<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://www.matierevolution.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
	<link>https://www.matierevolution.org/</link>
	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://www.matierevolution.org/spip.php?id_mot=30&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
		<url>http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-5aeb8-d0407.jpg?1780178619</url>
		<link>https://www.matierevolution.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Marx et Engels sur l'organisation des travailleurs</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8803</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8803</guid>
		<dc:date>2026-05-12T22:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1847 &lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1847&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, doubler les salaires... c'est attribuer &#224; chacun des producteurs une part plus grande que son produit, ce qui est contradictoire, et si la hausse ne s'&#233;tend qu'&#224; un petit nombre d'industries, elle am&#232;ne une perturbation g&#233;n&#233;rale des &#233;changes ; en un mot, une disette....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est impossible, je le d&#233;clare, que des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires n'aboutissent pas &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix : c'est aussi certain que deux et deux font quatre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 110 et 111)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nions toutes ces affirmations, sauf que deux et deux font quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il n'y a pas de hausse g&#233;n&#233;rale des prix . Si le prix de tout double en m&#234;me temps que les salaires, il n'y a pas de changement de prix, le seul changement est celui des termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires ne peut jamais produire une hausse plus ou moins g&#233;n&#233;rale du prix des marchandises. En fait, si chaque industrie employait le m&#234;me nombre de travailleurs par rapport au capital fixe ou aux instruments utilis&#233;s, une augmentation g&#233;n&#233;rale des salaires produirait une baisse g&#233;n&#233;rale des profits et le prix courant des marchandises ne subirait aucune modification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le rapport entre le travail manuel et le capital fixe n'est pas le m&#234;me dans les diff&#233;rentes industries, toutes les industries qui emploient une masse relativement plus grande de capital et moins de travailleurs seront oblig&#233;es t&#244;t ou tard de baisser le prix de leurs marchandises. Dans le cas contraire, o&#249; le prix de leurs marchandises ne baisse pas, leur profit s'&#233;l&#232;vera au-dessus du taux commun des profits. Les machines ne sont pas des salari&#233;s. La hausse g&#233;n&#233;rale des salaires affectera donc moins les industries qui, par rapport aux autres, emploient plus de machines que de travailleurs. Mais comme la concurrence tend toujours &#224; niveler le taux des profits, les profits qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus du taux moyen ne peuvent qu'&#234;tre transitoires. Ainsi, &#224; quelques fluctuations pr&#232;s, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires conduira, non comme le dit M. Proudhon, &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, mais &#224; une baisse partielle, c'est-&#224;-dire une baisse du prix courant des marchandises fabriqu&#233;es. principalement &#224; l'aide de machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse et la baisse des profits et des salaires expriment simplement la proportion dans laquelle capitalistes et ouvriers se partagent le produit d'une journ&#233;e de travail, sans influencer dans la plupart des cas le prix du produit. Mais que &#171; des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires aboutissent &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, voire &#224; une disette &#187;, voil&#224; des notions qui ne peuvent fleurir que dans le cerveau d'un po&#232;te incompris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les gr&#232;ves ont r&#233;guli&#232;rement donn&#233; lieu &#224; l'invention et &#224; l'application de nouvelles machines. Les machines &#233;taient, peut-on dire, l'arme employ&#233;e par le capitaliste pour r&#233;primer la r&#233;volte du travail sp&#233;cialis&#233;. La mule autonome , la plus grande invention de l'industrie moderne, mit hors de combat les fileurs r&#233;volt&#233;s. Si les coalitions et les gr&#232;ves n'avaient d'autre effet que de faire r&#233;agir contre elles les efforts du g&#233;nie m&#233;canique, elles exerceraient encore une immense influence sur le d&#233;veloppement de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve, continue M. Proudhon, dans un article publi&#233; par M. L&#233;on Faucher... septembre 1845, que depuis quelque temps les ouvriers britanniques ont perdu l'habitude de se regrouper, ce qui est assur&#233;ment un progr&#232;s pour lequel on ne peut mais f&#233;licitez-les : mais cette am&#233;lioration du moral des ouvriers vient surtout de leur &#233;ducation &#233;conomique. &#171; Ce n'est pas des fabricants, s'&#233;crie un ouvrier de filature lors d'une r&#233;union &#224; Bolton, que d&#233;pendent les salaires. Dans les p&#233;riodes de d&#233;pression, les ma&#238;tres ne sont pour ainsi dire que le fouet dont la n&#233;cessit&#233; s'arme et, qu'ils le veuillent ou non, ils doivent porter des coups. Le principe r&#233;gulateur est la relation entre l'offre et la demande ; et les ma&#238;tres n'ont pas ce pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Bien jou&#233; !&#034; s'&#233;crie M. Proudhon. &#171; Ce sont des travailleurs bien form&#233;s, des travailleurs mod&#232;les, etc., etc., etc. Une telle pauvret&#233; n'existait pas en Grande-Bretagne ; il ne traversera pas la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 261 et 262)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les villes d'Angleterre, Bolton est celle o&#249; le radicalisme est le plus d&#233;velopp&#233;. Les ouvriers de Bolton sont connus pour &#234;tre les plus r&#233;volutionnaires de tous. A l'&#233;poque de la grande agitation en Angleterre pour l'abolition des Corn Laws, les fabricants anglais pensaient qu'ils ne pourraient faire face aux propri&#233;taires terriens qu'en mettant les ouvriers au premier plan. Mais comme les int&#233;r&#234;ts des ouvriers n'&#233;taient pas moins oppos&#233;s &#224; ceux des fabricants que les int&#233;r&#234;ts des fabricants ne l'&#233;taient &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, il &#233;tait naturel que les fabricants se trouvent mal dans les r&#233;unions ouvri&#232;res. Qu'ont fait les constructeurs ? Pour sauver les apparences, ils organis&#232;rent des r&#233;unions compos&#233;es en grande partie de contrema&#238;tres, du petit nombre d'ouvriers qui leur &#233;taient d&#233;vou&#233;s et des vrais amis du m&#233;tier . Lorsque, plus tard, les v&#233;ritables travailleurs ont tent&#233;, comme &#224; Bolton et &#224; Manchester, de prendre part &#224; ces fausses manifestations pour protester contre elles, on leur a interdit l'entr&#233;e au motif qu'il s'agissait d'une r&#233;union &#224; billet &#8211; une r&#233;union &#224; laquelle seules les personnes ayant les qualifications requises &#233;taient autoris&#233;es. les cartes d'entr&#233;e &#233;taient admises. Pourtant les affiches placard&#233;es sur les murs annon&#231;aient des r&#233;unions publiques. Chaque fois qu'une de ces r&#233;unions avait lieu, les journaux des constructeurs rendaient compte de mani&#232;re pompeuse et d&#233;taill&#233;e des discours prononc&#233;s. Il va sans dire que ce sont les contrema&#238;tres qui faisaient ces discours. Les journaux de Londres les reproduisent mot pour mot. M. Proudhon a le malheur de prendre des contrema&#238;tres pour de simples ouvriers, et il leur enjoint de ne pas traverser la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1844 et 1845 les gr&#232;ves retinrent moins l'attention qu'auparavant, c'est parce que 1844 et 1845 furent les deux premi&#232;res ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; que l'industrie britannique connut depuis 1837. N&#233;anmoins aucun des syndicats n'avait &#233;t&#233; dissous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons maintenant les contrema&#238;tres de Bolton. Selon eux, les fabricants n'ont aucun contr&#244;le sur les salaires parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits, et ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le march&#233; mondial. C'est pourquoi ils souhaitent qu'il soit entendu qu'il ne faut pas former de coalitions pour extorquer aux patrons une augmentation de salaire. M. Proudhon, au contraire, interdit les coalitions, de peur qu'elles ne soient suivies d'une hausse des salaires qui n'entra&#238;nerait une disette g&#233;n&#233;rale. Inutile de dire que sur un point il y a une entente cordiale entre les contrema&#238;tres et M. Proudhon : qu'une hausse des salaires &#233;quivaut &#224; une hausse du prix des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crainte de la disette est-elle la v&#233;ritable cause de la rancune de M. Proudhon ? Non. Tout simplement, il est ennuy&#233; par les contrema&#238;tres de Bolton parce qu'ils d&#233;terminent la valeur par l'offre et la demande et ne tiennent pratiquement pas compte de la valeur constitu&#233;e , de la valeur pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de constitution, de la constitution de la valeur, y compris l'&#233;changeabilit&#233; permanente et toutes les autres proportionnalit&#233;s de rapports et rapports de proportionnalit&#233;, avec la Providence &#224; leurs c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une gr&#232;ve ouvri&#232;re est ill&#233;gale, et ce n'est pas seulement le Code p&#233;nal qui le dit, c'est le syst&#232;me &#233;conomique, la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;tabli...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que chaque ouvrier individuellement dispose librement de sa personne et de ses mains, cela peut &#234;tre tol&#233;r&#233;, mais que les ouvriers entreprennent par coalition de faire violence au monopole, c'est quelque chose que la soci&#233;t&#233; ne peut permettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Vol. I, p. 334 et 335)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon veut faire passer un article du Code p&#233;nal comme une cons&#233;quence n&#233;cessaire et g&#233;n&#233;rale des rapports de production bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, le regroupement est autoris&#233; par une loi du Parlement, et c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui a contraint le Parlement &#224; accorder cette autorisation l&#233;gale. En 1825, lorsque, sous le ministre Huskisson, le Parlement dut modifier la loi pour la rendre de plus en plus conforme aux conditions r&#233;sultant de la libre concurrence, il dut n&#233;cessairement abolir toutes les lois interdisant les regroupements d'ouvriers. Plus l'industrie et la concurrence se d&#233;veloppent, plus il y a d'&#233;l&#233;ments qui provoquent et renforcent la combinaison, et d&#232;s que la combinaison devient un fait &#233;conomique, gagnant chaque jour en solidit&#233;, elle ne tardera pas &#224; devenir un fait juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'article du Code p&#233;nal prouve tout au plus que l'industrie moderne et la concurrence n'&#233;taient pas encore bien d&#233;velopp&#233;es sous l'Assembl&#233;e constituante et sous l'Empire. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;conomistes et socialistes [*1] sont d'accord sur un point : la condamnation de la combinaison . Seulement, ils ont des motifs diff&#233;rents pour justifier leur acte de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes disent aux travailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas. Par la combinaison vous g&#234;nez le progr&#232;s r&#233;gulier de l'industrie, vous emp&#234;chez les fabricants d'ex&#233;cuter leurs commandes, vous perturbez le commerce et vous pr&#233;cipitez l'invasion des machines qui, en rendant votre travail en partie inutile, vous obligent &#224; accepter un salaire encore inf&#233;rieur. D'ailleurs, quoi que vous fassiez, votre salaire sera toujours d&#233;termin&#233; par le rapport des mains demand&#233;es aux mains fournies, et c'est un effort aussi ridicule que dangereux pour vous de vous r&#233;volter contre les lois &#233;ternelles de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes disent aux ouvriers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas, car de toute fa&#231;on, qu'y gagnerez-vous ? Une hausse des salaires ? Les &#233;conomistes vous prouveront bien clairement que les quelques gains que vous pourrez en tirer pendant quelques instants si vous r&#233;ussissez seront suivis d'une baisse permanente. D'habiles calculateurs vous prouveront qu'il vous faudrait des ann&#233;es pour r&#233;cup&#233;rer, par l'augmentation de vos salaires, les d&#233;penses occasionn&#233;es par l'organisation et l'entretien des combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous, socialistes, vous disons qu'en dehors de la question d'argent, vous continuerez n&#233;anmoins &#224; &#234;tre des ouvriers, et que les ma&#238;tres continueront &#224; &#234;tre les ma&#238;tres, comme avant. Donc pas de combinaison ! Pas de politique ! Car entrer en coalition, n'est-ce pas s'engager dans la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes veulent que les ouvriers restent dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est constitu&#233;e et telle qu'elle a &#233;t&#233; sign&#233;e et scell&#233;e par eux dans leurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes veulent que les ouvriers abandonnent l'ancienne soci&#233;t&#233; pour mieux pouvoir entrer dans la nouvelle soci&#233;t&#233; qu'ils leur ont pr&#233;par&#233;e avec tant de pr&#233;voyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les deux, malgr&#233; les manuels et les utopies, la combinaison n'a pas encore cess&#233; un instant d'avancer et de cro&#238;tre avec le d&#233;veloppement et la croissance de l'industrie moderne. Elle est aujourd'hui parvenue &#224; un tel stade que le degr&#233; auquel la combinaison s'est d&#233;velopp&#233;e dans un pays donn&#233; marque clairement le rang qu'il occupe dans la hi&#233;rarchie du march&#233; mondial. L'Angleterre, dont l'industrie a atteint le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, poss&#232;de les combinaisons les plus nombreuses et les mieux organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, on ne s'est pas arr&#234;t&#233; &#224; des combinaisons partielles qui n'ont d'autre objectif qu'une frappe passag&#232;re, et qui disparaissent avec elle. Des coalitions permanentes se sont constitu&#233;es, des syndicats , qui servent de remparts aux ouvriers dans leurs luttes contre le patronat. Et &#224; l'heure actuelle, tous ces syndicats locaux trouvent un point de ralliement dans la National Association of United Trades , dont le comit&#233; central est &#224; Londres et qui compte d&#233;j&#224; 80 000 membres. L'organisation de ces gr&#232;ves, coalitions et syndicats se poursuivit simultan&#233;ment avec les luttes politiques des ouvriers, qui constituent aujourd'hui un grand parti politique, sous le nom de Chartistes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re tentative des travailleurs de s'associer entre eux se fait toujours sous forme de combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande industrie concentre en un m&#234;me lieu une foule de gens qui ne se connaissent pas. La concurrence divise leurs int&#233;r&#234;ts. Mais le maintien des salaires, cet int&#233;r&#234;t commun qu'ils ont contre leur patron, les unit dans une pens&#233;e commune de r&#233;sistance &#8211; de combinaison . Ainsi, la coalition a toujours un double objectif : mettre un terme &#224; la concurrence entre les travailleurs, afin qu'ils puissent poursuivre une concurrence g&#233;n&#233;rale avec le capitaliste. Si le premier but de la r&#233;sistance &#233;tait simplement le maintien des salaires, les coalitions, d'abord isol&#233;es, se constituent en groupes &#224; mesure que les capitalistes s'unissent &#224; leur tour en vue de la r&#233;pression, et face &#224; un capital toujours uni, le maintien de l'association. leur devient plus n&#233;cessaire que celui du salaire. C'est si vrai que les &#233;conomistes anglais s'&#233;tonnent de voir les ouvriers sacrifier une bonne partie de leur salaire au profit d'associations qui, aux yeux de ces &#233;conomistes, sont &#233;tablies uniquement en faveur des salaires. Dans cette lutte &#8211; v&#233;ritable guerre civile &#8211; tous les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une bataille &#224; venir s'unissent et se d&#233;veloppent. Une fois parvenue &#224; ce point, l'association prend un caract&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques avaient d'abord transform&#233; la masse de la population du pays en travailleurs. La combinaison du capital a cr&#233;&#233; pour cette masse une situation commune, des int&#233;r&#234;ts communs. Cette masse est donc d&#233;j&#224; une classe contre le capital, mais pas encore pour elle-m&#234;me. Dans la lutte, dont nous n'avons not&#233; que quelques phases, cette masse s'unit et se constitue comme classe &#224; part. Les int&#233;r&#234;ts qu'elle d&#233;fend deviennent des int&#233;r&#234;ts de classe. Mais la lutte de classe contre classe est une lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases &#224; distinguer : celle o&#249; elle s'est constitu&#233;e en classe sous le r&#233;gime de la f&#233;odalit&#233; et de la monarchie absolue, et celle o&#249;, d&#233;j&#224; constitu&#233;e en classe, elle a renvers&#233; la f&#233;odalit&#233; et la monarchie pour faire de la soci&#233;t&#233; une soci&#233;t&#233; bourgeoise. soci&#233;t&#233;. La premi&#232;re de ces phases fut la plus longue et n&#233;cessita les plus grands efforts. Cela aussi commen&#231;a par des coalitions partielles contre les seigneurs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses recherches ont &#233;t&#233; men&#233;es pour retracer les diff&#233;rentes phases historiques par lesquelles la bourgeoisie est pass&#233;e, depuis la commune jusqu'&#224; sa constitution en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'il s'agit de faire une &#233;tude pr&#233;cise des gr&#232;ves, regroupements et autres formes sous lesquelles les prol&#233;taires r&#233;alisent sous nos yeux leur organisation en classe, les uns sont saisis d'une peur r&#233;elle et les autres affichent un d&#233;dain transcendantal .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe opprim&#233;e est la condition vitale de toute soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'antagonisme des classes. L'&#233;mancipation de la classe opprim&#233;e implique donc n&#233;cessairement la cr&#233;ation d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. Pour que la classe opprim&#233;e puisse s'&#233;manciper, il faut que les puissances productives d&#233;j&#224; acquises et les rapports sociaux existants ne puissent plus coexister. De tous les instruments de production, la plus grande puissance productive est la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me. L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires en classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pourraient &#234;tre engendr&#233;es au sein de l'ancienne soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il qu'apr&#232;s la chute de l'ancienne soci&#233;t&#233;, il y aura une nouvelle domination de classe aboutissant &#224; un nouveau pouvoir politique ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re est l'abolition de toute classe, tout comme la condition de la lib&#233;ration du tiers-&#233;tat, de l'ordre bourgeois, &#233;tait l'abolition de tous les domaines et de tous les ordres. [*2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, au cours de son d&#233;veloppement, substituera &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233; civile une association qui exclura les classes et leurs antagonismes, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est pr&#233;cis&#233;ment l'expression officielle de la volont&#233; politique. antagonisme dans la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, l'antagonisme entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie est une lutte de classe contre classe, une lutte qui, port&#233;e &#224; sa plus haute expression, est une r&#233;volution totale. En effet, est-il surprenant qu'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l' opposition des classes aboutisse &#224; la contradiction brutale , au choc des corps contre les corps, comme d&#233;nouement final ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit en m&#234;me temps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans un ordre de choses o&#249; il n'y aura plus de classes et d'antagonismes de classes que les &#233;volutions sociales cesseront d'&#234;tre des r&#233;volutions politiques . D'ici l&#224;, &#224; la veille de tout remaniement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, le dernier mot des sciences sociales sera toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le combat ou la mort ; la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Extrait du roman Jean Siska de George Sand :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le combat ou la mort : lutte sanglante ou extinction. C'est ainsi que la question se pose inexorablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les lois alors en vigueur en France &#8211; la loi dite Le Chapelier adopt&#233;e en 1791 lors de la r&#233;volution par l'Assembl&#233;e constituante et le code p&#233;nal &#233;labor&#233; sous l'Empire napol&#233;onien &#8211; interdisaient aux ouvriers de se syndiquer ou de se rendre en gr&#232;ve. L'interdiction des syndicats a &#233;t&#233; abolie en France en 1884.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*1] C'est-&#224;-dire les socialistes de l'&#233;poque : les fouri&#233;ristes en France, les owenistes en Angleterre. FE [&#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition allemande, 1885]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*2] Domaines ici au sens historique des domaines de la f&#233;odalit&#233;, domaines aux privil&#232;ges d&#233;finis et limit&#233;s. La r&#233;volution de la bourgeoisie a aboli les domaines et leurs privil&#232;ges. La soci&#233;t&#233; bourgeoise ne conna&#238;t que des classes . Il &#233;tait donc absolument en contradiction avec l'histoire de d&#233;crire le prol&#233;tariat comme le &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187;. [&#8211; Engels, &#233;dition allemande de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres, mars 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires de 1848-1849, la Ligue fit ses preuves de deux mani&#232;res. Premi&#232;rement, ses membres se sont partout impliqu&#233;s &#233;nergiquement dans le mouvement et se sont tenus aux premiers rangs de la seule classe r&#233;solument r&#233;volutionnaire, le prol&#233;tariat, dans la presse, sur les barricades et sur les champs de bataille. La Ligue a en outre fait ses preuves dans la mesure o&#249; sa compr&#233;hension du mouvement, telle qu'exprim&#233;e dans les circulaires publi&#233;es par les Congr&#232;s et le Comit&#233; central de 1847 et dans le Manifeste du Parti communiste , s'est r&#233;v&#233;l&#233;e la seule correcte, et les attentes exprim&#233;es dans ces documents ont &#233;t&#233; pleinement remplies. Ce message, autrefois propag&#233; en secret par la Ligue, est d&#233;sormais sur toutes les l&#232;vres et pr&#234;ch&#233; ouvertement sur le march&#233;. Mais dans le m&#234;me temps, l'organisation autrefois solide de la Ligue s'est consid&#233;rablement affaiblie. Un grand nombre de membres directement impliqu&#233;s dans le mouvement pensaient que le temps des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes &#233;tait r&#233;volu et que la seule action publique suffisait. Les diff&#233;rents districts et communes ont laiss&#233; leurs liens avec le Comit&#233; central s'affaiblir et s'endormir progressivement. Ainsi, tandis que le parti d&#233;mocrate, le parti de la petite-bourgeoisie, s'organise de plus en plus en Allemagne, le parti ouvrier a perdu son seul point d'ancrage solide, restant organis&#233; au mieux dans des localit&#233;s individuelles pour des objectifs locaux ; au sein du mouvement g&#233;n&#233;ral, elle est par cons&#233;quent tomb&#233;e sous la domination et la direction compl&#232;tes des d&#233;mocrates petits-bourgeois. Cette situation ne peut pas durer ; l'ind&#233;pendance des travailleurs doit &#234;tre restaur&#233;e. Le Comit&#233; central reconnut cette n&#233;cessit&#233; et envoya donc un &#233;missaire, Joseph Moll, en Allemagne au cours de l'hiver 1848-1849 pour r&#233;organiser la Ligue. La mission de Moll n'a cependant pas produit d'effet durable, en partie parce que les ouvriers allemands de l'&#233;poque n'avaient pas assez d'exp&#233;rience et en partie parce qu'elle a &#233;t&#233; interrompue par l'insurrection de mai dernier. Moll lui-m&#234;me prit les armes, rejoignit l'arm&#233;e du Bade-Palatinat et tomba le 29 juin lors de la bataille de la Murg. La Ligue perdit en lui l'un des membres les plus anciens, les plus actifs et les plus fiables, qui avait particip&#233; &#224; tous les congr&#232;s et comit&#233;s centraux et qui avait auparavant men&#233; une s&#233;rie de missions avec beaucoup de succ&#232;s. Depuis la d&#233;faite des partis r&#233;volutionnaires allemand et fran&#231;ais en juillet 1849, presque tous les membres du Comit&#233; central se sont rassembl&#233;s &#224; Londres : ils ont reconstitu&#233; leurs effectifs avec de nouvelles forces r&#233;volutionnaires et ont entrepris de r&#233;organiser la Ligue avec un z&#232;le renouvel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;organisation ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par un &#233;missaire, et le Comit&#233; central consid&#232;re qu'il est tr&#232;s important d'envoyer cet &#233;missaire au moment m&#234;me o&#249; une nouvelle r&#233;volution est imminente, c'est-&#224;-dire lorsque le parti ouvrier doit entrer dans la bataille avec toute la force n&#233;cessaire. d'organisation, d'unit&#233; et d'ind&#233;pendance, afin qu'elle ne soit pas exploit&#233;e et prise en charge par la bourgeoisie comme en 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vous avions d&#233;j&#224; dit en 1848, mes fr&#232;res, que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande arriverait bient&#244;t au pouvoir et retournerait imm&#233;diatement son pouvoir nouvellement conquis contre les ouvriers. Vous avez vu comment cette pr&#233;vision s'est r&#233;alis&#233;e. C'est en effet la bourgeoisie qui a pris possession de l'autorit&#233; de l'&#201;tat &#224; la suite du mouvement de mars 1848 et a utilis&#233; ce pouvoir pour repousser les ouvriers, ses alli&#233;s dans la lutte, vers leur ancienne position d'oppression. Bien que la bourgeoisie n'ait pu y parvenir qu'en concluant une alliance avec le parti f&#233;odal vaincu en mars et qu'elle ait finalement d&#251; c&#233;der &#224; nouveau le pouvoir &#224; ce parti f&#233;odal absolutiste, elle s'est n&#233;anmoins assur&#233;e des conditions favorables. Compte tenu des difficult&#233;s financi&#232;res du gouvernement, ces conditions garantiraient qu'&#224; long terme le pouvoir retomberait entre ses mains et que tous ses int&#233;r&#234;ts seraient sauvegard&#233;s, s'il &#233;tait possible au mouvement r&#233;volutionnaire d'assumer d&#233;sormais ce qu'on appelle cours pacifique du d&#233;veloppement. Pour garantir son pouvoir, la bourgeoisie n'aurait m&#234;me pas besoin d'attiser la haine en prenant des mesures violentes contre le peuple, puisque toutes ces mesures violentes ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mises en &#339;uvre par la contre-r&#233;volution f&#233;odale. Mais les &#233;v&#233;nements ne suivront pas ce cours pacifique. Au contraire, la r&#233;volution qui acc&#233;l&#233;rera le cours des &#233;v&#233;nements est imminente, qu'elle soit initi&#233;e par un soul&#232;vement ind&#233;pendant du prol&#233;tariat fran&#231;ais ou par une invasion de la Babel r&#233;volutionnaire par la Sainte-Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le perfide que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande a jou&#233; contre le peuple en 1848 sera assum&#233; dans la r&#233;volution &#224; venir par la petite bourgeoisie d&#233;mocratique, qui occupe d&#233;sormais dans l'opposition la m&#234;me position que la bourgeoisie lib&#233;rale d'avant 1848. Ce parti d&#233;mocratique, qui est bien plus dangereux pour les ouvriers que ne l'&#233;taient auparavant les lib&#233;raux, est compos&#233; de trois &#233;l&#233;ments : 1) Les &#233;l&#233;ments les plus progressistes de la grande bourgeoisie, qui poursuivent l'objectif du renversement imm&#233;diat et complet de la f&#233;odalit&#233; et de l'absolutisme. Cette fraction est repr&#233;sent&#233;e par l'ancien Berlin Vereinbarer, les r&#233;sistants aux imp&#244;ts ; 2) Le petit bourgeois constitutionnel-d&#233;mocrate, dont l'objectif principal lors du mouvement pr&#233;c&#233;dent &#233;tait la formation d'un Etat f&#233;d&#233;ral plus ou moins d&#233;mocratique ; c'est pour cela que leurs repr&#233;sentants, la gauche &#224; l'Assembl&#233;e de Francfort et plus tard au Parlement de Stuttgart, ont &#339;uvr&#233;, comme ils l'ont eux-m&#234;mes fait dans la campagne pour la Constitution du Reich ; 3) Les petits-bourgeois r&#233;publicains, dont l'id&#233;al est une r&#233;publique f&#233;d&#233;rale allemande semblable &#224; celle de la Suisse et qui se disent d&#233;sormais &#171; rouges &#187; et &#171; sociaux-d&#233;mocrates &#187; parce qu'ils nourrissent le pieux d&#233;sir d'abolir la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital. , par la grande bourgeoisie sur la petite bourgeoisie. Les repr&#233;sentants de cette fraction &#233;taient les membres des congr&#232;s et comit&#233;s d&#233;mocratiques, les dirigeants des associations d&#233;mocratiques et les r&#233;dacteurs des journaux d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s leur d&#233;faite, toutes ces fractions se pr&#233;tendent &#171; r&#233;publicaines &#187; ou &#171; rouges &#187;, tout comme aujourd'hui les membres de la petite bourgeoisie r&#233;publicaine en France se disent &#171; socialistes &#187;. L&#224; o&#249;, comme dans le Wurtemberg, en Bavi&#232;re, etc., ils trouvent encore une chance de parvenir &#224; leurs fins par la voie constitutionnelle, ils profitent de l'occasion pour conserver leurs anciennes phrases et prouver par leurs actes qu'ils n'ont pas chang&#233; le moins du monde. En outre, il va sans dire que le changement de nom de ce parti ne modifie en rien ses rapports avec les travailleurs, mais prouve simplement qu'il est d&#233;sormais oblig&#233; de former un front contre la bourgeoisie unie &#224; l'absolutisme et de rechercher le soutien du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti d&#233;mocrate petit-bourgeois en Allemagne est tr&#232;s puissant. Elle n'embrasse pas seulement la grande majorit&#233; de la classe moyenne urbaine, les petits commer&#231;ants industriels et les ma&#238;tres artisans ; il compte aussi parmi ses partisans les paysans et le prol&#233;tariat rural, dans la mesure o&#249; ce dernier n'a pas encore trouv&#233; d'appui parmi le prol&#233;tariat ind&#233;pendant des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation du parti ouvrier r&#233;volutionnaire avec les d&#233;mocrates petits-bourgeois est la suivante : il coop&#232;re avec eux contre le parti qu'ils visent &#224; renverser ; il s'oppose &#224; eux partout o&#249; ils souhaitent assurer leur propre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits-bourgeois d&#233;mocrates, loin de vouloir transformer la soci&#233;t&#233; enti&#232;re dans l'int&#233;r&#234;t des prol&#233;taires r&#233;volutionnaires, aspirent seulement &#224; un changement des conditions sociales qui rendra la soci&#233;t&#233; existante aussi tol&#233;rable et confortable que possible pour eux. Ils exigent donc avant tout une r&#233;duction des d&#233;penses publiques par une restriction de la bureaucratie et le transfert de la majeure partie de la charge fiscale vers les grands propri&#233;taires fonciers et la bourgeoisie. Ils exigent en outre la suppression de la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital par la cr&#233;ation d'institutions publiques de cr&#233;dit et l'adoption de lois contre l'usure, gr&#226;ce auxquelles il leur serait possible, ainsi qu'aux paysans, de recevoir des avances de l'&#201;tat &#224; des conditions favorables. des capitalistes ; aussi, l'introduction de rapports de propri&#233;t&#233; bourgeoise sur la terre par l'abolition compl&#232;te de la f&#233;odalit&#233;. Pour r&#233;aliser tout cela, ils ont besoin d'une forme de gouvernement d&#233;mocratique, soit constitutionnelle, soit r&#233;publicaine, qui leur donnerait, ainsi qu'&#224; leurs alli&#233;s paysans, la majorit&#233; ; ils ont &#233;galement besoin d'un syst&#232;me d&#233;mocratique de gouvernement local qui leur donne un contr&#244;le direct sur la propri&#233;t&#233; municipale et sur une s&#233;rie de fonctions politiques actuellement aux mains des bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination du capital et son accumulation rapide doivent &#234;tre encore contrecarr&#233;es, en partie par une r&#233;duction du droit de succession, et en partie par le transfert d'autant d'emplois que possible &#224; l'&#201;tat. En ce qui concerne les ouvriers, une chose est avant tout certaine : ils doivent rester des salari&#233;s comme avant. Cependant, les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent de meilleurs salaires et une meilleure s&#233;curit&#233; pour les travailleurs, et esp&#232;rent y parvenir par une extension de l'emploi public et par des mesures sociales ; en bref, ils esp&#232;rent soudoyer les ouvriers avec une aum&#244;ne plus ou moins d&#233;guis&#233;e et briser leur force r&#233;volutionnaire en rendant temporairement leur situation tol&#233;rable. Les revendications de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise r&#233;sum&#233;es ici ne sont pas exprim&#233;es simultan&#233;ment par toutes ses sections et, dans leur totalit&#233;, elles sont l'objectif explicite d'un tr&#232;s petit nombre seulement de ses partisans. Plus certains individus ou fractions de la petite bourgeoisie avanceront, plus ils adopteront explicitement ces revendications, et les rares personnes qui reconnaissent leur propre programme dans ce qui a &#233;t&#233; mentionn&#233; ci-dessus pourraient bien croire qu'elles ont avanc&#233; le maximum qu'on peut exiger de la petite bourgeoisie. la r&#233;volution. Mais ces revendications ne peuvent en aucun cas satisfaire le parti du prol&#233;tariat. Tandis que les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent mettre un terme &#224; la r&#233;volution le plus rapidement possible, en atteignant tout au plus les objectifs d&#233;j&#224; mentionn&#233;s, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre t&#226;che de rendre la r&#233;volution permanente jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; chass&#233;es du pouvoir. leurs positions dirigeantes, jusqu'&#224; ce que le prol&#233;tariat ait conquis le pouvoir d'&#201;tat et jusqu'&#224; ce que l'association des prol&#233;taires ait suffisamment progress&#233; &#8211; non seulement dans un pays mais dans tous les pays dirigeants du monde &#8211; pour que cesse la concurrence entre les prol&#233;taires de ces pays et au moins les forces d&#233;cisives de la production sont concentr&#233;es entre les mains des ouvriers. Notre pr&#233;occupation ne peut pas &#234;tre simplement de modifier la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais de l'abolir, non d'&#233;touffer les antagonismes de classe mais d'abolir les classes, non d'am&#233;liorer la soci&#233;t&#233; existante mais d'en fonder une nouvelle. Il ne fait aucun doute qu'au cours de la r&#233;volution allemande, les d&#233;mocrates petits-bourgeois acquerront pour le moment une influence pr&#233;dominante. La question est donc de savoir quelle doit &#234;tre l'attitude du prol&#233;tariat, et en particulier de la Ligue, &#224; son &#233;gard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tant que perdurent les conditions actuelles dans lesquelles les d&#233;mocrates petits-bourgeois sont &#233;galement opprim&#233;s ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Dans la lutte r&#233;volutionnaire &#224; venir, qui les mettra dans une position dominante ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3) Apr&#232;s cette lutte, pendant la p&#233;riode de pr&#233;dominance petite-bourgeoise sur les classes renvers&#233;es et sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En ce moment, alors que les petits-bourgeois d&#233;mocrates sont partout opprim&#233;s, ils pr&#234;chent au prol&#233;tariat l'unit&#233; g&#233;n&#233;rale et la r&#233;conciliation ; ils tendent la main de l'amiti&#233; et cherchent &#224; fonder un grand parti d'opposition qui embrasserait toutes les nuances de l'opinion d&#233;mocratique ; c'est-&#224;-dire qu'ils cherchent &#224; pi&#233;ger les ouvriers dans une organisation de parti dans laquelle pr&#233;valent des expressions sociales-d&#233;mocrates g&#233;n&#233;rales tandis que leurs int&#233;r&#234;ts particuliers sont cach&#233;s derri&#232;re eux et dans laquelle, dans le souci de pr&#233;server la paix, les revendications sp&#233;cifiques du prol&#233;tariat ne peuvent pas &#234;tre satisfaites. &#234;tre pr&#233;sent&#233;e. Une telle unit&#233; serait &#224; leur seul avantage et au d&#233;savantage total du prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat perdrait toute sa position ind&#233;pendante durement acquise et serait r&#233;duit une fois de plus &#224; un simple appendice de la d&#233;mocratie bourgeoise officielle. Il faut donc r&#233;sister de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; cette unit&#233;. Au lieu de s'abaisser au rang d'un ch&#339;ur applaudissant, les ouvriers, et surtout la Ligue, doivent &#339;uvrer &#224; la cr&#233;ation d'une organisation ind&#233;pendante du parti ouvrier, &#224; la fois secr&#232;te et ouverte, et aux c&#244;t&#233;s des d&#233;mocrates officiels et de la Ligue. doit viser &#224; faire de chacune de ses communes un centre et un noyau d'associations ouvri&#232;res dans lequel la position et les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat peuvent &#234;tre discut&#233;s sans influence bourgeoise. Les d&#233;mocrates de Breslau, qui m&#232;nent une campagne furieuse dans leur organe, la Neue Oder Zeitung, d&#233;montrent &#224; quel point les d&#233;mocrates bourgeois prennent au s&#233;rieux une alliance dans laquelle le prol&#233;tariat aurait un pouvoir et des droits &#233;gaux., contre les travailleurs organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante, qu'ils appellent &#171; socialistes &#187;. Dans le cas d'une lutte contre un ennemi commun, une alliance sp&#233;ciale n'est pas n&#233;cessaire. D&#232;s qu'il faudra combattre directement un tel ennemi, les int&#233;r&#234;ts des deux parties co&#239;ncideront pour un moment et une association d'opportunit&#233;s momentan&#233;es surgira spontan&#233;ment dans le futur, comme cela s'est produit dans le pass&#233;. Il va sans dire que dans les conflits sanglants &#224; venir, comme dans tous les autres, ce seront les travailleurs, avec leur courage, leur d&#233;termination et leur abn&#233;gation, qui seront les principaux responsables de la victoire. Comme par le pass&#233;, ainsi dans la lutte &#224; venir &#233;galement, la petite bourgeoisie, en g&#233;n&#233;ral, h&#233;sitera le plus longtemps possible et restera craintive, ind&#233;cise et inactive ; mais lorsque la victoire sera certaine, il la revendiquera et appellera les ouvriers &#224; se comporter de mani&#232;re ordonn&#233;e, &#224; retourner au travail et &#224; pr&#233;venir les soi-disant exc&#232;s, et il exclura le prol&#233;tariat des fruits de la victoire. Il n'est pas au pouvoir des ouvriers d'emp&#234;cher les d&#233;mocrates petits-bourgeois de le faire ; mais il est en leur pouvoir de rendre aussi difficile que possible &#224; la petite bourgeoisie l'usage de son pouvoir contre le prol&#233;tariat arm&#233;, et de lui dicter des conditions telles que la domination des d&#233;mocrates bourgeois, d&#232;s le d&#233;but, portera en elle cela portera les germes de sa propre destruction, et son d&#233;placement ult&#233;rieur par le prol&#233;tariat sera consid&#233;rablement facilit&#233;. Surtout, pendant et imm&#233;diatement apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent, dans la mesure du possible, s'opposer aux tentatives de pacification bourgeoises et contraindre les d&#233;mocrates &#224; mettre &#224; ex&#233;cution leurs phrases terroristes. Ils doivent veiller &#224; ce que l'enthousiasme r&#233;volutionnaire imm&#233;diat ne soit pas soudainement r&#233;prim&#233; apr&#232;s la victoire. Au contraire, il faut la maintenir le plus longtemps possible. Loin de s'opposer aux soi-disant exc&#232;s &#8211; cas de vengeance populaire contre des individus d&#233;test&#233;s ou contre des b&#226;timents publics auxquels sont associ&#233;s des souvenirs haineux &#8211; le parti ouvrier doit non seulement tol&#233;rer ces actions mais doit m&#234;me leur donner une direction. Pendant et apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent &#224; chaque occasion pr&#233;senter leurs propres revendications contre celles des d&#233;mocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les travailleurs d&#232;s que la bourgeoisie d&#233;mocratique entreprendra de prendre le pouvoir. Ils doivent obtenir ces garanties par la force si n&#233;cessaire, et g&#233;n&#233;ralement s'assurer que les nouveaux dirigeants s'engagent &#224; faire toutes les concessions et promesses possibles &#8211; le moyen le plus s&#251;r de les compromettre. Ils doivent contr&#244;ler par tous les moyens et dans la mesure du possible l'euphorie victorieuse et l'enthousiasme pour la nouvelle situation qui suivent chaque bataille de rue r&#233;ussie, par une analyse froide et froide de la situation et par une m&#233;fiance non dissimul&#233;e &#224; l'&#233;gard du nouveau gouvernement. Aux c&#244;t&#233;s des nouveaux gouvernements officiels, ils doivent simultan&#233;ment &#233;tablir leurs propres gouvernements ouvriers r&#233;volutionnaires,soit sous la forme de comit&#233;s et de conseils ex&#233;cutifs locaux, soit par l'interm&#233;diaire de clubs ou de comit&#233;s ouvriers, de sorte que les gouvernements d&#233;mocratiques bourgeois non seulement perdent imm&#233;diatement le soutien des ouvriers, mais se retrouvent d&#232;s le d&#233;but surveill&#233;s et menac&#233;s par les autorit&#233;s derri&#232;re lesquelles se tiennent les travailleurs. toute la masse des ouvriers. En un mot, d&#232;s le moment de la victoire, la suspicion des ouvriers doit se porter non plus contre le parti r&#233;actionnaire vaincu, mais contre leur ancien alli&#233;, contre le parti qui entend exploiter pour lui-m&#234;me la victoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pour pouvoir s'opposer avec force et menace &#224; ce parti, dont la trahison des travailleurs commencera d&#232;s la premi&#232;re heure de la victoire, les travailleurs doivent &#234;tre arm&#233;s et organis&#233;s. Il faut armer imm&#233;diatement tout le prol&#233;tariat de mousquets, de fusils, de canons et de munitions, et s'opposer &#224; la r&#233;surgence de la milice citoyenne &#224; l'ancienne, dirig&#233;e contre les ouvriers. L&#224; o&#249; la formation de cette milice ne peut &#234;tre emp&#234;ch&#233;e, les ouvriers doivent essayer de s'organiser de mani&#232;re ind&#233;pendante en tant que garde prol&#233;tarienne, avec des dirigeants &#233;lus et avec leur propre &#233;tat-major &#233;lu ; ils doivent essayer de se placer non sous les ordres de l'autorit&#233; de l'Etat mais sous les ordres des conseils locaux r&#233;volutionnaires constitu&#233;s par les ouvriers. L&#224; o&#249; les ouvriers sont employ&#233;s par l'Etat, ils doivent s'armer et s'organiser en corps sp&#233;ciaux avec des dirigeants &#233;lus, ou en tant que partie de la garde prol&#233;tarienne. Sous aucun pr&#233;texte, les armes et les munitions ne doivent &#234;tre restitu&#233;es ; toute tentative de d&#233;sarmer les travailleurs doit &#234;tre d&#233;jou&#233;e, par la force si n&#233;cessaire. La destruction de l'influence des d&#233;mocrates bourgeois sur les ouvriers et l'imposition de conditions qui compromettent le r&#232;gne de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui est pour le moment in&#233;vitable, et le rendent aussi difficile que possible - tels sont les principaux points sur lesquels le prol&#233;tariat et c'est pourquoi la Ligue doit garder &#224; l'esprit pendant et apr&#232;s le soul&#232;vement prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. D&#232;s que les nouveaux gouvernements seront &#233;tablis, leur lutte contre les travailleurs commencera. Pour que les ouvriers puissent s'opposer par la force aux petits-bourgeois d&#233;mocrates, il est avant tout essentiel qu'ils soient organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante et centralis&#233;s dans des clubs. D&#232;s que possible apr&#232;s le renversement des gouvernements actuels, le Comit&#233; central se rendra en Allemagne et convoquera imm&#233;diatement un congr&#232;s, lui soumettant les propositions n&#233;cessaires pour la centralisation des clubs ouvriers sous une direction &#233;tablie au centre du mouvement. op&#233;rations. L'organisation rapide de liaisons, au moins provinciales, entre les clubs ouvriers est une des conditions essentielles du renforcement et du d&#233;veloppement du parti ouvrier ; le r&#233;sultat imm&#233;diat du renversement des gouvernements existants sera l'&#233;lection d'un organe repr&#233;sentatif national. Ici, le prol&#233;tariat doit veiller : 1) &#224; ce que, par des pratiques agressives, les autorit&#233;s locales et les commissaires du gouvernement n'excluent, sous aucun pr&#233;texte que ce soit, une quelconque partie des travailleurs ; 2) que des candidats ouvriers sont nomm&#233;s partout en opposition aux candidats d&#233;mocrates bourgeois. Dans la mesure du possible, ils devraient &#234;tre membres de la Ligue et leur &#233;lection devrait se faire par tous les moyens possibles. M&#234;me l&#224; o&#249; il n'y a aucune chance d'&#234;tre &#233;lus, les travailleurs doivent pr&#233;senter leurs propres candidats pour pr&#233;server leur ind&#233;pendance, &#233;valuer leur propre force et porter leur position r&#233;volutionnaire et le point de vue de leur parti &#224; l'attention du public. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par les phrases creuses des d&#233;mocrates, qui affirmeront que les candidats ouvriers diviseront le parti d&#233;mocrate et offriront aux forces de r&#233;action une chance de victoire. Tous ces discours signifient, en derni&#232;re analyse, que le prol&#233;tariat doit &#234;tre escroqu&#233;. Les progr&#232;s que fera le parti prol&#233;tarien en agissant ainsi de mani&#232;re ind&#233;pendante sont infiniment plus importants que les inconv&#233;nients r&#233;sultant de la pr&#233;sence de quelques r&#233;actionnaires dans le corps repr&#233;sentatif. Si les forces de la d&#233;mocratie entreprennent d&#232;s le d&#233;but une action terroriste d&#233;cisive contre la r&#233;action, l'influence r&#233;actionnaire dans les &#233;lections sera d&#233;j&#224; d&#233;truite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point sur lequel les d&#233;mocrates bourgeois entreront en conflit avec les ouvriers sera l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, car lors de la premi&#232;re r&#233;volution fran&#231;aise, la petite bourgeoisie voudra donner les terres f&#233;odales aux paysans comme propri&#233;t&#233; gratuite ; c'est-&#224;-dire qu'ils tenteront de perp&#233;tuer l'existence du prol&#233;tariat rural et de former une classe paysanne petite-bourgeoise qui sera soumise au m&#234;me cycle d'appauvrissement et d'endettement qui afflige encore le paysan fran&#231;ais. Les ouvriers doivent s'opposer &#224; ce projet &#224; la fois dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat rural et dans leur propre int&#233;r&#234;t. Ils doivent exiger que les propri&#233;t&#233;s f&#233;odales confisqu&#233;es restent propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et soient utilis&#233;es pour des colonies ouvri&#232;res, cultiv&#233;es collectivement par le prol&#233;tariat rural avec tous les avantages de la grande agriculture et o&#249; le principe de la propri&#233;t&#233; commune trouvera imm&#233;diatement une base solide au sein du groupe. du syst&#232;me fragile des relations de propri&#233;t&#233; bourgeoises. De m&#234;me que les d&#233;mocrates s'allient aux paysans, les ouvriers doivent s'allier au prol&#233;tariat rural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit les d&#233;mocrates travailleront directement &#224; une r&#233;publique f&#233;d&#233;r&#233;e, soit du moins, s'ils ne peuvent &#233;viter la r&#233;publique une et indivisible, ils tenteront de paralyser le gouvernement central en accordant aux communes et aux provinces la plus grande autonomie et ind&#233;pendance possible. En opposition &#224; ce projet, les ouvriers doivent lutter non seulement pour une r&#233;publique allemande une et indivisible, mais aussi, au sein de cette r&#233;publique, pour une centralisation la plus d&#233;cisive du pouvoir entre les mains du pouvoir d'Etat. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par des discours d&#233;mocratiques vides de sens sur la libert&#233; des communes, l'autonomie, etc. Dans un pays comme l'Allemagne, o&#249; tant de vestiges du Moyen &#194;ge doivent encore &#234;tre abolis, o&#249; tant de choses locales et Il faut briser l'obstination provinciale, on ne peut en aucun cas tol&#233;rer que chaque village, chaque ville et chaque province oppose de nouveaux obstacles &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, qui ne peut se d&#233;velopper avec toute son efficacit&#233; qu'&#224; partir d'un point central. Une reprise de la situation actuelle, dans laquelle les Allemands doivent mener une lutte s&#233;par&#233;e dans chaque ville et province pour obtenir le m&#234;me degr&#233; de progr&#232;s, ne peut pas non plus &#234;tre tol&#233;r&#233;e. Surtout, on ne peut pas permettre &#224; un soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer une forme de propri&#233;t&#233; qui est plus arri&#233;r&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e moderne et qui se transforme partout et in&#233;vitablement en propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; &#224; savoir la propri&#233;t&#233; communale, avec les conflits qui en r&#233;sultent entre les communaut&#233;s pauvres et riches. On ne peut pas non plus permettre &#224; ce soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer, &#224; c&#244;t&#233; du droit civil de l'&#201;tat, l'existence d'un droit civil communal avec ses pratiques acerbes dirig&#233;es contre les travailleurs. Comme en France en 1793, la t&#226;che du parti v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire en Allemagne est de r&#233;aliser la centralisation la plus stricte. [Il faut rappeler aujourd'hui que ce passage repose sur un malentendu. A cette &#233;poque &#8211; gr&#226;ce aux falsificateurs bonapartistes et lib&#233;raux de l'histoire &#8211; il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme acquis que l'appareil administratif centralis&#233; fran&#231;ais avait &#233;t&#233; introduit par la Grande R&#233;volution et surtout qu'il avait &#233;t&#233; utilis&#233; par la Convention comme une arme indispensable et d&#233;cisive. pour vaincre la r&#233;action royaliste et f&#233;d&#233;raliste et l'ennemi ext&#233;rieur. Mais on sait aujourd'hui que, tout au long de la r&#233;volution jusqu'au XVIII brumaire, toute l'administration des d&#233;partements, des arrondissements et des communesse composait d'autorit&#233;s &#233;lues par les constituants respectifs eux-m&#234;mes, et que ces autorit&#233;s agissaient en toute libert&#233; dans le cadre des lois g&#233;n&#233;rales de l'&#201;tat ; que pr&#233;cis&#233;ment ce gouvernement autonome provincial et local, semblable &#224; celui am&#233;ricain, est devenu le levier le plus puissant de la r&#233;volution et &#224; tel point que Napol&#233;on, imm&#233;diatement apr&#232;s son coup d'&#201;tat du XVIII brumaire, s'est empress&#233; de le remplacer par le une administration pr&#233;fectorale encore existante, qui fut donc d&#232;s le d&#233;but un pur instrument de r&#233;action. Mais pas plus que l'autonomie locale et provinciale n'est en contradiction avec la centralisation politique nationale, elle n'est n&#233;cessairement li&#233;e &#224; cet &#233;go&#239;sme cantonal ou communal born&#233; qui nous para&#238;t si r&#233;pugnant en Suisse et que tous les pays d'Allemagne du Sud En 1849, les r&#233;publicains f&#233;d&#233;raux voulaient &#233;tablir le pouvoir en Allemagne. &#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu comment la prochaine pouss&#233;e am&#232;nera les d&#233;mocrates au pouvoir et comment ils seront contraints de proposer des mesures plus ou moins socialistes. on demandera quelles mesures les ouvriers doivent proposer en r&#233;ponse. Au d&#233;but, bien s&#251;r, les ouvriers ne peuvent proposer aucune mesure directement communiste. Mais les actions suivantes sont possibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ils peuvent forcer les d&#233;mocrates &#224; s'introduire dans autant de domaines que possible de l'ordre social existant, afin de perturber son fonctionnement r&#233;gulier et de faire en sorte que les d&#233;mocrates petits-bourgeois se compromettent ; en outre, les travailleurs peuvent imposer la concentration du plus grand nombre possible de forces productives &#8211; moyens de transport, usines, chemins de fer, etc. &#8211; entre les mains de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ils doivent pousser les propositions des d&#233;mocrates jusqu'&#224; leur extr&#234;me logique (les d&#233;mocrates agiront de toute fa&#231;on de mani&#232;re r&#233;formiste et non r&#233;volutionnaire) et transformer ces propositions en attaques directes contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Si, par exemple, la petite bourgeoisie propose l'achat des chemins de fer et des usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement confisqu&#233;s par l'&#201;tat, sans compensation, comme propri&#233;t&#233; des r&#233;actionnaires. Si les d&#233;mocrates proposent un imp&#244;t proportionnel, alors les travailleurs doivent exiger un imp&#244;t progressif ; si les d&#233;mocrates eux-m&#234;mes proposent un imp&#244;t progressif mod&#233;r&#233;, alors les travailleurs doivent insister sur un imp&#244;t dont les taux augmentent si fortement qu'il ruine le grand capital ; si les d&#233;mocrates exigent la r&#233;gulation de la dette de l'&#201;tat, alors les travailleurs doivent exiger la faillite nationale. Les revendications des travailleurs devront donc &#234;tre ajust&#233;es en fonction des mesures et des concessions des d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les ouvriers allemands ne puissent pas acc&#233;der au pouvoir et r&#233;aliser leurs int&#233;r&#234;ts de classe sans passer par un d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire prolong&#233;, ils peuvent cette fois au moins &#234;tre s&#251;rs que le premier acte du drame r&#233;volutionnaire qui approche co&#239;ncidera avec la victoire directe de leur propre pays. classe en France et sera ainsi acc&#233;l&#233;r&#233;e. Mais ce sont eux qui doivent contribuer le plus &#224; leur victoire finale, en s'informant de leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe, en prenant le plus t&#244;t possible leur position politique ind&#233;pendante, en ne se laissant pas induire en erreur par les phrases hypocrites de la petite bourgeoisie d&#233;mocratique et en les faisant douter. pendant un instant la n&#233;cessit&#233; d'un parti du prol&#233;tariat organis&#233; de mani&#232;re ind&#233;pendante. Leur cri de guerre doit &#234;tre : La R&#233;volution Permanente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;juin 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre derni&#232;re circulaire, remise par l'&#233;missaire de la Ligue, nous avons discut&#233; de la position du parti ouvrier et, en particulier, de la Ligue, tant &#224; l'heure actuelle qu'en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif principal de cette lettre est de pr&#233;senter un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant un certain temps, &#224; la suite des d&#233;faites subies par le parti r&#233;volutionnaire l'&#233;t&#233; dernier, l'organisation de la Ligue s'est presque compl&#232;tement d&#233;sint&#233;gr&#233;e. Les membres les plus actifs de la Ligue impliqu&#233;s dans les diff&#233;rents mouvements sont dispers&#233;s, les contacts sont rompus et les adresses ne peuvent plus &#234;tre utilis&#233;es ; &#224; cause de cela et &#224; cause du danger d'ouverture des lettres, la correspondance devint temporairement impossible. Le Comit&#233; central a donc &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; une inactivit&#233; compl&#232;te jusque vers la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que les s&#233;quelles imm&#233;diates de nos d&#233;faites s'estompaient, il devint &#233;vident que le parti r&#233;volutionnaire avait besoin d'une organisation secr&#232;te forte dans toute l'Allemagne. La n&#233;cessit&#233; de cette organisation, qui conduisit le Comit&#233; central &#224; d&#233;cider d'envoyer un &#233;missaire en Allemagne et en Suisse, conduisit &#233;galement la commune de Cologne &#224; tenter d'organiser la Ligue en Allemagne m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e, plusieurs r&#233;fugi&#233;s plus ou moins connus des diff&#233;rents mouvements form&#232;rent en Suisse une organisation qui entendait renverser les gouvernements au moment opportun et tenir les hommes pr&#234;ts &#224; prendre la direction du mouvement et m&#234;me &#224; le gouvernement lui-m&#234;me. Cette association ne poss&#233;dait aucun caract&#232;re de parti particulier ; les &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;roclites qui le composaient rendaient cela impossible. Les membres &#233;taient des personnes de tous les groupes du mouvement, depuis les communistes r&#233;solus et m&#234;me les anciens membres de la Ligue jusqu'aux d&#233;mocrates petits-bourgeois les plus timides et aux anciens membres du gouvernement du Palatinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux des carri&#233;ristes du Bade-Palatinat et des personnalit&#233;s de moindre ambition, si nombreux en Suisse &#224; cette &#233;poque, cette association repr&#233;sentait pour eux une occasion id&#233;ale de progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instructions que cette association a envoy&#233;es &#224; ses agents &#8212; et que le Comit&#233; central a en sa possession &#8212; donnent tout aussi peu de raisons de se fier. L'absence d'un point de vue pr&#233;cis du parti et la tentative de rassembler tous les &#233;l&#233;ments d'opposition disponibles dans une association simul&#233;e ne sont que mal masqu&#233;es par une masse de questions d&#233;taill&#233;es concernant la situation industrielle, agricole, politique et militaire de chaque localit&#233;. Num&#233;riquement aussi, l'association &#233;tait extr&#234;mement faible ; d'apr&#232;s la liste compl&#232;te des membres que nous poss&#233;dons, la soci&#233;t&#233; enti&#232;re en Suisse comptait, au fa&#238;te de sa force, une trentaine de membres &#224; peine. Il est significatif que les travailleurs soient &#224; peine repr&#233;sent&#233;s parmi les membres. D&#232;s le d&#233;but, c'&#233;tait une arm&#233;e d'officiers et de sous-officiers sans aucun soldat. Parmi ses membres figurent A. Fries et Greiner du Palatinat, Korner d'Elberfeld, Sigel, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont envoy&#233; deux agents en Allemagne. Le premier agent, Bruhn, membre de la Ligue, r&#233;ussit, par de faux semblants, &#224; persuader certains membres de la Ligue et certaines communes d'adh&#233;rer pour le moment &#224; la nouvelle association, car ils croyaient qu'il s'agissait de la Ligue ressuscit&#233;e. Tout en rendant compte de la Ligue au Comit&#233; central suisse &#224; Zurich, il nous envoyait simultan&#233;ment des rapports sur l'association suisse. Il ne peut pas se contenter de son r&#244;le d'informateur, car alors qu'il correspondait encore avec nous, il a &#233;crit de pures calomnies aux habitants de Francfort, gagn&#233;s &#224; l'association suisse, et il leur a ordonn&#233; de ne conclure aucun accord. aucun contact avec Londres. Pour cela, il fut imm&#233;diatement expuls&#233; de la Ligue. Les affaires de Francfort furent r&#233;gl&#233;es par un &#233;missaire de la Ligue. On peut ajouter que les activit&#233;s de Bruhn au nom du Comit&#233; central suisse rest&#232;rent infructueuses. Le deuxi&#232;me agent, l'&#233;tudiant Schurz de Bonn, n'obtint aucun r&#233;sultat car, comme il l'&#233;crivait &#224; Zurich, il constatait que tous les gens utiles &#233;taient d&#233;j&#224; entre les mains de la Ligue. Il a ensuite quitt&#233; brutalement l'Allemagne et tra&#238;ne d&#233;sormais &#224; Bruxelles et &#224; Paris, o&#249; il est surveill&#233; par la Ligue. Le Comit&#233; central ne consid&#232;re pas cette nouvelle association comme un danger, d'autant plus qu'un membre tout &#224; fait fiable de la Ligue fait partie du comit&#233;, avec pour instruction d'observer et de rendre compte des actions et des projets de ces personnes, dans la mesure o&#249; ils op&#232;rent contre le Ligue. Par ailleurs, nous avons envoy&#233; un &#233;missaire en Suisse afin de recruter les personnes qui seront utiles &#224; la Ligue, avec l'aide dudit membre de la Ligue, et afin d'organiser la Ligue en Suisse en g&#233;n&#233;ral. Ces informations sont bas&#233;es sur des documents enti&#232;rement authentiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre tentative de m&#234;me nature avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite auparavant par Struve, Sigel et d'autres, au moment o&#249; ils unissaient leurs forces &#224; Gen&#232;ve. Ces gens n'eurent aucun scrupule &#224; affirmer sans ambages que l'association qu'ils tentaient de fonder &#233;tait la Ligue, ni &#224; utiliser les noms des membres de la Ligue pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette fin. Bien s&#251;r, ils n'ont tromp&#233; personne avec ce mensonge. Leur tentative fut si infructueuse &#224; tous &#233;gards que les quelques membres de cette association avort&#233;e rest&#233;s en Suisse durent finalement adh&#233;rer &#224; l'organisation mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment. Mais plus cette coterie devenait impuissante, plus elle se vantait de titres pr&#233;tentieux comme &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187;, etc. Struve, avec quelques autres grands hommes d&#233;&#231;us, a poursuivi ces tentatives ici &#224; Londres. Des manifestes et des appels &#224; adh&#233;rer au &#171; Bureau central des r&#233;fugi&#233;s allemands &#187; et au &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187; ont &#233;t&#233; envoy&#233;s dans toutes les r&#233;gions d'Allemagne, mais cette fois encore sans le moindre succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts que cette coterie pr&#233;tend avoir nou&#233;s avec des r&#233;volutionnaires fran&#231;ais et autres non-allemands n'existent pas. Toute leur activit&#233; se limite &#224; quelques petites intrigues parmi les r&#233;fugi&#233;s allemands ici &#224; Londres, qui n'affectent pas directement la Soci&#233;t&#233; des Nations et qui sont inoffensives et faciles &#224; surveiller. Toutes ces tentatives ont soit le m&#234;me objectif que la Ligue, &#224; savoir l'organisation r&#233;volutionnaire du parti ouvrier, auquel cas elles sapent la centralisation et la force du parti en le fragmentant et ont donc un caract&#232;re s&#233;paratiste r&#233;solument nuisible, soit sinon, ils ne peuvent servir qu'&#224; utiliser le parti ouvrier &#224; des fins qui lui sont &#233;trang&#232;res ou carr&#233;ment hostiles. Dans certaines circonstances, le parti ouvrier peut utiliser avec profit d'autres partis et groupes pour ses propres objectifs, mais il ne doit se subordonner &#224; aucun autre parti. Ceux qui &#233;taient au gouvernement lors du dernier mouvement et qui ont utilis&#233; leur position uniquement pour trahir le mouvement et &#233;craser le parti ouvrier s'il tentait d'agir de mani&#232;re ind&#233;pendante doivent &#224; tout prix &#234;tre tenus &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue :&lt;br class='autobr' /&gt;
je. Belgique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la Ligue parmi les ouvriers belges, telle qu'elle existait en 1846 et 1847, a naturellement pris fin, puisque les principaux membres ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s en 1848 et condamn&#233;s &#224; mort, leur peine &#233;tant commu&#233;e en r&#233;clusion &#224; perp&#233;tuit&#233; avec travaux forc&#233;s. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la Ligue en Belgique a perdu de sa force depuis la r&#233;volution de f&#233;vrier et depuis que la plupart des membres de l'Association des travailleurs allemands ont &#233;t&#233; chass&#233;s de Bruxelles. Les mesures polici&#232;res mises en place ont emp&#234;ch&#233; sa r&#233;organisation. N&#233;anmoins, une commune bruxelloise a pers&#233;v&#233;r&#233; jusqu'au bout ; il existe encore aujourd'hui et fonctionne au mieux de ses capacit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
ii. Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette circulaire, le Comit&#233; central avait l'intention de pr&#233;senter un rapport sp&#233;cial sur la situation de la Soci&#233;t&#233; des Nations en Allemagne. Cependant, cette information ne peut pas &#234;tre faite &#224; l'heure actuelle, car la police prussienne enqu&#234;te actuellement sur un vaste r&#233;seau de contacts au sein du parti r&#233;volutionnaire. Cette circulaire, qui arrivera en toute s&#233;curit&#233; en Allemagne mais qui, bien entendu, pourra tomber ici et l&#224; entre les mains de la police lors de sa diffusion en Allemagne, doit donc &#234;tre r&#233;dig&#233;e de mani&#232;re &#224; ce que son contenu ne fournisse pas &#224; ces derni&#232;res des armes qui pourraient &#234;tre utilis&#233;es contre la Ligue. Le Comit&#233; central se bornera donc, pour l'heure, aux remarques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, la ligue a ses principaux centres &#224; Cologne, Francfort-sur-le-Main, Hanau, Mayence, Wiesbaden, Hambourg, Schwerin, Berlin, Breslau, Liegnitz, Glogau, Leipzig, Nuremberg, Munich, Bamberg, Wurzburg, Stuttgart et Baden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes suivantes ont &#233;t&#233; choisies comme districts centraux : Hambourg pour le Schleswig-Holstein ; Schwerin pour le Mecklembourg ; Breslau pour la Sil&#233;sie ; Leipzig pour la Saxe et Berlin ; Nuremberg pour la Bavi&#232;re, Cologne pour la Rh&#233;nanie et la Westphalie. Les communes de G&#246;ttingen, Stuttgart et Bruxelles resteront pour l'instant en contact direct avec le Comit&#233; central, jusqu'&#224; ce qu'elles soient parvenues &#224; &#233;largir leur influence dans la mesure n&#233;cessaire pour former de nouveaux districts centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;cision ne sera prise sur la position de la Ligue &#224; Bade qu'apr&#232;s r&#233;ception du rapport de l'&#233;missaire envoy&#233; l&#224;-bas et en Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; existent des associations de paysans et d'ouvriers agricoles, comme dans le Schleswig-Holstein et le Mecklembourg, les membres de la Ligue ont r&#233;ussi &#224; exercer une influence directe sur elles et, dans certains cas, &#224; en obtenir un contr&#244;le total. Pour la plupart, les associations d'ouvriers et de travailleurs agricoles de Saxe, de Franconie, de Hesse et de Nassau sont &#233;galement sous la direction de la Ligue. Les membres les plus influents de la Fraternit&#233; ouvri&#232;re appartiennent &#233;galement &#224; la Ligue. Le Comit&#233; central veut faire remarquer &#224; toutes les communes et aux membres de la Ligue qu'il est de la plus haute importance de conqu&#233;rir partout une influence dans les associations ouvri&#232;res, sportives, paysannes et agricoles, etc. Il demande aux districts centraux et aux communes correspondant directement au Comit&#233; central de faire un rapport sp&#233;cial dans leurs lettres ult&#233;rieures sur ce qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;missaire en Allemagne, qui a re&#231;u un vote d'&#233;loge du Comit&#233; central pour son activit&#233;, n'a recrut&#233; partout dans la Ligue que les personnes les plus s&#251;res et a laiss&#233; l'expansion de la Ligue &#224; leurs connaissances locales les plus comp&#233;tentes. La possibilit&#233; de recruter des r&#233;volutionnaires convaincus d&#233;pendra de la situation locale. L&#224; o&#249; cela n'est pas possible, une deuxi&#232;me classe de membres de la Ligue doit &#234;tre cr&#233;&#233;e pour ceux qui sont fiables et qui font des r&#233;volutionnaires utiles mais qui ne comprennent pas encore toutes les implications communistes du mouvement actuel. Cette seconde classe, aupr&#232;s de laquelle l'association doit &#234;tre repr&#233;sent&#233;e comme une simple affaire locale ou r&#233;gionale, doit rester sous la direction continue des membres et des comit&#233;s actuels de la Ligue. Gr&#226;ce &#224; ces nouveaux contacts, l'influence de la Ligue sur les associations paysannes et sportives en particulier peut &#234;tre tr&#232;s fermement organis&#233;e. Les arrangements d&#233;taill&#233;s sont laiss&#233;s aux districts centraux ; le Comit&#233; central esp&#232;re &#233;galement recevoir le plus t&#244;t possible leurs rapports sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une commune a propos&#233; au Comit&#233; central de convoquer un congr&#232;s de la Ligue, en allemand m&#234;me. Les communes et les districts comprendront certainement que, dans les circonstances actuelles, m&#234;me les congr&#232;s r&#233;gionaux des districts centraux ne sont pas partout souhaitables et qu'un congr&#232;s g&#233;n&#233;ral de la Ligue est actuellement purement impossible. Toutefois, le Comit&#233; central convoquera un congr&#232;s de la Ligue communiste dans un lieu appropri&#233; d&#232;s que les circonstances le permettront. La Rh&#233;nanie et la Westphalie prussiennes ont r&#233;cemment re&#231;u la visite d'un &#233;missaire du district central de Cologne. Le rapport sur le r&#233;sultat de ce voyage n'est pas encore parvenu &#224; Cologne. Nous demandons &#224; tous les districts centraux d'envoyer des &#233;missaires similaires dans leurs r&#233;gions et de rendre compte de leurs succ&#232;s dans les plus brefs d&#233;lais. Signalons enfin qu'au Schleswig-Holstein, des contacts ont &#233;t&#233; &#233;tablis avec l'arm&#233;e : nous attendons toujours le rapport plus d&#233;taill&#233; sur l'influence que la Ligue peut esp&#233;rer y gagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
iii. Suisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de l'&#233;missaire est toujours attendu. il ne sera donc pas possible de fournir des informations plus pr&#233;cises avant la prochaine circulaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
iv. France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts avec les ouvriers allemands de Besan&#231;on et d'autres localit&#233;s du Jura seront r&#233;tablis depuis la Suisse. A Paris Ewerbeck, le Ligueur qui &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; la t&#234;te de la commune, a annonc&#233; sa d&#233;mission de la Ligue, car il consid&#232;re que ses activit&#233;s litt&#233;raires sont plus importantes. Les contacts sont donc momentan&#233;ment interrompus et doivent &#234;tre repris avec une prudence particuli&#232;re, car les Parisiens ont enr&#244;l&#233; un grand nombre de personnes absolument inaptes &#224; la Ligue et qui y &#233;taient m&#234;me directement oppos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
c.Angleterre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le district de Londres est le plus fort de toute la Ligue. Elle a acquis un cr&#233;dit particulier en couvrant &#224; elle seule les d&#233;penses de la Ligue pendant plusieurs ann&#233;es, notamment celles li&#233;es aux voyages des &#233;missaires de la Ligue. Elle a &#233;t&#233; r&#233;cemment renforc&#233;e par le recrutement de nouveaux &#233;l&#233;ments et elle continue de diriger ici l'Association &#233;ducative ouvri&#232;re allemande, ainsi que la section plus r&#233;solue des r&#233;fugi&#233;s allemands en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est en contact avec les partis r&#233;solument r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, anglais et hongrois par l'interm&#233;diaire de membres d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les partis impliqu&#233;s dans la r&#233;volution fran&#231;aise, c'est en particulier le v&#233;ritable parti prol&#233;tarien dirig&#233; par Blanqui qui nous a rejoint. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la soci&#233;t&#233; secr&#232;te blanquiste sont en contact r&#233;gulier et officiel avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue, &#224; qui ils ont confi&#233; d'importants travaux pr&#233;paratoires &#224; la prochaine r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de l'aile r&#233;volutionnaire des chartistes sont &#233;galement en contact r&#233;gulier et &#233;troit avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central. Leurs journaux sont mis &#224; notre disposition. La rupture entre ce parti ouvrier r&#233;volutionnaire et ind&#233;pendant et la faction dirig&#233;e par O'Connor, qui tend davantage vers une politique de r&#233;conciliation, a &#233;t&#233; consid&#233;rablement acc&#233;l&#233;r&#233;e par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est &#233;galement en contact avec la partie la plus progressiste des r&#233;fugi&#233;s hongrois. Ce parti est important car il comprend de nombreux excellents experts militaires, qui seraient &#224; la disposition de la Ligue en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central demande aux districts centraux de diffuser cette lettre parmi leurs membres dans les plus brefs d&#233;lais et de soumettre prochainement leurs propres rapports. Il exhorte tous les membres de la Ligue &#224; l'activit&#233; la plus intense, surtout maintenant que la situation est devenue si critique qu'il ne faudra pas longtemps avant qu'une nouvelle r&#233;volution n'&#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Engels&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur l'histoire de la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres&lt;br class='autobr' /&gt;
, 8 octobre 1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la condamnation des communistes de Cologne en 1852, le rideau tombe sur la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier ind&#233;pendant allemand. Aujourd'hui, cette p&#233;riode est presque oubli&#233;e. Il dura pourtant de 1836 &#224; 1852 et, avec la propagation des travailleurs allemands &#224; l'&#233;tranger, le mouvement se d&#233;veloppa dans presque tous les pays civilis&#233;s. Et ce n'est pas tout. Le mouvement ouvrier international actuel est en substance une continuation directe du mouvement ouvrier allemand de l'&#233;poque, qui fut le premier mouvement ouvrier international de tous les temps et qui donna naissance &#224; nombre de ceux qui prirent un r&#244;le dirigeant dans son mouvement. Association internationale des travailleurs. Et les principes th&#233;oriques que la Ligue communiste avait inscrits sur sa banni&#232;re dans le Manifeste du Parti communiste de 1847 constituent aujourd'hui le lien international le plus fort de tout le mouvement prol&#233;tarien d'Europe et d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, il n'existe qu'une seule source pour une histoire coh&#233;rente de ce mouvement. Il s'agit du soi-disant Livre noir, Les Conspirations communistes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle , de Wermuth et Stieber, Erline, en deux parties, 1853 et 1854. Cette compilation grossi&#232;re, h&#233;riss&#233;e de falsifications d&#233;lib&#233;r&#233;es, fabriqu&#233;e par deux des canailles de la police les plus m&#233;prisables. de notre si&#232;cle, sert encore aujourd'hui de source ultime pour tous les &#233;crits non communistes sur cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je puis donner ici n'est qu'une esquisse, et encore seulement en ce qui concerne la Soci&#233;t&#233; des Nations elle-m&#234;me ; seulement ce qui est absolument n&#233;cessaire pour comprendre les R&#233;v&#233;lations . J'esp&#232;re qu'un jour j'aurai l'occasion d'exploiter le riche mat&#233;riel rassembl&#233; par Marx et moi-m&#234;me sur l'histoire de cette p&#233;riode glorieuse de la jeunesse du mouvement ouvrier international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* En 1836, les &#233;l&#233;ments les plus extr&#233;mistes, principalement prol&#233;tariens, de la Ligue secr&#232;te d&#233;mocrate-r&#233;publicaine des hors-la-loi, fond&#233;e en 1834 par des r&#233;fugi&#233;s allemands &#224; Paris, se s&#233;par&#232;rent et form&#232;rent la nouvelle Ligue secr&#232;te des Justes. La Ligue m&#232;re, dans laquelle il ne restait que des &#233;l&#233;ments endormis &#224; la Jakobus Venedey, s'endormit bient&#244;t compl&#232;tement ; Lorsqu'en 1840 la police flairait quelques quartiers en Allemagne, elle n'&#233;tait plus que l'ombre d'elle-m&#234;me. La nouvelle Ligue, au contraire, se d&#233;veloppa relativement rapidement. &#192; l'origine, il s'agissait d'une exception allemande du communisme ouvrier fran&#231;ais, rappelant le babouvisme et prenant forme &#224; Paris &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque ; la communaut&#233; des biens &#233;tait exig&#233;e comme la cons&#233;quence n&#233;cessaire de &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;. Les objectifs &#233;taient ceux des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes parisiennes de l'&#233;poque : moiti&#233; association de propagande, moiti&#233; complot, Paris &#233;tant cependant toujours consid&#233;r&#233; comme le point central de l'action r&#233;volutionnaire, m&#234;me si la pr&#233;paration de putschs occasionnels en Allemagne n'&#233;tait nullement exclue. Mais comme Paris restait le champ de bataille d&#233;cisif, la Ligue n'&#233;tait alors en r&#233;alit&#233; que la branche allemande des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes fran&#231;aises, notamment la Soci&#233;t&#233; des saisons dirig&#233;e par Blanqui et Barbes, avec laquelle &#233;taient entretenues des relations &#233;troites. Les Fran&#231;ais entrent en action le 12 mai 1839 ; les sections de la Ligue march&#232;rent avec eux et furent ainsi impliqu&#233;es dans la d&#233;faite commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les Allemands arr&#234;t&#233;s se trouvaient Karl Schapper et Heinrich Bauer ; Le gouvernement de Louis Philippe se contente de les expulser apr&#232;s un assez long emprisonnement. Tous deux sont all&#233;s &#224; Londres. Schapper &#233;tait originaire de Weilburg &#224; Nassau et, alors qu'il &#233;tudiait en foresterie &#224; Giessen en 1832, il &#233;tait membre de la conspiration organis&#233;e par Georg Buchner ; il participa &#224; la prise du commissariat de Francfort le 3 avril 1833, s'enfuit &#224; l'&#233;tranger et rejoignit en f&#233;vrier 1834 la marche de Mazzini sur la Savoie. De stature gigantesque, r&#233;solu et &#233;nergique, toujours pr&#234;t &#224; risquer l'existence et la vie civiles, il &#233;tait un mod&#232;le du r&#233;volutionnaire professionnel qui joua un r&#244;le important dans les ann&#233;es trente. Malgr&#233; une certaine lenteur de pens&#233;e, il n'&#233;tait en aucun cas incapable d'une compr&#233;hension th&#233;orique profonde, comme le prouve son &#233;volution de &#171; d&#233;magogue &#187; &#224; communiste, et il s'en tenait alors d'autant plus rigidement &#224; ce qu'il &#233;tait parvenu &#224; reconna&#238;tre. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que sa passion r&#233;volutionnaire a parfois pris le dessus sur la compr&#233;hension, mais il s'est toujours rendu compte ensuite de son erreur et l'a ouvertement reconnu. Il &#233;tait pleinement un homme et ce qu'il a fait pour la fondation du mouvement ouvrier allemand ne sera pas oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heinrich Bauer, originaire de Franconie, &#233;tait cordonnier ; un petit gar&#231;on vif, alerte et plein d'esprit, dont le petit corps contenait cependant aussi beaucoup d'astuce et de d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Londres, o&#249; Schapper, qui avait &#233;t&#233; compositeur &#224; Paris, tentait d&#233;sormais de gagner sa vie comme professeur de langues, ils se mirent tous deux &#224; l'&#339;uvre pour rassembler les fils bris&#233;s et firent de Londres le centre de la Ligue. Ils ont &#233;t&#233; rejoints ici, sinon d&#233;j&#224; plus t&#244;t &#224; Paris, par Joseph Moll, un horloger de Cologne, un Hercule de taille moyenne &#8211; combien de fois Schapper et lui ont-ils d&#233;fendu victorieusement l'entr&#233;e d'une salle contre des centaines d'adversaires qui se pr&#233;cipitaient ! &#8212; un homme qui &#233;tait au moins &#233;gal &#224; ses deux camarades en &#233;nergie et en d&#233;termination, et intellectuellement sup&#233;rieur &#224; tous deux. Non seulement il &#233;tait un diplomate n&#233;, comme le prouve le succ&#232;s de ses nombreux voyages dans le cadre de diverses missions ; il &#233;tait &#233;galement plus capable de perspicacit&#233; th&#233;orique. Je les ai connus tous les trois &#224; Londres en 1843. Ce furent les premiers prol&#233;taires r&#233;volutionnaires que j'ai rencontr&#233;s, et aussi &#233;loign&#233;s que soient nos points de vue &#224; cette &#233;poque - car j'admettais toujours, contre leur communisme &#233;galitaire et born&#233; [par &#233;galitaire Communisme Je comprends, comme je l'ai dit, seulement ce communisme qui se fonde exclusivement ou principalement sur la revendication de l'&#233;galit&#233;], qui fait du bien d'une arrogance philosophique tout aussi born&#233;e - je n'oublierai jamais la profonde impression que ces trois hommes r&#233;els m'ont fait , qui voulait alors seulement devenir un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Londres, comme dans une moindre mesure en Suisse, ils b&#233;n&#233;ficiaient des libert&#233;s d'association et de r&#233;union. D&#232;s le 7 f&#233;vrier 1840, l'Association allemande pour l'&#233;ducation ouvri&#232;re, fonctionnant l&#233;galement et qui existe toujours, fut fond&#233;e. Cette Association servait &#224; la Ligue de terrain de recrutement pour de nouveaux membres, et comme, comme toujours, les communistes &#233;taient les membres les plus actifs et les plus intelligents de l'Association, il allait de soi que sa direction reposait enti&#232;rement entre les mains de la Ligue. La Ligue eut bient&#244;t plusieurs communaut&#233;s, ou, comme on les appelait encore alors, &#171; loges &#187;, &#224; Londres. Les m&#234;mes tactiques &#233;videntes ont &#233;t&#233; suivies en Suisse et ailleurs. L&#224; o&#249; des associations de travailleurs pouvaient &#234;tre fond&#233;es, elles &#233;taient utilis&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re. L&#224; o&#249; cela &#233;tait interdit par la loi, on rejoignait des chorales, des clubs sportifs, etc. Les connexions &#233;taient dans une large mesure entretenues par les membres qui voyageaient continuellement d'avant en arri&#232;re ; ils servaient &#233;galement, lorsque cela &#233;tait n&#233;cessaire, d'&#233;missaires. Dans les deux cas, la Ligue obtint un vif soutien gr&#226;ce &#224; la sagesse des gouvernements qui, en recourant &#224; la d&#233;portation, transform&#232;rent en &#233;missaire tout ouvrier r&#233;pr&#233;hensible &#8212; et dans neuf cas sur dix, il &#233;tait membre de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tendue de la diffusion de la Ligue restaur&#233;e &#233;tait consid&#233;rable. Notamment en Suisse, Weitling, August Becker (un homme tr&#232;s dou&#233; qui, cependant, comme tant d'Allemands, a connu un &#233;chec en raison d'une instabilit&#233; inn&#233;e de caract&#232;re) et d'autres ont cr&#233;&#233; une organisation forte plus ou moins attach&#233;e au syst&#232;me communiste de Weitling. Ce n'est pas le lieu de critiquer le communisme de Weitling. Mais en ce qui concerne sa signification en tant que premier mouvement th&#233;orique ind&#233;pendant du prol&#233;tariat allemand, je souscris encore aujourd'hui aux paroles de Marx dans le Vorwarts de Paris de 1844 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; O&#249; la bourgeoisie (allemande) &#8211; y compris ses philosophes et ses scribes &#233;rudits &#8211; pourrait-elle citer un ouvrage relatif &#224; l'&#233;mancipation de la bourgeoisie &#8211; son &#233;mancipation politique &#8211; comparable aux Garanties d'harmonie et de libert&#233; de Weitlings ? Si l'on compare la m&#233;diocrit&#233; terne et farfelue de la litt&#233;rature politique allemande avec ces d&#233;buts incommensurables et brillants des ouvriers allemands, si l'on compare ces gigantesques chaussures d'enfant du prol&#233;tariat avec les proportions naines des spectacles politiques &#233;puis&#233;s de la bourgeoisie, on Je dois proph&#233;tiser une silhouette d'athl&#232;te pour cette Cendrillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure de cet athl&#232;te se pr&#233;sente aujourd'hui &#224; nous, bien qu'elle soit encore loin d'&#234;tre pleinement d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses sections existaient &#233;galement en Allemagne ; dans la nature des choses, ils &#233;taient d'un caract&#232;re passager, mais ceux qui naissaient compensaient largement ceux qui disparaissaient. Ce n'est qu'au bout de sept ans, &#224; la fin de 1846, que la police d&#233;couvrit des traces de la Ligue &#224; Berlin (Mentel) et &#224; Magdebourg (Beck), sans pouvoir les suivre plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, Weitling, qui s'y trouvait encore en 1840, rassembla &#233;galement les &#233;l&#233;ments &#233;pars avant de partir pour la Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tailleurs constituaient la force centrale de la Ligue. Les tailleurs allemands &#233;taient partout : en Suisse, &#224; Londres, &#224; Paris. Dans cette derni&#232;re ville, l'allemand &#233;tait tellement la langue dominante dans ce commerce que j'y ai connu en 1846 un tailleur norv&#233;gien qui avait voyag&#233; directement par mer de Trondhjem en France et, en l'espace de dix-huit mois, n'avait presque pas appris un mot. de fran&#231;ais mais avait acquis une excellente connaissance de l'allemand. Deux des communaut&#233;s parisiennes en 1847 &#233;taient majoritairement compos&#233;es de tailleurs, une d'&#233;b&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que le centre de gravit&#233; se soit d&#233;plac&#233; de Paris vers Londres, un fait nouveau est apparu : d'allemande, la Ligue est progressivement devenue internationale . Dans la soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re, on trouvait, outre les Allemands et les Suisses, des membres de toutes les nationalit&#233;s pour lesquelles l'allemand constituait le principal moyen de communication avec les &#233;trangers, notamment les Scandinaves, les Hollandais, les Hongrois, les Tch&#232;ques, les Slaves du Sud, mais aussi des Russes et des Alsaciens. En 1847, parmi les habitu&#233;s figurait un grenadier britannique de la Garde en uniforme. La soci&#233;t&#233; s'appela bient&#244;t Association d'&#233;ducation ouvri&#232;re communiste et les cartes de membres portaient l'inscription &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, dans au moins vingt langues, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas sans erreurs ici et l&#224;. Comme l'Association ouverte, la Ligue secr&#232;te prit bient&#244;t un caract&#232;re plus international ; d'abord dans un sens restreint, pratiquement &#224; travers les diverses nationalit&#233;s de ses membres, th&#233;oriquement &#224; travers la prise de conscience que toute r&#233;volution pour &#234;tre victorieuse doit &#234;tre europ&#233;enne. On n'allait pas encore plus loin ; mais les fondations &#233;taient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des liens &#233;troits furent entretenus avec les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais par l'interm&#233;diaire des r&#233;fugi&#233;s londoniens, compagnons d'armes du 12 mai 1839. De m&#234;me avec les Polonais les plus radicaux. Les &#233;migr&#233;s polonais officiels, tout comme Mazzini, &#233;taient, bien entendu, des adversaires plut&#244;t que des alli&#233;s. Les chartistes anglais, en raison du caract&#232;re sp&#233;cifiquement anglais de leur mouvement, furent consid&#233;r&#233;s comme non r&#233;volutionnaires. Les dirigeants londoniens de la Ligue ne prirent contact avec eux que plus tard, par mon interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres mani&#232;res &#233;galement, le caract&#232;re de la Ligue avait chang&#233; avec les &#233;v&#233;nements. M&#234;me si Paris &#233;tait encore &#8212; et &#224; cette &#233;poque &#224; juste titre &#8212; consid&#233;r&#233;e comme la ville m&#232;re de la r&#233;volution, on &#233;tait n&#233;anmoins sortie de l'&#233;tat de d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des conspirateurs parisiens. La propagation de la Ligue a accru sa conscience de soi. On sentait que des racines s'enracinaient de plus en plus dans la classe ouvri&#232;re allemande et que ces travailleurs allemands &#233;taient historiquement appel&#233;s &#224; &#234;tre les porte-drapeaux des travailleurs du Nord et de l'Est de l'Europe. Il y avait en Weitling un th&#233;oricien communiste qui pouvait &#234;tre hardiment plac&#233; aux c&#244;t&#233;s de ses rivaux fran&#231;ais contemporains. Enfin, l'exp&#233;rience du 12 mai nous avait appris que pour l'instant il n'y avait rien &#224; gagner &#224; des tentatives de putsch . Et si l'on continuait &#224; expliquer chaque &#233;v&#233;nement comme le signe de l'approche de la temp&#234;te, si l'on conservait intactes les anciennes r&#232;gles semi-conspiratrices, c'&#233;tait principalement la faute du vieux d&#233;fi r&#233;volutionnaire, qui avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se heurter aux sonneurs. des opinions qui gagnaient du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la doctrine sociale de la Ligue, si impr&#233;cise qu'elle f&#251;t, contenait un tr&#232;s grand d&#233;faut, mais qui avait ses racines dans les conditions elles-m&#234;mes. Les membres, dans la mesure o&#249; ils &#233;taient ouvriers, &#233;taient presque exclusivement des artisans. M&#234;me dans les grandes m&#233;tropoles, celui qui les exploitait n'&#233;tait g&#233;n&#233;ralement qu'un petit ma&#238;tre. L'exploitation &#224; grande &#233;chelle de la couture, ce qu'on appelle aujourd'hui la fabrication de v&#234;tements de confection, par la transformation de la couture artisanale en une industrie nationale travaillant pour un grand capitaliste, n'en &#233;tait alors qu'&#224; ses d&#233;buts, m&#234;me &#224; Londres. D'une part, l'exploitant de ces artisans &#233;tait un petit ma&#238;tre ; d'un autre c&#244;t&#233;, ils esp&#233;raient tous devenir eux-m&#234;mes de petits ma&#238;tres. En outre, une masse de notions h&#233;rit&#233;es des corporations s'accrochaient encore &#224; l'artisan allemand &#224; cette &#233;poque. Le plus grand honneur leur est d&#251;, dans la mesure o&#249; eux, qui n'&#233;taient pas encore eux-m&#234;mes des prol&#233;taires &#224; part enti&#232;re mais seulement un appendice de la petite bourgeoisie, un appendice qui passait dans le prol&#233;tariat moderne et qui ne s'opposait pas encore directement &#224; la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire au grand capital, dans la mesure o&#249; ces artisans &#233;taient capables d'anticiper instinctivement leur d&#233;veloppement futur et de constituer, m&#234;me s'ils ne l'&#233;taient pas encore en pleine conscience, le parti du prol&#233;tariat. Mais il &#233;tait &#233;galement in&#233;vitable que leurs vieux pr&#233;jug&#233;s artisanaux soient pour eux une pierre d'achoppement &#224; chaque instant, lorsqu'il s'agissait de critiquer en d&#233;tail la soci&#233;t&#233; existante, c'est-&#224;-dire d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques. Et je ne crois pas qu'&#224; cette &#233;poque, dans toute la Soci&#233;t&#233; des Nations, un seul homme ait jamais lu un livre d'&#233;conomie politique. Mais cela importait peu ; pour l'instant, &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;, la &#171; fraternit&#233; &#187; et la &#171; justice &#187; les aident &#224; surmonter tous les obstacles th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; celui de la Ligue et de Weitling, un second communisme, essentiellement diff&#233;rent, se d&#233;veloppait. Lors de mon s&#233;jour &#224; Manchester, je me suis rendu compte de mani&#232;re tangible que les faits &#233;conomiques, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent n'ont jou&#233; aucun r&#244;le ou seulement un r&#244;le m&#233;prisable dans l'&#233;criture de l'histoire, constituent, du moins dans le monde moderne, une force historique d&#233;cisive ; qu'ils constituent la base de l'origine des antagonismes de classe actuels ; que ces antagonismes de classes, dans les pays o&#249; ils se sont pleinement d&#233;velopp&#233;s gr&#226;ce &#224; la grande industrie, donc notamment en Angleterre, sont &#224; leur tour la base de la formation des partis politiques et des luttes de partis, et donc de toute l'histoire politique . Marx non seulement &#233;tait parvenu au m&#234;me point de vue, mais l'avait d&#233;j&#224; g&#233;n&#233;ralis&#233; dans le Deutsche-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher (1844) en ce sens que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas du tout l'&#201;tat qui conditionne et r&#233;gule la soci&#233;t&#233; civile, mais la soci&#233;t&#233; civile qui conditionne et r&#233;gule l'&#201;tat et, par cons&#233;quent, cette politique et son histoire doivent s'expliquer &#224; partir des relations &#233;conomiques et de leur d&#233;veloppement, et non l'inverse. Lorsque j'ai rendu visite &#224; Marx &#224; Paris au cours de l'&#233;t&#233; 1844, notre accord complet dans tous les domaines th&#233;oriques est devenu &#233;vident et notre travail commun date de cette &#233;poque. Lorsque, au printemps 1845, nous nous retrouv&#226;mes &#224; Bruxelles, Marx avait d&#233;j&#224; pleinement d&#233;velopp&#233; sa th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'histoire dans ses principales caract&#233;ristiques sur la base mentionn&#233;e ci-dessus et nous nous appliqu&#226;mes maintenant &#224; l'&#233;laboration d&#233;taill&#233;e du mode de pens&#233;e nouvellement acquis. perspectives dans les directions les plus diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;couverte, qui a r&#233;volutionn&#233; la science de l'histoire et, comme nous l'avons vu, est essentiellement l'&#339;uvre de Marx &#8212; d&#233;couverte dans laquelle je ne peux revendiquer pour moi qu'une part tr&#232;s insignifiante &#8212; &#233;tait cependant d'une importance imm&#233;diate pour les travailleurs contemporains. mouvement. Le communisme chez les Fran&#231;ais et les Allemands, le chartisme chez les Anglais n'apparaissent plus comme quelque chose de fortuit qui aurait tout aussi bien pu ne pas se produire. Ces mouvements se pr&#233;sentaient d&#233;sormais comme un mouvement de la classe opprim&#233;e moderne, le prol&#233;tariat, comme les formes plus ou moins d&#233;velopp&#233;es de sa lutte historiquement n&#233;cessaire contre la classe dirigeante, la bourgeoisie ; en tant que formes de la lutte des classes, mais qui se distinguent de toutes les luttes de classes ant&#233;rieures par cette seule chose : la classe opprim&#233;e actuelle, le prol&#233;tariat, ne peut pas parvenir &#224; son &#233;mancipation sans en m&#234;me temps &#233;manciper la soci&#233;t&#233; dans son ensemble de la division en classes et, par cons&#233;quent, , des luttes de classes. Et le communisme ne signifiait plus la cr&#233;ation, au moyen de l'imagination, d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale aussi parfaite que possible, mais la compr&#233;hension de la nature, des conditions et des objectifs g&#233;n&#233;raux qui en d&#233;coulaient, de la lutte men&#233;e par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous n'&#233;tions nullement d'avis que les nouveaux r&#233;sultats scientifiques devaient &#234;tre confi&#233;s, dans de grands volumes, exclusivement au monde &#171; savant &#187;. Bien au contraire. Nous &#233;tions tous deux d&#233;j&#224; profond&#233;ment impliqu&#233;s dans le mouvement politique et poss&#233;dons une certaine audience dans le monde instruit, notamment en Allemagne occidentale, ainsi que de nombreux contacts avec le prol&#233;tariat organis&#233;. Il &#233;tait de notre devoir de fournir une base scientifique &#224; notre vision, mais il &#233;tait tout aussi important pour nous de gagner &#224; notre conviction le prol&#233;tariat europ&#233;en et en premier lieu le prol&#233;tariat allemand. D&#232;s que nous &#233;tions devenus clairs dans notre esprit, nous nous sommes mis &#224; la t&#226;che. Nous avons fond&#233; une soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re allemande &#224; Bruxelles et repris la Deutsche Br&#252;sseler Zeitung , qui nous a servi d'organe jusqu'&#224; la r&#233;volution de F&#233;vrier. Nous sommes rest&#233;s en contact avec la section r&#233;volutionnaire des chartistes anglais par l'interm&#233;diaire de Julian Harney, r&#233;dacteur en chef de l'organe central du mouvement, The Northern Star , auquel j'ai contribu&#233;. Nous sommes &#233;galement entr&#233;s dans une sorte de cartel avec les d&#233;mocrates bruxellois (Marx &#233;tait vice-pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique) et avec les sociaux-d&#233;mocrates fran&#231;ais de la R&#233;forme , que je fournissais des nouvelles des mouvements anglais et allemand. Bref, nos relations avec les organisations radicales et prol&#233;tariennes et les organes de presse &#233;taient tout &#224; fait ce qu'on pouvait souhaiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos relations avec la Ligue des Justes &#233;taient les suivantes : L'existence de la Ligue nous &#233;tait &#233;videmment connue ; en 1843, Schapper m'avait propos&#233; d'y adh&#233;rer, ce que je refusais naturellement &#224; cette &#233;poque. Mais non seulement nous entretenions une correspondance continue avec les Londoniens, mais nous restions encore plus proches du Dr Ewerbeck, alors chef des communaut&#233;s parisiennes. Sans entrer dans les affaires int&#233;rieures de la Ligue, nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s de tous les &#233;v&#233;nements importants. D'un autre c&#244;t&#233;, nous avons influenc&#233; les vues th&#233;oriques des membres les plus importants de la Ligue par la parole, par la lettre et par la presse. Nous avons &#233;galement r&#233;alis&#233; &#224; cet effet diverses circulaires lithographi&#233;es, que nous envoyions &#224; nos amis et correspondants dans le monde entier, &#224; des occasions particuli&#232;res, lorsqu'il s'agissait des affaires int&#233;rieures du Parti communiste en voie de formation. Dans ces cas-l&#224;, la Ligue elle-m&#234;me &#233;tait parfois mise en cause. Ainsi, un jeune &#233;tudiant westphalien, Hermann Kriege, parti en Am&#233;rique, s'y pr&#233;senta comme &#233;missaire de la Ligue et s'associa au fou Harro Harring dans le but d'utiliser la Ligue pour bouleverser l'Am&#233;rique du Sud. Il a fond&#233; un journal dans lequel, au nom de la Ligue, il pr&#234;chait un communisme extravagant d'amour r&#234;v&#233;, bas&#233; sur &#171; l'amour &#187; et d&#233;bordant d'amour. Contre cela nous avons lanc&#233; une circulaire qui n'a pas manqu&#233; de son effet. Kriege a disparu de la sc&#232;ne de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, Weitling vint &#224; Bruxelles. Mais il n'&#233;tait plus le jeune compagnon tailleur na&#239;f qui, &#233;tonn&#233; par ses propres talents, essayait de clarifier dans son esprit &#224; quoi ressemblerait une soci&#233;t&#233; communiste. Il &#233;tait d&#233;sormais le grand homme, pers&#233;cut&#233; par les environs &#224; cause de sa sup&#233;riorit&#233;, qui flairait partout des rivaux, des ennemis secrets et des pi&#232;ges - le proph&#232;te, chass&#233; de pays en pays, qui portait toute faite la recette pour la r&#233;alisation du paradis sur terre. dans sa poche, et qui l'&#233;tait &#233;tait poss&#233;d&#233; par l'id&#233;e que tout le monde avait l'intention de le lui voler. Il s'&#233;tait d&#233;j&#224; brouill&#233; avec les membres de la Ligue &#224; Londres ; et &#224; Bruxelles, o&#249; Marx et sa femme l'accueillaient avec une patience presque surhumaine, il ne pouvait s'entendre avec personne non plus. Peu apr&#232;s, il se rendit en Am&#233;rique pour y essayer son r&#244;le de proph&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces circonstances contribu&#232;rent &#224; la r&#233;volution tranquille qui s'op&#233;rait dans la Ligue, et surtout parmi les dirigeants de Londres. L'insuffisance de la conception ant&#233;rieure du communisme, aussi bien le simple communisme &#233;galitaire fran&#231;ais que celle de Weitling, leur devint de plus en plus &#233;vidente. En remontant le communisme au christianisme primitif introduit par Weitling &#8212; si brillants soient certains passages de son &#201;vangile des pauvres p&#233;cheurs &#8212;, on avait abouti &#224; ce que le mouvement en Suisse soit en grande partie entre les mains, d'abord d'imb&#233;ciles comme Albrecht, puis d'exploiter de faux proph&#232;tes comme Kuhlmann. Le &#171; vrai socialisme &#187; &#233;voqu&#233; par quelques &#233;crivains litt&#233;raires &#8211; une traduction de la phras&#233;ologie socialiste fran&#231;aise en allemand h&#233;g&#233;lien corrompu et des r&#234;ves d'amour sentimentaux (voir la section sur l'allemand du &#171; vrai &#187; socialisme dans le Manifeste du Parti communiste &#8211; que Kriege et l'&#233;tude de la litt&#233;rature correspondante introduite dans la Ligue s'est vite av&#233;r&#233;e d&#233;go&#251;ter les vieux r&#233;volutionnaires de la Ligue, ne serait-ce qu'&#224; cause de sa faiblesse baveuse. Face au caract&#232;re intenable des vues th&#233;oriques ant&#233;rieures et aux aberrations pratiques qui en r&#233;sultaient, on s'est rendu compte davantage. et plus encore &#224; Londres que Marx et moi avions raison dans notre nouvelle th&#233;orie. Cette compr&#233;hension &#233;tait sans aucun doute favoris&#233;e par le fait que parmi les dirigeants londoniens se trouvaient d&#233;sormais deux hommes qui &#233;taient consid&#233;rablement sup&#233;rieurs &#224; ceux mentionn&#233;s pr&#233;c&#233;demment en termes de capacit&#233; de connaissances th&#233;oriques : le peintre miniature. Karl Pfander de Heilbronn et le tailleur Georg Eccarius de Thuringe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note en bas de page d'Engels : Pfander est d&#233;c&#233;d&#233; il y a environ huit ans &#224; Londres. c'&#233;tait un homme d'une intelligence particuli&#232;rement fine, spirituel, ironique et dialectique. Eccarius, comme nous le savons, fut ensuite pendant de nombreuses ann&#233;es secr&#233;taire du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association internationale des travailleurs, au sein duquel se trouvaient, entre autres, les anciens membres suivants de la Ligue : Eccarius, Pfander, Lessner, Lochner, Marx et moi. Eccarius se consacre ensuite exclusivement au mouvement syndical anglais.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de dire qu'au printemps 1847, Moll rendit visite &#224; Marx &#224; Bruxelles et imm&#233;diatement apr&#232;s &#224; moi &#224; Paris et nous invita &#224; plusieurs reprises, au nom de ses camarades, &#224; adh&#233;rer &#224; la Ligue. Il rapporta qu'ils &#233;taient autant convaincus de la justesse g&#233;n&#233;rale de notre fa&#231;on de voir les choses que de la n&#233;cessit&#233; de lib&#233;rer la Ligue des vieilles traditions et formes conspiratrices. Si nous entrions, nous aurions l'occasion d'exposer notre communisme critique devant un congr&#232;s de la Ligue dans un manifeste, qui serait ensuite publi&#233; comme manifeste de la Ligue ; nous pourrions &#233;galement contribuer, avec notre part, au remplacement de l'organisation obsol&#232;te de la Ligue par une organisation conforme aux temps et aux objectifs nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne doutions pas qu'une organisation au sein de la classe ouvri&#232;re allemande &#233;tait n&#233;cessaire, ne serait-ce qu'&#224; des fins de propagande, et que cette organisation, dans la mesure o&#249; elle n'aurait pas un caract&#232;re simplement local, ne pourrait &#234;tre qu'une organisation secr&#232;te, m&#234;me en dehors de l'Allemagne. Or, une telle organisation existait d&#233;j&#224;, sous la forme de la Ligue. Ce &#224; quoi nous nous opposions auparavant dans cette Ligue est d&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme erron&#233; par les repr&#233;sentants de la Ligue eux-m&#234;mes ; nous f&#251;mes m&#234;me invit&#233;s &#224; collaborer aux travaux de r&#233;organisation. Pouvons-nous dire non ? Certainement pas. Nous sommes donc entr&#233;s dans la Ligue ; Marx a fond&#233; une communaut&#233; de la Ligue &#224; Bruxelles parmi nos amis proches, tandis que j'ai fr&#233;quent&#233; les trois communaut&#233;s de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1847, eut lieu &#224; Londres le premier congr&#232;s de la Ligue, au cours duquel W. Wolff repr&#233;sentait les communaut&#233;s de Bruxelles et moi celle de Paris. Lors de ce congr&#232;s, la r&#233;organisation de la Ligue fut d'abord r&#233;alis&#233;e. Ce qui restait des vieux noms mystiques remontant &#224; la p&#233;riode conspiratrice &#233;tait d&#233;sormais aboli ; la Ligue se compose d&#233;sormais de communaut&#233;s, de cercles, de cercles dirigeants, d'un Comit&#233; central et d'un Congr&#232;s, et s'appelle d&#233;sormais la &#171; Ligue communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le but de la Ligue est le renversement de la bourgeoisie, la domination du prol&#233;tariat, l'abolition de l'ancienne soci&#233;t&#233; bourgeoise bas&#233;e sur les antagonismes de classes et la fondation d'une nouvelle soci&#233;t&#233; sans classes et sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; ainsi a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le premier article. L'organisation elle-m&#234;me &#233;tait totalement d&#233;mocratique, avec des conseils d'administration &#233;lectifs et toujours r&#233;vocables. Cela seul a emp&#234;ch&#233; toute vell&#233;it&#233; de conspiration, qui exige une dictature, et la Soci&#233;t&#233; des Nations s'est transform&#233;e &#8211; du moins en temps de paix ordinaire &#8211; en une pure soci&#233;t&#233; de propagande. Ces nouvelles R&#232;gles furent soumises &#224; la discussion des communaut&#233;s &#8212; tant la proc&#233;dure &#233;tait d&#233;sormais d&#233;mocratique &#8212; puis de nouveau d&#233;battues au IIe Congr&#232;s et finalement adopt&#233;es par celui-ci le 8 d&#233;cembre 1847. On les retrouve r&#233;imprim&#233;es dans Wermuth et Stieber, vol.I, p.239, Annexe X.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Deuxi&#232;me Congr&#232;s a eu lieu fin novembre et d&#233;but d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e. Marx &#233;tait &#233;galement pr&#233;sent &#224; cette occasion et exposa la nouvelle th&#233;orie au cours d'un d&#233;bat assez long &#8211; le congr&#232;s dura au moins dix jours. Toutes les contradictions et tous les doutes ont finalement &#233;t&#233; lev&#233;s, les nouveaux principes fondamentaux ont &#233;t&#233; adopt&#233;s &#224; l'unanimit&#233; et Marx et moi avons &#233;t&#233; charg&#233;s de r&#233;diger le Manifeste. Cela a &#233;t&#233; fait imm&#233;diatement apr&#232;s. Quelques semaines avant la R&#233;volution de F&#233;vrier, il fut envoy&#233; &#224; Londres pour &#234;tre imprim&#233;. Depuis lors, il a fait le tour du monde, a &#233;t&#233; traduit dans presque toutes les langues et sert encore aujourd'hui dans de nombreux pays de guide pour le mouvement prol&#233;tarien. &#192; la place de l'ancienne devise de la Ligue, &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, est apparu le nouveau cri de guerre : &#171; Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! &#187; qui proclamait ouvertement le caract&#232;re international de la lutte. Dix-sept ans plus tard, ce cri de guerre r&#233;sonnait dans le monde entier comme le mot d'ordre de l'Association internationale des travailleurs, et aujourd'hui le prol&#233;tariat militant de tous les pays l'a inscrit dans son &#233;tendard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution de F&#233;vrier &#233;clate. Le Comit&#233; central de Londres, qui fonctionnait jusqu'&#224; pr&#233;sent, a imm&#233;diatement transf&#233;r&#233; ses pouvoirs au cercle dirigeant de Bruxelles. Mais cette d&#233;cision intervient &#224; un moment o&#249; un v&#233;ritable &#233;tat de si&#232;ge existait d&#233;j&#224; &#224; Bruxelles et o&#249; les Allemands notamment ne pouvaient plus se rassembler nulle part. Nous &#233;tions tous sur le point d'aller &#224; Paris, et le nouveau Comit&#233; central d&#233;cida donc de se dissoudre &#233;galement, de remettre tous ses pouvoirs &#224; Marx et de lui donner imm&#233;diatement le pouvoir de constituer un nouveau Comit&#233; central &#224; Paris. A peine les cinq personnes qui adopt&#232;rent cette d&#233;cision (3 mars 1848) furent-elles s&#233;par&#233;es, que la police p&#233;n&#233;tra de force dans la maison de Marx, l'arr&#234;ta et l'obligea &#224; partir le lendemain pour la France, l&#224; o&#249; il souhaitait se rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, nous nous sommes bient&#244;t tous retrouv&#233;s. L&#224;, le document suivant fut r&#233;dig&#233; et sign&#233; par tous les membres du nouveau Comit&#233; central. Il a &#233;t&#233; distribu&#233; dans toute l'Allemagne et beaucoup peuvent encore en tirer des le&#231;ons aujourd'hui :&lt;br class='autobr' /&gt;
Exigences du Parti communiste en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Allemagne tout enti&#232;re sera d&#233;clar&#233;e une seule r&#233;publique indivisible.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sentants du peuple seront pay&#233;s de mani&#232;re &#224; ce que les travailleurs puissent eux aussi si&#233;ger au Parlement du peuple allemand.&lt;br class='autobr' /&gt; Armement universel du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt; Les domaines des princes et autres domaines f&#233;odaux, toutes mines, carri&#232;res, etc., seront transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat. Sur ces domaines, l'agriculture doit &#234;tre men&#233;e &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle et avec les moyens scientifiques les plus modernes pour le b&#233;n&#233;fice de toute la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Les hypoth&#232;ques sur les propri&#233;t&#233;s paysannes seront d&#233;clar&#233;es propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat ; les int&#233;r&#234;ts de ces hypoth&#232;ques seront pay&#233;s par les paysans &#224; l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les districts o&#249; le fermage est d&#233;velopp&#233;, le fermage ou la redevance agricole sont vers&#233;s &#224; l'&#201;tat &#224; titre d'imp&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt; Tous les moyens de transport : chemin de fer, canaux, bateaux &#224; vapeur, routes, poste, etc., seront pris en charge par l'Etat. Ils doivent &#234;tre transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et mis gratuitement &#224; la disposition de la classe des non-poss&#233;dants.&lt;br class='autobr' /&gt; Limitation du droit de succession.&lt;br class='autobr' /&gt; Introduction d'une fiscalit&#233; progressive et graduelle et suppression des taxes sur les biens de consommation.&lt;br class='autobr' /&gt; Mise en place d'ateliers nationaux. L'&#201;tat doit garantir un revenu &#224; tous les travailleurs et subvenir aux besoins de ceux qui ne sont pas en mesure de travailler.&lt;br class='autobr' /&gt; Enseignement &#233;l&#233;mentaire universel et gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat allemand, de la petite bourgeoisie et de la paysannerie d'&#339;uvrer avec toute l'&#233;nergie possible &#224; la mise en &#339;uvre des mesures ci-dessus. Car ce n'est que par leur &#233;ducation que les millions d'Allemands, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont &#233;t&#233; exploit&#233;s par un petit nombre de personnes et que l'on s'efforce de maintenir dans une suj&#233;tion toujours plus grande, pourront obtenir leurs droits et le pouvoir qui leur sont dus en tant que producteurs d'&#233;nergie. toute richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; : Karl Marx, Karl Schapper, H. Bauer, F. Engels, J. Moll, W. Wolff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, l'engouement pour les l&#233;gions r&#233;volutionnaires pr&#233;vaut &#224; Paris. Espagnols, Italiens, Belges, N&#233;erlandais, Polonais et Allemands se sont rassembl&#233;s en foule pour lib&#233;rer leurs patries respectives. La l&#233;gion allemande &#233;tait dirig&#233;e par Herwegh, Bornsted, Bornstein. Etant donn&#233; qu'au lendemain de la r&#233;volution tous les travailleurs &#233;trangers non seulement perdirent leur emploi mais furent en outre harcel&#233;s par le public, l'afflux dans ces l&#233;gions fut tr&#232;s grand. le nouveau gouvernement vit en eux un moyen de se d&#233;barrasser des travailleurs &#233;trangers et leur accorda l'&#233;tape du soldat , c'est-&#224;-dire un logement le long de leur ligne de marche et une indemnit&#233; de marche de 50 centimes par jour jusqu'&#224; la fronti&#232;re, apr&#232;s quoi l'&#233;loquent Lamartine , le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, si &#233;mu aux larmes, a rapidement trouv&#233; l'occasion de les trahir aupr&#232;s de leurs gouvernements respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes oppos&#233;s de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; ce jeu avec la r&#233;volution. Mener une invasion, qui consistait &#224; importer par la force la r&#233;volution de l'ext&#233;rieur, au milieu de la fermentation qui se d&#233;roulait alors en Allemagne, signifiait saper la r&#233;volution en Allemagne elle-m&#234;me, renforcer les gouvernements et d&#233;livrer les l&#233;gionnaires - Lamartine le garantissait. &#8212; sans d&#233;fense entre les mains des troupes allemandes. Lorsque par la suite la r&#233;volution fut victorieuse &#224; Vienne et &#224; Berlin, la l&#233;gion devint encore plus inutile ; mais une fois commenc&#233;, le jeu continuait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fond&#233; un club communiste allemand, dans lequel nous avons conseill&#233; aux ouvriers de se tenir &#224; l'&#233;cart de la l&#233;gion et de rentrer seuls chez eux et d'y travailler pour le mouvement. Notre vieil ami Flocon, qui si&#233;geait au Gouvernement Provisoire, obtint pour les ouvriers envoy&#233;s par nous les m&#234;mes facilit&#233;s de voyage que celles accord&#233;es aux l&#233;gionnaires. Nous renvoy&#226;mes ainsi en Allemagne trois ou quatre cents ouvriers, dont la grande majorit&#233; des membres de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on pouvait facilement le pr&#233;voir, la Ligue se r&#233;v&#233;la &#234;tre un levier beaucoup trop faible face au mouvement populaire de masse qui venait d'&#233;clater. Les trois quarts des membres de la Ligue qui vivaient auparavant &#224; l'&#233;tranger ont chang&#233; de domicile et sont retourn&#233;s dans leur pays d'origine ; leurs communaut&#233;s pr&#233;c&#233;dentes furent ainsi en grande partie dissoutes et ils perdirent tout contact avec la Ligue. Une partie, la plus ambitieuse d'entre eux, n'essaya m&#234;me pas de reprendre ce contact, mais chacun commen&#231;a pour son propre compte un petit mouvement s&#233;par&#233; dans sa localit&#233;. Enfin, les conditions dans chaque petit &#201;tat, dans chaque province et dans chaque ville &#233;taient si diff&#233;rentes que la Ligue e&#251;t &#233;t&#233; incapable de donner autre chose que les directives les plus g&#233;n&#233;rales ; ces directives sont cependant beaucoup mieux diffus&#233;es par la presse. Bref, &#224; partir du moment o&#249; les causes qui avaient rendu n&#233;cessaire la Ligue secr&#232;te ont cess&#233; d'exister, la Ligue secr&#232;te comme telle a cess&#233; de signifier quoi que ce soit. Mais cela ne pouvait surtout pas surprendre ceux qui venaient de d&#233;pouiller cette m&#234;me Ligue secr&#232;te du dernier vestige de son caract&#232;re conspirateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;tait d&#233;sormais d&#233;montr&#233; que la Ligue avait &#233;t&#233; une excellente &#233;cole d'activit&#233; r&#233;volutionnaire. Sur le Rhin, o&#249; la Neue Rheinische Zeitung constituait un centre solide, &#224; Nassau, dans la Hesse rh&#233;nane, etc., partout les membres de la Ligue se tenaient &#224; la t&#234;te du mouvement d&#233;mocratique extr&#234;me. Ce fut le cas &#224; Hambourg. En Allemagne du Sud, la pr&#233;dominance de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise faisait obstacle. &#192; Breslau, Wilhelm Wolff fut actif avec beaucoup de succ&#232;s jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1848 ; en outre, il re&#231;ut un mandat sil&#233;sien en tant que repr&#233;sentant suppl&#233;ant au parlement de Francfort. Enfin, le compositeur Stephan Born, qui avait travaill&#233; &#224; Bruxelles et &#224; Paris comme membre actif de la Ligue, fonda &#224; Berlin une Confr&#233;rie ouvri&#232;re qui devint assez r&#233;pandue et exista jusqu'en 1850. Born, un jeune homme tr&#232;s talentueux, mais qui, &#233;tait un peu trop press&#233; de devenir un personnage politique, &#171; fraternis&#233; &#187; avec les plus divers ragtags et bobtails pour rassembler les foules, et n'&#233;tait pas du tout l'homme qui pouvait apporter l'unit&#233; dans les tendances oppos&#233;es, la lumi&#232;re dans les tendances oppos&#233;es. le chaos. Ainsi, dans les publications officielles de l'association, les opinions repr&#233;sent&#233;es dans le Manifeste du Parti communiste &#233;taient m&#234;l&#233;es de souvenirs et d'aspirations corporatives, de fragments de Louis Blanc et de Proudhon, de protectionnisme, etc. ; bref, ils voulaient plaire &#224; tout le monde [allen alles sein]. En particulier, les gr&#232;ves, les syndicats et les coop&#233;ratives de production se d&#233;clench&#232;rent et on oublia qu'il s'agissait avant tout de conqu&#233;rir d'abord, par des victoires politiques, le domaine dans lequel seul de telles choses pouvaient se r&#233;aliser de mani&#232;re durable. base. Lorsque, par la suite, les victoires de la r&#233;action firent comprendre aux dirigeants des Fr&#232;res musulmans la n&#233;cessit&#233; de prendre une part directe &#224; la lutte r&#233;volutionnaire, ils furent naturellement abandonn&#233;s par la masse confuse qu'ils s'&#233;taient group&#233;e autour d'eux. Born participa au soul&#232;vement de Dresde en mai 1849 et r&#233;ussit &#224; s'en sortir. Mais contrairement au grand mouvement politique du prol&#233;tariat, la Fraternit&#233; ouvri&#232;re s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre un pur Sonderbund [ligue s&#233;par&#233;e], qui n'existait dans une large mesure que sur le papier et jouait un r&#244;le tellement subordonn&#233; que la r&#233;action ne l'a pas trouv&#233;. il fallut le supprimer jusqu'en 1850, et ses branches survivantes jusqu'&#224; plusieurs ann&#233;es plus tard. Born, dont le vrai nom &#233;tait Buttermilk, n'est pas devenu un grand personnage politique mais un petit professeur suisse, qui ne traduit plus Marx dans le langage des corporations mais le doux Renan dans son propre allemand complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juin 1849, avec la d&#233;faite des insurrections de mai en Allemagne et la r&#233;pression de la r&#233;volution hongroise par les Russes, une grande p&#233;riode de la R&#233;volution de 1848 prit fin. Mais la victoire de la r&#233;action n'&#233;tait pas encore d&#233;finitive. Une r&#233;organisation des forces r&#233;volutionnaires dispers&#233;es &#233;tait n&#233;cessaire, et donc aussi de la Ligue. La situation interdisait encore, comme en 1848, toute organisation ouverte du prol&#233;tariat ; il fallut donc s'organiser &#224; nouveau en secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1849, la plupart des membres des comit&#233;s centraux et congr&#232;s pr&#233;c&#233;dents se r&#233;unirent &#224; nouveau &#224; Londres. Les seuls qui manquaient encore &#233;taient Schapper, qui fut emprisonn&#233; &#224; Wiesbaden mais qui revint apr&#232;s son acquittement, au printemps 1850, et Moll, qui, apr&#232;s avoir accompli une s&#233;rie de missions et de voyages d'agitation des plus dangereux, recruta finalement des cavaliers &#224; cheval. artilleurs de l'artillerie du Palatinat au beau milieu de l'arm&#233;e prussienne dans la province du Rhin &#8212; rejoignirent la compagnie ouvri&#232;re de Besan&#231;on du corps de Willich et furent tu&#233;s d'une balle dans la t&#234;te lors de la rencontre &#224; la Murg devant le pont Rotenfels. D'un autre c&#244;t&#233;, Willich entra en sc&#232;ne. Willich &#233;tait un de ces communistes sentimentaux si r&#233;pandus en Allemagne occidentale depuis 1845 et qui, pour cette seule raison, se montraient instinctivement et furtivement hostiles &#224; notre tendance critique. Bien plus, il &#233;tait enti&#232;rement proph&#232;te, convaincu de sa mission personnelle de lib&#233;rateur pr&#233;destin&#233; du prol&#233;tariat allemand et, en tant que tel, pr&#233;tendant direct tant &#224; la dictature politique que militaire. Ainsi, au communisme chr&#233;tien primitif pr&#234;ch&#233; pr&#233;c&#233;demment par Weitling, s'est ajout&#233;e une sorte d'islam communiste. Cependant, la propagande de cette nouvelle religion se limita pour la premi&#232;re fois aux casernes de r&#233;fugi&#233;s sous le commandement de Willich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Ligue fut donc r&#233;organis&#233;e ; L'adresse de mars 1850 fut publi&#233;e et Heinrich Bauer fut envoy&#233; comme &#233;missaire en Allemagne. L'Adresse, compos&#233;e par Marx et moi-m&#234;me, est encore int&#233;ressante aujourd'hui, car la d&#233;mocratie petite-bourgeoise est d&#233;j&#224; aujourd'hui le parti qui doit certainement &#234;tre le premier &#224; arriver au pouvoir en Allemagne comme sauveur de la soci&#233;t&#233; des ouvriers communistes &#224; l'occasion de le prochain bouleversement europ&#233;en est d&#233;sormais imminent (les r&#233;volutions europ&#233;ennes de 1815, 1830, 1848-1852, 1870 se sont produites &#224; des intervalles de 15 &#224; 18 ans au cours de notre si&#232;cle). Une grande partie de ce qui y est dit est donc toujours applicable aujourd'hui. La mission de Heinrich Bauer fut couronn&#233;e d'un plein succ&#232;s. Le fid&#232;le petit cordonnier &#233;tait un diplomate n&#233;. Il ramena dans l'organisation active les anciens membres de la Ligue, qui &#233;taient en partie &#224; la tra&#238;ne et en partie agissant pour leur propre compte, et en particulier aussi les dirigeants de l'&#233;poque de la Fraternit&#233; Ouvri&#232;re. La Ligue commen&#231;a &#224; jouer un r&#244;le dominant dans les associations ouvri&#232;res, paysannes et sportives dans une bien plus grande mesure qu'avant 1848, de sorte que le prochain discours trimestriel aux communaut&#233;s, en juin 1850, pouvait d&#233;j&#224; rapporter que l'&#233;tudiant Schurz de Bonn (plus tard ancien ministre am&#233;ricain), qui &#233;tait en tourn&#233;e en Allemagne dans l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, &#171; avait d&#233;j&#224; trouv&#233; toutes les forces n&#233;cessaires entre les mains de la Ligue &#187;. La Ligue &#233;tait sans aucun doute la seule organisation r&#233;volutionnaire ayant une quelconque importance en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le but de cette organisation d&#233;pendait dans une large mesure de la r&#233;alisation ou non des perspectives d'un nouvel essor de la r&#233;volution. Et au cours de l'ann&#233;e 1850, cela devint de plus en plus improbable, voire impossible. La crise industrielle de 1847, qui avait ouvert la voie &#224; la R&#233;volution de 1848, avait &#233;t&#233; surmont&#233;e ; une nouvelle p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; industrielle sans pr&#233;c&#233;dent s'&#233;tait install&#233;e ; quiconque avait des yeux pour voir et s'en servait devait clairement se rendre compte que la temp&#234;te r&#233;volutionnaire de 1848 s'&#233;teignait peu &#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec cette prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale, dans laquelle les forces productives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise se d&#233;veloppent de mani&#232;re aussi luxuriante que possible dans les relations bourgeoises, on ne peut pas parler d'une v&#233;ritable r&#233;volution . Une telle r&#233;volution n'est possible que dans les p&#233;riodes o&#249; ces deux facteurs, les forces productives modernes et les formes productives bourgeoises, entrent en collision. Les diverses querelles dans lesquelles se livrent aujourd'hui et se compromettent les repr&#233;sentants des factions industrielles du parti de l'ordre continental, loin de fournir l'occasion de nouvelles r&#233;volutions, ne sont au contraire possibles que parce que la base des relations est momentan&#233;ment si s&#251;re. et, ce que la r&#233;action ne sait pas, c'est tellement bourgeois . De l&#224;, toutes les tentatives de la r&#233;action visant &#224; freiner le d&#233;veloppement bourgeois rebondiront aussi certainement que toute indignation morale et toutes les proclamations enthousiastes des d&#233;mocrates &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et moi avons &#233;crit dans la &#171; Revue de mai &#224; octobre 1850 &#187; de la Neue Rheinische Zeitung , Politisch-okonomische Revue , n&#176; V et VI, Hambourg, 1850, p. 153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette froide appr&#233;ciation de la situation &#233;tait cependant consid&#233;r&#233;e par beaucoup comme une h&#233;r&#233;sie, &#224; une &#233;poque o&#249; Ledru-Rollin, Louis Blanc, Mazzini, Kossuth et, parmi les petites lumi&#232;res allemandes, Ruge, Kinkel, Gogg et les autres se pressaient. &#224; Londres pour former les gouvernements provisoires du futur non seulement pour leurs patries respectives mais pour toute l'Europe, et alors qu'il ne restait plus qu'&#224; obtenir de l'Am&#233;rique l'argent n&#233;cessaire comme emprunt pour que la r&#233;volution r&#233;alise &#224; tout moment le La r&#233;volution europ&#233;enne et les diff&#233;rentes r&#233;publiques qui l'accompagnaient allaient de soi. Peut-on s'&#233;tonner qu'un homme comme Willich se soit laiss&#233; prendre &#224; cela, que Schapper, agissant selon son ancienne impulsion r&#233;volutionnaire, se soit lui aussi laiss&#233; tromper et que la majorit&#233; des ouvriers londoniens, eux-m&#234;mes en grande partie r&#233;fugi&#233;s, les aient suivis. dans le camp des artisans de la r&#233;volution bourgeois-d&#233;mocrates ? Il suffit de dire que la r&#233;serve que nous maintenions n'&#233;tait pas du go&#251;t de ces gens-l&#224; ; il s'agissait d'entrer dans le jeu de faire des r&#233;volutions. Nous avons cat&#233;goriquement refus&#233; de le faire. Une scission s'ensuit ; on peut en savoir plus &#224; ce sujet dans l' Apocalypse . Puis vint l'arrestation de Nothjung, suivie de celle de Haupt, &#224; Hambourg. Ce dernier est devenu tra&#238;tre en divulguant les noms du Comit&#233; central de Cologne et en &#233;tant d&#233;sign&#233; comme t&#233;moin principal au proc&#232;s ; mais ses proches ne souhaitaient pas &#234;tre ainsi d&#233;shonor&#233;s et l'envoy&#232;rent &#224; Rio de Janerio, o&#249; il s'&#233;tablit plus tard comme homme d'affaires et, en reconnaissance de ses services, fut nomm&#233; consul g&#233;n&#233;ral de Prusse puis d'Allemagne. Il est maintenant de nouveau en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note d'Engels : Schapper &#224; Londres &#224; la fin des ann&#233;es soixante. Willich a particip&#233; avec distinction &#224; la guerre civile am&#233;ricaine ; il est devenu g&#233;n&#233;ral de brigade et a re&#231;u une balle dans la poitrine lors de la bataille de Murfreesboro (Tennessee), mais s'est r&#233;tabli et est mort il y a une dizaine d'ann&#233;es en Am&#233;rique. Parmi les autres personnes mentionn&#233;es ci-dessus, je remarquerai seulement que Heinrich Bauer a &#233;t&#233; perdu en Australie et que Weitling et Ewerbeck sont morts en Am&#233;rique.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une meilleure compr&#233;hension des R&#233;v&#233;lations , je donne la liste des accus&#233;s de Cologne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) PG Roser, fabricant de cigares ; (2) Heinrich Burgers, d&#233;c&#233;d&#233; plus tard en tant que d&#233;put&#233; progressiste au Landtag ; (3) Peter Nothjung, tailleur, d&#233;c&#233;d&#233; il y a quelques ann&#233;es comme photographe &#224; Breslau ; (4) WJ Reiff ; (5) le Dr Hermann Becker, aujourd'hui bourgmestre en chef de Cologne et membre de la Chambre haute ; (6) le Dr Roland Daniels, m&#233;decin, d&#233;c&#233;d&#233; quelques ann&#233;es apr&#232;s le proc&#232;s des suites d'une tuberculose contract&#233;e en prison ; (7) Karl Otto, chimiste ; (8) Dr Abraham Jacoby, maintenant m&#233;decin &#224; New York ; (9) Dr IJ Klein, aujourd'hui m&#233;decin et conseiller municipal de Cologne ; (10) Ferdinand Freiligrath, qui se trouvait pourtant d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque &#224; Londres ; (11) IL Ehrhard, commis ; (12) Friedrich Lessner, tailleur, actuellement &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un proc&#232;s public devant jury du 4 octobre au 12 novembre 1852, les personnes suivantes furent condamn&#233;es pour tentative de haute trahison : Roser, Burgers et Nothjung &#224; six ans, Reiff, Otto et Becker &#224; cinq ans et Lessner &#224; trois ans de prison. une forteresse ; Daniels, Klein, Jacoby et Ehrhard ont &#233;t&#233; acquitt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le proc&#232;s de Cologne, la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier communiste allemand prend fin. Imm&#233;diatement apr&#232;s la sentence, nous avons dissous notre Ligue ; quelques mois plus tard, la ligue s&#233;par&#233;e Willich-Schapper trouva &#233;galement le repos &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il y a toute une g&#233;n&#233;ration entre hier et aujourd'hui. A cette &#233;poque, l'Allemagne &#233;tait un pays d'artisanat et d'industrie domestique bas&#233;e sur le travail manuel ; c'est aujourd'hui un grand pays industriel en constante transformation industrielle. A cette &#233;poque, il fallait rechercher un &#224; un les travailleurs qui comprenaient leur situation de travailleurs et leur antagonisme historico-&#233;conomique envers le capital, car cet antagonisme lui-m&#234;me commen&#231;ait seulement &#224; se d&#233;velopper. Aujourd'hui, l'ensemble du prol&#233;tariat allemand doit &#234;tre soumis &#224; des lois d'exception, simplement pour ralentir un peu le processus de son d&#233;veloppement vers la pleine conscience de sa position de classe opprim&#233;e. A cette &#233;poque, les quelques personnes dont l'esprit avait p&#233;n&#233;tr&#233; jusqu'&#224; la r&#233;alisation du r&#244;le historique du prol&#233;tariat devaient se rassembler en secret, se rassembler clandestinement en petites communaut&#233;s de 3 &#224; 20 personnes. Aujourd'hui, le prol&#233;tariat allemand n'a plus besoin d'aucune organisation officielle, ni publique ni secr&#232;te. La simple interconnexion &#233;vidente de camarades de classe partageant les m&#234;mes id&#233;es suffit, sans aucune r&#232;gle, conseil, r&#233;solution ou autre forme tangible, &#224; &#233;branler l'ensemble de l'Empire allemand jusque dans ses fondations. Bismarck est l'arbitre de l'Europe au-del&#224; des fronti&#232;res de l'Allemagne, mais &#224; l'int&#233;rieur de celles-ci, la figure athl&#233;tique du prol&#233;tariat allemand, que Marx pr&#233;voyait d&#233;j&#224; en 1844, devient chaque jour plus mena&#231;ante, le g&#233;ant pour qui l'&#233;difice imp&#233;rial exigu con&#231;u pour s'adapter aux philistins est encore aujourd'hui. devenu inad&#233;quat et dont la stature puissante et les &#233;paules larges grandissent jusqu'au moment o&#249;, en se levant simplement de son si&#232;ge, il brisera toute la structure de la constitution imp&#233;riale en fragments. Et bien plus encore. Le mouvement international du prol&#233;tariat europ&#233;en et am&#233;ricain s'est tellement renforc&#233; que non seulement sa premi&#232;re forme &#233;troite &#8212; la Ligue secr&#232;te &#8212; mais m&#234;me sa seconde forme, infiniment plus large &#8212; l'Association internationale des travailleurs &#8212; est devenue pour lui une entrave, et que le simple sentiment de solidarit&#233; fond&#233; sur la compr&#233;hension de l'identit&#233; de position de classe suffit &#224; cr&#233;er et &#224; maintenir un seul et m&#234;me grand parti du prol&#233;tariat parmi les ouvriers de tous pays et de toutes langues. La doctrine que la Ligue a repr&#233;sent&#233;e de 1847 &#224; 1852, et qui &#224; cette &#233;poque pouvait &#234;tre trait&#233;e par les sages philistins en haussant les &#233;paules comme des hallucinations de compl&#232;tement fous, comme la doctrine secr&#232;te de quelques sectaires dispers&#233;s, a maintenant d'innombrables adeptes. dans tous les pays civilis&#233;s du monde, parmi les condamn&#233;s aux mines de Sib&#233;rie autant que parmi les chercheurs d'or de Californie ; et le fondateur de cette doctrine, l'homme le plus d&#233;test&#233; et le plus calomni&#233; de son temps, Karl Marx, &#233;tait, &#224; sa mort, le conseiller toujours recherch&#233; et toujours volontaire du prol&#233;tariat de l'ancien et du nouveau monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La guerre civile aux &#201;tats-Unis, vue par Marx et Engels</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8809</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8809</guid>
		<dc:date>2026-03-29T22:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>USA</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; &#192; mon avis, la morale de tout cela c'est qu'une guerre de ce genre doit &#234;tre faite r&#233;volutionnairement et que les Yankees ont essay&#233; jusqu'ici de la faire constitutionnellement. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; Engels, le 7 ao&#251;t 1862. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx et Engels sur la guerre civile am&#233;ricaine &lt;br class='autobr' /&gt; https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre civile aux &#201;tats-Unis &lt;br class='autobr' /&gt;
par K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#192; mon avis, la morale de tout cela c'est qu'une guerre de ce genre doit &#234;tre faite r&#233;volutionnairement et que les Yankees ont essay&#233; jusqu'ici de la faire constitutionnellement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Engels, le 7 ao&#251;t 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels sur la guerre civile am&#233;ricaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre civile aux &#201;tats-Unis
&lt;p&gt;par K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx : LA QUESTION AM&#201;RICAINE EN ANGLETERRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;New York Daily Tribune, 11 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 septembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles que puissent &#234;tre ses qualit&#233;s intrins&#232;ques, la lettre de Mrs Beecher-Stowe &#224; lord Shaftesbury [1] a eu le grand m&#233;rite de contraindre les organes anti-nordistes de la presse londonienne &#224; exposer au grand public les pr&#233;tendues raisons de leur hostilit&#233; au Nord et de leurs sympathies mal dissimul&#233;es pour le Sud. Notons, en passant, que c'est l&#224; une attitude &#233;trange chez des gens qui affectent la plus grande horreur pour l'esclavage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle guerre am&#233;ricaine cause un bien gros tourment &#224; cette presse, car &#171; ce n'est pas un conflit pour l'abolition de l'esclavage &#187;, d'o&#249; il s'ensuit qu'on ne peut demander au citoyen britannique, &#226;me noble, rompue &#224; mener ses propres guerres et &#224; ne s'int&#233;resser &#224; celle des autres peuples que sous l'angle des &#171; grands principes humanitaires &#187;, d'&#233;prouver la moindre sympathie pour ses cousins du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'Economist affirme : &#171; D'abord, il est tout aussi impudent que faux de pr&#233;tendre que le conflit entre le Nord et le Sud soit une querelle pour la libert&#233; des n&#232;gres d'une part, et pour l'esclavage des n&#232;gres de l'autre. &#187; La Saturday Review d&#233;clare que le Nord &#171; ne proclame pas l'abolition, et n'a jamais pr&#233;tendu lutter contre l'esclavage. Le Nord n'a jamais inscrit sur ses drapeaux le symbole sacr&#233; de la justice envers les n&#232;gres. Son cri de guerre n'est pas l'abolition inconditionnelle de l'esclavage. &#187; Enfin, l'Examiner &#233;crit : &#171; Si nous avons &#233;t&#233; tromp&#233;s sur la signification r&#233;elle de ce sublime mouvement, qui en est responsable, sinon les f&#233;d&#233;ralistes eux-m&#234;mes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut bien reconna&#238;tre que, dans le premier cas, le point de d&#233;part est juste. La guerre n'a donc pas &#233;t&#233; commenc&#233;e pour abolir l'esclavage, et le gouvernement des &#201;tats-Unis s'est donne lui-m&#234;me le plus grand mal pour rejeter toute id&#233;e de ce genre. Mais alors, il faudrait se souvenir que ce n'est pas le Nord, mais le Sud, qui a commenc&#233; cette guerre, le premier ne faisant que se d&#233;fendre. En effet le Nord, apr&#232;s de longues h&#233;sitations et apr&#232;s avoir fait preuve d'une patience sans &#233;gale dans les annales de l'histoire europ&#233;enne, a fini par tirer l'&#233;p&#233;e, non pas pour briser l'esclavage, mais pour pr&#233;server l'Union. Le Sud, en revanche, a commenc&#233; la guerre en proclamant bien haut que l' &#171; institution particuli&#232;re &#187; &#233;tait le seul et principal but de la r&#233;bellion, mais, en m&#234;me temps, il confessait qu'il luttait pour la libert&#233; de r&#233;duire d'autres hommes en esclavage, libert&#233; qu'en d&#233;pit des d&#233;n&#233;gations du Nord, il pr&#233;tend menac&#233;e par la victoire du Parti r&#233;publicain [2] et par l'&#233;lection de Lincoln &#224; la pr&#233;sidence. Le Congr&#232;s des conf&#233;d&#233;r&#233;s s'est vant&#233; que la, nouvelle Constitution [3] - &#224; la diff&#233;rence de celle de Washington, Jefferson et Adams - a reconnu pour la premi&#232;re fois l'esclavage comme une chose bonne en soi et pour soi, un rempart de la civilisation et une institution divine. Alors que le Nord professe qu'il combat simplement pour pr&#233;server l'Union, le Sud se glorifie d'&#234;tre en r&#233;bellion pour faire triompher l'esclavage. M&#234;me si l'Angleterre anti-esclavagiste et id&#233;aliste ne se sent pas attir&#233;e par la d&#233;claration du Nord, comment se fait-il donc qu'elle n'ait pas &#233;prouv&#233; la plus vive r&#233;pulsion pour les aveux cyniques du Sud ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Saturday Review se tire de ce cruel dilemme, en refusant purement et simplement de croire aux d&#233;clarations des &#201;tats sudistes. Elle voit plus loin et d&#233;couvre &#171; que l'esclavage n'a pas grand-chose &#224; voir avec la s&#233;cession &#187; ; quant aux d&#233;clarations contraires de Jefferson Davis et compagnie, ce ne sont l&#224; que des &#171; poncifs &#187; &#224; peu pr&#232;s aussi d&#233;nu&#233;s de sens que ceux qui sont de r&#232;gle dans les proclamations, &#171; quand il est question d'autels viol&#233;s et de foyers d&#233;shonor&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arsenal des arguments des journaux anti-nordistes est extr&#234;mement r&#233;duit, et on s'aper&#231;oit qu'ils reprennent tous &#224; peu de chose pr&#232;s les m&#234;mes phrases, comme dans les formules d'une s&#233;rie math&#233;matique, qui reviennent &#224; intervalles r&#233;guliers avec de faibles variations ou combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist s'exclame : &#171; Hier encore, au moment o&#249; le mouvement de s&#233;cession commen&#231;ait &#224; prendre une forme s&#233;rieuse &#224; l'annonce de l'&#233;lection de M. Lincoln, le Nord offrit au Sud, s'il voulait demeurer dans l'Union, toutes les assurances possibles pour que continuent de fonctionner dans l'inviolabilit&#233; ses ha&#239;ssables institutions. Le Nord ne proclama-t-il pas solennellement qu'il renon&#231;ait &#224; s'immiscer dans ses affaires, tandis que les dirigeants nordistes proposaient au Congr&#232;s compromis sur compromis, bas&#233;s tous sur la concession qu'ils ne se m&#234;leraient pas de la question de l'esclavage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment se fait-il, dit l'Examiner, que le Nord f&#251;t pr&#234;t &#224; r&#233;aliser un compromis, en faisant au Sud les plus larges concessions en mati&#232;re d'esclavagisme ? Comment se fait-il qu'au Congr&#232;s certains aient propos&#233; une zone g&#233;ographique au sein de laquelle l'esclavage devait &#234;tre reconnu comme une institution n&#233;cessaire ? Les &#201;tats du Sud n'&#233;taient pas satisfaits pour autant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'Economist et l'Examiner eussent d&#251; demander, c'est non pas tant pourquoi le compromis Crittenden [4] et d'autres avaient &#233;t&#233; propos&#233;s au Congr&#232;s, mais pourquoi ils n'avaient pas &#233;t&#233; vot&#233;s. En fait ils font mine de croire que le Nord a accept&#233; ces propositions de compromis et que le Sud les a rejet&#233;es, alors qu'en r&#233;alit&#233; elles ont &#233;t&#233; vou&#233;es &#224; l'&#233;chec par le parti du Nord, qui avait assur&#233; l'&#233;lection de Lincoln. Ces propositions n'&#233;tant jamais devenues des r&#233;solutions, du fait qu'elles rest&#232;rent &#224; l'&#233;tat de v&#339;ux pieux, le Sud n'eut jamais l'occasion, et pour cause, de les rejeter ou les accepter. La remarque suivante de l'Examiner nous m&#232;ne au c&#339;ur de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Mrs Stowe pr&#233;tend que le parti esclavagiste d&#233;cida d'en finir avec l'Union lorsqu'il constata qu'il ne pouvait plus l'utiliser &#224; ses fins. Elle admet donc que le parti esclavagiste avait utilis&#233; jusque-l&#224; l'Union pour ses fins, mais il serait bon que Mrs Stowe montre clairement quand le Nord a commenc&#233; &#224; se dresser contre l'esclavagisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu croire que l'Examiner et autres oracles de l'opinion publique en Angleterre s'&#233;taient assez familiaris&#233;s avec l'histoire la plus r&#233;cente pour ne pas recourir aux informations de Mrs Stowe sur un point d'aussi grande importance. L'usurpation croissante de l'Union par les puissances esclavagistes &#224; la suite de leur alliance avec le Parti d&#233;mocrate du Nord [5] est pour ainsi dire la formule g&#233;n&#233;rale de l'histoire des &#201;tats-Unis depuis le d&#233;but de ce si&#232;cle. Aux mesures successives de compromis correspond une mainmise progressive sur l'Union transform&#233;e de la sorte en esclave des propri&#233;taires du Sud. Chacun de ces compromis marque une nouvelle pr&#233;tention du Sud et une nouvelle concession du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, aucune des victoires successives du Sud ne fut remport&#233;e sans une chaude bataille pr&#233;alable contre l'une des forces adverses du Nord, qui se pr&#233;sentent sous divers noms de parti, avec de multiples mots d'ordre et sous toutes sortes de couleurs. Si le r&#233;sultat effectif et final de chacun de ces combats singuliers favorisait le Sud, un observateur attentif de l'histoire ne pouvait pas ne pas remarquer que chaque nouvelle avance de la puissance esclavagiste &#233;tait un pas de plus vers sa d&#233;faite finale. M&#234;me au temps du compromis du Missouri [6], les forces en lutte se contrebalan&#231;aient si &#233;troitement que Jefferson craignit - comme il ressort de ses M&#233;moires - que l'Union f&#251;t menac&#233;e d'&#233;clatement &#224; la suite de ce fatal antagonisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;tentions des puissances esclavagistes ne cess&#232;rent d'augmenter, lorsque le Kansas-Nebraska bill [7] d&#233;truisit pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis - comme M. Douglas le reconna&#238;t lui-m&#234;me - toute barri&#232;re l&#233;gale &#224; l'extension de l'esclavagisme dans les territoires des &#201;tats-Unis ; lorsqu'un candidat du Nord [8] acheta sa nomination pr&#233;sidentielle en promettant que l'Union se soumettrait ou ach&#232;terait Cuba pour en faire un nouveau champ de domination des esclavagistes ; lorsque ensuite la d&#233;cision de Dred Scott [9] proclama que l'extension de l'esclavagisme par le pouvoir f&#233;d&#233;ral &#233;tait la loi de la Constitution am&#233;ricaine [10], et qu'enfin le commerce d'esclaves africains &#233;tait rouvert de facto &#224; une &#233;chelle plus vaste qu'&#224; l'&#233;poque de son existence l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, concurremment &#224; ces coupables faiblesses du Parti d&#233;mocrate du Nord fade aux pires usurpations du Sud, on constata, &#224; des signes ind&#233;niables, que le combat des forces oppos&#233;es devenait si intense que le rapport de force devait bient&#244;t se renverser. La guerre du Kansas [11], la formation du Parti r&#233;publicain et les nombreuses voix en faveur de M. Fr&#233;mont &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1856 [12] &#233;taient autant de preuves tangibles que le Nord avait accumul&#233; assez d'&#233;nergie pour corriger les aberrations que l'histoire des &#201;tats-Unis connaissait depuis un demi-si&#232;cle par la faute des esclavagistes, et pour la ramener aux v&#233;ritables principes de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ces ph&#233;nom&#232;nes politiques, il y a un fait manifeste, d'ordre statistique et &#233;conomique, qui montre que l'usurpation de l'Union f&#233;d&#233;rale, au profit des esclavagistes avait atteint le point o&#249; ils devaient reculer de gr&#233; ou de force. Ce fait est le d&#233;veloppement du Nord-Ouest, les immenses efforts r&#233;alis&#233;s par sa population de 1850 &#224; 1860 [13], et l'influence nouvelle et revigorante qui en r&#233;sultait pour les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela repr&#233;sente-t-il un chapitre secret de l'histoire ? Fallait-il l' &#171; aveu &#187; de Mrs Beecher-Stowe pour faire d&#233;couvrir &#224; l'Examiner et autres lumi&#232;res politiques de la presse londonienne la v&#233;rit&#233; cach&#233;e, &#224; savoir que jusqu'ici, &#171; le parti esclavagiste avait utilis&#233; l'Union &#224; ses fins &#187; ? Est-ce la faute du Nord am&#233;ricain si les journalistes anglais ont &#233;t&#233; surpris par le heurt violent de forces antagoniques, dont la lutte &#233;tait la force motrice de l'histoire depuis un demi-si&#232;cle ? [14] Est-ce la faute des Am&#233;ricains si la presse anglaise tient pour un caprice &#233;lucubr&#233; en un jour ce qui est le r&#233;sultat venu &#224; maturation apr&#232;s de longues ann&#233;es de lutte ? Le simple fait que la formation et le d&#233;veloppement du Parti r&#233;publicain en Am&#233;rique aient &#224; peine &#233;t&#233; remarqu&#233;s par la presse londonienne montre &#224; l'&#233;vidence que ses tirades contre l'esclavage ne sont que du vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, les deux antipodes de la presse londonienne, le Times de Londres et le Reynold's Weekly Newspaper, le plus grand organe des classes respectables, et le seul organe de la classe ouvri&#232;re qui subsiste actuellement. juste avant que M. Buchanan n'ach&#232;ve sa carri&#232;re, le premier publia une apologie d&#233;taill&#233;e de son administration et une pol&#233;mique diffamatoire contre le mouvement r&#233;publicain. Pour sa part, le Reynold's, pendant le s&#233;jour &#224; Londres de Buchanan, en fit sa cible favorite et depuis lors n'a pas manqu&#233; une seule occasion de le mettre sur la sellette et de d&#233;noncer en lui un adversaire [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer au Nord la victoire du Parti r&#233;publicain, dont le programme se fonde sur l'opposition ouverte aux empi&#233;tements du syst&#232;me esclavagiste et &#224; l'utilisation abusive que font de l'Union les tenants de l'esclavagisme ? En outre, comment se fait-il que la grande majorit&#233; du Parti d&#233;mocrate du Nord se d&#233;tourne de ses liens traditionnels avec les chefs de l'esclavagisme, passe sur des traditions vieilles d'un demi-si&#232;cle et sacrifie de grands int&#233;r&#234;ts commerciaux et des pr&#233;jug&#233;s politiques plus grands encore pour voler au secours de l'actuelle administration r&#233;publicaine et lui offrir hommes et argent avec g&#233;n&#233;rosit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de r&#233;pondre &#224; ces questions, l'Economist s'exclame :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pouvons-nous oublier que les abolitionnistes sont d'habitude aussi f&#233;rocement pers&#233;cut&#233;s et maltrait&#233;s au Nord et &#224; l'Ouest qu'au Sud ? Peut-on nier que l'ent&#234;tement et l'indiff&#233;rence - pour ne pas dire la mauvaise foi - du gouvernement de Washington ont &#233;t&#233; pendant des ann&#233;es le principal obstacle &#224; nos efforts pour supprimer effectivement le commerce des esclaves sur la c&#244;te africaine ; qu'une partie consid&#233;rable des clippers actuellement engag&#233;s dans ce commerce est construite avec les capitaux du Nord, et exploit&#233;e par des marchands du Nord avec des &#233;quipages du Nord ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, en v&#233;rit&#233;, un chef-d'&#339;uvre de logique. L'Angleterre anti-esclavagiste ne peut sympathiser avec le Nord, qui s'attaque &#224; l'influence n&#233;faste des esclavagistes, parce qu'elle ne peut oublier que le Nord - tant qu'il &#233;tait soumis &#224; l'influence esclavagiste et que ses institutions d&#233;mocratiques &#233;taient souill&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s des bourreaux d'esclaves - soutenait le commerce des esclaves et d&#233;criait les abolitionnistes. L'Angleterre ne peut sympathiser avec l'administration de M. Lincoln, parce qu'elle a d&#233;sapprouv&#233; l'administration de M. Buchanan ! En toute &#171; logique &#187;, elle doit fl&#233;trir l'actuel mouvement de renouveau du Nord et encourager ceux qui, au Nord, sympathisent avec le commerce des esclaves stigmatis&#233; par la plate-forme r&#233;publicaine [16], elle doit flirter avec la clique esclavagiste du Sud, qui &#233;difia un empire s&#233;par&#233;, parce que l'Angleterre ne pouvait oublier que le Nord d'hier n'&#233;tait pas le Nord d'aujourd'hui ! S'il. lui faut justifier son attitude par des faux-fuyants &#224; la Old Bailey [17], cela d&#233;montre avant tout que la fraction anti-nordiste de la presse anglaise est pouss&#233;e par des motifs cach&#233;s, c'est-&#224;-dire trop bas et trop inf&#226;mes pour &#234;tre exprim&#233;s ouvertement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des man&#339;uvres favorites de la presse anglaise &#233;tant de reprocher &#224; l'actuelle administration r&#233;publicaine les agissements des pr&#233;c&#233;dentes qui furent pro-esclavagistes, elle s'efforce dans la mesure du possible de persuader le peuple anglais que le New York Herald est le seul organe qui expose authentiquement l'opinion du Nord. Apr&#232;s que le Times de Londres eut ouvert la voie dans cette direction, le noyau esclavagiste des autres organes anti-nordistes, qu'ils soient grands ou petits, lui embo&#238;te le pas. Ainsi, l'Economist pr&#233;tend : &#171; Au plus fort de la guerre civile, il ne manque ni journaux ni politiciens &#224; New York pour exhorter les combattants, maintenant qu'ils ont de grandes arm&#233;es en campagne, &#224; ne pas lutter les uns contre les autres, mais contre la Grande-Bretagne, &#224; cesser toute querelle int&#233;rieure - y compris sur la question esclavagiste - pour envahir sans pr&#233;avis le territoire britannique avec des forces d'une sup&#233;riorit&#233; &#233;crasante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist sait parfaitement que les efforts du New York Herald, qui sont vivement encourag&#233;s par le Times de Londres et visent &#224; entra&#238;ner les &#201;tats-Unis dans une guerre avec l'Angleterre, ont pour seul but d'assurer la victoire de la s&#233;cession et de ruiner le mouvement de renaissance du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la presse anti-nordiste d'Angleterre fait une concession. Et la snob Saturday Review annonce : &#171; Ce qui est contestable dans l'&#233;lection de Lincoln et a pr&#233;cipit&#233; la crise, c'est purement et simplement la limitation de l'esclavage aux &#201;tats o&#249; il existait d&#233;j&#224;. &#187; Et l'Economist de remarquer : &#171; En effet, il est vrai que le but du Parti r&#233;publicain qui &#233;lut M. Lincoln, est d'emp&#234;cher l'extension de l'esclavage aux territoires non encore colonis&#233;s... Il est peut-&#234;tre vrai qu'un succ&#232;s complet et inconditionnel du Nord lui permettrait de limiter l'esclavage aux quinze &#201;tats dans lesquels il existe d&#233;j&#224;, ce qui pourrait &#233;ventuellement conduire &#224; sa disparition - mais ceci est plus vraisemblable que certain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1859 - &#224; l'occasion de l'exp&#233;dition de John Brown &#224; Harper's Ferry [18] - le m&#234;me Economist publiait une s&#233;rie d'articles d&#233;taill&#233;s afin de prouver qu'en raison d'une loi &#233;conomique, l'esclavage am&#233;ricain &#233;tait vou&#233; &#224; s'&#233;teindre graduellement d&#232;s lors qu'il ne serait plus en mesure de cro&#238;tre. Cette loi &#233;conomique fut parfaitement comprise par la clique esclavagiste. &#171; Si d'ici quinze ans, nous ne b&#233;n&#233;ficions pas d'un immense accroissement de terres &#224; esclaves, dit Toombs, nous devrons permettre aux esclaves de fuir de chez les Blancs, &#224; moins que les Blancs ne fuient devant les esclaves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La limitation de l'esclavage &#224; son territoire l&#233;gal, telle qu'elle fut proclam&#233;e par les r&#233;publicains, constitue le point de d&#233;part &#233;vident de la menace de s&#233;cession formul&#233;e pour la premi&#232;re fois &#224; la Chambre des repr&#233;sentants le 19 d&#233;cembre 1859. M. Singleton (Mississippi) demanda alors &#224; M. Curtis (Iowa) &#171; si le Parti r&#233;publicain n'admettrait plus que le Sud obtienne un pouce de territoire esclavagiste nouveau, tant que l'Union subsisterait &#187;. M. Curtis lui ayant r&#233;pondu que si, M. Singleton lui r&#233;pliqua que, dans ces conditions, l'Union serait dissoute. Il conseilla &#224; l'administration du Mississippi de sortir au plus t&#244;t de l'Union : &#171; Ces messieurs devraient se souvenir que Jefferson Davis a conduit nos forces arm&#233;es au Mexique ; or, il vit toujours, et pourrait fort bien commander l'arm&#233;e du Sud. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abstraction faite de la loi &#233;conomique, selon laquelle l'extension de l'esclavage est une condition vitale pour son maintien dans son territoire l&#233;gal, les leaders du Sud ne se sont jamais fait d'illusion sur la n&#233;cessit&#233; absolue de maintenir leur h&#233;g&#233;monie politique aux &#201;tats-Unis. Pour justifier ses propositions au S&#233;nat le 19 f&#233;vrier 1847, John Calhoun d&#233;clara sans ambages que &#171; le S&#233;nat &#233;tait le seul moyen d'assurer l'&#233;quilibre de pouvoir, laiss&#233; au Sud dans le gouvernement &#187; et que la formation d'&#201;tats esclavagistes nouveaux &#233;tait, devenue n&#233;cessaire &#171; pour conserver l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat &#187; [19]. Au reste, l'oligarchie des trois cent mille propri&#233;taires d'esclaves ne pourrait maintenir son pouvoir sur la pl&#232;be blanche sans l'app&#226;t de futures conqu&#234;tes et l'&#233;largissement de leurs territoires tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur des &#201;tats-Unis. Si d&#233;sormais -.selon l'oracle de la presse anglaise - le Nord a pris la ferme d&#233;cision de confiner l'esclavage dans ses limites actuelles et de le liquider ainsi par la voie l&#233;gale, cela ne devrait-il pas suffire &#224; lui assurer les sympathies de l'Angleterre &#171; anti-esclavagiste &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que les puritains anglais ne puissent vraiment &#234;tre content&#233;s que par une guerre abolitionniste expresse. L'Economist affirme : &#171; Comme il ne s'agit pas v&#233;ritablement d'une guerre pour l'&#233;mancipation de la race n&#232;gre, sur quelle base veut-on que nous sympathisions si chaleureusement avec la cause des f&#233;d&#233;r&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fut un temps, dit l'Examiner, o&#249; nos sympathies allaient au Nord, parce que nous pensions qu'il s'opposait s&#233;rieusement aux empi&#233;tements des &#201;tats esclavagistes et d&#233;fendait l'&#233;mancipation comme une mesure de justice pour la race noire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les m&#234;mes num&#233;ros o&#249; ces journaux racontent qu'ils ne peuvent sympathiser avec le Nord parce que sa guerre ne tend pas &#224; une v&#233;ritable abolition, nous lisons : &#171; Le moyen radical de proclamer l'&#233;mancipation des n&#232;gres, c'est d'appeler les esclaves &#224; une insurrection g&#233;n&#233;rale. &#187; Or, c'est l&#224; quelque chose &#171; dont la simple id&#233;e, est r&#233;pugnante et affreuse &#187; ; c'est pourquoi &#171; un compromis est bien pr&#233;f&#233;rable &#224; un succ&#232;s conquis &#224; un tel prix et souill&#233; d'un tel crime &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, les ardeurs anglaises pour une guerre abolitionniste sont purement hypocrites. Mais, on aper&#231;oit le pied fourchu du diable dans les phrases suivantes : &#171; Finalement, dit l'Economist, le tarif Morrill m&#233;rite notre gratitude et notre sympathie ; mais la certitude qu'en cas de triomphe du Nord, le tarif sera &#233;tendu &#224; toute la r&#233;publique est-elle une raison pour que nous aidions bruyamment &#224; son succ&#232;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Am&#233;ricains du Nord, dit l'Examiner, ne prennent rien d'autre au s&#233;rieux que leur tarif douanier qui les prot&#232;ge &#233;go&#239;stement... Les &#201;tats du Sud en ont assez d'&#234;tre d&#233;pouill&#233;s des fruits du travail de leurs esclaves par les tarifs protectionnistes du Nord. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Examiner et l'Economist se compl&#232;tent l'un l'autre. Ce dernier est assez honn&#234;te pour reconna&#238;tre finalement que, pour lui et les siens, la sympathie n'est d&#233;termin&#233;e que par une simple question de tarif douanier, tandis que le premier r&#233;duit la guerre entre le Sud et le Nord &#224; un simple conflit tarifaire, une guerre entre syst&#232;me protectionniste et libre-&#233;changiste. Peut-&#234;tre l'Examiner ne sait-il pas que m&#234;me ceux qui voulurent abroger l'acte de la Caroline du Sud en 1832 - comme le g&#233;n&#233;ral Jackson en t&#233;moigne - n'us&#232;rent du protectionnisme que comme d'un pr&#233;texte [20]. Quoi qu'il en soit, m&#234;me l'Examiner devrait savoir que l'actuelle r&#233;bellion n'a pas attendu l'adoption du tarif Morrill [21] pour &#233;clater. En fait, les sudistes ne pouvaient se plaindre de ce qu'ils &#233;taient d&#233;pouill&#233;s des fruits du travail de leurs esclaves par le syst&#232;me protectionniste du Nord, puisque le syst&#232;me libre-&#233;changiste &#233;tait en vigueur de 1846 &#224; 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier num&#233;ro, le Spectator caract&#233;rise d'une mani&#232;re frappante la pens&#233;e secr&#232;te d'un certain nombre d'organes anti-nordistes : &#171; Que souhaitent donc v&#233;ritablement ces organes anti-nordistes pour justifier la pr&#233;tention qu'ils ont de ne s'appuyer que sur l'inexorable logique ? Ils affirment que la s&#233;cession est d&#233;sirable, parce qu'elle est la seule fa&#231;on possible de faire cesser ce &#171; conflit fratricide qui n'a aucune raison d'&#234;tre. &#187; Mais voil&#224; qu'ils d&#233;couvrent ensuite d'autres raisons adapt&#233;es aux exigences morales du pays, maintenant que l'issue des &#233;v&#233;nements est claire. Bien s&#251;r, ces raisons ne sont mentionn&#233;es, r&#233;flexion faite, que comme humble apologie de la Providence et &#171; justification des voies du Seigneur envers l'homme &#187;, d&#232;s lors que la n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable est devenue manifeste aux yeux de tous. On d&#233;couvre ainsi qu'il serait d'un grand avantage pour les &#201;tats d'&#234;tre coup&#233;s en deux groupes rivaux. Chacun tiendrait en &#233;chec les ambitions de l'autre et neutraliserait sa force. Si l'Angleterre entrait en conflit avec l'un d'eux, la simple d&#233;fiance de chaque groupe adverse lui serait d'un grand secours. Et de remarquer qu'il s'ensuivrait une situation tr&#232;s favorable, qui nous lib&#233;rerait de la crainte et encouragerait la &#171; concurrence &#187; politique, cette grande sauvegarde de l'honn&#234;tet&#233; et de la franchise entre &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la situation express&#233;ment mise en &#233;vidence par la th&#233;orie de ceux qui commencent, chez nous, &#224; sympathiser avec le Sud. Traduit en bon anglais - et nous d&#233;plorons qu'un argument anglais ait besoin d'une traduction dans un tel sujet - cela signifie que si nous regrettons que cette &#171; guerre fratricide &#187; ait pris une telle ampleur, c'est pour esp&#233;rer qu'&#224; l'avenir elle continuera de susciter de redoutables convulsions, une s&#233;rie de petites guerres chroniques, de passions et de rivalit&#233;s entre les groupes d'&#201;tats rivaux. La v&#233;rit&#233; effective - et pr&#233;cis&#233;ment ce mode non anglais de ressentir cache cette v&#233;rit&#233;, bien qu'elle f&#251;t voil&#233;e de formules d&#233;centes - est cependant tr&#232;s nette : les groupes rivaux d'&#201;tats am&#233;ricains ne pourront vivre ensemble en paix et en harmonie. La situation d'inimiti&#233;, due aux causes m&#234;mes qui ont suscit&#233; le conflit actuel, deviendrait chronique. On a affirm&#233; que les diff&#233;rents groupes d'&#201;tats avaient des int&#233;r&#234;ts douaniers diff&#233;rents. Non seulement ces diff&#233;rents int&#233;r&#234;ts tarifaires seraient la source de petites guerres permanentes, d&#232;s lors, que les &#201;tats seraient s&#233;par&#233;s les uns des autres, mais encore l'esclavage - racine de tout le conflit - aggraverait les innombrables inimiti&#233;s, discordes et man&#339;uvres. Bref, il ne serait plus possible de r&#233;tablir un &#233;quilibre stable entre les &#201;tats rivaux. Et pourtant, on affirme que la perspective d'un conflit long et ininterrompu serait l'issue la plus favorable de la grande question qui est en train de se d&#233;cider actuellement. Au fond, ce que l'on juge le plus favorable dans le vaste conflit actuel, qui pourrait r&#233;tablir une unit&#233; politique nouvelle et plus puissante c'est l'alternative d'un grand nombre de petits conflits et d'un continent divis&#233; et affaibli que l'Angleterre n'aurait plus &#224; craindre. Nous ne nions pas que les Am&#233;ricains aient sem&#233; eux-m&#234;mes les germes de cette situation lamentable et regrettable par l'attitude inamicale et fanfaronne, qu'ils adoptent si souvent vis-&#224;-vis de l'Angleterre ; quoi qu'il en soit, nous devons bien avouer que nos propres sentiments sont vils et m&#233;prisables. Nous voyons bien qu'il n'existe aucun espoir d'une paix profonde et durable pour l'Am&#233;rique dans une solution boiteuse, puisqu'elle signifie involution et d&#233;sagr&#233;gation de la nation am&#233;ricaine en peuples et pays hostiles, et cependant nous levons les bras au ciel comme si nous &#233;tions effray&#233;s de l'actuelle guerre &#171; fratricide &#187;, alors qu'elle renferme la perspective d'une solution stable. Nous, souhaitons aux Am&#233;ricains un avenir fait d'innombrables et incessants conflits, qui seraient tout aussi fratricides, mais certainement bien plus d&#233;moralisants : nous le souhaitons uniquement pour &#234;tre lib&#233;r&#233;s de l'aiguillon de la concurrence am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La femme de lettres am&#233;ricaine Beecher-Stowe participa activement au mouvement pour l'abolition de l'esclavage. En septembre 1861, elle adressa une lettre ouverte &#224; lord Shaftesbury pour d&#233;noncer les conf&#233;d&#233;r&#233;s et exprimer son indignation devant l'attitude de l'Angleterre, qu'elle invitait &#224; prendre fait et cause pour les unionistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le Parti r&#233;publicain fut fond&#233; en r&#233;action aux empi&#233;tements de l'oligarchie esclavagiste. Il repr&#233;sentait les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie industrielle du Nord et jouit de l'appui des populations laborieuses. Pour &#233;liminer la puissance politique et sociale des esclavagistes, il limita l'esclavage &#224; ce qu'il &#233;tait, ce qui signifiait l'&#233;liminer progressivement. Quant aux terres non encore colonis&#233;es de l'Ouest, il en d&#233;cida l'attribution gratuite aux fermiers libres. Le Parti whig disparaissant peu &#224; peu &#224; la suite des &#233;lections de 1852, le champ &#233;tait dangereusement ouvert &#224; l'extension du Parti d&#233;mocrate pro-esclavagiste. L'abrogation du compromis du Missouri en 1854, rendit ce danger plus &#233;vident. D'&#233;normes meetings de protestation contre l'action du Congr&#232;s se tinrent d'un bout &#224; l'autre du Nord. Il en sortit le Parti r&#233;publicain, qui tint sa premi&#232;re convention &#224; Jackson, dans le Michigan, le 6 juillet 1854. Il se d&#233;veloppa rapidement &#224; l'&#233;chelle nationale par suite des &#233;v&#233;nements du Kansas (1854-1856), aggrav&#233;s par l'indignation suscit&#233;e dans le Nord par le manifeste d'Ostende (1854). En 1856, le nouveau parti entreprit sa premi&#232;re campagne pr&#233;sidentielle avec Fr&#233;mont en t&#234;te de liste. Quatre ans plus tard, il remportait l'&#233;lection de Lincoln, avec le mot d'ordre &#171; Libert&#233; d'expression ; libert&#233; d'acc&#232;s &#224; la terre ; libert&#233; du travail ; libert&#233; humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La Constitution provisoire fut adopt&#233;e au Congr&#232;s de Montgomery (Alabama) du 4 f&#233;vrier 1861 par six &#201;tats esclavagistes du Sud - Caroline du Sud, G&#233;orgie, Floride, Alabama, Mississippi et Louisiane - qui &#233;taient sortis de l'Union am&#233;ricaine. Ce congr&#232;s proclama la cr&#233;ation de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud et choisit Jefferson Davis comme pr&#233;sident provisoire. Le Texas rejoignit la Conf&#233;d&#233;ration le 2 mars, les quatre &#201;tats fronti&#232;res esclavagistes, Virginie, Arkansas, Caroline du Nord et Tennessee, y adh&#233;r&#232;rent le 4 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &#192; la veille de la guerre de S&#233;cession, certains membres du Congr&#232;s tent&#232;rent de pr&#233;venir le conflit, en se livrant &#224; une s&#233;rie de man&#339;uvres parlementaires. En d&#233;cembre 1860, Crittenden, du Kentucky, proposa : 1) le vote d'un amendement constitutionnel qui remettrait en vigueur &#171; la ligne de compromis du Missouri &#187;, et 2) la promulgation d'une loi qui garantirait la protection de l'esclavage dans la r&#233;gion de &#171; Columbia &#187;. En ouvrant largement le vaste Sud-Ouest &#224; l'implantation de l'esclavage et en le prot&#233;geant au sein de la capitale f&#233;d&#233;rale, ce plan donnait satisfaction - en grande partie du moins - aux esclavagistes. Ce sont surtout les partisans de l&#224; distribution g&#233;n&#233;rale de la terre libre aux colons, qui s'oppos&#232;rent au projet de Crittenden. Finalement, priv&#233; du soutien n&#233;cessaire de ce groupement d&#233;cisif du Nord, le projet &#233;choua. Les projets de compromis propos&#233;s par Corwin, Weed et MeKean connurent le m&#234;me sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Parti d&#233;mocrate, fond&#233; en 1828, rassemblait les planteurs, certains groupes de la bourgeoisie ainsi qu'une partie importante de fermiers et de petits-bourgeois des villes. Dans les ann&#233;es 1830 et 1840, il repr&#233;senta de plus en plus les int&#233;r&#234;ts des planteurs et de la grande bourgeoisie financi&#232;re du Nord, qui d&#233;fendait l'esclavage. Lorsque, apr&#232;s l'adoption du Kansas-Nebraska bill en 1854, l'esclavage mena&#231;a de submerger toute l'Union, il y eut une scission au sein du Parti d&#233;mocrate, qui permit la victoire de Lincoln en 1860.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Compromis du Missouri marqua le d&#233;but d'une s&#233;rie de luttes politiques qui culmin&#232;rent dans la guerre de S&#233;cession. En 1820, le Sud esclavagiste se trouva dans une situation insolite. Le Nord libre avait d&#233;finitivement pris en main le contr&#244;le de la Chambre des repr&#233;sentants. Par cons&#233;quent, le Sud ne pouvait plus s'opposer &#224; l'&#233;laboration de lois favorables au Nord, ou de mesures dirig&#233;es contre le Sud, &#224; moins de dominer le S&#233;nat. Or, la majorit&#233; dans cette assembl&#233;e d&#233;pendait de l'entr&#233;e du Missouri en tant qu'&#201;tat esclavagiste. Pour emp&#234;cher le Sud d'avoir la majorit&#233; dans la Chambre Haute, le Nord demanda l'admission du Maine. A la suite de longs et violents d&#233;bats, les deux &#201;tats furent admis, maintenant ainsi l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat. De plus, le compromis du Missouri pr&#233;vit l'abolition de l'esclavage dans le territoire de la Louisiane situ&#233; au-del&#224; de la ligne du 360&#176; 30' de latitude nord. Ce compromis fut pratiquement annul&#233; en 1854 par l'adoption du Kansas-Nebraska bill.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravit&#233; de cette lutte au niveau parlementaire fut pleinement comprise &#224; l'&#233;poque. Le 7 f&#233;vrier 1820, Jefferson &#233;crivait &#224; Hugh Nelson au sujet de la question du Missouri : &#171; C'est la plus importante qui ait jamais menac&#233; notre Union. M&#234;me aux plus noirs moments de la guerre r&#233;volutionnaire, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; de craintes semblables &#224; celles que me cause cet incident. &#187; (Cf. T. Jefferson, Writings, ed. P. L. Ford, New York, 1899, vol. X, p. 156.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Le Kansas-Nebraska bill fut adopt&#233; en mai 1854 par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Il stipulait la cr&#233;ation de deux territoires, en supposant que le Nebraska entrerait comme &#201;tat libre dans l'Union, contrairement au Kansas. Ainsi les forces du Nord et du Sud seraient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es au S&#233;nat. En outre, cette loi, pr&#233;voyait l'annulation de la ligne s&#233;parant les &#201;tats libres des &#201;tats esclavagistes (compromis du Missouri). Les esclavagistes obtinrent ainsi ce qu'ils d&#233;siraient le plus ardemment : la reconnaissance que la zone de l'esclavagisme &#233;tait illimit&#233;e aux &#201;tats-Unis. Pour obtenir la sanction des d&#233;mocrates de l'Ouest, cette loi instaura la doctrine de la souverainet&#233; populaire dans chaque &#201;tat sur la question de l'introduction ou non de l'esclavage. Cette loi mena tout droit &#224; la guerre du Kansas, conflit qui servit lui-m&#234;me de prologue &#224; la guerre civile de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] A titre d'ambassadeur des USA &#224; Londres, Buchanan publia le manifeste d'Ostende conjointement aux repr&#233;sentants diplomatiques de la France et de l'Espagne. Ce manifeste conseillait au gouvernement des USA d'acqu&#233;rir d'une mani&#232;re ou d'une autre l'&#238;le de Cuba qui appartenait &#224; l'Espagne. En 1856, Buchanan devint pr&#233;sident des USA, sous l'&#233;tiquette du Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'esclave Dred Scott suivit son ma&#238;tre le Dr Emerson, dans le territoire de Louisiane situ&#233; au-dessus de la ligne du 360&#176; 30' o&#249;, l&#233;galement, l'esclavage &#233;tait interdit. Dred y v&#233;cut un certain nombre d'ann&#233;es, s'y maria et eut des enfants. Par la suite, les Scott furent ramen&#233;s dans l'&#201;tat esclavagiste du Missouri. A la mort de leur ma&#238;tre, ils furent vendus &#224; un New-Yorkais, Samford, &#224; qui ils firent un proc&#232;s pour obtenir leur libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire fut port&#233;e devant la Cour supr&#234;me qui &#233;tait non seulement en majeure partie compos&#233;e de sudistes, mais encore pr&#233;sid&#233;e par un sudiste, le juge Taney. En r&#233;digeant l'arr&#234;t pris par la majorit&#233;, ce dernier soutint que la Cour du Missouri n'avait pas pouvoir de juridiction dans cette affaire, puisque les Scott n'&#233;taient pas et ne pouvaient &#234;tre des citoyens au sens o&#249; l'entendait la Constitution. Qui plus est, le juge sauta sur l'occasion pour donner un arr&#234;t qui accordait aux esclavagistes ce qu'ils souhaitaient le plus : le droit de transf&#233;rer leurs biens meubles - esclaves y compris - dans n'importe quel territoire des &#201;tats-Unis, et d'y garder les esclaves m&#234;me si la l&#233;gislation de l'&#201;tat local ou du Congr&#232;s s'y opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Malgr&#233; l'interdiction l&#233;gale du trafic d'esclaves africains, les planteurs sudistes n'en continuaient pas moins &#224; importer ces &#171; biens meubles &#187; apr&#232;s 1808. En d&#233;pit de l'absence de statistiques pr&#233;cises, des sources de l'&#233;poque montrent que la traite des Noirs &#233;tait plus importante que jamais. En 1840, on n'envoya pas moins de cent cinquante mille esclaves vers le Nouveau-Monde, contre quarante-cinq mille vers la fin du XVIII&#176; si&#232;cle. &#201;videmment, la plupart &#233;taient destin&#233;es aux &#201;tats-Unis. Au cours des ann&#233;es cinquante, on arma ouvertement des vaisseaux n&#233;griers &#224; New York et dans, le Maine ; selon le t&#233;moignage de Du Bois, quatre-vingt-cinq navires se livraient &#224; ce &#171; trafic illicite &#187;. Pendant ce temps, la Grande-Bretagne et les &#201;tats-Unis se livraient &#224; des tentatives hypocrites pour faire cesser le trafic d'esclaves en postant quelques navires au large de la c&#244;te d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Quand la loi Kansas-Nebraska fut vot&#233;e, un groupement anti-esclavagiste du Nord, dirig&#233; par Thayer, du Massachusetts, fonda une Soci&#233;t&#233; d'Aide aux &#233;migr&#233;s. Celle-ci se proposait d'envoyer au Kansas des sympathisants de la th&#233;orie de la terre libre, pour veiller &#224; ce que ce territoire entr&#226;t dans l'Union, en tant qu'&#201;tat libre. Pendant ce temps, les esclavagistes organis&#232;rent des bandes d'hommes de main recrut&#233;s dans la p&#232;gre du Missouri occidental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces bandes envahirent le Kansas en octobre 1854, mais elles furent repouss&#233;es. Cependant, elles revinrent et impos&#232;rent par la terreur l'&#171; &#233;lection &#187; d'un d&#233;l&#233;gu&#233; pro-esclavagiste au Congr&#232;s. Dans les m&#234;mes conditions, on &#233;lit, en mars 1855, des magistrats favorables aux esclavagistes, mais les partisans de la terre libre refus&#232;rent de les reconna&#238;tre. Ils cr&#233;&#232;rent donc leur propre assembl&#233;e, r&#233;dig&#232;rent une constitution et demand&#232;rent &#224; &#234;tre admis dans l'Union. Entre-temps, Shannon, valet des int&#233;r&#234;ts esclavagistes, fut nomm&#233; gouverneur du territoire. La guerre civile &#233;clata en 1856 : les partisans de la terre libre (free soilers), conduits par le militant abolitionniste John Brown, organis&#232;rent des sections militaires et se mirent &#224; d&#233;sagr&#233;ger les forces esclavagistes. Le gouverneur Shannon fut remplac&#233; par un partisan plus fougueux de l'esclavagisme, un certain Woodson, qui en appela &#224; tous les &#171; bons citoyens &#187; pour &#233;craser l' &#171; insurrection &#187;. De toute &#233;vidence, cet appel s'adressait &#224; la p&#232;gre qui, saisissant l'allusion, envahit de nouveau le Kansas et, cette fois, pilla le pays jusqu'&#224; Ossawattomie. Les partisans de la terre, libre se dirig&#232;rent alors sur Lecompton et ne furent emp&#234;ch&#233;s de prendre la ville que par l'arriv&#233;e des troupes f&#233;d&#233;rales. Entre-temps, fut nomm&#233; un nouveau gouverneur : Geary, de Pennsylvanie ; gr&#226;ce &#224; une man&#339;uvre rapide, il put repousser les bandits hors du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En 1856, Fr&#233;mont, le candidat r&#233;publicain, recueillit 1341264 voix, et Buchanan, le candidat d&#233;mocrate, 1 838 169 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] En 1850, l'Illinois, l'Indiana, l'Iowa, l'Ohio, le Michigan et le territoire du Minnesota groupaient une population de 4 721 551 &#226;mes. Dix ans plus tard, il y avait 7 773 820 habitants dans cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Dans la Mis&#232;re de la Philosophie, Marx s'en prend &#224; Proudhon qui, dans toute cat&#233;gorie &#233;conomique, s'efforce de s&#233;parer le bon c&#244;t&#233; du mauvais, afin de ne retenir que le bon. Or, dit Marx, &#171; ce qui constitue le mouvement dialectique, c'est pr&#233;cis&#233;ment la coexistence de deux c&#244;t&#233;s contradictoires, leur lutte et leur fusion en une cat&#233;gorie nouvelle : rien qu'&#224; poser le probl&#232;me d'&#233;liminer le mauvais c&#244;t&#233;, on coupe court au mouvement dialectique &#187;. C'est ainsi que, d&#232;s 1847, Marx montre que la lutte f&#233;conde entre l'esclavage et le travail libre donne naissance &#224; une cat&#233;gorie nouvelle : le travail salari&#233; (libre et forc&#233;), qui permet l'industrialisation &#224; une &#233;chelle immense et la lutte pour le socialisme, Cf. Mis&#232;re de la Philosophie, chap. II, &#167;2, 4&#176; observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Dans le texte publi&#233; par la New York Daily Tribune, nous lisons cette phrase qui contredit directement l'opposition qu'&#233;tablit Marx entre l'attitude du Times et du Reynold's en ce qui concerne Buchanan ; &#171; Pour sa part, Reynold's, durant le s&#233;jour de Buchanan &#224; Londres, &#233;tait l'un de ses favoris, et depuis lors n'a pas manqu&#233; une. seule occasion pour le mettre sur la sellette et d&#233;noncer ses adversaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que la New York Tribune ne se g&#234;nait pas pour modifier des passages entiers ou les supprimer, etc., si bien que Marx dut interrompre sa collaboration &#224; ce journal progressiste en mars 1862. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] En ce qui concerne la condamnation du trafic d'esclaves par le Parti r&#233;publicain, cf. le programme r&#233;publicain de 1860, neuvi&#232;me r&#233;solution, in : E. Stanwood, A History of President Elections, Boston 1888, p. 230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Old Bailey, nom donn&#233; &#224; la citadelle de la prison de Newgate &#224; Londres, o&#249; si&#233;geait le tribunal criminel central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le 16 octobre 1859, John Brown, &#224; la t&#234;te d'une troupe de vingt-deux hommes, dont cinq Noirs, tenta de s'emparer de l'arsenal f&#233;d&#233;ral et de l'armurerie de Harper's Ferry en Virginie, afin de provoquer un soul&#232;vement des esclaves dont les &#201;tats esclavagistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le colonel E. Lee, futur chef militaire des forces sudistes, fit prisonnier John Brown ainsi qu'un certain nombre de ses hommes. Au milieu de l'agitation populaire, ils furent jug&#233;s pour trahison et d&#233;clar&#233;s coupables. En d&#233;cembre 1859, Brown fut pendu. Le Nord protesta avec v&#233;h&#233;mence contre son ex&#233;cution. Brown encouragea les Noirs dans leur lutte contre l'esclavage et favorisa le rassemblement des forces abolitionnistes du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Cf. J. C. Calhoun, Works, ed. R. K. Crall&#233; (New York 1854), vol. IV, pp. 340, 341, 343.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] En juillet 1832, Jackson signa &#171; un tarif syst&#233;matiquement protectionniste &#187;, qui provoqua un large m&#233;contentement en Caroline du Sud. John C. Calhoun cristallisa dans son &#201;tat le sentiment qu'il fallait annuler le tarif protectionniste et faire s&#233;cession. Une session sp&#233;ciale des magistrats de la Caroline du Sud se r&#233;unit et ordonna la convocation d'une assembl&#233;e. Celle-ci adopta le 24 novembre 1832 une ordonnance annulant le tarif, appelant les citoyens de l'&#201;tat &#224; d&#233;fendre l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du pouvoir f&#233;d&#233;ral et mena&#231;ant de faire s&#233;cession. Cette ordonnance devait prendre effet &#224; dater de f&#233;vrier 1833. Entre-temps, le pr&#233;sident Jackson agit en toute h&#226;te. Apr&#232;s avoir annonc&#233; son intention de faire appliquer par la force toutes les lois f&#233;d&#233;rales en Caroline du Sud, il envoya des troupes et des navires &#224; Charleston. Comme aucun des autres &#201;tats sudistes ne r&#233;agit, la Caroline du Sud plia bient&#244;t. Pour la d&#233;claration de Jackson sur le tarif consid&#233;r&#233; comme un pr&#233;texte pour faire s&#233;cession, cf. sa lettre au r&#233;v&#233;rend Andrew J. Crawford, dat&#233;e du 1er mai 1833, in : A. Jackson, Correspondance, ed. J. S. Bassett and J. F. Jameson, Washington 1931, vol. V, p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Le tarif Morrill est un droit douanier de caract&#232;re protectionniste, pr&#233;sent&#233; au Congr&#232;s par le r&#233;publicain Morrill et adopt&#233; en mai 1860. Les taxes douani&#232;res augment&#232;rent sensiblement &#224; la suite de ce tarif. D&#232;s le 4 f&#233;vrier, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des six &#201;tats se concert&#232;rent &#224; Montgomery pour former la Conf&#233;d&#233;ration sudiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
LA GUERRE CIVILE NORD-AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 25.10.1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 20 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des mois, les quotidiens et hebdomadaires qui donnent le ton au reste de la presse londonienne, ressassent la m&#234;me litanie sur la guerre civile am&#233;ricaine. Tout en insultant les libres &#201;tats du Nord, ils se d&#233;fendent anxieusement du soup&#231;on de sympathiser avec les &#201;tats esclavagistes du Sud. En fait, ils &#233;crivent toujours deux types d'articles : l'un pour attaquer le Nord, l'autre pour excuser leurs attaques contre le Nord. Qui s'excuse s'accuse. (Fr.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs arguments sont par essence l&#233;nifiants : la guerre entre le Nord et le Sud est un simple conflit tarifaire. Elle n'a donc rien &#224; voir avec les principes, ni avec la question de l'esclavage ; en fait, il s'agit de la soif de pouvoir qu'&#233;prouve le Nord. En outre, m&#234;me si le bon droit &#233;tait du c&#244;t&#233; des nordistes, c'est en vain que l'on tenterait de mettre sous le joug par la violence huit millions d'Anglo-Saxons. Enfin, la s&#233;paration d'avec le Sud n'affranchirait-elle pas le Nord de tout rapport avec l'esclavage des Noirs et ne lui assurerait-elle pas - &#233;tant donn&#233; ses vingt millions d'habitants et son immense territoire - un d&#233;veloppement sup&#233;rieur, dont il ne soup&#231;onne m&#234;me pas l'ampleur ? En cons&#233;quence, le Nord devrait saluer la s&#233;cession comme un &#233;v&#233;nement heureux, au lieu d'essayer de la mater au moyen d'une guerre civile sanglante et inefficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons consid&#233;rer point par point le plaidoyer de la presse anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre le Nord et le Sud - telle est la premi&#232;re excuse - n'est qu'une simple guerre tarifaire, une guerre entre syst&#232;mes protectionniste et libre-&#233;changiste, l'Angleterre se tenant &#233;videmment du c&#244;t&#233; de la libert&#233; commerciale. Le propri&#233;taire d'esclaves peut-il jouir pleinement des fruits du travail de ses esclaves, ou doit-il en &#234;tre partiellement frustr&#233; par les protectionnistes du Nord ? Telle est la question qui se pose dans cette guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait r&#233;serv&#233; au Times de faire cette brillante d&#233;couverte, l'Economist, l'Examiner, la Saturday Review et tutti quanti s'attachant &#224; exposer ce th&#232;me en d&#233;tail. Il vaut d'&#234;tre not&#233; que cette d&#233;couverte n'a pas &#233;t&#233; faite &#224; Charleston, mais &#224; Londres. Naturellement, chacun sait en Am&#233;rique que le syst&#232;me du libre-&#233;change pr&#233;valait de 1846 &#224; 1861, et qu'il fallut attendre 1861 pour que le repr&#233;sentant Morrill fasse voter son syst&#232;me de protection tarifaire par le Congr&#232;s, apr&#232;s que la r&#233;bellion eut &#233;clat&#233;. Il n'y a donc pas eu de s&#233;cession parce que le Congr&#232;s avait vot&#233; le syst&#232;me tarifaire de Morrill, mais, dans le meilleur des cas, ce syst&#232;me fut adopt&#233; au Congr&#232;s parce que la s&#233;cession avait &#233;clat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Caroline du Sud eut en 1831 sa premi&#232;re crise de s&#233;cession, les lois protectionnistes de 1828 lui servirent certes de pr&#233;texte, mais seulement de pr&#233;texte, comme on l'a su par la d&#233;claration du g&#233;n&#233;ral Jackson [1]. En fait, on n'a pas repris cette fois-ci ce vieux pr&#233;texte. Au Congr&#232;s de la s&#233;cession de Montgomery, on a &#233;vit&#233; toute allusion &#224; la question tarifaire, parce que la culture sucri&#232;re de la Louisiane - l'un des &#201;tats les plus influents du Sud - d&#233;pend enti&#232;rement de la protection tarifaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la presse londonienne soutient dans son plaidoyer que la guerre des &#201;tats-Unis vise uniquement au maintien de l'Union par la force. Les nordistes ne peuvent se r&#233;soudre &#224; effacer quinze &#233;toiles de leur drapeau. Les Yankees veulent se tailler une place &#233;norme sur la sc&#232;ne mondiale. Certes, il en serait tout autrement si cette guerre &#233;tait men&#233;e pour l'abolition de l'esclavage ! Mais, comme la Saturday Review le d&#233;clare cat&#233;goriquement, cette guerre n'a rien &#224; voir avec la question de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, il faut rappeler que la guerre n'a pas &#233;t&#233; provoqu&#233;e par le Nord, mais par le Sud. Le Nord se trouve sur la d&#233;fensive. Pendant des mois, il a regard&#233; sans broncher les s&#233;cessionnistes s'emparer des forts, des arsenaux militaires, des installations portuaires, des b&#226;timents de douane, des bureaux de paierie, des navires et d&#233;p&#244;ts d'armes de l'Union, insulter son drapeau et faire prisonniers des corps de troupe entiers. Finalement, les s&#233;cessionnistes d&#233;cid&#232;rent de contraindre le gouvernement de l'Union &#224; sortir de sa passivit&#233; par un acte de guerre retentissant, et c'est pour cette seule raison qu'ils bombard&#232;rent Fort Sumter pr&#232;s de Charleston. Le 11 avril (1861), leur g&#233;n&#233;ral Beauregard avait appris, lors d'une rencontre avec le commandant de Fort Sumter, le major Anderson, que la place disposait seulement de trois jours de vivres et devait donc rendre les armes, pass&#233; ce d&#233;lai. Afin de h&#226;ter la reddition, les s&#233;cessionnistes ouvrirent aux premi&#232;res heures du lendemain (12 avril) le bombardement, qui devait aboutir &#224; la chute de la place en quelques heures. A peine cette nouvelle parvint-elle par t&#233;l&#233;graphe &#224; Montgomery, le si&#232;ge du Congr&#232;s de la s&#233;cession, que le ministre de la Guerre Walker d&#233;clara publiquement au nom de la nouvelle Conf&#233;d&#233;ration : &#171; Nul ne peut dire o&#249; finira la guerre commenc&#233;e aujourd'hui. &#187; [2] En m&#234;me temps, il proph&#233;tisa &#171; qu'avant le 1&#176; mai le drapeau de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud flotterait sur le d&#244;me du vieux Capitole de Washington et sous peu sans doute aussi sur le Faneuil Hall de Boston &#187;, [3] C'est seulement apr&#232;s qu'il y eut la proclamation, dans laquelle Lincoln rappela soixante quinze mille hommes pour la protection de l'Union. Le bombardement de Fort Sumter coupa la seule voie constitutionnelle possible, &#224; savoir la convocation d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du peuple am&#233;ricain, comme Lincoln l'avait propos&#233; dans son adresse inaugurale [4]. Il ne restait plus &#224; Lincoln d'autre choix que de s'enfuir de. Washington, d'&#233;vacuer le Maryland et le Delaware, d'abandonner le Missouri et la Virginie, ou de r&#233;pondre &#224; la guerre par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question de savoir quel est le principe de la guerre civile am&#233;ricaine, le Sud lui-m&#234;me r&#233;pond par le cri de guerre lanc&#233; au moment de la rupture de la paix. Stephens, le vice-pr&#233;sident de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, d&#233;clara au Congr&#232;s de la s&#233;cession que ce qui distinguait essentiellement la Constitution nouvellement tram&#233;e &#224; Montgomery de celle de Washington et Jefferson, c'&#233;tait que, d&#233;sormais et pour la premi&#232;re fois, l'esclavage &#233;tait reconnu comme une institution bonne en soi et comme le fondement de tout l'&#233;difice de l'&#201;tat, alors que les p&#232;res de la r&#233;volution, emp&#234;tr&#233;s qu'ils &#233;taient dans les pr&#233;jug&#233;s du XVIII&#176; si&#232;cle, avaient trait&#233; l'esclavage comme un mal import&#233; d'Angleterre et devant &#234;tre &#233;limin&#233; progressivement. Un autre matamore du Sud, M. Speeds, s'&#233;cria, &#171; Il s'agit pour nous de fonder une grande r&#233;publique esclavagiste (a great slave republic). &#187; Comme on le voit, le Nord a tir&#233; l'&#233;p&#233;e simplement pour d&#233;fendre l'Union, et le Sud n'a-t-il pas d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; que le maintien de l'esclavage n'&#233;tait plus compatible pour longtemps avec l'existence de l'Union ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le bombardement de Fort Sumter donna le signal de l'ouverture des hostilit&#233;s, la victoire &#233;lectorale du Parti r&#233;publicain du Nord - l'&#233;lection de Lincoln &#224; la pr&#233;sidence - donna le signal de la s&#233;cession. Lincoln fut &#233;lu le 6 novembre 1860. Le 8 novembre 1860, c'&#233;tait le t&#233;l&#233;gramme de la Caroline du Sud : &#171; La s&#233;cession est consid&#233;r&#233;e ici comme un fait accompli. &#187; Le 10 novembre, l'Assembl&#233;e l&#233;gislative de G&#233;orgie mit en chantier ses plans de s&#233;cession, et le 15 novembre une session sp&#233;ciale d&#233; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative du Mississippi &#233;tait convoqu&#233;e pour d&#233;battre de la s&#233;cession. A vrai dire, la victoire de Lincoln elle-m&#234;me n'&#233;tait que le r&#233;sultat d'une scission dans le camp d&#233;mocrate. Durant la bataille &#233;lectorale, les d&#233;mocrates du Nord avaient concentr&#233; leurs voix sur Douglas, et ceux du Sud sur Breckinridge, et cet &#233;parpillement des voix d&#233;mocrates permit la victoire du Parti r&#233;publicain. D'o&#249; provient, d'une part, la sup&#233;riorit&#233; du Parti r&#233;publicain dans le Nord , et, d'autre part, la division au sein du Parti d&#233;mocrate, dont les membres, au Nord et au Sud, op&#233;raient de concert depuis plus d'un demi-si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidence de Buchanan repr&#233;senta le point culminant de la domination sur l'Union que le Sud avait fini par usurper gr&#226;ce &#224; son alliance avec les d&#233;mocrates du Nord. Le dernier Congr&#232;s continental de 1787 et le premier Congr&#232;s constitutionnel de 1789-1790 avaient l&#233;galement banni l'esclavage de tous les territoires de la R&#233;publique au nord-ouest de l'Ohio. (Comme on le sait, les territoires sont les noms donn&#233;s aux colonies situ&#233;es &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des &#201;tats-Unis, tant qu'elles n'ont pas atteint le niveau de population constitutionnellement prescrit pour la formation d'&#201;tats autonomes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compromis dit du Missouri (1820) [5], &#224; la suite duquel le Missouri est entr&#233; dans les rangs des &#201;tats-Unis en tant qu'&#201;tat esclavagiste, exclut l'esclavage de tout le territoire au-del&#224; du 360&#176; 30' de latitude nord, et &#224; l'ouest du Missouri. Ce compromis fit avancer la zone de l'esclavage de plusieurs degr&#233;s de longitude, tandis que par ailleurs on assignait des limites g&#233;ographiques tr&#232;s pr&#233;cises &#224; sa propagation future. Cette barri&#232;re g&#233;ographique fut &#224; son tour renvers&#233;e en 1854 par ce que l'on appelle le Kansas-Nebraska bill [6], dont. le promoteur fut Stephen A. Douglas, alors leader de la d&#233;mocratie du Nord. Le bill adopt&#233; par les deux chambres du Congr&#232;s abolit le compromis du Missouri, pla&#231;a sur le m&#234;me pied esclavage et libert&#233;, ordonna au gouvernement de l'Union de les traiter avec la m&#234;me indiff&#233;rence, et laissa &#224; la souverainet&#233; populaire le soin de d&#233;cider s'il fallait ou non introduire l'esclavage dans un territoire. Ainsi, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis, on abolissait toute limitation g&#233;ographique et l&#233;gale &#224; l'extension de l'esclavage dans les territoires. De par cette nouvelle l&#233;gislation, tout le territoire, jusque-l&#224; libre du Nouveau-Mexique et cinq fois plus grand que l'&#201;tat de New York, fut transform&#233; en pays d'esclavage, et la zone esclavagiste fut prolong&#233;e, de la fronti&#232;re de la R&#233;publique mexicaine, jusqu'au 381&#176; de latitude nord. En 1859, le Nouveau-Mexique fut dot&#233; d'un Code de l'esclavage qui rivalisait de barbarie avec les l&#233;gislations du Texas et de l'Alabama. Cependant, comme le recensement de 1860 l'indique, le Nouveau-Mexique compte &#224; peine une cinquantaine d'esclaves sur environ cent mille habitants. Il a donc suffit au Sud d'envoyer au-del&#224; de la fronti&#232;re une poign&#233;e d'aventuriers avec quelques esclaves pour rassembler, avec l'aide du gouvernement central de Washington, de ses fonctionnaires et fournisseurs du Nouveau-Mexique, un semblant de repr&#233;sentation populaire en vue d'octroyer &#224; ce territoire l'esclavage et d'imposer partout la domination des esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette m&#233;thode commode ne s'av&#233;ra pas efficace dans les autres territoires. C'est pourquoi, le Sud fit un pas de plus, et le Congr&#232;s en appela &#224; la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis. Cette cour, compos&#233;e de neuf juges, dont cinq appartenant au Sud, &#233;tait depuis longtemps l'instrument le plus docile des esclavagistes. Elle d&#233;cida, en 1857, dans le m&#233;morable cas Dred Scott [7], que chaque citoyen am&#233;ricain avait le droit d'emporter avec lui sur n'importe quel territoire toute propri&#233;t&#233; reconnue par la Constitution. Or, la Constitution reconnaissait la propri&#233;t&#233; d'esclaves ; on obligea ainsi le gouvernement de l'Union &#224; prot&#233;ger cette propri&#233;t&#233;. En cons&#233;quence, sur une base constitutionnelle, les esclaves pouvaient &#234;tre contraints par leurs ma&#238;tres &#224; travailler dans tous les territoires, et il &#233;tait loisible &#224; chaque, esclavagiste en particulier d'introduire l'esclavage - m&#234;me contre la volont&#233; de la majorit&#233; des colons - dans tous les territoires libres jusque-l&#224;. On d&#233;nia ainsi aux assembl&#233;es l&#233;gislatives locales le droit d'interdire l'esclavage, et on imposa au Congr&#232;s et au gouvernement de l'Union le devoir de favoriser les promoteurs de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le compromis du Missouri de 1820 avait &#233;tendu la limite g&#233;ographique de l'esclavagisme dans les territoires, si le Kansas-Nebraska bill de 1854 avait effac&#233; toute fronti&#232;re g&#233;ographique et l'avait remplac&#233;e par une barri&#232;re politique - la volont&#233; de la majorit&#233; des colons - la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis, par sa d&#233;cision de 1857, abattait toute entrave politique et transformait tous les territoires de la R&#233;publique, pr&#233;sents et futurs, de libres &#201;tats en serres chaudes de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, sous le gouvernement de Buchanan, on aggrava en 1850 la l&#233;gislation sur l'extradition des esclaves en fuite ; et on l'appliqua impitoyablement dans les &#201;tats du Nord [8]. Il apparut que le vocation constitutionnelle du Nord &#233;tait de rattraper les esclaves pour les ma&#238;tres du Sud. D'autre part, en vue de freiner autant que possible la colonisation des territoires par de libres colons, le parti esclavagiste mit en &#233;chec toute la l&#233;gislation sur la libert&#233; du sol, c'est-&#224;-dire les r&#232;glements assurant aux colons une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de terres d'&#201;tat libres de charges [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique int&#233;rieure aussi bien qu'ext&#233;rieure des &#201;tats-Unis se mit au service des esclavagistes. De fait, Buchanan avait acc&#233;d&#233; &#224; la dignit&#233; pr&#233;sidentielle gr&#226;ce au manifeste d'Ostende, o&#249; il proclamait que l'acquisition de Cuba, soit &#224; titre on&#233;reux soit par la force des armes, &#233;tait la grande t&#226;che de la politique nationale [10]. Sous son gouvernement, le Nord du Mexique fut d&#233;j&#224; distribu&#233; aux sp&#233;culateurs fonciers am&#233;ricains, qui attendaient avec impatience le signal pour envahir Chihuahua, Coahuila et Sonora [11]. Les continuelles exp&#233;ditions de pirates et de flibustiers contre les &#201;tats d'Am&#233;rique centrale [12] &#233;taient dirig&#233;es, s'il vous pla&#238;t, de la Maison-Blanche de Washington. En liaison intime avec cette politique ext&#233;rieure, qui se proposait ouvertement de conqu&#233;rir des territoires nouveaux afin d'y introduire l'esclavage et la domination des esclavagistes, se situait la r&#233;ouverture du commerce des esclaves secr&#232;tement appuy&#233;e par le gouvernement de l'Union [13]. Stephen A. Douglas lui-m&#234;me d&#233;clara le 20 ao&#251;t 1859 au S&#233;nat am&#233;ricain : &#171; L'an dernier, nous avons import&#233; plus de n&#232;gres d'Afrique que jamais auparavant au cours d'une ann&#233;e, m&#234;me &#224; l'&#233;poque o&#249; le commerce des esclaves &#233;tait encore l&#233;gal. Le nombre des esclaves import&#233;s l'ann&#233;e derni&#232;re se serait &#233;lev&#233; &#224; quinze mille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propagation par la force arm&#233;e de l'esclavage &#224; l'ext&#233;rieur, tel &#233;tait le but avou&#233; de la politique nationale. De fait, l'Union &#233;tait devenue l'esclave des trois cent mille esclavagistes, qui dominaient le. Sud. Ce r&#233;sultat d&#233;coulait d'une s&#233;rie de compromis que le Sud devait &#224; son alliance avec les d&#233;mocrates du Nord. Toutes les tentatives renouvel&#233;es p&#233;riodiquement, depuis 1817, pour r&#233;sister aux empi&#233;tements croissants des esclavagistes &#233;chou&#232;rent devant cette alliance. Enfin, ce fut le tournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que fut vot&#233; le Kansas-Nebraska bill qui effa&#231;ait la ligne fronti&#232;re de l'esclavage et en soumettait l'application &#224; la volont&#233; des colons dans les territoires nouveaux, les &#233;missaires arm&#233;s des esclavagistes - voyous des r&#233;gions fronti&#232;res du Missouri et de l'Arkansas - se pr&#233;cipit&#232;rent sur le Kansas, le couteau de chasse dans une main et le revolver dans l'autre, afin d'en chasser les colons et les traitant avec une cruaut&#233; sans nom. Ces raids de brigandage trouvaient appui aupr&#232;s du gouvernement central de Washington. D'o&#249; l'immense r&#233;action. Dans tout le nord, et notamment dans le nord-ouest, il se forma une organisation auxiliaire pour apporter au Kansas un soutien en hommes, armes et argent [14]. De cette organisation auxiliaire, naquit le Parti r&#233;publicain, qui doit donc son existence &#224; la lutte pour d&#233;fendre le Kansas. Apr&#232;s l'&#233;chec de la tentative pour transformer par la force le Kansas en un territoire &#224; esclaves, le Sud s'effor&#231;a d'aboutir au m&#234;me r&#233;sultat au moyen d'intrigues politiques. Le gouvernement de Buchanan, en particulier, mit tout en oeuvre pour rel&#233;guer le Kansas parmi les &#201;tats esclavagistes des &#201;tats-Unis, en lui imposant une constitution pro-esclavagiste. D'o&#249; une lutte nouvelle, conduite cette fois pour l'essentiel au Congr&#232;s de Washington. M&#234;me Stephen A. Douglas, le chef des d&#233;mocrates du Nord intervint alors (1857-1858) contre le gouvernement et ses alli&#233;s du Sud, parce que l'octroi d'une constitution esclavagiste contredisait le principe de la souverainet&#233; des colons garantie par le Nebraska bill de 1854. Douglas, s&#233;nateur de l'Illinois, un &#201;tat du nord-ouest, e&#251;t naturellement perdu toute son influence, s'il avait voulu conc&#233;der au Sud le droit de d&#233;poss&#233;der, par la force des armes ou par des actes du Congr&#232;s, les territoires colonis&#233;s par le Nord [15]. Apr&#232;s avoir cr&#233;&#233; le Parti r&#233;publicain, la lutte pour le Kansas provoquait maintenant la premi&#232;re scission au sein du Parti d&#233;mocrate lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti r&#233;publicain se donna une premi&#232;re plate-forme, &#224; l'occasion des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1856. Bien que son candidat - John Fr&#233;mont - ne f&#251;t pas victorieux, le nombre consid&#233;rable de voix qu'il remporta prouva en tout cas que le parti croissait rapidement notamment au nord-ouest [16]. Lors de leur seconde Convention nationale pour les &#233;lections pr&#233;sidentielles (17 mai 1860), les r&#233;publicains enrichirent leur programme de 1856 de quelques additions seulement. Il contenait essentiellement les points suivants : il ne faut plus c&#233;der le moindre pouce de terrain aux esclavagistes ; il faut que cesse la politique de banditisme vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur ; il faut stigmatiser la r&#233;ouverture du commerce des esclaves ; enfin, il faut &#233;dicter des lois sur la libert&#233; de la terre, afin de promouvoir la libre colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point d&#233;cisif et vital de ce programme &#233;tait qu'on ne c&#233;derait plus un pouce de terrain nouveau &#224; l'esclavagisme ; au contraire on devait le tenir cantonn&#233; dans les limites des &#201;tats o&#249; il subsistait d&#233;j&#224; l&#233;galement [17]. Ainsi, l'esclavage devait-il formellement &#234;tre confin&#233;. Or, l'extension progressive du territoire et du domaine de l'esclavagisme au-del&#224; de leurs limites anciennes est une loi vitale pour les &#201;tats esclavagistes de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture des articles d'exportation du sud - coton, tabac, sucre, etc. - pratiqu&#233;e par les esclaves, est r&#233;mun&#233;ratrice, aussi longtemps seulement qu'elle s'effectue avec de larges apports d'esclaves, sur une vaste &#233;chelle et d'immenses espaces de terres naturellement fertiles, qui n'exigent qu'un travail simple. La culture intensive qui ne d&#233;pend pas tant de la fertilit&#233; du sol que des placements de capitaux, de l'intelligence et de l'&#233;nergie du travailleur, est contraire &#224; la nature de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; une rapide transformation d'&#201;tats, tels que le Maryland et la Virginie, qui utilisaient autrefois des esclaves pour produire des articles d'exportation, en &#201;tats qui &#233;l&#232;vent des esclaves pour les exporter ensuite vers les &#201;tats situ&#233;s plus au sud. M&#234;me en Caroline du Sud, o&#249; les esclaves repr&#233;sentent les quatre-septi&#232;mes de la population, la production de coton est rest&#233;e enti&#232;rement stationnaire depuis des ann&#233;es du fait de l'&#233;puisement du sol. Et effectivement, de par la seule force des choses, la Caroline du Sud s'est d&#233;j&#224; partiellement transform&#233;e en un &#201;tat d'&#233;levage des esclaves, puisque chaque ann&#233;e elle vend d&#233;j&#224; pour quatre millions de dollars d'esclaves aux &#201;tats de l'extr&#234;me sud et du sud-ouest. Sit&#244;t que ce point est atteint, il devient indispensable d'acqu&#233;rir des territoires nouveaux pour qu'une partie des ma&#238;tres d'esclaves occupent de nouvelles bandes de terres fertiles, la partie abandonn&#233;e derri&#232;re eux se transformant en territoire d'&#233;levage d'esclaves destin&#233;s &#224; la vente sur le march&#233;. Il ne fait donc aucun doute que, sans l'acquisition de la Louisiane, du Missouri et de l'Arkansas par les &#201;tats-Unis, l'esclavage se serait &#233;teint depuis longtemps en Virginie et au Maryland. Au Congr&#232;s s&#233;cessionniste de Montgomery, l'un des porte-parole du Sud - le s&#233;nateur Toombs - a formul&#233; d'une mani&#232;re frappante la loi &#233;conomique qui commande l'extension continuelle du territoire de l'esclavage : &#171; Si d'ici quinze ans nous ne b&#233;n&#233;ficions pas d'un immense accroissement des terres &#224; esclaves, nous devrons permettre aux esclaves de fuir de chez les Blancs, &#224; moins que les Blancs ne fuient devant les esclaves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le sait, les mandats des. diff&#233;rents &#201;tats &#224; la Chambre des repr&#233;sentants du Congr&#232;s d&#233;pendent du nombre d'habitants de leur population respective. Comme la population des &#201;tats libres cro&#238;t infiniment plus vite que celle des &#201;tats esclavagistes, le nombre des repr&#233;sentants du Nord doit bient&#244;t d&#233;passer de loin celui des repr&#233;sentants. du Sud. Le v&#233;ritable si&#232;ge de la puissance politique du Sud se d&#233;place toujours plus vers le S&#233;nat am&#233;ricain, o&#249; chaque &#201;tat - que sa population soit forte ou faible - dispose de deux postes de s&#233;nateurs. Pour maintenir son influence au S&#233;nat et, par ce truchement, son h&#233;g&#233;monie sur les &#201;tats-Unis, le Sud a donc besoin de cr&#233;er sans cesse de nouveaux &#201;tats esclavagistes. Or, de n'est possible qu'en gagnant des pays &#233;trangers - le Texas par exemple - ou en transformant les territoires appartenant aux &#201;tats-Unis, d'abord en territoires &#224; esclaves, puis en &#201;tats esclavagistes, comme c'est le cas du Missouri, de l'Arkansas, etc. John Calhoun - adul&#233; par les esclavagistes et consid&#233;r&#233; comme leur homme d'&#201;tat par excellence - d&#233;clarait d&#233;j&#224; le 19 f&#233;vrier 1847 au S&#233;nat, que seule cette Chambre mettait la balance du pouvoir aux mains du Sud, que, l'extension du territoire esclavagiste &#233;tait indispensable pour pr&#233;server cet &#233;quilibre entre le Sud et le Nord au S&#233;nat, et que les tentatives de cr&#233;ation par la force de nouveaux &#201;tats esclavagistes se justifiaient donc pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le nombre des actuels, esclavagistes dans le sud de l'Union atteint &#224; peine trois cent mille, soit une oligarchie tr&#232;s mince &#224; laquelle font face des millions de &#171; pauvres Blancs &#187; (poor Whites), dont la masse cro&#238;t sans cesse en raison de la concentration de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, et dont les conditions ne sont comparables qu'&#224; celles des pl&#233;b&#233;iens romains &#224; l'&#233;poque du d&#233;clin extr&#234;me de Rome. C'est seulement par l'acquisition - ou la perspective d'acquisition - de territoires nouveaux, ou par des exp&#233;ditions de flibusterie qu'il est possible d'accorder les int&#233;r&#234;ts de ces &#171; pauvres Blancs &#187; &#224; ceux des esclavagistes, et de donner &#224; leur turbulent besoin d'activit&#233; une direction qui ne soit pas dangereuse, puisqu'elle fait miroiter &#224; leurs yeux l'espoir qu'ils peuvent devenir un jour eux-m&#234;mes des propri&#233;taires d'esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un strict confinement de l'esclavage dans son ancien domaine devrait donc - de par les lois &#233;conomiques de l'esclavagisme - conduire &#224; son extinction progressive, puis - du point de vue politique - ruiner l'h&#233;g&#233;monie exerc&#233;e par les &#201;tats esclavagistes du Sud gr&#226;ce au S&#233;nat, et enfin exposer, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de leurs &#201;tats, l'oligarchie esclavagiste &#224; des dangers de plus en plus mena&#231;ants de la part des &#171; pauvres Blancs &#187;. Bref, les r&#233;publicains attaquaient &#224; la racine la domination des esclavagistes, en proclamant le principe qu'ils s'opposeraient par la loi &#224; toute extension future des territoires &#224; esclaves. La victoire &#233;lectorale des r&#233;publicains devait donc pousser &#224; la lutte ouverte entre le Nord et le Sud. Toutefois, cette victoire &#233;tait elle-m&#234;me conditionn&#233;e par la scission dans le camp d&#233;mocrate, ainsi que nous l'avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour le Kansas avait d&#233;j&#224; provoqu&#233; une coupure entre le Parti esclavagiste et ses alli&#233;s d&#233;mocrates du Nord. Lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1860, le m&#234;me conflit &#233;clatait sous une forme encore plus g&#233;n&#233;rale. Les d&#233;mocrates du Nord, avec leur candidat Douglas, firent d&#233;pendre l'introduction de l'esclavage dans les territoires de la volont&#233; de la majorit&#233; des colons. Le parti esclavagiste - avec son candidat Breckinridge - soutint que la Constitution des &#201;tats-Unis - comme la Cour supr&#234;me l'avait d&#233;clar&#233; - entra&#238;nait l&#233;galement l'esclavage dans son sillage ; en soi et pour soi, l'esclavage &#233;tait d&#233;j&#224; l&#233;gal sur tout le territoire et n'exigeait aucune naturalisation particuli&#232;re. Ainsi donc, tandis que les r&#233;publicains interdisaient tout &#233;largissement des territoires esclavagistes, le parti sudiste pr&#233;tendait que tous les territoires de la r&#233;publique &#233;taient ses domaines r&#233;serv&#233;s. Et, de fait, il tenta, par exemple au Kansas, d'imposer de force &#224; un territoire l'esclavage, gr&#226;ce au gouvernement central, contre la volont&#233; des colons. Bref, il faisait maintenant de l'esclavage la loi de tous les territoires de l'Union. Cependant, faire cette concession n'&#233;tait pas au pouvoir des chefs d&#233;mocrates : elle aurait simplement fait d&#233;serter leur arm&#233;e dans le camp r&#233;publicain. Au reste, la &#171; souverainet&#233; des colons &#187; &#224; la Douglas ne pouvait satisfaire le parti des esclavagistes. Ce qu'ils voulaient r&#233;aliser devait se faire dans les quatre ann&#233;es suivantes sous le nouveau pr&#233;sident et par le gouvernement central : aucun d&#233;lai n'&#233;tait permis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;chappait pas aux esclavagistes qu'une nouvelle puissance &#233;tait n&#233;e, le Nord-ouest, dont la population avait presque doubl&#233; de 1850 &#224; 1860 et qui &#233;tait maintenant sensiblement &#233;gale &#224; la population blanche des &#201;tats esclavagistes [18]. Or, cette puissance n'&#233;tait pas encline, de par ses traditions, son temp&#233;rament et son mode de vie, &#224; se laisser tra&#238;ner de compromis en compromis, comme l'avaient fait les vieux &#201;tats du nord-est. L'Union n'avait d'int&#233;r&#234;t pour le Sud que si elle lui donnait le pouvoir f&#233;d&#233;ral pour r&#233;aliser sa politique esclavagiste. Si ce n'&#233;tait plus le cas, il valait mieux rompre maintenant plut&#244;t que d'assister pendant encore quatre ans au d&#233;veloppement du Parti r&#233;publicain et &#224; l'essor du Nord-Ouest, pour engager la lutte sous des auspices plus d&#233;favorables. Le parti esclavagiste joua donc son va-tout. Lorsque les d&#233;mocrates du Nord refus&#232;rent de jouer plus longtemps le r&#244;le de &#171; pauvres Blancs &#187; du Sud, le Sud donna la victoire &#224; Lincoln en &#233;parpillant ses voix ; il tira ensuite l'&#233;p&#233;e, en prenant cette victoire pour pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, tout le mouvement reposait - et repose encore - sur la question des esclaves. Certes, il ne s'agit pas directement d'&#233;manciper - ou non - les esclaves au sein des &#201;tats esclavagistes existants ; il s'agit bien plut&#244;t de savoir si vingt millions d'hommes libres du Nord vont se laisser dominer plus longtemps par une oligarchie de trois cent mille esclavagistes, si les immenses territoires de la R&#233;publique serviront de serres chaudes au d&#233;veloppement d'&#201;tats libres ou d'&#201;tats esclavagistes, si, enfin, la politique nationale de l'Union aura pour devise la propagation arm&#233;e de l'esclavage au Mexique et en Am&#233;rique centrale et m&#233;ridionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre article, nous examinerons ce. que vaut l'assertion de la presse londonienne, selon laquelle le Nord devrait approuver la s&#233;cession comme la solution la plus favorable et au demeurant, la seule possible du conflit en cours [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Comme l'indiquent les deux notes pr&#233;c&#233;dentes, la d&#233;claration de Jackson relative au tarif servit de simple pr&#233;texte pour faire s&#233;cession. D&#232;s 1828, la Caroline du Sud fit une premi&#232;re offensive pour son annulation : ses assembl&#233;es nomm&#232;rent un comit&#233; de sept membres pour contester la constitutionnalit&#233; du tarif protectionniste de 1828. Ce comit&#233; mit au point, un rapport, r&#233;dig&#233; en fait par John C. Calhoun, alors vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis. Ce document, connu par la suite sous le nom de D&#233;claration de la Caroline du Sud, proclamait que la loi sur les tarifs de 1828 &#233;tait inconstitutionnelle et demandait au Congr&#232;s de l'annuler. Les Chambres donn&#232;rent leur accord &#224; ce projet qui fut ensuite envoy&#233; au S&#233;nat o&#249; il fut accept&#233; (f&#233;vrier 1829). Si la Caroline du Sud n'agita pas dans sa D&#233;claration de 1828 une action plus &#233;nergique (c'est-&#224;-dire proclamation publique du droit &#224; la s&#233;cession), c'est parce qu'elle croyait qu'on adopterait un tarif moins &#233;lev&#233; d&#232;s que le pr&#233;sident &#233;lu Jackson serait au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. Times du 27 avril 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Faneuil Hall, connu sous le nom de &#171; Berceau de la libert&#233; &#187; &#233;tait le lieu de rendez-vous des r&#233;volutionnaires de Boston au cours de la guerre d'Ind&#233;pendance. Un riche marchand, Peter Faneuil, en avait fait don &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans son discours inaugural, Lincoln d&#233;clara nettement qu'il &#233;tait d'avis que les populations pouvaient amender la Constitution si elles le d&#233;siraient : &#171; Sans recommander que l'on fasse des amendements, dit-il, je reconnais sans arri&#232;re-pens&#233;e que le peuple exerce pleinement le contr&#244;le sur toute cette question... Je me risquerais m&#234;me &#224; ajouter qu'&#224; mes yeux le syst&#232;me conventionnel est pr&#233;f&#233;rable, en cela m&#234;me qu'il permet au peuple de faire des amendements. &#187; Cf. A. Lincoln, Inaugural Address, March 4, 1861, reproduit dans : H. Greeley, The American Conflict, Hartford 1864, vol I. p. 425.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les suffrages exprim&#233;s lors de l'&#233;lection de 1860 se r&#233;partissent comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de voix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voix au colll&#232;ge &#233;lectoral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lincoln&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 866 452&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;180&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douglas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 376 957&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;112&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Breckinridge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;849 781&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bell&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;588 879&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi donc, si l'on ajoute les voix de Douglas &#224; celles de Breckinridge on obtient 360 286 de plus que celles de Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Compromis du Missouri marqua le d&#233;but d'une s&#233;rie de luttes politiques qui culmin&#232;rent dans la guerre de S&#233;cession. En 1820, le Sud esclavagiste se trouva dans une situation insolite. Le Nord libre avait d&#233;finitivement pris en main le contr&#244;le de la Chambre des repr&#233;sentants. Par cons&#233;quent, le Sud ne pouvait plus s'opposer &#224; l'&#233;laboration de lois favorables au Nord, ou de mesures dirig&#233;es contre le Sud, &#224; moins de dominer le S&#233;nat. Or, la majorit&#233; dans cette assembl&#233;e d&#233;pendait de l'entr&#233;e du Missouri en tant qu'&#201;tat esclavagiste. Pour emp&#234;cher le Sud d'avoir la majorit&#233; dans la Chambre Haute, le Nord demanda l'admission du Maine. A la suite de longs et violents d&#233;bats, les deux &#201;tats furent admis, maintenant ainsi l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat. De plus, le compromis du Missouri pr&#233;vit l'abolition de l'esclavage dans le territoire de la Louisiane situ&#233; au-del&#224; de la ligne du 360&#176; 30' de latitude nord. Ce compromis fut pratiquement annul&#233; en 1854 par l'adoption du Kansas-Nebraska bill.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravit&#233; de cette lutte au niveau parlementaire fut pleinement comprise &#224; l'&#233;poque. Le 7 f&#233;vrier 1820, Jefferson &#233;crivait &#224; Hugh Nelson au sujet de la question du Missouri : &#171; C'est la plus importante qui ait jamais menac&#233; notre Union. M&#234;me aux plus noirs moments de la guerre r&#233;volutionnaire, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; de craintes semblables &#224; celles que me cause cet incident. &#187; (Cf. T. Jefferson, Writings, ed. P. L. Ford, New York, 1899, vol. X, p. 156.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Kansas-Nebraska bill fut adopt&#233; en mai 1854 par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Il stipulait la cr&#233;ation de deux territoires, en supposant que le Nebraska entrerait comme &#201;tat libre dans l'Union, contrairement au Kansas. Ainsi les forces du Nord et du Sud seraient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es au S&#233;nat. En outre, cette loi, pr&#233;voyait l'annulation de la ligne s&#233;parant les &#201;tats libres des &#201;tats esclavagistes (compromis du Missouri). Les esclavagistes obtinrent ainsi ce qu'ils d&#233;siraient le plus ardemment : la reconnaissance que la zone de l'esclavagisme &#233;tait illimit&#233;e aux &#201;tats-Unis. Pour obtenir la sanction des d&#233;mocrates de l'Ouest, cette loi instaura la doctrine de la souverainet&#233; populaire dans chaque &#201;tat sur la question de l'introduction ou non de l'esclavage. Cette loi mena tout droit &#224; la guerre du Kansas, conflit qui servit lui-m&#234;me de prologue &#224; la guerre civile de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] L'esclave Dred Scott suivit son ma&#238;tre le Dr Emerson, dans le territoire de Louisiane situ&#233; au-dessus de la ligne du 360&#176; 30' o&#249;, l&#233;galement, l'esclavage &#233;tait interdit. Dred y v&#233;cut un certain nombre d'ann&#233;es, s'y maria et eut des enfants. Par la suite, les Scott furent ramen&#233;s dans l'&#201;tat esclavagiste du Missouri. A la mort de leur ma&#238;tre, ils furent vendus &#224; un New-Yorkais, Samford, &#224; qui ils firent un proc&#232;s pour obtenir leur libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire fut port&#233;e devant la Cour supr&#234;me qui &#233;tait non seulement en majeure partie compos&#233;e de sudistes, mais encore pr&#233;sid&#233;e par un sudiste, le juge Taney. En r&#233;digeant l'arr&#234;t pris par la majorit&#233;, ce dernier soutint que la Cour du Missouri n'avait pas pouvoir de juridiction dans cette affaire, puisque les Scott n'&#233;taient pas et ne pouvaient &#234;tre des citoyens au sens o&#249; l'entendait la Constitution. Qui plus est, le juge sauta sur l'occasion pour donner un arr&#234;t qui accordait aux esclavagistes ce qu'ils souhaitaient le plus : le droit de transf&#233;rer leurs biens meubles - esclaves y compris - dans n'importe quel territoire des &#201;tats-Unis, et d'y garder les esclaves m&#234;me si la l&#233;gislation de l'&#201;tat local ou du Congr&#232;s s'y opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La loi sur les esclaves en fuite, adopt&#233;e par le Congr&#232;s de 1850, compl&#233;tait la loi de 1793 sur l'extradition des esclaves en fuite. La loi de 1850 pr&#233;voyait en effet que tous les &#201;tats disposeraient de fonctionnaires charg&#233;s de livrer les esclaves fugitifs. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral devait employer tous les moyens dont il disposait pour reprendre possession des esclaves fugitifs, et il d&#233;niait aux esclaves le, droit d'&#234;tre jug&#233;s par un jury ou de t&#233;moigner pour leur d&#233;fense. Pour chaque Noir captur&#233; et renvoy&#233; &#224; l'esclavage, la r&#233;compense se montait &#224; dix dollars. La loi pr&#233;voyait une peine de mille dollars et six mois de prison pour quiconque s'opposait &#224; l'application de la loi. Les masses populaires furent exasp&#233;r&#233;es par cette loi, et le mouvement abolitionniste s'en trouva renforc&#233;. La loi devint pratiquement inapplicable au d&#233;but de la guerre civile, et fut abolie d&#233;finitivement en 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'attribution gratuite de parcelles de terre libres dans l'Ouest consid&#233;r&#233; comme domaine d'&#201;tat &#233;tait la revendication essentielle des free soilers, membres d'un parti abolitionniste fond&#233; en 1848 et demandant la libert&#233; des terres. Ces free soilers, qui &#233;taient tout naturellement en comp&#233;tition avec les esclavagistes dans la colonisation des territoires nouveaux devaient exiger l'interdiction de l'esclavage dans les r&#233;gions &#224; coloniser et l'annulation des ventes de terres aux gros propri&#233;taires et sp&#233;culateurs. Le Congr&#232;s et le gouvernement de Washington oppos&#232;rent une vive r&#233;sistance &#224; ces revendications. En 1854, une loi sur la libert&#233; du sol vint en discussion au S&#233;nat ; les d&#233;mocrates du Sud s'y oppos&#232;rent aussit&#244;t, parce qu'elle &#233;tait &#171; teint&#233;e &#187; d'abolitionnisme. Bien qu'ayant &#233;t&#233; adopt&#233;e par la Chambre des repr&#233;sentants, le S&#233;nat refusa de ratifier cette loi. Ce n'est qu'en 1860 qu'elle fut vot&#233;e avec cette restriction cependant : la terre n'&#233;tait pas attribu&#233;e gratuitement, mais contre paiement de vingt-cinq dollars par acre. Pourtant, le pr&#233;sident Buchanan lui opposa son veto. Ce n'est qu'en 1862, apr&#232;s la victoire r&#233;publicaine et la d&#233;faite des &#201;tats esclavagistes, que la loi fut d&#233;finitivement adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Pour s'assurer de nouveaux territoires &#224; esclaves, le Sud chercha &#224; s'agrandir non seulement en direction de l'ouest, mais encore du sud. Apr&#232;s avoir spoli&#233; le Mexique de certaines r&#233;gions, les esclavagistes se tourn&#232;rent vers l'Espagne, en vue d'acheter Cuba ou de s'en emparer par les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] De 1857 &#224; 1859, des capitalistes am&#233;ricains, sous la direction de Charles P. Stone, manifest&#232;rent un grand int&#233;r&#234;t pour les mines et les terres tr&#232;s fertiles de Sonora. Ils commenc&#232;rent par y installer des soci&#233;t&#233;s d'aide aux &#233;migrants : c'&#233;tait le premier pas vers l'annexion. La politique mexicaine du pr&#233;sident Buchanan servait parfaitement ces int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques particuliers. Aussit&#244;t apr&#232;s son entr&#233;e en fonction. Buchanan autorisa le paiement au Mexique d'une somme de douze &#224; quinze millions pour la Basse-Californie et une large portion de Sonora et de Chihuahua. En 1858, il recommanda au Congr&#232;s que le Gouvernement am&#233;ricain assum&#226;t un protectorat temporaire sur Sonora et Chihuahua et y &#233;tablisse des postes militaires. Dans son article sur l'Intervention au Mexique, Marx &#233;voque le fait que Palmerston expropria les cr&#233;anciers anglais de l'&#201;tat mexicain et fit c&#233;der le Texas aux esclavagistes nord-am&#233;ricains. Il &#233;claire ainsi les v&#233;ritables mobiles de l'exp&#233;dition au Mexique de 1860 et le contenu r&#233;el de la collusion imp&#233;rialiste entre les sudistes et l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Au cours des ann&#233;es 1850, les puissances esclavagistes ne convoitaient pas seulement Cuba, et le Nord du Mexique, mais encore l'Am&#233;rique centrale. Des exp&#233;ditions de flibustiers furent organis&#233;es notamment contre le Nicaragua pour en faire la base d'un immense empire esclavagiste. William Walker joua un r&#244;le essentiel dans cette entreprise. En 1855, il s'empara de Grenade ; les esclavagistes du Sud appuy&#232;rent sa proclamation instaurant et l&#233;galisant l'esclavage dans ces pays. Mais, l'aide des esclavagistes ne fut pas assez forte pour le maintenir contre la coalition des &#201;tats d'Am&#233;rique centrale. En 1857, Walker fut renvers&#233;, et ses tentatives ult&#233;rieures de reconqu&#234;te &#233;chou&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] La Constitution am&#233;ricaine de 1787 l&#233;galisa l'esclavage des Noirs dans les &#201;tats o&#249; il existait d&#233;j&#224; et y permit l'achat de Noirs dans d'autres &#201;tats. C'est en mars 1807 seulement que le Congr&#232;s interdit d'importer des esclaves d'Afrique ou d'autres &#201;tats, par une loi qui entra en vigueur le 1er janvier 1808 et pr&#233;voyait certaines mesures contre la traite des Noirs, et notamment la confiscation des navires et chargements transportant les Noirs. En fait, cette loi fut continuellement tourn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on l'a vu dans la note 10, le commerce des esclaves, quoique interdit d'une certaine mani&#232;re refleurit au cours des ann&#233;es 1850. Malgr&#233; les efforts de la Convention commerciale du Sud de 1859, la traite ne fut pas l&#233;galis&#233;e ; toutes les lois en ce sens &#233;chou&#232;rent m&#234;me en G&#233;orgie, Alabama, Louisiane et au Texas. L'&#233;chec en &#233;tait d&#251; en grande partie &#224; une contradiction au sein m&#234;me de la classe esclavagiste : les &#201;tats fronti&#232;res et orientaux qui pratiquaient l'&#233;levage des Noirs pour les vendre aux &#201;tats esclavagistes en expansion redoutaient la concurrence africaine et une d&#233;pression du prix des esclaves par suite d'une &#171; offre &#187; trop abondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Des organisations d'aide aux colons du Kansas furent cr&#233;&#233;es en 1854-1855 dans une s&#233;rie d'&#201;tat du Nord et du Nord-Ouest (Massachusetts, New York, Pennsylvanie, Ohio, Illinois, etc.). La premi&#232;re connut le jour en avril 1854 au Massachusetts. Ces organisations se proposaient de lutter contre l'expansion de l'esclavagisme et d'installer des petits, colons au Kansas. Elles s'occupaient du recrutement de colons, du soutien financier, du transport d'appareils agricoles au Kansas, du logement des colons et de leur approvisionnement. Enfin, elles envoy&#232;rent des armes au Kansas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce mouvement atteignit son apog&#233;e en &#233;t&#233; 1856 avec la guerre du Kansas. En juillet 1856, le Congr&#232;s de Buffalo d&#233;cida la cr&#233;ation d'un comit&#233; national d'aide au Kansas. Des divergences de vues emp&#234;ch&#232;rent d'organiser cette aide selon un plan unitaire. N&#233;anmoins, cette activit&#233; eut une grande influence sur l'opinion publique et contribua &#224; soutenir les forces qui cr&#233;eront le Parti r&#233;publicain. &#192; la fin de la guerre civile, cette organisation s'occupa de la colonisation de l'Or&#233;gon et de la Floride. Elle exista jusqu'en 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Ainsi, le 9 d&#233;cembre 1857, Douglas, sous la pression de ses &#233;lecteurs d&#233;clara au S&#233;nat : &#171; ... si cette constitution devait nous &#234;tre impos&#233;e de force, en violation aux principes fondamentaux de libre gouvernement, et d'une mani&#232;re qui serait un simulacre et une insulte, je r&#233;sisterais jusqu'au bout... Je tiens au-grand principe de la souverainet&#233; populaire... et je m'efforcerai de le d&#233;fendre contre les assauts de quiconque, &#187; CI. S. A. Douglas, Speech on the President's Message delivered in the Senate of the United States, December 9, 1857, Washington 1857, P. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Sur les 1 341 264 voix obtenues par Fr&#233;mont en 1856, 559 864 provenaient des &#201;tats du Nord-Ouest (Ohio, Michigan, Indiana, Illinois, Wisconsin et Iowa), soit 41,7 % du total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] &#192; cet &#233;gard, la plate-forme r&#233;publicaine de 1860 affirmait : &#171; La condition normale sur tout le territoire des &#201;tats-Unis est celle de la libert&#233; ; nos anc&#234;tres r&#233;publicains, lorsqu'ils ont aboli l'esclavage sur tout notre territoire national, ont ordonn&#233; que personne ne puisse sans proc&#232;s l&#233;gal et jug&#233;, &#234;tre d&#233;pouill&#233; de sa vie, de sa libert&#233; ou de sa propri&#233;t&#233;. Il est donc de notre devoir... de maintenir ces stipulations de la Constitution contre toute les tentatives de violation. Nous d&#233;nions au Congr&#232;s, aux assembl&#233;es locales ou &#224; quiconque le droit de donner une existence l&#233;gale &#224; l'esclavage en quelque territoire que ce soit des &#201;tats-Unis. &#187; Cf. E. Stanwood, History of Presidential Elections, Boston 1888, pp. 220-230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] En 1860, les sept &#201;tats du Nord-Ouest (Indiana, Illinois, Iowa, Michigan, Minnesota, Ohio et Wisconsin) avaient une population de 7 773 820 habitants, tandis que la population blanche des quinze &#201;tats esclavagistes du Sud s'&#233;levait &#224; 8 036 940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] On trouvera cet article dans la partie militaire, sous le titre : &#171; La guerre civile aux &#201;tats-Unis &#187;, in Die Presse, 7 novembre 1861, pp. 76-88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE DU COTON&lt;br class='autobr' /&gt;
New York Daily Tribune, 14 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 21 septembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La continuelle hausse de prix du coton brut commence &#224; avoir des effets s&#233;rieux sur l'industrie cotonni&#232;re, dont la consommation a diminu&#233; maintenant de vingt-cinq pour cent par rapport &#224; la normale. Ce r&#233;sultat signifie que le taux de production diminue quotidiennement, que les fabriques ne travaillent que trois ou quatre jours par semaine et qu'une partie des machines a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, soit dans les entreprises qui pratiquent la journ&#233;e de travail raccourcie, soit dans celles qui jusqu'ici travaillaient &#224; plein temps, mais sont ferm&#233;es temporairement. Dans certaines localit&#233;s, par exemple &#224; Blackburn, la journ&#233;e de travail raccourcie s'accompagne d'une r&#233;duction de salaires. Quoi qu'il en soit, la tendance &#224; diminuer la journ&#233;e de travail n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts, et nous pouvons pr&#233;dire avec certitude que d'ici quelques semaines on passera, dans cette branche de production tout enti&#232;re, aux trois jours de travail par semaine, en m&#234;me temps qu'on arr&#234;tera une grande partie des machines dans la plupart des entreprises. En g&#233;n&#233;ral, les fabricants et n&#233;gociants anglais n'ont pris connaissance que fort lentement et avec r&#233;ticence de l'&#233;tat pr&#233;caire de leur approvisionnement en coton. Ils disaient : &#171; Toute la derni&#232;re r&#233;colte am&#233;ricaine a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; achemin&#233;e vers l'Europe depuis longtemps. Le travail pour la nouvelle r&#233;colte vient tout juste de commencer. Nous n'aurions pas pu obtenir une balle de coton de plus, m&#234;me si nous n'avions pas entendu parler de guerre et de blocus. La saison de. la navigation ne commence pas avant fin novembre, et il faut g&#233;n&#233;ralement attendre fin d&#233;cembre pour qu'aient lieu de larges exportations. Jusque-l&#224;, il est sans grande importance que le coton reste dans les plantations ou qu'il soit achemin&#233; vers les ports sit&#244;t qu'il est mis en balles. Si le blocus s'arr&#234;te &#224; un moment quelconque avant la fin de l'ann&#233;e, nous serons certainement approvisionn&#233;s normalement en coton en mars ou avril, comme si le blocus n'avait pas exist&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tr&#233;fonds de leur &#226;me de boutiquier, les fabricants nourrissaient l'espoir qu'avant la fin de l'ann&#233;e toute la crise am&#233;ricaine serait termin&#233;e et le blocus avec elle, ou bien que lord Palmerston forcerait le blocus par la violence. Cependant, on a plus ou moins abandonn&#233; cette derni&#232;re id&#233;e, lorsqu'on s'est aper&#231;u &#224; Manchester, entre autres circonstances,- que si le Gouvernement britannique prenait l'offensive sans y avoir &#233;t&#233; provoqu&#233;, il se heurterait &#224; la force unie de deux gigantesques groupes d'int&#233;r&#234;ts, &#224; savoir les capitalistes de la finance qui ont investi un &#233;norme capital dans les entreprises industrielles d'Am&#233;rique du Nord, et les marchands de c&#233;r&#233;ales qui trouvent en Am&#233;rique du Nord leur principale source d'approvisionnement. L'espoir que le blocus serait lev&#233; &#224; temps pour satisfaire les exigences de Liverpool et de Manchester ou que la guerre am&#233;ricaine s'ach&#232;verait par un compromis avec les s&#233;cessionnistes a fait place &#224; un ph&#233;nom&#232;ne inconnu jusqu'ici sur le march&#233; cotonnier anglais, &#224; savoir les op&#233;rations cotonni&#232;res am&#233;ricaines &#224; Liverpool, qui se manifestent soit par des sp&#233;culations, soit par des r&#233;exp&#233;ditions en Am&#233;rique. En cons&#233;quence, le march&#233; cotonnier de Liverpool connaissait une agitation f&#233;brile au cours des deux derni&#232;res semaines, les placements sp&#233;culatifs de capitaux des n&#233;gociants de Liverpool &#233;tant soutenus par les placements sp&#233;culatifs de capitaux des fabricants de Manchester et d'ailleurs, qui cherchaient &#224; s'approvisionner en r&#233;serves de mati&#232;res premi&#232;res pour l'hiver. On constate quelle est, en gros, l'ampleur de ces transactions dans le fait qu'une partie consid&#233;rable des hangars de stockage de Manchester sont d&#233;j&#224; bourr&#233;s de ces r&#233;serves et qu'au cours de la semaine du 15 au 22 septembre la vari&#233;t&#233; du coton de qualit&#233; moyenne est mont&#233;e de trois huiti&#232;mes de dollar par livre et la vari&#233;t&#233; la meilleure de cinq huiti&#232;mes de dollar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre am&#233;ricaine, le prix du coton n'a cess&#233; de monter, cependant que le d&#233;s&#233;quilibre fatal entre le prix des mati&#232;res premi&#232;res et celui du fil et du tissu ne devint manifeste qu'au cours des derni&#232;res semaines d'ao&#251;t. Jusque-l&#224;, chaque hausse s&#233;rieuse du prix du coton manufactur&#233; qui devait r&#233;sulter de la diminution consid&#233;rable de l'offre am&#233;ricaine, &#233;tait compens&#233;e par une augmentation des r&#233;serves stock&#233;es en premi&#232;re main et par des consignations sp&#233;culatives vers la Chine et l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ces march&#233;s asiatiques furent bient&#244;t engorg&#233;s. Ainsi, le Calcutta Price Current du 7 ao&#251;t 1861 &#233;crit : &#171; Les r&#233;serves en stock s'accumulent ; depuis notre derni&#232;re parution, les arrivages n'atteignent pas moins de vingt-quatre millions de yards de coton lisse. Les rapports en provenance de la m&#233;tropole nous apprennent que les approvisionnements par bateaux vont se poursuivre bien au-del&#224; de nos besoins. Tant que cela durera, nous ne pourrons esp&#233;rer d'am&#233;lioration... Le. march&#233; de Bombay est, lui aussi, largement satur&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres circonstances contribu&#232;rent aussi &#224; la contraction du march&#233; indien. La derni&#232;re famine dans les provinces du nord-ouest fut suivie des ravages du chol&#233;ra, tandis que dans tout le Bengale inf&#233;rieur les chutes de pluie ininterrompues endommag&#232;rent gravement la r&#233;colte de riz. Des lettres de Calcutta, arriv&#233;es cette semaine en Angleterre, nous apprennent que les ventes donn&#232;rent le prix net de neuf dollars et quart par livre de fil n&#176; 40, alors qu'on ne le trouve pas &#224; moins de onze dollars et trois huiti&#232;mes &#224; Manchester ; de m&#234;me, les ventes de toile de quarante pouces marqu&#232;rent par pi&#232;ce des pertes de sept dollars et demi, neuf dollars et douze dollars, par rapport aux prix pratiqu&#233;s &#224; Manchester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me sur le march&#233; chinois, on assiste &#224; une d&#233;pression des prix due &#224; l'accumulation des stocks de marchandises import&#233;es. Dans ces conditions et la demande de coton manufactur&#233;, britannique diminuant, les prix ne peuvent, certes, aller de pair avec l'augmentation croissante des prix du coton brut ; au contraire, dans de nombreux cas, le filage, le tissage et l'impression du coton cessent de payer les frais de production. Prenons par exemple le cas suivant que nous communique l'un des plus grands fabricants de Manchester, pour ce qui concerne le filage brut :&lt;br class='autobr' /&gt;
17 sept. 1860 : Par livre : Marge de vente : Co&#251;t du filage par livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#251;ts du coton : 6 1/4 d. 4 d. 3 d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trame 16 vendue pour : 10 1/4 d. &#8212; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Profit : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 d. par livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
17 sept. 1861 : Par livre : Marge de vente : Co&#251;t du filage par livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#251;ts du coton : 9 d. 2 d. 3 1/2 d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trame 16 vendue pour : 11 d. &#8212; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Perte : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 1/2 d. par livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation de coton indien augmente rapidement Si les prix continuent de monter, les approvisionnements indiens augmenteront. Cependant, il est impossible de changer, en quelques mois, toutes les conditions de production et de modifier le cours des &#233;changes commerciaux. L'Angleterre est ainsi en train de payer tr&#232;s cher sa longue et odieuse administration du vaste empire indien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux obstacles auxquels se heurteront ses tentatives de remplacer le coton am&#233;ricain par l'indien, sont le manque de moyens de transport et de communication sur tout le territoire indien, et la situation mis&#233;rable du paysan indien, qui le rend inapte &#224; exploiter les conditions favorables. Les Anglais eux-m&#234;mes sont &#224; l'origine de ces deux difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie moderne de l'Angleterre repose en g&#233;n&#233;ral sur deux axes &#233;galement mis&#233;rables. L'un est la pomme de terre, qui &#233;tait le seul moyen d'alimentation de la population irlandaise et d'une grande partie de la classe ouvri&#232;re anglaise. Cet axe se brisa, lors de la maladie de la pomme de terre et de la catastrophe qui en r&#233;sulta pour l'Irlande [1]. Il faut trouver maintenant une base plus large pour la reproduction et la conservation de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second axe de l'industrie anglaise &#233;tait le coton cultiv&#233; par les esclaves des &#201;tats-Unis. L'actuelle crise am&#233;ricaine force l'industrie anglaise &#224; &#233;largir le champ de son approvisionnement et &#224; lib&#233;rer le coton des oligarchies productrices et consommatrices d'esclaves. Aussi longtemps que les fabricants de coton anglais d&#233;pendaient du coton cultiv&#233; par des esclaves, on pouvait affirmer en v&#233;rit&#233; qu'ils s'appuyaient sur un double esclavage : l'esclavage indirect de l'homme blanc en Angleterre, et l'esclavage direct de l'homme noir de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Marx fait allusion ici &#224; la disette de pommes de terre en 1845-1847. A la suite de cette catastrophe, les petits tenanciers irlandais, incapables de payer les m&#233;tayages, furent chass&#233;s en masse par leurs propri&#233;taires. La col&#232;re paysanne &#233;clata lors de la r&#233;volte de 1848. La r&#233;pression de ce soul&#232;vement entra&#238;na une &#233;migration massive vers les &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le IV&#176; chapitre in&#233;dit du Capital, Marx montre que cette &#233;migration a eu un double effet : en Angleterre, la production augmenta beaucoup plus vite que la population ; l'Am&#233;rique b&#233;n&#233;ficia d'une force vitale qui lui permit de d&#233;passer bient&#244;t l'Angleterre. Dans le Capital, Marx affirme que le capitalisme est un mode de production social historiquement transitoire. &#192; l'exemple de son mod&#232;le anglais, il d&#233;montre donc que le capital na&#238;t, se d&#233;veloppe, d&#233;cline et meurt. Cette loi, Marx l'illustre, dans le VI&#176; chapitre, par l'&#233;migration irlandaise, qui suscite la cr&#233;ation d'un rival capitaliste en Am&#233;rique, et marque le d&#233;clin du capital anglais dans le monde : &#171; La population irlandaise a baiss&#233; de huit &#224; cinq millions et demi environ, au cours de ces quinze derni&#232;res ann&#233;es. Toutefois la production de b&#233;tail s'est quelque peu accrue, et lord Dufferin qui veut convertir l'Irlande en un simple p&#226;turage &#224; moutons, se trouve confirm&#233; dans ses vues lorsqu'il affirme que les Irlandais sont encore trop nombreux. En attendant, ils ne transportent pas seulement leurs os en Am&#233;rique, mais encore leur chair : leur vengeance sera terrible outre-Atlantique. &#187; (Pages &#233;parses). Marx citait l'impr&#233;cation de Didon mourante de Virgile (En&#233;ide) : Exoriare nostris ex ossibus ultor (Qu'un vengeur naisse un jour de nos cendres). Marx notait &#233;galement que l'&#233;migration des capitaux vers les colonies et l'Am&#233;rique eu &#233;gard au fonds annuel d'accumulation d&#233;passait nettement le nombre des &#233;migr&#233;s eu &#233;gard &#224; l'augmentation annuelle de la population : l'imp&#233;rialisme anglais creusait sa propre tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LA CRISE EN ANGLETERRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 6 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il y a quinze ans, l'Angleterre est maintenant confront&#233;e &#224; une crise &#233;conomique, qui menace d'attaquer &#224; la racine tout son syst&#232;me &#233;conomique. Comme on sait, la pomme de terre repr&#233;sentait la nourriture exclusive de l'Irlande et d'une partie consid&#233;rable de la classe ouvri&#232;re anglaise, lorsque la maladie de la pomme de terre de 1845 et de 1846 frappa de consomption la racine de vie irlandaise. Les r&#233;sultats de cette grande catastrophe sont connus. La population irlandaise diminua de deux millions, dont une moiti&#233; p&#233;rit de faim et l'autre s'enfuit de l'autre c&#244;t&#233; de l'oc&#233;an Atlantique. En m&#234;me temps, cet affreux malheur contribua &#224; la victoire du parti libre-&#233;changiste anglais ; l'aristocratie fonci&#232;re anglaise fut contrainte de c&#233;der l'un de ses monopoles les plus lucratifs, et l'abolition des lois c&#233;r&#233;ali&#232;res assura une base plus large et plus saine &#224; la reproduction et &#224; la vie de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coton est pour la branche d'industrie dominante de la Grande-Bretagne ce que la pomme de terre a &#233;t&#233; pour l'agriculture irlandaise. La subsistance d'une masse de population plus grande que celle de l'&#201;cosse tout enti&#232;re, ou &#233;gale aux deux tiers de l'actuelle population d'Irlande, d&#233;pend du travail de transformation du coton. En effet, d'apr&#232;s le recensement de 1861, la population de l'&#201;cosse s'&#233;l&#232;ve &#224; 3 061 117 habitants, celle de l'Irlande &#224; 5 764 543, tandis que plus de quatre millions de personnes vivent directement ou indirectement de l'industrie cotonni&#232;re en Angleterre et en &#201;cosse. Cette fois, ce n'est certes pas le plant de coton qui est malade. Sa production n'est pas le monopole de certaines r&#233;gions du monde. Au contraire, il n'existe pas une seule plante fournissant le tissu des v&#234;tements qui pousse en des lieux aussi vari&#233;s d'Am&#233;rique, d'Asie et d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monopole cotonnier des &#201;tats esclavagistes de l'Union am&#233;ricaine n'est pas un produit de la nature, mais de l'histoire. Il naquit et se d&#233;veloppa parall&#232;lement au monopole de l'industrie cotonni&#232;re anglaise sur le march&#233; mondial. En 1793 - vers l'&#233;poque o&#249; se firent les grandes d&#233;couvertes m&#233;caniques en Angleterre - un quaker du Connecticut, Ely Whitney, inventa le cotton gin, une machine &#224; s&#233;parer le duvet de la graine de coton. Avant cette invention, le travail le plus intensif de toute une journ&#233;e d'un Noir ne suffisait pas pour s&#233;parer une livre de duvet de ses graines. Apr&#232;s l'invention de la machine &#224; &#233;grener le coton, une vieille femme noire pouvait facilement fournir en un jour cinquante livres de duvet de coton, et des am&#233;liorations progressives eurent t&#244;t fait de doubler le rendement de cette machine. D&#232;s lors, il n'y eut plus d'entraves &#224; la culture du coton aux &#201;tats-Unis. Il poussa rapidement main dans la main avec l'industrie cotonni&#232;re anglaise qui devint une grande puissance commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette &#233;volution, il y eut des moments o&#249; l'Angleterre sembla prendre peur, du danger que pouvait repr&#233;senter ce monopole am&#233;ricain du coton. Ce fut le cas, par exemple : lorsque l'&#233;mancipation des Noirs dans les colonies anglaises fut achet&#233;e pour vingt millions de livres anglaises. On prit conscience que l'industrie du Lancashire et du Yorkshire reposait sur la souverainet&#233; du fouet esclavagiste en Georgie et en Alabama, au moment m&#234;me o&#249; le peuple anglais s'imposait de grands sacrifices pour abolir l'esclavage dans ses propres colonies. Cependant, la philanthropie ne fait pas l'histoire, et moins que tout l'histoire commerciale. De tels doutes surgirent chaque fois qu'il y eut une disette de coton aux &#201;tats-Unis, d'autant qu'un tel fait naturel &#233;tait exploit&#233; par les esclavagistes pour faire monter au maximum le prix du coton par toutes sortes d'artifices. Les fileurs de coton et les tisserands anglais mena&#231;aient alors de se r&#233;volter contre le &#171; roi du coton. &#187; On &#233;chafauda diff&#233;rents projets pour s'approvisionner en coton dans les pays d'Asie et d'Afrique, par exemple en 1850. Cependant, il suffit &#224; chaque fois qu'une disette soit suivie d'une bonne r&#233;colte aux &#201;tats-Unis pour mettre en pi&#232;ces ces vell&#233;it&#233;s d'&#233;mancipation. Qui plus est, le monopole cotonnier de l'Am&#233;rique atteignit, au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, une ampleur jusqu'ici insoup&#231;onn&#233;e, partie en raison de la l&#233;gislation libre-&#233;changiste, qui abolit le droit de douane suppl&#233;mentaire frappant le coton cultiv&#233; par des esclaves, partie en raison des gigantesques progr&#232;s effectu&#233;s simultan&#233;ment par l'industrie cotonni&#232;re anglaise et la culture du coton en Am&#233;rique au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. D&#233;j&#224; en 1857, la consommation de coton s'&#233;leva en Angleterre &#224; environ un milliard et demi de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici qu'&#224; pr&#233;sent la guerre civile am&#233;ricaine menace soudain ce grand pilier de l'industrie anglaise. L'Union bloque les ports des &#201;tats sudistes, afin de couper la principale. source de revenus de la s&#233;cession, en emp&#234;chant l'exportation de sa derni&#232;re r&#233;colte de coton ; mais, la Conf&#233;d&#233;ration a donn&#233; &#224; ce blocus sa v&#233;ritable force contraignante lorsqu'elle d&#233;cida de ne pas exporter elle-m&#234;me la moindre balle de coton, afin d'obliger l'Angleterre &#224; venir chercher directement son coton dans les ports du Sud. Il s'agissait d'amener l'Angleterre &#224; rompre le blocus par la force, puis &#224; d&#233;clarer la guerre &#224; l'Union, en jetant son &#233;p&#233;e dans la balance en faveur des &#201;tats esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre civile am&#233;ricaine, le prix du coton n'a cess&#233; de monter en Angleterre, quoique pendant longtemps &#224; un degr&#233; moindre qu'on ne s'y attendait. Dans l'ensemble, le monde des affaires anglais semblait consid&#233;rer avec beaucoup de flegme la crise am&#233;ricaine. La raison de cette attitude pleine de sang-froid est &#233;vidente. Depuis longtemps d&#233;j&#224;, toute la derni&#232;re r&#233;colte am&#233;ricaine se trouve en Europe. Le produit de la nouvelle r&#233;colte n'est jamais embarqu&#233; avant la fin novembre, et ce n'est que fin d&#233;cembre que les exp&#233;ditions prennent vraiment de l'ampleur. Jusqu'ici, il est donc relativement indiff&#233;rent que les balles de coton restent dans les plantations ou soient exp&#233;di&#233;es dans les ports du Sud aussit&#244;t apr&#232;s que le coton soit mis en balles. De la sorte, si, &#224; un moment quelconque avant la fin de l'ann&#233;e, le blocus prenait fin, l'Angleterre pouvait &#234;tre assur&#233;e qu'elle recevrait en mars ou en avril son approvisionnement normal en coton, comme s'il n'y avait jamais eu de blocus.,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des affaires anglais, dans une large mesure abus&#233; par la presse anglaise, se ber&#231;a de l'illusion folle que le spectacle d'une guerre de six mois s'ach&#232;verait par la reconnaissance de la Conf&#233;d&#233;ration de la part des &#201;tats-Unis. Vers la fin du mois d'ao&#251;t cependant, on vit appara&#238;tre des Am&#233;ricains sur le march&#233; de Liverpool afin d'y acheter du coton, soit en vue de sp&#233;culations en Europe, soit en vue de le r&#233;exp&#233;dier en Am&#233;rique du Nord. Ce fait extraordinaire ouvrit les yeux des Anglais. Ils commenc&#232;rent &#224; comprendre le s&#233;rieux de la situation. Depuis, le march&#233; de Liverpool se trouve en un &#233;tat d'excitation f&#233;brile. Bient&#244;t, le prix du coton monta de cent pour cent au-del&#224; de son niveau moyen. La sp&#233;culation cotonni&#232;re prit le m&#234;me caract&#232;re fr&#233;n&#233;tique que la sp&#233;culation ferroviaire de 1845. Les usines de filage et de tissage du Lancashire et d'autres centres de l'industrie du coton britannique ramen&#232;rent leur temps de travail &#224; trois jours par semaine, une partie arr&#234;ta compl&#232;tement ses machines, et l'in&#233;vitable r&#233;action sur les autres branches d'industrie ne se fit pas attendre. Toute l'Angleterre tremble en ce moment, &#224; l'approche de la plus grande catastrophe &#233;conomique qui l'ait menac&#233;e &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation de coton indien est naturellement en train d'augmenter, et les prix &#233;lev&#233;s assureront encore une augmentation ult&#233;rieure des importations de la patrie originelle du coton. Cependant, il est impossible de r&#233;volutionner les conditions de production et le cours des &#233;changes commerciaux pour ainsi dire en quelques mois. L'Angleterre paie maintenant sa longue et catastrophique administration de l'Inde. Ses tentatives d&#233;sordonn&#233;es de remplacer le coton am&#233;ricain par du coton indien se heurtent &#224; deux grands obstacles. Le manque de moyens de communication et de transport en Inde, et la mis&#233;rable condition du paysan indien qui l'emp&#234;che d'exploiter &#224; son profit les circonstances favorables du moment [1]. En outre, il faudrait que la culture du coton indien passe par tout un processus d'am&#233;liorations pour prendre la place du coton am&#233;ricain. M&#234;me dans les conditions les plus favorables, il faudrait des ann&#233;es pour que l'Inde puisse produire la quantit&#233; de coton requise pour l'exportation. Or, il est statistiquement &#233;tabli que le stock de coton de Liverpool sera &#233;puis&#233; d'ici quatre mois. Il ne tiendra jusque-l&#224; que si l'on continue d'appliquer la limitation du temps de travail &#224; trois jours par semaine et l'arr&#234;t total d'une partie plus importante encore des machines. Or, les districts manufacturiers souffrent d&#233;j&#224; des pires maux sociaux. Mais, si le blocus am&#233;ricain se poursuit au-del&#224; de janvier, que se passera-t-il alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le lecteur a constat&#233; sans doute que ce passage de l'article de Die Presse correspond litt&#233;ralement &#224; un passage final de l'article pr&#233;c&#233;dent de la New York Tribune. Lorsque deux articles se recoupent presque enti&#232;rement nous n'en reproduirons qu'un seul, quitte &#224; ajouter en note les passages qui diff&#232;rent et apportent un &#233;claircissement int&#233;ressant pour le sujet trait&#233;. Lorsqu'un article renferme des passages sans aucun rapport avec notre th&#232;me, nous n'en reproduisons que le parties qui int&#233;ressent directement notre sujet. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE&lt;br class='autobr' /&gt;
New York Daily Tribune, 23 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 2 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle, l'Angleterre ne suit aucune ligne politique g&#233;n&#233;rale. Tout le monde, jusqu'au moindre citoyen, est enti&#232;rement absorb&#233; par ses affaires et la crise am&#233;ricaine. Dans un article pr&#233;c&#233;dent, j'ai attir&#233; votre attention sur l'&#233;tat f&#233;brile du march&#233; cotonnier de Liverpool. Au cours des deux derni&#232;res semaines, il a manifest&#233; tous les sympt&#244;mes de la mode, des chemins de fer de 1845. M&#233;decins, dentistes, avocats, cuisini&#232;res, ouvriers, employ&#233;s, lords, com&#233;diens, pasteurs, soldats, marins, journalistes, institutrices, hommes et femmes, tous sp&#233;culent sur le coton. Souvent les op&#233;rations d'achat et de vente, de rachat et de revente ne portent que sur une, deux, trois ou quatre balles. Les quantit&#233;s plus consid&#233;rables restent dans le m&#234;me hangar, mais changent parfois vingt fois de propri&#233;taire. On peut acheter du coton &#224; dix heures, le revendre &#224; onze heures, et faire un b&#233;n&#233;fice d'un demi-penny par livre. Les m&#234;mes balles passent ainsi par plusieurs mains en l'espace, de douze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il s'est produit cette semaine une sorte de r&#233;action. Il faut l'attribuer au seul fait que le shilling forme un chiffre rond, puisqu'il se compose de douze pence, et que la plupart des sp&#233;culateurs ont d&#233;cid&#233; de vendre sit&#244;t que le prix de la balle de coton atteindrait le shilling. En cons&#233;quence, il y a eu un accroissement subit des offres de coton, et donc une r&#233;action sur son prix. Mais, ce ne peut &#234;tre qu'un ph&#233;nom&#232;ne passager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les Britanniques se seront faits &#224; l'id&#233;e qu'une livre de coton puisse co&#251;ter quinze pence, cette limite passag&#232;re &#224; la sp&#233;culation aura disparu, et la fi&#232;vre de sp&#233;culation redoublera de violence. Cette &#233;volution contient un moment favorable aux &#201;tats-Unis et d&#233;favorable a ceux qui voudraient rompre le blocus [1]. D&#233;j&#224; les sp&#233;culateurs ont publi&#233; des protestations disant, non sans fondement, que tout acte belliqueux du Gouvernement britannique serait un acte d'injustice &#224; l'&#233;gard des hommes d'affaires qui, ayant plac&#233; leur confiance dans le respect du principe de non-intervention proclam&#233; et revendiqu&#233; par le Gouvernement britannique, ont fait leurs calculs sur cette base, ont sp&#233;cul&#233; &#224; l'int&#233;rieur, abandonn&#233; leurs commandes &#224; l'ext&#233;rieur et achet&#233; le coton d'apr&#232;s l'&#233;valuation d'un prix qu'ils comptent obtenir apr&#232;s le d&#233;roulement de processus naturels, probables et pr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist d'aujourd'hui publie un article insens&#233; dans lequel les statistiques sur la population et l'extension g&#233;ographique des &#201;tats-Unis l'am&#232;nent &#224; la conclusion qu'on y trouve assez d'espace pour fonder au moins sept empires gigantesques et qu'en cons&#233;quence les unionistes devaient chasser de leur c&#339;ur &#171; le r&#234;ve d'un domaine o&#249; ils r&#233;gneraient sans limites &#187;. La seule conclusion rationnelle que l'Economist e&#251;t pu tirer de ses propres donn&#233;es statistiques, &#224; savoir que les partisans du Nord, m&#234;me s'ils le voulaient, ne pourraient abandonner leurs revendications sans livrer &#224; l'esclavagisme des &#201;tats et des territoires gigantesques, &#171; o&#249; l'esclavage survivrait artificiellement et ne pourrait s'affirmer comme institution permanente &#187;, cette conclusion, la seule rationnelle, ce journal est m&#234;me incapable de l'aborder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans l'article intitul&#233; &#171; Notes &#233;conomiques &#187; (Die Presse, 3.11.1861), o&#249; Marx reprend pour le journal viennois certains arguments d&#233;velopp&#233;s dans la New York Tribune, il en vient aussi &#224; la conclusion que l'&#233;volution &#233;conomique joue en faveur des &#201;tats-Unis et restreint en cons&#233;quence les moyens de pression de l'imp&#233;rialisme de I'Angleterre de Palmerston : &#171; Il ressort un fait Important des derni&#232;res statistiques sur le commerce ext&#233;rieur anglais. Alors qu'au cours des neuf premiers mois de cette ann&#233;e, les exportations anglaises vers les &#201;tats-Unis ont baiss&#233; de plus de 25 %, le port de New York * &#224; lui tout seul a augment&#233; de plus de 6 millions de livres ses exportations vers l'Angleterre au cours des huit premiers mois de cette ann&#233;e. Pendant cette m&#234;me p&#233;riode, l'exportation de l'or am&#233;ricain vers l'Angleterre a pratiquement cess&#233;, alors qu'&#224; l'inverse depuis quelques semaines l'or anglais afflue vers New York. En fait, le d&#233;ficit am&#233;ricain est couvert par les achats de l'Angleterre et de la France &#224; la suite des mauvaises r&#233;coltes de ces pays. Par ailleurs, le tarif Morrill et les &#233;conomies ins&#233;parables d'une guerre civile ont ruin&#233; en m&#234;me temps la consommation de produits anglais et fran&#231;ais en Am&#233;rique du Nord. Que l'on compare ces faits statistiques avec les j&#233;r&#233;miades du Times sur la ruine financi&#232;re de l'Am&#233;rique du Nord ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* New York est au centre du compromis final entre le Sud et le Nord pour deux raisons : c'est le si&#232;ge de la traite des esclaves, du march&#233; de la monnaie, des capitaux et des cr&#233;ances hypoth&#233;caires des plantations du Sud, et ensuite l'interm&#233;diaire de l'Angleterre. C'est donc, tout naturellement, la place forte des d&#233;mocrates li&#233;s au Sud. Dans l'article &#171; Affaires am&#233;ricaines &#187; (in Die Presse, 17.12.1861), Marx &#233;crit : &#171; Le lord-maire de Londres n'est un homme d'&#201;tat que dans l'imagination des &#233;crivains de vaudeville et de faits divers parisiens. En revanche, le maire de New York est une v&#233;ritable puissance. Au d&#233;but de la s&#233;cession, le sinistre Fernando Wood, a &#233;chafaud&#233; un plan pour proclamer l'ind&#233;pendance de New York, en tant que r&#233;publique urbaine, en accord bien s&#251;r avec Jefferson Davis. Son plan &#233;choua en raison de l'opposition &#233;nergique du Parti r&#233;publicain de l'Empire City. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels : LES LE&#199;ONS DE LA GUERRE AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
The Volunteer journal for Lancashire and Cheshire [1], n&#176; 66 du 6.12.1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, nous avons attir&#233; l'attention du public sur le proc&#232;s d'&#233;puration qui s'impose dans l'arm&#233;e am&#233;ricaine de volontaires [2]. Nous n'avons alors nullement &#233;puis&#233; les le&#231;ons pr&#233;cieuses que cette guerre donne aux volontaires de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique. Nous nous permettons donc de revenir sur ce th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont on a conduit la guerre jusqu'ici en Am&#233;rique, est effectivement sans pr&#233;c&#233;dent. Du Missouri &#224; la baie de Chesapeake, on trouve face &#224; face un million de soldats divis&#233;s presque dans la m&#234;me proportion entre les deux camps adverses. Or, cette situation dure depuis plus de six mois sans qu'il y ait eu une seule action importante. Dans le Missouri, les deux arm&#233;es avancent tour &#224; tour, se retirent, livrent une bataille, avancent et reculent de nouveau, sans en venir &#224; un r&#233;sultat tangible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, apr&#232;s sept mois de marches en avant et en arri&#232;re, &#224; l'occasion de quoi le pays a sans doute &#233;t&#233; atrocement ravag&#233;, les choses paraissent plus &#233;loign&#233;es que jamais d'une d&#233;cision. Apr&#232;s une p&#233;riode assez longue d'une apparente neutralit&#233; - en r&#233;alit&#233;, de pr&#233;paration - la situation semble analogue au Kentucky ; en Virginie occidentale, nous assistons constamment &#224; de petits accrochages sans r&#233;sultat notable ; et, sur les deux rives du Potomac, le gros des deux arm&#233;es est concentr&#233; &#224; port&#233;e de vue sans que personne n'ait l'intention d'attaquer, prouvant par l&#224; que, dans l'&#233;tat actuel des choses, il serait sans int&#233;r&#234;t de remporter une victoire. De fait, cette mani&#232;re st&#233;rile de conduire la guerre peut encore durer des mois, si certaines circonstances, qui n'ont rien a voir avec cette situation, ne provoquent pas de changements majeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s, les Am&#233;ricains ne disposent pratiquement que de volontaires. Le petit noyau de l'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re des &#201;tats-Unis, ou bien a &#233;t&#233; dissous, ou bien est trop faible pour agir sur les masses &#233;normes de recrues non encore form&#233;es qui sont r&#233;unies sur le th&#233;&#226;tre de guerre. Pour faire de tous ces hommes des soldats, on ne dispose m&#234;me pas d'un nombre suffisant de sergents instructeurs. C'est pourquoi, l'entra&#238;nement des troupes est fort long, et on ne saurait dire combien il faudra de temps pour que l'excellent mat&#233;riel de soldats concentr&#233; sur les deux rives du Potomac soit en &#233;tat d'avancer en masse, afin de livrer ou d'accepter la bataille avec des forces combin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les soldats pouvaient &#234;tre form&#233;s &#224; l'art militaire, il n'y aurait pas assez d'officiers pour les commander. On manque notamment d'officiers de compagnie - qui &#233;videmment ne peuvent sortir tout pr&#234;ts des rangs des civils - voire d'officiers pour commander les bataillons, m&#234;me si on voulait nommer &#224; un tel poste les lieutenants ou cornettes. Il faut donc un nombre consid&#233;rable de commandants du civil ; mais quiconque est tant soit peu au courant de la situation de nos propres volontaires pensera aussit&#244;t que McClellan ou Beauregard ne font. pas preuve d'une prudence exag&#233;r&#233;e, lorsqu'ils refusent de faire ex&#233;cuter des actions offensives ou des man&#339;uvres strat&#233;giques compliqu&#233;es par des commandants du civil, qui ne sont &#224; ce poste que depuis six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons cependant que cette difficult&#233; soit pour l'essentiel aplanie, que les commandants du civil aient acquis, en m&#234;me temps que leurs uniformes, les connaissances, l'exp&#233;rience et l'assurance n&#233;cessaires &#224; l'ex&#233;cution de leur service, du moins en ce qui concerne l'infanterie. Mais, qu'en est-il de la cavalerie ? Former militairement un r&#233;giment de cavalerie exige plus de temps et d'exp&#233;rience de la part des officiers instructeurs qu'il n'en faut pour former un r&#233;giment d'infanterie. Admettons que tous les hommes qui rejoignent leur corps sachent d&#233;j&#224; monter &#224; cheval - c'est-&#224;-dire s'y tenir correctement, ma&#238;triser la monture, la nourrir et la soigner - il n'en reste pas moins que cela raccourcira a peine le temps qu'il faut pour les instruire. L'&#233;quitation militaire, une ma&#238;trise telle que le cheval se laisse conduire pour tous les mouvements exig&#233;s par les &#233;volutions de la cavalerie, tout cela diff&#232;re enti&#232;rement de l'&#233;quitation propre aux civils. La cavalerie de Napol&#233;on que sir William Napier (History of the Peninsular War) estimait presque plus que la cavalerie anglaise d'aujourd'hui, se composait - comme chacun sait - des cavaliers les plus pi&#232;tres qui aient jamais orn&#233; une selle. Or, beaucoup de nos cavaliers d'occasion trouvent qu'ils ont encore un certain nombre de choses &#224; apprendre, lorsqu'ils entrent dans un corps mont&#233; de volontaires. Il n'est donc pas &#233;tonnant de constater que les Am&#233;ricains n'aient qu'une cavalerie tr&#232;s m&#233;diocre, et que le peu dont ils disposent - quelques troupes d'irr&#233;guliers (rangers) &#224; la mani&#232;re cosaque ou indienne est incapable d'une attaque en ordre compact. En ce qui concerne l'artillerie et les troupes du g&#233;nie, leur situation est sans doute pire encore. Ces deux armes ont un caract&#232;re hautement scientifique et exigent une instruction longue et minutieuse des officiers ainsi que des sous-officiers, instruction plus pouss&#233;e encore que dans l'infanterie. Au surplus, l'artillerie est une arme plus complexe que la cavalerie elle-m&#234;me ; elle exige des batteries de canons, et donc des chevaux dress&#233;s pour leur man&#339;uvre, et deux groupes d'hommes exp&#233;riment&#233;s, les canonniers et les conducteurs. En outre, il faut de nombreux fourgons &#224; munitions, de grands laboratoires pour la poudre, des forges et autres ateliers : tout cela doit &#234;tre &#233;quip&#233; de machines compliqu&#233;es. On dit que les f&#233;d&#233;r&#233;s ont six cents batteries en campagne, mais on s'imagine comment elles sont servies, car on sait qu'en partant de z&#233;ro il est absolument impossible de mettre sur pied, en six mois, cent batteries compl&#232;tes, convenablement &#233;quip&#233;es et bien servies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, admettons une fois de plus que toutes ces difficult&#233;s aient &#233;t&#233; aplanies et que les &#233;l&#233;ments combattants des deux camps ennemis soient pr&#234;ts &#224; entrer en action. Encore faudrait-il qu'ils puissent se d&#233;placer. En outre, il faut approvisionner une arm&#233;e, et dans un pays relativement peu peupl&#233; comme la Virginie, le Kentucky et le Missouri, une grande arm&#233;e doit &#234;tre approvisionn&#233;e essentiellement gr&#226;ce au syst&#232;me des d&#233;p&#244;ts. Il faut constituer des r&#233;serves de munitions ; l'arm&#233;e doit &#234;tre accompagn&#233;e de forgerons militaires, de selliers, de menuisiers et autres artisans, afin de tenir le mat&#233;riel de guerre en bon &#233;tat de fonctionnement. Or, toutes ces choses indispensables faisaient d&#233;faut en Am&#233;rique ; il fallut d'abord commencer par organiser tout cela, et rien ne prouve qu'au moins l'intendance et les transports de l'une des deux arm&#233;es aient d&#233;pass&#233; aujourd'hui le stade pr&#233;paratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique - le Nord aussi bien que le Sud, la F&#233;d&#233;ration aussi bien que la Conf&#233;d&#233;ration - ne disposait pour ainsi dire d'aucune organisation militaire. L'arm&#233;e de ligne &#233;tait absolument insuffisante, ne serait-ce que du point de vue quantitatif, pour faire campagne contre un adversaire s&#233;rieux. Il n'y avait gu&#232;re de milice. Les guerres pr&#233;c&#233;dentes de l'Union n'exig&#232;rent jamais un gros effort des forces militaires du pays. Dans les ann&#233;es 1812 &#224; 1814, l'Angleterre ne disposait plus gu&#232;re de soldats, et le Mexique se d&#233;fendit surtout avec des bandes d&#233;pourvues de discipline. C'est un fait que l'Am&#233;rique, en raison de sa situation g&#233;ographique, n'avait pas d'ennemi qui e&#251;t pu l'attaquer d'o&#249; que ce soit avec plus de trente &#224; quarante mille soldats, et, pour cette force num&#233;rique, l'immense &#233;tendue du pays repr&#233;sente un obstacle bien plus terrible que toute arm&#233;e que l'Am&#233;rique pourrait lui opposer. Cependant, son arm&#233;e suffisait &#224; constituer le noyau pour quelque cent mille volontaires et &#224; leur assurer une formation militaire en un d&#233;lai appropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d&#232;s lors que la guerre civile oppose entre eux plus d'un million d'hommes, tout le syst&#232;me s'effondre, et il faut tout reprendre par le d&#233;but. Le fait est l&#224;. Deux corps de troupe gigantesques et patauds, chacun craignant l'autre et redoutant presque autant une victoire qu'une d&#233;faite, se font face et cherchent &#224; grands frais &#224; se transformer en une organisation &#224; peu pr&#232;s r&#233;guli&#232;re. Aussi terrible que soit le prix, il doit &#234;tre pay&#233; du fait de l'absence totale d'une base organis&#233;e sur laquelle on pourrait &#233;difier l'arm&#233;e. Il ne peut en &#234;tre autrement, &#233;tant donn&#233; l'ignorance et l'inexp&#233;rience qui r&#232;gnent dans tous les domaines militaires ! Certes, ces d&#233;penses &#233;normes n'apportent qu'un avantage extr&#234;mement faible d'efficacit&#233; et d'organisation, mais peut-il en &#234;tre autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les volontaires britanniques peuvent remercier leur bonne &#233;toile, car ils disposent d&#232;s le commencement d'une importante arm&#233;e de m&#233;tier bien disciplin&#233;e et exp&#233;riment&#233;e, qui les prend sous son aile. Abstraction faite des pr&#233;juges propres &#224; tout corps de m&#233;tier, cette arm&#233;e a bien accueilli et convenablement trait&#233; les volontaires. Nous voulons esp&#233;rer que nul ne pense qu'une organisation de volontaires peut, d'une mani&#232;re ou d'une autre, rendre superflue l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Si certains volontaires le pensaient, il leur suffirait de jeter un coup d'&#339;il sur l'&#233;tat des deux arm&#233;es am&#233;ricaines de volontaires pour constater leur ignorance et leur pr&#233;somption. Aucune arm&#233;e nouvellement form&#233;e de civils ne peut &#234;tre efficace, si elle n'est pas soutenue et aid&#233;e par les gigantesques ressources intellectuelles et mat&#233;rielles qui se trouvent entre les mains d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re relativement forte, en ce qui concerne surtout l'organisation, cette force principale des arm&#233;es r&#233;guli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons que l'Angleterre soit menac&#233;e d'une invasion, et comparons ce qui s'y produirait avec ce qui se passe en Am&#233;rique. En Angleterre, tout le travail suppl&#233;mentaire qu'entra&#238;ne la formation d'une ann&#233;e de volontaires de trois cent mille hommes serait pris en charge par le minist&#232;re de la Guerre, avec l'aide de quelques fonctionnaires qu'il serait facile de trouver parmi les experts militaires bien entra&#238;nes. Il existe assez d'officiers en demi-solde, qui pourraient sans doute prendre sous leur contr&#244;le trois ou quatre bataillons de volontaires, et, avec un peu de peine, chaque bataillon pourrait &#234;tre flanqu&#233; d'un adjudant et d'un commandant. Bien s&#251;r, la cavalerie ne pourrait pas &#234;tre organis&#233;e aussi rapidement, mais une r&#233;organisation &#233;nergique des volontaires de l'artillerie avec des officiers et des conducteurs de l'artillerie royale pourrait doter de nombreuses batteries de campagne d'hommes capables. Les ing&#233;nieurs du pays n'attendent qu'une occasion pour recevoir la formation de l'&#233;l&#233;ment militaire de leur m&#233;tier, de sorte qu'ils seraient des officiers du g&#233;nie de tout premier plan. Les services de l'intendance et des transports sont d&#233;j&#224; sur pied et peuvent facilement &#234;tre am&#233;lior&#233;s pour couvrir les besoins de quatre cent mille hommes aussi bien que ceux de cent mille. Rien ne serait laiss&#233; au hasard, en d&#233;sordre ; partout on aiderait et on soutiendrait les volontaires, qui ne doivent pas aller &#224; t&#226;tons dans l'obscurit&#233;. D&#232;s lors, si l'Angleterre se pr&#233;cipite dans une guerre - abstraction faite des fautes qui sont in&#233;vitables - nous ne voyons aucune raison pour que l'organisation militaire ne soit pas au point en l'espace de six semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de consid&#233;rer l'Am&#233;rique pour se rendre compte de la valeur d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re pour l'organisation d'une arm&#233;e de volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les articles de Marx et d'Engels, m&#234;me s'ils paraissent dans la &#171; presse bourgeoise &#187;, ont une grande, port&#233;e pratique. En effet, chaque sujet est choisi pour telle presse, am&#233;ricaine ou europ&#233;enne, suivant les probl&#232;mes locaux et imm&#233;diats qui int&#233;ressent directement les acteurs du drame. Ainsi, Marx et Engels font-ils profiter leur &#171; camp &#187; de leur exp&#233;rience &#233;conomique, sociale, politique et militaire, en intervenant avec les moyens dont Ils disposent dans le cours br&#251;lant des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article ci-dessus a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par Engels pour le mouvement des volontaires qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; en Angleterre en 1859, au moment de la menace bonapartiste d'invasion. Engels tire, pour ces volontaires, l'exp&#233;rience de la guerre civile am&#233;ricaine. C'est sous cet angle particulier que seront donc analys&#233;s ici les probl&#232;mes militaires am&#233;ricains&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'il soit partisan de la mani&#232;re radicale, Engels explique qu'aux &#201;tats-Unis il est recommandable que les op&#233;rations militaires &#171; tra&#238;nent &#187; tout d'abord pendant un temps assez long, et ce pour des raisons qui ne sont pas purement techniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. &#224; propos de cet article, la correspondance Marx-Engels du 1 d&#233;cembre 1861, l. c., tome VII, pp. 43, 44 (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Engels fait allusion au passage suivant de l'article du 22 novembre 1861 sur les Officiers volontaires : &#171; Lieutenant A. B., chass&#233; de l'arm&#233;e pour conduite d&#233;shonorante ; C. D., ray&#233; des cadres ; capitaine E. F., renvoy&#233; du service des &#201;tats-Unis &#187; - tels sont quelques &#233;chantillons des derni&#232;res nouvelles militaires qui nous parviennent en quantit&#233; d'Am&#233;rique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les &#201;tats-Unis ont envoy&#233; en campagne une tr&#232;s importante arm&#233;e de volontaires au cours de ces huit derniers mois ; ils n'ont &#233;pargn&#233; ni leur peine ni leur argent pour rendre cette arm&#233;e combative ; en outre, cette arm&#233;e avait l'avantage d'&#234;tre presque tout le temps en contact &#233;troit avec les positions avanc&#233;es de l'ennemi, qui n'osa jamais attaquer en masse ni exploiter &#224; fond une victoire. Ces conditions favorables compensent en r&#233;alit&#233; dans une large mesure les difficult&#233;s que conna&#238;t l'organisation des volontaires am&#233;ricains du fait qu'ils ne b&#233;n&#233;ficient que d'un tr&#232;s faible soutien de la part du tout Petit noyau de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re et manquent d'adjudants exp&#233;riment&#233;s et d'instructeurs. Par chance, il y a en Am&#233;rique beaucoup d'hommes qui sont &#224; la fois qualifi&#233;s et dispos&#233;s &#224; aider les volontaires &#224; s'organiser. Il s'agit, soit de soldats et officiers allemands, qui ont subi un entra&#238;nement militaire r&#233;gulier et ont d&#233;j&#224; combattu lors des campagnes r&#233;volutionnaires de 1848-1849, soit de soldats anglais, qui ont &#233;migr&#233; au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si, dans ces conditions, il a fallu proc&#233;der malgr&#233; tout &#224; une v&#233;ritable &#233;puration parmi les officiers ; c'est qu'il existe une faiblesse non pas dans le syst&#232;me m&#234;me des volontaires, mais dans le mode de nomination des officiers de volontaires, qui, sans exception, ont &#233;t&#233; choisis par les soldats dans leurs propres rangs. C'est seulement apr&#232;s huit mois de campagne face &#224; l'ennemi que le gouvernement des &#201;tats-Unis se risque &#224; exiger que les officiers volontaires aient une certaine qualification pour la t&#226;che qu'ils ont entrepris de remplir lorsqu'ils ont accept&#233; leur fonction. Or, la cons&#233;quence en est de tr&#232;s nombreux licenciements, volontaires ou forc&#233;s, sans parler des innombrables renvois pour des motifs plus ou moins d&#233;shonorants, Il ne fait pas de doute que si l'arm&#233;e du Potomac faisait face &#224; une troupe bien organis&#233;e et renforc&#233;e d'un nombre appropri&#233; de soldats de m&#233;tier, elle e&#251;t &#233;t&#233; bient&#244;t mise en d&#233;route, malgr&#233; son importance num&#233;rique et l'indubitable courage personnel de ses soldats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont constamment d&#233;fendu l'id&#233;e qu'il fallait organiser les forces r&#233;volutionnaires spontan&#233;es pour vaincre dans une r&#233;volution, et l'exp&#233;rience de dizaines de r&#233;volutions malheureuses a confirm&#233; ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AUX &#201;TATS-UNIS&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 19 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Laisse-le courir, il ne m&#233;rite pas ta col&#232;re ! &#187; Encore et toujours, la sagesse d'&#201;tat anglaise par la bouche de lord John Russell - adresse au Nord des &#201;tats-Unis ce conseil de Leporello &#224; l'amante d&#233;laiss&#233;e par Don Juan [1]. Si le Nord laisse le champ libre au Sud, il se d&#233;barrasse de toute liaison avec l'esclavage - son p&#233;ch&#233; originel historique - et pose les bases d'un d&#233;veloppement nouveau et sup&#233;rieur [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, si le Nord et le Sud &#233;taient deux pays aussi nettement distincts que l'Angleterre et le Hanovre, par exemple, leur s&#233;paration ne serait pas plus difficile que celle de ces deux &#201;tats [3]. Mais, il se trouve que, par rapport au Nord, le &#171; Sud &#187; ne forme ni un territoire g&#233;ographiquement bien d&#233;limit&#233;, ni une unit&#233; morale. Ce n'est pas un pays, mais un mot d'ordre de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil d'une s&#233;paration &#224; l'amiable impliquerait que la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, au lieu d'avoir pris l'offensive dans la guerre civile, se batte pour le moins dans un but d&#233;fensif. On fait mine de croire qu'il ne s'agit pour le parti esclavagiste que d'unifier les territoires qu'il dominait jusqu'ici, afin d'en faire un groupe d'&#201;tats ind&#233;pendants, en les soustrayant &#224; l'autorit&#233; de l'Union. Rien n'est plus faux. &#171; Le Sud a besoin de son territoire tout entier. Il veut et doit l'avoir. &#187; C'est en poussant ce cri de guerre que les s&#233;cessionnistes ont envahi le Kentucky. Par &#171; territoire tout entier &#187;, ils entendent d'abord tout ce que l'on appelle les &#201;tats fronti&#232;res (border states) : Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Kentucky, Tennessee, Missouri et Arkansas. Ensuite, ils revendiquent tout le territoire situ&#233; au sud de la ligne, qui va de l'angle nord-ouest du Missouri &#224; l'oc&#233;an Pacifique. En cons&#233;quence, ce que les esclavagistes appellent &#171; le Sud &#187;, c'est plus des trois quarts de l'actuel territoire de l'Union. Une large fraction du territoire ainsi revendiqu&#233; se trouve encore en possession de l'Union et devrait d'abord &#234;tre conquise &#224; ses d&#233;pens. Mais, tous les territoires que l'on appelle &#201;tats fronti&#232;res - et m&#234;me ceux qui se trouvent en la possession de la Conf&#233;d&#233;ration - n'ont jamais &#233;t&#233; de v&#233;ritables &#201;tats esclavagistes. Ils constituent bien plut&#244;t le territoire des &#201;tats-Unis, dans lequel les syst&#232;mes de l'esclavage et du travail libre existent c&#244;te &#224; c&#244;te et luttent pour l'h&#233;g&#233;monie ; en fait c'est l&#224; o&#249; se d&#233;roule la bataille entre le Sud et le Nord, entre l'esclavage et la libert&#233;. La Conf&#233;d&#233;ration du Sud ne m&#232;ne donc pas une guerre de d&#233;fense, mais une guerre de conqu&#234;te en vue d'&#233;tendre et de perp&#233;tuer l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cha&#238;ne de montagnes qui commence en Alabama et s'&#233;tend vers le nord jusqu'au fleuve Hudson - v&#233;ritable colonne vert&#233;brale des &#201;tats-Unis - divise le soi-disant Sud en trois parties. La r&#233;gion montagneuse, form&#233;e par les montagnes d'Alleghany avec leurs deux cha&#238;nes parall&#232;les, le Cumberland Range &#224; l'ouest et les Blue Ridge Mountains &#224; l'est, s&#233;pare, tel un coin, les plaines basses de la c&#244;te ouest de l'Atlantique de celles des vall&#233;es m&#233;ridionales du Mississippi. Les deux plaines basses s&#233;par&#233;es par la zone montagneuse, avec leurs immenses marais &#224; riz et leurs vastes plantations de coton, repr&#233;sentent actuellement l'aire proprement dite de l'esclavagisme. Le long coin enfonc&#233; par la zone montagneuse jusqu'au c&#339;ur de l'esclavagisme - avec l'espace libre qui lui correspond, le climat revigorant et un sous-sol riche en charbon, en sel, en calcaire, en minerai de fer, en or, bref en toutes les mati&#232;res. premi&#232;res n&#233;cessaires &#224; un d&#233;veloppement industriel diversifi&#233; - est d&#233;j&#224; en majeure partie une terre de libert&#233;. De par sa nature physique, le sol ne peut &#234;tre cultiv&#233; ici avec profit que par de petits fermiers libres. Ici, le syst&#232;me esclavagiste ne v&#233;g&#232;te que sporadiquement et n'a jamais pris racine Dans la plupart des &#201;tats fronti&#232;res, les habitants des hauts plateaux forment le noyau de la libre population qui prend parti pour le Nord, ne serait-ce que dans un but d'autopr&#233;servation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons en d&#233;tail les territoires contest&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Delaware, l'&#201;tat fronti&#232;re qui se situe le plus au nord-est, est, en fait et moralement, en la possession de l'Union. Tous les efforts des s&#233;cessionnistes pour former ne serait-ce qu'une fraction qui leur soit favorable ont &#233;chou&#233; depuis le d&#233;but de la guerre, face &#224; une population unanime. La fraction esclavagiste de cet &#201;tat est depuis fort longtemps en d&#233;cadence. Entre les seules ann&#233;es 1850 et 1860, le nombre des esclaves a diminu&#233; de moiti&#233; : la population totale de 112 218 n'en compte plus maintenant que 1798. Malgr&#233; cela, le Delaware est revendiqu&#233; par la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, et, de fait, le Nord ne pourrait plus le tenir militairement, si le Sud s'emparait du Maryland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Maryland, on assiste au m&#234;me conflit entre les hauts plateaux et les basses plaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un total de 687 034 habitants, il y a 87 188 esclaves. Les &#233;lections g&#233;n&#233;rales les plus r&#233;centes ont prouv&#233; de mani&#232;re frappante que la majorit&#233; &#233;crasante du peuple &#233;tait en faveur de l'Union. L'arm&#233;e, forte de trente mille hommes, qui occupe actuellement le Maryland, ne doit pas seulement servir de r&#233;serve &#224; l'arm&#233;e du Potomac, mais encore tenir en &#233;chec la r&#233;bellion esclavagiste &#224; l'int&#233;rieur du pays. On constate ici le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne que dans les &#201;tats fronti&#232;res, o&#249; la grande masse du peuple est pour le Nord, tandis qu'un parti esclavagiste num&#233;riquement insignifiant est pour le Sud. Le parti esclavagiste compense cette faiblesse num&#233;rique par les moyens de force que lui assurent un long exercice du pouvoir dans tous les services de l'&#201;tat, des habitudes h&#233;r&#233;ditaires de l'intrigue politique et la concentration de grands moyens financiers entre quelques mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Virginie repr&#233;sente actuellement le plus grand cantonnement militaire : le gros des forces de la s&#233;cession et de l'arm&#233;e de l'Union s'y font face. Dans les hauts plateaux du nord-ouest de la Virginie, la masse des esclaves s'&#233;l&#232;ve &#224; quinze mille, tandis qu'une population libre, vingt fois plus nombreuse, est constitu&#233;e de paysans autonomes. Les basses plaines de l'est de la Virginie, en revanche, comptent environ un demi-million d'esclaves. L'&#233;levage et la vente des Noirs dans les &#201;tats du sud repr&#233;sentent sa principale source de revenus. A peine les chefs de bandes des basses plaines eurent-ils fait passer l'ordonnance de s&#233;cession &#224; l'assembl&#233;e l&#233;gislative d'&#201;tat de Richmond et ouvert en toute h&#226;te les portes de la Virginie &#224; l'arm&#233;e sudiste, que le nord-ouest de la Virginie se d&#233;tacha de la s&#233;cession, s'&#233;rigea en &#201;tat nouveau et &#224; pr&#233;sent elle d&#233;fend son territoire les armes &#224; la main sous le drapeau de l'Union, contre les envahisseurs sudistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tennessee, avec 1 109 847 habitants, dont 275 784 esclaves se trouvent entre les mains de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, qui applique &#224; tout le pays la loi martiale et un syst&#232;me de proscription &#233;voquant l'&#233;poque du triumvirat romain. Lorsque, au cours de l'hiver 1861, les esclavagistes voulurent convoquer une assembl&#233;e populaire pour ratifier la s&#233;cession, la majorit&#233; de la population refusa cette convocation, afin de couper court &#224; tout pr&#233;texte au mouvement de s&#233;cession [4]. Plus tard, lorsque le Tennessee fut conquis militairement par la Conf&#233;d&#233;ration du Sud et soumis &#224; un r&#233;gime de terreur, un tiers du corps &#233;lectoral continua de se d&#233;clarer en faveur de l'Union [5]. Comme dans la plupart des &#201;tats fronti&#232;res, le v&#233;ritable centre de la r&#233;sistance contre le parti esclavagiste se trouve dans la r&#233;gion montagneuse, dans l'est du pays. Le 17 juin 1861, une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du peuple du Tennessee oriental se r&#233;unit &#224; Greenville et se d&#233;clara pour l'Union. Elle d&#233;l&#233;gua au S&#233;nat de Washington l'ancien gouverneur Andrew Johnson, l'un des plus fervents Unionistes et publia une declaration of grievances, un cahier de dol&#233;ances, qui d&#233;voilait tous les moyens d'escroquerie, d'intrigue et de terreur utilis&#233;s pour faire sortir le Tennessee de l'Union lors des &#171; &#233;lections &#187;. Depuis, l'est du Tennessee est tenu en &#233;chec par les forces arm&#233;es des s&#233;cessionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nord de l'Alabama, le nord-ouest de la G&#233;orgie et le nord de la Caroline du Nord, on trouve les m&#234;mes conditions que dans l'ouest de la Virginie et l'est du Tennessee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus &#224; l'ouest, dans l'&#201;tat fronti&#232;re du Missouri, avec 1 173 317 habitants et 114 965 esclaves - dont la plupart sont concentr&#233;s dans la partie nord-ouest de l'&#201;tat - l'assembl&#233;e populaire s'est prononc&#233;e en faveur de l'Union en ao&#251;t 1861 [6]. Jackson - gouverneur de l'&#201;tat et instrument du parti esclavagiste - s'&#233;tant rebell&#233; contre l'assembl&#233;e l&#233;gislative du Missouri, fut d&#233;clar&#233; hors la loi et se trouve maintenant &#224; la t&#234;te de hordes arm&#233;es. Celles-ci envahirent le Missouri &#224; partir du Texas, de l'Arkansas et du Tennessee, afin de lui faire plier le genou devant la Conf&#233;d&#233;ration et de briser ses liens avec l'Union par l'&#233;p&#233;e. A c&#244;t&#233; de la Virginie, le Missouri constitue actuellement le th&#233;&#226;tre principal de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nouveau-Mexique n'est pas un &#201;tat, mais un simple territoire. Sous la pr&#233;sidence de Buchanan, les sudistes y envoy&#232;rent vingt-cinq esclaves &#224; la suite desquels ils introduisirent une constitution esclavagiste confectionn&#233;e &#224; Washington. Comme le Sud l'admet lui-m&#234;me, cet &#201;tat ne lui a rien demand&#233;. Mais, le Sud veut le Nouveau-Mexique, et vomit en cons&#233;quence une bande d'aventuriers du Texas par-del&#224; ses fronti&#232;res. Le Nouveau-Mexique a implor&#233; la protection du gouvernement de l'Union contre ces &#171; lib&#233;rateurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a not&#233; que nous avons soulign&#233; le rapport num&#233;rique entre esclaves et hommes libres dans les diff&#233;rents &#201;tats fronti&#232;res. De fait, ce rapport est d&#233;cisif. C'est le thermom&#232;tre d'apr&#232;s lequel il faut mesurer le feu vital du syst&#232;me esclavagiste. L'&#226;me de tout le mouvement s&#233;cessionniste est la Caroline du Sud. Elle compte 402 541 esclaves contre 301 271 hommes libres. En second vient le Mississippi qui a donn&#233; &#224; la Conf&#233;d&#233;ration du Sud son dictateur Jefferson Davis. Il compte 436 696 esclaves contre 354 699 hommes libres. En troisi&#232;me, vient l'Alabama avec 435 132 esclaves contre 529 164 hommes libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier des &#201;tats fronti&#232;res contest&#233;s qu'il nous reste &#224; mentionner est le Kentucky. Son histoire la plus r&#233;cente est particuli&#232;rement caract&#233;ristique de la politique de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud. Sur 1 135 713 habitants, le Kentucky compte 225 490 esclaves. Dans les trois &#233;lections g&#233;n&#233;rales successives - en hiver 1861, pour le Congr&#232;s des &#201;tats fronti&#232;res ; en juin 1861, pour le Congr&#232;s de Washington, et enfin en ao&#251;t 1861 pour les l&#233;gislatives de l'&#201;tat du Kentucky - une majorit&#233; toujours croissante se pronon&#231;a pour l'Union. En revanche, Mageffin, le gouverneur du Kentucky, et tous les dignitaires de l'&#201;tat sont de fanatiques partisans du parti esclavagiste, tout comme Breckinridge, le repr&#233;sentant du Kentucky au S&#233;nat de Washington, vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis sous Buchanan et candidat du parti esclavagiste en 1860 lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles. Trop faible pour gagner le Kentucky &#224; la s&#233;cession, l'influence du parti esclavagiste &#233;tait cependant assez forte pour l'amener &#224; une d&#233;claration de neutralit&#233; lorsque la guerre &#233;clata. La Conf&#233;d&#233;ration reconnut la neutralit&#233;, tant qu'elle servait ses int&#233;r&#234;ts et qu'il lui fallait abattre la r&#233;sistance du Tennessee oriental. A peine ce but fut-il atteint, qu'elle frappa aux portes du Kentucky &#224; coups de crosse, en proclamant : &#171; Le Sud a besoin de son territoire tout entier. Il veut et doit l'obtenir ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le sud-ouest et le sud-est, ses corps de francs-tireurs envahirent simultan&#233;ment cet &#201;tat &#171; neutre &#187;. Le Kentucky s'&#233;veilla ainsi de son r&#234;ve de neutralit&#233;, son assembl&#233;e l&#233;gislative prit ouvertement parti pour l'Union, encadra le gouverneur f&#233;lon d'un comit&#233; de salut public, appela le peuple aux armes, d&#233;clara Breckinridge hors la loi et ordonna aux s&#233;cessionnistes d'&#233;vacuer imm&#233;diatement le territoire envahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le signal de la guerre. Une arm&#233;e de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud fait mouvement vers Louisville, tandis que des volontaires accourent de l'Illinois, de l'Indiana et de l'Ohio pour sauver le Kentucky des &#233;missaires arm&#233;s de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives de la Conf&#233;d&#233;ration pour annexer le Missouri et le Kentucky, par exemple, contre la volont&#233; de la population d&#233;montrent l'inanit&#233; du pr&#233;texte selon lequel elle lutte pour d&#233;fendre les droits des divers &#201;tats, face aux empi&#233;tements de l'Union. Certes, elle reconna&#238;t le droit aux diff&#233;rents &#201;tats formant - d'apr&#232;s elle - le &#171; Sud &#187; de se s&#233;parer de l'Union, mais leur d&#233;nie celui d'y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique la guerre contre l'ext&#233;rieur, la dictature militaire &#224; l'int&#233;rieur, et l'esclavage partout, leur donnent pour l'heure un semblant d'harmonie, les &#201;tats esclavagistes eux-m&#234;mes ne manquent pas d'&#233;l&#233;ments r&#233;calcitrants. Un exemple frappant en est le Texas avec 180 388 esclaves contre 601 039 habitants. La loi de 1845 en vertu de laquelle le Texas est entr&#233; dans les rangs des &#201;tats-Unis, en tant qu'&#201;tat esclavagiste, lui donnait le droit de former de son territoire non seulement un, mais cinq &#201;tats. Ainsi, le Sud e&#251;t gagn&#233; dix nouvelles voix, au lieu de deux, au S&#233;nat am&#233;ricain ; or, l'augmentation du nombre de ses voix au S&#233;nat &#233;tait l'un des buts principaux de sa politique d'alors. Cependant, de 1845 &#224; 1860, les esclavagistes ne r&#233;ussirent m&#234;me pas &#224; d&#233;couper en deux &#201;tats le Texas, o&#249; la population allemande joue un r&#244;le important, car, dans le second &#201;tat, le parti du travail libre l'e&#251;t emport&#233; sur le parti esclavagiste [7]. Est-il meilleure preuve de la force de l'opposition contre l'oligarchie esclavagiste au Texas m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Georgie est le plus grand et le plus peupl&#233; des &#201;tats esclavagistes. On y compte 462 230 esclaves sur un total de 1 057 327 habitants, soit environ la moiti&#233; de la population. Malgr&#233; cela, le parti esclavagiste ne parvint pas jusqu'ici &#224; faire sanctionner par un vote g&#233;n&#233;ral de la population la Constitution octroy&#233;e au Sud &#224; Montgomery [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'assembl&#233;e d'&#201;tat de la Louisiane, qui se r&#233;unit le 21 mars 1861 &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans, Roselius, le v&#233;t&#233;ran politique de l'&#201;tat d&#233;clara : &#171; La Constitution de Montgomery n'est pas une constitution, mais une conspiration. Elle n'instaure pas un gouvernement du peuple, mais une oligarchie d&#233;testable qui ne conna&#238;t pas de limites. Il ne fut pas permis au peuple d'intervenir &#224; cette occasion. L'assembl&#233;e de Montgomery a creus&#233; la tombe de la libert&#233; politique, et l'on nous invite aujourd'hui &#224; assister &#224; ses obs&#232;ques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes n'utilisa pas seulement l'assembl&#233;e de Montgomery pour proclamer la s&#233;paration du Sud d'avec le Nord, mais l'exploita encore pour bouleverser la constitution interne des &#201;tats esclavagistes et compl&#233;ter l'asservissement de la partie blanche de la population, qui entendait conserver encore quelque ind&#233;pendance sous la protection et la constitution d&#233;mocratique de l'Union. D&#233;j&#224;, entre 1856 et 1860, les porte-parole politiques, les juristes, les autorit&#233;s morales et religieuses du parti esclavagiste n'avaient pas tant cherch&#233; &#224; d&#233;montrer que l'esclavage des Noirs &#233;tait justifi&#233;, mais que la couleur de la peau n'y faisait rien, la classe ouvri&#232;re &#233;tant partout n&#233;e pour l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, au sens le plus plein, la guerre de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud est une guerre de conqu&#234;te, destin&#233;e &#224; l'extension et &#224; la perp&#233;tuation de l'esclavage. La plus grande partie des &#201;tats fronti&#232;res et des territoires ne se trouve pas encore aux mains de l'Union, bien qu'ils aient pris parti pour elle par le moyen des urnes, puis par celui des armes. Cependant, la Conf&#233;d&#233;ration les compte dans le &#171; Sud &#187; et cherche &#224; les arracher de force &#224; l'Union. Dans les &#201;tats fronti&#232;res qu'elle occupe pour le moment, la Conf&#233;d&#233;ration tient en &#233;chec par la loi martiale les r&#233;gions montagneuses en grande partie favorables au mode de vie libre. A l'int&#233;rieur des &#201;tats esclavagistes proprement dits, elle supplante la d&#233;mocratie existant jusqu'ici en instaurant le pouvoir sans bornes de l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En abandonnant ses plans de conqu&#234;te, la Conf&#233;d&#233;ration du Sud renoncerait &#224; son principe vital et au but de la s&#233;cession. De fait, la s&#233;cession ne s'est produite que parce qu'au sein de l'Union la transformation des &#201;tats fronti&#232;res et des territoires en &#201;tats esclavagistes ne semble pas r&#233;alisable ind&#233;finiment. Au reste, s'il c&#233;dait pacifiquement &#224; la Conf&#233;d&#233;ration du Sud les territoires contest&#233;s, le Nord abandonnerait &#224; la r&#233;publique esclavagiste plus des trois quarts de tout le territoire des &#201;tats-Unis. Le Nord perdrait enti&#232;rement le golfe du Mexique, l'oc&#233;an Atlantique, &#224; l'exception d'une mince bande de terre s'&#233;tendant de la baie de Pensacola &#224; celle du Delaware, et se couperait elle-m&#234;me de l'oc&#233;an Pacifique. Le Missouri, le Kansas, le Nouveau-Mexique, l'Arkansas et le Texas entra&#238;neraient &#224; leur suite la Californie [9]. Incapables d'arracher &#224; la R&#233;publique esclavagiste ennemie l'embouchure du Mississippi au sud, les grands &#201;tats agricoles, situ&#233;s dans le bassin entre les Montagnes-Rocheuses et les Alleghanys, dans les vall&#233;es du Mississippi, du Missouri et de l'Ohio, seraient contraints, de par leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, &#224; se d&#233;tacher du Nord et &#224; entrer dans la Conf&#233;d&#233;ration du Sud. A leur tour, ces &#201;tats du nord-ouest entra&#238;neraient, dans la m&#234;me ronde de la s&#233;cession, tous les &#201;tats nordistes situ&#233;s plus &#224; l'est, &#224; l'exception peut-&#234;tre de la Nouvelle-Angleterre [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce ne serait pas la dissolution de l'Union, mais sa r&#233;organisation sur la base de l'esclavage, sous le contr&#244;le reconnu de l'oligarchie esclavagiste. Le plan d'une telle r&#233;organisation a &#233;t&#233; ouvertement proclam&#233; par les principaux porte-parole du Sud au Congr&#232;s de Montgomery. Il explique le paragraphe de la nouvelle constitution, qui ouvre la porte de la nouvelle Conf&#233;d&#233;ration &#224; tout &#201;tat de l'ancienne Union. Le syst&#232;me esclavagiste empesterait toute l'Union. Dans les &#201;tats du Nord, o&#249; l'esclavage est pratiquement irr&#233;alisable, la classe ouvri&#232;re blanche serait progressivement abaiss&#233;e &#224; la condition d'ilote. Ce serait purement et simplement l'application du principe hautement proclam&#233;, selon lequel seules certaines races seraient aptes &#224; &#234;tre libres : comme, dans le Sud, le travail proprement dit est r&#233;serv&#233; aux Noirs, il serait r&#233;serv&#233; dans le Nord aux Allemands et aux Irlandais, ou &#224; leurs descendants directs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle lutte entre le Sud et le Nord est donc essentiellement un conflit entre deux syst&#232;mes sociaux, entre le syst&#232;me de l'esclavage et celui du travail libre. La lutte a &#233;clat&#233;, parce que les deux syst&#232;mes ne peuvent pas coexister plus longtemps en paix sur le continent nord-am&#233;ricain. Elle ne peut finir qu'avec la victoire de l'un ou de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les &#201;tats fronti&#232;res et les territoires contest&#233;s, o&#249; les deux syst&#232;mes sont en lutte pour l'h&#233;g&#233;monie, sont comme une &#233;pine dans la chair du Sud, il ne faut pas m&#233;conna&#238;tre, par ailleurs, qu'au cours de la guerre ils ont repr&#233;sent&#233; jusqu'ici le point faible du Nord. Sur ordre des conjur&#233;s du Sud, une fraction des esclavagistes de ces districts a simul&#233; hypocritement sa loyaut&#233; au Nord, tandis qu'une autre fraction trouvait que ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et ses id&#233;es traditionnelles la rapprochaient de l'Union. Ces deux fractions ont pareillement paralys&#233; le Nord. La crainte d'alt&#233;rer l'humeur des esclavagistes &#171; loyaux &#187; des &#201;tats fronti&#232;res et de les jeter dans les bras de la s&#233;cession, en d'autres termes : les m&#233;nagements empreints de prudence vis-&#224;-vis des int&#233;r&#234;ts, pr&#233;jug&#233;s et sentiments de ces alli&#233;s douteux, c'est ce qui a frapp&#233; l'Union depuis le d&#233;but de la guerre d'une faiblesse incurable, en la poussant dans la voie des demi-mesures, en l'amenant &#224; manquer hypocritement aux principes inh&#233;rents &#224; la guerre, en &#233;pargnant le point le plus vuln&#233;rable de l'ennemi, la racine du mal : l'esclavage lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, r&#233;cemment encore, Lincoln a r&#233;voqu&#233; pusillanimement la proclamation du Missouri de Fr&#233;mont sur l'&#233;mancipation des Noirs appartenant aux rebelles [11], c'est uniquement en &#233;gard aux violentes protestations des esclavagistes &#171; loyaux &#187; du Kentucky. Quoi qu'il en soit, un tournant a &#233;t&#233; atteint en cette mati&#232;re. Avec le Kentucky, le dernier &#201;tat fronti&#232;re a pris rang parmi les champs de bataille entre Sud et Nord. D&#232;s lors qu'il s'agit d'une v&#233;ritable guerre pour les &#201;tats fronti&#232;res dans les &#201;tats fronti&#232;res eux-m&#234;mes, leur perte ou leur conqu&#234;te est soustraite &#224; la sph&#232;re des d&#233;bats diplomatiques ou parlementaires. Une fraction des esclavagistes jettera bas le masque de la loyaut&#233;, l'autre se satisfera de la perspective d'une indemnisation mon&#233;taire, telle que la Grande-Bretagne en versa aux planteurs de l'Inde occidentale [12]. Les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes poussent &#224; la proclamation du mot d'ordre d&#233;cisif : l'&#233;mancipation des esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les plus but&#233;s parmi les d&#233;mocrates et diplomates du Nord se sentent attir&#233;s par cette formule, comme le montrent diverses manifestations tout &#224; fait r&#233;centes. Dans une lettre ouverte, le g&#233;n&#233;ral Cass, ministre de la Guerre sous Buchanan et, jusqu'ici, l'un des alli&#233;s les plus z&#233;l&#233;s du Sud, a proclam&#233; que l'&#233;mancipation des esclaves &#233;tait la condition sine qua non du salut de l'Union. Dans sa derni&#232;re &#171; revue &#187; d'octobre, le Dr Brownson - le porte-parole du parti catholique du Nord et, selon son propre aveu, l'adversaire le plus d&#233;cid&#233; de l'&#233;mancipation des esclaves de 1836 &#224; 1860 - publie un article en faveur de l'abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous avons combattu l'abolition, dit-il entre autres, tant que nous estimions qu'elle mena&#231;ait l'Union, il nous faut lutter aujourd'hui d'autant plus &#233;nergiquement contre le maintien de l'esclavage que nous sommes persuad&#233;s qu'il est d&#233;sormais incompatible avec la continuation de l'Union ou de la nation comme libre &#201;tat r&#233;publicain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le World, organe new-yorkais des diplomates du cabinet de Washington, conclut l'un de ses derniers articles &#224; sensation contre les abolitionnistes par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le jour o&#249; l'on d&#233;cidera que c'est, ou bien l'esclavage, ou bien l'Union qui doit dispara&#238;tre, on aura prononc&#233; la sentence de mort de l'esclavage. Si le Nord ne peut vaincre sans l'&#233;mancipation, il vaincra avec l'&#233;mancipation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. l'op&#233;ra Don Juan de Mozart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. &#224; propos de cet article, la correspondance Marx-Engels des 3 et 5 d&#233;cembre 1861, l. c., tome VII, pp. 47-48 et 50-56. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#192; la mort du dernier repr&#233;sentant de la dynastie des Hanovre en 1837, ce fut la fin de l'union personnelle entre l'Angleterre et le Hanovre, qui subsistait depuis 1714.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Au d&#233;but 1861, le peuple du Tennessee s'opposa &#224; la convocation d'une assembl&#233;e devant d&#233;lib&#233;rer du probl&#232;me de la s&#233;cession, par 69 673 voix contre 57 798. Le bastion de l'Union qu'&#233;tait le Tennessee oriental vota contre ce projet par une majorit&#233; de 25 611, tandis que le Tennessee central ne r&#233;unit qu'une faible majorit&#233; et que le Tennessee occidental l'accepta par 15 118 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le 16 juin 1861, le peuple du Tennessee vota comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee oriental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 780&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee central&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58 265&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 198&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee occidental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 127&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 117&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camps militaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 741&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;104 913&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47 238&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] En mars 1861, une convention, r&#233;unie au Missouri, s'opposa &#224; la s&#233;cession par 89 voix contre 1. Cependant, les esclavagistes dominaient l'administration d'&#201;tat au point que le Missouri fut lentement, mais s&#251;rement aiguill&#233; dans l'orbite de la Conf&#233;d&#233;ration. Pour r&#233;agir contre *cette &#233;volution, une convention refl&#233;tant les v&#233;ritables sentiments de la population, se r&#233;unit &#224; Jefferson City fin juillet. Le gouverneur Jackson, chef du parti esclavagiste, y fut d&#233;pos&#233;, et remplac&#233; par un partisan de l'Union, Gambie. Ainsi, en ao&#251;t 1861, le gouvernement de l'&#201;tat du Missouri passa d&#233;finitivement aux c&#244;t&#233;s de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Avant 1848, un nombre consid&#233;rable d'Allemands, esp&#233;rant instaurer un &#201;tat ind&#233;pendant, arriv&#232;rent eu Texas o&#249; ils furent bien accueillis par l'administration., Ils furent suivis, en 1848 et 1849, par des milliers de r&#233;volutionnaires allemands. En 1850, la population de souche allemande formait environ le cinqui&#232;me de la population blanche de cet &#201;tat ; &#201;videmment, les anciens r&#233;volutionnaires allemands &#233;taient en grande majorit&#233; anti-esclavagistes. En 1853, ils organis&#232;rent une soci&#233;t&#233; abolitionniste, le Prier Verein. Un an plus tard, une convention r&#233;unie &#224; San Antonio r&#233;clama la fin de l'esclavagisme. Au moment o&#249; &#233;clata la guerre civile, la plupart des Allemands se s&#233;par&#232;rent de l'&#201;tat esclavagiste et rest&#232;rent fid&#232;les au gouvernement de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Plut&#244;t que de courir le risque d'un rejet de la Constitution de Montgomery par la population, les esclavagistes la soumirent pour ratification &#224; l'assembl&#233;e d'&#201;tat. Cette derni&#232;re, sous le contr&#244;le esclavagiste, l'accepta sans autre forme de proc&#232;s, le 16 mars 1861. Cette m&#233;thode fut reprise par d'autres &#201;tats du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En 1860-1861, les partisans des &#201;tats sudistes s'efforc&#232;rent de s&#233;parer la Californie de l'Union nord-am&#233;ricaine en cr&#233;ant une r&#233;publique &#171; neutre &#187; sur l&#224; c&#244;te du Pacifique. Le gouvernement de Lincoln sut d&#233;jouer &#224; temps ces intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] La Nouvelle-Angleterre, situ&#233;e au nord-est des USA, &#233;tait constitu&#233;e par un groupe de six &#201;tats fortement industrialis&#233;s (Maine, Massachusetts Connecticut, Rhode Island, Vermont, New Hampshire). C'&#233;tait le centre du mouvement abolitionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] En ao&#251;t 1861, le g&#233;n&#233;ral, Fr&#233;mont proclama la confiscation des biens de toute personne, qui, au Missouri, prendrait les armes contre le gouvernement de Washington ou aiderait l'ennemi de quelque fa&#231;on que ce soit. Le manifeste d&#233;clarait en outre que les esclaves de ces tra&#238;tres seraient &#233;mancip&#233;s. Pour appliquer ces d&#233;cisions, le g&#233;n&#233;ral Fr&#233;mont cr&#233;a des bureaux pour l'abolition de l'esclavage et les d&#233;clarations de libert&#233;. Lincoln ordonna officiellement &#224; Fr&#233;mont de mettre sa proclamation en accord avec la loi sur la confiscation et d'annuler les d&#233;cisions relatives &#224; l'affranchissement des esclaves (la loi adopt&#233;e le 6 ao&#251;t 1861 par le Congr&#232;s ne pr&#233;voyait que la lib&#233;ration des esclaves qui avaient &#233;t&#233; directement utilis&#233;s par les rebelles &#224; des fins militaires). Comme Fr&#233;mont refusa d'ex&#233;cuter les ordres pr&#233;sidentiels, il fut d&#233;mis de son poste de commandant en chef de l'arm&#233;e du Missouri en octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Apr&#232;s le soul&#232;vement des esclaves noirs de la Jama&#239;que, le parlement anglais adopta en 1833 la loi sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies. En Inde occidentale, le gouvernement versa aux propri&#233;taires deux livres sterling par esclave affranchi. Les sommes vers&#233;es devaient &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;es par des imp&#244;ts ult&#233;rieurs frappant la population, et en premier les Noirs eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LA DESTITUTION DE FR&#201;MONT&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 19 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destitution de Fr&#233;mont du poste de commandant en chef du Missouri marque un tournant historique dans le cours de la guerre civile am&#233;ricaine. Fr&#233;mont a expi&#233; deux p&#233;ch&#233;s graves. Il fut le premier candidat du Parti r&#233;publicain &#224; la dignit&#233; pr&#233;sidentielle (1856), et c'est le premier g&#233;n&#233;ral du Nord, qui (le 30 ao&#251;t 1861) mena&#231;a les esclavagistes de l'&#233;mancipation des esclaves [1]. Il reste donc un rival pour les futurs candidats &#224; la pr&#233;sidence et un obstacle pour les actuels faiseurs de compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux derni&#232;res d&#233;cennies, une singuli&#232;re pratique s'est d&#233;velopp&#233;e aux &#201;tats-Unis : &#233;viter de faire &#233;lire &#224; la pr&#233;sidence un homme ayant occup&#233; une place d&#233;cisive dans son propre parti. Certes, on utilise le nom de ces personnalit&#233;s au cours de la campagne &#233;lectorale, mais sit&#244;t qu'on aborde l'affaire elle-m&#234;me, on les laisse choir pour les remplacer par des m&#233;diocrit&#233;s inconnues et d'influence purement locale. C'est de cette fa&#231;on que Polk, Pierce, Buchanan, etc., devinrent pr&#233;sidents. Il en fut de m&#234;me de A. Lincoln. En fait, le g&#233;n&#233;ral Andrew Jackson fut le dernier pr&#233;sident des &#201;tats-Unis &#224; devoir sa dignit&#233; &#224; son importance personnelle, alors que tous ses successeurs la doivent au contraire &#224; l'insignifiance de leur personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e &#233;lectorale de 1860, les noms les plus distingu&#233;s du Parti r&#233;publicain &#233;taient Fr&#233;mont et Seward. Connu pour ses aventures durant la guerre du Mexique [2], son audacieuse exp&#233;dition de Californie et sa candidature de 1856, Fr&#233;mont &#233;tait un personnage trop repr&#233;sentatif pour entrer en consid&#233;ration, sit&#244;t qu'il s'agissait non plus d'effectuer une d&#233;monstration r&#233;publicaine, mais de viser un succ&#232;s r&#233;publicain. C'est pourquoi, il ne fut pas candidat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va autrement de Seward, s&#233;nateur r&#233;publicain au Congr&#232;s de Washington, gouverneur de l'&#201;tat de New York et, depuis la naissance du Parti r&#233;publicain, indiscutablement son meilleur orateur. Il fallut toute une s&#233;rie de d&#233;faites mortifiantes pour amener M. Seward &#224; renoncer &#224; sa propre candidature et &#224; patronner de sa voix celui qui, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait encore plus ou moins un inconnu, A. Lincoln. Cependant, d&#232;s qu'il s'aper&#231;ut de l'&#233;chec de sa propre candidature, il s'imposa lui-m&#234;me, en tant que Richelieu r&#233;publicain, &#224; un homme qu'il tenait lui-m&#234;me pour un Louis XIII r&#233;publicain. Il contribua donc &#224; faire de Lincoln le pr&#233;sident, &#224; condition qu'il f&#238;t de lui le secr&#233;taire d'&#201;tat, dignit&#233; que l'on peut comparer dans une certaine mesure &#224; celle d'un premier ministre anglais. De fait, &#224; peine Lincoln &#233;tait-il &#233;lu pr&#233;sident, que Seward fut assur&#233; du secr&#233;tariat d'&#201;tat. On assista aussit&#244;t &#224; un curieux changement d'attitude du D&#233;mosth&#232;ne du Parti r&#233;publicain, devenu c&#233;l&#232;bre, parce qu'il proph&#233;tisa un &#171; conflit irr&#233;pressible &#187; entre le syst&#232;me du travail libre et celui de l'esclavage. Bien s&#251;r qu'il f&#251;t &#233;lu le 6 novembre 1860, Lincoln ne devait acc&#233;der &#224; la fonction pr&#233;sidentielle que le 4 mars 1861. Dans l'intervalle, au cours de la session d'hiver du Congr&#232;s, Seward se fit le centre de toutes les tentatives de compromis. Les organes sudistes dans le Nord - par exemple le New York Herald, dont la b&#234;te noire avait &#233;t&#233; jusqu'ici Seward - se mirent soudain &#224; vanter ses m&#233;rites d'homme d'&#201;tat de la r&#233;conciliation et, effectivement, ce ne fut pas sa faute si la paix a tout prix ne fut pas conclue. Manifestement, Seward utilisait le secr&#233;tariat d'&#201;tat comme tremplin et se pr&#233;occupait moins du pr&#233;sent &#171; conflit irr&#233;pressible &#187; [3] que de la future pr&#233;sidence. Il a prouv&#233; une fois de plus que les virtuoses de la langue &#233;taient des hommes d'&#201;tat dangereux auxquels on ne peut faire confiance. Qu'on lise ses d&#233;p&#234;ches d'&#201;tat ! C'est un m&#233;lange ignoble de grands mots et de petit esprit, de force apparente et de faiblesse r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Seward, Fr&#233;mont &#233;tait un rival dangereux qu'il fallait perdre. Cette entreprise apparut d'autant plus facile que, conform&#233;ment &#224; ses habitudes d'avocat, Lincoln a une aversion pour tout ce qui est g&#233;nial, s'accroche anxieusement &#224; la lettre de la Constitution et redoute tout pas qui pourrait d&#233;cevoir les &#171; loyaux &#187; esclavagistes des &#201;tats fronti&#232;res. Le caract&#232;re de Fr&#233;mont offrit un autre pr&#233;texte. C'est manifestement un homme de pathos, quelque peu excessif et hyperbolique, port&#233; aux envol&#233;es m&#233;lodramatiques. Le gouvernement l'incita tout d'abord &#224; d&#233;missionner volontairement en l'accablant de toutes sortes de chicanes. Lorsque cette m&#233;thode &#233;choua, il lui enleva son commandement, au moment pr&#233;cis o&#249; l'arm&#233;e qu'il avait organis&#233;e lui-m&#234;me se trouvait face &#224; face avec l'ennemi dans le sud-ouest du Missouri et qu'il fallait livrer la bataille d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;mont est l'idole des &#201;tats du nord-ouest qui le c&#233;l&#232;brent comme pathfinder (&#233;claireur). Ils consid&#232;rent sa destitution comme une injure personnelle. Si le gouvernement de l'Union subit encore quelques revers comme ceux de Bull Run et de Balls Bluff [4], il aura donn&#233; lui-m&#234;me John Fr&#233;mont pour chef &#224; l'opposition, qui se dressera alors contre lui et brisera l'actuel syst&#232;me diplomatique de conduite de la guerre. Nous reviendrons plus tard sur les accusations publi&#233;es par le minist&#232;re de la Guerre de Washington contre le g&#233;n&#233;ral destitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En ao&#251;t 1861, le g&#233;n&#233;ral, Fr&#233;mont proclama la confiscation des biens de toute personne, qui, au Missouri, prendrait les armes contre le gouvernement de Washington ou aiderait l'ennemi de quelque fa&#231;on que ce soit. Le manifeste d&#233;clarait en outre que les esclaves de ces tra&#238;tres seraient &#233;mancip&#233;s. Pour appliquer ces d&#233;cisions, le g&#233;n&#233;ral Fr&#233;mont cr&#233;a des bureaux pour l'abolition de l'esclavage et les d&#233;clarations de libert&#233;. Lincoln ordonna officiellement &#224; Fr&#233;mont de mettre sa proclamation en accord avec la loi sur la confiscation et d'annuler les d&#233;cisions relatives &#224; l'affranchissement des esclaves (la loi adopt&#233;e le 6 ao&#251;t 1861 par le Congr&#232;s ne pr&#233;voyait que la lib&#233;ration des esclaves qui avaient &#233;t&#233; directement utilis&#233;s par les rebelles &#224; des fins militaires). Comme Fr&#233;mont refusa d'ex&#233;cuter les ordres pr&#233;sidentiels, il fut d&#233;mis de son poste de commandant en chef de l'arm&#233;e du Missouri en octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les &#201;tats-Unis firent la guerre au Mexique, de 1846 &#224; 1848 ; les &#201;tats-Unis conquirent pr&#232;s de la moiti&#233; du pays, notamment tout le Texas, la Nouvelle-Californie et le Nouveau-Mexique. Les planteurs du Sud et la bourgeoisie financi&#232;re furent &#224; l'origine de cette campagne de brigandage imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L'expression est de Seward, cf. son discours du 25 octobre 1858 &#224; Rochester, in : W.H. Seward, Works, ed. G.E. Baker, Boston 1884, vol. IV, pp. 289-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Sur la rivi&#232;re Bull Run, pr&#232;s de la ville de Mannassas, au sud-ouest de Washington, eut lieu le 21 juillet 1861 la premi&#232;re bataille importante de la guerre civile am&#233;ricaine. L'arm&#233;e du Sud triompha des troupes nordistes plus nombreuses, mais mal pr&#233;par&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la bataille de Balls Bluff, au nord-ouest de Washington, les arm&#233;es sudistes an&#233;antirent le 21 octobre 1861 plusieurs r&#233;giments de l'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral Stone qui avaient travers&#233; le Potomac sans renforts. Ces deux batailles mirent en &#233;vidence les lacunes s&#233;rieuses au sein de l'organisation et de la direction des arm&#233;es nordistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : AFFAIRES AM&#201;RICAINES&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 f&#233;vrier 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 mars 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Lincoln n'ose pas faire un pas en avant tant que le cours des &#233;v&#233;nements et l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de l'opinion publique permettent de temporiser. Mais, une fois qu' &#171; Old Abe &#187; s'est convaincu lui-m&#234;me qu'un tel tournant s'est produit, il surprend autant ses amis que ses ennemis par la soudainet&#233; d'une op&#233;ration men&#233;e avec le moins de bruit possible. Ainsi, de la mani&#232;re la moins voyante, il vient d'ex&#233;cuter un coup, qui, six mois auparavant, e&#251;t pu lui co&#251;ter le si&#232;ge de pr&#233;sident et qui, il y a peu de mois encore e&#251;t suscit&#233; une temp&#234;te de protestations. Nous parlons de l'&#233;limination de McClellan de son poste de commandant en chef de toutes les arm&#233;es de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, Lincoln avait remplac&#233; le ministre de la Guerre Cameron par un juriste &#233;nergique et implacable, Mr Edwin Stanton. Celui-ci lan&#231;a aussit&#244;t un ordre du jour aux g&#233;n&#233;raux Buell, Halleck, Sherman et autres commandants de services entiers ou de chefs d'exp&#233;ditions, leur enjoignant d'attendre &#224; l'avenir que leur parviennent directement tous les ordres, publics et secrets, du minist&#232;re de la Guerre, et, de m&#234;me, de r&#233;pondre directement a ce minist&#232;re. Enfin, Lincoln donna quelques ordres qu'il signa lui-m&#234;me en tant que &#171; commandant en chef de l'arm&#233;e et de la marine &#187;, titre qui lui revenait de par la Constitution. De cette mani&#232;re &#171; tranquille &#187;, le &#171; jeune Napol&#233;on &#187; [1] fut d&#233;pouill&#233; du commandement supr&#234;me qu'il exer&#231;ait jusque-l&#224; sur toutes les arm&#233;es et fut r&#233;duit &#224; la seule direction de l'arm&#233;e du Potomac, bien qu'il gard&#226;t le titre de &#171; commandant en chef &#187; [2]. Les succ&#232;s remport&#233;s au Kentucky, au Tennessee et sur la c&#244;te Atlantique ont inaugur&#233; favorablement la prise en main du commandement supr&#234;me par le pr&#233;sident Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poste de commandant en chef, occup&#233; jusque-l&#224; par McClellan, a &#233;t&#233; l&#233;gu&#233; aux &#201;tats-Unis par l'Angleterre et correspond &#224; peu pr&#232;s a la dignit&#233; de grand conn&#233;table dans l'arm&#233;e fran&#231;aise de l'ancien r&#233;gime. Pendant la guerre de Crim&#233;e, l'Angleterre elle-m&#234;me d&#233;couvrit que cette vieille institution &#233;tait d&#233;sormais inad&#233;quate. Elle r&#233;alisa donc un compromis gr&#226;ce auquel une partie des attributs du commandant en chef fut transmise au minist&#232;re de la Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour juger de la tactique fabienne, [3] de McClellan, nous manquons encore du mat&#233;riel voulu. Mais, il ne fait pas de doute que son action entravait la conduite des op&#233;rations militaires en, g&#233;n&#233;ral. On peut dire de McClellan ce que Macaulay disait d'Essex : &#171; Les fautes militaires d'Essex d&#233;coulent essentiellement de ses sentiments politiques timor&#233;s. Certes, il est honn&#234;te, mais il n'est nullement attach&#233; &#224; la cause du Parlement : en dehors d'une grande d&#233;faite, il ne craint rien davantage qu'une grande victoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des officiers form&#233;s &#224; West Point et appartenant &#224; l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, McClellan est plus ou moins li&#233; par l'esprit de corps &#224; ses anciens camarades qui se trouvent dans le camp ennemi. Il jalouse, lui aussi, les parvenus que sont &#224; ses yeux les &#171; soldats du civil &#187;. Pour lui, la guerre doit &#234;tre men&#233;e de mani&#232;re purement technique, comme une affaire, en ayant toujours en vue de restaurer l'Union sur sa base ancienne, et c'est pourquoi il convient avant tout de se tenir en dehors de toute tendance et principe r&#233;volutionnaires. En v&#233;rit&#233;, c'est l&#224; une bien curieuse conception d'une guerre qui est essentiellement une guerre de principes ! Les premiers g&#233;n&#233;raux du Parlement anglais partageaient la m&#234;me erreur. &#171; Mais, dit Cromwell dans son adresse au parlement-croupion du 4 juillet 1653, comme tout cela a chang&#233; lorsque la direction a &#233;t&#233; assum&#233;e par des hommes p&#233;n&#233;tr&#233;s de l'esprit de religiosit&#233; et de foi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Star de Washington, l'organe particulier de McClellan, d&#233;clare encore dans son dernier num&#233;ro : &#171; Le but de toutes les combinaisons militaires du g&#233;n&#233;ral McClellan est le r&#233;tablissement de l'Union sous la forme exacte o&#249; elle existait avant que n'&#233;clat&#226;t la r&#233;bellion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant donc si, sur le Potomac, l'arm&#233;e &#233;tait employ&#233;e sous les yeux du commandant en chef &#224; la chasse aux esclaves ! Tout r&#233;cemment encore, McClellan fit expulser du camp par ordre expr&#232;s la famille des musiciens Kutchinson, qui y chantait des chansons... anti-esclavagistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part de telles manifestations &#171; contre les tendances &#187;, McClellan prenait sous sa haute protection les tra&#238;tres de l'arm&#233;e unioniste. Par exemple, il promut Maynard &#224; un grade sup&#233;rieur, bien que ce f&#251;t un agent des s&#233;cessionnistes, comme le prouvent les documents officiels du comit&#233; d'enqu&#234;te de la Chambre des repr&#233;sentants. Du g&#233;n&#233;ral Patterson, dont la trahison provoqua la d&#233;faite de Manassas, jusqu'au g&#233;n&#233;ral Stone, qui organisa la d&#233;faite de Balls Bluff en connivence directe avec l'ennemi. McClellan savait soustraire tout tra&#238;tre militaire &#224; la cour martiale, voire le plus souvent l'emp&#234;cher d'&#234;tre renvoy&#233; de son poste. A ce sujet, le comit&#233; d'enqu&#234;te du Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; les faits les plus surprenants. Lincoln r&#233;solut de d&#233;montrer par une mesure &#233;nergique, que lorsqu'il assumait le commandement supr&#234;me, l'heure des tra&#238;tres &#224; &#233;paulettes avait sonn&#233;, et qu'un tournant s'&#233;tait produit dans la politique de guerre. Sur son ordre, le g&#233;n&#233;ral Stone fut arr&#234;t&#233; dans son lit le 10 f&#233;vrier &#224; deux heures du matin et conduit au fort Lafayette. Quelques heures plus tard, parvint l'ordre de son arrestation, sign&#233; de Stanton et contenant l'accusation de haute trahison passible de la cour martiale. L'arrestation de Stone et sa mise en accusation ont eu lieu sans que le g&#233;n&#233;ral McClellan en f&#251;t inform&#233; au pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'il restait inactif et portait les lauriers tress&#233;s &#224; l'avance, McClellan &#233;tait manifestement r&#233;solu &#224; ne pas permettre qu'un autre g&#233;n&#233;ral le devan&#231;&#226;t. Les g&#233;n&#233;raux Halleck et Pope avaient pr&#233;par&#233; un mouvement combin&#233; pour contraindre &#224; une bataille d&#233;cisive le g&#233;n&#233;ral Price, qui avait d&#233;j&#224; &#233;chapp&#233; une fois &#224; Fr&#233;mont par suite d'une intervention de Washington. Un t&#233;l&#233;gramme de McClellan leur interdit de mener &#224; bien leur entreprise. Un t&#233;l&#233;gramme semblable, adress&#233; au g&#233;n&#233;ral Halleck, &#171; annula l'ordre &#187; d'enlever le fort Columbus, &#224; un moment o&#249; ce fort se trouvait &#224; moiti&#233; sous l'eau. McClellan avait express&#233;ment d&#233;fendu aux g&#233;n&#233;raux de l'Ouest de correspondre entre eux. Chacun devait commencer par s'adresser &#224; Washington, s'il voulait combiner un mouvement. Le pr&#233;sident Lincoln vient de leur rendre leur indispensable libert&#233; d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de, lire le pan&#233;gyrique que le New York Herald dresse sans arr&#234;t au g&#233;n&#233;ral McClellan pour juger de la qualit&#233; de sa politique militaire. C'est le h&#233;ros, selon le c&#339;ur du Herald. Le fameux Bennett, propri&#233;taire et r&#233;dacteur en chef du Herald, r&#233;gnait dans le temps sur les administrations de Pierce et de Buchanan par l'entremise de ses &#171; repr&#233;sentants sp&#233;ciaux &#187;, alias correspondants &#224; Washington. Sous l'administration Lincoln, il essaya de reconqu&#233;rir ce m&#234;me pouvoir par un d&#233;tour gr&#226;ce &#224; son &#171; repr&#233;sentant sp&#233;cial &#187;, le Dr Ives, sudiste notoire et fr&#232;re d'un officier ayant d&#233;sert&#233; pour la Conf&#233;d&#233;ration et qui avait r&#233;ussi &#224; gagner la faveur de McClellan. Sous le patronage de McClellan, il semble que cet Ives ait joui de grandes privaut&#233;s, notamment &#224; l'&#233;poque o&#249; Cameron fut &#224; la t&#234;te du minist&#232;re de la Guerre. Il attendait manifestement que Stanton lui accord&#226;t les m&#234;mes privil&#232;ges et, en cons&#233;quence, il se pr&#233;senta le 8 f&#233;vrier au bureau militaire, o&#249; le ministre de la Guerre, son secr&#233;taire en chef et quelques membres du Congr&#232;s d&#233;lib&#233;raient sur des mesures militaires &#224; prendre. On le mit &#224; la porte, mais il se dressa sur ses ergots et, en battant en retraite, il mena&#231;a de faire ouvrir le feu par le Herald sur l'actuel minist&#232;re de la Guerre, s'il lui retirait son &#171; privil&#232;ge particulier &#187;, &#224; savoir &#234;tre dans la confidence des d&#233;lib&#233;rations de cabinet, des t&#233;l&#233;grammes, informations g&#233;n&#233;rales et nouvelles de guerre. Le lendemain 9 f&#233;vrier, le Dr Ives avait r&#233;uni tout l'&#233;tat-major de McClellan pour un d&#238;ner au champagne. Mais, la malchance vient vite. Un sous-officier suivi de six hommes, qui s'empara du puissant Ives et l'emmena au fort MacHenry, o&#249; - comme l'ordre du ministre de la Guerre le dit express&#233;ment - il est tenu sous surveillance &#233;troite en tant qu'espion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nom donn&#233; &#224; McClellan par ses partisans d&#233;mocrates, parce qu'il avait &#233;t&#233; nomm&#233; commandant en chef des troupes de l'Union d&#232;s l'&#226;ge de trente-quatre ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En mars 1862, Lincoln lan&#231;a &#224; l'arm&#233;e l' &#171; ordre du jour g&#233;n&#233;ral n&#176; 3 &#187; dans lequel il enjoignait &#224; McClellan de prendre &#171; la t&#234;te de l'arm&#233;e du Potomac jusqu'&#224; nouvel ordre &#187; et l'informait qu'il &#233;tait &#171; relev&#233; du commandement des autres d&#233;partements militaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le g&#233;n&#233;ral romain Quintus Fabius Maximus surnomm&#233; Cunctator (temporiseur), s'effor&#231;a au cours de la seconde guerre punique (218-201 av. J.-C.) d'utiliser les immenses avantages et r&#233;serves d'ordre militaire dont il disposait pour s'attirer les bonnes gr&#226;ces de l'arm&#233;e. Son plan consistait &#224; &#233;viter toute bataille d&#233;cisive et &#224; se d&#233;fendre dans des camps retranch&#233;s. Chaque erreur de l'adversaire &#233;tait utilis&#233;e pour remonter le moral de l'arm&#233;e romaine par de petites victoires et effacer l'effet d&#233;primant des d&#233;faites pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 et 27 mars 1862.&lt;br class='autobr' /&gt;
I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous quelque angle qu'on la consid&#232;re, la guerre civile am&#233;ricaine pr&#233;sente un spectacle sans parall&#232;le dans les annales de l'histoire militaire. L'immense &#233;tendue du territoire disput&#233;, l'ampleur des lignes d'op&#233;ration et du front, la puissance num&#233;rique des arm&#233;es ennemies, dont la cr&#233;ation n'a pu pratiquement s'appuyer sur aucune base d'organisation ant&#233;rieure, le co&#251;t fabuleux de ces arm&#233;es, leur mode de direction et les principes g&#233;n&#233;raux de tactique et de strat&#233;gie r&#233;gissant cette guerre, tout cela est nouveau pour l'observateur europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conspiration s&#233;cessionniste, organis&#233;e, patronn&#233;e et soutenue bien avant qu'elle n'&#233;clat&#226;t par l'administration de Buchanan, a donn&#233; au Sud un avantage initial, gr&#226;ce auquel seule elle pouvait esp&#233;rer atteindre ses buts. Menac&#233; par sa population d'esclaves [1] et par d&#233; forts &#233;l&#233;ments unionistes parmi les Blancs, disposant d'un nombre d'hommes libres trois fois moins &#233;lev&#233; que le Nord, mais plus prompt &#224; l'attaque gr&#226;ce &#224; ses innombrables oisifs, assoiff&#233;s d'aventures, tout d&#233;pendait pour le Sud d'une offensive rapide, audacieuse, voire t&#233;m&#233;raire. Si les sudistes parvenaient &#224; s'emparer de Saint-Louis, de Cincinnati, de Washington, de Baltimore et peut-&#234;tre de Philadelphie, ils pouvaient soulever un mouvement de panique, cependant que la diplomatie et la corruption eussent assur&#233; &#224; tous les &#201;tats esclavagistes la reconnaissance de leur ind&#233;pendance. En revanche, si cette premi&#232;re offensive &#233;chouait - du moins sur ses points d&#233;cisifs - leur situation devait empirer de jour en jour, parall&#232;lement au d&#233;veloppement des forces du Nord. C'est ce que comprirent parfaitement les hommes qui, dans un esprit v&#233;ritablement bonapartiste, organis&#232;rent la conspiration s&#233;cessionniste, puis ouvrirent la campagne. Leurs bandes d'aventuriers submerg&#232;rent le Missouri et le Tennessee, tandis que les troupes plus r&#233;guli&#232;rement organis&#233;es envahirent la Virginie orientale et pr&#233;par&#232;rent un coup de main en direction de Washington. Ce coup ayant &#233;chou&#233;, la campagne sudiste &#233;tait perdue du point de vue militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nord entra en guerre &#224; contrec&#339;ur dans un demi-sommeil, comme il fallait s'y attendre &#233;tant donn&#233; le d&#233;veloppement plus &#233;lev&#233; de son industrie et de son commerce. Le m&#233;canisme social &#233;tait infiniment plus complexe ici qu'au Sud, et il fallut bien plus de temps pour imprimer &#224; son appareil une direction aussi inhabituelle. L'enr&#244;lement des volontaires pour trois mois s'av&#233;ra &#234;tre une grave erreur, encore qu'elle f&#251;t sans doute in&#233;vitable [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du Nord devait consister d'abord &#224; se tenir sur la d&#233;fensive sur tous les points d&#233;cisifs, afin d'organiser ses forces, les exercer et les pr&#233;parer &#224; des batailles d&#233;cisives par des op&#233;rations de faible envergure et peu risqu&#233;es ; puis - d&#232;s que l'organisation se trouvait quelque peu renforc&#233;e et que les &#233;l&#233;ments f&#233;lons &#233;taient plus ou moins &#233;cart&#233;s de son arm&#233;e - &#224; passer &#224; une offensive &#233;nergique et ininterrompue, en vue de reconqu&#233;rir avant tout le Kentucky, le Tennessee, la Virginie et la Caroline du Nord. La transformation des civils en soldats devait co&#251;ter plus de temps au Nord qu'au Sud. Mais, une fois cela achev&#233;, on pouvait se fier &#224; la sup&#233;riorit&#233; individuelle du nordiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, si nous faisons abstraction des erreurs qui ont une source plus politique que militaire, le Nord a agi conform&#233;ment &#224; ces principes : la petite guerre au Missouri et en Virginie occidentale, tandis qu'elle prot&#233;geait les populations unionistes, accoutumait les troupes au service de campagne et au feu, sans les exposer &#224; des d&#233;faites d&#233;cisives. La grave humiliation de Bull Run [3] &#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, la cons&#233;quence d'une erreur ant&#233;rieure : l'enr&#244;lement des volontaires pour trois mois. Il est absurde de demander &#224; de nouvelles recrues d'attaquer de front une puissante position, situ&#233;e sur un terrain difficile et occup&#233;e par un adversaire &#224; peine inf&#233;rieur en nombre. La panique qui s'empara au moment d&#233;cisif de l'arm&#233;e unioniste, et dont la cause n'a toujours pas &#233;t&#233; clarifi&#233;e, ne pouvait surprendre quiconque est tant soit peu familiaris&#233; avec l'histoire des guerres populaires. De tels incidents se produisirent fr&#233;quemment chez les troupes fran&#231;aises de 1792-1795 [4], mais n'emp&#234;ch&#232;rent aucunement ces m&#234;mes soldats de gagner les batailles de Jemappes et de Fleurus, de Montenotte, Castiglione et Rivoli. Les railleries de la presse europ&#233;enne sur la panique de Bull Run n'ont qu'une seule excuse &#224; leur sottise : les fanfaronnades d'une partie de la presse nord-am&#233;ricaine avant le d&#233;clenchement de la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;pit de six mois cons&#233;cutif &#224; la d&#233;faite de Manassas fut exploit&#233; plus efficacement par le Nord que par le Sud. Non seulement les rangs nordistes grossirent bien plus que les rangs sudistes, mais leurs officiers re&#231;urent une meilleure instruction ; la discipline et l'entra&#238;nement des troupes ne se heurt&#232;rent pas aux m&#234;mes obstacles qu'au Sud. Les tra&#238;tres et les incapables furent en grande partie &#233;cart&#233;s : le temps de la panique de Bull Run appartient au pass&#233;. Certes, il ne faut pas juger les deux arm&#233;es selon les crit&#232;res propres aux principales arm&#233;es europ&#233;ennes, voire &#224; l'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re des &#201;tats-Unis. En fait, Napol&#233;on r&#233;ussit &#224; parfaire en un mois, dans ses casernes, l'entra&#238;nement des bataillons de nouvelles recrues, puis &#224; les entra&#238;ner &#224; la marche dans le second, et les conduire &#224; l'ennemi le troisi&#232;me. Mais, alors, chaque bataillon recevait un compl&#233;ment suffisant d'officiers et de sous-officiers &#233;prouv&#233;s ; et, enfin, on attribuait &#224; chaque compagnie de vieux soldats, pour qu'au jour de la bataille les jeunes troupes fussent entour&#233;es, ou mieux encadr&#233;es par les v&#233;t&#233;rans. Or, toutes ces conditions font d&#233;faut &#224; l'Am&#233;rique. Sans la masse consid&#233;rable de l'exp&#233;rience militaire de ceux qui ont &#233;migr&#233; en Am&#233;rique, &#224; la suite des convulsions r&#233;volutionnaires de 1848-1849, l'organisation des arm&#233;es de l'Union e&#251;t exig&#233; un temps plus long encore [5]. Le nombre tr&#232;s r&#233;duit des morts et des bless&#233;s par rapport au nombre total des troupes engag&#233;es (habituellement de un sur vingt) d&#233;montre que la plupart des engagements, m&#234;me les plus r&#233;cents, au Kentucky et au Tennessee, ont &#233;t&#233; effectu&#233;s principalement en utilisant des armes &#224; feu &#224; longue distance, et que les rares charges &#224; la ba&#239;onnette s'arr&#234;taient bient&#244;t devant le feu de l'ennemi, ou bien mettaient l'adversaire en fuite avant m&#234;me qu'on en v&#238;nt au corps &#224; corps. Dans l'intervalle, la nouvelle campagne s'est ouverte sous des auspices plus favorables, avec l'avance de Buell et Halleck &#224; travers le Kentucky en direction du Tennessee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir reconquis le Missouri et la Virginie occidentale, l'Union ouvrit la campagne en avan&#231;ant en direction du Kentucky [6]. Les s&#233;cessionnistes tenaient l&#224; trois fortes positions ou camps retranch&#233;s : Columbus sur le Mississippi &#224; leur gauche ; Bowling Green au centr&#233; ; Mill Springs sur la rivi&#232;re de Cumberland &#224; leur droite. Leur ligne s'&#233;tendait d'ouest en est, sur plus de trois cents milles. L'ampleur de cette ligne enlevait aux trois corps engag&#233;s toute possibilit&#233; de se soutenir mutuellement, et offrait aux troupes de l'Union la chance de pouvoir attaquer chacun d'eux isol&#233;ment et avec des forces sup&#233;rieures. La grande erreur des s&#233;cessionnistes fut, dans la disposition de leurs forces, de vouloir tenir tout le terrain occup&#233;. Le Kentucky e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;fendu avec bien plus d'efficacit&#233; au moyen d'un seul camp puissamment fortifi&#233;, au centre du pays, pr&#233;par&#233; comme champ de bataille pour un engagement d&#233;cisif et tenu par le gros de l'arm&#233;e : ou bien il aurait attir&#233; le gros des forces unionistes, ou bien il les aurait mises dans une position p&#233;rilleuse, d&#232;s lors qu'elles eussent tent&#233; d'attaquer une concentration de troupes aussi forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions donn&#233;es, les unionistes r&#233;solurent d'attaquer les trois camps l'un apr&#232;s l'autre, en cherchant &#224; en faire sortir l'ennemi par une s&#233;rie de man&#339;uvres en vue de l'obliger &#224; accepter le combat en rase campagne. Ce plan correspondant &#224; toutes les r&#232;gles de l'art militaire fut ex&#233;cut&#233; avec d&#233;cision et rapidit&#233;. Vers la mi-janvier, un corps d'environ quinze mille unionistes marcha sur Mill Springs [7], tenu par vingt mille s&#233;cessionnistes. Les unionistes man&#339;uvr&#232;rent si bien qu'ils firent croire &#224; leurs adversaires qu'ils n'avaient affaire qu'&#224; un faible d&#233;tachement. Le g&#233;n&#233;ral Zollicoffer tomba aussit&#244;t dans le pi&#232;ge : il sortit de son camp retranch&#233; et attaqua les unionistes. Trop tard, il se rendit compte qu'il avait en face de lui une force sup&#233;rieure. Il fut tu&#233;, et ses troupes subirent une d&#233;faite aussi compl&#232;te que les unionistes &#224; Bull Run. Mais, cette fois-ci, la victoire fut tout autrement exploit&#233;e. L'arm&#233;e vaincue fut &#233;troitement talonn&#233;e jusqu'&#224; ce que, &#233;puis&#233;e, d&#233;moralis&#233;e, ayant perdu son artillerie de campagne et ses trains d'&#233;quipage, elle parvint &#224; son camp de Mill Springs. Ce camp ayant &#233;t&#233; &#233;difi&#233; sur le c&#244;t&#233; nord de la rivi&#232;re de Cumberland, en cas d'une nouvelle d&#233;faite, la garnison avait la retraite coup&#233;e, hormis par le fleuve, au moyen de quelques navires a vapeur ou de barques de rivi&#232;re. Nous avons not&#233; qu'en g&#233;n&#233;ral les camps s&#233;cessionnistes sont &#233;difi&#233;s sur la rive ennemie des fleuves. Il n'est pas seulement de r&#232;gle, mais encore pratique de s'aligner de la sorte, mais &#224; condition d'avoir un pont &#224; dos. Dans ce cas, le camp sert de t&#234;te de pont et donne &#224; ceux qui le tiennent le privil&#232;ge de jeter leurs forces &#224; volont&#233; sur l'une ou l'autre rive du fleuve, c'est-&#224;-dire de dominer compl&#232;tement le cours d'eau. En revanche, un camp sur le c&#244;t&#233; ennemi du fleuve, sans pont &#224; dos, coupe toute voie de retraite apr&#232;s un engagement malheureux, et force les troupes &#224; capituler ou les expose au massacre et &#224; la noyade, comme ce fut le cas pour les unionistes pr&#232;s de Ball's Bluff sur la rive ennemie du Potomac o&#249; la trahison du g&#233;n&#233;ral Stone les avait envoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les s&#233;cessionnistes vaincus eurent atteint leur camp de Mill Springs, ils comprirent aussit&#244;t qu'il leur fallait ou bien repousser l'attaque de l'ennemi contre leurs retranchements, ou bien capituler sous peu. Or apr&#232;s l'exp&#233;rience du matin, ils avaient perdu confiance en leur capacit&#233; de r&#233;sistance. En cons&#233;quence, lorsque les unionistes avanc&#232;rent le lendemain pour attaquer le camp, ils s'aper&#231;urent que l'ennemi avait mis la nuit &#224; profit pour traverser le fleuve, en leur abandonnant le camp, les trains d'&#233;quipage, l'artillerie et l'approvisionnement. De cette mani&#232;re, l'extr&#233;mit&#233; droite de la ligne s&#233;cessionniste &#233;tait repouss&#233;e vers le Tennessee, et le Kentucky oriental, o&#249; la masse de la population est hostile au parti esclavagiste, fut reconquis par l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment - vers la mi-janvier - les unionistes commenc&#232;rent les pr&#233;paratifs pour d&#233;loger les s&#233;cessionnistes de Columbus et de Bowling Green. Une puissante flotte de vaisseaux &#224; mortiers et de canonni&#232;res blind&#233;es &#233;tait tenue pr&#234;te, et la nouvelle fut lanc&#233;e aux quatre vents qu'elle servirait &#224; convoyer une nombreuse arm&#233;e le long du Mississippi, de Cairo &#224; Memphis et &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans. En fait, toutes les d&#233;monstrations sur le Mississippi n'&#233;taient que de simples man&#339;uvres de diversion. Au moment d&#233;cisif, les canonni&#232;res furent achemin&#233;es sur l'Ohio, puis de l&#224; sur le Tennessee qu'elles remont&#232;rent jusqu'&#224; Fort Henry. Avec Fort Donelson sur la rivi&#232;re de Cumberland, cette place forte constituait la seconde ligne de d&#233;fense des s&#233;cessionnistes au Tennessee. La position avait &#233;t&#233; bien choisie, car, en cas de retraite derri&#232;re le Cumberland, ce cours d'eau couvrirait leur front tout comme le Tennessee prot&#233;geait leur flanc gauche, l'&#233;troite bande de terre entre les deux fleuves &#233;tant suffisamment couverte par les deux forts ci-dessus mentionn&#233;s. Cependant, gr&#226;ce &#224; une action rapide, les unionistes enfonc&#232;rent m&#234;me la seconde ligne, avant qu'ils aient attaqu&#233; l'aile gauche et le centre de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re semaine de f&#233;vrier, les canonni&#232;res unionistes firent leur apparition devant Fort Henry, qui fut enlev&#233; apr&#232;s un court bombardement. La garnison put s'&#233;chapper et rejoindre Fort Donelson, car les forces terrestres, dont disposait l'exp&#233;dition n'&#233;taient pas assez nombreuses pour encercler la place. Les canonni&#232;res redescendirent donc le Tennessee jusqu'&#224; l'Ohio et, de l&#224; par le Cumberland, remont&#232;rent jusqu'&#224; Fort Donelson. Une canonni&#232;re isol&#233;e remonta hardiment le Tennessee, en plein c&#339;ur de l'&#201;tat du m&#234;me nom, en fr&#244;lant l'&#201;tat du Missouri ; elle progressa jusqu'&#224; Florence dans le nord de l'Alabama, o&#249; une s&#233;rie de marais et de bancs (connus sous le nom de Muscle Shoals) interdit toute poursuite de la navigation. Le fait qu'une seule canonni&#232;re ait pu accomplir cette longue croisi&#232;re d'au moins cent cinquante milles et revenir ensuite sans avoir subi la moindre attaque prouve que les sentiments unionistes pr&#233;valent le long du fleuve et seront fort utiles le jour o&#249; les troupes de l'Union avanceront jusque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;dition fluviale sur le Cumberland combinait cependant ses mouvements avec ceux des forces terrestres, sous le g&#233;n&#233;ral Halleck et Grant. Les s&#233;cessionnistes stationn&#233;s &#224; Bowling Green furent induits en erreur par la d&#233;monstration des unionistes. Ils rest&#232;rent tranquillement dans leur camp pendant la semaine qui suivit la chute de Fort Henry, tandis que Fort Donelson &#233;tait encercl&#233; c&#244;t&#233; terre par quarante mille unionistes et que le c&#244;t&#233; fleuve &#233;tait menac&#233; par une puissante flotte de canonni&#232;res. Comme le camp de Mill Springs et Fort Henry, Fort Donelson a le cours d'eau &#224; dos, sans disposer d'un pont pour la retraite. C'est la place la plus forte que les unionistes aient attaqu&#233;e jusqu'ici. Les travaux de fortification avaient &#233;t&#233; effectu&#233;s avec le plus grand soin ; en outre, la place &#233;tait assez vaste pour contenir et loger vingt mille hommes. Au premier jour de l'attaque, les canonni&#232;res r&#233;duisirent au silence les batteries, dont le feu &#233;tait dirig&#233; sur le c&#244;t&#233; du fleuve, et bombard&#232;rent l'int&#233;rieur du p&#233;rim&#232;tre fortifi&#233;, tandis que les troupes terrestres repoussaient les avant-postes ennemis et for&#231;aient le gros des s&#233;cessionnistes &#224; chercher protection juste sous les canons de leurs propres travaux fortifi&#233;s. Le second jour, il semble que les canonni&#232;res, qui avaient &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;prouv&#233;es la veille, n'aient pas r&#233;alis&#233; grand-chose. En revanche, les troupes terrestres eurent &#224; mener une bataille longue et chaude par endroits avec les colonnes de la garnison, qui tentaient de percer l'aile droite de l'ennemi pour s'assurer une ligne de retraite en direction de Nashville. Cependant, une attaque &#233;nergique de l'aile droite des unionistes sur l'aile gauche des s&#233;cessionnistes et d'importants renforts au profit de l'aile gauche unioniste d&#233;cid&#232;rent de la victoire des assaillants. Diff&#233;rents postes fortifi&#233;s ext&#233;rieurs furent pris d'assaut. Coinc&#233;e dans sa ligne de d&#233;fense int&#233;rieure, sans aucune voie de retraite et manifestement hors d'&#233;tat de r&#233;sister &#224; un nouvel assaut, la garnison se rendit sans condition le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Fort Donelson, l'artillerie, le train d'&#233;quipage et le mat&#233;riel de guerre de la garnison tomb&#232;rent entre les mains des unionistes ; trente mille s&#233;cessionnistes se rendirent le jour de la capitulation ; mille autres le lendemain, et sit&#244;t que l'avant-garde des vainqueurs parut devant Clarksville, cette ville situ&#233;e sur le cours sup&#233;rieur du Cumberland ouvrit ses portes. Les s&#233;cessionnistes y avaient &#233;galement stock&#233; d'importantes r&#233;serves de vivres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de Fort Donelson cache cependant un petit myst&#232;re : la fuite du g&#233;n&#233;ral Floyd avec cinq mille hommes le second jour du bombardement. Ces fuyards &#233;taient trop nombreux pour dispara&#238;tre comme par enchantement durant la nuit, sur les bateaux &#224; vapeur. Quelques mesures de pr&#233;caution de la part des assaillants eussent pu pr&#233;venir leur fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept jours apr&#232;s la reddition de Fort Donelson, les f&#233;d&#233;r&#233;s occup&#232;rent Nashville. La distance entre ces deux localit&#233;s est d'environ cent milles anglais. Il leur a donc fallu faire quinze milles par jour, sur des routes d&#233;fonc&#233;es et durant la saison la plus mauvaise de l'ann&#233;e : cela fait honneur aux troupes unionistes. A la nouvelle de la chute de Fort Donelson, les s&#233;cessionnistes &#233;vacu&#232;rent Bowling Green ; une semaine plus tard, ils abandonn&#232;rent Columbus et se retir&#232;rent sur une &#238;le du Mississippi, quarante-cinq milles plus au sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union avait ainsi enti&#232;rement reconquis le Kentucky. Il se trouve que les s&#233;cessionnistes ne pourront tenir le Tennessee que s'ils livrent et gagnent une grande bataille [8]. Il semble qu'ils aient concentr&#233; plus de soixante-cinq mille hommes dans ce but. Cependant, rien n'emp&#234;che les unionistes de leur opposer une force encore bien sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite des op&#233;rations dans la campagne du Kentucky m&#233;rite les plus vifs &#233;loges. La reconqu&#234;te d'un territoire aussi vaste, l'avance en direction de l'Ohio jusqu'au Cumberland en un seul mois, tout cela r&#233;v&#232;le une &#233;nergie, une d&#233;cision et une rapidit&#233; d'ex&#233;cution que les arm&#233;es r&#233;guli&#232;res d'Europe ont rarement &#233;gal&#233;es. Que l'on compare, par exemple, la lente progression des Alli&#233;s de Magenta &#224; Solferino en 1859, sans poursuite de l'ennemi en retraite, sans tentative d'isoler les tra&#238;nards ou de d&#233;border et d'encercler des corps de troupe entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Halleck et Grant en particulier donnent de bons exemples de conduite militaire &#233;nergique. En laissant compl&#232;tement de c&#244;t&#233; Columbus et Bowling Green, ils concentr&#232;rent leurs forces aux points d&#233;cisifs - Fort Henry et Fort Donelson - qu'ils attaqu&#232;rent rapidement et avec &#233;nergie, rendant ainsi Columbus et Bowling Green intenables. Ensuite, ils se mirent aussit&#244;t en marche vers Clarksville et Nashville, sans laisser le temps aux s&#233;cessionnistes en retraite d'occuper de nouvelles positions, dans le nord du Tennessee. Durant cette rapide poursuite, le corps d'arm&#233;e s&#233;cessionniste de Columbus resta compl&#232;tement coup&#233; du centre et de l'aile droite de son arm&#233;e. Des journaux anglais ont injustement critiqu&#233; cette op&#233;ration. M&#234;me si l'attaque de Fort Donelson e&#251;t &#233;chou&#233;, les s&#233;cessionnistes pouvaient &#234;tre retenus pr&#232;s de Bowling Green par le g&#233;n&#233;ral Buell : ils n'eussent donc pu d&#233;tacher une troupe suffisante pour permettre &#224; la. garnison de poursuivre les unionistes en rase campagne et menacer leur retraite. Par ailleurs, Columbus est si &#233;loign&#233; qu'ils ne pouvaient en aucun cas intervenir dans les op&#233;rations conduites par Grant. De fait, lorsque les unionistes eurent nettoy&#233; le Missouri des s&#233;cessionnistes, Columbus n'&#233;tait plus pour ces derniers qu'un poste d&#233;pourvu de tout int&#233;r&#234;t. Les troupes de sa garnison durent se retirer en toute h&#226;te sur Memphis ou m&#234;me l'Arkansas, afin de ne pas &#234;tre oblig&#233;s de rendre leurs armes sans gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite du nettoyage du Missouri et de la reconqu&#234;te du Kentucky, le th&#233;&#226;tre de guerre s'est r&#233;tr&#233;ci au point que les diff&#233;rentes arm&#233;es peuvent coop&#233;rer dans une certaine mesure sur toute la ligne d'op&#233;ration et s'entraider pour atteindre certains r&#233;sultats. En d'autres termes, c'est maintenant seulement que la guerre prend un caract&#232;re strat&#233;gique et que la configuration g&#233;ographique du pays rev&#234;t un int&#233;r&#234;t nouveau. C'est &#224; pr&#233;sent aux g&#233;n&#233;raux nordistes de d&#233;couvrir le talon d'Achille des &#201;tats cotonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la prise de Nashville, il ne pouvait y avoir d'op&#233;ration strat&#233;gique commune aux arm&#233;es du Kentucky et &#224; celles du Potomac, s&#233;par&#233;es par de trop longues distances. Certes, elles se trouvaient sur la m&#234;me ligne de front, mais leurs lignes d'op&#233;ration &#233;taient compl&#232;tement diff&#233;rentes. C'est seulement avec l'avance victorieuse dans le Tennessee que les mouvements des arm&#233;es du Kentucky prennent de l'importance pour le th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux am&#233;ricains influenc&#233;s par McClellan ont fait grand bruit de la th&#233;orie &#171; anaconda &#187; d'enveloppement, qui pr&#233;conise qu'une immense ligne d'arm&#233;es encercle la r&#233;bellion, resserre progressivement ses membres et &#233;trangle finalement l'ennemi. C'est pur enfantillage. C'est un r&#233;chauff&#233; du soi-disant syst&#232;me de cordon invent&#233; en Autriche vers 1770, utilis&#233; contre les Fran&#231;ais de 1792 &#224; 1797 avec tant d'obstination et marqu&#233; par les &#233;checs incessants que l'on sait. A Jemappes, Fleurus et, tout particuli&#232;rement &#224; Montenotte, Millesimo, Dego, Castiglione et Rivoli, le syst&#232;me de l'&#233;tranglement a fait long feu. Les Fran&#231;ais coupaient en deux l' &#171; anaconda &#187;, en concentrant leur attaque sur un point avec des forces sup&#233;rieures, puis ils mettaient en pi&#232;ces, l'un apr&#232;s l'autre, les morceaux de l' &#171; anaconda &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#201;tats plus ou moins peupl&#233;s et centralis&#233;s, il existe toujours un centre, dont l'occupation par l'ennemi brise le plus souvent la r&#233;sistance nationale. Paris en est un exemple frappant. Cependant, les &#201;tats esclavagistes ne poss&#232;dent pas un tel centre. Ils sont peu peupl&#233;s et ne poss&#232;dent gu&#232;re de grandes villes, sauf &#231;&#224; et l&#224; sur la c&#244;te. Cependant, il faut se demander s'il existe au moins un centre de gravit&#233; militaire, dont la capture briserait les reins de la r&#233;sistance, ou bien - comme ce fut le cas de la Russie jusqu'en 1812 - faut-il, pour remporter la victoire, occuper chaque village et chaque localit&#233;, en un mot : occuper toute la p&#233;riph&#233;rie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetons donc un coup d'&#339;il sur la configuration g&#233;ographique de Secessia, avec sa longue bande c&#244;ti&#232;re sur l'Atlantique et sur le golfe du Mexique. Aussi longtemps que les conf&#233;d&#233;r&#233;s tenaient le Kentucky et le Tennessee, son territoire formait un ensemble bien compact. La perte de ces deux &#201;tats a enfonc&#233; dans leur territoire un gigantesque coin qui s&#233;pare les &#201;tats situ&#233;s sur la c&#244;te nord de l'oc&#233;an Atlantique des &#201;tats situ&#233;s sur le golfe du Mexique. La route directe de la Virginie et des deux Carolines au Texas &#224; la Louisiane, au Mississippi et m&#234;me, en partie, &#224; l'Alabama, passe par le Tennessee que les unionistes viennent d'occuper. La seule route qui, apr&#232;s la conqu&#234;te totale du Tennessee par l'Union, relie les deux sections des &#201;tats esclavagistes, passe par la G&#233;orgie. Cela d&#233;montre que la G&#233;orgie est la cl&#233; de Secessia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perdant la G&#233;orgie, la Conf&#233;d&#233;ration a &#233;t&#233; coup&#233;e en deux sections qui ne disposent plus d'aucune communication entre elles. Or, il est impensable que les s&#233;cessionnistes puissent reconqu&#233;rir la G&#233;orgie, car les forces militaires unionistes y seraient concentr&#233;es en une position centrale, tandis que leurs adversaires, divis&#233;s en deux camps, auraient &#224; peine suffisamment de forces pour mener une attaque conjointe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudrait-il conqu&#233;rir toute la G&#233;orgie, y compris la c&#244;te sud de Floride, pour mener &#224; bien une telle op&#233;ration ? Nullement. Dans un pays ou les communications, notamment entre deux points &#233;loign&#233;s, d&#233;pendent bien plus du chemin de fer que des routes terrestres, il suffit d'enlever la voie ferr&#233;e. La ligne de chemin de fer la plus m&#233;ridionale entre les &#201;tats du golfe du Mexique et ceux de la c&#244;te nord de l'Atlantique passe par Macon et Gordon, pr&#232;s de Milledgeville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation de ces deux points couperait donc Secessia en deux et permettrait aux unionistes de battre une partie apr&#232;s l'autre. Il ressort de ce que nous venons de dire qu'aucune r&#233;publique sudiste n'est viable sans la possession du Tennessee. En effet, sans le Tennessee, le point vital de la G&#233;orgie ne se trouve qu'&#224; huit ou dix jours de marche de la fronti&#232;re. Le Nord tient donc sans cesse le Sud &#224; la gorge : &#224; la moindre pression de son poing, le Sud doit c&#233;der ou reprendre la lutte pour survivre, dans des conditions o&#249; une seule d&#233;faite lui enl&#232;ve toute perspective de victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;coule de ces consid&#233;rations que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Potomac n'est pas la position la plus importante du th&#233;&#226;tre de guerre. La prise de Richmond et l'avance de l'arm&#233;e du Potomac vers le sud - difficiles &#224; cause des nombreux cours d'eau qui coupent la ligne de marche - pourraient avoir un terrible effet psychologique, mais du point de vue purement militaire, elles ne d&#233;cideraient rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de la campagne repose sur l'arm&#233;e du Kentucky, qui occupe actuellement le Tennessee, territoire sans lequel la s&#233;cession ne peut vivre. Il faudrait donc renforcer cette arm&#233;e, aux d&#233;pens des autres et en sacrifiant toutes les op&#233;rations mineures. Ses prochains points d'attaque seraient Chattanooga et Dalton sur le Tennessee sup&#233;rieur, ces villes &#233;tant les n&#339;uds ferroviaires les plus importants de tout le Sud. Apr&#232;s leur occupation, les &#201;tats de l'est et de l'ouest de Secessia ne seraient plus reli&#233;s que par les lignes de communication de G&#233;orgie. Il ne resterait plus qu'&#224; couper la ligne de chemin de fer suivante de l'Atlanta en G&#233;orgie, et enfin de d&#233;truire la derni&#232;re liaison entre les deux sections, en occupant Macon et Gordon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, si le plan &#171; anaconda &#187; &#233;tait poursuivi, en d&#233;pit de tous les succ&#232;s remport&#233;s localement et m&#234;me sur le Potomac, la guerre pourrait se prolonger &#224; l'infini, cependant que les difficult&#233;s financi&#232;res et les complications diplomatiques pourraient cr&#233;er une nouvelle marge de man&#339;uvre pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En 1860, l'Alabama, la G&#233;orgie, la Louisiane, le Mississippi, la Floride, la Caroline du Sud et le Texas avaient au total 4 969 141 habitants, dont 46,5 %, soit 2 312 350, &#233;taient des esclaves. Dans deux de ces &#201;tats - la Caroline du Sud et le Mississippi - les esclaves &#233;taient plus nombreux que l'ensemble des Blancs et Noirs libres. La Virginie, le Tennessee, la Caroline du Nord et l'Arkansas comptaient 4 134 191 habitants en 1860, dont 29,2 % d'esclaves soit 1208 758. Ne serait-ce que du point de vue militaire, une politique radicalement abolitionniste e&#251;t cass&#233; les reins aux sudistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En r&#233;ponse aux actes de guerre de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, le gouvernement de Lincoln avait appel&#233;, le 15 avril 1861, soixante-quinze mille volontaires au service arm&#233;, croyant pouvoir r&#233;gler le conflit en trois mois. En fait, la guerre de S&#233;cession tra&#238;na jusqu'en 1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sur la rivi&#232;re Bull Run, pr&#232;s de la ville de Mannassas, au sud-ouest de Washington, eut lieu le 21 juillet 1861 la premi&#232;re bataille importante de la guerre civile am&#233;ricaine. L'arm&#233;e du Sud triompha des troupes nordistes plus nombreuses, mais mal pr&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans sa lettre &#224; Marx du 26.9.1851, Engels explique que la premi&#232;re phase d'une r&#233;volution implique toujours la spontan&#233;it&#233; et l'anarchie, qui affectent et dissolvent l'ancien r&#233;gime : &#171; Il est &#233;vident que la d&#233;sorganisation des arm&#233;es et le rel&#226;chement absolu de la discipline furent aussi bien la condition que le r&#233;sultat de toute r&#233;volution qui ait triomph&#233; jusqu'ici. La France dut attendre 1792 pour r&#233;organiser une petite arm&#233;e de soixante &#224; quatre-vingt mille hommes, celle de Dumouriez, qui cependant se d&#233;composa bient&#244;t. On peut donc dire qu'il n'y eut pratiquement aucune arm&#233;e organis&#233;e en France jusqu'&#224; la fin 1793. &#187; Et de montrer que la discipline d&#233;pend des buts politiques poursuivis, et non de la dictature militaire, du moins en p&#233;riodes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Comme durant la premi&#232;re r&#233;volution am&#233;ricaine, des forces progressives de plusieurs nations europ&#233;ennes aid&#232;rent l&#232;s Am&#233;ricains dans leur lutte au cours de la guerre anti-esclavagiste. parmi les r&#233;volutionnaires allemands de 1848 qui avaient &#233;migr&#233; aux &#201;tats-Unis, il y avait des bourgeois lib&#233;raux tels que Schurz et Kapp, et des amis communistes de Marx et d'Engels tels que Weydemeyer et Anneke (cf. Correspondance Marx-Engels, des 29.5. et 4.6.1862, l. c., pp. 113-116 : Anneke informait directement Engels de ce qui se passait sur le th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations am&#233;ricain). On estime &#224; deux cent mille le nombre des Allemands qui se port&#232;rent volontaires pour aider le Nord &#224; combattre les esclavagistes. Ils firent profiter de leur exp&#233;rience les arm&#233;es nordistes peu aguerries et mal organis&#233;es au d&#233;but des hostilit&#233;s.. Certains r&#233;volutionnaires de 1848 organis&#232;rent leurs propres d&#233;tachements, par exemple le 8&#176; r&#233;giment de volontaires allemands. L'action de Marx et d'Engels en faveur du Nord anti-esclavagiste se relie &#233;videmment &#224; ce mouvement concret aux &#201;tats-Unis. Comme on le sait, Marx avait envisag&#233;, &#224; un moment donn&#233;, d'&#233;migrer aux &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par comparaison, voici les chiffres en ce qui concerne la participation des Noirs (ou esclaves) &#224; la lutte aux c&#244;t&#233;s du Nord : on n'a compt&#233; que 186 017 hommes de couleur ayant servi dans les arm&#233;es nordistes durant la guerre. Sur ce chiffre, 123 156 &#233;taient en service en juillet 1865 (on sait que les Noirs furent tardivement accept&#233;s de mani&#232;re officielle dans l'arm&#233;e). Les Noirs se battirent avec un courage extraordinaire, et perdirent 68 178 hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Du point de vue militaire et politique, la campagne du Kentucky de 1862 fut d'une importance d&#233;cisive. La ligne de d&#233;fense des conf&#233;d&#233;r&#233;s, de Columbus &#224;, Bowling Green, avait deux centres vitaux au Tennessee, Fort Henry et Fort Donelson. Ces places fortes d&#233;fendaient deux importants passages au c&#339;ur du Sud, les rivi&#232;res Cumberland et Tennessee. Leur prise ne permit pas seulement aux nordistes d'ouvrir une br&#232;che profonde dans la Conf&#233;d&#233;ration sudiste, mais encore de rendre intenable la position des sudistes au Kentucky. C'est pourquoi, ces deux forts furent l'objectif imm&#233;diat de la campagne de l'Union, et Grant les occupa les 6 et 15.2.1862. La prise de Fort Donelson entra&#238;na l'&#233;vacuation des positions de Bowling Green, de Columbus et de Nashville (au Tennessee).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces victoires de l'Union eurent de grandes cons&#233;quences militaires. Par le fleuve du Tennessee, les nordistes purent p&#233;n&#233;trer jusqu'au nord de l'Alabama et m&#234;me en G&#233;orgie. Ce fut la premi&#232;re amorce pour enfoncer un coin jusqu'au golfe du Mexique et couper la Conf&#233;d&#233;ration sudiste en deux parties isol&#233;es l'une de l'autre. En outre, ces succ&#232;s permirent d'occuper le Kentucky, &#201;tat fronti&#232;re vital, et de r&#233;cup&#233;rer une partie du Tennessee. Les nordistes avanc&#232;rent en tout de deux cents milles. Par ailleurs, ces victoires eurent un grand retentissement politique. Elles montr&#232;rent &#224; l'Europe - et notamment &#224; l'Angleterre - que le Sud n'&#233;tait pas invincible sur les champs de bataille. Enfin, elles enlev&#232;rent les derniers doutes qui pouvaient subsister sur le r&#244;le du Kentucky dans le conflit, et permirent d'entreprendre une guerre plus r&#233;volutionnaire contre les esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] En ce qui concerne l'&#233;tude d&#233;taill&#233;e du rapport des forces arm&#233;es lors des diff&#233;rentes op&#233;rations, aux divers moments de la guerre de S&#233;cession am&#233;ricaine, cf. The War of the Rebellion : A Compilation of the Official Records of the Union en cinquante-six volumes. La s&#233;rie I traite particuli&#232;rement de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] De fait, les conf&#233;d&#233;r&#233;s engag&#232;rent une double campagne au Kentucky et au Maryland en septembre 1862, mais ils furent battus. Cf. les articles ci-apr&#232;s : &#171; La situation en Am&#233;rique du Nord &#187; (10 novembre 1862), et &#171; Les &#233;v&#233;nements d'Am&#233;rique du Nord &#187; (12 octobre 1862). Comme Marx et Engels l'ont mis en &#233;vidence, le Sud devait attaquer en raison de la nature m&#234;me de ses conditions sociales, tandis que le Nord, en raison de ses. h&#233;sitations essentiellement politiques, se tenait sur la d&#233;fensive, bien qu'il jou&#238;t d'une sup&#233;riorit&#233; sociale et militaire incontestable. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1862/05/km18620520.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1862/05/km18620520.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Science &#233;conomique, la m&#233;thode de Karl Marx</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8574</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8574</guid>
		<dc:date>2026-01-27T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl MARX &lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl MARX
&lt;p&gt;La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le concret, qui constituent la condition pr&#233;alable effective, donc en &#233;conomie politique, par exemple, la population qui est la base et le sujet de l'acte social de production tout entier. Cependant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, on s'aper&#231;oit que c'est l&#224; une erreur. La population est une abstraction si l'on n&#233;glige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont &#224; leur tour un mot creux si l'on ignore les &#233;l&#233;ments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salari&#233;, le capital etc. Ceux-ci supposent l'&#233;change, la division du travail, le prix etc. Le capital, par exemple, n'est rien sans le travail salari&#233;, sans la valeur, l'argent, le prix, etc. Si donc on commen&#231;ait ainsi par la population, on aurait une repr&#233;sentation chaotique du tout, et, par une d&#233;termination plus pr&#233;cise, par l'analyse, on aboutirait &#224; des concepts de plus en plus simples ; du concret figur&#233; on passerait &#224; des abstractions de plus en plus minces, jusqu'&#224; ce que l'on soit arriv&#233; aux d&#233;terminations les plus simples. Partant de l&#224;, il faudrait refaire le chemin &#224; rebours jusqu'&#224; ce qu'enfin on arrive de nouveau &#224; la population, mais celle-ci ne serait pas, cette fois, la repr&#233;sentation chaotique d'un tout, mais une riche totalit&#233; de d&#233;terminations et de rapports nombreux. La premi&#232;re voie est celle qu'a prise tr&#232;s historiquement l'&#233;conomie politique &#224; sa naissance. Les &#233;conomistes du XVIIe si&#232;cle, par exemple, commencent toujours par une totalit&#233; vivante : population, nation, &#201;tat, plusieurs &#201;tats ; mais ils finissent toujours par d&#233;gager par l'analyse quelques rapports g&#233;n&#233;raux abstraits d&#233;terminants tels que la division du travail, l'argent, la valeur, etc. D&#232;s que ces facteurs isol&#233;s ont &#233;t&#233; plus ou moins fix&#233;s et abstraits, les syst&#232;mes &#233;conomiques ont commenc&#233; ; qui partent des notions simples telles que travail, division du travail, besoin, valeur d'&#233;change, pour s'&#233;lever jusqu'&#224; l'&#201;tat, les &#233;changes entre nations et le march&#233; mondial. Cette derni&#232;re m&#233;thode est manifestement la m&#233;thode scientifique correcte. Le concret est concret parce qu'il est la synth&#232;se de multiples d&#233;terminations, donc unit&#233; de la diversit&#233;. C'est pourquoi il appara&#238;t dans la pens&#233;e comme proc&#232;s de synth&#232;se, comme r&#233;sultat, non comme point de d&#233;part, bien qu'il soit le v&#233;ritable point de d&#233;part et par la suite &#233;galement le point de d&#233;part de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. La premi&#232;re d&#233;marche a r&#233;duit la pl&#233;nitude de la repr&#233;sentation &#224; une d&#233;termination abstraite ; avec la seconde, les d&#233;terminations abstraites conduisent &#224; la reproduction du concret par la voie de la pens&#233;e. C'est pourquoi Hegel est tomb&#233; dans l'illusion de concevoir le r&#233;el comme le r&#233;sultat de la pens&#233;e, qui se concentre en elle-m&#234;me, s'approfondit en elle-m&#234;me, se meut par elle-m&#234;me, alors que la m&#233;thode qui consiste &#224; s'&#233;lever de l'abstrait au concret n'est pour la pens&#233;e que la mani&#232;re de s'approprier le concret, de le reproduire sous la forme d'un concret pens&#233;. Mais ce n'est nullement l&#224; le proc&#232;s de la gen&#232;se du concret lui-m&#234;me. Par exemple, la cat&#233;gorie &#233;conomique la plus simple, mettons la valeur d'&#233;change, suppose la population, une population produisant dans des conditions d&#233;termin&#233;es ; elle suppose aussi un certain genre de famille, ou de commune, ou d'&#201;tat, etc. Elle ne peut jamais exister autrement que sous la forme de relation unilat&#233;rale et abstraite d'un tout concret, vivant, d&#233;j&#224; donn&#233;. Comme cat&#233;gorie, par contre, la valeur d'&#233;change m&#232;ne une existence ant&#233;diluvienne. Pour la conscience &#8212; et la conscience philosophique est ainsi faite que pour la pens&#233;e qui con&#231;oit constitue l'homme r&#233;el et, par la suite, le monde n'appara&#238;t comme r&#233;el qu'une fois con&#231;u &#8212; pour la conscience, donc, le mouvement des cat&#233;gories appara&#238;t comme l'acte de production r&#233;el &#8212; qui re&#231;oit une simple impulsion du dehors et on le regrette &#8212; dont le r&#233;sultat est le monde ; et ceci (mais c'est encore l&#224; une tautologie) est exact dans la mesure o&#249; la totalit&#233; concr&#232;te en tant que totalit&#233; pens&#233;e, en tant que repr&#233;sentation mentale du concret, est en fait un produit de la pens&#233;e, de la conception ; il n'est par contre nullement le produit du concept qui s'engendrerait lui-m&#234;me, qui penserait en dehors et au-dessus de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation, mais un produit de l'&#233;laboration de concepts &#224; partir de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. Le tout, tel qu'il appara&#238;t dans l'esprit comme une totalit&#233; pens&#233;e, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule fa&#231;on qu'il lui soit possible, d'une fa&#231;on qui diff&#232;re de l'appropriation de ce monde par l'art, la religion, l'esprit pratique. Apr&#232;s comme avant, le sujet r&#233;el subsiste dans son ind&#233;pendance en dehors de l'esprit ; et cela aussi longtemps que l'esprit a une activit&#233; purement sp&#233;culative, purement th&#233;orique. Par cons&#233;quent, dans l'emploi de la m&#233;thode th&#233;orique aussi, il faut que le sujet, la soci&#233;t&#233;, reste constamment pr&#233;sent &#224; l'esprit comme donn&#233;e premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces cat&#233;gories simples n'ont-elles pas aussi une existence ind&#233;pendante, de caract&#232;re historique ou naturel, ant&#233;rieure &#224; celle des cat&#233;gories plus concr&#232;tes ? Ca d&#233;pend. Hegel, par exemple, a raison de commencer la philosophie du droit par la possession, celle-ci constituant le rapport juridique le plus simple du sujet. Mais il n'existe pas de possession avant que n'existe la famille, ou les rapports entre ma&#238;tres et esclaves, qui sont des rapports beaucoup plus concrets. Par contre, il serait juste de dire qu'il existe des familles, des communaut&#233;s de tribus, qui ne sont encore qu'au stade de la possession, et non &#224; celui de la propri&#233;t&#233;. Par rapport &#224; la propri&#233;t&#233;, la cat&#233;gorie la plus simple appara&#238;t donc comme le rapport de communaut&#233;s simples de familles ou tribus. Dans la soci&#233;t&#233; parvenue &#224; un stade sup&#233;rieur, elle appara&#238;t comme le rapport plus simple d'une organisation plus d&#233;velopp&#233;e. Mais on pr&#233;suppose toujours le substrat concret qui s'exprime par un rapport de possession. On peut se repr&#233;senter un sauvage isol&#233; qui poss&#232;de. Mais la possession ne constitue pas alors un rapport juridique. Il n'est pas exact qu'historiquement la possession &#233;volue jusqu'&#224; la forme familiale. Elle suppose au contraire toujours l'existence de cette &#8220;cat&#233;gorie juridique plus concr&#232;te&#8221;. Cependant il n'en demeurerait pas moins que les cat&#233;gories simples sont l'expression de rapports dans lesquels le concret non encore d&#233;velopp&#233; a pu s'&#234;tre r&#233;alis&#233; sans avoir encore pos&#233; la relation ou le rapport plus complexe qui trouve son expression mentale dans la cat&#233;gorie plus concr&#232;te ; tandis que le concret plus d&#233;velopp&#233; laisse subsister cette m&#234;me cat&#233;gorie comme un rapport subordonn&#233;. L'argent peut exister et a exist&#233; historiquement avant que n'exist&#226;t le capital, que n'existassent les banques, que n'exist&#226;t le travail salari&#233;, etc. &#192; cet &#233;gard, on peut donc dire que la cat&#233;gorie plus simple peut exprimer des rapports dominants d'un tout moins d&#233;velopp&#233; ou, au contraire, des rapports subordonn&#233;s d'un tout plus d&#233;velopp&#233; qui existaient d&#233;j&#224; historiquement avant que le tout ne se d&#233;velopp&#226;t dans le sens qui trouve son expression dans une cat&#233;gorie plus concr&#232;te. Dans cette mesure, la marche de la pens&#233;e abstraite, qui s'&#233;l&#232;ve du plus simple au plus complexe, correspondrait au processus historique r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, on peut dire qu'il y a des formes de soci&#233;t&#233;s tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, mais qui historiquement manquent assez de maturit&#233;, dans lesquelles on trouve les formes les plus &#233;lev&#233;es de l'&#233;conomie, comme par exemple la coop&#233;ration, une division du travail d&#233;velopp&#233;e, etc., sans qu'il existe aucune sorte de monnaie, par exemple le P&#233;rou. Chez les Slaves aussi, l'argent et l'&#233;change qui le conditionne n'apparaissent pas ou peu &#224; l'int&#233;rieur de chaque communaut&#233;, mais ils apparaissent &#224; leurs fronti&#232;res, dans leur trafic avec d'autres communaut&#233;s. C'est d'ailleurs une erreur que de placer l'&#233;change au centre des communaut&#233;s, d'en faire l'&#233;l&#233;ment qui les constitue &#224; l'origine. Au d&#233;but, il appara&#238;t au contraire dans les relations des diverses communaut&#233;s entre elles, bien plut&#244;t que dans les relations des membres &#224; l'int&#233;rieur d'une seule et m&#234;me communaut&#233;. De plus, quoique l'argent apparaisse tr&#232;s t&#244;t et joue un r&#244;le multiple, il est dans l'antiquit&#233;, en tant qu'&#233;l&#233;ment dominant, l'apanage de nations d&#233;termin&#233;es unilat&#233;ralement, de nations commer&#231;antes. Et m&#234;me dans l'antiquit&#233; la plus cultiv&#233;e, chez les Grecs et les Romains, il n'atteint son complet d&#233;veloppement, postulat de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, que dans la p&#233;riode de leur dissolution. Donc cette cat&#233;gorie pourtant toute simple n'appara&#238;t historiquement avec toute sa vigueur que dans les &#201;tats les plus d&#233;velopp&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Elle ne se fraie nullement un chemin &#224; travers tous les rapports &#233;conomiques. Dans l'Empire romain, par exemple, &#224; l'&#233;poque de son plus grand d&#233;veloppement, l'imp&#244;t en nature et les prestations en nature demeur&#232;rent le fondement. Le syst&#232;me mon&#233;taire &#224; proprement parler n'y &#233;tait compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; que dans l'arm&#233;e. Il ne s'est jamais saisi non plus de la totalit&#233; du travail. Ainsi, bien qu'historiquement la cat&#233;gorie la plus simple puisse avoir exist&#233; avant la plus concr&#232;te, elle peut appartenir dans son complet d&#233;veloppement &#8212; en compr&#233;hension et en extension &#8212; pr&#233;cis&#233;ment &#224; une forme de soci&#233;t&#233; complexe, alors que la cat&#233;gorie plus concr&#232;te se trouvait plus compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;e dans une forme de soci&#233;t&#233; qui, elle, l'&#233;tait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail semble &#234;tre une cat&#233;gorie toute simple. L'id&#233;e du travail dans cette universalit&#233; &#8212; comme travail en g&#233;n&#233;ral &#8212; est, elle aussi, des plus anciennes. Cependant, con&#231;u du point de vue &#233;conomique sous cette forme simple, le &#8220;travail&#8221; est une cat&#233;gorie tout aussi moderne que les rapports qui engendrent cette abstraction simple. Le syst&#232;me mon&#233;taire, par exemple, place encore d'une fa&#231;on tout &#224; fait objective, comme une chose en dehors de soi, la richesse dans l'argent. Par rapport &#224; ce point de vue, ce fut un grand progr&#232;s quand le syst&#232;me manufacturier ou commercial transposa la source de la richesse de l'objet &#224; l'activit&#233; subjective &#8212; le travail commercial et manufacturier &#8212;, tout en ne concevant encore cette activit&#233; elle-m&#234;me que sous la forme limit&#233;e de productrice d'argent. En face de ce syst&#232;me, le syst&#232;me des physiocrates pose une forme d&#233;termin&#233;e du travail &#8212; l'agriculture &#8212; comme la forme du travail cr&#233;atrice de richesse et pose l'objet lui-m&#234;me non plus sous la forme d&#233;guis&#233;e de l'argent, mais comme produit en tant que tel, comme r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral du travail. Ce produit, en raison du caract&#232;re limit&#233; de l'activit&#233;, reste encore un produit d&#233;termin&#233; par la nature &#8212; produit de l'agriculture, produit de la terre par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;norme progr&#232;s fut fait par Adam Smith quand il rejeta toute d&#233;termination particuli&#232;re de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse pour ne consid&#233;rer que le travail tout court, c'est-&#224;-dire ni le travail manufacturier, ni le travail commercial, ni le travail agricole, mais toutes ces formes de travail dans leur caract&#232;re commun. Avec la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse appara&#238;t alors &#233;galement la g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'objet dans la d&#233;termination de richesse, le produit consid&#233;r&#233; absolument, ou encore le travail en g&#233;n&#233;ral, mais en tant que travail pass&#233;, objectiv&#233; dans un objet. L'exemple d'Ad. Smith, qui retombe lui-m&#234;me de temps &#224; autre dans le syst&#232;me des physiocrates, montre combien &#233;tait difficile et important le passage &#224; cette conception nouvelle. Il pourrait alors sembler que l'on e&#251;t par l&#224; simplement trouv&#233; l'expression abstraite de la relation plus simple et la plus ancienne qui s'&#233;tablit &#8212; dans quelque forme de soci&#233;t&#233; que ce soit - entre les hommes consid&#233;r&#233;s en tant que producteurs. C'est juste en un sens. Dans l'autre non. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un genre d&#233;termin&#233; de travail pr&#233;suppose l'existence d'une totalit&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e de genres de travaux r&#233;els dont aucun n'est absolument pr&#233;dominant. Ainsi, les abstractions les plus g&#233;n&#233;rales ne prennent somme toute naissance qu'avec le d&#233;veloppement concret le plus riche, o&#249; un caract&#232;re appara&#238;t comme commun &#224; beaucoup, commun &#224; tous. On cesse alors de pouvoir le penser sous une forme particuli&#232;re seulement. D'autre part, cette abstraction du travail en g&#233;n&#233;ral n'est seulement le r&#233;sultat dans la pens&#233;e d'une totalit&#233; concr&#232;te de travaux. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de tel travail d&#233;termin&#233; correspond &#224; une forme de soci&#233;t&#233; dans laquelle les individus passent avec facilit&#233; d'un travail &#224; l'autre et dans laquelle le genre pr&#233;cis de travail est pour eux fortuit, donc indiff&#233;rent. L&#224; le travail est devenu non seulement sur le plan des cat&#233;gories, mais dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me, un moyen de cr&#233;er la richesse en g&#233;n&#233;ral et a cess&#233;, en tant que d&#233;termination, de ne faire qu'un avec les individus, sous quelque aspect particulier. Cet &#233;tat de chose a atteint son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement dans la forme d'existence la plus moderne des soci&#233;t&#233;s bourgeoises, aux &#201;tats-Unis. C'est donc l&#224; seulement que l'abstraction de la cat&#233;gorie &#034;travail&#034;, &#8220;travail en g&#233;n&#233;ral&#8221;, travail &#8220;sans phrase&#034;, point de d&#233;part de l'&#233;conomie moderne, devient une v&#233;rit&#233; pratique. Ainsi l'abstraction la plus simple, que l'&#233;conomie politique moderne place au premier rang et qui exprime un rapport tr&#232;s ancien et valable pour toutes les formes de soci&#233;t&#233;, n'appara&#238;t pourtant sous cette forme abstraite comme v&#233;rit&#233; pratique qu'en tant que cat&#233;gorie de la soci&#233;t&#233; la plus moderne. On pourrait dire que cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'une forme d&#233;termin&#233;e de travail, qui se pr&#233;sente aux &#201;tats-Unis comme produit historique, appara&#238;t chez les Russes par exemple comme une disposition naturelle. Mais d'une part, quelle sacr&#233;e diff&#233;rence entre les barbares qui ont des dispositions naturelles &#224; se laisser employer &#224; tous les travaux et des civilis&#233;s qui s'y emploient eux-m&#234;mes. Et, d'autre part, chez les Russes, &#224; cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un travail d&#233;termin&#233; correspond dans la pratique leur assujettissement traditionnel &#224; un travail bien d&#233;termin&#233;, auquel ne peuvent les arracher des influences ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple du travail montre d'une fa&#231;on frappante que m&#234;me les cat&#233;gories les plus abstraites, bien que valables &#8212; pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de leur nature abstraite &#8212; pour toutes les &#233;poques, n'en sont pas moins sous la forme d&#233;termin&#233;e de cette abstraction m&#234;me le produit de conditions historiques et ne restent pleinement valables pour ces conditions et dans le cadre de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; est l'organisation historique de la production la plus d&#233;velopp&#233;e et la plus vari&#233;e qui soit. De ce fait, les cat&#233;gories qui expriment les rapports de cette soci&#233;t&#233; et qui permettent d'en comprendre la structure permettent en m&#234;me temps de se rendre compte de la structure et des rapports de production de toutes les formes de soci&#233;t&#233; disparues avec les d&#233;bris et les &#233;l&#233;ments desquelles elle s'est &#233;difi&#233;e, dont certains vestiges, partiellement non encore d&#233;pass&#233;s, continuent &#224; subsister en elle, et dont certains simples signes, en se d&#233;veloppant, ont pris toute leur signification, etc. L'anatomie de l'homme est la clef de l'anatomie du singe. Dans les esp&#232;ces animales inf&#233;rieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d'une forme sup&#233;rieure que lorsque la forme sup&#233;rieure est elle-m&#234;me d&#233;j&#224; connue. Ainsi l'&#233;conomie bourgeoise nous donne la clef de l'&#233;conomie antique, etc. Mais nullement &#224; la mani&#232;re des &#233;conomistes qui effacent toutes les diff&#233;rences historiques et voient dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; celles de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. On peut comprendre le tribut, la d&#238;me, etc., quand on conna&#238;t la rente fonci&#232;re. Mais il ne faut pas les identifier. Comme, de plus, la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est elle-m&#234;me qu'une forme antith&#233;tique du d&#233;veloppement historique, il est des rapports appartenant &#224; des formes de soci&#233;t&#233; ant&#233;rieures que l'on pourra ne rencontrer en elle que tout &#224; fait &#233;tiol&#233;s, ou m&#234;me travestis. Par exemple, la propri&#233;t&#233; communale. Si donc il est vrai que les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise poss&#232;dent une certaine v&#233;rit&#233; valable pour toutes les autres formes de soci&#233;t&#233;, cela ne peut &#234;tre admis que cum grano salis (avec un grain de sel). Elles peuvent rec&#233;ler ces formes d&#233;velopp&#233;es, &#233;tiol&#233;es caricatur&#233;es, etc., mais toujours avec une diff&#233;rence essentielle. Ce que l'on appelle d&#233;veloppement historique repose somme toute sur le fait que la derni&#232;re forme consid&#232;re les formes pass&#233;es comme des &#233;- tapes menant &#224; son propre degr&#233; de d&#233;veloppement, et, comme elle est rarement capable, et ceci seulement dans des conditions bien d&#233;termin&#233;es, de faire sa propre critique &#8212; il n'est naturellement pas question ici des p&#233;riodes historiques qui se consid&#232;rent elles-m&#234;mes comme des &#233;poques de d&#233;cadence &#8212; elle les con&#231;oit toujours sous un aspect unilat&#233;ral. La religion chr&#233;tienne n'a &#233;t&#233; capable d'aider &#224; comprendre objectivement les mythologies ant&#233;rieures qu'apr&#232;s avoir achev&#233; jusqu'&#224; un certain degr&#233;, pour ainsi dire (virtuellement), sa propre critique. De m&#234;me l'&#233;conomie politique bourgeoise ne parvint &#224; comprendre les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, antiques, orientales que du jour o&#249; eut commenc&#233; l'autocritique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Pour autant que l'&#233;conomie politique bourgeoise, cr&#233;ant une nouvelle mythologie, ne s'est pas purement et simplement identifi&#233;e au pass&#233;, sa critique des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, en particulier de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, contre laquelle elle avait &#224; lutter directement, a ressembl&#233; &#224; la critique du paganisme par le christianisme, ou encore &#224; celle du catholicisme par le protestantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que dans toute science historique ou sociale en g&#233;n&#233;ral, il ne faut jamais oublier, &#224; propos de la marche des cat&#233;gories &#233;conomiques, que le sujet, ici la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, est donn&#233;, aussi bien dans la r&#233;alit&#233; que dans le cerveau, que les cat&#233;gories expriment donc des formes d'existence, des conditions d'existence d&#233;termin&#233;es, souvent de simples aspects particuliers de cette soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e, de ce sujet, et que par cons&#233;quent cette soci&#233;t&#233; ne commence nullement &#224; exister, du point de vue scientifique aussi, &#224; partir du moment seulement o&#249; il est question d'elles en tant que telle. C'est une r&#232;gle &#224; retenir, car elle fournit des indications d&#233;cisives pour le choix du plan &#224; adopter. Rien ne semble plus naturel, par exemple, que de commencer par la rente fonci&#232;re, par la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#233;tant donn&#233; qu'elle est li&#233;e &#224; la terre, source de toute production et de toute existence, et par elle &#224; la premi&#232;re form&#233; de production de toute soci&#233;t&#233; parvenue &#224; une certaine stabilit&#233; &#8212; &#224; l'agriculture. Or rien ne serait plus erron&#233;. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233;, c'est une production d&#233;termin&#233;e et les rapports engendr&#233;s par elle qui assignent &#224; toutes les autres productions et aux rapports engendr&#233;s par celle-ci leur rang et leur importance. C'est comme un &#233;clairage g&#233;n&#233;ral o&#249; sont plong&#233;es toutes les couleurs et qui en modifie les tonalit&#233;s particuli&#232;res. C'est comme un &#233;ther particulier qui d&#233;termine le poids sp&#233;cifique de toutes les formes d'existence qui y font saillie. Voici, par exemple, des peuples de bergers. (De simples peuples de chasseurs et de p&#234;cheurs sont en de&#231;&#224; du point o&#249; commence le v&#233;ritable d&#233;veloppement.) Chez eux appara&#238;t une certaine forme d'agriculture, une forme sporadique. C'est ce qui d&#233;termine chez eux la forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. C'est une propri&#233;t&#233; collective et elle conserve plus ou moins cette forme selon que ces peuples restent plus ou moins attach&#233;s &#224; leur tradition : exemple, la propri&#233;t&#233; communale chez les Slaves. Chez les peuples &#224; agriculture solidement implant&#233;e &#8212; cette implantation constitue d&#233;j&#224; une &#233;tape importante &#8212; o&#249; pr&#233;domine cette forme de culture, comme dans les soci&#233;t&#233;s antiques et f&#233;odales, l'industrie elle-m&#234;me, ainsi que son organisation et les formes de propri&#233;t&#233; qui lui correspondent, a plus ou moins le caract&#232;re de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Ou bien l'industrie d&#233;pend compl&#232;tement de l'agriculture, comme chez les anciens Romains, ou bien, comme au moyen-&#226;ge elle imite &#224; la ville et dans ses rapports l'organisation rurale. Le capital lui-m&#234;me au moyen-&#226;ge &#8212; dans la mesure o&#249; il ne s'agit pas purement de capital mon&#233;taire &#8212; a, sous la forme d'outillage de m&#233;tier traditionnel, etc., ce caract&#232;re de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est l'inverse. L'agriculture devient de plus en plus une simple branche de l'industrie et elle est enti&#232;rement domin&#233;e par le capital. Il en est de m&#234;me de la rente fonci&#232;re. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; o&#249; domine la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le rapport avec la nature reste pr&#233;pond&#233;rant. Dans celles o&#249; domine le capital, c'est l'&#233;l&#233;ment social cr&#233;&#233; au cours de l'histoire qui pr&#233;vaut. On ne peut comprendre la rente fonci&#232;re sans le capital. Mais on peut comprendre le capital sans la rente fonci&#232;re. Le capital est la force &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui domine tout. Il constitue n&#233;cessairement le point de d&#233;part comme le point final et doit &#234;tre expliqu&#233; avant la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Apr&#232;s les avoir &#233;tudi&#233;s chacun en particulier, il faut examiner leurs rapports r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait impossible et erron&#233; de ranger les cat&#233;gories &#233;conomiques dans l'ordre o&#249; elles ont &#233;t&#233; historiquement d&#233;terminantes. Leur ordre est au contraire d&#233;termin&#233; par les relations qui existent entre elles dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne et il est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'inverse de ce qui semble &#234;tre leur ordre naturel ou correspondre &#224; leur ordre de succession au cours de l'&#233;volution historique. Il ne s'agit pas de la relation qui s'&#233;tablit historiquement entre les rapports &#233;conomiques dans la succession des diff&#233;rentes formes de soci&#233;t&#233;. Encore moins de leur ordre de succession &#8220;dans l'id&#233;e&#8221; (Proudhon) (conception n&#233;buleuse du mouvement historique). Il s'agit de leur hi&#233;rarchie dans le cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de puret&#233; (d&#233;termination abstraite) dans lequel apparurent dans le monde antique les peuples commer&#231;ants &#8212; Ph&#233;niciens, Carthaginois &#8212; est d&#233;termin&#233; par la pr&#233;dominance m&#234;me des peuples agriculteurs. Le capital en tant que capital commercial ou capital mon&#233;taire appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment sous cette forme abstraite l&#224; o&#249; le capital n'est pas encore l'&#233;l&#233;ment dominant des soci&#233;t&#233;s. Les Lombards, les Juifs occupent la m&#234;me position &#224; l'&#233;gard des soci&#233;t&#233;s du moyen-&#226;ge pratiquant l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de la place diff&#233;rente qu'occupent ces m&#234;mes cat&#233;gories &#224; diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233; : une des derni&#232;res formes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : les joint stock-compagnies (soci&#233;t&#233;s par actions). Mais elles apparaissent aussi &#224; ses d&#233;buts dans les grandes compagnies de commerce privil&#233;gi&#233;es et jouissant d'un monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de richesse nationale lui-m&#234;me s'insinue chez les. &#233;conomistes du XVIIe si&#232;cle &#8212; l'id&#233;e subsiste encore en partie chez ceux du XVIIIe &#8212; sous cette forme ; la richesse est cr&#233;&#233;e pour l'&#201;tat seulement, mais la puissance de celui-ci se mesure &#224; cette richesse. C'&#233;tait l&#224; la forme encore inconsciemment hypocrite qui annonce l'id&#233;e faisant de la richesse elle-m&#234;me et de sa production le but final des &#201;tats modernes, consid&#233;r&#233;s alors uniquement comme moyens de produire la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan &#224; adopter doit manifestement &#234;tre le suivant : l&#176; les d&#233;terminations abstraites g&#233;n&#233;rales, convenant donc plus ou moins &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233;, mais dans le sens expos&#233; plus haut ; 2&#176; les cat&#233;gories constituant la structure interne de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et sur lesquelles reposent les classes fondamentales. Capital, travail salari&#233;, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Leurs rapports r&#233;ciproques. Ville et campagne. Les trois grandes classes sociales, l'&#233;change entre celles-ci. Circulation. Cr&#233;dit (priv&#233;). 3&#176; Concentration de la soci&#233;t&#233; bourgeoise sous la forme de l'&#201;tat. Consid&#233;r&#233; dans sa relation avec lui-m&#234;me. Les classes &#8220;improductives&#8221;. Imp&#244;ts. Dette publique. Cr&#233;dit public. La population. Les colonies. Emigration. 4&#176; Rapports internationaux de production. Division internationale du travail. Echange international. Exportation et importation. Cours des changes. 5&#176; Le march&#233; mondial et les crises.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction : Production, consommation, distribution, &#233;change (Circulation)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I. Production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) L'objet de cette &#233;tude est tout d'abord la production mat&#233;rielle. Des individus produi&#173;sant en soci&#233;t&#233; - donc une production d'individus socialement d&#233;termin&#233;e, tel est naturelle&#173;ment le point de d&#233;part. Le chasseur et le p&#234;cheur individuels et isol&#233;s, par lesquels commen&#173;cent Smith et Ricardo, font partie des plates fictions du XVIII&#176; si&#232;cle. Robinsonades qui n'expriment nullement, comme se l'imaginent certains historiens de la civilisation, une simple r&#233;action contre des exc&#232;s de raffinement et un retour &#224; un &#233;tat de nature mal compris. De m&#234;me, le contrat social de Rousseau qui, entre des sujets ind&#233;pendants par nature, &#233;tablit des relations et des liens au moyen d'un pacte, ne repose pas davantage sur un tel naturalisme. Ce n'est qu'apparence, apparence d'ordre purement esth&#233;tique dans les petites et grandes robinso&#173;nades. Il s'agit, en r&#233;alit&#233;, d'une anticipation de la &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187; qui se pr&#233;parait depuis le XVI&#176; si&#232;cle et qui, au XVIII&#176; marchait &#224; pas de g&#233;ant vers sa maturit&#233;. Dans cette soci&#233;t&#233; o&#249; r&#232;gne la libre concurrence, l'individu appara&#238;t d&#233;tach&#233; des liens naturels, etc., qui font de lui &#224; des &#233;poques historiques ant&#233;rieures un &#233;l&#233;ment d'un conglom&#233;rat humain d&#233;termin&#233; et d&#233;limit&#233;. Pour les proph&#232;tes du XVIII&#176; si&#232;cle, - Smith et Ricardo se situent encore compl&#232;tement sur leurs positions, - cet individu du XVIII&#176; si&#232;cle - produit, d'une part, de la d&#233;composition des formes de soci&#233;t&#233; f&#233;odales, d'autre part, des forces de production nouvelles qui se sont d&#233;velopp&#233;es depuis le XVI&#176; si&#232;cle - appara&#238;t comme un id&#233;al qui aurait exist&#233; dans le pass&#233;. Ils voient en lui non un aboutissement historique, mais le point de d&#233;part de l'histoire, parce qu'ils consid&#232;rent cet individu comme quelque chose de naturel, conforme &#224; leur conception de la nature humaine, non comme un produit de l'histoire, mais comme une donn&#233;e de la nature. Cette illusion a &#233;t&#233; jusqu'&#224; maintenant partag&#233;e par toute &#233;poque nou&#173;velle. Steuart, qui, &#224; plus d'un &#233;gard, s'oppose au XVIII&#176; si&#232;cle et, en sa qualit&#233; d'aristo&#173;crate, se tient davantage sur le terrain historique, a &#233;chapp&#233; &#224; cette illusion na&#239;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on remonte dans le cours de l'histoire, plus l'individu &#8211; et par suite l'individu produc&#173;teur, lui aussi, - appara&#238;t dans un &#233;tat de d&#233;pendance, membre d'un ensemble plus grand : cet &#233;tat se manifeste tout d'abord de fa&#231;on tout &#224; fait naturelle dans la famille et dans la famille &#233;largie jusqu'&#224; former la tribu ; puis dans les diff&#233;rentes formes de communaut&#233;s, issues de l'opposition et de la fusion des tribus. Ce n'est qu'au XVIII&#176; si&#232;cle, dans la &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187;, que les diff&#233;rentes formes de l'ensemble social se pr&#233;sentent &#224; l'individu com&#173;me un simple moyen de r&#233;aliser ses buts particuliers, comme une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure. Mais l'&#233;poque qui engendre ce point de vue, celui de l'individu isol&#233;, est pr&#233;cis&#233;ment celle o&#249; les rapports sociaux (rev&#234;tant de ce point de vue un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral) ont atteint le plus grand d&#233;veloppement qu'ils aient connu. L'homme est, au sens le plus litt&#233;ral, un [...] [1], non seule&#173;ment un animal sociable, mais un animal qui ne peut s'isoler que dans la soci&#233;t&#233;. La production r&#233;alis&#233;e en dehors de la soci&#233;t&#233; par l'individu isol&#233; - fait exceptionnel qui peut bien arriver &#224; un civilis&#233; transport&#233; par hasard dans un lieu d&#233;sert et qui poss&#232;de d&#233;j&#224; en puissance les forces propres &#224; la soci&#233;t&#233; - est chose aussi absurde que le serait le d&#233;veloppe&#173;ment du langage sans la pr&#233;sence d'individus vivant et parlant ensemble. Inutile de s'y arr&#234;ter plus longtemps. Il n'y aurait aucune raison d'aborder ce point si cette niaiserie, qui avait un sens et une raison d'&#234;tre chez les gens du XVIII&#176; si&#232;cle, n'avait &#233;t&#233; r&#233;introduite tr&#232;s s&#233;rieuse&#173;ment par Bastiat, Carey, Proudhon etc., en pleine &#233;conomie politique moderne. Pour Proudhon entre autres, il est naturellement bien commode de faire de la mythologie pour donner une explication historico-philosophique d'un rapport &#233;conomique dont il ignore l'ori&#173;gine historique : l'id&#233;e de ce rapport serait venue un beau jour toute pr&#234;te &#224; l'esprit d'Adam ou de Prom&#233;th&#233;e, qui l'ont alors introduite dans le monde, etc... Rien de plus fastidieux et de plus plat que le locus communis [lieu commun] en proie au d&#233;lire.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;TERNISATION DES RAPPORTS DE PRODUCTION HISTORIQUES.&lt;br class='autobr' /&gt;
PRODUCTION ET DISTRIBUTION EN G&#201;N&#201;RAL. PROPRI&#201;T&#201;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc nous parlons de production, c'est toujours de la production &#224; un stade d&#233;ter&#173;mi&#173;n&#233; du d&#233;veloppement social qu'il s'agit - de la production d'individus vivant en soci&#233;t&#233;. Aussi pourrait-il sembler que, pour parler de la production en g&#233;n&#233;ral, il faille, soit suivre le proc&#232;s historique de son d&#233;veloppement dans ses diff&#233;rentes phases, soit d&#233;clarer de prime abord que l'on s'occupe d'une &#233;poque historique d&#233;termin&#233;e, par exemple de la production bourgeoise moderne, qui est, en fait, notre v&#233;ritable sujet. Mais toutes les &#233;poques de la production ont certains caract&#232;res communs, certaines d&#233;terminations communes. La production en g&#233;n&#233;ral est une abstraction, mais une abstraction rationnelle, dans la mesure o&#249;, soulignant et pr&#233;cisant bien les traits communs, elle nous &#233;vite la r&#233;p&#233;tition. Cepen&#173;dant, ce caract&#232;re g&#233;n&#233;ral, ou ces traits communs, que permet de d&#233;gager la comparaison, forment eux-m&#234;mes un ensemble tr&#232;s complexe dont les &#233;l&#233;ments divergent pour rev&#234;tir des d&#233;termi&#173;nations diff&#233;rentes. Certains de ces caract&#232;res appartiennent &#224; toutes les &#233;poques, d'autres sont communs &#224; quelques-unes seulement. [Certaines] de ces d&#233;terminations appara&#238;tront communes &#224; l'&#233;poque la plus moderne comme &#224; la plus ancienne. Sans elles, on ne peut concevoir aucune production. Mais, s'il est vrai que les langues les plus &#233;volu&#233;es ont en commun avec les moins &#233;volu&#233;es certaines lois et d&#233;terminations, ce qui constitue leur &#233;volution, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui les diff&#233;rencie de ces caract&#232;res g&#233;n&#233;raux et communs ; aussi faut-il bien distinguer les d&#233;terminations qui valent pour la production en g&#233;n&#233;ral, afin que l'unit&#233; - qui d&#233;coule d&#233;j&#224; du fait que le sujet, l'humanit&#233;, et l'objet, la nature, sont identi&#173;ques - ne fasse pas oublier la diff&#233;rence essentielle. C'est de cet oubli que d&#233;coule, par exemple, toute la sagesse des &#233;conomistes modernes qui pr&#233;tendent prouver l'&#233;ternit&#233; et l'harmonie des rapports sociaux existant actuellement. Par exemple, pas de production possible sans un instrument de production, cet instrument ne serait-il que la main. Pas de production possible sans travail pass&#233; accumul&#233;, ce travail ne serait-il que l'habilet&#233; que l'exe&#173;r&#173;cice r&#233;p&#233;t&#233; a d&#233;velopp&#233;e et fix&#233;e dans la main du sauvage. Entre autres choses, le capital est, lui aussi, un instrument de production, c'est, lui aussi, du travail pass&#233;, objectiv&#233;. Donc le capital est un rapport naturel universel et &#233;ternel ; oui, mais &#224; condition de n&#233;gliger pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;l&#233;ment sp&#233;cifique, ce qui seul transforme en capital l'&#171; instrument de produc&#173;tion &#187;, le &#171; travail accumul&#233; &#187;. Toute l'histoire des rapports de production appara&#238;t ainsi, par exemple chez Carey, comme une falsification provoqu&#233;e par la malveillance des gouverne&#173;ments. S'il n'y a pas de production en g&#233;n&#233;ral, il n'y a pas non plus de production g&#233;n&#233;rale. La production est toujours une branche particuli&#232;re de la production - par exemple l'agriculture, l'&#233;levage du b&#233;tail, la manufacture, etc., ou bien elle constitue un tout. Mais l'&#233;conomie politique n'est pas la technologie. Il faudra expliquer ailleurs (plus tard) le rapport entre les d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales de la production &#224; un stade social donn&#233; et les formes particuli&#232;res de la production. Enfin la production n'est pas non plus uniquement une production particuli&#232;re, elle appara&#238;t toujours sous la forme d'un certain corps social d'un sujet social, qui exerce son activit&#233; dans un ensemble plus ou moins grand et riche de branches de la production. Il n'y a pas encore lieu non plus d'&#233;tudier ici le rapport existant entre l'expos&#233; scientifique et le mouvement r&#233;el. Production en g&#233;n&#233;ral. Branches particuli&#232;res de la production. Production consid&#233;r&#233;e dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de mode en &#233;conomie politique de faire pr&#233;c&#233;der toute &#233;tude d'une partie g&#233;n&#233;rale, - celle, pr&#233;cis&#233;ment, qui figure sous le titre de Production (cf., par exemple, J. Stuart Mill), - dans laquelle on traite des conditions g&#233;n&#233;rales de toute production. Cette partie g&#233;n&#233;rale comprend ou est cens&#233;e comprendre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'&#233;tude des conditions sans lesquelles la production n'est pas possible, et qui se borne donc en fait &#224; la mention des facteurs essentiels communs &#224; toute production. Mais, en r&#233;alit&#233;, cela se r&#233;duit, comme nous le verrons, &#224; quelques d&#233;terminations tr&#232;s simples rab&#226;ch&#233;es en plates tautologies ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'&#233;tude des conditions qui favorisent plus ou moins le d&#233;veloppement de la produc&#173;tion, comme, par exemple, l'&#233;tat social progressif ou stagnant d'Adam Smith. Pour donner un caract&#232;re scientifique &#224; ce qui, chez lui, a sa valeur comme aper&#231;u, il faudrait &#233;tudier les p&#233;riodes de divers degr&#233;s de productivit&#233; au cours du d&#233;veloppement de diff&#233;rents peuples - &#233;tude qui d&#233;passe les limites proprement dites de notre sujet, mais qui, dans la mesure o&#249; elle y entre, doit &#234;tre expos&#233;e dans la partie expliquant la concurrence, l'accumu&#173;lation, etc. Sous sa forme g&#233;n&#233;rale, la conclusion aboutit &#224; cette g&#233;n&#233;ralit&#233; qu'un peuple industriel est &#224; l'apog&#233;e de sa production au moment m&#234;me o&#249;, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il atteint son apog&#233;e historique. Et, de fait, un peuple est &#224; son apog&#233;e industrielle tant que ce n'est pas encore le profit, mais la recherche du gain qui est pour lui l'essentiel. Sup&#233;riorit&#233;, en ce sens, des Yankees sur les Anglais. Ou bien, aussi, on aboutit &#224; ceci, que certaines races, certaines dispositions, certains climats, certaines conditions naturelles, comme la situation au bord de la mer, la fertilit&#233; du sol, etc., sont plus favorables que d'autres &#224; la production. Ce qui donne de nouveau cette tautologie : la richesse se cr&#233;e d'autant plus facilement que ses &#233;l&#233;ments subjectifs et objectifs existent &#224; un degr&#233; plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans cette partie g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit en r&#233;alit&#233; pour les &#233;conomistes. Il s'agit bien plut&#244;t, comme le montre l'exemple de Mill, de repr&#233;senter la production, &#224; la diff&#233;rence de la distribution, etc., comme enclose dans des lois naturelles, &#233;ternelles, ind&#233;pendantes de l'histoire, et &#224; cette occasion de glisser en sous-main cette id&#233;e que les rapports bourgeois sont des lois naturelles immuables de la soci&#233;t&#233; con&#231;ue in abstracto [dans l'abstrait]. Tel est le but auquel tend plus ou moins consciemment tout ce proc&#233;d&#233;. Dans la distribution, au contraire, les hommes se seraient permis d'agir en fait avec beaucoup d'arbitraire. Abstraction faite de cette disjonction brutale de la production et la distribution et de la rupture de leur rapport r&#233;el, on peut d&#232;s l'abord voir au moins ceci clairement : si diverse que puisse &#234;tre la distribution aux diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233;, il doit &#234;tre possible, tout aussi bien que pour la production, de d&#233;gager des caract&#232;res communs, et possible aussi d'effacer ou de supprimer toutes les diff&#233;rences historiques pour &#233;noncer des lois s'appliquant &#224; l'homme en g&#233;n&#233;ral. Par exemple, l'esclave, le serf, le travailleur salari&#233; re&#231;oivent tous une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de nourriture qui leur permet de subsister en tant qu'esclave, serf, salari&#233;. Qu'ils vivent du tribut, de l'imp&#244;t, de la rente fonci&#232;re, de l'aum&#244;ne ou de la d&#238;me, le conqu&#233;rant, le fonctionnaire, le propri&#233;taire foncier, le moine ou le l&#233;vite re&#231;oivent tous une quote-part de la production sociale qui est fix&#233;e suivant d'autres lois que celle des esclaves, etc. Les deux principaux points que tous les &#233;conomistes placent sous cette rubrique sont : 1&#176; propri&#233;t&#233; ; 2&#176; garantie de cette derni&#232;re par la justice, la police, etc. On peut r&#233;pondre &#224; cela tr&#232;s bri&#232;vement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point : Toute production est appropriation de la nature par l'individu dans le cadre et par l'interm&#233;diaire d'une forme de soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e. En ce sens, c'est une tautologie de dire que la propri&#233;t&#233; (appropriation) est une condition de la production. Mais il est ridicule de partir de l&#224; pour passer d'un saut &#224; une forme d&#233;termin&#233;e de la propri&#233;t&#233;, par exemple &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. (Ce qui, de plus, suppose &#233;galement comme condition une forme oppos&#233;e, la non-propri&#233;t&#233;.)L'histoire nous montre bien plut&#244;t dans la propri&#233;t&#233; commune (par exemple chez les Indiens, les Slaves, les anciens Celtes, etc.) la forme primitive, forme qui, sous l'aspect de propri&#233;t&#233; communale, jouera longtemps encore un r&#244;le important. Quant &#224; savoir si la richesse se d&#233;veloppe mieux sous l'une ou l'autre forme de propri&#233;t&#233;, il n'en est encore nullement question ici. Mais, dire qu'il ne puisse &#234;tre question d'aucune production, ni par cons&#233;quent d'aucune soci&#233;t&#233; o&#249; n'existe aucune forme de propri&#233;t&#233;, est pure tautologie. Une appropriation qui ne s'approprie rien est une contradictio in subjecto [une contradiction dans les termes].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le deuxi&#232;me point : Mise en s&#251;ret&#233; des biens acquis, etc. Si l'on r&#233;duit ces banalit&#233;s &#224; leur contenu r&#233;el, elles expriment beaucoup plus que ne s'en doutent ceux qui les pr&#234;chent. A savoir que toute forme de production engendre ses propres rapports juridiques, sa propre forme de gouvernement, etc. C'est manquer de finesse et de perspicacit&#233; que d'&#233;tablir entre des choses formant un tout organique des rapports contingents, que d'&#233;tablir seulement entre elles un lien de la r&#233;flexion. C'est ainsi que les &#233;conomistes bourgeois ont le sentiment vague que la production est plus facile avec la police moderne qu'&#224; l'&#233;poque par exemple du &#171; droit du plus fort &#187;. Ils oublient seulement que le &#171; droit du plus fort &#187; est &#233;galement un droit, et qui survit sous une autre forme dans leur &#171; &#201;tat juridique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les conditions sociales r&#233;pondant &#224; un stade d&#233;termin&#233; de la production sont seulement en voie de formation ou, au contraire, quand elles sont d&#233;j&#224; en voie de disparition, des perturbations se produisent naturellement dans la production, bien qu'elles soient d'un degr&#233; et d'un effet variables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer : tous les stades de la production ont des d&#233;terminations communes auxquelles la pens&#233;e pr&#234;te un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral ; mais les pr&#233;tendues conditions g&#233;n&#233;rales de toute production ne sont rien d'autre que ces facteurs abstraits, qui ne r&#233;pondent &#224; aucun stade historique r&#233;el de la production.&lt;br class='autobr' /&gt;
II. Rapport g&#233;n&#233;ral entre la production et la distribution, l'&#233;change, la consommation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous engager plus avant dans l'analyse de la production, il est n&#233;cessaire d'examiner les diff&#233;rentes rubriques dont l'accompagnent les &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'id&#233;e telle qu'elle se pr&#233;sente d'elle-m&#234;me : dans la production, les membres de la soci&#233;t&#233; adaptent (produisent, fa&#231;onnent) les produits de la nature conform&#233;ment &#224; des besoins humains ; la distribution d&#233;termine la proportion dans laquelle l'individu participe &#224; la r&#233;partition de ces produits ; l'&#233;change lui procure les produits particuliers en lesquels il veut convertir la quote-part qui lui est d&#233;volue par la distribution ; dans la consommation enfin les produits deviennent objets de jouissance, d'appropriation individuelle. La production cr&#233;e les objets qui r&#233;pondent aux besoins ; la distribution les r&#233;partit suivant des lois sociales ; l'&#233;chan&#173;ge r&#233;partit de nouveau ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;parti, mais selon les besoins individuels ; dans la consommation enfin, le produit s'&#233;vade de ce mouvement social, il devient directement objet et serviteur du besoin individuel, qu'il satisfait dans la jouissance. La production appara&#238;t ainsi comme le point de d&#233;part, la consommation comme le point final, la distribution et l'&#233;change comme le moyen terme, lequel a, &#224; son tour, un double caract&#232;re, la distribution &#233;tant le moment ayant pour origine la soci&#233;t&#233; et l'&#233;change le moment ayant l'individu pour origine. Dans la production la personne s'objective et dans la personne [2] se subjectivise la chose ; dans la distribution c'est la soci&#233;t&#233;, sous forme de d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales domi&#173;nantes, qui fait office d'interm&#233;diaire entre la production et la consommation ; dans l'&#233;change, le passage de l'une &#224; l'autre est assur&#233; par la d&#233;termination contingente de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution d&#233;termine la proportion (la quantit&#233;) des produits qui &#233;choient &#224; l'individu ; l'&#233;change d&#233;termine les produits que chaque individu r&#233;clame en tant que part qui lui a &#233;t&#233; assign&#233;e par la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Production, distribution, &#233;change, consommation forment ainsi [suivant la doctrine des &#233;conomistes [3]]un syllogisme dans les r&#232;gles ; la production constitue le g&#233;n&#233;ral, la distribu&#173;tion et l'&#233;change le particulier, la consommation le singulier, &#224; quoi aboutit l'ensemble. Sans doute, c'est bien l&#224; un encha&#238;nement, mais fort superficiel. La production est d&#233;termin&#233;e par des lois naturelles g&#233;n&#233;rales ; la distribution par la contingence sociale, et celle-ci peut, par suite, exercer sur la production une action plus ou moins stimulante ; l'&#233;change se situe entre les deux comme un mouvement social de caract&#232;re formel, et l'acte final de la consommation, con&#231;u non seulement comme abou&#173;tis&#173;se&#173;ment, mais comme but final, est, &#224; vrai dire, en dehors de l'&#233;conomie, sauf dans la mesure o&#249; il r&#233;agit &#224; son tour sur le point de d&#233;part, o&#249; il ouvre &#224; nouveau tout le proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adversaires des &#233;conomistes - adversaires de l'int&#233;rieur ou du dehors, - qui leur reprochent de dissocier d'une fa&#231;on barbare des choses formant un tout, se placent ou bien sur le m&#234;me terrain qu'eux, ou bien au-dessous d'eux. Rien de plus banal que le reproche fait aux &#233;conomistes de consid&#233;rer la production trop exclusivement comme une fin en soi et all&#233;guant que la distribution a tout autant d'importance. Ce reproche repose pr&#233;cis&#233;ment sur la conception &#233;conomique suivant laquelle la distribution existe en tant que sph&#232;re autonome, ind&#233;pendante, &#224; c&#244;t&#233; de la production. Ou bien [on leur reproche] de ne pas consid&#233;rer dans leur unit&#233; ces diff&#233;rentes phases. Comme si cette dissociation n'&#233;tait pas pass&#233;e de la r&#233;alit&#233; dans les livres, mais au contraire des livres dans la r&#233;alit&#233;, et comme s'il s'agissait ici d'un &#233;quilibre dialectique de concepts et non pas de la conception [4] des rapports r&#233;els !&lt;br class='autobr' /&gt;
a) La production est aussi consommation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double caract&#232;re de la consommation, subjectif et objectif : d'une part, l'individu qui d&#233;ve&#173;&#173;lop&#173;pe ses facult&#233;s en produisant les d&#233;pense &#233;galement, les consomme dans l'acte de la produc&#173;tion, tout comme la procr&#233;ation naturelle est consommation des forces vitales. Deuxi&#232;mement : consommation des moyens de production que l'on emploie, qui s'usent, et qui se dissolvent en partie (comme par exemple lors de la combustion) dans les &#233;l&#233;ments de l'univers. De m&#234;me pour la mati&#232;re premi&#232;re, qui ne conserve pas sa forme et sa constitution naturelles, mais qui se trouve consomm&#233;e. L'acte de production est donc lui-m&#234;me dans tous ses moments un acte de consommation &#233;galement. Les &#233;conomistes, du reste, l'admettent. La production consid&#233;r&#233;e comme imm&#233;diatement identique &#224; la consommation et la consomma&#173;tion comme co&#239;ncidant de fa&#231;on imm&#233;diate avec la production, c'est ce qu'ils appellent la consommation productive. Cette identit&#233; de la production et de la consommation revient &#224; la proposition de Spinoza : Determinatio est negatio [Toute d&#233;termination est n&#233;gation].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette d&#233;termination de la consommation productive n'est pr&#233;cis&#233;ment &#233;tablie que pour distinguer la consommation qui s'identifie &#224; la production, de la consommation propre&#173;ment dite, qui est plut&#244;t con&#231;ue comme antith&#232;se destructrice de la production. Consid&#233;rons donc la consommation proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation est de mani&#232;re imm&#233;diate &#233;galement production, de m&#234;me que dans la nature la consommation des &#233;l&#233;ments et des substances chimiques est production de la plante. Il est &#233;vident que dans l'alimen&#173;tation, par exemple, qui est une forme particuli&#232;re de la consommation, l'homme produit son propre corps. Mais cela vaut &#233;galement pour tout autre genre de consommation qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, contribue par quelque c&#244;t&#233; &#224; la production de l'homme. Production consommatrice. Mais, objecte l'&#233;conomie, cette produc&#173;tion qui s'identifie &#224; la consommation est une deuxi&#232;me production, issue de la destruction du premier produit. Dans la premi&#232;re le producteur s'objectivait ; dans la seconde, au contraire, c'est l'objet qu'il a cr&#233;&#233; qui se person&#173;nifie. Ainsi, cette production consommatrice - bien qu'elle constitue une unit&#233; imm&#233;diate de la production et de la consommation - est essen&#173;tiel&#173;le&#173;&#173;ment diff&#233;rente de la production propre&#173;ment dite. L'unit&#233; imm&#233;diate, dans laquelle la produc&#173;tion co&#239;ncide avec la consommation et la consommation avec la production, laisse subsis&#173;ter leur dualit&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production est donc imm&#233;diatement consommation, la consommation imm&#233;diatement production. Chacune est imm&#233;diatement son contraire. Mais il s'op&#232;re en m&#234;me temps un mouvement m&#233;diateur entre les deux termes. La production est m&#233;diatrice de la consom&#173;mation, dont elle cr&#233;e les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et qui, sans elle, n'aurait point d'objet. Mais la consommation est aussi m&#233;diatrice de la production en procurant aux produits le sujet pour lequel ils sont des produits. Le produit ne conna&#238;t son ultime accomplissement que dans la consommation. Un chemin de fer sur lequel on ne roule pas, qui donc ne s'use pas, n'est pas consomm&#233;, n'est un chemin de fer que dans le domaine de la possibilit&#233; [...] et non dans celui de la r&#233;alit&#233;. Sans production, pas de consommation ; mais, sans consommation, pas de production non plus, car la production serait alors sans but. La consommation produit la production doublement. 1&#186; C'est dans la consommation seulement que le produit devient r&#233;ellement produit. Par exemple, un v&#234;tement ne devient v&#233;ritablement v&#234;tement que par le fait qu'il est port&#233; ; une maison qui n'est pas habit&#233;e n'est pas, en fait, une v&#233;ritable maison ; le produit donc, &#224; la diff&#233;rence du simple objet naturel, ne s'affirme comme produit, ne devient produit que dans la consommation. C'est la consommation seulement qui, en absor&#173;bant le produit, lui donne la derni&#232;re touche (finishing stroke) ; carla production n'est pas produit en tant qu'activit&#233; objectiv&#233;e, mais seulement en tant qu'objet pour le sujet agissant [la consommation produit la production] [5]. 2&#186; La consommation cr&#233;e le besoin d'une nouvelle production, par cons&#233;quent la raison id&#233;ale, le mobile interne de la production, qui en est la condition pr&#233;alable. La consommation cr&#233;e le mobile de la production ; elle cr&#233;e aussi l'objet qui agit dans la production en d&#233;terminant sa fin. S'il est clair que la production offre, sous sa forme mat&#233;rielle, l'objet de la consommation, il est donc tout aussi clair que la consommation pose id&#233;alement l'objet de la production, sous forme d'image int&#233;rieure, de besoin, de mobile et de fin. Elle cr&#233;e les objets de la production sous une forme encore subjective. Sans besoin, pas de production. Mais la consommation reproduit le besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce double caract&#232;re correspond du c&#244;t&#233; de la production : 1&#186; Elle fournit &#224; la consom&#173;ma&#173;tion sa mati&#232;re, son objet. Une consommation sans objet n'est pas une consommation ; &#224; cet &#233;gard donc la production cr&#233;e, produit la consommation. 2&#186; Mais ce n'est pas seulement l'objet que la production procure &#224; la consommation. Elle lui donne aussi son aspect d&#233;termin&#233;, son caract&#232;re, son fini (finish). Tout comme la consommation donnait la derni&#232;re touche au produit en tant que produit, la production le donne &#224; la consommation. D'abord l'objet n'est pas un objet en g&#233;n&#233;ral, mais un objet d&#233;termin&#233;, qui doit &#234;tre consomm&#233; d'une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e, &#224; laquelle la production elle-m&#234;me doit servir [6] d'interm&#233;diaire. La faim est la faim, mais la faim qui se satisfait avec de la viande cuite, mang&#233;e avec fourchette et couteau, est une autre faim que celle qui avale de la chair crue en se servant des mains, des ongles et des dents. Ce n'est pas seulement l'objet de la consommation, mais aussi le mode de consommation qui est donc produit par la production, et ceci non seulement d'une mani&#232;re objective, mais aussi subjective. La production cr&#233;e donc le consommateur. 3&#186; La production ne fournit donc pas seulement un objet mat&#233;riel au besoin, elle fournit aussi un besoin &#224; l'objet mat&#233;riel. Quand la consommation se d&#233;gage de sa grossi&#232;ret&#233; primitive et perd son caract&#232;re imm&#233;diat - et le fait m&#234;me de s'y attarder serait encore le r&#233;sultat d'une production rest&#233;e &#224; un stade de grossi&#232;ret&#233; primitive -, elle a elle-m&#234;me, en tant qu'instinct, l'objet pour m&#233;diateur. Le besoin qu'elle &#233;prouve de cet objet est cr&#233;&#233; par la perception de celui-ci. L'objet d'art - comme tout autre produit - cr&#233;e un public apte &#224; comprendre l'art et &#224; jouir de la beaut&#233;. La production ne produit donc pas seulement un objet pour le sujet, mais aussi un sujet pour l'objet. La production produit donc la consommation 1&#186; en lui fournissant la mati&#232;re ; 2&#186; en d&#233;terminant le mode de consommation ; 3&#186; en faisant na&#238;tre chez le consom&#173;ma&#173;teur le besoin de produits pos&#233;s d'abord simplement par elle sous forme d'objets. Elle pro&#173;duit donc l'objet de la consommation, le mode de consommation, l'instinct de la consom&#173;mation. De m&#234;me la consommation engendre l'aptitude du producteur en le sollicitant sous la forme d'un besoin d&#233;terminant le but de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; entre la consommation et la production appara&#238;t donc sous un triple aspect :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Identit&#233; imm&#233;diate. La production est consommation ; la consommation est produc&#173;tion. Production consommatrice. Consommation productive. Toutes deux sont appel&#233;es consommation productive par les &#233;cono&#173;mis&#173;tes. Mais ils font encore une diff&#233;rence. La premi&#232;re prend la forme de reproduction ; la seconde, de consommation productive. Toutes les recherches sur la premi&#232;re sont l'&#233;tude du travail productif ou improductif ; les recherches sur la seconde sont celle de la consommation productive ou improductive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Chacune appara&#238;t comme le moyen de l'autre ; elle est m&#233;di&#233;e par l'autre ; ce qui s'expri&#173;me par leur interd&#233;pendance, mouvement qui les rapporte l'une &#224; l'autre et les fait appara&#238;tre comme indispensables r&#233;ciproquement, bien qu'elles restent cependant ext&#233;rieures l'une &#224; l'autre. La production cr&#233;e la mati&#232;re de la consommation en tant qu'objet ext&#233;rieur ; la consommation cr&#233;e pour la production le besoin en tant qu'objet interne, en tant que but. Sans production, pas de consommation ; sans consommation, pas de production. Ceci figure dans l'&#233;conomie politique sous de nombreuses formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La production n'est pas seulement imm&#233;diatement consommation, ni la consommation imm&#233;diatement production ; la production n'est pas non plus seulement moyen pour la consommation, ni la consommation but pour la production, en ce sens que chacune d'elles fournit &#224; l'autre son objet, la production l'objet ext&#233;rieur de la consommation, la consom&#173;ma&#173;tion l'objet figur&#233; de la production. En fait, chacune d'elles n'est pas seulement imm&#233;diate&#173;ment l'autre, ni seulement m&#233;diatrice de l'autre, mais chacune d'elles, en se r&#233;alisant, cr&#233;e l'autre ; se cr&#233;e sous la forme de l'autre. C'est la consommation qui accomplit pleinement l'acte de la production en donnant au produit son caract&#232;re achev&#233; de produit, en le dissolvant en consommant la forme objective ind&#233;pendante qu'il rev&#234;t, en &#233;levant &#224; la dext&#233;rit&#233;, par le besoin de la r&#233;p&#233;tition, l'aptitude d&#233;velopp&#233;e dans le premier acte de la production ; elle n'est donc pas seulement l'acte final par lequel le produit devient v&#233;ritablement produit, mais celui par lequel le producteur devient &#233;galement v&#233;ritablement producteur. D'autre part, la production produit la consommation en cr&#233;ant le mode d&#233;termin&#233; de la consommation, et ensuite en faisant na&#238;tre l'app&#233;tit de la consommation, la facult&#233; de consommation, sous forme de besoin. Cette derni&#232;re identit&#233;, que nous avons pr&#233;cis&#233;e au paragraphe 3, est com&#173;men&#173;t&#233;e en &#233;conomie politique sous des formes multiples, &#224; propos des rapports entre l'offre et la demande, les objets et les besoins, les besoins cr&#233;&#233;s par la soci&#233;t&#233; et les besoins naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de plus simple alors, pour un h&#233;g&#233;lien, que de poser la production et la consomma&#173;tion comme identiques. Et cela n'a pas &#233;t&#233; seulement le fait d'hommes de lettres socialistes, mais de prosa&#239;ques &#233;conomistes m&#234;me ; par exemple de Say, sous la forme suivante : quand on consid&#232;re un peuple, ou bien l'humanit&#233; in abstracto, on voit que sa production est sa consommation. Storch a montr&#233; l'erreur de Say : un peuple, par exemple, ne consomme pas purement et simplement sa production, mais cr&#233;e aussi des moyens de production, etc., du capital fixe, etc. Consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; comme un sujet unique, c'est au surplus la consid&#233;rer d'un point de vue faux - sp&#233;culatif. Chez un sujet, production et con&#173;som&#173;ma&#173;tion apparaissent comme des moments d'un m&#234;me acte. L'important ici est seulement de souligner ceci : que l'on consid&#232;re la production et la consommation comme des activit&#233;s d'un sujet ou de nom&#173;breux individus [7], elles apparaissent en tout cas comme les moments d'un proc&#232;s dans lequel la production est le v&#233;ritable point de d&#233;part et par suite aussi le facteur qui l'emporte. La consommation en tant que n&#233;cessit&#233;, que besoin, est elle-m&#234;me un facteur interne de l'activit&#233; productive ; maiscette derni&#232;re est le point de d&#233;part de la r&#233;alisa&#173;tion et par suite aussi son facteur pr&#233;dominant, l'acte dans lequel tout le proc&#232;s se d&#233;roule &#224; nouveau. L'individu produit un objet et fait retour en soi-m&#234;me par la consommation de ce dernier, mais il le fait en tant qu'individu productif et qui se reproduit lui-m&#234;me. La consom&#173;ma&#173;tion appara&#238;t ainsi comme moment de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la soci&#233;t&#233;, le rapport entre le producteur et le produit, d&#232;s que ce dernier est achev&#233;, est un rapport ext&#233;rieur,- et le retour du produit au sujet d&#233;pend des relations de celui-ci avec d'autres individus. Il n'en devient pas imm&#233;diatement possesseur. Aussi bien, l'appropriation imm&#233;diate du produit n'est-elle pas la fin que se propose le producteur quand il produit dans la soci&#233;t&#233;. Entre le producteur et les produits intervient la distribution, qui par des lois sociales d&#233;termine la part qui lui revient dans la masse des produits et se place ainsi entre la production et la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, alors, la distribution constitue-t-elle une sph&#232;re autonome &#224; c&#244;t&#233; et en dehors de la production ?&lt;br class='autobr' /&gt;
b) Distribution et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe n&#233;cessairement tout d'abord, quand on consid&#232;re les trait&#233;s ordinaires d'&#233;conomie politique, c'est que toutes les cat&#233;gories y sont pos&#233;es sous une double forme. Par exemple, dans la distribution figurent : rente fonci&#232;re, salaire, int&#233;r&#234;t et profit, tandis que dans la production terre, travail, capital figurent comme agents de la production. Or, en ce qui concerne le capital, il appara&#238;t clairement d&#232;s l'abord qu'il est pos&#233; sous deux formes : 1&#176; comme agent de production ; 2&#176; comme source de revenus : comme formes de distribution d&#233;termin&#233;es et d&#233;terminantes. Par suite, int&#233;r&#234;t et profit figurent aussi en tant que tels dans la production, dans la mesure o&#249; ils sont des formes sous lesquelles le capital augmente, s'accro&#238;t, donc des facteurs de sa production m&#234;me. Int&#233;r&#234;t et profit, en tant que formes de distribution, supposent le capital consid&#233;r&#233; comme agent de la production. Ce sont des modes de distribution qui ont pour postulat le capital comme agent de la production. Ce sont &#233;galement des modes de reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le salaire est le travail salari&#233;, que les &#233;conomistes consid&#232;rent sous une autre rubrique : le caract&#232;re d&#233;termin&#233; d'agent de production que poss&#232;de ici le travail appara&#238;t l&#224; comme d&#233;termination de la distribution. Si le travail n'&#233;tait pas d&#233;fini comme travail salari&#233;, le mode suivant lequel il participe &#224; la r&#233;partition des produits n'appara&#238;trait pas sous la forme de salaire : c'est le cas par exemple dans l'esclavage. Enfin la rente fonci&#232;re, pour prendre tout de suite la forme la plus d&#233;velopp&#233;e de la distribution, par laquelle la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re participe &#224; la r&#233;partition des produits, suppose la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re (&#224; vrai dire la grande agriculture) comme agent de production, et non tout simplement la terre, pas plus que le salaire ne suppose le travail tout court. Les rapports et les modes de distribution apparais&#173;sent donc simplement comme l'envers des agents de production. Un individu qui participe &#224; la production sous la forme du travail salari&#233; participe sous la forme du salaire &#224; la r&#233;partition des produits, r&#233;sultats de la production. La structure de la distribution est enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par la structure de la production. La distribution est elle-m&#234;me un produit de la production non seulement en ce qui concerne l'objet, le r&#233;sultat de la production seul pouvant &#234;tre distribu&#233;, mais aussi en ce qui concerne la forme, le mode pr&#233;cis de participation &#224; la production d&#233;terminant les formes particuli&#232;res de la distribution, c'est-&#224;-dire d&#233;terminant sous quelle forme le producteur participera &#224; la distribution. Il est absolu&#173;ment illusoire de placer la terre dans la production, la rente fonci&#232;re dans la distribution, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;conomistes comme Ricardo, auxquels on a le plus reproch&#233; de n'avoir en vue que la production, ont par suite d&#233;fini la distribution comme l'objet exclusif de l'&#233;conomie politique, parce qu'instinctivement ils voyaient dans les formes de distribution l'expression la plus nette des rapports fixes des agents de production dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; l'individu isol&#233;, la distribution appara&#238;t naturellement comme une loi sociale qui conditionne sa position &#224; l'int&#233;rieur de la production dans le cadre de laquelle il produit, et qui pr&#233;c&#232;de donc la production. De par son origine, l'individu n'a pas de capital, pas de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. D&#232;s sa naissance, il est r&#233;duit au travail salari&#233; par la distribution sociale. Mais le fait m&#234;me qu'il y soit r&#233;duit r&#233;sulte de l'existence du capital, de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re comme agents de production ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res, la distribution, &#224; un autre point de vue encore, semble pr&#233;c&#233;der la production et la d&#233;terminer ; pour ainsi dire comme un fait pr&#233;&#173;&#233;cono&#173;mique. Un peuple conqu&#233;rant partage le pays entre les conqu&#233;rants et impose ainsi une certaine r&#233;partition et une certaine forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re : Il d&#233;termine donc la production. Ou bien il fait des peuples conquis des esclaves et fait ainsi du travail servile la base de la production. Ou bien un peuple, par la r&#233;volution, brise la grande propri&#233;t&#233; et la morcelle ; il donne donc ainsi par cette nouvelle distribution un nouveau caract&#232;re &#224; la production. Ou bien enfin la l&#233;gislation perp&#233;tue la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re dans certaines familles, ou fait du travail un privil&#232;ge h&#233;r&#233;ditaire et lui imprime ainsi un caract&#232;re de caste. Dans tous ces cas, et tous sont historiques, la distribution ne semble pas &#234;tre organis&#233;e et d&#233;termin&#233;e par la production, mais inversement la production semble l'&#234;tre par la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa conception la plus banale, la distribution appara&#238;t comme distribution des produits, et ainsi comme plus &#233;loign&#233;e de la production et pour ainsi dire ind&#233;pendante de celle-ci. Mais, avant d'&#234;tre distribution des produits, elle est : 1&#176; distribution des instruments de production, et 2&#176;, ce qui est une autre d&#233;termination du m&#234;me rapport, distribution des membres de la soci&#233;t&#233; entre les diff&#233;rents genres de production. (Subordination des individus &#224; des rapports de production d&#233;termin&#233;s.) La distribution des produits n'est manifestement que le r&#233;sultat de cette distribution, qui est incluse dans le proc&#232;s de production lui-m&#234;me et d&#233;termine la structure de la production. Consid&#233;rer la production sans tenir compte de cette distribution, qui est incluse en elle, c'est manifestement abstraction vide, alors qu'au contraire la distribution des produits est impliqu&#233;e par cette distribution, qui constitue &#224; l'origine un facteur m&#234;me de la production. Ricardo, &#224; qui il importait de concevoir la production moderne dans sa structure sociale d&#233;termin&#233;e et qui est l'&#233;conomiste de la production par excellence [8], affirme pour cette raison que ce n'estpas la production, mais la distribution qui constitue le sujet v&#233;ritable de l'&#233;conomie politique moderne. D'o&#249; l'absurdit&#233; des &#233;conomistes qui traitent de la production comme d'une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle, tandis qu'ils rel&#232;guent l'histoire dans le domaine de la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir quel rapport s'&#233;tablit entre la distribution et la production qu'elle d&#233;termine rel&#232;ve manifestement de la production m&#234;me. Si l'on pr&#233;tendait qu'alors, du fait que la production a n&#233;cessairement son point de d&#233;part dans une certaine distribution des instruments de production, la distribution, au moins dans ce sens, pr&#233;c&#232;de la production, en constitue la condition pr&#233;alable, on pourrait r&#233;pondre &#224; cela que la production a effectivement ses propres conditions et pr&#233;misses, qui en constituent des facteurs. Ces derniers peuvent appara&#238;tre tout au d&#233;but comme des donn&#233;es naturelles. Le proc&#232;s m&#234;me de la production transforme ces donn&#233;es naturelles en donn&#233;es historiques et, s'ils apparaissent pour une p&#233;riode comme des pr&#233;misses naturelles de la production, ils en ont &#233;t&#233; pour une autre p&#233;riode le r&#233;sultat historique. Dans le cadre m&#234;me de la production, ils sont constamment modifi&#233;s. Par exemple, le machinisme a modifi&#233; aussi bien la distribution des instruments de production que celle des produits. La grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re moderne elle-m&#234;me est le r&#233;sultat aussi bien du commerce moderne et de l'industrie moderne que de l'application de cette derni&#232;re &#224; l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les, questions soulev&#233;es plus haut se ram&#232;nent toutes en derni&#232;re instance &#224; celle de savoir comment des conditions historiques g&#233;n&#233;rales interviennent dans la production et quel est le rapport de celle-ci avec le mouvement historique en g&#233;n&#233;ral. La question rel&#232;ve manifestement de la discussion et de l'analyse de la production elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, sous la forme triviale o&#249; elles ont &#233;t&#233; soulev&#233;es plus haut, on peut les r&#233;gler &#233;galement d'un mot. Dans toutes les conqu&#234;tes, il y a trois possibilit&#233;s. Le peuple conqu&#233;rant impose au peuple conquis son propre mode de production (par exemple les Anglais en Irlande dans ce si&#232;cle, en partie dans l'Inde) ; ou bien il laisse subsister l'ancien mode de production et se contente de pr&#233;lever un tribut (par exemple les Turcs et les Romains) ; ou bien il se produit une action r&#233;ciproque qui donne naissance &#224; quelque chose de nouveau, &#224; une synth&#232;se (en partie dans les conqu&#234;tes germaniques). Dans tous les cas, le mode de production, soit celui du peuple conqu&#233;rant ou celui du peuple conquis, ou encore celui qui provient de la fusion des deux pr&#233;c&#233;dents, est d&#233;terminant pour la distribution nouvelle qui appara&#238;t. Bien que celle-ci se pr&#233;sente comme condition pr&#233;alable de la nouvelle p&#233;riode de production, elle est ainsi elle-m&#234;me &#224; son tour un produit de la production, non seulement de la production historique en g&#233;n&#233;ral, mais de telle ou telle production historique d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Mongols, par leurs d&#233;vastations en Russie par exemple, agissaient conform&#233;ment &#224; leur mode de production fond&#233; sur le p&#226;turage, qui exigeait comme condition essentielle de grands espaces inhabit&#233;s. Les barbares germaniques, dont le mode de production traditionnel comportait la culture par les serfs et la vie isol&#233;e &#224; la campagne, purent d'autant plus facile&#173;ment soumettre les provinces romaines &#224; ces conditions, que la concentration de la propri&#233;t&#233; terrienne qui s'y &#233;tait op&#233;r&#233;e avait d&#233;j&#224; compl&#232;tement boulevers&#233; l'ancien r&#233;gime de l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une image traditionnelle que dans certaines p&#233;riodes on n'aurait v&#233;cu que de pillage. Mais, pour pouvoir piller, il faut qu'il existe quelque chose &#224; piller, donc une production. Et le mode de pillage est lui-m&#234;me &#224; son tour d&#233;termin&#233; par le mode de production. Une stock-jobbing nation [nation de sp&#233;culateurs en Bourse] par exemple ne peut pas &#234;tre pill&#233;e comme une nation de vachers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la personne de l'esclave, l'instrument de production est directement ravi. Mais alors la production du pays, au profit duquel il est ravi, doit &#234;tre organis&#233;e de telle sorte qu'elle permette le travail d'esclave, ou (comme dans l'Am&#233;rique du Sud, etc.) il faut que l'on cr&#233;e un mode de production conforme &#224; l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des lois peuvent perp&#233;tuer dans certaines familles un instrument de production, par exemple la terre. Ces lois ne prennent une importance &#233;conomique que lorsque la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est en harmonie avec la production sociale, comme en Angleterre par exemple. En France, on a pratiqu&#233; la petite culture malgr&#233; l'existence de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, aussi cette derni&#232;re fut-elle d&#233;truite par la R&#233;volution. Mais qu'advient-il si l'on pr&#233;tend perp&#233;tuer par des lois le morcellement par exemple. Malgr&#233; ces lois, la propri&#233;t&#233; se concentre de nouveau. Il y a lieu de d&#233;terminer &#224; part quelle influence les lois exercent sur le maintien des rapports de distribution et par suite quelle est leur influence sur la production.&lt;br class='autobr' /&gt;
c) &#201;change et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circulation elle-m&#234;me n'est qu'un moment d&#233;termin&#233; de l'&#233;change ou encore l'&#233;change consid&#233;r&#233; dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'&#233;change n'est qu'un facteur servant d'interm&#233;diaire entre la produc&#173;tion et la distribution qu'elle d&#233;termine ainsi que la consommation ; dans la mesure d'autre part o&#249; cette derni&#232;re appara&#238;t elle-m&#234;me comme un facteur de la production, l'&#233;change est manifestement aussi inclus dans cette derni&#232;re en tant que moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il est &#233;vident que l'&#233;change d'activit&#233;s et de capacit&#233;s qui s'effectue dans la production elle-m&#234;me en fait directement partie et en est un &#233;l&#233;ment essentiel. Deuxi&#232;me&#173;ment, cela est vrai de l'&#233;change des produits pour autant que cet &#233;change est l'instrument qui sert &#224; fournir le produit achev&#233; destin&#233; &#224; la consommation imm&#233;diate. Dans cette mesure, l'&#233;change lui-m&#234;me est un acte inclus dans la production. Troisi&#232;mement, l'&#233;change (exchange) entre marchands (dealers) est, de par son organisation, &#224; la fois d&#233;termin&#233; enti&#232;&#173;re&#173;ment par la production et lui-m&#234;me activit&#233; productive. L'&#233;change n'appara&#238;t comme ind&#233;pendant &#224; c&#244;t&#233; de la production, comme indiff&#233;rent vis-&#224;-vis d'elle, que dans le dernier stade, o&#249; le produit est &#233;chang&#233; imm&#233;diatement pour &#234;tre consomm&#233;. Mais, 1&#176; il n'y a pas d'&#233;change sans division du travail, que celle-ci soit naturelle ou m&#234;me d&#233;j&#224; un r&#233;sultat historique ; 2&#176; l'&#233;change priv&#233; suppose la production priv&#233;e ; 3&#176; l'intensit&#233; de l'&#233;change comme son extension et son mode sont d&#233;termin&#233;s par le d&#233;veloppement et la structure de la production. Par exemple, l'&#233;change entre la ville et la campagne ; l'&#233;change &#224; la campagne, &#224; la ville, etc. Dans tous ces moments, l'&#233;change appara&#238;t donc comme directement compris dans la production, ou d&#233;termin&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat auquel nous arrivons n'est pas que la production, la distribution, l'&#233;change, la consommation sont identiques, mais qu'ils sont tous des &#233;l&#233;ments d'une totalit&#233;, des diff&#233;renciations &#224; l'int&#233;rieur d'une unit&#233;. La production d&#233;borde aussi bien son propre cadre dans sa d&#233;termination antith&#233;tique d'elle-m&#234;me que les autres moments. C'est &#224; partir d'elle que recommence sans cesse le proc&#232;s. Il va de soi qu'&#233;change et consommation ne peuvent &#234;tre ce qui l'emporte. Il en est de m&#234;me de la distribution en tant que distribution des produits. Mais, en tant que distribution des agents de production, elle est elle-m&#234;me un moment de la production. Une production d&#233;termin&#233;e d&#233;termine donc une consommation, une distribution, un &#233;change d&#233;termin&#233;s, elle r&#232;gle &#233;galement les rapports r&#233;ciproques d&#233;termin&#233;s de ces diff&#233;rents moments. A vrai dire, la production, elle aussi, sous sa forme exclusive, est, de son c&#244;t&#233;, d&#233;termin&#233;e par les autres facteurs. Par exemple quand le march&#233;, c'est-&#224;-dire la sph&#232;re de l'&#233;change, s'&#233;tend, le volume de la production s'accro&#238;t et il s'op&#232;re en elle une division plus profonde. Une transformation de la distribution entra&#238;ne une transformation de la production ; c'est le cas, par exemple, quand il y a concentration du capital, ou r&#233;partition diff&#233;rente de la population &#224; la ville et &#224; la campagne, etc. Enfin les besoins inh&#233;rents &#224; la consommation d&#233;terminent la production. Il y a action r&#233;ciproque entre les diff&#233;rents moments. C'est le cas pour n'importe quelle totalit&#233; organique.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le concret, qui constituent la condition pr&#233;alable effective, donc en &#233;conomie politique, par exemple, la population qui est la base et le sujet de l'acte social de production tout entier. Cependant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, on s'aper&#231;oit que c'est l&#224; une erreur. La population est une abstraction si l'on n&#233;glige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont &#224; leur tour un mot creux si l'on ignore les &#233;l&#233;ments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salari&#233;, le capital etc. Ceux-ci supposent l'&#233;change, la division du travail, les prix, etc. Le capital, par exemple, n'est rien sans le travail salari&#233;, sans la valeur, l'argent, le prix, etc. Si donc on commen&#231;ait ainsi par la population, on aurait une repr&#233;sentation chaotique du tout et, par une d&#233;termination plus pr&#233;cise, par l'analyse, on aboutirait &#224; des concepts de plus en plus simples ; du concret figur&#233; ou passerait &#224; des abstractions de plus en plus minces, jusqu'&#224; ce que l'on soit arriv&#233; aux d&#233;terminations les plus simples. Partant de l&#224;, il faudrait refaire le chemin &#224; rebours jusqu'&#224; ce qu'enfin on arrive de nouveau &#224; la population, mais celle-ci ne serait pas, cette fois, la repr&#233;sentation chaotique d'un tout, mais une riche totalit&#233; de d&#233;termi&#173;na&#173;tions et de rapports nombreux. La premi&#232;re voie est celle qu'a prise tr&#232;s historiquement l'&#233;conomie politique &#224; sa naissance. Les &#233;conomistes du XVII&#176; si&#232;cle, par exemple, commen&#173;cent toujours par une totalit&#233; vivante : population, nation, &#201;tat, plusieurs &#201;tats ; mais ils finissent toujours par d&#233;gager par l'analyse quelques rapports g&#233;n&#233;raux abstraits d&#233;terminants tels que la division du travail, l'argent, la valeur, etc. D&#232;s que ces facteurs isol&#233;s ont &#233;t&#233; plus ou moins fix&#233;s et abstraits, les syst&#232;mes &#233;conomiques ont commenc&#233;, qui partent des notions simples telles que travail, division du travail, besoin, valeur d'&#233;change, pour s'&#233;lever jusqu'&#224; l'&#201;tat, les &#233;changes entre nations et le march&#233; mondial. Cette derni&#232;re m&#233;thode est manifeste&#173;ment la m&#233;thode scientifique correcte. Le concret est concret parce qu'il est la synth&#232;se de multiples d&#233;terminations, donc unit&#233; de la diversit&#233;. C'est pourquoi il appara&#238;t dans la pens&#233;e comme proc&#232;s de synth&#232;se, comme r&#233;sultat, non comme point de d&#233;part, bien qu'il soit le v&#233;ritable point de d&#233;part et par suite &#233;galement le point de d&#233;part de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. La premi&#232;re d&#233;marche a r&#233;duit la pl&#233;nitude de la repr&#233;sentation &#224; une d&#233;termination abstraite ; avec la seconde, les d&#233;terminations abstraites conduisent &#224; la repro&#173;duc&#173;tion du concret par la voie de la pens&#233;e. C'est pourquoi Hegel est tomb&#233; dans l'illusion de concevoir le r&#233;el comme le r&#233;sultat de la pens&#233;e, qui se concentre en elle-m&#234;me, s'approfon&#173;dit en elle-m&#234;me, se meut par elle-m&#234;me, alors que la m&#233;thode qui consiste &#224; s'&#233;lever de l'abstrait au concret n'est pour la pens&#233;e que la mani&#232;re de s'approprier le concret, de le reproduire sous la forme d'un concret pens&#233;. Mais ce n'est nullement l&#224; le proc&#232;s de la gen&#232;se du concret lui-m&#234;me. Par exemple, la cat&#233;gorie &#233;conomique la plus simple, mettons la valeur d'&#233;change, suppose la population, une population produisant dans des conditions d&#233;termin&#233;es ; elle suppose aussi un certain genre de famille, ou de commune, ou d'&#201;tat, etc. Elle ne peut jamais exister autrement que sous forme de relation unilat&#233;rale et abstraite d'un tout concret, vivant, d&#233;j&#224; donn&#233;. Comme cat&#233;gorie, par contre, la valeur d'&#233;change m&#232;ne une existence ant&#233;diluvienne. Pour la conscience - et la conscience philosophique est ainsi faite que pour elle la pens&#233;e qui con&#231;oit constitue l'homme r&#233;el et, par suite, le monde n'appara&#238;t comme r&#233;el qu'une fois con&#231;u - pour la conscience, donc, le mouvement des cat&#233;gories appara&#238;t comme l'acte de production r&#233;el - qui re&#231;oit une simple impulsion du dehors et on le regrette - dont le r&#233;sultat est le monde ; et ceci (mais c'est encore l&#224; une tautologie) est exact dans la mesure o&#249; la totalit&#233; concr&#232;te en tant que totalit&#233; pens&#233;e, en tant que repr&#233;sentation mentale du concret, est en fait un produit de la pens&#233;e, de la conception ; il n'est par contre nullement le produit du concept qui s'engendrerait lui-m&#234;me, qui penserait en dehors et au-dessus de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation, mais un produit de l'&#233;laboration de concepts &#224; partir de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. Le tout, tel qu'il appara&#238;t dans l'esprit comme une totalit&#233; pens&#233;e, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule fa&#231;on qu'il lui soit possible, d'une fa&#231;on qui diff&#232;re de l'appropriation de ce monde par l'art, la religion, l'esprit pratique. Apr&#232;s comme avant, le sujet r&#233;el subsiste dans son ind&#233;pendance en dehors de l'esprit ; et cela aussi longtemps que l'esprit a une activit&#233; purement sp&#233;culative, purement th&#233;orique. Par cons&#233;quent, dans l'emploi de la m&#233;thode th&#233;orique aussi, il faut que le sujet, la soci&#233;t&#233;, reste constamment pr&#233;sent &#224; l'esprit comme donn&#233;e premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces cat&#233;gories simples n'ont-elles pas aussi une existence ind&#233;pendante, de caract&#232;re historique ou naturel, ant&#233;rieure &#224; celle des cat&#233;gories plus concr&#232;tes ? &#199;a d&#233;pend [9]. Hegel, par exemple, a raison de commencer la philosophie du droit par la possession, celle-ci constituant le rapport juridique le plus simple du sujet. Mais il n'existe pas de possession avant que n'existe la famille, ou les rapports entre ma&#238;tres et esclaves, qui sont des rapports beaucoup plus concrets. Par contre, il serait juste de dire qu'il existe des familles, des communaut&#233;s de tribus, qui ne sont encore qu'au stade de la possession, et non &#224; celui de la propri&#233;t&#233;. Par rapport &#224; la propri&#233;t&#233;, la cat&#233;gorie la plus simple appara&#238;t donc comme le rapport de communaut&#233;s simples de familles ou de tribus. Dans la soci&#233;t&#233; parvenue &#224; un stade sup&#233;rieur, elle appara&#238;t comme le rapport plus simple d'une organisation plus d&#233;velop&#173;p&#233;e. Mais on pr&#233;suppose toujours le substrat concret qui s'exprime par un rapport de posses&#173;sion. On peut se repr&#233;senter un sauvage isol&#233; qui poss&#232;de. Mais la possession ne constitue pas alors un rapport juridique. Il n'est pas exact qu'historiquement la possession &#233;volue jusqu'&#224; la forme familiale. Elle suppose au contraire toujours l'existence de cette &#171; cat&#233;gorie juridique plus concr&#232;te &#187;. Cependant il n'en demeurerait pas moins que les cat&#233;gories simples sont l'expression de rapports dans lesquels le concret non encore d&#233;velopp&#233; a pu s'&#234;tre r&#233;alis&#233; sans avoir encore pos&#233; la relation ou le rapport plus complexe qui trouve son expression mentale dans la cat&#233;gorie plus concr&#232;te ; tandis que le concret plus d&#233;velopp&#233; laisse subsister cette m&#234;me cat&#233;gorie comme un rapport subordonn&#233;. L'argent peut exister et a exist&#233; historiquement avant que n'exist&#226;t le capital, que n'existassent les banques, que n'exist&#226;t le travail salari&#233;, etc. A cet &#233;gard, on peut donc dire que la cat&#233;gorie plus simple peut exprimer des rapports dominants d'un tout moins d&#233;velopp&#233; ou, au contraire, des rapports subordonn&#233;s d'un tout plus d&#233;velopp&#233; qui existaient d&#233;j&#224; historiquement avant que le tout ne se d&#233;velopp&#226;t dans le sens qui trouve son expression dans une cat&#233;gorie plus concr&#232;te. Dans cette mesure, la marche de la pens&#233;e abstraite, qui s'&#233;l&#232;ve du plus simple au plus complexe, correspondrait au processus historique r&#233;el. D'autre part, on peut dire qu'il y a des formes de soci&#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, mais qui historiquement manquent assez de maturit&#233;, dans lesquelles on trouve les formes les plus &#233;lev&#233;es de l'&#233;conomie, comme par exemple la coop&#233;ration, une division du travail d&#233;velopp&#233;e, etc., sans qu'existe aucune sorte de monnaie, par exemple le P&#233;rou. Chez les Slaves aussi, l'argent et l'&#233;change qui le conditionne n'apparaissent pas ou peu &#224; l'int&#233;rieur de chaque communaut&#233;, mais ils apparais&#173;sent &#224; leurs fronti&#232;res, dans leur trafic avec d'autres communaut&#233;s. C'est d'ailleurs une erreur que de placer l'&#233;change au centre des communaut&#233;s, d'en faire l'&#233;l&#233;ment qui les constitue &#224; l'origine. Au d&#233;but, il appara&#238;t au contraire dans les relations des diverses communaut&#233;s entre elles, bien plut&#244;t que dans les relations des membres &#224; l'int&#233;rieur d'une seule et m&#234;me communaut&#233;. De plus, quoique l'argent apparaisse tr&#232;s t&#244;t et joue un r&#244;le multiple, il est dans l'antiquit&#233;, en tant qu'&#233;l&#233;ment dominant, l'apanage de nations d&#233;termin&#233;es unilat&#233;ralement, de nations commer&#231;antes. Et m&#234;me dans l'antiquit&#233; la plus cultiv&#233;e, chez les Grecs et les Romains, il n'atteint son complet d&#233;veloppement, postulat de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, que dans la p&#233;riode de leur dissolution. Donc cette cat&#233;gorie pourtant toute simple n'appara&#238;t historiquement avec toute sa vigueur que dans les &#201;tats les plus d&#233;velopp&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Elle ne se fraie nullement un chemin &#224; travers tous les rapports &#233;conomiques. Dans l'Empire romain, par exemple, &#224; l'&#233;poque de son plus grand d&#233;veloppement, l'imp&#244;t en nature et les prestations en nature demeur&#232;rent le fondement. Le syst&#232;me mon&#233;taire &#224; proprement parler n'y &#233;tait compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; que dans l'arm&#233;e. Il ne s'est jamais saisi non plus de la totalit&#233; du travail. Ainsi, bien qu'historiquement la cat&#233;gorie la plus simple puisse avoir exist&#233; avant la plus concr&#232;te, elle peut appartenir dans son complet d&#233;veloppement - en compr&#233;hen&#173;sion et en extension - pr&#233;cis&#233;ment &#224; une forme de soci&#233;t&#233; complexe [10], alors que la cat&#233;gorie plus concr&#232;te se trouvait plus compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;e dans une forme de soci&#233;t&#233; qui, elle, l'&#233;tait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail semble &#234;tre une cat&#233;gorie toute simple. L'id&#233;e du travail dans cette universalit&#233; - comme travail en g&#233;n&#233;ral - est, elle aussi, des plus anciennes. Cependant, con&#231;u du point de vue &#233;conomique sous cette forme simple, le &#171; travail &#187; est une cat&#233;gorie tout aussi moderne que les rapports qui engendrent cette abstraction simple. Le syst&#232;me mon&#233;taire, par exemple, place encore d'une fa&#231;on tout &#224; fait objective, comme une chose en dehors de soi, la richesse dans l'argent. Par rapport &#224; ce point de vue, ce fut un grand progr&#232;s quand le syst&#232;me manu&#173;fac&#173;turier ou commercial transposa la source de la richesse de l'objet &#224; l'activit&#233; subjective le travail commercial et manufacturier -, tout en ne concevant encore cette activit&#233; elle-m&#234;me que sous la forme limit&#233;e de productrice d'argent. En face de ce syst&#232;me, le syst&#232;me des physiocrates pose une forme d&#233;termin&#233;e du travail - l'agriculture - comme la forme de travail cr&#233;atrice de richesse et pose l'objet lui-m&#234;me non plus sous la forme d&#233;guis&#233;e de l'argent, mais comme produit en tant que tel, comme r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral du travail. Ce produit, en raison du caract&#232;re limit&#233; de l'activit&#233;, reste encore un produit d&#233;termin&#233; par la nature - produit de l'agriculture, produit de la terre par excellence [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;norme progr&#232;s fut fait par Adam Smith quand il rejeta toute d&#233;termination particuli&#232;re de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse pour ne consid&#233;rer que le travail tout court, c'est-&#224;-dire ni le travail manufacturier, ni le travail commercial, ni le travail agricole, mais toutes ces formes de travail dans leur caract&#232;re commun. Avec la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse appara&#238;t alors &#233;galement la g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'objet dans la d&#233;ter&#173;mi&#173;nation de richesse, le produit consid&#233;r&#233; absolument, ou encore le travail en g&#233;n&#233;ral, mais en tant que travail pass&#233;, objectiv&#233; dans un objet. L'exemple d'Adam Smith, qui retombe lui-m&#234;me de temps &#224; autre dans le syst&#232;me des physiocrates, montre combien &#233;tait difficile et important le passage &#224; cette conception nouvelle. Il pourrait alors sembler que l'on e&#251;t par l&#224; simplement trouv&#233; l'expression abstraite de la relation la plus simple et la plus ancienne qui s'&#233;tablit - dans quelque forme de soci&#233;t&#233; que ce soit - entre les hommes consid&#233;r&#233;s en tant que producteurs. C'est juste en un sens. Dans l'autre, non. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un genre d&#233;termin&#233; de travail pr&#233;suppose l'existence d'une totalit&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e de genres de travaux r&#233;els dont aucun n'est plus absolument pr&#233;dominant. Ainsi, les abstractions les plus g&#233;n&#233;rales ne prennent somme toute naissance qu'avec le d&#233;veloppement concret le plus riche, o&#249; un caract&#232;re appara&#238;t comme commun &#224; beaucoup, comme commun &#224; tous. On cesse alors de pouvoir le penser sous une forme particuli&#232;re seulement. D'autre part, cette abstraction du travail en g&#233;n&#233;ral n'est pas seulement le r&#233;sultat dans la pens&#233;e d'une totalit&#233; concr&#232;te de travaux. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de tel travail d&#233;termin&#233; correspond &#224; une forme de soci&#233;t&#233; dans laquelle les individus passent avec facilit&#233; d'un travail &#224; l'autre et dans laquelle le genre pr&#233;cis de travail est pour eux fortuit, donc indiff&#233;rent. L&#224; le travail est devenu non seulement sur le plan des cat&#233;gories, mais dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me, un moyen de cr&#233;er la richesse en g&#233;n&#233;ral et a cess&#233;, en tant que d&#233;termination, de ne faire qu'un avec les individus, sous quelque aspect particulier. Cet &#233;tat de choses a atteint son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement dans la forme d'existence la plus moderne des soci&#233;t&#233;s bourgeoises, aux &#201;tats-Unis. C'est donc l&#224; seulement que l'abstraction de la cat&#233;gorie &#171; travail &#187;, &#171; travail en g&#233;n&#233;ral &#187;, travail &#171; sans phrase &#187; [12], point de d&#233;part de l'&#233;conomie moderne, devient v&#233;rit&#233; pratique. Ainsi l'abstraction la plus simple, que l'&#233;conomie politique moderne place au premier rang et qui exprime un rapport tr&#232;s ancien et valable pour toutes les formes de soci&#233;t&#233;, n'appara&#238;t pourtant sous cette forme abstraite comme v&#233;rit&#233; pratique qu'en tant que cat&#233;gorie de la soci&#233;t&#233; la plus moderne. On pourrait dire que cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'une forme d&#233;termin&#233;e de travail, qui se pr&#233;sente aux &#201;tats-Unis comme produit historique, appara&#238;t chez les Russes par exemple comme une disposition naturelle. Mais, d'une part, quelle sacr&#233;e diff&#233;rence entre des barbares qui ont des disposi&#173;tions naturelles &#224; se laisser employer &#224; tous les travaux et des civilis&#233;s qui s'y emploient eux-m&#234;mes. Et, d'autre part, chez les Russes, &#224; cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un travail d&#233;termin&#233; correspond dans la pratique leur assujettissement traditionnel &#224; un travail bien d&#233;termin&#233;, auquel ne peuvent les arracher que des influences ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple du travail montre d'une fa&#231;on frappante que m&#234;me les cat&#233;gories les plus abstraites, bien que valables - pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de leur nature abstraite - pour toutes les &#233;poques, n'en sont pas moins sous la forme d&#233;termin&#233;e de cette abstraction m&#234;me le produit de conditions historiques et ne restent pleinement valables que pour ces conditions et dans le cadre de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; bourgeoise est l'organisation historique de la production la plus d&#233;velopp&#233;e et la plus vari&#233;e qui soit. De ce fait, les cat&#233;gories qui expriment les rapports de cette soci&#233;t&#233; et qui permettent d'en comprendre la structure permettent en m&#234;me temps de se rendre compte de la structure et des rapports de production de toutes les formes de soci&#233;t&#233; disparues avec les d&#233;bris et les &#233;l&#233;ments desquelles elle s'est &#233;difi&#233;e, dont certains vestiges, partiellement non encore d&#233;pass&#233;s, continuent &#224; subsister en elle, et dont certains simples signes, en se d&#233;velop&#173;pant, ont pris toute leur signification, etc. L'anatomie de l'homme est la clef de l'anatomie du singe. Dans les esp&#232;ces animales inf&#233;rieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d'une forme sup&#233;rieure que lorsque la forme sup&#233;rieure est elle-m&#234;me d&#233;j&#224; connue. Ainsi l'&#233;conomie bourgeoise nous donne la clef de l'&#233;conomie antique, etc. Mais nullement &#224; la mani&#232;re des &#233;conomistes qui effacent toutes les diff&#233;rences historiques et voient dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; celles de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. On peut comprendre le tribut, la d&#238;me, etc., quand on conna&#238;t la rente fonci&#232;re. Mais il ne faut pas les identifier. Comme, de plus, la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est elle-m&#234;me qu'une forme antith&#233;tique du d&#233;veloppement historique, il est des rapports appartenant &#224; des formes de soci&#233;t&#233; ant&#233;rieures que l'on pourra ne rencon&#173;trer en elle que tout &#224; fait &#233;tiol&#233;s, ou m&#234;me travestis. Par exemple, la propri&#233;t&#233; communale. Si donc il est vrai que les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise poss&#232;dent une certaine v&#233;rit&#233; valable pour toutes les autres formes de soci&#233;t&#233;, cela ne peut &#234;tre admis que cum grano, salis [avec un grain de sel]. Elles peuvent receler ces formes d&#233;velopp&#233;es, &#233;tiol&#233;es, caricatur&#233;es, etc., mais toujours avec une diff&#233;rence essentielle. Ce que l'on appelle d&#233;veloppement histori&#173;que repose somme toute sur le fait que la derni&#232;re forme consid&#232;re les formes pass&#233;es comme des &#233;tapes menant &#224; son propre degr&#233; de d&#233;veloppement, et, comme elle est rarement capable, et ceci seulement dans des conditions bien d&#233;termin&#233;es, de faire sa propre critique - il n'est naturellement pas question ici des p&#233;riodes historiques qui se consid&#232;rent elles-m&#234;mes comme des &#233;poques de d&#233;cadence - elle les con&#231;oit toujours sous un aspect unilat&#233;ral. La religion chr&#233;tienne n'a &#233;t&#233; capable d'aider &#224; comprendre objectivement les mythologies ant&#233;rieures qu'apr&#232;s avoir achev&#233; jusqu'&#224; un certain degr&#233;, pour ainsi dire [...] [virtuellement], sa propre critique. De m&#234;me l'&#233;conomie politique bourgeoise ne parvint &#224; comprendre les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, antiques, orientales que du jour o&#249; eut commenc&#233; l'autocri&#173;ti&#173;que de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Pour autant que l'&#233;conomie politique bourgeoise, cr&#233;ant une nouvelle mythologie, ne s'est pas purement et simplement identifi&#233;e au pass&#233;, sa critique des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, en particulier de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, contre laquelle elle avait encore &#224; lutter directement, a ressembl&#233; &#224; la critique du paganisme par le christianisme, ou encore &#224; celle du catholicisme par le protestantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que dans toute science historique ou sociale en g&#233;n&#233;ral, il ne faut jamais oublier, &#224; propos de la marche des cat&#233;gories &#233;conomiques, que le sujet, ici la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, est donn&#233;, aussi bien dans la r&#233;alit&#233; que dans le cerveau, que les cat&#233;go&#173;ries expriment donc des formes d'existence, des conditions d'existence d&#233;termin&#233;es, souvent de simples aspects particuliers de cette soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e, de ce sujet, et que par cons&#233;quent cette soci&#233;t&#233; ne commence nullement &#224; exister, du point de vue scientifique aussi, &#224; partir du moment seulement o&#249; il est question d'elle en tant que telle. C'est une r&#232;gle &#224; retenir, car elle fournit des indications d&#233;cisives pour le choix du plan &#224; adopter. Rien ne semble plus naturel, par exemple, que de commencer par la rente fonci&#232;re, par la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#233;tant donn&#233; qu'elle est li&#233;e &#224; la terre, source de toute production et de toute existence, et par elle &#224; la premi&#232;re forme de production de toute soci&#233;t&#233; parvenue &#224; une certaine stabilit&#233; - &#224; l'agri&#173;culture. Or rien ne serait plus erron&#233;. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233;, c'est une produc&#173;tion d&#233;termin&#233;e et les rapports engendr&#233;s par elle qui assignent &#224; toutes les autres productions et aux rapports engendr&#233;s par celles-ci leur rang et leur importance. C'est comme un &#233;clairage g&#233;n&#233;ral o&#249; sont plong&#233;es toutes les couleurs et qui en modifie les tonalit&#233;s particuli&#232;res. C'est comme un &#233;ther particulier qui d&#233;termine le poids sp&#233;cifique de toutes les formes d'existence qui y font saillie. Voici, par exemple, des peuples de bergers. (De simples peuples de chasseurs et de p&#234;cheurs sont en de&#231;&#224; du point o&#249; commence le v&#233;ritable d&#233;veloppement.) Chez eux appara&#238;t une certaine forme d'agriculture, une forme sporadique. C'est ce qui d&#233;termine chez eux la forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. C'est une propri&#233;t&#233; collective et elle conserve plus ou moins cette forme selon que ces peuples restent plus ou moins attach&#233;s &#224; leur tradition : exemple, la propri&#233;t&#233; communale des Slaves. Chez les peuples &#224; agriculture solidement implant&#233;e - cette implanta&#173;tion constitue d&#233;j&#224; une &#233;tape importante - o&#249; pr&#233;domine cette forme de culture, comme dans les soci&#233;t&#233;s antiques et f&#233;odales, l'industrie elle-m&#234;me, ainsi que son organisation et les formes de propri&#233;t&#233; qui lui correspondent, a plus ou moins le caract&#232;re de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Ou bien l'industrie d&#233;pend compl&#232;tement de l'agriculture, comme chez les anciens Romains, ou bien, comme au moyen &#226;ge, elle imite &#224; la ville et dans ses rapports l'organisation rurale. Le capital lui-m&#234;me au moyen &#226;ge - dans la mesure o&#249; il ne s'agit pas purement de capital mon&#233;taire - a, sous la forme d'outillage de m&#233;tier traditionnel, etc., ce caract&#232;re de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est l'inverse. L'agricul&#173;ture devient de plus en plus une simple branche de l'industrie et elle est enti&#232;rement domin&#233;e par le capital. Il en est de m&#234;me de la rente fonci&#232;re. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; o&#249; domine la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le rapport avec la nature reste pr&#233;pond&#233;rant. Dans celles o&#249; domine le capital, c'est l'&#233;l&#233;ment social cr&#233;&#233; au cours de l'histoire qui pr&#233;vaut. On ne peut comprendre la rente fonci&#232;re sans le capital. Mais on peut comprendre le capital sans la rente fonci&#232;re. Le capital est la force &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui domine tout. Il constitue n&#233;cessairement le point de d&#233;part comme le point final et doit &#234;tre expliqu&#233; avant la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Apr&#232;s les avoir &#233;tudi&#233;s chacun en particulier, il faut examiner leur rapport r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait donc impossible et erron&#233; de ranger les cat&#233;gories &#233;conomiques dans l'ordre o&#249; elles ont &#233;t&#233; historiquement d&#233;terminantes. Leur ordre est au contraire d&#233;termin&#233; par les relations qui existent entre elles dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne et il est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'inverse de ce qui semble &#234;tre leur ordre naturel ou correspondre &#224; leur ordre de succession au cours de l'&#233;volution historique. Il ne s'agit pas de la relation qui s'&#233;tablit historiquement entre les rapports &#233;conomiques dans la succession des diff&#233;rentes formes de soci&#233;t&#233;. Encore moins de leur ordre de succession &#171; dans l'id&#233;e &#187; (Proudhon) (conception n&#233;buleuse du mouvement historique). Il s'agit de leur hi&#233;rarchie dans le cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de puret&#233; (d&#233;termination abstraite) dans lequel apparurent dans le monde antique les peuples commer&#231;ants - Ph&#233;niciens, Carthaginois - est d&#233;termin&#233; par la pr&#233;dominance m&#234;me des peuples agriculteurs. Le capital en tant que capital commercial ou capital mon&#233;&#173;taire appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment sous cette forme abstraite l&#224; o&#249; le capital n'est pas encore l'&#233;l&#233;ment dominant des soci&#233;t&#233;s. Les Lombards, les Juifs occupent la m&#234;me position &#224; l'&#233;gard des soci&#233;t&#233;s du moyen &#226;ge pratiquant l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de la place diff&#233;rente qu'occupent ces m&#234;mes cat&#233;gories &#224; diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233; : une des derni&#232;res formes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : les joint stock-companies [soci&#233;t&#233;s par actions]. Mais elles apparaissent aussi &#224; ses d&#233;buts dans les grandes compagnies de commerce privil&#233;gi&#233;es et jouissant d'un monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de richesse nationale lui-m&#234;me s'insinue chez les &#233;conomistes du XVIII&#176; si&#232;cle - l'id&#233;e subsiste encore en partie chez ceux du XVIII&#176; - sous cette forme ; la richesse est cr&#233;&#233;e pour l'&#201;tat seulement, mais la puissance de celui-ci se mesure &#224; cette richesse. C'&#233;tait l&#224; la forme encore inconsciemment hypocrite qui annonce l'id&#233;e faisant de la richesse elle-m&#234;me et de sa production le but final des &#201;tats modernes, consid&#233;r&#233;s alors uniquement comme moyens de produire la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan &#224; adopter doit manifestement &#234;tre le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. les d&#233;terminations abstraites g&#233;n&#233;rales, convenant donc plus ou moins &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233;, mais dans le sens expos&#233; plus haut ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. les cat&#233;gories constituant la structure interne de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et sur lesquelles reposent les classes fondamentales. Capital, travail salari&#233;, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Leurs rapports r&#233;ciproques. Ville et campagne. Les trois grandes classes sociales. L'&#233;change entre celles-ci. Circulation. Cr&#233;dit (priv&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Concentration de la soci&#233;t&#233; bourgeoise sous la forme de l'&#201;tat. Consid&#233;r&#233; dans sa relation avec lui-m&#234;me. Les classes &#171; improductives &#187;. Imp&#244;ts. Dette publique. Cr&#233;dit public. La population. Les colonies. &#201;migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Rapports internationaux de production. Division internationale du travail. &#201;change international. Exportation et importation. Cours des changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le march&#233; mondial et les crises.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. Production. Moyens de production et rapports de production. Rapports de production et rapports de circulation. Formes de l'&#201;tat et de la conscience par rapport aux conditions de production et de circulation. Rapports juridiques. Rapports familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota bene, en ce qui concerne des points &#224; mentionner ici et a ne pas oublier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La guerre d&#233;velopp&#233;e ant&#233;rieurement &#224; la paix : montrer comment par la guerre et dans les arm&#233;es, etc., certains rapports &#233;conomiques, comme le travail salari&#233;, le machinisme, etc., se sont d&#233;velopp&#233;s plus t&#244;t qu'&#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. De m&#234;me le rapport entre la force productive et les rapports de circulation particuli&#232;rement manifeste dans l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Rapport entre l'histoire id&#233;aliste telle qu'on l'a &#233;crite jusqu'ici et l'histoire r&#233;elle. En particulier celles qui se disent histoires de la civilisation, et qui sont toutes histoires de la religion et des &#201;tats [13]. (A cette occasion, on peut aussi parler des diff&#233;rents genres d'histoire &#233;crite jusqu'&#224; maintenant. L'histoire dite objective. La subjective (morale, etc.). La philosophique [14].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ph&#233;nom&#232;nes secondaires et tertiaires. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, rapports de production d&#233;riv&#233;s, transf&#233;r&#233;s, non originaux. Ici entr&#233;e en jeu de rapports internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Reproches au sujet du mat&#233;rialisme de cette conception. Rapport avec le mat&#233;rialisme naturaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Dialectique des concepts force productive (moyens de production) et rapports de production, dialectique dont les limites sont &#224; d&#233;terminer et qui ne supprime pas la diff&#233;rence r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le rapport in&#233;gal entre le d&#233;veloppement de la production mat&#233;rielle et celui de la production artistique par exemple. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ne pas prendre l'id&#233;e de progr&#232;s sous la forme abstraite habituelle. Art moderne, etc. [15]. Cette disproportion est loin d'&#234;tre aussi importante, ni aussi difficile &#224; saisir que celle qui se produit &#224; l'int&#233;rieur des rapports sociaux pratiques. Par exemple, de la culture. Rapport des &#201;tats-Unis avec l'Europe [16]. Mais la vraie difficult&#233; &#224; discuter ici est celle-ci : comment les rapports de production, en prenant la forme de rapports juridiques, suivent un d&#233;veloppement in&#233;gal. Ainsi, par exemple, le rapport entre le droit priv&#233; romain (pour le droit criminel et le droit public c'est moins le cas) et la production moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Cette conception appara&#238;t comme un d&#233;veloppement n&#233;cessaire. Mais justification du hasard. Comment [17]. (La libert&#233; notamment aussi.) (Influence des moyens de communication. L'histoire universelle n'a pas toujours exist&#233; ; l'histoire consid&#233;r&#233;e comme histoire universelle est un r&#233;sultat [18].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le point de d&#233;part naturellement dans les d&#233;terminations naturelles ; subjectivement et objectivement. Tribus, races, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Pour l'art, on sait que certaines &#233;poques de floraison artistique ne sont nullement en rapport avec le d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, ni par cons&#233;quent avec celui de sa base mat&#233;rielle, qui est pour ainsi dire l'ossature de son organisation. Par exemple les Grecs compar&#233;s aux modernes, ou encore Shakespeare. Pour certaines formes de l'art, l'&#233;pop&#233;e par exemple, il est m&#234;me reconnu qu'elles ne peuvent jamais &#234;tre produites dans la forme classique o&#249; elles font &#233;poque, d&#232;s que la production artistique appara&#238;t en tant que telle ; que donc, dans le domaine de l'art lui-m&#234;me, certaines de ses cr&#233;ations importantes ne sont possibles qu'&#224; un stade inf&#233;rieur du d&#233;veloppement artistique. Si cela est vrai du rapport des diff&#233;rents genres artistiques &#224; l'int&#233;rieur du domaine de l'art lui-m&#234;me, Il est d&#233;j&#224; moins surprenant que cela soit &#233;galement vrai du rapport du domaine artistique tout entier au d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;. La difficult&#233; ne r&#233;side que dans la mani&#232;re g&#233;n&#233;rale de saisir ces contradictions. D&#232;s qu'elles sont sp&#233;cifi&#233;es, elles sont par l&#224; m&#234;me expliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, le rapport de l'art grec d'abord, puis de l'art de Shakespeare avec notre temps. On sait que la mythologie grecque n'a pas &#233;t&#233; seulement l'arsenal de l'art grec, mais la terre m&#234;me qui l'a nourri. La fa&#231;on de voir la nature et les rapports sociaux qui inspire l'imagination grecque et constitue de ce fait le fondement de [la mythologie [19]] grecque est-elle compatible avec les Selfactors [machines &#224; filer automatiques], les chemins de fer, les locomotives et le t&#233;l&#233;graphe &#233;lectrique ? Qu'est-ce que Vulcain aupr&#232;s de Roberts and Co, Jupiter aupr&#232;s du paratonnerre et Herm&#232;s aupr&#232;s du Cr&#233;dit mobilier ? Toute mythologie ma&#238;trise, domine les forces de la nature dans le domaine de l'imagination et par l'imagination et leur donne forme : elle dispara&#238;t donc quand ces forces sont domin&#233;es r&#233;ellement. Que devient Fama &#224; c&#244;t&#233; de Printing-house square [20] ? L'art grec suppose la mythologie grecque, c'est-&#224;-dire l'&#233;laboration artistique mais inconsciente de la nature et des formes sociales elles-m&#234;mes par l'imagination populaire. Ce sont l&#224; ses mat&#233;riaux. Ce qui ne veut pas dire n'importe quelle mythologie, c'est-&#224;-dire n'importe quelle &#233;laboration artistique inconsciente de la nature (ce mot sous-entendant ici tout ce qui est objectif, donc y compris la soci&#233;t&#233;). Jamais la mythologie &#233;gyptienne n'aurait pu fournir un terrain favorable &#224; l'&#233;closion de l'art grec. Mais il faut en tout cas une mythologie. Donc en aucun cas une soci&#233;t&#233; arriv&#233;e &#224; un stade de d&#233;veloppement excluant tout rapport mythologique avec la nature, tout rapport g&#233;n&#233;rateur de mythes, exigeant donc de l'artiste une imagination ind&#233;pendante de la mythologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, Achille est-il compatible avec la poudre et le plomb ? Ou, somme toute, l'Iliade avec la presse ou encore mieux la machine &#224; imprimer ? Est-ce que le chant, le po&#232;me &#233;pique, la Muse ne disparaissent pas n&#233;cessairement devant la barre du typographe, est-ce que ne s'&#233;vanouissent pas les conditions n&#233;cessaires de la po&#233;sie &#233;pique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la difficult&#233; n'est pas de comprendre que l'art grec et l'&#233;pop&#233;e sont li&#233;s &#224; certaines formes du d&#233;veloppement social. La difficult&#233; r&#233;side dans le fait qu'ils nous procurent encore une jouissance esth&#233;tique et qu'ils ont encore pour nous, &#224; certains &#233;gards, la valeur de normes et de mod&#232;les inaccessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme ne peut redevenir enfant, sous peine de tomber dans la pu&#233;rilit&#233;. Mais ne prend-il pas plaisir &#224; la na&#239;vet&#233; de l'enfant et, ayant acc&#233;d&#233; &#224; un niveau sup&#233;rieur, ne doit-il pas aspirer lui-m&#234;me &#224; reproduire sa v&#233;rit&#233; ? Dans la nature enfantine, chaque &#233;poque ne voit-elle pas revivre son propre caract&#232;re dans sa v&#233;rit&#233; naturelle ? Pourquoi l'enfance historique de l'humanit&#233;, l&#224; o&#249; elle a atteint son plus bel &#233;panouissement, pourquoi ce stade de d&#233;veloppement r&#233;volu &#224; jamais n'exercerait-il pas un charme &#233;ternel ? Il est des enfants mal &#233;lev&#233;s et des enfants qui prennent des airs de grandes personnes. Nombre de peuples de l'antiquit&#233; appartiennent &#224; cette cat&#233;gorie. Les Grecs &#233;taient des enfants normaux. Le charme qu'exerce sur nous leur art n'est pas en contradiction avec le caract&#232;re primitif de la soci&#233;t&#233; o&#249; il a grandi. Il en est bien plut&#244;t le produit et il est au contraire indissolublement li&#233; au fait que les conditions sociales insuffisamment m&#251;res o&#249; cet art est n&#233;, et o&#249; seulement il pouvait na&#238;tre, ne pourront jamais revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Animal politique. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Dans la version Kautsky : dans la consommation. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Addition de Kautsky &#224; l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Kautsky a lu tel Aufl&#245;sung (analyse) au lieu de Aufjassung (Conception). (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cette phrase n'existe pas dans l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans le texte de Kautsky : sert. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans le texte de Kautsky : d'individus isol&#233;s. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. Dans le texte de Kautsky : grade nur kombinierten gesellschaftsformen (pr&#233;cis&#233;ment &#224; des formes de soci&#233;t&#233; complexes seulement) au lieu de : grade einer kombinierten Gesellschaftsform. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Chez Kautsky ; l'ancienne histoire de la religion et des &#201;tats. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Les parenth&#232;ses dans l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Toute la ponctuation de ce passage, pleine d'erreurs dans le premier d&#233;chiffrage, est r&#233;tablie tel d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Parenth&#232;ses d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dans l'original, le mot est sant&#233;. Nous reprenons le mot &#171; mythologie &#187; donn&#233; dans l'&#233;dition de Moscou (1939) et qui nous parait plus satisfaisant que le mot &#171; art &#187; de l'&#233;dition Kautsky. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Imprimerie du Times. (N. R.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques citations remarquables de Karl Marx et Friedrich Engels</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8761</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8761</guid>
		<dc:date>2025-09-04T22:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avertissement : &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me... &lt;br class='autobr' /&gt; Ecrits peu connus de Marx et Engels (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique186" rel="directory"&gt;9 - Le marxisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avertissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16476 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH275/marx_and_engels_at_hague_congress-300x275-abb47.jpg?1780179551' width='300' height='275' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ecrits peu connus de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait Friedrich Engels, le compagnon de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, d&#233;crits et comment&#233;s par eux-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ath&#233;isme selon Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, journalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits sur les r&#233;volutions de 1848 en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres de Marx et Engels sur les sciences de la nature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport dialectique de Marx et Engels, v&#233;ritable pierre de touche du marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Marx et Engels concevaient leur activit&#233; militante en direction de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/imagesv-2-fdc27.jpg?1780179551' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/imagesop-1d1d1.jpg?1780179551' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L201xH250/imagesnj-a4f0d.jpg?1780179551' width='201' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/imagesio-fc90a.jpg?1780179551' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L244xH207/imagesyu-315a4.jpg?1780179551' width='244' height='207' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L275xH183/imagesfg-14284.png?1780179551' width='275' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L310xH162/imagesaz-dae68.jpg?1780179551' width='310' height='162' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16486 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L314xH160/imagesqs-4-37014.jpg?1780179551' width='314' height='160' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/sans_titreop-ebc2e.jpg?1780179551' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L277xH182/sans_titrelm-5e4b2.jpg?1780179551' width='277' height='182' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L327xH154/sans_titreui-95a0a.jpg?1780179551' width='327' height='154' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/sans_titrekl-de7c3.jpg?1780179551' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L318xH159/sans_titrejk-48a3f.jpg?1780179551' width='318' height='159' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L310xH163/sans_titreqs-68817.jpg?1780179551' width='310' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH168/sans_titredd-846bb.jpg?1780179551' width='300' height='168' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH202/sans_titres-2-5e62b.jpg?1780179551' width='250' height='202' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16477 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH500/ba827604a28dbd29777f85ae9d16c94f-036ce.jpg?1780179551' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Spinoza et Marx</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8718</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8718</guid>
		<dc:date>2025-06-23T22:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Spinoza et Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
par Charles Bonnier &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
La Th&#233;orie des Classes &lt;br class='autobr' /&gt; Concludimus itaque in potestate uniuscujusque hominis non esse ratione semper uti et in summo humanae libertatis fastigio esse, et tamen unumquemque semper, quantum in se est, conari suum esse conservare. (Nous concluons donc qu'il n'est pas au pouvoir de chaque homme de toujours user de la raison, et qu'elle est le summum de la libert&#233; humaine, et pourtant chacun essaie toujours, autant qu'il est en lui-m&#234;me, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Spinoza et Marx&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Charles Bonnier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Th&#233;orie des Classes&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Concludimus itaque in potestate uniuscujusque hominis non esse ratione semper uti et in summo humanae libertatis fastigio esse, et tamen unumquemque semper, quantum in se est, conari suum esse conservare.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(Nous concluons donc qu'il n'est pas au pouvoir de chaque homme de toujours user de la raison, et qu'elle est le summum de la libert&#233; humaine, et pourtant chacun essaie toujours, autant qu'il est en lui-m&#234;me, de pr&#233;server son propre &#234;tre.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza montre que la raison d'&#234;tre est le principe m&#234;me de toute existence, de tout organisme physique ou social. L'autre raison n'est qu'une vision sup&#233;rieure, g&#233;n&#233;rale, donn&#233;e &#224; quelques &#234;tres, une facult&#233; de comprendre momentan&#233;ment &#224; c&#244;t&#233; de leur raison d'exister celle que d'autres cr&#233;atures poss&#232;dent au m&#234;me titre qu'eux. Au fond la raison n'est que l'extension de la raison d'&#234;tre. Par suite elle se d&#233;termine &#224; elle-m&#234;me sa limite par le nombre de raisons d'&#234;tre qu'elle a embrass&#233;es. Mais il faut toujours qu'elle s'appuie sur sa base in&#233;branlable, sa raison d'&#234;tre. Si elle l'abandonnait, ne f&#251;t ce qu'un moment, l'&#234;tre perdrait non seulement l'&#233;quilibre mais toute relation avec les autres &#234;tres. On a pu se figurer, id&#233;e ch&#232;re aux professeurs de philosophie : &#171; L'esprit, une fois en possession de la v&#233;rit&#233;, ne relevant plus ni du prince (ou du roi d'Italie ?), si de la soci&#233;t&#233;, ni de l'humanit&#233; ; la v&#233;rit&#233; elle m&#234;me devenant avec son ordonnance et son encha&#238;nement le milieu imm&#233;diat de l'esprit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un milieu est soumis &#224; la notion et &#224; la mesure d'espace. Peut-on se figurer &#8212; hors d'une chaire de facult&#233; &#8211; une v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire une conception qui n'est que la mesure ad&#233;quate couvrant certains faits, imposant tout d'un coup son ordonnance et son encha&#238;nement aux objets, qui au contraire la forment, comme une couverture s'adapte &#224; la forme des objets couverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx reprochait d&#233;j&#224; &#224; Proudhon &#171; de cr&#233;er un id&#233;al de justice, de justice &#233;ternelle et de le tirer des rapports l&#233;gaux r&#233;pondant &#224; la production des marchandises&#8230;. puis, par un proc&#232;s contraire, voulant modeler la v&#233;ritable production des marchandises et le droit r&#233;el qui en r&#233;sulte sur cet id&#233;al. Que penserait-on d'un chimiste qui, au lieu d'&#233;tudier les v&#233;ritables lois des transformations de la mati&#232;re&#8230;. voudrait remodeler ces transformations sur les id&#233;es &#233;ternelles de la &#171; naturalit&#233; &#187; et de l' &#171; affinit&#233; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Proudhon a &#233;t&#233; encore surpass&#233;, &#171; Il nous plaira &#187; dit son successeur direct, &#171; &#224; travers l'&#233;volution &#224; demi m&#233;canique des formes &#233;conomiques et sociales, de faire sentir toujours cette haute dignit&#233; de l'esprit libre, affranchi de l'humanit&#233; elle-m&#234;me par l'&#233;ternel univers. &#187; Il faudrait pour que l'esprit p&#251;t &#234;tre affranchi de l'humanit&#233; qu'il s'aflranch&#238;t de lui-m&#234;me, puisqu'il fait partie de l'humanit&#233;, puisqu'il est le produit d'une raison d'&#234;tre. Bien plus, en admettant m&#234;me cette proposition &#233;norme, est-ce que l'&#233;ternel univers ne le r&#233;duirait pas &#224; une autre sorte d'esclavage ? Spinoza qui a, plus que tout autre philosophe, mesur&#233; l'univers qu'il a r&#233;duit &#224; des formules de force, reconna&#238;t qu'&#224; la base de tout est cette nature individuelle, qui ne poss&#232;de qu'une raison d'&#234;tre. Quand elle en est consciente, c'est-&#224;-dire lorsque les &#171; passions &#187; ne dominent pas en elle l'action, elle peut alors comprendre les affinit&#233;s qu'elle a avec les autres raisons d'&#234;tre et se construire ainsi une raison g&#233;n&#233;rale. A plus forte raison dans une soci&#233;t&#233;. Un individu na&#238;t et se d&#233;veloppe dans un milieu qui favorise ou contrarie sa nature ; les chocs ou les impulsions qu'il subit l'aident&#224; comprendre sa propre nature, c'est &#224; dire sa raison d'&#234;tre. Il la reconna&#238;tra d'autant plus facilement que le milieu sera plus favorable &#224; son &#233;panouissement. S'il appartient aujourd'hui &#224; la vari&#233;t&#233; dite bourgeoise, il se d&#233;veloppera sans contrainte, car il trouvera dans le syst&#232;me de la production, dans les lois sociales, un encouragement et une aide. Si au contraire une mauvaise &#233;toile l'a fait na&#238;tre dans la sous-classe du prol&#233;tariat, ou bien il dispara&#238;tra, domin&#233; ou entrain&#233; par des forces plus puissantes que la sienne ; il mourra de mis&#232;re ; ou bien il d&#233;couvrira que d'autres &#234;tres souffrent les m&#234;mes peines que lui, d'autres raisons d'&#234;tre que la sienne sont opprim&#233;es. Alors la souffrance, l'adversit&#233; formeront des &#234;tres durs &#224; la lutte, et ce qui devait &#233;craser l'&#234;tre le perfectionnera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu les circonstances elles-m&#234;mes se mettront de son c&#244;t&#233;, car le milieu social sera de plus en plus influenc&#233; par cet &#233;l&#233;ment compact, nouveau, dont il n'aura pu se d&#233;barrasser ; l'existence d'un &#233;l&#233;ment r&#233;fractaire modifiera le milieu, et celui-ci s'y adaptera. Il faut remarquer que, m&#234;me dans les moments les plus durs &#224; la sous-classe du prol&#233;tariat, le capital et la classe hourgeois ont d&#251; conserver forc&#233;ment les &#233;l&#233;ments r&#233;sistants qui leur &#233;taient utiles, et c'est ainsi que, suivant la parole de Marx, le Capital a d&#233;velopp&#233; l'&#233;l&#233;ment qui le d&#233;truira &#8212; sa n&#233;gation &#8212; le Prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par la destruction de la petite industrie et du travail domestique, le Capital an&#233;antit les derniers refuges de la masse et ainsi la soupape de s&#251;ret&#233; de toute la combinaison sociale du proc&#232;s de production ; il intensifie les contradictions et les antagonismes de ses formes capitalistes, et en m&#234;me temps, les &#233;l&#233;ments formateurs d'une nouvelle et les &#171; moments &#187; d'agonie de l'ancienne soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe en un mot chez la plupart des hommes une impuissance naturelle &#224; discerner la force qui les r&#233;git, c'est-&#224;-dire leur raison d'&#234;tre et &#224; plus forte raison celle qui d&#233;termine les autres hommes. Lorsqu'un Corn&#233;ly par exemple, dit : &#171; je ne connais pas de classes ; il est absurde d'en parler &#187;, il ne fait qu'exprimer l'opinion c'est-&#224;-dire l'ignorance g&#233;n&#233;rale. On ne conna&#238;t pas son d&#233;terminant mais on pr&#233;tend savoir parfaitement ce que sont &#171; la justice, la v&#233;rit&#233;, telle ou telle forme de gouvernement, voiles qui ont &#233;t&#233; mis devant le temple du Capital par les fripons pour duper les imb&#233;ciles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une forme de gouvernement, qu'on l'appelle aristocratie, absolutisme ou d&#233;mocratie ; ce n'est que l'apparence qui cache la r&#233;alit&#233; sociale. Jamais une classe ne dira quelle est sa raison d'&#234;tre ; elle mettra en avant son pr&#233;texte d'exister. La monarchie repr&#233;sentera une forte bureaucratie centralis&#233;e de privil&#233;gi&#233;s dont l'expression sera un roi ; l'aristocratie sera la classe m&#234;me des privil&#233;gi&#233;s au pouvoir, avec un coll&#232;gue (duc ou doge) pour chef nominal ; la r&#233;publique enfin sera une classe sans chef, repr&#233;sent&#233;e sucessivement par ses diverses fractions. Voil&#224; la raison d'&#234;tre de ces trois formes ; le pr&#233;texte pour la royaut&#233; sera le droit divin ; pour la noblesse le privil&#232;ge de la race ; pour la r&#233;publique les droits de l'homme et du citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces classes ne subsistera une minute apr&#232;s le divorce du pr&#233;texte et de la raison d'&#234;tre. &#171; Les hommes, dit Spinoza, sont men&#233;s plut&#244;t par le d&#233;sir aveugle que par la raison ; et ce d&#233;sir, c'est leur puissance naturelle, leur raison d'&#234;tre [1] &#187;. Ici le mot passion est pris dans son sens &#233;tymologique de passivit&#233; ; en politique les passions troublent le d&#233;veloppement des diff&#233;rentes raisons d'&#234;tre et obscur cissent, comme dans une Affaire r&#233;cente, par des conceptions &#233;trang&#232;res les int&#233;r&#234;ts des diff&#233;rentes classes, les faisant agir &#224; rebours de leurs v&#233;ritables besoins ; les partis politiques souffrent de ces crises et sont longtemps &#224; s'en remettre. Il faut compter avec ces passions mais ne s'en laisser jamais influencer ; tout au plus les diriger pour le plus grand mal de la classe ennemie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ce droit, Spinoza entend la compr&#233;hension m&#234;me des lois de la nature et d'une nature ; et il le limite par la puissance m&#234;me (c'est-&#224;-dire la force) de l'individu ; et l'homme qui agit suivant les lois de sa propre nature agit selon le droit supr&#234;me de la nature [2]. L'homme, et par suite la classe n'existent en politique que comme puissance, et la constatation de cette puissance n'est faite que par l'affirmation de sa nature. Le voile, c'est-&#224;-dire le pr&#233;texte, est mis non seulement pour cacher la v&#233;ritable raison d'&#234;tre d'une classe aux autres classes, mais aussi pour la faire oublier aux membres de cette classe et les faire agir ainsi plus librement, sans avoir besoin d'&#234;tre hypocrites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres formes de gouvernements sont toutes tomb&#233;es aujourd'hui ; la forme r&#233;publicaine (et par l&#224; on entend aussi bien royaut&#233; constitutionnelle que pr&#233;sidence) a surv&#233;cu. C'est elle qui a &#171; uni &#187; ou qui a &#171; divis&#233; le moins &#187; suivant le fameux mot de Thiers, les diff&#233;rentes fractions de la classe bourgeoise ; c'est le pr&#233;texte qui couvre leurs app&#233;tits et leur soif de pouvoir ; c'est aussi celui qui masque le mieux le Capital tout en lui permettant son plus libre d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, de ce coup d'&#339;il critique qui perce tous les voiles, avait d&#233;couvert le fourbe et l'erreur. &#171; Le capitaliste [3], &#233;crit-il, n'est pas capitaliste parce qu'il est directeur industriel, mais il devient directeur industriel parce qu'il est capitaliste &#187; et plus loin. &#171; Cette croyance b&#233;n&#233;vole au g&#233;nie d'invention, que manifeste le capitaliste isol&#233; dans la division du travail, s'est r&#233;fugi&#233;e dans la cervelle de professeurs allemands&#8230; le plus ou moins d'emploi de la division du travail d&#233;pend de la longueur de la bourse, et non de la grandeur du g&#233;nie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, c'est la possession du capital qui est la raison d'&#234;tre ; les aptitudes commerciales ne sont que le pr&#233;texte. Il en est de m&#244;me de l'Etat bourgeois par excellence, de la R&#233;publique. Les Capitalistes s'en sont empar&#233;s, non parce qu'ils &#233;taient partisans des id&#233;es vulgaires qu'entra&#238;n&#233; ce mot, mais parce que le Capital exigeait cette forme sp&#233;ciale, qui le d&#233;barrasse des entraves apport&#233;es par le restant des classes privil&#233;gi&#233;es. Aux &#201;tats-Unis o&#249; les voiles et les pr&#233;textes ont disparu, la classe capitaliste, repr&#233;sent&#233;e par les rois de l'Argent, du Fer, du P&#233;trole, etc., gouverne sans contrainte et presque sans hypocrisie, Bryan, le candidat d&#233;mocrate malheureux &#224; la pr&#233;sidence, le disait dans sa derni&#232;re campagne : &#171; Les Rouages du Gouvernement sont employ&#233;s pour favoriser les int&#233;r&#234;ts de ceux qui sont en position de s'assurer des faveurs du gouvernement &#187;. Voil&#224; ce qui est la raison d'&#234;tre de la R&#233;publique am&#233;ricaine ; le pr&#233;texte ce sont les fameuses maximes de Jefferson : &#171; droits &#233;gaux &#224; tous, privil&#232;ges sp&#233;ciaux &#224; aucun &#187; et de Lincoln &#171; gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raison d'&#234;tre et Patriotisme de Classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Peccat ego civitas, quando es agit, vel fieri patitur, qune causa esse possuat ipsius ruinae : atque tam eamdem eo sensu peccare dicimus, quo Philosophi vel Medici peccare dicuni, et hoc sensu dicere possumus civitatem peccare, quando contra Rationis diclamen aliquid agit. &#187; (Tract. Poli. Ch. IV).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Que la ville p&#233;che, lorsqu'elle agit ou permet que cela se fasse, afin qu'elle soit la cause de sa propre chute : et nous disons qu'elle p&#232;che dans le m&#234;me sens dans lequel on dit que les philosophes ou les docteurs p&#233;chent, et en ce sens, nous pouvons dire que la ville p&#232;che lorsqu'elle fait quelque chose de contraire aux pr&#233;ceptes de la Raison.)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une cit&#233;, une patrie sont des cadres mobiles renfermant des individus qui peuvent, par d&#233;finition, y &#234;tre contenus. Ce sont les mouvements d'expansion ou de r&#233;traction de ces individus qui cr&#233;ent l'individualit&#233; m&#234;me du cadre qui &#224; son tour r&#233;agit sur les existences qu'il contient et les remod&#232;le. Il s'&#233;tablit ainsi un rapport entre le contenant et le contenu, qu'il s'agisse de l'eau dans un vase ou de citoyens dans une cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza, n&#233; dans un si&#232;cle o&#249; la th&#233;ologie dominait les Esprits, ne f&#251;t-ce que par ses formules, a qualifi&#233; de p&#233;ch&#233; le plus grand crime que puisse commettre un individu ou une cit&#233; : c'est-&#224;-dire d'&#234;tre la cause de sa propre ruine. Ce terme de p&#233;ch&#233; peut &#234;tre remplac&#233;, dans un sens plus moderne, par celui de d&#233;s&#233;quilibre. P&#233;cher contre la raison d'&#234;tre signifie &#171; suicide &#187; (felo de se, comme dit la loi anglaise), car cette raison est la base m&#234;me de l'existence. Il serait int&#233;ressant d'examiner combien les grands mots de patriotisme, d'orgueil national, n'ont &#233;t&#233; employ&#233;s que pour cacher cette supr&#234;me raison, celle qu'on n'invoque jamais et &#224; laquelle on pense toujours, la raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on suppose une nation, telle qu'elle est constitu&#233;e aujourd'hui en p&#233;riode industrielle, comme aurait dit Fourier. Sa raison d'&#234;tre est son industrie, et c'est par cons&#233;quent le mot qu'on ne prononcera jamais mais qui d&#233;terminera cependant toutes les actions de ce groupe d'individus. Une classe se formera, produit du d&#233;veloppement de l'industrie et agira &#224; son tour pour le plus grand bien de cette industrie. Si cette classe devait se d&#233;velopper math&#233;matiquement, sans obstacle, on pourrait calculer exactement le moment o&#249; elle serait ad&#233;quate &#224; l'industrie m&#234;me qu'elle incarne, mais il n'en est presque jamais ainsi .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres classes en effet existent &#224; c&#244;t&#233; d'elle ; les unes, incarnations de puissances et d'&#233;l&#233;ments du pass&#233;, formant un poids mort que la classe bourgeoise doit tra&#238;ner et qui paralysent son mouvement ascensionnel ; et encore ces classes pourraient s'&#233;liminer graduellement, mais l'industrie pour son d&#233;veloppement m&#234;me a besoin du travail d'une autre classe qu'elle exploite et pourtant d&#233;veloppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc les &#233;l&#233;ments que la bourgeoisie moderne entra&#238;ne dans son orbite ; le Clerg&#233;,- la Noblesse ne peuvent que retarder sa marche, et m&#234;me dans certaines occasions elles lui servent de d&#233;rivatif, comme les app&#226;ts qu'on jette aux loups en Russie pour retarder leur poursuite, d'o&#249; l'excellence du cl&#233;ricalisme par exemple, que la bourgeoisie subventionne par le Concordat en France, pour l'avoir toujours sous la main, afin de le jeter en p&#226;ture aux lutteurs du Prol&#233;tariat. Le patriotisme et la raison d'&#234;tre de la bourgeoisie , c'est l'industrie, c'est le commerce. La partie bourgeoise est r&#233;gie par les besoins du commerce ; la guerre patrio- tique par excellence est aujourd'hui la guerre commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que les socialistes ne cessent de r&#233;p&#233;ter, mais &#8212; remarquons-le bien &#8212; sans jamais bl&#226;mer la bourgeoisie d'accomplir sa mission historique. Il est m&#234;me curieux que le seul argument qui serait inattaquable, les journaux aux gages de la bourgeoisie ne l'emploient jamais. Si l'Angleterre avait r&#233;pondu aux nations du Continent : &#171; j'attaque les r&#233;publiques du sud de l'Afrique parce que c'est une question de vie ou de mort pour mon commerce que l'extraction d'un &#233;l&#233;ment &#233;tranger et r&#233;fractaire &#187;, qu'auraient pu r&#233;pondre les autres nations qui agissent exactement de m&#234;me chaque fois que leur raison d'&#234;tre commerciale est menac&#233;e ou contrari&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on n'invoque jamais cet argument de la raison d'&#234;tre, c'est qu'il est le dernier. C'est le voile d'Isis ; si on le soul&#232;ve et cela arrive fatalement un jour ou l'autre, on ne trouve plus rien, car cet argument ou ce voile &#233;tait l'existence m&#244;me de la classe. C'est pourquoi on lui a superpos&#233; d'autres arguments artificiels qu'on appelle patriotisme, civilisation, religion, pour arr&#234;ter les curieux, les violateurs de temples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe n'a jamais eu &#224; r&#233;pondre &#224; l'heure critique que ceci &#171; je d&#233;fends mon existence parce que je ne puis me suicider. &#187; C'est l&#224; le p&#233;ch&#233; impardonnable dont parle Spinoza. Mais la r&#233;plique de la part de l'agresseur est simple : &#171; En d&#233;truisant l'&#234;tre, je supprime la raison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; tout le milieu &#233;conomique favorise l'rav&#232;nement d'une classe, il n'est m&#234;me pas besoin pour elle de justification, except&#233; celle que donne Spinoza : &#171; Tantum juris habet quantum potentia valet. &#187; Le machinisme de la grande industrie ne s'est pas justifi&#233; lorsqu'il a d&#233;truit la manufacture ; il a exist&#233; tout simplement, c'&#233;tait toute la raison qu'il avait &#224; donner. De m&#234;me le prol&#233;tariat, au moment o&#249; il saisira le pouvoir trouvera les esprits tellement transform&#233;s par l'&#233;volution &#233;conomique qu'il n'aura qu'&#224; donner acte de sa mission historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; moment &#187; troublant est celui que nous traversons, car les deux classes, comme deux chevaux dans une course, se trouvent &#224; la m&#234;me distance du but ; ils se balancent. Aussit&#244;t que le prol&#233;tariat aura d&#233;pass&#233;, ne fut-ce que d'une t&#234;te, la classe bourgeoise mont&#233;e par son jockey, le capital, l'opinion publique h&#233;sitante jusque-l&#224; penchera de tout son poids en sa faveur et les paris seront pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en attendant ce moment, la Bourgeoisie qui sent son avantage &#224; &#234;tre adapt&#233;e &#224; son milieu, reproche au Prol&#233;tariat de vouloir &#171; le &#187; d&#233;truire ; elle l'accuse de vouloir supprimer la patrie qu'elle pr&#233;tend repr&#233;senter. D'o&#249; l'accusation de &#171; sans patrie &#187; que l'on jetait jadis &#224; la bourgeoisie et qu'elle relance aujourd'hui au Prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle peut et doit &#234;tre la r&#233;ponse de ce dernier, simplement la suivante : [&#171; ] comme classe je ne puis admettre que les &#233;l&#233;ments qui favorisent ma raison d'&#234;tre ; il serait vain de vouloir m'enthousiasmer pour les obstacles qui entravent ma marche en avant. La patrie telle que vous, Bourgeois, la concevez, dans sa forme &#233;troite et protectionniste, m'emp&#234;che de m'unir aux prol&#233;tariats des autres pays, qui souffrent et luttent comme moi pour le r&#233;sultat que je cherche &#224; obtenir. Les entraves au d&#233;veloppement international ne me sont oppos&#233;s que dans l'int&#233;r&#234;t d'une patrie qui ne repr&#233;sente ni mes besoins ni mes aspirations. Je combats donc tout ce qui r&#233;tr&#233;cit la patrie &#224; laquelle j'appartiens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la r&#233;ponse que, comme classe isol&#233;e, le prol&#233;tariat peut faire &#224; la bourgeoisie. Mais en m&#234;me temps il a conscience et pressentiment du r&#244;le qu'il est appel&#233; uu jour &#224; jouer, et que Marx a r&#233;sum&#233; ainsi : &#171; suppression du mode de production capitaliste et suppression des classes [ &#187;]. ll sait que sa raison d'&#234;tre,dans son plein &#233;panouissement, sera la destruction des classes et l'union de l'humanit&#233; en un tout harmonique : l'Internationale. Il faut donc qu'il conserve et d&#233;veloppe tout ce qui, dans la patrie actuelle, favorise son d&#233;veloppement, et ces &#233;l&#233;meats auxiliaires il les transportera un jour pour les remettre au d&#233;p&#244;t commun de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme classe destructive des classes, le Prol&#233;tariat doit &#234;tre patriote, mais patriote d'une patrie qui se transformera, en s'y adaptant, en soci&#233;t&#233; communiste. Cette op&#233;ration, Spinoza la d&#233;finit ainsi : Lorsque nous disons que quiconque peut disposer comme il veut un &#233;l&#233;ment qui lui appartient de droit, cette puissance doit &#234;tre d&#233;finie non seulement par la puissance de l'agent, mais encore par l'aptitude de ce patient m&#234;me [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il donne ainsi les deux mesures de la patrie que poss&#232;de toute raison d'&#234;tre, qu'elle appartienne &#224; un individu ou &#224; une classe. La puissance et la patience de l'esprit d&#233;termine l'attaque, l'agression ; la classe prol&#233;- tarienne par exemple s'&#233;tend par son organisation, par la conqu&#234;te qu'elle a faite des municipalit&#233;s, de si&#232;ges de d&#233;put&#233;s et par les quelques lois protectrices du travail qu'elle a arrach&#233;es au pouvoir ennemi. Voil&#224; la puissance, c'est-&#224;-dire le droit qu'elle poss&#232;de ; partout o&#249; elle peut exercer cette puissance, partout est sa patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce territoire qui envahit une classe destin&#233;e au triomphe en mesure m&#234;me les progr&#232;s par son aptitude &#224; lui c&#233;der. C'est lui qui d&#233;finit la classe ; et la patrie du prol&#233;tariat peut se mesurer par les conqu&#234;tes qu'il a faites et qu'il fait tous les jours. Il arrache &#224; la bourgeoisie tout ce qui peut &#234;tre utile &#224; son d&#233;veloppement &#224; lui. Ce ne sera pourtant que lorsque la patrie (c'est-&#224;-dire la terre conquise) du prol&#233;tariat sera plus grande que la part r&#233;serv&#233;e &#224; la bourgeoisie que l'on pourra parler de patriotisme prol&#233;tarien. D'ailleurs le prol&#233;tariat n'a-t-il pas un exemple dans l'histoire du pass&#233; ? Ce ne fut que lorsque les gens du Thiers eurent accapar&#233;, par la confiscation et l'incendie, la propri&#233;t&#233; territoriale de la noblesse et du clerg&#233;, qu'ils purent avec raison se nommer &#171; Patriotes &#187;. En r&#233;alit&#233;, ce fut d&#232;s ce moment qu'ils eurent quelque chose &#224; d&#233;fendre contre les anciens propri&#233;taires, qui, eux, n'avaient plus de raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant le prol&#233;tariat fonde l'Internationale, mais qu'on le remarque bien, l'Internationale pour la lutte, l'Internationale de l'organisation ouvri&#232;re et socialiste. Il faut bien distinguer en effet entre l'Internationale des travailleurs qui existe aujourd'hui et qui fonctionne, et dont le but est la suppression du mode de production capitaliste, et l'Internationale humaine qui n'existera qu'apr&#232;s la suppression des classes. En ce sens Pottier avait raison d'&#233;crire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Levons-nous, et demain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sera le genre humain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contemplation et l'action ne font qu'un en poli tique, o&#249; toute id&#233;e devient acte et tout acte se transforme en id&#233;e par r&#233;percussion. Mais, avant ce stage, avant que l'on ne poss&#232;de ce que Balzac appelle quelque part &#171; une t&#234;te m&#233;tallique &#187;, ne consid&#233;rant plus que les effets &#224; produire ; avant ce temps, une passion vous a lanc&#233; dans la politique et c'est votre raison d'&#234;tre qui a pr&#233;domin&#233; en vous et vous a pouss&#233; &#224; reconna&#238;tre la raison d'&#234;tre d'une classe et d'un parti. Ceci a &#233;t&#233; plut&#244;t l'effet d'une impulsion ; c'est &#224; ce moment que les sentiments du juste et de l'injuste (formes id&#233;ales pour vos besoins essentiels d' &#171; &#234;tre &#187;) peuvent vous d&#233;terminer : ce sont vos &#171; propri&#233;t&#233;s &#187;, comme le dit Spinoza [5]. Mais, aussit&#244;t le choix fait &#8212; et en politique il n'y a qu'un choix, comme il n'y a qu'un acte pour un homme, pour un parti, pour une classe, &#8212; il faut revenir &#224; la conception de Spinoza ; ne plus se consid&#233;rer que comme une force en lutte avec d'autres forces ; juger celles-ci, t&#226;cher de les comprendre, et ne les b&#233;nir ni les maudire. C'est leur &#234;tre, leur &#171; natura naturata &#187; qui pourrait m&#233;riter ces passions ; leur &#171; raison d'&#234;tre &#187; n'est qu'un sujet &#224; calcul et &#224; dosage. C'est cette intelligence, si rare en politique, qui permettait &#224; Marx, comme l'a dit Engels, de doser, d'appr&#233;cier les &#233;v&#233;nements qui se passaient sous ses yeux et d'en discerner les lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui le rend l'&#233;gal de ces deux g&#233;ants de la pens&#233;e politique ; Spinoza et Machiavel. Ces deux grands penseurs et leur doctrine sont loin d'avoir fourni toute leur part &#224; l'activit&#233; humaine ; Machiavel [6] n'a &#233;t&#233; que le conseiller des princes pendant tout le 16&#176; si&#232;cle ; quant &#224; Spinoza son trait&#233; politique, apr&#232;s avoir fait horreur au si&#232;cle pendant lequel il avait &#233;t&#233; &#233;crit, a paru retomber dans l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant l'un comme l'autre, ils ont &#233;tabli la loi supr&#234;me des forces humaines en conflit ; ils ont fix&#233; la science de la pens&#233;e active contr&#244;lant les forces et les faisant mouvoir. Marx, bien par del&#224; Hegel et la philo- sophie allemande, a &#233;t&#233; retrouver ses parrains comme on disait au moyen-&#226;ge, ceux qui lui fournirent ses armes les meilleures et lui donn&#232;rent la tactique que lui seul pouvait appliquer. Pendant ce temps que faisaient les intellectuels et les Docteurs ? Qu'est-ce d'abord qu'&#234;tre intellectuel ? N'est-ce pas avoir l'habitude d'un milieu pr&#233;par&#233;, d'instruments et de renseignements tout faits ? Aussi bien dans un laboratoire que dans une archive, la somme d'&#233;nergie cr&#233;atrice est minime, car on n'y fait que se laisser aller &#224; une impulsion d&#233;j&#224; imprim&#233;e. C'est une erreur de croire que l'habitude, l'entra&#238;nement de la science, produisent les grands savants. Ceux-ci sont les cr&#233;ateurs de leur propre milieu, de leurs propres instruments, de leur propre m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc distinguer entre l'habitude de la pens&#233;e toute faite, de la m&#233;thode toute pr&#234;te et l'acte de cr&#233;ation intellectuelle. Lorsqu'un grand savant meurt, l'impulsion qu'il a donn&#233;e, l'&#233;nergie qui se d&#233;gage de son &#339;uvre, transportent encore pendant quelque temps ses disciples imm&#233;diats. Mais bient&#244;t le poids mort, le &#171; dead weight &#187;, le poids de la mati&#232;re inorganique, intransformable, s'accumule sur les &#171; intellectuels &#187; et leur &#244;te jusqu'&#224; la volont&#233; de trouver ou d'inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, vouloir transporter la science, l'intellectualit&#233; plut&#244;t, sur le terrain de l'action politique, serait justement livrer le maniement des choses &#224; des manchots. Qu'on se figure Renan dans une assembl&#233;e ; d'ailleurs il n'en est pas besoin ; on a vu son ami Berthelot &#224; l'&#339;uvre. Claude Bernard a &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; par Paul Bert, et tutti quanti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet la r&#233;flexion (ici dans le sens litt&#233;ral du mot) tue l'action et surtout cette facult&#233; de recul imm&#233;diat et de jugement actif, qui permet &#224; un Marx de &#171; saisir &#187; un ph&#233;nom&#232;ne dans son proc&#232;s m&#234;me et de l'objectiver, le reliant &#224; une s&#233;rie de ph&#233;nom&#232;nes connexes, au moment m&#234;me o&#249; il appara&#238;t. Un intellectuel de marque serait incapable de cette &#171; sagacit&#233; &#187;, si nous entendons par ce mot une &#171; sagesse qui agit &#187;. Dans l'industrie plut&#244;t, chez les &#171; pratiquants &#187;, qui ne sont pourtant pas &#233;loign&#233;s de la vision scientifique, peut-&#234;tre trouverait-on ce que la science peut donner de plus &#233;nergique et de plus actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intellectuel n'est donc qu'un reliquat, un poids mort. Lorsqu'on jouit ainsi du travail des autres, lorsqu'il a suffi simplement de s'adapter aux d&#233;couvertes, tout en &#233;tant incapable de les d&#233;velopper, l'on m&#233;rite le beau nom de savant distingu&#233;. C'est une des grandes joies de notre &#233;poque que cet accolement d'une &#233;pith&#232;te de salon &#224; l'une des plus hautes qualit&#233;s de l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, si le savant distingu&#233; ne devient pas vulgarisateur, sa mission, son message, comme on dit en Angleterre, est de parler &#224; la foule, et il gagne alors en popularit&#233; ce qu'il perd en s&#233;rieux. D'o&#249; cette farce qu'on appelle &#171; la Conf&#233;rence &#187; populaire, Association philotechnique ou Universit&#233;. Il s'agit d'&#233;tablir cette &#233;chelle de Jacob qui permettra aux simples et aux ignorants de ce monde de monter jusqu'&#224; l'empyr&#233;e de la science. Et l'on n'oublie qu'une chose c'est que les conf&#233;renciers n'ont &#171; rien &#187; &#224; transmettre ; le savant pourrait &#234;tre compris du peuple ; l'adaptateur, jamais. En effet, il y a plus d'&#233;nergie et par cons&#233;quent plus de potentialit&#233; de science chez un ouvrier qui travaille &#224; se rendre ma&#238;tre de son outil, chez un contre-ma&#238;tre qui introduit un perfectionnemenf dans une machine que chez tous les savants de salon et d'antichambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence de la science m&#234;me est en eux ; et ils sont les &#233;gaux du vrai savant, parce qu'ils n'ont pas l'accumulation, le poids mort des r&#233;sultats inutilis&#233;s &#224; s'assimiler ; parce qu'ils poss&#232;dent l'&#233;lan, le ressort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re ce qu'on appelle souvent avec m&#233;pris un &#171; autodidacte &#187;, un homme qui a fait son instruction lui-m&#234;me dans ces ann&#233;es pr&#233;cieuses dont parle Balzac, entre vingt et trente ans, on verra que comme &#171; qualit&#233; &#187; son &#233;nergie est sup&#233;rieure, non seulement &#224; celle du savant amateur, mais souvent m&#234;me &#224; celle du savant v&#233;ritable. En effet, il n'a pas &#224; &#171; d&#233;sapprendre, ni &#224; d&#233;blayer &#187; ; il a v&#233;cu en apprenant, c'est-&#224;-dire qu'il a pris de la science ce qu'il lui fallait juste pour son d&#233;veloppement &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le savant a fait tout ce qu'il doit m&#234;me pour la soci&#233;t&#233;, lorsqu'il a expos&#233; sa m&#233;thode et donn&#233; &#224; sa d&#233;couverte sa propre g&#233;n&#233;alogie, pour permettre de la rattacher aux autres. Le peuple &#8212; c'est &#224; dire les autodidactes &#8212; saura bien sans le secours des Universit&#233;s populaires retrouver dans la marchandise-science ce qui est applicable imm&#233;diatement. En un mot, les intellectuels sont les gardiens du palais qui veillent au dehors &#224; ce qu'on n'y entre pas, mais vous distribuent l'adresse des magasins du bon march&#233; et de la vulgarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Bonnier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1], [2] et [5] citations en latin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] p. 331 (ou 391 ?). Capital I.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] p. 367. [(]Note 75).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir la r&#233;volution sociale &#224; Florence, o&#249; l'id&#233;e de classe est saisie sur le fait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La m&#233;thode historique de Karl Marx</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8282</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8282</guid>
		<dc:date>2025-05-15T22:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Paul Lafargue &lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;thode historique de Karl Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
(1903) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le mode de production des moyens de vie physiques domine en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale le d&#233;veloppement de la vie sociale, politique et intellectuelle &#187; (Karl Marx). I. Les critiques socialistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx, il y a un demi-si&#232;cle, a propos&#233; une nouvelle m&#233;thode d'interpr&#233;tation de l'histoire, que lui et Engels ont appliqu&#233;e dans leurs &#233;tudes. Il n'est pas surprenant que les historiens, sociologues et philosophes, craignant que le penseur (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique94" rel="directory"&gt;07- SOCIOLOGIE - SOCIOLOGY &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Paul Lafargue
&lt;p&gt;La m&#233;thode historique de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(1903)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mode de production des moyens de vie physiques domine en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale le d&#233;veloppement de la vie sociale, politique et intellectuelle &#187; (Karl Marx).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Les critiques socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, il y a un demi-si&#232;cle, a propos&#233; une nouvelle m&#233;thode d'interpr&#233;tation de l'histoire, que lui et Engels ont appliqu&#233;e dans leurs &#233;tudes. Il n'est pas surprenant que les historiens, sociologues et philosophes, craignant que le penseur communiste ne corrompe leur innocence et ne leur fasse perdre les faveurs de la bourgeoisie, aient ignor&#233; cette m&#233;thode : mais il est &#233;trange que les socialistes h&#233;sitent &#224; l'employer, peut-&#234;tre pour peur d'arriver &#224; des conclusions qui pourraient bousculer leurs notions bourgeoises, dont ils restent inconsciemment prisonniers. Au lieu de l'exp&#233;rimenter pour en juger d'apr&#232;s son usage, ils pr&#233;f&#232;rent discuter la question de sa valeur et ils lui d&#233;couvrent d'innombrables d&#233;fauts ; elle m&#233;conna&#238;t, dit-on, l'id&#233;al et son fonctionnement ; il brutalise les v&#233;rit&#233;s et les principes &#233;ternels ; elle ne tient pas compte de l'individu et de son r&#244;le ; elle conduit &#224; un fatalisme &#233;conomique qui dispense l'homme de tout effort, etc. Que penseraient ces camarades d'un charpentier qui, au lieu de travailler avec les marteaux, les scies et les rabots mis &#224; sa disposition, se brouillerait avec eux ? Puisqu'il n'existe pas d'outils parfaits, il aurait amplement l'occasion de s'en prendre &#224; eux. La critique ne commence &#224; &#234;tre f&#233;conde au lieu d'&#234;tre futile que lorsqu'elle vient apr&#232;s l'exp&#233;rience, qui, mieux que le raisonnement le plus subtil, nous fait sentir les imperfections et nous apprend &#224; les corriger. L'homme a d'abord utilis&#233; le maladroit marteau de pierre, et son utilisation lui a appris &#224; le transformer en plus d'une centaine de types, diff&#233;rents par leur mati&#232;re premi&#232;re, leur poids et leur forme. scies et rabots mis &#224; sa disposition, faut-il se quereller avec eux ? Puisqu'il n'existe pas d'outils parfaits, il aurait amplement l'occasion de s'en prendre &#224; eux. La critique ne commence &#224; &#234;tre f&#233;conde au lieu d'&#234;tre futile que lorsqu'elle vient apr&#232;s l'exp&#233;rience, qui, mieux que le raisonnement le plus subtil, nous fait sentir les imperfections et nous apprend &#224; les corriger. L'homme a d'abord utilis&#233; le maladroit marteau de pierre, et son utilisation lui a appris &#224; le transformer en plus d'une centaine de types, diff&#233;rents par leur mati&#232;re premi&#232;re, leur poids et leur forme. scies et rabots mis &#224; sa disposition, faut-il se quereller avec eux ? Puisqu'il n'existe pas d'outils parfaits, il aurait amplement l'occasion de s'en prendre &#224; eux. La critique ne commence &#224; &#234;tre f&#233;conde au lieu d'&#234;tre futile que lorsqu'elle vient apr&#232;s l'exp&#233;rience, qui, mieux que le raisonnement le plus subtil, nous fait sentir les imperfections et nous apprend &#224; les corriger. L'homme a d'abord utilis&#233; le maladroit marteau de pierre, et son utilisation lui a appris &#224; le transformer en plus d'une centaine de types, diff&#233;rents par leur mati&#232;re premi&#232;re, leur poids et leur forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leucippe et son disciple D&#233;mocrite, cinq si&#232;cles avant l'&#232;re chr&#233;tienne, introduisirent leur concept d'atome pour expliquer la constitution de l'esprit et de la mati&#232;re, et pendant plus de deux mille ans, les philosophes, l'id&#233;e ne leur vint pas de recourir &#224; l'exp&#233;rience qu'ils pourrait tester l'hypoth&#232;se atomique, se livrer &#224; des discussions sur l'atome en lui-m&#234;me, sur le plein de la mati&#232;re ind&#233;finiment continu&#233;, sur le vide, la discontinuit&#233;, etc. et ce n'est qu'&#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle que Dalton a utilis&#233; la conception de D&#233;mocrite pour expliquer combinaisons chimiques. L'atome, avec lequel les philosophes n'avaient rien pu faire, est devenu entre les mains des chimistes &#171; l'un des outils de recherche les plus puissants que la raison humaine ait r&#233;ussi &#224; cr&#233;er &#187;. Mais maintenant, apr&#232;s son utilisation, l'outil merveilleux s'est trouv&#233; imparfait et la radioactivit&#233; de la mati&#232;re oblige les physiciens &#224; pulv&#233;riser l'atome, cette particule ultime de mati&#232;re, indivisible et imp&#233;n&#233;trable, en particules ultra-ultimes, de m&#234;me nature dans tous les atomes, et porteuses d'&#233;lectricit&#233; . On dit que les atomicules, mille fois plus petites que l'atome d'hydrog&#232;ne, le plus petit des atomes, tournent avec une vitesse extraordinaire autour d'un noyau central, comme les plan&#232;tes et la terre tournent autour du soleil. L'atome pourrait &#234;tre un syst&#232;me solaire en miniature et les &#233;l&#233;ments des corps que nous connaissons pourraient ne diff&#233;rer en eux-m&#234;mes que par le nombre et les mouvements giratoires de leurs atomicules. Les d&#233;couvertes r&#233;centes de la radioactivit&#233;, qui &#233;branlent les lois fondamentales de la physique math&#233;matique, ruinent la base atomique de la structure chimique. Il est impossible de citer un exemple plus remarquable de la st&#233;rilit&#233; des discussions verbales et de la f&#233;condit&#233; de l'exp&#233;rience. Seule l'action dans le monde mat&#233;riel et intellectuel est f&#233;conde : &#171; Au commencement &#233;tait l'action &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;terminisme &#233;conomique est un nouvel outil mis par Marx &#224; la disposition des socialistes pour mettre un peu d'ordre dans le d&#233;sordre des faits historiques, que les historiens et les philosophes ont &#233;t&#233; incapables de classer et d'expliquer. Leurs pr&#233;jug&#233;s de classe et leur &#233;troitesse d'esprit donnent aux socialistes le monopole de cet outil ; mais ceux-ci avant de s'en servir veulent se convaincre qu'il est absolument parfait et qu'il peut devenir la clef de tous les probl&#232;mes de l'histoire ; &#224; ce compte, il leur est tout &#224; fait possible de continuer pendant toute leur vie &#224; discourir et &#224; &#233;crire des articles et des volumes sur le mat&#233;rialisme historique, sans ajouter une seule id&#233;e au sujet. Les hommes de science sont moins craintifs. Ils pensent que &#171; du point de vue pratique, il est d'une importance secondaire que les th&#233;ories et les hypoth&#232;ses soient correctes pourvu qu'elles nous guident vers des r&#233;sultats en accord avec les faits &#187;. La v&#233;rit&#233;, apr&#232;s tout, n'est que la meilleure hypoth&#232;se de travail ; souvent l'erreur est le chemin le plus court vers la d&#233;couverte. Christophe Colomb, partant de l'erreur de chiffrage faite par Ptol&#233;m&#233;e, sur la circonf&#233;rence de la terre, d&#233;couvrit l'Am&#233;rique, lorsqu'il crut arriver aux Indes Orientales. Darwin reconna&#238;t que la premi&#232;re id&#233;e de sa th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle lui a &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233;e par la fausse loi de Malthus sur la population, qu'il a accept&#233;e les yeux ferm&#233;s. Les physiciens peuvent aujourd'hui s'apercevoir que l'hypoth&#232;se de D&#233;mocrite est insuffisante pour englober les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;cemment &#233;tudi&#233;s, mais cela n'enl&#232;ve rien au fait qu'elle a servi &#224; construire la chimie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarque en effet peu que Marx n'a pas pr&#233;sent&#233; sa m&#233;thode d'interpr&#233;tation historique comme un corps de doctrine avec des axiomes, des th&#233;or&#232;mes, des corollaires et des lemmes ; ce n'est pour lui qu'un instrument de recherche ; il le formule dans un style professionnel et le met &#224; l'&#233;preuve. On ne peut donc le critiquer qu'en contestant les r&#233;sultats qu'il donne entre ses mains, par exemple en r&#233;futant sa th&#233;orie de la lutte des classes. C'est ce que nos historiens et philosophes s'abstiennent soigneusement de faire. Ils la consid&#232;rent comme l'&#339;uvre impure du d&#233;mon, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle a conduit Marx &#224; d&#233;couvrir ce puissant moteur de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. Philosophies d&#233;istes et id&#233;alistes de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire est un tel chaos de faits &#233;chappant au contr&#244;le de l'homme, progressant et reculant, s'entrechoquant et s'entrechoquant, apparaissant et disparaissant sans raison apparente, que nous sommes tent&#233;s de croire qu'il est impossible de les relier et de les classer en s&#233;ries d'o&#249; l'on puisse d&#233;couvrir les causes de &#233;volution et r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement des syst&#232;mes dans l'histoire a fait na&#238;tre dans l'esprit d'hommes pensants comme Helmholtz le doute qu'il soit possible de formuler une loi historique que la r&#233;alit&#233; confirmerait. Ce doute est devenu si g&#233;n&#233;ral que les intellectuels n'osent plus construire comme les philosophes de la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle des plans d'histoire universelle ; elle fait bien &#233;cho &#224; l'incr&#233;dulit&#233; des &#233;conomistes quant &#224; la possibilit&#233; de contr&#244;ler les forces &#233;conomiques. Mais faut-il conclure des difficult&#233;s du probl&#232;me historique et de l'insucc&#232;s des tentatives pour le r&#233;soudre que sa solution est hors de port&#233;e de l'esprit humain ? Dans ce cas, les ph&#233;nom&#232;nes sociaux seraient &#224; part comme les seuls qui ne pourraient &#234;tre logiquement li&#233;s &#224; des causes d&#233;terminantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens commun n'a jamais admis une telle impossibilit&#233; ; au contraire, les hommes ont toujours cru que ce qui leur arrivait, heureux ou malheureux, faisait partie d'un plan pr&#233;con&#231;u par un &#234;tre sup&#233;rieur. L'homme propose et Dieu dispose est un axiome historique de la sagesse populaire qui porte autant de v&#233;rit&#233; que les axiomes de la g&#233;om&#233;trie, &#224; condition toutefois d'interpr&#233;ter le sens du mot Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les peuples ont pens&#233; qu'un dieu dirigeait leur histoire. Les villes de l'Antiquit&#233; poss&#233;daient chacune une divinit&#233; d'&#201;tat ou poliadecomme l'appelaient les Grecs, veillant sur leurs destin&#233;es et demeurant dans le temple qui lui &#233;tait consacr&#233;. Le J&#233;hovah de l'Ancien Testament &#233;tait une divinit&#233; de ce genre ; il fut log&#233; dans une caisse en bois, appel&#233;e &#034;Arche d'Alliance&#034;, qui fut transport&#233;e lorsque les tribus d'Isra&#235;l chang&#232;rent d'emplacement, et qui fut plac&#233;e &#224; l'avant des arm&#233;es afin qu'il combatte pour son peuple. Il prit tellement &#224; c&#339;ur ses querelles, selon la Bible, qu'il extermina ses ennemis &#8211; hommes, femmes, enfants et b&#234;tes. Les Romains, pendant la seconde guerre punique, crurent utile comme moyen de r&#233;sistance &#224; Hannibal d'accoupler leur divinit&#233; d'&#201;tat &#224; celle de Pessinus, &#224; savoir Cyb&#232;le, la m&#232;re des dieux ; ils firent venir d'Asie Mineure sa statue, grosse pierre informe, et introduisirent &#224; Rome son culte orgiaque : comme ils &#233;taient &#224; la fois des politiciens superstitieux et astucieux, ils annex&#232;rent la divinit&#233; d'&#201;tat de chaque ville conquise, en envoyant sa statue au Capitole ; ils pensaient que, n'habitant plus parmi les peuples vaincus, il cesserait de les prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chr&#233;tiens n'avaient pas d'autre id&#233;e de la divinit&#233; lorsque, pour chasser les dieux pa&#239;ens, ils bris&#232;rent leurs statues et br&#251;l&#232;rent leurs temples, et lorsqu'ils invoqu&#232;rent J&#233;sus et son P&#232;re &#233;ternel pour combattre les d&#233;mons qui attisaient les h&#233;r&#233;sies d'Allah qui s'opposaient le croissant &#224; la croix. Les cit&#233;s du moyen &#226;ge se pla&#231;aient sous la protection des divinit&#233;s municipales ; Sainte Genevi&#232;ve &#233;tait celle de Paris. La r&#233;publique de Venise, pour avoir en abondance ces divinit&#233;s protectrices, rapporta d'Alexandrie le squelette de saint Marc et vola &#224; Montpellier celui de saint Roques. Les nations civilis&#233;es n'ont jamais reni&#233; la croyance pa&#239;enne : chacune accapare &#224; son usage le Dieu unique et universel des chr&#233;tiens, et en fait sa divinit&#233; d'&#201;tat. Ainsi il y a autant de dieux uniques et universels qu'il y a de nations chr&#233;tiennes, et les premiers se battent entre eux d&#232;s que les seconds d&#233;clarent la guerre ; chaque nation prie son Dieu unique et universel d'exterminer son rival et chanteTe Deum est en son honneur s'il est victorieux, convaincu qu'il ne doit son triomphe qu'&#224; sa toute-puissante intervention. La croyance en l'intrusion de Dieu dans les querelles humaines n'est pas simul&#233;e par les hommes d'&#201;tat pour plaire &#224; la grossi&#232;re superstition des foules ignorantes ; ils le partagent. Les lettres priv&#233;es r&#233;cemment publi&#233;es, que Bismarck &#233;crivit &#224; sa femme pendant la guerre de 1870-1871, le montrent croyant que Dieu passait son temps &#224; s'occuper de lui, de son fils et des arm&#233;es prussiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes qui ont pris Dieu pour guide directeur de l'histoire partagent cet engouement ; ils s'imaginent que ce Dieu, cr&#233;ateur de l'univers et de l'humanit&#233;, ne peut s'int&#233;resser qu'&#224; leur pays, &#224; leur religion et &#224; leur politique. Le Discours sur l'histoire universelle de Bossuet est l'un des sp&#233;cimens les plus r&#233;ussis de ce genre : les nations pa&#239;ennes s'exterminent pour pr&#233;parer l'av&#232;nement du christianisme, sa religion, et les nations chr&#233;tiennes s'entretuent pour assurer la grandeur de la France, sa patrie, et la gloire de Louis XIV, son ma&#238;tre. Le mouvement historique, guid&#233; par Dieu, a culmin&#233; avec le Roi Soleil ; lorsqu'il fut &#233;teint, des t&#233;n&#232;bres envahirent le monde, et &#233;clata la R&#233;volution, que Joseph de Maistre appelle &#171; l'&#339;uvre de Satan &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Satan a triomph&#233; de Dieu, divinit&#233; d'&#201;tat de l'aristocratie et des Bourbons. La bourgeoisie, la classe que Dieu m&#233;prisait, s'empara du pouvoir et guillotina le roi qu'il avait oint : les sciences naturelles, qu'il avait maudites, triomph&#232;rent et engendr&#232;rent &#224; la bourgeoisie plus de richesses qu'il n'avait pu en donner &#224; ses favoris. , les nobles et les rois l&#233;gitimes ; La raison, qu'il avait li&#233;e, brisa ses cha&#238;nes et le tra&#238;na devant son tribunal. Le r&#232;gne de Satan avait commenc&#233;. Les po&#232;tes romantiques de la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle ont compos&#233; des hymnes en son honneur ; il &#233;tait l'invincible vaincu, le grand martyr, le consolateur et l'esp&#233;rance des opprim&#233;s ; il symbolisait la bourgeoisie en perp&#233;tuelle r&#233;volte contre les nobles, les pr&#234;tres et les tyrans. Mais la bourgeoisie victorieuse n'eut pas le courage de le prendre pour sa divinit&#233; d'Etat ; elle rafistolait Dieu, que la Raison avait l&#233;g&#232;rement d&#233;figur&#233;, et lui rendait honneur ; n&#233;anmoins, n'ayant pas une foi enti&#232;re en sa toute-puissance, elle lui adjoignit une troupe de demi-dieux : Progr&#232;s, Justice, Libert&#233;, Civilisation, Humanit&#233;, Patrie, etc. qui furent choisis pour pr&#233;sider aux destin&#233;es des nations qui avaient secou&#233; le joug de l'aristocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouveaux dieux sont des &#171; Id&#233;es &#187;, des &#171; Forces Spirituelles &#187;, des &#171; Forces impond&#233;rables &#187;. Hegel entreprit de ramener ce polyth&#233;isme des Id&#233;es dans le monoth&#233;isme de l'Id&#233;e qui, n&#233;e d'elle-m&#234;me, cr&#233;e le monde et l'histoire par son propre d&#233;roulement. Le Dieu de la philosophie historique est un m&#233;canicien qui, pour son amusement, construit l'univers, dont il r&#232;gle les mouvements, et fabrique l'homme, dont il dirige les destin&#233;es d'apr&#232;s un plan connu de lui seul, mais les historiens philosophes n'ont pas aper&#231;u que ce Dieu &#233;ternel est non pas le cr&#233;ateur, mais la cr&#233;ature de l'homme, qui, en proportion de son propre d&#233;veloppement, le remod&#232;le, et que, loin d'&#234;tre le directeur, il est le jouet des &#233;v&#233;nements historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie des id&#233;alistes, en apparence moins enfantine que celle des d&#233;istes, est une application malheureuse &#224; l'histoire de la m&#233;thode d&#233;ductive des sciences abstraites, dont les propositions, logiquement li&#233;es, d&#233;coulent de certains axiomes ind&#233;montrables qui s'imposent par le principe d'&#233;vidence. . Les math&#233;maticiens ont tort de ne pas s'inqui&#233;ter de la mani&#232;re dont les id&#233;es se sont gliss&#233;es dans l'esprit humain. Les id&#233;alistes d&#233;daignent de s'enqu&#233;rir de l'origine de leurs Id&#233;es, venues on ne sait d'o&#249; ; ils se bornent &#224; affirmer qu'ils existent par eux-m&#234;mes, qu'ils sont perfectibles, et qu'&#224; mesure qu'ils se perfectionnent ils modifient les hommes et les ph&#233;nom&#232;nes sociaux, plac&#233;s sous leur contr&#244;le ; il suffit donc de conna&#238;tre l'&#233;volution des Id&#233;es pour acqu&#233;rir les lois de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parce que les axiomes des math&#233;matiques ne peuvent &#234;tre d&#233;montr&#233;s par le raisonnement, cela ne prouve pas qu'ils ne soient pas des propri&#233;t&#233;s des corps, tout comme la couleur, la forme, le poids et la chaleur, que l'exp&#233;rience seule r&#233;v&#232;le, et dont l'id&#233;e n'existe dans le cerveau que parce que l'homme est entr&#233; en contact avec les corps de la nature. Il est, en effet, aussi impossible de prouver par le raisonnement qu'un corps est carr&#233;, color&#233;, lourd ou chaud que de d&#233;montrer que la partie est plus petite que le tout, que deux et deux font quatre, etc. : on ne peut que &#233;noncer le fait exp&#233;rimental et en tirer les conclusions logiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Id&#233;es de Progr&#232;s, de Justice, de Libert&#233;, de Patrie, etc., comme les axiomes des math&#233;matiques, n'existent pas hors d'elles-m&#234;mes et hors du domaine spirituel ; elles ne pr&#233;c&#232;dent pas l'exp&#233;rience mais la suivent ; ils n'engendrent pas les &#233;v&#233;nements de l'histoire, mais ils sont la cons&#233;quence des ph&#233;nom&#232;nes sociaux qui en &#233;voluant les cr&#233;ent, les transforment et les suppriment ; elles ne deviennent des forces actives que dans la mesure o&#249; elles &#233;manent directement des courants sociaux. Une des t&#226;ches de l'histoire ignor&#233;e des philosophes est la d&#233;couverte des causes sociales dont ils sont eux-m&#234;mes le produit, et qui leur donnent la puissance agissant sur le cerveau des hommes d'une &#233;poque donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bossuet et les philosophes d&#233;istes, qui ont promu Dieu &#224; la dignit&#233; de directeur conscient du mouvement historique, n'ont apr&#232;s tout fait que se conformer &#224; l'opinion populaire sur le r&#244;le historique jou&#233; par la divinit&#233; : les id&#233;alistes qui lui substituent les Id&#233;es-Forces n'ont fait que utiliser de fa&#231;on historique l'opinion bourgeoise vulgaire. Tout bourgeois proclame que ses actes priv&#233;s et publics sont inspir&#233;s par le Progr&#232;s, la Justice, le Patriotisme, l'Humanit&#233;, etc. Il suffit pour s'en convaincre de parcourir les annonces des industriels et des marchands, les prospectus des financiers et les programmes &#233;lectoraux. des politiciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de progr&#232;s et d'&#233;volution sont modernes dans leur origine ; ils sont un transport dans l'histoire de cette perfectibilit&#233; humainedevenu &#224; la mode au XVIIIe si&#232;cle. Il &#233;tait in&#233;vitable que la bourgeoisie consid&#232;re son entr&#233;e au pouvoir comme un immense pas de progr&#232;s social, tandis que l'aristocratie y voyait un revers d&#233;sastreux. La R&#233;volution fran&#231;aise, parce qu'elle s'est produite un si&#232;cle apr&#232;s la R&#233;volution anglaise, et par cons&#233;quent dans des conditions plus m&#251;res, a substitu&#233; si brusquement et compl&#232;tement la bourgeoisie &#224; la noblesse, que d&#232;s lors l'id&#233;e du Progr&#232;s s'est solidement enracin&#233;e dans l'opinion publique de l'Europe. Les capitalistes europ&#233;ens se croyaient fond&#233;s sur la puissance du Progr&#232;s. Ils affirmaient de bonne foi que leurs m&#339;urs, leurs m&#339;urs, leurs vertus, leur moralit&#233; priv&#233;e et publique, leur organisation sociale et familiale, leur industrie et leur commerce &#233;taient un progr&#232;s sur tout ce qui avait exist&#233;. Le pass&#233; n'&#233;tait qu'ignorance, barbarie, injustice et d&#233;raison : &#171; Enfin, pour la premi&#232;re fois &#187;, s'&#233;crie Hegel, &#171; la raison devait gouverner le monde &#187;. Les bourgeois de 1793 la divinisent ; d&#233;j&#224; au d&#233;but de la p&#233;riode bourgeoise dans le monde antique Platon (dans leTim&#233;e ) la d&#233;clara sup&#233;rieure &#224; la N&#233;cessit&#233;, et Socrate reprocha &#224; Anaxagore d'avoir, dans sa cosmogonie, tout expliqu&#233; par des causes mat&#233;rielles sans avoir fait aucun usage de la Raison, dont on pouvait tout esp&#233;rer ( Ph&#233;don ). La domination sociale de la bourgeoisie est le r&#232;gne de la Raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un &#233;v&#233;nement historique, m&#234;me aussi consid&#233;rable que la prise du pouvoir par la bourgeoisie, ne suffit pas &#224; lui seul &#224; prouver le Progr&#232;s. Les d&#233;istes avaient fait de Dieu l'unique auteur de l'histoire ; les id&#233;alistes, ne voulant pas qu'on dise que le Progr&#232;s dans le pass&#233; s'&#233;tait d&#233;port&#233; comme une Id&#233;e oisive, ont d&#233;couvert qu'au Moyen Age il avait pr&#233;par&#233; le triomphe de la classe bourgeoise en l'organisant, en lui donnant la culture intellectuelle, et en l'enrichissant, tandis qu'elle usait la forteresse offensive et d&#233;fensive de l'&#201;glise. L'id&#233;e d'&#233;volution devait donc s'introduire naturellement &#224; la suite de l'id&#233;e de Progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour la bourgeoisie il n'y a d'&#233;volution progressive que celle qui pr&#233;pare son propre triomphe, et comme ce n'est que depuis une dizaine de si&#232;cles que ses historiens peuvent retrouver des traces d&#233;finitives de son d&#233;veloppement organique, ils perdent leur fil d'Ariane d&#232;s qu'ils s'aventurent dans le labyrinthe de l'histoire ant&#233;rieure, dont ils se contentent de raconter les faits sans tenter de les rassembler en s&#233;ries progressives. Puisque le but de l'&#233;volution progressive est l'&#233;tablissement de la dictature sociale de la bourgeoisie, ce but une fois atteint, le Progr&#232;s doit cesser de progresser. En fait, les bourgeois qui proclament que leur prise du pouvoir est un progr&#232;s social unique dans l'histoire, d&#233;clarent que ce serait un retour &#224; la barbarie, &#171; &#224; l'esclavage &#187;, comme dit Herbert Spencer, s'ils &#233;taient d&#233;log&#233;s du pouvoir par le prol&#233;tariat. L'aristocratie vaincue ne consid&#233;rait pas sa d&#233;faite sous un autre jour. La croyance au d&#233;cret du Progr&#232;s, instinctive et inconsciente dans les masses bourgeoises, se montre consciente et raisonn&#233;e chez certains penseurs bourgeois. Hegel et Comte, pour ne citer que deux des plus c&#233;l&#232;bres, affirment carr&#233;ment que leur syst&#232;me philosophique cl&#244;t la s&#233;rie, qu'il est le couronnement et la fin de l'&#233;volution progressive de la pens&#233;e. Alors, la philosophie et les institutions sociales et politiques ne progressent que pour arriver &#224; leur forme bourgeoise, puis le Progr&#232;s ne progresse plus. affirment carr&#233;ment que leur syst&#232;me philosophique cl&#244;t la s&#233;rie, qu'il est le couronnement et la fin de l'&#233;volution progressive de la pens&#233;e. Alors, la philosophie et les institutions sociales et politiques ne progressent que pour arriver &#224; leur forme bourgeoise, puis le Progr&#232;s ne progresse plus. affirment carr&#233;ment que leur syst&#232;me philosophique cl&#244;t la s&#233;rie, qu'il est le couronnement et la fin de l'&#233;volution progressive de la pens&#233;e. Alors, la philosophie et les institutions sociales et politiques ne progressent que pour arriver &#224; leur forme bourgeoise, puis le Progr&#232;s ne progresse plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie et ses intellectuels les plus intelligents, qui fixent des limites infranchissables &#224; leur progr&#232;s progressif, font mieux encore ; ils soustraient &#224; son influence certaines organisations sociales de premi&#232;re importance. Les &#233;conomistes, les historiens et les moralistes, pour d&#233;montrer d'une fa&#231;on irr&#233;futable que la forme paternelle de la famille et la forme individuelle de la propri&#233;t&#233; ne se transformeront pas, nous assurent qu'elles ont exist&#233; de tout temps. Ils avancent ces affirmations impudentes au moment o&#249; des recherches poursuivies depuis un demi-si&#232;cle mettent en lumi&#232;re les formes primitives de la famille et de la propri&#233;t&#233;. Ces savants bourgeois les ignorent, ou raisonnent comme s'ils les ignoraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de Progr&#232;s et d'&#233;volution &#233;taient surtout &#224; la mode dans les premi&#232;res ann&#233;es du XIXe si&#232;cle, alors que la bourgeoisie &#233;tait encore enivr&#233;e de sa victoire politique et du d&#233;veloppement prodigieux de ses richesses &#233;conomiques ; les philosophes, les historiens, les moralistes, les hommes politiques, les romanciers et les po&#232;tes ont mis leurs &#233;crits et leurs enseignements &#224; la sauce du Progr&#232;s progressif, que Fourier &#233;tait seul ou presque seul &#224; injurier. Mais vers le milieu du si&#232;cle, ils furent oblig&#233;s de calmer leur enthousiasme immod&#233;r&#233; : l'apparition du prol&#233;tariat sur la sc&#232;ne politique en Angleterre et en France &#233;veilla dans l'esprit de la bourgeoisie certaines r&#233;flexions inqui&#233;tantes sur la dur&#233;e &#233;ternelle de sa domination sociale. Le progr&#232;s progressif a perdu ses charmes. Les id&#233;es de Progr&#232;s et d'&#233;volution auraient d&#233;finitivement cess&#233; d'&#234;tre courantes dans la phras&#233;ologie bourgeoise si les hommes de science, qui d&#232;s la fin du XVIIIe si&#232;cle avaient saisi l'id&#233;e d'&#233;volution circulant dans le milieu social, ne l'avaient utilis&#233;e pour expliquer la formation des mondes et l'organisation des v&#233;g&#233;taux et des animaux. Ils lui donnaient une telle valeur scientifique et une telle popularit&#233; qu'il &#233;tait impossible de s'en d&#233;tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais montrer le d&#233;veloppement progressif de la bourgeoisie depuis un certain nombre de si&#232;cles en arri&#232;re n'explique pas plus ce mouvement historique que tracer la courbe d&#233;crite dans la chute d'une pierre lanc&#233;e en l'air ne nous apprend les causes de sa chute. Les historiens philosophes attribuent cette &#233;volution &#224; l'action incessante des Forces Spirituelles, en particulier la Justice, la plus puissante de toutes, qui selon un philosophe id&#233;aliste et acad&#233;mique, &#171; est toujours pr&#233;sente m&#234;me si elle n'arrive que par degr&#233;s dans la pens&#233;e humaine et dans les faits sociaux &#187;. .&#8221; La soci&#233;t&#233; bourgeoise et sa pens&#233;e sont donc les derni&#232;res et les plus hautes manifestations de cette Justice immanente, et c'est pour obtenir ces beaux r&#233;sultats que cette belle dame a pein&#233; dans les mines de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consultons les archives judiciaires de ladite dame pour conna&#238;tre son caract&#232;re et ses mani&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe dirigeante consid&#232;re toujours que ce qui sert ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et politiques est juste et que ce qui les dessert est injuste. La Justice qu'il con&#231;oit se r&#233;alise lorsque ses int&#233;r&#234;ts de classe sont satisfaits. Les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie sont ainsi les guides de la justice bourgeoise, comme les int&#233;r&#234;ts de l'aristocratie &#233;taient ceux de la justice f&#233;odale. Ainsi, par une ironie inconsciente, la Justice est repr&#233;sent&#233;e les yeux band&#233;s pour ne pas voir les int&#233;r&#234;ts mesquins et sordides qu'elle prot&#232;ge de son &#233;gide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation f&#233;odale et corporatiste, l&#233;sant la bourgeoisie, &#233;tait &#224; ses yeux si injuste que la Justice immanente r&#233;solut de la d&#233;truire. Les historiens bourgeois racontent qu'elle ne pouvait tol&#233;rer les brigandages forc&#233;s des barons f&#233;odaux, qui ne connaissaient pas d'autre moyen d'arrondir leurs champs et de remplir leurs bourses. Ce qui n'emp&#234;che pas leur honn&#234;te Justice immanente d'encourager les brigandages forc&#233;s que, sans risquer leur peau, les capitalistes pacifiques ont commis par des prol&#233;taires d&#233;guis&#233;s en soldats dans les pays barbares de l'ancien et du nouveau monde. Ce n'est pas que ce genre de vol plaise &#224; la vertueuse ; elle n'approuve et n'autorise solennellement, avec toutes les sanctions l&#233;gales, que le vol &#233;conomique que, sans violence bruyante, la bourgeoisie commet quotidiennement sur le salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice, qui, comme disent les philosophes, a fait merveille dans le pass&#233;, qui r&#232;gne dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise et qui conduit les hommes vers un avenir de paix et de bonheur, est au contraire la m&#232;re f&#233;conde des iniquit&#233;s sociales. C'est la justice qui a donn&#233; &#224; l'esclavagiste le droit de poss&#233;der l'homme comme un meuble ; c'est encore elle qui donne au capitaliste le droit d'exploiter les enfants, les femmes et les hommes du prol&#233;tariat pire que des b&#234;tes de somme. C'est la Justice qui a permis &#224; l'esclavagiste de ch&#226;tier l'esclave, qui s'endurcit le c&#339;ur en le lac&#233;rant de coups. C'est encore elle qui autorise le capitaliste &#224; saisir la plus-value cr&#233;&#233;e par le salari&#233;, et qui met sa conscience en paix lorsqu'il r&#233;compense par des salaires de mis&#232;re le travail qui l'enrichit. Je me tiens &#224; ma droite, dit le propri&#233;taire d'esclaves en fouettant l'esclave ; je me tiens sur ma droite,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe capitaliste, mesurant tout selon ses propres normes, d&#233;core du nom de Civilisation et d'Humanit&#233; son ordre social et sa mani&#232;re de traiter les &#234;tres humains. Ce n'est que pour exporter la civilisation vers les nations barbares, que pour les soustraire &#224; leur grossi&#232;re immoralit&#233;, que pour am&#233;liorer leurs mis&#233;rables conditions d'existence qu'elle entreprend ses exp&#233;ditions coloniales, et sa Civilisation et son Humanit&#233; se manifestent sous la forme sp&#233;cifique de la stup&#233;faction &#224; travers Christianisme, empoisonnement &#224; l'alcool, pillage et extermination des indig&#232;nes. Mais nous commettrions une injustice si nous pensions qu'elle favorise les barbares et qu'elle ne diffuse pas les bienfaits de son Humanit&#233; sur les classes laborieuses des nations qu'elle gouverne. Sa Civilisation et son Humanit&#233; s'y comptent par la masse des hommes, femmes et enfants d&#233;poss&#233;d&#233;s de tous biens, condamn&#233;s au travail obligatoire jour et nuit, &#224; des vacances p&#233;riodiques &#224; leurs frais, &#224; l'alcoolisme, &#224; la consommation, au rachitisme ; par le nombre croissant de d&#233;lits et de crimes, par la multiplication des asiles d'ali&#233;n&#233;s et par le d&#233;veloppement et l'am&#233;lioration du syst&#232;me p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais classe dirigeante n'a tant r&#233;clam&#233; l'Id&#233;al, car jamais classe dirigeante n'avait eu un tel besoin d'obscurcir ses actions par un bavardage id&#233;aliste. Ce charlatanisme id&#233;ologique est sa m&#233;thode la plus s&#251;re et la plus efficace de ruse politique et &#233;conomique. L'&#233;tonnante contradiction entre ses paroles et ses actes n'a pas emp&#234;ch&#233; les historiens et les philosophes de prendre les Id&#233;es et les Principes &#233;ternels pour les seuls moteurs de l'histoire des nations capitalis&#233;es. Leur erreur monumentale, qui d&#233;passe toutes les limites m&#234;me pour les intellectuels, est une preuve incontestable de la puissance des Id&#233;es et de l'habilet&#233; avec laquelle la bourgeoisie a r&#233;ussi &#224; cultiver et &#224; exploiter cette force pour en tirer un revenu. Les financiers garnissent leurs prospectus de principes patriotiques, d'id&#233;es de civilisation, sentiments humanitaires, et six pour cent. investissements pour les p&#232;res de famille. Ce sont des app&#226;ts infaillibles lors de la p&#234;che aux meuniers. De Lesseps n'aurait jamais pu gonfler sa magnifique bulle &#224; Panama, engrangeant les &#233;conomies de huit cent mille petites gens, si ce &#171; grand Fran&#231;ais &#187; n'avait promis d'ajouter une autre gloire &#224; l'aur&#233;ole de sa Patrie, d'&#233;largir l'humanit&#233; civilis&#233;e et d'enrichir le les abonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Id&#233;es et Principes &#201;ternels sont des attraits si irr&#233;sistibles qu'il n'y a pas de prospectus financier, industriel ou commercial, ni m&#234;me une publicit&#233; pour une boisson alcoolis&#233;e ou un m&#233;dicament brevet&#233;, mais qu'ils en soient &#233;pic&#233;s ; les trahisons politiques et les fraudes &#233;conomiques hissent l'&#233;tendard des Id&#233;es et des Principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie historique des id&#233;alistes ne pouvait &#234;tre qu'une guerre de mots, &#233;galement insipide et indigeste, puisqu'ils n'ont pas aper&#231;u que le capitaliste parade les principes &#233;ternels dans le seul but de masquer les mobiles &#233;go&#239;stes de ses actions, et qu'ils n'en sommes pas arriv&#233;s &#224; reconna&#238;tre la fumisterie de l'id&#233;ologie bourgeoise. Mais les lamentables avortements de la philosophie id&#233;aliste ne prouvent pas qu'il soit impossible d'arriver aux causes d&#233;terminantes de l'organisation et de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s humaines comme les chimistes ont r&#233;ussi &#224; le faire avec celles qui r&#232;glent l'agglom&#233;ration des mol&#233;cules en corps complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde social, dit Vico, le p&#232;re de la philosophie de l'histoire, est incontestablement l'&#339;uvre de l'homme, d'o&#249; il r&#233;sulte que nous ne pouvons et ne devons trouver ses principes nulle part ailleurs que dans la modification de l'intelligence humaine. N'est-il pas surprenant pour tout homme pensant que les philosophes aient s&#233;rieusement entrepris de conna&#238;tre le monde de la nature, que Dieu a fait et dont il s'est r&#233;serv&#233; la connaissance, et qu'ils aient n&#233;glig&#233; de m&#233;diter sur ce monde social, la connaissance de que les hommes peuvent avoir, puisque les hommes l'ont fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombreux &#233;checs des m&#233;thodes d&#233;istes et id&#233;alistes imposent l'essai d'une nouvelle m&#233;thode d'interpr&#233;tation de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Les &#034;lois historiques&#034; de Vico&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vico, peu lu par les historiens philosophes, bien qu'ils jouent avec quelques-unes de ses phrases qu'ils interpr&#232;tent mal aussi souvent qu'ils les r&#233;p&#232;tent, a formul&#233; dans sa Scienza nuova certaines lois fondamentales de l' histoire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pose comme loi g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement des soci&#233;t&#233;s que toutes les nations, quels que soient leur origine ethnique et leur habitat g&#233;ographique, parcourent les m&#234;mes routes historiques ; ainsi, l'histoire d'une nation quelconque est une r&#233;p&#233;tition de l'histoire d'une autre nation parvenue &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il existe, dit-il, une histoire id&#233;ale &#233;ternelle travers&#233;e sur la terre par les histoires de toutes les nations, de quelque statut de sauvagerie, de barbarie et de f&#233;rocit&#233; que les hommes aient entrepris de se civiliser &#187;, de se domestiquer, selon son expression. ( Scienza nuova , libr.II, &#167;5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, qui ne connaissait probablement pas Vico, est arriv&#233; &#224; une conception de la m&#234;me loi qu'il formule d'une fa&#231;on plus positive et plus compl&#232;te. L'uniformit&#233; historique que le philosophe napolitain attribuait &#224; leur d&#233;veloppement selon un plan pr&#233;&#233;tabli, l'anthropologue am&#233;ricain l'attribue &#224; deux causes, &#224; la ressemblance intellectuelle des hommes et &#224; la similitude des obstacles qu'ils ont d&#251; surmonter pour d&#233;velopper leur soci&#233;t&#233;s. Vico croyait aussi &#224; leur ressemblance intellectuelle. &#171; Il existe n&#233;cessairement, disait-il, dans la nature des affaires humaines, un langage mental universel, commun &#224; toutes les nations, qui dessine uniform&#233;ment la substance des choses jouant un r&#244;le actif dans la vie sociale des hommes et l'exprime avec beaucoup de modifications car il y a diff&#233;rents aspects que ces choses peuvent prendre. Nous reconnaissons son existence dans les proverbes, ces maximes de la sagesse populaire, qui sont de la m&#234;me substance dans toutes les nations, anciennes et modernes, bien qu'elles s'expriment de tant de mani&#232;res diff&#233;rentes. (Ib.Degli Elem . XXIII.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'esprit humain&#034;, dit Morgan, &#034;sp&#233;cifiquement le m&#234;me dans toutes les tribus et nations de l'humanit&#233;, et limit&#233; dans la gamme de ses pouvoirs, travaille et doit travailler, dans les m&#234;mes canaux uniformes et dans des limites &#233;troites de variation. Il en r&#233;sulte des r&#233;gions de l'espace d&#233;connect&#233;es et des &#226;ges du temps largement s&#233;par&#233;s, articul&#233;s dans une cha&#238;ne logiquement connect&#233;e d'exp&#233;riences communes &#187;. Ailleurs dans ce livre, Morgan montre que, comme des formations g&#233;ologiques successives, les tribus de l'humanit&#233; peuvent se superposer en couches successives selon leur d&#233;veloppement : ainsi class&#233;es, elles r&#233;v&#232;lent avec une certaine exactitude la marche compl&#232;te du progr&#232;s humain de la sauvagerie &#224; civilisation ; car les chemins des exp&#233;riences humaines dans les diverses nations ont &#233;t&#233; presque parall&#232;les. Marx, qui a &#233;tudi&#233; le parcours des &#171; exp&#233;riences &#187; &#233;conomiques, confirme l'id&#233;e de Morgan.Le capital , montre &#224; ceux qui le suivent sur l'&#233;chelle industrielle l'image de leur propre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, &#171; l'histoire &#233;ternelle id&#233;ale &#187; que, selon Vico, les diff&#233;rents peuples de l'humanit&#233; doivent parcourir chacun &#224; leur tour, n'est pas un plan historique pr&#233;&#233;tabli par une intelligence divine, mais un plan historique du progr&#232;s humain con&#231;u par l'historien. qui, apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; les &#233;tapes parcourues par chaque peuple, les compare en s&#233;ries progressives selon leurs degr&#233;s de complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des recherches, poursuivies pendant un si&#232;cle sur les tribus sauvages et les peuples anciens et modernes, ont triomphalement prouv&#233; l'exactitude de la loi de Vico. Ils ont &#233;tabli le fait que tous les hommes, quelle que soit leur origine ethnique ou leur habitat g&#233;ographique, avaient dans leur d&#233;veloppement travers&#233; les m&#234;mes formes de famille, de propri&#233;t&#233; et de production, ainsi que les institutions sociales et politiques. Les anthropologues danois ont &#233;t&#233; les premiers &#224; le reconna&#238;tre et &#224; diviser la p&#233;riode pr&#233;historique en &#226;ges successifs de pierre, de bronze et de fer, caract&#233;ris&#233;s par la mati&#232;re premi&#232;re des outils fabriqu&#233;s et par cons&#233;quent du mode de production. Les histoires g&#233;n&#233;rales des diff&#233;rentes nations, qu'elles appartiennent &#224; la race blanche, noire, jaune ou rouge, et qu'elles habitent la zone temp&#233;r&#233;e, l'&#233;quateur ou les p&#244;les, ne se distinguent les uns des autres que par le stade de l'histoire id&#233;ale de Vico, que par la strate historique de Morgan, que par le tour d'&#233;chelle &#233;conomique de Marx auquel ils sont parvenus. Ainsi les peuples les plus d&#233;velopp&#233;s montrent &#224; ceux qui le sont moins l'image de leur propre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les productions de l'intelligence n'&#233;chappent pas &#224; la loi de Vico. Les philologues et les grammairiens ont trouv&#233; que, pour la cr&#233;ation des mots et des langues, les hommes de toutes les races ont suivi les m&#234;mes r&#232;gles. Les folkloristes ont recueilli les m&#234;mes contes chez les peuples sauvages et civilis&#233;s. Vico avait d&#233;j&#224; reconnu parmi eux les m&#234;mes proverbes. Beaucoup de folkloristes, au lieu de consid&#233;rer les contes semblables comme les productions de nations qui ne les conservent que par la tradition orale, pensent qu'ils ont &#233;t&#233; con&#231;us dans un seul centre, d'o&#249; ils ont &#233;t&#233; dispers&#233;s sur la terre. Ceci est inadmissible et contredit ce qui a &#233;t&#233; observ&#233; dans les institutions sociales et autres productions, tant intellectuelles que mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'id&#233;e d'&#226;me et des id&#233;es auxquelles elle a donn&#233; naissance est un des exemples les plus curieux de la remarquable uniformit&#233; du d&#233;veloppement de la pens&#233;e. L'id&#233;e de l'&#226;me, qui se rencontre chez les sauvages, m&#234;me les plus bas, est une des premi&#232;res inventions intellectuelles. L'&#226;me une fois invent&#233;e, il fallait la doter d'une demeure, sous la terre ou dans le ciel, pour y loger apr&#232;s la mort, afin de l'emp&#234;cher d'errer sans domicile et de harceler les vivants. L'id&#233;e de l'&#226;me, tr&#232;s vive chez les nations sauvages et barbares, apr&#232;s avoir contribu&#233; &#224; la fabrication du Grand Esprit et de Dieu, s'&#233;vanouit chez les nations parvenues &#224; un plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, pour rena&#238;tre avec une vie et une force nouvelles lorsqu'elles arriver &#224; un autre stade d'&#233;volution. Les historiens, apr&#232;s avoir signal&#233; chez les nations historiques du bassin m&#233;diterran&#233;en l'absence de l'id&#233;e d'&#226;me, qui pourtant avait exist&#233; chez elles durant la p&#233;riode sauvage pr&#233;c&#233;dente, reconnaissons sa renaissance quelques si&#232;cles avant l'&#232;re chr&#233;tienne, ainsi que sa persistance jusqu'&#224; nos jours. propres jours. Ils se contentent d'&#233;voquer ces ph&#233;nom&#232;nes extraordinaires de disparition et de r&#233;apparition d'une id&#233;e aussi fondamentale sans leur attacher d'importance et sans songer &#224; en chercher l'explication qu'ils n'auraient pourtant pas trouv&#233;e dans le champ de leurs investigations, et que nous ne peut esp&#233;rer d&#233;couvrir qu'en appliquant la m&#233;thode historique de Marx, en la cherchant dans les transformations du monde &#233;conomique. qui pourtant avait exist&#233; parmi eux pendant la p&#233;riode sauvage pr&#233;c&#233;dente, reconnaissent sa renaissance quelques si&#232;cles avant l'&#232;re chr&#233;tienne, ainsi que sa persistance jusqu'&#224; nos jours. Ils se contentent d'&#233;voquer ces ph&#233;nom&#232;nes extraordinaires de disparition et de r&#233;apparition d'une id&#233;e aussi fondamentale sans leur attacher d'importance et sans songer &#224; en chercher l'explication qu'ils n'auraient pourtant pas trouv&#233;e dans le champ de leurs investigations, et que nous ne peut esp&#233;rer d&#233;couvrir qu'en appliquant la m&#233;thode historique de Marx, en la cherchant dans les transformations du monde &#233;conomique. qui pourtant avait exist&#233; parmi eux pendant la p&#233;riode sauvage pr&#233;c&#233;dente, reconnaissent sa renaissance quelques si&#232;cles avant l'&#232;re chr&#233;tienne, ainsi que sa persistance jusqu'&#224; nos jours. Ils se contentent d'&#233;voquer ces ph&#233;nom&#232;nes extraordinaires de disparition et de r&#233;apparition d'une id&#233;e aussi fondamentale sans leur attacher d'importance et sans songer &#224; en chercher l'explication qu'ils n'auraient pourtant pas trouv&#233;e dans le champ de leurs investigations, et que nous ne peut esp&#233;rer d&#233;couvrir qu'en appliquant la m&#233;thode historique de Marx, en la cherchant dans les transformations du monde &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les savants qui ont mis au jour les formes primitives de la famille, de la propri&#233;t&#233; et des institutions politiques, ont &#233;t&#233; trop absorb&#233;s par le travail de la recherche pour avoir le temps de s'interroger sur les causes de leurs transformations : ils n'ont fait que de l'histoire descriptive, et la science du monde social doit &#234;tre &#224; la fois explicative et descriptive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vico pense que l'homme est le moteur inconscient de l'histoire et que ce ne sont pas ses vertus mais ses vices qui en sont les forces agissantes. Ce n'est pas &#171; le d&#233;sint&#233;ressement, la g&#233;n&#233;rosit&#233; et l'humanit&#233;, mais la f&#233;rocit&#233;, l'avarice et l'ambition &#187; qui cr&#233;ent et d&#233;veloppent les soci&#233;t&#233;s ; &#034;Ces trois vices qui &#233;garent le genre humain, produisent l'arm&#233;e, le commerce et le pouvoir politique, et par cons&#233;quent le courage, la richesse et la sagesse des r&#233;publiques : de sorte que ces vices, capables de d&#233;truire le genre humain sur la terre, produisent f&#233;licit&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;sultat inattendu fournit &#224; Vico la preuve de &#171; l'existence d'une providence divine, d'une intelligence divine, qui, &#224; partir des passions des hommes, enti&#232;rement absorb&#233;es par leurs int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, qui pourraient les faire vivre dans des solitudes comme des b&#234;tes f&#233;roces, organisent la vie civile. ordre, nous permettant ainsi de vivre dans une soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La providence divine qui dirige les mauvaises passions des hommes est une seconde &#233;dition de l'axiome populaire : &#171; l'homme propose et Dieu dispose &#187;. Cette providence divine du philosophe napolitain et ce Dieu de la sagesse populaire qui conduit l'homme &#224; l'aide de ses vices et de ses passions, qu'est-ce que c'est ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de production, dit Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vico, conform&#233;ment au jugement populaire, affirme que l'homme seul fournit le moteur de l'histoire. Mais ses passions, mauvaises et bonnes, et ses besoins ne sont pas des quantit&#233;s invariables comme le supposent les id&#233;alistes, pour qui l'homme est toujours rest&#233; le m&#234;me. Par exemple, l'amour maternel, cet h&#233;ritage des animaux, sans lequel l'homme &#224; l'&#233;tat sauvage n'aurait pu vivre et se perp&#233;tuer, diminue dans la civilisation au point de dispara&#238;tre chez les m&#232;res de la classe riche, qui d&#232;s sa naissance se d&#233;chargent de l'enfant et le confier aux soins de mercenaires ; &#8211; d'autres femmes civilis&#233;es ressentent si peu le besoin de la maternit&#233; qu'elles font v&#339;u de virginit&#233; [1] ; l'amour paternel et la jalousie sexuelle, qui ne peuvent se manifester dans les tribus sauvages et barbares &#224; l'&#233;poque polyandre, sont au contraire tr&#232;s d&#233;velopp&#233;s chez les peuples civilis&#233;s ; &#8211; le sentiment d'&#233;galit&#233;, vif et imp&#233;rieux chez les sauvages et les barbares, qui vivent en communaut&#233;s, au point d'interdire &#224; chacun la possession d'un objet que les autres ne pourraient poss&#233;der, s'est si bien oblit&#233;r&#233; depuis que l'homme vit sous le syst&#232;me de la propri&#233;t&#233; individuelle, que les pauvres et les salari&#233;s de la civilisation acceptent avec r&#233;signation et comme un destin divin et naturel leur inf&#233;riorit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, au cours du d&#233;veloppement humain, des passions fondamentales se transforment, s'att&#233;nuent et s'&#233;teignent, tandis que d'autres naissent et grandissent. Chercher uniquement dans l'homme les causes d&#233;terminantes de leur production et de leur &#233;volution, ce serait admettre que, bien que vivant dans la nature et la soci&#233;t&#233;, il ne subit pas l'influence de la r&#233;alit&#233; environnante. Une telle supposition ne peut na&#238;tre m&#234;me dans le cerveau de l'id&#233;aliste le plus extr&#234;me, car il n'oserait supposer qu'on rencontre le m&#234;me sentiment de pudeur chez la respectable m&#232;re de famille et l'infortun&#233;e qui gagne sa vie avec son sexe ; m&#234;me rapidit&#233; de calcul chez l'employ&#233; de banque et chez le philosophe ; la m&#234;me agilit&#233; des doigts du pianiste professionnel et du creuseur de foss&#233;s. Il est donc ind&#233;niable que l'homme sur le plan physique, intellectuel,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. Le milieu naturel et le milieu artificiel ou social&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action du milieu n'est pas seulement directe, elle ne s'exerce pas seulement sur l'organe qui fonctionne, sur la main chez le pianiste et le creuseur de foss&#233;s, sur le sens moral chez l'honn&#234;te femme et la prostitu&#233;e ; elle est encore indirecte et r&#233;agit sur tous les organes. Cette g&#233;n&#233;ralisation de l'action du milieu que Geoffrey Saint-Hillaire d&#233;signait sous le nom caract&#233;ristique de subordination des organes et que les naturalistes modernes appellent loi de corr&#233;lation, Cuvier l'explique ainsi : &#171; Tout &#234;tre organis&#233; forme un tout, un syst&#232;me unique et clos, dont les parties se correspondent et contribuent &#224; une m&#234;me action d&#233;finie par une action r&#233;ciproque. Aucune de ces parties ne peut changer sans que les autres parties ne changent &#233;galement. Par exemple, la forme des dents d'un animal ne peut &#234;tre modifi&#233;e pour quelque cause que ce soit sans entra&#238;ner des modifications dans les m&#226;choires, les muscles qui les meuvent, les os du cr&#226;ne auxquels elles sont attach&#233;es, le cerveau que le cr&#226;ne enveloppe, les os et les muscles qui soutiennent la t&#234;te, la forme et la longueur des intestins, voire dans toutes les parties du corps. Les modifications qui se produisent dans les membres ant&#233;rieurs d&#232;s qu'ils ont cess&#233; de servir &#224; la marche ont amen&#233; des transformations organiques qui ont d&#233;finitivement s&#233;par&#233; l'homme des singes anthropo&#239;des.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas toujours possible de pr&#233;voir et de comprendre les modifications entra&#238;n&#233;es par le changement survenu dans tel ou tel organe : par exemple, pourquoi la fracture d'une patte ou l'ablation d'un testicule chez le cerf provoque l'atrophie de la corne sur le le c&#244;t&#233; oppos&#233; ; pourquoi les chats blancs sont sourds ; pourquoi les mammif&#232;res &#224; sabots sont herbivores et ceux &#224; cinq doigts arm&#233;s de griffes sont carnivores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un simple changement dans les habitudes, en soumettant un ou plusieurs organes &#224; un usage inaccoutum&#233;, entra&#238;ne parfois des modifications radicales de tout l'organisme. Darwin dit que le simple fait de brouter constamment sur des pentes abruptes a occasionn&#233; des variations dans le squelette de certaines races de vaches &#233;cossaises. Les naturalistes s'accordent &#224; consid&#233;rer les c&#233;tac&#233;s &#8211; baleines, cachalots et dauphins &#8211; comme d'anciens mammif&#232;res terrestres qui, trouvant dans la mer des aliments plus abondants et plus faciles &#224; se procurer, sont devenus nageurs et plongeurs : ce nouveau mode de vie a transform&#233; leurs organes, les r&#233;duisant &#224; un &#233;tat rudimentaire. celles qui ne sont plus utilis&#233;es, en d&#233;veloppant les autres et en les adaptant aux besoins du milieu aquatique. Les plantes du d&#233;sert du Sahara, pour s'adapter au milieu aride, ont &#233;t&#233; oblig&#233;es de se rabougrir, de r&#233;duire le nombre de leurs feuilles &#224; deux ou quatre, se rev&#234;tir d'une couche de cire pour emp&#234;cher l'&#233;vaporation, et prolonger &#233;norm&#233;ment leurs racines &#224; la recherche de l'humidit&#233; : leurs changements p&#233;riodiques vont &#224; l'encontre des saisons ordinaires ; elles dorment en &#233;t&#233; pendant la saison chaude et v&#233;g&#232;tent en hiver, en saison relativement froide et humide. Les plantes d'autres d&#233;serts pr&#233;sentent des caract&#233;ristiques analogues : un milieu donn&#233; implique l'existence d'&#234;tres pr&#233;sentant une combinaison de caract&#233;ristiques d&#233;finies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milieux cosmiques ou naturels, auxquels v&#233;g&#233;taux et animaux doivent s'adapter sous peine de mort, constituent, comme l'&#234;tre organis&#233; dont parle Cuvier, des combinaisons, des syst&#232;mes complexes sans limites pr&#233;cises dans l'espace, dont les parties sont : la formation g&#233;ologique et composition du sol, proximit&#233; de l'&#233;quateur, &#233;l&#233;vation au-dessus du niveau de la mer, cours des rivi&#232;res qui l'irriguent, quantit&#233; de pluie qu'il re&#231;oit et de la chaleur solaire qu'il emmagasine, etc., et plantes et animaux qui y vivent. Ces parties se correspondent de telle mani&#232;re que l'une d'elles ne peut changer sans entra&#238;ner de changement dans les autres parties : les changements du milieu naturel, quoique moins rapides que ceux qui se produisent chez les &#234;tres organis&#233;s, sont n&#233;anmoins appr&#233;ciables. Les for&#234;ts, par exemple, ont une influence sur la temp&#233;rature et les pluies, par cons&#233;quent sur l'humidit&#233; et la composition physique du sol. Darwin a montr&#233; que des animaux apparemment insignifiants, comme le ver, ont jou&#233; un r&#244;le consid&#233;rable dans la formation des moisissures v&#233;g&#233;tales ; Berthelot et les agronomes Hellriegal et Willfarth ont prouv&#233; que les bact&#233;ries qui pullulent dans les protub&#233;rances des racines des l&#233;gumineuses sont actives dans la fertilisation du sol. L'homme, par le travail du sol et la culture, exerce une influence marqu&#233;e sur le milieu naturel ; les d&#233;frichements commenc&#233;s par les Romains ont transform&#233; les pays fertiles d'Asie et d'Afrique en d&#233;serts inhabitables. Berthelot et les agronomes Hellriegal et Willfarth ont prouv&#233; que les bact&#233;ries qui pullulent dans les protub&#233;rances des racines des l&#233;gumineuses sont actives dans la fertilisation du sol. L'homme, par le travail du sol et la culture, exerce une influence marqu&#233;e sur le milieu naturel ; les d&#233;frichements commenc&#233;s par les Romains ont transform&#233; les pays fertiles d'Asie et d'Afrique en d&#233;serts inhabitables. Berthelot et les agronomes Hellriegal et Willfarth ont prouv&#233; que les bact&#233;ries qui pullulent dans les protub&#233;rances des racines des l&#233;gumineuses sont actives dans la fertilisation du sol. L'homme, par le travail du sol et la culture, exerce une influence marqu&#233;e sur le milieu naturel ; les d&#233;frichements commenc&#233;s par les Romains ont transform&#233; les pays fertiles d'Asie et d'Afrique en d&#233;serts inhabitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les v&#233;g&#233;taux, les animaux et l'homme &#224; l'&#233;tat de nature, tous soumis &#224; l'action du milieu naturel, sans autre moyen de r&#233;sistance que la facult&#233; d'adaptation de leurs organes, doivent finir par se diff&#233;rencier, m&#234;me s'ils ont une d'origine commune, si, pendant des centaines et des milliers de g&#233;n&#233;rations, ils vivent dans des milieux naturels diff&#233;rents. Les milieux naturels dissemblables tendent ainsi &#224; diversifier les hommes ainsi que les plantes et les animaux. C'est, en effet, pendant la p&#233;riode sauvage que se sont form&#233;es les diff&#233;rentes races humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme ne modifie pas seulement par son industrie le milieu dans lequel il vit, mais il cr&#233;e de toutes pi&#232;ces un milieu artificiel ou social, qui lui permet, sinon de soustraire son organisme au milieu naturel, du moins de r&#233;duire consid&#233;rablement cette action. . Mais ce milieu artificiel agit &#224; son tour sur l'homme tel qu'il y vient de son milieu naturel. L'homme, comme la plante et l'animal domestiqu&#233;, subit ainsi l'action de deux milieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milieux artificiels ou sociaux que les hommes ont successivement cr&#233;&#233;s diff&#232;rent entre eux par leur degr&#233; d'&#233;laboration et de complexit&#233;, mais des milieux de m&#234;me degr&#233; d'&#233;laboration et de complexit&#233; pr&#233;sentent entre eux de grandes ressemblances, quelles que soient les races humaines qui les ont cr&#233;&#233;s, et quelles que soient peuvent &#234;tre leurs habitats g&#233;ographiques : de sorte que si les hommes continuent &#224; subir l'action diversifiante de milieux naturels dissemblables, ils sont &#233;galement soumis &#224; l'action de milieux artificiels semblables qui op&#232;rent pour diminuer les diff&#233;rences des races et d&#233;velopper en elles les m&#234;mes besoins, les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts, les m&#234;mes passions et la m&#234;me mentalit&#233;. Par ailleurs, les m&#234;mes milieux naturels, comme par exemple ceux situ&#233;s &#224; la m&#234;me latitude et altitude, exercer une action unificatrice &#233;gale sur les v&#233;g&#233;taux et les animaux qui les habitent ; ils ont une flore et une faune analogues. Comme les milieux artificiels tendent ainsi &#224; unifier l'esp&#232;ce humaine qui, contrairement aux milieux naturels, s'est diversifi&#233;e en races et sous-races.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le milieu naturel &#233;volue avec une lenteur si extr&#234;me que les esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales et animales qui s'y adaptent semblent immuables. Le milieu artificiel, au contraire, &#233;volue avec une rapidit&#233; croissante, ainsi l'histoire de l'homme et de ses soci&#233;t&#233;s compar&#233;e &#224; celle des animaux et des v&#233;g&#233;taux est extraordinairement mobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milieux artificiels, comme l'&#234;tre organis&#233; et le milieu naturel, forment des combinaisons, des syst&#232;mes complexes sans limites pr&#233;cises dans l'espace et dans le temps, dont les parties se correspondent et sont si &#233;troitement li&#233;es les unes aux autres qu'une seule ne peut &#234;tre modifi&#233;e sans que toutes les autres le soient. secou&#233;s et contraints de subir &#224; leur tour des retouches. Le milieu artificiel ou social, d'une extr&#234;me simplicit&#233; et compos&#233; d'un petit nombre de parties chez les peuples sauvages, se complique &#224; mesure que l'homme progresse par l'adjonction de parties nouvelles et par le d&#233;veloppement de celles d&#233;j&#224; existantes. Elle a &#233;t&#233; form&#233;e, depuis l'&#233;poque historique, par des institutions &#233;conomiques, sociales, politiques et juridiques, par des traditions, des coutumes, des m&#339;urs et des m&#339;urs, par le bon sens et l'opinion publique, par des litt&#233;ratures religieuses, des arts, des philosophies, des sciences, modes de production et d'&#233;change, etc., et par les hommes qui y vivent. Ces parties, en se transformant et en r&#233;agissant les unes sur les autres, ont donn&#233; naissance &#224; une s&#233;rie de milieux sociaux de plus en plus complexes et &#233;tendus, qui, &#224; proportion de l'extension, ont modifi&#233; les hommes ; car, comme le milieu naturel, un milieu social donn&#233; implique l'existence d'hommes pr&#233;sentant une certaine combinaison de caract&#232;res analogues, physiques et moraux. Si toutes ces parties correspondantes n'&#233;taient stables ou ne variaient qu'avec une lenteur excessive, comme celles du milieu naturel, le milieu artificiel resterait en &#233;quilibre et il n'y aurait pas d'histoire ; son &#233;quilibre, au contraire, est extr&#234;mement et de plus en plus instable, constamment d&#233;s&#233;quilibr&#233; par les changements agissant dans l'une ou l'autre des parties,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les parties d'un milieu artificiel ne peuvent r&#233;agir les unes sur les autres que par l'interm&#233;diaire de l'homme. La partie modifi&#233;e doit commencer par transformer physiquement et mentalement les hommes qu'elle fait fonctionner, et doit leur sugg&#233;rer les modifications qu'elles doivent apporter aux autres parties pour les mettre au niveau des progr&#232;s r&#233;alis&#233;s en elle, afin qu'elles ne l'entravent pas dans son d&#233;veloppement, et pour qu'elles lui correspondent &#224; nouveau. Les parties non modifi&#233;es manifestent leur inconv&#233;nient pr&#233;cis&#233;ment par les qualit&#233;s utiles qui constituaient jadis leur &#171; bon c&#244;t&#233; &#187;, qui en devenant surann&#233;es sont nuisibles et constituent alors autant de &#171; mauvais c&#244;t&#233;s &#187;. Elles sont d'autant plus insupportables que les modifications qu'elles auraient d&#251; subir sont plus importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques faits historiques, trop r&#233;cents pour &#234;tre oubli&#233;s, illustreront le jeu des diverses parties de l'environnement artificiel par l'interm&#233;diaire de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'industrie a utilis&#233; l'&#233;lasticit&#233; de la vapeur comme force motrice, elle a exig&#233; de nouveaux moyens de transport pour transporter son combustible, sa mati&#232;re premi&#232;re et ses produits. Il sugg&#233;ra aux industriels int&#233;ress&#233;s l'id&#233;e de la traction &#224; vapeur sur rails de fer qui commen&#231;a &#224; &#234;tre pratiqu&#233;e dans les bassins houillers du Gard en 1830 et dans ceux de la Loire en 1832 ; c'est en 1829 que la premi&#232;re locomotive de Stephenson tire un train en Angleterre. Mais lorsqu'on a voulu &#233;tendre ce mode de locomotion, on s'est heurt&#233; &#224; des oppositions actives et diverses, qui ont retard&#233; son d&#233;veloppement pendant des ann&#233;es. M. Thiers, l'un des chefs politiques du capitalisme officiel, et l'un des repr&#233;sentants autoris&#233;s de son bon sens et de son opinion publique, s'y oppose &#233;nergiquement, car, d&#233;clare-t-il, &#171; un chemin de fer ne peut pas fonctionner &#187;. Les chemins de fer, en effet, bouleversent les id&#233;es les plus raisonnables et les plus &#233;tablies : elles n&#233;cessitaient, entre autres choses impossibles, de graves changements dans le mode de propri&#233;t&#233; &#8211; servant de base &#224; l'&#233;difice social de la bourgeoisie alors au pouvoir. Jusque-l&#224;, un capitaliste cr&#233;ait une industrie ou un &#233;tablissement marchand avec son propre argent, augment&#233;, tout au plus, de celui d'un ou deux amis et connaissances qui avaient confiance en son honn&#234;tet&#233; et son habilet&#233; ; il dirigeait l'emploi des fonds et &#233;tait le propri&#233;taire r&#233;el et nominal de l'usine ou de la maison de commerce. Mais les chemins de fer &#233;taient oblig&#233;s d'amasser des capitaux si &#233;normes qu'il fallait donc amener un grand nombre de capitalistes &#224; confier leur argent, qu'ils n'avaient jamais quitt&#233; de vue, &#224; des gens dont ils connaissaient &#224; peine le nom, encore moins leur capacit&#233; ou moralit&#233;. Lorsqu'ils ont l&#226;ch&#233; l'argent, ils ont perdu tout contr&#244;le sur son utilisation ; ils n'avaient pas la propri&#233;t&#233; personnelle des gares, wagons, locomotives, etc., qu'elle servait &#224; cr&#233;er ; au lieu de pi&#232;ces d'or ou d'argent, ayant volume, poids et autres qualit&#233;s solides, ils recevaient en retour une feuille de papier &#233;troite et l&#233;g&#232;re, repr&#233;sentant fictivement, un morceau immat&#233;riel de la propri&#233;t&#233; collective, dont il portait le nom, imprim&#233; en grosses lettres . Jamais de m&#233;moire bourgeoise la propri&#233;t&#233; n'avait pris une telle forme m&#233;taphysique. Cette forme nouvelle, qui d&#233;personnalise la propri&#233;t&#233;, est en contradiction si violente avec celle qui r&#233;sume les joies des capitalistes, celle qu'ils ont connue et transmise depuis des g&#233;n&#233;rations, que pour la d&#233;fendre et la propager, il ne se trouve plus que les hommes. accus&#233;s de tous les crimes et d&#233;nonc&#233;s comme les pires perturbateurs de l'ordre social, &#8211; les socialistes. Fourier et St. Simon salue la mobilisation de la propri&#233;t&#233; en papier-titres. On retrouve dans les rangs de leurs disciples les industriels, ing&#233;nieurs et financiers qui pr&#233;par&#232;rent la r&#233;volution de 1848 et furent les conspirateurs du 2 d&#233;cembre : ils profit&#232;rent de la r&#233;volution politique pour r&#233;volutionner le milieu &#233;conomique en centralisant les neuf banques provinciales dans la Banque de France , en l&#233;galisant la nouvelle forme de propri&#233;t&#233; et en la faisant accepter par l'opinion publique, et en cr&#233;ant le r&#233;seau des chemins de fer fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande industrie m&#233;canique, qui doit puiser au loin son combustible et sa mati&#232;re premi&#232;re, et qui doit &#233;parpiller largement ses produits, ne peut tol&#233;rer le morcellement d'une nation en petits &#201;tats autonomes, avec tarifs, lois, poids et mesures, pi&#232;ces de monnaie, papier devises, etc., qui leur sont propres ; elle exige au contraire le d&#233;veloppement de nations unifi&#233;es et centralis&#233;es. L'Italie et l'Allemagne ont r&#233;pondu &#224; ces exigences de la grande industrie, mais seulement au prix de guerres sanglantes. MM. Thiers et Proudhon, qui avaient de nombreux points de ressemblance et qui repr&#233;sentaient les int&#233;r&#234;ts politiques de la petite industrie, devinrent les ardents d&#233;fenseurs de l'ind&#233;pendance des &#201;tats de l'&#201;glise et des princes italiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque l'homme cr&#233;e et modifie successivement les parties de l'environnement social, c'est donc en lui que r&#233;sident les forces motrices de l'histoire, &#8211; ainsi Vico et la sagesse populaire tiennent, plut&#244;t que dans la Justice, le Progr&#232;s, la Libert&#233; et autres entit&#233;s m&#233;taphysiques, comme les plus philosophiques. r&#233;p&#232;tent b&#234;tement les historiens. Ces id&#233;es confuses et inexactes varient selon les &#233;poques historiques et selon les groupes ou m&#234;me les individus d'une m&#234;me &#233;poque ; car ils sont les reflets mentaux des ph&#233;nom&#232;nes produits dans les diff&#233;rentes parties du milieu artificiel ; par exemple, le capitaliste, le magistrat et le salari&#233; ont des id&#233;es diff&#233;rentes de la justice. Le socialiste entend par justice la restitution aux producteurs salari&#233;s des richesses qui leur ont &#233;t&#233; vol&#233;es, tandis que pour le capitaliste la justice est la conservation de cette richesse vol&#233;e, et comme ce dernier poss&#232;de le pouvoir &#233;conomique et politique, sa notion pr&#233;domine et fait la loi, qui, pour le magistrat, devient justice. Pr&#233;cis&#233;ment parce que le m&#234;me mot recouvre des notions contradictoires, la classe capitaliste a fait de ces id&#233;es un instrument de tromperie et de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie du milieu artificiel ou social dans lequel l'homme &#233;volue lui donne une &#233;ducation physique, intellectuelle et morale. Cette &#233;ducation par les choses, qui engendre en lui des id&#233;es et excite ses passions, est inconsciente ; ainsi, lorsqu'il agit, il s'imagine suivre librement les impulsions de ses passions et de ses id&#233;es, alors qu'il ne c&#232;de qu'aux influences exerc&#233;es sur lui par l'une des parties du milieu artificiel, qui ne peut r&#233;agir sur les autres parties que par interm&#233;diaire de ses id&#233;es et de ses passions. Ob&#233;issant instinctivement &#224; la pression indirecte du milieu, il attribue la direction de ses actions et de ses &#233;motions &#224; un Dieu, &#224; une intelligence divine, ou &#224; des id&#233;es de Justice, de Progr&#232;s, d'Humanit&#233;, etc. Si la marche de l'histoire est inconsciente, puisque comme dit Hegel , l'homme finit toujours par un r&#233;sultat autre que celui qu'il cherchait,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la partie la plus instable du milieu social, celle qui change le plus souvent en quantit&#233; et en qualit&#233;, celle qui est le plus susceptible de troubler l'ensemble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de fabrication ; r&#233;pond Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par mode de production, Marx n'entend pas ce qui est produit, mais la mani&#232;re de le produire ; il y a donc eu du tissage d&#232;s la pr&#233;histoire, mais ce n'est que depuis un si&#232;cle environ qu'il y a eu du tissage &#224; la machine. La production m&#233;canique est la caract&#233;ristique essentielle de l'industrie moderne. Nous avons sous les yeux un exemple sans pr&#233;c&#233;dent de son pouvoir terrible et irr&#233;sistible de transformer les institutions sociales, &#233;conomiques, politiques et juridiques d'une nation. Son introduction au Japon a &#233;lev&#233; ce pays en une g&#233;n&#233;ration de l'&#233;tat f&#233;odal du moyen &#226;ge &#224; l'&#233;tat constitutionnel du monde capitaliste et l'a plac&#233; au premier rang des puissances mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des causes multiples s'unissent pour assurer au mode de production cette toute-puissance d'action. La production absorbe, directement ou indirectement, l'&#233;nergie d'une immense majorit&#233; des individus d'une nation, tandis que dans les autres parties constituant le milieu social (politique, religion, litt&#233;rature, etc.) une faible minorit&#233; est occup&#233;e, et m&#234;me cette minorit&#233; peut ne pas &#234;tre int&#233;ress&#233; &#224; se procurer les moyens d'existence, mat&#233;riels et intellectuels. Par cons&#233;quent, tous les hommes subissent mentalement et physiquement, plus ou moins, l'influence modificatrice du mode de production, tandis qu'un tr&#232;s petit nombre d'hommes subit celle des autres parties ; or, comme c'est par l'interm&#233;diaire des hommes que les diff&#233;rentes parties du milieu social agissent les unes sur les autres, celle qui modifie le plus les hommes poss&#232;de n&#233;cessairement le plus d'&#233;nergie pour mouvoir toute la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de production, relativement peu important dans le milieu social du sauvage, prend une importance pr&#233;pond&#233;rante et toujours croissante par l'incorporation incessante dans la production des forces de la nature, &#224; mesure que l'homme apprend &#224; les conna&#238;tre : l'homme pr&#233;historique a commenc&#233; cette incorporation. en utilisant des pierres pour les armes et les outils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les progr&#232;s du mode de production sont relativement rapides, non seulement parce que la production occupe une masse &#233;norme d'hommes, mais encore parce que, en attisant &#171; trois furies de l'int&#233;r&#234;t priv&#233; &#187;, elle met en jeu les trois vices qui, pour Vico, sont les mobiles forces de l'histoire, - la duret&#233; de c&#339;ur, l'avarice et l'ambition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les progr&#232;s du mode de production sont devenus si irr&#233;fl&#233;chis depuis deux si&#232;cles que les hommes int&#233;ress&#233;s &#224; la production doivent sans cesse remodeler les parties correspondantes du milieu social pour les maintenir au niveau ; les r&#233;sistances qu'ils rencontrent donnent lieu &#224; d'incessants conflits, &#233;conomiques et politiques. Ainsi, pour d&#233;couvrir les causes premi&#232;res des mouvements historiques, il faut les chercher dans le mode de production de la vie mat&#233;rielle, qui, comme le dit Marx, domine en g&#233;n&#233;ral le d&#233;veloppement de la vie sociale, politique et intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;terminisme &#233;conomique de Marx &#244;te &#224; la loi d'unit&#233; du d&#233;veloppement historique de Vico son caract&#232;re de pr&#233;d&#233;termination, qui porterait l'id&#233;e que les phases historiques par lesquelles passe une nation, comme les phases embryonnaires d'un animal, sont, comme le pensait Geoffrey Saint-Hillaire , indissolublement li&#233;e &#224; sa nature m&#234;me et d&#233;termin&#233;e par l'action in&#233;vitable d'une force int&#233;rieure, une &#171; force &#233;volutive &#187;, qui la conduirait dans des voies pr&#233;&#233;tablies vers des fins trac&#233;es &#224; l'avance ; d'o&#249; il s'ensuivrait que toutes les nations devaient progresser, toujours et ou non, d'un pas &#233;gal et par une seule et m&#234;me voie. La loi de l'unit&#233; de d&#233;veloppement, ainsi con&#231;ue, ne serait v&#233;rifi&#233;e par le d&#233;veloppement d'aucune nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire, au contraire, montre les nations telles qu'elles sont, les unes traversant en boitillant certains stades de l'&#233;volution, que d'autres parcourent comme des chevaux de course, tandis que d'autres encore remontent des stades d&#233;j&#224; atteints. Ces retards, progressions et r&#233;cessions ne s'expliquent que lorsque l'on examine l'histoire sociale, politique et intellectuelle des diverses nations &#224; la lumi&#232;re de l'histoire des milieux artificiels dans lesquels elles ont &#233;volu&#233;, les changements de ces milieux, d&#233;termin&#233;s par le mode de la production, d&#233;terminent &#224; leur tour des &#233;v&#233;nements historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milieux artificiels ne se transformant qu'au prix de luttes nationales et internationales, les &#233;v&#233;nements historiques d'une nation sont ainsi soumis &#224; des relations qui s'&#233;tablissent entre le milieu artificiel &#224; transformer et la nation, fa&#231;onn&#233;e qu'elle a &#233;t&#233; par son milieu naturel et ses caract&#233;ristiques h&#233;r&#233;ditaires et acquises. Le milieu naturel et le pass&#233; historique ont imprim&#233; &#224; chaque nation certaines caract&#233;ristiques originales ; il s'ensuit donc que le m&#234;me mode de production ne produit pas, avec une exactitude math&#233;matique, les m&#234;mes milieux artificiels ou sociaux, et par cons&#233;quent n'occasionne pas des &#233;v&#233;nements historiques absolument semblables dans les diff&#233;rentes nations et &#224; tous les moments de l'histoire, puisque la concurrence internationale vitale s'accro&#238;t et s'intensifie en proportion de l'accroissement du nombre des nations qui arrivent aux stades sup&#233;rieurs de la civilisation. L'&#233;volution historique des nations n'est donc pas pr&#233;d&#233;termin&#233;e, pas plus que l'&#233;volution embryonnaire des individus : si elle passe par des organisations semblables de la famille, de la propri&#233;t&#233;, du droit et de la politique, et par des formes de pens&#233;e analogues en philosophie, religion, art, et la litt&#233;rature, c'est que les nations, quelles que soient leur race et leur habitat g&#233;ographique, &#233;prouvent dans leur d&#233;veloppement des besoins mat&#233;riels et intellectuels substantiellement semblables et doivent in&#233;vitablement recourir, pour la satisfaction de ces besoins, aux m&#234;mes m&#233;thodes de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne s'observe chez les insectes qui ont r&#233;ussi &#224; se cr&#233;er un milieu social : la reine des abeilles, qui est la m&#232;re de la ruche, ne s'occupe pas de sa prog&#233;niture, et tue ses filles pourvues d'organes sexuels, que les ouvriers neutres sont oblig&#233;s de prot&#233;ger de sa fureur maternelle. Certaines races de volailles domestiques ont perdu l'instinct de maternit&#233; ; bien qu'excellentes pondeuses, elles ne s'assoient jamais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx et le communisme</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8541</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8541</guid>
		<dc:date>2025-05-01T22:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>communisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Marx et le communisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx r&#233;pond par ses &#233;crits &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833 &lt;br class='autobr' /&gt;
Principes du communisme, par Friedrich Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le socialisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot229" rel="tag"&gt;communisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx et le communisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marx r&#233;pond par ses &#233;crits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principes du communisme, par Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme pour Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611aa.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611aa.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ac.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ac.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ad.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ad.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ae.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ae.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme est-il un &#233;galitarisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1586&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme de Marx, vu par L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article367&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme de Marx, un &#233;tatisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Manifeste communiste &#187; de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article86&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article86&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6125&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6125&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger Dangeville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/societe_communiste/societe_communiste_presentation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/societe_communiste/societe_communiste_presentation.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc008.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc008.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx et Friedrich Engels, sur la dictature du prol&#233;tariat</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article7957</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article7957</guid>
		<dc:date>2025-04-05T22:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Marx et Friedrich Engels, sur la dictature du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
La division du travail implique du m&#234;me coup la contradiction entre l'int&#233;r&#234;t de l'individu priv&#233; ou de la famille singuli&#232;re et l'int&#233;r&#234;t commun de tous les individus li&#233;s par des relations mutuelles. Or, cet int&#233;r&#234;t collectif ne peut exister seulement dans la repr&#233;sentation comme &#171; int&#233;r&#234;t universel &#187;, mais il existe d'abord dans la r&#233;alit&#233; sous forme de d&#233;pendance r&#233;ciproque des individus qui se partagent le travail... (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;3- L'objectif de la dictature du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx et Friedrich Engels, sur la dictature du prol&#233;tariat &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La division du travail implique du m&#234;me coup la contradiction entre l'int&#233;r&#234;t&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'individu priv&#233; ou de la famille singuli&#232;re et l'int&#233;r&#234;t commun de tous les individus li&#233;s par des relations mutuelles. Or, cet int&#233;r&#234;t collectif ne peut exister&lt;br class='autobr' /&gt;
seulement dans la repr&#233;sentation comme &#171; int&#233;r&#234;t universel &#187;, mais il existe&lt;br class='autobr' /&gt;
d'abord dans la r&#233;alit&#233; sous forme de d&#233;pendance r&#233;ciproque des individus qui se&lt;br class='autobr' /&gt;
partagent le travail...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement cette contradiction entre l'int&#233;r&#234;t particulier et l'int&#233;r&#234;t collectif&lt;br class='autobr' /&gt;
qui am&#232;ne l'int&#233;r&#234;t collectif &#224; prendre, en tant qu'&#201;tat, une forme ind&#233;pendante,&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;par&#233;e des int&#233;r&#234;ts r&#233;els de l'individu et de l'ensemble et &#224; faire en m&#234;me temps&lt;br class='autobr' /&gt;
figure de communaut&#233; illusoire, mais toujours sur la base concr&#232;te des liens existants dans chaque conglom&#233;rat de familles et de tribus, tels que liens de la chair et&lt;br class='autobr' /&gt;
du sang, langage, division du travail &#224; une plus grande &#233;chelle et autres int&#233;r&#234;ts -&lt;br class='autobr' /&gt;
et parmi ces int&#233;r&#234;ts nous trouvons en particulier les int&#233;r&#234;ts des classes d&#233;j&#224; conditionn&#233;es par la division du travail, qui se d&#233;gagent dans tout groupement de&lt;br class='autobr' /&gt;
ce genre et dont l'une domine toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que toutes les luttes &#224; l'INT&#201;RIEUR de l'&#201;tat &#8211; la lutte entre la d&#233;mocratie, l'aristocratie et la monarchie, la lutte pour le droit de vote, etc., etc. &#8211; ne&lt;br class='autobr' /&gt;
sont que des formes illusoires sous lesquelles sont men&#233;es les luttes r&#233;elles des&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rentes classes entre elles ; et il s'ensuit &#233;galement que toute classe qui se bat&lt;br class='autobr' /&gt;
pour la domination &#8211; comme c'est le cas du prol&#233;tariat, m&#234;me si sa domination a&lt;br class='autobr' /&gt;
en vue d'abolir toute la forme sociale surann&#233;e et le pouvoir en g&#233;n&#233;ral &#8211; doit&lt;br class='autobr' /&gt;
commencer par conqu&#233;rir d'abord le pouvoir politique pour faire valoir ses int&#233;r&#234;ts comme &#233;tant l'int&#233;r&#234;t universel &#8211; ce &#224; quoi il est contraint dans une premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme utopique n'est l'expression th&#233;orique du prol&#233;tariat qu'aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
longtemps que celui-ci n'est pas encore assez m&#251;r pour d&#233;velopper son propre&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement historique par lui-m&#234;me 45. L'utopisme, le socialisme des doctrinaires, subordonnait l'ensemble du mouvement &#224; l'un de ses moments particuliers et&lt;br class='autobr' /&gt;
posait &#224; la place de la production sociale communautaire l'activit&#233; c&#233;r&#233;brale du&lt;br class='autobr' /&gt;
penseur individuel, dont l'imagination &#233;liminait la lutte r&#233;volutionnaire des classes&lt;br class='autobr' /&gt;
avec ses exigences au moyen de petits artifices ou de grosses sentimentalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, le socialisme doctrinaire id&#233;alise les conditions de la soci&#233;t&#233;, dont il reproduit une image sans ombre, en cherchant &#224; faire triompher son id&#233;al contre la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233; de cette soci&#233;t&#233;. Aujourd'hui le prol&#233;tariat abandonne ce socialisme &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
petite bourgeoisie, tandis que la lutte des diff&#233;rents chefs socialistes entre eux fait&lt;br class='autobr' /&gt;
ressortir clairement que la revendication obstin&#233;e de telle ou telle mesure particuli&#232;re qu'ils pr&#244;nent avec obstination n'est qu'un point de transition entre autres du&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnement de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intervalle, le prol&#233;tariat se regroupe de plus en plus autour du socialisme r&#233;volutionnaire, autour du communisme pour lequel la bourgeoisie elle-m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
a invent&#233; le nom de Blanqui. Ce socialisme est la d&#233;claration de la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
permanente avec la dictature r&#233;volutionnaire de classe du prol&#233;tariat en tant que&lt;br class='autobr' /&gt;
point n&#233;cessaire de transition pour parvenir &#224; l'abolition de toutes les diff&#233;rences&lt;br class='autobr' /&gt;
de classe en g&#233;n&#233;ral, &#224; l'abolition de tous les rapports de production sur lesquels&lt;br class='autobr' /&gt;
se fondent les classes, &#224; l'abolition de tous les rapports sociaux qui correspondent&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ce mode de production, au r&#233;volutionnement de toutes les id&#233;es qui &#233;manent de&lt;br class='autobr' /&gt;
ces rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1845, Marx et moi, nous avons pens&#233; que l'une des cons&#233;quences finales de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne sera l'extinction progressive des organisations politiques appel&#233;es du nom d'&#201;tat. De tout temps, le but essentiel de cet&lt;br class='autobr' /&gt;
organisme a &#233;t&#233; de maintenir et de garantir par la violence arm&#233;e l'assujettissement &#233;conomique de la majorit&#233; ouvri&#232;re par la minorit&#233; fortun&#233;e. Avec la disparition de cette minorit&#233; fortun&#233;e dispara&#238;t aussi la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir arm&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'oppression ou &#201;tat. Mais en m&#234;me temps, nous avons toujours pens&#233; que, pour&lt;br class='autobr' /&gt;
parvenir &#224; ce r&#233;sultat et &#224; d'autres, bien plus importants encore pour la future r&#233;volution sociale, la classe ouvri&#232;re devait d'abord s'emparer du pouvoir politique de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat, afin d'&#233;craser gr&#226;ce &#224; lui la r&#233;sistance de la classe capitaliste et de r&#233;organiser les structures sociales. C'est ce que l'on peut lire d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste de 1847.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes mettent les choses sens dessus dessous. Ils d&#233;clarent que la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit commencer en abolissant l'organisation politique de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#201;tat. Or, la seule organisation dont le prol&#233;tariat dispose apr&#232;s sa victoire, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cis&#233;ment l'&#201;tat. Certes, cet &#201;tat doit subir des changements tr&#232;s consid&#233;rables&lt;br class='autobr' /&gt;
avant de pouvoir remplir ses nouvelles fonctions, mais le d&#233;truire &#224; ce moment-l&#224;,&lt;br class='autobr' /&gt;
ce serait d&#233;truire le seul organe gr&#226;ce auquel le prol&#233;tariat victorieux puisse pr&#233;cis&#233;ment faire valoir la domination qu'il vient de conqu&#233;rir pour &#233;craser ses adversaires capitalistes et entreprendre le r&#233;volutionnement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, faute de quoi toute victoire devra s'achever par une nouvelle d&#233;faite et par&lt;br class='autobr' /&gt;
un massacre g&#233;n&#233;ral des ouvriers, comme ce fut le cas de la Commune de&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les antiautoritaires ne se bornent-ils pas &#224; crier contre l'autorit&#233; politique, l'&#201;tat ? Tous les socialistes sont d'accord sur le fait que l'&#201;tat politique et,&lt;br class='autobr' /&gt;
avec lui, l'autorit&#233; politique dispara&#238;tront &#224; la suite de la r&#233;volution sociale future,&lt;br class='autobr' /&gt;
autrement dit que les fonctions publiques perdront leur caract&#232;re politique et se&lt;br class='autobr' /&gt;
transformeront en simples administrations veillant aux v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts sociaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les antiautoritaires demandent que l'&#201;tat politique autoritaire soit aboli d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
seul coup, avant m&#234;me que ne soient supprim&#233;es les conditions sociales qui l'ont&lt;br class='autobr' /&gt;
fait na&#238;tre. Ils r&#233;clament que le premier acte de la r&#233;volution sociale soit l'abolition&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ont-ils jamais vu une r&#233;volution, ces messieurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit, c'est l'acte&lt;br class='autobr' /&gt;
par lequel une fraction de la population impose sa volont&#233; &#224; l'autre au moyen de&lt;br class='autobr' /&gt;
fusils, de ba&#239;onnettes et de canons, moyens autoritaires s'il en est ; et le parti victorieux, s'il ne veut pas avoir combattu en vain, doit continuer &#224; dominer avec la&lt;br class='autobr' /&gt;
terreur que ses armes inspirent aux r&#233;actionnaires. La Commune de Paris e&#251;t-elle&lt;br class='autobr' /&gt;
pu se maintenir un seul jour si elle n'avait pas us&#233; de l'autorit&#233; d'un peuple en ar-&lt;br class='autobr' /&gt;
mes contre la bourgeoisie ? Ne faut-il pas, au contraire, la critiquer de ce qu'elle&lt;br class='autobr' /&gt;
ait fait trop peu usage de son autorit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, de deux choses l'une : ou bien les antiautoritaires ne savent pas ce qu'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
disent et, dans ce cas, ils ne font que semer la confusion, ou bien ils le savent et,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans ce cas, ils trahissent la cause du prol&#233;tariat. De toute fa&#231;on, ils servent la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette affaire n'&#233;tait ni pr&#233;par&#233;e, ni organis&#233;e, ni dirig&#233;e. On n'avait&lt;br class='autobr' /&gt;
pas fix&#233; de but aux gr&#232;ves, et on ne s'&#233;tait pas concert&#233; sur l'action &#224; mener. C'est&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui explique que les gr&#233;vistes h&#233;sit&#232;rent d&#232;s que les autorit&#233;s firent preuve de la&lt;br class='autobr' /&gt;
moindre r&#233;sistance, et que les ouvriers furent incapables de surmonter leur respect&lt;br class='autobr' /&gt;
de la loi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi une force militaire et polici&#232;re minime suffit &#224; tenir les masses&lt;br class='autobr' /&gt;
en &#233;chec. On a vu &#224; Manchester comment des milliers d'ouvriers furent encadr&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
et cern&#233;s sur une place par quatre ou cinq dragons qui tenaient les issues !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principe de la &#171; r&#233;volution l&#233;gale &#187; avait tout paralys&#233;. C'est ainsi que l'entreprise &#233;choua. Tous les ouvriers reprirent le travail lorsque leurs maigres &#233;conomies furent d&#233;pens&#233;es et qu'il ne leur resta plus rien &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose qui fut et reste utile dans tout cela pour les sans-r&#233;serves, c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
la conscience qu'une r&#233;volution par des voies l&#233;gales est impossible, et que seule&lt;br class='autobr' /&gt;
une r&#233;volution violente des rapports aberrants de la pr&#233;sente soci&#233;t&#233; &#8211; c'est-&#224;-dire un renversement radical de l'aristocratie fonci&#232;re et industrielle &#8211; peuvent&lt;br class='autobr' /&gt;
am&#233;liorer la situation mat&#233;rielle des prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; la bourgeoisie centralise consid&#233;rablement. Loin d'en &#234;tre d&#233;savantag&#233;, le prol&#233;tariat se trouve mis en &#233;tat par cette centralisation de s'unifier, de se&lt;br class='autobr' /&gt;
sentir comme classe, de s'approprier dans la d&#233;mocratie une conception politique&lt;br class='autobr' /&gt;
ad&#233;quate et, pour finir, de vaincre la bourgeoisie. Le prol&#233;tariat d&#233;mocrate n'a pas&lt;br class='autobr' /&gt;
seulement besoin de la centralisation amorc&#233;e par la bourgeoisie, il devra la pousser bien plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le court moment o&#249; le prol&#233;tariat a &#233;t&#233; &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat durant la R&#233;volution fran&#231;aise &#8211; lors du r&#232;gne de la Montagne &#8211; il a r&#233;alis&#233; la centralisation par tous les moyens, avec la grenaille et la guillotine. S'il revient maintenant au&lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir, le prol&#233;tariat d&#233;mocratique devra centraliser non seulement chaque pays&lt;br class='autobr' /&gt;
pour lui-m&#234;me, mais encore tous les pays civilis&#233;s dans leur ensemble, et ce, aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
rapidement que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'&#201;tat, toute la situation fluctuante apr&#232;s une r&#233;volution exige une dictature, et m&#234;me une dictature &#233;nergique 53. Depuis le d&#233;but, nous avons&lt;br class='autobr' /&gt;
reproch&#233; &#224; Camphausen de ne pas agir de fa&#231;on dictatoriale, de ne pas briser et&lt;br class='autobr' /&gt;
extirper imm&#233;diatement les vestiges des institutions surann&#233;es. Et tandis qu'il se&lt;br class='autobr' /&gt;
ber&#231;ait d'illusions constitutionnelles, le parti vaincu de la r&#233;action renfor&#231;ait ses&lt;br class='autobr' /&gt;
positions au sein de la bureaucratie et de l'arm&#233;e et se risquait m&#234;me, &#231;&#224; et l&#224;, &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
reprendre la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; supposer que la contre-r&#233;volution tiendrait dans toute l'Europe par les armes, elle mourrait dans toute l'Europe par l'argent 54. La fatalit&#233; qui annulerait la&lt;br class='autobr' /&gt;
victoire serait la faillite europ&#233;enne &#8211; la faillite de l'&#201;tat. Les pointes des ba&#239;onnettes se brisent aux piques de l'&#171; &#233;conomie &#187; comme de l'amadou qui s'effrite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;volution n'attend pas l'&#233;ch&#233;ance de ces traites que les &#201;tats europ&#233;ens&lt;br class='autobr' /&gt;
ont tir&#233;es sur la nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris sera donn&#233;e la r&#233;plique d&#233;cisive aux journ&#233;es de juin. Lorsque la R&#233;publique rouge vaincra &#224; Paris, les arm&#233;es des diff&#233;rents pays seront projet&#233;es de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'int&#233;rieur vers les fronti&#232;res et se d&#233;verseront &#224; l'ext&#233;rieur : la puissance r&#233;elle des&lt;br class='autobr' /&gt;
partis en lutte se r&#233;v&#233;lera, d&#232;s lors, dans toute sa puret&#233;. Nous nous souviendrons&lt;br class='autobr' /&gt;
alors de Juin et d'Octobre 1848 &#8211; et nous crierons &#224; notre tour : Malheur aux vaincus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vains massacres depuis les journ&#233;es de Juin et d'Octobre, les longs sacrifices depuis F&#233;vrier et Mars, le cannibalisme m&#234;me de la contre-r&#233;volution forgeront chez les peuples la conviction qu'il n'existe qu'un seul moyen de concentrer,&lt;br class='autobr' /&gt;
d'abr&#233;ger et de simplifier les souffrances d'une vieille soci&#233;t&#233; agonisante et les&lt;br class='autobr' /&gt;
douleurs sanglantes de l'accouchement d'une soci&#233;t&#233; nouvelle : le terrorisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, &#224; quoi bon vos phrases hypocrites en vue de trouver&lt;br class='autobr' /&gt;
l'impossible pr&#233;texte pour nous condamner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes sans piti&#233;, et nous ne vous demandons pas de nous m&#233;nager.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque ce sera notre tour, nous ne chercherons pas d'excuses &#224; notre terrorisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, les terroristes royalistes, les terroristes par la gr&#226;ce de Dieu et du Droit, s'ils&lt;br class='autobr' /&gt;
sont brutaux, m&#233;prisables et vulgaires dans la pratique, sont l&#226;ches, sournois et&lt;br class='autobr' /&gt;
hypocrites en th&#233;orie ; bref, dans les deux cas, ils n'ont pas d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Statuts de la Ligue des communistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 1. - Le but de la Ligue est le renversement de la bourgeoisie, la domination du prol&#233;tariat, l'abolition de la vieille soci&#233;t&#233; bourgeoise, fond&#233;e sur les&lt;br class='autobr' /&gt;
antagonismes de classe, et l'instauration d'une soci&#233;t&#233; nouvelle, sans classes et&lt;br class='autobr' /&gt;
sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 2. - Les conditions d'adh&#233;sion sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) un mode de vie et une activit&#233; conformes &#224; ce but ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) une &#233;nergie r&#233;volutionnaire et un z&#232;le propagandiste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) faire profession de communisme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) s'abstenir de participer &#224; toute soci&#233;t&#233; politique ou nationale anti-communiste, et informer le Comit&#233; sup&#233;rieur de l'inscription &#224; une soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
quelconque..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration de principe de la Soci&#233;t&#233; universelle&lt;br class='autobr' /&gt;
des communistes r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 1. - Le but de l'association est la d&#233;ch&#233;ance de toutes les classes privil&#233;gi&#233;es, de soumettre ces classes &#224; la dictature des prol&#233;taires, en maintenant la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volution en permanence jusqu'&#224; la r&#233;alisation du communisme, qui doit &#234;tre la&lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re forme de constitution de la famille humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 2. - Pour contribuer &#224; la r&#233;alisation de ce but, l'association formera des&lt;br class='autobr' /&gt;
liens de solidarit&#233; entre toutes les fractions du parti communiste r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
en faisant dispara&#238;tre, conform&#233;ment au principe de la fraternit&#233; r&#233;publicaine, les&lt;br class='autobr' /&gt;
divisions en nationalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 3. - Le comit&#233; fondateur de l'association est constitu&#233; en Comit&#233; central, et &#233;tablira, partout o&#249; ce sera n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alisation de l'&#339;uvre, des comit&#233;s qui correspondront avec le Comit&#233; central...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lutte contre le pouvoir collectif des classes poss&#233;dantes, le prol&#233;tariat&lt;br class='autobr' /&gt;
ne peut agir comme classe qu'en se constituant lui-m&#234;me en parti politique distinct, oppos&#233; &#224; tous les anciens partis form&#233;s par les classes poss&#233;dantes. Cette&lt;br class='autobr' /&gt;
constitution du prol&#233;tariat en parti politique est indispensable pour assurer le&lt;br class='autobr' /&gt;
triomphe de la r&#233;volution sociale et de son but supr&#234;me, l'abolition des classes. La&lt;br class='autobr' /&gt;
coalition des forces ouvri&#232;res d&#233;j&#224; obtenue par les luttes &#233;conomiques doit aussi&lt;br class='autobr' /&gt;
servir de levier aux mains de cette classe, dans sa lutte contre le pouvoir politique&lt;br class='autobr' /&gt;
de ses exploiteurs. Les seigneurs de la terre et les seigneurs du capital se serviront toujours de leurs privil&#232;ges politiques pour d&#233;fendre et perp&#233;tuer leurs monopoles &#233;conomiques, et asservir le travail. La conqu&#234;te du pouvoir politique devient donc le premier devoir du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout parti politique tend &#224; s'assurer la domination de l'&#201;tat, le Parti&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvrier social-d&#233;mocrate allemand s'efforce n&#233;cessairement d'instaurer sa domination qui est celle de la classe ouvri&#232;re, soit une &#171; domination de classe &#187;. Qui&lt;br class='autobr' /&gt;
plus est, depuis les chartistes anglais, tout v&#233;ritable parti prol&#233;tarien pr&#244;ne une&lt;br class='autobr' /&gt;
politique de classe, l'organisation du prol&#233;tariat comme parti politique ind&#233;pendant en tant que condition premi&#232;re de sa lutte, et la dictature du prol&#233;tariat en tant&lt;br class='autobr' /&gt;
que but imm&#233;diat de sa lutte. En d&#233;clarant cela &#171; absurde &#187;, M&#252;lberger s'est plac&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
lui-m&#234;me hors du mouvement prol&#233;tarien et a pris rang dans la sph&#232;re du socialisme petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; les conditions actuelles, le grand devoir de la classe ouvri&#232;re est&lt;br class='autobr' /&gt;
de conqu&#233;rir le pouvoir politique . Il semble que les ouvriers en prennent conscience. On assiste, en effet, &#224; une reprise du mouvement aussi bien ici en Allemagne, qu'en France et en Italie, o&#249; l'on tente pareillement de restaurer le parti ouvrier. Un &#233;l&#233;ment de son succ&#232;s, c'est le nombre. Toutefois, le nombre ne p&#232;se&lt;br class='autobr' /&gt;
dans la balance que s'il est uni par l'association et guid&#233; par une claire conscience&lt;br class='autobr' /&gt;
commune. L'exp&#233;rience du pass&#233; a amplement d&#233;montr&#233; que si l'on d&#233;daigne de&lt;br class='autobr' /&gt;
nouer ce lien fraternel entre les travailleurs des diff&#233;rents pays pour les entra&#238;ner &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
faire front ensemble dans leurs luttes pour l'&#233;mancipation, la sanction en sera&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;chec commun de ces assauts d&#233;sordonn&#233;s. C'est cette conviction qui A POUSS&#201;&lt;br class='autobr' /&gt;
LES TRAVAILLEURS DES DIFFERENTS PAYS &#192; FONDER l'Association internationale&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'occasion de l'assembl&#233;e publique tenue le 28 septembre 1864 &#224; St. Martin's&lt;br class='autobr' /&gt;
Hall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de l'Internationale, Marx dit que le grand succ&#232;s qui a couronn&#233; jusqu'alors ses efforts, est d&#251; &#224; des circonstances qui d&#233;passent le pouvoir de ses&lt;br class='autobr' /&gt;
membres eux-m&#234;mes. La fondation de l'Internationale elle-m&#234;me a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de telles circonstances et n'est pas due aux efforts des hommes qui se sont attach&#233;s &#224; cette &#339;uvre. Ce n'est donc pas le fruit d'une poign&#233;e de politiciens habiles :&lt;br class='autobr' /&gt;
tous les politiciens du monde r&#233;unis n'auraient pu cr&#233;er les conditions et les circonstances qui furent n&#233;cessaires pour assurer le succ&#232;s de l'Internationale...&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dernier mouvement a &#233;t&#233; le plus grand de tous ceux qui se sont produits&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'ici, et il ne peut y avoir deux opinions &#224; son &#233;gard : la Commune a &#233;t&#233; la&lt;br class='autobr' /&gt;
conqu&#234;te du pouvoir politique par la classe ouvri&#232;re. Il y a eu de nombreux malentendus sur la Commune. Celle-ci ne devait pas asseoir une nouvelle forme de&lt;br class='autobr' /&gt;
domination de classe. Lorsque les pr&#233;sentes conditions d'oppression seront &#233;limin&#233;es gr&#226;ce au transfert des moyens de production aux travailleurs productifs et &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
l'obligation faite &#224; tous les individus physiquement aptes de travailler pour vivre,&lt;br class='autobr' /&gt;
on aura d&#233;truit l'unique raison d'&#234;tre d'une quelconque domination de classe et&lt;br class='autobr' /&gt;
d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de r&#233;aliser un changement socialiste, il faut une dictature du prol&#233;tariat, dont une condition premi&#232;re est l'arm&#233;e prol&#233;tarienne. Les classes ouvri&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
devront conqu&#233;rir sur le champ de bataille le droit &#224; leur propre &#233;mancipation. La&lt;br class='autobr' /&gt;
t&#226;che de l'Internationale est d'organiser et de concerter les forces ouvri&#232;res dans&lt;br class='autobr' /&gt;
le combat qui les attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s sa naissance, la bourgeoisie est b&#226;t&#233;e de son antagoniste : les capitalistes&lt;br class='autobr' /&gt;
ne peuvent exister sans travailleurs salari&#233;s, et &#224; mesure que le bourgeois des cor-&lt;br class='autobr' /&gt;
porations m&#233;di&#233;vales devenait le bourgeois moderne, le compagnon des corporations et le journalier d&#233;li&#233; des liens f&#233;odaux devenaient le prol&#233;taire, m&#234;me si,&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'ensemble, la bourgeoisie pouvait pr&#233;tendre repr&#233;senter &#233;galement, dans la&lt;br class='autobr' /&gt;
lutte contre la noblesse, les int&#233;r&#234;ts des diverses classes laborieuses de ce temps-l&#224;, on vit cependant, &#224; chaque grande r&#233;volution bourgeoise, &#233;clater des soul&#232;vements autonomes de la classe qui &#233;tait la devanci&#232;re plus ou moins d&#233;velopp&#233;e du&lt;br class='autobr' /&gt;
prol&#233;tariat moderne. Ainsi vit-on se dresser, durant la R&#233;forme allemande et la Guerre des paysans, Thomas M&#252;nzer ; durant la grande r&#233;volution anglaise, les&lt;br class='autobr' /&gt;
niveleurs ; durant la grande r&#233;volution fran&#231;aise, Babeuf. A ces lev&#233;es de boucliers&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaires d'une classe encore embryonnaire, correspondaient des formulations th&#233;oriques : aux XVI&#232;me et XVII&#232;me si&#232;cles, des peintures utopiques d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
soci&#233;t&#233; id&#233;ale ; au XVIII&#232;me si&#232;cle, des th&#233;ories d&#233;j&#224; franchement communistes&lt;br class='autobr' /&gt;
(Morelly et Mably). La revendication de l'&#233;galit&#233; ne se limitait pas seulement aux&lt;br class='autobr' /&gt;
droits politiques, elle devait s'&#233;tendre encore &#224; la condition sociale de chacun. Ce&lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;tait plus seulement les privil&#232;ges de classe qui devaient &#234;tre abolis, mais les&lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rences de classe elles-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors d&#233;j&#224;, il &#233;tait impossible &#224; la fraction pl&#233;b&#233;ienne de s'en tenir &#224; une simple lutte contre le f&#233;odalisme et la bourgeoisie privil&#233;gi&#233;e. Car elle &#8211; la fraction&lt;br class='autobr' /&gt;
absolument sans propri&#233;t&#233; &#8211; devait d&#233;j&#224; mettre en question des institutions, des&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es et des conceptions communes &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233; qui reposaient&lt;br class='autobr' /&gt;
sur des antagonismes de classe... Dans ces conditions, tout parti bourgeois plac&#233; &#224; la t&#234;te de la r&#233;volution se voit d&#233;bord&#233; dans ce mouvement m&#234;me par le parti pl&#233;b&#233;ien ou prol&#233;tariat qu'il a derri&#232;re lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me que la philosophie religieuse de M&#252;nzer frisait l'ath&#233;isme, son programme politique frisait le communisme, et plus d'une secte communiste moderne, encore &#224; la veille de la r&#233;volution de mars (1848), ne disposait pas d'un arsenal th&#233;orique plus riche que celui des &#171; M&#252;nz&#233;riens &#187; du XVIe si&#232;cle. Ce pro-&lt;br class='autobr' /&gt;
gramme, qui &#233;tait moins la synth&#232;se des revendications des pl&#233;b&#233;iens de l'&#233;poque&lt;br class='autobr' /&gt;
que l'anticipation g&#233;niale des conditions d'&#233;mancipation des &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens en germe parmi ces pl&#233;b&#233;iens, exigeait l'instauration imm&#233;diate du royaume&lt;br class='autobr' /&gt;
de Dieu, du royaume mill&#233;naire sur terre proph&#233;tis&#233;, par le retour de l'Eglise &#224; son&lt;br class='autobr' /&gt;
origine et par la suppression de toutes les institutions en contradiction avec cette&lt;br class='autobr' /&gt;
Eglise soi-disant primitive, mais en r&#233;alit&#233; toute nouvelle. Pour M&#252;nzer, le&lt;br class='autobr' /&gt;
royaume de Dieu n'&#233;tait pas autre chose qu'un &#233;tat de soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y aurait plus&lt;br class='autobr' /&gt;
aucune diff&#233;rence de classe, aucune propri&#233;t&#233; priv&#233;e, aucun pouvoir d'&#201;tat autonome et &#233;tranger faisant face aux membres de la soci&#233;t&#233;. Toutes les autorit&#233;s existantes, si elles refusaient de se soumettre et d'adh&#233;rer &#224; la r&#233;volution, devaient &#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt;
renvers&#233;es ; tous les travaux et les biens devaient &#234;tre mis en commun et l'&#233;galit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
la plus compl&#232;te r&#233;gner. Une Ligue devait &#234;tre fond&#233;e pour r&#233;aliser ce programme&lt;br class='autobr' /&gt;
non seulement dans toute l'Allemagne, mais dans l'ensemble de la chr&#233;tient&#233;. Les&lt;br class='autobr' /&gt;
princes et les nobles seraient convi&#233;s &#224; se joindre &#224; elle ; s'ils s'y refusaient, la&lt;br class='autobr' /&gt;
Ligue, &#224; la premi&#232;re occasion, les renverserait les armes &#224; la main ou les tuerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au soir de la victoire contre les puissances f&#233;odales, il est de r&#232;gle que la minorit&#233; victorieuse se scinde en deux : une des deux moiti&#233;s est contente du r&#233;sultat&lt;br class='autobr' /&gt;
obtenu, l'autre veut encore aller plus loin et pose de nouvelles revendications qui&lt;br class='autobr' /&gt;
correspondent aux int&#233;r&#234;ts v&#233;ritables, ou apparents des grandes masses populaires. Ces revendications plus radicales furent aussi r&#233;alis&#233;es dans certains cas, mais souvent elles ne le furent qu'un instant car le parti le plus mod&#233;r&#233; reprenait le&lt;br class='autobr' /&gt;
dessus, ce qui venait d'&#234;tre acquis &#233;tait alors perdu &#224; nouveau en totalit&#233; ou en&lt;br class='autobr' /&gt;
partie ; les vaincus criaient &#224; la trahison ou rejetaient la d&#233;faite sur le hasard. Mais,&lt;br class='autobr' /&gt;
en r&#233;alit&#233;, les choses &#233;taient le plus souvent ainsi : les conqu&#234;tes de la premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
victoire n'&#233;taient assur&#233;es que par la deuxi&#232;me victoire du parti le plus radical ;&lt;br class='autobr' /&gt;
une fois ceci acquis, c'est-&#224;-dire ce qui &#233;tait MOMENTANEMENT n&#233;cessaire, les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;l&#233;ments radicaux disparaissaient &#224; nouveau du th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations et leur succ&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mancipation politique constitue, assur&#233;ment, un grand progr&#232;s. Elle&lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pas, il est vrai, la derni&#232;re forme de l'&#233;mancipation humaine, mais elle est la&lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re forme de l'&#233;mancipation humaine dans l'ordre du monde actuel...&lt;br class='autobr' /&gt;
Evidemment, au temps o&#249; l'&#201;tat politique, en tant que tel, na&#238;t violemment de&lt;br class='autobr' /&gt;
la soci&#233;t&#233; bourgeoise, o&#249; l'&#233;mancipation humaine tend &#224; s'accomplir sous une&lt;br class='autobr' /&gt;
forme politique individuelle, l'&#201;tat peut et doit aller jusqu'&#224; l'abolition et la suppression de la religion, au Maximum, &#224; la confiscation, &#224; l'imp&#244;t progressif,&lt;br class='autobr' /&gt;
comme il va jusqu'&#224; supprimer des vies et ne recule pas devant la guillotine. Au&lt;br class='autobr' /&gt;
temps o&#249; l'&#201;tat prend conscience de son existence propre, la vie politique cherche&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; &#233;touffer ses pr&#233;misses &#8211; la soci&#233;t&#233; bourgeoise et ses &#233;l&#233;ments constitutifs &#8211; pour&lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;riger en communaut&#233; r&#233;elle et harmonieuse de l'homme. Cependant, elle ne&lt;br class='autobr' /&gt;
peut atteindre ce but qu'en se mettant en contradiction violente avec ses propres&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions d'existence, en d&#233;clarant la r&#233;volution &#224; l'&#233;tat permanent. Aussi le drame politique s'ach&#232;ve-t-il tout aussi n&#233;cessairement par la restauration de la religion, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de tous les &#233;l&#233;ments de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, que la&lt;br class='autobr' /&gt;
guerre se termine par la paix...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, en cons&#233;quence, le prol&#233;tariat renverse la domination politique de la bourgeoisie, sa victoire ne sera que passag&#232;re : elle sera un simple &#233;l&#233;ment au service&lt;br class='autobr' /&gt;
de la r&#233;volution bourgeoise elle-m&#234;me, comme ce fut le cas en 1794. Il en sera&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi tant que les conditions mat&#233;rielles ne sont pas cr&#233;&#233;es au cours de l'histoire,&lt;br class='autobr' /&gt;
du &#171; mouvement &#187;, qui rendent n&#233;cessaire l'abolition du mode de production&lt;br class='autobr' /&gt;
bourgeois, c'est-&#224;-dire rendent n&#233;cessaire le renversement d&#233;finitif de la domination politique de la bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question difficile &#224; r&#233;soudre pour nous est la suivante : sur le continent, la&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volution est imminente et prendra un caract&#232;re socialiste, mais ne sera-t-elle pas&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;touff&#233;e dans ce petit coin du monde ? En effet, sur un terrain beaucoup plus vaste,&lt;br class='autobr' /&gt;
le mouvement de la soci&#233;t&#233; bourgeoise est encore ascendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que bourgeoisie et prol&#233;tariat sont enfants d'une &#233;poque nouvelle, que tous deux tendent dans leur action sociale &#224; &#233;liminer le fatras h&#233;rit&#233; de l'ancien r&#233;gime. Ils ont, il est vrai, &#224; mener entre eux une lutte tr&#232;s s&#233;rieuse,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais cette lutte ne peut &#234;tre livr&#233;e &#224; fond qu'&#224; partir du moment o&#249; ils se trouvent&lt;br class='autobr' /&gt;
seuls en face l'un de l'autre. Le vieux bataclan doit &#234;tre jet&#233; par dessus bord pour&lt;br class='autobr' /&gt;
que le navire soit &#171; par&#233; pour le combat &#187;, &#224; cela pr&#232;s que le combat ne se livre&lt;br class='autobr' /&gt;
pas cette fois entre deux navires, mais &#224; bord du m&#234;me b&#226;timent, entre officiers et&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;quipage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie ne peut conqu&#233;rir le pouvoir politique, le traduire en Constitution et lois, sans mettre en m&#234;me temps des armes entre les mains du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles sont les r&#233;formes &#224; introduire ? Ce sont celles que les communistes&lt;br class='autobr' /&gt;
proposent en vue de pr&#233;parer l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Les mesures&lt;br class='autobr' /&gt;
pour limiter la concurrence, l'accumulation de vastes capitaux entre les mains&lt;br class='autobr' /&gt;
d'individus priv&#233;s, toute limitation ou abolition du droit d'h&#233;ritage, toute organisation du travail par l'&#201;tat, etc. - toutes ces mesures ne sont pas seulement possibles&lt;br class='autobr' /&gt;
en tant que mesures r&#233;volutionnaires, mais encore n&#233;cessaires. Elles seront possibles parce que tout le prol&#233;tariat insurg&#233; se tiendra derri&#232;re elles et les soutiendra&lt;br class='autobr' /&gt;
par la force des armes. Elles sont r&#233;alisables, en d&#233;pit de toutes les objections et inconv&#233;nients que leur adressent les &#233;conomistes et pr&#233;cis&#233;ment en raison des&lt;br class='autobr' /&gt;
maux et inconv&#233;nients qui forceront le prol&#233;tariat &#224; proc&#233;der toujours plus &#224; fond,&lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; ce que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e soit totalement abolie, s'il ne veut pas perdre de&lt;br class='autobr' /&gt;
nouveau ce qu'il a d&#233;j&#224; conquis. Elles sont possibles en tant que pas pr&#233;paratoires, &#233;tapes interm&#233;diaires de transition vers l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
en aucun cas autre chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur Heinzen voudrait que ces mesures soient des mesures fixes, ultimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles ne doivent rien pr&#233;parer, mais &#234;tre d&#233;finitives. Pour lui, ce ne sont pas des&lt;br class='autobr' /&gt;
moyens, mais un but. Elles ne sont pas ajust&#233;es &#224; une situation r&#233;volutionnaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
mais &#224; de paisibles conditions bourgeoises. Or, de cette fa&#231;on, il les rend inefficaces et en m&#234;me temps r&#233;actionnaires. Les &#233;conomistes bourgeois ont m&#234;me parfaitement raison quand ils opposent &#224; M. Heinzen que ses mesures retardent sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
libre concurrence, car celle-ci est la forme d'existence ultime, la plus haute et la&lt;br class='autobr' /&gt;
plus &#233;lev&#233;e de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Toutes les mesures qui partent de la base de la&lt;br class='autobr' /&gt;
propri&#233;t&#233; priv&#233;e tout en &#233;tant dirig&#233;es contre la libre concurrence sont r&#233;actionnaires, s'efforcent de restaurer des degr&#233;s de d&#233;veloppement inf&#233;rieurs de la propri&#233;t&#233;, et doivent donc finalement aussi succomber de nouveau devant la libre concurrence &#8211; ce qui r&#233;tablit la situation pr&#233;sente. Or, ces objections des bourgeois perdent leur force d&#232;s que l'on traite les r&#233;formes sociales mentionn&#233;es ci-dessus&lt;br class='autobr' /&gt;
comme des interventions r&#233;volutionnaires de transition, alors qu'elles balaient de&lt;br class='autobr' /&gt;
fond en comble la vision de M. Heinzen d'une r&#233;publique agraro-socialiste tricolore...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, chez les communistes, ces mesures ont un sens et une raison parce&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles ne sont pas con&#231;ues comme des mesures arbitraires, mais d&#233;rivent n&#233;cessairement comme objectifs du d&#233;veloppement de l'industrie, de l'agriculture, des&lt;br class='autobr' /&gt;
rapports de distribution et de communication, ainsi que de la lutte de classe entre&lt;br class='autobr' /&gt;
bourgeoisie et prol&#233;tariat qui y est li&#233;e. Ce ne sont jamais des mesures stables&lt;br class='autobr' /&gt;
mais des mesures de salut public surgissant des hauts et des bas de la lutte des&lt;br class='autobr' /&gt;
classes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;ponse de Marx &#224; Proudhon</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8485</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8485</guid>
		<dc:date>2025-03-05T23:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire sur Proudhon &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse de Marx &#224; Proudhon &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettre de K. Marx &#224; J.-B. Schweitzer &lt;br class='autobr' /&gt;
Londres, le 24 janvier 1865. &lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur, &lt;br class='autobr' /&gt;
(...) J'ai re&#231;u hier la lettre dans laquelle vous me demandez un jugement d&#233;taill&#233; sur Proudhon. Le temps me manque pour r&#233;pondre &#224; votre d&#233;sir. Et puis je n'ai sous la main aucun de ses &#233;crits. Cependant pour vous montrer ma bonne volont&#233;, je vous envoie, &#224; la h&#226;te, ces quelques notes. Vous pourrez les compl&#233;ter, ajouter ou retrancher, bref en faire ce que (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=proudhon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur Proudhon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;ponse de Marx &#224; Proudhon&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de K. Marx &#224; J.-B. Schweitzer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 24 janvier 1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) J'ai re&#231;u hier la lettre dans laquelle vous me demandez un jugement d&#233;taill&#233; sur Proudhon. Le temps me manque pour r&#233;pondre &#224; votre d&#233;sir. Et puis je n'ai sous la main aucun de ses &#233;crits. Cependant pour vous montrer ma bonne volont&#233;, je vous envoie, &#224; la h&#226;te, ces quelques notes. Vous pourrez les compl&#233;ter, ajouter ou retrancher, bref en faire ce que bon vous semblera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me souviens plus des premiers essais de Proudhon. Son travail d'&#233;colier sur la Langue universelle t&#233;moigne du sans-g&#234;ne avec lequel il s'attaquait &#224; des probl&#232;mes pour la solution desquels les connaissances les plus &#233;l&#233;mentaires lui faisaient d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa premi&#232;re &#339;uvre : &#171; Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? &#187; est sans conteste la meilleure. Elle fait &#233;poque, si ce n'est par la nouveaut&#233; du contenu, du moins par la mani&#232;re neuve et hardie de dire des choses connues. Les socialistes fran&#231;ais, dont il connaissait les &#233;crits, avaient naturellement non seulement critiqu&#233; de divers points de vue la propri&#233;t&#233; [96], mais encore l'avaient utopiquement supprim&#233;e. Dans son livre, Proudhon est &#224; Saint-Simon et &#224; Fourier &#224; peu pr&#232;s ce que Feuerbach est &#224; Hegel. Compar&#233; &#224; Hegel, Feuerbach est bien pauvre. Pourtant, apr&#232;s Hegel il fit &#233;poque, parce qu'il mettait l'accent sur des points d&#233;sagr&#233;ables pour la conscience chr&#233;tienne et importants pour le progr&#232;s de la critique philosophique, mais laiss&#233;s par Hegel dans un clair-obscur [97] mystique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le style de cet &#233;crit de Proudhon est encore, si je puis dire, fortement muscl&#233;, et c'est le style qui, &#224; mon avis, en fait le grand m&#233;rite. On voit que, lors m&#234;me qu'il se borne &#224; reproduire de l'ancien, Proudhon d&#233;couvre que ce qu'il dit est neuf pour lui et qu'il le sert pour tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'audace provoquante avec laquelle il porte la main sur le &#8220; sanctuaire &#8221; &#233;conomique, les paradoxes spirituels avec lesquels il se moque du plat sens commun bourgeois, sa critique corrosive, son am&#232;re ironie, avec &#231;&#224; et l&#224; un sentiment de r&#233;volte profond et vrai contre les infamies de l'ordre des choses &#233;tablies, son s&#233;rieux r&#233;volutionnaire, voil&#224; ce qui explique l'effet &#8220; &#233;lectrique &#8221;, l'effet de choc que produisit Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? d&#232;s sa parution. Dans une histoire rigoureusement scientifique de l'&#233;conomie politique, cet &#233;crit m&#233;riterait &#224; peine une mention. Mais ces &#233;crits &#224; sensation jouent leur r&#244;le dans les sciences tout aussi bien que dans la litt&#233;rature. Prenez, par exemple, l' &#171; Essai sur la population &#187; de Malthus. La premi&#232;re &#233;dition est tout bonnement un pamphlet sensationnel [98] et, par-dessus le march&#233; un plagiat d'un bout &#224; l'autre. Et pourtant quel choc cette pasquinade du genre humain n'a-t-elle pas provoqu&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'avais sous les yeux le livre de Proudhon, il me serait facile par quelques exemples de montrer sa premi&#232;re mani&#232;re. Dans les chapitres que lui-m&#234;me consid&#233;rait les plus importants, il imite la m&#233;thode de Kant traitant des antinomies - Kant &#233;tait &#224; ce moment le seul philosophe allemand qu'il conn&#251;t en traduction ; il donne l'impression que pour lui comme pour Kant, les antinomies ne se r&#233;solvent qu' &#8220; au-del&#224; &#8221; de l'entendement humain, c'est-&#224;-dire que son entendement &#224; lui est incapable de les r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en d&#233;pit de ses allures d'iconoclaste, d&#233;j&#224; dans &#171; Qu'est ce que la propri&#233;t&#233; ? &#187;, on trouve cette contradiction que Proudhon, d'un c&#244;t&#233;, fait le proc&#232;s &#224; la soci&#233;t&#233; du point de vue et avec les yeux d'un petit paysan (plus tard d'un petit-bourgeois [99] ) fran&#231;ais, et de l'autre c&#244;t&#233;, lui applique l'&#233;talon que lui ont transmis les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, le titre m&#234;me du livre en indiquait l'insuffisance. La question &#233;tait trop mal pos&#233;e pour qu'on p&#251;t y r&#233;pondre correctement. Les &#8220; rapports de propri&#233;t&#233; &#8221; antiques avaient &#233;t&#233; remplac&#233;s par la propri&#233;t&#233; f&#233;odale, celle-ci par la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Ainsi l'histoire elle-m&#234;me avait soumis &#224; sa critique les rapports de propri&#233;t&#233; pass&#233;s. Ce qu'il s'agissait pour Proudhon de traiter c'&#233;tait la propri&#233;t&#233; bourgeoise actuelle. A la question de savoir ce qu'&#233;tait cette propri&#233;t&#233;, on ne pouvait r&#233;pondre que par une analyse critique de l'&#233;conomie politique, embrassant l'ensemble de ces rapports de propri&#233;t&#233;, non pas dans leur expression juridique de rapports de volont&#233;, mais dans la forme r&#233;elle, c'est-&#224;-dire de rapports de production. Comme Proudhon int&#232;gre l'ensemble de ces rapports &#233;conomiques &#224; la notion juridique de la propri&#233;t&#233;, il ne pouvait aller au-del&#224; de la r&#233;ponse donn&#233;e par Brissot, d&#232;s avant 1789, dans un &#233;crit du m&#234;me genre, dans les m&#234;mes termes : &#8220; La propri&#233;t&#233; c'est le vol [100]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion que l'on en tire, dans le meilleur des cas, c'est que les notions juridiques du bourgeois sur le vol s'appliquent tout aussi bien &#224; ses profits honn&#234;tes. D'un autre c&#244;t&#233;, comme le vol, en tant que violation de la propri&#233;t&#233;, pr&#233;suppose la propri&#233;t&#233;, Proudhon s'est embrouill&#233; dans toutes sortes de divagations confuses sur la vraie propri&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant mon s&#233;jour &#224; Paris, en 1844, j'entrai en relations personnelles avec Proudhon. Je rappelle cette circonstance parce que jusqu'&#224; un certain point je suis responsable de sa &#8220; sophistication &#8221;, mot qu'emploient les anglais pour d&#233;signer la falsification d'une marchandise. Dans de longues discussions, souvent prolong&#233;es toute la nuit, je l'infectais, &#224; son grand pr&#233;judice, d'h&#233;g&#233;lianisme qu'il ne pouvait pas &#233;tudier &#224; fond, ne sachant pas l'allemand. Ce que j'avais commenc&#233;, M. Karl Gr&#252;n, apr&#232;s mon expulsion de France, le continua. Et encore ce professeur de philosophie allemande avait sur moi cet avantage de ne rien entendre &#224; ce qu'il enseignait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps avant la publication de son second ouvrage important : Philosophie de la mis&#232;re, etc., Proudhon me l'annon&#231;a dans une lettre tr&#232;s d&#233;taill&#233;e, o&#249; entre autres choses se trouvent ces paroles - &#8220; J'attends votre f&#233;rule critique [101]. &#8221; Mais bient&#244;t celle-ci tomba sur lui (dans ma Mis&#232;re de la philosophie, etc., Paris, 1847), d'une fa&#231;on qui brisa &#224; tout jamais notre amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce qui pr&#233;c&#232;de, vous pouvez voir que sa Philosophie de la mis&#232;re ou syst&#232;me des contradictions &#233;conomiques devait, enfin, donner la r&#233;ponse &#224; la question : Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? En effet, Proudhon n'avait commenc&#233; ses &#233;tudes &#233;conomiques qu'apr&#232;s la publication de ce premier livre ; il avait d&#233;couvert que, pour r&#233;soudre la question pos&#233;e par lui, il fallait r&#233;pondre non par des invectives, mais par une analyse de l'&#233;conomie politique moderne. En m&#234;me temps, il essaya d'exposer le syst&#232;me des cat&#233;gories &#233;conomiques au moyen de la dialectique. La contradiction h&#233;g&#233;lienne devait remplacer l'insoluble antinomie de Kant, comme moyen de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la critique de ses deux gros volumes, je dois vous renvoyer &#224; ma r&#233;plique. J'ai montr&#233;, entre autres, comme il a peu p&#233;n&#233;tr&#233; les secrets de la dialectique scientifique, combien, d'autre part, il partage les illusions de la philosophie &#8220; sp&#233;culative &#8221; : au lieu de consid&#233;rer les cat&#233;gories &#233;conomiques comme des expressions th&#233;oriques de rapports de production historiques correspondant &#224; un degr&#233; d&#233;termin&#233; du d&#233;veloppement de la production mat&#233;rielle, son imagination les transforme en id&#233;es &#233;ternelles, pr&#233;existantes &#224; toute r&#233;alit&#233;, et de cette mani&#232;re, par un d&#233;tour, il se retrouve &#224; son point de d&#233;part, le point de vue de l'&#233;conomie bourgeoise [102].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis je montre combien d&#233;fectueuse et rudimentaire est sa connaissance de l'&#233;conomie politique, dont il entreprenait cependant la critique, et comment avec les utopistes il se met &#224; la recherche d'une pr&#233;tendue &#8220; science &#8221;, d'o&#249; on ferait surgir une formule toute pr&#234;te et a priori pour la &#8220; solution de la question sociale &#8221;, au lieu de puiser la science dans la connaissance critique du mouvement historique, mouvement qui lui-m&#234;me produit les conditions mat&#233;rielles de l'&#233;mancipation. Ce que je d&#233;montre surtout, c'est que Proudhon n'a que des id&#233;es imparfaites, confuses et fausses sur la base de toute &#233;conomie politique, la valeur d'&#233;change, circonstance qui l'am&#232;ne &#224; voir les fondements d'une nouvelle science dans une interpr&#233;tation utopique de la th&#233;orie de la valeur de Ricardo. Enfin, je r&#233;sume mon jugement sur son point de vue g&#233;n&#233;ral en ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque rapport &#233;conomique a un bon et un mauvais c&#244;t&#233; : c'est le seul point dans lequel M. Proudhon ne se d&#233;ment pas. Le bon c&#244;t&#233;, il le voit expos&#233; par les &#233;conomistes ; le mauvais c&#244;t&#233;, il le voit d&#233;nonc&#233; par les socialistes. Il emprunte aux &#233;conomistes la n&#233;cessit&#233; des rapports &#233;ternels, il emprunte aux socialistes l'illusion de ne voir dans la mis&#232;re que la mis&#232;re (au lieu d'y voir le c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire, subversif, qui renversera la soci&#233;t&#233; ancienne). Il est d'accord avec les uns et les autres en voulant s'en r&#233;f&#233;rer &#224; l'autorit&#233; de la science. La science, pour lui, se r&#233;duit aux minces proportions d'une formule scientifique ; il est l'homme &#224; la recherche des formules. C'est ainsi que M. Proudhon se flatte d'avoir donn&#233; la critique et de l'&#233;conomie politique et du communisme : il est au-dessous de l'une et de l'autre. Au-dessous des &#233;conomistes, puisque comme philosophe, qui a sous la main une formule magique, il a cru pouvoir se dispenser d'entrer dans des d&#233;tails purement &#233;conomiques ; au-dessous des socialistes, puisqu'il n'a ni assez de courage, ni assez de lumi&#232;res pour s'&#233;lever, ne serait-ce que sp&#233;culativement au-dessus de l'horizon bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Il veut planer en homme de science au-dessus des bourgeois, et des prol&#233;taires ; il n'est que le petit bourgeois, ballott&#233; constamment entre le Capital et le Travail, entre l'&#233;conomie politique et le communisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque dur que paraisse ce jugement, je suis oblig&#233; de le maintenir encore aujourd'hui, mot pour mot. Mais il importe de ne pas oublier qu'au moment o&#249; je d&#233;clarai et prouvai th&#233;oriquement que le livre de Proudhon n'&#233;tait que le code du socialisme des petits-bourgeois [103], ce m&#234;me Proudhon fut anath&#233;matis&#233; comme ultra et archi-r&#233;volutionnaire &#224; la fois par des &#233;conomistes et des socialistes. C'est pourquoi plus tard je n'ai jamais m&#234;l&#233; ma voix a ceux qui jetaient les hauts cris sur sa &#8220; trahison &#8221; de la r&#233;volution. Ce n'&#233;tait pas sa faute si, mal compris &#224; l'origine par d'autres comme par lui-m&#234;me, il n'a pas r&#233;pondu &#224; des esp&#233;rances que rien ne justifiait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Philosophie de la mis&#232;re &#187;, mise en regard de &#171; Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ? &#187; fait ressortir tr&#232;s d&#233;favorablement tous les d&#233;fauts de la mani&#232;re d'exposer de Proudhon. Le style est souvent ce que les Fran&#231;ais appellent ampoul&#233; [104]. Un galimatias pr&#233;tentieux et sp&#233;culatif, qui se donne pour de la philosophie allemande, se rencontre partout o&#249; la perspicacit&#233; gauloise fait d&#233;faut. Ce qu'il vous corne aux oreilles, sur un ton de saltimbanque et de fanfaron suffisant, c'est un ennuyeux radotage sur la &#8220; science &#8221; dont il fait par ailleurs ill&#233;gitimement &#233;talage. A la place de la chaleur vraie et naturelle qui &#233;claire son premier livre, ici en maint endroit Proudhon d&#233;clame syst&#233;matiquement, et s'&#233;chauffe &#224; froid. Ajoutez &#224; cela le gauche et d&#233;sagr&#233;able p&#233;dantisme de l'autodidacte qui fait l'&#233;rudit, de l'ex-ouvrier qui a perdu sa fiert&#233; de se savoir penseur ind&#233;pendant et original, et qui maintenant, en parvenu de la science, croit devoir se pavaner et se vanter de ce qu'il n'est pas et de ce qu'il n'a pas. Puis il y a ses sentiments de petit-bourgeois qui le poussent &#224; attaquer d'une mani&#232;re inconvenante et brutale, mais qui n'est ni p&#233;n&#233;trante, ni profonde, ni m&#234;me juste, un homme tel que Cabet, respectable &#224; cause de son attitude pratique envers le prol&#233;tariat fran&#231;ais, tandis qu'il fait l'aimable avec un Dunoyer (conseiller d'&#201;tat, il est vrai), qui n'a d'autre importance que d'avoir pr&#234;ch&#233; avec un s&#233;rieux comique, tout au long (le trois gros volumes insupportablement ennuyeux, un rigorisme ainsi caract&#233;ris&#233; par Helv&#233;tius : &#8220; On veut que les malheureux soient satisfaits [105] &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la r&#233;volution de f&#233;vrier survint fort mal &#224; propos pour Proudhon qui, tout juste quelques semaines auparavant, venait de prouver de fa&#231;on irr&#233;futable que l' &#8220; &#232;re des r&#233;volutions &#8221; &#233;tait pass&#233;e &#224; jamais. Cependant son attitude &#224; l'Assembl&#233;e nationale ne m&#233;rite que des &#233;loges, bien qu'elle prouve son peu d'intelligence de la situation. Apr&#232;s l'insurrection de juin cette attitude &#233;tait un acte de grand courage. Elle eut de plus cette cons&#233;quence heureuse que M. Thiers, dans sa r&#233;ponse aux propositions de Proudhon, publi&#233;e par la suite en brochure, d&#233;voila &#224; toute l'Europe sur quel pi&#233;destal, au niveau des enfants qui fr&#233;quentent le cat&#233;chisme, se dressait ce pilier intellectuel de la bourgeoisie fran&#231;aise. Oppos&#233; &#224; Thiers, Proudhon prit en effet les proportions d'un colosse ant&#233;diluvien. Les derniers &#8220; exploits &#8221; &#233;conomiques de Proudhon furent sa d&#233;couverte du &#8220; Cr&#233;dit gratuit &#8221; et de la &#8220; Banque du peuple &#8221; qui devait le r&#233;aliser. Dans mon ouvrage &#171; Z&#252;r Kritik der politischen Oekonomie &#187; (&#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187;) Berlin 1859 (pp. 59-64) [106], on trouve la preuve que la base th&#233;orique de ces id&#233;es proudhoniennes r&#233;sulte d'une compl&#232;te ignorance des premiers &#233;l&#233;ments de l'&#233;conomie politique bourgeoise : le rapport entre la marchandise et l'argent ; tandis que leur superstructure pratique n'&#233;tait que la reproduction de projets bien ant&#233;rieurs et bien mieux &#233;labor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas douteux, il est m&#234;me tout &#224; fait &#233;vident que le syst&#232;me de cr&#233;dit qui a servi par exemple en Angleterre, au commencement du XVIII&#176; et plus r&#233;cemment du XIX&#176; si&#232;cle, &#224; transf&#233;rer les richesses d'une classe &#224; une autre pourrait servir aussi, dans certaines conditions politiques et &#233;conomiques, &#224; acc&#233;l&#233;rer l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re. Mais consid&#233;rer le capital portant int&#233;r&#234;ts comme la forme principale du capital, mais vouloir faire une application particuli&#232;re du cr&#233;dit, de l'abolition pr&#233;tendue de l'int&#233;r&#234;t, la base de la transformation sociale - voil&#224; une fantaisie tout ce qu'il y a de plus philistin. Aussi la trouve-t-on d&#233;j&#224; &#233;lucubr&#233;e con amore chez les porte-parole &#233;conomiques de la petite bourgeoisie anglaise du XVII&#176; si&#232;cle. La pol&#233;mique de Proudhon contre Bastiat au sujet du capital portant int&#233;r&#234;ts (1850) est de beaucoup au-dessous de &#171; Philosophie de la mis&#232;re &#187;. Il r&#233;ussit &#224; se faire battre m&#234;me par Bastiat et pousse de hauts cris, d'une mani&#232;re burlesque, toutes les fois que son adversaire lui porte un coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, Proudhon &#233;crivit une dissertation sur les imp&#244;ts, sur un sujet mis au concours, &#224; ce que je crois, par le gouvernement du canton de Vaud. Ici s'&#233;vanouit la derni&#232;re lueur de g&#233;nie : il ne reste que le petit-bourgeois tout pur [107].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crits politiques et philosophiques de Proudhon ont tous le m&#234;me caract&#232;re double et contradictoire que nous avons trouv&#233; dans ses travaux &#233;conomiques. De plus, ils n'ont qu'une importance locale limit&#233;e &#224; la France. Toutefois, ses attaques contre la religion et l'&#201;glise avaient un grand m&#233;rite en France &#224; une &#233;poque o&#249; les socialistes fran&#231;ais se targuaient de leurs sentiments religieux comme d'une sup&#233;riorit&#233; sur le voltairianisme du XVIII&#176; si&#232;cle et sur l'ath&#233;isme allemand du XIX&#176; si&#232;cle. Si Pierre le Grand abattit la barbarie russe par la barbarie, Proudhon fit de son mieux pour terrasser la phrase fran&#231;aise par la phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on ne peut plus consid&#233;rer comme de mauvais &#233;crits seulement, mais tout bonnement comme des vilenies - correspondant toutefois parfaitement au point de vue petit-bourgeois - c'est le livre sur le coup d'&#201;tat, o&#249; il coquette avec L. Bonaparte, s'effor&#231;ant en r&#233;alit&#233; de le rendre acceptable aux ouvriers fran&#231;ais, et son dernier ouvrage contre la Pologne, o&#249;, en l'honneur du tsar, il fait montre d'un cynisme de cr&#233;tin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent compar&#233; Proudhon &#224; Jean-Jacques Rousseau. Rien ne saurait &#234;tre plus faux. Il ressemble plut&#244;t &#224; Nicolas Linguet, dont la &#171; Th&#233;orie des lois civiles &#187; est d'ailleurs une oeuvre de g&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de Proudhon le portait &#224; la dialectique. Mais n'ayant jamais compris la dialectique vraiment scientifique, il ne parvint qu'au sophisme. En fait, c'&#233;tait li&#233; &#224; son point de vue petit-bourgeois. Le petit-bourgeois, tout comme notre historien Raumer, se compose de &#8220; d'un c&#244;t&#233; &#8221; et de &#8220; de l'autre c&#244;t&#233; &#8221;. M&#234;me tiraillement oppos&#233; dans ses int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et par cons&#233;quent ses vues religieuses, scientifiques et artistiques, sa morale, enfin son &#234;tre tout entier. Il est la contradiction faite homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est, de plus, comme Proudhon, un homme d'esprit, il saura bient&#244;t jongler avec ses propres contradictions et les &#233;laborer selon les circonstances en paradoxes frappants, tapageurs, parfois scandaleux, parfois brillants. Charlatanisme scientifique et accommodements politiques sont ins&#233;parables d'un pareil point de vue. Il ne reste plus qu'un seul mobile, la vanit&#233; de l'individu, et, comme pour tous les vaniteux, il ne s'agit plus que de l'effet du moment, du succ&#232;s du jour. De la sorte, s'&#233;teint n&#233;cessairement le simple tact moral qui pr&#233;serva un Rousseau, par exemple, de toute compromission, m&#234;me apparente, avec les pouvoirs existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre la post&#233;rit&#233; dira, pour caract&#233;riser la toute r&#233;cente phase de l'histoire fran&#231;aise, que Louis Bonaparte en fut le Napol&#233;on et Proudhon le Rousseau-Voltaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'avez confi&#233; le r&#244;le de juge... Si peu de temps apr&#232;s la mort de l'homme : &#224; vous maintenant d'en prendre la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre tout d&#233;vou&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl MARX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[95] Extrait du Social-Demokrat, nos 16, 17 et 18. 1. 3 et 5 f&#233;vrier 1865 (N.R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[96] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[97] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[98] Ces deux mots en anglais dans le texte, &#8220; sensational pamphlet &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[99] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[100] Brissot de Warville : Recherche sur le droit de propri&#233;t&#233; et sur le vol, etc., Berlin, 1782.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[101] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[102] &#8220; En disant que les rapports actuels, - les rapports de la production bourgeoise. - sont naturels, les &#233;conomistes font entendre que ce sont des rapports dans lesquels se cr&#233;e la richesse et se d&#233;veloppent les forces productives aux lois naturelles ind&#233;pendantes de l'influence du temps. Ce sont des lois &#233;ternelles qui doivent toujours r&#233;gir la soci&#233;t&#233;. Ainsi, il y a eu de l'histoire mais il n'y en a plus. &#8221; Mis&#232;re de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[103] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[104] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[105] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[106] K. Marx : Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique, &#201;ditions sociales, Paris 1957, pp. 39 &#224; 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[107] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx - Les gr&#232;ves et les coalitions des ouvriers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Tout mouvement de hausse dans les salaires ne peut avoir d'autre effet que celui d'une hausse sur le bl&#233;, le vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. Car qu'est-ce que le salaire ? C'est le prix de revient du bl&#233;, etc. ; c'est le prix int&#233;gral de toute chose. Allons plus loin encore : le salaire est la proportionnalit&#233; des &#233;l&#233;ments qui composent la richesse et qui sont consomm&#233;s reproductivement chaque jour par la masse des travailleurs. Or, doubler les salaires, c'est attribuer &#224; chacun des producteurs une part plus grande que son produit, ce qui est contradictoire ; et si la hausse ne porte que sur un petit nombre d'industries, c'est provoquer une perturbation g&#233;n&#233;rale dans les &#233;changes, en un mot, une disette... Il est impossible, je le d&#233;clare, que les gr&#232;ves suivies d'augmentation de salaires n'aboutissent pas &#224; un rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral : cela est aussi certain que deux et deux font quatre [89].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nions toutes ces assertions, except&#233; que deux et deux font quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord il n'y a pas de rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral. Si le prix de toute chose double en m&#234;me temps que le salaire, il n'y a pas de changement dans les prix, il n'y a de changement que dans les termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires ne peut jamais produire un rench&#233;rissement plus ou moins g&#233;n&#233;ral des marchandises. Effectivement, si toutes les industries employaient le m&#234;me nombre d'ouvriers en rapport avec le capital fixe ou avec les instruments dont elles se servent, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires produirait une baisse g&#233;n&#233;rale des profits et le prix courant des marchandises ne subirait aucune alt&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le rapport du travail manuel au capital fixe n'est pas le m&#234;me dans les diff&#233;rentes industries, toutes les industries qui emploient relativement une plus grande masse de capital fixe et moins d'ouvriers, seront forc&#233;es t&#244;t ou tard de baisser le prix de leurs marchandises. Dans le cas contraire o&#249; le prix de leurs marchandises ne baisse pas, leur profit s'&#233;l&#232;vera au-dessus du taux commun des profits. Les machines ne sont pas des salari&#233;s. Donc la hausse g&#233;n&#233;rale des salaires atteindra moins les industries qui emploient comparativement aux autres plus de machines que d'ouvriers. Mais la concurrence tendant toujours &#224; niveler les profits, ceux qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus du taux ordinaire, ne sauraient &#234;tre que passagers. Ainsi, &#224; part quelques oscillations, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires am&#232;nera au lieu d'un rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral, comme le dit M. Proudhon, une baisse partielle, c'est-&#224;-dire une baisse dans le prix courant des marchandises qui se fabriquent principalement &#224; l'aide des machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse et la baisse du profit et des salaires n'expriment que la proportion dans laquelle les capitalistes et les travailleurs participent au produit d'une journ&#233;e de travail, sans influer dans la plupart des cas sur le prix du produit. Mais que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; les gr&#232;ves suivies d'augmentation de salaires aboutissent &#224; un rench&#233;rissement g&#233;n&#233;ral, &#224; une disette m&#234;me,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce sont l&#224; de ces id&#233;es qui ne peuvent &#233;clore que dans le cerveau d'un po&#232;te incompris,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les gr&#232;ves ont r&#233;guli&#232;rement donn&#233; lieu &#224; l'invention et &#224; l'application de quelques machines nouvelles. Les machines &#233;taient, on peut le dire, l'arme qu'employaient les capitalistes pour abattre le travail sp&#233;cial en r&#233;volte. Le self-acting mule, la plus grande invention de l'industrie moderne, mit hors de combat les fileurs r&#233;volt&#233;s. Quand les coalitions et les gr&#232;ves n'auraient d'autre effet que de faire r&#233;agir contre elles les efforts du g&#233;nie m&#233;canique, toujours exerceraient-elles une influence immense sur le d&#233;veloppement de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je trouve, continue M. Proudhon, dans un article publi&#233; par M. L&#233;on Faucher... septembre 1845, que depuis quelque temps les ouvriers anglais ont perdu l'habitude des coalitions, ce qui est assur&#233;ment un progr&#232;s, dont on ne peut que les f&#233;liciter : mais que cette am&#233;lioration dans le moral des ouvriers vient surtout de leur instruction &#233;conomique. Ce n'est point des manufacturiers, s'&#233;criait au meeting de Bolton, un ouvrier fileur, que les salaires d&#233;pendent. Dans les &#233;poques de d&#233;pression les ma&#238;tres ne sont pour ainsi dire que le fouet dont s'arme la n&#233;cessit&#233;, et qu'ils le veuillent ou non, il faut qu'ils frappent. Le principe r&#233;gulateur est le rapport de l'offre avec la demande ; et les ma&#238;tres n'ont pas ce pouvoir... A la bonne heure, s'&#233;crie M. Proudhon, voil&#224; des ouvriers bien dress&#233;s, des ouvriers mod&#232;les, etc., etc. Cette mis&#232;re manquait &#224; l'Angleterre : elle ne passera pas le d&#233;troit [90] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les villes de l'Angleterre, Bolton est celle o&#249; le radicalisme est le plus d&#233;velopp&#233;. Les ouvriers de Bolton sont connus pour &#234;tre on ne peut plus r&#233;volutionnaires. Lors de la grande agitation qui eut lieu en Angleterre pour l'abolition des lois c&#233;r&#233;ales, les fabricants anglais ne crurent pouvoir faire face aux propri&#233;taires fonciers qu'en mettant en avant les ouvriers. Mais comme les int&#233;r&#234;ts des ouvriers n'&#233;taient pas moins oppos&#233;s &#224; ceux des fabricants, que les int&#233;r&#234;ts des fabricants ne l'&#233;taient &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, il &#233;tait naturel que les fabricants dussent avoir le dessous dans les meetings des ouvriers. Que firent les fabricants ? Pour sauver les apparences, ils organis&#232;rent des meetings compos&#233;s, en grande partie des contrema&#238;tres, du petit nombre d'ouvriers qui leur &#233;taient d&#233;vou&#233;s et des amis du commerce proprement dits. Quand ensuite les v&#233;ritables ouvriers essay&#232;rent, comme &#224; Bolton et &#224; Manchester, d'y prendre part pour protester contre ces d&#233;monstrations factices, on leur d&#233;fendit l'entr&#233;e, en disant que c'&#233;tait un ticket-meeting. On entend par ce mot des meetings o&#249; l'on n'admet que des personnes munies de cartes d'entr&#233;e. Cependant les affiches, placard&#233;es sur les murs, avaient annonc&#233; des meetings publics. Toutes les fois qu'il y avait de ces meetings, les journaux des fabricants rendaient un compte pompeux et d&#233;taill&#233; des discours qu'on y avait prononc&#233;s. Il va sans dire que c'&#233;taient les contrema&#238;tres qui pronon&#231;aient ces discours. Les feuilles de Londres les reproduisaient litt&#233;ralement. M. Proudhon a le malheur de prendre les contrema&#238;tres pour des ouvriers ordinaires et leur enjoint l'ordre de ne pas passer le d&#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1844 et en 1845 les gr&#232;ves frappaient moins les regards qu'auparavant, c'est que 1844 et 1845 &#233;taient les deux premi&#232;res ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; qu'il y e&#251;t pour l'industrie anglaise depuis 1837. N&#233;anmoins, aucune des trades-unions n'avait &#233;t&#233; dissoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons maintenant les contrema&#238;tres de Bolton. Selon eux les fabricants ne sont pas les ma&#238;tres du salaire, parce qu'ils ne sont pas les ma&#238;tres du prix du produit, et ils ne sont pas les ma&#238;tres du produit parce qu'ils ne sont pas les ma&#238;tres du march&#233; de l'univers. Par cette raison ils donnaient &#224; entendre qu'il ne fallait pas faire des coalitions pour arracher aux ma&#238;tres une augmentation de salaires. M. Proudhon, au contraire, leur interdit les coalitions de crainte qu'une coalition ne soit suivie d'une hausse de salaires, qui entra&#238;nerait une disette g&#233;n&#233;rale. Nous n'avons pas besoin de dire que sur un seul point il y a entente cordiale entre les contrema&#238;tres et M. Proudhon : c'est qu'une hausse de salaires &#233;quivaut &#224; une hausse dans le prix des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crainte d'une disette. est-ce l&#224; la v&#233;ritable cause de la rancune de M. Proudhon ? Non. Il en veut tout bonnement aux contrema&#238;tres de Bolton, parce qu'ils d&#233;terminent la valeur par l'offre et la demande et qu'ils ne se soucient gu&#232;re de la valeur constitu&#233;e, de la valeur pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de constitution, de la constitution de la valeur, y compris l'&#233;changeabilit&#233; permanente et toutes les autres proportionnalit&#233;s de rapports et rapports de proportionnalit&#233;, flanqu&#233;s de la Providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La gr&#232;ve des ouvriers est ill&#233;gale, et ce n'est pas seulement le Code p&#233;nal qui dit cela, c'est le syst&#232;me &#233;conomique, c'est la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;tabli... Que chaque ouvrier individuellement ait la libre disposition de sa personne et de ses bras, cela peut se tol&#233;rer : mais que les ouvriers entreprennent par des coalitions de faire violence au monopole, c'est ce que la soci&#233;t&#233; ne peut permettre [91] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon pr&#233;tend faire passer un article du Code p&#233;nal pour un r&#233;sultat n&#233;cessaire et g&#233;n&#233;ral des rapports de la production bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les coalitions sont autoris&#233;es par un acte de Parlement et c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui a forc&#233; le Parlement &#224; donner cette autorisation de par la loi. En 1825, lorsque sous le ministre Huskisson le Parlement dut modifier la l&#233;gislature, pour la mettre de plus en plus d'accord avec un &#233;tat de choses r&#233;sultant de la libre concurrence, il lui fallut n&#233;cessairement abolir toutes les lois qui interdisaient les coalitions des ouvriers. Plus l'industrie moderne et la concurrence se d&#233;veloppent, plus il y a des &#233;l&#233;ments [92] qui provoquent et secondent les coalitions, et aussit&#244;t que les coalitions sont devenues un fait &#233;conomique, prenant de jour en jour plus de consistance, elles ne peuvent pas tarder &#224; devenir un fait l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'article du Code p&#233;nal prouve tout au plus que l'industrie moderne et la concurrence n'&#233;taient pas encore bien d&#233;velopp&#233;es sous l'Assembl&#233;e constituante et sous l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes et les socialistes [93] sont d'accord sur un seul point : c'est de condamner les coalitions. Seulement ils motivent diff&#233;remment leur acte de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes disent aux ouvriers : ne vous coalisez pas. En vous coalisant, vous entravez la marche r&#233;guli&#232;re de l'industrie, vous emp&#234;chez les fabricants de satisfaire aux commandes, vous troublez le commerce et vous pr&#233;cipitez l'envahissement des machines qui, en rendant votre travail en partie inutile, vous forcent d'accepter un salaire encore abaiss&#233;. D'ailleurs, vous avez beau faire, votre salaire sera toujours d&#233;termin&#233; par le rapport des bras demand&#233;s avec les bras offerts et c'est un effort aussi ridicule que dangereux, que de vous mettre en r&#233;volte contre les lois &#233;ternelles de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes disent aux ouvriers : ne vous coalisez pas, car, au bout du compte, qu'est-ce que vous y gagneriez ? Une hausse de salaires ? Les &#233;conomistes vous prouveront jusqu'&#224; l'&#233;vidence, que les quelques sous que vous pourriez y gagner, en cas de r&#233;ussite, pour quelques moments, seront suivis d'une baisse pour toujours. D'habiles calculateurs vous prouveront qu'il vous faudrait des ann&#233;es pour vous rattraper. seulement sur l'augmentation des salaires, des frais qu'il vous a fallu faire pour organiser et entretenir les coalitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous, nous vous dirons, en notre qualit&#233; de socialistes, qu'&#224; part cette question d'argent, vous ne serez pas moins les ouvriers, et les ma&#238;tres seront toujours les ma&#238;tres, apr&#232;s comme avant. Ainsi pas de coalitions, pas de politique, car faire des coalitions, n'est-ce pas faire de la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes veulent que les ouvriers restent dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est form&#233;e et telle qu'ils l'ont consign&#233;e et scell&#233;e dans leurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes veulent que les ouvriers laissent l&#224; la soci&#233;t&#233; ancienne, pour pouvoir mieux entrer dans la soci&#233;t&#233; nouvelle qu'ils leur ont pr&#233;par&#233;e avec tant de pr&#233;voyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les uns et les autres, malgr&#233; les manuels et les utopies, les coalitions n'ont pas cess&#233; un instant de marcher et de grandir avec le d&#233;veloppement et l'agrandissement de l'industrie moderne. C'est &#224; tel point maintenant, que le degr&#233; o&#249; est arriv&#233; la coalition dans un pays, marque nettement le degr&#233; qu'il occupe dans la hi&#233;rarchie du march&#233; de l'univers. L'Angleterre, o&#249; l'industrie a atteint le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, a les coalitions les plus vastes et les mieux organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, on ne s'en est pas tenu &#224; des coalitions partielles, qui n'avaient pas d'autre but qu'une gr&#232;ve passag&#232;re, et qui disparaissaient avec elle. On a form&#233; des coalitions permanentes, des trades-unions qui servent de rempart aux ouvriers dans leurs luttes avec les entrepreneurs. Et &#224; l'heure qu'il est, toutes ces trades-unions locales trouvent un point d'union dans la National Association of United Trades, dont le comit&#233; central est &#224; Londres, et qui compte d&#233;j&#224; 80 000 membres. La formation de ces gr&#232;ves, coalitions, trades-unions marcha simultan&#233;ment avec les luttes politiques des ouvriers qui constituent maintenant un grand parti politique sous le nom de Chartistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sous la forme des coalitions qu'ont toujours lieu les premiers essais des travailleurs pour s'associer entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande industrie agglom&#232;re dans un endroit une foule de gens inconnus les uns aux autres. La concurrence les divise d'int&#233;r&#234;ts. Mais le maintien du salaire, cet int&#233;r&#234;t commun qu'ils ont contre leur ma&#238;tre, les r&#233;unit dans une m&#234;me pens&#233;e de r&#233;sistance - coalition. Ainsi la coalition a toujours un double but, celui de faire cesser entre eux la concurrence, pour pouvoir faire une concurrence g&#233;n&#233;rale au capitaliste. Si le premier but de r&#233;sistance n'a &#233;t&#233; que le maintien des salaires, &#224; mesure que les capitalistes &#224; leur tour se r&#233;unissent dans une pens&#233;e de r&#233;pression, les coalitions, d'abord isol&#233;es, se forment en groupes, et en face du capital toujours r&#233;uni, le maintien de l'association devient plus n&#233;cessaire pour eux que celui du salaire. Cela est tellement vrai, que les &#233;conomistes anglais sont tout &#233;tonn&#233;s de voir les ouvriers sacrifier une bonne partie du salaire en faveur des associations qui, aux yeux de ces &#233;conomistes, ne sont &#233;tablies qu'en faveur du salaire. Dans cette lutte - v&#233;ritable guerre civile - se r&#233;unissent et se d&#233;veloppent tous les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une bataille &#224; venir. Une fois arriv&#233;e &#224; ce point-l&#224;, l'association prend un caract&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques avaient d'abord transform&#233; la masse du pays en travailleurs. La domination du capital a cr&#233;&#233; &#224; cette masse une situation commune, des int&#233;r&#234;ts communs. Ainsi cette masse est d&#233;j&#224; une classe vis-&#224;-vis du capital, mais pas encore pour elle-m&#234;me. Dans la lutte, dont nous n'avons signal&#233; que quelques phases, cette masse se r&#233;unit, elle se constitue en classe pour elle-m&#234;me. Les int&#233;r&#234;ts qu'elle d&#233;fend deviennent des int&#233;r&#234;ts de classe. Mais la lutte de classe &#224; classe est une lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases &#224; distinguer celle pendant laquelle elle se constitua en classe sous le r&#233;gime de la f&#233;odalit&#233; et de la monarchie absolue, et celle o&#249;, d&#233;j&#224; constitu&#233;e en classe, elle renversa la f&#233;odalit&#233; et la monarchie, pour faire de la soci&#233;t&#233; une soci&#233;t&#233; bourgeoise. La premi&#232;re de ces phases fut la plus longue et n&#233;cessita les plus grands efforts. Elle aussi avait commenc&#233; par des coalitions partielles contre les seigneurs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a fait bien des recherches pour retracer les diff&#233;rentes phases historiques que la bourgeoisie a parcourues, depuis la commune jusqu'&#224; sa constitution comme classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand il s'agit de se rendre un compte exact des gr&#232;ves, des coalitions et des autres formes dans lesquelles les prol&#233;taires effectuent devant nos yeux leur organisation comme classe, les uns sont saisis d'une crainte r&#233;elle, les autres affichent un d&#233;dain transcendantal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe opprim&#233;e est la condition vitale de toute soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'antagonisme des classes. L'affranchissement de la classe opprim&#233;e implique donc n&#233;cessairement la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; nouvelle. Pour que la classe opprim&#233;e puisse s'affranchir, il faut que les pouvoirs productifs d&#233;j&#224; acquis et les rapports sociaux existants ne puissent plus exister les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres. De tous les instruments de production, le plus grand pouvoir productif, c'est la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me. L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires comme classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pouvaient s'engendrer dans le sein de la soci&#233;t&#233; ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire qu'apr&#232;s la chute de l'ancienne soci&#233;t&#233; il y aura une nouvelle domination de classe, se r&#233;sumant dans un nouveau pouvoir politique ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition d'affranchissement de la classe laborieuse c'est l'abolition de toute classe, de m&#234;me que la condition d'affranchissement du tiers &#233;tat, de l'ordre bourgeois, fut l'abolition de tous les &#233;tats [94] et de tous les ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe laborieuse substituera, dans le cours de son d&#233;veloppement, &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233; civile une association qui exclura les classes et leur antagonisme, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;sum&#233; officiel de l'antagonisme dans la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, l'antagonisme entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie est une lutte de classe &#224; classe, lutte qui, port&#233;e &#224; sa plus haute expression, est une r&#233;volution totale. D'ailleurs, faut-il s'&#233;tonner qu'une soci&#233;t&#233;, fond&#233;e sur l'opposition des classes, aboutisse &#224; la contradiction brutale, &#224; un choc de corps &#224; corps comme dernier d&#233;nouement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit social en m&#234;me temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans un ordre de choses o&#249; il n'y aura plus de classes et d'antagonisme de classes, que les &#233;volutions sociales cesseront d'&#234;tre des r&#233;volutions politiques. Jusque-l&#224;, &#224; la veille de chaque remaniement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, le dernier mot de la science sociale sera toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le combat ou la mort la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e. (George Sand.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[89] Proudhon : Ouvrage cit&#233; tome I, pp. 110 et 111.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[90] Proudhon : Ouvrage cit&#233;. tome I, pp. 281 et 262.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[91] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, Tome I. pp. 237 et 235.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[92] Pour &#8220; ... plus il y a d'&#233;l&#233;ments &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[93] C'est-&#224;-dire les socialistes de l'&#233;poque, les fouri&#233;ristes en France, les partisane d'Owen en Allemagne. (Note d'Engels pour l'&#233;dition de 1885.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[94] &#201;tats, au sens historique tels qu'ils existant &#224; l'&#233;poque f&#233;odale, c'est-&#224;-dire des &#233;tats poss&#233;dant des privil&#232;ges pr&#233;cis et limit&#233;s. La r&#233;volution bourgeoise abolit ces &#233;tats et leurs privil&#232;ges. La soci&#233;t&#233; bourgeoise ne conna&#238;t plus que des classes. C'&#233;tait donc une contradiction historique que de d&#233;signer le prol&#233;tariat noua le nom de &#8220; quatri&#232;me &#233;tat &#8221;. (Note d'Engels pour l'&#233;dition de 1885.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Philosophie de la mis&#232;re &#187;, de Pierre-Joseph Proudhon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chapitre I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; DE LA SCIENCE &#201;CONOMIQUE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) Qu'est-ce, par exemple, que le profit ? c'est ce qui reste &#224; l'entrepreneur apr&#232;s qu'il a pay&#233; tous ses frais. Or les frais se composent de journ&#233;es de travail et de valeurs consomm&#233;es, ou en d&#233;finitive de salaires. Quel est donc le salaire d'un ouvrier ? le moins qu'on puisse lui donner, c'est-&#224;-dire on ne sait pas. Quel doit &#234;tre le prix de la marchandise port&#233;e au march&#233; par l'entrepreneur ? le plus grand qu'il pourra obtenir, c'est-&#224;-dire encore, on ne sait pas. Il est m&#234;me d&#233;fendu, en &#233;conomie politique, de supposer que la marchandise et la journ&#233;e de travail puissent &#234;tre tax&#233;es, bien que l'on convienne qu'elles peuvent &#234;tre &#233;valu&#233;es ; et cela par la raison, disent les &#233;conomistes, que l'&#233;valuation est une op&#233;ration essentiellement arbitraire, qui ne peut aboutir jamais &#224; une s&#251;re et certaine conclusion. Comment donc trouver le rapport de deux inconnues qui, d'apr&#232;s l'&#233;conomie politique, ne peuvent en aucun cas &#234;tre d&#233;gag&#233;es ? Ainsi l'&#233;conomie politique pose des probl&#232;mes insolubles ; et pourtant nous verrons bient&#244;t qu'il est in&#233;vitable qu'elle les pose, et que notre si&#232;cle les r&#233;solve. Voil&#224; pourquoi j'ai dit que l'Acad&#233;mie des sciences morales, en mettant au concours le rapport des profits et des salaires, avait parl&#233; sans conscience, avait parl&#233; proph&#233;tiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dira-t-on, n'est-il pas vrai que si le travail est fort demand&#233; et les ouvriers rares, le salaire pourra s'&#233;lever pendant que d'un autre c&#244;t&#233; le profit baissera ? que si, par le flot des concurrences, la production surabonde, il y aura encombrement et vente &#224; perte, par cons&#233;quent absence de profit pour l'entrepreneur, et menace de f&#233;riation pour l'ouvrier ? qu'alors celui-ci offrira son travail au rabais ? que si une machine est invent&#233;e, d'abord elle &#233;teindra les feux de ses rivales ; puis, le monopole &#233;tabli, l'ouvrier mis dans la d&#233;pendance de l'entrepreneur, le profit et le salaire iront en sens inverse l'un de l'autre ? Toutes ces causes, et d'autres encore, ne peuvent-elles &#234;tre &#233;tudi&#233;es, appr&#233;ci&#233;es, compens&#233;es, etc., etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! des monographies, des histoires : nous en sommes satur&#233;s depuis Ad. Smith et J.-B. Say ; et l'on ne fait plus gu&#232;re que des variations sur leurs textes. Mais ce n'est pas ainsi que la question doit &#234;tre entendue, bien que l'Acad&#233;mie ne lui ait pas donn&#233; d'autre sens. Le rapport du profit et du salaire doit &#234;tre pris dans un sens absolu, et non au point de vue inconcluant des accidents du commerce et de la division des int&#233;r&#234;ts, deux choses qui doivent ult&#233;rieurement recevoir leur interpr&#233;tation. Je m'explique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant le producteur et le consommateur comme un seul individu, dont la r&#233;tribution est naturellement &#233;gale &#224; son produit ; puis, distinguant dans ce produit deux parts, l'une qui rembourse le producteur de ses avances, l'autre qui figure son profit, d'apr&#232;s l'axiome que tout travail doit laisser un exc&#233;dant : nous avons &#224; d&#233;terminer le rapport de l'une de ces deux parts avec l'autre. Cela fait, il sera ais&#233; d'en d&#233;duire les rapports de fortune de ces deux classes d'hommes, les entrepreneurs et les salari&#233;s, comme aussi de rendre raison de toutes les oscillations commerciales. Ce sera une s&#233;rie de corollaires &#224; joindre &#224; la d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour qu'un tel rapport existe et devienne appr&#233;ciable, il faut de toute n&#233;cessit&#233; qu'une loi, interne ou externe, pr&#233;side &#224; la constitution du salaire et du prix de vente ; et comme, dans l'&#233;tat actuel des choses, le salaire et le prix varient et oscillent sans cesse, on demande quels sont les faits g&#233;n&#233;raux, les causes, qui font varier et osciller la valeur, et dans quelles limites s'accomplit cette oscillation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette question m&#234;me est contraire aux principes : car qui dit oscillation, suppose n&#233;cessairement une direction moyenne, vers laquelle le centre de gravit&#233; de la valeur la ram&#232;ne sans cesse ; et quand l'Acad&#233;mie demande qu'on d&#233;termine les oscillations du profit et du salaire, elle demande par l&#224; m&#234;me qu'on d&#233;termine la valeur. Or, c'est justement ce que repoussent messieurs de l'Acad&#233;mie : ils ne veulent point entendre que si la valeur est variable, elle est par cela m&#234;me d&#233;terminable ; que la variabilit&#233; est indice et condition de d&#233;terminabilit&#233;. Ils pr&#233;tendent que la valeur, variant toujours, ne peut jamais &#234;tre d&#233;termin&#233;e. C'est comme si l'on soutenait qu'&#233;tant donn&#233; le nombre des oscillations par seconde d'un pendule, l'amplitude des oscillations, la latitude et l'&#233;l&#233;vation du lieu o&#249; se fait l'exp&#233;rience, la longueur du pendule ne peut &#234;tre d&#233;termin&#233;e, parce que ce pendule est en mouvement. Tel est le premier article de foi de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au socialisme, il ne para&#238;t pas davantage avoir compris la question ni s'en soucier. Parmi la multitude de ses organes, les uns &#233;cartent purement et simplement le probl&#232;me, en substituant &#224; la r&#233;partition le rationnement, c'est-&#224;-dire en bannissant de l'organisme social le nombre et la mesure ; les autres se tirent d'embarras en appliquant au salaire le suffrage universel. Il va sans dire que ces pauvret&#233;s trouvent des dupes par mille et centaines de mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condamnation de l'&#233;conomie politique a &#233;t&#233; formul&#233;e par Malthus dans ce passage fameux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un homme qui na&#238;t dans un monde d&#233;j&#224; occup&#233;, si sa famille n'a pas le moyen de le nourrir, ou si la soci&#233;t&#233; n'a pas besoin de son travail, cet homme, dis-je, n'a pas le moindre droit &#224; r&#233;clamer une portion quelconque de nourriture ; il est r&#233;ellement de trop sur la terre. Au grand banquet de la nature, il n'y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s'en aller, et ne tardera pas &#224; mettre elle-m&#234;me cet ordre &#224; ex&#233;cution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc quelle est la conclusion n&#233;cessaire, fatale, de l'&#233;conomie politique, conclusion que je d&#233;montrerai avec une &#233;vidence jusqu'&#224; pr&#233;sent inconnue dans cet ordre de recherches : La mort &#224; qui ne poss&#232;de pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de mieux saisir la pens&#233;e de Malthus, traduisons-la en propositions philosophiques, en la d&#233;pouillant de son vernis oratoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La libert&#233; individuelle, et la propri&#233;t&#233; qui en est l'expression, sont donn&#233;es dans l'&#233;conomie politique ; l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233; ne le sont pas. &lt;br class='autobr' /&gt; &#187; Sous ce r&#233;gime, chacun chez soi, chacun pour soi : le travail, comme toute marchandise, est sujet &#224; la hausse et &#224; la baisse : de l&#224; les risques du prol&#233;tariat. &lt;br class='autobr' /&gt; &#187; Quiconque n'a ni revenu ni salaire, n'a pas droit de rien exiger des autres : son malheur retombe sur lui seul ; au jeu de la fortune, la chance a tourn&#233; contre lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue de l'&#233;conomie politique, ces propositions sont irr&#233;fragables ; et Malthus, qui les a formul&#233;es avec une si alarmante pr&#233;cision, est &#224; l'abri de tout reproche. Au point de vue des conditions de la science sociale, ces m&#234;mes propositions sont radicalement fausses, et m&#234;me contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur de Malthus, ou pour mieux dire de l'&#233;conomie politique, ne consiste point &#224; dire qu'un homme qui n'a pas de quoi manger doit p&#233;rir, ni &#224; pr&#233;tendre que sous le r&#233;gime d'appropriation individuelle, celui qui n'a ni travail ni revenu n'a plus qu'&#224; sortir de la vie par le suicide, s'il ne pr&#233;f&#232;re s'en voir chass&#233; par la famine : telle est, d'une part, la loi de notre existence ; telle est, de l'autre, la cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; ; et M. Rossi s'est donn&#233; beaucoup trop de peine pour justifier sur ce point le bon sens de Malthus. Je soup&#231;onne, il est vrai, M. Rossi, faisant si longuement et avec tant d'amour l'apologie de Malthus, d'avoir voulu recommander l'&#233;conomie politique de la m&#234;me mani&#232;re que son compatriote Machiavel, dans le livre du Prince, recommandait &#224; l'admiration du monde le despotisme. En nous faisant voir la mis&#232;re comme la condition sine qu&#226; non de l'arbitraire industriel et commercial, M. Rossi semble nous crier : voil&#224; votre droit, votre justice, votre &#233;conomie politique ; voil&#224; la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la na&#239;vet&#233; gauloise n'entend rien &#224; ces finesses ; et mieux e&#251;t valu dire &#224; la France, dans sa langue immacul&#233;e : L'erreur de Malthus, le vice radical de l'&#233;conomie politique, consiste, en th&#232;se g&#233;n&#233;rale, &#224; affirmer comme &#233;tat d&#233;finitif une condition transitoire, savoir la distinction de la soci&#233;t&#233; en patriciat et prol&#233;tariat ; &#8212; sp&#233;cialement, &#224; dire que dans une soci&#233;t&#233; organis&#233;e, et par cons&#233;quent solidaire, il se peut que les uns poss&#232;dent, travaillent et consomment, tandis que les autres n'auraient ni possession, ni travail, ni pain. Enfin Malthus, ou l'&#233;conomie politique, s'&#233;gare dans ses conclusions, lorsqu'il voit dans la facult&#233; de reproduction ind&#233;finie dont jouit l'esp&#232;ce humaine, ni plus ni moins que toutes les esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales, une menace permanente de disette ; tandis qu'il fallait seulement en d&#233;duire la n&#233;cessit&#233;, et par cons&#233;quent l'existence d'une loi d'&#233;quilibre entre la population et la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux mots, la th&#233;orie de Malthus, et c'est l&#224; le grand m&#233;rite de cet &#233;crivain, m&#233;rite dont aucun de ses confr&#232;res n'a song&#233; &#224; lui tenir compte, est une r&#233;duction &#224; l'absurde de toute l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au socialisme, il a &#233;t&#233; jug&#233; d&#232;s longtemps par Platon et Thomas Morus en un seul mot, utopie, c'est-&#224;-dire non-lieu, chim&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, il faut le dire pour l'honneur de l'esprit humain, et afin que justice soit rendue &#224; tous : ni la science &#233;conomique et l&#233;gislative ne pouvait &#234;tre dans ses commencements autre que ce que nous l'avons vue ; ni la soci&#233;t&#233; ne peut s'arr&#234;ter &#224; cette premi&#232;re position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute science doit d'abord circonscrire son domaine, produire et rassembler ses mat&#233;riaux : avant le syst&#232;me, les faits ; avant le si&#232;cle de l'art, le si&#232;cle de l'&#233;rudition. Soumise comme toute autre &#224; la loi du temps et aux conditions de l'exp&#233;rience, la science &#233;conomique, avant de chercher comment les choses doivent se passer dans la soci&#233;t&#233;, avait &#224; nous dire comment elles se passent ; et toutes ces routines, que les auteurs qualifient si pompeusement dans leurs livres de lois, de principes et de th&#233;ories, malgr&#233; leur incoh&#233;rence et leur contrari&#233;t&#233;, devaient &#234;tre recueillies avec une diligence scrupuleuse, et d&#233;crites avec une impartialit&#233; s&#233;v&#232;re. Pour accomplir cette t&#226;che, il fallait plus de g&#233;nie peut-&#234;tre, surtout plus de d&#233;vouement, que n'en exigera le progr&#232;s ult&#233;rieur de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc l'&#233;conomie sociale est encore aujourd'hui plut&#244;t une aspiration vers l'avenir qu'une connaissance de la r&#233;alit&#233;, il faut reconna&#238;tre aussi que les &#233;l&#233;ments de cette &#233;tude sont tous dans l'&#233;conomie politique ; et je crois exprimer le sentiment g&#233;n&#233;ral en disant que cette opinion est devenue celle de l'immense majorit&#233; des esprits. Le pr&#233;sent trouve peu de d&#233;fenseurs, il est vrai ; mais le d&#233;go&#251;t de l'utopie n'est pas moins universel : et tout le monde comprend que la v&#233;rit&#233; est dans une formule qui concilierait ces deux termes : conservation et mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, gr&#226;ces en soient rendues aux A. Smith, aux J.-B. Say, aux Ricardo et aux Malthus, ainsi qu'&#224; leurs t&#233;m&#233;raires contradicteurs, les myst&#232;res de la fortune, atria Ditis, sont mis &#224; d&#233;couvert ; la pr&#233;pond&#233;rance du capital, l'oppression du travailleur, les machinations du monopole, &#233;clair&#233;es sur tous les points, reculent devant les regards de l'opinion. Sur les faits observ&#233;s et d&#233;crits par les &#233;conomistes, on raisonne et l'on conjecture : des droits abusifs, des coutumes iniques, respect&#233;s aussi longtemps que dura l'obscurit&#233; qui les faisait vivre, &#224; peine tra&#238;n&#233;s au grand jour, expirent sous la r&#233;probation g&#233;n&#233;rale ; on soup&#231;onne que le gouvernement de la soci&#233;t&#233; doit &#234;tre appris, non plus dans une id&#233;ologie creuse, &#224; la fa&#231;on du Contrat social, mais, ainsi que l'avait entrevu Montesquieu, dans le rapport des choses ; et d&#233;j&#224; une gauche &#224; tendances &#233;minemment sociales, form&#233;e de savants, de magistrats, de jurisconsultes, de professeurs, de capitalistes m&#234;me et de chefs industriels, tous n&#233;s repr&#233;sentants et d&#233;fenseurs du privil&#232;ge, et d'un million d'adeptes, se pose dans la nation au-dessus et en dehors des opinions parlementaires, et cherche, dans l'analyse des faits &#233;conomiques, &#224; surprendre les secrets de la vie des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repr&#233;sentons-nous donc l'&#233;conomie politique comme une immense plaine, jonch&#233;e de mat&#233;riaux pr&#233;par&#233;s pour un &#233;difice. Les ouvriers attendent le signal, pleins d'ardeur, et br&#251;lant de se mettre &#224; l'&#339;uvre : mais l'architecte a disparu sans laisser de plan. Les &#233;conomistes ont gard&#233; m&#233;moire d'une foule de choses : malheureusement ils n'ont pas l'ombre d'un devis. Ils savent l'origine et l'historique de chaque pi&#232;ce ; ce qu'elle a co&#251;t&#233; de fa&#231;on ; quel bois fournit les meilleures solives, et quelle argile les meilleures briques ; ce qu'on a d&#233;pens&#233; en outils et charrois ; combien gagnaient les charpentiers, et combien les tailleurs de pierre : ils ne connaissent la destination et la place de rien. Les &#233;conomistes ne peuvent se dissimuler qu'ils aient sous les yeux les fragments jet&#233;s p&#234;le-m&#234;le d'un chef-d'&#339;uvre, disjecti membra poet&#230; ; mais il leur a &#233;t&#233; impossible jusqu'&#224; pr&#233;sent de retrouver le dessin g&#233;n&#233;ral, et toutes les fois qu'ils ont essay&#233; quelques rapprochements, ils n'ont rencontr&#233; que des incoh&#233;rences. D&#233;sesp&#233;r&#233;s &#224; la fin de combinaisons sans r&#233;sultat, ils ont fini par &#233;riger en dogme l'inconvenance architectonique de la science, ou, comme ils disent, les inconv&#233;nients de ses principes ; en un mot, ils ont ni&#233; la science[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la division du travail, sans laquelle la production serait &#224; peu pr&#232;s nulle, est sujette &#224; mille inconv&#233;nients, dont le pire est la d&#233;moralisation de l'ouvrier ; les machines produisent, avec le bon march&#233;, l'encombrement et le ch&#244;mage ; la concurrence aboutit &#224; l'oppression ; l'imp&#244;t, lien mat&#233;riel de la soci&#233;t&#233;, n'est le plus souvent qu'un fl&#233;au redout&#233; &#224; l'&#233;gal de l'incendie et de la gr&#234;le ; le cr&#233;dit a pour corr&#233;latif oblig&#233; la banqueroute ; la propri&#233;t&#233; est une fourmili&#232;re d'abus ; le commerce d&#233;g&#233;n&#232;re en jeu de hasard, o&#249; m&#234;me il est quelquefois permis de tricher : bref, le d&#233;sordre se trouvant partout en &#233;gale proportion avec l'ordre, sans qu'on sache comment celui-ci parviendra &#224; &#233;liminer celui-l&#224;, taxis ataxian di&#244;kein, les &#233;conomistes ont pris le parti de conclure que tout est pour le mieux, et regardent toute proposition d'amendement comme hostile &#224; l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;difice social a donc &#233;t&#233; d&#233;laiss&#233; ; la foule a fait irruption sur le chantier : colonnes, chapiteaux et socles, le bois, la pierre et le m&#233;tal, ont &#233;t&#233; distribu&#233;s par lots et tir&#233;s au sort, et de tous ces mat&#233;riaux rassembl&#233;s pour un temple magnifique, la propri&#233;t&#233;, ignorante et barbare, a construit des huttes. Il s'agit donc, non-seulement de retrouver le plan de l'&#233;difice, mais de d&#233;loger les occupants, lesquels soutiennent que leur cit&#233; est superbe, et, au seul mot de restauration, se rangent en bataille sur leurs portes. Pareille confusion ne se vit autrefois &#224; Babel : heureusement nous parlons fran&#231;ais, et nous sommes plus hardis que les compagnons de Nemrod.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quittons l'all&#233;gorie : la m&#233;thode historique et descriptive, employ&#233;e avec succ&#232;s tant qu'il n'a fallu op&#233;rer que des reconnaissances, est d&#233;sormais sans utilit&#233; : apr&#232;s des milliers de monographies et de tables, nous ne sommes pas plus avanc&#233;s qu'au temps de X&#233;nophon et d'H&#233;siode. Les Ph&#233;niciens, les Grecs, les Italiens, travaill&#232;rent autrefois comme nous faisons aujourd'hui : ils pla&#231;aient leur argent, salariaient leurs ouvriers, &#233;tendaient leurs domaines, faisaient leurs exp&#233;ditions et recouvrements, tenaient leurs livres, sp&#233;culaient, agiotaient, se ruinaient, selon toutes les r&#232;gles de l'art &#233;conomique, s'entendant non moins bien que nous &#224; s'arroger des monopoles, et &#224; ran&#231;onner le consommateur et l'ouvrier. De tout cela, les relations surabondent ; et quand nous repasserions &#233;ternellement nos statistiques et nos chiffres, nous n'aurions toujours devant les yeux que le chaos, le chaos immobile et uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit, il est vrai, qu'&#224; partir des temps mythologiques jusqu'&#224; la pr&#233;sente ann&#233;e 57 de notre grande r&#233;volution, le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral s'est accru : le christianisme a longtemps pass&#233; pour la principale cause de cette am&#233;lioration, dont les &#233;conomistes r&#233;clament actuellement tout l'honneur pour leurs principes. Car apr&#232;s tout, disent-ils, quelle a &#233;t&#233; l'influence du christianisme sur la soci&#233;t&#233; ? Profond&#233;ment utopiste &#224; sa naissance, il n'a pu se soutenir et s'&#233;tendre qu'en adoptant peu &#224; peu toutes les cat&#233;gories &#233;conomiques, le travail, le capital, le fermage, l'usure, le trafic, la propri&#233;t&#233;, en un mot, en consacrant la loi romaine, expression la plus haute de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme, &#233;tranger, quant &#224; sa partie th&#233;ologique, aux th&#233;ories sur la production et la consommation, a &#233;t&#233; pour la civilisation europ&#233;enne ce qu'&#233;taient nagu&#232;re pour les ouvriers ambulants les soci&#233;t&#233;s de compagnonnage et la franc-ma&#231;onnerie, une esp&#232;ce de contrat d'assurance et de secours mutuel ; sous ce rapport, il ne doit rien &#224; l'&#233;conomie politique, et le bien qu'il a fait ne peut &#234;tre invoqu&#233; par elle en t&#233;moignage de certitude. Les effets de charit&#233; et de d&#233;vouement sont hors du domaine de l'&#233;conomie, laquelle doit procurer le bonheur des soci&#233;t&#233;s par l'organisation du travail et par la justice. Pour le surplus, je suis pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre les effets heureux du m&#233;canisme propri&#233;taire ; mais j'observe que ces effets sont enti&#232;rement couverts par les mis&#232;res qu'il est de la nature de ce m&#233;canisme de produire : en sorte que, comme l'avouait nagu&#232;re devant le parlement anglais un illustre ministre, et comme nous le d&#233;montrerons bient&#244;t, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, le progr&#232;s de la mis&#232;re est parall&#232;le et ad&#233;quat au progr&#232;s de la richesse, ce qui annulle compl&#232;tement les m&#233;rites de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#233;conomie politique ne se justifie ni par ses maximes ni par ses &#339;uvres ; et, quant au socialisme, toute sa valeur se r&#233;duit &#224; l'avoir constat&#233;. Force nous est donc de reprendre l'examen de l'&#233;conomie politique, puisqu'elle seule contient, du moins en partie, les mat&#233;riaux de la science sociale ; et de v&#233;rifier si ses th&#233;ories ne cacheraient pas quelque erreur dont le redressement concilierait le fait et le droit, r&#233;v&#233;lerait la loi organique de l'humanit&#233;, et donnerait la conception positive de l'ordre. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-	&#171; Le principe qui pr&#233;side &#224; la vie des nations, ce n'est pas la science pure : ce sont les donn&#233;es complexes qui ressortent de l'&#233;tat des lumi&#232;res, des besoins et des int&#233;r&#234;ts. &#187; Ainsi s'exprimait, en d&#233;cembre 1844, un des esprits les plus lucides qui soient en France, M. L&#233;on Faucher. Qu'on explique, si l'on peut, comment un homme de cette trempe a &#233;t&#233; amen&#233;, par ses convictions &#233;conomiques, &#224; d&#233;clarer que les donn&#233;es complexes de la soci&#233;t&#233; sont oppos&#233;es &#224; la science pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAPITRE II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DE LA VALEUR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; I. &#8212; Opposition de la valeur d'utilit&#233; et de la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur est la pierre angulaire de l'&#233;difice &#233;conomique. Le divin artiste qui nous a commis &#224; la continuation de son &#339;uvre ne s'en est expliqu&#233; &#224; personne : mais, sur quelques indices, on le conjecture. La valeur, en effet, pr&#233;sente deux faces : l'une, que les &#233;conomistes appellent valeur d'usage, ou valeur en soi ; l'autre, valeur en &#233;change, ou d'opinion. Les effets que produit la valeur sous ce double aspect, et qui sont fort irr&#233;guliers tant qu'elle n'est point assise, ou, pour nous exprimer plus philosophiquement, tant qu'elle n'est pas constitu&#233;e, changent totalement par cette constitution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, en quoi consiste la corr&#233;lation de valeur utile k valeur en &#233;change ; que faut-il entendre par valeur constitu&#233;e, et par quelle p&#233;rip&#233;tie s'op&#232;re cette constitution : c'est l'objet et la fin de l'&#233;conomie politique. Je supplie le lecteur de donner toute son attention &#224; ce qui va suivre : ce chapitre &#233;tant le seul de l'ouvrage qui exige de sa part un peu de bonne volont&#233;. De mon c&#244;t&#233;, je m'efforcerai d'&#234;tre de plus en plus simple et clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui peut m'&#234;tre de quelque service a pour moi de la valeur, et je suis d'autant plus riche que la chose utile est plus abondante : &#224; cela point de difficult&#233;. Le lait et la chair, les fruits et les graines, la laine, le sucre, le coton, le vin, les m&#233;taux, le marbre, la terre enfin, l'eau, l'air, le feu et le soleil, sont, relativement &#224; moi, valeurs d'usage, valeurs par nature et destination. Si toutes les choses qui servent &#224; mon existence &#233;taient aussi abondantes que certaines d'entre elles, par exemple la lumi&#232;re ; en d'autres termes, si la quantit&#233; de chaque esp&#232;ce de valeurs &#233;tait in&#233;puisable, mon bien-&#234;tre serait &#224; jamais assur&#233; : je n'aurais que faire de travailler, je ne penserais m&#234;me pas. Dans cet &#233;tat, il y aurait toujours utilit&#233; dans les choses, mais il ne serait plus vrai de dire qu'elles valent ; car la valeur, ainsi que nous le verrons bient&#244;t, indique un rapport essentiellement social ; et c'est m&#234;me uniquement par l'&#233;change, en faisant une esp&#232;ce de retour de la soci&#233;t&#233; sur la nature, que nous avons acquis la notion d'utilit&#233;. Tout le d&#233;veloppement de la civilisation tient donc &#224; la n&#233;cessit&#233; o&#249; se trouve la race humaine de provoquer incessamment la cr&#233;ation de nouvelles valeurs, de m&#234;me que les maux de la soci&#233;t&#233; ont leur cause premi&#232;re dans la lutte perp&#233;tuelle que nous soutenons contre notre propre inertie. Otez &#224; l'homme ce besoin qui sollicite sa pens&#233;e et la fa&#231;onne &#224; la vie contemplative, et le contrema&#238;tre de la cr&#233;ation n'est plus que le premier des quadrup&#232;des.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment la valeur d'utilit&#233; devient-elle valeur en &#233;change ? Car il faut remarquer que les deux sortes de valeurs, bien que contemporaines dans la pens&#233;e (puisque la premi&#232;re ne s'aper&#231;oit qu'&#224; l'occasion de la seconde), soutiennent n&#233;anmoins un rapport de succession : la valeur &#233;changeable est donn&#233;e par une sorte de reflet de la valeur utile, comme les th&#233;ologiens enseignent que dans la trinit&#233;, le p&#232;re, se contemplant de toute &#233;ternit&#233;, engendre le fils. Cette g&#233;n&#233;ration de l'id&#233;e de valeur n'a pas &#233;t&#233; not&#233;e par les &#233;conomistes avec assez de soin : il importe de nous y arr&#234;ter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis donc que parmi les objets dont j'ai besoin, un tr&#232;s grand nombre ne se trouve dans la nature qu'en une quantit&#233; m&#233;diocre, ou m&#234;me ne se trouve pas du tout, je suis forc&#233; d'aider &#224; la production de ce qui me manque ; et comme je ne puis mettre la main &#224; tant de choses, je proposerai &#224; d'autres hommes, mes collaborateurs dans des fonctions diverses, de me c&#233;der une partie de leurs produits en &#233;change du mien. J'aurai donc par devers moi, de mon produit particulier, toujours plus que je ne consomme ; de m&#234;me que mes pairs auront par devers eux, de leurs produits respectifs, plus qu'ils n'usent. Cette convention tacite s'accomplit par le commerce. &#192; cette occasion, nous ferons observer que la succession logique des deux esp&#232;ces de valeur appara&#238;t bien mieux encore dans l'histoire que dans la th&#233;orie, les hommes ayant pass&#233; des milliers d'ann&#233;es &#224; se disputer les bien naturels (c'est ce qu'on appelle la communaut&#233; primitive), avant que leur industrie e&#251;t donn&#233; lieu &#224; aucun &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la capacit&#233; qu'ont tous les produits, soit naturels, soit industriels, de servir &#224; la subsistance de l'homme, se nomme particuli&#232;rement valeur d'utilit&#233; ; la capacit&#233; qu'ils ont de se donner l'un pour l'autre, valeur en &#233;change. Au fond, c'est la m&#234;me chose, puisque le second cas ne fait qu'ajouter au premier l'id&#233;e d'une substitution, et tout cela peut para&#238;tre d'une subtilit&#233; oiseuse : dans la pratique, les cons&#233;quences sont surprenantes, et tour &#224; tour heureuses ou funestes. Ainsi, la distinction &#233;tablie dans la valeur est donn&#233;e par les faits et n'a rien d'arbitraire : c'est &#224; l'homme, en subissant cette loi, de la faire tourner au profit de son bien-&#234;tre et de sa libert&#233;. Le travail, selon la belle expression d'um auteur, M. Walras, est une guerre d&#233;clar&#233;e &#224; la parcimonie de la nature ; c'est par lui que s'engendrent &#224; la fois la richesse et la soci&#233;t&#233;. Non-seulement le travail produit incomparablement plus de biens que ne nous en donne la nature ; &#8212; ainsi, l'on a remarqu&#233; que les seuls cordonniers de France produisaient dix fois plus que les mines r&#233;unies du P&#233;rou, du Br&#233;sil et du Mexique ; &#8212; mais le travail, par les transformations qu'il fait subir aux valeurs naturelles, &#233;tendant et multipliant &#224; l'infini ses droits, il arrive peu &#224; peu que toute richesse, &#224; force de passer par la fili&#232;re industrielle, revient tout enti&#232;re &#224; celui qui la cr&#233;e, et qu'il ne reste rien ou presque rien pour le d&#233;tenteur de la mati&#232;re premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est donc la marche du d&#233;veloppement &#233;conomique : au premier moment, appropriation de la terre et des valeurs naturelles ; puis association et distribution par le travail jusqu'&#224; compl&#234;te &#233;galit&#233;. Les ab&#238;mes sont sem&#233;s sur notre route, le glaive est suspendu sur nos t&#234;tes ; mais, pour conjurer tous les p&#233;rils, nous avons la raison ; et la raison, c'est la toute-puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte du rapport de valeur utile &#224; valeur &#233;changeable que si, par accident ou malveillance, l'&#233;change &#233;tait interdit &#224; l'un des producteurs, ou si l'utilit&#233; de son produit venait &#224; cesser tout &#224; coup, avec ses magasins remplis il ne poss&#233;derait rien. Plus il aurait fait de sacrifices et d&#233;ploy&#233; de vaillance &#224; produire, plus profonde serait sa mis&#232;re. &#8212; Si l'utilit&#233; du produit, au lieu de dispara&#238;tre tout &#224; fait, &#233;tait seulement diminu&#233;e, chose qui peut arriver de cent fa&#231;ons : le travailleur, au lieu d'&#234;tre frapp&#233; de d&#233;ch&#233;ance et ruin&#233; par une catastrophe subite, ne serait qu'appauvri ; oblig&#233; de livrer une quantit&#233; forte de sa valeur pour une quantit&#233; faible de valeurs &#233;trang&#232;res, sa subsistance se trouverait r&#233;duite dans une proportion &#233;gale au d&#233;ficit de sa vente, ce qui le conduirait par degr&#233;s de l'aisance &#224; l'ext&#233;nuation. Si enfin l'utilit&#233; du produit venait &#224; cro&#238;tre, ou bien si la production en &#233;tait rendue moins co&#251;teuse, la balance de l'&#233;change tournerait &#224; l'avantage du producteur, dont le bien-&#234;tre pourrait ainsi s'&#233;lever de la m&#233;diocrit&#233; laborieuse &#224; l'oisive opulence. Ce ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;pr&#233;ciation et d'enrichissement se manifeste sous mille formes et par mille combinaisons : c'est en cela que consiste le jeu passionnel et intrigu&#233; du commerce et de l'industrie ; c'est cette loterie pleine d'emb&#251;ches que les &#233;conomistes croient devoir durer &#233;ternellement, et dont l'Acad&#233;mie des sciences morales et politiques demande, sans le savoir, la suppression, lorsque, sous les noms de profit et de salaire, elle demande que l'on concilie la valeur utile et la valeur en &#233;change, c'est-&#224;-dire qu'on trouve le moyen de rendre toutes les valeurs utiles &#233;galement &#233;changeables, et vice versa toutes les valeurs &#233;changeables &#233;galement utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes ont tr&#232;s-bien fait ressortir le double caract&#232;re de la valeur : mais ce qu'ils n'ont pas rendu avec la m&#234;me nettet&#233;, c'est sa nature contradictoire. Ici commence notre critique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'utilit&#233; est la condition n&#233;cessaire de l'&#233;change ; mais &#244;tez l'&#233;change, et l'utilit&#233; devient nulle : ces deux termes sont indissolublement li&#233;s. O&#249; est-ce donc qu'appara&#238;t la contradiction ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque tous tant que nous sommes nous ne subsistons que par le travail et l'&#233;change, et que nous sommes d'autant plus riches que nous produisons et &#233;changeons davantage, la cons&#233;quence, pour chacun, est de produire le plus possible de valeur utile, afin d'augmenter d'autant ses &#233;changes, et partant ses jouissances. Eh bien, le premier effet, l'effet in&#233;vitable de la multiplication des valeurs est de les avilir : plus une marchandise abonde, plus elle perd &#224; l'&#233;change et se d&#233;pr&#233;cie commercialement. N'est-il pas vrai qu'il y a contradiction entre la n&#233;cessit&#233; du travail et ses r&#233;sultats ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je conjure le lecteur, avant de courir au devant de l'explication, d'arr&#234;ter son attention sur le fait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un paysan qui a r&#233;colt&#233; vingt sacs de bl&#233;, qu'il se propose de manger avec sa famille, se juge deux fois plus riche que s'il n'en avait r&#233;colt&#233; que dix ; &#8212; pareillement une m&#233;nag&#232;re qui a fil&#233; cinquante aunes de toile se croit deux fois plus riche aussi que si elle n'en avait fil&#233; que vingt-cinq. Relativement au m&#233;nage, ils ont raison tous deux ; mais au point de vue de leurs relations ext&#233;rieures, ils peuvent se tromper du tout au tout. Si la r&#233;colte du bl&#233; est double dans tout le pays, vingt sacs se vendront moins que dix ne se seraient vendus si elle avait &#233;t&#233; de moiti&#233; ; comme aussi, dans un cas semblable, cinquante aunes de toile vaudront moins que vingt-cinq. En sorte que la valeur d&#233;cro&#238;t comme la production de l'utilit&#233; augmente, et qu'un producteur peut arriver &#224; l'indigence en s'enrichissant toujours. Et cela para&#238;t sans rem&#232;de, puisque le seul moyen de salut serait que les produits industriels devinssent tous, comme l'air et la lumi&#232;re, en quantit&#233; infinie, ce qui est absurde. Dieu de ma raison ! se serait dit Jean-Jacques : ce ne sont pas les &#233;conomistes qui d&#233;raisonnent ; c'est l'&#233;conomie politique elle-m&#234;me qui est infid&#232;le &#224; ses d&#233;finitions : Mentita est iniquitas sibi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les exemples qui pr&#233;c&#232;dent, la valeur utile d&#233;passe la valeur &#233;changeable : dans d'autres cas, elle est moindre. Alors le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne se produit, mais en sens inverse : la balance est favorable au producteur, et c'est le consommateur qui est frapp&#233;. C'est ce qui arrive notamment dans les disettes, o&#249; la hausse des subsistances a toujours quelque chose de factice. Il y a aussi des professions dont tout l'art consiste &#224; donner &#224; une utilit&#233; m&#233;diocre, et dont on se passerait fort bien, une valeur d'opinion exag&#233;r&#233;e : tels sont en g&#233;n&#233;ral les arts de luxe. L'homme, par sa passion esth&#233;tique, est avide de futilit&#233;s dont la possession satisfait hautement sa vanit&#233;, son go&#251;t inn&#233; du luxe, et son amour plus noble et plus respectable du beau : c'est l&#224;-dessus que sp&#233;culent les pourvoyeurs de ces sortes d'objets. Imposer la fantaisie et l'&#233;l&#233;gance n'est une chose ni moins odieuse ni moins absurde que de mettre des taxes sur la circulation : mais cet imp&#244;t est per&#231;u par quelques entrepreneurs en vogue, que l'engouement g&#233;n&#233;ral prot&#232;ge, et dont tout le m&#233;rite est bien souvent de fausser le go&#251;t et de faire na&#238;tre l'inconstance. D&#232;s lors personne ne se plaint ; et tous les anath&#232;mes de l'opinion sont r&#233;serv&#233;s aux monopoleurs qui, &#224; force de g&#233;nie, parviennent &#224; &#233;lever de quelques centimes le prix de la toile et du pain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu d'avoir signal&#233;, dans la valeur utile et dans la valeur &#233;changeable, cet &#233;tonnant contraste, o&#249; les &#233;conomistes sont accoutum&#233;s &#224; ne voir rien que de tr&#232;s-simple : il faut montrer que cette pr&#233;tendue simplicit&#233; cache un myst&#232;re profond, que notre devoir est de p&#233;n&#233;trer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je somme donc tout &#233;conomiste s&#233;rieux de me dire, autrement qu'en traduisant ou r&#233;p&#233;tant la question, par quelle cause la valeur d&#233;cro&#238;t, &#224; mesure que la production augmente ; et r&#233;ciproquement qu'est-ce qui fait grandir cette m&#234;me valeur, &#224; mesure que le produit diminue. En termes techniques, la valeur utile et la valeur &#233;changeable, n&#233;cessaires l'une &#224; l'autre, sont en raison inverse l'une de l'autre : je demande donc pourquoi la raret&#233;, non l'utilit&#233;, est synonyme de chert&#233;. Car, remarquons-le bien, la hausse et la baisse des marchandises sont ind&#233;pendantes de la quantit&#233; de travail d&#233;pens&#233;e dans la production ; et le plus ou le moins de frais qu'elles co&#251;tent ne sert de rien pour expliquer les variations de la mercuriale. La valeur est capricieuse comme la libert&#233; : elle ne consid&#232;re ni l'utilit&#233; ni le travail ; loin de l&#224;, il semble que, dans le cours ordinaire des choses, et &#224; part certaines perturbations exceptionnelles, les objets les plus utiles soient toujours ceux qui doivent se livrer &#224; plus bas prix ; en d'autres termes, qu'il est juste que les hommes qui travaillent avec le plus d'agr&#233;ment soient le mieux r&#233;tribu&#233;s, et ceux qui versent dans leur peine le sang et l'eau, le plus mal. Tellement qu'en suivant le principe jusqu'aux derni&#232;res cons&#233;quences, on arriverait &#224; conclure le plus logiquement du monde, que les choses dont l'usage est n&#233;cessaire et la quantit&#233; infinie, doivent &#234;tre pour rien ; et celles dont l'utilit&#233; est nulle et la raret&#233; extr&#234;me, d'un prix inestimable. Mais, et pour comble d'embarras, la pratique n'admet point ces extr&#234;mes : d'un c&#244;t&#233;, aucun produit humain ne saurait jamais atteindre l'infini en grandeur ; de l'autre, les choses les plus rares ont besoin d'&#234;tre, &#224; un degr&#233; quelconque, utiles, sans quoi elles ne seraient susceptibles d'aucune valeur. La valeur utile et la valeur &#233;changeable restent donc fatalement encha&#238;n&#233;es l'une &#224; l'autre, bien que par leur nature elles tendent continuellement &#224; s'exclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne fatiguerai pas le lecteur de la r&#233;futation des logomachies qu'on pourrait pr&#233;senter pour &#233;claircir ce sujet : il n'y a pas, sur la contradiction inh&#233;rente &#224; la notion de valeur, de cause assignable, ni d'explication possible. Le fait dont je parle est un de ceux qu'on nomme primitifs, c'est-&#224;-dire qui peuvent servir &#224; en expliquer d'autres, mais qui en eux-m&#234;mes, comme les corps appel&#233;s simples, sont insolubles. Tel est le dualisme de l'esprit et de la mati&#232;re. L'esprit et la mati&#232;re sont deux termes qui, pris s&#233;par&#233;ment, indiquent chacun une vue sp&#233;ciale de l'esprit, mais sans r&#233;pondre &#224; aucune r&#233;alit&#233;. De m&#234;me, &#233;tant donn&#233; le besoin pour l'homme d'une grande vari&#233;t&#233; de produits avec l'obligation d'y pourvoir par son travail, l'opposition de valeur utile &#224; valeur &#233;changeable en r&#233;sulte n&#233;cessairement ; et de cette opposition, une contradiction sur le seuil m&#234;me de l'&#233;conomie politique. Aucune intelligence, aucune volont&#233; divine et humaine ne saurait l'emp&#234;cher. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, au lieu de chercher une explication chim&#233;rique, contentons-nous de bien constater la n&#233;cessit&#233; de la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'abondance des valeurs cr&#233;&#233;es et la proportion dans laquelle elles s'&#233;changent, pour que nous &#233;changions nos produits, il faut, si vous &#234;tes demandeur, que mon produit vous convienne, et si vous &#234;tes offrant, que j'agr&#233;e le v&#244;tre. Car nul n'a droit d'imposer &#224; autrui sa propre marchandise : le seul juge de l'utilit&#233;, ou, ce qui revient au m&#234;me, du besoin, est l'acheteur. Donc, dans le premier cas, vous &#234;tes arbitre de la convenance ; dans le second, c'est moi. &#212;tez la libert&#233; r&#233;ciproque, et l'&#233;change n'est plus l'exercice de la solidarit&#233; industrielle : c'est une spoliation. Le communisme, pour le dire en passant, ne triomphera jamais de cette difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avec la libert&#233;, la production reste n&#233;cessairement ind&#233;termin&#233;e, soit en quantit&#233;, soit en qualit&#233; ; si bien qu'au point de vue du progr&#232;s &#233;conomique, comme &#224; celui de la convenance des consommateurs, l'estimation demeure &#233;ternellement arbitraire, et toujours le prix des marchandises flottera. Supposons pour un moment que tous les producteurs vendent &#224; prix fixe : il y en aura qui, produisant &#224; meilleur march&#233; ou produisant mieux, gagneront beaucoup, pendant que les autres ne gagneront rien. De toute mani&#232;re l'&#233;quilibre est rompu. &#8212; Veut-on, afin de parer &#224; la stagnation du commerce, limiter la production au juste n&#233;cessaire ? C'est violer la libert&#233; : car, en m'&#244;tant la facult&#233; de choisir, vous me condamnez &#224; payer un maximum ; vous d&#233;truisez la concurrence, seule garantie du bon march&#233;, et provoquez &#224; la contrebande. Ainsi, pour emp&#234;cher l'arbitraire commercial, vous vous jetterez dans l'arbitraire administratif ; pour cr&#233;er l'&#233;galit&#233;, vous d&#233;truirez la libert&#233; : ce qui est la n&#233;gation de l'&#233;galit&#233; m&#234;me. &#8212; Grouperez-vous les producteurs en un atelier unique, je suppose que vous poss&#233;diez ce secret ? Cela ne suffit point encore : il vous faudra grouper aussi les consommateurs en un m&#233;nage commun : mais alors vous d&#233;sertez la question. Il ne s'agit pas d'abolir l'id&#233;e de valeur, ce qui est aussi impossible que d'abolir le travail, mais de la d&#233;terminer ; il ne s'agit pas de tuer la libert&#233; individuelle, mais de la socialiser. Or, il est prouv&#233; que c'est le libre arbitre de l'homme qui donne lieu &#224; l'opposition entre la valeur utile et la valeur en &#233;change : comment r&#233;soudre cette opposition, tant que subsistera le libre arbitre ? Et comment sacrifier celui-ci, &#224; moins de sacrifier l'homme ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, par cela seul qu'en ma qualit&#233; d'acheteur libre je suis juge de mon besoin, juge de la convenance de l'objet, juge du prix que je veux y mettre ; et que d'autre part, en votre qualit&#233; de producteur libre, vous &#234;tes ma&#238;tre des moyens d'ex&#233;cution, et qu'en cons&#233;quence vous avez la facult&#233; de r&#233;duire vos frais, l'arbitraire s'introduit forc&#233;ment dans la valeur, et la fait osciller entre l'utilit&#233; et l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette oscillation, parfaitement signal&#233;e par les &#233;conomistes, n'est rien que l'effet d'une contradiction qui, se traduisant sur une vaste &#233;chelle, engendre les ph&#233;nom&#232;nes les plus inattendus. Trois ann&#233;es de fertilit&#233;, dans certaines provinces de la Russie, sont une calamit&#233; publique ; comme, dans nos vignobles, trois ann&#233;es d'abondance sont une calamit&#233; pour le vigneron. Les &#233;conomistes, je le sais bien, attribuent cette d&#233;tresse au manque de d&#233;bouch&#233;s ; aussi est-ce une grande question parmi eux que les d&#233;bouch&#233;s. Malheureusement il en est de la th&#233;orie des d&#233;bouch&#233;s comme de celle de l'&#233;migration qu'on a voulu opposer &#224; Malthus ; c'est une p&#233;tition de principe. Les &#233;tats les mieux pourvus de d&#233;bouch&#233;s sont sujets &#224; la surproduction comme les pays les plus isol&#233;s : o&#249; est-ce que la baisse et la hausse sont plus connues qu'&#224; la bourse de Paris et de Londres ? &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'oscillation de la valeur et des effets irr&#233;guliers qui en d&#233;coulent, les socialistes et les &#233;conomistes, chacun de leur c&#244;t&#233;, ont d&#233;duit des cons&#233;quences oppos&#233;es, mais &#233;galement fausses : les premiers en ont pris texte pour calomnier l'&#233;conomie politique, et l'exclure de la science sociale ; les autres, pour rejeter toute possibilit&#233; de conciliation entre les termes, et affirmer comme loi absolue du commerce l'incommensurabilit&#233; des valeurs, partant l'in&#233;galit&#233; des fortunes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je dis que des deux parts l'erreur est &#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1o L'id&#233;e contradictoire de valeur, si bien mise en lumi&#232;re par la distinction in&#233;vitable de valeur utile et valeur en &#233;change, ne vient pas d'une fausse aperception de l'esprit, ni d'une terminologie vicieuse, ni d'aucune aberration de la pratique : elle est intime &#224; la nature des choses, et s'impose &#224; la raison comme forme g&#233;n&#233;rale de la pens&#233;e, c'est-&#224;-dire comme cat&#233;gorie. Or, comme le concept de valeur est le point de d&#233;part de l'&#233;conomie politique, il s'ensuit que tous les &#233;l&#233;ments de la science, j'emploie le mot science par anticipation, sont contradictoires en eux-m&#234;mes et oppos&#233;s entre eux, si bien que sur chaque question l'&#233;conomiste se trouve incessamment plac&#233; entre une affirmation et une n&#233;gation &#233;galement irr&#233;futables. L'antinomie enfin, pour me servir du mot consacr&#233; par la philosophie moderne, est le caract&#232;re essentiel de l'&#233;conomie politique, c'est-&#224;-dire tout &#224; la fois son arr&#234;t de mort et sa justification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antinomie, litt&#233;ralement contre-loi, veut dire opposition dans le principe ou antagonisme dans le rapport, comme la contradiction ou antilogie indique opposition ou contrari&#233;t&#233; dans le discours. L'antinomie, je demande pardon d'entrer dans ces d&#233;tails de scolastique, mais peu familiers encore &#224; la plupart des &#233;conomistes, l'antinomie est la conception d'une loi &#224; double face, l'une positive, l'autre n&#233;gative : telle est, par exemple, la loi appel&#233;e attraction, qui fait tourner les plan&#232;tes autour du soleil, et que les g&#233;om&#232;tres ont d&#233;compos&#233;e en force centrip&#232;te et force centrifuge. Tel est encore le probl&#232;me de la divisibilit&#233; de la mati&#232;re &#224; l'infini, que Kant a d&#233;montr&#233; pouvoir &#234;tre ni&#233; et affirm&#233; tour &#224; tour par des arguments &#233;galement plausibles et irr&#233;futables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antinomie ne fait qu'exprimer un fait, et s'impose imp&#233;rieusement &#224; l'esprit : la contradiction proprement dite est une absurdit&#233;. Cette distinction entre l'antinomie (contra-lex) et la contradiction (contra-dictio) montre en quel sens on a pu dire que, dans un certain ordre d'id&#233;es et de faits, l'argument de contradiction n'a plus la m&#234;me valeur qu'en math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En math&#233;matiques, il est de r&#232;gle qu'une proposition &#233;tant d&#233;montr&#233;e fausse, la proposition inverse est vraie, et r&#233;ciproquement. Tel est m&#234;me le grand moyen de d&#233;monstration math&#233;matique. En &#233;conomie sociale, il n'en ira plus de m&#234;me : ainsi nous verrons, par exemple, que la propri&#233;t&#233; &#233;tant d&#233;montr&#233;e fausse par ses cons&#233;quences, la formule contraire, la communaut&#233;, n'est pas du tout vraie pour cela, mais qu'elle est niable en m&#234;me temps et au m&#234;me titre que la propri&#233;t&#233;. S'ensuit-il, comme on l'a dit avec une emphase assez ridicule, que toute v&#233;rit&#233;, toute id&#233;e proc&#232;de d'une contradiction, c'est-&#224;-dire d'un quelque chose qui s'affirme et se nie au m&#234;me moment et au m&#234;me point de vue, et qu'il faille rejeter bien loin la vieille logique, qui fait de la contradiction le signe par excellence de l'erreur ? Ce bavardage est digne de sophistes qui, sans foi ni bonne foi, travaillent &#224; &#233;terniser le scepticisme, afin de maintenir leur impertinente inutilit&#233;. Comme l'antinomie, aussit&#244;t qu'elle est m&#233;connue, conduit infailliblement &#224; la contradiction, on les a prises l'une pour l'autre, surtout en fran&#231;ais, o&#249; l'on aime &#224; d&#233;signer chaque chose par ses effets. Mais ni la contradiction, ni l'antinomie que l'analyse d&#233;couvre au fond de toute id&#233;e simple, n'est le principe du vrai. La contradiction est toujours synonyme de nullit&#233; ; quant &#224; l'antinomie, que l'on appelle quelquefois du m&#234;me nom, elle est, en effet, l'avant-coureur de la v&#233;rit&#233;, &#224; qui elle fournit pour ainsi dire la mati&#232;re ; mais elle n'est point la v&#233;rit&#233;, et, consid&#233;r&#233;e en elle-m&#234;me, elle est la cause efficiente du d&#233;sordre, la forme propre du mensonge et du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antinomie se compose de deux termes, n&#233;cessaires l'un &#224; l'autre, mais toujours oppos&#233;s, et tendant r&#233;ciproquement &#224; se d&#233;truire. J'ose &#224; peine ajouter, mais il faut franchir ce pas, que le premier de ces termes a re&#231;u le nom de th&#232;se, position, et le second celui d'anti-th&#232;se, contre-position. Ce m&#233;canisme est maintenant si connu, qu'on le verra bient&#244;t, j'esp&#232;re, figurer au programme des &#233;coles primaires. Nous verrons tout &#224; l'heure comment de la combinaison de ces deux z&#233;ros jaillit l'unit&#233;, ou l'id&#233;e, laquelle fait dispara&#238;tre l'antinomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans la valeur, rien d'utile qui ne se puisse &#233;changer, rien d'&#233;changeable s'il n'est utile : la valeur d'usage et la valeur en &#233;change sont ins&#233;parables. Mais tandis que, par le progr&#232;s de l'industrie, la demande varie et se multiplie &#224; l'infini ; que la fabrication tend en cons&#233;quence &#224; exhausser l'utilit&#233; naturelle des choses, et finalement &#224; convertir toute valeur utile en valeur d'&#233;change ; &#8212; d'un autre c&#244;t&#233;, la production, augmentant incessamment la puissance de ses moyens et r&#233;duisant toujours ses frais, tend &#224; ramener la v&#233;nalit&#233; des choses &#224; l'utilit&#233; primitive : en sorte que la valeur d'usage et la valeur d'&#233;change sont en lutte perp&#233;tuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets de cette lutte sont connus : les guerres de commerce et de d&#233;bouch&#233;s, les encombrements, les stagnations, les prohibitions, les massacres de la concurrence, le monopole, la d&#233;pr&#233;ciation des salaires, les lois de maximum, l'in&#233;galit&#233; &#233;crasante des fortunes, la mis&#232;re, d&#233;coulent de l'antinomie de la valeur. On me dispensera d'en donner ici la d&#233;monstration, qui d'ailleurs ressortira naturellement des chapitres suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes, tout en demandant avec juste raison la fin de cet antagonisme, ont eu le tort d'en m&#233;conna&#238;tre la source, et de n'y voir qu'une m&#233;prise du sens commun, que l'on pouvait r&#233;parer par d&#233;cret d'autorit&#233; publique. De l&#224; cette explosion de sensiblerie lamentable, qui a rendu le socialisme si fade aux esprits positifs, et qui, propageant les plus absurdes illusions, fait tous les jours encore tant de dupes. Ce que je reproche au socialisme, n'est pas d'&#234;tre venu sans motif ; c'est de rester si longtemps et si obstin&#233;ment b&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2o Mais les &#233;conomistes ont eu le tort non moins grave de repousser &#224; priori, et cela justement en vertu de la donn&#233;e contradictoire, ou pour mieux dire antinomique de la valeur, toute id&#233;e et tout espoir de r&#233;forme, sans vouloir jamais comprendre que par cela m&#234;me que la soci&#233;t&#233; &#233;tait parvenue &#224; son plus haut p&#233;riode d'antagonisme, il y avait imminence de conciliation et d'harmonie. C'est pourtant ce qu'un examen attentif de l'&#233;conomie politique aurait fait toucher au doigt &#224; ses adeptes, s'ils avaient tenu plus de compte des mati&#232;res de la m&#233;taphysique moderne. Il est en effet d&#233;montr&#233;, par tout ce que la raison humaine sait de plus positif, que l&#224; o&#249; se manifeste une antinomie, il y a promesse de r&#233;solution des termes, et par cons&#233;quent annonce d'une transformation. Or, la notion de valeur, telle qu'elle a &#233;t&#233; expos&#233;e entre autres par M. J. B. Say, tombe pr&#233;cis&#233;ment dans ce cas. Mais les &#233;conomistes, demeur&#233;s pour la plupart, et par une inconcevable fatalit&#233;, &#233;trangers au mouvement philosophique, n'avaient garde de supposer que le caract&#232;re essentiellement contradictoire, ou, comme ils disaient, variable de la valeur, f&#251;t en m&#234;me temps le signe authentique de sa constitutionnalit&#233;, je veux dire de sa nature &#233;minemment harmonique et d&#233;terminable. Quelque d&#233;shonneur qui en r&#233;sulte pour les diverses &#233;coles &#233;conomistes, il est certain que l'opposition qu'elles ont faite au socialisme proc&#232;de uniquement de cette fausse conception de leurs propres principes ; une preuve, entre mille, suffira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Acad&#233;mie des sciences (non pas celle des sciences morales, l'autre), sortant un jour de ses attributions, fit lecture d'un m&#233;moire dans lequel on proposait de calculer des tables de valeur pour toutes les marchandises, d'apr&#232;s les moyennes de produit par homme et par journ&#233;e de travail dans chaque genre d'industrie. Le Journal des &#201;conomistes (ao&#251;t 1845) prit aussit&#244;t texte de cette communication, usurpatrice &#224; ses yeux, pour protester contre le projet de tarif qui en &#233;tait l'objet, et r&#233;tablir ce qu'il appelait les vrais principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas, disait-il dans ses conclusions, de mesure de la valeur, d'&#233;talon de la valeur ; c'est la science &#233;conomique qui dit cela, comme la science math&#233;matique nous dit qu'il n'y a pas de mouvement perp&#233;tuel et de quadrature du cercle, et que cette quadrature et ce mouvement ne se trouveront jamais. Or, s'il n'y a pas d'&#233;talon de la valeur, si la mesure de la valeur n'est pas m&#234;me une illusion m&#233;taphysique, quelle est donc en d&#233;finitive la r&#232;gle qui pr&#233;side aux &#233;changes ? C'est, nous l'avons dit, l'offre et la demande d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, voil&#224; le dernier mot de la science. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, comment le Journal des &#201;conomistes prouvait-il qu'il n'y a pas de mesure de valeur ? Je me sers du terme consacr&#233; : je montrerai tout &#224; l'heure que cette expression, mesure de la valeur, a quelque chose de louche, et ne rend pas exactement ce que l'on veut, ce que l'on doit dire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce journal r&#233;p&#233;tait, en l'accompagnant d'exemples, l'exposition que nous avons faite plus haut de la variabilit&#233; de la valeur, mais sans atteindre comme nous &#224; la contradiction. Or, si l'estimable r&#233;dacteur, l'un des &#233;conomistes les plus distingu&#233;s de l'&#233;cole de Say, avait eu des habitudes dialectiques plus s&#233;v&#232;res ; s'il e&#251;t &#233;t&#233; de longue main exerc&#233;, non-seulement &#224; observer les faits, mais &#224; en chercher l'explication dans les id&#233;es qui les produisent, je ne doute pas qu'il ne se f&#251;t exprim&#233; avec plus de r&#233;serve, et qu'au lieu de voir dans la variabilit&#233; de la valeur le dernier mot de la science, il n'e&#251;t reconnu de lui-m&#234;me qu'elle en &#233;tait le premier. En r&#233;fl&#233;chissant que la variabilit&#233; dans la valeur proc&#232;de non des choses, mais de l'esprit, il se serait dit que comme la libert&#233; de l'homme a sa loi, la valeur doit avoir la sienne ; cons&#233;quemment, que l'hypoth&#232;se d'une mesure de la valeur, puisque ainsi l'on s'exprime, n'a rien d'irrationnel, tout au contraire, que c'est la n&#233;gation de cette mesure qui est illogique, insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait, en quoi l'id&#233;e de mesurer, et par cons&#233;quent de fixer la valeur, r&#233;pugne-t-elle &#224; la science ? Tous les hommes croient &#224; cette fixation ; tous la veulent, la cherchent, la supposent : chaque proposition de vente ou d'achat n'est en fin de compte qu'une comparaison entre deux valeurs, c'est-&#224;-dire une d&#233;termination, plus ou moins juste, si l'on veut, mais effective. L'opinion du genre humain sur la diff&#233;rence qui existe entre la valeur r&#233;elle et le prix de commerce, est, on peut le dire, unanime. C'est ce qui fait que tant de marchandises se vendent &#224; prix fixe ; il en est m&#234;me qui, jusque dans leurs variations, sont toujours fix&#233;es : tel est le pain. On ne niera pas que si deux industriels peuvent s'exp&#233;dier r&#233;ciproquement en compte-courant, et &#224; prix fait, des quantit&#233;s de leurs produits respectifs, dix, cent, mille industriels ne puissent en faire autant. Or, ce serait pr&#233;cis&#233;ment avoir r&#233;solu le probl&#232;me de la mesure de la valeur. Le prix de chaque chose serait d&#233;battu, j'en conviens, parce que le d&#233;bat est encore pour nous la seule mani&#232;re de fixer le prix ; mais enfin comme toute lumi&#232;re jaillit du choc, le d&#233;bat, bien qu'il soit une preuve d'incertitude, a pour but, abstraction faite du plus ou moins de bonne foi qui s'y m&#234;le, de d&#233;couvrir le rapport des valeurs entre elles, c'est-&#224;-dire leur mensuration, leur loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ricardo, dans sa th&#233;orie de la rente, a donn&#233; un magnifique exemple de la commensurabilit&#233; des valeurs. Il a fait voir que les terres arables sont entre elles comme, &#224; frais &#233;gaux, sont leurs rendements ; et la pratique universelle est en cela d'accord avec la th&#233;orie. Or, qui nous dit que cette mani&#232;re, positive et s&#251;re, d'&#233;valuer les terres, et en g&#233;n&#233;ral tous les capitaux engag&#233;s, ne peut pas s'&#233;tendre aussi aux produits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit : L'&#233;conomie politique ne se gouverne point par des &#224; priori ; elle ne prononce que sur des faits. Or, ce sont les faits, c'est l'exp&#233;rience qui nous apprend qu'il n'est ni peut exister de mesure de la valeur, et qui prouve que si une pareille id&#233;e a d&#251; se pr&#233;senter naturellement, sa r&#233;alisation est tout &#224; fait chim&#233;rique. L'offre et la demande, telle est la seule r&#232;gle des &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne r&#233;p&#233;terai pas que l'exp&#233;rience prouve pr&#233;cis&#233;ment le contraire ; que tout, dans le mouvement &#233;conomique des soci&#233;t&#233;s, indique une tendance &#224; la constitution et &#224; la fixation de la valeur ; que c'est l&#224; le point culminant de l'&#233;conomie politique, laquelle, par cette constitution, se trouve transform&#233;e, et le signe supr&#234;me de l'ordre dans la soci&#233;t&#233; : cet aper&#231;u g&#233;n&#233;ral, r&#233;it&#233;r&#233; sans preuve, deviendrait insipide. Je me renferme pour le moment dans les termes de la discussion, et je dis que l offre et la demande, que l'on pr&#233;tend &#234;tre la seule r&#232;gle des valeurs, ne sont autre chose que deux formes c&#233;r&#233;monielles servant &#224; mettre en pr&#233;sence la valeur d'utilit&#233; et la valeur en &#233;change, et &#224; provoquer leur conciliation. Ce sont les deux p&#244;les &#233;lectriques, dont la mise en rapport doit produire le ph&#233;nom&#232;ne d'affinit&#233; &#233;conomique, appel&#233; &#233;change. Comme les p&#244;les de la pile, l'offre et la demande sont diam&#233;tralement oppos&#233;es, et tendent sans cesse &#224; s'annuler l'une l'autre ; c'est par leur antagonisme que le prix des choses ou s'exag&#232;re ou s'an&#233;antit : on veut donc savoir s'il n'est pas possible, en toute occasion, d'&#233;quilibrer ou faire transiger ces deux puissances, de mani&#232;re &#224; ce que le prix des choses soit toujours l'expression de la valeur vraie, l'expression de la justice. Dire apr&#232;s cela que l'offre et la demande sont la r&#232;gle des &#233;changes, c'est dire que l'offre et la demande sont la r&#232;gle de l'offre et de la demande ; ce n'est point expliquer la pratique, c'est la d&#233;clarer absurde, et je nie que la pratique soit absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; l'heure j'ai cit&#233; Ricardo comme ayant donn&#233;, pour un cas sp&#233;cial, une r&#232;gle positive de comparaison des valeurs : les &#233;conomistes font mieux encore ; chaque ann&#233;e ils recueillent, des tableaux de la statistique, la moyenne de toutes les mercuriales. Or, quel est le sens d'une moyenne ? Chacun con&#231;oit que dans une op&#233;ration particuli&#232;re, prise au hasard sur un million, rien ne peut indiquer si c'est l'offre, valeur utile, qui l'a emport&#233;, ou si c'est la valeur &#233;changeable, c'est-&#224;-dire la demande. Mais comme toute exag&#233;ration dans le prix des marchandises est t&#244;t ou tard suivie d'une baisse proportionnelle ; comme, en d'autres termes, dans la soci&#233;t&#233; les profits de l'agio sont &#233;gaux aux pertes, on peut regarder avec juste raison la moyenne, des prix, pendant une p&#233;riode compl&#232;te, comme indiquant la valeur r&#233;elle et l&#233;gitime des produits. Cette moyenne, il est vrai, arrive trop tard : mais qui sait si l'on ne pourrait pas, &#224; l'avance, la d&#233;couvrir ? Est-il un &#233;conomiste qui ose dire que non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon gr&#233;, mal gr&#233;, il faut donc chercher la mesure de la valeur : c'est la logique qui le commande, et ses conclusions sont &#233;gales contre les &#233;conomistes et contre les socialistes. L'opinion qui nie l'existence de cette mesure est irrationnelle, d&#233;raisonnable. Dites tant qu'il vous plaira, d'un c&#244;t&#233;, que l'&#233;conomie politique est une science de faits, et que les faits sont contraires &#224; l'hypoth&#232;se d'une d&#233;termination de la valeur ; &#8212; de l'autre, que cette question scabreuse n'a plus lieu dans une association universelle, qui absorberait tout antagonisme : je r&#233;pliquerai toujours, &#224; droite et &#224; gauche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Que comme il ne se produit pas de fait qui n'ait sa cause, de m&#234;me il n'en existe pas qui n'ait sa loi ; et que si la loi de l'&#233;change n'est pas trouv&#233;e, la faute en est, non pas aux faits, mais aux savants ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#034; Qu'aussi longtemps que l'homme travaillera pour subsister, et travaillera librement, la justice sera la condition de la fraternit&#233; et la base de l'association : or, sans une d&#233;termination de la valeur, la justice est boiteuse, est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; II. &#8212; Constitution de la valeur : d&#233;finition de la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons la valeur sous ses deux aspects contraires : nous ne la connaissons pas dans son tout. Si nous pouvions acqu&#233;rir cette nouvelle id&#233;e, nous aurions la valeur absolue ; et une tarification des valeurs, telle que la demandait le m&#233;moire lu &#224; l'Acad&#233;mie des sciences, serait possible. Figurons-nous donc la richesse comme une masse tenue par une force chimique ou &#233;tat permanent de composition, et dans laquelle des &#233;l&#233;ments nouveaux entrant sans cesse, se combinent en proportions diff&#233;rentes, mais d'apr&#232;s une loi certaine : la valeur est le rapport proportionnel (la mesure) selon lequel chacun de ces &#233;l&#233;ments fait partie du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suit de l&#224; deux choses : l'une, que les &#233;conomistes se sont compl&#232;tement abus&#233;s lorsqu'ils ont cherch&#233; la mesure g&#233;n&#233;rale de la valeur dans le bl&#233;, dans l'argent, dans la rente, etc. ; comme aussi lorsqu'apr&#232;s avoir d&#233;montr&#233; que cet &#233;talon de mesure n'&#233;tait ni ici ni l&#224;, ils ont conclu qu'il n'y avait raison ni mesure &#224; la valeur ; &#8212; l'autre, que la proportion des valeurs peut varier continuellement, sans cesser pour cela d'&#234;tre assuj&#233;tie &#224; une loi, dont la d&#233;termination est pr&#233;cis&#233;ment la solution demand&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce concept de la valeur satisfait, comme on le verra, &#224; toutes les conditions : car il embrasse &#224; la fois et la valeur utile, dans ce qu'elle a de positif et de fixe, et la valeur en &#233;change, dans ce qu'elle a de variable ; en second lieu fait cesser la contrari&#233;t&#233; qui semblait un obstacle insurmontable &#224; toute d&#233;termination ; de plus, nous montrerons que la valeur ainsi entendue diff&#232;re enti&#232;rement de ce que serait une simple juxta-position des deux id&#233;es de valeur utile et valeur &#233;changeable, et qu'elle est dou&#233;e de propri&#233;t&#233;s nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proportionnalit&#233; des produits n'est point une r&#233;v&#233;lation que nous pr&#233;tendions faire au monde : ni une nouveaut&#233; que nous apportions dans la science, pas plus que la division du travail n'&#233;tait chose inou&#239;e, lorsqu'Adam Smith en expliqua les merveilles. La proportionnalit&#233; des produits est, comme il nous serait facile de le prouver par des citations sans nombre, une id&#233;e vulgaire qui tra&#238;ne partout dans les ouvrages d'&#233;conomie politique, mais &#224; laquelle personne jusqu'&#224; ce jour n'a song&#233; &#224; restituer le rang qui lui est d&#251; : et c'est ce que nous entreprenons aujourd'hui de faire. Nous tenions, du reste, &#224; faire cette d&#233;claration, afin de rassurer le lecteur sur nos pr&#233;tentions &#224; l'originalit&#233;, et de nous r&#233;concilier les esprits que leur timidit&#233; rend peu favorables aux id&#233;es nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes semblent n'avoir jamais entendu, par la mesure de la valeur, qu'un &#233;talon, une sorte d'unit&#233; primordiale, existant par elle-m&#234;me, et qui s'appliquerait &#224; toutes les marchandises, comme le m&#232;tre s'applique &#224; toutes les grandeurs. Aussi a-t-il sembl&#233; &#224; plusieurs que tel &#233;tait en effet le r&#244;le de l'argent. Mais la th&#233;orie des monnaies a prouv&#233; de reste que, loin d'&#234;tre la mesure des valeurs, l'argent n'en est que l'arithm&#233;tique, et une arithm&#233;tique de convention. L'argent est &#224; la valeur ce que le thermom&#232;tre est &#224; la chaleur : le thermom&#232;tre, avec son &#233;chelle arbitrairement gradu&#233;e, indique bien quand il y a d&#233;perdition ou accumulation de calorique : mais quelles sont les lois d'&#233;quilibre de la chaleur, quelle en est la proportion dans les divers corps, quelle quantit&#233; est n&#233;cessaire pour produire une ascension de 10, 15 ou 20 degr&#233;s dans le thermom&#232;tre, voil&#224; ce que le thermom&#232;tre ne dit pas ; il n'est pas m&#234;me s&#251;r que les degr&#233;s de l'&#233;chelle, tous &#233;gaux entre eux, correspondent &#224; des additions &#233;gales de calorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que l'on s'&#233;tait faite jusqu'ici de la mesure de la valeur est donc inexacte ; ce que nous cherchons n'est pas l'&#233;talon de la valeur, comme on l'a dit tant de fois, et ce qui n'a pas de sens ; mais la loi suivant laquelle les produits se proportionnent dans la richesse sociale ; car c'est de la connaissance de cette loi que d&#233;pendent, dans ce qu'elles ont de normal et de l&#233;gitime, la hausse et la baisse des marchandises. En un mot, comme par la mesure des corps c&#233;lestes on entend le rapport r&#233;sultant de la comparaison de ces corps entre eux, de m&#234;me, par la mesure des valeurs, il faut entendre le rapport qui r&#233;sulte de leur comparaison ; or, je dis que ce rapport a sa loi, et cette comparaison son principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppose donc une force qui combine, dans des proportions certaines, les &#233;l&#233;ments de la richesse, et qui en fait un tout homog&#232;ne : si les &#233;l&#233;ments constituants ne sont pas dans la proportion voulue, la combinaison ne s'en op&#233;rera pas moins ; mais, au lieu d'absorber toute la mati&#232;re, elle en rejettera une partie comme inutile. Le mouvement int&#233;rieur par lequel se produit la combinaison, et que d&#233;termine l'affinit&#233; des diverses substances, ce mouvement dans la soci&#233;t&#233; est l'&#233;change, non plus seulement l'&#233;change consid&#233;r&#233; dans sa forme &#233;l&#233;mentaire et d'homme &#224; homme, mais l'&#233;change en tant que fusion de toutes les valeurs produites par les industries priv&#233;es en une seule et m&#234;me richesse sociale. Enfin, la proportion selon laquelle chaque &#233;l&#233;ment entre dans le compos&#233;, cette proportion est ce que nous appelons valeur ; l'exc&#233;dant qui reste apr&#232;s la combinaison est non-valeur, tant que, par l'accession d'une certaine quantit&#233; d'autres &#233;l&#233;ments, il ne se combine, ne s'&#233;change pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous expliquerons plus bas le r&#244;le de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pos&#233;, on con&#231;oit qu'&#224; un moment donn&#233; la proportion des valeurs formant la richesse d'un pays puisse, &#224; force de statistiques et d'inventaires, &#234;tre d&#233;termin&#233;e ou du moins approxim&#233;e empiriquement, &#224; peu pr&#232;s comme les chimistes ont d&#233;couvert par l'exp&#233;rience, aid&#233;e de l'analyse, la proportion d'hydrog&#232;ne et d'oxyg&#232;ne n&#233;cessaire &#224; la formation de l'eau. Cette m&#233;thode, appliqu&#233;e &#224; la d&#233;termination des valeurs, n'a rien qui r&#233;pugne ; ce n'est, apr&#232;s tout, qu'une affaire de comptabilit&#233;. Mais un pareil travail, quelque int&#233;ressant qu'il f&#251;t, nous apprendrait fort peu de chose. D'une part, en effet, nous savons que la proportion varie sans cesse ; de l'autre, il est clair qu'un relev&#233; de la fortune publique ne donnant la proportion des valeurs que pour le lieu et l'heure o&#249; la table serait faite, nous ne pourrions en induire la loi de proportionnalit&#233; de la richesse. Ce n'est pas un seul travail de ce genre qu'il faudrait pour cela ; ce serait, en admettant que le proc&#233;d&#233; f&#251;t digne de confiance, des milliers et des millions de travaux semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il en est ici de la science &#233;conomique tout autrement que de la chimie. Les chimistes, &#224; qui l'exp&#233;rience a d&#233;couvert de si belles proportions, ne savent rien du comment ni du pourquoi de ces proportions, pas plus que de la force qui les d&#233;termine. L'&#233;conomie sociale, au contraire, &#224; qui nulle recherche &#224; posteriori ne pourrait faire conna&#238;tre directement la loi de proportionnalit&#233; des valeurs, peut la saisir dans la force m&#234;me qui la produit, et qu'il est temps de faire conna&#238;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette force, qu'A. Smith a c&#233;l&#233;br&#233;e avec tant d'&#233;loquence et que ses successeurs ont m&#233;connue, lui donnant pour &#233;gal le privil&#232;ge, cette force est le travail. Le travail diff&#232;re de producteur &#224; producteur en quantit&#233; et qualit&#233; ; il en est de lui &#224; cet &#233;gard comme de tous les grands principes de la nature et des lois les plus g&#233;n&#233;rales, simples dans leur action et leur formule, mais modifi&#233;s &#224; l'infini par la multitude des causes particuli&#232;res, et se manifestant sous une vari&#233;t&#233; innombrable de formes. C'est le travail, le travail seul, qui produit tous les &#233;l&#233;ments de la richesse, et qui les combine jusque dans leurs derni&#232;res mol&#233;cules selon une loi de proportionnalit&#233; variable, mais certaine. C'est le travail enfin qui, comme principe de vie, agite, mens agitat, la mati&#232;re, molem, de la richesse, et qui la proportionne. &lt;br class='autobr' /&gt;
La soci&#233;t&#233;, ou l'homme collectif, produit une infinit&#233; d'objets dont la jouissance constitue son bien-&#234;tre. Ce bien-&#234;tre se d&#233;veloppe non-seulement en raison de la quantit&#233; des produits, mais aussi en raison de leur vari&#233;t&#233; (qualit&#233;) et proportion. De cette donn&#233;e fondamentale il suit que la soci&#233;t&#233; doit toujours, &#224; chaque instant de sa vie, chercher dans ses produits une proportion telle, que la plus forte somme de bien-&#234;tre s'y rencontre, eu &#233;gard &#224; la puissance et aux moyens de production. Abondance, vari&#233;t&#233; et proportion dans les produits, sont les trois termes qui constituent la richesse : la richesse, objet de l'&#233;conomie sociale, est soumise aux m&#234;mes conditions d'existence que le beau, objet de l'art ; la vertu, objet de la morale ; le vrai, objet de la m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment s'&#233;tablit cette proportion merveilleuse et si n&#233;cessaire, que sans elle une partie du labeur humain est perdue, c'est-&#224;-dire inutile, inharmonique, invraie, par cons&#233;quent synonyme d'indigence, de n&#233;ant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e, selon la fable, est le symbole de l'activit&#233; humaine. Prom&#233;th&#233;e d&#233;robe le feu du ciel, et invente les premiers arts ; Prom&#233;th&#233;e pr&#233;voit l'avenir et veut s'&#233;galer &#224; Jupiter ; Prom&#233;th&#233;e est Dieu. Appelons donc la soci&#233;t&#233; Prom&#233;th&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e donne au travail, en moyenne, dix heures par jour, sept au repos, autant au plaisir. Pour tirer de ses exercices le fruit le plus utile, Prom&#233;th&#233;e tient note de la peine et du temps que chaque objet de sa consommation lui co&#251;te. Rien que l'exp&#233;rience ne peut l'en instruire, et cette exp&#233;rience sera de toute sa vie. Tout en travaillant et produisant, Prom&#233;th&#233;e &#233;prouve donc une infinit&#233; de m&#233;comptes. Mais, en dernier r&#233;sultat, plus il travaille, plus son bien-&#234;tre se raffine et son luxe s'id&#233;alise ; plus il &#233;tend ses conqu&#234;tes sur la nature, plus il fortifie en lui-m&#234;me le principe de vie et d'intelligence dont l'exercice seul le rend heureux. C'est au point que, la premi&#232;re &#233;ducation du Travailleur une fois faite, et l'ordre mis dans ses occupations, travailler pour lui n'est plus peiner, c'est vivre, c'est jouir. Mais l'attrait du travail n'en d&#233;truit pas la r&#232;gle, puisqu'au contraire il en est le fruit ; et ceux qui, sous pr&#233;texte que le travail doit &#234;tre attrayant, concluent &#224; la n&#233;gation de la justice et &#224; la communaut&#233;, ressemblent aux enfants qui, apr&#232;s avoir cueilli des fleurs au jardin, &#233;tablissent leur parterre sur l'escalier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; la justice n'est donc pas autre chose que la proportionnalit&#233; des valeurs ; elle a pour garantie et sanction la responsabilit&#233; du producteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e sait que tel produit co&#251;te une heure de travail, tel autre un jour, une semaine, un an ; il sait en m&#234;me temps que tous ces produits, par l'accroissement de leurs frais, forment la progression de sa richesse. Il commencera donc par assurer son existence, en se pourvoyant des choses les moins co&#251;teuses, et par cons&#233;quent les plus n&#233;cessaires ; puis, &#224; mesure qu'il aura pris ses s&#251;ret&#233;s, il avisera aux objets de luxe, proc&#233;dant toujours, s'il est sage, selon la gradation naturelle du prix que chaque chose lui co&#251;te. Quelquefois Prom&#233;th&#233;e se trompera dans son calcul, ou bien, emport&#233; par la passion, il sacrifiera un bien imm&#233;diat pour une jouissance pr&#233;matur&#233;e ; et, apr&#232;s avoir su&#233; le sang et l'eau, il s'affamera. Ainsi, la loi porte en elle-m&#234;me sa sanction : elle ne peut &#234;tre viol&#233;e, sans que l'infracteur soit aussit&#244;t puni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Say a donc eu raison de dire : &#171; Le bonheur de cette classe (celle des consommateurs), compos&#233;e de toutes les autres, constitue le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral, l'&#233;tat de prosp&#233;rit&#233; d'un pays. &#187; Seulement, il aurait d&#251; ajouter que le bonheur de la classe des producteurs, qui se compose aussi de toutes les autres, constitue &#233;galement le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral, l'&#233;tat de prosp&#233;rit&#233; d'un pays. &#8212; De m&#234;me quand il dit : &#171; La fortune de chaque consommateur est perp&#233;tuellement en rivalit&#233; avec tout ce qu'il ach&#232;te, &#187; il aurait d&#251; ajouter encore : &#171; La fortune de chaque producteur est attaqu&#233;e sans cesse par tout ce qu'il vend. &#187; Sans cette r&#233;ciprocit&#233; nettement exprim&#233;e, la plupart des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques deviennent inintelligibles ; et je ferai voir en son lieu comment, par suite de cette grave omission, la plupart des &#233;conomistes faisant des livres ont d&#233;raisonn&#233; sur la balance du commerce. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit tout &#224; l'heure que la soci&#233;t&#233; produit d'abord les choses les moins co&#251;teuses, et par cons&#233;quent les plus n&#233;cessaires&#8230; Or, est-il vrai que dans le produit, la n&#233;cessit&#233; ait pour corr&#233;latif le bon march&#233;, et vice vers&#226; ; en sorte que ces deux mots, n&#233;cessit&#233; et bon march&#233;, de m&#234;me que les suivants, chert&#233; et superflu, soient synonymes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si chaque produit du travail, pris isol&#233;ment, pouvait suffire &#224; l'existence de l'homme, la synonymie en question ne serait pas douteuse ; tous les produits ayant les m&#234;me propri&#233;t&#233;s, ceux-l&#224; nous seraient les plus avantageux &#224; produire, par cons&#233;quent les plus n&#233;cessaires, qui co&#251;teraient le moins. Mais ce n'est point avec cette pr&#233;cision th&#233;orique que se formule le parall&#233;lisme entre l'utilit&#233; et le prix des produits : soit pr&#233;voyance de la nature, soit par toute autre cause, l'&#233;quilibre entre le besoin et la facult&#233; productrice est plus qu'une th&#233;orie, c'est un fait, dont la pratique de tous les jours, aussi bien que le progr&#232;s de la soci&#233;t&#233;, d&#233;pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transportons-nous au lendemain de la naissance de l'homme, au jour de d&#233;part de la civilisation : n'est-il pas vrai que les industries &#224; l'origine les plus simples, celles qui exig&#232;rent le moins de pr&#233;parations et de frais, furent les suivantes : cueillette, p&#226;ture, chasse et p&#234;che, &#224; la suite desquelles et longtemps apr&#232;s l'agriculture est venue ? Depuis lors, ces quatre industries primordiales ont &#233;t&#233; perfectionn&#233;es et de plus appropri&#233;es : double circonstance qui n'alt&#232;re pas l'essence des faits, mais qui lui donne au contraire plus de relief. En effet, la propri&#233;t&#233; s'est toujours attach&#233;e de pr&#233;f&#233;rence aux objets de l'utilit&#233; la plus imm&#233;diate, aux valeurs faites, si j'ose ainsi dire ; en sorte que l'on pourrait marquer l'&#233;chelle des valeurs par le progr&#232;s de l'appropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage sur la Libert&#233; du travail, M. Dunoyer s'est positivement rattach&#233; &#224; ce principe, en distinguant quatre grandes cat&#233;gories industrielles, qu'il range selon l'ordre de leur d&#233;veloppement, c'est-&#224;-dire de la moindre &#224; la plus grande d&#233;pense de travail. Ce sont : industrie extractive, comprenant toutes les fonctions demi-barbares cit&#233;es plus haut ; &#8212; industrie commerciale, industrie manufacturi&#232;re, industrie agricole. Et c'est avec une raison profonde que le savant auteur a plac&#233; en dernier lieu l'agriculture. Car, malgr&#233; sa haute antiquit&#233;, il est positif que cette industrie n'a pas march&#233; du m&#234;me pas que les autres ; or, la succession des choses dans l'humanit&#233; ne doit point &#234;tre d&#233;termin&#233;e d'apr&#232;s l'origine, mais d'apr&#232;s l'entier d&#233;veloppement. Il se peut que l'industrie agricole soit n&#233;e avant les autres, ou que toutes soient contemporaines ; mais celle-l&#224; sera jug&#233;e la derni&#232;re en date, qui se sera perfectionn&#233;e post&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la nature m&#234;me des choses, autant que ses propres besoins, indiquaient au travailleur l'ordre dans lequel il devait attaquer la production des valeurs qui composent son bien-&#234;tre : notre loi de proportionnalit&#233; est donc tout &#224; la fois physique et logique, objective et subjective ; elle a le plus haut degr&#233; de certitude. Suivons-en l'application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les produits du travail, aucun peut-&#234;tre n'a co&#251;t&#233; de plus longs, de plus patients efforts, que le calendrier. Cependant il n'en est aucun dont la jouissance puisse aujourd'hui s'acqu&#233;rir &#224; meilleur march&#233;, et cons&#233;quemment, d'apr&#232;s nos propres d&#233;finitions, soit devenue plus n&#233;cessaire. Comment donc expliquerons-nous ce changement ? Comment le calendrier, si peu utile aux premi&#232;res hordes, &#224; qui il suffisait de l'alternance de la nuit et du jour, comme de l'hiver et de l'&#233;t&#233;, est-il devenu &#224; la longue si indispensable, si peu dispendieux, si parfait ; car, par un merveilleux accord, dans l'&#233;conomie sociale toutes ces &#233;pith&#232;tes se traduisent ? Comment, en un mot, rendre raison de la variabilit&#233; de valeur du calendrier, d'apr&#232;s notre loi de proportion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le travail n&#233;cessaire &#224; la production du calendrier f&#251;t ex&#233;cut&#233;, f&#251;t possible, il fallait que l'homme trouv&#226;t moyen de gagner du temps sur ses premi&#232;res occupations, et sur celles qui en furent la cons&#233;quence imm&#233;diate. En d'autres termes, il fallait que ces industries devinssent plus productives, ou moins co&#251;teuses, qu'elles n'&#233;taient au commencement : ce qui revient &#224; dire qu'il fallait d'abord r&#233;soudre le probl&#232;me de la production du calendrier sur les industries extractives elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suppose donc que tout &#224; coup, par une heureuse combinaison d'efforts, par la division du travail, l'emploi de quelque machine, la direction mieux entendue des agents naturels, en un mot par son industrie, Prom&#233;th&#233;e trouve moyen de produire en un jour, d'un certain objet, autant qu'autrefois il produisait en dix : que s'ensuivra-t-il ? le produit changera de place sur le tableau des &#233;l&#233;ments de la richesse ; sa puissance d'affinit&#233; pour d'autres produits, si j'ose ainsi dire, s'&#233;tant accrue, sa valeur relative se trouvera diminu&#233;e d'autant, et au lieu d'&#234;tre cot&#233;e comme 100, elle ne le sera plus que comme 10. Mais cette valeur n'en sera pas moins, et toujours, rigoureusement d&#233;termin&#233;e ; et ce sera encore le travail qui seul fixera le chiffre de son importance. Ainsi la valeur varie, et la loi des valeurs est immuable : bien plus, si la valeur est susceptible de variation, c'est parce qu'elle est soumise &#224; une loi dont le principe est essentiellement mobile, savoir le travail mesur&#233; par le temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#234;me raisonnement s'applique &#224; la production du calendrier, comme de toutes les valeurs possibles. Je n'ai pas besoin d'ajouter comment la civilisation, c'est-&#224;-dire le fait social de l'accroissement des richesses, multipliant nos affaires, rendant nos instants de plus en plus pr&#233;cieux, nous for&#231;ant &#224; tenir registre perp&#233;tuel et d&#233;taill&#233; de toute notre vie, le calendrier est devenu pour tous une des choses les plus n&#233;cessaires. Un sait d'ailleurs que cette d&#233;couverte admirable a suscit&#233;, comme son compl&#233;ment naturel, l'une de nos industries les plus pr&#233;cieuses, l'horlogerie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici se place tout naturellement une objection, la seule qu'on puisse &#233;lever contre la th&#233;orie de la proportionnalit&#233; des valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Say, et les &#233;conomistes qui l'ont suivi, ont observ&#233; que le travail &#233;tant lui-m&#234;me sujet &#224; &#233;valuation, une marchandise comme une autre, enfin, il y avait cercle vicieux &#224; le prendre pour principe et cause efficiente de la valeur. Donc, conclut-on, il faut s'en r&#233;f&#233;rer &#224; la raret&#233; et &#224; l'opinion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#233;conomistes, qu'ils me permettent de le dire, ont fait preuve en cela d'une prodigieuse inattention. Le travail est dit valoir, non pas en tant que marchandise lui-m&#234;me, mais en vue des valeurs qu'on suppose renferm&#233;es puissanciellement en lui. La valeur du travail est une expression figur&#233;e, une anticipation de la cause sur l'effet. C'est une fiction, au m&#234;me titre que la productivit&#233; du capital. Le travail produit, le capital vaut : et quand, par une sorte d'ellipse, on dit la valeur du travail, on fait un enjambement qui n'a rien de contraire aux r&#232;gles du langage, mais que des th&#233;oriciens doivent s'abstenir de prendre pour une r&#233;alit&#233;. Le travail, comme la libert&#233;, l'amour, l'ambition, le g&#233;nie, est chose vague et ind&#233;termin&#233;e de sa nature, mais qui se d&#233;finit qualitativement par son objet, c'est-&#224;-dire qui devient une r&#233;alit&#233; par le produit. Lors donc que l'on dit : le travail de cet homme vaut cinq francs par jour, c'est comme si l'on disait : le produit du travail quotidien de cet homme vaut cinq francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'effet du travail est d'&#233;liminer incessamment la raret&#233; et l'opinion, comme &#233;l&#233;ments constitutifs de la valeur, et, par une cons&#233;quence n&#233;cessaire, de transformer les utilit&#233;s naturelles ou vagues (appropri&#233;es ou non) en utilit&#233;s mesurables ou sociales : d'o&#249; il r&#233;sulte que le travail est tout &#224; la fois une guerre d&#233;clar&#233;e &#224; la parcimonie de la nature, et une conspiration permanente contre la propri&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s cette analyse, la valeur, consid&#233;r&#233;e dans la soci&#233;t&#233; que forment naturellement entre eux, par la division du travail et par l'&#233;change, les producteurs, est le rapport de proportionnalit&#233; des produits qui composent la richesse ; et ce qu'on appelle sp&#233;cialement la valeur d'un produit est une formule qui indique, en caract&#232;res mon&#233;taires, la proportion de ce produit dans la richesse g&#233;n&#233;rale. &#8212; L'utilit&#233; fonde la valeur ; le travail en fixe le rapport ; le prix est l'expression qui, sauf les aberrations que nous aurons &#224; &#233;tudier, traduit ce rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le centre autour duquel oscillent la valeur utile et la valeur &#233;changeable, le point o&#249; elles viennent s'ab&#238;mer et dispara&#238;tre ; telle est la loi absolue, immuable, qui domine les perturbations &#233;conomiques, les caprices de l'industrie et du commerce, et qui gouverne le progr&#232;s. Tout effort de l'humanit&#233; pensante et travailleuse, toute sp&#233;culation individuelle et sociale, comme partie int&#233;grante de la richesse collective, ob&#233;issent &#224; cette loi. La destin&#233;e de l'&#233;conomie politique &#233;tait, en posant successivement tous ses termes contradictoires, de la faire reconna&#238;tre ; l'objet de l'&#233;conomie sociale, que je demande pour un moment la permission de distinguer de l'&#233;conomie politique, bien qu'au fond elles ne doivent pas diff&#233;rer l'une de l'autre, sera de la promulguer et de la r&#233;aliser partout. &lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie de la mesure ou de la proportionnalit&#233; des valeurs est, qu'on y prenne garde, la th&#233;orie m&#234;me de l'&#233;galit&#233;. De m&#234;me, en effet, que dans la soci&#233;t&#233;, o&#249; l'on a vu que l'identit&#233; entre le producteur et le consommateur est compl&#232;te, le revenu pay&#233; &#224; un oisif est comme une valeur jet&#233;e aux flammes de l'Etna ; de m&#234;me, le travailleur &#224; qui l'on alloue un salaire excessif est comme un moissonneur &#224; qui l'on donnerait un pain pour cueillir un &#233;pi : et tout ce que les &#233;conomistes ont qualifi&#233; de consommation improductive n'est au fond qu'une infraction &#224; la loi de proportionnalit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous verrons par la suite comment, de ces donn&#233;es simples, le g&#233;nie social d&#233;duit peu &#224; peu le syst&#232;me encore obscur de l'organisation du travail, de la r&#233;paration des salaires, de la tarification des produits et de la solidarit&#233; universelle. Car l'ordre dans la soci&#233;t&#233; s'&#233;tablit sur les calculs d'une justice inexorable, nullement sur les sentiments paradisiaques de fraternit&#233;, de d&#233;vouement et d'amour que tant d'honorables socialistes s'efforcent aujourd'hui d'exciter dans le peuple. C'est en vain qu'&#224; l'exemple de J&#233;sus-Christ ils pr&#234;chent la n&#233;cessit&#233; et donnent l'exemple du sacrifice ; l'&#233;go&#239;sme est plus fort, et la loi de s&#233;v&#233;rit&#233;, la fatalit&#233; &#233;conomique, est seule capable de le dompter. L'enthousiasme humanitaire peut produire des secousses favorables au progr&#232;s de la civilisation ; mais ces crises du sentiment, de m&#234;me que les oscillations de la valeur, n'auront jamais pour r&#233;sultat que d'&#233;tablir plus fortement, plus absolument la justice. La nature, ou la Divinit&#233;, s'est m&#233;fi&#233;e de nos c&#339;urs ; elle n'a point cru &#224; l'amour de l'homme pour son semblable ; et tout ce que la science nous d&#233;couvre des vues de la Providence sur la marche des soci&#233;t&#233;s, je le dis &#224; la honte de la conscience humaine, mais il faut que notre hypocrisie le sache, atteste de la part de Dieu une profonde misanthropie. Dieu nous aide, non par bont&#233;, mais parce que l'ordre est son essence ; Dieu procure le bien du monde, non qu'il l'en juge digne, mais parce que la religion de sa supr&#234;me intelligence l'y oblige ; et tandis que le vulgaire lui donne le doux nom de p&#232;re, il est impossible &#224; l'historien, &#224; l'&#233;conomiste philosophe, de croire qu'il nous aime ni nous estime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imitons cette sublime indiff&#233;rence, cette ataraxie sto&#239;que de Dieu ; et puisque le pr&#233;cepte de charit&#233; a toujours &#233;chou&#233; dans la production du bien social, cherchons dans la raison pure les conditions de la concorde et de la vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur, con&#231;ue comme proportionnalit&#233; des produits, autrement dire la valeur constitu&#233;e, suppose n&#233;cessairement, et dans un degr&#233; &#233;gal, utilit&#233; et v&#233;nalit&#233;, indivisiblement et harmoniquement unies. Elle suppose utilit&#233;, car, sans cette condition, le produit aurait &#233;t&#233; d&#233;pourvu de cette affinit&#233; qui le rend &#233;changeable, et par cons&#233;quent fait de lui un &#233;l&#233;ment de la richesse ; &#8212; elle suppose v&#233;nalit&#233;, puisque si le produit n'&#233;tait pas &#224; toute heure et pour un prix d&#233;termin&#233; acceptable &#224; l'&#233;change, il ne serait plus qu'une non-valeur, il ne serait rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la valeur constitu&#233;e, toutes ces propri&#233;t&#233;s acqui&#232;rent une signification plus large, plus r&#233;guli&#232;re et plus vraie qu'auparavant. Ainsi, l'utilit&#233; n'est plus cette capacit&#233; pour ainsi dire inerte qu'ont les choses de servir &#224; nos jouissances et &#224; nos explorations ; la v&#233;nalit&#233; n'est pas davantage cette exag&#233;ration d'une fantaisie aveugle ou d'une opinion sans principe ; enfin, la variabilit&#233; a cess&#233; de se traduire en un d&#233;bat plein de mauvaise foi entre l'offre et la demande : tout cela a disparu pour faire place &#224; une id&#233;e positive, normale, et, sous toutes les modifications possibles, d&#233;terminable. Par la constitution des valeurs, chaque produit, s'il est permis d'&#233;tablir une pareille analogie, est comme la nourriture qui, d&#233;couverte par l'instinct d'alimentation, puis pr&#233;par&#233;e par l'organe digestif, entre dans la circulation g&#233;n&#233;rale, o&#249; elle se convertit, suivant des proportions certaines, en chairs, en os, en liquides, etc., et donne au corps la vie, la force et la beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, que se passe-t-il dans l'id&#233;e de valeur, lorsque, des notions antagonistes de valeur utile et valeur en &#233;change, nous nous &#233;levons &#224; celle de valeur constitu&#233;e ou valeur absolue ? Il y a, si j'ose ainsi dire, un embo&#238;tement, une p&#233;n&#233;tration r&#233;ciproque dans laquelle les deux concepts &#233;l&#233;mentaires, se saisissant chacun comme les atomes crochus d'&#201;picure, s'absorbent l'un l'autre, et disparaissent, laissant &#224; leur place un compos&#233; dou&#233;, mais &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur, de toutes leurs propri&#233;t&#233;s positives, et d&#233;barrass&#233; de leurs propri&#233;t&#233;s n&#233;gatives. Une valeur v&#233;ritablement telle, comme la monnaie, le papier de commerce de premier choix, les titres de rente sur l'&#201;tat, les actions sur une entreprise solide, ne peut plus ni s'exag&#233;rer sans raison, ni perdre &#224; l'&#233;change : elle n'est plus soumise qu'&#224; la loi naturelle de l'augmentation des sp&#233;cialit&#233;s industrielles et de l'accroissement des produits. Bien plus, une telle valeur n'est point le r&#233;sultat d'une transation, c'est-&#224;-dire d'un &#233;clectisme, d'un juste-milieu ou d'un m&#233;lange : c'est le produit d'une fusion compl&#232;te, produit enti&#232;rement neuf et distinct de ses composants : comme l'eau, produit de la combinaison de l'hydrog&#232;ne et de l'oxyg&#232;ne, est un corps &#224; part, totalement distinct de ses &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution de deux id&#233;es antith&#233;tiques en une troisi&#232;me d'ordre sup&#233;rieur est ce que l'&#233;cole nomme synth&#232;se. Elle seule donne l'id&#233;e positive et compl&#232;te, laquelle s'obtient, comme on a vu, par l'affirmation ou n&#233;gation successive, car cela revient au m&#234;me, de deux concepts en opposition diam&#233;trale. D'o&#249; l'on d&#233;duit ce corollaire d'une importance capitale en application aussi bien qu'en th&#233;orie : toutes les fois que dans la sph&#232;re de la morale, de l'histoire ou de l'&#233;conomie politique, l'analyse a constat&#233; l'antinomie d'une id&#233;e, on peut affirmer &#224; priori que cette antinomie cache une id&#233;e plus &#233;lev&#233;e qui t&#244;t ou tard fera son apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette d'insister si longuement sur des notions famili&#232;res &#224; tous les jeunes gens du baccalaur&#233;at ; mais je devais ces d&#233;tails &#224; certains &#233;conomistes qui, &#224; propos de ma critique de la propri&#233;t&#233;, ont entass&#233; dilemmes sur dilemmes pour me prouver que si je n'&#233;tais pas propri&#233;taire, j'&#233;tais n&#233;cessairement communiste ; le tout, faute de savoir ce que c'est que th&#232;se, antith&#232;se et synth&#232;se. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e synth&#233;tique de valeur, comme condition fondamentale d'ordre et de progr&#232;s pour la soci&#233;t&#233;, avait &#233;t&#233; vaguement aper&#231;ue par Ad. Smith, lorsque, pour me servir des expressions de M. Blanqui, &#171; il montra dans le travail la mesure universelle et invariable des valeurs, et fit voir que toute chose avait son prix naturel, vers lequel elle gravitait sans cesse au milieu des fluctuations du prix courant, occasionn&#233;es par des circonstances accidentelles &#233;trang&#232;res &#224; la valeur v&#233;nale de la chose. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette id&#233;e de la valeur &#233;tait tout intuitive chez Ad. Smith : or, la soci&#233;t&#233; ne change pas ses habitudes sur la foi d'intuitions ; elle ne se d&#233;cide que sur l'autorit&#233; des faits. Il fallait que l'antinomie s'exprim&#226;t d'une mani&#232;re plus sensible et plus nette : J. B. Say fut son principal interpr&#232;te. Mais, malgr&#233; les efforts d'imagination et l'effrayante subtilit&#233; de cet &#233;conomiste, la d&#233;finition de Smith le domine &#224; son insu, et &#233;clate partout dans ses raisonnements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;valuer une chose, dit Say, c'est d&#233;clarer qu'elle doit &#234;tre estim&#233;e autant qu'une autre qu'on d&#233;signe&#8230; La valeur de chaque chose est vague et arbitraire tant qu'elle n'est pas reconnue&#8230;&#8230; &#187; Il y a donc une mani&#232;re de reconna&#238;tre la valeur des choses, c'est-&#224;-dire de la fixer ; et comme cette reconnaissance ou fixation se fait par la comparaison des choses entre elles, il y a donc aussi un caract&#232;re commun, un principe, au moyen duquel on d&#233;clare qu'une chose vaut plus, moins ou autant qu'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Say avait dit d'abord : &#171; La mesure de la valeur est la valeur d'un autre produit. &#187; Plus tard, s'&#233;tant aper&#231;u que cette phrase n'&#233;tait qu'une tautologie, il la modifia ainsi : &#171; La mesure de la valeur est la quantit&#233; d'un autre produit, &#187; ce qui est tout aussi peu intelligible. Ailleurs, cet &#233;crivain, ordinairement si lucide et si ferme, s'embarrasse de distinctions vaines : &#171; On peut appr&#233;cier la valeur des choses ; on ne peut pas la mesurer, c'est-&#224;-dire la comparer avec un titre invariable et connu, parce qu'il n'y en a point. Tout ce que l'on peut faire se r&#233;duit &#224; &#233;valuer les choses en les comparant. &#187; D'autres fois, il distingue des valeurs r&#233;elles et des valeurs relatives : &#171; Les premi&#232;res sont celles o&#249; la valeur des choses change avec les frais de production ; les secondes sont celles o&#249; la valeur des choses change par rapport &#224; la valeur des autres marchandises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Singuli&#232;re pr&#233;occupation d'un homme de g&#233;nie qui ne s'aper&#231;oit plus que comparer, &#233;valuer, appr&#233;cier, c'est mesurer ; que toute mesure n'&#233;tant jamais qu'une comparaison, indique par cela m&#234;me un rapport vrai si la comparaison est bien faite ; qu'en cons&#233;quence, valeur ou mesure r&#233;elle et valeur ou mesure relative, sont choses parfaitement identiques ; et que la difficult&#233; se r&#233;duit, non &#224; trouver un &#233;talon de mesure, puisque toutes les quantit&#233;s peuvent s'en tenir lieu r&#233;ciproquement, mais &#224; d&#233;terminer le point de comparaison. En g&#233;om&#233;trie, le point de comparaison est l'&#233;tendue, et l'unit&#233; de mesure est tant&#244;t la division du cercle en 360 parties, tant&#244;t la circonf&#233;rence du globe terrestre, tant&#244;t la dimension moyenne du bras, de la main, du pouce ou du pied de l'homme. Dans la science &#233;conomique, nous l'avons dit apr&#232;s A. Smith, le point de vue sous lequel toutes les valeurs se comparent est le travail ; quant &#224; l'unit&#233; de mesure, celle adopt&#233;e en France est le franc. Il est incroyable que tant d'hommes de sens se d&#233;m&#232;nent depuis quarante ans contre une id&#233;e si simple. Mais non : La comparaison des valeurs s'effectue sans qu'il y ait entre elles aucun point de comparaison, et sans unit&#233; de mesure ; &#8212; voil&#224;, plut&#244;t que d'embrasser la th&#233;orie r&#233;volutionnaire de l'&#233;galit&#233;, ce que les &#233;conomistes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle ont r&#233;solu de soutenir envers et contre tous. Qu'en dira la post&#233;rit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais pr&#233;sentement montrer, par des exemples frappants, que l'id&#233;e de mesure ou proportion des valeurs, n&#233;cessaire en th&#233;orie, s'est r&#233;alis&#233;e et se r&#233;alise tous les jours dans la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; III. &#8212; Application de la loi de proportionnalit&#233; des valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout produit est un signe repr&#233;sentatif du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout produit peut en cons&#233;quence &#234;tre &#233;chang&#233; par un autre, et la pratique universelle est l&#224; qui en t&#233;moigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais supprimez le travail : il ne vous reste que des utilit&#233;s plus ou moins grandes, qui, n'&#233;tant frapp&#233;es d'aucun caract&#232;re &#233;conomique, d'aucun signe humain, sont incommensurables entre elles, c'est-&#224;-dire logiquement in&#233;changeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent, comme toute autre marchandise, est un signe repr&#233;sentatif du travail : &#224; ce titre, il a pu servir d'&#233;valuateur commun, et d'interm&#233;diaire aux transactions. Mais la fonction particuli&#232;re que l'usage a d&#233;volue aux m&#233;taux pr&#233;cieux de servir d'agent au commerce est purement conventionnelle, et toute autre marchandise pourrait, moins commod&#233;ment peut-&#234;tre, mais d'une mani&#232;re aussi authentique, remplir ce r&#244;le ; les &#233;conomistes le reconnaissent, et l'on en cite plus d'un exemple. Quelle est donc la raison de cette pr&#233;f&#233;rence g&#233;n&#233;ralement accord&#233;e aux m&#233;taux, pour servir de monnaie, et comment s'explique cette sp&#233;cialit&#233; de fonction, sans analogue dans l'&#233;conomie politique, de l'argent ? Car toute chose unique et sans comparses dans son esp&#232;ce est par cela m&#234;me de plus difficile intelligence, souvent m&#234;me ne s'entend pas du tout. Or, est-il possible de r&#233;tablir la s&#233;rie d'o&#249; la monnaie semble avoir &#233;t&#233; d&#233;tach&#233;e, et, par cons&#233;quent, de ramener celle-ci &#224; son v&#233;ritable principe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette question les &#233;conomistes, suivant leur habitude, se sont jet&#233;s hors du domaine de leur science : ils ont fait de la physique, de la m&#233;canique, de l'histoire, etc. ; ils ont parl&#233; de tout, et n'ont pas r&#233;pondu. Les m&#233;taux pr&#233;cieux, ont-ils dit, par leur raret&#233;, leur densit&#233;, leur incorruptibilit&#233;, offraient pour la monnaie des commodit&#233;s qu'on &#233;tait loin de rencontrer au m&#234;me degr&#233; dans les autres marchandises. Bref, les &#233;conomistes, au lieu de r&#233;pondre &#224; la question d'&#233;conomie qui leur &#233;tait pos&#233;e, se sont mis &#224; traiter la question d'art. Ils ont tr&#232;s-bien fait valoir la convenance m&#233;canique de l'or et de l'argent &#224; servir de monnaie ; mais ce qu'aucun d'eux n'a ni vu ni compris, c'est la raison &#233;conomique qui a d&#233;termin&#233;, en faveur des m&#233;taux pr&#233;cieux, le privil&#232;ge dont ils jouissent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, ce que nul n'a remarqu&#233;, c'est que de toutes la marchandises, l'or et l'argent sont les premi&#232;res dont la valeur soit arriv&#233;e &#224; sa constitution. Dans la p&#233;riode patriarcale, l'or et l'argent se marchandent encore et s'&#233;changent en lingots, mais d&#233;j&#224; avec une tendance visible &#224; la domination, et avec une pr&#233;f&#233;rence marqu&#233;e. Peu &#224; peu les souverains s'en emparent et y apposent leur sceau : et de cette cons&#233;cration souveraine na&#238;t la monnaie, c'est-&#224;-dire la marchandise par excellence, celle qui, nonobstant toutes les secousses du commerce, conserve une valeur proportionnelle d&#233;termin&#233;e, et se fait accepter en tout payement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue la monnaie, en effet, n'est point la duret&#233; du m&#233;tal, elle est moindre que celle de l'acier ; ni son utilit&#233;, elle est de beaucoup inf&#233;rieure &#224; celle du bl&#233;, du fer, de la houille, et d'une foule d'autres substances, r&#233;put&#233;es presque viles &#224; c&#244;t&#233; de l'or ; &#8212; ce n'est ni la raret&#233;, ni la densit&#233; : l'une et l'autre pouvaient &#234;tre suppl&#233;&#233;es, soit par le travail donn&#233; &#224; d'autres mati&#232;res, soit, comme aujourd'hui, par du papier de banque, repr&#233;sentant de vastes amas de fer ou de cuivre. Le trait distinctif de l'or et de l'argent vient, je le r&#233;p&#232;te, de ce que, gr&#226;ce &#224; leurs propri&#233;t&#233;s m&#233;talliques, aux difficult&#233;s de leur production, et surtout &#224; l'intervention de l'autorit&#233; publique, ils ont de bonne heure conquis, comme marchandises, la fixit&#233; et l'authenticit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis donc que la valeur de l'or et de l'argent, notamment de la partie qui entre dans la fabrication des monnaies, bien que peut-&#234;tre cette valeur ne soit pas encore calcul&#233;e d'une mani&#232;re rigoureuse, n'a plus rien d'arbitraire ; j'ajoute qu'elle n'est plus susceptible de d&#233;pr&#233;ciation, &#224; la mani&#232;re des autres valeurs, bien que cependant elle puisse varier continuellement. Tous les frais de raisonnement et d'&#233;rudition qu'on a faits pour prouver, par l'exemple de l'argent, que la valeur est chose essentiellement ind&#233;terminable, sont autant de paralogismes, provenant d'une fausse id&#233;e de la question, ab ignoranti&#226; elenchi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Ier, roi de France, m&#234;le &#224; la livre tournois de Charlemagne un tiers d'alliage, s'imaginant que lui seul ayant le monopole de la fabrication des monnaies, il peut faire ce que fait tout commer&#231;ant ayant le monopole d'un produit. Qu'&#233;tait-ce, en effet, que cette alt&#233;ration des monnaies tant reproch&#233;e &#224; Philippe et &#224; ses successeurs ? un raisonnement tr&#232;s-juste au point de vue de la routine commerciale, mais tr&#232;s-faux en science &#233;conomique, savoir, que l'offre et la demande &#233;tant la r&#232;gle des valeurs, on peut, soit en produisant une raret&#233; factice, soit en accaparant la fabrication, faire monter l'estimation et partant la valeur des choses, et que cela est vrai de l'or et de l'argent, comme du bl&#233;, du vin, de l'huile, du tabac. Cependant la fraude de Philippe ne fut pas plus t&#244;t soup&#231;onn&#233;e, que sa monnaie fut r&#233;duite &#224; sa juste valeur, et qu'il perdit lui-m&#234;me tout ce qu'il avait cru gagner sur ses sujets. M&#234;me chose arriva &#224; la suite de toutes les tentatives analogues. D'o&#249; venait ce m&#233;compte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, disent les &#233;conomistes, que par le faux monnayage, la quantit&#233; d'or et d'argent n'&#233;tant r&#233;ellement ni diminu&#233;e ni accrue, la proportion de ces m&#233;taux avec les autres marchandises n'&#233;tait point chang&#233;e, et qu'en cons&#233;quence il n'&#233;tait pas au pouvoir du souverain de faire que ce qui ne valait que comme 2 dans l'&#201;tat, val&#251;t 4. Il est m&#234;me &#224; consid&#233;rer que si, au lieu d'alt&#233;rer les monnaies, il avait &#233;t&#233; au pouvoir du roi d'en doubler la masse, la valeur &#233;changeable de l'or et de l'argent aurait aussit&#244;t baiss&#233; de moiti&#233;, toujours par cette raison de proportionnalit&#233; et d'&#233;quilibre. L'alt&#233;ration des monnaies &#233;tait donc, de la part du roi, un emprunt forc&#233;, disons mieux, une banqueroute, une escroquerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; merveille : les &#233;conomistes expliquent fort bien, quand ils veulent, la th&#233;orie de la mesure des valeurs ; il suffit pour cela de les mettre sur le chapitre de la monnaie. Comment donc ne voient-ils pas que la monnaie est la loi &#233;crite du commerce, le type de l'&#233;change, le premier terme de cette longue cha&#238;ne de cr&#233;ations qui toutes, sous le nom de marchandises, doivent recevoir la sanction sociale, et devenir, sinon de fait, au moins de droit, acceptables comme la monnaie en toute esp&#232;ce de march&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La monnaie, dit tr&#232;s-bien M. Augier, ne peut servir, soit d'&#233;chelle de constatation pour les march&#233;s pass&#233;s, soit de bon instrument d'&#233;change, qu'autant que sa valeur approche le plus de l'id&#233;al de la permanence ; car elle n'&#233;change ou n'ach&#232;te jamais que la valeur qu'elle poss&#232;de. &#187; (Hist. du Cr&#233;dit public.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduisons cette observation &#233;minemment judicieuse en une formule g&#233;n&#233;rale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail ne devient une garantie de bien-&#234;tre et d'&#233;galit&#233;, qu'autant que le produit de chaque individu est en proportion avec la masse : car il n'&#233;change ou n'ach&#232;te jamais qu'une valeur &#233;gale &#224; la valeur qui est en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas &#233;trange qu'on prenne hautement la d&#233;fense du commerce agioteur et infid&#232;le, et qu'en m&#234;me temps on se r&#233;crie sur la tentative d'un monarque faux-monnayeur, qui, apr&#232;s tout, ne faisait qu'appliquer &#224; l'argent le principe fondamental de l'&#233;conomie politique, l'instabilit&#233; arbitraire des valeurs ? Que la r&#233;gie s'avise de donner 750 grammes de tabac pour un kilogramme, les &#233;conomistes crieront au vol ; &#8212; mais si la m&#234;me r&#233;gie, usant de son privil&#232;ge, augmente le prix du kilogramme de 2 fr., ils trouveront que c'est cher, mais ils n'y verront rien qui soit contraire aux principes. Quel imbroglio que l'&#233;conomie politique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc, dans la mon&#233;tisation de l'or et de l'argent, quelque chose de plus que ce qu'en ont rapport&#233; les &#233;conomistes : il y a la cons&#233;cration de la loi de proportionnalit&#233;, le premier acte de constitution des valeurs. L'humanit&#233; op&#232;re en tout par des gradations infinies : apr&#232;s avoir compris que tous les produits du travail doivent &#234;tre soumis &#224; une mesure de proportion qui les rende tous &#233;galement permutables, elle commence par donner ce caract&#232;re de permutabilit&#233; absolue &#224; un produit sp&#233;cial, qui deviendra pour elle le type et le patron de tous les autres. C'est ainsi que pour &#233;lever ses membres &#224; la libert&#233; et &#224; l'&#233;galit&#233;, elle commence par cr&#233;er des rois. Le peuple a le sentiment confus de cette marche providentielle, lorsque dans ses r&#234;ves de fortune et dans ses l&#233;gendes, il parle toujours d'or et de royaut&#233; ; et les philosophes n'ont fait que rendre hommage &#224; la raison universelle, lorsque dans leurs hom&#233;lies soi-disant morales et leurs utopies soci&#233;taires, ils tonnent avec un &#233;gal fracas contre l'or et la tyrannie. Auri sacra fames ! Maudit or ! s'&#233;crie plaisamment un communiste. Autant vaudrait dire : maudit froment, maudites vignes, maudits moutons ; car, de m&#234;me que l'or et l'argent, toute valeur commerciale doit arriver &#224; une exacte et rigoureuse d&#233;termination. L'&#339;uvre est d&#232;s longtemps commenc&#233;e : aujourd'hui elle avance &#224; vue d'&#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; d'autres consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un axiome g&#233;n&#233;ralement admis par les &#233;conomistes, est que tout travail doit laisser un exc&#233;dant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette proposition est pour moi d'une v&#233;rit&#233; universelle et absolue : c'est le corollaire de la loi de proportionnalit&#233;, que l'on peut regarder comme le sommaire de toute la science &#233;conomique. Mais, j'en demande pardon aux &#233;conomistes, le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant n'a pas de sens dans leur th&#233;orie, et n'est susceptible d'aucune d&#233;monstration. Comment, si l'offre et la demande sont la seule r&#232;gle des valeurs, peut-on reconna&#238;tre ce qui exc&#232;de et ce qui suffit ? Ni le prix de revient, ni le prix de vente, ni le salaire, ne pouvant &#234;tre math&#233;matiquement d&#233;termin&#233;s, comment est-il possible de concevoir un surplus, un profit ? La routine commerciale nous a donn&#233;, ainsi que le mot, l'id&#233;e du profit : et comme nous sommes politiquement &#233;gaux, on en conclut que chaque citoyen a un droit &#233;gal &#224; r&#233;aliser, dans son industrie personnelle, des b&#233;n&#233;fices. Mais les op&#233;rations du commerce sont essentiellement irr&#233;guli&#232;res, et l'on a prouv&#233; sans r&#233;plique que les b&#233;n&#233;fices du commerce ne sont qu'un pr&#233;l&#232;vement arbitraire et forc&#233; du producteur sur le consommateur, en un mot un d&#233;placement, pour ne pas dire mieux. C'est ce que l'on apercevrait bient&#244;t, s'il &#233;tait possible de comparer le chiffre total des d&#233;ficits de chaque ann&#233;e, avec le montant des b&#233;n&#233;fices. Dans le sens de l'&#233;conomie politique, le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant n'est autre que la cons&#233;cration du droit constitutionnel que nous avons tous acquis par la r&#233;volution, de voler le prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de proportionnalit&#233; des valeurs peut seule rendre raison de ce probl&#232;me. Je prendrai la question d'un peu haut : elle est assez grave pour que je la traite avec l'&#233;tendue qu'elle m&#233;rite. &lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des philosophes, comme des philologues, ne voient dans la soci&#233;t&#233; qu'un &#234;tre de raison, ou pour mieux dire un nom abstrait servant &#224; d&#233;signer une collection d'hommes. C'est un pr&#233;jug&#233; que nous avons tous re&#231;u d&#232;s l'enfance avec nos premi&#232;res le&#231;ons de grammaire, que les noms collectifs, les noms de genre et d'esp&#232;ce, ne d&#233;signent point des r&#233;alit&#233;s. Il y aurait fort &#224; dire sur ce chapitre : je me renferme dans mon sujet. Pour le v&#233;ritable &#233;conomiste, la soci&#233;t&#233; est un &#234;tre vivant, dou&#233; d'une intelligence et d'une activit&#233; propres, r&#233;gi par des lois sp&#233;ciales que l'observation seule d&#233;couvre, et dont l'existence se manisfeste, non sous une forme physique, mais par le concert et l'intime solidarit&#233; de tous ses membres. Ainsi, lorsque tout &#224; l'heure, sous l'embl&#232;me d'un dieu de la fable, nous faisions l'all&#233;gorie de la soci&#233;t&#233;, notre langage n'avait au fond rien de m&#233;taphorique : c'&#233;tait l'&#234;tre social, unit&#233; organique et synth&#233;tique, auquel nous venions de donner un nom. Aux yeux de quiconque a r&#233;fl&#233;chi sur les lois du travail et de l'&#233;change (je laisse de c&#244;t&#233; toute autre consid&#233;ration), la r&#233;alit&#233;, j'ai presque dit la personnalit&#233; de l'homme collectif, est aussi certaine que la r&#233;alit&#233; et la personnalit&#233; de l'homme individu. Toute la diff&#233;rence est que celui-ci se pr&#233;sente aux sens sous l'aspect d'un organisme dont les parties sont en coh&#233;rence mat&#233;rielle, circonstance qui n'existe pas dans la soci&#233;t&#233;. Mais l'intelligence, la spontan&#233;it&#233;, le d&#233;veloppement, la vie, tout ce qui constitue au plus haut degr&#233; la r&#233;alit&#233; de l'&#234;tre, est aussi essentiel &#224; la soci&#233;t&#233; qu'&#224; l'homme : et de l&#224; vient que le gouvernement des soci&#233;t&#233;s est science, c'est-&#224;-dire &#233;tude de rapports naturels ; et non point art, c'est-&#224;-dire bon plaisir et arbitraire. De l&#224; vient enfin que toute soci&#233;t&#233; d&#233;cline, d&#232;s qu'elle passe aux mains des id&#233;ologues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant, ind&#233;montrable &#224; l'&#233;conomie politique, c'est-&#224;-dire &#224; la routine propri&#233;taire, est un de ceux qui t&#233;moignent le plus de la r&#233;alit&#233; de la personne collective : car, ainsi qu'on va voir, ce principe n'est vrai des individus que parce qu'il &#233;mane de la soci&#233;t&#233;, qui leur conf&#232;re ainsi le b&#233;n&#233;fice de ses propres lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons aux faits. On a remarqu&#233; que les entreprises de chemins de fer sont beaucoup moins une source de richesse pour les entrepreneurs que pour l'&#201;tat. L'observation est juste ; et l'on aurait d&#251; ajouter qu'elle s'applique non-seulement aux chemins de fer, mais &#224; toute industrie. Mais ce ph&#233;nom&#232;ne, qui d&#233;rive essentiellement de la loi de porportionnalit&#233; des valeurs, et de l'identit&#233; absolue de la production et de la consommation, est inexplicable avec la notion ordinaire de valeur utile et valeur &#233;changeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix moyen du transport des marchandises par le roulage est 18 cent, par tonne et kilom&#232;tre, marchandise prise et rendue en magasin. On a calcul&#233; qu'&#224; ce prix, une entreprise ordinaire de chemin de fer n'obtiendrait pas 10 p. 100 de b&#233;n&#233;fice net, r&#233;sultat &#224; peu pr&#232;s &#233;gal &#224; celui d'une entreprise de roulage. Mais admettons que la c&#233;l&#233;rit&#233; du transport par fer soit &#224; celle du roulage de terre, toutes compensations faites, comme 4 est &#224; 1 : comme dans la soci&#233;t&#233; le temps est la valeur m&#234;me, &#224; &#233;galit&#233; de prix le chemin de fer pr&#233;sentera sur le roulage un avantage de 400 p. 100. Cependant cet avantage &#233;norme, tr&#232;s-r&#233;el pour la soci&#233;t&#233;, est bien loin de se r&#233;aliser dans la m&#234;me proportion pour le voiturier, qui, tandis qu'il fait jouir la soci&#233;t&#233; d'une mieux value de 400 p. 100, ne retire pas quant &#224; lui 10 p. 100. Supposons, en effet, pour rendre la chose encore plus sensible, que le chemin de fer porte son tarif &#224; 25 cent., celui du roulage restant &#224; 18 ; il perdra &#224; l'instant toutes ses consignations. Exp&#233;diteurs, destinataires, tout le monde reviendra &#224; la malbrouk, &#224; la patache, s'il faut. On d&#233;sertera la locomotive ; un avantage social de 500 p. 100 sera sacrifi&#233; &#224; une perte priv&#233;e de 35 p. 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de cela est facile &#224; saisir : l'avantage qui r&#233;sulte de la c&#233;l&#233;rit&#233; du chemin de fer est tout social, et chaque individu n'y participe qu'en une proportion minime (n'oublions pas qu'il ne s'agit en ce moment que du transport des marchandises), tandis que la perte frappe directement et personnellement le consommateur. Un b&#233;n&#233;fice social &#233;gal &#224; 400, repr&#233;sente pour l'individu, si la soci&#233;t&#233; est compos&#233;e seulement d'un million d'hommes, quatre dix milli&#232;mes ; tandis qu'une perte de 33 p. 100 pour le consommateur supposerait un d&#233;ficit social de trente-trois millions. L'int&#233;r&#234;t priv&#233; et l'int&#233;r&#234;t collectif, si divergents au premier coup d'&#339;il, sont donc parfaitement identiques et ad&#233;quats : et cet exemple peut d&#233;j&#224; servir &#224; faire comprendre comment, dans la science &#233;conomique, tous les int&#233;r&#234;ts se concilient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, pour que la soci&#233;t&#233; r&#233;alise le b&#233;n&#233;fice suppos&#233; ci-dessus, il faut de toute n&#233;cessit&#233; que le tarif du chemin de fer ne d&#233;passe pas, ou d&#233;passe de fort peu le prix du roulage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, pour que cette condition soit remplie, en d'autres termes, pour que le chemin de fer soit commercialement possible, il faut que la mati&#232;re transportable soit assez abondante pour couvrir au moins l'int&#233;r&#234;t du capital engag&#233;, et les frais d'entretien de la voie. Donc la premi&#232;re condition d'existence d'un chemin de fer est une forte circulation, ce qui suppose une production plus forte encore, une grande masse d'&#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais production, circulation, &#233;changes, ne sont point choses qui s'improvisent ; puis, les diverses formes du travail ne se d&#233;veloppent pas isol&#233;ment et ind&#233;pendamment l'une de l'autre : leur progr&#232;s est n&#233;cessairement li&#233;, solidaire, proportionnel. L'antagonisme peut exister entre les industriels : malgr&#233; eux, l'action sociale est une, convergente, harmonique, en un mot, personnelle. Donc enfin il est un jour marqu&#233; pour la cr&#233;ation des grands instruments de travail ; c'est celui o&#249; la consommation g&#233;n&#233;rale peut en soutenir l'emploi, c'est-&#224; dire, car toutes ces propositions se traduisent, celui o&#249; le travail ambiant peut alimenter les nouvelles machines. Anticiper l'heure marqu&#233;e par le progr&#232;s du travail, serait imiter ce fou qui, descendant de Lyon &#224; Marseille, fit appareiller pour lui seul un steamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces points &#233;claircis, rien de plus ais&#233; que d'expliquer comment le travail doit laisser &#224; chaque producteur un exc&#233;dant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord, pour ce qui concerne la soci&#233;t&#233; : Prom&#233;th&#233;e, sortant du sein de la nature, s'&#233;veille &#224; la vie dans une inertie pleine de charme, mais qui deviendrait bient&#244;t mis&#232;re et torture s'il ne se h&#226;tait d'en sortir par le travail. Dans cette oisivet&#233; originelle, le produit de Prom&#233;th&#233;e &#233;tant nul, son bien-&#234;tre est identique &#224; celui de la brute, et peut se repr&#233;senter par z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e se met &#224; l'&#339;uvre : et d&#232;s sa premi&#232;re journ&#233;e, premi&#232;re journ&#233;e de la seconde cr&#233;ation, le produit de Prom&#233;th&#233;e, c'est-&#224;-dire sa richesse, son bien-&#234;tre, est &#233;gal &#224; 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second jour, Prom&#233;th&#233;e divise son travail, et son produit devient &#233;gal &#224; 100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me jour, et chacun des jours suivants, Prom&#233;th&#233;e invente des machines, d&#233;couvre de nouvelles utilit&#233;s dans les corps, de nouvelles forces dans la nature ; le champ de son existence s'&#233;tend du domaine sensitif &#224; la sph&#232;re du moral et de l'intelligence, et, &#224; chaque pas que fait son industrie, le chiffre de sa production s'&#233;l&#232;ve et lui d&#233;nonce un surcro&#238;t de f&#233;licit&#233;. Et puisque enfin pour lui consommer c'est produire, il est clair que chaque journ&#233;e de consommation n'emportant que le produit de la veille, laisse un exc&#233;dant de produit &#224; la journ&#233;e du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais remarquons aussi, remarquons surtout ce fait capital, c'est que le bien-&#234;tre de l'homme est en raison directe de l'intensit&#233; du travail et de la multiplicit&#233; des industries, en sorte que l'accroissement de la richesse et l'accroissement du labeur sont corr&#233;latifs et parall&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire maintenant que chaque individu participe &#224; ces conditions g&#233;n&#233;rales du d&#233;veloppement collectif, ce serait affirmer une v&#233;rit&#233; qui, &#224; force d'&#233;vidence, pourrait sembler niaise. Signalons plut&#244;t les deux formes g&#233;n&#233;rales de la consommation dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233;, de m&#234;me que l'individu, a d'abord ses objets de consommation personnelle, objets dont le temps lui fait sentir peu &#224; peu le besoin, et que ses instincts myst&#233;rieux lui commandent de cr&#233;er. Ainsi, il y eut au moyen &#226;ge, pour un grand nombre de villes, un instant d&#233;cisif o&#249; la construction d'h&#244;tels de ville et de cath&#233;drales devint une passion violente, qu'il fallut &#224; tout prix satisfaire ; l'existence de la communaut&#233; en d&#233;pendait. S&#233;curit&#233; et force, ordre public, centralisation, nationnalit&#233;, patrie, ind&#233;pendance, voil&#224; ce qui compose la vie de la soci&#233;t&#233;, l'ensemble de ses facult&#233;s mentales ; voil&#224; les sentiments qui devaient trouver leur expression et leurs insignes. Telle avait &#233;t&#233; autrefois la destination du temple de J&#233;rusalem, v&#233;ritable palladium de la nation juive ; tel &#233;tait le temple de Jupiter-Capitolin, &#224; Rome. Plus tard, apr&#232;s le palais municipal et le temple, organes pour ainsi dire de la centralisation et du progr&#232;s, vinrent les autres travaux d'utilit&#233; publique, ponts, th&#233;&#226;tres, h&#244;pitaux, routes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monuments d'utilit&#233; publique &#233;tant d'un usage essentiellement commun, et par cons&#233;quent gratuit, la soci&#233;t&#233; se couvre de ses avances par les avantages politiques et moraux qui r&#233;sultent de ces grands ouvrages, et qui, donnant un gage de s&#233;curit&#233; au travail et un id&#233;al aux esprits, impriment un nouvel essor &#224; l'industrie et aux arts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il on est autrement des objets de consommation domestique, qui seuls tombent dans la cat&#233;gorie de l'&#233;change : ceux-ci ne sont productibles que selon les conditions de mutualit&#233; qui en permettent la consommation, c'est-&#224;-dire le remboursement imm&#233;diat et avec b&#233;n&#233;fice aux producteurs. Ces conditions, nous les avons suffisamment d&#233;velopp&#233;es dans la th&#233;orie de proportionnalit&#233; des valeurs, que l'on pourrait nommer &#233;galement th&#233;orie de la r&#233;duction progressive des prix de revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;montr&#233; par la th&#233;orie et par les faits le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant ; mais ce principe, aussi certain qu'une proposition d'arithm&#233;tique, est loin encore de se r&#233;aliser pour tout le monde. Tandis que par le progr&#232;s de l'industrie collective, chaque journ&#233;e de travail individuel obtient un produit de plus en plus grand, et, par une cons&#233;quence n&#233;cessaire, tandis que le travailleur, avec le m&#234;me salaire, devrait devenir tous les jours plus riche, il existe dans la soci&#233;t&#233; des &#233;tats qui profitent et d'autres qui d&#233;p&#233;rissent ; des travailleurs &#224; double, triple et centuple salaire, et d'autres en d&#233;ficit ; partout enfin des gens qui jouissent et d'autres qui souffrent, et, par une division monstrueuse des facult&#233;s industrielles, des individus qui consomment, et qui ne produisent pas. La r&#233;partition du bien-&#234;tre suit tous les mouvements de la valeur, et les reproduit, en mis&#232;re et luxe, sur des dimensions et avec une &#233;nergie effrayantes. Mais partout aussi le progr&#232;s de la richesse, c'est-&#224;-dire la proportionnalit&#233; des valeurs, est la loi dominante ; et quand les &#233;conomistes opposent aux plaintes du parti social l'accroissement progressif de la fortune publique et les adoucissements apport&#233;s &#224; la condition des classes m&#234;me les plus malheureuses, ils proclament, sans s'en douter, une v&#233;rit&#233; qui est la condamnation de leurs th&#233;ories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car j'adjure les &#233;conomistes de s'interroger un moment dans le silence de leur c&#339;ur, loin des pr&#233;jug&#233;s qui les troublent, et sans &#233;gard aux emplois qu'ils occupent ou qu'ils attendent, aux int&#233;r&#234;ts qu'ils desservent, aux suffrages qu'ils ambitionnent, aux distinctions dont leur vanit&#233; se berce : qu'ils disent si, jusqu'&#224; ce jour, le principe que tout travail doit laisser un exc&#233;dant leur &#233;tait apparu avec cette cha&#238;ne de pr&#233;liminaires et de cons&#233;quences que nous avons soulev&#233;e ; et si par ces mots ils ont jamais con&#231;u autre chose que le droit d'agioter sur les valeurs, en man&#339;uvrant l'offre et la demande ? s'il n'est pas vrai qu'ils affirment tout &#224; la fois, d'un c&#244;t&#233; le progr&#232;s de la richesse et du bien-&#234;tre, et par cons&#233;quent la mesure des valeurs ; de l'autre, l'arbitraire des transactions commerciales et l'incommensurabilit&#233; des valeurs, c'est-&#224;-dire tout ce qu'il y a de plus contradictoire ? N'est-ce pas en vertu de cette contradiction qu'on entend sans cesse r&#233;p&#233;ter dans les cours, et qu'on lit dans les ouvrages d'&#233;conomie politique, cette hypoth&#232;se absurde : Si le prix de toutes choses &#233;tait doubl&#233; &#8230; Comme si le prix de toutes choses n'&#233;tait pas la proportion des choses, et qu'on p&#251;t doubler une proportion, un rapport, une loi ! N'est-ce pas enfin en vertu de la routine propri&#233;taire et anormale, d&#233;fendue par l'&#233;conomie politique, que chacun dans le commerce, dans l'industrie, dans les arts et dans l'&#201;tat, sous pr&#233;texte de services rendus &#224; la soci&#233;t&#233;, tend sans cesse &#224; exag&#233;rer son importance, sollicite des r&#233;compenses, des subventions, de grosses pensions, de larges honoraires : comme si la r&#233;tribution de tout service n'&#233;tait pas n&#233;cessairement fix&#233;e par le montant de ses frais ? Pourquoi les &#233;conomistes ne r&#233;pandent-ils pas de toutes leurs forces cette v&#233;rit&#233; si simple et si lumineuse : Le travail de tout homme ne peut acheter que la valeur qu'il renferme, et cette valeur est proportionnelle aux services de tous les autres travailleurs ; si, comme ils paraissent le croire, le travail de chacun doit laisser un exc&#233;dant ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici se pr&#233;sente une derni&#232;re consid&#233;ration que j'exposerai en peu de mots. &lt;br class='autobr' /&gt;
J. B. Say, celui de tous les &#233;conomistes qui a le plus insist&#233; sur l'ind&#233;terminabilit&#233; absolue de la valeur, est aussi celui qui s'est donn&#233; le plus de peine pour renverser cette proposition. C'est lui qui, si je ne me trompe, est auteur de la formule : Tout produit vaut ce qu'il co&#251;te, ou, ce qui revient au m&#234;me, les produits s'ach&#232;tent avec des produits. Cet aphorisme, plein de cons&#233;quences &#233;galitaires, a &#233;t&#233; contredit depuis par d'autres &#233;conomistes ; nous examinerons tour &#224; tour l'affirmative et la n&#233;gative. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je dis : Tout produit vaut les produits qu'il a co&#251;t&#233;s, cela signifie que tout produit est une unit&#233; collective qui, sous une forme nouvelle, groupe un certain nombre d'autres produits consomm&#233;s en des quantit&#233;s diverses. D'o&#249; il suit que les produits de l'industrie humaine sont, les uns par rapport aux autres, genres et esp&#232;ces, et qu'ils forment une s&#233;rie du simple au compos&#233;, selon le nombre et la proportion des &#233;l&#233;ments, tous &#233;quivalents entre eux, qui constituent chaque produit. Peu importe, quant &#224; pr&#233;sent, que cette s&#233;rie, ainsi que l'&#233;quivalence de ses &#233;l&#233;ments, soit plus ou moins exactement exprim&#233;e dans la pratique par l'&#233;quilibre des salaires et des fortunes : il s'agit avant tout du rapport dans les choses, de la loi &#233;conomique. Car ici, comme toujours, l'id&#233;e engendre d'abord et spontan&#233;ment le fait, lequel, reconnu ensuite par la pens&#233;e qui lui a donn&#233; l'&#234;tre, se rectifie peu &#224; peu et se d&#233;finit conform&#233;ment &#224; son principe. Le commerce, libre et concurrent, n'est qu'une longue op&#233;ration de redressement ayant pour objet de faire ressortir la proportionnalit&#233; des valeurs, en attendant que le droit civil la consacre et la prenne pour r&#232;gle de la condition des personnes. Je dis donc que le principe de Say, Tout produit vaut ce qu'il co&#251;te, indique une s&#233;rie de la production humaine, analogue aux s&#233;ries animale et v&#233;g&#233;tale, et dans laquelle les unit&#233;s &#233;l&#233;mentaires (journ&#233;es de travail) sont r&#233;put&#233;es &#233;gales. En sorte que l'&#233;conomie politique affirme d&#232;s son d&#233;but, mais par une contradiction, ce que ni Platon, ni Rousseau, ni aucun publiciste ancien ou moderne n'a cru possible, l'&#233;galit&#233; des conditions et des fortunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prom&#233;th&#233;e est tour &#224; tour laboureur, vigneron, boulanger, tisserand. Quelque m&#233;tier qu'il exerce, comme il ne travaille que pour lui-m&#234;me, il ach&#232;te ce qu'il consomme (ses produits) avec une seule et m&#234;me monnaie (ses produits), dont l'unit&#233; m&#233;trique est n&#233;cessairement sa journ&#233;e de travail. Il est vrai que le travail lui-m&#234;me est susceptible de variation : Prom&#233;th&#233;e n'est pas toujours &#233;galement dispos, et d'un moment &#224; l'autre son ardeur, sa f&#233;condit&#233;, monte et descend. Mais, comme tout ce qui est sujet &#224; varier, le travail a sa moyenne, et cela nous autorise &#224; dire qu'en somme la journ&#233;e de travail paye la journ&#233;e de travail, ni plus ni moins. Il est bien vrai, si l'on compare les produits d'une certaine &#233;poque de la vie sociale &#224; ceux d'une autre, que la cent-millionni&#232;me journ&#233;e du genre humain donnera un r&#233;sultat incomparablement sup&#233;rieur &#224; celui de la premi&#232;re ; mais c'est le cas de dire aussi que la vie de l'&#234;tre collectif, pas plus que celle de l'individu, ne peut &#234;tre scind&#233;e ; que si les jours ne se ressemblent pas, ils sont indissolublement unis, et que dans la totalit&#233; de l'existence la peine et le plaisir leur sont communs. Si donc le tailleur, pour rendre la valeur d'une journ&#233;e, consomme dix fois la journ&#233;e du tisserand, c'est comme si le tisserand donnait dix jours de sa vie pour un jour de la vie du tailleur. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui arrive quand un paysan paye 12 francs &#224; un notaire pour un &#233;crit dont la r&#233;daction co&#251;te une heure ; et cette in&#233;galit&#233;, cette iniquit&#233; dans les &#233;changes, est la plus puissante cause de mis&#232;re que les socialistes aient d&#233;voil&#233;e et que les &#233;conomistes avouent tout bas, en attendant qu'un signe du ma&#238;tre leur permette de la reconna&#238;tre tout haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute erreur dans la justice commutative est une immolation du travailleur, une transfusion du sang d'un homme dans le corps d'un autre homme&#8230;&#8230; Qu'on ne s'effraie pas : je n'ai nul dessein de fulminer une irritante philippique &#224; la propri&#233;t&#233; ; j'y pense d'autant moins, que, selon mes principes, l'humanit&#233; ne se trompe jamais ; qu'en se constituant d'abord sur le droit de propri&#233;t&#233; elle n'a fait que poser un des principes de son organisation future ; et que, la pr&#233;pond&#233;rance de la propri&#233;t&#233; une fois abattue, ce qui reste &#224; faire est de ramener &#224; l'unit&#233; cette fameuse antith&#232;se. Tout ce que l'on pourrait m'objecter en faveur de la propri&#233;t&#233;, je le sais aussi bien qu'aucun de mes censeurs, &#224; qui je demande pour toute gr&#226;ce de montrer du c&#339;ur, alors que la dialectique leur fait d&#233;faut. Comment des richesses dont le travail n'est pas le module seraient-elles valables ? Et si c'est le travail qui cr&#233;e la richesse et l&#233;gitime la propri&#233;t&#233;, comment expliquer la consommation de l'oisif ? Comment un syst&#232;me de r&#233;partition dans lequel le produit vaut, selon les personnes, tant&#244;t plus, tant&#244;t moins qu'il ne co&#251;te, est-il loyal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de Say conduisaient &#224; une loi agraire ; aussi le parti conservateur s'est-il empress&#233; de protester contre elles. &#171; La premi&#232;re source de la richesse, avait dit M. Rossi, est le travail. En proclamant ce grand principe, l'&#233;cole industrielle a non-seulement mis en &#233;vidence un principe &#233;conomique, mais celui des faits sociaux qui, dans la main d'un historien habile, devient le guide le plus s&#251;r pour suivre l'esp&#232;ce humaine, dans sa marche et ses &#233;tablissements sur la face du globe. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi, apr&#232;s avoir consign&#233; dans son cours ces paroles profondes, M. Rossi a-t-il cru devoir les r&#233;tracter ensuite dans une revue, et compromettre gratuitement sa dignit&#233; de philosophe et d'&#233;conomiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dites que la richesse n'est que le r&#233;sultat du travail ; affirmez que dans tous les cas le travail est la mesure de la valeur, le r&#233;gulateur des prix ; et pour &#233;chapper tant bien que mal aux objections que soul&#232;vent de toutes parts ces doctrines, les unes incompl&#232;tes, les autres absolues, vous serez amen&#233;s bon gr&#233; mal gr&#233; &#224; g&#233;n&#233;raliser la notion du travail, et &#224; substituer &#224; l'analyse une synth&#232;se parfaitement erron&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette qu'un homme tel que M. Rossi me sugg&#232;re une si triste pens&#233;e ; mais en lisant le passage que je viens de rapporter, je n'ai pu m'emp&#234;cher de dire : La science et la v&#233;rit&#233; ne sont plus rien ; ce que l'on adore maintenant, c'est la boutique, et apr&#232;s la boutique, le constitutionnalisme d&#233;sesp&#233;r&#233; qui la repr&#233;sente. &#192; qui donc M. Rossi pense-t-il s'adresser ? Veut-il du travail ou d'autre chose ? de l'analyse ou de la synth&#232;se ? Veut-il toutes ces choses &#224; la fois ? Qu'il choisisse, car la conclusion est in&#233;vitable contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le travail est la source de toute richesse, si c'est le guide le plus s&#251;r pour suivre l'histoire des &#233;tablissements humains sur la face du globe, comment l'&#233;galit&#233; de r&#233;partition, l'&#233;galit&#233; selon la mesure du travail, ne serait-elle pas une loi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, au contraire, il est des richesses qui ne viennent pas du travail, comment la possession de ces richesses est-elle un privil&#232;ge ? Quelle est la l&#233;gitimit&#233; du monopole ? Qu'on expose donc, une fois, cette th&#233;orie du droit de consommation improductive, cette jurisprudence du bon plaisir, cette religion de l'oisivet&#233;, pr&#233;rogative sacr&#233;e d'une caste d'&#233;lus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie maintenant cet appel &#224; l'analyse des faux jugements de la synth&#232;se ? ces termes de m&#233;taphysique ne sont bons qu'&#224; endoctriner les niais, qui ne se doutent pas que la m&#234;me proposition peut &#234;tre rendue indiff&#233;remment et &#224; volont&#233;, analytique ou synth&#233;tique. &#8212; Le travail est le principe de la valeur et la source de la richesse : proposition analytique, telle que M. Rossi la veut, puisque cette proposition est le r&#233;sum&#233; d'une analyse, dans laquelle on d&#233;montre qu'il y a identit&#233; entre la notion primitive de travail et les notions subs&#233;quentes de produit, valeur, capital, richesse, etc. Cependant nous voyons que M. Rossi rejette la doctrine qui r&#233;sulte de cette analyse. &#8212; Le travail, le capital et la terre, sont les sources de la richesse. Proposition synth&#233;tique, telle pr&#233;cis&#233;ment que M. Rossi n'en veut pas ; en effet, la richesse est ici consid&#233;r&#233;e comme notion g&#233;n&#233;rale, qui se produisit sous trois esp&#232;ces distinctes, mais non identiques. Et pourtant la doctrine, ainsi formul&#233;e, est celle qui a la pr&#233;f&#233;rence de M. Rossi. Pla&#238;t-il maintenant &#224; M. Rossi que nous rendions sa th&#233;orie du monopole analytique, et la n&#244;tre du travail synth&#233;tique ? Je puis lui donner cette satisfaction&#8230;. Mais je rougirais, avec un homme aussi grave, de prolonger un tel badinage. M. Rossi sait mieux que personne que l'analyse et la synth&#232;se ne prouvent par elles-m&#234;mes absolument rien, et que ce qui importe, comme disait Bacon, c'est de faire des comparaisons exactes et des d&#233;nombrements complets. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque M. Rossi &#233;tait en verve d'abstractions, que ne disait-il &#224; cette phalange d'&#233;conomistes qui recueillent avec tant de respect les moindres paroles tomb&#233;es de sa bouche : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le capital est la mati&#232;re de la richesse, comme l'argent est la mati&#232;re de la monnaie, comme le bl&#233; est la mati&#232;re du pain, et, en remontant la s&#233;rie jusqu'au bout, comme la terre, l'eau, le feu, l'atmosph&#232;re, sont la mati&#232;re de tous nos produits. Mais c'est le travail, le travail seul, qui cr&#233;e successivement chaque utilit&#233; donn&#233;e &#224; ces mati&#232;res, et qui cons&#233;quemment les transforme en capitaux et en richesses. Le capital est du travail, c'est-&#224;-dire de l'intelligence et de la vie r&#233;alis&#233;es : comme les animaux et les plantes sont des r&#233;alisations de l'&#226;me universelle ; comme les chefs-d'&#339;uvre d'Hom&#232;re, de Rapha&#235;l et de Rossini, sont l'expression de leurs id&#233;es et de leurs sentiments. La valeur est la proportion suivant laquelle toutes les r&#233;alisations de l'&#226;me humaine doivent se balancer pour produire un tout harmonique, qui, &#233;tant richesse, engendre pour nous le bien-&#234;tre, ou plut&#244;t est le signe, non l'objet, de notre f&#233;licit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; La proposition, il n'y a pas de mesure de la valeur, est illogique et contradictoire ; cela r&#233;sulte des motifs m&#234;me sur lesquels on a pr&#233;tendu l'&#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; La proposition, le travail est le principe de proportionnalit&#233; des valeurs, non-seulement est vraie, parce qu'elle r&#233;sulte d'une irr&#233;fragable analyse, mais elle est le but du progr&#232;s, la condition et la forme du bien-&#234;tre social, le commencement et la fin de l'&#233;conomie politique. De cette proposition et de ses corollaires, tout produit vaut ce qu'il co&#251;te, et les produits s'ach&#232;tent avec des produits, se d&#233;duit le dogme de l'&#233;galit&#233; des conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; L'id&#233;e de valeur socialement constitu&#233;e, ou de proportionnalit&#233; des produits, sert &#224; expliquer en outre : a) comment une invention m&#233;canique, nonobstant le privil&#232;ge qu'elle cr&#233;e temporairement et les perturbations qu'elle occasionne, produit toujours &#224; la fin une am&#233;lioration g&#233;n&#233;rale ; &#8212; b) comment la d&#233;couverte d'un proc&#233;d&#233; &#233;conomique ne peut jamais valoir &#224; l'inventeur un profit &#233;gal &#224; celui qu'il procure &#224; la soci&#233;t&#233; ; &#8212; c) comment, par une s&#233;rie d'oscillations entre l'offre et la demande, la valeur de chaque produit tend constamment &#224; se mettre de niveau avec le prix de revient et avec les besoins de la consommation, et par cons&#233;quent &#224; s'&#233;tablir d'une mani&#232;re fixe et positive ; &#8212; d) comment la production collective augmentant incessamment la masse des choses consommables, et cons&#233;quemment la journ&#233;e de travail &#233;tant de mieux en mieux pay&#233;e, le travail doit laisser &#224; chaque producteur un exc&#233;dant ; &#8212; e) comment le labeur', loin de diminuer par le progr&#232;s industriel, augmente incessamment en quantit&#233; et qualit&#233;, c'est-&#224;-dire en intensit&#233; et difficult&#233; pour toutes les industries ; &#8212; f) comment la valeur sociale &#233;limine continuiellement les valeurs fictives, en d'autres termes, comment l'industrie op&#232;re la socialisation du capital et de la propri&#233;t&#233; ; &#8212; g) enfin, comment la r&#233;partition des produits se r&#233;gularisant &#224; fur et mesure de la garantie mutuelle, produite par la constitution des valeurs, pousse la soci&#233;t&#233; &#224; l'&#233;galit&#233; des conditions et des fortunes. &lt;br class='autobr' /&gt; &#187; Enfin, la th&#233;orie de la constitution successive de toutes les valeurs commerciales impliquant un progr&#232;s &#224; l'infini du travail, de la richesse et du bien-&#234;tre, la destin&#233;e sociale, au point de vue &#233;conomique, nous est r&#233;v&#233;l&#233;e : Produire incessamment, avec la moindre somme possible de travail pour chaque produit, la plus grande quantit&#233; et la plus grande vari&#233;t&#233; possibles de valeurs, de mani&#232;re &#224; r&#233;aliser pour chaque individu la plus grande somme de bien-&#234;tre physique, moral et intellectuel, et pour l'esp&#232;ce, la plus haute perfection, et une gloire infinie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous avons d&#233;termin&#233;, non sans peine, le sens de la question propos&#233;e par l'Acad&#233;mie des sciences morales, touchant les oscillations du profit et du salaire, il est temps d'aborder la partie essentielle de notre t&#226;che. Partout o&#249; le travail n'a point &#233;t&#233; socialis&#233;, c'est-&#224;-dire partout o&#249; la valeur ne s'est pas d&#233;termin&#233;e synth&#233;tiquement, il y a perturbation et d&#233;loyaut&#233; dans les &#233;changes, guerre de ruses et d'embuscades, emp&#234;chement &#224; la production, &#224; la circulation et &#224; la consommation, labeur improductif, absence de garanties, spoliation, insolidarit&#233;, indigence et luxe, mais en m&#234;me temps effort du g&#233;nie social pour conqu&#233;rir la justice, et tendance constante vers l'association et l'ordre. L'&#233;conomie politique n'est autre chose que l'histoire de cette grande lutte. D'une part, en effet, l'&#233;conomie politique, en tant qu'elle consacre et pr&#233;tend &#233;terniser les anomalies de la valeur et les pr&#233;rogatives de l'&#233;go&#239;sme, est v&#233;ritablement la th&#233;orie du malheur et l'organisation de la mis&#232;re ; mais en tant qu'elle expose les moyens invent&#233;s par la civilisation pour vaincre le paup&#233;risme, bien que ces moyens aient constamment tourn&#233; &#224; l'avantage exclusif du monopole, l'&#233;conomie politique est le pr&#233;ambule de l'organisation de la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe donc de reprendre l'&#233;tude des faits et des routines &#233;conomiques, d'en d&#233;gager l'esprit et d'en formuler la philosophie. Sans cela, nulle intelligence de la marche des soci&#233;t&#233;s ne peut &#234;tre acquise, nulle r&#233;forme essay&#233;e. L'erreur du socialisme a &#233;t&#233; jusqu'ici de perp&#233;tuer la r&#234;verie religieuse en se lan&#231;ant dans un avenir fantastique, au lieu de saisir la r&#233;alit&#233; qui l'&#233;crase ; comme le tort des &#233;conomistes est de voir dans chaque fait accompli un arr&#234;t de proscription contre toute hypoth&#232;se de changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, ce n'est point ainsi que je con&#231;ois la science &#233;conomique, la v&#233;ritable science sociale. Au lieu de r&#233;pondre par des &#224; priori aux redoutables probl&#232;mes de l'organisation du travail et de la r&#233;partition des richesses, j'interrogerai l'&#233;conomie politique comme la d&#233;positaire des pens&#233;es secr&#232;tes de l'humanit&#233;, je ferai parler les faits selon l'ordre de leur g&#233;n&#233;ration, et raconterai, sans y mettre du mien, leurs t&#233;moignages. Ce sera tout &#224; la fois une triomphante et lamentable histoire, o&#249; les personnages seront des id&#233;es, les &#233;pisodes des th&#233;ories, et les dates des formules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_01&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_01&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_02&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re/Chapitre_02&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Syst%C3%A8me_des_contradictions_%C3%A9conomiques_ou_Philosophie_de_la_mis%C3%A8re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187;, la r&#233;ponse de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I : Une d&#233;couverte scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opposition de la valeur d'utilit&#233; et de la valeur d'&#233;change&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La capacit&#233; qu'ont tous les produits, soit naturels, soit industriels, de servir &#224; la subsistance de l'homme, se nomme particuli&#232;rement valeur d'utilit&#233; ; la capacit&#233; qu'ils ont de se donner l'un pour l'autre, valeur en &#233;change... Comment la valeur d'utilit&#233; devient-elle valeur en &#233;change ?... La g&#233;n&#233;ration de l'id&#233;e de la valeur (en &#233;change) n'a pas &#233;t&#233; not&#233;e par les &#233;conomistes avec assez de soin : il importe de nous y arr&#234;ter. Puis donc que, parmi les objets dont j'ai besoin, un tr&#232;s grand nombre ne se trouve dans la nature qu'en une quantit&#233; m&#233;diocre, ou m&#234;me ne se trouve pas du tout, je suis forc&#233; d'aider &#224; la production de ce qui me manque, et comme je ne puis mettre la main &#224; tant de choses, je proposerai &#224; d'autres hommes, mes collaborateurs dans des fonctions diverses, de me c&#233;der une partie de leurs produits en &#233;change du mien &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon se propose de nous expliquer avant tout la double nature de la valeur, la &#8220; distinction dans la valeur &#8221;, le mouvement qui fait de la valeur d'utilit&#233; la valeur d'&#233;change. Il importe de nous arr&#234;ter avec M. Proudhon &#224; cet acte de transsubstantiation. Voici comment cet acte s'accomplit d'apr&#232;s notre auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s grand nombre de produits ne se trouvent pas dans la nature, ils se trouvent au bout de l'industrie. Supposez que les besoins d&#233;passent la production spontan&#233;e de la nature, l'homme est forc&#233; de recourir &#224; la production industrielle. Qu'est-ce que cette industrie, dans la supposition de M. Proudhon ? Quelle en est l'origine ? Un seul homme &#233;prouvant le besoin d'un tr&#232;s grand nombre de choses &#8220; ne peut mettre la main &#224; tant de choses &#8221;. Tant de besoins &#224; satisfaire supposent tant de choses &#224; produire - il n'y a pas de produits sans production - tant de choses &#224; produire ne supposent d&#233;j&#224; plus la main d'un seul homme aidant &#224; les produire. Or, du moment que vous supposez plus d'une main aidant &#224; la production, vous avez d&#233;j&#224; suppos&#233; toute une production, bas&#233;e sur la division du travail. Ainsi le besoin, tel que M. Proudhon le suppose, suppose lui-m&#234;me toute la division du travail. En supposant la division du travail, vous avez l'&#233;change et cons&#233;quemment la valeur d'&#233;change. Autant aurait valu supposer de prime abord la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais M. Proudhon a mieux aim&#233; faire le tour. Suivons-le dans tous ses d&#233;tours, pour revenir toujours &#224; son point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sortir de l'&#233;tat de choses o&#249; chacun produit en solitaire, et pour arriver &#224; l'&#233;change, &#8220; je m'adresse &#8221;, dit M. Proudhon, &#8220; &#224; mes collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;. Donc, moi, j'ai des collaborateurs, qui tous ont des fonctions diverses, sans que pour cela moi et tous les autres, toujours d'apr&#232;s la supposition de M. Proudhon, nous soyons sortis de la position solitaire et peu sociale des Robinson. Les collaborateurs et les fonctions diverses, la division du travail, et l'&#233;change qu'elle implique, sont tout trouv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons : j'ai des besoins fond&#233;s sur la division du travail et sur l'&#233;change. En supposant ces besoins, M. Proudhon se trouve avoir suppos&#233; l'&#233;change, la valeur d'&#233;change, dont il se propose pr&#233;cis&#233;ment de &#8220; noter la g&#233;n&#233;ration avec plus de soin que les autres &#233;conomistes &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon aurait pu tout aussi bien intervertir l'ordre des choses, sans intervertir pour cela la justesse de ses conclusions. Pour expliquer la valeur en &#233;change, il faut l'&#233;change. Pour expliquer l'&#233;change, il faut la division du travail. Pour expliquer la division du travail, il faut des besoins qui n&#233;cessitent la division du travail. Pour expliquer ces besoins, il faut les &#8220; supposer &#8221;, ce qui n'est pas les nier, contrairement au premier axiome du prologue de M. Proudhon : &#8220; Supposer Dieu c'est le nier [2]. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment M. Proudhon, pour lequel la division du travail est suppos&#233;e connue, s'y prend-il pour expliquer la valeur d'&#233;change, qui pour lui est toujours l'inconnu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Un homme &#8221; s'en va &#8220; proposer &#224; d'autres hommes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;, d'&#233;tablir l'&#233;change et de faire une distinction entre la valeur usuelle et la valeur &#233;changeable. En acceptant cette distinction propos&#233;e, les collaborateurs n'ont laiss&#233; &#224; M. Proudhon d'autre &#8220; soin &#8221; que de prendre acte du fait, de marquer, &#8220; de noter &#8221; dans son trait&#233; d'&#233;conomie politique la &#8220; g&#233;n&#233;ration de l'id&#233;e de la valeur &#8221;. Mais il nous doit toujours, &#224; nous, d'expliquer la &#8220; g&#233;n&#233;ration &#8221; de cette proposition, de nous dire enfin comment ce seul homme, ce Robinson, a eu tout &#224; coup l'id&#233;e de faire &#8220; &#224; ses collaborateurs &#8221; une proposition du genre connu et comment ces collaborateurs l'ont accept&#233;e sans protestation aucune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon n'entre pas dans ces d&#233;tails g&#233;n&#233;alogiques. Il donne simplement au fait de l'&#233;change une mani&#232;re de cachet historique en le pr&#233;sentant sous la forme d'une motion, qu'un tiers aurait faite, tendant &#224; &#233;tablir l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un &#233;chantillon de &#8220; la m&#233;thode historique et descriptive &#8221; de M. Proudhon, qui professe un d&#233;dain superbe pour la &#8220; m&#233;thode historique et descriptive &#8221; des Adam Smith et des Ricardo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;change a son histoire &#224; lui. Il a pass&#233; par diff&#233;rentes phases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps, comme au moyen-&#226;ge, o&#249; l'on n'&#233;changeait que le superflu, l'exc&#233;dent de la production sur la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut encore un temps o&#249; non seulement le superflu, mais tous les produits, toute l'existence industrielle &#233;tait pass&#233;e dans le commerce, o&#249; la production tout enti&#232;re d&#233;pendait de l'&#233;change. Comment expliquer cette deuxi&#232;me phase de l'&#233;change - la valeur v&#233;nale &#224; sa deuxi&#232;me puissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon aurait une r&#233;ponse toute pr&#234;te : mettez qu'un homme ait &#8220; propos&#233; &#224; d'autres hommes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;, d'&#233;lever la valeur v&#233;nale &#224; sa deuxi&#232;me puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint enfin un temps o&#249; tout ce que les hommes avaient regard&#233; comme inali&#233;nable devint objet d'&#233;change, de trafic et pouvait s'ali&#233;ner. C'est le temps o&#249; les choses m&#234;mes qui jusqu'alors &#233;taient communiqu&#233;es, mais jamais &#233;chang&#233;es ; donn&#233;es mais jamais vendues ; acquises, mais jamais achet&#233;es - vertu, amour, opinion, science, conscience, etc., - o&#249; tout enfin passa dans le commerce. C'est le temps de la corruption g&#233;n&#233;rale, de la v&#233;nalit&#233; universelle, ou, pour parler en termes d'&#233;conomie politique, le temps o&#249; toute chose, morale ou physique, &#233;tant devenue valeur v&#233;nale, est port&#233;e au march&#233; pour &#234;tre appr&#233;ci&#233;e &#224; sa plus juste valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer encore cette nouvelle et derni&#232;re phase de l'&#233;change - la valeur v&#233;nale &#224; sa troisi&#232;me puissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon aurait une r&#233;ponse toute pr&#234;te : Mettez qu'une personne ait &#8220; propos&#233; &#224; d'autres personnes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses &#8221;, de faire de la vertu, de l'amour, etc., une valeur v&#233;nale, d'&#233;lever la valeur d'&#233;change &#224; sa troisi&#232;me et derni&#232;re puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, la &#8220; m&#233;thode historique et descriptive &#8221; de M. Proudhon est bonne &#224; tout, elle r&#233;pond &#224; tout, elle explique tout. S'agit-il surtout d'expliquer historiquement la &#8220; g&#233;n&#233;ration d'une id&#233;e &#233;conomique &#8221;, il suppose un homme qui propose &#224; d'autres hommes, ses collaborateurs dans des fonctions diverses, d'accomplir cet acte de g&#233;n&#233;ration, et tout est dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, nous acceptons la &#8220; g&#233;n&#233;ration &#8221; de la valeur d'&#233;change comme un acte accompli ; il ne reste maintenant qu'&#224; exposer le rapport de la valeur d'&#233;change &#224; la valeur d'utilit&#233;. &#201;coutons M. Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes ont tr&#232;s bien fait ressortir le double caract&#232;re de la valeur ; mais ce qu'ils n'ont pas rendu avec la m&#234;me nettet&#233;, c'est sa nature contradictoire ; ici commence notre critique... C'est peu d'avoir signal&#233; dans la valeur utile et dans la valeur &#233;changeable cet &#233;tonnant contraste, o&#249; les &#233;conomistes sont accoutum&#233;s &#224; ne voir rien que de tr&#232;s simple : il faut montrer que cette pr&#233;tendue simplicit&#233; cache un myst&#232;re profond que notre devoir est de p&#233;n&#233;trer... En termes techniques, la valeur utile et la valeur &#233;changeable sont en raison inverse l'une de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous avons bien saisi la pens&#233;e de M. Proudhon, voici les quatre points qu'il se propose d'&#233;tablir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La valeur utile et la valeur &#233;changeable forment un &#8220; contraste &#233;tonnant &#8221;, se font opposition ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La valeur utile et la valeur &#233;changeable sont en raison inverse l'une de l'autre, en contradiction ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les &#233;conomistes n'ont ni vu ni connu l'opposition ni la contradiction ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La critique de M. Proudhon commence par la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aussi nous commencerons par la fin, et pour disculper les &#233;conomistes des accusations de M. Proudhon, nous laisserons parler deux &#233;conomistes assez importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sismondi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'opposition entre la valeur usuelle et la valeur &#233;changeable &#224; laquelle le commerce a r&#233;duit toute chose, etc. [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lauderdale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, la richesse nationale [la valeur utile] diminue &#224; proportion que les fortunes individuelles s'accroissent par l'augmentation de la valeur v&#233;nale ; et &#224; mesure que celles-ci se r&#233;duisent par la diminution de cette valeur, la premi&#232;re augmente g&#233;n&#233;ralement [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sismondi a fond&#233; sur l'opposition entre la valeur usuelle et la valeur &#233;changeable, sa principale doctrine, d'apr&#232;s laquelle la diminution du revenu est proportionnelle &#224; l'accroissement de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lauderdale a fond&#233; son syst&#232;me sur la raison inverse des deux esp&#232;ces de valeur et sa doctrine &#233;tait m&#234;me tellement populaire du temps de Ricardo, que celui-ci pouvait en parler comme d'une chose g&#233;n&#233;ralement connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en confondant les id&#233;es de la valeur v&#233;nale et des richesses (valeur utile) qu'on a pr&#233;tendu qu'en diminuant la quantit&#233; des choses n&#233;cessaires, utiles ou agr&#233;ables &#224; la vie, on pouvait augmenter les richesses [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de voir que les &#233;conomistes, avant M. Proudhon, ont &#8220; signal&#233; &#8221; le myst&#232;re profond d'opposition et de contradiction. Voyons maintenant comment M. Proudhon explique &#224; son tour ce myst&#232;re apr&#232;s les &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur &#233;changeable d'un produit baisse &#224; mesure que l'offre va croissant, la demande restant la m&#234;me ; en d'autres termes : plus un produit est abondant relativement &#224; la demande, plus sa valeur &#233;changeable ou son prix est bas. Vice-versa : plus l'offre est faible relativement &#224; la demande, plus la valeur &#233;changeable ou le prix du produit offert hausse ; en d'autres termes, plus il y a raret&#233; des produits offerts relativement &#224; la demande, plus il y a chert&#233;. La valeur d'&#233;change d'un produit d&#233;pend de son abondance ou de sa raret&#233;, mais toujours par rapport &#224; la demande. Supposez un produit plus que rare, unique dans son genre, je le veux bien : ce produit unique sera plus qu'abondant, il sera superflu, s'il n'est pas demand&#233;. En revanche, supposez un produit multipli&#233; &#224; millions : il sera toujours rare, s'il ne suffit pas &#224; la demande, c'est-&#224;-dire s'il est trop demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; de ces v&#233;rit&#233;s, nous dirons presque banales, et qu'il a fallu cependant reproduire ici pour faire comprendre les myst&#232;res de M. Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tellement qu'en suivant le principe jusqu'aux derni&#232;res cons&#233;quences on arriverait &#224; conclure, le plus logiquement du monde, que les choses dont l'usage est n&#233;cessaire et la quantit&#233; infinie, doivent &#234;tre pour rien, et celles dont l'utilit&#233; est nulle et la raret&#233; extr&#234;me, d'un prix inestimable. Pour comble d'embarras, la pratique n'admet point ces extr&#234;mes : d'un c&#244;t&#233;, aucun produit humain ne saurait jamais atteindre l'infini en grandeur ; de l'autre, les choses les plus rares ont besoin &#224; un degr&#233; quelconque d'&#234;tre utiles, Sans quoi elles ne seraient susceptibles d'aucune valeur. La valeur utile et la valeur &#233;changeable restent donc fatalement encha&#238;n&#233;es l'une &#224; l'autre, bien que par leur nature elles tendent continuellement &#224; s'exclure [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui met le comble &#224; l'embarras de M. Proudhon ? C'est qu'il a tout simplement oubli&#233; la demande, et qu'une chose ne saurait &#234;tre rare ou abondante qu'autant qu'elle est demand&#233;e. Une fois la demande mise de c&#244;t&#233;, il assimile la valeur &#233;changeable &#224; la raret&#233; et la valeur utile &#224; l'abondance. Effectivement, en disant que les choses &#8220; dont l'utilit&#233; est nulle et la raret&#233; extr&#234;me &#8221; sont &#8220; d'un prix inestimable &#8221;, il dit tout simplement que la valeur en &#233;change n'est que la raret&#233;. &#8220; Raret&#233; extr&#234;me et utilit&#233; nulle &#8221;, c'est la raret&#233; pure. &#8220; Prix inestimable &#8221;, c'est le maximum de la valeur &#233;changeable, c'est la valeur &#233;changeable toute pure. Ces deux termes, il les met en &#233;quation. Donc, valeur &#233;changeable et raret&#233; sont des termes &#233;quivalents. En arrivant &#224; ces pr&#233;tendues &#8220; cons&#233;quences extr&#234;mes &#8221;, M. Proudhon se trouve en effet avoir pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me, non, pas les choses, mais les termes qui les expriment, et en cela il fait preuve de rh&#233;torique bien plus que de logique. Il retrouve ses hypoth&#232;ses premi&#232;res dans toute leur nudit&#233;, quand il croit avoir trouv&#233; de nouvelles cons&#233;quences. Gr&#226;ce au m&#234;me proc&#233;d&#233;, il r&#233;ussit &#224; identifier la valeur utile avec l'abondance pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir mis en &#233;quation la valeur &#233;changeable et la raret&#233;, la valeur utile et l'abondance, M. Proudhon est tout &#233;tonn&#233; de ne trouver ni la valeur utile dans la raret&#233; et la valeur &#233;changeable, ni la valeur &#233;changeable dans l'abondance et la valeur utile ; et en voyant que la pratique n'admet point ces extr&#234;mes il ne peut plus faire autrement que de croire au myst&#232;re. Il y a pour lui prix inestimable, parce qu'il n'y a pas d'acheteurs, et il n'en trouvera jamais, tant qu'il fait abstraction de, la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, l'abondance de M. Proudhon semble &#234;tre quelque chose de spontan&#233;. Il oublie tout &#224; fait qu'il y a des gens qui la produisent, et qu'il est de l'int&#233;r&#234;t de ceux-ci de ne jamais perdre de vue la demande. Sinon, comment M. Proudhon aurait-il pu dire que les choses qui sont tr&#232;s utiles doivent &#234;tre &#224; tr&#232;s bas prix ou m&#234;me ne co&#251;ter rien ? Il lui aurait fallu conclure, au contraire, qu'il faut restreindre l'abondance, la production des choses tr&#232;s utiles, si l'on veut en &#233;lever le prix, la valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens vignerons de France, en sollicitant une loi qui interdisait la plantation de nouvelles vignes ; les Hollandais, en br&#251;lant les &#233;pices de l'Asie, en d&#233;racinant les girofliers dans les Moluques, voulaient tout simplement r&#233;duire l'abondance pour &#233;lever la valeur d'&#233;change. Tout le moyen-&#226;ge, en limitant par des lois le nombre des compagnons qu'un seul ma&#238;tre pouvait occuper, en limitant le nombre des instruments qu'il pouvait employer, agissait d'apr&#232;s ce m&#234;me principe. (Voir Anderson : Histoire du commerce.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir repr&#233;sent&#233; l'abondance comme la valeur utile, et la raret&#233; comme la valeur &#233;changeable, - rien de plus facile que de d&#233;montrer que l'abondance et la raret&#233; sont en raison inverse - M. Proudhon identifie la valeur utile &#224; l'offre et la valeur &#233;changeable &#224; la demande. Pour rendre l'antith&#232;se encore plus tranch&#233;e, il fait une substitution de termes en mettant &#8220; valeur d'opinion &#8221; &#224; la place de valeur &#233;changeable. Voil&#224; donc que la lutte a chang&#233; de terrain, et nous avons d'un c&#244;t&#233; l'utilit&#233; (la valeur en usage, l'offre), de l'autre l'opinion (la valeur &#233;changeable, la demande).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux puissances oppos&#233;es l'une &#224; l'autre, qui les conciliera ? Comment faire pour les mettre d'accord ? Pourrait-on seulement &#233;tablir entre elles un point de comparaison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, s'&#233;crie M. Proudhon, il y en a un ; c'est l'arbitraire. Le prix qui r&#233;sultera de cette lutte entre l'offre et la demande, entre l'utilit&#233; et l'opinion, ne sera pas l'expression de la justice &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon continue &#224; d&#233;velopper cette antith&#232;se :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ma qualit&#233; d'acheteur libre, je suis juge de mon besoin, juge de la convenance de l'objet, du prix que je veux y mettre. D'autre part, en votre qualit&#233; de producteur libre, vous &#234;tes ma&#238;tre des moyens d'ex&#233;cution, et, en cons&#233;quence, vous avez la facult&#233; de r&#233;duire vos frais &#187; [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme la demande ou la valeur en &#233;change est identique avec l'opinion, M. Proudhon est amen&#233; &#224; dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est prouv&#233; que c'est le libre arbitre de l'homme qui donne lieu &#224; l'opposition entre la valeur utile et la valeur en &#233;change. Comment r&#233;soudre cette opposition tant que subsistera le libre arbitre ? Et comment sacrifier celui-ci, &#224; moins de sacrifier l'homme &#187; [8] ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il n'y a pas de r&#233;sultat possible. Il y a une lutte entre deux puissances pour ainsi dire incommensurables, entre l'utile et l'opinion, entre l'acheteur libre et le producteur libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons les choses d'un peu plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offre ne repr&#233;sente pas exclusivement l'utilit&#233;, la demande ne repr&#233;sente pas exclusivement l'opinion. Celui qui demande n'offre-t-il pas aussi un produit quelconque ou le signe repr&#233;sentatif de tous les produits, l'argent, et en offrant ne repr&#233;sente-t-il pas, d'apr&#232;s M. Proudhon, l'utilit&#233; ou la valeur en usage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, celui qui offre ne demande-t-il pas aussi un produit quelconque ou le signe repr&#233;sentatif de tous les produits, de l'argent ? Et ne devient-il pas ainsi le repr&#233;sentant de l'opinion, de la valeur d'opinion ou de la valeur en &#233;change ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La demande est en m&#234;me temps une offre, l'offre est en m&#234;me temps une demande. Ainsi l'antith&#232;se de M. Proudhon, en identifiant simplement l'offre et la demande, l'une &#224; l'utilit&#233;, l'autre &#224; l'opinion, ne repose que sur une abstraction futile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que M. Proudhon appelle valeur utile, d'autres &#233;conomistes l'appellent avec autant de raison valeur d'opinion. Nous ne citerons que Storch [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon lui, on appelle besoins les choses dont nous sentons le besoin ; on appelle valeurs les choses auxquelles nous attribuons de la valeur. La plupart des choses ont seulement de la valeur parce qu'elles satisfont aux besoins engendr&#233;s par l'opinion. L'opinion sur nos besoins peut changer, donc l'utilit&#233; des choses, qui n'exprime qu'un rapport de ces choses &#224; nos besoins, peut changer aussi. Les besoins naturels eux-m&#234;mes changent continuellement. Quelle vari&#233;t&#233; n'y a-t-il pas, en effet, dans les objets qui servent de nourriture principale chez les diff&#233;rents peuples !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte ne s'&#233;tablit pas entre l'utilit&#233; et l'opinion : elle s'&#233;tablit entre la valeur v&#233;nale que demande l'offreur, et la valeur v&#233;nale qu'offre le demandeur. La valeur &#233;changeable du produit est chaque fois la r&#233;sultante de ces appr&#233;ciations contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En derni&#232;re analyse, l'offre et la demande mettent en pr&#233;sence la production et la consommation, mais la production et la consommation fond&#233;es sur les &#233;changes individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le produit qu'on offre n'est pas l'utile en lui-m&#234;me. C'est le consommateur qui en constate l'utilit&#233;. Et lors m&#234;me qu'on lui reconna&#238;t la qualit&#233; d'&#234;tre utile, il n'est pas exclusivement l'utile. Dans le cours de la production il a &#233;t&#233; &#233;chang&#233; contre tous les frais de production, tels que les mati&#232;res premi&#232;res, les salaires des ouvriers, etc., toutes choses qui sont valeurs v&#233;nales. Donc le produit repr&#233;sente, aux yeux du producteur, une somme de valeurs v&#233;nales. Ce qu'il offre, ce n'est pas seulement un objet utile, mais encore et surtout une valeur v&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la demande, elle ne sera effective qu'&#224; la condition d'avoir &#224; sa disposition des moyens d'&#233;change. Ces moyens eux-m&#234;mes sont des produits, des valeurs v&#233;nales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'offre et la demande nous trouvons donc d'un c&#244;t&#233; un produit qui a co&#251;t&#233; des valeurs v&#233;nales, et le besoin de vendre ; de l'autre, des moyens qui ont co&#251;t&#233; des valeurs v&#233;nales, et le d&#233;sir d'acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon oppose l'acheteur libre au producteur libre. Il donne &#224; l'un et &#224; l'autre des qualit&#233;s purement m&#233;taphysiques. C'est ce qui lui fait dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est prouv&#233; que c'est le libre arbitre de l'homme qui donne lieu &#224; l'opposition entre la valeur utile et la valeur en &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le producteur, du moment qu'il a produit dans une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la division du travail et sur les &#233;changes, et c'est l&#224; l'hypoth&#232;se de M. Proudhon, est forc&#233; de vendre. M. Proudhon fait le producteur ma&#238;tre des moyens de production ; mais il conviendra avec nous que ce n'est pas du libre arbitre que d&#233;pendent ses moyens de production. Il y a plus ; ces moyens de production sont en grande partie des produits qui lui viennent du dehors, et dans la production moderne il n'est pas m&#234;me libre de produire la quantit&#233; qu'il veut. Le degr&#233; actuel du d&#233;veloppement des forces productives l'oblige de produire sur telle ou telle &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le consommateur n'est pas plus libre que le producteur. Son opinion repose sur ses moyens et ses besoins. Les uns et les autres sont d&#233;termin&#233;s par sa situation sociale, laquelle d&#233;pend elle-m&#234;me de l'organisation sociale tout enti&#232;re. Oui, l'ouvrier qui ach&#232;te des pommes de terre, et la femme entretenue qui ach&#232;te des dentelles, suivent l'un et l'autre leur opinion respective. Mais la diversit&#233; de leurs opinions s'explique par la diff&#233;rence de la position qu'ils occupent dans le monde, laquelle est le produit de l'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me des besoins tout entier est-il fond&#233; sur l'opinion ou sur toute l'organisation de la production ? Le plus souvent les besoins naissent directement de la production, ou d'un &#233;tat de choses bas&#233; sur la production. Le commerce de l'univers roule presque entier sur des besoins, non de la consommation individuelle, mais de la production. Ainsi, pour choisir un autre exemple, le besoin que l'on a des notaires ne suppose-t-il pas un droit civil donn&#233;, qui n'est qu'une expression d'un certain d&#233;veloppement de la propri&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire de la production ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas &#224; M. Proudhon d'avoir &#233;limin&#233; du rapport de l'offre et de la demande les &#233;l&#233;ments dont nous venons de parler. Il pousse l'abstraction aux derni&#232;res limites, en fondant tous les producteurs en un seul producteur, tous les consommateurs en un seul consommateur, et en &#233;tablissant la lutte entre ces deux personnages chim&#233;riques. Mais dans le monde r&#233;el les choses se passent autrement. La concurrence entre ceux qui offrent et la concurrence entre ceux qui demandent, forment un &#233;l&#233;ment n&#233;cessaire de la lutte entre les acheteurs et les vendeurs, d'o&#249; r&#233;sulte la valeur v&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;limin&#233; les frais de production et la concurrence, M. Proudhon peut tout &#224; son aise, r&#233;duire &#224; l'absurde la formule de l'offre et de la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offre et la demande, dit-il, ne sont autre chose que deux formes c&#233;r&#233;monielles servant &#224; mettre en pr&#233;sence la valeur d'utilit&#233; et la valeur d'&#233;change, et &#224; provoquer leur conciliation. Ce sont les p&#244;les &#233;lectriques dont la mise en rapport doit produite le ph&#233;nom&#232;ne d'affinit&#233; appel&#233; &#233;change [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant vaut dire que l'&#233;change n'est qu'une &#8220; forme c&#233;r&#233;monielle &#8221;, pour mettre en pr&#233;sence le consommateur et l'objet de la consommation. Autant vaut dire que tous les rapports &#233;conomiques sont des &#8220; formes c&#233;r&#233;monielles &#8221;, pour servir d'interm&#233;diaire &#224; la consommation imm&#233;diate. L'offre et la demande sont des rapports d'une production donn&#233;e, ni plus ni moins que les &#233;changes individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, toute la dialectique de M. Proudhon en quoi consiste-t-elle ? A substituer &#224; la valeur utile et &#224; la valeur &#233;changeable, &#224; l'offre et &#224; la demande, des notions abstraites et contradictoires, telles que la raret&#233; et l'abondance, l'utile et l'opinion, un producteur ci un consommateur, tous les deux chevaliers du libre-arbitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; quoi voulait-il en venir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A se m&#233;nager le moyen d'introduire plus tard un des &#233;l&#233;ments qu'il avait &#233;cart&#233;s, les frais de production, comme la synth&#232;se entre la valeur utile et la valeur &#233;changeable. C'est ainsi qu'&#224; ses yeux les frais de production constituent la valeur synth&#233;tique ou la valeur constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Proudhon : syst&#232;me des contradictions, ou philosophie de la mis&#232;re, tome I, chap. II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, prologue p. 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sismondi : &#201;tudes, tome II, page 162, &#233;dition de Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Lauderdale : Recherches sur la nature et l'origine de la richesse publique ; traduit par Largentie de Lavaisse. Paris, 1808.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ricardo : Principes d'&#233;conomie politique, traduits par Constancio, annot&#233;s par J.-B. Say, Paris, 1835 ; tome II, chapitre &#8220; Sur la valeur et les richesses &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, tome I. p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, tome I, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Idem, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Cours d'&#233;conomie politique, Paris. 1823, pp. 88 et 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Proudhon : Ouvrage cit&#233;, tome. I. pp. 19-50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/misere.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/misere.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;on Trotsky - L'actualit&#233; du &#034;Manifeste communiste&#034;</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8202</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8202</guid>
		<dc:date>2025-02-27T23:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>communisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
L'actualit&#233; du &#034;Manifeste communiste&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;face &#224; l'&#233;dition en langue africaaner de la premi&#232;re &#233;dition du Manifeste du parti communiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a peine &#224; croire que dix ann&#233;es seulement nous s&#233;parent du centenaire du Manifeste du parti communiste ! Ce manifeste, le plus g&#233;nial de tous ceux de la litt&#233;rature mondiale, surprend aujourd'hui encore par sa fra&#238;cheur. Les parties principales semble avoir &#233;t&#233; &#233;crites hier. Vraiment, les jeunes auteurs (Marx avait vingt-neuf ans, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique68" rel="directory"&gt;1 - 0 - Le programme r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot229" rel="tag"&gt;communisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;L'actualit&#233; du &#034;Manifeste communiste&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; l'&#233;dition en langue africaaner de la premi&#232;re &#233;dition du Manifeste du parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a peine &#224; croire que dix ann&#233;es seulement nous s&#233;parent du centenaire du Manifeste du parti communiste ! Ce manifeste, le plus g&#233;nial de tous ceux de la litt&#233;rature mondiale, surprend aujourd'hui encore par sa fra&#238;cheur. Les parties principales semble avoir &#233;t&#233; &#233;crites hier. Vraiment, les jeunes auteurs (Marx avait vingt-neuf ans, Engels vingt-sept) ont su regarder vers l'avenir comme personne avant eux et, peut-&#234;tre bien, apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, dans la pr&#233;face &#224; l'&#233;dition de 1872, Marx et Engels ont indiqu&#233; que, bien que quelques parties secondaires du Manifeste eussent vieilli, ils ne se croyaient pas en droit de modifier le texte primitif, car, au cours des vingt-cinq ann&#233;es &#233;coul&#233;es, le Manifeste &#233;tait devenu un document historique. Depuis, soixante-cinq ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es. Certaines parties isol&#233;es du Manifeste ont gliss&#233; plus profond&#233;ment encore le pass&#233;. Nous nous efforcerons de pr&#233;senter dans cette pr&#233;face, sous une forme r&#233;sum&#233;e, &#224; la fois les id&#233;es du Manifeste qui ont int&#233;gralement conserv&#233; leur force jusqu'&#224; nos jours, et celles qui ont aujourd'hui besoin de modifications s&#233;rieuses ou de compl&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La conception mat&#233;rialiste de l'histoire, d&#233;couverte par Marx peu de temps seulement avant la publication du Manifeste et qui y est appliqu&#233;e avec une parfaite ma&#238;trise, a tout &#224; fait r&#233;sist&#233; &#224; l'&#233;preuve des &#233;v&#233;nements et des coups de la critique hostile : elle constitue aujourd'hui l'un des instruments les plus pr&#233;cieux de la pens&#233;e humaine. Toutes les autres interpr&#233;tations du processus historique ont perdu toute valeur scientifique. On peut dire avec assurance qu'actuellement il est impossible non seulement d'&#234;tre un militant r&#233;volutionnaire, mais tout simplement d'&#234;tre un homme politiquement instruit sans s'&#234;tre appropri&#233; la conception mat&#233;rialiste de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le premier chapitre du Manifeste d&#233;bute par la phrase suivante : &#034;L'histoire de toute soci&#233;t&#233; pass&#233;e est l'histoire de la lutte de classes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se, qui constitue la conclusion la plus importante de la conception mat&#233;rialiste de l'Histoire, n'a pas tard&#233; &#224; devenir elle-m&#234;me un objet de la lutte des classes. La th&#233;orie, qui rempla&#231;ait le &#034;bien-&#234;tre commun&#034;, &#034;l'unit&#233; nationale&#034; et les &#034;v&#233;rit&#233;s &#233;ternelles de la morale&#034; par la lutte des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels consid&#233;r&#233;s comme la force motrice, a subi des attaques particuli&#232;rement acharn&#233;es de la part des hypocrites r&#233;actionnaires, des doctrinaires lib&#233;raux et des d&#233;mocrates id&#233;alistes. Vinrent s'ajouter &#224; eux, plus tard, cette fois au sein du mouvement ouvrier lui-m&#234;me, ceux qu'on appelait les r&#233;visionnistes ; c'est-&#224;-dire les partisans de la r&#233;vision du marxisme dans l'esprit de collaboration et de r&#233;conciliation entre les classes. Enfin, &#224; notre &#233;poque, les m&#233;prisables &#233;pigones de l'Internationale Communiste (les &#034;staliniens&#034;) ont pris le m&#234;me chemin : la politique de ce qu'on appelle les &#034;fronts populaires&#034; d&#233;coule enti&#232;rement de la n&#233;gation des lois de la lutte de classes. C'est pourtant l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme qui, en poussant &#224; l'extr&#234;me toutes les contradictions sociales, constitue le triomphe historique du Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'anatomie du capitalisme en tant que stade d&#233;termin&#233; de l'&#233;volution &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; a &#233;t&#233; expliqu&#233;e par Marx dans son Capital sous une forme achev&#233;e (1867). Mais, d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste, les lignes fondamentales de sa future analyse ont &#233;t&#233; trac&#233;es d'un ciseau ferme : la r&#233;tribution du travail dans la mesure indispensable &#224; la production ; l'appropriation de la plus value ; la concurrence comme loi fondamentale des rapports sociaux ; la ruine des classes moyennes, c'est-&#224;-dire de la petite bourgeoisie des villes et de la paysannerie ; la concentration des richesses entre les mains d'un nombre toujours plus r&#233;duit de poss&#233;dants, &#224; un p&#244;le et l'augmentation num&#233;rique du prol&#233;tariat &#224; l'autre ; la pr&#233;paration des conditions mat&#233;rielles et politiques du r&#233;gime socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La th&#232;se du Manifeste sur la tendance du capitalisme &#224; abaisser le niveau de vie des ouvriers et m&#234;me &#224; les paup&#233;riser, a subi un feu violent. Les pr&#234;tres, les professeurs, les ministres, les journalistes, les th&#233;oriciens social-d&#233;mocrates et les chefs syndicaux se sont &#233;lev&#233;s contre la th&#233;orie de la &#034;paup&#233;risation&#034; progressive. Ils ont invariablement d&#233;couvert le bien-&#234;tre croissant des travailleurs en faisant passer l'aristocratie ouvri&#232;re pour le prol&#233;tariat ou en prenant une tendance temporaire pour une tendance g&#233;n&#233;rale. En m&#234;me temps, l'&#233;volution m&#234;me du capitalisme le plus puissant, celui d'Am&#233;rique du Nord, a transform&#233; des millions d'ouvriers en pauvres, entretenus aux frais de la charit&#233; &#233;tatique, municipale ou priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Par opposition au Manifeste qui d&#233;crivait les crises commerciales-industrielles comme une s&#233;rie de catastrophes croissantes, les r&#233;visionnistes affirmaient que le d&#233;veloppement national et international des trusts garantit le contr&#244;le du march&#233; et m&#232;ne graduellement &#224; la domination des crises. Il est vrai que la fin du si&#232;cle dernier et le d&#233;but de ce si&#232;cle se sont distingu&#233;s par un d&#233;veloppement tellement imp&#233;tueux que les crises ne semblaient &#234;tre que des accalmies &#034;accidentelles&#034;. Mais cette &#233;poque est irr&#233;m&#233;diablement r&#233;volue. En derni&#232;re analyse, dans cette question &#233;galement, la v&#233;rit&#233; s'est trouv&#233;e du c&#244;t&#233; du Manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#034;Le gouvernement moderne n'est qu'une d&#233;l&#233;gation qui g&#232;re les affaires communes de toute la classe bourgeoise.&#034; Dans cette formule concentr&#233;e qui paraissait aux chefs social-d&#233;mocrates un paradoxe journalistique, se trouve en r&#233;alit&#233; contenue la seule th&#233;orie scientifique de l'Etat. La d&#233;mocratie cr&#233;&#233;e par la bourgeoisie n'est pas une coquille vide que l'on peut, ainsi que le pensaient &#224; la fois Bernstein et Kautsky , remplir paisiblement du contenu de classe que l'on veut. La d&#233;mocratie bourgeoise ne peut servir que la bourgeoisie. Le gouvernement de &#034;Front populaire&#034;, qu'il soit dirig&#233; par Blum ou Chautemps, [Largo] Caballero ou Negrin, n'est &#034;qu'une d&#233;l&#233;gation qui g&#232;re les affaires communes de toute la classes bourgeoise&#034;. Quand cette &#034;d&#233;l&#233;gation&#034; se tire mal d'affaire, la bourgeoisie la chasse d'un coup de pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#034;Toute lutte de classes est une lutte politique.&#034; &#034;L'organisation des prol&#233;taires en classe et, par suite, en parti politique.&#034; A la compr&#233;hension de ces lois historiques, les syndicalistes d'un c&#244;t&#233;, les anarcho-syndicaliste de l'autre se sont longtemps d&#233;rob&#233;s et essaient aujourd'hui encore de se d&#233;rober. Le syndicalisme &#034;pur&#034; re&#231;oit aujourd'hui un coup terrible dans son principal refuge, les Etats-Unis. L'anarcho-syndicalisme a subi une d&#233;faite irr&#233;parable dans son dernier bastion, l'Espagne. Dans cette question &#233;galement le Manifeste a eu raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le prol&#233;tariat ne peut conqu&#233;rir le pouvoir dans le cadre des lois &#233;dict&#233;es par la bourgeoisie. &#034;Les communistes proclament ouvertement que leur buts ne peuvent &#234;tre atteints que par le renversement violent de tout l'ordre social traditionnel.&#034; Le r&#233;formiste a essay&#233; d'expliquer cette th&#232;se du Manifeste par la non maturit&#233; du mouvement de l'&#233;poque et l'insuffisance du d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie. Le sort des &#034;d&#233;mocraties&#034; italienne, allemande et d'une longue s&#233;rie d'autres, d&#233;montre que, si quelque chose n'&#233;tait pas m&#251;r, il s'agissait des id&#233;es r&#233;formistes elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Pour op&#233;rer la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233;, il faut que la classe ouvri&#232;re concentre dans ses mains le pouvoir capable de briser tous les obstacles politiques sur la voie de l'ordre nouveau. Le &#034;prol&#233;tariat organis&#233; en classe dominante&#034;, c'est la dictature. En m&#234;me temps, c'est la seule d&#233;mocratie prol&#233;tarienne. Son envergure et sa profondeur d&#233;pendent des conditions historiques concr&#232;tes. Plus est grand le nombre des &#233;tats qui s'engagent dans la r&#233;volution socialiste, plus les formes de dictature seront libres et souples, et plus la d&#233;mocratie ouvri&#232;re sera large et profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Le d&#233;veloppement international du capitalisme implique le caract&#232;re international de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Son action commune, dans les pays civilis&#233;s tout au moins, est une des premi&#232;res conditions de son &#233;mancipation. Le d&#233;veloppement ult&#233;rieur du capitalisme a si &#233;troitement li&#233; les unes aux autres toutes les parties de notre plan&#232;te, &#034;civilis&#233;es&#034; et &#034;non-civilis&#233;es&#034;, que le probl&#232;me de la r&#233;volution socialiste a compl&#232;tement et d&#233;finitivement pris un caract&#232;re mondial. La bureaucratie sovi&#233;tique a essay&#233; de liquider le Manifeste dans cette question fondamentale. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence bonapartiste de l'Etat sovi&#233;tique a &#233;t&#233; l'illustration meurtri&#232;re du mensonge de la th&#233;orie du socialisme dans un seul pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. &#034;Une fois que, dans le cours du d&#233;veloppement, les diff&#233;rences de classe ont disparu et que toute la production est concentr&#233;e aux mains des individus associ&#233;s, le pouvoir public perd son caract&#232;re politique.&#034; Autrement dit l'Etat d&#233;p&#233;rit. Il reste la soci&#233;t&#233;, lib&#233;r&#233;e de sa camisole de force. C'est cela le socialisme. Le th&#233;or&#232;me inverse, la monstrueuse croissance de la contrainte d'Etat en U.R.S.S. d&#233;montre que la soci&#233;t&#233; s'&#233;loigne du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. &#034;Les ouvriers n'ont pas de patrie.&#034; Cette phrase du Manifeste a &#233;t&#233; souvent jug&#233;e par les philistins comme une boutade bonne pour l'agitation. En r&#233;alit&#233;, elle donnait au prol&#233;tariat la seule directive raisonn&#233;e sur le probl&#232;me de la &#034;patrie&#034; socialiste. La suppression de cette directive par la II&#176; internationale a entra&#238;n&#233; non seulement la destruction de l'Europe pendant quatre ann&#233;es, mais encore la stagnation actuelle de la culture mondiale. Devant l'approche de la nouvelle guerre, le Manifeste demeure aujourd'hui encore le conseiller le plus s&#251;r dans la question de la &#034;patrie&#034; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons ainsi que le petit ouvrage des deux jeunes auteurs continue &#224; fournir des indications irrempla&#231;ables dans les questions fondamentales et les plus br&#251;lantes de la lutte de lib&#233;ration. Quel autre livre pourrait se mesurer, m&#234;me de loin, avec le Manifeste communiste ? Cela ne signifie nullement, cependant, qu'apr&#232;s quatre-vingt-dix ann&#233;es de d&#233;veloppement sans pr&#233;c&#233;dent des forces productives et de grandioses luttes sociales, le Manifeste n'ait pas besoin de corrections et de compl&#233;ments. La pens&#233;e r&#233;volutionnaire n'a rien de commun avec l'idol&#226;trie. Les programmes et les pronostics se v&#233;rifient et se corrigent &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience, qui est pour la pens&#233;e humaine l'instance supr&#234;me. Des corrections et des compl&#233;ments, ainsi qu'en t&#233;moigne l'exp&#233;rience historique m&#234;me, ne peuvent &#234;tre apport&#233;s avec succ&#232;s qu'en partant de la m&#233;thode qui se trouve &#224; la base du Manifeste. Nous essaierons de le montrer en nous aidant des exemples les plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Marx enseignait qu'aucun ordre social n'abandonne la sc&#232;ne avant d'avoir &#233;puis&#233; ses possibilit&#233;s cr&#233;atrices. Le Manifeste fl&#233;trit le capitalisme parce qu'il entrave le d&#233;veloppement des forces productrices. A son &#233;poque cependant, ainsi qu'au cours des d&#233;cennies suivantes, cette entrave n'&#233;tait que relative : si, dans la seconde moiti&#233; du XIX&#176; si&#232;cle, l'&#233;conomie avait pu &#234;tre organis&#233;e sur les fondements socialistes, le rythme de sa croissance aurait &#233;t&#233; incomparablement plus rapide. Cette th&#232;se, th&#233;oriquement incontestable, ne change rien au fait que les forces productives ont continu&#233; &#224; cro&#238;tre, &#224; l'&#233;chelle mondiale, sans interruption jusqu'&#224; la guerre mondiale. Ce n'est qu'au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es qu'en d&#233;pit des d&#233;couvertes les plus modernes de la science et de la technique, s'est ouverte la p&#233;riode de la stagnation directe et m&#234;me du d&#233;clin de l'&#233;conomie mondiale. L'humanit&#233; commence &#224; vivre sur le capital accumul&#233; et la prochaine guerre menace de d&#233;truire pour longtemps les bases m&#234;me de la civilisation. Les auteurs du Manifeste escomptaient que le Capital se briserait longtemps avant de transformer, de r&#233;gime relativement r&#233;actionnaire en un r&#233;gime absolument r&#233;actionnaire. Cette transformation ne s'est pr&#233;cis&#233;e qu'aux yeux de la g&#233;n&#233;ration actuelle et elle a fait de notre &#233;poque celle des guerres, des r&#233;volutions et du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'erreur de Marx-Engels quant aux d&#233;lais historiques d&#233;coulait d'une part de la sous-estimation des possibilit&#233;s ult&#233;rieures inh&#233;rentes au capitalisme et d'autre part de la surestimation de la maturit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. La r&#233;volution de 1848 ne s'est pas transform&#233;e en r&#233;volution socialiste, comme le Manifeste l'avait escompt&#233;, mais ouvrit par la suite &#224; l'Allemagne la possibilit&#233; d'un &#233;panouissement formidable. La Commune de Paris d&#233;montra que le prol&#233;tariat ne peut arracher le pouvoir &#224; la bourgeoisie sans avoir &#224; sa t&#234;te un parti r&#233;volutionnaire &#233;prouv&#233;. Or la longue p&#233;riode d'essor capitaliste qui suivit entra&#238;na, non l'&#233;ducation d'une avant-garde r&#233;volutionnaire, mais au contraire, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence bourgeoise de la bureaucratie ouvri&#232;re, qui devint &#224; son tour le frein principal de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Cette &#034;dialectique&#034;, les auteurs du Manifeste ne pouvaient la pr&#233;voir eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le capitalisme, c'est, pour le Manifeste, le r&#232;gne de la libre concurrence. Parlant de la concentration croissante du Capital, le Manifeste n'en tire pas encore la n&#233;cessaire conclusion au sujet du monopole qui est devenu la forme dominante du Capital &#224; notre &#233;poque et la pr&#233;misse la plus importante de l'&#233;conomie socialiste. Ce n'est que plus tard que Marx constata que dans son Capital la tendance &#224; la transformation en monopole de la libre concurrence. La caract&#233;ristique scientifique du capitalisme de monopole a &#233;t&#233; donn&#233;e par L&#233;nine dans son Imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Se r&#233;f&#233;rant surtout &#224; l'exemple de la &#034;r&#233;volution industrielle&#034; anglaise, les auteur du Manifeste se repr&#233;sentaient de fa&#231;on trop rectiligne le processus de liquidation des classes interm&#233;diaires sous la forme d'une prol&#233;tarisation totale de l'artisanat, du petit commerce et de la paysannerie. En r&#233;alit&#233;, les forces &#233;l&#233;mentaires de la concurrence sont loin d'avoir achev&#233; cette &#339;uvre &#224; la fois progressiste et barbare. Le Capital a ruin&#233; la petite bourgeoisie beaucoup plus vite qu'il ne l'a prol&#233;taris&#233;e. En outre, la politique consciente de l'Etat bourgeois vise depuis longtemps &#224; conserver artificiellement les couches petites bourgeoises. Le d&#233;veloppement de la technique et la rationalisation de la grande production, tout en engendrant un ch&#244;mage organique, freinent, &#224; l'oppos&#233;, la prol&#233;tarisation de la petite bourgeoisie. En m&#234;me temps, le d&#233;veloppement du capitalisme a accru de fa&#231;on extraordinaire l'arm&#233;e des techniciens, des administrateurs, des employ&#233;s de commerce, en un mot de tout ce qu'on appelle &#034;la nouvelle classe moyenne&#034;. Le r&#233;sultat en est que les classes moyennes, dont le Manifeste pr&#233;voit de fa&#231;on si cat&#233;gorique la disparition, constituent, m&#234;me dans un pays aussi industrialis&#233; que l'Allemagne, &#224; peu pr&#232;s la moiti&#233; de la population. La conservation artificielle des couches petites-bourgeoises depuis longtemps p&#233;rim&#233;es n'att&#233;nue cependant en rien les contradictions sociales. Au contraire, elle les rend particuli&#232;rement morbides. S'ajoutant &#224; l'arm&#233;e permanente des ch&#244;meurs, elle est l'expression la plus malfaisante du pourrissement du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le Manifeste, con&#231;u pour une &#233;poque r&#233;volutionnaire contient (&#224; la fin de son second chapitre) dix revendications qui correspondent &#224; la p&#233;riode de la transition imm&#233;diate du capitalisme au socialisme. Dans leur pr&#233;face de 1872 Marx et Engels indiqu&#232;rent que ces revendications &#233;taient en partie vieillies et qu'elles n'avaient plus en tout cas qu'une signification secondaire. Les r&#233;formistes se sont empar&#233;s de cette appr&#233;ciation ; ils l'on interpr&#233;t&#233;e dans le sens que les mots d'ordre r&#233;volutionnaires transitoires c&#233;daient d&#233;finitivement la place au &#034;programme minimum&#034; de la social-d&#233;mocratie qui, lui, comme on le sait, ne sortait pas du cadre de la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les auteurs du Manifeste ont indiqu&#233; de fa&#231;on tr&#232;s pr&#233;cise la principale correction &#224; apporter &#224; leur programme de transition, &#224; savoir : &#034;Il ne suffit par que la classe ouvri&#232;re s'empare de la machine d'&#233;tat pour la faire servir &#224; sa propre fin&#034;. Autrement dit, la correction visait le f&#233;tichisme de la d&#233;mocratie bourgeoise. A l'Etat capitaliste, Marx opposa plus l'&#233;tat de type de la Commune. Ce &#034;type&#034; a pris, par la suite, la forme beaucoup plus pr&#233;cise des soviets. Il ne peut y avoir aujourd'hui de programme r&#233;volutionnaire sans soviets et sans contr&#244;le ouvrier. Quant &#224; tout le reste, aux dix revendications du Manifeste, qui, &#224; l'&#233;poque de la paisible activit&#233; parlementaire, apparaissaient &#034;archa&#239;ques&#034;, elle ont jusqu'&#224; pr&#233;sent rev&#234;tu toute leur importance. Ce qui est, en revanche, vieilli sans espoir, c'est le &#034;programme minimum&#034; social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Pour justifier l'espoir que la &#034;r&#233;volution bourgeoise allemande ne peut &#234;tre que le pr&#233;lude de la r&#233;volution prol&#233;tarienne&#034;, le Manifeste invoque les conditions g&#233;n&#233;rales beaucoup plus avanc&#233;es de la civilisation europ&#233;enne par rapport &#224; l'Angleterre du XVI&#176; si&#232;cle et &#224; la France au XVII&#176;, et le d&#233;veloppement bien sup&#233;rieur du prol&#233;tariat. L'erreur de ce pronostic ne consiste pas seulement dans l'erreur sur le d&#233;lai. Quelques mois plus tard, la r&#233;volution de 1848 montra pr&#233;cis&#233;ment que, dans la situation d'une &#233;volution plus avanc&#233;e, aucune des classes bourgeoises n'est capable de mener jusqu'au bout la r&#233;volution : la grande et moyenne bourgeoisie est trop li&#233;e aux propri&#233;taires fonciers et trop soud&#233;e par la peur des masses ; la petite bourgeoisie est trop dispers&#233;e et trop d&#233;pendante, par l'interm&#233;diaire de ses dirigeant de la grande bourgeoisie. Comme l'a d&#233;montr&#233; l'&#233;volution ult&#233;rieure en Europe et en Asie, la r&#233;volution bourgeoise, prise isol&#233;ment, ne peut plus du tout se r&#233;aliser. La purification de la soci&#233;t&#233; des d&#233;froques f&#233;odales n'est possible que si le prol&#233;tariat, lib&#233;r&#233; de l'influence des partis bourgeois, est capable de se placer &#224; la t&#234;te de la paysannerie et d'&#233;tablir sa dictature r&#233;volutionnaire. Par l&#224;-m&#234;me, la r&#233;volution socialiste pour s'y dissoudre ensuite. La r&#233;volution internationale devient ainsi un cha&#238;non de la r&#233;volution internationale. La transformation des fondements &#233;conomiques et de tous les rapports de la soci&#233;t&#233; prend un caract&#232;re permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La claire compr&#233;hension du rapport organique entre la r&#233;volution d&#233;mocratique et la dictature du prol&#233;tariat et, par cons&#233;quent, avec la r&#233;volution socialiste internationale, constitue, pour les partis r&#233;volutionnaires des pays arri&#233;r&#233;s d'Asie, d'Am&#233;rique latine, d'Afrique, une question de vie ou de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. En montrant comment le capitalisme entra&#238;ne dans son tourbillon les pays arri&#233;r&#233;s et barbares, le Manifeste ne mentionne pas la lutte des peuples coloniaux et semi-coloniaux pour leur ind&#233;pendance. Dans la mesure o&#249; Marx et Engels pensaient que la r&#233;volution socialiste, &#034;dans les pays civilis&#233;s tout au moins&#034;, &#233;tait l'affaire des ann&#233;es prochaines, la question des colonies &#233;tait, &#224; leur yeux, r&#233;solue, non comme r&#233;sultat d'un mouvement autonome des peuples opprim&#233;s, mais comme r&#233;sultat de la victoire du prol&#233;tariat dans les m&#233;tropoles du capitalisme. C'est pourquoi les questions de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire dans les pays coloniaux et semi-coloniaux ne sont m&#234;me pas effleur&#233;es dans le Manifeste. Mais ces question exigent des solution particuli&#232;res. Ainsi, par exemple, il est bien &#233;vident que si la &#034;patrie nationale&#034; est devenu le pire frein historique dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, elle reste encore un facteur relativement progressiste dans les pays arri&#233;r&#233;s qui sont oblig&#233;s de lutter pour leur existence et leur ind&#233;pendance. &#034;Les communistes, d&#233;clare le Manifeste, appuient dans tous les pays tout mouvement r&#233;volutionnaire contre l'ordre politique et social existant.&#034; Le mouvement des race de couleur contre les oppresseurs imp&#233;rialistes est l'un des mouvement les plus puissants et les plus important contre l'ordre existant et c'est pourquoi il lui faut le soutient complet, sans r&#233;ticence, du prol&#233;tariat de race blanche. Le m&#233;rite d'avoir d&#233;velopp&#233; la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire des peuples opprim&#233;s revient surtout &#224; L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. La partie la plus vieillie du Manifeste - non quant &#224; la m&#233;thode, mais quant &#224; l'objet - est la critique de la litt&#233;rature &#034;socialiste&#034; de la premi&#232;re moiti&#233; du XIX&#176; si&#232;cle, et la d&#233;finition de la position des communistes vis-&#224;-vis des diff&#233;rents partis d'opposition. Les tendances et partis &#233;num&#233;r&#233;s dans le Manifeste ont &#233;t&#233; balay&#233;s si radicalement par la r&#233;volution de 1848 ou par la contre-r&#233;volution qui suivit, que l'histoire ne les mentionne m&#234;me plus. Cependant, dans cette partie &#233;galement le Manifeste nous est peut &#234;tre aujourd'hui plus proche qu'&#224; la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente. A l'&#233;poque de la prosp&#233;rit&#233; de la II&#176; internationale, lorsque le marxisme semblait r&#233;gner sans conteste, les id&#233;es du socialisme d'avant Marx pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme d&#233;finitivement r&#233;volues. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. La d&#233;cadence de la social-d&#233;mocratie et de l'Internationale Communiste engendre &#224; chaque pas de monstrueuses r&#233;cidives id&#233;ologiques. La pens&#233;e s&#233;nile retombe pour ainsi dire dans l'enfance. A la recherche des formules de salut, les proph&#232;tes de l'&#233;poque du d&#233;clin red&#233;couvrent les doctrines depuis longtemps enterr&#233;es par le socialisme scientifique. En ce qui concerne la question des partis d'opposition, les d&#233;cennies &#233;coul&#233;es y ont apport&#233; les plus profonds changements : non seulement les vieux partis ont &#233;t&#233; remplac&#233;s depuis longtemps par de nouveaux, mais encore le caract&#232;re m&#234;me des partis et de leurs rapports mutuels s'est radicalement modifi&#233; dans les conditions de l'&#233;poque imp&#233;rialiste. Le Manifeste doit donc &#234;tre compl&#233;t&#233; par les principaux documents des quatre premiers congr&#232;s de l'Internationale communiste, par le litt&#233;rature fondamentale du bolchevisme et les d&#233;cisions de conf&#233;rences de la IV&#176; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rappel&#233; ci-dessus que, pour Marx, aucun ordre social ne quitte la sc&#232;ne avant d'avoir &#233;puise ses possibilit&#233;s. Cependant l'ordre social, m&#234;me p&#233;rim&#233;, ne c&#232;de pas la place &#224; un ordre nouveau sans r&#233;sistance. La succession des r&#233;gimes sociaux suppose la lutte de classe le plus &#226;pre, c'est-&#224;-dire la r&#233;volution. Si le prol&#233;tariat, pour une raison ou pour une autre, s'av&#232;re incapable de renverser l'ordre bourgeois qui se survit, il ne reste au capital financier, dans sa lutte pour maintenir sa domination &#233;branl&#233;e, qu'&#224; transformer la petite bourgeoisie, qu'il a conduite au d&#233;sespoir et &#224; la d&#233;moralisation, en une arm&#233;e de pogrome du fascisme. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence bourgeoise de la social-d&#233;mocratie et la d&#233;g&#233;n&#233;rescence fasciste de la petite bourgeoisie sont entrelac&#233;es comme cause et effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la III&#176; internationale m&#232;ne dans tous les pays avec une licence plus effr&#233;n&#233;e encore, son &#339;uvre de tromperie et de d&#233;moralisation des travailleurs. En frappant l'avant-garde du prol&#233;tariat espagnol, les mercenaires sans scrupules de Moscou non seulement, fraient la voie au fascisme, mais encore r&#233;alisent une bonne partie de sa besogne. La longue crise de la culture humaine, se ram&#232;ne au fond &#224; la crise de la direction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;riti&#232;re de la grande tradition dont le Manifeste du parti communiste est le cha&#238;non le plus pr&#233;cieux, la IV&#176; Internationale &#233;duque de nouveaux cadres pour r&#233;soudre les t&#226;ches anciennes. La th&#233;orie est la r&#233;alit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La volont&#233; passionn&#233;e de refondre la structure de la r&#233;alit&#233; sociale s'exprime dans une attitude honn&#234;te &#224; l'&#233;gard de la th&#233;orie r&#233;volutionnaire. Le fait qu'au sud du continent noir, nos camarades d'id&#233;es aient traduit pour la premi&#232;re fois le Manifeste dans la langue des Africains Boers constitue une confirmation &#233;clatante du fait que la pens&#233;e marxiste n'est aujourd'hui vivante que sous le drapeau de la IV&#176; internationale. L'avenir lui appartient. Au centenaire du Manifeste communiste, la IV&#176; Internationale sera la force r&#233;volutionnaire d&#233;terminante sur notre plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 octobre 1937.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
