Accueil > 16- EDITORIAUX DE "LA VOIX DES TRAVAILLEURS" - > Lutte ouvrière, l’hélicoptère et le clairon

Lutte ouvrière, l’hélicoptère et le clairon

mercredi 22 juillet 2026, par Karob, Robert Paris

Lutte ouvrière, l’hélicoptère et le clairon : le social-chauvinisme d’atelier sous pavillon « trotskyste »

*Ils ne veulent pas marcher derrière le clairon du 14 juillet. Mais pour trois cents euros, ils assembleront l’hélicoptère de guerre — et leur presse applaudit.*

Airbus Helicopters Marignane, juin 2026 : débrayages massifs — près de 2 000 grévistes le 16 juin, selon le correspondant de Lutte ouvrière lui-même — contre une augmentation générale de 30 euros brut et une prime de participation divisée par deux, quand le groupe vient d’annoncer 5,2 milliards de profits records, nourris par les carnets de commandes militaires. Dans Lutte ouvrière n° 3021 (« Airbus – Marignane : des débrayages remarqués », 24 juin 2026), le « Correspondant LO » rapporte, sans l’ombre d’une réserve, le slogan repris au défilé dans l’usine derrière la sono de la CGT : « 300 € sinon pas d’hélico ». Et il referme son article sur l’enthousiasme militant — sans un mot sur ce que sort l’usine. Le silence vaut adhésion.

**« 300 euros — et pas d’hélico de guerre » : le mot d’ordre qu’ils ont enterré**

Ce que sort l’usine, c’est le NH90 Caïman, hélicoptère militaire à système d’armes intégré, assemblé à Marignane pour l’armée de terre et la marine françaises, déployé sur leurs théâtres d’opérations, du Sahel à l’Afghanistan. Un engin de guerre, fait pour tuer — hommes, femmes, enfants. Et « 300 € sinon pas d’hélico » ne conteste rien de sa fabrication : le « sinon » n’est qu’une menace d’en retarder la livraison pour arracher la prime. Traduit : payez-nous, et nous le construirons. L’ouvrier y réclame sa part du surprofit des commandes de guerre — trois cents euros sur 5,2 milliards : l’impôt du sang.

Le mot d’ordre juste était à portée de main : « 300 euros — et pas d’hélico de guerre pour l’impérialisme français ». Pas d’hélicoptère, parce que les travailleurs imposent leur contrôle sur ce qui sort de la chaîne et refusent d’armer les guerres de leur propre bourgeoisie. Qu’on se batte sur les salaires à Airbus, évidemment. Mais suspendre le salaire à la poursuite de la production de guerre, c’est le social-chauvinisme à l’état chimiquement pur : non le drapeau brandi, mais la revendication indexée sur la marche des usines d’armement. De ce mot d’ordre-là, Lutte ouvrière ne dit pas une syllabe. Où est le défaitisme révolutionnaire ? Où est la lutte contre le social-chauvinisme et le social-impérialisme ? Nulle part.

**Un seul homme, deux mandats, une seule capitulation**

Ce n’est pas une abstraction. Lutte ouvrière, qui se présente à toutes les élections, a pour tête de liste à Marseille aux municipales de 2026 Rémy Bazzali — « Les travailleurs font tout fonctionner dans la société », proclame sa présentation de campagne (lutte-ouvriere.org, 19 février 2026). Le même Rémy Bazzali est, à Airbus Helicopters Marignane, élu CSE CGT sur le NH90 (cgtairbus.fr). La vitrine électorale de Lutte ouvrière est donc, à l’établi, un représentant syndical de la chaîne qui assemble l’hélicoptère de guerre. « Les travailleurs font tout fonctionner » — y compris la production des Caïman pour l’armée française — et ce qu’on en exige, c’est trois cents euros. La revendication monte de la sono de sa CGT, le silence complice descend de la presse de son parti : la boucle du social-impérialisme se referme dans un seul homme.

**Arthaud cite Liebknecht d’une main, l’enterre de l’autre**

À la veille du défilé, le 13 juillet, Nathalie Arthaud signe l’éditorial de Lutte ouvrière : « Ne marchons pas derrière le clairon qui sonne ». Elle y dénonce le défilé, la marche à la guerre, le conditionnement des esprits ; elle écrit même que pour empêcher le capitalisme de nous mener à la guerre, « il faudra le renverser » — au futur ; et elle conclut sur Karl Liebknecht : « L’ennemi principal est dans notre propre pays ! » Beau slogan. Mais un slogan n’est pas un programme. Dans tout l’éditorial, le travailleur subit la guerre, la paie, s’y verra envoyé — jamais il ne la produit. Pas une ligne pour les soldats, qu’il faudrait appeler à retourner leurs armes plutôt qu’à obéir. Pas une ligne pour les ouvriers de l’armement — ceux de Marignane, précisément —, qu’il faudrait appeler au contrôle ouvrier et au refus de fabriquer les engins de mort. Pas une ligne pour la jeunesse dont on prépare la transformation en viande de boucherie. Le programme de Lénine — transformer la guerre impérialiste en guerre civile — est escamoté au moment même où l’on en cite la conclusion. L’apparence de Liebknecht dans l’éditorial du 13 juillet ; la pratique de Jouhaux dans la correspondance d’entreprise du 24 juin.

**Quand LO et Arthaud riment avec Jouhaux**

Cette pratique a un état civil, et Alfred Rosmer en a dressé la chronique pièce par pièce dans *Le mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale*. Le 4 août 1914, sur la tombe de Jaurès, le secrétaire général de la CGT Léon Jouhaux proclamait sa haine de l’impérialisme et du militarisme — le jour même où il ralliait la centrale à l’union sacrée. Sa doctrine reçut un nom, la « politique de présence » : puisque la guerre est là, être présent, participer, en tirer sa part. Monatte démissionna du bureau confédéral dès décembre 1914 ; Rosmer et une poignée d’internationalistes refusèrent, presque seuls. Vingt ans plus tard, le communiqué Laval-Staline du 15 mai 1935 enfonçait le même clou : Staline « comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France » — et l’antimilitarisme du PCF et de la CGTU fut liquidé d’un trait, l’impérialisme français « compris et approuvé » contre un pacte. Jouhaux est mort, Staline est mort ; le cadavre putréfié du social-chauvinisme, lui, est bien vivant. À Marseille il se présente aux élections, à Marignane il siège au CSE sur la chaîne du NH90, dans Lutte ouvrière il a sa tribune. LO, Arthaud, Jouhaux : la rime n’est pas que phonétique.

**Le clairon qu’ils n’entendront pas**

Lutte ouvrière ne veut pas marcher derrière le clairon de la bourgeoisie. Soit. Mais marchera-t-elle au son du tocsin de la révolution sociale, au clairon de l’Armée rouge de demain, quand ils sonneront ? Celui qui, à l’usine, marchande le prix de l’hélicoptère au lieu d’en refuser la fabrication a déjà répondu. Le devoir des révolutionnaires n’est pas d’arracher trois cents euros pour construire les armes de l’impérialisme français : c’est d’arracher ces armes, et ces usines, à l’impérialisme français. « L’ennemi principal est dans notre propre pays » — encore faut-il cesser de lui fabriquer ses hélicoptères.

**Le syndicalisme à la sauce LO-Mercier**

Mercier (dirigeant bureaucratique de la CGT puis de SUD et… de LO) appelle à « renouer avec les luttes et avec la conscience révolutionnaire ». Cela parait une belle proclamation d’intention mais il ne faudrait pas en rester aux formulations…

https://lutte-ouvriere.org/journal/article/jean-pierre-mercier-renouer-avec-luttes-avec-conscience-revolutionnaire-187452.html

Cependant, il y a bien des mensonges et des non-dits dans cette déclaration qui éxagère l’état de lutte et de conscience des travailleurs : « Depuis des décennies, non seulement la combativité ouvrière est au plus bas »

Il y a des déclarations justes mais qui ne sont nullement suivies par les actes : « Aucun mouvement de contestation ne pourra l’emporter contre la bourgeoisie sans idées politiques et sans organisation – mais des idées politiques communistes et une organisation qui vient d’en bas, une organisation discutée et décidée à la base, imposée par la base ! … Leurs dirigeants, les travailleurs devront les trouver parmi eux. Leur stratégie, leurs modes d’actions, leur programme, leurs revendications, ils devront les définir eux-mêmes, démocratiquement, à la base, en reprenant l’habitude de se réunir, de discuter, de voter et d’élire leurs propres représentants en créant leurs propres organes de direction – comités de lutte, comités de grève ! »

Cherchez si Mercier appelle aujourd’hui à la formation de comités ouvriers de l’Automobile contre les licenciements et vous ne trouverez… rien !

Lors de la fermeture de PSA Aulnay, Mercier avait laissé se former des comités mais se gardait bien de mettre en avant une banderole ou des tracts des comités, de rendre publique cette formation de l’embryon d’une auto-organisation ouvrière. Cela aurait gêné ses relations avec les appareils syndicaux !

Mercier sait que la lutte de Stellantis Poissy concerne aussi Renault Flins mais il n’appelle pas à la lutte d’ensemble, à organiser des assemblées et des comités en commun…

https://www.youtube.com/watch?v=LAaJNHVJSbE

Mercier peut parler de « bombe sociale » mais surtout pas lancer une lutte d’ensemble organisée par des comités de travailleurs…
https://www.leprogres.fr/france-monde/2012/07/15/jean-pierre-mercier-leader-cgt-des-psa-aulnay-on-est-une-bombe-sociale

Et quand il y a une lutte d’ensemble comme les Gilets jaunes, Arthaud-LO ne fait que s’en démarquer en affirmant mensongèrement que cette lutte n’est pas tournée contre le grand capital ! Voir la fin de cet interview :

https://www.youtube.com/watch?v=lgdMoBxfeXQ

https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve968

« Une grève illimitée serait une erreur tactique : ça nous épuiserait rapidement financièrement et ça aurait un pouvoir de nuisance limité », martèle Mercier !

Notez que, même dans cette envolée en paroles en faveur des comités, il n’est nullement dit que ce sont de tels comités ouvriers révolutionnaires de masse qui devront prendre la totalité du pouvoir, pour fonder la dictature du prolétariat ! Et ce n’est ni erreur, ni omission, c’est un choix !

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8462

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7513

N’en déplaise à tous les Mercier-Arthaud de Lutte ourière, l’objectif numéro un des travailleurs révolutionnaires : les soviets et leur prise du pouvoir…

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8277

Et cet objectif est d’actualité…

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8647

Portfolio

Messages

  • .

    Le 1er janvier 2026, l’armée somalienne élimine 29 combattants d’Al-Chabab à Jabad Godane. Dans la nuit du 1er au 2 janvier, les Forces démocratiques alliées, groupe armé d’origine ougandaise ayant prêté allégeance à l’État islamique, font au moins 14 morts dans trois villages du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (ils tueront 43 personnes dans la région voisine en avril). Le 3 janvier, les États-Unis bombardent Caracas et capturent Nicolas Maduro. Le 8 janvier, la Russie frappe la région ukrainienne de Lviv, près de la frontière polonaise, avec un missile hypersonique Orechnik. Le 14 janvier, les Forces armées centrafricaines appuyées par leurs alliés russes de l’Africa Corps affrontent la milice Azandé Ani Kpi Gbé dans le Haut-Mbomou. Le 29 janvier, l’État islamique au Sahel attaque l’aéroport international de Niamey, au Niger, avec des motos, des drones et des armes lourdes ; une seconde attaque, menée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), a lié à Al-Qaida, fera 35 morts, dont 22 assaillants, le 18 juin. Du 29 au 30 janvier, des attaques séparatistes au Baloutchistan tuent 5 civils et au moins 10 membres des forces de sécurité pakistanaises. Les représailles pakistanaises font 216 morts parmi les séparatistes. Le 2 février, les rebelles du M23 et de l’alliance Fleuve Congo soutenus par le Rwanda lancent une attaque… Entre le mardi 17 et mercredi 18 février 2026, l’armée ukrainienne s’est attaquée à la défense aérienne russe. Le 28 février, les forces armées américaines et israéliennes lancent la guerre d’Iran qui va bientôt devenir la guerre du Moyen-Orient et continue jusqu’à nos jours, bombardant les installations civiles d’Iran autant que ses forces armées… Le détroit d’Ormuz est bloqué et maintenant les Houthis bloquent le pétrolede mer Rouge et l’Arabie saoudite…

    La guerre est permanente et mondiale…

    La France n’est pas neutre, elle se prépare à participer, que ce soit au Moyen-Orient ou au Congo, que ce soit au Mali ou au Niger…

    Aucun groupe d’extrême gauche en France ne le dévoile, ne le dénonce, sans parler de la gauche et des syndicats ! Aucun groupe n’appelle la population à s’insoumettre et surtout pas... les insoumis !

    Aucun groupe n’appelle les soldats à la désobéissance ! N’allez pas mourir pour les guerres impérialistes ! Aucun groupe de France n’appelle la jeunesse à se battre... contre la guerre impérialiste française ! Aucune groupe n’appelle les travailleurs à refuser l’économie de guerre, à bloquer la guerre, à utiliser la guerre pour casser l’impérialisme !

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.