Accueil > 16- EDITORIAUX DE "LA VOIX DES TRAVAILLEURS" - > Mélenchon et Leclerc : l’union sacrée sociale-chauvine
Mélenchon et Leclerc : l’union sacrée sociale-chauvine
jeudi 26 mars 2026, par ,
MÉLENCHON ET LECLERC : L’UNION SACRÉE SOCIALE-CHAUVINE
Macron baptise son porte-avions « France libre », en se donnant des airs gaullistes. Cela titille le nationaliste Mélenchon qui répond qu’il l’aurait plutôt appelé « Leclerc ». On apprend ainsi que Mélenchon est un adepte d’un maréchal gaulliste, un noble, né dans un château, colonialiste, d’extrême droite et monarchiste. Entre autres, c’est lui qui a rétabli le colonialisme français en Indochine alors qu’il était menacé par la révolution sociale en 1946 !
Pas de confusion possible : il ne s’agit pas, pour Mélenchon, du révolutionnaire Théophile Leclerc qui a été un des dirigeants révolutionnaires de 1793 aux côtés de Jacques Roux et de Jean Varlet et qu’on nommait « les enragés » !
Pas un mot de Mélenchon contre le porte-avions lui-même. Pas un mot contre les 10 milliards jetés dans la gueule de Naval Group pendant que les hôpitaux ferment et les cheminots crèvent à la tâche. Pas un mot contre la doctrine de projection de puissance qui fait de ce bâtiment l’instrument de demain de l’impérialisme français — le même qui couvre Israël en Méditerranée, maintient ses bases au Sahel, ravitaille les bombardiers américains à Istres.
Le chef de LFI entre dans le débat de « naming ». Il joue le jeu. Il valide la logique. Il nomme, il ne discute pas la fonction meurtrière du vaisseau qui est non seulement une dépense folle pour un Etat ruiné mais le plus grand porte-avion français à propulsion nucléaire…
Un impérialisme français aux abois
Pour comprendre ce que signifie la déclaration de Mélenchon, il faut partir de la situation réelle de l’impérialisme français.
Le capital français est en crise de positions. Chassé du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad, il a perdu en quelques années l’essentiel de son pré carré africain — non pas sous les coups d’une révolution populaire victorieuse, mais sous la pression d’impérialismes concurrents qui ont su exploiter la haine accumulée par des décennies de Françafrique. La Russie de Wagner, la Chine, la Turquie ont avancé leurs pions là où le drapeau tricolore était brûlé.
Face à cet effondrement, l’impérialisme français cherche de nouveaux axes de projection. Il se tourne vers l’est européen, au nom de la défense de l’OTAN. Il lorgne vers le détroit d’Ormuz et les routes maritimes du Golfe, où la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran recompose les équilibres et crée de nouvelles opportunités — mais aussi de nouvelles contradictions. Car Washington, présenté comme allié dans le cadre de l’OTAN, est simultanément un concurrent qui a contribué à affaiblir les positions françaises en Afrique et qui impose ses propres intérêts dans la région.
C’est dans ce contexte qu’il faut lire le « France libre » : un porte-avions nucléaire de 80 000 tonnes n’est pas un symbole. C’est un outil de reconquête de positions impériales perdues, un instrument pour peser dans des zones où le capital français tente de se réinsérer par la force là où il a été chassé par la concurrence.
Leclerc : l’extrême droite en uniforme
Mélenchon se présente comme le principal adversaire de l’extrême droite en France. Soit. Regardons alors qui il propose de mettre sur la coque de cet instrument de guerre.
Philippe de Hauteclocque, dit « Leclerc » : un aristocrate sorti de Saint-Cyr, lecteur assidu de « L’Action française » — journal royaliste, nationaliste, antisémite, matrice idéologique de l’extrême droite française. Dès 1926, il demande à être envoyé au Maroc pour « pacifier » les populations rifaines soulevées contre l’ordre colonial. Il sert ensuite en Indochine. Il est, jusqu’à sa mort, un défenseur de l’empire français au moment même où les peuples colonisés entament leurs luttes de libération.
Mélenchon, mis au pied du mur, balaie ces crimes d’un revers de main : il n’y est passé « que le temps de dire que c’était une folie. »
Une folie. Pas un crime colonial. Pas une guerre d’extermination contre des peuples qui voulaient leur liberté. Une folie.
Voilà le héros que celui qui prétend combattre l’extrême droite propose aux classes populaires.
La Résistance et le CNR : une union sacrée de classe
Mélenchon invoque le serment de Koufra, l’insoumission à Pétain, la Libération. Il reproduit le mythe résistancialiste sans l’interroger une seconde.
La Résistance et le CNR dans leur réalité de classe : une coalition allant du PCF stalinisé jusqu’aux franges les plus proches de l’Action française, unie non par un projet d’émancipation ouvrière, mais par la restauration de l’État français et la défense de l’empire colonial. Une union sacrée — exactement comme en 1914. Les travailleurs y ont fourni les corps, les fusillés, les déportés. La bourgeoisie y a fourni les généraux, les préfets, les administrateurs coloniaux — les mêmes qui ont ensuite conduit les guerres d’Indochine et d’Algérie, sous les mêmes drapeaux tricolores, avec les mêmes épaulettes.
Le CNR n’a pas libéré la classe ouvrière. Il a restauré l’État capitaliste français, son empire, ses intérêts. Et c’est précisément cet empire — aujourd’hui aux abois — que le *France libre* est censé ressusciter.
Le signal envoyé aux classes dirigeantes
Mélenchon n’est pas naïf. Quand il propose « Leclerc » — homme de l’Action française, officier colonial, défenseur de l’empire jusqu’à la fin — il envoie un signal politique précis, dans un contexte précis.
Ce signal ne s’adresse pas aux classes populaires. Il s’adresse au grand capital français et à l’État impérial : « ne vous inquiétez pas. Là où le général Leclerc a défendu les positions de l’empire colonial français contre les peuples qui voulaient s’en libérer, je défendrai les intérêts de l’impérialisme français contre ceux qui menacent ses positions aujourd’hui. Je prétends combattre l’extrême droite, mais je ne toucherai pas à votre impérialisme. Vous pouvez compter sur moi. »
C’est le social-chauvinisme dans sa forme la plus accomplie : utiliser la rhétorique anti-extrême droite pour dissoudre toute conscience anti-impérialiste dans le bloc républicain, couvrir politiquement la reconquête des positions impériales perdues, et faire rentrer les exploités dans le rang au nom des « valeurs de la Résistance » — au moment précis où la bourgeoisie française cherche les moyens de sa revanche coloniale.
Ce n’est pas le front unique au sens marxiste — une action commune délimitée avec maintien strict de l’indépendance de classe. C’est son contraire : la capitulation devant sa propre bourgeoisie, habillée en résistance.
Ce que cache le débat sur le nom du porte-avions
Le « France libre » pèsera 80 000 tonnes, sera propulsé au nucléaire, catapultera des Rafale fabriqués chez Dassault — dont Mélenchon a publiquement salué l’accélération des cadences. Il coûtera 10 milliards d’euros. Il naviguera pour défendre les intérêts français « sur les cinq continents » — formule que Mélenchon lui-même a reprise en mars 2025.
Ce bâtiment n’est pas construit pour la paix. Il est construit pour un impérialisme français qui a perdu ses positions en Afrique et cherche par les armes à en reconquérir, à peser au détroit d’Ormuz, à s’imposer dans des zones que ses concurrents — y compris son « allié » américain — lui disputent.
La question n’est pas de lui trouver un beau nom.
La question est : « contre qui naviguera-t-il, et qui paiera pour qu’il navigue ? »
Notre réponse : le nom « Jeanne Labourbe »
Si l’on nous demandait un nom, nous en aurions un. Pas un général. Pas un aristocrate de l’Action française. Pas un défenseur de l’empire colonial.
Un nom ? Par exemple, Jeanne Labourbe !
Née en 1877 à Lapalisse, dans l’Allier, fille de paysans et de journaliers. Repasseuse. Militante bolchevique. En février 1919, elle se rend à Odessa — occupée par l’armée française envoyée par Clemenceau pour écraser la Révolution russe. Là, au péril de sa vie, elle mène l’agitation parmi les soldats et marins français de l’armée d’intervention. Elle ne pouvait supporter, disait-elle, « que les fils des communards de 1871, les descendants des révolutionnaires de 1793, viennent étouffer la grande révolution russe. » Son travail porte : les marins du cuirassé « Mirabeau » refusent d’obéir aux ordres.
Le 1er mars 1919, la contre-espionnage française et les gardes blancs font irruption dans son appartement. Elle est arrêtée, torturée, fusillée dans la nuit du 2 mars avec dix de ses camarades — sur ordre de l’armée française.
Lénine a écrit d’elle que son nom « est devenu connu de l’ensemble du prolétariat français et est devenu un mot d’ordre de la lutte contre l’impérialisme international »¹.
Le fil rouge du peuple travailleur : saisir le porte-avions
Il y a une autre question que celle du nom. Une question de classe.
Le peuple travailleur a son propre fil rouge, qui ne passe pas par les généraux de l’Action française ni par les réunions du CNR. Ce fil commence en 1793, quand les sans-culottes arment la Révolution de leur sang et que la bourgeoisie s’empresse d’en confisquer les fruits. Il passe par la Commune de 1871 — 72 jours où le peuple de Paris a gouverné par lui-même, avant que Thiers et Versailles le noient dans le sang avec la bénédiction de Bismarck. Il passe par les tranchées de 1917, où les mutins des régiments français ont refusé de mourir pour les intérêts des actionnaires, où des soldats épuisés ont dressé leurs comités contre les généraux. Il passe par la mer Noire en 1919, où les marins du « Mirabeau » ont refusé de faire feu sur la Révolution russe — là où travaillait Jeanne Labourbe. Et il passe par la trahison de 1919 en France, quand les directions syndicales et le parti socialiste (SFIO) ont étouffé la vague révolutionnaire qui aurait pu faire basculer l’Europe.
À chaque fois, les classes dirigeantes ont proposé leur union sacrée. À chaque fois, une avant-garde ouvrière a refusé.
Nous ne demandons pas quel nom mettre sur le « France libre ». Nous posons une autre question : qui doit le contrôler, et à quelles fins ?
Notre réponse est celle du mouvement ouvrier révolutionnaire depuis 1793 : ce sont les comités de soldats et de marins, organisés avec le peuple travailleur, qui doivent se saisir des instruments de la puissance d’État — non pour défendre les positions d’un impérialisme aux abois, mais pour les retourner contre lui. Non pour ravitailler les bombardiers américains à Istres ou menacer les peuples du Golfe, mais pour défendre la révolution du peuple travailleur — celle qui a commencé en 1793, que la Commune a poursuivie, que les mutins de la mer Noire ont incarnée, et que les directions syndicales et politiques ont trahie à chaque tournant décisif.
C’est le drapeau de Jeanne Labourbe que nous reprenons. Pas celui de Leclerc.
Celui qui prétend combattre l’extrême droite et propose un homme de l’Action française et de l’empire colonial ne combat pas l’extrême droite. Il envoie au grand capital français un message rassurant : comme Leclerc hier, il défendra les intérêts de l’impérialisme français — contre les peuples qui osent lui résister.
D’ailleurs, Mélenchon a dit lui-même « je veux envoyer aux généraux français un message rassurant » ! Beau programme ! Surtout quand ces généraux envoient, eux, comme message : « il faut avoir la force d’âme de sacrifier nos enfants »…
Ce sont les marins révoltés, mutinés, se constituant en soviet révolutionnaire, qui sauraient lui donner le seul nom qui vaille :
« À bas l’impérialisme français ! »
¹ V.I. Lénine, « Œuvres complètes », t. 39, p. 391 (5e éd. russe). Traduction du texte anglais des OC : “[The name of Labourbe] has become well known to the whole French proletariat and has become a slogan of the struggle against international imperialism."










Messages
1. Mélenchon et Leclerc : l’union sacrée sociale-chauvine, 27 mars, 09:26, par Florent
.
En termes de guerre, Mélenchon est surtout polarisée par celle entre lui et le parti socialiste ! Ainsi, ce dernier vient de tarder à l’inviter à l’enterrement de Jospin alors qu’il est comme celui-ci un faux ancien trotskiste lambertiste planqué dans le parti socialiste et devenu grand adepte du fasciste François Mitterrand et de la social-démocratie faussement socialiste !
En termes de vraie guerre, Mélenchon est un adepte des petites phrases creuses du genre : "Nous sommes entrés dans une ère d’affrontement des suprémacistes."
Une manière de ne pas toucher à la question de la guerre inter-impérialiste et d’accuser seulement l’opinion suprémaciste de gouvernants comme Trump ou Nétanyahou !
Mélenchon parle volontiers de "l’impérialisme nord-américain" mais pas du français, pourtant celui qui exploite et opprime directement le peuple travailleur de France, celui auquel il aura directement à se heurter dès qu’il voudra changer l’ordre établi, celui qu’il faudra en premier déstabiliser !
Mais l’impérialisme français, Mélenchon l’adore ! Sous prétexte d’adorer "la France" !
2. Mélenchon et Leclerc : l’union sacrée sociale-chauvine, 28 mars, 07:13, par Mireille
.
Mélenchon est de ceux qui voudraient que l’impérialisme français se dissocie de l’impérialisme américain.
Mais, même quand l’impérialisme américain, lui, choisit de se dissocier de la France et de l’Europe, il les tient sous sa coupe...
Que cela lui plaise ou pas, l’impérialisme français est à la botte de l’impérialisme américain
Il met des contraintes diplomatiques qu’on n’a pas le droit de dire
https://www.france24.com/fr/afrique/20260326-afrique-du-sud-ecartee-g7-france-etats-unis-macron-ramaphosa-trump
Il l’oblige à choisi son camp
https://www.ouest-france.fr/politique/defense/des-avions-americains-ne-participant-pas-aux-operations-militaires-en-iran-ont-ete-acceptes-sur-une-base-en-france-63719b22-188f-11f1-97f1-526ef9f97286
Il l’oblige à choisir ses systèmes de défense
https://www.leparisien.fr/international/futur-porte-avions-pourquoi-la-france-est-contrainte-de-faire-confiance-aux-americains-18-03-2026-WASY3EH6VVG3XCFCSJOWLNFQII.php
3. Mélenchon et Leclerc : l’union sacrée sociale-chauvine, 23 avril, 06:01, par Paul
.
Le général Mandon, chef d’état-major des armées de la France, prévient à nouveau que la guerre contre la Russie est au programme et qu’il va sacrifier une génération de jeunes ! Mélenchon n’est toujours pas choqué sur le fond ! Il n’appelle pas les soldats à s’insoumettre, lui qui se prétend hypocritement "insoumis" !
4. Mélenchon et Leclerc : l’union sacrée sociale-chauvine, 8 mai, 05:06, par alain
.
Le porte-avions « Charles de Gaulle » se rapproche du détroit d’Ormuz. L’impérialisme français prétend-il sécuriser à lui tout seul le détroit sans se faire bloquer ni par les USA ni par l’Iran ?
https://www.franceinfo.fr/monde/iran/crise-dans-le-detroit-d-ormuz/le-porte-avions-charles-de-gaulle-franchit-le-canal-de-suez-et-met-le-cap-vers-le-detroit-d-ormuz_7987721.html
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/07/la-france-deploie-le-porte-avions-charles-de-gaulle-en-direction-du-golfe-d-aden-et-se-tient-prete-a-agir-pour-debloquer-le-detroit-d-ormuz_6686245_3210.html
Non ! Macron impose ainsi une participation française aux négociations avec l’Iran et remet l’impérialisme français dans la danse mondiale.
Les faux ennemis français de la guerre impérialiste américaine se dévoilent car ils refusent de dénoncer Macron à Ormuz !