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L’histoire française du parti qui n’a de socialiste que le nom...
samedi 11 avril 2026, par
L’histoire française du parti qui n’a de socialiste que le nom
Origines
Comme dans tout conte pour enfants, il faudrait commencer par « il était une fois » un parti qui se voulait véritablement socialiste… qui était réellement implanté dans la classe ouvrière et même dont la majorité des militants et des adhérents comme des électeurs étaient ouvriers, qui pensait combattre contre le capitalisme et pour le renverser, contre l’Etat capitaliste et pour le renverser, contre l’impérialisme, le colonialisme, la guerre impérialiste, contre toute forme d’exploitation et d’oppression, etc.
Ce parti a véritablement existé mais il n’est même plus concevable. Le simple fait, pour le parti socialiste d’autrefois, de se considérer non comme un parti électoral et de réformes mais comme un parti communiste révolutionnaire et de luttes de classes, non comme un parti national mais comme une section d’une internationale communiste révolutionnaire, comme un parti dont le but est la suppression de la propriété privée des moyens de production en dit long sur le chemin parcouru jusqu’au réformisme néo-libéral propatronal de Hollande qui prend comme référence Clémenceau, glorifie la marche à la première guerre mondiale et la fraternité des poilus des tranchées, qui présente les étrangers comme des ennemis et affirme que les ouvriers sont des sans-dents.
Le programme du Parti Ouvrier Français de 1880 proclamait :
“Considérant,
• Que l’émancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains sans distinction de sexe, ni de race,
• Que les producteurs ne sauraient être libres qu’autant qu’ils sont seront en possession des moyens de production (terres, usines, navires, banques, crédits, etc.)
• Qu’il n’y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir :
1. La forme individuelle qui n’a jamais existé à l’état de fait général et qui est éliminée de plus en plus par le progrès industriel ;
2. La forme collective dont les éléments matériels et intellectuels sont constitués par le développement même de la société capitaliste.
Considérant,
• Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l’action révolutionnaire de la classe productive - ou prolétariat - organisée en parti politique distinct ;
• Qu’une pareille organisation doit être poursuivie par tous les moyens dont dispose le prolétariat, y compris le suffrage universel transformé en d’instrument de duperie qu’il a été jusqu’ici en instrument d’émancipation ;
Les travailleurs socialistes français, se donnant pour but à leurs efforts l’expropriation politique et économique de la classe capitaliste et le retour à la collectivité de tous les moyens de production… »
https://www.marxists.org/francais/inter_soc/pof/18800700.htm
Les Guesdistes étaient alors de loin le courant le plus déterminé et le plus solide. La FPTSF, formée en parti au Congrès de Lyon en 1878, décida l’année suivante, au congrès de Marseille, d’élaborer un “programme électoral minimum” qui fut en fait dicté par Marx à Guesde. Cette influence marqua notamment ses considérants qui stipulent que ce programme passe par la “propriété collective et ne peut sortir que de l’action révolutionnaire de la classe productive (ou prolétariat) organisée en parti politique distinct”. Ce programme fut confirmé en congrès national au Havre en 1880. Guesde, Lafargue et Deville, furent les principaux animateurs de ce parti qui devint le Parti ouvrier en 1882 puis le Parti ouvrier français en 1893. Le parti se battit non seulement pour des réformes mais aussi pour la conquête du pouvoir politique par les prolétaires. Cette organisation directement inspirée par le marxisme devient d’ailleurs la fraction socialiste la plus nombreuse en France.
Les Possibilistes de Paul Brousse qui fondèrent en 1882 la Fédération des travailleurs socialistes de France (FTSF) subissaient l’influence réformiste du mutualisme fédéraliste et anarchisant proudhonien. Ils affirmaient la nécessité de “fractionner le but idéal socialiste en plusieurs étapes sérieuses, immédiatiser en quelque sorte quelques-unes des revendications pour les rendre enfin possibles”. Leur programme fit une place importante à la conquête des institutions, particulièrement des municipalités et à une alliance avec le parti républicain radical bourgeois. Les Allemanistes de Jean Allemane qui formèrent en 1890 le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) s’inspiraient dans leur vision fédéraliste d’un syndicalisme autogestionnaire et d’un réformisme municipal. Quant au Comité révolutionnaire central d’Édouard Vaillant (CRC) créé en 1881 qui devient en 1889 le Parti socialiste révolutionnaire (PSR), il mit en avant la vision blanquiste selon laquelle une petite minorité conspirative bien organisée pourrait effectuer des actions révolutionnaires pour entraîner à sa suite la masse du peuple.
Jules Guesde en 1894 :
« Constitué en parti de classe ou de travail, le prolétariat, qui n’est pas limité aux seuls ouvriers dits manuels, qui comprend, devant et contre les inutiles et les nuisibles de la rente, du dividende et du profit, toutes les activités, depuis les plus musculaires jusqu’aux plus cérébrales, – l’ensemble des producteurs industriels, agricoles et scientifiques – aura, pour remettre la société en possession, pour reconstituer la patrimoine de l’humanité au bénéfice de tous ceux qui la constituent, à exproprier les expropriateurs de cette dernière.
C’est sa mission historique. Mais, avant tout, comme préface et condition de cette expropriation économique, il aura à s’emparer du pouvoir politique, à devenir le gouvernement, le facteur de la loi.
C’est grâce à l’Etat monopolisé par elle et devenu entre ses mains un outillage de compression de plus en plus développé et de plus en plus perfectionné, que la petite minorité capitaliste peut continuer à tenir, sous le joug, la grande majorité laborieuse. Tant que cet Etat – qui, dans tous les conflits entre les employés et employeurs, entre salariés et salariants, joue le rôle de l’épée de Brennus, faisant toujours et fatalement pencher la balance du côté du capital – n’aura pas été enlevé à ses détenteurs actuels, il n’y aura rien de fait ni de faisable ; l’outil de la transformation nous manquera.
Le collectivisme dont je vous ai dit longuement, au risque d’abuser de votre attention, la genèse et le but, est donc suspendu à l’avènement politique ou gouvernemental des travailleurs, qu’ils arrivent au pouvoir pacifiquement ou au prix d’une de ces révolutions violentes qui ont été pour tous les partis en France, républicains et monarchistes, orléanistes et bonapartistes, la condition de leur triomphe successif. »
Lors du banquet de Saint-Mandé, le 30 mai 1896, Millerand fit un discours qui servit de charte à toutes les tendances réformistes, appelant à l’unité de tous les socialistes autour des trois points suivants :
– substitution progressive de la propriété capitaliste par la propriété sociale ;
– conquête des pouvoirs publics par le suffrage universel ;
– nécessité de ne pas sacrifier la patrie à l’internationalisme.
C’était le chef de file et le symbole de ce qu’allaient être les socialistes de collaboration avec la bourgeoisie et l’Etat bourgeois.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6774
Après quelques succès électoraux aux municipales de 1892 et aux législatives de 1893, plusieurs membres du POF, oubliant leur programme et l’objectif révolutionnaire, finirent même par prôner le réformisme, affirmant que le socialisme pouvaient être atteint par la voie électorale. Au poids du réformisme s’ajoutaient en outre les influences de la tradition artisanale et corporatiste portées par les déformations proudhoniennes et par la fédération jurassienne de Bakounine, traduisant le poids de l’anarchisme en général, mais aussi le poids du populisme boulangiste qui sévit dans le mouvement ouvrier en France, en particulier au sein du blanquisme. En 1889, les deux-tiers des députés boulangistes venaient de la gauche et de l’extrême gauche.
Jean Jaurès en 1900 :
« A mes yeux, citoyens, l’idée de la lutte de classes, le principe de la lutte de classes, est formé de trois éléments, de trois idées. D’abord, et à la racine même, il y a une constatation de fait, c’est que le système capitaliste, le système de la propriété privée des moyens de production, divise les hommes en deux catégories, divise les intérêts en deux vastes groupes, nécessairement et violemment opposés. Il y a, d’un côté, ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l’autre côté ceux qui, n’ayant, ne possédant que leur force-travail et ne pouvant l’utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste.
Entre les deux classes, entre les deux groupes d’intérêts, c’est une lutte incessante du salarié, qui veut élever son salaire et du capitaliste qui veut le réduire ; du salarié qui veut affirmer sa liberté et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance.
Voilà donc le premier élément de la lutte de classes. La condition de fait qui le fonde, qui le détermine, c’est le système de la propriété capitaliste, de la propriété privée. Et remarquez-le bien : comme ici il s’agit des moyens de travailler et, par conséquent, des moyens de vivre, il s’agit de ce qu’il y a pour les hommes d’essentiel, de fondamental, il s’agit de la vie privée, de la vie de tous les jours. Et, par conséquent, un conflit qui a, pour principe, la division d’une société en possédants et en non-possédants n’est pas superficiel ; il va jusqu’aux racines mêmes de la vie. »
https://www.marxists.org/francais/inter_soc/jaures/1900/11/jaures_19001126.htm
Dès le lendemain de l’entrée individuelle du député socialiste Millerand (qui deviendra par la suite président de la République de 1920 à 1924) dans le gouvernement de Waldeck-Rousseau en juin 1899, aux côtés d’un des pires massacreurs de la Commune, le général de Galliffet. Guesde, Lafargue et Vaillant furent parmi les signataires d’un manifeste adressé aux ouvriers : “Le Parti socialiste, parti de classe, ne saurait devenir, sous peine de suicide, un parti ministériel. Il n’a pas à partager le pouvoir avec la bourgeoisie, dans les mains de laquelle l’État ne peut être qu’un instrument de conservation et d’oppression sociale. (…) Parti d’opposition nous sommes, parti d’opposition, nous devons rester, n’envoyant les nôtres dans les Parlements et autres assemblées électives qu’à l’état d’ennemis, pour combattre la classe ennemie et ses divers représentants politiques”. Guesde défendit avec passion l’idée d’un lien entre le positionnement dans l’Affaire Dreyfus et la complaisance du parti envers le “ministérialisme” de Millerand en affirmant qu’il y avait une continuité dans la dérive : “Pour une œuvre de justice et de réparation individuelle, il s’est mêlé à la classe ennemie, et le voilà maintenant entraîné à faire gouvernement commun avec cette classe”, et insista sur le fait que l’“unité socialiste (...) serait brisée à tout jamais le jour où (...) vous subordonneriez votre action à un morceau de la classe ennemie, qui ne saurait se joindre à nous que pour nous arracher à notre véritable et nécessaire champ de bataille. La Révolution qui vous incombe n’est possible que dans la mesure où vous resterez vous-mêmes, classe contre classe, ne connaissant pas et ne voulant pas connaître les divisions qui peuvent exister dans le monde capitaliste”.
En novembre 1901, lors du Congrès d’Ivry, le Parti Ouvrier Français fusionne avec le Parti socialiste révolutionnaire d’Edouard Vaillant (blanquiste) pour former le Parti socialiste de France (PSDF).
En parallèle, les socialistes dit « indépendants » se regroupent autour de Jaurès. En mars 1902, ils fondent à Tours le Parti socialiste français (PSF).
En mai 1905, les différentes tendances socialistes s’unifient grâce à la pression de l’Internationale socialiste. La première déclaration de prinicpe du parti socialiste de France a été adoptée en 1905 par la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Elle déclarait dans son premier article :
« Le Parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d’échange, c’est-à-dire de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste, et pour moyen l’organisation économique et politique du prolétariat. Par son but, par son idéal, par les moyens qu’il emploie, le parti socialiste, tout en poursuivant la réalisation des réformes immédiates revendiquées par la classe ouvrière, n’est pas un parti de réforme, mais un parti de lutte des classes et de révolution. »
https://www.marxists.org/francais/inter_soc/sfio/principes_sfio_1905.htm
Voici le compte-rendu par Rosa Luxemburg du congrès d’unification :
https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1905/05/unification.htm
Cependant, toutes les années de luttes fratricides entre socialistes, années aussi de politique marquée par l’électoralisme ont amené la scission entre le mouvement politique socialiste et le mouvement syndical. Elle est proclamée par la CGT en 1906. Le parti socialiste n’influencera pas directement le mouvement des luttes ouvrières. La montée ouvrière menant à l’action directe prolétarienne insurrectionnelle n’aura pas son parti politique. Loin d’offrir une perspective de renversement de l’Etat bourgeois, le parti socialiste apparaissait plutôt comme une organisation de réforme de l’Etat et de l’économie.
La division entre politique ditigée par le parti et lutte de classe dirigée par le syndicat va favoriser des deux côtés le réformisme.
Les intentions guerrières du gouvernement sont claires dès le 19 juillet 1913, lorsqu’il fait passer la Loi des trois ans qui instaure un service militaire de trois ans en vue de préparer l’armée française à la guerre avec l’Allemagne. Les socialistes affirment une opposition de principe, mais ne cherchent pas à mobiliser leur base ouvrière. Les directions de la SFIO et de la CGT sont révolutionnaires en paroles, mais leur pratique est réformiste. Ce qui conduit des hommes foncièrement honnêtes comme Jean Jaurès à faire du pacifisme un combat idéaliste, à croire qu’ils pourraient convaincre au sommet de l’État de « l’erreur » que représentait la guerre. L’échec fut cinglant : les socialistes furent soit traîtres soit impuissants dans cette période.
Préalablement, la bourgeoisie a préféré assassiner le socialiste Jean Jaurès, adversaire résolu et dangereux de la guerre impérialiste.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3348
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2540
Un socialiste, Almereyda, écrit dans Le Bonnet rouge du 1er août 1914 : « Bloc autour de la France menacée ! Le bloc que nous réclamions, il y a quatre mois, pour le salut de la république, nous l’appelons de tout notre cœur pour le salut de la patrie ».
Pour beaucoup, il ne semble plus y avoir d’espoir de paix. La SFIO affirme alors qu’il ne reste désormais pour la classe ouvrière que son « devoir envers la patrie ».
En août 1914, la France entre dans la guerre mondiale. Les dirigeants socialistes et syndicalistes de France, n’ayant jamais défendu la perspective défaitiste révolutionnaire en cas de guerre impérialiste mondiale, basculent dans la collaboration à la guerre impérialiste.
Le 26 août 1914, trois dirigeants socialistes entrent au gouvernement de la guerre impérialiste : Jules Guesde, Marcel Sembat et Albert Thomas.
Pendant toute la guerre, les socialistes votent les crédits de guerre, cautionnent toutes les horreurs, justifient les buts de guerre de l’impérialisme français. Une infime minorité s’y oppose pendant la guerre. Les syndicalistes révolutionnaires regroupés autour de la revue La Vie ouvrière animée par Pierre Monatte commencent à contester le bien-fondé de l’Union sacrée et défendent le défaitisme révolutionnaire visant à transformer la guerre mondiale en révolution mondiale pour abattre l’impérialisme.
Le Congrès de la SFIO de décembre 1915 se prononce pour « la poursuite de l’effort de guerre » à une large majorité, les tendances pacifistes appelées « Minorité de guerre et zimmerwaldienne » ne vont cesser de progresser. La Commission administrative permanente (CAP) élue au congrès de décembre 1916 ne compte plus que 13 majoritaires contre 11 minoritaires. La révolution russe en 1917 et le traité de Brest-Litovsk sont suivis avec sympathie par les socialistes français. Au congrès d’octobre 1918, la motion internationaliste de Jean Longuet l’emporte, et les minoritaires dominent désormais la CAP.
A l’après-guerre, avec la montée des luttes ouvrières et des révoltes, une majorité rompt avec le réformisme du parti socialiste et fonde le parti communiste, section française de l’Internationale communiste (SFIC). Le parti socialiste de France est plus réformiste et contre-révolutionnaire que jamais. Il est viscéralement hostile à la révolution russe et au bolchevisme.
Le personnage de Léon Blum qui va marquer le parti socialiste est bien symptomatique de l’évolution de ce parti. Il entre en politique au début de la Première Guerre mondiale : en août 1914, réformé pour cause de myopie, il devient chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat dans le cadre du gouvernement d’Union sacrée. Le conseiller d’État y apprend le quotidien de l’action gouvernementale. Lorsque Sembat démissionne le 12 décembre 1916, Léon Blum reprend ses fonctions au Conseil d’État. Il a toujours soutenu l’effort de guerre et la politique de l’Union sacrée. Malgré les divisions de la SFIO sur la question de la guerre, Blum est resté convaincu qu’il s’agissait de la bonne option. Toutefois, tout en s’opposant aux pacifistes, il ne s’identifiait pas pour autant à l’aile droite du parti. Ce n’est qu’un peu avant les élections législatives de 1919 que Léon Blum accède au cercle dirigeant de la SFIO.
Le parti socialiste est un parti de gouvernement, il prend parti pour le système et dénonce le radicalisme de la CGT.
Dès mars 1919, des grèves démarrent dans les mines, le textile, les chemins de fer et dans les banques. Ces événements provoquent de fortes pressions sur la SFIO, où deux franges s’affrontent : les « zimmerwaldiens » et les réformistes.
Depuis mai 1919, une fraction active du parti socialiste de France autour de Boris Souvarine et Fernand Loriot est favorable à l’adhésion à l’internationale de Lénine et Trotsky s’est organisée en « Comité de la Troisième internationale ».
En février 1920, au congrès de Strasbourg, les adhérents acceptent à 92 % le retrait de la SFIO de la Deuxième Internationale, discréditée par son manque de fermeté à s’opposer à la guerre. Il est décidé aussi d’envoyer une délégation à Moscou pour examiner les conditions d’un rattachement à la Troisième Internationale. Les délégués sont Frossard et Cachin.
L’ancienne direction du parti (Blum, Guesde, Thomas) qui a cautionné l’union sacrée pendant la guerre veut continuer à soutenir la contre-révolution après la guerre et pousse à la rupture avec les partisans de Lénine et Trotsky.
Au Congrès de Tours de 1920, Blum proclame sa foi contre la révolution sociale :
« Que la fin révolutionnaire, que l’idéal révolutionnaire, ce soit la prise des pouvoirs publics en elle-même et par elle-même, indépendamment de la transformation sociale dont elle doit devenir le moyen, cela, je le répète, c’est une conception anarchiste. Car, lorsque vous raisonnez ainsi, quel est le seul résultat positif, certain, que vous avez en vue ? C’est la destruction de l’appareil gouvernemental actuel. Lorsque vous vous fixez à vous-même comme but la prise du pouvoir, sans être sûr que cette prise du pouvoir puisse aboutir à la transformation sociale, le seul but positif de votre renfort, c’est la destruction de ce qui est, et que l’on appelle l’appareil gouvernemental bourgeois. Erreur anarchiste dans son origine et qui, à mon avis, est à la racine de la doctrine communiste. Je fais en ce moment une démonstration, non pas pour gêner les uns ou servir les autres, mais pour apporter le plus possible de clarté dans la discussion de cet ensemble de doctrines que j’ai, pour ma part, pendant des semaines, étudié avec un mélange de probité et d’anxiété. Ouvrez votre carte du
Parti. Quel est l’objet que le parti socialiste jusqu’à présent se donnait à lui-même ? C’est la transformation du régime économique. Ouvrez les statuts de l’Internationale communiste.
Lisez l’article dans lequel l’Internationale définit son but. Quel est ce but ? La lutte à la main armée contre le pouvoir bourgeois. Je vais tout de suite vous montrer, faisant de votre propre doctrine un effort d’explication dont vous devriez me savoir plus de gré, à quoi correspond, selon moi, cette conception. Je veux montrer à quoi, dans la pensée de Lénine et des rédacteurs des thèses, correspond cette nouvelle notion révolutionnaire. Elle répond à cette pensée, profondément ancrée dans l’esprit des rédacteurs des thèses et qui revient sans cesse : c’est qu’il est impossible, avant la prise des pouvoirs publics, d’accomplir un travail de propagande et d’éducation ouvrière efficace. Ce qui revient à dire que la conquête des pouvoirs publics n’est pas seulement, comme nous l’avons toujours dit, la condition de la transformation sociale, mais qu’elle est déjà la condition des premiers efforts d’organisation et de propagande qui devront plus tard mener à cette transformation. Ce que pense Lénine, c’est que tant que la domination de la classe capitaliste sur la classe ouvrière ne sera pas brisée par la violence, tout effort pour rassembler, éduquer et organiser cette classe ouvrière demeurera nécessairement vain. De là cette sommation impérative d’avoir à prendre le pouvoir tout de suite, le plus vite possible, puisque c’est de cette conquête que vont dépendre, non pas seulement vos efforts terminaux, mais vos efforts initiaux, puisque même les premiers éléments de votre tâche socialiste ne commenceront que quand vous aurez pris le pouvoir.
Mais cela - je demande pardon de le répéter à ceux qui l’ont déjà entendu - je le conçois quand on est en présence d’un prolétariat tel que le prolétariat russe et d’un pays tel que la
Russie, où l’on n’avait fait avant la prise du pouvoir aucune propagande d’ensemble efficace.
On peut alors s’imaginer qu’avant tout il faut briser le pouvoir bourgeois pour que cette propagande même devienne possible. Mais, dans nos pays occidentaux, est-ce que la situation est la même ? » Sa réponse est bien entendu : non…
Nous croyons que, dans l’état actuel de la société capitaliste, ce serait folie que de compter sur les masses inorganiques. Nous savons, en France, ce que sont les masses inorganiques. Nous savons derrière qui elles vont un jour et derrière qui elles vont le lendemain. Nous savons que les masses inorganiques étaient un jour derrière Boulanger et marchaient un autre jour derrière Clemenceau…
Nous pensons que tout mouvement de prise du pouvoir qui s’appuierait sur l’espèce de passion instinctive, sur la violence moutonnière des masses profondes et inorganiques, reposerait sur un fondement bien fragile et serait exposé à de bien dangereux retours. Nous ne savons pas avec qui seraient, le lendemain, les masses que vous auriez entraînées la veille. Nous pensons qu’elles manqueraient peut-être singulièrement de stoïcisme révolutionnaire. Nous pensons qu’au premier jour où les difficultés matérielles apparaîtraient, le jour où la viande ou le lait arriveraient avec un peu de retard, vous ne trouveriez peut-être pas chez elles la volonté de sacrifice continu et stoïque qu’exigent, pour triompher jusqu’au bout, les mouvements que vous envisagez. Et ceux qui auraient marché derrière vous la veille seraient peut-être, ce jour-là, les premiers à vous coller au mur. Non, ce n’est pas par la tactique des masses inorganiques entraînées derrière vos avant-gardes communistes que vous avez des chances de prendre le pouvoir. Vous avez des chances de prendre le pouvoir dans ce pays, savez-vous comment ? Par de vastes mouvements ouvriers à caractère organique, supposant une éducation et une puissance de moyens poussés aussi loin que possible. Vous ne ferez pas la révolution avec ces bandes qui courent derrière tous les chevaux. »
Il réaffirme sa version : le socialisme par la voie parlementaire.
Ce qu’écrit Trotsky sur le mouvement ouvrier en France en 1920 :
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7128
Le parti socialiste est clairement devenu l’aile gauche politique de… la bourgeoisie. C’est pourtant encore un parti massivement composé… d’ouvriers que ce soit en militants, en adhérents, en sympathisants et en électeurs ! Il a encore plus de poids dans la classe ouvrière que le PCF devenu stalinien. Ce qui, aujourd’hui, est difficile à imaginer quand on voit le parti socialiste actuel, bourgeois, capitaliste, impérialiste, qui lance « la réforme », la « réhabilitation des entrepreneurs », en vue de privatiser l’économie tout en finançant massivement les capitalistes sur fonds publics, au nom d’un prétendu libéralisme.
Ce « parti ouvrier » ne mène que des politiques ultra bourgeoises au gouvernement. Le cartel des gauches était une coalition électorale, constituée dans une cinquantaine de départements, pour les élections législatives de 1924 entre les radicaux indépendants, le Parti radical et radical-socialiste, le Parti républicain-socialiste auquel se joignirent des socialistes indépendants, et la SFIO.
Le cartel des gauches entre 1924 et 1926 signe une majorité de gauche à la Chambre autour de la SFIO et des radicaux. Les socialistes pratiquent alors pour la première fois le soutien sans participation au gouvernement.
C’est la montée ouvrière à partir de 1934 qui va mener le parti socialiste au gouvernement pour… contrer cette montée…
En 1934, la classe ouvrière, marquée par la réussite du fascisme en Allemagne, réagit spontanément contre la menace fasciste en France et elle est bloquée par les partis de gauche dont la SFIO et le PCF ainsi que les syndicats.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7538
Léon Trotsky écrit en 1934 :
« Le dernier Conseil National du parti socialiste français atteste la force de la pression qui s’exerce sur l’état-major parlementaire. Léon Blum a reconnu qu’à Tours, en 1920, il ne comprenait pas tout à fait correctement le problème de la prise du pouvoir, quand il soutenait qu’il fallait d’abord créer les conditions de la socialisation, et ensuite... mais pourquoi ensuite lutter pour le pouvoir si les conditions de la socialisation peuvent être créées sans lui ! Ou alors B. a en vue les conditions économiques, et non pas politiques. Mais ces conditions ne sont pas créées, mais détruites au contraire par une lutte pour le pouvoir qui traîne en longueur : le capitalisme ne se développe pas, il se décompose. B. ne comprend pas davantage la situation maintenant. La lutte révolutionnaire pour le pouvoir, il y est contraint selon lui non par la situation générale du capitalisme, mais par la menace venant des fascistes, lesquels apparaissent à ses yeux non comme le produit de la décomposition du capitalisme, mais comme un danger extérieur suspendu sur la paisible socialisation de la démocratie (c’était aussi la vieille illusion de Jaurès).
Que les chefs de la bourgeoisie soient aveugles devant les lois du déclin du capitalisme, c’est compréhensible : le mourant ne veut pas, ni ne peut, se rendre compte des étapes de sa propre agonie. Mais l’aveuglement de BIum et Cie, je crois bien qu’il démontre mieux que tout que ces messieurs sont, non pas l’avant-garde du prolétariat, mais tout au plus le flanc gauche, et le plus apeuré, de la bourgeoisie.
Après la guerre mondiale, Blum considérait (et il considère en fait encore) que les conditions n’étaient pas mûres pour le socialisme. Quels naïfs rêveurs étaient donc Marx et Engels, qui dès la seconde moitié du XIXème siècle attendaient la révolution sociale et s’y préparaient !
Pour Blum il existe (pour autant qu’il existe quoi que ce soit pour lui dans ce domaine) on ne sait quelle " maturité " économique absolue de la société pour le socialisme, une maturité qui se détermine d’elle-même, par ses seuls symptômes objectifs... J’ai mené la lutte contre cette conception mécaniquement fataliste dès 1905 (Voir " Bilans et Perspectives "). Après cela, il y a eu la Révolution d’Octobre (sans parler de tout le reste), mais ces dilettantes parlementaires n’ont rien appris !
Autant que j’en puis juger par les journaux qu’on m’envoie, les laquais de Staline en France – Thorez et Cie – ont tramé un véritable complot avec les chefs social-démocrates de droite pour mener campagne contre les " trotskystes ", en commençant par les organisations de jeunesses. Pendant combien de temps Staline et Boukharine nous ont-ils qualifiés " déviation social-démocrate ", puis social-fasciste ! En dépit de toute la différence de circonstances historiques, le bloc Blum-Cachin et leur lutte en commun contre le " trotskysme " rappellent étonnamment le bloc Kerensky-Tseretelli de 1912 et sa chasse à courre au bolchevisme. Leurs points de ressemblance, c’est l’esprit borné du petit-bourgeois " radical ", c’est sa terreur devant une situation menaçante, c’est son égarement quand il sent le sol se dérober sous lui, c’est son horreur de ceux qui lui disent tout haut ses vérités et lui prédisent son sort.
Les différences – et des différences qui ne sont malheureusement pas minces – c’est :
a) que les organisations ouvrières conservatrices (S.F.I.O., C.G.T.) jouent en France un rôle incomparablement plus grand qu’en 1917 en Russie ;
b) que le bolchévisme a été honteusement compromis par la caricature du parti stalinien ;
c) que toute l’autorité de l’Etat soviétique a été mise en oeuvre pour désorganiser et démoraliser l’avant-garde prolétarienne.
La bataille historique en France n’est pas encore perdue. Mais le fascisme a en la personne de Blum et des laquais de Staline d’inestimables auxiliaires. Thorez a retourné sens dessus dessous tous les raisonnements, les arguments et les méthodes de Thaelmann. Mais même retournée sens dessus dessous, la politique du stalinisme reste essentiellement la même. En Allemagne les deux appareils – social-démocrate et communiste – en menant une lutte de parade foraine, désaxée, ignorant les proportions, charlatanesque, ont détourné l’attention des travailleurs du péril qui montait ; en France aussi les deux appareils se sont mis d’accord sur les illusions par lesquelles il est possible de détourner les travailleurs de la réalité. Le résultat est le même ! »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695
En 1935, partis de gauche et syndicats continuent à freiner et canaliser la montée ouvrière.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695
En 1936, les partis de gauche et les syndicats, unis dans le rassemblement du front populaire (unis aussi avec le parti bourgeois du centre, le parti radical) sous le prétexte de combattre le fascisme, ne peuvent pas empêcher la montée de la grève générale (ils l’arrêtent dans les services publics où ils sont le plus influents), mais, parvenus au gouvernement, ils l’arrêtent en prétendant signer un accord avec le patronat.
La nature du P.C.F. n’est pas identique à celle de la S.F.I.O. L’un et l’autre sont des partis ouvriers. bourgeois contre-révolutionnaires. Mais la S.F.I.O. est directement liée à sa bourgeoisie, au système impérialiste. Le P.C.F. dépend entièrement de la bureaucratie du Kremlin : il est un rouage de son appareil international, et c’est par sa médiation qu’il est lié à l’impérialisme au maintien du capitalisme, de l’ordre bourgeois international. Les masses, malgré sa politique, sentent que ce parti n’est pas identique à la vieille S.F.I.O.
Le P.C.F. ne participe pas au gouvernement de Léon Blum, il se borne a le soutenir. Ce qui contribue à le faire apparaître comme un parti « différent » de la S.F.I.O. passée depuis 1914 du côté de l’ordre bourgeois avec toute la social-démocractie internationale.
Mais, en réalité, c’est le P.C.F. qui va en 1936 s’opposer le plus férocement, le plus directement, et déjà le plus efficacement, au mouvement des masses, à leurs aspirations révolutionnaires. Comme c’est lui qui a appuyé le plus fermement pour que les radicaux appartiennent au front populaire… Ordre de Staline !
Les socialistes, eux, cautionnent les crimes de Staline et des staliniens contre les trotskystes de Russi et d’ailleurs… Et notamment les procès de Moscou…
L’unité entre socialistes et staliniens a un fondement solide : la contre-révolution !
La politique dite de « Front populaire » en France : contre le peuple travailleur !
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814
Léon Blum explique plus tard comment le Front Populaire de 1936 consistait, face à la menace de révolution prolétarienne, à défendre les intérêts généraux de la bourgeoisie.
Léon Blum :
« Mais je dois vous dire qu’à ce moment, dans la bourgeoisie et en particulier dans le monde patronal, on me considérait, on m’attendait, on m’espérait comme un sauveur. »
« Je tiens à rappeler enfin que, dans ma profonde conviction, le vote rapide des lois sociales et la politique ouvrière que j’ai pratiquée – outre qu’ils m’étaient imposés par le respect des principes républicains – ont été l’unique moyen de prévenir, en France, les plus graves convulsions civiles. »
« En ce qui concerne ma prétendue faiblesse envers les meneurs extrémistes, c’est là une question de politique générale de mon Gouvernement sur laquelle je me suis déjà expliqué.
Je répète que, dans la situation qu’a trouvée mon Gouvernement, une autre manière d’agir aurait risqué de provoquer les pires convulsions civiles, encore infiniment plus redoutables pour la santé morale du pays, pour sa productivité industrielle et pour sa capacité éventuelle de défense contre l’ennemi. (…)
Il était inévitable qu’après une crise quasi révolutionnaire comme celle de mai juin 1936, l’effervescence se prolongeât pendant un certain temps, mais je reste convaincu que toute autre manière d’agir l’aurait prolongée et aggravée plutôt qu’apaisée, et j’ai conscience d’avoir rempli, honnêtement le premier des devoirs de ma charge, qui était de préserver la paix civile et de travailler à la concorde publique. »
« Je vous demande, Messieurs, de vous souvenir. Rappelez-vous que les 4 et 5 juin, il y avait un million de grévistes. Rappelez-vous que toutes les usines de la région parisienne étaient occupées. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d’heure en heure et de proche en proche dans la France entière.
Des témoins oculaires l’ont dit. M. Albert Sarraut l’a dit, M. Frossard l’a dit. La panique, la terreur étaient générales. Je n’étais pas sans rapports moi-même avec les représentants du grand patronat et je me souviens de ce qu’était leur état d’esprit à cette époque. Je me souviens de ce qu’on me disait ou me faisait dire par des amis communs : “Alors quoi ? C’est la révolution ? Alors quoi ? Qu’est-ce qu’on va nous prendre ? Qu’est-ce qu’on va nous laisser ?”
Les ouvriers occupaient les usines. Et peut-être ce qui contribuait le plus à la terreur, c’était cette espèce de tranquillité, cette espèce de majesté calme avec laquelle ils s’étaient installés autour des machines, les surveillant, les entretenant, sans sortir dehors, sans aucune espèce de signe de violence extérieur. (...) M. Lebrun, me répondit alors : “Les ouvriers ont confiance en vous. Puisque vous ne pouvez convoquer les Chambres avant samedi et que certainement dans votre déclaration ministérielle vous allez leur promettre le vote immédiat des lois qu’ils réclament, alors, je vous en prie, dès demain, adressez-vous à eux par la voix de la radio. Dites-leur que le Parlement va se réunir, que dès qu’il sera réuni vous allez lui demander le vote rapide et sans délai des lois dont le vote figure sur leurs cahiers de revendications, en même temps que le relèvement des salaires. Ils vous croiront, ils auront confiance en vous, et alors peut-être ce mouvement s’arrêtera-t-il ?”
J’ai fait ce que me demandait M. le président de la République. »
Voilà comment Léon Blum, chef « socialiste » de l’Etat, explique la politique du front populaire de 1935-1937 : une politique contre les grèves ouvrières et la menace révolutionnaire !
En 1936, il expliquait seulement qu’ « il faut distinguer l’exercice du pouvoir de la conquête du pouvoir » pour justifier de ne pas faire un seul pas en direction du… socialisme !
Ayant fait l’unité avec les radicaux, il s’en servait pour dire que ce n’était pas seuls que les partis « socialiste » et « communiste » avaient obtenu leurs places au gouvernement. Certes le parti socialiste présidait mais il ne dirigeait pas, selon Blum, le pays ! Et, du coup, il ne menait pas une politique plus socialiste qu’un autre gouvernement… Beau raisonnement ! Les staliniens appuyaient à fond ce jésuitisme. Les fans du front populaire oublient tout cela en affirmant que les « conquêtes sociales » seraient dues à ce gouvernement. Mais Blum doit reconnaitre, lui, que ce sont les patrons affolés qui ont poussé à signer les fameuses conquêtes sociales dont l’essentiel allait être effacées par la suite par le gouvernement Blum lui-même !
C’est la gauche du front populaire qui a défait les ouvriers en 1938, préparant le terrain au fascisme de Pétain…
http://matierevolution.org/spip.php?article8848
Septembre 1936. Les masses sont rentrées ; la grève n’a pu déboucher politiquement grâce aux chefs de la S.F.I.O. et du P.C.F. La classe ouvrière a conquis des droits et des positions, mais l’ordre social n’est pas modifié. Le canon tonne en Espagne, et les masses françaises sont désarmées devant cette situation. Le désenchantement est perceptible. Si elles ne savent pas où elles veulent aller, en l’absence d’un parti révolutionnaire qui exprime en un programme leurs aspirations et leurs besoins, et le traduise en termes d’action et d’organisation politiques, les masses sentent que l’essentiel leur a échappé. La droite recommence à agir. La Cagoule se manifeste. Les patrons s’organisent pour la contre-offensive. La hausse des prix réduit jour après jour les « conquêtes » des accords Matignon. La fuite des capitaux organisée par le grand capital aggrave les conséquences du déficit de la balance du commerce extérieur. Le 25 septembre, le franc est dévalué. Le gouvernement de Front populaire refuse de mobiliser les masses, d’instituer le contrôle des changes et des mouvements de capitaux. Il s’aligne sur les intérêts de la classe dominante.
Dans le domaine de la politique coloniale de la France aussi, le gouvernement de front populaire est plutôt dans la continuité des gouvernements précédents…
Alors qu’elle avait soutenu le Front populaire, l’Étoile nord-africaine de Messali Hadj est dissoute le 26 janvier 1937 en application du « décret Régnier » qui réprimait les manifestations contre la souveraineté française en Algérie, marquant ainsi la fin de toute évolution de la politique coloniale sous le Front populaire. Le Front populaire est pour une continuation de la colonisation du Maroc.
En politique étrangère, le plus remarquable est le refus absolu du gouvernement de front populaire du moindre soutien à la révolution espagnole pendant que le fascisme allemand soutient à fond les fascistes espagnols.
Le 16 mars 1937, le parti social français (ex-Croix-de-Feu) décide d’organiser une réunion à Clichy. Le gouvernement de Front populaire se refuse à l’interdire.
A l’appel du maire S.F.I.O. de Clichy, Charles Auffray, du conseiller général Naile, communiste, et du député également communiste Honel, une contre-manifestation est organisée. La police du ministre socialiste Marx Dormoy ouvre le feu. Bilan : 5 morts et des centaines de blessés.
Dormoy et Blum accourus en smoking du gala de l’Opéra sont conspués avec violence par les travailleurs : "Dormoy assassin ! Dormoy démission !" Des dizaines de barricades ont été dressées, puis décimées par la garde mobile de Dormoy et Daladier. Thorez, accouru à l’appel du député de Clichy Honel, n’ose dire mot. "Sales trotskystes", lance-t-il seulement aux travailleurs qui se défendent avec acharnement.
« A Asnières, tout proche, des mouvements analogues se produisent. Sous les coups de feu des fascistes et de la police deux travailleurs sont grièvement blessés. Dans la nuit même du 16 au 17, la nouvelle se répand dans le prolétariat. Une émotion profonde souleva tout le prolétariat parisien à l’annonce par les journaux du massacre de Clichy. Il comprit que c’était son avant-garde, son corps même qui avait été mitraillé par l’ordre de M. Blum. Dans la journée du mercredi 17 une série d’entreprises commencèrent la grève. Dans une série d’usines (Renault, entre autres), les ouvriers arrêtés arrêtaient le travail, préparaient des réunions pour le midi et le soir, exigeaient la grève générale et commençaient à chasser les fascistes (surtout des contremaîtres et des chefs de service). Les directions syndicales d’usine se réunirent d’urgence. Dans la soirée, l’union régionale du bureau confédéral était saisie de centaines de résolutions exigeant une réponse foudroyante. Mais l’objectif de la grève restait incertain. Et c’est là-dessus que jouèrent les chefs réformistes pour briser le mouvement.
Léon Blum prend la défense du ministre de l’Intérieur : il argumente. Le gouvernement défend les libertés, il a protégé la réunion du P.S.F., il condamne l’initiative des élus du Front populaire de Clichy.
Aucune sanction ne sera prise contre les responsables de la fusillade.
L’émotion dans la classe ouvrière est immense
Les députés communistes sont bien sûr parmi les 362 députés qui votent la confiance au gouvernement des fusilleurs de Clichy !
Seuls les pivertistes et les trotskystes dénoncent les « assassins de Clichy ».
Malgré la résistance confuse mais farouche des masses, en l’absence d’un parti révolutionnaire, la politique des chefs, de la S.F.I.O. et du P.C.F. a sauvé la bourgeoisie et désarmé la classe ouvrière. La révolution n’a pas été vaincue par la bourgeoisie, mais disloquée de l’intérieur du mouvement ouvrier par les Blum et les Thorez. La classe ouvrière a cherché obstinément une voie pour changer la société. Elle s’est, naturellement, tournée vers les partis se réclamant du socialisme, du communisme. Ces partis l’ont conduite, de recul en recul, jusqu’à la démoralisation.
Le 21 juin, le gouvernement Blum tombe, battu, mis en minorité au Sénat.
Le gouvernement Blum va-t-il faire appel aux masses pour chasser le Sénat réactionnaire ?
Non. Le gouvernement démissionne dans une relative indifférence.
Il n’y a pas eu de vote, pas de perte de voix de la gauche. Pourtant, Blum ne se contente pas de quitter la tête du gouvernement, il refuse qu’un socialiste ou dirigeant de gauche lui succède, il veut que ce soit un du parti radical qui, soi-disant, est censé continuer l’œuvre du Rassemblement populaire et du front populaire ! Blum a donné le signal de la faillite : désormais, la dérive vers la droite ne va plus cesser. Et elle est cautionnée par la gauche puisque le gouvernement Chautemps est soutenu par le parti socialistes et le Rassemblement populaire. Mais en fait le front populaire est déjà mort. Il a joué son rôle : éviter l’explosion ouvrière. Et maintenant, l’extrême droite peut se déchainer.
Par la suite, à partir du gouvernement Chautemps, la France vire à droite et les socialistes refusent de participer aux gouvernements successifs mais ne se radicalisent pas pour autant.
La classe ouvrière politiquement battue par le Front populaire assiste impuissante à l’irrésistible montée de la réaction.
Le partis socialiste SFIO expulse de son sein les critiques de gauche, non seulement les trotskystes mais les pivertistes.
Les décrets-lois de Paul Reynaud vont déchirer les avancées arrachées par la grève générale.
L’autoritarisme se développe en France. Le 24 août 1939, un décret-loi permet la saisie de toutes publications « de nature à nuire à la défense nationale ».
De nombreux dirigeants socialistes vont maintenant basculer dans le fascisme comme Paul Faure, le secrétaire général du parti socialiste. Le « socialiste » Laval est un des grands chefs du pétainisme.
Le front populaire en France n’a pas combattu contre la montée fasciste. Elle lui a seulement préparé le terrain…
http://matierevolution.org/spip.php?article8815
Les socialistes ont majoritairement soutenu les pleins pouvoirs à Pétain après avoir cautionné l’arrestation des dirigeants staliniens sous prétexte de l’entente Hitler-Staline et ont ensuite soutenu l’entente Hitler-Pétain… On notera que cet épisode particulièrement peu glorieux pour la gauche est carrément absent dans l’histoire du parti socialiste de wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France)
Qu’on veuille ou pas s’en souvenir, même wikipedia doit discuter que la chambre du front populaire a soutenu les pleins pouvoirs à Pétain !
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vote_des_pleins_pouvoirs_constituants_%C3%A0_Philippe_P%C3%A9tain
Seuls 32 députés « socialistes » sur 149 ont voté non aux pleins pouvoirs à Pétain !
Quant aux socialistes qui n’ont pas soutenu Pétain, ils vont rapidement soutenir le pacte avec l’impérialisme anglo-américain et aussi avec Staline, pacte qui n’a rien d’un front démocratique antifasciste comme l’ont prétendu les socialistes… Ils vont s’aligner sur la « résistance » essentiellement stalinienne ou gaulliste.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6937
La gauche socialiste a soutenu les staliniens, du moment qu’ils participaient au pacte anglo-américain. Plus question de leur reprocher le manque de démocratie en URSS !
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94
La « résistance nationale » est un camouflage de ces alignements au bloc impérialisme-stalinisme. Elle servira aussi à blanchir à la libération des ex-pétainistes comme Mitterrand ou Guy Mollet (ou encore Sartre).
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7788
La gauche socialiste et stalinienne était majoritaire en France à la « libération » mais a choisi de cautionner la venue au pouvoir de De Gaulle qui n’était nullement de gauche ni élu des français !
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1375
https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm
La gauche participant au pouvoir a contribué autant qu’elle a pu à une politique visant à reconstituer les trusts capitalistes de France en faisant suer le fric des prolétaires de France…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100
Et le gouvernement de la Libération, à participation socialiste, a lancé la guerre coloniale à Madagascar, en Algérie et en Indochine…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article465
https://www.marxists.org/francais/barta/1945/05/ldc47_052145.htm
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731
De 1946 à 1951, aucune majorité n’était possible sans la présence des socialistes, et toutes les crises ministérielles avaient tourné autour de leur participation au gouvernement. Sous la quatrième république, les socialistes ont participé à toutes sortes de gouvernements de coalition avec la droite et le centre. Tous aussi anti-ouvriers les uns que les autres.
En 1956, la gauche française unie sur le plan électoral et dirigée par le « socialiste » Guy Mollet, élue sur le programme de paix en Algérie, y lance une nouvelle guerre coloniale sanglante qui démarre un véritable génocide contre le peuple algérien.
En janvier 1956, la coalition de « Front républicain », composée essentiellement de socialistes et de radicaux, gagna les élections avec 30% des voix et 170 députés, grâce à une campagne pour « la paix en Algérie ». Le dirigeant du Parti Socialiste Guy Mollet se retrouva à la tête du gouvernement avec le soutien du Parti Communiste (qui représentait 26% des voix et 150 députés). Pourtant, si Guy Mollet prétendait que « l’objectif de la France, la volonté du gouvernement c’est avant tout de rétablir la paix », il ajoutait également : « Dans l’immédiat, le potentiel militaire des forces déployées en Algérie ne peut encore être diminué. Les besoins des troupes seront satisfaits et leur relève assurée. » Mais le PCF fit comme s’il n’avait pas entendu.
Le 12 mars 1956, les pouvoirs spéciaux furent votés avec l’apport du PCF. Ce vote signifiait pourtant la suspension de toutes les libertés individuelles en Algérie et l’intensification de la répression.
Le 11 avril 1956, le gouvernement du socialiste Guy Mollet décidait de rappeler 70000 soldats du contingent « disponibles » pour intensifier la guerre contre le peuple algérien en lutte pour son indépendance. Le service militaire passait de 18 mois à 27 mois.
Guy Mollet double en six mois les effectifs militaires déployés sur place.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1551
Entre octobre et novembre 1956, Guy Mollet associe la France à la Grande-Bretagne et à Israël contre l’Égypte lors de l’expédition consécutive à la nationalisation de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez par Nasser. Cette manœuvre militaire coloniale fut un échec retentissant, du fait de l’opposition de l’URSS, puis des États-Unis. Elle scella le déclin des anciennes puissances coloniales face aux deux superpuissances et au Tiers monde émergent, dont Nasser était l’un des représentants les plus emblématiques.
En 1958, c’est encore le « socialiste » Guy Mollet qui va chercher De Goulle pour prendre le pouvoir et casser la quatrième république ! C’est le parti socialiste et le parti communiste qui vont lui donner les pouvoirs sous prétexte d’en finir avec les généraux putschistes d’Algérie et l’OAS.
Vice-président du Conseil dans le cabinet Pflimlin en mai 1958, Guy Mollet se rallie en effet au général de Gaulle, car c’est selon lui le seul moyen d’éviter « une guerre civile sans armée républicaine ». Il vote en conséquence les pleins pouvoirs à Charles de Gaulle. Il est nommé ministre d’État en juin de la même année, participe à la rédaction de la nouvelle Constitution
Ses orientations sont très contestées au sein de la SFIO et les dissidents créent le Parti socialiste autonome en 1958, qui fusionnera en 1960 avec l’Union de la gauche socialiste pour fonder le Parti socialiste unifié (PSU).
En 1965, Guy Mollet participe à la constitution de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) qui soutient la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle. Pourtant, Mitterrand est un homme au passé plus que douteux qui a été préfet pétainiste et décoré par Pétain. Son blanchiment par la résistance est tout aussi douteux. La suite de son parcours politique montrera qu’il n’a jamais rompu avec le fascisme.
Sympathisant du colonel François de La Rocque, Mitterrand adhère aux Volontaires nationaux, organisation de jeunesse des Croix-de-feu en 1934. Cette adhésion à la vision de La Rocque durera entre un et trois ans. Le 1er février 1935, François Mitterrand participe à la manifestation de l’Action française contre les médecins étrangers autorisés à exercer en France, aux cris de « La France aux Français » (plus connue sous le nom réducteur de manifestation contre « l’invasion métèque »). En janvier 1935, Eugène Deloncle fonde une organisation secrète d’extrême droite, l’Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale, surnommée la Cagoule par Maurice Pujo. C’est Eugène Schueller, le fondateur de la société L’Oréal, qui met ses moyens personnels et financiers à disposition de la Cagoule et organise des réunions au siège de sa société. Plusieurs jeunes gens, amis et étudiants pour la plupart, résidant à l’internat des pères maristes du 104, rue de Vaugirard à Paris, fréquentent alors les chefs de la Cagoule. Sans tous adhérer au mouvement ou faire état publiquement d’une quelconque approbation, on y retrouve Pierre Guillain de Bénouville, Claude Roy, François Mitterrand et André Bettencourt. Mitterrand avait accepté le double parrainage de cagoulards Gabriel Jeantet et Georges Soulès-Abellio lorsqu’il se vit remettre francisque en 1943. À la Libération, Bouvyer bénéficie du témoignage en sa faveur de François Mitterrand, qui explique que l’ancien cagoulard avait caché chez lui du matériel et fabriqué de faux papiers pour le Mouvement national des prisonniers de guerre, le mouvement de résistance dirigé par François Mitterrand et Maurice Pinot. En 1945, Mitterrand fut nommé, pour peu de temps, président-directeur général des Éditions du Rond-Point (appartenant au groupe de Schueller), lesquelles publiaient un magazine intitulé Votre Beauté. Durant l’hiver 1936, François Mitterrand participe à des manifestations contre le professeur de droit public Gaston Jèze. Ces manifestations, qui durent de janvier à mars 1936, à l’instigation de la droite nationaliste et de l’Action française, demandent la démission de Gaston Jèze, pour avoir accepté d’être le conseiller d’Hailé Sélassié, négus d’Éthiopie, chassé d’Addis-Abeba par les troupes mussoliniennes. Installé à Vichy en janvier 1942, bien que recherché par les Allemands comme prisonnier évadé, il occupe un emploi contractuel d’abord à la Légion française des combattants (LFC) puis en mai 1942, au Commissariat général aux prisonniers de guerres et rapatriés et aux familles de prisonniers de guerre (sous les ordres de Maurice Pinot) dont la compétence est principalement civique et sociale. En janvier 1943, le commissariat prendra cependant une orientation pro-nazie. François Mitterrand, alors chef de service de l’Information du commissariat pour la zone sud, démissionne. Il garde un poste à la tête des centres d’entraide et c’est à ce titre qu’il reçoit la Francisque gallique en mars-avril 1943. François Mitterrand aurait tenu les propos suivants à propos de René Bousquet, ancien secrétaire général de la police du régime de Vichy : « Une carrière ainsi brisée à trente-cinq ans, ce n’est pas supportable... Bousquet en souffrait cruellement. Imaginez cette cassure, cette carrière foudroyée ... » En 1974, René Bousquet soutenait et apportait son concours financier au candidat François Mitterrand contre Valéry Giscard d’Estaing. Une photographie de l’époque témoigne de ces contacts entre les deux hommes, réunis autour d’une tablée familiale dans la maison de Latche. En défense, François Mitterrand déclarait que « René Bousquet avait participé au financement de tous les principaux hommes politiques de gauche, des années 1950 au début des années 1970, Pierre Mendès France compris ». En 1981, après la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle, Bousquet sera reçu au palais de l’Élysée « pour parler politique ». Pendant la présidence de François Mitterrand, la tombe de Pétain est fleurie officiellement pour la première fois par le chef de l’Etat le 22 septembre 1984 (jour de la rencontre avec le chancelier Helmut Kohl à Verdun), puis le 15 juin 1986 (70e anniversaire de la bataille de Verdun), puis chaque 11 novembre entre 1987 et 1992.
Le 15 octobre 1942, François Mitterrand est donc reçu par le maréchal Pétain, avec plusieurs responsables du Comité d’entraide aux prisonniers rapatriés de l’Allier ; une photographie témoigne de cette rencontre compromettante. Et il aura la francisque ! Des années après on saura qu’il a toujours participé au comité pour la réhabilitation de Pétain et a reçu un fasciste au sein de sa famille (de Grossouvre).
En février ou mars 1943, parrainé par deux anciens « cagoulards » (Gabriel Jeantet, membre du cabinet du maréchal Pétain, et Simon Arbellot), et après l’instruction de son dossier par Paul Racine, il est décoré de l’ordre de la Francisque par le maréchal Pétain : il est le récipiendaire no 2 202, délégué du Service national des prisonniers de guerre.
Il a d’autre part été souvent ministre de 1947 à 1954 sans mener la moindre politique « socialiste ».
Qui est le dirigeant « socialiste » Mitterrand ?
François Mitterrand (ministre de l’intérieur, nov. 1954) proclame :
« Des Flandres au Congo (...), la loi s’impose et cette loi est française. (...). Telle est notre règle, non seulement parce que la Constitution nous l’impose, mais parce que cela est conforme à nos volontés. »
François Mitterrand, ministre de l’Intérieur du gouvernement Mendès France, déclarait à l’Assemblée nationale :
« Faut-il que l’Algérie ferme la boucle de cette ceinture du monde en révolte depuis quinze ans contre les nations qui prétendaient les tenir en tutelle ? Eh bien ! non, cela ne sera pas, parce qu’il se trouve que l’Algérie, c’est la France »,
« La France de Dunkerque à Tamanrasset ! »
« L’Algérie, c’est la France et la seul négociation avec le peuple algérien, c’est la guerre… » : Mitterrand ministre qui a envoyé en Algérie les généraux de l’Indochine pour qu’ils cassent des Algériens comme ils avaient cassé des Indochinois, par la torture…
Quand le garde des Sceaux, François Mitterrand, quitte son ministère, en mai 1957, en pleine guerre d’Algérie, 45 nationalistes ont été guillotinés.
C’est lui qui donna pour le gouvernement français avis favorable donné également par Mitterrand à l’exécution du militant communiste Fernand Iveton, lequel avait déposé dans son usine une bombe qui, découverte à temps, n’explosa pas. François Mitterrand — comme la totalité des membres du CSM — s’est bien opposé à la grâce du seul Européen exécuté pendant la guerre d’Algérie, un homme qui n’avait pourtant tué personne.”
De 1960 à 1970, il réaffirme à propos du colonialisme français en Afrique qu’il veut maintenir : « Je dis que le premier devoir de la France, c’est de tout faire pour que les liens ne soient pas coupés, de tout faire pour que nos frères africains restent unis à notre destin… La France reste celle qui conduit, celle dont on a besoin, celle à laquelle on se rattache. Il ne pourra y avoir d’histoire de l’Afrique si la France est absente »
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021
https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383
En Mai 1968, la gauche de Mitterrand tente une opération politicienne suite à la révolte de la jeunesse et aux grèves. Mais cette gauche social-démocrate et stalinienne pousse à la reprise du travail, suite à quoi les élections sont un raz de marée de droite. La gauche est électoralement balayée. Il lui faudra 23 ans pour réussir à faire élire un président de gauche sous la cinquième république !
François Mitterrand est officiellement désigné comme candidat du Parti socialiste le 24 janvier 1981 lors du congrès de Créteil, après un vote lors duquel 83,64 % des adhérents s’expriment en sa faveur. Sa fonction de premier secrétaire du parti, laissée vacante, est dès lors occupée par Lionel Jospin. À cette occasion, le PS fait la démonstration de son unité, tous les courants, y compris ceux de ses anciens adversaires comme Michel Rocard, se rangent derrière Mitterrand. Au cours du même congrès, Le PS adopte un manifeste dessinant un programme de gouvernement en 110 propositions. D’après Michel Charasse, dans un livre qu’il a publié en 1996, c’est lui que Mitterrand aurait chargé, peu de temps avant le Congrès, de rédiger un programme clair en plusieurs points, comme celui que les communistes venaient d’élaborer pour la candidature de Georges Marchais. Toutefois, ce programme ne sera vraiment mis en avant qu’après l’élection, et est éclipsé, durant la campagne par le simple slogan « Changer la vie ».
À gauche, Arlette Laguiller, Huguette Bouchardeau et Michel Crépeau se rallient rapidement à François Mitterrand, entre le soir et le surlendemain du premier tour. C’est le cas de plusieurs leaders syndicaux, tels que Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT. Le 28 avril, le comité central du PCF se réunit. Charles Fiterman tance les sympathisants qui ont voté utile dès le premier tour : « Vous n’avez pas mesuré le risque que vous avez pris en contribuant à diminuer l’influence de notre parti. » Les dirigeants communistes se résolvent à soutenir le candidat socialiste, ne pouvant pas vraiment faire autrement, risquant soit de ne pas être suivis dans le cas contraire, soit d’être accusés de faciliter la victoire de la droite. Le même jour, Georges Marchais appelle donc à voter pour Mitterrand. À la télévision, il déclare avoir obtenu certaines garanties en vue de l’adoption de certaines parties du programme communiste, et ajoute : « M’avez-vous déjà vu rouler gratuitement ? »
Mitterrand a obtenu 51,76 % des voix exprimées, choisi par 15 708 602 électeurs, soit 1 065 956 de plus que son adversaire, et 8 202 302 de mieux que son résultat du premier tour, quand Valéry Giscard d’Estaing n’a rallié que 6 419 874 nouveaux électeurs.
En mai 1981, François Mitterrand est le premier président de la République issu du parti socialiste. Pour la deuxième fois en France, des communistes staliniens sont au gouvernement.
En mai 1981, lorsque Mitterrand fut élu, à la tête de la coalition des gauches y compris le PCF, après 23 ans de pouvoir sans partage de la droite (malgré et même grâce à mai 1968, le mouvement de grève étant trahi par la gauche et les syndicats), après des décennies sans union de la gauche, les illusions du monde du travail, sur ce qu’il pouvait attendre d’un gouvernement de gauche, étaient très grandes et d’autant plus qu’il comprenait des ministres communistes (pour la première fois depuis la libération) et un accord de programme (le « programme commun »).
Sous les deux présidences de Mitterrand, de 1981 à 1995, les attaques n’ont pas manqué contre la classe ouvrière. Dès 1982, le gouvernement Mauroy a organisé le blocage des salaires et interdit d’indexer ceux-ci sur le coût de la vie. Pendant ce temps-là, l’impôt sur les bénéfices des sociétés, qui était de 50% sous Giscard, passait à 45% en 1986.
La politique menée par les socialistes sous Mitterrand déçut à tel point l’électorat populaire que la majorité élue en 1981 fut battue aux élections législatives de 1986, comme celle issue des urnes après la réélection de Mitterrand en 1988 fut laminée aux élections législatives de 1993. À chaque fois la gauche prépara le terrain pour un retour de la droite, qui elle-même, par son cynisme et sa morgue envers le monde du travail, permit au PS de se refaire une virginité. C’est ce que les commentateurs appellent « l’alternance », mais une alternance dans laquelle ce sont toujours les possédants qui sont les gagnants, et les classes populaires les perdantes.
La gauche a fait ce que la droite n’avait pas osé : lever le tabou de la privatisation des services publics, en vendant de larges parts de France Telecom et d’Air France, cette dernière sous l’égide du ministre communiste Gayssot.
En 1981, Mitterrand avait remporté l’élection présidentielle et nommé un gouvernement d’Union de la gauche comprenant quatre ministres communistes, du jamais vu depuis la Libération. Sitôt élu, en octobre il faisait une tournée en Lorraine et déclarait : « Aucun poste de travail ne peut être supprimé dans la sidérurgie sans qu’un autre n’ait été créé auparavant dans un autre secteur », dénonçant à Longwy « le coût social d’un capitalisme sauvage. » Mais il ne fallut pas attendre bien longtemps pour que les paroles de Mitterrand s’envolent.
Votée au Parlement en octobre, la nationalisation complète de la sidérurgie fut achevée en février 1982, sans que les patrons y perdent un centime. Cette nationalisation était présentée par le PCF, depuis des années, comme la panacée.
Dès le mois de juin 1982, l’État annonçait 12 000 suppressions d’emplois. En Lorraine, c’était le début de la fin de l’aciérie de Pompey, celle qui avait coulé l’acier ayant servi à bâtir la tour Eiffel. « J’ai voté pour eux en 1981. Aujourd’hui ils ferment mon usine », pleurait, désespéré, un sidérurgiste de Pompey monté à Paris pour manifester, cité par le journal Le Monde.
Moins de deux ans plus tard, le 29 mars 1984, le gouvernement socialiste Mauroy - comportant toujours quatre ministres communistes - révisait le plan Acier et annonçait la suppression de 21 000 emplois supplémentaires. Ce fut alors la colère et le sentiment d’une immense trahison chez les travailleurs. Dans la région de Nancy, les aciéries de Pompey étaient définitivement rayées de la carte et celles de Neuves-Maisons au trois quarts liquidées. Le tiers des emplois de l’usine de Gandrange (qui en comptait plus de 6 000 à l’époque) étaient condamnés. Mais, surtout, ce plan Acier sonnait le glas de la sidérurgie à Longwy.
Dans toutes les usines souffle alors un vent de colère. Le 4 avril est journée de grève générale interprofessionnelle en Lorraine. On dénombre 150 000 manifestants dans les villes de la région, soigneusement encadrés par les syndicats qui craignent plus que tout une explosion sociale, la réédition des émeutes de Longwy de 1979.
Le vendredi 13 avril, les syndicats organisent une grande marche des sidérurgistes sur Paris. Loin de s’appuyer sur la colère des sidérurgistes et d’en faire une marche contre les licenciements, contre le patronat et le gouvernement, les syndicats lui donnent un caractère régional avec, en tête de cortège, majorettes en costume régional et croix de Lorraine. Et pourtant, ce plan Acier est décidé quelques mois seulement après les licenciements massifs chez Talbot à Poissy et, le 13 avril, c’est Citroën qui annonce près de 6 000 suppressions d’emplois. Les confédérations n’ont pas appelé l’ensemble des travailleurs à venir à la manifestation, très encadrée par le service d’ordre syndical et qui traverse des quartiers déserts de Paris.
En donnant à la lutte des sidérurgistes un caractère régional, en l’orientant sur le terrain de la politique industrielle, les confédérations syndicales l’envoyaient sur une voie de garage.
Le premier ministre « socialiste » Pierre Mauroy annonça le 13 juin 1982 le blocage des salaires et des prix pour quatre mois. Dans une période où le rythme d’inflation annuel était de 13 %, et où les salaires suivaient plus ou moins les prix au gré des négociations d’entreprise, cela signifiait d’emblée une importante perte de pouvoir d’achat pour les travailleurs. Les prix ne furent en effet jamais réellement bloqués, car leur prétendu blocage n’était qu’un alibi pour justifier celui des salaires. Aux termes mêmes de la loi, de nombreux prix n’étaient pas concernés : ceux des produits agroalimentaires tributaires des accords européens, fruits et légumes, céréales, ainsi que ceux des produits pétroliers, qui augmentèrent de 11 % en juillet. On vit fleurir dans les grandes surfaces les produits dits nouveaux, pour lesquels il n’y avait par définition aucun point de comparaison. Les services officiels eux-mêmes prévoyaient une hausse de 2,5 %. Il y eut aussi, à la veille du blocage, une valse des étiquettes, que le gouvernement ne chercha pas à stopper. En revanche les salaires furent réellement bloqués. La loi suspendait toute clause conventionnelle en matière de hausse de salaire jusqu’au 31 octobre. Les augmentations programmées dans les entreprises, en particulier celles qui étaient attendues pour le 1er juillet afin de réajuster les salaires sur l’inflation, étaient donc annulées. Même les compensations prévues au moment des négociations sur les 39 heures devenaient nulles et non avenues.
Le 1er novembre, le blocage prit officiellement fin. Les prix, qui n’avaient jamais été réellement bloqués, devinrent « encadrés ». Les loyers augmentèrent à nouveau, les transports d’Île-de-France également, ainsi que le prix des aliments et des vêtements. Quant aux salaires, le gouvernement exhorta les patrons à « ne pas les laisser déraper ». À la fin de l’année, leur blocage se traduisait par une importante perte de pouvoir d’achat pour le monde du travail. C’était aussi signifier aux travailleurs qu’ils ne verraient pas le gouvernement de gauche soutenir leurs revendications. Loin d’être de leur côté, il soutiendrait les intérêts du grand patronat comme l’avait fait la droite avant lui.
De fait, ce n’était qu’un début. Un nouveau plan d’austérité fut annoncé en mars 1983. Lorsque les travailleurs de l’automobile entrèrent en grève cette année-là, Mauroy dénonça « une grève des ayatollahs » et envoya les CRS déloger les grévistes de Talbot Poissy qui occupaient l’usine. En 1984, il annonça la suppression de 21 000 emplois dans la sidérurgie, alors qu’il avait affirmé qu’il n’y tolérerait aucun licenciement. Toutes ces mesures du gouvernement Mitterrand furent ressenties comme des trahisons, provoquant rancœur et écœurement parmi les travailleurs. Beaucoup désertèrent les syndicats. Au même moment, le Front national, qui n’était alors qu’un groupuscule, commença son ascension.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7150
En 1994, c’est le président français « socialiste » Mitterrand qui organise le génocide rwandais. Il ne le soutient pas, il le met en place. C’est lui qui l’a proposé, c’est lui qui l’a financé, c’est lui qui l’a organisé, c’est lui qui l’a armé et soutenu jusqu’au bout, c’est lui qui a sauvé les génocidaires après leur défaite…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134
https://www.matierevolution.org/spip.php?article2806
Quand la France de Mitterrand soutenait à fond la dictature sanglante de Milosevic en Yougoslavie
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7601
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6858
Mitterrand discute avec les assassins fascistes serbes Ratko Mladic, Radovan Karadžić. Il les couvrira jusqu’au bout (voir les cachoteries de la DGSE…). Parlant des bosniaques victimes des massacres serbes, François Mitterrand écrira dans son livre L’année des adieux à la page 175 : « Il est vrai que ce qu’ils cherchent depuis le début, c’est l’internationalisation, si nécessaire, par des provocations. Il y a quelques jours, M. Boutros Ghali m’a dit être sûr que l’obus tombé sur le marché de Sarajevo était une provocation bosniaque ». Le massacre de Srebrenica par les forces serbes de Radovan Karadzic appuyées par les milices ultranationalistes et racialistes de Ratko Mladic est considéré depuis comme le plus grand massacre européen depuis 1945, à la charge symbolique immense. Le président Izetbegovitc déclare à Mitterrand le 28 juin 1992 que les serbes fascistes ont mis en place des camps d’extermination et Mitterrand… n’en dira jamais un mot !!!
Courrier International écrit sous la plume de Juan Goytisolo : « Les défenseurs de la cause bosniaque qui manifestaient à Paris avec des pancartes représentant le président français sur les crânes des victimes, avec pour légende “François Ier, roi des Serbes”, avaient raison. Le génocide de 120 000 Musulmans de Bosnie obéissait à un machiavélisme qui préférait ignorer les “dommages collatéraux” du siège de Sarajevo. Jamais François Mitterrand n’exprima sa compassion pour les victimes ; cette indifférence, dissimulée sous le masque d’une prétendue impartialité envers “les parties impliquées dans le conflit”, poussa les souffrances des Bosniaques aux confins de l’indicible. »
Libération écrit : « Dans une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung (29 novembre 1991), François Mitterrand justifie sa politique pro-serbe : « Comme vous le savez, la Croatie faisait partie du bloc nazi, pas la Serbie… Pendant les premiers mois de la guerre en Bosnie, les informations sur les atrocités commises par les troupes de Ratko Mladic n’avaient pas suffi à émouvoir une opinion que l’affaire des faux charniers de Timisoara avait rendue sceptique. Il faudra, en ce mois d’août 1992, les images des camps serbes diffusés par les télévisions, les témoignages de réfugiés sur le « nettoyage ethnique » serbe, sur les viols de femmes bosniaques, pour que l’opinion occidentale commence à basculer. « Izetbegovic m’a dit qu’il avait donné la liste des camps à Mitterrand lors de son voyage à Sarajevo, affirme Bernard-Henri Lévy. Et Mitterrand a refusé de croire à ces camps. »
France Inter déclare :
« Oui, les serbe avaient hérité du gros de l’arsenal de l’armée Yougoslave. Mais François Mitterrand restait farouchement opposé, même à la levée de l’embargo sur les armes en ex-Yougoslavie qui aurait permis d’aider indirectement les bosniaques. Il disait qu’il ne fallait pas « ajouter la guerre à la guerre »… Cet argument raisonne étrangement aujourd’hui à propos de la Syrie. Pour le conflit des Balkans, François Mitterrand dira plus tard « moi vivant, jamais la France ne fera la guerre à la Serbie ». Pendant ces 27 et 28 juin 1992 François Mitterrand aura rencontré le président Izetbegovic…Mais aussi le général Mladic à l’aéroport avant de repartir… Ces deux hommes auront compris la vraie nature du voyage. Le siège pouvait continuer de plus bel. Ils avaient compris que François Mitterrand resterait fidèle à la tradition pro serbe de la France. »
« Le principal support de la Serbie était Mitterrand et son entourage, prisonniers d’une mythologie pro-serbe remontant à la Première Guerre mondiale. Paradoxalement, un des principaux contrepoids à Mitterrand était Nicolas Kovac, Ambassadeur de la République de Bosnie-Herzégovine, d’origine serbe... Parmi les pro-serbes notoires, on peut citer Jean-Pierre Chevènement, le général Pierre-Maris Gallois, Régis Debray, Peter Handke, Daniel Salvatore, Schiffer. »
Membre clandestin de l’OCI (pseudo trotskiste) avant de rejoindre le PS, il est élu député en 1981. Il occupe les fonctions de premier secrétaire du PS jusqu’en 1988, puis celles de ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale, dans les gouvernements Rocard et Cresson, entre 1988 et 1992.
Désigné candidat à l’élection présidentielle de 1995 à l’issue d’une primaire – une première de ce type sous la Cinquième République – et de deux septennats Mitterrand, il est battu par Jacques Chirac, recueillant 47,4 % des voix au second tour. Il redevient dans la foulée premier secrétaire du Parti socialiste.
La victoire de la gauche aux élections législatives de 1997 lui permet de devenir Premier ministre pour une troisième cohabitation. À la tête d’une « majorité plurielle » pendant cinq ans, il contribue à la mise en place des 35 heures et des emplois-jeunes.
Mais sa politique est tellement populaire qu’il est éliminé dès le premier tour aux élections suivantes !
La gauche a fait ce que la droite n’avait pas osé : lever le tabou de la privatisation des services publics, en vendant de larges parts de France Telecom et d’Air France, cette dernière sous l’égide du ministre communiste Gayssot. Le gouvernement a d’ailleurs franchi une première étape, en faisant voter par l’assemblée, en février 1999, l’ouverture du marché de l’électricité. Le gouvernement Jospin a mis La Poste et la SNCF sur la même voie de « l’ouverture du marché » et de la rentabilisation par secteurs.
Le bradage passé de France Telecom et à venir d’EDF n’était pas simplement destiné à donner à des bourgeois français de nouvelles opportunités de profits, il doit aider à faire de ces groupes des géants capitalistes mondiaux. EDF, qui réalise déjà presque le quart de son chiffre d’affaires à l’étranger veut faire passer cette part à 50 % d’ici 2004/2005. Pour cela l’entreprise souhaite justement l’ouverture du marché européen pour conquérir de nouvelles positions à l’extérieur et l’ouverture de son capital pour mobiliser des fonds sur les marchés financiers et négocier des fusions-acquisitions. Sous la tutelle de la gauche, EDF et GDF n’ont pas attendu leur privatisation pour se lancer dans la spéculation sur le marché international de l’énergie. Elles ont monté leur propre filiale de trading (le métier d’Enron, la société américaine dont la faillite fait actuellement scandale), EDF-trading (en collaboration avec Vivendi) et Gaselys (avec la Société Générale). Mais pour grossir à l’étranger et devenir des numéros un mondiaux, ces entreprises doivent bien présenter la facture à quelqu’un. Ce sera leurs salariés, dont les conditions de travail se dégradent, et les usagers, qui ont vu le gouvernement augmenter plusieurs fois les tarifs du gaz et de l’électricité. L’avenir est programmé : comme France Telecom, EDF et GDF tenteront de plus en plus de se libérer des contraintes du service public, au profit de la rentabilité immédiate ...aux dépens des salariés comme des usagers. Tout en faisant passer au privé les secteurs les plus rentables du secteur public, il a soumis le reste à une diète de 5 ans. Dès 1997, il a proclamé le « gel de l’emploi public ». Le plan Juppé de 1995 a été prolongé. Les hôpitaux ont continué d’être rationnés en effectifs et en moyens. Dans la première moitié des années 1990, les dépenses du secteur hospitalier avaient augmenté de 7 % par an, ce qui était déjà insuffisant pour suivre le développement de l’activité. Mais entre 1995 et 2000, cette augmentation a été de 7 % au total ! Un lit sur 15 a été supprimé de 1994 à 1999. En 2002, alors que le passage aux 35 heures aurait nécessité la création d’au moins 80 000 postes, le gouvernement n’en promet que 40 000, et les hospitaliers exaspérés multiplient les grèves. Gel de l’embauche, surcharge de travail, pénurie de moyens : le même traitement a été réservé aux transports, à la poste ou encore à l’éducation nationale. Le gouvernement "de gauche" a continué d’étendre la précarité : sur 3,4 millions de salariés des trois fonctions publiques, il y a aujourd’hui 960 000 non titulaires et plus de 300 000 « contrats aidés » (CES, emplois-jeunes, contrats de ville…). De quoi donner envie de voir Jospin goûter à son tour à la précarité de l’emploi.
La gauche au gouvernement a bien sûr mis en place de nouvelles lois, comme les 35 heures, pris des mesures budgétaires, comme les emplois-jeunes, et avalisé des règles nouvelles, comme le PARE imposant aux chômeurs de nouvelles contraintes pour leur faire accepter n’importe quel travail à n’importe quel prix. Mais si ces mesures ont eu des conséquences certaines sur les conditions de vie de bon nombre de salariés, leurs effets réels sur l’emploi sont, eux, tout à fait incertains. Pour les 35 heures il n’a ainsi jamais été vraiment possible d’en évaluer les effets sur l’emploi. Le gouvernement a prétendu que l’application de la loi avait permis la création de plusieurs centaines de milliers de postes. Mais personne n’a jamais pu savoir quelle était dans ces chiffres la part des embauches en compensation de la réduction du temps de travail, et celle de « l’effet d’aubaine », permettant aux patrons de rafler les cadeaux en matière de charges sociales, pour des embauches qu’ils auraient de toutes façons été amenés à réaliser. Ce qui est par contre parfaitement palpable (surtout pour ceux qui les touchent), ce sont les milliards sous forme de baisses de charges sociales récupérées par le patronat au titre de la prétendue réduction du temps de travail. Et c’est aussi que cette loi concoctée et votée par la gauche, a ouvert la porte à une généralisation de la flexibilité et dans bien des cas détérioré les conditions de travail des salariés, en même temps que donné lieu à des réductions de salaires ou de primes. Autre certitude, l’application des 35 heures a provoqué de très nombreux mouvements de grève et protestations – jusqu’à aujourd’hui – révélateurs de l’appréciation des salariés concernés sur les prétendus bienfaits de la loi. Quant aux emplois-jeunes, la gauche qui en avait promis 700 000 n’en a réalisés sur la législature qu’un peu moins de la moitié, créés par les seuls secteurs public et associatif. Ces emplois ont certes été considérés comme un dépannage bienvenu par une partie des jeunes concernés, en fin de scolarité ou déjà au chômage, ou encore salariés depuis peu et saisissant l’occasion de changer de patron. Mais ces emplois, sous forme de contrats de cinq ans, financés à 80 % par l’Etat, ont inauguré une nouvelle forme de précarité et de salaire au rabais. Embauchés dans l’enseignement, dans la police, dans les transports en commun, dans les municipalités, etc., les jeunes en question se sont souvent retrouvés à boucher des trous dans des administrations qui ont ainsi pourvu les postes manquants en les payant en dessous du tarif.
Rien n’a été fait par ailleurs par le gouvernement de gauche contre la précarité en général. Sauf à considérer que la disposition de la dernière loi dite « de modernisation sociale », passant de 6 % à 10 % la prime de précarité des CDD pour l’aligner sur celle des intérimaires, puisse constituer une réelle pression sur les patrons. La progression de la précarité a au contraire accompagné la création des nouveaux emplois, avec pour corollaire l’insécurité au travail. Entre 1999 et 2000 le nombre d’accidents du travail a ainsi progressé de 4,6 % selon les chiffres du ministère de l’emploi qui précise que le secteur de l’intérim est particulièrement touché et que la précarité et la flexibilité des horaires en sont les principales causes. Quant aux licenciements collectifs pour motif dit économique, ils se sont mis à grimper à nouveau brutalement avec la rafale des plans sociaux au printemps dernier. En un an, de novembre 2000 à novembre 2001, leur nombre a progressé de 39,8 % pendant que le chômage lui progressait de 12,7 %. Pour faire croire qu’il se préoccupait des licenciements économiques, le gouvernement a proposé un dispositif, toujours dans le cadre de cette loi de « modernisation sociale », suscitant une longue discussion parlementaire. Le texte n’est finalement qu’une collection de dispositions légales déjà existantes et de vagues recommandations. Et de plus la définition du licenciement économique – fruit de concessions de Jospin au PCF mais qui ne pouvait tout au plus que permettre de retarder de quelques jours la mise en application des licenciements – a été retoquée par le Conseil Constitutionnel.
Conclusion : le point essentiel est que la gauche a fait passer dans le mouvement ouvrier l’idée de la réforme... idée reprise ensuite par Sarkozy pour casser tous les droits sociaux.
Et finalement c’est Hollande qui l’a fait…
Qui est François Hollande ?
https://www.matierevolution.org/spip.php?article1992
Les « socialistes » Hollande-Valls lancent la « réforme » néo-libérale en France… Ce que la droite n’a pas osé faire jusque là.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2728
Ce sont les « socialistes » Hollande-Valls au gouvernement qui lancent « la France en guerre »…
https://matierevolution.org/spip.php?article4591
Et ce n’est pas juste un slogan !
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2589
https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve652
En 2013, le Front de Gauche promeut la guerre au Mali
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2613
La politique « socialiste » de Hollande, c’est simplement la défense de l’impérialisme français !
https://matierevolution.fr/spip.php?article2332
Hollande est le dernier président de la françafrique.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve835
Hollande (aidé par Le Maire) a ruiné l’Etat français pour « sauver » les capitalistes !
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3466
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6230
https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313
https://www.matierevolution.org/spip.php?article4063
La trajectoire personnelle de Hollande décrit celle du parti dit « socialiste » :
https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313
Hollande-Valls poussent la France dans le sens raciste, fasciste, policier, anti-immigrés, anti-musulmans, anti-sans papiers, anti-étrangers, anti-Roms, etc.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve572
https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve573
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3386
Et le but : Hollande-Valls s’attaquent à la classe ouvrière…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3188
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4037
Et soutenir le patronat…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3640
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2428
Le mitterrandiste Mélenchon, une nouvelle version social-démocrate du courant « socialiste » en France…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8466
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4419
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7798
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3579
En 2012, ils ont fait le « front de gauche »…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2337
Les « socialistes » ont prétendu reconstituer le front populaire aux côtés des mélenchonistes, des écologistes et autres…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7817
http://matierevolution.org/spip.php?article8871
Mais cela n’a duré qu’une élection et ensuite, le parti socialiste s’est fait le meilleur défenseur de Macron et du gouvernement Lecornu. Sans le PS, les deux auraient chuté depuis longtemps.
Sources historiques :