille décisif, la Ligue n’était alors en réalité que la branche allemande des sociétés secrètes françaises, notamment la Société des saisons dirigée par Blanqui et Barbes, avec laquelle étaient entretenues des relations étroites. Les Français entrent en action le 12 mai 1839 ; les sections de la Ligue marchèrent avec eux et furent ainsi impliquées dans la défaite commune.
Parmi les Allemands arrêtés se trouvaient Karl Schapper et Heinrich Bauer ; Le gouvernement de Louis Philippe se contente de les expulser après un assez long emprisonnement. Tous deux sont allés à Londres. Schapper était originaire de Weilburg à Nassau et, alors qu’il étudiait en foresterie à Giessen en 1832, il était membre de la conspiration organisée par Georg Buchner ; il participa à la prise du commissariat de Francfort le 3 avril 1833, s’enfuit à l’étranger et rejoignit en février 1834 la marche de Mazzini sur la Savoie. De stature gigantesque, résolu et énergique, toujours prêt à risquer l’existence et la vie civiles, il était un modèle du révolutionnaire professionnel qui joua un rôle important dans les années trente. Malgré une certaine lenteur de pensée, il n’était en aucun cas incapable d’une compréhension théorique profonde, comme le prouve son évolution de « démagogue » à communiste, et il s’en tenait alors d’autant plus rigidement à ce qu’il était parvenu à reconnaître. C’est précisément pour cette raison que sa passion révolutionnaire a parfois pris le dessus sur la compréhension, mais il s’est toujours rendu compte ensuite de son erreur et l’a ouvertement reconnu. Il était pleinement un homme et ce qu’il a fait pour la fondation du mouvement ouvrier allemand ne sera pas oublié.
Heinrich Bauer, originaire de Franconie, était cordonnier ; un petit garçon vif, alerte et plein d’esprit, dont le petit corps contenait cependant aussi beaucoup d’astuce et de détermination.
Arrivés à Londres, où Schapper, qui avait été compositeur à Paris, tentait désormais de gagner sa vie comme professeur de langues, ils se mirent tous deux à l’œuvre pour rassembler les fils brisés et firent de Londres le centre de la Ligue. Ils ont été rejoints ici, sinon déjà plus tôt à Paris, par Joseph Moll, un horloger de Cologne, un Hercule de taille moyenne – combien de fois Schapper et lui ont-ils défendu victorieusement l’entrée d’une salle contre des centaines d’adversaires qui se précipitaient ! — un homme qui était au moins égal à ses deux camarades en énergie et en détermination, et intellectuellement supérieur à tous deux. Non seulement il était un diplomate né, comme le prouve le succès de ses nombreux voyages dans le cadre de diverses missions ; il était également plus capable de perspicacité théorique. Je les ai connus tous les trois à Londres en 1843. Ce furent les premiers prolétaires révolutionnaires que j’ai rencontrés, et aussi éloignés que soient nos points de vue à cette époque - car j’admettais toujours, contre leur communisme égalitaire et borné [par égalitaire Communisme Je comprends, comme je l’ai dit, seulement ce communisme qui se fonde exclusivement ou principalement sur la revendication de l’égalité], qui fait du bien d’une arrogance philosophique tout aussi bornée - je n’oublierai jamais la profonde impression que ces trois hommes réels m’ont fait , qui voulait alors seulement devenir un homme.
A Londres, comme dans une moindre mesure en Suisse, ils bénéficiaient des libertés d’association et de réunion. Dès le 7 février 1840, l’Association allemande pour l’éducation ouvrière, fonctionnant légalement et qui existe toujours, fut fondée. Cette Association servait à la Ligue de terrain de recrutement pour de nouveaux membres, et comme, comme toujours, les communistes étaient les membres les plus actifs et les plus intelligents de l’Association, il allait de soi que sa direction reposait entièrement entre les mains de la Ligue. La Ligue eut bientôt plusieurs communautés, ou, comme on les appelait encore alors, « loges », à Londres. Les mêmes tactiques évidentes ont été suivies en Suisse et ailleurs. Là où des associations de travailleurs pouvaient être fondées, elles étaient utilisées de la même manière. Là où cela était interdit par la loi, on rejoignait des chorales, des clubs sportifs, etc. Les connexions étaient dans une large mesure entretenues par les membres qui voyageaient continuellement d’avant en arrière ; ils servaient également, lorsque cela était nécessaire, d’émissaires. Dans les deux cas, la Ligue obtint un vif soutien grâce à la sagesse des gouvernements qui, en recourant à la déportation, transformèrent en émissaire tout ouvrier répréhensible — et dans neuf cas sur dix, il était membre de la Ligue.
L’étendue de la diffusion de la Ligue restaurée était considérable. Notamment en Suisse, Weitling, August Becker (un homme très doué qui, cependant, comme tant d’Allemands, a connu un échec en raison d’une instabilité innée de caractère) et d’autres ont créé une organisation forte plus ou moins attachée au système communiste de Weitling. Ce n’est pas le lieu de critiquer le communisme de Weitling. Mais en ce qui concerne sa signification en tant que premier mouvement théorique indépendant du prolétariat allemand, je souscris encore aujourd’hui aux paroles de Marx dans le Vorwarts de Paris de 1844 :
« Où la bourgeoisie (allemande) – y compris ses philosophes et ses scribes érudits – pourrait-elle citer un ouvrage relatif à l’émancipation de la bourgeoisie – son émancipation politique – comparable aux Garanties d’harmonie et de liberté de Weitlings ? Si l’on compare la médiocrité terne et farfelue de la littérature politique allemande avec ces débuts incommensurables et brillants des ouvriers allemands, si l’on compare ces gigantesques chaussures d’enfant du prolétariat avec les proportions naines des spectacles politiques épuisés de la bourgeoisie, on Je dois prophétiser une silhouette d’athlète pour cette Cendrillon.
La figure de cet athlète se présente aujourd’hui à nous, bien qu’elle soit encore loin d’être pleinement développée.
De nombreuses sections existaient également en Allemagne ; dans la nature des choses, ils étaient d’un caractère passager, mais ceux qui naissaient compensaient largement ceux qui disparaissaient. Ce n’est qu’au bout de sept ans, à la fin de 1846, que la police découvrit des traces de la Ligue à Berlin (Mentel) et à Magdebourg (Beck), sans pouvoir les suivre plus avant.
A Paris, Weitling, qui s’y trouvait encore en 1840, rassembla également les éléments épars avant de partir pour la Suisse.
Les tailleurs constituaient la force centrale de la Ligue. Les tailleurs allemands étaient partout : en Suisse, à Londres, à Paris. Dans cette dernière ville, l’allemand était tellement la langue dominante dans ce commerce que j’y ai connu en 1846 un tailleur norvégien qui avait voyagé directement par mer de Trondhjem en France et, en l’espace de dix-huit mois, n’avait presque pas appris un mot. de français mais avait acquis une excellente connaissance de l’allemand. Deux des communautés parisiennes en 1847 étaient majoritairement composées de tailleurs, une d’ébénistes.
Après que le centre de gravité se soit déplacé de Paris vers Londres, un fait nouveau est apparu : d’allemande, la Ligue est progressivement devenue internationale . Dans la société ouvrière, on trouvait, outre les Allemands et les Suisses, des membres de toutes les nationalités pour lesquelles l’allemand constituait le principal moyen de communication avec les étrangers, notamment les Scandinaves, les Hollandais, les Hongrois, les Tchèques, les Slaves du Sud, mais aussi des Russes et des Alsaciens. En 1847, parmi les habitués figurait un grenadier britannique de la Garde en uniforme. La société s’appela bientôt Association d’éducation ouvrière communiste et les cartes de membres portaient l’inscription « Tous les hommes sont frères », dans au moins vingt langues, même si ce n’était pas sans erreurs ici et là. Comme l’Association ouverte, la Ligue secrète prit bientôt un caractère plus international ; d’abord dans un sens restreint, pratiquement à travers les diverses nationalités de ses membres, théoriquement à travers la prise de conscience que toute révolution pour être victorieuse doit être européenne. On n’allait pas encore plus loin ; mais les fondations étaient là.
Des liens étroits furent entretenus avec les révolutionnaires français par l’intermédiaire des réfugiés londoniens, compagnons d’armes du 12 mai 1839. De même avec les Polonais les plus radicaux. Les émigrés polonais officiels, tout comme Mazzini, étaient, bien entendu, des adversaires plutôt que des alliés. Les chartistes anglais, en raison du caractère spécifiquement anglais de leur mouvement, furent considérés comme non révolutionnaires. Les dirigeants londoniens de la Ligue ne prirent contact avec eux que plus tard, par mon intermédiaire.
D’autres manières également, le caractère de la Ligue avait changé avec les événements. Même si Paris était encore — et à cette époque à juste titre — considérée comme la ville mère de la révolution, on était néanmoins sortie de l’état de dépendance à l’égard des conspirateurs parisiens. La propagation de la Ligue a accru sa conscience de soi. On sentait que des racines s’enracinaient de plus en plus dans la classe ouvrière allemande et que ces travailleurs allemands étaient historiquement appelés à être les porte-drapeaux des travailleurs du Nord et de l’Est de l’Europe. Il y avait en Weitling un théoricien communiste qui pouvait être hardiment placé aux côtés de ses rivaux français contemporains. Enfin, l’expérience du 12 mai nous avait appris que pour l’instant il n’y avait rien à gagner à des tentatives de putsch . Et si l’on continuait à expliquer chaque événement comme le signe de l’approche de la tempête, si l’on conservait intactes les anciennes règles semi-conspiratrices, c’était principalement la faute du vieux défi révolutionnaire, qui avait déjà commencé à se heurter aux sonneurs. des opinions qui gagnaient du terrain.
Cependant, la doctrine sociale de la Ligue, si imprécise qu’elle fût, contenait un très grand défaut, mais qui avait ses racines dans les conditions elles-mêmes. Les membres, dans la mesure où ils étaient ouvriers, étaient presque exclusivement des artisans. Même dans les grandes métropoles, celui qui les exploitait n’était généralement qu’un petit maître. L’exploitation à grande échelle de la couture, ce qu’on appelle aujourd’hui la fabrication de vêtements de confection, par la transformation de la couture artisanale en une industrie nationale travaillant pour un grand capitaliste, n’en était alors qu’à ses débuts, même à Londres. D’une part, l’exploitant de ces artisans était un petit maître ; d’un autre côté, ils espéraient tous devenir eux-mêmes de petits maîtres. En outre, une masse de notions héritées des corporations s’accrochaient encore à l’artisan allemand à cette époque. Le plus grand honneur leur est dû, dans la mesure où eux, qui n’étaient pas encore eux-mêmes des prolétaires à part entière mais seulement un appendice de la petite bourgeoisie, un appendice qui passait dans le prolétariat moderne et qui ne s’opposait pas encore directement à la bourgeoisie, c’est-à-dire au grand capital, dans la mesure où ces artisans étaient capables d’anticiper instinctivement leur développement futur et de constituer, même s’ils ne l’étaient pas encore en pleine conscience, le parti du prolétariat. Mais il était également inévitable que leurs vieux préjugés artisanaux soient pour eux une pierre d’achoppement à chaque instant, lorsqu’il s’agissait de critiquer en détail la société existante, c’est-à-dire d’étudier les faits économiques. Et je ne crois pas qu’à cette époque, dans toute la Société des Nations, un seul homme ait jamais lu un livre d’économie politique. Mais cela importait peu ; pour l’instant, « l’égalité », la « fraternité » et la « justice » les aident à surmonter tous les obstacles théoriques.
Parallèlement à celui de la Ligue et de Weitling, un second communisme, essentiellement différent, se développait. Lors de mon séjour à Manchester, je me suis rendu compte de manière tangible que les faits économiques, qui jusqu’à présent n’ont joué aucun rôle ou seulement un rôle méprisable dans l’écriture de l’histoire, constituent, du moins dans le monde moderne, une force historique décisive ; qu’ils constituent la base de l’origine des antagonismes de classe actuels ; que ces antagonismes de classes, dans les pays où ils se sont pleinement développés grâce à la grande industrie, donc notamment en Angleterre, sont à leur tour la base de la formation des partis politiques et des luttes de partis, et donc de toute l’histoire politique . Marx non seulement était parvenu au même point de vue, mais l’avait déjà généralisé dans le Deutsche-Französische Jahrbücher (1844) en ce sens que, d’une manière générale, ce n’est pas du tout l’État qui conditionne et régule la société civile, mais la société civile qui conditionne et régule l’État et, par conséquent, cette politique et son histoire doivent s’expliquer à partir des relations économiques et de leur développement, et non l’inverse. Lorsque j’ai rendu visite à Marx à Paris au cours de l’été 1844, notre accord complet dans tous les domaines théoriques est devenu évident et notre travail commun date de cette époque. Lorsque, au printemps 1845, nous nous retrouvâmes à Bruxelles, Marx avait déjà pleinement développé sa théorie matérialiste de l’histoire dans ses principales caractéristiques sur la base mentionnée ci-dessus et nous nous appliquâmes maintenant à l’élaboration détaillée du mode de pensée nouvellement acquis. perspectives dans les directions les plus diverses.
Cette découverte, qui a révolutionné la science de l’histoire et, comme nous l’avons vu, est essentiellement l’œuvre de Marx — découverte dans laquelle je ne peux revendiquer pour moi qu’une part très insignifiante — était cependant d’une importance immédiate pour les travailleurs contemporains. mouvement. Le communisme chez les Français et les Allemands, le chartisme chez les Anglais n’apparaissent plus comme quelque chose de fortuit qui aurait tout aussi bien pu ne pas se produire. Ces mouvements se présentaient désormais comme un mouvement de la classe opprimée moderne, le prolétariat, comme les formes plus ou moins développées de sa lutte historiquement nécessaire contre la classe dirigeante, la bourgeoisie ; en tant que formes de la lutte des classes, mais qui se distinguent de toutes les luttes de classes antérieures par cette seule chose : la classe opprimée actuelle, le prolétariat, ne peut pas parvenir à son émancipation sans en même temps émanciper la société dans son ensemble de la division en classes et, par conséquent, , des luttes de classes. Et le communisme ne signifiait plus la création, au moyen de l’imagination, d’une société idéale aussi parfaite que possible, mais la compréhension de la nature, des conditions et des objectifs généraux qui en découlaient, de la lutte menée par le prolétariat.
Or, nous n’étions nullement d’avis que les nouveaux résultats scientifiques devaient être confiés, dans de grands volumes, exclusivement au monde « savant ». Bien au contraire. Nous étions tous deux déjà profondément impliqués dans le mouvement politique et possédons une certaine audience dans le monde instruit, notamment en Allemagne occidentale, ainsi que de nombreux contacts avec le prolétariat organisé. Il était de notre devoir de fournir une base scientifique à notre vision, mais il était tout aussi important pour nous de gagner à notre conviction le prolétariat européen et en premier lieu le prolétariat allemand. Dès que nous étions devenus clairs dans notre esprit, nous nous sommes mis à la tâche. Nous avons fondé une société ouvrière allemande à Bruxelles et repris la Deutsche Brüsseler Zeitung , qui nous a servi d’organe jusqu’à la révolution de Février. Nous sommes restés en contact avec la section révolutionnaire des chartistes anglais par l’intermédiaire de Julian Harney, rédacteur en chef de l’organe central du mouvement, The Northern Star , auquel j’ai contribué. Nous sommes également entrés dans une sorte de cartel avec les démocrates bruxellois (Marx était vice-président de la Société démocratique) et avec les sociaux-démocrates français de la Réforme , que je fournissais des nouvelles des mouvements anglais et allemand. Bref, nos relations avec les organisations radicales et prolétariennes et les organes de presse étaient tout à fait ce qu’on pouvait souhaiter.
Nos relations avec la Ligue des Justes étaient les suivantes : L’existence de la Ligue nous était évidemment connue ; en 1843, Schapper m’avait proposé d’y adhérer, ce que je refusais naturellement à cette époque. Mais non seulement nous entretenions une correspondance continue avec les Londoniens, mais nous restions encore plus proches du Dr Ewerbeck, alors chef des communautés parisiennes. Sans entrer dans les affaires intérieures de la Ligue, nous avons été informés de tous les événements importants. D’un autre côté, nous avons influencé les vues théoriques des membres les plus importants de la Ligue par la parole, par la lettre et par la presse. Nous avons également réalisé à cet effet diverses circulaires lithographiées, que nous envoyions à nos amis et correspondants dans le monde entier, à des occasions particulières, lorsqu’il s’agissait des affaires intérieures du Parti communiste en voie de formation. Dans ces cas-là, la Ligue elle-même était parfois mise en cause. Ainsi, un jeune étudiant westphalien, Hermann Kriege, parti en Amérique, s’y présenta comme émissaire de la Ligue et s’associa au fou Harro Harring dans le but d’utiliser la Ligue pour bouleverser l’Amérique du Sud. Il a fondé un journal dans lequel, au nom de la Ligue, il prêchait un communisme extravagant d’amour rêvé, basé sur « l’amour » et débordant d’amour. Contre cela nous avons lancé une circulaire qui n’a pas manqué de son effet. Kriege a disparu de la scène de la Ligue.
Plus tard, Weitling vint à Bruxelles. Mais il n’était plus le jeune compagnon tailleur naïf qui, étonné par ses propres talents, essayait de clarifier dans son esprit à quoi ressemblerait une société communiste. Il était désormais le grand homme, persécuté par les environs à cause de sa supériorité, qui flairait partout des rivaux, des ennemis secrets et des pièges - le prophète, chassé de pays en pays, qui portait toute faite la recette pour la réalisation du paradis sur terre. dans sa poche, et qui l’était était possédé par l’idée que tout le monde avait l’intention de le lui voler. Il s’était déjà brouillé avec les membres de la Ligue à Londres ; et à Bruxelles, où Marx et sa femme l’accueillaient avec une patience presque surhumaine, il ne pouvait s’entendre avec personne non plus. Peu après, il se rendit en Amérique pour y essayer son rôle de prophète.
Toutes ces circonstances contribuèrent à la révolution tranquille qui s’opérait dans la Ligue, et surtout parmi les dirigeants de Londres. L’insuffisance de la conception antérieure du communisme, aussi bien le simple communisme égalitaire français que celle de Weitling, leur devint de plus en plus évidente. En remontant le communisme au christianisme primitif introduit par Weitling — si brillants soient certains passages de son Évangile des pauvres pécheurs —, on avait abouti à ce que le mouvement en Suisse soit en grande partie entre les mains, d’abord d’imbéciles comme Albrecht, puis d’exploiter de faux prophètes comme Kuhlmann. Le « vrai socialisme » évoqué par quelques écrivains littéraires – une traduction de la phraséologie socialiste française en allemand hégélien corrompu et des rêves d’amour sentimentaux (voir la section sur l’allemand du « vrai » socialisme dans le Manifeste du Parti communiste – que Kriege et l’étude de la littérature correspondante introduite dans la Ligue s’est vite avérée dégoûter les vieux révolutionnaires de la Ligue, ne serait-ce qu’à cause de sa faiblesse baveuse. Face au caractère intenable des vues théoriques antérieures et aux aberrations pratiques qui en résultaient, on s’est rendu compte davantage. et plus encore à Londres que Marx et moi avions raison dans notre nouvelle théorie. Cette compréhension était sans aucun doute favorisée par le fait que parmi les dirigeants londoniens se trouvaient désormais deux hommes qui étaient considérablement supérieurs à ceux mentionnés précédemment en termes de capacité de connaissances théoriques : le peintre miniature. Karl Pfander de Heilbronn et le tailleur Georg Eccarius de Thuringe.
[Note en bas de page d’Engels : Pfander est décédé il y a environ huit ans à Londres. c’était un homme d’une intelligence particulièrement fine, spirituel, ironique et dialectique. Eccarius, comme nous le savons, fut ensuite pendant de nombreuses années secrétaire du Conseil général de l’Association internationale des travailleurs, au sein duquel se trouvaient, entre autres, les anciens membres suivants de la Ligue : Eccarius, Pfander, Lessner, Lochner, Marx et moi. Eccarius se consacre ensuite exclusivement au mouvement syndical anglais.]
Il suffit de dire qu’au printemps 1847, Moll rendit visite à Marx à Bruxelles et immédiatement après à moi à Paris et nous invita à plusieurs reprises, au nom de ses camarades, à adhérer à la Ligue. Il rapporta qu’ils étaient autant convaincus de la justesse générale de notre façon de voir les choses que de la nécessité de libérer la Ligue des vieilles traditions et formes conspiratrices. Si nous entrions, nous aurions l’occasion d’exposer notre communisme critique devant un congrès de la Ligue dans un manifeste, qui serait ensuite publié comme manifeste de la Ligue ; nous pourrions également contribuer, avec notre part, au remplacement de l’organisation obsolète de la Ligue par une organisation conforme aux temps et aux objectifs nouveaux.
Nous ne doutions pas qu’une organisation au sein de la classe ouvrière allemande était nécessaire, ne serait-ce qu’à des fins de propagande, et que cette organisation, dans la mesure où elle n’aurait pas un caractère simplement local, ne pourrait être qu’une organisation secrète, même en dehors de l’Allemagne. Or, une telle organisation existait déjà, sous la forme de la Ligue. Ce à quoi nous nous opposions auparavant dans cette Ligue est désormais considéré comme erroné par les représentants de la Ligue eux-mêmes ; nous fûmes même invités à collaborer aux travaux de réorganisation. Pouvons-nous dire non ? Certainement pas. Nous sommes donc entrés dans la Ligue ; Marx a fondé une communauté de la Ligue à Bruxelles parmi nos amis proches, tandis que j’ai fréquenté les trois communautés de Paris.
Au cours de l’été 1847, eut lieu à Londres le premier congrès de la Ligue, au cours duquel W. Wolff représentait les communautés de Bruxelles et moi celle de Paris. Lors de ce congrès, la réorganisation de la Ligue fut d’abord réalisée. Ce qui restait des vieux noms mystiques remontant à la période conspiratrice était désormais aboli ; la Ligue se compose désormais de communautés, de cercles, de cercles dirigeants, d’un Comité central et d’un Congrès, et s’appelle désormais la « Ligue communiste ».
"Le but de la Ligue est le renversement de la bourgeoisie, la domination du prolétariat, l’abolition de l’ancienne société bourgeoise basée sur les antagonismes de classes et la fondation d’une nouvelle société sans classes et sans propriété privée"
— ainsi a été rédigé le premier article. L’organisation elle-même était totalement démocratique, avec des conseils d’administration électifs et toujours révocables. Cela seul a empêché toute velléité de conspiration, qui exige une dictature, et la Société des Nations s’est transformée – du moins en temps de paix ordinaire – en une pure société de propagande. Ces nouvelles Règles furent soumises à la discussion des communautés — tant la procédure était désormais démocratique — puis de nouveau débattues au IIe Congrès et finalement adoptées par celui-ci le 8 décembre 1847. On les retrouve réimprimées dans Wermuth et Stieber, vol.I, p.239, Annexe X.
Le Deuxième Congrès a eu lieu fin novembre et début décembre de la même année. Marx était également présent à cette occasion et exposa la nouvelle théorie au cours d’un débat assez long – le congrès dura au moins dix jours. Toutes les contradictions et tous les doutes ont finalement été levés, les nouveaux principes fondamentaux ont été adoptés à l’unanimité et Marx et moi avons été chargés de rédiger le Manifeste. Cela a été fait immédiatement après. Quelques semaines avant la Révolution de Février, il fut envoyé à Londres pour être imprimé. Depuis lors, il a fait le tour du monde, a été traduit dans presque toutes les langues et sert encore aujourd’hui dans de nombreux pays de guide pour le mouvement prolétarien. À la place de l’ancienne devise de la Ligue, « Tous les hommes sont frères », est apparu le nouveau cri de guerre : « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! » qui proclamait ouvertement le caractère international de la lutte. Dix-sept ans plus tard, ce cri de guerre résonnait dans le monde entier comme le mot d’ordre de l’Association internationale des travailleurs, et aujourd’hui le prolétariat militant de tous les pays l’a inscrit dans son étendard.
La Révolution de Février éclate. Le Comité central de Londres, qui fonctionnait jusqu’à présent, a immédiatement transféré ses pouvoirs au cercle dirigeant de Bruxelles. Mais cette décision intervient à un moment où un véritable état de siège existait déjà à Bruxelles et où les Allemands notamment ne pouvaient plus se rassembler nulle part. Nous étions tous sur le point d’aller à Paris, et le nouveau Comité central décida donc de se dissoudre également, de remettre tous ses pouvoirs à Marx et de lui donner immédiatement le pouvoir de constituer un nouveau Comité central à Paris. A peine les cinq personnes qui adoptèrent cette décision (3 mars 1848) furent-elles séparées, que la police pénétra de force dans la maison de Marx, l’arrêta et l’obligea à partir le lendemain pour la France, là où il souhaitait se rendre.
A Paris, nous nous sommes bientôt tous retrouvés. Là, le document suivant fut rédigé et signé par tous les membres du nouveau Comité central. Il a été distribué dans toute l’Allemagne et beaucoup peuvent encore en tirer des leçons aujourd’hui :
Exigences du Parti communiste en Allemagne
L’Allemagne tout entière sera déclarée une seule république indivisible.
Les représentants du peuple seront payés de manière à ce que les travailleurs puissent eux aussi siéger au Parlement du peuple allemand.
Armement universel du peuple.
Les domaines des princes et autres domaines féodaux, toutes mines, carrières, etc., seront transformés en propriété de l’État. Sur ces domaines, l’agriculture doit être menée à très grande échelle et avec les moyens scientifiques les plus modernes pour le bénéfice de toute la société.
Les hypothèques sur les propriétés paysannes seront déclarées propriété de l’État ; les intérêts de ces hypothèques seront payés par les paysans à l’État.
Dans les districts où le fermage est développé, le fermage ou la redevance agricole sont versés à l’État à titre d’impôt.
Tous les moyens de transport : chemin de fer, canaux, bateaux à vapeur, routes, poste, etc., seront pris en charge par l’Etat. Ils doivent être transformés en propriété de l’État et mis gratuitement à la disposition de la classe des non-possédants.
Limitation du droit de succession.
Introduction d’une fiscalité progressive et graduelle et suppression des taxes sur les biens de consommation.
Mise en place d’ateliers nationaux. L’État doit garantir un revenu à tous les travailleurs et subvenir aux besoins de ceux qui ne sont pas en mesure de travailler.
Enseignement élémentaire universel et gratuit.
Il est dans l’intérêt du prolétariat allemand, de la petite bourgeoisie et de la paysannerie d’œuvrer avec toute l’énergie possible à la mise en œuvre des mesures ci-dessus. Car ce n’est que par leur éducation que les millions d’Allemands, qui jusqu’à présent ont été exploités par un petit nombre de personnes et que l’on s’efforce de maintenir dans une sujétion toujours plus grande, pourront obtenir leurs droits et le pouvoir qui leur sont dus en tant que producteurs d’énergie. toute richesse.
Le Comité : Karl Marx, Karl Schapper, H. Bauer, F. Engels, J. Moll, W. Wolff
A cette époque, l’engouement pour les légions révolutionnaires prévaut à Paris. Espagnols, Italiens, Belges, Néerlandais, Polonais et Allemands se sont rassemblés en foule pour libérer leurs patries respectives. La légion allemande était dirigée par Herwegh, Bornsted, Bornstein. Etant donné qu’au lendemain de la révolution tous les travailleurs étrangers non seulement perdirent leur emploi mais furent en outre harcelés par le public, l’afflux dans ces légions fut très grand. le nouveau gouvernement vit en eux un moyen de se débarrasser des travailleurs étrangers et leur accorda l’étape du soldat , c’est-à-dire un logement le long de leur ligne de marche et une indemnité de marche de 50 centimes par jour jusqu’à la frontière, après quoi l’éloquent Lamartine , le ministre des Affaires étrangères, si ému aux larmes, a rapidement trouvé l’occasion de les trahir auprès de leurs gouvernements respectifs.
Nous nous sommes opposés de la manière la plus décisive à ce jeu avec la révolution. Mener une invasion, qui consistait à importer par la force la révolution de l’extérieur, au milieu de la fermentation qui se déroulait alors en Allemagne, signifiait saper la révolution en Allemagne elle-même, renforcer les gouvernements et délivrer les légionnaires - Lamartine le garantissait. — sans défense entre les mains des troupes allemandes. Lorsque par la suite la révolution fut victorieuse à Vienne et à Berlin, la légion devint encore plus inutile ; mais une fois commencé, le jeu continuait.
Nous avons fondé un club communiste allemand, dans lequel nous avons conseillé aux ouvriers de se tenir à l’écart de la légion et de rentrer seuls chez eux et d’y travailler pour le mouvement. Notre vieil ami Flocon, qui siégeait au Gouvernement Provisoire, obtint pour les ouvriers envoyés par nous les mêmes facilités de voyage que celles accordées aux légionnaires. Nous renvoyâmes ainsi en Allemagne trois ou quatre cents ouvriers, dont la grande majorité des membres de la Ligue.
Comme on pouvait facilement le prévoir, la Ligue se révéla être un levier beaucoup trop faible face au mouvement populaire de masse qui venait d’éclater. Les trois quarts des membres de la Ligue qui vivaient auparavant à l’étranger ont changé de domicile et sont retournés dans leur pays d’origine ; leurs communautés précédentes furent ainsi en grande partie dissoutes et ils perdirent tout contact avec la Ligue. Une partie, la plus ambitieuse d’entre eux, n’essaya même pas de reprendre ce contact, mais chacun commença pour son propre compte un petit mouvement séparé dans sa localité. Enfin, les conditions dans chaque petit État, dans chaque province et dans chaque ville étaient si différentes que la Ligue eût été incapable de donner autre chose que les directives les plus générales ; ces directives sont cependant beaucoup mieux diffusées par la presse. Bref, à partir du moment où les causes qui avaient rendu nécessaire la Ligue secrète ont cessé d’exister, la Ligue secrète comme telle a cessé de signifier quoi que ce soit. Mais cela ne pouvait surtout pas surprendre ceux qui venaient de dépouiller cette même Ligue secrète du dernier vestige de son caractère conspirateur.
Mais il était désormais démontré que la Ligue avait été une excellente école d’activité révolutionnaire. Sur le Rhin, où la Neue Rheinische Zeitung constituait un centre solide, à Nassau, dans la Hesse rhénane, etc., partout les membres de la Ligue se tenaient à la tête du mouvement démocratique extrême. Ce fut le cas à Hambourg. En Allemagne du Sud, la prédominance de la démocratie petite-bourgeoise faisait obstacle. À Breslau, Wilhelm Wolff fut actif avec beaucoup de succès jusqu’à l’été 1848 ; en outre, il reçut un mandat silésien en tant que représentant suppléant au parlement de Francfort. Enfin, le compositeur Stephan Born, qui avait travaillé à Bruxelles et à Paris comme membre actif de la Ligue, fonda à Berlin une Confrérie ouvrière qui devint assez répandue et exista jusqu’en 1850. Born, un jeune homme très talentueux, mais qui, était un peu trop pressé de devenir un personnage politique, « fraternisé » avec les plus divers ragtags et bobtails pour rassembler les foules, et n’était pas du tout l’homme qui pouvait apporter l’unité dans les tendances opposées, la lumière dans les tendances opposées. le chaos. Ainsi, dans les publications officielles de l’association, les opinions représentées dans le Manifeste du Parti communiste étaient mêlées de souvenirs et d’aspirations corporatives, de fragments de Louis Blanc et de Proudhon, de protectionnisme, etc. ; bref, ils voulaient plaire à tout le monde [allen alles sein]. En particulier, les grèves, les syndicats et les coopératives de production se déclenchèrent et on oublia qu’il s’agissait avant tout de conquérir d’abord, par des victoires politiques, le domaine dans lequel seul de telles choses pouvaient se réaliser de manière durable. base. Lorsque, par la suite, les victoires de la réaction firent comprendre aux dirigeants des Frères musulmans la nécessité de prendre une part directe à la lutte révolutionnaire, ils furent naturellement abandonnés par la masse confuse qu’ils s’étaient groupée autour d’eux. Born participa au soulèvement de Dresde en mai 1849 et réussit à s’en sortir. Mais contrairement au grand mouvement politique du prolétariat, la Fraternité ouvrière s’est révélée être un pur Sonderbund [ligue séparée], qui n’existait dans une large mesure que sur le papier et jouait un rôle tellement subordonné que la réaction ne l’a pas trouvé. il fallut le supprimer jusqu’en 1850, et ses branches survivantes jusqu’à plusieurs années plus tard. Born, dont le vrai nom était Buttermilk, n’est pas devenu un grand personnage politique mais un petit professeur suisse, qui ne traduit plus Marx dans le langage des corporations mais le doux Renan dans son propre allemand complet.
Le 13 juin 1849, avec la défaite des insurrections de mai en Allemagne et la répression de la révolution hongroise par les Russes, une grande période de la Révolution de 1848 prit fin. Mais la victoire de la réaction n’était pas encore définitive. Une réorganisation des forces révolutionnaires dispersées était nécessaire, et donc aussi de la Ligue. La situation interdisait encore, comme en 1848, toute organisation ouverte du prolétariat ; il fallut donc s’organiser à nouveau en secret.
À l’automne 1849, la plupart des membres des comités centraux et congrès précédents se réunirent à nouveau à Londres. Les seuls qui manquaient encore étaient Schapper, qui fut emprisonné à Wiesbaden mais qui revint après son acquittement, au printemps 1850, et Moll, qui, après avoir accompli une série de missions et de voyages d’agitation des plus dangereux, recruta finalement des cavaliers à cheval. artilleurs de l’artillerie du Palatinat au beau milieu de l’armée prussienne dans la province du Rhin — rejoignirent la compagnie ouvrière de Besançon du corps de Willich et furent tués d’une balle dans la tête lors de la rencontre à la Murg devant le pont Rotenfels. D’un autre côté, Willich entra en scène. Willich était un de ces communistes sentimentaux si répandus en Allemagne occidentale depuis 1845 et qui, pour cette seule raison, se montraient instinctivement et furtivement hostiles à notre tendance critique. Bien plus, il était entièrement prophète, convaincu de sa mission personnelle de libérateur prédestiné du prolétariat allemand et, en tant que tel, prétendant direct tant à la dictature politique que militaire. Ainsi, au communisme chrétien primitif prêché précédemment par Weitling, s’est ajoutée une sorte d’islam communiste. Cependant, la propagande de cette nouvelle religion se limita pour la première fois aux casernes de réfugiés sous le commandement de Willich.
La Ligue fut donc réorganisée ; L’adresse de mars 1850 fut publiée et Heinrich Bauer fut envoyé comme émissaire en Allemagne. L’Adresse, composée par Marx et moi-même, est encore intéressante aujourd’hui, car la démocratie petite-bourgeoise est déjà aujourd’hui le parti qui doit certainement être le premier à arriver au pouvoir en Allemagne comme sauveur de la société des ouvriers communistes à l’occasion de le prochain bouleversement européen est désormais imminent (les révolutions européennes de 1815, 1830, 1848-1852, 1870 se sont produites à des intervalles de 15 à 18 ans au cours de notre siècle). Une grande partie de ce qui y est dit est donc toujours applicable aujourd’hui. La mission de Heinrich Bauer fut couronnée d’un plein succès. Le fidèle petit cordonnier était un diplomate né. Il ramena dans l’organisation active les anciens membres de la Ligue, qui étaient en partie à la traîne et en partie agissant pour leur propre compte, et en particulier aussi les dirigeants de l’époque de la Fraternité Ouvrière. La Ligue commença à jouer un rôle dominant dans les associations ouvrières, paysannes et sportives dans une bien plus grande mesure qu’avant 1848, de sorte que le prochain discours trimestriel aux communautés, en juin 1850, pouvait déjà rapporter que l’étudiant Schurz de Bonn (plus tard ancien ministre américain), qui était en tournée en Allemagne dans l’intérêt de la démocratie petite-bourgeoise, « avait déjà trouvé toutes les forces nécessaires entre les mains de la Ligue ». La Ligue était sans aucun doute la seule organisation révolutionnaire ayant une quelconque importance en Allemagne.
Mais le but de cette organisation dépendait dans une large mesure de la réalisation ou non des perspectives d’un nouvel essor de la révolution. Et au cours de l’année 1850, cela devint de plus en plus improbable, voire impossible. La crise industrielle de 1847, qui avait ouvert la voie à la Révolution de 1848, avait été surmontée ; une nouvelle période de prospérité industrielle sans précédent s’était installée ; quiconque avait des yeux pour voir et s’en servait devait clairement se rendre compte que la tempête révolutionnaire de 1848 s’éteignait peu à peu.
« Avec cette prospérité générale, dans laquelle les forces productives de la société bourgeoise se développent de manière aussi luxuriante que possible dans les relations bourgeoises, on ne peut pas parler d’une véritable révolution . Une telle révolution n’est possible que dans les périodes où ces deux facteurs, les forces productives modernes et les formes productives bourgeoises, entrent en collision. Les diverses querelles dans lesquelles se livrent aujourd’hui et se compromettent les représentants des factions industrielles du parti de l’ordre continental, loin de fournir l’occasion de nouvelles révolutions, ne sont au contraire possibles que parce que la base des relations est momentanément si sûre. et, ce que la réaction ne sait pas, c’est tellement bourgeois . De là, toutes les tentatives de la réaction visant à freiner le développement bourgeois rebondiront aussi certainement que toute indignation morale et toutes les proclamations enthousiastes des démocrates ».
Ainsi, Marx et moi avons écrit dans la « Revue de mai à octobre 1850 » de la Neue Rheinische Zeitung , Politisch-okonomische Revue , n° V et VI, Hambourg, 1850, p. 153.
Cette froide appréciation de la situation était cependant considérée par beaucoup comme une hérésie, à une époque où Ledru-Rollin, Louis Blanc, Mazzini, Kossuth et, parmi les petites lumières allemandes, Ruge, Kinkel, Gogg et les autres se pressaient. à Londres pour former les gouvernements provisoires du futur non seulement pour leurs patries respectives mais pour toute l’Europe, et alors qu’il ne restait plus qu’à obtenir de l’Amérique l’argent nécessaire comme emprunt pour que la révolution réalise à tout moment le La révolution européenne et les différentes républiques qui l’accompagnaient allaient de soi. Peut-on s’étonner qu’un homme comme Willich se soit laissé prendre à cela, que Schapper, agissant selon son ancienne impulsion révolutionnaire, se soit lui aussi laissé tromper et que la majorité des ouvriers londoniens, eux-mêmes en grande partie réfugiés, les aient suivis. dans le camp des artisans de la révolution bourgeois-démocrates ? Il suffit de dire que la réserve que nous maintenions n’était pas du goût de ces gens-là ; il s’agissait d’entrer dans le jeu de faire des révolutions. Nous avons catégoriquement refusé de le faire. Une scission s’ensuit ; on peut en savoir plus à ce sujet dans l’ Apocalypse . Puis vint l’arrestation de Nothjung, suivie de celle de Haupt, à Hambourg. Ce dernier est devenu traître en divulguant les noms du Comité central de Cologne et en étant désigné comme témoin principal au procès ; mais ses proches ne souhaitaient pas être ainsi déshonorés et l’envoyèrent à Rio de Janerio, où il s’établit plus tard comme homme d’affaires et, en reconnaissance de ses services, fut nommé consul général de Prusse puis d’Allemagne. Il est maintenant de nouveau en Europe.
[Note d’Engels : Schapper à Londres à la fin des années soixante. Willich a participé avec distinction à la guerre civile américaine ; il est devenu général de brigade et a reçu une balle dans la poitrine lors de la bataille de Murfreesboro (Tennessee), mais s’est rétabli et est mort il y a une dizaine d’années en Amérique. Parmi les autres personnes mentionnées ci-dessus, je remarquerai seulement que Heinrich Bauer a été perdu en Australie et que Weitling et Ewerbeck sont morts en Amérique.]
Pour une meilleure compréhension des Révélations , je donne la liste des accusés de Cologne :
(1) PG Roser, fabricant de cigares ; (2) Heinrich Burgers, décédé plus tard en tant que député progressiste au Landtag ; (3) Peter Nothjung, tailleur, décédé il y a quelques années comme photographe à Breslau ; (4) WJ Reiff ; (5) le Dr Hermann Becker, aujourd’hui bourgmestre en chef de Cologne et membre de la Chambre haute ; (6) le Dr Roland Daniels, médecin, décédé quelques années après le procès des suites d’une tuberculose contractée en prison ; (7) Karl Otto, chimiste ; (8) Dr Abraham Jacoby, maintenant médecin à New York ; (9) Dr IJ Klein, aujourd’hui médecin et conseiller municipal de Cologne ; (10) Ferdinand Freiligrath, qui se trouvait pourtant déjà à cette époque à Londres ; (11) IL Ehrhard, commis ; (12) Friedrich Lessner, tailleur, actuellement à Londres.
Après un procès public devant jury du 4 octobre au 12 novembre 1852, les personnes suivantes furent condamnées pour tentative de haute trahison : Roser, Burgers et Nothjung à six ans, Reiff, Otto et Becker à cinq ans et Lessner à trois ans de prison. une forteresse ; Daniels, Klein, Jacoby et Ehrhard ont été acquittés.
Avec le procès de Cologne, la première période du mouvement ouvrier communiste allemand prend fin. Immédiatement après la sentence, nous avons dissous notre Ligue ; quelques mois plus tard, la ligue séparée Willich-Schapper trouva également le repos éternel.
* Il y a toute une génération entre hier et aujourd’hui. A cette époque, l’Allemagne était un pays d’artisanat et d’industrie domestique basée sur le travail manuel ; c’est aujourd’hui un grand pays industriel en constante transformation industrielle. A cette époque, il fallait rechercher un à un les travailleurs qui comprenaient leur situation de travailleurs et leur antagonisme historico-économique envers le capital, car cet antagonisme lui-même commençait seulement à se développer. Aujourd’hui, l’ensemble du prolétariat allemand doit être soumis à des lois d’exception, simplement pour ralentir un peu le processus de son développement vers la pleine conscience de sa position de classe opprimée. A cette époque, les quelques personnes dont l’esprit avait pénétré jusqu’à la réalisation du rôle historique du prolétariat devaient se rassembler en secret, se rassembler clandestinement en petites communautés de 3 à 20 personnes. Aujourd’hui, le prolétariat allemand n’a plus besoin d’aucune organisation officielle, ni publique ni secrète. La simple interconnexion évidente de camarades de classe partageant les mêmes idées suffit, sans aucune règle, conseil, résolution ou autre forme tangible, à ébranler l’ensemble de l’Empire allemand jusque dans ses fondations. Bismarck est l’arbitre de l’Europe au-delà des frontières de l’Allemagne, mais à l’intérieur de celles-ci, la figure athlétique du prolétariat allemand, que Marx prévoyait déjà en 1844, devient chaque jour plus menaçante, le géant pour qui l’édifice impérial exigu conçu pour s’adapter aux philistins est encore aujourd’hui. devenu inadéquat et dont la stature puissante et les épaules larges grandissent jusqu’au moment où, en se levant simplement de son siège, il brisera toute la structure de la constitution impériale en fragments. Et bien plus encore. Le mouvement international du prolétariat européen et américain s’est tellement renforcé que non seulement sa première forme étroite — la Ligue secrète — mais même sa seconde forme, infiniment plus large — l’Association internationale des travailleurs — est devenue pour lui une entrave, et que le simple sentiment de solidarité fondé sur la compréhension de l’identité de position de classe suffit à créer et à maintenir un seul et même grand parti du prolétariat parmi les ouvriers de tous pays et de toutes langues. La doctrine que la Ligue a représentée de 1847 à 1852, et qui à cette époque pouvait être traitée par les sages philistins en haussant les épaules comme des hallucinations de complètement fous, comme la doctrine secrète de quelques sectaires dispersés, a maintenant d’innombrables adeptes. dans tous les pays civilisés du monde, parmi les condamnés aux mines de Sibérie autant que parmi les chercheurs d’or de Californie ; et le fondateur de cette doctrine, l’homme le plus détesté et le plus calomnié de son temps, Karl Marx, était, à sa mort, le conseiller toujours recherché et toujours volontaire du prolétariat de l’ancien et du nouveau monde.
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