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Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky...
jeudi 30 juillet 2026, par
Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky
Quand Boukharine débutait un ouvrage par :
« La course effrénée de la Révolution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prolétariat qui tantôt, vainqueur, passe au premier plan, tantôt, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclamé libre comme un oiseau sur la branche — tout cela démontre qu’il n’est pas possible que la révolution russe remporte la victoire définitive sans victoire de la révolution international. »
Quelques années plus tard, le même Boukharine devenait le fer de lance, avec Staline, du socialisme dans un seul pays !
« La thèse de Lénine quant à la possibilité de construire le socialisme intégral est en même temps une réponse à la question du caractère de la révolution russe. C’est une réponse à la question de savoir si l’on peut ou non, pour des raisons internes, entreprendre et mener à son terme l’édification du socialisme, et cette réponse est positive. »
https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm
Voyons maintenant Staline :
« Le sujet de la discussion était le suivant : le congrès estimait que la classe ouvrière, alliée à la paysannerie laborieuse, peut porter le coup de grâce aux capitalistes de notre pays et édifier une société socialiste, même si la révolution occidentale ne vient pas à son secours. L’opposition, au contraire, estimait que nous ne pouvons pas porter le coup de grâce à nos capitalistes et édifier une société socialiste tant que les ouvriers occidentaux n’auront pas remporté la victoire. Or, comme la victoire de la révolution occidentale tarde à venir, il ne nous reste apparemment plus qu’à flâner. »
« Il s’ensuit que nous sommes capables d’édifier entièrement une société socialiste par nos propres efforts et sans la victoire de la révolution en Occident, mais que notre pays ne peut à lui seul se garantir contre les empiétements du capital international. Pour cela, il faut la victoire de la révolution dans plusieurs pays occidentaux. »
« Nous sommes confrontés à trois questions :
1) La victoire du socialisme est-elle possible dans notre pays, sachant qu’il est jusqu’à présent le seul pays de la dictature du prolétariat, que la révolution prolétarienne n’a pas encore été victorieuse dans d’autres pays et que le rythme de la révolution mondiale s’est ralenti ?
2) Si cette victoire est possible, peut-on la qualifier de victoire complète, de victoire finale ?
3) Si une telle victoire ne peut pas être qualifiée de définitive, alors quelles conditions sont nécessaires pour qu’elle le devienne ?
Telles sont les trois questions qui se combinent dans la question générale de la possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays, c’est-à-dire dans notre pays. »
« Cette ligne de notre Parti a été formulée officiellement pour la première fois dans la résolution de la XIVe Conférence sur la situation internationale, la stabilisation du capitalisme et l’édification du socialisme dans un seul pays. Je considère cette résolution comme l’un des documents les plus importants de l’histoire de notre Parti, non seulement parce qu’elle constitue une grande manifestation de soutien à la ligne léniniste sur la question de l’édification du socialisme dans notre pays, mais aussi parce qu’elle constitue en même temps une condamnation directe du trotskisme. Je pense qu’il ne serait pas superflu de mentionner les points les plus importants de cette résolution, qui, curieusement, a été adoptée sur le rapport de Zinoviev. ( Emotion dans la salle .)
Voici ce que dit la résolution à propos de la victoire du socialisme dans un seul pays :
« En général, la victoire du socialisme dans un seul pays ( et non le sens de la victoire finale ) est incontestablement possible . » * 8
Sur la question de la victoire finale du socialisme, la résolution dit :
« L’existence de deux systèmes sociaux directement opposés fait naître la menace constante du blocus capitaliste, d’autres formes de pression économique, d’intervention armée, de restauration. Par conséquent, la seule garantie de la victoire finale du socialisme , c’est-à-dire la garantie contre la restauration, est une révolution socialiste victorieuse dans un certain nombre de pays. » 9
Et voici ce que dit la résolution à propos de la construction d’une société socialiste complète et du trotskisme :
« Il ne s’ensuit nullement qu’il soit impossible de construire une société socialiste complète dans un pays arriéré comme la Russie sans l’« aide de l’État » (Trotsky) de pays techniquement et économiquement plus développés. Une partie intégrante de la théorie de la révolution permanente de Trotsky est l’affirmation selon laquelle « le progrès réel de l’économie socialiste en Russie ne sera possible qu’après la victoire du prolétariat dans les principaux pays européens » (Trotsky, 1922) – affirmation qui, dans la période actuelle, condamne le prolétariat de l’U.R.S.S. à une passivité fataliste. En opposition à de telles « théories », le camarade Lénine écrivait : « On a infiniment éculé l’argument selon lequel, au cours du développement de la social-démocratie d’Europe occidentale, ils ont appris par cœur que nous ne sommes pas encore mûrs pour le socialisme, que, comme le disent certains « savants » parmi eux, les conditions économiques objectives du socialisme n’existent pas dans notre pays » (Notes sur Soukhanov). (Résolution de la Quatorzième Conférence du PCR(B.) sur « Les tâches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Plénum élargi du Comité exécutif de l’IC » 10 )
Je crois que ces points essentiels de la résolution de la XIVe Conférence n’ont pas besoin d’être expliqués. On ne pouvait pas les exprimer plus clairement et plus nettement. Il faut particulièrement souligner le passage de la résolution qui met le trotskysme sur le même plan que le soukhanovisme. Or, qu’est-ce que le soukhanovisme ? Nous savons, par les articles de Lénine contre Soukhanov, que le soukhanovisme est une variété de la social-démocratie, du menchévisme. Il faut souligner cela spécialement pour comprendre pourquoi Zinoviev, qui avait défendu cette résolution à la XIVe Conférence, s’en est ensuite écarté pour s’en tenir au point de vue de Trotsky, avec lequel il a formé un bloc.
En outre, en relation avec la situation internationale, la résolution relève deux déviations par rapport à la ligne fondamentale du Parti qui pourraient constituer une source de danger pour ce dernier.
Voici ce que dit la résolution à propos de ces dangers :
« En rapport avec la situation actuelle sur la scène internationale, deux dangers peuvent menacer notre Parti dans la période actuelle : 1) une déviation vers la passivité, résultant d’une interprétation trop large de la stabilisation du capitalisme observée ici et là, et du ralentissement du rythme de la révolution internationale, c’est-à-dire de l’absence d’impulsion suffisante pour un travail énergique et systématique à l’édification de la société socialiste en URSS, malgré le ralentissement du rythme de la révolution internationale ; 2) une déviation vers l’étroitesse d’esprit nationale, l’oubli des devoirs des révolutionnaires prolétariens internationaux , l’oubli inconscient de la dépendance intime du sort de l’URSS de la révolution prolétarienne internationale, qui se développe, quoique lentement, l’incompréhension du fait que non seulement le mouvement international a besoin de l’existence, de la consolidation et du renforcement du premier Etat prolétarien du monde, mais encore que la dictature du prolétariat en URSS a besoin de l’aide du prolétariat international. » (Résolution de la Quatorzième Conférence du PCR(B.) sur « Les tâches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Plénum élargi du Comité exécutif de l’IC »)
Il ressort clairement de cette citation que la XIVe Conférence, en parlant de la première déviation, avait à l’esprit la déviation qui mène à la méfiance à l’égard de la victoire de l’édification socialiste dans notre pays, déviation répandue parmi les trotskistes. En parlant de la deuxième déviation, la Conférence avait à l’esprit la déviation qui mène à l’oubli des perspectives internationales de notre révolution, déviation qui prévaut dans une certaine mesure chez certains de nos fonctionnaires de la politique étrangère, qui ont parfois tendance à adopter le point de vue de l’établissement de « sphères d’influence » dans les pays dépendants. »
« De plus, si les perspectives de notre travail de construction ne sont pas claires, si nous n’avons pas la certitude que l’édification du socialisme peut être achevée, les masses ouvrières ne peuvent pas participer consciemment à cette œuvre de construction et ne peuvent pas diriger consciemment la paysannerie. Si nous n’avons pas la certitude que l’édification du socialisme peut être achevée, il ne peut y avoir de volonté de construire le socialisme. Qui veut construire en sachant qu’il ne peut pas achever ce qu’il construit ? Par conséquent, l’absence de perspectives socialistes pour notre travail de construction conduit inévitablement à l’affaiblissement de la volonté de construction du prolétariat.
De plus, si la volonté du prolétariat de construire le socialisme s’affaiblit, cela aura nécessairement pour conséquence de renforcer les éléments capitalistes de notre économie. Car que signifie construire le socialisme, sinon vaincre les éléments capitalistes de notre économie ? Les sentiments pessimistes et défaitistes de la classe ouvrière ne peuvent qu’attiser les espoirs des éléments capitalistes de restaurer l’ancien ordre de choses. Quiconque ne saisit pas l’importance décisive des perspectives socialistes de notre travail de construction aide les éléments capitalistes de notre économie et nourrit un esprit de capitulation. »
Trotsky écrivait :
« Au VIIe plénum, Staline déclara (et ce n’était pas la première fois) :
" La question de la construction de l’économie socialiste dans un seul pays fut, pour la première fois, posée dans le parti par Lénine en 1915 " [Compte rendu sténographique, p. 14 (souligné par nous)].
Ainsi, on admet, ici, qu’avant 1915, il ne fut pas question du socialisme dans un seul pays. Cela signifie que Staline et Boukharine ne se réclament pas de toute la tradition précédente du marxisme et du parti sur le problème du caractère international de la révolution prolétarienne. Notons cela.
Qu’a donc déclaré Lénine, " pour la première fois ", en 1915, contredisant ce que Marx, Engels et Lénine lui-même avaient dit jusqu’à cette date ?
En 1915, Lénine écrivait :
" L’inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme. Il s’ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste isolé. Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir exproprié les capitalistes et organisé chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du monde capitaliste en attirant à lui les classes opprimées des autres pays capitalistes, en les poussant à s’insurger contre les capitalistes, en employant même, en cas de nécessité, la force militaire contre les classes exploiteuses et leurs Etats " [LÉNINE, Œuvres, vol. XXI, p. 354 de l’édition française. Social-Démocrate, n° 44 du 23 août 1915 (souligné par nous)].
Qu’est-ce que Lénine voulait dire en écrivant cela ? Tout simplement que la victoire du socialisme, dans le sens de l’établissement de la dictature du prolétariat, est possible d’abord dans un seul pays, qui se trouvera ainsi en opposition avec le monde capitaliste. Pour repousser les assauts et passer lui-même à l’offensive révolutionnaire, l’Etat prolétarien devra, au préalable, " organiser chez lui la production socialiste ", c’est-à-dire diriger lui-même le travail dans les usines soustraites aux capitalistes. C’est tout. On sait qu’une telle " victoire du socialisme " fut, pour la première fois, acquise en Russie ; pour repousser l’intervention mondiale, le premier Etat ouvrier dut, tout d’abord, " organiser chez lui la production socialiste " ou des trusts " de type socialiste conséquent ". Ce que Lénine entendait par " victoire du socialisme dans un seul pays", ce n’est pas une société socialiste fantasmagorique, vivant pour elle-même - surtout dans un pays retardataire - mais quelque chose de bien plus réaliste : précisément ce que la Révolution d’Octobre a réalisé chez nous dès la première période de son existence.
Peut-être faut-il encore apporter des preuves à la démonstration ? Il y en a tant que seul le choix est difficile.
Dans ses thèses sur la guerre et la paix (7 janvier 1918), Lénine évoquait " la nécessité, pour la victoire du socialisme en Russie, d’un certain laps de temps, pas moins de quelques mois ".
Au début de la même année 1918, dans un article dirigé contre Boukharine et intitulé De l’enfantillage gauchiste et de la petite bourgeoisie, Lénine écrivait :
" Si, dans six mois par exemple, nous avions instauré chez nous le capitalisme d’Etat, ce serait un immense succès et la plus sûre garantie qu’un an plus tard, dans notre pays, le socialisme serait définitivement assis et deviendrait invincible " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXVII, p. 349 de l’édition française).
Comment Lénine pouvait-il fixer un délai aussi court pour la " consolidation définitive du socialisme " ? Quelle signification matérielle et sociale, concernant la production, donnait-il à ces paroles ?
Cette question apparaît soudain sous un autre éclairage si l’on se rappelle que le 29 avril de la même année 1918, dans son rapport au Comité exécutif central panrusse des soviets, Lénine déclarait :
" Il est douteux que même la génération suivante, qui sera plus développée, puisse réaliser entièrement le passage au socialisme " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXVII, p. 312 de l’édition française).
Le 3 décembre 1919, au Congrès des exploitations collectives et des artels agricoles, Lénine s’exprima ;avec plus de vigueur encore :
" Nous savons que nous ne pouvons instituer immédiatement l’ordre socialiste ; Dieu veuille que nos enfants, et peut-être même nos petits-enfants, le voient s’établir chez nous " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXX, p. 205 de l’édition française).
Dans lequel de ces deux cas Lénine avait-il raison : quand il fixait douze mois de délai pour la " consolidation définitive du socialisme " ou bien quand il chargeait non pas nos enfants mais nos petits-enfants de l’édification de " l’ordre socialiste " ?
Lénine avait raison dans les deux cas, car il avait en vue deux étapes différentes et sans commune mesure de la construction du socialisme.
Dans le premier cas, par " consolidation définitive du socialisme", Lénine entendait, non pas l’édification de la société socialiste dans le délai d’un an ou même de " quelques mois " (c’est-à-dire la suppression des classes, le dépassement de l’opposition entre la ville et la campagne), mais la remise en marche des fabriques et des usines aux mains de l’État prolétarien, qui rendrait possible l’échange des produits entre la ville et la campagne. La brièveté même du délai donne ici la clé qui permet de saisir sans erreur toute la perspective.
« Telle est l’affaire avec Staline. Elle ne saurait être plus lamentable. Il est vrai qu’on pourrait s’en consoler si elle n’était tout aussi lamentable pour le VIIe Plénum du Comité exécutif de l’Internationale.
Il reste un dernier espoir : c’est qu’au moins Boukharine, le véritable auteur du projet de programme, ait toujours admis la possibilité de l’édification du socialisme dans un seul pays. Vérifions. Voici ce qu’écrivait Boukharine à ce sujet en 1917 :
" Les révolutions sont les locomotives de l’histoire. Même dans la Russie arriérée, le prolétariat seul peut être le machiniste irremplaçable de cette locomotive. Mais le prolétariat ne peut déjà plus rester dans les limites des rapports de propriété de la société bourgeoise. Il marche vers le pouvoir et le socialisme. Cependant, cette tâche qui est " mise à l’ordre du jour " en Russie aussi ne peut être réalisée " à l’intérieur des frontières nationales ". Ici, la classe ouvrière se heurte à un mur infranchissable où on ne peut ouvrir une brèche que par le bélier de la révolution ouvrière internationale " (BOUKHARINE, La lutte des classes et la révolution en Russie, 1917, p. 3 et 4 de l’édition russe). »
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html
Lénine n’a jamais défendu le « socialisme dans un seul pays » de Staline
https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464
Quelques mensonges sur la "construction stalinienne du socialisme"
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384
Quand Staline s’attaquait à la perspective internationale et prolétarienne de Lénine
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567
L’économie de l’URSS était-elle socialiste ?
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936
Face à la stabilisation de la bureaucratie stalinienne qu’exprime la notion anti-marxiste de « socialisme dans un seul pays », construire et souder une force fidèle au bolchévisme.
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm