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Afrique du nord colonisée par la France en 1945

lundi 4 mai 2026, par Robert Paris

Afrique du nord colonisée par la France en 1945

Barta en 1945 :

QUE SE PASSE-T-IL EN AFRIQUE DU NORD ?

Ces temps derniers, certains journaux se sont prĂ©occupĂ©s de la situation en Afrique du Nord. Celle-ci est tellement tragique qu’il devenait dĂ©sormais impossible Ă  la presse "dĂ©mocrate" de la passer plus longtemps sous silence.

Bien entendu, il ne s’agissait pas pour ces journaux de dĂ©fendre les indigĂšnes d’AlgĂ©rie, du Maroc ou de Tunisie, mais de faire appel Ă  la vigilance gouvernementale pour limiter les "abus" ; c’est Ă  cette fin aussi que le C.N.R. dĂ©cida d’envoyer en Afrique du Nord une "commission d’information".

Cette commission, quoique inoffensive, a Ă©tĂ© interdite par De Gaulle. Effectivement, Ă  quoi servirait-elle ? Si dans la MĂ©tropole le C.N.R. sert de camouflage, d’ornement "dĂ©mocratique" Ă  la machine gouvernementale bonapartiste de De Gaulle, quel serait son rĂŽle en Afrique du Nord ? LĂ -bas il ne s’agit nullement d’abus Ă  "rĂ©former", de faire patienter les masses. Un conflit mortel oppose les colons exploiteurs et oppresseurs et les 9/10 de la population indigĂšne. Dans ces conditions, la commission d’enquĂȘte du C.N.R., si elle rassurerait "les esprits inquiets" de la MĂ©tropole, ne ferait au contraire qu’aggraver la situation politique en Afrique du Nord si elle Ă©tait prise au sĂ©rieux par les indigĂšnes. Car si les indigĂšnes pensaient avoir l’appui de la "dĂ©mocratie" cela ne pourrait que les inciter encore plus Ă  l’action directe contre les colons.

C’est pourquoi seule la politique des colons est approuvĂ©e par le gouvernement : rĂ©pression colonialiste sans phrases. Ici il n’y a pas de place pour les balivernes du C.N.R. dont l’inutilitĂ© devient de plus en plus visible dans la MĂ©tropole mĂȘme, oĂč ses "ComitĂ©s" (sic) ne font que "suggĂ©rer" dans une situation qui appelle de plus en plus une solution radicale.

Cependant, le sort des classes laborieuses de l’Afrique du Nord ne sera pas laissĂ© par les travailleurs de France Ă  la merci du gouvernement de De Gaulle, c’est-Ă -dire des colons, exploiteurs fĂ©roces et fascistes. Les travailleurs savent que si les Nord-Africains sont Ă©crasĂ©s par le gouvernement français pour sauver la domination des colons, ceux-ci se serviront de l’Afrique du Nord comme Franco s’est servi des Marocains du Rif : pour Ă©craser les travailleurs de la MĂ©tropole et instaurer en France mĂȘme un rĂ©gime de terreur ouverte.

La situation en Afrique du Nord

Depuis quatre ans les masses indigĂšnes d’AlgĂ©rie, de Tunisie et du Maroc sont en proie Ă  la famine et au typhus. L’Afrique du Nord n’a rien Ă  se mettre sur le dos, rien Ă  manger. Des millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont en haillons, habillĂ©s de chiffons ou de sacs. Il ne s’agit plus pour eux de se vĂȘtir, mais simplement de ne pas choquer la dĂ©cence. Dans la plupart des familles indigĂšnes, il n’y a qu’un misĂ©rable vĂȘtement pour trois ou quatre personnes, vĂȘtement que chacun met Ă  tour de rĂŽle pour sortir.

Quant au ravitaillement, il est inexistant. Les villes oĂč il y a une majoritĂ© europĂ©enne connaissent les restrictions, mais sont tout de mĂȘme assurĂ©es d’un minimum vital. Mais les campagnes sont littĂ©ralement affamĂ©es, les campagnes oĂč vivent 95% des indigĂšnes, c’est-Ă -dire les 9/10 de la population totale. La base de l’alimentation indigĂšne est le couscous. Pour faire du couscous, il faut de la farine. Or, la ration mensuelle allouĂ©e Ă  chaque indigĂšne par le ravitaillement est de 3 kg d’orge ou 3 kg de blĂ©, soit 2 kg 500 de farine pour l’orge et l kg 500 Ă  2 kg pour le blĂ©. Cela reprĂ©sente une moyenne de 50 g. de pain par jour. Il faut ajouter qu’ils n’ont souvent rien d’autre pour complĂ©ter cette maigre pitance : peu de lĂ©gumes, pas de viande. On peut penser que s’ils recevaient pour toute nourriture nos 350 g de pain quotidiens, ils croiraient nager dans l’abondance, tant leur misĂšre est effroyable ! Avant la guerre, le minimum vital pour chaque individu Ă©tait de 20 Ă  25 kg de farine par mois. La ration actuelle reprĂ©sente donc Ă  peine les 10% du minimum. De plus, les distributions se font lĂ -bas d’une façon trĂšs irrĂ©guliĂšre, avec des retards de 2 Ă  3 mois.

Dans ces conditions, il ne faut pas s’Ă©tonner si Ă  l’heure actuelle, comme on l’Ă©crit lĂ -bas, des millions d’ĂȘtres humains vivent comme des bĂȘtes, se nourrissent d’herbes et de racines. Il ne faut pas s’Ă©tonner si le typhus, "maladie de carence" par excellence, fait rage en Afrique du Nord. Et cela depuis quatre ans ! On estime que dans la seule AlgĂ©rie il y a eu plus de 30.000 victimes en 1940-1941. Et depuis le nombre des morts par le typhus n’a fait que s’accroĂźtre. Tout rĂ©cemment il y a eu 33 morts en une seule nuit dans un petit village de quelques centaines d’habitants. Un village kabyle qui comprenait 1400 habitants n’en compte plus que 300, soit 1100 victimes. Et pourtant dans la masse, la Kabylie Ă©tait une des rĂ©gions les plus rĂ©sistantes aux Ă©pidĂ©mies. Mais aujourd’hui le typhus, compagnon inĂ©vitable de la famine, n’est pas localisĂ©, il est gĂ©nĂ©ral.

Jusqu’en 1942 on pouvait penser que cela Ă©tait le fruit de la politique de Vichy, qui faisait des prĂ©lĂšvements massifs sur l’Ă©conomie nord-africaine. Mais depuis, ce pays aurait dĂ» connaĂźtre les bienfaits de l’intervention amĂ©ricaine, une avalanche de cotonnades et de corned-beef. Or il n’en a rien Ă©tĂ© et la situation des masses indigĂšnes, comme en France, s’est encore aggravĂ©e.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Sans doute il serait trĂšs facile aux AmĂ©ricains, avec quelques bateaux, de ravitailler les populations nord-africaines. Et les nĂ©cessitĂ©s de la guerre ne sont pas telles qu’elles rendent impossible l’organisation d’un trafic aussi rĂ©duit. Mais voilĂ  !

L’impĂ©rialisme amĂ©ricain a des visĂ©es sur l’Afrique du Nord, et comme l’impĂ©rialisme français n’entend ni cĂ©der sa place ni composer, il fait crever l’indigĂšne sans l’ombre d’un regret.

Le sort tragique des peuples nord-africains est donc un aspect de la lutte impĂ©rialiste. Mais il est d’abord l’aboutissement d’une exploitation impĂ©rialiste conduite d’une façon systĂ©matique et impitoyable.

En effet, est-ce que les ressources de l’Afrique du Nord ne devraient pas lui permettre de nourrir largement toute sa population ? Sans aucun doute il y a lĂ -bas de tout pour tous. Autrefois, avant la conquĂȘte française, l’ensemble de la population nord-africaine Ă©tait formĂ©e de petits et moyens paysans tirant de leurs terres des ressources suffisantes pour leur subsistance. Mais les colons français ont expropriĂ© l’indigĂšne sur une large Ă©chelle et rĂ©duit les 9/10 de la population Ă  une condition prolĂ©tarienne. Elle a abouti Ă  l’extrĂȘme paupĂ©risation des masses indigĂšnes et Ă  l’Ă©norme enrichissement des gros colons.

L’exemple le plus typique est celui de l’AlgĂ©rie. En moins d’un siĂšcle la propriĂ©tĂ© indigĂšne y est passĂ©e de 16 millions d’ha Ă  7 millions. L’Etat colonial et les gros colons se sont donc appropriĂ© 9 millions d’ha. Trois mille gros colons y possĂšdent prĂšs de 2 millions d’ha, c’est-Ă -dire autant qu’un million et demi de propriĂ©taires indigĂšnes. Six gros vignerons y rĂ©coltent plus de 3 millions d’hectolitres de vin. Certaines entreprises capitalistes y possĂšdent plus de 50.000 ha de terre. Au contraire, 70% de la paysannerie indigĂšne n’ont qu’une moyenne de 2 ha de mauvaises terres.
Ainsi, le rĂ©sultat le plus Ă©vident de la colonisation française est la constitution d’une "fĂ©odalitĂ©" terrienne et Ă©conomique vivant de l’exploitation intensive des masses indigĂšnes prĂ©alablement expropriĂ©es et prolĂ©tarisĂ©es.

Aujourd’hui 99% des populations indigĂšnes de l’Afrique du Nord sont formĂ©es d’ouvriers agricoles, de demi-fellahs et de travailleurs, qui n’ont d’autre ressource que leurs bras pour gagner le pain de leurs nombreuses familles. Il s’est donc constituĂ© dans ce pays une abondante main-d’Ɠuvre qui a longtemps permis aux capitalistes et aux trusts coloniaux de pratiquer une politique de bas salaires : de 3 Ă  10 frs par journĂ©e de 12 Ă  14 heures de travail.

Avec un salaire journalier de 10 frs, comment nourrir et habiller une famille de 5 personnes, alors que le quintal de blĂ© coĂ»tait 180 frs, le mĂštre d’Ă©toffe 20 frs, une paire de chaussures 50 Ă  100 frs ? Aussi bien, la plupart des indigĂšnes se nourrissaient-ils d’orge et de glands, sans manger toujours Ă  leur faim. Ils allaient pieds-nus ou chaussĂ©s d’espadrilles et s’achetaient une gandoura par an, qu’ils portaient jusqu’Ă  usure complĂšte.

Donc en temps normal, l’indigĂšne Ă©tait sous-alimentĂ© et misĂ©rablement vĂȘtu. Il n’avait aucune rĂ©serve alimentaire ni vestimentaire. Qu’une mauvaise rĂ©colte survienne et la faim se transforme en famine et appelle le typhus. La guerre actuelle a eu ainsi pour effet d’aggraver et de gĂ©nĂ©raliser jusqu’Ă  la catastrophe un Ă©tat de choses endĂ©mique, consĂ©quence inĂ©luctable de l’exploitation impĂ©rialiste.

Et pourtant il y a encore du blĂ© dans les silos des gros colons et des grosses sociĂ©tĂ©s. Mais ils ne le livrent pas et l’administration locale qui leur est entiĂšrement dĂ©vouĂ©e, les laisse faire. Ils prĂ©fĂšrent le vendre au marchĂ© noir. Mais ils prĂ©fĂšrent voir le fellah crever de faim, dans l’espoir de le pousser Ă  la rĂ©volte, puis d’amener le gouvernement Ă  pratiquer une bonne rĂ©pression. Et Ă  la faveur de cette rĂ©pression ils espĂšrent faire avorter tout projet de rĂ©forme en faveur de l’indigĂšne et surtout obtenir un retour Ă  la politique des bas salaires, aux 5 ou 6 francs journaliers d’avant-guerre qui leur assuraient de si substantiels bĂ©nĂ©fices.


Telle est la situation de l’Afrique du Nord. ExploitĂ©e Ă  outrance par les colons et les capitalistes français maĂźtres de l’administration, elle ne peut renaĂźtre Ă  la vie que par l’expulsion des intrus qui absorbent toute sa substance vitale. C’est ce que veulent les indigĂšnes : c’est-Ă -dire l’indĂ©pendance de l’Afrique du Nord. Il y a lĂ -bas une haine farouche et gĂ©nĂ©rale pour l’exploiteur français. Les mouvements nationalistes nord-africains ont pris une ampleur extraordinaire ; des troubles se produisent un peu partout et l’on parle mĂȘme de l’existence d’un maquis.

Mais, nous rĂ©pondra-t-on (et c’est un argument souvent invoquĂ© par les chefs staliniens pour expliquer pourquoi ils ne soutiennent plus les Abd-el-Krim de l’Afrique du Nord), dans le monde capitaliste actuel l’Afrique du Nord ne peut pas ĂȘtre indĂ©pendante : si la France n’y Ă©tait pas ce serait l’AmĂ©rique ou l’Angleterre qui prendrait sa place ! Argument d’exploiteurs, de capitalistes : "si ce n’est pas moi qui exploite mon ouvrier, ce sera un autre, qui sera peut-ĂȘtre pire". Mais cet argument ne vaut rien. L’indĂ©pendance de l’Afrique du Nord n’est pas un cadeau qui tomberait du ciel aux Nord-Africains. Cette indĂ©pendance doit ĂȘtre le rĂ©sultat d’une lutte acharnĂ©e menĂ©e par les peuples indigĂšnes et les travailleurs mĂ©tropolitains contre les 200 familles. Victorieux dans cette lutte, l’appui du prolĂ©tariat mondial et des autres peuples coloniaux (qui forment l’Ă©norme majoritĂ© de la population du globe) les rendra invincibles.

Le prolĂ©tariat de France sait qu’un peuple qui en opprime un autre n’est pas un peuple libre. Il rejette entiĂšrement la responsabilitĂ© de l’exploitation des peuples de l’Afrique du Nord sur les 200 familles. Au moment oĂč les impĂ©rialistes de France, d’AmĂ©rique et d’Angleterre commencent Ă  se prendre aux cheveux pour le pillage de l’Afrique du Nord, il proclame hautement le droit de ces peuples Ă  disposer d’eux-mĂȘmes jusques et y compris la sĂ©paration de la France. Les travailleurs français savent maintenant qu’Ă  notre Ă©poque on ne peut plus maintenir assujetti un peuple qui veut sa libertĂ© et son indĂ©pendance.

Pour le droit de l’Afrique du Nord Ă  disposer d’elle-mĂȘme !

Pour une COMMISSION D’ENQUETE OUVRIERE IMPOSEE au gouvernement !

Pour l’Ă©change Ă©conomique avec l’Afrique du Nord par l’expropriation des colons monopoleurs et affameurs des indigĂšnes et de la France !

Travailleurs, l’exploitation des colonies maintient vos propres chaĂźnes ; le colonialisme est une pratique capitaliste ! Sur cette question aussi rompons dĂ©libĂ©rĂ©ment et radicalement avec le passĂ©. Ainsi seulement l’avenir nous appartiendra !

https://www.marxists.org/francais/barta/1945/01/ldc42_011845.htm

LE SANG COULE EN AFRIQUE DU NORD

Quand il y a quatre mois le C.N.R., ornement dĂ©mocratique de la "IVĂšme RĂ©publique", faisait la demande – aussitĂŽt repoussĂ©e – d’une "commission d’information" sur la situation en Afrique du Nord, notre journal Ă©crivait (n° 42) : "Seule la politique des colons est approuvĂ©e par le gouvernement : REPRESSION COLONIALISTE SANS PHRASES. Ici il n’y a pas de place pour les balivernes du C.N.R."

L’aggravation constante de la situation en Afrique du Nord, oĂč les masses en proie Ă  la famine et aux maladies en Ă©taient arrivĂ©es Ă  se nourrir d’herbes, l’attitude de l’administration coloniale qui, sur l’ordre des colons, ne trouvait d’autre remĂšde Ă  cette situation que les brimades, les emprisonnements et les provocations, devait aboutir Ă  un conflit sanglant.

Ce conflit que les hypocrites de la MĂ©tropole voulaient Ă©viter au moyen de phrases "dĂ©mocratiques", le gouvernement le prĂ©voyait et s’y prĂ©parait de longue date. L’artillerie lourde, les tanks, les avions, dont on poussait la production "parce qu’on en manquait pour vider les poches de l’Atlantique", il les avait mobilisĂ©s pour sa besogne rĂ©actionnaire. Avec une fĂ©rocitĂ© toute capitaliste la rĂ©pression s’est abattue sur les masses nord-africaines et a transformĂ© le pays en un vaste ORADOUR-SUR-GLANE.
Cependant que l’impĂ©rialisme rĂ©pondait par les bombardements, les tortures, les viols et les pillages aux manifestations des masses nord-africaines pour le pain et pour la libertĂ©, dans la presse bourgeoise et social-chauvine, ce ne fut qu’un cri pour condamner les indigĂšnes et leur reprocher de s’ĂȘtre laissĂ©s guider par les provocateurs de la 5Ăšme colonne.

Mais la lutte a pris une telle envergure et une telle profondeur populaire, que l’HumanitĂ© s’est vue obligĂ©e d’admettre le 15 mai que la cause des Ă©vĂ©nements Ă©tait une situation oĂč "on affame les masses musulmanes, on les prive de tout tissu, au point que les femmes de l’intĂ©rieur ne peuvent sortir, car elles sont pratiquement nues", comme le disait notre journal dĂšs janvier.

Y a-t-il un remĂšde Ă  cette situation ? L’HumanitĂ© demande au gouvernement et notamment au ministĂšre de l’intĂ©rieur, de "chĂątier les traĂźtres et les provocateurs et pratiquer Ă  l’Ă©gard des populations musulmanes une politique d’humanitĂ© et de dĂ©mocratie dans notre intĂ©rĂȘt commun" (12 mai).

Cela revient Ă  demander au gouvernement rĂ©actionnaire et colonialiste, protecteur des colons et ennemi des fellahs, de se transformer en ami des fellahs et ennemi des colons, de mĂȘme qu’ici l’HumanitĂ© ne cesse de "demander" au gouvernement des trusts de se transformer en gouvernement du peuple. Comme le disait Trotsky, "autant demander du lait Ă  un bouc".

Mais mĂȘme si le gouvernement, qui a montrĂ© qu’il n’Ă©tait capable que de rĂ©pression, pouvait prendre quelques mesures Ă©conomiques en faveur des populations nord-africaines, "Ă  notre Ă©poque on ne peut plus maintenir assujetti un peuple qui veut sa libertĂ© et son indĂ©pendance".

Si les travailleurs français ne veulent pas apparaĂźtre aux yeux des masses nord-africaines comme les soutiens des entreprises coloniales du capitalisme, ils doivent rejeter cette politique et reconnaĂźtre sans conditions le droit Ă  l’indĂ©pendance totale des peuples arabes de l’Afrique du Nord.

De mĂȘme que, pour permettre les Ă©changes Ă©conomiques avec l’Afrique du Nord et combattre la famine, ils doivent soutenir la lutte des masses indigĂšnes pour l’expropriation des colons monopoleurs et l’expulsion de l’administration coloniale au service des trusts.

Le PC, quand il Ă©tait encore fidĂšle au communisme, a soutenu Abd-el-Krim dans sa lutte armĂ©e contre l’impĂ©rialisme français Aujourd’hui l’HumanitĂ© demande au gouvernement de "punir comme ils le mĂ©ritent les chefs pseudo-nationalistes" (19-5).
La IVĂšme Internationale, porte-drapeau de la lutte anti-impĂ©rialiste, assure les peuples de l’Afrique du Nord et leurs leaders de toute sa sympathie et de tout son soutien, et leur crie avec tous les ouvriers conscients de France : VIVE L’INDEPENDANCE DE L’AFRIQUE DU NORD !

LA LUTTE DE CLASSES

https://www.marxists.org/francais/barta/1945/05/ldc47_052145.htm

BILAN D’UNE PACIFICATION

41 villages rasĂ©s, plus de 10.000 otages exĂ©cutĂ©s sommairement, 92 condamnations Ă  mort Ă  Constantine, des milliers d’arrestations dans toute l’AlgĂ©rie, plusieurs milliers d’annĂ©es de travaux forcĂ©s distribuĂ©es par des tribunaux militaires : voilĂ  le bilan provisoire de la rĂ©pression.

Ces massacres, bien dans la tradition du colonel Pelissier, "hĂ©ros" de la conquĂȘte, qui enfuma dans des grottes 8.000 indigĂšnes, femmes et enfants compris, ont leur rĂ©percussion en France mĂȘme.

Depuis le mois d’aoĂ»t, les arrestations se succĂšdent parmi les Nord-Africains. A Paris, c’est Imache Amar, fondateur de L’Etoile Nord-Africaine, ancien gĂ©rant de El Ouma, retour de dĂ©portation Ă  laquelle Vichy l’avait livrĂ© en tant que communiste – ce sont MaĂŻza, AĂŻt Kaci, secrĂ©taires du P.P.A., le docteur Lacheref qui donnait des confĂ©rences mĂ©dicales – 50 arrestations Ă  Marseille, 25 Ă  Saint-Etienne, 5 Ă  Caen, 8 Ă  Lyon, d’autres Ă  Bordeaux, Lille, etc...

Et comme on ne peut arrĂȘter tout le monde, on reparle de parquer les Nord-Africains de France dans des camps de concentration.

VoilĂ  la rĂ©ponse de la bourgeoisie Ă  qui exige du pain et la libertĂ© !

Dans leur lutte contre les impĂ©rialismes, les travailleurs coloniaux doivent pouvoir compter sur l’appui total des travailleurs français. Ouvrez les prisons ! LibĂ©rez Messali Hadj, Ferhat Abbas, Bachir ben Ibrahim et leurs camarades !

https://www.marxists.org/francais/barta/1945/09/ldc50_090345.htm

Combien de personnes furent tuĂ©es ce 8 mai ? La mĂ©moire officielle française en a perdu la trace. Les historiens parlent de 8 000 Ă  15 000 morts ; les autoritĂ©s algĂ©riennes de 45 000 victimes. Les services secrets amĂ©ricains Ă©voquaient, eux, 17 000 morts et 20 000 blessĂ©s. Seul est connu aujourd’hui avec certitude le nombre de morts cĂŽtĂ© europĂ©en : 86 civils et 16 militaires. "Peu importe la guerre des chiffres, mĂȘme a minima, c’est un bain de sang".

"Nombre d’AlgĂ©riens voient SĂ©tif comme le point de non-retour, la premiĂšre marche vers la libĂ©ration du pays". CĂ©lĂ©brĂ© chaque annĂ©e en AlgĂ©rie, l’évĂ©nement tragique est invariablement passĂ© sous silence dans l’espace public français. En 2005 pourtant, par la voix de son ambassadeur en AlgĂ©rie, la France avait qualifiĂ© de "tragĂ©die inexcusable" l’épisode sanglant.

La rĂ©volution d’AlgĂ©rie n’a pas dĂ©butĂ© en 1954, contrairement Ă  ce qu’affirme le FLN, mais en 1945-1947. Elle a Ă©tĂ© noyĂ©e dans le sang par l’armĂ©e française et les colons mais elle a d’abord Ă©tĂ© lĂąchĂ©e, « dĂ©commandĂ©e » par le PPA-MTLD. Ce n’est pas cette trahison lĂ  que dĂ©noncera le FLN car il l’a lui aussi assumĂ©e. Non, il dĂ©nonce les tendances Ă  vouloir participer aux Ă©lections coloniales.

L’histoire vue par les nationalistes gomme les Ă©lans spontanĂ©s des masses, comme en 1945. Comme elle gomme les mouvements prolĂ©tariens. L’histoire prolĂ©tarienne de l’AlgĂ©rie est absente car tout le monde, impĂ©rialisme, bourgeoisies, nationalistes, gauche rĂ©formiste et stalinienne, syndicalistes rĂ©formistes ont toujours tout fait pour effacer cette histoire et prĂ©senter le cours des Ă©vĂ©nements comme allant inĂ©vitablement vers ce qui s’est finalement passĂ© : l’impasse militariste du FLN, menant Ă  une dictature militaire, tout fait pour faire croire qu’il y avait fatalitĂ© Ă  ce que le FLN.

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3384

La constitution de 1946 de l’ « Union Française », union prĂ©tendant regrouper la mĂ©tropole et les territoires coloniaux, en tĂ©moigne :

« Le prĂ©sident de la RĂ©publique française est prĂ©sident de l’Union française dont il reprĂ©sente les interĂȘts permanents
 L’AssemblĂ©e de l’Union française, composĂ©e de reprĂ©sentants Ă©lus (
) a un rĂŽle consultatif. ( !) »

Toute la politique du PCF va se placer dans le cadre de cette hypocrite « union » qui attache les peuples colonisĂ©s Ă  leur colonisateur.

L’empire colonial français, hypocritement appelĂ© « Union française », est dĂ©fendu par le PCF. Dans les « Cahiers du communisme » d’avril 1945, on peut lire : « A l’heure prĂ©sente, la sĂ©paration des peuples coloniaux avec la France irait Ă  l’encontre des intĂ©rĂȘts de ces populations. »

Le PCF ne parle plus, Ă  propos des colonies que de cette « union » qu’il appelle au printemps 1945 : « union fĂ©conde », « union fraternelle ».

Les Cahiers du communisme de fĂ©vrier 1945 affirment que « La revendication ouverte de la sĂ©paration d’avec la France irait trop loin dans la voie de la libertĂ©. »

En septembre 1946, un dĂ©putĂ© du PCF Ă  l’assemblĂ©e dĂ©clarait : « Fondons l’Union française sur l’adhĂ©sion libre et volontaire des pays qui la composent. »

La libertĂ©, en somme,
 de se rĂ©signer Ă  l’esclavage !

Lozeray affirmait devant les dĂ©putĂ©s le 18 mars 1947 que « L’Union ne se constituera sur des bases solides et durables que si elle repose sur des rapports de mutuelle confiance. »

Mais comment le rapport entre oppresseur et opprimĂ© pourrait-il ĂȘtre un rapport de confiance ?

Dans les colonies françaises, Ă  la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale, la politique du PCF au pouvoir consistera donc Ă  aider au rĂ©tablissement de l’empire colonial français. Comme en tĂ©moignent, par exemple, ces extraits du « Programme d’action gouvernementale » prĂ©sentĂ© par le PCF (Ă©ditĂ© par les Cahiers du communisme de novembre 1946) :

« Mais on commettrait une lourde erreur en ne discernant pas, parmi les puissances capitalistes, celles qui, les plus avancĂ©es dans la voie de la dĂ©mocratie, permettront aux peuples coloniaux d’aller, dans les conditions les plus favorables, vers la libertĂ© et le progrĂšs. (
) La question de la reconnaissance du droit Ă  la sĂ©paration ne doit pas ĂȘtre confondue avec l’utilitĂ© de la sĂ©paration dans de telles conditions (
) et cela se comprend puisque le mouvement national est intimement liĂ© au mouvement dĂ©mocratique en gĂ©nĂ©ral. (
) A l’heure actuelle, face aux visĂ©es impĂ©rialistes, l’intĂ©rĂȘt commun des peuples d’Outre-mer et du peuple français sont de rester unis. (
) Toute tentative de sortie de l’Union française ne pourrait qu’amener, avec une pseudo-indĂ©pendance, illusoire et momentanĂ©e, le renforcement de l’impĂ©rialisme. »

Un dĂ©putĂ© PCF proclamait : « nous affirmons d’abord que la RĂ©publique française, mĂ©tropole et territoires d’outremer, est une et indivisible ».

Florimond Bonte, du ComitĂ© central du PCF, exhortait le ComitĂ© Français de LibĂ©ration Nationale « Ă  mettre en oeuvre tous les moyens dont disposent la France et son empire (...) pour faire la guerre totale, pour crĂ©er et perfectionner une armĂ©e unique d’un million de combattants, armĂ©e qui ne serait dĂšs lors plus considĂ©rĂ©e comme une force d’appoint » (sous-entendu, par les alliĂ©s).

La politique prĂ©conisĂ©e pour l’aprĂšs-guerre fut tout aussi colonialiste. La politique du PCF est exposĂ©e dans une brochure publiĂ©e fin 1944 qui s’intitulait Au service de la renaissance française. Tout un programme !

Le texte affirmait tout net que « Pour la France, ĂȘtre une grande puissance et tout simplement continuer d’ĂȘtre, c’est la mĂȘme chose » . Et de prĂ©ciser : « Notre pays est une puissance des cinq parties du monde et ne dĂ©couvre pas de raison pour laquelle il devrait cesser de l’ĂȘtre au profit d’autres grands États, en abdiquant en leur faveur une part de sa souverainetĂ© sur les territoires ou sur les richesses... »

La conclusion s’imposait : « le gouvernement maintiendra jalousement l’intĂ©gritĂ© des territoires sous pavillon français et l’intĂ©gritĂ© des richesses françaises en capital ».

AprĂšs le dĂ©barquement des alliĂ©s au Maghreb, le 8 novembre 1942, et la publication du Manifeste de la libertĂ© en fĂ©vrier 1943, les communistes français et algĂ©riens dĂ©noncĂšrent les revendications portĂ©es par l’ensemble du mouvement national algĂ©rien. Selon eux, il s’agissait de « faux nationalistes » et de « fils rejetons de fĂ©odaux ou de gros bourgeois rĂ©trogrades ». Ces « faux nationalistes » Ă©taient accusĂ©s « d’avoir abandonnĂ© le bourricot nazi pour monter le bateau de la Charte de l’Atlantique ». Dans L’HumanitĂ© du 25 octobre 1944, Dumois dĂ©nonçait ceux qui rĂ©clamaient l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie et « la bande d’apaches et de malfaiteurs qui, Ă  la solde du fascisme et sous couvert de religion, suscitait des incidents anti-alcooliques ». Par ces termes racistes et insultants, l’auteur visait les militants nationalistes du PPA et de l’Association des oulĂ©mas qui menaient une campagne contre la consommation d’alcool auprĂšs de la population algĂ©rienne.

Alors que le Parti Communiste Français, qui participe au gouvernement, soutient le colonialisme, le PCA dĂ©clare :

« FrĂšres musulmans, le peuple de France lutte contre tes ennemis : le fascisme et les trusts qui oppriment l’AlgĂ©rie en mĂȘme temps qu’ils trahissent la France (
) dans cette lutte, une France nouvelle se crĂ©e, qui n’aura rien de commun avec celle d’hier. (
) Ton intĂ©rĂȘt propre est donc d’aider cette France nouvelle Ă  se crĂ©er, Ă  se forger, car c’est le chemin de salut pour toi. »

(extrait de « Le PCA au service de la population d’AlgĂ©rie », rapport de Amar Ouzegane Ă  la confĂ©rence centrale du PCA Ă  Alger le 23 septembre 1944).

Plus grave encore, Ă  partir du printemps 1945, l’accusation de collusion avec le fascisme ne servit plus uniquement Ă  justifier la rĂ©pression menĂ©e contre les dirigeants nationalistes, mais aussi Ă  lĂ©gitimer des crimes de masse contre l’ensemble de la population algĂ©rienne. Le trĂšs colonial principe de responsabilitĂ© collective permettait le glissement d’une rĂ©pression « ciblĂ©e » contre des militants politiques organisĂ©s, Ă  un vaste chĂątiment collectif contre la masse informe des colonisĂ©s.

Suite Ă  la rĂ©pression des manifestions du 1er mai 1945 Ă  Alger, Oran et Blida, qui avait fait plusieurs morts, la CGT et le Parti communiste accusĂšrent le PPA d’avoir fomentĂ© « une provocation ». Dans un tract diffusĂ© le 3 mai 1945, le Parti communiste rappelait que le 1ier mai 1945 avait Ă©tĂ© une « grandiose journĂ©e » de « lutte rĂ©publicaine et anti-fasciste » perturbĂ©e par « des hommes Ă  la solde de l’ennemi » qui « ont fait couler le sang innocent ». Le tract ajoutait que la « provocation » venait « du PPA qui prend ses mots d’ordre Ă  Berlin chez Hitler ». Selon les communistes, le Parti du peuple algĂ©rien Ă©tait « le parti qui applique en AlgĂ©rie les mots d’ordre que donnent les hitlĂ©riens Ă  la radio nazie ».

La justification de la rĂ©pression sanglante des manifestations du 1er mai 1945 par l’administration coloniale, et l’association des militants nationalistes rĂ©volutionnaires algĂ©riens au nazisme, ouvraient la porte Ă  la lĂ©gitimation d’un crime de masse d’une toute autre ampleur : les massacres du nord-constantinois survenus aprĂšs les manifestations du 8 mai 1945. Durant prĂšs de deux mois, des milliers d’AlgĂ©riennes et d’AlgĂ©riens de tous Ăąges furent victimes de la politique Ă©radicatrice menĂ©e par un gouvernement français, qui comportait en son sein toutes les tendances politiques ayant participĂ© Ă  la rĂ©sistance Ă  l’occupation nazie. En effet, ces terribles massacres furent l’Ɠuvre du Gouvernement provisoire de la RĂ©publique française. En raison de cette configuration politique, la rĂ©pression ne pouvait se faire qu’au nom de la lutte contre des « agitateurs hitlĂ©riens » et autres « suppĂŽts du fascisme », contre qui l’emploi de la force devenait totalement lĂ©gitime.

Les Ă©meutes et les pogromes de 1945 en AlgĂ©rie (SĂ©tif et le Constantinois) sont l’occasion pour le PCF de traiter les nationalistes et les rĂ©voltĂ©s de fascistes.

Le 8 mai 1945, dans toute l’AlgĂ©rie, devait ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ© l’armistice. Des cĂ©rĂ©monies officielles avaient Ă©tĂ© prĂ©vues. La population, Ă©puisĂ©e par la guerre, rĂ©voltĂ©e contre le colonialisme français, n’entendait pas revenir sous sa coupe Ă  la fin de la guerre. Le jour de l’armistice, eurent lieu dans plusieurs villes des manifestations d’ampleur et de forme diverses. A BĂŽne et Didjelli, les manifestations se joignirent au cortĂšge officiel et dĂ©ployĂšrent leurs propres banderoles. Des dĂ©filĂ©s analogues furent organisĂ©s Ă  Batna, Biskra, Kenchela, Blida, Berrouaghia et Bel-AbbĂšs. A SaĂŻda, la mairie fut incendiĂ©e. A Alger, les fidĂšles n’assistĂšrent pas Ă  la cĂ©rĂ©monie officielle de la Grande MosquĂ©e. Les incidents les plus graves eurent lieu Ă  SĂ©tif et Guelma. A Guelma, peu de musulmans avaient assistĂ© aux cĂ©rĂ©monies officielles : les comitĂ© des AML organisait sa propre manifestation avec des mots d’ordre tels que « Vive la dĂ©mocratie ! », « A bas l’impĂ©rialisme ! », « Vive l’AlgĂ©rie indĂ©pendante ! ». La police tira sur la foule. A SĂ©tif, un cortĂšge de quinze mille personnes se dirigeait vers le monument aux morts afin d’y dĂ©poser une gerbe, arborant pour la premiĂšre fois le drapeau algĂ©rien vert et blanc. Les manifestants brandissaient des pancartes et des banderoles : « DĂ©mocratie pour tous ! », « LibĂ©rez Messali ! », « LibĂ©rez nos leaders emprisonnĂ©s ! », « Vive la victoire alliĂ©e ! », « Vive l’AlgĂ©rie indĂ©pendante ! », « A bas le colonialisme ! », « Pour une Constituante algĂ©rienne souveraine ! ». La police ouvrit le feu Ă  la suite d’un ordre du sous-prĂ©fet de retirer pancartes et banderoles. Ces manifestations furent le point de dĂ©part d’un soulĂšvement qui s’étendit Ă  la Kabylie des Babords, se propagea dans une grande partie de la rĂ©gion du Constantinois. Des messagers allaient dans les campagnes, les villages les plus reculĂ©s, pour faire le rĂ©cit des manifestations de SĂ©tif et Guelma et de leur rĂ©pression.

DirigĂ©e par le gĂ©nĂ©ral Duval, la rĂ©pression du soulĂšvement du Constantinois fut d’une sauvagerie indescriptible. Dans un message Ă  l’ONU, Messali Hadj dira des Ă©vĂ©nements du Constantinois qu’ils « ont coĂ»tĂ© plus de quarante mille victimes au peuple algĂ©rien. » (
) Comment ces massacres furent-ils justifiĂ©s par les autoritĂ©s et acceptĂ©s par l’opinion de la mĂ©tropole ? La version officielle du gouvernement de l’AlgĂ©rie, version qui fut Ă©galement celle des trois partis politiques au pouvoir sous la tĂȘte gaulliste (MRP, SFIO et PCF) Ă©tait la suivante : le soulĂšvement du Constantinois Ă©tait un « complot fasciste » accompli par des « agents hitlĂ©riens ». L’armĂ©e n’était dĂ©pĂȘchĂ©e que pour « poursuivre l’action patriotique de nettoyage ».

Le 11 mai 1945, « L’HumanitĂ© » relatait les Ă©vĂ©nements du 8 en rapportant la dĂ©claration du gouvernement gĂ©nĂ©ral : « Des Ă©lĂ©ments troubles d’inspiration hitlĂ©rienne se sont livrĂ©s Ă  SĂ©tif Ă  une agression armĂ©e contre la population qui fĂȘtait la capitulation hitlĂ©rienne. La police, aidĂ©e de l’armĂ©e, maintient l’ordre. »

En publiant sans rĂ©serves ces propos sous le titre : « A SĂ©tif, attentat fasciste le jour de la victoire », le quotidien du PCF accrĂ©ditait la version de l’administration coloniale. Le 12 mai, le ComitĂ© central du PCF, prenant une position sans nuances, recommandait explicitement une rĂ©pression rapide et impitoyable.

Il publiait immĂ©diatement la rĂ©volution suivante : « Il faut tout de suite chĂątier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la rĂ©volte et les hommes de main qui ont dirigĂ© l’émeute. »

L’HumanitĂ© du 19 mai 1945 enfonce le clou :

« Ce qu’il faut, c’est punir comme ils le mĂ©ritent les meneurs hitlĂ©riens ayant participĂ© aux Ă©vĂšnements du 8 mai et les chefs pseudo-nationalistes qui ont essayĂ© de tromper les masses musulmanes, faisant aussi le jeu des 100 seigneurs dans leur tentative de rupture entre les populations algĂ©riennes et le peuple de France. »

Sur une distance de 150 kilomĂštres, de SĂ©tif Ă  la mer, la loi martiale fut proclamĂ©e. La troupe reçut l’ordre de tirer sans sommation « sur le burnous ». Tout arabe ne portant pas le brassard rĂ©glementaire Ă©tait abattu (tĂ©moignage de Charles-AndrĂ© Julien dans « L’Afrique du Nord »). Les lĂ©gionnaires furent autorisĂ©s Ă  massacrer toute la population arabe de SĂ©tif et mĂȘme ailleurs, oĂč aucune manifestation n’avait eu lieu. A Villard, pendant deux jours, une batterie de 75 bombarda les douars environnants. A Saint-Armand, les soldats eurent pour mission de raser tous les villages se trouvant Ă  15 kilomĂštres des centres de colonisation. PĂ©rigotville et Chevreuil furent entiĂšrement dĂ©truits. L’aviation bombardait et mitraillait Ă  l’intĂ©rieur, tandis que les navires de guerre canonnaient des villages cĂŽtiers. D’aprĂšs ce que reconnut le gĂ©nĂ©ral Weiss, il y eut, en quinze jours, vingt actions aĂ©riennes contre la population. Les avions dĂ©truisirent 44 mechtas (groupe de maisons pouvant aller de 50 Ă  1000 habitants). La marine intervint devant Bougie et Ă  Djijeli. Le croiseur Dugay-Trouin, venu de BĂŽne, fut employĂ© au bombardement des environs de Kerrata. Le douar Tararest fut rasĂ©. Des douars entiers disparurent. A Guelma, la rĂ©action viscĂ©rale de la population europĂ©enne, sous l’initiative du sous-prĂ©fet, mena Ă  l’organisation d’une milice.

Le comitĂ© de vigilance, qui recrutait et contrĂŽlait la milice, comportait une forte majoritĂ© de combattants de la « France combattante », y compris deux responsables du Parti communiste algĂ©rien, ainsi que le secrĂ©taire de l’Union locale de la CGT. Dans ce qui fut l’une des opĂ©rations de reprĂ©sailles les plus meurtriĂšres de mai 1945, les miliciens massacrĂšrent entre 500 et 700 « musulmans ». Le mouvement syndical de la mĂ©tropole, par l’intermĂ©diaire de son principal reprĂ©sentant, la CGT, adopte des positions voisines du PCF afin de « souligner l’action courageuse et magnifique des organisations syndicales d’AlgĂ©rie pour empĂȘcher que le mouvement ne s’étende Ă  d’autres rĂ©gions. »

La rĂ©volte a Ă©clatĂ© en 1945 en AlgĂ©rie, alors que les travailleurs et les masses populaires ne disposent d’aucune organisation favorable Ă  une rĂ©volution sociale renversant le colonialisme. Le plus important parti dans les masses populaires, algĂ©riennes comme pied-noires, est le Parti Communiste AlgĂ©rien.

Le parti communiste français, en France comme en AlgĂ©rie, va dĂ©noncer la lutte d’indĂ©pendance comme « fasciste ». L’HumanitĂ© affirmait : « A SĂ©tif, attentat fasciste le jour de la victoire » : « Des Ă©lĂ©ments troubles d’inspiration hitlĂ©rienne se sont livrĂ©s Ă  SĂ©tif Ă  une agression armĂ©e contre la population qui fĂȘtait la capitulation hitlĂ©rienne. La police, aidĂ©e de l’armĂ©e, maintient l’ordre ».

L’HumanitĂ© du 12 mai 1945 dĂ©nonçait les organisations nationalistes en Ă©crivant : « les instruments criminels de la grosse colonisation sont le MTLD et le PPA et ses chefs, tels Messali et les mouchards Ă  sa solde, qui, lorsque la France Ă©tait sous la domination nazie, n’ont rien dit et rien fait et qui, maintenant, rĂ©clament l’indĂ©pendance. Ce qu’il faut, c’est chĂątier impitoyablement les organisateurs de troubles ».

Le 6 mai 1945, la France avait fait dĂ©barquer en Syrie, oĂč elle gardait des bases militaires, des renforts de troupes, ce qui provoqua de violentes rĂ©actions populaires, et le 8 mai, le jour mĂȘme de l’armistice, il y eut des attaques contre les garnisons françaises. Le 28 mai tous les postes français furent attaquĂ©s Ă  Damas. Le gouvernement français rĂ©pondit en faisant bombarder la capitale syrienne, faisant prĂšs de 500 morts dont 400 civils.

L’HumanitĂ© du 29 mai 1945 proposait Ă  la classe ouvriĂšre française l’explication suivante des Ă©vĂ©nements de Syrie : « Des informations concordantes Ă©manant de diverses sources permettent d’affirmer que des Ă©lĂ©ments doriotistes agissant dans divers milieux et de divers cĂŽtĂ©s ont jouĂ© un rĂŽle particuliĂšrement important dans ces regrettables Ă©vĂ©nements. »

Le 30 mai 1945, l’HumanitĂ© analysait de mĂȘme les Ă©vĂ©nements de la façon suivante : « Ces dĂ©sordres ont Ă©tĂ© organisĂ©s par des agents doriotistes du PPF en Syrie qui ne cherchent qu’à nuire Ă  l’entente des peuples de France, de Syrie et du Liban ».

Ainsi, l’organe de la SFIO, Le Populaire, datĂ© du 12 mai 1945, Ă©crivait :

« Des troubles se sont produits, des villages ont Ă©tĂ© occupĂ©s avec la complicitĂ© du parti populaire arabe [pour le Parti du peuple algĂ©rien], des agents hitlĂ©riens encore trĂšs nombreux et enfin de sectes religieuses qui cherchent leur mot d’ordre auprĂšs des agitateurs panarabes du Caire ».

Dans son Ă©dition du 12 mai 1945, L’HumanitĂ© appela Ă  « chĂątier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la rĂ©volte et les hommes de mains qui ont dirigĂ© l’émeute ». Le 31 mai 1945, le journal communiste recommandait de « punir comme ils le mĂ©ritent les tueurs hitlĂ©riens ayant participĂ© aux Ă©vĂšnements de mai 1945, et les chefs pseudo-nationalistes ». Le PCF, pour qui l’aspiration Ă  l’indĂ©pendance restait totalement Ă©trangĂšre Ă  la population algĂ©rienne, se fĂ©licita des sanctions prises contre Messali Hadj, Ferhat Abbas et le cheikh Bachir El Ibrahimi, ainsi que de la dissolution des Amis du Manifeste et de la LibertĂ© (AML).

Le 12 mai, L’HumanitĂ© annonce des troubles en AlgĂ©rie, spĂ©cialement Ă  SĂ©tif ; elle signale « le rĂŽle de quelques Ă©lĂ©ments provocateurs au sein de la population algĂ©rienne [...] ; la population affamĂ©e a Ă©tĂ© poussĂ©e Ă  des violences par des provocateurs bien connus de l’administration. » Le 13, un communiquĂ© du gouverneur gĂ©nĂ©ral de l’AlgĂ©rie met en cause « des Ă©lĂ©ments d’inspiration et de mĂ©thodes hitlĂ©riennes ». Regrettant que toute la responsabilitĂ© soit rejetĂ©e sur les musulmans, l’organe central du PC commente : « Qu’il y ait, parmi eux, quelques hitlĂ©riens, c’est d’autant plus Ă©vident que le chef pseudo-nationaliste Bourguiba Ă©tait en Allemagne au moment de la capitulation hitlĂ©rienne et vient d’arriver dans un pays d’Afrique du Nord. »

Le 15, L’HumanitĂ© rĂ©itĂšre : « Les agents provocateurs sont parfaitement connus de l’administration algĂ©rienne »

Le 16, une note du ministĂšre de l’IntĂ©rieur, reproduite dans la presse, rejette la responsabilitĂ© des Ă©vĂ©nements sur le PPA et sur l’AML. L’HumanitĂ© commente : « Le communiquĂ© accuse les Amis du Manifeste d’avoir poussĂ© Ă  la rĂ©volte. En supposant qu’il y ait du vrai dans cette affirmation, pourquoi donc le gouvernement gĂ©nĂ©ral a-t-il autorisĂ© la parution du journal de cette organisation (ÉgalitĂ©) dont nous possĂ©dons le numĂ©ro du 4 mai ? Le directeur des affaires indigĂšnes tient donc Ă  ce qu’on fasse appel Ă  la rĂ©volte. »
Le Parti communiste algĂ©rien, qui restait formellement indĂ©pendant mais qui, dans les faits, s’alignait intĂ©gralement sur la politique du Parti communiste français, reprenait mot pour mot le vocabulaire antifasciste de ses camarades parisiens. Sa presse reproduisait intĂ©gralement les analyses du PCF, qui faisaient office de directives politiques Ă  suivre. Dans le numĂ©ro du 17 mai 1945 de LibertĂ©, « Un appel de la dĂ©lĂ©gation du PCF en Afrique du Nord » n’hĂ©sitait pas Ă  faire de la surenchĂšre colonialiste et rĂ©pressive :

« Ce qu’il faut faire tout de suite : chĂątier rapidement et impitoyablement les organisateurs des troubles. Passer par les armes les instigateurs de la rĂ©volte et les hommes de main qui ont dirigĂ© l’émeute. Il ne s’agit pas de vengeance ni de rĂ©pression, il s’agit de mesures de justice. Il s’agit de mesures de sĂ©curitĂ© pour le pays ».

Pour le PCA, qui ne faisait finalement que suivre le PCF, les manifestations nationalistes n’étaient que des « complots hitlĂ©riens », et toutes les rĂ©pressions, mĂȘme les plus sanglantes, devenaient automatiquement lĂ©gitimes.

Le 19 mai, L’HumanitĂ© prend la dĂ©fense des musulmans, du moins de ceux des campagnes, en ces termes : « Les musulmans des campagnes [...] n’ont pas pris la moindre part aux agissements d’une poignĂ©e de tueurs Ă  gages dont les chefs sont connus comme mouchards. » Et elle indique la solution : « Ce qu’il faut, c’est punir comme ils le mĂ©ritent les tueurs hitlĂ©riens ayant participĂ© aux Ă©vĂ©nements du 8 mai et les chefs pseudo-nationalistes qui ont sciemment essayĂ© de tromper les masses musulmanes, faisant ainsi le jeu des 100 seigneurs dans leur tentative de rupture entre les populations algĂ©riennes et le peuple de France. »

Le 20 mai, le comitĂ© central du PCF, rĂ©uni en session extraordinaire, s’adresse au Parti communiste algĂ©rien. Selon lui, les Ă©vĂ©nements montrent que « les provocations des 100 seigneurs de la terre, des mines et de la banque, disposant d’agents directs ou inconscients dans certains milieux musulmans qui se prĂ©tendent nationalistes, ont pu ĂȘtre dĂ©jouĂ©es partout oĂč le PC algĂ©rien possĂšde des organisations puissantes. Le PC algĂ©rien remplit ainsi sa grande tĂąche de rassembler les populations algĂ©riennes sans distinction de race ni de religion dans la lutte contre les traĂźtres et les diviseurs et dans une alliance Ă©troite avec le peuple de France contre l’ennemi commun, le fascisme. »

Dans les colonnes de FraternitĂ©, du 17 mai 1945, les socialistes blĂąmĂšrent ceux qui « avaient sali la grande heure de la Victoire des dĂ©mocraties » et estimĂšrent que « la grande masse des populations musulmanes n’avait pas encore atteint le degrĂ© d’évolution minimum nĂ©cessaire pour justifier les revendications du Manifeste ; le fait que les Ă©lites dirigeantes aient organisĂ© et dĂ©clenchĂ© ce mouvement n’indique pas non plus que celles-ci ont une maturitĂ© politique ».

De son cĂŽtĂ©, le Parti communiste français dĂ©nonçait l’action « d’agents secrets hitlĂ©riens et d’autres agents camouflĂ©s dans des organisations, qui se prĂ©tendent dĂ©mocratiques, au service de l’impĂ©rialisme fasciste ».
Suivant la ligne politique du PCF, le 31 mai 1945, le premier secrĂ©taire du Parti communiste algĂ©rien dĂ©nonça « la collusion criminelle des faux nationalistes du PPA avec la Haute Administration non Ă©purĂ©e et les soutiens du fascisme ». L’organe du PCA, LibertĂ©, Ă©voquait un « complot fasciste », dont les militants du PPA Ă©taient les principaux agents.

Certains cadres du PCA n’hĂ©sitĂšrent pas Ă  se rendre en dĂ©lĂ©gation auprĂšs du gouvernement gĂ©nĂ©ral pour appuyer la rĂ©pression. Le numĂ©ro du 17 mai 1945 de LibertĂ© donnait un compte-rendu prĂ©cis d’une rencontre entre une dĂ©lĂ©gation du PCA et le chef du cabinet politique et diplomatique du gouverneur gĂ©nĂ©ral. Le compte-rendu expliquait que la dĂ©lĂ©gation de cadres communistes s’était « entretenue des provocations des agents hitlĂ©riens du PPA, du PPF et d’autres agents camouflĂ©s dans des organisations qui se prĂ©tendent dĂ©mocratiques
 Cette coalition criminelle, aprĂšs avoir tentĂ© vainement de faire couler le sang
 Elle a soulignĂ© que le but recherchĂ© par cette coalition criminelle est de provoquer une guerre civile] ». Non satisfait de ce type d’appel aux meurtres, Ă  Guelma, au nom de la lutte contre le fascisme, certains communistes participĂšrent directement Ă  la rĂ©pression en organisant des milices chargĂ©es d’appuyer les forces coloniales.

Si la situation Ă©tait rĂ©volutionnaire en AlgĂ©rie Ă  la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale, en AlgĂ©rie comme sur une bonne partie de la planĂšte, l’inexistence de partis rĂ©volutionnaires Ă©tait aussi trĂšs gĂ©nĂ©rale et dĂ©truisait l’essentiel des possibilitĂ©s de la situation. La rĂ©volte a Ă©clatĂ© en 1945 en AlgĂ©rie, alors que les travailleurs et les masses populaires ne disposent d’aucune organisation favorable Ă  une rĂ©volution sociale renversant le colonialisme. Le plus important parti dans les masses populaires, algĂ©riennes comme pied-noires, est le Parti Communiste AlgĂ©rien.

Il va dĂ©noncer la lutte d’indĂ©pendance comme « fasciste ». Le PPA, parti nationaliste de Messali Hadj, qui avait des origines communistes (L’Etoile Nord-africaine), choisit tactiquement de jouer le jeu des Ă©lections dans le cadre colonial, comme l’avait fait l’Association du Manifeste et de la LibertĂ© de Ferhat Abbas. MĂȘme sa frange paramilitaire, l’Organisation SpĂ©ciale, dirigĂ©e par Ben Bella et AĂŻt Ahmed, plus portĂ©e sur l’action directe comme le montrera son Ă©volution en FLN, affirme qu’il ne fallait pas faire la rĂ©volution sociale, pas de soulĂšvement en masse, en 1945. Le rapport de l’OS en 1947 sur l’analyse des Ă©vĂ©nements de 1945 dans le Constantinois et dans toute l’AlgĂ©rie, dont voici quelques extraits, est Ă©difiant sur le caractĂšre contre-rĂ©volutionnaire de la petite bourgeoisie nationaliste radicale :

En aoĂ»t 1947, le ministre PS Depreux rĂ©dige un statut pour l’AlgĂ©rie qui instaure deux collĂšges Ă©lectoraux : le premier comprend les « citoyens français de plein droit » et 58 000 « citoyens de statut local » parmi les « musulmans » ; le second rĂ©unit 1 300 000 « musulmans » qui Ă©lisent une AssemblĂ©e algĂ©rienne. Une voix d’EuropĂ©en vaut ainsi huit voix d’Arabes. Le PCF s’abstient :

« Dans le moment prĂ©sent, « l’indĂ©pendance » de l’AlgĂ©rie constituerait Ă  la fois un leurre et une consolidation des bases de l’impĂ©rialisme en AlgĂ©rie et dans le monde : les communistes condamnent cette position fausse
 Nous sommes en effet convaincus que l’Union française, malgrĂ© toutes les imperfections
 donne actuellement aux peuples d’Outre-mer la seule possibilitĂ© de marcher sĂ»rement Ă  la conquĂȘte de la libertĂ© et de la dĂ©mocratie. » (Cahiers du communisme, septembre 1947, p. 869)

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3647

Si la situation Ă©tait rĂ©volutionnaire en AlgĂ©rie Ă  la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale, en AlgĂ©rie comme sur une bonne partie de la planĂšte, l’inexistence de partis rĂ©volutionnaires Ă©tait aussi trĂšs gĂ©nĂ©rale et dĂ©truisait l’essentiel des possibilitĂ©s de la situation. La rĂ©volte a Ă©clatĂ© en 1945 en AlgĂ©rie, alors que les travailleurs et les masses populaires ne disposent d’aucune organisation favorable Ă  une rĂ©volution sociale renversant le colonialisme. Le plus important parti dans les masses populaires, algĂ©riennes comme pied-noires, est le Parti Communiste AlgĂ©rien. Alors que le Parti Communiste Français, qui participe au gouvernement, soutient le colonialisme et participe Ă  la rĂ©pression de la rĂ©volte, le PCA dĂ©clare : « FrĂšres musulmans, le peuple de France lutte contre tes ennemis : le fascisme et les trusts qui oppriment l’AlgĂ©rie en mĂȘme temps qu’ils trahissent la France (
) dans cette lutte, une France nouvelle se crĂ©e, qui n’aura rien de commun avec celle d’hier. (
) Ton intĂ©rĂȘt propre est donc d’aider cette France nouvelle Ă  se crĂ©er, Ă  se forger, car c’est le chemin de salut pour toi. » (extrait de « Le PCA au service de la population d’AlgĂ©rie », rapport de Amar Ouzegane Ă  la confĂ©rence centrale du PCA Ă  Alger le 23 septembre 1944). Il va dĂ©noncer la lutte d’indĂ©pendance comme « fasciste ». Le PPA, parti nationaliste de Messali Hadj, qui avait des origines communistes (L’Etoile Nord-africaine), choisit tactiquement de jouer le jeu des Ă©lections dans le cadre colonial, comme l’avait fait l’Association du Manifeste et de la LibertĂ© de Ferhat Abbas. MĂȘme sa frange paramilitaire, l’Organisation SpĂ©ciale, dirigĂ©e par Ben Bella et AĂŻt Ahmed, plus portĂ©e sur l’action directe comme le montrera son Ă©volution en FLN, affirme qu’il ne fallait pas faire la rĂ©volution sociale, pas de soulĂšvement en masse, en 1945.

DĂ©crivant la politique coloniale de la France dans ses mĂ©moires de guerre, Hocine Ait Ahmed Ă©crit : « La libertĂ© d’expression qu’il suppose est inconciliable avec le fait colonial : on ne discute pas avec un peuple qui n’existe pas. Quant Ă  capituler devant les indigĂšnes, mieux vaut passer pour un bourreau que pour un lĂąche. » Du coup, les militants nationalistes avaient « le sentiment d’ĂȘtre de nouveau piĂ©gĂ©s et encerclĂ©s par la guerre », Ă©crit Hocine Ait Ahmed dans « l’esprit d’indĂ©pendance ».

Cependant, pour affirmer l’existence du peuple algĂ©rien, le mouvement nationaliste, le PPA (Parti du peuple algĂ©rien), interdit depuis 1939, appelle Ă  des manifestations, dans les grandes villes notamment, pour cĂ©lĂ©brer la fĂȘte du Travail. Bien que l’arsenal de guerre soit ostensiblement montrĂ©, le 1er mai 1945, les AlgĂ©riens sont sortis massivement Ă  Alger. « Deux cortĂšges, l’un partant de Belcourt et l’autre de la Casbah, devaient converger vers la Grande poste et le Palais du Gouvernement gĂ©nĂ©ral, c’est-Ă -dire le cƓur administratif de la capitale », note le dernier chef historique de la rĂ©volution algĂ©rienne encore en vie.

D’une façon gĂ©nĂ©rale, les nationalistes savaient que la police allait rĂ©primer, avec une grande sĂ©vĂ©ritĂ©, leur manifestation. En effet, au moment oĂč les deux cortĂšges devaient faire jonction, la police française tira sur les manifestants. « On devait relever sept morts et des dizaines de blessĂ©s », tĂ©moigne Hocine Ait Ahmed. Parmi les blessĂ©s, il y avait Ouali Bennai, un membre actif du district du Djurdjura. AprĂšs la rĂ©pression, encore plus aveugle, du 8 mai 1945, ce dernier songe Ă  un combat direct. Pour ce faite, il sensibilise les jeunes militants sur la riposte Ă  donner aux exactions des autoritĂ©s coloniales.

Ainsi, le 15 mai 1945, Ouali Bennai sollicite la section lycĂ©enne de Ben Aknoun pour qu’elle fournisse les volontaires capables de mener le combat rĂ©volutionnaire. D’aprĂšs Hocine Ait Ahmed, « le soir mĂȘme, un taxi nous dĂ©posait tous les cinq (Ouali Bennai nous accompagnait) Ă  Tizi Ouzou ; le vĂ©hicule appartenait Ă  Mohamed Zekkal, un vieux militant du quartier Belcourt. » Les quatre autres sont : Laimeche Ali, Omar Oussedik, Hocine Ait Ahmed et Amar Ould Hamouda.

ArrivĂ©s Ă  Tizi Ouzou, les cinq rejoignent instamment la rĂ©union du conseil du district. C’est le responsable du district, Halit, qui ouvre le dĂ©bat. Dans cette rĂ©union, l’agent de liaison du bureau politique, Arezki Djemaa, annonce la dĂ©cision de la Direction clandestine du PPA : « La Direction dĂ©cide l’insurrection gĂ©nĂ©rale pour la date du jeudi 23 mai 1945, Ă  partir de zĂ©ro heure », a-t-il dit.

De toute Ă©vidence, une telle dĂ©cision mĂ©rite de plus amples explications et des instructions prĂ©cises. « Nous attendions de la Direction des directives Ă©laborĂ©es, voire une Ă©bauche de plan gĂ©nĂ©ral. Nous attendions un bilan sĂ©rieux en cadres militaires, effectifs, armement. Nous n’avons rien entendu lĂ -dessus. Et nous Ă©tions qu’à une semaine du soulĂšvement », regrette Hocine Ait Ahmed le manque d’information ayant suivi la prise de dĂ©cision de l’action armĂ©e.

Quoi qu’il en soit, bien que la Direction ait agi sans prĂ©parer minutieusement l’action, le district du Djurdjura s’est apprĂȘtĂ© Ă  suivre le mot d’ordre. À cet effet, quatre grandes rĂ©gions sont ainsi créées : Fort National (Larbaa Nath Irathen), Azazga, Dellys-Tigzirt et Michelet (Ain El Hammam). Les responsables sont respectivement Laimeche Ali, Bennai Ouali, Omar Oussedik et enfin Hocine Ait Ahmed et Amar Ould Hamouda.

Cependant, aprĂšs la rĂ©partition des responsabilitĂ©s, les cinq dĂ©cident de se voir le 19 mai Ă  Larbaa Nath Irathen pour faire le point. « Le 19 mai, nous nous retrouvons donc prĂšs des hautes murailles de la forteresse, et nous mettons en commun nos constatations. La premiĂšre, et la plus importante, c’est que les effectifs annoncĂ©s au conseil du district ont fondu au soleil, car ils n’existent pratiquement pas », note Hocine Ait Ahmed. En effet, ceux qui cotisent ne sont pas forcĂ©ment des militants.

Du coup, en peu de temps, les organisateurs doivent rĂ©unir les troupes nĂ©cessaires pour ĂȘtre prĂȘt le jour J. Recrutant son commando Ă  Ath Ouacif, Ait Ahmed rassemble une centaine d’hommes. « Et voici arrivĂ©e la journĂ©e du 22 mai. Je passe toute la matinĂ©e au grand marchĂ© rural de Beni-Ouacif, pour les ultimes prĂ©paratifs. Cinquante membres du commando sont prĂȘts ; aucun de ceux qui ont Ă©tĂ© choisis ne s’est dĂ©robĂ© », relate Hocine Ait Ahmed.

Finalement, avec des moyens infimes, le groupe des cinq est prĂȘt Ă  lancer l’insurrection Ă  21heures 30. Mais Ă  18 heures, Laimeche Ali a appelĂ© Hocine Ait Ahmed au tĂ©lĂ©phone pour lui dire que l’opĂ©ration avait Ă©tĂ© annulĂ©e. « Ne viens pas, la fĂȘte est reportĂ©e », tel est le message codĂ© annonçant la non-exĂ©cution du plan prĂ©vu. Toutefois, « En Haute Kabylie, et, en basse Kabylie, dans la rĂ©gion d’Azeffoun, la situation politique fut rapidement et totalement maitrisĂ©e aprĂšs le message d’annulation
 En revanche, dans la zone qui va de Boghni Ă  Tigzirt, les choses se gĂątĂšrent », note Hocine Ait Ahmed.

La révolution est annulée par le PPA. Pour la leçon politique que tire Haït Ahmed de tout cela, il suffit effectivement de lire le rapport de 1947. Il repousse définitivement le soulÚvement de masse, la révolution sociale...

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3913

Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata

https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacres_de_S%C3%A9tif,_Guelma_et_Kherrata

Décolonisation du Maroc

https://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1983_num_70_260_2416

https://www.youtube.com/watch?v=Ts9WiY670S4

Le gouvernement colonial français au Maroc

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97707085/f1.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3355428p.r=maroc%201945?rk=257512;0

La Tunisie en 1945

https://fresques.ina.fr/independances/fiche-media/Indepe00030/la-tunisie-en-1945.html

L’AlgĂ©rie en 1945

https://fresques.ina.fr/independances/liste/recherche/alg%C3%A9rie%201945/s#sort/-pertinence-/direction/DESC/page/1/size/10

Maroc en 1945

https://fresques.ina.fr/independances/liste/recherche/Maroc%201945/s#sort/-pertinence-/direction/DESC/page/1/size/10

Ce qui s’est vraiment passĂ© le 8 mai 1945 en AlgĂ©rie


Extraits de « La question coloniale et la politique du Parti communiste français (1944-47) » de GrĂ©goire Madjarian :

« Le 8 mai 1945, dans toute l’AlgĂ©rie, devait ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ© l’armistice. Des cĂ©rĂ©monies officielles avaient Ă©tĂ© prĂ©vues. Un mot d’ordre clandestin du PPA avait circulĂ© : « Le jour de la victoire, manifestons pour exiger, aprĂšs le sacrifice et la conduite hĂ©roĂŻque des AlgĂ©riens dans l’armĂ©e française, un peu de dĂ©mocratie et de justice ! » Une fraction lĂ©galiste des Amis du Manifeste, croyant Ă©viter ainsi l’intervention policiĂšre, envoya une dĂ©lĂ©gation demander au gouverneur gĂ©nĂ©ral l’autorisation de s’exprimer. Les dĂ©lĂ©guĂ©s ne sortirent pas de la rĂ©sidence gĂ©nĂ©rale : ils avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s et les autoritĂ©s prĂ©venues.

Le jour de l’armistice, eurent lieu dans plusieurs villes des manifestations d’ampleur et de forme diverses. A BĂŽne et Didjelli, les manifestations se joignirent au cortĂšge officiel et dĂ©ployĂšrent leurs propres banderoles. Des dĂ©filĂ©s analogues furent organisĂ©s Ă  Batna, Biskra, Kenchela, Blida, Berrouaghia et Bel-AbbĂšs. A SaĂŻda, la mairie fut incendiĂ©e. A Alger, les fidĂšles n’assistĂšrent pas Ă  la cĂ©rĂ©monie officielle de la Grande MosquĂ©e. Les incidents les plus graves eurent lieu Ă  SĂ©tif et Guelma.

A Guelma, peu de musulmans avaient assistĂ© aux cĂ©rĂ©monies officielles : les comitĂ© des AML organisait sa propre manifestation avec des mots d’ordre tels que « Vive la dĂ©mocratie ! », « A bas l’impĂ©rialisme ! », « Vive l’AlgĂ©rie indĂ©pendante ! ». la police tira sur la foule.

A SĂ©tif, un cortĂšge de quinze mille personnes se dirigeait vers le monument aux morts afin d’y dĂ©poser une gerbe, arborant pour la premiĂšre fois le drapeau algĂ©rien vert et blanc. Les manifestants brandissaient des pancartes et des banderoles : « DĂ©mocratie pour tous ! », « LibĂ©rez Messali ! », « LibĂ©rez nos leaders emprisonnĂ©s ! », « Vive la victoire alliĂ©e ! », « Vive l’AlgĂ©rie indĂ©pendante ! », « A bas le colonialisme ! », « Pour une Constituante algĂ©rienne souveraine ! ». La police ouvrit le feu Ă  la suite d’un ordre du sous-prĂ©fet de retirer pancartes et banderoles.

Ces manifestations furent le point de dĂ©part d’un soulĂšvement qui s’étendit Ă  la Kabylie des Babords, se propagea dans une grande partie de la rĂ©gion du Constantinois. Des messagers allaient dans les campagnes, les villages les plus reculĂ©s, pour faire le rĂ©cit des manifestations de SĂ©tif et Guelma et de leur rĂ©pression. Les responsables locaux des AML organisaient leurs militants et dirigeaient des attaques contre les bĂątiments de l’autoritĂ© française : la mairie, la poste, la recette des contributions, la gendarmerie.
Les centres de AĂŻn-Abessa, SillĂšgue, le bordj Taktount Bouga (La Fayette), ainsi que Kerrata furent encerclĂ©s. Les centres de BĂ©ni Aziz (Chevreuil) assiĂ©gĂ© aux cris de « Djihad ! Dkihad ! » fut entiĂšrement incendiĂ©.

Des groupes armĂ©s venus des douars voisins assaillirent Guelma, le 9 mai, pour venger leurs morts, et le car de Bougie Ă  SĂ©tif fut attaquĂ©. Le 10 mai, le village d’Aokas (commune morte d’oued Marsa), la gendarmerie de Tesara, le bordj et la poste de Fedj M’zala furent encerclĂ©s. Dans la rĂ©gion d’oued Marsa, les communications tĂ©lĂ©phoniques furent coupĂ©es, des gardes forestiers tuĂ©s.

Dans la rĂ©gion des Babors, au nord de SĂ©tif, l’émeute prit « l’allure d’une vĂ©ritable dissidence » d’aprĂšs le rapport du gĂ©nĂ©ral de gendarmerie. Les troupes Ă©taient « accueillies dans certains douars Ă  coups de fusils et mĂȘme d’armes automatiques ». Des rassemblements d’hommes armĂ©s Ă©taient signalĂ©s Ă  El Arrouche, Azzaba, oued Amizour, Smendou, Chelghoun-LaĂŻd, El Milia, ouest-ZĂ©nati. Entre Tizi-Ouzou et ThĂ©nia, les fils tĂ©lĂ©phoniques furent coupĂ©s. Des dĂ©pĂŽts d’armes clandestins furent signalĂ©s Ă  TĂ©bessa.

Des bruits circulaient Ă  propos d’un soulĂšvement gĂ©nĂ©ral, bruits qui n’étaient, nous le verrons plus loin, pas sans fondement. Plusieurs groupes armĂ©s de paysans s’attaquĂšrent aux villages et aux centres de colonisation. Fermes, colons, reprĂ©setants de l’ordre colonial furent les cibles de la rĂ©volte.

A propos des Ă©vĂ©nements de mai 1945 et afin de dĂ©gager leur signification, il est nĂ©cessaire de poser plusieurs questions distinctes : de quel ordre sont les facteurs qui ont dĂ©terminĂ© le soulĂšvement du Constantinois, quelles sont les causes immĂ©diates du dĂ©clenchement de l’insurrection, y a-t-il eu prĂ©paration d’une insurrection, y a-t-il eu volontĂ© insurrectionnelle ?

A l’époque, Ă  cĂŽtĂ© de la thĂšse d’un complot fasciste qui fut, nous le verrons plus loin, la principale thĂšse officielle et qui ne repose sur aucun fondement, vint s’adjoindre celle d’une rĂ©volte de la faim. Bien que la situation des musulmans, et en particulier celle des fellahs, fĂ»t dramatique, de nombreux Ă©lĂ©ments contredisent cette derniĂšre thĂšse. Pendant les Ă©vĂ©nements, « Le Monde » remarquait : « Au cours de ces journĂ©es sanglantes, ni les silos remplis de blĂ© ni les entrepĂŽts de denrĂ©es ne furent pillĂ©s. « En 1948, BĂ©nazet Ă©crivait : « Non seulement les manifestants des cortĂšges n’ont jamais poussĂ© des clameurs ou arborĂ© des pancartes contre le ravitaillement » mais les silos de la rĂ©gion « remplis de grains et laissĂ©s sans protection, ne souffrirent nulle atteinte. » (
)

Sur le dĂ©clenchement des Ă©vĂ©nements, l’analyse de Mohamed Boudiaf et le tĂ©moignage qu’il a recueilli, attribuant un rĂŽle dĂ©terminant aux provocations policiĂšres, semblent faire le point sur cette question : « L’effervescence populaire Ă©tait Ă  son comble, les autoritĂ©s coloniales, dĂ©cidĂ©es Ă  reprendre la situation en mains, cherchaient l’occasion de frapper un grand coup (..) J’ai eu plus tard l’occasion d’en parler avec le responsable du parti (le PPA) de SĂ©tif, MaĂŻza, il n’avait aucune directive et ne savait quoi rĂ©pondre aux militants qui vinrent lui en demander aprĂšs le dĂ©but des incidents dans la rĂ©gion. Ce sont les provocations qui ont mis le feu aux poudres. Le scĂ©nario fut le mĂȘme un peu partout. DĂšs que les drapeaux Ă©taient sortis, la police tirait sur le porteur. La foule rĂ©agissait. » (El Jarida – novembre-dĂ©cembre 1974) (
) Par contre, aprĂšs le 8 mai, des responsables du Constantinois demandĂšrent aux dirigeants du PPA d’appeler Ă  l’insurrection gĂ©nĂ©rale pour soulager les populations de la rĂ©gion qui supportaient, seules, le poids de la rĂ©pression, mais celle-ci n’eut pas lieu, Ă  cause notamment des tergiversations de la direction du PPA. (
) Il apparaĂźt, comme l’écrit Mahfoud Kaddache dans « Il y a trente ans », que « les Ă©vĂ©nements de SĂ©tif et Guelma furent considĂ©rĂ©s comme le signal de la rĂ©volution, de la guerre libĂ©ratrice. » Ainsi, les heurts et les fusillades qui se produisirent dans les deux villes en question – et ce dernier Ă©lĂ©ment seul permet de comprendre l’embrasement du Constantinois – ne trouvĂšrent un Ă©cho que parce qu’il existait une volontĂ© insurrectionnelle dans les masses.

DirigĂ©e par le gĂ©nĂ©ral Duval, la rĂ©pression du soulĂšvement du Constantinois fut d’une sauvagerie indescriptible. (
) dans un message Ă  l’ONU, Messali Hadj dira des Ă©vĂ©nements du Constantinois qu’ils « ont coĂ»tĂ© plus de quarante mille victimes au peuple algĂ©rien. » (
)

Comment ces massacres furent-ils justifiĂ©s par les autoritĂ©s et acceptĂ©s par l’opinion de la mĂ©tropole ? (
) la version officielle du gouvernement de l’AlgĂ©rie, version qui fut Ă©galement celle des trois partis politiques au pouvoir sous la tĂȘte gaulliste (MRP, SFIO et PCF) Ă©tait la suivante : le soulĂšvement du Constantinois Ă©tait un « complot fasciste » accompli par des « agents hitlĂ©riens ». L’armĂ©e n’était dĂ©pĂȘchĂ©e que pour « poursuivre l’action patriotique de nettoyage ». (
)

Le 11 mai, « L’HumanitĂ© » relatait les Ă©vĂ©nements du 8 en rapportant la dĂ©claration du gouvernement gĂ©nĂ©ral : « Des Ă©lĂ©ments troubles d’inspiration hitlĂ©rienne se sont livrĂ©s Ă  SĂ©tif Ă  une agression armĂ©e contre la population qui fĂȘtait la capitulation hitlĂ©rienne. La police, aidĂ©e de l’armĂ©e, maintient l’ordre. » En publiant sans rĂ©serves ces propos sous le titre : « A SĂ©tif, attentat fasciste le jour de la victoire », le quotidien du PCF accrĂ©ditait la version de l’administration coloniale. (
)

(Le 12 mai,) le ComitĂ© central du PCF, prenant une position sans nuances, recommandait explicitement une rĂ©pression rapide et impitoyable. Il publiait immĂ©diatement la rĂ©volution suivante : « Il faut tout de suite chĂątier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la rĂ©volte et les hommes de main qui ont dirigĂ© l’émeute. » (
)

Sur une distance de 150 kilomĂštres, de SĂ©tif Ă  la mer, la loi martiale fut proclamĂ©e. La troupe reçut l’ordre de tirer sans sommation. « sur le burnous ». Tout arabe ne portant pas le brassard rĂ©glementaire Ă©tait abattu (tĂ©moignage de Charles-AndrĂ© Julien dans « L’Afrique du Nord »). Les lĂ©gionnaires furent autorisĂ©s Ă  massacrer toute la population arabe de SĂ©tif et mĂȘme ailleurs, oĂč aucune manifestation n’avait eu lieu.
A Villard, pendant deux jours, une batterie de 75 bombarda les douars environnants. A Saint-Armand, les soldats eurent pour mission de raser tous les villages se trouvant à 15 kilomÚtres des centres de colonisation. Périgotville et Chevreuil furent entiÚrement détruits.

L’aviation bombardait et mitraillait Ă  l’intĂ©rieur, tandis que les navires de guerre canonnaient des villages cĂŽtiers. D’aprĂšs ce que reconnut le gĂ©nĂ©ral Weiss, il y eut, en quinze jours, vingt actions aĂ©riennes contre la population. Les avions dĂ©truisirent 44 mechtas (groupe de maisons pouvant aller de 50 Ă  1000 habitants). La marine intervint devant Bougie et Ă  Djijeli. Le croiseur Dugay-Trouin, venu de BĂŽne, fut employĂ© au bombardement des environs de Kerrata. Le douar Tararest fut rasĂ©. Des douars entiers disparurent. (
)

A Guelma, la rĂ©action viscĂ©rale de la population europĂ©enne, sous l’initiative du sous-prĂ©fet, mena Ă  l’organisation d’une milice. Le comitĂ© de vigilance, qui recrutait et contrĂŽlait la milice, comportait une forte majoritĂ© de combattants de la « France combattante », y compris deux responsables du Parti communiste algĂ©rien, ainsi que le secrĂ©taire de l’Union locale de la CGT. Dans ce qui fut l’une des opĂ©rations de reprĂ©sailles les plus meurtriĂšres de mai 1945, les miliciens massacrĂšrent entre 500 et 700 « musulmans ». (
)

Le mouvement syndical de la mĂ©tropole, par l’intermĂ©diaire de son principal reprĂ©sentant, la CGT, adopte des positions voisines du PCF (
) afin de « souligner l’action courageuse et magnifique des organisations syndicales d’AlgĂ©rie pour empĂȘcher que le mouvement ne s’étende Ă  d’autres rĂ©gions. »

Si la situation Ă©tait rĂ©volutionnaire en AlgĂ©rie Ă  la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale, en AlgĂ©rie comme sur une bonne partie de la planĂšte, l’inexistence de partis rĂ©volutionnaires Ă©tait aussi trĂšs gĂ©nĂ©rale et dĂ©truisait l’essentiel des possibilitĂ©s de la situation. La rĂ©volte a Ă©clatĂ© en 1945 en AlgĂ©rie, alors que les travailleurs et les masses populaires ne disposent d’aucune organisation favorable Ă  une rĂ©volution sociale renversant le colonialisme. Le plus important parti dans les masses populaires, algĂ©riennes comme pied-noires, est le Parti Communiste AlgĂ©rien. Alors que le Parti Communiste Français, qui participe au gouvernement, soutient le colonialisme [25] et participe [26] Ă  la rĂ©pression de la rĂ©volte, le PCA dĂ©clare : « FrĂšres musulmans, le peuple de France lutte contre tes ennemis : le fascisme et les trusts qui oppriment l’AlgĂ©rie en mĂȘme temps qu’ils trahissent la France (
) dans cette lutte, une France nouvelle se crĂ©e, qui n’aura rien de commun avec celle d’hier. (
) Ton intĂ©rĂȘt propre est donc d’aider cette France nouvelle Ă  se crĂ©er, Ă  se forger, car c’est le chemin de salut pour toi. » (extrait de « Le PCA au service de la population d’AlgĂ©rie », rapport de Amar Ouzegane Ă  la confĂ©rence centrale du PCA Ă  Alger le 23 septembre 1944). Il va dĂ©noncer la lutte d’indĂ©pendance comme « fasciste ». Le PPA, parti nationaliste de Messali Hadj, qui avait des origines communistes (L’Etoile Nord-africaine), choisit tactiquement de jouer le jeu des Ă©lections dans le cadre colonial, comme l’avait fait l’Association du Manifeste et de la LibertĂ© de Ferhat Abbas. MĂȘme sa frange paramilitaire, l’Organisation SpĂ©ciale, dirigĂ©e par Ben Bella et AĂŻt Ahmed, plus portĂ©e sur l’action directe comme le montrera son Ă©volution en FLN, affirme qu’il ne fallait pas faire la rĂ©volution sociale, pas de soulĂšvement en masse, en 1945. Le rapport de l’OS en 1947 sur l’analyse des Ă©vĂ©nements de 1945 dans le Constantinois et dans toute l’AlgĂ©rie, dont voici quelques extraits, est Ă©difiant sur le caractĂšre contre-rĂ©volutionnaire de la petite bourgeoisie nationaliste radicale :
Rapport de l’Organisation SpĂ©ciale (formation paramilitaire clandestine du PPA) pour le ComitĂ© Central Ă©largi de dĂ©cembre 1948 du Parti du peuple algĂ©rien PPA-MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertĂ©s dĂ©mocratiques) et adoptĂ© par celui-ci :
« Nous nous proclamons un parti rĂ©volutionnaire. Le mot rĂ©volutionnaire est dans les propos de nos militants et de nos responsables. Notre vocabulaire est dominĂ© par des formules Ă  l’emporte-piĂšce, extrĂ©mistes, magiques telles que « le problĂšme algĂ©rien est un problĂšme de force », « nous sommes pour l’action, contre les discours » ; en attendant, nous ne cessons de discourir. (
) Aujourd’hui que l’électoralisme a fait faillite, le regard doit se porter rĂ©solument vers les vĂ©ritables objectifs. Notre but est de mobiliser toutes les couches de la population algĂ©rienne, d’entraĂźner mĂȘme les « mĂ©contents », les « hĂ©sitants », mĂȘme ceux qui sont contre les « inĂ©galitĂ©s choquantes ».

« Des idĂ©es fumeuses, voire saugrenues, bouchent notre conscience. En parlant de soulĂšvement, certains y voient une forme d’insurrection « gĂ©nĂ©ralisĂ©e », Ă  l’exemple de celle de 1871, Ă©tendue Ă  l’ensemble du territoire national. (
) Le but de ce rapport est de prĂ©ciser la donnĂ©e principale de la rĂ©volution : la ou les formes de lutte que doit revĂȘtir la lutte de libĂ©ration. »

« Quelle forme prendra la lutte de libĂ©ration ? La lutte de libĂ©ration ne sera pas un soulĂšvement en masse. L’idĂ©e de soulĂšvement en masse est en effet courante. L’homme de la rue pense que le peuple algĂ©rien peut facilement dĂ©truire le colonialisme grĂące Ă  une supĂ©rioritĂ© numĂ©rique : dix contre un. Il suffira de gĂ©nĂ©raliser Ă  l’AlgĂ©rie entiĂšre un soulĂšvement populaire. (
) En rĂ©alitĂ©, l’idĂ©e de « soulĂšvement en masse » se fonde sur des souvenirs historiques, au niveau de l’opinion populaire. Les paysans n’oublient pas la grande insurrection de 1871. De pĂšre en fils ils ont hĂ©ritĂ© le regret viscĂ©ral que cette insurrection fut circonscrite Ă  la Kabylie, Ă  quelques rĂ©gions de l’AlgĂ©rois et du Constantinois. Ils peuvent croire que cette insurrection aurait rĂ©ussi si elle avait Ă©clatĂ© partout. Il faut prĂ©ciser tout de suite que cette conception n’est pas partagĂ©e par les populations de Kherrata qui ont connu le massacre de mai 1945, ni par celles de Kabylie qui depuis cette date connaissent les rĂ©pressions les plus dures. Les Ă©vĂ©nements qui ont suivi « l’Ordre du 23 mai 1945 » indiquent Ă  quelles aventures tragiques peuvent conduire des idĂ©es archaĂŻques. (
) L’insurrection de 1871 a Ă©chouĂ©, moins parce qu’elle Ă©tait gĂ©ographiquement limitĂ©e qu’en raison de son caractĂšre spontanĂ©, improvisĂ© et des conceptions militaires erronĂ©es de ses dirigeants. (
) Le soulĂšvement en masse est une forme de lutte anachronique. La notion de supĂ©rioritĂ© de la multitude, nous en avons fait l’expĂ©rience, a dĂ©jĂ  bouchĂ© la conscience que devait avoir nos dirigeants des bouleversements engendrĂ©s par l’armement moderne dans l’art de se battre pour se libĂ©rer. Aux yeux des militants qui ont Ă©prouvĂ© directement les consĂ©quences de « l’Ordre et du Contre-Ordre d’insurrection », l’histoire du « cheval blanc » et du drapeau vert » est plus qu’une anecdote humoristique. (Note : le PPA a donnĂ© un ordre d’insurrection, puis l’a dĂ©commandĂ©, mais le contrordre serait arrivĂ© trop tard en Kabylie et Ă  SaĂŻda). (
) L’expĂ©rience du soulĂšvement avortĂ© du 23 mai 1945 est plus proche de nous que l’échec de la rĂ©volution de 1905, ou la dĂ©bĂącle des patriotes irlandais lors de l’insurrection de PĂąques 1916 et du terrorisme qui l’a suivit. De plus, c’est notre propre expĂ©rience ; elle a profondĂ©ment marquĂ© les militants qui l’ont vĂ©cue et qui en ont tirĂ© les leçons pour eux-mĂȘmes et pour le parti. En Ă©tĂ© 1945, le district de la Grande Kabylie reçoit l’ordre d’abattre les candidats aux Ă©lections cantonales. Les responsables du district refusent d’exĂ©cuter cet ordre. (
) Nous pouvons tuer et prendre le maquis, si le parti a prĂ©vu la djihad comme Ă©tape suivante. (
) La forme de lutte individuelle conduit Ă  nous mettre en position de moindre efficacitĂ© et de moindre rĂ©sistance. (
) par contre, le terrorisme sous sa forme dĂ©fensive ou d’appoint, c’est-Ă -dire le contre-terrorisme, peut jouer un rĂŽle dans le cadre de la guerre populaire, comme en Indochine. (
) La guerre est un instrument de la politique. Les formes du combat libĂ©rateur doivent se mesurer Ă  l’aune de la politique. (
) La lutte de libĂ©ration sera une vĂ©ritable guerre rĂ©volutionnaire. (
) La lutte de libĂ©ration de l’humanitĂ© algĂ©rienne sera donc une guerre. Elle assumera les proportions d’un conflit avec la puissance coloniale avec tout son potentiel militaire, Ă©conomique et diplomatique, donc politique. (
) Aussi la guerre rĂ©volutionnaire est la seule forme de lutte adĂ©quate aux conditions qui prĂ©valent dans notre pays. C’est la guerre populaire. Il importe de prĂ©ciser que nous n’entendons pas par lĂ  les levĂ©es en masse. Par guerre populaire, nous entendons guerre des partisans menĂ©e par les avant-gardes militairement organisĂ©es et solidement encadrĂ©es. (
) Et d’abord posons-nous la question : quels sont les principes directeurs qu’il faut rĂ©unir pour assurer la victoire de cette guerre de libĂ©ration ? Sur quels Ă©lĂ©ments doit se baser notre stratĂ©gie pour ĂȘtre victorieuse ? (
) Les principes directeurs de notre stratĂ©gie sont l’avantage du terrain, la guĂ©rilla comme forme de guerre principale, la dĂ©fense stratĂ©gique et non l’offensive, la formation de bases stratĂ©giques (
). Le principe directeur se rapportant Ă  l’unitĂ© d’action avec le Maroc et la Tunisie se situe Ă  la charniĂšre des problĂšmes de stratĂ©gie intĂ©rieure et de stratĂ©gie extĂ©rieure. Nous prĂ©fĂ©rons les situer Ă  cette frontiĂšre. (
) Cependant, l’AlgĂ©rie se condamnerait Ă  perdre d’avantage, c’est-Ă -dire tous les autres atouts, si elle faisait une condition sine qua non d’un dispositif maghrĂ©bin prĂ©alable. (
)
« Les thĂšses assimilationnistes sont bel et bien enterrĂ©es. MĂȘme le Parti communiste algĂ©rien semble se soumettre devant le puissant courant qui porte nos masses vers la libĂ©ration. Il court derriĂšre le peuple dont il prĂ©tend ĂȘtre l’avant-garde. Il va jusqu’à sacrifier comme bouc Ă©missaire, Amar Ouzegane, son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral (note : il est prĂ©sentĂ© comme responsable du soutien du PCA au massacre colonialiste français de SĂ©tif et du Constantinois, dĂ©cision du PCA et du PCF, qui rĂ©sulte de la participation du PCF au gouvernement français et de l’alliance contre-rĂ©volutionnaire du stalinisme et de l’impĂ©rialisme Ă  la fin de la guerre). (
) Cependant, depuis le truquage Ă©hontĂ© des Ă©lections d’avril dernier, au vu de la rĂ©pression qui a prĂ©cĂ©dĂ© et suivi ces truquages, le peuple algĂ©rien dans son ensemble a dĂ©couvert le caractĂšre dĂ©risoire et vain du rĂ©formisme, basĂ© sur la lĂ©galitĂ© coloniale. (
) le patriotisme rural a triomphĂ© dans l’opinion avec la duretĂ© qui caractĂ©rise l’oppression subie par les masses rurales : « Ne nous appelez plus aux urnes, donnez nous des armes ». (
) Ici apparaissent les dangereuses faiblesses de l’Organisation SpĂ©ciale OS. Nous manquons d’armes et d’argent. (
) Le problĂšme de l’armement doit ĂȘtre le souci majeur du parti. (
) Un appareil Ă©metteur-rĂ©cepteur nous a coĂ»tĂ© 100.000 francs, l’équivalent du budget de fonctionnement mensuel allouĂ© Ă  l’organisation. Aucun sou n’a Ă©tĂ© consacrĂ© par le parti Ă  l’achat d’armements. (
) Nous disposons aujourd’hui de trois organisations toutes structurĂ©es Ă  l’échelle nationale. Il y a le MTLD, appareil lĂ©gal et public. Il y a l’OS, organisation paramilitaire, ultra clandestine. Il y a le PPA, appareil semi clandestin ou prĂ©tendu tel. Ces trois structures correspondent au schĂ©ma dĂ©cidĂ© par le CongrĂšs de 1947. (
) Dans des localitĂ©s, les responsables de l’OS sont Ă  la fois dirigeants des sections locales du MTLD, du PPA et conseillers municipaux. N’ayant pu ĂȘtre remplacĂ©s Ă  leurs « fonctions » lĂ©gales ou semi lĂ©gales, ces responsables n’ont pas pu se conformer aux directives de l’état-major de l’OS qui leur « fait obligation de se faire oublier » des autoritĂ©s 
 des polices et des masses. »

« Puisqu’on nous parle souvent de « plan de sĂ©curitĂ© », il n’en existe pas d’autre que le maquis. Les militants sont aujourd’hui connus de toute façon. Ils ne peuvent pas Ă©chapper aux coups de filet par « la simple vigilance ». Ils doivent pouvoir continuer leurs activitĂ©s au sein des masses en s’intĂ©grant clandestinement Ă  elles. »

« Perspectives

« Cette guerre de libĂ©ration mettra aux prises, nous n’aurons de cesse de le rappeler, une puissance mondiale Ă  une nation dĂ©sarmĂ©e qui de surcroĂźt a Ă©tĂ© soumise Ă  une politique de dĂ©personnalisation et d’asservissement pendant plus d’un siĂšcle. (
) La guerre populaire de libĂ©ration nous donne des atouts. D’abord la force morale d’une cause juste (
) Les vertus guerriĂšres de notre peuple, le mĂ©pris du danger, la force de caractĂšre et d’esprit, la persĂ©vĂ©rance trouveront dans l’Islam bien exploitĂ© un Ă©lĂ©ment de mobilisation et de soutien dans les vicissitudes, les revers, le deuil et les « hasards » de la guerre. Ensuite, l’AlgĂ©rie c’est notre pays. Le peuple algĂ©rien connaĂźt ses moindres recoins. Il fait corps avec le relief. La guerre de partisans, avec ses fonctions de commandos dans les villes, ses actions de sabotage gĂ©nĂ©ralisĂ©es, nous permettra de tirer le maximum de ces atouts, c’est-Ă -dire de durer et d’atteindre les objectifs de la dĂ©fense stratĂ©gique. (
.) Il s’agit de combler nos lacunes et de travailler en profondeur nos masses rurales. Le patriotisme rĂ©volutionnaire est dans les campagnes ; la paysannerie pauvre, la paysannerie des khammes, les petits paysans constitueront l’élĂ©ment moteur de la guerre de libĂ©ration. Leur tempĂ©rament, l’amour patriotique qui s’aiguise dans le nif (note : sentiment de l’honneur) et la « convoitise de la gloire « , leur dĂ©vouement fanatique, gage de fermetĂ© et d’obstination, toutes qualitĂ©s et force d’ñme qui les ont rendu jadis et les rendront encore maĂźtres dans l’art de la guĂ©rilla. (
) la nature mĂȘme chez nous de l’oppression coloniale de mĂȘme que la rĂ©pression sous toutes ses formes, Ă©conomique, policiĂšre, terroriste, administrative, ont atteint des paliers exaspĂ©rants. D’oĂč la vĂ©hĂ©mence du mĂ©contentement gĂ©nĂ©ral. Aujourd’hui, la conscience rĂ©volutionnaire consiste Ă  exploiter l’impasse lĂ©galiste et les fiascos rĂ©formistes afin de familiariser les masses avec l’idĂ©e d’une vĂ©ritable guerre et faire ainsi du recours Ă  la violence non pas un geste de dĂ©sespoir, de colĂšre et de rĂ©volte, mais un geste rĂ©volutionnaire qui doit mener Ă  la victoire. (
)

« Le mot d’ordre « La terre Ă  ceux qui la libĂšrent » qui correspond aux aspirations de nos masses rurales aura un effet multiplicateur, c’est-Ă -dire durablement mobilisateur. Le slogan quĂ©mandeur « La terre Ă  ceux qui la travaillent » est sans effet (
) Il importe de bĂ©tonner notre implantation rurale. Il faudra tirer avantage de l’influence des notabilitĂ©s acquises au mouvement pour structurer les paysans.

« Nous voulons trois choses : des armes ! encore des armes ! toujours des armes !
La stratĂ©gie du harcĂšlement qui suppose des sĂ©ries de petites attaques ne peut remplir son objet sans armes individuelles, pistolets mitrailleurs, fusils mitrailleurs, mitrailleuses lĂ©gĂšres, grenades offensives, grenades anti-chars. La stratĂ©gie de dĂ©sorganisation de l’infrastructure coloniale, de dislocation Ă©conomique et de destruction des voies de communication, suppose Ă©galement les techniques d’explosifs les plus appropriĂ©es. Il est indispensable d’avoir dans chaque rĂ©gion des stocks de guerre. (
) MalgrĂ© les sacrifices des masses et la gĂ©nĂ©rositĂ© des militants, le parti ne pourra au mieux que se procurer les ressources de subsistance Ă  l’intĂ©rieur du pays. C’est Ă  l’extĂ©rieur que nous devons nous approvisionner. (
) Une Ă©quipe doit ĂȘtre chargĂ©e de trouver les armes et les finances qu’exige la conjoncture. (
) Certains nous consentiraient un emprunt par solidaritĂ© sentimentale, anti-coloniale ou par communion de lutte contre l’impĂ©rialisme ; l’intĂ©rĂȘt, le calcul n’y est peut-ĂȘtre pas totalement absent. Ils pourraient escompter des avantages politiques Ă  plus ou moins long terme. »

« La proclamation de l’indĂ©pendance du Viet Minh, la guerre de libĂ©ration qui se dĂ©roule au Tonkin, la rĂ©sistance de l’IndonĂ©sie, les Ă©vĂ©nements de Madagascar, le revirement anglo-saxon en faveur de l’indĂ©pendance libanaise et syrienne, autant de faits qui illustrent la puissance du phĂ©nomĂšne anti-colonial. (
) Cette force « Ă©mancipatrice » est vitale du point de vue strictement militaire, par la dispersion de la puissance et des efforts du colonialisme et l’affaiblissement de son potentiel Ă©conomique. (
)

« Nul doute que la rĂ©sistance du Maghreb sensibilisera les musulmans au plus haut point. L’Islam est un facteur mobilisateur sur le plan moral et affectif. Il peut et doit apporter une contribution dĂ©cisive dans la lutte de libĂ©ration des peuples coloniaux. Aucun Ă©lĂ©ment constitutif de cette force vitale ne doit ĂȘtre nĂ©gligĂ©, pour user et dĂ©truire la force vitale du colonialisme. »

« Depuis quelques mois, la guerre froide sĂ©vit. L’AlgĂ©rie, le Maghreb, est dans la zone d’influence occidentale. Jamais les USA ne permettront qu’il passe du cĂŽtĂ© de l’Est. Gardons-nous d’apriorismes idĂ©ologiques et de slogans sentimentaux créés en dehors de l’espace et du temps. L’efficience rĂ©volutionnaire commande le sĂ©reux et la prudence dans le verbe. »

Rapport, rĂ©digĂ© en 1948 par AĂŻt Ahmed et Ben Bella, dirigeants de l’OS, et adoptĂ© par Messali Hadj et le PPA, avant d’ĂȘtre appliquĂ© comme stratĂ©gie par le FLN, issu de l’OS.

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657

La fin du protectorat français en Tunisie et au Maroc : le point de vue du colonisateur

https://fresques.ina.fr/independances/fiche-media/Indepe00167/le-retour-au-maroc-du-sultan-mohammed-ben-youssef.html

https://fresques.ina.fr/independances/parcours/0011/la-fin-du-protectorat-francais-en-tunisie-et-au-maroc.html

https://fresques.ina.fr/independances/fiche-media/Indepe00032/70-ans-de-presence-francaise-en-tunisie.html

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe01000182/realites-marocaines

A voir : les massacres coloniaux de 1945 en AlgĂ©rie

https://www.youtube.com/watch?v=GFsrhvWP12o

https://www.youtube.com/watch?v=JhNpTku-ofg

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