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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La situation r&#233;volutionnaire en Allemagne en 1923</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotski &lt;br class='autobr' /&gt;
Perspectives de r&#233;volution en Allemagne &lt;br class='autobr' /&gt;
(20 octobre 1923) &lt;br class='autobr' /&gt;
Rapport au Congr&#232;s des syndicats des travailleurs des transports. &lt;br class='autobr' /&gt;
Camarades ! &lt;br class='autobr' /&gt;
[...] Il y a avant tout la r&#233;volution allemande : [...] toutes les questions passent d&#233;sormais au second plan face &#224; l'influence des &#233;v&#233;nements d'une importance colossale qui ont leur centre en Allemagne. [...] Le comportement de l'Am&#233;rique et celui de l'Europe d&#233;pendent avant tout directement et directement de la direction que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotski&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perspectives de r&#233;volution en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(20 octobre 1923)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapport au Congr&#232;s des syndicats des travailleurs des transports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] Il y a avant tout la r&#233;volution allemande : [...] toutes les questions passent d&#233;sormais au second plan face &#224; l'influence des &#233;v&#233;nements d'une importance colossale qui ont leur centre en Allemagne. [...] Le comportement de l'Am&#233;rique et celui de l'Europe d&#233;pendent avant tout directement et directement de la direction que prendront les &#233;v&#233;nements en Allemagne, de la fa&#231;on dont ils se tourneront et o&#249; ils se termineront. Depuis plusieurs mois, nous avons discut&#233; de certaines propositions quant &#224; l'&#233;volution du rythme des &#233;v&#233;nements allemands. Mais aujourd'hui, camarades, il ne s'agit plus seulement de parler. Les &#233;v&#233;nements se d&#233;roulent en Allemagne et sont reli&#233;s les uns aux autres par un syst&#232;me de fils. Et lorsque nous regardons l'Allemagne aujourd'hui, m&#234;me &#224; travers les lentilles des t&#233;l&#233;grammes Rosta [de l'agence de presse sovi&#233;tique], la presse allemande et notre presse - c'est-&#224;-dire lorsque nous les regardons de loin - nous voyons clairement et distinctement un m&#233;canisme pr&#233;cis de &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires, qui se d&#233;veloppent actuellement. L'Allemagne est d&#233;j&#224; entr&#233;e dans une p&#233;riode de r&#233;volution imm&#233;diate et directe, c'est-&#224;-dire de lutte pour le pouvoir d'&#201;tat entre les classes fondamentales de la soci&#233;t&#233;. Bien entendu, je ne vous pr&#233;senterai pas en d&#233;tail les conditions qui rendent la r&#233;volution possible et qui garantissent son succ&#232;s. Je vais juste esquisser les grandes lignes. Pour que la r&#233;volution prol&#233;tarienne soit possible, il faut, premi&#232;rement, un certain niveau de d&#233;veloppement des forces productives ; deuxi&#232;mement, le prol&#233;tariat doit avoir une certaine importance num&#233;rique et jouer un certain r&#244;le dans la production ; et troisi&#232;mement, il faut ce qu'on appelle la condition subjective, c'est-&#224;-dire que le prol&#233;tariat doit vouloir prendre le pouvoir et savoir comment le faire. L'Allemagne est m&#251;re pour la r&#233;volution prol&#233;tarienne depuis de nombreuses ann&#233;es. La technologie industrielle allemande est plus avanc&#233;e et plus concentr&#233;e que n'importe quelle autre dans le monde et peut m&#234;me supporter la comparaison avec l'Am&#233;rique. Le prol&#233;tariat industriel allemand, qui compte 15 millions d'habitants sur 60 millions d'habitants (enfants et personnes &#226;g&#233;es compris), repr&#233;sente la grande majorit&#233; des habitants du pays. Il faut y ajouter les trois millions d'ouvriers agricoles. Je le r&#233;p&#232;te, nous sommes dans un pays dans lequel le prol&#233;tariat repr&#233;sente l'&#233;crasante majorit&#233; de la population. Mais quant aux conditions subjectives de la r&#233;volution &#8211; la n&#233;cessit&#233; pour le prol&#233;tariat de vouloir prendre le pouvoir et de savoir comment le faire &#8211; ces conditions manquaient. Ils manquaient avant la guerre imp&#233;rialiste, c'est pour cela que cette guerre a exist&#233;. Ils disparurent en novembre 1918, lorsque le pouvoir passa aux mains des sociaux-d&#233;mocrates apr&#232;s la d&#233;faite de l'arm&#233;e allemande. Cette p&#233;riode voit aussi la classe ouvri&#232;re avancer spontan&#233;ment vers le pouvoir,mais au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, il avait cr&#233;&#233; une superstructure de parti &#224; partir de ses propres rangs, le Parti social-d&#233;mocrate, qui absorbait l'&#233;lite ouvri&#232;re ; et cette superstructure, dans son d&#233;veloppement, est devenue prisonni&#232;re des classes dirigeantes et transform&#233;e en un appareil de domination et de confinement de la classe ouvri&#232;re. Et en Allemagne, nous avons eu une situation o&#249; le prol&#233;tariat &#233;tait au pouvoir gr&#226;ce &#224; la m&#233;diation des sociaux-d&#233;mocrates, mais les sociaux-d&#233;mocrates, apr&#232;s leur arriv&#233;e au pouvoir, ne se consid&#233;raient pas comme des repr&#233;sentants r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat mais comme une agence politique de la bourgeoisie. . Tel &#233;tait le sens de la r&#233;volution du 9 novembre 1918. Conform&#233;ment &#224; son caract&#232;re et &#224; son esprit, la social-d&#233;mocratie allemande a progressivement c&#233;d&#233; le pouvoir &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est seulement parce que la situation int&#233;rieure dans ses aspects &#233;conomiques et financiers devenait de plus en plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e que la bourgeoisie a de nouveau port&#233; les sociaux-d&#233;mocrates au pouvoir et a de nouveau form&#233; une alliance avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire de ces derniers mois, lorsqu'une coalition entre la bourgeoisie et les sociaux-d&#233;mocrates &#233;tait formellement au pouvoir en Allemagne. Le Parti communiste allemand n'a &#233;t&#233; fond&#233; qu'apr&#232;s la d&#233;faite de la guerre, &#224; partir de groupes clandestins. Contrairement &#224; notre parti, avec sa tradition r&#233;volutionnaire d'un quart de si&#232;cle et sa duret&#233; acquise dans le travail clandestin, le Parti communiste d'Allemagne, c'est-&#224;-dire le v&#233;ritable parti r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, est une cr&#233;ation de ces derni&#232;res ann&#233;es. La classe ouvri&#232;re allemande fut tromp&#233;e en novembre 1918. Il est naturel qu'il ait une attitude attentiste &#224; l'&#233;gard du Parti communiste allemand : il le laisse montrer son visage, faire ses preuves dans l'action et gagner la confiance des travailleurs. Avec l'impatience r&#233;volutionnaire d'un jeune parti, le Parti communiste a tent&#233; de prendre le pouvoir sans pr&#233;paration. C'&#233;tait en mars 1921. Ce fut une cruelle erreur. Le Troisi&#232;me Congr&#232;s de l'Internationale Communiste, en juillet 1921, donna au parti allemand une le&#231;on aussi dure que salutaire. Il dit aux camarades allemands : &#171; Votre t&#226;che n'est pas la lutte directe pour le pouvoir, mais la lutte pour gagner la confiance de la classe ouvri&#232;re. &#187; Pour certains camarades allemands, comme pour certains camarades russes, cet enseignement de la III. Le Congr&#232;s a &#233;t&#233; opportuniste, mod&#233;r&#233; et nullement r&#233;volutionnaire, mais aujourd'hui il n'y a pas un seul communiste en Allemagne qui n'ait reconnu que cette le&#231;on &#233;tait salutaire. Depuis lors - en 1921, 1922 et 1923 - le Parti communiste allemand a pleinement ma&#238;tris&#233; la tactique bolchevique, c'est-&#224;-dire combiner une v&#233;ritable d&#233;termination r&#233;volutionnaire avec le r&#233;alisme dans un calcul solide de l'&#233;tat des relations et des perspectives. Sous le slogan du Front unique ouvrier, puis du gouvernement ouvrier et paysan, le parti allemand gagne progressivement la confiance de sections de plus en plus importantes de la classe ouvri&#232;re. Et apr&#232;s l'occupation de la Ruhr par la France, l'ann&#233;e derni&#232;re, lorsque l'&#233;conomie allemande, priv&#233;e d'acier et de charbon, s'est finalement retrouv&#233;e dans une impasse, lorsque la nature d&#233;sesp&#233;r&#233;e de la situation est devenue de plus en plus &#233;vidente que celle de la bourgeoisie en lutte d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Les partis ont perdu toutes leurs ressources : au cours de cette p&#233;riode, le Parti communiste de la classe ouvri&#232;re est apparu de plus en plus comme la seule direction, le seul salut possible, non seulement pour le prol&#233;tariat, mais pour le peuple allemand tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ce moment, et surtout depuis juillet de cette ann&#233;e, il est devenu clair que la r&#233;volution allemande frappe aux portes de l'histoire. Et maintenant la question se pose : quand viendra le moment d&#233;cisif ? Ayant gagn&#233; la confiance de la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re, le Parti communiste allemand se montrera-t-il capable, aura-t-il la t&#233;nacit&#233;, la puissance, la volont&#233;, la d&#233;termination n&#233;cessaires pour organiser un soul&#232;vement arm&#233; et prendre le pouvoir par la lutte ? Cette p&#233;riode a &#233;t&#233; marqu&#233;e par des discussions et des d&#233;bats sur ce qu'est une r&#233;volution &#8211; ce qui constitue un soul&#232;vement arm&#233;. Depuis un certain temps, le Parti communiste allemand consid&#232;re avec impatience la r&#233;volution comme quelque chose d'objectif et d'important &#224; venir. Les &#233;l&#233;ments les plus conscients dans leurs rangs et au sein m&#234;me du Komintern ont pos&#233; la question ainsi : la r&#233;volution est d&#233;j&#224; arriv&#233;e, elle est d&#233;j&#224; autour de nous, mais justement pour qu'elle ne nous &#233;chappe pas et ne nous saute pas par-dessus la t&#234;te, nous, en tant que parti, Nous devons nous donner pour t&#226;che imm&#233;diate d'&#233;craser l'ennemi dans un combat r&#233;volutionnaire ouvert. Pour &#233;craser l'ennemi, il faut lui opposer une force organis&#233;e. Il faut avoir un plan de bataille et enfin il faut passer par certaines &#233;tapes de la lutte, il faut passer du niveau d'agitation, de propagande et de pr&#233;diction des &#233;v&#233;nements aux gr&#232;ves militaires - r&#233;volutionnaires -, pour faire un soul&#232;vement arm&#233; et prendre le pouvoir. . Le passage de l'agitation et de la propagande &#224; la lutte directe et imm&#233;diate pour le pouvoir est toujours un processus tr&#232;s douloureux pour tout parti r&#233;volutionnaire. C'est une chose de lutter pour avoir une influence sur les masses, plus d'un million environ. C'est une tout autre affaire, apr&#232;s s'&#234;tre plac&#233; &#224; la t&#234;te de ces millions, de se charger imm&#233;diatement de l'insurrection contre l'ennemi donn&#233; dans les circonstances donn&#233;es, de prendre le pouvoir. Pour y parvenir, l'avant-garde de la classe ouvri&#232;re doit faire un bond terrible en politique et en psychologie, passant du domaine du travail purement propagandiste &#224; celui de diriger la classe dans la r&#233;alisation d'une r&#233;volution sociale majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez, camarades, que dans notre pays ce retournement ne s'est pas r&#233;alis&#233; facilement ni simplement, m&#234;me si notre parti avait une rigueur infiniment plus grande et une exp&#233;rience r&#233;volutionnaire bien plus grande que le parti allemand. Il est &#224; craindre qu'en Allemagne les fluctuations internes du Parti communiste soient bien plus fondamentales, bien plus importantes et donc bien plus dangereuses que celles qui se sont produites ici &#224; la veille du 25 octobre 1917. Mais le parti allemand a quelque chose que nous n'avions pas : premi&#232;rement, il a l'exp&#233;rience et deuxi&#232;mement l'aide id&#233;ologique de l'Internationale Communiste. Gr&#226;ce &#224; cette circonstance, elle r&#233;soudra sans doute ces difficult&#233;s internes beaucoup plus facilement (car on voit qu'elle les a d&#233;j&#224; r&#233;solues fondamentalement) que nous n'avions pu le faire il y a six ans. Pour autant que je puisse en juger de loin et dans la mesure o&#249; l'on peut se faire une id&#233;e claire de ce qui s'est pass&#233;, le Parti communiste a d&#233;j&#224; acquis la d&#233;termination n&#233;cessaire pour entreprendre la t&#226;che du parti du prol&#233;tariat : conqu&#233;rir le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions objectives sont-elles ou non favorables &#224; une lutte imm&#233;diate ? Quelles sont les perspectives, les perspectives ? Bien entendu, m&#234;me avant les batailles d&#233;cisives, il n'est pas toujours possible, camarades, d'&#233;valuer avec pr&#233;cision les forces, et encore moins d'en tirer une conclusion exacte. Si cela &#233;tait possible dans les batailles sociales, ces batailles n'auraient m&#234;me pas lieu. J'ai souvent eu l'occasion de souligner cette simple consid&#233;ration : m&#234;me en cas de gr&#232;ve d'un groupe de travailleurs contre un capitaliste, il est impossible de savoir &#224; l'avance comment cette gr&#232;ve se terminera. Chaque lutte d&#233;veloppe ses forces internes : elles ont leur influence sur le cours, elles g&#233;n&#232;rent de la sympathie ou du manque de sympathie parmi les autres travailleurs, de la sympathie d'un capitaliste pour l'autre, etc. Si cela se produit dans une gr&#232;ve, combien plus cela doit-il &#234;tre. serait-il ainsi dans une r&#233;volution du prol&#233;tariat dans laquelle sont impliqu&#233;es des forces &#233;normes, nombreuses et impr&#233;visibles - dans laquelle est en jeu un pays de 60 millions d'habitants ? Dans ce cas, camarades, il est impossible de dire &#224; l'avance que la victoire est absolument garantie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que la r&#233;volution, la lutte, devient in&#233;vitable, parce que ce n'est que par la r&#233;volution, le soul&#232;vement arm&#233;, que l'on peut obtenir la victoire et parce qu'il est impossible de pr&#233;dire avec pr&#233;cision la question. Mais en m&#234;me temps, dans les conflits militaires comme dans les conflits r&#233;volutionnaires, on peut et on doit &#233;valuer l'&#233;quilibre des pouvoirs, les ressources r&#233;elles et, par cons&#233;quent, les possibilit&#233;s r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les effectifs des troupes ennemies, des deux camps oppos&#233;s, il existe une sup&#233;riorit&#233; &#233;crasante de notre c&#244;t&#233;. J'en ai d&#233;j&#224; parl&#233; : un prol&#233;tariat industriel fort de 15 millions d'habitants, tr&#232;s cultiv&#233; et tr&#232;s centralis&#233; en raison du caract&#232;re de l'industrie allemande, repr&#233;sente une force qui ne s'est jamais manifest&#233;e &#224; ce point sur la sc&#232;ne r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y a-t-il de l'autre c&#244;t&#233; ? Il y a un capital de confiance centralis&#233; et des grands propri&#233;taires fonciers et des gangs fascistes qui sont entretenus &#224; leurs d&#233;pens, des gangs qui d&#233;pendent non seulement th&#233;oriquement mais tout &#224; fait directement de Stinnes. Le fascisme est l'organisation combattante du capital commercial et industriel, du capital financier &#224; grande &#233;chelle, du capital bancaire en Allemagne, qui &#224; son tour s'incarne dans Stinnes. Il est, au sens exact du terme, le patron, le dictateur de l'Allemagne. On a parl&#233; de la concentration de l'industrie depuis Marx, elle a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e dans des manuels : on a parl&#233; de sa tendance &#224; r&#233;duire le nombre des magnats du capital &#224; un petit nombre, etc. ; Et vous avez maintenant une situation en Allemagne o&#249; le patron, le patron &#233;conomique du pays, est essentiellement un seul homme : Stinnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, il existe une arm&#233;e ill&#233;gale, une arm&#233;e fasciste, dont diverses sources nous disent que ses effectifs se situent entre 200 000 et 400 000 combattants et que cette arm&#233;e est financ&#233;e par Stinnes. La presse allemande est entre ses mains, etc. C'est la force fondamentale concentr&#233;e du capital, qui a cr&#233;&#233; sa propre arm&#233;e, tout comme dans notre pays, &#224; l'&#233;poque du tsarisme apr&#232;s 1905, les propri&#233;taires terriens formaient des unit&#233;s compos&#233;es d'Ingouches ou de Circassiens recrut&#233;s, les &#233;l&#233;ments ignorants du Caucase. Le fascisme est l'organisation ingouche de Stinnes pour la d&#233;fense de sa propri&#233;t&#233; priv&#233;e, de la bourse, du capital, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y a-t-il entre les deux ? Entre le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et les fascistes, il y a les couches petites et moyennes bourgeoises, ruin&#233;es ou semi-ruin&#233;es, l'intelligentsia ruin&#233;e ou en train de l'&#234;tre, et aussi des &#233;l&#233;ments relativement importants de la classe ouvri&#232;re, m&#234;me s'ils ne repr&#233;sentent qu'une petite minorit&#233;. A la t&#234;te de l'Etat, la social-d&#233;mocratie avec son organisation et sa presse est encore une grande puissance, mais elle repr&#233;sente d&#233;j&#224; le pouvoir d'hier : sa base, la masse de la classe ouvri&#232;re, lui &#233;chappe de jour en jour. et heure par heure. Les derniers t&#233;l&#233;grammes, les derni&#232;res d&#233;p&#234;ches d'Allemagne donnent une image tr&#232;s claire de ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en parlerai lorsque j'aborderai la question de la Saxe. Le noyau d&#233;mocratique central est le k&#233;renskiisme allemand : &#224; sa droite le fascisme, &#224; sa gauche le communisme. Ce noyau central se r&#233;tr&#233;cit de plus en plus parce que les ouvriers et non seulement les ouvriers mais aussi de larges couches de la bourgeoisie ainsi que l'intelligentsia et la paysannerie (sans parler du prol&#233;tariat rural) se d&#233;placent de plus en plus vers la gauche. Des &#233;l&#233;ments du bloc d&#233;mocratique central se brisent vers la droite et se tournent vers le fascisme, dans lequel ils voient le salut, et on observe une croissance des extr&#234;mes avec une augmentation des contradictions et une faiblesse au milieu. C'est pourquoi le gouvernement du Reich en Allemagne est aujourd'hui une pitoyable fiction. Le parlement allemand, le Reichstag, a renonc&#233; &#224; ses pouvoirs au profit des ministres qu'il a &#233;lus. Si nous, communistes, avions eu besoin d'une d&#233;monstration, d'une preuve suppl&#233;mentaire de l'effondrement complet de la d&#233;mocratie, du parlementarisme bourgeois, cela aurait &#233;t&#233; : le parlement allemand, un organe d&#233;mocratique &#233;lu au suffrage universel, etc. Quand on lui demande le plus grand effort, il se suicide et donne tout son pouvoir extraordinaire aux ministres qu'il a cr&#233;&#233;s - et ces ministres donnent &#224; leur tour leurs pleins pouvoirs &#224; Seeckt ; Seeckt nomme ses g&#233;n&#233;raux tout-puissants, notamment M&#252;ller en Saxe. Dans notre pays, Koltchak est issu de l'Assembl&#233;e constituante d'Oufa ; En Allemagne, le g&#233;n&#233;ral Seeckt a progressivement &#233;merg&#233; du Reichstag d&#233;mocratiquement &#233;lu, et de Seeckt d'autres ont &#233;merg&#233; sous la forme des g&#233;n&#233;raux M&#252;ller et d'autres. Le Parlement s'est affaibli sous nos yeux et son extinction a entra&#238;n&#233; celle du k&#233;renskiisme allemand, de la d&#233;mocratie allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, camarades, on voit comment l'Allemagne se d&#233;sint&#232;gre g&#233;ographiquement &#224; cause des forces sociales qui pr&#233;dominent dans chaque r&#233;gion. Aujourd'hui, il n'y a pas d'Allemagne unie. Je ne veux m&#234;me pas dire qu'environ 12 millions d'habitants de l'Allemagne sont sous domination ennemie et sous occupation ennemie (surtout fran&#231;aise). Mais les 48 ou 50 millions qui restent ne forment plus une unit&#233; sociale ni un &#201;tat unifi&#233;. Il y a la Bavi&#232;re, avec environ 9 millions d'habitants, qui est d&#233;sormais un &#201;tat ind&#233;pendant. Au nord se trouve &#233;galement la petite Thuringe et au nord-est la Saxe. La Thuringe et la Saxe comptent ensemble entre 7,5 et 8 millions d'habitants, si ma m&#233;moire est bonne, c'est un peu moins que la Bavi&#232;re. En Bavi&#232;re, est au pouvoir le fasciste Kahr, qui fait le lien entre les fascistes (le parti du prince Ruprecht) qui veulent rompre avec l'Allemagne et en sortir, et ceux qui veulent une Allemagne unifi&#233;e (le parti de Seeckt, Ludendorff, etc. .). Mais ce que veulent avant tout les s&#233;paratistes allemands, c'est-&#224;-dire ceux qui veulent la s&#233;cession, et les fascistes allemands, qui veulent restaurer l'unit&#233; de l'Allemagne, c'est la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Il existe un tel pont entre eux et le dictateur bavarois von Kahr se trouve sur ce pont. Dans cette perspective, les camarades de notre r&#233;union de Moscou m'ont remis une question &#233;crite me demandant si nos camarades l&#224;-bas ne s'&#233;taient pas comport&#233;s de mani&#232;re opportuniste : ces communistes qui, apr&#232;s plusieurs ann&#233;es de lutte acharn&#233;e contre l'organisation menchevik, contre les sociaux-d&#233;mocrates, les rejoignent d&#233;sormais dans le m&#234;me li&#233; au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ind&#233;niablement d'une initiative surprenante au premier abord. N&#233;anmoins, c'est exact et cela t&#233;moigne du succ&#232;s politique colossal que cette coalition repr&#233;sente pour nous. Je vais en parler, mais je tiens d'abord &#224; vous rappeler que nous ne sommes pas nous-m&#234;mes innocents &#224; cet &#233;gard. Au moment du coup d'&#201;tat de Kornilov, le camarade L&#233;nine &#233;crivait dans l'organe central de l'&#233;poque que les bolcheviks proposaient un compromis, ce qui signifiait : Messieurs les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires, sous certaines conditions, nous formerons un bloc avec vous. Ni les mencheviks ni les socialistes-r&#233;volutionnaires ne l'ont fait : ils disposaient de trop peu de temps avant leur mort et ils ne voulaient pas rapprocher ce moment. Mais la suggestion a &#233;t&#233; faite. Et apr&#232;s octobre, juste apr&#232;s, nous avons form&#233; un gouvernement de coalition avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Beaucoup de gens l'ont d&#233;j&#224; oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc avec les socialistes-r&#233;volutionnaires s'est termin&#233; tragiquement. &#192; un moment donn&#233;, une partie du Conseil des commissaires du peuple, l'un des commissaires des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, s'est retrouv&#233;e dans un b&#226;timent appartenant &#224; la Tch&#233;ka et a maudit le Kremlin. J'ai vu cette diatribe de mes propres yeux. Cette fin de la coalition n'&#233;tait &#233;videmment pas inscrite dans le programme fondateur de la coalition ; Mais si l'on fait le point, il s'av&#232;re que nous avons gagn&#233; et que l'effondrement de la coalition a &#233;galement marqu&#233; la fin du Parti social-r&#233;volutionnaire de gauche. Notre parti a ma&#238;tris&#233; la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, sous certaines conditions (je cite ce cas pour clarifier les faits), m&#234;me l'entr&#233;e des communistes dans une coalition avec un parti essentiellement petit-bourgeois, qui a encore le soutien d'une partie des ouvriers et des paysans, est une initiative qui , aussi opportuniste soit-il, il peut para&#238;tre r&#233;volutionnaire dans son essence. Il s'agit d'une action d&#233;cisive pour acc&#233;l&#233;rer le d&#233;veloppement et provoquer la ruine du parti avec lequel nous avons form&#233; une coalition. Ce que l'on peut observer en Saxe est le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne, mais dans des conditions compl&#232;tement diff&#233;rentes. La Saxe est un pays habit&#233; par le prol&#233;tariat industriel textile, une partie tr&#232;s compacte de l'Allemagne avec une population dense. Le prol&#233;tariat saxon est tr&#232;s r&#233;volutionnaire. Sous la pression de son prol&#233;tariat, le Parti social-d&#233;mocrate de Saxe est le plus &#224; gauche de tous les partis sociaux-d&#233;mocrates. Nous brandissons le mot d'ordre du front unique et les travailleurs sociaux-d&#233;mocrates exigent qu'il soit mis en &#339;uvre. Sous leur pression, les sociaux-d&#233;mocrates de gauche, dont la plupart sont de qualit&#233; douteuse, se sont n&#233;anmoins sentis oblig&#233;s de former un front unique et un bloc pour former des gouvernements de coalition en Saxe et en Thuringe. Nous y sommes entr&#233;s en minorit&#233; : nous avons deux ministres (l'un d'eux est charg&#233; des affaires du Conseil des ministres) et les autres ont la majorit&#233;. Mais le simple fait de la formation d'un gouvernement de coalition en Saxe repr&#233;sente un coup fatal &#224; la social-d&#233;mocratie allemande. On peut d&#233;sormais le dire avec assurance et les faits tr&#232;s impressionnants rapport&#233;s aujourd'hui ne laissent place &#224; aucun doute. En effet, vous savez tr&#232;s bien combien les travailleurs sont attach&#233;s aux organisations qui les ont d'abord &#233;veill&#233;s, &#233;lev&#233;s, organis&#233;s et ont fait d'eux des &#234;tres conscients. Les ouvriers allemands ont le sentiment d'un lien &#233;troit avec le parti social-d&#233;mocrate. Le parti les a peut-&#234;tre trahis, mais en m&#234;me temps ils ont &#233;t&#233; form&#233;s et &#233;clair&#233;s sous les Hohenzollern et il est tr&#232;s difficile pour les ouvriers de rompre avec eux, m&#234;me s'ils savent qu'ils sont sur une mauvaise voie. C'est pourquoi, malgr&#233; la trahison et la m&#233;chancet&#233; de la social-d&#233;mocratie allemande, les masses ouvri&#232;res sont m&#233;contentes, grognent, poussent le parti en avant, mais elles n'ont pas encore rompu avec lui, n'ont pas encore franchi le pas qui les m&#232;nera au-del&#224; et vers lui, le Parti communiste m&#232;nera. Il s'agit d'une &#233;tape tr&#232;s douloureuse pour un travailleur qui est associ&#233; depuis des ann&#233;es &#224; une organisation particuli&#232;re et il appara&#238;t d&#233;sormais qu'il n'a pas besoin de faire le virage de mani&#232;re aussi brutale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers voient que les communistes, qui ont &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s par les sociaux-d&#233;mocrates comme un parti qui signifie la chute de l'Allemagne et de la classe ouvri&#232;re allemande, un parti avec lequel on ne peut rien avoir en commun, dont les membres sont des vassaux de la Russie, etc. il s'av&#232;re que ces communistes se trouvent dans une certaine r&#233;gion d'Allemagne dans le m&#234;me gouvernement et dans les m&#234;mes centaines de prol&#233;taires que les ouvriers sociaux-d&#233;mocrates. Le mur que la social-d&#233;mocratie a soigneusement construit et renforc&#233; entre elle et les ouvriers communistes est maintenant tomb&#233; et, comme la masse des ouvriers social-d&#233;mocrates est psychologiquement encline &#224; la politique r&#233;volutionnaire, ils se pr&#233;cipitent vers les communistes d&#232;s que des br&#232;ches apparaissent. dans le mur. Cela se produit de diff&#233;rentes mani&#232;res. S'ils ne rejoignent pas le Parti communiste, ils sont id&#233;ologiquement align&#233;s sur lui, et s'ils le rejoignent, ils le soutiennent pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici les derniers faits apr&#232;s l'actualit&#233; d'aujourd'hui. Dans la ville saxonne de Chemnitz (lieu de naissance du grand bourreau Noske, prol&#233;taire, travailleur du tabac, l'un des tra&#238;tres ouvriers dont l'histoire de divers pays ne manque pas), &#224; Chemnitz, o&#249; Noske &#233;tait le ma&#238;tre absolu, o&#249; il jouissait d'une confiance illimit&#233;e, &#224; Chemnitz, au cours de la premi&#232;re semaine du mois en cours, soixante comit&#233;s d'usine fond&#233;s par les sociaux-d&#233;mocrates ont fait d&#233;fection au Parti communiste. A Berlin, dans le Brandebourg et dans tout le pays, l'influence du Parti communiste s'est consid&#233;rablement accrue ces derni&#232;res semaines. Et en ce qui concerne la social-d&#233;mocratie saxonne, l'actualit&#233; d'aujourd'hui dit : l'organisation social-d&#233;mocrate de Saxe &#171; s'effondre &#187; [dans l'original allemand]. Les sociaux-d&#233;mocrates eux-m&#234;mes savent qu'ils sont entr&#233;s dans la coalition avec nous alors qu'ils semblaient contr&#244;ler la situation, et quand certains communistes de gauche en Allemagne, qui n'ont pas d'id&#233;es tr&#232;s claires, disent qu'ils soutiennent les sociaux-d&#233;mocrates saxons, alors il faut dire qu'ils les soutiennent comme une corde soutient le pendu. N&#233;anmoins, le r&#233;sultat de la coalition est politiquement brillant et cela nous int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne r&#233;sout pas le probl&#232;me. L'influence de notre parti est particuli&#232;rement importante en Saxe. Mais nous ne sommes pas seuls l&#224;-bas. Il y a aussi le g&#233;n&#233;ral M&#252;ller en Saxe et le g&#233;n&#233;ral M&#252;ller a la Reichswehr, c'est-&#224;-dire l'arm&#233;e allemande. Il pla&#231;a &#233;galement la police saxonne sous son commandement par un d&#233;cret sp&#233;cial. Il poss&#232;de &#233;galement les organisations fascistes secr&#232;tes qui se dirigent vers la Saxe et qui y existent dans une certaine mesure. Le g&#233;n&#233;ral M&#252;ller est &#224; leur t&#234;te. Il a appel&#233; le gouvernement saxon &#224; dissoudre les centaines de prol&#233;taires. Le gouvernement saxon, qui repose sur un parlement tr&#232;s d&#233;mocratique, a refus&#233; d'arr&#234;ter quelques centaines de dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe &#233;galement d'autres faits qui soulignent l'existence en Allemagne d'une situation qui n'est pr&#233;vue dans aucune constitution. Le fasciste Rossbach, qui organisait des mutineries, etc., se trouvait dans une prison saxonne et fut lib&#233;r&#233;. Le gouvernement saxon a ordonn&#233; son arrestation. Le gouvernement du Reich de Stresemann ne pouvait &#233;viter de confirmer cet ordre : il devait &#234;tre arr&#234;t&#233; pour tentative de r&#233;volte contre le gouvernement. Rossbach se rend en Bavi&#232;re, dans le m&#234;me pays. Il y participa aux r&#233;unions publiques et b&#233;n&#233;ficia de la pleine protection du gouvernement bavarois. Outre la Reichswehr, l'arm&#233;e officielle, le gouvernement bavarois a organis&#233; sur son territoire une arm&#233;e fasciste, pour laquelle il a approuv&#233; des fonds provenant du budget de l'&#201;tat. Le gouvernement Stresemann, assi&#233;g&#233; &#224; Berlin et d&#233;j&#224; impuissant, a d&#233;clar&#233; qu'il ne permettrait aucun coup d'&#201;tat, ni de droite ni de gauche. Mais lorsqu'il s'agit de Bavi&#232;re, elle n'ose pas &#233;lever la voix alors qu'elle parle le langage des g&#233;n&#233;raux fascistes de Saxe. Le gouvernement lui-m&#234;me n'a aucun contr&#244;le sur l'arm&#233;e. Il y a des sociaux-d&#233;mocrates dans le gouvernement Stresemann. Les sociaux-d&#233;mocrates perdent de plus en plus de terrain parce que les masses se tournent vers les communistes. Afin de ne pas perdre la derni&#232;re parcelle de leur influence, les sociaux-d&#233;mocrates doivent faire semblant de ne pas soutenir la campagne contre la Saxe &#8211; mais la campagne contre la Saxe continue. Le &#171; Vorw&#228;rts &#187; &#233;crit : &#171; Nous exigeons la lev&#233;e de l'&#233;tat de si&#232;ge. Nous protestons contre la campagne du g&#233;n&#233;ral M&#252;ller contre la Saxe. &#187; Mais le g&#233;n&#233;ral M&#252;ller est l'agent de Seeckt et Seeckt a &#233;t&#233; nomm&#233; par le gouvernement Stresemann et le gouvernement Stresemann comprend des sociaux-d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez, camarades, les relations &#233;tatiques et gouvernementales entre le gouvernement Stresemann et les diff&#233;rentes parties de l'Allemagne n'ont ni pied ni main. Le chaos rappelle un peu la situation avant la r&#233;volution de 1917. D'un c&#244;t&#233;, il y avait Cronstadt, qui reconnaissait le gouvernement bolchevique, qui n'existait pas encore &#224; cette &#233;poque (ils le reconnaissaient d'avance), il y avait Petrograd, o&#249; le soviet &#233;tait de notre c&#244;t&#233;, mais il y avait ensuite un gouvernement central. il y avait le Comit&#233; ex&#233;cutif avec Chkheidze et Tseretelli, il y avait l'Ukraine avec la Rada, les commissaires Kerensky, les forces arm&#233;es bolcheviques, etc. Tout le monde donnait des ordres &#224; tout le monde, personne n'ob&#233;issait &#224; personne et tout pr&#233;par&#233; pour la confrontation finale. C'est la situation qui existe aujourd'hui en Allemagne. Il reste moins de cinq minutes avant le lever du rideau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lever le rideau n'est pas une chose facile. Il est clair que les sociaux-d&#233;mocrates n'ont aucun pouvoir &#224; Berlin. Il y a Stresemann au gouvernement, avec qui Poincar&#233; ne veut pas parler (il pr&#233;f&#232;re parler &#224; Stinnes) et qui est d&#233;sormais une figure imaginaire. Mais le g&#233;n&#233;ral Seeckt est une figure r&#233;elle, tout comme le g&#233;n&#233;ral M&#252;ller. Pourquoi ? Surtout parce qu'ils comptent 100 000 soldats et 3 000 officiers. C'est tout ce que l'&#201;tat allemand est autoris&#233; &#224; avoir en vertu du Trait&#233; de Versailles. Comme vous le savez, les Fran&#231;ais ont r&#233;duit l'arm&#233;e allemande &#224; une taille tr&#232;s r&#233;duite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il y a 150 000 policiers en Allemagne qui sont appel&#233;s &#171; Schupo &#187; [Police de protection] ou auparavant &#171; Sipo &#187; [Police de s&#233;curit&#233;], ils sont sous le commandement des villes et des gouvernements locaux, mais d&#233;sormais ils sont sous l'autorit&#233; sur ordre de Seeckt, la Reichswehr fut plac&#233;e sous le commandement de l'arm&#233;e. En outre, il y a 200 ou 300 000 personnes dans les bataillons fascistes, dirig&#233;s par des officiers d'&#233;tat-major qui sont experts dans l'art d'&#233;liminer des masses de personnes et qui connaissent tr&#232;s bien le r&#233;seau ferroviaire allemand et savent tr&#232;s bien diriger un bataillon depuis d'un coin du pays &#224; l'autre pour &#233;craser les travailleurs et les priver de leurs dirigeants, etc. C'est un ennemi dangereux, un ennemi qui a une organisation &#224; Berlin qui op&#232;re sous vos ordres Du point de vue social, elle repose sur des forces consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, le prol&#233;tariat, fort de 15 millions de personnes, a cr&#233;&#233; et arm&#233; ses centaines de personnes en Saxe et dans tout le pays. Je ne sais pas combien il y en a de ces centaines, et si je le savais par hasard (mais je ne sais pas), je n'aurais pas le droit de le dire en s&#233;ance publique. C'est aujourd'hui un secret militaire du prol&#233;tariat allemand : le nombre de ses centaines, leurs armes, o&#249; elles se trouvent. Et il semble que tr&#232;s bient&#244;t une lutte d&#233;cisive pour le pouvoir aura lieu entre ces deux forces. Les t&#233;l&#233;grammes d'aujourd'hui nous informent de la rupture des relations entre la Bavi&#232;re et la Saxe : vous l'avez sans doute lu. Ils font tous deux partie de l'Allemagne. Mais l'Allemagne, selon son ancienne constitution, est une f&#233;d&#233;ration de diff&#233;rentes parties, dont chacune a une repr&#233;sentation diplomatique, et hier la Bavi&#232;re et la Saxe ont rompu leurs relations diplomatiques. La Bavi&#232;re ajoute des d&#233;partements fascistes &#224; une partie de la Reichswehr et l'a d&#233;j&#224; fait dans une large mesure. Du c&#244;t&#233; saxon de la fronti&#232;re se trouvent les Centaines saxonnes. Pendant ce temps, le g&#233;n&#233;ral M&#252;ller, cet agent du gouvernement du Reich ou plus pr&#233;cis&#233;ment le dictateur Seeckt, fournit de l'artillerie &#224; la Saxe. Le gouvernement saxon ne suit pas l'ordre de dissoudre les centaines ; au contraire, il appelle les travailleurs du pays tout entier &#224; les organiser. Les organisations syndicales berlinoises affirment qu'elles r&#233;pondraient &#224; l'appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en cas d'op&#233;ration contre la Saxe. Les cheminots ont menac&#233; de se mettre en gr&#232;ve en r&#233;ponse aux gangs fascistes qui envisagent d'utiliser le r&#233;seau ferroviaire. La situation ne peut pas durer des semaines ; cela ne peut probablement pas durer des jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne serait pas du tout surprenant que nous recevions les premiers t&#233;l&#233;grammes annon&#231;ant le d&#233;but de batailles d&#233;cisives demain ou apr&#232;s-demain. Comment vont-ils finir ? Je vous ai donn&#233; un aper&#231;u g&#233;n&#233;ral des forces sociales, de l'&#233;tat de l'organisation et je vous ai donn&#233;, pour ainsi dire, l'effectif des troupes ennemies. Mais o&#249; cela m&#232;ne-t-il ? Cela d&#233;pend de l'&#233;nergie du prol&#233;tariat, de la d&#233;termination dont fait preuve son parti, de sa volont&#233; de sacrifice. Le prol&#233;tariat a-t-il une chance de gagner ? Certainement. Le rapport de force en lui est tr&#232;s favorable &#224; sa victoire. Je n'ai pas mentionn&#233; (je le mentionne &#224; titre d'explication) que 100 000 soldats dans un pays de 50 millions d'habitants, c'est tr&#232;s peu. Ils sont dispers&#233;s dans tout le pays et lorsque tout le pays sera en &#233;bullition, ces 100 000 soldats de la Reichswehr, dispers&#233;s en compagnies et bataillons, se sentiront comme des animaux pris au pi&#232;ge. Parmi eux (m&#234;me s'il faut les consid&#233;rer comme globalement hostiles aux ouvriers) la majorit&#233; sont des fils d'agriculteurs, des rumeurs se r&#233;pandront parmi eux, la panique se r&#233;pandra in&#233;vitablement et, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de leur petit nombre et de leur isolement, cela peut briser l'arri&#232;re de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la majeure partie de l'Allemagne, la police est compos&#233;e de travailleurs organis&#233;s en syndicats sociaux-d&#233;mocrates. Ils ne le disent pas ouvertement parce que les policiers n'ont pas le droit d'appartenir &#224; des partis politiques, mais ils peuvent s'organiser en syndicats. A Berlin, les policiers sont tous sociaux-d&#233;mocrates. Comme hypoth&#232;se, on peut dire qu'environ un tiers de la police combattra, par exemple en Bavi&#232;re, environ un tiers sera neutre et environ un tiers combattra &#224; nos c&#244;t&#233;s. En g&#233;n&#233;ral, la police dispara&#238;tra comme une v&#233;ritable force contre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations fascistes demeurent donc. Les chefs des bataillons fascistes sont des combattants contre-r&#233;volutionnaires profond&#233;ment solides. Ce sont des membres du vieux corps d'officiers allemands qui ha&#239;ssent la classe ouvri&#232;re et la r&#233;volution avec la haine s&#233;culaire des propri&#233;taires d'esclaves, des oppresseurs, des Junkers, des ma&#238;tres, des capitalistes, etc. Ils se battront sans piti&#233;. Mais leurs bataillons sont compos&#233;s de fils de bourgeois, d'&#233;tudiants, de petits bourgeois ruin&#233;s et m&#234;me de certains des ouvriers les plus ignorants, les plus d&#233;sesp&#233;r&#233;s et les plus patriotiques du type lumpenprol&#233;taire. Il s'agit d'un public tr&#232;s diversifi&#233; et on ne peut pas &#234;tre s&#251;r qu'ils suivront tous leurs patrons fascistes lorsque viendra le moment d&#233;cisif. Aujourd'hui, les gens rejoignent leurs bataillons, certains par d&#233;sespoir, d'autres pour manger, mais au moment crucial, une partie importante de cette arm&#233;e se perdra au contact, surtout si l'assaut r&#233;volutionnaire contre la Reichswehr, l'arm&#233;e l&#233;gale, suscite des h&#233;sitations. Gr&#226;ce &#224; leur accord avec le gouvernement, les bataillons fascistes font partie d'une organisation officielle de l'arm&#233;e l&#233;gale et disposent ainsi d'un appareil centralis&#233;. Lorsque cet appareil centralis&#233; s'effondre sous la pression de la temp&#234;te r&#233;volutionnaire, les fascistes se transforment &#233;galement en bataillons dispers&#233;s, en d&#233;tachements de gu&#233;rilla. Il est vrai qu'ils verseront beaucoup de sang ouvrier, mais dans ce cas, leurs chances de succ&#232;s seront tr&#232;s faibles, sans parler de la victoire finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, camarades, la situation int&#233;rieure. Cela montre que les choses sont favorables, tr&#232;s favorables, pour le prol&#233;tariat allemand. Ce dernier peut et veut prendre le pouvoir, tout le porte &#224; croire. Sera-t-elle capable de les retenir compte tenu de la situation internationale ? J'ai d&#233;j&#224; consacr&#233; une heure enti&#232;re de votre temps &#224; la premi&#232;re partie de mon rapport et je vais essayer d'&#234;tre le plus bref possible pour la derni&#232;re. Je demande : le prol&#233;tariat allemand d&#233;tiendra-t-il le pouvoir compte tenu de la situation internationale actuelle ? L'Allemagne n'est pas seule sur la carte de l'Europe. Ses voisins sont la Belgique et la France, ses voisins conqu&#233;rants, qui l'ont asservi et opprim&#233;, ainsi que ses voisins du sud-est et du nord-est, la Tch&#233;coslovaquie et la Pologne. Les autres voisins comme la Hollande ou la Su&#232;de, les pays scandinaves ou la Suisse et l'Autriche n'ont pas une grande importance. Ils ne peuvent pas jouer un r&#244;le ind&#233;pendant et n'interviendront g&#233;n&#233;ralement pas dans la r&#233;volution allemande. Qui pourrait intervenir ? La Grande-Bretagne et apr&#232;s lui la France, avec la Belgique, la Pologne, la Tch&#233;coslovaquie. C'est l&#224; que r&#233;side le danger. Et ici, la question nous concerne directement, elle concerne l'Union Sovi&#233;tique, car bien s&#251;r, si la r&#233;volution allemande conduit &#224; une guerre europ&#233;enne, une guerre imp&#233;rialiste, cela nous affectera directement. Et nous devons &#233;valuer la situation ici afin d'avoir une perspective claire de ce qui pourrait nous attendre demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit que la Grande-Bretagne pouvait intervenir. Mais sur ce point, on peut d&#233;sormais mesurer clairement l'impuissance de la Grande-Bretagne sur le continent europ&#233;en. Il faut l'&#233;valuer non seulement &#224; cause de la r&#233;volution allemande, mais aussi &#224; cause de nous-m&#234;mes. La Grande-Bretagne est impuissante sur le continent europ&#233;en. Plus nous le reconnaissons clairement, plus nous le r&#233;p&#233;tons de mani&#232;re claire et d&#233;cisive, plus cela sera utile pour notre politique dans le sens o&#249; la Grande-Bretagne sera moins susceptible de brandir des menaces et des ultimatums. En fait, la Grande-Bretagne est une puissance purement navale. Cela a jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s important en Europe. Mais comment et quand ? &#192; chaque fois, deux pays se sont battus pour la domination en Europe. Lorsque la France et l'Allemagne combattaient &#224; forces presque &#233;gales, la Grande-Bretagne se retient et, &#224; long terme, aide tant&#244;t l'une, tant&#244;t l'autre. Elle faisait la m&#234;me chose auparavant lorsque l'Espagne &#233;tait forte : la Grande-Bretagne la soutenait parfois et l'affaiblissait parfois de la m&#234;me mani&#232;re. La Grande-Bretagne a jou&#233; ce r&#244;le jusqu'au si&#232;cle actuel. Elle a profit&#233; de la lutte entre les deux &#201;tats les plus forts d'Europe et a soutenu le plus faible avec de l'argent, un soutien technique et des biens contre le plus fort. Et l'&#233;quilibre des pouvoirs en Europe d&#233;pendait de lui. Cela lui a donn&#233; de grands avantages pour peu de d&#233;penses : telle est sa politique vieille de plusieurs si&#232;cles. Pourquoi est-elle intervenue dans la guerre de 1914 ? Parce que l'Allemagne est devenue trop forte. L'Allemagne est devenue si forte que la Grande-Bretagne a d&#251; abandonner sa politique traditionnelle. Il a fallu qu'elle prenne les armes, qu'elle s'implique dans la guerre et qu'elle se batte. Elle est parvenue &#224; mobiliser un grand nombre de travailleurs britanniques et &#224; les rejeter sur le continent europ&#233;en. Le r&#233;sultat fut qu'il soutena tellement la France qu'il finit par &#233;craser l'Allemagne. Aujourd'hui, l'h&#233;g&#233;monie en Europe appartient exclusivement &#224; la France. L'Allemagne est &#224; genoux et la France ne veut m&#234;me pas n&#233;gocier avec elle les conditions de sa capitulation. Mais &#224; partir du moment o&#249; la France a acquis une h&#233;g&#233;monie compl&#232;te, une domination compl&#232;te, la Grande-Bretagne n'a plus eu aucun recours. La France a annonc&#233; : &#171; Je prendrai la dysenterie &#187;. La Grande-Bretagne a r&#233;pondu : &#171; Cela n'est pas dans mon int&#233;r&#234;t. &#187; Il y a un grand bruit qui dure longtemps. Pourquoi cela ne serait-il pas dans l'int&#233;r&#234;t britannique ? Parce qu'il lui faut relever un peu l'Allemagne face &#224; la France pour r&#233;tablir l'&#233;quilibre des forces. Et que fait la France ? Malgr&#233; les protestations de Curzon, elle s'installe dans la Ruhr et s'en empare. Et que fait la terrible Grande-Bretagne ? Il faut accepter ce qui s'est pass&#233;. La terrible Grande-Bretagne a menac&#233; la Turquie, mais les Turcs, qui entretiennent de bonnes relations de voisinage avec nous, ont organis&#233; une arm&#233;e, non sans notre aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faisait la Grande-Bretagne ? Il envoya les Grecs contre eux. Elle ne disposait absolument pas de forces arm&#233;es propres. Que faisaient les Turcs ? Ils battirent les Grecs et march&#232;rent vers Constantinople contre la terrible Grande-Bretagne, qui quitta pr&#233;cipitamment la ville. Camarades, du point de vue des relations internationales, c'est une question de la plus haute importance &#224; notre &#233;poque : la Grande-Bretagne est impuissante sur le continent europ&#233;en. Bien s&#251;r, nous ne nous en plaindrons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut faire la Grande-Bretagne contre la r&#233;volution allemande ? Lui donner un ultimatum ? Mais cela ne suffira pas. Par cons&#233;quent, la question est encore une fois de savoir ce que fera la France et non la Grande-Bretagne. Si la France d&#233;cide d'intervenir, la Grande-Bretagne pourra lui en b&#233;n&#233;ficier et l'aider avec l'argent dont elle a d&#233;sesp&#233;r&#233;ment besoin. Elle peut bloquer les ports et les routes de transport maritime en provenance d'Allemagne, etc. Le r&#244;le de la Grande-Bretagne sera celui d'un administrateur et d'un pirate. Mais le r&#244;le d&#233;cisif dans l'occupation de l'Allemagne sera jou&#233; par la France et ses vassaux locaux, la Belgique, la Pologne et la Tch&#233;coslovaquie. Est-ce possible ? Que va d&#233;cider la France l&#224;-bas ? C'est la question fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi, il est impossible de faire des proph&#233;ties pr&#233;cises et de dire : Non, certainement pas. Mais vous pouvez analyser la situation et notre analyse montre qu'il y a de bonnes raisons de penser que ce serait trop pour la France. Occuper un pays, un pays en r&#233;volution avec une population de 60 millions d'habitants, un pays o&#249; 59% de la population, sinon plus, vit dans les villes et seulement une minorit&#233; dans les villages, un pays quadrill&#233; par les lignes ferroviaires, ce sera pas une t&#226;che facile. Nous avons ici l'exp&#233;rience de l'Ukraine. Il y avait l&#224; au total 250 000 soldats allemands et austro-hongrois. L'Ukraine n'est pas l'Allemagne : il y a peu de villes, le r&#233;seau ferroviaire est moins d&#233;velopp&#233; et les Allemands ne se sont pas &#233;loign&#233;s des villes et des chemins de fer. Et quel a &#233;t&#233; le r&#233;sultat ? Des r&#233;voltes paysannes spontan&#233;es se d&#233;roul&#232;rent autour d'eux, les soldats allemands se d&#233;moralis&#232;rent de mois en mois ; ils &#233;taient les r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires de la r&#233;volution allemande lorsqu'ils rejoignirent leurs rangs. Si vous calculez bien - les occupations ne manquent pas dans l'histoire en g&#233;n&#233;ral et &#224; notre &#233;poque - si nous faisons le calcul, prenons une moyenne et cherchons combien de soldats seront n&#233;cessaires pour occuper une Allemagne r&#233;volutionnaire, ce calcul nous dit que un casting solide aura besoin de plus de 1 700 000 personnes. C'est toute l'arm&#233;e en temps de paix. Si on y ajoute les arm&#233;es des vassaux europ&#233;ens de la France, on obtient toujours moins d'un million et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais camarades, vous avez besoin de l'arm&#233;e pour autre chose que l'occupation de l'Allemagne. Si la France veut occuper l'Allemagne et d&#233;cide de commencer &#224; le faire, elle devra laisser derri&#232;re elle une partie de son arm&#233;e pour forcer sa propre classe ouvri&#232;re &#224; accepter cette occupation. Apr&#232;s tout, il y a des raisons pour lesquelles la France maintient son arm&#233;e en temps de paix. Il y a des raisons de maintenir au moins un demi-million de soldats dans le pays et dans les colonies. C'est le minimum. Il en va de m&#234;me pour ses vassaux. Autrement dit, pour que la France puisse d&#233;cider d'occuper l'Allemagne, il faudrait qu'elle d&#233;cide de la mobilisation d'au moins cinq ou six classes, comme on dit en France depuis des ann&#233;es. Est-ce possible ? Tout indique qu'il ne s'agit pas, sans provoquer de grandes tensions, d'un conflit interne tr&#232;s grave. N'oublions pas qu'il n'y a pas plus de 39 millions de Fran&#231;ais en France. Elle a perdu un million et demi dans la guerre imp&#233;rialiste. La population allemande augmente rapidement, mais la population fran&#231;aise diminue, lentement mais s&#251;rement. Il n'y a pas une seule famille en France qui n'ait perdu un fils, un fr&#232;re, un mari ou un p&#232;re. Pour la France, la mobilisation d'une classe n'a pas la m&#234;me signification qu'ici. Pour nous, une classe rassemble un million de personnes. Notre pays est vaste, sa population augmente, et ici un million, c'est un petit nombre de soldats. En revanche, en France, avec une population tomb&#233;e &#224; 38,5 millions d'habitants, une population dont un million et demi de personnes ont &#233;t&#233; arrach&#233;es, o&#249; il y a une p&#233;nurie de main d'&#339;uvre (faute de jeunes travailleurs, il y a Il y a d&#233;sormais de nombreux Espagnols, Italiens, Polonais et Tch&#233;coslovaques en France), mobilisent les Fran&#231;ais, mobilisent les agriculteurs fran&#231;ais. Et ils sont &#233;cras&#233;s par les imp&#244;ts parce que la dette nationale s'&#233;l&#232;ve &#224; 300 milliards. L'agriculteur fran&#231;ais revient tout juste des tranch&#233;es. Parce qu'ils ont litt&#233;ralement mobilis&#233; des vieillards, des hommes de 45 ans. Il n'y a pas si longtemps, ils sont retourn&#233;s sur leurs terres et les imp&#244;ts ont &#233;t&#233; collect&#233;s. Et on leur dit maintenant qu'apr&#232;s leur compl&#232;te et glorieuse victoire finale, qui leur a tant co&#251;t&#233; et pour laquelle ils continuent de payer, ils doivent maintenant donner &#224; nouveau 500 000 hommes pour enfin consolider cette victoire, avec la perspective d'une guerre unique europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes fran&#231;ais, les camarades fran&#231;ais pensent qu'une telle mesure ne pourrait &#234;tre mise en &#339;uvre sans une r&#233;elle contrainte, c'est-&#224;-dire sans effusion de sang, etc. C'est une difficult&#233;. En revanche, il ne sera pas possible de mobiliser un million de soldats en Allemagne pour contraindre la Tch&#233;coslovaquie et la Pologne &#224; envoyer 750 000 hommes et &#224; les laisser l&#224;-bas au d&#233;triment d'une Allemagne ruin&#233;e et appauvrie qui appauvrirait compl&#232;tement et ruinerait l'occupation. Cela signifie retenir les soldats aux d&#233;pens de la m&#234;me classe ouvri&#232;re qui se d&#233;moralise dans le feu de la r&#233;volution, tout comme les soldats allemands ont &#233;t&#233; d&#233;moralis&#233;s ici. Bref, on ne peut pas estimer les difficult&#233;s pour Poincar&#233;. Bien s&#251;r, ce ne serait pas tr&#232;s flatteur pour lui si une r&#233;volution prol&#233;tarienne se d&#233;veloppait &#224; c&#244;t&#233; de chez lui - et sa t&#226;che n'est pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne veut pas dire, camarades, que la bourgeoisie fran&#231;aise fera toujours ce travail. Lorsqu'une classe habitu&#233;e &#224; gouverner est menac&#233;e de ruine, il n'y a pas de folie &#224; laquelle elle ne puisse recourir. Et quand j'analyse les conditions d'une occupation, je le fais pour montrer que leur travail dans ce cas n'est pas si facile, les chances ne sont pas de 100% en faveur de nos ennemis, mais au contraire seulement de 25%, l'histoire nous en donne 75. %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, il ne fait aucun doute que la bourgeoisie fran&#231;aise h&#233;sitera encore longtemps. Diff&#233;rents groupes et partis s'affronteront avant qu'une d&#233;cision ne soit prise concernant une aventure aussi diabolique. Par cons&#233;quent, la r&#233;volution allemande aura un d&#233;lai de gr&#226;ce de deux, trois ou quatre mois et nous savons ce que cela signifie. B&#233;n&#233;ficier d'un d&#233;lai de gr&#226;ce signifie tout obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a la Pologne. La France ne peut pas faire le travail seule : elle a certainement besoin de l'aide de la Pologne. La Pologne peut-elle intervenir ? Va-t-il intervenir ? Ici, camarades, on ne peut pas jouer au proph&#232;te (c'est g&#233;n&#233;ralement un r&#244;le ingrat, comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; soulign&#233; aux temps bibliques), mais pour un marxiste qui analyse les conditions concr&#232;tes, il est non seulement permis, mais obligatoire, les conditions d'examiner et de pr&#233;dire que quelque chose est plus ou moins probable. Donc, en ce qui concerne la Pologne, je dois avant tout me d&#233;fendre contre l'attitude philistine ou contre les opinions qui nous inondent, qui ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans les rangs du parti, selon lesquelles la guerre contre la Pologne est in&#233;vitable, qu'elle est d&#233;cid&#233;e, presque scell&#233;. Camarades, il ne faut pas c&#233;der &#224; ce fatalisme ; il n'en r&#233;sulterait que de terribles catastrophes. Nulle part, dans aucun livre, dans aucun programme de parti, il n'est fait mention d'une guerre contre la Pologne. Une telle guerre est-elle impossible ? Pas du tout. Malheureusement non. Quelles sont les chances que nous traversions cette &#232;re en paix ? C'est impossible &#224; dire, mais je pense qu'ils existent, exactement pour la m&#234;me raison qui fait qu'il est difficile pour la France d'occuper une Allemagne r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai d&#233;j&#224; parl&#233;. La Pologne elle-m&#234;me n'a pas l'intention de combattre seule : elle ne peut &#234;tre entra&#238;n&#233;e par la France que si une gigantesque coalition est form&#233;e pour &#233;craser l'Allemagne. Ils essaieraient probablement de nous mettre ce cylindre de compression sur le dos si cette affaire devenait un gigantesque projet &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne. Mais la Pologne elle-m&#234;me ne peut certainement pas avoir de plan, car elle doit se contenter de l'id&#233;e d'exploiter l'intervention pour prendre le contr&#244;le de Dantzig et de la Prusse orientale, c'est-&#224;-dire pour tirer quelques miettes de la table gr&#226;ce &#224; cette intervention. . C'est une politique de petit vol. Mais la question a un autre aspect, moins important pour la r&#233;volution allemande, mais qui a une signification directe pour la Pologne et surtout pour nous, pour nos agriculteurs. Nous sommes devenus un pays exportateur de c&#233;r&#233;ales : d'un point de vue &#233;conomique, tout notre avenir dans les prochaines ann&#233;es d&#233;pend de notre capacit&#233; &#224; exporter des c&#233;r&#233;ales. Nous pouvons combler notre maudit foss&#233; [entre la production agricole et la production industrielle], qui ne s'est pas combl&#233; mais s'est ouvert ces derniers mois, de deux mani&#232;res : en am&#233;liorant la condition de notre industrie, o&#249; de tr&#232;s nombreuses choses ne sont pas satisfaisantes, et en augmentant la taille de notre industrie. les exportations de c&#233;r&#233;ales des agriculteurs, de sorte que le prix des c&#233;r&#233;ales augmente ici. Pour exporter nos c&#233;r&#233;ales, nous devons trouver des moyens de communication, par voie terrestre ou maritime. Pour nous, l'Allemagne est le march&#233; le plus important pour les c&#233;r&#233;ales de nos agriculteurs. Sans nos c&#233;r&#233;ales, les ouvriers allemands ne peuvent pas survivre et la r&#233;volution sovi&#233;tique [allemande] ne peut pas survivre. L'Am&#233;rique ne les nourrira pas et si elle les nourrit, ce sera comme ce fut le cas pour nous au cours des troisi&#232;me, quatri&#232;me et cinqui&#232;me ann&#233;es de la R&#233;publique sovi&#233;tique. Si une catastrophe similaire devait arriver &#224; l'Allemagne, il pourrait arriver, apr&#232;s un certain temps, qu'elle se nourrisse du grain de l'American Relief Association, le grain philanthropique am&#233;ricain ; mais au cours de la premi&#232;re ann&#233;e de la r&#233;volution, le march&#233; am&#233;ricain ne fournira certainement pas de c&#233;r&#233;ales &#224; la R&#233;publique allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Grande-Bretagne d&#233;cidera tr&#232;s probablement de bloquer les ports allemands, comme elle l'a fait pour les n&#244;tres. La seule option qui reste est de savoir comment les c&#233;r&#233;ales russes, les c&#233;r&#233;ales de notre Union sovi&#233;tique, peuvent &#234;tre livr&#233;es en Allemagne. Cela peut se produire de deux mani&#232;res : par voie maritime (ce qui ne serait pas sans danger puisque la Grande-Bretagne contr&#244;le les vagues) et par voie terrestre &#224; travers la Pologne. Nos c&#233;r&#233;ales sont donc une question de vie ou de mort pour la r&#233;volution allemande, tout comme le march&#233; allemand est une question de vie ou de mort pour notre d&#233;veloppement &#233;conomique. Nous avons besoin du march&#233; allemand pour nos c&#233;r&#233;ales et nous avons besoin de produits allemands, de produits de l'industrie allemande pour nos agriculteurs et pour nos travailleurs. En g&#233;n&#233;ral, il n'existe pas deux pays au monde dont la structure &#233;conomique et les int&#233;r&#234;ts se compl&#232;tent autant que ceux de l'Union sovi&#233;tique et de l'Allemagne, un pays super-industriel dot&#233; d'un haut niveau de technologie et de culture, et nous, avec notre espaces, nos opportunit&#233;s non form&#233;es dans l'agriculture, notre technologie arri&#233;r&#233;e et le faible niveau de notre culture. Une union pratique entre ces deux pays, sur le plan &#233;conomique et &#224; tous les autres niveaux, repr&#233;sente la plus grande puissance qui ait jamais exist&#233; sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais entre nos deux pays, il y a la Pologne. Vous pouvez facilement vous en convaincre en regardant la carte et les diplomates polonais le font encore et encore et s'en convainquent. Cela rend la situation internationale actuelle tr&#232;s grave : tout se r&#233;sume &#224; une simple demande commerciale concernant la libert&#233; de libre-&#233;change avec l'Allemagne, avec l'Occident : nous donnons &#224; l'industrie de Lodz le passage vers la Perse pour ses marchandises et tout ce qu'elle veut. Passage gratuit des marchandises. Lorsque cette question est pos&#233;e dans la presse polonaise, de nombreux hommes politiques r&#233;pondent que ce n'est pas possible, que la Pologne ne peut pas &#234;tre oblig&#233;e de se placer dans la pince entre la Russie et l'Allemagne. Ce n'est pas du tout convaincant car cette pince est un fait g&#233;ographique. Cela existe : un &#201;tat ne peut pas bouger d'o&#249; il est. La Pologne est l&#224; o&#249; elle est, entre nous et l'Allemagne. Lors des n&#233;gociations avec la Pologne &#224; Riga, nous avons propos&#233; qu'une certaine partie de notre territoire ait une fronti&#232;re commune avec l'Allemagne, ce qui nous donnerait un acc&#232;s direct &#224; l'Allemagne. Bien entendu, nous aurions beaucoup moins d&#233;rang&#233; la Pologne. Mais la Pologne a b&#233;n&#233;fici&#233; de la pr&#233;sence de Wrangel dans notre arri&#232;re-pays, qui continuait &#224; se battre [contre nous], et nous a impos&#233; des conditions pires que nous avons d&#251; accepter. En raison de ces conditions, nous &#233;tions coup&#233;s de l'Allemagne. La Pologne nous s&#233;pare maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la Pologne peut jouer deux r&#244;les dans ces conditions : celui de pont entre nous et l'Allemagne ou celui de barri&#232;re, de mur imp&#233;n&#233;trable, entre nous et l'Allemagne. Cela d&#233;pend des hommes politiques polonais. Nous pr&#233;f&#233;rons que la Pologne joue le r&#244;le de pont. Sur ce pont, il peut imposer des p&#233;ages et exiger que toute personne qui traverse le pont paie une somme pour le droit de traverser le pont. Nous sommes pr&#234;ts &#224; payer. La Pologne aura entre ses mains tous les avantages de sa position g&#233;ographique : mais si elle choisit de devenir une barri&#232;re entre nous et l'Allemagne, cela repr&#233;sentera quelque chose qui plongera les travailleurs allemands dans la faim et nous privera de notre acc&#232;s au march&#233; europ&#233;en et donc au march&#233; mondial va voler. La question ne peut pas &#234;tre pos&#233;e autrement. La question de la libre circulation vers l'Ouest est une question de vie ou de mort pour nous comme pour la classe ouvri&#232;re allemande. La Pologne le permettra-t-elle ? Pourquoi devrait-il refuser cela ? Pourquoi la bourgeoisie polonaise ne prend-elle pas l'initiative qui lui rapporterait des profits et &#233;pargnerait &#233;galement &#224; l'Europe occidentale certaines terribles complications ? Nous entendons par passage, bien s&#251;r, le v&#233;ritable droit de passage, c'est-&#224;-dire que nous aurons la possibilit&#233; d'envoyer notre grain en Allemagne sans interruption et pour qu'il arrive, la Pologne n'a pas besoin de faire la guerre contre ou contre l'Allemagne. , sinon notre caution dispara&#238;tra et nous ne pourrons pas transporter nos c&#233;r&#233;ales. Il doit donc y avoir une obligation mutuelle de ne pas s'immiscer dans les affaires allemandes. Un programme simple et clair. Ce sera le n&#244;tre contre la Pologne. Est-ce un programme de paix ou de guerre ? Absolument un programme de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis tr&#232;s s&#233;rieusement que pour nous la guerre serait une terrible &#233;preuve et nous devons &#234;tre clairs &#224; ce sujet. Nous venons de terminer notre redressement, nous sommes loin de pouvoir rapprocher les deux tranchants &#8211; les &#171; ciseaux &#187; sont toujours importants. La guerre d'aujourd'hui, si nous y &#233;tions forc&#233;s, ne serait pas une bataille &#224; petite &#233;chelle, mais une bataille que les manuels appellent une &#171; guerre majeure &#187;, c'est-&#224;-dire une guerre impliquant des millions de combattants et qui dure des mois et des mois. Cela repr&#233;senterait un coup monstrueux pour notre d&#233;veloppement &#233;conomique et culturel et, bien s&#251;r, un coup non moins &#233;conomique et culturel pour le d&#233;veloppement de la Pologne. En g&#233;n&#233;ral, il est tr&#232;s difficile de pr&#233;dire aujourd'hui quelles seraient les cons&#233;quences d'une telle guerre, qui impliquerait de nombreux autres pays, mais il existe un risque que dans cette guerre la r&#233;volution allemande s'effondre dans le sang et les ruines. Nous sommes particuli&#232;rement int&#233;ress&#233;s &#224; ce que la classe ouvri&#232;re allemande r&#233;solve ces probl&#232;mes elle-m&#234;me, avec ses propres forces, dans un environnement de paix ext&#233;rieure tel que la guerre civile en Allemagne ne se transforme pas en guerre imp&#233;rialiste autour d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi tous nos efforts, ceux de nos diplomates, doivent et sont orient&#233;s vers la d&#233;fense de la paix jusqu'au bout. Il est difficile de dire si nous r&#233;ussirons, car il est probable qu'un jour, t&#244;t ou tard, les contradictions qui existent en Europe d&#233;boucheront sur un conflit international sanglant ; Mais la d&#233;fense de la paix et de la r&#233;volution allemande ainsi que notre protection contre la guerre le plus longtemps possible sont les t&#226;ches les plus importantes de notre Etat. Il est donc totalement faux de dire, comme certains le font de mani&#232;re bourgeoise dans les cercles philistins, que nous lutterons d&#233;finitivement contre la Pologne. Ce n'est pas comme si la question se posait. Il faut dire que si elle se pr&#233;sentait ainsi, les travailleurs de base et les agriculteurs ne nous comprendraient pas. La guerre n'aurait rien d'&#233;trange, je le r&#233;p&#232;te, et envoyer aujourd'hui &#224; la guerre des millions d'ouvriers et des centaines de milliers de chevaux et de chariots agricoles - faire tout cela sans n&#233;cessit&#233; absolue serait une pure folie et un crime tr&#232;s grave. Parler de faire la guerre sans le soutien de la classe ouvri&#232;re allemande est une abstraction. Quel meilleur moyen de soutenir la caisse des travailleurs allemands que d'assurer son approvisionnement en c&#233;r&#233;ales - nous le faisons en exigeant le droit de passage &#224; travers la Pologne. Le meilleur soutien &#224; la classe ouvri&#232;re serait que la Pologne ne fasse pas de gr&#232;ve contre Berlin ou Poznan, et nous lui apportons ce soutien en obtenant un accord r&#233;ciproque de la Pologne pour s'abstenir de toute intervention arm&#233;e dans les affaires allemandes. C'est notre programme que nous pr&#233;senterons aux masses, aux travailleurs et aux agriculteurs. Pour qu'on se rende compte que nous ne trahissons pas les travailleurs allemands, que nous faisons tout notre possible pour les sauver, mais sous la forme qui leur est utile et n&#233;cessaire : nous luttons de toutes nos forces et de toutes nos ressources pour pr&#233;server la Paix, pour le limite ultime des possibilit&#233;s ! C'est notre programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son succ&#232;s est-il garanti ? Nous ne savons pas comment le cours des &#233;v&#233;nements en Allemagne se refl&#233;tera en France, en Pologne, etc. Nous ne savons pas quelles sont les limites de l'aventurisme, de la soif de sang et du pillage des classes dirigeantes des diff&#233;rents pays. Par cons&#233;quent, nous ne pouvons pas garantir &#224; tout le monde, aux masses du pays, que les &#233;v&#233;nements r&#233;els ne m&#232;neront pas &#224; un conflit sanglant et nous disons qu'il faut s'y pr&#233;parer. Si l'on estime que la probabilit&#233; d'une guerre est inf&#233;rieure &#224; 33 %, il faut s'y pr&#233;parer &#224; 100 %. Parce que si le destin s'annonce finalement sanglant pour nous, nous ne voulons pas &#234;tre vaincus. Mais dans cette pr&#233;paration, un facteur tr&#232;s important est la pr&#233;paration id&#233;ologique de nous-m&#234;mes et des classes ouvri&#232;res qui marchent derri&#232;re nous et avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les citoyens de ce pays doivent clairement comprendre nos politiques. Et il ne s'agit pas ici d'une politique consistant &#224; jouer &#224; la l&#233;g&#232;re avec la guerre, le feu d'un conflit europ&#233;en ; au contraire, il s'agit d'une lutte politique syst&#233;matique, &#226;pre, persistante et coh&#233;rente pour pr&#233;server la paix autour de la r&#233;volution allemande. Et, camarades, nous devons faire en sorte que les grandes masses de notre pays, en m&#234;me temps que le gouvernement et les diplomates, franchissent pas &#224; pas toutes les &#233;tapes de la r&#233;volution allemande dans la situation internationale, afin qu'elles puissent &#234;tre s&#233;rieusement prises en compte. refl&#233;t&#233; dans toutes les mesures, toutes les initiatives qui... prises par le pouvoir sovi&#233;tique, visaient &#224; assurer la paix par le passage et l'accord mutuel de ne pas intervenir dans les affaires allemandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous parlez &#224; un paysan (je pose la question de la mani&#232;re la plus simple), quelque part dans la province de Penza, o&#249; vous ne savez pas vraiment ce qu'est l'Allemagne et o&#249; elle se trouve, et que vous lui dites : &#171; Camarade ou paysan, nous ferons guerre contre la Pologne pour les ouvriers allemands &#8211; donnez-nous votre chariot, votre cheval et votre grain &#187;, alors ce fermier ne vous comprendra pas et se d&#233;tournera de vous. Mais supposons qu'il soit d&#233;montr&#233; de mani&#232;re pratique que nous luttons pour ses int&#233;r&#234;ts dans une lutte pour les travailleurs allemands, car il doit exporter ses c&#233;r&#233;ales et peut importer des produits industriels d'Allemagne ; que gr&#226;ce &#224; ces pressions pacifiques, ces n&#233;gociations, etc., personne n'est oblig&#233; de prendre des mesures ou des initiatives et nous r&#233;glerons le probl&#232;me de mani&#232;re pacifique. Mais supposons que nous n'arrivions pas &#224; faire de la Pologne une barri&#232;re entre nous et l'Allemagne ? Si les classes dirigeantes de Pologne osaient faire une tentative meurtri&#232;re et suicidaire pour asphyxier les deux peuples divis&#233;s par la Pologne, les Allemands et nous, ce qui est in&#233;vitable quand il y a guerre dans ces conditions : nous prouverions &#224; tous les paysans - je ne suis pas dire aux travailleurs qu'ils nous imposent un sort historique contre notre volont&#233;, malgr&#233; tous nos efforts ; que nous, avec eux et sous leur direction, avons fait tout ce que nous pouvions pour aider les travailleurs allemands de mani&#232;re pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci, camarades, est la garantie la plus importante du succ&#232;s dans ces &#233;preuves historiques difficiles, dans la guerre, que les gens traversent consciemment chaque p&#233;riode de leur pr&#233;paration, qu'ils comprennent que nous avons essay&#233; d'&#233;viter l'effusion de sang qui nous entoure, que nous avons tout fait pour assurer la possibilit&#233; d'un d&#233;veloppement &#233;conomique pacifique pour les agriculteurs, comme cela leur a &#233;t&#233; montr&#233; comme perspective lors de l'exposition agricole, et aussi pour les travailleurs qui doivent &#233;lever le niveau de notre industrie. Je dis que si nous avons fait tous les efforts s&#233;rieux et honn&#234;tes, les masses seront d'accord avec nous et si la guerre &#233;clate de toute fa&#231;on, il n'y aura pas de division entre le gouvernement ouvrier et la classe ouvri&#232;re ou entre la classe ouvri&#232;re et la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque cet &#233;norme bloc sera form&#233; par ce pays r&#233;volutionnaire, il se dira : il n'y a pas d'autre issue. Nous nous battrons, nous nous battrons bien et nous vaincrons nos ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Dans cette version, la terminaison non sexiste &#171; Inside &#187; a &#233;t&#233; utilis&#233;e d'une mani&#232;re quelque peu incoh&#233;rente qui ne correspond pas aux pratiques de l'&#233;poque. Nous l'avons donc chang&#233; pour la forme masculine qui &#233;tait courante &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trotsky en 1927 : &#171; La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. &#187;</title>
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		<dc:date>2026-07-10T22:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1927</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>
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&lt;p&gt;Trotsky en 1927 : &#171; La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Nouvelle &#233;tape &lt;br class='autobr' /&gt;
Fin d&#233;cembre 1927 &lt;br class='autobr' /&gt;
La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. Celle-ci a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par la modification des rapports de classe. Le fait que l'Opposition soit en minorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du parti et ait &#224; subir des attaques constantes refl&#232;te la pression de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie mondiale sur l'appareil du gouvernement, de l'appareil (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique185" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;1927&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trotsky en 1927 : &#171; La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle &#233;tape&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin d&#233;cembre 1927&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du parti refl&#232;te la crise de la r&#233;volution elle-m&#234;me. Celle-ci a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par la modification des rapports de classe. Le fait que l'Opposition soit en minorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du parti et ait &#224; subir des attaques constantes refl&#232;te la pression de la bourgeoisie russe et de la bourgeoisie mondiale sur l'appareil du gouvernement, de l'appareil d'&#201;tat sur celui du parti et de l'appareil du parti sur l'aile gauche, prol&#233;tarienne, du parti. L'Opposition est aujourd'hui le point sur lequel se concentrent les plus puissantes pressions contre la r&#233;volution &#224; l'&#233;chelle du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Danger de Thermidor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dictature prol&#233;tarienne ou Thermidor ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Boukharine pose la question de cette fa&#231;on : si c'est une dictature prol&#233;tarienne, nous devons soutenir inconditionnellement tout ce qui est fait sous son nom. Si c'est Thermidor, alors nous devons mener contre tout cela une lutte sans merci. En fait, les &#233;l&#233;ments de Thermidor &#8211; en liaison avec l'ensemble de la situation internationale &#8211; se sont d&#233;velopp&#233;s dans le pays au cours des derni&#232;res ann&#233;es bien plus vite que les &#233;l&#233;ments de la dictature. La d&#233;fense de la dictature signifie la lutte contre les &#233;l&#233;ments de Thermidor, pas seulement dans le pays tout entier, mais dans l'appareil d'&#201;tat et les couches influentes du parti lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, m&#234;me dans un processus de retour en arri&#232;re, il doit venir un point critique o&#249; la quantit&#233; se change en qualit&#233;, c'est-&#224;-dire le moment o&#249; le pouvoir d'&#201;tat change de nature de classe et devient un pouvoir bourgeois ? Ce point n'est-il pas d&#233;j&#224; atteint ? Un ouvrier, individuellement et tirant les le&#231;ons de sa vie quotidienne, peut en arriver &#224; la conclusion que le pouvoir n'est plus aux mains de la classe ouvri&#232;re : &#224; l'usine, l'autorit&#233; supr&#234;me est le &#171; triangle &#187;, la critique a &#233;t&#233; interdite et, dans le parti, l'appareil est tout-puissant ; dans le dos des organisations sovi&#233;tiques, ce sont des bureaucrates qui donnent les ordres, etc. Mais il suffit d'examiner cette question du point de vue des classes bourgeoises &#224; la ville et &#224; la campagne pour voir tout &#224; fait clairement que le pouvoir n'est pas entre leurs mains. Ce qui est en train de se passer, c'est la concentration du pouvoir entre les mains de ces organes bureaucratiques qui reposent sur la classe ouvri&#232;re, mais qui tendent toujours plus vers les couches sup&#233;rieures de la petite bourgeoisie des villes et des campagnes et se m&#233;langent partiellement avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le danger de Thermidor est une lutte de classe. La lutte pour arracher le pouvoir des mains d'une autre classe est une lutte r&#233;volutionnaire. La lutte pour des changements &#8211; parfois d&#233;cisifs, mais toujours sous le r&#232;gne de la m&#234;me classe &#8211; est une lutte r&#233;formiste. Le pouvoir n'a pas encore &#233;t&#233; arrach&#233; des mains du prol&#233;tariat. Il est encore possible de redresser notre ligne politique actuelle, d'&#233;carter les &#233;l&#233;ments de dualit&#233; de pouvoir et de renforcer la dictature par des mesures de type r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;&#233;minence, dans le parti et par cons&#233;quent dans le pays &#233;galement, est aux mains de la fraction de Staline qui poss&#232;de tous les traits du centrisme &#8211; et, qui plus est, d'un centrisme dans une p&#233;riode de recul, pas de mont&#233;e. Cela signifie de petits zigzags &#224; gauche et de grands zigzags &#224; droite. Il n'est pas douteux que le dernier geste &#224; gauche (le manifeste pour l'anniversaire) va obliger &#224; apaiser la droite et ceux qui sont les vraies sources de son soutien dans le pays &#8211; en fait, pas en paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les zigzags &#224; gauche ne s'expriment pas seulement par des manifestes b&#226;cl&#233;s d'anniversaire. L'insurrection de Canton est indiscutablement un zigzag aventuriste de l'I.C. &#224; gauche, apr&#232;s qu'aient &#233;t&#233; pleinement r&#233;v&#233;l&#233;es les cons&#233;quences d&#233;sastreuses de la politique menchevique suivie en Chine. L'&#233;pisode de Canton constitue une r&#233;p&#233;tition, en pire et en plus pernicieux du putsch d'Esthonie en 1924, apr&#232;s qu'on e&#251;t laiss&#233; passer la situation r&#233;volutionnaire de 1923 en Allemagne. Le menchevisme plus l'aventurisme bureaucratique ont port&#233; &#224; la r&#233;volution chinoise un double coup : il n'est pas douteux que le prix de l'insurrection de Canton sera un nouveau zigzag, beaucoup plus ample, &#224; droite, dans le domaine de la politique internationale et particuli&#232;rement en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che objective d'un r&#233;gime thermidorien serait de transf&#233;rer les leviers de commande politiques principaux aux mains de la gauche des nouvelles classes poss&#233;dantes. La condition la plus importante &#8211; mais pas la seule &#8211; de la victoire de Thermidor serait un &#233;crasement de l'Opposition tel qu'il n'y aurait plus &#224; en avoir &#171; peur &#187;. Dans les appareils du parti et de l'&#201;tat, les brasseurs d'affaires qui ont r&#233;ussi, en utilisant tous les fils, &#224; s'unir par toutes sortes de liens avec la soci&#233;t&#233; bourgeoise nouvelle, prendraient le pas sur les politiques purs, les centristes, les gens de l'appareil stalinien qui effraient les ouvriers avec l'opposition, pr&#233;servant ainsi temporairement leur &#171; ind&#233;pendance &#187;. Quant &#224; ce que deviendraient alors les centristes de l'esp&#232;ce stalinienne, c'est une question secondaire. Peut-&#234;tre quelques-uns d'entre eux se d&#233;tacheraient-ils pour se porter &#224; gauche. Le reste, bien plus nombreux, se retirerait purement et simplement du jeu. Une troisi&#232;me cat&#233;gorie renoncerait &#224; l'ind&#233;pendance imaginaire actuelle du centrisme et ses hommes entreraient dans la nouvelle combinaison, purement thermidorienne. Voil&#224; ce que serait la premi&#232;re &#233;tape de la marche au pouvoir de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui provoque le reflux ? La pression des forces de classe anti-prol&#233;tariennes sur l'&#201;tat sovi&#233;tique pouvait rencontrer une r&#233;sistance organis&#233;e seulement de la part des vieux cadres du parti et de la partie ouvri&#232;re de l'appareil de l'&#201;tat et du parti. Cependant, la partie ouvri&#232;re de l'appareil d'&#201;tat qui, autrefois, se s&#233;parait nettement des cadres des anciens intellectuels bourgeois et n'avait pas confiance en eux, s'est, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, d&#233;tach&#233;e toujours plus de la classe ouvri&#232;re, se rapprochant, par ses conditions de vie et d'existence, des couches intellectuelles de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, et elle est devenue plus complaisante &#224; l'&#233;gard de l'influence des ennemis de classe. D'autre part, le gros du prol&#233;tariat, qui avait donn&#233; son avant-garde &#224; l'appareil bureaucratique de l'&#201;tat, apr&#232;s la formidable tension des premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution, a manifest&#233; une grande passivit&#233; politique. Au cours de la p&#233;riode de reconstruction, quand sa situation mat&#233;rielle s'est am&#233;lior&#233;e rapidement, les d&#233;faites de la r&#233;volution au plan international ont pes&#233; lourd dans ce sens. Il faut ajouter l'influence du r&#233;gime du parti. Le prol&#233;tariat charrie encore largement avec lui l'h&#233;ritage du pass&#233; capitaliste. Les premi&#232;res ann&#233;es de la r&#233;volution ont port&#233; au premier plan les &#233;l&#233;ments les plus actifs de la classe, les plus r&#233;volutionnaires, les plus bolcheviques. A l'heure actuelle, ceux qui sont devant, ce sont l'&#233;lite des domestiques, de ceux qui savent courber l'&#233;chine. Les &#233;l&#233;ments &#171; remuants &#187; sont mis &#224; l'&#233;cart et pourchass&#233;s et c'est une source d'affaiblissement du parti et de la classe. Cela les d&#233;sarme devant l'ennemi. Ainsi la pression grandissante des forces bourgeoises sur l'&#201;tat ouvrier s'est-elle jusqu'&#224; pr&#233;sent exerc&#233;e sans se heurter &#224; une r&#233;sistance active de la masse essentielle du prol&#233;tariat. Une telle situation ne peut se prolonger ind&#233;finiment. Il y a tout lieu de penser que l'int&#233;r&#234;t manifest&#233; par les masses des ouvriers sans-parti pour la discussion d'avant le 15e congr&#232;s en liaison avec la campagne des contrats collectifs, montre que de larges masses ouvri&#232;res commencent &#224; s'&#233;veiller et &#224; s'int&#233;resser aux probl&#232;mes politiques fondamentaux d'aujourd'hui en m&#234;me temps que commence &#224; s'emparer d'eux l'inqui&#233;tude pour le sort de la dictature prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que grandira l'activit&#233; du prol&#233;tariat, la demande adress&#233;e &#224; l'opposition dans les milieux ouvriers grandira &#233;galement. Au cours des ann&#233;es o&#249; elle a lutt&#233; contre le reflux &#224; l'int&#233;rieur du parti (1923-1927), l'Opposition n'a pu que freiner ce processus. On ne peut s&#233;rieusement arr&#234;ter semblable processus autrement que par le d&#233;veloppement de la lutte de classe du prol&#233;tariat, dirig&#233;e contre la nouvelle bourgeoisie, contre les influences non prol&#233;tariennes qui s'exercent sur l'&#201;tat ouvrier, et contre l'imp&#233;rialisme mondial. Le prol&#233;tariat est habitu&#233; &#224; prendre conscience des dangers et &#224; r&#233;agir contre eux par l'interm&#233;diaire de son parti. Le monopole dont le parti jouit depuis 1917 a encore renforc&#233; son r&#244;le. La gravit&#233; de la situation consiste en ce que le r&#233;gime du parti freine et paralyse l'activit&#233; du prol&#233;tariat en m&#234;me temps que la th&#233;orie officielle du parti le tranquillise et l'endort. C'est pour cette raison et dans de telles conditions que l'Opposition porte une grande responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oustrialovisme et menchevisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boukharine op&#232;re un rapprochement entre le point de vue de l'Opposition et celui d'Oustrialov. En quoi est-ce le clou du caract&#232;re charlatanesque de cette th&#233;orie ? Oustrialov parle ouvertement du caract&#232;re in&#233;luctable de Thermidor, &#233;tape du salut dans le d&#233;veloppement national de la r&#233;volution d'Octobre. L'Opposition, elle, parle du danger de Thermidor et montre la voie de la lutte contre ce danger. Comme il glisse vers la droite, le centrisme est oblig&#233; de se fermer les yeux devant le danger et de nier m&#234;me sa possibilit&#233;. Il n'est pas possible de rendre &#224; Thermidor un service plus grand que de nier la r&#233;alit&#233; du danger thermidorien. La tentative de rapprocher le point de vue de l'Opposition sur Thermidor de celui des mencheviks n'est pas moins charlatanesque. Les mencheviks estiment que le danger bonapartiste a sa source essentielle dans le r&#233;gime de la dictature prol&#233;tarienne, que l'erreur principale est de compter sur la r&#233;volution mondiale, qu'une politique juste exige un repli dans les limites &#233;conomiques et politiques de la bourgeoisie et que, pour se sauver de Thermidor et du bonapartisme, il faut revenir &#224; la d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire au r&#233;gime parlementaire bourgeois. L'Opposition, pour sa part, ne nie nullement le danger de Thermidor, mais, bien au contraire, s'efforce de concentrer sur lui l'attention de l'avant-garde prol&#233;tarienne, car elle pense que la source politique principale de ce danger r&#233;side dans le comportement insuffisamment ferme de la dictature prol&#233;tarienne, l'insuffisance des liens avec la r&#233;volution mondiale, un esprit de conciliation excessif &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie, de l'int&#233;rieur comme de l'ext&#233;rieur. La d&#233;mocratie parlementaire n'est pour nous qu'une des formes de la domination du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le menchevisme est thermidorien d'un bout &#224; l'autre. Oustrialov, dans son thermidorianisme, est r&#233;aliste. Le menchevisme est utopique d'un bout &#224; l'autre. Est-il vraisemblable en effet qu'en cas de d&#233;faite de la dictature, celle-ci se transforme en d&#233;mocratie bourgeoise ? Non. C'est la moins vraisemblable de toutes les variantes. Jamais encore dans l'Histoire la dictature r&#233;volutionnaire n'a &#233;t&#233; remplac&#233;e par la d&#233;mocratie. Thermidor, par son essence m&#234;me, est un r&#233;gime de transition de kerenskysme &#224; rebours. Le kerenskysme de 1917 a couvert la dualit&#233; du pouvoir, s'est d&#233;battu dans son cadre et, contre son gr&#233;, a servi au prol&#233;tariat pour arracher le pouvoir des mains de la bourgeoisie. L'av&#232;nement du r&#233;gime thermidorien signifierait d&#233;cr&#233;ter &#224; nouveau la dualit&#233; du pouvoir &#8211; avec pr&#233;pond&#233;rance de la bourgeoisie &#8211; et, de nouveau, ce r&#233;gime, contre son gr&#233;, aiderait la bourgeoisie &#224; arracher le pouvoir des mains du prol&#233;tariat. Le r&#233;gime thermidorien, par nature, ne pourrait durer ind&#233;finiment. Son r&#244;le objectif consisterait &#224; couvrir l'accession au pouvoir de la bourgeoisie &#224; travers les organismes sovi&#233;tiques familiers aux travailleurs. Mais la r&#233;sistance du prol&#233;tariat, ses tentatives de se maintenir ou de regagner les positions perdues, deviendraient in&#233;vitables. Pour venir &#224; bout &#238;le telles tentatives et se renforcer v&#233;ritablement, la bourgeoisie &#233;prouverait d'urgence le besoin, non d'un r&#233;gime thermidorien, mais d'un r&#233;gime bien plus fort, beaucoup plus r&#233;solu, le plus vraisemblablement du bonapartisme, ou, plus actuel, du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mencheviks, en tant qu'aile gauche de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, combattraient sous le bonapartisme pour la l&#233;galit&#233;. Ce faisant, ils serviraient de soupape de s&#251;ret&#233; pour le r&#233;gime bourgeois. Les bolcheviks-l&#233;ninistes, cependant, combattraient pour la conqu&#234;te du pouvoir sous la forme de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du &#171; d&#233;lai &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question g&#233;n&#233;rale du danger thermidorien soul&#232;ve des questions plus concr&#232;tes. Quelle est la proximit&#233; de ce danger ? Thermidor n'a-t-il pas d&#233;j&#224; commenc&#233; ? Quels sont les indices r&#233;els sur son accomplissement ou non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du rythme auquel se produisent les divers changements est tr&#232;s importante pour notre tactique. Le rythme des nouveaux alignements politiques &#224; l'int&#233;rieur des classes et entre elles est beaucoup plus difficile &#224; d&#233;terminer que le rythme des processus &#233;conomiques dans le pays. En tout cas, ceux qui s'attendent &#224; ce que le processus de recul se poursuive au rythme actuel pendant des ann&#233;es font une grosse erreur. C'est, de toutes les perspectives, la plus improbable. Dans le processus de d&#233;clin, il pourra y avoir, et il y aura, des mouvements tr&#232;s brusques sous la pression des forces bourgeoisies de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Le temps qu'ils prendront, on ne peut le pr&#233;dire. Ce pourrait &#234;tre plus bref que nous le pensons. Ceux qui ne veulent pas s'en rendre compte, qui repoussent cette id&#233;e, seront in&#233;vitablement pris &#224; l'improviste. Il n'est pas besoin de rappeler que la capitulation de Zinoviev et Kamenev les a confront&#233;s, d&#232;s le tout d&#233;but, &#224; la n&#233;cessit&#233; d'enjoliver la situation, de minimiser le danger et d'endormir la gauche du parti. Quelques camarades ont li&#233; la question du rythme de Thermidor avec la question de la composition du C.C. en tant qu'incarnation de l'autorit&#233; du pouvoir et de la r&#233;volution. Aussi longtemps que les Oppositionnels ont &#233;t&#233; tol&#233;r&#233;s au C.C., ils ont jou&#233; le r&#244;le de frein sur ceux qui reculaient et la politique du C.C., selon les termes de Tomsky, n'&#233;tait &#171; ni chair ni poisson &#187;, c'est-&#224;-dire que le recul vers Thermidor rencontrait de la r&#233;sistance &#224; l'int&#233;rieur. L'&#233;limination du C.C. des Oppositionnels &#8211; c'est ce que pensaient les camarades que j'ai mentionn&#233;s &#8211; signifierait que ceux qui op&#232;rent cette retraite ne pouvaient plus collaborer avec les repr&#233;sentants de la ligne prol&#233;tarienne internationale. Cela signifierait donc le d&#233;but officiel de Thermidor. Cette mani&#232;re de poser la question est pour le moins incompl&#232;te et, pour cette raison, ne peut conduire qu'&#224; des conclusions fausses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de l'Opposition consiste en ce que, arm&#233;e de la m&#233;thode marxiste, elle peut pr&#233;voir le cours du d&#233;veloppement et mettre en garde. La &#171; force &#187; de la fraction stalinienne consiste dans son abandon de l'orientation marxiste : la fraction stalinienne joue aujourd'hui un r&#244;le que ne peuvent jouer que des gens qui portent des &#339;ill&#232;res, se dispensent de regarder &#224; gauche et &#224; droite et ne regardent pas devant eux les cons&#233;quences &#224; venir. La fraction stalinienne consid&#232;re les pr&#233;dictions marxistes de l'Opposition comme des injures personnelles, des calomnies, etc., r&#233;v&#233;lant en cela les caract&#232;res typiques de son &#233;troitesse d'esprit petite-bourgeoise. Et c'est pourquoi elle attaque l'Opposition avec une fureur redoubl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il toutefois que l'exclusion et m&#234;me l'amputation de l'Opposition tout enti&#232;re constitue le passage &#224; Thermidor, devenu un fait accompli ? Non, il s'agit seulement de la pr&#233;paration &#224; Thermidor dans le cadre du parti. La fraction stalinienne, en abattant la barri&#232;re prol&#233;tarienne de gauche, est en train, contre son propre gr&#233;, de paver la voie &#224; la marche au pouvoir de la bourgeoisie. Mais ce ph&#233;nom&#232;ne n'est pas encore accompli, ni en politique, ni dans l'&#233;conomie, ni dans la culture, ni dans la vie quotidienne. Pour assurer dans la r&#233;alit&#233; la victoire de Thermidor, il est n&#233;cessaire en premier lieu de supprimer (ou de limiter) le monopole du commerce ext&#233;rieur, de r&#233;viser les instructions &#233;lectorales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces de pression thermidoriennes de m&#234;me que les forces de r&#233;sistance prol&#233;tariennes, pourront seulement se r&#233;v&#233;ler dans le proc&#232;s de la lutte r&#233;elle des classes. C'est pourquoi on ne peut pas consid&#233;rer la mise de l'Opposition hors du parti comme l'accomplissement d&#233;j&#224; effectu&#233; de Thermidor. A vrai dire, une telle appr&#233;ciation pourrait &#234;tre juste si la marche ult&#233;rieure des &#233;v&#233;nements montrait que, de l'int&#233;rieur du parti, il ne peut plus venir de nouveaux &#233;l&#233;ments &#224; l'Opposition et que, dans la classe ouvri&#232;re, il ne saurait surgir de nouvelles forces pour r&#233;sister &#224; l'assaut de la bourgeoisie, et que par suite, l'intervention d'une Opposition peu nombreuse ne serait que le dernier bouillonnement de la vague d'Octobre. On ne peut formuler une telle appr&#233;ciation parce qu'il n'y a pas de causes pour penser que le prol&#233;tariat, en d&#233;pit des ph&#233;nom&#232;nes de passivit&#233; et de luttes avort&#233;es, ph&#233;nom&#232;nes qui se sont manifest&#233;s dans son sein au cours de la p&#233;riode &#233;coul&#233;e, n'est pas capable de &#238;le fendre les conqu&#234;tes d'Octobre contre la bourgeoisie int&#233;rieure et ext&#233;rieure, ce qui signifierait capituler avant la lutte et sans lutte. Il est absolument hors de doute que la pouss&#233;e ult&#233;rieure &#224; droite grossira le flux vers l'Opposition des &#233;l&#233;ments ouvriers du parti, et augmentera l'influence de ses id&#233;es sur la classe ouvri&#232;re. La question du d&#233;lai dans lequel peut se produire Thermidor, et les chances de son succ&#232;s ou de son insucc&#232;s, cela, en g&#233;n&#233;ral, n'est pas et ne peut pas &#234;tre une question de pure analyse th&#233;orique ou de pronostic. Il s'agit de la lutte de forces vives. Le r&#233;sultat doit &#234;tre d&#233;termin&#233; dans l'action elle-m&#234;me. La lutte int&#233;rieure du parti, malgr&#233; toute son acuit&#233;, n'est qu'un pr&#233;lude &#224; l'&#233;poque des combats de classe. Toutes les t&#226;ches sont encore enti&#232;rement devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair, qu'en cas de marche plus rapide et plus favorable du mouvement r&#233;volutionnaire en Occident et en Orient, l'Opposition accomplira beaucoup plus facilement sa t&#226;che historique. Mais au cas o&#249; la R&#233;volution mondiale serait diff&#233;r&#233;e, la lutte ne serait nullement sans espoir. L'Opposition ne se chargera certes pas de construire le socialisme dans un seul pays. Si l'on part du fait que l'imp&#233;rialisme demeurera victorieux en Occident et en Orient pendant plusieurs ann&#233;es, ce serait un pur enfantillage de penser que le prol&#233;tariat en U.R.S.S. pourrait garder le pouvoir et construire le socialisme contre l'imp&#233;rialisme mondial victorieux. Mais une telle sorte de perspective mondiale n'est en rien fond&#233;e. Les contradictions de l'&#233;conomie mondiale ne s'adoucissent pas, mais s'aiguisent. Ce ne seront pas les grandes commotions qui manqueront. Cela, l'Opposition l'a pr&#233;cis&#233;ment enseign&#233;, par exemple, lors des &#233;v&#233;nements de Chine, du Comit&#233; anglo-russe etc. Les succ&#232;s dans cette voie sont seulement possibles &#224; condition que soient assur&#233;es la d&#233;fense et la pratique du bolchevisme v&#233;ritable, f&#251;t-ce, pour un temps, &#224; titre de petite minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si m&#234;me tout le d&#233;veloppement de la lutte dans la prochaine p&#233;riode se montrait enti&#232;rement d&#233;favorable &#224; la dictature du prol&#233;tariat en U.R.S.S., et aboutissait &#224; sa chute, alors, m&#234;me dans ce cas, le travail de l'Opposition garderait toute son importance. L'ach&#232;vement de Thermidor signifierait in&#233;luctablement la scission du parti. L'Opposition serait l'expression des cadres r&#233;volutionnaires, et dans ce cas formerait, non &#171; un deuxi&#232;me parti &#187;, mais le prolongement historique du parti bolchevique. Le &#171; deuxi&#232;me &#187; parti serait form&#233; par l'union des &#233;l&#233;ments bureaucratiques et propri&#233;taires, poss&#233;dant d&#233;j&#224; leur point d'appui sur le flanc droit. Le deuxi&#232;me parti ne serait, &#224; vrai dire, qu'une &#233;tape pour la bourgeoisie imp&#233;rialiste int&#233;rieure et &#233;trang&#232;re. La t&#226;che du parti bolchevique, apr&#232;s la r&#233;volution bourgeoise, consisterait &#224; pr&#233;parer la deuxi&#232;me r&#233;volution prol&#233;tarienne. Aujourd'hui, toutefois, il s'agit de pr&#233;venir un tel d&#233;veloppement, en ayant recours au noyau prol&#233;tarien du parti et &#224; la classe ouvri&#232;re dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perspectives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti une fois formellement amput&#233; de l'Opposition, les classes non prol&#233;tariennes se sentiront beaucoup plus d'assurance. Leur pression se renforcera encore. Les formes et m&#233;thodes de cette pression se feront toujours plus vari&#233;es et plus enveloppantes : depuis la pression du chef d'&#233;quipe sur les ouvriers &#224; l'usine jusqu'&#224; la pression de la bourgeoisie europ&#233;enne et am&#233;ricaine dans la question du monopole du commerce ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si m&#234;me nous prenons comme point de d&#233;part cette supposition que la pression de la bourgeoisie int&#233;rieure et internationale doit se terminer victorieusement, (mais ceci n'est nullement r&#233;solu par avance) alors, m&#234;me en ce cas, il est impossible de s'imaginer que tout va se passer sans heurts, par le moyen d'un glissement acc&#233;l&#233;r&#233;, sans obstacles, sans tentatives de contre-pression prol&#233;tarienne de la part de la gauche. Pr&#233;cis&#233;ment, l'offensive croissante des classes non prol&#233;tariennes doit pousser des couches de plus en plus larges sur la voie de la lutte active. Pour &#171; diriger &#187; la d&#233;fense du noyau ouvrier du parti, aussi bien que de la classe ouvri&#232;re dans son ensemble, elles ont besoin de l'Opposition, m&#234;me en cas de d&#233;veloppement tr&#232;s d&#233;favorable des &#233;v&#233;nements. Il est inutile d'expliquer que le noyau prol&#233;tarien du parti et la classe ouvri&#232;re ne se tourneront vers l'Opposition que si celle-ci sait, dans toutes les questions de la vie et de la lutte des masses, montrer que ses points de vue correspondent aux int&#233;r&#234;ts m&#234;me du prol&#233;tariat. Cela suppose de l'activit&#233; de la part de l'Opposition, son intervention permanente dans tous les proc&#232;s &#233;conomiques, politiques et culturels de la vie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction Staline se trouve non seulement sous la menace de la pression croissante venant de droite, mais aussi de l'in&#233;luctable r&#233;sistance de la gauche. Les stalinistes fulminent contre l'Opposition, esp&#233;rant se rendre eux-m&#234;mes ma&#238;tres de l'in&#233;luctable r&#233;sistance de la gauche contre les forces qui surgissent de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments de l'aile droite du parti, de m&#234;me que les &#233;l&#233;ments oustrialovistes de l'appareil d'&#201;tat, comprennent la n&#233;cessit&#233; de certaines man&#339;uvres vers la gauche, mais ils craignent que ces man&#339;uvres puissent aller trop loin. Les d&#233;ments du flanc droit, qui, appartenant ou non au parti, participent &#224; la solution de toutes les questions du parti, sont caract&#233;ris&#233;s par leur liaison organique avec les nouveaux propri&#233;taires. Ils ne peuvent accepter que des man&#339;uvres qui, si elles comportent certains &#171; sacrifices &#187; en faveur du prol&#233;tariat, ne compromettent pas la situation mat&#233;rielle des classes exploiteuses et ne r&#233;tr&#233;cissent pas leur r&#244;le politique. C'est pr&#233;cis&#233;ment de ce point de vue que se pose pour eux la question de la journ&#233;e de sept heures, la question des salaires, l'aide aux pauvres de la campagne, etc. Les man&#339;uvres de gauche ne sauveront pas la politique de Staline. La queue va frapper la t&#234;te. La croissance de l'aile droite s'exprime dans l'imm&#233;diat par la pr&#233;pond&#233;rance croissante de l'appareil de l'&#201;tat sur l'appareil du parti. Il est possible de suivre clairement la croissance de ce proc&#232;s au cours des deux ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es entre le 14e et le 15e Congr&#232;s. Le 14e Congr&#232;s du parti fut l'apog&#233;e de l'appareil du parti et en m&#234;me temps de Staline. Le 15e Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; un s&#233;rieux d&#233;placement des forces vers la droite. Les fi&#232;res d&#233;clarations des fonctionnaires de l'appareil centriste, selon lesquelles ils vont d&#233;truire en passant l'aile droite aussi, ne se sont pas r&#233;alis&#233;es. Le bureau politique est demeur&#233; aussi oscillant qu'il l'&#233;tait avant le 15e Congr&#232;s. La composition du nouveau comit&#233; central et de la nouvelle commission centrale de contr&#244;le a introduit de nouvelles figures qui y sont entr&#233;es exclusivement en qualit&#233; de fonctionnaires. Le 15e Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; l'affaiblissement de l'appareil du parti dans le syst&#232;me g&#233;n&#233;ral du r&#233;gime sovi&#233;tique. La lutte Staline-Rykov refl&#232;te dans une large mesure la lutte des deux appareils o&#249; se r&#233;fracte &#224; son tour la lutte de classe. La pression des classes non prol&#233;tariennes, largement et directement, se manifeste &#224; travers l'appareil d'&#201;tat. Cela ne signifie pas, toutefois, qu'elle se meut dans des cadres de classe bien clairs. Dans l'avenir, quand la politique de &#171; sur place &#187;, la politique qui consiste &#224; &#233;luder les questions, &#224; attendre, deviendra impossible, Staline pourra, avec succ&#232;s, enfourcher le cheval de droite et liquider Rykov. Tout simplement se mettre &#224; sa place. Mais m&#234;me cette question ne peut &#234;tre r&#233;solue sans de nouveaux d&#233;placements de forces et sans de profondes secousses dans le parti. Les difficult&#233;s &#233;conomiques s'approchent et menacent avec une force inexorable. L'Opposition a eu raison, aussi bien dans la compr&#233;hension de la situation &#233;conomique du pays que dans ses pr&#233;visions concernant la marche future des &#233;v&#233;nements. Les &#233;checs graves dans la r&#233;quisition de bl&#233; pendant le premier trimestre sont l'indication d'une atteinte s&#233;rieuse &#224; l'&#233;quilibre de toute l'&#233;conomie de l'U.R.S.S. Une entorse s&#233;rieuse a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite au plan d'exportation et par suite au plan d'importation. Le manque de produits alimentaires a d&#233;j&#224; contraint des centres ouvriers parmi les plus importants, comme L&#233;ningrad, &#224; passer au syst&#232;me de la carte de rationnement. La cause sp&#233;cifique des difficult&#233;s &#233;conomiques pour l'ann&#233;e 1927-1928 r&#233;side dans l'inflation mon&#233;taire. Celle-ci a aggrav&#233; les difficult&#233;s de notre &#233;conomie qui sont la cons&#233;quence du retard de l'industrie, de la disproportion etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inflation mon&#233;taire a &#233;t&#233; tout d'abord l'expression de ce fait que les d&#233;penses r&#233;elles de l'&#233;conomie d'&#201;tat sont devenues beaucoup plus fortes que ses revenus r&#233;els ; et deuxi&#232;mement qu'une telle situation dans notre pays m&#232;ne in&#233;luctablement &#224; porter atteinte &#224; la liaison entre la ville et la campagne. Il n'est possible d'obtenir les moyens r&#233;els d'industrialiser plus vite le pays qu'en ayant recours &#224; une s&#233;rieuse r&#233;vision de la r&#233;partition des revenus nationaux, r&#233;vision effectu&#233;e au b&#233;n&#233;fice des &#233;l&#233;ments socialistes de notre &#233;conomie. Faute de cela, m&#234;me le plan actuellement en cours d'ex&#233;cution pour les d&#233;penses de capital a d&#233;termin&#233; une situation tr&#232;s tendue des possibilit&#233;s d'&#233;mission de papier-monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte actuellement men&#233;e contre les difficult&#233;s &#233;conomiques (renforcement du ravitaillement des campagnes en marchandises industrielles en privant le march&#233; des villes) peut conduire &#224; des succ&#232;s partiels dans des compartiments s&#233;par&#233;s, au prix de nouvelles difficult&#233;s dans d'autres endroits. Toute la situation &#233;conomique r&#233;v&#232;le la faillite de la politique actuelle qui consiste &#224; trouver des solutions au coup par coup en fonction d'une ligne g&#233;n&#233;rale fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de l'Opposition a &#233;t&#233; repouss&#233; ; le groupe Staline n'a aucun plan, tandis que les &#233;l&#233;ments de droite ont peur de parler &#224; haute voix de leurs v&#233;ritables intentions : telle est la situation de la direction &#233;conomique en ce moment. Ce qui est le plus vraisemblable, c'est que la situation &#233;conomique ult&#233;rieure devenant plus aigu&#235;, la ligne de la droite triomphera, et cela, la plate-forme de l'Opposition l'a pr&#233;vu d'une mani&#232;re absolument juste. A la base de la crise aigu&#235; qui se manifeste actuellement dans la situation &#233;conomique, il y a, comme racine, la disproportion entre l'&#233;conomie industrielle et l'&#233;conomie paysanne. Il n'est possible de faire dispara&#238;tre cette disproportion que de deux mani&#232;res : soit par les m&#233;thodes de r&#233;gulation du plan et par une politique appropri&#233;e des imp&#244;ts, des prix, des cr&#233;dits, etc., soit par les moyens &#233;l&#233;mentaires du march&#233;, non seulement du march&#233; int&#233;rieur qui, pour cela, est certainement insuffisant, mais aussi par les moyens du march&#233; ext&#233;rieur. La premi&#232;re voie, c'est la voie de la plus juste r&#233;partition des revenus nationaux. La seconde, c'est celle qui consiste &#224; supprimer aussi le monopole du commerce ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; de la situation, c'est la question du monopole du commerce ext&#233;rieur. Il est hors de doute que la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur, ou sa limitation, qui toucherait &#224; son essence m&#234;me, m&#232;nerait dans les premiers temps &#224; une augmentation importante des forces productives. Les marchandises deviendraient meilleur march&#233;. Les salaires s'&#233;l&#232;veraient. Le pouvoir d'achat du rouble paysan grandirait. Mais l'ensemble signifierait la marche acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'&#233;conomie nationale vers la liaison avec le capital mondial Dans ces conditions, la dictature du prol&#233;tariat ne pourrait &#234;tre maintenue que pendant un court d&#233;lai, ne pouvant pas s'&#233;valuer en ann&#233;es. La restauration de la servitude capitaliste signifierait le partage, direct ou indirect, de la Russie en sph&#232;res d'influences ; elle serait entra&#238;n&#233;e dans la politique des secousses guerri&#232;res de l'imp&#233;rialisme mondial, avec la perspective de la ruine et du d&#233;p&#233;rissement, comme en Chine. Dans la premi&#232;re p&#233;riode, la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur donnerait indubitablement une impulsion aux forces productrices et une &#233;l&#233;vation temporaire du bien-&#234;tre des masses travailleuses. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans ce sens qu'exerce sa pression le koulak, qui ne l&#226;che pas son bl&#233;, de m&#234;me que le capitaliste am&#233;ricain ne l&#226;che aucun cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire de penser que la droite lancera le mot d'ordre de la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur. Il y a beaucoup de moyens d&#233;tourn&#233;s et partiels comme l'a montr&#233; l'Histoire, lors des instructions pour les &#233;lections aux soviets. Dans les premiers temps, la pression s'exercera par ces voies d&#233;tourn&#233;es. La revendication de la suppression du monopole du commerce ext&#233;rieur peut &#234;tre assez rapidement pr&#233;sent&#233;e sous sa forme la plus large. On dira aux ouvriers : &#171; Certes, L&#233;nine &#233;tait pour le monopole, mais tout d&#233;pend des conditions de temps et de lieu. Notre doctrine n'est pas un dogme. La situation a chang&#233;. Le d&#233;veloppement des forces productives exige aussi quelque chose d'autre. &#187; La politique actuelle, qui m&#232;ne &#224; une impasse, se prolongeant, il est absolument hors de doute que le mot d'ordre de la suppression par degr&#233;s du monopole du commerce ext&#233;rieur peut entra&#238;ner derri&#232;re lui une partie de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression de la droite s'exercera simultan&#233;ment dans plusieurs directions. La pr&#233;vision du syst&#232;me des &#233;lections vient de nouveau &#224; l'ordre du jour. La politique fiscale, les droits de l'administration sur les usines et fabriques, la politique des cr&#233;dits, et particuli&#232;rement dans les campagnes, etc., etc., toutes ces questions se poseront de nouveau sous la pression de la droite. Staline et son appareil se heurteront demain &#224; cette pression et r&#233;v&#233;leront leur impuissance devant elle. On peut &#233;carter les rykovistes et pr&#233;parer la destitution de Rykov lui-m&#234;me. Ces plaisanteries bureaucratiques ne r&#233;solvent pas la question. La pression de droite ne se r&#233;fracte pas seulement &#224; travers le groupe Rykov. Cette pression est elle-m&#234;me beaucoup plus profonde que la fraction Rykov. Elle provient des nouveaux poss&#233;dants et des bureaucrates qui lui sont li&#233;s. Il faut, ou bien s'appuyer sur ces nouveaux poss&#233;dants contre les ouvriers, ou bien s'appuyer sur les ouvriers contre leurs pr&#233;tentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela r&#233;uni signifie que la formation des fractions se fera scion un rythme puissant sur l'aile droite, aussi bien &#224; l'int&#233;rieur du parti qu'en dehors. Le cercle de l'appareil ne viendra pas &#224; bout de la pression de classe. La logique de la situation est telle que le 15e Congr&#232;s, conform&#233;ment &#224; toutes les donn&#233;es, constitue le d&#233;but de la pouss&#233;e fractionnelle de droite du parti. Dans ces conditions, le r&#244;le de l'aile gauche sera d&#233;cisif pour le sort du parti et de la dictature du prol&#233;tariat. La critique de l'opportunisme, une juste orientation de classe, de justes mots d'ordre, l'&#233;ducation des meilleurs &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires du parti, ce travail est particuli&#232;rement n&#233;cessaire et obligatoire en tout temps et &#224; chaque occasion. La t&#226;che de l'Opposition consiste &#224; assurer la continuit&#233; du parti bolchevique authentique. Pendant une certaine p&#233;riode, cela signifiera aller contre le courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Opposition et l'Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution du 15e congr&#232;s, d'apr&#232;s le compte rendu du comit&#233; central dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le moment pr&#233;sent, en Europe, le reflux, d'une faible dur&#233;e, de la vague r&#233;volutionnaire (apr&#232;s la d&#233;faite de la R&#233;volution allemande de 1923) se change de nouveau en une vague montante par l'&#233;l&#233;vation de l'activit&#233; combative du prol&#233;tariat, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons de cette fa&#231;on le premier aveu officiel fait ouvertement de ce qu'apr&#232;s la d&#233;faite de la r&#233;volution allemande en l'ann&#233;e 1923, le mouvement ouvrier a reflu&#233; en Europe &#8211; au moins sur le continent d'Europe &#8211; pendant environ quatre ann&#233;es. Que l'on allait avoir &#224; faire face &#224; ce reflux, cela pouvait et devait &#234;tre pr&#233;vu d&#233;j&#224; en novembre-d&#233;cembre 1923. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans cette p&#233;riode que l'Opposition a pr&#233;dit que viendrait in&#233;luctablement une certaine &#171; pacification &#187; dans les rapports capitalistes, qu'on assisterait in&#233;luctablement &#224; une invasion croissante de la part de l'Am&#233;rique dans le domaine de l'&#233;conomie et de la politique europ&#233;enne, et que, parall&#232;lement &#224; cel&#224;, se produirait in&#233;luctablement un renforcement temporaire de la social-d&#233;mocratie au d&#233;triment du communisme. Alors, ce pronostic marxiste fut qualifi&#233; de liquidateur. Le 5e Congr&#232;s de l'Internationale, r&#233;uni en 1924, fut conduit, dans l'ensemble, de ce point de vue que la vague r&#233;volutionnaire continuerait probablement &#224; monter et que de l&#224; d&#233;coulait la t&#226;che d' &#171; organiser &#187; imm&#233;diatement la r&#233;volution. L'insurrection d'Estonie fut l'un des fruits les plus apparents de cette mani&#232;re d'envisager les choses. Ce que l'on a appel&#233; la &#171; bolchevisation &#187; des partis de l'Internationale, proclam&#233; par le 5e Congr&#232;s, en liaison avec la tendance &#224; &#233;carter des &#233;l&#233;ments r&#233;ellement indignes et corrompus, comportait aussi la lutte contre une juste appr&#233;ciation marxiste des phases de l'&#233;poque imp&#233;rialiste et de ses flux et reflux, appr&#233;ciation sans laquelle, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire du bolchevisme est impossible. La position fausse prise par le 5e Congr&#232;s a in&#233;vitablement aliment&#233; les erreurs et les tendances ultra-gauchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le reflux, au moment o&#249; il se produisit, e&#251;t r&#233;v&#233;l&#233; toute sa profondeur, la nouvelle direction de l'Internationale, devenue sage apr&#232;s coup, frappa les &#233;l&#233;ments de gauche des partis communistes. Le syst&#232;me de la permanence des dirigeants mis en pratique ces derni&#232;res ann&#233;es, n'a cess&#233; de se renforcer dans l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che la plus importante du 6e Congr&#232;s est d'appr&#233;cier d'une mani&#232;re juste les erreurs fondamentales de la position prise par le 5e Congr&#232;s et de condamner d'une mani&#232;re d&#233;cisive cette direction dont l'incurie et le suivisme en pr&#233;sence de chaque tournant brusque des &#233;v&#233;nements met sens dessus dessous les comit&#233;s centraux des sections nationales des partis et ainsi ne permet pas de former des cadres dirigeants capables de s'orienter dans le changement des p&#233;riodes de flux et de reflux du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la classe ouvri&#232;re d'Europe, on observe indubitablement un d&#233;placement vers la gauche. Il s'exprime par le renforcement de la lutte gr&#233;viste et l'augmentation des voix communistes, mais ce n'est que la premi&#232;re &#233;tape de ce d&#233;veloppement. Le nombre des voix social-d&#233;mocrates augmente parall&#232;lement &#224; celui des voix communistes, distan&#231;ant m&#234;me en partie ces derniers. Si ce processus se d&#233;veloppe et s'approfondit, une seconde phase se produira alors, avec le d&#233;but du d&#233;placement de la social-d&#233;mocratie vers le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment il faudra renforcer l'organisation des partis communistes, renforcement qu'il n'est pas encore possible de constater aujourd'hui. Un des plus grands obstacles &#224; la croissance et au renforcement des partis communistes, c'est l'orientation politique de l'Internationale et son r&#233;gime interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite de l'attaque contre la gauche va entra&#238;ner un nouvel &#233;cart des ciseaux entre le cours droitier du parti et le d&#233;placement &#224; gauche de la classe ouvri&#232;re. Une situation r&#233;volutionnaire peut, dans une des plus prochaines &#233;tapes, se d&#233;clarer ouvertement dans les pays d'Europe avec la m&#234;me force et la m&#234;me acuit&#233; qu'&#224; Vienne. Toute la question r&#233;side dans la force des partis de l'Internationale communiste, dans leur ligne politique, dans leur direction. Les &#233;v&#233;nements r&#233;cents de Canton, compl&#233;ment aventurier de la politique menchevique, montrent que ce serait le plus grand crime de se cr&#233;er &#224; soi-m&#234;me quelque illusion que ce soit sur la ligne politique actuelle de la direction dans les questions internationales. Seule l'Opposition, par un travail syst&#233;matique, opini&#226;tre, pers&#233;v&#233;rant et ininterrompu, est capable d'aider les partis communistes d'Occident et d'Orient &#224; aller sur la voie bolchevique et &#224; se montrer &#224; la hauteur des situations r&#233;volutionnaires qui ne manqueront pas dans les ann&#233;es qui viennent. L'Opposition en U.R.S.S. ne peut remplir sa t&#226;che que comme facteur r&#233;volutionnaire. La rupture de Kamenev et de Zinoviev avec la gauche de l'Internationale n'en est que plus inadmissible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des deux partis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte officielle contre l'Opposition se m&#232;ne sous deux mots d'ordres essentiels : contre deux partis et contre le &#171; trotskysme &#187;. La pr&#233;tendue lutte de Staline contre deux partis masque la formation d'une dualit&#233; de pouvoir dans le pays et la formation d'un parti bourgeois sur le flanc droit du parti russe et sous le couvert de son drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute une s&#233;rie d'institutions et dans les bureaux des secr&#233;tariats, ont lieu des conf&#233;rences secr&#232;tes des membres de l'appareil du parti avec les sp&#233;cialistes et les professeurs partisans d'Oustrialov en vue d'&#233;laborer les m&#233;thodes et les mots d'ordre pour lutter contre l'Opposition. &#199;a, c'est la formation clandestine d'un deuxi&#232;me parti qui, par tous les moyens, s'efforce de subordonner, et, partiellement, subordonne le noyau prol&#233;tarien de notre parti en m&#234;me temps qu'il menace son aile gauche. Tout en masquant la formation de ce deuxi&#232;me parti, l'appareil accuse l'Opposition de s'efforcer de cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, et cela pr&#233;cis&#233;ment parce que l'Opposition s'efforce de soustraire &#224; la pression croissante de la bourgeoisie le noyau prol&#233;tarien du parti (faute de quoi il serait en g&#233;n&#233;ral impossible de sauver l'unit&#233; du parti bolchevique). Ce serait pure illusion de penser qu'il est possible de maintenir la dictature du prol&#233;tariat, seulement par des adjurations verbales en faveur d'un parti indivisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question : un ou deux partis &#8211; pos&#233;e d'un point de vue concret, d'un point de vue de classe, et non d'un point de vue d'agitation verbale &#8211; sera r&#233;solue pr&#233;cis&#233;ment par la question de savoir si on r&#233;ussira &#224; &#233;veiller et &#224; mobiliser les forces de r&#233;sistance dans le parti et dans le prol&#233;tariat. L'Opposition ne peut atteindre ce but que si elle ne se laisse pas intimider par l'&#233;pouvantail des deux partis et par le charlatanisme en ce qui concerne le &#171; trotskysme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les th&#232;ses du camarade Zinoviev intitul&#233;es &#171; Bilan du pl&#233;num de juillet &#187;, il est dit ce qui suit &#224; propos de la question de deux partis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si Staline exclut par paquets les oppositionnels du parti, il peut passer demain &#224; des exclusions bien plus massives. Oui, c'est ainsi. Et n&#233;anmoins, cela ne nous fait en aucun cas aboutir au &#171; mot d'ordre &#187; des &#171; deux partis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire se complique du fait que, sous le r&#233;gime de Staline, il n'est pas possible de lutter pour les id&#233;es de L&#233;nine autrement qu'en courant le risque d'&#234;tre exclu du parti. C'est tout &#224; fait indiscutable. Celui qui n'a pas r&#233;gl&#233; cette question pour lui-m&#234;me et se dit que tout vaut mieux que d'&#234;tre exclu du parti, ne peut, dans les conditions actuelles, combattre v&#233;ritablement pour le l&#233;ninisme ni prendre une position ferme d'&#171; oppositionnel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il peut tr&#232;s bien arriver que des groupes importants d'Oppositionnels (et au nombre de ceux-ci tous les &#233;l&#233;ments dirigeants de l'Opposition), soient dans quelque temps chass&#233;s du parti. Et cependant, leur t&#226;che sera de continuer leur travail et quoique n'&#233;tant plus formellement membres du parti, de ne pas s'&#233;loigner d'un iota des enseignements de L&#233;nine. Leur t&#226;che sera, dans cette p&#233;riode particuli&#232;rement difficile, non pas de s'orienter vers la formation d'un deuxi&#232;me parti, mais de continuer &#224; s'orienter vers le redressement du parti, vers la correction de la ligne politique. Disons-le sans phrases : il est extr&#234;mement difficile pour un l&#233;niniste exclu du parti de coordonner son travail avec celui des l&#233;ninistes demeur&#233;s dans le parti. Mais faire cela est absolument n&#233;cessaire du point de vue de nos buts essentiels. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi que l'atteste toute l'exp&#233;rience de la lutte, l'Opposition est unanime &#224; consid&#233;rer que la lutte pour l'unit&#233; du parti sur la base l&#233;niniste ne doit, en aucun cas, se r&#233;duire &#224; se mettre &#224; l'unisson de l'appareil, &#224; att&#233;nuer les divergences et &#224; baisser le ton politiquement. Lorsque les camarades se d&#233;tachent de l'opposition pour aller &#224; droite, ils n'invoquent pas pour expliquer leur d&#233;part, leur propre glissement vers le point de vue de Staline sur les questions int&#233;rieures et internationales, mais ils accusent l'Opposition de s'orienter vers le deuxi&#232;me parti. En d'autres termes, ils ne font que r&#233;p&#233;ter l'accusation lanc&#233;e par Staline afin de masquer leur propre reculade. &#187; (p. 14 et 15)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que nous ne sommes pas maintenant en juillet mais en d&#233;cembre ; ces lignes conservent pourtant aujourd'hui toute leur force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons-le une fois encore. Si la droite, &#224; l'int&#233;rieur du parti et autour, se rassemblait et gagnait &#224; ses id&#233;es, au cours de la p&#233;riode prochaine, une fraction importante du noyau prol&#233;tarien du parti, la cr&#233;ation d'un second parti deviendrait in&#233;vitable, ce qui signifierait la chute de la dictature et par cons&#233;quent la d&#233;faite des travailleurs. C'est la voie politique de la victoire des oustrialovistes. La voie oppos&#233;e ne peut &#234;tre imagin&#233;e que sous la forme de l'isolement de l'aile droite au moyen de la lutte oppositionnelle contre le centrisme de l'appareil et pour gagner l'influence sur le noyau prol&#233;tarien du parti. La dictature du prol&#233;tariat ne peut pas se maintenir longtemps sur la base de d&#233;faites successives de la gauche prol&#233;tarienne. Au contraire, la dictature, non seulement est compatible avec l'isolement et la liquidation politique de l'aile droite, mais elle exige imp&#233;rieusement une telle liquidation. C'est pourquoi capituler devant le centrisme de l'appareil, au nom d'on ne sait qu'elle unit&#233; du parti, signifierait travailler directement et v&#233;ritablement pour l'existence de deux partis, c'est-&#224;-dire pour l'&#233;croulement de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation de Zinoviev et Kamenev&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'Opposition avait fait au congr&#232;s une d&#233;claration ferme et loyale &#8211; une d&#233;claration et non une demi-douzaine &#8211; si, sur aucune question politique, et en particulier, sur les causes du fractionnisme, elle n'avait agi contre sa conscience, notre situation serait incomparablement plus favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les h&#233;sitations dans les rangs de l'Opposition se sont produites, non pas &#224; la base, mais au sommet. La conduite des camarades Zinoviev et Kamenev constitue un fait absolument inou&#239; dans l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire, et m&#234;me, si l'on veut, dans l'histoire de la lutte politique en g&#233;n&#233;ral. Zinoviev et Kamenev ont formellement pris comme point de d&#233;part l'unit&#233; du parti consid&#233;r&#233;e comme le crit&#232;re supr&#234;me et, par leur conduite, ils ont affirm&#233; qu'on ne pouvait obtenir cette unit&#233; en luttant pour ses id&#233;es, mais seulement par une reculade sur le terrain des id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est pour le parti le bl&#226;me le plus impitoyable qu'on puisse imaginer. Cette conduite en effet contribue non &#224; pr&#233;server l'unit&#233; du parti, mais &#224; le d&#233;moraliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle justifie en quelque sorte les &#233;l&#233;ments de carri&#233;risme, de duplicit&#233;, de poursuite d'int&#233;r&#234;ts personnels. Refuser de d&#233;fendre ses positions revient &#224; justifier en particulier le comportement de cette large couche de membres du parti corrompus et born&#233;s qui pensent comme l'Opposition mais votent comme la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reculade de Zinoviev et de Kamenev r&#233;sulte de cette croyance mensong&#232;re selon laquelle il serait possible, dans n'importe quelle situation historique, de se tirer d'affaire en recourant &#224; d'astucieuses man&#339;uvres, au lieu de se maintenir sur une ligne politique principielle. C'est la pire caricature du l&#233;ninisme. Caract&#233;risant la politique de man&#339;uvre de L&#233;nine, nous disons dans notre plate-forme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De son temps (du temps de L&#233;nine), le parti a toujours connu les causes de la man&#339;uvre, sa signification, ses limites, la ligne en de&#231;&#224; de laquelle il ne faut pas reculer, et les positions desquelles doit partir &#224; nouveau l'offensive prol&#233;tarienne... Gr&#226;ce &#224; cela, l'arm&#233;e, tout en man&#339;uvrant, a toujours maintenu sa coh&#233;sion, et la conscience de ses buts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces conditions de la man&#339;uvre l&#233;niniste ont &#233;t&#233; foul&#233;es aux pieds d'une mani&#232;re qui viole tous les principes, par Zinoviev et par Kamenev. Nourrir l'espoir que, dans quelques mois, le document capitulard sera &#171; enfoui &#187; sous de nouveaux &#233;v&#233;nements et sous de nouvelles luttes, c'est se tromper soi-m&#234;me de fa&#231;on pitoyable. Assur&#233;ment, les &#233;l&#233;ments indiff&#233;rents du parti passeront outre &#224; ce document, mais les cadres de la fraction staliniste, de m&#234;me que l'Opposition, ne l'oublieront pas et, au prochain tournant, l'&#233;voqueront devant la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation politique de Zinoviev et de Kamenev s'explique par la tentative de passer d'une position r&#233;volutionnaire &#224; une position centriste de gauche faisant contrepoids &#224; la position centriste de droite occup&#233;e par Staline. Le centrisme peut se maintenir longtemps dans une &#233;poque de d&#233;veloppement lent (le kautskysme avant la guerre) ; dans les conditions de l'&#233;poque actuelle, le centrisme est oblig&#233; d'abandonner rapidement ses positions et d'aller, soit &#224; gauche, soit &#224; droite. Lors de la mont&#233;e du mouvement ouvrier, il n'est pas rare de voir le centrisme de gauche constituer un pont menant vers la position r&#233;volutionnaire. Lors d'une p&#233;riode de d&#233;pression, comme c'est le cas actuellement, le centrisme de gauche n'est qu'un pont conduisant de l'Opposition vers Staline. Le groupe Zinoviev-Kamenev ne pourra jouer aucun r&#244;le ind&#233;pendant. Sa capitulation est un d&#233;placement de forces au sommet sous l'&#233;norme pression exerc&#233;e de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur sur l'aile r&#233;volutionnaire du parti russe et de l'Internationale. Les &#233;v&#233;nements &#171; enfouiront &#187; la d&#233;claration capitularde du 18 d&#233;cembre en ce sens seulement qu'ils enjamberont le groupe Zinoviev-Kamenev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le &#171; Trotskysme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev et Kamenev, qui ont pris une part dirigeante dans la cr&#233;ation de la l&#233;gende sur le trotskysme au cours des ann&#233;es 1924 et 1925, ont dit dans la d&#233;claration de juillet 1926 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A l'heure actuelle, personne ne peut plus mettre en doute que le noyau essentiel de l'Opposition de 1923 a justement mis en garde contre le danger d'un &#233;cart hors de la ligne prol&#233;tarienne et contre l'av&#232;nement mena&#231;ant du r&#233;gime de l'appareil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est absolument clair que si l'Opposition de 1923 a, depuis plus de deux ans, mis en garde contre les dangers essentiels mena&#231;ant le parti et la dictature du prol&#233;tariat, accuser cette Opposition de ce que l'on a nomm&#233; le &#171; trotskysme &#187;, n'a pu que fournir une base pour les erreurs les plus graves dans la mani&#232;re de comprendre la situation ainsi que les t&#226;ches qui en d&#233;coulent. Conjointement avec les dirigeants de l'Opposition de 1923, Zinoviev et Kamenev ont &#233;labor&#233; les documents essentiels de l'Opposition, et parmi eux, le plus important de tous : la plate-forme Il est clair que les accusations de d&#233;viations petites-bourgeoises, de &#171; trotskysme &#187;, etc. se trouvent par l&#224; m&#234;me r&#233;duites en poussi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative attard&#233;e de relancer la lutte contre une &#171; rechute &#187; du trotskysme ne repr&#233;sente rien d'autre qu'une lamentable rechute de Zinoviev et Kamenev dans leurs propres erreurs de 1923, erreurs qui ont aid&#233; &#224; d&#233;placer le r&#233;gime du parti de la voie l&#233;niniste sur une voie glissant vers le mar&#233;cage du centrisme et de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan du bloc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capitulation de Zinoviev et de Kamenev pose de nouveau la question de savoir si le bloc ne fut pas, dans l'ensemble, une erreur. Les divers camarades qui sont enclins &#224; formuler une telle conclusion, ne consid&#232;rent pas l'histoire du bloc dans son ensemble, mais seulement le maillon final de cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Opposition de 1923 a pris naissance &#224; Moscou, et celle de 1925-1926 &#224; L&#233;ningrad. L'aile droite du parti poss&#232;de sa base d'appui dans le Caucase du Nord, o&#249; la lutte entre les stalinistes et les rykovistes s'est d&#233;roul&#233;e sous sa forme la plus claire et la plus pr&#233;cise. Cette r&#233;partition des groupes politiques n'est pas due au hasard, et &#224; elle seule, elle explique le bloc entre Moscou et L&#233;ningrad, c'est-&#224;-dire le bloc entre les deux centres prol&#233;tariens les plus importants de notre Union. En d&#233;pit de telles ou telles vacillations se produisant au sommet, le bloc a &#233;t&#233; provoqu&#233; par de profondes pressions de classe. Parler dans ces conditions d'un &#171; bloc &#187; sans principes, c'est de la vulgaire m&#233;disance. Et, sur le plan des id&#233;es, l'Opposition de L&#233;ningrad, pr&#233;cis&#233;ment gr&#226;ce &#224; sa base prol&#233;tarienne hautement qualifi&#233;e, a introduit dans le bloc des &#233;l&#233;ments de tr&#232;s grande valeur. Le rapprochement entre les &#233;l&#233;ments ouvriers d'avant-garde de Moscou et de L&#233;ningrad, continuera, en d&#233;pit du fait que les &#233;l&#233;ments dirigeants de l'Opposition de L&#233;ningrad sont devenus des ren&#233;gats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire de m&#234;me en ce qui concerne l'Opposition dans l'Internationale. Les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;volutionnaires, apr&#232;s les h&#233;sitations et les oscillations provoqu&#233;es dans une large mesure par les fameuses d&#233;cisions du 5e Congr&#232;s mondial, se trouveront progressivement les uns les autres. Les meilleurs &#233;l&#233;ments de l'Opposition de 1923 et de l'Opposition de 1925-1926 s'uniront &#224; l'&#233;chelle internationale. Le d&#233;part de Zinoviev et de Kamenev n'emp&#234;chera pas ce processus de s'accomplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appr&#233;ciation de la tactique de l'Opposition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du bloc oppositionnel, on peut distinguer trois p&#233;riodes : a) d'avril 1926 au 16 octobre ; b) du 16 octobre 1926 au 8 ao&#251;t 1927 ; c) du 8 ao&#251;t au 15e Congr&#232;s. Chacune de ces p&#233;riodes est caract&#233;ris&#233;e par une mont&#233;e de l'activit&#233; oppositionnelle, puis, lorsque celle-ci atteint un niveau critique, par un ralentissement plus ou moins important accompagn&#233; de d&#233;clarations de refus d'une activit&#233; fractionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; caract&#232;re cyclique &#187; original de la tactique oppositionnelle am&#232;ne &#224; penser qu'il s'agit en l'esp&#232;ce de quelques causes d'ordre g&#233;n&#233;ral. II est n&#233;cessaire de les rechercher d'une part dans les conditions g&#233;n&#233;rales de la dictature prol&#233;tarienne au sein d'un pays o&#249; la paysannerie est nombreuse, et, d'autre part, dans les conditions particuli&#232;res cr&#233;&#233;es par le reflux de la vague r&#233;volutionnaire et sa lutte contre l'aile gauche, l'appareil est arm&#233; de toutes les m&#233;thodes et de tous les moyens de la dictature. L'Opposition ne dispose comme arme que de la propagande. Les discours, l'utilisation du &#171; prestige &#187; des individualit&#233;s, la &#171; soudure &#187; avec les sans-parti, l'occupation de locaux de r&#233;unions, les mots d'ordre lanc&#233;s, ainsi que les pancartes dans les rues, lors du 7 novembre, tout cela, ce sont les formes diverses de la propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appareil tente de transformer ces armes de propagande en formes embryonnaires de fraction d'abord, puis de parti et de guerre civile. L'Opposition refuse de s'engager sur cette voie. Elle atteint chaque fois la limite o&#249; l'appareil la place devant la n&#233;cessit&#233; de renoncer aux m&#233;thodes et proc&#233;d&#233;s de propagande qu'elle utilisait. Les trois d&#233;clarations de l'Opposition, 16 octobre, 8 ao&#251;t et celle de novembre-d&#233;cembre, ont eu pour but de montrer encore et toujours &#224; la masse du parti que l'Opposition se fixe comme t&#226;che, non le deuxi&#232;me parti et la guerre civile, mais le redressement de la ligne suivie par le parti et par l'&#201;tat par une r&#233;forme profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui critiquent la tactique suivie par l'Opposition, un instant, sur son caract&#232;re de &#171; marche en zig-zag &#187;, raisonnent comme si l'Opposition d&#233;terminait librement sa tactique, et font abstraction de la pression fr&#233;n&#233;tique d'une masse d'ennemis, de l'omnipotence de l'appareil, du glissement politique de la direction, de la passivit&#233; relative des masses ouvri&#232;res etc. Il n'est possible de comprendre la tactique de l'Opposition, avec ses in&#233;luctables contradictions internes, que si l'on n'oublie pas que l'Opposition nage contre le courant, luttant contre les difficult&#233;s et des obstacles jusque-l&#224; inconnus dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les cas o&#249; ceux qui critiquent ne se bornent pas &#224; des consid&#233;rations fragmentaires et partielles, parfois fond&#233;es et parfois non fond&#233;es, mais tentent d'opposer &#224; notre tactique, issue des conditions pos&#233;es par la r&#233;alit&#233;, telle autre tactique, ils donnent habituellement et tout simplement un point d'appui pour l'appel &#224; la capitulation. Quant aux v&#233;ritables capitulards, ceux-ci tentent de caract&#233;riser la tactique actuelle de l'Opposition par cette formule : &#171; Ni paix, ni guerre. &#187; Par la &#171; paix &#187;, ils entendent la capitulation ; par la &#171; guerre &#187; ils entendent deux partis. Mais les th&#232;ses de Zinoviev lui-m&#234;me sur le bilan du pl&#233;num de juillet 1927, d'un bout &#224; l'autre, sont impr&#233;gn&#233;es de cette pens&#233;e : Ni capitulation, ni deuxi&#232;me parti. Telle fut toute la ligne suivie par l'Opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux l&#226;cheurs, il arrive toujours de cracher sur ce qu'ils ont fait la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun manuel n'enseigne les moyens de redresser une dictature prol&#233;tarienne plac&#233;e sous le coup de Thermidor. Il faut chercher la m&#233;thode en partant de la situation r&#233;elle. Ces moyens seront trouv&#233;s si l'orientation fondamentale est juste. Quelques conseils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. &#8211; L'auto-&#233;ducation th&#233;orique est une t&#226;che essentielle pour chaque oppositionnel et l'unique gage s&#233;rieux de sa fermet&#233;. L'&#233;tude du compte-rendu st&#233;nographique du 15e Congr&#232;s du parti &#224; la lumi&#232;re des contre-th&#232;ses de l'Opposition et des faits nouveaux de la vie politique et &#233;conomique doit constituer le contenu principal du travail de tout oppositionnel dans la dispersion qui a succ&#233;d&#233; &#224; la dissolution de la fraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. &#8211; Un oppositionnel, ind&#233;pendamment du fait qu'il demeure dans le parti ou en soit exclu, doit militer activement dans toutes les organisations prol&#233;tariennes et sovi&#233;tiques en g&#233;n&#233;ral (parti, syndicats, soviets, clubs, etc.). &#201;tant donn&#233; cela, un oppositionnel ne peut, en aucun cas, limiter son r&#244;le &#224; la critique ; il doit accomplir le travail positif mieux et plus consciencieusement que les fonctionnaires salari&#233;s. C'est seulement sur cette base que la critique faite du point de vue des principes trouvera acc&#232;s dans la conscience des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. &#8211; Il est n&#233;cessaire d'en appeler &#224; l'Internationale pour chercher &#224; poser devant le 16e Congr&#232;s la question de l'Opposition dans toute sa pl&#233;nitude.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;on Trotsky sur l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8744</link>
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		<dc:date>2026-07-03T22:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky sur l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant la prise du pouvoir &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Allemagne vit aujourd'hui une de ses plus grandes heures historiques ; le destin du peuple allemand, le destin de l'Europe et, dans une large mesure, le destin de toute l'humanit&#233; pour les d&#233;cennies &#224; venir en d&#233;pendent. Quand on place une boule au sommet d'une pyramide, une faible pouss&#233;e suffit &#224; la faire rouler soit &#224; droite soit &#224; gauche. Telle est la situation dont l'Allemagne se rapproche d'heure en heure. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky sur l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avant la prise du pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne vit aujourd'hui une de ses plus grandes heures historiques ; le destin du peuple allemand, le destin de l'Europe et, dans une large mesure, le destin de toute l'humanit&#233; pour les d&#233;cennies &#224; venir en d&#233;pendent. Quand on place une boule au sommet d'une pyramide, une faible pouss&#233;e suffit &#224; la faire rouler soit &#224; droite soit &#224; gauche. Telle est la situation dont l'Allemagne se rapproche d'heure en heure. Certaines forces veulent que la boule roule &#224; droite et brise les reins de la classe ouvri&#232;re. D'autres veulent maintenir la boule au sommet. C'est une utopie. La boule ne peut se maintenir sur la pointe de la pyramide. Les communistes voudraient que la boule roule &#224; gauche et casse les reins du capitalisme. Il ne suffit pas de vouloir, il faut en &#234;tre capable. Essayons une nouvelle fois d'examiner calmement la situation : la politique que m&#232;ne actuellement le Comit&#233; central du Parti communiste allemand est-elle juste ou fausse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veut Hitler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fascistes augmentent tr&#232;s rapidement. Les communistes augmentent aussi mais beaucoup plus lentement. Cette croissance des deux p&#244;les extr&#234;mes prouve que la boule ni se maintenir au sommet de la pyramide. La croissance rapide des fascistes implique que la boule peut rouler &#224; droite. Cela constitue un immense danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hitler cherche &#224; persuader qu'il est contre un coup d'Etat. Pour &#233;trangler une bonne fois pour toutes la d&#233;mocratie, il pr&#233;tend arriver au pouvoir par la seule voie d&#233;mocratique Peut-on r&#233;ellement le croire sur parole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que, si les fascistes &#233;taient s&#251;rs d'obtenir par la voie pacifique la majorit&#233; absolue des mandats aux prochaines &#233;lections, ils pr&#233;f&#233;reraient peut-&#234;tre cette voie. En fait elle leur est ferm&#233;e. Il serait stupide de penser que les nazis se d&#233;velopperont pendant une longue p&#233;riode au m&#234;me rythme qu'aujourd'hui. T&#244;t ou tard, leur r&#233;servoir social sera &#224; sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme renferme de si terribles contradictions que le moment est proche o&#249; le flux cessera de compenser le reflux. Ce moment peut arriver bien avant que les fascistes aient r&#233;ussi &#224; rassembler plus de la moiti&#233; des voix. Il leur sera impossible de s'arr&#234;ter car ils n'auront plus rien &#224; esp&#232;rer. Ils seront oblig&#233;s d'en venir au coup d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me sans parler de cela, la voie d&#233;mocratique est barr&#233;e aux fascistes. La croissance formidable des antagonismes politiques dans le pays et, surtout, l'agitation des bandits fascistes auront forc&#233;ment pour cons&#233;quence que plus les fascistes seront pr&#232;s de la majorit&#233;, plus l'atmosph&#232;re sera chauff&#233;e &#224; blanc et plus les escarmouches et les combats se multiplieront. Dans cette perspective, la guerre civile est absolument in&#233;vitable. La question de la prise du pouvoir par les fascistes se r&#233;soudra non par un vote mais par la guerre civile que les fascistes pr&#233;parent et provoquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on imaginer un seul instant qu'Hitler et ses conseillers ne le comprennent pas et ne le pr&#233;voient pas ? Ce serait les prendre pour des imb&#233;ciles. Il n'y a pas de plus grand crime en politique que de compter sur la b&#234;tise d'un ennemi puissant. Puisque Hitler ne peut pas ne pas comprendre que le chemin du pouvoir passe par une guerre civile tr&#232;s dure, ses discours sur la voie d&#233;mocratique et pacifique ne sont donc qu'une couverture, c'est-&#224;-dire une ruse de guerre. Il faut d'autant plus &#234;tre sur ses gardes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cache la ruse de guerre d'Hitler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son calcul est tout &#224; fait clair et &#233;vident : il cherche &#224; endormir l'adversaire avec la perspective plus lointaine de la croissance parlementaire des nazis, pour porter au moment favorable un coup mortel &#224; l'adversaire que l'on aura endormi. Il est tout &#224; fait possible que l'admiration d'Hitler pour le parlementarisme d&#233;mocratique doive l'aider &#224; r&#233;aliser dans un proche avenir une coalition o&#249; les fascistes occuperont les postes les plus importants et qu'ils s'en serviront... pour un coup d'Etat. En effet, il est plus qu'&#233;vident que la coalition du centre avec les fascistes serait non une &#233;tape vers la solution &#034; d&#233;mocratique &#034; de la question, mais servirait de tremplin &#224; un coup d'Etat dans les conditions les plus favorables pour le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut viser pr&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout prouve que le d&#233;nouement, m&#234;me ind&#233;pendamment de la volont&#233; de l'&#233;tat-major fasciste, se produira dans le courant des prochains mois, si ce n'est des prochaines semaines. Cette circonstance a une &#233;norme importance pour l'&#233;laboration d'une politique juste. Si on admet que les fascistes vont prendre le pouvoir dans deux ou trois mois, il sera dix fois plus difficile de se battre contre eux l'ann&#233;e prochaine, que cette ann&#233;e. Les plans r&#233;volutionnaires de toutes sortes, &#233;labor&#233;s pour deux, trois ou cinq ans &#224; l'avance, ne sont qu'un bavardage pitoyable et honteux, si la classe ouvri&#232;re laisse les fascistes arriver au pouvoir dans les deux, trois ou cinq prochains mois. Le facteur temps dans les op&#233;rations militaires, comme en politique lors des crises r&#233;volutionnaires, a une importance d&#233;cisive. Pour illustrer cette id&#233;e, prenons un exemple. Hugo Urbahns qui se consid&#232;re comme un &#034; communiste de gauche &#034;, d&#233;clare que le Parti communiste allemand a fait faillite, qu'il est mort politiquement, et il propose de construire un nouveau parti. Si Urbahns avait raison, cela signifierait que la victoire des fascistes est assur&#233;e, car il faut des ann&#233;es pour cr&#233;er un nouveau parti (de plus, il n'est absolument pas prouv&#233; que le parti d'Urbahns sera meilleur que celui de Thaelmann : quand Urbahns &#233;tait &#224; la t&#234;te du parti, il n'y avait pas moins d'erreurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le fascisme conqu&#233;rait effectivement le pouvoir, cela signifierait non seulement la liquidation physique du Parti communiste, mais aussi sa faillite politique compl&#232;te. Les millions d'ouvriers qui forment le prol&#233;tariat ne pardonneraient jamais &#224; l'Internationale communiste et &#224; sa section allemande une d&#233;faite honteuse, inflig&#233;e par des bandes de poussi&#232;res humaines. C'est pourquoi l'arriv&#233;e des fascistes au pouvoir rendrait, selon toute vraisemblance, n&#233;cessaire la cr&#233;ation d'un nouveau parti r&#233;volutionnaire et d'une nouvelle internationale. Ce serait une effroyable catastrophe historique. Seuls de v&#233;ritables liquidateurs, ceux qui, se r&#233;fugiant derri&#232;re des phrases creuses, se pr&#233;parent en fait &#224; capituler l&#226;chement avant le combat, consid&#232;rent d&#232;s maintenant que tout cela est in&#233;vitable. Nous, bolcheviks-l&#233;ninistes, que les staliniens qualifient de &#034; trotskystes &#034;, n'avons rien de commun avec ces gens-l&#224;. Nous sommes fermement persuad&#233;s que la victoire sur les fascistes est possible non apr&#232;s leur arriv&#233;e au pouvoir, non apr&#232;s cinq, dix ou vingt ans de leur domination, mais aujourd'hui, dans la situation actuelle, dans les mois ou les semaines &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thaelmann consid&#232;re que la victoire du fascisme est in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vaincre, il faut une politique juste. Cela implique en particulier qu'il faut une politique adapt&#233;e &#224; la situation pr&#233;sente, au regroupement actuel des forces, et non calcul&#233;e pour une situation qui doit arriver dans un, deux ou trois ans, quand la question du pouvoir sera depuis longtemps r&#233;solue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le malheur vient de ce que la politique du Comit&#233; central du Parti communiste allemand est fond&#233;e, en partie consciemment, en partie inconsciemment, sur la reconnaissance du caract&#232;re in&#233;vitable de la victoire du fascisme. En effet, dans son appel pour le &#034; front unique rouge &#034;, publi&#233; le 29 novembre, le Comit&#233; central du Parti communiste allemand part de l'id&#233;e qu'il est impossible de vaincre le fascisme, sans avoir vaincu au pr&#233;alable la social-d&#233;mocratie allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e, Thaelmann la r&#233;p&#232;te sur tous les tons dans son article. Cette id&#233;e est-elle juste ? A l'&#233;chelle historique, elle est absolument vraie. Mais cela ne signifie pas du tout que l'on peut r&#233;soudre les questions &#224; l'ordre du jour gr&#226;ce &#224; elle, c'est-&#224;-dire en se contentant de la r&#233;p&#233;ter. Cette id&#233;e, juste du point de vue de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire dans son ensemble, devient un mensonge, et m&#234;me un mensonge r&#233;actionnaire une fois traduite dans le langage de la tactique. Est-il vrai que pour faire dispara&#238;tre le ch&#244;mage et la mis&#232;re il faut d&#233;truire au pr&#233;alable le capitalisme ? C'est vrai. Mais seul le dernier des imb&#233;ciles en tirera la conclusion que nous ne devons pas nous battre aujourd'hui de toutes nos forces contre les mesures qui permettent au capitalisme d'augmenter la mis&#232;re des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on esp&#233;rer que le Parti communiste renversera la social-d&#233;mocratie et le fascisme dans les prochains mois ? Aucun homme de bon sens, qui sait lire et compter, ne se risquerait &#224; une telle affirmation. Politiquement, la question se pose ainsi : peut-on aujourd'hui, dans le courant des prochains mois, c'est-&#224;-dire malgr&#233; la pr&#233;sence de la social-d&#233;mocratie, malheureusement encore tr&#232;s puissante bien qu'affaiblie, opposer une r&#233;sistance victorieuse &#224; l'attaque du fascisme ? Le Comit&#233; central du Parti communiste allemand r&#233;pond n&#233;gativement. En d'autres termes, Thaelmann consid&#232;re la victoire du fascisme comme in&#233;vitable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/11/311126.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/11/311126.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/00/320000a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/00/320000a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/12/311208.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/12/311208.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/10/321015.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/10/321015.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article636&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article636&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s la prise du pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330206.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330206.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/ldt19331113.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/ldt19331113.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/ldt19331123.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/11/ldt19331123.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/12/lt04121939.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1940/00/lt19400000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1940/00/lt19400000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Question nationale en Catalogne et r&#233;volution prol&#233;tarienne en Espagne</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8625</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8625</guid>
		<dc:date>2026-05-22T22:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
17 mai 1931 &lt;br class='autobr' /&gt;
Parlons de ce qu'on dit &#234;tre le &#171; nationalisme &#187; de la F&#233;d&#233;ration Catalane. C'est une question tr&#232;s importante, tr&#232;s grave. Les erreurs commises sur ce point peuvent avoir des cons&#233;quences fatales. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution a r&#233;veill&#233; en Espagne, plus puissamment que jamais, toutes les questions, dont celle des nationalit&#233;s. Les tendances et les illusions nationales sont repr&#233;sent&#233;es principalement par les intellectuels petits bourgeois, qui s'efforcent de trouver un appui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 mai 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons de ce qu'on dit &#234;tre le &#171; nationalisme &#187; de la F&#233;d&#233;ration Catalane. C'est une question tr&#232;s importante, tr&#232;s grave. Les erreurs commises sur ce point peuvent avoir des cons&#233;quences fatales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution a r&#233;veill&#233; en Espagne, plus puissamment que jamais, toutes les questions, dont celle des nationalit&#233;s. Les tendances et les illusions nationales sont repr&#233;sent&#233;es principalement par les intellectuels petits bourgeois, qui s'efforcent de trouver un appui chez les paysans contre le r&#244;le d&#233;nationalisateur du gros capital et contre la bureaucratie d'Etat. Le r&#244;le dirigeant - pour la phase actuelle - de la petite bourgeoisie dans le mouvement d'&#233;mancipation nationale, comme en g&#233;n&#233;ral dans tout le mouvement d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire, introduit in&#233;vitablement dans ce dernier nombre de pr&#233;jug&#233;s de toute sorte. Venant de ce milieu, les illusions nationales s'infiltrent &#233;galement parmi les ouvriers. Telle est, vraisemblablement, dans l'ensemble, la situation en Catalogne, et peut-&#234;tre jusqu'&#224; un certain point dans la F&#233;d&#233;ration Catalane. Mais ce que je viens de dire n'att&#233;nue nullement le caract&#232;re progressiste, r&#233;volutionnaire-d&#233;mocratique de la lutte nationale catalane contre la suzerainet&#233; espagnole, l'imp&#233;rialisme bourgeois et le centralisme bureaucratique. Pas un instant l'on ne doit perdre de vue que l'Espagne tout enti&#232;re et la Catalogne, comme partie constituante de ce pays, sont gouvern&#233;es actuellement non point par des nationaux-d&#233;mocrates catalans, mais par des bourgeois imp&#233;rialistes espagnols, alli&#233;s &#224; de gros propri&#233;taires fonciers, &#224; de vieux bureaucrates et des g&#233;n&#233;raux, avec l'appui des nationaux-socialistes. Toute cette confr&#233;rie est d'avis de maintenir, d'une part, les servitudes des colonies espagnoles et d'assurer, d'autre part, le maximum de centralisation bureaucratique de la m&#233;tropole ; c'est-&#224;-dire qu'elle veut l'&#233;crasement des Catalans, des Basques et des autres nationalit&#233;s par la bourgeoisie espagnole. Dans la phase actuelle, &#233;tant donn&#233; les combinaisons pr&#233;sentes de forces de classes, le nationalisme catalan est un facteur r&#233;volutionnaire progressiste. Le nationalisme espagnol est un facteur imp&#233;rialiste r&#233;actionnaire. Le communiste espagnol qui ne comprend pas cette distinction, qui affecte de l'ignorer, qui ne la met pas en valeur au premier plan, qui s'efforce au contraire d'en att&#233;nuer l'importance, risque de devenir un agent inconscient de la bourgeoisie espagnole et d'&#234;tre &#224; tout jamais perdu pour la cause de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. O&#249; est le danger des illusions nationales petites bourgeoises ? En ceci qu'elles peuvent diviser le prol&#233;tariat d'Espagne en secteurs nationaux. Le danger est tr&#232;s s&#233;rieux. Les communistes espagnols peuvent le combattre avec succ&#232;s, mais d'une seule mani&#232;re : en d&#233;non&#231;ant implacablement les violences commises par la bourgeoisie de la nation suzeraine et en gagnant ainsi la confiance du prol&#233;tariat des nationalit&#233;s opprim&#233;es. Toute autre politique reviendrait &#224; soutenir le nationalisme r&#233;actionnaire de la bourgeoisie imp&#233;rialiste qui est ma&#238;tresse du pays, contra le nationalisme r&#233;volutionnaire-d&#233;mocratique de la petite bourgeoisie d'une nation opprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question nationale en Catalogne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 juillet 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore au sujet des questions actuelles de la r&#233;volution espagnole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi Maurin, le &#034;chef&#034; du Bloc ouvrier et paysan, partage le point de vue du s&#233;paratisme. Apr&#232;s quelques h&#233;sitations, il s'est d&#233;termine en tant qu'aile gauche du nationalisme petit-bourgeois. J'ai d&#233;j&#224; &#233;crit que le nationalisme petit-bourgeois catalan est, au stade actuel, progressif. Mais &#224; une condition : qu'il d&#233;veloppe son activit&#233; hors des rangs du communisme, et qu'il se trouve toujours ainsi sous les coups de la critique des communistes. Au contraire, permettre au nationalisme petit-bourgeois de se manifester sous le masque communiste signifie en m&#234;me temps porter un coup perfide &#224; l'avant-garde prol&#233;tarienne et tuer la signification progressive du nationalisme petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que signifie le programme du s&#233;paratisme ? Le d&#233;membrement &#233;conomique et politique de l'Espagne ou, en d'autres termes, la transformation de la p&#233;ninsule ib&#233;rique en une sorte de p&#233;ninsule balkanique, avec des Etats ind&#233;pendants, divis&#233;s par des barri&#232;res douani&#232;res, ayant des arm&#233;es ind&#233;pendantes et menant des guerres hispaniques &#034;ind&#233;pendantes&#034;. Bien entendu, le sage Maurin dira que ce n'est pas cela qu'il veut. Mais les programmes ont leur logique, ce dont manque Maurin...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les ouvriers et les paysans des diff&#233;rentes parties de l'Espagne sont-ils int&#233;ress&#233;s au d&#233;membrement &#233;conomique du pays ? En aucun cas. C'est pourquoi identifier la lutte d&#233;cisive pour le droit &#224; l'autod&#233;termination avec la propagande pour le s&#233;paratisme constitue un travail n&#233;faste. Notre programme est la F&#233;d&#233;ration hispanique avec le maintien indispensable de l'unit&#233; &#233;conomique. Nous n'avons pas l'intention d'imposer ce programme aux nationalit&#233;s opprim&#233;es de la p&#233;ninsule &#224; l'aide des armes de la bourgeoisie. En ce sens, nous sommes sinc&#232;rement pour le droit &#224; l'autod&#233;termination [2]. Si la Catalogne se s&#233;parait du reste de l'Espagne, la minorit&#233; communiste de Catalogne, comme celle d'Espagne, devrait combattre pour une F&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans les Balkans, c'est encore la vieille social-d&#233;mocratie d'avant guerre qui a mis en avant le mot d'ordre de F&#233;d&#233;ration balkanique d&#233;mocratique, comme issue &#224; la situation de fous cr&#233;&#233;e par le morcellement des Etats. Aujourd'hui, le mot d'ordre communiste dans les Balkans est celui de la F&#233;d&#233;ration balkanique des soviets (&#224; propos, l'I.C. a adopt&#233; le mot d'ordre de la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique balkanique, mais a rejet&#233; en m&#234;me temps ce mot d'ordre pour l'Europe !). Pouvons-nous, dans ces conditions, faire n&#244;tre le mot d'ordre de la balkanisation de la p&#233;ninsule ib&#233;rique ? N'est-ce pas monstrueux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les syndicalistes - tout au moins certains de leurs chefs - ont d&#233;clar&#233; qu'ils lutteront contre le s&#233;paratisme, au besoin les armes &#224; la main. Dans ce cas, communistes et syndicalistes se trouveraient chacun d'un c&#244;t&#233; de la barricade, parce que, sans partager les illusions s&#233;paratistes et tout en les critiquant au contraire, les communistes doivent s'opposer impitoyablement aux bourreaux de l'imp&#233;rialisme et &#224; ses laquais syndicalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la petite bourgeoisie en arrivait - contre les conseils et la critique des communistes - &#224; d&#233;membrer l'Espagne, les r&#233;sultats n&#233;gatifs d'un tel r&#233;gime ne tarderaient pas &#224; se manifester. Les ouvriers et les paysans des diff&#233;rentes parties de la p&#233;ninsule arriveraient vite &#224; cette conclusion : oui, les communistes avaient raison. Mais cela signifie pr&#233;cis&#233;ment que nous ne devons pas assumer la moindre parcelle de responsabilit&#233; dans le programme de Maurin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Monatte esp&#232;re que les syndicalistes espagnols cr&#233;eront un nouvel Etat syndicaliste [3]. Au lieu de cela, les amis espagnols de Monatte s'int&#232;grent avec succ&#232;s dans l'Etat bourgeois [4]. C'est l'histoire de cette malheureuse poule qui couve des oeufs de cane ! Aujourd'hui, il est tr&#232;s important de suivre de pr&#232;s tout ce que disent et font les syndicalistes espagnols. Cela ouvrira &#224; l'opposition de gauche en France des possibilit&#233;s pour porter un bon coup &#224; l'anarcho-syndicalisme fran&#231;ais. On ne peut douter un seul instant que, dans les conditions de la r&#233;volution, les anarcho-syndicalistes se compromettront &#224; chaque pas.&lt;br class='autobr' /&gt; L'id&#233;e g&#233;niale des syndicalistes consiste &#224; contr&#244;ler les Cort&#232;s sans y participer ! Employer la violence r&#233;volutionnaire, lutter pour le pouvoir, s'emparer du pouvoir, rien de cela n'est permis. A la place, on recommande de &#034;contr&#244;ler&#034; la bourgeoisie au pouvoir. Magnifique tableau : la bourgeoisie prend son petit d&#233;jeuner, elle d&#233;jeune, elle d&#238;ne et le prol&#233;tariat dirig&#233; par les syndicalistes, le ventre creux, contr&#244;le les op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lettre au Secr&#233;tariat International.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky d&#233;veloppe ici la position d&#233;fendue par Lenine et le parti bolchevique &#224; l'&#233;gard des diverses nationalit&#233;s de l'empire des tsars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Dans La R&#233;volution prol&#233;tarienne n0 117, 5 mai 1931, Pierre Monatte s'&#233;tonnait de l'orientation r&#233;formiste des dirigeants de la C. N. T. Il appelait les anarchistes et les anarcho-syndicalistes espagnols &#224; se mettre &#224; l'&#233;cole de la r&#233;alit&#233; et &#224; accepter la n&#233;cessit&#233; d'une &#034;dictature du prol&#233;tariat&#034; qui ne soit pas, comme en Russie, celle d'un parti ; il sugg&#233;rait que cette &#034;dictature&#034; pourrait, &#233;tant donn&#233; les conditions espagnoles, etre assur&#233;e par les syndicats, qui donneraient ainsi naissance &#224; un nouvel &#034;Etat ouvrier&#034; et &#224; une forme &#034;syndicale&#034; de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Allusion au noyau dirigeant de la C. N. T., avec Angel Pestana, Juan Peiro, etc., qui se compromettait alors ouvertement avec les dirigeants r&#233;publicains et s'orientait vers un plat r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le confusionnisme de Maurin et la question catalane&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 juillet 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus nuisible, le plus dangereux et m&#234;me le plus n&#233;faste, serait que dans l'esprit des ouvriers de Catalogne, d'Espagne et du monde entier, se renforce l'id&#233;e que nous sommes solidaires de la politique de la F&#233;d&#233;ration catalane, que nous en portons la responsabilit&#233;, ou, du moins, que nous sommes plus proches d'elle que du groupe centriste [2]. Les staliniens s'emploient de toutes leurs forces &#224; pr&#233;senter les choses de cette fa&#231;on. Jusqu'&#224; maintenant, nous n'avons pas combattu l&#224;-dessus avec assez de vigueur. Il est d'autant plus urgent et important de dissiper ce malentendu qu'il nous compromettrait terriblement et entraverait le succ&#232;s des ouvriers catalans et espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, c'est d'abord &#224; nos partisans en Catalogne m&#234;me qu'il revient de d&#233;noncer la F&#233;d&#233;ration catalane. Ils doivent se manifester par une critique claire, ouverte, pr&#233;cise, une critique qui ne taise rien sur la politique de Maurin, ce m&#233;lange de pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois, d'ignorance, de &#034;science&#034; provinciale et de coquinerie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#233;lections aux Cort&#232;s, la F&#233;d&#233;ration a recueilli pr&#232;s de 10 000 voix. Ce n'est pas beaucoup, mais, au cours d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une organisation v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire est capable de grandir vite. Il y a pourtant une circonstance qui amoindrit consid&#233;rablement le poids de ces 10 000 voix : la F&#233;d&#233;ration catalane a obtenu moins de voix aux &#233;lections aux Cort&#232;s qu'aux &#233;lections municipales &#224; Barcelone, le centre le plus important. Ce fait, &#224; premi&#232;re vue mineur, a en tant que sympt&#244;me une signification &#233;norme. Il d&#233;montre que, pendant que se manifeste encore dans les coins les plus retir&#233;s du pays un afflux, d'ailleurs faible, des ouvriers vers la F&#233;d&#233;ration, &#224; Barcelone, la confusion de Maurin n'attire pas les ouvriers, mais au contraire les &#233;loigne. Bien entendu, la faillite in&#233;vitable de Macia peut b&#233;n&#233;ficier &#224; Maurin en tant que failli de seconde zone. Mais l'impuissance m&#234;me de l'actuelle direction de la F&#233;d&#233;ration est totalement d&#233;montr&#233;e par les &#233;lections aux Cort&#232;s : il faut vraiment un talent particulier pour parvenir &#224; ne pas accro&#238;tre son influence &#224; Barcelone pendant les trois premiers mois de la r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que repr&#233;sente la F&#233;d&#233;ration dans le langage de la politique r&#233;volutionnaire ? Est-ce une organisation communiste ? Et quelle organisation communiste : de droite, de gauche, ou du centre ? Il est hors de doute que ce sont des ouvriers r&#233;volutionnaires, des communistes en puissance, qui votent pour la F&#233;d&#233;ration. Mais ils n'ont dans la t&#234;te aucune clart&#233;. D'o&#249; leur viendrait-elle, puisqu'ils sont dirig&#233;s par des confusionnistes ? Dans ces conditions, les ouvriers les plus hardis, les plus d&#233;cid&#233;s, les plus cons&#233;quents, ne peuvent, in&#233;vitablement, que se pr&#233;cipiter du c&#244;t&#233; du parti officiel. Ce dernier n'a obtenu &#224; Barcelone que 170 voix et un peu moins de 1 000 pour l'ensemble de la Catalogne. Mais il ne faut pas croire que ce sont les plus mauvais &#233;l&#233;ments. Au contraire, la plupart pourraient &#234;tre avec nous, et le seront quand nous d&#233;ploierons notre drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de la r&#233;volution de 1917, la majorit&#233; des organisations social-d&#233;mocrates russes &#233;taient encore communes et comprenaient dans leurs rangs bolcheviks, mencheviks, conciliateurs, etc [3]. La tendance &#224; l'unification &#233;tait si forte qu'&#224; la conf&#233;rence du parti bolchevique, fin mars, Staline, quelques jours avant l'arriv&#233;e de L&#233;nine, se pronon&#231;a pour l'unification avec les mencheviks [4]. Certaines organisations de province rest&#232;rent communes jusqu'&#224; la r&#233;volution d'Octobre. Je me figure la F&#233;d&#233;ration catalane comme une sorte d'organisation commune de ce type, une organisation non d&#233;limit&#233;e, qui comprend de futurs bolcheviks et de futurs mencheviks. Cela justifie une politique qui cherche &#224; provoquer une diff&#233;renciation politique dans les rangs de la F&#233;d&#233;ration. Le premier pas dans cette voie doit &#234;tre la d&#233;nonciation de la vulgarit&#233; politique du maurinisme. Ici, il faut &#234;tre sans piti&#233;. Pourtant, la comparaison entre cette F&#233;d&#233;ration et les organisations unifi&#233;es de Russie exige d'importantes r&#233;serves. Les organisations unifi&#233;es n'excluaient aucun groupement social-d&#233;mocrate existant. Tous avaient le droit de lutter pour leurs opinions &#224; l'int&#233;rieur de l'organisation unifi&#233;e. Il en va tout autrement &#224; l'int&#233;rieur de la F&#233;d&#233;ration catalane. L&#224;, le &#034;trotskisme&#034; est mis &#224; l'index. N'importe quel confusionniste a le droit d'y d&#233;fendre sa confusion, mais le bolchevik-l&#233;niniste ne peut y &#233;lever ouvertement la voix [5]. Ainsi, d&#232;s le d&#233;but, cette organisation unifi&#233;e &#233;clectique se coupe de l'aile gauche. Mais, par cela m&#234;me, elle devient un bloc chaotique de tendances centristes et droiti&#232;res. Le centrisme peut se d&#233;velopper soit &#224; gauche, soit &#224; droite. Le centrisme de la F&#233;d&#233;ration catalane, qui se s&#233;pare de l'aile gauche pendant la r&#233;volution, est vou&#233; &#224; une destruction honteuse. La t&#226;che de l'opposition de gauche consiste &#224; pr&#233;cipiter cette destruction par une critique impitoyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe une autre circonstance &#224; laquelle il faut accorder une importance exceptionnelle. Officiellement, la F&#233;d&#233;ration catalane est en faveur de l'unification de toutes les organisations et groupements communistes. Il est certain que ses membres, &#224; la base, veulent sinc&#232;rement et loyalement cette unit&#233;, bien qu'ils attachent &#224; ce mot d'ordre toutes sortes d'illusions. Nous sommes tout &#224; fait &#233;trangers &#224; ces illusions. Nous luttons pour l'unit&#233; parce que, dans les cadres d'un parti unifi&#233;, nous esp&#233;rons effectuer avec succ&#232;s un travail progressif de d&#233;limitation id&#233;ologique sur la base des questions et des t&#226;ches, non pas impos&#233;es du dehors, mais d&#233;coulant du d&#233;veloppement de la r&#233;volution espagnole m&#234;me. De toute fa&#231;on, nous soutenons la lutte pour l'unification des communistes. La condition fondamentale de cette unification est pour nous le droit &#224; la possibilit&#233; de lutter pour nos mots d'ordre, pour nos points de vue, dans les cadres de l'organisation unifi&#233;e. Nous pouvons et nous devons promettre une totale loyaut&#233; dans cette lutte, mais cette condition fondamentale est refus&#233;e d&#232;s le d&#233;but par la F&#233;d&#233;ration elle-m&#234;me tout en luttant sous le drapeau de l'unit&#233;, elle bannit les bolcheviks-l&#233;ninistes de ses propres rangs. Dans ces conditions, conf&#233;rer un r&#244;le dirigeant &#224; la F&#233;d&#233;ration catalane dans la lutte pour l'unit&#233; du P.C. constituerait de notre part la pire ineptie. Au congr&#232;s d'unification, Maurin s'appr&#234;te &#224; jouer les premiers violons. Pouvons-nous tol&#233;rer en silence cette d&#233;go&#251;tante hypocrisie ? En luttant contre l'opposition de gauche, Maurin imite la bureaucratie stalinienne afin de gagner ses faveurs. En r&#233;alit&#233;, il dit aux staliniens : &#034;Donnez-moi votre b&#233;n&#233;diction et avant tout vos subsides, et je vous promets de lutter contre les bolcheviks-l&#233;ninistes, non pas par crainte, mais pour des raisons id&#233;ologiques.&#034; L'activit&#233; de Maurin en faveur de l'unification n'est qu'une forme de chantage vis-&#224;-vis des staliniens. Si nous nous taisions l&#224;-dessus, nous ne serions pas des r&#233;volutionnaires, mais les auxiliaires passifs d'un chantage politique. Nous devons d&#233;noncer sans rel&#226;che le r&#244;le de Maurin, c'est-&#224;-dire son charlatanisme &#034;unificateur&#034;, sans affaiblir un seul instant notre effort en faveur de l'unification r&#233;elle des rangs communistes, sans affaiblir notre lutte pour que les rangs communistes se rangent sous notre drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de la gauche internationale doit &#234;tre aujourd'hui concentr&#233; pour les neuf dixi&#232;mes sur l'Espagne. Il faut restreindre toutes les d&#233;penses pour avoir la possibilit&#233; de mettre sur pied un hebdomadaire en espagnol avec des &#233;ditions r&#233;guli&#232;res en catalan, tout en distribuant en m&#234;me temps des tracts en quantit&#233; consid&#233;rable. Il faut envisager de restreindre toutes les autres d&#233;penses, sans exception, afin de donner &#224; l'Opposition espagnole l'aide la plus grande possible [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Secr&#233;tariat International doit, &#224; mon avis, consacrer les neuf dixi&#232;mes de ses forces aux questions de la r&#233;volution espagnole. Il faut tout simplement oublier qu'il existe de par le monde toutes sortes de Landau. Il faut tourner le dos &#224; toutes leurs querelles, &#224; toutes les intrigues et &#224; tous les intrigants, sans leur consacrer d&#233;sormais une minute de plus. La r&#233;volution espagnole est &#224; l'ordre du jour. Il faut sans retard traduire les documents les plus importants et les soumettre &#224; la critique n&#233;cessaire. Le prochain num&#233;ro du Bulletin international doit &#234;tre enti&#232;rement consacr&#233; &#224; la r&#233;volution espagnole. Il faut &#233;galement prendre toute une s&#233;rie de mesures d'organisation. Pour cela, il faut des hommes et des moyens. Il faut trouver les uns et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas, et il ne peut y avoir de crime plus grand que de perdre du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lettre au Secr&#233;tariat International. Il semble, et Pierre Naville le confirmera, que les positions de Trotsky vis-&#224;-vis de Maurin, et de la F&#233;d&#233;ration catalane n'&#233;taient pas comprises par tous, et pas seulement dans les rangs de l'Opposition espagnole,.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le &#034; groupe centriste &#034; d&#233;signe ici l'&#233;quipe stalinienne qui dirige le P. C. E. C'est seulement &#224; partir de 1933 que Trotsky r&#233;servera l'&#233;pith&#232;te de &#034;centriste&#034; aux groupes se trouvant entre les II&#176; et III&#176; Internationale d'une part et le mouvement pour la IV&#176; de l'autre : Maurin deviendra alors &#224; ses yeux un &#034;centriste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La plupart des organisations social-d&#233;mocrates russes qui s'&#233;taient reconstitu&#233;es avant 1917 l'avaient &#233;t&#233; sur une base &#034;unitaire&#034;. Nombreuses &#233;taient encore celles qui adh&#233;raient sous cette forme au parti bolchevique au mois d'ao&#251;t de cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Pour faciliter la fusion, Staline proposait le 1&#176; avril que les bolcheviques ne pr&#233;sentent aucune plate-forme politique propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Il semble - tant par la lecture de la presse contemporaine que selon le t&#233;moignage de Joaquin Maurin lui-m&#234;me - que la F&#233;d&#233;ration catalane ait plut&#244;t employ&#233; la dissuasion que l'exclusion. En tout cas, les amis politiques de Nin qui y avaient adh&#233;r&#233; ne devaient y rester que quelques mois ; ce fut le cas notamment de Molins y Fabrega, Franciso De Cabo et Carlotta Duran. Reste que Nin, de son c&#244;t&#233;, parle bien d' &#034;exclusions&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Raymond Molinier, dirigeant et &#034;financier&#034; de la Ligue fran&#231;aise, se rendra peu apr&#232;s en Espagne pour r&#233;gler la question de l'hebdomadaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le conflit catalan et les t&#226;ches du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#233;t&#233; 1934)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'appr&#233;ciation du conflit catalan et des possibilit&#233;s en r&#233;sultant doit partir du fait que la Catalogne repr&#233;sente aujourd'hui indubitablement la plus forte position des forces d&#233;fensives dirig&#233;es contre la r&#233;action espagnole et contre les dangers du fascisme. Si cette position tombe, la r&#233;action aura remport&#233; une victoire d&#233;cisive et pour longtemps. Avec une politique juste de l'avant-garde prol&#233;tarienne il est possible de faire de cette position d&#233;fensive la plus forte, la position de d&#233;part d'une nouvelle offensive de la r&#233;volution espagnole. Telle doit &#234;tre notre perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ce d&#233;veloppement n'est possible que si le prol&#233;tariat catalan r&#233;ussit &#224; s'emparer lui de la direction de la lutte d&#233;fensive contre le gouvernement central r&#233;actionnaire de Madrid. Mais cela n'est possible que si le prol&#233;tariat catalan ne promet pas seulement de soutenir cette lutte, au cas qu'elle soit d&#233;clench&#233;e, - soit par l'intransigeance du gouvernement de Madrid, soit par l'agressivit&#233; de la petite-bourgeoisie catalane (cette politique de suivisme est pr&#233;conis&#233;e par nos camarades dans l'Alliance Ouvri&#232;re de Catalogne et r&#233;alis&#233;e contre Maurin) [a] -, mais s'il se met d&#232;s le d&#233;but &#224; la t&#234;te de la r&#233;sistance, s'il dessine des perspectives, lance des mots d'ordre plus hardis et d&#232;s le commencement m&#232;ne la lutte non seulement en paroles, mais en actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Une r&#233;sistance victorieuse n'est concevable que si non seulement elle mobilise toutes les forces de masse de la Catalogne (toutes les conditions en sont actuellement donn&#233;es), mais pousse de plus vers l'offensive. C'est pourquoi il est d'une importance d&#233;cisive que l'avant-garde prol&#233;tarienne sache expliquer d&#232;s maintenant aux masses ouvri&#232;res et paysannes du reste de l'Espagne que par la victoire ou la d&#233;faite de la r&#233;sistance catalane se d&#233;cidera aussi leur victoire ou leur d&#233;faite. La mobilisation de ces alli&#233;s de l'Espagne toute enti&#232;re doit &#234;tre faite d&#232;s maintenant et non pas au moment o&#249; l'offensive r&#233;actionnaire contre la Catalogne sera devenu un fait (ce qui est la position de nos camarades et de la majorit&#233; de l'A.O.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La Catalogne peut &#234;tre pour longtemps le pivot d&#233;cisif de la r&#233;volution espagnole. La conqu&#234;te de la direction en Catalogne doit &#234;tre le centre de notre politique en Espagne. La politique de nos camarades le [b] rend compl&#232;tement impossible. Cette politique doit &#234;tre rapidement chang&#233;e si l'on ne veut qu'une situation d&#233;cisive aboutisse, par notre faute, &#224; une nouvelle d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole qui serait d&#233;cisive pour longtemps. On ne doit pas se celer que la politique de nos camarades dans cette question jusqu'&#224; maintenant a fortement nui au prestige non seulement de notre propre organisation et de l'Alliance Ouvri&#232;re, mais &#224; celui du prol&#233;tariat lui-m&#234;me, ce qui ne saurait &#234;tre r&#233;par&#233; que par un tournant radical et convaincant par les faits. La position de nos camarades et de ceux de l'A.O. ne peut &#234;tre comprise par les masses travailleuses non-prol&#233;tariennes que comme suit : le prol&#233;tariat s'engage par la voix de ces organisations &#224; participer si les autres commencent ; mais m&#234;me pour cela il demande son prix (les conditions pos&#233;es par l'A.O. &#224; l'Esquerra petite-bourgeoise, ignorent compl&#232;tement l'int&#233;r&#234;t particulier des paysans et des petits-bourgeois citadins) ; et cherchera - aussit&#244;t que la possibilit&#233; s'y pr&#234;tera - &#224; donner &#224; la lutte une direction dans les sens de ses propres buts de classe, la dictature du prol&#233;tariat. Au lieu d'appara&#238;tre comme le dirigeant de toutes les couches opprim&#233;es de la nation, comme le leader de la lib&#233;ration nationale, le prol&#233;tariat appara&#238;t ici purement comme un partenaire des autres classes, voire un partenaire tr&#232;s &#233;go&#239;ste, auquel il faut donner ou plut&#244;t promettre sa part parce que et pour aussi longtemps qu'on a besoin de lui. La petite-bourgeoisie catalane et la grande bourgeoisie et la r&#233;action se fondant sur la carence de cette petite-bourgeoisie ne pourraient demander rien de mieux qu'un prol&#233;tariat dans cette position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le tournant de nos camarades, doit consister tout d'abord en ceci : ils doivent propager (par notre propre organisation et par l'A.O.) la proclamation de la R&#233;publique Catalane Ind&#233;pendante et doivent demander pour l'assurer l'armement imm&#233;diat de tout le peuple. Ils ne doivent pas, pour cet armement, attendre le gouvernement, mais commencer imm&#233;diatement &#224; former des milices ouvri&#232;res, qui, elles, doivent alors non seulement revendiquer un meilleur armement de la part du gouvernement, mais doivent s'en procurer un elles-m&#234;mes par le d&#233;sarmement des r&#233;actionnaires et des fascistes. Le prol&#233;tariat doit prouver par les faits aux masses catalanes qu'il prend un int&#233;r&#234;t sacr&#233; &#224; la d&#233;fense de l'ind&#233;pendance catalane. Dans cela consistera le pas d&#233;cisif vers la conqu&#234;te de la direction de la lutte de toutes les couches pr&#234;tes &#224; la d&#233;fense de la ville et de la campagne. L'armement du peuple doit devenir le centre de notre agitation des prochaines semaines sous les mots d'ordre de : continuation du paiement de tous les salaires ; gouvernement et les employeurs doivent se partager le co&#251;t de l'armement et de l'approvisionnement ; les forces de combat existantes (police, etc.) seront encadr&#233;es comme instructeurs dans la formation des milices ; les officiers seront &#233;lus par les membres de la Milice ; la base des milices est l'usine, ou bien le rayon d'habitation ; les ouvriers des grandes entreprises, des chemins de fer, etc. et de toutes entreprises publiques feront automatiquement partie de la milice ; de plus tous les citoyens sont invit&#233;s &#224; s'enr&#244;ler ; toute formation &#233;lit son comit&#233;, qui, de son c&#244;t&#233;, envoie son repr&#233;sentant (sans doute par des instances interm&#233;diaires) au Comit&#233; central de toutes les formations de milice de Catalogne. Ce comit&#233; central (c.&#224;.d. le Soviet central) remplit la t&#226;che d'un &#233;tat-major politique, mais tout d'abord celle du contr&#244;le, plus tard, de la direction centrale de l'approvisionnement en armes et en vivres, etc. En r&#233;alisant cette t&#226;che, il sera oblig&#233; de devenir, d'un organe &#224; c&#244;t&#233; du gouvernement proprement dit, ce gouvernement lui-m&#234;me. Cela est la forme et le chemin concrets des soviets dans la situation donn&#233;e en Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#201;tant donn&#233; l'extr&#234;me division du prol&#233;tariat catalan, qui ne permet pas &#224; son h&#233;g&#233;monie de se faire jour en Catalogne, le prol&#233;tariat dans la situation actuelle ne peut proclamer lui-m&#234;me l'ind&#233;pendance catalane. Mais il peut et il doit en appeler la proclamation de toute sa force et l'exiger de l'Esquerra petite-bourgeoise actuellement gouvernante. Il doit r&#233;pondre &#224; son retardement par la revendication de nouvelles &#233;lections imm&#233;diates : &#034;Nous avons besoin d'un gouvernement qui repr&#233;sente et dirige la volont&#233; r&#233;elle de lutte des masses populaires&#034;. Les comit&#233;s des formations de milice doivent devenir le moyen principal de la r&#233;alisation et de la pr&#233;paration de ces &#233;lections. Autrement dit : dans la mesure o&#249; les deux c&#244;t&#233;s de la chose - proclamation de l'ind&#233;pendance et armement du peuple - peuvent &#234;tre s&#233;par&#233; l'un de l'autre, c'est le dernier par lequel il faut commencer le travail pratique et par le moyen duquel il faut imposer le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Non seulement le prol&#233;tariat doit mettre en avant des revendications d&#233;mocratiques g&#233;n&#233;rales (la libert&#233; de la presse, etc., un Etat qui ne soit pas couteux, le nivellement des salaires des fonctionnaires, une &#233;conomie d&#233;mocratique - plus d'imp&#244;ts indirects, la taxation &#233;lev&#233;e directe des poss&#233;dants pour le financement de la r&#233;sistance, etc.) ; non seulement il doit faire siennes - en dehors de ses propres revendications de classe - toutes les revendications sp&#233;ciales aux paysans et aux petits-bourgeois citadins et m&#234;me d&#233;passer les revendications mises en avant jusqu'alors (il manque ici la connaissance des d&#233;tails, surtout dans la question agraire) ; mais avant tout le prol&#233;tariat doit d&#232;s maintenant et de sa propre initiative jeter les revendications comme mots d'ordre dans les masses et appeler celles-ci &#224; lutter pour eux, - mais non pas poser ces revendications &#224; l'Esquerra gouvernante comme &#034;conditions&#034;, sous lesquelles on serait pr&#234;t &#224; participer &#224; la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Plus haut on parle toujours vaguement de &#034;le prol&#233;tariat doit...&#034;. La raison en est que malheureusement on ne peut pas parler du &#034;Parti du prol&#233;tariat&#034;. Notre organisation qui - avec une politique juste - pourrait prendre sur elle le r&#244;le du parti, para&#238;t s'&#234;tre plus ou moins dissoute dans la masse molle d'unit&#233; de l'&#034;Alliance&#034;. Dans quelle mesure ici serait possible un tournant rapide qui corresponde &#224; la pouss&#233;e de l'heure actuelle, il n'est assur&#233;ment pas possible de le fixer hors du lieu-m&#234;me. Comme dans la situation actuelle le sort de la R&#233;volution espagnole et de notre organisation en Espagne peut &#234;tre d&#233;cid&#233; pour une longue p&#233;riode (naturellement il y a aussi la possibilit&#233; de r&#233;soudre le conflit - mais m&#234;me dans ce cas l'influence de notre organisation, si elle continue la politique actuelle, devrait subir parmi les masses pr&#234;tes &#224; lutter un dommage extraordinaire capable de la pousser enti&#232;rement hors de l'ar&#232;ne politique). L'envoi d'un d&#233;l&#233;gu&#233; du S.I. est n&#233;cessaire. Son voyage devrait &#234;tre pr&#233;par&#233; par une lettre du S.I. &#224; &#233;crire imm&#233;diatement et qui exposerait notre position dans la question.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Crise de la Generalitat ou crise nationale ?
&lt;p&gt;G. Munis&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;janvier 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune organisation n'a expliqu&#233; la v&#233;ritable signification et la v&#233;ritable port&#233;e de la crise du gouvernement de la Catalogne ; pas m&#234;me le POUM, qui en a &#233;t&#233; expuls&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle crise ne peut &#234;tre analys&#233;e comme un &#233;v&#233;nement isol&#233;, ayant des causes sp&#233;cifiques &#224; la Catalogne. De nombreuses mesures et de nombreux &#233;v&#233;nements, qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et suivi cette crise, permettent de prouver, documents &#224; l'appui, que nous sommes en pr&#233;sence de la premi&#232;re attaque de la bourgeoisie nationale et internationale contre la r&#233;volution sociale et le prol&#233;tariat en armes, une menace tr&#232;s inqui&#233;tante pour les exploit&#233;s de tous les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du gouvernement de la Catalogne, dont l'objectif imm&#233;diat &#233;tait d'exclure le POUM, fait partie d'une s&#233;rie de mesures qui a d&#233;but&#233; avec la cr&#233;ation du gouvernement de Largo Caballero. Les instigateurs de ces mesures, les partis socialiste et stalinien, se proposent de d&#233;vier notre guerre civile dans une direction imp&#233;rialiste et de mater l'esprit r&#233;volutionnaire des masses, en les contraignant &#224; accepter la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que les attaques gouvernementales contre la r&#233;volution sociale ont commenc&#233; d&#232;s le 19 juillet [1936], mais elles n'ont pu acqu&#233;rir une force organis&#233;e et avoir des effets pratiques que lorsque les dirigeants socialistes et staliniens se sont empar&#233;s du pouvoir. Dans un premier temps, le triomphe du prol&#233;tariat en armes et ses initiatives rudimentaires, mais d&#233;termin&#233;es, ont totalement paralys&#233; les gouvernements du Front populaire, qui sont les uniques responsables directs du d&#233;clenchement du soul&#232;vement fasciste. Ces gouvernements n'&#233;taient que des parodies de gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir r&#233;el, sous tous ses aspects &#8211; politiques, judiciaires, militaires, &#233;conomiques &#8211; se trouvait r&#233;parti entre tous les prol&#233;taires espagnols. Chaque organisation politique ou syndicale, chaque comit&#233; ouvrier, d&#233;tenait un peu de pouvoir, qu'il exer&#231;ait sans le contr&#244;le des directions politiques et syndicales et souvent contre elles. &#192; ce moment-l&#224;, les staliniens n'ont pas os&#233; invoquer [la d&#233;fense de] la patrie ou [de] l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re r&#233;publicaine, mais, soutenus par les socialistes, ils ont pr&#233;par&#233; le terrain au niveau international, tout en veillant [au niveau national] &#224; prot&#233;ger la propri&#233;t&#233;, les banques, le Parlement, la bureaucratie bourgeoise et les d&#233;bris de l'ancienne arm&#233;e nationale. Si toutes les formes capitalistes sont encore debout, c'est gr&#226;ce aux efforts des socialistes et des staliniens. La collectivisation de l'industrie catalane se caract&#233;rise par le corporatisme syndical, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, elle est compl&#232;tement neutralis&#233;e par la banque, qui a gard&#233; toute sa libert&#233; d'action, et par le caract&#232;re petit-bourgeois du pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit &#224; petit, la d&#233;sorganisation des milices a provoqu&#233; des d&#233;faites militaires, et le chaos de l'&#233;conomie a aggrav&#233; les probl&#232;mes d'approvisionnement ; le gouvernement a donc pr&#233;par&#233; son offensive pour la &#171; d&#233;fense de la R&#233;publique &#187; et a essay&#233; d'&#234;tre accept&#233;, &#224; tout prix, par les gouvernements de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie. Ces Etats, partisans de la non-intervention, sont rest&#233;s neutres, favorisant ainsi Franco [illisible] si les masses allaient, rompre ou non, la camisole de force d&#233;mocrate socialiste et stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ce que se constitue le fameux &#171; gouvernement de la victoire &#187;. L'histoire a connu peu de chantages politiques aussi monstrueux que celui-ci. Malgr&#233; une situation totalement r&#233;volutionnaire, un prol&#233;tariat en armes, des usines et [des] ateliers aux mains des travailleurs, des terres occup&#233;es par les paysans, une justice exerc&#233;e par des travailleurs, et une situation sociale en Europe qui pouvait facilement se transformer en r&#233;volution, le &#171; gouvernement de la victoire &#187; s'est, d&#232;s sa cr&#233;ation, fix&#233; pour but d'interrompre le d&#233;veloppement de la r&#233;volution, de sauver la bourgeoisie qui avait disparu de la sc&#232;ne espagnole, et de donner &#224; la France, &#224; la Grande-Bretagne et &#224; la Russie, l'assurance que ces Etats pouvaient s'associer avec un gouvernement qui n'avait rien de bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milices, qui ont &#233;t&#233; fond&#233;es dans un esprit prol&#233;tarien, sont une institution qui d&#233;pla&#238;t souverainement aux bourgeoisies fran&#231;aise et britannique, et repr&#233;sente un danger gravissime pour la bourgeoisie nationale. La militarisation des milices fut l'un des premiers d&#233;crets pris par le gouvernement Caballero afin de rassurer cette bourgeoisie. Ce gouvernement ne voulait pas des militants rouges, mais des soldats de la R&#233;publique. Pour s&#233;duire les autres pays et montrer que le gouvernement [espagnol] &#233;tait suffisamment fort pour emp&#234;cher le triomphe de la r&#233;volution sociale, celui-ci cr&#233;a des tribunaux &#171; populaires &#187;, pr&#233;sid&#233;s par des avocats qui jugeaient selon des lois con&#231;ues pour servir la bourgeoisie ; il renfor&#231;a les forces arm&#233;es &#224; la structure bourgeoise ; il dissout le Comit&#233; central des milices de Catalogne ; il mena campagne en faveur de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re et du commandement unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organe du parti stalinien catalan l'avoua dans son num&#233;ro du 10 janvier : &#171; Nous devons d&#233;montrer aux Etats non fascistes que nous sommes capables de r&#233;soudre d&#233;mocratiquement les probl&#232;mes de demain &#187;, d&#233;clara-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, les bavardages de la SDN [la Soci&#233;t&#233; des Nations] permirent &#224; Alvarez del Vayo de persuader les puissances imp&#233;rialistes d&#233;mocratiques que le volet civil de notre guerre n'&#233;tait qu'une apparence cachant un complot italo-allemand contre l'h&#233;g&#233;monie franco-britannique en M&#233;diterran&#233;e. Les ministres se mirent &#224; diffuser cette version de la guerre dans toute l'Espagne. Ce ne sont pas, pr&#233;tendaient-ils, les int&#233;r&#234;ts d'une classe r&#233;volutionnaire qui sont en jeu, mais &#171; la paix de l'Europe &#187;, c'est-&#224;-dire la domination de tel ou tel imp&#233;rialisme. En effet, la France, la Grande-Bretagne et la Russie elle-m&#234;me &#233;taient impatientes que les objectifs r&#233;publicains de nos gouvernants se transforment en r&#233;alit&#233;s. La bourgeoisie espagnole serait sauv&#233;e, et, avec elle, la domination coloniale de ces pays sur l'Espagne. Sans doute, la France et la Grande-Bretagne craignent-elles les cons&#233;quences &#233;conomiques et militaires du triomphe de Franco. La non-intervention n'aurait jamais exist&#233; si le dilemme fascisme-ou-d&#233;mocratie &#233;tait une r&#233;alit&#233; sociale et non un leurre, une trahison. Mais face &#224; une r&#233;volution socialiste, la France et la Grande-Bretagne ne pouvaient qu'adopter une position de classe, favorisant les fascistes, tout en encourageant la trahison des socialistes et des staliniens. Dans le num&#233;ro susmentionn&#233; de Treball, ceux-ci avouent que le retrait des &#171; d&#233;mocraties &#187; ob&#233;it fondamentalement &#224; &#171; certaines attitudes observ&#233;es en Espagne &#187;. Ces &#171; attitudes &#187; ne sont rien d'autre que les mesures r&#233;volutionnaires prises par les masses. Ainsi, les staliniens et les socialistes, ob&#233;issant aux ordres de la bourgeoisie europ&#233;enne, recourent &#224; toutes sortes de basses man&#339;uvres, pour discr&#233;diter les r&#233;volutionnaires, et r&#233;organiser la soci&#233;t&#233; bourgeoise en menant campagne contre les comit&#233;s, les &#171; &#233;l&#233;ments incontr&#244;l&#233;s &#187; (la bourgeoisie a toujours coll&#233; cette &#233;tiquette aux r&#233;volutionnaires), la cr&#233;ation de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re r&#233;publicaine et l'imposition du commandement unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces man&#339;uvres, la Russie a jou&#233; un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant et d&#233;cisif en orientant le cours des &#233;v&#233;nements. Sa solidarit&#233; active avec le prol&#233;tariat espagnol et avec la r&#233;volution sociale espagnole aurait rapidement d&#233;cid&#233; de l'&#233;volution de la guerre en notre faveur et aurait peut-&#234;tre ouvert les portes &#224; la r&#233;volution europ&#233;enne. Mais en Russie l'&#201;tat est monopolis&#233; par une caste bureaucratique qui ne survivrait pas longtemps &#224; la victoire d'une r&#233;volution socialiste dans n'importe quel pays. Le fascisme (&#224; sa droite) et le prol&#233;tariat (&#224; sa gauche) menacent ses privil&#232;ges, la for&#231;ant &#224; se battre sur ses deux flancs, &#224; trahir la r&#233;volution dans tous les pays pour sauver les alliances militaires qu'elle a conclues contre l'Allemagne. En Espagne, la bureaucratie sovi&#233;tique ne voit pas d'autre alli&#233; que la France. Mais la France ne peut &#234;tre l'alli&#233; d'une Espagne socialiste, et pour emp&#234;cher cette transformation [sociale], les dirigeants staliniens sont de fervents partisans d'une r&#233;publique d&#233;mocratique [bourgeoise].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre, tous leurs efforts tendent vers ce but. L'exclusion du POUM par le gouvernement de la Generalitat constitue une &#233;tape suppl&#233;mentaire dans cette &#233;volution r&#233;gressive. Il faut dire que si le POUM &#233;tait un v&#233;ritable parti r&#233;volutionnaire, il n'aurait jamais collabor&#233; &#224; un gouvernement dont la constitution visait &#224; gagner du temps jusqu'&#224; ce que le pouvoir puisse enclencher la marche arri&#232;re. Par sa pr&#233;sence le POUM a couvert les tra&#238;tres et s'est lui-m&#234;me ferm&#233; l'acc&#232;s aux masses. Le m&#234;me processus s'est produit avec la CNT, de fa&#231;on plus accentu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de la Catalogne a consolid&#233; l'autorit&#233; du gouvernement [r&#233;gional] face &#224; la bourgeoisie europ&#233;enne. [Anthony] Eden, lui-m&#234;me, a d&#233;clar&#233; &#224; la Chambre des communes que ce &#171; serait une calomnie de consid&#233;rer le gouvernement de Valence comme un gouvernement communiste &#187;. De nouveaux accords commerciaux vont &#234;tre conclus avec la Grande-Bretagne et la France, et notre presse reproduit les &#233;loges de la presse capitaliste europ&#233;enne &#224; propos du discours d'Alvarez del Vayo. Et en &#233;change de quelques promesses, le gouvernement a lanc&#233; une vaste offensive contre le prol&#233;tariat. Il appelle &#224; d&#233;fendre la patrie, il supprime les postes de contr&#244;le des ouvriers sur les routes, il dissout les milices de l'arri&#232;re ; et les rues, les banques et les institutions sont de nouveau surveill&#233;es par les forces [de r&#233;pression] bourgeoises, qui portent l'uniforme bien commode de la Garde nationale de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne contre les comit&#233;s, vigoureusement men&#233;e par les socialistes et les staliniens, vise &#224; &#233;liminer compl&#232;tement l'intervention des travailleurs, pour assurer &#224; la France, la Grande-Bretagne et la Russie qu'il existe d&#233;sormais un gouvernement fort, aussi fort que celui de Blum, qui interdit les gr&#232;ves spontan&#233;es, ou [celui] du r&#233;actionnaire Baldwin. Dans cette campagne, le pouvoir mobilise tous les artifices et toute la perfidie dont il dispose puisque son existence d&#233;pend du soutien des masses et qu'en m&#234;me temps il ne peut gouverner sans les trahir. L'anarchie &#233;conomique, provoqu&#233;e par la dissolution des rapports bourgeois et exacerb&#233;e par les besoins de la guerre, est utilis&#233;e pour maintenir en place les rapports bourgeois eux-m&#234;mes. Ce ne sont pas les comit&#233;s qui cr&#233;ent l'anarchie, mais le gouvernement qui les emp&#234;che d'&#233;tablir un contr&#244;le absolu sur l'&#233;conomie, d'exercer le pouvoir politique et d'organiser la soci&#233;t&#233; dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de Catalogne et celui de Valence opposent l'ordre d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire bourgeois &#224; l'ordre r&#233;volutionnaire, socialiste, des comit&#233;s. Ils dissolvent ces comit&#233;s et s'arrogent les m&#234;mes pouvoirs que n'importe quel gouvernement capitaliste. La crise de la Generalitat marque le moment o&#249; les questions militaires et les probl&#232;mes d'approvisionnement, qui n'ont pas pu &#234;tre r&#233;solus en raison de l'absence d'un pouvoir r&#233;volutionnaire, &#233;puisent suffisamment la population pour faire reculer la r&#233;volution sans produire de bouleversements dramatiques. Le temps de l'offensive bourgeoise contre le prol&#233;tariat est venu, offensive dont les troupes de choc sont fournies par les partis socialiste et stalinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus cette offensive r&#233;ussit, plus l'attitude de la France et de la Grande-Bretagne devient favorable envers l'Espagne. La bourgeoisie mondiale, aid&#233;e efficacement par la bureaucratie sovi&#233;tique, s'appuie sur les partis socialiste et stalinien pour sauver la bourgeoisie espagnole et transformer la guerre civile en guerre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat ne balaie pas les tra&#238;tres qui le gouvernent, il viendra un moment o&#249; les mots d'ordre en faveur de la d&#233;fense de la patrie serviront &#224; accueillir dans notre camp les bourgeois et les banquiers qui se sont enfuis, mais sont suffisamment patriotes pour comprendre que, derri&#232;re les &#171; rouges &#187;, il n'y a rien d'autre qu'une politique blanche et un c&#339;ur blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le prol&#233;tariat est politiquement impuissant. Des organisations comme la CNT, la FAI et le POUM ne veulent pas trahir les masses, mais il leur manque les principes n&#233;cessaires pour les guider vers la r&#233;volution. La CNT aujourd'hui reprend le mot de d&#233;fense de la patrie. Elle d&#233;nonce bruyamment les politiciens, mais se laisse entra&#238;ner dans une politique de capitulation, de concessions &#224; la bourgeoisie et de sabotage g&#233;n&#233;ral de la r&#233;volution. Le terrible manque d'un parti r&#233;volutionnaire repr&#233;sente la plus grave menace pour la r&#233;volution. En son absence, les socialistes, les staliniens et la bourgeoisie mondiale r&#233;ussiront &#224; r&#233;aliser l'union sacr&#233;e qui est leur objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux efforts d&#233;ploy&#233;s pour dissoudre les comit&#233;s, le prol&#233;tariat doit opposer la multiplication de ces comit&#233;s, en organisant des &#233;lections libres parmi les travailleurs [...] ; &#224; la collaboration de la CNT et du POUM au gouvernement [...], le prol&#233;tariat doit opposer une rupture absolue et la remise du pouvoir aux repr&#233;sentants &#233;lus par ces comit&#233;s. Ce n'est que lorsque le pouvoir politique appartiendra aux organismes des travailleurs qu'ils pourront &#233;tablir une politique r&#233;volutionnaire en mati&#232;re d'approvisionnement, cr&#233;er une arm&#233;e rouge, forte et disciplin&#233;e, balayer toutes les formes &#233;conomiques et politiques bourgeoises et ouvrir l'&#232;re de la r&#233;volution sociale en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.M. [Munis]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Felix Morrow&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les journ&#233;es de Mai : barricades &#224; Barcelone&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Catalogne &#233;tait, plus encore qu'avant la guerre civile, le centre &#233;conomique principal de l'Espagne. Et cette puissance &#233;conomique &#233;tait maintenant entre les mains des ouvriers et des paysans (du moins le pensaient-ils). L'industrie textile espagnole dans sa totalit&#233; &#233;tait concentr&#233;e. Ses ouvriers produisaient maintenant des v&#234;tements et des couvertures pour l'arm&#233;e et la population civile, et des marchandises d'une n&#233;cessit&#233; vitale pour l'exportation. Comme le fer et les aci&#233;ries de Bilbao &#233;taient virtuellement coup&#233;s du reste de l'Espagne, les travailleurs de la m&#233;tallurgie et de l'industrie chimique de Catalogne avaient cr&#233;&#233; avec la rapidit&#233; la plus h&#233;ro&#239;que une vaste industrie de guerre pour &#233;quiper les arm&#233;es antifascistes. Les collectivit&#233;s agricoles, qui avaient r&#233;alis&#233; les plus grandes r&#233;coltes de toute l'histoire espagnole, nourrissaient l'arm&#233;e et les villes et fournissaient des agrumes pour l'exportation. Les marins de la C.N.T. transportaient les produits export&#233;s qui procuraient &#224; l'Espagne des cr&#233;dits &#233;trangers, et ramenaient de pr&#233;cieuses cargaisons pour la lutte contre Franco. Les masses de la C.N.T. tenaient les fronts de l'Aragon et de Teruel ; elles avaient envoy&#233; Durruti et leurs meilleures milices sauver Madrid juste &#224; temps. En un mot, le prol&#233;tariat catalan constituait la colonne vert&#233;brale des forces antifascistes, et le savait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, apr&#232;s le 19 juillet, son pouvoir avait &#233;t&#233; reconnu par Companys lui-m&#234;me. Le pr&#233;sident catalan, s'adressant pendant les journ&#233;es de juillet &#224; la C.N.T.-F.A.I., avait dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Vous avez toujours &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement pers&#233;cut&#233;s, et moi-m&#234;me, avec beaucoup de peine mais contraint par les r&#233;alit&#233;s politiques, moi-m&#234;me, jadis &#224; vos c&#244;t&#233;s, je me suis vu plus tard oblig&#233; de m'opposer &#224; vous et de vous poursuivre. Aujourd'hui vous &#234;tes les ma&#238;tres de la ville et de la Catalogne, parce vous seuls avez vaincu les soldats fascistes. J'esp&#232;re que vous ne trouverez pas d&#233;plac&#233; que je puisse vous rappeler maintenant que l'aide des hommes de mon parti et de la Garde, plus ou moins nombreux, ne vous a pas manqu&#233; [... ] Vous avez vaincu, et tout est en votre pouvoir. Si vous n'&#233;prouvez pas le besoin ou le d&#233;sir que je sois pr&#233;sident, dites-le maintenant, et je deviendrai un soldat de plus dans la lutte antifasciste. Si, au contraire, vous me croyez quand je dis que je n'abandonnerai ce poste au fascisme victorieux que transform&#233; en, cadavre, je pourrai peut-&#234;tre, de mon nom et de mon prestige, vous servir avec mes camarades du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crainte et la rage des masses catalanes devant les empi&#233;tements de la contre-r&#233;volution &#233;taient par cons&#233;quent des sentiments d'hommes lib&#233;r&#233;s et ma&#238;tres de leur destin en danger de redevenir esclaves. Il &#233;tait hors de question de se soumettre sans combattre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 avril &#8211; au lendemain du ralliement des ministres de la C.N.T. &#224; la Generalidad &#8211; un r&#233;giment de carabiniers arriva &#224; Puigcerda et demanda aux patrouilles ouvri&#232;res de la C.N.T. de rendre le contr&#244;le des douanes. Tandis que les dirigeants les plus en vue de la C.N.T. se h&#226;taient vers Puigcerda pour n&#233;gocier une solution pacifique &#8211; c'est-&#224;-dire pour persuader les travailleurs de c&#233;der le contr&#244;le de la fronti&#232;re &#8211; on envoyait les Gardes civiles et d'assaut &#224; Figueras et dans d'autres villes de province pour arracher le contr&#244;le policier aux organisations ouvri&#232;res. En m&#234;me temps, &#224; Barcelone, les gardes d'assaut proc&#233;daient au d&#233;sarmement &#224; vue des travailleurs dans les rues. Durant les derni&#232;res semaines d'avril, ils rapport&#232;rent qu'ils en avaient d&#233;sarm&#233; trois cents de cette mani&#232;re. La nuit, des heurts se produisaient entre ouvriers et Gardes. Des camions de gardes d&#233;sarmaient les travailleurs isol&#233;s. Les travailleurs usaient de repr&#233;sailles. Ceux qui refusaient de se soumettre &#233;taient fusill&#233;s. En retour, des gardes &#233;taient abattus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 avril, Roldan Cortada, dirigeant du syndicat du P.S.U.C., fut assassin&#233; &#224; Molins de Llobregat. On ne sait toujours pas qui l'a tu&#233;. La C.N.T. d&#233;non&#231;a ce meurtre et demanda une enqu&#234;te. Le P.O.U.M. fit remarquer avec bon sens que Cortada avait soutenu Caballero avant la fusion et qu'il &#233;tait connu pour d&#233;sapprouver l'esprit de pogrom engendr&#233; par les staliniens. Mais le P.S.U.C. profita de cette occasion pour d&#233;noncer les &#034; agents fascistes cach&#233;s &#034;, &#034; incontr&#244;lables &#034;, etc. Le 27 avril, des repr&#233;sentants de la C.N.T. et du P.O.U.M. parurent aux fun&#233;railles de Cortada, ils y trouv&#232;rent une manifestation des forces de la contre-r&#233;volution. Pendant trois heures et. demie, &#034; l'enterrement &#034; &#8211; les soldats et la police du P.S.U.C. et du gouvernement, rameut&#233;s de partout et arm&#233;s jusqu'aux dents &#8211; d&#233;fila dans les quartiers ouvriers de Barcelone. C'&#233;tait un d&#233;fi, et les masses de la C.N.T. le prirent comme tel. Le jour suivant, le gouvernement envoya une exp&#233;dition punitive &#224; Molins de Llobregat qui interpella les dirigeants anarchistes locaux et les ramena menottes aux mains &#224; Barcelone. Cette nuit-l&#224; et les suivantes, les groupes de la C.N.T. et des gardes d'assaut du P.S.U.C. se d&#233;sarm&#232;rent mutuellement dans les rues. Les premi&#232;res barricades surgirent dans les quartiers ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les carabiniers, renforc&#233;s et rejoints par les forces locales du P.S.U.C., attaqu&#232;rent les patrouilles ouvri&#232;res &#224; Puigcerda. Antonio Martin, maire et dirigeant de la C.N.T., populaire dans toute la Catalogue, fut tu&#233; par balles par les staliniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mai, la plus ancienne et la plus ch&#232;re des journ&#233;es ouvri&#232;res, le gouvernement interdit tout meeting et manifestation dans toute l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces derni&#232;res journ&#233;es d'avril, les travailleurs de Barcelone apprirent pour la premi&#232;re fois, dans les pages de Solidaridad obrera, ce qu'il &#233;tait advenu de leurs camarades de Madrid et de Murcia aux mains de la G.P.U. stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Telefonica, principal centre t&#233;l&#233;phonique de Barcelone qui dominait sa place publique la plus affair&#233;e, avait &#233;t&#233; occup&#233;e par les troupes fascistes le 19 juillet, les gardes d'assaut envoy&#233;s par le gouvernement la leur ayant rendue. Les travailleurs de la C.N.T. avaient perdu beaucoup des leurs pour le reconqu&#233;rir. Ils ne tenaient que plus &#224; le conserver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 19 juillet, le centre t&#233;l&#233;phonique avait &#233;t&#233; dirig&#233; par un comit&#233; U.G.T.-C.N.T., avec une d&#233;l&#233;gation gouvernementale install&#233;e dans l'immeuble. L'&#233;quipe de travailleurs appartenait presque int&#233;gralement &#224; la C.N.T., de m&#234;me que les gardes arm&#233;s qui d&#233;fendaient le b&#226;timent contre les incursions fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;le de la Telefonica &#233;tait une instance concr&#232;te de double pouvoir. La C.N.T. &#233;tait en mesure d'&#233;couter les appels gouvernementaux. Tant qu'il serait possible aux travailleurs de contr&#244;ler les contacts t&#233;l&#233;phoniques des forces gouvernementales, le bloc bourgeois-stalinien ne serait jamais ma&#238;tre de la Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 3 mai, &#224; 3 heures de l'apr&#232;s-midi, trois camions de gardes d'assaut sous le commandement personnel de Salas, commissaire &#224; l'ordre public, membre du P.S.U.C. [1] , arriv&#232;rent &#224; la Telefonica. Surpris, les gardes des &#233;tages inf&#233;rieurs furent d&#233;sarm&#233;s. Mais une mitrailleuse emp&#234;cha les gardes d'assaut d'occuper les &#233;tages sup&#233;rieurs. Salas appela des gardes en renfort. Les dirigeants anarchistes lui demand&#232;rent de quitter l'immeuble. Il refusa. La nouvelle se r&#233;pandit comme une tra&#238;n&#233;e de poudre aux usines et aux faubourgs ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux heures apr&#232;s, &#224; 17 heures, les travailleurs se pr&#233;cipitaient dans les centres locaux de la C.N.T.-F.A.I. et du P.O.U.M., s'armaient et dressaient des barricades. Depuis les cachots de la dictature de Rivera jusqu'&#224; aujourd'hui, la C.N.T.-F.A.I. avait toujours organis&#233; des comit&#233;s de d&#233;fense locaux, avec une tradition d'initiative locale. Ces comit&#233;s de d&#233;fense assur&#232;rent la direction dans la semaine qui s'ouvrait, pour autant qu'il y en ait eu une. On ne tira presque pas la premi&#232;re nuit, car les travailleurs &#233;taient incomparablement plus forts que les forces gouvernementales. Dans les faubourgs ouvriers, beaucoup de membres de la police gouvernementale, qui n'avaient pas assez d'estomac pour lutter, rendirent pacifiquement leurs armes. Lo&#239;s Orr, t&#233;moin, &#233;crivit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Le matin suivant (mardi 4 mai), les travailleurs arm&#233;s contr&#244;laient la plus grande partie de Barcelone. Les anarchistes tenaient le port tout entier, et avec lui la forteresse de Montjuich, qui domine la ville et le port de ses canons ; tous les faubourgs de la ville &#233;taient entre leurs mains. Et les forces gouvernementales, &#224; l'exception de quelques barricades isol&#233;es, &#233;taient compl&#232;tement d&#233;bord&#233;es par le nombre et concentr&#233;es au centre de la ville, dans le quartier bourgeois, o&#249; elles pouvaient facilement &#234;tre encercl&#233;es de tous c&#244;t&#233;s comme les rebelles le furent au 19 juillet 1936. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits de la C.N.T., du P.O.U.M. et d'autres confirment cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lerida, les gardes civils rendirent leurs armes aux travailleurs la nuit du lundi, de m&#234;me qu'&#224; Hostafranchs. Les militants du P.O.U.M. et de la C.N.T. s'empar&#232;rent des quartiers g&#233;n&#233;raux du P.S.U.C. et de l'Etat Catala &#224; Tarragone et &#224; Gerone en tant que &#034; mesure pr&#233;ventive &#034;. Ces premiers pas manifestes n'&#233;taient qu'un d&#233;but, car les masses catalanes s'&#233;taient rang&#233;es, &#224; une &#233;crasante majorit&#233;, derri&#232;re les banni&#232;res de la C.N.T. La prise officielle de Barcelone, la constitution d'un gouvernement r&#233;volutionnaire auraient conduit, dans la nuit, au pouvoir ouvrier. Ni les dirigeants de la C.N.T. ni le P.O.U.M. ne contestent s&#233;rieusement que telle en aurait &#233;t&#233; l'issue [2] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'aile gauche de la C.N.T. et du P.O.U.M., des sections de la Jeunesse libertaire, les Amis de Durruti et les bolclieviks-l&#233;ninistes appel&#232;rent &#224; la prise du pouvoir par les travailleurs au travers du d&#233;veloppement d'organes d&#233;mocratiques de d&#233;fense (soviets). Le 4 mai, les bolcheviks-l&#233;ninistes publi&#232;rent le tract suivant, distribu&#233; sur les barricades :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; VIVE L'OFFENSIVE REVOLUTIONNAIRE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aucun compromis ! D&#233;sarmement de la Garde nationale r&#233;publicaine et des gardes d'assaut r&#233;actionnaires. C'est le moment d&#233;cisif. Plus tard il sera trop tard. Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans toutes les usines, sauf celles qui sont li&#233;es &#224; la poursuite de la guerre, jusqu'&#224; la d&#233;mission du gouvernement r&#233;actionnaire. Seul le pouvoir ouvrier peut assurer la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Armement total de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vive l'unit&#233; d'action C.N.T.-F.A.I.-P.O.U.M. ! Vive le front r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ! Comit&#233;s de d&#233;fense r&#233;volutionnaires dans les ateliers, les usines et les districts ! Section bolchevik&#8212;l&#233;niniste d'Espagne (pour la IV&#232;me Internationale). &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tracts des Amis de Durruti, qui appelaient &#224; une &#034; Junte r&#233;volutionnaire &#034;, au complet d&#233;sarmement des gardes d'assaut et de la Garde nationale r&#233;publicaine, qui saluaient le P.O.U.M. pour avoir rejoint les travailleurs sur les barricades appr&#233;ci&#232;rent la situation de la m&#234;me mani&#232;re que les bolcheviks-l&#233;ninistes. En adh&#233;rant toutefois &#224; la discipline de leurs organisations, et sans publier de propagande autonome, la gauche du P.O.U.M. et de la C.N.T., la Jeunesse libertaire avaient la m&#234;me perspective que les bolcheviks-l&#233;ninistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient sans aucun doute raison. Aucun apologiste de la direction du P.O.U.M. et de la C.N.T. n'a avanc&#233; contre la prise du pouvoir un quelconque argument qui r&#233;siste &#224; l'analyse. Aucun d'eux n'ose nier que les travailleurs auraient pu ais&#233;ment prendre le pouvoir en Catalogne. Ils apportent trois arguments principaux pour d&#233;fendre la capitulation : La r&#233;volution aurait &#233;t&#233; isol&#233;e, limit&#233;e &#224; la Catalogne, et d&#233;faite de l'ext&#233;rieur ; les fascistes auraient pu, dans cette conjoncture, faire irruption et vaincre ; l'Angleterre et la France auraient &#233;cras&#233; la r&#233;volution par une intervention directe. Examinons successivement ces trois arguments .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'isolement de la r&#233;volution : la forme la plus plausible. la plus radicale donn&#233;e &#224; cet argument, est fond&#233;e sur une analogie avec la &#034; manifestation arm&#233;e &#034; de juillet 1917 &#224; P&#233;trograd. &#034;En juillet 1917, m&#234;me les bolcheviks ne d&#233;cid&#232;rent pas de prendre le pouvoir, et se limit&#232;rent &#224; la d&#233;fensive, dirigeant les masses hors de la ligne de feu avec le moins de victimes possible.&#034; Curieusement, le P.O.U.M., l'I.L.P., les pivertistes [3] et autres apologistes qui utilisent cet argument sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui ont toujours rappel&#233; aux &#034; trotskystes sectaires &#034; que &#034; l'Espagne n'&#233;tait pas la Russie &#034;, et que, par l&#224; m&#234;me, la politique bolchevique n'&#233;tait pas applicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse trotskyste, c'est-&#224;-dire bolchevique, de la r&#233;volution espagnole s'est toujours fond&#233;e sur la situation concr&#232;te en Espagne. En 1931, nous avons averti que le rythme rapide des &#233;v&#233;nements russes de 1917 ne se r&#233;p&#233;terait pas en Espagne. Au contraire, nous faisions alors l'analogie avec la grande R&#233;volution fran&#231;aise, qui, commenc&#233;e en 1789, franchit une s&#233;rie d'&#233;tapes avant d'atteindre son point culminant en 1793. Justement parce que nous, trotskystes, ne sch&#233;matisons pas les &#233;v&#233;nements historiques, nous ne pouvons prendre au s&#233;rieux l'analogie avec juillet 1917 [4] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petrograd, la manifestation arm&#233;e &#233;clata quatre mois seulement apr&#232;s la r&#233;volution de F&#233;vrier, trois mois apr&#232;s que les th&#232;ses d'Avril de L&#233;nine aient fix&#233; une perspective r&#233;volutionnaire au parti bolchevique. &#034; La masse &#233;crasante de la population de ce pays gigantesque commen&#231;ait tout juste &#224; &#233;merger des illusions de F&#233;vrier. Il y avait au front une arm&#233;e de douze millions d'hommes qui venaient &#224; peine d'&#234;tre touch&#233;s par les premi&#232;res rumeurs concernant les bolcheviks. Dans ces conditions, l'insurrection isol&#233;e du prol&#233;tariat de Petrograd aurait &#233;t&#233; in&#233;vitablement &#233;cras&#233;e. Il fallait gagner du temps. Telles furent les circonstances qui d&#233;termin&#232;rent la tactique des bolcheviks.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, en Espagne, mai 1937 survenait apr&#232;s six ann&#233;es de r&#233;volution pendant lesquelles les masses avaient acquis une exp&#233;rience gigantesque dans tout le pays. Les illusions d&#233;mocratiques de 1931 avaient &#233;t&#233; d&#233;truites. Nous pouvons citer le t&#233;moignage des dirigeants de la C.N.T., du P.O.U.M., de socialistes, selon lesquels les illusions d&#233;mocratiques redor&#233;es du Front populaire n'eurent aucune influence sur les masses. En f&#233;vrier 1936, elles ne vot&#232;rent pas pour le Front populaire, mais contre Gil Robles, et pour la lib&#233;ration des prisonniers politiques. Les masses avaient montr&#233; maintes et maintes fois qu'elles &#233;taient pr&#234;tes &#224; aller jusqu'au bout : les nombreuses luttes arm&#233;es dirig&#233;es par les anarchistes, les prises de terres pendant six ans, la r&#233;volte d'octobre 1934, la Commune des Asturies, la prise des usines et de la terre apr&#232;s le 19 juillet ! L'analogie avec juillet 1917 est infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1917, douze millions de soldats russes &#224; peine touch&#233;s par la propagande bolchevique pouvaient &#234;tre envoy&#233;s contre P&#233;tersbourg. Mais en Espagne la C.N.T. dirigeait plus d'un tiers des forces arm&#233;es, un autre tiers ou presque &#233;tait dirig&#233; par l'U.G.T. dont la plupart des membres &#233;taient socialistes de gauche ou sous leur influence. M&#234;me si l'on accorde que la r&#233;volution n'aurait pas gagn&#233; imm&#233;diatement Madrid ou Valence. Cela ne revient aucunement &#224; affirmer que le gouvernement de Valence aurait trouv&#233; des troupes pour &#233;craser la r&#233;publique ouvri&#232;re de Catalogne ! Tout de suite apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de mai, les masses de l'U.G.T. firent la preuve de leur hostilit&#233; d&#233;termin&#233;e &#224; l'&#233;gard de mesures r&#233;pressives contre le prol&#233;tariat catalan. C'est une des raisons pour lesquelles Caballero dut quitter le gouvernement. Elles auraient encore moins pu &#234;tre utilis&#233;es contre une r&#233;publique ouvri&#232;re victorieuse. M&#234;me les rangs staliniens n'auraient pas fourni une telle arm&#233;e massive : c'est une chose que d'amener les travailleurs et les paysans arri&#233;r&#233;s &#224; limiter leur lutte &#224; un combat pour une r&#233;publique d&#233;mocratique ; c'en est une autre enti&#232;rement diff&#233;rente que de les amener &#224; &#233;craser une r&#233;publique ouvri&#232;re. Toute tentative du bloc bourgeois-stalinien de rassembler des forces prol&#233;tariennes n'aurait pu que pr&#233;cipiter l'extension de l'Etat ouvrier &#224; toute l'Espagne loyaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons dire plus : l'exemple de la Catalogne aurait &#233;t&#233; suivi imm&#233;diatement ailleurs. La preuve ? Le bloc stalinien-bourgeois, alors qu'il cherchait &#224; consolider la r&#233;publique bourgeoise, &#233;tait toutefois pouss&#233; par l'atmosph&#232;re r&#233;volutionnaire &#224; avancer le mot d'ordre : &#034; Finissons-en d'abord avec Franco, nous ferons la r&#233;volution apr&#232;s. &gt; C'&#233;tait un mot d'ordre habile,. bien propre &#224; faire attendre les masses. Mais le fait m&#234;me que la contre-r&#233;volution ait eu besoin de ce mot d'ordre d&#233;montre qu'elle fondait ses espoirs de victoire sur la r&#233;volution, non sur l'accord des masses, mais sur leur tol&#233;rance impatiente. Grin&#231;ant des dents, les masses disaient : &#034; Nous devons attendre d'en finir avec Franco, puis nous en finirons avec la bourgeoisie et ses laquais. &#034; Ce sentiment sans aucun doute, rarement r&#233;pandu se serait &#233;vanoui devant l'exemple de la r&#233;volution catalane, celle-ci aurait mis un terme &#224; ce : &#034; Nous devons attendre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la Catalogne n'aurait pas touch&#233; la seule Espagne loyaliste. Car une Espagne ouvri&#232;re se serait lanc&#233;e dans une guerre r&#233;volutionnaire contre le fascisme qui aurait d&#233;sint&#233;gr&#233; les rangs franquistes, par les armes politiques plus que par les armes militaires. Toutes les armes politiques contre le fascisme dont le Front populaire n'avait pas autoris&#233; l'utilisation, et dont seule une r&#233;publique ouvri&#232;re pouvait user, auraient &#233;t&#233; d&#233;sormais dirig&#233;es contre Franco. Peu apr&#232;s le 19 juillet, Trotsky &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Comme chacun sait, une guerre civile ne se m&#232;ne pas seulement avec des armes militaires, mais aussi avec des armes politiques. D'un point de vue strictement militaire, la r&#233;volution espagnole est beaucoup plus faible que son ennemi. Sa force r&#233;side dans sa capacit&#233; &#224; jeter les larges masses dans l'action. Elle peut m&#234;me arracher l'arm&#233;e [de Franco] &#224; ses officiers r&#233;actionnaires. Pour ce faire, le programme de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut proclamer qu'&#224; partir de maintenant, la terre, les usines, les ateliers passeront des capitalistes aux mains du peuple. Il faut se diriger imm&#233;diatement vers la r&#233;alisation de ce programme dans les provinces o&#249; les travailleurs sont au pouvoir. L'arm&#233;e fasciste ne pourrait pas r&#233;sister &#224; l'influence d'un tel programme. Les soldats lieraient les pieds et les mains de leurs officiers et les livreraient aux quartiers g&#233;n&#233;raux des milices ouvri&#232;res. les plus proches. Mais les ministres bourgeois ne peuvent accepter un tel programme. En freinant la r&#233;volution sociale, ils poussent les ouvriers et les paysans &#224; r&#233;pandre dix fois plus de leur propre sang qu'il n'en faut dans la guerre civile. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de Trotsky ne s'est av&#233;r&#233;e que trop vraie. Craignant la r&#233;volution plus que Franco, le gouvernement de Front populaire ne fit aucune propagande en direction des paysans des forces franquistes, et derri&#232;re leurs lignes. Le gouvernement refusa absolument de promettre la terre &#224; ces paysans, et cette promesse n'aurait eu aucun impact tant que le gouvernement n'aurait pas d&#233;cr&#233;t&#233; effectivement la remise des terres aux comit&#233;s paysans dans ses propres zones, &#224; partir desquelles les nouvelles se seraient r&#233;pandues, par des milliers de canaux, jusqu'aux paysans du reste de l'Espagne. Craignant la r&#233;volution plus que Franco, le gouvernement avait rejet&#233; tout projet (y compris celui d'Abd El Krim et d'autres Maures) de provoquer la r&#233;volution au Maroc par une d&#233;claration d'ind&#233;pendance. Craignant la r&#233;volution plus que Franco, le gouvernement appela le prol&#233;tariat international &#224; pousser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; ses &#034; Gouvernements &#224; aider l'Espagne &#8211; mais il ne fit jamais directement appel au prol&#233;tariat international en d&#233;pit et contre ses gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas des doctrinaires. Nous ne proclamons pas la r&#233;volution tous les ' jours. Nous jugeons &#224; partir de notre analyse concr&#232;te de la situation espagnole en mai 1937 : si la r&#233;publique ouvri&#232;re avait &#233;t&#233; instaur&#233;e en Catalogne, elle n'aurait pas &#233;t&#233; isol&#233;e ou &#233;cras&#233;e. Elle se serait rapidement &#233;tendue au reste de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Les fascistes seraient imm&#233;diatement intervenus. La deuxi&#232;me justification de l'inopportunit&#233; de la prise du pouvoir en Catalogne recoupe la premi&#232;re, dans la mesure o&#249; elle nie implicitement l'impact de la prise du pouvoir sur les forces franquistes [5] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettant qu'une r&#233;volution prol&#233;tarienne en mai se soit &#233;tendue dans toute l'Espagne loyaliste, les dirigeants de la C.N.T. expliquent :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il est &#233;vident que, si nous l'avions voulu, le mouvement de d&#233;fense se serait transform&#233; en un mouvement purement libertaire. C'est tr&#232;s bien, mais... les fascistes auraient sans aucun doute profit&#233; des circonstances pour briser toutes les lignes de r&#233;sistance .&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Garcia Olivier) [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il traite ostensiblement de la situation sp&#233;cifique de la Catalogne en mai, ce raisonnement est, en fait, beaucoup plus fondamental : &#034; C'est un argument contre la prise du pouvoir par la classe ouvri&#232;re au cours de la guerre civile. &#034; C'&#233;tait &#233;galement la ligne du P.O.U.M. Son comit&#233; central soutint que, dans le cas o&#249; le gouvernement refuserait de signer son propre arr&#234;t de mort en convoquant une assembl&#233;e constituante (congr&#232;s de d&#233;l&#233;gu&#233;s des soldats, des paysans et des d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux), ce serait une erreur que de lui arracher le pouvoir par la force :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il [le P.O.U.M] croyait que les ouvriers protesteraient &#224; temps contre la contre-r&#233;volution &#224; laquelle le gouvernement proc&#233;dait, et que la revendication d'une telle assembl&#233;e constituante deviendrait si forte que le gouvernement serait oblig&#233; de se soumettre. Il soutenait qu'une insurrection serait erron&#233;e et peu opportune tant que les fascistes ne seraient pas d&#233;faits, et m&#234;me sur la question de d&#233;clencher ou non l'insurrection &#224; ce moment l&#224;, les opinions divergeaient en son sein [7] .&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la C.N.T. et le P.O.U.M. appelaient au socialisme par le biais du gouvernement. Mais si le gouvernement ne donnait pas son accord, alors il fallait attendre au moins jusqu'&#224; la fin de la guerre. Cela revenait en pratique &#224; s'adapter de fa&#231;on camoufl&#233;e au mot d'ordre bourgeois-stalinien : &#034; Finissons-en avec Franco, nous ferons la r&#233;volution apr&#232;s. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique du P.O.U.M. et de la C.N.T. &#8211; attendre d'en avoir fini avec Franco &#8211; signifiait concr&#232;tement la condamnation de la r&#233;volution. Car, comme nous l'avons d&#233;j&#224; fait remarquer, le mot d'ordre bourgeois-stalinien d' &#034; attente &#034; &#233;tait destin&#233; &#224; neutraliser les masses jusqu'&#224; ce que l'Etat bourgeois soit r&#233;tabli. Pour cette raison pr&#233;cise, le bloc bourgeois stalinien et ses alli&#233;s anglo-fran&#231;ais n'avaient pas l'intention d'en finir avec Franco, ou (plus vraisemblablement) de faire la paix avec lui, tant que la contre-r&#233;volution n'avait pas consolid&#233; son pouvoir en Espagne loyaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons comment&#233; l'incapacit&#233; du Front populaire et de son Gouvernement &#224; faire de la propagande r&#233;volutionnaire pour d&#233;sint&#233;grer les forces franquistes. Mais le gouvernement ne r&#233;ussit pas plus &#224; combattre Franco avec succ&#232;s sur le plan militaire. Plus pr&#233;cis&#233;ment, dans la guerre civile, il n'y a pas de s&#233;paration entre t&#226;ches politiques et t&#226;ches militaires. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement concentrait d'&#233;normes forces de soldats d'&#233;lite et de police dans les villes, d&#233;tournant par l&#224; m&#234;me des hommes et des armes n&#233;cessaires au front. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement poursuivait une strat&#233;gie de guerre dilatoire, qui ne pouvait donner aucun r&#233;sultat d&#233;cisif, tant qu'il proc&#233;dait &#224; la contre-r&#233;volution. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement &#233;tait en train de subordonner les travailleurs basques et asturiens au commandement de la bourgeoisie basque tra&#238;tre qui allait bient&#244;t capituler sur le front Nord. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le Gouvernement &#233;tait en train de saboter directement les fronts de l'Aragon et du Levant tenus par la C.N.T. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement donnait aux agents fascistes (Asensio, Villalba, etc.) la possibilit&#233; de livrer des forteresses loyalistes &#224; Franco (Badajoz, Irun, Malaga) [8] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution portait des coups terribles au moral des troupes antifascistes. &#034; Pourquoi mourrions-nous en combattant Franco quand nos camarades sont fusill&#233;s par le gouvernement ? &#034; Cet &#233;tat d'esprit si dommageable &#224; la lutte contre le fascisme pr&#233;dominait apr&#232;s la journ&#233;e de mai et &#233;tait tr&#232;s difficile &#224; combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, par tous ces moyens, la politique gouvernementale facilitait les incursions militaires de Franco. L'instauration d'une r&#233;publique ouvri&#232;re aurait mis fin &#224; la tromperie, au sabotage, &#224; la d&#233;moralisation. Dot&#233;e de l'instrument de la planification &#233;tatique, la r&#233;publique ouvri&#232;re aurait pu utiliser comme aucun r&#233;gime capitaliste l'int&#233;gralit&#233; des ressources mat&#233;rielles et morales de l'Espagne loyaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de permettre aux troupes fascistes de percer, seul le pouvoir ouvrier pouvait conduire &#224; la victoire sur Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) La menace d'intervention : La C.N.T. se r&#233;f&#232;re confus&#233;ment aux navires de guerre anglais et fran&#231;ais apparus dans le port le 3 mai, et &#224; des plans de d&#233;barquement de troupes anglo-fran&#231;aises. &#034; Dans l'&#233;ventualit&#233; d'un triomphe du communisme libertaire, il aurait &#233;t&#233; &#233;cras&#233; un peu plus tard par l'intervention des puissances capitalistes et d&#233;mocratiques. &#034; (Garcia Oliver)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;f&#233;rences de la C.N.T. &#224; des navires de guerre pr&#233;cis, &#224; un complot pr&#233;cis, obscurcit d&#233;lib&#233;r&#233;ment le caract&#232;re fondamental du probl&#232;me . Toute r&#233;volution sociale doit affronter le danger de l'intervention capitaliste. La r&#233;volution russe dut survivre tant &#224; la guerre civile financ&#233;e par les capitalistes qu'&#224; l'intervention imp&#233;rialiste directe. La r&#233;volution hongroise fut &#233;cras&#233;e par l'intervention aussi bien que par ses propres erreurs. N&#233;anmoins, quand les sociaux-d&#233;mocrates allemands et autrichiens justifi&#232;rent la stabilisation de leurs r&#233;publiques bourgeoises par le fait que les puissances alli&#233;es pourraient intervenir contre les Etats socialistes, les socialistes r&#233;volutionnaires et les communistes du monde entier &#8211; comme les anarchistes &#8211; d&#233;nonc&#232;rent les Kautsky et les Bauer comme des tra&#238;tres, et ils eurent raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat autrichien et allemand, disaient alors les r&#233;volutionnaires, doit compter avec la possibilit&#233; d'une d&#233;faite due &#224; l'intervention anglo-fran&#231;aise, parce que les r&#233;volutions courent toujours ce danger, mais attendre le moment hypoth&#233;tique o&#249; les Alli&#233;s seraient trop pr&#233;occup&#233;s pour intervenir, c'&#233;tait manquer la conjoncture favorable &#224; la r&#233;volution. Mais les sociaux-d&#233;mocrates l'emport&#232;rent... et finirent dans les camps de concentration de Hitler et Schuschnigg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni les cercles de la C.N.T. ni ceux du P.0,U.M. n'os&#232;rent avancer qu'il existait une quelconque situation conjoncturelle sp&#233;cifique qui rendait en mai 1937 l'intervention capitaliste plus mena&#231;ante qu'&#224; un autre moment. Les d&#233;fenseurs de cette th&#232;se se r&#233;f&#232;rent simplement au danger d'intervention, sans y ajouter d'analyse sp&#233;cifique. Nous posons la question l'intervention &#233;tait-elle plus dangereuse en mai 1937 qu'au moment de la r&#233;volution d'avril 1931 par exemple ? En mai 1937, les travailleurs avaient tous les avantages. En 1931, le prol&#233;tariat europ&#233;en &#233;tait prostr&#233; au fond du puits de la crise mondiale. Les travailleurs allemands n'avaient pas encore &#233;t&#233; livr&#233;s &#224; Hitler par leurs dirigeants &#8211; sans combat &#8211; mais le prol&#233;tariat fran&#231;ais &#233;tait aussi assoupi que s'il &#233;tait accabl&#233; par un dictateur. La situation en France, pays limitrophe, est d&#233;cisive pour l'Espagne. Et, en mai 1937, le prol&#233;tariat fran&#231;ais entamait la deuxi&#232;me ann&#233;e du soul&#232;vement ouvert par les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires de juin 1936. Il est inconcevable que les millions de travailleurs socialistes et communistes de France, d&#233;j&#224; irrit&#233;s par la neutralit&#233;, et maintenus dans cette ligne avec les plus grandes difficult&#233;s, par leurs dirigeants, aient permis l'intervention capitaliste en Espagne, qu'elle soit le fait de la bourgeoisie fran&#231;aise ou d'une autre. La transformation de la lutte en Espagne, de combat pour la sauvegarde d'une r&#233;publique bourgeoise, en combat pour la r&#233;volution socialiste, aurait enflamm&#233; les prol&#233;tariats fran&#231;ais, belge et anglais, bien plus que ne le fit la r&#233;volution russe, car cette fois la r&#233;volution aurait &#233;t&#233; &#224; leur porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un prol&#233;tariat vigilant, qu'aurait pu faire la bourgeoisie ? La bourgeoisie fran&#231;aise aurait ouvert ses fronti&#232;res &#224; l'Espagne, non pour l'intervention mais pour le commerce, permettant au nouveau r&#233;gime de s'assurer des marchandises &#8211; ou bien elle aurait eu &#224; affronter imm&#233;diatement la r&#233;volution chez elle. La r&#233;publique ouvri&#232;re espagnole n'aurait pas, comme le firent Caballero et Negrin, aid&#233; et encourag&#233; la &#034; non-intervention &#034;. L'Angleterre, indissolublement li&#233;e au sort de la France, n'aurait pas pu intervenir, non seulement &#224; cause du poids de la France, mais aussi &#224; cause du poids de sa propre classe ouvri&#232;re, pour laquelle la r&#233;volution ib&#233;rique aurait ouvert une nouvelle &#233;poque. Le Portugal aurait d&#251; imm&#233;diatement faire face &#224; la r&#233;volution. L'Allemagne et l'Italie auraient, bien entendu, cherch&#233; &#224; augmenter leur aide &#224; Franco. Mais la politique anglo-fran&#231;aise aurait toujours &#233;t&#233; : ni une Espagne socialiste, ni une Espagne tenue par Hitler ou Mussolini. En voulant jouer indistinctement sur les deux tableaux, l'imp&#233;rialisme anglo-fran&#231;ais aurait &#233;t&#233; contraint de restreindre l'intervention italo-allemande dans les limites qui puissent emp&#234;cher l'axe Rome-Berlin de dominer la M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins que tout autre, nous avons &#224; apprendre que toutes les puissances capitalistes ont comme commun int&#233;r&#234;t, et cherchent toutes la destruction de toute menace de r&#233;volution sociale. Il est n&#233;anmoins clair que les deux facteurs qui sauv&#232;rent la r&#233;volution russe de l'an&#233;antissement par l'intervention auraient jou&#233; en mai 1937 : en 1917, le prol&#233;tariat mondial, inspir&#233; par la r&#233;volution, imposa l'arr&#234;t de l'intervention, tandis que les imp&#233;rialistes ne pouvaient pas oublier suffisamment leurs divergences pour ne pas s'unir autour d'un plan unique d'an&#233;antissement de la r&#233;publique ouvri&#232;re. Le prol&#233;tariat europ&#233;en &#233;tant &#224; nouveau mobilis&#233;, c'est &#224; leurs risques et p&#233;rils que les imp&#233;rialistes auraient cherch&#233; &#224; &#233;teindre l'incendie espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui nous invoquons par-dessus tout l'aide du prol&#233;tariat mondial Vous, les staliniens pour qui les masses ne sont d&#233;sormais rien d'autre que des carcasses que vous offrez en sacrifice sur l'autel de l'alliance avec les imp&#233;rialistes d&#233;mocratiques ; vous les bureaucrates dont le m&#233;pris des masses, sur le dos desquelles vous vous dressez, vous fait oublier que ces m&#234;mes masses, qui vous servent encore de capital moral et mat&#233;riel, et qui s'amenuise sous votre gestion incomp&#233;tente, ont conduit victorieusement la r&#233;volution d'Octobre et la guerre civile ! Nous savons que vous n'aimez pas que l'on vous rappelle qu'en 1919-1922, le prol&#233;tariat mondial a sauv&#233; l'Union sovi&#233;tique des imp&#233;rialistes. Les capacit&#233;s r&#233;volutionnaires de la classe ouvri&#232;re sont une chose que vous en &#234;tes venus &#224; ha&#239;r et &#224; craindre, car ils menacent vos privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les staliniens qui croient &#224; la possibilit&#233; d'une coexistence pacifique des Etats capitalistes et ouvriers, pas nous. Il est certain que l'Europe capitaliste ne supporterait pas ind&#233;finiment l'existence d'une Espagne socialiste. Mais la conjoncture sp&#233;cifique de mai 1937 &#233;tait assez favorable pour permettre &#224; une Espagne ouvri&#232;re d'installer son r&#233;gime int&#233;rieur et de se pr&#233;parer &#224; r&#233;sister &#224; l'imp&#233;rialisme en &#233;tendant la r&#233;volution &#224; la France et &#224; la Belgique, puis de mener une guerre r&#233;volutionnaire contre l'Allemagne et l'Italie, dans des conditions qui auraient pr&#233;cipit&#233; la r&#233;volution dans les pays fascistes. C'est la seule perspective r&#233;volutionnaire en Europe, dans cette p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de la prochaine guerre, que la r&#233;volution commence en France ou en Espagne. Qui ne l'accepte pas rejette la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les risques ? &#034; Il serait &#233;videmment fort commode de faire l'histoire si l'on ne devait engager la lutte qu'avec &#034; des chances infailliblement favorables &#034; &#233;crivait Marx pendant que la Commune vivait encore. Clairvoyant, il voyait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; le &#034; hasard &#034; malheureux et d&#233;cisif (. . .) dans la pr&#233;sence des Prussiens en France et dans leurs positions si pr&#232;s de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les travailleurs parisiens devant l'alternative ou de relever le d&#233;fi ou de succomber sans combat. Dans le dernier cas, la d&#233;moralisation de la classe ouvri&#232;re serait un malheur bien plus grand que la perte d'un nombre quelconque de &#034; chefs &#034;. Gr&#226;ce au combat livr&#233; &#224; Paris, la lutte de la classe ouvri&#232;re contre la classe capitaliste et l'Etat capitaliste est entr&#233;e dans une nouvelle phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelle qu'en soit l'issue, nous avons obtenu un nouveau point de d&#233;part d'une importance historique universelle.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Lettre &#224; Kugelmann, du 17 avril 1871, &#233;d. Anthropos.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berneri avait raison. Ecras&#233;e entre les Prussiens-franquistes et Versailles-Valence, la Commune de Catalogne aurait pu faire jaillir une flamme embrasant le monde. Et dans des conditions incomparablement plus favorables que celles de la Commune !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tent&#233; d'analyser le plus s&#233;rieusement possible les raisons que la direction centriste a donn&#233;es pour ne pas engager une lutte pour le pouvoir contre la contre-r&#233;volution. Comme ils ne sont pas des r&#233;formistes inv&#233;t&#233;r&#233;s, mais des centristes, ils sont tent&#233;s de justifier leur capitulation en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la situation &#034;sp&#233;ciale&#034;, &#034; sp&#233;cifique &#034;, de l'Espagne de mai 1937, mais sans donner de d&#233;tails pr&#233;cis. A l'examen, nous avons trouv&#233; que, comme toujours dans le cas d'alibis de ce type, les r&#233;f&#233;rences &#224; la situation sp&#233;cifique sont d&#233;nu&#233;es de sens et cachent un retrait fondamental par rapport &#224; la voie r&#233;volutionnaire. Ce ne sont pas des erreurs de fait, mais des divergences de principe qui, d'un point de vue mondial et de classe, s&#233;parent les r&#233;volutionnaires tant des dirigeants r&#233;formistes que des centristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi 4 mai au matin, les travailleurs arm&#233;s des barricades qui recouvraient Barcelone se sentirent &#224; nouveau, comme le 19 juillet, les ma&#238;tres de leur monde. Comme le 19 juillet, les &#233;l&#233;ments bourgeois et petits-bourgeois terrifi&#233;s se cachaient dans leurs maisons. Les syndicalistes dirig&#233;s par le P.S.U.C. restaient passifs. Seule, une fraction de la police, les gardes arm&#233;s du P.S.U.C. et les voyous arm&#233;s d'Estat Catala se tenaient sur les barricades gouvernementales qui se limitaient au centre de la ville, entour&#233;es par les travailleurs en armes. Le premier discours radiodiffus&#233; de Companys, une d&#233;claration selon laquelle la Generalidad n'&#233;tait pas responsable de la provocation de la Telefonica, indique l'&#233;tat de la situation. Chaque faubourg de la ville, sous la direction des comit&#233;s de d&#233;fense locaux aid&#233;s par les groupes du P.O.U.M., de la F.A.I. et de la Jeunesse libertaire, &#233;tait fermement contr&#244;l&#233; par les travailleurs. Il n'y eut pour ainsi dire aucun coup de feu lundi soir tant la domination ouvri&#232;re &#233;tait totale. Tout ce qui manquait aux travailleurs pour instaurer leur pouvoir, c'&#233;tait la coordination et l'action commune sous la direction du centre... Au centre, la Casa C.N.T., les dirigeants interdirent toute action et ordonn&#232;rent aux travailleurs de quitter les barricades [9] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de la C.N.T. ne s'int&#233;ressaient pas &#224; l'organisation des masses arm&#233;es. Ils &#233;taient occup&#233;s par une n&#233;gociation interminable avec le gouvernement. C'&#233;tait un jeu qui convenait parfaitement &#224; ce dernier : retenir les masses sans direction derri&#232;re les barricades, en les ber&#231;ant de l'espoir que l'on trouverait une solution d&#233;cente. La r&#233;union au palais de la Generalidad tra&#238;na jusqu'&#224; 6 heures du matin. Ainsi, les forces gouvernementales gagn&#232;rent assez d'espace vital pour fortifier les b&#226;timents gouvernementaux, et, &#224; l'instar des fascistes en juillet, elles occup&#232;rent les tours de la cath&#233;drale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi matin &#224; 11 heures, les dirigeants se rencontr&#232;rent, non pour organiser la d&#233;fense, mais pour &#233;lire un nouveau comit&#233; pour n&#233;gocier avec le gouvernement. Alors Companys trouva un nouveau truc : Bien sur, nous pouvons en arriver &#224; un accord &#224; l'amiable, nous sommes tous des antifascistes, etc., etc., disaient Companys et le Premier ministre Taradellas. &#8211; Mais nous ne pouvons pas engager de n&#233;gociations tant que les rues ne sont pas d&#233;sert&#233;es par les hommes arm&#233;s. Sur quoi le comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. passa le mardi avec un micro, appelant les travailleurs &#224; quitter les barricades. &#034; Nous vous appelons &#224; baisser vos armes. Pensez &#224; notre grand but, commun &#224; tous... L'unit&#233; avant tout. D&#233;posez vos armes. Un seul mot d'ordre : Nous devons travailler &#224; abattre le fascisme ! &#034; Solidaridad obrera eut l'audace de para&#238;tre, avec, en page 8, la relation de l'attaque du lundi contre la Telefonica, sans mentionner l'&#233;dification des barricades, ne donnant d'autres directives que &#034; restez calmes &#034; afin de ne pas alarmer les miliciens du front auxquels parvenaient des centaines de milliers d'exemplaires du journal. A 5 heures, des d&#233;l&#233;gations du Comit&#233; national de l'U.G.T. et de la C.N.T. arriv&#232;rent de Valence et publi&#232;rent en commun un appel au &#034; peuple :&#034; pour qu'il d&#233;pose les armes. Vasquez, secr&#233;taire national de la C.N.T., se joignit &#224; Companys dans l'appel radiodiffus&#233;. On passa la nuit en nouvelles n&#233;gociations (le Gouvernement &#233;tait toujours pr&#234;t &#224; passer un accord incluant l'abandon des barricades par les travailleurs !) dont sortit un accord pour un cabinet provisoire de quatre membres, appartenant &#224; la C.N.T., au P.S.U.C., &#224; l'Union paysanne et &#224; l'Esquerra. Les n&#233;gociations furent ponctu&#233;es d'appels aux dirigeants de la C.N.T. qui avaient de l'autorit&#233;, les invitant &#224; se rendre sur les points o&#249; les travailleurs menaient l'offensive. C'est ainsi qu'&#224; Coll Blanch, il fallait persuader ceux-ci de ne pas occuper les casernes. Tandis que d'autres appels arrivaient &#8211; des quartiers g&#233;n&#233;raux des ouvriers du cuir, de l'Union m&#233;dicale, du centre local de la Jeunesse libertaire, qui demandait du renfort au Comit&#233; r&#233;gional, parce que la police attaquait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi : Ni les nombreux appels &#224; la radio, ni l'appel commun de l'U.G.T.-C.N.T., ni l'&#233;tablissement d'un nouveau cabinet n'avaient arrach&#233; les travailleurs aux barricades. Sur les barricades, les travailleurs anarchistes d&#233;chiraient Solidaridad obrera et brandissaient les poings et les fusils vers les radios quand Montseny &#8211; rappel&#233;e de toute urgence de Valence apr&#232;s l'&#233;chec de Vasquez et de Garcia Oliver &#8211; les exhortait &#224; la dispersion. Les comit&#233;s de d&#233;fense locaux transmirent &#224; la Casa C.N.T. que les travailleurs ne se rendraient pas sans conditions. Tr&#232;s bien, donnons-leur des conditions. La C.N.T. fit parvenir par radio les propositions qu'elle faisait au Gouvernement : que les hostilit&#233;s cessent, que chaque parti reste sur ses positions, que la police et les civils qui combattaient aux c&#244;t&#233;s de la C.N.T. (sans en &#234;tre membres) s'en retirent compl&#232;tement, que les comit&#233;s responsables soient avertis d&#232;s que le pacte est rompu quelque part, que l'on ne r&#233;ponde pas aux coups de feu isol&#233;s, que les d&#233;fenseurs des locaux syndicaux restent passifs et attendent d'autres informations. Le gouvernement annon&#231;a bient&#244;t son accord avec la C.N.T. Et comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? Le seul objectif du gouvernement &#233;tait de mettre fin au combat des masses, pour mieux briser leur r&#233;sistance, d&#233;finitivement. De surcro&#238;t, &#034; l'accord &#034; n'engageait en rien le gouvernement. Le contr&#244;le de la Telefonica, le d&#233;sarmement des masses n'&#233;taient pas mentionn&#233;s &#8211; et ce, non par hasard. L'accord fut suivi dans la nuit d'ordres de reprise du travail venant des centres locaux de la C.N.T. et de l'U.G.T. (cette derni&#232;re, il faut s'en souvenir, &#233;tant contr&#244;l&#233;e par les staliniens). &#034; Les organisations et les partis antifascistes r&#233;unis en session au palais de la Generalidad ont r&#233;solu le conflit qui a cr&#233;&#233; cette situation anormale &#034;, d&#233;clarait le manifeste commun. &#034; Ces &#233;v&#233;nements nous ont appris que nous devrons d&#233;sormais &#233;tablir des relations de cordialit&#233; et de camaraderie, dont nous avons beaucoup regrett&#233; l'absence ces derniers jours. &#034; Cependant, comme l'admettait Souchy, les barricades rest&#232;rent toutes en place dans la nuit de mercredi. Mais le jeudi matin, le P.O.U.M. ordonna &#224; ses membres de quitter les barricades qui, pour la plupart, &#233;taient encore sous le feu. Le mardi, le manifeste des Amis de Durruti, jusqu'alors assez froid avec le P.O.U.M., avait salu&#233; sa pr&#233;sence sur les barricades, pr&#233;sence qui d&#233;montrait qu'il s'agissait l&#224; d'une &#034; force r&#233;volutionnaire &#034;,. La Batalla du mardi &#233;tait rest&#233;e dans les limites de la th&#233;orie selon laquelle il ne devait pas y avoir de renversement insurrectionnel du gouvernement pendant la guerre civile, mais elle avait appel&#233; &#224; la d&#233;fense des barricades, &#224; la d&#233;mission de Salas et Ayguad&#233;, &#224; l'abrogation des d&#233;crets de dissolution des patrouilles ouvri&#232;res. Si limit&#233; que fut ce programme, il contrastait tellement avec l'appel du Comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. &#224; d&#233;serter les barricades que le prestige du P.O.U.M. s'accrut tr&#232;s fort dans les masses anarchistes. Le P.O.U.M. avait l&#224; une occasion sans pr&#233;c&#233;dent de prendre la t&#234;te du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela, la direction du P.O.U.M. s'en remit une fois de plus &#224; celle de la C.N.T. : elle ne fit pas de propositions publiques d'action commune avec la C.N.T., propositions qui auraient dot&#233; la r&#233;bellion embryonnaire d'un ensemble de revendications auxquelles devait acc&#233;der sa directive en toute une ann&#233;e, le P.O.U.M., d'une d&#233;f&#233;rence servile &#224; l'&#233;gard des dirigeants de la C.N.T., n'avait pas fait une seule proposition pr&#233;sentant un net caract&#232;re de front uni. Mais elle proposa une conf&#233;rence en coulisses avec le Comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. Quelles que fussent les propositions du P.O.U.M., elles &#233;taient rejet&#233;es &#8211; Vous n'&#234;tes pas d'accord ? alors n'en parlons plus Et le matin suivant (5 mai) la Batalla n'eut pas un mot &#224; dire sur les propositions que le P.O.U.M. fit &#224; la C.N.T., sur le comportement timor&#233; des dirigeants de la C.N.T., de leur refus d'organiser la d&#233;fense, etc. [10] . Au lieu de cela : &#034; le prol&#233;tariat de Barcelone a remport&#233; une victoire partielle sur la contre-r&#233;volution &#034;. Et 24 heures plus tard, &#034; la provocation contre-r&#233;volutionnaire ayant &#233;t&#233; repouss&#233;e, il faut quitter la rue. Travailleurs, retournez aux usines &#034; (la Batalla, 6 mai). Les masses avaient r&#233;clam&#233; la victoire sur la contre-r&#233;volution. Les bureaucrates de la C.N.T. avaient refus&#233; le combat. Les centristes du P.O.U.M. avaient ainsi lanc&#233; un pont sur le gouffre qui s&#233;parait les masses des bureaucrates, en assurant celles-ci que la victoire &#233;tait d'ores et d&#233;j&#224; acquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi, les Amis de Durruti avaient couru au front, appelant les travailleurs de la C.N.T. &#224; ne pas tenir compte des ordres de d&#233;sertion de la Casa C.N.T. et &#224; continuer la lutte pour le pouvoir ouvrier. Ils avaient chaleureusement accueilli la collaboration du P.O.U.M. Les masses restaient sur les barricades. Le P.O.U.M., qui comptait au moins 30 000 travailleurs en Catalogne, pouvait faire pencher la balance dans n'importe quel sens. Sa direction la poussa vers la capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coup plus terrible encore contre les travailleurs en lutte le Comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. d&#233;non&#231;a &#224; toute la presse y compris la presse stalinienne et bourgeoise &#8211; les Amis de Durruti comme des &#034; agents provocateurs &#034; (en fran&#231;ais dans le texte) ; ce qui, naturellement, fut publi&#233; partout en premi&#232;re page le jeudi matin. La presse du P.O.U.M. ne d&#233;fendit pas les anarchistes de l'aile gauche contre cette calomnie r&#233;pugnante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi fut rempli d'exemples de &#034; victoires &#034; au nom desquelles le P.O.U.M. appela les travailleurs &#224; quitter les barricades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin, on trouva le corps bris&#233; de Camillo Berneri l&#224; o&#249; les gardes du P.S.U.C., qui avaient enlev&#233; cet homme fragile chez lui, la nuit pr&#233;c&#233;dente, l'avaient abandonn&#233;. Berneri, chef spirituel de l'anarchisme italien depuis la mort de Malatesta, chef de la r&#233;volte d'Anc&#244;ne en 1914, &#233;chapp&#233; des griffes de Mussolini, avait combattu les r&#233;formistes (les dirigeants de la C.N.T. compris) dans Guerra di Classe, son journal tr&#232;s influent. Il avait caract&#233;ris&#233; la politique stalinienne en trois mots &#034; cela pue Noske &#034;. Il avait d&#233;fi&#233; Moscou par des mots retentissants : &#034; Ecras&#233;e entre les Prussiens et Versailles, la Commune de Paris avait allum&#233; un incendie qui enflamma le monde. Que le g&#233;n&#233;ral Goded de Moscou s'en souvienne. &#034;Il avait d&#233;clar&#233; aux masses de la C.N.T. : &#034; Le dilemme : guerre ou r&#233;volution n'a plus aucune signification. Le seul dilemme, c'est : la victoire sur Franco, gr&#226;ce &#224; la guerre r&#233;volutionnaire, ou la d&#233;faite. &#034; Son identification des staliniens &#224; Noske &#233;tait terriblement juste. Les staliniens-d&#233;mocrates ont assassin&#233; Camillo Berneri comme Noske, le social-d&#233;mocrate, avait enlev&#233; et assassin&#233; Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honneur &#224; notre camarade Camillo Berneri. Souvenons nous de lui avec l'amour que nous portons &#224; Karl et &#224; Rosa. En &#233;crivant, camarades, je ne peux m'emp&#234;cher de pleurer, de pleurer Camillo Berneri. La liste de nos martyrs est aussi longue que la vie de la classe ouvri&#232;re. Heureux ceux qui tombent en combattant l'ennemi de classe, qui tombent en pleine lutte au milieu de leurs camarades. Il est bien plus terrible de mourir seul du poignard de ceux qui se disent socialistes ou communistes, comme Karl et Rosa, comme nos camarades qui meurent dans les chambres d'ex&#233;cution de l'exil sib&#233;rien. Le supplice de Camillo Berneri fut sp&#233;cial. Il mourut entre les mains de &#034; marxistes-l&#233;ninistes staliniens &#034;, tandis que ses amis les plus proches, Montseny, Garcia Oliver, Peiro, Vasquez, abandonnaient le prol&#233;tariat de Barcelone &#224; ses bourreaux. Le jeudi 6 mai 1937. Gardons ce jour en m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants anarchistes et gouvernementaux &#233;taient all&#233;s &#224; Lerida le mercredi pour arr&#234;ter une force sp&#233;ciale de 500 membres du P.O.U.M. et de la C.N.T. qui se h&#226;taient depuis Hucsca, pourvus d'artillerie l&#233;g&#232;re. Les repr&#233;sentants de Valence et de la Generalidad avaient promis que si les troupes ouvri&#232;res n'avan&#231;aient pas, le gouvernement ne tenterait pas d'envoyer des troupes suppl&#233;mentaires &#224; Barcelone. Les troupes ouvri&#232;res s'&#233;taient arr&#234;t&#233;es, gr&#226;ce &#224; cette promesse et aux exhortations des dirigeants anarchistes. Cependant, le jeudi, on re&#231;ut des appels t&#233;l&#233;phoniques de militants de la C.N.T. des villes qui sont sur la route de Valence &#224; Barcelone : &#034; 5 000 gardes d'assaut sont en route. Devons-nous les arr&#234;ter ? &#034; demand&#232;rent les travailleurs de la C.N.T. Leurs Dirigeants leur ordonn&#232;rent de laisser passer les gardes, ne dirent rien aux troupes ouvri&#232;res qui attendaient &#224; Lerida, et turent la nouvelle de la venue des gardes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi &#224; 3 heures, la Casa C.N.T. ordonna &#224; ses gardes d'&#233;vacuer la Telefonica. Le gouvernement et la C.N.T. avaient pass&#233; un accord : chaque partie devait retirer ses forces arm&#233;es. D&#232;s que les gardes de la C.N.T. furent partis, la police occupa le b&#226;timent tout entier, et fit entrer des partisans du gouvernement pour accomplir le travail technique ex&#233;cut&#233; auparavant par des travailleurs de la C.N.T. La C.N.T. s'en plaignit au gouvernement qui n'avait pas tenu sa promesse. La Generalidad r&#233;pondit : On ne peut pas revenir sur le &#034; fait accompli &#034; (en fran&#231;ais dans le texte). Souchy, le porte-parole de la C.N.T., admit que &#034; si les travailleurs des districts ext&#233;rieurs avaient &#233;t&#233; imm&#233;diatement inform&#233;s du cours des &#233;v&#233;nements, ils auraient certainement insist&#233; pour que des mesures plus fermes soient prises, et seraient retourn&#233;s &#224; l'attaque &#034;. Ainsi, les dirigeants anarchistes ultra-d&#233;mocratiques avaient tout simplement censur&#233; les nouvelles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les ordres de la Casa C.N.T., les employ&#233;s du t&#233;l&#233;phone avaient transmis tous les appels pendant les combats r&#233;volutionnaires ou contre-r&#233;volutionnaires. Alors que, d&#232;s que le gouvernement eut pris la place, les locaux de la C.N.T. et de la F.A.I. furent coup&#233;s du centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues que les travailleurs devaient emprunter pour retourner au travail, la police et les gardes du P.S.U.C. fouillaient les passants, d&#233;chiraient les cartes de la C.N.T. et arr&#234;taient ses militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 4 heures, la gare principale de Barcelone, qui &#233;tait aux mains de la C.N.T. depuis le 19 juillet, fut attaqu&#233;e par le P.S.U.C. et les gardes d'assaut, avec des mitrailleuses et des grenades. Les faibles forces de la C.N.T. qui la gardaient tent&#232;rent de t&#233;l&#233;phoner pour obtenir du renfort... A 4 heures, le g&#233;n&#233;ral Pozas se pr&#233;senta lui-m&#234;me au minist&#232;re de la D&#233;fense de la Catalogne (dont le ministre appartenait &#224; la C.N.T.) et informa poliment les camarades ministres que le poste du minist&#232;re catalan de la D&#233;fense n'existait plus, et que les arm&#233;es catalanes constituaient d&#233;sormais la IVe brigade de l'arm&#233;e espagnole dont Pozas &#233;tait le chef. Le cabinet de Valence avait pris cette d&#233;cision sous l'autorit&#233; de d&#233;crets militaires demandant un commandement unifi&#233;, sign&#233;s par les ministres de la C.N.T. Bien entendu, la C.N.T. remit le contr&#244;le &#224; Pozas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des nouvelles terribles arrivaient de Tarragone. Une imposante force de police &#233;tait arriv&#233;e le mercredi matin et avait occup&#233; le central t&#233;l&#233;phonique. Ce sur quoi, la C.N.T. avait appel&#233; &#224; l'in&#233;vitable conf&#233;rence. Tandis que les n&#233;gociations se d&#233;roulaient, les r&#233;publicains et les staliniens s'armaient. Le jour suivant, ils prirent d'assaut le quartier g&#233;n&#233;ral de la Jeunesse libertaire. L&#224;-dessus, la C.N.T. demanda une nouvelle conf&#233;rence, o&#249; on l'informa que la Generalidad avait envoy&#233; des instructions explicites pour d&#233;truire les organisations anarchistes si elles refusaient de rendre les armes. (Il faut se rappeler que ces instructions provenaient d'un gouvernement qui comptait des ministres anarchistes.) Les repr&#233;sentants de la C.N.T. consentirent &#224; rendre leurs armes, si le gouvernement lib&#233;rait tous ceux qui avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, rempla&#231;ait la police et les gardes du P.S.U.C. par l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, et garantissait l'immunit&#233; pour les membres et les locaux de la C.N.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, le capitaine Barbeta, d&#233;l&#233;gu&#233; du gouvernement, accepta. La C.N.T. d&#233;posa les armes et, pendant la nuit, les gardes d'assaut occup&#232;rent ses locaux et tu&#232;rent nombre d'anarchistes, dont Pedro Rua, l'&#233;crivain uruguayen, venu combattre le fascisme, et qui &#233;tait devenu commandant des milices. La Casa C.N.T. remarqua que c'&#233;tait &#034; renier la parole d'honneur donn&#233;e la soir&#233;e pr&#233;c&#233;dente par les autorit&#233;s &#034;. Pas un mot de tout cela ne fut rapport&#233; aux masses de Barcelone, bien que la Casa C.N.T.-F.A.I. ait &#233;t&#233; tr&#232;s t&#244;t au courant des &#233;v&#233;nements [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi, &#224; 18 heures, la nouvelle parvint &#224; la Casa C.N.T. les premiers d&#233;tachements de Valence,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 500 gardes d'assaut, &#233;taient arriv&#233;s &#224; Tortosa, en route pour Barcelone. La Casa C.N.T. avait dit de ne pas s'y opposer, tout &#233;tait arrang&#233;, etc. Les gardes d'assaut occup&#232;rent tous les locaux de la C.N.T.-F.A.I. et de la Jeunesse libertaire de Tortosa, arr&#234;t&#232;rent tous ceux qu'ils trouv&#232;rent, et en conduisirent certains, menottes aux mains, vers les prisons de Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses ne savaient rien des &#233;v&#233;nements de Tarragone, de, Tortosa, de la Telefonica, de Pozas, de l'arriv&#233;e des gardes de Valence. Mais les attaques de travailleurs dans les rues, &#224; la gare, le renouveau des combats sur les barricades, y rappel&#232;rent beaucoup de ceux qui les avaient quitt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre aux &#233;v&#233;nements catastrophiques du jeudi, la Casa C.N.T. &#034; envoya une nouvelle d&#233;l&#233;gation au gouvernement pour savoir ce que celui-ci avait l'intention de faire (Souchy), mais sans attendre de le savoir, elle publia un nouveau manifeste d'apaisement : tandis que les barricades retentissaient toujours, la Casa C.N.T. d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Maintenant que nous sommes revenus &#224; la normale, que les responsables de la r&#233;volte ont &#233;t&#233; d&#233;mis de leurs responsabilit&#233;s publiques, que tous les ouvriers ont repris le travail, et que Barcelone est &#224; nouveau calme [... ] la C.N.T. et la F.A.I. continuent &#224; collaborer loyalement comme par le pass&#233; avec toutes les organisations politiques et syndicales du front antifasciste. La meilleure preuve en est que la C.N.T. continue &#224; participer au gouvernement central, au gouvernement de la Generalidad et &#224; toutes les municipalit&#233;s. La presse de la C.N.T. a appel&#233; au calme et a appel&#233; la population &#224; retourner au travail. Les nouvelles transmises par radio aux syndicats et aux comit&#233;s de d&#233;fense n'&#233;taient que des appels au calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une preuve suppl&#233;mentaire que la C.N.T. ne voulait pas briser et n'a pas bris&#233; le front antifasciste, c'est que lorsque le nouveau gouvernement de la Generalidad a &#233;t&#233; form&#233;, le 5 mai, les repr&#233;sentants de la C.N.T. de Catalogne ont tout fait pour que sa t&#226;che lui soit facilit&#233;e, et que le secr&#233;taire de la C.N.T. en fasse partie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de la C.N.T. qui contr&#244;laient le conseil de D&#233;fense (minist&#232;re) de la Generalidad ordonn&#232;rent &#224; toutes leurs forces de n'intervenir dans le conflit ni d'un c&#244;t&#233; ni de l'autre. Et ils veill&#232;rent &#224; ce que leurs ordres soient ex&#233;cut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de D&#233;fense de la C.N.T. ordonna &#233;galement &#224; chaque district de Barcelone de ne pas venir au centre r&#233;pondre aux provocations. Ces ordres aussi furent suivis, puisque, effectivement, personne n'y vint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Jusqu'&#224; la fin, nombreux furent ces pi&#232;ges tendus &#224; la C.N.T., mais elle resta fermement sur ses positions et ne r&#233;pondit pas &#224; la provocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Jeudi soir : les gardes d'assaut et du P.S.U.C. continuent leurs raids, leurs arrestations, leurs fusillades. Et [...] la Casa C.N.T.-F.A.I. envoie une nouvelle d&#233;l&#233;gation au gouvernement avec de nouvelles propositions pour cesser les hostilit&#233;s : tous les groupes doivent se contraindre &#224; retirer leurs gardes arm&#233;s et leurs patrouilles des barricades ; rel&#226;cher tous les prisonniers ; &#233;viter les repr&#233;sailles. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des nouvelles arriv&#232;rent de Tarragone et Reus, &#034; o&#249; les membres du P.S.U.C. et d'Estat Catala, profitant (!) de la pr&#233;sence de quelques gardes d'assaut qui passaient en allant vers Barcelone, utilis&#232;rent leur avantage passager fourni par cette occasion pour d&#233;sarmer et tuer les ouvriers &#034; (Souchy).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; La C.N.T. tenta d'obtenir du gouvernement de Barcelone et de Valence la promesse que les gardes d'assaut n'entrent pas imm&#233;diatement (!) dans la ville, mais restent hors de ses limites jusqu'&#224; ce que la situation se soit &#233;claircie... Il y eut quelques sceptiques quant &#224; l'assurance que les troupes qui arrivaient seraient loyales envers les travailleurs. &#034; Mais ce scepticisme (quand surgit-il ?) n'avait pas &#233;t&#233; partag&#233; par les ministres de la C.N.T. des cabinets de Catalogne et de Valence qui avaient vot&#233; pour que le gouvernement central reprenne le contr&#244;le de l'ordre public en Catalogne. Le minist&#232;re de l'Ordre public de Catalogne avait cess&#233; d'exister depuis le 5 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 6 au 7 mai : &#034; Les anarchistes ont propos&#233; maintes et maintes fois de n&#233;gocier, impatients de terminer le conflit. &#034; Naturellement, le gouvernement &#233;tait toujours pr&#234;t &#224; n&#233;gocier, pendant que ses forces brisaient les reins de la classe ouvri&#232;re sous le couvert de la Casa C.N.T. Les travailleurs proches des anarchistes s'&#233;taient rassembl&#233;s pour d&#233;fendre Tortosa et Tarragone. A 4 heures, le Comit&#233; provincial &#8211; la direction de la C.N.T. catalane hors de Barcelone &#8211; informa la Casa C.N.T.-F.A.I. qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; retenir les gardes de Valence. Non, il ne faut pas, r&#233;pondit la Casa C.N.T. A 5 h 15, le gouvernement et la Casa C.N.T. pass&#232;rent un autre accord . armistice, &#233;vacuation des barricades, lib&#233;ration des prisonniers de part et d'autre, reprise de leurs fonctions par les patrouilles ouvri&#232;res. Le comit&#233; r&#233;gional transmit &#224; nouveau par radio aux travailleurs : &#034; Comme nous sommes parvenus &#224; un accord [... ] nous voulons vous informer [... ] du r&#233;tablissement complet de la paix et du calme Gardez ce calme et voire pr&#233;sence d'esprit. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi : Selon les ordres de la Casa C.N.T.-F.A.I., quelques travailleurs commenc&#232;rent &#224; d&#233;molir les barricades. Mais celles des gardes d'assaut, de l'Estat Catala et du P.S.U.C. restaient intactes. Les gardes d'assaut d&#233;sarm&#232;rent syst&#233;matiquement les travailleurs. Voyant que les forces gouvernementales continuaient l'offensive, les travailleurs retourn&#232;rent sur les barricades, contre la volont&#233; de la C.N.T. comme du P.O.U.M. Mais la d&#233;sillusion et le d&#233;couragement gagnaient : beaucoup de travailleurs anarchistes avaient fait confiance jusqu'au bout &#224; la C.N.T.-F.A.I., d'autres l'ayant perdue, s'&#233;taient retourn&#233;s vers la direction des travailleurs du P.O.U.M. jusqu'&#224; ce qu'on leur ordonne de quitter les barricades. Les Amis de Durruti et les bolcheviks-l&#233;ninistes furent capables de ramener les travailleurs sur les barricades les nuits de jeudi et de vendredi, mais ils n'&#233;taient pas assez forts, pas assez implant&#233;s dans les masses pour les organiser pour une lutte de longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du vendredi, les gardes de Valence arriv&#232;rent. Ils s'empar&#232;rent imm&#233;diatement de la presse et de la direction des Amis de Durruti. Des groupes de gardes patrouillaient dans les rues pour intimider les travailleurs. &#034; Le gouvernement de la Generalidad a r&#233;prim&#233; l'insurrection avec ses propres forces &#034;, d&#233;clara Companys. Voyons, s'&#233;cri&#232;rent les dirigeants de la C.N.T., vous savez que &#231;a n'&#233;tait pas une insurrection, vous l'avez dit. &#034; Nous devons d&#233;raciner les incontr&#244;lables &#034;, r&#233;pondit Companys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La promesse de lib&#233;rer les prisonniers ne fut pas tenue. Au contraire, les arrestations de masse commenc&#232;rent. On avait &#233;galement promis qu'il n'y aurait pas de repr&#233;sailles ; mais les semaines suivantes, il y en eut de brutales contre les villes et les quartiers qui avaient os&#233; r&#233;sister. Le gouvernement, naturellement, garda le contr&#244;le de la Telefonica &#8211; ce pour quoi il s'&#233;tait lanc&#233; dans la lutte. Valence d&#233;tenait maintenant le contr&#244;le de la police, qui allait vite revenir aux staliniens. Valence s'&#233;tait appropri&#233; le minist&#232;re de la D&#233;fense et l'arm&#233;e de Catalogne, qui allaient rapidement tomber sous le contr&#244;le de Prieto. Les patrouilles ouvri&#232;res seraient dissoutes sans retard, avec l'application du d&#233;cret de Ayguade sur l'ordre public. L'autonomie catalane avait cess&#233; d'exister avec l'arriv&#233;e des forces arm&#233;es de Valence. Ayguade, &#034; d&#233;missionn&#233; &#034; d'apr&#232;s la C.N.T., allait dans une semaine si&#233;ger &#224; Valence en tant que repr&#233;sentant de la Generalidad au gouvernement central... auquel la C.N.T. participait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'entr&#233;e des gardes d'assaut &#224; Barcelone, la Batalla se plaignit : &#034; C'est une provocation. Ils tentent de changer notre victoire en d&#233;faite par une d&#233;monstration de force. &#034; Et de pleurnicher : &#034; C'est le P.O.U.M. qui a conseill&#233; d'arr&#234;ter la lutte, d'abandonner les rues, de retourner au travail. Nul ne peut douter qu'il lut de ceux qui contribu&#232;rent le plus au retour &#224; la normale. &#034; La pusillanimit&#233; de l'agneau poumiste ne l'avait donc pas sauv&#233; de la gueule du loup. Pauvres politiciens en v&#233;rit&#233;, qui ne savent pas distinguer la victoire de la d&#233;faite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi, un membre de l'ex&#233;cutif central du P.O.U.M. avait dit &#224; Charles Orr &#034; nous ne nous sentons pas assez forts spirituellement ou physiquement pour prendre la t&#234;te de l'organisation des masses pour la r&#233;sistance &#034;. Ainsi... ils avaient th&#233;oris&#233; leur impuissance en &#034; victoire &#034;, pour justifier l'arr&#234;t de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que le P.O.U.M. se soit mis en avant et, en d&#233;pit de la C.N.T., ait essay&#233; de diriger les travailleurs au moins vers un r&#233;el armistice, c'est-&#224;-dire, ait maintenu les travailleurs en armes et les entreprises pr&#234;tes &#224; r&#233;sister &#224; une offensive ult&#233;rieure. Supposons m&#234;me que cela ait &#233;chou&#233;, et que le P.O.U.M. et les travailleurs aient &#233;t&#233; battus par la pure force des armes. &#034; Dans le pire des cas, fit remarquer l'opposition au sein du P.O.U.M., on aurait pu organiser un comit&#233; central de d&#233;fense, fond&#233; sur la repr&#233;sentation des barricades. Pour cela, il aurait suffi de tenir d'abord un meeting des d&#233;l&#233;gu&#233;s de chacune des barricades du P.O.U.M. et de quelques barricades de la C.N.T., et de nommer un comit&#233; central provisoire. C'est ce &#224; quoi travaillait le comit&#233; local du P.O.U.M., le mardi apr&#232;s-midi. Mais il ne rencontra aucune volont&#233; d'ex&#233;cution de la part de la direction centrale. &#034; A tout le moins, un tel organe central directement enracin&#233; dans les masses aurait pu organiser la r&#233;sistance aux raids, aux arrestations, &#224; l'interdiction de la presse, &#224; la mise hors la loi des Amis de Durruti et du P.O.U.M. qui suivirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que l'organisation de la r&#233;sistance n'aurait pas fait plus de victimes que la capitula-&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tion : 500 morts et 1 500 bless&#233;s, surtout le mardi apr&#232;s midi, lorsque la C.N.T. commen&#231;a &#224; se retirer ; des centaines d'autres morts ou bless&#233;s dans les &#034; rafles &#034; des semaines suivantes ; &#034; l'&#233;puration &#034; des troupes du P.O.U.M. ou anarchistes envoy&#233;es les semaines suivantes sur la ligne de feu sans protection de l'aviation ou de l'artillerie ; l'assassinat de Nin et Mena, et d'autres dirigeants du P.O.U.M., des milliers et des dizaines de milliers de prisonniers dans la p&#233;riode qui suivit. La capitulation fit au moins autant de victimes que n'en auraient fait la lutte et la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition du P.O.U.M. &#8211; et elle n'&#233;tait pas trotskyste n'avait que trop raison lorsqu'elle d&#233;clarait dans son bulletin du 29 mai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette retraite, ordonn&#233;e sans conditions, sans avoir obtenu le contr&#244;le de l'ordre public, sans la garantie des patrouilles ouvri&#232;res, sans organes concrets du front uni des travailleurs, sans explications satisfaisantes &#224; la classe ouvri&#232;re, mettant tous les &#233;l&#233;ments en lutte (r&#233;volutionnaires ou contre-r&#233;volutionnaires) dans le m&#234;me sac, constitue l'une des plus grandes capitulation et trahison du mouvement ouvrier.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de fer de la politique est inexorable. Un cours erron&#233; entra&#238;ne ses partisans dans des gouffres insoup&#231;onnables. La direction anarchiste, d&#233;termin&#233;e &#224; poursuivre sa politique de collaboration avec l'Etat bourgeois &#8211; il semble pourtant que ces hommes d&#233;fiaient hier encore la monarchie au risque de leur vie &#8211; sacrifiait la vie et l'avenir de ses partisans de la mani&#232;re la plus l&#226;che. S'agrippant aux basques de la C.N.T., les dirigeants du P.O.U.M. chassaient les travailleurs des barricades en plein combat. Moins que tout autre, ils se seraient cru capables de tomber aussi bas une ann&#233;e auparavant. Des dirigeants qui ont trahi les travailleurs de telle fa&#231;on sont irr&#233;vocablement perdus pour le mouvement r&#233;volutionnaire. Ils ne peuvent pas revenir en arri&#232;re, admettre leur terrible complicit&#233;. Ils sont &#233;galement pitoyables, car, au lendemain de leur trahison, la bourgeoisie renforc&#233;e se dispensera de leurs services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons aux partisans du P.O.U.M. un autre point sur lequel leur comparaison avec P&#233;tersbourg en juillet, 1917 ne tient pas. L'&#233;chec de la &#034; manifestation arm&#233;e &#034; fut suivi d'une chasse sauvage aux bolcheviks. Trotsky fut emprisonn&#233;, L&#233;nine et Zinoniev durent se cacher, les journaux bolcheviques furent interdits. On cria &#034; les bolcheviks sont des agents de l'Allemagne &#034;. Toutefois, en quatre mois, les bolcheviks en arriv&#232;rent &#224; la r&#233;volution d'Octobre. J'&#233;cris six mois apr&#232;s les journ&#233;es de mai, et le P.O.U.M. est toujours &#233;cras&#233;, mort. L'analogie ne tient pas sur ce point parce que telle est la diff&#233;rence : les bolcheviks s'&#233;taient mis courageusement &#224; la t&#234;te du mouvement de Juillet, et ils &#233;taient devenus de ce fait la chair et le sang des masses, tandis que le P.O.U.M. leur tourna le dos, et, en retour, elles ne virent pas l'urgence de le sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La question &#233;pineuse de la justification de la reprise par les arm&#233;es de la Telefonica fut &#034; r&#233;solue &#034; dans la presse stalinienne par quatre explications diff&#233;rentes, au moins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 &#8211; &#034; Salas envoya la police r&#233;publicaine arm&#233;e pour y d&#233;sarmer les employ&#233;s, dont la plupart &#233;taient membres des syndicats de la C.N.T. Pendant tr&#232;s longtemps, le service t&#233;l&#233;phonique avait &#233;t&#233; dirig&#233; d'une mani&#232;re qui appelait les critiques les plus graves, et il &#233;tait imp&#233;ratif pour toute la conduite de la guerre que l'on rem&#233;die aux d&#233;fauts du service. &#034; (Le Daily Worker de Londres, 11 mai.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &#8211; La police &#034; occupa le central t&#233;l&#233;phonique. Ce faisant, la police n'entendait en aucune mani&#232;re porter atteinte aux droits des travailleurs garantis par la loi (comme l'ont pr&#233;tendu par la suite les provocateurs trotskystes). Ce que la police voulait, c'&#233;tait mettre toutes les connections t&#233;l&#233;phoniques sous le contr&#244;le imm&#233;diat du gouvernement. &#034; (Imprecorr, 22 mai.) Toutefois, ce qui &#233;tait &#034; garanti par la loi &#034;, c'&#233;tait le contr&#244;le ouvrier, sanctionn&#233; par le d&#233;cret de collectivisation du 24 octobre 1936 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &#8211; Une semaine plus tard, ce fut une nouvelle histoire , &#034; Le camarade Salas se rendit &#224; la Telefonica qui avait &#233;t&#233; occup&#233;e la nuit pr&#233;c&#233;dente par cinquante membres du P.O.U.M. et plusieurs &#233;l&#233;ments incontr&#244;lables. Les gardes p&#233;n&#233;tr&#232;rent par la force dans l'immeuble et chass&#232;rent ses occupants. L'affaire fut rapidement r&#233;gl&#233;e. Surpris par la rapidit&#233; de mouvement du gouvernement, les cinquante individus quitt&#232;rent le b&#226;timent et le central t&#233;l&#233;phonique fut &#224; nouveau ( ! )) aux mains du gouveriieinent. &#034; (Inprecorr, 29 mai.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &#8211; La version finale fut publi&#233;e par la section catalane du Komintern comme l'histoire rapport&#233;e par Salas : &#034; Tout d'abord, il n'y eut pas d'occupation de la Telefonica, pas plus qu'il ne fut question de l'occuper. Je re&#231;us un ordre sign&#233; de Ayguade, ministre de l'Ordre public, selon lequel un d&#233;l&#233;gu&#233; du gouvernement devait y &#234;tre install&#233;, et j'avais la responsabilit&#233; de veiller &#224; ce qu'il le soit. Dans ce but, nous p&#233;n&#233;tr&#226;mes dans le central t&#233;l&#233;phonique, le capitaine Menendez et moi, avec une escorte personnelle de quatre hommes. J'expliquai mon affaire et j'&#233;mis le souhait de parler avec un membre responsable du comit&#233;. On nous dit qu'il n'y en avait pas dans l'immeuble. Nous attend&#238;mes toutefois en bas de l'escalier pendant qu'ils allaient voir. Deux minutes plus tard, quelques individus commenc&#232;rent &#224; nous tirer dessus du haut des escaliers. Aucun de nous ne fut touch&#233;. Je t&#233;l&#233;phonai imm&#233;diatement aux gardes de venir, non pour occuper l'immeuble dans lequel nous &#233;tions d&#233;j&#224;, mais pour l'entourer d'un cordon et emp&#234;cher quiconque d'entrer [...] Eroles [fonctionnaire anarchiste de la police] et moi sommes mont&#233;s au sommet de l'immeuble, o&#249; ils &#233;taient install&#233;s avec une mitrailleuse, des grenades &#224; main et des fusils. Nous sommes mont&#233;s ensemble sans escorte et sans arme. Au sommet, j'ai expliqu&#233; le but de ma visite. Ils sont descendus. Le d&#233;l&#233;gu&#233; fut install&#233; selon les ordres. Les forces ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es. Il n'y eut ni heurts ni arrestations. &#034; Le t&#233;moignage de la C.N.T. stigmatise cette histoire comme un mensonge. Salas commen&#231;a par d&#233;sarmer les gardes et contraindre les travailleurs du t&#233;l&#233;phone &#224; lever les mains. Les gardes des &#233;tages sup&#233;rieurs ne sortirent que le jour suivant, apr&#232;s un accord selon lequel les deux parties devaient &#233;vacuer les lieux &#8211; accord promptement viol&#233; par le gouvernement. Les quatre versions staliniennes diff&#233;rentes attestent la difficult&#233; de camoufler la simple v&#233;rit&#233; ; ils voulaient la fin du contr&#244;le ouvrier sur la Telefonica et ils l'ont obtenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] M&#234;me le dirigeant de l ' I.L.P., Fermer Brockway, toujours &#224;la droite du P.O.U.M., conc&#232;de dans ce cas que &#034; pendant deux jours les travailleurs domin&#232;rent la situation. Une action audacieuse et unie des dirigeants de la C.N.T. aurait renvers&#233; le gouvernement &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Partisans fran&#231;ais de Marceau Pivert, dirigeant du Parti socialiste ouvrier et paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L&#233;on Trotsky, la R&#233;volution espagnole (1930-1940), les Editions de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Un dirigeant anarchiste bien connu m'a dit &#034; Vous, trotskystes, vous &#234;tes des utopistes encore pires que nous ne l'avons jamais &#233;t&#233;. Le Maroc est aux mains de Franco, dirig&#233; d'une main de fer. Notre d&#233;claration d'ind&#233;pendance du Maroc serait sans effet. &#034; Je lui ai rappel&#233; que la d&#233;claration d'&#233;mancipation des esclaves de Lincoln avait &#233;t&#233; publi&#233;e alors que la Conf&#233;d&#233;ration tenait toujours le Sud. Les marxistes au moins devraient savoir que Marx et Engels donn&#232;rent &#224; cet acte politique un poids &#233;norme dans la d&#233;faite du Sud. Un autre anarchiste disait : &#034; Nos paysans ont d&#233;j&#224; pris beaucoup de terres, et cependant cela n'a eu aucun impact sur les paysans domin&#233;s par Franco. &#034; A force de questions, il admit toutefois que les paysans craignaient que le gouvernement ne tente de reprendre la terre apr&#232;s la guerre. En Russie aussi, les paysans s'empar&#232;rent de beaucoup de terres en novembre 1917. Toutefois, ils la cultiv&#232;rent maussadement et craintivement. Le d&#233;cret sovi&#233;tique de nationalisation des terres eut un effet psychologique sur les paysans, et en fit dans leur grande maiorit&#233; des partisans du r&#233;gime sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Discours de Paris, l'Espagne et le monde (anarchiste), 2 juillet 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Fermer Brockway, secr&#233;taire de l'I.L.P. (Parti ind&#233;pendant du travail), la V&#233;rit&#233; sur Barcelone, Londres 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La politique militaire du gouvernement est analys&#233;e en d&#233;tail dans les chapitres XV et XVI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Pour les t&#233;moignages critiques des &#233;v&#233;nements des jours suivants, je suis redevable &#224; deux camarades am&#233;ricains, Lois et Charles Orr (ce dernier &#233;tait l'&#233;diteur de Spanish Revolution, journal du P.O.U.M. de langue anglaise), et au rapport long et document&#233; des bolcheviks-l&#233;ninistes espagnols paru dans la Lutte ouvri&#232;re du 10 juin 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le bulletin du P.O.U.M. en langue anglaise (cf. note 29) du 19 mai 1937 dit &#034; Pris dans les r&#234;nes du gouvernement, [la C.N.T.] tenta de m&#233;nager les deux c&#244;t&#233;s par une &#034; union &#034; des opposants [...] L'attitude de la C.N.T. ne manqua pas de provoquer des r&#233;sistances et des protestations. Le groupe des Amis de Durruti fit &#233;merger la volont&#233; des masses de la C.N.T., mais il ne fut pas capable d'en prendre la direction [ ] Les travailleurs, profond&#233;ment &#233;prouv&#233;s par la capitulation de leur f&#233;d&#233;ration syndicale, regardent ailleurs pour trouver une nouvelle direction. Le P.O.U.M. devrait la leur fournir. &#034;Ces lignes radicales n'&#233;taient destin&#233;es qu'&#224; l'exportation. Rien de tel ne parut dans la presse r&#233;guli&#232;re du P.O.U.M. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale Spanish Revolution a donn&#233; aux lecteurs anglais qui ne pouvaient pas suivre sa presse espagnole une image d&#233;form&#233;e de la conduite du P.O.U.M. : ce fut sa &#034; face gauche &#034;. Ceci dit sans aucune volont&#233; de mettre en doute l'int&#233;grit&#233; r&#233;volutionnaire du camarade Charles Orr, son &#233;diteur, qui ne peut gu&#232;re &#234;tre tenu pour responsable de la disparit&#233; existant entre le bulletin anglais et la volumineuse presse du P.O.U.M. en espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ils ne rapport&#232;rent l'&#233;v&#233;nement que dans Solidaridad obrera des 15 et 16 mai.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France</title>
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		<dc:date>2026-05-18T22:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons d'abord la perspective que d&#233;veloppait Trotsky pour la France de 1934-1938 : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
La question est pos&#233;e directement &#224; Trotsky par C.L.R. James lors de discussions en avril 1939... &lt;br class='autobr' /&gt;
James. &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi le mouvement trotskyste n'est pas parvenu &#224; intervenir dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1936 en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord la perspective que d&#233;veloppait Trotsky pour la France de 1934-1938 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est pos&#233;e directement &#224; Trotsky par C.L.R. James lors de discussions en avril 1939...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des ouvriers fran&#231;ais et, parall&#232;lement, de l'incontestable d&#233;clin de notre propre mouvement en France durant la m&#234;me p&#233;riode. &#192; la conf&#233;rence de fondation, on a consacr&#233; six s&#233;ances &#224; la question fran&#231;aise et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la r&#233;solution qu'on allait pr&#233;senter. Cela donne une id&#233;e des difficult&#233;s. Cannon et Shachtman pensaient qu'il s'agissait exclusivement d'un probl&#232;me de direction et d'organisation. Blasco pensait que les camarades fran&#231;ais &#233;taient capables d'analyser la situation politique, mais incapable d'intervenir activement dans la lutte des masses. Mon opinion personnelle est qu'un tel &#233;tat de choses r&#233;sulte de la composition sociale du groupe, de sa concentration &#224; Paris et de l'int&#233;r&#234;t pr&#233;dominant qu'il porte aux questions purement politiques au d&#233;triment des probl&#232;mes des usines, encore que j'aie pu remarquer au milieu de 1937 un grand changement de ce point de vue. Je crois cependant qu'il s'agit d'une question qui demande une r&#233;flexion et une analyse s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2. La question de l'Espagne. Je crois qu'il n'est pas trop tard pour commencer, &#224; partir de toutes les sources disponibles, une enqu&#234;te sur l'activit&#233; organisationnelle de nos camarades en Espagne &#224; partir de 1936. D'apr&#232;s tout ce que j'ai entendu dire, 500 camarades bien organis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du P.O.U.M. auraient &#233;t&#233; capables d'essayer de prendre le pouvoir en mai 1937 . Je crois que nous avons beaucoup &#224; apprendre des m&#233;thodes de travail appliqu&#233;es par nos camarades, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du P.O.U.M . Et comme, de m&#234;me qu'en France et peut&#8209;&#234;tre en Hollande, et en Grande&#8209;Bretagne o&#249; il y a entre nous et la social&#173;-d&#233;mocratie des partis centristes dans lesquels il est vraisemblable que nous ayons &#224; travailler comme nos camarades ont d&#251; le faire dans le P.O.U.M., pour toutes ces raisons, je crois qu'il est tr&#232;s important de travailler &#224; partir de l'exp&#233;rience r&#233;elle de nos camarades en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La section britannique. Vous &#234;tes tous au courant de l'histoire de cette section : la scission de 1936 et la formation de deux groupes, l'un enracin&#233; dans le Labour Party et l'autre &#224; l'ext&#233;rieur .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le camarade Cannon est arriv&#233;, &#224; l'&#233;t&#233; 1938, la Revolutionary Socialist League a r&#233;sult&#233; d'une fusion entre l'ancienne Marxist League, qui avait fait scission avec Groves et le Marxist Group , et &#233;tait en contact avec une vingtaine de camarades admirables d'Edinburgh . Le pacte d'unit&#233; et de paix stipulait que chaque groupe devait continuer son activit&#233; propre et qu'au bout de six mois, on tirerait un bilan. Aux derni&#232;res nouvelles, les frictions ont continu&#233; et c'est maintenant le groupe &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party qui domine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi un autre groupe &#8209; celui de Lee - &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, qui a refus&#233; de rien avoir &#224; faire avec la fusion, disant qu'elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le groupe Lee est tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit au camarade Cannon qu'en fin de compte j'&#233;tais arriv&#233; &#224; la conclusion a) que je n'avais aucune objection &#224; ce que m&#234;me la majorit&#233; des camarades du groupe fusionn&#233; soient dans le Labour Party, b) mais que le groupe ind&#233;pendant, avec son journal, devait continuer. En derni&#232;re analyse, la fraction dans le Labour Party ne gagnerait pas beaucoup d'adh&#233;rents dans les circonstances actuelles et notre ind&#233;pendance de groupe, avec un journal &#233;tait absolument n&#233;cessaire. Wicks, Sara, Sumner et autres, de l'ancienne Marxist League, qui ont travaill&#233; pendant quatre ans dans le Labour Party et s'y trouvaient encore, &#233;taient tout &#224; fait d'accord avec nous sur la n&#233;cessit&#233; d'une organisation ind&#233;pendante. Les camarades du Labour Party voulaient un organe comme New International. Nous avons dit non ; nous voulions un journal comme l'ancien Militant mi- th&#233;orique et mi- d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il n'y a pas eu lieu de discuter plus avant la question britannique dans la mesure o&#249; on a eu le temps de l'&#233;tudier de loin. Il est clair que ni des conseils ni une politique ne peuvent faire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de l'Independent Labour Party est pourtant importante pour nous. Organisationnellement, il est faible, mais il a quatre d&#233;put&#233;s, un journal qui se vend entre 25 000 et 30 000 exemplaires par semaine, ses congr&#232;s et ses d&#233;clarations sont l'objet de publicit&#233; dans la presse bourgeoise ; il a suffisamment de soutien financier pour pr&#233;senter quinze candidats aux &#233;lections dont la majorit&#233; ont perdu le d&#233;p&#244;t de 750 livres par candidat. En g&#233;n&#233;ral, il dit plut&#244;t le m&#234;me genre de choses que nous et recueille tout le soutien moral et financier qui nous revient, par exemple aux &#201;tats-Unis o&#249; il n'y a rien, entre la social-d&#233;mocratie et nous, du type de ce parti. En outre, l'I.L.P. a pass&#233; son temps &#224; s'ouvrir puis se fermer, mais nous avons &#233;t&#233; incapables d'exploiter les scissions r&#233;p&#233;t&#233;es et le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral de sa gauche. Si nous pouvions scissionner l'I.L.P. et, ainsi que Maxton a, de sa propre initiative, menac&#233; de le faire, entra&#238;ner les Ecossais et laisser le champ libre en Angleterre, nous ne pourrions certes pas cr&#233;er tout de suite un grand parti dirigeant, mais nous ferions un progr&#232;s extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la r&#233;solution de 1936 sur les partis centristes, qui affirmait que l'l.L.P. allait bient&#244;t tomber dans le stalinisme, &#233;tait une erreur qui a d&#233;sorient&#233; la section anglaise. Maintenant, il semblerait que nos progr&#232;s futurs en Grande&#8209;Bretagne dans la direction de l'l.L.P. vont d&#233;pendre largement des succ&#232;s de notre section fran&#231;aise (et de sa capacit&#233;) &#224; attirer &#224; elle les meilleurs &#233;l&#233;ments du P.S.O.P.. Je propose cependant que notre section britannique ne n&#233;glige nullement l'I.L.P. et que, par des brochures, dans sa presse par des articles, elle concentre son offensive sur ses points faibles et ses divergences internes et s'emploie de son mieux &#224; aggraver les scissions qui se dessinent constamment en son sein afin de faciliter sa destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin la question des camarades qui vont dans les usines, comme on l'a d&#233;j&#224; fait dans une ou deux r&#233;gions d'Am&#233;rique du Nord, o&#249; les intellectuels, d&#233;termin&#233;s &#224; entrer en contact avec les masses, sont entr&#233;s dans l'industrie de l'alimentation et dans d'autres, partout o&#249; cela a &#233;t&#233; possible et, en certains endroits, avec un grand succ&#232;s. Il me semble qu'en France et, tr&#232;s certainement en Grande&#8209;Bretagne, cela constitue un moyen &#224; tenter pour renforcer ce contact avec les masses qui est l'un des plus gros points faibles de notre parti dans les grandes villes comme Londres, Paris, et dans une certaine mesure, New York, tandis que le parti belge, bas&#233; en province sur une r&#233;gion industrielle est extr&#234;mement bien organis&#233; et, en d&#233;pit de certaines faiblesses politiques au cours de la derni&#232;re p&#233;riode, d&#233;montre que, dans toute mont&#233;e comme celle qui s'est produite en France, il jouerait vraisemblablement un r&#244;le plus important et r&#233;aliserait au moins des progr&#232;s infiniment plus substantiels que ne l'a fait notre section fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky &#8209; Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos id&#233;es, qui ne sont pas aussi d&#233;nu&#233;es de sens que le croient certains de nos amis. Nous ne progressons pas politiquement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fait est l'expression du recul g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier dans les quinze derni&#232;res ann&#233;es. Quand le mouvement r&#233;volutionnaire d&#233;cline de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, quand une d&#233;faite suit une autre d&#233;faite, quand le fascisme s'&#233;tend sur le monde entier, quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine &#224; duper les travailleurs, il va de soi que les r&#233;volutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique g&#233;n&#233;ral. Et cela, quand bien m&#234;me leurs id&#233;es sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. C'est que les masses ne font pas leur &#233;ducation &#224; travers des pronostics ou des conceptions th&#233;oriques, mais &#224; travers l'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale de leur vie. C'est l&#224; l'explication globale : l'ensemble de la situation est contre nous. Il faut que se produise un tournant dans la prise de conscience de classes, dans les r&#233;actions et les sentiments des masses, un tournant qui nous donnera la possibilit&#233; de remporter un grand succ&#232;s politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens des discussions en 1927 &#224; Moscou apr&#232;s l'&#233;crasement des ouvriers chinois par Tchiang Ka&#239;&#8209;chek. Nous l'avions pr&#233;dit dix jours auparavant et Staline nous avait r&#233;pondu par des affirmations de ce genre : &#171; Borodine est vigilant &#187;, &#171; Tchiang Ka&#239;&#8209;chek ne peut mat&#233;riellement nous trahir &#187;, etc. Huit ou dix jours plus tard, c'&#233;tait la trag&#233;die et nos camarades exprim&#232;rent leur confiance : notre analyse &#233;tait si manifestement correcte que tout le monde s'en apercevait et que nous &#233;tions s&#251;rs d'entra&#238;ner le parti. Je r&#233;pondis que l'&#233;tranglement de la r&#233;volution chinoise &#233;tait mille fois plus important pour les masses que toutes nos pr&#233;dictions. Nos pr&#233;dictions pouvaient convaincre une poign&#233;e d'intellectuels qui s'int&#233;ressaient &#224; ces probl&#232;mes, mais pas les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire militaire de Tchiang devait in&#233;vitablement provoquer un reflux, une d&#233;moralisation, et ne pouvait en rien favoriser la progression d'une fraction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, nous avons connu une longue suite de d&#233;faites. Nous sommes comme des gens qui tenteraient d'escalader une montagne et qui recevraient toujours et toujours des avalanches de pierre et de neige. Il s'est cr&#233;&#233; dans les masses en Asie et en Europe un sentiment nouveau de d&#233;sespoir. Elles ont entendu quelque chose comme ce que nous disions il y a dix ou quinze ans du parti communiste, et elles sont pessimistes. C'est l&#224; l'&#233;tat d'esprit g&#233;n&#233;ral des masses. C'est la raison la plus g&#233;n&#233;rale. Il ne nous est pas possible de nous situer en dehors du courant historique g&#233;n&#233;ral, hors de la disposition g&#233;n&#233;rale des forces. Le courant est contre nous, c'est clair. Je me souviens de la p&#233;riode entre 1908 et 1913, en Russie. &#192; cette &#233;poque aussi nous &#233;tions en pleine r&#233;action. En 1905 pourtant, nous avions les ouvriers avec nous, mais en 1908, et m&#234;me en 1907, d&#233;j&#224;, commen&#231;a la grande r&#233;action, le grand reflux. Tout le monde inventait des mots d'ordre et des m&#233;thodes nouvelles pour conqu&#233;rir les masses, mais personne n'y arrivait. Tout ce qu'on pouvait faire &#224; cette &#233;poque, c'&#233;tait de former des cadres, mais ils fondaient ensuite litt&#233;ralement. Il se produisit de nombreuses scissions, &#224; droite, &#224; gauche, vers le syndicalisme, ailleurs... L&#233;nine restait &#224; Paris avec un petit groupe, une secte. Il gardait pourtant confiance, car il savait qu'il y aurait bient&#244;t des possibilit&#233;s de redressement... C'est ce qui se produisit en 1913, o&#249; il y eut une vague dont la guerre brisa le d&#233;veloppement. Pendant la guerre, il r&#233;gna d'abord parmi les ouvriers un silence de mort. Les gens qui se r&#233;unirent &#224; Zimmerwald &#233;taient en majorit&#233; des &#233;l&#233;ments tr&#232;s confus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus profond des masses, dans les tranch&#233;es et ailleurs, il existait bien un &#233;tat d'esprit nouveau, mais tellement souterrain, tellement terroris&#233; encore, que nous nous ne pouvions ni l'atteindre ni lui donner une expression. C'est pour cela que le mouvement se sentait si mis&#233;rable, et m&#234;me la majorit&#233; des gens qui s'&#233;taient rencontr&#233;s &#224; Zimmerwald allaient virer &#224; droite pendant le mois suivant. Je ne cherche pas &#224; d&#233;gager leurs responsabilit&#233;s personnelles mais, l&#224; aussi, il faut une explication globale : c'est que le mouvement zimmerwaldien avait &#224; nager contre le courant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre situation &#224; nous est incomparablement plus difficile que celle d'aucune autre organisation, &#224; aucune autre &#233;poque. Nous avons &#224; subir le poids terrible de la trahison de l'Internationale Communiste qui s'&#233;tait dress&#233;e justement contre la trahison de la II&#176; internationale. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la III&#176; Internationale s'est accomplie si rapidement et de fa&#231;on tellement inattendue que c'est la m&#234;me g&#233;n&#233;ration &#224; qui nous avons autrefois annonc&#233; sa formation qui est encore l&#224; pour nous entendre aujourd'hui d&#233;noncer sa trahison. Et ces hommes se souviennent qu'ils ont d&#233;j&#224; une fois entendu tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte aussi de l'importance de la d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie. Car la IV&#176; Internationale, par sa naissance, est li&#233;e &#224; l'Opposition de gauche russe, et les masses, d'ailleurs, nous appellent les &#171; trotskistes &#187;. On nous dit : &#171; Trotsky veut prendre le pouvoir. Mais pourquoi donc l'a-t-il perdu ? &#187; C'est &#233;videmment une question de fond. Nous devons commencer par y r&#233;pondre en expliquant la dialectique de l'histoire, de la lutte de classes : toute r&#233;volution engendre une r&#233;action. Max Eastman a &#233;crit que Trotsky accordait &#224; la doctrine trop d'importance et que, s'il avait eu plus de bon sens, il n'aurait pas perdu le pouvoir. Effectivement, il n'est rien au monde qui soit plus convaincant que le succ&#232;s et rien de plus repoussant, surtout pour les larges masses, qu'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut donc ajouter la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'Internationale communiste, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, la terrible d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie, suivie de son extermination. Ces faits&#8209;l&#224; sont mille fois plus convaincants pour la classe ouvri&#232;re que notre pauvre petit journal, m&#234;me quand il atteint le tirage fantastique des cinq mille exemplaires de notre Socialist Appeal . Nous sommes sur un fr&#234;le esquif au milieu d'un courant terrible. Sur cinq ou six bateaux, l'un coule, et on dit tout de suite que c'est la faute du pilote. Mais la v&#233;ritable raison n'est pas l&#224;. La v&#233;rit&#233;, c'est que le courant &#233;tait trop fort. Voil&#224; l'explication la plus g&#233;n&#233;rale, celle que nous ne devons jamais oublier, si nous ne voulons pas sombrer dans le pessimisme ou le d&#233;couragement, nous qui sommes l'avant&#8209;garde de l'avant&#8209;garde. Car cette ambiance marque tous les groupes qui se rassemblent autour de notre drapeau. Il y a des &#233;l&#233;ments courageux qui n'aiment pas aller dans le sens du courant : c'est leur caract&#232;re. Il y a des gens intelligents qui ont mauvais caract&#232;re, n'ont jamais &#233;t&#233; disciplin&#233;s et ont toujours cherch&#233; une tendance plus radicale ou plus ind&#233;pendante : ils ont trouv&#233; la n&#244;tre. Mais les uns et les autres sont toujours plus ou moins des outsiders, &#224; l'&#233;cart du courant g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier. Leur grande valeur a &#233;videmment son c&#244;t&#233; n&#233;gatif, car celui qui nage contre le courant ne peut pas &#234;tre li&#233; aux masses. Aussi la composition sociale d'un mouvement r&#233;volutionnaire qui commence &#224; se construire n'est&#173; elle pas &#224; pr&#233;dominance ouvri&#232;re. Ce sont les intellectuels qui sont les premiers m&#233;contents des organisations existantes. Par&#173;tout, il y a aussi beaucoup d'&#233;trangers qui, dans leur propre pays, ne se seraient sans doute pas m&#234;l&#233;s aussi facilement au mouve&#173;ment ouvrier. Un Tch&#232;que sera plus facilement membre de la IV&#176; Internationale au Mexique ou aux &#201;tats-Unis qu'en Tch&#233;coslovaquie m&#234;me, et de m&#234;me pour un Fran&#231;ais aux &#201;tats-Unis, car l'atmosph&#232;re nationale exerce une profonde influence sur les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juifs, par exemple, sont souvent &#224; moiti&#233; &#233;trangers, pas tout &#224; fait assimil&#233;s : ils adh&#232;rent volontiers &#224; toute tendance nouvelle, critique, r&#233;volutionnaire ou &#224; moiti&#233; r&#233;volutionnaire, que ce soit en politique, en art ou en litt&#233;rature. Une tendance r&#233;volutionnaire nouvelle, qui va contre le courant g&#233;n&#233;ral dominant de l'histoire &#224; un moment donn&#233;, se cristallise d'abord autour d'hommes qui sont plus ou moins coup&#233;s de la vie nationale, dans quelque pays que ce soit : et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour eux qu'il est le plus difficile de p&#233;n&#233;trer dans les masses. Bien entendu, nous devons critiquer la composition sociale de notre organisation et la modifier, mais nous devons aussi comprendre qu'elle n'est pas tomb&#233;e du ciel, qu'elle est d&#233;termin&#233;e, au contraire, aussi bien par la situation objective que par le caract&#232;re de notre mission historique en cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que nous puissions nous satisfaire d'une telle situation. Pour la France, par exemple, il existe, en outre, une vieille tradition du mouvement ouvrier qui n'est pas sans rapport avec la composition sociale du pays, surtout dans le pass&#233; : d'un c&#244;t&#233; une mentalit&#233; petite&#8209;bourgeoise &#8209; l'individualisme - et de l'autre, un &#233;lan, une extraordinaire capacit&#233; d'improvisation. Si on les compare &#224; l'&#233;poque classique de la II&#176; Internationale, on s'aper&#231;oit que le parti socialiste fran&#231;ais et la social-d&#233;mocratie allemande, avaient au parlement le m&#234;me nombre d'&#233;lus. Mais il n'est m&#234;me pas possible de comparer les organisations. Les Fran&#231;ais &#233;taient tout juste capables de collecter 25 000 francs, et encore au prix des pires difficult&#233;s, tandis que pour les Allemands, trouver un demi&#8209;million ne posait pas de probl&#232;mes. Les Allemands avaient dans leurs syndicats plusieurs millions d'ouvriers, les Fran&#231;ais, eux, quelques millions qui ne payaient pas leurs cotisations. Engels terminait en ces termes une lettre dans laquelle il avait caract&#233;ris&#233; l'organisation fran&#231;aise : &#171; Et comme d'habitude, les cotisations ne rentrent pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre organisation fran&#231;aise souffre de la m&#234;me maladie, le mal fran&#231;ais traditionnel, cette incapacit&#233; d'organisation et, bien entendu, en m&#234;me temps, de l'absence des conditions qui permettraient l'improvisation. En outre, dans la mesure o&#249; la France a connu une mont&#233;e ouvri&#232;re, elle s'est produite en liaison avec le Front populaire. Dans ce contexte, la d&#233;faite du Front populaire a constitu&#233; la preuve que nous avions raison comme, auparavant, l'extermination des ouvriers chinois. Mais une d&#233;faite est une d&#233;faite, et elle se retourne directement contre les tendances r&#233;volutionnaires, au moins jusqu'&#224; ce que se produise une nouvelle mont&#233;e &#224; un niveau sup&#233;rieur. Il nous faut nous pr&#233;parer surtout et attendre un &#233;l&#233;ment nouveau, un facteur nouveau dans la configuration g&#233;n&#233;rale des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en France des camarades comme Naville et d'autres qui sont venus &#224; nous, il y a quinze, seize ans, alors qu'ils &#233;taient encore de tout jeunes gens ; ce sont maintenant des hommes m&#251;rs, et, pendant toute leur vie consciente, ils n'ont re&#231;u que des coups, subi que des d&#233;faites, de terribles d&#233;faites, et ils en ont l'habitude. Ils appr&#233;cient hautement la justesse de leurs conceptions, ils sont capables de bonnes analyses, mais ils n'ont jamais &#233;t&#233; capables de p&#233;n&#233;trer dans les masses, d'y travailler, ils n'ont jamais pu apprendre &#224; le faire. Or il est terriblement n&#233;cessaire de regarder ce qui se passe dans les masses. Mais nous avons en France des camarades qui sont ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais beaucoup moins bien la situation britannique, mais je crois qu'il y a l&#224; aussi des gens comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons&#8209;nous perdu des hommes ? Apr&#232;s ces terribles d&#233;faites mondiales, la mont&#233;e ouvri&#232;re en France s'est r&#233;alis&#233;e &#224; un niveau tr&#232;s bas, tr&#232;s primitif politiquement, sous la direction du Front populaire. Toute la p&#233;riode du Front populaire a &#233;t&#233; une sorte de caricature de notre r&#233;volution de f&#233;vrier. C'est une honte pour la France, qui traversait voici cent cinquante ans, la plus grande r&#233;volution bourgeoise du monde, que ce mouvement ouvrier ait eu &#224; passer par une caricature de la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Vous ne rejetterez donc pas toute la responsabilit&#233; sur le parti communiste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky. &#8209; Il constitue un facteur important dans l'&#233;laboration de la mentalit&#233; des masses, et on peut dire, en effet, que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du parti communiste a &#233;t&#233; un facteur tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, les bolcheviks dominaient compl&#232;tement le mouvement ouvrier. Les statistiques les plus s&#233;rieuses d&#233;montrent qu'&#224; la veille de la guerre les bolcheviks ne repr&#233;sentaient pas moins des trois quarts de l'avant&#8209;garde ouvri&#232;re. Pourtant, avec le d&#233;but de la r&#233;volution de f&#233;vrier, les &#233;l&#233;ments les plus arri&#233;r&#233;s, les paysans, les soldats, et m&#234;me d'anciens ouvriers bolcheviques ont &#233;t&#233; attir&#233;s dans ce courant Front populaire. Le parti bolch&#233;vique fut r&#233;duit &#224; l'isolement et tr&#232;s affaibli. Le courant g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; un bas niveau politique, mais il &#233;tait puissant et il aboutit finalement &#224; la r&#233;volution d'Octobre. Il s'agit d'une question de rythme. En France, venant apr&#232;s toutes ces d&#233;faites, le front populaire a attir&#233; des &#233;l&#233;ments qui avaient des sympathies pour nous sur le plan des id&#233;es, mais qui &#233;taient engag&#233;s dans le mouvement des masses, et nous avons &#233;t&#233; encore plus isol&#233;s qu'auparavant, du moins pendant quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte de tous ces &#233;l&#233;ments. Je peux m&#234;me affirmer que nombre de nos dirigeants &#8209; attention, pas tous !, surtout dans les sections les plus anciennes, se verront rejet&#233;s hors du mouvement de masse r&#233;volutionnaire lors du nouveau tournant et que de nouveaux dirigeants, une direction fra&#238;che, na&#238;tront dans le courant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;g&#233;n&#233;ration de notre groupe a commenc&#233; avec l'entr&#233;e dans le parti socialiste. Cette politique ne fut pas clairement comprise par tous ; elle nous permit pourtant de gagner de nouveaux militants. Malheureusement, ces recrues &#233;taient habitu&#233;es &#224; un milieu large et, apr&#232;s la scission, elles se sont un peu d&#233;courag&#233;es. Au fond, elles n'&#233;taient pas suffisamment tremp&#233;es, elles n'ont pas su s'accrocher et elles ont &#233;t&#233; reprises par le courant du Front populaire. C'est regrettable, mais explicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, ces m&#234;mes raisons ont jou&#233; un r&#244;le identique, en plus ce d&#233;plorable facteur qu'a constitu&#233; le comportement du groupe de Nin. C'est lui qui repr&#233;sentait en Espagne l'Opposition de gauche russe, et, au cours de la premi&#232;re ann&#233;e nous n'avons pas tent&#233; de mobiliser et d'organiser nos forces de fa&#231;on ind&#233;pendante. Nous esp&#233;rions pouvoir gagner Nin a une conception correcte, etc. En public, l'Opposition de gauche le soutenait. Dans une correspondance priv&#233;e, nous avons essay&#233; de le convaincre, de le pousser, mais nous n'avons pas r&#233;ussi. Nous avons perdu du temps. Fallait&#8209;il le faire ? C'est difficile &#224; dire. Si nous avions eu en Espagne un camarade exp&#233;riment&#233;, nous aurions connu une situation bien plus favorable, mais nous n'en avions pas un seul. Nous avons plac&#233; nos espoirs en Nin, et sa politique a consist&#233; en une s&#233;rie de man&#339;uvres personnelles, destin&#233;es &#224; esquiver ses propres responsabilit&#233;s. Il jouait avec la r&#233;volution. Il &#233;tait sinc&#232;re, mais sa mentalit&#233; &#233;tait celle d'un menchevik. C'&#233;tait l&#224; un handicap effroyable, et qu'il &#233;tait difficile de ne surmonter qu'au moyen de formules correctes mais falsifi&#233;es d&#232;s le d&#233;part par ceux&#8209;l&#224; m&#234;me qui nous repr&#233;sentaient dans la premi&#232;re p&#233;riode, les Nin. N'oubliez pas que nous avons perdu la premi&#232;re r&#233;volution, celle de 1905... Avant 1905, nous avions une tradition de grand courage et d'esprit de sacrifice, des forces. Apr&#232;s, nous &#233;tions r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de mis&#233;rable minorit&#233;, de trente &#224; quarante hommes peut&#8209;&#234;tre. Puis il y eut la guerre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Combien le parti bolchevique comptait&#8209;il de militants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky. &#8209; En 1910, dans tout le pays, quelques dizaines. Il y en avait pas mal en Sib&#233;rie. Mais en fait ils n'&#233;taient pas organis&#233;s. Les gens que L&#233;nine pouvait atteindre par lettre ou par un agent n'&#233;taient pas plus de trente ou quarante. Notre tradition, les id&#233;es que nous avions r&#233;pandues parmi l'avant-garde ouvri&#232;re constituaient un extraordinaire capital qui devait &#234;tre utilis&#233;, plus tard, au cours de la r&#233;volution, mais pratiquement, &#224; cette date, nous &#233;tions compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire a ses lois propres, tr&#232;s puissantes, plus puissantes que notre propre conception th&#233;orique de l'histoire ! Aujourd'hui en Europe, c'est la catastrophe, le d&#233;clin, l'exter&#173;mination de tous les pays. Cela p&#232;se lourdement sur les ouvriers. Ils voient d'un c&#244;t&#233; toutes ces combinaisons diplomatiques, ces mouvements d'arm&#233;es, et de l'autre un groupe minuscule avec un petit journal qui donne les explications. Or le probl&#232;me, pour eux, c'est qu'ils vont &#234;tre mobilis&#233;s demain, que leurs enfants peuvent &#234;tre tu&#233;s. Il y a une terrible disproportion entre la t&#226;che et les moyens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la guerre &#233;clate maintenant, et il semble qu'elle doive &#233;clater -, dans le premier mois, nous perdrons les deux tiers des militants que nous avons en France aujourd'hui. Ils seront dispers&#233;s d'abord : jeunes, ils seront mobilis&#233;s ; mais subjective&#173;ment, ils resteront fid&#232;les au mouvement. Quant &#224; ceux qui ne seront ni arr&#234;t&#233;s, ni mobilis&#233;s et qui resteront fid&#232;les, &#8209; peut&#173;-&#234;tre trois ou quatre, je ne peux dire combien au juste &#8209;, ils seront compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s plusieurs mois que critique et d&#233;go&#251;t commenceront &#224; se manifester &#224; une grande &#233;chelle et un peu partout : nos camarades isol&#233;s, un bless&#233; dans un h&#244;pital, un soldat dans une tranch&#233;e, ou une femme dans un village, sentiront que l'atmosph&#232;re a chang&#233;, et prononceront une parole hardie. Et celui&#8209;l&#224; m&#234;me qui &#233;tait un camarade tout &#224; fait inconnu dans une section parisienne deviendra le leader d'un r&#233;giment, d'une division et se sentira un dirigeant r&#233;volution&#173;naire. C'est caract&#233;ristique de notre p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par l&#224; qu'il faille nous r&#233;signer &#224; l'impuissance de notre organisation fran&#231;aise. Je crois sinc&#232;re&#173;ment que, si les camarades am&#233;ricains nous aident, nous pouvons gagner le P.S.O.P. et faire un grand bond en avant. La situation est en train de m&#251;rir et elle insiste pour que nous sachions exploiter cette occasion. Si nos camarades se laissent convaincre qu'il faut virer, la situation changera. Nos camarades am&#233;ricains doivent absolument retourner en Europe, et ne pas se contenter de donner des conseils. Avec le secr&#233;tariat international, il faut d&#233;cider que notre section doit entrer dans le P.S.O.P. Il compte plusieurs milliers de membres. Pour une r&#233;volution, la diff&#233;&#173;rence n'est pas &#233;norme mais pour le travail de pr&#233;paration de l'avant&#8209;garde, elle est consid&#233;rable. Avec des &#233;l&#233;ments neufs, nous pouvons faire un &#233;norme pas en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, aux &#201;tats-Unis, nous avons un autre type de travail, et je crois que nous pouvons &#234;tre tr&#232;s optimistes sans nous faire d'illusions, et sans exag&#233;rer. Aux &#201;tats-Unis, nous avons un cr&#233;dit&#8209;temps sup&#233;rieur. La situation n'est pas imm&#233;diatement aussi pressante, aussi aigu&#235;. C'est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, je suis d'accord avec le camarade Stanley qui &#233;crit que nous pouvons maintenant remporter des succ&#232;s tr&#232;s importants dans les pays coloniaux et semi&#8209;coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons un mouvement tr&#232;s important en Indochine. Je suis absolument d'accord avec le camarade James qu'il nous est possible d'avoir un tr&#232;s important mouvement n&#232;gre, parce que ces gens n'ont pas travers&#233; de la m&#234;me mani&#232;re l'histoire des deux derni&#232;res d&#233;cennies. En tant que masse, ils n'ont rien su de la r&#233;volution russe, ni de la Ill&#176; Internationale. Ils peuvent commencer l'histoire comme si elle en &#233;tait &#224; ses d&#233;buts. Il nous faut absolument du sang frais. C'est pourquoi nous avons plus de succ&#232;s dans la jeunesse. Dans la mesure o&#249; nous avons pu l'aborder, nous avons eu de bons r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes sont tr&#232;s attentifs &#224; un programme r&#233;volutionnaire, clair et honn&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Grande&#8209;Bretagne et l'I.L.P. ? C'est aussi une t&#226;che particuli&#232;re. Je l'ai suivie d'un peu plus pr&#232;s quand j'&#233;tais en Norv&#232;ge. Il me semble que nos camarades qui sont entr&#233;s dans l'I.L.P. ont fait avec lui la m&#234;me exp&#233;rience que nos camarades am&#233;ricains avec le S.P. Mais tous nos camarades ne sont pas entr&#233;s dans l'I.L.P. et, autant que j'aie pu le voir, ils ont men&#233; une politique opportuniste et c'est pourquoi leur exp&#233;rience dans l'I.L.P. n'a pas &#233;t&#233; si bonne. L'I.L.P. est rest&#233; presque comme il &#233;tait avant, alors que le P.S. am&#233;ricain s'est vid&#233;. Je ne sais comment il faut l'aborder maintenant. C'est une organisation de Glasgow. C'est un appareil local, avec de l'influence sur la machine municipale, dont j'ai dire qu'elle &#233;tait tr&#232;s corrompue. C'est un travail &#224; part de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de la base sont un ph&#233;nom&#232;ne familier dans l'I.L.P. Au cours de la pr&#233;paration d'un congr&#232;s, Fenner Brockway devient le patron de la partie qui se rebelle et obtient la majorit&#233;. Maxton annonce alors qu'il va d&#233;missionner. Fenner Brockway s'&#233;crie : &#171; Non, nous abandonnerons notre victoire ? Nous pouvons abandonner nos principes, pas notre Maxton ! &#187;. Je crois que le plus important, c'est de les compromettre &#8209; de les rouler dans la boue &#8209;, les Maxton et les Brockway. Il faut les identifier avec des ennemis de classe. Il faut compromettre l'I.L.P. par des attaques f&#233;roces, impitoyables, contre Maxton. Il est le bouc &#233;missaire de tous les p&#233;ch&#233;s du mouvement britannique, en particulier de l'I.L.P. C'est par de telles attaques, concentr&#233;es contre Maxton, des attaques syst&#233;matiques dans notre presse, que nous pourrons h&#226;ter la scission dans l'I.L.P. En m&#234;me temps, il nous faut souligner que, si Maxton est le laquais de Chamberlain , Fenner Brockway, lui, est le laquais de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Et que pensez&#8209;vous d'un journal ind&#233;pendant, pour fustiger Maxton, etc. ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky - C'est une question pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre section en France entre dans le P.S.O.P., je crois que le S.I. devrait publier la Quatri&#232;me Internationale pour tous les pays de langue fran&#231;aise, deux fois par mois. C'est juste une question de possibilit&#233; juridique. Je crois que, m&#234;me si nous travaillons &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, il nous faut avoir un journal ind&#233;pendant, non pas en opposition &#224; nos camarades qui sont dedans, mais plut&#244;t pour &#233;chapper au contr&#244;le de l'I.L.P.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste en 1928</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article9047</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article9047</guid>
		<dc:date>2026-05-08T22:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
13 janvier 1928 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Appel des d&#233;port&#233;s &#224; l'Internationale communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 janvier 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous soussign&#233;s, exclus des rangs du parti communiste de l'Union sovi&#233;tique avant le XV&#176; congr&#232;s de ce parti ou par d&#233;cision de ce congr&#232;s, avons estim&#233; n&#233;cessaire de faire appel en temps utile de cette exclusion aupr&#232;s de l'organe supr&#234;me du mouvement communiste international, &#224; savoir le VI&#176; congr&#232;s du l'Internationale communiste . Cependant, sur ordre du G.P.U. (ou en partie sur r&#233;solution du comit&#233; central du parti), nous, vieux&#8209;bolcheviks, sommes exil&#233;s dans les r&#233;gions les plus &#233;loign&#233;es d'Union sovi&#233;tique sans qu'aucune accusation soit port&#233;e contre nous, dans le but unique d'emp&#234;cher notre liaison avec Moscou et les autres centres ouvriers, et, par cons&#233;quent, avec le VI&#176; congr&#232;s mondial. Nous estimons donc n&#233;cessaire, &#224; la veille de notre d&#233;part forc&#233; vers des r&#233;gions lointaines de l'Union, d'adresser la d&#233;claration pr&#233;sente au pr&#233;sidium du comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en le priant de le porter &#224; la connaissance des comit&#233;s centraux de tous les partis communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le G.P.U. nous exile sur la base de l'article 58 du Code criminel, c'est&#8209;&#224;&#173;-dire pour &#171; propagande ou agitation en faveur du renversement, de la sape ou de l'affaiblissement du pouvoir sovi&#233;tique ou pour commettre des actes individuels contre-r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Avec un calme d&#233;dain, nous rejetons la tentative d'appliquer cet article &#224; des dizaines de bolcheviks&#8209;l&#233;ninistes qui ont beaucoup fait pour &#233;tablir, d&#233;fendre et consolider le pouvoir sovi&#233;tique dans le pass&#233; et, qui, &#224; l'avenir aussi, consacreront toutes leurs forces &#224; d&#233;fendre la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;portation administrative de vieux militants, sur ordre administratif du G.P.U., est tout simplement un nouveau maillon de la cha&#238;ne des &#233;v&#233;nements qui &#233;branlent le P.C. sovi&#233;tique. Ces &#233;v&#233;nements auront une importance historique immense pour une s&#233;rie d'ann&#233;es. Les divergences de vues actuelles sont parmi les plus importantes de celles que connut l'histoire du mouvement r&#233;volutionnaire international. Il s'agit en substance de savoir comment ne pas mener &#224; sa perte la dictature du prol&#233;tariat qui fut conquise en octobre 1917. La lutte dans le P.C. de l'U.R.S.S. se d&#233;roule dans le dos de l'I.C. ; celle&#173;-ci n'y participe pas, elle l'ignore m&#234;me. Les documents principaux de l'Opposition consacr&#233;s aux grandes questions de notre &#233;poque continuent &#224; &#234;tre inconnus de l'Internationale communiste. Les partis communistes sont toujours plac&#233;s devant le fait accompli et ne font qu'apposer leur estampille sur des d&#233;cisions adopt&#233;es d'avance. Nous estimons qu'une telle situation est issue du r&#233;gime absolument faux en vigueur dans le P.C. de l'U.R.S.S. et dans l'I.C. tout enti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; L'&#226;pret&#233; exceptionnelle de la lutte au sein du parti, qui a amen&#233; notre exclusion de celui&#8209;ci (et actuellement notre exil, sans qu'aucun fait nouveau puisse &#234;tre invoqu&#233; pour le motiver), trouve pr&#233;cis&#233;ment sa cause dans notre aspiration &#224; faire conna&#238;tre notre point de vue au parti et &#224; l'I.C. Tant que L&#233;nine &#233;tait l&#224;, une telle activit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme normale et logique Les discussions se d&#233;veloppaient &#224; cette &#233;poque sur la base de la publication et de l'examen int&#233;gral de tous les documents concernant les questions litigieuses. Faute d'un tel r&#233;gime l'I.C. ne peut devenir ce qu'elle doit &#234;tre. La lutte pour le pouvoir du prol&#233;tariat international contre la bourgeoisie, extr&#234;mement puissante, est encore enti&#232;rement devant lui. Cette lutte pr&#233;suppose, du c&#244;t&#233; des partis communistes, une direction forte, jouissant d'une autorit&#233; morale, et capable d'agir par elle-m&#234;me. Une telle direction ne peut &#234;tre cr&#233;&#233;e qu'au cours de nombreuses ann&#233;es, en s&#233;lectionnant les repr&#233;sentants les plus fermes, les plus aptes &#224; d&#233;terminer leur action d'une fa&#231;on autonome, les plus cons&#233;quents, les plus vaillants de l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat. Dans l'ex&#233;cution de leur t&#226;che, des fonctionnaires, m&#234;me les plus consciencieux, ne peuvent remplacer les guides de la R&#233;volution. La victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et dans le monde entier d&#233;pend, dans une tr&#232;s large mesure, de la solution du probl&#232;me de la direction r&#233;volutionnaire. Le r&#233;gime int&#233;rieur de l'I.C. emp&#234;che de choisir et d'&#233;duquer une pareille direction. Cela se manifeste surtout de fa&#231;on &#233;clatante par l'attitude des partis communistes &#233;trangers en pr&#233;sence des proc&#233;dures internes du P.C. de l'U.R.S.S. dont le sort est intimement li&#233; au destin de l'I.C.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous, Oppositionnels, nous avons bris&#233; les normes de la vie du parti. Pourquoi ? Parce que nous avons &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s ill&#233;galement de la possibilit&#233; d'exercer nos droits normaux de membres du parti. Pour porter notre point de vue &#224; la connaissance du congr&#232;s, nous avons &#233;t&#233; contraints de prendre sur nous d'utiliser une imprimerie d'&#201;tat. Pour r&#233;futer devant la classe ouvri&#232;re la falsification de notre point de vue, et, en particulier, la vile calomnie relative &#224; notre pr&#233;tendue liaison avec un officier de Wrangel [1] et la contre&#8209;r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral, nous avons arbor&#233;, &#224; la manifestation du X&#176; anniversaire, des pancartes portant les inscriptions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Feu &#224; droite, contre les Koulaks, les Nepmen et les Bureaucrates ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; R&#233;alisons les derni&#232;res volont&#233;s de L&#233;nine ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour une v&#233;ritable d&#233;mocratie dans le Parti ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces mots d'ordre, incontestablement bolcheviques, furent d&#233;clar&#233;s non seulement hostiles au parti, mais contre&#8209;r&#233;volutionnaires. De nombreux signes montrent qu'il faut s'attendre &#233;galement, dans l'avenir, &#224; des tentatives de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces de pr&#233;tendus liens entre l'Opposition et les organisations de gardes-blancs et de mencheviks dont nous sommes plus &#233;loign&#233;s que quiconque.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour forger un tel amalgame, point n'est besoin de donner de motifs, pas plus d'ailleurs que pour nous d&#233;porter.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la d&#233;claration que nous avons adress&#233;e au XV&#176; congr&#232;s, sign&#233;e des camarades Smilga , Mouralov , Rakovsky et Radek , nous avons annonc&#233; notre soumission aux d&#233;cisions du XV&#176; congr&#232;s et notre d&#233;termination &#224; cesser le travail fractionnel. N&#233;anmoins, on nous a exclus et l'on nous d&#233;porte &#224; cause de nos opinions. Mais, par&#8209;dessus tout, nous avons d&#233;clar&#233;, et nous r&#233;p&#233;tons ici, que nous ne pouvons pas renoncer aux opinions exprim&#233;es dans nos th&#232;ses et dans notre plate&#8209;forme, car le cours des &#233;v&#233;nements confirme leur justesse.&lt;br class='autobr' /&gt; La th&#233;orie de la construction du socialisme dans un seul pays conduit in&#233;luctablement &#224; s&#233;parer le sort de l'U.R.S.S. de celui de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale dans son ensemble. Poser ainsi la question, c'est saper, dans le domaine th&#233;orique et politique, les fondements m&#234;me de l'internationalisme prol&#233;tarien. La lutte contre cette nouvelle th&#233;orie fonci&#232;rement anti&#8209;marxiste, invent&#233;e en 1925 &#8209; c'est&#8209;&#224;&#8209;dire notre lutte pour les int&#233;r&#234;ts fondamentaux de l'I.C.&#8209; c'est ce qui a amen&#233; notre exclusion du parti et notre d&#233;portation administrative.&lt;br class='autobr' /&gt; La r&#233;vision du marxisme et du l&#233;ninisme, dans la question fondamentale du caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, provient du fait que la p&#233;riode de 1923 &#224; aujourd'hui a &#233;t&#233; marqu&#233;e par de dures d&#233;faites de la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale (1923 en Bulgarie et en Allemagne, 1925 en Estonie, 1926 en Angleterre, 1927 en Chine et en Autriche [2] ). Ces d&#233;faites ont cr&#233;&#233; &#224; elles seules la possibilit&#233; de ce qu'on a nomm&#233; la stabilisation du capitalisme, car elles ont consolid&#233; provisoirement la situation de la bourgeoisie mondiale ; par la pression renforc&#233;e de celle&#8209;ci sur l'U.R.S.S., ces d&#233;faites ont ralenti l'allure de l'&#233;dification socialiste ; elles ont renforc&#233; les positions de notre bourgeoisie &#224; l'int&#233;rieur ; elles ont donn&#233; &#224; celle&#8209;ci la possibilit&#233; de se lier plus fortement &#224; beaucoup d'&#233;l&#233;ments de l'appareil d'&#201;tat sovi&#233;tique ; elles ont accru la pression de cet appareil sur celui du parti, et elles ont conduit &#224; l'affaiblissement de l'aile gauche de notre parti. Au cours de ces m&#234;mes ann&#233;es, il s'est produit en Europe une renaissance provisoire de la social-d&#233;mocratie, un affaiblissement provisoire des partis communistes, et un renforcement de l'aile droite &#224; l'int&#233;rieur de ces derniers. L'Opposition dans le P.C.R., en tant qu'aile gauche ouvri&#232;re, a subi des d&#233;faites en m&#234;me temps que s'affaiblissaient les positions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt; Si les partis de l'I.C. n'ont eu aucune possibilit&#233; d'appr&#233;cier exactement la signification historique de l'Opposition, la bourgeoisie mondiale, en revanche, a d&#233;j&#224; &#233;mis son jugement sans ambigu&#239;t&#233;. Tous les journaux bourgeois plus ou moins s&#233;rieux, dans tous les pays, consid&#232;rent l'Opposition du P.C.R. comme leur mortelle ennemie et envisagent au contraire la politique de la majorit&#233; actuellement dirigeante comme une transition n&#233;cessaire &#224; l'U.R.S.S. vers le monde &#171; civilis&#233; &#187;, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Le pr&#233;sidium de l'I.C. devrait, selon nous, rassembler les opinions exprim&#233;es par les chefs politiques et par les organes principaux de la bourgeoisie, en ce qui concerne la lutte int&#233;rieure du P.C.R., afin de permettre au VI&#176; congr&#232;s la possibilit&#233; de tirer les conclusions politiques n&#233;cessaires sur cette question primordiale.&lt;br class='autobr' /&gt; L'issue et les le&#231;ons de la r&#233;volution chinoise, r&#233;volution qui constitue un des plus grands &#233;v&#233;nements de l'histoire mondiale, ont &#233;t&#233; tenus dans l'obscurit&#233;, &#233;cart&#233;s de la discussion, et n'ont pas &#233;t&#233; assimil&#233;s par l'opinion publique de l'avant&#8209;garde prol&#233;tarienne. En r&#233;alit&#233;, le comit&#233; central du P.C.R. a interdit la discussion des questions relatives &#224; la r&#233;volution chinoise. Mais, sans l'&#233;tude des fautes commises, fautes classiques de l'opportunisme, il est impossible de &#173;concevoir dans l'avenir la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire des partis prol&#233;tariens d'Europe et d'Asie !&lt;br class='autobr' /&gt; Ind&#233;pendamment de la question de savoir sur qui retombe la responsabilit&#233; imm&#233;diate de la direction des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre &#224; Canton [3] , ces &#233;v&#233;nements fournissent un exemple frappant de putschisme lors du reflux de la vague r&#233;volutionnaire. Dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une d&#233;viation vers l'opportunisme est souvent le r&#233;sultat de d&#233;faites dont la cause imm&#233;diate r&#233;side dans une direction opportuniste. L'Internationale communiste ne peut faire aucun nouveau pas en avant sans avoir tir&#233; pr&#233;alablement les le&#231;ons de l'exp&#233;rience de l'insurrection de Canton, en corr&#233;lation avec la marche d'ensemble de la r&#233;volution chinoise. C'est l&#224; une des t&#226;ches essentielles du VI&#176; congr&#232;s mondial. Les mesures de r&#233;pression prises contre l'aile gauche, non seulement ne r&#233;pareront pas les fautes d&#233;j&#224; commises, mais, ce qui est plus grave, n'apprendront rien &#224; personne.&lt;br class='autobr' /&gt; La contradiction la plus flagrante et la plus mena&#231;ante de la politique du P.C.U.S. et de l'I.C. tout enti&#232;re est constitu&#233;e par le fait suivant : apr&#232;s quatre ann&#233;es de processus de stabilisation &#233;quivalant &#224; un renforcement des tendances de droite dans le mouvement ouvrier, le feu continue &#224; &#234;tre, comme auparavant, surtout dirig&#233; contre la Gauche. Dans la p&#233;riode qui vient de s'&#233;couler, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins de fautes et de d&#233;viations opportunistes monstrueuses dans les partis communistes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, de Pologne, de Chine, etc. Entre&#8209;temps, l'aile gauche de l'I.C. a &#233;t&#233; l'objet d'un travail d'an&#233;antissement qui se poursuit encore. Il est incontestable qu'actuellement les masses ouvri&#232;res d'Europe s'orientent politiquement vers la gauche, en raison des contradictions inh&#233;rentes au processus de stabilisation. Il est difficile de pr&#233;dire &#224; quelle allure se d&#233;roulera ce d&#233;veloppement vers la gauche et quelle forme il prendra dans le proche avenir. Mais la campagne permanente contre les &#233;l&#233;ments de gauche pr&#233;pare, pour le moment o&#249; s'aggravera la situation r&#233;volutionnaire, une nouvelle crise de direction semblable &#224; celle que nous avons connue ces derni&#232;res ann&#233;es en Bulgarie, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, en Chine, etc., etc. ! Peut&#8209;on exiger que des r&#233;volutionnaires, des l&#233;ninistes, des bolcheviks, se taisent devant de telles perspectives ?&lt;br class='autobr' /&gt; Nous n'estimons pas n&#233;cessaire de r&#233;futer &#224; nouveau l'affirmation absolument fausse que nous nierions le caract&#232;re prol&#233;tarien de notre Etat, la possibilit&#233; de l'&#233;dification socialiste, ou m&#234;me la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;fense inconditionnelle de la dictature prol&#233;tarienne contre ses ennemis de classe de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur. Ce n'est pas l&#224;&#8209;dessus que porte la discussion ; elle porte sur l'appr&#233;ciation des dangers qui menacent la dictature du prol&#233;tariat, sur les m&#233;thodes pour combattre ces dangers, et comment distinguer entre les v&#233;ritables et faux amis, les v&#233;ritables et faux ennemis.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous affirmons qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es, sous l'influence de causes int&#233;rieures et internationales, le rapport des forces s'est modifi&#233; d'une mani&#232;re d&#233;favorable pour le prol&#233;tariat ; que la place tenue par lui dans l'&#233;conomie, dans la vie politique, &#233;conomique et culturelle du pays, s'est amoindrie au lieu de grandir ; nous affirmons que, dans le pays, les forces de r&#233;action thermidorienne se sont consolid&#233;es, et qu'en sous-estimant les dangers qui en d&#233;coulent, ces dangers s'aggravent dans une proportion extraordinaire. En chassant l'Opposition du parti, l'appareil, inconsciemment, mais avec d'autant plus d'efficacit&#233;, rend service aux classes non prol&#233;tariennes qui ont tendance &#224; se renforcer et &#224; se consolider aux d&#233;pens de la classe ouvri&#232;re. C'est de ce point de vue que nous nous pla&#231;ons pour juger notre d&#233;portation, et nous ne doutons pas que dans un avenir prochain, l'avant&#8209;garde du prol&#233;tariat mondial portera sur cette question le m&#234;me jugement que nous.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sailles contre les Oppositionnels co&#239;ncident avec une nouvelle aggravation des difficult&#233;s &#233;conomiques sans pr&#233;c&#233;dent dans les derni&#232;res ann&#233;es. La p&#233;nurie de produits industriels, la perturbation de la collecte des grains apr&#232;s trois bonnes r&#233;coltes, la menace grandissante contre le syst&#232;me mon&#233;taire &#8209; tout cela ralentit le d&#233;veloppement des force productives, affaiblit &#233;videmment les &#233;l&#233;ments socialistes de l'&#233;conomie et emp&#234;che d'am&#233;liorer les conditions de vie du prol&#233;tariat et des paysans pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les conditions d'une aggravation de la situation en ce qui concerne les biens de consommation sur le march&#233;, les ouvriers repoussent in&#233;vitablement les tentatives de r&#233;viser les conventions collectives dans le sens d'une baisse des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt; Le G.P.U. assure que ces &#233;checs colossaux du cours qui pr&#233;vaut actuellement rel&#232;vent de la responsabilit&#233; criminelle des Oppositionnels exil&#233;s, dont le v&#233;ritable crime a &#233;t&#233; de pr&#233;dire &#224; plusieurs reprises, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, que toutes les difficult&#233;s actuelles seraient l'in&#233;vitable cons&#233;quence d'un cours &#233;conomique erron&#233;, et d'avoir r&#233;clam&#233; &#224; temps un changement de ce cours.&lt;br class='autobr' /&gt; La pr&#233;paration du XV&#176; congr&#232;s du parti &#8209; convoqu&#233; apr&#232;s un intervalle d'un an et demi, en violation des statuts du parti &#8209; a &#233;t&#233; elle-m&#234;me une manifestation &#233;clatante et grave de la violence croissante de l'appareil, s'appuyant de plus en plus sur des mesures de r&#233;pression gouvernementale. De son c&#244;t&#233;, sans d&#233;lib&#233;ration et en brusquant les d&#233;bats, le XV&#176; congr&#232;s a adopt&#233; une r&#233;solution selon laquelle les congr&#232;s se r&#233;uniront dor&#233;navant tous les deux ans.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans un pays de dictature prol&#233;tarienne, dont le parti communiste est l'expression, il est apparu n&#233;cessaire, dix ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, d'arracher au parti son droit &#233;l&#233;mentaire de contr&#244;ler, au moins une fois par an, l'activit&#233; de ses organes et avant tout de son comit&#233; central.&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me dans les conditions les plus d&#233;favorables cr&#233;&#233;es par la guerre civile et par la famine, les congr&#232;s se r&#233;unissaient parfois deux fois par an, mais jamais moins d'une fois. Alors le parti d&#233;lib&#233;rait et d&#233;cidait r&#233;ellement, sur toutes les questions, ne cessant jamais d'&#234;tre ma&#238;tre de son propre sort. Quelles forces contraignent donc maintenant &#224; consid&#233;rer les congr&#232;s comme un mal n&#233;cessaire qu'on cherche &#224; r&#233;duire au minimum ?&lt;br class='autobr' /&gt; Ces forces ne sont pas celles du prol&#233;tariat. Elles sont la r&#233;sultante d'une pression &#233;trang&#232;re &#224; celui&#8209;ci, exerc&#233;e par son avant&#8209;garde. Cette pression a conduit &#224; l'exclusion de l'Opposition et &#224; la d&#233;portation des Vieux&#173;-bolcheviks en Sib&#233;rie et dans d'autres pays perdus.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous repoussons l'accusation d'aspirer &#224; cr&#233;er un nouveau parti. Nous disons par avance que les &#233;l&#233;ments d'un dit deuxi&#232;me parti se rassemblent en r&#233;alit&#233; &#224; l'insu des masses du pli parti et avant tout de leur noyau prol&#233;tarien, au point de rencontre des &#233;l&#233;ments d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de l'appareil du parti et de l'Etat et des nouveaux propri&#233;taires. Les pires repr&#233;sentants de la bureaucratie, munis ou non de la carte du parti, n'ayant absolument rien de commun avec la r&#233;volution prol&#233;tarienne internationale, se groupent toujours davantage, cr&#233;ant ainsi des points d'appui pour un deuxi&#232;me parti qui commence &#224; se dessiner et qui, au cours de son d&#233;veloppement, peut devenir l'aile gauche des forces thermidoriennes.&lt;br class='autobr' /&gt; L'accusation selon laquelle, nous, les d&#233;fenseurs de la ligne historique du bolchevisme, aspirerions &#224; cr&#233;er un deuxi&#232;me parti, sert en r&#233;alit&#233; inconsciemment &#224; couvrir le profond travail souterrain des forces historiques hostiles au prol&#233;tariat. En face de ces processus, nous mettons l'I.C. en garde ; t&#244;t ou tard, un jour viendra o&#249; ces processus seront &#233;vidents pour tous, mais chaque jour perdu compromet incontestablement le succ&#232;s de la r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut pr&#233;parer le VI&#176; congr&#232;s de l'I.C. selon les voies et moyens selon lesquels les congr&#232;s &#233;taient pr&#233;par&#233;s du temps de L&#233;nine : publier tous les documents principaux se rapportant aux questions litigieuses, en finir avec la pers&#233;cution des communistes coupables seulement d'avoir exerc&#233; leur droit de membres du parti ; dans la discussion d'avant congr&#232;s, poser dans toute son ampleur la question du rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur du P.C. R., ainsi que la question de la ligne politique suivie par ce dernier.&lt;br class='autobr' /&gt; Les questions litigieuses ne seront pas r&#233;gl&#233;es par de nouvelles m&#233;thodes de r&#233;pression. De telles mesures peuvent jouer un grand r&#244;le positif lorsqu'elles servent &#224; soutenir une ligne politique juste et &#224; liquider plus facilement les groupements r&#233;actionnaires. En tant que bolcheviks, nous connaissons la valeur des mesures de r&#233;pression r&#233;volutionnaires, et nous les avons appliqu&#233;es &#224; plusieurs reprises contre la bourgeoisie et ses agents, les s.r. et les mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt; Aussi ne pensons&#8209;nous pas un seul instant &#224; renoncer &#224; ces mesures contre les ennemis du prol&#233;tariat. Mais nous nous souvenons avec fermet&#233; que la r&#233;pression dirig&#233;e par les partis ennemis contre les bolcheviks est demeur&#233;e impuissante. En fin de compte, c'est la politique juste qui est d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour nous, soldats de la r&#233;volution, compagnons d'armes de L&#233;nine, notre d&#233;portation est l'expression la plus claire des changements dans le rapport des forces de classes dans ce pays et de la d&#233;rive opportuniste de la direction. En d&#233;pit de tout cela, nous demeurons fermement convaincus que la base du pouvoir sovi&#233;tique est encore le prol&#233;tariat. Il est encore possible, au moyen d'un changement d&#233;cisif dans la ligne de la direction, en corrigeant les erreurs d&#233;j&#224; commises, par de profondes r&#233;formes, sans un nouveau soul&#232;vement r&#233;volutionnaire, de renforcer et de consolider le syst&#232;me de la dictature prol&#233;tarienne. Cette possibilit&#233; peut devenir r&#233;alit&#233; si l'Internationale communiste intervient de fa&#231;on d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous en appelons &#224; tous les partis communistes et au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale, demandant avec instance l'examen de toutes ces questions, ouvertement, et avec la participation de tous les membres du parti. Le Testament de L&#233;nine n'a jamais paru plus proph&#233;tique qu'en ce moment. Personne ne sait combien de temps le cours des &#233;v&#233;nements historiques va nous laisser pour corriger les erreurs qui ont &#233;t&#233; commises. Nous soumettant &#224; la force, nous quittons nos postes dans le parti et les soviets pour un exil absurde et futile. Ce faisant, nous ne doutons cependant pas une minute que chacun d'entre nous et nous tous serons encore n&#233;cessaires au parti et qu'il aura besoin de nous, mais encore qu'&#224; l'heure des grandes batailles qui sont devant nous, nous retrouverons tous nos places dans les rangs combattants du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la base de tout ce qui vient d'&#234;tre dit que nous demandons instamment au VI&#176; congr&#232;s de l'Internationale communiste de nous r&#233;int&#233;grer dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signatures : M . Alsky &#8209; A. Beloborodov &#8209; A. Ichtchenko - L. Trotsky &#8209; K. Radek &#8209; Kh. Rakovsky &#8209; E. A. Pr&#233;obrajensky &#8209; I. N. Smirnov &#8209; L. S&#233;r&#233;briakov &#8209; I. Smilga - L Sosnovsky &#8209; N. I. Mouralov &#8209; G. Valentinov - Nevelson-Man &#8209; V. Eltsine &#8209; V. Vaganian &#8209; V. Maliouta &#8209; V. Kasparova &#8209;S. Kavtaradz&#233; &#8209; Vilenskij (Sibiriakov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Piotr N. Wrangel (1878&#8209;1928), g&#233;n&#233;ral du tsar, avait &#233;t&#233; le dernier chef de l'arm&#233;e blanche avec le soutien du gouvernement fran&#231;ais en 1920. L'&#233;pisode de &#171; l'officier de Wrangel &#187; s'&#233;tait produit l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Un individu pr&#233;tendant se nommer Stroilov s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; aux dirigeants de l'Opposition qui cherchaient les moyens d'imprimer la plate&#8209;forme de cette derni&#232;re. Le G.P.U. &#171; r&#233;v&#233;la &#187; que Stroilov &#8209; qui ne fut pas officiellement &#171; retrouv&#233; &#187; &#8209; &#233;tait un ancien officier de l'arm&#233;e Wrangel. Mais l'Opposition d&#233;montre sans r&#233;plique que cet ancien officier de Wrangel &#233;tait aussi agent du G.P.U. en service.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les services secrets polonais, Stroilov aurait &#233;t&#233; en r&#233;alit&#233; le c&#233;l&#232;bre Oupeninch, dit Opperput, l'homme qui noyauta puis d&#233;capita les organisations d'&#233;migr&#233;s blancs et construisit le Trust. (cf. P. Brou&#233;, &#171; La Main-d'&#339;uvre blanche de Staline &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky n&#176; 24).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky fait allusion ici &#224; diff&#233;rentes d&#233;faites de l'I.C. ou du mouvement ouvrier, dans lesquelles la responsabilit&#233; des dirigeants de Moscou &#233;tait engag&#233;e diff&#233;remment. En Allemagne, apr&#232;s s'&#234;tre d&#233;cid&#233; tr&#232;s tard &#224; admettre l'existence d'une situation r&#233;volutionnaire, apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; freiner les masses par une politique de &#171; grand soir &#187;, l'I.C. avait sous&#8209;estim&#233; l'ampleur du recul d'Octobre et de la renonciation &#224; l'insurrection. En Bulgarie, elle avait fait pr&#233;parer un putsch qui fut r&#233;prim&#233; dans le sang ; la Lettonie fut aussi le th&#233;&#226;tre d'une insurrection manqu&#233;e en 1925 ; en 1926, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale britannique fut &#233;cras&#233;e sans que le P.C. de l'U.R.S.S. ait jug&#233; bon de rompre les relations au sein d'un comit&#233; syndical anglo&#8209;russe avec les dirigeants r&#233;formistes qui cautionnaient et avaient la responsabilit&#233; de cet &#233;crasement ; en Chine, Tchiang Ka&#239;&#8209;chek avait massacr&#233; les communistes &#224; partir du &#171; coup de Shanghai &#187; et les forces du gouvernement chr&#233;tien social de Vienne avaient mitraill&#233; en pleine capitale des manifestants ouvriers, faisant plus de trente morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Apr&#232;s avoir port&#233; pendant des mois la responsabilit&#233; de la politique de soutien au Guomindang et d'alliance avec Tchiang Ka&#239;&#8209;chek, et, apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;pression de celui-ci, apr&#232;s avoir continu&#233; cette politique avec ce qu'elle appelait &#171; le Guomindang de gauche &#187;, la direction Staline&#8209;Boukharine avait fait un brutal virage &#224; gauche, sans doute dans la perspective du XV&#176; congr&#232;s et pour &#233;touffer les critiques de l'Opposition. Une fois de plus, son &#171; gauchisme &#187; avait rev&#234;tu la forme du putschisme, les militants communistes, seuls, se soulevant le 11 d&#233;cembre 1927 au nom d'un &#171; soviet de Canton &#187; d&#233;sign&#233; par l'appareil. L'insurrection, priv&#233;e du soutien populaire par sa conception m&#234;me, ne dura que trois jours mais fut suivie d'une r&#233;pression f&#233;roce. Trotsky nuancera plus tard son appr&#233;ciation, comme on le verra dans ce volume, notamment dans sa correspondance avec Pr&#233;obrajensky.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quand Boukharine expliquait que Trotsky &#233;tait le tribun brillant et courageux du soul&#232;vement, l'ap&#244;tre infatigable et enflamm&#233; de la R&#233;volution </title>
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		<dc:date>2026-02-23T23:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De la dictature de l'imp&#233;rialisme &#224; la dictature du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
(extrait de La lutte des classes et la R&#233;volution en Russie) &lt;br class='autobr' /&gt;
1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
N.I. Boukharine &lt;br class='autobr' /&gt;
A la glorieuse m&#233;moire des ouvriers et soldats de Moscou fusill&#233;s par les assassins bourgeois dans les grandes journ&#233;es d'octobre. &lt;br class='autobr' /&gt; La contre-r&#233;volution se h&#226;te trop de f&#234;ter sa victoire. Les balles ne nourrissent pas les affam&#233;s. La cravache des cosaques ne s&#232;che pas les larmes des m&#232;res et des &#233;pouses. Ni les cha&#238;nes, ni les n&#339;uds (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la dictature de l'imp&#233;rialisme &#224; la dictature du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(extrait de La lutte des classes et la R&#233;volution en Russie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N.I. Boukharine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la glorieuse m&#233;moire des ouvriers et soldats de Moscou fusill&#233;s par les assassins bourgeois dans les grandes journ&#233;es d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La contre-r&#233;volution se h&#226;te trop de f&#234;ter sa victoire. Les balles ne nourrissent pas les affam&#233;s. La cravache des cosaques ne s&#232;che pas les larmes des m&#232;res et des &#233;pouses. Ni les cha&#238;nes, ni les n&#339;uds coulants n'&#233;puisent la mer des souffrances. La ba&#239;onnette ne calme pas les peuples. Les ordres des g&#233;n&#233;raux n'arr&#234;tent pas la d&#233;b&#226;cle de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait le manifeste des bolch&#233;viki de juillet, publi&#233; le 12 ao&#251;t, le jour de la convocation de la Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'&#233;tait pas pass&#233; trois mois depuis la victoire de la clique imp&#233;rialiste, o&#249; les galons des g&#233;n&#233;raux et les coffres-forts incombustibles des banquiers &#233;taient devenus le symbole du gouvernement russe de pair avec la pique cosaque et les tribunaux &#171; &#224; tir rapide &#187;, lorsqu'un bond dialectique de l'histoire renversa compl&#232;tement l'ancien rapport du &#171; peuple &#187; au pouvoir. Dans l'incendie d'une affreuse guerre civile, le front imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; enfonc&#233; par la pouss&#233;e vigoureuse de la masse des ouvriers et des soldats. La &#171; poign&#233;e d'espions allemands &#187;, comme les bourgeois haineux appelaient les chefs du prol&#233;tariat, a &#233;t&#233; port&#233;e par la vague r&#233;volutionnaire au sommet de l'appareil nouveau du pouvoir des Soviets. La dictature de l'imp&#233;rialisme s'est chang&#233;e en dictature du prol&#233;tariat et des soldats-paysans, qui ont saisis leurs ennemis de classe dans leurs mains de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on la r&#233;volution russe a pass&#233; &#224; une phase nouvelle, la phase de la r&#233;volution socialiste. Les millions d'hommes dont se composent les classes laborieuses sont entr&#233;s en mouvement ; par leur soul&#232;vement victorieux, ils ont provoqu&#233; en m&#234;me temps une incroyable exasp&#233;ration de la part de toutes les couches de la soci&#233;t&#233;, li&#233;es au capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute du r&#233;gime imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par toute l'histoire pr&#233;c&#233;dente de la r&#233;volution. Mais cette chute et la victoire du prol&#233;tariat appuy&#233; par le peuple pauvre des campagnes, victoire qui a ouvert des horizons inappr&#233;ciables &#224; l'univers entier, n'est pas encore le commencement d'une &#233;poque organique. La r&#233;sistance de la bourgeoisie est seulement transport&#233;e dans d'autres centres et un autre milieu, et le pouvoir prol&#233;tario-paysan est plac&#233; devant la n&#233;cessit&#233; de briser cette r&#233;sistance &#224; quelque prix que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital international qui &#224; tous les carrefours lance l'anath&#232;me sur &#171; la grande &#233;meute &#187; des ouvriers et des soldats, soutient par tous les moyens la lutte arm&#233;e de la contre-r&#233;volution et la &#171; sape lente &#187; des intellectuels et de leurs protecteurs par patriotisme. Et devant le prol&#233;tariat se pose, plus aigu que jamais, le probl&#232;me de la r&#233;volution internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les hommes ne se posent que des probl&#232;mes qu'ils peuvent r&#233;soudre. Tout l'ensemble des rapports qui se sont form&#233;s en Europe, m&#232;ne &#224; cette fin in&#233;vitable. Ainsi la r&#233;volution permanente en Russie se transforme en r&#233;volution europ&#233;enne du prol&#233;tariat, arm&#233; par ce m&#234;me &#201;tat imp&#233;rialiste sur la t&#234;te duquel il l&#232;ve d&#233;j&#224; le couteau luisant de la guillotine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le minist&#232;re &#171; ind&#233;pendant &#187;. &#8212; La Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de la contre-r&#233;volution lors des journ&#233;es de juillet a abouti &#224; un minist&#232;re form&#233; de ministres ne &#171; d&#233;pendant de personne, que de leur conscience &#187;, c'est-&#224;- dire tout simplement d&#233;pendant compl&#232;tement du capital. L'organe officiel de Milioukov, Retch, l'a d&#233;clar&#233; urbi et orbi : &#171; Les exigences des cadets &#8212; &#233;crivait ce journal &#8212; ont certainement &#233;t&#233; pos&#233;es &#224; la base de l'activit&#233; du gouvernement tout entier... C'est justement pour cela, puisque les exigences fondamentales des cadets ont &#233;t&#233; accept&#233;es, que le parti n'a pas cru possible de poursuivre la discussion pour des diff&#233;renciations sp&#233;cifiques de parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la forme o&#249; s'est moul&#233;e la victoire effective de la contre-r&#233;volution ne fut pas une forme de gouvernement purement cadet, mais l'instauration du r&#233;gime bonapartiste de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de juillet, qui constitu&#232;rent un moment critique de la lutte r&#233;volutionnaire, ont &#233;t&#233; en fait un demi-soul&#232;vement contre la bourgeoisie. La masse des ouvriers et des soldats, pouss&#233;e par la politique du gouvernement, est sortie dans la rue, mais elle n'&#233;tait pas capable alors d'une action d&#233;cisive. Le parti prol&#233;tarien, qui d&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque, avait conquis les sympathies des ouvriers et des soldats p&#233;tersbourgeois, comprenant toute la complexit&#233; de la situation et le caract&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233; du soul&#232;vement, se pronon&#231;ait contre l'action. Cette derni&#232;re a pris ainsi le caract&#232;re ind&#233;cis d'une d&#233;monstration &#224; demi-pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'action de juillet fut un demi-soul&#232;vement, en revanche la victoire de la contre-r&#233;volution a &#233;t&#233; dans une certaine mesure aussi une demi-victoire. Les ultra-imp&#233;rialistes ne purent organiser la boucherie, malgr&#233; tous leurs efforts. L'offensive de la contre-r&#233;volution commen&#231;a sur le front entier. Mais les forces du patriotisme de clinquant des fabricants et des manufacturiers, malgr&#233; la protection des cravaches cosaques, des mitrailleuses, du contre-espionnage et de l'appareil judiciaire tsariste, n'en furent pas moins insuffisantes pour sucer d&#233;finitivement &#224; mort le prol&#233;tariat et la garnison. La contre-r&#233;volution n'&#233;tait pas encore assez forte pour disperser les Soviets, alors que les Soviets &#233;taient d&#233;j&#224; trop faibles pour mener une contre-attaque d&#233;cisive et puissante : tra&#238;tres au prol&#233;tariat, le sceau de Ca&#239;n sur le front, ils souffraient maintenant eux-m&#234;mes sous le fardeau des suites de cette trahison. Ils s'&#233;taient transform&#233;s en un paravent, en une forme d&#233;corative derri&#232;re laquelle se cachait un contenu r&#233;actionnaire. Mais la d&#233;mocratie authentique &#8212; la d&#233;mocratie ouvri&#232;re en premier lieu &#8212; &#233;tait, elle aussi, hors d'&#233;tat de rejeter en arri&#232;re par un coup subit l'imp&#233;rialisme dont l'impudence croissait sans cesse : car elle &#233;tait, sinon compl&#232;tement en d&#233;route, du moins affaiblie et temporairement d&#233;sorganis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'&#233;tait cr&#233;&#233; cet &#233;quilibre relatif des forces sociales qui forma une base au bonapartisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bonapartisme est caract&#233;ris&#233; par le fait que des individus distincts acqui&#232;rent une importance hors de toute proportion avec leur r&#244;le r&#233;el. Ils ne poss&#232;dent pas de base sociale autonome comme appui. Mais c'est &#224; eux n&#233;anmoins qu'appartient le pouvoir dans l'&#201;tat. La personnalit&#233; du bonapartiste peut avoir de l'importance par elle-m&#234;me &#8230; tel fut Napol&#233;on Ier, tel fut C&#233;sar. Mais elle peut &#234;tre mis&#233;rable et m&#233;prisable par essence, telle la personnalit&#233; de Napol&#233;on III, ce &#171; passager sur le tr&#244;ne royal &#187;, ou telle encore celle de Kerensky. Dans l'un et l'autre cas cependant, le sens social du bonapartisme reste le m&#234;me : il exprime une forme cach&#233;e de la victoire de la contre-r&#233;volution, le dernier degr&#233; avant le pouvoir tout nu, d&#233;couvert, de la clique r&#233;actionnaire. Subjectivement, le bonapartiste s'imagine qu'il se tient entre les classes, utilisant pour soi la lutte des classes, &#171; tirant des bord&#233;es &#187; entre les classes. Objectivement, il n'est que l'instrument des classes poss&#233;dantes, qui l'utilisent. Dans ces conditions, ce qu'on appelle la lutte sur deux fronts est la lutte cach&#233;e du front contre la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement, le h&#233;ros du jeu bonapartiste est un ren&#233;gat. Il doit passer d'abord par un stage d&#233;mocratique donn&#233;, avant que d'&#234;tre re&#231;u dans les salons politiques des dominateurs du monde. Il lui faut l'aur&#233;ole du &#171; h&#233;ros populaire &#187;, du &#171; sauveur de la patrie &#187;. Il lui faut la popularit&#233; parmi les masses, les ovations et &#171; l'amour du peuple &#187;. Cela peut &#234;tre un aventurier au pass&#233; suspect, ou un r&#233;volutionnaire honn&#234;te dans le pass&#233;, se tournant vers un pr&#233;sent suspect ; cela peut &#234;tre un civil qui devient un militaire, cherchant &#224; se cr&#233;er une garde pr&#233;torienne, ou un militaire qui s'empare des affaires civiles ; cela peut &#234;tre un homme d'action, qui, par ses &#171; exploits &#187;, met en valeur son h&#233;ro&#239;sme, ou un h&#233;ros phraseur, un charlatan de la langue, laquelle se meut d'autant plus vite que plus grande est l'infirmit&#233; intellectuelle de son possesseur. Mais il faut absolument qu'il &#171; sauve &#187;. Le r&#244;le du lib&#233;rateur-messie, &#8212; voici l'&#233;tiquette professionnelle de tout bonaparte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que, lorsque le capital financier eut besoin d'un homme de paille, cet homme ait &#233;t&#233; Kerensky. Il renfermait en lui les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires pour que l'aristocratie de l'argent appos&#226;t bienveillamment sur ce &#171; d&#233;mocrate &#187; le sceau de son approbation et de sa reconnaissance. Dans le pass&#233; &#8212; r&#233;volutionnaire, mais pas des plus fermes ; h&#233;ros de la r&#233;volution du printemps avec ses &#233;lans sentimentaux et sa fraternisation des soldats-paysans avec l'agrarien Rodzianko ; cabotin et phraseur jusqu'&#224; la moelle des os, qui sait et pleurer et rire, et s'arracher tragiquement les cheveux et embrasser la terre &#8212; lorsque les circonstances l'exigent ; favori du grand public et aventurier qui promet ; sp&#233;cialiste de la prostitution de la r&#233;volution, qui abrite habilement le pillage imp&#233;rialiste sous le drapeau rouge ; poltron qui traite bravement ses adversaires politiques de poltrons ; membre du parti socialiste, qui en &#233;lude &#224; chaque pas les dispositions ; cr&#233;ature des &#171; organes pl&#233;nipotentiaires &#187;, qui au fond se moque de ces organes ; homme qui a sauv&#233; Nicolas II de la peine de mort, mais qui a introduit, pour des consid&#233;rations &#171; d&#233;mocratiques &#187;, la peine de mort pour les soldats ; partisan de la r&#233;volution, qui soufflette cette r&#233;volution &#224; la face ; ennemi de l'imp&#233;rialisme allemand, qui vend sous &#171; la sauce r&#233;volutionnaire &#187; le sang des soldats russes &#224; l'imp&#233;rialisme anglais, et qui, derri&#232;re les coulisses de la diplomatie secr&#232;te, rampe &#224; genoux devant le capital alli&#233; ; enfin, lib&#233;rateur jur&#233; de la patrie, qui ne prononce le nom de celle-ci qu'avec un enrouement plein de v&#233;n&#233;ration, magicien et enchanteur, qui par les attributs de la splendeur imp&#233;riale fait habilement apercevoir le chemin du salut, &#8212; n'&#233;tait-ce pas l&#224; le petit homme convenant aux industriels unifi&#233;s et aux gros bonnets des exploitations mini&#232;res, aux maraudeurs et aux sp&#233;culateurs, aux endosseurs des commandes de l'Etat et des gros dividendes, aux grands rentiers et aux agrariens, aux propri&#233;taires d'immeubles et aux cocottes, aux chevaliers de la Bourse et aux archev&#234;ques de l'Eglise orthodoxe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir bonapartiste de Kerensky devait servir de pont transitoire pour le sauvetage des b&#233;n&#233;fices capitalistes et de la rente fonci&#232;re hors des atteintes des ouvriers et des paysans. Entre le peuple et le bloc des grands propri&#233;taires, ce pouvoir a pris le r&#244;le d'un arbitre, d'un &#171; pouvoir omni-national &#187; qui &#233;tait cens&#233; se tenir au-dessus des classes, mais qui dans les replis des chancelleries de minist&#232;re, agiotait avec les ennemis d&#233;clar&#233;s du peuple. Les sommit&#233;s de la bancocratie pensaient d&#233;j&#224; parvenir &#224; l'&#233;tablissement de leur domination inexpugnable, en passant par le pont du r&#233;gime de Kerensky. Cependant, ils n'avaient pas escompt&#233; une circonstance, qui diff&#233;renciait essentiellement le fruit h&#226;tif du bonapartisme russe de ses mod&#232;les de l'Europe occidentale. A l'Occident, le bonapartisme poussait, alors que les probl&#232;mes pos&#233;s par la r&#233;volution &#233;taient d&#233;j&#224; r&#233;solus ; et le bonapartisme &#171; suo-modo &#187; de Kerensky cr&#251;t &#224; une p&#233;riode o&#249; presque tous les probl&#232;mes de la r&#233;volution attendaient d'&#234;tre r&#233;solus : les paysans commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; perdre patience, ne recevant pas la terre ; les ouvriers et toutes les couches pauvres souffraient cruellement de la d&#233;sorganisation ; toutes les classes inf&#233;rieures de la ville et de la campagne, avec la masse des soldats, avaient soif de paix. En un mot, les aspirations subjectives des larges masses du peuple, comme la situation objective des affaires, ne pouvaient &#234;tre r&#233;solues par les m&#233;thodes dont disposaient Kerensky avec le Milioukov-des-Dardanelles qui regardait derri&#232;re son dos. La faillite de cette politique &#233;tait in&#233;vitable, et elle arriva plus t&#244;t que l'on ne pouvait s'y attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement &#171; ind&#233;pendant &#187; proclama solennellement la paix civile, et, comme il sied &#224; des prostitu&#233;s de la r&#233;volution, d&#233;clara que &#171; toute l'invincible puissance de la r&#233;volution russe serait employ&#233;e au salut de la Russie et &#224; la restauration de son honneur souill&#233; par la l&#226;chet&#233; et par une honteuse poltronnerie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; salut de la Russie &#187; ces messieurs entendaient le service du capital. Par &#171; honteuse poltronnerie &#187;, &#8212; l'esprit r&#233;volutionnaire des soldats, qui en d&#233;pit de la peine de mort marchaient contre leurs bourreaux. Par &#171; puissance de la r&#233;volution &#187;, &#8212; les assauts furieux d'une bande de contre-r&#233;volutionnaires. Comment les dirigeants bourgeois n'auraient-ils pas employ&#233; comme troupes de couverture un &#171; pouvoir r&#233;volutionnaire &#187; aussi excellent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte contre la r&#233;volution sous le pavillon de la lutte avec la contre-r&#233;volution &#8212; telle &#233;tait l'essence de la politique du gouvernement &#171; ind&#233;pendant &#187;. La presse bourgeoise, avec ses mercenaires hautement qualifi&#233;s, pr&#234;chait sur tous les tons, de pair avec la th&#233;orie de l'espionnage, la th&#233;orie de la &#171; contre-r&#233;volution de gauche &#187;, encourageant avec bienveillance &#8212; et quelquefois m&#234;me les grondant un peu &#8212; les adroits serviteurs des appartements minist&#233;riels. &#171; La contre-r&#233;volution &#8212; &#233;crivait le journal des millionnaires moscovites, le Roussko&#239;e Slowo, &#8212; est venue de nos jours, non du c&#244;t&#233; dont on l'attendait selon la th&#233;orie et l'habitude, non de droite, mais de gauche, non des bourgeois, mais de la part de l'extr&#234;me aile gauche de la r&#233;volution russe &#187; (Roussko&#239;e Slowo du 6/19 VIII 1917). Et pour cette raison, vive la lutte avec la &#171; contre-r&#233;volution &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la directive que donnaient au gouvernement ind&#233;pendant les dirigeants de la banque, de la bourse et des syndicats. Au Congr&#232;s du commerce et de l'industrie de Moscou, le millionnaire et le m&#233;c&#232;ne bien connu Riabouchinsky mit ouvertement en avant un programme cynique pour l'&#233;tranglement criminel de la r&#233;volution, la dissolution des Soviets, le blocus de la classe ouvri&#232;re par la faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre Gouvernement Provisoire &#8212; a d&#233;clar&#233; Riabouchinsky &#8212; se trouvait sous l'influence de personnes &#233;trang&#232;res. En fait, nous &#233;tions domin&#233;s par une poign&#233;e de charlatans... Le pouvoir ne favorise pas les classes commer&#231;antes et industrielles... Il est n&#233;cessaire que l'Etat se place un tant soit peu (!) au point de vue de la classe commer&#231;ante et industrielle. Le gouvernement doit &#234;tre bourgeois par ses pens&#233;es et bourgeois par ses actions... Il est possible que pour sortir de cette situation, il soit n&#233;cessaire de faire appel au bras d&#233;charn&#233; de la faim, &#224; une mis&#232;re du peuple qui saisisse &#224; la gorge les faux amis du peuple, les Soviets et les comit&#233;s d&#233;mocratiques &#187;. Les applaudissements furieux des gros porte-monnaies couvrirent ce discours v&#233;ritablement cannibale. Et c'est dans ce discours que le gouvernement du bonapartiste puisait d&#233;j&#224; son inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si durant la p&#233;riode des &#171; gouvernements d&#233;pendants &#187; la bourgeoisie financi&#232;re et capitaliste avait eu recours au sabotage organis&#233;, en cet instant, alors que l'appareil de l'Etat &#233;tait en fait tomb&#233; entre ses mains &#224; elle, elle d&#233;cida, par des coups simultan&#233;s dans le domaine politique comme dans le domaine &#233;conomique, de s'assurer la consolidation de sa victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en juillet avait eu lieu le Congr&#232;s des treize organisations d'entreprises les plus importantes avec, en t&#234;te, le Conseil des Congr&#232;s des Banques par Actions, rois du naphte et du sucre, barons de la houille et marchands de bois, &#171; as &#187; des chemins de fer et monopolisateurs du cuir, empereurs de la m&#233;tallurgie et fabricants de papier, &#8212; tous ils en vinrent &#224; la conclusion unanime, qu'une union panrusse du capital &#233;tait n&#233;cessaire. Ainsi surgit le &#171; Comit&#233; Principal de l'Industrie Unifi&#233;e &#187;, alias &#171; Comit&#233; de D&#233;fense de l'Industrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; D&#233;fense de l'Industrie &#187;, apr&#232;s plus ample examen, se r&#233;duisait &#224; l'attaque contre les ouvriers. Apr&#232;s la d&#233;faite du parti prol&#233;tarien en juillet, le grand capital se d&#233;lectait d&#233;j&#224; d'avance de la restauration de l'autocratie dans les fabriques ci les usines, o&#249; les organisations des ouvriers r&#233;volutionnaires avaient brid&#233; leurs propres seigneurs. Le programme du capital financier fut formul&#233; bri&#232;vement et clairement par son organe officiel L'Industrie et le Commerce : &#171; Restauration de l'ordre dans les fabriques et les usines &#187;, &#171; Discipline de fer &#224; l'arri&#232;re et sur le front &#187; (Industrie et Commerce, n&#176; 26-27). En se fondant sur cette &#171; base &#187;, messieurs les industriels esp&#233;raient bien b&#226;tir une superstructure correspondante, limitant le salaire des ouvriers, s'assurant des dividendes maxima, introduisant pour les ouvriers le travail obligatoire des for&#231;ats et faisant comprendre aux ouvriers que &#171; le pouvoir ferme &#233;tait ressuscit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sycophantes, savants ou non, des classes dominantes qui, &#224; la solde du capital, se sentent aussi bien que l'Isra&#233;lite dans le sein d'Abraham, compl&#233;taient et &#171; motivaient &#187; ce programme. Le chien de garde des int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires fonciers, le professeur Migouline, le m&#234;me qui dans son livre Pour le Tricentenaire de la maison des Romanoff, l&#233;chait tour &#224; tour les bottes de tous les repr&#233;sentants de cette &#171; maison &#187;, excusez-moi d'en parler, ornait les pages du Nouvel Economiste de ses exigences d'une discipline militaire pour les chemins de fer et par sa d&#233;fense du Droit fondamental de l'homme et du citoyen, &#8212; le droit &#224; la propri&#233;t&#233;. Et la presse d&#233;veloppait d&#233;j&#224; des plans de ch&#226;timents et de r&#233;pression in concreto...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gouvernement Provisoire &#171; correspondait &#187; d'une fa&#231;on assez r&#233;ussie &#224; ce programme. Il est vrai qu'il ne sortait pas d'un &#233;tat permanent d'accablement, et que son caract&#232;re provisoire ne contredisait nullement le caract&#232;re permanent de cet accablement. Chaque s&#233;ance presque du gouvernement s'achevait d'une fa&#231;on tragique : il &#233;tait arriv&#233; une d&#233;l&#233;gation du front &#8212; son rapport produisait une &#171; impression accablante &#187; ; on annon&#231;ait des d&#233;lits forestiers, &#8212; le gouvernement en &#233;tait &#171; accabl&#233; &#187; ; les bolch&#233;viki obtenaient des succ&#232;s &#8212; le gouvernement en &#233;tait &#171; accabl&#233; &#187; ; les paysans exigeaient de la terre &#8212; il en &#233;tait de nouveau &#171; accabl&#233; &#187; ; les ouvriers se mettaient en gr&#232;ve &#8212; cela agissait &#171; p&#233;niblement &#187; sur le gouvernement. Les comptes rendus de toutes ses s&#233;ances s'ach&#232;vent sans exception par ces mots. &#199;a aurait pu &#234;tre une trag&#233;die, si en r&#233;alit&#233; ce n'e&#251;t &#233;t&#233; une com&#233;die. Car l'accablement du gouvernement ne l'emp&#234;chait par extraordinaire en aucune fa&#231;on de r&#233;primer le peuple ainsi que l'exigeaient le capital et la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les paysans, le gouvernement de Kerensky partit en guerre au moyen d'arrestations, d'exp&#233;ditions, de r&#233;pression, de jugements. On jugeait pour la transgression des vieux trait&#233;s du temps du servage et pour la mise &#224; ex&#233;cution des instructions de Tchernov ; on mettait en prison les paysans ordinaires et les d&#233;l&#233;gu&#233;s aux comit&#233;s terriens ; on arr&#234;tait les simples membres et les pr&#233;sidents de ces comit&#233;s. Les uns et les autres &#233;chouaient au banc des accus&#233;s et allaient peupler les appartements gratuits de sa nouvelle &#171; Majest&#233; &#187;. C'est ainsi que le pouvoir r&#233;primait dans les gouvernements de Pskov, Moguilev, Podolie, etc., oubliant sans doute de penser &#224; la socialisation des terres qui figure dans le programme du parti pr&#233;sid&#233; par Kerensky. Ici s'est d&#233;voil&#233; avec une extr&#234;me clart&#233; le sens social du pouvoir bonapartiste. En apparence &#8212; le gouvernement &#171; moujik &#187; d'un socialiste paysan. En r&#233;alit&#233; &#8212; le poing rapace du capital usurier. En paroles &#8212; terre et libert&#233;. En fait &#8212; la d&#233;fense arm&#233;e de la propri&#233;t&#233; agraire. &#171; En principe &#187; &#8212; la libre initiative des organisations paysannes. En r&#233;alit&#233; &#8212; la camisole de force, le tribunal criminel et les policiers de province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les ouvriers, on menait la politique qu'exigeaient les industriels unifi&#233;s. Ceux-ci ne pouvaient encore prendre le prol&#233;tariat &#224; la gorge. Mais presque tous les produits de l'activit&#233; l&#233;gislative dans le domaine &#233;conomique se ramenaient &#224; toutes sortes de chausse-trappes pos&#233;es par le pouvoir d'Etat imp&#233;rialiste aux ouvriers &#171; n&#233;gligents &#187; qui se hasardaient &#224; porter atteinte au droit sacr&#233; utendi et abutendi.1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore moins dissimul&#233;e fut l'offensive contre les organisations politiques du prol&#233;tariat et contre ses &#171; droits et franchises &#187;. La presse a &#233;t&#233; mise presque hors la loi, les assembl&#233;es abandonn&#233;es &#224; la disposition de deux minist&#232;res, la Guerre et l'Int&#233;rieur. Le parti prol&#233;tarien a &#233;t&#233; serr&#233; dans l'&#233;tau d'une position sp&#233;ciale, laquelle empirait &#224; mesure que les administrateurs z&#233;l&#233;s avaient plus de libert&#233; d'initiative. Et, comme r&#233;sultat d'un aplatissement sans exemple devant les pillards de la guerre mondiale, et du triomphe d'un byzantinisme servile, les l&#233;gislateurs du Palais d'Hiver annonc&#232;rent au monde entier une nouvelle loi sur les offenses faites aux Majest&#233;s &#233;trang&#232;res et &#224; leurs repr&#233;sentants, ch&#226;tiant de prison toute r&#233;v&#233;lation du pillage international !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e paysanne partagea le sort du peuple entier. Elle fut livr&#233;e par le &#171; d&#233;mocrate &#187; Kerensky au bon plaisir et aux d&#233;pr&#233;dations des g&#233;n&#233;raux du tzar, qui organis&#232;rent dans le quartier-g&#233;n&#233;ral l'&#233;tat-major de la contre-r&#233;volution arm&#233;e. &#171; Discipline de fer &#187;, c'est-&#224;-dire f&#233;roce r&#233;pression des soldats ; justice militaire de campagne &#224; tir rapide, que les tra&#238;tres &#224; la r&#233;volution avaient le front et l'audace d'appeler r&#233;volutionnaire ; calomnie syst&#233;matique la plus &#233;hont&#233;e des soldats, organis&#233;e par le m&#234;me quartier-g&#233;n&#233;ral, tout cela se m&#234;la en un peloton de boue et de sang, au moyen duquel on pensait &#233;touffer l'esprit r&#233;volutionnaire de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature imp&#233;rialiste, qui dans la personne de l'aventurier cr&#233;&#233; par la &#171; r&#233;volution &#187;, avait pos&#233; sa botte ensanglant&#233;e sur le pays entier, se fit sentir aussi sur les r&#233;gions fronti&#232;res. Etait-il possible, en effet, d'oublier le grand droit des nations &#224; l'autod&#233;termination ? Et par la d&#233;monstration de ce droit, les filous du &#171; d&#233;mocratisme &#187; dispers&#232;rent la Di&#232;te finlandaise, la mena&#231;ant de la force arm&#233;e, et en Ukraine mirent en avant une argumentation sous forme de cuirassiers pour le plus grand triomphe de la &#171; libert&#233; et de la r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que l'imp&#233;rialisme russe montrait les dents &#224; ses colonies, sous le couvert du secret diplomatique, Kerensky et Terechtchenko jouaient la d&#233;go&#251;tante com&#233;die de la vente aux ench&#232;res de leur pass&#233; socialiste, s'entendant avec Lloyd George au sujet de la liquidation de la Conf&#233;rence internationale des social-patriotes &#224; Stockholm. Ayant d&#233;chir&#233;, derri&#232;re les coulisses des secrets d'Etat, le malheureux projet des &#171; socialistes &#187;, Lloyd George d&#233;clara au nom des quatre puissances de l'Entente, que les passeports pour la Conf&#233;rence ne seraient pas donn&#233;s, car &#171; au moment o&#249; en Russie l'on prend les premi&#232;res mesures pour r&#233;tablir la discipline et pour enrayer la fraternisation sur le front, rien ne saurait &#234;tre plus nuisible qu'une Conf&#233;rence avec la participation de sujets ennemis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'accompagnateur temporaire de l'imp&#233;rialisme britannique en Russie annon&#231;a solennellement que la &#171; d&#233;cision des questions de la guerre et de la paix lui appartenait &#224; lui seul, en union &#233;troite avec les gouvernements des pays- alli&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le gouvernement central de l'Etat incarnait d&#233;j&#224; la dictature imp&#233;rialiste, par cela m&#234;me une large carri&#232;re s'offrait &#224; la mobilisation des forces contre-r&#233;volutionnaires. Pour autant que le vieil appareil tzariste (l'Okhrana, transmu&#233;e en contre-espionnage, comprenant les juges, les fonctionnaires, tout ce que l'on appelait l' &#171; administration &#187;, les g&#233;n&#233;raux et les officiers) existait encore, pour autant qu'il n'avait pas &#233;t&#233; r&#233;duit en miettes par la r&#233;volution du printemps, il recommen&#231;a &#224; fleurir, absorbant les sucs vivifiants de la r&#233;action. A son aide arrivaient les volontaires de la bourgeoisie, la presse, les cellules contre-r&#233;volutionnaires multipli&#233;es, les conf&#233;rences et les congr&#232;s de toutes les esp&#232;ces, les organisations monarchiques demandant une &#171; r&#233;publique &#187;, et les cercles &#171; r&#233;publicains &#187; r&#233;clamant &#224; grands cris une monarchie, les conspirations des g&#233;n&#233;raux et des P&#232;res de l'Eglise, des chevaliers de la croix militaire de St-Georges et des &#171; as &#187; de l'industrie, des agrariens-propri&#233;taires-fonciers aux cheveux gris et des casse-cous junkers et banquiers, des grands seigneurs &#224; h&#233;morro&#239;des et des &#171; hardis cosaques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces personnalit&#233;s, ces groupes, ces organisations et ces soci&#233;t&#233;s, teint&#233;es de la couleur noir-vert de la r&#233;action bourgeoise, exprimaient par elles-m&#234;mes le bloc des poss&#233;dants, le &#171; parti de l'ordre &#187; unifi&#233;, qui marchait en rangs serr&#233;s contre le parti du soul&#232;vement prol&#233;tarien. Le centre d'affaires organisateur de cette clique fut ce que l'on appelait la &#171; conf&#233;rence des hommes politiques de Moscou &#187;, dirig&#233;e par les millionnaires avec en t&#234;te Rodzianko et Riabouchinsky ; parmi les savants consultants qui se mirent &#224; leur service, se trouvait, entre autres, toute la &#171; troupe des hommes c&#233;l&#232;bres &#187; : &#171; l'auteur du premier manifeste social-d&#233;mocrate &#187; prof. Strouv&#233; ; le sp&#233;cialiste de la philosophie id&#233;aliste prof. Novgorodsev, qui mit l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de Kant au service des bourreaux, de Kerensky et des coffre forts des Riabouchinsky ; le prof. Boulgakov, marxiste transform&#233; en un &#171; P&#232;re savant &#187; qui par erreur ne portait pas la soutane ; M. Berdiaev, unissant adroitement le culte de l'Aphrodite C&#233;leste au culte du m&#233;tal d'origine des plus terrestre &#8212; les mots &#171; Bildung und Besitz &#187; ( &#171; les hommes cultiv&#233;s et les poss&#233;dants &#187; ), &#171; union de la science et de l'industrie &#187;, form&#232;rent pour ainsi dire le rempart de l'offensive d&#233;cisive qui se pr&#233;parait. Ces hommes s'unirent, repr&#233;sentant la &#171; force militaire &#187;, les g&#233;n&#233;raux du tsar et les chefs des Cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions centrales du parti de la libert&#233; du peuple, ce parti classique du capital financier et de l'imp&#233;rialisme russe, constitu&#232;rent l'&#233;tat-major des id&#233;es et de la politique de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La banque domine maintenant les syndicats, la Bourse, le commerce et l'industrie. Et, comme la petite industrie d&#233;pend actuellement de la grande et qu'en m&#234;me temps e&#252;e d&#233;pend des banques, comme les propri&#233;taires d'immeubles et les petits-bourgeois, les propri&#233;taires fonciers et les manufacturiers, les rois des trusts et les loups de Bourse sont tous soumis &#224; l'h&#233;g&#233;monie du capital &#8212; leurs groupements politiques sont devenus seulement un appareil de secours du parti dominant de tous les poss&#233;dants exasp&#233;r&#233;s, du parti de la &#171; libert&#233; du peuple &#187;. L'&#233;tendard vert de l'esp&#233;rance en la conservation de l'ordre capitaliste, contre l'&#233;tendard rouge du socialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d&#233;cisif que la r&#233;action voulait porter &#224; la r&#233;volution, devait s'abriter sous le pavillon &#171; omninational &#187;. Il fallait accommoder les &#171; conqu&#234;tes &#187; du capital &#224; la sauce de &#171; l'ordre et la patrie &#187;. Il fallait cr&#233;er l'apparence d'une sanction omninationale pour le coup d'Etat d&#233;finitif qui arrivait, pour la restauration et le retour &#224; la monarchie, &#224; laquelle les &#171; r&#233;publicains &#187; de mars aspiraient comme le poisson aspire &#224; l'eau. Il fallait enfin se cr&#233;er une base solide d'organisation. Ainsi naquit l'id&#233;e de la Conf&#233;rence d'Etat de Moscou, des nouveaux Etats g&#233;n&#233;raux, o&#249; les &#171; cadavres &#187; de la Douma d'Empire devaient saisir &#224; la gorge la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que la bourgeoisie se consolidait, ses app&#233;tits croissaient toujours davantage. Maintenant les sommit&#233;s bourgeoises trouvaient d&#233;j&#224; insuffisante la politique de Kerensky et de sa clique. Kerensky personnifiait sa dictature. Mais Kerensky &#233;tait un &#233;tranger, &#233;chou&#233; dans la bourgeoise. Kerensky servait le capital sans y &#234;tre forc&#233;, pour ses propres int&#233;r&#234;ts. Mais Kerensky avait des &#171; p&#233;ch&#233;s de jeunesse &#187;. Kerensky &#233;tait pr&#234;t &#224; l&#233;cher les bottes du capital. Mais Kerensky n'en &#233;tait pas moins un h&#233;ros en phrases et non en action. Sa destin&#233;e, il l'avait d&#233;j&#224; accomplie : par l'offensive de juillet, il avait aid&#233; le capital &#224; attacher les masses du peuple au char de l'imp&#233;rialisme ; par la d&#233;faite de juillet du prol&#233;tariat, il avait aid&#233; le capital &#224; brider les ouvriers et les soldats, il avait introduit la peine de mort sur le front. Mais il avait d&#233;j&#224; presque fini d'user sa popularit&#233;. Ayant r&#233;alis&#233; tout ce qu'exigeait de lui la bourgeoisie, il avait perdu tout cr&#233;dit aupr&#232;s de la masse. Ayant rempli son mandat en faveur des &#171; capitaines de l'industrie &#187;, il avait d&#233;j&#224; fait ha&#239;r son nom par le prol&#233;tariat et les soldats. Il &#233;tait r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de citron exprim&#233;, de beau parleur dont les phrases ne sont que ridicules. Il continuait &#224; parler au nom de la r&#233;volution, mais on lui jetait d&#233;j&#224; &#224; la face le nom de tra&#238;tre &#224; la r&#233;volution. Ses objurgations n'agissaient pas. Sa figure avait cess&#233; d'en imposer. Derri&#232;re l'&#233;clat ext&#233;rieur et le murmure tragique, les masses avaient d&#233;j&#224; distingu&#233; le vagabond vulgaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie exigeait maintenant un dictateur militaire et Kerensky n'&#233;tait qu'un bavard civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que se pr&#233;para le terrain favorable &#224; l'apparition d'un nouveau pr&#233;tendant au r&#244;le historique de &#171; sauveur de la patrie &#187;. Pour &#234;tre ce pr&#233;tendant, l'aristocratie d'argent, les cercles commerciaux et industriels et les propri&#233;taires de latifundia d&#233;sign&#232;rent Kornilov. La Conf&#233;rence de Moscou devait proclamer dictateur ce g&#233;n&#233;ral-sauveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187; ? Elle se trouvait dans un &#233;tat de confusion et de prostration compl&#232;te. Les organes sovi&#233;tistes, le C.C.E. en t&#234;te, continuaient &#224; pr&#234;cher l'union de toutes les &#171; forces vives &#187;, mais troubl&#233;s par les mots d'ordre de Riabouchinsky, ils commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; regarder avec inqui&#233;tude de tous les c&#244;t&#233;s. Ils tent&#232;rent de convoquer une &#171; Conf&#233;rence de d&#233;fense &#187;, mais elle n'eut pour r&#233;sultat que des attaques contre les bolch&#233;viki. Ils tent&#232;rent de &#171; critiquer &#187; les Riabouchinsky, mais leurs critiques ne furent que les pitoyables balbutiements d'un esclave peureux. Ayant exclu les bolch&#233;viki de la d&#233;l&#233;gation, pour &#171; antipatriotisme &#187;, ils s'unirent en fait aux mots d'ordre &#171; omninationaux &#187; du gouvernement, qui avait fui la r&#233;volution &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le prol&#233;tariat veillait. Il voyait le danger terrible qui approchait de plus en plus, et il mobilisait ses forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Conf&#233;rence de Moscou. &#8212; Le complot de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une gr&#232;ve de protestation, d'indignation et de m&#233;pris que le prol&#233;tariat de Moscou opposa aux repr&#233;sentants du &#171; peuple &#187; arriv&#233;s de toutes parts, en galons de g&#233;n&#233;raux, en fracs et en mitres archi&#233;piscopales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vive la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, notre premier et terrible avertissement &#224; messieurs les contre-r&#233;volutionnaires ! &#187; &#8212; &#233;crivait l'organe de Moscou du parti du prol&#233;tariat, le Social-d&#233;mocrate. 41 unions professionnelles d&#233;cid&#232;rent &#224; une majorit&#233; &#233;crasante de d&#233;clarer cette gr&#232;ve. Il est vrai que les poltrons &#171; r&#233;volutionnaires &#187; du Soviet de Moscou, socialistes-r&#233;volutionnaires et mench&#233;viki, &#233;tant en paroles les repr&#233;sentants des masses, ne craignaient rien tant qu'une action de ces masses, et se h&#226;t&#232;rent de &#171; contremander &#187; la gr&#232;ve pour adopter une r&#233;solution d&#233;clarant que la gr&#232;ve &#233;tait &#171; funeste &#224; la r&#233;volution &#187;. Mais le prol&#233;tariat de Moscou confirma de nouveau sa d&#233;cision, et quatre cent mille ouvriers, comme un seul homme, relev&#232;rent le mot d'ordre de leurs organisations de classe. Et cependant qu'au nom du pr&#233;sident de la Douma noire, Rodzianko, arrivaient chaque jour des t&#233;l&#233;grammes de congratulation de la part des comit&#233;s de Bourse, des unions de propri&#233;taires fonciers et des organisations commerciales et industrielles, de toutes parts arrivaient les nouvelles des gr&#232;ves et des d&#233;monstrations du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la &#171; conscience publique &#187; des sommit&#233;s bourgeoises-militaires agraires entra en une collision extr&#234;mement aigu&#235; avec la &#171; conscience publique &#187; du prol&#233;tariat. &#171; Vive la dictature militaire ! &#187; criaient les &#171; hommes du cens &#187;. &#171; A bas la contre-r&#233;volution ! &#187; d&#233;clarait avec d&#233;cision le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clique bourgeoise-monarchiste s'&#233;tait impos&#233; le but d'agir par deux voies : par la voie de l'action &#171; parlementaire &#187; &#224; la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; et par la voie de l'action extra-parlementaire des junkers, des Cosaques et des officiers, en t&#232;te desquels les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires et sous la dictature personnelle de Kornilov. Le terrain d'une telle action &#233;tait soigneusement pr&#233;par&#233;. On appelait &#224; Moscou les r&#233;giments de Cosaques. Les chevaliers de la croix de St-Georges mobilisaient en h&#226;te leurs &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les directeurs des &#233;coles militaires mettaient au point leurs mitrailleuses et en appelaient aux junkers, leur offrant de se &#171; lever en masse &#187;. Et pour les citadins, les petits boutiquiers, les marchands de grains, les nombreux fonctionnaires, les comm&#232;res, les &#171; intellectuels &#187;, tous ces avocats et ces journalistes, ces instituteurs et ces professeurs, ces popes et ces anciens brigadiers de police, ces rats de Palais et ces ing&#233;nieurs, ces artistes et ces docteurs en m&#233;decine &#8212; on leur pr&#233;parait l'entr&#233;e triomphale de Kornilov, qui devait, passant &#224; cheval sous des arcs de triomphe, aller &#171; baiser &#187;, &#224; l'exemple des tsars, l'ic&#244;ne d'Iversky devant les troupes &#233;chelonn&#233;es et criant &#171; un hourra enthousiaste &#187; pour le sauveur du monde bourgeois, et devant le public semant des fleurs sur son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citadin, qui applaudissait auparavant Kerensky apr&#232;s avoir, en mars, pleur&#233; des larmes d'attendrissement devant le &#171; premier r&#233;volutionnaire &#187; Rodzianko, le petit bourgeois attach&#233; au char de l'imp&#233;rialisme aspirait vraiment &#224; l'&#171; ordre &#187; et &#224; un &#171; pouvoir ferme &#187;. Il s'indignait positivement de tout : il s'indignait de voir les soldats suspendus absolument inutilement aux marchepieds des tramways, et il se r&#233;jouissait sinc&#232;rement lorsqu'ils se cassaient le cou ! il s'indignait des femmes de chambre et des concierges qui gagnaient maintenant un peu plus de 10 roubles par mois et qui avaient l'audace d'exiger une existence humaine ; il s'indignait des Soviets qui &#171; pillaient &#187; les propri&#233;taires et r&#233;quisitionnaient les locaux vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme une marchande des halles il accueillait avidement toutes les calomnies dirig&#233;es contre la r&#233;volution, et les r&#233;pandait imm&#233;diatement dans ses feuilles, ses journaux, ses proclamations, ses conversations &#224; haute voix et ses insinuations &#224; l'oreille. Le veston graisseux du charcutier et le costume &#233;l&#233;gant de la danseuse d'Op&#233;ra s'y rencontraient d'une fa&#231;on touchante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce citadin-l&#224; qui devait jouer le r&#244;le du &#171; peuple &#187; couronnant, de concert avec la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187;, le nouveau Messie qui devait sauver les &#171; gens comme il faut &#187; de la &#171; tyrannie des soldats ne faisant pas la guerre et des ouvriers ne travaillant pas &#187;2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou, d&#233;j&#224; proclam&#233;e &#171; d'Etat &#187; fut une com&#233;die historique de premi&#232;re grandeur. A peine serait-il possible de trouver un exemple d'hypocrisie plus profonde que les sc&#232;nes qui se jouaient dans la salle d'op&#233;ra du Grand Th&#233;&#226;tre, comme d'apr&#232;s une partition. Tout ce qui s'y passait &#233;tait un march&#233; o&#249; se jouait une lutte fictive, un march&#233; sans l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence repr&#233;sentait un march&#233; entre les chefs petits-bourgeois et les gens du cens, mais c'&#233;tait aussi un march&#233; entre deux dictateurs dont l'un &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent, et l'autre, dont on ne faisait encore qu'attendre la venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;galisation du front avait lieu suivant les mots d'ordre du parti de la libert&#233; populaire &#187; &#8212; &#233;crivait l'officieux cadet Retch3, en bouclant le bilan de la com&#233;die. Ainsi, semblait-il, cette pi&#232;ce avait plus ou moins atteint son but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence parlait au nom de la &#171; nation &#187;. En r&#233;alit&#233;, les fondements de la nation, le prol&#233;tariat et les paysans pauvres en avaient &#233;t&#233; exclus. En revanche, toutes les nuances du bloc des poss&#233;dants avaient &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233;es. Le marchandage avait lieu en l'absence du ma&#238;tre. Mais il n'en &#233;tait pas moins un marchandage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enrouements imp&#233;rialement arrogants de Kerensky lorsqu'il promettait du fer et du sang au prol&#233;tariat, seraient d'introduction aux sc&#232;nes &#233;c&#339;urantes de fraternisation entre les gouvernants gav&#233;s par le capital et les h&#233;ros des perfidies petit-bourgeoises, entre le Bonaparte ex-avou&#233;, juriste et le dictateur des g&#233;n&#233;raux cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky savait que Kornilov concentrait des troupes pour tenter un coup d'Etat arm&#233;. Mais il le saluait comme &#171; le premier soldat de la R&#233;volution &#187;, au milieu des hurlements enthousiastes de tous les buffles et requins de la Bourse. Et en m&#234;me temps, &#171; &#224; toute &#233;ventualit&#233; &#187;, on faisait des contre-pr&#233;paratifs, et les deux adversaires allaient prudemment passer la nuit dans des wagons, pr&#234;ts &#224; chaque instant &#224; un d&#233;part pr&#233;cipit&#233;. Tseretelli savait que la d&#233;mocratie n'avait rien &#224; attendre de la r&#233;action qui se d&#233;veloppait &#224; toute vitesse. Mais il serrait avec effusion la main de la clique financi&#232;re Boublikoff, la suppliant &#8212; comme l'&#233;crivirent plus tard les Izvestia du C.C.E. d&#233;fensiste &#8212; d'&#171; effacer pour un temps les malentendus de classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triumvirat : Alexeiev, Kornilov, Kal&#233;dine &#8212; d&#233;veloppa pleinement le programme de tortures &#233;labor&#233; par les capitalistes de la finance. Coup de gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution, destruction des &#171; Soviets et comit&#233;s &#187;, balayer compl&#232;tement ou rendre absolument inoffensives les organisations militaires &#8212; tel &#233;tait le programme des g&#233;n&#233;raux, approuv&#233; par l'usine, la propri&#233;t&#233;, la banque et la Bourse. Mais pas uniquement par ceux-ci, ni directement. Le discours-programme lu par Kornilov avait &#233;t&#233; &#233;crit pour le g&#233;n&#233;ral, par le lieutenant de Kerensky, Philonenko, le m&#234;me Philonenko qui avait, avec Savinkov, &#233;tabli pour Kerensky le projet de la peine de mort dans l'arm&#233;e. Inutile de dire que les Milioukov et les Riabouchinsky s'&#233;taient fix&#233; la m&#234;me ligne de conduite que leurs amis militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on appelait la &#171; d&#233;mocratie &#187;, c'est-&#224;-dire les Soviets, les conseillers municipaux, les employ&#233;s des coop&#233;ratives, qui agissaient sous le manteau de la r&#233;volution, arriva &#224; la Conf&#233;rence avec une d&#233;claration qui diminuait encore la plateforme d&#233;j&#224; si fragile des d&#233;fensistes. La lutte pour la paix avait presque compl&#232;tement cess&#233; (ce n'est pas en vain que le journal de l'Okhrana, le Novo&#239;e Vr&#233;mia, &#233;crivait que &#171; la Russie avait montr&#233; qu'elle n'&#233;tait nullement un troupeau internationaliste ! &#187;) &#8212; tout avait &#233;t&#233; ramen&#233; .m mot d'ordre &#171; omninational &#187; de la d&#233;fense. &#171; Prudence &#187; et &#171; r&#233;alisme &#187; sur toute la ligne ! Pas un pas sans la permission du ma&#238;tre qui crie d&#233;j&#224; : &#171; coucher &#187; ! M&#234;me l'organe de la r&#233;volution mod&#233;r&#233;e et de la mod&#233;ration r&#233;volutionnaire, la Nova&#239;a Jizn, appr&#233;ciant la d&#233;claration de Tchkheidz&#233;, demandait avec stup&#233;faction : &#171; La fantaisie la plus folle de Milioukov et de Goutchkov aurait-elle pu exiger quelque chose de plus il y a deux mois ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les app&#233;tits de la bourgeoisie croissaient sans cesse, il &#233;tait inutile d'en attendre de la reconnaissance envers les capitulants de la &#171; d&#233;mocratie &#187;. Et lorsque Tchernov, ce menu filou de la politique, qui cache sa poltronnerie sous des r&#233;flexions sur l'&#233;thique, se mit &#224; applaudir Kal&#233;dine alors que celui-ci protestait contre les accusations de contre-r&#233;volution dont on accablait les Cosaques, le brave g&#233;n&#233;ral lui fit une r&#233;ponse insultante, en d&#233;clarant qu'&#171; il n'y avait pas de place pour les d&#233;faitistes au sein du gouvernement ! &#187;. En vain s'&#233;tendit-on sur les &#171; sacrifices &#187;, sur les &#171; concessions mutuelles &#187;, sur les &#171; probl&#232;mes omninationaux &#187; ; en vain le &#171; g&#233;n&#233;reux &#187; Tseretelli versa-t-il des torrents de larmes, en vain le &#171; chef retrait&#233; &#187; Plekhanov multiplia-t-il les anecdotes ; en vain le n&#233;gateur de tout Etat, admirateur de la Conf&#233;rence d'Etat, le prince Kropotkine, prodigua-t-il ses enseignements, second&#233; de tous les grands-p&#232;res et de toutes les grands-m&#232;res de la r&#233;volution russe : les capitalistes et leurs id&#233;ologues maintinrent leur point de vue. Ils le maintinrent dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de l'affaire : la &#171; d&#233;mocratie &#187; se montra ob&#233;issante. On pouvait lui faire pleine confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le petit boutiquier me chante victoire m&#234;me lorsqu'on soufflette l'une de ses joues : ne comprenez-vous pas qu'il a encore une force qui aurait pu &#234;tre soufflet&#233;e ? C'est pourquoi les chefs &#171; d&#233;mocrates &#187; regardaient chacune de leurs d&#233;faites comme une victoire. Quelques-uns d'entre eux reconnaissaient que la &#171; d&#233;mocratie &#187; avait recul&#233;. Mais c'est justement &#8212; assurait &#171; l'organe de la pens&#233;e socialiste &#187; le Dien, qui a mis sa pens&#233;e &#224; la solde du capital des banques &#8212; &#171; c'est justement parce qu'elle (la d&#233;mocratie) &#233;tait forte, qu'elle a eu l'audace de reculer &#187;. &#171; L'audace de reculer ! &#187; &#8212; telle &#233;tait &#171; l'audace &#187; de messieurs Tseretelli et Tchkheidz&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le r&#233;sultat de la Conf&#233;rence de Moscou fut un march&#233; comportant un coup de barre &#224; droite, ce fait ne servit pas seulement les r&#233;actionnaires naturels : le capital international y &#233;tait, lui aussi, profond&#233;ment int&#233;ress&#233;. Les ambassadeurs alli&#233;s, entass&#233;s dans la loge imp&#233;riale ne salu&#232;rent personne avec autant de chaleur que le trio sanguinaire des g&#233;n&#233;raux. L'on comprend que le &#171; plus proche r&#233;sultat de la Conf&#233;rence de Moscou ait &#233;t&#233; la possibilit&#233; de conclure un emprunt de cinq milliards sur le march&#233; &#233;tranger4 &#187;. Ce fut d'autant plus &#171; possible &#187; que le g&#233;n&#233;ral Kornilov mena&#231;ait ouvertement de rendre Riga, exigeant la peine de mort &#224; l'arri&#232;re. Il &#171; ex&#233;cuta &#187; plus tard cette menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; ne se transforma pas en un Long Parlement, comme l'esp&#233;raient ces messieurs du Novo&#239;e Vr&#233;mia. Mais aussi il n'y eut pas de coup d'Etat ext&#233;rieur, comme celui qu'invoquaient ardemment les bourgeois de toutes les nuances. Il est vrai que le &#171; nom &#187; du &#171; h&#233;ros &#187; volait d&#233;j&#224; sur toutes les bouches. L'aventurier militaire, l'&#171; honn&#234;te &#233;p&#233;e &#187;, born&#233;, mais allant droit au but, ce g&#233;n&#233;ral trapu &#224; la physionomie de Kalmouk, qui avait la ferme r&#233;solution de noyer les rues des villes dans le sang des ouvriers et, au moyen des fusillades, d'en finir avec les soldats r&#233;volutionnaires, &#233;tait tout &#224; fait l'homme qu'il fallait &#224; Milioukov et &#224; Riabouchinsky. A ses audiences, on arrivait avec des rapports comme l'on arrive avec des rapports chez les &#171; personnes augustes &#187; : Poutilov et Riabouchinsky, le diplomate suspect Aladyine, le chef du parti cadet Prilioukov, &#8212; tous se prosternaient successivement aux pieds du bourreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si fort que d&#233;sirassent ceux qui aspiraient &#224; la dictature du g&#233;n&#233;ral, que la Conf&#233;rence de Moscou sanctionn&#226;t le coup d'&#201;tat, celui-ci n'eut pas lieu. Messieurs les g&#233;n&#233;raux s'aper&#231;urent que le prol&#233;tariat, qui avait salu&#233; de sa gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale les rapaces assembl&#233;s, avait r&#233;agi. Il fallait gagner du temps. Il convenait donc de mobiliser les forces militaires de la contre-r&#233;volution, afin de saigner &#224; blanc d'un coup d&#233;cisif les ouvriers rebelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le complot fut remis, mais non supprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus importante des op&#233;rations pr&#233;paratoires &#224; ce complot fut la monstrueuse provocation sur le front. Kornilov rendit Riga en &#233;change de la peine de mort. A dessein, par fractions, on envoya &#224; une perte certaine les meilleurs r&#233;giments des tirailleurs lettons, enti&#232;rement bolch&#233;vistes. Kornilov jouait &#224; coup s&#251;r. S'ils avaient refus&#233; d'ob&#233;ir &#224; l'ordre, on aurait pu leur attribuer la responsabilit&#233; de la d&#233;faite et les d&#233;truire par la main des bourreaux. La peine de mort aurait alors envahi le pays tout entier. S'ils ob&#233;issaient, ils &#233;taient d&#233;truits par les balles allemandes. Ils ob&#233;irent, pour ne pas donner aux chevaliers de la contre-r&#233;volution la possibilit&#233; de calomnier les bolch&#233;viki. Et ils p&#233;rirent. Mais la mort ne les pr&#233;serva pas de la calomnie. En m&#234;me temps que Kornilov &#171; rassurait &#187; les pillards alli&#233;s par des renseignements secrets, leur communiquant les v&#233;ritables motifs de la reddition de Riga, de son quartier-g&#233;n&#233;ral il r&#233;pandait les calomnies les plus honteuses sur ses soldats. C'est en vain que les organisations militaires protestaient : c'est en vain m&#234;me que protestaient les commissaires du Gouvernement Provisoire : en vain Vo&#239;tinsky, qui aux journ&#233;es de juillet pr&#234;chait les fusillades d'ouvriers, jurait-il &#171; &#224; la face du pays tout entier &#187;, que les soldats se comportaient h&#233;ro&#239;quement. Le quartier-g&#233;n&#233;ral mentait sans interruption, racontant des histoires d'abandons illicites des positions, d'insubordination aux ordres, d'agents allemands. Une nouvelle vague boueuse de mensonges sans pr&#233;c&#233;dent et de perfide pers&#233;cution des soldats avait inond&#233; le pays entier. Les journaux &#171; hautement patriotiques &#187; des magnats du capital repr&#233;sentaient l'arm&#233;e comme une cohue de mis&#233;rables poltrons, comme une bande sauvage de pillards. Et en r&#233;ponse aux communiqu&#233;s officiels russes, envoy&#233;s par le &#171; commandant en chef &#187;, arrivait l'&#233;cho de la presse capitaliste d'Occident et d'Am&#233;rique. Le Matin et le Times, le Temps et le Daily Chronicle fourmillaient d'&#233;pith&#232;tes choisies, d'injures &#224; l'adresse d'une arm&#233;e trahie par les g&#233;n&#233;raux et par la bourgeoisie : &#171; fuite sans combat &#187;, &#171; d&#233;sob&#233;issance aux ordres &#187;, &#171; ridicules comit&#233;s d'arm&#233;e &#187;, &#171; esprit de trahison que l'on observe parmi les troupes russes &#187;, &#171; r&#233;tablissement d'une discipline de fer &#187;, &#8212; en un mot, toute la terminologie russe des policiers du Novo&#239;e Vr&#233;mia et des imp&#233;rialistes de la Retch &#233;tait brillamment assimil&#233;e par les &#171; alli&#233;s &#187;, qui &#233;taient secr&#232;tement inform&#233;s de tout et ne faisaient qu'aider les Milioukov &#224; atteindre le but d&#233;sir&#233; : la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171; d&#233;mocratie &#187; ? L'arm&#233;e de l'union sacr&#233;e poursuivait son ancienne politique : terroris&#233;e par les cris d'&#171; anarchie &#187;, pitoyable, battue, cette &#171; d&#233;mocratie &#187; de Tchkh&#233;&#239;dz&#233; et de Tseretelli, de Liber et de Dan ne trouvait en soi que le courage de tomber sur les bolch&#233;viki qui menaient une campagne &#233;nergique contre les fusillades et les supplices. Les choses en vinrent au point que le Novo&#239;e Vr&#233;mia &#233;crivait avec pleine raison : &#171; Ouvrez les Izvestia des Sov. des D&#233;p. Ouv. &#187; Cela m&#234;me qu'imprimait le Novo&#239;e Vr&#233;mia en avril, remplit maintenant les colonnes de ce journal gouvernemental. Avec un retard de deux mois ? &#8212; C'est en g&#233;n&#233;ral la norme pour la lente r&#233;flexion des camarades &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec un retard de deux mois &#187;, la d&#233;mocratie (!) r&#233;volutionnaire (! !) s'&#233;tait approch&#233;e des positions des gens de Souvorine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le bloc des partis petit-bourgeois, qui perdait la confiance des masses, s'amusait &#224; une capitulation permanente devant les forces contre-r&#233;volutionnaires, le bloc de ces derni&#232;res continuait &#224; se pr&#233;parer en vue de l'organisation de l'action. A l'arri&#232;re et sur le front, dans les capitales et sur le Don, des centres de combat de la contre-r&#233;volution se formaient. Le &#171; commandant en chef &#187; et le &#171; premier soldat de la r&#233;volution &#187; redistribuaient fi&#233;vreusement les forces militaires, &#233;vacuant les troupes r&#233;volutionnaires des centres de la r&#233;volution et remplissant ceux-ci d'unit&#233;s de cavalerie &#171; s&#251;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce travail pr&#233;paratoire &#233;tait men&#233; sous le mot d'ordre invent&#233; par les provocateurs des cadets et des g&#233;n&#233;raux : lutte contre le complot des bolch&#233;viki. Pr&#233;parant le complot des agrariens et des capitalistes, ils protestaient contre un complot des ouvriers ; emmenant les troupes du front, ils accusaient de trahison les partis du prol&#233;tariat ; organisant la contre-r&#233;volution, l'esprit contre-r&#233;volutionnaire des ouvriers et des soldats provoquait leurs hurlements ; allant vers la guerre civile, ils trompettaient que le prol&#233;tariat la pr&#233;parait ; d&#233;fendant les armes &#224; la main les b&#233;n&#233;fices du capital, ils d&#233;claraient que le mot d'ordre des ouvriers &#233;tait le mot d'ordre de la bourgeoisie fran&#231;aise : &#171; enrichissez- vous ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour les journaux capitalistes &#171; fixaient la date &#187; du soul&#232;vement bolch&#233;vik. Chaque jour, &#233;crivant sur les &#171; pogroms &#187; &#224; venir qu'&#233;taient cens&#233;s devoir produire les bolch&#233;viki, excitant le petit propri&#233;taire, qui par nature est poltron, mais devient sanguinaire d&#232;s qu'il se sent en s&#251;ret&#233;, les filous du gros capital &#171; cr&#233;aient l'atmosph&#232;re &#187; pour le coup d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Evaluant sobrement la situation &#8212; t&#233;l&#233;graphiait secr&#232;tement au minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res, le directeur de la chancellerie diplomatique aupr&#232;s de l'&#233;tat-major dans le G. Q.-G., Troubetsko&#239;. &#8212; il faut reconna&#238;tre que l'effectif entier du commandement, la majorit&#233; &#233;crasante de l'effectif des officiers et les meilleures unit&#233;s de combat de l'ann&#233;e suivront Kornilov. De son c&#244;t&#233; se mettront &#224; l'arri&#232;re, tous les Cosaques, la plus grande partie des &#233;coles militaires, ainsi que les meilleures unit&#233;s de ligne. A la force physique il faut ajouter... la sympathie morale de toutes les couches non-socialistes de la population, et dans les classes inf&#233;rieures... une indiff&#233;rence qui se soumettra &#224; chaque coup de cravache. Il est hors de doute qu'une quantit&#233; &#233;norme des socialistes de mars ne tarderont pas &#224; passer de leur c&#244;t&#233;... L'on ne peut dire que Kornilov pr&#233;pare le triomphe de Guillaume II, car au moment pr&#233;sent, les troupes allemandes n'ont plus &#224; triompher que de nos espaces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le &#171; rapport r&#233;el des forces &#187; &#233;tait &#233;valu&#233; par les conspirateurs de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ensemble, le complot contre-r&#233;volutionnaire embrassait trois milieux. Le cercle le plus vaste comprenait entre autres le Gouvernement Provisoire avec Kerensky en t&#234;te. C'&#233;tait le march&#233; de deux dictateurs contre la r&#233;volution, march&#233; qui avait &#233;t&#233; consolid&#233; dans de multiples pourparlers de derri&#232;re les coulisses, cach&#233;s non seulement aux yeux du peuple mais aussi &#224; ceux des chefs de cette m&#234;me &#171; d&#233;mocratie &#187; qui suivait encore Kerensky. Le second cercle, plus &#233;troit, comprenait la conspiration de Kornilov dans son sens propre. Ici &#233;taient mobilis&#233;es toutes les forces les plus s&#251;res de la contre-r&#233;volution avec les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires en t&#234;te. Enfin, le troisi&#232;me cercle, la conspiration dans la conspiration, contenait la conspiration monarchique d'une poign&#233;e d'anciens courtisans de Nicolas II, sous la direction d'une paire de s&#233;nateurs, d'officiers titr&#233;s de la garde, de l'ex-demoiselle d'honneur Marguerite Dournovo, des grands-ducs et des ma&#238;tres-chanteurs filous de la clique du Palais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky, qui comprenait fort bien que la bourgeoisie avait besoin non plus de lui, mais de Kornilov, allait toujours plus loin sur le chemin de l'adaptation au courant contre-r&#233;volutionnaire. Mais il lui fallait l'apparence au moins d'une liaison avec les masses. Sa position &#233;tait en fait la m&#234;me que la situation d'un agent provocateur qui s'est emp&#234;tr&#233; dans les filets de l'Okhrana : s'il ne trahit pas, on le renvoie ; mais on le renvoie tout aussi bien lorsqu'il est d&#233;voil&#233; par les r&#233;volutionnaires qu'il trahissait. Kerensky avait d&#233;j&#224; perdu presque tout cr&#233;dit aupr&#232;s des masses. Mais pour remplir ses honorables fonctions, il devait encore faire un geste de menace &#224; droite, pour en r&#233;alit&#233; remplir son r&#244;le de massacreur par rapport aux gauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'avancer ouvertement contre Kornilov &#8212; cela e&#251;t signifi&#233; rompre avec la clique des financiers et des g&#233;n&#233;raux ; mais entrer ouvertement en alliance avec eux, &#8230;. e&#251;t signifi&#233; d&#233;truire les derniers restes de confiance envers sa propre personne, dont la r&#233;putation &#233;tait d&#233;j&#224; sans cela fortement avari&#233;e. En pr&#233;sence de ces conditions, il ne restait qu'une chose &#224; faire : tout en jouant la com&#233;die de la lutte, entrer en r&#233;alit&#233; dans des marchandages de coulisses, c'est-&#224;-dire en fait entrer dans la conspiration contre la r&#233;volution. Ceci &#233;tait d'autant plus facile &#224; faire, que tous les lieutenants de Kerensky &#233;taient d'enrag&#233;s kornilovistes : Savinkov, Philonenko, Bourtsef, sans m&#234;me parler des membres du parti cadet, &#233;taient de chaleureux partisans du coup d'&#201;tat en faveur de la propri&#233;t&#233; des nobles et des bureaux des banquiers. C'est pourquoi les premiers pr&#233;paratifs pour la lutte (et pour la lutte non plus contre les &#171; bolch&#233;viki &#187; seulement, mais contre les soviets mench&#233;viki et social-r&#233;volutionnaires) furent faits selon les dispositions des com&#233;diens bonapartistes ; et Savinkov, de l'aveu m&#234;me de Kerensky, concentrait vers P&#233;tersbourg le 3me corps de cavalerie pour venir &#224; bout de cette m&#234;me d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, pour un partisan de laquelle il se donnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t, Kornilov pr&#233;senta son ultimatum par l'interm&#233;diaire du prince Lvov, un des ministres du premier gouvernement &#171; r&#233;volutionnaire &#187;. Kerensky &#171; arr&#234;te &#187; Lvov. Kornilov, dans le quartier-g&#233;n&#233;ral duquel s'&#233;taient embusqu&#233;s les &#171; hommes politiques &#187;, &#233;dite un manifeste solennel &#171; au peuple russe &#187;, o&#249; il d&#233;clare que le gouvernement est aux mains des Allemands et des bolch&#233;viki. Les &#171; op&#233;rations militaires &#187; commencent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Goutchkov, Rodzianko, Nabokov et les autres chefs de la bourgeoisie des cadets et des bandes noires organisent l'incursion des brigands du quartier-g&#233;n&#233;ral, les ministres cadets font sauter le gouvernement de l'int&#233;rieur, afin d'affaiblir leurs nigauds de coll&#232;gues &#171; socialistes &#187;. Le cabinet se disperse avec bruit et fracas. Une confusion incroyable commence parmi les &#171; dirigeants &#187;. Apr&#232;s des supplications, des pourparlers, des menaces et des pri&#232;res, dans le r&#233;seau des plus sales intrigues, le monde voit poindre le gouvernement Kerensky-Kichkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bourse r&#233;pond &#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne de Kornilov par un rel&#232;vement g&#233;n&#233;ral des valeurs. Le capital international applaudit dans sa presse avec une rare unanimit&#233; au &#171; sauveur de la Russie &#187;. Non seulement les organes de la bancocratie alli&#233;e, tels que le Times, le Temps ou les mercenaires des trusts am&#233;ricains, mais la presse imp&#233;rialiste allemande, elle aussi, salue avec enthousiasme le nouveau h&#233;ros. Le gouvernement anglais met &#224; la disposition de Kornilov ses automobiles blind&#233;es, afin d'aider &#224; la r&#233;pression de P&#233;tersbourg rouge. L'armement et les finances sont dirig&#233;s contre les ouvriers et les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment avec le mouvement des troupes korniloviennes vers P&#233;tersbourg, l'ultimatum de la contre-r&#233;volution est soutenu par la menace d'ouvrir le front aux Allemands. La main droite de Kornilov, le g&#233;n&#233;ral Loukomsky, d&#233;clare que le front sera ouvert et qu'un armistice s&#233;par&#233; sera conclu, afin de jeter les troupes dans le bain sanglant de la capitale. Patriotes brevet&#233;s, gardiens jur&#233;s de la &#171; fiert&#233; nationale &#187;, Saint-Georges au c&#339;ur noir et &#224; la doublure rouge, ces g&#233;n&#233;raux &#233;taient pr&#234;ts &#224; ramper bassement devant la ba&#239;onnette prussienne, uniquement pour pouvoir diriger une partie de leurs troupes contre le prol&#233;tariat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vent d'orage passa sur le pays. Le prol&#233;tariat, qui avait veill&#233; tout le temps, qui avait vainement appel&#233; et averti la d&#233;mocratie petite-bourgeoise du danger mena&#231;ant, tressaillit. Les ouvriers des capitales et des provinces coururent aux armes. Partout o&#249; il y avait la moindre possibilit&#233; de trouver des d&#233;fenseurs d'acier pour la libert&#233;, les prol&#233;taires s'armaient. En un instant P&#233;tersbourg cr&#233;a une garde rouge. Les ouvriers des fabriques de canons doubl&#232;rent d'un coup la productivit&#233; de ces fabriques et se mirent &#224; fournir des mitrailleuses, des canons et des munitions pour la d&#233;fense contre leurs adversaires de classes. Le parti prol&#233;tarien, les bolch&#233;viki, proclama le mot d'ordre de la lutte jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de sang, de la lutte, non pour Kerensky, mais pour la r&#233;volution. Et pourtant, en cet instant critique, la marche m&#234;me de la lutte fit occuper les postes dangereux par la classe ouvri&#232;re et par son parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Soviets et la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, pris d'une mortelle terreur, se pr&#233;cipit&#232;rent vers les prol&#233;taires. Les matelots bolch&#233;vistes de Kronstadt, que l'on avait tant calomni&#233;s, que l'on avait nomm&#233; contre-r&#233;volutionnaires et ennemis de la libert&#233;, furent proclam&#233;s ses meilleurs d&#233;fenseurs et appel&#233;s en toute h&#226;te &#224; P&#233;tersbourg. Les ouvriers, contre lesquels, en juillet, on faisait venir les r&#233;giments de cavalerie &#171; s&#251;rs &#187; et les &#171; unit&#233;s de choc &#187;, furent d&#233;clar&#233;s rempart de la r&#233;volution. Le parti du prol&#233;tariat, auparavant trait&#233; comme un ramassis de criminels, de provocateurs et d'espions, fut r&#233;habilit&#233; dans les vingt-quatre heures et reconnu un alli&#233; bienvenu. Les chefs sovi&#233;tistes de la petite bourgeoisie se jet&#232;rent pr&#233;cipitamment du c&#244;t&#233; de la classe ouvri&#232;re : ils comprenaient parfaitement que la contre-r&#233;volution avait sa logique ; ils savaient que la bande kornilovienne victorieuse balayerait non seulement les bolch&#233;viki, mais tous les coalitionnistes ; ils voyaient que la r&#233;action &#233;tait pr&#234;te &#224; tout d&#233;truire, les &#171; Soviets et les comit&#233;s &#187;, suivant la demande de Milioukov et de Riabouchinsky. Et, tremblant de tous leurs membres, ils se mirent &#224; glapir plaintivement sur l'&#171; unit&#233; du front r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e des masses fut extraordinairement forte. Litt&#233;ralement toutes les organisations ouvri&#232;res se lev&#232;rent. Dans les Soviets, malgr&#233; la majorit&#233; coalitionniste, on sentit les pulsations d'une nouvelle art&#232;re combative. Partout &#8212; dans les capitales et dans les villes perdues des provinces &#8212; il se cr&#233;ait des organes r&#233;volutionnaires du pouvoir. A P&#233;tersbourg et &#224; Moscou, le peuple arm&#233; r&#233;apparut sur la sc&#232;ne. Et partout o&#249; il &#233;tait question seulement de mobilisation des forces, de pression sur les troupes, de collectivit&#233;s de combat responsables, le parti du prol&#233;tariat se trouvait &#234;tre l'organisation la plus hardie, la plus d&#233;cid&#233;e et la plus capable de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov se fl&#233;trit avant d'avoir eu le temps de fleurir. Les forces militaires de Kornilov, qui marchaient sur P&#233;tersbourg, ayant &#233;t&#233; tromp&#233;es par leurs g&#233;n&#233;raux, se d&#233;composaient d&#232;s leur premier contact avec les troupes envoy&#233;es contre elles, non par Kerensky, qui jouait la com&#233;die, mais par les organisations sovi&#233;tistes, auxquelles avait pass&#233; en fait la direction militaire. Et dans les centres urbains, o&#249; les chevaliers de la Croix de St- Georges, les soldats de choc et les femmes de choc, les officiers et les g&#233;n&#233;raux, avaient tant parl&#233; du &#171; jour &#187; de joie, et o&#249; ils avaient avec une telle &#171; intr&#233;pidit&#233; &#187; arbor&#233; les cocardes korniloviennes, d&#233;montrant leur m&#233;pris souverain envers la &#171; pl&#232;be d&#233;cha&#238;n&#233;e &#187; &#8212; ces h&#233;ros ne se d&#233;cid&#232;rent pas du tout &#224; agir. Ils connaissaient la valeur de leurs alli&#233;s &#8212; la masse des petits propri&#233;taires, qui n'est audacieuse que lorsqu'elle est en s&#233;curit&#233;. L'appui de Kal&#233;dine, qui devait marcher venant du sud et couper le nord des transports de bl&#233;, s'exprima seulement par le fait que l'on envoya vers Moscou durant quelques jours, des wagons de melons d'eau et de tournesols au lieu de bl&#233;. L'attaque des brigands contre le peuple avait &#233;chou&#233;. Les conspirateurs avaient &#233;videmment trop pr&#233;sum&#233; de leurs forces. Mais ils avaient aussi trop m&#233;pris&#233; les forces de la r&#233;volution. &#171; Les bas-fonds des villes &#187; ne montraient aucune disposition &#224; se soumettre aux &#171; coups de cravaches &#187;, comme l'esp&#233;raient les bandits du capital. Ces bas-fonds, en r&#233;ponse &#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne du g&#233;n&#233;ral s'&#233;taient &#233;cri&#233;s unanimement : &#171; La mort ou la victoire ! &#187; et avec un enthousiasme que seul est capable de d&#233;velopper une classe de travailleurs, brillants d'inspiration, comprenant leurs grandes destin&#233;es historiques ; jeunes et h&#233;ro&#239;ques, ils s'&#233;taient pr&#233;cipit&#233;s aux avant- postes de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraternisation fut la m&#233;thode fondamentale de dissolution des troupes korniloviennes. M&#234;me les Turkm&#232;nes-Tekk&#233;s &#224; moiti&#233; sauvages, dont le fougueux g&#233;n&#233;ral avait donn&#233; des cohortes choisies pour le salut de la civilisation bourgeoise, m&#234;me ces &#171; sauvages &#187; que l'on avait imagin&#233; d'apprivoiser pour ma&#238;triser les Huns du &#171; socialisme, du communisme et de l'anarchie &#187;, perdaient leur d&#233;vouement servile &#224; Kornilov. L'offensive militaire sur le front int&#233;rieur, que l'on pr&#233;parait dans les salons les plus &#233;l&#233;gants des m&#233;c&#232;nes russes, au sujet de laquelle la presse bourgeoise avait sonn&#233; les grands carillons de toutes ses cloches, cette offensive s'&#233;tait soudain rid&#233;e comme une vessie o&#249; l'on pique une aiguille, et l'aust&#232;re h&#233;ros de la bourgeoisie ne repr&#233;sentait plus qu'un homme stupidement ent&#234;t&#233;, qui se distingue par tout ce que l'on voudra, sauf par le g&#233;nie d'un triomphateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;meute kornilovienne joua un r&#244;le diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; celui que cherchait la cabale bourgeoise : elle ouvrit les yeux non seulement aux ouvriers retardataires, mais aux paysans, non seulement aux hommes de l'arri&#232;re, mais aux soldats du front ; elle provoqua un immense regroupement de forces et consolida extraordinairement la position du parti du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir coalitionniste, qui avait ouvert toutes grandes les portes pour l'entr&#233;e solennelle de la contre-r&#233;volution, n'avait pu surgir ni se maintenir qu'en se basant sur la confiance inconsciente des masses capitalistes et sur leur d&#233;fensisme de bonne foi. Et c'est &#224; ce m&#234;me titre que les masses avaient pu reconna&#238;tre pour guides les socialistes- r&#233;volutionnaires et les mench&#233;viki. L'excitation joyeuse, sentimentalement na&#239;ve, de la r&#233;volution de mars, de cette r&#233;volution &#171; omninationale &#187;, o&#249; m&#234;me les filous br&#251;l&#233;s de l'oligarchie financi&#232;re faisaient semblant d'&#234;tre attendris et approchaient des mouchoirs blancs de leurs yeux bouffis de graisse, la confiance des masses tromp&#233;es envers les pesants &#171; chefs de la r&#233;volution &#187; v&#234;tus de noir, tels que les Rodzianko et les Lvov &#8212; s'en allait maintenant en fum&#233;e. Le d&#233;veloppement de la lutte des classes brisait toutes les illusions, faisait tomber tous les voiles, arrachant impitoyablement leurs masques &#224; tous les h&#233;ros du mensonge et montrant aux masses le v&#233;ritable visage de rapaces de ces &#171; bienfaiteurs du peuple &#187;. Les imp&#233;rialistes bourgeois et la presse de la social-trahison, auxquels l'on croyait auparavant, &#224; ce point que pendant les journ&#233;es de juillet la bourgeoisie avait r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un &#233;tat de si&#232;ge contre le parti prol&#233;tarien traqu&#233; &#224; tous les carrefours, avaient maintenant perdu la confiance des masses, d&#233;finitivement et irr&#233;vocablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, qui d&#233;j&#224; au temps de la Conf&#233;rence de Moscou suivait en sa majorit&#233; la social-d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, perdait rapidement tout ce qui lui restait d'illusions petites-bourgeoises autrefois inh&#233;rentes &#224; ces couches attard&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans avaient vu dans l'action de Kornilov une attaque de la part des propri&#233;taires fonciers et une menace r&#233;elle &#224; leurs r&#234;ves terriens. Si jusque-l&#224; les paysans, &#224; la grande joie de tous les grands propri&#233;taires, avaient &#171; support&#233; &#187; et remis la d&#233;cision de la question &#171; jusqu'&#224; la r&#233;union de l'Assembl&#233;e Constituante &#187;, ce &#224; quoi s'appliquaient et s'occupaient messieurs les socialistes-r&#233;volutionnaires, en revanche leur patience m&#234;me &#233;tait maintenant &#224; bout. Aussit&#244;t apr&#232;s le mouvement kornilovien des propri&#233;taires, un immense mouvement des paysans se dessina, se muant parfois en un v&#233;ritable soul&#232;vement des paysans. La presse capitaliste signalait avec terreur ce fait, inscrivant les &#171; d&#233;sordres &#187; agraires dans la rubrique de &#171; l'anarchie &#187; et des &#171; pillages &#187;. En r&#233;alit&#233;, le mouvement agraire &#233;tait l'indice du d&#233;veloppement de la conscience des paysans, qui ne se contentaient plus des &#233;ternelles promesses. Les &#171; usurpations illicites &#187;, si ha&#239;es de la bourgeoisie, &#233;taient devenues des &#233;v&#233;nements ordinaires. La terre fuyait rapidement des mains des propri&#233;taires et commen&#231;ait &#224; se d&#233;poser solidement entre les mains des paysans. L'arm&#233;e, qui jadis croyait aveugl&#233;ment en Kerensky, attir&#233;e dans la honteuse offensive de juin, &#233;tait maintenant, apr&#232;s le coup de cravache du bourreau, remplie de haine envers tout l'effectif de commandement, y compris les officiers. L'effectif de commandement, qui s'&#233;tait montr&#233; enti&#232;rement korniloviste, avait introduit la peine de mort, avait calomni&#233; et pers&#233;cut&#233; les soldats, les trahissant &#224; chaque pas, traitant l'ancien &#171; saint animal &#187; comme une vile pl&#232;be &#8212; cet effectif de commandement avait senti se poser sur lui le regard fixe et rempli de haine d'une arm&#233;e de plusieurs millions d'hommes. La lutte de classes qui secouait la soci&#233;t&#233; enti&#232;re, s'&#233;tait transport&#233;e sur le front avec une force incroyable. Une fois pour toutes, l'arm&#233;e avait rejet&#233; de dessus soi le joug des imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'&#233;pop&#233;e kornilovienne avait aiguis&#233; &#224; l'extr&#234;me les questions nationales. Cette aventure avait &#233;t&#233; une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de l'imp&#233;rialisme de grande puissance russe. Sous le faux mot d'ordre d'une &#171; Russie une et indivisible &#187;, que mettaient en avant les g&#233;n&#233;raux patriotisants et les patriotes g&#233;n&#233;ralisant de la &#171; classe commerciale et industrielle &#187;, se dissimulait la politique habituelle de strangulation des pillards imp&#233;rialistes, qui s'en d&#233;lectaient encore aux temps b&#233;nis du tsarisme. Et si les g&#233;n&#233;raux &#224; cravache et sans cravache mettaient en avant le mot d'ordre &#171; une et indivisible &#187;, cela signifiait que ceux que l'on appelait &#171; allog&#232;nes &#187; devaient commencer &#224; crier au secours. Aussi l'&#171; aventure &#187; kornilovienne et sa d&#233;faite provoqu&#232;rent-elles la croissance des tendances nationalistes et s&#233;paratistes et la d&#233;composition de l'imp&#233;rialisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement politique de la conscience de classes de larges masses populaires, s'exprima dans la compl&#232;te banqueroute des partis coalitionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mench&#233;viki s'appuyaient en majeure partie sur les couches arri&#233;r&#233;es, contamin&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s, les esp&#233;rances et les croyances petite-bourgeoises de la classe ouvri&#232;re ; car la banqueroute des illusions allait particuli&#232;rement vite parmi le prol&#233;tariat pr&#233;cis&#233;ment : ces illusions s'usaient avec une rapidit&#233; presque catastrophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;taient entr&#233;s dans une p&#233;riode de d&#233;composition int&#233;rieure, se divisant avec toujours plus d'acuit&#233; en id&#233;ologues du solide moujik qui doit triompher du monde entier et en id&#233;ologues des paysans les plus pauvres ; ce processus a trouv&#233; son expression dans la d&#233;marcation chez les socialistes-r&#233;volutionnaires d'une aile gauche, qui se renfor&#231;ait chaque jour. Enfin, formant boule de neige, le parti du prol&#233;tariat s'&#233;tait augment&#233;. Le pays se s&#233;parait de plus en plus en deux camps ennemis : l'un, &#8212; en t&#234;te duquel se tenait le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et son parti &#8212; devenait le camp de tous les travailleurs, le camp &#171; populaire &#187; ; et l'autre &#8212; r&#233;unissait toutes les fractions des classes dominantes, depuis l'ex-demoiselle d'honneur jusqu'au marchand de grains et l'usurier de village ; &#224; la t&#234;te de ce camp se trouvait le capital financier et le parti de la trahison populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche des &#233;v&#233;nements avait pos&#233; maintenant devant la camarilla bourgeoise le probl&#232;me direct de la guerre civile. La confiance disparue des masses envers le capital, la compl&#232;te d&#233;composition des partis coalitionnistes, la croissance fi&#233;vreusement rapide du parti du prol&#233;tariat, tout cela for&#231;ait la bourgeoisie &#224; s'orienter vers la guerre civile. Gouverner par le mensonge, la flatterie, la coalition ; gouverner par l'interm&#233;diaire des tra&#238;tres &#171; socialistes &#187; ; jouer aux d&#233;mocrates en brandissant le glaive de la peine de mort, devenait impossible. Il restait une chose &#224; faire : une nouvelle tentative de contre-r&#233;volution arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant que d'en arriver &#224; la bataille d&#233;finitive, l'histoire for&#231;a le pays &#224; passer encore une fois sous les fourches caudines d'une com&#233;die panrusse : la &#171; Conf&#233;rence D&#233;mocratique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; liquidation &#187; de l'aventure Kornilov. &#8212; La Conf&#233;rence D&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e d'en bas avait fait d&#233;vier le n&#339;ud coulant qu'avait d&#233;j&#224; savonn&#233; pour le peuple Saurus Kornilov, lequel avait recueilli par avance, les lauriers de la reconnaissance bourgeoise. Que le gouvernement bonapartiste le voul&#251;t ou non &#8212; le fait restait un fait. Il n'y avait plus qu'&#224; compter d'une fa&#231;on ou d'une autre avec ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la situation de Kerensky tra&#231;ait une ligne de conduite : continuer la fiction de la &#171; lutte avec la contre- r&#233;volution &#187; et en r&#233;alit&#233; lutter &#224; gauche. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l&#224; l'essentiel de cette farce (politique) que signifiait par elle-m&#234;me la &#171; liquidation &#187; de l'aventure de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; pouvoir &#187; lui-m&#234;me commen&#231;a &#224; se montrer sous un aspect vraiment tragi-comique. Une crise succ&#233;dait &#224; l'autre. A l'arri&#232;re-plan de la corruption politique g&#233;n&#233;rale des milieux dirigeants, s'agitait une bande d'&#233;perviers bonapartistes, form&#233;e d'&#233;l&#233;ments de la plus grande diversit&#233;, pr&#233;tendant aux premiers r&#244;les : Savinkov, ex-militant et terroriste, plus tard auteur d'une hom&#233;lie larmoyante contre l'assassinat et enfin auteur de la peine de mort : Philonenko, homme dont, selon son propre aveu, &#171; les paupi&#232;res ne clignaient pas &#187; et &#171; la voix ne tremblait pas &#187; en pronon&#231;ant la peine de mort pour les soldats, &#171; socialiste &#187; qui &#233;dulcorait les aphorismes korniloviens d'une certaine proportion de sadico-sologoubisme de son propre cru ; Kerensky en personne, et toute une compagnie de ses &#171; aides &#187; cad&#233;tomorphes et m&#234;me cadets, qui se tenaient devant la porte et ne faisaient que &#171; convoiter &#187;. Enfin, l'&#233;cume boueuse des duperies mutuelles et des march&#233;s de derri&#232;re les coulisses, donna naissance &#224; un directoire russe, suspect sous tous les rapports et dont les parrains furent d'un c&#244;t&#233; Tseretelli-Gotz, et de l'autre, les h&#233;ros du parti cadet qui pr&#233;f&#233;raient demeurer derri&#232;re les coulisses. Le &#171; Conseil des cinq &#187; ne brillait pas par les noms : &#224; sa t&#234;te se mit naturellement Kerensky, qui en investit quatre autres &#224; &#171; son image et &#224; sa ressemblance &#187; : Tereschtchenko, Verkhovsky, Verderevsky et Nikitine, un r&#244;le technique &#233;tant r&#233;serv&#233; &#224; Verkhovsky et &#224; Verderevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se forma le directoire, qui devait &#233;videmment &#234;tre un pont conduisant au consulat. Le na&#239;f travailliste Boulat reconnut ouvertement l'habilet&#233; du citoyen Kerensky : &#171; Pendant que nous nous disputions et que nous discourions ici, le pouvoir fut cr&#233;&#233; sans notre aide... Qui sait, peut-&#234;tre m&#234;me n'aurons-nous plus &#224; nous r&#233;unir ici [c'est-&#224;-dire dans le Com. Ex&#233;c. Centr. &#8212; note de N. Bouk.]. La loi martiale est d&#233;cr&#233;t&#233;e chez nous. On arrivera chez nous, on invoquera tel ou tel paragraphe et l'on nous dispersera... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, le pouvoir s'&#233;difia simplement : il fut &#233;lu par Kerensky, approuv&#233; par Kerensky, rendu responsable devant Kerensky. Kerensky &#8212; telle est l'unique source du pouvoir ind&#233;pendant. Kerensky &#8212; tel est le seul vase d'&#233;lection de la gr&#226;ce d&#233;vers&#233;e encore par le gouvernement de la premi&#232;re heure. Kerensky &#233;tait le chef &#171; reconnu de tous &#187; dans l'&#171; Etat russe &#187;. Ainsi du moins, semblait-il. Et il en &#233;tait effectivement ainsi. Mais en fait, c'&#233;taient l&#224; les derniers efforts de la clique des tra&#238;tres &#224; la d&#233;mocratie, qui commen&#231;ait &#224; r&#233;v&#233;ler un &#233;quilibre de plus en plus instable, ayant perdu d&#233;j&#224; tout point d'appui &#224; gauche, et perdant rapidement &#8212; malgr&#233; tous ses efforts pour le retenir &#8212; son point d'appui &#224; droite. L'organisation d'un directoire signifiait en fait la victoire pacifique du g&#233;n&#233;ral Kornilov : c'&#233;tait le fruit l&#233;gal du march&#233; ill&#233;gal entre le h&#233;ros de la cravache et l'aventurier de la langue. Le plan de Kornilov consistait pr&#233;cis&#233;ment en la formation d'un directoire. Il est vrai qu'au moment d&#233;cisif, Kerensky n'avait pas soutenu Kornilov ; autrement, &#224; la t&#234;te du directoire l'on aurait vu Kornilov. Mais, de fait, un pouvoir personnifi&#233; en cinq dictateurs et ne d&#233;pendant de personne que d'un dictateur-chef, un tel pouvoir constituait la victoire compl&#232;te des principes du g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu correspondait pleinement &#224; la forme. La &#171; liquidation &#187; de la r&#233;volte de Kornilov prit le caract&#232;re d'un v&#233;ritable persiflage des masses. Tout d'abord, Kornilov solennellement proclam&#233; tra&#238;tre, demeura en fait commandant en chef jusqu'&#224; son remplacement. Puis Kerensky se nomma commandant en chef, d&#233;signant comme chef d'&#233;tat-major &#8212; c'est-&#224;-dire encore une fois comme commandant en chef effectif &#8212; le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;eff, le bourreau tsariste, le meilleur ami du g&#233;n&#233;ral Kornilov, le participant direct de la conspiration kornilovienne et l'interm&#233;diaire entre Kornilov, Riabouchinsky et Milioukov ; Alex&#233;&#239;eff, qui au d&#233;but de la r&#233;volution mena&#231;ait de fusiller &#171; les bandes r&#233;volutionnaires qui venaient de P&#233;tersbourg ! &#187;, Alex&#233;&#239;eff, que lui-m&#234;me il avait d&#251; chasser sous la pouss&#233;e de la col&#232;re et de l'indignation g&#233;n&#233;rale !, Alex&#233;&#239;eff, qui, &#224; la &#171; petite conf&#233;rence &#187; des hommes politiques de Moscou avait prononc&#233; des &#171; paroles d'or &#187;, qu'il r&#233;p&#233;ta &#224; la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; et qui furent imprim&#233;es par Riabouchinsky sur la recommandation de Milioukov ! Et c'est cet individu-l&#224; qui fut d&#233;sign&#233; pour &#233;purer l'arm&#233;e des &#233;l&#233;ments de la contre-r&#233;volution ! Bien plus. Lui-m&#234;me, un participant de la conspiration, fut charg&#233; d'instruire l'affaire de la conspiration. Kerensky lui-m&#234;me, souill&#233; de cette boue, chargea son complice d'instruire l'affaire de leur principal associ&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proclam&#233; tra&#238;tre, le commandant en chef arriva donc dans un h&#244;tel de premi&#232;re classe au lieu d'arriver &#224; l'&#233;chafaud, et re&#231;ut pour le &#171; surveiller &#187; les troupes qui lui &#233;taient fid&#232;les. Le cadet Paltchinsky fut charg&#233; de la surveillance de P&#233;tersbourg. Les g&#233;n&#233;raux les plus r&#233;actionnaires, qui seulement par n&#233;gligence n'avaient pas eu le temps de passer ouvertement du c&#244;t&#233; de Kornilov (ou par poltronnerie ne l'avaient pas voulu), furent laiss&#233;s &#224; leurs postes ou re&#231;urent de l'avancement. Les comit&#233;s r&#233;volutionnaires qui avaient &#233;t&#233; nomm&#233;s aux journ&#233;es korniloviennes et qui avaient dirig&#233; les op&#233;rations militaires contre Kornilov, furent d&#233;clar&#233;s hors la loi. Eux, qui avaient sauv&#233; la r&#233;volution et la r&#233;publique, furent d&#233;clar&#233;s &#171; ennemis de la r&#233;publique ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les actes ind&#233;pendants &#8212; disait l'ordre du 4 septembre &#8212; ne doivent pas &#234;tre admis dans l'avenir, et le Gouvernement Provisoire luttera contre eux, comme &#233;tant des actes anarchiques et nuisibles &#224; la r&#233;publique &#187;. Ceci se passait en m&#234;me temps que la &#171; lutte &#187; contre Kornilov, cette lutte ne rev&#234;tant &#233;videmment aucun caract&#232;re &#171; anarchique &#187;, est exerc&#233;e par une bande d'aigrefins kornilovistes. Cela, au moment o&#249; des pourparlers officiels sont engag&#233;s pour faire entrer dans le cabinet des chefs du parti cadet, compromis dans la conspiration ; au moment o&#249; Maklakov est nomm&#233; ambassadeur &#224; l'&#233;tranger !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les masses, il fallait malgr&#233; tout trouver une &#171; couverture &#187;. On la trouva en tombant sur les gardes dirig&#233;s par l'ex-demoiselle d'honneur. En g&#233;n&#233;ral, il &#233;tait impossible de dissimuler la conspiration. Eh bien ! que Marguerite Khitrovo paie en bloc ! &#8212; tel &#233;tait le plan de la respectable compagnie qui livra volontiers le groupe de ses presque partisans, afin de sortir elle-m&#234;me plus ou moins s&#232;che de l'eau. Une ridicule &#171; r&#233;pression des conspirateurs &#187; commen&#231;a : on nettoya l'&#171; Aigle Imp&#233;rial &#187; &#224; Kiev, la soci&#233;t&#233; &#171; le H&#233;ros Russe &#187;, on arr&#234;ta (pour les rel&#226;cher imm&#233;diatement apr&#232;s) une paire d'ex-grands ducs, mais on laissa prudemment de c&#244;t&#233; l'&#226;me de la conspiration v&#233;ritable, et non d'op&#233;rette : Milioukov et Goutchkov, Rodzianko et Riabouchinsky, Poutilov et Vychnegradsky, Kornilov et Kal&#233;dine, le comit&#233; central du parti de la trahison populaire et la &#171; petite conf&#233;rence &#187; des hommes politiques-conspirateurs &#8212; en un mot tous ceux qui, de connivence avec Kerensky, avaient men&#233; les pourparlers pour le plan de la &#171; dictature collective &#187; de sang et de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux capitalistes qui, aux jours o&#249; l'on attendait la glorieuse venue de Kornilov, aiguisaient f&#233;rocement leurs dents, et avaient commenc&#233; &#224; se calmer aux jours de sa d&#233;faite, relev&#232;rent de nouveau la t&#234;te et recommenc&#232;rent &#224; passer &#224; l'offensive. Les personnages officiels repr&#233;sentant l'autorit&#233; judiciaire blanchissaient Kornilov avec la m&#234;me impudence qui leur avait permis auparavant de noircir le parti du prol&#233;tariat. Et de connivence avec le procureur r&#233;actionnaire Alexandrov, le &#171; d&#233;mocrate &#187; Stahl d&#233;clarait, en montrant du doigt les bolch&#233;viki : &#171; J'estime que la conspiration de droite et celle de gauche sont &#233;galement criminelles devant le pays &#187; et les obligeants juristes-journalistes expliquaient qu'il n'y avait pas eu de la part de Kornilov de crime &#171; contre l'ordre existant &#187;, pour la simple raison qu'&#171; il n'y a pas maintenant en Russie d'ordre existant &#187;5. Ceux que l'on qualifie d'intellectuels &#8212; les historiens, les avocats, les po&#232;tes, les savants et les dilettantes &#8212; s'&#233;lanc&#232;rent de nouveau &#224; l'attaque contre les ouvriers : le presque-marxiste professeur Wipper, oubliant ses esquisses de la th&#233;orie de la connaissance historique, racontait dans l'organe de Riabouchinsky que la r&#233;volution russe tout enti&#232;re engendra la mauvaise volont&#233; des g&#233;n&#233;raux allemands, et son coll&#232;gue au journal, Balmont, qui jadis avait chant&#233; le soul&#232;vement ouvrier, commen&#231;ait &#224; composer des odes inspir&#233;es &#224; Kornilov, nommant avec servilit&#233; ce possesseur d'une physionomie obtuse d'Asiatique, le &#171; fier cygne &#187; de la civilisation russe. Cependant, messieurs les capitalistes &#233;taient &#233;galement tr&#232;s m&#233;contents de la conduite de Kerensky, dont ils exigeaient une plus grande d&#233;cision, ou sa d&#233;mission en faveur de Kornilov. Ceci &#233;tait un plan &#233;labor&#233; par les conspirateurs. Kerensky n'avait-il pas, au lieu de soutenir Kornilov par la force arm&#233;e au moment le plus critique, jou&#233; la com&#233;die de la lutte contre lui ? Un tel r&#244;le ne convenait plus du tout aux tentatives r&#233;elles, aux rois des industries textile et m&#233;tallurgique. Et ils commenc&#232;rent une campagne &#233;nergique qui d&#233;voila enti&#232;rement le double jeu du &#171; d&#233;mocrate &#187; ha&#239; de la d&#233;mocratie, Kerensky. La campagne fut ouverte par l'organe de Riabouchinsky Outro Rossii. On d&#233;montra documentairement la participation de Kerensky &#224; l'&#233;laboration du plan de dictature militaire, ainsi qu'&#224; l'intention d'&#233;craser P&#233;tersbourg et Kronstadt, &#224; l'appel du troisi&#232;me corps militaire, &#224; la provocation du &#171; complot des bolch&#233;viki &#187; et &#224; la pr&#233;paration de la dissolution des Soviets ; il surnagea tout un fatras d'intrigues, de tromperies et de duperies mutuelles. Chaque jour nouveau apportait des informations plus sensationnelles les unes que les autres. Il devenait &#233;vident pour tout le monde qu'&#224; c&#244;t&#233; de l'aventure Kornilov, il existait une aventure Kerensky, qui ne se diff&#233;renciait &#171; principiellement &#187; de la premi&#232;re que par plus de duplicit&#233; et de poltronnerie. &#171; Tu veux te d&#233;filer ? Mais tu es n&#244;tre, tu as d&#233;j&#224; vendu ton &#226;me et tu as re&#231;u une avance consid&#233;rable ! &#187; &#8212; disait le diable bourgeois au minist&#233;riable pan Twardovsky, qui poss&#233;dait d&#233;j&#224; alors un compte-courant de presque un million.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les efforts du directoire de Kerensky pour effacer ses p&#233;ch&#233;s devant la bourgeoisie, cette derni&#232;re, sauvant Kornilov, montait &#224; l'assaut. Il est vrai que Kerensky avait proclam&#233; la r&#233;publique, afin de d&#233;montrer qu'en Russie &#171; il y a de l'ordre &#187;. Mais il avait supprim&#233; &#224; P&#233;tersbourg le Rabotchy6 et la Nova&#239;a Jizn. Sous pr&#233;texte de lutte contre l'anarchie, il pr&#233;parait en h&#226;te des exp&#233;ditions de r&#233;pression contre le Soviet de Tachkent et menait des pourparlers avec les gros bonnets de Moscou : Konovalov, Bourychkine, Tchetverikov, Tretiakov et Smirkov, c'est-&#224;-dire la fleur de la &#171; petite Conf&#233;rence &#187; de Moscou. Il tentait de dissoudre la &#171; Centre-flotte &#187;. Il nommait au Conseil Militaire le kornilovien av&#233;r&#233; Klembovsky. Et cependant la bourgeoisie ne graciait plus son commis : il lui en fallait un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'en haut l'on jouait sans interruption aux &#171; chevaux-fondus &#187; de minist&#232;res, ce petit jeu qui &#233;tait si caract&#233;ristique du r&#233;gime tsariste, lequel s'imaginait pouvoir par des substitutions de personnes arranger les choses, dans les basses couches il se passait un processus de &#171; gauchissement &#187; rapide. Ce processus trouva aussi son expression dans le changement de position des principaux Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs petit-bourgeois perdaient de plus en plus, m&#234;me leur propre assiette. Si auparavant ils exprimaient heureusement le caract&#232;re irr&#233;solu de la petite bourgeoisie &#8212; des paysans, des gueux des villes, des couches arri&#233;r&#233;es de la classe ouvri&#232;re, &#8212; en revanche, ils tournaient maintenant assez nettement &#224; droite : la masse de la petite bourgeoisie t&#233;moignait d'une forte attraction vers le prol&#233;tariat ; ses chefs t&#233;moignaient d'une attraction plus forte encore vers le grand capital. Le sommet bureaucratis&#233; du Com. Cent. Ex&#233;c., qui sous la pression des masses, avait pour un certain temps mod&#233;r&#233; quelque peu son ardeur r&#233;actionnaire et son empressement servile, s'&#233;tait de nouveau pr&#233;cipit&#233; &#224; toute vitesse vers le bloc avec la bourgeoisie du cens, et, craignant de reconna&#238;tre ouvertement son respect pour les cadets compl&#232;tement compromis par l'aventure Kornilov, les tra&#238;nait au gouvernement en qualit&#233; de &#171; candidatures d'affaires &#187; &#8212; masque sous lequel agissent constamment les jongleurs politiques et les menteurs de profession. Dans ces conditions, craignant la contagion bolch&#233;vik grandissante, ces messieurs, d&#233;j&#224; &#224; moiti&#233; entr&#233;s en accord avec les gens du cens, et transform&#233;s eux-m&#234;mes en &#171; petits bonapartes &#187;, devaient chercher un point d'appui social autre que celui qu'ils avaient auparavant. Et d'autre part il leur fallait, en pr&#233;sence du rapide accroissement du bolch&#233;visme non seulement dans le pays, mais dans les organisations sovi&#233;tistes, opposer aux Soviets quelque autre force &#171; &#233;galement &#8212; d&#233;mocratique &#187;, et avec cela panrusse. Refouler les Soviets en arri&#232;re, sanctionner la coalition, cr&#233;er l'organisation d'une solide bourgeoisie moyenne, pour que gr&#226;ce &#224; celle-ci p&#251;t gouverner l'oligarchie des finances ; enfin, pr&#233;venir la pouss&#233;e des bolch&#233;viki en opposant une solide barri&#232;re &#171; d&#233;mocratique &#187; &#224; l'&#171; anarchie &#187; r&#233;volutionnaire, tel &#233;tait le plan des Liber et des Dan, dont les noms sont d&#233;j&#224; devenus des qualificatifs pour les personnages du type social-tra&#238;tre7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ces besoins que surgit le plan de la &#171; Conf&#233;rence d&#233;mocratique &#187;. Le but pos&#233; par les sommit&#233;s du Com. Cent. Ex&#233;c. consistait en la cr&#233;ation d'une d&#233;mocratie &#224; la margarine. Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que ce but ne put se r&#233;aliser que par la voie d'un faux. Si la Conf&#233;rence &#171; d'&#201;tat &#187; de Moscou devait falsifier la voix de la &#171; nation &#187;, en substituant &#224; cette nation des bourreaux galonn&#233;s et sans galons, la Conf&#233;rence D&#233;mocratique devait falsifier la voix de la d&#233;mocratie, en substituant aux paysans, aux soldats et aux ouvriers, le bourgeois moyen ais&#233; et l'intellectuel korniloviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Soviets, ces uniques repr&#233;sentants de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, avaient acquis la troisi&#232;me place. Au premier rang l'on avait dispos&#233; les repr&#233;sentants des zemstvos, des villes, des coop&#233;ratives, auxquels se joignait toute une queue d'organisations professionnelles-intellectuelles. Les zemstvos pouvaient d'autant plus facilement servir de nouvelle base aux chefs d&#233;&#231;us dans leurs calculs, que beaucoup d'entre eux n'avaient m&#234;me pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;lus, et de cette fa&#231;on, le sceau du tsarisme au front, pouvaient servir &#224; n'importe quel truquage, pourvu qu'il f&#251;t &#224; reculons. Les villes exprimaient d&#233;j&#224; une lassitude de la r&#233;volution ; la majorit&#233; soc.-r&#233;volut. de droite et cadette des conseils municipaux, qui approuvait les ex&#233;cutions, ne correspondait plus &#224; aucun titre &#224; la disposition d'esprit des grandes masses des villes. Enfin, les employ&#233;s des coop&#233;ratives, que les paysans ais&#233;s &#233;lisaient pour se livrer au commerce des harengs et du savon et auxquels ils n'avaient jamais remis aucun mandat politique, poss&#233;daient la confiance enti&#232;re du citoyen Tseretelli ; car la Jeanne d'Arc des politiciens de coop&#233;rative, Mme Kouskova, avait d&#233;clar&#233; au Congr&#232;s des coop&#233;ratives, parmi les hurlements enthousiastes de ses partisans du camp des cadets, qu'elle se ferait couper la main, si cette main venait &#224; d&#233;poser un bulletin portant les candidats de ce m&#234;me parti auquel appartenait la belliqueuse coop&#233;rante ; m&#234;me les mencheviki liberdanovites lui semblaient trop rouges !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant falsifi&#233;e par essence, la Conf&#233;rence D&#233;mocratique ne pouvait manquer de s'occuper de falsifications durant toute la p&#233;riode de son activit&#233;. D&#233;j&#224; Kerensky, qui avait pr&#233;alablement d&#233;fini par la voie de la presse le caract&#232;re priv&#233; de la Conf&#233;rence (pour &#234;tre &#171; d'Etat, &#187; il y manquait tout de m&#234;me Riabouchinsky et Kal&#233;dine !) avait &#171; donn&#233; le ton &#187; &#224; la respectable assembl&#233;e en d&#233;clarant : &#171; l'aventure Kornilov a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e par moi (c'est-&#224;-dire par Kerensky) jusqu'au bout &#187;. (Ceci pr&#233;cis&#233;ment alors que la commission d'enqu&#234;te avait dit publiquement qu'il lui &#171; &#233;tait p&#233;nible d'interroger Kornilov ! &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis les discours sans fin des ministres pass&#233;s et pr&#233;sents se mirent &#224; couler, et &#224; leur suite des repr&#233;sentants innombrables d'innombrables organisations. Tchernov racontait comment dans le minist&#232;re de coalition, on l'emp&#234;chait de travailler, &#8212; et il se pronon&#231;ait pour le minist&#232;re de coalition. Skobelev, qui jadis avait promis de pr&#233;lever 100 % sur la bourgeoisie, narrait d'une voix inintelligible les difficult&#233;s du travail et prenait parti pour la coalition. Zaroudny amusait le public de mauvaises anecdotes de la vie des ministres, affirmant qu'il n'avait rien compris et qu'il ne comprenait rien, et parlait aussi en faveur de la coalition. En un mot, tous les ministres habitu&#233;s aux commodit&#233;s de la coalition la d&#233;fendaient de toutes leurs forces. Et la &#171; masse &#187; habilement cuisin&#233;e par des sp&#233;cialistes de la duperie, fournit 766 voix &#224; la coalition, et 688 contre. Les Soviets avaient par une majorit&#233; &#233;crasante vot&#233; contre ; par une majorit&#233; plus &#233;crasante encore, avaient vot&#233; contre, les unions professionnelles ; la flotte s'&#233;tait prononc&#233;e contre sans une exception ; m&#234;me une moiti&#233; des anciennes organisations d'arm&#233;e avait rejet&#233; la coalition. Les coalitionnistes triomph&#232;rent gr&#226;ce &#224; ceux auxquels ils avaient d'avance assur&#233; la sup&#233;riorit&#233; : gr&#226;ce aux membres des zemstvos, aux conseillers municipaux, aux coop&#233;rateurs, unis aux social-tra&#238;tres de toutes les autres institutions. Mais lorsque l'on posa la question des cadets, m&#234;me cette majorit&#233; choisie n'osa pas voter pour le parti korniloviste de la trahison populaire. Les rossignols de la social-trahison eurent beau chanter, ce num&#233;ro n'eut aucun succ&#232;s. Et lorsqu'il fut d&#233;montr&#233; jusqu'&#224; l'&#233;vidence que la coalition avec la bourgeoisie sans les cadets &#233;tait un non-sens ; lorsque les mench&#233;viki et les soc.-r&#233;volut. virent se poser devant eux la question de l'organisation du pouvoir socialiste &#171; sans bourgeois &#187;, ils recul&#232;rent avec horreur devant une telle perspective et vot&#232;rent contre la R&#233;volution dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulta que la Conf&#233;rence D&#233;mocratique vit s'&#233;crouler sa propre r&#233;solution, prouvant ainsi son indigence, d&#233;couvrant sa nudit&#233; s&#233;nile et de loqueteuse apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici parurent sur la sc&#232;ne les prestidigitateurs de profession, dont le premier &#233;tait le &#171; noble Tseretelli. &#187; Gr&#226;ce &#224; une v&#233;ritable fraude, c'est tout juste s'ils ne parvinrent pas &#224; faire triompher la r&#233;solution la plus honteuse, proposant de cr&#233;er un organe &#171; sanctionn&#233; &#187; par le bonaparte et destin&#233; &#224; &#171; seconder &#187; le gouvernement pour la cr&#233;ation du pouvoir. Les bolcb&#233;viki, Trotski en t&#234;te, dont les discours brillants et courageux mettaient hors d'eux-m&#234;mes tous les buffles et tous les valets de la bourgeoisie, firent une sortie d&#233;monstrative en r&#233;ponse &#224; des sc&#232;nes de moquerie et d'infamie. Les amendements gliss&#233;s par Tseretelli furent toutefois retir&#233;s. Mais la politique effective qui r&#233;sultait du march&#233; conclu entre Kerensky, Tseretelli, Gotz &amp; Cie, entre les gens des coop&#233;ratives et ceux du cens, derri&#232;re lesquels se tenait aussi le ha&#239;ssable parti de la trahison populaire, cette politique continua &#224; &#234;tre mise en &#339;uvre par les h&#233;ros de la Conf&#233;rence, m&#234;me apr&#232;s tous ces &#233;v&#233;nements. Les r&#233;solutions vot&#233;es offraient, lors de la cr&#233;ation du pouvoir, d'&#171; exiger la r&#233;alisation du programme du 14 ao&#251;t &#187;, c'est-&#224;-dire de ce programme que Tchkheidz&#233; avait si chaudement d&#233;fendu en pr&#233;sence de Kal&#233;dine et en l'absence du prol&#233;tariat, &#224; la Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Conf&#233;rence de Moscou au Grand Th&#233;&#226;tre avait &#233;t&#233; la sage-femme du complot de Kornilov, la montagne de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique aurait accouch&#233; avant tout de la ridicule souris du &#171; pr&#233;-parlement &#187;. Un organe de promulgation des lois plac&#233; aupr&#232;s de Kerensky et priv&#233; de tout pouvoir, un mis&#233;rable bureau dans lequel l'effectif fortement r&#233;duit de la Conf&#233;rence &#233;tait compl&#233;t&#233; par une masse compacte d'hommes du cens, les cadets en t&#234;te, contre lesquels la Conf&#233;rence avait jadis vot&#233; &#8212; tel fut le r&#233;sultat des discussions &#171; sur le pouvoir &#187;. Le probl&#232;me qui consistait &#224; mettre fin &#224; l'irresponsabilit&#233; du bonaparte avait trouv&#233; sa solution dans la cr&#233;ation d'une pr&#233;-Douma, responsable pr&#233;cis&#233;ment devant celui dont elle devait vaincre l'irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence D&#233;mocratique se montra st&#233;rile comme le figuier de l'&#201;vangile. Mais lorsque messieurs les cadets se r&#233;jouissaient malignement de l'&#171; impuissance de la d&#233;mocratie &#187;, ils comprenaient parfaitement que leur joie &#233;tait toute de fa&#231;ade. Ils savaient parfaitement que l'impuissance du charroi de &#171; d&#233;mocrates &#187; amen&#233; par Tseretelli et approuv&#233; par Kerensky, avait peu de chose de commun avec la d&#233;mocratie qui se renfor&#231;ait tous les jours derri&#232;re les murs du th&#233;&#226;tre Alexandre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la suite des &#233;v&#233;nements &#8212; &#233;crivait l'organe de la banque, Rousska&#239;a Volia, &#224; l'ouverture de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique &#8212; des &#233;v&#233;nements remplissant la p&#233;riode allant du moment de la d&#233;faite sur le front, au moment de la d&#233;faite de la contre-r&#233;volution, est que le bolch&#233;visme d&#233;magogique a relev&#233; la t&#234;te et que la &#171; d&#233;mocratie organis&#233;e &#187; de P&#233;trograd s'est trouv&#233;e prisonni&#232;re des l&#233;ninistes. On peut dire aussi que ce r&#233;sultat politique du sixi&#232;me mois de la r&#233;volution est &#171; bouleversant &#187;, si relative que puisse &#234;tre sa signification... La Conf&#233;rence des organisations d&#233;mocratiques s'est ouverte sous l'action pesante de ces -&#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irr&#233;sistible croissance du parti du prol&#233;tariat, qui, comme l'a d&#233;clar&#233; avec toute la profondeur de sentiments dont elle est capable, une dame patronnesse, Mme Breschkovska&#239;a &#8212; &#171; g&#226;te nos braves, nos bons ouvriers, paysans et soldats &#187;. Ce renforcement de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire du travail mettait la bourgeoisie dans une situation v&#233;ritablement critique. Dans le pays, un conflit succ&#233;dait &#224; l'autre : gr&#232;ve des ouvriers des chemins de fer, troubles paysans toujours croissants --- mobilisation des forces sovi&#233;tistes &#8212; n'&#233;tait-il pas clair que la vague de la guerre civile submergerait le piteux &#233;difice du pr&#233;-parlement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de la guerre civile. La R&#233;volution d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout le pouvoir aux Soviets ! &#187; &#171; Convocation du Second Congr&#232;s ! &#187; &#8212; tel &#233;tait le mot d'ordre avec lequel les bolch&#233;viki allaient &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique et au pr&#233;-parlement. Le parti du prol&#233;tariat comprenait parfaitement l'in&#233;vitabilit&#233; objective de la guerre civile. Il ne restait &#224; la grande bourgeoisie d'autre issue que d'attaquer ouvertement le peuple, contre lequel elle menait une guerre de partisans permanente. En r&#233;ponse au mot d'ordre du prol&#233;tariat, Kerensky saccageait le Soviet de Tachkent ; en r&#233;ponse &#224; la voix des paysans, &#171; son &#187; Gouvernement continuait les arrestations de comit&#233;s terriens ; en r&#233;ponse aux supplications des ouvriers des chemins de fer et des mineurs du Don, on les &#171; r&#233;primait &#187; ; en r&#233;ponse aux demandes de reconnaissance des droits de la Finlande, on y envoyait des exp&#233;ditions destin&#233;es &#224; la pacification et l'on en &#233;loignait les unit&#233;s r&#233;volutionnaires ; en r&#233;ponse aux r&#233;solutions des ouvriers r&#233;clamant la mise en libert&#233; des bolch&#233;viki, on lib&#233;rait les anciens ge&#244;liers et les gendarmes ; enfin, en r&#233;ponse &#224; la clameur unanime du peuple entier : &#171; &#224; bas les tra&#238;tres-cadets ! &#187;, Kerensky forma un minist&#232;re cadet &#224; l'aide de laquais en livr&#233;e, anciens socialistes. Apr&#232;s toutes les r&#233;v&#233;lations, apr&#232;s la pers&#233;cution de l'arm&#233;e par les cadets, apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volte et de la trahison des cadets, apr&#232;s la tra&#238;trise de Riga, apr&#232;s le jeu monstrueux de provocation, dont l'enjeu &#233;tait la peine de mort &#8212; Kerensky jette le d&#233;fi, nommant au minist&#232;re des tra&#238;tres stigmatis&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de guerre civile &#8212; c'est sous ce nom qu'est entr&#233; dans l'histoire le nouveau cabinet de la r&#233;publique russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Konovalov, le plus important des industriels moscovites, l'id&#233;ologue et le praticien du sabotage panrusse &#8212; est nomm&#233; ministre du commerce et de l'industrie, et suppl&#233;ant du premier ministre. Tout n'est-il pas fini d&#233;sormais pour les lock-outers ? Tretiakov, encore un industriel et un boursier, l'un des monopolisateurs du rayon textile &#8212; est nomm&#233; pr&#233;sident du Conseil &#233;conomique. La d&#233;sorganisation ne va-t-elle pas &#234;tre maintenant &#233;cart&#233;e ? Comme contr&#244;leur d'Etat on d&#233;signe Smirnov, Smirnov, qui non seulement dans, sa fabrique donnait &#224; ses ouvriers un salaire de famine, les privait de feu et d'eau, mais faisait mourir de faim ses chevaux, afin d'avoir plus tard la possibilit&#233; de fermer son entreprise pour des raisons politiques. N'y aura-t-il pas maintenant un contr&#244;le suffisant sur les finances de l'Etat ? Est-ce que cet anthropophage ne remettra pas en ordre le m&#233;nage d&#233;sorganis&#233; du peuple ? Terechtchenko reste ministre des Affaires Etrang&#232;res. Mais n'a-t-il pas prouv&#233; l'ardeur de son z&#232;le pour la cause de la paix ? Efremov est nomm&#233; ministre pl&#233;nipotentiaire et envoy&#233; extraordinaire en Suisse. Mais ne s'est-il pas recommand&#233; comme le meilleur ami de l'imp&#233;rialisme anglais ? Et n'est-ce pas l&#224; la meilleure garantie pour la paix et la libert&#233; ? Kichkine, avec lequel les Soviets de Moscou ont refus&#233; d'avoir aucune esp&#232;ce de rapport, est confirm&#233; dans son titre de ministre de l'Assistance. Qui donc peut douter qu'il ne remplisse son devoir envers la R&#233;volution ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;bulosit&#233; &#171; socialiste &#187; &#8212; le collaborateur du Roussko&#239;e Slowo, Bernatzki, l'&#171; ouvrier &#187; Gvozdev, l'avocat Maliantovitch et les autres dii minores dispos&#233;s autour du noyau fortement imp&#233;rialiste (noyau &#171; d'affaires &#187;) des cadets et des korniloviens &#8212; &#233;tait d'avance destin&#233;e &#224; rester accroch&#233;e derri&#232;re le char triomphal du &#171; commerce et de l'industrie &#187;. Il est vrai que le cabinet avait &#233;t&#233; approuv&#233; par Monsieur Buchanan. Bien plus, les bons amis anglo-fran&#231;ais avaient eu recours tout simplement &#224; des exactions politiques et au chantage, afin d'obtenir du Gouvernement de leur nouvelle demie-colonie l'effectif d&#233;sir&#233;, et ce Gouvernement ne parvint au pouvoir qu'apr&#232;s de myst&#233;rieuses conf&#233;rences des petits bonapartes de Russie avec l'ambassadeur de Sa Majest&#233; George. Mais le peuple russe n'en recevait aucun soulagement. Le r&#244;le objectif du nouveau cabinet ne pouvait &#234;tre douteux : c'&#233;tait la provocation &#224; la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs du Gouvernement Provisoire esp&#233;raient avec cela &#234;tre soutenus par les petits propri&#233;taires et par les gens du juste milieu qui s'&#233;taient group&#233;s &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique sous l'h&#233;g&#233;monie politique des coop&#233;rateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dois le dire franchement &#187; &#8212; &#233;crivait dans le journal &#171; banquier-d&#233;mocratique &#187; Den &#8212; l'un de ses collaborateurs les plus importants : &#171; partageant compl&#232;tement le programme politique de la coop&#233;ration &#187; &#8212; &#171; il est impossible de ne pas voir et de ne pas sentir que c'est de l&#224; que partira la masse des combattants aspirant &#224; la revanche pour tout ce que le bolch&#233;visme, dans le sens le plus large de ce mot, a apport&#233; et apporte avec lui de sombre et de mauvais. Et j'en suis convaincu : ce ne sera pas seulement une lutte de paroles &#187;. Et l'organe officieux de Kerensky, Savinkov et C&#176;, Volia Naroda, sonnait le tocsin et appelait tout le monde au ralliement sous l'&#233;tendard de la lutte contre le bolch&#233;visme, affirmant qu' &#171; il n'y avait pas de place pour le coalitionnisme &#187; et que la &#171; d&#233;mocratie devait s'unir et, d'une main de fer, forcer le bolch&#233;visme &#224; ob&#233;ir &#224; sa volont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'exasp&#233;ration croissante du marchand de grains, de l'avocat et du coop&#233;rateur se refl&#233;tait la terreur du poss&#233;dant devant le communisme mena&#231;ant. Cette terreur les inondait d'une sueur froide : leur imagination effray&#233;e se repr&#233;sentait d&#233;j&#224; les horreurs des pillages, des massacres, du &#171; partage &#187; g&#233;n&#233;ral, des pogroms et du &#171; carnage &#187;. Le bourgeois moyen, malgr&#233; son r&#233;alisme indigent et sali de petit commer&#231;ant, n'est au fond jamais r&#233;aliste, et malgr&#233; son rationalisme qui veut &#234;tre sobre, il est domin&#233; tout entier par deux sortes d'&#233;motions : la peur, quand ses affaires vont mal, et la vengeance quand &#171; il &#187; a triomph&#233;. Il ferme d'une cha&#238;ne la porte de sa demeure et glisse son portefeuille sous son oreiller, lorsqu'aucune n&#233;cessit&#233; ne s'en fait sentir m&#234;me au point de vue de ses int&#233;r&#234;ts ; il devient taciturne comme un asc&#232;te, en lisant avec volupt&#233; les articles braillards de ses id&#233;ologues, alors qu'on lui laisse encore pleine libert&#233; de parole. Mais il cr&#232;ve de sa canne les yeux de ses ennemis vaincus, et il est pr&#234;t &#224; amener sa femme, sa fille et sa s&#339;ur pour assister &#224; l'ex&#233;cution de ses adversaires politiques. Son abjection et sa vindicte sont directement proportionnelles &#224; sa l&#226;chet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si exag&#233;r&#233;es que fussent les &#171; horreurs &#187; que pr&#233;voyait ce bourgeois, son instinct presque animal lui permettait de deviner que la collision &#233;tait in&#233;vitable. Pendant ce temps, le capital financier la pr&#233;parait en toute connaissance de cause et mobilisait toutes ses forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la pouss&#233;e des classes dans ce sens gagnait toutes les directions &#224; la fois. Dans le domaine &#233;conomique, on introduisait syst&#233;matiquement et avec obstination le plan de Riabouchinsky &#8212; prendre les ouvriers par la &#171; main osseuse de la faim &#187;. Les lockouts &#171; cach&#233;s &#187; et &#171; ouverts &#187; se multipliaient toujours. En pr&#233;sence de l'effondrement complet de l'industrie et de la d&#233;sorganisation &#233;conomique compl&#232;te, la &#171; classe commerciale-industrielle &#187; versait savamment de l'huile sur le feu par un sabotage consciencieusement calcul&#233; et toujours croissant. Messieurs les ministres d&#233;cid&#232;rent enfin de centraliser cette affaire et d'organiser la d&#233;sorganisation, en &#233;levant le sabotage &#224; la hauteur de principe d'un probl&#232;me int&#233;ressant l'Etat et la nation. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans ce but, c'est-&#224;-dire dans le but de l'augmentation artificielle du ch&#244;mage et de la famine, d&#233;j&#224; grands par ailleurs, que les Smirnov et les Konovalov commenc&#232;rent &#224; provoquer avec tout le z&#232;le dont ils &#233;taient capables le &#171; d&#233;chargement &#187; &#8212; de P&#233;tersbourg d'abord (c'&#233;tait le point le plus rouge, et par cons&#233;quent le plus dangereux), puis ensuite du district de Moscou. Et pendant que les commer&#231;ants et les industriels op&#233;raient dans les fabriques et les usines, les &#233;tablissements financiers commenc&#232;rent &#224; suivre dans des proportions encore plus grandes la m&#234;me politique par rapport aux conseils municipaux &#171; nouveaux &#187;, et surtout aux bolch&#233;vistes, leur refusant n'importe quel cr&#233;dit. En effet, pouvait-on inventer une affaire plus &#171; pan-nationale &#187; que le lent resserrement du n&#339;ud coulant d&#233;j&#224; savonn&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique compl&#233;tait l'&#233;conomie nationale. Et avant tout, la politique internationale. Les ardents patriotes &#233;taient tout pr&#234;ts &#224; conclure n'importe quelle paix en &#233;change de la pacification des ouvriers et des paysans. Les myst&#233;rieuses conf&#233;rences &#224; l'&#233;tranger, au sujet desquelles il sourdait quelques informations dans la presse, exprimaient ce besoin arriv&#233; &#224; maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;parer la reddition de P&#233;trograd en m&#234;me temps que sa destruction par les canons allemands &#8212; &#233;tait devenu la pens&#233;e secr&#232;te des bourgeois russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, des coups de main arm&#233;s se pr&#233;paraient aussi &#224; l'int&#233;rieur. L'on vit la mobilisation g&#233;n&#233;rale et les organisations d&#233;faites lors des journ&#233;es de Kornilov, retranch&#233;es le plus solidement possible sur le Don. De cette Vend&#233;e russe devait sortir la croisade contre la r&#233;volution du peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re de son c&#244;t&#233; tendait tous ses efforts, se pr&#233;parant &#224; passer de la d&#233;fensive &#224; l'offensive. Pour les grandes masses ouvri&#232;res, la n&#233;cessit&#233; de la lutte pour le pouvoir se faisait sentir plus que jamais. Les gr&#232;ves &#233;conomiques par lesquelles le prol&#233;tariat avait tent&#233; de r&#233;pondre &#224; la pouss&#233;e du capital n'&#233;taient d'aucun secours. Elles &#233;taient directement suscit&#233;es par provocation du capital, qui transformait cet instrument de lutte en des knock-out de la part des ouvriers. Le pouvoir aux Soviets ! Le pouvoir au Congr&#232;s des Soviets ! A bas le Gouvernement ! &#8212; ces mots d'ordre &#233;taient devenus si populaires qu'ils n'avaient besoin d'aucune explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans augmentaient toujours plus leur activit&#233;, passant au soul&#232;vement direct contre les propri&#233;taires du sol ; les r&#233;pressions quelles qu'elles fussent ne pouvaient plus les intimider, bien qu'elles lui tombassent en abondance sur la t&#234;te. La crise m&#251;rissait avec une rapidit&#233; stup&#233;fiante...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration publi&#233;e par le nouveau Gouvernement confirmait pleinement les pires craintes : conduire la guerre &#171; en union avec les alli&#233;s &#187; ; &#171; mettre en ordre les rapports fonciers sans violation des droits de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re existante &#187; ; relever les imp&#244;ts indirects ; enfin, mener &#171; la lutte la plus d&#233;cid&#233;e, la plus suivie, la plus syst&#233;matique contre toutes les manifestations de la contre-r&#233;volution et de l'anarchie &#187; &#8212; tel &#233;tait ce &#171; programme &#187;. Traduit en langue vulgaire, il signifiait : brigandage international, protection des agrariens, spoliation des masses, &#233;tranglement de la R&#233;volution. Tel devait &#234;tre et tel fut le programme du Gouvernement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la question de l'&#233;dification du pouvoir, elle devait &#234;tre &#171; r&#233;solue &#187; par la &#171; situation du Conseil Provisoire de la R&#233;publique Russe &#187;, publi&#233;e sous la signature du citoyen Konovalov. Cette &#171; position &#187; r&#233;v&#233;la avec une clart&#233; surprenante le r&#244;le des tra&#238;tres du social- patriotisme : ils avaient atteint le but de leurs d&#233;sirs ! Les droits d&#233;j&#224; fort &#233;court&#233;s de la d&#233;mocratie y &#233;taient plum&#233;s de tous les c&#244;t&#233;s. On autorisait avec bienveillance le &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187; &#224; &#171; discuter les projets l&#233;gislatifs, au sujet desquels le Gouvernement Provisoire reconna&#238;t n&#233;cessaire de prendre l'avis du Conseil &#187; &#8212; telles furent les honorables fonctions de cette chancellerie de cour de Kerensky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187; consultatif, qui devait &#234;tre en m&#234;me temps un rempart contre l'Assembl&#233;e Constituante (Lvov, Karavulov et d'autres criaient d&#233;j&#224; &#224; la n&#233;cessit&#233; de remettre encore une fois les &#233;lections), et contre les Soviets des ouvriers, soldats et paysans &#8212; fut, au fond, de prime abord d&#233;truit par le parti du prol&#233;tariat. Les bolch&#233;viki se retir&#232;rent de ce pr&#233;-parlement &#171; r&#233;form&#233; &#187;, et il perdit imm&#233;diatement la signification d'un centre o&#249; se refl&#232;te enti&#232;rement le degr&#233; de tension de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat mobilisait avec toujours plus de pers&#233;v&#233;rance les forces des Soviets. Le Comit&#233; R&#233;gional de l'arm&#233;e, de la Flotte et des Ouvriers de Finlande publia un appel tranchant contre le Gouvernement, qui envoyait des troupes contre-r&#233;volutionnaires en Finlande ; on commen&#231;a &#224; pr&#233;parer une s&#233;rie de Congr&#232;s r&#233;gionaux et de soldats. Un travail fi&#233;vreux commen&#231;a pour la convocation du Congr&#232;s panrusse d&#233;cid&#233; &#233;galement en son temps &#8212; sous une forte pression de la part des masses &#8212; par le Comit&#233; Central Ex&#233;cutif. Le foyer de la vie politique devenait ainsi non le lamentable Conseil de la R&#233;publique, mais le Congr&#232;s approchant de la R&#233;volution russe. Au centre de ce travail de mobilisation se tenait le Soviet de P&#233;tersbourg, qui avait d&#233;monstrativement &#233;lu pr&#233;sident Trotsky, le tribun le plus brillant du soul&#232;vement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, les sommit&#233;s de la vieille bureaucratie des Soviets, ceux qui encore au temps de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique reniaient les Soviets, sentant que leur terrain &#233;tait enfin d&#233;finitivement perdu, &#233;tablirent alors leur trahison compl&#232;te. L'organe officiel des Soviets engagea donc la lutte pour la destruction de ces Soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous (!) voulons remplacer &#8212; &#233;crivaient les Izvestia &#8212; l'organisation provisoire des Soviets par une organisation permanente compl&#232;te et g&#233;n&#233;rale de l'ordre, de la vie de l'Etat et des r&#233;gions. Lorsque l'autocratie fut tomb&#233;e et avec elle tout l'ordre bureaucratique, nous (!) avons construit les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, comme des baraques provisoires o&#249; p&#251;t trouver un refuge la d&#233;mocratie enti&#232;re. Maintenant, au lieu de baraques, l'on construit un b&#226;timent d&#233;finitif en pierres de taille, et, naturellement, les gens quittent constamment les baraques pour des installations plus commodes, &#224; mesure que l'on ach&#232;ve de construire un &#233;tage apr&#232;s l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fensistes sans abri d&#233;cid&#232;rent de passer aux &#171; installations plus commodes &#187; de la nouvelle Douma de Boulyguine, qui pouvait &#171; poser des questions &#187; &#224; la clique incontr&#244;l&#233;e de la bourgeoisie... Des &#171; d&#233;mocrates &#187; et des &#171; socialistes &#187; &#233;taient tomb&#233;s si bas ! Mais ils ne se content&#232;rent pas de proclamer leur reniement : ils commenc&#232;rent une campagne acharn&#233;e pour couler le Congr&#232;s d&#233;j&#224; fix&#233; au 20 octobre. Dans le Bureau du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif, le citoyen Dan, ce vieux renard du coalitionnisme, de l'hypocrisie et des transactions de derri&#232;re la coulisse, posa le premier la question de contremander le Congr&#232;s. Cela ne lui r&#233;ussit pas. Mais tous les agents locaux du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif, tous les mench&#233;viki et les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite cherch&#232;rent &#224; couler le Congr&#232;s ou tout au moins &#224; le discr&#233;diter : &#171; par ce Congr&#232;s on d&#233;pr&#233;cie la Constituante &#187; ; ce congr&#232;s est inutile, car &#171; pour le moment nous avons le Conseil de la R&#233;publique &#187; , ce congr&#232;s, c'est la d&#233;magogie bolch&#233;viste qui jette la d&#233;mocratie dans les bras de la contre-r&#233;volution &#187;, etc., etc., &#8212; ainsi trompettaient partout et &#224; tout moment, ceux qui, en fait, n'avaient pas de place dans les grandes organisations de classes des ouvriers et des paysans ressuscit&#233;s &#224; une vie nouvelle au milieu des temp&#234;tes de la bataille sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des d&#233;fensistes contre le Congr&#232;s &#233;tait cependant d'avance vou&#233;e &#224; un &#233;chec complet par la marche progressive de la lutte des classes dont la flamme ne faisait que grandir de jour en jour. Les propri&#233;taires fonciers, les marchands, les industriels, suppliaient d&#233;j&#224; t&#233;l&#233;graphiquement le Gouvernement de leur envoyer de l'artillerie et des troupes pour la r&#233;pression des paysans, &#8212; le Gouvernement satisfaisait &#224; leurs demandes et enjoignait par circulaire &#224; ses commissaires d'appliquer la loi avec la plus grande s&#233;v&#233;rit&#233; ; il amenait de tous c&#244;t&#233;s &#224; P&#233;tersbourg des junkers et des troupes de choc ; Tachkent, et en particulier le Soviet de Tachkent, form&#233; de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, &#233;tait devenu le but constant des aspirations conqu&#233;rantes de Kerensky-Konovalov ; contre les Finnois, on menait la m&#234;me campagne de violence, et m&#234;me le plus &#171; d&#233;mocrate &#187; des ministres, Verkhovsky, donnait secr&#232;tement des ordres pour qu'on arr&#234;t&#226;t des commissaires du Comit&#233; R&#233;gional en cas de &#171; r&#233;sistance &#187; de leur part ; le contr&#244;leur d'Etat, le saboteur Smirnov, avait d&#233;j&#224; accompli une offensive directe contre tous les soviets, en &#233;laborant un projet pour leur r&#233;vision, comme s'ils avaient form&#233; un d&#233;partement de police aupr&#232;s du minist&#232;re de l'int&#233;rieur ; &#224; Minsk l'on avait ferm&#233; le tr&#232;s populaire Molot ; chez les Lettons, l'on avait ferm&#233; le Volnyi Stri&#233;lok ; pour &#233;difier la classe ouvri&#232;re, dans les myst&#232;res des chancelleries minist&#233;rielles, on pr&#233;parait d&#233;j&#224; la loi sur l'arbitrage obligatoire, c'est-&#224;-dire la loi contre les gr&#232;ves. Les bandes contre-r&#233;volutionnaires avaient commenc&#233; &#224; mener presque ouvertement une propagande antis&#233;mite de pogroms, contre laquelle le Gouvernement ne trouvait aucune mesure &#224; prendre. En revanche, ce Gouvernement approuva tacitement l'ex&#233;cution des soldats russes en France, dont certaines nouvelles &#233;taient arriv&#233;es jusqu'au pays, puis par l'organe de Terechtchenko, il mit &#224; la retraite Skobelev, que le Comit&#233; Central Ex&#233;cutif envoyait saluer les diplomates alli&#233;s, avec des instructions plus que mod&#233;r&#233;es : m&#234;me lui ne paraissait d&#233;j&#224; plus convenir &#224; la cordiale compagnie Terechtchenko-Maklakov-Alexeiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avec tout cela les cheminots ont le dessus ; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Bakou brise la r&#233;sistance du capital ; les &#233;lections aux Doumas de districts &#224; Moscou, donnent une brillante victoire aux bolch&#233;viki, &#233;levant le nombre de leurs voix de 11 &#224; 50 % ; le Congr&#232;s de la flotte Baltique se d&#233;clare enti&#232;rement pour les bolch&#233;viki ; le district entier de Moscou s'agite et bouillonne : les tanneurs sont en gr&#232;ve, les employ&#233;s de la ville se pr&#233;parent &#224; entrer en gr&#232;ve, avec les travailleurs sur bois, les ouvriers des industries textiles, les m&#233;tallurgistes ; dans les Soviets, l'on d&#233;molit radicalement tout le pass&#233; : les r&#233;&#233;lections proclament unanimement le triomphe des bolch&#233;viki ; &#231;&#224; et l&#224;, les ouvriers descendent dans les rues et exigent d&#233;j&#224; que les Soviets passent des paroles &#224; l'action ; enfin, la III&#232;me conf&#233;rence de Zimmerwald et le soul&#232;vement des matelots allemands font concevoir de nouveaux espoirs en un mouvement de l'autre c&#244;t&#233; des tranch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 septembre arrive la nouvelle de l'occupation par les Allemands d'Oesel. Puis l'on re&#231;oit les d&#233;tails sur les combats maritimes, d&#233;tails qui font d&#233;couvrir une nouvelle et monstrueuse provocation internationale sur le front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se d&#233;voile que la flotte anglaise avait tranquillement laiss&#233; p&#233;rir en h&#233;ros la flotte baltique rouge qui &#233;tait all&#233;e au combat. Il se d&#233;voile que le Gouvernement avait lui-m&#234;me pris des dispositions pour l'enl&#232;vement des canons qui prot&#233;geaient la route de P&#233;tersbourg. Il se d&#233;voile que le chef de la petite conf&#233;rence des politiciens moscovites, peu auparavant convaincu de livraisons frauduleuses, Rodzianko, avait dans son rapport presque exig&#233; la reddition de P&#233;tersbourg et de Kronstadt et s'&#233;tait extasi&#233; devant les ex&#233;cutions et l' &#171; ordre &#187; qu'avaient introduit &#224; Riga les Schutzleute de Guillaume II. C'est peu de Riga ! Il faut que l'on d&#233;truise la &#171; flotte pervertie ! &#187; Il faut que p&#233;risse Kronstadt ! A bas P&#233;tersbourg ! Le mot d'ordre du Gouvernement : &#171; &#224; Moscou ! &#187; &#8212; devint clair pour tout le monde : ils fuyaient la R&#233;volution, ces tra&#238;tres, ils filaient, comme jadis Thiers avait fil&#233; de Paris &#224; Versailles. Qu'il ne s'agissait pas du tout l&#224; du p&#233;ril allemand, &#8212; c'est ce qu'avait r&#233;v&#233;l&#233; le g&#233;n&#233;ral Alexeiev en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;tendue du nouveau complot s'&#233;tait maintenant r&#233;v&#233;l&#233;e. A P&#233;tersbourg, Paltchinsky devait venir &#224; bout des ouvriers, en aggravant le ch&#244;mage et en &#171; d&#233;chargeant &#187; la ville, transformant le prol&#233;tariat conscient en des va-nu-pieds chroniques, incapables d'aucune esp&#232;ce de r&#233;sistance ; les centres de la r&#233;volution &#8212; la Finlande, P&#233;tersbourg, Kronstadt, la flotte &#8212; qu'ils soient tous, au pis-aller d&#233;truits avec tous leurs maudits Soviets et Comit&#233;s, par le feu des pi&#232;ces allemandes, avec la neutralit&#233; bienveillante des &#171; alli&#233;s &#187; ; le Gouvernement s'organise &#224; Moscou, &#224; c&#244;t&#233; de la petite conf&#233;rence, dans la patrie des Konovalov et des Tretiakovski ; sur le Don il se forme une &#171; arm&#233;e d&#233;vou&#233;e &#187;. Tel &#233;tait, en d&#233;sespoir de cause, le dernier des gros enjeux du capital russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces militaires de la contre-r&#233;volution se mobilisaient en effet &#224; fond. Les g&#233;n&#233;raux cosaques avaient introduit la lev&#233;e en masse, fortifi&#233; les stanitzi, s'armaient de mitrailleuses et commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; exp&#233;dier leurs unit&#233;s dans la Russie centrale ; les officiers organisaient en secret des d&#233;tachements de marche, form&#233;s d'officiers ; les junkers prenaient le fusil de nouveau &#8212; comme au temps de Kornilov. &#8212; Les militaires professionnels disaient d&#233;j&#224; avec orgueil que ce qui allait venir ne serait pas l'&#171; essai sur le papier &#187; de Kornilov, mais quelque chose de beaucoup plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dissolvant la Douma d'Empire, le Gouvernement n'avait fait un geste &#224; gauche, qu'afin de continuer sa politique de droite en g&#233;n&#233;ral. Il &#233;tait, par le fait, devenu le centre dirigeant de la contre-r&#233;volution des Cosaques et des cadets ; il s'&#233;criait d&#233;j&#224; : &#171; b&#233;ni soit qui vient au nom de Kornilow &#187;, t&#226;chant par tous les moyens de provoquer la &#171; r&#233;volte des bolch&#233;viki. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti du prol&#233;tariat comprenait tout le s&#233;rieux de la situation. Il n'&#233;tait plus question maintenant de d&#233;monstrations seulement ou de demi-d&#233;monstrations. Les masses se pr&#233;paraient au v&#233;ritable combat, non plus au combat de com&#233;die. Elles ne seraient pas all&#233;es &#224; une simple d&#233;monstration. Tous comprenaient fort bien que l'&#233;poque des paroles, de l'agitation, de la propagande, le temps de la pr&#233;paration &#233;tait pass&#233; : il faut agir, ou autrement on nous &#233;crasera &#8212; telle &#233;tait la disposition d'esprit presque aust&#232;re des masses. Aucun tapage, aucune excitation joyeuse ni sentimentale : des pens&#233;es d'affaires, des paroles d'affaires, une ferme r&#233;solution de lutter jusqu'au bout, d'accepter le combat et de le continuer de toutes ses forces jusqu'&#224; la d&#233;faite ou jusqu'&#224; la victoire &#8212; voici ce que pensaient, voici ce que sentaient les prol&#233;taires, en se pr&#233;parant &#224; la lutte. Le parti discutait la question du soul&#232;vement : l'extr&#234;me aile droite avait d&#233;j&#224; arbor&#233; le pavillon de combat &#8212; il fallait relever le gant et passer imm&#233;diatement &#224; l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier coup de feu fut tir&#233; par la contre-r&#233;volution : des unit&#233;s cosaques saccag&#232;rent le soviet de Kalouga. Ce ne fut qu'&#224; un pur hasard que les membres du Soviet durent de n'&#234;tre pas fusill&#233;s. Tout subit un saccage barbare, uniquement parce que la vague du m&#233;contentement populaire avait mis &#224; la t&#234;te du Soviet de Kalouga les bolch&#233;viki ; les troupes cosaques avaient r&#233;solu de s'entra&#238;ner contre eux, dirig&#233;es par le commissaire du gouvernement provisoire et avec la participation bienveillante des politiciens de la Douma locale. Le commissaire comme les &#171; politiciens &#187; se trouv&#232;rent &#234;tre des &#171; socialistes-r&#233;volutionnaires &#187;. Le premier mot dans la trahison et l'assassinat leur appartenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de Kalouga forc&#232;rent les Soviets &#224; aller rapidement de l'avant. Pendant ce temps, le Soviet de P&#233;tersbourg adoptait d&#233;j&#224; la position de combat : une r&#233;solution tranchante contre le Gouvernement indiquait que les op&#233;rations militaires &#233;taient proches. Les matelots de Kronstadt vouaient &#224; la mal&#233;diction le &#171; mis&#233;rable bonaparte &#187; ; le Congr&#232;s des Soviets de la r&#233;gion septentrionale se d&#233;roula comme une parade r&#233;gl&#233;e et ordonn&#233;e de l'arm&#233;e de la R&#233;volution ; le Congr&#232;s des repr&#233;sentants du VIe corps d'arm&#233;e d&#233;clara refuser quelque aide que ce f&#251;t au Gouvernement de Kerensky et proclama la n&#233;cessit&#233; du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 octobre, le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de P&#233;tersbourg d&#233;cida d'organiser un Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. Le Comit&#233; central de la flotte de la Baltique, le Comit&#233; r&#233;gional de Finlande, les Comit&#233;s de fabrique et d'usine, les unions professionnelles, le Soviet de P&#233;tersbourg des d&#233;put&#233;s paysans, l'organisation militaire du parti, etc., y envoy&#232;rent leurs repr&#233;sentants. C'&#233;tait l&#224; l'&#233;tat-major militaire de la nouvelle R&#233;volution et du soul&#232;vement contre la dictature imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant ce temps, au sein du &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187;, la droite organisait des ovations bruyantes au g&#233;n&#233;ral Alexeiev, et l'ap&#244;tre de l'imp&#233;rialisme russe, le cadet Pierre Strouv&#233;, d&#233;clarait que &#171; pour le nom glorieux du g&#233;n&#233;ral Kornilov nous donnerions notre vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#233;tersbourg, sous les yeux de la population tout enti&#232;re, on se met ouvertement &#224; pr&#233;parer le soul&#232;vement. Les ouvriers s'arment. Les soldats s'arment. De tous c&#244;t&#233;s on concentre des forces. Des unit&#233;s d'arm&#233;e, des corps d'arm&#233;e entiers envoient leurs salutations et la promesse de leur soutien. Le congr&#232;s de la Ve arm&#233;e se prononce pour le passage imm&#233;diat de la terre aux paysans. Toutes les forces tendues, l'on attend la solution de la crise, se pr&#233;parant &#224; s'y m&#234;ler au moment d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le branle est donn&#233; par le conflit entre le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire et l'&#233;tat-major du district, qui refuse de reconna&#238;tre les pleins pouvoirs du Comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient &#233;vident pour tous qu'une collision est in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 octobre (4 novembre), l'on fixe le &#171; jour du Soviet de P&#233;tersbourg &#187; qui se transforme en une revue g&#233;n&#233;rale des forces de la R&#233;volution. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire prend des mesures pour la protection de la ville, nomme des commissaires dans toutes les unit&#233;s militaires et aux points les plus importants. La disposition effective des forces militaires passe de cette fa&#231;on au Soviet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit du 24 au 25 octobre (6 au 7 novembre), les troupes r&#233;volutionnaires occup&#232;rent les gares, la poste, le t&#233;l&#233;graphe, la Banque d'Etat, l'Agence t&#233;l&#233;graphique de P&#233;tersbourg (P. T. A.). Des ministres isol&#233;s furent arr&#234;t&#233;s. A 6 h. du soir, la veille encore, le Gouvernement Provisoire avait tent&#233; de supprimer le journal Rabotchiy i Soldat8. Et la m&#234;me nuit, une partie de ce m&#234;me Gouvernement se trouvait d&#233;j&#224; sous cl&#233;. Le pouvoir bonapartiste &#233;tait renvers&#233; sans qu'on e&#251;t vers&#233; une goutte de sang &#8212; si unie, si r&#233;guli&#232;re et si puissante avait &#233;t&#233; la pouss&#233;e des ouvriers et des soldats marchant au combat pour le pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 octobre (7 novembre), Trotsky, le tribun brillant et courageux du soul&#232;vement, l'ap&#244;tre infatigable et enflamm&#233; de la R&#233;volution, d&#233;clara au nom du Comit&#233; r&#233;volutionnaire militaire au Soviet de P&#233;trograd, sous le tonnerre d'applaudissements des assistants, que &#171; le Gouvernement Provisoire n'existait plus &#187;. Et comme une preuve vivante de ce fait, para&#238;t &#224; la tribune, salu&#233; d'une formidable ovation, L&#233;nine, que la nouvelle r&#233;volution lib&#233;rait du myst&#232;re dont il avait d&#251; s'entourer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 10 heures du soir s'ouvre le second Congr&#232;s panrusse des Soviets. D&#232;s les premiers mots, il devient clair qu'il n'y a pas de place l&#224; pour les d&#233;fensistes. Ma&#238;tres de la situation dans le pass&#233;, ils quittent maintenant le Congr&#232;s ; &#224; leur suite sort aussi la poign&#233;e des &#171; internationalistes &#187; dirig&#233;s par Martoff, qui se sont tout &#224; coup mis &#224; hurler &#224; la &#171; violence &#187; et &#224; la &#171; conspiration &#187;. Les r&#233;solutions du Congr&#232;s n'en devinrent que plus unanimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky avait introduit la peine de mort. Le Congr&#232;s l'abolit en premier lieu. Kerensky mettait en prison les membres des Comit&#233;s fonciers. Le Congr&#232;s mit en libert&#233; les paysans, les ouvriers, les soldats qui souffraient dans les cachots du Gouvernement bonapartiste. Les d&#233;crets relatifs &#224; la paix et &#224; la terre, qui offraient des pourparlers de paix imm&#233;diats et la remise des terres aux paysans, furent accept&#233;s avec un enthousiasme comme on n'en avait encore jamais vu. La proclamation du pouvoir des Soviets et l'&#233;lection du Conseil des Commissaires du Peuple, avec L&#233;nine en t&#234;te, souleva une joie imp&#233;tueuse du c&#244;t&#233; des ouvriers et des soldats et d&#233;cha&#238;na une haine rageuse, brutale, du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie devenue folle de peur. L&#233;nine &#224; la t&#234;te du Gouvernement russe &#8212; cela ne devait-il pas sembler le monde renvers&#233; &#224; tous les &#171; &#233;l&#233;ments bien intentionn&#233;s &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; P&#233;tersbourg le pouvoir avait &#233;t&#233; conquis presque sans un coup de feu, en revanche dans l'autre centre &#8212; &#224; Moscou &#8212; la lutte avait &#233;t&#233; acharn&#233;e et cruelle. Ici s'&#233;taient dessin&#233;s plus nettement que partout ailleurs, tous les groupements de classes, qui s'&#233;taient instruites dans l'action, dans le processus de la lutte arm&#233;e, les positions des classes, des groupes, des partis, des organisations. Les ouvriers, dirig&#233;s par le parti du prol&#233;tariat &#8212; avaient assum&#233; la plus grande responsabilit&#233;. Les soldats,&#8212; toute la garnison comme un seul homme &#8212; marchaient de pair avec les ouvriers. Les bolch&#233;viki et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche &#8212; d'un c&#244;t&#233; de la barricade. La grande bourgeoisie, les propri&#233;taires, les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les sommit&#233;s des organisations mench&#233;vistes, les g&#233;n&#233;raux, les officiers, les junkers et les Cosaques &#8212; de l'autre. Fusil contre fusil ! Mitrailleuse contre mitrailleuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat de Moscou &#233;tait entr&#233; dans la lutte sans y &#234;tre pr&#233;par&#233;. Son but &#233;tait un but unique &#8212; soutenir les camarades de P&#233;tersbourg. P&#233;rir, mais soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le signal du soul&#232;vement fut donn&#233; par le parti du prol&#233;tariat, en occupant le poste de ses d&#233;tachements arm&#233;s. Plus loin, les &#233;v&#233;nements se d&#233;veloppent vertigineusement vite. Organisation du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, occupation du Kremlin, sa reddition, combats au centre et &#224; la p&#233;riph&#233;rie ; moment tragique o&#249; les d&#233;tachements des junkers expulsent presque les troupes sovi&#233;tistes du centre ; leur &#233;chec, et, enfin, h&#226;t&#233;e par le feu de l'artillerie lourde, la victoire &#8212; sous le tonnerre des pi&#232;ces de si&#232;ge, le p&#233;tillement des mitrailleuses et le sifflement des balles de fusil, toutes ces sc&#232;nes paraissaient et disparaissaient devant la &#171; tr&#232;s pieuse &#187; capitale de la Russie, qui vivait d&#233;j&#224; pour la seconde fois un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire fut obtenue uniquement gr&#226;ce &#224; l'h&#233;ro&#239;sme exclusif des ouvriers et des soldats eux-m&#234;mes. Les gardes-rouges se battaient comme de v&#233;ritables lions de la R&#233;volution, avec un d&#233;vouement aveugle, avec une bravoure ne connaissant pas la peur. Coude &#224; coude avec eux marchaient les soldats, le d&#233;tachement de Dvinsk &#224; leur t&#234;te, le d&#233;tachement de choc de la R&#233;volution. Ces soldats de Dvinsk avaient &#233;t&#233; jet&#233;s dans les prisons du front, puis dans la prison de Boutyr par le socialiste-r&#233;volutionnaire Kerensky. Ils avaient &#233;t&#233; d&#233;livr&#233;s par les ouvriers de Moscou. Et ils avaient jur&#233; de lutter jusqu'au bout. La lutte de Moscou fut r&#233;ellement la lutte des masses elles-m&#234;mes, &#233;nergiques, d&#233;brouillardes, actives et braves, comme seuls peuvent &#234;tre braves des fils du peuple qui rejettent les cha&#238;nes de l'esclavage et de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le peuple se battaient les d&#233;tachements des junkers sous le commandement du soc.-r&#233;volut. Riabtzev. Le centre organisateur g&#233;n&#233;ral &#233;tait la Douma municipale, qui avait cr&#233;&#233; le &#171; Comit&#233; de Salut &#187; contre-r&#233;volutionnaire. Le soc.-r&#233;volut. Roudnev compl&#233;tait heureusement le soc.-r&#233;volut. Riabtzev, ayant cr&#233;&#233; et arm&#233; la garde blanche de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande bourgeoisie avait pr&#233;f&#233;r&#233; agir dans l'ombre. N'avait-elle pas des agents suffisamment s&#251;rs dans les terroristes du pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine quelques jours auparavant, ces social-tra&#238;tres avaient protest&#233; dans les Soviets contre la garde-rouge, craignant, disaient-ils, une &#171; scission entre les soldats et les ouvriers &#187;. Maintenant que soldats et ouvriers s'&#233;taient mis &#224; verser en commun leur sang, ces messieurs avaient arm&#233; les fils de famille, propri&#233;taires et bourgeois, dirigeant leurs fusils contre les soldats et contre les ouvriers ! Le Soviet de Moscou des d&#233;put&#233;s des soldats, o&#249; la majorit&#233; appartenait aux soc.-r&#233;volut. et aux mench&#233;viki, si&#233;geant dans le m&#234;me &#233;difice que les chefs des prol&#233;taires et des paysans soulev&#233;s, avait fourni des cadres choisis d'espions de Kerensky, qui suivaient, livraient, trahissaient et jugeaient les bolch&#233;viki faits prisonniers. Les soldats le destitu&#232;rent. Mais les g&#233;n&#233;raux &#171; socialistes &#187; des coalitionnistes continu&#232;rent son &#339;uvre. Ayant adopt&#233; tout d'abord le &#171; noble &#187; mot d'ordre : &#171; Assez de sang vers&#233; &#187;, ces mis&#233;rables imprimaient par centaines de mille exemplaires des nouvelles mensong&#232;res annon&#231;ant que Kerensky avait d&#233;j&#224; pris P&#233;tersbourg ; il leur fallait (car c'&#233;tait l&#224; ce qu'il fallait au capital) briser les forces des ouvriers et des soldats, non seulement par la force de la garde blanche, mais aussi par la force du mensonge et de la calomnie massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais trop profonde &#233;tait la haine envers les oppresseurs. Moscou fut pris de force. Mais il fut pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 octobre (11 novembre), &#224; P&#233;tersbourg, les anciens chefs de la petite bourgeoisie tent&#232;rent de soulever une r&#233;volte des junkers. La r&#233;volte fut r&#233;prim&#233;e en quelques heures, et son organisateur &#8212; G&#246;tz &#8212; s'enfuit. Kerensky, ayant rassembl&#233; le reste de ses troupes, marcha un instant sur P&#233;tersbourg. Mais les troupes rouges le battirent &#224; plate couture sous Gatchina, et lui, qui avait solennellement d&#233;clar&#233; que ceux qui tenteraient de renverser la coalition, passeraient par-dessus son cadavre, prit la fuite honteusement, tel un l&#226;che et un perfide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;sistance arm&#233;e, la R&#233;volution avait vaincu dans les centres importants. Ce fait tranchait la destin&#233;e de l'ancien pouvoir. La dictature des imp&#233;rialistes avait &#233;t&#233; remplac&#233;e par la dictature du prol&#233;tariat, soutenu par les campagnes pauvres. Plus tard commen&#231;a son offensive contre l'ennemi qui avait d&#233;j&#224; rendu sa principale position, et sa lutte h&#233;ro&#239;que contre l'imp&#233;rialisme mondial, lutte pour la destruction du capital, pour la mise en ex&#233;cution active de la r&#233;organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie distingue toutes les r&#233;volutions en &#171; glorieuses r&#233;volutions &#187; et en &#171; grandes r&#233;voltes &#187;. Les glorieuses r&#233;volutions &#8212; c'est lorsque les ouvriers et les paysans tirent les marrons du feu pour la bourgeoisie ; les &#171; grandes r&#233;voltes &#187;, c'est lorsque les ouvriers ne veulent pas se contenter d'un r&#244;le aussi modeste ; c'est lorsqu'ils d&#233;passent les limites fix&#233;es par le capital. &#171; Nec plus ultra &#187; dit la &#171; glorieuse r&#233;volution &#187; au prol&#233;tariat : &#171; le pouvoir et la propri&#233;t&#233; appartiennent &#224; la bourgeoisie &#187;. &#171; En avant, au-del&#224; de ce trait maudit ; en avant, place au socialisme &#187; dit la &#171; grande r&#233;volte &#187;. La R&#233;volution d'octobre a &#233;t&#233; une &#171; grande r&#233;volte &#187; pour la bourgeoisie. Mais pour le prol&#233;tariat elle a &#233;t&#233; r&#233;ellement une glorieuse r&#233;volution. Sous ce rapport, entre mars et octobre, il y a un ab&#238;me profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde a &#233;t&#233; forc&#233; de &#171; saluer &#187; la R&#233;volution d'octobre ; elle &#233;tait &#171; claire &#187;, sous des &#171; v&#234;tements purs &#187;, &#171; lumineuse &#187;, &#171; innocente &#187;, &#8212; car elle &#233;tait &#171; omninationale &#187;. Puisqu'elle avait re&#231;u le sceau, m&#234;me des ennemis de toutes les r&#233;volutions comment n'e&#251;t-elle pas &#233;t&#233; bonne et belle ? Aux yeux de la bourgeoisie, la R&#233;volution de mars &#233;tait, en somme, acceptable, parce qu'ayant renvers&#233; les sauvages agrariens, elle avait livr&#233; le pouvoir &#224; la bourgeoisie imp&#233;rialiste. A cela, les bourgeois &#171; consentaient &#187;. Ici, le r&#244;le lib&#233;rateur de la R&#233;volution leur semblait clair : n'&#233;taient-ils pas parvenus les premiers &#224; se placer derri&#232;re le bouclier du pouvoir ! Il est vrai que d&#232;s le premier jour ils avaient senti que la R&#233;volution irait de l'avant, qu'il leur fallait &#234;tre sur leurs gardes ; mais, tout en pr&#233;parant la corde, ils souriaient joyeusement, s'extasiaient et pleuraient de cet &#171; enthousiasme r&#233;volutionnaire &#187; dont soudain furent saisis tous ceux qui, quelques jours auparavant, se donnaient encore le mot d'ordre &#171; plut&#244;t la d&#233;faite que la R&#233;volution &#187;. Les publicistes et les po&#232;tes appelaient la R&#233;volution : la R&#233;surrection du Christ, parce que le pouvoir agrarien tsariste qui &#233;crasait quelque peu les pieds de la &#171; classe commerciale et industrielle &#187; avait &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233;, et que le Christ bourgeois s'&#233;tait dress&#233; sur ses deux pieds aupr&#232;s du pouvoir. Tous les &#171; intellectuels &#187; vivant des aum&#244;nes de la table des seigneurs, en commen&#231;ant par les ex-solistes de S. M. et en finissant par la boh&#232;me irr&#233;ductible, applaudirent unanimement &#224; la R&#233;volution de mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre se pr&#233;sentait devant la &#171; soci&#233;t&#233; instruite la R&#233;volution ouvri&#232;re d'octobre. Inanim&#233;e, &#233;troitement de classe, couverte de sang, vandalesque, &#171; sans un grain d'id&#233;alisme &#187;, violente, conspiratrice, quelque chose comme une r&#233;volution &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187; &#8212; telle &#233;tait, aux yeux des pillards capitalistes, la plus grande r&#233;volution du prol&#233;tariat qu'ait vu le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; capitaliste est une loi de la nature &#8212; c'est l&#224; un axiome de la r&#233;volution bourgeoise qui d&#233;livre cette propri&#233;t&#233; et son annexe personnelle, des biens du f&#233;odalisme. La propri&#233;t&#233; capitaliste est destin&#233;e &#224; &#234;tre d&#233;truite avec les restes du f&#233;odalisme &#8212; c'est l&#224; l'axiome de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est pourquoi la r&#233;volution prol&#233;tarienne est la n&#233;gation de la r&#233;volution bourgeoise ; elle est la n&#233;gation de l'ordre bourgeois en g&#233;n&#233;ral. Dans la r&#233;volution bourgeoise, la soci&#233;t&#233; ne perd que sa vieille coquille politique, le pouvoir passe des mains d'un groupe de poss&#233;dants aux mains d'un autre, des mains des nobles aux mains de la bourgeoisie. Il est vrai que comme la bourgeoisie accomplit cette op&#233;ration tout de m&#234;me un peu risqu&#233;e, par les mains des ouvriers, des paysans, de la petite bourgeoisie, quelque chose change pourtant dans les rapports de production. Mais le monopole de classe des poss&#233;dants reste intact. En principe, non seulement il n'est pas aboli, mais il en re&#231;oit son fondement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre est la r&#233;volution socialiste ; c'est avant tout la r&#233;volution des rapports de production. Car elle ne modifie pas la monopolisation des moyens de production par une poign&#233;e de poss&#233;dants : elle d&#233;truit cette monopolisation. Elle ne signifie pas le changement de place des groupes poss&#233;dants : mais leur expropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution bourgeoise actuelle est la r&#233;p&#233;tition des &#233;v&#233;nements que l'Occident a v&#233;cus il y a cent ans. La r&#233;volution socialiste est un nouveau levier qui renverse tous les rapports constitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement victorieux d'octobre a montr&#233; que non seulement la r&#233;volution socialiste est possible en Russie, mais qu'elle y est historiquement indispensable. Contre les forces r&#233;unies de l'ennemi s'est avanc&#233;e la masse innombrable, qui a balay&#233; cet ennemi dans les centres principaux de la vie sociale avec une facilit&#233; &#224; laquelle personne ne s'attendait. Les bavards pu&#233;rils de la pens&#233;e &#171; socialiste &#187; tournant &#224; vide, qui voient leur vocation historique dans la critique du communisme ouvrier, ne comprenaient et ne comprennent pas que le fait m&#234;me de la dictature victorieuse t&#233;moigne d&#233;j&#224; de la justesse historique du bouleversement socialiste. Mais l'unique activit&#233; cr&#233;atrice dont les chefs en retraite de la petite bourgeoisie soient capables durant la lutte h&#233;ro&#239;que, est l'invention d'&#233;pith&#232;tes injurieuses nouvelles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande R&#233;volution d'octobre, accueillie par les hurlements sauvages et les grincements de dents de la bourgeoisie, devait immanquablement trouver son &#233;cho parmi le prol&#233;tariat de l'Europe occidentale : pour la premi&#232;re fois, depuis qu'existe la lutte de classes, le prol&#233;tariat a pris d'une main ferme le pouvoir d'Etat. Le spectre rouge du communisme est apparu, gigantesque ! La bancocratie europ&#233;enne commence &#224; s'agiter et &#224; se pr&#233;cipiter. Elle aspirait &#224; une d&#233;pression d&#233;finitive des bolch&#233;viki &#8212; elle a vu venir la r&#233;pression de la bourgeoisie russe. Au pouvoir se trouve le parti qu'elle ha&#239;t le plus, le plus extr&#234;me, le plus cons&#233;quent, le plus anticapitaliste, le plus r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le magasin &#224; poudre de la vieille Europe ensanglant&#233;e, est tomb&#233; le brandon de la R&#233;volution socialiste russe. Elle n'est pas morte. Elle vit. Elle s'&#233;largit. Et elle se confondra in&#233;vitablement avec l'immense soul&#232;vement triomphal du prol&#233;tariat mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Dans le droit romain , la propri&#233;t&#233; est d&#233;finie par le &#171; droit d'user et d'abuser &#187; (jus utendi et abutendi). (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Novo&#239;e Vremia, 11/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Retch, 16/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Birjev&#239;a Vi&#233;domosti, 17/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Rousko&#239;e Slovo, 25/VII 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Rabotchy Put, nom sous lequel est publi&#233; la Pravda entre le 3(16) septembre et le 26 octobre (8 novembre) 1917. (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 En Russie, l'on dit couramment maintenant &#171; un liberdanovetz &#187; pour un social-patriote du type Liber et Dan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Titre utilis&#233; alors par la Pravda. (Note de la MIA)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le monde colonial et la seconde guerre imp&#233;rialiste</title>
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		<dc:date>2026-01-30T23:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le monde colonial et la seconde guerre imp&#233;rialiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Ecrrit par la IV&#232;me Internationale de Trotsky les 19-26 mai 1940 pour la conf&#233;rence d'alarme &lt;br class='autobr' /&gt; La moiti&#233; du monde vit dans l'esclavage colonial. Les colonies et les pays assujettis couvrent plus de la moiti&#233; de la surface de la terre. Plus d'un milliard de personnes, de couleur jaune, brune et noire, sont soumis &#224; la loi de l'infime minorit&#233; de super capitalistes qui r&#232;gnent sur le monde occidental. La lutte de cette grande masse de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le monde colonial et la seconde guerre imp&#233;rialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ecrrit par la IV&#232;me Internationale de Trotsky les 19-26 mai 1940 pour la conf&#233;rence d'alarme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La moiti&#233; du monde vit dans l'esclavage colonial. Les colonies et les pays assujettis couvrent plus de la moiti&#233; de la surface de la terre. Plus d'un milliard de personnes, de couleur jaune, brune et noire, sont soumis &#224; la loi de l'infime minorit&#233; de super capitalistes qui r&#232;gnent sur le monde occidental. La lutte de cette grande masse de d&#233;poss&#233;d&#233;s pour se lib&#233;rer repr&#233;sente l'une des deux grandes forces progressistes de la soci&#233;t&#233; moderne. L'autre est le combat du prol&#233;tariat des pays avanc&#233;s pour son &#233;mancipation. C'est dans la r&#233;ussite de leur conjonction que r&#233;side la cl&#233; de toute la strat&#233;gie de la r&#233;volution socialiste mondiale. Le nationalisme dans les pays occidentaux est une arme du pouvoir capitaliste, utilis&#233;e pour opposer entre eux les peuples exploit&#233;s dans des guerres men&#233;es par des moyens &#233;conomiques et militaires au seul profit des capitalistes. Mais, dans les pays orientaux arri&#233;r&#233;s et opprim&#233;s, les mouvements nationalistes forment une composante &#224; part enti&#232;re de la lutte contre l'imp&#233;rialisme mondial. &#192; ce titre, ils doivent &#234;tre soutenus dans toute la mesure du possible par la classe ouvri&#232;re du monde occidental tout entier. Quand les travailleurs de l'Orient et de l'Occident r&#233;unis proc&#233;deront &#224; la conqu&#234;te du pouvoir, aboliront le capitalisme et construiront une &#233;conomie socialiste mondiale, les grandes entit&#233;s nationales du monde pourront pour la premi&#232;re fois vivre c&#244;te &#224; c&#244;te au milieu d'une culture mondiale florissante arborant fi&#232;rement la multitude de ses p&#233;tales raciaux et ethniques. Voil&#224; l'image de la d&#233;mocratie et de l'&#233;galit&#233; dans le socialisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sous le drapeau de la &#171; d&#233;mocratie &#187; et de l'&#171; &#233;galit&#233; &#187; bourgeoises, les grands empires ont &#233;t&#233; b&#226;tis sur l'exploitation du prol&#233;tariat en m&#233;tropole et sur l'asservissement des peuples d&#233;munis d'outre-mer. Tout au long des trois si&#232;cles de leur expansion, les nations capitalistes ont sans cesse guerroy&#233; pour acqu&#233;rir et &#233;tendre leurs domaines coloniaux, pour se d&#233;fendre contre les invasions de leurs rivaux ou pour &#233;craser les r&#233;voltes des peuples colonis&#233;s. En 1914-1918, les grandes puissances imp&#233;rialistes ont combattu pour repartager un monde d&#233;j&#224; divis&#233;. Elles n'ont r&#233;ussi qu'&#224; pr&#233;cipiter le d&#233;clin catastrophique du syst&#232;me capitaliste. Les r&#233;volutions issues de la guerre n'ont cependant pas r&#233;ussi &#224; instaurer dans les pays occidentaux avanc&#233;s et les pays orientaux arri&#233;r&#233;s, le pouvoir prol&#233;tarien qui pouvait et peut seul r&#233;organiser le monde sur une base socialiste. Les travailleurs n'ont triomph&#233; et pris le pouvoir qu'en Russie. Le capitalisme a surv&#233;cu, mais seulement pour infliger au monde les nouvelles affres de son tr&#233;pas. Vingt-deux ans apr&#232;s l'armistice de 1918, ravag&#233;s par une crise qu'ils &#233;taient impuissants &#224; surmonter, les imp&#233;rialistes ont une fois de plus plong&#233; le monde dans un conflit sanglant : l'Allemagne, l'Italie et le Japon, pour &#171; s'&#233;tendre ou mourir &#187; ; la Grande-Bretagne, la France et les &#201;tats-Unis, pour d&#233;fendre et renforcer leur h&#233;g&#233;monie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La guerre imp&#233;rialiste actuelle est la continuation de la lutte commenc&#233;e en 1914 pour le contr&#244;le non seulement de l'Europe, mais aussi de la richesse, du travail et des march&#233;s des deux h&#233;misph&#232;res, de l'Afrique et de l'Asie, de l'Am&#233;rique latine et de l'Oc&#233;anie. La Grande-Bretagne combat &#224; nouveau pour pr&#233;server son gigantesque empire de 450 millions d'hommes r&#233;partis sur un quart du globe ; dix esclaves noirs ou jaunes pour chaque britannique, 100 kilom&#232;tres carr&#233;s de territoire domin&#233; pour chaque quart de kilom&#232;tre carr&#233; de la m&#233;tropole. La France se bat non seulement pour dominer le continent europ&#233;en, mais aussi pour contr&#244;ler les 75 millions d'esclaves de ses colonies asiatiques et africaines. Les petits propri&#233;taires d'esclaves, de la Hollande, la Belgique, le Portugal et l'Espagne, sont confront&#233;s au d&#233;membrement ; pleinement conscients que les pays qu'ils ont jusqu'ici pill&#233;s sans entrave ext&#233;rieure sont aujourd'hui l'enjeu de la guerre. L'Allemagne se bat ouvertement pour conqu&#233;rir ces d&#233;pouilles &#224; son profit. L'Italie, telle un chacal, veut sa part des restes. Le Japon m&#232;ne en Chine une guerre d'expansion depuis sept ans d&#233;j&#224; et est au bord d'un conflit avec les &#201;tats-Unis pour le contr&#244;le du Pacifique, pour les richesses de la Chine et de l'Inde. L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, qui est sorti de la derni&#232;re guerre en cr&#233;ancier du monde, compte sortir de celle-ci en ma&#238;tre incontest&#233;. Mais l'issue finale ne d&#233;pend pas que des pillards imp&#233;rialistes seuls. Ils ont repris leur lutte arm&#233;e pour la domination du monde. Mais les fronts de guerre qu'ils ont ouverts craqueront sous les r&#233;volutions des travailleurs de tous les pays. Dans les empires qu'ils cherchent &#224; conqu&#233;rir ou &#224; d&#233;fendre, les guerres nationales et coloniales et les r&#233;volutions jamais totalement vaincues des ann&#233;es qui ont suivi la derni&#232;re guerre rena&#238;tront elles aussi et &#224; une &#233;chelle incomparablement plus &#233;tendue qu'auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En 1914-1918, la Grande-Bretagne et la France ont d&#233;fendu avec succ&#232;s leurs possessions face au premier d&#233;fi allemand. Elles se sont partag&#233; les colonies allemandes et se sont disput&#233; les restes de l'empire turc. Mais la guerre avait &#233;prouv&#233; le monde imp&#233;rialiste au point que son maillon le plus faible s'est rompu. La r&#233;volution d'Octobre en Russie a fait vaciller tout le syst&#232;me. Toute l'Europe centrale est entr&#233;e en convulsion. Dans les colonies, les mouvements nationalistes, longtemps limit&#233;s et avort&#233;s, se sont engouffr&#233;s dans le nouveau flot r&#233;volutionnaire. Quand Versailles a d&#233;voil&#233; la perfidie compl&#232;te que cachaient les promesses des Alli&#233;s d'&#171; autod&#233;termination des nations &#187; , la r&#233;volte gagna quasiment toutes les vastes possessions des vainqueurs imp&#233;rialistes. Les griefs accumul&#233;s et enfouis dans les pays assujettis pendant des si&#232;cles d'oppression &#233;clat&#232;rent en une s&#233;rie d'explosions formidables.&lt;br class='autobr' /&gt; Pendant plus de dix ans, des guerres de lib&#233;ration nationale furent men&#233;es, l'esclave combattait le ma&#238;tre, dans presque tous les pays domin&#233;s de la surface de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La guerre mondiale des Alli&#233;s contre l'Allemagne continua apr&#232;s 1918 sous la forme d'une guerre mondiale men&#233;e par les Alli&#233;s contre les peuples qu'ils entendaient garder sous leur joug. En guise de r&#233;ponse &#224; l'exigence de libert&#233; des Irlandais, l'Angleterre envoya les Blacks and Tans. Les promesses d'ind&#233;pendance g&#233;n&#233;reusement accord&#233;es pendant la guerre aux peuples arabes du Proche et du Moyen-Orient prirent la forme du joug d'acier de l'imp&#233;rialisme, impos&#233; et maintenu par les bombes, les ba&#239;onnettes et les potences. Des insurrections nationalistes ravag&#232;rent l'&#201;gypte et le reste du monde musulman. Seuls les Turcs conqu&#233;rirent leur ind&#233;pendance. Le reste du Levant fut soumis de force au contr&#244;le imp&#233;rialiste. Aux r&#233;voltes nationalistes qui avaient commenc&#233; en Inde pendant la guerre, les Britanniques r&#233;pondirent en 1919 par le massacre d'Amritsar, et les fusils britanniques ne se sont depuis lors jamais compl&#232;tement tus dans cette colonie, la plus riche entre toutes. Des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales et des soul&#232;vements se produisirent au Kenya, au Congo et dans d'autres parties de l'Afrique. La r&#233;volte druze en Syrie en 1925 faillit abattre le pouvoir des Fran&#231;ais. Au Maroc, en 1925-1926, les Fran&#231;ais se joignirent aux Espagnols pour &#233;craser la r&#233;volte du Rif dirig&#233;e par Abd el-Krim. De 1926 &#224; 1930, les Fran&#231;ais recoururent au massacre aveugle pour endiguer des soul&#232;vements r&#233;p&#233;t&#233;s en Indochine. En 1926-1927, les ouvriers et les paysans de l'Indon&#233;sie se soulev&#232;rent contre le pouvoir de la &#171; d&#233;mocratie &#187; hollandaise, exerc&#233; &#224; coups de fouet, de mitraillette et de bombardier. En 1925-1927, la Chine, proie de toutes les puissances depuis un si&#232;cle, &#233;tait ravag&#233;e par la plus grande des r&#233;volutions nationales d'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais l'imp&#233;rialisme est parvenu &#224; survivre &#224; la guerre et &#224; avoir raison des soul&#232;vements coloniaux. En Europe, &#224; l'exception de la Russie les r&#233;volutions ouvri&#232;res furent &#233;cras&#233;es avec l'aide des tra&#238;tres des partis sociaux-d&#233;mocrates de la IIe Internationale. Les travailleurs russes r&#233;ussirent &#224; repousser l'intervention des puissances arm&#233;es, mais demeur&#232;rent tragiquement isol&#233;s. Cet isolement, conjugu&#233; &#224; l'arri&#233;ration de la Russie, favorisa le d&#233;veloppement de la bureaucratie symbolis&#233;e par Staline. L'Union sovi&#233;tique entra dans sa longue et douloureuse p&#233;riode de d&#233;g&#233;n&#233;rescence. Le capitalisme occidental entra parall&#232;lement dans une p&#233;riode de relative stabilisation. Cette combinaison d'&#233;l&#233;ments permit aux imp&#233;rialistes de sortir victorieux des guerres nationales et coloniales qui suivirent la guerre en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'imp&#233;rialisme maintint son pouvoir dans les colonies et les semi-colonies avant tout par la terreur. Des milliers de personnes furent massacr&#233;es et des milliers p&#233;rirent en prison et en d&#233;portation entre 1919 et 1929. Mais la force brutale ne suffisait plus. Avec la participation des larges masses d'ouvriers et de paysans, les mouvements coloniaux prirent une ampleur jusqu'alors in&#233;gal&#233;e. Alors les imp&#233;rialistes tendirent la main aux exploiteurs nationaux (propri&#233;taires terriens et capitalistes en herbe) pour les mettre de leur c&#244;t&#233; et s'en servir comme boucliers contre les masses compl&#232;tement d&#233;munies. Les privil&#232;ges offerts &#233;taient assez limit&#233;s, mais suffisaient &#224; amener dans le camp imp&#233;rialiste les secteurs dominants des diff&#233;rentes classes dirigeantes de ces pays. L'Irlande se vit reconna&#238;tre le statut d'&#171; &#201;tat libre &#187; . On accorda &#224; l'Inde une &#171; constitution &#187;, et Gandhi rendit un fier service aux Britanniques en d&#233;tournant obstin&#233;ment la lutte nationaliste dans la voie du compromis. En &#201;gypte, apr&#232;s avoir &#233;cras&#233; la r&#233;volte nationaliste de 1919 avec un corps exp&#233;ditionnaire de 60 000 hommes, les Britanniques finirent par s'entendre avec la bourgeoisie nationale et donn&#232;rent &#224; l'&#201;gypte un vague semblant d'ind&#233;pendance. L'Irak et plus tard la Syrie devinrent des d&#233;pendances &#171; ind&#233;pendantes &#187; . En Chine, en 1925-1927, les ouvriers et les paysans se soulev&#232;rent dans la plus grande r&#233;volte de masse de ces dix derni&#232;res ann&#233;es. Mais l'Internationale communiste dirig&#233;e par Staline attela les ouvriers et les paysans au joug de la bourgeoisie nationale qui, &#224; son tour, s'entendit avec les imp&#233;rialistes. En soutenant dans l'unit&#233; Tchang Ka&#239;-Chek contre le mouvement de masse, les imp&#233;rialistes parvinrent &#224; endiguer la vague r&#233;volutionnaire qui avait menac&#233; pour un temps de les chasser d&#233;finitivement de leurs positions retranch&#233;es en Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si ce proc&#233;d&#233; offrait une &#171; solution &#187; temporaire aux dirigeants imp&#233;rialistes, il ne r&#233;solvait pas les probl&#232;mes br&#251;lants des peuples coloniaux, ne les tirait pas de l'arri&#233;ration et ne laissait pas la possibilit&#233; d'une croissance m&#234;me relative des forces productives. Au contraire, il acc&#233;l&#233;rait l'expropriation de la petite bourgeoisie coloniale, le servage de la paysannerie coloniale et alourdissait le fardeau du prol&#233;tariat colonial. Les concessions faites par les imp&#233;rialistes aux exploiteurs nationaux &#233;taient plut&#244;t minces, mais d&#232;s le d&#233;but de la crise &#233;conomique de 1929, ils ne purent m&#234;me pas les maintenir. La crise, au contraire, exacerba les antagonismes dans le camp imp&#233;rialiste et porta de nouveaux coups aux peuples opprim&#233;s. Le Japon commen&#231;a son exp&#233;dition en Chine en 1931. L'Italie soumit l'&#201;thiopie en 1935. Les nouveaux clivages entre les puissances aboutirent rapidement au d&#233;clenchement du nouveau conflit mondial en 1939. Pour les colonies, la nouvelle guerre imp&#233;rialiste n'offre que la perspective d'un renforcement de l'exploitation, peu importe si les anciens ma&#238;tres demeurent ou si de nouveaux ma&#238;tres prennent leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le capitalisme a d&#233;j&#224; pleinement d&#233;montr&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale qu'il ne correspond plus comme syst&#232;me d'organisation au d&#233;veloppement des forces productives. Il ne peut davantage assurer aux travailleurs des pays avanc&#233;s ne serait-ce que le minimum vital. S'il parvenait &#224; survivre &#224; cette guerre, la forme totalitaire qu'il a prise dans les pays pauvres (Italie, Allemagne, Balkans) avant m&#234;me le conflit se g&#233;n&#233;raliserait bient&#244;t. Alors que la guerre ne fait que commencer, ce processus est d&#233;j&#224; clairement visible en France et en Grande-Bretagne. Aux colonies, dans le pass&#233;, le pouvoir imp&#233;rialiste a entra&#238;n&#233; l'&#233;touffement du d&#233;veloppement &#233;conomique et a perp&#233;tu&#233; l'arri&#233;ration des rapports &#233;conomiques et sociaux sous leurs formes les plus oppressives. Si une &#171; solution &#187; imp&#233;rialiste au conflit mondial actuel est impos&#233;e, un taux d'exploitation encore plus &#233;lev&#233; sera impos&#233; aux colonies et la servitude du pass&#233; sera renforc&#233;e et d&#233;multipli&#233;e. Les Alli&#233;s occidentaux font encore une fois des promesses de &#171; libert&#233; &#187; et de &#171; coop&#233;ration &#187; pour les lendemains de leur victoire dans cette guerre. Mais croire &#224; de pareilles promesses, c'est ouvrir la voie aux cruelles d&#233;ceptions du Versailles futur. L'Allemagne, pour sa part, ne s'embarrasse pas d'illusions trompeuses, mais combat ouvertement pour dominer les peuples qu'elle ne peut conqu&#233;rir que par le fer et le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les espoirs de lib&#233;ration des peuples coloniaux sont donc li&#233;s plus nettement que jamais &#224; l'&#233;mancipation des travailleurs du monde entier. Les colonies ne seront lib&#233;r&#233;es politiquement, &#233;conomiquement et culturellement que lorsque les travailleurs des pays avanc&#233;s mettront un terme au pouvoir capitaliste et s'attaqueront de concert avec les peuples arri&#233;r&#233;s &#224; la r&#233;organisation de l'&#233;conomie mondiale &#224; un autre niveau, en l'orientant vers les besoins sociaux et non pas vers les profits monopolistes. Ce n'est que de cette fa&#231;on que les pays coloniaux et semi-coloniaux pourront sortir de leurs divers degr&#233;s d'arri&#233;ration et prendre leur place comme partie int&#233;grante d'une r&#233;publique socialiste mondiale en marche. Tardivement entra&#238;n&#233;s dans l'orbite de l'&#233;conomie mondiale, ces pays ont &#224; accomplir un gigantesque bond en avant, &#233;conomiquement et politiquement, pour s'aligner sur les autres nations. Leur arri&#233;ration se traduit le plus cruellement dans le maintien des relations f&#233;odales et semi-f&#233;odales qui encha&#238;nent des multitudes de paysans. Les imp&#233;rialistes ont ajout&#233; &#224; ce joug celui du capital monopoliste, en agissant soit directement, soit par l'entremise de leurs agents locaux (comme les compradores et plus tard les banquiers de la Chine). Ainsi la moindre tentative de r&#233;organisation &#233;l&#233;mentaire de la soci&#233;t&#233; sur des bases nationales, d&#233;mocratiques met-elle les masses coloniales en conflit avec l'imp&#233;rialisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La bourgeoisie nationale des pays arri&#233;r&#233;s est incapable d'effectuer cette transformation, m&#234;me partiellement, car cela signifierait la suppression du syst&#232;me d'exploitation sur lequel repose leur propre position dans la soci&#233;t&#233;. La r&#233;volution russe de 1917 a apport&#233; une preuve positive qu'un pays retardataire ne peut faire ce grand bond en avant que si la classe ouvri&#232;re est capable d'assumer la direction de la r&#233;volution agraire et d'orienter la lutte d&#233;mocratique vers une solution socialiste dans un pouvoir prol&#233;tarien. Les luttes nationales avort&#233;es des pays coloniaux de 1919 &#224; 1931 &#233;taient dirig&#233;es, comme en Inde et en Chine, par la bourgeoisie nationale. Elles n'ont fait que confirmer, que les r&#233;volutions nationales et d&#233;mocratiques aux colonies ne peuvent &#234;tre men&#233;es &#224; bien que par le prol&#233;tariat en collaboration avec les travailleurs des pays avanc&#233;s. La mutation nationale et d&#233;mocratique des pays arri&#233;r&#233;s ne sera possible que dans un monde socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cependant, les mots d'ordre d&#233;mocratiques et transitoires sont toujours aussi valables, surtout dans les pays domin&#233;s relativement plus avanc&#233;s tels que la Chine et l'Inde. Le mot d'ordre d'assembl&#233;e nationale ou constituante reste le levier le plus puissant pour mener les masses au combat. Mais dans ce mot d'ordre, le parti r&#233;volutionnaire des travailleurs doit inclure tout le contenu de la r&#233;volution agraire et de la lutte pour la lib&#233;ration nationale. Sinon, c'est une tromperie facile dans les mains de la bourgeoisie nationale, comme cela a &#233;t&#233; le cas en Chine avec l'aide du Komintern en 1927 et encore aujourd'hui. Il ne faut pas laisser la lutte d&#233;mocratique aux mains de la bourgeoisie nationale, mais il faut, dans une situation de mont&#233;e du mouvement de masse, qu'elle s'exprime par la cr&#233;ation de conseils ouvriers, de paysans et de soldats au niveau local, provincial et national, en tant qu'organes de la lutte de masse et t&#244;t ou tard en tant qu'organes du pouvoir des travailleurs. Un tel pouvoir oppos&#233; &#224; celui de la bourgeoisie nationale sera seul capable de mener &#224; terme la r&#233;volution d&#233;mocratique en lib&#233;rant les paysans et la terre elle-m&#234;me des griffes des exploiteurs nationaux et &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette lutte, la ligne de conduite du parti des travailleurs doit &#234;tre de pr&#233;server sa propre ind&#233;pendance et l'ind&#233;pendance de la classe ouvri&#232;re comme force politique s&#233;par&#233;e et distincte. En Chine, en 1927, le Komintern a subordonn&#233; le Parti communiste chinois au Kouo-Min-Tang national bourgeois, la classe ouvri&#232;re chinoise &#224; la bourgeoisie nationale, et, finalement, cette derni&#232;re a r&#233;ussi &#224; &#233;craser le mouvement de masse en &#233;change de quelques miettes de la table imp&#233;rialiste. Quoique les conditions de la lutte varient consid&#233;rablement d'une colonie &#224; l'autre, surtout en fonction du degr&#233; d'arri&#233;ration, l'exp&#233;rience chinoise de 1925-1927 demeure un exemple classique, une le&#231;on salutaire pour tous ceux qui luttent pour la lib&#233;ration des peuples opprim&#233;s de l'Orient. Le prol&#233;tariat de l'Inde et de la Chine guidera le monde colonial tout entier et, en retour, il aura la force, la direction et le soutien des travailleurs occidentaux. Car ce n'est qu'ainsi que le monde sera conquis, reb&#226;ti et lib&#233;r&#233; pour toujours de la guerre et de l'oppression, de la faim et de l'ignorance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi la Quatri&#232;me internationale de Trotsky &#233;tait en &#233;chec en 1939</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8723</link>
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		<dc:date>2026-01-19T23:03:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
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&lt;p&gt;Discussion avec Trotsky sur IVe Internationale &lt;br class='autobr' /&gt;
avril 1939 &lt;br class='autobr' /&gt; James. - 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des ouvriers fran&#231;ais et, parall&#232;lement, de l'incontestable d&#233;clin de notre propre mouvement en France durant la m&#234;me p&#233;riode. A la conf&#233;rence de fondation, on a consacr&#233; six s&#233;ances &#224; la question fran&#231;aise [1] et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la r&#233;solution qu'on allait pr&#233;senter. Cela (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique188" rel="directory"&gt;11- Organisation internationale des travailleurs r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discussion avec Trotsky sur IVe Internationale &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;avril 1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; James. - 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des ouvriers fran&#231;ais et, parall&#232;lement, de l'incontestable d&#233;clin de notre propre mouvement en France durant la m&#234;me p&#233;riode. A la conf&#233;rence de fondation, on a consacr&#233; six s&#233;ances &#224; la question fran&#231;aise [1] et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la r&#233;solution qu'on allait pr&#233;senter. Cela donne une id&#233;e des difficult&#233;s. Cannon et Shachtman pensaient qu'il s'agissait exclusivement d'un probl&#232;me de direction et d'organisation. Blasco pensait que les camarades fran&#231;ais &#233;taient capables d'analyser la situation politique, mais incapables d'intervenir activement dans la lutte des masses. Mon opinion personnelle est qu'un tel &#233;tat de choses r&#233;sulte de la composition sociale du groupe, de sa concentration &#224; Paris et de l'int&#233;r&#234;t pr&#233;dominant qu'il porte aux questions purement politiques au d&#233;triment des probl&#232;mes des usines, encore que j'aie pu remarquer au milieu de 1937 un grand changement de ce point de vue. Je crois cependant qu'il s'agit d'une question qui demande une r&#233;flexion et une analyse s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2. La question de l'Espagne. Je crois qu'il n'est pas trop tard pour commencer, &#224; partir de toutes les sources disponibles, une enqu&#234;te sur l'activit&#233; organisationnelle de nos camarades en Espagne &#224; partir de 1936. D'apr&#232;s tout ce que j'ai entendu dire, 500 camarades bien organis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du P.O.U.M. auraient &#233;t&#233; capables d'essayer de prendre le pouvoir en mai 1937 [2] . Je crois que nous avons beaucoup &#224; apprendre des m&#233;thodes de travail appliqu&#233;es par nos camarades, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du P.O.U.M [3] . Et comme, de m&#234;me qu'en France et peut&#8209;&#234;tre en Hollande, et en Grande&#8209;Bretagne o&#249; il y a entre nous et la social&#173;-d&#233;mocratie des partis centristes dans lesquels il est vraisemblable que nous ayons &#224; travailler comme nos camarades ont d&#251; le faire dans le P.O.U.M., pour toutes ces raisons, je crois qu'il est tr&#232;s important de travailler &#224; partir de l'exp&#233;rience r&#233;elle de nos camarades en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La section britannique. Vous &#234;tes tous au courant de l'histoire de cette section : la scission de 1936 [4] et la formation de deux groupes, l'un enracin&#233; dans le Labour Party [5] et l'autre &#224; l'ext&#233;rieur [6] . Quand le camarade Cannon est arriv&#233;, &#224; l'&#233;t&#233; 1938, la Revolutionary Socialist League a r&#233;sult&#233; d'une fusion entre l'ancienne Marxist League, qui avait fait scission avec Groves [7] et le Marxist Group [8] , et &#233;tait en contact avec une vingtaine de camarades admirables d'Edinburgh [9] . Le pacte d'unit&#233; et de paix stipulait que chaque groupe devait continuer son activit&#233; propre et qu'au bout de six mois, on tirerait un bilan. Aux derni&#232;res nouvelles, les frictions ont continu&#233; et c'est maintenant le groupe &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party qui domine [10] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi un autre groupe &#8209; celui de Lee [11] - &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, qui a refus&#233; de rien avoir &#224; faire avec la fusion, disant qu'elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le groupe Lee est tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit au camarade Cannon qu'en fin de compte j'&#233;tais arriv&#233; &#224; la conclusion a) que je n'avais aucune objection &#224; ce que m&#234;me la majorit&#233; des camarades du groupe fusionn&#233; soient dans le Labour Party, b) mais que le groupe ind&#233;pendant, avec son journal, devait continuer. En derni&#232;re analyse, la fraction dans le Labour Party ne gagnerait pas beaucoup d'adh&#233;rents dans les circonstances actuelles et notre ind&#233;pendance de groupe, avec un journal &#233;tait absolument n&#233;cessaire. Wicks, Sara, Sumner [12] et autres, de l'ancienne Marxist League, qui ont travaill&#233; pendant quatre ans dans le Labour Party et s'y trouvaient encore, &#233;taient tout &#224; fait d'accord avec nous sur la n&#233;cessit&#233; d'une organisation ind&#233;pendante. Les camarades du Labour Party voulaient un organe comme New International. Nous avons dit non ; nous voulions un journal comme l'ancien Militant [13] mi&#8209;th&#233;orique et mi-d'organisation. Il n'y a pas eu lieu de discuter plus avant la question britannique dans la mesure o&#249; on a eu le temps de l'&#233;tudier de loin. Il est clair que ni des conseils ni une politique ne peuvent faire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de l'Independent Labour Party est pourtant importante pour nous [14]. Organisationnellement, il est faible, mais il a quatre d&#233;put&#233;s, un journal qui se vend entre 25000 et 30000 exemplaires par semaine, ses congr&#232;s et ses d&#233;clarations sont l'objet de publicit&#233; dans la presse bourgeoise ; il a suffisamment de soutien financier pour pr&#233;senter quinze candidats au &#233;lections dont la majorit&#233; ont perdu le d&#233;p&#244;t de 750 livres par candidat. En g&#233;n&#233;ral, il dit plut&#244;t le m&#234;me genre de choses que nous et recueille tout le soutien moral et financier qui nous revient, par exemple aux Etats&#8209;Unis o&#249; il n'y a rien, entre la social-d&#233;mocratie et nous, du type de ce parti. En outre, l'I.L.P. a pass&#233; son temps &#224; s'ouvrir puis se fermer, mais nous avons &#233;t&#233; incapables d'exploiter les scissions r&#233;p&#233;t&#233;es et le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral de sa gauche. Si nous pouvions scissionner l'I.L.P. et, ainsi que Maxton a, de sa propre initiative, menac&#233; de le faire, entra&#238;ner les Ecossais et laisser le champ libre en Angleterre, nous ne pourrions certes pas cr&#233;er tout de suite un grand parti dirigeant, mais nous ferions un progr&#232;s extraordinaire [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la r&#233;solution de 1936 sur les partis centristes, qui affirmait que l'l.L.P. allait bient&#244;t tomber dans le stalinisme, &#233;tait une erreur [16] qui a d&#233;sorient&#233; la section anglaise. Maintenant, il semblerait que nos progr&#232;s futurs en Grande&#8209;Bretagne dans la direction de l'l.L.P. vont d&#233;pendre largement des succ&#232;s de notre section fran&#231;aise (et de sa capacit&#233;) &#224; attirer &#224; elle les meilleurs &#233;l&#233;ments du P.S.O.P. [17]. Je propose cependant que notre section britannique ne n&#233;glige nullement l'I.L.P. et que, par des brochures, dans sa presse par des articles, elle concentre son offensive sur ses points faibles et ses divergences internes et s'emploie de son mieux &#224; aggraver les scissions qui se dessinent constamment en son sein afin de faciliter sa destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin la question des camarades qui vont dans les usines, comme on l'a d&#233;j&#224; fait dans une ou deux r&#233;gions d'Am&#233;rique du Nord, o&#249; les intellectuels, d&#233;termin&#233;s &#224; entrer en contact avec les masses, sont entr&#233;s dans l'industrie de l'alimentation et dans d'autres, partout o&#249; cela a &#233;t&#233; possible et, en certains endroits, avec un grand succ&#232;s. Il me semble qu'en France et, tr&#232;s certainement en Grande&#8209;Bretagne, cela constitue un moyen &#224; tenter pour renforcer ce contact avec les masses qui est l'un des plus gros points faibles de notre parti dans les grandes villes comme Londres, Paris, et dans une certaine mesure, New York, tandis que le parti belge, bas&#233; en province sur une r&#233;gion industrielle [18] est extr&#234;mement bien organis&#233; et, en d&#233;pit de certaines faiblesses politiques au cours de la derni&#232;re p&#233;riode [19], d&#233;montre que, dans toute mont&#233;e comme celle qui s'est produite en France [20], il jouerait vraisemblablement un r&#244;le plus important et r&#233;aliserait au moins des progr&#232;s infiniment plus substantiels que ne l'a fait notre section fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky &#8209; Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos id&#233;es, qui ne sont pas aussi d&#233;nu&#233;es de sens que le croient certains de nos amis. Nous ne progressons pas politiquement. Ce fait est l'expression du recul g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier dans les quinze derni&#232;res ann&#233;es. Quand le mouvement r&#233;volutionnaire d&#233;cline de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, quand une d&#233;faite suit une autre d&#233;faite, quand le fascisme s'&#233;tend sur le monde entier, quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine &#224; duper les travailleurs, il va de soi que les r&#233;volutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique g&#233;n&#233;ral. Et cela, quand bien m&#234;me leurs id&#233;es sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. C'est que les masses ne font pas leur &#233;ducation &#224; travers des pronostics ou des conceptions th&#233;oriques, mais &#224; travers l'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale de leur vie. C'est l&#224; l'explication globale : l'ensemble de la situation est contre nous. Il faut que se produise un tournant dans la prise de conscience de classes, dans les r&#233;actions et les sentiments des masses, un tournant qui nous donnera la possibilit&#233; de remporter un grand succ&#232;s politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens des discussions en 1927 &#224; Moscou apr&#232;s l'&#233;crasement des ouvriers chinois par Tchiang Ka&#239;&#8209;chek [21]. Nous l'avions pr&#233;dit dix jours auparavant et Staline nous avait r&#233;pondu par des affirmations de ce genre : &#171; Borodine est vigilant &#187;, &#171; Tchiang Ka&#239;&#8209;chek ne peut mat&#233;riellement nous trahir &#187;, etc Huit ou dix jours plus tard, c'&#233;tait la trag&#233;die et nos camarades exprim&#232;rent leur confiance : notre analyse &#233;tait si manifestement correcte que tout le monde s'en apercevait et que nous &#233;tions s&#251;rs d'entra&#238;ner le parti. Je r&#233;pondis que l'&#233;tranglement de la r&#233;volution chinoise &#233;tait mille fois plus important pour les masses que toutes nos pr&#233;dictions. Nos pr&#233;dictions pouvaient convaincre une poign&#233;e d'intellectuels qui s'int&#233;ressaient &#224; ces probl&#232;mes, mais pas les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire militaire de Tchiang devait in&#233;vitablement provoquer un reflux, une d&#233;moralisation, et ne pouvait en rien favoriser la progression d'une fraction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, nous avons connu une longue suite de d&#233;faites. Nous sommes comme des gens qui tenteraient d'escalader une montagne et qui recevraient toujours et toujours des avalanches de pierre et de neige. Il s'est cr&#233;&#233; dans les masses en Asie et en Europe un sentiment nouveau de d&#233;sespoir. Elles ont entendu quelque chose comme ce que nous disions il y a dix ou quinze ans du parti communiste, et elles sont pessimistes. C'est l&#224; l'&#233;tat d'esprit g&#233;n&#233;ral des masses. C'est la raison la plus g&#233;n&#233;rale. Il ne nous est pas possible de nous situer en dehors du courant historique g&#233;n&#233;ral, hors de la disposition g&#233;n&#233;rale des forces. Le courant est contre nous, c'est clair. Je me souviens de la p&#233;riode entre 1908 et 1913, en Russie. A cette &#233;poque aussi nous &#233;tions en pleine r&#233;action. En 1905 pourtant, nous avions les ouvriers avec nous, mais en 1908, et m&#234;me en 1907, d&#233;j&#224;, commen&#231;a la grande r&#233;action, le grand reflux. Tout le monde inventait des mots d'ordre et des m&#233;thodes nouvelles pour conqu&#233;rir les masses, mais personne n'y arrivait. Tout ce qu'on pouvait faire &#224; cette &#233;poque, c'&#233;tait de former des cadres, mais ils fondaient ensuite litt&#233;ralement. Il se produisit de nombreuses scissions, &#224; droite, &#224; gauche, vers le syndicalisme, ailleurs... L&#233;nine restait &#224; Paris avec un petit groupe, une secte. Il gardait pourtant confiance, car il savait qu'il y aurait bient&#244;t des possibilit&#233;s de redressement... C'est ce qui se produisit en 1913, o&#249; il y eut une vague dont la guerre brisa le d&#233;veloppement. Pendant la guerre, il r&#233;gna d'abord parmi les ouvriers un silence de mort. Les gens qui se r&#233;unirent &#224; Zimmerwald [22] &#233;taient en majorit&#233; des &#233;l&#233;ments tr&#232;s confus. Au plus profond des masses, dans les tranch&#233;es et ailleurs, il existait bien un &#233;tat d'esprit nouveau, mais tellement souterrain, tellement terroris&#233; encore, que nous nous ne pouvions ni l'atteindre ni lui donner une expression. C'est pour cela que le mouvement se sentait si mis&#233;rable, et m&#234;me la majorit&#233; des gens qui s'&#233;taient rencontr&#233;s &#224; Zimmerwald allaient virer &#224; droite pendant le mois suivant. Je ne cherche pas &#224; d&#233;gager leurs responsabilit&#233;s personnelles mais, l&#224; aussi, il faut une explication globale : c'est que le mouvement zimmerwaldien avait &#224; nager contre le courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre situation &#224; nous est incomparablement plus difficile que celle d'aucune autre organisation, &#224; aucune autre &#233;poque. Nous avons &#224; subir le poids terrible de la trahison de l'Internationale Communiste qui s'&#233;tait dress&#233;e justement contre la trahison de la II&#176; internationale. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la III&#176; Internationale s'est accomplie si rapidement et de fa&#231;on tellement inattendue que c'est la m&#234;me g&#233;n&#233;ration &#224; qui nous avons autrefois annonc&#233; sa formation qui est encore l&#224; pour nous entendre aujourd'hui d&#233;noncer sa trahison. Et ces hommes se souviennent qu'ils ont d&#233;j&#224; une fois entendu tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte aussi de l'importance de la d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie. Car la IV&#176; Internationale, par sa naissance, est li&#233;e &#224; l'Opposition de gauche russe, et les masses, d'ailleurs, nous appellent les &#171; trotskvstes &#187;. On nous dit : &#171; Trotsky veut prendre le pouvoir. Mais pourquoi donc l'a-t-il perdu ? &#187; C'est &#233;videmment une question de fond. Nous devons commencer par y r&#233;pondre en expliquant la dialectique de l'histoire, de la lutte de classes : toute r&#233;volution engendre une r&#233;action. Max Eastman a &#233;crit que Trotsky accordait &#224; la doctrine trop d'importance et que, s'il avait eu plus de bon sens, il n'aurait pas perdu le pouvoir. Effectivement, il n'est rien au monde qui soit plus convaincant que le succ&#232;s et rien de plus repoussant, surtout pour les larges masses, qu'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut donc ajouter la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'Internationale communiste, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, la terrible d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie, suivie de son extermination. Ces faits&#8209;l&#224; sont mille fois plus convaincants pour la classe ouvri&#232;re que notre pauvre petit journal, m&#234;me quand il atteint le tirage fantastique des cinq mille exemplaires de notre Socialist Appeal [23] . Nous sommes sur un fr&#234;le esquif au milieu d'un courant terrible. Sur cinq ou six bateaux, l'un coule, et on dit tout de suite que c'est la faute du pilote. Mais la v&#233;ritable raison n'est pas l&#224;. La v&#233;rit&#233;, c'est que le courant &#233;tait trop fort. Voil&#224; l'explication la plus g&#233;n&#233;rale, celle que nous ne devons jamais oublier, si nous ne voulons pas sombrer dans le pessimisme ou le d&#233;couragement, nous qui sommes l'avant&#8209;garde de l'avant&#8209;garde. Car cette ambiance marque tous les groupes qui se rassemblent autour de notre drapeau. Il y a des &#233;l&#233;ments courageux qui n'aiment pas aller dans le sens du courant : c'est leur caract&#232;re. Il y a des gens intelligents qui ont mauvais caract&#232;re, n'ont jamais &#233;t&#233; disciplin&#233;s et ont toujours cherch&#233; une tendance plus radicale ou plus ind&#233;pendante : ils ont trouv&#233; la n&#244;tre. Mais les uns et les autres sont toujours plus ou moins des outsiders, &#224; l'&#233;cart du courant g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier. Leur grande valeur a &#233;videmment son c&#244;t&#233; n&#233;gatif, car celui qui nage contre le courant ne peut pas &#234;tre li&#233; aux masses. Aussi la composition sociale d'un mouvement r&#233;volutionnaire qui commence &#224; se construire n'est&#173; elle pas &#224; pr&#233;dominance ouvri&#232;re. Ce sont les intellectuels qui sont les premiers m&#233;contents des organisations existantes. Par&#173; tout, il y a aussi beaucoup d'&#233;trangers qui, dans leur propre pays, ne se seraient sans doute pas m&#234;l&#233;s aussi facilement au mouve&#173;ment ouvrier. Un Tch&#232;que sera plus facilement membre de la IV&#176; Internationale au Mexique ou aux Etats&#8209;Unis qu'en Tch&#233;coslovaquie m&#234;me. Et de m&#234;me pour un Fran&#231;ais aux Etats&#8209;Unis. Car l'athmosph&#232;re nationale exerce une profonde influence sur les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juifs, par exemple, sont souvent &#224; moiti&#233; &#233;trangers, pas tout &#224; fait assimil&#233;s : ils adh&#232;rent volontiers &#224; toute tendance nouvelle, critique, r&#233;volutionnaire ou &#224; moiti&#233; r&#233;volutionnaire, que ce soit en politique, en art ou en litt&#233;rature. Une tendance r&#233;volutionnaire nouvelle, qui va contre le courant g&#233;n&#233;ral dominant de l'histoire &#224; un moment donn&#233;, se cristallise d'abord autour d'hommes qui sont plus ou moins coup&#233;s de la vie nationale, dans quelque pays que ce soit : et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour eux qu'il est le plus difficile de p&#233;n&#233;trer dans les masses. Bien entendu, nous devons critiquer la composition sociale de notre organisation et la modifier, mais nous devons aussi comprendre qu'elle n'est pas tomb&#233;e du ciel, qu'elle est d&#233;termin&#233;e, au contraire, aussi bien par la situation objective que par le caract&#232;re de notre mission historique en cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que nous puissions nous satisfaire d'une telle situation. Pour la France, par exemple, il existe, en outre, une vieille tradition du mouvement ouvrier qui n'est pas sans rapport avec la composition sociale du pays, surtout dans le pass&#233; : d'un c&#244;t&#233; une mentalit&#233; petite&#8209;bourgeoise &#8209; l'individualisme - et de l'autre, un &#233;lan, une extraordinaire capacit&#233; d'improvisation. Si on les compare &#224; l'&#233;poque classique de la II&#176; Internationale, on s'aper&#231;oit que le parti socialiste fran&#231;ais et la social-d&#233;mocratie allemande, avaient au parlement le m&#234;me nombre d'&#233;lus. Mais il n'est m&#234;me pas possible de comparer les organisations. Les Fran&#231;ais &#233;taient tout juste capables de collecter 25 000 francs, et encore au prix des pires difficult&#233;s, tandis que pour les Allemands, trouver un demi&#8209;million ne posait pas de probl&#232;mes. Les Allemands avaient dans leurs syndicats plusieurs millions d'ouvriers, les Fran&#231;ais, eux, quelques millions qui ne payaient pas leurs cotisations. Engels terminait en ces termes une lettre dans laquelle il avait caract&#233;ris&#233; l'organisation fran&#231;aise : &#171; Et comme d'habitude, les cotisations ne rentrent pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre organisation fran&#231;aise souffre de la m&#234;me maladie, le mal fran&#231;ais traditionnel, cette incapacit&#233; d'organisation et, bien entendu, en m&#234;me temps, de l'absence des conditions qui permettraient l'improvisation. En outre, dans la mesure o&#249; la France a connu une mont&#233;e ouvri&#232;re, elle s'est produite en liaison avec le Front populaire. Dans ce contexte, la d&#233;faite du Front populaire a constitu&#233; la preuve que nous avions raison comme, auparavant, l'extermination des ouvriers chinois. Mais une d&#233;faite est une d&#233;faite, et elle se retourne directement contre les tendances r&#233;volutionnaires, au moins jusqu'&#224; ce que se produise une nouvelle mont&#233;e &#224; un niveau sup&#233;rieur. Il nous faut nous pr&#233;parer surtout et attendre un &#233;l&#233;ment nouveau, un facteur nouveau dans la configuration g&#233;n&#233;rale des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en France des camarades comme Naville et d'autres qui sont venus &#224; nous, il y a quinze, seize ans, alors qu'ils &#233;taient encore de tout jeunes gens ; ce sont maintenant des hommes m&#251;rs, et, pendant toute leur vie consciente, ils n'ont re&#231;u que des coups, subi que des d&#233;faites, de terribles d&#233;faites, et ils en ont l'habitude. Ils appr&#233;cient hautement la justesse de leurs conceptions, ils sont capables de bonnes analyses, mais ils n'ont jamais &#233;t&#233; capables de p&#233;n&#233;trer dans les masses, d'y travailler, ils n'ont jamais pu apprendre &#224; le faire. Or il est terriblement n&#233;cessaire de regarder ce qui se passe dans les masses. Mais nous avons en France des camarades qui sont ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais beaucoup moins bien la situation britannique, mais je crois qu'il y a l&#224; aussi des gens comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons&#8209;nous perdu des hommes ? Apr&#232;s ces terribles d&#233;faites mondiales, la mont&#233;e ouvri&#232;re en France s'est r&#233;alis&#233;e &#224; un niveau tr&#232;s bas, tr&#232;s primitif politiquement, sous la direction du Front populaire. Toute la p&#233;riode du Front populaire a &#233;t&#233; une sorte de caricature de notre r&#233;volution de f&#233;vrier. C'est une honte pour la France, qui traversait voici cent cinquante ans, la plus grande r&#233;volution bourgeoise du monde, que ce mouvement ouvrier ait eu &#224; passer par une caricature de la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Vous ne rejetterez donc pas toute la responsabilit&#233; sur le parti communiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky. &#8209; Il constitue un facteur important dans l'&#233;laboration de la mentalit&#233; des masses, et on peut dire, en effet, que la d&#233;g&#233;nerescence du parti communiste a &#233;t&#233; un facteur tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, les bolcheviks dominaient compl&#232;tement le mouvement ouvrier. Les statistiques les plus s&#233;rieuses d&#233;montrent qu'&#224; la veille de la guerre les bolcheviks ne repr&#233;sentaient pas moins des trois quarts de l'avant&#8209;garde ouvri&#232;re. Pourtant, avec le d&#233;but de la r&#233;volution de f&#233;vrier, les &#233;l&#233;ments les plus arri&#233;r&#233;s, les paysans, les soldats, et m&#234;me d'anciens ouvriers bolcheviques ont &#233;t&#233; attir&#233;s dans ce courant Front populaire. Le parti bolch&#233;vique fut r&#233;duit &#224; l'isolement et tr&#232;s affaibli. Le courant g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; un bas niveau politique, mais il &#233;tait puissant et il aboutit finalement &#224; la r&#233;volution d'Octobre. Il s'agit d'une question de rythme. En France, venant apr&#232;s toutes ces d&#233;faites, le front populaire a attir&#233; des &#233;l&#233;ments qui avaient des sympathies pour nous sur le plan des id&#233;es, mais qui &#233;taient engag&#233;s dans le mouvement des masses, et nous avons &#233;t&#233; encore plus isol&#233;s qu'auparavant, du moins pendant quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte de tous ces &#233;l&#233;ments. Je peux m&#234;me affirmer que nombre de nos dirigeants &#8209; attention, pas tous !, surtout dans les sections les plus anciennes, se verront rejet&#233;s hors du mouvement de masse r&#233;volutionnaire lors du nouveau tournant et que de nouveaux dirigeants, une direction fra&#238;che, na&#238;tront dans le courant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;g&#233;n&#233;ration de notre groupe a commenc&#233; [24] avec l'entr&#233;e dans le parti socialiste. Cette politique ne fut pas clairement comprise par tous ; elle nous permit pourtant de gagner de nouveaux militants. Malheureusement, ces recrues &#233;taient habitu&#233;es &#224; un milieu large et, apr&#232;s la scission, elles se sont un peu d&#233;courag&#233;es. Au fond, elles n'&#233;taient pas suffisamment tremp&#233;es, elles n'ont pas su s'accrocher et elles ont &#233;t&#233; reprises par le courant du Front populaire. C'est regrettable, mais explicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, ces m&#234;mes raisons ont jou&#233; un r&#244;le identique, en plus ce d&#233;plorable facteur qu'a constitu&#233; le comportement du groupe de Nin. C'est lui qui repr&#233;sentait en Espagne l'Opposition de gauche russe, et, au cours de la premi&#232;re ann&#233;e nous n'avons pas tent&#233; de mobiliser et d'organiser nos forces de fa&#231;on ind&#233;pendante. Nous esp&#233;rions pouvoir gagner Nin a une conception correcte, etc. En public, l'Opposition de gauche le soutenait. Dans une correspondance priv&#233;e, nous avons essay&#233; de le convaincre, de le pousser, mais nous n'avons pas r&#233;ussi. Nous avons perdu du temps. Fallait&#8209;il le faire ? C'est difficile &#224; dire. Si nous avions eu en Espagne un camarade exp&#233;riment&#233;, nous aurions connu une situation bien plus favorable, mais nous n'en avions pas un seul. Nous avons plac&#233; nos espoirs en Nin, et sa politique a consist&#233; en une s&#233;rie de man&#339;uvres personnelles, destin&#233;es &#224; esquiver ses propres responsabilit&#233;s. Il jouait avec la r&#233;volution. Il &#233;tait sinc&#232;re, mais sa mentalit&#233; &#233;tait celle d'un menchevik. C'&#233;tait l&#224; un handicap effroyable, et qu'il &#233;tait difficile de ne surmonter qu'au moyen de formules correctes mais falsifi&#233;es d&#232;s le d&#233;part par ceux&#8209;l&#224; m&#234;me qui nous repr&#233;sentaient dans la premi&#232;re p&#233;riode, les Nin. N'oubliez pas que nous avons perdu la premi&#232;re r&#233;volution, celle de 1905... Avant 1905, nous avions une tradition de grand courage et d'esprit de sacrifice, des forces. Apr&#232;s, nous &#233;tions r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de mis&#233;rable minorit&#233;, de trente &#224; quarante hommes peut&#8209;&#234;tre. Puis il y eut la guerre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Combien le parti bolchevique comptait&#8209;il de militants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky. &#8209; En 1910, dans tout le pays, quelques dizaines. Il y en avait pas mal en Sib&#233;rie. Mais en fait ils n'&#233;taient pas organis&#233;s. Les gens que L&#233;nine pouvait atteindre par lettre ou par un agent n'&#233;taient pas plus de trente ou quarante. Notre tradition, les id&#233;es que nous avions r&#233;pandues parmi l'avant-garde ouvri&#232;re constituaient un extraordinaire capital qui devait &#234;tre utilis&#233;, plus tard, au cours de la r&#233;volution, mais pratiquement, &#224; cette date, nous &#233;tions compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire a ses lois propres, tr&#232;s puissantes, plus puissantes que notre propre conception th&#233;orique de l'histoire ! Aujourd'huit en Europe, c'est la catastrophe, le d&#233;clin, l'exter&#173;mination de tous les pays. Cela p&#232;se lourdement sur les ouvriers. Ils voient d'un c&#244;t&#233; toutes ces combinaisons diplomatiques, ces mouvements d'arm&#233;es, et de l'autre un groupe minuscule avec un petit journal qui donne les explications. Or le probl&#232;me, pour eux, c'est qu'ils vont &#234;tre mobilis&#233;s demain, que leurs enfants peuvent &#234;tre tu&#233;s. Il y a une terrible disproportion entre la t&#226;che et les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la guerre &#233;clate maintenant, et il semble qu'elle doive &#233;clater -, dans le premier mois, nous perdrons les deux tiers des militants que nous avons en France aujourd'hui. Ils seront dispers&#233;s d'abord : jeunes, ils seront mobilis&#233;s ; mais subjective&#173;ment, ils resteront fid&#232;les au mouvement. Quant &#224; ceux qui ne seront ni arr&#234;t&#233;s, ni mobilis&#233;s et qui resteront fid&#232;les , &#8209; peut&#173;-&#234;tre trois ou quatre, je ne peux dire combien au juste &#8209;, ils seront compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s plusieurs mois que critique et d&#233;go&#251;t commenceront &#224; se manifester &#224; une grande &#233;chelle et un peu partout : nos camarades isol&#233;s, un bless&#233; dans un h&#244;pital, un soldat dans une tranch&#233;e, ou une femme dans un village, sentiront que l'atmosph&#232;re a chang&#233;, et prononceront une parole hardie. Et celui&#8209;l&#224; m&#234;me qui &#233;tait un camarade tout &#224; fait inconnu dans une section parisienne deviendra le leader d'un r&#233;giment, d'une division et se sentira un dirigeant r&#233;volution&#173;naire. C'est caract&#233;ristique de notre p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par l&#224; qu'il faille nous r&#233;signer &#224; l'impuissance de notre organisation fran&#231;aise. Je crois sinc&#232;re&#173;ment que, si les camarades am&#233;ricains nous aident, nous pouvons gagner le P.S.O.P. et faire un grand bond en avant. La situation est en train de m&#251;rir et elle insiste pour que nous sachions exploiter cette occasion. Si nos camarades se laissent convaincre qu'il faut virer, la situation changera. Nos camarades am&#233;ricains doivent absolument retourner en Europe, et ne pas se contenter de donner des conseils. Avec le secr&#233;tariat international, il faut d&#233;cider que notre section doit entrer dans le P.S.O.P. Il compte plusieurs milliers de membres [25]. Pour une r&#233;volution, la diff&#233;&#173;rence n'est pas &#233;norme mais pour le travail de pr&#233;paration de l'avant&#8209;garde, elle est consid&#233;rable. Avec des &#233;l&#233;ments neufs, nous pouvons faire un &#233;norme pas en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, aux Etats&#8209;Unis, nous avons un autre type de travail, et je crois que nous pouvons &#234;tre tr&#232;s optimistes sans nous faire d'illusions, et sans exag&#233;rer. Aux Etats&#8209;Unis, nous avons un cr&#233;dit&#8209;temps sup&#233;rieur. La situation n'est pas imm&#233;diatement aussi pressante, aussi aigu&#235;. C'est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, je suis d'accord avec le camarade Stanley [26] qui &#233;crit que nous pouvons maintenant remporter des succ&#232;s tr&#232;s importants dans les pays coloniaux et semi&#8209;coloniaux. Nous avons un mouvement tr&#232;s important en Indochine [27]. Je suis absolument d'accord avec le camarade James qu'il nous est possible d'avoir un tr&#232;s important mouvement n&#232;gre, parce que ces gens n'ont pas travers&#233; de la m&#234;me mani&#232;re l'histoire des deux derni&#232;res d&#233;cennies. En tant que masse, ils n'ont rien su de la r&#233;volution russe, ni de la Ill&#176; Internationale. Ils peuvent commencer l'histoire comme si elle en &#233;tait &#224; ses d&#233;buts. Il nous faut absolument du sang frais. C'est pourquoi nous avons plus de succ&#232;s dans la jeunesse. Dans la mesure o&#249; nous avons pu l'aborder, nous avons eu de bons r&#233;sultats. Les jeunes sont tr&#232;s attentifs &#224; un programme r&#233;volutionnaire, clair et honn&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Grande&#8209;Bretagne et l'I.L.P. ? C'est aussi une t&#226;che particuli&#232;re. Je l'ai suivie d'un peu plus pr&#232;s quand j'&#233;tais en Norv&#232;ge. Il me semble que nos camarades qui sont entr&#233;s dans l'I.L.P. ont fait avec lui la m&#234;me exp&#233;rience que nos camarades am&#233;ricains avec le S.P. Mais tous nos camarades ne sont pas entr&#233;s dans l'I.L.P. et, autant que j'aie pu le voir, ils ont men&#233; une politique opportuniste et c'est pourquoi leur exp&#233;rience dans l'I.L.P. n'a pas &#233;t&#233; si bonne. L'I.L.P. est rest&#233; presque comme il &#233;tait avant, alors que le P.S. am&#233;ricain s'est vid&#233;. Je ne sais comment il faut l'aborder maintenant. C'est une organisation de Glasgow [28]. C'est un appareil local, avec de l'influence sur la machine municipale, dont j'ai dire qu'elle &#233;tait tr&#232;s corrompue. C'est un travail &#224; part de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de la base sont un ph&#233;nom&#232;ne familier dans l'I.L.P. Au cours de la pr&#233;paration d'un congr&#232;s, Fenner Brockway [29] devient le patron de la partie qui se rebelle et obtient la majorit&#233;. Maxton annonce alors qu'il va d&#233;missionner. Fenner Brockway s'&#233;crie : &#171; Non, nous abandonnerons notre victoire ? Nous pouvons abandonner nos principes, pas notre Maxton ! &#187; [30]. Je crois que le plus important, c'est de les compromettre &#8209; de les rouler dans la boue &#8209;, les Maxton et les Brockway. Il faut les identifier avec des ennemis de classe. Il faut compromettre l'I.L.P. par des attaques f&#233;roces, impitoyables, contre Maxton. Il est le bouc &#233;missaire de tous les p&#234;ch&#233;s du mouvement britannique, en particulier de l'I.L.P. C'est par de telles attaques, concentr&#233;es contre Maxton, des attaques syst&#233;matiques dans notre presse, que nous pourrons h&#226;ter la scission dans l'I.L.P. En m&#234;me temps, il nous faut souligner que, si Maxton est le laquais de Chamberlain [31] , Fenner Brockway, lui, est le laquais de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Et que pensez&#8209;vous d'un journal ind&#233;pendant, pour fustiger Maxton, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky - C'est une question pratique. Si notre section en France entre dans le P.S.O.P., je crois que le S.I. devrait publier la Quatri&#232;me Internationale pour tous les pays de langue fran&#231;aise, deux fois par mois. C'est juste une question de possibilit&#233; juridique. Je crois que, m&#234;me si nous travaillons &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, il nous faut avoir un journal ind&#233;pendant, non pas en opposition &#224; nos camarades qui sont dedans, mais plut&#244;t pour &#233;chapper au contr&#244;le de l'I.L.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La conf&#233;rence de septembre 1938 ne dura qu'une journ&#233;e, mais elle avait &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e de r&#233;unions de commissions. James avait assist&#233; &#224; la commission fran&#231;aise qui avait trait&#233; la question de l'attitude &#224; l'&#233;gard du P.S.O.P., du P.C.I. de Molinier. L'unanimit&#233; s'&#233;tait faite sur la triste situation pr&#233;sente de la section fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En mai 1937, les ouvriers de Barcelone s'&#233;taient lanc&#233;s dans une insurrection qui avait spontan&#233;ment &#233;clat&#233; apr&#232;s une tentative manqu&#233;e des forces de police de reprendre le central t&#233;l&#233;phonique au contr&#244;le des miliciens de la C.N.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le gros des forces trotskystes se trouvait &#224; l'ext&#233;rieur du P.O.U. M. et ne d&#233;passait pas deux douzaines ; les trotskystes &#233;taient exclus du P.O.U.M. dont les fondateurs ex&#8209;trotskystes s'&#233;taient engag&#233;s &#224; ne pas construire de fraction. C'est au moins ce que les documents nous apprennent. Mais James laisse supposer qu'il y avait &#224; l'int&#233;rieur du P.O.U.M. un &#171; travail de fraction &#187; engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La scission de la section britannique avait &#233;t&#233; consacr&#233;e par les deux conf&#233;rences des 10 et 11 octobre 1936 et le fait que tous les membres n'avaient pas &#233;t&#233; d'accord pour appliquer la r&#233;solution vot&#233;e sur la section britannique &#224; la conf&#233;rence internationale de &#171; Gen&#232;ve &#187; en juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Il s'agissait du Militant Group anim&#233; par D. D. Harber et Ken Alexander. Il &#233;tait form&#233; de militants entr&#233;s dans le Labour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Il s'agissait du groupe dit &#171; independent &#187;, puisqu'il avait &#233;t&#233; tr&#232;s vite exclu de l'I.L.P., regroup&#233; autour de James et du Journal Fight. Rappelons que l'Independent Labour Party (I.L.P.) &#233;tait une vieille formation centriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Reg Groves (n&#233; en 1908), membre du P.C., fondateur du &#171; Balham Group &#187;, exclu en ao&#251;t 1932, avait &#233;t&#233; le principal fondateur de la Communist League, puis s'&#233;tait oppos&#233; &#224; l'entrisme dans l'I.L. P. Apr&#232;s la scission de 1933, il &#233;tait entr&#233; dans le Labour Party et &#233;tait devenu l'un des dirigeants de la Socialist League &#224; Londres. Il s'&#233;tait s&#233;par&#233; de son ancien groupe, la Marxist League.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Il s'agit en r&#233;alit&#233; du Militant Group.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Il s'agissait du Revolutionary Socialist Party dirig&#233; par Frank Maitland et qui provenait d'une formation &#171; DeL&#233;oniste &#187; du Socialist Labor Party.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la nouvelle organisation &#233;tait un ancien des jeunesses communistes qui avait rejoint les trotskystes dans le Labour en 1936, Eric Starkey Jackson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ralph Lee, militant sud&#8209;africain d'origine, se plaignait de n'avoir pas &#233;t&#233; soutenu contre les calomnies staliniennes par la direction du Militant Group. Bien que le S.I. lui ait donn&#233; raison, il avait pris pr&#233;texte de cette affaire pour cr&#233;er sa propre organisation, la Workers International League, avec une poign&#233;e de militants, six ou sept au d&#233;part dont plusieurs devaient jouer ult&#233;rieurement un r&#244;le important dans le mouvement trotskvste britannique (Gerrv Healv. Jock Haston, Betty Hamilton).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Venu de l'anarchisme, Henry Sara (1888&#8209;1953) avait &#233;t&#233; du Balham Group, puis de la Marxist League. Harry Wicks (n&#233; en 1905) cheminot r&#233;voqu&#233; en 1926, responsable J.C., avait connu le m&#234;me itin&#233;raire et beaucoup milit&#233; dans le comit&#233; contre les proc&#232;s de Moscou dont le secr&#233;taire &#233;tait Hilary Sumner dit Charles Sumner (1911&#8209;1976), petit&#8209;fils d'un ami de Lincoln et fils du secr&#233;taire de John Reed, recrut&#233; dans le Labour Party en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Il s'agit ici non de The Militant, organe du groupe dans le Labour Party, mais de l'ancien organe de la C.L.A. jusqu'en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Les trotskystes avaient milit&#233; dans l'Independent Labour Party de 1933 a 1936 mais en avaient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s. James avait souhait&#233; y rester et y continuer un travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] James reste apparemment fid&#232;le &#224; la strat&#233;gie qui avait &#233;t&#233; la sienne en 1936, o&#249; il avait esp&#233;r&#233; un instant faire passer la coupure entre le fief &#233;cossais de Maxton &#8209; irr&#233;cup&#233;rable &#8209; et Fenner Brockway qui incarnait &#224; ses yeux la confusion d'une majorit&#233; de militants anglais honn&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Cette r&#233;solution intitul&#233;e &#171; Le Bureau international pour l'unit&#233; socialiste r&#233;volutionnaire (bureau de Londres) et la IV' Internationale &#187; est reproduite dans &#338;uvres, 10, pp. 209&#8209;212. Elle affirmait la n&#233;cessit&#233; de &#171; d&#233;noncer syst&#233;matiquement et sans compromissions les h&#233;sitations, les &#233;quivoques et les actes hypocrites du bureau de Londres en tant qu'obstacle le plus proche et le plus imm&#233;diat sur la voie de la poursuite de la construction de la IV&#176; Internationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Le P.O.I. &#233;tait toujours profond&#233;ment divis&#233; sur la fa&#231;on dont il devait se comporter &#224; l'&#233;gard du P.S.O.P. dont l'existence m&#234;me lui &#244;tait pratiquement toute perspective de d&#233;veloppement. Le P.S.O.P. &#233;tait dirig&#233; par Marceau Pivert et form&#233; essentiellement des anciens &#233;l&#233;ments de la gauche de la S.F.I.O. exclus en juin 38 &#224; son congr&#232;s de Royan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le bastion de la section belge avait de tout temps &#233;t&#233; la F&#233;d&#233;ration de Charleroi et ses mineurs de charbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Trotsky faisait &#224; la section belge deux reproches de taille : celui d'avoir soutenu la candidature du premier ministre bourgeois van Zeeland contre le &#171; rexiste &#187; Degrelle, s'alignant ainsi que la position &#171; antifasciste &#187; de capitulation du P.C. et du P.O.B., et celui d'avoir organis&#233; en pays wallon des syndicats scissionnistes apr&#232;s des exclusions de la centrale r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Allusion &#224; la mont&#233;e qui avait culmin&#233; avec les gr&#232;ves de juin 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Le mar&#233;chal Tchiang Ka&#239;&#8209;chek (1887&#8209;1975), ancien chef de l'&#233;cole militaire du gouvernement de Canton, puis chef militaire et principal dirigeant de ce gouvernement et du parti nationaliste chinois le Guomindang, avait consenti pendant plusieurs ann&#233;es &#224; utiliser les communistes. En avril 1927, s'alliant a la p&#232;gre et aux banques, il les avait massacr&#233;s &#224; Shanghai et mis hors&#8209;la&#8209;loi dans tout le pays. La politique de soumission du P.C.C. &#224; Tchiang, con&#231;ue et d&#233;fendue par Staline et Boukharine, avait &#233;t&#233; critiqu&#233;e par Trotsky et l'Opposition de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] La Conf&#233;rence de Zimmerwald, en septembre 1915, marque le premier regroupement internationaliste cons&#233;quent dans le cours de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Socialist Appeal &#233;tait l'organe du Socialist Workers Party, la section am&#233;ricaine de la IV&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] La fraction trotskyste &#233;tait entr&#233;e en 1934 dans la S.F.I.O., en ao&#251;t-septembre, constituant le &#171; G.B.L. &#187; (Groupe bolchevik&#8209;l&#233;niniste de la S.F.I.O.). Ses premi&#232;res recrues avaient &#233;t&#233; les dirigeants des Jeunesses de l'Entente de la Seine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] L'&#233;valuation de Trotsky est d'une grande prudence. Jean&#8209;Paul Joubert dans R&#233;volutionnaires de la S.F.I.O. estime &#224; 10 000 l'effectif initial du P.S.O.P., mais pense que ce chiffre baissa tr&#232;s vite en particulier au lendemain de la crise internationale de Munich qui le divisa profond&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Sherman Stanley &#233;tait le pseudonyme de Stanley Plastrik (1915&#8209;1981), un jeune militant du S.W.P. gagn&#233; dans les jeunesses socialistes, Y.P.S.L. Il se passionnait pour les Indes et avait pris des contacts notamment avec le parti socialiste du congr&#232;s et avait commenc&#233; &#224; &#233;changer une correspondance avec Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Trotsky disposait d'une information assez succincte sur l'activit&#233; du groupe trotskyste indochinois que dirigeait Ta Tu Thau et qui &#233;ditait La Lutte &#224; Sa&#239;gon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Le bastion de l'I.L.P. se trouvait &#224; Glasgow dont son principal dirigeant James Maxton (1885&#8209;1946) &#233;tait d&#233;put&#233; depuis 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] James avait pens&#233; pouvoir gagner Brockway en 1935, une date &#224; laquelle Trotsky avait perdu toute illusion, &#224; supposer qu'il en ait eu, &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Trotsky fait allusion ici au congr&#232;s de Keighton de l'l.L.P. les 11 et 12 avril 1936 ; le chantage de Maxton &#224; la d&#233;mission avait conduit Brockway et ses partisans &#224; remettre en cause un vote du congr&#232;s et faire se d&#233;juger ce dernier. Cf. &#338;uvres 9 pp. 203&#8209;210.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] James Maxton avait d&#233;clar&#233; &#224; la Chambre des Communes qu'il aprouvait enti&#232;rement ce que Chamberlain avait fait pour la paix pendant la p&#233;riode de crise internationale qui s'&#233;tait termin&#233;e par les accords de Munich (Cf. &#338;uvres 19, pp. 144&#8209;148.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les bolcheviks et l'oppression des noirs</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8570</link>
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		<dc:date>2026-01-17T23:56:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les bolcheviks et l'oppression des noirs &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Russes et N&#232;gres &#187; &#233;crivait L&#233;nine en 1913&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quel &#233;trange rapprochement, se dira le lecteur, comment peut-on placer c&#244;te &#224; c&#244;te une race et une nation ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapprochement est pourtant possible. Les N&#232;gres ont &#233;t&#233; les derniers &#224; s'affranchir de l'esclavage et plus que les autres ils en portent encore les lourdes s&#233;quelles, ceci m&#234;me dans les pays avanc&#233;s, car le capitalisme ne peut &#171; comporter &#187; d'autre lib&#233;ration que celle accord&#233;e par la loi, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les bolcheviks et l'oppression des noirs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Russes et N&#232;gres &#187; &#233;crivait L&#233;nine en 1913&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;trange rapprochement, se dira le lecteur, comment peut-on placer c&#244;te &#224; c&#244;te une race et une nation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement est pourtant possible. Les N&#232;gres ont &#233;t&#233; les derniers &#224; s'affranchir de l'esclavage et plus que les autres ils en portent encore les lourdes s&#233;quelles, ceci m&#234;me dans les pays avanc&#233;s, car le capitalisme ne peut &#171; comporter &#187; d'autre lib&#233;ration que celle accord&#233;e par la loi, laquelle est d'ailleurs restreinte autant qu'il se peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire dit des Russes qu'ils se sont &#171; presque &#187; lib&#233;r&#233;s du joug du servage en 1861. C'est &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque, apr&#232;s la guerre civile contre les propri&#233;taires d'esclaves am&#233;ricains, que les N&#232;gres d'Am&#233;rique du Nord se sont affranchis de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affranchissement des esclaves am&#233;ricains s'est effectu&#233; d'une mani&#232;re moins &#171; r&#233;formiste &#187; que celui des esclaves russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi &#224; pr&#233;sent, un demi-si&#232;cle plus tard, les s&#233;quelles de l'esclavage sont beaucoup plus marqu&#233;es sur les Russes que sur les N&#232;gres. Et il serait s&#251;rement plus juste de parler non seulement des s&#233;quelles mais aussi des institutions&#8230; Dans le pr&#233;sent article, nous nous bornerons toutefois &#224; une petite illustration de ce que nous venons de dire : le probl&#232;me de l'instruction. On sait que l'analphab&#233;tisme est une des s&#233;quelles de l'esclavage. Dans un pays opprim&#233; par les pachas, les Pourichk&#233;vitch, etc., la majorit&#233; de la population ne peut &#234;tre instruite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, il y a 73 % d'analphab&#232;tes, sans compter les enfants &#226;g&#233;s de moins de neuf ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les N&#232;gres des Etats-Unis d'Am&#233;rique, il y avait, en 1900, 44,5 % d'analphab&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pourcentage scandaleusement &#233;lev&#233; d'analphab&#232;tes est une honte pour un pays civilis&#233;, avanc&#233; comme la r&#233;publique d'Am&#233;rique du Nord. Et chacun sait de plus que, dans l'ensemble, la situation des N&#232;gres d'Am&#233;rique est indigne d'un pays civilis&#233; : le capitalisme ne peut donner une lib&#233;ration compl&#232;te, ni m&#234;me une &#233;galit&#233; compl&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est instructif de savoir que parmi les blancs d'Am&#233;rique le pourcentage des analphab&#232;tes n'est que de 6 %. Mais si nous divisons l'Am&#233;rique en zones anciennement esclavagistes (la &#171; Russie &#187; am&#233;ricaine) et en zones non esclavagistes (la non-Russie am&#233;ricaine) nous obtenons pour la population blanche un pourcentage d'analphab&#232;tes &#233;gal &#224; 11-12 % pour les premi&#232;res zones et 4 &#224; 6 % pour les secondes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc deux fois plus d'analphab&#232;tes parmi les blancs dans les ex-zones d'esclavage. Il n'y a pas que les N&#232;gres qui portent les s&#233;quelles de l'esclavage !&lt;br class='autobr' /&gt;
Honte &#224; l'Am&#233;rique pour la situation qu'elle fait aux N&#232;gres !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/02/vil19130200.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/02/vil19130200.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la vie des Etats Unis d'Am&#233;rique du Nord subsiste encore la division du pays en Etats du Nord et du Sud ; dans les premiers pr&#233;dominent les traditions de libert&#233; et de lutte contre les propri&#233;taires d'esclaves ; dans les seconds pr&#233;dominent les traditions esclavagistes, avec les vestiges de la pers&#233;cution des N&#232;gres sur qui p&#232;sent l'oppression &#233;conomique, le retard culturel (44 % d'illettr&#233;s parmi les N&#232;gres et 6 % parmi les blancs), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/10/vil19131000e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/10/vil19131000e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oppression des noirs et l'internationale de L&#233;nine et Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article609&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article609&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;ses sur la question n&#232;gre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Pendant et apr&#232;s la guerre, il s'est d&#233;velopp&#233; parmi les peuples coloniaux et semi-coloniaux, un mouvement de r&#233;volte contre le pouvoir du capital mondial, mouvement qui fait de grands progr&#232;s. La p&#233;n&#233;tration et la colonisation intense des r&#233;gions habit&#233;es par des races noires pose le dernier grand probl&#232;me dont d&#233;pend le d&#233;veloppement futur du capitalisme. Le capitalisme fran&#231;ais admet clairement que son imp&#233;rialisme, apr&#232;s la guerre, ne pourra se maintenir que par la cr&#233;ation d'un empire franco-africain, reli&#233; par une voie terrienne transsaharienne. Les maniaques financiers de l'Am&#233;rique, qui exploitent chez eux 12 millions de n&#232;gres, s'appliquent maintenant &#224; p&#233;n&#233;trer pacifiquement en Afrique. Les mesures extr&#234;mes prises pour &#233;craser la gr&#232;ve du Rrand montrent assez combien l'Angleterre redoute la menace surgie pour sa position en Afrique. De m&#234;me que sur le Pacifique le danger d'une autre guerre mondiale est devenu mena&#231;ant par suite de la concurrence des puissances imp&#233;rialistes, de m&#234;me l'Afrique appara&#238;t comme l'objet de leurs rivalit&#233;s. Bien plus, la guerre, la r&#233;volution russe, les grands mouvements qui ont soulev&#233; les nationalistes d'Asie et les musulmans contre l'imp&#233;rialisme, ont &#233;veill&#233; la conscience de millions de n&#232;gres opprim&#233;s par les capitalistes, r&#233;duits &#224; une situation inf&#233;rieure depuis des si&#232;cles, non seulement en Afrique, mais peut-&#234;tre m&#234;me encore davantage en Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'histoire a d&#233;volu aux n&#232;gres d'Am&#233;rique un r&#244;le important dans l'affranchissement de toute la race africaine. Il y a 300 ans que les n&#232;gres am&#233;ricains ont &#233;t&#233; arrach&#233;s de leur pays natal, l'Afrique, transport&#233;s en Am&#233;rique o&#249; ils ont &#233;t&#233; l'objet des pires traitements et vendus comme esclaves. Depuis 250 ans, ils ont travaill&#233; sous le fouet des propri&#233;taires am&#233;ricains : ce sont eux qui ont coup&#233; les for&#234;ts, construit les routes, plant&#233; les cotonniers, pos&#233; les traverses de chemins de fer et soutenu l'aristocratie du Sud. Leur r&#233;compense a &#233;t&#233; la mis&#232;re, l'ignorance, la d&#233;gradation. Le n&#232;gre n'&#233;tait pas un esclave docile, il a eu recours &#224; la r&#233;bellion, &#224; l'insurrection, aux men&#233;es souterraines pour recouvrer sa libert&#233; ; mais ses soul&#232;vements ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s dans le sang ; par la torture, on l'a forc&#233; &#224; se soumettre ; la presse bourgeoise et la religion se sont associ&#233;es pour justifier son esclavage. Quand l'esclavage concurren&#231;a le salariat et devint un obstacle au d&#233;veloppement de l'Am&#233;rique capitaliste, il dut dispara&#238;tre. La guerre de s&#233;cession entreprise, non pas pour affranchir les n&#232;gres, mais pour maintenir la supr&#233;matie industrielle des capitalistes du Nord, mit le n&#232;gre dans l'obligation de choisir entre l'esclavage dans le Sud et le salariat dans le Nord. Les muscles, le sang, les larmes du n&#232;gre &#171; affranchi &#187; ont aid&#233; &#224; l'&#233;tablissement du capitalisme am&#233;ricain, et quand, devenue une puissance mondiale, l'Am&#233;rique a &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;e dans la guerre mondiale, le n&#232;gre am&#233;ricain a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; l'&#233;gal du blanc, pour tuer et se faire tuer pour la d&#233;mocratie. Quatre cent mille ouvriers de couleur ont &#233;t&#233; enr&#244;l&#233;s dans les troupes am&#233;ricaines, o&#249; ils ont form&#233; les r&#233;giments de &#171; Jim crow &#187;. A peine sortis de la fournaise de la guerre, les soldats n&#232;gres, revenus au foyer, ont &#233;t&#233; pers&#233;cut&#233;s, lynch&#233;s, assassin&#233;s, priv&#233;s de toute libert&#233; et clou&#233;s au pilori. Ils ont combattu, mais pour affirmer leur personnalit&#233; ils ont d&#251; payer cher. On les a encore plus pers&#233;cut&#233; qu'avant la guerre pour leur apprendre &#224; &#171; rester &#224; leur place &#187;. La large participation des n&#232;gres &#224; l'industrie apr&#232;s la guerre, l'esprit de r&#233;bellion qu'ont &#233;veill&#233; en eux les brutalit&#233;s dont ils sont les victimes, met les n&#232;gres d'Am&#233;rique, et surtout ceux de l'Am&#233;rique du Nord, &#224; l'avant-garde de la lutte de l'Afrique contre l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. C'est avec une grande joie que l'Internationale Communiste voit les ouvriers n&#232;gres exploit&#233;s r&#233;sister aux attaques des exploiteurs, car l'ennemi de la race n&#232;gre est aussi celui des travailleurs blancs. Cet ennemi, c'est le capitalisme, l'imp&#233;rialisme. La lutte internationale de la race n&#232;gre est une lutte contre le capitalisme et l'imp&#233;rialisme. C'est sur la base de cette lutte que le mouvement n&#232;gre doit &#234;tre organis&#233; : en Am&#233;rique, comme centre de culture n&#232;gre et centre de cristallisation de la protestation des n&#232;gres ; en Afrique, comme r&#233;servoir de main-d'&#339;uvre pour le d&#233;veloppement du capitalisme ; en Am&#233;rique Centrale (Costa-Rica, Guat&#233;mala, Colombie, Nicaragua et les autres r&#233;publiques &#171; ind&#233;pendantes &#187; o&#249; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain est pr&#233;dominant) ; &#224; Porto-Rico, &#224; Ha&#239;ti, &#224; Saint-Domingue et dans les autres &#238;les de la mer du Cara&#239;bes, o&#249; les mauvais traitements inflig&#233;s aux n&#232;gres par les envahisseurs am&#233;ricains ont soulev&#233; les protestations des n&#232;gres protestations des n&#232;gres conscients et des ouvriers blancs r&#233;volutionnaires. En Afrique du Sud et au Congo, l'industrialisation croissante de la population n&#232;gre a provoqu&#233; des soul&#232;vements de formes vari&#233;es ; en Afrique Orientale, la p&#233;n&#233;tration r&#233;cente du capital mondial pousse la population indig&#232;ne &#224; r&#233;sister activement &#224; l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. L'Internationale Communiste doit indiquer au peuple n&#232;gre qu'il n'est pas seul &#224; souffrir de l'oppression du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme, elle doit lui montrer que les ouvriers et les paysans d'Europe, d'Asie et d'Am&#233;rique, sont aussi les victimes de l'imp&#233;rialisme ; que la lutte contre l'imp&#233;rialisme n'est pas la lutte d'un seul peuple, mais de tous les peuples du monde ; qu'en Chine, en Perse, en Turquie, en Egypte et au Maroc, les peuples coloniaux combattent avec h&#233;ro&#239;sme contre leurs exploiteurs imp&#233;rialistes, que ces peuples se soul&#232;vent contre les m&#234;mes maux que ceux qui accablent les n&#232;gres (oppression de race, exploitation industrielle intensifi&#233;e. mise &#224; l'index) ; que ces peuples r&#233;clament les m&#234;mes droits que les n&#232;gres : affranchissement et &#233;galit&#233; industrielle et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale Communiste, qui repr&#233;sente les ouvriers et les paysans r&#233;volutionnaires du monde entier dans leur lutte pour abattre l'imp&#233;rialisme, l'Internationale Communiste qui n'est pas seulement l'organisation des ouvriers blancs d'Europe et d'Am&#233;rique, mais aussi celle des peuples de couleur opprim&#233;s du monde entier, consid&#232;re qu'il est de son devoir d'encourager et d'aider l'organisation internationale du peuple n&#232;gre dans sa lutte contre l'ennemi commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le probl&#232;me n&#232;gre est devenu une question vitale de la r&#233;volution mondiale. La III&#176; Internationale qui a reconnu le pr&#233;cieux secours que pouvaient apporter &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne les populations asiatiques dans les pays semi-capitalistes, regarde la coop&#233;ration de nos camarades noirs opprim&#233;s essentielle &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui d&#233;truira la puissance capitaliste. C'est pourquoi le 4&#176; Congr&#232;s d&#233;clare que tous les communistes doivent sp&#233;cialement appliquer au probl&#232;me n&#232;gre les &#171; th&#232;ses sur la question coloniale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. a) Le 4&#176; Congr&#232;s reconna&#238;t la n&#233;cessit&#233; de soutenir toute forme du mouvement n&#232;gre ayant pour but de miner et d'affaiblir le capitalisme ou l'imp&#233;rialisme, ou d'arr&#234;ter sa p&#233;n&#233;tration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'Internationale Communiste luttera pour assurer aux n&#232;gres l'&#233;galit&#233; de race, l'&#233;galit&#233; politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) L'internationale Communiste utilisera tous les moyens &#224; sa disposition pour amener les trade-unions &#224; admettre les travailleurs n&#232;gres dans leurs rangs ; l&#224; o&#249; ces derniers ont le droit nominal d'adh&#233;rer aux trade-unions, elle fera une propagande sp&#233;ciale pour les attirer ; si elle n'y r&#233;ussit pas, elle organisera les n&#232;gres dans des syndicats sp&#233;ciaux et appliquera particuli&#232;rement la tactique du front unique pour forcer les syndicats &#224; les admettre dans leur sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) L'Internationale Communiste pr&#233;parera imm&#233;diatement un Congr&#232;s ou une conf&#233;rence g&#233;n&#233;rale des n&#232;gres &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_11.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_11.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe a-t-elle eu une importance pour l'Afrique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/revolution-russe-afrique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/revolution-russe-afrique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks noirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'African Blood Brotherhood (ABB), qui recruta et forma la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de militant&#8226;e&#8226;s et dirigeant&#8226;e&#8226;s communistes noir&#8226;e&#8226;s aux &#201;tats-Unis. Le cas de Cyril Briggs, la mani&#232;re dont les militant&#8226;e&#8226;s du mouvement noir autonome aux &#201;tats-Unis ont nou&#233; un lien &#233;troit avec la R&#233;volution russe, le mouvement communiste et la th&#233;orie marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/bolcheviks-noirs/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/bolcheviks-noirs/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cyril Briggs, bolchevik noir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Cyril_Briggs?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Cyril_Briggs?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre 1917 : quand l'Afrique aussi vivait la r&#233;volution russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/485792/politique/octobre-1917-quand-lafrique-aussi-vivait-la-revolution-russe/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/485792/politique/octobre-1917-quand-lafrique-aussi-vivait-la-revolution-russe/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Russie sovi&#233;tique et les n&#232;gres&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;cembre 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je dis ici sera qualifi&#233; de propagande. Cela ne me d&#233;range pas ; la propagande a maintenant acquis son droit au respect et je suis fier d'&#234;tre un propagandiste. La diff&#233;rence entre la propagande et l'art a &#233;t&#233; grav&#233;e dans mon esprit d&#232;s l'enfance par un mentor litt&#233;raire &#8211; Milton, sa po&#233;sie et sa prose politique pr&#233;sentes c&#244;te &#224; c&#244;te comme exemples supr&#234;mes. De m&#234;me, mon professeur, aussi splendide et large d'esprit soit-il, mais inconsciemment partial &#224; l'&#233;gard de ce qu'il consid&#233;rait comme de la propagande, pensait que cette artificialit&#233; dor&#233;e, &#034;Le portrait de Dorian Gray&#034;, survivrait &#224; &#034;L'Homme et les Armes&#034; et &#224; &#034;L'autre &#238;le de John Bull&#034; [de George Bernard Shaw]. Mais in&#233;vitablement, en grandissant, j'ai d&#251; r&#233;viser et changer d'avis sur la propagande. J'ai d&#233;couvert que l'un des plus grands sonnets de Milton &#233;tait de la pure propagande et, en &#233;largissant mon horizon, j'ai d&#233;couvert que certains des plus grands esprits de la litt&#233;rature moderne &#8211; Voltaire, Hugo, Heine, Swift, Shelly, Byron, Tolsto&#239;, Ibsen - avaient &#233;t&#233; contamin&#233;s par la propagande. Cette vision &#233;largie n'a pas seulement inclus la litt&#233;rature de propagande dans mes perspectives litt&#233;raires ; elle m'a &#233;galement &#233;loign&#233; de l'&#226;ge enfantin de la jouissance du travail cr&#233;atif pour une curiosit&#233; plaisante, pour m'amener &#224; un autre extr&#234;me o&#249; j'ai toujours cherch&#233; la force de motivation ou l'intention de propagande qui sous-tend toute litt&#233;rature d'int&#233;r&#234;t. Mon droit d'a&#238;nesse et le contexte historique de la race qui me l'a donn&#233; m'ont rendu tr&#232;s respectueux et r&#233;ceptif &#224; la propagande et les &#233;v&#233;nements mondiaux depuis l'ann&#233;e 1914 ont prouv&#233; que ce n'est pas une mince science que de convaincre des informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Noirs am&#233;ricains ne sont pas encore profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;s de l'esprit du mouvement de masse et ne r&#233;alisent donc pas l'importance d'une propagande organis&#233;e. C'est la plus grande contribution de Marcus Garvey au mouvement n&#232;gre ; son travail de pionnier dans ce domaine est un exploit que les hommes &#224; la compr&#233;hension plus large et aux id&#233;es plus saines qui lui succ&#233;deront devront poursuivre. Ce n'est qu'&#224; mon arriv&#233;e en Europe, en 1919, que j'ai pleinement r&#233;alis&#233; et compris l'efficacit&#233; de la propagande insidieuse qui est g&#233;n&#233;ralement entretenue contre la race noire. Et ce n'est pas par l'affront occasionnel d'une minorit&#233; de d&#233;mons civilis&#233;s - principalement les Europ&#233;ens qui avaient s&#233;journ&#233; &#224; l'&#233;tranger pour voler les peuples de couleur dans leur pays natal - que j'ai acquis mes connaissances, mais plut&#244;t par les questions sur les Noirs qui m'ont &#233;t&#233; pos&#233;es par des personnes sinc&#232;rement compatissantes et cultiv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Europ&#233;ens moyens qui lisent les journaux, les livres et les revues populaires, et qui vont voir les pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre moyennes et les films de Mary Pickford, sont tr&#232;s au fait du probl&#232;me des Noirs ; et ils constituent la partie la plus importante du grand public que les propagandistes n&#232;gres pourraient atteindre. Pour eux, la trag&#233;die du Noir am&#233;ricain s'est termin&#233;e avec &#034;La case de l'oncle Tom&#034; et l'&#233;mancipation. Depuis lors, ils ne connaissent que la com&#233;die - le m&#233;nestrel et le vaudevilliste noirs, le boxeur, la m&#232;re et le majordome noirs du cin&#233;matographe, les caricatures des romans d'amour et le sauvage lynch&#233; qui a viol&#233; une belle fille blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques rares personnes demandent si Booker T. Washington se porte bien ou si la &#034;Black Star Line&#034; fonctionne ; peut-&#234;tre que quelqu'un de moins discret que sagace se demandera comment les hommes de couleur peuvent d&#233;sirer &#224; ce point les femmes blanches alors qu'ils sont condamn&#233;s au lynchage. La d&#233;sinformation, l'indiff&#233;rence et la l&#233;g&#232;ret&#233; r&#233;sument l'attitude de l'Europe occidentale &#224; l'&#233;gard des Noirs. Il y a une minorit&#233; intellectuelle sup&#233;rieure mais tr&#232;s fractionn&#233;e qui sait mieux, mais dont l'influence sur l'opinion publique est infinit&#233;simale, de sorte qu'il peut &#234;tre relativement facile pour les propagandistes am&#233;ricains blancs - dont les int&#233;r&#234;ts les poussent &#224; d&#233;former la r&#233;alit&#233; du Noir - de transformer l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale en antagonisme hostile si les Noirs am&#233;ricains qui ont la tutelle intellectuelle des int&#233;r&#234;ts raciaux ne s'organisent pas efficacement, et &#224; l'&#233;chelle mondiale, pour lutter contre leurs exploiteurs et traducteurs blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre mondiale a fondamentalement modifi&#233; le statut des Noirs en Europe. Elle a amen&#233; des milliers d'entre eux d'Am&#233;rique et des colonies britanniques et fran&#231;aises &#224; participer &#224; la lutte contre les puissances centrales. Depuis lors, de graves affrontements ont eu lieu en Angleterre entre les Noirs qui se sont ensuite install&#233;s dans les villes portuaires et les autochtones. La France a fait appel &#224; ses troupes noires pour assurer la police dans les r&#233;gions occup&#233;es d'Allemagne. La couleur de ces troupes, leurs coutumes aussi, sont diff&#233;rentes et &#233;tranges et la nature de leur travail rendrait naturellement leur pr&#233;sence irritante et insupportable aux habitants dont la connaissance ant&#233;rieure des n&#232;gres &#233;tait bas&#233;e, peut-&#234;tre, sur leurs prouesses de cannibales. Et puis, la pr&#233;sence de ces troupes fournit un aliment rare aux chauvins d'une race jadis fi&#232;re et dominatrice, aujourd'hui battue et buvant la lie la plus sale de l'humiliation sous les ba&#239;onnettes du vainqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi splendide que soit le geste de la France r&#233;publicaine &#224; l'&#233;gard des gens de couleur, son utilisation de troupes noires en Allemagne pour atteindre ses objectifs imp&#233;riaux ne devrait rencontrer rien de moins que la condamnation de la part de la section avanc&#233;e des Noirs. La propagande que les Noirs doivent faire en Allemagne n'est pas celle des troupes noires avec des ba&#239;onnettes dans ce malheureux pays. En tant que soldats conscrits et esclaves de la France imp&#233;riale, ils ne peuvent en aucun cas aider le mouvement des Noirs ni gagner la sympathie des groupes blancs internationaux &#224; large vision dont les adversaires internationaux sont &#233;galement les ennemis intransigeants du progr&#232;s des Noirs. En examinant la situation des troupes noires en Allemagne, les Noirs intelligents devraient la comparer &#224; celle des troupes blanches en Inde, &#224; Saint-Domingue et &#224; Ha&#239;ti. Que n'auraient pas fait les propagandistes ha&#239;tiens avec les marines s'ils avaient &#233;t&#233; noirs au lieu d'&#234;tre blancs am&#233;ricains ! Les bouleversements mondiaux ayant rapproch&#233; les trois plus grandes nations europ&#233;ennes - l'Angleterre, la France et l'Allemagne - des Noirs, les Am&#233;ricains de couleur devraient saisir l'occasion de promouvoir une meilleure compr&#233;hension interraciale. Comme les Am&#233;ricains blancs en Europe profitent de la situation pour intensifier leur propagande contre les Noirs, les Noirs doivent y r&#233;pondre par un contre-mouvement vigoureux. Les Noirs doivent se rendre compte que la supr&#233;matie du capital am&#233;ricain aujourd'hui accro&#238;t proportionnellement l'influence am&#233;ricaine dans la politique et la vie sociale du monde. Chaque fonctionnaire am&#233;ricain &#224; l'&#233;tranger, chaque touriste suffisant, est un protagoniste de la culture du dollar et un propagandiste contre les Noirs. En plus de brandir le b&#226;ton rooseveltien au visage des petits indig&#232;nes du nouveau monde, l'Am&#233;rique tient un club &#233;conomique au-dessus de la t&#234;te de toutes les grandes nations europ&#233;ennes, &#224; l'exception de la Russie, de sorte que les individus audacieux d'Europe occidentale qui ont autrefois rican&#233; de la culture du dollar peuvent encore trouver n&#233;cessaire et utile de se taire discr&#232;tement. Plus l'influence am&#233;ricaine s'accro&#238;t dans le monde, et particuli&#232;rement en Europe, gr&#226;ce &#224; l'extension du capital am&#233;ricain, plus il devient n&#233;cessaire pour toutes les minorit&#233;s en lutte des Etats-Unis de s'organiser largement pour propager leurs griefs dans le monde entier. De tels efforts de propagande, outre qu'ils renforceront la cause dans le pays, attireront certainement la sympathie et l'aide des groupes &#233;trangers qui m&#232;nent une lutte &#224; mort pour &#233;chapper aux octuple bras des int&#233;r&#234;ts commerciaux am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le Noir, en tant que minorit&#233; la plus r&#233;prim&#233;e et la plus pers&#233;cut&#233;e, devrait profiter de cette p&#233;riode d'effervescence dans les affaires internationales pour sortir sa cause de l'obscurit&#233; nationale et la faire avancer en tant que question internationale de premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'on puisse dire que l'Europe occidentale est plut&#244;t ignorante et apathique &#224; l'&#233;gard des Noirs dans les affaires mondiales, il y a une grande nation avec un bras en Europe qui pense intelligemment aux Noirs comme elle le fait pour tous les probl&#232;mes internationaux. Lorsque les travailleurs russes ont renvers&#233; leur gouvernement inf&#226;me en 1917, l'un des premiers actes du nouveau Premier ministre, L&#233;nine, a &#233;t&#233; une proclamation saluant tous les peuples opprim&#233;s &#224; travers le monde, les exhortant &#224; s'organiser et &#224; s'unir contre l'oppresseur international commun, le capitalisme priv&#233;. Plus tard, &#224; Moscou, L&#233;nine lui-m&#234;me s'est attaqu&#233; &#224; la question des Noirs am&#233;ricains et s'est exprim&#233; &#224; ce sujet devant le deuxi&#232;me congr&#232;s de la Troisi&#232;me Internationale. Il consulta John Reed, le journaliste am&#233;ricain, et insista sur la n&#233;cessit&#233; urgente d'une propagande et d'un travail d'organisation parmi les Noirs du Sud. Le sujet n'a pas &#233;t&#233; abandonn&#233;. Lorsque Sen Katayama, r&#233;volutionnaire japonais chevronn&#233;, se rendit des &#201;tats-Unis en Russie en 1921, il pla&#231;a le probl&#232;me des Noirs am&#233;ricains au premier rang de ses pr&#233;occupations. Depuis lors, il travaille sans rel&#226;che et de mani&#232;re d&#233;sint&#233;ress&#233;e pour promouvoir la cause des Noirs am&#233;ricains exploit&#233;s au sein des conseils sovi&#233;tiques de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce pays gigantesque solidement sous leur contr&#244;le, et malgr&#233; l'&#233;nergie et la r&#233;flexion qu'ils consacrent &#224; la renaissance de l'industrie nationale, l'avant-garde des travailleurs russes et les minorit&#233;s nationales, maintenant lib&#233;r&#233;es de l'oppression imp&#233;riale, pensent s&#233;rieusement au sort des classes opprim&#233;es, des minorit&#233;s nationales et raciales opprim&#233;es dans le reste de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Am&#233;rique. Ils se sentent proches en esprit de ces peuples. Ils veulent contribuer &#224; leur lib&#233;ration. Parmi les opprim&#233;s qui occupent les pens&#233;es de la nouvelle Russie, les N&#232;gres d'Am&#233;rique et d'Afrique ne sont pas les moindres. Si nous nous reportons deux d&#233;cennies en arri&#232;re pour nous rappeler comment la pers&#233;cution tsariste des Juifs russes a agit&#233; l'Am&#233;rique d&#233;mocratique, nous aurons une id&#233;e de l'&#233;tat d'esprit de la Russie lib&#233;r&#233;e &#224; l'&#233;gard des N&#232;gres d'Am&#233;rique. Le peuple russe lit la terrible histoire de son propre pass&#233; r&#233;cent dans la situation tragique du Noir am&#233;ricain d'aujourd'hui. En effet, les Etats du Sud peuvent tr&#232;s bien servir &#224; montrer ce qui s'est pass&#233; en Russie. En effet, si les pauvres Blancs exploit&#233;s du Sud pouvaient un jour faire cause commune avec les Noirs pers&#233;cut&#233;s et pill&#233;s, vaincre l'oligarchie oppressive - les cambrioleurs politiques et les propri&#233;taires terriens voleurs - et la priver de tous les privil&#232;ges politiques, la situation serait tr&#232;s semblable &#224; celle de la Russie sovi&#233;tique d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Moscou, j'ai rencontr&#233; un vieux r&#233;volutionnaire juif qui avait fait un s&#233;jour en Sib&#233;rie, redevenu jeune et rempli de l'esprit de la r&#233;volution triomphante. Nous avons parl&#233; des affaires am&#233;ricaines et avons naturellement abord&#233; le sujet des Noirs. Je lui ai parl&#233; des difficult&#233;s du probl&#232;me, je lui ai dit que les meilleurs &#233;l&#233;ments blancs lib&#233;raux travaillaient &#233;galement &#224; l'am&#233;lioration du statut des Noirs, et il a fait la remarque suivante : &#034;Lorsque la bourgeoisie d&#233;mocratique des &#201;tats-Unis condamnait le tsarisme pour les pogroms juifs, elle infligeait &#224; votre peuple un traitement plus sauvage et plus barbare que celui que les Juifs ont connu dans l'ancienne Russie. L'Am&#233;rique&#034;, disait-il religieusement, &#034;devait faire une sorte de geste expiatoire pour ses p&#233;ch&#233;s&#034;. Il n'y a pas de bourgeoisie suraliment&#233;e ici en Russie pour faire un passe-temps des probl&#232;mes sociaux laids, mais les travailleurs russes, qui ont gagn&#233; &#224; travers l'&#233;preuve de la pers&#233;cution et de la r&#233;volution, tendent la main de la fraternit&#233; internationale &#224; tous les millions de n&#232;gres r&#233;prim&#233;s de l'Am&#233;rique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rencontr&#233; cet esprit d'appr&#233;ciation et de r&#233;ponse sympathique dans tous les cercles de Moscou et de Petrograd. Je n'avais jamais imagin&#233; ce qui m'attendait en Russie. J'avais quitt&#233; l'Am&#233;rique en septembre 1922, d&#233;termin&#233; &#224; m'y rendre, &#224; voir la nouvelle vie r&#233;volutionnaire du peuple et &#224; en rendre compte. Je ne fus pas peu constern&#233; lorsque, ayant une aversion cong&#233;nitale pour la notori&#233;t&#233;, je d&#233;couvris qu'en posant le pied sur le sol russe, je devins imm&#233;diatement un personnage notoire. Et curieusement, il n'y avait rien de d&#233;sagr&#233;able &#224; ce que je sois emport&#233; dans la vague de la Russie r&#233;volutionnaire. Pour le meilleur ou pour le pire, chaque personne en Russie est vitalement affect&#233;e par la r&#233;volution. Seul un corps sans &#226;me peut y vivre sans &#234;tre profond&#233;ment boulevers&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233; en Russie en novembre, le mois du quatri&#232;me congr&#232;s de l'Internationale communiste et du cinqui&#232;me anniversaire de la r&#233;volution russe. Toute la nation r&#233;volutionnaire &#233;tait mobilis&#233;e pour l'occasion, Petrograd &#233;tait magnifique avec ses drapeaux rouges et ses banderoles. Les drapeaux rouges flottaient sur la neige de tous les grands b&#226;timents de granit. Les trains, les tramways, les usines, les magasins, les h&#244;tels, les &#233;coles portaient tous des d&#233;corations. Ce fut un mois de f&#234;te auquel, en tant que membre de la race noire, j'ai particip&#233; tr&#232;s activement. J'ai &#233;t&#233; re&#231;u comme si les gens avaient &#233;t&#233; inform&#233;s de ma venue et s'y &#233;taient pr&#233;par&#233;s. Lorsque Max Eastman et moi avons essay&#233; de nous frayer un chemin &#224; travers la foule dense qui encombrait la rue Tverskaya &#224; Moscou le 7 novembre, j'ai &#233;t&#233; attrap&#233;, lanc&#233; en l'air et pass&#233; par des douzaines de jeunes robustes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Comme ils sont excit&#233;s par un visage &#233;tranger&#034;, dit Eastman. Un jeune communiste russe remarque : &#034;Mais o&#249; est la diff&#233;rence ? &#034;Mais o&#249; est la diff&#233;rence ? Certains Indiens sont aussi sombres que vous.&#034; Ce &#224; quoi un autre a r&#233;pondu : &#034;Les lignes du visage sont diff&#233;rentes : &#034;Les lignes du visage sont diff&#233;rentes. Les Indiens sont avec nous depuis longtemps. Les gens voient donc instinctivement la diff&#233;rence.&#034; Et c'est ainsi que la conversation tournait toujours autour de moi, jusqu'&#224; ce que mon visage s'enflamme. La presse moscovite imprima de longs articles sur les Noirs d'Am&#233;rique, un po&#232;te fut inspir&#233; de rimer sur les Africains qui se tournaient vers la Russie socialiste et bient&#244;t on me demanda partout - aux conf&#233;rences des po&#232;tes et des journalistes, aux r&#233;unions des soldats et des ouvriers d'usine. Lentement, j'ai commenc&#233; &#224; perdre conscience de moi-m&#234;me en r&#233;alisant que j'&#233;tais accueilli comme un symbole, comme un membre du grand groupe n&#232;gre am&#233;ricain - semblable aux malheureux esclaves noirs de l'imp&#233;rialisme europ&#233;en en Afrique - que les travailleurs de la Russie sovi&#233;tique, se r&#233;jouissant de leur libert&#233;, saluaient &#224; travers moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie, en termes g&#233;n&#233;raux, est un pays o&#249; toutes les races d'Europe et d'Asie se rencontrent et se m&#233;langent. Le fait est que, sous le pouvoir r&#233;pressif de la bureaucratie tsariste, les diff&#233;rentes races ont conserv&#233; une certaine tol&#233;rance bienveillante les unes envers les autres. Les haines raciales f&#233;roces qui s&#233;vissent dans les Balkans n'ont jamais exist&#233; en Russie. Alors que dans le Sud, aucun Noir ne pouvait approcher un &#034;cracker&#034; comme un homme de confiance, un p&#232;lerin juif dans l'ancienne Russie pouvait trouver le repos et la subsistance dans la maison d'un paysan orthodoxe. Il est difficile de d&#233;finir le type russe par ses caract&#233;ristiques. L'Hindou, le Mongol, le Persan, l'Arabe, l'Europ&#233;en de l'Ouest, tous ces types peuvent se retrouver dans la population polyglotte de Moscou. Ainsi, pour les Russes, je n'&#233;tais qu'un autre type, mais &#233;tranger, avec lequel ils n'&#233;taient pas encore familiaris&#233;s. Ils &#233;taient curieux de moi, tous et chacun, jeunes et vieux, d'une mani&#232;re amicale et rafra&#238;chissante. Leur curiosit&#233; n'avait rien de l'intol&#233;rable impertinence et souvent de l'affront pur et simple que tout homme de couleur tr&#232;s fonc&#233;e, qu'il soit Noir, Indien ou Arabe, subissait en Allemagne et en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1920, alors que j'essayais de publier un volume de mes po&#232;mes &#224; Londres, j'ai re&#231;u la visite de Bernard Shaw qui a fait remarquer qu'il devait &#234;tre tragique pour un Noir sensible d'&#234;tre un artiste. Shaw avait raison. Certaines des critiques anglaises de mon livre touchaient le fond de la boue journalistique. Le critique anglais surpassait son cousin am&#233;ricain (&#224; l'exception du Sud, bien s&#251;r, ce qui ne pouvait surprendre aucun Blanc et encore moins un Noir) en saupoudrant la critique de pr&#233;jug&#233;s raciaux. Le s&#233;dentaire et cuivr&#233; &#034;Spectator&#034; a m&#234;me d&#233;clar&#233; qu'aucun homme blanc &#034;cultiv&#233;&#034; ne pouvait lire la po&#233;sie d'un Noir sans pr&#233;jug&#233;s, qu'il devait instinctivement chercher ce &#034;quelque chose&#034; qui devait le rendre hostile &#224; cette po&#233;sie. Mais heureusement, M. McKay n'a pas froiss&#233; nos susceptibilit&#233;s ! Les Anglais, du plus bas au plus haut, ne peuvent imaginer qu'un Noir puisse &#234;tre autre chose qu'un amuseur, un boxeur, un pr&#233;dicateur baptiste ou un subalterne. Les Allemands sont un peu pires. N'importe quel Noir d'apparence saine et &#224; l'esprit aventureux peut s'amuser &#224; se faire passer pour un autre Siki ou un buck dancer. Lorsqu'un &#233;crivain am&#233;ricain m'a pr&#233;sent&#233; comme po&#232;te &#224; un Allemand tr&#232;s cultiv&#233;, amateur de tous les arts, il ne pouvait pas le croire, et je ne pense pas qu'il le croie encore. Un &#233;tudiant am&#233;ricain annonce &#224; sa logeuse de la classe moyenne qu'il invite un ami noir &#224; d&#233;jeuner : &#034;Mais &#234;tes-vous s&#251;r qu'il n'est pas cannibale ?&#034; lui demande-t-elle sans la moindre once d'un sourire humoristique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; Petrograd et &#224; Moscou, je n'ai pu d&#233;celer aucune trace de ce snobisme ignorant parmi les classes &#233;duqu&#233;es. L'attitude des simples travailleurs, des soldats et des marins &#233;tait encore plus remarquable. Elle &#233;tait si merveilleusement na&#239;ve ; pour eux, je n'&#233;tais qu'un membre noir du monde de l'humanit&#233;. On pourrait pr&#233;tendre que les bons sentiments des Russes &#224; l'&#233;gard d'un Noir &#233;taient l'effet de la pression et de la propagande bolchevistes. Le fait est que j'ai pass&#233; la plupart de mon temps libre dans des cercles non partisans et antibolchevistes. &#192; Moscou, je trouvais l'h&#244;tel Luxe o&#249; je logeais extr&#234;mement d&#233;primant, la salle &#224; manger &#233;tait un anath&#232;me pour moi et j'&#233;tais fatigu&#233; &#224; mort de rencontrer les ambassadeurs prol&#233;tariens des pays &#233;trangers, dont certains se comportaient comme s'ils &#233;taient les saints messagers de J&#233;sus, Prince du Ciel, au lieu d'&#234;tre des repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re. Je passais donc beaucoup de mes soir&#233;es libres au caf&#233; Domino, repaire notoire de po&#232;tes et d'&#233;crivains dilettantes. C'est l&#224; que venaient les jeunes anarchistes, les menchevistes et tous les jeunes aspirants &#224; la friture pour lire et discuter de leur po&#233;sie et de leur prose. Parfois, un groupe d'hommes plus &#226;g&#233;s venait aussi. Un soir, j'ai vu Pilnyal, le romancier, Okonoff, le critique, Feodor, le traducteur de Poe, un &#233;diteur, un directeur de th&#233;&#226;tre et leurs jeunes disciples, boire de la bi&#232;re au cours d'une discussion litt&#233;raire tr&#232;s int&#233;ressante. Il y avait toujours de la musique, de bons chants folkloriques et de mauvais violons, l'endroit ressemblait plus &#224; un cabaret de seconde zone qu'&#224; un club de po&#232;tes, mais il y avait n&#233;anmoins de quoi s'amuser, avec des bavardages aimables et des plaisanteries l&#233;g&#232;res qui permettaient &#224; la soir&#233;e de s'&#233;couler agr&#233;ablement. C'&#233;tait le lieu de rencontre du groupe frivole avec lequel je me d&#233;tendais apr&#232;s avoir &#233;crit toute la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soir&#233;es des po&#232;tes prol&#233;tariens qui se tenaient &#224; l'Arbot &#233;taient beaucoup plus s&#233;rieuses. La direction &#233;tait communiste, le public ouvrier et attentif comme des &#233;coliers assidus. A ces r&#233;unions venaient aussi quelques uns des plus brillants intellectuels du Domino Caf&#233;. L'une de ces jeunes femmes m'a dit qu'elle voulait rester en contact avec toutes les phases de la nouvelle culture. &#192; Petrograd, les r&#233;unions de l'intelligentzia semblaient plus formelles et plus ouvertes. On y trouvait des hommes aussi remarquables que Tchoukovski, le critique, Eug&#232;ne Zamiatan, le c&#233;l&#232;bre romancier, et Maishack, le po&#232;te et traducteur de Kipling. Le monde des artistes et du th&#233;&#226;tre est &#233;galement repr&#233;sent&#233;. L'esprit communiste n'&#233;tait pas pr&#233;sent lors de ces r&#233;unions de l'intelligentzia. Il y r&#233;gnait m&#234;me un climat d'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard des bolchevistes. Mais j'&#233;tais invit&#233; &#224; parler et &#224; lire mes po&#232;mes chaque fois que j'apparaissais &#224; l'une d'entre elles et j'&#233;tais trait&#233; avec toute la courtoisie et la consid&#233;ration qui s'imposaient en tant qu'&#233;crivain. Parmi ces Russes sophistiqu&#233;s et cultiv&#233;s, dont beaucoup parlaient de deux &#224; quatre langues, il n'y avait pas d'exc&#232;s de correction, pas d'&#233;tonnement vulgaire ni de sup&#233;riorit&#233; d&#233;mesur&#233;e sur le fait qu'un Noir soit po&#232;te. J'&#233;tais un po&#232;te, c'est tout, et leurs questions passionn&#233;es montraient qu'ils &#233;taient beaucoup plus int&#233;ress&#233;s par la technique de ma po&#233;sie, mes opinions et ma position &#224; l'&#233;gard des mouvements litt&#233;raires modernes que par la diff&#233;rence de ma couleur. Mais je ne pr&#233;tends pas que cette petite diff&#233;rence n'avait rien d'attrayant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de ma derni&#232;re visite &#224; Petrograd, j'ai s&#233;journ&#233; dans le palais du grand-duc Vladimir Alexandre, le fr&#232;re du tsar Nicolas II. Son vieil et aimable intendant, qui s'est occup&#233; de mon confort, erre comme un fant&#244;me dans les grandes salles. La maison est aujourd'hui le si&#232;ge des intellectuels de Petrograd. Une belle peinture du duc est expos&#233;e dans la salle &#224; manger. On m'a dit qu'il avait un esprit lib&#233;ral, qu'il &#233;tait un m&#233;c&#232;ne et qu'il &#233;tait tr&#232;s appr&#233;ci&#233; par l'intelligentsia russe. L'atmosph&#232;re de la maison &#233;tait th&#233;oriquement apolitique, mais j'ai rapidement senti une forte hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard de l'autorit&#233; bolcheviste. Mais m&#234;me ici, je n'ai eu que des rencontres agr&#233;ables et des conversations enrichissantes avec les d&#233;tenus et les visiteurs, qui exprimaient librement leurs opinions contre le gouvernement sovi&#233;tique, m&#234;me s'ils me savaient tr&#232;s sympathique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premiers jours de ma visite, j'ai eu le sentiment que cette grande d&#233;monstration d'amabilit&#233; &#233;tait en quelque sorte l'expression de l'esprit enthousiaste des jours de f&#234;te, qu'une fois le mois termin&#233;, je pourrais tranquillement m'installer pour terminer le livre sur le Noir am&#233;ricain que le d&#233;partement des publications d'&#201;tat de Moscou m'avait demand&#233; d'&#233;crire, et pendant ce temps-l&#224;, continuer tranquillement &#224; faire des contacts int&#233;ressants. Mais mes journ&#233;es en Russie ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par l'enthousiasme affectueux de la population &#224; mon &#233;gard. Parmi les ouvriers, les soldats et les marins aux &#233;toiles rouges et aux chevrons, les &#233;tudiants et les enfants prol&#233;taires, je ne pouvais pas m'en tirer aussi facilement qu'avec l'intelligentsia. A chaque r&#233;union, j'&#233;tais accueilli par des acclamations bruyantes, des manifestations amicales. Les ouvri&#232;res de la grande banque de Moscou insist&#232;rent pour conna&#238;tre les conditions de travail des femmes de couleur en Am&#233;rique et, apr&#232;s un bref expos&#233;, on me posa les questions les plus pr&#233;cises sur les postes les plus accessibles aux femmes de couleur, leurs salaires et leurs relations g&#233;n&#233;rales avec les ouvri&#232;res blanches. Je n'ai pas pu donner de d&#233;tails, mais lorsque j'ai eu termin&#233;, les femmes russes ont adopt&#233; une r&#233;solution envoyant leurs salutations aux travailleuses de couleur d'Am&#233;rique, les exhortant &#224; organiser leurs forces et &#224; envoyer une repr&#233;sentante en Russie. J'ai re&#231;u un message similaire du d&#233;partement de la propagande du Soviet de Petrograd, dirig&#233; par Nicoleva, une femme tr&#232;s &#233;nergique. On m'y a montr&#233; le nouveau statut des femmes russes acquis gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution de 1917. Les femmes capables peuvent s'adapter &#224; n'importe quel poste ; &#224; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#224; celui des hommes ; salaire complet pendant la p&#233;riode de grossesse et pas de travail pour la m&#232;re deux mois avant et deux mois apr&#232;s l'accouchement. L'obtention d'un divorce est relativement facile et n'est pas influenc&#233;e par le pouvoir de l'argent, les chicaneries des d&#233;tectives et les trafics d'influence. Un service sp&#233;cial s'occupe des probl&#232;mes de propri&#233;t&#233; personnelle commune et de la tutelle et de l'entretien des enfants. L'avortement l&#233;gal n'est pas sanctionn&#233; et les enfants n&#233;s hors mariage ne sont pas stigmatis&#233;s par la loi comme &#233;tant ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes des classes inf&#233;rieures submerg&#233;es et des minorit&#233;s nationales r&#233;prim&#233;es de l'ancienne Russie ne pouvaient pas &#234;tre compar&#233;s &#224; la situation p&#233;nible des millions de Noirs aux &#201;tats-Unis aujourd'hui. Tout comme les Noirs sont exclus de la marine am&#233;ricaine et des rangs sup&#233;rieurs de l'arm&#233;e, les Juifs et les fils de la paysannerie et du prol&#233;tariat ont fait l'objet de discriminations dans l'Empire russe. Il est inutile de r&#233;p&#233;ter l'&#233;vidence en disant que la Russie sovi&#233;tique ne tol&#232;re pas de telles discriminations, car le gouvernement r&#233;el du pays est maintenant entre les mains des minorit&#233;s nationales combin&#233;es, de la paysannerie et du prol&#233;tariat. Avec la permission de L&#233;on Trotsky, commissaire en chef des forces militaires et navales de la Russie sovi&#233;tique, j'ai visit&#233; les plus hautes &#233;coles militaires au Kremlin et dans les environs de Moscou. C'est l&#224; que j'ai vu le nouveau mat&#233;riel, les fils des travailleurs form&#233;s comme cadets par les vieux officiers des classes sup&#233;rieures. Pendant deux semaines, j'ai &#233;t&#233; l'invit&#233; de la marine rouge &#224; Petrograd avec la m&#234;me jeunesse prol&#233;tarienne enthousiaste de la nouvelle Russie, qui m'a conduit &#224; travers la machinerie complexe des sous-marins, m'a fait visiter les avions captur&#233;s aux Britanniques pendant la guerre contre-r&#233;volutionnaire autour de Petrograd et m'a montr&#233; la fabrication d'un navire de guerre pr&#234;t &#224; l'action. Mais ce qui &#233;tait encore plus int&#233;ressant, c'&#233;tait la vie des hommes et des officiers, la discipline simplifi&#233;e qui &#233;tait strictement appliqu&#233;e, la nourriture qui &#233;tait servie &#224; tous et &#224; chacun de la m&#234;me mani&#232;re, les cours d'&#233;ducation extra-politique et l'extr&#234;me tact et &#233;lasticit&#233; des commissaires politiques, tous communistes, qui agissaient en tant que conseillers et arbitres entre les hommes et les &#233;tudiants et les officiers. Deux ou trois fois, on m'a donn&#233; de la kasha qui est parfois servie avec les repas. &#192; Moscou, j'ai commenc&#233; &#224; beaucoup aimer cette nourriture, mais il &#233;tait toujours difficile de l'obtenir. J'avais toujours imagin&#233; qu'il s'agissait d'un aliment malsain et peu app&#233;tissant, que le paysan russe ne mangeait qu'en raison de son extr&#234;me pauvret&#233;. Mais au contraire, je l'ai trouv&#233; tr&#232;s rare et nourrissant lorsqu'il est bien cuit avec un peu de viande et servi avec du beurre - un aliment &#224; base de c&#233;r&#233;ales qui ressemble beaucoup au riz et aux pois des Antilles, qui sont communs mais tr&#232;s d&#233;licieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadets rouges sont vus sous leur meilleur jour lors des exercices de gymnastique et des assembl&#233;es politiques o&#249; la discipline est mise de c&#244;t&#233;. C'est surtout &#224; ces derni&#232;res que le visiteur a l'impression de se trouver au milieu des premi&#232;res journ&#233;es r&#233;volutionnaires, tant les discours sont encourageants et tant l'enthousiasme des hommes est intense. A toutes ces r&#233;unions, j'ai d&#251; prendre la parole et les &#233;tudiants m'ont pos&#233; des questions g&#233;n&#233;rales sur les Noirs dans l'arm&#233;e et la marine am&#233;ricaines, et lorsque je leur ai donn&#233; des informations communes connues de tous les Noirs am&#233;ricains, les &#233;tudiants, les officiers et les commissaires ont &#233;t&#233; unanimes &#224; souhaiter que ce groupe de jeunes Noirs am&#233;ricains suive une formation pour devenir officiers dans l'arm&#233;e et la marine de la Russie sovi&#233;tique. Les &#233;tudiants prol&#233;taires de Moscou &#233;taient impatients de d&#233;couvrir la vie et le travail des &#233;tudiants noirs. Ils envoy&#232;rent des messages d'encouragement et de bonne volont&#233; aux &#233;tudiants noirs d'Am&#233;rique et, par un beau geste de fraternit&#233;, &#233;lurent la d&#233;l&#233;gation noire du Parti communiste am&#233;ricain et moi-m&#234;me membres honoraires du Soviet de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces journ&#233;es russes restent les plus m&#233;morables de ma vie. Les communistes intellectuels et l'intelligentsia &#233;taient int&#233;ress&#233;s de savoir que l'Am&#233;rique avait produit un formidable corps d'intellectuels et de professionnels n&#232;gres, poss&#233;dant une litt&#233;rature distincte et des int&#233;r&#234;ts culturels et commerciaux diff&#233;rents de ceux des Blancs. Et ils pensent naturellement que les dirigeants militants de l'intelligentsia doivent sentir et exprimer l'esprit de r&#233;volte qui sommeille dans les masses n&#232;gres inarticul&#233;es, pr&#233;cis&#233;ment parce que le mouvement d'&#233;mancipation des masses russes est pass&#233; par des phases similaires. La Russie est pr&#234;te &#224; recevoir des messagers et des h&#233;rauts de bonne volont&#233; et de compr&#233;hension interraciale de la part de la race noire. Sa d&#233;monstration d'amabilit&#233; et d'&#233;quit&#233; &#224; l'&#233;gard des N&#232;gres peut ne pas conduire &#224; des relations saines entre la Russie sovi&#233;tique et l'Am&#233;rique d&#233;mocratique, les anthropologues 100 pour cent purs blancs am&#233;ricains invoqueront bient&#244;t la science pour prouver que les Russes ne sont pas du tout le peuple blanc de Dieu J'ai m&#234;me surpris un peu de propagande am&#233;ricaine anti-n&#232;gre en Russie. Une de mes amies, membre de l'intelligentsia moscovite, m'a r&#233;p&#233;t&#233; les remarques de l'&#233;ditrice d'un journal danois, &#224; savoir qu'il ne fallait pas me consid&#233;rer comme un Noir repr&#233;sentatif, car elle avait v&#233;cu en Am&#233;rique et avait trouv&#233; tous les Noirs paresseux, mauvais et vicieux, et qu'ils &#233;taient une terreur pour les femmes blanches. A Petrograd, j'ai pu entendre une histoire similaire de la bouche de Chukovsky, le critique, qui &#233;tait en relations intimes avec un haut fonctionnaire de l'American Relief Administration et sa femme sudiste. Chukovsky est lui-m&#234;me un intellectuel &#034;occidental&#034;, terme qui s'applique &#224; ces Russes qui placent la civilisation ouest-europ&#233;enne avant la culture russe et qui croient que le salut de la Russie r&#233;side dans son occidentalisation compl&#232;te. Il a pass&#233; une partie impressionnante de sa jeunesse &#224; Londres et adore tout ce qui est anglais ; pendant la guerre mondiale, il &#233;tait tr&#232;s pro-anglais. Il exprime &#233;galement une admiration sinc&#232;re pour la d&#233;mocratie am&#233;ricaine. Il poss&#232;de plus de livres anglo-am&#233;ricains que de livres russes dans sa belle biblioth&#232;que et consid&#232;re la section litt&#233;raire du New York Times comme un journal de tr&#232;s haut niveau. C'est un v&#233;ritable maniaque de la culture am&#233;ricaine anglo-saxonne. Chukovsky &#233;tait assez incr&#233;dule lorsque je lui ai expos&#233; les faits concernant le statut du Noir dans la civilisation am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les Am&#233;ricains sont un peuple d'une telle &#233;nergie et d'une telle capacit&#233;, m'a-t-il dit, comment peuvent-ils agir de fa&#231;on aussi mesquine envers une minorit&#233; raciale ? Puis il m'a racont&#233; une aventure qu'il aurait v&#233;cue &#224; Londres et qui ressemble fort &#224; une bonne plaisanterie. Cependant, je la rapporte ici avec la conviction qu'elle est authentique, car Chukovsky est un homme int&#232;gre : Au d&#233;but du si&#232;cle, il a &#233;t&#233; envoy&#233; en Angleterre en tant que correspondant d'un journal d'Odessa, mais &#224; Londres, il &#233;tait plus enclin &#224; la r&#234;verie po&#233;tique et &#224; l'&#233;tude de la litt&#233;rature anglaise au British Museum et n'envoyait que rarement des nouvelles chez lui. Il perd donc son emploi et doit trouver des chambres meubl&#233;es bon march&#233;. Quelques semaines plus tard, alors qu'il s'est install&#233; dans de nouveaux locaux, un invit&#233; noir arrive, un homme d'&#233;glise am&#233;ricain. Le pr&#233;dicateur se procure une chambre au dernier &#233;tage et utilise la salle &#224; manger et le salon avec les autres invit&#233;s, parmi lesquels se trouve une famille am&#233;ricaine blanche. Cette derni&#232;re proteste contre la pr&#233;sence du Noir dans la maison et en particulier dans la chambre d'amis. La propri&#233;taire est confront&#233;e &#224; un dilemme : elle ne peut pas perdre ses pensionnaires am&#233;ricains et l'argent du pasteur n'est pas &#224; d&#233;daigner. Elle finit par trouver un compromis en obtenant des Am&#233;ricains blancs qu'ils acceptent que le Noir reste sans avoir le privil&#232;ge de la chambre d'amis, et Chukovsky fut pri&#233; de dire la v&#233;rit&#233; au Noir. Chukovsky monte &#224; l'&#233;tage pour pr&#233;senter les faits d&#233;sagr&#233;ables au pr&#234;cheur et lui offrir un peu de r&#233;confort, mais l'homme noir n'est pas offens&#233; outre mesure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les invit&#233;s blancs ont le droit de s'opposer &#224; moi, expliqua-t-il, anticipant sur Garvey, ils appartiennent &#224; une race sup&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Mais, dit Chukovsky, je ne m'oppose pas &#224; vous, je ne sens pas de diff&#233;rence ; nous ne comprenons pas les pr&#233;jug&#233;s de couleur en Russie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Eh bien&#034;, philosophe le pr&#233;dicateur, &#034;vous &#234;tes tr&#232;s gentil, mais si je me fie aux Ecritures, je ne consid&#232;re pas les Russes comme des Blancs&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/kaye/works/1923/kaye.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/kaye/works/1923/kaye.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher camarade,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais r&#233;pondre, point par point, &#224; vos questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Quels moyens pratiques pourraient emp&#234;cher la France d'employer des n&#232;gres pour des fins imp&#233;rialistes sur le continent europ&#233;en ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'un moyen : &#233;veiller chez les n&#232;gres un sentiment de r&#233;volte contre la besogne qu'on leur impose. Il faut leur ouvrir les yeux, leur prouver qu'en aidant les imp&#233;rialistes fran&#231;ais &#224; asservir l'Europe, ils s'asservissent eux-m&#234;mes, qu'ils assurent la domination du capital fran&#231;ais dans les colonies africaines et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re d'Europe, et le monde ouvrier de France et d'Allemagne en particulier, est directement int&#233;ress&#233;e &#224; ce que les Noirs soient instruits de cette situation et de ses cons&#233;quences. Nous nous sommes content&#233;s jadis d'affirmer le droit des populations dans les colonies &#224; une libre d&#233;termination de leur r&#233;gime politique ; nous avons proclam&#233; l'&#233;galit&#233; de toutes les races humaines. Le temps de ces manifestations platoniques est pass&#233;. Il faut agir. Toutes les fois qu'on pourra mener des Noirs sous le drapeau de la R&#233;volution, toutes les fois qu'on formera des groupes dispos&#233;s &#224; r&#233;pandre l'id&#233;e de la r&#233;volution dans les colonies africaines, on rendra &#224; la cause du prol&#233;tariat un service beaucoup plus important que ne sauraient l'&#234;tre des r&#233;solutions de principe, comme celles que multipliait la IIe Internationale. Si le Parti Communiste se contentait de r&#233;solutions de ce genre, s'il n'appliquait tous ses efforts &#224; conqu&#233;rir des esprits et des c&#339;urs, parmi les n&#232;gres les plus avanc&#233;s, il n'aurait pas le droit de s'appeler Parti Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; - Sans aucun doute, l'utilisation des troupes de couleur pendant la guerre imp&#233;rialiste et, actuellement, pour l'occupation de la Ruhr fait partie de l'ex&#233;cution d'un plan soigneusement pr&#233;par&#233; et syst&#233;matiquement mis en &#339;uvre par le capital fran&#231;ais et anglais : le capitalisme aux abois cherche en dehors de l'Europe trop agit&#233;e, trop peu s&#251;re, des forces nouvelles qui lui permettraient, dans les cas extr&#234;mes, de r&#233;sister aux masses r&#233;volutionnaires ; il compte sur des Africains ou des Asiatiques mobilis&#233;s, arm&#233;s, disciplin&#233;s. L'utilisation des r&#233;serves coloniales met en question la r&#233;volution europ&#233;enne, le sort du prol&#233;tariat ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; - Il est, d'autre part, &#233;vident que l'intervention des forces coloniales, compos&#233;es d'&#233;l&#233;ments arri&#233;r&#233;s, dans les conflits d'imp&#233;rialisme europ&#233;en pr&#233;sente des risques tr&#232;s s&#233;rieux pour la bourgeoisie qui recourt &#224; ce moyen de domination. Les Noirs et, en g&#233;n&#233;ral, les indig&#232;nes des colonies ne sont conservateurs ou plut&#244;t ne gardent leur immobilit&#233; d'esprit que dans les conditions &#233;conomiques et sous l'influence des coutumes du pays natal. Lorsque le capital les arrache &#224; ces conditions et les force &#224; risquer leur vie dans des conflits dont ils ne comprennent pas les origines complexes et les fins obscures (conflits internationaux, conflits de classes) une transformation s'op&#232;re rapidement dans la conscience de ces hommes sacrifi&#233;s, et l'id&#233;e r&#233;volutionnaire prend une importance qu'autrement ils ne lui auraient jamais accord&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; - Voil&#224; pourquoi il est bon de former d&#232;s &#224; pr&#233;sent des cadres d'hommes intelligents, conscients, d&#233;vou&#233;s, parmi les repr&#233;sentants les plus cultiv&#233;s de race noire, il faut que des n&#232;gres s'occupent du rel&#232;vement mat&#233;riel et moral de leur pays et qu'ils apprennent &#224; tenir compte de ce qui se passe dans les m&#233;tropoles, qu'ils comprennent que le sort des races opprim&#233;es d&#233;pend de l'affranchissement du prol&#233;tariat dans les pays d'o&#249; vient l'oppression : le sort des Noirs d&#233;pend de la destin&#233;e qui sera faite &#224; la classe ouvri&#232;re internationale. La pr&#233;paration de propagandistes n&#232;gres doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une des t&#226;ches les plus importantes et les plus urgentes du mouvement r&#233;volutionnaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; - Dans l'Am&#233;rique du Nord, une difficult&#233; consid&#233;rable g&#234;ne cet effort de propagande par un stupide orgueil de caste et de race, les privil&#233;gi&#233;s de la classe ouvri&#232;re se refusent &#224; consid&#233;rer les n&#232;gres comme des fr&#232;res de lutte et de labeur. La politique de Gompers est tout enti&#232;re bas&#233;e sur l'exploitation de pr&#233;jug&#233;s de cette vile esp&#232;ce et ne peut garantir que l'asservissement des ouvriers blancs ou noirs. Il faut combattre &#224; outrance cette politique dans tous les domaines, sur tous les points. Le capitalisme ne songe qu'&#224; obscurcir et amoindrir la conscience des masses prol&#233;tariennes ; pour lui faire &#233;chec, on s'efforcera d'&#233;veiller chez les n&#232;gres, esclaves du capitalisme am&#233;ricain, le sentiment de la dignit&#233; humaine et de la protestation r&#233;volutionnaire. Cette t&#226;che peut &#234;tre accomplie surtout, comme je vous l'ai d&#233;j&#224; dit, par des noirs, r&#233;volutionnaires d&#233;vou&#233;s et pourvus d'une instruction politique. Il ne saurait &#234;tre question, bien entendu, d'un chauvinisme des n&#232;gres &#224; opposer au chauvinisme des blancs. Il s'agit de solidarit&#233; entre tous les travailleurs exploit&#233;s, &#224; quelque race qu'ils appartiennent. Je ne puis indiquer ici les formes d'organisation qui conviendraient le mieux &#224; ce mouvement dans l'Am&#233;rique du Nord, parce que je ne connais pas d'assez pr&#232;s les conditions concr&#232;tes et les possibilit&#233;s qui s'offrent dans ce pays. Mais, j'en suis certain, on trouvera des formes d'organisation d&#232;s qu'on aura la ferme volont&#233; d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salutations communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. TROTSKY.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/09/lt19230923.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1923/09/lt19230923.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition de gauche (bolchevik-l&#233;niniste) peut et doit devenir le drapeau de la partie la plus opprim&#233;e du prol&#233;tariat mondial, et par cons&#233;quence, en premier lieu, pour les ouvriers n&#232;gres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/06/lt19320613.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/06/lt19320613.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question noire aux Etats-Unis en 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330228.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/02/lt19330228.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autod&#233;termination pour les n&#232;gres am&#233;ricains en 1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390404a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390404a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390411b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390411b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390405b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390405b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky et la question n&#232;gre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par C.L.R. James&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky commen&#231;a &#224; prendre un int&#233;r&#234;t sp&#233;cial &#224; la question n&#232;gre d&#232;s qu'il s'attaqua lui-m&#234;me aux probl&#232;mes am&#233;ricains du point de vue de la constitution d'une organisation trotskyste r&#233;volutionnaire. Depuis ce temps-l&#224; il ne cessa de mettre l'accent sur l'importance de cette question. Bien que non ordonn&#233;es et dans une certaine mesure accidentelles, ces discussions et ces conversations sont organis&#233;es gr&#226;ce &#224; la mani&#232;re tr&#232;s homog&#232;ne dont les questions y sont trait&#233;es et r&#233;unies toutes ensemble, elles constituent un exemple remarquable d'analyse marxiste pour tout travail n&#232;gre aux Etats-Unis. Dans toute r&#233;solution sur la question n&#232;gre &#224; l'&#233;poque actuelle, il est n&#233;cessaire de r&#233;sumer bri&#232;vement les id&#233;es de Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question de l'auto-d&#233;termination, Trotsky pensait que les diff&#233;rences qui existent entre les Indes, la Catalogne, la Pologne, etc. et la situation des n&#232;gres aux &#201;tats-Unis n'&#233;taient pas d&#233;cisives. En d'autres termes, la question n&#232;gre faisait partie pour lui de la question nationale. Il s'opposait fermement &#224; tous ceux qui dans la Ive Internationale rejetaient tout de go le principe de l'auto-d&#233;termination pour les n&#232;gres des &#201;tats-Unis. Dans une discussion datant de 1939, Trotsky d&#233;clarait qu'il ne proposait pas que le parti invoqu&#226;t le mot d'ordre de l'auto-d&#233;termination pour les n&#232;gres am&#233;ricains, mais il insista sur le fait que le parti devait se d&#233;clarer pr&#234;t &#224; lutter avec les n&#232;gres sur le mot d'ordre de l'auto-d&#233;termination, &#224; quelque moment que ceux-ci la revendiquent. Trotsky insistait sur le fait que si les n&#232;gres d&#233;cidaient, sous la pouss&#233;e d'&#233;v&#233;nements historiques impr&#233;vus (par exemple une p&#233;riode de fascisme aux &#201;tats-Unis) de lutter pour l'auto-d&#233;termination, la lutte serait de toute fa&#231;on progressive, pour la raison bien simple que cette auto-d&#233;termination ne pourrait &#234;tre obtenue qu'&#224; travers une guerre contre le capitalisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de Trotsky sur la question n&#232;gre sont contenues tr&#232;s clairement, quoique incompl&#232;tement, dans une discussion datant de 19391. En abordant le travail n&#232;gre, Trotsky se basait sur les sentiments des masses n&#232;gres r&#233;elles aux U.S.A. et le fait que leur oppression en tant que n&#232;gres est si forte qu'ils la ressentent &#224; chaque instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous ceux qui souffrent de l'oppression et de la discrimination, les n&#232;gres furent de tout temps les plus opprim&#233;s et les plus discrimin&#233;s au sein m&#234;me du milieu le plus dynamique de la classe ouvri&#232;re. Le parti devrait dire aux &#233;l&#233;ments conscients parmi les n&#232;gres qu'ils ont &#233;t&#233; convoqu&#233;s par le processus historique pour prendre leur place &#224; l'avant-garde de la lutte de la classe ouvri&#232;re pour le socialisme. Trotsky disait aussi que si le parti &#233;tait incapable de se tracer une voie pour atteindre cette couche de la soci&#233;t&#233;, dans laquelle il donnait aux n&#232;gres une place tr&#232;s importante, cela signifierait qu'il s'avoue lui-m&#234;me incapable d'aller vers la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que conscient du r&#244;le des n&#232;gres dans l'avant-garde, Trotsky, toutefois mettait toujours l'accent sur la conscience que devaient avoir les n&#232;gres d'&#234;tre une minorit&#233; opprim&#233;e &#224; l'&#233;chelle nationale. Chaque fois que cela &#233;tait possible, il insistait sur la conclusion politique qui devait &#234;tre tir&#233;e de la situation politique sp&#233;ciale des n&#232;gres sous le capitalisme am&#233;ricain pendant 300 ans. Il pr&#233;voyait sauvent des r&#233;voltes violentes parmi les n&#232;gres &#224; l'occasion desquelles ils se vengeraient de toute l'oppression et de toutes les humiliations dont ils ont souffert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky s'int&#233;ressa beaucoup au mouvement de Garvey en tant qu'expression des sentiments spontan&#233;s des masses n&#232;gres, sontan&#233;it&#233; qui le pr&#233;occupait essentiellement. Il recommandait sp&#233;cialement au parti d'&#233;tudier l'attitude des n&#232;gres pendant la guerre civile pour comprendre la question n&#232;gre aujourd'hui. Il recommandait l'&#233;tude du mouvement de Garvey en tant qu'indication indispensable pour le parti s'il voulait trouver la voie qui m&#232;ne vers les masses noires. Il approuvait l'id&#233;e d'une organisation ind&#233;pendante de masse du peuple n&#232;gre, form&#233;e gr&#226;ce &#224; l'instrument du parti. La mani&#232;re g&#233;n&#233;rale dont il abordait ie probl&#232;me n&#232;gre peut se caract&#233;riser par le fait suivant : il pensait que dans certaines occasions le parti r&#233;volutionnaire pouvait retirer son propre candidat aux &#233;lections pour le congr&#232;s et soutenir un d&#233;mocrate n&#232;gre pr&#233;sent&#233; par une communaut&#233; n&#232;gre soucieuse d'avoir son propre repr&#233;sentant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes ces id&#233;es Trotsky ne fait qu'appliquer &#224; la lutte concr&#232;te le principe fondamental com pris dans le droit de l'auto-d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune t&#226;che n'est plus urgente que la collection et la publication des textes et des id&#233;es de Trotsky sur la question n&#232;gre aux &#201;tats-Unis, ainsi que leur &#233;tude s&#233;rieuse par tous les membres du parti et leur divulgation sous une forme organis&#233;e parmi le prol&#233;tariat et les masses n&#232;gres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/question.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/question.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Workers Party et le travail n&#232;gre dans le mouvement ouvrier organis&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/02.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/james/1943/00/02.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question noire en Afrique du sud en 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand les th&#232;ses disent que le mot d'ordre de &#171; r&#233;publique noire &#187; est aussi nuisible (&#171; equally harmful &#187;) &#224; la cause de la r&#233;volution que celui de &#171; l'Afrique du Sud aux Blancs &#187;, nous ne pouvons &#234;tre d'accord avec cette affirmation. De la part des Blancs, il s'agit du maintien d'une domination inf&#226;me ; de la part des Noirs, des premiers pas vers leur &#233;mancipation. Le droit total et inconditionnel des Noirs &#224; l'ind&#233;pendance, il nous faut le reconna&#238;tre absolument et sans r&#233;serve. C'est seulement sur la base d'une lutte commune contre la domination des exploiteurs blancs que pourra s'&#233;lever et se renforcer la solidarit&#233; des travailleurs noirs et des travailleurs blancs. Il est possible qu'apr&#232;s la victoire les Noirs tiennent pour inutile la cr&#233;ation en Afrique du Sud d'un &#201;tat noir particulier. Naturellement, nous ne leur imposerons pas un s&#233;paratisme d'&#201;tat. Mais qu'ils le reconnaissent librement, sur la base de leur exp&#233;rience propre, pas sous les verges des oppresseurs blancs. Les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens ne doivent jamais oublier le droit des nationalit&#233;s opprim&#233;es &#224; disposer d'elles-m&#234;mes, y compris leur droit &#224; la s&#233;paration compl&#232;te, et le devoir du prol&#233;tariat de la nation qui opprime &#224; d&#233;fendre ce droit, y compris, s'il le faut, les armes &#224; la main ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/national.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/national.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand le Parti Communiste Am&#233;ricain, optant sous l'&#233;gide de Staline pour l'alliance avec l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, l&#226;chait le combat des noirs comme il l&#226;chait le combat des travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article699&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article699&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le panafricanisme sera l'internationalisme du communisme prol&#233;tarien ou ne sera pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3812&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3812&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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