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Italie 1943 : quand les Alliés écrasaient la révolution sous prétexte d’écraser le fascisme mussolinien avec lequel ils avaient tenté de pactiser
mercredi 15 avril 2026, par
En 1943, les puissances alliées ont essayé de signer un armistice avec Mussolini puis l’ont fait avec Badoglio pour éviter les risques récvolutionnaires du renversement du fascisme. Ils ont alors bombardé les populations italiennes, y compris la résistance anti-fasciste pour combattre tout élan révolutionnaire.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Armistice_de_Cassibile
https://books.openedition.org/pur/130182?lang=fr
https://museedelaresistanceenligne.org/media3532-Armistice-italien-du-3-septembre-1943
Ce sont finalement les forces de gauche (staliens, sociaux-démocrates, résistance démocratique et syndicats) qui ont le plus œuvré pour affacer toute volonté révolutionnaire dans les masses italiennes déboussolées et accusées de fascisme dès qu’elles protestaient.
Barta écrit en 1943 :
Le régime fasciste s’effondre en Italie
LES OUVRIERS ITALIENS NOUS MONTRENT LA VOIE !
Depuis 21 ans le prolétariat italien était courbé sous le joug de Mussolini et de ses bandes armées au service de la bourgeoisie italienne. Pourquoi les ouvriers italiens qui en 1919 étaient à la tête de la lutte révolutionnaire en Europe, qui avaient occupé les usines et les avaient mises en marche sous leur propre contrôle et qui ne furent vaincus que par la trahison des réformistes, ne réussirent-ils pas à secouer la dictature fasciste ? C’est que les victoires successives de la réaction en Pologne (1927), en Allemagne (1934), en Espagne (1939) et un régime de dictature instauré dans toute l’Europe, leur avait fermé toute possibilité de révolte.
Mais le mécontentement du prolétariat et des masses populaires en Italie grandissait de plus en plus contre le régime pourri de Mussolini et n’attendait que la première occasion favorable pour se manifester. Quand en 1940 Mussolini aux ordres du grand capital, entraîna le peuple italien dans la guerre impérialiste les masses montrèrent peu d’empressement à se battre pour les intérêts de la bourgeoisie italienne et pour la gloire de Mussolini. Les désastres militaires subis par l’Italie impérialiste depuis le début de la guerre ont amené au paroxysme les contradictions intérieures engendrées par le régime et l’exploitation patronale accrue. Des grèves ont éclaté en Italie pendant la campagne de Tunisie. Avec le débarquement des impérialistes alliés en Sicile, le prolétariat italien ne pouvait qu’intensifier sa lutte, l’étendre et poser des revendications de plus en plus hardies. Dans ces circonstances, pour ressaisir la situation intérieure et pouvoir manœuvrer plus librement entre les différents impérialismes en guerre (éventuels changements diplomatiques), la bourgeoisie italienne s’est servi du roi d’Italie pour effectuer une "révolution de palais" et s’est débarrassée de Mussolini.
Mussolini parti, les masses sont entrées immédiatement en action. Le régime fasciste s’est complètement effondré. Cette victoire du peuple italien sur ses propres oppresseurs a rempli de joie dans le monde entier les exploités et les opprimés, elle montre la voie à suivre pour conquérir les libertés, pour conquérir le droit de vivre en mangeant à sa faim, pour mettre fin à la guerre.
A travers les informations tronquées, arrangées, intéressées, de la radio "alliée" et "neutre", les événements d’Italie parlent un langage suffisamment clair pour qu’on ne puisse pas se méprendre sur leur sens. Ce sont les masses ouvrières qui par des grèves puissantes, dans les villes industrielles du Nord notamment à Milan, appuyées par tout le mécontentement populaire, ont précipité, après la démission de Mussolini la chute du fascisme. Ce sont les masses qui ont manifesté devant les prisons, qui ont contraint Badoglio à consacrer officiellement la libération des emprisonnés politiques, qui ont libéré elles-mêmes des détenus politiques du régime là où "l’action" gouvernementale se faisait attendre. C’est l’action des masses qui a pratiquement redonné la vie aux différents partis politiques, malgré l’interdiction gouvernementale de tout parti. Si les grèves ont cessé actuellement devant les mesures draconiennes prises par le gouvernement, elles ne pourront que recommencer au fur et à mesure que les masses prolétariennes et les soldats auront fraternisé pour des buts communs. OUVRIERS ET SOLDATS DOIVENT RESOUDRE EN ITALIE, AVEC LA QUESTION DU REGIME, LA QUESTION FONDAMENTALE DE LA PAIX. Des fraternisations entre ouvriers et soldats auraient déjà eu lieu, la troupe ayant refusé de tirer sur les grévistes. Radio-Londres parle de la création de comités d’ouvriers et même de soldats. S’il s’agit de comités élus par les ouvriers et les soldats, cela signifie que les masses d’ouvriers et de soldats en lutte, dressées contre l’appareil officiel étatique, se méfiant à juste titre de l’action et des promesses de la bourgeoisie, créent leurs propres organisations de classe en liaison constante avec la masse et dépendant d’elle. Seuls les COMITES, organes démocratiques de la dictature du prolétariat, peuvent briser l’Etat de la bourgeoisie et résoudre les questions brûlantes DE LA PAIX, DU PAIN ET DE LA LIBERTE.
Les événements d’Italie marquent le début de l’effondrement du régime totalitaire établi par la bourgeoisie en Europe sur le dos du mouvement ouvrier. Au Portugal, où cependant la politique de la bourgeoisie est inféodée à l’Angleterre et non pas à l’Allemagne et où la classe ouvrière est soumise à la dictature sanglante de Salazar, la nouvelle de la chute de Mussolini et du fascisme a provoqué de grandes grèves sur le tas, notamment dans les ports. En Espagne, le bourreau Franco a dû inopinément "accélérer" la libération de prisonniers politiques qui meurent dans ses prisons fascistes. Ainsi 10.000 emprisonnés de plus ont retrouvé la liberté en Espagne, grâce au mouvement des masses italiennes. Mais la chute du fascisme italien et la renaissance du mouvement ouvrier en Italie auront leurs répercussions les plus profondes en Allemagne même où le régime que Hitler prétendait instaurer pour 1000 ans ne fêtera sûrement pas son 11ème anniversaire. Le prolétariat allemand compte par centaines de milliers ses victimes anti-fascistes. Les masses populaires allemandes, le véritable peuple allemand qui travaille de ses mains, souffre cruellement de la guerre impérialiste, souffre cruellement de voir ses meilleurs fils arrachés à leurs foyers et jetés sur tous les champs de bataille pour des conquêtes qui n’ont profité qu’à la bourgeoisie allemande. En France les masses ouvrières luttent pour les mêmes objectifs que ceux pour lesquels luttent les ouvriers italiens. Il faut reconquérir les véritables libertés, libertés de presse, de grève, de réunion, qu’aucun pays capitaliste ne reconnait plus à la classe ouvrière. Il faut libérer les victimes de la répression capitaliste et militariste qui peuplent les prisons et les camps de concentration ; il faut récupérer les ouvriers déportés et les prisonniers de guerre.
Dans toute l’Europe ils ont les mêmes aspirations immédiates de lutte. Les événements d’Italie, sous le coup des événements militaires, sont l’image des événements qui demain déferleront sur tout le continent.
La question fondamentale qui unit l’Europe prolétarienne c’est celle de la paix. Paix impérialiste par la victoire d’un des camps impérialistes et conservation de l’exploitation et de l’oppression du régime capitaliste, ou renversement du régime bourgeois par le prolétariat et instauration d’une paix véritable par l’union des peuples dans une Fédération socialiste des peuples, la seule qui peut assurer aux nations un libre développement ; voilà l’enjeu de la lutte. Tout ouvrier conscient voit maintenant que les alliés n’offrent pas la paix au peuple italien, mais qu’ils veulent seulement contraindre l’Italie à changer de camp dans la guerre. C’est ainsi que la France "libérée" par l’impérialisme anglais et américain devra continuer la guerre contre l’impérialisme japonais au bénéfice des capitalistes américains (convention Giraud-Roosevelt).
Les années de guerre ont cloisonné les peuples. Sans contact avec les frères prolétaires des autres pays, plus d’un ouvrier et paysan oublie que c’est un frère et non un ennemi qui est en face de lui, que ces bombardements et cette boucherie sont l’œuvre non d’un peuple "ennemi", mais dûs à un régime capitaliste pourri. Seules les vagues puissantes de la révolution prolétarienne peuvent balayer les barrières de boue et de sang que la bourgeoisie a élevées entre les peuples.
Aucun peuple ne peut résoudre isolément la question de la paix. Le sort de chaque peuple dépend finalement non pas de la place plus ou moins favorisée qu’il peut occuper par rapport à d’autres peuples, mais du système dans lequel il s’intègre : système d’oppression impérialiste (allié ou de l’Axe) ou système de fédération socialiste. Le peuple italien a fait ce choix, il ne veut ni de la victoire allemande ni de la victoire alliée. Il cherche une issue prolétarienne à la guerre, la seule issue qui apportera vraiment la paix, et non une nouvelle "der des ders". Ecrasé par sa propre bourgeoisie, menacé par les armées impérialistes anglaises, américaines et allemandes, le prolétariat italien doit pouvoir s’appuyer, dans cette question fondamentale, sur la solidarité de tous les peuples européens (de ceux qui travaillent de leurs mains) et leur lutte pour une paix juste (et non pas impérialiste comme celle que leur offrent les alliés) doit trouver l’appui de tous les prolétariats, en premier lieu du prolétariat allemand et français pour qu’ils puissent faire échec aux plans impérialistes allemands et aux plans impérialistes des alliés qui tous obligent l’Italie de rester dans le conflit "jusqu’à la fin", c’est-à-dire tant qu’il plaira aux capitalistes dont elle dépendra.
Les capitalistes qui à la suite de la guerre de 14-18 ont laissé leur peau en Russie mais ont réussi à maintenir leur domination sur le reste du globe, manœuvrent dans la présente guerre pour assurer "définitivement" leur domination capitaliste, par la destruction de la solidarité internationale des ouvriers, et pour mettre à profit l’isolement de l’URSS dans le monde capitaliste pour essayer de liquider l’économie planifiée de l’Union Soviétique. Seule l’intervention des masses luttant pour leurs propres objectifs populaires peut détruire définitivement les plans de tous les impérialismes et mener à la victoire du socialisme. Si sous la pression du militarisme allié, Staline a désavoué publiquement l’Internationale en tant qu’instrument de libération des prolétariats et des peuples, la lutte révolutionnaire des masses contre leur propre bourgeoisie reforgera l’Internationale qui conduira les ouvriers, les paysans et les soldats à la victoire, la Quatrième Internationale.
VIVE LE PROLETARIAT ITALIEN !
VIVENT LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D’EUROPE !
VIVE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !
DE LA REVOLUTION TRAHIE AU FASCISME
Après la première guerre impérialiste de 14-18, l’Italie était en Europe le pays le plus mûr pour la révolution.
Absolument déséquilibrée et ruinée par la guerre, la bourgeoisie italienne cherchait en vain à se redresser en exploitant au maximum certaines colonies pauvres en matière premières que l’Angleterre avait bien voulu lui abandonner. Le sol italien ne renferme pas de richesses importantes, ni métaux, ni charbon, ni pétrole. Il n’est pas assez étendu et fertile pour assurer le ravitaillement de la population en céréales et de l’industrie en matières premières nécessaires, comme par exemple le coton. Seule par conséquent la possession et l’exploitation de colonies riches pouvait soulager la crise du capitalisme italien. Mais la bourgeoisie italienne, malgré sa participation à la première guerre impérialiste aux côtés de l’Entente, n’a obtenu qu’une part infime du butin au moment du repartage du monde. D’où l’acuité de la crise qui éclata immédiatement après la guerre en Italie. La bourgeoisie ne pouvait plus imposer sa loi aux masses laborieuses lasses de la guerre, exaspérées par les souffrances et la misère qui l’accompagnent. Dans diverses régions le prolétariat se trouvait déjà en état d’insurrection. Des fractions considérables de la classe paysanne commençaient à se soulever contre les propriétaires fonciers et contre l’Etat. Sur le terrain d’une action révolutionnaire commune, prolétaires, paysans et soldats forgeaient des liens fraternels.
La crise révolutionnaire en Italie atteignit son point culminant en automne 1920, par le déclenchement de la grève générale et l’occupation des usines par les ouvriers. En même temps commençait la lutte physique contre les hordes fascistes organisées par les éléments les plus actifs de la bourgeoisie sous l’impulsion et la direction de Mussolini. Cependant, l’absence d’un parti révolutionnaire décida du sort de la classe ouvrière, consacra sa défaite et prépara le triomphe du fascisme.
Il y avait cependant en Italie, pendant ces années critiques, un parti ouvrier considérable par le nombre de ses membres et de ses sympathies dans la masse : le parti socialiste. Mais son action fut toujours influencée par la politique traître des éléments réformistes et les hésitations mortelles des centristes qu’il continuait à abriter dans son sein, malgré les scissions de 1912 et de 1914. Les réformistes opposaient à la lutte de classes la collaboration des classes, à la transformation violente du régime capitaliste par la force armée du prolétariat et de ses alliés, la réforme graduelle du capitalisme.
Ils étaient en réalité les agents de la politique bourgeoise dans le mouvement ouvrier, qui en rejetant les méthodes révolutionnaires de lutte et la révolution, se soumettaient servilement à la domination capitaliste. Leur politique, qui était celle de tous les partis socialistes de la IIème Internationale, avait comme base sociale l’aristocratie ouvrière, c’est-à-dire la couche ouvrière qui bénéficie des meilleures conditions de rétribution, et qui est par dessus tout pénétrée d’un esprit de corporatisme étroit, de petite bourgeoisie et de préjugés capitalistes. C’est avec l’aide des réformistes qui ont divisé et affaibli le parti socialiste et les syndicats ouvriers en Italie, que la bourgeoisie italienne consolida ses positions et passa ensuite à l’offensive, réprimant le mouvement ouvrier et instaurant le régime fasciste, la pire forme de la réaction capitaliste.
"par le fer et par le feu"...
Tout en s’efforçant de présenter les événements d’Italie comme un mouvement en faveur des alliés "libérateurs", les impérialistes de Londres et de Washington ont décidé de déclencher une action sanglante "par le fer et par le feu" contre le peuple italien.
Le but des alliés est d’obtenir que l’Etat italien de demain soit soumis à leur influence, c’est-à-dire qu’il soit un Etat collaborationniste comme ceux que Hitler a créés dans l’Europe asservie. L’éloignement de Mussolini à la faveur de la situation intérieure explosive de l’Italie était un premier pas dans cette voie, et maintenant il s’agit de parachever l’œuvre commencée.
Les bombardements terroristes décidés par les alliés ont pour but de provoquer la panique et un exode de la population des grandes villes industrielles vers les campagnes semblable à celui de juin 1940 en France qui troublerait, désagrégerait, paralyserait l’Etat italien et amènerait la bourgeoisie à la capitulation. Or, en même temps cette action tend à paralyser le mouvement des ouvriers italiens pour la paix et les libertés démocratiques en semant les ruines, en dispersant la population.
Ainsi les Anglo-Saxons jouent envers les masses italiennes le même rôle que l’impérialisme allemand et la bourgeoisie italienne.
Qu’après cela Churchill nous présente l’action alliée comme une lutte pour la liberté et la démocratie !
https://www.marxists.org/francais/barta/1943/08/ldc16_080443.htm
LES LECONS D’ITALIE
Provisoirement, la brèche ouverte dans la guerre impérialiste par le mouvement révolutionnaire en Italie a été "colmatée" par les impérialistes de Berlin et de Londres et Washington. A nouveau le fracas des bombes et le silence des "informations" officielles couvrent d’un voile épais la lutte des travailleurs de la péninsule pour la paix, le pain et la liberté.
Ayant combattu à mort le régime de Mussolini pour sortir de la guerre et de l’oppression politique, les masses italiennes se trouvent cependant plus que jamais politiquement enchaînées et, impuissantes, livrées aux ravages d’une guerre impitoyable qui se déroule sur le sol italien.
Que s’est-il passé en Italie ?
Courbés sous le régime fasciste établi par Mussolini pour sauver le capitalisme italien de la révolution prolétarienne, les ouvriers italiens, qui n’ont pas oublié les traditions de lutte de 1919 (occupation et mise en marche des usines), attendaient le moment favorable pour la reconquête de leurs droits élémentaires. Ce moment arriva le 25 juillet, avec la chute de Mussolini (voir n° 16). La lutte des masses ouvrières et populaires prit un caractère décisif et liquida le régime fasciste. En attaquant les locaux fascistes (permanences, journaux, etc...), en ouvrant les portes des prisons, en ressuscitant l’activité politique libre, en reconstruisant leurs organisations de classe (syndicats, élection de conseils ouvriers), les ouvriers italiens prenaient leur sort entre leurs propres mains.
Mais rien ne pouvait être définitivement conquis par les masses laborieuses tant que l’Italie continuait à participer au conflit impérialiste. La liquidation du régime pourri n’était que la première étape vers la solution du problème fondamental de la PAIX, sans laquelle il ne peut y avoir pour aucun peuple de pain et de liberté.
Cette paix, que désiraient ardemment les travailleurs et les soldats italiens, ne pouvait leur être accordée ni par l’impérialisme allemand, ni par l’impérialisme anglais et américain, ni par la bourgeoisie italienne. Les deux groupes impérialistes, dans leur lutte, écrasent sans se soucier les peuples plus faibles ; la bourgeoisie italienne ne balançait pas un instant entre ses intérêts impérialistes qui pouvaient être sauvés tout au moins partiellement en se vendant au plus fort et le sort du peuple italien voué au massacre.
Pour se soustraire à la guerre impérialiste les ouvriers et les soldats italiens ne pouvaient donc compter que sur la solidarité ouvrière et paysanne des soldats allemands, américains, anglais et des ouvriers du continent européen. Pour réveiller cette solidarité de classe dans un monde déchiré depuis quatre ans par un conflit impérialiste qui a livré les exploités de chaque pays à leur propre bourgeoisie, il aurait fallu que ceux-ci entendent non pas les clameurs des éléments pro-impérialistes qui occupaient le devant de la scène en Italie, mais la propre voix du prolétariat italien défendant la cause des opprimés du monde entier. S’adressant directement par dessus la tête de leurs dirigeants capitalistes (le roi, Badoglio et les partis pro-alliés) aux soldats en guerre et aux ouvriers exploités dans les usines, en dénonçant la politique capitaliste de ceux-ci qui par leur diplomatie secrète s’apprêtaient à vendre le peuple italien à de nouveaux maîtres impérialistes, en leur demandant à eux une paix démocratique, c’est-à-dire une paix sans annexions ni clauses secrètes, et en répudiant ouvertement l’exploitation d’autres peuples par le peuple italien, le prolétariat italien aurait préparé son propre avenir et celui de tous les peuples.
Car même si, pour des raisons géographiques, la transformation de l’Italie en champ de bataille était inévitable, ce langage prolétarien aurait tonné dans les oreilles des soldats et des ouvriers écrasés sous le poids de la guerre, comme l’annonce de la société socialiste qui vient ; le concert de haines impérialistes aurait été assourdi par le cri de solidarité prolétarienne.
Il eut fallu pour cela que quelqu’un exprime les véritables désirs des masses laborieuses italiennes ; il eut fallu qu’à l’heure où le fascisme a été vaincu se trouvât à la tête des masses un parti totalement dévoué aux masses travailleuses et qui, agissant au nom du prolétariat, incarnât cette volonté socialiste.
Mais un tel Parti n’existait pas en Italie. Les masses ont-elles à peine fait irruption dans l’arène politique, que les vieux partis pourris (socialistes, communistes, démocrates seulement de nom), prétendant agir au nom des masses italiennes, se sont mis à travailler pour un renversement d’alliance, quoique sachant bien le prix que cela coûterait au peuple italien. Tous ces partis sont pour "Badoglio à l’action", Badoglio, l’homme de confiance du capitalisme italien, l’assassin de l’Abyssinie, travaillant à sauver, après l’écroulement du fascisme, le roi et la bourgeoisie. Pour que la bourgeoisie puisse garder le droit d’exploiter des esclaves en Afrique, pour que le roi puisse continuer à accrocher des décorations sur la poitrine des "braves" officiers, pour que les officiers italiens puissent toucher des soldes élevées et porter de beaux uniformes, le peuple italien devait être jeté par Badoglio dans les pires souffrances. Des centaines de milliers de prisonniers en Allemagne, la dévastation de la péninsule, voilà l’œuvre des impérialistes et de leurs serviteurs conscients ou inconscients.
Ce qui se passe dans le Sud de l’Europe depuis le 25 juillet c’est l’image des événements qui demain déferleront sur tout le continent. En comprendre la signification et les leçons, c’est une question de vie ou de mort pour les masses exploitées du continent.
Il doit être maintenant clair pour tous les ouvriers que la lutte des masses, à la première occasion favorable, pour la conquête de la paix, du pain et de la liberté, se heurtera non seulement à la résistance de l’impérialisme allemand, mais également à l’impérialisme allié et à la bourgeoisie des différents pays en dépendant. Leur complicité a pour but d’empêcher tout mouvement de masses autonome, ayant ses propres buts ; les impérialistes feront tout leur possible pour que leur guerre de brigandage ne se termine pas, comme en Russie en Octobre 17, par la victoire ouvrière.
Pour combattre avec succès les plans impérialistes, la classe ouvrière doit comprendre à temps les grands dangers auxquels elle s’expose en se laissant passivement manœuvrer par la diplomatie secrète de la bourgeoisie et en faisant la moindre confiance aux impérialistes alliés, parmi lesquels figurent, les derniers mais non pas les pires, le roi d’Italie et Badoglio complices de Mussolini pendant 21 ans.
Combien de leçons sanglantes doit-on encore recevoir pour comprendre que la lutte que mènent les puissances impérialistes écrase tous les peuples, y compris les peuples qui les soutiennent ? Les prolétaires ont-ils oublié la longue expérience sanglante que la bourgeoisie a infligé aux ouvriers dans tous les pays (en particulier l’œuvre du "démocrate" Daladier de 1939-1940) ? Les morts, les martyrs, les emprisonnés, victimes du capitalisme français anglais, américain sont-ils déjà oubliés ? Les crimes de l’impérialisme allemand peuvent-ils être punis par des criminels du même genre ? Seule la classe ouvrière peut lever l’étendard de la justice sur le monde !
Ce qui s’est passé en Italie prouve une fois de plus que la classe ouvrière, les masses laborieuses sont vouées aux défaites sans l’existence d’un parti révolutionnaire. Mais la classe ouvrière française a elle aussi son propre exemple, ses propres luttes menées depuis 1934 sous tous les gouvernements – de droite ou de gauche – pour la conquête du droit à la vie. Si cette lutte n’a pas mené à la victoire, qui faut-il accuser sinon le fait que la lutte opiniâtre des masses n’a pas trouvé un guide sûr contre la bourgeoisie ? Quel prolétaire français ne voit pas clairement que le parti dit communiste s’est servi de la lutte ouvrière pour appuyer la diplomatie soviétique au lieu de servir la classe ouvrière contre la bourgeoisie française ?
Il faut un parti révolutionnaire aux masses pour sortir de la guerre, pour renverser le capitalisme qui l’engendre, pour créer une société meilleure. Ce parti est créé par les meilleurs éléments de la société qui n’acceptent pas l’ordre bourgeois, qui ont compris les lois historiques et politiques, qui veulent construire une société socialiste basée sur l’économie planifiée dont l’URSS a prouvé l’efficacité. Mais ce parti ne peut acquérir une véritable base révolutionnaire sans l’activité consciente des meilleurs éléments prolétariens. A ceux-ci de rechercher l’activité politique, de s’organiser, de montrer au monde que la classe ouvrière accomplira son destin historique.
A bas les impérialismes allemand et allié !
A bas la diplomatie secrète !
Vive la Quatrième Internationale !
https://www.marxists.org/francais/barta/1943/10/ldc18_101043.htm
En 1944, en Italie, malgré la situation terrible où se trouvent les masses travailleuses par suite de l’occupation impérialiste allemande et anglo-américaine, le mouvement des travailleurs de la péninsule continue. A Naples des grèves ont éclaté en guise de protestation contre les discours impérialistes de Churchill vis-à-vis de l’Italie ; en Italie du Nord (Milan) les travailleurs ont déclenché des grèves générales malgré les troupes de répression allemandes. L’état d’esprit des ouvriers est tel que Mussolini s’est vu obligé de sortir un projet de "socialisation de l’industrie" (sic).
https://www.marxists.org/francais/barta/1944/03/ldc26_031644.htm
Italie 1943 : quand les Alliés écrasaient la révolution sous prétexte d’écraser le fascisme mussolinien avec lequel ils avaient tenté de pactiser
En Italie, à l’automne 1942, commence le mouvement de désobéissance civile contre le régime de Mussolini. La population commence réellement à s’organiser pour lutter contre le régime. Une révolution peut même sortir de là. On assiste à une radicalisation politique qui se traduit surtout par une montée considérable des effectifs militants du parti communiste. En effet, en février 43, c’est à un bombardement massif des civils qu’on assiste dans les grandes villes d’Italie et tout particulièrement violent sur Milan, Turin et Gènes. Il ne s’agit pas d’objectifs militaires mais au contraire la cible est vraiment les civils qu’il s’agit de terroriser. La suite va bien montrer que le véritable souci des alliés est que la chute du régime fasciste n’entraîne des troubles sociaux. Tout leur effort va être de maintenir un Etat stable au cours de la transition.
Le mouvement ne cesse de monter jusqu’au début 1943. En mars 1943, en plein régime fasciste, la classe ouvrière entre en lutte. 300 000 ouvriers font grève dans toute l’Italie. Partie de l’usine Fiat de Turin, la grève gagne Milan, Gênes et le sud de l’Italie. En vain, le régime tente d’impressionner la classe ouvrière en faisant patrouiller ses chars dans les rues de Turin et en mobilisant la milice fasciste. C’est un rappel non seulement pour les classes dirigeantes italiennes mais mondiales du rôle menaçant de la classe ouvrière. En Italie, on va assister à la première opération d’escamotage de la révolution, opération conjointe des classes dirigeantes italiennes pro-fascistes et de celles des alliés anglo-américano-russes. Le 19 juillet 1943, Rome est bombardée pour la première fois par l’aviation alliée et ce sont les quartiers ouvriers qui sont les principales cibles ! Il faut d’abord faire peur aux travailleurs : le bombardement de Rome n’est que le premier d’une longue série. Et puis, il va s’agir à la fois de trouver une solution pour se débarrasser en douceur de Mussolini de peur que les ouvriers se débarrassent du fascisme par la révolution. Le 24 juillet, le Grand Conseil Fasciste vote la destitution de Mussolini, le fait arrêter. Le roi annonce qu’il le remplace par le maréchal Badoglio. C’est une simple révolution de palais. Les hommes au pouvoir restent les mêmes, y compris le grand conseil fasciste. Aucun membre du parti fasciste n’est inquiété. Par contre une centaine d’antifascistes est assassinée pour bien montrer que l’ordre sera maintenu. Les alliés sont disposés à ménager une transition en douceur et d’accepter cette substitution, mais la population travailleuse d’Italie ne l’entend pas de cette oreille. Le 25 juillet au soir, dès l’annonce de l’arrestation de Mussolini, la foule déferle dans les rues de Rome, les cercles fascistes sont assaillis, les emblèmes fascistes brisés, les portraits de Mussolini brûlés, les appartements des fascistes connus saccagés. A Turin, des milliers d’ouvriers assiègent les prisons, défoncent les portes, libèrent les détenus politiques. Partout dans le pays, le 26 juillet prend une allure d’insurrection populaire. La panique se fait jour dans les milieux dirigeants. Une circulaire est envoyée à toutes les unités de l’armée pour l’inciter à assumer la défense de « l’ordre public ». Elle explique que « tout mouvement doit être impitoyablement brisé dans l’oeuf », qu’il faut procéder avec ceux « qui troublent l’ordre public comme avec des troupes ennemies », « en ouvrant le feu sans préavis ». « Que l’on ne tire jamais en l’air mais pour toucher au but, comme au combat ! » En somme, pour la bourgeoisie italienne, l’ennemi principal n’est pas les alliés anglo-français, qui ont pourtant débarqué depuis le 10 juillet en Sicile, ni l’Allemagne qui voit d’un mauvais oeil ces changements, mais la classe ouvrière italienne. Et inversement, pour les Alliés, la bourgeoisie fasciste est capable de signer un accord, mais avec le peuple travailleur il n’y aucune entente possible. Il faut bombarder les travailleurs pour s’assurer qu’ils n’auront pas envie de se révolter ! Dans les jours qui suivent, les affrontements entre la foule et l’armée se multiplient. Les 17, 18 et 19 août, dans les grandes usines de Bologne, Milan, Turin, c’est à nouveau la grève générale pour exiger la fin de la guerre, la libération des prisonniers politiques, la reconnaissance de ce qui tient lieu d’organisations ouvrières non liées au pouvoir : les « commissions internes » ouvrières. A Turin, l’armée tire et fait un mort parmi les ouvriers de Fiat. Mais cela ne fait que provoquer une nouvelle extension de la grève. Les chasseurs alpins refusent d’obéir au général Rossi qui leur commande, à nouveau, de tirer sur les ouvriers.
Les grèves et émeutes ouvrières qui ont lieu alors en Italie font écrire au militant révolutionnaire Barta, dans un rapport début août 1943 : « Les événements qui ont lieu en Italie ne sont pas la révolution prolétarienne, mais c’est le début de la révolution. (...) L’Europe n’est qu’un dépôt de poudre où il suffit d’une étincelle révolutionnaire sur n’importe quel point du continent pour que la révolution s’étende aux endroits les plus favorables à cette lutte ». « Nous entrons dans une période au cours de laquelle la bourgeoisie tentera par tous les moyens bombardements, paniques, chômage, famine, de disperser à nouveau la classe ouvrière et de la démoraliser complètement afin de pouvoir liquider la guerre sans danger révolutionnaire. » C’est en effet le moment où la population risque de faire la révolution pour renverser le fascisme que les anglo-américains choisissent non pour attaquer militairement le régime mais pour bombarder massivement et méthodiquement la population civile, inaugurant là une méthode qui va être généralisée ensuite à tous les pays vaincus (France, Allemagne, Japon), comme l’avait si bien deviné Barta à l’époque dans le numéro de Lutte de classes d’octobre 1943 intitulé « les ouvriers italiens nous montrent la voie ». Dans de nombreuses villes, avaient eu lieu des insurrections ouvrières qui ne disposent d’aucune coordination politique ou militaire entre elles. Et surtout, elles n’ont aucun éclairage sur la signification de la guerre du côté « allié ». Paul-Jean Fransceschini écrit dans Le Monde : « Durant tout le mois d’août, pour « assouplir » l’Italie, ses villes, grandes et petites, ont été furieusement bombardées. La population n’en peut plus. » Les troupes alliées, en dépit des mensonges des partis de gauche, ne sont nullement un allié pour le prolétariat italien. A peine, les travailleurs s’emparent de Naples que les troupes alliées anglo-américaines l’occupent pour éviter tout vide du pouvoir. La guerre des alliés laisse les troupes allemandes rétablir l’ordre social au nord pendant que les troupes alliées le rétablissent au sud de l’Italie.
Toutes les forces de l’échiquier politique et militaire sont coalisées pour éviter des troubles dans la classe ouvrière. Il y a un partage des tâches : les nazis répriment au nord, les alliés bombardent massivement la population et les partis de gauche détournent la lutte de ses objectifs. Chacune tient sa partie et joue son rôle pour endiguer la montée ouvrière. Quand Mussolini démissionne, c’est en plein accord avec les alliés qu’il est remplacé par Badoglio, fasciste de longue date. Les « démocrates italiens » à commencer par le parti communiste italien marchent dans la combine, non seulement de faire croire que les anglo-américains sont des libérateurs, mais même de tout faire pour éviter l’explosion quitte à faire passer Badoglio pour un démocrate. Socialistes et communistes composent avec Badoglio et avec la royauté, alors que le régime s’avère encore plus réactionnaire que celui de Mussolini. Jacques Noblecourt écrit dans le Monde du 24 juillet 1983 : « L’ordre social dont le fascisme était un habit reste en place. Le cabinet de « techniciens » de Badoglio se compose à peu près que d’anciens dignitaires du régime. Les hauts fonctionnaires ne bougent pas. Le souverain proclame d’ailleurs : « Acune déviation ne doit être tolérée, aucune récrimination ne peut être permise. » Et, en quanarnte-cinq jours, l’ « ordre », incarné et maintenu par Badoglio, fait plus de cent morts antifascistes, bien plus proprtionnellement que n’en a fait le fascisme en vingt ans. » Le 8 juin, le Comité de libération nationale, sous l’égide de Badoglio et du roi puis de son fils, constitue un gouvernement dont le chef est le conservateur Ivanoe Bonomi et comprend Croce, Gasperi, Saragat et Togliatti. Il accepte de ne pas proclamer la république. De retour en Italie le 27 mars, le dirigeant stalinien Palmiro Togliatti, secrétaire général du parti communiste italien, aux ordres de Staline, affirmait son soutien total à la monarchie et au cabinet Badoglio, contre les illusions de ses partisans du Nord. Les dirigeants du soi-disant antifascisme liés au Parti communiste acceptent ce nouveau pouvoir pour éviter tout heurt. En fait, la manoeuvre opérée par le roi et le maréchal Badoglio se solde par un échec. Elle ne réussit pas à stopper l’extension des mouvements populaires. La répression qui se solde par 93 morts, 536 blessés et 35 000 arrestations en un mois et demi, ne fait qu’accélérer la chute du régime. Le 8 septembre, Badoglio en annonçant qu’il demande l’armistice aux anglo-américains reconnaît sa propre fin, les troupes allemandes prenant le contrôle et Badoglio s’enfuyant.
Les généraux italiens se rendent aux troupes allemandes mais la population n’accepte pas de laisser faire. Dans tout le nord de l’Italie et jusqu’à Rome et Naples, des éléments isolés de l’armée et une partie de la population tentent, sans ordre, sans coordination et souvent presque sans arme, s’insurgent contre l’occupation allemande. Dans plusieurs villes, on assiste à de véritables tentatives d’insurrection, qui résistent souvent plusieurs jours aux contre-attaques allemandes. Au Nord, les allemands ramènent au pouvoir Mussolini. Mais la population, et notamment la classe ouvrière, ne se tient pas pour battue. En novembre 1943, dans Turin occupée par les troupes allemandes, 40 000 ouvriers se mettent en grève, à l’initiative encore une fois des ouvriers de Fiat. En décembre le mouvement gagne Milan, où toutes les usines s’arrêtent durant trois jours, puis Gênes et la Ligurie.
En mars 1944, une nouvelle vague de grèves éclate qui s’étend à toute l’Italie du Nord jusqu’à la Toscane. On compte jusqu’à 1 200 000 grévistes. Dans cette Italie du Nord, où en plus de mouvements menaçants de la classe ouvrière on compte 200 000 partisans dans les montagnes, les alliés anglo-américains qui occupent le sud voient une révolution menaçante. Ils ont récupéré le roi et Badoglio et c’est le parti communiste italien, avec à sa tête Togliatti à peine revenu d’URSS en mars 1944, qui va se charger de faire accepter l’autorité du roi et un gouvernement dont le fasciste Badoglio est président et Togliatti vice-président ! Socialistes et démocrates bourgeois reconnaissent ce gouvernement fascisto-stalinien ! C’est seulement à la condition que la résistance s’engage à remettre tout le pouvoir au commandement militaire allié que ceux-ci vont laisser la résistance arrêter et fusiller Mussolini le 25 avril 1945. C’est une insurrection de toute l’Italie du nord qui réalise à battre le fascisme en Italie, et pas les troupes alliées. Mais c’est seulement six mois plus tard, fin 1945, une fois bien sûrs que tout risque révolutionnaire était éteint par la politique du PCI que les Alliés remettent le pouvoir aux autorités italiennes, dont bon nombre n’étaient autres que ceux de l’appareil de Mussolini ! Les forces militaires alliées ne quitteront le pays qu’en 1947. Tant l’alerte du prolétariat révolutionnaire avait été chaude pour la bourgeoisie !