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Qui était Benoît Frachon, longtemps le principal dirigeant syndical garantissant le caractère stalinien de la CGT

lundi 24 juin 2024, par Robert Paris

Benoit FRACHON en 1944 : les grèves c’est seulement contre l’occupant allemand

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i04281859/benoit-frachon

Benoît FRACHON, sur l’entrée de Ministres Cégétistes au gouvernement de 1945

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i04280767/benoit-frachon-sur-l-entree-de-ministres-cegetistes-au-gouvernement-de-1945

Benoit FRACHON et les accords de Matignon de 1968

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i04321447/benoit-frachon-et-les-accords-de-matignon

Benoit FRACHON et les accords de Matignon de 1936

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i04281854/benoit-frachon-et-lambert-ribot-sur-les-accords-de-matignon-de-1936

Qui était Benoît Frachon, longtemps le principal dirigeant syndical garantissant le caractère stalinien de la CGT

En 1936, Frachon signe pour la CGT les accords avec le patronat et le gouvernement Blum pour faire cesser la vague de grèves, ce qui va permettre à la bourgeoisie de repartir à l’offensive et de mettre en place le pétainisme…

En 1939 et les années suivantes, il soutient tous les retournements de la politique stalinienne : entente avec Hitler puis avec les puissances impérialistes anglo-américianes.

Le 10 septembre 1944, Frachon énonce les grands projets de la CGT : achever victorieusement la guerre impérialiste et reconstruire l’économie capitaliste. Il lance « la bataille de la production » et la relie la défense du capital à la satisfaction des revendications ouvrières. Nationalisme, entente des classes, soutien de l’exploitation, voilà la politique des staliniens de la CGT !

En 1946, Benoît Frachon publie : « La Bataille de la production », ouvrage qui reprend des articles et des discours du secrétaire général de la CGT alors engagé dans la reconstruction de la France capitaliste d’après guerre.

Il justifie ainsi tous les sacrifices subis par la classe ouvrière et dénonce les grèves ouvrières comme « arme des trusts » !

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6938

Alors que les aviations américaine et anglaise en 1944 avaient bombardé massivement les villes et ports de France, avec comme cible les civils et particulièrement les quartiers populaires, faisant en quelques jours bien plus de victimes et de destructions que l’armée allemande tout au long du conflit, la CGT déclare, par la voix de Benoît Frachon à l’assemblée des cadres syndicaux de la région parisienne, « Nous avons accueilli avec joie nos alliés américains et anglais qui sont venus sur notre sol porter des coups sensibles à nos ennemis. (…) L’ennemi a semé sur notre sol des ruines innombrables, il a pillé et détruit. » (le 10 septembre 1944)

La bourgeoisie a conservé le pouvoir politique et social et les travailleurs sont seulement appelés à faire des sacrifices pour reconstruire le capital au nom de l’intérêt national… Le 27 mars 1945, Benoît Frachon écrit dans son rapport au comité national de la CGT : « Nous pourrions citer des centaines d’exemple qui démontrent que la classe ouvrière et les organisations de la CGT luttent avec ardeur et patriotisme pour la production. (…) Nous pouvons affirmer que la classe ouvrière française, dirigée par la CGT et l’ensemble de ses organisations, a lutté et lutte encore pour le redressement économique de la France et sa participation plus active à l’effort de guerre des Alliés. (…) La France a besoin d’une puissante armée nationale et républicaine présente sur les champs de bataille. ( …) Nous appelons à nouveau tous les ouvriers à travailler partout avec ardeur, avec abnégation. Nous leur demandons, en particulier dans les usines de guerre, d’accroître sans cesse leur rendement et de dépasser les plans de production prévus. Nous demandons à tous nos camarades de prendre l’initiative pour constituer partout des comités patriotiques de production. (…) Nous ne sommes pas les adversaires de plans d’avenir pour la restauration et la rénovation de notre industrie. (…) La CGT a demandé la mobilisation de toute la nation, de son industrie, pour l’effort de guerre. Cette demande est plus justifiée que jamais. (…) La CGT ne demande pas que les syndicats se substituent aux directions d’entreprise. La responsabilité de la marche d’une entreprise reste à sa direction. (…) La CGT ne réclame pas pour la classe ouvrière un régime privilégié. Nous savons parfaitement que les circonstances n’autorisent pas à prétendre à une vie facile. (…) Un jour, les porteurs de farine de la région parisienne cessent le travail. On s’émeut (…) Les semaines passent sans résultat. (…) Voici les charbonniers de Paris. Ils ont des salaires de 13 francs par heure. (…) A bout de patience, ils cessent le travail, on ne trouve rien d’autre à leur dire que leur geste est antipatriotique. Dans ces deux cas, dans d’autres aussi, les militants des unions départementales ont pris l’affaire en main. Ils ont demandé et obtenu que le travail reprenne. (…) Les faits démontrent que certaine catégorie de personnages fait tout pour créer des conditions favorables à l’éclosion des conflits. Nous avons bien connu cette situation de 1936 à 1938. Les patrons de combat, hostiles aux réformes, fait tout pour créer des conditions favorables à l’éclosion des conflits. »

Le 20 décembre 1945, Benoît Frachon écrit dans « La Vie Ouvrière » :

« Il y a quelques mois de cela, alors que la remise en ordre des salaires marchait avec quelque lenteur, dans plusieurs départements il y a eu des arrêts de travail d’une heure. Ce fut le cas dans les Bouches du Rhône. (…) De Saint-Etienne et du Pas de Calais nous sont parvenus des tracts et journaux incitant les mineurs à refuser de répondre à l’appel à la production lancé par des syndicats confédérés, ainsi que des appels à la grève. (…) Nos camarades ont chaque fois déjoué les provocations, mais elles peuvent se renouveler. (…) L’intérêt de la classe ouvrière commande que nous fassions un nouvel et constant effort pour liquider la division. Au moment où vont se renouveler les cartes syndicales, nous conseillons vivement à tous nos camarades d’attacher la plus grande importance à la liquidation des groupuscules qui ont vu le jour dans les entreprises. »

Benoît Frachon s’adresse aux mineurs à Valenciennes le 20 décembre 1945 :

« Il y a trois mois, à Lens, je parlais au nom de la CGT devant un imposant rassemblement de mineurs. Au nom du gouvernement, le ministre de la Production industrielle vous demandait, par un nouvel effort, de porter la production quotidienne, pour le bassin du Nord et du Pas de Calais, à 100.000 tonnes à la fin de l’année 1945. La CGT, les syndicats des mineurs vous invitaient à répondre favorablement à la demande qui vous était adressée par le représentant du gouvernement. Quelques mois auparavant, à Waziers, notre ami Maurice Thorez avait lancé aux mineurs son retentissant appel au développement de la production. (…) Il restait cependant à vaincre quelques incompréhensions, des résistances, des sabotages ouverts ou larvés qui n’étaient pas le fait de l’immense majorité des mineurs, lesquels avaient fort bien compris que leur devoir national ainsi que leur intérêt de prolétaires exigeaient l’augmentation de la production. (…) Je sais qu’en dépit du plus élémentaire bon sens il en est quelques uns qui poursuivent leurs campagnes systématiques contre l’augmentation du rendement. (…) Ne vous laissez pas intimider par les criailleries de ces braillards. (…) Demandez leur leurs états de service contre l’occupant. (…) On nous dit aussi que ces mêmes hommes étaient les plus acharnés adversaires du travail à la tâche et des primes. (…) Est-il un homme de bon sens qui saurait soutenir que l’équipe qui fait 5 tonnes mérite le même salaire que celle qui en fait 13 ? (…) Il est des fosses où les mineurs ont dépassé largement leur programme. En est-il de même dans ce bassin d’Anzin ? On vous l’a déjà dit : vous êtes en retard sur les autres bassins ; non seulement le programme n’a pas été dépassé, mais il s’en faut d’un millier de tonnes que vous l’ayez atteint. Dans un rapport que j’ai vu, on constate des manquements que nous dénonçons depuis six mois ; dans ce rapport, on parle de sabotage de l’outillage, d’outillage qui disparaît, on y parle d’absentéisme, dont la moyenne est de 21% et allant dans certaines fosses jusqu’à 39%. (…) Comment se peut-il que les choses en soient ainsi, camarades ! (…) Il serait du devoir de tous leurs camarades de les rappeler à l’honneur et défendre la collectivité contre les éclaboussures qui pourraient rejaillir sur eux d’actions individuelles peu recommandables. »

Dans L’Humanité du 7 août 1945, Benoît Frachon, alors qu’une fraction majoritaire de la CGT a basculé dans la grève, dénonce les grévistes des PTT :

« Les fonctionnaires, cheminots, les ouvriers des services publics, les ingénieurs et agents des cadres, les retraités ont satisfaction complète dans leurs revendications immédiates. Les travailleurs des PTT verront également le triomphe de revendications qu’on leur refusait depuis des mois, en même temps qu’on excitait leur mécontentement. (…) Devant de tels résultats, on comprend que toute la tourbe réactionnaire s’agite et cherche à nuire à une organisation qui remplit si bien sa tâche. (…) L’utilisation par les ennemis de la classe ouvrière de l’acte d’indiscipline de quelques éléments des PTT n’est qu’une resucée de ce que nous avons connu à plusieurs reprises. Quel meilleur moyen de discorde que d’entraîner une partie d’entre eux dans une grève, en utilisant un juste mécontentement et de leur opposer ceux qui ont respecté la discipline syndicale ? (…) Les travailleurs des PTT ne manqueront pas de régler démocratiquement, à l’intérieur de leur organisation et dans le cadre des statuts qui les régissent, les problèmes posés devant eux. Ils déjoueront toutes les manœuvres de division et feront échec à cette première tentative violente d’introduire dans la CGT des germes de conflit. Ce faisant, ils suivront la voie qu’a prise le Comité confédéral national. »

En 1946 :

Contre les délégués ouvriers de chez Alsthom... Benoît Frachon défend la carte de pain.

Un ouvrier de l’usine Alsthom-Lecourbe écrit :

Le samedi 29 décembre, à l’usine Alsthom, dans chaque secteur des ouvriers ont eux-même établi des listes de protestation contre le rétablissement de la carte de pain. Des ouvriers ont demandé à la section syndicale d’intervenir au sujet de l’insuffisance de la ration, sans cela ils seraient obligés d’agir eux-mêmes.

Mercredi, à la première heure, a lieu un débrayage. Les délégués téléphonent à la locale. Lorrel arrive pour demander la reprise du travail et explique qu’on n’a pas de blé, que les Américains n’ont pas tenu leurs promesses, etc.

Plusieurs camarades ont répondu qu’il y avait du blé, qu’à la campagne il y avait encore des meules intactes.

Lorrel promet alors que la C.G.T. allait faire pression sur le gouvernement et qu’une délégation ira au Ministère du Ravitaillement.

Nous formons une délégation de délégués ouvriers et d’ouvriers du rang, en tout 43, qui se rend au Bureau Confédéral, rue Lafayette ; elle est reçue par Henri Raynaud qui nous renvoie rue Timbaud à l’Union des Métaux.

La délégation ayant répondu qu’elle voulait frapper à la tête, il a commencé à crier puis a été chercher Frachon qui nous donnait du "cher camarade" et a recommencé le même laïus sur la situation difficile, etc. Les camarades insistant pour savoir ce qu’il comptait faire. La réponse est : "Ca fait 40 ans que je milite, ce n’est pas pour me faire engueuler dans notre (!?) propre maison".

La délégation se rend alors rue Timbaud à l’Union des Métaux. Hénaff la reçoit et donne la même réponse sur les temps difficiles, il se met lui aussi à rabrouer quelques ouvriers. Nahele demande si on était ici dans une maison de combat. Un ouvrier répond que si nous payions des cotisations, il était normal qu’on veuille être défendus.

Quelqu’un a dit à Frachon qu’il s’était bien voté les 1 000 francs d’indemnité parlementaire. Celui-ci a répondu que les communistes avaient voté contre et qu’ils ne les touchent pas ; que nous venions dans un but politique, que nous n’aurions pas dû faire un mouvement de grève, qu’il ne voulait recevoir qu’une petite délégation, que c’était de la provocation (!!), et qu’il a toujours combattu pour la classe ouvrière.

Nous allons ensuite au Ministère du Ravitaillement où on ne voulait laisser monter que quelques gars. Comme nous voulions entrer tous, on nous envoie rue de Varenne qu’on prévient de notre arrivée ; de nombreux agents attendaient, toutes les rues étaient barrées. Six ouvriers seulement sont reçus par le chef de cabinet ; là encore on leur dit qu’on ne pouvait pas grand-chose, qu’il fallait s’estimer heureux car la ration de pain aurait pu n’être que de 200 grammes, qu’on savait bien qu’il restait du blé à la campagne, mais qu’il le faudra pour la soudure au mois d’août".

A la suite de notre délégation au Bureau Confédéral, celui-ci a promis de demander l’augmentation de la ration des travailleurs.

A la suite des protestations qui ont déjà eu lieu en province, les ouvriers de chez Alsthom donnent ainsi l’exemple dans la région parisienne de la résistance aux nouvelles mesures d’affamement.

Benoît Frachon, dans L’Humanité du 4-01, reconnaît que "le pain constitue l’aliment de base des travailleurs... et qu’il est des ouvriers chargés de famille nombreuse qui ne peuvent acheter la viande que leur octroie le ravitaillement" ; mais il s’indigne contre les protestations des ouvriers et les montre comme fomentées par les syndicats chrétiens et le M.R.P. ! Il répète la même chose que tous les journaux bourgeois : il n’y a pas de blé, pas de devises... il n’y a qu’à serrer la ceinture.

Pourquoi Frachon dit-il aujourd’hui que la carte de pain est nécessaire, quand il y a six mois encore, L’Humanité affirmait tout le contraire ? Que croire ?

S’il n’y a pas de devises, pourquoi ont-ils voté le budget de la guerre, de la D.G.E.R., etc. ? Dans Combat du 19-12 nous lisons : "Les navires (venant d’Amérique chargés de blé) font route vers la France par le détroit de Magellan et la Terre de feu, car le gouvernement français ne dispose pas d’assez de devises pour solder leur passage par le Canal de Panama. Le voyage jusqu’aux ports français dure, dans ces conditions, 40 jours". Si cette affirmation est vraie, où passent les devises, sinon pour les nombreuses commandes de matériel d’armement ?

Entre l’alimentation des riches et des pauvres, il y a un fossé. Les premiers disposent d’une alimentation de luxe et vivent du marché noir. On devrait donc recenser les riches et les éliminer du ravitaillement en leur retirant les cartes d’alimentation.

Le marché noir prospère par le trafic et les stocks cachés chez les grossistes. On devrait donc inventorier les stocks et établir un contrôle par en bas de la répartition. Les dirigeants syndicaux ont-ils un boeuf sur la langue qu’ils ne parlent pas du contrôle indispensable des ouvriers, des ménagères, des paysans sur la production et la répartition ?

Si dans toutes usines les ouvriers faisaient montre d’autant d’énergie que ceux de chez Alsthom, au lieu de frapper à la porte des "responsables", ils pourraient d’ailleurs organiser directement ce contrôle en commençant par aller dépister et inventorier les stocks et les dépôts. Travailleurs, revendiquez le contrôle ouvrier sur la production et la répartition ! TOUTE LA POPULATION LABORIEUSE EST AVEC VOUS DANS CETTE VOIE.

Dans plusieurs ateliers de l’usine Citroën-Clichy, les ouvriers ont, d’eux-mêmes, débrayé pour protester contre la carte de pain de famine.

De même chez Renault.

"De nombreuses manifestations ont eu lieu, hier, en province, contre le rétablissement de la carte de pain.

Des grèves de protestation contre la carte ont éclaté dans les usines d’Armentières, d’Halluin et de Fourmies. Les ouvriers protestent aussi contre l’insuffisance de la ration. A Fourmies et à Wigneries, les manifestants exigent des boulangers qu’ils vendent le pain sans tickets. A Rennes, dans la Somme, à La Rochelle-La Pallice des incidents analogues se sont produits". (Le Monde, 4-1-46)

Du 8 au 14 avril a lieu le 26e congrès de la CGT à Paris. Elle revendique le chiffre de 5 millions et demi d’adhérents. Le rapport de Benoît Frachon est adopté par 84,4% des voix. 5 octobre, promulgation du Statut général des fonctionnaires par le ministre Maurice Thorez. Début de la Guerre d’Indochine (19 novembre 1946).

Légalisme, patriotisme, unitarisme c’est la ligne exposée par le mot d’ordre du comité central d’Ivry de janvier 1945 « Unir, combattre, travailler ». A l’évidence il y eu des flottements dans l’application de cette stratégie, nombre de militants semblaient plutôt convaincus que la révolution était au bout du fusil, des responsables comme Guingouin dans le Limousin possèdent un réel pouvoir sur les zones qu’ils ont libérées. C’est aussi dans cet esprit qu’il faut comprendre les succès de l’extrême gauche notamment trotskyste. Le PCF fait donc le pari d’être le Grand Parti Populaire issu de la Résistance, pour être selon le mot d’ordre de Thorez « l’initiateur et le conducteur de l’effort populaire pour la reconstruction de la France » et bâtir le « un socialisme à la française » (formule promise à un bel avenir). Dans ce sens la CGT va servir de pierre angulaire dans la construction de cette politique. Au bureau confédéral c’est Benoît Frachon qui mène le jeu même après le retour de Léon Jouhaux, son élection au poste secrétaire général révèle l’efficacité du travail accompli à tous les niveaux de l’organisation en clair les communistes sont les maîtres le recrutement s’accentue et à la fin de 1945 le cap des 5 millions de cartes est franchi. En octobre 1946 au terme d’une série de grèves les fonctionnaires se voient enfin dotés d’un droit syndical pour tous et d’un Statut de la Fonction publique qui reprend pour l’essentiel les dispositions élaborées par la centrale syndicale. Mais en acceptant de jouer le jeu de la « bataille de la production » le syndicalisme va tourner une page de son histoire, en acceptant de devenir un partenaire social par la cogestion des organismes sociaux et entreprenariales, la CGT concourt à la modification des règles du jeu social, à l’encadrement de la lutte de classes et a la disciplinarisation du prolétariat par la définition d’un intérêt commun entre employeurs et salariés. L’institutionnalisation du syndicalisme -dans le droit fil des ambitions de 1936-dessine un terrain neutre où l’affrontement entre capital et travail perd ses élans révolutionnaires. On peut affirmer que les staliniens ont sacrifié la CGT dans leur tactique politique. Les deux principales scissions qui auront lieu en témoignent (création de la CNT-F en mai 1946, décembre 1947 amorce de la scission CGT-FO).

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3750

TRAVAILLEURS !

Cinq années de guerre ont constamment aggravé la situation des masses laborieuses et de la population pauvre. Aujourd’hui nous nous trouvons en face d’un hiver sans charbon et sans provisions. Le chômage sévit, les salaires sont bas, insuffisants, la paralysie économique grandit démesurément la misère : pas de vêtements, pas d’alimentation, pas de chauffage !

Les organisations de la classe ouvrière, dans lesquelles les travailleurs ont mis leur confiance, s’adressent au gouvernement, à l’État, pour lui demander de prendre des mesures contre les capitalistes, qui se sont enrichis de la misère des travailleurs, qui se sont fait de la guerre une source de profits, qui s’opposent aujourd’hui à la reprise de la production là où leurs intérêts le leur dictent, qui s’opposent à l’augmentation des salaires, qui dirigent la répartition des ressources financières et des ressources de matières premières dans un intérêt de spéculation capitaliste, qui continuent à faire fleurir le marché noir et affament les ouvriers.

La CGT dit dans une résolution du 13 octobre : "Les Fédérations nationales ont fait la preuve que la classe ouvrière et les techniciens étaient prêts à l’effort et à la collaboration.
On attend une réponse d’en haut."

Mais il apparaît tous les jours d’une façon évidente qu’en haut, l’État est resté l’État des capitalistes. Tandis que les salaires sont dérisoires, tandis que le chômage sévit, le prix du pain, des loyers, de l’électricité monte. Au sujet de la nationalisation, qui devait briser la puissance des capitalistes et être le point de départ d’une économie plus rationnelle, le ministre de la Production industrielle déclare : "IL N’EST PAS QUESTION DE TOUCHER DES INDUSTRIES OÙ L’ÉMULATION ENTRE LES PERSONNES, L’INITIATIVE PRIVÉE ET LA LIBRE CONCURRENCE DEMEURENT DES FACTEURS DE PROGRÈS. " En fait il s’avère que ces industries où l’initiative, c’est-à-dire LE PROFIT, doit rester privée, ce sont toutes les industries. Chez Renault formellement réquisitionné, l’administrateur-directeur remplaçant est un représentant des 200 familles. Pareillement partout où "l’épuration" a passé : chez Hispano-Suiza, chez Gnôme et Rhône, à l’IP, etc... Aucune expropriation effective n’a eu lieu. On parlait de la confiscation des énormes fortunes de guerre, mais on en est resté au projet. En accord avec la haute finance, le gouvernement prépare la déflation de la monnaie, tandis que la plupart des grosses fortunes sont investies et une bonne part dissimulées par des opérations bancaires.

NULLE PART DANS AUCUN DOMAINE RIEN NA ÉTÉ CHANGE.

Les dirigeants social-patriotes eux-mêmes, qui s’adressent à l’État, ne se plaignent-ils pas en même temps de ce que la majorité des ministres agissent tout à fait comme des agents des capitalistes ?

Il faut que cesse ce jeu des social-patriotes qui s’adressent à l’État pour résoudre des problèmes que celui-ci ne peut pas résoudre, parce qu’il est l’État des capitalistes, mais qui viennent ensuite, comme Benoît Frachon, déclarer que "les ouvriers sont prêts à faire les sacrifices qu’il faudra, à ne ménager ni leur temps ni leur peine ", uniquement parce que les social-patriotes ont aujourd’hui le droit de servir de "conseillers" à ce même État !

Le problème est ailleurs : IL EST DE SA VOIR SI NOUS POUVONS NOUS UNIR POUR IMPOSER, PAR UNE VOLONTÉ INEBRANLABLE DES SOLUTIONS OUVRIÈRES AUX DIFFICULTÉS DE L’HEURE. Seul le bloc uni de la classe ouvrière prenant elle-même la défense de ses affaires et de ses intérêts face aux intérêts des capitalistes, peut arriver à nous tirer, nous les travailleurs et tout le pays, de la situation actuelle. Par quel moyen ? Par un moyen tout à fait à la portée de la classe ouvrière, si seulement celle-ci est décidée à lutter : LE CONTRÔLE OUVRIER.

Le contrôle ouvrier ce n’est pas la formation d’une commission de bureaucrates syndicaux en pourparlers de salon avec le patron, où ils subissent la corruption et la puissance de celui-ci. C’est la classe ouvrière, ce sont tous les ouvriers de l’usine qui par la force de leur action et par une délégation élue et révocable à tout instant par eux (le Comité d’usine) exigent du capitaliste le droit de regard et de contrôle, avec le concours des techniciens, sur la production et la comptabilité de l’entreprise. Ainsi les capitalistes ne pourront plus, à l’abri des secrets industriels et commerciaux, saboter, soustraire leurs ressources, dissimuler les matières premières, produire dans un but de spéculation, etc... LE CONTRÔLE OUVRIER RENDRA IMPOSSIBLE TOUTE MANOEUVRE DU PATRON CONTRE LES OUVRIERS, SANS QUE CEUX-CI NE SACHENT IMMÉDIATEMENT À QUOI SEN TENIR.

Le gouvernement promet aux ouvriers la création de comités consultatifs, sans porter atteinte à l’unité de direction, c’est-à-dire à l’autorité patronale (déclaration du ministre de la Production, 17/10). Qu’est-ce d’autre que les "Comités sociaux" de Vichy ?

Tout le monde reconnaît que l’économie est mal dirigée par les capitalistes, qu’un plan serait nécessaire pour la défense des intérêts des travailleurs. Beaucoup reconnaissent, et nous l’affirmons, que "les ouvriers sont capables, avec l’aide des cadres, de diriger les usines non pas aussi bien, mais MIEUX que les patrons ". Mais JAMAIS on n’octroiera "d’en haut" aux ouvriers le droit de regard sur la production. ET LES MAUX QUI PESENT SUR LES MASSES NE SERONT PAS ABOLIS.

Mais plus tôt la classe ouvrière se décidera pour une lutte décidée, sérieuse, soutenue, plus elle abrégera ses souffrances, plus elle évitera des désillusions et des défaites MILLE FOIS plus dures, MILLE FOIS plus coûteuses que sa propre lutte.

Pour briser le sabotage de la bourgeoisie, VIVE LE CONTRÔLE OUVRIER !

https://www.marxists.org/francais/barta/1944/10/tract_102444.htm

La France est un pays impérialiste, c’est-à-dire qu’à sa tête se trouvent les trusts, les banques, la Bourse, le capital financier (et à leurs ordres un gouvernement et un Etat-major), qui disposent de ressources dans le monde entier. L’impérialisme français peut à la faveur de divergences entre les autres impérialistes (Angleterre-Etats-Unis, par exemple), à la faveur de la prolongation du conflit, des nécessités de la guerre contre l’Allemagne et le Japon, se servir de ses ressources économiques et militaires et en escompter un profit.

Le butin partagé à la table verte, ce sont les capitalistes qui l’empocheront (de la même façon qu’ils s’enrichissent sur les fabrications de guerre), tandis que le peuple français doit participer seulement aux pertes : de nouvelles mobilisations en perspective, de nouvelles destructions, renforcement de la dictature militaire à l’intérieur, désarmement des éléments du peuple ("gardes patriotiques"), consécration des fortunes de guerre par des rentes perpétuelles aux capitalistes, c’est-à-dire maintien du coût de la vie très élevé. La nouvelle "grandeur" offerte par De Gaulle continue pour les travailleurs la longue chaîne de souffrances qu’a apportées la guerre impérialiste aussi bien sous Daladier que sous Pétain.

Pour les capitalistes, la grandeur (le profit), pour les travailleurs, les sacrifices. Afin d’effacer dans les esprits cette différence, le bureaucrate syndicaliste qui soutient De Gaulle, Benoît Frachon, dit : pour la guerre, "le soldat donne sa vie, l’ouvrier son travail, le patron doit abandonner ses profits" (l’Huma, 14/11). Mais le profit est le travail non-payé extorqué à l’ouvrier par le patron, le profit est un vol. Tant que le patron restera patron, il n’abandonnera jamais son vol, c’est-à-dire le profit. Au contraire il est pour la guerre justement et seulement parce que celle-ci est pour lui une source supplémentaire de profit. Quand la bourgeoisie envoie les soldats se battre en Indochine ce n’est pas pour la "patrie", c’est pour sauvegarder les profits de la Banque de Paris et des Pays-Bas. B. Frachon veut faire oublier aux ouvriers ce que lui-même leur enseignait autrefois : "On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les capitalistes".

https://www.marxists.org/francais/barta/1944/11/ldc39_112044.htm

Contre les délégués ouvriers de chez Alsthom...

Benoît Frachon défend la carte de pain

Un ouvrier de l’usine Alsthom-Lecourbe nous écrit :

Le samedi 29 décembre, à l’usine Alsthom, dans chaque secteur des ouvriers ont eux-même établi des listes de protestation contre le rétablissement de la carte de pain. Des ouvriers ont demandé à la section syndicale d’intervenir au sujet de l’insuffisance de la ration, sans cela ils seraient obligés d’agir eux-mêmes.

Mercredi, à la première heure, a lieu un débrayage. Les délégués téléphonent à la locale. Lorrel arrive pour demander la reprise du travail et explique qu’on n’a pas de blé, que les Américains n’ont pas tenu leurs promesses, etc.

Plusieurs camarades ont répondu qu’il y avait du blé, qu’à la campagne il y avait encore des meules intactes.

Lorrel promet alors que la C.G.T. allait faire pression sur le gouvernement et qu’une délégation ira au Ministère du Ravitaillement.

Nous formons une délégation de délégués ouvriers et d’ouvriers du rang, en tout 43, qui se rend au Bureau Confédéral, rue Lafayette ; elle est reçue par Henri Raynaud qui nous renvoie rue Timbaud à l’Union des Métaux.

La délégation ayant répondu qu’elle voulait frapper à la tête, il a commencé à crier puis a été chercher Frachon qui nous donnait du "cher camarade" et a recommencé le même laïus sur la situation difficile, etc. Les camarades insistant pour savoir ce qu’il comptait faire. La réponse est : "Ca fait 40 ans que je milite, ce n’est pas pour me faire engueuler dans notre (!?) propre maison".

La délégation se rend alors rue Timbaud à l’Union des Métaux. Hénaff la reçoit et donne la même réponse sur les temps difficiles, il se met lui aussi à rabrouer quelques ouvriers. Nahele demande si on était ici dans une maison de combat. Un ouvrier répond que si nous payions des cotisations, il était normal qu’on veuille être défendus.

Quelqu’un a dit à Frachon qu’il s’était bien voté les 1 000 francs d’indemnité parlementaire. Celui-ci a répondu que les communistes avaient voté contre et qu’ils ne les touchent pas ; que nous venions dans un but politique, que nous n’aurions pas dû faire un mouvement de grève, qu’il ne voulait recevoir qu’une petite délégation, que c’était de la provocation (!!), et qu’il a toujours combattu pour la classe ouvrière.

Nous allons ensuite au Ministère du Ravitaillement où on ne voulait laisser monter que quelques gars. Comme nous voulions entrer tous, on nous envoie rue de Varenne qu’on prévient de notre arrivée ; de nombreux agents attendaient, toutes les rues étaient barrées. Six ouvriers seulement sont reçus par le chef de cabinet ; là encore on leur dit qu’on ne pouvait pas grand-chose, qu’il fallait s’estimer heureux car la ration de pain aurait pu n’être que de 200 grammes, qu’on savait bien qu’il restait du blé à la campagne, mais qu’il le faudra pour la soudure au mois d’août".

A la suite de notre délégation au Bureau Confédéral, celui-ci a promis de demander l’augmentation de la ration des travailleurs.

A la suite des protestations qui ont déjà eu lieu en province, les ouvriers de chez Alsthom donnent ainsi l’exemple dans la région parisienne de la résistance aux nouvelles mesures d’affamement.

Benoît Frachon, dans L’Humanité du 4-01, reconnaît que "le pain constitue l’aliment de base des travailleurs... et qu’il est des ouvriers chargés de famille nombreuse qui ne peuvent acheter la viande que leur octroie le ravitaillement" ; mais il s’indigne contre les protestations des ouvriers et les montre comme fomentées par les syndicats chrétiens et le M.R.P. ! Il répète la même chose que tous les journaux bourgeois : il n’y a pas de blé, pas de devises... il n’y a qu’à serrer la ceinture.

Pourquoi Frachon dit-il aujourd’hui que la carte de pain est nécessaire, quand il y a six mois encore, L’Humanité affirmait tout le contraire ? Que croire ?

https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/vdt05_010546.htm

Nous voulons frapper à la tête

Les réactions populaires lors du rétablissement de la carte de pain ont soudainement révélé que le pays n’allait pas vers le mieux-être, comme l’avait prétendu De Gaulle dans son discours du Nouvel An.

Au contraire, la situation alimentaire qui a empiré en dépit de toutes les promesses, a confirmé l’anarchie irrémédiable du système de production et de répartition et l’impuissance du Gouvernement. La constatation de cette incapacité du gouvernement à régler la vie économique, dont s’ensuit un gaspillage criminel des richesses et du travail, a soulevé l’indignation des travailleurs.

En province et dans de nombreuses usines de la Région parisienne (Renault, Citroën, etc...) dès les premiers jours de janvier les ouvriers ont manifesté par des débrayages, dont le sens était : "Pas de pain, pas de travail". Si ces mouvements sont restés limités et sans la portée qu’ils auraient pu avoir, c’est parce que les ouvriers s’étant d’abord adressés à leurs directions syndicales, ont été désavoués par elles et ont reçu la consigne de l’inaction, sous le prétexte que : "il n’y a pas de blé, il n’y a donc rien à faire".

Rien d’étonnant de la part de ces dirigeants qui ont pris sur eux de faire le jeu de la bourgeoisie en endossant sa politique, rien d’étonnant de la part de renégats dont la seule devise est "produire", même si c’est des tanks qu’on produit à la place de tracteurs et que c’est des canons qu’on achète à la place du blé.

Dans une usine cependant, chez Alsthom (Lecourbe), les ouvriers décidèrent de ne pas en rester là. Passant outre la direction syndicale à l’échelon de la locale, le 2-1 une délégation de 43 d’entre eux (y compris les délégués mandatés) se rendit directement au Bureau Confédéral de la C.G.T. A Henri Raynaud qui voulait, tout simplement, les renvoyer, ils déclarèrent que "les ouvriers voulaient frapper à la tête". Devant Frachon qui leur parlait de la "situation difficile", ils insistèrent pour avoir une réponse concrète et positive ; alors Benoît Frachon traita cette attitude de provocation et s’indigna que les ouvriers osent venir "engueuler" les responsables syndicaux "dans leur propre maison" (la maison syndicale est donc d’après Frachon la maison des bureaucrates et non des ouvriers). A l’Union des Métaux, la délégation reçut le même accueil et Hénaff justifia la carte de pain de famine par "les difficultés du temps". La délégation obtint cependant la promesse d’une demande d’augmentation des travailleurs.

Mécontent et irrité de cette démarche ouvrière, Frachon dès le lendemain déforma les faits, en écrivant dans L’Humanité que CE SONT LES DIRIGEANTS DES SYNDICATS CHRETIENS QUI SONT LES PROMOTEURS DES GREVES DE PROTESTATION et que CE SONT EUX QUI RECLAMENT LA MAJORATION DE LA RATION DE PAIN A 400 GRAMMES. D’après lui, la délégation de chez Alsthom, qu’il ne nommait pas, n’a cherché qu’à "satisfaire le patron". Aux efforts des travailleurs, à leur combativité, Frachon répond par la calomnie et la rage.

Mais la démarche de la délégation ouvrière de chez Alsthom ne correspondait que trop bien à la pensée et aux désirs de tous les travailleurs. Le mécontentement croissant à Paris et en Province allait le confirmer et obliger les organisations ouvrières officielles à changer sinon d’attitude, du moins de langage.

Dès le surlendemain de l’article de Frachon, Hénaff, dans L’Humanité, demanda "qu’avec l’aide et la participation des paysans travailleurs, groupés dans la C.G.A., et des représentants élus des consommateurs", soit "engagée, sans délai, l’action pour découvrir le blé stocké par les gros hobereaux"... et "que la ration de pain soit portée à une quantité suffisante pour chacun". Le 8 janvier les organisations ouvrières officielles et leurs journaux réclamaient l’ouverture d’une enquête, tandis que LE SECRETAIRE DE LA C.G.A. DEMANDAIT QUE LA RATION DE PAIN SOIT PORTEE A 400 GR.

Le mouvement des travailleurs a ainsi obligé les dirigeants sinon à passer à l’action, du moins à revenir sur leur attitude de la veille et à dénoncer les responsabilités de l’Etat, des capitalistes, des gros minotiers, etc... dans la diminution de la ration de pain, à réclamer l’augmentation de cette ration à 400 grammes, ce que la veille encore Frachon disait être une manœuvre M.R.P. ! Jusqu’où auraient été obligés d’aller les bureaucrates, si ce n’avait pas été seulement la délégation ouvrière de chez Alsthom qui avait déclaré "vouloir frapper à la tête", si ce n’avait pas été seulement elle qui avait entrepris cette action POUR OBLIGER LES BUREAUCRATES QUI SE RECLAMENT DE LA CLASSE OUVRIERE A LA SERVIR AU LIEU DE S’EN SERVIR ?

Mais pourquoi est-ce justement dans cette usine que les ouvriers ont pris cette initiative ? Leurs conditions ne sont pas plus particulièrement mauvaises, ils ne sont pas plus mécontents que d’autres. MAIS IL N’Y A PAS DANS L’USINE L’EMPRISE MALFAISANTE DES REPRESENTANTS DE LA POLITIQUE DU "PRODUIRE" ET DE LA COLLABORATION DE CLASSES.

Si la tendance révolutionnaire conséquente est en minorité, à la tête de la section syndicale se trouvent des ouvriers qui, quoique appartenant dans leur majorité à une tendance plutôt modérée, SONT FIDELES A LEUR CLASSE. C’est cela qui a permis aux ouvriers de chez Alsthom de se manifester conformément aux aspirations de toutes les masses travailleuses.

La façon dont la délégation ouvrière de chez Alsthom a été reçue par les dirigeants syndicaux éclaire le fossé grandissant qui existe entre ces dirigeants et les masses travailleuses du pays. Si les ouvriers ne veulent pas subir de nouvelles trahisons, ils doivent suivre l’exemple de leurs camarades de chez Alsthom :

– il faut "frapper à la tête", c’est-à-dire obliger les dirigeants actuels à se détacher de leur collaboration avec nos ennemis, les capitalistes et leur Etat ;

– il faut rompre avec les renégats de la classe ouvrière, rompre avec le stalinisme et la social-démocratie gangrenée et se tourner vers les tendances révolutionnaires qui agissent conformément aux intérêts ouvriers.

LA LUTTE DE CLASSES.

https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/ldc57_011446.htm

L’ORGANISATION NECESSAIRE

Benoît Frachon essaie de justifier la position du P.C.F. vis-à-vis du mouvement gréviste, dans L’Humanité du 28 août. En relatant, à sa façon, les manifestations et grèves de Nantes, Dijon, Bordeaux, etc..., il tire les conclusions suivantes :

"La grève n’est pas une arme dont on use à tort et à travers... Il est des gens qui sont pris d’une subite et violente passion de retour d’âge pour la grève... Tout cela avec l’objectif bien arrêté de créer un climat favorable à l’éclosion de grèves désordonnées... Nous demandons à tous les militants d’être vigilants, de faire échec à toutes les tentatives des excitateurs pour qui les revendications ne sont qu’un prétexte."

Sur le même ton, Le Populaire vient à sa rescousse, le 30-8 : "La grève est une arme précieuse pour la classe ouvrière. Mais il ne faut l’employer qu’à bon escient et ne pas la placer, surtout, entre toutes les mains. Il en est de plus ou moins honnêtes ou bien intentionnées."

Ce sont là des vérités générales. Mais dans le cas présent, elles n’ont d’autre but que de créer la confusion parmi les ouvriers et de déplacer les propres responsabilités de ces "dirigeants syndicaux ; et politiques sur... la réaction et le Malin !

Examinons de plus près leurs affirmations :

"Dans la totalité des cas, le mécontentement ouvrier est légitime", les ouvriers ont raison, le motif de leurs grèves est juste, reconnaît L’Humanité. Mais... on peut obtenir satisfaction sans grève ! "Le résultat que les postiers ont obtenu, ils pouvaient l’avoir sans grève", dit Frachon. "Le mécontentement est provoqué par la réaction et la grève exploitée par elle." Or, "la C.G.T. a montré qu’elle est une organisation sérieuse, puissante, qui sait obtenir, sans vaine gesticulation, ce dont la classe ouvrière a besoin."

Ainsi donc, les ouvriers pourraient voir leurs revendications satisfaites sans grève, d’une manière pacifique ; et bien que la "puissante" C.G.T. soit partisan de cette tactique rationnelle, une minorité de réactionnaires prend le dessus dans de nombreux conflits !

Ainsi donc, au lieu de suivre la tactique géniale et facile du P.C.F., qui peut obtenir des concessions sans l’action des ouvriers, de façon "économique", les ouvriers tendent leurs nerfs et leurs muscles dans des conflits grévistes répétés, sont en butte aux attaques de la bourgeoisie et des organisations prétendument ouvrières, mènent des combats inutiles à seule fin de satisfaire des réactionnaires !

Ce ne sont là que calomnies et mensonges d’autant plus flagrants que, dans tous les mouvements jusqu’à présent, les ouvriers ont repris les revendications même de la C.G.T., non satisfaites malgré toutes les négociations.

Si les revendications ouvrières pouvaient être satisfaites sans grève, verrait-on les ouvriers faire grève ? C’est parce que depuis deux ans les ouvriers ont eu le temps de mettre à l’épreuve la tactique géniale des Frachon, qui enchaîne tous les jours un peu plus les ouvriers à l’exploitation patronale, qu’ils prennent sur eux, de plus en plus, d’entrer en mouvement à l’encontre de ces "dirigeants".

Les mouvements ouvriers actuels, c’est la situation générale des classes travailleuses qui les commande, et rien d’autre.

Ils surgissent de l’opposition d’intérêts irréductible entre bourgeoisie et prolétariat, ils représentent la lutte de la classe ouvrière contre sa paupérisation, au sortir d’une guerre qui a été pour la bourgeoisie un moyen de réduire les classes laborieuses à une situation de misère.

Il y a dix mois, nous écrivions dans La Lutte de Classes (n°53) : "...Par suite de la politique menée par la bourgeoisie, les grèves, les protestations, etc..., sont tout à fait inévitables dans la situation actuelle et leur importance ne fera que croître." Car... "tout le labeur à bas prix des ouvriers n’est pas destiné à la reconstruction, mais à soutenir la concurrence capitaliste. Il n’y a pas, dans ces conditions, d’amélioration possible à la situation des masses ouvrières en Europe. Dans la concurrence capitaliste acharnée qui se livre en même temps que se prépare la nouvelle guerre, les ouvriers seront sacrifiés économiquement, comme ils le furent physiquement pendant la guerre". (Lutte de Classes. 56, 24-12-1945.)

Le fait qu’aujourd’hui les ouvriers entrent en lutte à l’encontre des dirigeants officiels n’est que le résultat du fait que ces dirigeants ne veulent pas aider les ouvriers à lutter contre la bourgeoisie, mais aident la bourgeoisie contre les ouvriers.

En prétendant que les ouvriers font des grèves inutiles suscitées par la réaction, les chefs staliniens reprennent les calomnies bourgeoises, selon lesquelles le mouvement ouvrier est provoqué non par les besoins profonds de la classe ouvrière, mais par des "meneurs" et des "excitateurs", que la classe ouvrière par son "ignorance" met en danger "l’ordre", etc...

Mais comme le mouvement ouvrier répond, en réalité, au besoin profond de la classe ouvrière de s’opposer à la politique de spoliation de la bourgeoisie, comme ce mouvement témoigne d’une forme de conscience supérieure prise par les ouvriers, dans le fond les arguments de Frachon ne sont qu’un aveu que les chefs staliniens sont en dehors de ce mouvement, qu’ils ne sont pas à la tête des ouvriers dans leur lutte contre la bourgeoisie, qu’ils s’opposent à cette lutte ; c’est pour cela qu’ils recourent aux plus basses calomnies.


En présence d’une C.G.T. opposée à leurs luttes, les travailleurs ont réagi en ne tenant pas compte de son opposition, et en poursuivant la lutte contre la volonté de la direction.

Après Cherbourg, Nantes, le mouvement des postiers, il n’est pas rare de trouver maintenant dans L’Humanité des mises en garde et des protestations de la C.G.T. contre les travailleurs de différentes usines qui font grève sans tenir compte de celle-ci.

Cependant, là où le mouvement dépasse en importance des entreprises isolées ou même des localités, plus exactement dans la grève des postiers où il s’agissait de coordonner en un seul mouvement la lutte de travailleurs dispersés à l’échelle nationale, il a fallu remplacer l’organisation syndicale défaillante.

Cette nouvelle organisation, c’était les Comités de grève, reliés entre eux par un Comité central.

L’opposition de la direction cégétiste aux grèves n’a donc nullement paralysé le mouvement gréviste, n’a pas pu le priver d’organisation. Au contraire, dans les Comités de grève couronnés par un Comité de grève national, les travailleurs ont trouvé une organisation de lutte bien plus démocratique et plus efficace. A la tête du mouvement se trouvaient des gens non pas en vertu de postes de permanents syndicaux, mais élus par tous les travailleurs. Le Comité de grève réalisait ainsi l’unité de tous les ouvriers engagés dans la lutte, indépendamment de leur appartenance politique ; c’est ainsi que malgré l’opposition de la Fédération stalinienne au mouvement, des membres du P.C.F. ont été élus dans des Comités de grève locaux. Mandatés pour une action déterminée, ils donnent la possibilité à la masse ouvrière de contrôler et de renouveler ses dirigeants, sur la base de leurs actes.

Même s’il manque de cadres véritablement prolétariens, par des réunions fréquentes, en donnant aux Comités un caractère permanent, en procédant à des élections de bas en haut, en changeant ceux qui ne donnent pas satisfaction, les Comités fournissent à la classe ouvrière un moyen de former une nouvelle direction, par la sélection de nouveaux cadres.

Dans le mouvement des postiers, des "dirigeants" profitant de leur situation centrale se sont proclamés Comité national, sans élection préalable par les délégués de tous les Comités de base, sans être donc l’expression fidèle de ce mouvement.

Mais même si pour un moment des Jouhaux ou des Staliniens se glissent à la tête des Comités, la forme elle-même de l’organisation, basée sur les éléments engagés dans la lutte, ne leur permet pas de rester à la tête, pour peu que la lutte se prolonge, mettant à nu leur véritable position.

Dans les Comités de grève, aussi bien sur le plan local qu’en les coordonnant sur le plan national par un Comité Central, la classe ouvrière possède la meilleure arme pour s’opposer aux menées bureaucratiques et pour se donner, dans le cadre des luttes à venir, de nouveaux dirigeants dévoués à ses intérêts.

https://www.marxists.org/francais/barta/1946/09/ldc66_090646.htm

L’Avocat des pauvres

Benoît Frachon a écrit une série d’articles leaders dans L’Humanité en faveur du MINIMUM VITAL. Mais comme Benoît Frachon est le représentant officiel de la C.G.T., il est nécessaire d’examiner de près ses arguments ; personne n’ignore, en effet, qu’il est certaines façons de défendre une cause qui peuvent lui être davantage nuisibles que favorables.

Tout d’abord, pourquoi la revendication du minimum vital ?

Avant la guerre, grâce à la surexploitation des colonies, la majorité de la classe ouvrière et des classes laborieuses en général pouvait non seulement manger à sa faim, s’habiller, s’acheter quelques produits de "luxe", mais pouvait dans une certaine mesure épargner, mettre de côté pour les "vieux jours". En un mot, la majorité de la classe ouvrière possédait non seulement le minimum vital, mais dans une très faible mesure, quelques miettes de superflu -bien entendu, PAR RAPPORT AUX NECESSITES IMMEDIATES, NULLEMENT PAR RAPPORT A LA PUISSANCE TECHNIQUE ACQUISE PAR L’HOMME SUR LA NATURE. De ce dernier point de vue, le prolétaire avait tout un monde à gagner.

La deuxième guerre impérialiste mondiale, en ruinant presque tous les pays, sauf les Etats-Unis, a condamné même la classe ouvrière des pays autrefois "riches" à la sous-alimentation, donc à la ruine physique et intellectuelle.

LE MINIMUM VITAL exprime la volonté de la classe ouvrière de recevoir en échange d’un labeur qui crée toutes les richesses, et dont le fruit est dissipé par ceux qui ne travaillent pas, "UN SALAIRE QUI LUI PERMETTE AU MOINS DE NE PAS AVOIR LA SENSATION DE LA FAIM, DU DENUEMENT, DE NE PAS TOMBER MALADE, DE SE SENTIR HOMME, NE FUT-CE QU’UN JOUR PAR SEMAINE" (Lutte de Classes, n°83).

Or, Frachon dit : "...L’ANALYSE TECHNIQUE DU PROBLEME NOUS AVAIT DONNE LE CHIFFRE DE 103.000 FRANCS QUE NOUS AVONS RAMENE A 84.000 EN TENANT COMPTE DES SACRIFICES QUE CHACUN DOIT FAIRE POUR LA RECONSTRUCTION." En réalité, sous couleur de défendre le minimum vital, pour lequel luttent actuellement TOUTES les catégories de salariés, Frachon, représentant officiel de la C.G.T., le condamne formellement.

Si TECHNIQUEMENT (c’est-à-dire EN CALCULANT LA QUANTITE DE BIENS NECESSAIRES A LA REPRODUCTION NORMALE DE LA FORCE DE TRAVAIL DE L’OUVRIER) les dirigeants syndicaux reconnaissent que c’est 103.000 francs qui constituent le minimum vital, sur la base de l’indice des prix en novembre, réduire ce chiffre de 20% en dessous, à 84.000 francs, c’est donner un contenu PATRONAL à la notion du minimum vital.

Par minimum vital, en effet, le patronat entend non pas la reproduction intégrale de la force de travail dépensée par l’ouvrier, mais ce qu’il faut à l’ouvrier pour qu’il ne meure pas : EN CE SENS, ON PEUT DIRE QU’IL Y A LE MINIMUM VITAL DANS LES PRISONS ET DANS LES BAGNES, où les condamnés accomplissent leur temps de peine. Et un ouvrier d’usine peut aussi "vivre" AU DETRIMENT DE SA SUBSTANCE, et mourir non pas à 75 ou 80 ans comme les représentants bien nourris de la bourgeoisie, mais à 40 ou 50 ans. Le minimum vital conçu de cette manière n’est plus un minimum déterminé scientifiquement, mais, comme le dit Frachon, d’après les "SACRIFICES QUE CHACUN DOIT FAIRE POUR LA RECONSTRUCTION".

Pour Frachon, qui écrit : "NOUS NE SOMMES PAS ASSEZ SOTS POUR TRAITER DES RAPPORTS DE CLASSES DE LA MEME FAÇON QU’ON LES TRAITAIT IL Y A UN SIECLE" -il n’y aurait donc plus d’exploiteurs et d’exploités. Nous faisons tous partie d’une seule grande famille (les 200 familles probablement), où les riches ne doivent pas être trop égoïstes, ni les pauvres trop exigeants. Frachon donne l’exemple -lui qui a accès auprès des riches et de la richesse- et sacrifie, dans la revendication officielle de la C.G.T., SANS AVOIR CONSULTE D’AUCUNE FAÇON LA MASSE DES OUVRIERS, 20% DE CE QUI EST VITAL AUX TRAVAILLEURS POUR VIVRE.

Mais sur quoi se sont basés Frachon et ses complices, pour estimer à 20% le sacrifice de substance vitale que les travailleurs doivent faire aux parents riches, les 200 familles ? Pourquoi ceux-ci ne traiteraient-ils pas cette revendication de démagogique, puisque le critère scientifique a disparu ? Pourquoi n’exigeraient-ils pas 25, 30% ? Frachon leur en donne le droit. Il suffit qu’ils démontrent qu’ils "NE PEUVENT PAS", qu’ils sont en train de "BAISSER LES PRIX" (sic) etc...

Quels sacrifices peuvent faire les patrons qui vivent de l’exploitation des ouvriers, et dont la ri-chesse n’est pas le fruit de l’épargne, du travail et du mérite personnels, MAIS DU TRAVAIL NON PAYE SOUSTRAIT AUX OUVRIERS ? C’EST DE LEUR IMPOSER LE MINIMUM VITAL DES OUVRIERS, EN REDUISANT LEUR MARGE DE BENEFICES.

Frachon n’est pas "ASSEZ SOT" pour traiter des rapports de classes de la même façon qu’il y a un siècle, c’est-à-dire au temps de Marx, et de la libre concurrence. Mais il est trop pourri pour poser les problèmes comme on doit les poser à l’époque impérialiste, où les grands trusts et monopoles écrasent les travailleurs, et imposent une lutte de classe cent fois plus intense. Il se réfugie, lui, dans le "socialisme", D’AVANT MARX, et au lieu de représenter la classe ouvrière révolutionnaire, il se fait "L’AVOCAT DES PAUVRES" auprès des classes dominantes. Il est ainsi leur serviteur ; car quel est le socialiste, l’ouvrier éduqué, qui ne sache que, si la classe ouvrière n’a pas réussi à renverser les capitalistes et à s’émanciper, c’est parce qu’elle s’est heurtée non seulement à la force organisée de la classe capitaliste, mais aux préjugés inculqués par celle-ci aux ouvriers ?

La fable des "sacrifices communs" des milliardaires parasites et du travailleur-producteur vaut-elle mieux que celle qui fait croire à tant d’ouvriers arriérés que sans les riches il n’y aurait ni travail ni pain ?

Frachon ne répond aux arguments des patrons sur les "revendications qui mettent en danger le relèvement économique" que par le pauvre argument des "sacrifices communs". Mais pour cela les ouvriers n’ont pas besoin de représentants syndicaux, n’importe quel bourgeois "éclairé" peut en dire autant.

En réalité, l’argumentation de Frachon met en danger le minimum vital parce qu’elle cache ce qu’il y a d’essentiel dans cette revendication non seulement pour les travailleurs, MAIS POUR TOUTES LES COUCHES SOCIALES.

Car, quel est l’élément essentiel de la reconstruction si ce n’est la main-d’oeuvre ? Même des économistes bourgeois sont obligés, quand ils veulent poser sérieusement le problème, de reconnaître que... "DE TOUS LES FACTEURS DE LA PRODUCTION, LE PLUS IMPORTANT N’EST-IL PAS LE FACTEUR HUMAIN, MEME A S’EN TENIR AU POINT DE VUE STRICTEMENT ECONOMIQUE ?" (Monde, 29-12-46). Et quels sont les problèmes de la main-d’oeuvre, si ce n’est ceux du logement, de la nourriture, de la qualification, c’est-à-dire en fin de compte le problème du minimum vital ? Peut-on transformer des ouvriers sous-alimentés en ouvriers qualifiés ? Le problème de la main-d’oeuvre, dont l’économie souffre, n’est pas numérique, puisqu’à côté du manque de main-d’oeuvre subsiste le chômage et tant d’inutiles.

La classe ouvrière n’a pas besoin d’un "avocat des pauvres" ; elle ne mendie pas un morceau de pain ; elle REVENDIQUE, parce que de ses revendications et de son sort dépend le sort de toute la société.

https://www.marxists.org/francais/barta/1947/02/ldc84_021547.htm

LA CLASSE OUVRIERE SE DEFEND,
MAIS SES ORGANISATIONS BUREAUCRATISEES NE LA DEFENDENT PAS

Le patronat ne connaît pas de trêve dans la lutte de classe qu’il impose constamment à la classe ouvrière. Quand celle-ci arrache une victoire, il essaie de reprendre de la main gauche ce qu’il a été obligé de lâcher de la droite. Quand elle subit un échec, il en profite aussitôt pour pousser plus loin ses "avantages". C’est ce qui se produit depuis le mois de décembre : partout les capitalistes s’attaquent à la dignité et aux libertés des ouvriers, à leurs conditions de travail pour les rendre plus pénibles, à leurs salaires pour les ramener plus bas (dans maints endroits les ouvriers ont été ramenés, par divers procédés, aux salaires d’avant novembre).

Si dans un endroit et dans l’autre les ouvriers répondent par des grèves partielles à l’augmentation de la cadence, aux licenciements massifs ou au renvoi de responsables syndicaux, c’est là la preuve que, s’ils ont été trahis dans leurs luttes par les dirigeants bureaucratisés, ils n’acceptent pas encore de se soumettre au patronat.

"La classe ouvrière se défend", s’écrie triomphalement Frachon dans L’Humanité du 17 avril.

Oui la classe ouvrière se défend ! Mais la classe ouvrière se défend aujourd’hui non pas en attaquant le patronat comme elle l’avait fait, en mai dernier, en posant ses propres revendications pour un niveau de vie plus digne. La trahison, par les Frachon et Cie, de la lutte gréviste commencée au mois de mai de l’année dernière, a réduit la classe ouvrière à se défendre péniblement pour parer les coups que veut encore lui porter le patronat. Elle se défend, mais la confiance dans sa force, son union, ses mots d’ordre et ses dirigeants lui manque, pour pouvoir aller courageusement de l’avant. Est-ce cela la victoire des Frachon ?

Quand la classe ouvrière a réellement voulu se défendre, ses dirigeants bureaucratiques l’en ont empêchée. Si, aujourd’hui que la situation de la classe ouvrière a empiré, les Frachon crient victoire, c’est parce qu’ils sont restés les mêmes qu’il y a un an, étrangers aux intérêts des travailleurs, sabotant leurs luttes et criant victoire quand, après avoir réussi à les briser, ils peuvent plus facilement s’emparer des leviers de commande. Les ouvriers sont pour eux ce que sont, sur le champ de bataille, les soldats pour les généraux, un prétexte pour crier victoire.

Oui, la classe ouvrière se défend, mais les organisations bureaucratisées ne la défendent pas !

En mai dernier, pour s’unir et attaquer le patronat, les ouvriers avaient rejeté les dirigeants traîtres ; Quand ils seront à nouveau capables de le faire, ils pourront vraiment défendre leurs libertés et leurs conditions d’existence.

A la R.N.U.R. OU VEULENT EN VENIR LES DIRIGEANTS CEGETISTES ?

Les raisons de faire grève, chez Renault comme partout, ne manquent pas. En premier lieu, le problème du salaire lui-même : la direction a si bien jonglé avec les textes gouvernementaux, que pour la première fois depuis la mise en Régie, les ouvriers se trouvent payés à un taux de base inférieur au minimum légal de leur catégorie.

Mais, s’il n’est nul besoin de "fomenter" des grèves pour que les ouvriers y recourent, comme en ce moment, pour riposter aux attaques de la direction visant l’augmentation des cadences et la diminution des salaires, la façon dont elles sont conduites amène la question : où veulent en venir les dirigeants cégétistes avec leurs grèves, tantôt pour un motif, tantôt pour un autre, sans aucune liaison, ni aucune coordination ?

Tout d’abord, pour savoir que tel département de chez Renault est en grève, il faut lire les quotidiens, et, spécialement L’Humanité qui n’enregistre tous les jours que "victoires". Car dans l’usine, ni tracts ni réunions, même les ouvriers en grève ignorent les revendications qui sont présentées à la direction.

A la 4cv, ainsi qu’aux presses de la tôlerie, les ouvriers ont obtenu satisfaction. Leur salaire était tellement anormal et inférieur au reste de l’usine (62 et même 59 frs. pour un OS à la tôlerie), que la direction a dû céder, bien que même maintenant les ouvriers soient payés à un tarif inférieur aux autres secteurs.

Au Dép.95, par contre, les ouvriers ont fait grève pour revendiquer que la perte de salaire résultant de la suppression de 4 heures supplémentaires soit compensée par une augmentation du salaire horaire. Accorder cette revendication, c’était pour la direction admettre le principe d’une limitation de la journée de travail pour un même salaire. Elle a refusé. Et les délégués se sont inclinés, en déclarant que la direction voulait pousser à une grève générale pour pouvoir se débarrasser des délégués, et qu’il fallait cesser la grève pour ne pas faire son jeu.

Dans leur presse, les dirigeants cégétistes affirment que les ouvriers luttent, en même temps que pour des revendications particulières, pour l’augmentation générale des salaires, qu’ils chiffrent à 36% (équivalant à l’augmentation de décembre non accordée par la direction).

Pourquoi, dans aucun des mouvements qui ont lieu, ne posent-ils la revendication des 36 %, qu’ils "défendent" dans leurs journaux ?

Pourquoi ne posent-ils pas la revendication du paiement des heures de grève et répondent-ils aux ouvriers qui la réclament qu’on peut aussi bien s’arranger avec les collectes faites dans l’usine ?

Pourquoi ne posent-ils aucune revendication qui attaque le système de rémunération au rendement, cause de tous les conflits actuels ?

Pourquoi le Comité d’entreprise ne prend-il ses responsabilités pour publier les chiffres que les ouvriers auraient intérêt à connaître, tels que le détail des frais généraux, les sommes investies dans l’achat de nouvelles machines, alors que les revendications des ouvriers ne sont pas satisfaites, les appointements de la haute maîtrise (Grillot, Lefaucheux, etc...), la part versée aux concessionnaires pour la vente des voitures, et, enfin, la part des obligataires dont le seul travail est d’encaisser les bénéfices ?...

C’est que les responsables cégétistes ne recherchent pas la satisfaction des revendications ouvrières, mais uniquement un bilan de "victoires". Et il est d’autant plus facile d’obtenir la victoire, qu’on n’a rien demandé.

Mais l’attitude qu’ils prennent, aujourd’hui, d’entretenir une agitation dans l’unique but de prouver leur "emprise sur les masses" et obtenir leur retour au gouvernement, n’est pas faite pour redonner aux travailleurs la confiance en eux-mêmes, diminuée par l’attitude anti-ouvrière des dirigeants cégétistes dans les grèves de l’année dernière.

C’est pourquoi, comme le dit le dernier tract du S.D.R., aux attaques patronales, les ouvriers doivent répondre en élaborant eux-mêmes leurs revendications, en définissant eux-mêmes les moyens de les faire aboutir.

Ils ne laisseront pas la responsabilité de leurs luttes à des chefs sans scrupules qui veulent spéculer sur leur action pour se hisser à nouveau dans le repaire de brigands qu’est le gouvernement, au lieu de faire aboutir les revendications.

P. BOIS

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7595

A BAS LE "SECRET COMMERCIAL" !

Aux travailleurs, contre lesquels le gouvernement, profitant de l’échec de la grève de novembre-décembre dernier, poursuit son offensive sous couleur de "stabilisation" et de "baisse des prix", la direction frachoniste de la C.G.T. veut prouver qu’elle existe, qu’elle agit et qu’elle possède les moyens d’en sortir.

Dans ce but, elle a convoqué, à Paris, une conférence des délégués aux comités d’entreprise, "élus sous l’égide de la C.G.T.". A ces troupes sélectionnées, prêtes à approuver d’avance n’importe quelle ligne, Benoît Frachon a indiqué les nouvelles tâches. Si, jusqu’à maintenant, les délégués des ouvriers aux comités d’entreprise devaient "collaborer loyalement" avec les patrons et surtout veiller à ce que les ouvriers produisent toujours davantage, dorénavant tout est changé : il faut que les délégués cégétistes aux comités d’entreprise dépistent les bénéfices des patrons et les dévoilent publiquement, surveillent leurs tractations et la "marche générale" de l’entreprise et défendent les travailleurs contre toutes les attaques patronales !
Comme on le voit, depuis les grèves de mai dernier, les dirigeants cégétistes ont entièrement tourné casaque. N’est-ce pas en complète opposition avec la direction frachoniste que les ouvriers révolutionnaires ont réclamé, pour défendre le niveau de vie des travailleurs, non seulement l’augmentation des salaires, mais aussi l’échelle mobile et le contrôle ouvrier sur les prix de chaque entreprise ? Car il n’y avait pas d’autres moyens d’empêcher les capitalistes de reprendre d’une main ce qu’ils avaient accordé de l’autre, de récupérer, et au delà, par la hausse des prix, une dérisoire augmentation de salaires.

La lutte ouvrière a obligé, à nouveau, les dirigeants cégétistes à se réclamer de la lutte de classe. Mais la majorité des travailleurs sait que ce n’est là que pure tactique. Les dirigeants frachonistes ne se posent nullement pour but d’en finir avec l’exploitation capitaliste, seul moyen de sauver définitivement le pouvoir d’achat des ouvriers, mais, plus prosaïquement, de ramener quelques chefs du P.C.F. dans les fauteuils ministériels. Et elle n’ignore pas que le retour au gouvernement du P.C.F. serait, pour la direction de la C.G.T., le retour à l’ancienne tactique : celle de la collaboration de classe pour le patronat et du "produire" (avec des salaires de misère) pour les ouvriers.

Cependant, les ouvriers ne manqueront pas, s’ils en ont la possibilité, d’utiliser l’obligation dans laquelle se trouvent les responsables cégétistes d’entrer en conflit ici et là avec le patronat. Nous disons bien : ici et là, car il ne faut pas oublier la distinction que font les frachonistes entre bons et mauvais patrons – autrement dit pro ou antiaméricains.

C’est pourquoi les ouvriers révolutionnaires devront veiller à ce que les délégués des ouvriers aux comités d’entreprise, et quelle que soit leur étiquette, dévoilent réellement le trafic des capitalistes en les obligeant à soulever entièrement le voile épais dont ils recouvrent leurs scandaleuses opérations sur le dos de tout le peuple, sous couleur de "secret commercial".

https://www.marxists.org/francais////barta/1948/04/vdt41_040748.htm

Ceux qui font l’éloge de Benoît Frachon :

https://www.lemonde.fr/archives/article/1975/08/05/benoit-frachon-est-mort-le-veritable-organisateur-de-la-c-g-t_3100279_1819218.html

https://maitron.fr/spip.php?article23690

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