Matière et Révolution
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69144En 1984, le gouvernement de gauche (PS-PCF) s'appuyait sur la direction de la CGT pour permettre au patron de licencier les ouvriers de Talbot (Poissy)
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http://www.matierevolution.org/spip.php?article75542022-03-18T23:05:00Ztext/htmlfrRobert ParisGrève StrikeStalinismeSyndicalism - le syndicalismePeugeot
<p>Quand la maitrise, les jaunes, les syndicats fascistes et les petites frappes de la direction attaquaient violemment une grève enfermée et bloquée par les syndicats <br class='autobr' />
Films de la grève <br class='autobr' />
D'autres films <br class='autobr' />
Photos de la grève <br class='autobr' />
Les CRS du gouvernement de gauche (avec quatre ministres communistes staliniens) cassent la grève : <br class='autobr' />
La grève de l'usine Talbot de Poissy en 1984, trahie par la gauche et les syndicats <br class='autobr' /> Le gouvernement « socialiste » de Mauroy et son ministre du travail « communiste (…)</p>
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<div class='rss_texte'><p><a href="https://www.youtube.com/watch?v=f727toiGcAg" class="spip_out" rel="external">Quand la maitrise, les jaunes, les syndicats fascistes et les petites frappes de la direction attaquaient violemment une grève enfermée et bloquée par les syndicats</a></p>
<p><a href="https://www.youtube.com/results?search_query=gr%C3%A8ve+talbot+1984" class="spip_out" rel="external">Films de la grève</a></p>
<p><a href="https://www.google.com/search?q=ina+gr%C3%A8ve+talbot&client=firefox-b-d&source=lnms&tbm=vid&sa=X&ved=2ahUKEwjau-LR0pzzAhUQzYUKHURZB9YQ_AUoBHoECAEQBg&biw=1112&bih=899" class="spip_out" rel="external">D'autres films</a></p>
<p><a href="https://www.gettyimages.fr/photos/talbot-poissy#" class="spip_out" rel="external">Photos de la grève</a></p>
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<p>Les CRS du gouvernement de gauche (avec quatre ministres communistes staliniens) cassent la grève :</p>
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</div><h2 class="spip">La grève de l'usine Talbot de Poissy en 1984, trahie par la gauche et les syndicats</h2>
<p> Le gouvernement « socialiste » de Mauroy et son ministre du travail « communiste » Ralite cautionnent les licenciements massifs programmés par le patron de Talbot Poissy. La CGT locale, dirigée par le PCF, sert de courroie de transmission de cette politique.</p>
<p>Le premier ministre Mauroy, en janvier 1983, avait déjà qualifié la grève des ouvriers de l'usine Talbot (aujourd'hui PSA) de Poissy, en banlieue parisienne, de « grève des ayatollahs ».</p>
<p>Pierre Mauroy, Premier ministre, et Gaston Deferre, expliquent ainsi les grèves par la présence d'intégristes parmi les ouvriers ; Jean Auroux, ministre du Travail, multiplie les propos à ce sujet :</p>
<p> « S'il est prouvé que des influences extérieures d'inspiration religieuse ou politique ont pesé sur le comportement des immigrés en grève […] alors le gouvernement prendra ses responsabilités et en premier lieu le ministère du travail. Nous ne tolérerons pas que ces attitudes compromettent la réussite des entreprises en agissant contre l'intérêt national ».</p>
<p> « Il y a, à l'évidence une donnée religieuse et intégriste dans les conflits que nous avons rencontrés, ce qui leur donne une tournure qui n'est pas exclusivement syndicale ».</p>
<p> « Lorsque des ouvriers prêtent serment sur le Coran dans un mouvement syndical, il y a des données qui sont extra-syndicales […] Un certain nombre de gens sont intéressés à la déstabilisation politique ou sociale de notre pays parce que nous représentons trop de choses en matière de liberté et de pluralisme »</p>
<p>Nora Trehel, secrétaire de la CGT Talbot,explique aux OS que sortir de l'usine pour manifester c'est encourager le racisme ;la défaite sera favorisée d'autant qu'aucune de ces forces toujours utilisées comme paravents et tampons, par les salariés immigrés ou pas ne sont disposées à jouer le jeu, la CFDT pas plus que la CGT.</p>
<p>En juillet 1983 une première mobilisation contre les projets de licenciements a lieu, la direction annonce son projet de licencier 2905 personnes auquelles s'ajoutent 1250 départs en préretraite FNE, cela à la veille des vacances, le dossier est à l'étude disent patronat et gouvernement.Prada de la direction de Talbot reçoit les syndicats en septembre, et à la veille des élections à la Sécurité Sociale, le 12 octobre la Direction Départementale de l'Emploi annonce un refus des licenciements pour défaut de plan social d'accompagnement, ce qui fait semblant de laisser la porte ouverte à des améliorations que réclament les syndicats, et à une transformation factice de ce refus administratif momentané en victoire par la CGT. En fait, la CGT et le PCF (au gouvernement) savent très bien qu'il n'y a eu aucun recul).</p>
<p>Le dossier est soumis à nouveau à l'administration le 21 novembre avec quelques retouches sociales, la CFDT demande un entretien à la DDE et à la sortie publie un communiqué dénonçant l'acceptation, prévue pour la fin du mois, des licenciements, c'est le 2 décembre pendant une période de chômage technique, alors que les seuls jours où Poissy sera le plein sont les 9 et 10 décembre.</p>
<p>Dès le 7 décembre, les délégués CGT de chaine décident de lancer la grève sans avoir l'accord de la fédération bureaucratique et déclenchent la grève, bloquant tout le site de Poissy en immobilisant dans l'atelier R3 tous les engins de manutention, pas de sortie hors de l'usine, pas de piquet de grève. La direction fait monter les enchères, lock-out, vente des parts Talbot à une filiale PSA, la menace de dépôt de bilan plane.</p>
<p>La CGT, le gouvernement et PSA s'accordent sur le chiffre de 1905 licenciements pour « sauver les 15000 emplois » restants et le site où des investissements auront lieu, l'Etat s'engageant à financer le redémarrage.</p>
<p>La CGT fait de la pédagogie, explique l'accord, sans s'engager. Elle est désavouée par les syndicalistes CGT de base qui commencent à envisager de former un comité de grève (une liste de volontaire circule déjà)et par les grévistes. La CGT est discréditée au point que Nora Trehel, désavouée par ses militants, cesse momentanément de se présenter à l'usine. Le rédacteur de l'Humanité est pris à partie dans l'atelier par les ouvriers grévistes et les délégués CGT lui sauvent la peau en le faisant sortir de l'usine.</p>
<p>La CGT ira jusqu'à proposer un referendum où militants CSL (le syndicat patronal fasciste de choc) et maitrise seraient invités à voter "démocratiquement" sur la poursuite ou non du mouvement en opposition totale avec les méthodes de prise de décisions habituelles (par exemple le vote par acclamation dans des AG de lutte).</p>
<p>Des militants du groupe d'extrême gauche Lutte ouvrière (un militant de Chausson, Granier de Renault et deux extérieurs, Fanny et Ropa) sont partis dans l'usine discuter avec les grévistes et, tombant sur des délégués CGT déboussolés et sans direction, leur ont proposé de constituer avec les grévistes un comité de grève. L'idée a fait son chemin, la liste s'est constituée. La direction de Lutte ouvrière, Hardy seul en l'occurrence, a décrété qu'il fallait arrêter tout cela : « pas d'intervention par des militants extérieurs à l'usine, il y aura bien d'autres grèves que Talbot, au moins des dizaines, ce n'est pas grave si elle échoue ». Cela allait s'avérer faux : Talbot allait doucher toute la fraction OS et immigrée de la classe ouvrière en France.</p>
<p>En fait, ce n'est pas Hardy qui a arrêté la tentative, ne parvenant pas à convaincre ses militants de se retirer de l'usine de Poissy.</p>
<p>Ce qui l'a fait, c'est à la fois le retour de Nora Trehel reprenant la direction d'une partie de l'appareil CGT et démoralisant l'autre partie, et la mise en avant de la CFDT.</p>
<p>Désormais, par défaut de la CGT, c'est la CFDT (8% aux élections de 1982) qui gère le conflit contre le gouvernement de gauche et PSA, alors que la CGT fait tout pour préserver le gouvernement à participation communiste, refusant par exemple de renvoyer les lettres de licenciement à Matignon. La CFDT met en avant la réduction du temps de travail pour sauver les emplois mais se garde de faire en sorte que les travailleurs de Talbot sortent de l'usine et s'adressent aux autres salariés de l'Automobile, pendant que la CGT déclare ne pas occuper l'usine mais surveiller l'outil de travail pour le protéger contre… les ouvriers occupants.</p>
<p>L'encadrement et les syndicats patronaux se mobilisent pour casser la grève en intervenant violemment contre les ouvriers qui occupent.</p>
<p>La CFDT demande à l'Etat de les protéger et la police intervient… contre les grévistes bien entendu !</p>
<p>Les CRS virent les grévistes le 30 décembre, mais la grève reprend le<br class='autobr' />
3 janvier, la CGT se discréditant définitivement par ses tentatives de faire passer les licenciements.</p>
<p>Nora Trehel est huée, sifflée, la prétendue pasionaria de Talbot, symbole des « luttes pour la dignité » du début des années 1980, est disqualifiée.</p>
<p>La CSL, FO et la maîtrise (de toutes les usines et pas seulement de Poissy) face à une CFDT peu décidée et à des grévistes isolés, ont beau jeu de chercher l'affrontement pour démontrer le caractère minoritaire de la grève.</p>
<p>Pourtant, les grévistes sont prêts à faire le coup de poing contre les briseurs de grève et à utiliser tous les moyens matériels que donne l'usine pour frapper et même à casser l'usine s'il le faut, à en appeler à toute la classe ouvrière. Mais la CFDT ne l'entend pas ainsi.</p>
<p>Elle affirme qu'on est trop peu nombreux avec des milliers au meeting du matin et le plus souvent 2 000 pour l'occupation l'après-midi, la CFDT évacue l'atelier B3 occupé pour la nuit. Le lendemain 4 janvier, des non grévistes encerclent le B3, attaquent Richter, un militant CFDT très en vue dans le conflit, des bagarres ont lieu autour des Fenwicks devenus enjeux stratégiques pour le contrôle du site. Le 4 janvier, la CFDT propose un chômage technique au lieu des licenciements, « le temps nécessaire à la recherche de solutions » ! La direction refuse, les pouvoirs publics n'interviennent pas. Le 5 janvier c'est l'attaque du PFN avec des militants venus de Rennes, de la CSL, de FO, contre les grévistes encerclés dans le B3. La journée se conclue par 50 blessés, l'intervention des flics,à la demande de la CFDT « pour éviter des morts », alors que des armes ont été saisies sur les assaillants.</p>
<p>A la surprise générale, la CFDT dépassée par une lutte de classes,fait évacuer les 2 000 grévistes qui occupaient encore le site.</p>
<p> Le 8 janvier, la fédération CFDT de la métallurgie déclare la grève<br class='autobr' />
suspendue sans que la section de Poissy ait pu débattre de la question.</p>
<p>La lutte est enterrée, la production redémarre progressivement,dès le 7 janvier, chicanes, laisser passer, CRS, bref militarisation du travail.</p>
<p>Le changement total dans les équipes, des postes, brouille les cartes pour empêcher la circulation des infos, les discussions sur la situation et l'action, cassant le travail des délégués de chaine restants dans l'usine.</p>
<p>Commentaire</p>
<p>Avec la grève chez Talbot (Poissy) de 1984 suite à l'annonce de la direction le 12 juillet de son intention de supprimer près de 8 000 emplois sur l'ensemble du groupe Peugeot-Talbot, on a connu une grève longue et dure qui avait un impact direct sur tout le secteur ouvrier de l'Automobile et dans laquelle l'ensemble des militants de l'Automobile se sentaient concernés. L'organisation Lutte ouvrière à laquelle j'appartenais était contre l'intervention et j'ignorais même que, en désaccord avec la direction de LO, plusieurs militants avaient décidé d'y intervenir en entrant dans l'entreprise et en tentant de proposer aux travailleurs et aux militants combatifs de constituer un comité de grève...</p>
<p>Y compris en ce qui concernait les autres usines de l'Automobile, LO ne voulait pas se poser le problème : comment on peut intervenir en tant que classe en ne laissant pas une lutte isolée.</p>
<p>Abandonnée par la CGT et le PCF, les plus radicaux des militants syndicalistes n'ayant pas osé prendre la tête d'un comité de grève, la grève Talbot a été à un échec et cela a été un échec pour toute la classe ouvrière, pas seulement pour Talbot, pas seulement pour l'Automobile.</p>
<p>En 1984, c'est surtout la grève de chez Talbot qui aura des conséquences sur la suite des événements et le moral des ouvriers, et les propos du ministre « socialiste » Mauroy disant ce ne sont pas les ayatollahs qui viendront faire la loi en France, les grévistes se frittaient avec les nervis du patron, et avec les CRS, montrant où se situait le gouvernement socialiste et montrant aussi où et comment les syndicats se situaient par leur prise de positions. Les travailleurs immigrés se sentaient isolés et cela divisait la classe ouvrière, alors que tout le camp militant prenait conscience qu'à travers cette attaque à Talbot, c'était le début de l'offensive patronale dans la métallurgie. Il aurait fallu pour soutenir les ouvriers de chez Talbot appelé l'ensemble des travailleurs de l'automobile Renault, Citroën-Peugeot, les équipementiers, les succursales, soit des millions de salariés concernés. C'est ce qui passera ensuite et la classe ouvrière va le payer cher d'avoir fait une confiance aveugle à la gauche et aux syndicats. La droite s'est occupée de régler son compte à la sidérurgie, la gauche à le faire pour la métallurgie</p>
<p>Après la défaite cuisante de Talbot, les grèves des travailleurs de production qui s'étaient développées après 1968 ont considérablement reculé. Cependant, des occasions où les travailleurs débordaient les appareils syndicaux, on en a connues d'autres.</p>
<h2 class="spip">La grève de l'usine Talbot de Poissy en 1984</h2>
<p>En annonçant le 12 juillet son intention de supprimer près de 8 000 emplois sur l'ensemble du groupe Peugeot-Talbot, et déposant auprès des autorités un dossier, la direction PSA mettait le gouvernement au pied du mur.</p>
<p>Le gouvernement feint la surprise... et se donne deux mois pour examiner le dossier, avec la nomination d'un expert pour évaluer la situation du groupe Peugeot.</p>
<p>Le 11 octobre, la direction du travail des Yvelines, chargée du dossier Peugeot-Talbot, accepte le principe de 4 510 départs en pré-retraite (dont plus de 1 200 à Poissy, le reste à Sochaux). Mais elle refuse les 2 905 licenciements demandés chez Talbot, car « le plan social d'accompagnement est insuffisant » . Ainsi il apparaît dès lors pour l'administration que les licenciements sont inéluctables, il ne manque que la « sauce » autour. Peugeot est prié de revoir son dossier dans ce sens.</p>
<p>Mais pour les travailleurs de Talbot, c'est l'attente et l'inquiétude. Début décembre, la direction de PSA qui s'impatiente elle aussi et qui négocie avec Bérégovoy, annonce de nouvelles journées de chômage technique : entre le 12 et le 23 décembre, l'usine ne tournera qu'avec la moitié des effectifs (l'équipe du matin, l'autre restera à la maison avec 50 % du salaire) ; du 23 décembre au 2 janvier, l'usine sera fermée pour cause de congés (5e semaine).</p>
<p>II faut donc réagir tant que l'effectif est au complet.</p>
<p>Le mercredi 7 décembre au soir, à 20h 30, à l'appel séparé de la CGT et de la CFDT, l'usine Talbot est en grève pour 24 heures reconductibles.<br class='autobr' />
La grève</p>
<p>La grève sera totale, elle concernera toute la production (13 000 personnes) et rencontrera, disent les syndicats, la sympathie des employés et même des cadres.</p>
<p>C'est cette réaction massive, déterminée des travailleurs qui va déranger les manoeuvres en cours. Visiblement après le rapport de l'expert, le gouvernement avait accepté le principe des licenciements. Restait à mettre au point, avec Peugeot, une formule de plan social qui ait un peu de tenue. C'était la tâche de Bérégovoy. Mais devant le mécontentement des ouvriers et leur décision, le gouvernement embarrassé, tente de gagner du temps et de retarder sa réponse. Ces tergiversations alimentent les illusions.</p>
<p>er décembre : « Monsieur Calvet, directeur de PSA, ne peut continuer en toute tranquillité la politique qu'il pratiquait lorsqu'il était chef de cabinet de Valéry Giscard d'Estaing et de narguer les décisions gouvernementales : refus des licenciements. Ce qui lui est demandé, ce n'est pas de faire en douceur ce qui lui a été refusé de faire brutalement, mais d'avancer d'autres solutions, garantissant l'emploi et le maintien de la marque Talbot » .</p>
<p>Ainsi, le PCF comme la CGT, prêtent au gouvernement la ferme volonté de « refuser les licenciements ». Tactique, ou ignorance ? C'est le moment où Georges Marchais, à propos de SKF, s'en prend au ministre Laurent Fabius, et affirme la volonté des communistes de défendre l'emploi.</p>
<p>L'Humanité du 10 décembre précise même : « Du côté des pouvoirs publics, aucune décision officielle, ni officieuse n'a été prise, contrairement à ce qu'a pu déclarer après une rencontre avec la direction départementale du travail, le syndicat CFDT de l'usine, selon lequel le problème était tranché dans le sens de l'acceptation des licenciements. C'est faux. Rien n'est joué » .</p>
<p>Quant à Poperen, il explique dans une interview au Matin : « Elle (la direction) prétend que supprimer trois mille emplois à Poissy c'est permettre d'en gagner douze mille. Tout le monde sait qu'il s'agit d'un mensonge et que l'objectif est de parvenir rapidement à un effectif maximal de 8 000 salariés à Poissy » . Ce « mensonge » deviendra pourtant l'argument officiel du gouvernement, après la conclusion de l'accord avec Peugeot, il sera même repris par Nora Tréhel début janvier pour expliquer aux travailleurs qu'il n'y a rien de mieux à espérer.</p>
<p>En fait durant cette première phase de la grève, alors que la CFDT dénonce l'intention des autorités de laisser faire les licenciements, la CGT prétend elle, que rien n'est fait, et laisse entendre que le gouvernement peut refuser.</p>
<p>Le lundi 12, la grève est reconduite par plusieurs milliers d'ouvriers et pas seulement de l'équipe du matin. La CGT a appelé, malgré la consigne de la direction, l'équipe du soir - officiellement en chômage technique - à venir aussi à l'usine. Talbot s'installe dans la grève.</p>
<p>Après une entrevue avec Bérégovoy et Ralite, le secrétaire de la Fédération de la métallurgie CGT, André Sainjon, déclare : « la direction de PSA semble persister dans sa volonté de licencier. Pour la CGT, il n'est pas question d'accepter de licenciements chez Talbot. Il est possible, par la négociation, d'envisager des solutions telles que la réduction du temps de travail, l'avancée de l'âge de la retraite pour les travailleurs sur chaîne, le développement de la formation, le recyclage » .</p>
<p>En fait, au gouvernement, on s'active pour trouver une solution mais Peugeot ne veut rien entendre. Il n'a que faire de l'embarras du gouvernement socialiste. Il a fait ce que Bérégovoy et Ralite lui avaient demandé, un peu de « social », il n'ira pas outre : au gouvernement de prendre ses responsabilités. Sinon...</p>
<p>Sinon, le jeudi 15 décembre, au cours d'un CE extraordinaire, le directeur de Peugeot automobile annonce que vu la situation dans l'usine, les salaires ne seront plus payés à compter du 19 décembre (y compris pour l'équipe de nuit jusque là indemnisée à 50 %), qu'elle suspend son plan d'investissement pour la modernisation de l'usine de Poissy et déclare : « la présence du personnel sur le lieu du travail est devenue sans objet ».</p>
<p>C'est un coup de force et un chantage. Le gouvernement accuse le coup. Mauroy en voyage dans la Somme a beau dire « le gouvernement n'a pas à se presser, n'a pas à dire « mais oui, mais oui » aux patrons. Les travailleurs ont leurs amis au gouvernement, qu'ils le sachent » , le week-end va être consacré à régler l'affaire Talbot. Un accord est signé le samedi 17 entre le gouvernement et la direction Peugeot. Le nombre de licenciements est ramené de 2 905 à 1 905. 1 300 licenciés iraient en FPA, une centaine serait formée par Peugeot à la réparation automobile, les autres seraient « reclassés » à l'extérieur de Peugeot, une prime de 20 000 francs à tout employeur embauchant des Talbot ! Personne n'irait pointer au chômage.</p>
<p>C'est un accord « exemplaire » estime le gouvernement. C'est un « effort pour une solution humaine » estime Ralite qui juge ces « acquis intéressants ».</p>
<p>Le ministre communiste Jack Ralite, passé de ministre de la Santé au poste annexe de l'Emploi, après avoir déclaré qu'il n'accepterait aucun licenciement, qualifie d'« acquis intéressant » l'accord qui entérinait ces licenciements.</p>
<p>Les travailleurs refusent l'accord et vont en décider autrement.</p>
<p>Le lundi 19 décembre, alors que l'usine est théoriquement fermée (la direction de Peugeot a fait savoir la veille que l'établissement de Poissy était en chômage technique jusqu'au 23, date des congés d'hivers) qu'il n'y a ni car, ni train Talbot, des centaines de travailleurs se rendent à l'usine, les lettres de licenciement sont parties, mais personne ne le sait encore. Et très vite le clivage se fait. La CGT, en la personne de Nora Tréhel, explique longuement le contenu de l'accord gouvernemental : « c'est un acquis de notre lutte. Ce sont des points positifs que nous avons arrachés à PSA : Talbot vivra !... On annonce 1 905 départs de l'entreprise. Nous le déplorons. Ce n'est pas nous qui avons négocié cela » .</p>
<p>La CGT déplore, mais ne condamne pas. La CFDT, elle, dit carrément « non à aucun licenciement » . C'est elle qui est applaudie.</p>
<p>A partir de cette date du 19 décembre, la CGT va remplir son rôle de syndicat « responsable », sans donner l'ordre de reprise. (Officiellement, elle dit qu'il faut continuer la lutte pour obtenir de négocier cas par cas sur les 1 905 licenciements). Mais sans parler ouvertement de grève. La CGT demande aux travailleurs de « venir surveiller l'outil de travail pendant le chômage » ! Elle dénonce ouvertement l'orientation de la CFDT, les éléments extérieurs à l'usine, les médias et l'intransigeance de PSA. Elle demande une fois de plus l'intervention des pouvoirs publics pour la mise sur pied d'une réunion tripartite auprès du préfet des Yvelines.</p>
<p>Et les travailleurs, eux ? Impossible de savoir ce que ressent l'immense majorité des salariés de Talbot qui ne sont pas venus à l'usine. Mais ceux qui sont présents (peut-être 1 000 ou 1 500) discutent beaucoup. La plupart dénoncent la pseudo formation qu'on leur propose, ils n'y croient pas, ils ne croient surtout pas qu'après, ils trouveront de l'emploi ; certains parlent ouvertement du « retour au pays », mais avec leurs droits. Tous sont d'accord pour continuer la lutte, il n'y a pas d'autre solution.</p>
<p>Le mardi, les premières lettres de licenciement sont arrivées à domicile Les grévistes les font circuler. Au fil de la journée des licenciés arrivent à l'usine. L'idée de la « prime au retour » gagne du terrain parmi les émigrés. Quelques délégués des chaînes, « dissidents » de la CGT, algériens et marocains, tiennent une sorte de conférence de presse : « les immigrés de Talbot veulent retourner dans leur pays avec des conditions décentes. Ces conditions, nous les avons chiffrées ». Les directions syndicales sont prises de court. La CGT parle de « manipulation ». La CFDT ne repousse pas la revendication mais elle ne la reprend pas car elle fixe son activité sur le refus de tout licenciement.</p>
<p>La CGT au fil des jours va s'efforcer de reprendre ses troupes en main. Elle intègre en partie la revendication de l'aide au retour, elle refuse les licenciements « arbitraires » (!), elle multiplie les démarches pour l'obtention de nouvelles négociations.<br class='autobr' />
Aucune riposte d'ensemble à talbot, une minorité bien déterminée occupe l'usine</p>
<p>Durant toute la semaine, dans l'usine occupée, se retrouvent quelques centaines de travailleurs, licenciés ou non., (pour beaucoup militants syndicalistes ou délégués de chaîne), les autres travailleurs de Talbot sont restés chez eux, au chômage technique et, à partir du 23, officiellement en congés payés. Dans la journée, certains viennent aux nouvelles.</p>
<p>Mais les Talbot sont seuls. Durant ces interminables journées (les « occupants » passent le réveillon dans l'usine), le conflit, qui pourtant intéresse tous les travailleurs de l'automobile, qui passionne les militants, qui est l'objet de discussions dans les foyers d'immigrés, le conflit reste circonscrit à Talbot et, plus précisément, à quelques centaines de travailleurs et militants syndicalistes. Les syndicats CGT et CFDT sur le plan départemental organisent bien quelques manifestations de sympathie, des collectes, des messages de solidarité. Mais de riposte unitaire et massive des travailleurs de l'automobile, il n'en sera jamais question. Cela aurait pourtant été la seule réponse capable de faire reculer le gouvernement et les patrons de l'automobile.</p>
<p>Mais les confédérations ne font rien. Elles laissent les militants locaux aux prises avec les problèmes, les discussions, les débats, les décisions à prendre. Au sommet, la CGT multiplie des démarches auprès du gouvernement, pour de « nouvelles négociations ». La CFDT critique « l'immobilisme et le secret » de la politique gouvernementale. Mais jamais, à aucun moment, il n'est question d'engager la classe ouvrière de l'automobile dans une épreuve de force décisive pour empêcher les patrons de licencier et de faire payer la crise aux travailleurs.</p>
<p>Manifestement, ce n'est ni dans la perspective, ni dans la stratégie des centrales. Elles ne sont pas là pour cela, leur rôle conservateur joue dans l'autre sens, et pas seulement parce que la gauche est au gouvernement. Sous Giscard, les sidérurgistes de Longwy se sont battus seuls pendant de longues semaines. Mais, parce que la gauche est au gouvernement, la CGT s'est trouvée même sur le plan local en porte-à-faux, dans un conflit où elle aurait pu, autrement, sur le plan local, conduire de façon déterminée. Cette fois, entre les travailleurs en lutte et le gouvernement, la CGT, très ouvertement, a choisi le gouvernement. Et cela s'est vu et continue à provoquer des remous dans ses rangs.</p>
<p>Alors à Talbot, ce n'était plus qu'une question de jours. Après plusieurs provocations, la direction obtint du Tribunal un arrêté d'expulsion. Les CRS rentrent dans l'usine et font évacuer les occupants. Peugeot, pressé d'en finir, commence à regrouper sa maîtrise, à faire donner la CSL locale et parisienne. L'ouverture de l'usine est repoussée au 3 janvier.<br class='autobr' />
Le dénouement</p>
<p>Quand, le 3 janvier, les travailleurs de Talbot se présentent enfin, la CFDT regroupée au B3 appelle à la poursuite de la grève. La CGT sans parler de reprise, appelle à la raison « on fera ce que les ouvriers décideront » . Tout le monde comprend que la CGT « lâche ». Les grévistes ne sont pas très nombreux (1 000 ou 1 500), mais comme le B3, l'atelier d'assemblage est occupé par eux, toute l'usine ou presque est paralysée, les travailleurs sont dans l'expectative.</p>
<p>Manifestement, les 16 000 travailleurs de Talbot ne sont plus unanimes pour la grève. Ils ne savent pas trop, la plupart ont endossé leur bleu, prêts à reprendre le travail, prêts aussi sans doute à entendre les consignes syndicales. Mais la division entre CGT et CFDT est manifeste. Une tentative de grévistes pour dépasser cette division en s'inscrivant pour un comité de grève fait long feu. Les premiers heurts avec la maîtrise et la CSL se produisent très vite. Ils sont violents. Et le jeudi 5 janvier, dès l'embauche, les commandos CSL venus de toute la région parisienne (Citroën et concessionnaires Talbot ou Citroën) ont pris position autour du B3.</p>
<p>L'immense majorité des travailleurs de Talbot ne sont pas dans le coup. La bagarre est circonscrite entre les 1 000 grévistes du B3, la CFDT et la CGT et, à l'extérieur, les commandos CSL. Après quelques échanges très durs, la CFDT demande l'intervention des forces de l'ordre. Ce n'est qu'en fin d'après-midi que les grévistes assiégés pourront quitter l'usine. La direction annonce la fermeture de l'usine, pour réfection.</p>
<p>Pour les Talbot, c'est fini. La reprise du travail se fera progressivement à partir du 11 janvier sur convocations individuelles.</p>
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<p>Les conflits Talbot, du printemps syndical au tournant de la rigueur (1982-1984)</p>
<p>Auteurs</p>
<p>Nicolas Hatzfeld</p>
<p>Jean-Louis Loubet</p>
<p>Alors que l'usine automobile de Poissy n'avait pas connu de grève durant presque trente ans, un puissant conflit éclate en 1982. Cette grève, violente et brutale, obéit pourtant à des logiques différentes de celles qui prévalaient jusque lors. Amenant à la dislocation du syndicat maison, elle signe bien l'émergence d'une logique de crise qui amène l'ensemble des acteurs – direction, salariés et syndicats – à prendre en compte les nouvelles donnes que suscitent tant l'évolution économique de l'industrie française que l'arrivée de la gauche au pouvoir.</p>
<p>En juin 1982, un conflit d'une exceptionnelle intensité s'ouvre dans l'usine automobile Talbot de Poissy. L'événement est considérable puisque la dernière grève dans ce lieu date de vingt-huit ans. Il s'inscrit dans le vaste mouvement qui affecte les ouvriers spécialisés de toutes les entreprises automobiles. Chez Talbot, comme chez Citroën, ce mouvement survient après l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Il apporte ce que certains nomment le « printemps de la dignité.</p>
<p>En dix-huit mois de turbulences et de violences, les enjeux du conflit Talbot se déplacent vers les questions de survie industrielle et de défense de l'emploi. Ils touchent l'usine, puis la puissante maison-mère PSA, mais atteignent aussi les instances du syndicalisme, les partis au pouvoir et les administrations, au moment même où la politique de la gauche marque un tournant majeur.</p>
<p>◦ Juin 1982, l'explosion sociale à Poissy et ses répercussions nationales</p>
<p>Mercredi 2 juin 1982, 18 heures.</p>
<p>Dans l'atelier B3 de l'usine de Poissy, une agitation exceptionnelle affecte les lignes d'assemblage. Un tract syndical, distribué sur les chaînes, présente un éventail de revendications portant sur l'organisation du travail, la formation professionnelle, les salaires, les congés, et enfin les libertés individuelles et syndicales. Après la pause, un cortège se forme, une banderole CGT se déploie. La maîtrise s'emploie à empêcher l'arrêt des chaînes. En vain. À chaque passage, les grévistes sont plus nombreux. Soudain, ils subissent un assaut du service d'ordre du syndicat tout puissant, la CSL. Les grévistes font front. Pour la première fois dans l'histoire de l'usine, la CSL est repoussée hors du bâtiment. Le lendemain, dès les premières heures, les mêmes phénomènes se reproduisent avec l'équipe de jour. Mieux armées, les bagarres se font plus violentes. Non seulement les grévistes restent maîtres du terrain, mais les chaînes s'arrêtent. L'atelier entier bascule dans la grève. Dans les autres bâtiments, le travail reste dominant.</p>
<p>De part et d'autre, personne ne mesure réellement le poids d'événements totalement invraisemblables vingt-quatre heures plus tôt. C'est au cours de l'après-midi qu'a lieu l'épreuve de force décisive. Dans la cour, juché sur une estrade, le directeur du personnel harangue quelques centaines d'opposants à la grève, pour la plupart des militants CSL, des cadres et des agents de maîtrise : il faut montrer sa force, reconquérir le B3 et rétablir la liberté du travail. Dans le B3 justement, les grévistes se préparent à l'assaut. L'affrontement dépasse en violence les heurts précédents, mobilisant extincteurs, grenades lacrymogènes, matraques, jets de pièces métalliques et lance-boulons à pression d'air. Les premiers entrés tentent de refluer, empêchés par ceux qui, derrière, poussent pour entrer. Des combats se déroulent sur les chaînes. Le sang coule. Le directeur du personnel est parmi les blessés, plus d'une quarantaine selon les uns, près d'une centaine selon les autres. Si pour la troisième fois, les grévistes restent maîtres du terrain, cette fois l'intensité de l'affrontement ébranle les esprits.</p>
<p>Face au bâtiment en grève, d'autres ateliers accueillent les non-grévistes pour un travail évidemment ralenti. Dès lors, et pendant quatre semaines, l'usine devient un terrain de manœuvres, sous l'œil des forces de police qui veillent à empêcher le retour des violences. Deux camps se toisent : les grévistes cherchent à entraîner de nouveaux secteurs dans leur mouvement tandis que les non-grévistes s'activent pour relancer une production. Le conflit s'installe dans la durée : meetings et défilés s'organisent dans chaque camp pour entretenir la mobilisation des troupes. Le noyau dur dépasse mille salariés auquel s'ajoutent 5 415 grévistes partiels contre 10 046 non grévistes.</p>
<p>Le conflit fait aussitôt la « une » des médias, le nom de Talbot s'associant aux images d'affrontements. Plus discrètement, il implique les responsables de l'entreprise, de l'administration et des organisations syndicales. Des contacts sont pris entre la direction de PSA et les ministères, voire l'Élysée ; ils se poursuivront tout au long de la grève. Dans l'immédiat, Gaston Deferre, ministre de l'Intérieur, recommande l'évacuation de l'usine par les grévistes. Mais les forces de police n'interviennent qu'avec une très grande réserve. À la demande de la direction de Poissy, elles font évacuer le B3 le mercredi 9, mais laissent l'occupation reprendre dès le lendemain. Les négociations piétinent : alors que la direction de Poissy demande une ré-explication des revendications, les syndicats souhaitent des propositions écrites de sa part. À l'extérieur, chaque protagoniste tente de peser sur l'opinion. Les grévistes organisent des collectes de solidarité, sur les marchés et aux portes des usines de la région. La forte réputation anti-syndicale de Poissy suscite des soutiens dans plusieurs entreprises du pays. Le plus remarqué est l'arrivée d'un car d'ouvriers de Citroën, le 18, apportant le fruit d'une collecte effectuée dans l'usine d'Aulnay. Les non-grévistes, un temps désorientés, engagent leurs propres actions, visant surtout la ville de Poissy dirigée par le maire communiste Joseph Tréhel, ancien dirigeant de la CGT de Simca-Chrysler, époux de sa responsable actuelle Nora Tréhel. Le 28 juin, ils entament l'occupation du hall d'entrée de la mairie, coordonnée par la direction de l'usine, « jusqu'à ce que la liberté du travail soit enfin respectée dans l'ensemble des usines de Poissy ». Deux jours plus tard, ils assemblent, sur la place de la mairie, une voiture qu'ils offrent au centre hospitalier de la ville.</p>
<p>La grève aborde sa troisième semaine lorsque le ministre du Travail désigne le 23 juin un médiateur, le professeur de droit Jean-Jacques Dupeyroux. Il vient d'officier dans les mêmes conditions chez Citroën ! Après avoir reçu tous les partenaires, celui-ci remet ses recommandations le 1er juillet pour tenter de mettre fin au conflit : elles sont proches de celles présentées chez Citroën, portant sur les droits et les libertés, la dignité des travailleurs, le droit syndical, la création de lieux de culte, les conditions de travail et enfin les modalités de reprise du travail. Pour les rémunérations, le blocage des prix et des salaires imposé par le gouvernement reporte au 1er novembre 1982 l'attribution d'une prime générale et d'une augmentation des taux. La médiation prévoit également la création de commissions, sur les salaires, les libertés, les carrières et la formation des OS. La CGT prend clairement position pour l'acceptation des recommandations. Elle organise le 2 juillet un vote sur la reprise du travail : 3 688 pour, 262 contre et 13 nuls.</p>
<p>L'annonce des résultats déclenche une explosion de joie chez les grévistes qui prolongent ce moment tard dans la soirée, ouvrant enfin le B3 à l'encadrement. Le 3 juillet, Jean Boillot, gérant de Talbot, accepte les recommandations du médiateur. Avant la reprise du travail, Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT, est l'invité d'un grand meeting tenu en plein air devant l'usine.</p>
<p>La grève de mai-juin 1982 met en échec l'organisation syndicale et sociale dite « système Simca », née dans les années 1960 ; celle-ci déléguait une partie du maintien de l'ordre intérieur et l'administration des œuvres sociales à la CSL. Ce syndicat corporatiste accueillait tous les types de salariés, de l'OS à l'ingénieur. Dirigé par des hommes liés aux partis de droite et d'extrême droite, auxquels il fournissait des colleurs d'affiche, voire, parfois, des candidats aux élections locales, il prétendait à l'exclusivité et combattait avec énergie la CGT. Liée à un ensemble d'avantages sociaux aussi généreux qu'inégalitaire, l'imbrication des genres avait fait ses preuves dans les années prospères, et convaincu d'autres entreprises : Citroën avait ainsi adopté ce modèle dans les années 1960. Supplantant les syndicats autonomes de l'immédiat après-guerre, la CFT – devenue CSL – constituait une tradition de la droite sociale française, toujours cantonnée à un rôle mineur par le pouvoir politique, mais souvent vivifiée aux périodes de crise. Elle s'était implantée chez Peugeot après 1968, sans devenir dominante, et était apparue fortuitement dans certaines usines Renault.</p>
<p>Cette formule corporatiste connaît pourtant des difficultés à la fin des années 1970. Elle suppose un budget considérable dédié aux avantages sociaux, aux faveurs individuelles et à l'entretien d'un réseau syndical dense – plusieurs centaines de personnes à Poissy. Trop opaque pour la direction de Peugeot, ce système déplaît parce qu'il est jugé encombrant. Depuis 1979, les élections professionnelles sont entachées d'irrégularités qui entraînent des condamnations de justice à Poissy. Le « système Simca » suscite une attention de plus en plus appuyée du ministère du Travail et affecte la réputation – exécrable – de l'entreprise auprès des pouvoirs publics.</p>
<p>Après 1981, la situation devient intenable chez Talbot et Citroën : la persistance des fiefs CSL contrecarre la politique du ministre du Travail, Jean Auroux, qui souhaite accorder des droits nouveaux aux travailleurs, donnant son nom aux lois votées dans la seconde moitié de 1982. La préparation des élections professionnelles de 1982 s'effectue chez Citroën dans une tension croissante, entre direction, pouvoirs publics et ouvriers : la CFDT alerte les ministères sur les agressions que subissent certains militants dont son nouveau délégué à Aulnay, Mohamed el-Harrari. Signe des temps, elle est reçue par un conseiller du Premier ministre. Le 22 avril, des milliers d'ouvriers d'Aulnay se mettent en grève, plaçant des piquets aux portes de l'usine… que les fidèles de la direction occupent ! Les revendications portent sur les cadences, la réforme des classifications et la formation, soit ce que réclament les grévistes de Billancourt, de Flins ou de Sochaux : « l'évolution de la condition des OS ». Elles portent aussi sur les salaires et la possibilité pour les immigrés de joindre la cinquième semaine aux congés d'été. On trouve enfin la dimension spécifique d'une lutte pour les libertés au travail et la reconnaissance des droits syndicaux. Durant un mois, les manœuvres de terrain et les bagarres confortent le blocage des négociations, jusqu'à la nomination, le 21 mai, du médiateur Dupeyroux. Sa recommandation, rédigée le 26, est acceptée le 27 par les partenaires sociaux. Elle porte, exactement comme celle qui concernera Poissy, sur les « problèmes relatifs aux libertés et, de façon plus générale, au respect de la dignité de chacun » comme sur « les problèmes plus classiques relatifs aux salaires et aux conditions de travail ».</p>
<p>Dans les deux conflits, le système corporatiste vole en éclats, même si bon nombre de salariés n'ont pas fait grève, et si la CSL garde de l'influence. Les élections de juin aux usines Citroën de la région parisienne voient la CGT bondir de 9 à 57 %, la CFDT atteindre 6 %, tandis que la CSL tombe de 82 % à 33 %. À Poissy, la victoire de la CGT, suivie à distance respectable par la CFDT, se traduit par une syndicalisation massive et spectaculaire : celle-ci annonce 3 327 adhérents le 2 juillet ! Ce chiffre clôt définitivement l'époque de la survie clandestine des années 1960, quand la CGT ne comptait que 16 adhérents. À la fin du conflit, des salariés font la queue pour obtenir leur carte. Pourtant, chez Citroën comme chez Talbot, la reprise ne fait pas l'économie de tensions et de contestations. C'est à Poissy que l'effervescence est la plus vive, à propos de variations de cadence, de mutations, de salaires, ou encore du comportement d'un agent de maîtrise. La revendication de dignité est intense, et l'ensemble de la discipline d'usine est remise en cause par une solidarité ouvrière rapide à réagir, exubérante et redoutable d'efficacité. Si dans cette période l'influence de la CGT et de la CFDT se renforce en termes d'adhérents comme dans les élections professionnelles, les formes classiques de représentation ne suffisent pas à faire face au bouleversement des ateliers. Ces deux organisations instaurent un réseau de « délégués de chaîne », issus des actifs de l'occupation, proposés par les ouvriers et habilités par les syndicats. Ces délégués de chaîne drainent les frictions d'atelier, et tentent de s'imposer à une maîtrise qui peine à résister. Fin 1982, L'Expansion note qu'il y a trois forces en présence à Poissy : la direction qui veut réaliser ses plans de production ; la CSL qui cherche à garder une influence alors que ses délégués sont systématiquement chahutés et la CGT qui entend conforter un pouvoir issu du conflit. Au-delà de ces vagues immédiates, et des reflux ultérieurs, Citroën et Talbot amorcent une harmonisation progressive mais irréversible des relations sociales avec celles qui gouvernent PSA et, au-delà, la France du travail des années 1980.</p>
<p>◦ 1983, sauver l'emploi, la marque ou l'usine</p>
<p>En occupant le devant de la scène, les conflits de 1982 ont fait oublier les difficultés industrielles qui fragilisent toute la branche automobile. La crise des années 1970 a conduit Peugeot à reprendre Citroën en 1974 et Chrysler-France en 1978. Le nouveau groupe constitué, véritable General Motors à la française, comptait sur la poursuite de la croissance pour moderniser et harmoniser le nouvel ensemble industriel. Or le retournement de conjoncture est brutal, PSA perdant de l'argent dès 1980, Renault l'année suivante. Cette mutation prend donc PSA à contre-pied, sa part de marché tombant en Europe de 17,2 % à 12 % entre 1979 et 1982. La gravité de cette crise est mal évaluée. Tout en évoquant l'existence de difficultés structurelles, les syndicats hésitent à parler de crise avant 1981. L'idée de nationaliser PSA occupe quelques débats militants à la CGT et à la CFDT. Quant aux directions d'entreprise, trompées par la reprise des lendemains du premier choc pétrolier, elles imaginent un schéma à l'identique, attendant en vain un redémarrage des marchés. La victoire de la gauche perturbe un peu plus le jeu : la semaine de 39 heures payées 40 et la cinquième semaine de congés payés ont un coût que chaque entreprise chiffre à sa façon. Elle correspond à une brève reprise du marché que conforte l'illusion de la relance de 1982. Mais les pertes s'accumulent pour ces deux constructeurs qui tardent à réformer leur appareil industriel et abaisser leurs coûts. Quand les commandes s'effondrent fin 1982, la crise s'impose aux dirigeants. Avec l'arrivée de Jacques Calvet, PSA révise ses repères de productivité, s'engageant dans une réduction drastique des charges et des effectifs afin de retrouver l'équilibre financier. Plus gravement endetté, Renault réagit plus tardivement. L'entreprise, une fois encore, joue son rôle de symbole industriel et social pour une gauche fraîchement élue dont Pierre Dreyfus, ancien PDG de la Régie, est devenu le ministre de l'Industrie. La CGT a suspendu son combat pour Billancourt puisqu'il n'est plus question de fermer ce bastion historique. Il faudra la nomination de Georges Besse en janvier 1985 pour que la Régie mesure son état de santé et change de cap. Entre-temps, la gauche opère son revirement stratégique dans les derniers jours de mars 1983. Le 21, le franc est dévalué pour la troisième fois. Le 23, François Mitterrand annonce la nouvelle politique économique du gouvernement Mauroy ; le 25, Jacques Delors présente son plan, avec en point d'orgue le grand tournant de la rigueur.</p>
<p>Chez PSA, très marqué par la crise, Poissy apparaît comme la branche la plus malade. Associée à la marque Talbot, cette usine produit des voitures démodées, des Simca rebaptisées Talbot qui laissent bien des clients perplexes. Lors de la récession de 1980-1981, la dégradation est telle que Poissy multiplie les jours chômés : 31 jours en 1980, et 8 à 10 jours mensuels au printemps 1981. Fin 1980, Talbot a perdu plus du quart de ses effectifs de 1979, en utilisant tous les moyens : départs à l'amiable, licenciements économiques, aide au retour pour les travailleurs immigrés volontaires. Mais les ventes de Talbot continuent de s'effondrer. La production de Poissy tombe de moitié entre 1979 et 1981. Deux plans successifs établis avec le Fonds national pour l'emploi (FNE) éloignent des salariés âgés de 56, puis de 55 ans. Lorsque les commandes semblent reprendre début 1982, l'inquiétude du personnel reste entière. Les salariés de Talbot s'interrogent : Peugeot se comporte-t-il en partenaire ou en concurrent prêt à éliminer Talbot ? Dans cette logique, l'emploi, l'usine et la marque sont totalement liés. Exprimé par la CGT, ce raisonnement rencontre un écho croissant dans les ateliers. La grève du printemps 1982 suspend la controverse, sans apaiser les soupçons. Au début 1983, la conjoncture se dégrade à nouveau. Le déclin de l'image de Talbot entraîne un effondrement total des commandes. Les samedis obligatoires sont remplacés par des jours chômés, 25 au premier semestre 1983. De quoi s'inquiéter quant à l'avenir du site, du travail et de l'emploi. Du côté syndical, le chômage redevient la préoccupation majeure. À juste titre : après avoir hésité, la direction de PSA décide une nouvelle vague de suppression d'emplois, dans une usine largement traumatisée.</p>
<p>◦ Juillet-novembre 1983, plan social et crispation</p>
<p>Le 12 juillet 1983, la direction annonce 4 140 départs soit un quart des emplois de Poissy, décomposés en 1 235 mises en préretraite par convention FNE et 2 905 licenciements. Ce plan suscite une très vive émotion dans l'usine, même si les rumeurs annonçaient le pire. Les syndicats réagissent diversement. La CSL se dit prête à étudier les propositions de départ volontaire et à l'amiable. La CFDT, très minoritaire, refuse tout licenciement. Enfin, la CGT adopte un cap plus pragmatique, tentant de réduire la marge de manœuvre des dirigeants en multipliant les journées de grève, toutes largement suivies. Les pouvoirs publics, en alerte, instaurent une commission interministérielle pour « mettre à jour la véritable situation dans laquelle se trouve PSA ». Pourtant les stratégies diffèrent : si PSA veut réduire ses effectifs, le gouvernement essaie d'enrayer la progression du chômage. Rien n'est plus néfaste pour les partis de gauche qu'avaliser des suppressions d'emploi. Malgré les relations très froides entre l'entreprise et le gouvernement, des contacts sont rapidement pris entre Jacques Calvet et Pierre Bérégovoy, ministre des Affaires sociales.</p>
<p>Le 12 septembre, la direction dépose une demande de licenciements qui s'inscrit dans un plan plus large de la marque Peugeot. La réponse vient le 11 octobre : le gouvernement refuse les modalités sociales du plan, mais accepte le principe des sureffectifs. L'entreprise doit réduire le nombre des licenciements, et prendre « des engagements précis sur le devenir industriel du site de Poissy ». Le 21 novembre, lors de la réunion du CCE de Talbot, la direction renouvelle son plan de licenciements en apportant de nouvelles conditions de départ : création d'un bureau d'orientation pour les licenciés, actions particulières de formation à des technologies nouvelles pour 200 personnes, aide au retour des immigrés volontaires. Pour l'avenir du site, elle annonce le lancement d'un nouveau véhicule à Poissy. Entre temps, les contacts se multiplient, mais dans une cacophonie extrême entre syndicats, instances de l'entreprise, ministères, autorités départementales et élus. Les rumeurs alimentent la tension dans l'attente de la seconde réponse gouvernementale qui tarde encore à se profiler. Beaucoup de salariés s'alarment de voir leur fabrication – des voitures Talbot – remplacée par des Peugeot. On soupçonne à nouveau PSA de vouloir liquider les emplois. On s'inquiète de voir l'avenir de Poissy se négocier loin de l'usine, entre la direction de PSA et le gouvernement dont les objectifs changent. Le dossier Talbot constitue l'épreuve de vérité, le test du nouveau réalisme économique du gouvernement.</p>
<p>Intransigeante sur les licenciements, la CFDT déclenche le 7 décembre 1983 une grève avec occupation, reconductible quotidiennement. La semaine suivante, une réunion interministérielle repousse encore la décision. La direction de PSA perd alors patience, quatre mois après le dépôt du premier dossier : elle met en balance la survie de Poissy, et annonce la suspension des rémunérations. Tandis que les syndicats sont atterrés, les contacts se poursuivent au plus haut niveau. Le 17 décembre, le Premier ministre Pierre Mauroy reçoit Jacques Calvet et Jean-Paul Parayre, puis les dirigeants de la CGT et de la CFDT, avant d'annoncer les décisions du gouvernement. Celui-ci autorise 1 905 licenciements, dont une liste est déjà dressée. Les conditions de départ sont améliorées grâce à l'octroi d'une prime de 20 000 francs à tout employeur procédant à une réembauche, d'une aide à la création d'entreprise, ainsi que d'une réduction de 20 000 francs sur l'achat d'un véhicule utilitaire servant d'outil de travail. Enfin, des dispositifs de formation ou de reclassement sont mis en place : 1 300 stages de formation rémunérés et 500 reclassements dans d'autres entreprises, PSA prenant en charge la formation d'une centaine de salariés aux métiers de la réparation automobile. Par ailleurs, le plan de départs en préretraite est signé. Pour l'avenir du site de Poissy, PSA s'engage dans des investissements de modernisation atteignant 1,2 milliard de francs. L'usine continuera à produire des Talbot et des Peugeot. La reprise de l'usine est même fixée au 2 janvier 1984.</p>
<p>Prompte à réagir, la CFDT appelle à continuer la grève, à poursuivre l'occupation de l'usine pour faire annuler les licenciements. FO approuve au contraire les décisions tandis que la CSL esquive, indiquant qu'elle subit les événements. Très attendue, l'appréciation de la CGT est aussi complexe que malaisée. André Sainjon, secrétaire national de la fédération des métaux, souligne les 1 000 emplois gagnés et le fait qu'aucun licencié de Talbot n'ira pointer à l'ANPE, autant d'éléments que le syndicat de Poissy juge aussi comme « une première ouverture constructive ». Par ailleurs, la CGT appelle aussi à l'ouverture de négociations dans l'entreprise sur les reclassements : elle espère transformer les licenciements en départs, et obtenir qu'aucun des 1 905 salariés placés sur la liste ne devienne chômeur. Enfin, la CGT souligne qu'elle n'est pas partie prenante dans les décisions prises : « Aucune négociation n'a eu lieu. Nous avons simplement été informés de l'accord intervenu entre PSA et le gouvernement ». Auprès du millier d'ouvriers qui constituent la base militante depuis juin 1982, l'accord passe mal. Il conduit un responsable CGT à s'exclamer : « Non, aux licenciements, nous sommes 17 000 et nous resterons 17 000 ». « Une exaspération qu'on affirme “comprendre” à la fédération CGT de la métallurgie », note un journaliste. Critiquant à la fois l'aventurisme de la CFDT et l'intransigeance de la direction, revendiquant le droit d'informer sans décider à la place des travailleurs, Nora Tréhel peine à faire partager ses nuances.</p>
<p>Le 27 décembre, la direction annonce un changement juridique qui lui permet, en cas de nécessité, de déposer le bilan de Talbot sans affecter les comptes de PSA, sans engager sa responsabilité. Le 1er janvier, le conflit semble s'achever. Mais le 3 janvier 1984, jour de la réouverture présumée, quelques centaines de grévistes irréductibles – conduits par la CFDT – s'opposent par la force à la reprise du travail. Pour la première fois depuis des mois, les non-grévistes ripostent. Au cœur de cette tension qui explose, deux angoisses se heurtent, comme deux façons de se trouver dos au mur. D'un côté, des ouvriers qui, se sachant sur la liste des exclus, refusent la brutalité du licenciement. De l'autre, des salariés qui, après des mois d'attente, ne croient plus pouvoir préserver tout à la fois la marque, le site et les emplois, et veulent sauver à tout prix ce qui peut l'être encore. Du 3 au 5 janvier, l'usine est le théâtre d'affrontements d'une violence sombre et sèche : bagarres, courses-poursuites, jets de pièces métalliques, autant de faits qu'attestent rapports, témoignages et photographies. Ces affrontements occasionnent 11 blessés le 3 janvier, 43 le 4, 55 dont 18 hospitalisés le 5. L'escalade de la violence fait craindre le pire. En milieu de matinée, la direction puis la CFDT elle-même demandent l'intervention des forces de l'ordre ! Dans la matinée du 5, les CRS établissent un cordon sanitaire entre non grévistes et grévistes pour permettre à ces derniers de sortir en sécurité. Plusieurs ateliers étant dévastés, l'usine est à nouveau fermée pour être remise en état, le personnel étant renvoyé sans rémunération. Ce n'est que le 11 janvier que l'usine reprend le travail, cette fois définitivement.</p>
<p>◦ L'immigration posée en problème</p>
<p>Dans les derniers moments de cette occupation, la responsable CGT Eleonora – dite Nora – Tréhel, fille d'immigré italien, plaide pour la reprise du travail afin de sauver l'usine. Elle interpelle le dernier carré de grévistes en lançant : « Voulez-vous que la télévision puisse dire que les immigrés font fermer les usines françaises ? Voulez-vous donner des arguments aux fascistes et aux racistes de ce pays ? » Un Africain lui répond aussitôt : « Le racisme, il est partout ». D'un bout à l'autre des conflits de l'automobile des années 1982-1983 – et particulièrement dans les conflits Talbot – la représentation des immigrés dans l'espace public s'est considérablement modifiée.</p>
<p>Tout d'abord, les images de grève rendent visible l'importance des ouvriers immigrés dans les usines automobiles Citroën et Talbot, après celles de Flins et de Billancourt. De fait, la tendance à recruter des ouvriers d'origine étrangère, forte dans les usines de l'agglomération parisienne, a été reprise par la plupart des usines de province dans les années 1970. Pourtant, lors des grèves de Renault comme des conflits de Citroën, c'est essentiellement comme ouvriers, que ces grévistes sont présentés dans une grande partie de la presse : OS d'abord, parfois immigrés. L'émergence du Marocain Akka Ghazi en animateur de la grève d'Aulnay illustre l'ancrage du syndicalisme dans cette nouvelle génération ouvrière, et l'intégration de celle-ci dans la société française. André Sainjon (CGT) précise : « Je refuse, personnellement, le terme de “grève d'immigrés” car il reviendrait à réduire considérablement la portée de ce conflit. Il s'agit très exactement d'une lutte de travailleurs, une lutte de travailleurs OS […] pour élever à leur dimension réelle de responsabilités, de qualifications, le travail et l'homme au travail. » Les recommandations du médiateur ne disent rien, ou presque, qui soit spécifiquement destiné aux immigrés. Un mois plus tard, à Poissy, le même médiateur centre à nouveau sa recommandation sur « l'immense question de la condition des OS ». Il évoque aussi, discrètement mais à plusieurs reprises, l'éventualité de discriminations xénophobes ou la nécessité de combattre le racisme ; il aborde explicitement la mise à disposition de lieux de culte dans l'enceinte de l'usine. La spécificité immigrée de ces OS se dessine, mais dans la perspective d'une intégration et en second plan. C'est dans cette perspective que travaille ensuite la commission présidée par Gabriel Ducray : se penchant sur le problème du désenclavement de la condition d'OS, elle débouche sur la nécessité d'entreprendre l'alphabétisation des intéressés pour pouvoir leur proposer une carrière professionnelle : à Poissy, 88 % des OS immigrés n'ont pas suivi un cycle complet d'enseignement primaire tandis qu'à Aulnay, 66 % d'entre eux sont analphabètes. Et pour cause : cette qualité était un des critères déterminants pour les recrutements dans les villages du Sud marocain ou des plateaux d'Anatolie ; critères parfois déjoués par de jeunes citadins scolarisés qui y venaient s'user les mains dans le sable afin de les rendre plus calleuses, condition essentielle pour partir en France.</p>
<p>En janvier 1983, à l'occasion de grèves chez Renault, la perspective change au sein du gouvernement. Pierre Mauroy déclare : « Les principales difficultés qui demeurent sont posées par des travailleurs immigrés […] agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises. » Au même moment, Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur, parle « d'intégristes, de chiites ». Les phrases émeuvent[30] [30] Michel Noblecourt, « Une phrase de trop », Le Monde,... suite. François Autain, secrétaire d'État chargé des Immigrés, répond alors que dans les grèves, « le fait religieux n'est pas le plus marquant ». L'épisode traduit un glissement : le 29 octobre 1981, fidèle à ses positions des années 1970, la gauche avait abrogé la loi dite Bonnet-Stoleru, supprimé l'aide au retour et aidé au regroupement familial afin de permettre aux immigrés de s'intégrer dans la société française s'ils le désiraient. La récession de 1980-1984 amène les entreprises à parler de sureffectifs de masse en même temps que du besoin, aussi impératif que nouveau, d'une main-d'œuvre adaptable et de haut niveau. Le conflit de l'automne et de l'hiver 1983 sur les licenciements à Talbot accentue le déplacement des repères. En décembre, Jack Ralite, ministre délégué chargé de l'Emploi, annonce à l'Assemblée nationale que les immigrés de Talbot seront « aidés, s'ils en expriment le souhait, à retourner dans leur pays ». L'immigré a remplacé l'OS, le pays redevient celui des origines. Le débat est vif entre syndicalistes, et entre salariés. Pour les ouvriers immigrés eux-mêmes la question des attaches, du chez soi est longtemps restée floue et ouverte : derrière le retour souvent projeté, l'avenir français des enfants, jamais évoqué par les politiques, a irrésistiblement cheminé. La sommation de choisir attise la douleur du dilemme. Lorsque quelques délégués immigrés, dissidents de la CGT, annoncent qu'ils veulent marchander le prix de leur retour, la résistance d'une Nora Tréhel est prise en tenaille. La tonalité raciste des combats dans l'usine répond à sa façon à la transformation du problème.</p>
<p>Le 11 janvier 1984, l'improbable se produit : l'usine qui, depuis des années, s'avançait vers la catastrophe, sort de la spirale destructrice. Les anciens protagonistes recommencent à travailler ensemble. Poissy amorce son redressement industriel : le groupe PSA l'intègre progressivement et entreprend sa modernisation radicale tandis que les effectifs continuent de diminuer. Les relations sociales se banalisent ; après le contrecoup des licenciements, la CGT s'installe tandis que la CSL subit un déclin lent mais irréversible. L'histoire de ces années 1982-1984 est pourtant loin d'être banale. À travers deux temps forts d'affrontement, les conflits Talbot ont fait émerger, à vitesse accélérée, le rattrapage démocratique que la France industrielle avait parcouru en plusieurs décennies, y compris dans sa composante utopique[34] [34] Nicolas Hatzfeld, « “Faire tourner l'usine sans patron” ?... suite. Et, sans désemparer, rétabli le poids de l'emploi, recomposé les enjeux du travail. La valeur des épreuves tient aussi à leur envergure nationale, au-delà de l'importante dimension médiatique. Les systèmes Simca et Citroën s'effondrent lorsque l'État leur retire son soutien, soucieux de renforcer l'expression des salariés dans leur entreprise. Plus tard, les menaces sur l'usine de Poissy forcent la gauche à étendre à l'emploi son aggiornamento économique. Des ouvriers vieillissants jusqu'au premier ministre Pierre Mauroy, tous les protagonistes réorientent leurs positions et voient leur rôle se redéfinir. Sous la houlette de la gauche, les drames de Talbot concrétisent ainsi le passage de la France des derniers élans de l'expansion au redéploiement douloureux des années de rigueur.</p>
<p>Nicolas Hatzfeld et Jean-Louis Loubet « Les conflits Talbot, du printemps syndical au tournant de la rigueur (1982-1984) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 4/2004 (no 84), p. 151-160.</p></div>
Edito - L'apocalypse capitaliste : la chute du système enseignée par l'exemple Peugeot-Citroën
http://www.matierevolution.org/spip.php?article3896
http://www.matierevolution.org/spip.php?article38962013-10-27T08:18:08Ztext/htmlfrRobert ParisPeugeot
<p>L'apocalypse capitaliste : la chute du système enseignée par l'exemple Peugeot-Citroën <br class='autobr' />
Autrefois fleuron de l'industrie automobile en France, l'entreprise Peugeot-Citroën multipliait les usines et les profits. Aujourd'hui, au contraire, chaque désinvestissement en prépare d'autres, chaque suppression d'emploi en annonce d'autres, chaque sacrifice des salariés, consenti ou pas, ne fait qu'ouvrir la voie à d'autres reculs sociaux massifs sur les salaires, sur la charge de travail, sur les (…)</p>
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<div class='rss_texte'><h2 class="spip">L'apocalypse capitaliste : la chute du système enseignée par l'exemple Peugeot-Citroën</h2>
<p>Autrefois fleuron de l'industrie automobile en France, l'entreprise Peugeot-Citroën multipliait les usines et les profits. Aujourd'hui, au contraire, chaque désinvestissement en prépare d'autres, chaque suppression d'emploi en annonce d'autres, chaque sacrifice des salariés, consenti ou pas, ne fait qu'ouvrir la voie à d'autres reculs sociaux massifs sur les salaires, sur la charge de travail, sur les sites de travail et, à nouveau, sur les emplois. Chaque fermeture de site ne fait que menacer les autres sites. Rien ne vient enrayer la spirale descendante comme rien ne semblait autrefois devoir enrayer la spirale montante.</p>
<p>Le capital industriel de PSA semble fuir comme d'un gros tuyau percé. Suite à la crise de 2007-2008, il a fallu que l'Etat le renfloue en totalité comme celui de Renault sans que l'on nous dise où était passé l'argent. Les ventes d'automobiles n'avaient pas encore baissé à l'époque… PSA avait déjà comme politique de diminuer les emplois par les départs volontaires, d'augmenter les distributions de profits aux actionnaires mais sans augmenter la production de profit par l'investissement industriel. Le trust suivait exactement la courbe du système tout entier : détruire du capital industriel pour construire du capital financier…</p>
<p>La banque PSA prenait en effet son essor, les patrons comptant plus sur les jeux financiers que sur la production d'automobiles pour asseoir les bénéfices de la famille actionnaire. Selon l'Etat qui a versé des milliards pour « sauver l'Automobile », l'argent de nos impôts était indispensable non seulement pour PSA ou l'Automobile mais pour sauver tous les trusts industriels, toutes les assurances, toutes les banques. C'est là que se trouve la source de tous les trous actuels des caisses d'Etat et absolument pas dans des dépenses excessives des caisses sociales ou des services publics. Et cela n'a nullement sauvé les emplois à PSA qui fuient exactement en proportion de la fuite des capitaux de PSA se retirant de la production…</p>
<p>Ce n'est pas la vente des voitures qui produit les licenciements mais le désinvestissement du capital industriel qui est la principale cause de la baisse des ventes. Notamment en détruisant les acheteurs puisque cela augmente sans cesse le nombre des chômeurs. On pourrait se dire que ce n'est qu'un mauvais moment à passer et que quelques licenciements permettent de sauver les autres emplois, discours patronal et gouvernemental qui n'est en rien confirmé par les faits, car rien n'existe qui va arrêter un tel mouvement d'autodestruction du capital industriel. S'il est profitable pour les possesseurs de capitaux de se retirer de la production, rien ne pourra les en empêcher et, même si les Etats s'investissent à leur place, cela ne pourra se substituer à l'ancien fonctionnement rentable du capital. Certes, l'Etat américain a racheté des trusts automobiles avec l'aide des fonds du syndicat des salariés et a prétendu sauver ainsi les emplois. Il n'a fait ainsi que fournir des fonds d'Etat aux capitalistes pour spéculer contre le système industriel et rendre plus rentable… la spéculation. Il est incapable, par contre, de convaincre les capitalistes de se réinvestir dans la production et la reprise annoncée ne vient pas….</p>
<p>Ce mouvement d'autodestruction du capital industriel n'est pas particulier à Aulnay, ni à PSA, ni à la France, ni à l'Automobile.</p>
<p>Bien sûr, on nous serine aux informations que les ventes de voitures baissent mais qui peut prétendre que les ventes de médicaments baissent et pourtant le trust pharmaceutique Sanofi licencie comme les autres labos fabricant des médicaments au point que le nombre de médicaments qui ne sont plus fabriqués s'accroît sans cesse. L'Etat a beau financer en pure perte les labos, ceux-ci désinvestissent.</p>
<p>Qui peut prétendre que les voyages par avion diminuent en France ? Et pourtant Air France licencie massivement…</p>
<p>Ce n'est pas par la consommation en baisse qu'est venue la crise du système, contrairement à ce que l'on nous raconte. Il ne suffirait même pas des aides aux salariés les plus démunis que propose la gauche de la gauche pour sauver le système. Cela ne ferait qu'enfourner du carburant dans un tuyau percé, exactement comme les aides massives d'Etat, comme les plans « impôts-compétitivité-emplois » venant rajouter des centaines de milliards d'aides aux capitalistes aux milliers de milliards précédents…</p>
<p>Par exemple, l'Etat qui avait fourni des milliards à PSA en 2008 en a à nouveau fourni ou garanti des milliards au-delà même de la valorisation boursière du trust. Eh bien, PSA estime manquer à nouveau de capital puisqu'il prétend en chercher aux USA (son associé refuse) ou en Chine afin de pousser à nouveau l'Etat à mettre la main au coffre-fort de l'argent de nos impôts. Le trust explique cela par des pertes record mais les comptes n'y sont pas. Ce n'est pas les comptes d'exploitation de la production automobile qui expliquent désormais les chiffres de PSA…</p>
<p>PSA, comme tous les trusts industriel, est devenu essentiellement un trust financier même si aucun média, aucun homme politique, aucun dirigeant syndical ne veut souligner cette évolution irrémédiable. Et l'ensemble du capital financier, dans la phase actuelle, joue à la baisse, à la chute, investit dans les dettes, dans les actions pourries, dans les effondrements de pays, de monnaies, etc…</p>
<p>Ce n'est ni dans un pays, ni dans un secteur, mais partout à l'échelle mondiale que le capitalisme est entré dans une phase nécrophile ou il se nourrit de ses propres enfants, où il détruit lui-même tout ce qu'il a construit.</p>
<p>Pourtant, sur le fond, la capital n'a pas changé : il se lance dans tout ce qui est rentable, le plus rentable possible. Mais, ayant atteint ses limites d'investissements productifs rentables à l'échelle planétaire grâce aux succès de la mondialisation, il ne peut maintenant que trouver intérêt à se retirer massivement… Aucune des aides massives d'Etat, celles de la France comme celle des USA ou des autres, n'a enrayé ce processus ni ne peut le faire. Tous ceux qui prédisaient le caractère éternel du système se trompaient : il a augmenté ses succès mais a alors atteint ses propres limites de capitalisation du profit engendré par le travail humain. Pour l'essentiel, le capital privé se nourrit actuellement des destructions qu'il engendre plus que de l'augmentation des productions qu'il permet. Sa phase nécrophile s'engendre elle-même comme sa phase de croissance auparavant.</p>
<p>Ce que doit nous enseigner l'exemple PSA, ce n'est pas la fatalité des sacrifices comme le prétendent les syndicats qui ont signé un accord en ce sens avec le patron, c'est l'inutilité des sacrifices…</p>
<p>Les syndicats se divisent en deux : ceux qui prônent les sacrifices et signent tous les accords et ceux qui les refusent et proposent au contraire des aides sociales à la croissance mais, les uns comme les autres, prétendent que cela relancera la machine capitaliste, redonnera emplois et salaires, sécurité sociale et retraites, services publics et profits privés. Ils se mentent ou ils nous mentent, qu'ils prétendent améliorer la compétitivité de la France ou accroître la demande en améliorant le niveau de vie. La crise n'est ni française et due à une concurrence accrue ni encore due à une sous-consommation.</p>
<p>Aucun de ces syndicats, qui refusent de nous dire la vérité sur la crise du système, ne s'est révélé capable de contrer l'offensive patronale et gouvernementale.<br class='autobr' />
Ainsi à PSA-Aulnay, aucun n'a même maintenu sa plainte en justice contre la fermeture du site… C'est dire ! Et aucun n'a proposé de réagir au niveau de l'offensive patronale et même pas de lutter contre l'ensemble du plan de licenciements qui était loin de ne concerner qu'Aulnay… Aucun ne propose de relier les attaques du public et du privé, des retraites et des emplois, l'ANI qui casse le code du travail, les emplois précaires « d'avenir » des jeunes et les plans de « sauvegarde des emplois » qui cassent le CDI… Ils sont trop liés au système, trop liés aux gouvernants, trop liés à la société capitaliste.</p>
<p>Quant aux partis politiques, eux aussi connaissent la même division entre partis bourgeois de l'extrême droite au PS, favorables aux sacrifices et gauche de la gauche qui prétend relancer l'économie par l'aide d'Etat à la consommation… Les uns comme les autres prétendent que notre intervention politique passerait par les institutions de l'ancienne société alors que celles-ci sont tout aussi périmées et corrompues que le système qui les a produit.</p>
<p>Pour nous battre face à la situation totalement nouvelle que connaît la société humaine, à la charnière de deux époques de deux mondes, il nous faut nous organiser d'une manière nouvelle, en comités de salariés qui discutent sans limite des questions qui se posent à nous, qui admettent et fassent respecter la démocratie des travailleurs, la seule qui nous permette de discuter et de comprendre ce qui nous menace et comment nous battre. Mais surtout la seule qui offre un nouvel avenir, alternatif de ce système complètement périmé.</p>
<p>En allant à l'extrême des limites du continent capitaliste, nous avons, que cela nous plaise ou pas, atteint la zone des tempêtes et nous ne pourrons pas, sans la traverser, atteindre un nouveau monde… Le capitalisme est foutu mais les classes dirigeantes ne laisseront pas la place pour autant. Inutile de chercher à éviter les luttes et les révolutions car elles seules peuvent nous offrir un autre avenir que les naufrages économiques et sociaux, les guerres entre civils et les enfers répressifs, fascistes et dictatoriaux que nous préparent les classes dirigeantes.</p></div>
Usine automobile Peugeot-Citroën d'Aulnay-sous-Bois – Le récit de la grande grève
http://www.matierevolution.org/spip.php?article3185
http://www.matierevolution.org/spip.php?article31852013-03-06T03:20:00Ztext/htmlfrRobert ParisGrève StrikePeugeot
<p>Quelques images d'archives sur la fin de grève de 1982 <br class='autobr' />
D'autre images d'archives en 1984 <br class='autobr' />
Usine automobile Peugeot-Citroën d'Aulnay-sous-Bois – Le récit de la grande grève <br class='autobr' />
Ou quand Lutte Ouvrière ne cultivait pas encore d'illusions dans la nature et le rôle social de la CGT <br class='autobr' />
Note de M et R : les OS (ouvriers spécialisés) sont les travailleurs de production qui n'ont pas atteint le niveau hiérarchique appelé « professionnel » même s'ils sont parfaitement compétents dans leur emploi. Ils (…)</p>
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<div class='rss_texte'><p><a href="http://www.ina.fr/notice/voir/CAB8200993701" class="spip_out" rel="external">Quelques images d'archives sur la fin de grève de 1982</a></p>
<p><a href="http://www.ina.fr/notice/voir/CAB8402093101" class="spip_out" rel="external">D'autre images d'archives en 1984</a></p>
<h2 class="spip">Usine automobile Peugeot-Citroën d'Aulnay-sous-Bois – Le récit de la grande grève</h2>
<p>Ou quand Lutte Ouvrière ne cultivait pas encore d'illusions dans la nature et le rôle social de la CGT</p>
<p><i>Note de M et R : les OS (ouvriers spécialisés) sont les travailleurs de production qui n'ont pas atteint le niveau hiérarchique appelé « professionnel » même s'ils sont parfaitement compétents dans leur emploi. Ils ont bien entendu les salaires les plus bas et sont les plus nombreux dans l'entreprise.</i></p>
<p>Le 22 avril 1982, aux cris de « Citroën c'est fini ! », « l'esclavage c'est fini ! », la grève des 4000 OS d'Aulnay éclatait.</p>
<p>Après un an de gouvernement de gauche, c'était le premier mouvement d'envergure qui touchait un secteur vital de la production : l'automobile. Mais Citroën, comme Talbot, avait la particularité de n'avoir jamais toléré ni les syndicats ni la moindre liberté pour les travailleurs.</p>
<p>Citroën est depuis longtemps un symbole en matière de répression patronale. Et l'usine d'Aulnay, ouverte en 1973, était considérée comme la plus dure, celle où le système répressif de Citroën était le plus achevé, au point que pour les travailleurs de Citroën Levallois, Clichy, Nanterre ou Saint-Ouen, être muté à Aulnay représentait une mesure disciplinaire. Pourtant c'est dans ce fief « Citroën », là où la direction se faisait fort de mater tout esprit de résistance que la révolte a éclaté.</p>
<p>Cette immense usine de 6700 travailleurs regroupe des ouvriers par centaines dans un même atelier. Mais sur le lieu de production, la direction avait imposé l'isolement de chaque ouvrier sur son poste de travail. Une barrière de silence et de peur le coupait de ses camarades de travail. C'est qu'à Citroën la maîtrise omniprésente était doublée par un appareil policier composé d'interprètes, d'agents de secteur, de mouchards, de membres du syndicat-maison la CSL (ex-CFT).</p>
<p>Le renouvellement fréquent de la main d'œuvre et les divisions ethniques complétaient l'isolement, permettaient les bas salaires et empêchaient tout mouvement. Il y a eu jusqu'à 39 nationalités différentes dans l'usine et Citroën n'a jamais hésité à recruter en Afrique, en Asie ou dans les villages du Maghreb, une main d'œuvre qu'elle voulait maintenir à l'écart de toute organisation syndicale ou politique.</p>
<p>Depuis la création de l'usine d'Aulnay, la CGT avait tenté, mais en vain, de s'implanter dans l'entreprise. Pour cela, il lui aurait fallu une action clandestine et illégale que justement la CGT refusait.</p>
<p>Avec l'avènement du gouvernement de gauche, la CGT pensait enfin avoir l'occasion d'implanter le syndicat dans le cadre de la loi. Sur le thème « Citroën, le patron réactionnaire ne doit pas être au-dessus des lois », la CGT a fait campagne pour des élections libres de délégués dans l'usine d'Aulnay. Ce faisant elle a rencontré un mécontentement qui n'attendait qu'une occasion pour s'exprimer et déferler au grand jour. La CGT a pu reprendre ce mouvement à son compte avec d'autant moins d'hésitation qu'elle se trouvait fondée à penser que ce mouvement d'OS immigrés ne pouvait pas gêner le gouvernement de gauche. Car, en cantonnant cette grève sur le strict terrain du droit syndical dans l'entreprise et en la popularisant comme une lutte pour mettre au pas un patronat retardataire, la CGT pouvait penser que le risque de généralisation à d'autres entreprises du pays était limité.</p>
<p>Cette grève présentait aussi l'avantage d'offrir un alibi à la confédération syndicale CGT qui pouvait ainsi, à bon compte, présenter un visage combatif à l'ensemble de la classe ouvrière.</p>
<p>Entre les travailleurs de Citroën, le gouvernement de gauche et la CGT, il y avait donc unanimité, toute circonstancielle, contre la politique répressive de Citroën. Pour les travailleurs, il s'agissait d'une grève dure contre un patron de combat et tout soutien était le bienvenu.</p>
<p>Ce n'est qu'au bout de cinq semaines, le 1er juin, que la grande grève du printemps 82 prenait fin sur un accord signé sous l'égide du gouvernement. Dans les quatre usines de la Région Parisienne qui avaient participé à la grève, les OS reprenaient le travail avec le sentiment d'une grande victoire, celui d'avoir conquis de haute lutte leur liberté et d'avoir retrouvé leur dignité. Et surtout les OS avaient fait la découverte de la force que représentait leur solidarité.</p>
<p>Et ils étaient bien décidés à en faire usage pour que chez Citroën ce ne soit plus comme avant.</p>
<p>C'est par centaines que les travailleurs ont continué à se réunir, à discuter des problèmes posés par l'exploitation patronale et par une maîtrise toujours aussi vindicative. Dans chaque atelier, chaque équipe, sur chaque chaîne, les ouvriers se sont donné des délégués de chaîne, qu'ils ont choisis et même le plus souvent élus.</p>
<p>Ces délégués étaient chargés de collecter les revendications mais c'est aussi avec eux que les OS décidaient des actions à mener pour empêcher par exemple la maîtrise de reprendre le dessus.</p>
<p>De plus, en juin, après avoir donné pour la première fois aux élections de délégués à Aulnay, la majorité à la CGT, l'exemple des OS de Citroën a commencé à gagner une autre usine du trust Peugeot, l'usine Talbot à Poissy.</p>
<p>Mais le temps de la belle unanimité entre les OS, les pouvoirs publics, les syndicats (en particulier la direction de la CGT – car la CFDT est restée très marginale dans la conflit) était fini. Quinze jours à peine après avoir apposé sa signature à l'accord, le gouvernement décrétait le blocage des salaires. Les travailleurs de Citroën pouvaient faire ainsi l'expérience de la duplicité du gouvernement et de son caractère fondamentalement anti-ouvrier, en dépit de ses discours de gauche. Malgré l'organisation massive des OS au sein de la CGT, ils se sont trouvés désarmés face aux coups du gouvernement. D'autant plus que de son côté, la direction de la CGT ne voulait pas engager la lutte sur les salaires, pas plus chez Citroën que dans le reste du pays. Un tel conflit aurait pris la signification d'un conflit contre le blocage des salaires donc d'un conflit contre le gouvernement. La CGT n'en voulait pas. En cela les dirigeants cégétistes se sont montrés fidèles et responsables vis-à-vis du gouvernement et de la bourgeoisie.</p>
<p>Les travailleurs de Citroën, eux, se sont trouvés désorientés, car la lutte contre un patron était une chose, mais contre le gouvernement, c'en était une autre. Cela n'a pas empêché cependant que des grèves éclatent dès la rentrée des vacances 1982, contre les tentatives de reprise en main par la direction. Comme à partir de là, le gouvernement prône la rigueur, les bureaucrates de la CGT et pas des moindres, Krasucki, Sainjon en personne, et même le ministre socialiste du travail Auroux eurent fort à faire pour jouer « les pompiers des conflits sociaux ». Pour le gouvernement comme pour la CGT, il faut produire, dans le calme et l'ordre. D'autant plus que la presse de droite a déclenché une campagne haineuse, raciste contre les OS accusés de vouloir « saboter l'automobile française ».</p>
<p>En janvier 1983, l'effervescence gagne les OS des autres entreprises automobiles à Flins, Renault-Billancourt, chez Chausson à Gennevilliers. Mais aussi et à nouveau les usines Citroën, à Levallois, Nanterre et Saint-Ouen. Plusieurs ministres, Mauroy en tête, dénoncent et attaquent ouvertement les grévistes. Cette fois, les ouvriers de Citroën ont eu encore une fois l'occasion de comprendre que le gouvernement de gauche est bien au service du patronat, pas des travailleurs.</p>
<p>Durant tout ce mois de grèves de l'automobile de janvier 1983, la direction de la CGT a réussi à tenir l'usine d'Aulnay hors du conflit. Mais le 2 février, alors que toutes les entreprises en grève viennent de reprendre, des bagarres ont lieu. Citroën licencie 12 travailleurs d'Aulnay. La direction de la CGT se refuse à tout mouvement de riposte un tant soit peu sérieux.<br class='autobr' />
Elle n'utilisera pas la grève pour défendre les licenciés. Elle ne compte que sur la compréhension du gouvernement, ce même gouvernement qui a pourtant donné à Citroën le feu vert pour licencier.</p>
<p>Cette reculade sans combat de la CGT a désorienté les militants, les travailleurs de Citroën. Les grévistes ont appris à leurs dépens que l'accord parfait entre les OS, le gouvernement et la direction de la CGT est bien du passé. Mais face à un patron qui n'aspire toujours qu'à prendre sa revanche, ils ont senti la nécessité de rester solidaires.</p>
<p>Et jusqu'ici, les luttes continuent et sont victorieuses en particulier à l'atelier, contre les cadences, contre les chefs. Des luttes plus générales, contre les licenciements, pour les hausses de salaires, ont eu lieu aussi mais c'est non seulement au gouvernement et au patron mais au double jeu de la CGT qu'il leur faut se heurter.</p>
<p>Lors de la grande grève du printemps 1982, c'est une puissante lame de fond qui a soulevé et mobilisé les OS contre une direction exécrée. Le mouvement depuis n'a pas cessé. De façon parfois désordonnée, chaotique, la combativité ouvrière continue à se manifester sous des formes multiples ; des grèves éclatent encore sporadiquement. C'est l'explosion gréviste du printemps 82 qui a brisé le carcan patronal. Les sursauts grévistes qui ont suivi, tantôt dans telle usine, tantôt dans telle autre, témoignent de la résistance des travailleurs face à un patronat de combat et à ses sbires, qui entendent revenir sur les reculs qu'ils ont dû effectuer sous la pression des grévistes.</p>
<p>Nous relatons ici la grève, telle qu'elle a été vue et vécue par un certain nombre de travailleurs de Citroën, tant de l'usine d'Aulnay que de celle de Saint-Ouen, qui ont tous en commun d'avoir participé à ces luttes.</p>
<p><strong>Le récit des événements</strong></p>
<p>Le 22 avril, tout s'est arrêté à Aulnay. C'était l'explosion de colère contre un système haï, mais aussi la joie, l'euphorie de se retrouver nombreux, de se sentir forts, au coude à coude.</p>
<p>Cette explosion pour spontanée qu'elle ait été, répondait en fait à toute une politique de la CGT. Depuis des années, les syndicats ouvriers n'avaient plus aucune existence, sinon toute formelle, chez Citroën et depuis des années, la CGT militait sans le moindre succès pour obtenir d'être reconnue par un patron qui, lui, avait misé sur la carte du syndicat-maison, la CSL. Mais avec la venue du gouvernement de gauche, la direction de la CGT a espéré pouvoir enfin inverser le rapport des forces à l'intérieur de l'entreprise. C'est cette politique de la CGT pour la reconnaissance des droits syndicaux qui a été en quelque sorte le catalyseur d'une révolte ouvrière qui couvait et a pris un tour particulièrement explosif.</p>
<p>La CGT n'avait pas ou peu de militants à l'intérieur de l'entreprise d'Aulnay et c'est quasi clandestinement que le mouvement a commencé à se préparer. En fait, c'est par communautés ethniques plus ou moins sous l'égide de la CGT que des ouvriers ont commencé à se réunir, comme le relate un travailleur :</p>
<p><i>« Les Africains, Noirs, Maliens, Sénégalais, Nigériens étaient organisés. Entre eux. Ils sont de l'ordre de 200 à 300 à Aulnay. Ils se connaissent entre eux comme des frères. Ils se réunissent une fois tous les quinze jours ou par mois pour parler des problèmes d'Aulnay et même des autres usines de Citroën. Certains étaient adhérents à la CGT, mais n'étaient pas connus comme tels à l'intérieur. Quand l'un d'eux avait un problème, tous les Africains Noirs étaient au courant. Quand le mouvement a démarré, ils ont fait bloc dans la grève. Ensuite, il y avait les Marocains. Trois ou quatre qui se réunissaient aussi à la CGT. Mais il n'y avait qu'un ancien de la CGT parmi eux. La CGT était au courant bine sûr. On était à deux ou trois mois des élections de délégués. Il y avait une petite bande de copains marocains. Quand la direction a vu qu'ils prenaient le café ensemble, mangeaient ensemble, elle s'est doutée de quelque chose. Elle en a muté deux au Ferrage, dont Ghazi qui avait deux membres de la CSL qui ne le lâchaient pas d'un pouce, de façon à faire peur aux autres. »</i></p>
<p>La CGT dans sa campagne pour les libertés syndicales chez Citroën avait reçu le renfort des pouvoirs publics. Les élections de délégués du personnel étaient prévues pour le mois de juin. Le ministère du travail avait délégué un certain nombre d'inspecteurs du Travail dans l'usine, pour tenter de mettre un frein aux pressions de la maîtrise en faveur du syndicat-maison, la CSL. Le sentiment des travailleurs d'avoir le droit pour eux contribua à faire mûrir la situation. Une liste de candidats délégués CGT se constitua, d'abord clandestinement.</p>
<p><i>« Ils étaient trois au début sur la liste de la CGT. Personne ne les connaissait. Mais dès que Citroën a eu connaissance de l'existence de cette liste, la direction a payé des gens pour savoir qui c'était. Elle a même fait venir des mouchards des autres usines, qui, habillés de combinaisons vertes, surveillaient et enquêtaient sur les chaînes. Sans succès. Personne n'arrivait à savoir qui c'était. Ils étaient clandestins. Ensuite, il y a eu un groupe de Marocains qui est allé s'inscrire. Ce qui faisait sur la liste une douzaine de personnes. Pour les protéger, la CGT a mis les noms sur un tract et les a distribué à l'usine sous la protection des ouvriers. A partir de là, il n'y avait plus rien à cacher. Il y en a eu d'autres qui sont allés s'inscrire, toujours pour les délégués du personnel. Citroën ne pouvait pas faire grand-chose. Présents dans les ateliers, les inspecteurs du Travail faisaient des enquêtes quand la maîtrise cherchait des ennuis à ceux qui étaient sur la liste CGT. Malgré cela, la direction cherchait toujours des motifs pour les licencier. En ce sens, les inspecteurs du Travail ont beaucoup aidé les ouvriers de Citroën. (…) »</i></p>
<p>A partir de là, le climat a commencé à changer. La liste CGT a fait boule de neige. Elle a cristallisé autour d'elle les aspirations des travailleurs. D'une douzaine de noms, elle a atteint 23, 24 noms…</p>
<p>Le climat changeait. Des revendications commençaient à se faire jour. Deux débrayages ont eu lieu peu de temps avant la grève. L'un au Ferrage, d'une demi-heure, à cause des cadences, et pour les 400 francs d'augmentation, et l'autre au Montage, à cause d'un chef d'équipe qui avait démarré la chaîne avant l'heure. La direction a d'ailleurs paniqué un peu, elle a convoqué tous les chefs, chefs d'atelier, agents de secteur pour leur dire de ne pas recommencer ce genre de gaffes.</p>
<p> Par ailleurs, elle faisait venir de la maîtrise de partout pour tenter d'enrayer le mouvement qu'elle sentait monter. Précaution inutile.</p>
<p><i>« Une semaine avant la grève, c'était extraordinaire, on voyait de nouvelles têtes remplacer les chefs d'équipe, les agents de secteur se promenaient sur les chaînes, faisaient des efforts d'amabilité, allaient dire bonjour aux ouvriers, leur demander ce qui n'allait pas. On sentait qu'il y avait une force qui grandissait, on ne savait pas ce qui allait se passer ni comment… Et le 22 avril au soir, à la cantine, les six premiers inscrits sur la liste CGT ont décidé de déclencher la grève. Sur les chaînes, ils avaient discuté avec leurs copains, « quand on passera, vous arrêterez »</i>….</p>
<p>Le syndicat CGT n'était même pas au courant du jour ni de l'heure décidée pour le démarrage. Au point que <i>« quand le syndicat a appris par téléphone ce qui se passait la première réaction a été de dire « Vous avez foutu la m… »</i> Le lendemain, l'équipe du matin a travaillé normalement. Les travailleurs n'arrivaient pas à croire ce qui s'était passé la veille. Pas possible d'appeler par téléphone l'extérieur, les lignes étaient coupées. Il a fallu les informations à la radio et à l'arrivée en masse dans la matinée d'autres usines pour avoir la confirmation que c'était parti…</p>
<p>Les travailleurs d'Aulnay en grève n'occupent pas l'usine dans laquelle s'est retranchée la maîtrise avec un bon nombre de professionnels. Mais ils décident d'occuper le terrain en constituant des piquets de grève aux portes de l'usine. C'est à partir de ces piquets, auxquels les travailleurs participent massivement, jours et nuits, pendant cinq semaines, que la lutte s'organise.</p>
<p>Mais pour faire céder un patron de choc comme Citroên, l'usine d'Aulnay seule en grève, ce n'est pas suffisant. Les grévistes vont tenter de faire débrayer les autres usines du groupe de la région parisienne.</p>
<p>Le lundi suivant le démarrage de la grève, Citroën avait arrêté le service des cars qui amènent les ouvriers au travail. L'usine d'Aulnay est en effet en plein champ, loin de tout moyen de transport…<br class='autobr' />
C'est que face au mouvement qui menace de faire tache d'huile, la direction use de la menace, de l'intimidation, de la provocation.</p>
<p><i>« La maîtrise débarquait des autres usines par hélicoptère à l'intérieur. Dès le début de la grève, six travailleurs se trouvaient menacés de licenciement. Des lettres d'intimidation avaient été envoyées par le patron. Ensuite, il y avait un groupe de commandos qui circulaient aux marchés de Belleville et de Barbès pour contacter les ouvriers. Quand les membres du commando voyaient quelqu'un de Citroën, ils l'invitaient, lui payaient le café et le baratinaient… Ils ont commencé à pointer les non-grévistes dans les cafés un peu partout dans Paris, pour finir par les concentrer à Vaugirard, le jour de la manifestation patronale. »</i></p>
<p>Après une première manifestation de soutien des usines de la Seine-Saint-Denis, qui sont venues relativement nombreuses appuyer les grévistes d'Aulnay, le 28 avril, le jour du 1er mai, ce sont les grévistes d'Aulnay qui sont venus en nombre animer le cortège de la CGT. Le mouvement s'étend non sans difficultés, non sans affrontements. Le 3 mai, l'usine de Levallois démarre. Le 5, les grévistes manifestent devant le siège du trust Peugeot. Le 11, la grève débute à Asnières. Le 8 mai à l'usine des Epinettes à Saint-Ouen et il faudra encore une semaine pour que l'usine voisine de Saint-Ouen-gare entre à son tour en grève le 24 mai, presqu'un mois après le début de la grève d'Aulnay…</p>
<p>Il aura fallu cinq semaines aux grévistes pour faire plier Citroën et l'obliger à un compromis. Pendant cinq semaines, le patron a tout mis en œuvre pour tenter de faire échec à la grève. La presse s'est déchaînée contre les ouvriers, « ces immigrés qui ne voulaient pas travailler ». La direction est allée chercher les ouvriers un à un chez eux. Le 26 mai, elle a réussi à faire défiler sur les Champs-Elysées quelques centaines d'OS, entourés d'un bataillon imposant de cadres venus de partout, aux cris de « Liberté du travail ».</p>
<p>Finalement, le jeudi 27 mai au soir, la direction accepte les propositions du médiateur et le lendemain, dans les différentes usines en grève, les travailleurs ont discuté en assemblée générale, pour finalement voter la reprise après le week-end prolongé de la Pentecôte, le mardi 1er juin. La CGT a obtenu que la journée du mardi soit payée. Et c'est à 14 heures que les deux équipes ensemble sont rentrées en manifestation dans les différentes usines. Ce n'est que le lendemain que le travail a repris effectivement.</p>
<p>Tout n'était pas acquis. Bien des points concernant les salaires, la charge de travail paraissaient obscurs ou pas très satisfaisants. Mais les travailleurs avaient le sentiment d'avoir pourtant gagné quelque chose de considérable, la solidarité entre les travailleurs, la liberté, la dignité…. (La CGT fait reprendre le travail, même à Saint-Ouen où le vote de reprise est minoritaire.)</p>
<p>Alors que les ouvriers de Citroën ont le sentiment d'avoir gagné, deux semaines plus tard, le gouvernement bloque les salaires. Les travailleurs s'inquiètent pour les augmentations prévues par l'accord.</p>
<p>A leurs questions, la CGT réponde que l'accord sera appliqué, car il a été signé avant blocage. Bref, elle fait un chèque en blanc au gouvernement. A la rentrée, le chèque en blanc s'avère sans provision. Tout ce qui était prévu dans l'accord concernant les augmentations de salaire et les primes est reporté à plus tard, une partie sera même supprimée. Dupeyroux, le médiateur, et avec lui le gouvernement renient leur propre signature. <br class='autobr' />
Les travailleurs d'Aulnay, en colère d'avoir été dupés, font grève au retour des vacances le jour de la paye, le 10 septembre. En effet, si les hausses obtenues par la grève sont annulées, les retraits sur la paie pour les heures de grève s'accumulent.</p>
<p>Auroux, ministre du travail, intervient pour soutenir la direction. Il menace et il rappelle à l'ordre la CGT en précisant haut et clair qu'aux termes de la loi toutes les augmentations sont interdites. Les travailleurs sont désorientés. D'autant plus que la CGT appelle les ouvriers à la reprise avec une avance de 300 francs… mais qu'il faudra rembourser…</p>
<p>La CGT a déclaré après le conflit qu'il fallait travailler plus. Cela a même été déclaré dans un meeting à la porte à Aulnay. C'était pour répondre à la campagne disant que les immigrés sont des casseurs, des fainéants. Ils ont dit textuellement « travailleurs, il faut dire à l'opinion publique qu'on n'est pas des casseurs. Il faut travailler mieux qu'avant. » (…)</p>
<p>En janvier 1983, les grèves des OS des autres usines automobiles relancent le mouvement dans un certain nombre d'usines Citroën. C'est ainsi que la revendication des 300 francs pour tous, popularisée par les grévistes de Renault, trouve un écho chez Citroën. Ceux de Levallois déjà en grève contre un licenciement ajoutent les 300 francs à leurs revendications. L'usine de Nanterre entre en grève sur les 300 francs. Elle n'avait pas participé au mouvement jusque là.</p>
<p>Par contre la CGT ne tient pas du tout à ce que, autour de cette revendication des 300 francs qui, elle, est généralisable, après Renault redémarre le mouvement sur l'ensemble des usines Citroën. Elle réussit à tenir l'usine d'Aulnay à l'écart du mouvement.<br class='autobr' />
Un témoignage militant :</p>
<p><i>« A Aulnay, il n'y avait rien de décidé. Mais la CGT sentait que si le mouvement redémarrait cela allait déclencher quelque chose d'incontrôlable. Il fallait qu'elle garde la maîtrise de la situation. Elle ne voulait pas la grève illimitée. Ça c'est clair. »</i></p>
<p>Une campagne de presse très violente est déclenchée contre les OS de l'Automobile. Les élections municipales approchent. La droite mène à ce moment-là une campagne raciste contre les travailleurs immigrés « qui ne veulent pas travailler ». Mauroy, à son tour, s'en prend aux grévistes, grossièrement, en les accusant d'être manipulés par des « extrémistes religieux ». Et Mitterrand vient appuyer de son autorité les calomnies de son premier ministre. Les déclarations gouvernementales qui viennent renforcer la campagne raciste contre les immigrés sont plutôt mal prises par les OS. (…)<br class='autobr' />
Il semblait évident à tous que c'était aux patrons d'avoir peur de l'extension de la grève. Mais les Syndicalistes en avaient peur aussi. L'usine de Nanterre avait repris le matin même, mais Levallois était toujours en grève. Et comme une manifestation de tous les Citroën était prévue par les travailleurs d'Aulnay devant l'usine de Levallois, pour le mercredi 2 février, les ouvriers espéraient dans cette manifestation.</p>
<p>Le mardi 1er février, dans l'après-midi, la veille de la manifestation des Citroën, la CGT a réussi à faire reprendre le travail à Saint-Ouen. Cela n'a pas été facile. Surtout que les grévistes étaient loin d'avoir obtenu ce qu'ils voulaient. Au lieu des 300 francs, ils avaient 120 francs. Il y a eu des affrontements verbaux avec les permanents de l'union locale. Le lendemain et le surlendemain, des syndiqués voulaient rendre leur carte.</p>
<p>Ainsi, après la reprise à Renault, à Citroën-Nanterre, la grève tourne court à Saint-Ouen au bout de deux jours. Le lendemain, mercredi 2 février, la CGT appelle à la reprise aussi à Levallois. La manifestation prévue avec les travailleurs d'Aulnay prend donc plutôt le sens d'un enterrement des grèves.<br class='autobr' />
A Aulnay, les ouvriers allaient à la manifestation pour soutenir les camarades de Levallois pas pour leur dire de reprendre, pour leur dire qu'ils étaient d'accord avec eux, qu'ils demandaient aussi les 300 francs. Les ouvriers d'Aulnay n'étaient pas contents d'apprendre que juste ce matin-là les grévistes de Levallois avaient repris. Juste le matin où ils se décidaient à faire quelque chose.</p>
<p>C'est le 2 février, le jour de la manifestation pour soutenir les camarades de Levallois, pas pour leur dire de reprendre, pour leur dire qu'ils étaient d'accord avec eux, qu'ils demandaient aussi les 300 francs. Les ouvriers d'Aulnay n'étaient pas contents d'apprendre que juste ce matin-là les grévistes de Levallois avaient repris. Juste le matin où ils se décidaient à faire quelque chose.</p>
<p>C'est le 2 février, le jour de la manifestation prévue à Levallois par les travailleurs d'Aulnay qu'ont eu lieu les incidents d'Aulnay. Une bagarre entre les ouvriers et la maîtrise fait 25 blessés. Auroux n'y va pas par quatre chemins. Le soir à la télévision, il s'attaque violemment aux manifestants d'Aulnay : <i>« Certains se sont autorisés à utiliser contre d'autres travailleurs des méthodes relevant des pratiques terroristes. De tels agissements conduisent leurs auteurs à être exclus de la communauté du travail… »</i></p>
<p>C'est un véritable appel aux licenciements. Et Citroên l'entend bien ainsi. Douze licenciements sont annoncés à Aulnay. Sur les douze, huit travailleurs sont définitivement licenciés et les quatre autres dont le secrétaire CGT Akka Ghazi sont en sursis en fonction des décisions que prendra le ministre du travail puisqu'ils sont délégués. Douze travailleurs de plus sont mis à pied une semaine. Citroën a trouvé le prétexte pour frapper le mouvement. De plus, il a le feu vert du gouvernement pour licencier. ( …)</p>
<p>Auroux, non content d'inciter le patron à licencier reproche à la CGT de ne pas prendre ses responsabilités dans la situation. Krasucki obtempère et déclare : <i>« Il n'y aura pas licenciements à Aulnay »</i>. Alors que la tension restait grande à l'usine, le vendredi 4 février, c'est Akka Ghazi, le secrétaire du syndicat CGT d'Aulnay, lui-même sur la liste des licenciés, qui appelle les travailleurs à travailler et… à attendre.</p>
<p>L'Humanité du 9 février se félicite : <i>« La direction est embarrassée ».</i><br class='autobr' />
Pourquoi ?</p>
<p><i>« Parce que les travailleurs vont travailler normalement. »</i><br class='autobr' />
La CGT appelle au calme, à la responsabilité, à ne pas céder à la provocation, alors que les travailleurs participent massivement aux assemblées générales et attendent la riposte. Sainjon, secrétaire général de la métallurgie CGT déclare : <i>« Il faut refuser l'escalade. »</i></p>
<p>Pour la CGT, il faut attendre dans le calme la réunion d'une commission sur les libertés. Il n'en sortira rien, bien sûr. Mais à l'usine les chaînes tournent à nouveau normalement. Krasucki a promis de <i>« régler le problème sans conflit majeur »</i>. Il a tenu sa promesse au gouvernement.</p>
<p>Le 21 février, trois semaines plus tard, pour masquer son refus de recourir à la grève, la CGT mobilise des travailleurs pour imposer la présence des douze licenciés dans l'usine.</p>
<p>Le 2 mars, le tribunal de Bobigny ordonne l'expulsion des licenciés au cas où ils seraient dans l'usine. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. C'est la grève. Mais la CGT fait reprendre, en faisant croire qu'elle a trouvé une solution.</p>
<p>Le 7 mars, un accord est signé entre les représentants di gouvernement, de la CGT et de Citroën. La décision de licencier les quatre délégués CGT appartiendra à l'Inspection du Travail. Et les huit autres licenciés se verront assurés d'un emploi après un stage. Mais la fourniture de ce travail <i>« n'incombera pas à Citroën. »</i> La direction précise même <i>« Ce qu'il adviendra des huit licenciés ne nous regarde plus. »</i></p>
<p>La direction a donc réussi à obtenir le licenciement de huit travailleurs. Le journal l'Humanité a beau titrer le 7 mars <i>« La direction de Citroën a enfin cédé »</i>, c'est bien d'une capitulation de la CGT qu'il s'agit.</p>
<p>Une partie des travailleurs l'ont bien compris ainsi. D'autant plus que les travailleurs étaient mobilisés. Pendant tout le mois de février, c'est-à-dire toute la période qui s'est écoulée entre l'annonce des licenciements et le compromis signé par la CGT, les travailleurs ont répondu présent. Ils sont venus en asse aux réunions chaque samedi à la bourse du travail à 600 ou 700. Mais la CGT ne voulait pas organiser la riposte. Ces réunions n'avaient d'autre but que de lanterner les travailleurs et de leur faire accepter de ne rien faire…</p>
<p>Malgré l'avertissement du 2 février, les OS n'ont toujours pas baissé les bras. Le 6 avril, ils apprennent qu'un des délégués, déjà menacé de licenciement depuis le 2 février, a eu une altercation avec un chef. Immédiatement les ateliers débrayent. Ghazi, le secrétaire de la CFT, appelle à reprendre le travail le soir même. Malgré cela, la grève continue le lendemain.</p>
<p>Il faudra deux jours de suite, le 7 et le 8 avril, à Ghazi, appuyé par les instances départementales de la CGT, pour arracher, militant par militant, la décision de reprendre le travail et pour que finalement les ouvriers se laissent convaincre de cesser la grève….</p>
<p><i>En hommage à la camarade Fanny, militante de Lutte Ouvrière à l'époque de la grève (précédemment militante à Socialisme ou Barbarie puis, dans LO et à l'extérieur, militante à la Fraction de LO), qui a accompagné avec courage et dévouement, intelligence et ténacité, les luttes et les espoirs des militants et des travailleurs, notamment ceux de Citroën Aulnay et qui est la principale rédactrice des lignes qui précèdent…. Jamais, tant qu'elle a joué un rôle dirigeant parmi les camarades d'Aulnay, l'opportunisme (devenu depuis courant au sein de l'extrême gauche) n'a été présenté comme une tactique acceptable et il a même été combattu fermement. Nous l'avons bien connue, à l'époque et ensuite, et nous ne l'oublions pas comme certainement les militants ouvriers qui l'ont connue.</i></p></div>
En mémoire de notre camarade Philippe Marchau, ouvrier révolutionnaire chez Peugeot
http://www.matierevolution.org/spip.php?article3143
http://www.matierevolution.org/spip.php?article31432013-02-23T03:43:00Ztext/htmlfrRobert ParisSyndicalism - le syndicalismePeugeot
<p>En mémoire de notre camarade Philippe Marchau, ouvrier révolutionnaire chez Peugeot <br class='autobr' />
Extraits de Mémoires de l'Enclave de Jean-Paul Goux <br class='autobr' />
Il est entré à l'usine de Sochaux en 1976. Il frappe les numéros de châssis sur les caisses de voitures. Il est membre de la Ligue Communiste Révolutionnaire. En mars 1977, il est élu délégué CGT du personnel. Il y a un délégué pour huit cents ouvriers. <br class='autobr' />
Le 25 mars 1977, il reçoit une lettre recommandée du directeur de l'usine de carrosserie, Chameroy : (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique95" rel="directory">10- SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS - SYNDICALISM AND SELF-ORGANISATION OF WORKERS </a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag">Syndicalism - le syndicalisme</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot243" rel="tag">Peugeot</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_3461 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH405/phototag-php-9a90a.jpg?1792944105' width='300' height='405' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip"> En mémoire de notre camarade Philippe Marchau, ouvrier révolutionnaire chez Peugeot</h2>
<p><strong>Extraits de Mémoires de l'Enclave de Jean-Paul Goux</strong></p>
<p>Il est entré à l'usine de Sochaux en 1976. Il frappe les numéros de châssis sur les caisses de voitures. Il est membre de la Ligue Communiste Révolutionnaire. En mars 1977, il est élu délégué CGT du personnel. Il y a un délégué pour huit cents ouvriers.</p>
<p>Le 25 mars 1977, il reçoit une lettre recommandée du directeur de l'usine de carrosserie, Chameroy : « très sérieux avertissement pour la distribution de tracts syndicaux ».</p>
<p>Le 10 mai 1977, le directeur du personnel et de relations sociales, Delubac, lui écrit pour lui signaler qu'il a dépassé d'une heure son temps de délégation fixé à quinze heures, et pour l'informer que les dépassements d'heures de délégation ne sont pas rémunérés.</p>
<p>Le 16 mai 1977, il reçoit une lettre de Chameroy, pour refus de présenter son bon de délégation.</p>
<p>Le 18 mai 1977, de Chameroy, avertissement pour prise de parole en réfectoire 49 de carrosserie.</p>
<p>Le 23 mai 1977, d'un chef de service, très sérieux avertissement pour abandon de poste de quinze minutes.</p>
<p>Le 8 juin 1977, de Chameroy, avertissement pour avoir porté le sigle de son syndicat sur sa combinaison.</p>
<p>Le 13 juin 1977, de Delubac, pour dépassement d'heures de délégation, suppression de la prime de quinzaine.</p>
<p>Le 1er juillet 1977, de Delubac, pour dépassement d'heures.</p>
<p>Le 12 juillet 1977, de Delubac, pour dépassement d'heures.</p>
<p>Le 5 septembre 1977, de Plazanet, chef du personnel de carrosserie, pour refus de présenter son bon de délégation.</p>
<p>Le 20 septembre 1977, de Delubac, pour dépassement d'une demi-heure.</p>
<p>Le 19 octobre 1977, pour dépassement d'heures, suppression de la prime de quinzaine.</p>
<p>Le 15 novembre 1977, de Delubac, pour dépassement d'heures, suppression de la prime de quinzaine.</p>
<p>Le 18 novembre 1977, de Chameroy, pour dépassement d'heures.</p>
<p>Le 9 décembre 1977, de Plazanet, pour dépassement d'heures.</p>
<p>Le 21 décembre 1977, de Plazanet, très sérieux avertissement pour erreur dans l'opération de frappe du numéro de châssis.</p>
<p>Le 13 janvier 1978, de Plazanet, parce que l'inscription CGT, portée sur son carnet, dépassait de sa poche de combinaison.</p>
<p>Le 16 janvier 1978, de Delubac, pour dépassement d'heures, dernière mise en garde avant mesures plus sévères.</p>
<p>Le 20 janvier 1978, de Chameroy, pour dépôt de tracts sur sa table de travail, dépassement d'heures, un jour de mise à pied.</p>
<p>Le 24 janvier 1978, de Cuyney, chef de service, pour n'avoir pas porté son casque dans la fosse de la ligne 2.</p>
<p>Le 25 janvier 1978, de Plazanet, pour dépassement d'heures, très sérieux avertissement.</p>
<p>Le 2 février 1978, d'un chef de service, pour abandon de poste dix minutes avant la sortie, très sérieux avertissement.</p>
<p>Le 13 février 1978, de Delubac, pour dépassement d'heures, suppression de la prime de quinzaine.</p>
<p>Le 13 février 1978, de Chameroy, pour distribution de tracts, un jour de mise à pied.</p>
<p>Le 21 février 1978, de Plazanet, pour absence à son poste de travail en cours de journée, très sérieux avertissement et suppression de la rémunération correspondante.</p>
<p>Le 2 mars 1978, de Chameroy, pour dépôt de tracts sur un poste de travail en fonction de délégué, un jour de mise à pied.</p>
<p>Le 13 mars 1978, de Delubac, pour dépassement d'heures, suppression de la prime de quinzaine.</p>
<p>Le 24 mars 1978, de Cuyney, pour une erreur de frappe d'un numéro de châssis sur la dernière voiture de la journée, très sérieux avertissement.</p>
<p>Le 13 avril 1978, de Delubac, pour dépassement d'heures, suppression de la prime de quinzaine et très sérieux avertissement.<br class='autobr' />
(…)</p>
<p>Nous ne citons pas le détail de la suite…</p>
<p>Le 17 mai 1978, etc…</p>
<p>Le 12 juin 1978, etc…</p>
<p>Le 15 juin 1978, etc…</p>
<p>Le 19 juin 1978, etc…</p>
<p>Le 13 juillet, le 1er septembre, le 6 septembre, le 13 septembre, le 16 novembre, le 9 janvier 1979, le 11 janvier 1979, le 12 mars 1979, le 23 mars, le 28 mars, le 12 avril, le 18 avril, le 26 avril, le 10 mai, le 12 mai, le 8 juin, le 17 juillet, le 23 juillet, le 7 septembre, le 13 septembre, le 20 septembre, le 11 octobre, le 23 octobre, le 27 juillet, le 4 septembre, le 7 septembre, le 21 septembre, le 26 septembre, le 28 septembre, le 4 octobre, le 5 octobre (deux fois), le 8 octobre (deux fois), le 9 octobre (deux fois), le 22 octobre (trois fois), le 26 octobre, le 29 octobre, le 5 novembre (deux fois), le 9 novembre.</p>
<p>Au début de janvier 1980, il écrit à un ami : <i>« Je suis à bout. »</i></p>
<p>Un peu plus tard à ses parents : <i>« Quelque chose en moi s'est cassé, l'expérience de la « Peuge » y est pour quelque chose. »</i></p>
<p>Le vendredi 8 février 1980, il se suicidait. Il avait vingt-six ans. C'était Philippe Marchau.</p>
<p>Le lundi suivant, le contremaître Aubertin apprenait sa mort et commentait : <i>« L'emmerdeur s'est flingué ! »</i></p>
<p>Sylvant, directeur du personnel et des relations sociales du Centre de production de Sochaux, déclarait dans le Monde du 23 février 1980 :</p>
<p><i>« La Maîtrise l'avait peut-être pris en grippe, mais que voulez-vous ! on ne peut pas tirer des tracts toute la nuit et être en forme le lendemain à son travail. C'est vrai ça. Et puis, on ne pouvait pas le licencier : vous connaissez comme moi les lois qui protègent les délégués syndicaux. Le ministère du travail nous aurait refusé le licenciement à coup sûr, alors à quoi bon engager une procédure ? Et puis, posez-vous la question : Philippe Marchau n'a pas trouvé non plus l'appui nécessaire auprès de la CGT. Sinon, il ne se serait pas suicidé. »</i></p>
<p>Christian Corouge, responsable CGT et PCF et comme tel antigauchiste, répond</p>
<p><i>« En 1978, un de mes copains, Philippe Marchau, s'est retrouvé à la « frappe-caisse », un poste où les numéros de série des bagnoles sont inscrits à l'aide d'un marteau. C'est un poste punition : quand tu fais ça huit heures de temps, il y a toujours une erreur sur une bagnole ; elle est indiscutable, l'erreur, puisqu'un mauvais chiffre est gravé. D'où des mises à pied en permanence. C'est ce qu'a enduré Philippe Marchau : un jour à pied, deux jours à pied, une semaine à pied, quinze jours à pied... Jusqu'au moment où il a préféré prendre une 22 et se tirer une balle dans la tête. À 25 ans ! Le lendemain de sa mort, je suis allé voir le chef du personnel pour lui demander l'autorisation de réaliser une collecte pour l'enterrement : Philippe venait d'Angoulême, on ne connaissait pas sa famille, il était tout seul dans la région, il fallait ramener le corps là-bas. Et le chef du personnel m'a répondu : « Le prochain sur la liste, c'est toi... » C'est comme ça que ça se passait. »</i></p>
<p>C'est tout ce que demandait un responsable CGT au patron responsable, lui, de la mort d'un ouvrier !!!</p>
<p>Dire que ce Corouge est considéré par tout ce que l'on trouve de sociologues du travail comme le militant ouvrier typique et symbolique...</p>
<p>Christian Corouge n'a d'autre idée que de demander quelques sous pour transporter le corps, lui qui déclarait à Jean-François Goux : <i>« Je me lève et je me dis : si je crève, qu'est-ce que les ouvriers vont faire ? tu crois qu'ils laisseront les chaînes tourner ? Tu crois qu'ils feront ça ?</i></p>
<p>Lui, il a laissé les chaînes tourner pour la mort d'un gauchiste !</p>
<div class='spip_document_3462 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L270xH270/Goux-Jean-Paul-Memoires-De-L-enclave-Livre-859077377_ML-70247.jpg?1792944105' width='270' height='270' alt='' />
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</div><hr class="spip" />
<p><strong> Tradition antisyndicale </strong></p>
<p>Rouge n° 2216, 26/07/2007</p>
<p>Au début de l'année 1980, notre camarade Philippe Marchaud, militant LCR et délégué CGT sur les chaînes de montage de l'usine de Peugeot Sochaux, se suicidait. Le lendemain, les chefs du secteur annonçaient sa mort par ce commentaire : « L'emmerdeur s'est flingué. » Ces mots résonnaient quasiment comme un communiqué de victoire… et comme un aveu de leur responsabilité.</p>
<p>Les patrons de l'automobile étaient rompus à la chasse aux syndicalistes. À Citroën, c'était la terreur brutale, organisée par la maîtrise et le syndicat maison, rendant quasi clandestine l'activité de la CGT et de la CFDT ; à Peugeot Sochaux, la méthode était plus sophistiquée, et elle consistait en l'organisation d'un harcèlement permanent des militants visés.</p>
<p>Embauché en 1976, Philippe – « le Grand » pour ses copains – était élu, un an plus tard, délégué du personnel sur la liste CGT. À partir de ce moment, il a subi un harcèlement permanent de la part de la hiérarchie du secteur. Cela consistait en des changements de poste fréquents sur la chaîne – ce qui entraînait des difficultés à suivre la cadence –, en des avertissements sous n'importe quel prétexte – Philippe en a reçu plus d'une centaine en un peu plus de trois ans de travail à Sochaux –, en un suivi constant de ses déplacements, en des avertissements à répétition pour dépassement des heures de délégation, accompagnés de retraits sur la feuille de paie, alors que ces dépassements étaient prévus par la loi.</p>
<p>Cette pression a pour but d'isoler le militant : dans cette situation, on perd plus de temps et d'énergie à se défendre qu'à faire le boulot de délégué. Et ensuite de l'amener à craquer en demandant son compte ou sa mutation dans un autre secteur, car si la direction de Sochaux était forcée de tolérer les syndicats, elle voulait éliminer tout militant actif dans le secteur stratégique des chaînes de montage.<br class='autobr' />
Notre camarade était conscient de ces manœuvres. Il n'avait pas de goût particulier pour le sacrifice, mais il ne voulait pas satisfaire « ceux d'en face ». Mais ce harcèlement est terrible : il use en profondeur, déstabilise, épuise mentalement et fait douter de soi. Que d'autres difficultés dans la vie familiale ou affective s'y ajoutent, et le suicide peut survenir. Philippe ne voulait pas être un martyr, encore moins un exemple. Son combat doit simplement nous rappeler la férocité de l'adversaire et l'urgence de mettre fin à la barbarie de l'exploitation.</p>
<hr class="spip" />
<p>Au début de l'année 1980, notre camarade Philippe Marchaud, militant LCR et délégué CGT sur les chaînes de montage de l'usine de Peugeot Sochaux, se suicidait. Le lendemain, les chefs du secteur annonçaient sa mort par ce commentaire : « L'emmerdeur s'est flingué. » Ces mots résonnaient quasiment comme un communiqué de victoire... et comme un aveu de leur responsabilité.</p>
<p>Les patrons de l'automobile étaient rompus à la chasse aux syndicalistes. À Citroën, c'était la terreur brutale, organisée par la maîtrise et le syndicat maison, rendant quasi clandestine l'activité de la CGT et de la CFDT ; à Peugeot Sochaux, la méthode était plus sophistiquée, et elle consistait en l'organisation d'un harcèlement permanent des militants visés.</p>
<p>Embauché en 1976, Philippe - « le Grand » pour ses copains - était élu, un an plus tard, délégué du personnel sur la liste CGT. À partir de ce moment, il a subi un harcèlement permanent de la part de la hiérarchie du secteur. Cela consistait en des changements de poste fréquents sur la chaîne - ce qui entraînait des difficultés à suivre la cadence -, en des avertissements sous n'importe quel prétexte - Philippe en a reçu plus d'une centaine en un peu plus de trois ans de travail à Sochaux -, en un suivi constant de ses déplacements, en des avertissements à répétition pour dépassement des heures de délégation, accompagnés de retraits sur la feuille de paie, alors que ces dépassements étaient prévus par la loi.</p>
<p>Cette pression a pour but d'isoler le militant : dans cette situation, on perd plus de temps et d'énergie à se défendre qu'à faire le boulot de délégué. Et ensuite de l'amener à craquer en demandant son compte ou sa mutation dans un autre secteur, car si la direction de Sochaux était forcée de tolérer les syndicats, elle voulait éliminer tout militant actif dans le secteur stratégique des chaînes de montage.</p>
<p>Notre camarade était conscient de ces manœuvres. Il n'avait pas de goût particulier pour le sacrifice, mais il ne voulait pas satisfaire « ceux d'en face ». Mais ce harcèlement est terrible : il use en profondeur, déstabilise, épuise mentalement et fait douter de soi. Que d'autres difficultés dans la vie familiale ou affective s'y ajoutent, et le suicide peut survenir. Philippe ne voulait pas être un martyr, encore moins un exemple. Son combat doit simplement nous rappeler la férocité de l'adversaire et l'urgence de mettre fin à la barbarie de l'exploitation.</p>
<p>Philippe Joseph</p>
<p><a href="http://p9.storage.canalblog.com/94/22/801302/64624096.pdf" class="spip_out" rel="external">Voir ici</a></p>
<p>– Ça s'est passé comme ça…</p>
<p> Oui. Y'en a deux qui sont tombés comme ça. C'est pratiquement indéfendable, je veux dire, parce qu'ils jouent toujours sur la moralité de l'histoire : « Vous vous rendez compte, le vol, on peut pas permettre. » Et puis t'as plein de copains qui sont vachement moralistes et qui acceptent vachement ces arguments. C'est aussi dur à assumer que le reste. Et puis, avec Philippe Marchau, mon copain militant, on était resté comme ça, on est resté, oui, à deux, à vouloir bosser. Et ils nous ont eus, mais ils nous ont eus différemment, ils nous ont coincés chacun dans un poste, dans un poste où on pouvait plus bouger. Et pour n'importe quelle erreur que tu fais sur une bagnole, tu te fais baiser. Tu peux même pas dire que c'est pas toi. C'est obligatoirement toi, y'a que toi qui fais le boulot. Donc t'as vraiment plus aucune possibilité, aucune marge de manœuvre.</p>
<p> Philippe, lui, devait taper des numéros sur les caisses des bagnoles, les numéros de châssis, neuf numéros, répétés seize cents fois par jour. Tu imagines le nombre de trucs à frapper et la fatigue accumulée. Il est tombé malade et plutôt que de le mettre en « horaire normal », comme le toubib de l'usine l'avait conseillé, ils l'ont bien mis en horaire normal, mais ils lui ont laissé le même poste. C'est-à-dire qu'au lieu d'avoir un boulot plutôt… tranquille, il continuait à faire le même truc, mais avec deux maîtrises différentes, puisqu'il y a toujours deux tournées, en production, celle du matin et celle du soir. Mais lui, il travaillait de sept heures à midi et de quatorze heures à dix-sept heures. Il était donc à la fois dans l'équipe du matin et dans l'équipe du soir. Et il fallait que Peugeot paye six dépanneurs pour faire ses absences ! C'était du massacre ! C'était un jour de mise à pied après un jour de mise à pied. À chaque erreur de frappe, c'était un jour de mise à pied. Ça s'est accumulé, ça s'est accumulé, et le mec, un jour, il a pris un flingue puis il s'est descendu. Il avait vingt-cinq ans.</p>
<p> Et moi, ils m'avaient collé aussi à un moment donné à un poste de punition. C'était pareil, le toubib m'a aussi foutu « en normal », en horaire normal, et ils m'ont aussi laissé au même poste. Je crois d'ailleurs qu'on a craqué ensemble. C'est plus possible de vivre comme ça, quand t'as plus de contacts avec les copains de ton atelier, quand tu vis d'une façon complètement désorganisée et quand, en plus, tu te sens mal dans ta peau. T'as même plus de repos, le toubib demandait qu'on ait du repos, alors que là, au contraire, c'était une façon d'accélérer un processus. Au bout de deux mois, j'ai craqué, j'ai dit au toubib : « Écoutez, remettez-moi en normal parce que moi, je tiens plus. » Et si j'ai pas craqué complètement c'est à cause de ça, parce que sinon je crois que je craquais comme Philippe, je finissais comme lui… Mais lui, il ne pouvait pas… Physiquement c'était pas le même genre de truc que moi… il pouvait pas… Moi, c'étaient les nerfs et puis, lui, c'était autre chose. Y'avait les nerfs, y'avait le manque de fric, il mangeait plus quoi, il était coincé.</p>
<p>– Il avait un salaire considérablement amputé ?</p>
<p> Il n'avait plus de fric, quoi. Il était coincé. C'était une époque vachement dure. Moi je sais que, financièrement, je pouvais pas tellement le dépanner, enfin, de temps en temps, avec des copains, on lui filait 100 balles, mais ça coinçait pour tout le monde. C'était une époque où tous les mois j'avais moi aussi un, deux, trois jours de mise à pied. On coinçait et puis y'avait personne pour vous donner du fric. On était complètement à plat. Quand j'avais trop besoin d'argent, ça m'est arrivé de téléphoner à Bruno Muel, je lui disais : « Écoute, Bruno, ça va pas, envoie-moi 1 000 balles parce que je crève. » Mais Marchau, qui n'avait pas ça, il a crevé comme un chien.</p>
<p> Tu vois, ce qui est important, c'est que les copains du syndicat ainsi que les copains de son groupe politique, c'était la Ligue[2], ils n'ont rien compris à tout ça. Y'a toujours le même problème. Bon, c'est tout le problème des OS où y'a la contradiction, entre ce qui est dit dans tous les syndicats, dans tous les organismes politiques, etc. : « Oui, c'est des pauvres, faut les aider. », mais le jour où t'as vraiment besoin d'aide, aussi bien matérielle ou simplement morale et même culturelle, ce jour-là, tu trouves personne. T'es plus que deux ou trois, et quand on se voyait avec Philippe, on était quatre ou cinq à manger dans un bistrot, le midi, puisqu'on travaillait en normal. Et à part ces cinglés qu'on était autour d'une table, c'était tout, quoi. C'était toute l'aide. Tous les midis, on se relayait pour lui payer un sandwich, c'est tout. Tu sais, quand t'en arrives là, que t'es huit heures en chaîne et que t'as qu'un sandwich dans l'estomac, tu ne fais pas ça pendant très longtemps.</p>
<p> Le lendemain de sa mort, on a quand même piqué la colère, ça a élevé un certain nombre de militants ou même de mecs qui n'avaient jamais milité mais qui, quand ils ont vu ça, ont dit que c'était plus possible. Et contrairement à ce que pouvait espérer Peugeot, ça a levé toute une opposition. Les mecs se sont un peu réveillés dans le secteur où il travaillait, on a trouvé un autre délégué pour prendre sa place. Et on a trouvé aussi des mecs pour distribuer des tracts. D'ailleurs, c'est le moment où on a commencé à donner des tracts sur les chaînes. Parce que les agents de maîtrise qui l'avaient flingué… ils n'avaient plus le droit à la parole. C'était une cassure, tu vois.</p>
<p> – Ils sont restés dans l'atelier ?</p>
<p> Ah ! Ils sont restés dans l'atelier, hein. Même encore maintenant, moi, j'en connais deux, mais ils me causent plus, c'est fini, on se parle plus, je ne cause pas avec des mecs comme ça. C'est terminé ! C'est tranché, c'est catégorique. Donc le lendemain de sa mort, après qu'on l'a su, on a fait un tract avec sa photo. On a passé une nuit à le faire. Et on l'a distribué comme ça. Et les chefs se sont foutus à quatre sur moi pour essayer de me casser la gueule au bout du châssis, pour éviter que je distribue le tract. Heureusement, des copains du châssis sont arrivés directement pour nous séparer, et après ils m'ont foutu la paix et j'ai pu continuer à distribuer. Carrément, ils voulaient me casser la gueule. Mais sur ce coup-là, Séguy[3], qui était le secrétaire de la CGT, n'a pas été trop con. Il a porté plainte pour meurtre avec préméditation. Et ça, c'était une bonne chose pour une fois, il n'a pas déconné. Et Peugeot, après ça, a arrêté les frais. On a pu faire la collecte parce qu'on est quand même allé à l'enterrement. C'était pas non plus si simple, parce qu'il habitait du côté de Bordeaux. Et donc il fallait ramener le corps là-bas et aller l'enterrer. Mais comment expliquer à sa famille qu'il avait fini par se tirer une balle dans la tête parce que les autres l'avaient fait chier ? C'est vraiment pas facile quand t'es à 800 kilomètres d'un endroit. Et donc, c'est des copains du châssis, enfin les deux mecs avec qui il bossait qui y sont allés, à qui, par collecte, on a payé le voyage et puis deux ou trois autres, dont moi, avec absence autorisée de la direction. Après y'a eu un peu de calme. Et ils ont même viré un chef du personnel, qui était vraiment facho. Enfin, ils l'ont pas viré, ils l'ont changé de secteur, tellement y'avait eu de problèmes avec lui…</p>
<p> – Il avait joué un sale rôle dans cette affaire-là ?</p>
<p> Oui. C'était de la répression, carrément.</p>
<p> – Et le chef d'équipe voyait le processus dans lequel Marchau était engagé…</p>
<p> Oui, il le voyait. Mais c'était consciemment qu'il le faisait.</p>
<p> – Il pensait qu'il allait prendre ses cliques et ses claques, qu'il foutrait le camp…</p>
<p> Voilà, c'est ça. Il supposait qu'il allait prendre son compte. On allait le voir, Philippe, on allait l'aider à tour de rôle, parce qu'ils interdisaient aux mecs de son équipe de causer avec lui. Pendant son dépannage, il n'avait pas le droit de passer d'une chaîne à l'autre, pour aller discuter. Quand il était en activité syndicale – donc t'as un bon de délégation –, il n'avait pas le droit de se déplacer, parce que sinon c'était tout le temps un chef, deux chefs, trois chefs qui étaient derrière lui, en train de lui réclamer son bon, de lui demander ce qu'il faisait, ce qu'il voulait, de lui dire que ça le regardait pas, etc. C'était le système Citroën[4] qui se mettait un peu en place, tu vois. Voilà, c'était ça. Alors, on avait décidé, pour lui donner un coup de main, d'aller le voir tous les jours. Mais, tous les jours, il fallait se battre contre un contremaître, contre un chef d'atelier, contre un chef d'équipe, pour arriver seulement à son poste.</p>
<p>Extraits : Résister à la chaîne.</p>
<p>Dialogue entre un ouvrier de Peugeot et un sociologue</p></div>
Dans ses attaques, la classe dirigeante a un but : ce n'est pas de relancer l'économie mais de détruire les travailleurs en tant que classe
http://www.matierevolution.org/spip.php?article3132
http://www.matierevolution.org/spip.php?article31322013-02-21T08:23:38Ztext/htmlfrRobert ParisCrise CrisisSyndicalism - le syndicalismeHôpitalCheminotsLicenciementsPeugeot
<p>Suppressions d'emploi, fermetures d'usine, licenciements, chômage, plans sociaux,.... On croirait que ce sont des mots qui n'existent qu'en français. Mais layoff, cut jobs, jobless, plant closing, job losses, dismissal, c'est aussi aux USA et en Chine ! Dans ses attaques, la classe dirigeante a un but : ce n'est pas de relancer l'économie mais de détruire les travailleurs en tant que classe <br class='autobr' />
A entendre les média, le gouvernement et le patronat, il n'y a pas de vague de licenciements : il y (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique95" rel="directory">10- SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS - SYNDICALISM AND SELF-ORGANISATION OF WORKERS </a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot47" rel="tag">Crise Crisis</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag">Syndicalism - le syndicalisme</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot221" rel="tag">Hôpital</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot224" rel="tag">Cheminots</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot230" rel="tag">Licenciements</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot243" rel="tag">Peugeot</a>
<div class='rss_texte'><p>Suppressions d'emploi, fermetures d'usine, licenciements, chômage, plans sociaux,.... On croirait que ce sont des mots qui n'existent qu'en français. Mais layoff, cut jobs, jobless, plant closing, job losses, dismissal, c'est aussi aux USA et en Chine !</p>
<div class='spip_document_3459 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L450xH319/stock-photo-layoffs-and-recession-newspaper-headlines-documenting-deep-job-cuts-24000538-4a6c8.jpg?1792901642' width='450' height='319' alt='' />
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</div><h2 class="spip">Dans ses attaques, la classe dirigeante a un but : ce n'est pas de relancer l'économie mais de détruire les travailleurs en tant que classe</h2>
<p>A entendre les média, le gouvernement et le patronat, il n'y a pas de vague de licenciements : il y a seulement des cas particuliers. Le patron de Titan refusant de reprendre l'usine fermée par Goodyear, sa lettre l'a parfaitement démontré, méprise les travailleurs français. Le patron indien d'ArcelorMittal s'attaque à l'Europe pour favoriser l'Inde. A Petroplus, c'est plutôt, nous dit-on, une défaillance des repreneurs des pays pétroliers qui n'auraient pas été au delà de leurs velléités, par incompétence sans doute... A PSA, c'est un patron bien français mais qui, justement, aurait tellement misé sur la France qu'il aurait omis d'investir suffisamment à l'étranger et est maintenant contraint de rééquilibrer. D'autres ont préféré désigner du doigt la "famille Peugeot" comme si c'était une exception dans la vacherie patronale ! A Renault, c'est encore autre chose, nous dit-on, - surtout ne faites pas de lien entre Renault et PSA ! - le patron veut au contraire éviter les licenciements et demande seulement qu'on l'autorise par accord syndical à supprimer 8250 emplois sans licenciement ni fermeture de site. Comment peut-on prétendre que cela fait partie des suppressions d'emplois alors que c'est seulement… des suppressions d'emplois ! La SNCF supprime des emplois de fonctionnaires, externalise massivement, donne de plus en plus de tâches à des sociétés privées ou semi-privées en cassant les salaires, les emplois et les conditions de travail, mais cela n'est pas pareil : c'est du public. La qualité des transports se dégrade à grande vitesse mais le lien avec les suppressions massives d'emplois de cheminots et d'entretien n'est pas faite. C'est l'Etat qui est endetté et doit se remettre à flot. A la banque Crédit Agricole, c'est la faillite mais pas de problème : c'est l'Etat qui a tellement d'argent qu'il a couvert la faillite et le Crédit Agricole va faire seulement des économies. Les licenciements sont retardés mais on ne le dit pas. A l'Hôpital public, la situation devient critique par défaut d'embauches mais la direction des hôpitaux ne semble pas trouver de personnels qualifiés. A moins qu'il s'agisse aussi d'économies, c'est-à-dire d'un Etat qui fait comme les patrons du privé : qui supprime des emplois massivement. Pour les postiers, on va dire que c'est l'évolution de la profession, par exemple les gens enverraient moins de lettres. C'est ce que l'on dit dans certaines banques : les gens utiliseraient plus internet que les guichets et on supprime des guichets. Chez Sanofi, Bouygues, Doux, Air France, et bien d'autres, ce serait encore autre chose. Et ne parlons pas des petites et moyennes entreprises qui ferment ou licencient. Là, c'est paraît-il le manque de compétitivité et de flexibilité des salariés français qui va être améliorée maintenant que des centrales syndicales ont signé un accord permettant aux patrons de ramener un salaire au SMIC, de diminuer ou d'augmenter sa charge de travail comme le patron le souhaite ou de changer un salarié de site lui faisant parcourir des centaines de kilomètres par jour… Après un tel traitement, le patron pourra encore licencier ou fermer l'entreprise ensuite… On rend ainsi précaire le contrat non précaire et cela va, paraît-il, sauver les contrats non précaires. Comme on favorise les jeunes en les embauchant directement et seulement dans des contrats précaires, où les patrons ne paient presque rien car ils sont aidés par l'Etat…</p>
<p>Tout cela est faux : c'est la même attaque sur les emplois dans tous les secteurs d'activité et dans tous les pays. Si on saucissonne ainsi les explications et les plans sociaux, c'est pour éviter que les travailleurs ne s'unissent. Et les syndicats sont aux manettes pour réaliser cette belle oeuvre qui ne profite qu'aux classes dirigeantes. Ils hurlent à Goodyear qu'on insulte les travailleurs français mais ils ont aussi hurlé dès que Mélenchon avait proposé une manifestation nationale de soutien aux Goodyear parce qu'on leur enlevait leur petit rôle indépendant des politiques. Mélenchon a d'ailleurs remballé aussitôt sa marchandise. il ne voulait surtout pas heurter le monopole syndical sur la direction des luttes : direction le mur !</p>
<p>Il est très significatif que les centrales syndicales tiennent à ne pas relier les suppressions d'emplois du public et du privé, des différents sites de PSA, des PSA et des Renault, des constructeurs automobile et des sous-traitants, des hôpitaux entre eux, des hospitaliers, des postiers et des cheminots, des salariés et des chômeurs, etc, etc…</p>
<p>Par exemple, ces syndicats font semblant d'être très radicaux pour refuser la remise en cause des rythmes scolaires alors qu'il est évident que le vrai problème est celui des effectifs et que le gouvernement de gauche, ami de ces directions syndicales, s'y entend à faire baisser la réalité des emplois dans l'enseignement comme ailleurs... Quant à l'université, c'est dans un grand silence syndical qu'elle est en train de sabrer dans les enseignements...</p>
<p>La réaction des syndicats de Gooyear est tout aussi significative. Ils affirment défendre les travailleurs français en déclarant hautement que ceux-ci sont très productifs et très exploitables...</p>
<p> On croirait presque que Goodyear ne licencierait qu'en France, par nationalisme et hostilité aux travailleurs français nous dit-on. Ben voyons ! Le trust Goodyear abandonne également et massivement ses activités pneumatiques agricoles dans toute l'Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Ou la suppression de 400 emplois en Nouvelle-Zélande… Elle a également massivement supprimé des emplois aux USA même. En 2006, Goodyear ferme son usine du Texas supprimant 1100 emplois. Goodyear a massivement supprimé des emplois entre 2008 et 2012 dans ses sites de Danville, Fayetteville, Akron, Union City, etc... 5000 en 2008, 4000 en 2009, et encore 900 en 2012 et déjà 241 emplois aux USA en 2013, car le trust réduit la part de ses capitaux dans l'investissement productif aux USA comme ailleurs. Non pas à cause de difficultés, non pas par haine des Français, mais pour rechercher le meilleur profit, tout simplement…</p>
<p>Quant à prétendre que les seuls ouvriers français auraient des syndicats et feraient des grèves qui amèneraient les patrons américains à refuser de les employer (Goodyear a prétendu avoir fermé pour conflit avec la CGT)… rappelons que le 5 octobre 2006, le syndicat United Steelworkers a voté une grève à l'usine Goodyear du Kansas, suite à un conflit social. Elle prit fin le 2 janvier 2007 et coûta à l'entreprise une perte de 358 millions de dollars.</p>
<p>Quant au patron de Titan qui a tant fait parler de lui pour son mépris des travailleurs français, il ne méprise pas plus les travailleurs français qu'américains. Il vient de se faire remarquer en licenciant directement sans avertissement 71 salariés américains d'une usine de tracteurs et équipements de ferme. Aux syndicats américains qui protestaient que la négociation n'était pas terminée, le même patron a répondu qu'il n'était pas là pour jouer avec les syndicats…</p>
<p>Toutes les affirmations précédentes massivement relayées par les média et tous les partis et syndicats, et particulièrement par le gouvernement de gauche ne sont que des mensonges éhontés. Le trust indien ArcelorMittal ne licencie pas qu'en France et en Belgique, mais s'attaque aussi aux emplois en Allemagne, en Espagne, au Luxembourg et même en Pologne et en Tchécoslovaquie, des pays où les salaires sont plus bas et les conditions de travail plus mauvaises. Il faut rappeler qu'en 2006, quand ArcelorMittal semblait une solution parfaite pour la Moselle, elle licenciait déjà 30.000 salariés dans le monde et qu'en décembre 2008, ArcelorMittal annonçait la fermetures de nombreuses usines aux USA dont Bethlehem Steel plant à Lackawanna, New York, et LTV Steel à Hennepin, Illinois. ArcelorMittal a aussi annoncé en 2013 la suppression de 2000 emplois au Kazhakstan sans faire surréagir Arnaud Montebourg alors que sur le même site kazakh de Temirtaus, le même trust avait déjà supprimé 1500 emplois l'année passée… Mais les Etats européens font semblant que seule l'Europe de l'Ouest serait visée par les suppressions d'emplois, car elle serait considérée comme moins compétitive… ArcelorMittal a également cassé les emplois en Ukraine en 2012 et aussi en Amérique latine (Brésil, Mexique, Argentine), toujours en 2012 mais ce n'est pas sur le gouvernement, les politiciens, les média, les partis politiques ni les syndicats français qu'il faut compter pour en être informés. Tous sont arqués dans une direction : défendre la France…</p>
<p>Le gouvernement français, en prétendant qu'ArcelorMittal favoriserait les emplois en Inde, suggère aux syndicats et aux travailleurs la voie piégée du nationalisme économique qui consiste à considérer que l'ennemi ne seraient pas les patrons mais les travailleurs des autres pays…</p>
<p>Il faut remarquer, pour ceux qui ne le sauraient pas, que le patron indien... n'a encore construit aucune usine en Inde !!!</p>
<p>Il suffit de taper « Goodyear cut jobs » sur internet pour savoir que la décision de fermeture en France ne cible pas spécifiquement la France mais visiblement les politiciens comme Montebourg, le gouvernement, les média et les syndicats n'ont pas envie de le savoir…</p>
<p>Ils n'ont pas envie de dire plus exactement ce qu'est cette crise actuelle. Ils veulent faire croire que ce qui est en cause, ce serait l'emploi en France, ce serait l'emploi en Europe. Que ce serait une concurrence entre les salariés français et ceux des autres pays. Ils veulent faire monter les haines nationales, les divisions de la classe ouvrière. Alors que c'est le système capitaliste qui prend l'eau. Le Titanic coule et ce navire n'est pas celui de chaque pays. Le système est le même dans tous les pays et c'est lui qui prend l'eau…</p>
<p>Dire qu'il coule ne suffit pas. Il faut expliquer ce qui se passe. Partout dans le monde, les capitalistes privés, qui avaient fait leur beurre durant des centaines d'années en augmentant le nombre de salariés pour augmenter la plus-value extraite du travail humain, y renoncent massivement. Là où ils maintiennent une activité, c'est uniquement à cause des aides massives des Etats qui déboursent pour cela des centaines de milliards de dollars, d'euros et de yens. Y compris des centaines de milliards de yuans. Car la Chine ou l'Inde, eux aussi, ne maintiennent leur production que par des aides étatiques massives.</p>
<p>La « famille Peugeot » ne fait pas exception. Renault ne fait pas exception. Tous se désinvestissent massivement de la production. Sans l'argent d'Etat, aucun trust productif au monde ne fonctionnerait actuellement. Et cela depuis la chute de 2007-2008.</p>
<p>Dans ces conditions, il est clair que parler dans chaque pays des seules activités productives nationales est risible. C'est un mensonge pur et simple. C'est pourtant le discours permanent de tous les gouvernants, de tous les média, de tous les partis politiques et de tous les syndicats…</p>
<p>Une seule conclusion est possible. L'exploitation de la plus-value issue de la production, qui a été la source de la domination mondiale du système, n'est plus réalisable au sein même du système. Le système n'a plus aucun avenir et la classe capitaliste cherche à camoufler cette vérité derrière de misérables arguments comme les différentiels de compétitivité entre un travailleur français et travailleur chinois. Malheureusement pour ces menteurs, le travailleur chinois n'a jamais eu de salaires aussi élevés, les grandes luttes des travailleurs chinois, de véritables insurrections parfois, ayant imposé de considérables hausses de salaires. Et c'est vrai de toute l'Asie, accusé de voler les emplois…</p>
<p>La vérité, c'est que tous les partis, tous les syndicats, tous les média sont trop attachés au système capitaliste pour imaginer sa fin, pour admettre ce qui crève les yeux et ils entendent transformer la réalité en changeant le discours dominant. Mais la réalité est plus forte que tous les menteurs du monde…</p>
<p>Les gouvernants, les grands patrons des banques et des trusts, les dirigeants politiques des classes dirigeantes savent parfaitement que le système prend l'eau et que les mesures d'aides financières massives ne font que charger la barque et accélérer le coulage. Ils ne le font pas pour sauver l'économie, pour sauver les emplois mais pour se donner du temps et en profiter pour développer des campagnes politiques visant à détruire moralement, socialement et politiquement les travailleurs en tant que classe. Faire croire que l'ennemi qui vous vole votre emploi, c'est le travailleur du pays d'à côté est l'un des moyens. On présente ainsi aux travailleurs grecs, les étrangers en général, y compris les Européens comme l'ennemi qui vous a mis dans la misère comme on présente aux Européens les travailleurs grecs comme ceux qui ont trop profité du système. Les classes dirigeantes ne vont bien entendu pas quitter la scène en reconnaissant : le système ne marchera plus. Elles vont s'accrocher, développer des dictatures, trouver des bais, retarder et aggraver. La réponse ne peut pas venir des Etats, des hommes politiques, ni de toute organisation attachée à ce système que ce soit par intérêt ou par réformisme. La réponse doit venir du prolétariat lui-même. Il y va de sa vie et de son avenir.</p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article3110">la suite</a></p>
<p> <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2944">Les chantages d'ArcelorMittal et les politiques syndicales</a></p></div>
Conceptions syndicalistes et conscience prolétarienne, politique et socialiste
http://www.matierevolution.org/spip.php?article2758
http://www.matierevolution.org/spip.php?article27582012-10-26T05:18:35Ztext/htmlfrRobert ParisPeugeot
<p>Conceptions syndicalistes et conscience prolétarienne, politique et socialiste <br class='autobr' />
En échange des dix milliards que le gouvernement donne en cadeau et sans condition à la banque financière PSA en faillite, il a obtenu du patron de PSA d'organiser un simulacre de négociations où ne seraient pas remis en cause le plan de licenciements massif mais seulement renégocié leur accompagnement. Les syndicats d'Aulnay crient victoire et déclarent que c'est leur lutte qui a obtenu la victoire et quelle (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique95" rel="directory">10- SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS - SYNDICALISM AND SELF-ORGANISATION OF WORKERS </a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot243" rel="tag">Peugeot</a>
<div class='rss_texte'><div class='spip_document_2880 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L434xH276/712231-369939-jpg_490419_434x276-9d9c3.jpg?1792905028' width='434' height='276' alt='' />
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</div><h2 class="spip">Conceptions syndicalistes et conscience prolétarienne, politique et socialiste</h2>
<p>En échange des dix milliards que le gouvernement donne en cadeau et sans condition à la banque financière PSA en faillite, il a obtenu du patron de PSA d'organiser un simulacre de négociations où ne seraient pas remis en cause le plan de licenciements massif mais seulement renégocié leur accompagnement. Les syndicats d'Aulnay crient victoire et déclarent que c'est leur lutte qui a obtenu la victoire et quelle est cette victoire ? Mercier, dirigeant CGT l'exprime ainsi : un calendrier de négociations !</p>
<p>Des milliers de salariés vont perdre leur emploi et ce n'est nullement remis en question même quand l'Etat débourse dix milliards d'euros et la victoire c'est qu'il n'y ait ni grève ni occupation des sites visés et qu'on obtienne un calendrier de blabla mensongers autour du tapis vert et celui qui dit cela se prétend communiste révolutionnaire de Lutte Ouvrière. Il faut se pincer pour y croire !!!</p>
<p><i>"On a bloqué la direction qui voulait nous imposer ses conditions sans négocier sur les mobilités"</i>, s'est félicité Jean-Pierre Mercier (CGT).</p>
<p><i>« C'est un succès de l'unité des salariés d'Aulnay » </i> dit Marcier à la télévision. Ce qu'il appelle unité des salariés, c'est l'unité des syndicats avec le syndicat patronal et jaune le SIA et l'unité pour ne pas entrer en grève, pour ne pas occuper, pour ne pas déranger les prétendues négociations, pour ne pas mener la lutte des classes !</p>
<p>Le journal L'Humanité du 25 octobre écrit :</p>
<p><i>« C'est un premier succès pour les syndicats de PSA Peugeot-Citroën. Ceux-ci sont parvenus à imposer ce jeudi que la direction du groupe automobile ouvre des négociations sur les conditions de l'ensemble du plan social annoncé à Aulnay et Rennes,, dans le cadre de son plan de restructuration qui prévoit plus de 8.000 suppressions d'emploi et la fermeture du site de Seine-Saint-Denis. Ces négociations débuteront le 7 novembre. Jean-Pierre Mercier, représentant CGT de PSA Aulnay, raconte à la sortie du comité central d'entreprise qui se tenait ce matin : "La direction de Peugeot voulait ce matin faire passer en force une partie de son plan en imposant les mutations internes. Elle cherchait ainsi à vider l'usine (d'Aulnay) le plus vite possible. C'est un premier succès." Selon les syndicats, les conditions de départ des salariés sur Poissy ou d'autres sites du groupe devront désormais faire l'objet de négociations préalables. Un calendrier de discussions sera mis en place sur l'ensemble des mesures d'accompagnement - formations, indemnisations - destinées à ceux qui refusent d'être transférés et à tous les autres salariés concernés par la réduction de la capacité de Rennes ou par la fermeture du site d'Aulnay. »</i></p>
<p>"Cela fait 17 mois que l'on demande l'ouverture de ces négociations. La direction voulait nous diviser elle n'a pas réussi", explique Jean-Pierre Mercier.</p>
<p>Puis de nuancer : "On a obtenu un calendrier de négociations pour nos revendications. Mais on ne peut pas faire confiance à la direction de PSA. Nous attendons qu'Arnaud Montebourg appose signature en bas du document".<br class='autobr' />
Parce qu'on peut faire confiance à Montebourg et à l'Etat bourgeois ?<br class='autobr' />
A la sortie de l'entrevue entre Montebourg et les syndicats, le ministre a assuré que le « gouvernement et le président de la République partageaient l'inquiétude des salariés » de PSA et promis que la réunion à venir serait l'occasion de « réduire reformater, rediscuter le plan social ». S'il a reconnu implicitement que les suppressions de postes étaient un mal nécessaire pour permettre à Peugeot, en difficulté, de se remettre sur de bons rails, il a néanmoins assuré que le plan social devait être « strictement proportionné aux nécessités de la relance de Peugeot. »</p>
<p>L'Etat a demandé « le reformatage du plan » qui prévoit 8.000 suppressions de postes, a répété le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg à l'issue d'une réunion tripartite à Bercy. Mais il n'a obtenu aucun engagement du groupe automobile.</p>
<p>« C'est la négociation avec les partenaires sociaux qui va nous permettre de voir l'effectivité de ces efforts », a dit le ministre. Et c'est tout ! Alors que l'Etat a quand même déboursé sans discuter dix milliards d'euros !!!! C'est cher payé de négocier autour du tapis vert ! Voilà tout ce qu'obtient un gouvernement de gauche pour dix milliards….</p>
<p>En marge du CCE, Philippe Varin, le président de PSA a, de son côté, réaffirmé sur Europe 1 la nécessité de son plan de restructuration, qui prévoit la suppression de 8.000 postes dans le groupe. Il a surtout confirmé sa volonté de fermer l'usine d'Aulnay-sous-Bois, tout en s'engageant à réduire "l'impact social de ce plan, soit par des plans de reclassement interne, soit par le traitement des salariés les plus défavorisés, soit des mesures de revitalisation. Le reste se fera par des départs volontaires".</p>
<p>Que chaque salarié aurait une proposition, la direction de PSa le prétendait dès l'annonce du plan. Ce n'est absolument pas un recul face à ne lutte qui n'existe d'ailleurs pas encore…</p>
<p>Donc rien de changé et PSA ne recule pas devant le refus des syndicats de mener la lutte d'ensemble de tous les sites vers la grève avec occupation et vers l'extension aux autres entreprises menacées de plans sociaux de masse comme Sanofi, Ford ou Bouygues, sans compter la SNCF.</p>
<p>La stratégie syndicale reste : les cheminots luttent seuls, les salariés de Pétroplus luttent seuls, les PSA Aulnay ne sont même pas en lutte avec ceux de Rennes sans parler des autres sites, les salariés d'Arcelor luttent seuls, les salariés de chaque banque comme la banque de France récemment luttent seuls, etc… Tout au plus une petite journée syndicale d'inaction par ci par là. Cette stratégie n'est pas contestée par les dirigeants syndicaux locaux des entreprises qui licencient qui prétendent que leur lutte locale est censée suffire pour faire reculer le patron au moment où l'offensive patronale de licenciements est générale et non locale, globale et non conjoncturelle.</p>
<p>A Paris-Match du 15 novembre, Mercier continue d'expliquer que le patron n'aurait rien à perdre à continuer de faire produire l'usine d'Aulnay. Le reste n'est pas son problème :</p>
<p><i>« Il reste 450.000 nouvelles C3 à produire, cela ne coûterait pas 1 centime à l'Etat et à PSA de le faire à Aulnay, et nous aurions du travail jusqu'à fin 2016 ! » »</i></p>
<p>Son leitmotiv est « produire la C3 à Aulnay ».</p>
<p>Est-ce un objectif unificateur pour la lutte de l'ensemble des salariés de PSA ? Il s'en moque ! Les licenciements hors Aulnay ne sont-ils pas plus importants qu'à Aulnay seul ? Il s'en moque ! La C3 à Aulnay et c'est tout !</p>
<p>La conscience de classe est la conscience d'appartenir à une classe qui a des intérêts communs par delà les corporations, les professions, les entreprises, les sites. Il n'en sait rien !</p>
<p>La conscience de classe, base essentielle de la force du prolétariat, n'est pas la négociation à la petite semaine avec les représentants du patronat et de l'Etat avec juste de petites (ou grandes actions) pour appuyer les leaders syndicaux.</p>
<p>La lutte actuelle, menée par le patronat qui licencie massivement tous secteurs confondus et toutes professions, consiste à s'attaquer directement au prolétariat dans son ensemble. Aulnay était un point central de cette attaque et ne semble pas devenir un point central de la riposte, du moins telle que la conçoivent les dirigeants syndicaux, même ceux qui se prétendent d'extrême gauche et qui sont effectivement extrêmement de gauche, la gauche étant la dernière ligne de sauvetage du capitalisme !</p>
<p>La politique prolétarienne devant des licenciements massifs ne consiste pas à s'accrocher à un seul site en le déclarant forteresse ouvrière (une forteresse que l'on n'occupe même pas !) et en refusant de globaliser cette lutte. La soi disant solidarité des différents sites licenciés ne consiste même pas à manifester ensemble vraiment et encore moins à chercher des assemblées communes de salariés !</p>
<p>La politique prolétarienne ne consiste pas à faire appel à l'Etat bourgeois pour nous sauver et même pas à "le mettre devant ses responsabilités" car la responsabilité de l'Etat bourgeois a toujours été de sauver la bourgeoisie. Ses caisses sont pour elle, ses forces de l'ordre sont pour la défendre.</p>
<p>La force du prolétariat, c'est la conscience qu'il ne possède rien à lui, véritablement à lui, dans cette société et que tout ce qu'il a on peut du jour au lendemain le lui reprendre.</p>
<p>Tous ceux qui se disent dirigeants ouvriers et parlent de "notre usine", "notre pays", trahissent leur classe...</p>
<p><a href="http://www.boursorama.com/actualites/psa-les-salaries-ont-fait-reculer-peugeot-dba6afebd9b89d6995a96d2a2bf0e481" class="spip_out" rel="external">Voir ici la vidéo</a></p>
<p><a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2652">La suite</a></p></div>
Le capitalisme industriel transformé en banque puis en faillite générale
http://www.matierevolution.org/spip.php?article2749
http://www.matierevolution.org/spip.php?article27492012-10-25T00:21:00Ztext/htmlfrRobert ParisCrise CrisisPeugeot
<p>A lire aussi sur le capital financier et le capital industriel <br class='autobr' />
Le capitalisme industriel transformé en banque puis en faillite générale <br class='autobr' />
Beaucoup ont été étonnés, en apprenant que la banque financière Peugeot était en faillite et que l'Etat allait la sauver, de découvrir tout simplement… qu'il existait une banque PSA ! Non seulement les trusts ont leur propre banque mais ce qu'il faut remarquer, c'est que l'activité bancaire a pris le dessus sur l'activité industrielle. Non seulement (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot243" rel="tag">Peugeot</a>
<div class='rss_texte'><p><a href="http://criseusa.blog.lemonde.fr/2012/04/29/1257/" class="spip_out" rel="external">A lire aussi sur le capital financier et le capital industriel</a></p>
<div class='spip_document_2909 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L480xH480/56371620-772a2.jpg?1792903390' width='480' height='480' alt='' />
</figure>
</div><h2 class="spip">Le capitalisme industriel transformé en banque puis en faillite générale</h2>
<p>Beaucoup ont été étonnés, en apprenant que la banque financière Peugeot était en faillite et que l'Etat allait la sauver, de découvrir tout simplement… qu'il existait une banque PSA ! Non seulement les trusts ont leur propre banque mais ce qu'il faut remarquer, c'est que l'activité bancaire a pris le dessus sur l'activité industrielle. Non seulement c'est PSA banques – activité financière - que l'Etat doit renflouer, mais il lui faut pour cela donner sept milliards et en cautionner trois de la part des banques. Il faut donc donner dix milliards pour sauver PSA-Finances quand il en avait suffi d'un milliard et demi en 2008 pour sauver PSA Automobiles. Le poids de la banque chez Renault est du même type. Dans les dernières annonces de bénéfices de Renault, RCI, soit Renault Finances prend une part considérable. Les annonces de Renault en juillet 2012, c'est 786 millions d'euros de bénéfices dont 395 millions proviennent des bénéfices de la banque RCI, banque financière de Renault ! Donc Renault gagne plus en spéculant sur la finance qu'en vendant des voitures !</p>
<p>Mais cela n'est nullement un cas à part. Il ne s'agit pas seulement de l'Automobile ni seulement de la France.</p>
<p>C'est le monde qui est devenu un vaste marché des capitaux financiers et qui ne s'investit plus dans l'industrie et le commerce.</p>
<p>Chacun se souvient que l'établissement public des services postaux a été transformé en banque qui produit essentiellement des … produits financiers, mais est-ce que l'on a conscience dans le grand public qu'il ne s'agit nullement d'un cas particulier ? Absolument pas ! Les travailleurs ont été tenus dans l'ignorance des évolutions réelles du capitalisme et on continue à leur faire croire qu'on serait dans un capitalisme industriel dont les emplois se contentent d'être ponctionnés par les pays émergents. On essaie de nous faire croire que si on perd nos emplois, c'est parce que nous ne serions pas assez compétitifs par rapport à la surexploitation des salariés marocains, chinois ou brésiliens. Cela est faux. On nous fait croire aussi que l'ensemble de l'activité industrielle est en surcapacité et doit donc se réduire. C'est encore faux. La cause de la désindustrialisation est ailleurs : dans le retrait massif des capitaux privés de leurs investissements industriels et commerciaux et leur investissement massif dans la sphère bancaire et financière. L'une des marques de cette nouvelle situation du système capitaliste est la transformation de l'ensemble des trusts en banques financières.</p>
<p>La Chine elle-même est d'abord et avant tout un vaste secteur bancaire et financier. Le Brésil ou l'Inde aussi.</p>
<p>L'explosion sociale en Afrique du sud provient du désinvestissement massif des capitalistes de leurs investissements productifs dans les mines.</p>
<p>Du cash, d'abord du cash, est le leitmotiv des capitalistes industriels comme des autres, pour profiter de tous les investissements possibles dans la dette des nations, dans les spéculations diverses en titres pourris.</p>
<p> Or, le capitalisme n'a dû sa durabilité qu'à la rentabilité de l'exploitation du travail humain, le surplus étant pour l'essentiel réinvesti en vue de surexploiter encore plus de travail humain. L'investissement des nouvelles plus-values ont donc signé la victoire du capitalisme comme le désinvestissement massif actuel signe sa fin. Ce n'est pas les Etats et institutions financières internationales qui peuvent pallier à ce qui avait toujours, crise ou pas crise, été le moteur du système : l'investissement privé en travail humain. Il n'était pas nécessaire alors de convaincre les patrons de Peugeot de chercher à embaucher des salariés.</p>
<p>Ceux qui prétendent aujourd'hui que l'on doit se battre pour les en convaincre se trompent d'objectif. Les capitalistes n'ont jamais agi autrement que dans leur intérêt. S'ils se refusent massivement et mondialement à investir dans le travail humain, c'est qu'ils n'y gagnent plus, c'est que le moteur de leurs système ne marche plus. Nous n'allons ni le réparer ni le remettre en route. Même les sommes colossales des Etats ne sont pas parvenues depuis 2007 à le restaurer !</p>
<p>Renault est devenu une banque. PSA est devenu une banque. La Poste est devenue une banque. La SNCF est devenue une banque. Le SOCRIF est la banque SNCF ou (Société de Crédit Immobilier des Chemins de Fer) est détenue à 99,6% par la SNCF. Elle est une banque officiellement consacrée au crédit immobilier des cheminots, mais en tant que banque, elle est couplée avec la SOFIAP détenue à 51 % par le CIF, la fameuse banque qui vient d'être soutenue par l'Etat car en faillite. La RCI Banque est la banque Renault. La Banque PSA Finance (BPF) est la banque de PSA. Les magasins Leclerc, c'est une banque : la banque Edel ! Les magasins Auchan c'est la banque Auchan Banque Accord. Les magasins Carrefour, c'est Carrefour Banques. Les assurances, elles aussi, sont devenues des banques comme les AGF, AXA ou Groupama ! D'autres industriels sont devenus des banquiers comme Dassault avec Banque Commerciale Paris Dassault devenue Banque Palatine. Le Bâtiment détient la BTP, banque du bâtiment et des travaux publics. Veolia a créé Veolia P.P.P Finance…. BMW a créé BMW Finance ! Mercedes a créé Mercedes Benz Financial Services Finance S.A. et Orange a créé Orange – BNP Paribas Services.</p>
<p>Ce n'est pas particulier à la France. On pourrait croire qu'IBM, ce sont des ordinateurs mais c'est aussi IBM Financement. Siemens a créé Siemens Financial Services S.A.S. On recence aussi Jaguar Financial Services ou Land Rover Financial Services ou encore Toyota Credit Bank et Volswagen Bank. On trouve aussi la GE Money Bank, GE capital financements immobiliers d'entreprise, GE covered bonds, GE Factor, etc., pour le trust General Electric. En Chine c'est la BICC Banque industrielle et commerciale de Chine d'une valeur de 211 milliards de dollars.</p>
<p>En somme, le capital commercial et industriel est massivement transformé en capital bancaire et financier, lequel a spéculé massivement aussi sur des actifs douteux, des titres pourris, des créances sans fonds, des dettes, et autres valeurs spéculatives.</p>
<p>Le capitalisme du vingtéunième siècle, une société qui menace l'ensemble des salariés de chuter dans la misère et n'offre plus aucun avenir à sa jeunesse, est un système mort. Sa sève, il la tirait de l'investissement productif privé. Or le capital privé s'est massivement retiré des entreprises pour se concentrer là où des profits rapides et massifs peuvent être faits sans miser à long terme. Tous les trusts se sont transformés en banques comme l'ont fait par exemple Peugeot et Renault. La banque Renault a certes donné au trust la moitié de ses derniers bénéfices – rien que ça pour un trust de fabrication d'autos cela devrait donner à réfléchir ! Mais la banque PSA a fait faillite et n'existe plus que sous perfusion de l'Etat. Certes les banques et les capitaux financiers ne datent pas d'hier et les spéculations non plus. Mais quand tout le système spécule sur sa propre mort, il n'y a aucune raison que les travailleurs, eux, ne misent que sur la survie du système et y sacrifient leurs intérêts !</p>
<p>En licenciant les salariés massivement, dans tous les pays, dans tous les domaines d'activité, les capitalistes mettent tous les pare-feux possibles à la lutte de classe et ils prétendent notamment chercher des volontaires, offrir des indemnités de départ, chercher des repreneurs, donner un soutien financier par les Etats... Tout cela est du bluff. Un Etat pourrait soutenir une entreprise mais pas toutes. Les indemnités fonderont comme neige au soleil puisqu'il n'y aura plus de création d'emploi pour personne, dans n'importe quel secteur. Les repreneurs ont vite fait de fermer boutique, dès que le trust lui a largué sa cargaison de salariés !</p>
<p>L'avenir appartiendra à ceux qui ne s'accrocheront pas à ces mensonges et au cadavre déjà pourrissant de la société bourgeoise. Il n'y a plus d'avenir à la domination des classes dirigeantes, au monde de l'exploitation capitaliste et aux Etats aux services de ces classes dirigeantes. Tout ce qui est fait pour prétendre que ces derniers finiront par trouver des solutions, pour faire imaginer qu'il y aura une sortie du tunnel, est pur mensonge, pour nous empêcher, face à la lutte de classe violente des patrons de mener la notre, nous travailleurs.</p>
<p>Depuis l'effondrement de 2007, le système ne tourne qu'en roue libre et, sans la masse affolante de fausse monnaie balancée dans les circuits par tous les Etats et toutes les banques centrales, il serait arrêté depuis longtemps. Or, en système capitaliste, les fonds publics ne peuvent pas suppléer aux investissements privés, sauf de manière courte et relativement marginale. Le capitalisme, c'est l'accumulation de plus-value extraite du travail humain et capitalisée par des investisseurs privés.</p>
<p>C'est une illusion de capitalisme qui est actuellement maintenue artificiellement en vie et entretenue en permanence par un flot de milliers de milliards de dollars, de livres, de yens, d'euros,… Tous les Etats, toutes les institutions financières nationales et internationales, FED, BCE, Banque d'Angleterre, Banque du Japon, d'Inde ou de Chine n'ont pas cessé une minute depuis l'effondrement de 2007 de déverser de la fausse monnaie. Loin d'arrêter la rage spéculative, leur argent à servi à l'entretenir, à l'accroître pour que les bourses ne s'effondrent pas, pour que les banques ne s'effondrent pas. Du coup, les capitaux ont continué à se jeter sur cette manne et donc continué de plus belle à spéculer sur tout ce qui est en faillite !</p>
<p>Plus les Etats injectent d'argent dans les circuits financiers, plus les capitaux privés, ainsi nourris, se refusent à retourner dans la sphère productive et commerciale. Du coup, ils retirent encore plus leurs capitaux des investissements productifs, ferment massivement des usines, licencient, délaissent l'économie réelle.</p>
<p>Ils ne font pas cela parce qu'ils sont méchants, parce qu'ils sont pourris. Ils font cela car des capitalistes doivent faire cela : aller vers ce qui est le plus rentable, dans le temps le plus court. Ils ont toujours eu cet objectif. C'est la situation qui a changé. Elle les pousse à miser à la chute, à la perte, à la dette, alors qu'auparavant elle les poussait à miser à l'investissement, au développement, à la création de nouvelles unités de production. Il ne sert à rien de faire appel à leur sens moral, à leur sens de l'intérêt du système. Cela n'a jamais dirigé leur action. Les capitaux privés vont et continueront d'aller vers ce qui est leur intérêt immédiat quitte à détruire eux-mêmes leur propre système. Chaque jour, leur action produit plus de titres pourris que tous les Etats et institutions financières centrales ne sont capables d'en racheter. Ces titres pourris sont des investissements dans tout ce qui chute au sein du système. Ils retirent même leurs capitaux des usines pour racheter des titres de la dette des Etats, des endettements des banques, des villes, des pays, des régions, des communes, des sociétés, de tout ce qu'ils savent devoir être soutenu par les Etats, même si cela n'a rien de rentable.</p>
<p>Les capitalistes ne misent plus sur ce qui va produire de la plus-value, mais vers ce qui va recevoir un soutien étatique et institutionnel. Ce faisant, ils contribuent de tuer le système capitaliste, celui qui avait été pendant plusieurs centaines d'années le triomphe de la capitalisation de plus-value tirée de l'exploitation des usines.</p>
<p>Il ne sert à rien de prétendre réindustrialiser la France, l'Europe, le monde. Les capitaux n'agiront de manière aveugle que vers ce qui les attire : le profit immédiat et il n'est plus à gagner dans l'industrie. Cela signifie que le capitalisme a atteint ses limites de capitalisation et qu'il ne donne l'illusion de se perpétrer qu'en servant aux capitaux privés des intérêts tirés des caisses publiques. Et plus ils sont ainsi enrichis par la manne publique, plus les Etats s'endettent, plus il devient rentable d'investir dans les dettes. La spirale est descendante et ne se retournera pas. Plus les Etats « soutiennent l'économie », plus c'est l'intérêt du capital privé de miser sur ce qui coule ! Ce sont des profits rapides et faciles et qui ne nécessitent pas d'investir à long terme. C'est la marque que les grands capitalistes n'ont plus aucune confiance dans la pérennité du système.</p>
<p>Mais, si ce sont les capitalistes qui misent sur la mort de cette société, il faut les croire et cesser de nous sacrifier soi-disant pour relancer l'économie, pour « sauver » les pays, les entreprises, et l'emploi. Nous n'avons aucune raison d'accepter aucun sacrifice au nom d'un sauvetage du système qui est purement illusoire. Ils ne vont ni sauver l'entreprise, ni sauver le secteur d'activité, ni sauver le pays, ni sauver le système. Ils ne vont que nous couler nous…</p>
<p>Ce qui coule le système, ce ne sont pas les travailleurs, ce ne sont pas les petits bourgeois, ce ne sont pas les économies des pays émergents, ce ne sont pas les frasques de la classe dirigeante. C'est la loi du système elle-même : la loi du profit !</p>
<p>La combattre, c'est remettre en cause le droit des capitalistes de posséder le monde, à commencer par les trusts, les banques, l'ensemble de la société et la mainmise sur les Etats.</p>
<p>Tous ceux qui confondent leur avenir avec celui d'une entreprise, d'une société, d'un patron, d'un Etat, d'une région, d'une monnaie, ne font qu'enchaîner leur sort à un bâteau qui coule.</p>
<p>On voudrait nous faire prendre la défense d'un pays, d'une nation, d'un peuple pour la défense de nos intérêts. On voudrait nous faire croire que ce qui nous attaque vient de l'extérieur, de l'étranger, des étrangers, des capitalistes étrangers, des salariés étrangers quand ce n'est pas des Musulmans, des terroristes.</p>
<p>Mais les terroristes qui détruisent la société où nous avons vécu sont les capitalistes eux-mêmes. Leur système a atteint ses limites et on ne le sauvera pas plus en déclenchant la geurre contre les Musulmans qu'en acceptant des sacrifices pour « relancer l'économie » ou « amélirorer la compétitivité », pas plus qu'on ne sort de l'eau un Titanic qui coule en jetant de l'eau par dessus bord à la petite cuillère.</p>
<p>Si le monde est de plus en plus violent, si on constate que le nombre de guerres augmente de semaine en semaine, c'est que le choix des classes dirigeantes est de monter violemment les peuples les uns contre les autres, plutôt que de risquer que les peuples travailleurs s'en prennent aux classes dirigeantes. Fascisme ou socialisme est plus que jamais l'alternative qui nous est posée. Ou nous remettons en question la propriété privée des moyens de production aujourd'hui synonyme de droit d'un gros actionnaire de tuer les emplois, ou le capitalisme remettra en question nos vies et nos enfants ne trouveront d'emploi que pour s'enterrer dans les champs de bataille. A nous de choisir…</p></div>
Nous avons manqué une bataille mais nous n'avons pas perdu la guerre
http://www.matierevolution.org/spip.php?article2746
http://www.matierevolution.org/spip.php?article27462012-10-22T02:02:00Ztext/htmlfrRobert ParisPeugeot
<p>Nous avons manqué une bataille mais nous n'avons pas perdu la guerre <br class='autobr' />
En choisissant de ne pas entrer en lutte à l'annonce du plan de licenciements massifs de Peugeot et de la fermeture du site d'Aulnay, en renonçant à faire grève, à occuper les sites, à joindre les luttes des différentes usines, les syndicats locaux se sont condamnés à ne rien faire plus tard, car ils ont retardé définitivement une lutte sérieuse. En prétendant attendre un rapport, puis un audit puis un autre rapport, ils (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot243" rel="tag">Peugeot</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Nous avons manqué une bataille mais nous n'avons pas perdu la guerre</h2>
<p>En choisissant de ne pas entrer en lutte à l'annonce du plan de licenciements massifs de Peugeot et de la fermeture du site d'Aulnay, en renonçant à faire grève, à occuper les sites, à joindre les luttes des différentes usines, les syndicats locaux se sont condamnés à ne rien faire plus tard, car ils ont retardé définitivement une lutte sérieuse. En prétendant attendre un rapport, puis un audit puis un autre rapport, ils se sont remis… à plus tard pour une action sérieuse. Car, ensuite, les salariés attendent ce qui va leur être personnellement proposé et ne sont plus dans l'action collective. Les dirigeants syndicaux jouent ensuite les étonnés en voyant que les salariés ne croient plus en la grève ! La direction a beau jeu elle aussi de remettre la décision à plus tard en multipliant les cas différents entre ceux à qui elle propose des sous, un départ volontaire, une embauche ailleurs et maintenant un « prêt » dans une autre usine ce qui n'est même pas une mutation sur un autre site comme elle le prétendait. Le prêt signifie que le couperet est seulement suspendu… sur votre tête tous les trois ou quatre mois !</p>
<p>Les salariés des usines de Rennes (Ille-et-Vilaine) et Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) pourraient rapidement se voir proposer de nouveaux postes sur d'autres sites PSA. Dans le cadre du PSE, la direction proposera lors du comité central d'entreprise du 25 octobre la mise en place de "mesures de mobilité interne à titre provisoire". Le constructeur dit souhaiter ainsi répondre (sic) à une demande d'un certain nombre de salariés, la mobilité prévue par le plan social étant pour le moment suspendue à la remise mi-novembre du rapport Sécafi.</p>
<p>Si les syndicats votent cette disposition, les salariés de Rennes et d'Aulnay-sous-Bois pourraient alors sur la base du volontariat être détachés, comme Poissy ou Sochaux, pour répondre à des besoins de personnels propres à d'autres sites. A Rennes, la mesure sera aussi ouverte à des salariés de la R&D. Ces mobilités internes devraient remplir des postes vacants ou alors "pourvoir à de nouvelles situations d'emploi liées à des évolutions d'organisation présentes ou à venir", écrit la direction dans une note interne. La durée des prêts serait de 3 à 6 mois renouvelables. Le salarié qui aurait accepté ce prêt peut encore faire partie du dispositif de suppression d'emploi dit crûment le patron !</p>
<p> C'est dramatique et cela ne l'est pas seulement pour les salariés de PSA car l'attaque contre les emplois enclenchée par Peugeot concernait toute une fraction de la classe ouvrière des trusts français. Dans la brèche, on voit s'engouffrer un grand nombre de patrons…</p>
<p>Alcatel-Lucent a annoncé jeudi la suppression prochaine de 5500 postes dans le monde, dont 1430 en France.</p>
<p>Sanofi supprime au moins 914 emplois dans un premier temps et menace ensuite 3000 emplois.</p>
<p>Ipsen va supprimer une centaine de postes dans sa médecine générale en France.</p>
<p>Selon Force Ouvrière, le plan de restructuration chez SFR concernerait entre « 1 500 et 2 000 postes ».</p>
<p> Bouygues Télécom a annoncé 556 départs volontaires avant un plan de suppressions d'emplois qui pourrait concerner entre 1500 et 2000 salariés.</p>
<p>Les 2.500 salariés du site de Florange d'ArcelorMittal sont menacés.</p>
<p>Les 550 salariés du site de Petroplus dans la région de Rouen également.</p>
<p>Ou encore les 250 salariés du laboratoire pharmaceutique danois Lundbeck.</p>
<p>Air France, débute son programme de départs volontaires qui précède son PSE, et Corsair a mis un terme, le 30 septembre 2012, à son Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE) qu'elle avait lancé en avril 2010. 350 départs ont eu lieu. Chez Air France, 5 122 suppressions de postes sont prévues dans la maison mère d'ici à fin 2013 et les filiales vont également perdre des postes.</p>
<p>Des incertitudes pèsent sur la SNCM qui menacerait au moins 400 emplois.</p>
<p>Fralib meance toujours 160 salariés.</p>
<p>Novatrans (filiale de SNCF Geodis) a été cédé au groupe Charles André et seulement 110 des 257 emplois sont repris.</p>
<p>Les 350 salariés de Technicolor Angers sont à la rue…</p>
<p>Chez les équipementiers, l'usine Honeywell de Condé-sur-Noireau (Calvados, 325 salariés) fermera en juin 2013. MBF Technologies va supprimer 181 emplois. Sealynx (redressement, 550 salariés) cherche un repreneur.</p>
<p>Goodyear Amiens est en suspens (1 300 salariés).</p>
<p>Chez le volailler Doux, 1 000 salariés sont sur le carreau…</p>
<p> La centaine de salariés de l'usine Fralib (les thés Elephant) sont toujours menacés.</p>
<p>Carrefour annonce un plan de départs volontaires, qui concernera 533 postes administratifs en France et qui précède un PSE.<br class='autobr' />
Conforama s'attaque d'abord à son service après-vente (environ 200 postes supprimés).</p>
<p>La filiale française de l'électricien allemand Eon entend supprimer 215 postes d'ici à 2015 dans ses quatre centrales à charbon hexagonales.<br class='autobr' />
Chez Areva, 200 à 250 départs « naturels » ne seront pas remplacés.<br class='autobr' />
Rio Tinto (groupe minier) s'interroge sur le site de Saint-Jean-de-Maurienne en Savoie (600 salariés).</p>
<p>Le Crédit Agricole doit supprimer 850 postes en France, BNP Paribas 373 et la Société Générale 880.</p>
<p>Dexia va supprimer 312 postes sur les 1 100 qu'elle compte en France, dans le cadre de sa restructuration.</p>
<p>Le Banque de France prévoit entre 1 700 et 2 100 suppressions de postes d'ici à 2020.</p>
<p> Le groupe immobilier et de loisirs Pierre et Vacances a annoncé, jeudi, un plan social concernant 195 personnes en France et en Europe. Il portera sur des départs volontaires et des reclassements externes.</p>
<p>Etc, etc….</p>
<p>Tout cela se rajoute aux 8000 postes supprimés de PSA et aux 4000 postes supprimés en externe toujours du fait de PSA…</p>
<p>Les centrales syndicales savaient parfaitement que le plan de vague de licenciements était en préparation bien avant l'élection présidentielle et elles ont choisi de la taire. La meilleure preuve c'est que nous l'avions écrit publiquement à l'époque. <a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?article2195">Voir ici</a></p>
<p>Aujourd'hui, elles se préparent à une retraite face aux patrons et au gouvernement en acceptant de discutant de reculs sociaux d'ampleur. Le simple fait d'en discuter est déjà battre en retraite.</p>
<p>Exigeons que les centrales syndicales se retirent des négociations patronat/gouvernement/syndicats qui discutent ouvertement dans le but de casser les contrats CDI sous le prétexte de défendre la pérennité des emplois en améliorant disent-ils la compétitivité des entreprises.</p>
<p>Y aurait-il moyen que ces licenciements qui sont un véritable plan d'ensemble du patronat français contre les salariés ne soient pas l'occasion de luttes dispersées ?</p>
<p>Ce n'est nullement la préoccupation des centrales syndicales.</p>
<p>Il était possible que quelques militants d'extrême gauche partant d'une lutte comme celle de PSA Aulnay popularisent l'idée d'aller de boite en boite pour lier les luttes entre elles.</p>
<p>Ce n'est nullement ainsi que les dirigeants syndicalistes qui se prétendent d'extrême gauche l'ont conçu à PSA Aulnay, même s'ils appartiennent effectivement à des groupes dits d'extrême gauche…<br class='autobr' />
Cependant, tout ce que l'on a cité n'est que la première vague, ce que les patrons ont voulu et que le gouvernement a autorisé. Il s'agit d'agir politiquement, de manière qu'il n'y ait aucune explosion sociale d'ampleur, aucun risque de débordement.</p>
<p>Les centrales syndicales seront jusqu'au bout liées par des négocations pour que tout passe en douceur.</p>
<p>Et alors… si ça marche… ce sera la vraie déferlante des suppressions massives d'emplois en France. Tous les départs volontaires seront suivis de plans sociaux et tous les trusts qui n'auront pas encore licencié massivement comme Renault s'y mettront. PSA complètera se plan de licenciements par les salariés des autres sites et par les salariés prêtés.</p>
<p>On n'arrêtera pas les plans de licenciements en n'y résistant pas !</p>
<p>On n'arrêtera pas l'austérité en y cédant.</p>
<p>Il n'y a pas d'accord à trouver, pas de négociation permettant de limiter la casse, pas d'arrangement sur les sacrifices, pas de plans permettant de « sauver les emplois ».</p>
<p>C'est la lutte au couteau que les patrons ont entamé et tant que nous travailleurs ne seront pas convaincus qu'il faut sortir de notre silence, de notre quant à soi, de notre réserve, tant que nous ne sous déciderons pas de nous assembler massivement, partout dans les entreprises, même celles qui ne sont pas encore officiellement menacées, eh bien ce seront nos emplois qui seront découpés progressivement au couteau…</p>
<p>Attendre ne sert à rien qu'à nous casser le moral comme l'ont bien montré les salariés de PSA.</p>
<p>Il est frappant qu'avec 8000 + 4000 suppressions d'emplois, les sites ne soient toujours pas en grève et toujours pas occupés !!!<br class='autobr' /> Contre les licenciements, contre la destruction de toute la société, ne perdons pas nos forces en les dispersant ! Ne nous battons pas séparément secteur par secteur, entreprise par entreprise, par catégorie. Ne les laissons pas saucissonner nos luttes et découper nos forces !</p>
<p>Comment faire face à la vague de licenciements et de fermetures d'entreprises qui frappe aujourd'hui des dizaines et centaines de milliers de salariés et demain chacun de nous ? Discutons-en pour nous armer dans un combat qui nécessite de nous unir dans la lutte.</p>
<p>Ce n'est pas une difficulté passagère. Ce n'est pas une conjoncture mauvaise provisoirement à laquelle nous allons faire face. Nous sommes en face d'une attaque générale, tous domaines confondus, privé et public, de la téléphonie à l'automobile et de la métallurgie au bâtiment. Salariés et chômeurs, hommes et femmes, jeunes et vieux, français et immigrés, avec ou sans papiers, c'est le même combat !</p>
<p>On cherche à nous amuser avec de faux objectifs du genre négocier les départs alors que les indemnités ne peuvent pas suffire puisqu'il n'y a aucun travail dehors et qu'il n'y en aura aucun. On nous amuse aussi avec des prétendues recherches de repreneurs.</p>
<p>On essaie aussi de détourner notre colère en prétendant que c'est la faute aux salariés chinois, brésiliens et indiens qui accepteraient des conditions de travail très inférieures aux nôtres, et nous enlèveraient ainsi nos emplois. C'est faux, dans ces pays, les luttes sont en pleine croissance et cela impose aussi des salaires en hausse et pas en baisse. Et d'ailleurs, leurs économies commencent elles aussi à décroitre.</p>
<p>Les patrons aimeraient bien détourner notre colère contre les étrangers, contre les Roumains, contre les Chinois, contre les immigrés, afin que la colère sociale qui ne manquera pas d'exploser tourne au fascisme ! Ne nous laissons pas tromper !</p>
<p>Si le capitalisme s'est effondré en 2007, c'est aux USA qu'il a commencé à le faire et ce n'est ni à cause des Roms, ni des sans papiers, ni de la concurrence des travailleurs chinois qui sont nos frères de combat.</p>
<p>C'est la même attaque partout dans le monde et la classe des travailleurs est la même classe.</p>
<p>La conscience de nos intérêts de classe, c'est le meilleur moyen de nous défendre contre les licenciements. Ce n'est pas en expliquant au patron qu'on peut trouver moyen qu'il nous surexploite encore qu'on va gagner. Les accords compétitivité et autres aggravations de la flexibilité ne retarderont même pas les licenciements.</p>
<p>C'est au contraire en s'en prenant directement aux intérêts du capital que l'on peut transformer notre action défensive en offensive et les faire reculer.</p>
<p>Il ne faut pas craindre de refuser toute solidarité à l'Etat bourgeois qui nous demande des sacrifices, qui nous demande de prendre sur nous ses dettes, qui nous demande d'accepter une dégradation négociée de nos droits, de nos contrats, de nos conditions de travail sous prétexte de « défense des emplois ». N'acceptons pas le nationalisme au nom duquel on nous propose de nous solidariser avec les patrons et les trusts qui nous enlèvent nos emplois. Aucune solidarité avec les capitalistes nationaux, avec l'Etat national qui ne défendent que les intérêts des classes dirigeantes à nos dépens.</p>
<p>Il ne faut pas craindre d'occuper les usines, de déclarer que toute entreprise qui licencie est réquisitionnée par ses salariés, que toute banque qui licencie doit voir ses épargnants retirer leurs épargnes massivement, que le capital qui spécule contre l'ensemble de la vie sociale est un ennemi mortel. Licencier, jeter à la rue, enlever le droit à la santé, enlever le toit de quelqu'un doit être traité pour ce que c'est : comme un crime social méritant châtiment.</p>
<p>Et il doit être clair que les travailleurs n'attendent d'aucun gouvernement bourgeois la satisfaction de leurs aspirations mais ne comptent que sur eux-mêmes !</p>
<p>Assez des négociations pour faire reculer nos conditions de travail, assez des blablas mensongers qui ne défendent nullement nos emplois, assez des mensonges des politiciens et des dirigeants syndicaux !</p>
<p>Menons nous-mêmes nos luttes ! Organisons-les à la base par nos comités d'action, nos conseils de travailleurs, nos comités de grève et de lutte. Coordonnons-les ! Elisons nos délégués de lutte et réunissons-les au niveau régional et national pour avancer notre programme de revendication et d'action !</p>
<p>L'avenir est à nous pour peu que nous cessions d'avoir peur et que nous décidions que notre colère doit faire changer la peur de camp ! Il faut que les licencieurs claquent des dents, que les spéculateurs se terrent, que les trompeurs craignent les masses populaires. Et cela n'a rien d'irréaliste ! A condition de cesser de nous défendre entreprise par entreprise et de ne plus attendre d'être sacrifiés pour nous réveiller !</p>
<p>Si la classe ouvrière cesse de ronger son frein et de se stresser inutilement, elle redevient une force redoutable que les patrons devront respecter et qui n'a pas pour avenir de sombrer avec le monde capitaliste en déclin.</p>
<p>Les capitalistes et Etats à leur service ne nous frapperont que tant que nous les laisserons faire !</p>
<p>Dès qu'ils verront que nous nous attaquons au capital, que nous ne cherchons plus des arrangements foireux, que nous ne marchons plus dans leurs tromperies de prétendus sauvetage des entreprises, des emplois, des économies, ils commenceront par reculer comme le font les exploiteurs d'Afrique du sud devant le mouvement de grève qui s'étend, qui refuse les dirigeants réformistes, qui ne craint pas de s'en prendre à la propriété privée des capitalistes.</p>
<p>S'ils coulent nos emplois et nos existences, coulons leur capital, saisissons leurs entreprises et faisons les fonctionner à notre profit, contestons leur propriété des moyens de production !</p>
<p> Réunissons-nous pour en débattre, pour discuter des causes de la crise du système et des manières d'y faire face, pour mettre en place notre mode d'organisation et la manière de passer de la défensive à l'offensive, de la défense des emplois à l'expropriation des capitalistes, de l'organisation des travailleurs pour combattre les attaques à leur organisation pour préparer un nouvel avenir face à un système capitaliste qui n'a plus aucun avenir…</p></div>
Bulletin La Voix des Travailleurs de Renault CTR (Rueil)
http://www.matierevolution.org/spip.php?article2684
http://www.matierevolution.org/spip.php?article26842012-10-05T02:37:00Ztext/htmlfrRobert ParisRenaultPeugeot
<p>Bulletin La Voix des Travailleurs de Renault CTR (Rueil) <br class='autobr' />
Après Peugeot, c'est Renault, après Varin c'est Ghosn qui menace les emplois des salariés ! Au salon de l'automobile, les patrons des trusts ont dévoilé leurs batteries et ce sont des batteries de tir contre nos emplois. Comme PSA, General Motors et Ford, Renault licenciera et fermera des sites. Le discours mensonger selon lequel la situation de Peugeot est particulière ne durera que le temps d'en finir avec la réaction des salariés (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot225" rel="tag">Renault</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot243" rel="tag">Peugeot</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip"><a href="http://www.google.fr/search?hl=fr&q=la+voix+des+travailleurs+de+renault+ctr+rueil+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&btnG=Recherche&meta=" class="spip_out" rel="external">Bulletin La Voix des Travailleurs de Renault CTR (Rueil)</a></h2><h2 class="spip">Après Peugeot, c'est Renault, après Varin c'est Ghosn qui menace les emplois des salariés !</h2>
<p> <br class='autobr' /> Au salon de l'automobile, les patrons des trusts ont dévoilé leurs batteries et ce sont des batteries de tir contre nos emplois. Comme PSA, General Motors et Ford, Renault licenciera et fermera des sites. Le discours mensonger selon lequel la situation de Peugeot est particulière ne durera que le temps d'en finir avec la réaction des salariés de PSA afin d'éviter une jonction des luttes. <br class='autobr' />
C'est en effet l'ensemble du patronat qui mène l'offensive par une vague de suppressions d'emplois d'une ampleur jamais connue. Et, si cette première vague passe, il y a un nombre encore plus grand d'entreprises qui s'apprête à licencier et fermer des usines. Même les entreprises qui en auront pratiqué, ne s'arrêteront pas en si bon chemin.</p>
<p>Ce n'est pas des suppressions d'emplois à motif conjoncturel comme on en a connues dans le passé. Ce n'est pas des suppressions d'emplois d'un secteur économique particulier momentanément sinistré ou battu par la concurrence. Non, c'est une vague massive de désinvestissements de tous les capitalistes qui n'est limitée que par la nécessité de ne pas susciter une réaction convergente des travailleurs de tous les secteurs et de tous les sites.</p>
<p>Plus les travailleurs qui seront les premiers attaqués unifieront leurs luttes par delà les sites, les professions et les secteurs, plus le patronat y regardera à deux fois d'étendre les suppressions d'emplois.</p>
<p>Le capitalisme n'est plus synonyme de développement des entreprises, de multiplication des investissements productifs et donc d'augmentation des emplois. C'est une tendance de fond et pas un phénomène conjoncturel. Il est donc nécessaire que nous prenions en compte ce changement et cessions de croire que c'est tel ou tel patron qui nous attaque sauvagement alors que c'est toute la classe capitaliste.</p>
<p> Le directeur général de Renault, Carlos Ghosn, a averti vendredi que Renault risquait de disparaître "sous sa forme actuelle" et il a ajouté qu'il prévoyait des suppressions d'emplois en France, mais pas à ce stade. C'est ce qu'on peut appeler une préparation des esprits. Renault se joindra donc à toute la liste des trusts qui licencient mais pas immédiatement pour éviter une jonction des salariés dans la lutte.</p>
<p>Loin de préparer cette lutte d'ensemble, les syndicats ne luttent que site par site.</p>
<p> Grâce à Hollande et aux centrales syndicales, loin d'être une lutte d'ensemble qui se profile, c'est une trahison des syndicats qui acceptent de négocier des reculs de grande ampleur. Loin de refuser les chantages patronaux, ils se jettent sur les négociations comme sur du bon pain.</p>
<p> Au Salon de l'Automobile, Carlos Ghosn a appuyé la politique de Varin à PSA et affirmé que Renault était tout aussi concerné par des risques de licenciements et il a estimé qu'une baisse des capacités de production était « inéluctable ». « Un constructeur ne peut pas continuer à maintenir un outil de production pour lequel il n'y a pas de demande ». « Nous avons un problème de coût du travail et nous avons besoin de flexibiliser le travail », poursuit-il.</p>
<p> « Aujourd'hui, le principal sujet de Renault, notre urgence même, c'est notre compétitivité en France (qui) est un sujet de survie », estime-t-il. « Aucun constructeur n'échappera au renforcement de sa compétitivité dans son pays d'origine », ajoute-t-il. Tout cela est faux : ces sacrifices exigés des salariés ne servent pas à empêcher mais à justifier les licenciements comme on l'a vu à PSA.</p>
<p> "Nous discutons actuellement avec les syndicats et nous leur expliquons nos difficultés de compétitivité". Le patron de Renault est très clair : les ajustements conjoncturels (chômage partiel, réductions de coûts) ne sont plus suffisants. C'est du chantage en réalité. Ghosn demande tant à l'État - son premier actionnaire avec 15 % du capital - qu'aux « partenaires sociaux » de faire des efforts pour augmenter les profits. Il en va selon lui de la « survie » de l'entreprise, dont la situation financière n'est cependant pas « préoccupante » actuellement, contrairement à celle de PSA. Auprès du gouvernement, il martèle la nécessité de réduire les charges qui pèsent sur le travail. Avec les syndicats, il souhaite négocier une plus grande flexibilité.</p>
<p> Cette démarche est proche de celle adoptée par PSA à Sevelnord où un accord de « compétitivité », ratifié par trois syndicats sur quatre, prévoit un gel des salaires sur deux ans et une gestion plus flexible du travail. Et sans nullement garantir les emplois à Sevelnord à l'avenir…</p>
<p> "Si quelqu'un commence à restructurer, cela obligera tout le monde à suivre." Cette petite phrase de Carlos Ghosn, le 6 mars 2012, signifiait : si on laisse les patrons licencier à Peugeot, ils le feront partout !</p>
<p>Alors battons-nous ensemble de Renault à PSA, General Motors, Ford et aussi Sanofi, Doux, Hewlett-Packard, Bouygues, les postiers, les hospitaliers, les cheminots ! Cette lutte, ce ne sont pas les centrales syndicales, engluées dans leur collaboration, qui vont la mener à notre place !</p>
<p><strong>Allons-nous laisser Renault fermer Rueil ?</strong></p>
<p> Les informations alarmistes sur la pérennité du site du CTR se multiplient. Après les forages dans le sol, les annonces de la mairie selon lesquelles le site servirait à la mise en place d'une gare de tramways sur Rueil, le déménagement qui se poursuite entre les bâtiments B et les A, il y a maintenant le départ de Prost qui serait « sauvé », dégagé de ses engagements sur la fermeture en étant envoyé à Tanger pendant qu'on nous envoie le responsable espagnol qui avait déjà fait éclater les Etudes en Espagne et vient ici les faire éclater en France. Et nous, on décide de nous réunir, de discuter, de nous informer mutuellement, de nous préparer à riposter ? Ou bien on considère que la direction a droit de vie ou de mort sur nos emplois, nos revenus, nos vies ? Car, cette fois-ci rien ne prouve qu'il s'agisse simplement d'un déménagement ! Cela pourrait très bien être une fermeture du même type que celle de PSA à Aulnay. Surtout si on reste bouches closes et fatalistes !!</p>
<p><a href="http://www.lepoint.fr/villes/rueil-malmaison-en-2025-17-03-2011-1313578_27.php" class="spip_out" rel="external">Lire ici "Dans le village du mont Valérien, le départ de Renault va libérer une zone de 11 hectares sur laquelle nous édifierons un écoquartier. Je lancerai un appel d'offres international pour que les plus grands architectes nous fassent des propositions."</a></p>
<p><a href="https://docs.google.com/viewer?a=v&q=cache:vntdR_qdRZkJ:www.debatpublic-reseau-grandparis.org/site/DEBATPUBLIC_GRANDPARIS_ORG/_SCRIPT/NTSP_DOCUMENT_FILE_DOWNLOAD237A.PDF%3Fdocument_id%3D448%26document_file_id%3D453+&hl=fr&gl=fr&pid=bl&srcid=ADGEESiTqrD6jDsQOY-bHXcArniEp5OG9XRTRGs5MyY5TBdhWxM6WlEbc3FP79Jz83oEZDNVlTBWyl0oDfJf04Ql4dM49TicQtrFq5vMx4eqZ0BQlptH1s_MaZicHqcAh67SHo15xHZr&sig=AHIEtbScmKSfzPwIz5RIx7l_0Uvs7Lhz_w" class="spip_out" rel="external">Lire ici sur le départ de Renault du Plateau</a></p>
<p><a href="https://docs.google.com/viewer?a=v&q=cache:nNauveNlOWgJ:www.mairie-rueilmalmaison.fr/pdfs/rueil_infos/ri283.pdf+&hl=fr&gl=fr&pid=bl&srcid=ADGEESh_sYsJu094JX6etx_6UAkTfPdZ2mmA8pPwwccTQ-V6tF73h7fOAiiS3n44372ErrA1jnyomq6ygMjesKn4Lf_X0NmfpdPjuMw1tvA4AfQFIdVDyBJRgc-VmpoYrERduaEBWDBj&sig=AHIEtbSzyYrvzDc1XgM0ySZJwMupQVeZjA" class="spip_out" rel="external">Lire sur le projet de gare à la place du CTR</a></p>
<p><strong>Salariés de Renault et PSA, dans la même galère</strong></p>
<p> Pour les salariés de PSA, les illusions tombent. Les mensonges de la direction ne font plus recette. Ceux du gouvernement de gauche non plus. Restent ceux des dirigeants syndicaux. Ils ont prétendu qu'il ne fallait pas mener d'action « à chaud » lors de l'annonce des suppressions massives d'emplois dans tous les sites PSA et de la fermeture d'Aulnay. Eh bien, après la rentrée, il n'y a toujours aucune grève avec occupation des salariés, seul moyen pourtant d'entrer véritablement dans la lutte contre les licenciements. Ce n'est pas les négociations autour du tapis vert avec patronat, syndicat et gouvernement qui vont faire reculer les plans antisociaux et pas non plus les gentillettes « actions » aux péages d'autoroute et promenades de protestation dans les rues.</p>
<p> Il faut que cela coûte plus aux patrons de licencier que de ne pas le faire, sinon on ne les fera pas reculer. Il faut qu'ils craignent de voir les salariés de PSA débouler dans toutes les entreprises à commencer par celles qui font des plans sociaux comme Sanofi, Air France, ArcelorMittal, Bouygues, Renault-Flins, Doux, etc… Il faut construire une vague de lutte. Ce sont alors les autres patrons qui diront à PSA de reculer. Mais cette offensive des salariés, ce ne sont pas les centrales syndicales qui l'organiseront. La CGT d'Aulnay apparaît à certains comme plus radicale puisque son leader parlait d'« être le cauchemar du patron » et de « guerre », mais, en réalité, c'est la CGT qui a milité contre une action gréviste avant les vacances et démobilisé ainsi les salariés réduits aux « opérations autoroute » ou salon de l'Automobile. </p>
<p><strong>Le prétexte : les baisses des ventes</strong></p>
<p> Le dirigeant a averti jeudi que Renault risquait de manquer son objectif d'une hausse de ses ventes mondiales cette année en raison de la dégradation continue des marchés européens. Mais ces baisses, ils les avaient déjà programmées eux-mêmes en se désinvestissant de la production puisque les « aides » à la vente ne pouvaient que produire ensuite un gros trou !</p>
<p> « Notre free cash flow (flux de trésorerie après financement des investissements), qui dépend de Renault, est positif. Je réaffirme qu'il sera positif sur l'année 2012". "Notre situation financière n'est pas préoccupante ». Renault a annoncé des bénéfices en hausse tout en vendant moins de voitures dans le monde. Cela s'appelle spéculation et désinvestissement productif. Le résultat net, c'est à dire le bénéfice, du groupe Renault, avec ses trois marques, s'est élevé à 786 millions d'euros pour le premier semestre 2012. Tels sont les chiffres de Renault le 27 juillet 2012.</p>
<p> En effet, le profit issu de la banque RCI s'est élevé à 395 millions d'euros sur les 786 millions ! Renault ne cherche pas à vendre plus de voiture ! C'est devenu une banque !!! Il tient à garder son cash flow pour spéculer avec car cela rapporte bien plus et plus vite !!!</p>
<p><strong>Renault va licencier si on le laisse faire</strong></p>
<p> « La direction du groupe a testé dernièrement avec le gouvernement des hypothèses de réduction d'effectifs. » a dit un responsable de Renault à la presse. « Renault n'exclut pas la fermeture d'usines en raison de la morosité du marché automobile en Europe », déclare Carlos Tavares, dans un entretien au journal allemand Automobilwoche. <br class='autobr' /> Renault peut-il disparaître ? "Sous sa forme actuelle, oui !", estime Ghosn qui était ce vendredi l'invité de RTL. Lui, qui avait déjà été jeudi très alarmiste sur le marché de l'automobile et la compétitivité française en a donc remis une couche ce vendredi, en appelant de nouveau les pouvoirs publics à améliorer l'environnement économique de ses usines françaises. "Je ne connais aucune entreprise qui soit viable, qui puisse prospérer à partir d'une base qui ne soit pas compétitive." La veille, dans Le Figaro, Carlos Ghosn avait déjà qualifié l'amélioration de la compétitivité de la France de "sujet de survie" pour Renault. La « survie » de nos emplois ne dépend pas de ce pantin mais de nos luttes !</p>
<p><strong>Négociations dans notre dos</strong></p>
<p> Les syndicats négocient avec la direction de Renault et ils discutent de nous enlever des avantages. Allons-nous laisser des syndicats qui prétendent nous représenter signer des accords qui remettent en cause nos salaires, nos conditions de travail et nos contrats, sous le prétexte de préserver les emplois, quitte ensuite à se plaindre amèrement qu'ils ont été trompés par le patron ! Toute collaboration de classe n'est désormais qu'une trahison pure et simple des intérêts des travailleurs.</p></div>
Qui va bloquer la montée inexorable du chômage et des licenciements ?
http://www.matierevolution.org/spip.php?article2664
http://www.matierevolution.org/spip.php?article26642012-10-01T02:10:00Ztext/htmlfrRobert ParisCrise CrisisSyndicalism - le syndicalismeLicenciementsPeugeot
<p>Qui va bloquer la montée inexorable du chômage et des licenciements ? <br class='autobr' />
On nous annonce que le chômage en France a atteint trois millions de chômeurs alors que le chiffre réel est entre cinq et six millions. Toujours les mêmes jeux avec les chiffres. Et toujours les mêmes mensonges. On nous dit que, pour diminuer le chômage, il faudra que les salariés acceptent de travailler plus ! Comme si ceux qui travaillent abattent plus de boulot, cela va en donner à ceux qui n'ont pas d'emploi ! Comme (…)</p>
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<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Qui va bloquer la montée inexorable du chômage et des licenciements ?</h2>
<p>On nous annonce que le chômage en France a atteint trois millions de chômeurs alors que le chiffre réel est entre cinq et six millions. Toujours les mêmes jeux avec les chiffres. Et toujours les mêmes mensonges. On nous dit que, pour diminuer le chômage, il faudra que les salariés acceptent de travailler plus ! Comme si ceux qui travaillent abattent plus de boulot, cela va en donner à ceux qui n'ont pas d'emploi ! Comme si la seule question était de concurrencer des pays où les salariés se serreraient plus la ceinture ! Comme s'il fallait concurrencer la misère des campagnes chinoises et des camps de concentration de Chine ! Et d'ailleurs, la croissance chinoise décline et n'est plus soutenue, là bas aussi et jusqu'à quand, que par les commandes d'Etat. Comme si la chute mondiale du capitalisme n'était qu'un renforcement de la lutte entre des pays et des régions concurrentes !</p>
<p>On nous dit qu'il n'est plus possible à l'Etat d'embaucher des fonctionnaires pour cause de déficit des comptes publics d'où une précarisation en cours de tous les emplois publics.</p>
<p>Toutes les annonces soi-disant pour "sauver l'emploi" ne sont là que pour le précariser. "Tout va être fait pour l'emploi, dans ce moment difficile pour l'économie française. Il n'y a qu'une priorité, c'est l'emploi : ça commence avec les emplois d'avenir, ça va continuer avec les contrats de génération, ça va se prolonger avec la négociation sur la sécurisation des parcours professionnels", a détaillé le chef de l'Etat à l'issue d'une visite à l'usine d'embouteillage d'Evian (groupe Danone). Emploi d'avenir, contrats de génération et parcours professionnels, voilà de doux noms de la précarité généralisée...</p>
<p>On nous dit qu'il faut accepter que notre emploi, que nos revenus soient plus flexibles si on veut les conserver ! C'est-à-dire que pour éviter de perdre nos emplois, il faudrait autoriser davantage les patrons de nous faire perdre … nos emplois et nos revenus, de nous place en temps partiel, en reconversion et autres formes de licenciements déguisés…</p>
<p> Plus on cède à ces gens-là et plus ils développent leurs chantages.<br class='autobr' />
A peine, il semble à Varin, PDG de Peugeot qu'il est en train de réussir ses licenciements et sa fermeture du site d'Aulnay qu'il rebondit et lance des déclarations depuis le salon de l'Automobile, annonçant que les autres trusts automobiles vont eux aussi pratiquer des licenciements. Même si Renault se garde de se lancer tant que la question n'est pas réglée à PSA, son PDG Ghosn reconnaît qu'il va s'attaquer aux salariés, qu'il va lui aussi chantager le gouvernement pour en obtenir des soutiens financiers et faire signer aux syndicats, sous menaces de suppressions massives d'emplois et de fermetures d'usines, des accords qui s'attaquent aux salaires, aux emplois, aux conditions de travail.</p>
<p>Et tout cela n'empêche pas les dits syndicats, locaux comme nationaux, de s'empresser aux dites « négociations ».</p>
<p>Pourquoi appeler négociations des agressions et des chantages ? Pourquoi accepter d'y participer ? Pourquoi signer des accords comme celui accepté par nombre de syndicats au site PSA de Sévelnord ? Pourtant on sait bien que céder aux maêtres chanteurs, c'est aller au devant de nouveaux chantages ! On n'a que trop bien vu comment à chaque fois que la Grèce populaire a été contrainte de céder à un plan d'austérité, immédiatement un nouveau plan a été mis en place et cela sans fin !</p>
<p>La société dans laquelle nous avons longtemps vécu et où nous pensions tous vivre encore de longues années va droit dans le mur et nous convie à être les victimes consentantes d'un crash géant social et humain. Nous en avons un petit avant-goût avec l'effondrement du nombre d'emplois dans le monde, avec le chômage et la misère de masse, avec la destruction du tissu social et des services publics, et de nombre de fonctionnements qui nous semblaient immuables dans toute société moderne comme la Santé, l'Education, la Sécurité, les Transports ou l'Energie.</p>
<p>Ce n'est pas juste un petit moment à passer. Ce n'est pas juste quelques sacrifices momentanés pour mieux rebondir. Ce n'est pas un trou d'air passager ni une crise localisée dans le temps et dans l'espace.</p>
<p>C'est un krach de grande ampleur que l'on ne peut combattre sans s'attaquer aux fondements même du monde capitaliste, la loi du profit et la propriété privée des moyens de production eux-mêmes, ainsi que le pouvoir de la classe capitaliste au travers des Etats et de leur arsenal de mort, armée, police, justice, prisons, assemblées et autres armadas administratives.</p>
<p>L'Etat capitaliste n'existe pas pour résoudre les problèmes des travailleurs et les patrons n'ont jamais rien donné aux salariés suite à des négociations, contrairement à ce que les dirigeants syndicaux feignent de croire en participant aux négociations avec le patronat et l'Etat. Ils essaient de faire croire qu'avec un peu de pression, on va pouvoir limiter la casse, faire en sorte que les salariés s'en sortent un peu moins mal dans la catastrophe qui les frappe. C'est du bluff.</p>
<p>Le meilleur moyen que les salariés s'en sortent moins mal, c'est de refuser de collaborer, de refuser de négocier et de s'organiser pour menacer dans toutes leurs affaires l'ensemble des patrons. Une seule entreprise ne le peut pas ? Les salariés d'Aulnay ne peuvent pas attendre que l'ensemble des salariés se mobilisent ? Ils peuvent tout à fait étendre leur lutte, étendre le mode d'organisation des comités et, tout au moins, le populariser. Ils peuvent rendre public leur manière de concevoir le but : une lutte d'ensemble sur des bases de classe. Ils peuvent proposer, par-dessus la tête des directions syndicales, aux travailleurs de constituer des comités et se fédérer avec eux. Ils peuvent ensemble bloquer les intérêts des capitalistes, à commencer par ceux de Peugeot mais s'en arrêter à ceux-là. La seule pression sur le patron de Peugeot ne pourra pas venir du gouvernement. Par contre, elle peut venir des autres patrons s'ils estiment que les salariés d'Aulnay sont en train de mettre le feu aux poudres dans toute la classe ouvrière. Dans le cas inverse, si, en suivant les syndicats, les ouvriers d'Aulnay se contentent d'une grève locale, d'actions « coup de poing », ce n'est pas les patrons mais les ouvriers qui finiront KO. Dans ce cas, contrairement au slogan vide de la CGT, Aulnay aura été le cauchemar des ouvriers et pas patrons !</p>
<p>Expliquer que les capitalistes pourraient très bien, dans la situation économique actuelle, agir selon la loi du profit et préserver les emplois, c'est aussi vrai que prétendre qu'on peut sauver les loups et les brebis !</p>
<p>Ce bluff repose sur des explications mensongères de la situation du système capitaliste. Par exemple, pour faire reculer les travailleurs de l'Automobile et les tromper, on met en avant la baisse des ventes de véhicules. Mais comment expliquer que tous les trusts pharmaceutiques désinvestissent alors que l'on n'a jamais vendu autant de médicaments ? Comment expliquer que tous les trusts de la téléphonie désinvestissent alors qu'il n'y a jamais eu autant de possesseurs de téléphones portables ?</p>
<p>Les prétendues explications de la crise que l'on entend sont seulement là pour justifier les aides financières de l'Etat aux capitalistes, comme le plan Automobile du gouvernement, soi disant là pour permettre à ces trusts de s'adapter aux nécessités du développement durable, aux efforts de la recherche, à l'écologie, au véhicule électrique en somme… Le capitalisme vert, décidément, est une sacrée arnaque ! Le présenter comme la solution pour sauver les emplois, c'est prétendre remplacer les transports en avion par des transports en ballon !</p>
<p>L'objectif de la lutte des travailleurs ne doit pas être d'offrir des solutions (ni économiques ni politiques) aux capitalistes ni à l'Etat capitaliste, mais de s'offrir à l'ensemble de la classe travailleuse de s'en prendre à la loi du profit, aux trusts, aux banques, aux financiers, aux bourses, à tout le système.</p>
<p>La lutte des classes, cela signifie que l'on rompt avec la déplorable habitude de laisser d'autres s'organiser mais pas la classe ouvrière, avec la déplorable habitude de se battre entreprise par entreprise, de se laisser diviser entre salariés du trust et des sous-traitants, entre niveaux hiérarchiques, entre corporations, entre CDI et CDD, entre en fixe et précaires, entre avec et sans papiers, entre salariés et chômeurs, entre privé et public, entre jeunes et vieux, entre hommes et femmes !</p>
<p>Cela signifie que, loin de suivre comme des moutons les centrales syndicales noyées jusqu'au cou depuis de longues années dans la collaboration de classe, on s'organise nous-mêmes pour s'en prendre aux profiteurs, qui que ce soit qui gouverne l'Etat capitaliste et nous conseille d'attendre et de nous calmer, d'être responsables au nom des intérêts de ceux qui ont encore un travail…</p>
<p>Refuser la loi du profit, c'est ne pas craindre de s'en prendre aux intérêts des capitalistes et de leur système. Le seul moyen de lutter contre le chômage, la msière de masse et les licenciements massifs qui nous menacent, c'est œil pour œil, dent pour dent, c'est l'action directe, c'est frapper direct au coffre-fort les intérêts des banquiers, des trusts, des bourses et des financiers… Il ne faut pas craindre de bloquer toutes les ventes, toute la production des trusts. Il ne faut pas craindre de couler les banques. Qui coule nos vies mérite de couler !</p>
<p>Les patrons comme Peugeot misent sur le fait que la classe ouvrière serait trop engluée dans de démocratisme politique (l'alternance droite-gauche pour exprimer le mécontentement) et le bureaucratisme syndical (la soumission à de faux avocats des ouvriers qui mènent à notre place et dans notre dos des négociations bidons) pour reprendre l'action directe des travailleurs. Tant que cela durera, les Peugeot, les Sanofi, les Bouygues pourront licencier massivement et tous les patrons, voyant que cela marche, les suivront…</p>
<p>Dès que nous cèsserons de marcher avec le système, les patrons commenceront par craindre la menace et suspendront le coup.</p>
<p>Ne craignons pas de nous faire craindre ! Ne craignons pas de nous unir aux autres salariés ! Ne nous enfermons pas dans un site, dans une entreprise, débordons des carcans que l'on veut nous imposer. Organisons nous nous-mêmes ! N'accrochons pas notre avenir au Titanic du système capitaliste que nous n'avons aucune raison de pleurer ni de chercher à sauver ! Voilà quelle est l'issue d'avenir et il n'y en a pas d'autre…</p>
<p>Certains syndicats ou groupes politiques essaient d'avancer l'idée d'exiger de l'Etat une loi interdisant les licenciements ou, au moins, certains types de licenciements. C'est illusoire et c'est tourner une fois encore l'attention vers l'Etat en lui décernant le rôle de tampon ou de sauveur dans la lutte des classes. Aucune loi d'aucun Etat bourgeois ne peut aller contre le fondement même de la bourgeoisie dans le monde actuel, c'est-à-dire la liberté des possesseurs de capitaux d'investir ces capitaux quand et comme cela leur chante. Prétendre le contraire, même en affirmant que cela pourrait être le résultat d'une lutte ouvrière, c'est détourner par avance cette lutte. Prétendre qu'une loi d'une société restant dans le cadre du capitalisme peut aller contre des fondements du système capitaliste, c'est encore une fois nous proposer de nous soulever en nous tirant par les cheveux ! Du moment qu'on laisse aux capitalistes le droit de disposer de l'Etat, de ses appareils de coercition armés, que l'on laisse quelques individus disposer de l'essentiel des capitaux, il est inutile de prétendre que l'on va « interdire les licenciements ». Pour interdire, il faut disposer d'une force organisée, d'un appareil structuré, de moyens de décider, d'imposer et de faire respecter ses décisions. Les travailleurs n'ont aucun mode d'organisation actuellement qui leur soit propre. Interdire les licenciements ne doit jamais être un slogan séparé de celui des comités de travailleurs fédérés et structurés indépendamment de l'Etat et de la bourgeoisie, indépendamment aussi de quiconque collabore avec les précédents, notamment les centrales syndicales.</p>
<p>Tant que les travailleurs ne sont pas conscients que le système est leur ennemi mortel, que l'Etat n'est en rien celui des citoyens, que ceux qui collaborent avec les premiers sont des trompeurs dangereux, que les travailleurs doivent absolument s'organiser pour se faire craindre, on ne peut pas parler d'interdire les licenciements, ni de combattre aucun des coups que les classes dirigeantes nous préparent.</p></div>