<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.matierevolution.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
	<link>https://www.matierevolution.org/</link>
	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://www.matierevolution.org/spip.php?id_mot=281&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
		<url>http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-5aeb8-d0407.jpg?1777777246</url>
		<link>https://www.matierevolution.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;l&#233;ments du mat&#233;rialisme dialectique</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8829</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8829</guid>
		<dc:date>2026-02-10T23:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;l&#233;ments du mat&#233;rialisme dialectique &lt;br class='autobr' /&gt;
Le marxisme est la th&#233;orie scientifique du mouvement prol&#233;tarien r&#233;volutionnaire qui vise &#224; renverser le syst&#232;me capitaliste d&#233;pass&#233; et &#224; &#233;riger &#224; sa place un nouvel ordre socialiste. Le mat&#233;rialisme dialectique est le fondement philosophique du marxisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
La port&#233;e du mat&#233;rialisme dialectique &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; maintes reprises dans l'histoire du mouvement ouvrier, les porte-parole capitalistes ont cherch&#233; &#224; limiter les activit&#233;s des travailleurs dans des limites (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Chapter 10 : Natural and social dialectic - Dialectique naturelle et sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;l&#233;ments du mat&#233;rialisme dialectique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme est la th&#233;orie scientifique du mouvement prol&#233;tarien r&#233;volutionnaire qui vise &#224; renverser le syst&#232;me capitaliste d&#233;pass&#233; et &#224; &#233;riger &#224; sa place un nouvel ordre socialiste. Le mat&#233;rialisme dialectique est le fondement philosophique du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La port&#233;e du mat&#233;rialisme dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; maintes reprises dans l'histoire du mouvement ouvrier, les porte-parole capitalistes ont cherch&#233; &#224; limiter les activit&#233;s des travailleurs dans des limites &#233;troites. Il est conseill&#233; aux travailleurs de limiter leurs activit&#233;s &#224; une usine ou une industrie particuli&#232;re ou &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res d'un pays. Les organisations syndicales sont mises en garde contre l'entr&#233;e en politique et, une fois devenues une force ind&#233;pendante dans la vie politique, elles sont mises en garde contre la prise du pouvoir d'&#201;tat pour leur propre compte. Ces panneaux &#171; Interdit d'entrer &#187; sont install&#233;s dans un seul but : emp&#234;cher les travailleurs d'envahir ces quartiers privil&#233;gi&#233;s afin que les forces r&#233;actionnaires puissent jouir de leur possession incontest&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rencontrons un ph&#233;nom&#232;ne analogue dans la vie intellectuelle. Ici, les ennemis bourgeois purs et simples du marxisme s'efforcent d'enfermer la pens&#233;e socialiste r&#233;volutionnaire dans les limites les plus &#233;troites : le domaine de l'esprit humain. Le marxisme, affirment-ils, est faux ; le mat&#233;rialisme dialectique est une absurdit&#233; intellectuelle. Les r&#233;viseurs petits-bourgeois du marxisme, moins audacieux et moins coh&#233;rents dans leur opposition, cherchent &#224; circonscrire son application d'une autre mani&#232;re. Le marxisme, disent-ils, est &#224; moiti&#233; vrai, ou n'est vrai que pour la moiti&#233; du monde. Elle s'applique aux ph&#233;nom&#232;nes sociaux mais n'a aucun rapport avec les ph&#233;nom&#232;nes purement physiques. La th&#233;orie du mat&#233;rialisme dialectique est une relique de la religion ou de l'id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien. Les deux &#233;coles de critique, bourgeoise et petite-bourgeoise, s'accordent pour exclure le mat&#233;rialisme dialectique de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique n'admet pas de telles barri&#232;res dans son champ d'op&#233;rations. Il a un caract&#232;re universel. Il prend toute la r&#233;alit&#233; pour sa province. La dialectique mat&#233;rialiste s'applique &#224; tous les ph&#233;nom&#232;nes depuis les n&#233;buleuses les plus lointaines et les temps les plus recul&#233;s jusqu'aux sentiments les plus intimes et aux pens&#233;es les plus &#233;lev&#233;es de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire vise &#224; conqu&#233;rir la terre pour le socialisme, le mat&#233;rialisme dialectique, qui est l'expression philosophique de ce mouvement, cherche &#224; &#233;tendre son emprise sur tous les domaines du savoir, contestant le droit des id&#233;ologies rivales de les gouverner. Il s'agit d'une philosophie r&#233;volutionnaire militante, r&#233;solument critique, qui vise &#224; remodeler le vieux monde de pens&#233;e aussi radicalement que le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire aspire &#224; reconstruire l'ordre social existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; du marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme doit repousser toute tentative visant &#224; limiter la port&#233;e de son application car il s'agit d'une vision moniste de l'univers. Les philosophies dualistes et pluralistes divisent la r&#233;alit&#233; en cat&#233;gories d'&#234;tres radicalement diff&#233;rentes, absolument oppos&#233;es les unes aux autres. L'esprit est oppos&#233; &#224; la mati&#232;re ; l'individu contre la soci&#233;t&#233;, la soci&#233;t&#233; contre la nature. Les th&#233;ories bas&#233;es sur la disjonction et l'opposition absolues des divers aspects de la r&#233;alit&#233; souffrent de contradictions incurables. La d&#233;sunion inh&#233;rente &#224; leurs conceptions du monde ne peut &#234;tre surmont&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique consid&#232;re cependant la r&#233;alit&#233; comme un processus historique unique de d&#233;veloppement mat&#233;riel. Ce processus est unifi&#233; par sa constitution mat&#233;rielle et ses connexions. En m&#234;me temps, cet univers mat&#233;riel s'est diversifi&#233; quantitativement et qualitativement au cours de son &#233;volution, de sorte que les segments et aspects individuels peuvent &#234;tre distingu&#233;s et trait&#233;s comme des unit&#233;s distinctes. Mais aussi isol&#233;es qu'elles soient, ces subdivisions de l'existence continuent d'entretenir des relations essentielles entre elles et avec le processus historique dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, le mat&#233;rialisme dialectique ne peut reconna&#238;tre aucun clivage absolu entre les parties composantes de l'univers. La nature, la soci&#233;t&#233; et l'esprit humain sont trois cr&#233;ations et constituants qualitativement diff&#233;rents mais organiquement li&#233;s d'un m&#234;me processus historique. La nature est le produit principal de l'&#233;volution mat&#233;rielle ; la soci&#233;t&#233; s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; partir de la nature et la conscience &#224; partir de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du mat&#233;rialisme dialectique pr&#233;sente la m&#234;me unit&#233; int&#233;rieure, les m&#234;mes interconnexions organiques et le m&#234;me caract&#232;re syst&#233;matique que les diverses subdivisions de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle qu'elle repr&#233;sente dans la pens&#233;e. Ses id&#233;es sont issues d'une &#233;tude approfondie des processus et relations naturels, sociaux et intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conceptions fondamentales du mat&#233;rialisme dialectique ont en premier lieu &#233;t&#233; tir&#233;es de la nature, et non impos&#233;es arbitrairement, comme le pr&#233;tendent des critiques malveillants. Ils ont &#233;t&#233; extraits de la nature selon les meilleures m&#233;thodes de pens&#233;e scientifique et mod&#232;les de pratique scientifique. Ces id&#233;es refl&#232;tent des processus, des forces et des relations qui existent r&#233;ellement et op&#232;rent dans la r&#233;alit&#233; objective avant d'avoir &#233;t&#233; formul&#233;es par la pens&#233;e dialectique, comme le radium est pr&#233;sent et actif dans le minerai de brai blende avant son extraction sous forme pure par fusion. Ces principes sont ensuite utilis&#233;s pour approfondir l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes naturels et pour le bien-&#234;tre humain, les rayons X &#233;tant utilis&#233;s &#224; des fins exp&#233;rimentales dans les laboratoires ou pour traiter certains types de maladies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'elle diff&#232;re du reste de la nature &#224; d'importants &#233;gards, la soci&#233;t&#233; humaine est une partie intrins&#232;que du monde mat&#233;riel, une extension et une prog&#233;niture de celui-ci. Le mat&#233;rialisme historique r&#233;sulte de l'application des lois du mat&#233;rialisme dialectique &#224; cette partie particuli&#232;re de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, la soci&#233;t&#233; humaine dans ses multiples processus de d&#233;veloppement. C'est une forme particuli&#232;re de la th&#233;orie plus g&#233;n&#233;rale, tout comme la soci&#233;t&#233; est une forme particuli&#232;re d'existence mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes lois g&#233;n&#233;rales qui r&#233;gissent les innombrables modes de mouvement et de transformation dans la nature s'appliquent &#233;galement &#224; cette partie du monde mat&#233;riel compos&#233;e d'&#234;tres humains associ&#233;s que nous appelons la soci&#233;t&#233;. Mais la soci&#233;t&#233; humaine poss&#232;de, outre les lois naturelles qu'elle partage avec d'autres formations mat&#233;rielles, ses propres lois particuli&#232;res de d&#233;veloppement, qui ont d&#251; &#234;tre d&#233;couvertes avant que l'humanit&#233; puisse acqu&#233;rir une connaissance scientifique de la soci&#233;t&#233;. Dans la th&#233;orie et la m&#233;thode du mat&#233;rialisme historique, Marx a donn&#233; pour la premi&#232;re fois au monde la cl&#233; de la compr&#233;hension des lois qui r&#233;gissent l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que chaque phase de l'&#233;volution de la nature, jusqu'&#224; son produit le plus &#233;lev&#233;, l'humanit&#233; associ&#233;e, a ses propres lois sp&#233;cifiques de d&#233;veloppement, de m&#234;me chaque &#233;tape de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; sur cette plan&#232;te a eu son propre type d'organisation mat&#233;rielle et ses lois sp&#233;ciales. de d&#233;veloppement. Le socialisme scientifique est le fruit de l'application du mat&#233;rialisme historique au capitalisme et de sa transition vers l'&#233;tape sup&#233;rieure suivante, l'organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;. Chacune de ces trois divisions du syst&#232;me marxiste refl&#232;te une part particuli&#232;re de la r&#233;alit&#233; dans son processus de r&#233;alisation historique. Le mat&#233;rialisme dialectique couvre l'univers dans son ensemble, le mat&#233;rialisme historique, la soci&#233;t&#233; humaine et le socialisme scientifique, la soci&#233;t&#233; humaine dans sa phase actuelle et prospective d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois parties de la th&#233;orie marxiste se d&#233;roulent l'une &#224; partir de l'autre, le sp&#233;cifique &#224; partir du g&#233;n&#233;ral, le concret &#224; partir de l'abstrait. Ils sont si organiquement li&#233;s qu'ils ne peuvent pas vraiment &#234;tre dissoci&#233;s, bien qu'ils puissent &#234;tre consid&#233;r&#233;s s&#233;par&#233;ment &#224; des fins de r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la nature et la soci&#233;t&#233;, la r&#233;alit&#233; poss&#232;de une troisi&#232;me dimension, la conscience humaine. La conscience na&#238;t dans l'esp&#232;ce humaine au seuil de son &#233;mergence de l'&#233;tat animal en tant qu'expression et expansion de la vie sociale. Les hommes ont commenc&#233; &#224; concevoir des id&#233;es sur leurs activit&#233;s et leur environnement en conjonction avec la production des moyens mat&#233;riels de leur existence sociale. Chaque &#233;tape ult&#233;rieure du d&#233;veloppement social a eu une organisation intellectuelle, des formes de conscience et des m&#233;thodes de pens&#233;e correspondant &#224; ses pouvoirs productifs et &#224; son niveau mat&#233;riel. Plus le niveau de d&#233;veloppement social est &#233;lev&#233;, plus grande est la compr&#233;hension de la r&#233;alit&#233; puisque chaque &#233;tape successive du progr&#232;s de la connaissance humaine se fonde sur les acquisitions mat&#233;rielles et intellectuelles de ses pr&#233;d&#233;cesseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que syst&#232;me scientifique du mouvement socialiste, tendance la plus avanc&#233;e du d&#233;veloppement historique, le marxisme a atteint de nouveaux sommets dans la compr&#233;hension des processus intellectuels ainsi que naturels et sociaux. Elle a cr&#233;&#233; une th&#233;orie particuli&#232;re sur la nature et les activit&#233;s de la vie mentale, sa propre m&#233;thode de pens&#233;e, sa logique individuelle. La m&#233;thode de pens&#233;e marxiste est la dialectique mat&#233;rialiste. La m&#233;thode dialectique de raisonnement sur la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle est la forme la plus &#233;lev&#233;e de pens&#233;e consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coh&#233;rence de la th&#233;orie marxiste est enracin&#233;e dans l'unit&#233; mat&#233;rielle du processus historique. Les lois g&#233;n&#233;rales du d&#233;veloppement de ce processus constituent le contenu de la dialectique mat&#233;rialiste. La dialectique mat&#233;rialiste n'est pas seulement un instrument d'analyse de la pens&#233;e mais aussi d'exploration en profondeur des ph&#233;nom&#232;nes sociaux et naturels. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, ses plus grandes r&#233;alisations ont &#233;t&#233; dans le domaine de la sociologie mais, correctement utilis&#233;e, la m&#233;thode mat&#233;rialiste dialectique peut &#234;tre d'une immense aide &#224; la recherche scientifique dans tous les domaines de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base mat&#233;rialiste du marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e marxiste est avant tout mat&#233;rialiste. Il con&#231;oit l'univers dans toutes ses manifestations comme &#233;tant constitu&#233; de mati&#232;re en mouvement. La mati&#232;re ne doit pas &#234;tre d&#233;crite comme inerte, sans caract&#232;re et plomb&#233;e, comme elle est souvent pr&#233;sent&#233;e &#224; tort par les opposants au mat&#233;rialisme. Au contraire, la substance mat&#233;rielle s'est av&#233;r&#233;e &#233;lectriquement &#233;nerg&#233;tique, infiniment plastique et, chez les &#234;tres organiques, elle peut m&#234;me devenir sensible, vivante et intelligente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re, au cours de son d&#233;veloppement, a rev&#234;tu les formes les plus diverses. Un rayon lumineux et un pou, un r&#234;ve et un syst&#232;me solaire sont autant de manifestations de l'existence mat&#233;rielle. Les modes de mouvement mat&#233;riel sont aussi infiniment vari&#233;s que ses formations r&#233;elles et potentielles. Le r&#233;seau de pulsations &#233;lectroniques dans le monde subatomique, la course des plan&#232;tes &#224; travers l'espace, les migrations d'animaux, les activit&#233;s de la soci&#233;t&#233; et les circuits complexes du syst&#232;me nerveux et du cerveau humain sont autant de combinaisons de mouvements mat&#233;riels dans un sens inf&#233;rieur ou sup&#233;rieur. degr&#233; de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propri&#233;t&#233;s de la mati&#232;re sont illimit&#233;es et de nouvelles apparaissent constamment. L'&#233;lectromagn&#233;tisme, qui est aujourd'hui consid&#233;r&#233; comme la forme fondamentale de l'&#233;nergie mat&#233;rielle et qui devient rapidement la principale force motrice de la technologie moderne, n'a &#233;t&#233; d&#233;couvert, &#233;tudi&#233; et mis en pratique qu'au cours du si&#232;cle dernier. De nombreux modes de son activit&#233; restent obscurs ou inconnus. Quels autres pouvoirs et propri&#233;t&#233;s la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle d&#233;tient en elle-m&#234;me, cach&#233;s &#224; notre perception, nous ne pouvons m&#234;me pas le deviner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde physique existait avant l'apparition de l'humanit&#233; ou de tout &#234;tre vivant sur cette terre. Il se maintient ind&#233;pendamment de l'existence, de la perception ou de la pens&#233;e de l'homme. Ni Dieu ni l'humanit&#233; n'ont cr&#233;&#233; le monde ; le monde a donn&#233; naissance &#224; l'homme et l'homme a cr&#233;&#233; l'id&#233;e de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie mat&#233;rialiste de la connaissance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme le pr&#233;tend le mat&#233;rialisme, tout dans l'univers est constitu&#233; de mati&#232;re en mouvement, alors l'esprit humain doit &#233;galement &#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne mat&#233;riel. Le mat&#233;rialisme dialectique ne recule pas devant cette conclusion mais l'adh&#232;re sans r&#233;serve. En accord avec la pratique de la science moderne, elle consid&#232;re l'esprit comme une excroissance naturelle et le produit le plus &#233;lev&#233; de l'&#233;volution universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes sciences, de l'astronomie &#224; la psychologie sociale, &#233;tudient les principaux maillons de la cha&#238;ne du d&#233;veloppement mat&#233;riel qui a abouti &#224; l'&#233;mergence de l'intelligence humaine. Outre les preuves abondantes de la recherche scientifique, les origines mat&#233;rielles des pouvoirs psychiques peuvent &#234;tre observ&#233;es dans la croissance de chaque &#234;tre humain, depuis un spermatozo&#239;de compl&#232;tement absorb&#233; dans l'ut&#233;rus maternel jusqu'&#224; une existence ind&#233;pendante et un contr&#244;le intelligent de ses activit&#233;s corporelles. Le cycle de vie de l'individu reproduit dans une version condens&#233;e l'&#233;volution historique de l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'intelligence collective de l'humanit&#233; s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; partir de la nature et de la soci&#233;t&#233;, l'esprit de l'individu n'existe et ne peut exister qu'en fonction de son cerveau et de son corps. La croissance progressive de l'intelligence, les effets du manque de nourriture, des stup&#233;fiants ou d'un coup dur &#224; la t&#234;te port&#233; sur sa propre conscience, la disparition de l'intelligence &#224; la mort t&#233;moignent de la d&#233;pendance de l'esprit &#224; l'&#233;gard de ses bases mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnement mental est un processus organique tout &#224; fait naturel. Les op&#233;rations de l'esprit humain, se souvenir, r&#234;ver, apprendre, raisonner, parler, etc., ont le m&#234;me caract&#232;re mat&#233;riel que les fonctions de l'appareil digestif comme avaler, m&#226;cher, dig&#233;rer et excr&#233;ter. De nombreuses &#233;coles de pens&#233;e font de l'esprit un myst&#232;re, le traitant comme un pouvoir surnaturel. Bien que les activit&#233;s du processus de pens&#233;e aient leurs caract&#233;ristiques particuli&#232;res et leurs lois particuli&#232;res qui ne peuvent &#234;tre d&#233;couvertes que par une analyse directe, elles ne sont pas en elles-m&#234;mes plus &#233;nigmatiques que d'autres types de comportement organique. Les &#234;tres humains pensent aussi spontan&#233;ment qu'ils travaillent, mangent et se reproduisent. Gr&#226;ce au cerveau et au syst&#232;me nerveux, l'esprit est connect&#233; au corps, le corps &#224; la soci&#233;t&#233; et la soci&#233;t&#233; au reste de la nature. Ces sph&#232;res d'existence fournissent &#224; l'esprit les mat&#233;riaux et les motifs de ses activit&#233;s, tout comme elles fournissent &#224; l'estomac la nourriture n&#233;cessaire &#224; son assimilation. Tout esprit humain reste en permanence ancr&#233; &#224; ces fondements mat&#233;riels. Les sp&#233;culations de pens&#233;e les plus extravagantes, les r&#234;ves les plus fous, les id&#233;es les plus raffin&#233;es ne peuvent transcender les fronti&#232;res de la suggestion mat&#233;rielle ni trouver de sources de mati&#232;re pour leurs productions en dehors de celles fournies par les formes et les forces mat&#233;rielles qui entourent l'homme de tous c&#244;t&#233;s. La nature est la m&#232;re de toutes choses et de toutes les id&#233;es, et c'est &#224; elle qu'elles finissent par revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue mat&#233;rialiste, il n'est pas difficile de r&#233;soudre le probl&#232;me qui a contrari&#233; tant de penseurs et conduit &#224; de nombreuses id&#233;es fausses et fantaisistes : &#171; Comment pouvons-nous conna&#238;tre le monde qui nous entoure ? &#187; Le mat&#233;rialiste r&#233;pond imm&#233;diatement au philosophe sceptique qui doute de notre capacit&#233; &#224; conna&#238;tre le monde ext&#233;rieur : &#171; Pourquoi ne pourrions-nous pas le conna&#238;tre ? &#187; Nous sommes sortis du ventre de ce monde ; nous sommes faits de la m&#234;me &#233;toffe ; nous en faisons partie tout au long de la vie ; et s'y dissoudre &#224; la mort. Est-il plus extraordinaire que l'esprit humain refl&#232;te le monde qui l'entoure que la mer refl&#232;te le ciel ? Si un corps peut se d&#233;placer dans l'espace, pourquoi l'esprit ne peut-il pas p&#233;n&#233;trer activement la r&#233;alit&#233; ? Si la main humaine peut saisir des objets et que les outils fabriqu&#233;s par l'homme peuvent les remodeler, pourquoi l'esprit humain ne peut-il pas &#233;galement saisir et remodeler les objets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'activit&#233; mentale transforme les sensations physiques en id&#233;es et en syst&#232;mes de pens&#233;e particuliers, tout comme le travail physique transforme la canne &#224; sucre en sucre pur. L'esprit, une sorte d'&#233;nergie organique, absorbe et modifie ses mat&#233;riaux comme tout autre agent naturel en quelque chose portant sa propre empreinte et caract&#233;ristique de son propre mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, la r&#233;flexion humaine, la p&#233;n&#233;tration intellectuelle et la conception philosophique sont des modes de fonctionnement organique bien plus complexes et hautement d&#233;velopp&#233;s que les processus naturels et sociaux plus simples cit&#233;s ci-dessus. Mais pour le mat&#233;rialiste, pour le penseur scientifique, il n'existe pas de barri&#232;res infranchissables entre ces diverses cat&#233;gories de ph&#233;nom&#232;nes. Tous illustrent la capacit&#233; d'une partie et d'un processus de la nature &#224; r&#233;agir et &#224; agir sur une autre, &#224; la repr&#233;senter et &#224; la transformer, &#224; la s&#233;parer, &#224; la recombiner et &#224; exprimer ses qualit&#233;s essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me &#233;nigme avanc&#233;e par les sceptiques : &#171; Comment l'esprit peut-il conna&#238;tre la v&#233;rit&#233; sur le monde ext&#233;rieur ? &#187; peut &#234;tre r&#233;solue de la m&#234;me mani&#232;re. Les gens n'ont pas commenc&#233; &#224; raisonner et ne continuent pas &#224; raisonner pour le pur plaisir de penser. Les hommes pensent &#224; des fins pratiques, afin d'agir correctement et d'atteindre leurs objectifs. Les capacit&#233;s intellectuelles de l'homme ; les id&#233;es et les philosophies se sont d&#233;velopp&#233;es parall&#232;lement et &#224; partir de la lutte sociale de l'homme contre la nature et de sa ma&#238;trise croissante sur celle-ci. Si leur pens&#233;e ne repr&#233;sentait pas plus ou moins correctement la r&#233;alit&#233; objective, si elle ne les aidait pas &#224; fonctionner plus efficacement, si elle ne for&#231;ait pas la nature &#224; servir les fins de l'homme et ainsi &#224; satisfaire ses besoins vitaux, les hommes auraient depuis longtemps cess&#233; de pour cultiver leurs pouvoirs mentaux. Ceux-ci auraient d&#233;p&#233;ri ou diminu&#233; en importance comme l'appendice caudal ou l'odorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le test de la capacit&#233; de l'homme &#224; conna&#238;tre v&#233;ritablement le monde ext&#233;rieur se trouve dans la pratique. Malgr&#233; les revers et la stagnation, la compr&#233;hension intellectuelle du monde de l'homme n'a cess&#233; de cro&#238;tre, parall&#232;lement &#224; sa ma&#238;trise pratique de la nature. Chaque am&#233;lioration de la situation mat&#233;rielle et des capacit&#233;s de production de l'homme s'est accompagn&#233;e d'un progr&#232;s de ses capacit&#233;s mentales. Puisque nous ne voyons aucune limite insurmontable aux capacit&#233;s productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233;, nous ne pouvons imposer aucune limite au progr&#232;s des capacit&#233;s intellectuelles de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une illustration int&#233;ressante de ce fait dans Anti-Duehring. Engels y exprime des doutes quant &#224; la possibilit&#233; d'explorer et de conna&#238;tre directement le monde subatomique gr&#226;ce &#224; l'interf&#233;rence des rayons lumineux. R&#233;cemment, cependant, des scientifiques ont mis au point un microscope &#233;lectronique qui &#233;vite les interf&#233;rences des rayons lumineux et permet aux physiciens de p&#233;n&#233;trer beaucoup plus profond&#233;ment dans la constitution de la mati&#232;re qu'on ne l'aurait cru possible il y a seulement quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mat&#233;rialisme contre id&#233;alisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des relations entre l'esprit et la mati&#232;re a divis&#233; les philosophes en deux grandes &#233;coles de pens&#233;e. Les mat&#233;rialistes consid&#232;rent la mati&#232;re comme la r&#233;alit&#233; primaire, consid&#233;rant la sensation, la conscience et le raisonnement comme des qualit&#233;s secondaires et d&#233;riv&#233;es. Les id&#233;alistes ont une conception totalement diff&#233;rente de leurs relations mutuelles. Si l'on admet qu'elle existe, la mati&#232;re est consid&#233;r&#233;e comme une forme d'existence inf&#233;rieure et d&#233;grad&#233;e, d&#233;riv&#233;e et d&#233;pendante de l'esprit, ou de Dieu, l'auteur de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie mat&#233;rialiste de la connaissance et de la nature de l'esprit entre en conflit avec la vision id&#233;aliste sur tous les points importants. L&#224; o&#249; le mat&#233;rialiste affirme que l'esprit est un produit de l'&#233;volution naturelle, l'id&#233;aliste affirme ou laisse entendre qu'il poss&#232;de une sorte de pouvoir surnaturel. Ce pouvoir, selon l'id&#233;aliste Platon, &#233;manait de l'acc&#232;s de l'esprit &#224; un domaine d'id&#233;es &#233;ternelles pr&#233;existantes ; selon la philosophie chr&#233;tienne, elle provient de sources divines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialiste consid&#232;re les op&#233;rations mentales comme des fonctions et des formes de comportement organique. L'id&#233;alisme s&#233;pare la raison du reste de l'activit&#233; humaine et lui conf&#232;re un statut unique et des pouvoirs cat&#233;goriquement diff&#233;rents. Gr&#226;ce aux myst&#233;rieux pouvoirs transcendantaux de l'intuition ou de la r&#233;v&#233;lation, l'id&#233;alisme d&#233;clare que l'esprit a un aper&#231;u de domaines particuliers de l'&#234;tre, en dehors du monde mat&#233;riel grossier et inaccessible aux gens ordinaires. Cela prend sa forme la plus grossi&#232;re dans la croyance en la communication avec les &#226;mes des mortels d&#233;funts ou avec les fant&#244;mes. Il prend une forme religieuse dans la croyance que des individus sup&#233;rieurs ou des membres favoris&#233;s de sectes religieuses, proph&#232;tes, mystiques, saints, pr&#234;tres et papes, peuvent communiquer avec Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; l'id&#233;alisme doute ou nie la capacit&#233; de l'homme &#224; conna&#238;tre le monde ext&#233;rieur ou &#224; en conna&#238;tre les caract&#233;ristiques les plus intimes, le mat&#233;rialisme s'en tient &#224; la conviction in&#233;branlable, confirm&#233;e par le progr&#232;s intellectuel de l'humanit&#233;, par la connaissance scientifique et par l'exp&#233;rience quotidienne, que le monde autour de nous est soumis &#224; une p&#233;n&#233;tration et une compr&#233;hension intellectuelles dans une mesure toujours croissante. L&#224; o&#249; l'id&#233;alisme limite la connaissance de l'homme, le mat&#233;rialisme voit la voie libre pour son progr&#232;s. Aussi imparfaites, partielles et approximatives que soient n&#233;cessairement nos id&#233;es sur la r&#233;alit&#233; &#224; un moment donn&#233;, le mat&#233;rialisme, contrairement aux th&#233;ories religieuses ou id&#233;alistes de la connaissance, refuse de s'idol&#226;trer et de se prosterner devant l'ignorance actuelle de l'homme. Notre connaissance de la nature, de la soci&#233;t&#233; et de nous-m&#234;mes s'est absolument accrue sous nos yeux. Loin d'&#234;tre proche de la fin de ses acquisitions et de ses capacit&#233;s intellectuelles, l'humanit&#233; n'en est aujourd'hui qu'au d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent object&#233; que, puisque l'esprit con&#231;oit beaucoup de choses qui ne se trouvent pas dans la r&#233;alit&#233;, l'esprit doit &#234;tre essentiellement diff&#233;rent du reste de la r&#233;alit&#233;. Une fausse conclusion a &#233;t&#233; tir&#233;e ici d'un fait exact. Le fait qu'une partie de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, l'esprit, poss&#232;de des propri&#233;t&#233;s et des produits qu'on ne trouve pas ailleurs n'est pas propre &#224; l'esprit. C'est une caract&#233;ristique universelle de la r&#233;alit&#233;. Tout comme il y a beaucoup de choses dans l'esprit qui ne peuvent pas &#234;tre et ne seront jamais pr&#233;sentes dans d'autres parties de la nature, de m&#234;me il y a beaucoup de choses dans le reste de la nature qui n'ont pas encore et ne seront jamais poss&#233;d&#233;es par l'esprit. L'imagination de l'humanit&#233; est encore d&#233;pass&#233;e par son ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;George Novack&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/works/1940/aug/x01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/works/1940/aug/x01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;George Novack&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement id&#233;ologique de tout mouvement social a suivi le cours d&#233;termin&#233; par les conditions mat&#233;rielles de son existence. L'&#233;volution de la pens&#233;e scientifique sous les auspices prol&#233;tariens a &#233;t&#233; &#224; l'oppos&#233; de celle sous les auspices bourgeois. Cette diff&#233;rence de d&#233;veloppement est n&#233;e des diff&#233;rentes n&#233;cessit&#233;s sociales auxquelles les deux classes r&#233;volutionnaires ont &#233;t&#233; confront&#233;es au d&#233;but de leur carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne principale de la pens&#233;e bourgeoise s'est &#233;tendue des sciences naturelles aux sciences sociales. Les premiers philosophes bourgeois se pr&#233;occupaient avant tout de promouvoir la connaissance de la nature par l'homme apr&#232;s le long sommeil du Moyen &#194;ge. Ils n'avaient aucun int&#233;r&#234;t &#224; r&#233;former la soci&#233;t&#233; selon des principes bourgeois. Ils ont con&#231;u de nouvelles m&#233;thodes intellectuelles pour accro&#238;tre le pouvoir de l'homme sur la nature plut&#244;t que pour diminuer le pouvoir de l'homme sur l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lord Bacon, l'anc&#234;tre de l'empirisme anglais, a d&#233;lib&#233;r&#233;ment tourn&#233; le dos aux controverses religieuses, dans lesquelles se sont alors manifest&#233;es pour la premi&#232;re fois de grandes luttes politiques, pour enqu&#234;ter sur le fonctionnement de la nature. Descartes, fondateur du rationalisme moderne, opposait &#224; la st&#233;rile philosophie &#171; sp&#233;culative &#187; des scolastiques sa propre &#171; philosophie pratique &#187;, qui ferait de l'homme &#171; ma&#238;tre et possesseur de la nature &#187; et lui permettrait de &#171; jouir sans peine des fruits de la nature &#187;. la terre et tout son confort. Newton a donn&#233; une forme classique &#224; la physique un si&#232;cle et demi avant que Ricardo n'effectue la m&#234;me t&#226;che pour l'&#233;conomie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Causes mat&#233;rielles de l'&#233;volution intellectuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ordre de d&#233;veloppement n'&#233;tait pas accidentel. La t&#226;che principale de la bourgeoisie &#224; cette &#233;poque &#233;tait d'augmenter les forces productives, augmentant ainsi sa propre richesse et son pouvoir. La pens&#233;e scientifique du mouvement prol&#233;tarien, en revanche, a progress&#233; des sciences sociales vers les sciences naturelles. Cela non plus n'&#233;tait pas sans raison suffisante. La t&#226;che urgente du prol&#233;tariat sous domination capitaliste consistait moins &#224; accro&#238;tre les forces productives de la soci&#233;t&#233;, comme la bourgeoisie &#233;tait oblig&#233;e de le faire sous le r&#233;gime f&#233;odal, qu'&#224; lib&#233;rer les forces productives d&#233;j&#224; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es de la main morte de la propri&#233;t&#233; et du contr&#244;le capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci explique pourquoi le marxisme, la m&#233;thode scientifique du mouvement prol&#233;tarien r&#233;volutionnaire, a concentr&#233; son attention, dans la premi&#232;re phase de son activit&#233;, sur la solution des probl&#232;mes historiques, sociaux et &#233;conomiques. La n&#233;cessit&#233; pratique exigeait que les probl&#232;mes th&#233;oriques les plus urgents dans le domaine des ph&#233;nom&#232;nes sociaux soient r&#233;solus en premier. Bien que la th&#233;orie du mat&#233;rialisme dialectique soit essentiellement un syst&#232;me de pens&#233;e universel, englobant &#224; la fois la nature et la soci&#233;t&#233;, son application d&#233;taill&#233;e aux probl&#232;mes th&#233;oriques des sciences naturelles a d&#251; &#234;tre report&#233;e &#224; un examen ult&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, Engels et les sciences naturelles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cr&#233;ateurs du mat&#233;rialisme dialectique &#233;taient parfaitement conscients des lacunes de leur travail th&#233;orique. Marx esp&#233;rait &#233;crire un manuel de dialectique apr&#232;s avoir achev&#233; Le Capital . Dans les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, Engels a r&#233;alis&#233; une &#233;tude approfondie des math&#233;matiques et des sciences naturelles en reconstruisant leurs fondements th&#233;oriques &#224; l'aide de la dialectique mat&#233;rialiste, tout comme lui et Marx avaient auparavant r&#233;volutionn&#233; les sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Marx et moi &#187;, &#233;crivait-il dans la deuxi&#232;me pr&#233;face d' Anti-Duehring , &#171; &#233;tions &#224; peu pr&#232;s les seuls &#224; avoir sauv&#233; la dialectique consciente de la philosophie id&#233;aliste allemande et &#224; l'appliquer dans la conception mat&#233;rialiste de la nature et de l'histoire. Mais la connaissance des math&#233;matiques et des sciences naturelles est essentielle &#224; une conception de la nature &#224; la fois dialectique et mat&#233;rialiste. Marx connaissait bien les math&#233;matiques, mais nous ne parvenions que partiellement, par intermittence et sporadiquement, &#224; suivre le rythme des sciences naturelles. C'est pourquoi, lorsque j'ai pris ma retraite des affaires et que j'ai transf&#233;r&#233; ma maison &#224; Londres, me permettant ainsi d'y consacrer le temps n&#233;cessaire, j'ai subi une &#171; mue &#187; aussi compl&#232;te que possible, comme l'appelle Liebig, en math&#233;matiques et en sciences naturelles. , et j'y ai pass&#233; la majeure partie de huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Anti-D&#252;hring fut le premier fruit de ce travail ; Dialectique de la nature la derni&#232;re. Si l'Anti-Duehring reste le meilleur expos&#233; de la philosophie du mat&#233;rialisme dialectique, la Dialectique de la nature , malgr&#233; son caract&#232;re fragmentaire, doit d&#233;sormais &#234;tre lue comme son compl&#233;ment indispensable. Engels n'a pas pu terminer ce travail en raison du travail &#233;norme qu'exigeait l'&#233;dition et la publication du Capital (voici une preuve directe de l'interf&#233;rence des sciences sociales dans le progr&#232;s des sciences naturelles !) et d'autres t&#226;ches li&#233;es au mouvement r&#233;volutionnaire. Le pr&#233;sent volume se compose de six chapitres plus ou moins compl&#233;t&#233;s ainsi que d'une liasse de notes isol&#233;es et d'articles s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il ait fallu plus de soixante ans pour que le manuscrit d'Engels paraisse en anglais, il arrive &#224; un moment opportun. Voici un moyen suppl&#233;mentaire d'&#233;duquer les &#233;tudiants qui ont ressenti le besoin d'approfondir les bases th&#233;oriques du marxisme et de r&#233;pondre aux critiques qui ont demand&#233; de savoir comment les doctrines et les m&#233;thodes du mat&#233;rialisme dialectique peuvent &#234;tre appliqu&#233;es aux probl&#232;mes des sciences naturelles. . Sans aucun doute, la nouvelle &#233;cole des r&#233;visionnistes petits-bourgeois, dont le m&#233;pris pour la th&#233;orie marxiste n'est surpass&#233; que par son ignorance de celle-ci, n'attachera gu&#232;re plus de valeur positive &#224; ces &#233;crits que ne l'avait fait son pr&#233;d&#233;cesseur, Edward Bernstein, qui a conserv&#233; le manuscrit pendant plusieurs d&#233;cennies apr&#232;s la mort d'Engels sans voir la n&#233;cessit&#233; de la publier. Mais tout &#233;tudiant s&#233;rieux de la pens&#233;e marxiste se r&#233;jouira que ces cl&#233;s de compr&#233;hension de la dialectique mat&#233;rialiste soient enfin devenues accessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'Engels cherche &#224; d&#233;montrer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Dialectique de la nature, Engels visait &#224; d&#233;montrer que les processus naturels ob&#233;issent aux m&#234;mes lois g&#233;n&#233;rales du mouvement que les processus sociaux et intellectuels. Comme il l'&#233;crit dans Anti-Duehring , Engels a &#233;tudi&#233; les math&#233;matiques et les sciences naturelles pour se convaincre &#171; que, parmi le fouillis des innombrables changements qui se produisent dans la nature, les m&#234;mes lois dialectiques sont &#224; l'&#339;uvre que celles qui, dans l'histoire, r&#233;gissent l'apparente fortuite des &#233;v&#233;nements ; les m&#234;mes lois que celles qui, de la m&#234;me mani&#232;re, forment le fil conducteur de l'histoire du d&#233;veloppement de la pens&#233;e humaine et qui s'&#233;l&#232;vent progressivement vers la conscience dans l'esprit de l'homme&#8230; &#187; et qui ont &#233;t&#233; formul&#233;es pour la premi&#232;re fois par Hegel sous une forme mystique avant que Marx et Engels ne les refa&#231;onnent. dans la dialectique mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l' introduction , Engels pr&#233;sente une revue critique du d&#233;veloppement des sciences naturelles du point de vue th&#233;orique. Il explique comment et pourquoi cette premi&#232;re p&#233;riode de la renaissance de la connaissance naturelle a &#233;t&#233; domin&#233;e par le point de vue de l'immuabilit&#233; absolue de la nature. Les &#233;toiles fixes et notre propre syst&#232;me solaire, la terre, sa faune et sa flore &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme &#233;ternellement identiques. Dans un tel sch&#233;ma de choses, l'id&#233;e d'une &#233;volution universelle n'avait pas sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision, qui a pr&#233;valu dans toutes les branches des sciences naturelles jusqu'au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, a commenc&#233; &#224; &#234;tre min&#233;e d'une science &#224; l'autre par le d&#233;veloppement interne des sciences elles-m&#234;mes. En astronomie, par l'hypoth&#232;se de Kant-Laplace de l'&#233;volution du syst&#232;me solaire &#224; partir d'une n&#233;buleuse ; en g&#233;ologie, par la conception de Lyell des transformations successives de la surface terrestre ; en physique, par la formulation de la th&#233;orie m&#233;canique de la chaleur et par la loi de la conservation de l'&#233;nergie ; en chimie, par la d&#233;couverte par Mendeleyeff de la disposition p&#233;riodique des &#233;l&#233;ments ; et en biologie par la th&#233;orie de Darwin sur l'origine des esp&#232;ces. Cette s&#233;rie de d&#233;couvertes a donn&#233; naissance &#224; une nouvelle conception scientifique de la nature, la th&#233;orie de l'&#233;volution universelle, &#171; l'id&#233;e selon laquelle la nature tout enti&#232;re, du plus petit &#233;l&#233;ment au plus grand, des grains de sable aux soleils, des protistes aux hommes, a son existence dans une cr&#233;ation et une disparition &#233;ternelles, dans un flux incessant, dans un mouvement et un changement incessants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de ces d&#233;veloppements r&#233;volutionnaires dans les diff&#233;rentes sciences, qui ont bris&#233; l'ancienne image d'une nature immuable, ont mis du temps &#224; se r&#233;aliser dans la pens&#233;e consciente des naturalistes individuels et dans la th&#233;orie scientifique g&#233;niale. Les scientifiques en exercice, qui acceptaient les r&#233;sultats et poursuivaient les m&#233;thodes du point de vue &#233;volutionniste dans leur domaine d'activit&#233; sp&#233;cial, s'accrochaient aux anciennes fa&#231;ons de penser m&#233;taphysiques dans d'autres domaines de pens&#233;e et dans leurs conceptions g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie dialectique de l'&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le stade nouveau et plus &#233;lev&#233; de la connaissance naturelle exigeait un syst&#232;me th&#233;orique et une m&#233;thode de pens&#233;e qui lui &#233;taient propres. L'ancien syst&#232;me m&#233;canique de la nature, avec ses lois et ses &#233;l&#233;ments immuables et son mode de pens&#233;e m&#233;taphysique fonctionnant avec des cat&#233;gories inflexibles et exclusives, ne suffisait plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un philosophe plut&#244;t qu'un scientifique qui a fourni aux sciences naturelles les moyens intellectuels n&#233;cessaires pour s'&#233;manciper de l'ancienne vision et pour en construire une nouvelle. Tout comme Descartes avait esquiss&#233; le syst&#232;me m&#233;canique de la nature, Hegel a formul&#233; la premi&#232;re conception syst&#233;matique de l'ensemble du monde naturel, social et spirituel comme un processus continu de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa logique dialectique, Hegel a tent&#233; de donner une forme rationnelle et de d&#233;velopper une m&#233;thode rationnelle &#224; partir des processus multiformes et contradictoires de l'&#233;volution. Les lois de sa dialectique ne sont rien d'autre que les lois les plus g&#233;n&#233;rales du mouvement et du changement dans la nature, la soci&#233;t&#233; et la pens&#233;e humaine. Ces lois ont &#233;t&#233; con&#231;ues &#224; l'origine par Hegel de fa&#231;on id&#233;aliste comme de simples lois de la pens&#233;e. Mais, comme Marx et Engels l'ont d&#233;montr&#233; par la suite dans leur version mat&#233;rialiste de la logique dialectique, les lois dialectiques sont des formulations conceptuelles de r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles objectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois lois de la dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels discute trois lois principales de la dialectique : la loi de la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;, et vice versa ; la loi de l'interp&#233;n&#233;tration des contraires ; et la loi de la n&#233;gation de la n&#233;gation. Il prend les r&#233;sultats exp&#233;rimentaux des sciences individuelles, les passe au crible et les synth&#233;tise, pour montrer que ces lois dialectiques sont en r&#233;alit&#233; des lois du d&#233;veloppement de la nature et sont donc valables pour les sciences naturelles th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re loi signifie que &#171; dans la nature, d'une mani&#232;re exactement fix&#233;e pour chaque cas individuel, des changements qualitatifs ne peuvent se produire que par l'addition ou la soustraction quantitative de mati&#232;re ou de mouvement (ce qu'on appelle l'&#233;nergie) &#187;. Dans le deuxi&#232;me chapitre, Engels indique pr&#233;cis&#233;ment comment cette loi fonctionne &#224; l'aide de nombreux exemples tir&#233;s des sciences exactes de la m&#233;canique, de la physique et de la chimie, o&#249; des variations quantitatives pr&#233;cis&#233;ment mesurables et tra&#231;ables sont directement li&#233;es &#224; la production de diff&#233;rences qualitatives. En physique, on a constat&#233; depuis qu'il existe une s&#233;rie continue de rayons depuis les rayons radio jusqu'aux rayons cosmiques dans lesquels les variations quantitatives de longueur d'onde se manifestent par des diff&#233;rences qualitatives d&#233;terminables. Cette m&#234;me loi est &#233;galement clairement observable en chimie o&#249; les propri&#233;t&#233;s des corps sont modifi&#233;es en concordance avec leur composition quantitative modifi&#233;e. Engels cite les formes allotropiques des &#233;l&#233;ments, les compos&#233;s d'oxyde d'azote, les s&#233;ries homologues de compos&#233;s carbon&#233;s et la disposition p&#233;riodique des &#233;l&#233;ments en fonction de leur poids atomique ; les chimistes modernes pourraient ajouter bien d'autres exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me loi de la dialectique affirme que toute chose a un caract&#232;re contradictoire, contenant en elle son propre contraire. L'essence bipolaire de toutes choses se manifeste par le changement, qui est un processus d' alt&#233;ration ou de transformation de quelque chose de son &#233;tat original &#224; travers une s&#233;rie de variations interm&#233;diaires vers son oppos&#233;. Engels pr&#233;sente cette loi de l'interp&#233;n&#233;tration des contraires dans le troisi&#232;me chapitre o&#249; il &#233;tudie le plus important des probl&#232;mes scientifiques, les formes fondamentales du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du mouvement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute connaissance naturelle est bas&#233;e sur l'&#233;tude des mouvements mat&#233;riels d'une sorte ou d'une autre. Une conception correcte du mouvement est donc absolument indispensable aux sciences naturelles. Qu'est-ce que le mouvement ? Le mouvement, dit Engels, est une combinaison contradictoire d'attraction et de r&#233;pulsion. Toutes les diff&#233;rentes formes de mouvement naissent de l'interaction entre ces deux phases oppos&#233;es de son &#234;tre. Partout et &#224; chaque fois qu'un mouvement se produit dans la nature, ces p&#244;les oppos&#233;s se retrouveront ins&#233;parablement unis. Cette d&#233;finition dialectique du mouvement contient d&#233;j&#224; implicitement la loi physique d&#233;couverte empiriquement de la conservation de l'&#233;nergie. Car si chaque attraction individuelle est compens&#233;e par une r&#233;pulsion correspondante ailleurs, alors la somme de toutes les attractions de l'univers doit &#234;tre &#233;gale &#224; la somme de toutes les r&#233;pulsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement consiste en l'unit&#233; concr&#232;te de l'attraction et de la r&#233;pulsion. Gr&#226;ce &#224; leur interaction les uns avec les autres et leur transmutation les uns dans les autres, les divers modes de mouvement dans la nature sont produits. L'interaction universelle de l'attraction et de la r&#233;pulsion peut &#234;tre vue dans le type de mouvement le plus simple, le mouvement m&#233;canique, qui consiste en un changement de place de la part d'un corps quelconque. Le mouvement &#233;tant toujours relatif, le changement de lieu n&#233;cessite l'interaction d'au moins deux corps pour se manifester. Lorsque deux corps agissent l'un sur l'autre de telle sorte qu'il en r&#233;sulte un changement de place de l'un ou des deux, ce changement de place ne peut consister qu'en un rapprochement ou une s&#233;paration. Mais le mouvement d'un corps vers un autre implique le d&#233;passement de la r&#233;pulsion qui les s&#233;pare, et vice-versa. De plus, l'attraction d'un corps vers un autre implique sa r&#233;pulsion par rapport &#224; un troisi&#232;me corps. Ainsi tout changement de lieu entra&#238;ne n&#233;cessairement l'action r&#233;ciproque d'attraction et de r&#233;pulsion et leur remplacement l'un par l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements m&#233;caniques des masses &#224; la surface de la Terre peuvent &#234;tre r&#233;solus en force centrip&#232;te de gravitation et en forces centrifuges antagonistes. La m&#234;me interp&#233;n&#233;tration d'attraction et de r&#233;pulsion se manifeste dans les mouvements mutuels des corps c&#233;lestes, comme dans l'&#233;quilibre dynamique maintenu entre la terre et le soleil. Si la Terre n'&#233;tait pas li&#233;e au soleil par attraction, elle quitterait le syst&#232;me solaire et s'envolerait dans l'espace. Si le soleil, au contraire, n'exer&#231;ait pas une r&#233;pulsion constante sous forme d'&#233;nergie rayonnante sur la terre et ne la maintenait pas &#224; distance, cette plan&#232;te serait depuis longtemps tomb&#233;e dans sa masse enflamm&#233;e et aurait &#233;t&#233; absorb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque mode de mouvement dans la nature, du plus bas au plus &#233;lev&#233;, du simple mouvement m&#233;canique au comportement organique complexe, embrasse et d&#233;coule de l'action et de la r&#233;action simultan&#233;es d'attraction et de r&#233;pulsion. Le mouvement n'est en fait rien d'autre que l'expression la plus g&#233;n&#233;rale de la s&#233;rie multiple de formes dans lesquelles se manifestent ces p&#244;les oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition dialectique du mouvement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels utilise cette d&#233;finition dialectique, bilat&#233;rale et compl&#232;te du mouvement pour critiquer et corriger les conceptions unilat&#233;rales de la nature du mouvement qui pr&#233;valent dans la physique newtonienne. Les Newtoniens ont commis une erreur en faisant de l'attraction, ou gravitation, la forme fondamentale du mouvement dans la nature. Ils m&#233;connaissaient ainsi le r&#244;le tout aussi important de son contraire, la r&#233;pulsion, n&#233;gligeant notamment les transformations d'une phase du mouvement en l'autre. Engels entreprend une analyse des concepts de force, d'&#233;nergie et de travail dans les &#233;crits de Helmholtz, le grand physicien allemand du XIXe si&#232;cle, pour d&#233;montrer comment cette n&#233;gligence du caract&#232;re essentiellement bipolaire du mouvement a introduit la confusion et perp&#233;tu&#233; les erreurs dans la th&#233;orie physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'Engels a &#233;crit, le fait que le mouvement englobe &#224; la fois l'attraction et la r&#233;pulsion a &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233; de mani&#232;re frappante par la th&#233;orie &#233;lectronique de la mati&#232;re, la th&#233;orie physique de la relativit&#233; et, comme le souligne Haldane, par les d&#233;veloppements r&#233;cents de la th&#233;orie astronomique des n&#233;buleuses spirales. Dans les principes de la nouvelle &#171; m&#233;canique ondulatoire &#187;, la loi dialectique de l'interp&#233;n&#233;tration des contraires vient de remporter une grande victoire sur les anciennes conceptions m&#233;caniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce triomphe est d'autant plus d&#233;finitif que les physiciens eux-m&#234;mes ont r&#233;sist&#233; si longtemps et consciemment. Lorsqu'ils d&#233;couvrirent pour la premi&#232;re fois que les ph&#233;nom&#232;nes &#233;lectroniques pr&#233;sentaient &#224; la fois les propri&#233;t&#233;s des ondes et des particules, ils furent profond&#233;ment perplexes face &#224; cette contradiction, qui ne pouvait &#234;tre concili&#233;e ni expliqu&#233;e par les cat&#233;gories divis&#233;es de la th&#233;orie m&#233;canique. La th&#233;orie subatomique est dans l'impasse. Apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, les physiciens les plus audacieux ont enfin conclu que dans le monde subatomique, les ondes et les particules ne peuvent plus &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des oppos&#233;s absolus ; qu'ils peuvent &#234;tre r&#233;unis en une seule entit&#233; ; qu'ils peuvent poss&#233;der les m&#234;mes propri&#233;t&#233;s ; et que, sous certaines conditions, ils peuvent se transformer l'un dans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation de la n&#233;gation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de la n&#233;gation de la n&#233;gation, que Hegel a utilis&#233;e comme loi fondamentale pour la construction de tout son syst&#232;me de pens&#233;e, a un domaine d'application bien plus large dans le syst&#232;me naturel. Cette loi exprime r&#233;ellement la forme fondamentale du d&#233;veloppement de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces oppos&#233;es &#224; l'&#339;uvre dans chaque chose entra&#238;nent des changements constants dans sa constitution. Ces changements s'accumulent en quantit&#233; jusqu'&#224; ce que, &#224; un certain stade d&#233;termin&#233; du processus de d&#233;veloppement, une transformation qualitative distincte ou un saut se produise. La chose perd son identit&#233; originelle et passe dans son contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le processus &#233;volutif ne s'arr&#234;te pas &#224; la simple n&#233;gation. La nouvelle forme d'existence mat&#233;rielle n'est pas moins contradictoire que l'ancienne et est sujette &#224; la m&#234;me inqui&#233;tude int&#233;rieure. La premi&#232;re n&#233;gation subit &#224; son tour une auto-diff&#233;renciation et une division jusqu'&#224; ce qu'elle passe elle aussi dans son propre contraire et soit ainsi ni&#233;e. Le r&#233;sultat final de ce processus s'appelle la n&#233;gation de la n&#233;gation, une unit&#233; synth&#233;tique qui a &#233;cart&#233; les formes transitionnelles mais a conserv&#233; en elle le contenu essentiel des deux c&#244;t&#233;s de l'ensemble contradictoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les transformations du mouvement mat&#233;riel &#233;tudi&#233;es par les sciences naturelles illustrent le fonctionnement de cette loi de la n&#233;gation de la n&#233;gation dans la r&#233;alit&#233; physique. Engels utilise la loi pour clarifier les interconnexions entre le mouvement m&#233;canique et mol&#233;culaire, ou la chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;canique en mouvement mol&#233;culaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les formes de mouvement sont g&#233;n&#233;r&#233;es, comme nous l'avons dit, par le jeu de l'attraction et de la r&#233;pulsion et par leur conversion l'une dans l'autre. Mais dans chaque mode sp&#233;cifique de mouvement, l'un ou l'autre extr&#234;me pr&#233;domine. Le mouvement m&#233;canique pur est essentiellement une forme d'attraction. Bien que la r&#233;pulsion soit n&#233;cessairement pr&#233;sente dans tous les cas de mouvement m&#233;canique, elle existe dans un &#233;tat n&#233;gatif ou passif. Le r&#244;le actif est jou&#233; par l'attraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que forme d'attraction, le mouvement m&#233;canique est la n&#233;gation de la r&#233;pulsion. Mais il contient en lui la possibilit&#233; de se transformer en son contraire. Ce d&#233;veloppement dialectique se produit en r&#233;alit&#233; dans la nature par le contact ou la collision d'un corps avec un autre. Dans le frottement ou l'impact qui en r&#233;sulte, une partie du mouvement m&#233;canique pur des masses est d&#233;truite et r&#233;appara&#238;t sous forme de mouvement mol&#233;culaire interne, ou chaleur. La chaleur produite par le freinage est un exemple quotidien de ce ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la chaleur, qui agite et s&#233;pare les mol&#233;cules des corps solides, est une forme de r&#233;pulsion. Dans le cas de la chaleur, la r&#233;pulsion appara&#238;t comme le c&#244;t&#233; actif, et l'attraction recule dans le c&#244;t&#233; passif du processus mat&#233;riel. La conversion du mouvement m&#233;canique en chaleur est donc une n&#233;gation de la n&#233;gation, un retour du mouvement mat&#233;riel &#224; l'&#233;tat originel de r&#233;pulsion, mais &#224; un niveau de d&#233;veloppement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dialectique de la d&#233;couverte scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de la n&#233;gation de la n&#233;gation se manifeste non seulement dans le processus physique de conversion du mouvement m&#233;canique en chaleur, mais aussi dans l'histoire de sa d&#233;couverte. Il y a bien longtemps, l'humanit&#233; a converti le mouvement m&#233;canique en chaleur, d'abord par l'acte instinctif de frotter le corps avec les mains pour le garder au chaud, puis en allumant le feu &#224; partir de la friction. Mais cette n&#233;gation de la forme positive originelle du mouvement m&#233;canique n'&#233;tait que la premi&#232;re &#233;tape dans la dialectique du processus. Pour achever ce d&#233;veloppement, l'humanit&#233; a d&#251; inverser le processus et convertir la chaleur en mouvement m&#233;canique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxi&#232;me &#233;tape, la n&#233;gation de la n&#233;gation, n'a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e qu'apr&#232;s plusieurs milliers d'ann&#233;es gr&#226;ce &#224; l'invention de la machine &#224; vapeur, qui est un appareil permettant de convertir la chaleur en un mouvement m&#233;canique utilisable. Dans ce cas, la pratique humaine historique dans le domaine de la technologie fournit la preuve de la loi logique de la n&#233;gation de la n&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; aussi la preuve que &#171; la dialectique du cerveau n'est que le reflet de la forme du mouvement du monde r&#233;el, tant dans la nature que dans l'histoire &#187;. La loi de la n&#233;gation de la n&#233;gation n'aurait pas p&#233;n&#233;tr&#233; la pens&#233;e consciente si elle n'avait pas d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#224; l'&#339;uvre dans les processus physiques et dans la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;canique contre dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, comme le souligne Engels, m&#234;me apr&#232;s que le probl&#232;me de la conversion du mouvement m&#233;canique en chaleur et de la chaleur en mouvement m&#233;canique ait &#233;t&#233; r&#233;solu dans la pratique humaine, les naturalistes n'ont pas r&#233;ussi &#224; formuler ce fait d'une mani&#232;re th&#233;orique tout &#224; fait correcte ou compl&#232;te. Au d&#233;but, ils consid&#233;raient la chaleur, comme l'&#233;lectricit&#233;, comme un type particulier de substance impond&#233;rable plut&#244;t que comme un mode de mouvement mat&#233;riel. Puis, lorsqu'ils reconnurent la chaleur comme mode de mouvement, tant dans la loi restreinte de l'&#233;quivalent m&#233;canique de la chaleur que dans la loi g&#233;n&#233;rale de la conservation de l'&#233;nergie, ils exprim&#232;rent les relations entre ces deux modes de mouvement exclusivement &#224; partir de l'une. point de vue bilat&#233;ral de la quantit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les mouvements m&#233;caniques et mol&#233;culaires ne sont pas seulement li&#233;s quantitativement mais qualitativement. Ce sont des formes diff&#233;rentes du m&#234;me mouvement mat&#233;riel. Le mat&#233;rialisme dialectique montre sa sup&#233;riorit&#233; sur le point de vue m&#233;canique car, en plus de comprendre l'identit&#233; quantitative entre les deux formes de mouvement, formul&#233;e par la loi de l'&#233;quivalence quantitative du mouvement &#224; travers tous ses changements de forme, il explique aussi leur diversit&#233; qualitative et la mani&#232;re de leurs m&#233;tamorphoses mutuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique a une conception diff&#233;rente de la t&#226;che principale des sciences naturelles que celle des repr&#233;sentants de l'&#233;cole m&#233;canique dont les id&#233;es ont pr&#233;valu dans la pens&#233;e des sciences naturelles depuis Descartes et Newton. Les m&#233;caniciens, pr&#233;occup&#233;s par l'&#233;tude des lois du passage des corps dans l'espace, croyaient que le but de la science &#233;tait de r&#233;duire toutes les autres formes de mouvement mat&#233;riel &#224; la forme &#233;l&#233;mentaire du mouvement m&#233;canique, de r&#233;soudre les modes de mouvement sup&#233;rieurs en la forme &#233;l&#233;mentaire du mouvement m&#233;canique. plus bas, plus le complexe devient simple. Ainsi, dans l'introduction de ses Principia , Newton &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il serait d&#233;sirable de d&#233;duire des &#233;l&#233;ments de la m&#233;canique les autres ph&#233;nom&#232;nes de la nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception du but ultime des sciences naturelles co&#239;ncidait avec ce niveau relativement primitif de technologie et d'industrie qui se pr&#233;occupait principalement d'utiliser et d'exploiter des machines dans lesquelles un aspect du mouvement m&#233;canique (&#233;nergie potentielle) &#233;tait transform&#233; en un autre (&#233;nergie cin&#233;tique). La pens&#233;e scientifique &#233;voluait dans le m&#234;me cercle &#233;troit que la pratique scientifique, g&#233;n&#233;ralisant les changements au sein d'une seule forme simple de mouvement, la transposition m&#233;canique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement aux progr&#232;s consid&#233;rables de la technologie et de l'industrie &#224; grande &#233;chelle au cours des deux derniers si&#232;cles, les scientifiques ont d&#233;couvert, &#233;tudi&#233; et mis en &#339;uvre de nombreux autres types de mouvements mat&#233;riels, thermiques, &#233;lectromagn&#233;tiques, chimiques, etc. Ils se sont particuli&#232;rement appliqu&#233;s &#224; &#233;tudier les interconnexions et les transformations de ces modes de mouvement les uns dans les autres. Les scientifiques savent d&#233;sormais que, si ces autres formes de mouvement sont toujours li&#233;es au mouvement m&#233;canique r&#233;el, elles ne peuvent s'y r&#233;duire sans effacer leurs caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques. Les lois de la physiologie, de la soci&#233;t&#233; ou de la pens&#233;e, bien que fond&#233;es sur les lois fondamentales de la nature, ne peuvent pas &#234;tre simplement &#171; d&#233;duites des &#233;l&#233;ments de la m&#233;canique &#187;, comme l'avait pr&#233;vu Newton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous c&#244;t&#233;s, on voit que les lois qui r&#233;gissent le mouvement m&#233;canique ont leurs limites ; ils ont perdu leur statut souverain. [1] L'expansion de la pratique technique, industrielle et purement scientifique a &#233;largi l'horizon th&#233;orique de la science bien au-del&#224; du vieil id&#233;al m&#233;canique, pr&#233;sentant une vision immens&#233;ment plus large de sa t&#226;che que le mat&#233;rialisme dialectique a non seulement reconnu mais mieux formul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception dialectique de la science&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle conception fait &#233;poque. Contrairement au point de vue m&#233;canique, le mat&#233;rialisme dialectique consid&#232;re que la t&#226;che de la science n'est pas la r&#233;duction de tous les modes de mouvement en un seul, mais l'&#233;tude des principales formes de mouvement mat&#233;riel dans leur s&#233;quence naturelle, leurs interconnexions dialectiques et leurs transformations en un seul. un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes de mouvement vont du mouvement m&#233;canique brut des masses &#224; l'activit&#233; complexe de la pens&#233;e dans le cerveau humain. Au cours de l'&#233;volution mat&#233;rielle, tous ces diff&#233;rents modes de mouvement, m&#233;canique, mol&#233;culaire, atomique, &#233;lectronique, chimique, thermique, organique, social et intellectuel, se sont d&#233;velopp&#233;s les uns &#224; partir des autres &#224; travers le jeu de l'attraction et de la r&#233;pulsion, l'id&#233;e contradictoire originelle. essence du mouvement. Ils constituent une s&#233;rie hi&#233;rarchique interd&#233;pendante, dont chacune est naturellement li&#233;e aux autres et capable, dans des conditions mat&#233;rielles appropri&#233;es, de se transformer les unes dans les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception fournit pour la premi&#232;re fois une base mat&#233;rielle solide pour la classification syst&#233;matique des sciences. Chaque science analyse soit une forme distincte de mouvement (chimie), soit les interconnexions entre plusieurs formes de mouvement (&#233;lectrochimie). L'ordre essentiel des sciences correspond &#224; l'ordre de g&#233;n&#233;ration des diverses formes de mouvement dans la nature et &#224; leur transition dialectique les unes dans les autres. Ainsi le mat&#233;rialisme dialectique introduit un nouveau principe d'ordre pour remplacer la confusion et l'anarchie qui r&#232;gnent dans la pens&#233;e scientifique depuis la faillite de l'ancien syst&#232;me m&#233;canique. Tous les divers d&#233;partements de la connaissance humaine, de l'astronomie &#224; la logique, sont corr&#233;l&#233;s en une vaste synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie du mat&#233;riel de la Dialectique de la nature , comme de tout trait&#233; sur la connaissance naturelle &#233;crit il y a plus de soixante ans, a &#233;t&#233; rendu obsol&#232;te par les progr&#232;s ult&#233;rieurs des sciences physiques. Cela est particuli&#232;rement vrai du chapitre sur l'&#233;lectricit&#233; dans lequel les plus grands progr&#232;s ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s au cours du dernier demi-si&#232;cle. Pourtant, il y a remarquablement peu de plaisanteries dans ces pages. Les observations d'Engels allaient dans la bonne direction et ont &#233;t&#233; confirm&#233;es dans de nombreux cas par des recherches ult&#233;rieures en sciences physiques. Chaque discussion sur une question sp&#233;cifique a une valeur durable en tant qu'exemple de la mani&#232;re d'utiliser les concepts de la dialectique mat&#233;rialiste comme instruments de pens&#233;e critique dans les sciences naturelles et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che qui nous attend&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che de d&#233;finir le caract&#232;re dialectique des &#233;v&#233;nements naturels, qu'Engels s'&#233;tait fix&#233;e et n'a pas r&#233;ussi &#224; achever, attend encore d'&#234;tre accomplie. Malgr&#233; la richesse des mat&#233;riaux fournis par les r&#233;cents d&#233;veloppements r&#233;volutionnaires des sciences naturelles, cette t&#226;che en est &#224; peu pr&#232;s au point o&#249; Engels l'avait laiss&#233;e. Les th&#233;oriciens de la p&#233;riode post-marxienne &#8211; Bernstein, Kautsky, Adler, etc. &#8211; poss&#233;dant la m&#234;me hostilit&#233; ou indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de la philosophie du mat&#233;rialisme dialectique que nos anti-dialectiques contemporains, n'avaient ni l'&#233;quipement ni la motivation pour faire quoi que ce soit dans ce sens. Le Mat&#233;rialisme et la Critique empirique de L&#233;nine et ses cahiers sur la logique de Hegel ont rendu possible une renaissance de la philosophie du marxisme et ont ouvert la voie &#224; l'extension de ses id&#233;es et de ses m&#233;thodes aux probl&#232;mes auxquels sont confront&#233;es les sciences physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait esp&#233;rer que, lorsque les bolcheviks auraient pris le pouvoir en Russie, leurs dirigeants scientifiques et leurs acad&#233;mies entreprendraient cette t&#226;che sur une base collective aussi bien qu'individuelle. Sous le patronage de L&#233;nine, des d&#233;buts prometteurs furent r&#233;alis&#233;s. Mais celles-ci ont &#233;t&#233; interrompues par la r&#233;action. On ne pouvait gu&#232;re s'attendre &#224; ce que la pens&#233;e marxiste pure, bannie de la politique, s'enracine dans le sous-sol de la nature ou s'&#233;panouisse librement pendant un certain temps sous l'ombre funeste du r&#233;gime de Staline. Par cons&#233;quent, le marxisme est pass&#233; d'un mouvement id&#233;ologique en pleine croissance &#224; une scolastique st&#233;rile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens pourraient pr&#233;server certaines reliques de la pens&#233;e marxiste pass&#233;e comme les scolastiques m&#233;di&#233;vaux pr&#233;servaient les &#233;crits d'Aristote ou comme ils momifiaient eux-m&#234;mes le corps de L&#233;nine : pour exhiber les gloires d&#233;cadentes du pass&#233; tout en violant leur esprit dans le pr&#233;sent. C'est pourquoi nous leur devons la publication de la Dialectique de la nature . Dans la science comme dans la soci&#233;t&#233;, des vestiges de l'h&#233;ritage de la R&#233;volution d'Octobre sont ici et l&#224; ancr&#233;s dans le stalinisme ; du bien peut encore &#233;maner de cette abomination : contradiction qui horrifiera sans doute les anti-dialectiques. Mais sous les auspices staliniens, il ne peut y avoir de d&#233;veloppement coh&#233;rent et fructueux de la science du mat&#233;rialisme dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine de la pens&#233;e, comme dans tous les autres, les forces de la Quatri&#232;me Internationale sont oblig&#233;es de poursuivre les t&#226;ches laiss&#233;es inachev&#233;es par leurs pr&#233;d&#233;cesseurs marxistes. Dans les &#339;uvres philosophiques de Marx et d'Engels, et maintenant dans la Dialectique de la nature , ils retrouveront les principales voies d&#233;j&#224; trac&#233;es pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;note de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Voir, par exemple, The Evolution of Physics d'Einstein et Infeld, en particulier la section sur The Decline of the Mechanical View .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1940/12/dialnat.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1940/12/dialnat.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4920&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4920&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4043&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4043&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article30&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article30&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La conception mat&#233;rialiste de l'histoire</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8979</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8979</guid>
		<dc:date>2025-03-24T23:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque l'historien, j'entends un de ceux qui ne se sont pas priv&#233;s du don de g&#233;n&#233;ralisation, embrasse par la pens&#233;e le pass&#233; et le pr&#233;sent du genre humain, il voit se d&#233;rouler un spectacle grandiose et merveilleux. En effet, vous savez sans doute que la science moderne suppose que l'homme existe sur notre globe depuis l'ancien quaternaire, c'est-&#224;-dire depuis au moins 200.000 ans. Mais si nous faisons abstraction de ces calculs toujours hypoth&#233;tiques, si nous admettons, comme on (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'historien, j'entends un de ceux qui ne se sont pas priv&#233;s du don de g&#233;n&#233;ralisation, embrasse par la pens&#233;e le pass&#233; et le pr&#233;sent du genre humain, il voit se d&#233;rouler un spectacle grandiose et merveilleux. En effet, vous savez sans doute que la science moderne suppose que l'homme existe sur notre globe depuis l'ancien quaternaire, c'est-&#224;-dire depuis au moins 200.000 ans. Mais si nous faisons abstraction de ces calculs toujours hypoth&#233;tiques, si nous admettons, comme on admettait dans le bon vieux temps, que l'homme a paru sur terre environ 4.000 ans avant l'&#232;re chr&#233;tienne, nous avons quelque chose comme 200 g&#233;n&#233;rations qui sont venues l'une apr&#232;s l'autre pour dispara&#238;tre comme disparaissent les feuilles dans la for&#234;t &#224; l'approche de l'automne. Chacune de ces g&#233;n&#233;rations, que dis-je, presque chaque individu faisant partie de chaque g&#233;n&#233;ration a poursuivi ses propres buts, chacun a lutt&#233; pour sa propre existence ou pour l'existence de ses proches et pourtant il y a eu un mouvement d'ensemble, il y a ce que nous appelons l'histoire du genre humain, nous rappelons &#224; notre m&#233;moire l'&#233;tat de nos anc&#234;tres, si nous nous repr&#233;sentons, par exemple, la vie des hommes de cette race qui peuplait les habitations dites lacustres, et si nous comparons cette vie a celle des Suisses de nos jours, nous apercevons une &#233;norme diff&#233;rence. La distance qui s&#233;pare l'homme de ses parents plus ou moins anthropomorphes s'est agrandie, le pouvoir de l'homme sur la nature s'est augment&#233;. Il est donc tr&#232;s naturel, je dirai plus, il est in&#233;&#173;vitable de se demander quelles ont &#233;t&#233; les causes de ce mouvement et de ce progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, la grande question des causes du mouvement historique et du progr&#232;s du genre humain est celle qui constitue l'objet de ce qu'on appelait autrefois la philosophie de l'histoire et qu'on fe&#173;rait, me semble-t-il, mieux de d&#233;signer du nom de conception de l'histoire, c'est-&#224;-dire de l'histoire consid&#233;r&#233;e comme science, ne se contentant pas d'ap&#173;prendre comment les choses se sont pass&#233;es, mais, voulant savoir pourquoi elles se sont pass&#233;es d'une telle mani&#232;re et non pas d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute chose, la philosophie de l'histoire a eu son histoire &#224; elle, je veux dire qu'&#224; diff&#233;&#173;rentes &#233;poques les hommes qui s'occupaient de la question du pourquoi du mouvement historique ont r&#233;pondu d'une fa&#231;on diff&#233;rente &#224; cette grande question. Chaque &#233;poque avait sa philosophie de l'histoire &#224; elle. Vous m'objecterez peut-&#234;tre que souvent &#224; une m&#234;me &#233;poque historique il n'y avait pas seulement une mais plusieurs &#233;coles de philosophie de l'histoire. J'en tombe d'accord, mais je vous prie de consid&#233;rer que les diff&#233;rentes &#233;coles philosophiques propres &#224; une p&#233;riode donn&#233;e de l'histoire ont toujours entre elles quelque chose de commun qui permet de les envisager comme diff&#233;rentes esp&#232;ces d'un m&#234;me genre, il y a naturellement aussi des survivances. Nous pouvons donc dire, pour simplifier le probl&#232;me, que chaque p&#233;riode historique a sa propre philosophie de l'his&#173;toire. Nous allons en &#233;tudier quelques-unes unes. Je commence par la philosophie ou conception th&#233;ologique de l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception th&#233;ologique de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l&#224; philosophie ou conception th&#233;ologique de l'histoire ? Cette conception est la plus primitive, elle est intimement li&#233;e aux premiers efforts faits par la pens&#233;e humaine pour se rendre compte du monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la conception la plus simple que l'homme puisse se faire de la nature, c'est d'y voir non pas des ph&#233;nom&#232;nes d&#233;pendant les uns des autres et contr&#244;l&#233;s par des lois invariables, mais des &#233;v&#233;nements produits par l'action d'une ou de plusieurs volont&#233;s semblable &#224; la sienne. Le philosophe fran&#231;ais Guyau dit dans un de ses livres, qu'un enfant en sa pr&#233;sence traitait la lune de m&#233;chante parce qu'elle ne voulait pas se montrer, cet enfant consid&#233;rait la lune comme un &#234;tre anim&#233;, et, comme cet enfant, l'homme primitif anime toute la nature. L'animisme, la premi&#232;re phase du d&#233;veloppement de la pens&#233;e religieuse, et le premier pas de la science, c'est l'explication animiste des &#233;v&#233;nements de la nature et de les concevoir comme des ph&#233;nom&#232;nes soumis &#224; des lois. Tandis qu'un enfant croit que la lune ne se montre pas parce qu'elle est m&#233;chante, un as&#173;tronome nous explique l'ensemble des conditions natu&#173;relles qui, &#224; un moment donn&#233;, nous permettent ou nous emp&#234;chent de voir tel ou tel astre. Or, tandis que dans l'explication de la nature, les progr&#232;s de la science ont &#233;t&#233; relativement rapides, la science de la soci&#233;t&#233; humaine et de son histoire n'avan&#231;ait qu'avec beaucoup plus de lenteur. On admettait, l'ex&#173;plication animiste des &#233;v&#233;nements historiques &#224; des &#233;poques o&#249; l'on se moquait d&#233;j&#224; de l'explication ani&#173;miste des ph&#233;nom&#232;nes de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des soci&#233;t&#233;s souvent tr&#232;s civilis&#233;es, on trouvait tout &#224; fait permis d'expliquer le mouvement historique de l'humanit&#233; comme la manifestation de la volont&#233; d'une ou de plusieurs divinit&#233;s. Cette expli&#173;cation de l'histoire par l'action de la divinit&#233; constitue ce que nous appelons la conception th&#233;olo&#173;gique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous donner deux exemples de cette concep&#173;tion, je vais caract&#233;riser ici la philosophie histo&#173;rique de deux hommes c&#233;l&#232;bres : Saint Augustin, &#233;v&#234;&#173;que d'Hippone et Bossuet, &#233;v&#234;&#173;que de Meaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Augustin envisage les &#233;v&#233;nements histori&#173;ques comme soumis &#224; la Providence divine et, qui plus est, il est persuad&#233; qu'on ne peut les envisager au&#173;trement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Consid&#233;rez ce Dieu souverain et v&#233;ritable, dit-il, ce Dieu unique et tout-puissant, auteur et cr&#233;a&#173;teur de toutes les &#226;mes et de tous les corps... qui a fait de l'homme un animal raisonnable compos&#233; de corps et d'&#226;me, ce Dieu, principe de toute r&#232;gle, de toute beaut&#233;, de tout ordre qui donne &#224; tout le nom&#173;bre, le poids et la mesure, de qui d&#233;rive toute pro&#173;duction naturelle, quels qu'en soient le genre et le prix, je demande s'il est croyable que ce Dieu ait souffert que les empires de la terre, leur domination et leur servitude restassent &#233;trangers aux lois de, la Providence&#034; (Cit&#233; de Dieu, traduction Emile Saisset, livre V, chap. XI, pp. 292-293).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point de vue g&#233;n&#233;ral, Saint Augustin ne le quitte dans aucune de ses explications historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'expliquer la grandeur des Romains, l' &#233;v&#234;&#173;que d'Hippone nous raconte avec beaucoup de d&#233;&#173;tails comme quoi elle entrait dans les vues de la Di&#173;vinit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Apr&#232;s que les royaumes d'Orient eurent brill&#233; sur la terre pendant une longue suite d'ann&#233;es, Dieu voulut que l'empire d'Occident, qui &#233;tait le dernier dans l'ordre des temps, devint le premier de tous par sa grandeur et son &#233;tendue, et comme il avait &#224; des&#173;sein de se servir de cet empire pour ch&#226;tier un grand nombre de nations, il le confia &#224; des hommes passionn&#233;s pour la louange et l'honneur, qui mettaient la gloire dans celle de la patrie et &#233;taient toujours pr&#234;ts &#224; se sacrifier pour son salut, triomphant ainsi de leur cupidit&#233; et de tous les autres vices par ce vice unique : l'amour de la gloire. Car, il ne faut pas se le dissimuler, l'amour de la gloire est un vi&#173;ce... etc.&#034; (p. 301).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'expliquer la prosp&#233;rit&#233; du premier empereur chr&#233;tien Constantin, la volont&#233; divine l&#232;ve toute difficult&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le bon Dieu, nous dit saint Augustin, voulant emp&#234;cher ceux qui l'adorent... de se persuader qu'il est impossible d'obtenir les royaumes et les gran&#173;deurs de la terre sans la faveur toute-puissante des d&#233;mons, a voulu favoriser l'empereur Constantin, qui, loin d'avoir recours aux fausses divinit&#233;s, n'adorait que la v&#233;ritable, et de le combler de plus de biens qu'un autre n'en e&#251;t seulement os&#233; souhaiter&#034; (t. I, pp. 328-329 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il enfin de savoir pourquoi une guerre durait plus longtemps qu'une autre, saint Augustin nous dira que Dieu l'avait voulu ainsi : &#034;De m&#234;me qu'il d&#233;pend de Dieu d'affliger ou de consoler les hommes, selon les conseils de la justice et de sa mi&#173;s&#233;ricorde, c'est lui, aussi qui r&#232;gle les temps des guerres, qui les abr&#232;ge ou les prolonge &#224; son gr&#233; &#034; (p. 323, tome I).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le voyez, saint Augustin reste toujours fi&#173;d&#232;le &#224; son principe fondamental. Malheureusement, il ne suffit pas d'&#234;tre fid&#232;le &#224; un principe donn&#233; pour trouver la Juste explication des ph&#233;nom&#232;nes. Il faut avant tout que le philosophe de l'histoire &#233;tudie soigneusement tous les faits qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et ac&#173;compagn&#233; le ph&#233;nom&#232;ne qu'il cherche &#224; expliquer. Le principe, fondamental ne peut et ne doit jamais servir que de fil conducteur dans l'analyse de la r&#233;alit&#233; historique. Or la th&#233;orie de saint Augustin est in&#173;suffisante sous les deux rapports indiqu&#233;s. Comme m&#233;&#173;thode d'analyse de la r&#233;alit&#233; historique, elle est nulle. Et quant &#224; son principe fondamental, je vous prie d'observer ceci. Saint Augustin parle de ce qu'il appelle les lois de la providence avec tant de conviction et avec tant de d&#233;tails, qu'on se demande, en le lisant, s'il n'a pas &#233;t&#233; le confident intime de son dieu. Et le m&#234;me auteur, avec la m&#234;me conviction, avec la m&#234;me fid&#233;lit&#233; &#224; son principe fondamental, et dans le m&#234;me ouvrage, nous dit que les voies du Sei&#173;gneur sont insondables. Mais s'il en est ainsi, pour&#173;quoi entreprendre la t&#226;che n&#233;cessairement ingrate et st&#233;rile de les sonder ? Et pourquoi nous indiquer ces insondables voies comme uns explication des &#233;v&#233;ne&#173;ments de la vie humaine ? La contradiction est palpa&#173;ble, et puisqu'elle est palpable, on a beau avoir la foi fervente et in&#233;branlable, on est forc&#233; de renon&#173;cer &#224; l'interpr&#233;tation th&#233;ologique de l'histoire si l'on tient tant soit peu &#224; la logique et si l'on ne veut pas pr&#233;tendre que l'insondable, c'est-&#224;-dire l'inexplicable, explique et fait comprendre toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; Bossuet. Comme Saint Augustin, Bossuet, dans sa conception de l'histoire, se place au point de vue th&#233;ologique. Il est persuad&#233; que les destin&#233;es historiques des peuples, ou, comme il s'ex&#173;prime, les r&#233;volutions des empires sont r&#233;gl&#233;es par la Providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ces empires dit-il dans son Discours sur l'his&#173;toire universelle, ont une liaison n&#233;cessaire avec l'histoire du peuple de Dieu. Dieu s'est servi des Assyriens et des Babyloniens pour ch&#226;tier ce peuple, des Perses, pour le r&#233;tablir, d'Alexandre et de ses premiers successeurs, pour le prot&#233;ger d'Antochius l'Illustre et de ses successeurs, pour l'exercer ; des Romains, pour soutenir sa libert&#233; contre les rois de Syrie, qui ne songeaient qu'&#224; la d&#233;truire. Les Juifs ont dur&#233; jusqu'&#224; J&#233;sus-Christ sous la puissance des m&#234;mes Romains. Quand ils l'ont m&#233;connu et cruci&#173;fi&#233;, ces m&#234;mes Romains ont pr&#234;t&#233; leurs mains sans y penser, &#224; la vengeance divine et ont extermin&#233; ce peuple ingrat&#034; (Discours, &#233;d. Garnier fr&#232;res, p.334).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, tous les peuples et tous les grands empires oui, l'un apr&#232;s l'autre apparurent sur la sc&#232;ne historique ont concouru par divers moyens au m&#234;me but : au bien de la religion chr&#233;tienne et &#224; la gloire de Dieu. Bossuet d&#233;couvre &#224; son &#233;l&#232;ve les se&#173;crets jugements de Dieu sur l'empire romain et sur Rome m&#234;me, en se basant sur la r&#233;v&#233;lation que le Saint Esprit a faite &#224; saint Jean et que celui-ci a expliqu&#233;e dans l'Apocalypse. Il parle, lui-aussi, comme si les voies du Seigneur avaient cess&#233; d'&#234;tre insondables, et, chose bien digne d'attention, le spectacle du mouvement historique ne lui inspire que le sentiment de la vanit&#233; des choses humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ainsi, dit-il, quand vous voyez passer comme en un instant devant vos yeux, je ne dis pas les rois et les empereurs, mais ces grands empires qui ont fait trembler tout l'univers et quand vous voyez les Assy&#173;riens anciens et nouveaux, les M&#232;des, les Perses, les Grecs, les Romains, se pr&#233;senter successivement, et tomber, pour ainsi dire, les uns sur les autres, ce fracas effroyable vous fait sentir qu'il n'y a rien de solide parmi les hommes, et que l'inconstance et l'agitation est le&#171; propre partage des choses humai&#173;nes. &#187; (Discours, p. 339).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pessimisme est un des traits les plus remar&#173;quables de la philosophie historique de Bossuet. Et, tout bien consid&#233;r&#233;, il faut avouer que ce trait rend fid&#232;lement le caract&#232;re essentiel du christianisme. Le christianisme promet &#224; ses fid&#232;les de la consolation, beaucoup de consolation ! Mais comment les console-t-il ? En les d&#233;tachant des choses d'ici-bas, en les persuadant que tout est vanit&#233; sur la terre et que le bonheur n'est possible pour les humains qu'a&#173;pr&#232;s la mort. Je vous prie de retenir ce trait dans votre m&#233;moire s il vous donnera dans la suite un ter&#173;me de comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre trait remarquable de la philosophie historique de Bossuet, c'est que, dans l'interpr&#233;ta&#173;tion des &#233;v&#233;nements historiques, il ne se contente pas, comme Saint Augustin, d'en appeler &#224; la volont&#233; du bon Dieu, mais porte d&#233;j&#224; son attention vers ce qu'il appelle les causes particuli&#232;res des r&#233;volu&#173;tions des empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Car ce m&#234;me dieu - dit-il - qui a fait l'en&#173;cha&#238;nement de l'univers, et qui, tout-puissant par lui-m&#234;me, a voulu aussi que le cours des choses hu&#173;maines e&#251;t sa suite et ses proportions &#187; Je veux dire que les hommes et les nations ont eu les qualit&#233;s, proportionnelles &#224; l'&#233;l&#233;vation &#224; laquelle ils &#233;taient destin&#233;s, et qu'&#224; la r&#233;serve de certains coups ex&#173;traordinaires, o&#249; Dieu voulait que sa main par&#251;t tou&#173;te seule, il n'est point arriv&#233; de grand changement qui n'ait eu ses causes dans les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents. Et comme, dans toutes les affaires, il y a ce qui les pr&#233;pare, ce qui d&#233;termine &#224; les entreprendre, et ce qui les fait r&#233;ussir, la Vraie science de l'histoire est de remarquer dans chaque temps ces secr&#232;tes dis&#173;positions qui ont pr&#233;par&#233; les grands changements et les conjonctures importantes qui les ont fait arri&#173;ver.&#034; (Discours, pp. 339-340).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d'apr&#232;s Bossuet, il arrive bien dans l'histoire des &#233;v&#233;nements o&#249; la main de Dieu para&#238;t toute seule, o&#249;, en d'autres termes Dieu agit d'une fa&#231;on imm&#233;diate. Ces &#233;v&#233;nements-l&#224;, ce sont, pour ainsi dire, des miracles historiques. Mais, pour la plupart des cas et dans la marche ordinaire des cho&#173;ses, les changements qui ont lieu &#224; une &#233;poque donn&#233;e ont leurs causes dans les &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes. La t&#226;&#173;che de la vraie science est d'&#233;tudier ces causes qui n'ont rien de surnaturel, puisqu'elles ne tiennent qu'&#224; la nature des hommes et des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa conception th&#233;ologique de l'histoire, Bossuet fait donc une large place &#224; l'explication naturelle des &#233;v&#233;nements historiques. Il est vrai que cette explication naturelle est, chez lui, intimement li&#233;e &#224; l'id&#233;e th&#233;ologique ; c'est toujours le bon Dieu qui donne aux hommes et aux nations des qualit&#233;s proportionnelles &#224; l'&#233;l&#233;vation &#224; laquelle il les des&#173;tine. Mais, une fois donn&#233;es, ces qualit&#233;s agissent toutes seules, et tant qu'elles agissent, nous avons non seulement le droit mais le devoir, Bossuet le dit cat&#233;goriquement, de chercher l'explication naturelle de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie historique de Bossuet a, sur cel&#173;le de Saint Augustin, le grand avantage d'insister sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tudier les causes particuli&#232;res des &#233;v&#233;nements. Mais cet avantage n'est, au fond, qu'un aveu, inconscient et involontaire sans doute, de 1'impuissance et de la st&#233;rilit&#233; de la conception th&#233;ologique proprement dite, c'est &#224; dire de la m&#233;&#173;thode qui consiste &#224; expliquer les ph&#233;nom&#232;nes par l'action d'un ou de plusieurs agents surnaturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aveu, les ennemis de la th&#233;ologie en surent bien tirer parti au si&#232;cle suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus redoutable parmi ces ennemis, le pa&#173;triarche de Ferney, Voltaire, dit tr&#232;s malicieusement dans son c&#233;l&#232;bre Essai sur les m&#339;urs des Nations : &#034;Rien n'est plus digne de notre curiosit&#233; que la ma&#173;ni&#232;re dont Dieu voulut que l'Eglise s'&#233;tablit en faisant concourir les causes secondes &#224; ses d&#233;crets &#233;ternels. Laissons respectueusement ce qui est divin &#224; ceux qui en sont les d&#233;positaires, et attachons-nous uniquement &#224; l'historique .&#034; ( Essai, &#233;dition de Beuchot, t. I, p. 346 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception id&#233;aliste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception th&#233;ologique de l'histoire est donc mise respectueusement de c&#244;t&#233;. Voltaire s'attache &#224; l'historique, il s'efforce d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes par leurs causes secondes, c'est-&#224;-dire naturelles. Mais en quoi consiste la science, si ce n'est dans l'explication naturelle des ph&#233;nom&#232;nes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie historique de Voltaire est un es&#173;sai d'interpr&#233;tation scientifique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons cet essai d'un peu plus pr&#232;s. Voyons par exemple, quelles ont &#233;t&#233;, d'apr&#232;s Voltaire, les causes de la chute de l'empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cadence romaine a &#233;t&#233; longue et lente, mais parmi les fl&#233;aux qui ont caus&#233; la chute du colossal empire. Voltaire fait ressortir surtout les deux sui&#173;vants : 1&#176; les Barbares, 2&#176; les disputes de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Barbares ont d&#233;truit l'empire romain. Mais pourquoi, demande Voltaire, les Romains ne les exter&#173;min&#232;rent-ils pas, comme Marius avait extermin&#233; les Cimbres ? C'est qu'il ne se trouvait point de Marius. Et pourquoi ne se trouvait-il pas de Marius ? Parce que les m&#339;urs des Romains avaient chang&#233;. La sympt&#244;&#173;me le plus &#233;clatant de ce changement dans les m&#339;urs, c'est que l'empire romain avait alors plus de moines que de soldats. &#034;Ces moines couraient en troupe de ville en ville pour soutenir ou pour d&#233;truire la consubstantialit&#233; du Verbe... &#034; (Ibid., t. I, p. 377).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Comme les descendants de Scipion &#233;taient deve&#173;nus des controversistes, comme la consid&#233;ration per&#173;sonnelle &#233;tait pass&#233;e des Hortensius et des Cic&#233;ron aux Cyrille, aux Gr&#233;goire, aux Amboise, tout fut per&#173;du et si l'on doit s'&#233;tonner de quelque chose, c'est que l'empire romain ait subsist&#233; encore un peu de temps.&#034; (Ibid., t. I, p. 377).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez bien ici quelle &#233;tait, d'apr&#232;s Vol&#173;taire, la cause principale de la chute de Rome. Cette cause, c'est le triomphe du christianisme. D'ailleurs Voltaire le dit lui-m&#234;me avec son ironie mordante : &#034;Le christianisme ouvrait le ciel, mais il perdait l'empire &#034; (Ibid., t. I, p. 337).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-t-il eu raison, a-t-il eu tort ? C'est ce qui ne nous regarde pas maintenant. Ce qui nous importe, c'est de nous rendre compte exactement des id&#233;es his&#173;toriques de Voltaire. L'examen critique de ces id&#233;es ne viendra qu'ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, nous voyons que, selon Voltaire, le chris&#173;tianisme a perdu l'empire romain, Humainement par&#173;lant, il est permis sans doute de demander pourquoi le christianisme a triomph&#233; de Rome ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Voltaire, le principal instrument de la Victoire des chr&#233;tiens fut Constantin, qu'il nous re&#173;pr&#233;sente conform&#233;ment &#224; la v&#233;rit&#233; historique. Mais un homme, f&#251;t-il empereur, et f&#251;t-il tr&#232;s m&#233;chant et tr&#232;s superstitieux, serait-il jamais capable d'assu&#173;rer le triomphe d'une religion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voltaire croyait que oui. Et, pour le croire, il n'&#233;tait pas le seul de son si&#232;cle. Tous les philoso&#173;phes le croyaient aussi. Comme exemple, je vous cite&#173;rai les consid&#233;rations d'un autre &#233;crivain sur l'ori&#173;gine du peuple juif et sur le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la conception th&#233;ologique de l'histoire con&#173;siste &#224; expliquer l'&#233;volution historique par la vo&#173;lont&#233; et l'action, directe ou indirecte, d'un ou de plusieurs agents surnaturels, la conception id&#233;aliste - dont Voltaire et ses amis &#233;taient les partisans convaincus - consiste &#224; expliquer cette m&#234;me &#233;volu&#173;tion par l'&#233;volution des m&#339;urs et des id&#233;es, ou de l'opinion, comme on s'exprimait au XVIII&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;J'entends par opinion, dit Suard, le r&#233;sultat de la masse de v&#233;rit&#233;s et d'erreurs r&#233;pandues dans une nation, r&#233;sultat qui d&#233;termine ses jugements d'estime ou de m&#233;pris, d'amour ou de haine, qui forme ses penchants et ses habitudes, ses id&#233;es et ses ver&#173;tus, en un mot, ses m&#339;urs.&#034; (Suard, M&#233;langes de Lit&#173;t&#233;rature, III, p. 400).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque c'est l'opinion qui gouverne le monde, il est &#233;vident que l'opinion est la cause fondamenta&#173;le, la cause la plus profonde, du mouvement histori&#173;que, et il n'y a pas lieu de s'&#233;tonner qu'un histo&#173;rien en appelle &#224; l'opinion comme &#224; une force qui produit en derni&#232;re instance les &#233;v&#233;nements de telle ou telle &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si l'opinion en g&#233;n&#233;ral explique les &#233;v&#233;ne&#173;ments historiques, il est tout naturel de chercher dans l'opinion religieuse (dans le christianisme par exemple), la cause la plus profonde de la prosp&#233;rit&#233; ou de la d&#233;cadence d'un empire (par exemple de l'em&#173;pire de Rome). Voltaire &#233;tait donc fid&#232;le &#224; la philo&#173;sophie historique de son temps en disant que le christianisme a caus&#233; la ruine de l'empire de Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parmi les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle, il y en avait plusieurs qui sont connus comme des mat&#233;&#173;rialistes. Tels &#233;taient, par exemple, Holbach, l'au&#173;teur du c&#233;l&#232;bre Syst&#232;me de la nature , et Helv&#233;tius, l'auteur du livre non moins c&#233;l&#232;bre De l'Esprit . Il est tr&#232;s naturel de supposer qu'au moins ces philoso&#173;phes-l&#224; n'approuvaient pas la conception id&#233;aliste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! Cette supposition, toute naturelle qu'elle paraisse, est erron&#233;e : Holbach et Helv&#233;tius, mat&#233;rialistes dans leur conception de la nature &#233;taient id&#233;alistes en ce qui concerne l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle, comme toute la &#034; s&#233;quelle des Encyclop&#233;distes &#034;, les mat&#233;ria&#173;listes de ce temps-l&#224; croyaient que l'opinion gouver&#173;ne le monde et que l'&#233;volution de l'opinion explique en derni&#232;re analyse toute l'&#233;volution historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'ignorance, l'erreur, le pr&#233;jug&#233;, le d&#233;faut d'exp&#233;rience, de r&#233;flexion et de pr&#233;voyance, voil&#224; les vraies sources du mal moral. Les hommes ne se nuisent &#224; eux-m&#234;mes et ne blessent leurs associ&#233;s, que parce qu'ils n'ont point d'id&#233;es de leurs vrais int&#233;r&#234;ts.&#034; (Syst&#232;me social, t. II, chap. I, p. 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre endroit du m&#234;me ouvrage, nous li&#173;sons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'histoire nous prouve qu'en mati&#232;re de gouver&#173;nement, les nations furent de tout temps le jouet de leur ignorance, de leur imprudence, de leur cr&#233;dulit&#233; de leurs terreurs paniques, et surtout des passions de ceux qui surent prendre de l'ascendant sur la mul&#173;titude. Semblables &#224; des malades qui s'agitent sans cesse dans leur lit, sans y trouver de position con&#173;venable, les peuples ont souvent chang&#233; la forme de leurs gouvernements mais ils n'ont jamais eu ni le pouvoir, ni la capacit&#233; de r&#233;former le fond, de re&#173;monter &#224; la vraie source de leurs maux ; ils se vi&#173;rent sans cesse ballott&#233;s par des passions aveugles.&#034; (Ibid., II, p. 27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces citations vous montrent que, d'apr&#232;s le ma&#173;t&#233;rialiste Holbach, l'ignorance fut la cause du mal moral et politique. Si les peuples sont m&#233;chants, c'est gr&#226;ce &#224; leur ignorance, si leurs gouvernements sont absurdes, c'est parce qu'ils n'ont pas su d&#233;cou&#173;vrir les vrais principes de l'organisation sociale et politique, si les r&#233;volutions faites par les peuples n'ont pas d&#233;racin&#233; le mal moral et social, c'est par&#173;ce qu'ils n'ont pas eu assez de lumi&#232;res. Mais qu'est ce que l'ignorance ? Qu'est-ce que l'erreur ? Qu'est-ce que le pr&#233;jug&#233; ? L'ignorance, l'erreur, le pr&#233;jug&#233;, tout cela, ce n'est que de l'opinion erron&#233;e. Et si l'ignorance, l'erreur et le pr&#233;jug&#233; ont emp&#234;ch&#233; les hommes de d&#233;couvrir les vraies bases de l'organi&#173;sation politique et sociale, il est clair que c'est l'opinion erron&#233;e qui a gouvern&#233; le monde. Holbach est donc, l&#224;-dessus, du m&#234;me avis que la plupart des philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Helv&#233;tius, je ne citerai que son opinion sur le syst&#232;me f&#233;odal. Dans une lettre &#224; Saurin sur l'Esprit des Lois de Montesquieu, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Mais que diable veut-il nous apprendre par son Trait&#233; des Fiefs ? Est-ce une mati&#232;re que devait chercher &#224; d&#233;brouiller un esprit sage et raisonnable ? Quelle l&#233;gislation peut r&#233;sulter de ce chaos barbare de lois que la force a &#233;tablies, que l'ignorance a respect&#233;es, et qui s'opposeront toujours &#224; un bon or&#173;dre de choses ? &#034; (&#338;uvres, III, p. 266).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre endroit, il dit &#034;Montesquieu est trop f&#233;odaliste, et le gouvernement f&#233;odal est le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; &#034;. (&#338;uvres, III, p.314).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Helv&#233;tius trouve que le f&#233;odalisme, c'est &#224; dire tout un syst&#232;me d'institutions sociales et po&#173;litiques, &#233;tait le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; et, par cons&#233;quent, devait son origine &#224; l'ignorance ou, en d'autres termes, &#224; une opinion erron&#233;e. C'est donc toujours l'opinion qui, en bien ou en mal, a gouvern&#233; le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit qu'il nous importait non pas de criti&#173;quer cette th&#233;orie, mais de bien la conna&#238;tre et de bien saisir sa nature. Maintenant que nous la con&#173;naissons, il nous est non seulement permis, mais n&#233;&#173;cessaire de l'analyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, cette th&#233;orie est-elle vraie ou est-elle fausse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, oui ou non, que les hommes qui ne comprennent pas en quoi consistent leurs int&#233;r&#234;ts ne pouvaient les servir de fa&#231;on raisonnable ? Cela est vrai sans contredit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, oui ou non, que l'ignorance a caus&#233; beaucoup de maux &#224; l'humanit&#233; et qu'un syst&#232;me social et politique bas&#233; sur la soumission et sur l'exploi&#173;tation de l'homme par l'homme, tel que fut le f&#233;odalisme, n'est possible que dans un temps d'ignorance et de pr&#233;jug&#233;s profond&#233;ment enracin&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est bien vrai, et je ne vois pas comment on pourrait contester une v&#233;rit&#233; aussi indubitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, est-il faux, en un mot, que l'opi&#173;nion, dans le sens d&#233;termin&#233; par Suard, a une grande influence sur la conduite des hommes ? Quiconque con&#173;na&#238;t les hommes dira que cela aussi est indubitable et indiscutable.&lt;br class='autobr' /&gt;
La force des id&#233;es &#8230; et leur origine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception id&#233;aliste de l'histoire est-elle donc bas&#233;e sur la v&#233;rit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;ponds oui et non. Et voici ce que j'entends par-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception id&#233;aliste de l'histoire est vraie dans ce sens qu'il y a du vrai en elle. Oui, il y a du vrai. L'opinion &#224; une tr&#232;s grande influence sur les hommes. Nous avons donc le droit de dire qu'elle gouverne le monde. Mais nous avons bien le droit de nous demander si cette opinion qui gouverne le monde n'est gouvern&#233;e par rien du tout ? Autrement dit, nous pouvons et nous devons nous demander si les opi&#173;nions et les sentiments des hommes sont une chose soumise au hasard. Poser cette question, c'est la r&#233;&#173;soudre aussit&#244;t dans le sens n&#233;gatif. Non, les opi&#173;nions et les sentiments des hommes ne sont point sou&#173;mis au hasard. Leur g&#233;n&#233;ration comme leur &#233;volution est soumise &#224; des lois que nous devons &#233;tudier. D&#232;s que vous admettez ceci - et le moyen de ne pas l'ad&#173;mettre ? - vous &#234;tes forc&#233;s de reconna&#238;tre que si l'opinion gouverne le monde, elle ne le gouverne pas en souverain absolu, qu'elle est gouvern&#233;e &#224; son tour et que, par cons&#233;quent, celui qui en appelle &#224; l'opi&#173;nion est loin de nous indiquer la cause fondamentale, la cause la plus profonde du mouvement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc de la v&#233;rit&#233; dans la conception id&#233;aliste de l'histoire. Mais il n'y a pas toute la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conna&#238;tre toute la v&#233;rit&#233;, il nous faut re&#173;prendre la recherche justement l&#224; o&#249; la conception id&#233;aliste l'abandonne. Il nous faut t&#226;cher de nous rendre un compte exact des causes de la g&#233;n&#233;ration et de l'&#233;volution de l'opinion des hommes vivant en so&#173;ci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faciliter notre t&#226;che, proc&#233;dons avec m&#233;&#173;thode, et, avant tout, voyons si l'opinion, c'est &#224; dire, conform&#233;ment &#224; la d&#233;finition donn&#233;e par Suard, la masse de v&#233;rit&#233;s et d'erreurs r&#233;pandue parmi les hommes leur est inn&#233;e, si elle na&#238;t avec eux pour ne dispara&#238;tre qu'avec eux. Cela revient &#224; nous demander s'il y a des id&#233;es inn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; l'on &#233;tait fermement convain&#173;cu que les id&#233;es, au moins en partie, sont inn&#233;es. En admettant l'existence des id&#233;es inn&#233;es, on admettait en m&#234;me temps que ces id&#233;es-l&#224; constituent un fonds commun &#224; l'humanit&#233; toute enti&#232;re, un fonds qui est toujours le m&#234;me dans tous les temps et tous les cli&#173;mats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette opinion, tr&#232;s r&#233;pandus autrefois, fut vic&#173;torieusement combattue par un philosophe anglais de grand m&#233;rite, John Locke. Dans son c&#233;l&#232;bre livre in&#173;titul&#233; : Essai sur l'entendement humain , John Locke a prouv&#233; qu'il n'y a point d'id&#233;es, de principes ou de nations inn&#233;es dans l'esprit de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es ou les principes des hommes leur vien&#173;nent de l'exp&#233;rience, et c'est &#233;galement vrai en ce qui concerne les principes sp&#233;culatifs, comme les principes pratiques ou principes de morale. Les prin&#173;cipes de morale, varient selon les temps et les lieux. Quand les hommes condamnent une action, c'est parce qu'elle leur est nuisible. Quand ils la louent, c'est qu'elle leur est utile. L'int&#233;r&#234;t (non pas l'int&#233;r&#234;t personnel, mais l'int&#233;r&#234;t social) d&#233;termine donc les jugements des hommes dans le domaine de la vie socia&#173;le. Telle &#233;tait la doctrine de Locke, dont tous les philosophes fran&#231;ais du XVIII&#176; si&#232;cle &#233;taient des partisans convaincus. Nous avons donc le droit de prendre cette doctrine pour point de d&#233;part de notre critique de leur conception de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe point d'id&#233;es inn&#233;es dans l'esprit des hommes ; c'est l'exp&#233;rience qui d&#233;termine les Id&#233;es sp&#233;culatives et c'est l'int&#233;r&#234;t social qui d&#233;&#173;termine les &#034;id&#233;es pratiques&#034;. Admettons ce principe et voyons quelles cons&#233;quences en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;action apr&#232;s la R&#233;volution Fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand &#233;v&#233;nement historique s&#233;pare le XVIII&#176; si&#232;cle du XIX&#176; : la R&#233;volution Fran&#231;aise, qui comme un ouragan a pass&#233; sur la France en d&#233;truisant l'an&#173;cien r&#233;gime et en balayant ses d&#233;bris. Elle a eu une profonde influence sur la vie &#233;conomique, sociale, politique et intellectuelle non seulement de la Fran&#173;ce, mais de l'Europe enti&#232;re. Elle n'a pas pu rester sans influence sur la philosophie de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle a &#233;t&#233; cette influence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! Son r&#233;sultat le plus imm&#233;diat a &#233;t&#233; un sentiment d'immense lassitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand effort fait par les gens de ce temps-l&#224; a provoqu&#233; un besoin imp&#233;rieux de repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce sentiment de lassitude, in&#233;vitable apr&#232;s toute grande d&#233;pense d'&#233;nergie, il y a eu aussi un certain scepticisme. Le XVIII&#176; si&#232;cle croyait fer&#173;mement au triomphe de la raison. La raison finit tou&#173;jours par avoir raison, disait Voltaire. Les &#233;v&#233;ne&#173;ments de la R&#233;volution ont bris&#233; cette foi. On a vu tant d'&#233;v&#233;nements inattendus, on a vu triompher tant de choses qui semblaient tout &#224; fait impossibles et absolument d&#233;raisonnables, on a vu tant de calculs les plus sages renvers&#233;s par la brutale logique des faits, qu'on s'est dit que la raison ne finira proba&#173;blement jamais par avoir raison. Nous avons l&#224;-dessus le pr&#233;cieux t&#233;moignage d'une femme d'esprit, qui sa&#173;vait observer ce qui se passait autour d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La plupart des hommes, dit Mme de Sta&#235;l, &#233;pou&#173;vant&#233;s des vicissitudes effroyables, dont les &#233;v&#233;ne&#173;ments politiques nous ont offert l'exemple, ont perdu maintenant tout int&#233;r&#234;t au perfectionnement d'eux-m&#234;&#173;mes et sont trop frapp&#233;s de la puissance du hasard pour croire &#224; l'ascendant les facult&#233;s intellectuel&#173;les&#034; (De la litt&#233;rature, Pr&#233;face, p. XVIII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait donc &#233;pouvant&#233; par la puissance du ha&#173;sard. Mais qu'est-ce que le hasard ? Et qu'est-ce que le hasard dans la vie des soci&#233;t&#233;s ? Il y a mati&#232;re &#224; discussion philosophique l&#224;-dedans. Mais sans entrer dans cette discussion, nous pouvons dire que trop souvent les hommes attribuent au hasard ce dont les causes leur restent inconnues. Aussi quand le hasard leur fait trop et trop longtemps sentir sa puissance, ils finissent par essayer d'expliquer et de d&#233;couvrir les causes des ph&#233;nom&#232;nes qu'ils consid&#233;raient auparavant comme fortuits. Et c'est justement ce que nous voyons dans le domaine de la science historique au commencement du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philosophie de l'histoire de Saint-Simon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Simon, une des t&#234;tes les plus encyclop&#233;di&#173;ques et les moins m&#233;thodiques de la premi&#232;re moiti&#233; de ce si&#232;cle, s'efforce de poser les bases d'une science sociale. La science sociale, la science de la soci&#233;t&#233; humaine, la physique sociale, comme il l'ap&#173;pelle parfois, peut et doit, selon lui, devenir une science aussi exacte que les sciences naturelles. Nous devons &#233;tudier les faits relatifs &#224; la vie pas&#173;s&#233;e de l'humanit&#233; pour d&#233;couvrir les lois de son pro&#173;gr&#232;s. Nous ne pourrons pr&#233;voir l'avenir, que lorsque nous aurons compris le pass&#233;. Et pour le comprendre, pour expliquer le pass&#233;, Saint-Simon &#233;tudie surtout l'histoire de l'Europe occidentale depuis la chute de l'empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit dans cette histoire, la lutte des indus&#173;triels (ou du Tiers Etat, comme on disait au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent) contre l'aristocratie. Les industriels se sont ligu&#233;s avec la royaut&#233;, et, par l'appui qu'ils ont donn&#233; aux rois, ils leur ont fourni les moyens de s'emparer du pouvoir politique, qui se trouvait aupa&#173;ravant dans les mains des seigneurs f&#233;odaux. En &#233;change de leurs services la royaut&#233; leur a donn&#233; sa protection, au moyen de laquelle ils ont pu remporter beaucoup d'importantes victoires sur leurs ennemis. Peu &#224; peu, le travail et l'organisation aidant, les industriels sont parvenus &#224; poss&#233;der une force socia&#173;le imposante, bien sup&#233;rieure &#224; celle de l'aristocra&#173;tie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution Fran&#231;aise n'&#233;tait, pour Saint-Si&#173;mon, qu'un &#233;pisode de la grande lutte, plusieurs fois s&#233;culaire, entre les industriels et les nobles. Et toutes ses propositions pratiques se r&#233;duisaient &#224; des projets, des mesures qu'il fallait, selon lui, prendre pour compl&#233;ter et consolider la victoire des industriels et la d&#233;faite des nobles. Or, la lutte des industriels contre la noblesse &#233;tait la lutte de deux int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s. Et si cette lutte a, comme le dit Saint-Simon, rempli toute l'histoire de l'Europe occidentale depuis le XV&#176; si&#232;cle, nous pouvons dire que c'est la lutte des grands int&#233;r&#234;ts sociaux, qui &#233;tait la cause du mouvement historique dans la p&#233;rio&#173;de indiqu&#233;e. Nous voici donc assez loin de la concep&#173;tion historique du dix-huiti&#232;me si&#232;cle : ce n'est pas l'opinion, c'est l'int&#233;r&#234;t social ou pour mieux dire, l'int&#233;r&#234;t des grands &#233;l&#233;ments constructifs de la so&#173;ci&#233;t&#233;, 1'int&#233;r&#234;t des classes et la lutte sociale pro&#173;voqu&#233;e par l'opposition de ces int&#233;r&#234;ts, qui gouver&#173;nent le monde et qui d&#233;terminent la marche de l'his&#173;toire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses id&#233;es historiques, Saint-Simon a eu une influence d&#233;cisive sur un des plus grands historiens fran&#231;ais : Augustin Thierry. Et comme Augustin Thierry a fait une v&#233;ritable r&#233;volution dans la science his&#173;torique de son pays, il nous sera bien utile d'analy&#173;ser ses id&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conceptions d'Augustin Thierry et de Mignet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous rappelez, je suppose, ce que je vous ai dit d'Holbach et qui concernait l'histoire du peu&#173;ple juif. Cette histoire &#233;tait, pour Holbach, l'&#339;u&#173;vre d'un seul homme. Mo&#239;se, qui a fa&#231;onn&#233; le caract&#232;&#173;re des Juifs et qui leur a donn&#233; leur constitution sociale et politique, ainsi que leur religion. Et chaque peuple, ajoutait Holbach, a eu son Mo&#239;se. La philosophie historique du -dix-huiti&#232;me si&#232;cle ne con&#173;naissait que l'individu, les grands hommes. La masse, le peuple comme tel, n'existait presque point pour elle. La philosophie historique d'Augustin Thierry est, sous ce rapport, juste le contraire de ce qu'&#233;tait celle du dix-huiti&#232;me si&#232;cle. &#034;C'est une chose bien simple, dit-il, dans ses Lettres sur l'histoire de France, que l'obstination des historiens &#224; n'at&#173;tribuer jamais aucune spontan&#233;it&#233;, aucune conception aux masses d'hommes. Si tout un peuple &#233;migre et se fait un nouveau domicile, c'est, au dire des annalis&#173;tes et des po&#232;tes, quelque h&#233;ros, qui pour son nom s'avise de fonder un empire, si des nouvel&#173;les coutumes s'&#233;tablissent, c'est quelque l&#233;gislateur qui les imagine et les impose, si une cit&#233; s'organi&#173;se, c'est quelque prince qui lui donne l'&#234;tre, et toujours le peuple et les citoyens sont de l'&#233;toffe pour la pens&#233;e d'un seul homme. &#034; (Dix ans, p. 346).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution a &#233;t&#233; l'&#339;uvre des masses populai&#173;res et cette r&#233;volution dont le souvenir &#233;tait si frais au temps de la Restauration ne permettait plus d'envisager le mouvement historique comme l'&#339;uvre d'individus plus ou moins sages et plus ou moins ver&#173;tueux. Au lieu de s'occuper des faits et gestes des grands hommes, les historiens voulaient dor&#233;navant s'occuper de 1'histoire des peuples. C'est d&#233;j&#224; tr&#232;s important et cela vaut bien la peine d'&#234;tre retenu dans la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons plus loin. Ce sont les grandes masses qui font l'histoire. Soit. Mais pourquoi la font-elles ? En d'autres termes, quand les masses agissent, dans quel but agissent-elles ? Dans le but de garantir leurs int&#233;r&#234;ts, r&#233;pond Augustin Thierry. &#034; Voulez-vous dit-il, savoir au juste qui a cr&#233;&#233; cette institution, qui a con&#231;u une entreprise sociale ? Cherchez quels sont ceux qui en ont v&#233;ritablement besoin, &#224; ceux-l&#224; doit appartenir la pens&#233;e premi&#232;re, la volont&#233; d'agir et tout au moins la plus grande part dans l'ex&#233;cu&#173;tion, is fecit cui prodest : l'axiome vaut en his&#173;toire comme en droit. &#034; (Dix ans , p. 348).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse agit donc dans son int&#233;r&#234;t, l'int&#233;r&#234;t est la source, le mobile de toute cr&#233;ation sociale. Il est donc facile de comprendre que lorsqu'une ins&#173;titution devient oppos&#233;e &#224; l'int&#233;r&#234;t de la masse, la masse commence une lutte contre cette institution. Et comme uns institution nuisible &#224; la masse du peuple est souvent utile &#224; la classe privil&#233;gi&#233;e, la lutte contre cette institution devient une lutte contre la classe privil&#233;gi&#233;e. La lutte de classes d'hommes et d'int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s joue un grand r&#244;le dans la philo&#173;sophie historique d'Augustin Thierry. Cette lutte a rempli, par exemple, l'histoire de l'Angleterre de&#173;puis la conqu&#234;te normande jusqu'&#224; la r&#233;volution qui renversa la dynastie des Stuarts. Dans la r&#233;volution anglaise du XVII&#176; si&#232;cle luttaient deux classes d'hommes : les vainqueurs (la noblesse), les vaincus (la masse du peuple, bourgeoisie comprise). &#034;Chaque personnage, dit notre historien, dont les a&#239;eux s'&#233;&#173;taient trouv&#233;s enr&#244;l&#233;s dans la grande arm&#233;e d'inva&#173;sion, quittait son ch&#226;teau pour aller dans le camp royal prendre le commandement que son titre lui assi&#173;gnait. Les habitants des villes et des ports se ren&#173;daient en foule au camp oppos&#233;. On pouvait dire que le cri de ralliement des deux arm&#233;es &#233;tait, d'un c&#244;t&#233; oisivet&#233; et pouvoir, de l'autre travail et libert&#233; ; car les d&#233;s&#339;uvr&#233;s, les gens qui ns voulaient d'autre occupation dans la vie que celle de jouir sans peine, de quelque caste qu'ils fussent, s'enr&#244;laient dans les troupes royales o&#249; ils allaient d&#233;fendre des in&#173;t&#233;r&#234;ts conformes aux leurs, tandis que les familles de la caste des anciens vainqueurs, que l'industrie avait gagn&#233;s, s'unissaient au parti des Communes. &#034; (Ibid., p. 543).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lutte des deux classes, ce n'est pas seu&#173;lement dans le domaine social et politique qu'elle d&#233;terminait le mouvement. On voit son influence dans le domaine des id&#233;es. Les opinions religieuses des Anglais du XVII&#176; si&#232;cle &#233;taient, suivant Thierry, fa&#173;&#231;onn&#233;es par leur position sociale . &#034;C'&#233;tait pour des int&#233;r&#234;ts positifs que la guerre se soutenait de part et d'autre. Le reste n'&#233;tait qu'apparence ou pr&#233;tex&#173;te. Ceux qui s'engageaient dans la cause des sujets, &#233;taient, pour la plupart, presbyt&#233;riens, c'est &#224; dire que, m&#234;me en religion, ils ne voulaient aucun joug. Ceux qui soutenaient la cause contraire &#233;taient &#233;piscopaux ou papistes, c'est &#224; dire qu'ils aimaient &#224; trouver, jusque dans les formes du culte, du pouvoir &#224; exercer, des imp&#244;ts &#224; lever sur les hommes .&#034; (Ibid., p. 54).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici encore plus loin de la philosophie historique du XVIII&#176; si&#232;cle. Au XVIII&#176; si&#232;cle, l'opi&#173;nion gouverne le monde. Ici, l'opinion, dans le domaine de la religion, est d&#233;termin&#233;e, gouvern&#233;e, par la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et notez bien que l'historien dont je viens de parler n'est pas le seul &#224; croire ainsi. Sa philoso&#173;phie historique est celle de tous les historiens re&#173;marquables du temps de la Restauration. Un contempo&#173;rain d'Augustin Thierry, Mignet se tient au m&#234;me point de vue. Dans son remarquable ouvrage De la f&#233;o&#173;dalit&#233;, il envisage l'&#233;volution sociale de la fa&#231;on suivante : &#034;Les int&#233;r&#234;ts qui dominent d&#233;cident du mouvement social. Ce mouvement arrive &#224; son but &#224; travers des oppositions, cesse quand il l'a atteint, est remplac&#233; par un autre, qui ne s'aper&#231;oit pas lorsqu'il commence, et qui ne se fait conna&#238;tre que lorsqu'il est le plus fort. Telle a &#233;t&#233; la marche de la f&#233;odalit&#233;. Elle &#233;tait dans les besoins avant d'&#234;tre dans le fait, premi&#232;re &#233;poque, et elle a &#233;t&#233; ensuite dans le fait en cessant d'&#234;tre dans les be&#173;soins, seconde &#233;poque, ce qui a fini par la faire sortir du fait .&#034; (La F&#233;odalit&#233; , pp. 77-78).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici nous nous trouvons de nouveau tr&#232;s loin de la philosophie du XVIII&#176; si&#232;cle. Helv&#233;tius reprochait &#224; Montesquieu d'&#233;tudier avec trop d'attention les lois f&#233;odales. Le syst&#232;me f&#233;odal &#233;tait pour lui le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; et comme tel, ne valait pas la peine d'&#234;tre &#233;tudi&#233;. Mignet admet au contraire qu'il fut un temps, le Moyen-Age, o&#249; le syst&#232;me f&#233;o&#173;dal &#233;tait dans les besoins, o&#249; il &#233;tait donc utile &#224; la soci&#233;t&#233;, il dit que c'est justement cette utilit&#233; qui l'a fait na&#238;tre. Mignet r&#233;p&#232;te souvent que ce ne sont pas les hommes qui m&#232;nent les choses, mais les choses qui m&#232;nent les hommes. Et c'est de ce point de vue-l&#224; qu'il consid&#232;re les &#233;v&#233;nements dans son His&#173;toire de la R&#233;volution Fran&#231;aise. En parlant de l'As&#173;sembl&#233;e Constituante, il dit : &#034;Les classes aristo&#173;cratiques avaient les int&#233;r&#234;ts contraires &#224; ceux du parti national. Aussi la noblesse et le haut clerg&#233;, qui form&#232;rent la droite de l'Assembl&#233;e, furent en op&#173;position constante avec lui, except&#233; dans certains jours d'entra&#238;nement. Ces m&#233;contents de la r&#233;volution qui ne surent ni l'emp&#234;cher par leurs sacrifices, ni l'arr&#234;ter par leur adh&#233;sion, combattirent d'une ma&#173;ni&#232;re syst&#233;matique toutes ses r&#233;formes .&#034; (Histoire de la R&#233;v. Franc ., Vol. I, p. 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les groupements politiques sont d&#233;termin&#233;s par les int&#233;r&#234;ts de classes. Et ce sont les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts qui donnent naissance &#224; des consid&#233;rations po&#173;litiques. Mignet nous dit que la Constitution de 1791 &#034;&#233;tait l'&#339;uvre de la classe moyenne, qui se trouvait alors la plus forte, car, comme on le sait, la force qui domine s'empare toujours des institutions&#034;. &#034;La journ&#233;e du Dix Ao&#251;t fut l'insurrection de la multitu&#173;de contre la classe moyenne et contre le tr&#244;ne constitutionnel, comme le 14 Juillet avait &#233;t&#233; l'insur&#173;rection de la classe moyenne contre les classes pri&#173;vil&#233;gi&#233;es et le pouvoir, absolu de la couronne.&#034; (Ibid., p. 210 ; p. 290).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Thierry, Mignet est le repr&#233;sentant con&#173;vaincu de la classe moyenne. Tant qu'il s'agit de ju&#173;ger l'action politique de cette classe, Mignet va jusqu'&#224; pr&#233;coniser les moyens violents, &#034;On n'ob&#173;tient le droit que par la force&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Guizot nous retrouvons les m&#234;mes tendances, les m&#234;mes sympathies et le m&#234;me point de vue. Mais, chez lui, ces tendances et ces sympathies sont plus prononc&#233;es et ce point de vue est mieux pr&#233;cis&#233;. D&#233;j&#224; dans ses Essais sur l'Histoire de France , qui paru&#173;rent en 1821, il dit avec beaucoup de clart&#233; quelle est, selon lui, la base de l'&#233;difice social. &#034;C'est par l'&#233;tude des institutions politiques que la plu&#173;part des &#233;crivains, &#233;rudits historiens ou publicistes ont cherch&#233; &#224; conna&#238;tre l'&#233;tat de la Soci&#233;t&#233;, le de&#173;gr&#233; ou le genre de sa civilisation. Il e&#251;t &#233;t&#233; plus sage d'&#233;tudier d'abord la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pour con&#173;na&#238;tre et comprendre ses institutions politiques. Avant de devenir cause, les institutions sont effet, la soci&#233;t&#233; les produit avant d'en &#234;tre modifi&#233;e, et au lieu de chercher dans le syst&#232;me ou les formes du gouvernement quel a &#233;t&#233; l'&#233;tat du peuple, c'est l'&#233;tat du peuple qu'il faut examiner avant tout pour savoir quel a d&#251;, quel a pu &#234;tre le gouvernement &#034;. (Essais sur l'Histoire de France , 12&#176; &#233;dition, p. 73.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait trouver des textes de m&#234;me sens dans les ouvrages de Guizot , d'Armand Carrel et de Tocqueville . Aussi je crois bien avoir le droit de dire qu'au commence&#173;ment du XIX&#176; si&#232;cle, les sociologues, les historiens et les critiques nous renvoient tous &#224; l'&#233;tat social comme &#224; la base la plus profonde des ph&#233;nom&#232;nes de la soci&#233;t&#233; humaine. Nous savons ce que c'est que cet &#233;tat, c'est &#034;l'&#233;tat des personnes &#034; comme dit Guizot, c'est l'&#233;tat des pro&#173;pri&#233;t&#233;s . Mais d'o&#249; vient-il cet &#233;tat, duquel tout d&#233;pend dans la soci&#233;t&#233; ? D&#232;s que nous aurons une r&#233;ponse nette et pr&#233;cise &#224; cette question, nous pourrons nous expliquer le mouvement historique et le progr&#232;s du genre humain. Mais cette grande question, cette question des questions, les historiens la laissent sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous sommes devant cette contradiction : les id&#233;es, les sentiments, l'opinion sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat social, et l'&#233;tat social est d&#233;termin&#233; par l'opinion. A est la cause de B, et B est la cause de A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, en parlant de l'&#233;volution de la philosophie de l'histoire, j'ai consid&#233;r&#233; surtout la France. A l'exception de Saint Augustin et d'Holbach, tous les auteurs, dont J'ai expos&#233; devant vous les id&#233;es historiques, &#233;taient des Fran&#231;ais. Maintenant nous allons traverser la fronti&#232;re pour mettre le pied sur le sol germanique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie de l'histoire de Schelling&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne de la premi&#232;re moiti&#233; du dix-neuvi&#232;&#173;me si&#232;cle &#233;tait le pays classique de la philosophie. Fichte, Schelling, Hegel et tant d'autres, moins c&#233;&#173;l&#232;bres, mais non moins attach&#233;s &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;, vinrent approfondir les questions philosophi&#173;ques, cas redoutables questions qui sont si vieilles d&#233;j&#224; et qui restent pourtant toujours nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces grandes questions, la philosophie de l'histoire occupe une place des plus importantes. Il ne sera donc pas inutile de voir comment les philoso&#173;phes allemands r&#233;pondaient &#224; la question de savoir quelles sont les causes du mouvement historique et du progr&#232;s du genre humain. Mais comme nous n'avons pas assez de temps pour analyser en d&#233;tail la philosophie de l'histoire propre &#224; chacun d'eux, force nous est de nous contenter d'interroger les deux principaux : Schelling et Hegel, et encore ne pourrions-nous qu'effleurer leurs id&#233;es historiques. Ainsi, en ce qui concerne Schelling, nous ne parlerons que de sa no&#173;tion de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution historique est une suite de ph&#233;nom&#232;&#173;nes soumis &#224; des lois. Les ph&#233;nom&#232;nes soumis &#224; des lois sont des ph&#233;nom&#232;nes n&#233;cessaires. Exemple : la pluie. La pluie est un ph&#233;nom&#232;ne soumis &#224; des lois. Cela veut dire que dans des circonstances donn&#233;es, des gouttes d'eau tombent n&#233;cessairement sur la ter&#173;re. Cela se comprend tr&#232;s facilement lorsqu'il s'agit de gouttes d'eau qui n'ont ni conscience ni volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les ph&#233;nom&#232;nes historiques, ce ne sont pas des choses inanim&#233;es, ce sont des hommes qui agissent, et les hommes sont dou&#233;s de conscience et de volont&#233;. On peut donc tr&#232;s l&#233;gitimement se deman&#173;der si la notion de la n&#233;cessit&#233; - hors de laquelle il n'y a pas de conception scientifique - des ph&#233;no&#173;m&#232;nes, en histoire comme dans la science de la natu&#173;re, n'exclut pas celle de la libert&#233; humaine. Formu&#173;l&#233;e en d'autres termes, la question se pose ainsi : Y a-t-il moyen de concilier la libre action des hommes avec la n&#233;cessit&#233; historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier abord, il semble que non, que la n&#233;&#173;cessit&#233; exclut la libert&#233;, et vice-versa. Mais il n'en est ainsi que pour celui dont le regard s'arr&#234;te &#224; la surface des choses, &#224; l'&#233;corce des ph&#233;nom&#232;nes. En r&#233;alit&#233;, cette fameuse contradiction, cette pr&#233;tendue antinomie de la libert&#233; et de la n&#233;cessit&#233;, n'existe pas. Loin d'exclure la libert&#233;, la n&#233;cessit&#233; en est la condition et le fondement. C'est justement ce que Schelling s'attachait &#224; prouver dans un des chapitres de son Syst&#232;me de l'id&#233;alisme transcendental .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Schelling, la libert&#233; est impossible sans la n&#233;cessit&#233;. Si en agissant, je ne puis compter que sur la libert&#233; des autres hommes, il m'est impossible de pr&#233;voir les cons&#233;quences de mes actions, puisque &#224; chaque instant, mon calcul le plus parfait pourrait &#234;tre compl&#232;tement d&#233;jou&#233; par la libert&#233; d'autrui, et par cons&#233;quent il pourrait r&#233;sulter de mes actions, tout autre chose que ce que j'avais pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma libert&#233; serait donc nulle, ma vie serait sou&#173;mise au hasard. Je ne saurais &#234;tre s&#251;r des cons&#233;quen&#173;ces de mes actions que dans les cas o&#249; je pourrais pr&#233;voir les actions de mes prochains, et pour que je puisse les pr&#233;voir, il faut qu'elles soient soumises &#224; des lois, c'est &#224; dire qu'il faut qu'elles soient d&#233;termin&#233;es, qu'elles soient n&#233;cessaires. La n&#233;cessi&#173;t&#233; des actions des autres est donc la premi&#232;re condition de la libert&#233; de mes actions. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, en agissant de fa&#231;on n&#233;cessaire, les hommes peuvent en m&#234;me temps conserver la pleine libert&#233; de leurs actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une action n&#233;cessaire ? C'est une action qu'il est impossible &#224; un individu donn&#233; de ne pas faire dans des circonstances donn&#233;es. Et d'o&#249; vient l'impossibilit&#233; de ne pas faire cette action ? Elle vient de la nature de cet homme, fa&#231;onn&#233;e par son h&#233;r&#233;dit&#233; et par son &#233;volution ant&#233;rieure. La na&#173;ture de cet homme est telle qu'il ne peut pas ne pas agir d'une fa&#231;on donn&#233;e dans des circonstances donn&#233;es. C'est clair, n'est-ce-pas ? Eh bien ! ajoutez &#224; cela que la nature de cet homme est telle, qu'il ne peut pas ne pas avoir certaines volitions, et vous aurez concili&#233; la notion de la libert&#233; avec celle de la n&#233;cessit&#233;. Je suis libre quand je peux agir comme je veux. Et ma libre action est en m&#234;me temps n&#233;ces&#173;saire, puisque ma volition est d&#233;termin&#233;e par mon or&#173;ganisation et par les circonstances donn&#233;es. La n&#233;cessit&#233; n'exclut donc pas la libert&#233;. Ma n&#233;cessit&#233; c'est la libert&#233; m&#234;me, mais seulement consid&#233;r&#233;e d'un autre c&#244;t&#233; ou d'un autre point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir attir&#233; votre attention sur la r&#233;pon&#173;se que Schelling donnait &#224; la grande question de la n&#233;cessit&#233; et de la libert&#233;. Je passe &#224; son contemporain, son camarade et rival, Hegel.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie de l'histoire de Hegel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie de Hegel &#233;tait, comme celle de Schelling, une philosophie id&#233;aliste. Pour lui, c'est l'Esprit ou l'Id&#233;e qui constitue le fond et comme l'&#226;me de tout ce qui existe. La mati&#232;re elle-m&#234;me n'est qu'une mani&#232;re d'&#234;tre de l'Esprit ou de l'Id&#233;e. Cela est-il possible ? La mati&#232;re ne serait-elle vraiment qu'une mani&#232;re d'&#234;tre de l'esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une question qui a une importance capi&#173;tale au point de vue philosophique, mais dont nous n'avons pas &#224; nous occuper maintenant. Ce qu'il nous faut, c'est &#233;tudier les id&#233;es historiques qui s'&#233;le&#173;vaient sur cette base id&#233;aliste dans le syst&#232;me de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ce grand penseur, l'histoire n'est que le d&#233;veloppement de l'Esprit universel dans le temps. La philosophie de l'histoire, c'est l'histoire consid&#233;&#173;r&#233;e avec intelligence. Elle prend les faits tels qu'ils sont, et la seule pens&#233;e qu'elle y apporte, c'est la pens&#233;e que la raison gouverne le monde. Cela vous rappelle sans doute la philosophie fran&#231;aise du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, selon laquelle c'est l'opinion ou la raison qui gouverne le monde. Mais Hegel entendait cette pens&#233;e d'une fa&#231;on particuli&#232;re. C'est Anaxagore, dit-il dans ses Le&#231;ons sur la Philosophie de l'Histoire, qui le premier reconnut philosophiquement que la raison gouverne le monde, en entendant par-l&#224; non une Intelligence ayant conscience d'elle-m&#234;me, non un esprit comme tel, mais des lois g&#233;n&#233;rales. Le mouvement du syst&#232;me plan&#233;taire s'effectue par des lois immuables et ces lois en sont la raison, mais ni le soleil, ni les plan&#232;tes qui se meuvent selon ces lois, n'en ont conscience. La raison qui gouverne 1'histoire est donc, selon Hegel, uns raison incons&#173;ciente, ce n'est que l'ensemble des lois qui d&#233;termi&#173;ne le mouvement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'opinion des hommes, l'opinion que les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle consid&#233;raient comme ressort du mouvement historique, Hegel l'envisageait pour la plupart des cas par la mani&#232;re de vivre, ou en d'autres termes, par l'&#233;tat social. Il dit par exemple dans sa Philosophie de l'Histoire, que la cause de la d&#233;ca&#173;dence de Sparte &#233;tait la diff&#233;rence extr&#234;me des for&#173;tunes. Il dit que l'Etat, comme organisation politique, doit son origine &#224; l'in&#233;galit&#233; des fortu&#173;nes et &#224; la lutte des pauvres contre les riches. Et ce n'est pas tout. Les origines de la famille sont intimement li&#233;es, selon lui, &#224; l'&#233;volution &#233;co&#173;nomique des peuples primitifs. Bref, tout id&#233;aliste qu'il f&#251;t, Hegel, comme les historiens fran&#231;ais dont il a &#233;t&#233; question plus haut, en appelle &#224; l'&#233;tat so&#173;cial comme &#224; la base la plus profonde de la vie des peuples. En cela, il n'a pas &#233;t&#233; en arri&#232;re de son temps, mais il ne l'a pas devanc&#233; non plus, il reste impuissant &#224; expliquer les origines de l'&#233;tat social puisque ce n'est rien expliquer que de dire, comme il dit, qu'&#224; une &#233;poque donn&#233;e, l'&#233;tat social d'un peuple d&#233;pend, comme son &#233;tat politique, religieux, es&#173;th&#233;tique, moral et intellectuel de l'esprit du temps. En sa qualit&#233; d'id&#233;aliste, Hegel en appelle &#224; 1'esprit comme dernier ressort du mouvement historique. Lorsqu'un peuple passe d'un degr&#233; de son &#233;volution &#224; un autre, c'est que l'Esprit Absolu (ou universel) dont ce peuple n'est que l'agent, s'&#233;l&#232;ve &#224; une phase sup&#233;rieure de son d&#233;veloppement. Comme de pareilles explications n'expliquent rien du tout, Hegel s'est trouv&#233; dans le m&#234;me cercle vicieux que les historiens et les sociologues fran&#231;ais : ils expliquaient l'&#233;tat social par l'&#233;tat des id&#233;es et l'&#233;tat des id&#233;es par l'&#233;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons que de tous les c&#244;t&#233;s, du c&#244;t&#233; de la philosophie comme du c&#244;t&#233; de l'histoire proprement dite et de la litt&#233;rature, l'&#233;volution de la science sociale dans ses diverses branches aboutissait au m&#234;&#173;me probl&#232;me : expliquer les origines de l'&#233;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que ce probl&#232;me n'&#233;tait pas r&#233;solu, la science continuait &#224; tourner dans un cercle vicieux, en d&#233;&#173;clarant que B est la cause de A, et en d&#233;signant A comme la cause de B. En revanche, tout promettait de s'&#233;claircir une fois r&#233;solue la question des origines de l'&#233;tat social.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception marxiste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la solution de ce probl&#232;me qu'&#224; poursuivie Marx en &#233;laborant sa conception mat&#233;rialiste. Dans la pr&#233;face d'une de ses &#339;uvres : Critique de l'&#233;conomie politique , Marx raconte lui-m&#234;me comment ses &#233;tudes l'amen&#232;rent &#224; cette conception :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Mes recherches aboutirent &#224; ce r&#233;sultat : que les rapports juridiques, ainsi que les formes de l'E&#173;tat, ne peuvent s'expliquer ni par eux-m&#234;mes, ni par la soi-disant &#233;volution g&#233;n&#233;rale de l'esprit humain ; qu'ils prennent leurs racines plut&#244;t dans les condi&#173;tions d'existence mat&#233;rielles que Hegel, &#224; l'exemple des Anglais et des Fran&#231;ais du XVIII&#176; si&#232;cle, compre&#173;nait sous le nom de &#034;soci&#233;t&#233; civile&#034;. (Contribution &#224; la Critique de l'Economie Politi&#173;que, par Karl Marx, traduction fran&#231;aise par Laura Lafargue, p. 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous le voyez, c'est le m&#234;me r&#233;sultat au&#173;quel nous avons vu aboutir les historiens, les socio&#173;logues et les critiques fran&#231;ais, de m&#234;me que les philosophes id&#233;alistes allemands. Mais Marx va plus loin. Il demande quelles sont les causes d&#233;terminan&#173;tes de la soci&#233;t&#233; civile, et il r&#233;pond que c'est dans l'&#233;conomie politique qu'il faut chercher l'anatomie de la soci&#233;t&#233; civile. Ainsi c'est l'&#233;tat &#233;conomique d'un peuple qui d&#233;termine son &#233;tat social, et l'&#233;tat social d'un peuple d&#233;termine &#224; son tour son &#233;tat po&#173;litique, religieux et ainsi de suite. Mais, demanderez-vous, l'&#233;tat &#233;conomique n'est pas sans cause non plus ? Sans doute, comme toutes choses ici-bas, il a sa cause &#232; lui, et cette cause, cause fondamentale de toute l'&#233;volution sociale et partant de tout mouve&#173;ment historique, c'est la lutte que l'homme m&#232;ne avec la nature pour son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux vous lire ce que Marx dit l&#224;-dessus : &#034;Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;ces&#173;saires, ind&#233;pendants de leur volont&#233; ; ces rapports de production correspondent &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppe&#173;ment donn&#233; de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base r&#233;elle, sur quoi s'&#233;l&#232;ve superstructure juridique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociale d&#233;termin&#233;es. Le mode de produc&#173;tion de la vie mat&#233;rielle conditionne le proc&#232;s de vie social, politique et intellectuel en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des homme qui d&#233;termine la r&#233;alit&#233; c'est au contraire la r&#233;alit&#233; sociale qui d&#233;termine leur conscience. A un certain stade de leur d&#233;veloppement les forces productives de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de produc&#173;tion existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propri&#233;t&#233; &#224; l'int&#233;&#173;rieur desquels elles s'&#233;taient mues jusqu'alors. De formes &#233;volutives des forces productives qu'ils &#233;taient, ces rapports deviennent des entraves de ces forces. Alors s'ouvre une &#232;re de r&#233;volution sociale. Le changement qui s'est produit dans la base &#233;conomi&#173;que bouleverse plus ou moins lentement ou rapidement toute la colossale superstructure. Lorsqu'on consi&#173;d&#232;re de tels bouleversements, il importe de distinguer toujours entre le bouleversement mat&#233;riel des condi&#173;tions de production &#233;conomique - qu'on doit constater fid&#232;lement &#224; l'aide des sciences physiques et natu&#173;relles - et les formes juridiques, politiques, reli&#173;gieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes de&#173;viennent conscients de ce conflit et le m&#232;nent &#224; bout. De m&#234;me qu'on ne juge pas un individu sur l'i&#173;d&#233;e qu'il se fait de lui, de m&#234;me on ne peut juger une telle &#233;poque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette cons&#173;cience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit qui existe entre les forces producti&#173;ves sociales et les rapports de production. Une so&#173;ci&#233;t&#233; ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velop&#173;p&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, et jamais de nouveaux et sup&#233;&#173;rieurs rapports de production ne se substituent &#224; elle avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports aient &#233;t&#233; couv&#233;es dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que les probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;sou&#173;dre, car, &#224; regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne se pr&#233;sente que lorsque les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent ou du moins sont en voie de devenir .&#034; (Ibid ., pages 4, 5, 6, 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comprends bien que ce langage, tout net et pr&#233;cis qu'il soit, peut para&#238;tre assez obscur. Aussi je me h&#226;te de commenter la pens&#233;e fondamentale de la conception mat&#233;rielle de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e fondamentale de Marx se r&#233;duit &#224; ceci : les rapports de production d&#233;terminent tous les au&#173;tres rapports qui existent entre les hommes dans leur vie sociale. Les rapports de production sont &#224; leur tour d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce d'abord que les forces producti&#173;ves ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les animaux, l'homme est forc&#233; de lutter pour son existence. Chaque lutte supposa une certaine d&#233;pense de forces. L'&#233;tat des forces d&#233;ter&#173;mine le r&#233;sultat de la lutte. Chez les animaux, ces forces d&#233;pendent de la structure m&#234;me de l'organisme : les forces d'un cheval sauvage sont bien diff&#233;rentes de celles d'un lion, et la cause de cette diff&#233;rence est dans la diff&#233;rence de l'organisation. L'organisation physique de l'homme a naturellement aussi, une influence d&#233;cisive sur sa mani&#232;re de lutter pour l'existence et sur les r&#233;sultats de cette lutte. Ainsi, par exemple, l'homme est pourvu de la main. Il est vrai que ses voisins, les quadrumanes (les singes), ont aussi des mains, mais les mains des quadrumanes sont moins parfaitement adapt&#233;es &#224; divers travaux. La main est le premier instrument dont s'est servi l'homme dans sa lutte pour l'existence, ainsi que nous le montre Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main, avec le bras, est le premier instrument le premier outil dont se sert l'homme. Les muscles du bras servent de ressort qui frappe ou qui jette. Mais peu &#224; peu la machine s'ext&#233;riorise. La pierre avait d'abord servi par son poids, par sa masse. Dans la suite, cette masse est fix&#233;e &#224; un manche, et nous avons la hache, le marteau. La main, est le premier instrument de l'homme, lui sert ainsi &#224; en produire d'autres, &#224; fa&#231;onner la mati&#232;re pour lutter contre la nature, c'est &#224; dire contre le reste de la mati&#232;re ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus se perfectionne cette mati&#232;re asservie, plus se d&#233;veloppe l'usage des outils, des instruments et, plus augmente aussi la force de l'homme vis-&#224;-vis de la nature, plus augmente son pouvoir sur la natu&#173;re. On a d&#233;fini l'homme : un animal qui fait des ou&#173;tils. Cette d&#233;finition est plus profonde qu'on ne le pense d'abord. En effet, d&#232;s que l'homme a acquis la facult&#233; d'asservir et de fa&#231;onner une partie de la mati&#232;re pour lutter contre le reste de la mati&#232;&#173;re, la s&#233;lection naturelle et les autres causes analogues ont d&#251; exercer une influence bien secondaire sur les modifications corporelles de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont plus ses organes qui changent, ce sont ses outils et les choses qu'il adapte &#224; son usage avec l'aide de ses outils : ce n'est pas sa peau qui change avec le changement de climat, c'est son v&#234;tement. La transformation corporelle de l'hom&#173;me cesse (ou devient insignifiante) pour c&#233;der la place &#224; son &#233;volution technique ; et l'&#233;volution technique c'est l'&#233;volution des forces productives et l'&#233;volution des forces productives a une influence d&#233;cisive sur le groupement des hommes, sur l'&#233;tat de leur culture. La science, de nos jours, distingue plusieurs types sociaux : 1) Type chasseur ; 2) Type pasteur ; 3) Type agriculteur s&#233;dentaire ; 4) Type industriel et commercial. Chacun de ces types est caract&#233;ris&#233; par certains rapports entre les hommes, rapports qui ne d&#233;pendent pas de leur volont&#233; et qui sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, prenons pour exemple les rapports de la propri&#233;t&#233;. Le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; d&#233;pend du mode de production, car la r&#233;partition et la consommation des richesses sont &#233;troitement li&#233;es &#224; la fa&#231;on de se les procurer. Chez les peuples chasseurs primi&#173;tifs, on est oblig&#233; souvent de se mettre &#224; plusieurs pour attraper le gros gibier ; ainsi, les Austra&#173;liens chassent le Kangourou par bandes de plusieurs dizaines d'individus ; les Esquimaux r&#233;unissent tou&#173;te une flottille de canots pour la p&#234;che &#224; la baleine. Les Kangourous captur&#233;s, les baleines ramen&#233;es au rivage sont consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; commune ; chacun en mange selon son app&#233;tit. Le territoire de chaque tribu, chez les Australiens aussi bien que chez tous les peuples chasseurs, est consid&#233;r&#233; comme propri&#233;t&#233; collective ; chacun y chasse &#224; sa guise, avec la seule obligation de ne pas empi&#233;ter sur le terrain des tribus voisines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au milieu de cette propri&#233;t&#233; commune, cer&#173;tains objets servant uniquement &#224; l'individu : ses v&#234;tements, ses armes, sont consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; individuelle, tandis que la tente et son mobilier sont &#224; la famille. De m&#234;me, le canot qui sert &#224; des groupes compos&#233;s de cinq &#224; six hommes, est &#224; ces per&#173;sonnes en commun. Ce qui d&#233;cide de la propri&#233;t&#233; c'est le mode de travail, le mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai taill&#233; une hache de silex de mes mains, elle est &#224; moi ; avec ma femme et mes enfants, nous avons b&#226;ti la hutte, elle est &#224; ma famille ; J'ai chass&#233; avec les gens de ma tribu, les b&#234;tes abattues sont &#224; nous en commun. Les animaux que j'ai tu&#233;s tout seul sur le territoire de la tribu sont &#224; moi, et si par hasard l'animal bless&#233; par moi est achev&#233; par un autre, il est &#224; nous deux et la peau est &#224; celui qui a donn&#233; le coup de gr&#226;ce. A cette fin, chaque fl&#232;che porte la marque du propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose vraiment remarquable : chez les Peaux-Rou&#173;ges de l'Am&#233;rique du Nord, avant l'introduction des armes &#224; feu, la chasse au bison &#233;tait jadis r&#233;glemen&#173;t&#233;e tr&#232;s rigoureusement : si plusieurs fl&#232;ches avaient p&#233;n&#233;tr&#233; dans le corps du bison, leur position r&#233;ci&#173;proque d&#233;cidait &#224; qui appartenait telle ou telle partie de l'animal abattu ; ainsi la peau &#233;tait &#224; celui dont la fl&#232;che avait p&#233;n&#233;tr&#233; le plus pr&#232;s du c&#339;ur. Mais depuis l'introduction des armes &#224; feu, comme les balles ne portent pas de marques distinctives, la r&#233;partition des bisons abattus se fait par partage &#233;gal ; ils sont donc consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; commune. Cet exemple montre avec &#233;vidence le lien &#233;troit qui existe entre la production et le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les rapports des hommes entre eux dans la production d&#233;cident des rapports de la propri&#233;t&#233;, de l'&#233;tat de la propri&#233;t&#233;, comme disait Guizot. Mais une fois que l'&#233;tat de la propri&#233;t&#233; est donn&#233;, il est facile de comprendre la constitution de la soci&#233;t&#233;, elle se moule sur celle de la propri&#233;t&#233;. C'est ainsi que la th&#233;orie de Marx r&#233;sout le probl&#232;me que ne pouvaient pas r&#233;soudre les historiens et les philosophes de la premi&#232;re moiti&#233; du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mat&#233;rialisme ou kantisme</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8053</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8053</guid>
		<dc:date>2024-11-04T23:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;La philosophie que vous choisissez d&#233;pend du type de personne que vous &#234;tes.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Johann Gottlieb Fichte &lt;br class='autobr' /&gt;
Mat&#233;rialisme ou kantisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Pl&#233;khanov 1898 &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
Le lecteur se souviendra peut-&#234;tre qu'Eduard Bernstein a confi&#233; au docteur Conrad Schmidt la t&#226;che facile &#171; mais pas tout &#224; fait agr&#233;able &#187; de r&#233;v&#233;ler mes contradictions et de r&#233;futer mes fausses conclusions philosophiques. Conrad Schmidt a tent&#233; de s'occuper de cette t&#226;che dans le num&#233;ro 11 de Neue Zeit (1898). Voyons si ses efforts ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;La philosophie que vous choisissez d&#233;pend du type de personne que vous &#234;tes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Johann Gottlieb Fichte&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mat&#233;rialisme ou kantisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pl&#233;khanov 1898&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur se souviendra peut-&#234;tre qu'Eduard Bernstein a confi&#233; au docteur Conrad Schmidt la t&#226;che facile &#171; mais pas tout &#224; fait agr&#233;able &#187; de r&#233;v&#233;ler mes contradictions et de r&#233;futer mes fausses conclusions philosophiques. Conrad Schmidt a tent&#233; de s'occuper de cette t&#226;che dans le num&#233;ro 11 de Neue Zeit (1898). Voyons si ses efforts ont &#233;t&#233; couronn&#233;s de succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Conrad Schmidt se divise en trois sections : une introduction assez ironique, une conclusion des plus courrouc&#233;es et la partie principale. Je commencerai par le d&#233;but, c'est-&#224;-dire par l'introduction ironique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon adversaire a pris une attitude de surprise en d&#233;clarant ne pas comprendre pourquoi j'ai repris ses articles, dont le dernier a &#233;t&#233; publi&#233; il y a plus d'un an. Pourtant, c'est assez facile &#224; comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu ses articles d&#232;s leur parution, les trouvant extraordinairement faibles, et d&#233;cid&#233; qu'ils ne pouvaient exercer la moindre influence. C'est pourquoi je n'avais pas la moindre envie &#224; l'&#233;poque d'entrer en pol&#233;mique avec leur auteur. Apr&#232;s tout, tant d'articles m&#233;diocres apparaissent, pour r&#233;futer ce qui n'en vaut pas la peine. Mais au printemps dernier, Herr Eduard Bernstein a annonc&#233; urbi et orbi [2]que les faibles articles de Conrad Schmidt lui avaient donn&#233; une &#171; impulsion imm&#233;diate &#187;. Cela m'a fait r&#233;aliser l'erreur de mon ancienne opinion sur l'impact possible que les articles en question pourraient avoir, et j'ai vu que les r&#233;futer ne signifierait pas de perte de travail. Soumettre Conrad Schmidt &#224; la critique, c'est en m&#234;me temps prendre la mesure de la force morale de M. Eduard Bernstein qui, on le sait, s'emploie &#224; r&#233;viser la th&#233;orie marxiste. Guid&#233; par de telles consid&#233;rations, j'ai &#233;crit un article intitul&#233; &#171; Conrad Schmidt contre Karl Marx et Frederick Engels &#187;. [3] Par cons&#233;quent, cet article ne manque pas tant d'int&#233;r&#234;t que le pr&#233;tend mon adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, je vais m'occuper de la section principale de l'article du tr&#232;s estim&#233; docteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La meilleure r&#233;futation du kantisme, disait Engels, est fournie par nos activit&#233;s pratiques quotidiennes, et surtout par l'industrie. &#034;La preuve du pudding est dans le fait de le manger&#034;, a-t-il poursuivi. [4] Conrad Schmidt a trouv&#233;, non seulement que le raisonnement d'Engels est pauvre mais - ce qui est bien pire - qu'il &#233;lude toute consid&#233;ration de la question. Dans mon article, je me suis prononc&#233; contre cette opinion et j'ai montr&#233; que Conrad Schmidt avait &#233;t&#233; incapable de dig&#233;rer le pudding d'Engels. Je n'avais pas la moindre intention de plaire &#224; mon adversaire, il n'est donc pas &#233;tonnant que ni dans la forme ni dans le fond mon article n'ait rencontr&#233; son agr&#233;ment. Quant &#224; la forme, j'en traiterai &#224; la fin du pr&#233;sent article, et m'arr&#234;terai tout de suite sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Marx et Engels disaient que les activit&#233;s pratiques des gens fournissent quotidiennement la meilleure r&#233;futation du kantisme, ils soulignaient l'&#233;trange contradiction qui sous-tend la doctrine kantienne. Cette contradiction consiste, d'une part, &#224; ce que Kant consid&#232;re une chose en soi comme la cause de nos repr&#233;sentations, tandis que, d'autre part, il trouve que la cat&#233;gorie de cause ne peut lui &#234;tre appliqu&#233;e. En r&#233;v&#233;lant cette contradiction, j'ai d'ailleurs &#233;crit ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'un ph&#233;nom&#232;ne ? C'est une condition de notre conscience &#233;voqu&#233;e par l'effet sur nous des choses en elles-m&#234;mes. C'est ce que dit Kant. De cette d&#233;finition, il d&#233;coule qu'anticiper un ph&#233;nom&#232;ne donn&#233;, c'est anticiper l'effet qu'une chose en soi aura sur nous. On peut maintenant se demander si l'on peut anticiper certains ph&#233;nom&#232;nes. La r&#233;ponse est : bien s&#251;r, nous le pouvons. Ceci est garanti par la science et la technologie. Cela, cependant, ne peut que signifier que nous pouvons anticiper certains effets que les choses en elles-m&#234;mes peuvent avoir sur nous. Si nous pouvons anticiper certains effets des choses nomm&#233;es, cela signifie que nous sommes conscients de certaines de leurs propri&#233;t&#233;s. Donc, si nous sommes conscients de certaines de leurs propri&#233;t&#233;s, nous n'avons pas le droit de les appeler inconnaissables. Ce &#171; sophisme &#187; de Kant tombe &#224; terre, bris&#233; par la logique de sa propre doctrine. C'est ce qu'Engels voulait dire par son &#171; pudding &#187;. Sa preuve est aussi claire et irr&#233;futable que celle d'un th&#233;or&#232;me math&#233;matique. [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, le docteur Conrad Schmidt a tent&#233; de r&#233;futer ce passage de mon article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si c'&#233;tait vrai &#187;, d&#233;clare-t-il avec la d&#233;licate ironie qui impr&#232;gne son article, &#171; &#231;a irait mal avec l'irr&#233;futable de la preuve math&#233;matique &#187;. Il poursuit en me reprochant une inadmissible confusion de notions. &#171; Quelles sont ces choses qui agissent sur nous et nous permettent ainsi d'apprendre certaines de leurs propri&#233;t&#233;s ? il demande. &#171; Ce sont des choses mat&#233;riellement d&#233;termin&#233;es dans le temps et dans l'espace, c'est-&#224;-dire que les d&#233;finitions et propri&#233;t&#233;s fondamentales de ces choses sont elles-m&#234;mes d'un caract&#232;re purement ph&#233;nom&#233;naliste. Puisqu'il en est ainsi, il est parfaitement naturel que notre savant docteur consid&#232;re avec m&#233;pris &#224; la fois le pudding d'Engels et les conclusions que j'ai tir&#233;es de ce pudding :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, si &#171; l'invention de Kant est bris&#233;e par la logique de sa propre doctrine &#187; - et nous le penserons du moins jusqu'&#224; ce qu'on nous en fournisse d'autres preuves - c'est &#233;videmment parce qu'une non-logique &#233;trang&#232;re est introduite dans cette logique au moyen d'une jouer sur les mots (&#034;chose&#034; et &#034;chose en soi&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel m&#233;pris, et quelle conclusion annihilante ! Les mat&#233;rialistes (Marx, Engels et l'humble mortel qui &#233;crit ces lignes) jouent avec les mots et apportent leur propre non-logique dans la logique du kantisme. Cela s'explique &#233;videmment par le fait que les mat&#233;rialistes - en leur qualit&#233; de dogmatiques et de &#171; m&#233;taphysiciens &#187; - ne poss&#232;dent pas les facult&#233;s n&#233;cessaires &#224; la compr&#233;hension de la doctrine de Kant. Un &#171; penseur critique &#187; ne dirait jamais, jamais ce que nous, pauvres mat&#233;rialistes &#171; dogmatiques &#187;, faisons si hardiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais... mais es-tu tout &#224; fait s&#251;r de ce que tu dis, adversaire le plus estim&#233; ? Consid&#233;rons la question qui nous occupe, &#224; la lumi&#232;re de l'histoire de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1787, Friedrich Heinrich Jacobi reprochait &#224; Kant, dans le suppl&#233;ment &#224; son dialogue &#171; Idealismus und Realismus &#187;, la contradiction &#224; laquelle je fais allusion. Voici ce qu'il a &#233;crit sur la partition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demande comment on peut combiner, premi&#232;rement, une hypoth&#232;se d'objets qui produisent des impressions sur nos sens et donnent ainsi lieu &#224; des repr&#233;sentations, et, deuxi&#232;mement, un postulat qui cherche &#224; d&#233;truire tout fondement de cette hypoth&#232;se ? Si l'on consid&#232;re... que l'espace et toutes les choses dans l'espace, selon le syst&#232;me kantien, n'existent nulle part qu'en nous-m&#234;mes ; que tous les changements et m&#234;me les changements dans notre propre condition interne... ne sont que des formes de notre repr&#233;sentation, et n'indiquent aucun changement ou processus r&#233;el objectif ; que de tels changements n'indiquent ni la s&#233;quence externe ni interne des ph&#233;nom&#232;nes ; si l'on consid&#232;re que toutes les lois fondamentales de l'esprit ne sont que les conditions subjectives qui sont les lois de notre pens&#233;e, non de la Nature en tant que telle... si l'on p&#232;se soigneusement toutes ces propositions,[6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que vous voyez ici, Herr Doktor Schmidt, c'est cette &#171; non-logique &#187; m&#234;me qui vous a tant d&#233;plu dans les &#233;crits des mat&#233;rialistes. Cela vous surprend-il ? Soyez un peu patient : vous entendrez des choses encore plus surprenantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai d&#233;j&#224; remarqu&#233;, le dialogue &#034;Idealismus und Realismus&#034; est sorti d&#232;s 1787. En 1792, Gottlob Ernst Schulze, qui &#233;tait alors professeur &#224; Helmstedt, a prouv&#233;, dans son livre &#196;nesidemus , que Kant et son &#233;l&#232;ve Reinhold n'avaient pas r&#233;alisent eux-m&#234;mes les conclusions qui d&#233;coulaient logiquement de leur doctrine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose en soi [&#233;crit-il] est pr&#233;tendue &#234;tre une condition n&#233;cessaire de l'exp&#233;rience, mais, en m&#234;me temps, elle est pr&#233;tendument tout &#224; fait inconnue. Mais s'il en est ainsi, nous ne pouvons pas savoir si les choses en soi existent en r&#233;alit&#233; et si elles peuvent &#234;tre la cause de quoi que ce soit. Nous n'avons donc aucune raison de les consid&#233;rer comme des conditions d'exp&#233;rience. De plus, si nous supposons, avec Kant, que les cat&#233;gories de cause et d'effet ne s'appliquent qu'aux objets de l'exp&#233;rience, alors on ne peut pas soutenir que l'action des choses qui existent en dehors de nos repr&#233;sentations donne le contenu de celles-ci [etc - g&#233;n&#233;raliste]. [sept]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore le m&#234;me ' non-logique ! L'auteur d' &#196;nesidemus pense - tout comme moi aujourd'hui - que, selon Kant , une chose en soi est la cause de nos repr&#233;sentations. Nous avons tous les deux un seul et m&#234;me point de d&#233;part, la diff&#233;rence &#233;tant que GE Schulze se sert de l'incoh&#233;rence de Kant pour arriver &#224; des conclusions sceptiques alors que mes propres conclusions sont de caract&#232;re mat&#233;rialiste . La distinction est sans doute grande, mais elle ne nous int&#233;resse pas ici, o&#249; nous ne parlons que d'une compr&#233;hension de la doctrine kantienne de la chose en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;taient pas seulement Schulze et Jacobi qui comprenaient Kant de cette fa&#231;on &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ans apr&#232;s la publication d' &#196;nesidemus , Fichte &#233;crivait que le philosophe de K&#246;nigsberg &#233;tait compris dans ce sens par tous les kantiens... &#224; l'exception de Beck. Fichte a poursuivi en r&#233;primandant les vulgarisateurs de Kant pour cette contradiction m&#234;me sur laquelle Engels a fond&#233; sa r&#233;futation de la philosophie critique. 'Votre globe repose sur un &#233;l&#233;phant, et l'&#233;l&#233;phant se tient sur le globe. Votre chose en soi, qui n'est qu'une pens&#233;e, est cens&#233;e agir sur le sujet. [8] Fichte &#233;tait fermement convaincu que le &#171; kantisme des kantiens &#187;, qu'il ne consid&#233;rait que comme un m&#233;lange aventuriste du dogmatisme le plus grossier et de l'id&#233;alisme pur et simple, ne pouvait &#234;tre le kantisme de Kant lui-m&#234;me. Il affirmait que le v&#233;ritable sens du kantisme s'exprimait dans la Wissenschaftslehre . Savez-vous ce qui s'est pass&#233; ensuite, Herr Doctor ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son c&#233;l&#232;bre Erkl&#228;rung in Beziehung auf Fichtes &#171; Wissenschaftslehre &#187;, Kant n'a pas du tout r&#233;pondu aux attentes du grand id&#233;aliste. Il &#233;crivit (en 1799) qu'il consid&#233;rait la Wissenschaftslehre de Fichte comme un syst&#232;me totalement sans fondement et rejetait toute solidarit&#233; avec cette philosophie. Dans la m&#234;me Erkl&#228;rung , Kant dit que sa Critique de la raison pure doit &#234;tre comprise litt&#233;ralement ( nach dem Buchstaben zu verstehen ), et cite le proverbe italien : &#171; Le ciel nous sauve de nos amis ; nous affronterons nous-m&#234;mes nos ennemis. Dans une lettre &#224; Tieftrunk qu'il &#233;crivit &#224; l'&#233;poque, Kant exprima encore plus clairement sa pens&#233;e. Le manque de temps l'avait emp&#234;ch&#233; de parcourir le livre de Fichte.Wissenschaftslehre , mais il put lire une critique du livre &#171; &#233;crite &#187;, ajouta Kant, &#171; avec beaucoup de chaleur pour Herr Fichte &#187;, et il trouva que la philosophie de ce dernier ressemblait &#224; un spectre. Au moment o&#249; vous pensez avoir pu mettre la main dessus, vous d&#233;couvrez que vous n'avez saisi que votre propre moi, ce moi ne poss&#233;dant rien d'autre que les mains tendues pour la capture. [9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la question &#233;tait r&#233;gl&#233;e une fois pour toutes et sans ambigu&#239;t&#233;. Kant a montr&#233; que le &#171; kantisme des kantiens &#187; co&#239;ncidait avec son propre &#171; kantisme &#187;. C'&#233;tait clair mais cela ne d&#233;barrassait pas le kantisme de la contradiction signal&#233;e par Jacobi, Schulze et Fichte, et critiqu&#233;e par eux. Au contraire, l'explication donn&#233;e par Kant en 1799 atteste l'existence de cette contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conrad Schmidt pense que ma compr&#233;hension de la doctrine de Kant ne ressemble pas &#224; la mani&#232;re dont elle est comprise par tous les historiens de la philosophie. M&#234;me si c'&#233;tait le cas, cela ne me d&#233;rangerait pas le moins du monde. Les faits historiques incontestables que j'ai cit&#233;s ci-dessus confirment pleinement l'exactitude de ma compr&#233;hension de Kant. Si les historiens de la philosophie d&#233;sapprouvaient cette compr&#233;hension, j'aurais le droit de dire : tant pis pour les historiens de la philosophie. Mais le docteur Schmidt se trompe &#224; cet &#233;gard aussi mal qu'en tout, tout au long de son article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, &#233;coutez ce qui a &#233;t&#233; dit &#224; ce sujet par Friedrich Ueberweg, par exemple. Pour cet historien de la philosophie, une des contradictions de Kant est que &#171; les choses-en-soi, d'une part, sont cens&#233;es nous affecter, ce qui implique le temps et la causalit&#233; ; d'autre part, Kant reconna&#238;t le temps et la causalit&#233; comme des formes a priori uniquement &#224; l'int&#233;rieur du monde des ph&#233;nom&#232;nes, mais pas au-del&#224; &#187;. [dix]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ai-je pas dit la m&#234;me chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant ce qu'Eduard Zeller a &#224; dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons bien s&#251;r [&#233;crit-il] supposer qu'une r&#233;alit&#233; distincte de notre sujet correspond &#224; nos sensations. Kant tente de le montrer dans la deuxi&#232;me &#233;dition de sa Critique de la raison pure , dans sa lutte contre l'id&#233;alisme de Berkeley.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eduard Zeller n'est pas satisfait des arguments de Kant contre Berkeley mais cela ne l'emp&#234;che pas de comprendre le v&#233;ritable sens de la doctrine kantienne, et de dire : &#171; Kant a toujours affirm&#233; que nos sensations ne sont pas simplement un produit du sujet pensant mais se r&#233;f&#232;rent &#224; des choses qui existent ind&#233;pendamment de notre repr&#233;sentation. [11] Dans sa critique de la philosophie de Kant, Zeller dit d'ailleurs ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il [Kant - GP] acceptait le concept de causalit&#233; comme cat&#233;gorie de notre intellect, cat&#233;gorie qui, comme telle, ne s'applique qu'aux ph&#233;nom&#232;nes, il n'aurait pas d&#251; l'appliquer &#224; la chose en soi ; autrement dit, il n'aurait pas d&#251; consid&#233;rer la chose en soi comme la cause de nos repr&#233;sentations. [12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons ici la m&#234;me compr&#233;hension de Kant qu'Engels avait et que je partage. Si le docteur Conrad Schmidt l'avait appris, il n'aurait bien entendu jamais d&#233;clar&#233; qu'elle &#233;tait contredite par tous les historiens de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erdmann aussi, pour qui une chose en soi n'&#233;tait qu'un concept ultime, &#233;tait oblig&#233; de reconna&#238;tre que la chose en soi de Kant est une &#171; condition &#187; des ph&#233;nom&#232;nes qui est &#171; ind&#233;pendante de nous &#187;. Mais si cette chose-en-soi est une condition d'un ph&#233;nom&#232;ne, alors ce dernier est conditionn&#233; par lui, et nous retrouvons la contradiction qui a fait l'objet de tant de discussions par les gens intelligents tout au long du XIXe si&#232;cle, une contradiction que seule la l'esprit profond&#233;ment p&#233;n&#233;trant de notre docteur irrefragabilis aurait pu ne pas s'en apercevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais bien, bien entendu, que certains historiens de la philosophie transforment le kantisme en id&#233;alisme pur et simple. Mais certains ne veut pas dire tout, en premier lieu ; deuxi&#232;mement, si le docteur Schmidt est d'accord avec ces historiens, il devrait essayer de nous prouver qu'ils ont raison. Il a choisi une voie plus facile en se bornant &#224; qualifier l'interpr&#233;tation du kantisme tenue par Marx et Engels d'absurde invention d'ignorants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que, selon Conrad Schmidt, ce ne sont pas les choses en soi qui nous affectent, mais les choses qui sont d&#233;termin&#233;es dans le temps et dans l'espace. Je ne me mettrais pas &#224; contester que mon adversaire dise que tel est le sens m&#234;me de sa propre philosophie. Cependant, il pr&#233;tend que tel est le sens de la philosophie de Kant, et c'est quelque chose &#224; quoi je dois m'opposer le plus cat&#233;goriquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demanderais &#224; Conrad Schmidt d'ouvrir Metaphysische Anfangsgr&#252;nde der Naturwissenschaft et de lire, dans la deuxi&#232;me section principale, la deuxi&#232;me note du quatri&#232;me th&#233;or&#232;me. Dans ce passage, Kant expose le point de vue d'un certain g&#233;om&#232;tre, qu'il partage pleinement ; il consiste en ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace n'est nullement une propri&#233;t&#233; inh&#233;rente en tant que telle &#224; quelque chose, en dehors de nous ; c'est simplement la forme subjective de notre perception sensuelle, une forme sous laquelle les objets de nos sens externes nous apparaissent ; nous ne connaissons pas ces objets tels qu'ils sont en eux-m&#234;mes, mais nous appelons leur apparence mati&#232;re... [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi parle-t-on ici, des choses en soi, ou des choses d&#233;termin&#233;es dans l'espace et dans le temps ? &#201;videmment, des choses en soi. Et que dit notre Kant de ces choses ? Il dit que nous ne savons pas ce qu'ils sont en eux-m&#234;mes, et qu'ils ne nous apparaissent que sous la forme subjective de l'espace. Que faut-il pour qu'ils apparaissent ? Ils doivent affecter nos sens. &#171; L'effet d'un objet sur la facult&#233; de repr&#233;sentation, en tant que nous sommes affect&#233;s par ledit objet, est la sensation. [14] Conrad Schmidt tentera peut-&#234;tre &#224; nouveau de sauver la position qu'il occupe et de nous convaincre que Kant parle ici de choses d&#233;termin&#233;es dans l'espace et dans le temps, c'est-&#224;-dire de ph&#233;nom&#232;nes qui, comme le dit la Critique de la raison pure , &#171; exister ,pas par eux-m&#234;mes , mais seulement en nous &#187;. Pour &#233;carter toutes ces tentatives, je citerai un autre passage de la Critique de la raison pure , qui dit : &#171; Parce que nous n'avons affaire qu'&#224; nos repr&#233;sentations ; ce que sont les choses en soi (ind&#233;pendamment des repr&#233;sentations par lesquelles elles nous affectent) est quelque chose de tout &#224; fait en dehors de la sph&#232;re de notre cognition. [15]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que c'est assez clair : les choses en soi nous affectent par les repr&#233;sentations qu'elles suscitent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conrad Schmidt parle, dans son article, de &#171; malentendus comiques &#187;. Il a parfaitement raison, seulement il a oubli&#233; d'ajouter que tous ces malentendus sont de sa faute .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conrad Schmidt assure que le passage que j'ai cit&#233; de Prol&#233;gom&#232;nes ne confirme ma proposition qu'&#224; premi&#232;re vue, et seulement parce qu'il a &#233;t&#233; &#171; arrach&#233; du contexte g&#233;n&#233;ral &#187;. Ce n'est pas vrai, et je laisse au lecteur le soin d'en juger par lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les choses sont donn&#233;es comme existant hors de nous, mais nous ne savons pas ce qu'elles sont en elles-m&#234;mes...&#034; A quoi cela fait-il r&#233;f&#233;rence ? Choses-en-soi. C'est clair, mais voyons la suite : &#171; Mais nous ne connaissons que leurs apparences. Apparitions de quoi ? De choses d&#233;j&#224; d&#233;termin&#233;es dans l'espace, le temps, etc., ou de choses-en-soi ? Quelle &#233;trange question. Qui ne verrait pas que Kant parle ici des choses en soi ? Mais poursuivons : &#171; Ce sont des repr&#233;sentations qui sont caus&#233;es par l'effet des choses sur nous. Quelles sont les choses qui provoquent des repr&#233;sentations en nous ? Des choses en soi, dont nous ne pouvons rien savoir. Mais en quoi ces choses &#233;voquent-elles en nous des repr&#233;sentations ? &#034;Par leur effet sur notre perception sensuelle.&#034; La conclusion est la suivante : les choses en elles-m&#234;mes affectent notre perception sensuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au &#171; lien &#187; entre le passage que j'ai cit&#233; et le contexte g&#233;n&#233;ral, je demanderais au lecteur d'en juger par lui-m&#234;me apr&#232;s avoir lu le premier paragraphe des Prol&#233;gom&#232;nes , en particulier la deuxi&#232;me note de ce paragraphe. Par ailleurs, j'attire l'attention du lecteur sur le paragraphe 36 du m&#234;me livre, o&#249; l'on lit ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu : comment est la Nature au sens mat&#233;riel, c'est-&#224;-dire dans la contemplation, comme essence des ph&#233;nom&#232;nes - comment sont l'espace, le temps et ce qui les remplit tous les deux ; comment l'objet de la perception est-il possible ? La r&#233;ponse est : gr&#226;ce &#224; nos sens qui, conform&#233;ment &#224; leur nature sp&#233;cifique, re&#231;oivent des impressions d'objets inconnus par eux-m&#234;mes et bien distincts de ces ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dites-nous maintenant, docteur Schmidt, quels objets affectent nos sens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon adversaire affirme que, dans mes articles, je le traite presque comme s'il &#233;tait un &#233;colier ; pour ma part, je n'ai pas le moindre d&#233;sir de lui faire le ma&#238;tre d'&#233;cole, mais je ne puis m'emp&#234;cher de lui donner quelques bons conseils. Mein theurer Freund, ich rath' euch drum zuerst Collegium logicum. [16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; Kant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son hypoth&#232;se de l'existence de la chose en soi - bien qu'il l'ait entour&#233;e de diverses r&#233;serves - est bas&#233;e sur une d&#233;duction de la loi de causalit&#233;, c'est-&#224;-dire sur la contemplation empirique, ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, la sensation dans nos organes. de sens dont il d&#233;rive, devant poss&#233;der une cause ext&#233;rieure. Mais, d'apr&#232;s sa propre et tout &#224; fait juste d&#233;couverte, la loi de causalit&#233; nous est connue a priori , c'est-&#224;-dire qu'elle est fonction de notre intellect, et par cons&#233;quent d'origine subjective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; non-logique &#187; dans ces lignes appartient &#224; Arthur Schopenhauer ; [17] que la &#171; non-logique &#187; est si forte que la faible &#171; logique &#187; de notre Docteur s'y fracasse comme une bouteille contre une pierre. Quoi qu'en disent le docteur Conrad Schmidt et ses semblables, il ne fait aucun doute qu'une &#233;trange contradiction sous-tend le syst&#232;me kantien. Mais une contradiction ne peut servir de fondement ; il n'est r&#233;v&#233;lateur que d'un manque de fondement. Par cons&#233;quent, la contradiction doit &#234;tre &#233;limin&#233;e. Comment cela doit-il &#234;tre fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il y a deux voies : l'une consiste en un d&#233;veloppement vers l'id&#233;alisme subjectif , l'autre en un d&#233;veloppement vers le mat&#233;rialisme . Quelle route est la bonne ? C'est l'essentiel de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l'id&#233;alisme subjectif - par exemple celui de Fichte - une chose en soi se situe dans le moi ( das im ich gesetzte ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, nous n'avons affaire qu'&#224; la conscience. C'est ce que Fichte dit fr&#233;quemment et sans ambigu&#239;t&#233; : tout &#234;tre, celui du moi comme celui du non-moi , n'est qu'une certaine modification de la conscience. Mais s'il en est ainsi, si &#171; l'&#234;tre authentique et r&#233;el est celui de l'esprit &#187;, comme l'affirme le m&#234;me Fichte, alors nous arrivons &#224; des conclusions &#233;tranges et inattendues. En effet, je serai oblig&#233; d'admettre, dans ce cas, que toutes les personnes qui me semblent exister en dehors de mon moi ne sont que des modifications de ma conscience . Heine a &#233;crit un jour &#224; propos de plusieurs dames berlinoises qui ont demand&#233; avec indignation si l'auteur de Wissenschaftslehrereconnu au moins l'existence de sa propre femme. Cette plaisanterie, qui contient une pens&#233;e vraie, r&#233;v&#232;le le talon d'Achille de l'id&#233;alisme subjectif. En tout cas, Fichte lui-m&#234;me le sentit et s'effor&#231;a, autant qu'il le put, d'&#233;liminer ce point faible de son syst&#232;me. Il a expliqu&#233; que son Je n'&#233;tait pas un individu mais un Je Mondial, un Je Absolu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que mon Moi Absolu n'est pas un individu [&#233;crivait-il &#224; Jacobi] au sens o&#249; j'ai &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; par des courtisans offens&#233;s et des philosophes importuns, pour m'imputer la honteuse doctrine de l'&#233;go&#239;sme pratique. Mais l'individu doit &#234;tre d&#233;duit du Moi Absolu . Ma Wissenschaftslehre en traitera dans la doctrine du droit naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous ne rencontrons, dans sa loi naturelle, que des arguments tels que : &#171; Un &#234;tre raisonnable ne peut se poser comme poss&#233;dant la conscience de soi comme tel, sans se consid&#233;rer comme un individu parmi d'autres &#234;tres raisonnables existant en dehors de lui. C'est une &#171; d&#233;duction &#187; tr&#232;s faible. Toute la force de la preuve repose sur l'accent mis sur le mot individu . Un &#234;tre rationnel ne peut se voir comme tel sans &#234;tre conscient en m&#234;me temps du non-moi en g&#233;n&#233;ral , c'est-&#224;-dire des personnes et des choses . Est-ce la preuve de l'existence de choses en dehors de la conscience de cet &#234;tre rationnel ? Ce n'est pas. Par cons&#233;quent, il ne constitue pas non plus une preuve de l'existence d'autres individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de &#171; d&#233;duire &#187; ( deduzieren ) l'existence des personnes, Fichte fait de leur &#234;tre un postulat moral . Mais cela signifie contourner l'obstacle, pas le surmonter. Tant que nous ne l'avons pas surmont&#233;, nous ne nous sommes pas d&#233;barrass&#233;s des absurdit&#233;s auxquelles doit conduire tout syst&#232;me philosophique, qui nie l'existence des choses ext&#233;rieures &#224; nous et leur effet sur nos sens externes. Si l'existence des autres individus n'est que dans l'esprit, alors ma m&#232;re n'est qu'un ph&#233;nom&#232;ne , et, en tant que ph&#233;nom&#232;ne, elle n'existe qu'en moi. [18]Par cons&#233;quent, dire que je suis n&#233; d'une femme est absurde. C'est avec aussi peu de confiance que je peux dire que je mourrai t&#244;t ou tard. Je sais seulement que d'autres personnes meurent, mais comme elles ne sont que des repr&#233;sentations, je n'ai pas le droit d'affirmer que je suis aussi mortelle qu'elles ; dans ce cas, une conclusion logique bas&#233;e sur l'analogie n'est pas valable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut facilement se rendre compte du labyrinthe ahurissant d'absurdit&#233;s dans lequel nous entrerons si nous commen&#231;ons &#224; consid&#233;rer et &#224; &#233;tudier l'histoire de l'humanit&#233; et de notre Univers du point de vue de l'id&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;volution du kantisme vers l'id&#233;alisme, bien qu'elle &#233;limine la contradiction sous-jacente au syst&#232;me kantien, conduit aux absurdit&#233;s les plus patentes et les plus ridicules.&lt;br class='autobr' /&gt;
II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant &#224; quoi nous m&#232;nera l'&#233;volution du kantisme vers le mat&#233;rialisme. Mais en premier lieu, nous devons nous mettre d'accord sur la terminologie. Quel type de mat&#233;rialisme avons-nous en t&#234;te ? Est-ce le mat&#233;rialisme qui a exist&#233; dans l'esprit des philistins, qui se distinguent bien plus par la crainte de Dieu que par le talent philosophique ? Ou peut-&#234;tre la r&#233;f&#233;rence est-elle au v&#233;ritable mat&#233;rialisme, c'est-&#224;-dire &#224; ce mat&#233;rialisme dont les fondements sont contenus dans les &#233;crits des principaux mat&#233;rialistes ? Le mat&#233;rialisme a &#233;t&#233; calomni&#233; autant que le socialisme . C'est pourquoi, lorsque nous entendons des arguments sur le mat&#233;rialisme, nous devons parfois nous demander si cette doctrine n'est pas d&#233;form&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon adversaire estim&#233; est de ceux qui se sont attel&#233;s &#224; r&#233;futer le mat&#233;rialisme sans se donner la peine de l'&#233;tudier &#224; fond et d'essayer de le comprendre. Il dit, par exemple : &#171; Les mat&#233;rialistes devraient affirmer que cette essence [c'est-&#224;-dire l'essence qui correspond aux ph&#233;nom&#232;nes - GP] est identique aux ph&#233;nom&#232;nes. Ce n'est pas seulement une erreur mais une erreur qui est en effet d&#233;licieuse dans la forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, mat&#233;rialistes, devons affirmer que l'essence des choses est identique aux ph&#233;nom&#232;nes ! Pourquoi devrions-nous faire une d&#233;claration aussi saugrenue dans sa forme que dans son &#171; essence &#187; ? Peut-&#234;tre devrions-nous le faire afin de permettre &#224; M. Conrad Schmidt de faire face plus facilement &#224; la &#171; t&#226;che facile &#187; de nous r&#233;futer ? Les mat&#233;rialistes sont des gens bienveillants sans aucun doute, mais exiger d'eux des courtoisies aussi excessives, c'est aller trop loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Herr Doktor poursuit en disant que les mat&#233;rialistes acceptent une r&#233;alit&#233; existante comme une r&#233;alit&#233; totalement ind&#233;pendante de la conscience humaine in sich and an sich (?), c'est-&#224;-dire les d&#233;finitions les plus g&#233;n&#233;rales qui sont n&#233;cessairement per&#231;ues par nos sens, ou, plus correctement , par notre esprit traitant les impressions re&#231;ues par nos sens comme base des ph&#233;nom&#232;nes qui nous entourent. Avant tout, l'espace et le temps, et la mati&#232;re qui y est en mouvement, sont vus par les mat&#233;rialistes comme une r&#233;alit&#233; totalement ind&#233;pendante des propri&#233;t&#233;s de la conscience humaine, et existant en soi. Conrad Schmidt poursuit en disant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, le mat&#233;rialisme est une philosophie de l'identit&#233; car m&#234;me l&#224; o&#249; il constate la... distinction entre nos repr&#233;sentations et ce qui existe en soi, sortant ainsi des confins du r&#233;alisme na&#239;f, il estime n&#233;anmoins possible de conna&#238;tre... la chose-en -lui-m&#234;me &#224; travers une analyse des ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce vrai ? En effet, ce n'est pas le cas. Pour comprendre cela, voyons ce que Holbach a &#224; dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de toutes les substances qui frappent nos sens nous ne connaissons que les effets qu'elles produisent sur nous, apr&#232;s quoi nous leur attribuons certaines qualit&#233;s, du moins ces qualit&#233;s sont-elles quelque chose de d&#233;fini et font na&#238;tre en nous des id&#233;es distinctes. Si superficielles que soient les connaissances que nos sens nous fournissent, c'est la seule sorte de connaissance que nous puissions avoir ; constitu&#233;s comme nous le sommes, nous nous voyons oblig&#233;s de nous contenter de telles connaissances... [19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demanderais au lecteur de parcourir ces lignes avec une attention particuli&#232;re et d'en saisir le contenu. Cela en vaut la peine parce que le passage donne une id&#233;e extraordinairement claire du mat&#233;rialisme fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle comme point culminant du d&#233;veloppement de la philosophie mat&#233;rialiste pr&#233;marxiste. [20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Holbach, c'est-&#224;-dire les auteurs du Syst&#232;me de la Nature , qu'Holbach n'a pas &#233;crit seul, il y a des choses hors de nous et ind&#233;pendantes de nous, des choses qui ont une existence r&#233;elle et non pas seulement &#171; spirituelle &#187;. Ce sont des choses dont la nature nous est connue et qui nous affectent, produisant des impressions sur nos sens ; en accord avec les impressions produites sur nous par leur action , nous attribuons certaines propri&#233;t&#233;s aux choses. Ces impressions sont la seule connaissance (connaissance superficielle et tr&#232;s limit&#233;e) que nous puissions avoir des choses-en-soi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne connaissons l'essence d'aucun &#234;tre , si par le mot essence on doit entendre ce qui constitue sa nature ; nous ne connaissons la mati&#232;re que par les sensations et les id&#233;es qu'elle nous donne. C'est alors seulement que nous formons des jugements corrects ou erron&#233;s... [21]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que l'essence des choses et des ph&#233;nom&#232;nes est &#171; identique &#187; ? De toute &#233;vidence, ce n'est pas le cas. Pourquoi alors notre docteur irrefragabilis attribue-t-il cette affirmation aux mat&#233;rialistes ? Pourquoi pense-t-il qu'ils &#171; doivent &#187; d&#233;fendre ce point de vue sans faute ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; [il poursuit en disant] par mat&#233;rialisme on entend simplement un effort pour trouver partout le lien de causalit&#233; dans les ph&#233;nom&#232;nes naturels et pour &#233;tablir la d&#233;pendance des processus spirituels vis-&#224;-vis de la mati&#232;re, alors un tel &#171; mat&#233;rialisme &#187; ne s'oppose en aucune fa&#231;on &#224; la conception th&#233;orique de Kant. philosophie : au contraire, elle poursuit un but tout &#224; fait compr&#233;hensible et m&#234;me n&#233;cessaire du point de vue de cette philosophie. L'opposition entre eux n'est r&#233;v&#233;l&#233;e que lorsque ce soi-disant &#171; mat&#233;rialisme &#187; devient un mat&#233;rialisme coh&#233;rent, c'est-&#224;-dire m&#233;taphysique ou, plus exactement, m&#233;taph&#233;nom&#233;naliste ; lorsqu'elle proclame que les &#233;l&#233;ments du monde des ph&#233;nom&#232;nes sont des &#171; choses en soi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, le mat&#233;rialisme est soit ph&#233;nom&#233;naliste - et alors il ne s'&#233;carte en rien de la philosophie th&#233;orique de Kant - soit il est m&#233;taph&#233;nom&#233;naliste - auquel cas il nous ram&#232;ne &#224; la m&#233;taphysique, puisqu'il d&#233;clare que les &#233;l&#233;ments des ph&#233;nom&#232;nes sont des choses en soi. Au-del&#224; de la question de savoir si Conrad Schmidt s'est bien exprim&#233;, on peut dire que son ou bien ou bien est un m&#233;lange de tous les avantages possibles, &#224; la seule exception qu'il n'est pas conforme &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le kantisme est aussi m&#233;taph&#233;nom&#233;naliste dans le sens o&#249; il reconna&#238;t que les choses en soi nous affectent . C'est le ficht&#233;isme qui est une philosophie authentiquement et purement ph&#233;nom&#233;naliste. Mais Kant a men&#233; une lutte contre la philosophie de Fichte. Il va sans dire que le mat&#233;rialisme est une doctrine m&#233;taph&#233;nom&#233;naliste car il ne remet en question ni l'existence des choses en dehors de notre conscience ni leur effet sur nous. Mais comme elle reconna&#238;t en m&#234;me temps que nous ne connaissons les choses-en-soi que gr&#226;ce aux impressions caus&#233;es par leur effet sur nous, il n'a ni le besoin ni la possibilit&#233; logique de consid&#233;rer les ph&#233;nom&#232;nes comme des choses en soi. A cet &#233;gard, il ne s'&#233;carte en rien du kantisme, malgr&#233; son caract&#232;re m&#233;taph&#233;nom&#233;naliste . La diff&#233;rence entre mat&#233;rialisme et kantisme n'appara&#238;t qu'ult&#233;rieurement. En consid&#233;rant les choses en soi comme les causes des ph&#233;nom&#232;nes, Kant nous assurerait que la cat&#233;gorie de causalit&#233; est totalement inapplicable aux choses en soi. D'autre part, le mat&#233;rialisme, qui consid&#232;re aussi les choses en soi comme les causes des ph&#233;nom&#232;nes, ne tombe pas en contradiction avec lui-m&#234;me. C'est tout ce qu'il y a &#224; faire. Si, sur la base de cette distinction, nous affirmions que le mat&#233;rialisme est une m&#233;taphysiquedoctrine, il faudrait d'abord reconna&#238;tre que l'essence de la philosophie &#171; critique &#187; r&#233;side dans sa contradiction interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, qu'est-ce que la m&#233;taphysique ? Quel est son objet d'&#233;tude ? L'objet d'&#233;tude pour la m&#233;taphysique est l' Absolu . Elle se veut la science de l'Absolu, de l'inconditionn&#233;. Mais le mat&#233;rialisme s'int&#233;resse-t-il &#224; l'Absolu ? Non ; son objet d'&#233;tude est la Nature et l'histoire humaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens se trompent toujours lorsqu'ils sacrifient l'exp&#233;rience au profit de syst&#232;mes philosophiques n&#233;s de la fantaisie [dit Holbach]. L'homme est une &#339;uvre de la nature ; il existe dans la Nature ; il est soumis &#224; ses lois ; il ne peut en sortir m&#234;me en pens&#233;e. C'est en vain que son esprit veut s'&#233;vader des limites du monde visible ; il est toujours oblig&#233; de retourner dans ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes, qui sont introductives dans le Syst&#232;me de la Nature , que j'ai si souvent cit&#233;es, forment le &#171; canon &#187; du mat&#233;rialisme, et il est tout &#224; fait incompr&#233;hensible qu'on puisse appeler m&#233;taphysique une doctrine qui ne s'est jamais s&#233;par&#233;e de ce &#171; canon &#187;. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'entend le mat&#233;rialiste par le mot &#171; Nature &#187; ? Est-ce un concept m&#233;taphysique pour lui ? Nous allons maintenant voir si c'est le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialiste entend par Nature la somme des choses composant l'objet de notre perception sensuelle. La nature est le monde sensuel dans son int&#233;gralit&#233;. C'est de ce monde sensuel dont parlaient les philosophes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle. A cette conception de la Nature, ils opposent sans cesse des &#034;fant&#244;mes&#034;, c'est-&#224;-dire des &#234;tres imaginaires et surnaturels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous r&#233;p&#232;te sans cesse [nous lisons dans Syst&#232;me de la Nature ] que nos sens ne nous montrent que l' ext&#233;rieur des choses... c'est reconnu, mais nos sens ne nous montrent m&#234;me pas l' ext&#233;rieur de la Divinit&#233; que nos th&#233;ologiens ont d&#233;fini &#224; nous, auquel ils ont attribu&#233; des attributs, et sur lequel ils n'ont cess&#233; de se disputer, alors qu'&#224; ce jour ils ne sont jamais parvenus &#224; aucune preuve de son existence... [22]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit humain t&#226;tonne dans le noir d&#232;s qu'il sort des confins du monde sensible ou, ce qui est une seule et m&#234;me chose, des confins de l'exp&#233;rience. En cela, les mat&#233;rialistes sont en plein accord avec Kant, seuls les mat&#233;rialistes comprennent l' exp&#233;rience un peu diff&#233;remment que ne le fait l'auteur de la Critique de la raison pure .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Kant, la Nature est l'existence ( Dasein ) des choses en tant que ce Dasein est d&#233;termin&#233; par des lois g&#233;n&#233;rales . Ces lois g&#233;n&#233;rales (ou lois pures de la Nature) sont les lois de notre esprit. &#171; L'esprit ne tire pas ses lois ( &#224; priori ) de la nature ; au contraire, elle dicte ses propres lois &#224; la nature &#187;, nous explique Kant. Par cons&#233;quent, ces lois n'ont aucune signification objective ; en d'autres termes, elles ne s'appliquent qu'aux ph&#233;nom&#232;nes, non aux choses en soi. Mais puisque les ph&#233;nom&#232;nes n'existent qu'en nous , il est &#233;vident que la th&#233;orie kantienne de l'existence est finalement de caract&#232;re tout &#224; fait subjectif, et ne diff&#232;re en rien de la th&#233;orie id&#233;aliste de Fichte. [23]Nous avons d&#233;j&#224; vu dans quel labyrinthe d'absurdit&#233;s se retrouvera in&#233;vitablement quiconque prend cette th&#233;orie au s&#233;rieux et n'a pas peur d'en tirer toutes les conclusions ultimes. Et maintenant, regardons de plus pr&#232;s la th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette th&#233;orie, la Nature est avant tout la somme des ph&#233;nom&#232;nes. Mais puisque les choses en soi sont la condition n&#233;cessaire des ph&#233;nom&#232;nes - c'est-&#224;-dire que les ph&#233;nom&#232;nes sont caus&#233;s par l'effet d'un objet sur un sujet - nous sommes oblig&#233;s de reconna&#238;tre que les lois de la Nature n'ont pas seulement un sens subjectif mais aussi un sens. signification objective , c'est-&#224;-dire que les relations mutuelles des id&#233;es dans le sujet correspondent - toutes les fois qu'on ne se trompe pas - aux relations mutuelles entre les choses ext&#233;rieures &#224; soi .. Bien s&#251;r, Conrad Schmidt dira qu'il s'agit d'une &#171; philosophie de l'identit&#233; &#187; et qu'elle consid&#232;re les &#171; &#233;l&#233;ments des ph&#233;nom&#232;nes comme des choses en soi &#187;. Il a tort. Pour l'emp&#234;cher de tomber dans une plus grande erreur, je demanderai &#224; mon adversaire de rappeler la figure g&#233;om&#233;trique &#224; l'aide de laquelle Spencer a tent&#233; de faciliter la compr&#233;hension du &#171; r&#233;alisme transform&#233; &#187; par ses lecteurs. Imaginons un cylindre et un cube. Le cylindre est le sujet, le cube l'objet. L'ombre du cube tombant sur le cylindre est une repr&#233;sentation. L'ombre ne ressemble pas tout &#224; fait au cube, dont les lignes droites sont courb&#233;es sur le cylindre, et dont les surfaces planes sont convexes. N&#233;anmoins, tout changement dans le cube entra&#238;nera un changement correspondant dans son ombre. Nous pouvons supposer que quelque chose de similaire se produit dans la formation des repr&#233;sentations. Les sensations caus&#233;es chez le sujet par l'effet d'un objet sur lui sont, tout &#224; fait diff&#233;rentes de celles-ci, tout comme elles sont diff&#233;rentes du sujet, mais &#224; chaque changement dans l'objet correspond un changement dans son effet sur le sujet . Ce n'est nullement la philosophie crue et vulgaire de l'identit&#233; que nous pr&#234;te Conrad Schmidt. Cette th&#233;orie de l'exp&#233;rience, qui prend la Nature pour point de d&#233;part, permet d'&#233;viter &#224; la fois les incoh&#233;rences du kantisme et les absurdit&#233;s de l'id&#233;alisme subjectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que le &#171; r&#233;alisme transform&#233; &#187; d'Herbert Spencer est une chose, et le mat&#233;rialisme en est une autre. Le manque de place m'emp&#234;che d'aborder ici la distinction principale entre ces deux doctrines. Tout ce que je peux dire dans cet article - soit dit en passant, assez pour mon propos - est le suivant : la th&#233;orie de la connaissance de Spencer - dans les limites o&#249; je m'en sers ici - n'est qu'un d&#233;veloppement ult&#233;rieur des id&#233;es des mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle. . [24]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sans toi, il n'y a pas de moi &#187; (&#171; ohne Du kein Ich &#187;), disait le vieux FH Jacobi. Pour ma part, je dirai : sans toi, il n'y a pas de moi qui soit exempt de certains remords de conscience tr&#232;s forts. En voici un exemple convaincant : si aucun Herr Conrad Schmidt n'existait en tant que chose en soi ; s'il n'&#233;tait qu'un ph&#233;nom&#232;ne, c'est-&#224;-dire une repr&#233;sentation n'existant que dans ma conscience, je ne me pardonnerais jamais que ma conscience ait enfant&#233; un docteur si maladroit dans le domaine de la pens&#233;e philosophique. Mais si un vrai Herr Conrad Schmidt correspond &#224; ma repr&#233;sentation, alors je ne suis pas responsable de ses b&#233;vues logiques ; j'ai la conscience tranquille, et c'est beaucoup dans notre &#171; vall&#233;e des larmes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre docteur irrefragabilis affirme qu'il n'est pas kantien, qu'il est plut&#244;t sceptique &#224; l'&#233;gard de Kant. Mais je n'ai jamais affirm&#233; qu'il puisse devenir un v&#233;ritable adepte d'un quelconque syst&#232;me philosophique ; J'ai toujours dit qu'il pr&#233;f&#233;rait un bouillon d'&#233;clectisme . Pourtant, son &#233;clectisme ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de mener une lutte contre le mat&#233;rialisme, tout en usant d'arguments emprunt&#233;s aux kantiens. C'est d'ailleurs toujours ainsi que se comportent les &#233;clectiques : ils s'attaquent &#224; une doctrine &#224; l'aide d'arguments qu'ils ont emprunt&#233;s &#224; une autre, auxquels ils opposent des arguments emprunt&#233;s &#224; la premi&#232;re. Pourtant, Herr Bernstein, &#224; qui le mis&#233;rable article du docteur Schmidt a donn&#233; une &#171; impulsion imm&#233;diate &#187; (le pauvre Herr Bernstein !) est all&#233; aussi loin que Kant dans sa r&#233;gression. Certes, il n'a atteint Kant que &#171; jusqu'&#224; un certain point &#187;. Mais les paroissiens tiennent toujours du cur&#233; , comme dit le proverbe russe. Le disciple &#233;clectique &#171; prend apr&#232;s &#187; l'enseignant &#233;clectique. En tout cas, il est remarquable que les articles de Conrad Schmidt incitent certains lecteurs &#224; revenir &#224; Kant, et non &#224; un autre philosophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, je passerai &#224; la conclusion hautement courrouc&#233;e de l'article de M. Conrad Schmidt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai affirm&#233; que la bourgeoisie est int&#233;ress&#233;e &#224; ressusciter la philosophie de Kant parce qu'elle esp&#232;re qu'elle l'aidera &#224; endormir le prol&#233;tariat dans la qui&#233;tude. C'est avec son &#233;l&#233;gance coutumi&#232;re que Conrad Schmidt me r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'opinion que nous puissions avoir de l'intelligence de la bourgeoisie, elle n'est pas assez grossi&#232;rement stupide pour nourrir des &#171; espoirs &#187; aussi absurdes. Quel sch&#233;matisme sans bornes ; quelle absence de toute et de toute critique et de toute attitude originale et vivante envers la r&#233;alit&#233; se cache derri&#232;re de tels dispositifs de construction [etc, etc].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis-je me permettre d'interrompre le m&#233;decin courrouc&#233; et de lui poser plusieurs questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La bourgeoisie est-elle int&#233;ress&#233;e &#224; &#171; &#233;difier &#187; le prol&#233;tariat et &#224; contrer l'ath&#233;isme qui se r&#233;pand de plus en plus dans cette classe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ont-ils besoin d'une arme spirituelle puissante pour cette &#171; &#233;dification &#187; et cette lutte contre l'ath&#233;isme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le kantisme n'a-t-il pas &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme l'arme la plus appropri&#233;e &#224; cette fin, et ne l'est-il pas encore aujourd'hui ? [25]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conrad Schmidt conna&#238;t &#233;videmment tr&#232;s mal l'histoire de la philosophie. S'il le savait, il saurait que le kantisme a &#233;t&#233; salu&#233; , &#224; son apparition , comme la meilleure arme de lutte contre le mat&#233;rialisme et autres doctrines &#171; choquantes &#187;. Carl Leonhard Reinhold - ce premier vulgarisateur du kantisme - consid&#233;rait d&#233;j&#224; comme l'un des principaux m&#233;rites de ce syst&#232;me le fait qu'il &#034; obligeait les scientifiques naturels &#224; abandonner leurs pr&#233;tentions sans fondement &#224; la connaissance &#034;. [26] Il a &#233;crit que l'ath&#233;isme, qui est maintenant si r&#233;pandu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... sous couvert de fatalisme , de mat&#233;rialisme et de spinozisme ... est pr&#233;sent&#233; par Kant comme un fant&#244;me qui leurre nos esprits, avec une efficacit&#233; hors de port&#233;e de nos th&#233;ologiens modernes, qui s'adonnent &#224; exposer le Diable ; s'il reste encore des fatalistes, ou s'ils apparaissent le moment venu, ce seront des gens qui auront ignor&#233; ou mal compris la Critique de la Raison Pure . [27]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#234;tement stupide ! Non, croyez-moi, ce n'est pas la bourgeoisie qui est marqu&#233;e, &#224; cet &#233;gard, par la b&#234;tise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme tous ceux indirectement attaqu&#233;s par Plekhanov, j'&#233;tais enclin &#224; la philosophie de Kant &#224; l'imitation de la bourgeoisie [dit M. Schmidt], alors il est surprenant que nous nous int&#233;ressions pr&#233;cis&#233;ment &#224; sa th&#233;orie de la connaissance, c'est-&#224;-dire &#224; cette partie de la philosophie de Kant qui, en tout cas, n'a rien de commun avec les int&#233;r&#234;ts pratiques de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela, je r&#233;pondrai dans les mots de Reinhold, cit&#233;s ci-dessus : soit vous avez ignor&#233; la Critique de la Raison Pure , soit vous ne l'avez pas comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, qui, on peut bien l'imaginer, avait une meilleure compr&#233;hension de sa propre th&#233;orie de la connaissance que Conrad Schmidt, dit ce qui suit dans la pr&#233;face de la deuxi&#232;me &#233;dition de sa Critique de la raison pure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, je ne peux m&#234;me pas faire l'hypoth&#232;se de Dieu , de la libert&#233; et de l'immortalit&#233; , comme l'exigent les int&#233;r&#234;ts pratiques de mon esprit, si je ne prive pas la raison sp&#233;culative de ses pr&#233;tentions &#224; l'intuition transcendante... Je dois donc abolir la connaissance, faire place &#224; la croyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, et encore non ! [28] Les bourgeois sont loin d'&#234;tre b&#234;tes ! Encore quelques mots avant de conclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conrad Schmidt m'accuse de recourir &#171; aux combinaisons d'id&#233;es les plus arbitraires pour miner la cr&#233;dibilit&#233; politique de ceux qui se permettent de penser diff&#233;remment de Plekhanov dans le domaine de la philosophie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est trois fois faux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Tout ce qui pr&#233;c&#232;de a suffisamment montr&#233; que les &#171; combinaisons d'id&#233;es &#187; auxquelles j'ai &#171; recouru &#187; ne sont nullement &#171; arbitraires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Dans ma pol&#233;mique, j'ai toujours recherch&#233; la v&#233;rit&#233; et je me suis peu souci&#233; de la cr&#233;dibilit&#233; politique de qui que ce soit . C'est tr&#232;s &#171; arbitrairement &#187; que Conrad Schmidt a interpr&#233;t&#233; ce qu'il a lu dans mon c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Dans mes articles, qui ont tant irrit&#233; notre Herr Doktor, j'ai d&#233;fendu, non pas &#171; l'opinion de G. Plekhanov &#187;, mais celle d'Engels et de Marx. La seule chose &#224; laquelle G Plekhanov puisse pr&#233;tendre et pr&#233;tende est une compr&#233;hension correcte de ce point de vue. Je d&#233;fends et continuerai toujours de d&#233;fendre cette vision avec ardeur et conviction. Et si certains lecteurs &#034;haussent les &#233;paules&#034; devant mon ardeur dans une pol&#233;mique qui concerne les questions les plus importantes de la connaissance humaine et, en m&#234;me temps, traite des int&#233;r&#234;ts les plus vitaux de la classe ouvri&#232;re - dans la mesure o&#249; il est tr&#232;s nocif pour cette classe de se nourrir de ce qu'Engels appelait le bouillon de mis&#232;re de l'&#233;clectisme - alors je hausserai les &#233;paules &#224; mon tour, et dirai : tant pis pour de tels lecteurs .&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notes sont de Plekhanov, &#224; l'exception de celles des &#233;diteurs moscovites de cette &#233;dition de l'ouvrage, qui sont not&#233;es &#171; Editor &#187;, ou du MIA, qui sont convenablement not&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#034;La philosophie qu'un homme choisit d&#233;pend du genre d'homme qu'il est.&#034; - &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Litt&#233;ralement : &#171; &#192; la ville de Rome et au monde. Utilis&#233; &#224; l'origine pour ouvrir les proclamations romaines, utilis&#233; par la suite dans les adresses papales ; ici, il est utilis&#233; ironiquement : 'A tout le monde.' [MIA]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Voir Georgi Plekhanov, 'Conrad Schmidt Versus Karl Marx and Frederick Engels', Selected Philosophical Works , Volume 2 (Moscou, 1976), pp 379-97 - MIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ces mots sont en anglais dans l'original - Editor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Voir Georgi Plekhanov, 'Conrad Schmidt Versus Karl Marx and Frederick Engels', Selected Philosophical Works , Volume 2 (Moscou, 1976), p 381 - Editor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Jacobis Werke , Volume 2, p 308.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Comme je n'ai pu obtenir les &#339;uvres de Schulze, je cite les Geschichte der deutschen Philosophie de Zeller (M&#252;nchen, 1873), pp 583-84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. 'Zweite Einleitung in die Wissenschaftslehre', qui parut d'abord dans le Philosophischen Journal de 1797 et fit ensuite partie du Volume 1 des &#338;uvres de Fichte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Kants Werke , Volume 10 (&#233;dition de von Hartenstein), pp 577-78.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Grundriss der Geschichte der Philosophie , Partie 3 (Berlin, 1880), p 215.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Geschichte der deutschen Philosophie , p 436.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Idem, p 514.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Kants Werke , Tome 8, p 432.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Kritik der reinen Vernunft , 'Der transzendentalen Elementarlehre', Partie 1, 'Der transzendentalen Aesthetik', Section 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Kritik der reinen Vernunft , 'Elementarlehre', Livre 2, Chapitre 2, Section 3B, Deuxi&#232;me Analogie : Preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Mon cher ami, je vous conseille donc, tout d'abord, de passer par l'&#233;cole de logique - Editeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Die Welt als Wille und Vorstellung , Volume 1 (Leipzig, 1873), p 516. Il est superflu d'ajouter que je vois les &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; de Kant sous un jour diff&#233;rent de celui de Schopenhauer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. &#034;Mais, en tant que ph&#233;nom&#232;nes, ils ne peuvent pas exister d'eux-m&#234;mes et par eux-m&#234;mes, mais seulement en nous.&#034; (Kant)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Syst&#232;me de la Nature , Partie 2 (Londres, 1781), p 127.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Incidemment, mes articles pr&#233;c&#233;dents contenaient des citations de nombreux mat&#233;rialistes, montrant que Conrad Schmidt a une id&#233;e enti&#232;rement fausse de &#171; l'essence &#187; de la philosophie mat&#233;rialiste. Dans sa r&#233;ponse, Conrad Schmidt a qualifi&#233; d'Illuminateurs les mat&#233;rialistes que j'ai cit&#233;s. C'est tr&#232;s adroit, sinon p&#233;dant, de sa part car des lecteurs peu familiaris&#233;s avec l'histoire de la philosophie peuvent se demander pourquoi M. Plekhanov a d&#251; se r&#233;f&#233;rer aux Lumi&#232;res alors que la discussion portait sur les mat&#233;rialistes ! Pour rassurer ces lecteurs, je dois ajouter que je citais Holbach, ou plus exactement les auteurs du Syst&#232;me de la Nature , parmi lesquels Diderot et Helv&#233;tius. Quant &#224; Holbach, le Syst&#232;me de la Nature est souvent qualifi&#233; de code du mat&#233;rialisme (voir Lange,Histoire du mat&#233;rialisme , volume 1 (deuxi&#232;me &#233;dition), p 361). Quant &#224; Helv&#233;tius, cet &#201;claireur &#233;tait l'un des mat&#233;rialistes les plus talentueux et les plus originaux qui aient jamais v&#233;cu. Quiconque ne conna&#238;t pas ces deux Lumi&#232;res ne conna&#238;t pas l'&#233;tape la plus &#233;lev&#233;e et la plus remarquable du d&#233;veloppement du mat&#233;rialisme du XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Syst&#232;me de la Nature , Partie 2, pp 91-92. Il est int&#233;ressant de comparer ce passage avec ce qu'Herbert Spencer a &#224; dire : &#171; Ainsi nous sommes amen&#233;s &#224; la conclusion que ce dont nous sommes conscients en tant que propri&#233;t&#233;s de la mati&#232;re, m&#234;me jusqu'&#224; son poids et sa r&#233;sistance, ne sont que des affections subjectives produites par des agents objectifs. qui sont inconnus et inconnaissables...' ( The Principles of Psychology , Volume 1, Part 2, Chapter 3 [The Relativity of Feelings - Editor], &#167; 86, [p 206 - Editor])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Syst&#232;me de la Nature , Partie 2, p 109.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. &#034;Le syst&#232;me de l'exp&#233;rience n'est rien d'autre qu'une pens&#233;e accompagn&#233;e d'un sentiment de n&#233;cessit&#233;.&#034; ( Fichtes Werke , Tome 1, p 428) Il va sans dire que la th&#233;orie kantienne de l'exp&#233;rience n'est subjective que dans la mesure o&#249; elle interroge l'applicabilit&#233; des cat&#233;gories aux choses-en-soi. Mais puisque les choses en soi sont vues par Kant comme la cause de nos perceptions, cette th&#233;orie - comme je l'ai si souvent r&#233;p&#233;t&#233; - pr&#233;sente une contradiction hurlante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Dans son effort pour se dissocier de la &#171; philosophie vulgaire de l'identit&#233; &#187; de la mati&#232;re et de la pens&#233;e, Plekhanov se trompe ici, comme ailleurs, lorsqu'il affirme que les sensations sont &#171; tout &#224; fait diff&#233;rentes &#187; des objets qui les causent ; c'est une concession &#224; l'agnosticisme. En cons&#233;quence, Plekhanov n'a pas critiqu&#233; Herbert Spencer, d&#233;clarant que ce dernier avait d&#233;velopp&#233; la th&#233;orie des mat&#233;rialistes fran&#231;ais, alors qu'en r&#233;alit&#233; il &#233;tait agnostique et adepte de la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Il va sans dire que la bourgeoisie n'a pas besoin d'adresser directement le kantisme aux ouvriers. Il suffit que cette philosophie devienne &#224; la mode, fournissant ainsi &#224; certains le pr&#233;texte de r&#233;pandre dans la classe ouvri&#232;re les conclusions ultimes qui en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Briefe &#252;ber die Kantische Philosophie , Volume 1 (Leipzig, 1790), p 114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Idem, p 116.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Il faut garder &#224; l'esprit que l'int&#233;r&#234;t pour la &#171; partie &#187; pratique de la philosophie de Kant prend aujourd'hui de plus en plus le dessus sur l'int&#233;r&#234;t pour sa partie th&#233;orique, dans les milieux qui s'int&#233;ressent &#224; cette philosophie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paul Lafargue, &#171; Id&#233;alisme et mat&#233;rialisme dans la conception de l'histoire &#187;</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8108</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8108</guid>
		<dc:date>2024-09-27T22:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'homme et les animaux ne pensent que parce qu'ils ont un cerveau ; le cerveau transforme les sensations en id&#233;es comme les dynamos convertissent en &#233;lectricit&#233; le mouvement qui leur est fourni. C'est la nature, ou plut&#244;t le milieu naturel &#8211; pour ne pas utiliser une expression qui id&#233;aliserait la Nature comme entit&#233; m&#233;taphysique, comme le faisaient les philosophes du XVIIIe si&#232;cle &#8211;, c'est le milieu naturel qui forme le cerveau et les autres organes. Je dis intentionnellement les autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'homme et les animaux ne pensent que parce qu'ils ont un cerveau ; le cerveau transforme les sensations en id&#233;es comme les dynamos convertissent en &#233;lectricit&#233; le mouvement qui leur est fourni. C'est la nature, ou plut&#244;t le milieu naturel &#8211; pour ne pas utiliser une expression qui id&#233;aliserait la Nature comme entit&#233; m&#233;taphysique, comme le faisaient les philosophes du XVIIIe si&#232;cle &#8211;, c'est le milieu naturel qui forme le cerveau et les autres organes. Je dis intentionnellement les autres organes car, de m&#234;me que les spirites s&#233;parent l'homme du groupe animal pour l'&#233;riger en &#234;tre miraculeux, pour qui Dieu vient sur terre pour &#234;tre crucifi&#233;, de m&#234;me les id&#233;alistes isolent le cerveau du d'autres organes pour soumettre sa fonction, c'est-&#224;-dire la pens&#233;e, &#224; des causes magiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le milieu naturel qui a cr&#233;&#233; les organes et le cerveau de l'homme les a amen&#233;s &#224; un tel degr&#233; de perfection qu'ils sont capables des plus merveilleuses adaptations. Ainsi, pendant des si&#232;cles, les chr&#233;tiens et les hommes civilis&#233;s ont enlev&#233; les n&#232;gres des c&#244;tes d'Afrique pour les vendre comme esclaves dans les colonies. Ces noirs &#233;taient des barbares et des sauvages, s&#233;par&#233;s de l'homme civilis&#233; par des milliers d'ann&#233;es de culture, et pourtant, au bout d'un temps extr&#234;mement court, ils ont appris les m&#233;tiers de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Paraguay, les j&#233;suites ont v&#233;cu une exp&#233;rience sociale &#8211; la plus remarquable que je connaisse &#8211; qui, pour nous socialistes, est de premi&#232;re importance, car elle montre avec quelle rapidit&#233; extraordinaire une nation se transforme apr&#232;s avoir &#233;t&#233; transplant&#233;e dans un nouveau milieu social. Les j&#233;suites, ces &#233;ducateurs incomparables, ces savants exploiteurs du travail, formaient avec les sauvages un peuple civilis&#233; de plus de 150 000 individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Guaranys qu'ils ont s&#233;questr&#233;s dans les pueblosdu Paraguay avaient err&#233; nus dans les for&#234;ts, leurs seules armes l'arc et le gourdin en bois. Leur connaissance de l'agriculture n'&#233;tant que rudimentaire, ils ne cultivent que le ma&#239;s. Leur intelligence &#233;tait si peu d&#233;velopp&#233;e qu'ils ne pouvaient compter que jusqu'&#224; vingt et qu'ils &#233;taient encore oblig&#233;s de compter sur leurs doigts. Un doigt &#233;tait un, deux doigts &#233;taient deux, une main &#233;tait cinq, une main et un doigt de l'autre main &#233;taient six, deux mains &#233;taient dix, deux mains et un orteil &#233;taient onze, deux mains et un pied &#233;taient quinze, deux mains et deux pieds &#233;taient vingt ; rien de plus &#233;tait une bonne affaire. C'est toujours en se servant de leurs doigts et de leurs orteils que comptent les derniers sauvages. Ainsi la figure, l'id&#233;e la plus abstraite qui existe dans l'esprit du civilis&#233;, fut d'abord, dans l'esprit du sauvage, le reflet d'un objet mat&#233;riel. Quand nous disons ou pensons &#224; 1, 2, 5, 10, nous ne voyons aucun objet du tout ; le sauvage voit un doigt, deux doigts, une main, deux mains. (Il est plus que probable que les petits enfants des civilis&#233;s aussi bien que des sauvages s'imaginent encore des objets mat&#233;riels en comptant les nombres.) Cela est si vrai que les chiffres romains, utilis&#233;s par les peuples civilis&#233;s depuis si longtemps, avant l'introduction des figures arabes, ont &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;s apr&#232;s la main. I est un doigt, II est deux doigts, V est une main, dont les trois majeurs sont abaiss&#233;s tandis que le pouce et l'auriculaire sont lev&#233;s ; X sont deux V ou deux mains invers&#233;es. utilis&#233;s par les peuples civilis&#233;s depuis si longtemps, avant l'introduction des figures arabes, &#233;taient fa&#231;onn&#233;s d'apr&#232;s la main. I est un doigt, II est deux doigts, V est une main, dont les trois majeurs sont abaiss&#233;s tandis que le pouce et l'auriculaire sont lev&#233;s ; X sont deux V ou deux mains invers&#233;es. utilis&#233;s par les peuples civilis&#233;s depuis si longtemps, avant l'introduction des figures arabes, &#233;taient fa&#231;onn&#233;s d'apr&#232;s la main. I est un doigt, II est deux doigts, V est une main, dont les trois majeurs sont abaiss&#233;s tandis que le pouce et l'auriculaire sont lev&#233;s ; X sont deux V ou deux mains invers&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces sauvages paraguayens, les j&#233;suites firent des ouvriers habiles, capables d'ex&#233;cuter les travaux les plus difficiles. Voici ce que Charlevoix en dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Indiens des Missions poss&#232;dent au plus haut degr&#233; la facult&#233; d'imitation. Il suffit, par exemple, de leur montrer une croix, un chandelier, un br&#251;le-parfum, pour qu'ils les reproduisent, et il est difficile de distinguer leur &#339;uvre du mod&#232;le. Ils fabriquent leurs instruments de musique, les organes les plus compliqu&#233;s, en une seule inspection, &#8211; ainsi que les sph&#232;res astronomiques, les tapis de Turquie et les choses les plus difficiles &#224; fabriquer. (Xavier de Charlevoix, Histoire de Paraguay , Paris, 1757.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialiste d'Orbigny, qui visita en 1832 les pueblos du Paraguay, d&#233;sorganis&#233;s et ruin&#233;s apr&#232;s l'expulsion des J&#233;suites, s'&#233;merveilla des &#233;glises que ces sauvages avaient construites et d&#233;cor&#233;es de peintures et de sculptures &#171; dans le go&#251;t du moyen &#226;ge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ces m&#233;tiers et ces arts, ainsi que les id&#233;es qui leur correspondent, n'&#233;taient pas inn&#233;s dans la main et la t&#234;te des sauvages Guaranys ; on les avait mis pour ainsi dire comme on met un air de Verdi dans un orgue de Barbarie. C'est par l'&#233;ducation que les j&#233;suites leur ont donn&#233;e qu'ils ont acquis ces divers m&#233;tiers et ces diverses pens&#233;es. Nous voyons ici un cas d'action directe de l'homme sur l'homme. Mais n'y a-t-il pas d'autres moyens par lesquels les organes et le cerveau de l'homme peuvent &#234;tre perfectionn&#233;s ? Les ph&#233;nom&#232;nes du milieu naturel et social, l'exp&#233;rience ne d&#233;veloppent-ils pas la capacit&#233; technique de ses organes et ne modifient-ils pas ses pens&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de Justice qui, selon Jaur&#232;s, sommeille dans l'esprit du sauvage, ne s'est gliss&#233;e dans le cerveau humain qu'apr&#232;s l'institution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sauvages n'ont aucune id&#233;e de la Justice ; ils n'ont m&#234;me pas de mot pour d&#233;signer une telle id&#233;e. Tout au plus connaissent-ils la lex talionis , le coup pour coup, l'&#339;il pour &#339;il, qui n'est apr&#232;s tout qu'une autre forme du mouvement r&#233;flexe qui fait cligner la paupi&#232;re lorsqu'un objet menace l'&#339;il, ou lorsque le membre devient l&#226;che quand il est frapp&#233;. Chez les barbares m&#234;me, vivant dans des milieux sociaux bien d&#233;velopp&#233;s, mais communistes, o&#249; par cons&#233;quent la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'a gu&#232;re commenc&#233;, l'id&#233;e de Justice est tr&#232;s vague. Je vous citerai &#224; ce propos l'opinion de Sumner Maine, dont la haute valeur philosophique ne sera pas contest&#233;e par Jaur&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ni, au sens des juristes analytiques &#187;, dit Maine, &#171; n'y a-t-il ni droit ni devoir dans une communaut&#233; villageoise indienne ; une personne l&#233;s&#233;e ne se plaint pas d'un tort individuel mais du trouble de l'ordre de toute la petite soci&#233;t&#233;. Plus que tout, le droit coutumier n'est pas appliqu&#233; par une sanction. Dans le cas presque inconcevable de la d&#233;sob&#233;issance &#224; la d&#233;cision du conseil de village, la seule peine, ou la seule peine certaine, semblerait &#234;tre la d&#233;sapprobation universelle. (HS Maine, Village Communities in the East and West .)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Locke, qui, comme les philosophes des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles, utilisait la m&#233;thode d&#233;ductive employ&#233;e en g&#233;om&#233;trie, en vint &#224; penser que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e engendrait l'id&#233;e de justice. Dans sa compr&#233;hension humaine , il dit express&#233;ment que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l&#224; o&#249; il n'y a pas de propri&#233;t&#233;, il n'y a pas d'injustice, est une proposition aussi certaine que n'importe quelle d&#233;monstration chez Euclide : car l'id&#233;e de la propri&#233;t&#233; &#233;tant un droit &#224; quelque chose, et l'id&#233;e &#224; laquelle on donne le nom d'injustice &#233;tant l'invasion ou la violation de ce droit. ... ( Essai sur l'entendement humain , Livre IV. Chap. III.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'id&#233;e de Justice, comme le pensait Locke, ne peut appara&#238;tre qu'apr&#232;s et comme cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, l'id&#233;e de vol, ou plut&#244;t la tendance &#224; prendre sans r&#233;fl&#233;chir ce dont on a besoin ou ce qu'on d&#233;sire, est au contraire bien d&#233;velopp&#233;e, avant la institution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Le sauvage et le barbare communistes se comportent vis-&#224;-vis des biens mat&#233;riels comme nos savants et &#233;crivains se comportent vis-&#224;-vis des biens intellectuels : d&#232;s qu'ils les trouvent, ils les prennent, pour reprendre l'expression de Moli&#232;re. Mais cette coutume naturelle devient vol, crime, &#224; partir du moment o&#249; la propri&#233;t&#233; commune est remplac&#233;e par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la t&#234;te et dans le c&#339;ur des sauvages et des barbares, la propri&#233;t&#233; commune met des id&#233;es et des sentiments que les chr&#233;tiens bourgeois, ces tristes r&#233;sultats de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, trouveront bien &#233;tranges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heckwelder, un missionnaire morave qui v&#233;cut au 18e si&#232;cle quinze ans parmi les sauvages nord-am&#233;ricains, non encore corrompus par la civilisation chr&#233;tienne et bourgeoise, dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Indiens croient que le Grand Esprit a cr&#233;&#233; le monde et tout ce qu'il contient pour le bien commun des hommes ; quand il empoissonne la terre et remplit les bois de gibier, ce n'est pas &#224; l'avantage de quelques-uns, mais de tous. Tout est donn&#233; en commun aux enfants des hommes. Tout ce qui respire sur la terre, tout ce qui pousse dans les champs, tout ce qui vit dans les fleuves et les eaux, appartient en commun &#224; tous, et chacun a droit &#224; sa part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez eux, l'hospitalit&#233; n'est pas une vertu mais un devoir imp&#233;ratif. Ils iraient se reposer sans manger plut&#244;t que d'&#234;tre accus&#233;s d'avoir n&#233;glig&#233; leurs devoirs en ne satisfaisant pas les besoins de l'&#233;tranger, du malade, du n&#233;cessiteux, parce que ceux-ci ont un droit commun &#224; &#234;tre secourus sur le fonds commun ; parce que le gibier dont on les nourrit, s'il &#233;tait pris dans la for&#234;t, &#233;tait la propri&#233;t&#233; de tous avant que le chasseur ne le capture ; parce que les l&#233;gumes et le ma&#239;s offerts poussaient sur la terre commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le j&#233;suite de Charlevoix, qui lui aussi avait v&#233;cu parmi des sauvages non gouvern&#233;s par les vertus de la morale chr&#233;tienne et patrimoniale, dit dans son Histoire de la Nouvelle France :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disposition fraternelle des Peaux-Rouges vient sans doute en partie de ce que le mien et le tien , ces paroles glaciales, comme les appelle saint Jean Chrysostome, sont encore inconnues des sauvages. Le soin qu'ils prennent des orphelins, des veuves et des infirmes, l'hospitalit&#233; qu'ils pratiquent d'une mani&#232;re si admirable, ne sont qu'une cons&#233;quence de leur id&#233;e que tout doit &#234;tre commun &#224; tous les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; priv&#233;e, en &#233;tablissant la distinction du mien et du tien, non seulement a insinu&#233; l'id&#233;e de justice dans l'esprit de l'homme, mais a gliss&#233; dans son c&#339;ur des sentiments qui s'y sont tellement enracin&#233;s qu'on les croit inn&#233;s, et dont je vous scandaliserais par mentionnant. Cependant il est bien &#233;tabli que la jalousie et l'amour paternel sont inconnus de l'homme tant qu'il vit dans un &#233;tat communiste. Femmes et hommes sont alors polygames. La femme prend autant de maris qu'elle veut et l'homme autant d'&#233;pouses qu'il peut, et les voyageurs nous apprennent que tous ces braves gens vivent contents et plus unis que les membres de la triste et &#233;go&#239;ste famille monogame. Mais d&#232;s l'instant o&#249; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est institu&#233;e, l'homme ach&#232;te sa femme et se r&#233;serve &#224; lui seul la jouissance de son animal reproducteur ; la jalousie est un sentiment de propri&#233;t&#233; transform&#233;. Ce n'est que lorsqu'il a une propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#224; transmettre que le p&#232;re songe &#224; s'occuper de son enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de Justice qui encombrent l'esprit des civilis&#233;s, et qui se fondent sur le mien et le tien, s'&#233;vanouiront comme un mauvais r&#234;ve quand la propri&#233;t&#233; commune aura pris la place de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaur&#232;s nous a dit que les id&#233;es de Justice et de Fraternit&#233;, entrant en contradiction avec le milieu social, ont produit le mouvement de l'humanit&#233; ; mais si cela &#233;tait vrai, il n'y aurait pas eu d'&#233;volution historique, car l'homme ne serait jamais sorti du milieu communiste primitif, o&#249; l'id&#233;e de Justice n'existe pas et ne peut exister, et o&#249; les sentiments de fraternit&#233; peuvent se manifester plus librement que dans tout autre milieu social quel qu'il soit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Unicit&#233; et unit&#233; du monde et de la science, pas de dualisme</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8583</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8583</guid>
		<dc:date>2024-04-20T22:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Physique quantique</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Sciences</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Unicit&#233; et unit&#233; du monde et de la science, pas de dualisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Parm&#233;nide dans Po&#232;me : &#171; Le pens&#233;e et l'&#234;tre sont une m&#234;me chose &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est une m&#234;me chose, le penser et ce dont est la pens&#233;e ; car, en dehors de l'&#234;tre, en quoi il est &#233;nonc&#233;, tu ne trouveras pas le penser. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les progr&#232;s scientifiques ont &#233;t&#233; dans le sens de l'unit&#233; du monde et de l'unification des sciences&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour conclure maintenant tout ce que nous avons dit de la science actuelle, nous pouvons peut-&#234;tre d&#233;clarer (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;Chapter 03 : Revolution : the great organizer - La r&#233;volution ou le grand organisateur&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Physique quantique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot149" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot245" rel="tag"&gt;Sciences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Unicit&#233; et unit&#233; du monde et de la science, pas de dualisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parm&#233;nide dans Po&#232;me : &#171; Le pens&#233;e et l'&#234;tre sont une m&#234;me chose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une m&#234;me chose, le penser et ce dont est la pens&#233;e ; car, en dehors de l'&#234;tre, en quoi il est &#233;nonc&#233;, tu ne trouveras pas le penser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les progr&#232;s scientifiques ont &#233;t&#233; dans le sens de l'unit&#233; du monde et de l'unification des sciences&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour conclure maintenant tout ce que nous avons dit de la science actuelle, nous pouvons peut-&#234;tre d&#233;clarer que la physique moderne n'est qu'une partie - mais aussi une partie tr&#232;s caract&#233;ristique - d'un processus historique g&#233;n&#233;ral qui tend &#224; une unification. &#187; &#233;crit le physicien Werner Heisenberg dans &#034;Physique et philosophie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire des sciences est &#224; rapprocher d'un effort vers l'universalit&#233; des lois et vers la compr&#233;hension d'un monde unique comme le rappelle le physicien Max Planck dans &#171; L'image du monde dans la physique moderne &#187;. Ou encore dans &#171; L'image du monde dans la physique moderne &#187; de Planck (voir le texte en bas) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Initiations_%C3%A0_la_physique/Chapitre_I&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Initiations_%C3%A0_la_physique/Chapitre_I&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans tomber dans l'identit&#233; vulgaire et le r&#233;ductionnisme qui ram&#232;ne tout &#224; un seul niveau, on peut tr&#232;s bien retrouver l'unicit&#233; du monde. Dire que des ph&#233;nom&#232;nes de nature tr&#232;s diverses, comme la balan&#231;oire et la lumi&#232;re, sont p&#233;riodiques, cycliques, oscillatoires, &#8230; ne choque plus personne et ne doit rien &#224; une volont&#233; de tout ramener &#224; une loi unique. Aujourd'hui, de nombreuses notions historiques m&#233;riteraient de passer, elles aussi, la fronti&#232;re : toutes celles qui se rapportent au mode dynamique et aux autres changements qualitatifs. Les sciences dites &#171; naturelles &#187; d&#233;veloppent des concepts valables pour l'homme. N'oublions pas que l'homme n'est pas hors de la nature ! Cela concerne les notions li&#233;es aux r&#233;volutions sociales, comme la dualit&#233; de pouvoir ou la prise de pouvoir, les contradictions de la lutte des classes, la relation entre celle-ci et des structures comme l'Etat, le r&#244;le de l'individu, des minorit&#233;s, du parti, des institutions, etc&#8230; Bien entendu, il n'y a pas de parti des &#233;lectrons, ni d'arm&#233;e des particules, et les &#233;tats de la mati&#232;re n'ob&#233;issent pas &#224; une classe dirigeante, mais il y a une &#233;mergence de structure, des transitions de phase, des r&#233;sonances, des structures dissipatives, des ph&#233;nom&#232;nes non-lin&#233;aires au sein de la soci&#233;t&#233; humaine, comme on en trouve en physique, en biologie et dans l'&#233;volution de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James C. Maxwell a &#233;t&#233; le premier &#224; effectuer l'unification des ph&#233;nom&#232;nes magn&#233;tique et &#233;lectrique avec sa th&#233;orie de l'&#233;lectromagn&#233;tisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6225&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6225&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'av&#232;nement de la m&#233;canique quantique et le d&#233;veloppement de la version quantique de l'&#233;lectromagn&#233;tisme &#8211; plus pr&#233;cis&#233;ment d'une &#171; th&#233;orie quantique des champs &#187; &#8211; appel&#233;e &#233;lectrodynamique quantique, il a &#233;t&#233; possible de fusionner cette derni&#232;re avec l'interaction faible, plus r&#233;cemment d&#233;couverte, au sein de la th&#233;orie &#233;lectrofaible. La d&#233;couverte par la suite de la chromodynamique quantique expliquant la structure du noyau atomique en termes de quarks sera alors la derni&#232;re pi&#232;ce de l'&#233;difice constitu&#233; par le mod&#232;le standard qui incorpore les trois interactions dans une th&#233;orie unifi&#233;e bas&#233;e sur un groupe de jauge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Electrodynamique quantique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4097&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4097&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5234&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5234&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La th&#233;orie quantique des champs a donc conduit &#224; une vision plus unifi&#233;e de la nature que l'ancienne interpr&#233;tation dualiste en termes de champs et de particules. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6427&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6427&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Diner : &#171; L'histoire de la Physique n'est qu'une qu&#234;te incessante d'unit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.devoir-de-philosophie.com/encyclopedie/unification-de-la-physique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.devoir-de-philosophie.com/encyclopedie/unification-de-la-physique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unification espace/temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article45&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article45&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4568&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4568&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande unification des forces fondamentales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://paulpb.eklablog.fr/la-grande-unification-des-forces-fondamentales-p1431430&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://paulpb.eklablog.fr/la-grande-unification-des-forces-fondamentales-p1431430&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unification des forces gravitationnelle, &#233;lectromagnetique et nucl&#233;aire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://lesnouveauxprincipes.fr/physique/12-lunification-des-forces&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://lesnouveauxprincipes.fr/physique/12-lunification-des-forces&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de jauge est l'un des derni&#232;res unifications&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Gauge_theory?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Gauge_theory?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;en anglais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Gauge_theory&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/Gauge_theory&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la physique comme succession d'unifications&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/l-unite-de-la-physique--9782130505853-page-89.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/l-unite-de-la-physique--9782130505853-page-89.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avance encore vers l'unification de toute la Physique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pourlascience.fr/sd/physique/vers-l-unification-de-la-physique-3991.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pourlascience.fr/sd/physique/vers-l-unification-de-la-physique-3991.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point actuel de cette unification&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_unification&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_unification&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_tout&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_tout&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier lumi&#232;re et mati&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article38&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article38&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article44&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article44&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article46&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article46&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier r&#233;el et virtuel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1324&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1324&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier du tout petit au tr&#232;s grand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lejournal.cnrs.fr/articles/du-quark-a-lunivers-la-physique-dun-infini-a-lautre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lejournal.cnrs.fr/articles/du-quark-a-lunivers-la-physique-dun-infini-a-lautre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier mati&#232;re et vide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article43&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article43&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vide quantique unifie les concepts onde et corpuscule&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4287&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4287&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4339&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4339&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4271&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4271&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie quantique du vide est capable de tout unifier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article37&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article37&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2061&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2061&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3573&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3573&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=xOu251ejsdU&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=xOu251ejsdU&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unification de la physique quantique et de la physique classique : la d&#233;coh&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3131&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3131&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; unifier quantique et relativit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3698&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3698&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; unifier le vide de la physique et de l'astrophysique en mati&#232;re d'&#233;nergie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6728&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6728&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles r&#233;volutions en physique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3814&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3814&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle th&#233;orie de l'assemblage unifie les lois de la nature, jetant un pont entre physique et biologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://issues.fr/des-atomes-aux-organismes-la-theorie-de-lassemblage-unifie-la-physique-et-la-biologie-pour-expliquer-levolution-et-la-complexite/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://issues.fr/des-atomes-aux-organismes-la-theorie-de-lassemblage-unifie-la-physique-et-la-biologie-pour-expliquer-levolution-et-la-complexite/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.science-et-vie.com/sciences-fondamentales/theorie-assemblage-unifie-loi-nature-physique-biologie-115157.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.science-et-vie.com/sciences-fondamentales/theorie-assemblage-unifie-loi-nature-physique-biologie-115157.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unit&#233; de la structure de la mati&#232;re dans l'Univers &#224; celle des neurones du cerveau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6817&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6817&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cnews.fr/monde/2020-11-19/le-cerveau-humain-la-meme-structure-que-lunivers-1019605&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cnews.fr/monde/2020-11-19/le-cerveau-humain-la-meme-structure-que-lunivers-1019605&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/univers-cerveau-humain-ressemble-etrangement-univers-37833/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/univers-cerveau-humain-ressemble-etrangement-univers-37833/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la physique et de la chimie est celle d'une unification&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Physico-chimie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Physico-chimie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/barb_0001-4141_1984_num_70_1_72354&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/barb_0001-4141_1984_num_70_1_72354&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4903&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4903&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5050&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5050&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atome, qui a fait d'abord diverger physique et chimie, les fait converger&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6276&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6276&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6046&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6046&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5027&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5027&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6543&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6543&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article710&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article710&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la biologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4576&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4576&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; th&#233;orie de l'information &#187; en physico-chimie-biologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4086&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4086&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la physico-chimie vont-elles s'unir aux lois du vivant (de la biologie-g&#233;n&#233;tique-&#233;volution-d&#233;veloppement-&#233;pid&#233;miologie) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://curie.fr/physique-des-systemes-vivants-et-chimie-biologie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://curie.fr/physique-des-systemes-vivants-et-chimie-biologie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/quad_0987-1381_1990_num_11_1_1301&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/quad_0987-1381_1990_num_11_1_1301&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos est n&#233;e en M&#233;canique classique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6072&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6072&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en sciences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article517&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article517&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en climatologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5384&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5384&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5704&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5704&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en Physique quantique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article752&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article752&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos et le vide quantique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1697&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1697&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos dans les syst&#232;mes amortis entretenus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3278&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3278&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en astrophysique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2463&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2463&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en biologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1079&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1079&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos et les syst&#232;mes vivants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article615&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article615&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en &#233;volution des esp&#232;ces&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article50&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article50&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en &#233;pid&#233;miologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6255&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6255&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos et la cardiologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1073&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1073&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos, une des sept grandes r&#233;volutions unificatrices&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6277&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6277&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invariance d'&#233;chelle s'&#233;tend &#224; de nouveaux domaines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article43&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article43&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1295&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1295&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Invariance_d%27%C3%A9chelle&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Invariance_d%27%C3%A9chelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://theses.hal.science/tel-00808965/file/hdr.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theses.hal.science/tel-00808965/file/hdr.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/philosophiascientiae/787&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/philosophiascientiae/787&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invariance d'&#233;chelle du vide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/2022/09/17/linvariance-dechelle-du-vide-un-retour-a-la-realite/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/2022/09/17/linvariance-dechelle-du-vide-un-retour-a-la-realite/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/astrophysique-une-theorie-se-passe-de-la-matiere-noire-49505/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/astrophysique-une-theorie-se-passe-de-la-matiere-noire-49505/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relativit&#233; d'&#233;chelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6376&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6376&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relativit&#233; d'&#233;chelle et le Vivant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5100&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5100&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier l'homme et l'animal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5580&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5580&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4369&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4369&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4270&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4270&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier l'homme et l'univers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3678&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3678&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier l'homme et le singe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1613&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1613&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier la mati&#232;re vivante et la mati&#232;re inerte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4643&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4643&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier la vie, l'homme et la conscience avec les lois physiques de la mati&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4665&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4665&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul monde, une seule science&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Max Planck
&lt;p&gt;L'UNIT&#201; DE LA CONCEPTION DE L'UNIVERS EN PHYSIQUE&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'il existe une science de la nature, on lui a toujours assign&#233; comme fin sup&#233;rieure de grouper en une synth&#232;se syst&#233;matique la prodigieuse diversit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes physiques et m&#234;me, si possible, de la condenser en une seule formule. Pour parvenir &#224; ce r&#233;sultat on a toujours eu recours &#224; deux m&#233;thodes oppos&#233;es. Ces deux m&#233;thodes se sont souvent trouv&#233;es en lutte, mais il est arriv&#233; aussi qu'elles se soient corrig&#233;es mutuellement, chacune contribuant &#224; la f&#233;condit&#233; de l'autre, ce qui s'est produit surtout quand elles se sont trouv&#233;es r&#233;unies dans l'esprit d'un m&#234;me savant qui les a successivement appliqu&#233;es &#224; un objet commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re m&#233;thode, dirai-je la plus juv&#233;nile ?, consiste en une g&#233;n&#233;ralisation rapide de quelques donn&#233;es exp&#233;rimentales, elle se lance hardiment dans les th&#233;ories les plus g&#233;n&#233;rales, applicables &#224; tout l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes et elle met au centre de ses conceptions une notion, un postulat unique, auquel elle essaye, avec plus ou moins de succ&#232;s, de soumettre la nature enti&#232;re et tout ce qui s'y manifeste. Ainsi l'eau, pour Thal&#232;s de Milet, l'&#233;nergie pour Wilhelm Ostwald sont le pivot central de leur conception de l'univers. Pour Hertz, le principe de la trajectoire la plus courte sera le lien qui unit entre eux tous les ph&#233;nom&#232;nes physiques et ce qui en donne l'explication ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde m&#233;thode est plus circonspecte, plus modeste et plus s&#251;re ; mais elle est loin de poss&#233;der le dynamisme de la premi&#232;re ; c'est pourquoi on ne l'a prise en consid&#233;ration que beaucoup plus tard. Elle renonce provisoirement aux r&#233;sultats d&#233;finitifs et se contente de tracer, de l'image du monde, les seuls traits qui lui paraissent &#233;tablis avec certitude, laissant aux recherches futures le soin de compl&#233;ter le tableau. Cette attitude trouve son expression la plus caract&#233;ristique dans la c&#233;l&#232;bre d&#233;finition de la m&#233;canique due &#224; Gustave Kirchhoff : &#171; La m&#233;canique est la description des mouvements ayant lieu dans la nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux m&#233;thodes se compl&#232;tent mutuellement et jamais on ne peut se passer d'aucune d'elles dans la recherche physique. Mais ce n'est pas cette m&#233;thodologie double que je me propose d'&#233;tudier ici ; ce que je voudrais, c'est plut&#244;t attirer l'attention sur une question d'importance plus principielle, je veux dire la question de savoir &#224; quels r&#233;sultats a conduit jusqu'&#224; pr&#233;sent cette dualit&#233; de m&#233;thode et quels fruits on peut penser la voir produire dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut contester que le d&#233;veloppement de la physique a &#233;t&#233; dans le sens du progr&#232;s, de telle sorte que chaque d&#233;cade a am&#233;lior&#233; notre connaissance de la nature. &#192; d&#233;faut de toute autre preuve, un simple regard jet&#233; sur l'importance et sur le nombre toujours croissant des inventions qui mettent la nature au service de l'homme, suffirait &#224; nous en convaincre. Mais quelle est, dans l'ensemble, la direction qui a &#233;t&#233; suivie par le progr&#232;s ? Dans quelle mesure peut-on dire que l'on s'est vraiment rapproch&#233; du but ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour celui qui se tient au courant du progr&#232;s de la science, telle est la question &#224; laquelle il importe avant tout de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier point, une fois &#233;lucid&#233;, nous serons par l&#224;-m&#234;me en &#233;tat de trancher la question, actuellement si disput&#233;e, de savoir ce que l'on veut dire au fond, quand on parle d'une repr&#233;sentation physique de l'univers. Est-ce que cette repr&#233;sentation ne serait qu'une construction de notre esprit appropri&#233;e &#224; son but, mais somme toute, arbitraire ; ou bien au contraire devons-nous admettre que cette image du monde est la reproduction fid&#232;le de ph&#233;nom&#232;nes naturels tout &#224; fait ind&#233;pendants de nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;terminer la direction suivie par l'&#233;volution de la physique, il n'y a qu'un moyen : c'est de comparer l'&#233;tat o&#249; elle se trouve aujourd'hui avec ce qu'elle &#233;tait autrefois. Et si l'on me demandait alors quel est le meilleur crit&#233;rium externe pour appr&#233;cier &#224; quel stade de son &#233;volution une science est parvenue, je ne saurais en indiquer de plus g&#233;n&#233;ral, que la mani&#232;re dont cette science d&#233;finit ses concepts fondamentaux et la fa&#231;on dont elle comprend le partage de son domaine. Aux yeux de quiconque veut r&#233;fl&#233;chir, la pr&#233;cision et la propri&#233;t&#233; de ses d&#233;finitions, les subdivisions parfaitement d&#233;limit&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de son domaine, sont en effet, dans chaque science, ce qui renferme les r&#233;sultats ultimes et les conclusions les plus m&#251;res du travail de ses savants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant comment la physique d'autrefois s'est comport&#233;e &#224; ce point de vue. Ce qui frappe tout d'abord, c'est que toutes les questions de physique, dans n'importe quelle branche se rattachent, soit &#224; des besoins d'ordre imm&#233;diatement pratique, soit &#224; des ph&#233;nom&#232;nes naturels particuli&#232;rement remarquables. C'est en se pla&#231;ant &#224; ces deux points de vue que l'on a divis&#233; la physique en ses diff&#233;rentes branches. La g&#233;om&#233;trie, par exemple, tire son nom de la mesure des surfaces terrestres et de l'arpentage des champs ; la m&#233;canique, de la construction des machines ; l'acoustique, l'optique et la th&#233;orie de la chaleur, des sensations sp&#233;cifiques correspondantes ; l'&#233;lectricit&#233;, des ph&#233;nom&#232;nes remarquables observ&#233;s quand on frotte de l'ambre ; le magn&#233;tisme, des propri&#233;t&#233;s singuli&#232;res d'un minerai de fer qui s'extrayait dans le voisinage de la ville de Magn&#233;sie. D'ailleurs, conform&#233;ment &#224; l'axiome qui veut que toute notre exp&#233;rience r&#233;sulte des perceptions de nos sens, il est &#233;vident que la part du physiologique dans toutes les d&#233;finitions de la physique est pr&#233;pond&#233;rante ; en un mot, tout dans la physique, aussi bien les d&#233;finitions que la structure tout enti&#232;re, poss&#232;de alors, en un certain sens, un caract&#232;re anthropomorphique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien diff&#233;rent est aujourd'hui l'aspect de l'ensemble doctrinal form&#233; par les th&#233;ories de la physique ! Tout d'abord cet ensemble offre un caract&#232;re d'unit&#233; beaucoup plus accentu&#233;. Le nombre des branches partielles dont se compose la physique est devenu moindre et cela parce que chaque canton, s'est annex&#233; un canton voisin : l'acoustique a &#233;t&#233; englob&#233;e par la m&#233;canique, le magn&#233;tisme et l'optique sont entr&#233;s dans le sein de l'&#233;lectrodynamique. Ensuite, cette simplification a toujours &#233;t&#233; accompagn&#233;e dans toutes les d&#233;finitions d'une r&#233;gression correspondante de l'&#233;l&#233;ment anthropomorphique, legs du pass&#233;. Y a-t-il aujourd'hui un physicien qui pense &#224; de l'ambre frott&#233;e quand il parle d'&#233;lectricit&#233; et &#224; la mine d'Asie Mineure d'o&#249; on a extrait les premiers aimants naturels, quand il parle de magn&#233;tisme ? En acoustique, en optique, en chaleur, les sensations sp&#233;cifiquement diff&#233;rentes qui correspondent &#224; chacun de ces termes sont justement ce qui a &#233;t&#233; &#233;limin&#233;. Les d&#233;finitions physiques du son, de la couleur, de la temp&#233;rature, n'ont aujourd'hui rien &#224; voir avec des perceptions sensibles imm&#233;diates. Le ton et la couleur sont d&#233;finies aujourd'hui par un nombre de vibrations (ou une longueur d'onde). Th&#233;oriquement, la d&#233;finition de la temp&#233;rature se rattache &#224; l'&#233;chelle des temp&#233;ratures absolues qui est une cons&#233;quence du second principe de la thermodynamique. On pourrait dire aussi que la temp&#233;rature est la force vive du mouvement mol&#233;culaire. En tout cas, pratiquement, c'est une grandeur qui se d&#233;finit par le changement de volume d'une substance thermom&#233;trique ou par la d&#233;viation lue sur l'&#233;chelle d'un bolom&#232;tre ou d'un pyrom&#232;tre thermo&#233;lectrique. De la sensation thermique, il n'est question en aucun cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est tout &#224; fait de m&#234;me en ce qui concerne le concept de force. Indubitablement, ce mot a signifi&#233; primitivement la force humaine, en accord avec le fait, que les machines les plus anciennement connues, le levier, la poulie et la vis &#233;taient mues par la force de l'homme ou des animaux. Le concept de force tire donc son origine du sens dynamique (ou musculaire), c'est-&#224;-dire d'une sensation sp&#233;cifique. Or, de la d&#233;finition moderne de la force, cette sensation sp&#233;cifique est tout aussi compl&#232;tement &#233;limin&#233;e que la sensation r&#233;tinienne l'est de la d&#233;finition de la couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus, cette r&#233;gression de l'&#233;l&#233;ment sensible sp&#233;cifique dans les d&#233;finitions de la physique va si loin qu'il y a des branches dont la relation &#224; une sensation d&#233;termin&#233;e suffisait primitivement &#224; caract&#233;riser parfaitement tout le contenu et qui ont &#233;t&#233; scind&#233;es plus tard en plusieurs tron&#231;ons enti&#232;rement distincts par suite d'un rel&#226;chement du lien qui tenait unis ces tron&#231;ons. On observe donc, &#224; ce propos, un ph&#233;nom&#232;ne qui va &#224; l'encontre de la tendance qui porte toute science vers son unification et vers son homog&#233;n&#233;isation. Le meilleur exemple d'une &#233;volution de ce genre nous est donn&#233; par la th&#233;orie de la chaleur. Autrefois la chaleur formait une branche sp&#233;ciale bien d&#233;limit&#233;e de la physique, caract&#233;ris&#233;e par son rattachement aux donn&#233;es du sens thermique, ce qui suffisait pour qu'on en p&#251;t tracer avec pr&#233;cision les fronti&#232;res. Aujourd'hui, on a retranch&#233; de la th&#233;orie de la chaleur tout un chapitre sur la chaleur rayonnante, pour le rattacher &#224; l'optique. La sensation thermique n'a donc plus assez d'importance pour r&#233;unir en un seul faisceau les d&#233;bris h&#233;t&#233;rog&#232;nes de ce qui fut l'ancienne th&#233;orie de la chaleur. Nous retrouvons ces d&#233;bris, en partie dans l'optique (ou dans l'&#233;lectrodynamique), en partie dans la m&#233;canique, surtout dans cette section de la m&#233;canique qui trait&#233; de la th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, ce qui caract&#233;rise l'&#233;volution de la physique, c'est une tendance vers l'unit&#233; et cette unification s'op&#232;re principalement sous le signe d'une certaine lib&#233;ration de la physique, de ses &#233;l&#233;ments anthropomorphiques et surtout des liens qui la rattachaient &#224; ce qu'il y a de sp&#233;cifique dans les perceptions des organes de nos sens. Maintenant, si l'on veut bien remarquer que les sensations sont indubitablement &#224; la base de toute recherche, on ne pourra manquer de trouver &#233;tonnante et m&#234;me paradoxale cette aversion de la physique actuelle pour ce qui en est, somme toute, la condition fondamentale. Et pourtant, aucun fait n'appara&#238;t plus clairement dans l'histoire de la physique. Pour se r&#233;signer &#224; un pareil reniement de ses origines, ne faut-il pas qu'elle y ait trouv&#233; d'inappr&#233;ciables avantages !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner plus en d&#233;tail ce point important, d&#233;tournons, pour un instant, nos regards du pass&#233; et interrogeons l'avenir. Quelle division sera adopt&#233;e par la physique dans les ann&#233;es qui vont suivre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, nous nous trouvons encore en pr&#233;sence de deux grands domaines : la m&#233;canique et l'&#233;lectrodynamique, ou bien encore, la physique de la mati&#232;re et la physique de l'&#233;ther. La premi&#232;re renferme aussi l'acoustique, la th&#233;orie de la conductibilit&#233; thermique et les ph&#233;nom&#232;nes chimiques ; la seconde renferme le magn&#233;tisme, l'optique et la chaleur rayonnante. Cette division est-elle d&#233;finitive ? Je ne le crois nullement et, cela, parce qu'il n'y a pas de fronti&#232;res pr&#233;cises entre ces deux domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes de l'&#233;mission lumineuse, par exemple, appartiennent-ils &#224; la m&#233;canique ou &#224; l'&#233;lectrodynamique ? Autre exemple : &#224; quel domaine convient-il de rattacher le mouvement des &#233;lectrons ? Au premier abord, on serait tent&#233; de r&#233;pondre : &#224; l'&#233;lectrodynamique ; car la mati&#232;re pond&#233;rable ne joue aucun r&#244;le dans les &#233;lectrons. Mais si l'on consid&#232;re, par exemple, le mouvement des &#233;lectrons dans les m&#233;taux, on verra que les travaux de H. A. Lorentz, entre autres, lui appliquent des lois qui ressemblent bien davantage &#224; celles de la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz qu'&#224; celles de l'&#233;lectrodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc la vieille opposition entre la mati&#232;re et l'&#233;ther semble &#234;tre en train de s'estomper peu &#224; peu. L'&#233;lectrodynamique et la m&#233;canique sont loin de s'opposer irr&#233;ductiblement, quoi qu'en pensent les gens qui vont r&#233;p&#233;tant, un peu partout, que nous assistons au duel de la conception m&#233;canique et de la conception &#233;lectrodynamique de l'univers. Pour donner une base &#224; la m&#233;canique, il suffit des notions de temps, d'espace et de &#171; ce qui se meut &#187;, peu importe que ce soit une &#171; substance &#187; ou un &#171; &#233;tat &#187; ; or l'&#233;lectrodynamique, elle aussi, ne peut aucunement se dispenser de faire appel &#224; ces notions. Il en r&#233;sulte qu'une g&#233;n&#233;ralisation convenable du concept de m&#233;canique suffirait &#224; y faire rentrer l'&#233;lectrodynamique. D'ailleurs il y a bien des indices que les deux domaines en question, d&#233;j&#224; partiellement confondus, finiront par fusionner enti&#232;rement dans une seule et m&#234;me dynamique g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on parvient &#224; surmonter l'opposition de la mati&#232;re et de l'&#233;ther, quel sera alors le point de vue auquel on se placera pour &#233;tablir des subdivisions &#224; l'int&#233;rieur de la physique ? D'apr&#232;s ce que nous avons dit plus haut, c'est l&#224; une question qui int&#233;resse toute l'&#233;volution future de notre science. Mais pour y r&#233;pondre il faut, auparavant, que nous approfondissions davantage ce qui appartient en propre aux principes de la physique. &lt;br class='autobr' /&gt;
II &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cela, il convient, en premier lieu, de remonter jusqu'au point de d&#233;part, je veux dire jusqu'&#224; la premi&#232;re d&#233;marche faite dans le but de r&#233;aliser l'unit&#233; de la physique : unit&#233; jusqu'alors, simple postulat philosophique. Ce premier pas a &#233;t&#233; la d&#233;couverte du principe de la conservation de l'&#233;nergie. La notion d'&#233;nergie est, en effet, avec les notions de temps et d'espace, la seule qui soit commune &#224; toutes les branches de la physique. Il est donc naturel que ce principe, avant de recevoir la forme g&#233;n&#233;rale que lui ont donn&#233;e Lothar Mayer, Joule et Helmholtz, ait eu, lui aussi, un caract&#232;re anthropomorphique. Il repose en effet sur la simple constatation qu'il est impossible &#224; l'homme de tirer de rien, un effet utile. Cette constatation r&#233;sume le r&#233;sultat des exp&#233;riences faites en vue de r&#233;soudre un probl&#232;me technique : celui du mouvement perp&#233;tuel. Comme autrefois l'art des faiseurs d'or, la recherche du mouvement perp&#233;tuel a entra&#238;n&#233; des cons&#233;quences allant tr&#232;s loin, avec cette diff&#233;rence, cependant, que ce furent les &#233;checs et non pas les r&#233;sultats positifs obtenus, qui tourn&#232;rent au profit de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on formule le principe de la conservation de l'&#233;nergie sans faire aucunement appel &#224; un point de vue anthropomorphique ou technique. Nous disons que l'&#233;nergie totale d'un syst&#232;me clos est une grandeur qui ne peut &#234;tre ni diminu&#233;e ni augment&#233;e par aucun des ph&#233;nom&#232;nes qui se passent &#224; l'int&#233;rieur de ce syst&#232;me et n'avons aucunement l'id&#233;e de faire d&#233;pendre l'exactitude de notre postulat du plus ou moins de perfection atteint par les m&#233;thodes dont nous disposons pour v&#233;rifier si tel mouvement est, oui ou non, un mouvement perp&#233;tuel. Strictement parlant la g&#233;n&#233;ralisation de principe l'a rendu ind&#233;montrable, mais il ne s'en impose qu'avec plus de force. Or, c'est en cela pr&#233;cis&#233;ment que consiste la lib&#233;ration de l'anthropomorphisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voyons donc aujourd'hui le principe de la conservation de l'&#233;nergie faire figure de construction pleinement autonome, apr&#232;s qu'ont &#233;t&#233; coup&#233;s les liens qui le rattachaient aux contingences ayant pr&#233;sid&#233; &#224; sa naissance. Au contraire, pour le principe de Clausius, dont on a fait le second principe de la thermodynamique, il est loin d'en &#234;tre de m&#234;me, du moins dans une aussi large mesure ; et voil&#224;, pr&#233;cis&#233;ment, ce qui en fait l'int&#233;r&#234;t au point de vue qui nous occupe. Nous voyons en effet ce principe pour ainsi dire non encore compl&#232;tement d&#233;pouill&#233; de la gangue o&#249; il &#233;tait enrob&#233; &#224; l'origine de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second principe de la thermodynamique, du moins tel qu'on le comprend le plus ordinairement, poss&#232;de, actuellement encore, un caract&#232;re anthropomorphique des plus nets. Il y a encore nombre de physiciens &#233;minents qui croient que sa l&#233;gitimit&#233; d&#233;pend du fait qu'il est impossible &#224; l'homme de p&#233;n&#233;trer dans les d&#233;tails de la complexit&#233; du mouvement mol&#233;culaire, c'est-&#224;-dire d'accomplir ce que peuvent faire les d&#233;mons de Maxwell. On sait que ces derniers sont capables de s&#233;parer, dans un gaz, les mol&#233;cules lentes des mol&#233;cules rapides, et cela sans fournir le moindre travail, en soulevant simplement de temps en temps un petit volet. Mais il n'est pas besoin d'&#234;tre proph&#232;te pour pr&#233;dire avec certitude que le second principe, n'ayant au fond rien &#224; voir avec les capacit&#233;s humaines, on ne fera dans sa formule d&#233;finitive aucune allusion &#224; la possibilit&#233; d'ex&#233;cution d'aucun processus naturel par les ressources de l'art humain. Nous esp&#233;rons m&#234;me que les consid&#233;rations qui vont suivre ne seront pas sans contribuer quelque peu &#224; lib&#233;rer tout &#233;l&#233;ment anthropomorphique le second principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'abord, d'un peu pr&#232;s, la signification de ce dernier et cherchons les liens qui le rattachent au principe de la conservation de l'&#233;nergie. Le principe de la conservation de l'&#233;nergie d&#233;clare qu'il n'y a de possibles, parmi les ph&#233;nom&#232;nes naturels, que ceux o&#249; il n'y a ni cr&#233;ation ni an&#233;antissement, mais simplement transformation d'&#233;nergie ; le second principe, allant plus loin, dit que toutes les transformations d'&#233;nergie ne sont pas possibles mais seulement un certain nombre d'entre elles et dans certaines circonstances. Par exemple, le travail m&#233;canique est susceptible de se transformer en chaleur sans restrictions, comme il arrive dans le cas du frottement ; mais la transformation inverse, c'est-&#224;-dire celle de la chaleur en travail, ne peut, au contraire, &#234;tre accomplie que sous certaines conditions limitatives. Si la seconde transformation &#233;tait possible sans restrictions, on pourrait utiliser la chaleur du globe terrestre, qui est proprement in&#233;puisable, pour faire marcher un moteur et ce moteur aurait m&#234;me, par surcro&#238;t, l'avantage de fonctionner comme une machine frigorifique, car le sol se refroidirait tandis qu'il marcherait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impossibilit&#233;, d&#233;montr&#233;e exp&#233;rimentalement, de construire un tel moteur (appel&#233; aussi &#171; perpetuum mobile de seconde esp&#232;ce &#187;) entra&#238;ne n&#233;cessairement comme cons&#233;quence qu'il y a dans la nature des processus qui ne peuvent en aucune fa&#231;on &#234;tre r&#233;versibles. Si l'on pouvait, par exemple, rendre compl&#232;tement r&#233;versible le ph&#233;nom&#232;ne de frottement par le moyen duquel du travail est transform&#233; en chaleur, quelle que soit d'ailleurs la complexit&#233; de l'appareillage n&#233;cessaire pour cela, on n'aurait, en somme, rien fait d'autre que de r&#233;aliser le moteur dont nous venons de parler, c'est-&#224;-dire le &#171; perpetuum mobile de seconde esp&#232;ce &#187;. Il est, par suite, &#233;vident que le seul effet accompli par cet appareil serait de transformer de la chaleur en travail et cela sans que, la transformation une fois achev&#233;e, aucun objet n'ait subi, par ailleurs, de modification permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous appelons irr&#233;versibles, tous les ph&#233;nom&#232;nes qui, comme les pr&#233;c&#233;dents, ne peuvent &#234;tre invers&#233;s en aucune mani&#232;re et r&#233;versibles, tous les autres ph&#233;nom&#232;nes, nous aurons exprim&#233; tout l'essentiel du second principe en disant qu'il y a des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles dans la nature. Il s'ensuit que l'ensemble des changements qui ont lieu dans l'univers est tel qu'il en r&#233;sulte une progression dans un sens d&#233;termin&#233;. En d'autres termes, &#224; chaque transformation irr&#233;versible, le monde fait un pas en avant dont il est impossible d'effacer la trace de quelque mani&#232;re que l'on s'y prenne. Le frottement, la conductibilit&#233; thermique, la diffusion, la conductibilit&#233; &#233;lectrique, l'&#233;mission de la lumi&#232;re, la chaleur rayonnante, la destruction des atomes dans les substances radioactives sont des exemples de ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles. Au contraire, le mouvement des plan&#232;tes, la chute libre des corps dans le vide, les oscillations pendulaires non amorties, la propagation des ondes lumineuses et sonores sans absorption ni diffraction, les oscillations &#233;lectriques non amorties sont des exemples de ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles. Tous ces ph&#233;nom&#232;nes, ou bien sont d&#233;j&#224; par eux-m&#234;mes p&#233;riodiques, ou bien sont susceptibles d'&#234;tre invers&#233;s au moyen de dispositifs appropri&#233;s, par exemple la chute d'un corps est susceptible d'&#234;tre invers&#233;e, car on peut utiliser la vitesse acquise de ce corps pour le ramener &#224; son niveau primitif, de m&#234;me, une onde lumineuse ou sonore peut se r&#233;fl&#233;chir int&#233;gralement si on la re&#231;oit, comme il convient, sur un miroir parfait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont maintenant les propri&#233;t&#233;s g&#233;n&#233;rales et caract&#233;ristiques des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles ? Comment s'y prendre pour appr&#233;cier quantitativement le degr&#233; d'irr&#233;versibilit&#233; d'un ph&#233;nom&#232;ne, celle-ci &#233;tant prise dans son acception la plus g&#233;n&#233;rale ? Cette question a &#233;t&#233; envisag&#233;e des points de vue les plus divers et on l'a r&#233;solue de bien des fa&#231;ons. C'est pourquoi son &#233;tude va nous permettre de scruter d'une mani&#232;re singuli&#232;rement efficace le m&#233;canisme interne typique qui r&#232;gle l'&#233;volution de toutes les grandes th&#233;ories physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me qu'autrefois le probl&#232;me technique du mouvement perp&#233;tuel a mis sur la voie de la d&#233;couverte du principe de la conservation de l'&#233;nergie, de m&#234;me, plus tard, un autre probl&#232;me d'ordre technique, celui de la machine &#224; vapeur, a permis de pr&#233;ciser la distinction entre les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles et les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles. D&#233;j&#224; Sadi Carnot se rendait compte que les processus irr&#233;versibles sont moins avantageux &#233;conomiquement que les processus r&#233;versibles (bien qu'il se fit une id&#233;e inexacte de la nature de la chaleur), car, dans un processus irr&#233;versible, on laisse inutilis&#233;e une certaine possibilit&#233; th&#233;orique de produire du travail m&#233;canique en d&#233;pensant de la chaleur. De cette remarque &#224; l'id&#233;e de prendre pour mesure de l'irr&#233;versibilit&#233; d'un ph&#233;nom&#232;ne la proportion de travail m&#233;canique qui doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme perdue d&#233;finitivement (ce travail perdu &#233;tant nul dans les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles) il n'y avait qu'un pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette d&#233;finition, si elle a effectivement rendu des services dans certains cas, par exemple dans le cas des ph&#233;nom&#232;nes isothermes, est cependant inutilisable si l'on se place &#224; un point de vue tout &#224; fait g&#233;n&#233;ral et elle conduit m&#234;me &#224; des erreurs. &#201;tant donn&#233; un ph&#233;nom&#232;ne irr&#233;versible, on ne peut, en effet, d&#233;finir d'une mani&#232;re pr&#233;cise le travail perdu, tant qu'on ne peut pas indiquer exactement quelle est la source d'&#233;nergie qui aurait d&#251; fournir le travail en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple fera mieux comprendre ce qui pr&#233;c&#232;de. La conductibilit&#233; thermique est un ph&#233;nom&#232;ne irr&#233;versible ; car, pour parler comme Clausius, la chaleur ne peut pas passer, sans compensation, d'un corps froid &#224; un corps plus chaud. Quel est donc le travail qui est perdu quand la quantit&#233; de chaleur Q (suppos&#233;e petite) passe par conductibilit&#233; d'un corps chaud ayant la temp&#233;rature T1 &#224; un corps froid ayant la temp&#233;rature T2 ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question nous utiliserons ce transport de chaleur dans un cycle r&#233;versible de Carnot dont les deux sources de chaleur seront pr&#233;cis&#233;ment les deux corps en question. Or on sait qu'un cycle de Carnot se boucle en produisant du travail, ce travail est donc &#233;gal &#224; celui qui est perdu quand la chaleur passe directement par conductibilit&#233; de la source chaude &#224; la source froide. Toutefois il n'est susceptible d'aucune mesure d&#233;finie tant qu'on ne sait pas d'o&#249; il provient ; dans le cas pr&#233;sent est-ce de la source chaude ou de la source froide ? Il ne faut pas oublier, en effet, que dans le cycle r&#233;versible de Carnot la chaleur c&#233;d&#233;e par le corps chaud n'est pas du tout &#233;gale &#224; celle qui a &#233;t&#233; re&#231;ue par le corps froid car il y a une certaine fraction de cette chaleur totale qui a &#233;t&#233; convertie en travail. Il est donc tout aussi l&#233;gitime de consid&#233;rer la chaleur transport&#233;e pendant un cycle de Carnot comme &#233;tant &#233;gale &#224; la chaleur re&#231;ue par le corps froid que de l'identifier &#224; celle qui a &#233;t&#233; c&#233;d&#233;e par le corps chaud. Dans le premier cas le travail perdu par conductibilit&#233; simple sera :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q &#215; T1 &#8722; T2T2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans le second :&lt;br class='autobr' /&gt;
Q &#215; T1 &#8722; T2T1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clausius s'est d'ailleurs parfaitement rendu compte qu'il y avait l&#224; une ind&#233;termination irr&#233;ductible, c'est pourquoi il a g&#233;n&#233;ralis&#233; le cas du cycle de Carnot simple en admettant l'existence d'un troisi&#232;me r&#233;servoir dont la temp&#233;rature est tout &#224; fait ind&#233;termin&#233;e, qui fournit donc un travail non moins ind&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artifice propos&#233; plus haut pour trouver une expression math&#233;matique de l'irr&#233;versibilit&#233; d'un ph&#233;nom&#232;ne ne nous a donc pas conduit au but et nous savons maintenant pourquoi : c'est que le probl&#232;me a &#233;t&#233; pos&#233; en termes trop anthropomorphiques. On s'est trop plac&#233; pour le r&#233;soudre au point de vue des besoins de l'homme pour lequel produire du travail utile est-ce qui importe avant tout. Pour obtenir de la nature une r&#233;ponse appropri&#233;e, il faut la consid&#233;rer d'un point de vue plus g&#233;n&#233;ral en faisant abstraction des pr&#233;occupations &#233;conomiques. C'est ce que nous allons tenter de faire maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons l'&#233;volution d'un ph&#233;nom&#232;ne naturel quelconque. Tout ph&#233;nom&#232;ne de ce genre am&#232;ne les corps qui y prennent part d'un certain &#233;tat initial A &#224; un &#233;tat final B. Le ph&#233;nom&#232;ne consid&#233;r&#233; est r&#233;versible ou bien il est irr&#233;versible ; mais il n'y a aucune autre hypoth&#232;se possible. D&#232;s lors l'irr&#233;versibilit&#233; ou la r&#233;versibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne d&#233;pendent uniquement de la nature constitutive de l'&#233;tat initial et de celle de l'&#233;tat final et non pas de la fa&#231;on dont le ph&#233;nom&#232;ne s'est d&#233;roul&#233; entre ces deux &#233;tats extr&#234;mes. Il ne s'agit, en effet, que de savoir si, une fois que l'&#233;tat B est atteint, il est encore possible, d'une mani&#232;re quelconque, au syst&#232;me de reprendre int&#233;gralement l'&#233;tat A. Si le retour int&#233;gral &#224; l'&#233;tat A est impossible, c'est-&#224;-dire si le processus est irr&#233;versible, c'est que l'&#233;tat B poss&#232;de une certaine propri&#233;t&#233; en vertu de laquelle il jouit d'une sorte de pr&#233;cellence naturelle sur l'&#233;tat A. J'ai exprim&#233; ceci, il y a d&#233;j&#224; bien longtemps, en disant que la nature a plus de propension pour l'&#233;tat B que pour l'&#233;tat A. En se pla&#231;ant &#224; ce point de vue, il ne peut donc exister de processus dont l'&#233;tat final serait un objet d'attrait moindre pour la nature que l'&#233;tat initial. Les changements r&#233;versibles sont un cas limite dans lequel la nature a autant de propension pour l'&#233;tat initial que pour l'&#233;tat final ; c'est pourquoi le passage est possible de l'un &#224; l'autre dans les deux sens. Maintenant il n'y a plus qu'&#224; trouver une grandeur physique susceptible de pouvoir servir &#224; mesurer, d'une mani&#232;re tout &#224; fait g&#233;n&#233;rale, la pr&#233;f&#233;rence qu'a la nature pour un &#233;tat donn&#233;. Cette grandeur devra &#234;tre d&#233;termin&#233;e imm&#233;diatement par l'&#233;tat du syst&#232;me consid&#233;r&#233;, sans qu'on ait besoin de conna&#238;tre quoi que ce soit de son histoire ant&#233;rieure. Elle ressemblera donc en cela &#224; l'&#233;nergie, au volume et aux autres caract&#233;ristiques de ce syst&#232;me. D'autre part, elle devra poss&#233;der la particularit&#233; de cro&#238;tre toutes les fois que le syst&#232;me subira une transformation irr&#233;versible tandis qu'elle restera constante pour toutes les transformations r&#233;versibles. Ces conditions &#233;tant remplies, on pourra &#233;videmment dire que la variation de la grandeur en question lors d'une transformation, est une mesure de l'irr&#233;versibilit&#233; de cette transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Clausius &#224; d&#233;couvert la grandeur dont il s'agit et il lui a donn&#233; le nom d'entropie. Tout syst&#232;me form&#233; par des corps dans un &#233;tat quelconque poss&#232;de une entropie d&#233;termin&#233;e et cette entropie repr&#233;sente le degr&#233; de pr&#233;f&#233;rence qu'a la nature pour la r&#233;alisation de cet &#233;tat. Quelles que soient les modifications internes dont le syst&#232;me peut &#234;tre le si&#232;ge, l'entropie ne peut que cro&#238;tre, jamais diminuer. Si l'on avait affaire &#224; une succession de ph&#233;nom&#232;nes comprenant des modifications dues &#224; des influences venant de l'ext&#233;rieur ; il suffirait de faire entrer dans le syst&#232;me les corps exer&#231;ant ces influences pour que l'on puisse appliquer le postulat sous la forme que nous venons de lui donner. En outre, l'entropie d'un syst&#232;me de corps est &#233;gale &#224; la somme des entropies de chacun des corps particuliers dont il se compose ; et l'entropie d'un corps donn&#233; peut &#234;tre calcul&#233;e par la m&#233;thode de Clausius au moyen d'un certain cycle r&#233;versible. Si un corps re&#231;oit de la chaleur, son entropie augmente d'une quantit&#233; &#233;gale au quotient de la chaleur re&#231;ue par la temp&#233;rature du corps, par contre, une simple compression ne modifie pas l'entropie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; l'exemple cit&#233; plus haut o&#249; un corps de temp&#233;rature T1 envoie par conductibilit&#233; de la chaleur &#224; un corps de temp&#233;rature T2 ; l'entropie de ce corps aura diminu&#233;, celle du corps froid aura augment&#233;, la somme des deux variations c'est-&#224;-dire l'entropie totale du syst&#232;me aura pour valeur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8722; QT1 + QT2 &gt; 0&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une grandeur positive et elle donne sans la moindre ambigu&#239;t&#233; la mesure de l'irr&#233;versibilit&#233; dans le cas de la conductibilit&#233;. Il serait d'ailleurs facile de citer d'innombrables exemples du m&#234;me genre. Tout ph&#233;nom&#232;ne chimique, notamment, conviendrait dans ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second principe de la thermodynamique avec toutes ses cons&#233;quences est donc devenu le principe de l'augmentation de l'entropie. Vous comprendrez maintenant pourquoi, r&#233;pondant &#224; la question que je posais tout &#224; l'heure touchant la fa&#231;on dont la physique sera subdivis&#233;e &#224; l'avenir, je dis, qu'&#224; mon avis, les ph&#233;nom&#232;nes physiques se partageront en deux grandes classes ; les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles et les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement tous les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles, qu'ils aient lieu dans ln mati&#232;re, dans l'&#233;ther ou dans les deux &#224; la fois, se ressemblent beaucoup plus entre eux qu'ils ne ressemblent &#224; un ph&#233;nom&#232;ne irr&#233;versible quelconque. Un simple examen de la forme des &#233;quations diff&#233;rentielles qui r&#233;gissent chaque cat&#233;gorie de ph&#233;nom&#232;ne suffirait &#224; nous en convaincre. Dans les &#233;quations diff&#233;rentielles des ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles, la diff&#233;rentielle du temps ne figure qu'&#224; des puissances paires, car dans une transformation r&#233;versible on peut &#224; volont&#233; changer le signe alg&#233;brique du temps. Ceci est vrai des oscillations pendulaires comme des oscillations &#233;lectriques, des ondes optiques et acoustiques, des mouvements de points mat&#233;riels et d'&#233;lectrons dans lesquels on ne peut d&#233;celer d'amortissement. Dans la m&#234;me cat&#233;gorie, on peut ranger aussi les transformations infiniment lentes envisag&#233;es par la thermodynamique (qui ne sont &#224; vrai dire que des s&#233;riez d'&#233;tats d'&#233;quilibre) dans lesquels le temps ne joue absolument aucun r&#244;le et peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme figurant &#224; la puissance 0. D'autre part, tous les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles ont encore ceci de commun qu'ils ob&#233;issent int&#233;gralement, comme Helmholtz l'a montr&#233;, au principe de moindre action. Ce principe permet de donner des solutions quantitatives exactes aux probl&#232;mes les concernant, du moins dans la mesure o&#249; l'on peut consid&#233;rer la th&#233;orie des ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles comme d&#233;finitivement acquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, tous les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles pr&#233;sentent l'inconv&#233;nient de n'&#234;tre qu'id&#233;als. Dans la nature il n'existe pas un seul ph&#233;nom&#232;ne de ce genre car tous les ph&#233;nom&#232;nes naturels sont plus ou moins ins&#233;parables de frottements ou de transports de chaleur. Or dans le domaine des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, le principe de la moindre action ne suffit plus. Le principe de l'augmentation de l'entropie introduit, en effet, dans l'univers physique un &#233;l&#233;ment nouveau qui est, de soi, &#233;tranger au principe de moindre action. Le second principe requiert donc, pour son application, des consid&#233;rations math&#233;matiques d'un genre sp&#233;cial, car il est charg&#233; de traduire la propri&#233;t&#233; la plus g&#233;n&#233;rale des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles : celle de tendre vers un &#233;tat final d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ressortira, je l'esp&#232;re, des consid&#233;rations qui pr&#233;c&#232;dent que le contraste existant entre les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles et les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles est bien plus profond que celui qui oppose, par exemple, les ph&#233;nom&#232;nes m&#233;caniques et les ph&#233;nom&#232;nes &#233;lectriques. C'est donc, semble-t-il, &#224; juste titre, qu'il convient de le mettre &#224; la base de la division la plus g&#233;n&#233;rale des ph&#233;nom&#232;nes physiques ; et voil&#224; pourquoi on peut s'attendre &#224; voir la distinction entre ces deux genres de ph&#233;nom&#232;nes jouer le r&#244;le principal dans la physique future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins la classification qui vient d'&#234;tre expos&#233;e a besoin d'une am&#233;lioration essentielle. Il est en effet ind&#233;niable que, m&#234;me sous la forme que nous venons de lui donner, la syst&#233;matique physique est encore fortement entach&#233;e d'anthropomorphisme. Dans la d&#233;finition de l'entropie nous avons eu recours, en effet, &#224; l'id&#233;e de &#171; r&#233;alisabilit&#233; &#187; de certains changements dans l'univers, ce qui revient, en fin de compte, &#224; rendre la classification des ph&#233;nom&#232;nes physiques d&#233;pendante du plus ou moins d'efficacit&#233; de la technique exp&#233;rimentale humaine ; or la perfection de cette derni&#232;re, bien loin d'&#234;tre immuable, progresse sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, donc, il est n&#233;cessaire de trouver une d&#233;finition des ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles et des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles valable pour tous les temps, il importe d'approfondir celle que nous venons de donner et notamment de la d&#233;solidariser d'avec tout ce qui a trait aux facult&#233;s humaines. Comment y arriver ? c'est ce que nous allons montrer. &lt;br class='autobr' /&gt;
III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre premi&#232;re d&#233;finition de l'irr&#233;versibilit&#233; &#233;tait vicieuse, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, parce qu'elle suppose l'existence d'une limite d&#233;termin&#233;e pour les capacit&#233;s humaines. Or il n'y a rien, en r&#233;alit&#233;, qui puisse permettre de d&#233;celer l'existence d'une telle limite. Au contraire, nous voyons le genre humain tendre de toutes ses forces &#224; reculer toujours plus loin les bornes de l'efficacit&#233; de son effort ; et nous esp&#233;rons que, parmi les choses tenues aujourd'hui pour impossibles, il y en aura beaucoup qui se feront demain. On pourrait alors se demander si un ph&#233;nom&#232;ne qui a toujours &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent consid&#233;r&#233; comme irr&#233;versible, ne pourrait &#234;tre reconnu plus tard comme &#233;tant en r&#233;alit&#233; r&#233;versible, par suite d'une invention nouvelle. Ceci entra&#238;nerait in&#233;vitablement la ruine du second principe de la thermodynamique, car l'irr&#233;versibilit&#233; d'un seul ph&#233;nom&#232;ne conditionne, on peut s'en convaincre facilement, celle de tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple concret : le mouvement tremblotant, si singulier et si facilement observable, ex&#233;cut&#233; par de petites particules suspendues dans un liquide d&#233;nomm&#233; mouvement brownien, est regard&#233; selon les th&#233;ories les plus r&#233;centes comme la cons&#233;quence des chocs des mol&#233;cules du liquide contre les particules. Or si l'on pouvait, sans faire une d&#233;pense appr&#233;ciable de travail, au moyen d'un dispositif extr&#234;mement d&#233;licat, arriver &#224; disposer et &#224; diriger s&#233;par&#233;ment chacune de ces particules de telle sorte que le mouvement brownien de d&#233;sordonn&#233; devint ordonn&#233;, on aurait, sans aucun doute, trouv&#233; le moyen de transformer sans compensation la chaleur du liquide en une force vive, appr&#233;ciable, par des moyens grossiers, donc utilisables, ce qui est en pleine contradiction avec le second principe. Admettre la possibilit&#233; d'un tel dispositif serait d&#233;tr&#244;ner le postulat de Carnot-Clausius de son rang de principe, en m&#234;me temps qu'on le rendrait d&#233;pendant des progr&#232;s de la technique exp&#233;rimentale. Pour lui conserver sa signification principielle, un seul moyen reste alors : c'est de formuler la notion d'irr&#233;versibilit&#233; de fa&#231;on &#224; la rendre ind&#233;pendante de toute consid&#233;ration anthropomorphique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'irr&#233;versibilit&#233; se ram&#232;ne &#224; celle d'entropie, tout ph&#233;nom&#232;ne irr&#233;versible &#233;tant li&#233; &#224; une augmentation d'entropie. Tout revient donc &#224; perfectionner la d&#233;finition de l'entropie. Conform&#233;ment &#224; la d&#233;finition primitive de Clausius, l'entropie se mesure par l'interm&#233;diaire d'un certain cycle r&#233;versible. La faiblesse de cette d&#233;finition consiste pr&#233;cis&#233;ment dans le fait qu'il est absolument impossible de r&#233;aliser un ph&#233;nom&#232;ne rigoureusement r&#233;versible. On pourrait, &#224; la rigueur, objecter que dans le cas pr&#233;sent, il ne s'agit pas de processus r&#233;els ex&#233;cut&#233;s par un physicien r&#233;el mais seulement d'exp&#233;riences id&#233;ales, purement imaginaires pour ainsi dire, que seul pourrait ex&#233;cuter un physicien id&#233;al capable de mettre en &#339;uvre la m&#233;thode exp&#233;rimentale avec une exactitude rigoureusement parfaite. Mais nous retombons encore sur la m&#234;me difficult&#233; : quelle port&#233;e convient-il d'attribuer aux mesures id&#233;ales de ce physicien id&#233;al ? &#192; la rigueur, on peut comprendre, &#224; l'aide d'une sorte de passage &#224; la limite, qu'on puisse comprimer un gaz en exer&#231;ant sur lui une pression &#233;gale &#224; sa pression interne, ou encore qu'on &#233;l&#232;ve la temp&#233;rature de ce gaz en prenant de la chaleur &#224; une source ayant la m&#234;me temp&#233;rature que lui. Mais il semble d&#233;j&#224; bien plus difficile d'admettre qu'on puisse liqu&#233;fier r&#233;versiblement une vapeur satur&#233;e par compression isotherme sans que jamais la substance cesse d'&#234;tre homog&#232;ne, et c'est ce que l'on admet cependant dans certaines th&#233;ories de la thermodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, c'est en chimie physique que la fantaisie accord&#233;e au physicien dans ses exp&#233;riences id&#233;ales semble &#234;tre pouss&#233;e le plus loin. &#192; l'aide de parois semi-perm&#233;ables (r&#233;alisables seulement dans certaines circonstances bien sp&#233;ciales et d'une mani&#232;re tout &#224; fait approximative), nous le voyons s&#233;parer r&#233;versiblement, non seulement les mol&#233;cules des esp&#232;ces les plus diverses, peu importe qu'elles soient dans un &#233;tat stable ou labile ; mais encore les ions poss&#233;dant des charges de signes contraires, sans se soucier des forces &#233;lectrostatiques &#233;normes qui s'opposeraient &#224; cette s&#233;paration, ni du fait qu'il y a des mol&#233;cules qui continuent &#224; se dissocier pendant que la s&#233;paration s'accomplit, tandis qu'une partie des ions se condense en mol&#233;cules neutres. Pourtant c'est &#224; des artifices de ce genre qu'il faut absolument avoir recours pour comparer l'entropie des mol&#233;cules non dissoci&#233;es &#224; celles des mol&#233;cules dissoci&#233;es, si l'on veut appliquer la d&#233;finition de Clausius. L'&#233;tonnant, dans ces conditions, c'est de voir les r&#233;sultats exp&#233;rimentaux, confirmer, malgr&#233; tout, de pareilles audaces th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si maintenant on examine les r&#233;sultats, on s'aper&#231;oit qu'ils ne d&#233;pendent en aucune mani&#232;re de la possibilit&#233; d'ex&#233;cution r&#233;elle des processus id&#233;aux, car ils ne sont en d&#233;finitive que des relations entre des grandeurs naturelles, comme la temp&#233;rature, la chaleur de r&#233;action, la concentration, etc. Aussi ne peut-on s'emp&#234;cher de conjecturer que l'admission, &#224; titre d'interm&#233;diaires, des processus id&#233;aux, n'a, ou fond, pas d'autre signification que celle d'un d&#233;tour pour r&#233;soudre un syst&#232;me d'&#233;quations. Le v&#233;ritable contenu du principe de l'augmentation de l'entropie avec toutes les cons&#233;quences qu'il entra&#238;ne peut donc &#234;tre d&#233;solidaris&#233; enti&#232;rement de la notion d'irr&#233;versibilit&#233; sous sa forme primitive, c'est-&#224;-dire de l'id&#233;e de l'impossibilit&#233; du &#171; perpetuum mobile &#187; de seconde esp&#232;ce, tout comme le principe de la conservation de l'&#233;nergie a pu &#234;tre d&#233;solidaris&#233; de l'id&#233;e de l'impossibilit&#233; du &#171; perpetuum mobile &#187; de premi&#232;re esp&#232;ce,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre scientifique de Ludwig Boltzmann a &#233;t&#233; consacr&#233;e tout enti&#232;re &#224; faire franchir &#224; la thermodynamique le pas d&#233;cisif qui devait lib&#233;rer le concept d'entropie de toute d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la technique exp&#233;rimentale, c'est pourquoi cette &#339;uvre a fait du postulat de Clausius un v&#233;ritable principe. Nous la r&#233;sumerons en disant qu'elle a consist&#233; d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#224; ramener le concept d'entropie &#224; celui de probabilit&#233;. Telle est la raison pour laquelle j'ai employ&#233; plus haut le mot de &#171; pr&#233;f&#233;rence &#187; en disant que la nature avait de la &#171; pr&#233;f&#233;rence &#187; pour un certain &#233;tat. La nature pr&#233;f&#232;re les &#233;tats les plus probables aux autres, moins probables, en ne r&#233;alisant que des transformations allant dans le sens d'une augmentation de la probabilit&#233;. Si la chaleur se propage d'un corps &#224; temp&#233;rature &#233;lev&#233;e vers un autre plus froid, c'est qu'un &#233;tat o&#249; la distribution de la temp&#233;rature est uniforme est un &#233;tat plus probable que celui o&#249; il y a des in&#233;galit&#233;s de temp&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie atomique, en introduisant les consid&#233;rations statistiques, permet, &#233;tant donn&#233; un &#233;tat pris par un syst&#232;me de corps, de calculer la valeur de la probabilit&#233; de cet &#233;tat. Quant aux actions que les atomes exercent les unes sur les autres, elles suivent les lois g&#233;n&#233;rales de la m&#233;canique et de l'&#233;lectrodynamique qui demeurent inchang&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se pla&#231;ant &#224; ce point de vue, le second principe cesse d'occuper une place &#224; part et la pr&#233;f&#233;rence qu'a la nature pour certains &#233;tats perd ce qu'elle avait de myst&#233;rieux ; le principe de l'augmentation de l'entropie devient une cons&#233;quence de l'introduction de l'atomistique en physique, en tant qu'il r&#233;sulte d'une application parfaitement l&#233;gitime du calcul des probabilit&#233;s &#224; cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe cependant de ne pas se le dissimuler, ce nouveau progr&#232;s dans l'unification de nos conceptions de l'univers a d&#251; &#234;tre pay&#233; de quelques sacrifices. Le principal est la renonciation &#224; r&#233;pondre &#224; toutes les questions portant sur le d&#233;tail des ph&#233;nom&#232;nes physiques, cette renonciation est inh&#233;rente &#224; l'adoption du point de vue statistique en vertu de quoi on ne parle, en effet, plus que de valeurs moyennes et on ne dit plus rien de chacun des &#233;l&#233;ments pris &#224; part, dont se compose cette moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de liens causals de deux sortes diff&#233;rentes pour rendre compte des ph&#233;nom&#232;nes physiques nous semble &#234;tre un autre inconv&#233;nient s&#233;rieux ; car, d'une part, nous avons une n&#233;cessit&#233; rigoureuse et de l'autre une simple probabilit&#233;. Si un liquide pesant au repos tend &#224; avoir le plus bas niveau possible, cela est n&#233;cessaire, d'apr&#232;s le principe de la conservation de l'&#233;nergie, car un corps ne peut se mettre en mouvement que si son &#233;nergie cin&#233;tique augmente, donc si son &#233;nergie potentielle diminue, c'est-&#224;-dire si son centre de gravit&#233; s'abaisse. Par contre, si un corps chaud c&#232;de de la chaleur &#224; un corps plus froid, il ne s'agit l&#224; que d'une &#233;norme probabilit&#233; et non pas d'une n&#233;cessit&#233; absolue. On peut en effet parfaitement concevoir un arrangement sp&#233;cial des atomes ayant des vitesses telles qu'il s'en suivrait exactement le contraire. D'ailleurs Boltzmann tire de ses th&#233;ories la conclusion que des ph&#233;nom&#232;nes &#233;tranges tout &#224; fait contraires au second principe de la thermodynamique peuvent parfaitement se produire et il leur assigne une place dans son syst&#232;me de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, &#224; mon avis, il n'y a pas lieu de le suivre sur ce point. Un univers o&#249; se passeraient des choses aussi &#233;tranges que le reflux de la chaleur d'un corps froid vers un corps plus chaud ou la d&#233;mixtion spontan&#233;e de deux gaz ayant diffus&#233; l'un dans l'autre, ne serait plus notre univers. Tant que nous aurons affaire &#224; ce dernier, il convient de ne pas admettre ces processus &#233;tranges et de rechercher au contraire quel est l'&#233;tat de choses tr&#232;s g&#233;n&#233;ral qui s'oppose &#224; des r&#233;alisations de ce genre dans la nature. Cette condition g&#233;n&#233;rale, Boltzmann, lui-m&#234;me, l'a formul&#233;e, en ce qui concerne la th&#233;orie des gaz, en posant son hypoth&#232;se du &#171; d&#233;sordre &#233;l&#233;mentaire &#187;. Cette hypoth&#232;se revient, en somme, &#224; admettre que les &#233;l&#233;ments sur lesquels op&#232;re la statistique agissent tout &#224; fait ind&#233;pendamment les uns des autres. Cette condition, une fois introduite, la n&#233;cessit&#233; se trouve r&#233;tablie dans le cours des choses ; car il suffit alors d'appliquer les r&#232;gles du calcul des probabilit&#233;s pour en d&#233;duire la loi de l'augmentation de l'entropie comme une cons&#233;quence directe. On peut donc dire que le second principe de la thermodynamique est essentiellement le principe du &#171; d&#233;sordre &#233;l&#233;mentaire &#187;. Sous cette forme il est tout aussi impossible &#224; ce principe de mener &#224; une contradiction que cela est impossible au calcul des probabilit&#233;s dont il a &#233;t&#233; d&#233;duit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est maintenant la relation qui existe entre la probabilit&#233; d'un syst&#232;me et son entropie ? On peut la d&#233;duire de la simple remarque que la probabilit&#233; de deux syst&#232;mes ind&#233;pendants est &#233;gale au produit des probabilit&#233;s de chacun des syst&#232;mes composants (W = W1W2) ; tandis que l'entropie totale est &#233;gale &#224; la somme des entropies partielles. L'entropie est donc proportionnelle au logarithme de la probabilit&#233; (S = k ln W).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce th&#233;or&#232;me va nous fournir une m&#233;thode pour calculer l'entropie dont la port&#233;e d&#233;passe de loin celle des anciens artifices de la thermodynamique. La nouvelle d&#233;finition de l'entropie peut, notamment, s'&#233;tendre &#224; n'importe quel &#233;tat dynamique et non pas aux seuls &#233;tats d'&#233;quilibre, habituellement &#233;tudi&#233;s par la thermodynamique. De plus, pour calculer la valeur de l'entropie, il n'est plus n&#233;cessaire de consid&#233;rer, comme le faisait Clausius, un syst&#232;me qui parcourt un cycle ferm&#233;, cycle dont la possibilit&#233; de r&#233;alisation para&#238;t toujours plus ou moins douteuse. Enfin, comme cons&#233;quence de cette ind&#233;pendance de tout artifice, la nouvelle d&#233;finition se trouve &#234;tre purg&#233;e de tout anthropomorphisme ; c'est pourquoi elle est susceptible de donner un fondement r&#233;el au second principe de la thermodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous la voyons se montrer f&#233;conde, non seulement dans la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz, mais encore dans celle de la chaleur rayonnante ; dans tous ces domaines elle a permis la d&#233;duction de lois qui ont &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;es par l'exp&#233;rience. Tout corps qui rayonne de la chaleur en perd ; son entropie diminue donc et ceci suffit &#224; prouver que la chaleur rayonnante a aussi une entropie. En effet, l'entropie d'un syst&#232;me ne peut que cro&#238;tre, il faut donc qu'au moins une partie de l'entropie soit contenue dans la chaleur rayonnante, aussi un rayon monochromatique a-t-il une temp&#233;rature d&#233;termin&#233;e qui ne d&#233;pend que de son intensit&#233; ; cette temp&#233;rature est celle du corps noir qui &#233;met des rayons de la m&#234;me intensit&#233;. La principale diff&#233;rence entre le cas de la chaleur rayonnante et celui de la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz est que les &#233;l&#233;ments dont le d&#233;sordre entra&#238;ne l'existence d'une entropie ne sont plus ici des atomes, mais les vibrations partielles en nombre extraordinairement &#233;lev&#233; dont se compose, il ne faut pas l'oublier, toute &#233;mission de lumi&#232;re, m&#234;me la plus homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il y a un fait particuli&#232;rement remarquable, en ce qui concerne le rayonnement thermique : c'est que les constantes qui y figurent sont des constantes universelles comme la constante de la gravitation, car elles n'ont aucune relation avec un corps particulier, quel qu'il soit. &#192; l'aide de ces constantes, on pourrait donc d&#233;terminer des unit&#233;s de longueur, de masse, de temps et de temp&#233;rature n&#233;cessairement valables pour tous les temps et pour toutes les civilisations, m&#234;me extra-terrestres, bien plus, m&#234;me extra-humaines, ce qui n'est aucunement le cas des unit&#233;s de notre syst&#232;me de mesures actuel. Le centim&#232;tre, par exemple, est en rapport avec la circonf&#233;rence actuelle de la terre ; la seconde, avec la dur&#233;e actuelle de la r&#233;volution terrestre ; le gramme, avec l'eau qui est le corps le plus r&#233;pandu &#224; la surface de la terre ; la temp&#233;rature, par les points fixes de l'&#233;chelle thermom&#233;trique, est en relation avec les changements d'&#233;tat de cette m&#234;me eau. Au contraire les constantes en question sont telles que les habitants de Mars et m&#234;me tout &#234;tre intelligent, doit fatalement les rencontrer au cours de ses calculs, s'ils ne les &#224; pas d&#233;j&#224; trouv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ajouterai qu'une derni&#232;re remarque, extr&#234;mement importante, il est vrai ; cette remarque se rattache &#224; la liaison qui a &#233;t&#233; &#233;tablie entre les notions d'entropie et celle de probabilit&#233;. Nous avons cit&#233; plus haut le th&#233;or&#232;me d'apr&#232;s lequel la probabilit&#233; du syst&#232;me r&#233;sultant de la r&#233;union de deux syst&#232;mes est le produit de la probabilit&#233; de chacun des deux syst&#232;mes composants ; or ce th&#233;or&#232;me ne s'applique que dans le cas de deux syst&#232;mes ind&#233;pendants, cette ind&#233;pendance &#233;tant prise dans le sens o&#249; l'on entend ce terme dans le calcul des probabilit&#233;s. S'il n'en est pas ainsi, la probabilit&#233; r&#233;sultante ne sera plus &#233;gale au produit des probabilit&#233;s partielles. Il est donc plausible qu'il y ait des cas o&#249; l'entropie totale d'un syst&#232;me ne soit pas &#233;gale &#224; la somme des entropies propres aux diff&#233;rentes parties de ce syst&#232;me et, effectivement, Max Laue a prouv&#233; qu'on pouvait trouver dans la nature des exemples de ph&#233;nom&#232;nes o&#249; il en &#233;tait bien ainsi. Deux rayons lumineux totalement ou partiellement coh&#233;rents (c'est-&#224;-dire deux rayons qui proviennent de la m&#234;me source) ne sont pas ind&#233;pendants l'un de l'autre, au point de vue du calcul des probabilit&#233;s, car les vibrations &#233;l&#233;mentaires dont se composent chaque rayon sont d&#233;termin&#233;es au moins partiellement par celles de l'autre. Il est donc possible d'imaginer un dispositif optique assez simple permettant &#224; deux rayons coh&#233;rents de temp&#233;ratures quelconques de se convertir en deux autres pr&#233;sentant une plus grande diff&#233;rence de temp&#233;rature. Le vieux principe de Clausius qui veut que la chaleur ne puisse pas passer sans compensation d'un corps froid dans un corps plus chaud ne s'applique donc pas aux rayons thermiques coh&#233;rents. Cependant, m&#234;me dans ce cas, le principe de l'augmentation de l'entropie conserve sa valeur, si l'on tient compte de ce que l'entropie du rayonnement total n'est pas &#233;gale &#224; la somme des entropies de chaque rayon composant, mais est plus petite que cette somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; plus haut de la transformation du mouvement brownien en travail utilisable soul&#232;ve une remarque fout &#224; fait analogue. Un dispositif qui aurait pour effet de diriger et de mettre en ordre le mouvement des particules, qu'il soit r&#233;alisable techniquement ou non, devrait, en effet, n&#233;cessairement poss&#233;der une certaine coh&#233;rence avec le mouvement particulaire lui-m&#234;me, ceci &#233;tant admis, il ne serait nullement contradictoire avec le second principe de la thermodynamique d'admettre que ce dispositif en fonctionnant puisse produire du travail utilisable. Pour lever la contradiction apparente, il suffirait d'observer qu'on ne doit pas additionner l'entropie propre au dispositif et celle qui est propre au mouvement brownien. On voit par l&#224; suffisamment combien il faut &#234;tre prudent dans le calcul de l'entropie d'un syst&#232;me compos&#233; &#224; partir de l'entropie des syst&#232;mes composants. Si l'on veut raisonner d'une mani&#232;re rigoureuse, il faut prendre s&#233;par&#233;ment chacun des sous-syst&#232;mes et se demander tout d'abord s'il n'existe pas quelque part ailleurs, dans le syst&#232;me total, un autre sous-syst&#232;me qui soit coh&#233;rent avec le premier. S'il en &#233;tait ainsi les deux sous-syst&#232;mes coh&#233;rents pourraient bien par leur interaction mutuelle produire des effets tout &#224; fait inattendus, contradictoires en apparence avec le second principe. Si les deux sous-syst&#232;mes coh&#233;rents n'exer&#231;aient aucune action l'un sur l'autre, on ne commettrait pas d'erreur appr&#233;ciable en ne tenant pas compte de leur coh&#233;rence dans le calcul du comportement du syst&#232;me total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces consid&#233;rations sur la coh&#233;rence un peu bizarres, je l'avoue, ne vous font-elles pas penser, par un rapprochement involontaire, aux interactions mutuelles, si myst&#233;rieuses, qui r&#232;glent la vie psychique, ces interactions restent la plupart du temps cach&#233;es et elles peuvent &#234;tre ignor&#233;es sans inconv&#233;nient, ce qui ne les emp&#234;che pas, quand les circonstances s'y pr&#234;tent, d'entra&#238;ner toute une suite de cons&#233;quences qu'on n'aurait pu soup&#231;onner au premier abord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il nous &#233;tait loisible de nous abandonner ici &#224; notre fantaisie, nous pourrions imaginer, s&#233;par&#233;s de nous par des distances dont la grandeur &#233;chappe &#224; nos mesures, d'autres corps en &#233;tat de coh&#233;rence avec ceux du monde corporel qui nous entoure. Tant que cette s&#233;paration se prolongera, tout se passera normalement, mais si un jour venait o&#249; il y aurait possibilit&#233;s d'action mutuelle des deux mondes l'un sur l'autre, il en r&#233;sulterait in&#233;vitablement des exceptions apparentes au second principe de la thermodynamique. Cette hypoth&#232;se &#233;carte de notre monde la menace de la mort par cong&#233;lation, qui lui est r&#233;serv&#233;e, au dire de nombreux physiciens et philosophes. Et du m&#234;me coup le principe de Carnot-Clausius perdrait le caract&#232;re antipathique que l'on lui reconna&#238;t assez habituellement, sans qu'on soit oblig&#233; pour cela de mettre en doute sa validit&#233; g&#233;n&#233;rale. Mais &#224; quoi bon aller chercher si loin quand, un simple regard jet&#233; sur l'extension ind&#233;finie du monde tel qu'il s'offre &#224; nos observations suffit &#224; nous rassurer, sans avoir recours &#224; ces hypoth&#232;ses quelque peu artificielles, nous pouvons donc tranquillement nous tourner vers d'autres probl&#232;mes plus urgents qui attendent de nous que nous les r&#233;solvions. &lt;br class='autobr' /&gt;
IV &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai essay&#233; d'esquisser quelques-uns des traits caract&#233;ristiques fondamentaux de l'id&#233;e que le physicien futur se fera sans doute de l'univers. Tournons maintenant nos regards vers le pass&#233; et consid&#233;rons l'&#233;volution des syst&#232;mes de l'univers au fur et &#224; mesure que la science progressait. Si nous nous rappelons les caract&#232;res principaux de cette &#233;volution tels que nous les avons d&#233;crits tout &#224; l'heure nous devons bien convenir que l'image future compar&#233;e &#224; la magnificence et &#224; la richesse de couleurs de l'image pass&#233;e risque de para&#238;tre bien terne et bien froide. L'ancienne image refl&#233;tait en effet la diversit&#233; des besoins humains et tous les genres de sensations sp&#233;cifiques y avaient apport&#233; leur contribution. L'image moderne au contraire a &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;e de tout caract&#232;re d'&#233;vidence imm&#233;diatement tangible et c'est l&#224; un grave inconv&#233;nient quand on en vient &#224; l'&#233;preuve de la confrontation avec la r&#233;alit&#233;. En outre, autre circonstance aggravante, il est absolument impossible de se passer compl&#232;tement de sensations, car on ne saurait couper compl&#232;tement toute communication avec la source indiscutable de toutes nos connaissances et il ne peut davantage &#234;tre question d'une connaissance directe de l'absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle particularit&#233; remarquable a donc conf&#233;r&#233; &#224; la conception de l'univers de la physique moderne une sup&#233;riorit&#233; si d&#233;cisive qu'elle a supplant&#233; tous les syst&#232;mes ant&#233;rieurs, malgr&#233; ses inconv&#233;nients &#233;vidents ? Si nous y r&#233;fl&#233;chissons nous ne trouvons rien d'autre que le caract&#232;re d'unit&#233; de cette conception. Cette unit&#233; fait rentrer tous les d&#233;tails dans une vaste synth&#232;se, elle s'&#233;tend &#224; tous les lieux, elle vaut pour tous les savants, pour toutes les nations, pour toutes les civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; y regarder de pr&#233;s, l'ancienne physique ressemblait davantage &#224; une collection qu'&#224; un portrait unique, chaque classe de ph&#233;nom&#232;nes naturels y avait sa repr&#233;sentation &#224; part et il n'y avait pas de solidarit&#233; v&#233;ritable entre ces diverses repr&#233;sentations. La disparition de l'une d'entre elles n'e&#251;t pas affect&#233; sensiblement les autres. Or ceci ne serait pas du tout possible dans le cas de la physique actuelle. Pour elle, aucun fait particulier ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme n&#233;gligeable, chaque d&#233;tail joue son r&#244;le bien d&#233;termin&#233; et a son importance pour la description de la nature observable. Inversement tout ph&#233;nom&#232;ne observable doit trouver la place qui lui convient exactement dans l'ensemble. La description physique, nous tenons &#224; le faire remarquer, est en cela tr&#232;s diff&#233;rente d'un portrait ordinaire qui n'a jamais la pr&#233;tention de reproduire d'une mani&#232;re absolument exacte tous les traits de l'original. On trouve, il est vrai, dans les trait&#233;s de physique, m&#234;me les plus r&#233;cents, des remarques comme celle-ci : la th&#233;orie des &#233;lectrons tout comme la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz, ne donne qu'une image approch&#233;e de la r&#233;alit&#233;. C'est vrai, mais ce serait se m&#233;prendre gravement que de s'imaginer que cela veut dire qu'on ne puisse pas exiger que toutes les cons&#233;quences de la th&#233;orie soient conformes aux r&#233;sultats de l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, au milieu du si&#232;cle dernier, Rudolph Clausius eut tir&#233; des principes fondamentaux de la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz la conclusion que les mol&#233;cules des gaz poss&#232;dent, d&#232;s la temp&#233;rature ordinaire, des vitesses qui doivent se chiffrer par centaines de m&#232;tres &#224; la seconde, on ne manqua pas de lui objecter que deux gaz diffusent avec une extr&#234;me lenteur l'un dans l'autre et que, dans l'int&#233;rieur d'un m&#234;me gaz, l'&#233;galisation des diff&#233;rences de temp&#233;ratures locales n'a lieu que tr&#232;s lentement. Se contenta-t-il alors, pour justifier son hypoth&#232;se, de faire remarquer qu'elle n'&#233;tait qu'une image approch&#233;e de la r&#233;alit&#233; et qu'il ne fallait pas se montrer trop rigoureux ? Bien loin de l&#224;, il montra, en faisant le calcul de la trajectoire libre moyenne, que son hypoth&#232;se rendait bien compte des faits, m&#234;me en ce qui concerne les ph&#233;nom&#232;nes qu'on lui opposait. Il savait, en effet, mieux que personne, qu'une seule contradiction d&#233;finitivement constat&#233;e entre les faits et sa th&#233;orie, aurait suffit &#224; la faire d&#233;choir du rang qu'elle occupait en physique, et ceci demeure toujours vrai, m&#234;me &#224; l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement parce que la pr&#233;tention de la physique moderne de donner une id&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'univers, s'est trouv&#233;e justifi&#233;e qu'elle &#224; conquis l'assentiment de tous et qu'elle s'est plac&#233;e au-dessus de l'appr&#233;ciation plus ou moins bienveillante des savants quelle qu'en soit la nationalit&#233; et quelle que soit l'&#233;poque o&#249; ils vivent. Elle se situe m&#234;me au-dessus de l'humanit&#233; tout enti&#232;re. On pourra trouver au premier abord mon affirmation bien os&#233;e ; on sera m&#234;me tent&#233; de la tenir pour absurde. Qu'on se souvienne cependant de ce que nous avons dit plus haut au sujet de la physique des habitants de Mars et l'on devra tout au moins convenir que notre g&#233;n&#233;ralisation ne d&#233;passe aucunement en port&#233;e celles qui sont courantes en physique. Il n'est pas rare, en effet, qu'on y aboutisse &#224; des conclusions qui ne sauraient jamais &#234;tre v&#233;rifi&#233;es par aucun observateur humain. Pourtant quiconque pr&#233;tendrait, pour cela, contester la l&#233;gitimit&#233; de ces conclusions, renoncerait par l&#224; m&#234;me &#224; penser en physicien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouverait pas un physicien &#224; douter qu'il soit l&#233;gitime d'affirmer qu'un &#234;tre dou&#233; d'intelligence et poss&#233;dant un organe sensible aux rayons ultra-violets, assimilerait compl&#232;tement ces rayons aux rayons visibles, bien que personne n'ait jamais vu un rayon ultra-violet, ni un &#234;tre susceptible de les percevoir. Il n'y a pas de chimiste &#224; douter que l'on doive attribuer au sodium existant dans le soleil les m&#234;mes propri&#233;t&#233;s chimiques qu'au sodium terrestre, bien qu'il n'ait aucun espoir de pouvoir jamais remplir une &#233;prouvette avec du sodium solaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; donc amen&#233;s &#224; r&#233;pondre &#224; la question que nous nous posions &#224; la fin du premier paragraphe de cette conf&#233;rence : la conception de l'univers selon la physique n'est-elle qu'une cr&#233;ation arbitraire de notre esprit ou bien devons-nous affirmer, au contraire, qu'il y a des ph&#233;nom&#232;nes naturels tout &#224; fait ind&#233;pendants de nous ? Ou bien, pour parler d'une fa&#231;on plus concr&#232;te, est-il raisonnable d'affirmer que le principe de la conservation de l'&#233;nergie &#233;tait d&#233;j&#224; valable dans la nature avant qu'il y e&#251;t des hommes qui pussent y songer ? Doit-on dire que les astres ob&#233;iront toujours &#224; la loi de la gravitation, m&#234;me quand la terre et tous ses habitants auront &#233;t&#233; r&#233;duits en miettes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout ce que je viens de dire on comprendra ais&#233;ment que je r&#233;ponde affirmativement ; mais je ne me le dissimule pas, ma r&#233;ponse va, dans une certaine mesure, &#224; l'encontre de certains courants d'opinion philosophiques auxquels l'autorit&#233; d'Ernest Mach a donn&#233; beaucoup de prestige, pr&#233;cis&#233;ment dans les milieux scientifiques. Suivant cette opinion, il n'existe pas d'autre r&#233;alit&#233; que nos propres sensations et toutes les sciences positives ne sont, en derni&#232;re analyse, qu'un essai d'adaptation de nos pens&#233;es &#224; nos sensations : adaptation faite d'un point de vue purement &#233;conomique, sous la pression de la lutte pour la vie. Il en r&#233;sulte que la ligne de d&#233;marcation entre les sciences physiques et la psychologie n'aurait qu'une valeur pratique et toute conventionnelle ; les seuls v&#233;ritables &#233;l&#233;ments de l'univers n'&#233;tant, en d&#233;finitive, que des sensations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons un instant qu'il en soit bien ainsi et r&#233;f&#233;rons-nous &#224; ce que nous a appris le coup d'&#339;il circulaire que nous venons de jeter sur l'&#233;volution de la physique, nous ne pourrons alors &#233;chapper &#224; la singuli&#232;re conclusion que la principale caract&#233;ristique de cette &#233;volution a &#233;t&#233; d'&#233;liminer de plus en plus compl&#232;tement de la physique les &#233;l&#233;ments dont se compose v&#233;ritablement l'univers. Pour &#234;tre cons&#233;quent avec lui-m&#234;me, il aurait fallu en effet que chaque physicien e&#251;t pris le plus grand soin de mettre &#224; part sa propre conception de l'univers comme quelque chose d'absolument singulier et de totalement diff&#233;rent de toutes les autres conceptions. S'il arrivait que deux coll&#232;gues de notre physicien, ayant entrepris ind&#233;pendamment l'un de l'autre la m&#234;me exp&#233;rience, aboutissent &#224; des conclusions tout &#224; fait oppos&#233;es (cela s'est vu quelquefois), il y aurait de sa part faute de logique, &#224; pr&#233;tendre que l'un des deux, au moins doit se tromper, car la divergence des conclusions peut tr&#232;s bien provenir de la diversit&#233; des repr&#233;sentations du monde, propres &#224; chacun d'eux. Or, je vous le demande, y eut-il jamais physicien &#224; se laisser aller &#224; raisonner de si &#233;trange fa&#231;on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je conc&#232;de, tr&#232;s volontiers qu'une &#233;norme improbabilit&#233; ne diff&#232;re pratiquement pas d'une impossibilit&#233; principielle ; mais je n'en maintiens que plus fermement, contre des attaques venant d'ailleurs toujours du m&#234;me parti, que la th&#233;orie &#233;lectronique et l'hypoth&#232;se atomique sont toutes deux justifi&#233;es et qu'elles ne p&#234;chent pas par la base. Allant plus loin, je dirai m&#234;me, et je ne suis pas le seul, que les atomes si peu que nous connaissons de leurs propri&#233;t&#233;s ne sont, ni plus ni moins r&#233;els que les objets terrestres qui nous entourent. Quand je dis qu'un atome p&#232;se 1,6 &#215; 10&#8722;22 grammes, cette phrase ne contient pas une connaissance d'un ordre inf&#233;rieur &#224; celle qui est contenue dans cette autre : la lune p&#232;se 7 &#215; 1025 grammes. S'il est &#233;vident en effet que je ne puis mettre un atome d'hydrog&#232;ne sur le plateau d'une balance pas plus que je ne puis le voir, est-ce que je puis davantage y poser la lune ? Quant &#224; la visibilit&#233;, on sait qu'il existe des astres invisibles dont on a pu cependant d&#233;terminer le poids avec plus ou moins d'exactitude. La masse de Neptune, il ne faut pas l'oublier a &#233;t&#233; mesur&#233;e avant qu'aucun astronome n'ait aper&#231;u la plan&#232;te dans sa lunette. Il n'y a pas de m&#233;thode de mesure en physique qui ne comporte une part de connaissance d'ordre inductif. Le moindre coup d'&#339;il jet&#233; sur un laboratoire de pr&#233;cision suffirait en effet &#224; mettre en &#233;vidence la somme de lois exp&#233;rimentales et de raisonnements qui est pr&#233;suppos&#233;e &#224; toute mesure, m&#234;me la plus simple en apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant nous avons encore &#224; nous demander pourquoi la th&#233;orie de la connaissance de Mach a obtenu tant de succ&#232;s dans le monde scientifique. Si je ne m'abuse, c'est parce que elle est au fond une sorte de r&#233;action cons&#233;cutive &#224; la d&#233;ception des vastes esp&#233;rances con&#231;ues par la g&#233;n&#233;ration qui nous a pr&#233;c&#233;d&#233;s apr&#232;s la d&#233;couverte du principe de la conservation de l'&#233;nergie. On peut trouver ces espoirs sous une forme particuli&#232;rement explicite, dans les ouvrages de du Bois-Reymond, entre autres. En parlant d'espoirs d&#233;&#231;us, je ne veux d'ailleurs pas dire qu'ils n'aient &#233;t&#233; suivis d'aucune r&#233;alisation durable, la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz est un exemple du contraire ; je pr&#233;tends seulement que l'avenir a montr&#233; qu'ils &#233;taient exag&#233;r&#233;s, car la physique par l&#224; m&#234;me qu'elle a fait appel &#224; la statistique a renonc&#233; &#224; &#233;difier une m&#233;canique compl&#232;te des atomes. Le positivisme de Mach n'est que le contrecoup sur la philosophie de la d&#233;sillusion qui devait n&#233;cessairement succ&#233;der &#224; la p&#233;riode d'enthousiasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit, certes, lui attribuer pleinement le m&#233;rite d'avoir montr&#233; dans la perception sensible le seul moyen d'&#233;chapper &#224; l'envahissement du scepticisme. Mais il a d&#233;pass&#233; la mesure, car en rabaissant les pr&#233;tentions du m&#233;canisme, il a d&#233;grad&#233; en m&#234;me temps l'id&#233;e que la physique doit se faire de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout convaincu que je sois de ce que le syst&#232;me de Mach, avec toutes les cons&#233;quences qu'il comporte logiquement, ne renferme aucune contradiction interne, je n'en suis pas moins persuad&#233; qu'il n'a au fond qu'une signification purement formelle. Il est incapable de p&#233;n&#233;trer jusqu'&#224; l'essence de la science et cela parce qu'il ne tend pas vers ce qui est le but de toute recherche scientifique, je veux dire vers la construction d'un syst&#232;me descriptif de l'univers qui soit rigoureusement stable, ind&#233;pendant des mutations affectant les g&#233;n&#233;rations et les peuples. Le principe de continuit&#233; de Mach ne saurait suppl&#233;er &#224; ce qui manque &#224; son syst&#232;me &#224; cet &#233;gard, car la continuit&#233; n'est pas la constance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conception stable de l'univers tel est le but dont toute science v&#233;ritable, j'ai t&#226;ch&#233; de le d&#233;montrer plus haut, doit tenter de se rapprocher au cours de ses p&#233;r&#233;grinations. Il est donc tout &#224; fait l&#233;gitime d'affirmer, d&#232;s maintenant, que notre conception actuelle de l'univers, bien qu'elle rev&#234;te encore les nuances les plus vari&#233;es suivant l'individualit&#233; des savants, renferme cependant certains traits d&#233;finitifs qui ne seront jamais d&#233;truits par aucune r&#233;volution, ni dans la nature, ni dans l'esprit humain. Ce noyau absolument immuable et ind&#233;pendant de toute individualit&#233;, que ce soit celle de l'homme ou celle de tout autre &#234;tre intelligent, est-ce que nous nommons le r&#233;el. En ce sens, y a-t-il aujourd'hui un physicien qui doute s&#233;rieusement de la r&#233;alit&#233; du principe de la conservation de l'&#233;nergie ? Ne serait-ce pas, au contraire, la reconnaissance de la r&#233;alit&#233; de ce principe qui serait la condition sine qua non de la validit&#233; de tout jugement dans l'ordre scientifique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, s'il s'agissait de savoir jusqu'&#224; quel point on doit se tenir pour assur&#233; que nos conceptions actuelles cadrent bien, au mains en gros, avec l'id&#233;e que la physique future se fera de l'univers, je ne saurais donner aucune r&#233;ponse g&#233;n&#233;rale pr&#233;cise. La plus grande prudence est ici de mise, mais une telle question n'est pour nous que secondaire, ce qui importe, c'est d'avoir montr&#233;, qu'il y a un but permanent dont nous nous rapprochons bien que nous ne puissions jamais l'atteindre compl&#232;tement. Ce but, ce n'est pas d'&#233;tablir une coordination parfaite entre nos pens&#233;es et nos sensations, c'est d'&#233;liminer de nos id&#233;es sur l'univers tout ce qui est propre &#224; l'individualit&#233; de l'esprit qui les con&#231;oit. En disant ceci, remarquons-le, nous ne faisons que r&#233;p&#233;ter, en le pr&#233;cisant, ce que nous avons expos&#233; plus haut au sujet de l'&#233;mancipation de la science de tous ses &#233;l&#233;ments anthropomorphiques. Cette pr&#233;cision &#233;tait n&#233;cessaire pour &#233;viter tout malentendu ; car il ne faudrait pas comprendre que l'on doive radicalement s&#233;parer la repr&#233;sentation du monde, de l'esprit qui con&#231;oit cette repr&#233;sentation : rien ne serait plus insens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer, nous ajouterons encore un argument susceptible de faire plus d'impression que toutes les consid&#233;rations objectives pr&#233;c&#233;dentes, sur ceux qui s'obstinent &#224; regarder le point de vue &#233;conomique humain comme le plus important. Lorsque les grands g&#233;nies des sciences exactes lanc&#232;rent leurs id&#233;es &#224; travers le monde savant, lorsque Nicolas Copernic, par exemple, enleva &#224; la terre son r&#244;le-de centre du monde, lorsque Jean Kepler formula les lois qui portent son nom, lorsque Isaac Newton d&#233;couvrit la loi de la gravitation universelle, lorsque son illustre compatriote Christian Huyghens &#233;mit l'hypoth&#232;se de la nature ondulatoire de la lumi&#232;re, lorsque Michel Faraday posa les fondements de l'&#233;lectrodynamique, et je pourrais allonger encore cette liste, les pr&#233;occupations &#233;conomiques furent certainement au dernier rang des motifs qui entra&#238;n&#232;rent ces hommes &#224; soutenir de rudes combats contre les id&#233;es traditionnelles et les autorit&#233;s de leurs temps. Ce qui les encourageait, c'&#233;tait une foi in&#233;branlable &#224; la conformit&#233; de leurs conceptions de l'univers avec la r&#233;alit&#233;, et cette foi reposait sur des bases esth&#233;tiques ou religieuses. Ce fait est de ceux qu'on ne peut pas contester et, en s'appuyant sur lui, on peut pr&#233;voir que si le principe d'&#233;conomie de Mach devenait r&#233;ellement le fondement de toute th&#233;orie de la connaissance, tous les pionniers g&#233;niaux qui sont encore &#224; na&#238;tre, n'y trouveraient qu'une entrave &#224; leur pens&#233;e. Les ailes de leur fantaisie se trouveraient coup&#233;es et, en fin de compte, le progr&#232;s de la science serait compromis d'une fa&#231;on d&#233;sastreuse. Dans ces conditions, ne serait-il pas plus &#171; &#233;conomique &#187; de ne faire au principe d'&#233;conomie qu'une place un peu plus modeste ? D'ailleurs, comme il ressort de la fa&#231;on dont j'ai pos&#233; ma question, je suis, bien entendu, tr&#232;s loin de penser qu'il faille proscrire ou m&#234;me n&#233;gliger toute consid&#233;ration bas&#233;e sur l'&#233;conomie, celle-ci &#233;tant prise dans son sens le plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus : les grands savants dont je citais les noms tout &#224; l'heure, ne parlaient pas du tout de leur conception de l'univers, mais uniquement de la nature de l'univers lui-m&#234;me. Y a-t-il une diff&#233;rence d&#233;celable entre &#171; leur monde &#187; et notre image du monde selon la physique future ? Nullement. Depuis Emmanuel Kant, c'est, en effet, un lieu commun pour tout esprit pensant qu'il n'existe pas de m&#233;thode pour se rendre compte s'il y a o&#249; non des diff&#233;rences de ce genre. Si nous avons employ&#233; l'expression compos&#233;e &#171; image de l'univers &#187;, c'est qu'elle est devenue usuelle et qu'elle est de nature &#224; mettre en garde contre certaines illusions. Cependant, pourvu que nous prenions les pr&#233;cautions n&#233;cessaires, c'est-&#224;-dire que nous ne mettions derri&#232;re le mot &#171; monde &#187; rien d'autre que cette image id&#233;ale vers laquelle tend l'avenir, nous pouvons sans inconv&#233;nient nous contenter de ce simple mot, nous aurons ainsi l'avantage de nous exprimer d'une fa&#231;on plus r&#233;aliste, pr&#233;sentant, m&#234;me au point de vue &#233;conomique, une sup&#233;riorit&#233; &#233;vidente sur le positivisme de Mach, avec toute sa complication et la difficult&#233; qu'il y a d'y conformer jusqu'au bout la pens&#233;e. Notre fa&#231;on de parler sera d'ailleurs celle de tous les physiciens quand ils emploient la langue de leur science.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre le dualisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Augustin Thierry et la conception mat&#233;rialiste de l'histoire</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8728</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8728</guid>
		<dc:date>2024-03-24T23:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Augustin Thierry et la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Gheorgi Plekhanov &lt;br class='autobr' /&gt; Novembre 1895 &lt;br class='autobr' /&gt;
Augustin Thierry appartient &#224; ce remarquable groupe de savants distingu&#233;s qui, sous la Restauration, renouvel&#232;rent en France les &#233;tudes historiques. Dans ce groupe, il n'y avait pas de ma&#238;tre et de disciples. Il n'en forme pas moins une v&#233;ritable &#233;cole dont il est tr&#232;s utile d'examiner les conceptions fondamentales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chateaubriand [1] d&#233;signa cette &#233;cole sous le nom de l' &#233;cole politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Augustin Thierry et la conception mat&#233;rialiste de l'histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par Gheorgi Plekhanov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Novembre 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin Thierry appartient &#224; ce remarquable groupe de savants distingu&#233;s qui, sous la Restauration, renouvel&#232;rent en France les &#233;tudes historiques. Dans ce groupe, il n'y avait pas de ma&#238;tre et de disciples. Il n'en forme pas moins une v&#233;ritable &#233;cole dont il est tr&#232;s utile d'examiner les conceptions fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chateaubriand [1] d&#233;signa cette &#233;cole sous le nom de l' &#233;cole politique . Cela est inexact. En effet, les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle, fermement convaincus que, dans l'&#233;tat d'un peuple, la l&#233;gislation fait tout , ne savaient rattacher la &#171; l&#233;gislation &#187; qu'&#224; l'action pr&#233;m&#233;dit&#233;e du l&#233;gislateur [2] . C'est l&#224; le point de vue politique par excellence. Il s'ensuit naturellement que les lois civiles de chaque peuple donn&#233; doivent leur origine &#224; sa constitution politique , &#224; son gouvernement . Les philosophes ne se lassaient pas de le r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Guizot, c'est le contraire qui est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est par l'&#233;tude des institutions politiques, dit-il, que la plupart des &#233;crivains, historiens ou publicistes, ont cherch&#233; &#224; conna&#238;tre l'&#233;tat de soci&#233;t&#233;, le degr&#233; ou le genre de sa civilisation. Il e&#251;t &#233;t&#233; plus sage d'&#233;tudier d'abord la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pour conna&#238;tre et comprendre ses institutions politiques. Avant de devenir causes, les institutions sont effet ; la soci&#233;t&#233; les produit avant d'en &#234;tre modifi&#233;e ; et au lieu de chercher dans le syst&#232;me ou les formes du gouvernement quel a &#233;t&#233; l'&#233;tat du peuple, c'est l'&#233;tat du peuple qu'il faut examiner avant tout pour savoir quel a d&#251;, quel a pu &#234;tre le gouvernement &#187; [3] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, Mignet est tout &#224; fait d'accord avec Guizot. Pour lui aussi, les institutions politiques sont effet avant de devenir cause . Les int&#233;r&#234;ts dominants d&#233;cident du mouvement social, et c'est ce mouvement qui d&#233;termine la forme du gouvernement. Quand le gouvernement ne correspond plus &#224; l'&#233;tat du peuple, il dispara&#238;t. Ainsi, la f&#233;odalit&#233; a &#233;t&#233; dans les besoins avant d'&#234;tre dans le fait ; ensuite elle a &#233;t&#233; dans le fait en cessant d'&#234;tre dans les besoins, ce qui la fit sortir du fait. L'affranchissement des communes a chang&#233; toutes les relations int&#233;rieures et ext&#233;rieures des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes. Il donna une nouvelle direction &#224; l'&#233;volution politique de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La d&#233;mocratie, la monarchie absolue et le syst&#232;me repr&#233;sentatif en ont r&#233;sult&#233; : la d&#233;mocratie, l&#224; o&#249; les communes ont domin&#233; seules ; la monarchie absolue, l&#224; o&#249; elles se sont ligu&#233;es avec les rois qu'elles n'ont pas pu contenir ; le syst&#232;me repr&#233;sentatif l&#224; o&#249; les feudataires se sont servi d'elle pour limiter la royaut&#233; &#187; [4] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin Thierry n'est pas moins &#233;loign&#233; du point de vue des philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle. Les Constitutions sont le v&#234;tement de la soci&#233;t&#233; , dit-il. La vieille &#233;cole a port&#233; trop d'attention sur la g&#233;n&#233;alogie des rois . Elle n'a jamais attribu&#233; aucune spontan&#233;it&#233; aux masses d'hommes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si tout un peuple &#233;migre et se fait un nouveau domicile, c'est, au dire des annalistes et des po&#232;tes, quelque h&#233;ros qui, pour illustrer son nom, s'avise de fonder un Empire ; si de nouvelles coutumes s'&#233;tablissent, c'est quelque l&#233;gislateur qui les imagine et les impose ; si une cit&#233; s'organise, c'est quelque prince qui lui donne l'&#234;tre : et toujours le peuple et les citoyens sont de l'&#233;toffe pour la pens&#233;e d'un seul homme &#187; [5] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le r&#233;cit de chaque &#233;poque devenait le r&#233;cit de la naissance et de l'&#233;ducation, de la vie et de la mort d'un l&#233;gislateur. Cette mani&#232;re d'&#233;crire l'histoire &#233;tait naturelle pour les moines du moyen &#226;ge : les &#233;crivains monastiques eurent des pr&#233;f&#233;rences exclusives pour les hommes qui faisaient le plus de dons aux &#233;glises et aux monast&#232;res. Mais elle n'est pas digne des historiens modernes. Ce qu'il faut &#224; pr&#233;sent, c'est la vraie histoire du pays, l'histoire du peuple, l'histoire des citoyens ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette histoire nous pr&#233;senterait en m&#234;me temps des exemples de conduite et cet int&#233;r&#234;t de sympathie que nous cherchons vainement dans les aventures de ce petit nombre de personnages privil&#233;gi&#233;s qui occupent seuls la sc&#232;ne historique. Nos &#226;mes s'attacheraient &#224; la destin&#233;e des masses d'hommes qui ont v&#233;cu et senti comme nous, bien mieux qu'&#224; la fortune des grands et des princes, la seule qu'on nous raconte et la seule o&#249; il n'y ait point de le&#231;ons &#224; notre usage : le progr&#232;s des masses populaires vers la libert&#233; et le bien-&#234;tre nous semblerait plus imposant que la marche des faiseurs de conqu&#234;tes, et leurs mis&#232;res plus touchantes que celles des rois d&#233;poss&#233;d&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est le peuple, c'est la nation tout enti&#232;re qui doit &#234;tre le h&#233;ros de l'histoire. Augustin Thierry ne parle qu'avec une sourde col&#232;re de ces m&#234;mes l&#233;gislateurs (faiseurs de conqu&#234;tes) auxquels en appelait sans cesse l'&#233;cole historique du XVIII&#176; si&#232;cle. Ce n'est pas tout. Dans la masse des &#171; citoyens &#187; il y a des privil&#233;gi&#233;s et des d&#233;sh&#233;rit&#233;s, des oppresseurs et des opprim&#233;s. C'est la vie de ces derniers qui, avant tout, doit attirer l'attention des historiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous qui sommes leurs descendants, croyons qu'ils ont valu quelque chose, et que la partie la plus nombreuse et la plus oubli&#233;e de la nation m&#233;rite de revivre dans l'histoire. Si la noblesse peut revendiquer dans le pass&#233; les hauts faits d'armes, et le renom militaire, il y a aussi une gloire pour la roture, celle de l'industrie et du talent. C'&#233;tait un roturier qui &#233;levait le cheval de guerre du gentilhomme, en joignant les plaques d'acier de son armure. Ceux qui &#233;gayaient les f&#234;tes des ch&#226;teaux par la po&#233;sie et la musique, &#233;taient aussi des roturiers : enfin la langue que nous parlons aujourd'hui est celle de la roture ; elle la cr&#233;a dans un temps o&#249; la cour et les donjons retentissaient des sons rudes et gutturaux d'un dialecte germanique &#187; [6] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'une fois Augustin Thierry rappelle avec orgueil qu'il est un roturier, un fils du tiers &#233;tat. Et il l'est sous tous les rapports. Il &#233;pouse toutes les querelles de cet &#233;tat. Son point de vue, c'est le point de vue de la lutte de la roture contre la noblesse, le point de vue de la lutte des classes . Cela &#233;tonnera, peut-&#234;tre, plus d'un lecteur. On croit g&#233;n&#233;ralement que ce soit les socialistes de l'&#233;cole de Marx qui ont, les premiers, introduit cette conception dans la science historique, et l'on se trompe. Elle y a &#233;t&#233; introduite avant Marx ; elle dominait dans cette &#233;cole historique fran&#231;aise que Chateaubriand appelait improprement l'&#233;cole politique et &#224; laquelle appartenait Augustin Thierry. Pour Guizot, toute l'histoire de la France est dans la lutte, dans la guerre des classes. Depuis plus de treize si&#232;cles, la France contenait deux peuples, un peuple vainqueur, la noblesse , un peuple vaincu, le tiers &#233;tat , et depuis plus de treize si&#232;cles le peuple vaincu luttait pour secouer le joug du peuple vainqueur. La lutte a continu&#233; sous toutes les formes et avec toutes les armes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsqu'en 1789, les d&#233;put&#233;s de la France enti&#232;re ont &#233;t&#233; r&#233;unis dans une seule assembl&#233;e, les deux peuples se sont h&#226;t&#233;s de reprendre leur vieille querelle. Le jour de la vider &#233;tait enfin venu. La R&#233;volution changea la situation r&#233;ciproque des deux peuples, l'ancien peuple vaincu devint le peuple vainqueur, il a conquis la France &#224; son tour. La Restauration elle-m&#234;me a &#233;t&#233; forc&#233;e d'accepter ce fait accompli. La Charte proclama que ce fait &#233;tait de droit et, en signant la Charte, Louis XVIII se fit le chef des conqu&#233;rants nouveaux. Mais le peuple nouvellement vaincu, l'ancien peuple vainqueur, ne se r&#233;signa pas &#224; sa d&#233;faite. Il continue la vieille lutte treize fois s&#233;culaire, et, dans les d&#233;bats de la Chambre, la question se pose, comme elle se posait avant, entre l'&#233;galit&#233; et le privil&#232;ge, entre la classe moyenne et l'aristocratie. Aucune paix n'est possible entre elles. Les concilier est un dessein chim&#233;rique. Les rajuster ensemble ne le serait gu&#232;re moins &#187; [7] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne manque ni de clart&#233; ni de pr&#233;cision. Mais Guizot savait, parlait avec plus de clart&#233; et plus de pr&#233;cision encore. Quand, apr&#232;s la publication du travail que nous venons de citer, ses ennemis politiques lui reproch&#232;rent de fomenter la guerre sociale, il r&#233;pondit qu'en exprimant le fait historique de la lutte des classes, il ne disait rien de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne voulais, &#233;crivit-il, que r&#233;sumer l'histoire politique de la France. La lutte des ordres remplit ou plut&#244;t fait toute cette histoire (sic !). On savait et on disait cela bien des si&#232;cles avant la r&#233;volution. On le savait et on le disait en 1789, on le savait et on le disait il y a trois mois. Bien qu'on m'accuse maintenant pour l'avoir dit, je ne pense que personne l'ait oubli&#233;. Les faits ne s'&#233;vanouissent point selon le bon plaisir et pour la commodit&#233; momentan&#233;e des minist&#232;res et des partis. Que dirait M. de Boulainvilliers si, revenu parmi nous, il entendait nier que le tiers &#233;tat ait fait la guerre &#224; la noblesse, qu'il ait lutt&#233; constamment pour lui enlever ses privil&#232;ges et devenir son &#233;gal ? Que diraient tant de bourgeois courageux envoy&#233;s aux Etats g&#233;n&#233;raux pour conqu&#233;rir ou d&#233;fendre les droits de leur ordre, s'ils ressuscitaient pour apprendre que la noblesse n'a pas fait la guerre au tiers &#233;tat, qu'elle ne s'est pas alarm&#233;e de le voir grandir, qu'elle ne s'est pas toujours oppos&#233;e &#224; ses progr&#232;s dans la soci&#233;t&#233; et dans le pouvoir ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette lutte,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ce n'est point l&#224; une th&#233;orie, ni une hypoth&#232;se ; c'est le fait lui-m&#234;me dans toute sa simplicit&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et ce fait,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; loin qu'il y ait quelque m&#233;rite &#224; le voir, il est presque ridicule de le contester &#187; [8] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si certains partisans de la noblesse voulaient le faire oublier, c'est qu'ils n'estimaient plus leur ordre assez fort pour soutenir une lutte ouverte, c'est qu'en le voyant faiblir, ils s'effor&#231;aient de tromper la classe moyenne. Et Guizot les apostrophait avec la v&#233;h&#233;mence d'un tribun indign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Descendants d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de cette race qui a domin&#233; un grand pays et fait trembler de grands rois, s'&#233;criait-il, quoi ! vous reniez vos anc&#234;tres et votre histoire ! Parce que vous vous sentez d&#233;chus, vous protestez contre votre splendeur pass&#233;e ! Parce que nous vous demandons de n'&#234;tre plus que nos &#233;gaux, vous vous d&#233;fendez d'avoir &#233;t&#233; nos ma&#238;tres... J'&#233;prouverais quelque honte, je l'avoue, &#224; &#234;tre oblig&#233; de reprendre ici l'histoire de France, et de prouver, moi bourgeois, aux adversaires de l'&#233;galit&#233; constitutionnelle, qu'ils sont trop humbles dans leurs souvenirs, etc. &#187; [9] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Artiste plut&#244;t que lutteur, Augustin Thierry n'a jamais pr&#234;ch&#233; la guerre des classes avec autant de force et autant de col&#232;re que Guizot, un des plus remarquables champions politiques de la bourgeoisie fran&#231;aise. Il n'en comprenait pas moins toute la signification historique de la guerre que la classe moyenne d'alors faisait &#224; la noblesse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La noblesse actuelle , &#233;crivait-il en 1820 &#224; propos de l'ouvrage de Warden sur les Etats-Unis de l'Am&#233;rique du Nord, se rattache par ses pr&#233;tentions aux hommes &#224; privil&#232;ges du XVI&#176; si&#232;cle ; ceux-l&#224; se disaient issus des possesseurs d'hommes du XIII&#176;, qui se rattachaient aux Francks de Charles le Grand, qui remontaient jusqu'aux Sicambres de Chlodowig. On ne peut contester ici que la filiation naturelle, la descendance politique est &#233;vidente. Donnons-la donc &#224; ceux qui la revendiquent : et nous, revendiquons la descendance contraire. Nous sommes les fils des hommes du tiers &#233;tat ; le tiers &#233;tat sortit des communes ; les communes furent l'asile des serfs ; les serfs &#233;taient les vaincus de la conqu&#234;te. Ainsi, de formule en formule, &#224; travers l'intervalle de quinze si&#232;cles, nous sommes conduits au terme extr&#234;me d'une conqu&#234;te qu'il s'agit d'effacer. Dieu veuille que cette conqu&#234;te s'abjure elle-m&#234;me jusque dans ses derni&#232;res traces, et que l'heure du combat n'ait pas besoin de sonner. Mais sans cette abjuration formelle, n'esp&#233;rons ni libert&#233; ni repos ; n'esp&#233;rons rien de ce qui rend le s&#233;jour de l'Am&#233;rique si heureux et si digne d'envie ; les fruits que porte cette terre ne cro&#238;tront jamais sur un sol o&#249; resteraient empreints des vestiges d'envahissement &#187; [10] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d'une fa&#231;on ou d'une autre, par les moyens pacifiques ou par le &#171; combat &#187;, la bourgeoisie doit d&#233;truire les privil&#232;ges de la noblesse ou, comme Guizot et avant lui Siey&#232;s, le peuple vaincu doit devenir conqu&#233;rant &#224; son tour. Nous pourrions facilement trouver dans les &#339;uvres de Mignet et dans celles de Thiers des pages semblables &#224; celles que nous venons de citer. Cela est inutile. Il est maintenant d&#233;montr&#233; que lorsque les marxistes parlent de la lutte des classes, ils ne font que suivre en cela l'exemple des th&#233;oriciens et des historiens les plus distingu&#233;s du tiers &#233;tat. Il y a plus. Guizot n'exag&#233;rait rien en disant que les repr&#233;sentants de la noblesse la pr&#234;chaient aussi bien que ceux du tiers &#233;tat. Dans les Consid&#233;rations sur l'histoire de France d'Augustin Thierry, qui pr&#233;c&#232;dent ses R&#233;cits des temps m&#233;rovingiens , le lecteur trouvera une analyse assez d&#233;taill&#233;e des syst&#232;mes historiques d'avant 1789, qui fait bien voir jusqu'&#224; quel point la lutte des classes, qui composaient la vieille soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, influait sur les vues des historiens, partisans de l'une ou de l'autre de ces classes. La langue d'un Boulainvilliers ou d'un Montlosier est souvent aussi nette et aussi &#233;nergique que celle d'un Guizot ou d'un agitateur marxiste de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue la lutte des classes pr&#234;ch&#233;e par les historiens fran&#231;ais du temps de la Restauration de celle qui est pr&#233;conis&#233;e par les socialistes de nos jours, c'est, avant tout, la position sociale de la classe &#224; laquelle s'adressent les th&#233;oriciens de la guerre sociale. Les historiens du temps de la Restauration avaient beau parler du peuple , de la nation , de la masse des citoyens , du tiers &#233;tat tout entier, ce qu'ils d&#233;fendaient en r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait les int&#233;r&#234;ts d'une petite partie de la nation, les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie . Guizot le savait tr&#232;s bien et le disait sans d&#233;tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je sais ... que la r&#233;volution, livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me, libre de crainte, s&#251;re du triomphe, produira naturellement et n&#233;cessairement sa propre aristocratie qui prendra la t&#234;te de la soci&#233;t&#233;, &#233;crivait-il ; mais cette aristocratie sera d'une autre sorte et tout autrement constitu&#233;e que celle dont nous voyons les d&#233;bris &#187; [11] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas vrai que, comme l'assurait le m&#234;me Guizot, la lutte du tiers &#233;tat contre la noblesse signifiait la lutte de l' &#233;galit&#233; contre le privil&#232;ge . Il ne s'agissait, au fond, que du triomphe d'un nouveau privil&#232;ge, d'un privil&#232;ge autrement constitu&#233; que celui dont Guizot et ses amis combattaient les vestiges. Augustin Thierry ne le comprenait probablement pas d'une fa&#231;on aussi claire que le futur ministre de Louis-Philippe. Mais son id&#233;al ne surpassait pas non plus le triomphe de la classe moyenne . Voici, par exemple, comment il r&#233;sume l'&#339;uvre de la grande r&#233;volution fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A la place des anciens ordres, des classes in&#233;gales en droit et en condition (sic !), il n'y eut plus qu'une soci&#233;t&#233; homog&#232;ne : il y eut 25 millions d'&#226;mes, formant une seule classe de citoyens, vivant sous la m&#234;me loi, le m&#234;me r&#232;glement, le m&#234;me ordre &#187; [12] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que restait-il donc &#224; faire ? Rien que garantir la nouvelle soci&#233;t&#233; contre les attaques des partisans de l'ancien r&#233;gime, les conqu&#234;tes de la bourgeoisie contre les rancunes de la noblesse, vaincue dans la grande guerre des classes. Il est vrai que, m&#234;me apr&#232;s 1830, quand la victoire de la bourgeoisie est consomm&#233;e, Augustin Thierry, ancien &#233;l&#232;ve et &#171; fils adoptif &#187; de Saint-Simon, n'est pas enti&#232;rement avec les satisfaits, comme l'est Guizot, ennemi haineux de tout mouvement de la classe ouvri&#232;re. L'auteur des Consid&#233;rants sur l'histoire de France semble ne pas compl&#232;tement d&#233;sapprouver les nouvelles tendances politiques et sociales qui commencent &#224; se faire jour d&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es du r&#232;gne de Louis-Philippe. Mais il est loin de comprendre ces tendances, il d&#233;sire la paix sociale , la fusion des classes , lui qui, sous la Restauration, pr&#234;chait leur guerre . Or, la paix sociale, dans les conditions actuelles, n'est et ne pourrait &#234;tre autre chose que la r&#233;conciliation du prol&#233;tariat avec le joug qui lui impose la &#171; nouvelle aristocratie &#187; [13] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, il sera juste de se rappeler que, sous la Restauration et sous Louis-Philippe, m&#234;me les th&#233;oriciens de la classe ouvri&#232;re, les socialistes et communistes, ne comprenaient pas encore que le prol&#233;tariat a sa guerre sociale &#224; faire et sa victoire politique &#224; remporter. A tr&#232;s peu d'exceptions pr&#232;s, ils &#233;taient, quant &#224; la question ouvri&#232;re, aussi pour la fusion , plus ou moins compl&#232;te, des classes et non pas pour leur lutte . Saint-Simon, &#224; qui Augustin Thierry devait toutes ses id&#233;es historiques, &#233;tait un des plus chauds partisans de la guerre des abeilles contre les frelons. Mais, une abeille pour Saint-Simon, c'&#233;tait aussi bien un fabricant ou un banquier qu'un ouvrier. M&#234;me chose pour les saint-simoniens. Enfantin comprenait tr&#232;s bien que la rente fonci&#232;re et l' int&#233;r&#234;t du capital sont le produit d'un travail non pay&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les propri&#233;taires qui afferment leurs terres pr&#233;l&#232;vent, dit-il, par le moyen du fermage, une portion des produits cr&#233;&#233;s par le travail des hommes laborieux ; tel est, en effet, le r&#233;sultat de la location des capitaux, et cela revient &#224; dire, que les travailleurs payent certaines gens pour qu'ils se reposent et pour qu'ils laissent &#224; leur disposition les mat&#233;riaux de la production &#187; [14] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien parler. Mais qu'est-ce que le revenu d'un entrepreneur qui emploie un capital emprunt&#233; ? N'est-il pas, lui aussi, produit de l'exploitation des ouvriers ? Non, r&#233;pond Enfantin, l'entrepreneur doit son b&#233;n&#233;fice &#224; son propre travail. B&#233;n&#233;fice et salaire, c'est tout un pour Enfantin, et c'est &#224; ce point qu'il se montre tout &#224; fait incapable de comprendre Ricardo quand l'&#233;conomiste anglais dit : there can be no rise in the value of labour without a fall in profits [15] . Cela explique parfaitement pourquoi les saint-simoniens ne voulaient pas entendre parler de la lutte de classes : ils &#233;taient profond&#233;ment convaincus que les patrons et les ouvriers ne font qu'une seule classe et que leurs int&#233;r&#234;ts sont tout &#224; fait solidaires. Les saint-simoniens ne pouvaient combattre que la &#171; classe &#187; des &#171; hommes de guerre et des parasites &#187;, et m&#234;me pour celle-ci, ils auraient mieux aim&#233; la toucher et la convertir [16] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle tonnaient contre le &#171; privil&#232;ge &#187;, ils ne combattaient au fond que la propri&#233;t&#233; f&#233;odale . Un propri&#233;taire &#233;tait bien, &#224; leurs yeux, un exploiteur effront&#233; du travail d'autrui, presque un bandit. La propri&#233;t&#233; bourgeoise leur apparaissait, au contraire, sous un jour tout &#224; fait favorable. Le profit industriel et commercial leur semblait &#234;tre le produit du travail du commer&#231;ant et du fabricant : le myst&#232;re de la plus-value restait imp&#233;n&#233;trable pour eux . Les th&#233;oriciens de la bourgeoisie du XIX&#176; si&#232;cle ont, tr&#232;s &#224; propos, h&#233;rit&#233; cette faute th&#233;orique de leurs devanciers. Si le revenu d'un ouvrier est loin d'&#234;tre aussi grand que celui d'un capitaliste, c'est que l'ouvrier ne travaille pas ou n'a pas travaill&#233; autant que le capitaliste. En identifiant le b&#233;n&#233;fice de l'entrepreneur avec le salaire de l'ouvrier, Saint-Simon et les saint-simoniens ne faisaient donc que r&#233;p&#233;ter la faute des repr&#233;sentants intellectuels de la bourgeoisie. En th&#233;orie, la situation de l'ouvrier envers son patron et, par cons&#233;quent, du prol&#233;tariat envers la bourgeoisie ne devint claire et exempte de toute aberration que depuis le temps o&#249; la science &#233;conomique put enfin expliquer la nature de l'origine de la plus-value . Cette d&#233;couverte, faite par Karl Marx, mit fin &#224; toutes les erreurs des socialistes quant &#224; la lutte des classes . Les socialistes de nos jours accepteront volontiers le projet, si cher jadis aux socialistes utopistes, de &#171; convertir &#187; et de &#171; toucher &#187; les &#171; classes &#233;lev&#233;es &#187;, mais &#224; condition de les convertir et de les toucher apr&#232;s les avoir expropri&#233;es . Quiconque conna&#238;t la &#171; nature humaine &#187; conviendra qu'elles se convertiront alors plus facilement que maintenant [17] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes de nos jours savent bien que lorsqu'il s'agit de combattre une aristocratie de quelque sorte qu'elle soit, il ne peut y avoir ni paix, ni repos tant qu'elle n'est pas vaincue et d&#233;sarm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bourgeois de nos jours accusent les socialistes de fomenter la guerre l&#224; o&#249; il faut pacifier et r&#233;concilier. Ils pr&#233;tendent que la bourgeoisie n'a jamais agi de la sorte. Nous leur r&#233;pondrons comme Guizot r&#233;pondait jadis &#224; la noblesse : race d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e, l'histoire est l&#224; pour vous confondre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; la contre-r&#233;volution... a toujours fort bien compris que, pour arriver &#224; son but, son premier soin devait &#234;tre de saisir partout le pouvoir, pour l'employer et le constituer ensuite &#224; son int&#233;r&#234;t. Que le parti national sache &#224; son tour que ce qui lui importe, ce n'est pas de d&#233;molir le pouvoir, mais de le poss&#233;der . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'&#233;crivait Guizot, en 1820. Tant que les socialistes confondaient ensemble les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des prol&#233;taires et des bourgeois, ils ne pouvaient avoir qu'une notion erron&#233;e du devoir politique de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quant aux droits dits politiques, &#233;crivait un saint-simonien en 1830, nous ne voyons pas ce qu'ils ont de commun avec le bien-&#234;tre des masses &#187; [18] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes de nos jours, qui ne se trompent plus sur l'antagonisme irr&#233;conciliable des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat et de la bourgeoisie, voient tr&#232;s bien en quoi &#171; les droits dits politiques &#187; tiennent au bien-&#234;tre des masses. Ils comprennent que chaque lutte des classes est une lutte politique , et ils t&#226;chent, eux aussi, non pas de d&#233;molir le pouvoir politique, comme le voudraient les &#171; compagnons anarchistes &#187;, mais de le poss&#233;der .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes fait toute l'histoire des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es. Les historiens fran&#231;ais du temps de la Restauration le savaient on ne peut mieux et ne l'oubli&#232;rent que lorsque le fossoyeur de la bourgeoisie, le prol&#233;tariat moderne , apparut sur la sc&#232;ne politique. Mais ces historiens, comment s'expliquaient-ils ce processus historique qui engendre l'antagonisme des int&#233;r&#234;ts dans une soci&#233;t&#233; primitivement homog&#232;ne ? Le lecteur a d&#233;j&#224; vu qu'ils rattachaient, en France, la lutte du tiers &#233;tat contre la noblesse &#224; la conqu&#234;te des Gaulois par les Francs. La conqu&#234;te joue, en g&#233;n&#233;ral, un grand r&#244;le dans leur philosophie de l'histoire des peuples modernes. Augustin Thierry raconte qu'un jour, en lisant quelques chapitres de Hume, &#171; pour &#233;tayer &#187; ses opinions politiques, il fut frapp&#233; d'une id&#233;e qui lui parut un trait de lumi&#232;re et qu'il s'&#233;cria en fermant le livre : &#171; Tout cela date d'une conqu&#234;te ; il y a une conqu&#234;te l&#224;-dessous &#187;, et sur-le-champ, il con&#231;ut le projet de refaire, de ce nouveau point de vue, l'histoire des r&#233;volutions en Angleterre [19] . Ce fut, en 1817 ; depuis ce temps-l&#224;, la nouvelle id&#233;e de notre auteur lui a servi de base dans beaucoup d'autres recherches historiques, mais ses Vues des r&#233;volutions d'Angleterre , publi&#233;es dans la quatri&#232;me volume du Censeur europ&#233;en , de 1817, font d&#233;j&#224; bien voir toute la valeur, comme tout le c&#244;t&#233; faible de son point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque personnage dont les a&#239;eux s'&#233;taient trouv&#233;s enr&#244;l&#233;s dans l'arm&#233;e d'invasion quittait son ch&#226;teau pour aller dans le camp royal prendre le commandement que son titre lui assignait. Les habitants des villes et des ports se rendaient en foule au camp oppos&#233;. On pouvait dire que le cri de ralliement des deux arm&#233;es &#233;tait, d'un c&#244;t&#233;, oisivet&#233; et pouvoir , de l'autre, travail et libert&#233; : car les d&#233;s&#339;uvr&#233;s, les gens qui ne voulaient d'autre occupation dans la vie que celle de jouir sans peine, de quelque caste qu'ils fussent, s'enr&#244;laient dans les troupes royales, o&#249; ils allaient d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts conformes aux leurs ; tandis que les familles de la caste des anciens vainqueurs, que l'industrie avait gagn&#233;es, s'unissaient au parti des communes &#187; [20] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc ce que c'&#233;tait que le mouvement r&#233;volutionnaire en Angleterre au XVII&#176; si&#232;cle. Une r&#233;action violente des anciens vaincus contre les anciens vainqueurs. Au premier abord, cela para&#238;t tr&#232;s plausible. Mais, en relisant le morceau cit&#233;, le doute vient. Il y avait des descendants des anciens conqu&#233;rants qui, gagn&#233;s &#224; l'industrie , s'unissaient au parti &#171; du travail et de la libert&#233; &#187;. De l'autre c&#244;t&#233;, le camp royal se peuplait de tous ceux qui ne voulaient que &#171; jouir sans peine &#187;, et, parmi ceux-l&#224;, se trouvaient toujours, au dire de notre historien, des hommes de toutes les &#171; castes &#187;. Il y avait donc la divergence des int&#233;r&#234;ts dans laquelle &#233;tait pour beaucoup de chose le mouvement &#233;conomique caus&#233; par le progr&#232;s de l' &#171; industrie &#187;. D'ailleurs, Augustin Thierry le dit lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; c'&#233;tait pour ces int&#233;r&#234;ts positifs que la guerre se soutenait de part et d'autre. Le reste n'&#233;tait qu'apparence ou pr&#233;texte. Ceux qui s'engageaient dans la cause des sujets &#233;taient pour la plupart presbyt&#233;riens, c'est-&#224;-dire que, m&#234;me en religion, ils ne voulaient aucun joug. Ceux qui soutenaient la cause contraire &#233;taient &#233;piscopaux ou papistes, c'est qu'ils aimaient &#224; trouver, jusque dans les formes du culte, du pouvoir &#224; exercer et des imp&#244;ts &#224; lever sur les hommes &#187; [21] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est donc parfaitement claire. La guerre se faisait pour les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des partis, et le pouvoir lui-m&#234;me n'&#233;tait, au fond, qu'un moyen dont ces partis s'effor&#231;aient de s'emparer pour faire triompher leurs int&#233;r&#234;ts. Augustin Thierry le comprenait aussi bien que Guizot [22] . Et ce n'est pas tout. Il comprenait aussi qu'en envahissant l'Angleterre, les Normands avaient, devant eux, un but &#233;conomique nettement marqu&#233; : ils voulaient gaagnier , comme il dit, en reproduisant l'expression d'un vieux narrateur. Il cite le discours prononc&#233; par Guillaume le Conqu&#233;rant, avant la bataille de Hastings, qui nous montre ce qui se cache au-dessous d'une conqu&#234;te [23] . Qu'avait-il donc besoin d'en appeler &#224; elle, l&#224; o&#249; la conqu&#234;te, loin de donner une explication d&#233;finitive des &#233;v&#233;nements, ne s'explique &#224; son tour, dans son but et surtout dans ses r&#233;sultats , que par l'&#233;tat social des vainqueurs et des vaincus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'&#233;cole &#224; laquelle appartenait Augustin Thierry avait des id&#233;es tr&#232;s confuses quant &#224; l' histoire &#233;conomique de l'humanit&#233;. Ainsi que les &#233;conomistes bourgeois, ils consid&#233;raient la soci&#233;t&#233; capitaliste comme la seule conforme &#224; la nature humaine et &#224; la volont&#233; de la Providence . Toute organisation sociale qui ne se basait pas sur le capitalisme leur semblait contre nature ou au moins bizarre [24] . Ils pouvaient tr&#232;s bien s'expliquer la lutte des bourgeois au moyen &#226;ge contre les seigneurs f&#233;odaux ; c'&#233;tait un mouvement naturel puisqu'il devait ramener la structure des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes au type donn&#233; par la nature. Mais, quant &#224; la f&#233;odalit&#233; elle-m&#234;me, ils ne pouvaient voir en elle qu'une d&#233;viation du mouvement historique de sa tendance normale. Or, l'explication la plus plausible d'une pareille d&#233;viation se trouvait dans la violence des conqu&#233;rants. La violence et la m&#233;chancet&#233; sont aussi un peu dans la &#171; nature de l'homme &#187;. En y cherchant la base d'une organisation sociale donn&#233;e, nous ne quittons donc pas le point de vue de la nature humaine, et, d'un seul coup, nous tuons deux li&#232;vres : par le bon c&#244;t&#233; de la nature de l'homme nous expliquons le syst&#232;me capitaliste et tout mouvement qui tend &#224; l'&#233;tablir, par le mauvais c&#244;t&#233; de cette m&#234;me nature nous expliquons l'origine de la f&#233;odalit&#233; et de toute autre organisation sociale plus ou moins &#171; bizarre &#187; aux yeux d'un bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin Thierry, tout comme Guizot et Mignet, croyait s'&#233;lever au-dessus des vues historiques des philosophes du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent qui ne voyaient dans le moyen &#226;ge qu'un triomphe long et interrompu de la sottise humaine. Il pr&#233;tendait &#234;tre beaucoup plus juste envers cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y voyait, en v&#233;rit&#233;, plus clair que les philosophes. Mais ce qu'il voyait, c'&#233;taient surtout les tendances &#233;mancipatrices des citadins d'alors, &#171; la formation et les progr&#232;s du tiers &#233;tat &#187;, et non pas la &#171; nature &#187; du syst&#232;me f&#233;odale tout entier. Il comprenait la f&#233;odalit&#233; dans sa dissolution et non dans ses origines . Quant &#224; celles-l&#224;, la &#171; conqu&#234;te &#187; n'a pas cess&#233; d'&#234;tre pour lui le mot de l'&#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit plus haut qu'Augustin Thierry devait &#224; Saint-Simon toutes ses id&#233;es historiques. Saint-Simon &#233;tait d'avis que Guizot aussi lui devait les siennes. Quoi qu'il en f&#251;t, il est incontestable que celui qui aura attentivement lu les &#339;uvres de Saint-Simon ne trouvera, dans les &#339;uvres de Guizot, rien de nouveau en fait de philosophie de l'histoire. Or, Saint-Simon qui insistait sur la sup&#233;riorit&#233; du syst&#232;me d'organisation sociale du moyen &#226;ge sur celui des peuples de l'antiquit&#233;, n'appr&#233;ciait ces avantages que du point de vue de la facilit&#233; qu'ils donnaient &#224; l'&#233;volution du r&#233;gime &#171; industriel &#187; moderne. La f&#233;odalit&#233; n'en est pas moins pour lui un syst&#232;me bas&#233; uniquement sur le droit du plus fort et domin&#233; par l'esprit du conqu&#234;te [25] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est incontestable que la raison d'&#234;tre historique des seigneurs f&#233;odaux &#233;tait, avant tout, dans leur fonction militaire. Dans ce sens, on peut parler de la nature militaire de leur propri&#233;t&#233;. Mais il ne faut pas oublier que ce n'est qu'une fa&#231;on de parler. Pourquoi le service militaire, dans l'Europe d'aujourd'hui, se fait-il autrement qu'il ne se faisait au moyen &#226;ge ? Pourquoi a-t-il chang&#233; de &#171; nature &#187; ? Parce que la structure &#233;conomique des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes n'est plus ce qu'elle a &#233;t&#233; alors. Le mode de production dominant dans une soci&#233;t&#233; d&#233;termine, en derni&#232;re analyse, le mode de satisfaction des besoins sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens de l'&#233;cole dont nous parlons dans cette &#233;tude avaient beau r&#233;p&#233;ter avec Mignet, que la f&#233;odalit&#233; &#233;tait dans les besoins avant d'&#234;tre dans le fait, ils comprenaient sa &#171; nature &#187; aussi peu que l'origine des besoins de l'homme social dans les diverses phases de son &#233;volution. Leur philosophie historique se r&#233;duisait &#224; ceci : avant d'&#234;tre cause , les constitutions politiques sont effet ; leur racine plonge dans l'&#233;tat social des peuples ; l'&#233;tat social est d&#233;termin&#233; par l'&#233;tat des propri&#233;t&#233;s, et, chez les peuples modernes particuli&#232;rement par celui de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re [26] ; enfin, quant &#224; l'&#233;tat des propri&#233;t&#233;s, il s'explique par la nature de l'homme ou par l'&#233;cart plus ou moins violent de cette nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de l'homme qui, d&#233;j&#224; au XVIII&#176; si&#232;cle, avait jou&#233; un si grand r&#244;le dans les th&#233;ories politiques et sociales des philosophes, et dont A. Comte, le pr&#233;tendu ennemi de la m&#233;taphysique, a fait une v&#233;ritable entit&#233; m&#233;taphysique dans sa pr&#233;tendue &#171; sociologie &#187;, n'est qu'une figure de rh&#233;torique. La nature humaine est-elle invariable ? Alors, ce n'est pas elle qui nous expliquera les changements qui se produisent dans les relations sociales et dont l'ensemble constitue ce que nous appelons le processus historique. Varie-t-elle &#224; son tour ? Alors, il faut trouver la cause de ses variations. Dans les deux cas, la &#171; nature de l'homme &#187; est &#233;galement loin d'expliquer quoi que ce soit dans le mouvement historique de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; relations de propri&#233;t&#233; &#187; chez les tribus australiennes ne sont pas celles qui existent &#224; pr&#233;sent chez les peuples de l'Europe occidentale. A quoi cela tient-il ? Les Australiens seraient-ils d'une autre nature que les Europ&#233;ens ou seraient-ils rebelles &#224; la voix de leur nature ? Ni l'un, ni l'autre. Leurs relations de propri&#233;t&#233; sont ce qu'elles doivent &#234;tre dans l'&#233;tat actuel de leurs forces productives . Elles sont naturelles autant qu'elles restent conformes &#224; cet &#233;tat ; elles seront contre nature , lorsque les forces productives des tribus australiennes arriveront &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour exister, l'homme doit agir sur la nature ext&#233;rieure, il doit produire . L'action de l'homme sur la nature ext&#233;rieure est, &#224; chaque moment donn&#233;, d&#233;termin&#233;e par ses moyens de production, par l'&#233;tat de ses forces productives : plus grandes sont ces forces, et plus productive est cette action. Mais le d&#233;veloppement des forces productives am&#232;ne n&#233;cessairement certains changements dans les relations r&#233;ciproques des producteurs, dans le processus social de production. Ce sont ces changements qui, transcrits en langue juridique, s'appellent changements dans l'&#233;tat de propri&#233;t&#233; . Or, comme ces changements dans l'&#233;tat de propri&#233;t&#233; aboutissement &#224; des changements dans la structure sociale tour enti&#232;re, on peut dire que le d&#233;veloppement des forces productives change la &#171; nature &#187; de la soci&#233;t&#233;, et comme, d'autre part, l'homme est le produit de son milieu social ambiant, il est &#233;vident que le d&#233;veloppement des forces productives, en changeant la &#171; nature &#187; du milieu social, change la &#171; nature &#187; de l'homme. La nature humaine n'est pas cause , elle n'est qu' effet .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si , de ce point de vue, qui est le point de vue de la philosophie mat&#233;rialiste de l'histoire , on voulait juger les conceptions historiques fondamentales de Guizot, de Mignet et d'Augustin Thierry, on devrait dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est parfaitement vrai qu'avant d'&#234;tre cause, les constitutions politiques sont effet ; il est &#233;galement vrai que, pour comprendre les institutions politiques, il faut conna&#238;tre les diverses conditions sociales et leurs rapports ; il est tr&#232;s juste aussi que, pour comprendre les diverses conditions sociales, il faut conna&#238;tre la nature et les relations de propri&#233;t&#233;. Mais l'importance sociale de l'&#233;tat des propri&#233;t&#233;s est beaucoup plus grande que le croyaient nos historiens. Elle se fait sentir partout, et non seulement chez les peuples modernes ; il est injuste aussi de dire que c'est particuli&#232;rement &#224; la nature de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re que tient le caract&#232;re des institutions politiques : l'influence de ce qu'on appelle la propri&#233;t&#233; mobili&#232;re n'est pas moins importante. Si, au moyen &#226;ge, les grands propri&#233;taires fonciers constituaient la classe dominante dans la soci&#233;t&#233;, cela venait de l'&#233;tat des forces productives dans ce temps-l&#224;. Enfin, c'est dans le d&#233;veloppement de ces forces et non pas dans la nature de l'homme qu'il faut chercher la cause de l'&#233;volution historique des formes de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons ainsi &#224; un r&#233;sultat qui para&#238;tra peut-&#234;tre assez inattendu &#224; maint lecteur pr&#233;venu contre la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. Ce r&#233;sultat, le voici : le mat&#233;rialisme historique de Karl Marx ne condamne point en bloc et sans discernement les id&#233;es historiques des &#233;coles pr&#233;c&#233;dentes ; il ne fait que d&#233;barrasser ces id&#233;es d'une contradiction fatale, gr&#226;ce &#224; laquelle ces id&#233;es ne pouvaient sortir d'un cercle vicieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre r&#233;sultat qui nous para&#238;t pas moins digne d'attention, c'est que, s'il est faux de dire que Marx fut le premier qui s'avisa de parler de la lutte des classes, il est hors de doute que c'est lui qui, le premier, d&#233;voila la v&#233;ritable cause du mouvement historique de l'humanit&#233; et, par cela m&#234;me, la &#171; nature &#187; des diverses classes qui, l'une apr&#232;s l'autre, apparaissent sur la sc&#232;ne du monde. Esp&#233;rons que le prol&#233;tariat saura faire bon usage de cette pr&#233;cieuse d&#233;couverte du grand penseur socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Chateaubriand : Etudes historiques, pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir, entre mille autres exemples, les Observations de Mably sur l'histoire des Grecs et des Romains, ainsi que les &#339;uvres d'Helv&#233;tius et d'Holbach. &#171; La religion d'Abraham para&#238;t avoir &#233;t&#233;, dans l'origine, un th&#233;isme imagin&#233; pour r&#233;former les superstitions des Chald&#233;ens ; le th&#233;isme d'Abraham fut corrompu par Mo&#239;se, qui s'en servit pour former la superstition juda&#239;que. &#187; (Syst&#232;me de la nature, Londres, 1781, seconde partie, p. 186.) &#171; Pour que Sparte ne jou&#238;t pas d'une r&#233;forme passag&#232;re, il [Lycurgue] descendit, pour ainsi dire, jusque dans le fond du c&#339;ur des citoyens, et y &#233;touffa le germe de l'amour des richesses. &#187; (&#338;uvres compl&#232;tes de Mably, Londres, 1789, t. quatri&#232;me, p. 20.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Guizot : Essais sur l'histoire de France, dixi&#232;me &#233;dition, Paris, 1860, p. 73 (quatri&#232;me essai) ; la premi&#232;re &#233;dition de ces Essais parut en 1823.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] De la f&#233;odalit&#233; des institutions de Saint-Louis, etc., Paris, 1822, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Sur l'affranchissement des communes. Cette &#233;tude, la premi&#232;re &#233;bauche du travail sur l'histoire du tiers &#233;tat, a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le Courrier fran&#231;ais du 13 octobre 1820.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Premi&#232;re lettre sur l'histoire de France publi&#233;e dans le Courrier fran&#231;ais du 13 juillet 1820, et in &#338;uvres, Paris, 1859, t. III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ibid., p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Dans le suppl&#233;ment aux deux premi&#232;res &#233;ditions de l'ouvrage cit&#233;. (Avant-propos de la troisi&#232;me), p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Ibid., p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Dans le Censeur europ&#233;en du 2 avril 1820.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Du gouvernement de la France, etc. p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Consid&#233;rations sur l'histoire de France, qui pr&#233;c&#232;dent les R&#233;cits des temps m&#233;rovingiens, Paris, 1840, p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] La &#171; paix sociale &#187; devint aussi le v&#339;u de Guizot. Si, apr&#232;s 1848, il &#233;tait contre la R&#233;publique, c'est que la R&#233;publique ne pouvait pas garantir cette fameuse paix. &#171; C'est &#233;videmment dans le chaos de la guerre sociale que la R&#233;publique d&#233;mocratique, d&#232;s ses premiers actes, est pr&#232;s de se plonger et de nous plonger &#187;, disait-il en janvier 1849 (De la d&#233;mocratie en France, p. 42). Tempora mutantur ! Que ce langage est diff&#233;rent de celui que Guizot tenait en 1820 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Le Producteur, 1&#176; vol., Paris, 1825, art. &#171; Consid&#233;rations sur la baisse progressive du loyer des objets mobiliers et immobiliers &#187;, p. 242-243.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] &#171; Ricardo, remarque na&#239;vement Enfantin, entend toujours par profits la rente du capitaliste [Enfantin veut dire : du pr&#234;teur du capital] et il dit que la hausse du prix du travail diminue la part de l'homme qui ne travaille pas. &#187; (Ibid., p. 545.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] &#171; Il n'y aura de paix et de bonheur pour aucune classe que lorsque la lutte entre les classes aura cess&#233;, que lorsque toutes auront &#233;t&#233; converties et touch&#233;es, car toutes ont besoin d'&#234;tre touch&#233;es et converties. &#187; (Le Globe, n&#176; 183.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] &#171; Les uns, par leur intelligence et la bonne conduite, se cr&#233;ent un capital et entrent dans la voie de l'aisance et du progr&#232;s. Les autres, ou born&#233;s ou paresseux, ou d&#233;r&#233;gl&#233;s, restent dans la condition &#233;troite et pr&#233;caire des existences fond&#233;es uniquement sur le salaire. &#187; (Guizot : De la d&#233;mocratie en France, p. 76.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le Globe, n&#176; 183.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dix Ans d'&#233;tudes historiques, t. III des &#338;uvres compl&#232;tes d'Aug. Thierry, pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Vues des r&#233;volutions, etc. &#338;uvres compl&#232;tes d'Augustin Thierry, t. VI, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Ibid., m&#234;me page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Guizot : Histoire de la r&#233;volution d'Angleterre. Dans la pr&#233;face, avec une grande sagacit&#233;, l'auteur d&#233;clare superficielle et l&#233;g&#232;re l'opinion suivant laquelle la r&#233;volution d'Angleterre &#233;tait plut&#244;t politique tandis que celle de France a voulu changer et le gouvernement et la soci&#233;t&#233; : &#171; La tendance, dit-il, &#233;tait la m&#234;me comme l'origine. &#187; La r&#233;volution anglaise vint des changements survenus dans &#171; l'&#233;tat social et les m&#339;urs du peuple anglais. &#187; Conf. les pages 11-12 du premier tome de l'&#233;dition de 1841 et le Discours sur l'histoire de la r&#233;volution d'Angleterre, Berlin, 1850.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] &#171; Pensez &#224; bien combattre, s'&#233;cria-t-il en s'adressant &#224; ses compagnons, et mettez tout &#224; mort, car si nous les vainquons, nous serons tous riches. Ce que je gagnerai, vous le gagnerez ; si je prends la terre, vous l'aurez. &#187; (Histoire de la conqu&#234;te de l'Angleterre par les Normands, Paris, 1838, t. I, p. 352.) De leur c&#244;t&#233;, ceux qu'on attaquait se disaient entre eux : &#171; Nous devons combattre quel qu'en soit pour nous le danger ; car il ne s'agit pas ici d'un nouveau seigneur &#224; recevoir, il s'agit de bien autre chose. Le duc de Normandie a donn&#233; nos terres &#224; ses barons, &#224; ses chevaliers, &#224; tous ses gens, et la plus grande partie lui en ont d&#233;j&#224; fait hommage ; ils voudront tous avoir leur don ; le duc devient notre roi, et lui-m&#234;me sera tenu de leur livrer nos biens &#187;, etc. Ibid., p. 347.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] C'est ainsi qu'Augustin Thierry qualifie la gens des anciennes tribus bretonnes. D'apr&#232;s Guizot, il y a eu toujours et partout, il y aura partout et toujours des rentiers, des entrepreneurs et des salari&#233;s. Ces diversit&#233;s &#171; ne sont point des faits accidentels ou sp&#233;ciaux &#224; tel un tel pays ; ce sont des faits universels qui se produisent naturellement dans toute soci&#233;t&#233; humaine... Et plus on y regardera de pr&#232;s, plus on se convaincra que ces faits sont dans une intime liaison et dans une profonde harmonie d'une part avec la nature de l'homme qu'il nous appartient de conna&#238;tre, de l'autre avec les myst&#232;res de sa destin&#233;e qu'il nous est donn&#233; seulement d'entrevoir. &#187; (De la d&#233;mocratie en France, p. 77-78.) Marx n'avait-il pas raison de dire que les &#233;conomistes bourgeois (comme tous les th&#233;oriciens de cette classe, d'ailleurs) ne connaissent que deux sortes d'institutions, celles de l'art et celles de la nature, et qu'ils ressemblent en cela aux th&#233;ologiens qui, eux aussi, &#233;tablissent deux sortes de religions ; toute religion qui n'est pas la leur est une invention des hommes, tandis que leur propre religion est une &#233;manation de Dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] &#171; L'unique point important sur lequel les historiens modernes de toutes les nations se sont g&#233;n&#233;ralement accord&#233;s, est une erreur ... Ils ont tous appel&#233; les si&#232;cles qui se sont &#233;coul&#233;s, depuis le IX&#176; jusqu'au XV&#176;, des si&#232;cles de barbarie, et la v&#233;rit&#233; est que ce sont ceux pendant lesquels se sont &#233;tablies toutes les institutions de d&#233;tail qui ont donn&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne une sup&#233;riorit&#233; politique d&#233;cid&#233;e sur toutes celles qui l'avaient pr&#233;c&#233;d&#233;e ! &#187; M&#233;moire sur la gravitation universelle, dans les &#338;uvres de Saint-Simon et d'Enfantin. Le moyen &#226;ge, c'est l'&#233;poque &#171; o&#249; la guerre &#233;tait et devait &#234;tre regard&#233;e comme le premier moyen de prosp&#233;rit&#233; pour les nations &#187; et o&#249; &#171; la propri&#233;t&#233; territoriale &#8230; &#233;tait purement d'origine et de nature militaire &#187;, l'Organisateur, &#338;uvres, t. XX, p. 81 et 83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Mignet : De la f&#233;odalit&#233;, p. 35 et surtout Guizot : Essais sur l'histoire de France : &#171; L'&#233;tude de l'&#233;tat des terres doit donc pr&#233;c&#233;der celle de l'&#233;tat des personnes. Pour comprendre les institutions politiques, il faut conna&#238;tre les diverses conditions sociales et leurs rapports. Pour comprendre les diverses conditions sociales, il faut conna&#238;tre la nature et les relations des propri&#233;t&#233;s &#187; (p. 75-76, dixi&#232;me &#233;dition). Comparez Saint-Simon : &#171; La loi qui constitue la propri&#233;t&#233; est la plus importante de toutes ; c'est celle qui sert de base &#224; l'&#233;difice social. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/plekhanov/works/1895/11/plekhanov_18951100.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/plekhanov/works/1895/11/plekhanov_18951100.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bataille critique contre le mat&#233;rialisme fran&#231;ais</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8122</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8122</guid>
		<dc:date>2023-12-26T23:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bataille critique contre le mat&#233;rialisme fran&#231;ais &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx et Friedrich Engels, &#171; La sainte famille &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le spinozisme a domin&#233; le XVIIIe si&#232;cle &#224; la fois dans sa version fran&#231;aise tardive, qui faisait de la mati&#232;re la substance, et dans le d&#233;isme, qui a conf&#233;r&#233; &#224; la mati&#232;re un nom plus spirituel... L'&#233;cole fran&#231;aise de Spinoza et les partisans du d&#233;isme n'&#233;taient que deux sectes se disputant la v&#233;ritable sens de son syst&#232;me ... Le destin simple de ce si&#232;cle des Lumi&#232;res a &#233;t&#233; son d&#233;clin (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bataille critique contre le mat&#233;rialisme fran&#231;ais&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx et Friedrich Engels, &#171; La sainte famille &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le spinozisme a domin&#233; le XVIIIe si&#232;cle &#224; la fois dans sa version fran&#231;aise tardive, qui faisait de la mati&#232;re la substance, et dans le d&#233;isme, qui a conf&#233;r&#233; &#224; la mati&#232;re un nom plus spirituel... L'&#233;cole fran&#231;aise de Spinoza et les partisans du d&#233;isme n'&#233;taient que deux sectes se disputant la v&#233;ritable sens de son syst&#232;me ... Le destin simple de ce si&#232;cle des Lumi&#232;res a &#233;t&#233; son d&#233;clin dans le romantisme apr&#232;s avoir &#233;t&#233; oblig&#233; de se rendre &#224; la r&#233;action qui a commenc&#233; apr&#232;s le mouvement fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que dit &#171; la critique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'Histoire critique du mat&#233;rialisme fran&#231;ais, nous opposerons un bref aper&#231;u de son histoire ordinaire, de masse. Nous reconna&#238;trons avec respect l'ab&#238;me entre l'histoire telle qu'elle s'est r&#233;ellement d&#233;roul&#233;e et l'histoire telle qu'elle se d&#233;roule selon le d&#233;cret de la &#171; Critique Absolue &#187;, cr&#233;atrice &#233;galement de l'ancien et du nouveau. Et enfin, ob&#233;issant aux prescriptions de la &#171; Critique &#187;, nous ferons le &#171; Pourquoi ? &#187;, &#171; D'o&#249; ? et &#034;O&#249; ?&#034; de l'Histoire critique &#171; l'objet d'une &#233;tude pers&#233;v&#233;rante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour parler exactement et dans le sens prosa&#239;que &#187;, les Lumi&#232;res fran&#231;aises du XVIIIe si&#232;cle, et en particulier le mat&#233;rialisme fran&#231;ais , n'&#233;taient pas seulement une lutte contre les institutions politiques existantes et la religion et la th&#233;ologie existantes ; c'&#233;tait tout autant une lutte ouverte et clairement exprim&#233;e contre la m&#233;taphysique du XVIIe si&#232;cle , et contre toute m&#233;taphysique , en particulier celle de Descartes, Malebranche, Spinoza et Leibniz . La philosophie s'oppose &#224; la m&#233;taphysique , tout comme Feuerbach , dans sa premi&#232;re attaque r&#233;solue contre Hegel, opposait la philosophie sobre &#224; la sp&#233;culation sauvage . La m&#233;taphysique du XVIIe si&#232;cle , chass&#233;e du champ par les Lumi&#232;res fran&#231;aises , notamment par le mat&#233;rialisme fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle, a connu une restauration victorieuse et substantielle dans la philosophie allemande , particuli&#232;rement dans la philosophie sp&#233;culative allemande du XIXe si&#232;cle. Apr&#232;s que Hegel l'ait magistralement li&#233;e &#224; toute la m&#233;taphysique ult&#233;rieure et &#224; l'id&#233;alisme allemand et ait fond&#233; un royaume m&#233;taphysique universel, l'attaque contre la th&#233;ologie a de nouveau correspondu, comme au XVIIIe si&#232;cle, &#224; une attaque contre la m&#233;taphysique sp&#233;culative etm&#233;taphysique en g&#233;n&#233;ral . Elle sera vaincue &#224; jamais par le mat&#233;rialisme , d&#233;sormais perfectionn&#233; par le travail m&#234;me de la sp&#233;culation et co&#239;ncidant avec l'humanisme . Mais de m&#234;me que Feuerbach est le repr&#233;sentant du mat&#233;rialisme co&#239;ncidant avec l'humanisme dans le domaine th&#233;orique , le socialisme et le communisme fran&#231;ais et anglais repr&#233;sentent le mat&#233;rialisme co&#239;ncidant avec l'humanisme dans le domaine pratique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A parler exactement et au sens prosa&#239;que &#187;, il y a deux courants dans le mat&#233;rialisme fran&#231;ais ; l'un fait remonter son origine &#224; Descartes, l'autre &#224; Locke. Ce dernier est principalement un d&#233;veloppement fran&#231;ais et conduit directement au socialisme. Le premier, le mat&#233;rialisme m&#233;caniste, se confond avec les sciences naturelles fran&#231;aises proprement dites. Les deux tendances se croisent au cours du d&#233;veloppement. Nous n'avons pas besoin ici d'approfondir le mat&#233;rialisme fran&#231;ais directement issu de Descartes, pas plus que l'&#233;cole fran&#231;aise de Newtonet le d&#233;veloppement des sciences naturelles fran&#231;aises en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous contenterons donc de dire ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes dans sa physique a dot&#233; la mati&#232;re d'un pouvoir d'auto-cr&#233;ation et a con&#231;u le mouvement m&#233;canique comme la manifestation de sa vie. Il a compl&#232;tement s&#233;par&#233; sa physique de sa m&#233;taphysique. Dans sa physique, la mati&#232;re est la seule substance , la seule base de l'&#234;tre et de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme m&#233;canique fran&#231;ais a adopt&#233; la physique de Descartes en opposition &#224; sa m&#233;taphysique. Ses partisans &#233;taient par profession des anti-m&#233;taphysiciens , c'est-&#224;-dire des physiciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cole commence avec le m&#233;decin Le Roy, atteint son apog&#233;e avec le m&#233;decin Cabanis , et le m&#233;decin La Mettrie en est le centre. Descartes vivait encore lorsque Le Roy, comme La Mettrie au XVIIIe si&#232;cle, transposa la structure cart&#233;sienne de l'animal &#224; l'&#226;me humaine et d&#233;clara que l'&#226;me est un mode du corps et que les id&#233;es sont des mouvements m&#233;caniques . Le Roy pensait m&#234;me que Descartes avait gard&#233; secr&#232;te sa v&#233;ritable opinion. Descartes proteste. A la fin du XVIIIe si&#232;cle, Cabanis perfectionne le mat&#233;rialisme cart&#233;sien dans son trait&#233; : Rapport du physique et du moral de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme cart&#233;sien existe encore aujourd'hui en France. Elle a obtenu de grands succ&#232;s dans les sciences naturelles m&#233;caniques qui, &#171; parlant exactement et dans le sens prosa&#239;que &#187;, se verront le moins reprocher de romantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphysique du XVIIe si&#232;cle, repr&#233;sent&#233;e en France par Descartes, a eu le mat&#233;rialisme pour antagoniste d&#232;s sa naissance. L'opposition de ce dernier &#224; Descartes est personnifi&#233;e par Gassendi , le restaurateur du mat&#233;rialisme &#233;picurien. Le mat&#233;rialisme fran&#231;ais et anglais a toujours &#233;t&#233; &#233;troitement li&#233; &#224; D&#233;mocrite et &#201;picure. La m&#233;taphysique cart&#233;sienne avait un autre adversaire dans le mat&#233;rialiste anglais Hobbes. Gassendi et Hobbes ont triomph&#233; de leur adversaire longtemps apr&#232;s leur mort &#224; l'&#233;poque m&#234;me o&#249; la m&#233;taphysique dominait d&#233;j&#224; officiellement dans toutes les &#233;coles fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voltaire soulignait que l'indiff&#233;rence des Fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle aux querelles entre j&#233;suites et jans&#233;nistes [32] tenait moins &#224; la philosophie qu'aux sp&#233;culations financi&#232;res de Law . Ainsi la chute de la m&#233;taphysique du XVIIe si&#232;cle ne peut s'expliquer par la th&#233;orie mat&#233;rialiste du XVIIIe si&#232;cle que dans la mesure o&#249; ce mouvement th&#233;orique lui-m&#234;me s'explique par le caract&#232;re pratique de la vie fran&#231;aise &#224; cette &#233;poque. Cette vie &#233;tait tourn&#233;e vers le pr&#233;sent imm&#233;diat, vers les plaisirs mondains et les int&#233;r&#234;ts mondains, vers le monde terrestre Sa pratique anti-th&#233;ologique, anti-m&#233;taphysique et mat&#233;rialiste exigeait des th&#233;ories anti-th&#233;ologiques, anti-m&#233;taphysiques et mat&#233;rialistes correspondantes. La m&#233;taphysique avait en pratiqueperdu tout cr&#233;dit. Ici, nous n'avons qu'&#224; indiquer bri&#232;vement le cours th&#233;orique des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVIIe si&#232;cle, la m&#233;taphysique (cf. Descartes, Leibniz et d'autres) contenait encore un &#233;l&#233;ment positif , s&#233;culier. Il a fait des d&#233;couvertes en math&#233;matiques, en physique et dans d'autres sciences exactes qui semblaient entrer dans son champ d'application. Ce semblant a disparu d&#232;s le d&#233;but du XVIIIe si&#232;cle. Les sciences positives se d&#233;tachent de la m&#233;taphysique et d&#233;limitent leurs champs ind&#233;pendants. Toute la richesse de la m&#233;taphysique ne consistait plus qu'en &#234;tres de pens&#233;e et en choses c&#233;lestes, au moment m&#234;me o&#249; les &#234;tres r&#233;els et les choses terrestres commen&#231;aient &#224; &#234;tre le centre de tous les int&#233;r&#234;ts. La m&#233;taphysique &#233;tait devenue insipide. L'ann&#233;e m&#234;me o&#249; moururent Malebranche et Arnauld, les derniers grands m&#233;taphysiciens fran&#231;ais du XVIIe si&#232;cle, Helv&#233;tius et Condillac&#233;taient n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme qui a priv&#233; la m&#233;taphysique du XVIIe si&#232;cle et la m&#233;taphysique en g&#233;n&#233;ral de tout cr&#233;dit dans le domaine de la th&#233;orie , c'est Pierre Bayle . Son arme &#233;tait le scepticisme , qu'il a forg&#233; &#224; partir des propres formules magiques de la m&#233;taphysique. Lui-m&#234;me proc&#232;de d'abord de la m&#233;taphysique cart&#233;sienne. Tout comme Feuerbach en combattant la th&#233;ologie sp&#233;culative a &#233;t&#233; pouss&#233; plus loin &#224; combattre la philosophie sp&#233;culative , pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il a reconnu dans la sp&#233;culation la derni&#232;re goutte de la th&#233;ologie, parce qu'il a d&#251; forcer la th&#233;ologie &#224; se retirer de la pseudo-science vers une foi crue et r&#233;pugnante., Bayle &#233;tait donc lui aussi pouss&#233; par le doute religieux &#224; douter de la m&#233;taphysique qui &#233;tait le support de cette foi. Il a donc &#233;tudi&#233; de mani&#232;re critique la m&#233;taphysique dans tout son d&#233;veloppement historique. Il en devint l'historien afin d'&#233;crire l'histoire de sa mort. Il a r&#233;fut&#233; principalement Spinoza et Leibniz .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bayle n'a pas seulement pr&#233;par&#233; la r&#233;ception du mat&#233;rialisme et de la philosophie du sens commun en France en brisant la m&#233;taphysique de son scepticisme. Il annonce la soci&#233;t&#233; ath&#233;e qui va bient&#244;t voir le jour en prouvant qu'une soci&#233;t&#233; compos&#233;e uniquement d'ath&#233;es est possible, qu'un ath&#233;e peut &#234;tre un homme digne de respect, et que ce n'est pas par l'ath&#233;isme mais par la superstition et l'idol&#226;trie que l'homme avilit lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour citer un &#233;crivain fran&#231;ais, Pierre Bayle fut &#171; le dernier m&#233;taphysicien au sens du XVIIe si&#232;cle et le premier philosophe au sens du XVIIIe si&#232;cle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la r&#233;futation n&#233;gative de la th&#233;ologie et de la m&#233;taphysique du XVIIe si&#232;cle, un syst&#232;me positif anti-m&#233;taphysique &#233;tait n&#233;cessaire. Un livre &#233;tait n&#233;cessaire qui syst&#233;matiserait et justifierait th&#233;oriquement la pratique de la vie de cette &#233;poque. Le trait&#233; de Locke An Essay Concerning Humane Understanding est venu d'outre-Manche comme en r&#233;ponse &#224; un appel. Il a &#233;t&#233; accueilli avec enthousiasme comme un invit&#233; tant attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose : Locke est-il peut-&#234;tre un disciple de Spinoza ? L'histoire &#171; profane &#187; peut r&#233;pondre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme est le fils naturel de la Grande-Bretagne . D&#233;j&#224; l'&#233;colier britannique Duns Scot demandait &#171; s'il &#233;tait impossible &#224; la mati&#232;re de penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour accomplir ce miracle, il se r&#233;fugia dans la toute-puissance de Dieu, c'est-&#224;-dire qu'il fit pr&#234;cher &#224; la th&#233;ologie le mat&#233;rialisme . De plus, il &#233;tait nominaliste. Le nominalisme, la premi&#232;re forme de mat&#233;rialisme, se rencontre surtout chez les scolastiques anglais .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable anc&#234;tre du mat&#233;rialisme anglais et de toute la science exp&#233;rimentale moderne est Bacon . Pour lui, la philosophie naturelle est la seule vraie philosophie, et la physique bas&#233;e sur l'exp&#233;rience des sens est la partie la plus importante de la philosophie naturelle. Anaxagore et ses homoeomeriae , D&#233;mocrite et ses atomes, il cite souvent comme ses autorit&#233;s. Selon lui, les sens sont infaillibles et la source de toute connaissance. Toute science est fond&#233;e sur l'exp&#233;rience et consiste &#224; soumettre les donn&#233;es fournies par les sens &#224; une m&#233;thode rationnelle .d'enqu&#234;te. L'induction, l'analyse, la comparaison, l'observation, l'exp&#233;rimentation sont les principales formes d'une telle m&#233;thode rationnelle. Parmi les qualit&#233;s inh&#233;rentes &#224; la mati&#232;re , le mouvement est la premi&#232;re et la plus importante, non seulement sous la forme d' un mouvement m&#233;canique et math&#233;matique , mais surtout sous la forme d'une impulsion , d'un esprit vital , d'une tension &#8212; ou d'un &#171; Qual &#187;, pour employer un terme de Jakob B&#246;hme &#8212; de la mati&#232;re. Les formes primaires de la mati&#232;re sont les forces vivantes et individualisantes qui lui sont inh&#233;rentes et qui produisent les distinctions entre les esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Bacon , son premier cr&#233;ateur, le mat&#233;rialisme retient encore en lui de fa&#231;on na&#239;ve les germes d'un d&#233;veloppement multiple. D'un c&#244;t&#233;, la mati&#232;re, entour&#233;e d'un glamour sensuel et po&#233;tique, semble attirer toute l'entit&#233; humaine en gagnant des sourires. D'autre part, la doctrine formul&#233;e de mani&#232;re aphoristique pullule d'incoh&#233;rences import&#233;es de la th&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;volution ult&#233;rieure, le mat&#233;rialisme devient unilat&#233;ral. Hobbes est l'homme qui syst&#233;matise le mat&#233;rialisme baconien . La connaissance bas&#233;e sur les sens perd sa fleur po&#233;tique, elle passe dans l'exp&#233;rience abstraite du g&#233;om&#232;tre . Le mouvement physique est sacrifi&#233; au mouvement m&#233;canique ou math&#233;matique ; la g&#233;om&#233;trie est proclam&#233;e reine des sciences. Le mat&#233;rialisme prend la misanthropie . S'il veut vaincre son adversaire, le spiritualisme misanthrope et d&#233;charn&#233; , et cela sur le terrain de ce dernier, le mat&#233;rialisme doit ch&#226;tier sa propre chair et devenir asc&#233;tique . Ainsi, il passe dans unentit&#233; intellectuelle ; mais ainsi, aussi, il &#233;volue toute la coh&#233;rence, sans cons&#233;quences, caract&#233;ristique de l'intellect.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hobbes, continuateur de Bacon, argumente ainsi : si toute la connaissance humaine est fournie par les sens, alors nos concepts, notions et id&#233;es ne sont que les fant&#244;mes du monde r&#233;el, plus ou moins d&#233;pouill&#233;s de sa forme sensuelle. La philosophie ne peut que donner des noms &#224; ces fant&#244;mes. Un nom peut &#234;tre appliqu&#233; &#224; plusieurs d'entre eux. Il peut m&#234;me y avoir des noms de noms. Mais cela impliquerait une contradiction si, d'une part, nous soutenions que toutes les id&#233;es ont leur origine dans le monde de la sensation, et, d'autre part, qu'un mot est plus qu'un mot ; qu'outre les &#234;tres que nous connaissions par nos sens, &#234;tres qui sont un et tous les individus, il existait aussi des &#234;tres de nature g&#233;n&#233;rale et non individuelle. Une substance non corporelle est la m&#234;me absurdit&#233; qu'un corps non corporel . Corps, &#234;tre ,substance , ne sont que des termes diff&#233;rents pour la m&#234;me r&#233;alit&#233; . Il est impossible de s&#233;parer la pens&#233;e de la mati&#232;re qui pense. Cette mati&#232;re est le substratum de tous les changements qui se produisent dans le monde. Le mot infini n'a pas de sens , &#224; moins qu'il n'&#233;nonce que notre esprit est capable d'effectuer un processus d'addition sans fin. Seules les choses mat&#233;rielles &#233;tant perceptibles, connaissables pour nous, nous ne pouvons rien savoir de l'existence de Dieu. Seule ma propre existence est certaine. Toute passion humaine est un mouvement m&#233;canique qui a un d&#233;but et une fin. Les objets de l'impulsion sont ce que nous appelons le bien. L'homme est soumis aux m&#234;mes lois que la nature. Pouvoir et libert&#233; sont identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hobbes avait syst&#233;matis&#233; Bacon sans toutefois apporter la preuve du principe fondamental de Bacon, origine de toutes les connaissances et id&#233;es humaines du monde de la sensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Locke qui, dans son Essay on the Humane Understanding , a fourni cette preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hobbes avait bris&#233; les pr&#233;jug&#233;s th&#233;istes du mat&#233;rialisme baconien ; Collins, Dodwell, Coward, Hartley, Priestley, ont de la m&#234;me mani&#232;re bris&#233; les derniers barreaux th&#233;ologiques qui enserraient encore le sensationnalisme de Locke. En tout cas, pour les mat&#233;rialistes, le d&#233;isme n'est qu'un moyen facile de se d&#233;barrasser de la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; combien l'&#339;uvre de Locke &#233;tait opportune pour les Fran&#231;ais. Locke a fond&#233; la philosophie du bon sens , du sens commun ; c'est-&#224;-dire qu'il a dit indirectement qu'il ne peut y avoir aucune philosophie en d&#233;saccord avec les sens humains sains et la raison bas&#233;e sur eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#233;l&#232;ve imm&#233;diat de Locke , Condillac , qui le traduisit en fran&#231;ais , appliqua aussit&#244;t le sensualisme de Locke contre la m&#233;taphysique du XVIIe si&#232;cle . Il a prouv&#233; que les Fran&#231;ais avaient &#224; juste titre rejet&#233; cette m&#233;taphysique comme un simple travail b&#226;cl&#233; de fantaisie et de pr&#233;jug&#233;s th&#233;ologiques. Il publie une r&#233;futation des syst&#232;mes de Descartes, Spinoza, Leibniz et Malebranche .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son Essai sur l'origine des connaissances humaines , il a expos&#233; les id&#233;es de Locke et a prouv&#233; que non seulement l'&#226;me, mais aussi les sens, non seulement l'art de cr&#233;er des id&#233;es, mais aussi l'art de la perception sensuelle, sont des questions d' exp&#233;rience et d' habitude . Tout le d&#233;veloppement de l'homme d&#233;pend donc de l'&#233;ducation et des circonstances ext&#233;rieures . Ce n'est que par une philosophie &#233;clectique que Condillac a &#233;t&#233; &#233;vinc&#233; des &#233;coles fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre le mat&#233;rialisme fran&#231;ais et anglais refl&#232;te la diff&#233;rence entre les deux nations. Les Fran&#231;ais ont donn&#233; au mat&#233;rialisme anglais de l'esprit, de la chair et du sang et de l'&#233;loquence. Ils lui ont donn&#233; le temp&#233;rament et la gr&#226;ce qui lui manquaient. Ils l'ont civilis&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Helv&#233;tius , qui s'est aussi inspir&#233; de Locke, le mat&#233;rialisme a pris un caract&#232;re bien fran&#231;ais. Helv&#233;tius l'a con&#231;u imm&#233;diatement dans son application &#224; la vie sociale (Helv&#233;tius, De l'homme ). Les qualit&#233;s sensorielles et l'amour de soi, la jouissance et l'int&#233;r&#234;t personnel correctement compris sont &#224; la base de toute morale. L'&#233;galit&#233; naturelle des intelligences humaines, l'unit&#233; du progr&#232;s de la raison et du progr&#232;s de l'industrie, la bont&#233; naturelle de l'homme et la toute-puissance de l'&#233;ducation sont les principaux traits de son syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve chez Lamettrie une synth&#232;se du mat&#233;rialisme cart&#233;sien et anglais. Il utilise en d&#233;tail la physique de Descartes. Son Homme Machine [33] est un trait&#233; d'apr&#232;s le mod&#232;le de l'animal-machine de Descartes. La partie physique du Syst&#232;me de la nature de Holbach r&#233;sulte &#233;galement de la combinaison des mat&#233;rialismes fran&#231;ais et anglais, tandis que la partie morale repose essentiellement sur la morale d'Helv&#233;tius. Robinet ( De la nature ), le mat&#233;rialiste fran&#231;ais qui avait le plus de rapport avec la m&#233;taphysique et qui fut donc lou&#233; par Hegel, se r&#233;f&#232;re explicitement &#224; Leibniz .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas besoin de s'attarder sur Volney, Dupuis, Diderot et autres, pas plus que sur les physiocrates, apr&#232;s avoir prouv&#233; la double origine du mat&#233;rialisme fran&#231;ais de la physique de Descartes et du mat&#233;rialisme anglais, et l'opposition du mat&#233;rialisme fran&#231;ais &#224; la m&#233;taphysique du XVIIe si&#232;cle , &#224; la m&#233;taphysique de Descartes, Spinoza, Malebranche et Leibniz. Cette opposition n'est devenue &#233;vidente pour les Allemands qu'apr&#232;s qu'ils se soient eux-m&#234;mes oppos&#233;s &#224; la m&#233;taphysique sp&#233;culative .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que le mat&#233;rialisme cart&#233;sien passe dans les sciences naturelles proprement dites , l'autre courant du mat&#233;rialisme fran&#231;ais conduit directement au socialisme et au communisme . &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas besoin d'une grande p&#233;n&#233;tration pour voir de l'enseignement du mat&#233;rialisme sur la bont&#233; originelle et l'&#233;gale dotation intellectuelle des hommes, la toute-puissance de l'exp&#233;rience, de l'habitude et de l'&#233;ducation, et l'influence du milieu sur l'homme, la grande importance de l'industrie, la justification de la jouissance, etc., combien le mat&#233;rialisme est n&#233;cessairement li&#233; au communisme et au socialisme. Si l'homme tire toutes ses connaissances, ses sensations, etc., du monde des sens et de l'exp&#233;rience qu'il a acquise, alors ce qu'il faut faire, c'est organiser le monde empirique de telle mani&#232;re que l'homme exp&#233;rimente et s'habitue &#224; ce qui est. vraiment humain en elle et qu'il prend conscience de lui-m&#234;me en tant qu'homme. Si l'int&#233;r&#234;t bien compris est le principe de toute morale, il faut faire co&#239;ncider l'int&#233;r&#234;t priv&#233; de l'homme avec l'int&#233;r&#234;t de l'humanit&#233;. Si l'homme n'est pas libre au sens mat&#233;rialiste, c'est-&#224;-dire qu'il est libre non par le pouvoir n&#233;gatif d'&#233;viter ceci ou cela, mais par le pouvoir positif d'affirmer sa v&#233;ritable individualit&#233;, le crime ne doit pas &#234;tre puni dans l'individu, mais dans les sources antisociales. du crime doit &#234;tre d&#233;truit, et chaque homme doit avoir une port&#233;e sociale pour la manifestation vitale de son &#234;tre. Si l'homme est fa&#231;onn&#233; par l'environnement, son environnement doit &#234;tre rendu humain. Si l'homme est social par nature, il ne d&#233;veloppera sa vraie nature que dans la soci&#233;t&#233;, et la puissance de sa nature doit &#234;tre mesur&#233;e non par la puissance de l'individu s&#233;par&#233;, mais par la puissance de la soci&#233;t&#233;. Ces propositions et d'autres similaires se retrouvent presque litt&#233;ralement m&#234;me chez les plus anciens mat&#233;rialistes fran&#231;ais. Ce n'est pas le lieu de les &#233;valuer. L'apologie des vices de Mandeville, l'un des premiers disciples anglais de Locke, est typique des tendances socialistes du mat&#233;rialisme. Il prouve qu'enle vice de la soci&#233;t&#233; moderne est indispensable et utile . [Bernard de. Mandeville, La fable des abeilles : ou, vices priv&#233;s, avantages publics ] Ce n'&#233;tait en aucun cas une apologie de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fourier proc&#232;de directement de l'enseignement des mat&#233;rialistes fran&#231;ais. Les babouvistes &#233;taient des mat&#233;rialistes grossiers et non civilis&#233;s, mais le communisme d&#233;velopp&#233; d&#233;rive lui aussi directement du mat&#233;rialisme fran&#231;ais . Ce dernier retourna dans sa m&#232;re-patrie, l'Angleterre , sous la forme que lui avait donn&#233;e Helv&#233;tius . Bentham a fond&#233; son syst&#232;me d' int&#233;r&#234;t correctement compris sur la moralit&#233; d'Helv&#233;tius, et Owen est parti du syst&#232;me de Bentham pour fonder le communisme anglais. Exil&#233; en Angleterre, le Fran&#231;ais Cabety subit l'influence des id&#233;es communistes et, &#224; son retour en France, devient le repr&#233;sentant le plus populaire, quoique le plus superficiel, du communisme. Comme Owen, les communistes fran&#231;ais plus scientifiques, D&#233;zamy , Gay et d'autres, ont d&#233;velopp&#233; l'enseignement du mat&#233;rialisme comme enseignement de l'humanisme r&#233;el et base logique du communisme .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; donc M. Bauer ou, Critique , a-t-il r&#233;ussi &#224; acqu&#233;rir les documents de l'Histoire critique du mat&#233;rialisme fran&#231;ais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1)	Les [ Vorlesungen &#252;ber die ] Geschichte der Philosophie de Hegel pr&#233;sentent le mat&#233;rialisme fran&#231;ais comme la r&#233;alisation de la Substance de Spinoza, ce qui est en tout cas bien plus compr&#233;hensible que &#171; l'&#233;cole fran&#231;aise de Spinoza &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2)	M. Bauer a lu Geschichte dear Philosophie de Hegel disant que le mat&#233;rialisme fran&#231;ais &#233;tait l' &#233;cole de Spinoza. Puis, comme il a trouv&#233; dans une autre &#339;uvre de Hegel que le d&#233;isme et le mat&#233;rialisme sont deux partis repr&#233;sentant un m&#234;me principe de base, il a conclu que Spinoza avait deux &#233;coles qui se disputaient le sens de son syst&#232;me. M. Bauer aurait pu trouver l'explication suppos&#233;e dans la Ph&#228;nomenologie de Hegel , o&#249; il est dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;En ce qui concerne cet &#202;tre absolu, l' Illumination elle-m&#234;me &#233;choue avec elle-m&#234;me ... et est divis&#233;e entre les vues de deux parties ... L'une ... appelle l' &#202;tre absolu cet Absolu sans pr&#233;dicat ... l'autre l'appelle mati&#232;re ... Les deux sont enti&#232;rement la m&#234;me notion &#8212; la distinction ne r&#233;side pas dans le fait objectif, mais purement dans la diversit&#233; des points de d&#233;part adopt&#233;s par les deux d&#233;veloppements &#187; (Hegel, Ph&#228;nomenologie , pp. 420, 421, 422)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3)	Enfin M. Bauer pourrait trouver, toujours chez Hegel, que lorsque la Substance ne se d&#233;veloppe pas en concept et en conscience de soi, elle d&#233;g&#233;n&#232;re en &#171; romantisme &#187;. La revue Hallische Jahrb&#252;cher a d&#233;velopp&#233; &#224; un moment donn&#233; une th&#233;orie similaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il fallait &#224; tout prix que &#171; l' Esprit &#187; d&#233;cr&#232;te un &#171; destin insens&#233; &#187; &#224; son &#171; adversaire &#187;, le mat&#233;rialisme .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque . La connexion du mat&#233;rialisme fran&#231;ais avec Descartes et Locke et l'opposition de la philosophie du XVIIIe si&#232;cle &#224; la m&#233;taphysique du XVIIe si&#232;cle sont pr&#233;sent&#233;es en d&#233;tail dans les histoires fran&#231;aises les plus r&#233;centes de la philosophie. A cet &#233;gard, nous n'avions qu'&#224; r&#233;p&#233;ter contre la critique critique ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; connu. Mais la connexion du mat&#233;rialisme du XVIIIe si&#232;cle avec le communisme anglais et fran&#231;ais du XIXe si&#232;cle reste &#224; pr&#233;senter en d&#233;tail. Nous nous bornerons ici &#224; citer quelques passages typiques d'Helv&#233;tius, Holbach et Bentham.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1)	Helv&#233;tius. &#171; L'homme n'est pas m&#233;chant, mais il est subordonn&#233; &#224; ses int&#233;r&#234;ts. Il ne faut donc pas se plaindre de la m&#233;chancet&#233; de l'homme mais de l'ignorance des l&#233;gislateurs, qui ont toujours oppos&#233; l'int&#233;r&#234;t particulier &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. &#8212; &#171; Les moralistes n'ont jusqu'ici pas eu de succ&#232;s parce qu'il faut creuser dans la l&#233;gislation pour arracher les racines qui cr&#233;ent le vice. A la Nouvelle-Orl&#233;ans, les femmes ont le droit de r&#233;pudier leur mari d&#232;s qu'elles en ont assez. Dans des pays comme celui-l&#224;, les femmes ne sont pas infid&#232;les, car elles n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; l'&#234;tre. &#8212; &#171; La morale n'est qu'une science frivole lorsqu'elle n'est pas combin&#233;e avec la politique et la l&#233;gislation. Les moralistes hypocrites se reconnaissent d'une part &#224; la s&#233;r&#233;nit&#233; avec laquelle ils consid&#232;rent les vices qui minent l'&#201;tat, et de l'autre par la fureur avec laquelle ils condamnent le vice priv&#233; &#187; &#8212; &#171; Les &#234;tres humains naissent ni bons ni mauvais mais pr&#234;ts &#224; devenir l'un ou l'autre selon qu'un int&#233;r&#234;t commun les unit ou les divise. &#8212; &#171; Si les citoyens ne pouvaient r&#233;aliser leur bien particulier sans r&#233;aliser le bien g&#233;n&#233;ral, il n'y aurait de vicieux que des imb&#233;ciles &#187;(De l'esprit. 1, Paris, 1822, p. 117, 240, 241, 249, 251, 369 et 339).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme, selon Helv&#233;tius, c'est l'&#233;ducation, par quoi il entend (cf. loc. cit., p. 390) non seulement l'&#233;ducation au sens ordinaire mais l'ensemble des conditions de vie de l'individu, qui forme l'homme, si une r&#233;forme est n&#233;cessaire d'abolir la contradiction entre les int&#233;r&#234;ts particuliers et ceux de la soci&#233;t&#233;, donc, d'autre part, une transformation des consciences est n&#233;cessaire pour mener &#224; bien une telle r&#233;forme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les grandes r&#233;formes ne peuvent &#234;tre mises en &#339;uvre qu'en affaiblissant le respect stupide des peuples pour les anciennes lois et coutumes &#187; (loc. cit., p. 260)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou, comme il le dit ailleurs, en abolissant l'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Holbach. &#171; L'homme ne peut s'aimer que dans les objets qu'il aime : il ne peut s'aimer que dans les autres &#234;tres de son esp&#232;ce. &#034;L'homme ne peut jamais se s&#233;parer de lui-m&#234;me un seul instant de sa vie, il ne peut pas se perdre de vue.&#034; &#034;C'est toujours notre convenance, notre int&#233;r&#234;t... qui nous fait d&#233;tester ou aimer les choses.&#034; (Syst&#232;me social, t. 1, Paris, 1822,56 pp. 80, 112), mais &#171; Dans son propre int&#233;r&#234;t, l'homme doit aimer les autres hommes, parce qu'ils sont n&#233;cessaires au bien-&#234;tre... La morale lui prouve que de tous les &#234;tres le plus n&#233;cessaire &#224; l'homme, c'est l'homme. (p. 76). &#171; La vraie morale, et aussi la vraie politique, est celle qui cherche &#224; rapprocher les hommes les uns des autres pour les faire travailler par des efforts unis &#224; leur bonheur commun. Toute morale qui s&#233;pare nos int&#233;r&#234;ts decelles de nos associ&#233;s, est fausse, insens&#233;e, contre nature. (page 116). &#171; Aimer les autres... c'est confondre nos int&#233;r&#234;ts avec ceux de nos associ&#233;s, travailler pour le bien commun... La vertu n'est que l'utilit&#233; des hommes r&#233;unis en soci&#233;t&#233; &#187;. (p. 77). &#171; Un homme sans d&#233;sirs ni passions cesserait d'&#234;tre un homme... Parfaitement d&#233;tach&#233; de lui-m&#234;me, comment pourrait-on le d&#233;cider &#224; s'attacher aux autres ? Un homme indiff&#233;rent &#224; tout et sans passions, se suffisant &#224; lui-m&#234;me, cesserait d'&#234;tre un &#234;tre social... La vertu n'est que la communication du bien. (loc. cit., p. 118). &#034;La morale religieuse n'a jamais servi &#224; rendre les mortels plus sociables.&#034; (loc. cit., p. 36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Bentham . Nous citons seulement un passage de Bentham dans lequel il s'oppose &#224; &#171; l' int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral au sens politique &#187; &#171; L'int&#233;r&#234;t des individus... doit c&#233;der le pas &#224; l'int&#233;r&#234;t public. Mais qu'est ce que &#231;a veut dire ? Chaque individu ne fait-il pas autant partie du public que les autres ? Cet int&#233;r&#234;t public que vous personnifiez n'est qu'un terme abstrait : il ne repr&#233;sente que la masse des int&#233;r&#234;ts particuliers... S'il &#233;tait bon de sacrifier la fortune d'un individu pour augmenter celle des autres, il vaudrait mieux sacrifier celle d'un une seconde, une troisi&#232;me, et ainsi de suite &#224; l'infini... Les int&#233;r&#234;ts individuels sont les seuls v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts. (Bentham, Th&#233;orie des peines et des r&#233;compenses , Paris, 1826, 3&#232;me 6d., II, p. [229], 230).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/marx/works/1845/holy-family/ch06_3_d.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/marx/works/1845/holy-family/ch06_3_d.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que nous apprennent les plan&#232;tes sur la mati&#232;re dite inerte</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8179</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8179</guid>
		<dc:date>2023-06-26T22:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Sciences de la Terre et de l'Univers &#187; de Brahic-Hoffert-Schaaf-Tardy-Daniel : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On peut distinguer quatre cat&#233;gories de corps : les plan&#232;tes terrestres dites telluriques, les plan&#232;tes g&#233;antes, Pluton et les satellites, les petits corps (ast&#233;ro&#239;des et com&#232;tes). La plan&#232;te Mars, plus petite que la Terre, a une partie centrale moins comprim&#233;e et donc de densit&#233; moindre. Par contre, la plan&#232;te Mercure, aussi dense que la Terre, a une composition chimique diff&#233;rente : elle poss&#232;de un &#233;norme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;Atome : La r&#233;troaction de la mati&#232;re/lumi&#232;re et du vide (de la microphysique &#224; l'astrophysique) - Atom : laws of physics or the feedback of matter/light/ void (from microphysics to astrophysics)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Sciences de la Terre et de l'Univers &#187; de Brahic-Hoffert-Schaaf-Tardy-Daniel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut distinguer quatre cat&#233;gories de corps : les plan&#232;tes terrestres dites telluriques, les plan&#232;tes g&#233;antes, Pluton et les satellites, les petits corps (ast&#233;ro&#239;des et com&#232;tes). La plan&#232;te Mars, plus petite que la Terre, a une partie centrale moins comprim&#233;e et donc de densit&#233; moindre. Par contre, la plan&#232;te Mercure, aussi dense que la Terre, a une composition chimique diff&#233;rente : elle poss&#232;de un &#233;norme noyau de fer et de nickel, relativement &#224; sa taille beaucoup plus gros que celui de la Terre. Les plan&#232;tes g&#233;antes, beaucoup plus grosses que les plan&#232;tes terrestres, sont moins denses&#8230; Les scientifiques s'accordent pour penser que notre syst&#232;me solaire s'est form&#233; &#224; partir d'un immense nuage de gaz et de poussi&#232;res dont le centre est devenu le Soleil et dont la p&#233;riph&#233;rie s'est condens&#233;e en plan&#232;tes&#8230; On peut distinguer deux cat&#233;gories de plan&#232;tes : les plan&#232;tes terrestres dites int&#233;rieures ou telluriques (Mercure, V&#233;nus, la Terre et Mars) et les plan&#232;tes g&#233;antes dites ext&#233;rieures (Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune)&#8230; Ces plan&#232;tes sont tr&#232;s diff&#233;rentes les unes des autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que nous apprennent les plan&#232;tes sur la mati&#232;re dite inerte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est justement que la mati&#232;re dite &#171; inerte &#187; ne l'est nullement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons une plan&#232;te que nous connaissons, ou croyons bien connaitre : la Terre. Celle-ci a une histoire, subit des changements parfois radicaux que nous attribuons parfois &#224; l'homme et &#224; son activit&#233;, parfois &#224; la Vie et &#224; son &#233;volution. Mais parfois &#224; tort et la vie n'est qu'un &#233;pisode de l'&#233;volution de la Terre qui a connu bien d'autres changements radicaux. Les climats, par exemple, ont une histoire qui pr&#233;c&#232;de le Vivant. Les mers et les montagnes aussi. Elles apparaissent et disparaissent et l'ont fait bien avant qu'apparaisse le Vivant de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plan&#232;tes du syst&#232;me solaire, elles aussi, ont une histoire. Elles se sont transform&#233;es consid&#233;rablement depuis la formation du syst&#232;me solaire. Et le meilleur t&#233;moignage de cela est l'extroardinaire vari&#233;t&#233; des plan&#232;tes qui diff&#232;rent l'une de l'autre sur &#224; peu pr&#232;s tous les registres alors que l'hypoth&#232;se scientifique retenue est qu'elles ont la m&#234;me origine : le nuage de gaz et de poussi&#232;res qui a form&#233; le Soleil lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, ces plan&#232;tes qui gravitent autour du soleil diff&#232;rent &#224; la fois leur composition chimique, leur masse volumique moyenne, la pr&#233;sence ou l'absence d'atmosph&#232;re, sa composition, sa pression, les caract&#233;ristiques de leur trajectoire autour du soleil, le magn&#233;tisme, le volcanisme, le diam&#232;tre, la masse, l'aplatissement, la temp&#233;rature, la pression, la forme, les diverses phases existantes des diff&#233;rents &#233;l&#233;ments chimiques et de leurs compos&#233;s et quantit&#233; d'autres caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diversit&#233; nous indique les plan&#232;tes n'ont pas &#233;t&#233; seulement marqu&#233;es par leur origine commune mais aussi par les diff&#233;rences qui leur ont donn&#233; des histoires tr&#232;s diverses. Ces histoires ont d&#233;pendu de leur distance au soleil, de leur taille, de leur trajectoire et aussi&#8230; du hasard, de leur ensemencement &#233;ventuel par des m&#233;t&#233;orites, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diversit&#233; ne concerne pas seulement les plan&#232;tes du syst&#232;me solaire mais aussi les exoplan&#232;tes. On y trouve toutes les tailles par exemple, des petites aux g&#233;antes, et m&#234;me des poussi&#232;res de plan&#232;tes ou de lunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous apprend cette diversit&#233; qui s'est produite alors que toute cette mati&#232;re ob&#233;it aux m&#234;mes lois de la Physique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle nous apprend d'abord que la mati&#232;re dite inerte est tr&#232;s dynamique, a une histoire, suit des dynamiques menant &#224; des voies diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle nous apprend que des petites diff&#233;rences &#224; l'origine m&#232;nent sur le long terme sur des voies compl&#232;tement divergentes. Cela signifie que la dynamique de la mati&#232;re ob&#233;it &#224; la sensibilit&#233; aux conditions initiales caract&#233;ristique du chaos d&#233;terministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vari&#233;t&#233; est telle que le regroupement en &#171; types &#187; de plan&#232;te est assez limit&#233;e. On constate que les plan&#232;tes ont ou pas d'atmosph&#232;re, ont ou pas de volcanisme, ont ou pas d'eau, ont ou pas de l'oxyg&#232;ne, mais cela ne les emp&#234;che pas de varier en tous sens en pression, en temp&#233;rature, en taille, en masse, en composition chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plan&#232;tes sont un exemple de plus que la mati&#232;re non vivante n'a rien d'inerte, qu'elle subit de multiples passages de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233;, qu'elle fait des sauts, qu'elle change au point que des plan&#232;tes g&#233;antes peuvent devenir des &#233;toiles et inversement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re &#224; grande &#233;chelle a des histoires, subit des changements qui modifient la direction de toute l'histoire suivante. La Terre est un bon exemple de tels sauts historiques. et ce changement a un caract&#232;re dialectique, pilot&#233; par des contradictions internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous apprennent les plan&#232;tes hors du syst&#232;me solaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3550&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3550&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois exoplan&#232;tes d&#233;clar&#233;es similaires &#224; la Terre ne seraient pas aussi terrestres qu'elles en ont l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nationalgeographic.fr/espace/quelles-sont-les-planetes-qui-ressemblent-vraiment-a-la-terre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nationalgeographic.fr/espace/quelles-sont-les-planetes-qui-ressemblent-vraiment-a-la-terre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chaos d&#233;terministe et le syst&#232;me solaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2463&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2463&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des plan&#232;tes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=jGx96pUc70w&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=jGx96pUc70w&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surprenante diversit&#233; des plan&#232;tes g&#233;antes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.larecherche.fr/la-surprenante-diversit%C3%A9-des-plan%C3%A8tes-g%C3%A9antes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.larecherche.fr/la-surprenante-diversit%C3%A9-des-plan%C3%A8tes-g%C3%A9antes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des syst&#232;mes stellaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/tag/diversite-systemes-stellaires/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/tag/diversite-systemes-stellaires/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des exoplan&#232;tes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.explore-exoplanets.eu/mooc/2-3-la-diversite-des-exoplanetes/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.explore-exoplanets.eu/mooc/2-3-la-diversite-des-exoplanetes/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tonnante diversit&#233; des plan&#232;tes extrasolaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.academie-sciences.fr/pdf/membre/s150610_mayor.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.academie-sciences.fr/pdf/membre/s150610_mayor.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expos&#233;s de l'Universit&#233; de tous les savoirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/recherche?search_api_fulltext=plan%C3%A8tes&amp;op=Envoyer&amp;f%5B0%5D=chaine%3A341&amp;sort_by=search_api_relevance&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.canal-u.tv/recherche?search_api_fulltext=plan%C3%A8tes&amp;op=Envoyer&amp;f%5B0%5D=chaine%3A341&amp;sort_by=search_api_relevance&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plan&#232;tes ne tournent pas toutes autour d'un soleil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.insu.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/decouverte-dune-centaine-de-planetes-errantes-dans-une-region-de-formation-stellaire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.insu.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/decouverte-dune-centaine-de-planetes-errantes-dans-une-region-de-formation-stellaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Structure et dynamique interne&lt;br class='autobr' /&gt;
des plan&#232;tes telluriques&lt;br class='autobr' /&gt;
M2R module de plan&#233;tologie&lt;br class='autobr' /&gt;
des plan&#232;tes telluriques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://ipag.osug.fr/~beckp/Research/Teaching_files/Cours3Planeto.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ipag.osug.fr/~beckp/Research/Teaching_files/Cours3Planeto.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des types de plan&#232;tes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Types_de_plan%C3%A8tes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Types_de_plan%C3%A8tes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Structure interne des plan&#232;tes du syst&#232;me solaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.planete-astronomie.eu/structure-interne-planetes-systeme-solaire.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.planete-astronomie.eu/structure-interne-planetes-systeme-solaire.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une plan&#232;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan%C3%A8te&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan%C3%A8te&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formation d'une plan&#232;te g&#233;ante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://trustmyscience.com/hubble-observe-formation-planete-geante/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://trustmyscience.com/hubble-observe-formation-planete-geante/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plan&#232;te orbitant autour d'une &#233;toile morte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nationalgeographic.fr/espace/cette-planete-orbitant-autour-dune-etoile-morte-donne-un-apercu-du-destin-du-systeme-solaire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nationalgeographic.fr/espace/cette-planete-orbitant-autour-dune-etoile-morte-donne-un-apercu-du-destin-du-systeme-solaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nationalgeographic.fr/espace/cette-planete-orbitant-autour-dune-etoile-morte-donne-un-apercu-du-destin-du-systeme-solaire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nationalgeographic.fr/espace/cette-planete-orbitant-autour-dune-etoile-morte-donne-un-apercu-du-destin-du-systeme-solaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rence entre une plan&#232;te et une &#233;toile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.geo.fr/environnement/quelle-est-la-difference-entre-une-planete-et-une-etoile-212472&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.geo.fr/environnement/quelle-est-la-difference-entre-une-planete-et-une-etoile-212472&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Y a-t-il une &#171; Philosophie de la mati&#232;re &#187; ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article7636</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article7636</guid>
		<dc:date>2023-05-17T22:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Y a-t-il une &#171; Philosophie de la mati&#232;re &#187; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
H&#233;l&#232;ne Metzger : La philosophie de la mati&#232;re chez Lavoisier &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikisource.org/wiki/La_philosophie_de_la_mati%C3%A8re_chez_Lavoisier &lt;br class='autobr' /&gt;
Diderot : Principes philosophiques sur la mati&#232;re et le mouvement &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5040 &lt;br class='autobr' /&gt;
Philosophie de la mati&#232;re ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4163 &lt;br class='autobr' /&gt;
Robert Paris : La mati&#232;re est elle-m&#234;me intrins&#232;quement dialectique (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Chapter 02 : Is matter a suject of philosophy ? Mati&#232;re &#224; philosopher ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot149" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Y a-t-il une &#171; Philosophie de la mati&#232;re &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;H&#233;l&#232;ne Metzger : La philosophie de la mati&#232;re chez Lavoisier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_philosophie_de_la_mati%C3%A8re_chez_Lavoisier&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/La_philosophie_de_la_mati%C3%A8re_chez_Lavoisier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diderot : Principes philosophiques sur la mati&#232;re et le mouvement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5040&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5040&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philosophie de la mati&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4163&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4163&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Paris : La mati&#232;re est elle-m&#234;me intrins&#232;quement dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5017&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5017&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que disent Marx, Engels et L&#233;nine de &#171; la mati&#232;re &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4683&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4683&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il une philosophie en sciences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philosophie de la nature de Hegel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article650&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article650&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme (en philosophie) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3667&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3667&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eftichios I. Bitsakis : C'est la nature qui est objectivement dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5451&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5451&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il une mani&#232;re nouvelle, moderne, de concevoir mati&#232;re et mat&#233;rialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3115&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3115&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul monde, une seule science&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui nous &#233;tonne, nous choque, nous bouleverse, renverse nos convictions habituelles quand on &#233;tudie la mati&#232;re ? Qu'est-ce qui change notre philosophie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2387&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2387&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde mat&#233;riel existe-t-il objectivement, en dehors de nos pens&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3352&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3352&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re n'existe-t-elle que pour une conscience humaine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5023&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5023&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux points de vue oppos&#233;s au n&#244;tre :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'existence de la mati&#232;re, par Bertrand Russell&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Probl%C3%A8mes_de_la_philosophie/L%E2%80%99existence_de_la_mati%C3%A8re&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Probl%C3%A8mes_de_la_philosophie/L%E2%80%99existence_de_la_mati%C3%A8re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mati&#232;re et m&#233;moire, par Henri Bergson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Mati%C3%A8re_et_m%C3%A9moire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Mati%C3%A8re_et_m%C3%A9moire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="en">
		<title>Ludwig Feuerbach and the End of Classical German Philosophy</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article7759</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article7759</guid>
		<dc:date>2023-01-17T11:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>en</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>English</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ludwig Feuerbach and the End of Classical German Philosophy &lt;br class='autobr' /&gt;
Frederick Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
PART I - HEGEL &lt;br class='autobr' /&gt;
The volume before us (1) carries us back to a period which, although in time no more than a generation behind us, has become as foreign to the present generation in Germany as if it were already a hundred years old. Yet it was the period of Germany's preparation for the Revolution of 1848; and all that has happened since then in our country has been merely a continuation of 1848, merely the (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;000- ENGLISH - MATTER AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;English&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ludwig Feuerbach and the End of Classical German Philosophy&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Frederick Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PART I - HEGEL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The volume before us (1) carries us back to a period which, although in time no more than a generation behind us, has become as foreign to the present generation in Germany as if it were already a hundred years old. Yet it was the period of Germany's preparation for the Revolution of 1848; and all that has happened since then in our country has been merely a continuation of 1848, merely the execution of the last will and testament of the revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Just as in France in the 18th century, so in Germany in the 19th, a philosophical revolution ushered in the political collapse. But how different the two looked! The French were in open combat against all official science, against the church and often also against the state; their writings were printed across the frontier, in Holland or England, while they themselves were often in jeopardy of imprisonment in the Bastille. On the other hand, the Germans were professors, state-appointed instructors of youth; their writings were recognized textbooks, and the termination system of the whole development &#8212; the Hegelian system &#8212; was even raised, as it were, to the rank of a royal Prussian philosophy of state! Was it possible that a revolution could hide behind these professors, behind their obscure, pedantic phrases, their ponderous, wearisome sentences? Were not precisely these people who were then regarded as the representatives of the revolution, the liberals, the bitterest opponents of this brain-confusing philosophy? But what neither the government nor the liberals saw was seen at least by one man as early as 1833, and this man was indeed none other than Heinrich Heine.[A]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us take an example. No philosophical proposition has earned more gratitude from narrow-minded governments and wrath from equally narrow-minded liberals than Hegel's famous statement: &#8220;All that is real is rational; and all that is rational is real.&#8221; That was tangibly a sanctification of things that be, a philosophical benediction bestowed upon despotism, police government, Star Chamber proceedings and censorship. That is how Frederick William III and how his subjects understood it. But according to Hegel certainly not everything that exists is also real, without further qualification. For Hegel the attribute of reality belongs only to that which at the same time is necessary: &#8220;In the course of its development reality proves to be necessity.&#8221; A particular governmental measure &#8212; Hegel himself cites the example of &#8220;a certain tax regulation&#8221; &#8212; is therefore for him by no means real without qualification. That which is necessary, however, proves itself in the last resort to be also rational; and, applied to the Prussian state of that time, the Hegelian proposition, therefore, merely means: this state is rational, corresponds to reason, insofar as it is necessary; and if it nevertheless appears to us to be evil, but still, in spite of its evil character, continues to exist, then the evil character of the government is justified and explained by the corresponding evil character of its subjects. The Prussians of that day had the government that they deserved.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now, according to Hegel, reality is, however, in no way an attribute predictable of any given state of affairs, social or political, in all circumstances and at all times. On the contrary. The Roman Republic was real, but so was the Roman Empire, which superseded it. In 1789, the French monarchy had become so unreal, that is to say, so robbed of all necessity, so irrational, that it had to be destroyed by the Great Revolution, of which Hegel always speaks with the greatest enthusiasm. In this case, therefore, the monarchy was the unreal and the revolution the real. And so, in the course of development, all that was previously real becomes unreal, loses it necessity, its right of existence, its rationality. And in the place of moribund reality comes a new, viable reality &#8212; peacefully if the old has enough intelligence to go to its death without a struggle; forcibly if it resists this necessity. Thus the Hegelian proposition turns into its opposite through Hegelian dialectics itself: All that is real in the sphere of human history, becomes irrational in the process of time, is therefore irrational by its very destination, is tainted beforehand with irrationality, and everything which is rational in the minds of men is destined to become real, however much it may contradict existing apparent reality. In accordance with all the rules of the Hegelian method of thought, the proposition of the rationality of everything which is real resolves itself into the other proposition: All that exists deserves to perish.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But precisely therein lay the true significance and the revolutionary character of the Hegelian philosophy (to which, as the close of the whole movement since Kant, we must here confine ourselves), that it once and for all dealt the death blow to the finality of all product of human thought and action. Truth, the cognition of which is the business of philosophy, was in the hands of Hegel no longer an aggregate of finished dogmatic statements, which, once discovered, had merely to be learned by heart. Truth lay now in the process of cognition itself, in the long historical development of science, which mounts from lower to ever higher levels of knowledge without ever reaching, by discovering so-called absolute truth, a point at which it can proceed no further, where it would have nothing more to do than to fold its hands and gaze with wonder at the absolute truth to which it had attained. And what holds good for the realm of philosophical knowledge holds good also for that of every other kind of knowledge and also for practical action. Just as knowledge is unable to reach a complete conclusion in a perfect, ideal condition of humanity, so is history unable to do so; a perfect society, a perfect &#8220;state&#8221;, are things which can only exist in imagination. On the contrary, all successive historical systems are only transitory stages in the endless course of development of human society from the lower to the higher. Each stage is necessary, and therefore justified for the time and conditions to which it owes its origin. But in the face of new, higher conditions which gradually develop in its own womb, it loses vitality and justification. It must give way to a higher stage which will also in its turn decay and perish. Just as the bourgeoisie by large-scale industry, competition, and the world market dissolves in practice all stable time-honored institutions, so this dialectical philosophy dissolves all conceptions of final, absolute truth and of absolute states of humanity corresponding to it. For it [dialectical philosophy], nothing is final, absolute, sacred. It reveals the transitory character of everything and in everything; nothing can endure before it except the uninterrupted process of becoming and of passing away, of endless ascendancy from the lower to the higher. And dialectical philosophy itself is nothing more than the mere reflection of this process in the thinking brain. It has, of course, also a conservative side; it recognizes that definite stages of knowledge and society are justified for their time and circumstances; but only so far. The conservatism of this mode of outlook is relative; its revolutionary character is absolute &#8212; the only absolute dialectical philosophy admits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is not necessary, here, to go into the question of whether this mode of outlook is thoroughly in accord with the present state of natural science, which predicts a possible end even for the Earth, and for its habitability a fairly certain one; which therefore recognizes that for the history of mankind, too, there is not only an ascending but also a descending branch. At any rate, we still find ourselves a considerable distance from the turning-point at which the historical course of society becomes one of descent, and we cannot expect Hegelian philosophy to be concerned with a subject which natural science, in its time, had not at all placed upon the agenda as yet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But what must, in fact, be said here is this: that in Hegel the views developed above are not so sharply delineated. They are a necessary conclusion from his method, but one which he himself never drew with such explicitness. And this, indeed, for the simple reason that he was compelled to make a system and, in accordance with traditional requirements, a system of philosophy must conclude with some sort of absolute truth. Therefore, however much Hegel, especially in his Logic, emphasized that this eternal truth is nothing but the logical, or, the historical, process itself, he nevertheless finds himself compelled to supply this process with an end, just because he has to bring his system to a termination at some point or other. In his Logic, he can make this end a beginning again, since here the point of the conclusion, the absolute idea &#8212; which is only absolute insofar as he has absolutely nothing to say about it &#8212; &#8220;alienates&#8221;, that is, transforms, itself into nature and comes to itself again later in the mind, that is, in thought and in history. But at the end of the whole philosophy, a similar return to the beginning is possible only in one way. Namely, by conceiving of the end of history as follows: mankind arrives at the cognition of the self-same absolute idea, and declares that this cognition of the absolute idea is reached in Hegelian philosophy. In this way, however, the whole dogmatic content of the Hegelian system is declared to be absolute truth, in contradiction to his dialectical method, which dissolves all dogmatism. Thus the revolutionary side is smothered beneath the overgrowth of the conservative side. And what applies to philosophical cognition applies also to historical practice. Mankind, which, in the person of Hegel, has reached the point of working out the absolute idea, must also in practice have gotten so far that it can carry out this absolute idea in reality. Hence the practical political demands of the absolute idea on contemporaries may not be stretched too far. And so we find at the conclusion of the Philosophy of Right that the absolute idea is to be realized in that monarchy based on social estates which Frederick William III so persistently but vainly promised to his subjects, that is, in a limited, moderate, indirect rule of the possessing classes suited to the petty-bourgeois German conditions of that time; and, moreover, the necessity of the nobility is demonstrated to us in a speculative fashion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The inner necessities of the system are, therefore, of themselves sufficient to explain why a thoroughly revolutionary method of thinking produced an extremely tame political conclusion. As a matter of fact, the specific form of this conclusion springs from this, that Hegel was a German, and like his contemporary Goethe had a bit of the philistine's queue dangling behind. Each of them was an Olympian Zeus in his own sphere, yet neither of them ever quite freed himself from German philistinism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But all this did not prevent the Hegelian system from covering an incomparably greater domain than any earlier system, nor from developing in this domain a wealth of thought, which is astounding even today. The phenomenology of mind (which one may call a parallel of the embryology and palaeontology of the mind, a development of individual consciousness through its different stages, set in the form of an abbreviated reproduction of the stages through which the consciousness of man has passed in the course of history), logic, natural philosophy, philosophy of mind, and the latter worked out in its separate, historical subdivisions: philosophy of history, of right, of religion, history of philosophy, aesthetics, etc. &#8212; in all these different historical fields Hegel labored to discover and demonstrate the pervading thread of development. And as he was not only a creative genius but also a man of encyclopaedic erudition, he played an epoch-making role in every sphere. It is self-evident that owing to the needs of the &#8220;system&#8221; he very often had to resort to those forced constructions about which his pigmy opponents make such a terrible fuss even today. But these constructions are only the frame and scaffolding of his work. If one does not loiter here needlessly, but presses on farther into the immense building, one finds innumerable treasures which today still possess undiminshed value. With all philosophers it is precisely the &#8220;system&#8221; which is perishable; and for the simple reason that it springs from an imperishable desire of the human mind &#8212; the desire to overcome all contradictions. But if all contradictions are once and for all disposed of, we shall have arrived at so-called absolute truth &#8212; world history will be at an end. And yet it has to continue, although there is nothing left for it to do &#8212; hence, a new, insoluble contradiction. As soon as we have once realized &#8212; and in the long run no one has helped us to realize it more than Hegel himself &#8212; that the task of philosophy thus stated means nothing but the task that a single philosopher should accomplish that which can only be accomplished by the entire human race in its progressive development &#8212; as soon as we realize that, there is an end to all philosophy in the hitherto accepted sense of the word. One leaves alone &#8220;absolute truth&#8221;, which is unattainable along this path or by any single individual; instead, one pursues attainable relative truths along the path of the positive sciences, and the summation of their results by means of dialectical thinking. At any rate, with Hegel philosophy comes to an end; on the one hand, because in his system he summed up its whole development in the most splendid fashion; and on the other hand, because, even though unconsciously, he showed us the way out of the labyrinth of systems to real positive knowledge of the world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;One can imagine what a tremendous effect this Hegelian system must have produced in the philosophy-tinged atmosphere of Germany. It was a triumphant procession which lasted for decades and which by no means came to a standstill on the death of Hegel. On the contrary, it was precisely from 1830 to 1840 that &#8220;Hegelianism&#8221; reigned most exclusively, and to a greater or lesser extent infected even its opponents. It was precisely in this period that Hegelian views, consciously or unconsciously, most extensively penetrated the most diversified sciences and leavened even popular literature and the daily press, from which the average &#8220;educated consciousness&#8221; derives its mental pabulum. But this victory along the whole front was only the prelude to an internal struggle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As we have seen, the doctrine of Hegel, taken as a whole, left plenty of room for giving shelter to the most diverse practical party views. And in the theoretical Germany of that time, two things above all were practical: religion and politics. Whoever placed the chief emphasis on the Hegelian system could be fairly conservative in both spheres; whoever regarded the dialectical method as the main thing could belong to the most extreme opposition, both in politics and religion. Hegel himself, despite the fairly frequent outbursts of revolutionary wrath in his works, seemed on the whole to be more inclined to the conservative side. Indeed, his system had cost him much more &#8220;hard mental plugging&#8221; than his method. Towards the end of the thirties, the cleavage in the school became more and more apparent. The Left wing, the so-called Young Hegelians, in their fight with the pietist orthodox and the feudal reactionaries, abandoned bit by bit that philosophical-genteel reserve in regard to the burning questions of the day which up to that time had secured state toleration and even protection for their teachings. And when in 1840, orthodox pietism and absolutist feudal reaction ascended the throne with Frederick William IV, open partisanship became unavoidable. The fight was still carried on with philosophical weapons, but no longer for abstract philosophical aims. It turned directly on the destruction of traditional religion and of the existing state. And while in the Deutsche Jahrbucher [B]the practical ends were still predominantly put forward in philosophical disguise, in the Rheinische Zeitung of 1842 the Young Hegelian school revealed itself directly as the philosophy of the aspiring radical bourgeoisie and used the meagre cloak of philosophy only to deceive the censorship.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At that time, however, politics was a very thorny field, and hence the main fight came to be directed against religion; this fight, particularly since 1840, was indirectly also political. Strauss' Life of Jesus, published in 1835, had provided the first impulse. The theory therein developed of the formation of the gospel myths was combated later by Bruno Bauer with proof that a whole series of evangelic stories had been fabricated by the authors themselves. The controversy between these two was carried out in the philosophical disguise of a battle between &#8220;self-consciousness&#8221; and &#8220;substance&#8221;. The question whether the miracle stories of the gospels came into being through unconscious-traditional myth-creation within the bosom of the community or whether they were fabricated by the evangelists themselves was magnified into the question whether, in world history, &#8220;substance&#8221; or &#8220;self-consciousness&#8221; was the decisive operative force. Finally came Stirner, the prophet of contemporary anarchism &#8212; Bakunin has taken a great deal from him &#8212; and capped the sovereign &#8220;self-consciousness&#8221; by his sovereign &#8220;ego&#8221;[C].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We will not go further into this side of the decomposition process of the Hegelian school. More important for us is the following: the main body of the most determined Young Hegelians was, by the practical necessities of its fight against positive religion, driven back to Anglo-French materialism. This brought them into conflict with the system of their school. While materialism conceives nature as the sole reality, nature in the Hegelian system represents merely the &#8220;alienation&#8221; of the absolute idea, so to say, a degradation of the idea. At all events, thinking and its thought-product, the idea, is here the primary, nature the derivative, which only exists at all by the condescension of the idea. And in this contradiction they floundered as well or as ill as they could.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Then came Feuerbach's Essence of Christianity[D]. With one blow, it pulverized the contradiction, in that without circumlocutions it placed materialism on the throne again. Nature exists independently of all philosophy. It is the foundation upon which we human beings, ourselves products of nature, have grown up. Nothing exists outside nature and man, and the higher beings our religious fantasies have created are only the fantastic reflection of our own essence. The spell was broken; the &#8220;system&#8221; was exploded and cast aside, and the contradiction, shown to exist only in our imagination, was dissolved. One must himself have experienced the liberating effect of this book to get an idea of it. Enthusiasm was general; we all became at once Feuerbachians. How enthusiastically Marx greeted the new conception and how much &#8212; in spite of all critical reservations &#8212; he was influenced by it, one may read in the The Holy Family[E].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Even the shortcomings of the book contributed to its immediate effect. Its literary, sometimes even high-flown, style secured for it a large public and was at any rate refreshing after long years of abstract and abstruse Hegelianizing. The same is true of its extravagant deification of love, which, coming after the now intolerable sovereign rule of &#8220;pure reason&#8221;, had its excuse, if not justification. But what we must not forget is that it was precisely these two weaknesses of Feuerbach that &#8220;true Socialism&#8221;, which had been spreading like a plague in educated Germany since 1844, took as its starting-point, putting literary phrases in the place of scientific knowledge, the liberation of mankind by means of &#8220;love&#8221; in place of the emancipation of the proletariat through the economic transformation of production &#8212; in short, losing itself in the nauseous fine writing and ecstacies of love typified by Herr Karl Grun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Another thing we must not forget is this: the Hegelian school disintegrated, but Hegelian philosophy was not overcome through criticism; Strauss and Bauer each took one of its sides and set it polemically against the other. Feuerbach smashed the system and simply discarded it. But a philosophy is not disposed of by the mere assertion that it is false. And so powerful a work as Hegelian philosophy, which had exercised so enormous an influence on the intellectual development of the nation, could not be disposed of by simply being ignored. It had to be &#8220;sublated&#8221; in its own sense, that is, in the sense that while its form had to be annihilatedhrough criticism, the new content which had been won through it had to be saved. How this was brought about we shall see below.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But in the meantime, the Revolution of 1848 thrust the whole of philosophy aside as unceremoniously as Feuerbach had thrust aside Hegel. And in the process, Feuerbach himself was also pushed into the background.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ludwig Feuerbach, by K.N. Starcke, Ph.D., Stuttgart, Ferd. Enke. 1885.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Engels had in mind Heine's remarks on the &#8220;German philosophical revolution&#8221; contained in the latter's sketches Zur Geschichte der Religion und Philosophie in Deutschland (On the History of Religion and Philosophy in Germany), written in 1833.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. The Deutsche Jahrb&#252;cher fur Wissenschaft und Kunst (German Annuals of Science and Art): Organ of the Young Hegelians edited by A. Ruge and T. Echtermeyer, and published in Leipzig from 1841 to 1843.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Engels refers to Max Stirner's (pseudonym for Kaspar Schmidt) Der Einzige und sein Eigentum (The Ego and His Own), which appeared in 1845.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. Feuerbach's Das Wesen des Christentums (The Essence of Christianity) appeared in Leipzig in 1841.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. The full title of this book by Marx and Engels is: Die Heilige Familie oder Kritik der kritischen Kritik. Gegen Bruno Bauer und Konsorten (The Holy Family, or a Criticism of Critical Criticism. Against Bruno Bauer and Co.). It was originally published in Frankfort on the Main in 1845.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PART II - MATERIALISM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The great basic question of all philosophy, especially of more recent philosophy, is that concerning the relation of thinking and being. From the very early times when men, still completely ignorant of the structure of their own bodies, under the stimulus of dream apparitions (1) came to believe that their thinking and sensation were not activities of their bodies, but of a distinct soul which inhabits the body and leaves it at death &#8212; from this time men have been driven to reflect about the relation between this soul and the outside world. If, upon death, it took leave of the body and lived on, there was no occassion to invent yet another distinct death for it. Thus arose the idea of immortality, which at that stage of development appeared not at all as a consolation but as a fate against which it was no use fighting, and often enough, as among the Greeks, as a positive misfortune. The quandry arising from the common universal ignorance of what to do with this soul, once its existence had been accepted, after the death of the body, and not religious desire for consolation, led in a general way to the tedious notion of personal immortality. In an exactly similar manner, the first gods arose through the personification of natural forces. And these gods in the further development of religions assumed more and more extramundane form, until finally by a process of abstraction, I might almost say of distillation, occurring naturally in the course of man's intellectual development, out of the many more or less limited and mutually limiting gods there arose in the minds of men the idea of the one exclusive God of the monotheistic religions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus the question of the relation of thinking to being, the relation of the spirit to nature &#8212; the paramount question of the whole of philosophy &#8212; has, no less than all religion, its roots in the narrow-minded and ignorant notions of savagery. But this question could for the first time be put forward in its whole acuteness, could achieve its full significance, only after humanity in Europe had awakened from the long hibernation of the Christian Middle Ages. The question of the position of thinking in relation to being, a question which, by the way, had played a great part also in the scholasticism of the Middle Ages, the question: which is primary, spirit or nature &#8212; that question, in relation to the church, was sharpened into this: Did God create the world or has the world been in existence eternally?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The answers which the philosophers gave to this question split them into two great camps. Those who asserted the primacy of spirit to nature and, therefore, in the last instance, assumed world creation in some form or other &#8212; and among the philosophers, Hegel, for example, this creation often becomes still more intricate and impossible than in Christianity &#8212; comprised the camp of idealism. The others, who regarded nature as primary, belong to the various schools of materialism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These two expressions, idealism and materialism, originally signify nothing else but this; and here too they are not used in any other sense. What confusion arises when some other meaning is put to them will be seen below.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the question of the relation of thinking and being had yet another side: in what relation do our thoughts about the world surrounding us stand to this world itself? Is our thinking capable of the cognition of the real world? Are we able in our ideas and notions of the real world to produce a correct reflection of reality? In philosophical language this question is called the question of identity of thinking and being, and the overwhelming majority of philosophers give an affirmative answer to this question. With Hegel, for example, its affirmation is self-evident; for what we cognize in the real world is precisely its thought-content &#8212; that which makes the world a gradual realization of the absolute idea, which absolute idea has existed somewhere from eternity, independent of the world and before the world. But it is manifest without further proof that thought can know a content which is from the outset a thought-content. It is equally manifest that what is to be proved here is already tacitly contained in the premises. But that in no way prevents Hegel from drawing the further conclusion from his proof of the identity of thinking and being that his philosophy, because it is correct for his thinking, is therefore the only correct one, and that the identity of thinking and being must prove its validity by mankind immediately translating his philosophy from theory into practice and transforming the whole world according to Hegelian principles. This is an illusion which he shares with well-nigh all philosophers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In addition, there is yet a set of different philosophers &#8212; those who question the possibility of any cognition, or at least of an exhaustive cognition, of the world. To them, among the more modern ones, belong Hume and Kant, and they played a very important role in philosophical development. What is decisive in the refutation of this view has already been said by Hegel, in so far as this was possible from an idealist standpoint. The materialistic additions made by Feuerbach are more ingenious than profound. The most telling refutation of this as of all other philosophical crotchets is practice &#8212; namely, experiment and industry. If we are able to prove the correctness of our conception of a natural process by making it ourselves, bringing it into being out of its conditions and making it serve our own purposes into the bargain, then there is an end to the Kantian ungraspable &#8220;thing-in-itself&#8221;. The chemical substances produced in the bodies of plants and animals remained just such &#8220;things-in-themselves&#8221; until organic chemistry began to produce them one after another, whereupon the &#8220;thing-in-itself&#8221; became a thing for us &#8212; as, for instance, alizarin, the coloring matter of the madder, which we no longer trouble to grow in the madder roots in the field, but produce much more cheaply and simply from coal tar. For 300 years, the Copernican solar system was a hypothesis with 100, 1,000, 10,000 to 1 chances in its favor, but still always a hypothesis. But then Leverrier, by means of the data provided by this system, not only deduced the necessity of the existence of an unknown planet, but also calculated the position in the heavens which this planet must necessarily occupy, and when [Johann] Galle really found this planet [Neptune, discovered 1846, at Berlin Observatory], the Copernican system was proved. If, nevertheless, the neo-Kantians are attempting to resurrect the Kantian conception in Germany, and the agnostics that of Hume in England (where in fact it never became extinct), this is, in view of their theoretical and practical refutation accomplished long ago, scientifically a regression and practically merely a shamefaced way of surreptitiously accepting materialism, while denying it before the world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But during this long period from Descartes to Hegel and from Hobbes to Feuerbach, these philosophers were by no means impelled, as they thought they were, solely by the force of pure reason. On the contrary, what really pushed them forward most was the powerful and ever more rapidly onrushing progress of natural science and industry. Among the materialists this was plain on the surface, but the idealist systems also filled themselves more and more with a materialist content and attempted pantheistically to reconcile the antithesis between mind and matter. Thus, ultimately, the Hegelian system represents merely a materialism idealistically turned upside down in method and content.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is, therefore, comprehensible that Starcke in his characterization of Feuerbach first of all investigates the latter's position in regard to this fundamental question of the relation of thinking and being. After a short introduction, in which the views of the preceding philosophers, particularly since Kant, are described in unnecessarily ponderous philosophical language, and in which Hegel, by an all too formalistic adherence to certain passages of his works, gets far less his due, there follows a detailed description of the course of development of Feuerbach's &#8220;metaphysics&#8221; itself, as this course was successively reflected in those writings of this philosopher which have a bearing here. This description is industriously and lucidly elaborated; only, like the whole book, it is loaded with a ballast of philosophical phraseology by no means everywhere unavoidable, which is the more disturbing in its effect the less the author keeps to the manner of expression of one and the same school, or even of Feuerbach himself, and the more he interjects expressions of very different tendencies, especially of the tendencies now rampant and calling themselves philosophical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The course of evolution of Feuerbach is that of a Hegelian &#8212; a never quite orthodox Hegelian, it is true &#8212; into a materialist; an evolution which at a definite stage necessitates a complete rupture with the idealist system of his predecessor. With irresistible force, Feuerbach is finally driven to the realization that the Hegelian premundane existence of the &#8220;absolute idea&#8221;, the &#8220;pre-existence of the logical categories&#8221; before the world existed, is nothing more than the fantastic survival of the belief in the existence of an extra-mundane creator; that the material, sensuously perceptible world to which we ourselves belong is the only reality; and that our consciousness and thinking, however supra-sensuous they may seem, are the product of a material, bodily organ, the brain. Matter is not a product of mind, but mind itself is merely the highest product of matter. This is, of course, pure materialism. But, having got so far, Feuerbach stops short. He cannot overcome the customary philosophical prejudice, prejudice not against the thing but against the name materialism. He says:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;To me materialism is the foundation of the edifice of human essence and knowledge; but to me it is not what it is to the physiologist, to the natural scientists in the narrower sense, for example, to Moleschott, and necessarily is from their standpoint and profession, namely, the edifice itself. Backwards I fully agree with the materialists; but not forwards.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here, Feuerbach lumps together the materialism that is a general world outlook resting upon a definite conception of the relation between matter and mind, and the special form in which this world outlook was expressed at a definite historical stage &#8212; namely, in the 18th century. More than that, he lumps it with the shallow, vulgarized form in which the materialism of the 18th century continues to exist today in the heads of naturalists and physicians, the form which was preached on their tours in the fifties by Buchner, Vogt, and Moleschott. But just as idealism underwent a series of stages of development, so also did materialism. With each epoch-making discovery even in the sphere of natural science, it has to change its form; and after history was also subjected to materialistic treatment, a new avenue of development has opened here, too.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The materialism of the last century was predominantly mechanical, because at that time, of all natural sciences, only mechanics, and indeed only the mechanics of solid bodies &#8212; celestial and terrestrial &#8212; in short, the mechanics of gravity, had come to any definite close. Chemistry at that time existed only in its infantile, phlogistic form [A]. Biology still lay in swaddling clothes; vegetable and animal organisms had been only roughly examined and were explained by purely mechanical causes. What the animal was to Descartes, man was to the materialists of the 18th century &#8212; a machine. This exclusive application of the standards of mechanics to processes of a chemical and organic nature &#8212; in which processes the laws of mechanics are, indeed, also valid, but are pushed into the backgrounds by other, higher laws &#8212; constitutes the first specific but at that time inevitable limitations of classical French materialism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second specific limitation of this materialism lay in its inability to comprehend the universe as a process, as matter undergoing uninterrupted historical development. This was in accordance with the level of the natural science of that time, and with the metaphysical, that is, anti-dialectical manner of philosophizing connected with it. Nature, so much was known, was in eternal motion. But according to the ideas of that time, this motion turned, also eternally, in a circle and therefore never moved from the spot; it produced the same results over and over again. This conception was at that time inevitable. The Kantian theory of the origin of the Solar System [that the Sun and planets originated from incandescent rotating nebulous masses] had been put forward but recently and was still regarded merely as a curiosity. The history of the development of the Earth, geology, was still totally unknown, and the conception that the animate natural beings of today are the result of a long sequence of development from the simple to the complex could not at that time scientifically be put forward at all. The unhistorical view of nature was therefore inevitable. We have the less reason to reproach the philosophers of the 18th century on this account since the same thing is found in Hegel. According to him, nature, as a mere &#8220;alienation&#8221; of the idea, is incapable of development in time &#8212; capable only of extending its manifoldness in space, so that it displays simultaneously and alongside of one another all the stages of development comprised in it, and is condemned to an eternal repetition of the same processes. This absurdity of a development in space, but outside of time &#8212; the fundamental condition of all development &#8212; Hegel imposes upon nature just at the very time when geology, embryology, the physiology of plants and animals, and organic chemistry were being built up, and when everywhere on the basis of these new sciences brilliant foreshadowings of the later theory of evolution were appearing (for instance, Goethe and Lamarck). But the system demanded it; hence the method, for the sake of the system, had to become untrue to itself.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This same unhistorical conception prevailed also in the domain of history. Here the struggle against the remnants of the Middle Ages blurred the view. The Middle Ages were regarded as a mere interruption of history by a thousand years of universal barbarism. The great progress made in the Middle Ages &#8212; the extension of the area of European culture, the viable great nations taking form there next to each other, and finally the enormous technical progress of the 14th and 15th centuries &#8212; all this was not seen. Thus a rational insight into the great historical interconnectedness was made impossible, and history served at best as a collection of examples and illustrations for the use of philosophers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The vulgarizing pedlars, who in Germany in the fifties dabbled in materialism, by no means overcame this limitation of their teachers. All the advances of natural science which had been made in the meantime served them only as new proofs against the existence of a creator of the world; and, indeed, they did not in the least make it their business to develop the theory any further. Though idealism was at the end of its tether and was dealt a death-blow by the Revolution of 1848, it had the satisfaction of seeing that materialism had for the moment fallen lower still. Feuerbach was unquestionably right when he refused to take responsibility for this materialism; only he should not have confounded the doctrines of these itinerant preachers with materialism in general.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here, however, there are two things to be pointed out. First, even during Feuerbach's lifetime, natural science was still in that process of violent fermentation which only during the last 15 years had reached a clarifying, relative conclusion. New scientific data were acquired to a hitherto unheard-of extent, but the establishing of interrelations, and thereby the bringing of order into this chaos of discoveries following closely upon each other's heels, has only quite recently become possible. It is true that Feuerbach had lived to see all three of the decisive discoveries &#8212; that of the cell, the transformation of energy, and the theory of evolution named after Darwin. But how could the lonely philosopher, living in rural solitude, be able sufficiently to follow scientific developments in order to appreciate at their full value discoveries which natural scientists themselves at that time either still contested or did not know how to make adequate use of? The blame for this falls solely upon the wretched conditions in Germany, in consequence of which cobweb-spinning eclectic flea-crackers had taken possession of the chairs of philosophy, while Feuerbach, who towered above them all, had to rusticate and grow sour in a little village. It is therefore not Feuerbach's fault that this historical conception of nature, which had now become possible and which removed all the one-sidedness of French materialism, remained inaccessible to him.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secondly, Feuerbach is quite correct in asserting that exclusively natural-scientific materialism is indeed &#8220;the foundation of the edifice of human knowledge, but not the edifice itself&#8221;. For we live not only in nature but also in human society, and this also no less than nature has its history of development and its science. It was therefore a question of bringing the science of society, that is, the sum total of the so-called historical and philosophical sciences, into harmony with the materialist foundation, and of reconstructing it thereupon. But it did not fall to Feuerbach's lot to do this. In spite of the &#8220;foundation&#8221;, he remained here bound by the traditional idealist fetters, a fact which he recognizes in these words: &#8220;Backwards I agree with the materialists, but not forwards!&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But it was Feuerbach himself who did not go &#8220;forwards&#8221; here; in the social domain, who did not get beyond his standpoint of 1840 or 1844. And this was again chiefly due to this reclusion which compelled him, who, of all philosophers, was the most inclined to social intercourse, to produce thoughts out of his solitary head instead of in amicable and hostile encounters with other men of his calibre. Later, we shall see in detail how much he remained an idealist in this sphere.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It need only be added here that Starcke looks for Feuerbach's idealism in the wrong place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Feuerbach is an idealist; he believes in the progress of mankind.&#8221; (p.19)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The foundation, the substructure of the whole, remains nevertheless idealism. Realism for us is nothing more than a protection again aberrations, while we follow our ideal trends. Are not compassion, love, and enthusiasm for truth and justice ideal forces?&#8221; (p.VIII)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the first place, idealism here means nothing, but the pursuit of ideal aims. But these necessarily have to do at the most with Kantian idealism and its &#8220;categorical imperative&#8221;; however, Kant himself called his philosophy &#8220;transcendental idealism&#8221; by no means because he dealt therein also with ethical ideals, but for quite other reasons, as Starcke will remember. The superstitition that philosophical idealism is pivoted round a belief in ethical, that is, social, ideals, arose outside philosophy, among the German philistines, who learned by heart from Schiller's poems the few morsels of philosophical culture they needed. No one has criticized more severely the impotent &#8220;categorical imperative&#8221; of Kant &#8212; impotent because it demands the impossible, and therefore never attains to any reality &#8212; no one has more cruelly derided the philistine sentimental enthusiasm for unrealizable ideals purveyed by Schiller than precisely the complete idealist Hegel (see, for example, his Phenomenology).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the second place, we simply cannot get away from the fact that everything that sets men acting must find its way through their brains &#8212; even eating and drinking, which begins as a consequence of the sensation of hunger or thirst transmitted through the brain, and ends as a result of the sensation of satisfaction likewise transmitted through the brain. The influences of the external world upon man express themselves in his brain, are reflected therein as feelings, impulses, volitions &#8212; in short, as &#8220;ideal tendencies&#8221;, and in this form become &#8220;ideal powers&#8221;. If, then, a man is to be deemed an idealist because he follows &#8220;ideal tendencies&#8221; and admits that &#8220;ideal powers&#8221; have an influence over him, then every person who is at all normally developed is a born idealist and how, in that case, can there still be any materialists?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the third place, the conviction that humanity, at least at the present moment, moves on the whole in a progressive direction has absolutely nothing to do with the antagonism between materialism and idealism. The French materialists no less than the deists Voltaire and Rousseau held this conviction to an almost fanatical degree, and often enough made the greatest personal sacrifices for it. If ever anybody dedicated his whole life to the &#8220;enthusiasm for truth and justice&#8221; &#8212; using this phrase in the good sense &#8212; it was Diderot, for instance. If, therefore, Starcke declares all this to be idealism, this merely proves that the word materialism, and the whole antagonism between the two trends, has lost all meaning for him here.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The fact is that Starcke, although perhaps unconsciously, in this makes an unpardonable concession to the traditional philistine prejudice against the word materialism resulting from its long-continued defamation by the priests. By the word materialism, the philistine understands gluttony, drunkenness, lust of the eye, lust of the flesh, arrogance, cupidity, avarice, covetousness, profit-hunting, and stock-exchange swindling &#8212; in short, all the filthy vices in which he himself indulges in private. By the word idealism he understands the belief in virtue, universal philanthropy, and in a general way a &#8220;better world&#8221;, of which he boasts before others but in which he himself at the utmost believes only so long as he is having the blues or is going through the bankruptcy consequent upon his customary &#8220;materialist&#8221; excesses. It is then that he sings his favorite song, What is man? &#8212; Half beast, half angel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For the rest, Starcke takes great pains to defend Feuerbach against the attacks and doctrines of the vociferous assistant professors who today go by the name of philosophers in Germany. For people who are interested in this afterbirth of classical German philosophy this is, of course, a matter of importance; for Starcke himself it may have appeared necessary. We, however, will spare the reader this.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Among savages and lower barbarians the idea is still universal that the human forms which appear in dreams are souls which have temporarily left their bodies; the real man is, therefore, held responsible for acts committed by his dream apparition against the dreamer. Thus Imthurn found this belief current, for example, among the Indians of Guiana in 1884.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[A] Phlogistic Theory: The theory prevailing in chemistry during the 17th and 18th centuries that combustion takes place due to the presence in certain bodies of a special substance named phlogiston.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PART III - FEUERBACH&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The real idealism of Feuerbach becomes evident as soon as we come to his philosophy of religion and ethics. He by no means wishes to abolish religion; he wants to perfect it. Philosophy itself must be absorbed in religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The periods of humanity are distinguished only by religious changes. A historical movement is fundamental only when it is rooted in the hearts of men. The heart is not a form of religion, so that the latter should exist also in the heart; the heart is the essence of religion.&#8221; (Quoted by Starcke, p.168.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;According to Feuerbach, religion is the relation between human beings based on the affections, the relation based on the heart, which relation until now has sought its truth in a fantastic mirror image of reality &#8212; in the mediation of one or many gods, the fantastic mirror images of human qualities &#8212; but now finds it directly and without any mediation in the love between &#8220;I&#8221; and &#8220;Thou&#8221;. Thus, finally, with Feuerbach sex love becomes one of the highest forms, if not the highest form, of the practice of his new religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now relations between human beings, based on affection, and especially between the two sexes, have existed as long as mankind has. Sex love in particular has undergone a development and won a place during the last 800 years which has made it a compulsory pivotal point of all poetry during this period. The existing positive religions have limited themselves to the bestowal of a higher consecration upon state-regulated sex love &#8212; that is, upon the marriage laws &#8212; and they could all disappear tomorrow without changing in the slightest the practice of love and friendship. Thus the Christian religion in France, as a matter of fact, so completely disappeared in the year 1793&#8211;95 that even Napoleon could not re-introduce it without opposition and difficulty; and this without any need for a substitute in Feuerbach's sense, making itself in the interval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuerbach's idealism consists here in this: he does not simply accept mutual relations based on reciprocal inclination between human beings, such as sex love, friendship, compassion, self-sacrifice, etc., as what they are in themselves &#8212; without associating them with any particular religion which to him, too, belongs to the past; but instead he asserts that they will attain their full value only when consecrated by the name of religion. The chief thing for him is not that these purely human relations exist, but that they shall be conceived of as the new, true, religion. They are to have full value only after they have been marked with a religious stamp. Religion is derived from religare [&#8220;to bind&#8221;] and meant, originally, a bond. Therefore, every bond between two people is a religion. Such etymological tricks are the last resort of idealist philosophy. Not what the word means according to the historical development of its actual use, but what it ought to mean according to its derivation is what counts. And so sex love, and the intercourse between the sexes, is apotheosized to a religion, merely in order that the word religion, which is so dear to idealistic memories, may not disappear from the language. The Parisian reformers of the Louis Blanc trend used to speak in precisely the same way in the forties. They, likewise, could conceive of a man without religion only as a monster, and used to say to us: &#8220;Donc, l'atheisme c'est votre religion!&#8221; [&#8220;Well, then atheism is your religion!&#8221;] If Feuerbach wishes to establish a true religion upon the basis of an essentially materialist conception of nature, that is the same as regarding modern chemistry as true alchemy. If religion can exist without its god, alchemy can exist without its philosopher's stone. By the way, there exists a very close connection between alchemy and religion. The philosopher's stone has many godlike properties and the Egyptian-Greek alchemists of the first two centuries of our era had a hand in the development of Christian doctrines, as the data given by Kopp and Bertholet have proved.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuerbach's assertion that &#8220;the periods of humanity are distinguished only by religious changes&#8221; is decidedly false. Great historical turning-points have been accompanied by religious changes only so far as the three world religions which have existed up to the present &#8212; Buddhism, Christianity, and Islam &#8212; are concerned. The old tribal and national religions, which arose spontaneously, did not proselytize and lost all their power of resistance as soon as the independence of the tribe or people was lost. For the Germans, it was sufficient to have simple contact with the decaying Roman world empire and with its newly adopted Christian world religion which fitted its economic, political, and ideological conditions. Only with these world religions, arisen more or less artificially, particularly Christianity and Islam, do we find that the more general historical movements acquire a religious imprint. Even in regard to Christianity, the religious stamp in revolutions of really universal significance is restricted to the first stages of the bourgeoisie's struggle for emancipation &#8212; from the 13th to the 17th century &#8212; and is to be accounted for, not as Feuerbach thinks by the hearts of men and their religious needs, but by the entire previous history of the Middle Ages, which knew no other form of ideology than religion and theology. But when the bourgeoisie of the 18th century was strengthened enough likewise to posses an ideology of its own, suited to its own class standpoint, it made its great and conclusive revolution &#8212; the French &#8212;, appealing exclusively to juristic and political ideas, and troubling itself with religion only in so far as it stood in its way. But it never occurred to it to put a new religion in place of the old. Everyone knows how Robespierre failed in his attempt [to set up a religion of the &#8220;highest being&#8221;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The possibility of purely human sentiments in our intercourse with other human beings has nowadays been sufficiently curtailed by the society in which we must live, which is based upon class antagonism and class rule. We have no reason to curtail it still more by exalting these sentiments to a religion. And similarly the understanding of the great historical class struggles has already been sufficiently obscured by current historiography, particularly in Germany, so that there is also no need for us to make such an understanding totally impossible by transforming the history of these struggles into a mere appendix of ecclesiastical history. Already here it becomes evident how far today we have moved beyond Feuerbach. His &#8220;finest&#8221; passages in glorification of his new religion of love are totally unreadable today.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The only religion which Feuerbach examines seriously is Christianity, the world religion of the Occident, based upon monotheism. He proves that the Christian god is only a fantastic reflection, a mirror image, of man. Now, this god is, however, himself the product of a tedious process of abstraction, the concentrated quintessence of the numerous earlier tribal and national gods. And man, whose image this god is, is therefore also not a real man, but likewise the quintessence of the numerous real men, man in the abstract, therefore himself again a mental image. Feuerbach, who on every page preaches sensuousness, absorption in the concrete, in actuality, becomes thoroughly abstract as soon as he begins to talk of any other than mere sex relations between human beings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Of these relations, only one aspect appeals to him: morality. And here we are again struck by Feuerbach's astonishing poverty when compared to Hegel. The latter's ethics, or doctrine of moral conduct, is the philosophy of right, and embraces: (1) abstract right; (2) morality; (3) social ethics [Sittlichkeit], under which are comprised: the family, civil society, and the state.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here the content is as realistic as the form is idealistic. Besides morality, the whole sphere of law, economy, politics is here included. With Feuerbach, it is just the reverse. In the form he is realistic since he takes his start from man; but there is absolutely no mention of the world in which this man lives; hence, this man remains always the same abstract man who occupied the field in the philosophy of religion. For this man is not born of woman; he issues, as from a chrysalis, from the god of monotheistic religions. He therefore does not live in a real world historically come into being and historically determined. True, he has intercourse with other men; however, each one of them is just as much an abstraction as he himself. In his philosophy of religion we still had men and women, but in his ethics even this last distinction disappears. Feuerbach, to be sure, at long intervals makes such statements as: &#8220;Man thinks differently in a palace and in a hut.&#8221; &#8220;If because of hunger, of misery, you have no stuff in your body, you likewise have no stuff for morality in your head, in your mind, or heart.&#8221; &#8220;Politics must become our religion,&#8221; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But Feuerbach is absolutely incapable of achieving anything with these maxims. They remain mere phrases, and even Starcke has to admit that for Feuerbach politics constituted an impassable frontier and the &#8220;science of society, sociology, was terra incognita to him&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;He appears just as shallow, in comparison with Hegel, in his treatment of the antithesis of good and evil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;One believes one is saying something great,&#8221; Hegel remarks, &#8220;if one says that &#8216;man is naturally good'. But one forgets that one says something far greater when one says &#8216;man is naturally evil'.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;With Hegel, evil is the form in which the motive force of historical development presents itself. This contains the twofold meaning that, on the one hand, each new advance necessarily appears as a sacrilege against things hallowed, as a rebellion against condition, though old and moribund, yet sanctified by custom; and that, on the other hand, it is precisely the wicked passions of man &#8212; greed and lust for power &#8212; which, since the emergence of class antagonisms, serve as levers of historical development &#8212; a fact of which the history of feudalism and of the bourgeoisie, for example, constitutes a single continual proof. But it does not occur to Feuerbach to investigate the historical role of moral evil. To him, history is altogether an uncanny domain in which he feels ill at ease. Even his dictum: &#8220;Man as he sprang originally from nature was only a mere creature of nature, not a man. Man is a product of man, of culture, of history&#8221; &#8212; with him, even this dictum remains absolutely sterile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What Feuerbach has to tell us about morals can, therefore, only be extremely meagre. The urge towards happiness is innate in man, and must therefore form the basis of all morality. But the urge towards happiness is subject to a double correction. First, by the natural consequences of our actions: after the debauch comes the &#8220;blues&#8221;, and habitual excess is followed by illness. Secondly, by its social consequences: if we do not respect the similar urge of other people towards happiness they will defend themselves, and so interfere with our own urge toward happiness. Consequently, in order to satisfy our urge, we must be in a position to appreciate rightly the results of our conduct and must likewise allow others an equal right to seek happiness. Rational self-restraint with regard to ourselves, and love &#8212; again and again love! &#8212; in our intercourse with others &#8212; these are the basic laws of Feuerbach's morality; from them, all others are derived. And neither the most spirited utterances of Feuerbach nor the strongest eulogies of Starcke can hide the tenuity and banality of these few propositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Only very exceptionally, and by no means to this and other people's profit, can an individual satisfy his urge towards happiness by preoccupation with himself. Rather, it requires preoccupation with the outside world, with means to satisfy his needs &#8212; that is to say, food, an individual of the opposite sex, books, conversation, argument, activities, objects for use and working up. Feuerbach's morality either presupposes that these means and objects of satisfaction are given to every individual as a matter of course, or else it offers only inapplicable good advice and is, therefore, not worth a brass farthing to people who are without these means. And Feuerbach himself states this in plain terms:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Man thinks differently in a palace and in a hut. If because of hunger, of misery, you have no stuff in your body, you likewise have no stuff for morality in your head, in your mind, or heart.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Do matters fare any better in regard to the equal right of others to satisfy their urge towards happiness? Feuerbach posed this claim as absolute, as holding good for all times and circumstances. But since when has it been valid? Was there ever in antiquity between slaves and masters, or in the Middle Ages between serfs and barons, any talk about an equal right to the urge towards happiness? Was not the urge towards happiness of the oppressed class sacrificed ruthlessly and &#8220;by the right of law&#8221; to that of the ruling class? Yes, that was indeed immoral; nowadays, however, equality of rights is recognized. Recognized in words ever since and inasmuch as the bourgeoisie, in its fight against feudalism and in the development of capitalist production, was compelled to abolish all privileges of estate, that is, personal privileges, and to introduce the equality of all individuals before law, first in the sphere in private law, then gradually also in the sphere of public law. But the urge towards happiness thrives only to a trivial extent on ideal rights. To the greatest extent of all it thrives on material means; and capitalist production takes care to ensure that the great majority of those equal rights shall get only what is essential for bare existence. Capitalist production has, therefore, little more respect, if indeed any more, for the equal right to the urge towards happiness of the majority than had slavery or serfdom. And are we better off in regard to the mental means of happiness, the educational means? Is not even &#8220;the schoolmaster of Sadowa&#8221; a mythical person? [A]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;More. According to Feuerbach's theory of morals, the Stock Exchange is the highest temple of moral conduct, provided only that one always speculates right. If my urge towards happiness leads me to the Stock Exchange, and if there I correctly gauge the consequences of my actions so that only agreeable results and no disadvantages ensue &#8212; that is, I always win &#8212; then I am fulfilling Feuerbach's precept. Moreover, I do not thereby interfere with the equal right of another person to pursue his happiness; for that other man went to the Exchange just as voluntarily as I did and in concluding the speculative transaction with me he has followed his urge towards happiness as I have followed mine. If he loses his money, his action is ipso facto proved to have been unethical, because of his bad reckoning, and since I have given him the punishment he deserves, I can even slap my chest proudly, like a modern Rhadamanthus. Love, too, rules on the Stock Exchange, in so far as it is not simply a sentimental figure of speech, for each finds in others the satisfaction of his own urge towards happiness, which is just what love ought to achieve and how it acts in practice. And if I gamble with correct prevision of the consequences of my operations, and therefore with success, I fulfil all the strictest injunctions of Feuerbachian morality &#8212; and becomes a rich man into the bargain. In other words, Feuerbach's morality is cut exactly to the pattern of modern capitalist society, little as Feuerbach himself might desire or imagine it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But love! &#8212; yes, with Feuerbach, love is everywhere and at all times the wonder-working god who should help to surmount all difficulties of practical life &#8212; and at that in a society which is split into classes with diametrically opposite interests. At this point, the last relic of the revolutionary character disappears from his philosophy, leaving only the old cant: Love one another &#8212; fall into each other's arms regardless of distinctions of sex or estate &#8212; a universal orgy of reconciliation!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In short, the Feuerbachian theory of morals fares like all its predecessors. It is designed to suit all periods, all peoples and all conditions, and precisely for that reason it is never and nowhere applicable. It remains, as regards the real world, as powerless as Kant's categorical imperative. In reality every class, even every profession, has its own morality, and even this it violates whenever it can do so with impunity. And love, which is to unite all, manifests itself in wars, altercations, lawsuits, domestic broils, divorces, and every possible exploitation of one by another.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now how was it possible that the powerful impetus given by Feuerbach turned out to be so unfruitful for himself? For the simple reason that Feuerbach himself never contrives to escape from the realm of abstraction &#8212; for which he has a deadly hatred &#8212; into that of living reality. He clings fiercely to nature and man; but nature and man remain mere words with him. He is incapable of telling us anything definite either about real nature or real men. But from the abstract man of Feuerbach, one arrives at real living men only when one considers them as participants in history. And that is what Feuerbach resisted,and therefore the year 1848, which he did not understand, meant to him merely the final break with the real world, retirement into solitude. The blame for this again falls chiefly on the conditions them obtaining in Germany, which condemned him to rot away miserably.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the step which Feuerbach did not take nevertheless had to be taken. The cult of abstract man, which formed the kernel of Feuerbach's new religion, had to be replaced by the science of real men and of their historical development. This further development of Feuerbach's standpoint beyond Feuerbach was inaugurated by Marx in 1845 in The Holy Family.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[A] The schoolmaster of Sadowa: An expression currently used by German bourgeois publicists after the victory of the Prussians at Sadowa (in the Austro-Prussian War of 1866), the implications being that the Prussian victory was to be attributed to the superiority of the Prussian system of public education.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PART IV - MARX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strauss, Bauer, Stirner, Feuerbach &#8212; these were the offshoots of Hegelian philosophy, in so far as they did not abandon the field of philosophy. Strauss, after his Life of Jesus and Dogmatics, produced only literary studies in philosophy and ecclesiastical history after the fashion of Renan. Bauer only achieved something in the field of the history of the origin of Christianity, though what he did here was important. Stirner remained a curiosity, even after Bakunin blended him with Proudhon and labelled the blend &#8220;anarchism&#8221;. Feuerbach alone was of significance as a philosopher. But not only did philosophy &#8212; claimed to soar above all special sciences and to be the science of sciences connecting them &#8212; remain to him an impassable barrier, an inviolable holy thing, but as a philosopher, too, he stopped half-incapable of disposing of Hegel through criticism; he simply threw him aside as useless, while he himself, compared with the encyclopaedic wealth of the Hegelian system, achieved nothing positive beyond a turgid religion of love and a meagre, impotent morality.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Out of the dissolution of the Hegelian school, however, there developed still another tendency, the only one which has borne real fruit. And this tendency is essentially connected with the name of Marx (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The separation from Hegelian philosophy was here also the result of a return to the materialist standpoint. That means it was resolved to comprehend the real world &#8212; nature and history &#8212; just as it presents itself to everyone who approaches it free from preconceived idealist crotchets. It was decided mercilessly to sacrifice every idealist fancy which could not be brought into harmony with the facts conceived in their own and not in a fantastic interconnection. And materialism means nothing more than this. But here the materialistic world outlook was taken really seriously for the first time and was carried through consistently &#8212; at least in its basic features &#8212; in all domains of knowledge concerned.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel was not simply put aside. On the contrary, a start was made from his revolutionary side, described above, from the dialectical method. But in its Hegelian form, this method was unusable. According to Hegel, dialectics is the self-development of the concept. The absolute concept does not only exist &#8212; unknown where &#8212; from eternity, it is also the actual living soul of the whole existing world. It develops into itself through all the preliminary stages which are treated at length in the Logic and which are all included in it. Then it &#8220;alienates&#8221; itself by changing into nature, where, unconscious of itself, disguised as a natural necessity, it goes through a new development and finally returns as man's consciousness of himself. This self-consciousness then elaborates itself again in history in the crude form until finally the absolute concept again comes to itself completely in the Hegelian philosophy. According to Hegel, therefore, the dialectical development apparent in nature and history &#8212; that is, the causal interconnection of the progressive movement from the lower to the higher, which asserts itself through all zigzag movements and temporary retrogression &#8212; is only a copy [Abklatsch] of the self-movement of the concept going on from eternity, no one knows where, but at all events independently of any thinking human brain. This ideological perversion had to be done away with. We again took a materialistic view of the thoughts in our heads, regarding them as images [Abbilder] of real things instead of regarding real things as images of this or that stage of the absolute concept. Thus dialectics reduced itself to the science of the general laws of motion, both of the external world and of human thought &#8212; two sets of laws which are identical in substance, but differ in their expression in so far as the human mind can apply them consciously, while in nature and also up to now for the most part in human history, these laws assert themselves unconsciously, in the form of external necessity, in the midst of an endless series of seeming accidents. Thereby the dialectic of concepts itself became merely the conscious reflex of the dialectical motion of the real world and thus the dialectic of Hegel was turned over; or rather, turned off its head, on which it was standing, and placed upon its feet. And this materialist dialectic, which for years has been our best working tool and our sharpest weapon, was, remarkably enough, discovered not only by us but also, independently of us and even of Hegel, by a German worker, Joseph Dietzgen. (2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this way, however, the revolutionary side of Hegelian philosophy was again taken up and at the same time freed from the idealist trimmings which with Hegel had prevented its consistent execution. The great basic thought that the world is not to be comprehended as a complex of readymade things, but as a complex of processes, in which the things apparently stable no less than their mind images in our heads, the concepts, go through an uninterrupted change of coming into being and passing away, in which, in spite of all seeming accidentally and of all temporary retrogression, a progressive development asserts itself in the end &#8212; this great fundamental thought has, especially since the time of Hegel, so thoroughly permeated ordinary consciousness that in this generality it is now scarcely ever contradicted. But to acknowledge this fundamental thought in words and to apply it in reality in detail to each domain of investigation are two different things. If, however, investigation always proceeds from this standpoint, the demand for final solutions and eternal truths ceases once for all; one is always conscious of the necessary limitation of all acquired knowledge, of the fact that it is conditioned by the circumstances in which it was acquired. On the other hand, one no longer permits oneself to be imposed upon by the antithesis, insuperable for the still common old metaphysics, between true and false, good and bad, identical and different, necessary and accidental. One knows that these antitheses have only a relative validity; that that which is recognized now as true has also its latent false side which will later manifest itself, just as that which is now regarded as false has also its true side by virtue of which it could previously be regarded as true. One knows that what is maintained to be necessary is composed of sheer accidents and that the so-called accidental is the form behind which necessity hides itself &#8212; and so on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The old method of investigation and thought which Hegel calls &#8220;metaphysical&#8221;, which preferred to investigate things as given, as fixed and stable, a method the relics of which still strongly haunt people's minds, had a great deal of historical justification in its day. It was necessary first to examine things before it was possible to examine processes. One had first to know what a particular thing was before one could observe the changes it was undergoing. And such was the case with natural science. The old metaphysics, which accepted things as finished objects, arose from a natural science which investigated dead and living things as finished objects. But when this investigation had progressed so far that it became possible to take the decisive step forward, that is, to pass on the systematic investigation of the changes which these things undergo in nature itself, then the last hour of the old metaphysic struck in the realm of philosophy also. And in fact, while natural science up to the end of the last century was predominantly a collecting science, a science of finished things, in our century it is essentially a systematizing science, a science of the processes, of the origin and development of these things and of the interconnection which binds all these natural processes into one great whole. Physiology, which investigates the processes occurring in plant and animal organisms; embryology, which deals with the development of individual organisms from germs to maturity; geology, which investigates the gradual formation of the Earth's surface &#8212; all these are the offspring of our century.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But, above all, there are three great discoveries which have enabled our knowledge of the interconnection of natural processes to advance by leaps and bounds:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;First, the discovery of the cell as the unit from whose multiplication and differentiation the whole plant and animal body develops. Not only is the development and growth of all higher organisms recognized to proceed according to a single general law, but the capacity of the cell to change indicates the way by which organisms can change their species and thus go through a more than individual development.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second, the transformation of energy, which has demonstrated to us that all the so-called forces operative in the first instance in inorganic nature &#8212; mechanical force and its complement, so-called potential energy, heat, radiation (light, or radiant heat), electricity, magnetism, and chemical energy &#8212; are different forms of manifestation of universal motion, which pass into one another in definite proportions so that in place of a certain quantity of the one which disappears, a certain quantity of another makes its appearance and thus the whole motion of nature is reduced to this incessant process of transformation from one form into another.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finally, the proof which Darwin first developed in connected form that the stock of organic products of nature environing us today, including man, is the result of a long process of evolution from a few originally unicellular germs, and that these again have arisen from protoplasm or albumen, which came into existence by chemical means.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thanks to these three great discoveries, and the other immense advances in natural science, we have now arrived at the point where we can demonstrate the interconnection between the processes in nature not only in particular spheres but also the interconnection of these particular spheres on the whole, and so can present in an approximately systematic form a comprehensive view of the interconnection in nature by means of the facts provided by an empirical science itself. To furnish this comprehensive view was formerly the task of so-called natural philosophy. It could do this only by putting in place of the real but as yet unknown interconnections ideal, fancied ones, filling in the missing facts by figments of the mind and bridging the actual gaps merely in imagination. In the course of this procedure it conceived many brilliant ideas and foreshadowed many later discoveries, but it also produced a considerable amount of nonsense, which indeed could not have been otherwise. Today, when one needs to comprehend the results of natural scientific investigation only dialetically, that is, in the sense of their own interconnection, in order to arrive at a &#8220;system of nature&#8221; sufficient for our time; when the dialectical character of this interconnection is forcing itself against their will even into the metaphysically-trained minds of the natural scientists, today natural philosophy is finally disposed of. Every attempt at resurrecting it would be not only superfluous but a step backwards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But what is true of nature, which is hereby recognized also as a historical process of development, is likewise true of the history of society in all its branches and of the totality of all sciences which occupy themselves with things human (and divine). Here, too, the philosophy of history, of right, of religion, etc., has consisted in the substitution of an interconnection fabricated in the mind of the philosopher for the real interconnection to be demonstrated in the events; has consisted in the comprehension of history as a whole as well as in its separate parts, as the gradual realization of ideas &#8212; and naturally always only the pet ideas of the philosopher himself. According to this, history worked unconsciously but of necessity towards a certain ideal goal set in advance &#8212; as, for example, in Hegel, towards the realization of his absolute idea &#8212; and the unalterable trend towards this absolute idea formed the inner interconnection in the events of history. A new mysterious providence &#8212; unconscious or gradually coming into consciousness &#8212; was thus put in the place of the real, still unknown interconnection. Here, therefore, just as in the realm of nature, it was necessary to do away with these fabricated, artificial interconnections by the discovery of the real ones &#8212; a task which ultimately amounts to the discovery of the general laws of motion which assert themselves as the ruling ones in the history of human society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In one point, however, the history of the development of society proves to be essentially different from that of nature. In nature &#8212; in so far as we ignore man's reaction upon nature &#8212; there are only blind, unconscious agencies acting upon one another, out of whose interplay the general law comes into operation. Nothing of all that happens &#8212; whether in the innumerable apparent accidents observable upon the surface, or in the ultimate results which confirm the regularity inherent in these accidents &#8212; happens as a consciously desired aim. In the history of society, on the contrary, the actors are all endowed with consciousness, are men acting with deliberation or passion, working towards definite goals; nothing happens without a conscious purpose, without an intended aim. But this distinction, important as it is for historical investigation, particularly of single epochs and events, cannot alter the fact that the course of history is governed by inner general laws. For here, also, on the whole, in spite of the consciously desired aims of all individuals, accident apparently reigns on the surface. That which is willed happens but rarely; in the majority of instances the numerous desired ends cross and conflict with one another, or these ends themselves are from the outset incapable of realization, or the means of attaining them are insufficient. thus the conflicts of innumerable individual wills and individual actions in the domain of history produce a state of affairs entirely analogous to that prevailing in the realm of unconscious nature. The ends of the actions are intended, but the results which actually follow from these actions are not intended; or when they do seem to correspond to the end intended, they ultimately have consequences quite other than those intended. Historical events thus appear on the whole to be likewise governed by chance. But where on the surface accident holds sway, there actually it is always governed by inner, hidden laws, and it is only a matter of discovering these laws.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Men make their own history, whatever its outcome may be, in that each person follows his own consciously desired end, and it is precisely the resultant of these many wills operating in different directions, and of their manifold effects upon the outer world, that constitutes history. Thus it is also a question of what the many individuals desire. The will is determined by passion or deliberation. But the levers which immediately determine passion or deliberation are of very different kinds. Partly they may be external objects, partly ideal motives, ambition, &#8220;enthusiasm for truth and justice&#8221;, personal hatred, or even purely individual whims of all kinds. But, on the one hand, we have seen that the many individual wills active in history for the most part produce results quite other than those intended &#8212; often quite the opposite; that their motives, therefore, in relation to the total result are likewise of only secondary importance. On the other hand, the further question arises: What driving forces in turn stand behind these motives? What are the historical forces which transform themselves into these motives in the brains of the actors?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The old materialism never put this question to itself. Its conception of history, in so far as it has one at all, is therefore essentially pragmatic; it divides men who act in history into noble and ignoble and then finds that as a rule the noble are defrauded and the ignoble are victorious. hence, it follows for the old materialism that nothing very edifying is to be got from the study of history, and for us that in the realm of history the old materialism becomes untrue to itself because it takes the ideal driving forces which operate there as ultimate causes, instead of investigating what is behind them, what are the driving forces of these driving forces. This inconsistency does not lie in the fact that ideal driving forces are recognized, but in the investigation not being carried further back behind these into their motive causes. On the other hand, the philosophy of history, particularly as represented by Hegel, recognizes that the ostensible and also the really operating motives of men who act in history are by no means the ultimate causes of historical events; that behind these motives are other motive powers, which have to be discovered. But it does not seek these powers in history itself, it imports them rather from outside, from philosophical ideology, into history. Hegel, for example, instead of explaining the history of ancient Greece out of its own inner interconnections, simply maintains that it is nothing more than the working out of &#8220;forms of beautiful individuality&#8221;, the realization of a &#8220;work of art&#8221; as such. He says much in this connection about the old Greeks that is fine and profound, but that does not prevent us today from refusing to be put off with such an explanation, which is a mere manner of speech.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When, therefore, it is a question of investigating the driving powers which &#8212; consciously or unconsciously, and indeed very often unconsciously &#8212; lie behind the motives of men who act in history and which constitute the real ultimate driving forces of history, then it is not a question so much of the motives of single individuals, however eminent, as of those motives which set in motion great masses, whole people, and again whole classes of the people in each people; and this, too, not merely for an instant, like the transient flaring up of a straw-fire which quickly dies down, but as a lasting action resulting in a great historical transformation. To ascertain the driving causes which here in the minds of acting masses and their leaders &#8212; to so-called great men &#8212; are reflected as conscious motives, clearly or unclearly, directly or in an ideological, even glorified, form &#8212; is the only path which can put us on the track of the laws holding sway both in history as a whole, and at particular periods and in particular lands. Everything which sets men in motion must go through their minds; but what form it will take in the mind will depend very much upon the circumstances. The workers have by no means become reconciled to capitalist machine industry, even though they no longer simply break the machines to pieces, as they still did in 1848 on the Rhine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But while in all earlier periods the investigation of these driving causes of history was almost impossible &#8212; on account of the complicated and concealed interconnections between them and their effects &#8212; our present period has so far simplified these interconnections that the riddle could be solved. Since the establishment of large-scale industry &#8212; that is, at least since the European peace of 1815 &#8212; it has been no longer a secret to any man in England that the whole political struggle there pivoted on the claims to supremacy of two classes: the landed aristocracy and the bourgeoisie (middle class). In France, with the return of the Bourbons, the same fact was perceived, the historians of the Restoration period, from Thierry to Guisot, Mignet, and Thiers, speak of it everywhere as the key to the understanding of all French history since the Middle Ages. And since 1830, the working class, the proletariat, has been recognized in both countries as a third competitor for power. Conditions had become so simplified that one would have had to close one's eyes deliberately not to see in the light of these three great classes and in the conflict of their interests the driving force of modern history &#8212; at least in the two most advanced countries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But how did these classes come into existence? If it was possible at first glance still to ascribe the origin of the great, formerly feudal landed property &#8212; at least in the first instance &#8212; to political causes, to taking possession by force, this could not be done in regard to the bourgeoise and the proletariat. Here, the origin and development of two great classes was seen to lie clearly and palpably in purely economic causes. And it was just as clear that in the struggle between landed property and the bourgeoisie, no less than in the struggle between the bourgeoisie and the proletariat, it was a question, first and foremost, of economic interests, to the furtherance of which political power was intended to serve merely as a means. Bourgeoisie and proletariat both arose in consequences of a transformation of the economic conditions, more precisely, of the mode of production. The transition, first from guild handicrafts to manufacture, and then from manufacture to large-scale industry, with steam and mechanical power, had caused the development of these two classes. At a certain stage, the new productive forces set in motion by the bourgeoisie &#8212; in the first place the division of labor and the combination of many detail laborers [Teilarbeiter] in one general manufactory &#8212; and the conditions and requirements of exchange, developed through these productive forces, became incompatible with the existing order of production handed down by history and sanctified by law &#8212; that is to say, incompatible with the privileges of the guild and the numerous other personal and local privileges (which were only so many fetters to the unprivileged estates) of the feudal order to society. The productive forces represented by the bourgeoisie rebelled against the order of production represented by the feudal landlords and the guild-masters. The result is known, the feudal fetters were smashed, gradually in England, at one blow in France. In Germany, the process is not yet finished. But just as, at a definite stage of its development, manufacture came into conflict with the feudal order of production, so now large-scale industry has already come into conflict with the bourgeois order or production established in its place.Tied down by this order, by the narrow limits of the capitalist mode of production, this industry produces, on the one hand, an ever-increasingly proletarianziation of the great mass of the people, and on the other hand, an ever greater mass of unsalable products. Overproduction and mass misery, each the cause of the other &#8212; that is the absurd contradiction which is its outcome, and which of necessity calls for the liberation of the productive forces by means of a change in the mode of production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In modern history at least it is, therefore, proved that all political struggles are class struggles, and all class struggles for emancipation, despite their necessarily political form &#8212; for every class struggle is a political struggle &#8212; turn ultimately on the question of economic emancipation. Therefore, here at least, the state &#8212; the political order &#8212; is the subordination, and civil society &#8212; the realm of economic relations &#8212; the decisive element. The traditional conception, to which Hegel, too, pays homage, saw in the state the determining element, and in civil society the element determined by it. Appearances correspond to this. As all the driving forces of the actions of any individual person must pass through his brain, and transform themselves into motives of his will in order to set him into action, so also all the needs of civil society &#8212; no matter which class happens to be the ruling one &#8212; must pass through the will of the state in order to secure general validity in the form of laws. That is the formal aspect of the matter &#8212; the one which is self-evident. The question arises, however, what is the content of this merely formal will &#8212; of the individual as well as of the state &#8212; and whence is this content derived? Why is just this willed and not something else? If we enquire into this, we discover that in modern history the will of the state is, on the whole, determined by the changing needs of civil society, but the supremacy of this or that class, in the last resort, by the development of the productive forces and relations of exchange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But if even in our modern era, with its gigantic means of production and communication, the state is not an independent domain with an independent development, but one whose existence as well as development is to be explained in the last resort by the economic conditions of life of society, then this must be still more true of all earlier times when the production of the material life of man was not yet carried on with these abundant auxiliary means, and when, therefore, the necessity of such production must have exercised a still greater mastery over men. If the state even today, in the era of big industry and of railways, is on the whole only a reflection, in concentrated form, of the economic needs of the class controlling production, then this must have been much more so in an epoch when each generation of men was forced to spend a far greater part of its aggregate lifetime in satisfying material needs, and was therefore much more dependent on them than we are today. An examination of the history of earlier periods, as soon as it is seriously undertaken from this angle, most abundantly confirms this. But, of course, this cannot be gone into here.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If the state and public law are determined by economic relations, so, too, of course, is private law, which indeed in essence only sanctions the existing economic relations between individuals which are normal in the given circumstances. The form in which this happens can, however, vary considerably. It is possible, as happened in England, in harmony with the whole national development, to retain in the main the forms of the old feudal laws while giving them a bourgeois content; in fact, directly reading a bourgeois meaning into the feudal name. But, also, as happened in Western continental Europe, roman law, the first world law of a commodity-producing society, with its unsurpassably fine elaboration of all the essential legal relations of simple commodity owners (of buyers and sellers, debtors and creditors, contracts, obligations, etc.) can be taken as the foundation. In which case, for the benefit of a still petty-bourgeois and semi-feudal society, it can either be reduced to the level of such a society simply through judicial practice (common law) or, with the help of allegedly enlightened, moralizing jurists it can be worked into a special code of law to correspond with such social level &#8212; a code which in these circumstances will be a bad one also from the legal standpoint (for instance, Prussian Landrecht). But after a great bourgeois revolution it is, however, also possible for such a classic law code of bourgeois society as the French Code Civile to be worked out upon the basis of this same Roman Law. If, therefore, bourgeois legal rules merely express the economic life conditions of society in legal form, then they can do so well or ill according to circumstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The state presents itself to us as the first ideological power over man. Society creates for itself an organ for the safeguarding of its common interests against internal and external attacks. This organ is the state power. Hardly come into being, this organ makes itself independent vis-a-vis society; and, indeed, the more so, the more it becomes the organ of a particular class, the more it directly enforces the supremacy of that class. The fight of the oppressed class against the ruling class becomes necessarily a political fight, a fight first of all against the political dominance of this class. The consciousness of the interconnection between this political struggle and its economic basis becomes dulled and can be lost altogether. While this is not wholly the case with the participants, it almost always happens with the historians. Of the ancient sources on the struggles within the Roman Republic, only Appian tells us clearly and distinctly what was at issue in the last resort &#8212; namely, landed property.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But once the state has become an independent power vis-a-vis society, it produces forthwith a further ideology. It is indeed among professional politicians, theorists of public law, and jurists of private law, that the connection with economic facts gets lost for fair. Since in each particular case, the economic facts must assume the form of juristic motives in order to receive legal sanction; and since, in so doing, consideration of course has to be given to the whole legal system already in operation, the juristic form is, in consequence, made everything and the economic content nothing. Public law and private law are treated as independent spheres, each being capable of and needing a systematic presentation by the consistent elimination of all inner contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Still higher ideologies, that is, such as are still further removed from the material, economic basis, take the form of philosophy and religion. Here the interconnection between conceptions and their material conditions of existence becomes more and more complicated, more and more obscured by intermediate links. But the interconnection exists. Just as the whole Renaissance period, from the middle of the 15th century, was an essential product of the towns and, therefore, of the burghers, so also was the subsequently newly-awakened philosophy. Its content was in essence only the philosophical expression of the thoughts corresponding to the development of the small and middle burghers into a big bourgeoisie. Among last century's Englishmen and Frenchmen who in many cases were just as much political economists as philosophers, this is clearly evident; and we have proved it above in regard to the Hegelian school.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We will now in addition deal only briefly with religion, since the latter stands further away from material life and seems to be most alien to it. Religion arose in very primitive times from erroneous, primitive conceptions of men about their own nature and external nature surrounding them. Every ideology, however, once it has arisen, develops in connection with the given concept-material, and develops this material further; otherwise, it would not be an ideology, that is, occupation with thoughts as with independent entities, developing independently and subject only to their own laws. In the last analysis, the material life conditions of the persons inside whose heads this thought process goes on determine the course of the process, which of necessity remains unknown to these persons, for otherwise there would be an end to all ideology. These original religious notions, therefore, which in the main are common to each group of kindred peoples, develop, after the group separates, in a manner peculiar to each people, according to the conditions of life falling to their lot. For a number of groups of peoples, and particularly for the Aryans (so-called Indo-Europeans) this process has been shown in detail by comparative mythology. The gods thus fashioned within each people were national gods, whose domain extended no farther than the national territory which they were to protect; on the other side of its boundaries, other gods held undisputed sway. They could continue to exist, in imagination, only as long as the nation existed; they fell with its fall. The Roman world empire, the economic conditions of whose origin we do not need to examine here, brought about this downfall of the old nationalities. The old national gods decayed, even those of the Romans, which also were patterned to suit only the narrow confines of the city of Rome. The need to complement the world empire by means of a world religion was clearly revealed in the attempts made to recognize all foreign gods that were the least bit respectable and provide altars for them in Rome alongside the native gods. But a new world religion is not to be made in this fashion, by imperial decree. The new world religion, Christianity, had already quietly come into being, out of a mixture of generalized Oriental, particularly Jewish, theology, and vulgarized Greek, particularly Stoic, philosophy. What it originally looked like has to be first laboriously discovered, since its official form, as it has been handed down to us, is merely that in which it became the state religion to which purpose it was adapted by the Council of Nicaea. The fact that already after 250 years it became the state religion suffices to show that it was the religion in correspondence with the conditions of the time. In the Middle Ages, in the same measure as feudalism developed, Christianity grew into the religious counterpart to it, with a corresponding feudal hierarchy. And when the burghers began to thrive, there developed, in opposition to feudal Catholicism, the Protestant heresy, which first appeared in Southern France among the Albigenses[A], at the time the cities there reached the highest point of their florescence. The Middle Ages had attached to theology all the other forms of ideology &#8212; philosophy, politics, jurisprudence &#8212; and made them subdivision of theology. It thereby constrained every social and political movement to take on a theological form. The sentiments of the masses were fed with religion to the exclusion of all else; it was therefore necessary to put forward their own interests in a religious guise in order to produce a great tempest. And just as the burghers from the beginning brought into being an appendage of propertyless urban plebeians, day laborers and servants of all kinds, belonging to no recognized social estate, precursors of the later proletariat, so likewise heresy soon became divided into a burgher-moderate heresy and a plebeian-revolutionary one, the latter an abomination to the burgher heretics themselves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The ineradicability of the Protestant heresy corresponded to the invincibility of the rising burghers. When these burghers had become sufficiently strengthened, their struggle against the feudal nobility, which till then had been predominantly local, began to assume national dimensions. The first great action occurred in Germany &#8212; the so-called reformation. The burghers were neither powerful enough nor sufficiently developed to be able to unite under their banner the remaining rebellious estates &#8212; the plebeians of the towns, the lower nobility, and the peasants on the land. At first, the nobles were defeated; the peasants rose in a revolt which formed the peak of the whole revolutionary struggle; the cities left them in the lurch, and thus the revolution succumbed to the armies of the secular princes who reaped the whole profit. Thenceforward, Germany disappears for three centuries from the ranks of countries playing an independent active part in history. But, beside the German Luther appeared the Frenchman Calvin. With true French acuity, he put the bourgeois character of the Reformation in the forefront, republicanized and democratized the Church. While the Lutheran Reformation in Germany degenerated and reduced the country to rack and ruin, the Calvinist Reformation served as a banner for the republicans in Geneva, in Holland, and in Scotland, freed Holland from Spain and from the German Empire, and provided the ideological costume for the second act of the bourgeois revolution, which was taking place in England. Here, Calvinism justified itself as the true religious disguise of the interests of the bourgeoisie of that time, and on this account did not attain full recognition when the revolution ended in 1689 in a compromise between one part of the nobility and the bourgeoisie. The English state Church was re-established; but not in its earlier form of a Catholicism which had the king for its pope, being, instead, strongly Calvinized. The old state Church had celebrated the merry Catholic Sunday and had fought against the dull Calvinist one. The new, bourgeoisified Church introduced the latter, which adorns England to this day.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In France, the Calvinist minority was suppressed in 1685 and either Catholized or driven out of the country. But what was the good? Already at that time the freethinker Pierre Bayle was at the height of his activity, and in 1694 Voltaire was born. The forcible measures of Louis XIV only made it easier for the French bourgeoisie to carry through its revolution in the irreligious, exclusively political form which alone was suited to a developed bourgeoisie. Instead of Protestants, freethinkers took their seats in the national assemblies. Thereby Christianity entered into its final stage. It was incapable of doing any future service to any progressive class as the ideological garb of its aspirations. It became more and more the exclusive possession of the ruling classes; they apply it as a mere means of government, to keep the lower classes within bounds. Moreover, each of the different classes uses its own appropriate religion: the landed nobility &#8212; Catholic Jesuitism, or Protestant orthodoxy; the liberal and radical bourgeoisie &#8212; rationalism; and it makes little difference whether these gentlemen themselves believe in their respective religions or not.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We see, therefore: religion, once formed, always contains traditional material, just as in all ideological domains tradition forms a great conservative force. But the transformations which this material undergoes spring from class relations &#8212; that is to say, out of the economic relations of the people who execute these transformations. And here that is sufficient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the above, it could only be a question of giving a general sketch of the Marxist conception of history, at most with a few illustrations, as well. The proof must be derived from history itself; and, in this regard, it may be permitted to say that is has been sufficiently furnished in other writings. This conception, however, puts an end to philosophy in the realm of history, just as the dialectical conception of nature makes all natural philosophy both unnecessary and impossible. It is no longer a question anywhere of inventing interconnections from out of our brains, but of discovering them in the facts. For philosophy, which has been expelled from nature and history, there remains only the realm of pure thought, so far as it is left: the theory of the laws of the thought process itself, logic and dialectics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;With the Revolution of 1848, &#8220;educated&#8221; Germany said farewell to theory and went over to the field of practice. Small production and manufacture, based upon manual labor, were superseded by real large-scale industry. Germany again appeared on the world market. The new little German Empire [B] abolished at least the most crying of the abuses with which this development had been obstructed by the system of petty states, the relics of feudalism, and bureaucratic management. But to the same degree that speculation abandoned the philosopher's study in order to set up its temple in the Stock Exchange, educated Germany lost the great aptitude for theory which had been the glory of Germany in the days of its deepest political humiliation &#8212; the aptitude for purely scientific investigation, irrespective of whether the result obtained was practically applicable or not, whether likely to offend the police authorities or not. Official German natural science, it is true, maintained its position in the front rank, particularly in the field of specialized research. But even the American journal Science rightly remarks that the decisive advances in the sphere of the comprehensive correlation of particular facts and their generalization into laws are now being made much more in England, instead of, as formerly, in Germany. And in the sphere of the historical sciences, philosophy included, the old fearless zeal for theory has now disappeared completely, along with classical philosophy. Inane eclecticism and an anxious concern for career and income, descending to the most vulgar job-hunting, occupy its place. The official representatives of these sciences have become the undisguised ideologists of the bourgeoisie and the existing state &#8212; but at a time when both stand in open antagonism to the working class.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Only among the working class does the German aptitude for theory remain unimpaired. Here, it cannot be exterminated. Here, there is no concern for careers,for profit-making, or for gracious patronage from above. On the contrary, the more ruthlessly and disinterestedly science proceeds the more it finds itself in harmony with the interest and aspirations of the workers. The new tendency, which recognized that the key to the understanding of the whole history of society lies in the history of the development of labor, from the outset addressed itself by preference to the working class and here found the response which it neither sought nor expected from officially recognized science. The German working-class movement is the inheritor of German classical philosophy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Here I may be permitted to make a personal explanation. Lately repeated reference has been made to my share in this theory, and so I can hardly avoid saying a few words here to settle this point. I cannot deny that both before and during my 40 years' collaboration with Marx I had a certain independent share in laying the foundation of the theory, and more particularly in its elaboration. But the greater part of its leading basic principles, especially in the realm of economics and history, and, above all, their final trenchant formulation, belong to Marx. What I contributed &#8212; at any rate with the exception of my work in a few special fields &#8212; Marx could very well have done without me. What Marx accomplished I would not have achieved. Marx stood higher, saw further, and took a wider and quicker view than all the rest of us. Marx was a genius; we others were at best talented. Without him the theory would not be by far what it is today. If therefore rightly bears his name.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) See Das Wesen der menschlichen Kopfarbeit, dargestellt von einem Handarbeiter [The Nature of Human Brainwork, Described by a Manual Worker]. Hamburg, Meissner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[A] Albingenses: A religious sect which, during the 12th and 13th centuries, directed a movement against the Roman Catholic Church. The name is derived from the town of Albi, in the south of France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[B] &#8220;The new little German Empire&#8221;: This term is applied to the German Empire without Austria, which arose in 1871, under Prussian hegemony.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
