Accueil > 12 - QUOI DE NEUF DANS LES ORGANISATIONS REVOLUTIONNAIRES - WHAT’S NEW UPON (…) > Derrière la posture pseudo-révolutionnaire du NPA-R
Derrière la posture pseudo-révolutionnaire du NPA-R
samedi 27 juin 2026, par
# UNE POSTURE RÉVOLUTIONNAIRE OPPOSÉE À TOUTE POLITIQUE BOLCHEVIQUE-LÉNINISTE
Cet article fait suite à celui-ci : Forum du NPA-R à la Fête de Lutte ouvrière 2026...
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8789
Et ils répondent à
https://www.youtube.com/watch?v=yqsd5FNfdRU
## Anatomie politique du NPA-R à la Fête de Lutte ouvrière 2026
*Un social-patriotisme déguisé en marxisme révolutionnaire — comment le NPA-R se range dans l’union sacrée derrière l’impérialisme français*
*Forum tenu au stand accordé par LO. Thème annoncé : « la nécessité de construire un front des révolutionnaires dans les élections comme dans les luttes, en toute indépendance de la gauche radicale. » Trois intervenants de la direction nationale du NPA-R : Ken Armède (électromécanicien, Stellantis Poissy, SUD), Gaël Quirante (postier licencié, porte-parole, SUD-PTT 92), Selma Labib (porte-parole nationale, conductrice de bus RATP).*
— -
## Ce qu’un parti évacue dit ce qu’il est
La méthode marxiste-léniniste évalue les organisations politiques **par ce qu’elles omettent**. Les tâches concrètes refusées, les questions évacuées, les mots d’ordre absents révèlent l’intégration aux appareils mieux que les déclarations doctrinales. Toute organisation se réclamant du marxisme révolutionnaire est jugée sur le matériel — pas sur le verbal.
Trois interventions à analyser séparément, parce que chacune occupe un registre distinct dans la chorégraphie du panel : Ken Armède porte la **légitimité ouvrière concrète** (l’usine en lutte), Gaël Quirante porte la **justification politique** (le pôle, la candidature commune), Selma Labib porte la **synthèse stratégique** (l’impérialisme mondial, le débouché politique). Puis critique globale d’ensemble — ce que les trois interventions, articulées, disent de la politique réelle du NPA-R.
On confrontera systématiquement ces interventions à plusieurs ordres de critères élaborés dans la tradition marxiste révolutionnaire elle-même. Lénine, dans *Le socialisme et la guerre* (1915) et toute sa production de 1914-1916 contre les social-chauvins de la IIᵉ Internationale, caractérise la guerre impérialiste comme guerre réactionnaire menée par des bourgeoisies pour le repartage du monde, pose la possibilité concrète d’une révolution socialiste sortie de cette guerre, et exige une coordination internationale des révolutionnaires contre les social-chauvins. Sur la position défaitiste révolutionnaire et ses prolongements pratiques, c’est toute la chaîne bolchevique-léniniste-trotskyste élaborée de 1914-1916 jusqu’au *Programme de Transition* de 1938 — Lénine, Liebknecht, Trotsky, premiers Congrès de l’Internationale communiste, Ligue Communiste française 1934, Programme de Transition de la IVᵉ Internationale — qui implique une chaîne pratique cohérente : nommer sa propre bourgeoisie comme adversaire principal, souhaiter et organiser sa défaite militaire dans la guerre impérialiste, travailler dans l’armée et organiser les soldats, exproprier l’industrie de guerre, armer le prolétariat, articuler le défaitisme à la dictature du prolétariat et à la reconstruction d’une Internationale ouvrière révolutionnaire. On confrontera aussi ces interventions à ce que faisait Barta à Renault-Billancourt en 1947 — fraction publique distincte du syndicat, organe propre, comité de grève élu en assemblée générale souveraine avec mandats révocables — et à la logique de la Charte d’Amiens de 1906 : indépendance de l’organisation ouvrière, action directe, refus de subordonner la lutte syndicale aux médiations politiques institutionnelles.
— -
# Partie I — L’OUVRIER MIS EN SCÈNE POUR CACHER LA COLLABORATION DE CLASSE AVEC L’ÉTAT
## Ken Armède ou le tripartisme sous étiquette trotskyste
### I.1 L’ouvrier hissé à la tribune — fonction de légitimation
Ouvrier de l’automobile dans l’usine la plus chargée politiquement de la période, première intervention du panel. Ken Armède **ancre** le forum dans la classe en lutte. Argument d’autorité matériel : un militant Stellantis Poissy en plein chantage de fermeture, dans le secteur automobile qui est simultanément délocalisé (Kénitra, Saragosse) et recyclé dans l’armement (Renault Chorus). Si le panel a une légitimité ouvrière à prouver, c’est ici qu’elle se joue.
### I.2 La part incompressible — saisie correcte du chantage Stellantis
– Diagnostic correct du chantage Stellantis : mensonge patronal, calendrier post-présidentielle 2027, passage à une équipe, mutations forcées, indemnités faibles ;
– Politique de **coordination inter-boîtes** matériellement tissée : Stellantis → MA France (Aulnay) → Valeo (Isère) → Michelin (Cholet) ; sous-traitants OP Mobility (Normandie), Forvia, MC Synchro, Lear (Yvelines) ; aboutissement le 23 avril 2026, 400 travailleurs ;
– Refus du **nationalisme économique** et des « projets industriels bidon » de la gauche institutionnelle (LFI, PCF) et des centrales syndicales.
Cela n’est pas négligeable. C’est plus que ce que produisent les appareils CGT/SUD seuls, et plus que la propagande LO sur le même dossier (« occupons-nous des nôtres »).
### I.3 « Au nom de SUD » — la fraction enterrée là où elle pourrait revivre
Ken Armède parle **« au nom de SUD »**, jamais au nom des militants communistes organisés en fraction *à l’intérieur* de SUD. Pas d’organe politique propre dans l’usine, pas de plateforme révolutionnaire publique distincte du syndicat. Rupture frontale avec ce que faisait Barta à Renault-Billancourt en 1947 : noyau organisé, journal d’usine propre (*La Voix des Travailleurs de chez Renault*), programme propre, confronté ouvertement à l’appareil syndical.
L’ironie est décisive : **Ken Armède (NPA-R) et Jean-Pierre Mercier (LO) sont dans le même syndicat (SUD), dans la même usine (Poissy)**. L’« intervention remarquée de notre syndicat SUD » du 23 avril dont parle Ken Armède, c’est le syndicat de Mercier autant que de Ken Armède. Ils coexistent au point de production le plus brûlant de l’extrême gauche française aujourd’hui.
Or sur quel terrain réclament-ils « l’unité des révolutionnaires » ? **Sur la présidentielle** — la candidature Arthaud commune. Sur le terrain le plus stérile pour la classe. Sur le terrain où elle serait décisive — une **fraction révolutionnaire commune dans SUD à Poissy**, un programme transitoire commun porté ensemble dans l’AG, l’usine, la coordination — rien. Pas un texte. **Ils ont l’unité sous la main, au point de production, et ils la portent à l’isoloir.**
### I.4 Le comité de grève qu’il ne nomme pas — auto-organisation comme slogan creux
Ken Armède parle de « débrayages », de « se montrer », de « contacts » et de « coordination » entre boîtes. **Pas une fois** : comité de grève élu en AG, comité de lutte souverain, mandat révocable. L’organe central de Barta — *« les Comités sont les organes de lutte de la classe ouvrière où les ouvriers élisent des représentants révocables à tout instant »* (La Lutte de Classes nº89, avril 1947) — a purement disparu.
Ce qui le remplace : le **label syndical** (« notre syndicat SUD ») et des contacts inter-entreprises *gérés par les militants*. Et là où Barta posait le devoir de la fraction de **se soumettre aux décisions collectives** des travailleurs (refus de s’auto-baptiser « comité de lutte »), Ken Armède pose l’inverse exact : *« seuls les militants de l’extrême gauche peuvent proposer cette coordination »*. Le militant comme sujet indispensable. Substitutionnisme.
L’invocation de « mettre de côté les étiquettes syndicales » et de la direction « par les travailleurs syndiqués ou non » peut donner l’impression d’une filiation avec la pratique politique singulière qu’a déployée Barta à Renault-Billancourt en 1947 — d’autant que Ken Armède provient de la tendance L’Étincelle, issue de la fraction de Lutte Ouvrière qui a rejoint le NPA puis a participé à la formation du NPA-R, et que cette tendance se réclame généalogiquement de cette filiation. Mais l’invocation reste verbale. **Sans l’organe** — le comité élu, l’AG souveraine, le mandat révocable — la formule est creuse : on met de côté les étiquettes syndicales pour mieux porter le label NPA-R et la candidature commune Arthaud à la présidentielle 2027. La filiation est revendiquée comme étiquette, abandonnée comme pratique.
### I.5 « Contresignée par le gouvernement » — l’aveu tripartite, contre Amiens 1906
Maximum revendicatif de Ken Armède : des garanties « signées par la direction et **contresignées par le gouvernement** ». Ce n’est pas une illusion d’État, c’est une **revendication positive du tripartisme** — patronat + État + syndicats à la table, l’architecture exacte du **capitalisme monopoliste d’État** où les appareils syndicaux deviennent co-administrateurs du compromis social et co-gestionnaires de la reconfiguration industrielle.
Ken Armède ne se trompe pas sur la nature de l’État : il **demande son siège** à la table de la négociation. Et c’est explicitement « au nom de notre syndicat SUD » qu’il le demande — Solidaires partage cette ligne. C’est la position constitutive du **réformisme syndical depuis 1914**, de la CFTC à la CGT-PCF de la bataille de la production en passant par FO. Le « radicalisme » de SUD est dans les **formes d’action** (occupations, blocages, AG combatives) — pas dans l’**horizon stratégique**, qui reste tripartite.
Cette ligne **renverse la logique de la Charte d’Amiens (1906)**. La CGT révolutionnaire d’avant 1914 (Pouget, Griffuelhes, Pelloutier, Monatte, Rosmer) s’est précisément construite sur trois principes articulés que la Charte porte explicitement : l’indépendance de l’organisation ouvrière à l’égard des partis politiques et des sectes philosophiques, la primauté de l’action directe sur l’arbitrage parlementaire, et le refus de subordonner la lutte syndicale aux médiations politiques institutionnelles. La Charte ne se réduit pas à un anti-étatisme abstrait : elle pose le syndicat comme organisation autonome du prolétariat, irréductible aux médiations parlementaires, gouvernementales ou partisanes. Cette logique est intégralement renversée dès lors que la revendication centrale d’un militant trotskyste en lutte contre la fermeture devient une garantie *contresignée par le gouvernement*. SUD-Solidaires hérite verbalement de cette tradition (filiation Bourses du Travail, héritage CGT-U 1922) et la renie en pratique dès qu’il s’agit de la défense de l’emploi : il appelle l’État à la table comme arbitre garant. Et Ken Armède, depuis SUD, articule ce reniement comme s’il portait au contraire la radicalité ouvrière.
Et le NPA-R porte ce tripartisme **sous drapeau trotskyste**. Ken Armède proclame le trotskysme et la révolution ; son intervention défend explicitement la négociation tripartite. **Aveu pratique de collaboration de classe** : verbalement intransigeant, programmatiquement aligné sur l’État.
### I.6 Kénitra muette, Mirafiori effacée — l’internationalisme à frontières françaises
Ken Armède ne prononce **jamais** Kénitra. **Jamais** l’Italie. Jamais Tafraoui, jamais Saragosse, jamais Cassino, jamais Mirafiori. Sa coordination est strictement **franco-française** : Aulnay, Isère, Cholet, Normandie, Yvelines, Renault. Hexagone clos.
Le chantage Stellantis est pourtant transnational :
– **Kénitra (Maroc)** : 1,2 Md€ investis, capacité doublée à 535 000 véhicules/an, Citroën C4 transférée de Madrid à Kénitra en 2029 ;
– **Tafraoui (Algérie)** : 90 000 unités/an d’ici 2026 ;
– **Saragosse** : récupère la DS3 prise à Poissy ;
– **Italie** : −31,7 % de production en 2024, Cassino −37 % ;
– 46 Md€ de liquidités conservées par le groupe.
« Défendre les emplois à Poissy » sans articuler Kénitra–Tafraoui–Saragosse–Cassino, c’est **exactement le patriotisme économique** déjà démontré chez Mercier/LO — défendre le droit des ouvriers français à être exploités par *leur* bourgeoisie, en mettant objectivement Poissy en concurrence avec Kénitra. Seule différence avec LO : **Ken Armède revendique explicitement le trotskysme et l’internationalisme** dans les mots ; et c’est précisément là que la confrontation est cruelle : *l’internationalisme verbal s’effondre au contact de la revendication concrète, strictement nationale*. Social-patriotisme habillé en radicalité.
Internationalisme conséquent : **comité international des travailleurs de Stellantis** (Poissy–Kénitra–Tafraoui–Saragosse–Cassino–Mirafiori), refus de la mise en concurrence des sites, contre la fermeture *ici* et les bas salaires *là-bas* — un seul trust, un seul programme. Ken Armède ne pose rien de cela.
### I.7 Le Mans, point aveugle — la reconversion militaire qu’il refuse de nommer
Ken Armède parle de « la lutte au niveau de l’automobile… la chimie, l’électronique, le commerce » et **pas un mot** sur Renault Le Mans, sur les drones Chorus, sur la reconversion militaire de son propre secteur à 200 km de Poissy. La guerre n’est posée **pas une seule fois** dans son intervention.
Or :
– **Poissy** : fermé, production transférée vers Kénitra, Saragosse, Tafraoui ;
– **Renault Le Mans** : recyclé dans l’armement. Projet **Chorus** (avec Turgis & Gaillard, sous égide DGA) — munition téléopérée à longue portée de type Shahed iranien, « consommable », à charge explosive. Contrat 1 Md€ sur 10 ans, bâtiment « JJ » sécurisé, prototypes été 2026, ligne opérationnelle fin 2026, objectif plusieurs centaines de drones/mois ; Cléon en appoint moteurs.
Une seule et même reconfiguration du capital : **on ferme ici pour délocaliser, on recycle là dans la production d’armes.** Omission politiquement dangereuse : défendre « les emplois de l’automobile » dans l’abstrait, sans nommer la reconversion militaire, laisse le champ libre à l’argument social-chauvin par excellence — *« défendons les emplois industriels, quoi qu’ils produisent »*, y compris la chaîne de drones du Mans au nom de l’« emploi » et de la « souveraineté ». **Le révolutionnaire qui ne nomme pas la guerre dans son secteur prépare, par son silence, la capitulation devant l’union sacrée industrielle.**
Ce que faisait Barta en 1947, transposé en 2026, serait : poser **Poissy et Le Mans comme une seule lutte** — contre la fermeture *ici* et la reconversion militaire *là* — et faire du **refus de produire des armes + reconversion sous contrôle ouvrier** le levier politique de la grève, comme Barta faisait des 10 francs le levier pour briser la bataille de la production.
### I.8 Bilan — ouvriériste sur scène, social-patriote par omission
Ouvriérisme syndicaliste-radical à horizon tripartite, sous étiquette trotskyste. Ce que faisait Barta — fraction publique, organe propre, comité élu — liquidé dans la pratique syndicale. Patriotisme économique de la défense nationale des emplois reconduit malgré le label révolutionnaire. Guerre intégralement escamotée. Aucun des points qui définissent la position défaitiste révolutionnaire dans la chaîne bolchevique-léniniste-trotskyste de 1914-1916 jusqu’au *Programme de Transition* de 1938 n’est porté par Ken Armède : ni la désignation de la bourgeoisie française comme adversaire principal, ni l’appel à la défaite militaire du gouvernement français, ni l’expropriation de l’industrie d’armement, ni les comités de soldats, ni le travail dans la troupe, ni l’armement du prolétariat, ni le lien à la dictature du prolétariat et à l’Internationale ouvrière.
— -
# Partie II — LE FRONT UNIQUE LIQUIDÉ EN CARTEL D’APPAREILS
## Gaël Quirante ou le retour à 2002 contre Lénine 1921
### II.1 Le théoricien du pôle — fonction de justification stratégique
Porte-parole national, postier licencié, militant historique de SUD-PTT 92. Deuxième intervention : il porte la **justification stratégique** du « pôle des révolutionnaires » et de la candidature commune Arthaud. C’est l’intervention politique-théorique du panel — celle qui doit lier la légitimité ouvrière de Ken Armède à la perspective stratégique de Selma Labib.
### II.2 La part incompressible — la théorie de l’État correctement énoncée
– Refus de l’illusion réformiste « désarmer la BAC » (LFI) : énonciation correcte de la thèse léniniste sur l’État (*« une bande d’hommes armés »*, Engels-Lénine, *L’État et la révolution*) ;
– Refus du « programme électoral municipaliste » et du barrage républicain ;
– Saisie de la force démontrée par le mouvement des retraites face à l’extrême droite ;
– Refus verbal de l’« addition électorale » comme seul horizon.
C’est sur la théorie générale de l’État que Gaël Quirante est ponctuellement plus juste que LFI.
### II.3 Quand le front unique léniniste devient cartel d’appareils
Toute l’intervention de Gaël Quirante converge vers la **candidature commune présidentielle** + les **législatives** annoncées d’avance. Et quand il parle d’« unité d’action dans les entreprises et lieux d’étude », le contenu concret qu’il énumère est : la manif du 17 avril, une manif prévue en juin (PT + UCL), des listes communes, des meetings. **Jamais une fraction, jamais un comité d’usine, jamais un programme transitoire commun.** « Unité d’action » = cosignature de manifs et de listes.
C’est l’**inversion exacte de la doctrine léniniste invariante** : le front unique cesse d’être une *tactique pour unifier la classe* autour d’un programme et devient une *stratégie d’unité des appareils d’extrême gauche* sur le terrain électoral et manifestant. Aveu de capitulation organisationnelle.
La méthode du Comintern 1921-1922 (front unique ouvrier) visait à briser l’emprise des appareils réformistes en posant des revendications transitoires que la base obligeait les directions à reprendre ou à révéler leur trahison. Ce que Gaël Quirante appelle « front des révolutionnaires » est le contraire : un cartel d’appareils d’extrême gauche sans contenu transitoire, sur la base d’un positionnement (« contre la gauche institutionnelle »).
### II.4 « Une bande d’hommes armés » — et pas un mot sur l’armement du prolétariat, contrairement au programme ouvrier français de Guesde-Lafargue rédigé avec Marx
Sur la police, Gaël Quirante énonce correctement : l’État capitaliste est *« une bande d’hommes armés »*, la police « sert avant tout les intérêts des capitalistes », *« il faut en finir avec cette logique »*. Et il rejette à juste titre l’illusion « désarmer la BAC ».
Mais il s’arrête à la **propagande de l’idée achevée** sans le pont transitoire concret. Sur ce point précis — *qu’opposer à la police de classe ?* — le mouvement ouvrier français a une réponse écrite et signée depuis 1880. Le **Programme du Parti ouvrier français** de Jules Guesde et Paul Lafargue, rédigé directement avec Karl Marx à Londres en mai 1880 (préambule de Marx, articles de Lafargue), porte parmi ses revendications politiques fondamentales :
> *« Suppression des armées permanentes et armement général du peuple. »*
Ce n’est pas un détail, c’est l’un des piliers du programme ouvrier français à sa fondation. La filiation est ancienne et continue.
Blanqui en 1851, dans son *Toast du 24 février*, souvent connu sous le titre *Avis au peuple* : *« Les armes et l’organisation, voilà l’élément décisif du progrès, le moyen sérieux d’en finir avec la misère ! Qui a du fer a du pain. »*
Expérience de la garde nationale armée de la Commune de Paris en 1871.
Au Congrès de Marseille de la CGT en octobre 1908, la motion votée par 681 voix contre 421 : *« Le Congrès déclare qu’il faut faire l’instruction des travailleurs, afin qu’en cas de guerre, les travailleurs répondent à la déclaration de guerre par une déclaration de grève générale révolutionnaire. »*
Au IIᵉ Congrès de l’Internationale communiste de juillet 1920, le Manifeste annonce : *« Le prolétariat mondial est à la veille d’une lutte décisive. […] Bientôt, dans tous les pays où il y a un mouvement ouvrier conscient, la classe ouvrière aura à livrer une série de combats acharnés, les armes à la main. »*
À la Ligue Communiste française en juin 1934, le *Programme d’action* publié dans *La Vérité* conclut : *« PAR L’ARMEMENT DU PROLÉTARIAT ! PAR LA MILICE ANTIFASCISTE DU PEUPLE ! EN AVANT, VERS LA COMMUNE OUVRIÈRE ET PAYSANNE ! »*
Dans le *Programme de Transition* rédigé par Trotsky en 1938 pour la fondation de la IVᵉ Internationale, le chapitre 10 s’intitule précisément *« Les piquets de grève, les détachements de combats, la milice ouvrière, l’armement du prolétariat »* — et pose explicitement l’enchaînement : *« Les PIQUETS DE GRÈVES sont les cellules fondamentales de l’armée du prolétariat. C’est de là qu’il faut partir. À l’occasion de chaque grève et de chaque manifestation de rue, il faut propager l’idée de la nécessité de la création de DÉTACHEMENTS OUVRIERS D’AUTODÉFENSE. »*
Toute cette filiation historique est connue.
Gaël Quirante, qui se réclame de Marx et Lénine, **ne prononce pas le mot**. Pas un mot sur l’armement du prolétariat. Pas un mot sur les milices ouvrières. Pas un mot sur l’autodéfense organisée. Pas un mot sur la dissolution des corps répressifs *liée à l’armement du peuple*. Tell matérialiste : clair sur la thèse générale abstraite (l’État = bande d’hommes armés), vide dès qu’il faut le programme transitoire qui répond à cette analyse — exactement comme Ken Armède, clair sur le diagnostic, vide sur l’expropriation. **La clarté est réservée à ce qui n’engage pas.**
### II.5 Le 17 avril érigé en modèle — la matrice moraliste-souverainiste
Gaël Quirante cite le 17 avril 2026 comme **modèle** d’unité d’action. Or l’appel public est signé NPA-R + NPA Jeunes Révolutionnaires + Parti des Travailleurs + FJR + UCL, **et LO s’y est jointe** (communiqué public LO du 14 avril). Le « pôle des révolutionnaires » fonctionne donc déjà concrètement, LO incluse, sur ces bases.
Les mots d’ordre publics du 17 avril :
– *« Arrêt immédiat de l’intervention militaire américano-israélienne contre l’Iran et de l’intervention israélienne contre le Liban »* ;
– *« Aucune participation française à cette sale guerre »* ;
– *« Retrait immédiat des troupes françaises, retour du porte-avions Charles De Gaulle »* ;
– *« L’argent pour les salaires et les services publics, pas pour la guerre »*.
**C’est la matrice moraliste-pacifiste-souverainiste pure.** Quatre mots d’ordre : *arrêter* (moral), *pas de participation* (souverainisme républicain), *retour du PA* (souverainisme militaire), *redéploiement budgétaire* (keynésianisme).
Quand on confronte l’appel commun NPA-R + PT + UCL + LO aux exigences du programme bolchevique-léniniste, c’est-à-dire à ce qu’un mouvement révolutionnaire devrait poser contre une guerre impérialiste en cours, voici ce qu’on constate sur les onze axes décisifs du programme transitoire face à la guerre.
L’appel ne pose pas la défaite militaire du gouvernement français. Il porte le mot d’ordre du retrait des troupes — qui en lui-même est un mot d’ordre transitoire défendable, et que nous portons aussi : le retrait immédiat et inconditionnel des troupes françaises du Moyen-Orient, du Sahel, du Tchad, de Djibouti, de partout, est l’un des moyens concrets de combattre notre propre impérialisme, et il s’inscrit dans toute la tradition léninienne et trotskyste (résolutions du Comintern sur la question coloniale, *Programme de Transition* 1938, etc.).
Mais le retrait des troupes, posé conséquemment, est inséparable d’un travail d’agitation politique direct en direction des soldats eux-mêmes — conscrits, réservistes, militaires professionnels en opérations. La position bolchevique-léniniste ne s’adresse pas seulement à la population civile pour qu’elle exige le retrait : elle s’adresse aussi, et au même titre, aux soldats français déployés au Sahel, au Moyen-Orient, à Djibouti, pour qu’ils refusent les ordres, qu’ils fraternisent avec les peuples qu’on leur demande de réprimer, qu’ils constituent leurs propres comités dans l’armée. Le travail révolutionnaire dans les casernes est une tâche centrale, posée explicitement par Liebknecht entre 1914 et 1918, par les premiers Congrès de l’Internationale communiste, par la Ligue Communiste française de 1934 et par le *Programme de Transition* de Trotsky de 1938 qui pose comme tâches transitoires l’*« instruction militaire et armement des ouvriers et des paysans sous le contrôle immédiat des comités ouvriers et paysans »* et la *« substitution à l’armée permanente, c’est-à-dire de caserne, d’une milice populaire en liaison indissoluble avec les usines, les mines, les fermes »*. Sans cette dimension, le mot d’ordre du retrait reste amputé — il fait du soldat un objet de la décision politique, pas son sujet.
Or l’appel du 17 avril, comme l’ensemble des prises de position publiques du NPA-R, ne pose à aucun moment ce travail d’agitation politique en direction des soldats français. Pas un texte adressé aux conscrits déployés. Pas un mot d’ordre de refus d’ordre. Pas une mention du droit de désertion politique en temps de guerre impérialiste. Pas une tâche organisée en direction des troupes. L’agitation reste intégralement extérieure à l’armée — pétitions, manifestations, communiqués — comme si l’armée n’était pas elle-même un milieu prolétaire à conquérir politiquement.
Dans l’appel du 17 avril, le retrait des troupes est ainsi posé sans aucune articulation à la position défaitiste léninienne plus large — sans appel à la défaite de la France, sans expropriation de l’industrie d’armement, sans comités de soldats, sans armement du prolétariat, sans rupture avec les directions syndicales social-chauvines. Le retrait devient un point d’arrivée à la place d’un point d’appui. Et la formulation accompagnante — *« retour du porte-avions Charles De Gaulle »* — porte, elle, une charge souverainiste-républicaine directe : le porte-avions est un instrument actif de l’impérialisme français, on ne demande pas son « retour » intact pour le placer en réserve nationale, on demande son désarmement et son démantèlement sous contrôle ouvrier.
L’appel ne pose pas l’expropriation sans indemnité ni rachat de l’industrie d’armement nationale — Dassault, Thales, MBDA, Naval Group, Safran. Il la remplace par le mot d’ordre redistributif « l’argent pour les salaires », qui laisse intacte la propriété privée des moyens de production militaire. Le programme transitoire de Trotsky en 1938 articulait au contraire le refus de la guerre impérialiste à l’expropriation effective des trusts d’armement, sous contrôle ouvrier.
L’appel ne pose à aucun moment le contrôle ouvrier sur la production, l’ouverture des livres comptables des industries d’armement, la transparence sur les commandes militaires, la révélation publique des accords secrets-défense. Il ne pose pas non plus la formation de comités de soldats avec droit de refus d’ordre, qui est pourtant le pendant militaire de l’auto-organisation ouvrière et qui figure dans toute la tradition de Liebknecht à la Ligue Communiste de 1934. Il ne pose pas l’armement général du peuple, alors que c’est dans le programme du Parti ouvrier français depuis 1880, rédigé par Guesde et Lafargue avec Marx. Il ne pose pas le blocage de l’envoi d’armes, ni le refus des cheminots de transporter munitions et matériel militaire vers les zones de guerre, ni le refus des dockers de charger les navires d’armement — mots d’ordre matériels et concrets qui transforment l’opposition à la guerre en acte ouvrier réel.
L’appel ne pose pas la constitution de fractions révolutionnaires publiques dans les confédérations syndicales (CGT, SUD-Solidaires, FO, FSU) pour combattre les directions social-chauvines qui participent à la programmation militaire et qui couvrent, dans le cas de Solidaires, l’adhésion au RESU pro-OTAN. Il ne pose pas le refus spécifique de la production des drones Chorus à Renault Le Mans, ni leur reconversion sous contrôle ouvrier — alors que la chaîne de production démarre en juin 2026 et que c’est le terrain matériel le plus brûlant en France sur la guerre. Il ne pose pas l’interpellation publique des militants d’extrême gauche dans Dassault, Thales, MBDA, Naval Group : *quelle ligne portez-vous dans vos boîtes ?* Il ne pose pas, enfin, le lien organique entre le défaitisme révolutionnaire dans le pays, la perspective de la dictature du prolétariat comme issue de la guerre, et la reconstruction d’une Internationale ouvrière révolutionnaire — articulation pourtant centrale chez Lénine entre 1914 et 1919.
Sur onze axes décisifs, **aucun** n’est porté. L’appel commun ne porte aucun mot d’ordre bolchevique. Il porte un pacifisme républicain-souverainiste habillé d’invectives anti-impérialistes. **C’est la matrice de l’union sacrée à drapeau pacifiste** — pas un cran au-dessus de ce que portait la SFIO majoritaire en 1914-1917 quand elle votait les crédits de guerre tout en se déclarant pour « la paix juste et durable ».
Gaël Quirante fait du 17 avril un modèle. C’est-à-dire qu’il **érige en référence stratégique** une matrice pacifiste-souverainiste qui ne porte rien de la position défaitiste révolutionnaire.
### II.6 Avec le PT lambertiste, avec l’UCL libertaire — la délimitation programmatique liquidée
Gaël Quirante annonce une discussion en cours avec le PT (Parti des Travailleurs) et l’UCL (Union Communiste Libertaire) pour une manifestation en juin 2026 « contre la rivalité interimpérialiste menée par les USA ». La date n’est pas encore publiquement annoncée sur l’agenda NPA-R.
Trois traditions s’agrègent ici sous une bannière commune :
– **PT** — filiation OCI-lambertiste (Pierre Lambert, Daniel Gluckstein), historiquement caractérisée par un **républicanisme jacobin** assumé (« République sociale », laïcité-fétiche, anti-UE *au nom de la nation française*), des accointances structurelles avec la bureaucratie FO (lignée Bergeron-Blondel), et un anti-impérialisme rhétorique adossé à un **social-patriotisme républicain** en pratique ;
– **UCL** — anarcho-communiste, position **anti-étatique abstraite** qui s’arrête à la dénonciation du « pouvoir » sans la dictature du prolétariat ni la question du parti ;
– **NPA-R** — qui se proclame trotskyste et matérialiste dialectique.
Le critère du « pôle » n’est plus le programme — c’est le positionnement (« contre la gauche institutionnelle »). N’importe quelle organisation acceptant cette étiquette y entre. **La méthode bolchevique exigeait l’inverse** : délimitation programmatique d’abord (les 21 conditions de 1920), construction de la fraction ensuite. NPA-R fait du regroupement *sans* délimitation. Liquidation programmatique pure et simple.
La position juste, à l’inverse : la question n’est pas de refuser par principe de manifester avec PT/UCL — Lénine n’a jamais refusé l’unité d’action ponctuelle. La question est : **sur quelle base, pour dire quoi, en gardant quelle indépendance programmatique publique**. Refuser de manifester avec PT/UCL au prétexte de leurs traditions serait du sectarisme. *Manifester avec eux sans porter publiquement les onze mots d’ordre bolcheviques manquants*, c’est s’aligner programmatiquement sur eux.
### II.7 Quand Gaël Quirante dit « USA » et Selma Labib dit « France » — la contradiction sur l’ennemi principal
Gaël Quirante cadre l’ennemi comme *« l’impérialisme dominant »* / *« la rivalité interimpérialiste menée par les USA »*. Selma Labib, juste après, dira *« l’ennemi principal est dans notre propre pays »*. Les deux porte-parole de la **même direction nationale** ne tiennent pas la même ligne sur la question décisive de la période. Cette oscillation n’est pas un détail rhétorique : **c’est la signature du social-patriotisme déguisé**, qui emprunte tantôt le langage défaitiste (Liebknecht), tantôt le langage anti-américain (cadre USA = ennemi principal), selon l’orateur et le moment — sans jamais en porter les conséquences pratiques (la défaite de la France, l’expropriation de Dassault, les comités de soldats).
### II.8 2002, 2004, 10 septembre — la diplomatie d’appareils comme méthode politique
L’argument historique 2002/2004 (LCR-LO refus 2002, listes communes 2004) est **entièrement** sur la diplomatie d’appareils : qui a appelé à voter Chirac, qui a fait des listes communes. Pas un mot de programme. Confirme que l’enjeu, pour Gaël Quirante, est l’**alliance des organisations**, pas la **délimitation programmatique**.
Le 10 septembre 2025 / Bayrou : il salue le « blocage de l’économie » comme politisation sans bilan de méthode (qui dirige ? comités ou appareils ? débouché ?). *« Les explosions sociales sont devant nous »* = attentisme : la classe produira l’occasion, le rôle du parti se réduit à « prendre des responsabilités » = être présent électoralement.
### II.9 Bilan — centriste sous drapeau léniniste
Théorie de l’État léniniste verbale + pratique politique cartelliste-électorale. Front unique théorisé comme rassemblement d’appareils. Inclusion régressive du PT-lambertiste et de l’UCL libertaire. Modèle du 17 avril érigé en référence — c’est-à-dire la matrice pacifiste-souverainiste où aucun des onze mots d’ordre bolcheviques face à la guerre n’est porté. **Social-patriotisme à drapeau révolutionnaire** — défaitisme dans les mots quand c’est commode, pacifisme-souverainiste dans la pratique. Aucun des critères du défaitisme révolutionnaire élaborés dans la chaîne bolchevique-léniniste-trotskyste de 1914-1916 jusqu’au *Programme de Transition* de 1938 n’est tenu par Gaël Quirante.
— -
# Partie III — SE CACHER DERRIÈRE KARL LIEBKNECHT POUR MIEUX FAIRE OUBLIER LE DÉFAITISME RÉVOLUTIONNAIRE
## Selma Labib en clôture du panel
### III.1 La porte-parole nationale en clôture — fonction de synthèse stratégique
Porte-parole nationale du NPA-R, conductrice de bus RATP. Troisième et dernière intervention : elle **clôt** le panel en articulant l’analyse de la situation mondiale, la justification idéologique du pôle, le cadre électoral final. La voix qui prétend hisser le panel à la hauteur stratégique. Si le NPA-R a une ligne anti-impérialiste à porter, c’est ici qu’elle s’énonce officiellement.
### III.2 La part la plus avancée du panel — et précisément ce qui en révèle la limite
Honnêteté matérialiste : c’est l’intervention la plus avancée des trois.
Selma Labib :
– Nomme l’impérialisme français comme cible prioritaire, en reprenant la formule de Liebknecht (*« l’ennemi principal est dans notre propre pays »*) ;
– Nomme les colonies françaises (Mayotte, Antilles, Kanaky, Afrique générique) ;
– Dénonce *« mourir pour la patrie »* = « mourir pour la prospérité de la bourgeoisie nationale » ;
– Cite le vote de l’arc républicain PS→RN sur les 36 Md€ supplémentaires pour le budget militaire 2030 ;
– Amorce une confrontation des partis de gauche aux critères du défaitisme (antimilitarisme ? affaiblir notre bourgeoisie ? internationalisme ?) ;
– Critique frontale de Bompard/Mélenchon défendant « l’indépendance de la France » et « la stratégie de l’impérialisme français sur les cinq continents » ;
– Saisie matérielle de l’éclatement public-privé RATP/Keolis (parallèle structurel à la fragmentation Stellantis).
C’est, sur les critères du défaitisme révolutionnaire posés par Lénine, plus que Ken Armède et Gaël Quirante. Le NPA-R n’est pas LFI. Mais c’est précisément la partie la plus avancée qui révèle, par contraste avec ses propres prolongements absents, la nature de l’ensemble.
### III.3 « Impérialisme français de seconde zone » — l’opérateur Kautsky partagé avec LO
Le résultat est fatal. Selma Labib dit, mot pour mot :
> *« L’impérialisme français de seconde zone… celui que nous visons ici en priorité, c’est son allié [des USA] »*
C’est **l’opérateur Kautsky** déjà identifié et critiqué chez LO. Deux propositions incompatibles dans la même phrase :
1. *« L’ennemi principal est dans notre propre pays »* → Liebknecht, défaitisme ;
2. *« L’impérialisme français de seconde zone… son allié [des USA] »* → Kautsky, hiérarchie quantitative des puissances.
Si l’ennemi principal est chez soi, **on ne classe pas sa propre bourgeoisie en « seconde zone »**, junior de Washington. Le qualificatif est l’échappatoire social-chauvine par excellence : *« nous ne sommes qu’une puissance subalterne, le vrai fauteur c’est l’Amérique »* — passerelle vers l’anti-américanisme mou partagé avec PCF/LFI et seuil du campisme.
**Fonction politique de la formule.** Le problème n’est pas de constater que les États-Unis dominent hiérarchiquement le système impérialiste mondial — c’est une réalité matérielle empiriquement vérifiable, et la tradition léniniste a toujours reconnu qu’il existe entre puissances impérialistes des rapports inégaux de domination. Le problème est ailleurs : dans une intervention qui devrait armer le défaitisme révolutionnaire contre sa propre bourgeoisie, qualifier la France d’« impérialisme de seconde zone » fonctionne politiquement comme un **opérateur de minoration de l’ennemi national**. La catégorie devient un opérateur de déplacement : elle réintroduit l’idée que le centre réel se trouve ailleurs, que la responsabilité principale est chez le partenaire dominant, et que la bourgeoisie française n’est qu’un acteur subalterne entraîné dans des conflits qui le dépassent. Cette opération est très exactement celle que Kautsky a théorisée dans son « ultra-impérialisme » : substituer à l’analyse léniniste de l’impérialisme comme rapport (capital financier, fusion banque-industrie, exportation de capitaux, monopoles, partage du monde) une hiérarchie quantitative des puissances qui désigne les « gros » comme adversaires principaux et atténue politiquement la responsabilité des « moyens ». La France satisfait pourtant intégralement les critères léniniens : TotalEnergies, Dassault, Thales, Naval Group, MBDA, Safran, dissuasion nucléaire, 2ᵉ domaine maritime mondial, siège permanent au CSNU, Françafrique, interventions militaires permanentes au Sahel et au Liban, LPM 436 Md€ programmée jusqu’en 2030. Le retrouver dans la bouche de la porte-parole nationale du NPA-R, exactement comme dans la bouche d’Arthaud et de la rédaction de *Lutte de Classe*, **confirme la thèse de l’écosystème social-patriote unique** : la candidature commune Arthaud n’est pas un accident organisationnel, elle repose sur un **substrat programmatique partagé** — dont la minoration politique de l’impérialisme français est un opérateur central, qui permet précisément de ne pas porter conséquemment le défaitisme révolutionnaire contre sa propre bourgeoisie.
### III.4 Quand le programme devient thermomètre — l’opportunisme programmatique assumé
Selma Labib cite Ken Armède nommément :
> *« Ken Armède l’a bien dit, dans ce contexte les travailleurs ne se sentent peut-être pas forcément de se mettre en bagarre pour aller chercher, au-delà de garanties face aux fermetures. Les garanties, c’est déjà nécessaire ; et si les travailleurs sont prêts à se battre même pour discuter du montant des indemnités de départ, évidemment on sera totalement solidaires et partie prenante de cette lutte. Mais ces mots d’ordre évoluent, ils peuvent évoluer, ils sont dépendants d’un rapport de force. »*
C’est de l’**opportunisme programmatique explicite, endossé comme ligne de parti**. Chez Trotsky (*Programme de transition*, 1938), le programme transitoire n’est pas un thermomètre du rapport de force — il est le pont permanent à porter pour transformer la conscience de la classe, indépendamment de son humeur immédiate. Les revendications transitoires partent des conditions actuelles et de la conscience actuelle des masses, et mènent invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat. **Le rôle du parti est d’élever la conscience à la hauteur du programme, pas d’aligner le programme sur l’humeur perçue.**
Selma Labib fait l’inverse, et l’assume au nom du parti : tant que les travailleurs ne « se sentent pas », on les accompagne sur les indemnités ; quand le rapport de force changera, on portera autre chose. **C’est la conception menchévique du programme** — adaptation aux étapes objectives, refus de poser les tâches d’avance. Confirmation que la stratégie de Ken Armède (indemnités d’abord, expropriation peut-être plus tard) **n’est pas un dérapage individuel — c’est la ligne du parti**, formalisée par sa porte-parole nationale.
### III.5 Le maximum keynésien — Florange 2014 sous étiquette révolutionnaire
Le programme maximum que Selma Labib oppose à la « négociation d’indemnités » :
> *« Une lutte d’ensemble pour l’interdiction des licenciements, pour dire non aux fermetures d’usine, pour dire que c’est aux patrons de payer leur politique avec leur profit, et pas aux travailleurs. »*
Ce n’est pas un programme marxiste, c’est le **périmètre commun de toute la gauche** — LFI, PCF, CGT le portent depuis vingt ans (Loi Florange 2014). « Les patrons paient avec leurs profits » = redistribution-fiscalité-régulation. **Pas d’expropriation sans indemnité ni rachat, pas de contrôle ouvrier, pas d’ouverture des livres, pas de question du pouvoir.** L’« interdiction des licenciements » sans expropriation est juridiquement intenable sous capitalisme : le capital ferme avant l’interdiction, ou délocalise (Kénitra, Saragosse). C’est exactement la limite de Florange — et c’est le « maximum » de Selma Labib. Délimitation prétendue avec la gauche radicale, contenu programmatique identique.
### III.6 Tripartisme dénoncé chez Binet, revendiqué chez Ken Armède — la contradiction interne du panel
Selma Labib attaque LFI et la CGT pour leur tripartisme procédural :
> *« Quand Mélenchon s’intéresse aux usines d’armement, c’est pour aller discuter avec Trappier, le PDG de Dassault, pas pour aller discuter avec les travailleurs du secteur. »*
> *« Quand Sophie Binet de la CGT s’inquiète des fermetures d’usine, c’est pour aller parler de plan industriel aux ministres macronistes de l’industrie et au patronat, pas pour aller parler aux travailleurs. »*
Critique juste sur le plan procédural — mais **directement contradictoire avec la revendication de son propre camarade Ken Armède** (garanties « contresignées par le gouvernement »). Si parler aux ministres au lieu des travailleurs est une trahison chez Binet et Mélenchon, alors demander aux ministres de contre-signer les garanties Stellantis est la même trahison sous une forme syndicaliste plus radicale dans les mots. **Tripartisme dénoncé chez les autres, revendiqué chez soi.**
### III.7 L’auto-organisation comme rhétorique — pas un dispositif n’est posé
Selma Labib reprend la phraséologie : *« Les travailleurs doivent décider par eux-mêmes de leurs revendications et de l’évolution de leur lutte. »* Mais comme Ken Armède, **aucun dispositif** : pas de comité de grève élu en AG, pas de mandat révocable, pas d’organe propre des travailleurs syndiqués et non-syndiqués. Le mot d’ordre flotte sans architecture. Invocation rituelle de l’auto-organisation sans la méthode qui la rend opérante.
### III.8 RATP, Keolis : diagnostic juste, programme transitoire amputé — encore
Selma Labib personnalise : *« Demain, au 1er août, je serai chez Keolis »*. Bonne saisie matérielle de l’éclatement public-privé du secteur transport (open data, ouverture à la concurrence régionale). Structurellement parallèle à la fragmentation Stellantis (CDI/CDD/sous-traitants). Mais **aucun mot d’ordre conséquent** : pas de ré-unification du secteur transport sous contrôle ouvrier, pas d’expropriation des opérateurs privés, pas de coordination RATP-Keolis-SNCF posée comme tâche. Même architecture politique que Ken Armède : diagnostic juste, programme transitoire amputé.
### III.9 LFI comme cible commode — désigner ce qui n’est pas dans son camp pour ne pas attaquer ce qui l’est
Selma Labib déploie une critique frontale de LFI. Cette critique est juste sur ce qu’elle dit — Mélenchon défend ouvertement l’impérialisme français, l’industrie d’armement nationale et la dissuasion nucléaire. Mais comme cible politique principale du tir révolutionnaire en 2026, LFI est une **cible commode** plutôt que la cible décisive. LFI exprime un républicanisme bourgeois de gauche dans la lignée Millerand-Blum, qui s’inscrit dans le cadre de la gestion républicaine de l’État impérialiste français. Elle n’est pas le cœur du problème léniniste du social-chauvinisme.
La catégorie léniniste de **social-chauvinisme** désigne, depuis 1914-1916, une trahison spécifique : celle des partis et syndicats *à l’intérieur du mouvement ouvrier organisé* qui ont rallié leur propre bourgeoisie pendant la guerre — Plekhanov en Russie, Guesde en France, Hyndman en Grande-Bretagne, Scheidemann en Allemagne, et l’écrasante majorité des directions syndicales de la IIᵉ Internationale. C’est cette trahison interne au mouvement ouvrier qui produit l’union sacrée, parce qu’elle livre la classe à sa bourgeoisie depuis l’intérieur de ses propres organisations. Le problème décisif, pour des révolutionnaires en 2026, est donc la trahison à l’intérieur du mouvement ouvrier organisé : directions syndicales (CGT, FSU, Solidaires, FO) qui participent au tripartisme de la LPM, qui ont appelé à voter NFP en 2024, qui couvrent par leur silence le RESU pro-OTAN et les livraisons d’armes à l’Ukraine ; et courants politiques se réclamant du marxisme révolutionnaire (LO, NPA-R, RP, NPA-A, PCR) qui n’organisent aucune lutte fractionnelle de rupture dans ces structures.
Critiquer LFI sur son nationalisme est facile et politiquement insuffisant — c’est désigner ce qui n’est pas dans son camp pour ne pas avoir à attaquer ce qui l’est. **Position de dénonciation extérieure, pas position défaitiste interne au mouvement ouvrier.**
### III.10 Le silence sur le social-chauvinisme syndical — NFP 2024, LPM, Binet épargnée sur le fond
Le social-chauvinisme syndical français de la période est massif et structurellement multiple — Selma Labib le passe entièrement sous silence :
**a) Vote NFP 2024.** CGT, FSU, Solidaires (et LO au second tour) ont appelé à voter pour un front incluant le PS de Hollande — soudure de la classe à un cartel républicain-impérialiste. Acte social-chauvin syndical le plus récent et le plus massif. **Selma Labib : silence total.**
**b) Le RESU et les livraisons d’armes à l’Ukraine.** Voir III.11 ci-dessous.
**c) La tripartite LPM.** Les directions syndicales sont conviées et participent aux tours de table sur la programmation militaire ; aucune n’a posé l’expropriation de Dassault/Thales/MBDA ni le refus de produire les drones Chorus. **Selma Labib : silence total.**
**d) Sophie Binet / CGT.** Selma Labib la critique procéduralement, pas programmatiquement. Aucun mot sur le vote NFP 2024 de la CGT, aucun mot sur le silence CGT sur les livraisons d’armes, aucun mot sur la participation CGT à la LPM. **La critique procédurale fonctionne comme écran devant la critique programmatique qu’il faudrait faire.**
### III.11 La chaîne en cinq maillons : NPA-R → Solidaires → RESU → armer l’Ukraine → OTAN
La complicité matérielle se documente en cinq maillons :
**Maillon 1.** Des militants du NPA-R militent à **Solidaires** — Gaël Quirante à SUD-PTT 92 (confirmé publiquement).
**Maillon 2.** **Solidaires est officiellement membre du RESU** (Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine) — confirmé sur solidaires.org : *« dont est membre l’Union syndicale Solidaires »*.
**Maillon 3.** **Le RESU appelle explicitement à armer l’Ukraine** : *« L’Ukraine doit pouvoir recevoir et produire les armes et munitions qui lui manquent »*. Position social-chauvine sur les livraisons d’armes dissimulée sous drapeau syndical-solidaire.
**Maillon 4.** Armer l’Ukraine contre la Russie = soutenir le flux d’armement OTAN. **Le RESU agit donc comme relais de la position OTAN dans le mouvement ouvrier**, sous couverture syndicale. Équivalent fonctionnel de l’appui des SPD allemands aux crédits de guerre 1914.
**Maillon 5 — décisif.** Les militants du NPA-R à Solidaires **n’émettent aucune critique publique** : ni du RESU, ni des livraisons d’armes, ni du soutien officiel de Solidaires au RESU. Pas un texte de fraction publique. Silence intégral. Définition opératoire du social-chauvinisme par omission : on ne défend pas verbalement la livraison d’armes, mais on milite dans une structure (Solidaires) qui en est officiellement partenaire, et on n’engage aucune lutte fractionnelle publique contre cette ligne. **Ce que faisait Barta — fraction publique distincte du syndicat avec organe propre — liquidé précisément là où il serait politiquement décisif.**
Et c’est ce maillon 5 qu’on retrouve dans le panel : Selma Labib, porte-parole nationale, invitée à parler des guerres impérialistes à la Fête de LO 2026, **passe le RESU et les livraisons d’armes sous silence intégral en clôture du panel**.
### III.12 Le Sahel escamoté — Mali, Niger, Burkina jamais nommés
Lecture intégrale du transcript de Selma Labib. Mentions géographiques :
– **Guerres en cours nommées** : Palestine, Liban, Iran, Ukraine, Congo, Afghanistan, Soudan, « peut-être Cuba » ;
– **Colonies nommées** : Mayotte, Antilles, Kanaky, « Afrique » (générique) ;
– **Répression sanglante nommée** : Kanaky 2024.
**Mali : absent. Niger : absent. Burkina Faso : absent. Tchad : absent. Centrafrique : absent. Sénégal : absent.** Tout le front sahélien est escamoté. Trois silences concentriques :
1. **Pas de mention des opérations françaises en cours** (Tchad jusqu’en 2024-2025, opérations DGSE/COS, soutien aux régimes alliés, formation des armées locales).
2. **Pas de dénonciation ouverte** des déploiements français. Selma Labib prononce *« la France n’est pas encore engagée dans une guerre de haute intensité »* — formule qui escamote la guerre française réelle, étalée et continue en Afrique depuis vingt ans.
3. **Pas un mot sur les défaites françaises récentes** : Mali (expulsion Barkhane 2022), Niger (coup et expulsion 2023), Burkina (2022-2023), Tchad (départ 2024-2025), Sénégal (annonce fermeture des bases 2024-2025).
Or pour un défaitiste révolutionnaire français en 2026, ces dossiers sont **les seuls fronts où l’impérialisme français a subi des défaites concrètes récentes**. Position léniniste : *« Pendant une guerre réactionnaire, une classe révolutionnaire ne peut pas ne pas souhaiter la défaite de son gouvernement »* (Lénine, juillet 1915). Les défaites françaises au Sahel — quelles que soient les forces qui les opèrent — affaiblissent l’impérialisme français et sont à saluer publiquement.
**Asymétrie politique précise** : Selma Labib nomme l’oppression française *là où elle se voit* (Kanaky), tait les opérations françaises *là où elles se déploient* (Sahel), escamote les défaites françaises *là où elles s’opèrent* (Mali, Niger, Burkina). **Position de dénonciation sélective, pas position défaitiste.**
### III.13 La présidentielle comme barrage anti-extrême droite — l’alignement républicain qui ne dit pas son nom
Phrase clé en clôture : *« mener une campagne… pour lutter contre toutes les idées d’extrême droite qui sont défendues bien au-delà de l’extrême droite »*. La candidature présidentielle est ici justifiée comme **instrument du barrage idéologique anti-extrême droite**, pas comme tribune d’un programme révolutionnaire pour le pouvoir ouvrier. Cela **s’aligne objectivement sur le front républicain** que Selma Labib dénonce verbalement : l’extrême droite comme adversaire principal, plutôt que la bourgeoisie comme productrice de l’extrême droite. Sur ce point, la cohérence avec NFP 2024 (l’horizon, pas le vote) est plus forte qu’elle ne le voit.
### III.14 Bilan — anti-impérialisme moraliste à vernis liebknechtien
Anti-impérialisme moraliste à vernis liebknechtien — invocation citationnelle de Liebknecht sans aucun des prolongements programmatiques de la tradition bolchevique-léniniste-trotskyste. Pas une fois la défaite de la France posée comme mot d’ordre. Couverture du social-chauvinisme syndical (Solidaires/RESU notamment). Escamotage du Sahel. Faux ennemi LFI désigné à la place des directions syndicales. Maximum keynésien-Florange. La phraséologie défaitiste sert d’identification révolutionnaire sans contenu, pour mieux faire oublier l’absence totale de défaitisme matériel — c’est-à-dire pour mieux **dissimuler la position d’union sacrée par intégration syndicale silencieuse**. Sur les critères du défaitisme révolutionnaire élaborés dans la chaîne bolchevique-léniniste-trotskyste de 1914-1916 jusqu’au *Programme de Transition* de 1938, Selma Labib n’en porte qu’un seul, et encore est-il affaibli dans sa propre formulation par l’opérateur kautskyste « impérialisme français de seconde zone » : elle nomme la bourgeoisie française comme adversaire principal dans une phrase, et la déclasse comme puissance « subalterne » dans la suivante.
— -
# Partie IV — L’UNION SACRÉE À DRAPEAU RÉVOLUTIONNAIRE
## La politique d’ensemble du NPA-R
### IV.1 Trois registres, une chorégraphie — la division du travail dans le panel
Les trois interventions ne sont pas redondantes : elles constituent une **chorégraphie politique cohérente** où chacun tient un registre distinct. Ken Armède porte le registre ouvrier-usinier — il assure la légitimité matérielle de la lutte concrète à Stellantis Poissy. Gaël Quirante porte le registre politique-théorique — il assure la justification stratégique du pôle des révolutionnaires et de la candidature commune. Selma Labib porte le registre stratégique-mondial — elle clôt en assurant la synthèse internationaliste qui prétend hisser le panel à la hauteur du moment historique.
L’ordre est calculé : on part de l’usine (la classe en lutte), on monte au politique (l’unité), on culmine au mondial (l’impérialisme). Architecture rhétorique éprouvée des congrès trotskystes — du concret au stratégique. Mais c’est précisément cette architecture qui rend les **contradictions internes du panel lisibles comme système politique**, pas comme accidents : Gaël Quirante cadre l’ennemi USA, Selma Labib le cadre comme France ; Ken Armède demande la contre-signature étatique, Selma Labib dénonce le tripartisme. Le panel se contredit *parce qu’il est ce qu’il est* — un social-patriotisme à drapeau révolutionnaire qui doit emprunter alternativement le langage défaitiste et le langage anti-américain selon le registre.
Et quand on confronte chacune de ces trois interventions aux critères du défaitisme révolutionnaire élaborés dans la chaîne bolchevique-léniniste-trotskyste de 1914-1916 jusqu’au *Programme de Transition* de 1938, le résultat est sans appel. Ken Armède ne porte aucun de ces critères — sa position défaitiste est intégralement nulle. Gaël Quirante non plus — sa théorie léniniste de l’État reste verbale et ne se traduit jamais en programme défaitiste concret. Seule Selma Labib tient ponctuellement, dans une phrase, le premier critère — la désignation de la bourgeoisie française comme adversaire principal — et elle l’affaiblit dans la phrase suivante par la formule kautskyste « impérialisme français de seconde zone ». **Sur l’ensemble des critères défaitistes — désignation de la propre bourgeoisie, défaite militaire, expropriation de l’industrie d’armement, comités de soldats, travail dans la troupe, armement du prolétariat, lien à la dictature du prolétariat et à l’Internationale — appliqués aux trois intervenants, une seule occurrence est tenue à l’échelle du panel, et elle est immédiatement affaiblie par son propre énoncé.**
### IV.2 Les six invariants — ce que le NPA-R porte structurellement
Sous les variations de registre, **six invariants** structurent le panel — c’est là qu’on lit la politique réelle du NPA-R :
**1. Front unique converti en cartel électoral des appareils d’extrême gauche.** Tactique léniniste du front unique ouvrier pour unifier la classe (FUO) → stratégie de regroupement d’organisations sur la base d’un positionnement (« contre la gauche institutionnelle »). Inversion de la doctrine.
**2. Auto-organisation invoquée verbalement, dispositif inexistant.** Tous trois citent « les travailleurs doivent décider par eux-mêmes » ; aucun ne pose le comité de grève élu en AG souveraine, le mandat révocable, l’organe ouvrier propre. La pratique qu’incarnait Barta-Pierre Bois est revendiquée en généalogie et **liquidée en pratique**.
**3. Tripartisme revendiqué chez soi, dénoncé chez les autres.** Ken Armède demande des garanties contresignées par le gouvernement ; Selma Labib critique Binet et Mélenchon pour parler aux ministres. Contradiction non vue. **Collaboration de classe structurelle** — phraséologie intransigeante, programme tripartite. Rupture pratique avec la Charte d’Amiens 1906.
**4. Programme transitoire amputé sur tous les axes.** Pas d’expropriation sans indemnité ni rachat. Pas de contrôle ouvrier. Pas d’ouverture des livres. Pas d’échelle mobile. Pas d’occupation productive. Pas de fraction publique. Pas d’armement du prolétariat (alors que c’est le pilier du programme ouvrier français depuis 1880). Maximum revendicatif (« interdiction des licenciements + patrons paient avec leurs profits ») = périmètre Florange 2014.
**5. Opérateur Kautsky « impérialisme français de seconde zone » partagé avec LO.** Cela **confirme matériellement** que la candidature commune Arthaud n’est pas un accident organisationnel : elle repose sur un **substrat programmatique partagé** — minoration de l’impérialisme français, primauté américaine comme grille de lecture, pacifisme-souverainisme « aucune participation française ». Le « pôle » est un **écosystème unique social-patriote sous étiquette trotskyste**.
**6. Horizon électoral et anti-extrême droite.** La finalité politique pratique du panel = candidature présidentielle 2027 et législatives, justifiées comme **barrage idéologique anti-extrême droite**. Alignement objectif sur le cadre républicain qu’ils dénoncent verbalement.
### IV.3 Ce qu’ils prétendent défendre, ce qu’ils font vraiment — douze contradictions
Quand on confronte systématiquement les prétentions programmatiques affichées par le NPA-R à sa pratique politique réelle, telle qu’elle ressort du panel et des bulletins d’entreprise, on relève douze contradictions cardinales :
| Ce qu’ils prétendent défendre | Ce qu’ils font dans la pratique politique réelle |
| --- | --- |
| L’indépendance de classe | Un cartel d’appareils sur le terrain électoral bourgeois |
| Le trotskysme et le matérialisme dialectique | L’opportunisme programmatique assumé et l’opérateur kautskyste « impérialisme français de seconde zone » |
| La fraction révolutionnaire à la manière de Barta | Aucun texte de fraction publique distincte de Solidaires ; intervention « au nom de SUD » |
| L’auto-organisation des travailleurs | Aucun dispositif posé — pas de comité de grève élu en AG souveraine, pas de mandat révocable |
| L’internationalisme prolétarien | Une coordination strictement franco-française, Kénitra et Mirafiori escamotées |
| L’anti-impérialisme conséquent | Un moralisme pacifiste-souverainiste qui ne porte aucun des onze mots d’ordre bolcheviques face à la guerre |
| La rupture avec la gauche radicale | Un programme maximum keynésien-Florange identique à celui de LFI, PCF, CGT |
| L’anti-tripartisme | La demande de garanties « contresignées par le gouvernement » à Stellantis |
| Le refus du barrage républicain | Une candidature présidentielle justifiée comme outil de lutte anti-extrême droite |
| Le défaitisme révolutionnaire | Aucun des critères de la chaîne bolchevique-léniniste-trotskyste 1914-1938 tenu, hors une formulation isolée affaiblie par Kautsky |
| La délimitation programmatique du « pôle » | L’inclusion du PT lambertiste-républicain et de l’UCL libertaire sans aucune base programmatique commune posée |
| La critique des social-chauvins | LFI bourgeoise dénoncée mais centrales syndicales (NFP 2024, RESU, LPM) entièrement couvertes |
### IV.4 Cinq déterminations convergentes — du centrisme syndical au cartel électoral
Le NPA-R, à travers ce panel, manifeste cinq déterminations qui se renforcent mutuellement :
**1. Social-patriotisme par intégration syndicale silencieuse.** Refus verbal du NFP ; mais aucune fraction, aucun programme transitoire, aucun défaitisme conséquent, aucun internationalisme programmatique. Oscille entre langage défaitiste (Selma Labib : Liebknecht) et langage anti-américain (Gaël Quirante : USA = principal). Les militants NPA-R restent dans Solidaires, qui est officiellement membre du RESU pro-OTAN, sans aucune rupture publique. C’est la définition matérielle de l’union sacrée déguisée : on ne vote pas les crédits de guerre nommément, mais on milite dans la structure qui les soutient par sa participation au RESU, et on n’organise aucune fraction publique de rupture.
**2. Collaboration de classe syndicale.** Verbalement intransigeant dans SUD ; programmatiquement aligné sur le tripartisme État/patronat/syndicats. Rupture avec Amiens 1906. Pas de fraction publique distincte du syndicat. Couverture du RESU/Solidaires sur les livraisons d’armes à l’Ukraine.
**3. Cartel électoral propagandiste sous étiquette trotskyste.** Le « front des révolutionnaires » n’est ni le Front Unique Ouvrier issu de la IIIᵉ Internationale ni le front unique léniniste, c’est un **rassemblement d’appareils** sur la base d’un positionnement, avec inclusion régressive du PT-lambertiste et de l’UCL libertaire.
**4. Écosystème social-patriote partagé avec LO.** L’opérateur Kautsky « impérialisme français de seconde zone » utilisé par la porte-parole nationale est exactement la formule LO, déjà largement documentée et critiquée par ailleurs. La candidature commune Arthaud n’est pas un accident — c’est l’expression d’un **substrat programmatique commun**.
**5. Silence systématique sur le Sahel.** Sur 13 bulletins d’entreprise consultés et sur l’intervention publique de la porte-parole nationale à la Fête de LO 2026, le Sahel n’apparaît jamais. Mali, Niger, Burkina, Tchad : non nommés. Or ce sont les fronts où l’impérialisme français a été matériellement défait depuis 2022. Taire ces défaites systématiquement, c’est protéger objectivement l’impérialisme français là où il opère. **Définition léniniste du social-patriotisme par omission organisée.**
### IV.5 Fonction politique objective — réservoir de LO, courroie de Solidaires, canalisation de la jeunesse
Au-delà de ce que le NPA-R croit faire, le panel révèle sa fonction politique objective :
**Vis-à-vis de LO :** réservoir de jeunesse et de travail électoral gratuit pour la candidature Arthaud 2027. Dépendance déguisée en indépendance. La candidature commune réclamée par NPA-R équivaut à une demande d’intégration au dispositif électoral LO.
**Vis-à-vis de Solidaires :** courroie de transmission entre la phraséologie révolutionnaire et l’appareil syndical réformiste. Couverture par omission du social-chauvinisme de Solidaires (vote NFP 2024, RESU, LPM). Pas de fraction publique distincte du syndicat. Ce que faisait Barta — fraction publique dans le syndicat avec organe propre — est liquidé précisément là où il serait politiquement décisif.
**Vis-à-vis de la jeunesse politisée par les retraites, le 10 septembre, Gaza, l’Iran :** offre une apparence de radicalité (trotskysme proclamé, mots d’ordre anti-impérialistes verbaux, refus du NFP, anti-électoralisme rhétorique) qui canalise cette énergie vers la candidature présidentielle 2027 et la « lutte contre les idées d’extrême droite » — c’est-à-dire vers le cadre républicain qu’elle prétend dépasser.
**Vis-à-vis de l’État bourgeois :** ne représente aucune menace stratégique. Programme keynésien-Florange dans les revendications, demande de tripartisme dans les négociations, cartel électoral propagandiste sans implantation décisive, silence sur la reconversion militaire industrielle, silence sur les défaites françaises au Sahel. **Acceptable pour le système.**
### IV.6 Ce que Lénine demandait à un révolutionnaire en temps de guerre — ce que le panel n’a pas porté
Reste à confronter ce panel à la position défaitiste révolutionnaire telle qu’elle s’est construite dans la chaîne bolchevique-léniniste-trotskyste, de Lénine à partir de 1914 contre les social-chauvins et les centristes de la IIᵉ Internationale, à Trotsky et au *Programme de Transition* de la IVᵉ Internationale en 1938, en passant par Liebknecht entre 1914 et 1918, les premiers Congrès de l’Internationale communiste, et la Ligue Communiste française de 1934. Cette chaîne pratique cohérente, élaborée et précisée pendant un quart de siècle de combat révolutionnaire, est ce à quoi un courant trotskyste en 2026 doit être confronté quand il prend la parole publiquement sur la guerre impérialiste.
Dans *Le socialisme et la guerre* (1915), Lénine distingue d’abord trois critères pour caractériser une guerre impérialiste : son caractère réactionnaire comme guerre menée par des bourgeoisies pour le repartage du monde, la possibilité d’une révolution socialiste sortant de cette guerre, et l’exigence d’une coordination internationale des révolutionnaires contre la trahison social-chauvine. Sur ces trois critères, le panel NPA-R coche verbalement les trois — la guerre est nommée comme impérialiste, la perspective révolutionnaire est invoquée, l’internationalisme est proclamé. Mais aucun des trois n’est traduit en programme transitoire concret : la position est reconnue dans son énoncé général, refusée dans ses conséquences pratiques.
Sur la position défaitiste révolutionnaire elle-même, la tradition bolchevique-léniniste-trotskyste pose plusieurs exigences articulées. La première est de nommer sa propre bourgeoisie comme adversaire principal. Ken Armède ne le fait jamais — son ennemi est Stellantis comme entreprise, jamais la bourgeoisie française dans son ensemble. Gaël Quirante cadre l’ennemi principal comme « l’impérialisme dominant » américain, ce qui désigne la bourgeoisie *des autres* et non la sienne. Seule Selma Labib reprend la formule de Liebknecht *« l’ennemi principal est dans notre propre pays »*, mais elle l’affaiblit immédiatement par le qualificatif kautskyste « impérialisme français de seconde zone » qui déclasse la France au rang de puissance subalterne et déplace, dans la même intervention, la cible vers l’allié américain. Sur le premier critère défaitiste — le plus élémentaire — le panel ne tient qu’à moitié, et encore par la seule porte-parole nationale qui se contredit dans la phrase suivante.
La deuxième exigence est de souhaiter et d’organiser la défaite militaire de son propre gouvernement dans la guerre impérialiste. Cette exigence n’est portée par aucun des trois intervenants, sous aucune forme, ni nommément ni implicitement. Elle n’est pas non plus présente dans l’appel commun du 17 avril érigé en modèle par Gaël Quirante. La défaite de la France comme mot d’ordre n’est pas écrite, pas dite, pas portée.
La troisième exigence est l’expropriation de l’industrie d’armement nationale — Dassault, Thales, MBDA, Naval Group, Safran — sans indemnité ni rachat, sous contrôle ouvrier. Cette exigence n’est posée par aucun des trois. Ce qui la remplace dans leurs interventions et dans leurs bulletins, c’est la formule redistributive « l’argent pour les salaires, pas pour la guerre », qui laisse intacte la propriété privée des trusts d’armement et la chaîne de commandement militaro-industrielle.
La quatrième exigence est l’organisation de comités de soldats avec droit de refus d’ordre, et le travail d’agitation politique direct en direction des soldats français — conscrits, réservistes, militaires en opérations. Cette exigence figure dans toute la tradition révolutionnaire de Liebknecht 1914-1918 (campagne contre les crédits de guerre et travail dans la troupe allemande) aux thèses militaires des premiers Congrès de l’Internationale communiste, au Programme d’action de la Ligue Communiste française de 1934, et au *Programme de Transition* de Trotsky en 1938 qui pose comme tâches transitoires l’*« instruction militaire et armement des ouvriers et des paysans sous le contrôle immédiat des comités ouvriers et paysans »* et la *« substitution à l’armée permanente, c’est-à-dire de caserne, d’une milice populaire en liaison indissoluble avec les usines, les mines, les fermes »*. Aucun des trois intervenants ne pose ce mot d’ordre. La question du travail révolutionnaire dans l’armée française, alors même que cette armée est en opérations actives en Iran, au Liban et au Sahel, n’est pas posée par le panel. L’agitation reste extérieure à la troupe : pétitions, manifestations, communiqués — comme si l’armée n’était pas elle-même un milieu prolétaire à conquérir politiquement.
La cinquième exigence est l’armement général du peuple — pilier programmatique élaboré par tout le mouvement ouvrier révolutionnaire, depuis Blanqui en 1851 *« qui a du fer a du pain »*, jusqu’au chapitre 10 du *Programme de Transition* de 1938 *« Les piquets de grève, les détachements de combats, la milice ouvrière, l’armement du prolétariat »*, en passant par la garde nationale de la Commune de Paris de 1871, le Programme du Parti ouvrier français de 1880, la motion antimilitariste du Congrès de Marseille de 1908, le Manifeste du IIᵉ Congrès de l’Internationale communiste de 1920 (*« les armes à la main »*), et le Programme d’action de la Ligue Communiste française de 1934 (*« PAR L’ARMEMENT DU PROLÉTARIAT ! PAR LA MILICE ANTIFASCISTE DU PEUPLE ! »*). Gaël Quirante, qui prononce la thèse léniniste de l’État comme « bande d’hommes armés », n’en tire pas la conséquence transitoire : pas un mot sur l’armement du prolétariat, pas un mot sur les milices ouvrières, pas un mot sur la dissolution des corps répressifs liée à l’armement du peuple. Aucun des trois intervenants ne porte cette exigence.
La sixième exigence est l’articulation du défaitisme révolutionnaire à la dictature du prolétariat comme issue politique de la guerre et à l’Internationale ouvrière révolutionnaire à reconstruire comme cadre stratégique — c’est-à-dire ce qui distingue le défaitisme bolchevique-léniniste du pacifisme social-démocrate ou du défensivisme syndicaliste. Aucun des trois intervenants ne porte cette articulation. La dictature du prolétariat n’est jamais nommée, ni comme catégorie ni comme perspective. L’Internationale est invoquée rituellement par Selma Labib en clôture, mais sans qu’aucune tâche concrète de reconstruction soit posée comme conséquence pratique du défaitisme — et sans qu’aucune délimitation soit faite à l’égard des courants centristes (CIQI/WSWS, QI mandelienne, IST, Pabloïstes) qui se réclament eux aussi de l’Internationale tout en ayant abandonné le défaitisme révolutionnaire.
**Sur l’ensemble des exigences cardinales du défaitisme révolutionnaire élaborées dans la chaîne bolchevique-léniniste-trotskyste de 1914-1916 jusqu’au *Programme de Transition* de 1938, le panel NPA-R n’en tient qu’une seule, et de manière affaiblie. Ce n’est pas une position défaitiste révolutionnaire. C’est, dans les termes mêmes que Lénine forgea pour caractériser ses adversaires de l’époque et que Trotsky a précisés par la suite, une position de social-patriotisme déguisé sous une phraséologie défaitiste verbale et occasionnelle.**
— -
# Partie V — CE QU’UN PROGRAMME BOLCHEVIQUE-LÉNINISTE DÉFENDRAIT EN FRANCE EN 2026
Conséquence pratique du diagnostic : ce qu’une politique conséquente doit porter à Stellantis Poissy, à Renault Le Mans, à la RATP, dans SUD, dans la CGT, dans les manifestations contre la guerre — *publiquement et avec un organe propre*.
### V.1 À Stellantis Poissy — sept points pour rompre avec la ligne du NPA-R
1. **Comité de lutte élu en AG souveraine**, syndiqués et non-syndiqués, mandats révocables, autonome des appareils CGT/SUD (FUO, tactique) — la fraction influence et se soumet aux décisions collectives (ce que faisait Barta à Renault 1947).
2. **Fraction révolutionnaire publique dans SUD/CGT avec organe propre** (*Voix des Travailleurs*), distincte du syndicat — au lieu de parler « au nom de SUD ».
3. **Ouverture des livres** : CICE/CIR/PPE perçus, transferts vers Kénitra-Saragosse-Tafraoui, 46 Md€ de liquidités du groupe.
4. **Expropriation sans indemnité ni rachat, sous contrôle ouvrier** — refus du tripartisme et de toute « contre-signature » de l’État bourgeois ; la classe ne négocie pas son siège à la table du compromis, elle exproprie.
5. **Coordination ouvrière transnationale Stellantis** (Poissy-Kénitra-Tafraoui-Saragosse-Cassino-Mirafiori) contre la mise en concurrence des sites.
6. **Lier Poissy à Le Mans** : contre la fermeture *et* la production de guerre ; refus des drones Chorus ; reconversion sous contrôle ouvrier vers la production socialement utile.
7. **La grève comme acte politique** : rompre les travailleurs avec les bureaucraties *et* avec l’horizon électoral, poser la question du pouvoir.
### V.2 Sur la guerre — neuf points contre l’union sacrée industrielle
1. **Défaite militaire du gouvernement français** posée comme mot d’ordre, ouvertement, à l’usine, dans la rue, dans la presse révolutionnaire.
2. **Expropriation sans indemnité ni rachat** de Dassault, Thales, MBDA, Naval Group, Safran — non leur étatisation, leur passage sous contrôle ouvrier.
3. **Armement général du peuple** — pilier du programme ouvrier français depuis 1880 (POF Guesde-Lafargue-Marx), lié à la dissolution des corps répressifs et à la formation des milices ouvrières.
4. **Comités de soldats** dans l’armée française, droit de refus d’ordre, fraternisation.
5. **Blocage de l’envoi d’armes** par les travailleurs des transports — cheminots refusant de transporter munitions et matériel militaire ; dockers refusant le chargement.
6. **Retrait immédiat et inconditionnel des troupes françaises** du Sahel, du Tchad, du Moyen-Orient, de Djibouti, de partout — articulé au refus de toute opération extérieure française et à la défaite politique de l’impérialisme français ; salut public aux défaites françaises récentes (Mali 2022, Niger 2023, Burkina 2023, Tchad 2024-2025).
7. **Dénonciation publique du RESU** comme relais OTAN dans la classe ouvrière, et lutte fractionnelle dans Solidaires pour la rupture avec le RESU.
8. **Interpellation publique** des organisations du « pôle des révolutionnaires » (PT, UCL, NPA-R) et des syndicalistes d’extrême gauche dans l’armement : *quelle ligne portez-vous dans VOS boîtes ?* Si vous ne portez pas l’expropriation, le refus de produire les armes, le contrôle ouvrier, vous êtes social-patriotes en pratique quelle que soit l’étiquette.
9. **Internationale ouvrière révolutionnaire à reconstruire** comme débouché — la révolution prolétarienne ne se fait pas dans un cadre national.
### V.3 Vis-à-vis du NPA-R — unité d’action conditionnée, délimitation programmatique imposée
NPA-R **ne peut pas être traité comme partenaire stratégique** — son cadre programmatique social-patriote est en contradiction avec la construction du parti révolutionnaire.
**L’unité d’action n’est pas refusée — elle est conditionnée.** Sur quelle base ? Pour dire quoi ? Avec quelle indépendance programmatique préservée ? Les onze axes du programme bolchevique-léniniste face à la guerre (défaite, expropriation, contrôle ouvrier, comités de soldats, armement, blocage, cheminots, fractions, Le Mans, interpellation, Internationale) sont l’instrument de cette confrontation :
– On entre dans la manif si le contenu progresse vers la défaite organisée et porte la rupture avec les directions syndicales social-chauvines ;
– On en sort, on tracte, on dénonce publiquement, on porte la fraction propre si le contenu se limite au plus petit dénominateur commun pacifiste-souverainiste — sans articulation à la défaite, sans expropriation de l’armement, sans comités de soldats, sans armement du prolétariat.
**Délimitation programmatique d’abord, regroupement ensuite** — méthode léniniste des 21 conditions (Comintern 1920), inversée par le « pôle des révolutionnaires » qui regroupe sans délimiter.
Le combat à mener contre le NPA-R est sur les points précis qu’il refuse :
– Pourquoi pas un texte sur la fraction révolutionnaire dans Solidaires ?
– Pourquoi le RESU jamais critiqué ?
– Pourquoi le silence sur le vote NFP 2024 de Solidaires ?
– Pourquoi Le Mans / Chorus absent quand on parle d’automobile ?
– Pourquoi Kénitra absent quand on parle de Stellantis ?
– Pourquoi le Sahel escamoté quand on parle d’impérialisme français ?
– Pourquoi « impérialisme français de seconde zone » au lieu d’impérialisme français point ?
– Pourquoi les mots d’ordre « évoluent en fonction du rapport de force » au lieu d’être portés en permanence ?
– Pourquoi des garanties « contresignées par le gouvernement » quand on dénonce le tripartisme ?
– Pourquoi pas un mot d’armement du prolétariat, alors que c’est dans le programme ouvrier français depuis 1880 ?
– Pourquoi la candidature présidentielle comme outil anti-extrême droite quand on refuse le barrage républicain ?
Ces questions ne sont pas rhétoriques. Elles sont les **points de rupture programmatique** sur lesquels la fraction défaitiste-révolutionnaire doit forcer la délimitation publique.
— -
# Conclusion — Démasquer le social-patriotisme à drapeau rouge, la tâche bolchevique-léniniste en France
Le panel NPA-R à la Fête de LO 2026 livre une **photographie politique précise** à un moment historiquement chargé (France belligérante, reconversion militaro-industrielle en marche, présidentielle 2027 à un an). Ce que la photographie montre :
– une organisation qui **proclame le trotskysme et le matérialisme dialectique** ;
– qui pratique en réalité une **collaboration de classe structurelle** (politique, syndicale, organisationnelle) ;
– qui **partage le substrat social-patriote de LO** (opérateur Kautsky « seconde zone ») ;
– qui **liquide ce que faisait Barta** dont elle se réclame (pas de fraction publique dans Solidaires, pas de comité de grève élu, pas de bulletin-organe de fraction) ;
– qui **dissout sa délimitation programmatique** dans un cartel d’appareils (PT-lambertiste, UCL libertaire) ;
– qui **couvre par omission** le social-chauvinisme des directions syndicales (RESU, NFP 2024, LPM) où militent ses propres camarades ;
– qui **escamote les défaites françaises au Sahel** que tout défaitiste devrait saluer publiquement ;
– qui **réduit l’horizon politique** à la candidature présidentielle 2027 justifiée comme barrage idéologique anti-extrême droite.
NPA-R **est dans l’union sacrée par intégration syndicale silencieuse** — verbalement révolutionnaire, programmatiquement aligné sur l’effort de guerre français par sous-traitance syndicale (Solidaires officiellement membre du RESU pro-OTAN, sans rupture publique de ses militants), et intégré à l’horizon électoral républicain. Le panel à la Fête de LO 2026 confirme cette caractérisation au-delà de ce que n’importe quel article extérieur aurait pu démontrer — parce qu’il s’agit du panel officiel, de la direction nationale, qui formalise la ligne du parti devant son rival-allié LO.
C’est ce que Lénine appelait, dans *Le socialisme et la guerre* (1915), **l’opportunisme parvenu à maturité** : la pratique objective de l’alliance avec sa propre bourgeoisie en guerre, sous couverture phraséologique révolutionnaire. La forme a évolué en 2026 — ce n’est plus le vote des crédits de guerre comme en 1914, c’est l’intégration silencieuse à un syndicalisme combatif qui est lui-même officiellement courroie d’OTAN. Mais la nature politique est la même : **social-patriotisme**.
Le combat n’est pas de refuser l’unité d’action avec NPA-R ; c’est de **forcer la délimitation programmatique publique** sur les points où NPA-R recule. Sur la fraction dans Solidaires. Sur le RESU. Sur Le Mans. Sur Kénitra. Sur le Sahel. Sur la défaite de la France. Sur l’expropriation. Sur l’armement du prolétariat. Sur les comités de soldats. Sur l’Internationale.
**Démasquer le social-patriotisme à drapeau rouge** — démontrer publiquement, par documentation matérielle, que la posture révolutionnaire couvre une pratique d’union sacrée par sous-traitance syndicale — est la tâche bolchevique-léniniste de la période. Pas la rupture sectaire avec les militants honnêtes du NPA-R qui peuvent rompre avec leur direction. La rupture programmatique publique avec la ligne du parti, sur la base d’une fraction défaitiste révolutionnaire qui porte ce que NPA-R refuse de porter : le programme transitoire dans son intégralité.




