Matière et Révolution
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69144La nouvelle situation internationale nécessite une nouvelle internationale révolutionnaire des travailleurs
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http://www.matierevolution.org/spip.php?article95412026-04-08T22:52:00Ztext/htmlfrAlex, WaraaIV° Internationale
<p>Les IVèmes internationales sont mortes. Face à la guerre, il faut bâtir la "Vème Internationale, parti mondial de la révolution socialiste" <br class='autobr' />
Dans deux articles consacrés à la préparation de la fondation de la IVe Internationale, qui aura lieu en 1938, Trotsky écrivait : <br class='autobr' />
Les bolchéviks-léninistes se considèrent comme une fraction de l'internationale qui se bâtit « Étiquettes » et « Numéros » (7 août 1935) Dans un écrit du 14 juillet 1935, Trotsky avait déterminé le nom de la IVe (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory">16- EDITORIAUX DE "LA VOIX DES TRAVAILLEURS" - </a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Les IVèmes internationales sont mortes. Face à la guerre, il faut bâtir la "Vème Internationale, parti mondial de la révolution socialiste" </h2>
<p>Dans deux articles consacrés à la préparation de la fondation de la IVe Internationale, qui aura lieu en 1938, Trotsky écrivait :</p>
<blockquote class="spip">
<p>Les bolchéviks-léninistes se considèrent comme une fraction de l'internationale qui se bâtit<br class='autobr' />
<a href="https://wikirouge.net/texts/fr/%C2%AB_%C3%89tiquettes_%C2%BB_et_%C2%AB_Num%C3%A9ros_%C2%BB" class="spip_out" rel="external">« Étiquettes » et « Numéros » (7 août 1935)</a></p>
</blockquote>
<p>Dans un écrit du 14 juillet 1935, Trotsky avait déterminé le nom de la IVe Internationale :</p>
<blockquote class="spip">
<p>Il me semble que le seul nom qui convienne pour notre Internationale soit parti mondial de la révolution socialiste.</p>
<p><a href="https://wikirouge.net/texts/fr/Parti_mondial_de_la_r%C3%A9volution_socialiste" class="spip_out" rel="external">Parti mondial de la révolution socialiste (14 juillet 1935)</a></p>
</blockquote>
<p>Ces deux textes, ignorés de tous les partis qui prétendent "reconstruire la IV° Internationale" et qui se qualifient de "trotskistes", avec la bénédiction des media bourgeois, sont d'actualité pour poser la question de la nécessité d'une nouvelle internationale communiste, marxiste, la Vème.</p>
<p><strong>Marceau Pivert, le modèle de l'extrême-gauche française</strong></p>
<p>L'un des deux textes cités de Trotksy cité plus est une lettre répondant à celle de Marceau Pivert, membre de l'aile gauche de la SFIO de Léon Blum, dont le parti venait d'exclure les partisans de Trotsky :</p>
<blockquote class="spip">
<p>La lettre de Marceau Pivert sur les exclusions des chefs de la jeunesse révolutionnaire de la Seine, malgré son but louable, renferme un certain nombre d'idées inexactes qui, dans leur développement, peuvent conduire à de sérieuses erreurs. Prévenir les jeunes camarades contre ces erreurs est le vrai devoir d'un marxiste.</p>
<p>Pivert lui-même accuse nos amis de commettre une grande « erreur psychologique » en prenant le nom de bolcheviks-léninistes. Puisque le « bolchevisme initial », selon Pivert, niait la structure démocratique du parti, l'égalité (?) pour toutes les tendances, etc. par leur nom même, les bolcheviks-léninistes donnent à la bureaucratie. du parti une arme contre eux-mêmes. En d'autres termes, l' « erreur psychologique » consiste en une adaptation insuffisante à la psychologie de la bureaucratie du parti.</p>
</blockquote>
<p>Les partisans de Trotsky en France étaient entrés à la SFIO, le parti socialiste de l'époque, adoptant le titre de Fraction bolchévique-léniniste. C'est ce dernier qualificatif que Pivert dénigre, le présentant comme "faisant mal aux oreilles".</p>
<p>Bolchéviks-leninistes, c'est ce que nous sommes en 2026 !</p>
<p>Ce reproche pivertiste, les groupes français d'extrême-gauche l'ont intégré à leur langage, à leur identité : aucun d'eux ne se réclame du "bolchevisme-léninisme". Ils reprennent le terme de "trotskiste", raccourci certes commode, mais bien moins précis.</p>
<p>Trotsky continue sa lettre :</p>
<blockquote class="spip">
<p>Ce jugement de Pivert représente une « erreur politique » très sérieuse, et même une série d'erreurs. Il n'est pas vrai que le « bolchevisme initial » niait la structure démocratique du parti. J'avance l'affirmation absolument contraire : il n'y a pas eu et il n'y a pas de parti plus démocratique que celui de Lénine. Ce parti s'était formé par en bas. Il dépendait seulement des ouvriers avancés. Il ne connaissait pas la dictature cachée, masquée, mais d'autant plus néfaste, des « amis » bourgeois du prolétariat, des parlementaires carriéristes, des maires affairistes, des journalistes de salon, de toute cette confrérie parasitaire qui permet à la base du parti de parler « librement », démocratiquement », mais se maintient elle-même avec ténacité à l'appareil et, en fin de compte, fait ce qu'elle veut. Ce genre de « démocratie » dans le parti n'est rien d'autre qu'une copie de l'État démocratique-bourgeois, qui lui aussi permet au peuple de parler « librement », puis laisse le pouvoir réel à une poignée de capitalistes. Pivert commet une très grande erreur politique en idéalisant et en embellissant la « démocratie » hypocrite et mensongère de la S.F.I.O. qui, en fait, freine et paralyse l'éducation révolutionnaire des ouvriers en étouffant leur voix par le chœur des conseillers municipaux, des parlementaires et autres qui sont imprégnés jusqu'à la moelle d'intérêts petits-bourgeois égoïstes et de préjugés réactionnaires. La tâche du révolutionnaire, même si la marche du développement le contraint à travailler dans la même organisation que les réformistes, ces exploiteurs politiques du prolétariat, consiste non pas à prendre l'attitude du protégé et à faire sienne celle de l'amitié mensongère pour ces agents de la bourgeoisie, mais à <strong>s'opposer en face des masses le plus clairement, le plus âprement, le plus implacablement possible aux opportunistes, aux patriotes, aux « socialistes » absolument bourgeois.</strong></p>
</blockquote>
<p>« S'opposer en face des masses le plus clairement, le plus âprement, le plus implacablement possible aux opportunistes, aux patriotes, aux « socialistes » absolument bourgeois » est ce que ne font jamais des partis comme LO, les NPAs et RP.</p>
<p>Le rappel historique de Trotsky « Ce parti s'était formé par en bas. Il dépendait seulement des ouvriers avancés. »<br class='autobr' />
est pour nous fondamental. C'est en s'appuyant sur des noyaux ouvriers, qu'une direction révolutionnaire deviendra un embryon, une fraction d'un futur parti ouvrier.</p>
<p>Or la tactique de ces groupes d'extrême-gauche, c'est d'obtenir des étiquettes bureaucratiques syndicales pour leurs militants, les présenter aux élections locales et nationales, ce qui leur permettra de revendiquer à nouveau des étiquettes bureaucratiques syndicales et ainsi de suite.</p>
<p>Ces groupuscules qui se veulent tous les moins sectaires du monde sont incapables de se réunir comme différentes fractions d'un même parti, car ils sont en concurrence auprès des bureaucraties syndicales. « les réformistes, ces exploiteurs politiques du prolétariat », qui ne sont jamais désignés sous ces noms.</p>
<p>« Prendre l'attitude du protégé et à faire sienne celle de l'amitié mensongère pour ces agents de la bourgeoisie » est donc exactement ce que font LO le NPA-R et RP vis-à-vis de LFI, la CGT ou Sud Solidaires. Car « agents de la bourgeoisie » est pour les bolchéviks-léninistes d'aujourd'hui le seul qualificatif juste à appliquer à LFI, la CGT ou Sud Solidaires, et c'est ce que ne font jamais ces groupuscules.</p>
<p>Le manque de confiance en la classe ouvrière, c'est ce qui caractérise ces groupuscules. Pourtant, Trotsky rappelait que pour les marxistes, c'est la classe ouvrière, non pas les "personnalités" en qui réside le facteur décisif :</p>
<blockquote class="spip">
<p>ceux qui choisiront et qui trancheront, ce seront, en fin de compte, non les Blum et les Zyromski, mais les masses, les millions d'exploités. C'est. sur eux qu'il faut s'aligner, c'est pour eux qu'il faut bâtir un parti. Le malheur de Pivert, c'est que jusqu'à maintenant il n'a pas rompu le cordon ombilical qui le relie au petit monde des Blum et des Zyromski</p>
</blockquote>
<p>Certes ces groupes dénoncent des personnalités comme JL Mélenchon mais pas comme des ennemis de classe, des agents de la bourgeoisie, seulement comme des "institutionnels", donc modérés, et pour mettre en avant des "personnalités", JP Mercier, N. Arthaud, se coulant dans le moule de la politique bourgeoise, qui sélectionne des "moulins à parole" qui "parlent bien".</p>
<p><strong>Nous sommes des bolchéviks-léninistes</strong></p>
<p>Il est temps de reprendre ce nom. C'est celui que Trotsky choisit pour ses partisans en France. Les partis LO et NPA-R répètent d'un ton solennel : nous sommes pour la construction d'un parti communiste révolutionnaire. Mais ce terme abstrait a toujours été revendiqué par les « prétendus communistes » :</p>
<blockquote class="spip">
<p>A chaque occasion nouvelle, [Pivert] regarde ses « amis » et leur tâte le pouls avec inquiétude. Et c'est cette politique fausse, illusoire, non réaliste, qu'il réclame des bolcheviks-léninistes ! Ils doivent, paraît-il, renoncer à leur propre nom. Pourquoi ? Est-ce que ce nom effraie les ouvriers ? Au contraire. Si les prétendus « communistes », malgré toutes les trahisons et tous les crimes qu'ils ont commis, retiennent sous leur drapeau une partie importante du prolétariat, c'est uniquement parce qu'ils se présentent aux masses comme les porteurs des traditions de la révolution d'Octobre. Les ouvriers ne craignent ni le bolchevisme ni le léninisme. Ils demandent seulement (et ils font bien) : « Sont-ils de véritables bolcheviks, ou de faux ? » Le devoir des révolutionnaires prolétariens conséquents est, non pas de renoncer au nom de bolcheviks, mais de montrer dans les faits aux masses leur bolchevisme, c'est-à-dire l'esprit révolutionnaire conséquent et le dévouement absolu, à la cause des opprimés.</p>
</blockquote>
<p> Le terme de bolchévisme-léninisme fait clairement référence à Octobre 1917, à la dictature du prolétariat, comme Trotsky l'expliquait :</p>
<blockquote class="spip">
<p>Mais pourquoi donc, insiste Pivert, se coller sur le nombril une étiquette (?) au lieu de « suivre les enseignements qu'elle comporte » ? Mais Pivert lui-même ne porte-t-il pas l' « étiquette » de socialiste ? Dans le domaine de la politique tout comme les autres domaines de l'activité humaine, il est impossible de procéder sans « étiquettes », c'est-à-dire sans dénominations et qualificatifs aussi précis que possible. Le nom de « socialiste » est non seulement insuffisant mais absolument trompeur, car s'intitulent « socialistes » en France tous ceux qui en ont envie. Par leur nom, les bolcheviks-léninistes disent à tous et à chacun que leur théorie, c'est le « marxisme », que c'est non pas le « marxisme » dénaturé et prostitué des réformistes (à la Paul Faure, Jean Longuet, Séverac, etc.) mais le véritable marxisme restauré par Lénine et appliqué par lui aux questions fondamentales de l'époque de l'impérialisme ; qu'ils s'appuient sur l'expérience de la révolution d'Octobre, développée dans les décisions des quatre premiers congrès de l'Internationale communiste ; qu'ils sont solidaires du travail théorique et politique accompli par l' « opposition de gauche » de l'Internationale communiste (1923-1932) ; enfin qu'ils se rangent sous le drapeau de la IV° Internationale. En politique, le « nom », c'est le « drapeau ». Celui qui renonce aujourd'hui à un nom révolutionnaire pour le bon plaisir de Léon Blum et consorts, celui-là renoncera aussi facilement demain au drapeau rouge pour le drapeau tricolore</p>
</blockquote>
<p>« L'expérience de la révolution d'Octobre, développée dans les décisions des quatre premiers congrès de l'Internationale communiste ; (...) [le] travail théorique et politique accompli par l' « opposition de gauche » de l'Internationale communiste (1923-1932) » sont des références jamais invoquées par ces groupuscules d'extrême-gauche.</p>
<p>Concernant les 4 premiers congrès : les célèbres "21 conditions" qui y furent énoncées en 1920, ces partis n'en remplissent aucune, c'est la raison pour laquelle ils ne se réclament plus de ces textes.</p>
<p>Concernant l'Opposition de gauche : quand en 1929 Trotsky fut expulsé d'URSS par la bureaucratie contre-révolutionnaire, il rassembla autour de trois points l' « opposition de gauche » internationale, un de de ces points étant la dénonciation de la collaboration de Staline avec les directions syndicales britanniques dans le cadre du Comité anglo-russe. Or la collaboration avec les directions syndicales françaises, c'est l'alpha et l'oméga de la "tactique" de nos groupes d'extrême-gauche. Leurs porte-parole sont systématiquement des des délégués syndicaux fidèles à la direction qui les a nommée : Sud-Solidaires pour JP Mercier (LO), Anasse Kazibe (RP) et Gaël Quirante (NPA-R).</p>
<p>Affirmer que LO, RP et NPA-R ont trahi les idéaux de la IVème internationale serait donc déjà les flatter : c'est de la IIIème internationale de 1919-1922, de l'opposition de gauche au stalinisme dans les PC en 1923-1933, que ces groupuscules ne sont en rien les héritiers. Ils se rangent parmi cette pléiade de groupuscules non staliniens qui se disaient socialistes ou communistes, mais irrécupérables et contre lesquels Trotsky polémiqua.</p>
<p><strong>La 5ème internationale est d'actualité</strong></p>
<p>A propos des numéros, Trotsky répondait à Pivert :</p>
<blockquote class="spip">
<p>Pivert proclame le droit de tout socialiste d'espérer en une meilleure Internationale « avec ou sans changement de numéro ». Cette ironie un peu déplacée sur le « numéro » représente une erreur politique du même type que l'ironie sur l'« étiquette ». Politiquement, la question se pose ainsi : le prolétariat mondial peut-il arriver à lutter avec succès contre la guerre, le fascisme, le capitalisme, sous la direction des réformistes ou des staliniens - c'est-à-dire de la diplomatie soviétique ? Nous répondons : il ne le peut pas. La II° et la III° Internationales ont épuisé leur contenu et sont devenues des obstacles sur la voie révolutionnaire. Les « réformer » est impossible, car toute leur direction est radicalement hostile aux tâches et aux méthodes de la révolution prolétarienne. Celui qui n'a pas compris jusqu'au bout l'effondrement des deux Internationales, celui-là ne peut pas lever le drapeau de la Nouvelle Internationale. « Avec ou sans changement de numéro » ? Cette phrase est dénuée de sens. Ce n'est pas par hasard que les trois anciennes Internationales se sont trouvées numérotées. Chaque « numéro » correspond à une époque déterminée, un programme et des méthodes d'action.</p>
</blockquote>
<p> Le constat de Trotsky est malheureusement d'actualité : « Les IV° Internationales (issues de scission de celle fondée par Trotsky) a épuisé son contenu et sont devenues des obstacles sur la voie révolutionnaire. Les « réformer » est impossible, car toute leur direction est radicalement hostile aux tâches et aux méthodes de la révolution prolétarienne. »</p>
<p>Le fait qu'il y ait actuellement plusieurs IVème internationale est analogue au fait qu'il y avait à l'époque où Trotsky écrivait, la IIème et la IIIème. Ces internationales, dont celle du NPA-A et NPA-R (ces partis s'excommunient en France mais se congratulent mutuellement au niveau international, comme Marion Aubry tombe dans les bras de Van der Leyen au parlement européen !) sont « deux cadavres dont faire la somme serait vain, leur négation étant la voie à suivre » :</p>
<blockquote class="spip">
<p>La Nouvelle Internationale doit être non pas la somme des deux cadavres, comme le rêve le vieux social-patriote Zyromski, surpris dans sa reconnaissance inattendue de la « défense de l'U. R. S. S. », mais la « négation » vivante de ces cadavres et, en même temps, la « continuation » du travail historique accompli par les Internationales précédentes. En d'autres termes, il s'agit de la IV° Internationale. Le « numéro » signifie ici une perspective et un programme déterminés, c'est-à-dire un « drapeau ». Que les philistins ironisent là-dessus. Il ne faut pas les imiter.</p>
</blockquote>
<p>Trotsky fonda la IVème internationale, dans la continuité de la IIIème qui elle-même fut fondée en opposition aux socio-patriotes. Pour LO, les NPAs, RP, le terme même de "social-patriote" n'existe pas ! En ce sens, ces partis ne sont même plus dignes l'aile gauche de la IIème internationale, où Rosa Luxemburg inaugura la lutte des marxistes contre ces socio-patriote, en fondant son journal polonais "La cause ouvrière" dès 1893.</p>
<p>Trotsky fonda la IVème Internationale contre les politiques de Front populaires mises en place par l'Internationale de Staline en 1935 lors de son VIIème (et dernier) congrès. Or le NPA-A en 2024 a rejoint le nouveau Front Populaire. Le NPA-R l'a dénoncé, mais a voulu gardé sa place dans la même IVème internationale que le NPA-A. Le NFP des NPA-s en 2024 est comparable aux FP de 1935 pour les PC.</p>
<p><strong>Etre une direction révolutionnaire c'est décider</strong></p>
<p>L'argument typique de LO ou du NPA-R, c'est le "manque de conscience des travailleurs". Cet argument est typiquement stalinien, déjà bien connu de Trotsky :</p>
<blockquote class="spip">
<p>L'aversion pour les « étiquettes » et les « numéros » en politique est aussi dangereuse que l'aversion pour les définitions précises dans le domaine scientifique. Dans un cas comme dans l'autre, nous avons là le symptôme infaillible d'un manque de clarté dans les idées elles-mêmes. Invoquer les « masses » ne sert, dans de tels cas, qu'à couvrir ses propres hésitations. L'ouvrier qui croit encore à Vandervelde ou à Staline sera sans doute adversaire de la IV° Internationale. L'ouvrier qui a compris que la II° et la III° Internationales sont mortes à la cause de la révolution se rangera immédiatement sous notre drapeau. C'est précisément pourquoi il est criminel de cacher ce drapeau sous la table.</p>
</blockquote>
<p>Mépris hautin et brutal envers le prétendu manque de conscience des travailleurs ; au contraire modestie obséquieuse envers le réformisme lorsqu'il s'agit de prendre ses responsabilités, ce sont deux de pôles entre lesquels les centristes oscillent.</p>
<p><strong>L'extrême-gauche dans l'Union sacrée</strong></p>
<p>La IIIème internationale connut son congrès fondateur en 1919, mais c'est la trahison de la IIème internationale, entrée dans l'Union sacrée qui avait rendu nécessaire d'annoncer la nécessité de sa fondation dès 1914.</p>
<p>La IVème internationale fut fondée en 1938, mais c'est dès 1933, face à la capitulation des partis staliniens après la prise du pouvoir par Hitler, que sa nécessité avait été proclamée par Trotsky. Par la déclaration Staline-Laval, le PC français entra ouvertement dans l'Union sacrée en 1935, l'équivalent pour les PC de l'août 1914 pour les PS.</p>
<p>Le premier mensonge de l'extrême-gauche française est de blanchir les directions réformistes en faisant croire qu'elle ne sont plus dans l'Union sacrée. Comme si après chaque guerre, on repartait à zéro, en attendant la prochaine. Or la question n'est pas celle posée régulièrement par ces partis, de savoir si ces directions entreront à nouveau dans l'Union sacrée lors de la prochaine guerre. La CGT et le PS (comme son avatar LFI) y sont depuis 1914, et ne l'ont jamais quittée. Le PC y est depuis 1935.</p>
<p>En répétant à l'envi que « l'on se dirige vers l'Union sacrée », ces organisations cachent le fait qu'on y est déjà, se posent en aile "vigilante" d'extrême-gauche de Sud-Solidaires et de la CGT, les cautionnant par leur « soutien critique ». Le soutien sans participation est la pire des formes, car la plus hypocrite, de soutien au gouvernement bourgeois. Ce fut la politique de la CGT en 1936 face au gouvernement de Front populaire.</p>
<p>Les directions de la CGT et de Sud sont dans l'Union sacrée, et leurs politiques sont de plus en plus ouvertement réactionnaires.</p>
<p>Une des formes que prend la guerre, c'est le racket fiscal exercé contre les travailleurs à travers les impôts indirects qui sont une des composantes de l'inflation.</p>
<p>Alors que le Parti ouvrier français, dont le programme fut écrit sous le contrôle de Marx vers 1880, comprenait dans sa partie économique : abolition des impôts indirects, les organisations d'extrême-gauche dénoncent ce genre de mesure comme "une diversion", imitant les directions syndicales qui veulent cantonner la classe ouvrière à des augmentations de salaires symboliques augmentées lors des NAO. Les augmentations de salaires sont des revendications purement économiques, la question des taxes est une revendication politique. Non seulement la suppression des taxes sur les carburants serait une augmentation quasiment sans précédent du niveau de vie de la majorité des travailleurs, mais la classe ouvrière en s'emparant de ce mot d'ordre entrainerait derrière les classe moyennes présurées par ces taxes. Etouffer politiquement et économiquement le prolétariat, c'est ce que signifie ce ralliement de l'extrême-gauche opportuniste à la seule question des salaires, sous couvert d'orthodoxie marxiste. C'est pour payer leur part au racket fiscal que les travailleurs devraient demander des augmentations de salaire !</p>
<p>Covid, sanctions contre la Russie, guerre contre l'Iran, droits de douanes, dette publique, tous ces moyens extra-économiques pour tirer des profits sont typiques d'une période de guerre :</p>
<blockquote class="spip">
<p>La guerre a fait subir au capitalisme une évolution. Le pressurage systématique de la plus-value qui fut jadis pour l'entrepreneur la seule source de revenu, semble à présent une occupation trop fade aux messieurs les bourgeois qui ont pris l'habitude de doubler, de décupler leurs dividendes dans l'espace de quelques jours, au moyen de spéculations savantes basées sur le brigandage international.<br class='autobr' />
Le bourgeois a rejeté quelques préjugés qui le gênaient et acquis par contre un certain coup de main<br class='autobr' />
qui lui manquait jusqu'ici. La guerre l'a accoutumé, comme aux actes les plus ordinaires, à réduire par le blocus des pays entiers à la famine, à bombarder et incendier des villes et villages pacifiques, à<br class='autobr' />
infecter les sources et les rivières en y jetant des cultures du choléra, à transporter de la dynamite dans des valises diplomatiques, à émettre des billets de banque faux imitant ceux de l'ennemi, à employer la corruption, l'espionnage et la contrebande dans des proportions jusque-là inouïes. Les moyens d'action appliqués à la guerre restèrent en vigueur dans le monde commercial après la conclusion de la paix. Les opérations commerciales de quelque importance s'effectuent sous l'égide de l'État. Ce dernier est devenu semblable à une association de malfaiteurs armés jusqu'aux dents. Le terrain de la production mondiale se rétrécit chaque jour davantage et la mainmise sur la production devient d'autant plus frénétique et revient d'autant plus chère.<br class='autobr' />
Empêcher : voilà le dernier mot de la politique du capitalisme, la devise qui remplace le<br class='autobr' />
protectionnisme et le libre-échangisme !</p>
</blockquote>
<p>En dénonçant le mot d'ordre d'« Abolition des taxes (accise et TVA) sur les carburants ! » comme "diversion du RN", alors que c'était le programme de Marx, un parti comme LO s'engage dans une voie réactionnaire, demandant aux travailleurs de "gagner la bataille de la taxation", comme le PC leur demandait de gagner la "bataille de la production d'après-guerre. Ces soi-disant héritiers de Trotsky s'opposent à la lutte du prolétariat pour sa survie économique.</p>
<p>Le coup de semonce qui annonça ce capitalisme de guerre fut la crise financière de 2008. Aucune des grandes organisations d'extrême-gauche n'y vit l'effondrement du capitalisme. Or les prémisses de la révolution sont essentiellement économiques.</p>
<p><strong>Conclusion : l'entrée en guerre est d'actualité</strong></p>
<p>Les partis pseudo-trotskistes deviennent politiquement de plus en plus ouvertement des satellites de LFI et de l'Etat bourgeois. La récente manifestation de soutien au maire LFI de Saint-Denis marque un pas de plus dans cette ligne. Le maire d'une grande ville ne serait plus un agent de la bourgeoisie, car il est "à un autre niveau" ; il n'est plus l'ennemi des travailleurs, mais "quelqu'un qui ne changera pas grand-chose" ; l'antiracisme en défense des pauvres remplace la lutte des classes, c'est avec de telles balivernes que LO justifie son soutien à LFI :</p>
<blockquote class="spip">
<p>Ce beau monde s'est ainsi retrouvé non seulement contre Bally Bagayoko, mais surtout contre la population pauvre d'une ville ouvrière. Même si l'élection d'un maire insoumis ne changera pas grand-chose à ce que vivent les habitants des cités, tant ses problèmes se situent à un tout autre niveau, cette campagne immonde est bien significative de la volonté de la bourgeoisie et de son personnel politique de faire taire tout ce qui peut ressembler à une contestation de sa politique.</p>
</blockquote>
<p>Pour le NPA-R qui est dans la même ligne, le drapeau français de la mairie de Saint-Denis, remplace le drapeau rouge :</p>
<div class='spip_document_17434 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH241/capture_d_ecran_2026-04-08_182106-a187d-0d82e.jpg?1792806111' width='500' height='241' alt='' />
</figure>
</div>
<p><a href="https://npa-revolutionnaires.org/contre-le-racisme-venu-den-haut-lunion-des-travailleurs-fait-la-force/" class="spip_out" rel="external">Contre le racisme venu d'en haut</a></p>
<p>Or la marche à la guerre s'accélère. N'est-il pas temps de planter le drapeau d'un Vème internationale, en renouvelant le constat de Trotsky :</p>
<blockquote class="spip">
<p>
Les bolchéviks-léninistes se considèrent comme une fraction de l'internationale qui se bâtit<br class='autobr' />
Il me semble que le seul nom qui convienne pour notre Internationale soit parti mondial de la révolution socialiste.</p>
</blockquote></div>
Les groupes « trotskistes » en France en 1943-1947
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8865
http://www.matierevolution.org/spip.php?article88652026-02-12T23:20:00Ztext/htmlfrRobert ParisIV° Internationale1943-1947Parti révolutionnaire - Revolutionnary partyTrotskisme
<p>Les groupes « trotskistes » en France en 1943-1947 <br class='autobr' />
Ce qu'en dit Wikipedia <br class='autobr' />
https://fr.wikipedia.org/wiki/Trotskistes_fran%C3%A7ais_durant_la_Seconde_Guerre_mondiale <br class='autobr' />
Le POI <br class='autobr' />
https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_ouvrier_internationaliste <br class='autobr' />
Le PCI <br class='autobr' />
https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_internationaliste <br class='autobr' />
Le groupe UCI de Barta <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576 <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7541 <br class='autobr' />
Ce qu'en dit le pseudo-trotskiste Mandel (…)</p>
-
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique113" rel="directory">12 - QUOI DE NEUF DANS LES ORGANISATIONS REVOLUTIONNAIRES - WHAT'S NEW UPON REVOLUTIONNARY ORGANISATIONS</a>
/
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag">1943-1947</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag">Parti révolutionnaire - Revolutionnary party</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Les groupes « trotskistes » en France en 1943-1947</h2>
<p>Ce qu'en dit Wikipedia</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Trotskistes_fran%C3%A7ais_durant_la_Seconde_Guerre_mondiale" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Trotskistes_fran%C3%A7ais_durant_la_Seconde_Guerre_mondiale</a></p>
<p>Le POI</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_ouvrier_internationaliste" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_ouvrier_internationaliste</a></p>
<p>Le PCI</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_internationaliste" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_communiste_internationaliste</a></p>
<p>Le groupe UCI de Barta</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7541" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7541</a></p>
<p>Ce qu'en dit le pseudo-trotskiste Mandel</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1976/00/em19760000.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1976/00/em19760000.htm</a></p>
<p>Ce qu'en dit Barta</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5814" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5814</a></p>
<p>Des témoignages</p>
<p><a href="https://www.canal-u.tv/chaines/chs-umr-8058/jean-rene-chauvin-recit-d-une-vie-engagee-dans-le-xxe-siecle/1945-1948-au" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.canal-u.tv/chaines/chs-umr-8058/jean-rene-chauvin-recit-d-une-vie-engagee-dans-le-xxe-siecle/1945-1948-au</a></p>
<p><a href="https://chsprod.hypotheses.org/jean-rene-chauvin-parcours-dun-militant/de-1954-a-1965" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://chsprod.hypotheses.org/jean-rene-chauvin-parcours-dun-militant/de-1954-a-1965</a></p>
<p>Les groupements de la IVème Internationale en 1943</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/07/barta_rapp43.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/07/barta_rapp43.htm</a></p>
<p>La Vérité, 1943</p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/index.php/annee-1943" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/index.php/annee-1943</a></p>
<p>La Vérité, 1944</p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/index.php/annee-1944" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/index.php/annee-1944</a></p>
<p>POI-CCI, janvier 1944</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1944/01/barta_sfqi2.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1944/01/barta_sfqi2.htm</a></p>
<p>POI, février 1944</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1944/02/cahiers_19440215.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1944/02/cahiers_19440215.htm</a></p>
<p>La Vérité, 1945</p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/index.php/annee-1945" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/index.php/annee-1945</a></p>
<p>PCI, juillet 1945</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_160745.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_160745.htm</a></p>
<p>PCI, novembre 1945</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/11/ldc54_111445.htm#gouvernement" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/11/ldc54_111445.htm#gouvernement</a></p>
<p>PCI, décembre 1945</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/12/ldc55_120145.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/12/ldc55_120145.htm</a></p>
<p>La Vérité, 1946</p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/index.php/annee-1946-0" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/index.php/annee-1946-0</a></p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/index.php/annee-1946-suite" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/index.php/annee-1946-suite</a></p>
<p>PCI, janvier 1946</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/barta_280146.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/barta_280146.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/barta_230146.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/barta_230146.htm</a></p>
<p>PCI, février 1946</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/02/note_022846.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/02/note_022846.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/02/note_022546.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/02/note_022546.htm</a></p>
<p>PCI, juillet 1946</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm</a></p>
<p>PCI, octobre 1946</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/10/ldc73_103146.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/10/ldc73_103146.htm</a></p>
<p>PCI, novembre 1946</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais//barta/1946/11/ldc74_110846.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais//barta/1946/11/ldc74_110846.htm</a></p>
<p>Natalia Trotsky en 1947</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470627.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470627.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470600.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470600.htm</a></p>
<p>La Vérité, 1947</p>
<p><a href="https://www.cermtri.com/la-verite/annee-1947" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.cermtri.com/la-verite/annee-1947</a></p></div>
Pourquoi la Quatrième internationale de Trotsky était en échec en 1939
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8723
http://www.matierevolution.org/spip.php?article87232026-01-19T23:03:00Ztext/htmlfrRobert ParisTrotskyIV° InternationaleTrotskisme
<p>Discussion avec Trotsky sur IVe Internationale <br class='autobr' />
avril 1939 <br class='autobr' /> James. - 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique montée de la combativité des ouvriers français et, parallèlement, de l'incontestable déclin de notre propre mouvement en France durant la même période. A la conférence de fondation, on a consacré six séances à la question française [1] et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la résolution qu'on allait présenter. Cela (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique188" rel="directory">11- Organisation internationale des travailleurs révolutionnaires</a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Discussion avec Trotsky sur IVe Internationale </h2>
<p>avril 1939</p>
<p> James. - 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique montée de la combativité des ouvriers français et, parallèlement, de l'incontestable déclin de notre propre mouvement en France durant la même période. A la conférence de fondation, on a consacré six séances à la question française [1] et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la résolution qu'on allait présenter. Cela donne une idée des difficultés. Cannon et Shachtman pensaient qu'il s'agissait exclusivement d'un problème de direction et d'organisation. Blasco pensait que les camarades français étaient capables d'analyser la situation politique, mais incapables d'intervenir activement dans la lutte des masses. Mon opinion personnelle est qu'un tel état de choses résulte de la composition sociale du groupe, de sa concentration à Paris et de l'intérêt prédominant qu'il porte aux questions purement politiques au détriment des problèmes des usines, encore que j'aie pu remarquer au milieu de 1937 un grand changement de ce point de vue. Je crois cependant qu'il s'agit d'une question qui demande une réflexion et une analyse sérieuse.</p>
<p> 2. La question de l'Espagne. Je crois qu'il n'est pas trop tard pour commencer, à partir de toutes les sources disponibles, une enquête sur l'activité organisationnelle de nos camarades en Espagne à partir de 1936. D'après tout ce que j'ai entendu dire, 500 camarades bien organisés à l'intérieur du P.O.U.M. auraient été capables d'essayer de prendre le pouvoir en mai 1937 [2] . Je crois que nous avons beaucoup à apprendre des méthodes de travail appliquées par nos camarades, à l'intérieur comme à l'extérieur du P.O.U.M [3] . Et comme, de même qu'en France et peut‑être en Hollande, et en Grande‑Bretagne où il y a entre nous et la social-démocratie des partis centristes dans lesquels il est vraisemblable que nous ayons à travailler comme nos camarades ont dû le faire dans le P.O.U.M., pour toutes ces raisons, je crois qu'il est très important de travailler à partir de l'expérience réelle de nos camarades en Espagne.</p>
<p>3. La section britannique. Vous êtes tous au courant de l'histoire de cette section : la scission de 1936 [4] et la formation de deux groupes, l'un enraciné dans le Labour Party [5] et l'autre à l'extérieur [6] . Quand le camarade Cannon est arrivé, à l'été 1938, la Revolutionary Socialist League a résulté d'une fusion entre l'ancienne Marxist League, qui avait fait scission avec Groves [7] et le Marxist Group [8] , et était en contact avec une vingtaine de camarades admirables d'Edinburgh [9] . Le pacte d'unité et de paix stipulait que chaque groupe devait continuer son activité propre et qu'au bout de six mois, on tirerait un bilan. Aux dernières nouvelles, les frictions ont continué et c'est maintenant le groupe à l'intérieur du Labour Party qui domine [10] .</p>
<p>Il existe aussi un autre groupe ‑ celui de Lee [11] - à l'intérieur du Labour Party, qui a refusé de rien avoir à faire avec la fusion, disant qu'elle était vouée à l'échec. Le groupe Lee est très actif.</p>
<p>J'ai dit au camarade Cannon qu'en fin de compte j'étais arrivé à la conclusion a) que je n'avais aucune objection à ce que même la majorité des camarades du groupe fusionné soient dans le Labour Party, b) mais que le groupe indépendant, avec son journal, devait continuer. En dernière analyse, la fraction dans le Labour Party ne gagnerait pas beaucoup d'adhérents dans les circonstances actuelles et notre indépendance de groupe, avec un journal était absolument nécessaire. Wicks, Sara, Sumner [12] et autres, de l'ancienne Marxist League, qui ont travaillé pendant quatre ans dans le Labour Party et s'y trouvaient encore, étaient tout à fait d'accord avec nous sur la nécessité d'une organisation indépendante. Les camarades du Labour Party voulaient un organe comme New International. Nous avons dit non ; nous voulions un journal comme l'ancien Militant [13] mi‑théorique et mi-d'organisation. Il n'y a pas eu lieu de discuter plus avant la question britannique dans la mesure où on a eu le temps de l'étudier de loin. Il est clair que ni des conseils ni une politique ne peuvent faire des miracles.</p>
<p>La position de l'Independent Labour Party est pourtant importante pour nous [14]. Organisationnellement, il est faible, mais il a quatre députés, un journal qui se vend entre 25000 et 30000 exemplaires par semaine, ses congrès et ses déclarations sont l'objet de publicité dans la presse bourgeoise ; il a suffisamment de soutien financier pour présenter quinze candidats au élections dont la majorité ont perdu le dépôt de 750 livres par candidat. En général, il dit plutôt le même genre de choses que nous et recueille tout le soutien moral et financier qui nous revient, par exemple aux Etats‑Unis où il n'y a rien, entre la social-démocratie et nous, du type de ce parti. En outre, l'I.L.P. a passé son temps à s'ouvrir puis se fermer, mais nous avons été incapables d'exploiter les scissions répétées et le mécontentement général de sa gauche. Si nous pouvions scissionner l'I.L.P. et, ainsi que Maxton a, de sa propre initiative, menacé de le faire, entraîner les Ecossais et laisser le champ libre en Angleterre, nous ne pourrions certes pas créer tout de suite un grand parti dirigeant, mais nous ferions un progrès extraordinaire [15].</p>
<p>Je crois que la résolution de 1936 sur les partis centristes, qui affirmait que l'l.L.P. allait bientôt tomber dans le stalinisme, était une erreur [16] qui a désorienté la section anglaise. Maintenant, il semblerait que nos progrès futurs en Grande‑Bretagne dans la direction de l'l.L.P. vont dépendre largement des succès de notre section française (et de sa capacité) à attirer à elle les meilleurs éléments du P.S.O.P. [17]. Je propose cependant que notre section britannique ne néglige nullement l'I.L.P. et que, par des brochures, dans sa presse par des articles, elle concentre son offensive sur ses points faibles et ses divergences internes et s'emploie de son mieux à aggraver les scissions qui se dessinent constamment en son sein afin de faciliter sa destruction.</p>
<p>Il y a enfin la question des camarades qui vont dans les usines, comme on l'a déjà fait dans une ou deux régions d'Amérique du Nord, où les intellectuels, déterminés à entrer en contact avec les masses, sont entrés dans l'industrie de l'alimentation et dans d'autres, partout où cela a été possible et, en certains endroits, avec un grand succès. Il me semble qu'en France et, très certainement en Grande‑Bretagne, cela constitue un moyen à tenter pour renforcer ce contact avec les masses qui est l'un des plus gros points faibles de notre parti dans les grandes villes comme Londres, Paris, et dans une certaine mesure, New York, tandis que le parti belge, basé en province sur une région industrielle [18] est extrêmement bien organisé et, en dépit de certaines faiblesses politiques au cours de la dernière période [19], démontre que, dans toute montée comme celle qui s'est produite en France [20], il jouerait vraisemblablement un rôle plus important et réaliserait au moins des progrès infiniment plus substantiels que ne l'a fait notre section française.</p>
<p> Trotsky ‑ Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos idées, qui ne sont pas aussi dénuées de sens que le croient certains de nos amis. Nous ne progressons pas politiquement. Ce fait est l'expression du recul général du mouvement ouvrier dans les quinze dernières années. Quand le mouvement révolutionnaire décline de façon générale, quand une défaite suit une autre défaite, quand le fascisme s'étend sur le monde entier, quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine à duper les travailleurs, il va de soi que les révolutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique général. Et cela, quand bien même leurs idées sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. C'est que les masses ne font pas leur éducation à travers des pronostics ou des conceptions théoriques, mais à travers l'expérience générale de leur vie. C'est là l'explication globale : l'ensemble de la situation est contre nous. Il faut que se produise un tournant dans la prise de conscience de classes, dans les réactions et les sentiments des masses, un tournant qui nous donnera la possibilité de remporter un grand succès politique.</p>
<p>Je me souviens des discussions en 1927 à Moscou après l'écrasement des ouvriers chinois par Tchiang Kaï‑chek [21]. Nous l'avions prédit dix jours auparavant et Staline nous avait répondu par des affirmations de ce genre : « Borodine est vigilant », « Tchiang Kaï‑chek ne peut matériellement nous trahir », etc Huit ou dix jours plus tard, c'était la tragédie et nos camarades exprimèrent leur confiance : notre analyse était si manifestement correcte que tout le monde s'en apercevait et que nous étions sûrs d'entraîner le parti. Je répondis que l'étranglement de la révolution chinoise était mille fois plus important pour les masses que toutes nos prédictions. Nos prédictions pouvaient convaincre une poignée d'intellectuels qui s'intéressaient à ces problèmes, mais pas les masses.</p>
<p>La victoire militaire de Tchiang devait inévitablement provoquer un reflux, une démoralisation, et ne pouvait en rien favoriser la progression d'une fraction révolutionnaire.</p>
<p>Depuis 1917, nous avons connu une longue suite de défaites. Nous sommes comme des gens qui tenteraient d'escalader une montagne et qui recevraient toujours et toujours des avalanches de pierre et de neige. Il s'est créé dans les masses en Asie et en Europe un sentiment nouveau de désespoir. Elles ont entendu quelque chose comme ce que nous disions il y a dix ou quinze ans du parti communiste, et elles sont pessimistes. C'est là l'état d'esprit général des masses. C'est la raison la plus générale. Il ne nous est pas possible de nous situer en dehors du courant historique général, hors de la disposition générale des forces. Le courant est contre nous, c'est clair. Je me souviens de la période entre 1908 et 1913, en Russie. A cette époque aussi nous étions en pleine réaction. En 1905 pourtant, nous avions les ouvriers avec nous, mais en 1908, et même en 1907, déjà, commença la grande réaction, le grand reflux. Tout le monde inventait des mots d'ordre et des méthodes nouvelles pour conquérir les masses, mais personne n'y arrivait. Tout ce qu'on pouvait faire à cette époque, c'était de former des cadres, mais ils fondaient ensuite littéralement. Il se produisit de nombreuses scissions, à droite, à gauche, vers le syndicalisme, ailleurs... Lénine restait à Paris avec un petit groupe, une secte. Il gardait pourtant confiance, car il savait qu'il y aurait bientôt des possibilités de redressement... C'est ce qui se produisit en 1913, où il y eut une vague dont la guerre brisa le développement. Pendant la guerre, il régna d'abord parmi les ouvriers un silence de mort. Les gens qui se réunirent à Zimmerwald [22] étaient en majorité des éléments très confus. Au plus profond des masses, dans les tranchées et ailleurs, il existait bien un état d'esprit nouveau, mais tellement souterrain, tellement terrorisé encore, que nous nous ne pouvions ni l'atteindre ni lui donner une expression. C'est pour cela que le mouvement se sentait si misérable, et même la majorité des gens qui s'étaient rencontrés à Zimmerwald allaient virer à droite pendant le mois suivant. Je ne cherche pas à dégager leurs responsabilités personnelles mais, là aussi, il faut une explication globale : c'est que le mouvement zimmerwaldien avait à nager contre le courant.</p>
<p>Notre situation à nous est incomparablement plus difficile que celle d'aucune autre organisation, à aucune autre époque. Nous avons à subir le poids terrible de la trahison de l'Internationale Communiste qui s'était dressée justement contre la trahison de la II° internationale. La dégénérescence de la III° Internationale s'est accomplie si rapidement et de façon tellement inattendue que c'est la même génération à qui nous avons autrefois annoncé sa formation qui est encore là pour nous entendre aujourd'hui dénoncer sa trahison. Et ces hommes se souviennent qu'ils ont déjà une fois entendu tout cela.</p>
<p>Il faut tenir compte aussi de l'importance de la défaite de l'Opposition de gauche en Russie. Car la IV° Internationale, par sa naissance, est liée à l'Opposition de gauche russe, et les masses, d'ailleurs, nous appellent les « trotskvstes ». On nous dit : « Trotsky veut prendre le pouvoir. Mais pourquoi donc l'a-t-il perdu ? » C'est évidemment une question de fond. Nous devons commencer par y répondre en expliquant la dialectique de l'histoire, de la lutte de classes : toute révolution engendre une réaction. Max Eastman a écrit que Trotsky accordait à la doctrine trop d'importance et que, s'il avait eu plus de bon sens, il n'aurait pas perdu le pouvoir. Effectivement, il n'est rien au monde qui soit plus convaincant que le succès et rien de plus repoussant, surtout pour les larges masses, qu'une défaite.</p>
<p> Il faut donc ajouter la dégénérescence de l'Internationale communiste, d'un côté, et, de l'autre, la terrible défaite de l'Opposition de gauche en Russie, suivie de son extermination. Ces faits‑là sont mille fois plus convaincants pour la classe ouvrière que notre pauvre petit journal, même quand il atteint le tirage fantastique des cinq mille exemplaires de notre Socialist Appeal [23] . Nous sommes sur un frêle esquif au milieu d'un courant terrible. Sur cinq ou six bateaux, l'un coule, et on dit tout de suite que c'est la faute du pilote. Mais la véritable raison n'est pas là. La vérité, c'est que le courant était trop fort. Voilà l'explication la plus générale, celle que nous ne devons jamais oublier, si nous ne voulons pas sombrer dans le pessimisme ou le découragement, nous qui sommes l'avant‑garde de l'avant‑garde. Car cette ambiance marque tous les groupes qui se rassemblent autour de notre drapeau. Il y a des éléments courageux qui n'aiment pas aller dans le sens du courant : c'est leur caractère. Il y a des gens intelligents qui ont mauvais caractère, n'ont jamais été disciplinés et ont toujours cherché une tendance plus radicale ou plus indépendante : ils ont trouvé la nôtre. Mais les uns et les autres sont toujours plus ou moins des outsiders, à l'écart du courant général du mouvement ouvrier. Leur grande valeur a évidemment son côté négatif, car celui qui nage contre le courant ne peut pas être lié aux masses. Aussi la composition sociale d'un mouvement révolutionnaire qui commence à se construire n'est elle pas à prédominance ouvrière. Ce sont les intellectuels qui sont les premiers mécontents des organisations existantes. Par tout, il y a aussi beaucoup d'étrangers qui, dans leur propre pays, ne se seraient sans doute pas mêlés aussi facilement au mouvement ouvrier. Un Tchèque sera plus facilement membre de la IV° Internationale au Mexique ou aux Etats‑Unis qu'en Tchécoslovaquie même. Et de même pour un Français aux Etats‑Unis. Car l'athmosphère nationale exerce une profonde influence sur les individus.</p>
<p>Les juifs, par exemple, sont souvent à moitié étrangers, pas tout à fait assimilés : ils adhèrent volontiers à toute tendance nouvelle, critique, révolutionnaire ou à moitié révolutionnaire, que ce soit en politique, en art ou en littérature. Une tendance révolutionnaire nouvelle, qui va contre le courant général dominant de l'histoire à un moment donné, se cristallise d'abord autour d'hommes qui sont plus ou moins coupés de la vie nationale, dans quelque pays que ce soit : et c'est précisément pour eux qu'il est le plus difficile de pénétrer dans les masses. Bien entendu, nous devons critiquer la composition sociale de notre organisation et la modifier, mais nous devons aussi comprendre qu'elle n'est pas tombée du ciel, qu'elle est déterminée, au contraire, aussi bien par la situation objective que par le caractère de notre mission historique en cette période.</p>
<p>Cela ne veut pas dire que nous puissions nous satisfaire d'une telle situation. Pour la France, par exemple, il existe, en outre, une vieille tradition du mouvement ouvrier qui n'est pas sans rapport avec la composition sociale du pays, surtout dans le passé : d'un côté une mentalité petite‑bourgeoise ‑ l'individualisme - et de l'autre, un élan, une extraordinaire capacité d'improvisation. Si on les compare à l'époque classique de la II° Internationale, on s'aperçoit que le parti socialiste français et la social-démocratie allemande, avaient au parlement le même nombre d'élus. Mais il n'est même pas possible de comparer les organisations. Les Français étaient tout juste capables de collecter 25 000 francs, et encore au prix des pires difficultés, tandis que pour les Allemands, trouver un demi‑million ne posait pas de problèmes. Les Allemands avaient dans leurs syndicats plusieurs millions d'ouvriers, les Français, eux, quelques millions qui ne payaient pas leurs cotisations. Engels terminait en ces termes une lettre dans laquelle il avait caractérisé l'organisation française : « Et comme d'habitude, les cotisations ne rentrent pas ! »</p>
<p>Notre organisation française souffre de la même maladie, le mal français traditionnel, cette incapacité d'organisation et, bien entendu, en même temps, de l'absence des conditions qui permettraient l'improvisation. En outre, dans la mesure où la France a connu une montée ouvrière, elle s'est produite en liaison avec le Front populaire. Dans ce contexte, la défaite du Front populaire a constitué la preuve que nous avions raison comme, auparavant, l'extermination des ouvriers chinois. Mais une défaite est une défaite, et elle se retourne directement contre les tendances révolutionnaires, au moins jusqu'à ce que se produise une nouvelle montée à un niveau supérieur. Il nous faut nous préparer surtout et attendre un élément nouveau, un facteur nouveau dans la configuration générale des forces.</p>
<p>Il y a en France des camarades comme Naville et d'autres qui sont venus à nous, il y a quinze, seize ans, alors qu'ils étaient encore de tout jeunes gens ; ce sont maintenant des hommes mûrs, et, pendant toute leur vie consciente, ils n'ont reçu que des coups, subi que des défaites, de terribles défaites, et ils en ont l'habitude. Ils apprécient hautement la justesse de leurs conceptions, ils sont capables de bonnes analyses, mais ils n'ont jamais été capables de pénétrer dans les masses, d'y travailler, ils n'ont jamais pu apprendre à le faire. Or il est terriblement nécessaire de regarder ce qui se passe dans les masses. Mais nous avons en France des camarades qui sont ainsi.</p>
<p>Je connais beaucoup moins bien la situation britannique, mais je crois qu'il y a là aussi des gens comme ça.</p>
<p>Pourquoi avons‑nous perdu des hommes ? Après ces terribles défaites mondiales, la montée ouvrière en France s'est réalisée à un niveau très bas, très primitif politiquement, sous la direction du Front populaire. Toute la période du Front populaire a été une sorte de caricature de notre révolution de février. C'est une honte pour la France, qui traversait voici cent cinquante ans, la plus grande révolution bourgeoise du monde, que ce mouvement ouvrier ait eu à passer par une caricature de la révolution russe.</p>
<p>James. ‑ Vous ne rejetterez donc pas toute la responsabilité sur le parti communiste ?</p>
<p>Trotsky. ‑ Il constitue un facteur important dans l'élaboration de la mentalité des masses, et on peut dire, en effet, que la dégénerescence du parti communiste a été un facteur très actif.</p>
<p>En 1914, les bolcheviks dominaient complètement le mouvement ouvrier. Les statistiques les plus sérieuses démontrent qu'à la veille de la guerre les bolcheviks ne représentaient pas moins des trois quarts de l'avant‑garde ouvrière. Pourtant, avec le début de la révolution de février, les éléments les plus arriérés, les paysans, les soldats, et même d'anciens ouvriers bolcheviques ont été attirés dans ce courant Front populaire. Le parti bolchévique fut réduit à l'isolement et très affaibli. Le courant général était à un bas niveau politique, mais il était puissant et il aboutit finalement à la révolution d'Octobre. Il s'agit d'une question de rythme. En France, venant après toutes ces défaites, le front populaire a attiré des éléments qui avaient des sympathies pour nous sur le plan des idées, mais qui étaient engagés dans le mouvement des masses, et nous avons été encore plus isolés qu'auparavant, du moins pendant quelque temps.</p>
<p>Il faut tenir compte de tous ces éléments. Je peux même affirmer que nombre de nos dirigeants ‑ attention, pas tous !, surtout dans les sections les plus anciennes, se verront rejetés hors du mouvement de masse révolutionnaire lors du nouveau tournant et que de nouveaux dirigeants, une direction fraîche, naîtront dans le courant révolutionnaire.</p>
<p>En France, la régénération de notre groupe a commencé [24] avec l'entrée dans le parti socialiste. Cette politique ne fut pas clairement comprise par tous ; elle nous permit pourtant de gagner de nouveaux militants. Malheureusement, ces recrues étaient habituées à un milieu large et, après la scission, elles se sont un peu découragées. Au fond, elles n'étaient pas suffisamment trempées, elles n'ont pas su s'accrocher et elles ont été reprises par le courant du Front populaire. C'est regrettable, mais explicable.</p>
<p>En Espagne, ces mêmes raisons ont joué un rôle identique, en plus ce déplorable facteur qu'a constitué le comportement du groupe de Nin. C'est lui qui représentait en Espagne l'Opposition de gauche russe, et, au cours de la première année nous n'avons pas tenté de mobiliser et d'organiser nos forces de façon indépendante. Nous espérions pouvoir gagner Nin a une conception correcte, etc. En public, l'Opposition de gauche le soutenait. Dans une correspondance privée, nous avons essayé de le convaincre, de le pousser, mais nous n'avons pas réussi. Nous avons perdu du temps. Fallait‑il le faire ? C'est difficile à dire. Si nous avions eu en Espagne un camarade expérimenté, nous aurions connu une situation bien plus favorable, mais nous n'en avions pas un seul. Nous avons placé nos espoirs en Nin, et sa politique a consisté en une série de manœuvres personnelles, destinées à esquiver ses propres responsabilités. Il jouait avec la révolution. Il était sincère, mais sa mentalité était celle d'un menchevik. C'était là un handicap effroyable, et qu'il était difficile de ne surmonter qu'au moyen de formules correctes mais falsifiées dès le départ par ceux‑là même qui nous représentaient dans la première période, les Nin. N'oubliez pas que nous avons perdu la première révolution, celle de 1905... Avant 1905, nous avions une tradition de grand courage et d'esprit de sacrifice, des forces. Après, nous étions réduits à l'état de misérable minorité, de trente à quarante hommes peut‑être. Puis il y eut la guerre...</p>
<p>James. ‑ Combien le parti bolchevique comptait‑il de militants ?</p>
<p>Trotsky. ‑ En 1910, dans tout le pays, quelques dizaines. Il y en avait pas mal en Sibérie. Mais en fait ils n'étaient pas organisés. Les gens que Lénine pouvait atteindre par lettre ou par un agent n'étaient pas plus de trente ou quarante. Notre tradition, les idées que nous avions répandues parmi l'avant-garde ouvrière constituaient un extraordinaire capital qui devait être utilisé, plus tard, au cours de la révolution, mais pratiquement, à cette date, nous étions complètement isolés.</p>
<p>L'Histoire a ses lois propres, très puissantes, plus puissantes que notre propre conception théorique de l'histoire ! Aujourd'huit en Europe, c'est la catastrophe, le déclin, l'extermination de tous les pays. Cela pèse lourdement sur les ouvriers. Ils voient d'un côté toutes ces combinaisons diplomatiques, ces mouvements d'armées, et de l'autre un groupe minuscule avec un petit journal qui donne les explications. Or le problème, pour eux, c'est qu'ils vont être mobilisés demain, que leurs enfants peuvent être tués. Il y a une terrible disproportion entre la tâche et les moyens.</p>
<p>Si la guerre éclate maintenant, et il semble qu'elle doive éclater -, dans le premier mois, nous perdrons les deux tiers des militants que nous avons en France aujourd'hui. Ils seront dispersés d'abord : jeunes, ils seront mobilisés ; mais subjectivement, ils resteront fidèles au mouvement. Quant à ceux qui ne seront ni arrêtés, ni mobilisés et qui resteront fidèles , ‑ peut-être trois ou quatre, je ne peux dire combien au juste ‑, ils seront complètement isolés.</p>
<p>C'est seulement après plusieurs mois que critique et dégoût commenceront à se manifester à une grande échelle et un peu partout : nos camarades isolés, un blessé dans un hôpital, un soldat dans une tranchée, ou une femme dans un village, sentiront que l'atmosphère a changé, et prononceront une parole hardie. Et celui‑là même qui était un camarade tout à fait inconnu dans une section parisienne deviendra le leader d'un régiment, d'une division et se sentira un dirigeant révolutionnaire. C'est caractéristique de notre période.</p>
<p>Je ne veux pas dire par là qu'il faille nous résigner à l'impuissance de notre organisation française. Je crois sincèrement que, si les camarades américains nous aident, nous pouvons gagner le P.S.O.P. et faire un grand bond en avant. La situation est en train de mûrir et elle insiste pour que nous sachions exploiter cette occasion. Si nos camarades se laissent convaincre qu'il faut virer, la situation changera. Nos camarades américains doivent absolument retourner en Europe, et ne pas se contenter de donner des conseils. Avec le secrétariat international, il faut décider que notre section doit entrer dans le P.S.O.P. Il compte plusieurs milliers de membres [25]. Pour une révolution, la différence n'est pas énorme mais pour le travail de préparation de l'avant‑garde, elle est considérable. Avec des éléments neufs, nous pouvons faire un énorme pas en avant.</p>
<p>Maintenant, aux Etats‑Unis, nous avons un autre type de travail, et je crois que nous pouvons être très optimistes sans nous faire d'illusions, et sans exagérer. Aux Etats‑Unis, nous avons un crédit‑temps supérieur. La situation n'est pas immédiatement aussi pressante, aussi aiguë. C'est important.</p>
<p>Ensuite, je suis d'accord avec le camarade Stanley [26] qui écrit que nous pouvons maintenant remporter des succès très importants dans les pays coloniaux et semi‑coloniaux. Nous avons un mouvement très important en Indochine [27]. Je suis absolument d'accord avec le camarade James qu'il nous est possible d'avoir un très important mouvement nègre, parce que ces gens n'ont pas traversé de la même manière l'histoire des deux dernières décennies. En tant que masse, ils n'ont rien su de la révolution russe, ni de la Ill° Internationale. Ils peuvent commencer l'histoire comme si elle en était à ses débuts. Il nous faut absolument du sang frais. C'est pourquoi nous avons plus de succès dans la jeunesse. Dans la mesure où nous avons pu l'aborder, nous avons eu de bons résultats. Les jeunes sont très attentifs à un programme révolutionnaire, clair et honnête.</p>
<p>La Grande‑Bretagne et l'I.L.P. ? C'est aussi une tâche particulière. Je l'ai suivie d'un peu plus près quand j'étais en Norvège. Il me semble que nos camarades qui sont entrés dans l'I.L.P. ont fait avec lui la même expérience que nos camarades américains avec le S.P. Mais tous nos camarades ne sont pas entrés dans l'I.L.P. et, autant que j'aie pu le voir, ils ont mené une politique opportuniste et c'est pourquoi leur expérience dans l'I.L.P. n'a pas été si bonne. L'I.L.P. est resté presque comme il était avant, alors que le P.S. américain s'est vidé. Je ne sais comment il faut l'aborder maintenant. C'est une organisation de Glasgow [28]. C'est un appareil local, avec de l'influence sur la machine municipale, dont j'ai dire qu'elle était très corrompue. C'est un travail à part de Maxton.</p>
<p>Les révoltes de la base sont un phénomène familier dans l'I.L.P. Au cours de la préparation d'un congrès, Fenner Brockway [29] devient le patron de la partie qui se rebelle et obtient la majorité. Maxton annonce alors qu'il va démissionner. Fenner Brockway s'écrie : « Non, nous abandonnerons notre victoire ? Nous pouvons abandonner nos principes, pas notre Maxton ! » [30]. Je crois que le plus important, c'est de les compromettre ‑ de les rouler dans la boue ‑, les Maxton et les Brockway. Il faut les identifier avec des ennemis de classe. Il faut compromettre l'I.L.P. par des attaques féroces, impitoyables, contre Maxton. Il est le bouc émissaire de tous les pêchés du mouvement britannique, en particulier de l'I.L.P. C'est par de telles attaques, concentrées contre Maxton, des attaques systématiques dans notre presse, que nous pourrons hâter la scission dans l'I.L.P. En même temps, il nous faut souligner que, si Maxton est le laquais de Chamberlain [31] , Fenner Brockway, lui, est le laquais de Maxton.</p>
<p>James. ‑ Et que pensez‑vous d'un journal indépendant, pour fustiger Maxton, etc. ?</p>
<p>Trotsky - C'est une question pratique. Si notre section en France entre dans le P.S.O.P., je crois que le S.I. devrait publier la Quatrième Internationale pour tous les pays de langue française, deux fois par mois. C'est juste une question de possibilité juridique. Je crois que, même si nous travaillons à l'intérieur du Labour Party, il nous faut avoir un journal indépendant, non pas en opposition à nos camarades qui sont dedans, mais plutôt pour échapper au contrôle de l'I.L.P.</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] La conférence de septembre 1938 ne dura qu'une journée, mais elle avait été précédée de réunions de commissions. James avait assisté à la commission française qui avait traité la question de l'attitude à l'égard du P.S.O.P., du P.C.I. de Molinier. L'unanimité s'était faite sur la triste situation présente de la section française.</p>
<p>[2] En mai 1937, les ouvriers de Barcelone s'étaient lancés dans une insurrection qui avait spontanément éclaté après une tentative manquée des forces de police de reprendre le central téléphonique au contrôle des miliciens de la C.N.T.</p>
<p>[3] Le gros des forces trotskystes se trouvait à l'extérieur du P.O.U. M. et ne dépassait pas deux douzaines ; les trotskystes étaient exclus du P.O.U.M. dont les fondateurs ex‑trotskystes s'étaient engagés à ne pas construire de fraction. C'est au moins ce que les documents nous apprennent. Mais James laisse supposer qu'il y avait à l'intérieur du P.O.U.M. un « travail de fraction » engagé.</p>
<p>[4] La scission de la section britannique avait été consacrée par les deux conférences des 10 et 11 octobre 1936 et le fait que tous les membres n'avaient pas été d'accord pour appliquer la résolution votée sur la section britannique à la conférence internationale de « Genève » en juillet.</p>
<p>[5] Il s'agissait du Militant Group animé par D. D. Harber et Ken Alexander. Il était formé de militants entrés dans le Labour.</p>
<p>[6] Il s'agissait du groupe dit « independent », puisqu'il avait été très vite exclu de l'I.L.P., regroupé autour de James et du Journal Fight. Rappelons que l'Independent Labour Party (I.L.P.) était une vieille formation centriste.</p>
<p>[7] Reg Groves (né en 1908), membre du P.C., fondateur du « Balham Group », exclu en août 1932, avait été le principal fondateur de la Communist League, puis s'était opposé à l'entrisme dans l'I.L. P. Après la scission de 1933, il était entré dans le Labour Party et était devenu l'un des dirigeants de la Socialist League à Londres. Il s'était séparé de son ancien groupe, la Marxist League.</p>
<p>[8] Il s'agit en réalité du Militant Group.</p>
<p>[9] Il s'agissait du Revolutionary Socialist Party dirigé par Frank Maitland et qui provenait d'une formation « DeLéoniste » du Socialist Labor Party.</p>
<p>[10] Le secrétaire général de la nouvelle organisation était un ancien des jeunesses communistes qui avait rejoint les trotskystes dans le Labour en 1936, Eric Starkey Jackson.</p>
<p>[11] Ralph Lee, militant sud‑africain d'origine, se plaignait de n'avoir pas été soutenu contre les calomnies staliniennes par la direction du Militant Group. Bien que le S.I. lui ait donné raison, il avait pris prétexte de cette affaire pour créer sa propre organisation, la Workers International League, avec une poignée de militants, six ou sept au départ dont plusieurs devaient jouer ultérieurement un rôle important dans le mouvement trotskvste britannique (Gerrv Healv. Jock Haston, Betty Hamilton).</p>
<p>[12] Venu de l'anarchisme, Henry Sara (1888‑1953) avait été du Balham Group, puis de la Marxist League. Harry Wicks (né en 1905) cheminot révoqué en 1926, responsable J.C., avait connu le même itinéraire et beaucoup milité dans le comité contre les procès de Moscou dont le secrétaire était Hilary Sumner dit Charles Sumner (1911‑1976), petit‑fils d'un ami de Lincoln et fils du secrétaire de John Reed, recruté dans le Labour Party en 1934.</p>
<p>[13] Il s'agit ici non de The Militant, organe du groupe dans le Labour Party, mais de l'ancien organe de la C.L.A. jusqu'en 1934.</p>
<p>[14] Les trotskystes avaient milité dans l'Independent Labour Party de 1933 a 1936 mais en avaient été écartés. James avait souhaité y rester et y continuer un travail.</p>
<p>[15] James reste apparemment fidèle à la stratégie qui avait été la sienne en 1936, où il avait espéré un instant faire passer la coupure entre le fief écossais de Maxton ‑ irrécupérable ‑ et Fenner Brockway qui incarnait à ses yeux la confusion d'une majorité de militants anglais honnêtes.</p>
<p>[16] Cette résolution intitulée « Le Bureau international pour l'unité socialiste révolutionnaire (bureau de Londres) et la IV' Internationale » est reproduite dans Œuvres, 10, pp. 209‑212. Elle affirmait la nécessité de « dénoncer systématiquement et sans compromissions les hésitations, les équivoques et les actes hypocrites du bureau de Londres en tant qu'obstacle le plus proche et le plus immédiat sur la voie de la poursuite de la construction de la IV° Internationale. »</p>
<p>[17] Le P.O.I. était toujours profondément divisé sur la façon dont il devait se comporter à l'égard du P.S.O.P. dont l'existence même lui ôtait pratiquement toute perspective de développement. Le P.S.O.P. était dirigé par Marceau Pivert et formé essentiellement des anciens éléments de la gauche de la S.F.I.O. exclus en juin 38 à son congrès de Royan.</p>
<p>[18] Le bastion de la section belge avait de tout temps été la Fédération de Charleroi et ses mineurs de charbon.</p>
<p>[19] Trotsky faisait à la section belge deux reproches de taille : celui d'avoir soutenu la candidature du premier ministre bourgeois van Zeeland contre le « rexiste » Degrelle, s'alignant ainsi que la position « antifasciste » de capitulation du P.C. et du P.O.B., et celui d'avoir organisé en pays wallon des syndicats scissionnistes après des exclusions de la centrale réformiste.</p>
<p>[20] Allusion à la montée qui avait culminé avec les grèves de juin 1936.</p>
<p>[21] Le maréchal Tchiang Kaï‑chek (1887‑1975), ancien chef de l'école militaire du gouvernement de Canton, puis chef militaire et principal dirigeant de ce gouvernement et du parti nationaliste chinois le Guomindang, avait consenti pendant plusieurs années à utiliser les communistes. En avril 1927, s'alliant a la pègre et aux banques, il les avait massacrés à Shanghai et mis hors‑la‑loi dans tout le pays. La politique de soumission du P.C.C. à Tchiang, conçue et défendue par Staline et Boukharine, avait été critiquée par Trotsky et l'Opposition de gauche.</p>
<p>[22] La Conférence de Zimmerwald, en septembre 1915, marque le premier regroupement internationaliste conséquent dans le cours de la guerre.</p>
<p>[23] Socialist Appeal était l'organe du Socialist Workers Party, la section américaine de la IV° Internationale.</p>
<p>[24] La fraction trotskyste était entrée en 1934 dans la S.F.I.O., en août-septembre, constituant le « G.B.L. » (Groupe bolchevik‑léniniste de la S.F.I.O.). Ses premières recrues avaient été les dirigeants des Jeunesses de l'Entente de la Seine.</p>
<p>[25] L'évaluation de Trotsky est d'une grande prudence. Jean‑Paul Joubert dans Révolutionnaires de la S.F.I.O. estime à 10 000 l'effectif initial du P.S.O.P., mais pense que ce chiffre baissa très vite en particulier au lendemain de la crise internationale de Munich qui le divisa profondément.</p>
<p>[26] Sherman Stanley était le pseudonyme de Stanley Plastrik (1915‑1981), un jeune militant du S.W.P. gagné dans les jeunesses socialistes, Y.P.S.L. Il se passionnait pour les Indes et avait pris des contacts notamment avec le parti socialiste du congrès et avait commencé à échanger une correspondance avec Trotsky.</p>
<p>[27] Trotsky disposait d'une information assez succincte sur l'activité du groupe trotskyste indochinois que dirigeait Ta Tu Thau et qui éditait La Lutte à Saïgon.</p>
<p>[28] Le bastion de l'I.L.P. se trouvait à Glasgow dont son principal dirigeant James Maxton (1885‑1946) était député depuis 1922.</p>
<p>[29] James avait pensé pouvoir gagner Brockway en 1935, une date à laquelle Trotsky avait perdu toute illusion, à supposer qu'il en ait eu, à ce sujet.</p>
<p>[30] Trotsky fait allusion ici au congrès de Keighton de l'l.L.P. les 11 et 12 avril 1936 ; le chantage de Maxton à la démission avait conduit Brockway et ses partisans à remettre en cause un vote du congrès et faire se déjuger ce dernier. Cf. Œuvres 9 pp. 203‑210.</p>
<p>[31] James Maxton avait déclaré à la Chambre des Communes qu'il aprouvait entièrement ce que Chamberlain avait fait pour la paix pendant la période de crise internationale qui s'était terminée par les accords de Munich (Cf. Œuvres 19, pp. 144‑148.</p></div>
Que disait Barta en 1943 ?
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8831
http://www.matierevolution.org/spip.php?article88312025-11-13T23:24:00Ztext/htmlfrRobert ParisFranceBartaIV° Internationale1943-1947Parti révolutionnaire - Revolutionnary partyTrotskisme
<p>Que disait le révolutionnaire trotskiste Barta en 1943 ? <br class='autobr' />
Rapport sur l'organisation <br class='autobr' />
La composition petite-bourgeoise des groupements de la IVème Internationale en France a été prouvée par l'attitude qu'ils ont prise après Juin 1940 devant l'occupation impérialiste du pays. La grande majorité de ces éléments groupés dans les « Comités français de la IVème Internationale » (actuellement POI) ont alors abandonné la position internationaliste en faveur d'un « front commun avec tous les (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>,
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag">1943-1947</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag">Parti révolutionnaire - Revolutionnary party</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Que disait le révolutionnaire trotskiste Barta en 1943 ?</h2>
<p>Rapport sur l'organisation</p>
<p>La composition petite-bourgeoise des groupements de la IVème Internationale en France a été prouvée par l'attitude qu'ils ont prise après Juin 1940 devant l'occupation impérialiste du pays. La grande majorité de ces éléments groupés dans les « Comités français de la IVème Internationale » (actuellement POI) ont alors abandonné la position internationaliste en faveur d'un « front commun avec tous les éléments pensant français » . D'autre part certains membres en vue sont passés à des positions nettement fascistes. Ainsi se justifie définitivement la rupture avec tous ces éléments, rupture que nous avons accomplie en octobre 1939 pour nous délimiter d'un milieu petit bourgeois, dont les pratiques organisationnelles étaient social-démocratiques et non communistes.</p>
<p>Cette situation désastreuse du mouvement de la IVème en France s'explique de la manière suivante :</p>
<p>Les idées de l'Opposition russe, qui furent la base de la naissance du courant de la IVème Internationale, n'ont pas pu pénétrer dans un milieu ouvrier en France. Le prolétariat se trouvait dans ce pays sous l'emprise de deux partis prolétariens opportunistes, dont l'un, le PC, se parait du prestige de la révolution d'Octobre. Le fait que ces idées ont été adoptées surtout par des intellectuels manquant de véritables traditions communistes, qui pendant des années (de 1928 à 1933) n'ont pas eu la possibilité de militer sur le terrain des luttes ouvrières, a conféré à l'Opposition communiste en France un caractère petit-bourgeois qui a rendu aléatoire tout développement ultérieur du mouvement de la IVème Internationale en France au moment où la situation objective (les luttes prolétariennes de 1934 à 1939) fournissait une base solide à la propagation des idées de la IVème Internationale.</p>
<p>Nous nous sommes engagés depuis le début de la guerre, dans la création d'une organisation de type révolutionnaire bolchevik. Le bolchevisme implique, avec une politique juste (qui pour nous est celle définie dans « La IVème et la guerre » et « le Programme de transition » qui continuent la ligne des 4 premiers Congrès de l'I.C.), un contact réel et étendu avec la classe ouvrière, la participation quotidienne à ses luttes ; il s'inspire des intérêts quotidiens et permanents de la classe ouvrière. Pour se dire parti bolchevik il faut avoir un certain poids organisationnel qui permette la conduite de la lutte de classes dans tout le pays, il faut des traditions de luttes ouvrières. Il faut avoir un bilan de lutte POLITIQUE favorable. Dans ce sens la question du parti ne peut et ne pouvait être résolue par nos propres forces de A à Z et en 1943 la question du parti reste ouverte.</p>
<p>Mais notre travail a été conçu comme un travail en direction d'un parti bolchevik. Pour cela notre indépendance nous était et nous est vitale. Car on ne peut pas commencer la formation de militants communistes (qui le deviennent réellement par la pratique de la lutte de classes) dans un milieu petit-bourgeois opportuniste. Nous voulions et nous voulons au moyen de militants instruits et d'une politique conséquente, affirmer devant les autres organisations prolétariennes une conception révolutionnaire. Notre réussite dans cette tâche, si nous discernons dans la classe ouvrière les forces capables de former avec nous le parti, peut déclencher ou précipiter un regroupement sur la base communiste de tous les militants vraiment révolutionnaires de la classe ouvrière française. Dans ce sens la sélection que nous opérons actuellement en tant qu'organisation opposée aux autres, fera place demain à une nouvelle sélection des éléments réellement révolutionnaires à l'intérieur d'une seule et même organisation.</p>
<p>Dans quel milieu trouvons-nous ce type de militant révolutionnaire ? Depuis le début de la guerre nous avons orienté nos efforts surtout en direction des militants du PC. Le PC avait des militants ouvriers communistes. Notre faiblesse numérique extrême ne nous a permis de tirer que peu de fruits de cette orientation d'un point de vue numérique. Mais proportionnellement à nos forces les résultats n'ont pas été négligeables. C'est cette orientation qui a permis notre existence en tant que groupe autonome. Mais les efforts de la bourgeoisie en emprisonnant ou en enfermant dans des camps des milliers de militants communistes de la base, et la déportation en Allemagne de 2.000.000 d'ouvriers dont une partie d'ouvriers communistes, rend le travail dans cette direction très difficile. Cependant pour l'avenir (récupération des prisonniers et des déportés, libération des emprisonnés), en ce qui concerne le recrutement, le travail dans cette direction reste le travail essentiel ; dans la situation actuelle il doit être dirigé notamment vers les très jeunes (16-18 ans) avec ou sans traditions politiques.</p>
<p>Dans le camp des groupes se réclamant de la IVème la situation a quelque peu changé par une certaine activité d'usine. Cela est dû au fait qu'il existe en France un courant d'idées de la IVème Internationale dans certains milieux politiques et ouvriers. L'expérience de la guerre et les tournants staliniens ont contraint certains éléments ouvriers à se grouper dans le POI malgré l'incapacité de celui-ci de les organiser et de les conduire efficacement. Le POI a bénéficié de ce courant d'idées, malgré sa politique opportuniste, en tant qu'organisation numériquement la plus forte.</p>
<p>Notre tâche est de démontrer à ces éléments ouvriers l'opportunisme des dirigeants du POI et leur présenter une organisation et surtout des méthodes organisationnelles qui inspirent confiance. Pour aboutir à cette organisation et à ces méthodes organisationnelles justes il faut que, dans le travail révolutionnaire et politique, chaque membre de notre groupe perde ce qu'il a d'individuel et agisse en tant que membre d'une organisation. C'est seulement ainsi que nous acquerrons la cohésion interne nécessaire au travail de regroupement révolutionnaire, travail pouvant prendre de multiples formes.</p>
<p>Quelle est cette organisation et quelles sont les méthodes que nous voulons faire prévaloir ? Nous voulons faire prévaloir l'organisation et les méthodes de travail bolcheviks. Du point de vue organisationnel le bolchevisme implique un centralisme rigoureux qui prend tout son sens dans le contrôle politique SOUVERAIN du parti : structure organisationnelle que l'on a appelée le « centralisme démocratique » . La structure centraliste du parti découle des tâches qui incombent à celui-ci à l'époque impérialiste : « toute institution a sa structure naturellement et inévitablement déterminée par le contenu de son action » (Lénine, Que Faire ?). Le contenu de l'action révolutionnaire du parti est double : en tant que contenant le but socialiste, le parti représente une forme supérieure d'association humaine, le concours effectif de tous dans l'élaboration de la politique et de l'idéologie du parti. En tant qu'instrument de lutte contre la société capitaliste actuelle, le parti est adapté en vue de cette lutte, qui n'est pas possible sans l'organisation centraliste. Car nous vivons à l'époque impérialiste où une petite minorité de gros capitalistes concentrent entre leurs mains les moyens économiques, techniques, politiques, culturels, etc... de peuples entiers, auxquels on ne peut opposer qu'une lutte prolétarienne rigoureusement centralisée. Une lutte prolétarienne rigoureusement centralisée implique un parti révolutionnaire rigoureusement centralisé.</p>
<p>Ainsi, le contrôle démocratique et la structure centralisée du parti découlent de son contenu socialiste et révolutionnaire.</p>
<p>La conception bolcheviste a été consacrée par la victoire de la révolution d'Octobre 1917. Mais la dégénérescence de la révolution d'Octobre, a remis en question la conception même du parti. Impuissants à s'expliquer le stalinisme comme le produit de la marche réelle de la lutte de classes (qui a abouti à une situation dans laquelle le prolétariat ayant pris le pouvoir et remplacé la propriété privée par l'économie planifiée est écarté du pouvoir politique par une bureaucratie qui, tout en se maintenant sur la base des rapports établis par la révolution, représente au point de vue politique, social, moral, etc... la négation même du bolchevisme), de nombreux « critiques » en viennent à accuser le bolchevisme lui-même comme non démocratique, etc... et donc comme responsable du stalinisme. Mais aucun de ces critiques n'a réussi à inventer quelque chose de nouveau qui puisse empêcher le parti, qui est un moyen, de se briser dans l'accomplissement de sa tâche, soit à cause de son contenu matériel et idéologique insuffisant (comme divers partis naissants de la IIIème Internationale), soit après l'épuisement de ce contenu dans l'accomplissement de la tâche révolutionnaire : tel fut le sort du parti bolchevik en Russie. Ces « critiques » ont d'ailleurs fini à l'écart de la lutte révolutionnaire et sont revenus à des conceptions bourgeoises. LES MEFAITS DU STALINISME NE PEUVENT PAS ETRE IMPUTES AU BOLCHEVISME, DONT IL N'EST PAS LA CONTINUATION, MAIS LA NEGATION.</p>
<p>La démocratie n'est pas une panacée, c'est une forme dont le contenu peut varier. L'expérience de la démocratie bourgeoise nous montre d'abord qu'elle cache une dictature : celle du capital sur les exploités. Le modèle de la démocratie formelle reste cependant la social-démocratie dans laquelle la démocratie complète (liberté complète de discussion) cachait en réalité la dictature politique d'un nombre restreint de politiciens sur les ouvriers social-démocrates. Cela s'explique par le double contenu petit-bourgeois (la majorité) et prolétarien (la minorité) des partis social-démocratiques.</p>
<p>La dictature de ces politiciens professionnels ne pouvait pas être menacée par la liberté de parole, etc..., tant que le parti était divisé par des intérêts de classes différentes.</p>
<p>Par contre, la démocratie réelle, vivante, s'établit spontanément entre des gens visant au même but, porteurs d'une même flamme. Elle se manifeste dans toutes les révolutions populaires. C'est dans ce sens que Lénine affirme pour le parti : « AVEC CES QUALITES (secret rigoureux, choix minutieux des membres, préparation de révolutionnaires professionnels), nous aurons QUELQUE CHOSE DE PLUS QUE LA « DEMOCRATIE » : UNE CONFIANCE FRATERNELLE ENTRE REVOLUTIONNAIRES ».</p>
<p>La question de la démocratie a donc deux aspects : d'une part, dans tout groupement renfermant des contradictions de classe, la démocratie permet la libre expression des opinions de la minorité. La majorité peut la supprimer au nom des intérêts de classe qu'elle représente. Ainsi, quand la critique de la minorité révolutionnaire devint gênante pour la bureaucratie SFIO, elle chassa du parti cette minorité. Le sens réactionnaire de cette mesure résulte non pas abstraitement de la suppression de la démocratie pour les révolutionnaires, mais du fait qu'elle servait à la défense des intérêts de la petite bourgeoisie réformiste. Le parti bolchevik qui fut un des partis les plus démocratiques qu'ait connu l'histoire, supprime lui aussi certains droits démocratiques (droit de fraction, etc...) en l'année de péril 1920. Cependant, dans ce cas, la suppression des droits « démocratiques » fut une mesure révolutionnaire : il fallait, dans les conditions spéciales d'alors, empêcher la pression des classes petites-bourgeoises de se manifester à l'intérieur du parti bolchevik. D'autre part, dans un groupement ne renfermant pas de contradictions de classe et ayant un contenu révolutionnaire, la démocratie n'est pas une simple liberté de critiquer, de s'exprimer, c'est quelque chose d'infiniment plus, c'est une « confiance fraternelle complète entre révolutionnaires » qui par les efforts conscients de chacun détermine la direction générale, c'est un même effort opiniâtre pour rendre efficace le travail du parti, obtenir le meilleur rendement de la part de chaque membre, mettre chacun à sa place (l'homme qu'il faut à la place qu'il faut), redresser les fautes politiques, etc...</p>
<p>Dans l'illégalité, le contrôle démocratique qui tend dans cette dernière direction, est beaucoup plus difficile que dans la légalité, mais il peut être aussi efficace. Il s'agit avant tout de trouver les moyens les plus propres à assurer un échange sérieux de haut en bas et de bas en haut entre les membres de l'organisation. Le cloisonnement de l'illégalité trouble donc la démocratie de l'organisation, c'est-à-dire l'échange politique et organisationnel facile et rapide entre tous les rouages du parti. Avec des avantages pour l'organisation (sélection plus rigoureuse des membres), l'illégalité comporte de graves désavantages pour le progrès politique de l'organisation. Dans ces conditions, c'est la préparation sérieuse de chaque membre, la qualité réelle de la direction, qui peuvent remédier partiellement à cette situation. Si bien que dans un groupement révolutionnaire ayant un contenu de classe prolétarien, démocratie implique centralisme.</p>
<p>La condition la plus importante de l'instauration de la véritable démocratie, c'est la conscience socialiste élevée des responsables. Chaque responsable doit être convaincu organiquement que sans la démocratie, c'est-à-dire sans la participation active de tous, non seulement au travail pratique mais également à l'élaboration de la politique de l'organisation, il ne peut pas y avoir de parti révolutionnaire, donc de victoire du prolétariat sur la bourgeoisie. Seule la mobilisation totale de toutes les possibilités politiques et pratiques que renferme chaque militant permet à une petite organisation de se développer, à une grande organisation de conquérir des sympathisants, à une organisation ayant des sympathisants d'influencer les masses, et à une organisation avec sympathisants appuyée sur les masses de battre la bourgeoisie.</p>
<p>Le parti n'est pas la simple somme de ses membres. Il est une qualité nouvelle et ce n'est que par les liens de parti que chaque membre s'élève bien au-dessus de ses forces individuelles, devient un militant. Le militant est le produit à la fois de sa propre activité individuelle et de celle encore plus importante, collective du parti. La subordination de toutes ses ressources morales, intellectuelles et matérielles à cette vie collective du parti est donc le devoir suprême du militant, en premier lieu vis-à-vis de lui-même. Le parti d'autre part, contrairement à la manière stalinienne, ne considère pas ses membres comme des unités sans importance, mais au contraire se retrouve dans chaque membre dans ce qu'il a de plus élevé et de plus précieux.</p>
<p>Sur le plan moral, la première exigence du bolchevisme est la rupture complète de tous les liens avec la morale bourgeoise. On ne peut pas retenir les objections de ceux qui accusent le bolchevisme d'avoir produit l'amoralisme stalinien. La morale bourgeoise dans ses exigences les plus cachées est un des freins les plus puissants de la révolution prolétarienne. La morale du militant qui a rompu complètement, radicalement, avec la morale bourgeoise, est révolutionnaire là où le parti est appuyé sur le prolétariat, lié au mouvement des masses, là où le contrôle organisationnel et politique du parti sur les membres a comme condition le contrôle du prolétariat sur le parti par la confiance que celui-ci lui accorde. Et cette morale révolutionnaire confère au militant un comportement, une honnêteté sans pareils dans la société bourgeoise. Cette morale n'est pas une base abstraite (des règles sur ce qui est bien en général, sur ce qui est mal en général, ce qui est honnête, ce qui est malhonnête), elle a une base scientifique déduite, à l'aide de la méthode marxiste, de la lutte de classes. Les critères varient quand il s'agit d'ennemis directs, d'alliés temporaires ou du mouvement ouvrier. Le parti est d'autant plus sain que chacun de ses militants est plus instruit et pratiquement lié aux masses. Seule l'organisation centraliste bolchevik permet l'éducation dirigée des membres qui remédie le plus aux inégalités culturelles et théoriques en rehaussant au maximum les capacités culturelles et théoriques de chacun. Seule une organisation centraliste bolchevik permet le maximum d'efficacité dans le travail des membres vis-à-vis des masses (transfert des membres sur le terrain le plus adéquat à leurs capacités de travail pratique, mélange d'ouvriers et d'intellectuels pour obtenir le maximum dans le travail).</p>
<p>En ce qui concerne le professionnalisme des militants, celui-ci n'implique pas l'abandon de tout lien avec la production ou les différentes sphères d'activité sociale. A part une petite minorité sélectionnée, sûre, qui sous le contrôle du parti accomplit des tâches permanentes (politiques ou techniques), le parti doit être lié à l'ensemble de la vie sociale. Le professionnalisme implique que chaque militant est à l'entière disposition du parti qui l'utilise comme il l'entend au mieux des intérêts de la classe, dans ou hors la production. Nous luttons pour la victoire de formes sociales plus élevées, socialistes, et le parti doit disposer du concours le plus large possible d'intellectuels, d'ingénieurs, d'administrateurs, etc... Dans ce sens il est lié et tâche de se lier en s'y créant des sympathisants, avec tous ces milieux. Mais le professionnel est membre du parti avant d'être ingénieur, etc...</p>
<p>En résumé, nous voulons dégager un type de révolutionnaire opposé au monde bourgeois et pour y réussir, une discipline parfaite dans l'organisation est absolument nécessaire. Il faut tendre de plus en plus à organiser le travail d'une façon responsable et établir des liens de travail politiques et organisationnels entre les militants. Tout notre effort dès le début a été dans cette direction, le plus grand danger pour une organisation étant l'habitude de travailler en suivant les liens personnels (« amitié », façon de vivre, etc...) qui donne naissance à des petits groupes ou cliques et non pas à un ensemble de rapports résultant du travail organisationnel pratique et théorique.</p>
<p>Pour procéder à la mise en place de tous les rouages, il est nécessaire de savoir quels sont les membres qui se sentent capables d'être « militants professionnels », soumis à la discipline absolue de l'organisation et déterminant par leur vote le cours de notre travail. Ceux qui ne s'en sentent pas encore capables, c'est-à-dire qui ne trouvent pas encore une base suffisante dans le passé et le présent de l'organisation, continueront à militer comme jusqu'à présent, mais ne pourront pas déterminer les voies politiques de notre organisation.</p>
<p>Nous ne connaissons maintenant que les côtés difficiles et pénibles de cette vie, mais notre développement et la lutte des masses transformeront cette situation de professionnel en privilège en faisant apparaître tout ce qu'une telle vie contient de fort et de profondément humain.</p>
<p>Ce qui caractérise le révolutionnaire, c'est qu'il n'attend de son activité qu'une seule récompense, c'est la reconnaissance tôt ou tard que celle-ci a été conforme aux intérêts véritables de l'humanité. C'est pourquoi il peut résister à toutes les épreuves : s'il est relativement facile de donner sa vie d'un seul coup, il faut savoir aussi la donner peu à peu dans la lutte opiniâtre que nécessite le renversement de la bourgeoisie. Ce type d'individu n'est pas rare. Le parti dégage ce sentiment de sacrifice total, de dignité et, si l'on veut de félicité.<br class='autobr' />
Extraits de « Que faire ? » de Lénine.</p>
<p>« L'expérience révolutionnaire et l'habileté organisatrice sont choses qui s'acquièrent. Il suffit qu'on veuille développer en soi les qualités nécessaires. Il suffit qu'on ait conscience de ses fautes, conscience qui en matière révolutionnaire, équivaut à une demi-réparation. »</p>
<p>« ...Sans une « dizaine » de chefs de talent (les talents ne surgissent pas par centaines) éprouvés et professionnellement préparés et instruits par une longue pratique, bien d'accord entre eux, aucune classe de la société contemporaine ne peut mener la lutte » .</p>
<p>« Le seul principe sérieux d'organisation pour les militants de notre mouvement doit être : secret rigoureux, choix minutieux des membres, préparation de révolutionnaires professionnels. Avec ces qualités, nous aurons quelque chose de plus que la « démocratie » : une confiance fraternelle complète entre révolutionnaires » .</p>
<p>« On a vu se vérifier une fois de plus la bonne remarque de Parvus, qu'il est difficile de saisir un opportuniste avec une simple formule : il signera aisément n'importe quelle formule et s'en dégagera non moins aisément, car l'opportunisme consiste précisément dans l'absence de tout principe déterminé et ferme » .</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/07/barta_rapp43.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/07/barta_rapp43.htm</a></p>
<p>A LA NOUVELLE VICTOIRE POLITIQUE DE L'IMPERIALISME ANGLO-SAXON :<br class='autobr' />
LA DISSOLUTION DE LA TROISIEME INTERNATIONALE,<br class='autobr' />
LE PROLETARIAT REPONDRA PAR LA LUTTE REVOLUTIONNAIRE<br class='autobr' />
SOUS LE DRAPEAU DE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !</p>
<p>Au moment où la guerre impérialiste mondiale entre dans sa phase décisive, une "nouvelle sensationnelle" diffusée depuis 48 heures par toutes les radios et dans toute la presse du globe y compris les radios et la presse de l'URSS, remplit de stupéfaction et d'embarras les prolétariats de tous les pays : Staline dissout l'Internationale Communiste et recommande à ses membres de subordonner leur action à l'action des Gouvernements "alliés" dans la lutte contre Hitler !</p>
<p>Et tandis que la propagande de l'Axe s'empresse de qualifier la nouvelle de "bluff" et de "manœuvre grotesque", la propagande "alliée" exalte "l'importance historique" de l'événement.</p>
<p>DE QUOI DONC S'AGIT-IL ? PRESSION ET VICTOIRE DE L'IMPERIALISME ANGLO-AMERICAIN.</p>
<p>Staline dissout l'Internationale de Lénine cédant ainsi à la pression de l'impérialisme américain et anglais. La nouvelle de la dissolution du Komintern a été annoncée tout de suite après la visite du représentant de Roosevelt, Davies, à Staline, et avant la fin des travaux de la conférence politico-militaire des Anglo-Américains à Washington.</p>
<p>La guerre impérialiste étant arrivée à sa phase décisive, et le rapport de forces des belligérants s'étant profondément modifié au cours de la dernière année en faveur du camp anglo-américain à la suite des défaites de l'Axe en Russie, en Afrique et dans les airs, l'impérialisme anglo-américain est aujourd'hui sur le point de fixer ses plans définitifs pour la liquidation de la guerre. Mais avant d'agir sur le terrain militaire en Europe, ayant tiré l'expérience amère de la crise révolutionnaire qui a suivi la fin de la guerre de 14-18 et qui a menacé jusqu'aux tréfonds l'édifice capitaliste, il veut s'assurer d'avance la liquidation capitaliste et sans risques pour le régime des classes possédantes, de cette guerre. L'impérialisme subordonne ainsi l'action militaire immédiate aux considérations politiques qui visent à créer le climat nécessaire en Europe, dans lequel aucune crise révolutionnaire sérieuse ne serait possible.</p>
<p>C'est pour cette raison que l'impérialisme anglo-américain neutralise d'abord la IIIème Internationale qui, malgré sa dégénérescence bureaucratique croissante pendant toutes ces dernières années, représentait encore grâce à ses traditions et sa liaison avec l'URSS un cadre dans lequel se canalisait l'activité révolutionnaire spontanée des masses.</p>
<p>POURQUOI STALINE CEDE-T-IL ?</p>
<p>Staline a cédé à la pression des impérialistes "alliés" parce que, malgré les dernières victoires de l'Armée Rouge, malgré la défaite en perspective de l'Axe, l'URSS est sur le plan mondial plus faible que jamais. Faible d'abord parce que la guerre a consommé et détruit une masse énorme de richesses naturelles du pays, de réalisations techniques, de matériel et d'hommes. Faible ensuite parce que la force principale de l'URSS en tant que pays qui voulait ériger une société socialiste basée sur un système d'économie planifiée et sans les entraves du régime capitaliste de la propriété privée, réside dans le soutien actif du prolétariat mondial, dans le progrès de son mouvement révolutionnaire et dans l'élargissement de la révolution socialiste commencée il y a 25 ans en URSS.</p>
<p>Ni matériellement en fait, ni politiquement, l'URSS ne pouvait soutenir longtemps la lutte avec son entourage capitaliste. Mais le mouvement révolutionnaire sous la direction stalinienne n'a accumulé jusqu'à maintenant que des défaites, qui ont rendu la situation de l'URSS à la longue, et surtout pendant la guerre actuelle, extrêmement précaire et à la merci des pressions et des chantages de l'impérialisme mondial.</p>
<p>MAIS S'IL NE S'AGIT QUE D'UNE MANŒUVRE ?</p>
<p>La propagande de l'Axe qui par le succès politique de l'impérialisme anglo-saxon a perdu un atout d'argumentation en faveur de la croisade "anti-communiste", dénonce la liquidation du Komintern comme une "manœuvre", et les bureaucrates qui dirigent les partis communistes, embarrassés par l'ampleur et la vitesse de la décision du Kremlin, ne tarderont pas de donner aux ouvriers la même explication facile.</p>
<p>Mais c'est une série de telles manœuvres qui pendant toutes ces dernières années ont amené la liquidation pratique du mouvement communiste, et dont l'aboutissement nécessaire est la liquidation aussi du Komintern. C'est la "manœuvre" du Front Populaire qui a éliminé de la scène politique la physionomie indépendante des partis communistes et qui a favorisé ainsi la préparation idéologique de la guerre par la "sainte alliance" des partis bourgeois et "ouvriers". C'est la "manœuvre" de la subordination du mouvement ouvrier pendant la présente guerre aux mouvements bourgeois nationaux des différents De Gaulle et Giraud dans les camps des pays "alliés" qui fait évoluer jusqu'à maintenant la guerre selon les désirs de l'impérialisme mondial et qui prépare sa victoire accompagnée de l'étouffement de toute crise révolutionnaire et de l'écrasement de ce qui reste encore vivant de la révolution d'Octobre en URSS. Ce n'est pas la bourgeoisie qui a été trompée par ces "manœuvres", c'est le prolétariat au contraire qui a servi d'instrument docile aux buts réactionnaires. Il n'y a que des bureaucrates pourris, des coquins ou des imbéciles qui peuvent faire vanter au prolétariat les avantages d'une "ingénieuse" politique de manœuvre et lui déformer ainsi son critère de classe.</p>
<p>La politique prolétarienne, pour qu'elle soit vraiment révolutionnaire, c'est-à-dire pour qu'elle fasse avancer la conscience, l'éducation politique et l'organisation des masses laborieuses, doit être telle qu'elle a toujours été définie par Marx, par Lénine et par Trotsky : franche, audacieuse, avec son propre drapeau, expliquant toujours ce qui est et ce qu'elle veut, au lieu de s'adapter misérablement aux dispositions de telle ou telle bourgeoisie "amie" ou "alliée" de l'URSS. Parce que c'est précisément la politique extérieure de l'URSS qui conditionne et qui explique toute la politique opportuniste des partis communistes pendant les dernières années.</p>
<p>La IIIème Internationale était devenue aux mains de la bureaucratie stalinienne un simple accessoire de sa politique extérieure, qui au lieu d'être appuyée sur l'action révolutionnaire des masses, les seuls alliés naturels de l'URSS, a été orientée exclusivement dans la voie des "combines" et des "manœuvres" avec les différents pays impérialistes.</p>
<p>Et la bande de bureaucrates qui d'une main aussi légère, sur un geste des maîtres du Kremlin, dissout maintenant en pleine guerre impérialiste l'organisation suprême du prolétariat mondial, montre pour une dernière fois le misérable sort que le stalinisme a réservé à l'Internationale de Lénine : devenir un simple moyen de marchandage avec les bandits impérialistes internationaux.</p>
<p>LA CONCESSION DE STALINE NE SERA PAS LA DERNIERE.</p>
<p>Plus on prive le prolétariat de ses armes idéologiques et organisationnelles pour sa lutte de classe contre la bourgeoisie, plus la position internationale de cette dernière se renforce et plus elle devient insatiable et agressive.</p>
<p>La liquidation du Komintern par Staline ne peut pas être la dernière de ses concessions à l'impérialisme armé des "alliés". Sur la voie d'une désorganisation et d'une passivité progressive du prolétariat mondial, l'existence de l'URSS avec tout ce qui reste encore debout de la Révolution d'octobre dans ce pays, nationalisation de la propriété, économie planifiée, commerce extérieur étatisé, ne pourra pas subsister encore pour longtemps. Le rapport des forces changera chaque jour davantage en faveur du capitalisme, aussi bien à l'intérieur de l'URSS que sur l'échelle mondiale et provoquera l'effondrement brusque de toutes les conquêtes socialistes qui subsistent encore en URSS.</p>
<p>L'impérialisme international, d'accord avec les tendances réactionnaires renforcées dans certains milieux de la bureaucratie soviétique, exercera pendant cette guerre tout son pouvoir pour arracher d'autres concessions substantielles dans le domaine de l'économie planifiée de l'URSS pour la ramener finalement dans le cycle de l'économie anarchique du capitalisme.</p>
<p>SURPRISE ? NON, SUITE LOGIQUE DE TOUTE LA POLITIQUE STALINIENNE.</p>
<p>Pour nous marxistes, nourris de la pensée et de l'œuvre pratique de Marx, de Lénine, de Trotsky, un fait est l'aboutissement nécessaire de son évolution antérieure. Que Staline dissolve le Komintern, arme suprême du prolétariat combattant, à la veille de la phase décisive de la guerre impérialiste mondiale, ne nous surprend pas. Il y a en fait 15 ans que nous avons commencé à prouver aux militants de l'avant-garde révolutionnaire que la politique stalinienne conduisait pratiquement à la liquidation du mouvement communiste. Et il y a plus de 9 ans qu'ayant tiré de l'expérience pratique la certitude qu'aucune réforme ne serait plus possible à l'intérieur de la IIIème Internationale, nous avons proclamé devant le prolétariat mondial, dans la mesure de nos forces, la nécessité historique de la IVème Internationale.</p>
<p>Nous ne verserons pas de larmes inutiles devant la dépouille de celle qui fut jadis l'Internationale héroïque de Lénine et de Trotsky. Nous ne perdrons pas non plus notre courage devant les difficultés immenses de notre œuvre et notre foi inébranlable dans la justice prolétarienne et le triomphe certain de notre cause. Nous savons avec Marx que les succès faciles ne sont pas propres à la révolution prolétarienne.</p>
<p>Nous savons au contraire que "les révolutions prolétariennes se critiquent elles-mêmes constamment, interrompent à chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà être accompli, pour le recommencer à nouveau, raillent impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de leurs premières tentatives, paraissent n'abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et se redresser à nouveau formidable en face d'elles, reculent constamment à nouveau devant l'immensité infinie de leurs propres buts, jusqu'à ce que soit enfin créée la situation qui rende impossible tout retour en arrière, et que les circonstances elles-mêmes crient : ...c'est ici qu'il faut sauter !"</p>
<p>Prolétaires ! Camarades !</p>
<p>Laissons les morts enterrer leurs morts. Aussi pénible que cela puisse être pour des milliers d'entre vous de constater que l'Internationale sous le drapeau de laquelle d'innombrables militants de notre cause ont trouvé la mort et ont souffert dans les geôles de la bourgeoisie les pires martyrs moyenâgeux, vous abandonne au moment le plus critique de la lutte contre l'impérialisme qui, une fois de plus, a plongé l'humanité entière dans une mer immense de sang, de détresse et de souffrance, ne vous découragez pas !</p>
<p>Le capitalisme européen sortira de cette guerre mortellement affaibli. Dans une série de pays tels que l'Allemagne, l'Italie, la Roumanie, etc... l'effondrement risque d'être total et le chaos économique et politique indescriptible. Dans les autres pays la guerre n'a pas fait moins de ravages et le désordre général qui accompagnera sa fin provoquera des explosions gigantesques.</p>
<p>Une ère de guerres civiles et de révolutions commencera.</p>
<p>Mais la désorganisation et la confusion dans les rangs des révolutionnaires peuvent permettre de nouveau une stabilisation éphémère du capitalisme. Dans ce cas la misère atroce et l'esclavage politique seraient pour une certaine période notre sort.</p>
<p>Le capitalisme européen ne peut en fait se survivre après cette guerre qu'en rabaissant le niveau de vie à ses extrêmes limites et en instaurant un ordre politique dictatorial. Crises économiques plus longues et plus profondes que toutes celles que nous avons jusqu'à maintenant connues, chômage massif et permanent, salaires bas, vie chère, esclavage politique, voilà les perspectives d'aprèsguerre si nous accordons au capitalisme encore un délai d'existence.</p>
<p>Forgeons dès maintenant dans la lutte nos armes nouvelles : les nouveaux partis révolutionnaires, la nouvelle Internationale.</p>
<p>Que la pensée de Marx, de Lénine et de Trotsky soit notre guide et notre drapeau.</p>
<p>POUR LE TRIOMPHE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE !</p>
<p>POUR LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE !</p>
<p>Pour le gouvernement révolutionnaire des Comités ouvriers et paysans !</p>
<p>Pour la défense des conquêtes socialistes de l'URSS contre les nouveaux assauts de l'impérialisme !</p>
<p>Pour la paix, le pain et la liberté !</p>
<p>VIVE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/05/ldc13s_052443.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/05/ldc13s_052443.htm</a></p>
<p> APPEL AUX OUVRIERS COMMUNISTES</p>
<p>Camarades,</p>
<p>En pleine guerre impérialiste et sous la pression des capitalistes de Londres et de Washington, Staline, qui depuis longtemps avait transformé la IIIème Internationale d'instrument de la révolution mondiale socialiste en objet de marchandages diplomatiques, désavoue l'Internationale elle-même en tant qu'instrument d'émancipation de l'humanité de la guerre et de l'oppression.</p>
<p>Grande est la joie dans le camp de l'impérialisme "démocratique" qui proclame la faillite de l'internationalisme prolétarien et exalte la patrie "éternelle" (capitaliste). Et Staline s'empresse de déclarer au correspondant de l'agence Reuter à Moscou que la "dissolution de l'Internationale... prépare les voies pour l'association des peuples basée sur l'égalité".</p>
<p>Mensonges impudents que les prétention des impérialistes "démocratiques" et de leur valet Staline.</p>
<p>Quel est l'ouvrier qui ne sache pas que l'Internationale a été créée précisément non seulement pour l'émancipation du prolétariat de la bourgeoisie, mais aussi, en vue de cette émancipation, pour réaliser l'égalité entre toutes les nations ? Quel est le militant communiste qui ne sache pas que le fondement du léninisme c'est précisément l'incompatibilité du capitalisme actuel (le capitalisme impérialiste des monopoles) avec une "association des peuples basés sur l'égalité" ? La guerre impérialiste de 14-18 et la présente guerre impérialiste n'ont-elles pas démontré pratiquement cette incompatibilité ? La victoire d'un camp impérialiste sur l'autre (victoire alliée en 1918, victoire de Hitler en 1940) peut-elle être autre chose qu'une exploitation renforcée du prolétariat et une oppression des nations les plus faibles par la bourgeoisie des pays impérialistes les plus forts ? Toute notre lutte jusqu'à maintenant n'a-t-elle pas été précisément de démontrer que seul l'internationalisme prolétarien dont l'instrument est l'Internationale peut permettre à chaque exploité d'avoir réellement une patrie à lui ? Que la patrie où l'ouvrier est exploité par le capital et où il peut crever de faim, c'est la patrie du capitaliste et non la sienne propre ? Que la seule base de l'union fraternelle des peuples ce sont les Etats-Unis socialistes d'Europe et du Monde et non pas des "patries" capitalistes isolées et ennemies ? En dissolvant la IIIème Internationale soi-disant pour démontrer que le "bolchévisme" ne s'immisce pas dans les affaires des nations, Staline ne passe-t-il pas ainsi dans le camp des calomniateurs de l'internationalisme prolétarien ?</p>
<p>Camarades,</p>
<p>Les brigands impérialistes chantent trop tôt victoire. Comme aux siècles passés la monarchie, de nos jours l'internationalisme ne meurt jamais, car la lutte de classes ne s'arrête jamais. A LA IIIème INTERNATIONALE MORTE SUCCEDE LA IVème INTERNATIONALE .</p>
<p>Du sein même de la IIIème Internationale, en s'opposant à la direction officielle dans toutes les questions où celle-ci s'éloignait des intérêts de la classe ouvrière, est née depuis 1924 le courant internationaliste qui constitua en 1928 l'Opposition communiste de gauche ("trotskyste"). Quand en 1933 la faillite de la IIIème Internationale sous la direction de Staline devint évidente par la catastrophe allemande, l'opposition de gauche proclama la nécessité de la création de la nouvelle Internationale, la Quatrième. Car la lutte de classe, base de la société capitaliste, rend nécessaire à chaque instant au prolétariat l'existence d'un Parti prolétarien sans lequel ses luttes sont vouées à l'échec. La IVème Internationale ne fait que continuer les véritables traditions de la IIIème Internationale du vivant de Lénine. Sa base politique est constituée par les Thèses et les Résolutions des quatre premiers Congrès de l'I.C.(1919-20-21-22). Que chaque communiste digne de ce nom étudie ces thèses et les compare avec les bases programmatiques de la IVème Internationale ; il deviendra alors évident que celle-ci continue celle-là, que depuis 1933 la IVème Internationale représente la continuité révolutionnaire de la lutte de classes et que le communisme à jamais vivant aux cœurs des exploités possède contre la bourgeoisie le drapeau sans tâche aucune de l'Internationale.</p>
<p>Camarades,</p>
<p>Par leur concert de manœuvres, de marchandages et de comédies diplomatiques sur le dos des peuples, les impérialismes anglais, américain, allemand, italien et la bureaucratie conservatrice soviétique, essaient d'empêcher que la voix de la IVème Internationale arrive aux ouvriers et aux opprimés de tous les pays. Car la IVème Internationale est la négation même de ces pratiques issues de la société de classe, elle lutte pour le renversement du vieux monde pourri et pour l'avènement de la nouvelle société socialiste, sans diplomatie, sans marchandages, et sans les "comédies" sanglantes de la guerre.</p>
<p>Mais si au cours même de cette guerre le prolétariat n'intervient pas lui-même dans la lutte avec ses buts et son véritable drapeau, le drapeau du communisme, alors l'impérialisme ira plus loin dans son œuvre contre-révolutionnaire et contraindra la bureaucratie de mettre fin également à l'économie planifiée de l'URSS, détruisant ainsi l'œuvre fondamentale de la révolution d'Octobre 17.</p>
<p>Camarades,</p>
<p>Le devoir vis-à-vis de la classe ouvrière est le devoir suprême de tout militant ouvrier. Quand il devient évident que la Parti auquel on était attaché par toutes ses fibres et auquel on était prêt à sacrifier à chaque instant sa vie renonce aux buts permanents de la classe ouvrière (sous quelque prétexte que ce soit), alors on ne peut plus continuer à fermer les yeux, à s'endormir avec des "raisonnements". Il faut immédiatement tirer la conclusion pratique fondamentale : la rupture avec l'opportunisme, pour l'orientation immédiate vers la recherche théorique et pratique d'un milieu révolutionnaire nouveau, sous peine de trahir le prolétariat, sous peine de trahir sa propre vie de communiste.</p>
<p>Camarades,</p>
<p>Nous disions en novembre 1940 : tout militant honnête qui ne veut pas rester impuissant devant la guerre et le fascisme (dont les méthodes se sont étendues à tous les pays capitalistes), doit adopter les principes théoriques de la IVème Internationale, héritière des meilleures traditions révolutionnaires des trois précédentes Internationales. Nous disions aussi qu'il y aurait en France un Parti révolutionnaire seulement quand des centaines et des milliers d'entre vous prendront conscience du rôle politique du stalinisme et deviendront les champions de la nouvelle Internationale. La IIIème Internationale est morte depuis longtemps. Le désaveu formel de Staline sous la pression de l'impérialisme est le dernier coup donné aux masses de tous les pays pour lesquelles la IIIème Internationale restait encore le symbole de la solidarité des ouvriers de tous les pays. Reconstruisons ensemble le véritable Parti prolétarien, qui bannissant de son sein le réformisme et le stalinisme, sera le guide révolutionnaire de la classe ouvrière. Réveillons d'abord sur le terrain de l'usine l'activité des meilleurs éléments de la classe ouvrière en vue de l'organisation de celle-ci pour les luttes qui approchent, luttes qui secoueront de fond en comble le vieil édifice capitaliste et qui, en réveillant la classe ouvrière à une activité révolutionnaire nouvelle, balaieront de la scène politique les éléments pourris de ce qui reste de la IIème et de la IIIème Internationale.</p>
<p>En avant pour le nouveau parti révolutionnaire !</p>
<p>Vivent les Etats-Unis socialistes d'Europe !</p>
<p>Vive la Quatrième Internationale !</p>
<p>1er Juin 1943</p>
<p>Groupe Communiste (IVème Internationale)</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/06/ldc13_060143.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/06/ldc13_060143.htm</a></p>
<p>LE VRAI VISAGE DU "COMITE FRANCAIS DE LIBERATION NATIONALE"</p>
<p>Après de longs et pénibles marchandages, qui ont duré plus de six mois, les émigrés gaullistes à Londres et les généraux de la défaite et du système vichyssois en Afrique du Nord sont arrivés à un compromis.</p>
<p>Giraud et son équipe parmi laquelle on comptait jusqu'hier encore en service actif les Peyrouton, les Noguès, les Boisson, les Pucheu, etc... représentent sur le terrain politique la tendance la plus réactionnaire de la bourgeoisie française de la Métropole et des colonies. La fraction Giraudiste par son passé et sa mentalité est entièrement dans la ligne de la politique de la "révolution nationale" vichyssoise, avec laquelle par ailleurs elle n'a rompu qu'au moment où l'évolution de la guerre mettait toutes les chances du côté de l'impérialisme anglo-saxon.</p>
<p>La fraction gaulliste représente l'autre côté de la médaille, la tendance "démocratique" de la bourgeoisie française, qui tente de gagner la guerre et la paix capitalistes en faisant "miroiter" aux masses laborieuses de France la résurrection de feu la IIIème République sur une base constitutionnelle et parlementaire. Elle est la fraction politique du capitalisme français la plus habile, la plus démagogique et par conséquent la plus dangereuse. Ayant exploité à fond les sentiments d'indignation, de colère et le désir ardent de liberté suscités par l'occupation brutale du pays qui souffre et qui saigne sous la botte de l'impérialisme allemand, le "Gaullisme" veut regrouper les classes laborieuses françaises, en déguisant sa physionomie capitaliste sous le masque trompeur du "libérateur national". Il est devenu ainsi, grâce surtout à la complicité criminelle des dirigeants staliniens, le principal courant politique en France qui cherche à substituer à la lutte de classes l'"union sacrée" contre l'ennemi extérieur : les "Boches".</p>
<p>De Gaulle, dans ses pourparlers avec Giraud, se montra plusieurs fois intransigeant, sachant bien les sentiments qui animent les classes laborieuses de France envers les généraux et les politiciens qui jusqu'à hier défendaient en Afrique du Nord la politique réactionnaire de Vichy.</p>
<p>La composition définitive du "Comité français de libération nationale" et les remplacements qui ont précédé et suivi sa constitution (renvoi de Peyrouton, Noguès, etc...) marquent dans les cadres du compromis une première victoire gaulliste. Pour qu'elle soit cependant complète, elle doit être couronnée par la main-mise gaulliste sur l'armée en Afrique du Nord qui constitue pour le moment la force essentielle de la fraction Giraudiste, et qui tranchera aussi en définitif la question de l'influence politique prépondérante. En tout cas, les nécessités imposées par la guerre, empêcheront très probablement une aggravation de la crise et maintiendront l'équilibre établi sur la base du compromis entre les deux généraux. Par ailleurs, la pression de l'impérialisme anglo-saxon s'exerce dans la même direction actuellement.</p>
<p>Les patriotes généraux et politiciens de Londres et de l'Afrique du Nord multiplient leurs appels, leurs promesses et leurs encouragements.</p>
<p>Patientons, "ils" viendront bientôt. Mais c'est la partie du capitalisme français liée économiquement avec l'impérialisme anglo-saxon qui se prépare à venir, et c'est pour restaurer l'ordre bourgeois d'avant-guerre sur une base matérielle et politique infiniment plus restreinte pour les prolétaires de France. Derrière le drapeau national du "Comité" français , derrière son armée et les armées "alliées" de l'impérialisme anglo-saxon, viendra la capitalisme et seulement le capitalisme, frère siamois du régime social de Vichy. Les prolétaires de France, comme par ailleurs les prolétaires de tout le continent, ne changeront que de maîtres par l'arrivée des "alliés".</p>
<p>Les prolétaires et les couches pauvres de paysans et de petits-bourgeois des villes aspirent à un changement radical de la situation, qui devient de plus en plus intenable sous le régime capitaliste. Mais rêver le retour de la "belle vie" de jadis avec les Daladier, les Blum, les Herriot, et les autres marionnettes "démocratiques" du capitalisme français qui se sont vantés à Riom d'avoir brisé le mouvement prolétarien de 34 à 1939 et qui ont préparé la guerre, c'est oublier que la situation d'aujourd'hui est le résultat de toute la politique du capitalisme français sous la IIIème République. Le retour aux même conditions, que nous promet maintenant le "Comité français de libération nationale", signifiera le retour aux mêmes causes organiques qui, à travers une attaque frontale du capitalisme contre les positions économiques et politiques du prolétariat français ont provoqué la présente guerre.</p>
<p>La volonté des masses est autre, DOIT être autre : faire la Révolution socialiste, qui est la seule solution radicale, la seule issue, la seule chance de salut pour le prolétariat et les autres couches exploitées du pays. Face aux préparatifs fébriles des généraux et politiciens au service de l'impérialisme, qui oppriment l'Afrique du Nord et s'en font un tremplin pour rétablir la position privilégiée du capitalisme français face au drapeau tricolore des exploiteurs, le prolétariat activera sa lutte de classe et S'APPRETERA A HISSER SON DRAPEAU ROUGE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE. En tendant la main aux ouvriers d'Allemagne, d'Italie et des Balkans, les ouvriers français libéreront d'un seul coup le pays de ses ennemis capitalistes intérieurs et extérieurs, en édifiant en commun l'ordre socialiste basé sur l'union fraternelle des peuples du continent, LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/06/ldc14_061343.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/06/ldc14_061343.htm</a></p>
<p>CONTRE LA GUERRE IMPERIALISTE, VIVE LA GUERRE CIVILE !</p>
<p>Les nouvelles opérations entamées par l'impérialisme allemand à l'Est et le débarquement des impérialistes alliés en Sicile, étreignent à nouveau l'Europe dans un étau de feu et de sang. Que d'épreuves ont dû subir les masses prolétariennes et les peuples européens depuis 1939, pour que la perspective d'une Europe à nouveau champ de bataille, puisse leur apparaître comme l'unique solution, comme une perspective de "libération". Combien grands ont été les crimes de l'impérialisme allemand, soutenu par les bourgeoisies des pays occupés, pour que les masses désespérées, trompées par les agents impérialistes alliés (et par les partis "communistes"), se résignent à une telle perspective de "libération".</p>
<p>Même si tout se passait suivant le programme des impérialistes alliés, même si toutes leurs entreprises contre l'impérialisme allemand réussissaient, un sort terrible attend le prolétariat et les masses populaires d'Europe. Nous ne pouvons nous attendre à un effondrement brusque des armées de l'impérialisme allemand, tant que les soldats allemands seront entre l'enclume hitlérienne et le marteau allié. Sans perspective de révolution prolétarienne qui leur donnerait l'appui des masses prolétariennes d'Europe contre leur propre bourgeoisie allemande, ils seront obligés de tenir bon, tant qu'ils auront à leur disposition les ressources accumulées par l'impérialisme allemand pendant la période de succès de 1936 à 1942. La "délivrance" impérialiste de l'Europe nécessitera une lutte longue, acharnée et provoquerait les mêmes destructions et les mêmes déserts que la guerre en a provoqué en URSS. Les villes de France et d'Europe subiront, comme en Italie et en Allemagne, des bombardements toujours plus destructeurs. En serons-nous consolés si Radio-Londres nous explique que "mourir sous les bombes alliées, c'est la plus belle de toutes les morts" ? Accompagnée sur les arrières par de véritables guerres civiles entre les partisans armés de l'impérialisme allemand, appuyés sur l'Etat collaborationniste respectif, et les partisans armés de la "libération", la guerre n'épargnera aux masses civiles aucune des souffrances que la guerre impérialiste inflige sur les champs de bataille aux combattants. En un mot, les impérialistes qui nous apportent le même joug que nous fait subir l'impérialisme allemand uni aux capitalistes français ne peuvent le faire que par notre aide décisive, que par le sang que nous aurons versé pour eux.</p>
<p>Les perspectives mirobolantes des alliés pour "après la victoire" sont illustrées on ne peut mieux par l'entente Giraud-Roosevelt en vertu de laquelle Roosevelt s'engage à armer 300.000 soldats de l'impérialisme français à condition que cette armée continue à se battre pour la défense des intérêts impérialistes en Extrême-Orient.</p>
<p>Comprenant que les alliés ne représentent pas un moindre mal, le prolétariat peut renverser la situation et transformer le lent étranglement des masses par la guerre impérialiste, en une lutte pour des objectifs propres, prolétariens, en une lutte pour la révolution socialiste.</p>
<p>Dans le tumulte des événements militaires qui viennent il est décisif pour l'issue du conflit et pour le sort des peuples que le prolétariat garde une conscience de classe et qu'il intervienne dans la lutte sous son propre drapeau. Il doit opposer aux différents drapeaux des exploiteurs (le drapeau à la croix gammée, le drapeau tricolore, etc...) le drapeau des exploités du monde entier, LE DRAPEAU ROUGE.</p>
<p>Si les ouvriers se laissent guider dans les mois qui viennent par la pensée socialiste, ils peuvent trouver des armes et des alliés chez le soldat revêtu de l'uniforme allemand, qui, à une certaine étape des hostilités, se trouvera forcément en lutte directe contre son propre état-major impérialiste, contre ses propres officiers. Il ne faut plus que, comme en juin 1940, les ouvriers restent le jouet des événements, et que la cause des exploités soit oubliée. Il ne faut surtout pas que le prolétariat commette le crime de repousser éventuellement une alliance révolutionnaire avec nos frères allemands ouvriers et paysans et participe à la chasse aux "Boches".</p>
<p>La tâche historique de la classe ouvrière en Europe dans la période qui s'ouvre, c'est de mettre à profit les embarras et les défaites militaires de l'impérialisme allemand pour réaliser l'armement du prolétariat, couvrir le pays de ses organes de classe, former des Conseils (Soviets) ouvriers et paysans, conquérir les libertés démocratiques (droit de réunion, de presse, amnistie politique, droit de grève, etc...), créer un gouvernement ouvrier et paysan appuyé sur les Conseils par une politique de classe et d'union avec tous les exploités d'Europe. Cette lutte, c'est la lutte pour les Etats-Unis socialistes d'Europe, qui seule peut arrêter la décadence du continent et sa transformation en une sphère d'influence américaine.</p>
<p>Il y a dans le passé révolutionnaire du prolétariat français suffisamment de traditions pour nous donner l'espoir que tel sera le comportement de la classe ouvrière française dans les commotions militaires et sociales qui approchent.</p>
<p>"Aux manœuvres de la bourgeoisie pour diviser et désunir les ouvriers au moyen d'hypocrites appels à la "défense nationale" les ouvriers conscients répondront par des efforts toujours nouveaux et répétés pour créer l'unité des ouvriers de toutes les nations dans la lutte contre la domination de la bourgeoisie de toutes nations". (Lénine)</p>
<p>SOCIALISME DE CLASSE ET "SOCIALISME" GOUVERNEMENTAL</p>
<p>Les aspirations de l'humanité pour un ordre social harmonieux, basé sur la fraternité de tous et assurant à tous une vie digne et la participation à tous les biens économiques produits par le génie de l'homme, se sont cristallisées au XIXème siècle dans le socialisme. Aux yeux des masses opprimées, socialisme est devenu le synonyme d'une société humaine nouvelle appelée à remplacer l'actuelle société de classe, la société capitaliste.</p>
<p>Tant que l'humanité put faire des progrès sur des bases capitalistes, non d'ailleurs sans infliger de très grandes souffrances aux masses, la bourgeoisie défendit ouvertement le capitalisme et condamna le socialisme comme une idéologie d'esclaves.</p>
<p>Seulement, avec le capitalisme impérialiste (grandes banques, monopoles), le système bourgeois est entré définitivement dans une phase d'impasses et de décadence. Dans cette dernière phase du capitalisme de misère et de guerres, le socialisme devint véritablement la seule solution non seulement pour améliorer la vie humaine, mais avant tout pour empêcher l'humanité de périr.</p>
<p>Dans ces conditions, la défense ouverte du système capitaliste devint de plus en plus difficile pour les hommes politiques au service de la bourgeoisie. Et l'on vit peu à peu des partis bourgeois d'extrême-droite s'intituler "socialistes", des hommes d'Etat bourgeois mettre en avant des plans "socialistes" pour la reconstruction de la société.</p>
<p>Le trait commun de tous ces prétendus "socialistes" et qui montre qu'ils sont les défenseurs des capitalistes, c'est qu'ils prétendent construire leur "socialisme" ou imposer des réformes "socialistes" sur la base de la propriété privée des moyens de production, c'est-à-dire en maintenant le système capitaliste. Nous avons pu expérimenter en quoi consiste le "socialisme" des partis fascistes qui ne se privent pas de faire de la démagogie contre tel ou tel capitaliste, pour d'autant mieux sauver les autres et détourner la colère des masses. Quant aux plans des aristocrates anglais, ministres de Sa majesté, et des apôtres de la "démocratie" genre Roosevelt, ils prétendent "améliorer" les rapports entre les exploiteurs et les exploités. En fait, il s'agit d'un ensemble de mesures ou de concessions idéologiques destiné à masquer la lutte des classes, à voiler les contradictions de la société qui sans cela deviendraient intolérables, à égarer l'esprit des ouvriers et à retarder la formation de leur conscience de classe – c'est-à-dire la juste connaissance des rapports sociaux et de la mission historique du prolétariat. En fait il s'agit de créer une arène où l'énergie ouvrière cesse d'être dangereuse pour la domination bourgeoise, où elle va se perdre dans les procédures comme un fleuve dans le désert. Tels sont par exemple l'arbitrage obligatoire (qui implique un terrain commun entre patrons et ouvriers), le "socialisme municipal", les mesures (vacances, assurances, etc...) destinées à sauvegarder la force de travail des ouvriers, source de richesse pour le capitaliste.</p>
<p>Mais malgré tout ce "socialisme" bourgeois, la lutte des classes gagne en acuité et en profondeur et la condition ouvrière, loin de s'améliorer, empire chaque jour. La bourgeoisie n'arrive pas à adoucir son exploitation brutale de la classe ouvrière et sa domination politique dictatoriale et sanglante. Et les différents "plans" disparaissent sans laisser de trace, ce qui reste, c'est le matraquage des grévistes, la mobilisation des ouvriers. Le "socialisme national" de la bourgeoisie c'est un royaume "qui n'est pas de ce monde" et qui sert seulement à détourner les ouvriers de leur mission historique socialiste.</p>
<p>Seul le prolétariat peut réaliser le socialisme. La société capitaliste, basée sur la production de marchandises (où le travailleur lui-même est une marchandise) aboutit automatiquement à la monopolisation de tous les moyens de production dont dépend la vie de la société : usines, bâtiments, le sol et le sous-sol sont entre les mains d'un petit nombre de capitalistes. Seul le prolétariat, qui ne possède rien, est capable, politiquement et économiquement, d'exproprier la classe capitaliste, et de s'emparer des leviers de commande de l'économie, c'est-à-dire des banques, des industries-clé, etc...</p>
<p>Mais à une époque où les forces productives étouffent dans le cadre "national" créé par le capitalisme à ses débuts, cette expropriation n'est pas possible à l'intérieur d'un seul pays. En Europe, cette expropriation n'est possible que dans le cadre de plusieurs pays capitalistes avancés, France, Allemagne, Italie, les Balkans, etc. pratiquement dans le cadre européen ; c'est précisément ce qui est formulé dans les "Etats-Unis socialistes d'Europe". Ainsi compris, le socialisme conduit vers de nouvelles formes, supérieures, de société, où les besoins légitimes et les aspirations progressives des travailleurs de chaque nationalité seront pour la première fois satisfaits dans l'unité internationale, après l'abolition des barrières nationales actuelles.</p>
<p>A l'anarchie capitaliste, basée sur "l'initiative" (c'est-à-dire sur le profit) du capitaliste individuel, succédera la production socialiste, basée sur le plan, qui assurera la marche de la production des biens, ainsi que celle de leur répartition, suivant les intérêts des véritables producteurs, les ouvriers et les paysans.</p>
<p>Politiquement, socialisme signifie avant tout l'éveil à la conscience de leur rôle historique des larges masses exploitées – notamment des couches les plus défavorisées : femmes et jeunes. C'est leur irruption violente sur la scène politique, la prise de leurs destinées en leurs propres mains.</p>
<p>Cela exige le bouleversement jusqu'au fondement (c'est-à-dire jusqu'à la structure économique, jusqu'aux rapports de propriété) de la vieille société de classes. Cela exige la destruction complète du vieil Etat, qui est le "talon de fer" que la bourgeoisie fait peser sur le prolétariat. Cela exige, contre les tentatives désespérées de la bourgeoisie de rétablir sa dictature, la construction d'un nouvel appareil d'Etat, outil de la domination de la majorité contre la minorité exploitrice hier encore, dictature impitoyable pour les oppresseurs – plus large démocratie possible pour les opprimés.</p>
<p>Ces conditions, le prolétariat les réalise au moyen de sa dictature, du POUVOIR DES SOVIETS.</p>
<p>L'instrument de cette dictature, du réveil des travailleurs, c'est le Parti révolutionnaire, groupant les éléments les plus conscients, les plus dévoués, les plus résolus de la classe ouvrière. Il la représente en entier, car à travers les flux et les reflux de la lutte sociale, il en exprime les intérêts permanents. Il est l'outil, l'arme intelligente par quoi la théorie marxiste passe dans la vie, rendant capable la transformation du monde. Tel fut le Parti de Lénine, puisant sa discipline dans le dévouement à la révolution, dans les rapports étroits avec le prolétariat et des larges masses exploitées, dans la claire vision des buts à atteindre. La tâche qui se pose devant les ouvriers d'avant-garde aujourd'hui, sur tous les champs de bataille, c'est de construire un tel Parti. De leur réussite ou de leur échec dépend leur sort dans les prochaines décades.</p>
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<p> UN NOUVEAU "FRONT POPULAIRE" CONTRE... LE PEUPLE</p>
<p>Les partis qui ont déterminé à Alger la nouvelle physionomie du "comité de la libération nationale" sont les mêmes qui devaient, par leur alliance en 1935, vaincre le fascisme et la guerre et alléger la situation du peuple. Le nom en moins c'est bel et bien le "Front Populaire" qui renaît à Alger, un nouveau front politicien contre... le peuple.</p>
<p>Certes, cette fois il ne s'agit plus, en apparence, d'entente sur un programme défini de politique intérieure mais d'une lutte pour la libération de la "patrie" ; il ne s'agit plus d'un pacte électoral pour empêcher l'entrée au Parlement de députés hostiles au cartel ; mais de "l'union sacrée" pour rendre au peuple français sa SOUVERAINETE afin qu'il décide lui-même ensuite de son propre sort. Mais, pour être plus "désintéressé", ce programme n'est que plus dangereux pour l'avenir du prolétariat et, par conséquent, de la liberté ("souveraineté") du peuple français.</p>
<p>Quel est en effet le caractère essentiel de la politique du comité d'Alger ? Sa lutte pour la "libération du sol de la patrie", trouve son complément nécessaire dans la lutte pour l'asservissement du sol de la patrie d'autres peuples : les Libanais qui viennent de tomber sous les balles des soldats de De Gaulle, réinscrivent de leur sang la marque "esclavagistes" sur le front des politiciens d'Alger. C'est cette politique de rapines que les prétendus socialistes et communistes ont fait leur, bafouant ainsi le drapeau prolétarien qui porte la devise "UN PEUPLE QUI EN OPPRIME UN AUTRE, N'EST PAS UN PEUPLE LIBRE".</p>
<p>Mais, politique extérieure et politique intérieure d'un gouvernement ne sont que l'avers et le revers d'une même médaille. Alors que, dans les relations entre les peuples, l'action du comité d'Alger s'efforce de maintenir l'exploitation de la bourgeoisie sur des esclaves coloniaux, quels rapports intérieurs pourraient naître en France d'une victoire d'Alger ?</p>
<p>"La libération du sol de la patrie" par De Gaulle et Cie, signifierait que plus que jamais le sol, le sous-sol et tout ce qui recouvre le sol de la France, resterait la propriété des capitalistes ou soumis à leur exploitation indirecte (la petite propriété paysanne, commerciale, etc...) Or, le maintien du régime capitaliste dans un pays appauvri par la guerre et qui a perdu sa position de grand brigand ("grande puissance"), signifie non seulement le maintien de l'esclavage salarié, mais aussi son aggravation, avec les bas salaires et le chômage comme principaux moyens de la bourgeoisie française pour maintenir son exploitation. Si bien que le soutien du comité d'Alger par les prétendus socialistes et communistes, en reniant le programme socialiste de L'EXPROPRIATION DES EXPROPRIATEURS, doit mener le peuple français à une nouvelle série de souffrances.</p>
<p>Pour "libérer la patrie" (c'est-à-dire pour que les capitalistes français puissent retrouver leur position privilégiée pour l'exploitation du peuple français et d'autres peuples), il faut reconstituer une armée impérialiste, placée sous le commandement du corps des officiers. Les épurations d'Alger, qui ont éliminé un certain nombre d'officiers, loin d'être un gage pour le peuple français, ne visent précisément qu'à donner une plus grande cohésion au corps des officiers, des généraux Giraud et De Gaulle. En soutenant la formation d'une telle armée, les prétendus socialistes et communistes renient ouvertement la stratégie prolétarienne : NOS BALLES SONT POUR NOS PROPRES GENERAUX.</p>
<p>Pour opérer la concentration de toutes les "forces françaises", le comité d'Alger est obligé de sacrifier à l'idole "République" et au dieu "démocratie". C'est ce qui constitue une ombre de justification pour les prétendus socialistes et communistes de la nouvelle union sacrée (tout comme dans l'ancienne d'ailleurs). Mais qu'y-a-t-il derrière de si beaux mots ? La République démocratique n'a jamais été qu'une forme de domination des capitalistes. Même la première République (1792), qui, elle nettoya la France du féodalisme et donna naissance à la nouvelle société bourgeoise, interdit sous peine de mort toute association ouvrière sous quelque forme que ce fut (loi Le Chapelier).</p>
<p>La deuxième République (1848), après avoir noyé dans le sang les aspirations du prolétariat qui voulait des institutions sociales, succomba misérablement sous le sabre de bois de Louis Bonaparte (Napoléon III).</p>
<p>La troisième République (septembre 1870) étrangla la Commune de Paris ("l'aube de la révolution prolétarienne") et assassina, après le désarmement des ouvriers, 30.000 de nos grand-pères. La IIIème République fut l'œuvre de l'Assemblée des Ruraux, royaliste, mais qui ne put s'entendre, divisée qu'elle était par des intérêts de la propriété foncière et capitaliste, sur le choix d'un roi. La République parlementaire permettait à la bourgeoisie de régler ses conflits par la machine électorale. D'autre part, l'essor économique et les pillages coloniaux lui permirent de former une aristocratie ouvrière hautement payée, grâce à laquelle elle put s'assurer du prolétariat. En effet, dans les heures graves, celle-ci se rangeait à ses côtés, notamment en 1914. La bourgeoisie avait d'ailleurs en réserve des moyens d'action plus directs, comme l'armée, la police, la garde-mobile, qui intervenaient de façon presque permanente contre les ouvriers.</p>
<p>Mais cette république démocratique est morte avec les conditions qui l'ont fait naître. L'économie capitaliste de libre concurrence s'est transformée en économie impérialiste dans laquelle une étroite poignée de capitalistes, les 200 familles, dirige toute l'économie et domine les groupes bourgeois plus petits. La guerre de 1914 fut une explosion de ce système économique, qui faisait de tous les vieux pays capitalistes des pays réactionnaires, indépendamment de leur forme politique. C'est pourquoi le prolétariat, suivant les décisions de la IIème Internationale (socialiste) et plus tard la IIIème Internationale (communiste), rejeta la défense "nationale", qui n'est qu'un masque dont se pare la bourgeoisie pour mener à bien ses brigandages.</p>
<p>En invoquant de nouveau le prétexte de la démocratie pour appuyer la politique impérialiste du comité d'Alger, les prétendus socialistes et communistes trompent le prolétariat, qui lutte en effet pour les libertés démocratiques (droit de grève, de presse, de réunion, amnistie pour tous les militants ouvriers), mais pour renverser la bourgeoisie et établir la DICTATURE DU PROLETARIAT, alors qu'eux visent à rétablir le parlementarisme bourgeois, organe politique de la dictature des capitalistes. Mais dans les conditions d'une économie capitaliste de plus en plus pourrie et d'événements politiques et militaires semblables à ceux qui se sont déroulés depuis février 34, derrière la pompeuse étiquette "république démocratique", il n'y aurait même pas un système parlementaire à fonctionnement "normal" ("paix sociale" relative), mais une dictature militaire policière avec des dehors "démocratiques", un ersatz républicain de fabrication bonapartiste.</p>
<p>Nous restons fidèles au mot-d'ordre : LES SOVIETS PARTOUT !</p>
<p>Tout cela est bien vrai, nous dira un ouvrier qui n'a pas perdu son sens critique et qui reste attaché aux meilleures traditions de la classe ouvrière. Comme Daladier et Pétain, De Gaulle n'est que l'agent de la bourgeoisie et la bourgeoisie, à travers toutes les péripéties de la guerre, de sa guerre, poursuit des buts de classe visant au renforcement de l'exploitation des travailleurs. Pour cela tous les moyens sont bons : la "démocratie" sert d'appât pour jeter le pays dans la guerre ("contre le fascisme"), la défense nationale de Daladier sert de prétexte à l'épuration et à la domestication des organisations ouvrières, la défaite met en avant Pétain le "vainqueur" du militarisme prussien en 1918, pour qu'il impose au pays la grande pénitence. Et comme réserve "démocratique" (bonapartiste), De Gaulle doit réussir par d'autres moyens là où la réaction ouverte a échoué. Au-dessus de tous les politiciens de la bourgeoisie, se tiennent les 200 familles qui exploitent la France. Les travailleurs n'auront quelque chose à défendre qu'en renversant la bourgeoisie, qu'en expropriant les 200 familles au profit de la véritable nation française, les ouvriers et les paysans.</p>
<p>Mais cette lutte pour le renversement du capitalisme est-elle possible quand tout le pays (et chaque prolétariat doit faire la révolution dans son propre pays) est occupé par une armée impérialiste étrangère, et que par dessus le marché il s'agit de l'armée impérialiste d'un pays fasciste (la pire oppression contre la classe ouvrière) ? En ce qui concerne la première objection, nous rappelons que la IIème et la IIIème Internationale ont eu comme fondement de leur action la solidarité essentielle des ouvriers de tous les pays. Et ce, non pas comme simple phrase, mais comme terrain sur lequel elles ont agi effectivement, la IIème Internationale de 1889 à 1914, la IIIème de 1919 à 1933. Le crime de la IIème Internationale reconnu ouvertement par tous les ouvriers conscients depuis 1914, a été de renier cette solidarité des travailleurs en faveur de la "défense nationale". Sous d'autres prétextes, la IIIème Internationale – reniée ouvertement par Staline – agit actuellement de la même façon ignominieuse que la IIème Internationale en 1914 : en élevant un mur de mensonges, de préjugés, de haine contre les "Boches".</p>
<p>Or, si l'armée allemande est une armée impérialiste, c'est pour les mêmes raisons que l'armée anglaise, américaine ou celle de De Gaulle : ouvriers et paysans allemands sous l'uniforme sont soumis au commandement du corps des officiers au service de la bourgeoisie. La tâche des véritables militants ouvriers, qui luttent pour un avenir meilleur pour les exploités, c'est d'utiliser toutes les circonstances de la guerre pour rendre consciente dans les cerveaux des exploités français et allemands cette solidarité essentielle de leurs intérêts, afin qu'ils se retournent chacun, en s'aidant fraternellement, contre leurs propres exploiteurs.</p>
<p>Mais le fascisme ? Pendant des années le fascisme a été l'épouvantail justifiant les volte-face des prétendus communistes. Mais depuis la chute de Mussolini, non seulement les ouvriers avancés, mais n'importe quel exploité, a vu clairement que le fascisme n'a pas le don d'abolir la lutte des classes et de soumettre irrémédiablement les exploités à leurs exploiteurs. Hitler ne maintient plus sa dictature sur le peuple allemand que parce que, devant la politique de Staline associée à celle des impérialistes, il peut aussi dire au peuple allemand (articles de Goebbels) : même si vous n'êtes pas contents de nous, il n'y a pas de troisième voie ; ou une victoire ou la mort du peuple allemand.</p>
<p>Mais cette troisième voie existe. C'est la voie de la révolution prolétarienne, par l'union entre les exploités de France et d'Allemagne contre leur bourgeoisie. C'est la seule voie permettant l'effondrement du fascisme au profit du peuple de France et d'Allemagne et non pas au profit des impérialistes alliés. Plus tôt les ouvriers s'engageront en rangs serrés dans cette voie, en renouant avec la solidarité internationale des travailleurs, plus tôt cesseront les souffrances de l'humanité, plus tôt guériront ses plaies.</p>
<p>CETTE VOIE, C'EST CELLE DES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE, LA VOIE DE LA QUATRIEME INTERNATIONALE.</p>
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<p>AU SEUIL DE L'ANNEE SANGLANTE</p>
<p>Cette fois ça y est. Les grandes armées de la libération ont reçu leurs dernières cartouches ; les péniches de débarquement américaines sortent à un rythme vertigineux des usines des USA, les grands généraux de la victoire sont déjà nommés, ils tiennent le devant de la scène. Tout est prêt. On n'attend plus que le signal qui jettera sur le continent des millions d'hommes armés de pied en cap des plus grandes inventions de mort, on n'attend plus que le signal pour que les prolétaires d'Europe, d'Amérique et les soldats amenés des quatre coins du globe s'empoignent dans une dernière étreinte mortelle.</p>
<p>La raison humaine vacille quand elle tâche de saisir l'immensité du crime, l'horreur des convulsions qui se préparent !</p>
<p>Bien que la "libération" fût déjà proche en novembre 1942, à la Noël 1943 la vénérable épouse du président des Etats-Unis nous promet un Noël 1944 "victorieux". Victorieux ? Nous disons et nous répétons inlassablement aux travailleurs : sans Révolution prolétarienne, transformant la guerre impérialiste en guerre civile victorieuse sur la bourgeoisie, Noël 1944 sera un Noël encore plus terrible que celui que nous venons de passer. Car alors l'Europe entière aura été mortellement atteinte par la bataille gigantesque qui mettra aux prises les armées allemandes et alliées. Cette terrible mêlée, même si elle n'est pas suivie immédiatement par d'autres conflits gigantesques (entre l'URSS et les Alliés) ou de conflits secondaires entre petites puissances, ne sera cependant pas la fin du conflit mondial. La guerre en Extrême-Orient continuerait longtemps à maintenir dans une situation insupportable les masses exploitées du monde entier.</p>
<p>Pourquoi en sommes-nous là ? Parce qu'à nouveau depuis 1914 et malgré les leçons de la première guerre impérialiste, la bourgeoisie mondiale, aidée par les social-patriotes, a réussi à séparer les ouvriers d'un pays des ouvriers du pays d'en face, parce qu'elle a réussi à cacher ses crimes derrière de prétendus conflits idéologiques ou nationaux (démocratie contre fascisme, libération des peuples, espace vital, etc...), parce qu'elle a réussi à détruire ou à domestiquer les organisations ouvrières.</p>
<p>Mais les événements militaires qui se préparent ouvriront encore, comme ce fut le cas pour l'Italie, des crises dans lesquelles la faillite des dirigeants capitalistes pourra être utilisée par le prolétariat pour renverser la bourgeoisie et ouvrir à l'humanité entière la voie d'un redressement socialiste. Cependant cela ne sera possible que par une politique indépendante de classe, par une politique de fraternisation et d'entente entre les ouvriers et les paysans sous quelque uniforme qu'ils soient, en rejetant la politique d'union avec sa propre bourgeoisie, en hissant haut et ferme le drapeau rouge de l'insurrection prolétarienne.</p>
<p>Pour cela il faut dès maintenant se préparer à défendre l'avenir des exploités et des opprimés par une claire compréhension de la nature des événements qui viennent. La classe ouvrière n'a pas à se sacrifier dans l'intérêt de l'impérialisme, même s'il se pare de masques trompeurs. Mais elle doit être capable de verser jusqu'à la dernière goutte de son sang pour SA PROPRE CAUSE. Il faut que le réveil de la conscience prolétarienne et l'activité croissante des meilleurs éléments ouvriers parviennent à reconstituer les organisations de défense des ouvriers : (syndicats, etc...), obligent les partis qui se disent prolétariens à rompre avec la bourgeoisie, et préparent – à travers l'armement du prolétariat – la conquête des libertés ouvrières indispensables à l'émancipation prolétarienne : droit de réunion, de presse, ouverture des prisons et des camps de concentration, droit de grève, etc... A travers ces luttes pour les objectifs immédiats, la classe ouvrière doit créer les organes de son gouvernement, les Conseils ouvriers et paysans (Soviets) qui seuls assurent le gouvernement du peuple par le peuple lui-même.</p>
<p>La tâche historique du prolétariat en Europe est de bâtir les Etats-Unis socialistes d'Europe et non pas de tracer avec leur sang des frontières pour les capitalistes. 1944 doit sonner le glas du capitalisme en Europe et dans le monde. Les ouvriers français ne peuvent pas, après plus d'un siècle de luttes pour leur émancipation, se livrer à un moment décisif de l'histoire mondiale, à leur ennemi mortel, la bourgeoisie française chargée de crimes et d'infamies contre les ouvriers. Forts de la tradition héroïque de 1848, de la Commune de 1871, des luttes d'avant 1914 pour la conquête d'une vie digne et supportable, des luttes de 1920 à 1940 enfin, les ouvriers français armés de l'expérience historique de la classe ouvrière de tous les pays (Russie 1917, Allemagne, Espagne, etc...) prendront dans leurs mains le destin de toute la nation et en renversant le capitalisme, délivreront pour toujours l'humanité de la guerre !</p>
<p>GUERRE CIVILE EN ALLEMAGNE</p>
<p>On entend souvent des ouvriers, pas toujours de mauvaise foi, dire en parlant des ouvriers allemands : "Pourquoi ne se révoltent-ils pas ? Ils ont l'obéissance dans le sang c'est une nation militariste, etc..." Ces insanités sont assez habituelles dans la bouche des ouvriers qui, bon gré mal gré, veulent justifier la politique d'union sacrée avec les exploiteurs français et "alliés". Ceux qui parlent ainsi oublient facilement que le même "reproche" pourrait être adressé par exemple aux ouvriers espagnols et français qui subissent eux aussi le même joug que les ouvriers allemands, le régime totalitaire de Franco et de Pétain. La classe ouvrière allemande a derrière elle un passé de luttes aussi riche que les prolétariats espagnol et français. De 1918 à 1933, avec une certaine atténuation de 1924 à 1928, une dure guerre civile mit aux prises la classe ouvrière allemande et ses exploiteurs, lutte dont l'issue devait décider du sort de l'Allemagne et du monde : vers le socialisme par la victoire du prolétariat allemand, ou vers une deuxième guerre impérialiste mondiale, par la victoire de la bourgeoisie allemande. La trahison de la social-démocratie et la bureaucratisation du parti communiste provoquèrent la défaite des ouvriers et rendirent les mains libres aux impérialistes allemands.</p>
<p>La crise révolutionnaire éclata en Allemagne à la suite de l'échec définitif des plans militaires de l'impérialisme allemand (échec des offensives d'été 1918). Le 5 novembre 1918, 20.000 matelots se mutinèrent à Kiel, hissant le drapeau rouge et étendant leur mouvement aux principales villes avec pour mots-d'ordre : démission du Kaiser, amnistie, armistice, paix, droits démocratiques. Partout surgirent des Conseils (Soviets) d'ouvriers et de soldats. La révolution gagna l'Allemagne, le Kaiser fut renversé, et l'armistice signé.</p>
<p>La révolution mit fin à la guerre, mais le pouvoir, entièrement entre les mains des Comités, fut utilisé par les sociaux-démocrates conciliateurs, qui y occupaient une place prépondérante, pour maintenir intact l'ancien ordre bourgeois monarchiste. La guerre civile éclata entre le gouvernement social-démocrate d'Ebert et Scheidemann et les fractions avancées du prolétariat (dirigées par les Indépendants d'une part, et les Spartakistes avec Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht d'autre part). Le 6 janvier 1919 le prolétariat de Berlin tenait entre ses mains la capitale. Mais la direction des Indépendants hésita, atermoya et n'osa pas arrêter le gouvernement ; les Spartakistes étaient trop faibles et manquaient d'expérience bolchévique. Le mouvement reflua et le gouvernement social-démocrate ayant fait appel au "chien sanguinaire" Noske, le bourreau de Kiel, (lui aussi social-démocrate), procéda avec l'aide des généraux monarchistes, au désarmement des Spartakistes. Le 15 janvier tombèrent, lâchement assassinés, les plus grands martyrs de la classe ouvrière allemande, Rosa Luxembourg, et Karl Liebknecht et de nombreux autres chefs spartakistes. Etouffé à Berlin, le mouvement se poursuivit sporadiquement en province, provoquant partout des rencontres sanglantes et de graves pertes du côté ouvrier, faute d'une direction générale révolutionnaire. De novembre 1916 jusqu'en 1923, la guerre civile, les grèves générales, étouffées ici, éclatant là, sans cesse réprimées pour renaître ailleurs, causèrent des dizaines de milliers de victimes, mais la victoire resta du côté de la bourgeoisie, grâce à la trahison de la social-démocratie, qui joua, en grand, le même rôle de bourreau que le "socialiste" français Dormoy, le fusilleur de Clichy en 1937.</p>
<p>Dans cette lutte contre les ouvriers, la bourgeoisie allemande a été puissamment aidée matériellement par la Commission d'armistice alliée qui lui fit toutes les concessions nécessaires en ce qui concerne les armes et les forces armées destinées à la répression.</p>
<p>En automne 1923 une crise révolutionnaire, déclenchée par les ouvriers, exceptionnellement favorable pour une insurrection, ne fut pas utilisée par la direction inexpérimentée du jeune parti communiste allemand. Et en 1924, début d'une certaine stabilisation économique au capitalisme allemand, la première vague révolutionnaire d'après-guerre refluait en Allemagne.</p>
<p>Quand en 1925-29 commença la grande crise économique, particulièrement terrible en Allemagne, où elle précipita dans la faillite des dizaines de milliers de petits commerçants, jetant sur le pavé de nombreux millions de chômeurs, et provoquant le désespoir des petits paysans, le prolétariat allemand se trouva encore moins que par le passé en possession d'une direction révolutionnaire. La bureaucratisation de l'Internationale communiste à partir de 1924 avait transformé le PC allemand en un parti incapable de mener au combat des masses décisives du prolétariat allemand. A droite les chefs social-démocrates vendus à la bourgeoisie, à gauche les chefs staliniens obéissant non pas à la marche de la lutte de classes en Allemagne, mais aux ordres de la bureaucratie soviétique, voilà le "secret" de la victoire de Hitler contre les ouvriers.</p>
<p>La politique stalinienne devant la montée de Hitler basée sur l'exaspération de la petite-bourgeoisie sacrifiée par la crise capitaliste, est caractérisée :</p>
<p>Premièrement par la tactique dite du "social-fascisme" qui opposa les ouvriers communistes aux ouvriers social-démocrates, au lieu d'unir la classe ouvrière sur la base d'un programme minimum de lutte contre le fascisme (front unique).</p>
<p>Deuxièmement, par l'utilisation d'une certaine démagogie nationaliste pour faire "concurrence" à Hitler et lui enlever la sympathie des couches petites-bourgeoises (mot d'ordre : "libération nationale du Traité de Versailles").</p>
<p>Or la petite bourgeoisie ne s'était pas tournée vers Hitler par amour de son nationalisme dévergondé, mais parce qu'elle cherchait une issue à la crise qui l'étreignait mortellement. Devant l'impuissance des partis prolétariens à lui offrir cette issue par une action réellement efficace, la petite bourgeoisie se tourna vers Hitler, de même qu'un homme dont les vêtements ont pris feu se jette dans l'eau qui l'engloutira. En mettant en avant le mot d'ordre "libération nationale" par la destruction du traité de Versailles, avant d'avoir arraché aux capitalistes allemands la possession de l'Allemagne, le PCA a poussé le peuple allemand dans la voie de Hitler. En effet, si tous les maux dont souffrait l'Allemagne provenaient en premier lieu du traité de Versailles, dont l'abolition était mise au premier plan par le P.C. lui-même, alors le choix des masses, détournées de la véritable cause de leurs souffrances, le capitalisme allemand, ne pouvait se diriger que vers Hitler, qui sur ce terrain était tout à fait conséquent, et allait jusqu'au bout de ses "raisonnements".</p>
<p>Malgré l'attitude des deux grands partis ouvriers qui conduisaient infailliblement les ouvriers allemands sous la botte de Hitler, les prolétariats allemand et autrichien menèrent leur lutte avec acharnement contre les bandes fascistes, versant partout leur sang dans des rencontres inégales parce que mal dirigées. Après que Hitler eût pris le pouvoir (1933), des centaines de milliers de militants ouvriers et des ouvriers sans parti tombèrent sous les balles fascistes, peuplèrent les prisons et remplirent les camps de concentration. En février 1934 à Vienne, les ouvriers autrichiens luttèrent à main armée contre le bourreau Dollfuss qui fit canonner les quartiers ouvriers.</p>
<p>La lutte des ouvriers allemands contre leurs bourgeoisie n'a pas cessé après 1933, mais a été considérablement affaiblie par les succès extérieurs de Hitler. Les ouvriers qui reviennent d'Allemagne ont pu se rendre compte de la lutte que mène aujourd'hui le prolétariat allemand, lutte qui ne tardera pas à éclater au grand jour à la faveur des défaites de Hitler.</p>
<p>Ceux-là sont les agents de la bourgeoisie qui osent affirmer que les ouvriers allemands "ne sont pas des hommes comme nous". Si une communauté complète d'intérêts et des aspirations communes n'existaient pas entre les classes ouvrières française et allemande, entre le peuple allemand et le peuple français exploités par les capitalistes, alors c'était un crime de baser l'activité de toutes les organisations ouvrières d'avant 1914 et celle des internationalistes depuis 1914 (au premier chef du parti communiste) sur la pratique d'une solidarité avec les travailleurs d'outreRhin. C'est donner raison à notre bourgeoisie qui a conduit le pays de désastre en désastre, et qui accuse la classe ouvrière d'avoir mené le pays à la ruine par son "utopisme criminel".</p>
<p>En réalité, les ouvriers allemands, par leurs traditions de lutte, par leur nombre et leur cohésion, par la place qu'ils tiennent dans la production européenne, par leur haute qualification, occupent dans la lutte anticapitaliste une place de premier ordre. Et sans leur participation décisive à cette lutte contre la bourgeoisie, les ouvriers d'Europe ne peuvent même pas songer à l'édification des Etats-Unis socialistes d'Europe, qui seuls assurent la liberté et la prospérité des peuples.</p>
<p>Les impérialistes savent bien reconnaître leurs vrais ennemis. L'effort de Hitler pour briser la solidarité des ouvriers de tous les pays en enchaînant les ouvriers allemands au char de sa guerre impérialiste a lamentablement échoué, en même temps que ses plans et ses visées capitalistes. Aujourd'hui c'est au tour des impérialistes "alliés" de montrer leur hideuse figure ; en voulant faire de l'Europe un marché pour leurs produits, ils détruisent les usines et les moyens de production ; par leurs bombardements sauvages et inhumains ils veulent ruiner et frapper à mort la population laborieuse d'Allemagne (de même que les ouvriers de tous les pays qui s'y trouvent) pour épuiser leurs forces et les rendre incapables de lutter.</p>
<p>Pour commettre impunément leurs crimes, les impérialistes déchaînent leur propagande chauvine afin d'entraver la solidarité internationale des travailleurs.</p>
<p>En faisant échec à cette propagande capitaliste criminelle, la Quatrième Internationale scellera définitivement l'union entre les travailleurs d'Europe, en premier lieu entre les travailleurs français et allemands et, à travers la lutte contre la guerre impérialiste, pour le renversement des capitalistes, les mènera à la paix, à la liberté et à une vie meilleure.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/12/ldc22_123143.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/12/ldc22_123143.htm</a></p></div>
En 1945, la Quatrième Internationale officielle trahit le trotskysme
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8782
http://www.matierevolution.org/spip.php?article87822025-08-13T22:47:00Ztext/htmlfrRobert ParisIV° InternationaleTrotskisme
<p>Lettre ouverte aux militants et sympathisants du PCI Barta <br class='autobr' /> Pour combattre la contrebande pivertiste au sein du Mouvement de la Quatrième Internationale <br class='autobr' />
2 juillet 1945 <br class='autobr' />
La Vérité du 4 juin porte en titre " La Parole aux Trotskystes ". <br class='autobr' />
Elle fait suite à la campagne entreprise pour disculper de l'accusation empoisonnée d' "hitlérisme" lancée par la bourgeoisie et les staliniens, le mouvement de la IVème Internationale. <br class='autobr' />
Quelles que soient les méthodes que vous ayez jugé bonnes pour (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique188" rel="directory">11- Organisation internationale des travailleurs révolutionnaires</a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><p>Lettre ouverte aux militants et sympathisants du PCI<br class='autobr' />
Barta</p>
<p> Pour combattre la contrebande pivertiste au sein du Mouvement de la Quatrième Internationale</p>
<p>2 juillet 1945</p>
<p>La Vérité du 4 juin porte en titre " La Parole aux Trotskystes ".</p>
<p>Elle fait suite à la campagne entreprise pour disculper de l'accusation empoisonnée d' "hitlérisme" lancée par la bourgeoisie et les staliniens, le mouvement de la IVème Internationale.</p>
<p>Quelles que soient les méthodes que vous ayez jugé bonnes pour mener cette campagne, elles ne devraient en aucun cas servir de prétexte pour défigurer, afin de vous défendre, les principes, le langage et l'enseignement révolutionnaire du trotskysme. Car si votre langage actuel correspond à ce que vous êtes, vous reniez le trotskysme ; ou alors vous essayez de vous faire passer pour ce que vous n'êtes pas, et on en revient au raisonnement stalinien, fatal à l'esprit communiste : « les intentions sont bonnes, mais la " tactique " exige des concessions... »</p>
<p>Notre tendance, menant la lutte sans discontinuer depuis septembre 1939 pour défendre le drapeau et le programme de la IVème Internationale dans le mouvement ouvrier, estime que la façon dont vous avez entrepris cette campagne constitue un reniement de l'enseignement révolutionnaire du trotskysme et une concession à l'idéologie bourgeoise.</p>
<p>Dans l'intention d'ouvrir une discussion, nous soumettons devant tous les militants se réclamant du trotskysme la critique de la politique de votre organisation. Étant donné que dans le passé cette discussion nous fut refusée, si ce n'est une de pure forme, nous vous rappelons que Trotsky faisait un des plus grands mérites au Parti bolchévik d'avoir traité avec le plus grand sérieux même les organisations qui l'étaient peu. Notre organisation ayant cependant montré sa continuité politique et le sérieux de son action pratique, il serait criminel d'utiliser les faux-fuyants déjà utilisés dans le passé (tel que : nous discuterons à condition que vous entriez chez nous), et de continuer à vouloir ignorer notre critique par des explications arbitraires données "entre quatre yeux".<br class='autobr' />
Où est le reniement du trotskysme ?</p>
<p>Pour vous défendre contre la calomnie, vous revendiquez pour vous le titre de "premiers résistants". Or vous-mêmes, dans le numéro 23 (7/4) de La Vérité, écrivez " la résistance elle-même est basée sur une duperie : la duperie de la collaboration de classes ".</p>
<p>Déjà sous le Front Populaire, la politique trotskyste consistait à expliquer aux ouvriers la duperie de cette collaboration de classe, dont le prolétariat faisait les frais, et pour laquelle une partie de la bourgeoisie impérialiste s'était déguisée en " démocrate ". Le Front Populaire prétendait mener une politique en faveur des masses et avait comme mot-d'ordre démagogique la lutte contre les trusts. Pour les révolutionnaires ce mot-d'ordre était un but réel ; mais la similitude des formules permettait-elle à l'organisation révolutionnaire de se réclamer du Front Populaire, dans le but par exemple de ne pas se couper des masses ? C'eût été contribuer à les duper. La politique trotskyste a consisté à se délimiter du front populaire et à le combattre, malgré les calomnies staliniennes qui présentaient tous les adversaires du front populaire, surtout ceux de gauche (les trotskystes) comme des fascistes. Nous n'avons pas plus prétendu à l'époque être les meilleurs ou les premiers " front populaire ", du fait que nous avons été les premiers à préconiser le front unique socialiste-communiste.</p>
<p>Après 1940, les révolutionnaires devaient mener une politique de résistance (c'està-dire de défense des masses) vis-à-vis de l'occupation impérialiste allemande. Mais ils continuaient en même temps l'opposition révolutionnaire vis-à-vis de leur propre bourgeoisie et tenaient compte des intérêts du prolétariat français aussi bien que des intérêts du prolétariat allemand, en ne renforçant pas, comme la résistance officielle, la domination de Hitler par le déchaînement chauvin. Cela ne nous empêchait pas de prendre "les pommes de terre" de l'impérialisme anglo-saxon et de la bourgeoisie gaulliste, comme l'ont fait les bolchéviks en 1918 dans la lutte contre l'impérialisme allemand, en acceptant l'aide technique de la bourgeoisie de l'Entente. Mais il fallait par-dessus tout affirmer à la face du monde entier que notre base politique restait la lutte de classe menée jusqu'au bout dans toutes les directions et que nous ne considérions pas l'impérialisme anglo-saxon comme un moindre mal par rapport à l'impérialisme fasciste, raisonnement stalinien qui entraînait automatiquement l'abandon de la lutte de classe en faveur de la lutte commune contre l'occupant.</p>
<p>Nous, internationalistes, étions les seuls défenseurs des intérêts des masses tout au long de cette guerre, avant et après l'occupation. Par contre, pour la bourgeoisie la résistance n'était que l'opposition au capitalisme allemand ; elle lui a servi de mise sur le tableau impérialiste anglo-américain ; par l'intermédiaire des social-chauvins la bourgeoisie a également réalisé, à travers la "résistance", l'union sacrée et a prolongé sa domination de classe. Comme le dénonçait LaVérité elle-même en 1943 et 44, la résistance servait de camouflage même aux organisations d'extrême-droite et aux partis fascistes. La résistance, d'après le sens qu'a pris ce terme à travers les événements, est une organisation politique de la bourgeoisie impérialiste. Le parti révolutionnaire peut-il s'en réclamer ? L'absurdité d'une réponse affirmative saute aux yeux.</p>
<p>En luttant pour votre légalisation, vous cherchez la consécration de votre titre de " résistants " par l'obtention d'un certificat public de la Résistance (personnifiée par les Bayet, Saillant, Frenay, Bidault, etc...). Au moment même où les querelles entre l'Angleterre et la France montrent aux masses la vraie nature impérialiste des alliés, au moment où les ouvriers ont déjà eu le temps de se rendre compte que la résistance s'est terminée par l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement des trusts, au lieu de pouvoir en ce moment rehausser notre propre autorité morale pour avoir dénoncé à temps la duperie de la résistance, vous cherchez à vous camoufler sous son masque répugnant ! Une pareille légalisation ne serait pas une victoire remportée sur notre propre terrain, celui de l'internationalisme et de la révolution.</p>
<p>Dans la lettre à Bayet (18/9/44) le Comité central dit :</p>
<p>" Il s'agit de savoir si la IVème République naissante reprendra là où avait sombré la IIIème République glissant vers l'autoritarisme réactionnaire de Pétain, où si elle sera effectivement démocratique ".</p>
<p>Qui pense-t-on tromper par un pareil raisonnement ? C'est la besogne des staliniens et des réformistes de vouloir faire croire aux masses que nous sommes encore devant la perspective : IVème République démocratique ou réactionnaire. La tâche des révolutionnaires est de montrer aux ouvriers que, les social-chauvins les ayant illusionnés sur l'épuration ", ils ont laissé subsister les organes de l'État gangrené de la IIIème République qui a servi avec succès à Daladier aussi bien qu'à Pétain, et que nous nous trouvons sous de Gaulle en pleine dictature bureaucratico-policière. Au moment où l'Humanité elle-même dénonce le régime dictatorial subi par la presse, pouvons-nous faire croire que la légalisation de La Vérité serait le critère d'une "démocratie effective" ? La tâche des révolutionnaires, enseignait Trotsky, est de nommer les choses par leur nom, et non de se faire les auxiliaires des " démocrates " pourris qui sèment des illusions dans les masses.</p>
<p>La Vérité, en s'adressant aux réformistes et aux stalinistes, use constamment du terme " camarade ". Il suffit pourtant de se référer à un texte de Trotsky pour découvrir ce qu'il y a derrière cette terminologie. L.T. écrit dans La révolution allemande et la bureaucratie stalinienne (Et Maintenant) (page 36) :</p>
<p>" Léon Blum, le défenseur des réparations, le compère socialiste du banquier Oustric, est traité de " camarade " dans les pages des journaux de Seydewitz. Est-ce de la politesse ? Non, c'est un manque de principes, de caractère, de fermeté. " Des chicanes ", dira un quelconque savant de cabinet. Non, dans ces chicanes, le fond politique se manifeste avec beaucoup plus de vérité et de clarté, que dans la reconnaissance abstraite des soviets, non étayée par l'expérience révolutionnaire. Il est inutile d'appeler Blum "fasciste", en se rendant ridicule. Mais celui qui ne ressent pas du mépris et de la haine pour cette espèce de politiciens, celui-là n'est pas un révolutionnaire ".</p>
<p>La Vérité a pris maintenant l'habitude de parler à chaque pas des " démocrates sincères et honnêtes " et, à l'occasion, des "démocrates apeurés".</p>
<p>Déjà sous la monarchie tsariste, les bolchéviks (ils faisaient partie de la social-démocratie), pour se distinguer légalement des autres démocrates, mettaient souvent l'accent sur le fait qu'ils constituaient, en tant que parti du prolétariat, les seuls démocrates conséquents.</p>
<p>Depuis 1934 Trotsky enseignait que dans les conditions de la décadence capitaliste et de l'exacerbation de la lutte de classe la démocratie bourgeoise était définitivement morte en France.</p>
<p>Voici ce qu'écrivait Trotsky dans Où va la France (pages 16-17) :</p>
<p>" La société contemporaine se compose de trois classes : la grande bourgeoisie, la prolétariat et les " classes moyennes " ou petite-bourgeoisie. Les relations entre ces trois classes déterminent en fin de compte la situation politique dans le pays. Les classes fondamentales de la société sont la grande bourgeoisie et le prolétariat. Seules ces deux classes peuvent avoir une politique indépendante, claire et conséquente. La petite bourgeoisie se distingue par sa dépendance économique et son hétérogénéité sociale. Sa couche supérieure touche immédiatement la grande bourgeoisie. La couche inférieure se fond avec le prolétariat et tombe même à l'état de lumpen-prolétariat. Conformément à sa situation économique, la petite-bourgeoisie ne peut avoir de politique indépendante. Elle oscille toujours entre les capitalistes et les ouvriers. Sa propre couche supérieure la pousse à droite ; ses couches inférieures, opprimées et exploitées, sont capables, dans certaines conditions, de tourner brusquement à gauche. C'est par ces relations contradictoires des différentes couches des " classes moyennes " qu'a toujours été déterminée la politique confuse et absolument inconsistante des radicaux, leurs hésitations entre le cartel avec les socialistes, pour calmer la base, et le bloc national avec la réaction capitaliste, pour sauver la bourgeoisie. LA DÉCOMPOSITION DÉFINITIVE DU RADICALISME COMMENCE AU MOMENT OU LA GRANDE BOURGEOISIE, ELLE-MÊME DANS L'IMPASSE, NE LUI PERMET PLUS D'OSCILLER. " (Souligné par nous.)</p>
<p>La décomposition du régime capitaliste met fin à la démocratie bourgeoise. Les représentants " démocratiques " de la bourgeoisie n'ont plus qu'une phraséologie à offrir. Dans ces conditions même un de Gaulle arrive à se prétendre démocrate. La tâche n'est donc pas de chercher à distinguer, par quelque introspection, les démocrates honnêtes et malhonnêtes, mais de poser devant les ouvriers la question : qui donnera le ton ? La bourgeoisie par l'intermédiaire de ses fascistes, réactionnaires, curés, professeurs, démocrates, ou le prolétariat qui en se détachant de la bourgeoisie et de ses agents ralliera à lui les autres couches opprimées ?</p>
<p>De même que, dans Et Maintenant, Trotsky était le plus acharné défenseur du front unique, mais méprisait ceux qui traitaient Blum de camarade, nous rappelons que dans la révolution espagnole nous défendions les libertés démocratiques des ouvriers contre le fascisme les armes à la main, mais il ne serait venu à l'idée d'aucun trotskyste d'analyser l'honnêteté d'Azana ou de Negrin. Ils analysaient leur nature de classe et les qualifiaient d'agents de la bourgeoisie, parés du masque de la démocratie.</p>
<p>En donnant les états de service des camarades du Comité directeur, La Vérité dit de Demazière : " Il milite illégalement dans les rangs du PCI jusqu'à la libération ". Et de Baufrère : " Il sait que la lutte ne s'arrête pas à la chute de Hitler ". Encore une fois, pouvons-nous, sous prétexte de nous défendre, bafouer notre propre idéologie ? La Vérité du 22/6/44 sous le titre " Ils se valent ", écrivait : " refuse de te faire mobiliser dans " l'armée de la libération ". En mai 1944, un numéro spécial de La Vérité disait : " Pas de libération possible sans les prolétaires allemands et contre eux ".</p>
<p>Mais puisqu'il s'agit de défendre les principes trotskystes, laissons la parole à Trotsky lui-même. Dans son étude Après la "paix" impérialiste de Munich – une leçon toute fraîche, il écrivait :</p>
<p>" Dans tous les cas où les forces contre-révolutionnaires tentent de revenir de " l'État démocratique " pourrissant, en arrière vers le particularisme provincial, vers la monarchie, la dictature militaire, le fascisme, le prolétariat révolutionnaire, sans prendre sur lui la moindre responsabilité pour la " défense de la démocratie " (elle n'est pas défendable !), opposera à ces forces contrerévolutionnaires une résistance armée, pour en cas de succès, diriger son offensive contre la " démocratie " impérialiste. Cette politique n'est applicable, cependant, que pour ce qui concerne les conflits intérieurs, c'est-à-dire dans le cas où l'enjeu de la lutte est véritablement la question du régime politique : c'est ainsi, par exemple, que s'est présentée la question en Espagne. La participation des ouvriers espagnols à la lutte contre Franco était leur devoir élémentaire. Mais c'est précisément et uniquement parce que les ouvriers n'ont pas réussi à remplacer à temps le pouvoir de la démocratie bourgeoise par leur propre pouvoir, que la "démocratie" a fait place au fascisme. Cependant, c'est pure tromperie et charlatanisme que de transporter mécaniquement les lois et les règles de la lutte des différentes classes d'une seule et même nation dans la guerre impérialiste, c'est-à-dire la lutte d'une seule et même classe de différentes nations. Actuellement, il n'est, semble-t-il, pas besoin de démontrer que les impérialistes luttent l'un contre l'autre non pour des principes politiques, mais pour la domination sur le monde, sous le couvert des principes qui leur semblent bons ".</p>
<p>Si l'on présente la défaite d'Hitler comme une première étape gagnée dans la lutte (" la lutte ne s'arrête pas là "), on utilise un raisonnement purement stalinien : " la lutte contre le fascisme extérieur et ses prolongements à l'intérieur ". La défaite de Hitler venant à la suite de la victoire d'un camp impérialiste sur l'autre, n'a pas été une victoire du prolétariat allemand, français, ou autre. Encore dans Après Munich Trotsky dit :</p>
<p>" La question du sort des Tchèques, des Belges, des Français, des Allemands, en tant que nations, nous ne la relions pas à des déplacements conjoncturels des fronts militaires lors d'une nouvelle mêlée des impérialistes, mais à l'insurrection du prolétariat et à sa victoire sur tous les impérialistes ".</p>
<p>Sous le drapeau de la lutte impérialiste la chute de Hitler n'a été qu'un déplacement conjoncturel des fronts militaires. De même que la défaite de 1940 de la bourgeoisie française n'a pas été la victoire du prolétariat uniquement parce que cette défaite n'a pas été acquise par l'activité révolutionnaire du prolétariat. Le langage communiste eût été de dire je continue la lutte parce que plus que jamais les masses se trouvent écrasées par l'impérialisme. Plus que jamais la lutte entre les brigands impérialistes se poursuit sur le dos des masses. Imagine-t-on, en 1918, l'IC disant :" La lutte ne s'arrête pas à la chute du Kaiser ? " La défaite de l'impérialisme allemand était-elle une étape dans la lutte prolétarienne ?</p>
<p>La théorie révolutionnaire est l'expression et la garantie suprême de la nature de la direction d'une tendance prolétarienne. La fausse terminologie développe le confusionnisme, rabaisse le niveau des cadres révolutionnaires et ouvre une brèche à l'idéologie ennemie [1].</p>
<p>Voici ce que dit encore Trotsky (IVème tome de la Révolution Russe, page 229) : " Les distances indispensables à l'égard de l'idéologie bourgeoise étaient maintenues dans le Parti par une vigilante intransigeance dont l'inspirateur était Lénine. Il ne cessait de travailler du scalpel, tranchant les liens que l'entourage petit-bourgeois créait entre le Parti et l'opinion publique officielle. En même temps, Lénine apprenait au Parti à former sa propre opinion publique, s'appuyant sur la pensée et les sentiments de la classe qui montait. Ainsi, par sélection et éducation, dans une lutte continuelle, le Parti bolchévik crée son milieu non seulement politique mais aussi moral, indépendant de l'opinion publique bourgeoise et irréductiblement opposé à celle-ci. C'est seulement cela qui permit aux bolchéviks de surmonter les hésitations dans leurs propres rangs et de manifester la virile résolution sans laquelle la victoire d'Octobre eût été impossible. "Comment se défendre contre la calomnie ?</p>
<p>Avec raison, La Vérité dit que le but de la bourgeoisie est de nous étouffer. Mais en même temps (numéro du 4/6) elle met en demeure de Gaulle de choisir entre le camp fasciste qui étouffe les trotskistes, et le camp démocratique (Angleterre, etc...) qui ne les étouffe pas. Mesurez la hauteur de ce raisonnement !</p>
<p>La calomnie contre-révolutionnaire, comme l'antisémitisme et autres manifestations empoisonnées, élevées à une échelle politique, font partie de la lutte de classe et ne s'élèvent pas au-dessus d'elle. C'est pour cela que notre première tâche, pour combattre la calomnie, c'est une offensive politique énergique menée en direction des masses pour démasquer politiquement les calomniateurs, afin que celles-ci puissent se convaincre que ceux qui nous calomnient ne sont pas leurs amis mais bien leurs ennemis. Il faut ensuite un travail suivi d'éducation socialiste dans les rangs ouvriers (édition de brochures populaires).</p>
<p>Il faut aussi une lutte directe contre le gangstérisme staliniste ; nous avions fourni en automne dernier à votre direction une occasion précise d'une action à entreprendre pour le démasquer publiquement [2]. Votre direction s'y est dérobée. Après avoir fui le combat, quel est le sérieux des défis lancés par La Vérité invitant les staliniens à des commissions composées " de toutes les tendances du mouvement ouvrier et de la résistance " ? Nous sommes prêts à fournir à une commission de contrôle de votre parti tous les détails de cette affaire et de l'attitude criminelle de votre direction.</p>
<p>En ce qui concerne l'éducation socialiste, tâche fondamentale de travail communiste, vous semblez l'ignorer. Dans les contacts que nos camarades ont pu avoir avec vous, il semble que même pour les membres de l'organisation ce travail passe au troisième plan (" la révolution est là, ce n'est pas le moment de lire Marx "). Comment voulez vous combattre l'obscurantisme et les préjugés, si vous ne remplissez pas votre rôle d'éducateurs socialistes ?</p>
<p>Sur le plan politique, les efforts de légalisation se sont transformés en piège pour votre organisation. Voici deux mois que La Vérité a abandonné toute propagande révolutionnaire et qu'elle ne se fait plus le défenseur des masses devant les mesures réactionnaires du gouvernement.</p>
<p>Vous vous êtes réfugiés dans des justifications vis-à-vis de la bourgeoisie et les appels aux " démocrates ". Ainsi La Vérité du 4/6 dit :</p>
<p>"Nous ne sommes pas un groupe de conspirateurs... Nos tâches sont : éclairer en éduquant, guider en expliquant. Notre arme : c'est la propagande révolutionnaire, et rien d'autre".</p>
<p>Ce mensonge la bourgeoisie ne le croira pas et aux travailleurs nous n'avons pas le droit de mentir. Des centaines de fois Lénine a expliqué aux militants : la révolution est une guerre. Une guerre se fait-elle seulement à l'aide de la propagande ? Trotsky a écrit un livre intitulé : Défense du Terrorisme. Nous avons été les premiers et continuons à être les seuls défenseurs des Milices ouvrières et de l'armement du prolétariat. Nous approuvons la devise de Blanqui : qui a du fer a du pain. Comment peut-on avec une pareille doctrine présenter les révolutionnaires comme des prêcheurs et apôtres d'une propagande " de la vérité et du progrès social " (Vérité 4/6). Lénine a enseigné au Parti révolutionnaire la plus grande méfiance envers tout gouvernement bourgeois, même le plus démocratique. Une partie de l'appareil de l'organisation doit toujours rester dans l'illégalité pour parer à toute mesure arbitraire de la part du gouvernement bourgeois. Vous-mêmes ne prétendez pas livrer toute l'organisation à la légalité, quelles que soient les mesures de légalisation dont vous ferez l'objet. N'est-ce pas dans ce cas renforcer la calomnie contre nous que d'affirmer : " Nous ne sommes pas des conspirateurs " ? Au moment où le rapport de forces nous impose la lutte clandestine pour pouvoir exprimer des idées révolutionnaires en faveur des masses, le raisonnement léniniste ne serait-il pas plutôt de dire aux travailleurs : " la bourgeoisie conspire, couverte de sa propre légalité, contre le niveau de vie et la vie même des masses ? Nous, révolutionnaires, appelons les travailleurs conscients à se préparer, clandestinement s'il le faut, au renversement de la bourgeoisie. La propagande ouverte n'est qu'une partie de notre travail. Demander aux ouvriers de cacher des armes, aux soldats de se réunir en cellules de caserne, aux ouvriers d'usine d'éditer des organes d'opposition sans adresse et sans nom, tout cela, n'est-ce pas un travail de conspirateurs ?</p>
<p>Il est inutile, nous l'espérons, d'ajouter que cela n'a rien de commun avec le terrorisme anarchiste, lutte individuelle contre des représentants isolés de la classe capitaliste.</p>
<p>En juillet 1917, le rapport de forces entre le prolétariat et la bourgeoisie a ouvert la voie à la calomnie capitaliste et social-chauvine contre les bolchéviks. Le regroupement des masses a fait sauter en l'air la calomnie quelques mois après. Combien réconfortant pour les révolutionnaires est le raisonnement de ce soldat russe, que rapporte Kroupskaïa dans sa brochure de Souvenirs sur Lénine : " Sais-tu que ton Lénine est un espion allemand ? dit un Monsieur instruit au soldat en faction. Non, je ne le sais pas, répond celui-ci, je n'ai pas assez d'instruction pour ça, mais ce que je sais, c'est que tout ce que Lénine dit sur la terre est juste ".</p>
<p>Mais faut-il seulement s'en référer à 1917 ? Les camarades voudront bien réfléchir à des exemples plus récents, que nous leur soumettons. A la fin du mois de mai, quand le gouvernement rejette les revendications présentées par la CGT à la suite des mouvements de grève, les social-chauvins n'osent bien entendu pas réfuter les arguments de la bourgeoisie dirigés contre les ouvriers. Notre organisation répand quelques milliers de tracts, signés par les trotskystes, par la IVème Internationale, pour prendre la défense des ouvriers, démasquer les bureaucrates et indiquer nos solutions. De multiples endroits nous parvient l'écho d'ouvriers du rang, qui constituent la grande masse, approuvant le tract et le faisant circuler, sans s'inquiéter de la signature.</p>
<p>Dans une usine importante de la région parisienne, des camarades ouvriers entreprennent un travail d'opposition syndicale entièrement sur des bases communistes et révolutionnaires [3]. La bureaucratie social-chauvine répand immédiatement le bruit qu'il s'agit de la 5ème colonne. Ne cédant pas à la pression des adversaires, le travail de l'opposition continue conspirativement, pour ne pas donner prise à la répression. N'est-ce pas à nous de tenir bon, de démontrer aux ouvriers les nécessités qui nous sont imposées par la lutte, ne s'apercevront-ils pas que ceux qui nous accusent les trahissent, mais que nous ne cesserons de les défendre ? Le journal de l'opposition est le seul qui dans toutes les occasions prend intelligemment et avec continuité la défense des ouvriers. Aussi le font-ils circuler, sans s'inquiéter des accusations des bureaucrates. Nos camarades organisent quelques ouvriers plus avancés en noyau de l'opposition syndicale ; ils adoptent la conspiration comme une nécessité faisant partie de notre travail. L'opposition arrive à imposer politiquement sa légalité : le représentant de la direction syndicale prend l'engagement de ne pas faire arrêter les représentants de l'opposition si ceux-ci se démasquent. Mais cette invitation manque son effet, car l'opposition ce n'est plus seulement un noyau isolé, c'est un courant politique dans l'usine.</p>
<p>Nous sommes-nous réclamés pour ce travail de la résistance ? Notre propagande est-elle tendancieuse dans le sens des préjugés existants ? Nullement. En voici un exemple : un camarade qui fait un travail syndical d'usine avec notre concours, écrit dans son projet de journal : la guerre étant finie rien ne s'oppose plus à nos revendications. Notre camarade lui explique que cette façon de s'exprimer peut laisser entendre aux ouvriers que la politique des bureaucrates ayant freiné les ouvriers à cause de la guerre (des capitalistes) pouvait se justifier. Or il ne faut en aucun cas utiliser de pareilles équivoques, parce que ce qui importe par dessus tout c'est d'élever la conscience des ouvriers. Notre camarade sympathisant convient de la justesse de ce raisonnement.</p>
<p>Mais voici que le raisonnement ci-dessus écarté d'un journal d'usine, nous le retrouvons dans l'organe central du PCI. La Vérité du 4/6 dit :</p>
<p>" Aujourd'hui la guerre est finie. Nous attendons du ministre l'autorisation de paraître légalement. Rien ne justifie plus les mesures d'exception qui nous frappent ".</p>
<p>La guerre justifiait-elle donc les mesures d'exception ? Pendant la guerre la bourgeoisie prenait le prétexte de la " défense nationale ". Mais aujourd'hui la bourgeoisie dit par la voix des social-chauvins et de tous ses partis : " Nous avons gagné la première manche par tant de sacrifices, allons-nous maintenant tout compromettre ? Notre union qui était nécessaire contre l'ennemi est nécessaire maintenant pour refaire la France ". C'est à l'aide de cette argumentation que les Thorez et Cie veulent imposer à la classe ouvrière la politique du produire, produire, produire... Notre tâche ce n'est pas de passer l'éponge sur le passé et l'opposer au présent, car pour sa politique actuelle la bourgeoisie tire justement argument du passé. Si des mesures contre nous étaient justifiées pendant la guerre, elles le sont encore aujourd'hui, parce que la guerre et la paix ne sont que la continuation de la politique de la bourgeoisie impérialiste, axiome que Trotsky a si souvent rappelé et que vous oubliez.</p>
<p>Nous avons voulu par ces quelques exemples démontrer aux camarades que pour combattre nos adversaires il ne faut pas se laisser imposer leur tactique et leur argumentation. C'est par une idéologie et une argumentation radicalement contraire à celle de nos ennemis que nous pouvons imposer notre point de vue prolétarien, et non pas en acceptant les prémisses du raisonnement de la bourgeoisie, pour en tirer d'autres conclusions. Si nous engageons la lutte contre la calomnie sur le terrain de nos adversaires, nous sommes battus d'avance.</p>
<p>Ainsi vous brandissez actuellement comme principal argument les morts de la résistance. Mais le PC se réclame de ses dizaines de milliers de morts pour la résistance, connus dans tout le pays. C'est au nom de ces morts qu'il nous accuse et nous pourchasse.</p>
<p>Ce qui fait notre force, c'est notre politique énergique de défense des intérêts des masses, poursuivie sans hésitation et sans équivoque.</p>
<p>Mais au lieu de cette intransigeance vous lâchez prise dans chaque occasion grave, vous cédez à la pression ennemie au moment où il faudrait le plus y résister. Le 10 juin 1944 La Vérité écrivait :</p>
<p>" Les forteresses volantes et les tanks d'Eisenhower n'apporteront pas la libération des travailleurs de l'Europe. A la place de l'impérialisme allemand qui s'écroule, ils viennent imposer la domination du capital financier yankee et anglais ".</p>
<p>Deux mois après, au moment du plus grand déchaînement chauvin et du déferlement de la " libération ", La Vérité écrit (le 11 Août) :</p>
<p>" Hitler s'effondre. Les Américains approchent de Paris. La classe ouvrière doit mettre à profit la situation... "</p>
<p>La Vérité est-elle assez naïve pour croire qu'on pouvait transformer en insurrection prolétarienne une situation dont tout le cours antérieur avait préparé les masses à la " libération nationale ", notamment du fait du monopole d'influence des social-chauvins ? En réalité, La Vérité a ployé sous la pression des événements et le PCI a engagé ses militants à participer à " l'épuration ", duperie monstrueuse qui a permis à l'État bourgeois de traverser indemne les événements (rappelons-nous " l'insurrection " de la police).</p>
<p>De la même façon, La Vérité a dénoncé sous l'occupation la résistance d'union sacrée, mais lâche prise maintenant devant l'opinion publique petite-bourgeoise et en arrive à se réclamer de la résistance !</p>
<p>Pour nous, le levier pour le renversement de la situation, n'est pas dans des discussions avec " l'opinion publique ". Il est dans une politique révolutionnaire, hardie : à l'heure où les masses voient qu'elles sont trahies de toutes parts, à l'heure où l'offensive gouvernementale se poursuit contre elles et que les chefs " ouvriers " se perdent en discours, les trotskistes doivent montrer aux masses que, ne s'effrayant ni de la calomnie ni des menaces, ils restent seuls à prendre la défense de leurs intérêts. Les ouvriers sont fatigués d'années de souffrances et de privations. Ils arrivent à exécrer les chefs traîtres qui détiennent actuellement dans les usines le rôle de premiers garde-chiourme. Dans ces conditions, deux ouvriers révolutionnaires, par un travail clandestin et intelligent, tiennent en échec toute une direction syndicale, parce que les ouvriers ont pu se rendre compte qu'il y avait quelqu'un pour prendre leur défense.</p>
<p>Au lieu de mener son offensive, La Vérité se perd en discussions et en disputes avec " l'opinion publique éclairée ", avec les "démocrates sincères". Et les ouvriers assistent à ces pleurnicheries, au lieu de rencontrer dans La Vérité un organe de combat et une réponse à leurs propres préoccupations.</p>
<p>Dans une interview de 1937, Trotsky a dit :</p>
<p>" Je suis sûr que dix ouvriers qui comprennent très bien la situation... gagneront une centaine d'ouvriers, et les cent ouvriers un millier de soldats. Ils seront victorieux à la fin de la guerre ; ça me semble très simple, mais je pense que c'est une bonne idée ".</p>
<p>Là se résument tous les problèmes de notre travail. Comment faire bien comprendre la situation à une centaine d'ouvriers, les gagner corps et âme à la politique révolutionnaire, en faire des cadres de la classe ouvrière et du trotskisme ; c'est par eux que nous pourrons apparaître aux masses comme leurs seuls défenseurs, dans ce monde où elles n'ont que des ennemis.</p>
<p>Ce sont là les problèmes de la construction du parti et de sa prolétarisation, de l'attitude envers les questions théoriques, du lien entre la théorie et la pratique. Ces problèmes il faut les poser devant l'ensemble du mouvement et à l'aide d'une discussion approfondie, à la lumière de l'expérience, poser un premier jalon dans la voie du redressement théorique et pratique du mouvement trotskiste en France. Hors de là un sort pire que celui du POUM attend notre mouvement.</p>
<p>La discussion du bilan de nos deux organisations ne serait pas à l'heure actuelle une concession de votre part, mais le devoir le plus élémentaire de notre travail révolutionnaire.</p>
<p>juillet 1945</p>
<p>UNION COMMUNISTE</p>
<p>(IVème Internationale)</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] Nous demandons aux militants de lire ou de relire les ouvrages de Trotsky que nous avons cités Où va la France, Et Maintenant et Après la "Paix" impérialiste de Munich. [Note de Barta]</p>
<p>[2] Il s'agit de la désignation d'une commission d'enquête sur l'assassinat de Pamp (Mathieu Bucholz) par le PCF en septembre 1944. En juillet 1945 l'UC avait renouvelé sa demande, préalablement à toute discussion politique ".</p>
<p>[3] La Voix des Travailleurs, Bulletin inter-usines de l'opposition syndicale Lutte de Classes ne paraîtra qu'en octobre 1945. Mais l'UC avait déjà engagé un travail dans cette direction et certaines de ses publications d'entreprise portaient déjà ce nom.</p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470627.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470627.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/urss/natalia.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/urss/natalia.htm</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6247" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6247</a></p></div>
Quand Staline dissolvait la troisième internationale
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8778
http://www.matierevolution.org/spip.php?article87782025-07-27T22:33:00Ztext/htmlfrRobert ParisStalinismeIV° Internationale1943-1947
<p>Quand Staline dissolvait la troisième internationale, fondée par Lénine et Trotsky <br class='autobr' />
A LA NOUVELLE VICTOIRE POLITIQUE DE L'IMPERIALISME ANGLO-SAXON : LA DISSOLUTION DE LA TROISIEME INTERNATIONALE, LE PROLETARIAT REPONDRA PAR LA LUTTE REVOLUTIONNAIRE SOUS LE DRAPEAU DE LA QUATRIEME INTERNATIONALE ! <br class='autobr' />
Au moment où la guerre impérialiste mondiale entre dans sa phase décisive, une "nouvelle sensationnelle" diffusée depuis 48 heures par toutes les radios et dans toute la presse du globe y compris (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique188" rel="directory">11- Organisation internationale des travailleurs révolutionnaires</a>
/
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag">1943-1947</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Quand Staline dissolvait la troisième internationale, fondée par Lénine et Trotsky</h2>
<p>A LA NOUVELLE VICTOIRE POLITIQUE DE L'IMPERIALISME ANGLO-SAXON :<br class='autobr' />
LA DISSOLUTION DE LA TROISIEME INTERNATIONALE,<br class='autobr' />
LE PROLETARIAT REPONDRA PAR LA LUTTE REVOLUTIONNAIRE<br class='autobr' />
SOUS LE DRAPEAU DE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !</p>
<p>Au moment où la guerre impérialiste mondiale entre dans sa phase décisive, une "nouvelle sensationnelle" diffusée depuis 48 heures par toutes les radios et dans toute la presse du globe y compris les radios et la presse de l'URSS, remplit de stupéfaction et d'embarras les prolétariats de tous les pays : Staline dissout l'Internationale Communiste et recommande à ses membres de subordonner leur action à l'action des Gouvernements "alliés" dans la lutte contre Hitler !</p>
<p>Et tandis que la propagande de l'Axe s'empresse de qualifier la nouvelle de "bluff" et de "manœuvre grotesque", la propagande "alliée" exalte "l'importance historique" de l'événement.</p>
<p>DE QUOI DONC S'AGIT-IL ? PRESSION ET VICTOIRE DE L'IMPERIALISME ANGLO-AMERICAIN.</p>
<p>Staline dissout l'Internationale de Lénine cédant ainsi à la pression de l'impérialisme américain et anglais. La nouvelle de la dissolution du Komintern a été annoncée tout de suite après la visite du représentant de Roosevelt, Davies, à Staline, et avant la fin des travaux de la conférence politico-militaire des Anglo-Américains à Washington.</p>
<p>La guerre impérialiste étant arrivée à sa phase décisive, et le rapport de forces des belligérants s'étant profondément modifié au cours de la dernière année en faveur du camp anglo-américain à la suite des défaites de l'Axe en Russie, en Afrique et dans les airs, l'impérialisme anglo-américain est aujourd'hui sur le point de fixer ses plans définitifs pour la liquidation de la guerre. Mais avant d'agir sur le terrain militaire en Europe, ayant tiré l'expérience amère de la crise révolutionnaire qui a suivi la fin de la guerre de 14-18 et qui a menacé jusqu'aux tréfonds l'édifice capitaliste, il veut s'assurer d'avance la liquidation capitaliste et sans risques pour le régime des classes possédantes, de cette guerre. L'impérialisme subordonne ainsi l'action militaire immédiate aux considérations politiques qui visent à créer le climat nécessaire en Europe, dans lequel aucune crise révolutionnaire sérieuse ne serait possible.</p>
<p>C'est pour cette raison que l'impérialisme anglo-américain neutralise d'abord la IIIème Internationale qui, malgré sa dégénérescence bureaucratique croissante pendant toutes ces dernières années, représentait encore grâce à ses traditions et sa liaison avec l'URSS un cadre dans lequel se canalisait l'activité révolutionnaire spontanée des masses.</p>
<p>POURQUOI STALINE CEDE-T-IL ?</p>
<p>Staline a cédé à la pression des impérialistes "alliés" parce que, malgré les dernières victoires de l'Armée Rouge, malgré la défaite en perspective de l'Axe, l'URSS est sur le plan mondial plus faible que jamais. Faible d'abord parce que la guerre a consommé et détruit une masse énorme de richesses naturelles du pays, de réalisations techniques, de matériel et d'hommes. Faible ensuite parce que la force principale de l'URSS en tant que pays qui voulait ériger une société socialiste basée sur un système d'économie planifiée et sans les entraves du régime capitaliste de la propriété privée, réside dans le soutien actif du prolétariat mondial, dans le progrès de son mouvement révolutionnaire et dans l'élargissement de la révolution socialiste commencée il y a 25 ans en URSS.</p>
<p>Ni matériellement en fait, ni politiquement, l'URSS ne pouvait soutenir longtemps la lutte avec son entourage capitaliste. Mais le mouvement révolutionnaire sous la direction stalinienne n'a accumulé jusqu'à maintenant que des défaites, qui ont rendu la situation de l'URSS à la longue, et surtout pendant la guerre actuelle, extrêmement précaire et à la merci des pressions et des chantages de l'impérialisme mondial.</p>
<p>MAIS S'IL NE S'AGIT QUE D'UNE MANŒUVRE ?</p>
<p>La propagande de l'Axe qui par le succès politique de l'impérialisme anglo-saxon a perdu un atout d'argumentation en faveur de la croisade "anti-communiste", dénonce la liquidation du Komintern comme une "manœuvre", et les bureaucrates qui dirigent les partis communistes, embarrassés par l'ampleur et la vitesse de la décision du Kremlin, ne tarderont pas de donner aux ouvriers la même explication facile.</p>
<p>Mais c'est une série de telles manœuvres qui pendant toutes ces dernières années ont amené la liquidation pratique du mouvement communiste, et dont l'aboutissement nécessaire est la liquidation aussi du Komintern. C'est la "manœuvre" du Front Populaire qui a éliminé de la scène politique la physionomie indépendante des partis communistes et qui a favorisé ainsi la préparation idéologique de la guerre par la "sainte alliance" des partis bourgeois et "ouvriers". C'est la "manœuvre" de la subordination du mouvement ouvrier pendant la présente guerre aux mouvements bourgeois nationaux des différents De Gaulle et Giraud dans les camps des pays "alliés" qui fait évoluer jusqu'à maintenant la guerre selon les désirs de l'impérialisme mondial et qui prépare sa victoire accompagnée de l'étouffement de toute crise révolutionnaire et de l'écrasement de ce qui reste encore vivant de la révolution d'Octobre en URSS. Ce n'est pas la bourgeoisie qui a été trompée par ces "manœuvres", c'est le prolétariat au contraire qui a servi d'instrument docile aux buts réactionnaires. Il n'y a que des bureaucrates pourris, des coquins ou des imbéciles qui peuvent faire vanter au prolétariat les avantages d'une "ingénieuse" politique de manœuvre et lui déformer ainsi son critère de classe.</p>
<p>La politique prolétarienne, pour qu'elle soit vraiment révolutionnaire, c'est-à-dire pour qu'elle fasse avancer la conscience, l'éducation politique et l'organisation des masses laborieuses, doit être telle qu'elle a toujours été définie par Marx, par Lénine et par Trotsky : franche, audacieuse, avec son propre drapeau, expliquant toujours ce qui est et ce qu'elle veut, au lieu de s'adapter misérablement aux dispositions de telle ou telle bourgeoisie "amie" ou "alliée" de l'URSS. Parce que c'est précisément la politique extérieure de l'URSS qui conditionne et qui explique toute la politique opportuniste des partis communistes pendant les dernières années.</p>
<p>La IIIème Internationale était devenue aux mains de la bureaucratie stalinienne un simple accessoire de sa politique extérieure, qui au lieu d'être appuyée sur l'action révolutionnaire des masses, les seuls alliés naturels de l'URSS, a été orientée exclusivement dans la voie des "combines" et des "manœuvres" avec les différents pays impérialistes.</p>
<p>Et la bande de bureaucrates qui d'une main aussi légère, sur un geste des maîtres du Kremlin, dissout maintenant en pleine guerre impérialiste l'organisation suprême du prolétariat mondial, montre pour une dernière fois le misérable sort que le stalinisme a réservé à l'Internationale de Lénine : devenir un simple moyen de marchandage avec les bandits impérialistes internationaux.</p>
<p>LA CONCESSION DE STALINE NE SERA PAS LA DERNIERE.</p>
<p>Plus on prive le prolétariat de ses armes idéologiques et organisationnelles pour sa lutte de classe contre la bourgeoisie, plus la position internationale de cette dernière se renforce et plus elle devient insatiable et agressive.</p>
<p>La liquidation du Komintern par Staline ne peut pas être la dernière de ses concessions à l'impérialisme armé des "alliés". Sur la voie d'une désorganisation et d'une passivité progressive du prolétariat mondial, l'existence de l'URSS avec tout ce qui reste encore debout de la Révolution d'octobre dans ce pays, nationalisation de la propriété, économie planifiée, commerce extérieur étatisé, ne pourra pas subsister encore pour longtemps. Le rapport des forces changera chaque jour davantage en faveur du capitalisme, aussi bien à l'intérieur de l'URSS que sur l'échelle mondiale et provoquera l'effondrement brusque de toutes les conquêtes socialistes qui subsistent encore en URSS.</p>
<p>L'impérialisme international, d'accord avec les tendances réactionnaires renforcées dans certains milieux de la bureaucratie soviétique, exercera pendant cette guerre tout son pouvoir pour arracher d'autres concessions substantielles dans le domaine de l'économie planifiée de l'URSS pour la ramener finalement dans le cycle de l'économie anarchique du capitalisme.</p>
<p>SURPRISE ? NON, SUITE LOGIQUE DE TOUTE LA POLITIQUE STALINIENNE.</p>
<p>Pour nous marxistes, nourris de la pensée et de l'œuvre pratique de Marx, de Lénine, de Trotsky, un fait est l'aboutissement nécessaire de son évolution antérieure. Que Staline dissolve le Komintern, arme suprême du prolétariat combattant, à la veille de la phase décisive de la guerre impérialiste mondiale, ne nous surprend pas. Il y a en fait 15 ans que nous avons commencé à prouver aux militants de l'avant-garde révolutionnaire que la politique stalinienne conduisait pratiquement à la liquidation du mouvement communiste. Et il y a plus de 9 ans qu'ayant tiré de l'expérience pratique la certitude qu'aucune réforme ne serait plus possible à l'intérieur de la IIIème Internationale, nous avons proclamé devant le prolétariat mondial, dans la mesure de nos forces, la nécessité historique de la IVème Internationale.</p>
<p>Nous ne verserons pas de larmes inutiles devant la dépouille de celle qui fut jadis l'Internationale héroïque de Lénine et de Trotsky. Nous ne perdrons pas non plus notre courage devant les difficultés immenses de notre œuvre et notre foi inébranlable dans la justice prolétarienne et le triomphe certain de notre cause. Nous savons avec Marx que les succès faciles ne sont pas propres à la révolution prolétarienne.</p>
<p>Nous savons au contraire que "les révolutions prolétariennes se critiquent elles-mêmes constamment, interrompent à chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà être accompli, pour le recommencer à nouveau, raillent impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de leurs premières tentatives, paraissent n'abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et se redresser à nouveau formidable en face d'elles, reculent constamment à nouveau devant l'immensité infinie de leurs propres buts, jusqu'à ce que soit enfin créée la situation qui rende impossible tout retour en arrière, et que les circonstances elles-mêmes crient : ...c'est ici qu'il faut sauter !"</p>
<p>Prolétaires ! Camarades !</p>
<p>Laissons les morts enterrer leurs morts. Aussi pénible que cela puisse être pour des milliers d'entre vous de constater que l'Internationale sous le drapeau de laquelle d'innombrables militants de notre cause ont trouvé la mort et ont souffert dans les geôles de la bourgeoisie les pires martyrs moyenâgeux, vous abandonne au moment le plus critique de la lutte contre l'impérialisme qui, une fois de plus, a plongé l'humanité entière dans une mer immense de sang, de détresse et de souffrance, ne vous découragez pas !</p>
<p>Le capitalisme européen sortira de cette guerre mortellement affaibli. Dans une série de pays tels que l'Allemagne, l'Italie, la Roumanie, etc... l'effondrement risque d'être total et le chaos économique et politique indescriptible. Dans les autres pays la guerre n'a pas fait moins de ravages et le désordre général qui accompagnera sa fin provoquera des explosions gigantesques.</p>
<p>Une ère de guerres civiles et de révolutions commencera.</p>
<p>Mais la désorganisation et la confusion dans les rangs des révolutionnaires peuvent permettre de nouveau une stabilisation éphémère du capitalisme. Dans ce cas la misère atroce et l'esclavage politique seraient pour une certaine période notre sort.</p>
<p>Le capitalisme européen ne peut en fait se survivre après cette guerre qu'en rabaissant le niveau de vie à ses extrêmes limites et en instaurant un ordre politique dictatorial. Crises économiques plus longues et plus profondes que toutes celles que nous avons jusqu'à maintenant connues, chômage massif et permanent, salaires bas, vie chère, esclavage politique, voilà les perspectives d'aprèsguerre si nous accordons au capitalisme encore un délai d'existence.</p>
<p>Forgeons dès maintenant dans la lutte nos armes nouvelles : les nouveaux partis révolutionnaires, la nouvelle Internationale.</p>
<p>Que la pensée de Marx, de Lénine et de Trotsky soit notre guide et notre drapeau.</p>
<p>POUR LE TRIOMPHE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE !</p>
<p>POUR LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE !</p>
<p>Pour le gouvernement révolutionnaire des Comités ouvriers et paysans !</p>
<p>Pour la défense des conquêtes socialistes de l'URSS contre les nouveaux assauts de l'impérialisme !</p>
<p>Pour la paix, le pain et la liberté !</p>
<p>VIVE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/05/ldc13s_052443.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/05/ldc13s_052443.htm</a></p>
<p>APPEL AUX OUVRIERS COMMUNISTES</p>
<p>Camarades,</p>
<p>En pleine guerre impérialiste et sous la pression des capitalistes de Londres et de Washington, Staline, qui depuis longtemps avait transformé la IIIème Internationale d'instrument de la révolution mondiale socialiste en objet de marchandages diplomatiques, désavoue l'Internationale elle-même en tant qu'instrument d'émancipation de l'humanité de la guerre et de l'oppression.</p>
<p>Grande est la joie dans le camp de l'impérialisme "démocratique" qui proclame la faillite de l'internationalisme prolétarien et exalte la patrie "éternelle" (capitaliste). Et Staline s'empresse de déclarer au correspondant de l'agence Reuter à Moscou que la "dissolution de l'Internationale... prépare les voies pour l'association des peuples basée sur l'égalité".</p>
<p>Mensonges impudents que les prétention des impérialistes "démocratiques" et de leur valet Staline.</p>
<p>Quel est l'ouvrier qui ne sache pas que l'Internationale a été créée précisément non seulement pour l'émancipation du prolétariat de la bourgeoisie, mais aussi, en vue de cette émancipation, pour réaliser l'égalité entre toutes les nations ? Quel est le militant communiste qui ne sache pas que le fondement du léninisme c'est précisément l'incompatibilité du capitalisme actuel (le capitalisme impérialiste des monopoles) avec une "association des peuples basés sur l'égalité" ? La guerre impérialiste de 14-18 et la présente guerre impérialiste n'ont-elles pas démontré pratiquement cette incompatibilité ? La victoire d'un camp impérialiste sur l'autre (victoire alliée en 1918, victoire de Hitler en 1940) peut-elle être autre chose qu'une exploitation renforcée du prolétariat et une oppression des nations les plus faibles par la bourgeoisie des pays impérialistes les plus forts ? Toute notre lutte jusqu'à maintenant n'a-t-elle pas été précisément de démontrer que seul l'internationalisme prolétarien dont l'instrument est l'Internationale peut permettre à chaque exploité d'avoir réellement une patrie à lui ? Que la patrie où l'ouvrier est exploité par le capital et où il peut crever de faim, c'est la patrie du capitaliste et non la sienne propre ? Que la seule base de l'union fraternelle des peuples ce sont les Etats-Unis socialistes d'Europe et du Monde et non pas des "patries" capitalistes isolées et ennemies ? En dissolvant la IIIème Internationale soi-disant pour démontrer que le "bolchévisme" ne s'immisce pas dans les affaires des nations, Staline ne passe-t-il pas ainsi dans le camp des calomniateurs de l'internationalisme prolétarien ?</p>
<p>Camarades,</p>
<p>Les brigands impérialistes chantent trop tôt victoire. Comme aux siècles passés la monarchie, de nos jours l'internationalisme ne meurt jamais, car la lutte de classes ne s'arrête jamais. A LA IIIème INTERNATIONALE MORTE SUCCEDE LA IVème INTERNATIONALE .</p>
<p>Du sein même de la IIIème Internationale, en s'opposant à la direction officielle dans toutes les questions où celle-ci s'éloignait des intérêts de la classe ouvrière, est née depuis 1924 le courant internationaliste qui constitua en 1928 l'Opposition communiste de gauche ("trotskyste"). Quand en 1933 la faillite de la IIIème Internationale sous la direction de Staline devint évidente par la catastrophe allemande, l'opposition de gauche proclama la nécessité de la création de la nouvelle Internationale, la Quatrième. Car la lutte de classe, base de la société capitaliste, rend nécessaire à chaque instant au prolétariat l'existence d'un Parti prolétarien sans lequel ses luttes sont vouées à l'échec. La IVème Internationale ne fait que continuer les véritables traditions de la IIIème Internationale du vivant de Lénine. Sa base politique est constituée par les Thèses et les Résolutions des quatre premiers Congrès de l'I.C.(1919-20-21-22). Que chaque communiste digne de ce nom étudie ces thèses et les compare avec les bases programmatiques de la IVème Internationale ; il deviendra alors évident que celle-ci continue celle-là, que depuis 1933 la IVème Internationale représente la continuité révolutionnaire de la lutte de classes et que le communisme à jamais vivant aux cœurs des exploités possède contre la bourgeoisie le drapeau sans tâche aucune de l'Internationale.</p>
<p>Camarades,</p>
<p>Par leur concert de manœuvres, de marchandages et de comédies diplomatiques sur le dos des peuples, les impérialismes anglais, américain, allemand, italien et la bureaucratie conservatrice soviétique, essaient d'empêcher que la voix de la IVème Internationale arrive aux ouvriers et aux opprimés de tous les pays. Car la IVème Internationale est la négation même de ces pratiques issues de la société de classe, elle lutte pour le renversement du vieux monde pourri et pour l'avènement de la nouvelle société socialiste, sans diplomatie, sans marchandages, et sans les "comédies" sanglantes de la guerre.</p>
<p>Mais si au cours même de cette guerre le prolétariat n'intervient pas lui-même dans la lutte avec ses buts et son véritable drapeau, le drapeau du communisme, alors l'impérialisme ira plus loin dans son œuvre contre-révolutionnaire et contraindra la bureaucratie de mettre fin également à l'économie planifiée de l'URSS, détruisant ainsi l'œuvre fondamentale de la révolution d'Octobre 17.</p>
<p>Camarades,</p>
<p>Le devoir vis-à-vis de la classe ouvrière est le devoir suprême de tout militant ouvrier. Quand il devient évident que la Parti auquel on était attaché par toutes ses fibres et auquel on était prêt à sacrifier à chaque instant sa vie renonce aux buts permanents de la classe ouvrière (sous quelque prétexte que ce soit), alors on ne peut plus continuer à fermer les yeux, à s'endormir avec des "raisonnements". Il faut immédiatement tirer la conclusion pratique fondamentale : la rupture avec l'opportunisme, pour l'orientation immédiate vers la recherche théorique et pratique d'un milieu révolutionnaire nouveau, sous peine de trahir le prolétariat, sous peine de trahir sa propre vie de communiste.</p>
<p>Camarades,</p>
<p>Nous disions en novembre 1940 : tout militant honnête qui ne veut pas rester impuissant devant la guerre et le fascisme (dont les méthodes se sont étendues à tous les pays capitalistes), doit adopter les principes théoriques de la IVème Internationale, héritière des meilleures traditions révolutionnaires des trois précédentes Internationales. Nous disions aussi qu'il y aurait en France un Parti révolutionnaire seulement quand des centaines et des milliers d'entre vous prendront conscience du rôle politique du stalinisme et deviendront les champions de la nouvelle Internationale. La IIIème Internationale est morte depuis longtemps. Le désaveu formel de Staline sous la pression de l'impérialisme est le dernier coup donné aux masses de tous les pays pour lesquelles la IIIème Internationale restait encore le symbole de la solidarité des ouvriers de tous les pays. Reconstruisons ensemble le véritable Parti prolétarien, qui bannissant de son sein le réformisme et le stalinisme, sera le guide révolutionnaire de la classe ouvrière. Réveillons d'abord sur le terrain de l'usine l'activité des meilleurs éléments de la classe ouvrière en vue de l'organisation de celle-ci pour les luttes qui approchent, luttes qui secoueront de fond en comble le vieil édifice capitaliste et qui, en réveillant la classe ouvrière à une activité révolutionnaire nouvelle, balaieront de la scène politique les éléments pourris de ce qui reste de la IIème et de la IIIème Internationale.</p>
<p>En avant pour le nouveau parti révolutionnaire !</p>
<p>Vivent les Etats-Unis socialistes d'Europe !</p>
<p>Vive la Quatrième Internationale !</p>
<p>1er Juin 1943</p>
<p>Groupe Communiste (IVème Internationale)</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/06/ldc13_060143.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/06/ldc13_060143.htm</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p> <a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2018/05/22/75an-m22.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2018/05/22/75an-m22.html</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/hic/works/1943/06/Staline_dissout.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/hic/works/1943/06/Staline_dissout.pdf</a></p>
<p>Quand Staline s'attaquait à la perspective internationale et prolétarienne de Lénine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567</a></p>
<p>L'Internationale Communiste après Lénine</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical1.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical1.html</a></p>
<p>Ce que représentait la 3ème internationale pour le prolétariat mondial</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5929" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5929</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article696" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article696</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3961" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3961</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article261" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article261</a></p></div>
Barta, Pierre Bois et les grèves à Renault
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8657
http://www.matierevolution.org/spip.php?article86572025-05-20T22:41:00Ztext/htmlfrRobert ParisGrève StrikeStalinismeIV° InternationaleSyndicalism - le syndicalisme1943-1947RenaultTrotskisme
<p>Barta, Pierre Bois et les grèves à Renault <br class='autobr' />
Nous publions ci-dessous le récit d'un participant à l'Assemblée du 23-4, chez Renault (secteur Collas), où fut décidée la grève pour les 10 francs : <br class='autobr' />
A 12 h.30, lorsque j'arrive, le trottoir (large d'au moins 8 mètres) est encombré d'ouvriers qui sont là, par dizaines et discutent ; tandis que, par paquets, les ouvriers sortant de la cantine continuent d'affluer. Toutes les conversations roulent sur le même sujet : ce qui va se passer tout à (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique95" rel="directory">10- SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS - SYNDICALISM AND SELF-ORGANISATION OF WORKERS </a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag">Grève Strike</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag">Syndicalism - le syndicalisme</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag">1943-1947</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot225" rel="tag">Renault</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Barta, Pierre Bois et les grèves à Renault</h2>
<p>Nous publions ci-dessous le récit d'un participant à l'Assemblée du 23-4, chez Renault (secteur Collas), où fut décidée la grève pour les 10 francs :</p>
<p>A 12 h.30, lorsque j'arrive, le trottoir (large d'au moins 8 mètres) est encombré d'ouvriers qui sont là, par dizaines et discutent ; tandis que, par paquets, les ouvriers sortant de la cantine continuent d'affluer. Toutes les conversations roulent sur le même sujet : ce qui va se passer tout à l'heure. Et le mot de grève circule. Un tract diffusé dans la matinée, de la main à la main, nous a fait savoir que le Comité de grève, élu à l'Assemblée générale précédente par 350 ouvriers contre 8, a tenu à nous réunir afin de nous mettre au courant des démarches qu'il a effectuées auprès de la direction.</p>
<p>Une heure donnée doit être respectée, et, à 12 h.30 précises, un camarade, qui est déjà sur la fenêtre, commence à parler. Au premier rang de cet auditoire, bien plus nombreux que la fois précédente, où se retrouvent presque tous les ouvriers des deux départements faisant la "normale", soit quelque 700 ouvriers, des coups d'oeil significatifs s'échangent ; les visages sont plutôt gais, quoique les esprits soient tendus. Le camarade explique brièvement, en termes clairs, l'échec de la délégation, auquel d'ailleurs on s'attendait. Et, devant l'auditoire ouvrier attentif, il démontre que l'arme gréviste reste le seul moyen permettant d'obtenir satisfaction. Au milieu des cris d'approbation qui fusent de toutes parts, il explique que la grève à venir sera une lutte des plus sérieuses qu'il faudra mener avec résolution jusqu'au bout. "Il ne sera plus question de jouer de l'accordéon ou de rester les bras croisés à attendre que ça tombe, mais il faudra s'organiser pour faire connaître le mouvement dans toutes les usines, faire des piquets de grève et défendre les issues de l'usine au besoin."</p>
<p>Répondant d'avance aux objections que pouvaient faire certains sur la perte d'argent que cela occasionnerait, et l'intervention toujours possible de la police, il indique que le paiement des journées de grève sera exigé ; quant aux "lacrymogènes" de la police, pendant plus de six ans nous avons reçu des bombes sur la gueule et on n'a rien dit. On s'est continuellement serré la ceinture avec les sacrifices que la bourgeoisie nous a imposés pour défendre ses coffres-forts. Et aujourd'hui, nous n'aurions pas la force et le courage d'en faire au moins une infime partie pour nous ?" Appuyant ces paroles de cris bruyants, les ouvriers marquaient leur approbation.</p>
<p>Passant au vote, le camarade demande aux ouvriers de se prononcer sur la grève en tant que moyen à envisager dans les délais les plus courts. Tandis que quelques voix seulement votent "contre", les ouvriers votent "pour". C'est alors que le délégué cégétiste, littéralement poussé par ses "copains" qui lui ont frayé un chemin, s'avance pour exposer son point de vue, ainsi que le camarade venait de le demander, invitant les opposants à émettre leur point de vue. Malgré le calme relatif, les ouvriers étant curieux de connaître ses objections, il ne put éviter de s'attirer la réplique d'un ouvrier : "Tu vois, ici au moins, il y a de la démocratie". Grimpé sur la fenêtre, parlant à voix basse et ne sachant pas trop quoi dire, le délégué entreprit d'expliquer aux ouvriers la "situation réelle en ce qui concerne les salaires" ; pour son malheur, il se mit à parler d'une délégation qui était allée voir Lefaucheux (avec la demande d'établir une égalité de salaires entre les ouvriers d'ici et ceux de chez Citroën, avec effet rétroactif), que d'ailleurs, ajouta-t-il, elle ne trouva pas. Manifestement, les ouvriers vomissent les délégations et, à peine le délégué achevait-il ses dernières paroles que sa voix était couverte d'exclamations plus ou moins significatives. "Les délégations, on en a assez". "Jusqu'où comptez-vous nous mener en bateau ?". "On n'en veut plus de tes délégations, maintenant, ce qu'il faut, ce sont des actes". J'ajoute moi-même : "Egalité avec Citroën, mais là-bas ils crèvent de faim aussi". Abrégeant son exposé, le dé-légué lança un "appel au calme" et une mise en garde "contre les démagogues" fut non moins huée que les "délégations". Après quoi, il dut descendre pour céder la place à un ouvrier d'une trentaine d'années qui, grimpé sur la fenêtre, expliqua, en quelques mots, ce qu'il pensait et des délégués et des délégations : "Camarades, depuis des mois, on nous fait attendre des augmentations qui doivent toujours arriver demain. On nous a déjà fait l'histoire en février et on nous a dit que l'absence de Lefaucheux, à l'époque, avait empêché les revendications d'aboutir. Cela a recommencé hier et, une fois encore, il n'était pas là. Et les délégués sont repartis, comme avant. Cela ne peut plus durer. Jusqu'à quand allons-nous nous laisser mener ? Maintenant, ce n'est plus des parlottes qu'il faut, ce sont des actes".</p>
<p>Complétant dans le même sens ce que l'ouvrier venait de dire, le premier camarade parla du Minimum vital qui fut mis à l'ordre du jour de la C.G.T., en novembre et qui devait être appliqué avec effet rétroactif également. "Mais la C.G.T., dit-il, capitula sur le minimum vital et l'on ne parla plus ni du minimum vital ni de son effet rétroactif. Comment pouvons-nous croire à présent des personnes qui ont capitulé de la sorte ? Qu'est-ce qui nous prouve qu'ils ne capituleront pas de la sorte demain, avec leurs délégations ?" Cet incident clos de la bonne manière, le camarade demande alors, pour clore la réunion, que les ouvriers manifestent par un second vote leur confiance au Comité de Grève afin de l'habiliter à déclencher la grève au moment opportun. Si la grande majorité qui accorda sa confiance au Comité de grève fut la même que précédemment, il n'en fut pas de même des "contre" qui voyaient leur nombre ramené à 8. Lorsque la majorité vota, un ouvrier qui se trouvait près du délégué lui cria à l'oreille : "Tu les vois, tous ceux qui sont pour l'action, rince-toi l'oeil !".</p>
<p>POUR QUI TRAVAILLENT LES OUVRIERS ?</p>
<p>Pour justifier ses refus successifs d'augmenter les salaires, M. Lefaucheux, directeur de la Régie Renault, a prétexté le bilan déficitaire de la Régie Renault : "Nous ne pouvons pas vous payer, parce qu'il n'y a plus d'argent..."</p>
<p>La production aurait-elle diminué pour expliquer ce déficit ? En 1945, 12.000 véhicules ont été fabriqués ; en 1946, 30.000, et en 1947, le programme s'accentue de semaine en semaine.</p>
<p>Oui, mais le personnel a augmenté, nous rétorque-t-on. Fort bien... Mais alors, n'est-ce pas une preuve que les affaires (celles des patrons) marchent à merveille ?</p>
<p>Au moment de la "bataille des 25%", la section syndicale Renault déclarait que, pour une Juva 4, 10.000 fr. de salaires étaient déboursés, alors que cette voiture était cataloguée à 107.000 fr. Admettons qu'avec l'inflation ces chiffres soient périmés. Il n'y a cependant aucun doute que leur écart ne se soit agrandi depuis.</p>
<p>Les Juva 4 sont revendues à l'étranger avec 20.000 francs de perte. Seulement, l'effort des ouvriers qui les ont réalisées a été payé en francs Schuman, alors que c'est en devises que les acquéreurs étrangers les ont réglées. Quelle est la destination de ces devises ? En premier lieu, le compte en banque des actionnaires, le financement de l'armée, tout ce qui concerne "les intérêts bien compris" de nos capitalistes, et, en second lieu, l'achat de l'outillage.</p>
<p>Or, la direction, qui est étrangement silencieuse sur la première destination des fonds de la Régie, l'est beaucoup moins sur la seconde. Elle est même très loquace : les usines du Mans, de Saint-Etienne, d'Orléans, d'Annecy, de Vernon, de Saint-Michel, etc..., ont été reconstruites et tournent à pleins bras ; 1.500 machines neuves ont été achetées, et surtout, surtout, la 4 CV !... Tout est mis en oeuvre pour sa réussite. La substance des ouvriers n'est pas ménagée. Pensez donc, il est même question que les ouvriers pourront en acheter ! Encore faudrait-il qu'ils puissent acheter le pain quotidien et payer le loyer !...</p>
<p>En attendant, il faut produire sans revendiquer. Et quand la 4 CV sortira, les bénéfices subiront le même sort : actionnaires, achat de machines avec un nombre plus grand d'ouvriers pour les faire marcher. Ceci, si les affaires "tournent rond". Mais si les voitures ne se vendent plus, il ne nous restera plus qu'à aller chercher du travail ailleurs... Voilà la perspective pour demain si nous continuons à nous soumettre aux "arguments" du patronat.</p>
<p>A la Régie Renault, des ouvriers font des semaines de 60 heures. Transformés en véritables robots, ils travaillent sur deux ou trois machines à la fois. Mais chez Caudron, Hispano et ailleurs, on débauche. Les ouvriers vont enfin récolter les fruits du mot d'ordre "produire". Pour 500 d'entre eux qui sueront sang et eau en usine à des salaires de famine, 1.000 autres crèveront de faim aux portes des bureaux d'embauche.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1947/04/ldc89_042647.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1947/04/ldc89_042647.htm</a></p>
<p>Tract</p>
<p>TRAVAILLEURS DE LA METALLURGIE DE LA REGION PARISIENNE</p>
<p>Les Ouvriers des Usines Renault en Grève s'adressent à vous,</p>
<p>DEPUIS LE MARDI 29 AVRIL NOTRE GREVE A PRIS UN CARACTERE GENERAL</p>
<p>Déjà, depuis plusieurs semaines, des grèves partielles réclamant un rajustement des salaires avaient éclaté dans l'usine. Car avec un salaire de 42 francs pour un O.S. face à la montée incessante du coût de la vie, aucun d'entre nous ne peut joindre les deux bouts. C'est pourquoi le vendredi 25 avril, les départements 6 et 18 se mettant en grève, un comité de grève, élu en assemblée générale à la presque unanimité, a été mandaté de mener la lutte pour 10 frs. d'augmentation de l'heure sur le taux de base</p>
<p>Paiement des heures de grève.</p>
<p>Le Comité de grève, pour mener cette lutte qui intéresse tous les travailleurs, a fait immédiatement appel à toutes les usines Renault. Et malgré l'opposition de la Direction syndicale officielle, les travailleurs, organisés ou non, et quelle que soit leur appartenance aux différentes organisations syndicales ou politiques, ont été UNANIMES pour adopter nos revendications.</p>
<p>Mandatés pour exposer nos revendications à la direction patronale, celle-ci, en la personne de M. Lefaucheux, a refusé de nous recevoir et a traité la délégation ouvrière avec le plus grand mépris. M. Lefaucheux bafoue le droit le plus élémentaire des ouvriers d'élire librement leurs représentants. Il veut nous imposer ceux qui dans le passé l'ont aidé dans son action anti-ouvrière et avec lesquels il espère, mais en vain, s'arranger, pour nous berner une fois de plus.</p>
<p>QUE REPRÉSENTENT LES 10 FRANCS ?</p>
<p>Devant notre action décidée, le patronat et la direction syndicale opposent à notre revendication des 10 francs une augmentation de la prime à la production. Mais le système des primes au rendement, tout ouvrier le sait, c'est la surexploitation de la force de travail de l'ouvrier et ne présente aucune garantie du point de vue salaire.</p>
<p>Jusqu'à présent, la politique patronale a toujours été de nous faire courir après les prix à l'aide de petites satisfactions partielles pour calmer notre mécontentement. Notre revendication actuelle, qui est celle du minimum vital, c'est-à-dire, pour nous limiter au chiffre de la C.G.T., de 7.000 francs par mois, 10 francs d'augmentation sur le taux de base pour 40 heures de travail, doit mettre fin une fois pour toutes à cet état de choses. Car l'augmentation que nous réclamons doit être garantie par son adaptation constante aux indices des prix en fonction de ce qu'il nous fait acheter pour vivre sans mettre en danger notre santé, Nous voulons L'ECHELLE MOBILE DES SALAIRES.</p>
<p>Cette revendication, la C.G.T. elle-même l'avait mise en avant au mois de décembre (salaire minimum vital calculé selon l'indice des prix). Mais la direction de la C.G.T. l'a abandonnée, cependant que, malgré les heures supplémentaires et la cadence toujours plus vive, malgré les promesses sur l'augmentation du pouvoir d'achat au fur et à mesure de l'augmentation de la production, et celles sur la baisse des prix, plus nous travaillons, moins nous gagnons et moins nous pouvons manger. (Dans notre usine la production a augmenté de 150% tandis que le salaire réel a continuellement baissé).</p>
<p>Toute la classe ouvrière se trouve dans la même situation. C'est pourquoi notre direction patronale n'a pu que recourir à un subterfuge, en prétextant qu'elle était en déficit et que c'est la politique gouvernementale qui s'oppose à l'augmentation des salaires.</p>
<p>A cela nous répondons que ni le prétendu déficit, ni la politique gouvernementale n'ont empêché M. Lefaucheux de trouver l'argent pour payer une augmentation de 30% sur les produits sidérurgiques.</p>
<p>Mais si le patronat trouve le moyen d'obtenir l'autorisation du gouvernement pour verser une augmentation de 30% aux potentats milliardaires de la sidérurgie, comme il trouve en général toujours l'autorisation du gouvernement pour toutes ses manœuvres contre les ouvriers et les consommateurs devant notre pression unanime sur le patronat nous verrons le gouvernement s'incliner devant la classe ouvrière unanime dans ses revendications, comme il a dû le faire en juin 1936.</p>
<p>NOUS VAINCRONS</p>
<p>On nous présente souvent la puissance des trusts comme un épouvantail qui doit toujours nous écraser. Mais la classe ouvrière, unie dans la défense de ses revendications, n'est-elle pas plus puissante qu'un trust ? Nous avons le monopole de la force travail, sans laquelle ces messieurs ne peuvent plus récolter des bénéfices.</p>
<p>La revendication que nous formulons est une revendication générale qui intéresse tous les ouvriers.</p>
<p>Camarades, nous faisons appel à vous parce que vous êtes dans la même situation que nous et que personne ne peut se résigner à la situation actuelle. Par conséquent, puisque la lutte est inévitable et nécessaire, il faut que nous nous mettions tous ensemble en mouvement, car seule l'union de tous les travailleurs assurera la victoire pour tous. Les sacrifices terribles que nous avons supportés pendant des années, la lutte que nous avons menée depuis 1934 contre le patronat sont un gage que les travailleurs ne se résigneront pas.</p>
<p>Déjà la Section syndicale de l'usine Alsthom nous a envoyé un message de solidarité morale et pratique des ouvriers de leur usine avec nous.</p>
<p>Camarades, nous sommes tous d'accord pour lutter pour ne pas supporter les frais d'un capitalisme qui nous écrase dans la misère, tandis que d'un autre côté une poignée de milliardaires qui ont réalisé des énormes profits continuent comme auparavant à s'enrichir.</p>
<p>Jusqu'à maintenant notre action a été empêchée par ceux qui, tout en se disant nos dirigeants, non seulement ne nous défendent pas, mais encore s'opposent à notre lutte, soit parce qu'ils ont été les complices des patrons, soit parce que n'ayant pas confiance en eux-mêmes, ils ont adopté l'attitude néfaste de l'attentisme.<br class='autobr' />
C'est à nous qu'il appartient de défendre nous-mêmes nos revendications. Nous avons dû vaincre 1es mêmes difficultés que vous connaissez. Mais notre exemple vous prouve que ces difficultés peuvent être surmontées : les ouvriers de notre usine ont élu dans la lutte, directement de leur sein, des délégués avec mandat de faire aboutir leurs revendications. La classe ouvrière est riche d'hommes qui se révèleront dans l'action et qui, même s'ils manquent d'expérience au début, peuvent vite, avec l'appui de tous, se corriger dans l'action.</p>
<p>Voilà, camarades, ce que nous avons à vous dire, voilà quelle est la vérité, et vous saurez faire justice de toute la campagne de calomnies qui est l'arme de la division.</p>
<p>Notre usine a commencé le mouvement. Nous appelons tous nos camarades de la métallurgie, tous les ouvriers de la Région parisienne, à se joindre à nous. Faisons pour nous-mêmes, ne fût-ce qu'une partie des sacrifices que nous obligent à faire tous les jours les patrons pour leur profit et nous vaincrons.</p>
<p>VIVENT LES 10 FRANCS !</p>
<p>VIVE LE MINIMUM VITAL GARANTI PAR L'ECHELLE MOBILE !</p>
<p>VIVE LA SOLIDARITE DE LA CLASSE OUVRIERE UNIE DANS SES REVENDICATIONS !</p>
<p>Le Comité de grève général des Usines Renault</p>
<p>30 avril 1947.</p>
<p>Les ouvriers de l'Entreprise de Presse Réaumur, de tout cœur avec les grévistes des métaux (Régie Renault), leur adressent leur salut fraternel et sont heureux de leur signaler que les TYPOGRAPHES, ROTATIVISTES, IMPRIMEURS, ROGNEURS et MANOEUVRES ont spontanément abandonné leur salaire pour l'exécution de ce travail.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1947/04/spec_043047.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1947/04/spec_043047.htm</a></p>
<p>IL Y A UN AN ...</p>
<p>Il y a un an, le 25 avril, les ouvriers du secteur Collas, chez Renault, en se mettant en grève pour un "véritable minimum vital", déclenchèrent un mouvement revendicatif qui s'étendit ensuite, par étapes, à toute la classe ouvrière.</p>
<p>Ce mouvement rompait avec deux années et demie de soumission complète des travailleurs au bon plaisir des patrons, soutenus par toutes les tendances syndicales officielles (C.G.T. frachoniste et jouhaussiste, C.F.T.C., etc...). Et il ouvrait une nouvelle période de renaissance du mouvement ouvrier qui, malgré les revers actuels dus à la puissance encore debout des vieux bureaucrates syndicaux, n'est pas close.</p>
<p>Il n'est pas inutile que les lecteurs de La Voix, dont une grande partie est précisément de ceux qui ont participé à cette grève, trouvent ici un historique des événements de l'année dernière.</p>
<p>La grève fut préparée de longs mois à l'avance, par le travail d'un petit nombre de militants ouvriers groupés autour du journal La Lutte de classes (organe de l'Union communiste-trotskyste). La fraction Renault de ce groupe (créé pour renverser les capitalistes et instaurer la démocratie économique et politique ouvrière), appela les travailleurs à plusieurs reprises, par des tracts, à changer complètement d'orientation.</p>
<p>Ainsi le 7 janvier, dans un tract, elle concluait : "Ce qu'il faut faire, c'est dire à la bourgeoisie et à nos soi-disant représentants : Nous n'avons plus confiance en vous, ni en vos discours, ni en vos manoeuvres. Nous n'avons confiance qu'en une seule chose : notre action."</p>
<p>Le 13 février, elle commença à publier La Voix des Travailleurs de chez Renault (dont notre journal n'est que la continuation), qui proclamait : "Nous en tant qu'ouvriers, nous avons décidé de discuter, au moyen de ce bulletin, quelle est l'attitude qu'on doit avoir ; nous voulons opposer la conception de la majorité des ouvriers prise sur le vif, à ceux qui prétendent avoir le secret du "bon point de vue" et qui n'hésitent pas, pour faire triompher ce point de vue, même quand il est en contradiction avec l'opinion de la majorité des ouvriers, à employer des procédés répugnants."</p>
<p>Par ses tracts et par La Voix des Travailleurs de chez Renault, le groupe réussit à donner aux ouvriers confiance en eux-mêmes et à les amener à prendre en leurs propres mains la défense de leurs intérêts.</p>
<p>Et c'est ainsi que, le 23 avril 1947, eut lieu l'assemblée générale des ouvriers du secteur Collas qui décida la grève déclenchée le vendredi 25 avril. Elle avait pour but immédiat une augmentation de 10 francs sur le taux de base et le paiement des heures de grève.</p>
<p>Nous reproduisons ci-dessous le compte rendu publié à l'époque dans La Lutte de Classes nº 89 (26 avril 1947). "Le camarade" qui prit le premier la parole et dont le compte rendu devait encore taire le nom, c'est le camarade Pierre Bois.</p>
<p>Nous continuerons à rappeler dans les prochains numéros les principales étapes de la grève.<br class='autobr' />
A 12 h30, lorsque j'arrive, le trottoir (large d'au moins 8 mètres) est encombré d'ouvriers qui sont là, par dizaines et discutent ; tandis que, par paquets, les ouvriers sortant de la cantine continuent d'affluer. Toutes les conversations roulent sur le même sujet : ce qui va se passer tout à l'heure. Et le mot de grève circule. Un tract diffusé dans la matinée, de la main à la main, nous a fait savoir que le Comité de grève, élu à l'Assemblée générale précédente par 350 ouvriers contre 8, a tenu à nous réunir afin de nous mettre au courant des démarches qu'il a effectuées auprès de la direction.</p>
<p>Une heure donnée doit être respectée, et à 12h 30 précises, un camarade, qui est déjà sur la fenêtre, commence à parler. Au premier rang de cet auditoire, bien plus nombreux que la fois précédente, où se retrouvent presque tous les ouvriers des deux départements faisant la "normale", soit quelque 700 ouvriers, des coups d'œil significatifs s'échangent ; les visages sont plutôt gais, quoique les esprits soient tendus. Le camarade explique brièvement, en termes clairs, l'échec de la délégation, auquel d'ailleurs on s'attendait. Et, devant l'auditoire ouvrier attentif, il démontre que l'arme gréviste reste le seul moyen permettant d'obtenir satisfaction. Au milieu des cris d'approbation qui fusent de toutes parts, il explique que la grève à venir sera une lutte des plus sérieuses qu'il faudra mener avec résolution jusqu'au bout.</p>
<p>"Il ne sera plus question de jouer de l'accordéon, ou de rester les bras croisés à attendre que ça tombe, mais il faudra s'organiser pour faire connaître le mouvement dans toutes les usines, faire des piquets de grève et défendre les issues de l'usine au besoin."</p>
<p>Répondant d'avance aux objections que pouvaient faire certains sur la perte d'argent que cela occasionnerait, et l'intervention toujours possible de la police, il indique que le paiement des journées de grève sera exigé ; quant aux "lacrymogènes" de la police, "pendant plus de six ans nous avons reçu des bombes sur la gueule et on n'a rien dit. On s'est continuellement serré la ceinture avec les sacrifices que la bourgeoisie nous a imposés pour défendre ses coffres-forts. Et aujourd'hui, nous n'aurions pas la force et le courage d'en faire au moins une infime partie pour nous ?"</p>
<p>Appuyant ces paroles de cris bruyants, les ouvriers marquaient leur approbation.</p>
<p>Passant au vote, le camarade demande aux ouvriers de se prononcer sur la grève en tant que moyen à envisager dans les délais les plus courts. Tandis que quelques voix seulement votent "contre", les ouvriers votent "pour". C'est alors que le délégué cégétiste, littéralement poussé par ses "copains" qui lui ont frayé un chemin, s'avance pour exposer son point de vue, ainsi que le camarade venait de le demander, invitant les opposants à émettre leur point de vue. Malgré le calme relatif, les ouvriers étant curieux de connaître ses objections, il ne put éviter de s'attirer la réplique d'un ouvrier :</p>
<p>"Tu vois, ici au moins, il y a de la démocratie".</p>
<p>Grimpé sur la fenêtre, parlant à voix basse et ne sachant pas trop quoi dire, le délégué entreprit d'expliquer aux ouvriers la "situation réelle en ce qui concerne les salaires". Pour son malheur, il se mit à parler d'une délégation qui était allée voir Lefaucheux (avec la demande d'établir une égalité de salaires entre les ouvriers d'ici et ceux de chez Citroën, avec effet rétroactif) que d'ailleurs ajouta-t-il, elle ne trouva pas.</p>
<p>Manifestement, les ouvriers vomissaient les délégations et, à peine le délégué achevait-il ses dernières paroles que sa voix était couverte d'exclamations plus ou moins significatives.<br class='autobr' />
"Les délégations, on en a assez"</p>
<p>"Jusqu'où comptez-vous nous mener en bateau ?"</p>
<p>"On n'en veut plus de tes délégations, maintenant ce qu'il faut, ce sont des actes."<br class='autobr' />
J'ajoute moi-même :</p>
<p>"Egalité avec Citroën, mais là-bas ils crèvent de faim aussi."</p>
<p>Abrégeant son exposé, le délégué lança un "appel au calme" et une mise en garde "contre les démagogues" fut non moins huée que les "délégations". Après quoi, il dut descendre pour céder la place à un ouvrier d'une trentaine d'années qui, grimpé sur la fenêtre, expliqua, en quelques mots, ce qu'il pensait et des délégués et des délégations :</p>
<p>"Camarades, depuis des mois, on nous fait attendre des augmentations qui doivent toujours arriver demain. On nous a déjà fait l'histoire en février et on nous a dit que l'absence de Lefaucheux, à l'époque, avait empêché les revendications d'aboutir. Cela a recommencé hier et, une fois de plus encore, il n'était pas là. Et les délégués sont repartis, comme avant. Cela ne peut plus durer. Jusqu'à quand allons-nous nous laisser mener ? Maintenant, ce n'est plus des parlottes qu'il faut, ce sont des actes."</p>
<p>Complétant dans le même sens ce que l'ouvrier venait de dire, le premier camarade parla du minimum vital qui fut mis à l'ordre du jour de la C.G.T. en novembre et qui devait être appliqué avec effet rétroactif également.<br class='autobr' />
"Mais la C.G.T., dit-il, capitula sur le minimum vital et l'on ne parla plus ni du minimum vital ni de son effet rétroactif. Comment pouvons-nous croire à présent des personnes qui ont capitulé de la sorte ? Qu'est-ce qui nous prouve qu'ils ne capituleront pas de la sorte demain, avec leurs délégations ?"</p>
<p>Cet incident clos de la bonne manière, le camarade demande alors, pour clore la réunion, que les ouvriers manifestent par un second vote leur confiance au Comité de grève afin de l'habiliter à déclencher la grève au moment opportun.</p>
<p>Si la grande majorité qui accorda sa confiance au Comité de grève fut la même que précédemment, il n'en fut pas de même des "contre" qui voyaient leur nombre ramené à 8. Lorsque la majorité vota, un ouvrier qui se trouvait près du délégué lui cria à l'oreille : "Tu les vois, tous ceux qui sont pour l'action, rince-toi l'œil !"</p>
<p>GREVE GENERALE CHEZ RENAULT</p>
<p>Le Comité de grève, élu le 23 avril 1947 par l'assemblée générale des ouvriers des départements 6 et 18, se mit aussitôt à la besogne. Il lui fallait prendre toutes les dispositions nécessaires au déclenchement de la grève, ainsi que fixer la date au moment le plus favorable pour les ouvriers. Le jour choisi fut le vendredi 25 avril, aussitôt après la paye. Ce matin-là, à 6h 30, le comité donna l'ordre de grève, impatiemment attendu par tous les ouvriers. Aussitôt les piquets de grève, prévus à l'avance, entrèrent en action et les deux départements furent occupés.</p>
<p>Le mouvement était donc parti. Mais le plus difficile restait à faire. Personne n'avait la naïveté de croire qu'une augmentation de 10 francs sur le salaire de base et le paiement des heures de grève pouvaient être obtenus par douze cents grévistes ! Pour renverser la vapeur, pour mettre un frein à la rapacité capitaliste, il fallait, comme en juin 1936, une action gréviste de la majorité de la classe ouvrière.</p>
<p>Dans cette voie, un grand obstacle se dressait devant le comité de grève. La majorité des travailleurs (comme l'ont prouvé ensuite la grève générale des cheminots, la grève générale de chez Citroën, de Sochaux, du métro, et enfin les grèves de novembre-décembre) était, en effet, tout à fait disposée à recourir à l'action gréviste généralisée : mais l'appareil cégétiste, Frachon et Jouhaux en tête, allait sûrement s'opposer avec acharnement à un mouvement qui, surgi en dehors de leur contrôle, dérangeait leurs combinaisons avec le gouvernement capitaliste. Or, si chez Renault, à Collas et partiellement dans d'autres départements, le 88 par exemple, l'influence des bureaucrates avait été mise en échec par le travail de la fraction "lutte de classes", partout ailleurs il n'en était pas de même. C'est la lutte qui devait donc découvrir jusqu'à quel point les travailleurs seraient capables de s'émanciper des bureaucrates par leurs propres forces.</p>
<p>Le comité de grève, composé par les onze ouvriers suivants : Bois, Schwartzman, Faynsilberg, Quatrain, Delanoy, Lopez, Alvarez, Mertin, Lévêque, Vayer et Gadion, décida par conséquent d'entraîner d'abord dans la grève tous les ouvriers de chez Renault. Par un tract, il appela les ouvriers à un meeting général pour le lundi 28 avril.</p>
<p>Tenu place Nationale, ce meeting fut un succès complet pour le comité de grève. Une voiture-micro, amenée par les Jeunesses socialistes (qui devaient peu après rompre avec le parti de Blum), permit à ses dirigeants d'exposer les motifs et les buts de la grève aux ouvriers massés sur la place. Des représentants de certaines organisations syndicales, C.N.T., "Front Ouvrier", C.F.T.C., prirent aussi la parole pour exprimer la sympathie de leurs organisations pour la grève.</p>
<p>Les dirigeants cégétistes n'osèrent même pas se montrer. Ils avaient convoqué "leur" meeting dans la soirée et, après avoir parlé sous les huées d'une grande partie de l'assistance, se défilèrent quand les dirigeants du comité de grève demandèrent la parole.</p>
<p>Mais il ne suffisait pas de discours pour que le mouvement s'étendit effectivement dans tous les départements. Les discours peuvent tout au plus donner à la masse une conscience plus claire des buts qu'elle veut atteindre. Ce sont les ouvriers de chez Collas qui, après le meeting, réussirent à élargir le mouvement ; ils allèrent directement dans les ateliers et les firent débrayer. Et, au soir, dix à douze mille ouvriers avaient arrêté le travail.</p>
<p>Dès lors, la généralisation de la grève n'était plus qu'une question d'heures. C'est pourquoi les dirigeants cégétistes tentèrent une dernière "manœuvre", avant de recourir à "d'autres moyens". Le mardi 29 avril, ils appellent les ouvriers de chez Renault à se mettre en grève... POUR UNE HEURE, pour appuyer leurs "revendications" auprès de la direction. Ils espéraient qu'après une telle "action", les ouvriers reprendraient sagement le joug de la direction syndicale.</p>
<p>Les 30.000 ouvriers et employés de l'usine suivirent l'appel de la C.G.T., mais refusèrent de reprendre le travail ensuite. Si la grève était nécessaire, si la C.G.T. elle-même y avait été contrainte, c'est le comité de grève qui avait raison : non pas une pitrerie symbolique, mais grève jusqu'à complète satisfaction.</p>
<p>Devant ce résultat tout à fait inattendu par eux, les dirigeants cégétistes décidèrent de recourir à "d'autres moyens". Deux jours plus tard, Thorez devait parader à l'occasion du 1er mai et une grève d'une telle envergure déclenchée contre sa volonté, mettait en danger non seulement son prestige, mais aussi sa place au gouvernement.</p>
<p>Le mercredi 30 avril, ils firent irruption dans l'usine et les troupes de choc staliniennes eurent vite fait de chasser les faibles piquets de grève que certains ouvriers avaient constitués dans les départements. Mais ils n'osèrent pas s'attaquer à Collas, car il y avait là 1.200 ouvriers décidés, enthousiastes, qui se savaient bien dirigés et étaient par conséquent prêts à se défendre contre toute attaque. Dans l'après-midi, à un meeting dans l'île, Hénaff exhorte ainsi ses gardes du corps contre les ouvriers qui veulent prendre la parole : "MAIS TIREZ DONC !"</p>
<p>D'autre part, vis-à-vis de l'extérieur, pour cacher le véritable rôle qu'elle joue, la C.G.T. adopte officiellement la grève et ses revendications. Pour mieux les enterrer, comme on le verra par la suite. Mais "par d'autres moyens", c'est-à-dire par la violence, les staliniens enregistrent leur premier succès. En installant aux portes des départements leurs hommes de main baptisés "piquets de grève", ils isolent la masse des ouvriers de chez Renault du comité de grève. Dans ces conditions, l'essai d'élargir le comité de grève par des représentants d'autres départements ne donne aucun résultat positif, car les ouvriers qui en viennent représentent leur propre bonne volonté, mais n'ont pas d'appui sérieux parmi leurs camarades d'atelier.</p>
<p>Le même sort attendait les ouvriers de Collas, qui essayèrent de débaucher les ouvriers de chez Citroën, et les militants ouvriers (Jeunesses socialistes, parti communiste internationaliste, etc...), qui s'employèrent à diffuser, dans le cortège du 1er mai le tract du comité de grève adressé à toute la métallurgie. A noter que ce tract fut imprimé à 100.000 exemplaires gratuitement par les typographes de la rue Réaumur (S.N.E.P.). Des secours en argent commençaient par ailleurs à arriver au département 6. Quelques grèves, comme celle des camions Bernard, éclataient ça et là. Mais les grandes "boîtes", sous la pression stalinienne et malgré une grande effervescence, ne bougèrent pas.</p>
<p>Cependant, le lendemain, vendredi 2 mai, chez Renault, les ouvriers tiennent bon. En dépit des pressions et de la manœuvre cégétiste consistant à "reprendre" les revendications du comité de grève. Les bonzes syndicaux voulaient faire reprendre le travail avec 3 francs de "prime au rendement" et promettaient d'obtenir les 10 francs, toujours sur la base d'un rendement accru, par des négociations ultérieures avec M. Lefaucheux. Par 11.354 voix contre 8.015 et 1.009 annulées, les travailleurs de la régie refusèrent de capituler.</p>
<p>Ainsi se termine la première semaine de grève, qui révèle pleinement la force et la faiblesse du mouvement. Sa force, c'est la volonté de tous les ouvriers de reprendre leurs traditions de lutte, d'en finir avec la collaboration de classe. Sa faiblesse, c'est le manque d'une organisation véritablement ouvrière. De ce fait, les ouvriers sont sans défense devant l'action répressive de l'appareil bureaucratique cégétiste, aussi bien dans la majeure partie des usines Renault que dans les autres usines. Tandis que le comité de grève voit ainsi diminuer considérablement ses chances de déclencher un mouvement général comme en juin 1936, les dirigeants cégétistes peuvent maintenant, après avoir circonscrit la grève à l'intérieur de Renault, tenter d'y mettre fin par un nouveau vote. Ils y réussiront une semaine après, le 9 mai.</p>
<p>L'histoire de cette deuxième semaine de grève fera l'objet du prochain article.</p>
<p>Fait digne de remarque, la grande presse capitaliste qui, avant la généralisation du mouvement, avait accordé ses "faveurs" au comité de grève, se ravise aussitôt. Ces messieurs avaient essayé de jouer au plus fin, escomptant que d'un côté ils allaient discréditer la C.G.T., dont la collaboration était payée par des postes ministériels à Thorez et Cie, et que de l'autre côté le comité de grève serait impuissant à mener une véritable lutte. Mais le comité de grève avait porté un coup décisif à la politique de soumission des ouvriers au patronat. Son mouvement allait avoir les répercussions les plus profondes sur toute la vie politique, économique et sociale de la France. Ces messieurs les journalistes capitalistes se hâtèrent donc de suivre le conseil que Duclos leur avait donné à la Chambre : "il fallait jeter des pelletées de sable sur l'incendie au lieu de l'attiser !" Et, à partir du moment où la grève devient générale chez Renault, C.G.T., gouvernement et capitalistes marchent, par une savante division du travail, la main dans la main contre les ouvriers.</p>
<p>Mai 1947, grève générale chez Renault</p>
<p>LES MINISTRES P.C.F. CONTRAINTS DE DEMISSIONNER</p>
<p>Comme nous l'avons fait remarquer dans notre précédent article, du fait que la C.G.T., par des manœuvres et par la violence, avait réussi à isoler le secteur Collas et l'usine Renault du reste de la métallurgie, le vote du vendredi 2 mai, en faveur de la continuation de la grève (11.354 contre 8.015) n'amènera aucun changement notable pendant la deuxième semaine. La section syndicale Renault, la C.G.T. et le P.C.F. n'auront qu'à continuer le double jeu commencé dans la première semaine pour arriver à leurs fins : étrangler un mouvement qui est non seulement un désaveu cinglant du soutien total qu'ils avaient apporté au blocage des salaires au profit des capitalistes, mais aussi une révolte ouverte contre leur emprise bureaucratique.</p>
<p>Tout ce beau monde qui, au déclenchement de la grève, avait crié à la "provocation", devient, en paroles, le défenseur de la grève Renault et de ses revendications. Mais, dans la pratique, il en est tout autrement.</p>
<p>Dans l'usine même, la section syndicale travaille en-dessous pour amener les ouvriers par un nouveau vote, à accepter, de guerre lasse, les propositions de M. Lefaucheux, repoussées le 2 mai. Ces propositions sont les suivantes :</p>
<p>1º prime horaire de production de 3 frs. ;</p>
<p>2º paiement des bons coulés au salaire de base ;</p>
<p>3º paiement des heures perdues ;</p>
<p>4º révision des temps insuffisants ;</p>
<p>5º commission de révision des chronos.</p>
<p>La section syndicale promet que l'union des métaux fera aboutir les 10 francs par des négociations ultérieures... Il n'est même pas question du paiement des heures de grève, deuxième revendication des grévistes !</p>
<p>Pour sa part, pour effrayer les ouvriers des autres usines tentés de se mettre en grève en même temps que ceux de chez Renault, la direction de la C.G.T. se rallie aux "arguments" de M. Ramadier, premier ministre, et prétend avec lui qu'"une revalorisation générale des salaires provoquerait une hausse des prix". Or, les 10 francs réclamés par les travailleurs de chez Renault ne peuvent être obtenus que précisément dans le cadre d'une "augmentation générale".</p>
<p>Le comité de grève ne laisse pas ce mensonge sans riposte et réplique dans un tract (6 mai) : "Ce sont les dépenses ruineuses de l'Etat qui provoquent l'inflation (hausse des prix). M. Ramadier, qui fait fonctionner la planche à billets pour couvrir en partie ces dépenses, veut en même temps en rendre responsable la classe ouvrière. La classe ouvrière, voilà l'ennemi pour ceux qui parlent au nom des capitalistes. La classe ouvrière doit non seulement supporter tous les sacrifices qu'on lui impose au nom de promesses non tenues ; mais dès qu'elle réclame les choses les plus indispensables pour vivre, on l'accuse, par-dessus le marché, de tous les maux qui sont la conséquence du fait que l'économie est dirigée par une poignée de capitalistes parasites. NOUS VOULONS LA HAUSSE DES SALAIRES PAR RAPPORT AUX PROFITS CAPITALISTES", concluait justement le tract du comité de grève, mais il est diffusé seulement chez Renault...</p>
<p>A la Chambre, le 3 mai, après certains discours de députés staliniens de second plan sur la "solidarité avec les justes (mais sans dire lesquelles !) revendications des ouvriers", Duclos, au nom du groupe, déclare à Ramadier : "Nous sommes pour la stabilité du franc... Nous vous aiderons quelle que soit la conclusion politique de ce débat". Il avait du reste déjà déclaré aux journalistes américains : "La grève générale est une idiotie !"</p>
<p>Dans ces conditions, les efforts réunis du gouvernement, de la Chambre, du P.C.F.. et de la C.G.T. ont provisoirement raison de la combativité ouvrière. Le vendredi 9 mai, une majorité de 12.075 ouvriers et employés, contre 6.886, se prononce pour la reprise du travail chez Renault.</p>
<p>Mais Collas n'a pas encore dit son dernier mot. Il le montrera le lundi 12 mai, quand les ouvriers de ce secteur resteront seuls en grève en réclamant le paiement des heures de grève.</p>
<p>Cependant, le vote du 2 mai eut des conséquences importantes sur le plan gouvernemental. Les ministres P.C.F., qui jusqu'alors avaient cru les ouvriers résignés à leur politique de trahison, réalisèrent brusquement qu'il n'en était rien... Ils avaient dit aux ouvriers qu'on ne revendiquait pas dans un pays ruiné par la guerre et n'avaient pas toléré que ceux-ci se mettent en grève, alors que tous les gouvernements auxquels ils avaient participé – de De Gaulle à Ramadier – toléraient et organisaient le pillage de l'effort ouvrier par une poignée de parasites capitalistes. Et, en fait, quand la production eût atteint son niveau de 1938, les salaires étaient tombés plus bas que sous l'occupation !</p>
<p>L'explosion de chez Renault, en démontrant que la C.G.T. ne réussirait pas à endiguer indéfiniment la révolte de la classe ouvrière contre leur politique de trahison, pose au P.C.F. le dilemme suivant : continuer à partager officiellement la responsabilité du blocage des salaires en conservant les postes ministériels et entrer partout en lutte ouverte avec les ouvriers, ou bien résigner leurs postes ministériels en attendant que l'orage se passe.</p>
<p>Les ministres P.C.F. se décident pour une "opposition loyale". Comme l'avait prévu le journal La Lutte de classes, le 14 février 1946, la grève générale qui s'annonçait, les oblige "à se mettre temporairement du côté de la classe ouvrière pour ne pas se couper des masses et pour endiguer leur mouvement". C'est ce à quoi le P.C.F. et la C.G.T. vont s'employer avec zèle les mois suivants.</p>
<p>Nous parlerons de la troisième semaine de grève et des enseignements généraux du conflit dans le prochain et dernier article.<br class='autobr' />
12 MAI 1947 : LE SECTEUR COLLAS <br class='autobr' />
PROLONGE LA GREVE GENERALE CHEZ RENAULT</p>
<p>Le lundi 12 mai, les ouvriers des départements 6 et 18 montrèrent qu'ils n'avaient pas dit leur dernier mot. A une très forte majorité, ils décident, même seuls, de continuer la lutte.</p>
<p>Bien entendu, il ne peut plus être question d'obtenir "les 10 francs" ; mais ils réclament le paiement des heures de grève, leur deuxième revendication, que la C.G.T. avait complètement passé sous silence. "Sans paiement des heures de grève, explique le tract du comité de grève, le 13 mai, le droit légalement reconnu à la grève ne sera que le droit de se laisser mourir de faim".</p>
<p>En présence d'une volonté de lutte aussi ferme, M. Lefaucheux se décide à recevoir les dirigeants du comité de grève et de faire appel à leur "civisme". (Plus tard, il niera le fait, car il avait pris la précaution de les faire accompagner par les délégués cégétistes encore en fonction, bien qu'ils ne représentent plus personne). Il n'avait jusqu'alors essayé que des contacts "clandestins", dans le but de les corrompre.</p>
<p>L'entrevue reste infructueuse et finit sur ce court dialogue :</p>
<p>M. LEFAUCHEUX. – Ce serait "couler" la Régie que de payer les heures de grève !</p>
<p>P. BOIS. – Vous préférez "couler" les ouvriers qui n'arrivent pas à se nourrir ! Vous avez cependant pu payer les 30 % d'augmentation au trust de la sidérurgie ?</p>
<p>M. LEFAUCHEUX. – C'était une hausse autorisée par le gouvernement. Ils ont présenté la note, il fallait bien payer !</p>
<p>P. BOIS. – Maintenant, ce sont les ouvriers qui présentent la note et il faudra également payer ! Vous trouverez bien l'autorisation du gouvernement !</p>
<p>Effectivement, il ne restait rien d'autre à faire à M. Lefaucheux que "d'obtenir" le consentement de M. le ministre du Travail, le "socialiste" Daniel Mayer. Celui-ci, qui pendant la grève générale avait refusé de reconnaître le comité de grève, expression de la volonté de la majorité des ouvriers de l'usine, se lamente maintenant publiquement sur l'"inconséquence" démocratique que commet le comité de grève en continuant la lutte après le vote du 9 mai ! Il avait compté sur la section cégétiste pour étouffer complètement le mouvement, mais les dirigeants cégétistes, impuissants, font eux-mêmes appel au gouvernement et sa police contre les "250 (sic !) énervés" du secteur Collas !</p>
<p>Car la majorité des ouvriers de chez Renault n'avait voté qu'à contre-cœur la reprise du travail. Ils se rendent compte que cette décision, due à la trahison des dirigeants cégétistes et du P.C.F. réduit à néant leur lutte de deux semaines et ils sont indécis. Partout, dans tous les départements, dans tous les ateliers, tantôt une minorité, tantôt une majorité, continue à ne pas travailler. D'autant plus que la continuation de la grève au secteur Collas paralyse, par manque de pièces, le travail de toute l'usine. Et, n'étant pas en grève officiellement, ces travailleurs ne perdront pas leur salaire. Toute leur sympathie va donc au secteur Collas, dont la réussite serait une victoire pour tous.</p>
<p>Le jeudi 15, au soir, MM. Mayer et Lefaucheux capitulent devant les "énervés". Tous les travailleurs de la Régie recevront 1.600 francs "d'indemnité de reprise du travail". Mais personne n'est dupe de la formule de M. le ministre. Bien que la somme ne représente que le paiement d'une semaine de grève, l'essentiel est acquis : la reconnaissance officielle que le paiement des heures de grève est un droit pour les ouvriers. Et toutes les grèves ultérieures surgies de la base poseront invariablement cette revendication. Le Monde (16 mai), organe officieux des 200 familles, reconnaît la défaite de la direction et de la C.G.T. "Les accords intervenus (mettant fin à la grève) se payent de concessions assez lourdes".</p>
<p>Sur cette base, le vendredi 16 mai, après trois semaines de grève jour pour jour, les travailleurs du secteur Collas décident à leur tour de reprendre le travail.</p>
<p>Ainsi prend fin la grève des 30.000 ouvriers des usines Renault. Mais, tel Samson ébranlant les colonnes du temple, elle avait déjà complètement bouleversé la situation politique et sociale de la France.</p>
<p>A QUOI ONT SERVI LES GREVES ?</p>
<p>En se posant la question : A quoi ont servi toutes ces grèves de l'année dernière ? la plupart des ouvriers ne manquent pas de se dire : à rien, sinon de nous avoir enfoncé un peu plus ; notre pouvoir d'achat est maintenant bien plus faible qu'en avril 1947. C'est en somme, exactement ce que la propagande capitaliste de la "grande presse" n'a cessé de leur répéter.</p>
<p>Mais, si simple que cela paraisse, rien n'est plus éloigné de la vérité. Que les ouvriers aient fait ou pas grève, leur pouvoir d'achat a constamment baissé dès avant-guerre ; et si avec la guerre cette baisse a pris des proportions catastrophiques, l'après-guerre, en dépit du relèvement de la production a vu se poursuivre le même processus.</p>
<p>Il y a à cela deux causes principales. D'un côté, les dépenses croissantes de l'Etat capitaliste qui, pour rejeter le fardeau des armements sur les travailleurs, l'impôt n'y suffisant plus, a eu recours à l'impôt, ensuite à l'inflation, c'est-à-dire l'émission illimitée. De l'autre côté, la concurrence capitaliste internationale, de plus en plus âpre, qui a déterminé les monopoleurs français, pour lutter contre leurs rivaux internationaux à abaisser au maximum le prix de revient. Ils l'ont fait à la manière capitaliste, entièrement sur le dos des ouvriers : diminution relative des salaires par la hausse des prix intérieurs tout en exigeant un rendement sans cesse accru. Rien de plus éloquent, à ce point de vue, que le chiffre donné par la Régie Renault concernant l'accroissement du rendement depuis 1945 : 15 ouvriers par mois pour fabriquer une voiture, actuellement 6 seulement !</p>
<p>Avant, pendant et après le mouvement gréviste de mai-décembre 1947, l'Etat et le patronat ont mené une seule et même politique, à savoir réduire les travailleurs à l'état de parias ; le mouvement n'a été que la conséquence de cette politique.</p>
<p>La réponse correcte à la question "A quoi ont servi les grèves ?" n'est pas, comme le fait la presse réactionnaire, de rendre celles-ci responsables de la situation actuelle, mais de reconnaître qu'elles n'ont réussi ni à arrêter, ni même à freiner l'exploitation dont les travailleurs sont victimes. Bien que tous les mouvements aient réussi à arracher des concessions au moins partielles et même, comme dans le cas de la grève générale des cheminots au mois de juin, de très importantes concessions, les capitalistes ont toujours repris d'une main ce qu'ils ont été obligés de lâcher de l'autre. Par la hausse des prix et par des lois fiscales scélérates (lois Schumann), le patronat a regagné, et au-delà, tout ce que les ouvriers lui ont arraché par la lutte gréviste. Et il ne peut en être autrement tant que tous les leviers de commande économiques et politiques restent entre ses mains. Cela s'est produit même après juin 1936, quand la classe ouvrière, en menant un combat uni a gagné sur toute la ligne, mais que les organisations syndicales n'ont rien fait pour obtenir la garantie de ces revendications.</p>
<p>C'est pour éviter cela que le comité de grève Renault (tract du 30 avril) demandait L'ECHELLE MOBILE, c'est-à-dire l'adaptation automatique des salaires à l'indice des prix, ce qui, en cas de victoire, ouvrait la voie au CONTROLE OUVRIER sur les affaires des capitalistes. Mais le comité de grève n'eut pas les forces nécessaires pour aller jusqu'au bout. La lutte s'est donc menée sur le seul terrain de l'augmentation des salaires, revendication qui (bien qu'élémentaire dans toute grève) est absolument insuffisante dans les conditions actuelles du capitalisme, pour assurer une victoire tant soit peu durable.</p>
<p>Mais même n'ayant pu atteindre leur but – faute d'une organisation véritablement ouvrière – les luttes grévistes de mai-décembre 1947 ont-elles été inutiles ?</p>
<p>Il serait aussi faux de le croire. Ce que la bourgeoisie poursuit en appauvrissant les travailleurs, c'est non seulement essayer de "tenir" des marchés internationaux, mais aussi de rendre les ouvriers moralement incapables de réagir à aucune de ses entreprises, pour finalement les soumettre à la dictature militaire.</p>
<p>Or, dans les luttes grévistes de mai-décembre 1947 (et malgré l'échec de cette dernière provoqué par la direction de la C.G.T.), les travailleurs ont sauvegardé et renforcé leur capacité de combat. Ils ont évité la déchéance morale : Face au patronat les ouvriers se sont dressés comme une classe décidée à se défendre contre la rapacité capitaliste !</p>
<p>Un autre résultat décisif de ces grèves a été de mettre fin à l'emprise totalitaire des bonzes staliniens de la C.G.T. sur le mouvement ouvrier. Bien que, faute de cadres véritablement prolétariens, une nouvelle centrale syndicale démocratique n'ait pas été créée, il existe maintenant beaucoup plus de possibilités de s'organiser librement à la base qu'avant mai 1947.</p>
<p>En fait, même battues, les grèves d'une certaine envergure ne peuvent en aucun cas faire empirer la situation de la classe ouvrière. Ecoles élémentaires de résistance au patronat, de solidarité et de démocratie ouvrières, elles sont presque toujours, quels que soient les résultats immédiats, le seul moyen de progrès ultérieurs. Car de même que l'enfant n'apprend à marcher qu'en tombant, la classe ouvrière, classe exploitée et opprimée, ne peut qu'après d'innombrables échecs remporter le succès.</p>
<p>A. MATHIEU.</p>
<p>NI DU NEUF, NI DU RAISONNABLE !</p>
<p>En réclamant un gouvernement d'union démocratique, la résolution finale du comité central du P.C.F., qui vient de se tenir les 15 et 16 avril, à Gennevilliers, confirme qu'en politique non plus l'on ne saurait rester assis entre deux chaises.</p>
<p>Tel est bien le cas du parti stalinien en France. Ce fut uniquement la peur d'être débordés par les trotskystes qui obligea les ministres staliniens à donner leur démission, quand la grève Renault d'avril 1947 révéla que les ouvriers en avaient assez de la misérable politique du produire d'abord, revendiquer ensuite, grâce à laquelle Thorez était arrivé à la charge de "ministre d'Etat". Phraséologie "révolutionnaire" sans révolution, verbiage revendicatif sans aucune véritable lutte pour les salaires, tantôt en brisant les luttes commencées par d'autres, tantôt en lançant dans des combats décisifs seulement la minorité des travailleurs (grève de novembre-décembre), tout cela n'avait qu'un but de la part des dirigeants du P.C.F. : reprendre leurs troupes en main, lasser la classe ouvrière qui avait osé troubler leur quiétude ministérielle !</p>
<p>N'étant partis que pour empêcher les travailleurs de trouver une voie nouvelle, la lutte véritable, côte à côte, avec les ouvriers du rang, leur fait l'effet de strapontins ; après avoir réussi en grande partie leur travail de démoralisation, les chefs staliniens ne pouvaient donc que briguer à nouveau quelques misérables fauteuils ministériels.</p>
<p>Car gouvernement d'union démocratique, c'est cela et rien de plus. Ennemi de l'action indépendante des travailleurs, craignant comme la peste la révolution socialiste, inséparable d'une véritable démocratie ouvrière, que reste-t-il à Thorez pour étayer ses prétentions gouvernementales, sinon l'arithmétique parlementaire ?</p>
<p>Or celle-ci le pousse, encore et à nouveau, dans les bras des Blum, des Bidault et autres "démocrates" ; c'est pourquoi, encore et à nouveau, il tend la main ; mais, comme l'a fait remarquer un journaliste, tel un dieu hindou, il en tend d'innombrables ! Dans tous les sens, même opposés, ajouterons-nous : au catholique-ouvrier et au catholique-prêtre, au démocrate-ouvrier et au démocrate-politicien, au résistant-ouvrier et au résistant-patron ; en un mot, aux exploités en même temps qu'aux exploiteurs. Mais, si l'on tend la main au patronat sous prétexte de démocratie, de résistance et d'anti-américanisme, c'en est fait de la lutte pour un véritable minimum vital, pour l'adaptation des salaires au coût de la vie en réduisant les profits des capitalistes et pour le contrôle sur les livres de comptes des requins de la finance et l'industrie ; car on ne peut pas, en même temps, s'unir et s'attaquer à quelqu'un !</p>
<p>De son côté, De Gaulle se livre au même jeu. Seulement, dans son jargon, la politique de la main tendue prend nom de j'en appelle à tous. Il a, lui aussi, besoin, le pauvre homme, des Schuman, des Herriot, des Daladier, des Blum et autres parlementaires du même calibre, pour "sauver la France", c'est-à-dire revenir au gouvernement. Le fait qu'il réclame de nouvelles élections ne change rien à l'affaire : s'unir au Parlement ou s'unir pour des élections parlementaires n'est qu'une seule et même opération.</p>
<p>Ainsi, grâce à Thorez et grâce à De Gaulle, le ramassis de politiciens qui a dirigé les destinées de la Troisième République et qui a survécu à toutes ses catastrophes reste l'arbitre de la situation politique et le maître du destin de la France, sous le nom de Troisième Force. Vieille et grimée, elle ne doit, en réalité, son existence qu'à un équilibre instable entre les forces de De Gaulle et celles de Thorez et leurs ambitions gouvernementales.</p>
<p>Tous ces gens, réunis, prétendaient cependant, il y a quelque trois ans, faire ensemble du neuf et du raisonnable. Mais il n'y a rien de raisonnable dans le fait que le peuple français, débarrassé du règne sanglant de Pétain et de Hitler, ait été obligé d'en revenir au vieux système pourri de la Troisième République (qui avait précisément engendré le pétainisme) et de se mettre sous la coupe des banquiers de New-York.</p>
<p>Est-il étonnant que rien de neuf non plus n'ait été fait ?</p>
<p>LA VOIX DES TRAVAILLEURS.</p>
<p>LA CLASSE OUVRIERE SE DEFEND,<br class='autobr' />
MAIS SES ORGANISATIONS BUREAUCRATISEES NE LA DEFENDENT PAS</p>
<p>Le patronat ne connaît pas de trêve dans la lutte de classe qu'il impose constamment à la classe ouvrière. Quand celle-ci arrache une victoire, il essaie de reprendre de la main gauche ce qu'il a été obligé de lâcher de la droite. Quand elle subit un échec, il en profite aussitôt pour pousser plus loin ses "avantages". C'est ce qui se produit depuis le mois de décembre : partout les capitalistes s'attaquent à la dignité et aux libertés des ouvriers, à leurs conditions de travail pour les rendre plus pénibles, à leurs salaires pour les ramener plus bas (dans maints endroits les ouvriers ont été ramenés, par divers procédés, aux salaires d'avant novembre).</p>
<p>Si dans un endroit et dans l'autre les ouvriers répondent par des grèves partielles à l'augmentation de la cadence, aux licenciements massifs ou au renvoi de responsables syndicaux, c'est là la preuve que, s'ils ont été trahis dans leurs luttes par les dirigeants bureaucratisés, ils n'acceptent pas encore de se soumettre au patronat.<br class='autobr' />
"La classe ouvrière se défend", s'écrie triomphalement Frachon dans L'Humanité du 17 avril.</p>
<p>Oui la classe ouvrière se défend ! Mais la classe ouvrière se défend aujourd'hui non pas en attaquant le patronat comme elle l'avait fait, en mai dernier, en posant ses propres revendications pour un niveau de vie plus digne. La trahison, par les Frachon et Cie, de la lutte gréviste commencée au mois de mai de l'année dernière, a réduit la classe ouvrière à se défendre péniblement pour parer les coups que veut encore lui porter le patronat. Elle se défend, mais la confiance dans sa force, son union, ses mots d'ordre et ses dirigeants lui manque, pour pouvoir aller courageusement de l'avant. Est-ce cela la victoire des Frachon ?</p>
<p>Quand la classe ouvrière a réellement voulu se défendre, ses dirigeants bureaucratiques l'en ont empêchée. Si, aujourd'hui que la situation de la classe ouvrière a empiré, les Frachon crient victoire, c'est parce qu'ils sont restés les mêmes qu'il y a un an, étrangers aux intérêts des travailleurs, sabotant leurs luttes et criant victoire quand, après avoir réussi à les briser, ils peuvent plus facilement s'emparer des leviers de commande. Les ouvriers sont pour eux ce que sont, sur le champ de bataille, les soldats pour les généraux, un prétexte pour crier victoire.</p>
<p>Oui, la classe ouvrière se défend, mais les organisations bureaucratisées ne la défendent pas !</p>
<p>En mai dernier, pour s'unir et attaquer le patronat, les ouvriers avaient rejeté les dirigeants traîtres ; Quand ils seront à nouveau capables de le faire, ils pourront vraiment défendre leurs libertés et leurs conditions d'existence.</p>
<p>A la R.N.U.R. OU VEULENT EN VENIR LES DIRIGEANTS CEGETISTES ?</p>
<p>Les raisons de faire grève, chez Renault comme partout, ne manquent pas. En premier lieu, le problème du salaire lui-même : la direction a si bien jonglé avec les textes gouvernementaux, que pour la première fois depuis la mise en Régie, les ouvriers se trouvent payés à un taux de base inférieur au minimum légal de leur catégorie.</p>
<p>Mais, s'il n'est nul besoin de "fomenter" des grèves pour que les ouvriers y recourent, comme en ce moment, pour riposter aux attaques de la direction visant l'augmentation des cadences et la diminution des salaires, la façon dont elles sont conduites amène la question : où veulent en venir les dirigeants cégétistes avec leurs grèves, tantôt pour un motif, tantôt pour un autre, sans aucune liaison, ni aucune coordination ?</p>
<p>Tout d'abord, pour savoir que tel département de chez Renault est en grève, il faut lire les quotidiens, et, spécialement L'Humanité qui n'enregistre tous les jours que "victoires". Car dans l'usine, ni tracts ni réunions, même les ouvriers en grève ignorent les revendications qui sont présentées à la direction.</p>
<p>A la 4cv, ainsi qu'aux presses de la tôlerie, les ouvriers ont obtenu satisfaction. Leur salaire était tellement anormal et inférieur au reste de l'usine (62 et même 59 frs. pour un OS à la tôlerie), que la direction a dû céder, bien que même maintenant les ouvriers soient payés à un tarif inférieur aux autres secteurs.</p>
<p>Au Dép.95, par contre, les ouvriers ont fait grève pour revendiquer que la perte de salaire résultant de la suppression de 4 heures supplémentaires soit compensée par une augmentation du salaire horaire. Accorder cette revendication, c'était pour la direction admettre le principe d'une limitation de la journée de travail pour un même salaire. Elle a refusé. Et les délégués se sont inclinés, en déclarant que la direction voulait pousser à une grève générale pour pouvoir se débarrasser des délégués, et qu'il fallait cesser la grève pour ne pas faire son jeu.</p>
<p>Dans leur presse, les dirigeants cégétistes affirment que les ouvriers luttent, en même temps que pour des revendications particulières, pour l'augmentation générale des salaires, qu'ils chiffrent à 36% (équivalant à l'augmentation de décembre non accordée par la direction).</p>
<p>Pourquoi, dans aucun des mouvements qui ont lieu, ne posent-ils la revendication des 36 %, qu'ils "défendent" dans leurs journaux ?</p>
<p>Pourquoi ne posent-ils pas la revendication du paiement des heures de grève et répondent-ils aux ouvriers qui la réclament qu'on peut aussi bien s'arranger avec les collectes faites dans l'usine ?</p>
<p>Pourquoi ne posent-ils aucune revendication qui attaque le système de rémunération au rendement, cause de tous les conflits actuels ?</p>
<p>Pourquoi le Comité d'entreprise ne prend-il ses responsabilités pour publier les chiffres que les ouvriers auraient intérêt à connaître, tels que le détail des frais généraux, les sommes investies dans l'achat de nouvelles machines, alors que les revendications des ouvriers ne sont pas satisfaites, les appointements de la haute maîtrise (Grillot, Lefaucheux, etc...), la part versée aux concessionnaires pour la vente des voitures, et, enfin, la part des obligataires dont le seul travail est d'encaisser les bénéfices ?...</p>
<p>C'est que les responsables cégétistes ne recherchent pas la satisfaction des revendications ouvrières, mais uniquement un bilan de "victoires". Et il est d'autant plus facile d'obtenir la victoire, qu'on n'a rien demandé.</p>
<p>Mais l'attitude qu'ils prennent, aujourd'hui, d'entretenir une agitation dans l'unique but de prouver leur "emprise sur les masses" et obtenir leur retour au gouvernement, n'est pas faite pour redonner aux travailleurs la confiance en eux-mêmes, diminuée par l'attitude anti-ouvrière des dirigeants cégétistes dans les grèves de l'année dernière.</p>
<p>C'est pourquoi, comme le dit le dernier tract du S.D.R., aux attaques patronales, les ouvriers doivent répondre en élaborant eux-mêmes leurs revendications, en définissant eux-mêmes les moyens de les faire aboutir.</p>
<p>Ils ne laisseront pas la responsabilité de leurs luttes à des chefs sans scrupules qui veulent spéculer sur leur action pour se hisser à nouveau dans le repaire de brigands qu'est le gouvernement, au lieu de faire aboutir les revendications.</p>
<p>P. BOIS</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1948/04/VDT43_042148.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1948/04/VDT43_042148.htm</a></p>
<p>Les grèves de 1947 en France furent une série de grèves insurrectionnelles, initiées fin avril à la régie Renault</p>
<p><a href="https://www.etudier.com/dissertations/Gr%C3%A8ve-1947/473278.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.etudier.com/dissertations/Gr%C3%A8ve-1947/473278.html</a></p>
<p><a href="https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000016/la-greve-des-usines-renault.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000016/la-greve-des-usines-renault.html</a></p>
<p>Barta explique la grève</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1947/05/greve_renault.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1947/05/greve_renault.htm</a></p>
<p>La grève « pour les dix francs » des ouvriers de Renault en 1947 contre le patron, le gouvernement, le PCF et la CGT</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7540" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7540</a></p>
<p><a href="https://paris-luttes.info/en-avril-1947-demarrait-a-l-usine-8529" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://paris-luttes.info/en-avril-1947-demarrait-a-l-usine-8529</a></p>
<p><a href="http://www.zones-subversives.com/2022/06/pierre-bois-et-les-greves-a-renault.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.zones-subversives.com/2022/06/pierre-bois-et-les-greves-a-renault.html</a></p>
<p>Pierre Bois</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2203" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2203</a></p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?article17060" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?article17060</a></p>
<p><a href="https://www.paperblog.fr/136492/8220la-greve-renault-d8217avril-mai-19478243-de-pierre-bois-2/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.paperblog.fr/136492/8220la-greve-renault-d8217avril-mai-19478243-de-pierre-bois-2/</a></p>
<p><a href="https://archivo-obrero.com/pierre-bois-une-vie-de-militant-ouvrier-communiste-revolutionnaire/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://archivo-obrero.com/pierre-bois-une-vie-de-militant-ouvrier-communiste-revolutionnaire/</a></p>
<p> Grèves de 1947 en France</p>
<p><a href="https://wikirouge.net/Gr%C3%A8ves_de_1947_en_France" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/Gr%C3%A8ves_de_1947_en_France</a></p>
<p>Comment Barcia-Hardy a construit le mythe fondateur de Lutte Ouvrière en présentant comme son oeuvre la grève Renault de 1947</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3452" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3452</a></p>
<p>L'histoire du Syndicat Démocratique de Renault (SDR) animé par Pierre Bois (militant du groupe de Barta)</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7532" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7532</a></p>
<p>Quelques articles de Pierre Bois, membre de l'UCI de Barta</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6606" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6606</a></p>
<p>Mémoires militantes à Renault</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2256" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2256</a></p></div>
Pourquoi le mouvement trotskyste a échoué...
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8533
http://www.matierevolution.org/spip.php?article85332025-01-14T23:10:00Ztext/htmlfrRobert ParisTrotskyIV° InternationaleTrotskisme
<p>"L'émancipation des ouvriers ne peut être l'oeuvre que des ouvriers eux-mêmes. Il n'y a donc pas de plus grand crime que de tromper les masses, de faire passer des défaites pour des victoires, des amis pour des ennemis, d'acheter des chefs, de fabriquer des légendes, de monter des procès d'imposture, — de faire en un mot ce que font les staliniens. Ces moyens ne peuvent servir qu'à une fin : prolonger la domination d'une coterie déjà condamnée par l'histoire. Ils ne peuvent pas servir à (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory">6- L'organisation du prolétariat</a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><p>"L'émancipation des ouvriers ne peut être l'oeuvre que des ouvriers eux-mêmes. Il n'y a donc pas de plus grand crime que de tromper les masses, de faire passer des défaites pour des victoires, des amis pour des ennemis, d'acheter des chefs, de fabriquer des légendes, de monter des procès d'imposture, — de faire en un mot ce que font les staliniens. Ces moyens ne peuvent servir qu'à une fin : prolonger la domination d'une coterie déjà condamnée par l'histoire. Ils ne peuvent pas servir à l'émancipation des masses. Voilà pourquoi la IVe Internationale soutient contre le stalinisme une lutte à mort.</p>
<p>Il va sans dire que les masses ne sont pas sans péché. Nous ne sommes pas enclins à les idéaliser. Nous les avons vues en des circonstances variées, à diverses étapes, au milieu des plus grands bouleversements. Nous avons observé leurs faiblesses et leurs qualités. Leurs qualités : la décision, l'abnégation, l'héroïsme trouvaient toujours leur plus haute expression dans les périodes d'essor de la révolution. A ces moments, les bolcheviks furent à la tête des masses. Un autre chapitre de l'histoire s'ouvrit ensuite, quand se révélèrent les faiblesses des opprimés : hétérogénéité, insuffisance de culture, manque d'horizon. Fatiguées, déçues, les masses s'affaissèrent, perdirent la foi en elles-mêmes et cédèrent la place à une nouvelle aristocratie. Dans cette période les bolcheviks (les "trotskistes") se trouvèrent isolés des masses. Nous avons pratiquement parcouru deux cycles semblables : 1897-1905, années de flux ; 1907-1913, années de reflux ; 1917-1923, années marquées par un essor sans précédent dans l'histoire ; puis une nouvelle période de réaction qui n'est pas encore finie. Grâce à ces événements, les "trotskistes" ont appris à connaître le rythme de l'histoire, en d'autres termes la dialectique de la lutte des classes. Ils ont appris et, me semble-t-il, réussi à subordonner à ce rythme objectif leurs desseins subjectifs et leurs programmes. Ils ont appris à ne point désespérer parce que les lois de l'histoire ne dépendent pas de nos goûts individuels ou de nos critériums moraux. Ils ont appris à subordonner leurs goûts individuels à ces lois. Ils ont appris à ne point craindre les ennemis les plus puissants, si la puissance de ces ennemis est en contradiction avec les exigences du développement historique. Ils savent remonter le courant avec la conviction profonde que l'afflux historique d'une puissance nouvelle les portera jusqu'à l'autre rive. Pas tous ; beaucoup se noieront en chemin. Mais participer au mouvement les yeux ouverts, avec une volonté tendue, telle est bien la satisfaction morale par excellence qui puisse être donnée à un être pensant !"</p>
<p>Léon Trotsky dans "Leur morale et la nôtre"</p>
<h2 class="spip">Pourquoi le mouvement trotskyste international a eu du mal à se constituer et est resté faible en nombre et en compétences politiques et sociales ?</h2>
<p>Avertissement : nous nous revendiquons du trotskysme et c'est à ce titre que nous dénions tout droit à se revendiquer du trotskysme à des organisations ne faisant aucune propagande ni ne menant aucune action en faveur des soviets, des conseils de travailleurs et de la perspective du pouvoir des conseils ouvriers révolutionnaires, ne faisant aucun effort pour vaincre les ennemis du prolétariat, notamment les réformistes mais aussi les courants pseudo-radicaux militaires ou islamistes notamment.</p>
<p>1°) Le mouvement trotskyste a été décimé, là où il né, en Russie, carrément éradiqué, massacré et aussi discrédité définitivement. Il n'a pas pu renaître car l'essentiel de la politique du stalinisme visait à empêcher une renaissance du mouvement révolutionnaire en Russie puis dans le reste du monde.</p>
<p>2°) Le mouvement trotskyste a été dénoncé, décrié, combattu et ses dirigeants assassinés partout dans le monde par les agents de Staline, spécialement apointés pour cela. Des intellectuels ont été embauchés partout dans le monde pour créditer la thèse « hitléro-trotskyste » et les dirigeants syndicaux aussi ont été manipulés par les officines de Staline.</p>
<p>3°) Ceux qui ont rejoint le mouvement trotskyste, à part un ou deux dirigeants dans chaque pays, ne venaient pas d'une ancienne forrmation communiste et rejoignaient plus par répulsion du stalinisme que par véritable militantisme et formation communiste révolutionnaire</p>
<p>4°) Une grande partie des trotskystes, hors de Russie, ont été coupés du prolétariat, notamment pas la chasse aux trotskystes dans les syndicats.</p>
<p>5°) Le mouvement trotskyste est né dans une phase de défaites successives du prolétariat qui ont marqué les nouveaux militants. Et c'étaient des défaites déterminantes comme celle, sans combat, du prolétariat allemand devant le fascisme. Non seulement mais l'aspect repoussant et démoralisant du stalinisme pour tous ceux qui le combattaient. Même si cela donnait raison à Trotsky, cela ne le renforçait pas. Le basculement des troskystes espagnols dans le sens nationaliste catalan et démocratique petit-bourgeois a signé la défaite de la révolution espagnole.</p>
<p>6°) La mainmise stalinienne sur l'URSS a permis la mainmise sur le mouvement ouvrier communiste mondial.</p>
<p>7°) La campagne mondiale sur les procès de Moscou, relayée par la presse bourgeoise, a contribué à discréditer les trotskystes dans l'opinion ouvrière.</p>
<p>8°) Le mouvement trotskyste, malgré l'influence de Trotsky, a, du coup, été victime de tendances petites bourgeoises qui n'étaient pas compensées par une implantation ouvrière. Il a même rejeté longtemps sa constitution en IVe Internationale, repoussé longtemps son programme de transition, souvent refusé de faire du travail en direction de la classe ouvrière, eu des illusions sur les fronts populaires, parfois même refusé de dénoncer fermement les crimes du stalinisme, etc…</p>
<p>9°) Dans ces conditions, l'assassinat de Trotsky, seul dirigeant révolutionnaire porteur des leçons du passé, a été déterminante pour tuer politiquement le mouvement trotskyste.</p>
<p>10°) Les meilleurs militants trotskystes ont été démoralisés par la guerre et l'après-guerre et particulièrement par l'absence d'une vague révolutionnaire après la guerre, vague éradiquée par avance par le bombardement systématique des quartiers ouvriers des pays vaincus par les forces alliées anglo-américaines. Les bombes atomiques ont achevé de terroriser les peuples, déjà torturés par la barbarie de la guerre dans les deux camps. La guerre mondiale a servi de bain de sng préventif comme pare-feu face aux risques révolutionnaires d'après-guerre. L'influence du stalinisme et du nationalisme ont permis que les révolutions coloniales ne prennent pas un tour prolétarien révolutionnaire.</p>
<p>11°) L'alliance Staline/Hiltler suivie de l'alliance Staline/USA/Angleterre ont transformé l'URSS bureaucratique en agence de l'impérialisme mondial et fait basculer le diagnostic de Trotsky (Etat ouvrier à déformations bureuacratiques) dans le sens des intérêts de la bourgeoisie. Ceux qui sont restés à l'analyse « Etat ouvrier » de la Russie n'en sont pas ressortis plus armés, au contraire. Ils ont continué à prôner la « défense de l'URSS », soi-disant par fidélité à Trotsky, alors même que, Natalia Trotsky et Muniz le soulignaient, la situation mondiale avait changé et que la Russie elle-même n'était plus qu'un facteur contre-révolutionnaire…</p>
<p>12°) Finalement, des groupes trotskystes allaient prendre des positions rompant avec le marxisme révolutionnaire, prêtant au stalinisme la capacité de créer des Etats « ouvriers » sans révolution, sans soviets, sans autre intervention que celle de l'armée de Staline avec l'accord des impérialismes occidentaux ou de l'armée de Mao, ou de celle de Castro ou d'autres encore. Ils allaient soutenir des fausses révolutions, de faux socialismes, des guerilla et autres mouvements situés en dehors de l'action révolurionnaire du prolétariat, et soutenir aussi les gauches bourgeoises, les syndicats bureaucratisés et réformistes, les faux écologistes, les faux féministes, les propagandistes du climat et bien d'autres mouvements qui n'ont rien de révolutionnaires et rien de socialistes.</p>
<p>La défaite de Trotsky en Russie ne voulait pas dire que ce dernier avait eu tort ou était devenu contre-révolutionnaire, contrairement à ce que les staliniens ont prétendu.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921</a></p>
<p>Qui étaient les trotskystes en URSS ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6830" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6830</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6864" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6864</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6875" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6875</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6526" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6526</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6476" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6476</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6286" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6286</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6035" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6035</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5426" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5426</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4464" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4464</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6952" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6952</a></p>
<p>Destin d'une révolution isolée et trahie - la contre-révolution stalinienne assassine les opposants communistes</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198" class="spip_url auto" rel="nofollow">http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198</a></p>
<p>L'assassinat méthodique des dirigeants trotskystes dans le monde</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1035" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1035</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5985" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5985</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5956" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5956</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5613" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5613</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6239" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6239</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5968" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5968</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5191" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5191</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6149" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6149</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6620" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6620</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4850" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4850</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6358" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6358</a></p>
<p>Le rôle contre-révolutionnaire du stalinisme, le grand organisateur des défaites prolétariennes des années trente</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240</a></p>
<p>Le stalinisme a méthodiquement acheté des intellectuels et les a dressés contre le trotskysme…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3608" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3608</a></p>
<p>« En 1923-24, des gens ont été expulsés de différents partis pour la seule raison qu'ils n'étaient pas d'accord pour condamner immédiatement Trotsky. Par la suite, ces éléments ont été contraints de regrouper leurs forces, sans avoir ni traditions révolutionnaires ni fondement théorique sous leurs pieds. Certains d'entre eux ne se sentaient même pas faire partie d'une organisation révolutionnaire et en ont vite profité pour l'abandonner. Cette dernière catégorie comprend Madeleine et Maurice Paz, et dans une certaine mesure le vieux Loriot et Souvarine qui, n'ayant pas eu le temps de devenir marxiste, est devenu libre penseur, comme je l'ai déjà écrit plus haut. En Allemagne, Urbahns a compromis pendant plusieurs années l'Opposition entre la social-démocratie et le sapronovisme. Enfin, en Belgique, Van Overstraten - et ce fut une grande surprise pour moi - s'est révélé impressionniste et dilettante. Sans compréhension marxiste, il recommence à zéro sur chaque question, comme sur une page blanche, comme un autodidacte politique, malgré sa formation intellectuelle. J'ai rencontré Overstraten à plusieurs congrès et lors de deux ou trois visites qu'il m'a rendu au commissariat militaire. Si je me souviens bien, il ne parlait jamais aux congrès et dans les conversations personnelles, il écoutait plus qu'il ne parlait. Il est tout à fait clair qu'il ne se sentait pas à l'aise dans le Comintern de Lénine : mais maintenant il l'admet ouvertement. Il a perdu la discipline théorique et organisationnelle, et je crains qu'il ne puisse plus la récupérer.<br class='autobr' />
Les oppositionnels d'Europe occidentale n'ont jamais vécu une vie idéologique et politique cohérente, n'ont pas abordé les grandes questions, ne se sont pas impliqués dans la vie interne des autres partis. C'est ainsi que tous ces compagnons de route accidentels (Urbahns, Overstraten, Souvarine, Paz ) apparaissaient aux autres ainsi qu'à nos camarades, et ils se voyaient tels. Mais au fond, ils nous ont causé beaucoup de tort, en bloquant aux idées de l'opposition la voie de l'entrée dans le parti, qu'ils ont déclaré mort et liquidé. Cette approche était beaucoup plus facile et donnait la possibilité de vivre tranquillement dans son coin, avec une heure par semaine de discussions oppositionnelles.<br class='autobr' />
Notre travail à l'étranger ces deux dernières années a été de mettre un terme à ces fictions, à la multiplication des malentendus fondamentaux et de développer les fondements de l'Opposition de gauche internationale. Pendant ces deux années, j'ai passé plus de temps à défricher qu'à construire. Mais c'était un travail préalable absolument nécessaire, si l'on tient compte du fait que le sol est très encombré, non seulement par les ordures de l'appareil officiel, mais aussi par la confusion et le chaos des regroupements d'opposition aléatoires et accidentels. Une organisation oppositionnelle fonctionnelle n'a été pratiquement présente, dans aucun pays, au cours des deux dernières années. La meilleure organisation était probablement le groupe américain, précisément parce qu'il s'est réellement constitué récemment, recevant une forte et nouvelle impulsion du VIe Congrès. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/nin_21111930.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/nin_21111930.htm</a></p>
<p>L'œuvre destructrice des procès de Moscou</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4693" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4693</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3150" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3150</a></p>
<p>Le stalinisme s'est mobilisé, par exemple en France, contre les militants ouvriers trotskistes</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6838" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6838</a></p>
<p>Quand les staliniens français étaient mobilisés contre le trotskisme, proclamé ennemi numéro un et agent du fascisme</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263</a></p>
<p>« Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos idées, qui ne sont pas aussi dénuées de sens que le croient certains de nos amis.</p>
<p>Nous ne progressons pas politiquement. Ce fait est l'expression du recul général du mou\'ement ouvrier dans les quinze dernières années. Quand le mouvèmcnt révolutionnaire décline de façon générale, quand une défaite suit une autre défaite, quand le fascisme s'étend sur le monde entier. Quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine à duper les travailleurs, il va de soi que les révolutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique général. Et cela, quand bien même leurs idées sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome%2021.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome%2021.pdf</a><br class='autobr' />
Comment Trotsky critiquait le courant trotskyste de France sur la question syndicale</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article469" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article469</a></p>
<p>« Les militants de l'Opposition de gauche sont exécutés sans procès, et nombre d'entre eux ont sans doute péri dans le cours de la préparation des procès à spectacle, de ces amalgames dont on conçoit sans peine combien Staline eût aimé y faire figurer, dans le rôle d'accusé avouant ses crimes et battant sa coulpe, l'un des « irréductibles » qui n'avaient cessé de le braver depuis des années. Trotsky lui même redoutait, non sans raison, à l'annonce de chaque procès, d'y voir figurer l'un d'entre eux, brisé par les méthodes perfectionnées dont il ne sous estimait pas l'efficacité. Parmi tous les hommes qui n'avaient pas capitulé, Staline pourtant ne réussit finalement qu'à briser le seul Mouralov, celui là même qu'il avait curieusement épargné en le laissant exercer librement sa profession d'agronome dans la région de Novosibirsk. Ce coup très dur pour Trotsky demeura unique. Parmi les accusés des trois grands procès de Moscou ont figuré certes nombre d'anciens dirigeants ou militants de l'Opposition, mais, à l'exception de Mouralov, tous ces hommes avaient déjà « capitulé » des années auparavant et s'étaient reniés publiquement, Zinoviev et Kamenev, Piatakov et Krestinsky dès 1928, Smirnov, Mratchkovsky, Boguslavsky, Ter Vaganian après Radek en 1929, Rakovsky en 1934 enfin. Mais aucun des bolcheviks léninistes maintenus en isolateur depuis des années, restés fidèles à l'organisation et à son programme, n'a finalement collaboré, même sous la torture, aux procès préfabriqués et la majorité d'entre eux ont payé ce refus de leur vie.</p>
<p>Nous n'avons sur ce qu'étaient ces hommes en 1936 qu'un seul témoignage, celui de Victor Serge. Il écrit à Trotsky, le 27 mai 1936, peu après sa libération et son arrivée en Belgique :<br class='autobr' />
« Nous sommes en ce moment fort peu nombreux : quelques centaines, dans les cinq cents. Mais ces cinq cents ne fléchiront plus. Ce sont des hommes trempés, qui ont appris à penser et à sentir par eux mêmes et qui acceptent avec tranquillité la perspective d'une persécution sans fin. Dans les isolateurs, nos camarades sont quelques dizaines au total, sur des centaines de zinoviévistes, droitiers et autres staliniens véreux. Parmi nous, il n'y a pas grande unité de vues. Boris Mikh(ailovitch Eltsine) disait : "C'est le G.P.U. qui fait notre unité". Deux grandes tendances se divisent à peu près par moitié : ceux qui estiment qu'il faut tout réviser, que l'on a commis des fautes depuis le début de la révolution d'Octobre et ceux qui considèrent le bolchevisme à ses débuts comme inattaquable. Les premiers sont enclins à considérer que dans les questions d'organisation vous aviez raison, avec Rosa Luxemburg, dans certains cas, contre Lénine autrefois. En ce sens, il y a un trotskisme dont les attaches remontent loin (personnellement, je suis aussi de cet avis, pensant toutefois que les principes d'organisation de Lénine ont fait leurs preuves dans une période et un pays donné, particulièrement arriéré). Nous nous divisons aussi par moitié sur les problèmes de la démocratie soviétique et de la dictature (les premiers, partisans de la démocratie ouvrière la plus large dans la dictature : mon impression est que cette tendance est en réalité de beaucoup la plus forte). Dans les isolateurs, un groupe dit du "capitalisme d'État" (Goskappisty) s'est détaché : ils professent que le capitalisme d'État vers lequel s'acheminent également Mussolini, Hitler et Staline, est aujourd'hui le pire ennemi du prolétariat. Ils sont peu nombreux, mais il y a parmi eux quelques camarades des plus capables [ ... ] Il devient de plus en plus difficile, sinon impossible de tenir [ ... ] En général, il n'y a plus d'autorités : les vieux se sont discrédités, les jeunes entendent penser par eux-mêmes. Par "vieux", j'entends ici la génération d'opposants de 23 28 dont il ne reste que quelques cadres admirables, des jeunes d'ailleurs comme les Iakovine et les Dingelstedt. Dans les isolateurs et ailleurs, on trouve surtout maintenant les opposants trotskystes de 1930 1933. Une seule autorité subsiste : la vôtre. Vous avez là bas une situation morale incomparable, des dévouements absolus. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000l.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000l.htm</a></p>
<p>« Si Staline s'apprêtait à revenir sur le chemin de la révolution, il n'aurait pas exterminé et démoralisé les révolutionnaires. En dernière analyse, Mussolini a raison lorsqu'il écrit dans le « Giornale d'italia » que « personne jusqu'ici n'a porté de coups plus rudes à l'idéal du communisme (de la révolution prolétarienne) ni exterminé de communistes avec autant d'acharnement que Staline. »<br class='autobr' />
Léon Trotsky – 9 mars 1938</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088</a></p>
<p>L'assassinat de Trotsky achève le travail de destruction du trotskysme…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6008" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6008</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5975" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5975</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5671" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5671</a></p>
<p>Pendant la deuxième guerre mondiale, plusieurs groupes trotskystes ont viré de bord et quelques rares ont partiellement tenu le cap…</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm</a></p>
<p>Les faiblesses du trotskysme en France ont joué un rôle important…</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301125a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301125a.htm</a></p>
<p>Trotsky rappelle à propos des trotskystes américains : « j'écrivais à Cannon :<br class='autobr' />
"Le Parti a seulement une minorité de véritables ouvriers d'usine... Les éléments non prolétariens représentent un levain très nécessaire et je crois que nous pouvons être fiers de la qualité de ces éléments. Mais... notre Parti peut être inondé par des éléments non prolétariens et peut même perdre son caractère révolutionnaire. Evidemment notre tâche n'est pas d'empêcher l'afflux des intellectuels par des méthodes artificielles... mais d'orienter toute l'organisation vers les usines, les grèves, les syndicats...<br class='autobr' />
"Prenons un exemple concret : nous ne pouvons pas consacrer suffisamment ou autant de forces à toutes les usines. Notre organisation locale peut choisir comme champ d'activité durant la période prochaine une, deux ou trois usines dans son rayon et concentrer toutes ses forces sur ces usines. Si nous avons, dans l'une d'elles, deux ou trois ouvriers, nous pouvons créer une commission spéciale de soutien de cinq membres non ouvriers dans le but d'élargir notre influence dans cette usine.<br class='autobr' />
"La même chose doit être faite dans les syndicats. Nous ne pouvons pas introduire des membres non ouvriers dans les syndicats ouvriers. Mais nous pouvons constituer, avec des chances de succès, des commissions de soutien pour l'action orale et littéraire en connection avec nos camarades au sein du syndicat. Les conditions invariables de cette action doivent être : ne pas commander les ouvriers, mais seulement les aider, leur donner des suggestions, les armer de faits, d'idées, de journaux d'usines, de tracts spéciaux, etc.<br class='autobr' />
"Une telle collaboration aurait une énorme importance éducative, d'une part pour les camarades ouvriers, d'autre part pour les membres non ouvriers qui ont besoin d'une solide rééducation.<br class='autobr' />
"Vous avez par exemple, un nombre important d'éléments juifs non travailleurs dans vos rangs. Ils peuvent être un levain de valeur, si le Parti réussit à les extraire peu à peu d'un milieu clos, et à les lier aux ouvriers d'usines au moyen d'une activité quotidienne. Je crois qu'une telle orientation assurerait aussi une atmosphère plus saine à l'intérieur du Parti...<br class='autobr' />
"Nous pouvons poser sans tarder une règle générale : un membre du Parti qui n'a pas gagné au Parti un nouvel ouvrier au cours de trois ou six mois n'est pas un bon membre du Parti.<br class='autobr' />
"Si nous assurions sérieusement une telle orientation générale et si nous en vérifiions chaque semaine les résultats pratiques, nous éviterions un grand danger, celui de voir les intellectuels et les ouvriers en faux col supplanter la minorité ouvrière, la condamner au silence et transformer le Parti en un club de discussion très intelligent, mais absolument inhabitable pour les ouvriers.<br class='autobr' />
"Les mêmes règles devraient être appliquées sous une forme correspondante en ce qui concerne le travail et le recrutement de l'organisation de jeunesse, sans quoi nous courons le danger d'éduquer de bons éléments jeunes en dilettantes révolutionnaires et non en combattants révolutionnaires."<br class='autobr' />
Cette lettre prouve clairement, je l'espère, que je n'ai pas inventé le danger d'une déviation petite-bourgeois… »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/defmarx/dma7.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/defmarx/dma7.htm</a></p>
<p>« La première chose qu'il faut comprendre dans la situation mondiale, et si on ne la comprend pas tout s'embrouille et l'action devient stérile, c'est que l'Etat et le gouvernement russes actuels, loin d'avoir pour base la révolution bolchevique de 1917, ou le moindre de ses restes, représentent face à elle la plus féroce et achevée des contre-révolutions. L'actuel gouvernement russe a contribué à lui seul à la défaite de la révolution mondiale et à l'état de prostration des masses bien plus que tous les gouvernements capitalistes. <br class='autobr' />
Sans Moscou et le stalinisme mondial, ou bien la guerre impérialiste n'aurait pas éclaté, empêchée par la révolution européenne, ou bien la guerre se serait vite et victorieusement transformée en guerre civile. C'est cette dernière direction que prenait l'action spontanée des masses sous l'occupation nazie, action que le stalinisme et le capitalisme mondial ont, sous un étendard unitaire, réorientée vers la guerre impérialiste via les mouvements nationaux. Nous en sommes ainsi arrivés à l'actuelle complète domination réactionnaire du monde par les Trois Grands victorieux, ce qui entraîne une menace continuelle de nouvelle guerre impérialiste et qui donne aux masses une amère sensation de frustration, gage de domination stalinienne et réformiste. La crise du mouvement ouvrier mondial se résume donc dans la capacité organique du stalinisme (la social-démocratie est un second couteau de peu d'importance) à clouer l'activité des masses, pendant et après la guerre, dans le cercueil mis en place par les vieux impérialismes et la contre-révolution russe…</p>
<p>Face à la guerre le parti américain a eu une attitude opportuniste comparable à celle du centrisme et non à celle qui doit être la nôtre. Lui-même l'a définie comme non-soutien, transformation de la guerre impérialiste en vraie guerre contre le fascisme, opposition politique, etc... et de façon générale s'est abstenu d'agitation et de travail spécifique contre la guerre, tant à l'arrière qu'au front. Et la politique de ce parti est apparue face au monde, pendant des années, comme la politique officielle de la IV° Internationale ! D'autre part, ce qui faisait office de centre international l'a tacitement accepté comme bonne. Evidemment, la politique du parti américain a entraîné vers l'opportunisme tous les groupes de la IV° Internationale dans le monde. [...]<br class='autobr' />
Les camarades qui pendant l'occupation, dans de terribles conditions, ont continué la lutte générale pour la révolution sur la base de nos idées, se sont montrés redevables de l'estime et de l'admiration de toute l'Internationale. Notre respect et notre amitié va à tous ceux qui sont tombés et ceux qui continuent. C'est cela même qui nous oblige à signaler les erreurs qui entravent aujourd'hui la croissance de l'organisation et la marche révolutionnaire. Pour résoudre positivement sa crise, pour aider l'Internationale à résoudre la sienne, le parti français doit analyser sa conduite et celle de l'Internationale pendant la guerre impérialiste, et condamner les opportunismes et les vacillements. L'erreur la plus grave en ce domaine vient de la nouvelle direction élue à la Pré-conférence d'avril 1946. Depuis plus d'un an elle n'a toujours pas mis en discussion la politique des principaux partis pendant la guerre impérialiste (...). Son erreur risque d'être davantage mortelle pour notre mouvement quand cette nouvelle direction rechigne à mettre à l'ordre du jour du Congrès mondial en préparation l'attitude des principaux partis face à la guerre impérialiste et aux mouvements nationaux. Une erreur peut être grave ou très grave, mais un parti qui sait les corriger poursuivra son chemin vers la révolution. Une erreur non rectifiée produit la phtisie théorique, l'ankylose organique, la destruction tôt ou tard. (…)</p>
<p>Ce n'est pas, comme le considèrent malheureusement quelques tendances, consubstantiel à notre mouvement. Le critère qui a toujours prévalu dans notre attitude vis-à-vis de la question est celui-ci : la défense de l'U.R.S.S. dans une guerre contre des ennemis extérieurs aide t-elle ou entrave t-elle la révolution mondiale ? [...] La « défense inconditionnelle de l'U.R.S.S. » s'est révélée incompatible avec la défense de la Révolution mondiale. La défense de la Russie doit être abandonnée de toute urgence parce qu'elle lie tous nos mouvements, pèse sur notre progrès théorique, et nous donne aux yeux des masses une physionomie stalinisante. Il est impossible de défendre la Révolution mondiale et la Russie en même temps. C'est l'un ou l'autre. Nous nous prononçons pour la Révolution mondiale, contre la défense de la Russie, et vous invitons à vous prononcer dans le même sens [...] pour être fidèles à la tradition révolutionnaire de la IV° Internationale, nous devons abandonner la théorie trotskyste de la défense de l'U.R.S.S. ; nous produirons ainsi dans l'Internationale la révolution idéologique indispensable pour la réussite de la Révolution mondiale. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470600.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470600.htm</a></p>
<p>L'Etat russe a été présenté par le stalinisme dans tout le mouvement ourier comme premier pays socialiste alors que Lénine et Trotsky affirmaient le contraire….</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423</a></p>
<p>Le mouvement trotskyste en France, le plus… à droite de tout le trotskysme mondial</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5230" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5230</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3738" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3738</a></p>
<p>Pourquoi la Quatrième Internationale fondée par Léon Trotsky a échoué…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250</a></p>
<p>Quand l'extrême gauche opportuniste a soutenu les ennemis du prolétariat sous prétexte de lutte contre le fascisme</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7014" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7014</a></p>
<p>Notre principale divergence avec l'extrême gauche française : ils ne sont pas clairs vis-à-vis de la nature de l'Etat capitaliste !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462</a></p></div>
Encore et à nouveau sur la vie du militant trotskiste italien Pietro Tresso
http://www.matierevolution.org/spip.php?article7630
http://www.matierevolution.org/spip.php?article76302024-10-06T22:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisItalieStalinismeIV° InternationaleTrotskismePietro Tresso
<p>Lire la première partie <br class='autobr' />
Encore et à nouveau sur la vie du militant trotskiste italien Pietro Tresso <br class='autobr' />
Né dans une bourgade agricole près de Vicenza, Pietro Tresso était l'aîné d'une famille de quatre enfants. Son père, Luigi, issu d'une famille paysanne, devint ouvrier dans la plus importante industrie de la région, l'entreprise textile Lanificio Rossi. Les conditions de vie très modestes de ses parents, ne permirent à Pietro que de fréquenter les trois premières années de l'école (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot21" rel="tag">Italie</a>,
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot295" rel="tag">Pietro Tresso</a>
<div class='rss_texte'><p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3969" class="spip_out" rel="external">Lire la première partie</a></p>
<h2 class="spip">Encore et à nouveau sur la vie du militant trotskiste italien Pietro Tresso</h2>
<p>Né dans une bourgade agricole près de Vicenza, Pietro Tresso était l'aîné d'une famille de quatre enfants. Son père, Luigi, issu d'une famille paysanne, devint ouvrier dans la plus importante industrie de la région, l'entreprise textile Lanificio Rossi. Les conditions de vie très modestes de ses parents, ne permirent à Pietro que de fréquenter les trois premières années de l'école élémentaire. Il fut, ensuite, apprenti tailleur. Sa formation intellectuelle, nourrie de nombreuses lectures dès son adolescence, fut celle d'un autodidacte. En 1909, à l'âge de seize ans, il s'inscrivit à la Fédération des Jeunesses socialistes et, l'année suivante, il participa à la fondation du Cercle des jeunes socialistes de Magré. Son premier combat politique fut anticolonialiste : en 1911, il contribua à organiser une manifestation contre l'intervention militaire italienne en Libye.</p>
<p>Après quelques années de travail syndical parmi les paysans de sa région, une des plus catholiques du pays, Pietro Tresso fut envoyé à Milan, en mai 1914, afin de suivre un stage de formation syndicale dans l'école l'« Umanitaria ». Un mois plus tard, il partit pour les Pouilles et s'installa à Gravina, un important centre rural d'environ 20 000 habitants, pour y développer le syndicat des travailleurs agricoles (braccianti). C'est là qu'il fit sa première expérience de dirigeant syndical. Peu après son arrivée, il fut élu secrétaire de la Ligue des paysans de Gravina et commença à collaborer à La Conquista, le journal des socialistes des Pouilles, publié à Bari. En janvier 1915, il fut appelé à faire son service militaire. Pendant la Première Guerre mondiale, il se rallia à la majorité du Parti socialiste italien (PSI), qui était opposée à la guerre. Il distribua l'appel de Zimmerwald au sein de l'armée. Cette activité antimilitariste lui valut un procès, mais les charges retenues contre lui furent insuffisantes et il fut envoyé dans une « compagnie disciplinaire ». Revenu à Vicenza à la fin de la guerre, avec le grade d'officier et pensionné à 80%, il reprit son activité politique au sein du PSI. Il commença à écrire pour son journal local, Il Visentin. Dans le PSI, il adhéra au courant dit « maximaliste » de Serrati, favorable à la révolution d'Octobre et disposé à adhérer à la IIIe Internationale, mais opposé à une rupture avec le courant réformiste dirigé par Turati.</p>
<p>En 1920, Pietro Tresso fut élu au conseil municipal de Magré et au conseil provincial de Vicenza, lors d'une élection qui marqua une forte avancée du PSI S'éloignant de Serrati, il participa à la création de la fraction communiste de Vicenza, qui l'envoya comme délégué au congrès national du PSI Le congrès de Livourne, en janvier 1921, marqua la fracture du socialisme italien. Bien que minoritaire, le courant communiste, dirigé par Amadeo Bordiga, quitta le PSI et constitua le Parti communiste d'Italie. Rentré à Vicenza, Tresso fut nommé directeur du nouveau journal du parti, La Lotta communista. La fraction communiste devenant majoritaire dans la CGL de Vicenza, il fut envoyé à Milan où il commença à collaborer à la rédaction du journal syndical Il Sindicato rosso, l'organe italien de l'Internationale syndicale rouge (ISR).</p>
<p>En 1922, Mussolini prit le pouvoir. Dans une situation de guerre civile latente, les affrontements se multipliaient entre les militants ouvriers et les « chemises noires ». Tombé dans une embuscade, Pietro Tresso fut durement battu par une bande fasciste dans une rue de Milan. Pendant cette année cruciale, il se rendit à plusieurs reprises à Berlin pour coordonner le travail de l'ISR. Il participa, à Moscou, au IVe congrès du Komintern et au IIe congrès de l'ISR, au cours duquel il intervint pour défendre la thèse du rôle dirigeant du Parti communiste à l'égard des syndicats. Avant de rentrer en Italie, à la fin de 1923, il fit une nouvelle étape de quelques semaines à Berlin, où il connut Debora Seidenfeld, « Barbara », qui devint la compagne de sa vie.</p>
<p>En Italie, Pietro Tresso fut incorporé à la direction du travail syndical du PCI. C'est à partir de cette période qu'il noua une relation étroite d'amitié et de collaboration avec Antonio Gramsci, qui était devenu le principal dirigeant du parti. Tresso contribua à la « bolchévisation » du PCI, qui se traduisit essentiellement par la marginalisation de Bordiga au sein du groupe dirigeant, en dépit de son influence encore majoritaire dans le parti. Frappé par la dure répression du régime fasciste, le mouvement ouvrier connut des difficultés croissantes. Tresso fut arrêté à deux reprises à Milan, en mai 1924 et en juillet 1925, lors de la dispersion de réunions syndicales. Peu après, le droit de grève fut supprimé et les syndicats non-fascistes mis hors la loi. Pendant cette période, alors que Bordiga s'était ouvertement opposé au nouveau cours de l'URSS et que Gramsci avait écrit au Comité central du PCUS pour manifester son inquiétude à l'égard des méthodes adoptées dans la lutte contre l'Opposition de gauche, Tresso semblait totalement absorbé par les problèmes italiens.</p>
<p>En janvier 1926, lors du congrès de Lyon du PCI qui marqua la défaite de Bordiga et consacra la domination politique de Gramsci, Pietro Tresso fut élu au Comité central. Favorable à une réorganisation globale du travail politique à partir de cellules de base clandestines, il s'installa à Rome, avec la tâche de diriger le bureau pour le travail illégal. C'est alors qu'il prit le pseudonyme de « Blasco » sous lequel il fut connu par la suite. Après la vague d'arrestations qui, en réponse à l'attentat contre Mussolini, avait durement affaibli la direction du PCI, Tresso fut coopté au Bureau politique du parti et en devint le principal organisateur. Le séjour dans la capitale étant devenu de plus en plus dangereux, Blasco s'installa à Sturla, dans la banlieue de Gênes, d'où il pouvait maintenir une liaison régulière avec Alfonso Leonetti, qui avait installé à Recco la rédaction clandestine de l'Unita, le quotidien du PCI. En février 1927, dans la plus stricte illégalité, il organisa à Milan une conférence nationale de la CGIL, qui venait d'être dissoute par Mussolini. A la fin de l'année, il dut quitter l'Italie pour échapper à l'OVRA, la police fasciste. Il rejoignit alors le centre du parti dans l'émigration à Paris.</p>
<p>A Moscou, en 1928, où il participa au VIe congrès de l'Internationale communiste, Pietro Tresso ne manifesta aucune perplexité au sujet du tournant de la « troisième période », qui prévoyait une nouvelle vague révolutionnaire en Europe et qualifiait la social-démocratie d'« ennemi principal ». Cela se traduisait, pour le PCI, par l'envoi massif de cadres en Italie afin de reconstituer l'organisation clandestine en vue d'une reprise imminente des luttes sur une vaste échelle. Tresso considérait comme aventuriste et suicidaire une telle politique. Cependant, il ne remit pas en cause la stratégie générale du Komintern.</p>
<p>Pietro Tresso vécut bientôt à Paris l'une des crises les plus profondes de l'histoire du PCI. Les divergences sur l'appréciation de la situation en Italie éclatèrent à propos de l'« affaire Tasca » qui venait d'être expulsé à cause de son appui à N. Boukharine. Togliatti, lui aussi lié à la « droite » boukharinienne jusqu'au VIe congrès du Komintern, s'était rallié à la dernière minute à la majorité stalinienne du PCUS. Pendant la réunion du Bureau politique du PCI qui devait sanctionner l'expulsion de Tasca, Tresso, appuyé par Alfonso Leonetti et Paolo Ravazzoli, intervint pour critiquer l'orientation générale du parti et soulever des réserves à l'égard de l'attitude de Togliatti.</p>
<p>Ces divergences s'approfondirent fin 1929, lorsque Togliatti et L. Longo proposèrent l'envoi en Italie d'un certain nombre de dirigeants du parti afin de reconstituer un centre à l'intérieur du pays. Tresso, Leonetti et Ravazzoli, désormais appelés les « trois », reconnaissaient la nécessité de renforcer le travail clandestin en Italie, mais s'opposèrent aux méthodes et aux rythmes proposés par Togliatti. Le débat sur le « tournant » italien fut tranché, en mars 1930, par le Comité central qui, suivant les indications de Moscou, approuva la ligne proposée par Togliatti et Longo, exclut Ignazio Silone et Ravazzoli du CC, rétrograda Leonetti et exclut Tresso du BP.</p>
<p>Écartés de la direction du PCI, les « trois » prirent contact avec l'opposition trotskyste en France. Ils avaient été frappés par les articles de Trotsky parus dans la Vérité, qui semblaient apporter une explication plus globale aux critiques qu'ils adressaient au « tournant » du PCI. La prise de contact fut favorisée par Alfred Rosmer, qu'ils avaient connu à Moscou, où il s'était lié d'amitié avec Gramsci. Dans l'impossibilité d'exprimer leur point de vue dans la presse de leur parti, ils développèrent leurs analyses dans les pages de La Vérité. En même temps, ils entamèrent une riche correspondance avec Trotsky. La collaboration avec les trotskystes entraîna aussitôt l'expulsion des « trois » du PCI. Entourés par un petit noyau de militants, ils créèrent la Nouvelle opposition italienne (NOI), qui partageait l'orientation générale de Trotsky. Resté sans ressources, après avoir perdu son poste de « révolutionnaire professionnel » dans l'appareil du PCI, Tresso reprit son ancien métier de tailleur.</p>
<p>Entre avril 1931 et mai 1933, Blasco contribua à la publication de l'organe de la NOI, le Bollettino dell'opposizione comunista italiana. En même temps, il participa à l'activité du mouvement trotskyste en France. En janvier 1931, il fut élu au Comité exécutif de la Ligue communiste et son activité dans le mouvement ouvrier français l'éloigna de plus en plus de la NOI. En novembre 1932, Pietro Tresso se rendit avec d'autres militants trotskystes à Copenhague, où il put rencontrer Trotsky qui avait été invité dans la capitale danoise pour tenir une conférence à l'occasion du quinzième anniversaire de la révolution russe. L'année suivante, après la prise du pouvoir par les nazis en Allemagne, l'Opposition de gauche internationale tint une conférence à Paris, en février 1933, qui élut Tresso au Comité exécutif international.</p>
<p>Très proche de Pierre Naville au sein de la Ligue communiste, Pietro Tresso s'opposa au tournant « entriste » dans la SFIO que Trotsky suggéra à partir de septembre 1934. S'éloignant de la Ligue communiste, Tresso et Naville constituèrent un petit Groupe communiste internationaliste (GCI), qui finit par rejoindre également le Parti socialiste. Pendant cette période « entriste », Blasco milita dans les cercles exilés du PSI. Il collabora à la revue italienne Quaderni di critica proletaria. Il fut élu au conseil général du PSI en tant que représentant du courant « bolchevik-léniniste ». En 1936, après sa « sortie » du PSI, Tresso reprit son activité de dirigeant du mouvement pour la IVe Internationale dans les rangs du Parti ouvrier internationaliste (POI), la nouvelle organisation des trotskystes français. En 1937, Pietro Tresso évoqua dans les pages de la Lutte ouvrière, l'hebdomadaire du POI la figure d'Antonio Gramsci, qui venait de mourir au bout de onze ans de déportation et de prison. Son portrait du dirigeant communiste et de l'intellectuel marxiste italien n'avait rien d'hagiographique. Il n'hésitait pas à affirmer que Gramsci s'était aussi trompé sur des questions importantes (tout d'abord sur la « bolchévisation » du parti et dans les méthodes adoptées pour écarter Bordiga de la direction, une critique qui, sous la plume de Blasco, apparaissait aussi comme une autocritique). « Nous ne savons pas quelle a été l'évolution de Gramsci au cours des onze années de prison, écrivait-il, mais nous pouvons affirmer ceci : toute l'activité de Gramsci, toute sa conception du développement du Parti et du mouvement ouvrier s'oppose de façon absolue au stalinisme, à ses crapuleries politiques, à ses falsifications éhontées... » (la Lutte ouvrière, 14 mai 1937). Il ne se trompait pas : depuis les années soixante, une large littérature historique a mis en lumière l'opposition de Gramsci au stalinisme et à la direction du PCI pendant ses années de prison.</p>
<p>En septembre 1938, Blasco participa, sous le pseudonyme de Julien, au congrès de fondation de la IVe Internationale, qui se tint clandestinement à Périgny (voir Alfred Rosmer). Le congrès confirma l'appartenance de Tresso au Comité exécutif du mouvement. Blasco s'opposa en 1939, au sein du POI, à l'entrée dans le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) de Marceau Pivert, préconisée par Trotsky. Après la défaite française en juin 1940, Blasco et Barbara demeurèrent à Paris, sous l'occupation nazie. En 1941, ils purent échapper de justesse à une perquisition de la Gestapo, qui venait de découvrir leur domicile secret.</p>
<p>Traqué, Pietro Tresso se rendit avec Louis Rigaudias en juillet à Marseille, où Barbara le rejoignit en fin d'année. Parvenant, grâce à l'aide du Comité américain de secours (CAS) — dont Tresso devint le consultant pour l'émigration italienne — à s'embarquer le 5 janvier 1942 à destination de Cuba, Rigaudias avait vainement tenté de convaincre Tresso de se rendre aux États-Unis. Celui-ci, âgé de près de cinquante ans, répugnait à envisager une nouvelle émigration dans un pays dont il ignorait la langue. Il finit, cependant, par s'y résoudre un peu plus tard et le CAS lui procura les papiers nécessaires au départ. Il ne manquait plus que le passeport et les visas de Barbara lorsque le 2 juin 1942 Tresso et sa compagne furent arrêtés par la police française avec les principaux militants trotskystes de Lyon et de Marseille, dont Albert Demazière et Jean Reboul. La police avait intercepté la correspondance entre le Secrétariat international de la IVe Internationale siégeant à New York et les trotskystes français. Tresso fut maltraité sous les yeux de sa compagne. Traduit le 30 septembre, avec ses camarades, devant la section spéciale du Tribunal de la XVe division militaire de Marseille, sous le curieux chef d'inculpation « d'activités communistes relevant directement ou indirectement de la IIIe Internationale », assisté par Gaston Defferre, Tresso fut condamné à dix ans de travaux forcés.</p>
<p>Transféré début octobre à la prison militaire de Lodève (Hérault) avec Reboul et Demazière, Pietro Tresso y retrouva un autre trotskyste, Maurice Ségal, dit Salini qui se trouvait dans un état d'épuisement physique et moral inquiétant, par suite de la sévère quarantaine qu'il subissait de la part du collectif communiste. Tresso écrivit en novembre 1942 à sa belle-sœur Gabriella Maier, résidant en Suisse : « Le point noir pour nous ici, ce sont nos rapports avec les staliniens. Pour ces messieurs, nous sommes naturellement une bande de vipères lubriques et tout le tralala que vous connaissez... leur haine contre nous est sans bornes. »</p>
<p>Cet état de tension subsista à la prison du Puy-en-Velay (Haute-Loire) où furent acheminés les détenus politiques, le 18 décembre 1942 et où arriva, en même temps, en provenance de la prison de Nontron (Dordogne), le trotskyste lyonnais Abram Sadek qui partagea désormais la cellule de Pietro Tresso. Dans ses dernières lettres des 11 et 18 septembre 1943 à sa compagne, celui-ci fit encore état des calomnies proférées à l'encontre des trotskystes, reprenant les thèmes des procès de Moscou, assorties de menaces de liquidation. Ces propos tenus par le principal organisateur de l'évasion collective des 79 prisonniers politiques de la prison du Puy, dans la nuit du 1er au 2 octobre 1943, étaient inquiétants quant au sort futur réservé aux trotskystes. La majorité des évadés furent conduits au maquis « Wodli » créé par le PCF, localisé au lieu-dit Raffy de la commune de Queyrière (Haute-Loire), proche d'Yssingeaux. Les trotskystes y furent placés sous une étroite surveillance. Des personnes qui ne pouvaient ignorer les faits refusèrent de répondre, ou formulèrent des hypothèses contradictoires, inexactes au sujet de la disparition de Pietro Tresso. Il ressort des recherches récentes que Tresso, Jean Reboul, Abram Sadek et Maurice Segal furent exécutés fin octobre 1943, peut-être le 26 ou le 27 à Queyrière (Haute-Loire), sur ordre des responsables du maquis, appliquant les consignes « venues d'en haut ». Pierre Broué et Raymond Vacheron évoquèrent la responsabilité de Giovanni Sosso commandant du maquis FTP.</p>
<p>Source : Maitron</p>
<h2 class="spip">Pietro Tresso et la naissance du trotskisme italien</h2>
<p>Le 27 octobre 1943, le camarade Pietro Tresso, dit "Blasco", fondateur et leader du Parti communiste d'Italie et ami de Gramsci, est assassiné, expulsé pour "trotskysme" par le parti en 1930 par la volonté de Togliatti, fondateur de la Quatrième Internationale, assassiné en France par les staliniens pendant la Résistance. Ce texte retrace le tournant qui s'est produit en 1930 au sein du PCd'I, en relation avec les changements profonds qui ont affecté la politique de l'Internationale communiste à la fin des années 1920, et qui ont conduit à l'expulsion de Tresso, Leonetti et Ravazzoli. des rangs du parti et la naissance du trotskisme italien.</p>
<p>Au printemps-été 1930, la crise la plus profonde à laquelle le jeune Parti Communiste d'Italie (né en 1921) a été confronté au cours de ses premières années de vie troublée prend fin, et l'un des moments les plus difficiles de toute la vie de ce qui va devenu ensuite, au cours des années trente, et plus encore depuis la Seconde Guerre mondiale, un parti qui n'avait plus de points communs avec celui fondé par Bordiga et Gramsci à Livourne en 1921.</p>
<p>1930 est l'année de ce qui sera plus tard défini, par les historiens et les militants, « le tournant du PCd'I ». Un chapitre central de l'histoire de ce parti, mais qui restera longtemps obscur et incompris, obstinément écarté et coupablement déformé. Qu'il suffise de dire que jusqu'au milieu des années soixante-dix il n'y avait pas d'ouvrages historiographiques qui en parlaient, et jusqu'au milieu de la décennie précédente les termes de la question n'étaient pas encore clairs dans leur essence pour l'écrasante majorité des militants du PCI. et d'autres partis ouvriers (sauf, précisément, à ceux qui en ont fait l'expérience).</p>
<p>Le soi-disant tournant, et la crise profonde qui s'ensuit, représente pour le PCdI à la fois un point d'arrivée et un point de départ. Dans ce Comité central brumeux et dramatique de mars 1930 à Liège, s'achève la vie de la section italienne de la Troisième Internationale bolchevique, de l'Internationale de Lénine et Trotsky ; et la vie d'un parti a commencé dont la ligne était, de ce moment à la fin, coïncidant avec la ligne de Staline, dont les choix et les volontés seront liés aux destins personnels des dirigeants eux-mêmes, ainsi que, d'ailleurs, de la base. Un parti qui, avec les enseignements de Lénine et l'école de la Révolution russe, avait jeté par-dessus bord sa propre expérience particulière de lutte et de témoignage, ses propres caractéristiques et prérogatives.</p>
<p>Mais il n'y a pas que le parti italien qui a changé de peau et de piste. A la même époque, ce sont tous les partis communistes, toute l'Internationale qui ont radicalement changé son essence et ses perspectives. Quel a donc été le « tournant » ? En quoi s'est-il matérialisé ? Quelles étaient ses hypothèses et motivations ?</p>
<p>En 1928 eut lieu le sixième congrès de la IIIe Internationale. Quatre ans après le cinquième, dans un contexte et un climat bien différents du précédent, le sixième congrès est celui qui, selon les mots de Trotsky, inaugure « la troisième période des erreurs de l'Internationale communiste ».</p>
<p>Après la mort de Lénine, avec l'aggravation des conditions d'isolement de la Russie soviétique et le « gel » définitif de la révolution en Europe occidentale et dans le reste du monde - et avec la reprise contextuelle de ce capitalisme qui jusqu'à quelques années auparavant était considérée sur le point de succomber à l'avancée rouge - l'Internationale Communiste (IC) a commencé à reculer et à s'installer sur des positions de plus en plus défensives non seulement par rapport aux relations de pouvoir modifiées, mais aussi par rapport à la nouvelle configuration générale du système social et politique. L'ordre du mouvement ouvrier qui en a résulté a été redéfini. La tactique et la stratégie de l'Internationale commencent à osciller dangereusement dès les premiers épisodes importants de ces difficultés (Allemagne 1923), mais, contrairement à la période précédente, elles en viennent à s'écarter de plus en plus des principes sur lesquels l'IC a été fondée.</p>
<p>Contrainte dans les redoutes de plus en plus asphyxiées de la Russie soviétique, la révolution prolétarienne subit une involution dont les aspects objectifs et les répercussions sont de plus en plus souvent et de plus en plus sans équivoque la contrepartie d'approches et de choix subjectifs erronés. Si le côté subjectif est toujours dialectiquement sensible à l'objectif, et déterminé par lui, dans le cas de l'IC à partir du milieu des années 1920 l'impact négatif assumé dans ce contexte par l'action consciente des dirigeants (Staline, Zinoviev, Kamenev, Boukharine ) acquiert un poids spécifique de plus en plus important.</p>
<p>A partir de 1927, le Parti communiste russe, aux mains de Staline et de Boukharine, fit un pas en avant substantiel dans la direction de cette involution : après des années de lutte interne acharnée, pour la première fois ceux qui, jusqu'à peu de temps auparavant, avaient été les principaux dirigeants : Zinoviev, Trotsky, etc. C'est un point de non-retour. C'est le passage à la dégénérescence, qui à partir de ce moment (certainement pas le premier signe du changement de situation) verra le CI et ses partis sombrer un à un dans les cercles infernaux qui conduiront d'erreurs en horreurs, de trahisons en crimes. .</p>
<p>Le sixième congrès est celui qui inaugure la « période » à partir de laquelle la dégénérescence ne s'arrêtera ni n'aura de limites. Les fluctuations de l'IC avaient conduit en 1926-1927 à des capitulations opportunistes et à des collaborations de classe (comité anglo-russe, Chine), avec des effets désastreux sur le mouvement communiste. En 1928, il est décidé de virer « à gauche », de changer d'orientation à 180 degrés : cela met fin non seulement à la collaboration avec la bourgeoisie (jusqu'à un certain point), mais aussi avec les partis socialistes et sociaux-démocrates ; le front unique des organisations de classe est définitivement abandonné ; l'équivalence « de facto » entre social-démocratie et fascisme (« socialfascisme ») est théorisée. Tous ces choix reposent sur une base précise d'analyse et de perspective politique : aggravation de la situation de l'économie capitaliste mondiale, radicalisation des masses, imminence de la révolution et prise du pouvoir par la classe ouvrière en Europe (dont une guerre tout aussi imminente, avec l'agression impérialiste contre l'URSS l'aurait rendu non seulement nécessaire, mais non reportable). Même ces analyses - autant que l'orientation politique qui s'ensuivit - étaient en totale contradiction avec les analyses de 1926-27, qui voyaient l'économie capitaliste dans une phase de stabilisation et de consolidation.</p>
<p>Le VIe Congrès (juillet-septembre 1928) et le 10e plénum du Comité exécutif du CI (juillet 1929) sanctionneront cette nouvelle analyse et cette nouvelle ligne politique.<br class='autobr' />
Non seulement ils le sanctionneront, mais ils l'étoufferont. En ce sens que dans l'Internationale de Staline, contrairement à l'Internationale de Lénine, les dissensions, les divergences d'opinion et la possibilité de critique ne sont plus autorisées. La seule dissidence autorisée est la dissidence personnelle envers soi-même : l'exercice des autocritiques humiliantes des militants individuels devient une pratique formelle fréquente. Les partis doivent s'adapter à la ligne de l'Internationale, et l'Internationale doit se conformer à la ligne de Staline. Et que cette ligne est appliquée sans réserve et inconditionnellement, indépendamment de toute autre analyse et croyance, ou même contre elle.</p>
<p>Et c'est précisément le cas du parti italien. Togliatti et la plupart du groupe dirigeant qui dirige le parti (après la vague d'arrestations qui fin 1926 priva le PCd'I de Terracini, Gramsci et de nombreux autres dirigeants) étaient d'abord sceptiques quant à l'analyse et aux nouveaux slogans. qui émergea au VIe congrès de 1928. Il apparaît même que, dans les limites qu'ils avaient dans un domaine déjà largement compromis en termes de démocratie et de liberté intérieure comme celui de ce congrès, les dirigeants italiens (et Togliatti in primis !) tentèrent introduire des éléments de problématisation et de distinction par rapport à la nouvelle ligne, se référant principalement à l'élaboration et à la politique passée, qui avaient été dans les années précédant immédiatement celle qui avait caractérisé l'Internationale dirigée par le bloc Staline-Boukharine (1926-1928) . En effet, dans l'ombre de Boukharine, Togliatti gérait la ligne suite au congrès de Lyon et les relations entre le parti italien et Moscou, à l'époque où il se trouvait à le diriger et à le représenter personnellement au CI.</p>
<p>Mais avec le tournant de 1928, on l'a vu, la situation change, et sous le marteau de Staline d'abord tous les dirigeants du parti russe, puis les dirigeants du CI et les dirigeants nationaux (ceux, évidemment, qui n'avaient pas encore expulsion encourue, comme Trotsky). Togliatti, une marionnette en étain, se plie également. Précisément entre l'été 1928 et celui de 1929 (la période entre le sixième congrès et le dixième plénum), sans trop de tribulations, il se débarrasse des perplexités et des divergences qu'il avait timidement manifestées, et accepte pleinement le nouveau cap.</p>
<p>Ce n'est pas sur la base d'une conviction et d'une adhésion rationnelle que Togliatti accepte le changement, mais sur la base d'une adaptation passive à la ligne gagnante, à laquelle il sacrifiera autonomie de jugement, pratique et alliances internes. Togliatti « reste » avec Boukharine quand Boukharine gagne (en alliance avec Staline), et « reste » avec Staline quand Boukharine perd (contre Staline). Trotsky dira : « Ercoli s'est empressé de montrer que la vérité lui est chère, mais que Molotov lui est encore plus cher » [1].</p>
<p>Mais l'opportunisme fondamental de Togliatti, qui inspire tout son parcours politique et qui en donne la meilleure preuve à ce stade, devra composer avec la résistance au sein du parti italien. Et avec qui, dans le parti italien, s'opposera complètement à la "troisième période d'erreurs", bien qu'au début de manière inconsciente, partielle et déformée.</p>
<p>Mais si les précédents tournants et zigzags du CI et de ses partis avaient été le reflet d'erreurs, et que la lutte contre elles était encore permise dans une certaine mesure, à partir du plénum X tout cela vient avoir un poids et une qualité qualitativement différents physionomie, "produit d'une crise internationale de toutes les sections de l'IC, due à l'émergence de l'imposition de la politique stalinienne au Komintern, un fait qui a trouvé un instrument valable dans l'étouffement d'abord, et dans la tentative d'anéantissement ensuite, de tout semblant de démocratie interne "[2].</p>
<p>Avec le VIe Congrès de l'Internationale Communiste (IC) en 1928 et, de manière plus organique et définie, avec le Xe plénum du Comité exécutif de l'IC en 1929, le mouvement communiste mondial consacre un « tournant » vers un nouveau ligne politique. La nouvelle politique était centrée sur l'évaluation de l'approche d'une situation révolutionnaire en Occident à la suite d'une crise sans précédent du capitalisme. Cette crise (nous sommes dans la période de l'effondrement de Wall Street en 1929) a été interprétée par les dirigeants de l'Internationale, désormais entièrement aux mains de la fraction stalinienne, comme la crise décisive du régime capitaliste, qui a créé les conditions objectives de une phase "révolutionnaire aiguë" (au sens de l'IC) dans laquelle les partis communistes devraient se préparer à conquérir les positions qui leur permettraient de mener la classe ouvrière à la victoire sur la bourgeoisie et à prendre le pouvoir. Cette analyse a été formulée, sans différenciation, pour tous les pays capitalistes avancés. Aucune particularité des différentes situations nationales n'a été prise en considération (crise de la République de Weimar en Allemagne, fascisme en Italie, extrême faiblesse des communistes en Grande-Bretagne, etc.), et toutes les conditions de départ ont été ramenées à une « synthèse » du moins forcé, ce qui excluait d'emblée même la possibilité d'un développement différencié des prétendues situations révolutionnaires.</p>
<p>A partir de cette analyse, sur le terrain pratique, le "tournant" s'est matérialisé par l'imposition aux différents partis de l'Internationale de mesures d'organisation destinées (en théorie) à renforcer et intensifier l'activité et le travail des partis eux-mêmes, précisément en vue de la maturation des situations révolutionnaires et pré-insurrectionnelles, jugées « immédiates ».</p>
<p>Pour le Parti communiste d'Italie, le "tournant" de la "troisième période" signifiait non seulement l'abandon de l'approche politique prise par le congrès de Lyon, mais l'adoption d'une ligne qui révoquait même les aspects analytiques et pratiques de l'action achevé, sous la direction de Togliatti lui-même, jusqu'à quelques mois plus tôt.</p>
<p>Le tournant de la section italienne de l'Internationale, en effet, s'est réalisé dans un laps de temps très court, entre 1929 et 1930, et s'est substantiellement matérialisé par la décision de retransférer en Italie l'appareil et la majeure partie des organes directeurs de le parti, contraint à l'exil à Paris par les lois d'exception du fascisme et la répression du régime (répression qui a déjà vu, en 1929, des milliers et des milliers de communistes pourrir dans les prisons fascistes, et parmi eux des dirigeants de haut niveau comme Gramsci, Terracini, Scoccimarro). Le transfert du centre dirigeant vers l'Italie était considéré comme une mesure nécessaire et incontournable, liée à la nouvelle perspective politique à laquelle se préparait l'Internationale stalinisée, perspective - rappelons-le - selon laquelle une crise du capitalisme imminente plus grande que celle de la période 1917-1920. , qui aurait conduit les partis communistes à un affrontement frontal et sans médiation avec la bourgeoisie, mettant ainsi la question du pouvoir à l'ordre du jour.</p>
<p>C'est précisément cette implication organisationnelle, mais qui a rapidement pris une épaisseur politique, qui, au sein de l'organe suprême de direction politique du parti italien, le Bureau politique, a fait apparaître une rupture verticale insurmontable entre la direction stalinienne de Togliatti d'une part ( avec Grieco, Longo, Secchia et Camilla Ravera), et Tresso, Leonetti et Ravazzoli d'autre part. Les « trois », comme on les appellera plus tard, différaient du reste de l'UP parce qu'ils ne considéraient pas comme fondée la vision de la rupture révolutionnaire naissante, même s'ils tenaient les masses sur la voie de la radicalisation. De là leur opposition claire à la manière de réintroduire les instances dirigeantes et l'appareil du parti en Italie (« projet Gallo »), modalités qu'ils jugeaient aventuristes (cela aurait exposé le parti à une décapitation rapide et inévitable d'une partie de fascisme, ce qui arrivait alors régulièrement, quelques semaines après son retour) et erronée du point de vue méthodologique, car elle impliquait la contribution exclusive du centre du parti au travail de base, selon une hypothèse « de substitution » qui minait et empêchait la renforcement de la base déjà implantée en Italie par une intervention volontaire de gestion sur place par les organes de gestion.</p>
<p>Cependant, ce qui ressort rapidement de cette approche différente, c'est la nature politique du tournant, que sa traduction organisationnelle n'a que partiellement révélée. L'arrière-plan du tournant était en fait une orientation politique qui, en « armant » les partis (formellement, l'Internationale) en vue de la bataille finale pour la prise du pouvoir (à partir d'une analyse « catastrophique » de la situation complètement correspondant à la réalité, comme on le faisait déjà remarquer dans bien des milieux), l'a désarmé non seulement de la stratégie léniniste de conquête de la majorité du prolétariat, mais de tout l'arsenal tactique que l'Internationale avait élaboré dans ses quatre premiers congrès et qu'elle a été le directeur du développement à la fois des partis communistes et de leurs relations avec la classe et le prolétariat dans son ensemble, à travers les différentes phases qui ont vu à la fois l'avancée et le recul de la vague révolutionnaire qui a suivi la Révolution russe.</p>
<p>De ce point de vue, Tresso, Leonetti et Ravazzoli, partant d'une diversification qui au départ (1929) concernait exclusivement l'analyse de la situation italienne et la différence de jugement sur l'évolution de la ligne PCd'I avant et après le VI congrès du Komintern, ils sont venus élargir la critique, en fait, à toute la stratégie que le tournant a mis en place, et à tracer à travers cette critique la véritable substance du contraste entre la politique de Staline et celle de ceux qui à ce moment-là représentait l'alternative la plus énergique à la dégénérescence de l'Internationale, c'est-à-dire l'opposition trotskyste.</p>
<p>Il a été observé par beaucoup de gens que les raisons et les arguments de l'opposition des trois au tournant n'étaient en aucun cas clairs et cohérents. Si cela s'avère vrai, c'est dans la mesure où l'opposition des trois était conditionnée avant tout par le contexte national dans lequel s'est déroulé le tournant (Italie fasciste et PC des exilés et dépourvus d'un centre de gestion vraiment homogène), ce qui ne reflétait que partiellement la véritable portée internationale de la confrontation qui s'était ouverte depuis longtemps dans le parti russe et qui impliquait désormais toutes les parties.</p>
<p>Les limites de l'action des trois consistaient dans le fait qu'au départ ils ne s'opposaient pas à l'IC et à Staline, mais seulement à la majorité italienne (majorité de l'UP et du CC) et notamment Togliatti, à qui ils dénonçaient des accusations d'opportunisme pour s'étant rapidement converti au virage à gauche alors que pendant toute une phase il avait été partisan d'une ligne « modérée », la même ligne qui était désormais condamnée par l'Internationale. Les trois se sont donc posés en opposants à l'opportunisme de Togliatti au nom et sur la base d'un « virage à gauche » incompris de l'Internationale, qu'ils ont interprété comme un retour aux positions bolcheviques du début des années 1920, au moins jusqu'au 5e congrès de l'IC. « Tresso approuva avec enthousiasme le nouveau cours de l'Internationale et la lutte qu'elle mena contre les courants de « droite » présents dans les différents partis communistes ; cependant, il jugea nécessaire de précéder la nouvelle orientation par un profond processus d'autocritique qui mettrait en lumière les erreurs commises par toute la direction du PCI influencée par Tasca à partir de 1927 "[3].</p>
<p>Le processus d'autocritique de Togliatti et de la direction italienne n'existait pas et n'aurait pas pu exister, évidemment. De même, d'autre part, les caractéristiques que prenait le tournant montraient peu à peu qu'il ne s'agissait certainement pas d'une régénération « léniniste » de l'Internationale. Au contraire. Mais lorsque l'opposition des trois s'installe, « dans le tableau déformant de cette situation (c'est-à-dire la situation d'étouffement de l'Internationale par les méthodes bureaucratico-terroristes de Staline et de ses fidèles, ndlr.) [..] les opposants aux le tournant ne sont même pas touchés par le doute que la ligne des dirigeants de l'Internationale peut et doit être remise en cause afin d'assurer cohérence et profondeur dans la lutte contre ce qu'ils considèrent comme une grave involution politique du PCd'I » [4 ].</p>
<p>Ce qui a fait mûrir les positions des trois et élargir leur angle de vue, ce sont les travaux et les écrits de Trotsky contre le tournant stalinien de 1929. D'où leur décision concomitante, une fois établie l'impossibilité de « redresser » le parti, de prendre contact avec l'Opposition de gauche internationale et avec Trotsky lui-même, expulsé du parti et retiré de l'Union soviétique. Dès la première approche, toute une série de points de tangence et une grande communauté de présupposés émergeront chez les opposants italiens, comme en témoignent la première lettre des trois à Trotsky et sa réponse.</p>
<p>L'expulsion des trois du parti, intervenue avant même qu'ils n'aient pu mettre en œuvre une quelconque tentative de lutte contre la majorité de Togliatti, marque l'acte de naissance officiel du mouvement trotskyste italien, au moins dans le sens de la présence d'un groupe organisé de camarades, en fait très peu, qui se référeront dès le début des années 30 à la figure du grand révolutionnaire russe et rejoindront la bataille internationale qu'il menait alors pour régénérer l'IC et la sauver de la dégénérescence stalinienne.</p>
<p>[1] L. Trotsky, Écrits 1929-1936, Milan, 1968, p. 341</p>
<p>[2] Giancarlo De Regis, La « svolta » del Komintern e il comunismo italiano, Rome, 1978, p. 83</p>
<p>[3] Eros Francescangeli, L'enclume et le marteau, p. 45. Voir aussi : Paolo Casciola, Giorgio Sermasi, Vita di Blasco</p>
<p>[4] Michele Salerno, L'opposizione nel PCd'I alla svolta del 1930</p>
<p>Source : <a href="https://www.pclavoratori.it/files/index.php?obj=NEWS&oid=6756" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.pclavoratori.it/files/index.php?obj=NEWS&oid=6756</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3969" class="spip_out" rel="external">Lire aussi</a></p>
<p><a href="https://www.aptresso.org/www.aptresso.org/pietro-tresso.html" class="spip_out" rel="external">Lire en italien</a></p></div>
Pour la construction de la Quatrième internationale
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8765
http://www.matierevolution.org/spip.php?article87652024-04-03T22:30:00Ztext/htmlfrRobert ParisTrotskyIV° InternationaleTrotskisme
<p>Pour la IV° Internationale <br class='autobr' />
Juin 1935 <br class='autobr' />
Lettre ouverte de Léon Trtosky aux organisations et groupes révolutionnaires prolétariens <br class='autobr' />
L'arrivée au pouvoir de Hitler, sans la moindre résistance de la part des deux « puissants » partis ouvriers, dont l'un s'appuyait en outre sur l'U.R.S.S., a définitivement révélé au grand jour la pourriture interne de la II° et de la III° Internationales. En août 1933, quatre organisations (la Ligue internationale des communistes internationalistes (bolcheviks (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique188" rel="directory">11- Organisation internationale des travailleurs révolutionnaires</a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag">Trotsky</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag">IV° Internationale</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Pour la IV° Internationale
<p>Juin 1935</p>
</h2>
<p>Lettre ouverte de Léon Trtosky aux organisations et groupes révolutionnaires prolétariens</p>
<p>L'arrivée au pouvoir de Hitler, sans la moindre résistance de la part des deux « puissants » partis ouvriers, dont l'un s'appuyait en outre sur l'U.R.S.S., a définitivement révélé au grand jour la pourriture interne de la II° et de la III° Internationales. En août 1933, quatre organisations (la Ligue internationale des communistes internationalistes (bolcheviks ‑léninistes), le parti socialiste révolutionnaire de Hollande, R.S.P., le parti socialiste indépendant de Hollande, O.S.P., et le parti socialiste ouvrier d'Allemagne, S.A.P.) ont, pour la première fois, formulé dans un document programmatique la nouvelle tâche historique : créer la IV° Internationale [1]. Les événements qui se sont produits depuis ont confirmé de manière irréfutable qu'il n'existe pas d'autre voie.<br class='autobr' />
[La II° Internationale a conduit le prolétariat de catastrophe en catastrophe]</p>
<p>L'écrasement du prolétariat autrichien a montré qu'il ne suffit pas, pour vaincre, d'appeler au dernier moment à l'insurrection [2], lorsque le parti est acculé à une impasse, les masses désorientées et accablées par l'opportunisme. Il faut préparer systématiquement la victoire par une politique révolutionnaire dans tous les domaines du mouvement ouvrier.</p>
<p>C'est la même leçon qui découle indiscutablement de l'écrasement du prolétariat espagnol. Il est impossible, dans quelques conditions que ce soit, et à plus forte raison dans le cours d'une révolution, de tourner le dos aux travailleurs pour former un bloc avec la bourgeoisie. Il est impossible d'attendre et d'exiger des masses trompées et déçues qu'elles prennent les armes à l'appel tardif d'un parti en qui elles ont perdu confiance [3]. La révolution prolétarienne ne peut pas s'improviser sur l'ordre d'une direction qui a fait faillite. Il faut préparer la révolution par une lutte de classe incessante et implacable, qui conquiert pour la direction la confiance indéfectible du parti, qui soude l'avant-garde à l'ensemble de la classe, qui place le prolétariat à la tête de l'ensemble des exploités de la ville et de la campagne. Après l'écroulement ignominieux de la principale section du réformisme ‑ la social‑démocratie allemande pourrie jusqu'à la moelle ‑, c'est l'aile « gauche » de la II° Internationale qui s'est écroulée en Autriche et en Espagne. Pourtant ces terribles leçons passent sans laisser de traces : les cadres dirigeants du réformisme dans les partis et les syndicats ont dégénéré jusqu'à la moelle. Leurs intérêts matériels et leurs conceptions patriotiques les lient à la bourgeoisie, et ils sont absolument incapables de s'engager dans la voie de la lutte des classes.<br class='autobr' />
[La social‑démocratie enchaînée au char de la bourgeoisie]</p>
<p>Les partis de la II° internationale s'accommodent fort bien de ce que leur président belge, au premier signe du capital financier, se soit joint aux affairistes catholiques et libéraux [4] pour sauver les banques sur le dos des masses laborieuses. Vandervelde a été immédiatement suivi par le prétentieux critique de Marx, l'inventeur d'un « plan », De Man [5], et le centriste « de gauche » Spaak n'a pas tardé à trahir l'opposition socialiste pour une livrée de ministre [6].</p>
<p>Malgré leçons et avertissements, le parti socialiste, en France. continue vainement de se cramponner aux basques de la bourgeoisie « républicaine » et place plus d'espoir en l'amitié des radicaux qu'en la force révolutionnaire du prolétariat. Dans tous les autres pays, dans toutes les parties du monde, en Hollande, en Scandinavie, en Suisse, la social‑démocratie, en dépit de la putréfaction du capitalisme, continue à être l'agence de la bourgeoisie au sein de la classe ouvrière et révèle sa totale incapacité à mobiliser les masses pour sa propre défense contre le fascisme.</p>
<p>Si les succès électoraux du Labour Party le ramenaient au pouvoir [7], le résultat ne serait pas une transformation socialiste pacifique de la Grande‑Bretagne, mais la consolidation de la réaction impérialiste, c'est‑à‑dire une époque de guerre civile, face à laquelle la direction du Labour Party ne manquerait pas de révéler sa complète carence. Les crétins parlementaires et trade‑unionistes devront encore se convaincre que la menace fasciste n'est pas moins réelle en Angleterre que sur le continent.</p>
<p>Le développement impétueux de la crise aux Etats‑Unis, l'enchaînement ininterrompu de grandes luttes grévistes, et l'organisation de la classe ouvrière à travers les possibilités ouvertes par la démagogie du « plan » de Roosevelt [8] rencontrent sur leur chemin, au sein du mouvement ouvrier, des forces profondément conservatrices et bourgeoises [9]. Quant au parti stalinien, il est ligoté par les déclarations solennelles de Litvinov, lequel, en échange de la reconnaissance de l'U.R.S.S. par l'impérialisme yankee, a publiquement renié les communistes américains [10]. Ce parti, corrompu par une décennie de politicailleries sans principes et d'expériences liquidatrices avec des partis (Farmer‑Labor Party) qui n'ont rien de commun avec des partis prolétariens ni par leur composition, ni par leur programme [11] ‑ ce parti stalinien, sur les ordres de Moscou, se borne au rôle de mouvement d'intellectuels de gauche agissant aux Etats‑Unis en qualité de valet de la diplomatie stalinienne. Mais la profonde crise de l'impérialisme américain éveille de larges couches de travailleurs de ce pays de leur sommeil semi‑provincial, chasse peu à peu leurs illusions bourgeoises et petites‑bourgeoises, pousse le prolétariat vers des actions de classe de grande envergure (grèves à Toledo, Minneapolis, San Francisco [12]), et crée pour le parti marxiste-révolutionnaire la possibilité de conquérir une large et profonde influence sur le développement et l'organisation de la classe ouvrière américaine. Le rôle historique qui incombe à la IV° Internationale et à sa section américaine, non seulement dans les deux Amériques, mais sur l'arène mondiale, est d'une particulière importance, [de même que l'écrasement de l'impérialisme américain sera d'une énorme signification pour le prolétariat mondial].<br class='autobr' />
[L'effroyable naufrage de l'I.C. dans le monde]</p>
<p>Pendant ce temps, la III° Internationale ne fait que gaspiller les derniers restes de l'influence et de l'autorité qu'elle avait acquises au cours des cinq premières années de son existence. En Autriche et en Espagne, l'Internationale communiste, malgré des circonstances extrêmement favorables, n'a pas réussi à créer une organisation tant soit peu influente, mais encore a systématiquement discrédité aux yeux des travailleurs l'idée même du parti révolutionnaire. Le plébiscite sarrois constitue une preuve que le prolétariat allemand a perdu tout reste de confiance, non seulement dans la social‑démocratie, mais aussi dans le parti communiste ‑ ce parti qui a capitulé de façon aussi honteuse devant Hitler [13]. En Grande‑Bretagne, en Belgique, en Hollande, en Scandinavie, dans les deux Amériques et en Orient, les sections de l'Internationale communiste, accablées par le poids de douze années d'une politique fatale, sont incapables de sortir de leur insignifiance.</p>
<p>Après la catastrophe allemande, l'Internationale communiste a certes substitué la politique capitularde du front unique à tout prix à la politique aventuriste de la « troisième période ». Néanmoins, l'expérience de la France, où ce dernier tournant a revêtu sa plus grande ampleur, démontre que l'Internationale communiste, à travers toutes ses contradictions et ses zigzags, parvient à conserver son rôle de frein de la révolution prolétarienne. En refusant la création d'une milice ouvrière contre le danger fasciste immédiat, en remplaçant la lutte pour le pouvoir par un programme de revendications partielles, l'Internationale communiste sème les pires illusions du réformisme et du pacifisme, et soutient en réalité la droite des partis socialistes contre leur gauche, démoralise l'avant‑garde prolétarienne et fraie la voie au coup d'Etat fasciste.</p>
<p>Enfin, le parti qui a fondé l'Internationale communiste, le parti communiste de l'U.R.S.S., a été complètement réduit en miettes au cours des dernières années par la bureaucratie incontrôlée qui a transformé la dictature du prolétariat en l'absolutisme conservateur de Staline. Par les persécutions, les falsifications, les amalgames et une sanglante répression, la clique dirigeante s'efforce d'étouffer dans l'œuf toute manifestation de pensée marxiste. Nulle part au monde le léninisme véritable n'est persécuté aussi bestialement qu'en U.R.S.S.<br class='autobr' />
[Staline a signé le certificat de décès de l'I. C.]</p>
<p>Le tout dernier soubresaut opportuniste de l'Internationale communiste est étroitement lié au tournant soviétique en politique étrangère vers la Société des Nations et l'alliance militaire avec l'impérialisme français. La bureaucratie dirigeante de l'U.R.S.S. est arrivée définitivement à la conclusion que l'Internationale communiste est incapable de lui apporter la moindre assistance contre le danger de guerre et qu'en même temps elle est gênante pour le travail de la diplomatie soviétique. La dépendance humiliante et véritablement servile de l'Internationale communiste visà‑vis des sommets soviétiques se manifeste de façon particulièrement nette à travers la récente déclaration de Staline approuvant la défense nationale de l'impérialisme français [14].</p>
<p>C'est par l'intermédiaire d'un ministre impérialiste [15] que le chef de l'Internationale communiste a donné au parti communiste français l'ordre de conclure aujourd'hui avec la bourgeoisie française une trêve patriotique. Ainsi, la Ill° Internationale, dont le congrès n'a pas été réuni pendant presque sept ans, est‑elle maintenant officiellement passée de la position internationaliste à celle du social‑patriotisme le plus plat et le plus servile. Que le 7° congrès, toujours reporté, se tienne ou non, la Ill° Internationale ne ressuscitera pas. Le communiqué Staline‑Laval constitue son acte de décès.<br class='autobr' />
[Un nouveau massacre et une nouvelle trahison sont imminents]</p>
<p>Pendant ce temps, les forces destructrices du capitalisme impérialiste poursuivent leur infernale besogne. La désagrégation de l'économie mondiale, le chômage de dizaines de millions d'hommes, la ruine de la paysannerie mettent impérieusement la révolution socialiste à l'ordre du jour. Les travailleurs, exaspérés et furieux, cherchent une issue. La prostration, l'écroulement et la putréfaction de la II° et de la III° Internationales laissent le prolétariat sans direction révolutionnaire, et poussent les masses petites‑bourgeoises sur la voie du désespoir. Les chefs faillis cherchent à rejeter la responsabilité de la victoire du fascisme sur la prétendue « passivité » du prolétariat : ainsi la calomnie vient‑elle s'ajouter à la trahison politique.</p>
<p>Se débattant dans l'étau de contradictions insurmontables, le capitalisme prépare une nouvelle saignée des peuples. Ministres et dictateurs spéculent ouvertement sur la question de savoir si la guerre éclatera dans un an ou dans trois ans. Tous les gouvernements sont en train de préparer à qui mieux mieux les moyens les plus destructeurs et ainsi, de tous les côtés, rapprochent l'explosion qui pourrait être infiniment plus terrible que la guerre de 1914‑1918.</p>
<p>Les dirigeants des prétendus partis ouvriers et des syndicats chantent à pleine voix les louanges des beautés de la paix, bavardent sur le désarmement, s'efforcent de persuader leurs gouvernements de se réconcilier entre eux, entretiennent les espoirs des masses dans la Société des Nations et, en même temps, jurent fidélité à la cause de la « défense nationale », c'est‑à‑dire à la défense de la domination bourgeoise, avec ses guerres inévitables.</p>
<p>La diplomatie soviétique, sous le couvert du « front unique » et même de l'« unité organique », prépare, dans le dos des ouvriers conscients, l'union nationale entre les sections des deux Internationales et la bourgeoisie des pays militairement alliés à l'Etat ouvrier. Ainsi l'explosion de la nouvelle guerre doit‑elle conduire à une nouvelle trahison qui éclipsera celle du 4 août 1914.<br class='autobr' />
[Nous sommes plus forts aujourd'hui que les « gauches » de 1915]</p>
<p>La trahison par la bureaucratie soviétique de la cause de la révolution internationale a rejeté le prolétariat mondial loin en arrière. Les difficultés auxquelles doit faire face l'avant‑garde révolutionnaire sont incroyables. Sa situation est pourtant infiniment meilleure actuellement qu'elle ne l'était à la veille de la dernière guerre. Le capitalisme semblait alors tout puissant et presque invincible. La déchéance patriotique de l'Internationale fut une surprise totale, y compris pour Lénine. Partout, les éléments révolutionnaires ont été pris à l'improviste. La première conférence internationale ‑ très faible numériquement et indécise dans sa majorité ‑ a eu lieu plus d'un an après le début de la guerre. La formation des cadres révolutionnaires ne s'est effectuée que lentement. La majorité des zimmerwaldiens rejetait même la possibilité de la révolution prolétarienne. Seule la victoire d'Octobre en Russie, au cours du quarantième mois de la guerre, changea la situation en donnant un élan vigoureux à la formation de la Ill° Internationale.</p>
<p>Aujourd'hui, la faiblesse interne et la pourriture du capitalisme sont tellement évidents qu'ils servent de thème principal à la démagogie fasciste. Dans la formidable crise aux Etats‑Unis, dans le non moins formidable chômage, dans l'aventurisme économique de Roosevelt, dans l'essor des grèves, dans la fermentation au sein de toutes les organisations ouvrières, apparaissent pour la première fois les conditions d'un puissant développement du mouvement révolutionnaire en Amérique du Nord. L'exemple de la première révolution prolétarienne victorieuse vit dans la mémoire des masses. L'expérience des grands événements des vingt dernières années s'est gravée dans la conscience des meilleurs militants. Des organisations, ou, au moins, des groupes révolutionnaires authentiques, existent dans tous les pays. Ils sont solidement liés les uns aux autres sur le plan des idées, et partiellement sur celui de l'organisation. D'ores et déjà, ils constituent une force incomparablement plus influente, plus homogène et mieux trempée que la « gauche de Zimmerwald » qui, à l'automne de 1915, prit l'initiative de préparer la Ille Internationale.</p>
<p>A l'intérieur des partis et syndicats réformistes, des groupes d'opposition apparaissent et se renforcent. Certains ont pris la forme d'organisations indépendantes. Dans les sections de l'Internationale communiste, du fait du régime de bagne qui y règne, l'opposition a un caractère plus sourd et plus clandestin, mais elle se développe là aussi. Même en U.R.S.S., la nécessité d'épurations et d'actes de répression toujours renouvelés témoignent que la bureaucratie est incapable d'extirper l'esprit de la critique marxiste qu'elle déteste tant.<br class='autobr' />
[L'unité à tout prix est une monstrueuse duperie]</p>
<p>Les inclinations et les tendances d'opposition ont actuellement essentiellement un caractère centriste, c'est‑à‑dire intermédiaire entre le social‑patriotisme et la révolution. Dans les conditions d'effondrement et de décomposition des organisations de masse traditionnelles, le centrisme constitue dans bien des cas un stade transitoire inévitable, même pour les groupes ouvriers progressistes. Les marxistes doivent savoir se rapprocher de toutes les tendances de ce type, pour accélérer par leur exemple et leur propagande leur passage sur la voie révolutionnaire. La condition du succès est une critique impitoyable de la direction centriste, la dénonciation des tentatives de recréer l'Internationale 2 ½, et l'explication inlassable du fait que les tâches révolutionnaires de notre époque condamnent d'avance à une faillite ignominieuse les unifications hybrides et informes.</p>
<p>Le mot d'ordre de l'« unité » de toutes les organisations ouvrières, indépendamment de leur programme et de leur tactique, est actuellement propagé avec zèle par tous les centristes et habilement exploité par les réformistes perspicaces qui craignent à juste titre d'être jetés par‑dessus bord. Les centristes substituent souvent l'idée de la fusion des deux vieilles Internationales à celle de la nouvelle Internationale. En réalité, l'unité avec les réformistes et les social‑patriotes de l'espèce social‑démocrate ou stalinienne signifie, en dernière analyse, l'unité avec la bourgeoisie nationale et, par conséquent, la scission inévitable du prolétariat, tant sur le plan national qu'international, particulièrement dans l'éventualité d'une guerre. L'unité véritable de l'internationale et de ses sections nationales ne peut être assurée que sur des bases révolutionnaires marxistes, lesquelles, à leur tour, ne sauraient être créées que par une rupture avec les social‑patriotes. Faire le silence sur les conditions de principe et sur les garanties de l'unité prolétarienne, c'est succomber aux illusions, largement répandues, c'est duper les travailleurs et préparer de nouvelles catastrophes.<br class='autobr' />
[La nouvelle époque exige une nouvelle Internationale]</p>
<p>La position humiliante et désespérée des vieilles Internationales est suffisamment caractérisée par le fait que le président de l'une est devenu l'humble ministre de Sa Majesté [16], tandis que le véritable maître de l'autre se sert de l'organisation prolétarienne mondiale comme menue monnaie dans ses transactions diplomatiques [17]. Quelles que soient les manœuvres d'unification que pourront entreprendre ces deux bureaucraties également dépravées, ce ne sont pas elles qui créeront l'unité du prolétariat et ce ne sont pas elles qui indiqueront l'issue. Les efforts des centristes pour concilier l'inconciliable et pour sauver, en recollant les morceaux, ce qui est voué à la destruction sont condamnés d'avance. La nouvelle époque exige une nouvelle Internationale. La première condition du succès dans cette voie, c'est la consolidation, sur le plan national et international, des authentiques révolutionnaires prolétariens, des disciples de Marx et de Lénine, sur un programme commun et sous un drapeau commun.</p>
<p>Il serait fatal de prescrire pour tous les pays un itinéraire unique. En fonction des conditions nationales, du degré de décomposition des vieilles organisations ouvrières et, finalement, de l'état de leurs propres forces à un moment donné, les marxistes (les socialistes révolutionnaires, les internationalistes, les bolcheviks-léninistes) peuvent apparaître tantôt en tant qu'organisation indépendante, tantôt en tant que fraction à l'intérieur d'un des vieux partis ou syndicats. Bien entendu, partout, ce travail de fraction ne constitue jamais qu'une étape vers la création de nouveaux partis de la IV° Internationale, partis qui peuvent naître, soit du regroupement d'éléments révolutionnaires des vieilles organisations, soit de l'action de formations indépendantes. Mais, sur quelque arène que ce soit, et quelles que soient leurs méthodes de fonctionnement, ils sont tenus de se présenter au nom de principes fermes et de mots d'ordre révolutionnaires clairs. Ils ne jouent pas à cache‑cache avec la classe ouvrière ; ils ne dissimulent pas leurs objectifs ; ils ne substituent pas la diplomatie et les combinaisons à la lutte principielle. Toujours, et dans toutes les conditions, les marxistes expriment ouvertement ce qui est.<br class='autobr' />
[Seule la révolution peut empêcher la guerre]</p>
<p>Le danger de guerre, qui est une question de vie ou de mort pour les masses populaires, constitue l'épreuve suprême pour tous les groupes et tendances au sein de la classe ouvrière. La « lutte pour la paix », la « lutte contre la guerre », « guerre à la guerre » et autres mots d'ordre ne sont que des phrases creuses et mensongères, s'ils ne s'accompagnent pas de la propagande et de l'application de méthodes révolutionnaires de lutte. L'unique moyen de mettre un terme à la guerre, c'est de renverser la bourgeoisie. L'unique moyen de renverser la bourgeoisie, c'est l'insurrection armée. Contre le mensonge réactionnaire de la « défense nationale », il faut lancer le mot d'ordre de la destruction révolutionnaire de l'Etat national. A la maison de fous de l'Europe capitaliste, il faut opposer le programme des Etats‑Unis socialistes d'Europe comme étape vers les Etats‑Unis du monde entier.</p>
<p>Les marxistes rejettent catégoriquement les mots d'ordre pacifistes de « désarmement », d'« arbitrage » et d'« amitié entre les peuples » (c'est‑à‑dire entre les gouvernements capitalistes), etc., comme un opium pour les masses populaires. Les combinaisons entre les organisations ouvrières et les pacifistes petits-bourgeois (les comités Amsterdam‑Pleyel [18] et autres entreprises semblables) rendent les plus grands services à l'impérialisme en détournant l'attention de la classe ouvrière de la réalité, avec l'âpreté de ses combats, pour la tourner au contraire vers des parades impuissantes.</p>
<p>La lutte contre la guerre et l'impérialisme ne peut être l'affaire de quelconques « comités » spéciaux [19]. La lutte contre la guerre, c'est la préparation à la révolution, c'est‑à‑dire l'affaire des partis de la classe ouvrière et de l'Internationale. Les marxistes proposent cette tâche grandiose à l'avant‑garde prolétarienne, sans aucun détour. Au mot d'ordre débilitant du « désarmement », ils opposent celui de la conquête de l'armée et de l'armement des ouvriers. C'est précisément par là que passe l'une des plus importantes des lignes de clivage entre le marxisme et le centrisme. Celui qui n'ose pas énoncer à voix haute les tâches révolutionnaires, celui‑là n'aura jamais le courage de les résoudre.<br class='autobr' />
[La IV° Internationale se dresse sur les épaules de ses devancières]</p>
<p>Dans l'année et demie qui s'est écoulée depuis la publication du premier programme de la IV° Internationale [20], la lutte pour ses principes et ses idées n'a pas cessé un seul jour ; les sections et groupes révolutionnaires nationaux ont augmenté en nombre ; quelques‑uns ont élargi leurs effectifs et leur influence ; d'autres sont parvenus à une homogénéité et une cohésion plus grandes ; des organisations du même pays se sont unifiées (Hollande, Etats-Unis) ; plusieurs documents programmatiques et tactiques ont été élaborés. Tout ce travail s'effectuera sans doute mieux encore quand il sera relié et unifié à l'échelle mondiale sous le drapeau de la IV° Internationale. Le danger de la guerre qui vient ne permet pas de reporter ces tâches d'un seul jour.</p>
<p>Il faut bâtir les nouveaux partis et la nouvelle Internationale sur une base nouvelle : telle est la clé qui permet de résoudre l'ensemble des autres tâches. Le rythme et les délais de cette nouvelle construction révolutionnaire dépendent de toute évidence du cours général de la lutte des classes, des victoires et défaites à venir du prolétariat. Les marxistes, cependant, ne sont pas fatalistes. Ils ne se déchargent pas sur le « processus historique » des tâches que le processus historique leur a précisément imposées. L'initiative d'une minorité consciente, un programme scientifique, l'agitation courageuse et inlassable au nom d'objectifs clairement formulés, l'impitoyable critique de toute ambiguïté ‑ ce sont là quelques-uns des facteurs les plus importants pour la victoire du prolétariat. Sans un parti révolutionnaire soudé et aguerri une révolution socialiste est inconcevable.</p>
<p>Les conditions sont difficiles, les obstacles sont grands, les tâches sont colossales, mais il n'y a aucune raison d'être pessismiste ni de perdre courage. Malgré toutes les défaites du prolétariat, la situation de l'ennemi de classe reste sans espoir. Le capitalisme est condamné. C'est seulement dans la révolution socialiste que réside le salut de l'humanité.</p>
<p>La succession même des Internationales a sa propre logique interne qui coïncide avec la montée historique du prolétariat. La I° Internationale a mis en avant le programme scientifique de la révolution prolétarienne, mais elle a été victime de son manque de base de masse. La Il° Internationale a sorti des ténèbres, éduqué et mobilisé des millions d'ouvriers, mais, à l'heure décisive, elle a été trahie par la bureaucratie parlementaire et syndicale, corrompue par le capitalisme prospère. La III° Internationale a donné pour la première fois l'exemple d'une révolution prolétarienne victorieuse, mais elle a été broyée entre les meules de la bureaucratie de l'Etat soviétique isolé et de la bureaucratie réformiste d'Occident. Aujourd'hui, dans les conditions de l'effondrement définitif du capitalisme, la IV° Internationale, dressée sur les épaules de ses devancières, enrichie par l'expérience de leurs victoires et de leurs défaites, mobilisera les travailleurs de l'Occident et de l'Orient pour l'assaut définitif contre les bastions du capitalisme mondial.<br class='autobr' />
Prolétaires de tous les pays, unissez‑vous !</p>
<p>Signé :</p>
<p>Revolutionair Socialistische Arbeiders Partij(R.S.A.P.) : P. J. Schmidt, H. Sneevliet.</p>
<p>Workers Party of the United States (W.P.U.S.) : A.J. Muste, James P. Cannon.</p>
<p>Secrétariat international de la Ligue communiste internationale (bolcheviks‑léninistes) : Crux, Dubois, Martin [21].</p>
<p>[Groupe bolchevik‑léniniste de la S.F.I.O.</p>
<p>Workers Party of Canada(W.P.C.) : J. MacDonald, M. Spector [22].]</p>
<p>Nous joignons en annexe la « déclaration des quatre » sur les principes fondamentaux de la IV° Internationale [23]. Pas une ligne de cette déclaration n'a vieilli. La présente lettre n'est qu'une reformulation de la « déclaration des quatre » à la lumière des dix‑huit mois écoulés.</p>
<p> Nous appelons tous les partis, les organisations, les fractions, dans les vieux partis comme dans les syndicats, toutes les associations et groupes ouvriers révolutionnaires qui sont d'accord avec nous sur les principes fondamentaux et sur la gr « aride tâche que nous avons énoncée ‑ la préparation et la construction de la IV° Internationale ‑ à nous adresser leurs signatures pour cette « Lettre ouverte », leurs propositions et critiques. Des camarades isolés qui, jusqu'à présent, n'ont pas été liés à notre travail, pourront, s'ils désirent sérieusement rejoindre nos rangs communs, entrer en contact avec nous.</p>
<p>Les organisations qui ont pris cette initiative et sont les signataires de la « Lettre ouverte » ont décidé de créer un Comité provisoire de contact entre partis et groupes qui sont sur la position de la IV° Internationale. Le comité provisoire a reçu mission de publier un bulletin d'information.</p>
<p>A l'avenir, le comité devra assurer l'élaboration régulière et collective des documents programmatiques et tactiques fondamentaux de la IV° Internationale.</p>
<p>La question de la préparation d'une conférence internationale sera tranchée en fonction des réponses reçues et du cours général du travail préparatoire.</p>
<p>Notes</p>
<p>[1] Allusion à la « déclaration des quatre » pour la IV° Internationale, cf. Œuvres 2, juillet‑octobre 1933, pp. 130‑135.</p>
<p>[2] C'était à la suite d'une série de mesures antidémocratiques accompagnées de provocations directes que les milices ouvrières du Schutzbund avaient finalement décidé de répondre les armes à la main aux entreprises du gouvernement du chancelier Dollfuss en février 1934.</p>
<p>[3] Le parti socialiste ouvrier espagnol avait, depuis plusieurs mois, annoncé son intention de résister les armes à la main au cas où les représentants de la droite, la C.E.D.A., entreraient dans le gouvernement espagnol. Il avait pris quelques mesures en ce sens, constitution de ses propres milices et stockage d'armes. Le 2 octobre 1934, sa direction, par l'intermédiaire de ses représentants à l'Alliance ouvrière de Madrid, avait fait connaître sa décision de passer à l'insurrection si la droite entrait au gouvernement. Ce fut chose faite le 4 octobre, et le parti socialiste se contenta de lancer le mot d'ordre de grève générale, la répression étouffant dans l'œuf ‑ sauf aux Asturies ‑ toute velléité insurrectionnelle.</p>
<p>[4] Le dirigeant du P.O.B. et de son aile droite, président de l'Internationale ouvrière socialiste, Emile Vandervelde, était devenu ministre sans portefeuille dans le gouvernement d'« union nationale » que présidait le leader catholique Paul Van Zeeland.</p>
<p>[5] Le leader socialiste Hendrik De Man accepta d'entrer avec le portefeuille des travaux publics dans le gouvernement Van Zeeland qui avait pourtant expressément rejeté son « plan ».</p>
<p>[6] Ancien leader de l'opposition de gauche dans le P.O.B. et directeur de l'hebdomadaire Action socialiste, Paul‑Henri Spaak, qui avait rencontré Trotsky et correspondu avec lui, avait également accepté la décision de son parti de se rallier à l'union nationale et en avait été récompensé par le poste de ministre du travail dans le gouvernement Van Zeeland.</p>
<p>[7] Les succès remportés par les candidats du Labour Party aux élections municipales en novembre de l'année précédente faisaient pronostiquer un succès aux élections législatives prévues pour novembre 1935 : le Labour Party y gagna en effet près de trois millions de voix, triplant le nombre de ses élus, mais ne remporta pas la majorité.</p>
<p>[8] Le mouvement de syndicalisation de masse qui caractérise l'histoire sociale des Etats‑Unis dans cette période prit effectivement appui sur la section 7 a) du National Industrial Recovery Act, laquelle reconnaissait formellement aux ouvriers le droit de s'organiser, de négocier des contrats collectifs, de désigner leurs propres représentants hors de toute ingérence ou pression patronale, sonnant ainsi le glas des « syndicats maison ».</p>
<p>[9] Le mouvement d'organisation syndicale des travailleurs américains se heurtait alors directement au sabotage de la bureaucratie syndicale de la centrale American Federation of Labor (A.F.L.) qui se cramponnait au principe du « syndicalisme de métier » réservant la syndicalisation aux seuls ouvriers qualifiés. C'est ainsi que William Green, président de l'A.F.L., avait fait tout son possible d'abord pour empêcher la constitution d'un syndicat des travailleurs de l'automobile, puis, quand il eût échoué, pour le maintenir sous le contrôle direct de l'exécutif de l'A.F.L. Au moment où était rédigée la « Lettre ouverte », le fait nouveau était qu'une fraction de la bureaucratie syndicale ‑ groupée autour du dirigeant syndical des mineurs (U.M.W.), John L. Lewis ‑, comprenant qu'il fallait prendre la tête du mouvement de syndicalisation de masse sous peine d'être balayée prenait les initiatives qui allaient aboutir à la fondation du C.I.O.</p>
<p>[10] Allusion à la déclaration de Litvinov, le 16 novembre 1933, connue sous le titre de « pledge on propaganda », dans laquelle le gouvernement soviétique s'engageait, non seulement à ne pas s'ingérer dans « les affaires intérieures des Etats‑Unis », mais à ne pas tolérer sur son propre territoire l'activité d'organisations ou groupes ayant pour objectif « un changement de l'ordre social ou politique aux Etats‑Unis » (New York Times, 18 novembre 1933).</p>
<p>[11] En 1924, le Workers Party des Etats‑Unis (nom légal du P.C.) avait fondé un « parti ouvrier et paysan », Farmer‑Labor Party, qui avait un programme populiste, avec quelques personnalités qui souhaitaient l'engager dans la campagne présidentielle du sénateur La Follette.</p>
<p>[12] La grève de Toledo , à l'usine Auto‑Lite, avait été lancée le 13 avril 1934 par un local A.F.L. récemment fondé ; les grévistes firent appel au soutien de la Ligue des chômeurs animée par les militants locaux de l'A.W.P. de Muste. Le conflit, marqué par l'organisation de piquets de grève massifs et des manifestations monstres, s'acheva le 4 juin par une capitulation de la compagnie. A Minneapolis, trois grèves successives, magnifiquement organisées par le Local 574 de l'A.F.L. et surtout le noyau de militants de la C.L.A. qui y détenaient des responsabilités, les frères DUNNE, Vincent R. (1899‑1970), Miles (1896‑1958), Grant (1894‑1941), Carl SKOGLUND (1884‑196 1) et Farrell DOBBS (né en 1907), aboutirent également à une éclatante victoire sur le patronat local et les autorités qui le soutenaient, concrétisée par l'accord signé le 22 août. Enfin, à San Francisco, la grève des 25 000 dockers qu'animait Harry Bridges, lié au parti communiste, l'avait emporté au bout de onze semaines, moins par ses résultats immédiats que par la puissance du mouvement d'organisation qu'elle avait suscitée. Dans son ouvrage sur l'histoire du C.I.O., Labor Giant Step, Art PREIS (1911-1964), l'un des organisateurs de Toledo, a consacré un chapitre à ces « trois grèves qui pavaient la voie ». Farrell Dobbs a consacré à la grève de Minneapolis le premier de ses ouvrages de souvenirs, Teamster Rebellion.</p>
<p>[13] Rappelons qu'en janvier 1935 472 000 Sarrois avaient voté pour le rattachement au Reich, auquel 48 000 seulement s'étaient opposés.</p>
<p>[14] Nouvelle allusion à la déclaration commune de Staline et Laval du 15 mai précédent, où Staline avait approuvé la politique de « défense nationale » du gouvernement français.</p>
<p>[15] La déclaration de Staline sur la « défense nationale » avait été lue par Laval. Le P.C. avait aussitôt pris ce tournant, qui signifiait pour lui l'abandon de sa traditionnelle politique d'opposition à la « défense nationale », et proclama que Staline avait raison.</p>
<p>[16] Allusion à Vandervelde.</p>
<p>[17] Nouvelle allusion à Staline, qui avait autorisé Litvinov à faire la déclaration mentionnée ci-dessus, et confié à Laval le soin de lire la déclaration mentionnée sur sa reconnaissance de la « défense nationale ».</p>
<p>[18] Les comités « Amsterdam‑Pleyel » avaient été formés après les congrès mondiaux « pour la paix » (Amsterdam, 1932) et « contre le fascisme » (Pleyel, 1933), tous deux organisés par l'I.C. avec le concours de personnalités.</p>
<p>[19] Allusion au comité ad hoc constitué par la conférence de II.A.G. en février 1935.</p>
<p>[20] Allusion à la « déclaration des quatre ».</p>
<p>[21] Rappelons que Crux était le pseudonyme de Trotsky, Dubois celui de Ruth Fischer, et Martin celui d'Alfonso Leonetti.</p>
<p>[22] Jack MAcDONALD (1888‑1941), écossais émigré au Canada en 1912, métallurgiste, était dirigeant de l'I.L.P. d'Ontario quand il fut gagné au communisme par Spector en 1921. Il fut secrétaire du Workers Party (organisation « légale » du P.C. clandestin), puis du P.C. du Canada, jusqu'en 1929 date à laquelle il fut écarté de la direction comme « droitier ». Exclu en 1930, il rejoignit l'Opposition de gauche et fut l'un des fondateurs du Workers Party of Canada. Maurice SPECTOR (1898‑1968) était né en Russie, et avait émigré, encore enfant, au Canada. Il y gagna MacDonald au communisme et fut, à 24 ans, président du parti. En 1928, il était membre de l'exécutif de l'I.C. quand il fut gagné, en même temps que Cannon, aux idées de l'Opposition de gauche russe. Exclu du P.C. du Canada en novembre 1928, il milita ensuite au sein de la C.L.A., puis du Workers Party of Canada. La signature du G.B.L. et celle du W.P.C. ne figurent pas dans le texte publié dans le Biulleten russe.</p>
<p>[23] Allusion à la « déclaration des quatre ».</p></div>