Accueil > 05 - ECONOMIC POLICY - ECONOMIE POLITIQUE > 5- L’économie mondiale en route vers une nouvelle crise systémique (…) > Intervention des USA au Vénézuela : Trump déguise une déroute économique en (…)

Intervention des USA au Vénézuela : Trump déguise une déroute économique en victoire ?

lundi 12 janvier 2026, par Alex

Intervention des USA au Vénézuela : Trump déguise une déroute économique en victoire ?

Qu’est-ce qu’un grand général ? Napoléon a écrit qu’on rencontre beaucoup de bon généraux victorieux, mais qu’un grand général est celui qui dans la défaite, parvient à reculer en gardant la cohésion de son armée, évitant la débandade.

Remarquons que par avance, Napoléon salut ainsi la politique du parti bolchévique qui en juillet 1917, parvint à s’opposer à l’insurrection ouvrière, faisant battre en retraite le prolétariat de Pétrograd, pour mieux lancer à l’assaut celui de toute la Russie en octobre.

Mais revenons à notre sujet : Trump semble avoir remporté une victoire le 1er janvier, par une opération exemplaire, kidnappant le président du Vénézuela Maduro.

Les vierges effarouchées démocrates, anti-capitalistes ont poussé des cris d’indignation démocrates, anticapitalistes : Trump a bafoué le droit international, les droits du peuple Vénézuelien ; c’est un durcissement de l’impérialisme, la marche à la guerre.

La misère des "analyses" de l’extrême-gauche opportuniste apparait dans leur ralliement à toutes ces formules de la démocratie bourgeoise.

L’acte de Trump n’a rien d’exceptionnel, et n’est en soi pas le signe que l’on marche vers la guerre mondiale, car de telles interventions impérialistes en Amérique du Sud datent de l’arrivée de Christophe Colomb en 1492. L’enlèvement de Maduros est similaire à un des nombreux épisode de la Françafrique.

Les points suivants conduisent à une interprétation différente :

1) Ceux qui ont lu "Les veines ouvertes de l’Amérique latine" d’Eduardo Galleano, "Week-end au Guatemala" de M.-A. Asturias, "Missing" de Thomas Hauser, remarquent que l’opération « Absolute Resolve » (bonne année 2026 aux vénézueliens dans le langage de la CIA) n’a rien de la violence des interventions de 1954, 1973 et autres : où sont les stades de prisonniers, les centres de torture, les officiers français instructeurs etc. Les seules victimes semblent être les gardes cubains du couple présidentiel.

2) US go home ! répètent les "anticapitalistes". Mais les Yankees sont repartis tout de suite ! Ils ont nettoyé la chambre de Maduros et gracieusement offert une bouteille d’eau dans l’avion. Ils n’ont rien tenté contre le régime, écartant par avance l’opposition "démocratique" pro-américaine symbolisée par la prix Nobel de paix.

3) Certes, Trump le "colonialiste", l’"impérialiste" a affirmé que le pétrole vénézuélien était désormais américain. Il connait son métier. Et certes c’est méchant, c’est un des 7 péchés capitaux : l’envie. Mais au lieu de s’enflammer, les révolutionnaires devraient réfléchir. Car cette affirmation est en fait un revirement politique complet : le pétrole vénézuélien ne sera donc dorénavant plus sous embargo, puisqu’il a un passeport américain !

4) L’appareil bonapartiste de type péroniste qui avait à sa tête Chavez, puis Maduro, se réjouit sans doute : il pourra désormais vendre son pétrole. C’est peut-être ce qui explique que la défense anti-aérienne du Vénézuela a été "débranchée" : le régime du Vénézuéla a coopéré avec la CIA. C’est un Etat bourgeois, qui n’a rien de révolutionnaire, sa coopération occasionnelle avec l’impérialisme est cohérente.

5) Le pétrole du Vénézuela est dit "lourd". Or à force de sanctions contre la Russie, l’Iran etc, les USA viennent à manquer d’un tel pétrole :

Le Venezuela dispose des plus grandes réserves de pétrole au monde, l’équivalent de 303 milliards de barils en 2023, selon l’Agence internationale de l’énergie, mais Caracas ne produit que 874.000 barils par jour : du pétrole lourd ou extra-lourd venu de l’Orénoque.

Aux États-Unis, voisin du nord et premier producteur de pétrole au monde, c’est du brut léger qui est produit. Mais le pays dispose d’une concentration unique au monde d’une dizaine de raffineries, principalement situées autour du Golfe du Mexique, spécialisées précisément dans le raffinage de pétrole lourd essentiel pour toute une série d’usages industriels. Il sert notamment à produire du diesel, des carburants industriels et des sous-produits comme le bitume, indispensable à la construction des routes. C’est un pétrole moins adapté à la production d’essence, mais central pour l’appareil industriel américain. Mais cet or noir-là se trouve dans quelques pays seulement : Canada, Venezuela et Russie.
Des raffineries de pétrole construites sur mesure au Venezuela

Des années 1920 jusqu’aux nationalisations vénézuéliennes de 1976 puis de 2007, le pétrole du Venezuela a été largement exploité par des compagnies américaines. Les raffineries américaines ont donc été dimensionnées, techniquement et économiquement, pour ce type de brut.

En 1957, au sommet de ce système, les profits réalisés par les majors américaines au Venezuela sont colossaux rappelle l’économiste Gabriel Zucman à Mediapart : l’équivalent de 12% du revenu national vénézuélien est versé aux actionnaires américains, soit à peu près autant que ce que touche la classe populaire du Venezuela.

Mais depuis 2019 et l’embargo américain, Washington a dû compenser l’absence de ce pétrole lourd.

Les États-Unis se sont tournés massivement vers le Canada, dont le brut est très similaire. Aujourd’hui, environ 60% des importations américaines de pétrole lourd proviennent du Canada. Le Canada est devenu le fournisseur dominant, presque incontournable. Mais ce pétrole est plus cher, et il expose Washington à une dépendance accrue vis-à-vis de son voisin du nord. C’est là que le Venezuela redevient central.

https://www.rtbf.be/article/venezuela-canada-chine-la-bataille-du-petrole-lourd-qui-faconne-la-strategie-americaine-11656845

6) Quoi qu’il en soit, les investissements chinois massifs sont en train de faire passer le Vénézuela dans l’Empire russo-chinois. Trump est sur la défensive, il défend un de ses bijoux de famille contre les nouveaux riches. Le capital financier de type A-A’ est sur la défensive, alors que le capital industriel de type A-M-A’ de l’impérialisme chinois est en train de montrer que la doctrine Monroe est prise en défaut.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.