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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Marx et Engels sur l'organisation des travailleurs</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
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&lt;p&gt;1847 &lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1847&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, doubler les salaires... c'est attribuer &#224; chacun des producteurs une part plus grande que son produit, ce qui est contradictoire, et si la hausse ne s'&#233;tend qu'&#224; un petit nombre d'industries, elle am&#232;ne une perturbation g&#233;n&#233;rale des &#233;changes ; en un mot, une disette....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est impossible, je le d&#233;clare, que des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires n'aboutissent pas &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix : c'est aussi certain que deux et deux font quatre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 110 et 111)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nions toutes ces affirmations, sauf que deux et deux font quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il n'y a pas de hausse g&#233;n&#233;rale des prix . Si le prix de tout double en m&#234;me temps que les salaires, il n'y a pas de changement de prix, le seul changement est celui des termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires ne peut jamais produire une hausse plus ou moins g&#233;n&#233;rale du prix des marchandises. En fait, si chaque industrie employait le m&#234;me nombre de travailleurs par rapport au capital fixe ou aux instruments utilis&#233;s, une augmentation g&#233;n&#233;rale des salaires produirait une baisse g&#233;n&#233;rale des profits et le prix courant des marchandises ne subirait aucune modification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le rapport entre le travail manuel et le capital fixe n'est pas le m&#234;me dans les diff&#233;rentes industries, toutes les industries qui emploient une masse relativement plus grande de capital et moins de travailleurs seront oblig&#233;es t&#244;t ou tard de baisser le prix de leurs marchandises. Dans le cas contraire, o&#249; le prix de leurs marchandises ne baisse pas, leur profit s'&#233;l&#232;vera au-dessus du taux commun des profits. Les machines ne sont pas des salari&#233;s. La hausse g&#233;n&#233;rale des salaires affectera donc moins les industries qui, par rapport aux autres, emploient plus de machines que de travailleurs. Mais comme la concurrence tend toujours &#224; niveler le taux des profits, les profits qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus du taux moyen ne peuvent qu'&#234;tre transitoires. Ainsi, &#224; quelques fluctuations pr&#232;s, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires conduira, non comme le dit M. Proudhon, &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, mais &#224; une baisse partielle, c'est-&#224;-dire une baisse du prix courant des marchandises fabriqu&#233;es. principalement &#224; l'aide de machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse et la baisse des profits et des salaires expriment simplement la proportion dans laquelle capitalistes et ouvriers se partagent le produit d'une journ&#233;e de travail, sans influencer dans la plupart des cas le prix du produit. Mais que &#171; des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires aboutissent &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, voire &#224; une disette &#187;, voil&#224; des notions qui ne peuvent fleurir que dans le cerveau d'un po&#232;te incompris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les gr&#232;ves ont r&#233;guli&#232;rement donn&#233; lieu &#224; l'invention et &#224; l'application de nouvelles machines. Les machines &#233;taient, peut-on dire, l'arme employ&#233;e par le capitaliste pour r&#233;primer la r&#233;volte du travail sp&#233;cialis&#233;. La mule autonome , la plus grande invention de l'industrie moderne, mit hors de combat les fileurs r&#233;volt&#233;s. Si les coalitions et les gr&#232;ves n'avaient d'autre effet que de faire r&#233;agir contre elles les efforts du g&#233;nie m&#233;canique, elles exerceraient encore une immense influence sur le d&#233;veloppement de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve, continue M. Proudhon, dans un article publi&#233; par M. L&#233;on Faucher... septembre 1845, que depuis quelque temps les ouvriers britanniques ont perdu l'habitude de se regrouper, ce qui est assur&#233;ment un progr&#232;s pour lequel on ne peut mais f&#233;licitez-les : mais cette am&#233;lioration du moral des ouvriers vient surtout de leur &#233;ducation &#233;conomique. &#171; Ce n'est pas des fabricants, s'&#233;crie un ouvrier de filature lors d'une r&#233;union &#224; Bolton, que d&#233;pendent les salaires. Dans les p&#233;riodes de d&#233;pression, les ma&#238;tres ne sont pour ainsi dire que le fouet dont la n&#233;cessit&#233; s'arme et, qu'ils le veuillent ou non, ils doivent porter des coups. Le principe r&#233;gulateur est la relation entre l'offre et la demande ; et les ma&#238;tres n'ont pas ce pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Bien jou&#233; !&#034; s'&#233;crie M. Proudhon. &#171; Ce sont des travailleurs bien form&#233;s, des travailleurs mod&#232;les, etc., etc., etc. Une telle pauvret&#233; n'existait pas en Grande-Bretagne ; il ne traversera pas la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 261 et 262)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les villes d'Angleterre, Bolton est celle o&#249; le radicalisme est le plus d&#233;velopp&#233;. Les ouvriers de Bolton sont connus pour &#234;tre les plus r&#233;volutionnaires de tous. A l'&#233;poque de la grande agitation en Angleterre pour l'abolition des Corn Laws, les fabricants anglais pensaient qu'ils ne pourraient faire face aux propri&#233;taires terriens qu'en mettant les ouvriers au premier plan. Mais comme les int&#233;r&#234;ts des ouvriers n'&#233;taient pas moins oppos&#233;s &#224; ceux des fabricants que les int&#233;r&#234;ts des fabricants ne l'&#233;taient &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, il &#233;tait naturel que les fabricants se trouvent mal dans les r&#233;unions ouvri&#232;res. Qu'ont fait les constructeurs ? Pour sauver les apparences, ils organis&#232;rent des r&#233;unions compos&#233;es en grande partie de contrema&#238;tres, du petit nombre d'ouvriers qui leur &#233;taient d&#233;vou&#233;s et des vrais amis du m&#233;tier . Lorsque, plus tard, les v&#233;ritables travailleurs ont tent&#233;, comme &#224; Bolton et &#224; Manchester, de prendre part &#224; ces fausses manifestations pour protester contre elles, on leur a interdit l'entr&#233;e au motif qu'il s'agissait d'une r&#233;union &#224; billet &#8211; une r&#233;union &#224; laquelle seules les personnes ayant les qualifications requises &#233;taient autoris&#233;es. les cartes d'entr&#233;e &#233;taient admises. Pourtant les affiches placard&#233;es sur les murs annon&#231;aient des r&#233;unions publiques. Chaque fois qu'une de ces r&#233;unions avait lieu, les journaux des constructeurs rendaient compte de mani&#232;re pompeuse et d&#233;taill&#233;e des discours prononc&#233;s. Il va sans dire que ce sont les contrema&#238;tres qui faisaient ces discours. Les journaux de Londres les reproduisent mot pour mot. M. Proudhon a le malheur de prendre des contrema&#238;tres pour de simples ouvriers, et il leur enjoint de ne pas traverser la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1844 et 1845 les gr&#232;ves retinrent moins l'attention qu'auparavant, c'est parce que 1844 et 1845 furent les deux premi&#232;res ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; que l'industrie britannique connut depuis 1837. N&#233;anmoins aucun des syndicats n'avait &#233;t&#233; dissous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons maintenant les contrema&#238;tres de Bolton. Selon eux, les fabricants n'ont aucun contr&#244;le sur les salaires parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits, et ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le march&#233; mondial. C'est pourquoi ils souhaitent qu'il soit entendu qu'il ne faut pas former de coalitions pour extorquer aux patrons une augmentation de salaire. M. Proudhon, au contraire, interdit les coalitions, de peur qu'elles ne soient suivies d'une hausse des salaires qui n'entra&#238;nerait une disette g&#233;n&#233;rale. Inutile de dire que sur un point il y a une entente cordiale entre les contrema&#238;tres et M. Proudhon : qu'une hausse des salaires &#233;quivaut &#224; une hausse du prix des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crainte de la disette est-elle la v&#233;ritable cause de la rancune de M. Proudhon ? Non. Tout simplement, il est ennuy&#233; par les contrema&#238;tres de Bolton parce qu'ils d&#233;terminent la valeur par l'offre et la demande et ne tiennent pratiquement pas compte de la valeur constitu&#233;e , de la valeur pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de constitution, de la constitution de la valeur, y compris l'&#233;changeabilit&#233; permanente et toutes les autres proportionnalit&#233;s de rapports et rapports de proportionnalit&#233;, avec la Providence &#224; leurs c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une gr&#232;ve ouvri&#232;re est ill&#233;gale, et ce n'est pas seulement le Code p&#233;nal qui le dit, c'est le syst&#232;me &#233;conomique, la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;tabli...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que chaque ouvrier individuellement dispose librement de sa personne et de ses mains, cela peut &#234;tre tol&#233;r&#233;, mais que les ouvriers entreprennent par coalition de faire violence au monopole, c'est quelque chose que la soci&#233;t&#233; ne peut permettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Vol. I, p. 334 et 335)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon veut faire passer un article du Code p&#233;nal comme une cons&#233;quence n&#233;cessaire et g&#233;n&#233;rale des rapports de production bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, le regroupement est autoris&#233; par une loi du Parlement, et c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui a contraint le Parlement &#224; accorder cette autorisation l&#233;gale. En 1825, lorsque, sous le ministre Huskisson, le Parlement dut modifier la loi pour la rendre de plus en plus conforme aux conditions r&#233;sultant de la libre concurrence, il dut n&#233;cessairement abolir toutes les lois interdisant les regroupements d'ouvriers. Plus l'industrie et la concurrence se d&#233;veloppent, plus il y a d'&#233;l&#233;ments qui provoquent et renforcent la combinaison, et d&#232;s que la combinaison devient un fait &#233;conomique, gagnant chaque jour en solidit&#233;, elle ne tardera pas &#224; devenir un fait juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'article du Code p&#233;nal prouve tout au plus que l'industrie moderne et la concurrence n'&#233;taient pas encore bien d&#233;velopp&#233;es sous l'Assembl&#233;e constituante et sous l'Empire. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;conomistes et socialistes [*1] sont d'accord sur un point : la condamnation de la combinaison . Seulement, ils ont des motifs diff&#233;rents pour justifier leur acte de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes disent aux travailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas. Par la combinaison vous g&#234;nez le progr&#232;s r&#233;gulier de l'industrie, vous emp&#234;chez les fabricants d'ex&#233;cuter leurs commandes, vous perturbez le commerce et vous pr&#233;cipitez l'invasion des machines qui, en rendant votre travail en partie inutile, vous obligent &#224; accepter un salaire encore inf&#233;rieur. D'ailleurs, quoi que vous fassiez, votre salaire sera toujours d&#233;termin&#233; par le rapport des mains demand&#233;es aux mains fournies, et c'est un effort aussi ridicule que dangereux pour vous de vous r&#233;volter contre les lois &#233;ternelles de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes disent aux ouvriers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas, car de toute fa&#231;on, qu'y gagnerez-vous ? Une hausse des salaires ? Les &#233;conomistes vous prouveront bien clairement que les quelques gains que vous pourrez en tirer pendant quelques instants si vous r&#233;ussissez seront suivis d'une baisse permanente. D'habiles calculateurs vous prouveront qu'il vous faudrait des ann&#233;es pour r&#233;cup&#233;rer, par l'augmentation de vos salaires, les d&#233;penses occasionn&#233;es par l'organisation et l'entretien des combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous, socialistes, vous disons qu'en dehors de la question d'argent, vous continuerez n&#233;anmoins &#224; &#234;tre des ouvriers, et que les ma&#238;tres continueront &#224; &#234;tre les ma&#238;tres, comme avant. Donc pas de combinaison ! Pas de politique ! Car entrer en coalition, n'est-ce pas s'engager dans la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes veulent que les ouvriers restent dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est constitu&#233;e et telle qu'elle a &#233;t&#233; sign&#233;e et scell&#233;e par eux dans leurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes veulent que les ouvriers abandonnent l'ancienne soci&#233;t&#233; pour mieux pouvoir entrer dans la nouvelle soci&#233;t&#233; qu'ils leur ont pr&#233;par&#233;e avec tant de pr&#233;voyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les deux, malgr&#233; les manuels et les utopies, la combinaison n'a pas encore cess&#233; un instant d'avancer et de cro&#238;tre avec le d&#233;veloppement et la croissance de l'industrie moderne. Elle est aujourd'hui parvenue &#224; un tel stade que le degr&#233; auquel la combinaison s'est d&#233;velopp&#233;e dans un pays donn&#233; marque clairement le rang qu'il occupe dans la hi&#233;rarchie du march&#233; mondial. L'Angleterre, dont l'industrie a atteint le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, poss&#232;de les combinaisons les plus nombreuses et les mieux organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, on ne s'est pas arr&#234;t&#233; &#224; des combinaisons partielles qui n'ont d'autre objectif qu'une frappe passag&#232;re, et qui disparaissent avec elle. Des coalitions permanentes se sont constitu&#233;es, des syndicats , qui servent de remparts aux ouvriers dans leurs luttes contre le patronat. Et &#224; l'heure actuelle, tous ces syndicats locaux trouvent un point de ralliement dans la National Association of United Trades , dont le comit&#233; central est &#224; Londres et qui compte d&#233;j&#224; 80 000 membres. L'organisation de ces gr&#232;ves, coalitions et syndicats se poursuivit simultan&#233;ment avec les luttes politiques des ouvriers, qui constituent aujourd'hui un grand parti politique, sous le nom de Chartistes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re tentative des travailleurs de s'associer entre eux se fait toujours sous forme de combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande industrie concentre en un m&#234;me lieu une foule de gens qui ne se connaissent pas. La concurrence divise leurs int&#233;r&#234;ts. Mais le maintien des salaires, cet int&#233;r&#234;t commun qu'ils ont contre leur patron, les unit dans une pens&#233;e commune de r&#233;sistance &#8211; de combinaison . Ainsi, la coalition a toujours un double objectif : mettre un terme &#224; la concurrence entre les travailleurs, afin qu'ils puissent poursuivre une concurrence g&#233;n&#233;rale avec le capitaliste. Si le premier but de la r&#233;sistance &#233;tait simplement le maintien des salaires, les coalitions, d'abord isol&#233;es, se constituent en groupes &#224; mesure que les capitalistes s'unissent &#224; leur tour en vue de la r&#233;pression, et face &#224; un capital toujours uni, le maintien de l'association. leur devient plus n&#233;cessaire que celui du salaire. C'est si vrai que les &#233;conomistes anglais s'&#233;tonnent de voir les ouvriers sacrifier une bonne partie de leur salaire au profit d'associations qui, aux yeux de ces &#233;conomistes, sont &#233;tablies uniquement en faveur des salaires. Dans cette lutte &#8211; v&#233;ritable guerre civile &#8211; tous les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une bataille &#224; venir s'unissent et se d&#233;veloppent. Une fois parvenue &#224; ce point, l'association prend un caract&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques avaient d'abord transform&#233; la masse de la population du pays en travailleurs. La combinaison du capital a cr&#233;&#233; pour cette masse une situation commune, des int&#233;r&#234;ts communs. Cette masse est donc d&#233;j&#224; une classe contre le capital, mais pas encore pour elle-m&#234;me. Dans la lutte, dont nous n'avons not&#233; que quelques phases, cette masse s'unit et se constitue comme classe &#224; part. Les int&#233;r&#234;ts qu'elle d&#233;fend deviennent des int&#233;r&#234;ts de classe. Mais la lutte de classe contre classe est une lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases &#224; distinguer : celle o&#249; elle s'est constitu&#233;e en classe sous le r&#233;gime de la f&#233;odalit&#233; et de la monarchie absolue, et celle o&#249;, d&#233;j&#224; constitu&#233;e en classe, elle a renvers&#233; la f&#233;odalit&#233; et la monarchie pour faire de la soci&#233;t&#233; une soci&#233;t&#233; bourgeoise. soci&#233;t&#233;. La premi&#232;re de ces phases fut la plus longue et n&#233;cessita les plus grands efforts. Cela aussi commen&#231;a par des coalitions partielles contre les seigneurs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses recherches ont &#233;t&#233; men&#233;es pour retracer les diff&#233;rentes phases historiques par lesquelles la bourgeoisie est pass&#233;e, depuis la commune jusqu'&#224; sa constitution en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'il s'agit de faire une &#233;tude pr&#233;cise des gr&#232;ves, regroupements et autres formes sous lesquelles les prol&#233;taires r&#233;alisent sous nos yeux leur organisation en classe, les uns sont saisis d'une peur r&#233;elle et les autres affichent un d&#233;dain transcendantal .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe opprim&#233;e est la condition vitale de toute soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'antagonisme des classes. L'&#233;mancipation de la classe opprim&#233;e implique donc n&#233;cessairement la cr&#233;ation d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. Pour que la classe opprim&#233;e puisse s'&#233;manciper, il faut que les puissances productives d&#233;j&#224; acquises et les rapports sociaux existants ne puissent plus coexister. De tous les instruments de production, la plus grande puissance productive est la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me. L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires en classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pourraient &#234;tre engendr&#233;es au sein de l'ancienne soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il qu'apr&#232;s la chute de l'ancienne soci&#233;t&#233;, il y aura une nouvelle domination de classe aboutissant &#224; un nouveau pouvoir politique ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re est l'abolition de toute classe, tout comme la condition de la lib&#233;ration du tiers-&#233;tat, de l'ordre bourgeois, &#233;tait l'abolition de tous les domaines et de tous les ordres. [*2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, au cours de son d&#233;veloppement, substituera &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233; civile une association qui exclura les classes et leurs antagonismes, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est pr&#233;cis&#233;ment l'expression officielle de la volont&#233; politique. antagonisme dans la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, l'antagonisme entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie est une lutte de classe contre classe, une lutte qui, port&#233;e &#224; sa plus haute expression, est une r&#233;volution totale. En effet, est-il surprenant qu'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l' opposition des classes aboutisse &#224; la contradiction brutale , au choc des corps contre les corps, comme d&#233;nouement final ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit en m&#234;me temps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans un ordre de choses o&#249; il n'y aura plus de classes et d'antagonismes de classes que les &#233;volutions sociales cesseront d'&#234;tre des r&#233;volutions politiques . D'ici l&#224;, &#224; la veille de tout remaniement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, le dernier mot des sciences sociales sera toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le combat ou la mort ; la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Extrait du roman Jean Siska de George Sand :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le combat ou la mort : lutte sanglante ou extinction. C'est ainsi que la question se pose inexorablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les lois alors en vigueur en France &#8211; la loi dite Le Chapelier adopt&#233;e en 1791 lors de la r&#233;volution par l'Assembl&#233;e constituante et le code p&#233;nal &#233;labor&#233; sous l'Empire napol&#233;onien &#8211; interdisaient aux ouvriers de se syndiquer ou de se rendre en gr&#232;ve. L'interdiction des syndicats a &#233;t&#233; abolie en France en 1884.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*1] C'est-&#224;-dire les socialistes de l'&#233;poque : les fouri&#233;ristes en France, les owenistes en Angleterre. FE [&#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition allemande, 1885]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*2] Domaines ici au sens historique des domaines de la f&#233;odalit&#233;, domaines aux privil&#232;ges d&#233;finis et limit&#233;s. La r&#233;volution de la bourgeoisie a aboli les domaines et leurs privil&#232;ges. La soci&#233;t&#233; bourgeoise ne conna&#238;t que des classes . Il &#233;tait donc absolument en contradiction avec l'histoire de d&#233;crire le prol&#233;tariat comme le &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187;. [&#8211; Engels, &#233;dition allemande de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres, mars 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires de 1848-1849, la Ligue fit ses preuves de deux mani&#232;res. Premi&#232;rement, ses membres se sont partout impliqu&#233;s &#233;nergiquement dans le mouvement et se sont tenus aux premiers rangs de la seule classe r&#233;solument r&#233;volutionnaire, le prol&#233;tariat, dans la presse, sur les barricades et sur les champs de bataille. La Ligue a en outre fait ses preuves dans la mesure o&#249; sa compr&#233;hension du mouvement, telle qu'exprim&#233;e dans les circulaires publi&#233;es par les Congr&#232;s et le Comit&#233; central de 1847 et dans le Manifeste du Parti communiste , s'est r&#233;v&#233;l&#233;e la seule correcte, et les attentes exprim&#233;es dans ces documents ont &#233;t&#233; pleinement remplies. Ce message, autrefois propag&#233; en secret par la Ligue, est d&#233;sormais sur toutes les l&#232;vres et pr&#234;ch&#233; ouvertement sur le march&#233;. Mais dans le m&#234;me temps, l'organisation autrefois solide de la Ligue s'est consid&#233;rablement affaiblie. Un grand nombre de membres directement impliqu&#233;s dans le mouvement pensaient que le temps des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes &#233;tait r&#233;volu et que la seule action publique suffisait. Les diff&#233;rents districts et communes ont laiss&#233; leurs liens avec le Comit&#233; central s'affaiblir et s'endormir progressivement. Ainsi, tandis que le parti d&#233;mocrate, le parti de la petite-bourgeoisie, s'organise de plus en plus en Allemagne, le parti ouvrier a perdu son seul point d'ancrage solide, restant organis&#233; au mieux dans des localit&#233;s individuelles pour des objectifs locaux ; au sein du mouvement g&#233;n&#233;ral, elle est par cons&#233;quent tomb&#233;e sous la domination et la direction compl&#232;tes des d&#233;mocrates petits-bourgeois. Cette situation ne peut pas durer ; l'ind&#233;pendance des travailleurs doit &#234;tre restaur&#233;e. Le Comit&#233; central reconnut cette n&#233;cessit&#233; et envoya donc un &#233;missaire, Joseph Moll, en Allemagne au cours de l'hiver 1848-1849 pour r&#233;organiser la Ligue. La mission de Moll n'a cependant pas produit d'effet durable, en partie parce que les ouvriers allemands de l'&#233;poque n'avaient pas assez d'exp&#233;rience et en partie parce qu'elle a &#233;t&#233; interrompue par l'insurrection de mai dernier. Moll lui-m&#234;me prit les armes, rejoignit l'arm&#233;e du Bade-Palatinat et tomba le 29 juin lors de la bataille de la Murg. La Ligue perdit en lui l'un des membres les plus anciens, les plus actifs et les plus fiables, qui avait particip&#233; &#224; tous les congr&#232;s et comit&#233;s centraux et qui avait auparavant men&#233; une s&#233;rie de missions avec beaucoup de succ&#232;s. Depuis la d&#233;faite des partis r&#233;volutionnaires allemand et fran&#231;ais en juillet 1849, presque tous les membres du Comit&#233; central se sont rassembl&#233;s &#224; Londres : ils ont reconstitu&#233; leurs effectifs avec de nouvelles forces r&#233;volutionnaires et ont entrepris de r&#233;organiser la Ligue avec un z&#232;le renouvel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;organisation ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par un &#233;missaire, et le Comit&#233; central consid&#232;re qu'il est tr&#232;s important d'envoyer cet &#233;missaire au moment m&#234;me o&#249; une nouvelle r&#233;volution est imminente, c'est-&#224;-dire lorsque le parti ouvrier doit entrer dans la bataille avec toute la force n&#233;cessaire. d'organisation, d'unit&#233; et d'ind&#233;pendance, afin qu'elle ne soit pas exploit&#233;e et prise en charge par la bourgeoisie comme en 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vous avions d&#233;j&#224; dit en 1848, mes fr&#232;res, que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande arriverait bient&#244;t au pouvoir et retournerait imm&#233;diatement son pouvoir nouvellement conquis contre les ouvriers. Vous avez vu comment cette pr&#233;vision s'est r&#233;alis&#233;e. C'est en effet la bourgeoisie qui a pris possession de l'autorit&#233; de l'&#201;tat &#224; la suite du mouvement de mars 1848 et a utilis&#233; ce pouvoir pour repousser les ouvriers, ses alli&#233;s dans la lutte, vers leur ancienne position d'oppression. Bien que la bourgeoisie n'ait pu y parvenir qu'en concluant une alliance avec le parti f&#233;odal vaincu en mars et qu'elle ait finalement d&#251; c&#233;der &#224; nouveau le pouvoir &#224; ce parti f&#233;odal absolutiste, elle s'est n&#233;anmoins assur&#233;e des conditions favorables. Compte tenu des difficult&#233;s financi&#232;res du gouvernement, ces conditions garantiraient qu'&#224; long terme le pouvoir retomberait entre ses mains et que tous ses int&#233;r&#234;ts seraient sauvegard&#233;s, s'il &#233;tait possible au mouvement r&#233;volutionnaire d'assumer d&#233;sormais ce qu'on appelle cours pacifique du d&#233;veloppement. Pour garantir son pouvoir, la bourgeoisie n'aurait m&#234;me pas besoin d'attiser la haine en prenant des mesures violentes contre le peuple, puisque toutes ces mesures violentes ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mises en &#339;uvre par la contre-r&#233;volution f&#233;odale. Mais les &#233;v&#233;nements ne suivront pas ce cours pacifique. Au contraire, la r&#233;volution qui acc&#233;l&#233;rera le cours des &#233;v&#233;nements est imminente, qu'elle soit initi&#233;e par un soul&#232;vement ind&#233;pendant du prol&#233;tariat fran&#231;ais ou par une invasion de la Babel r&#233;volutionnaire par la Sainte-Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le perfide que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande a jou&#233; contre le peuple en 1848 sera assum&#233; dans la r&#233;volution &#224; venir par la petite bourgeoisie d&#233;mocratique, qui occupe d&#233;sormais dans l'opposition la m&#234;me position que la bourgeoisie lib&#233;rale d'avant 1848. Ce parti d&#233;mocratique, qui est bien plus dangereux pour les ouvriers que ne l'&#233;taient auparavant les lib&#233;raux, est compos&#233; de trois &#233;l&#233;ments : 1) Les &#233;l&#233;ments les plus progressistes de la grande bourgeoisie, qui poursuivent l'objectif du renversement imm&#233;diat et complet de la f&#233;odalit&#233; et de l'absolutisme. Cette fraction est repr&#233;sent&#233;e par l'ancien Berlin Vereinbarer, les r&#233;sistants aux imp&#244;ts ; 2) Le petit bourgeois constitutionnel-d&#233;mocrate, dont l'objectif principal lors du mouvement pr&#233;c&#233;dent &#233;tait la formation d'un Etat f&#233;d&#233;ral plus ou moins d&#233;mocratique ; c'est pour cela que leurs repr&#233;sentants, la gauche &#224; l'Assembl&#233;e de Francfort et plus tard au Parlement de Stuttgart, ont &#339;uvr&#233;, comme ils l'ont eux-m&#234;mes fait dans la campagne pour la Constitution du Reich ; 3) Les petits-bourgeois r&#233;publicains, dont l'id&#233;al est une r&#233;publique f&#233;d&#233;rale allemande semblable &#224; celle de la Suisse et qui se disent d&#233;sormais &#171; rouges &#187; et &#171; sociaux-d&#233;mocrates &#187; parce qu'ils nourrissent le pieux d&#233;sir d'abolir la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital. , par la grande bourgeoisie sur la petite bourgeoisie. Les repr&#233;sentants de cette fraction &#233;taient les membres des congr&#232;s et comit&#233;s d&#233;mocratiques, les dirigeants des associations d&#233;mocratiques et les r&#233;dacteurs des journaux d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s leur d&#233;faite, toutes ces fractions se pr&#233;tendent &#171; r&#233;publicaines &#187; ou &#171; rouges &#187;, tout comme aujourd'hui les membres de la petite bourgeoisie r&#233;publicaine en France se disent &#171; socialistes &#187;. L&#224; o&#249;, comme dans le Wurtemberg, en Bavi&#232;re, etc., ils trouvent encore une chance de parvenir &#224; leurs fins par la voie constitutionnelle, ils profitent de l'occasion pour conserver leurs anciennes phrases et prouver par leurs actes qu'ils n'ont pas chang&#233; le moins du monde. En outre, il va sans dire que le changement de nom de ce parti ne modifie en rien ses rapports avec les travailleurs, mais prouve simplement qu'il est d&#233;sormais oblig&#233; de former un front contre la bourgeoisie unie &#224; l'absolutisme et de rechercher le soutien du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti d&#233;mocrate petit-bourgeois en Allemagne est tr&#232;s puissant. Elle n'embrasse pas seulement la grande majorit&#233; de la classe moyenne urbaine, les petits commer&#231;ants industriels et les ma&#238;tres artisans ; il compte aussi parmi ses partisans les paysans et le prol&#233;tariat rural, dans la mesure o&#249; ce dernier n'a pas encore trouv&#233; d'appui parmi le prol&#233;tariat ind&#233;pendant des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation du parti ouvrier r&#233;volutionnaire avec les d&#233;mocrates petits-bourgeois est la suivante : il coop&#232;re avec eux contre le parti qu'ils visent &#224; renverser ; il s'oppose &#224; eux partout o&#249; ils souhaitent assurer leur propre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits-bourgeois d&#233;mocrates, loin de vouloir transformer la soci&#233;t&#233; enti&#232;re dans l'int&#233;r&#234;t des prol&#233;taires r&#233;volutionnaires, aspirent seulement &#224; un changement des conditions sociales qui rendra la soci&#233;t&#233; existante aussi tol&#233;rable et confortable que possible pour eux. Ils exigent donc avant tout une r&#233;duction des d&#233;penses publiques par une restriction de la bureaucratie et le transfert de la majeure partie de la charge fiscale vers les grands propri&#233;taires fonciers et la bourgeoisie. Ils exigent en outre la suppression de la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital par la cr&#233;ation d'institutions publiques de cr&#233;dit et l'adoption de lois contre l'usure, gr&#226;ce auxquelles il leur serait possible, ainsi qu'aux paysans, de recevoir des avances de l'&#201;tat &#224; des conditions favorables. des capitalistes ; aussi, l'introduction de rapports de propri&#233;t&#233; bourgeoise sur la terre par l'abolition compl&#232;te de la f&#233;odalit&#233;. Pour r&#233;aliser tout cela, ils ont besoin d'une forme de gouvernement d&#233;mocratique, soit constitutionnelle, soit r&#233;publicaine, qui leur donnerait, ainsi qu'&#224; leurs alli&#233;s paysans, la majorit&#233; ; ils ont &#233;galement besoin d'un syst&#232;me d&#233;mocratique de gouvernement local qui leur donne un contr&#244;le direct sur la propri&#233;t&#233; municipale et sur une s&#233;rie de fonctions politiques actuellement aux mains des bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination du capital et son accumulation rapide doivent &#234;tre encore contrecarr&#233;es, en partie par une r&#233;duction du droit de succession, et en partie par le transfert d'autant d'emplois que possible &#224; l'&#201;tat. En ce qui concerne les ouvriers, une chose est avant tout certaine : ils doivent rester des salari&#233;s comme avant. Cependant, les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent de meilleurs salaires et une meilleure s&#233;curit&#233; pour les travailleurs, et esp&#232;rent y parvenir par une extension de l'emploi public et par des mesures sociales ; en bref, ils esp&#232;rent soudoyer les ouvriers avec une aum&#244;ne plus ou moins d&#233;guis&#233;e et briser leur force r&#233;volutionnaire en rendant temporairement leur situation tol&#233;rable. Les revendications de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise r&#233;sum&#233;es ici ne sont pas exprim&#233;es simultan&#233;ment par toutes ses sections et, dans leur totalit&#233;, elles sont l'objectif explicite d'un tr&#232;s petit nombre seulement de ses partisans. Plus certains individus ou fractions de la petite bourgeoisie avanceront, plus ils adopteront explicitement ces revendications, et les rares personnes qui reconnaissent leur propre programme dans ce qui a &#233;t&#233; mentionn&#233; ci-dessus pourraient bien croire qu'elles ont avanc&#233; le maximum qu'on peut exiger de la petite bourgeoisie. la r&#233;volution. Mais ces revendications ne peuvent en aucun cas satisfaire le parti du prol&#233;tariat. Tandis que les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent mettre un terme &#224; la r&#233;volution le plus rapidement possible, en atteignant tout au plus les objectifs d&#233;j&#224; mentionn&#233;s, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre t&#226;che de rendre la r&#233;volution permanente jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; chass&#233;es du pouvoir. leurs positions dirigeantes, jusqu'&#224; ce que le prol&#233;tariat ait conquis le pouvoir d'&#201;tat et jusqu'&#224; ce que l'association des prol&#233;taires ait suffisamment progress&#233; &#8211; non seulement dans un pays mais dans tous les pays dirigeants du monde &#8211; pour que cesse la concurrence entre les prol&#233;taires de ces pays et au moins les forces d&#233;cisives de la production sont concentr&#233;es entre les mains des ouvriers. Notre pr&#233;occupation ne peut pas &#234;tre simplement de modifier la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais de l'abolir, non d'&#233;touffer les antagonismes de classe mais d'abolir les classes, non d'am&#233;liorer la soci&#233;t&#233; existante mais d'en fonder une nouvelle. Il ne fait aucun doute qu'au cours de la r&#233;volution allemande, les d&#233;mocrates petits-bourgeois acquerront pour le moment une influence pr&#233;dominante. La question est donc de savoir quelle doit &#234;tre l'attitude du prol&#233;tariat, et en particulier de la Ligue, &#224; son &#233;gard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tant que perdurent les conditions actuelles dans lesquelles les d&#233;mocrates petits-bourgeois sont &#233;galement opprim&#233;s ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Dans la lutte r&#233;volutionnaire &#224; venir, qui les mettra dans une position dominante ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3) Apr&#232;s cette lutte, pendant la p&#233;riode de pr&#233;dominance petite-bourgeoise sur les classes renvers&#233;es et sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En ce moment, alors que les petits-bourgeois d&#233;mocrates sont partout opprim&#233;s, ils pr&#234;chent au prol&#233;tariat l'unit&#233; g&#233;n&#233;rale et la r&#233;conciliation ; ils tendent la main de l'amiti&#233; et cherchent &#224; fonder un grand parti d'opposition qui embrasserait toutes les nuances de l'opinion d&#233;mocratique ; c'est-&#224;-dire qu'ils cherchent &#224; pi&#233;ger les ouvriers dans une organisation de parti dans laquelle pr&#233;valent des expressions sociales-d&#233;mocrates g&#233;n&#233;rales tandis que leurs int&#233;r&#234;ts particuliers sont cach&#233;s derri&#232;re eux et dans laquelle, dans le souci de pr&#233;server la paix, les revendications sp&#233;cifiques du prol&#233;tariat ne peuvent pas &#234;tre satisfaites. &#234;tre pr&#233;sent&#233;e. Une telle unit&#233; serait &#224; leur seul avantage et au d&#233;savantage total du prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat perdrait toute sa position ind&#233;pendante durement acquise et serait r&#233;duit une fois de plus &#224; un simple appendice de la d&#233;mocratie bourgeoise officielle. Il faut donc r&#233;sister de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; cette unit&#233;. Au lieu de s'abaisser au rang d'un ch&#339;ur applaudissant, les ouvriers, et surtout la Ligue, doivent &#339;uvrer &#224; la cr&#233;ation d'une organisation ind&#233;pendante du parti ouvrier, &#224; la fois secr&#232;te et ouverte, et aux c&#244;t&#233;s des d&#233;mocrates officiels et de la Ligue. doit viser &#224; faire de chacune de ses communes un centre et un noyau d'associations ouvri&#232;res dans lequel la position et les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat peuvent &#234;tre discut&#233;s sans influence bourgeoise. Les d&#233;mocrates de Breslau, qui m&#232;nent une campagne furieuse dans leur organe, la Neue Oder Zeitung, d&#233;montrent &#224; quel point les d&#233;mocrates bourgeois prennent au s&#233;rieux une alliance dans laquelle le prol&#233;tariat aurait un pouvoir et des droits &#233;gaux., contre les travailleurs organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante, qu'ils appellent &#171; socialistes &#187;. Dans le cas d'une lutte contre un ennemi commun, une alliance sp&#233;ciale n'est pas n&#233;cessaire. D&#232;s qu'il faudra combattre directement un tel ennemi, les int&#233;r&#234;ts des deux parties co&#239;ncideront pour un moment et une association d'opportunit&#233;s momentan&#233;es surgira spontan&#233;ment dans le futur, comme cela s'est produit dans le pass&#233;. Il va sans dire que dans les conflits sanglants &#224; venir, comme dans tous les autres, ce seront les travailleurs, avec leur courage, leur d&#233;termination et leur abn&#233;gation, qui seront les principaux responsables de la victoire. Comme par le pass&#233;, ainsi dans la lutte &#224; venir &#233;galement, la petite bourgeoisie, en g&#233;n&#233;ral, h&#233;sitera le plus longtemps possible et restera craintive, ind&#233;cise et inactive ; mais lorsque la victoire sera certaine, il la revendiquera et appellera les ouvriers &#224; se comporter de mani&#232;re ordonn&#233;e, &#224; retourner au travail et &#224; pr&#233;venir les soi-disant exc&#232;s, et il exclura le prol&#233;tariat des fruits de la victoire. Il n'est pas au pouvoir des ouvriers d'emp&#234;cher les d&#233;mocrates petits-bourgeois de le faire ; mais il est en leur pouvoir de rendre aussi difficile que possible &#224; la petite bourgeoisie l'usage de son pouvoir contre le prol&#233;tariat arm&#233;, et de lui dicter des conditions telles que la domination des d&#233;mocrates bourgeois, d&#232;s le d&#233;but, portera en elle cela portera les germes de sa propre destruction, et son d&#233;placement ult&#233;rieur par le prol&#233;tariat sera consid&#233;rablement facilit&#233;. Surtout, pendant et imm&#233;diatement apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent, dans la mesure du possible, s'opposer aux tentatives de pacification bourgeoises et contraindre les d&#233;mocrates &#224; mettre &#224; ex&#233;cution leurs phrases terroristes. Ils doivent veiller &#224; ce que l'enthousiasme r&#233;volutionnaire imm&#233;diat ne soit pas soudainement r&#233;prim&#233; apr&#232;s la victoire. Au contraire, il faut la maintenir le plus longtemps possible. Loin de s'opposer aux soi-disant exc&#232;s &#8211; cas de vengeance populaire contre des individus d&#233;test&#233;s ou contre des b&#226;timents publics auxquels sont associ&#233;s des souvenirs haineux &#8211; le parti ouvrier doit non seulement tol&#233;rer ces actions mais doit m&#234;me leur donner une direction. Pendant et apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent &#224; chaque occasion pr&#233;senter leurs propres revendications contre celles des d&#233;mocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les travailleurs d&#232;s que la bourgeoisie d&#233;mocratique entreprendra de prendre le pouvoir. Ils doivent obtenir ces garanties par la force si n&#233;cessaire, et g&#233;n&#233;ralement s'assurer que les nouveaux dirigeants s'engagent &#224; faire toutes les concessions et promesses possibles &#8211; le moyen le plus s&#251;r de les compromettre. Ils doivent contr&#244;ler par tous les moyens et dans la mesure du possible l'euphorie victorieuse et l'enthousiasme pour la nouvelle situation qui suivent chaque bataille de rue r&#233;ussie, par une analyse froide et froide de la situation et par une m&#233;fiance non dissimul&#233;e &#224; l'&#233;gard du nouveau gouvernement. Aux c&#244;t&#233;s des nouveaux gouvernements officiels, ils doivent simultan&#233;ment &#233;tablir leurs propres gouvernements ouvriers r&#233;volutionnaires,soit sous la forme de comit&#233;s et de conseils ex&#233;cutifs locaux, soit par l'interm&#233;diaire de clubs ou de comit&#233;s ouvriers, de sorte que les gouvernements d&#233;mocratiques bourgeois non seulement perdent imm&#233;diatement le soutien des ouvriers, mais se retrouvent d&#232;s le d&#233;but surveill&#233;s et menac&#233;s par les autorit&#233;s derri&#232;re lesquelles se tiennent les travailleurs. toute la masse des ouvriers. En un mot, d&#232;s le moment de la victoire, la suspicion des ouvriers doit se porter non plus contre le parti r&#233;actionnaire vaincu, mais contre leur ancien alli&#233;, contre le parti qui entend exploiter pour lui-m&#234;me la victoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pour pouvoir s'opposer avec force et menace &#224; ce parti, dont la trahison des travailleurs commencera d&#232;s la premi&#232;re heure de la victoire, les travailleurs doivent &#234;tre arm&#233;s et organis&#233;s. Il faut armer imm&#233;diatement tout le prol&#233;tariat de mousquets, de fusils, de canons et de munitions, et s'opposer &#224; la r&#233;surgence de la milice citoyenne &#224; l'ancienne, dirig&#233;e contre les ouvriers. L&#224; o&#249; la formation de cette milice ne peut &#234;tre emp&#234;ch&#233;e, les ouvriers doivent essayer de s'organiser de mani&#232;re ind&#233;pendante en tant que garde prol&#233;tarienne, avec des dirigeants &#233;lus et avec leur propre &#233;tat-major &#233;lu ; ils doivent essayer de se placer non sous les ordres de l'autorit&#233; de l'Etat mais sous les ordres des conseils locaux r&#233;volutionnaires constitu&#233;s par les ouvriers. L&#224; o&#249; les ouvriers sont employ&#233;s par l'Etat, ils doivent s'armer et s'organiser en corps sp&#233;ciaux avec des dirigeants &#233;lus, ou en tant que partie de la garde prol&#233;tarienne. Sous aucun pr&#233;texte, les armes et les munitions ne doivent &#234;tre restitu&#233;es ; toute tentative de d&#233;sarmer les travailleurs doit &#234;tre d&#233;jou&#233;e, par la force si n&#233;cessaire. La destruction de l'influence des d&#233;mocrates bourgeois sur les ouvriers et l'imposition de conditions qui compromettent le r&#232;gne de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui est pour le moment in&#233;vitable, et le rendent aussi difficile que possible - tels sont les principaux points sur lesquels le prol&#233;tariat et c'est pourquoi la Ligue doit garder &#224; l'esprit pendant et apr&#232;s le soul&#232;vement prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. D&#232;s que les nouveaux gouvernements seront &#233;tablis, leur lutte contre les travailleurs commencera. Pour que les ouvriers puissent s'opposer par la force aux petits-bourgeois d&#233;mocrates, il est avant tout essentiel qu'ils soient organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante et centralis&#233;s dans des clubs. D&#232;s que possible apr&#232;s le renversement des gouvernements actuels, le Comit&#233; central se rendra en Allemagne et convoquera imm&#233;diatement un congr&#232;s, lui soumettant les propositions n&#233;cessaires pour la centralisation des clubs ouvriers sous une direction &#233;tablie au centre du mouvement. op&#233;rations. L'organisation rapide de liaisons, au moins provinciales, entre les clubs ouvriers est une des conditions essentielles du renforcement et du d&#233;veloppement du parti ouvrier ; le r&#233;sultat imm&#233;diat du renversement des gouvernements existants sera l'&#233;lection d'un organe repr&#233;sentatif national. Ici, le prol&#233;tariat doit veiller : 1) &#224; ce que, par des pratiques agressives, les autorit&#233;s locales et les commissaires du gouvernement n'excluent, sous aucun pr&#233;texte que ce soit, une quelconque partie des travailleurs ; 2) que des candidats ouvriers sont nomm&#233;s partout en opposition aux candidats d&#233;mocrates bourgeois. Dans la mesure du possible, ils devraient &#234;tre membres de la Ligue et leur &#233;lection devrait se faire par tous les moyens possibles. M&#234;me l&#224; o&#249; il n'y a aucune chance d'&#234;tre &#233;lus, les travailleurs doivent pr&#233;senter leurs propres candidats pour pr&#233;server leur ind&#233;pendance, &#233;valuer leur propre force et porter leur position r&#233;volutionnaire et le point de vue de leur parti &#224; l'attention du public. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par les phrases creuses des d&#233;mocrates, qui affirmeront que les candidats ouvriers diviseront le parti d&#233;mocrate et offriront aux forces de r&#233;action une chance de victoire. Tous ces discours signifient, en derni&#232;re analyse, que le prol&#233;tariat doit &#234;tre escroqu&#233;. Les progr&#232;s que fera le parti prol&#233;tarien en agissant ainsi de mani&#232;re ind&#233;pendante sont infiniment plus importants que les inconv&#233;nients r&#233;sultant de la pr&#233;sence de quelques r&#233;actionnaires dans le corps repr&#233;sentatif. Si les forces de la d&#233;mocratie entreprennent d&#232;s le d&#233;but une action terroriste d&#233;cisive contre la r&#233;action, l'influence r&#233;actionnaire dans les &#233;lections sera d&#233;j&#224; d&#233;truite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point sur lequel les d&#233;mocrates bourgeois entreront en conflit avec les ouvriers sera l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, car lors de la premi&#232;re r&#233;volution fran&#231;aise, la petite bourgeoisie voudra donner les terres f&#233;odales aux paysans comme propri&#233;t&#233; gratuite ; c'est-&#224;-dire qu'ils tenteront de perp&#233;tuer l'existence du prol&#233;tariat rural et de former une classe paysanne petite-bourgeoise qui sera soumise au m&#234;me cycle d'appauvrissement et d'endettement qui afflige encore le paysan fran&#231;ais. Les ouvriers doivent s'opposer &#224; ce projet &#224; la fois dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat rural et dans leur propre int&#233;r&#234;t. Ils doivent exiger que les propri&#233;t&#233;s f&#233;odales confisqu&#233;es restent propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et soient utilis&#233;es pour des colonies ouvri&#232;res, cultiv&#233;es collectivement par le prol&#233;tariat rural avec tous les avantages de la grande agriculture et o&#249; le principe de la propri&#233;t&#233; commune trouvera imm&#233;diatement une base solide au sein du groupe. du syst&#232;me fragile des relations de propri&#233;t&#233; bourgeoises. De m&#234;me que les d&#233;mocrates s'allient aux paysans, les ouvriers doivent s'allier au prol&#233;tariat rural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit les d&#233;mocrates travailleront directement &#224; une r&#233;publique f&#233;d&#233;r&#233;e, soit du moins, s'ils ne peuvent &#233;viter la r&#233;publique une et indivisible, ils tenteront de paralyser le gouvernement central en accordant aux communes et aux provinces la plus grande autonomie et ind&#233;pendance possible. En opposition &#224; ce projet, les ouvriers doivent lutter non seulement pour une r&#233;publique allemande une et indivisible, mais aussi, au sein de cette r&#233;publique, pour une centralisation la plus d&#233;cisive du pouvoir entre les mains du pouvoir d'Etat. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par des discours d&#233;mocratiques vides de sens sur la libert&#233; des communes, l'autonomie, etc. Dans un pays comme l'Allemagne, o&#249; tant de vestiges du Moyen &#194;ge doivent encore &#234;tre abolis, o&#249; tant de choses locales et Il faut briser l'obstination provinciale, on ne peut en aucun cas tol&#233;rer que chaque village, chaque ville et chaque province oppose de nouveaux obstacles &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, qui ne peut se d&#233;velopper avec toute son efficacit&#233; qu'&#224; partir d'un point central. Une reprise de la situation actuelle, dans laquelle les Allemands doivent mener une lutte s&#233;par&#233;e dans chaque ville et province pour obtenir le m&#234;me degr&#233; de progr&#232;s, ne peut pas non plus &#234;tre tol&#233;r&#233;e. Surtout, on ne peut pas permettre &#224; un soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer une forme de propri&#233;t&#233; qui est plus arri&#233;r&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e moderne et qui se transforme partout et in&#233;vitablement en propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; &#224; savoir la propri&#233;t&#233; communale, avec les conflits qui en r&#233;sultent entre les communaut&#233;s pauvres et riches. On ne peut pas non plus permettre &#224; ce soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer, &#224; c&#244;t&#233; du droit civil de l'&#201;tat, l'existence d'un droit civil communal avec ses pratiques acerbes dirig&#233;es contre les travailleurs. Comme en France en 1793, la t&#226;che du parti v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire en Allemagne est de r&#233;aliser la centralisation la plus stricte. [Il faut rappeler aujourd'hui que ce passage repose sur un malentendu. A cette &#233;poque &#8211; gr&#226;ce aux falsificateurs bonapartistes et lib&#233;raux de l'histoire &#8211; il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme acquis que l'appareil administratif centralis&#233; fran&#231;ais avait &#233;t&#233; introduit par la Grande R&#233;volution et surtout qu'il avait &#233;t&#233; utilis&#233; par la Convention comme une arme indispensable et d&#233;cisive. pour vaincre la r&#233;action royaliste et f&#233;d&#233;raliste et l'ennemi ext&#233;rieur. Mais on sait aujourd'hui que, tout au long de la r&#233;volution jusqu'au XVIII brumaire, toute l'administration des d&#233;partements, des arrondissements et des communesse composait d'autorit&#233;s &#233;lues par les constituants respectifs eux-m&#234;mes, et que ces autorit&#233;s agissaient en toute libert&#233; dans le cadre des lois g&#233;n&#233;rales de l'&#201;tat ; que pr&#233;cis&#233;ment ce gouvernement autonome provincial et local, semblable &#224; celui am&#233;ricain, est devenu le levier le plus puissant de la r&#233;volution et &#224; tel point que Napol&#233;on, imm&#233;diatement apr&#232;s son coup d'&#201;tat du XVIII brumaire, s'est empress&#233; de le remplacer par le une administration pr&#233;fectorale encore existante, qui fut donc d&#232;s le d&#233;but un pur instrument de r&#233;action. Mais pas plus que l'autonomie locale et provinciale n'est en contradiction avec la centralisation politique nationale, elle n'est n&#233;cessairement li&#233;e &#224; cet &#233;go&#239;sme cantonal ou communal born&#233; qui nous para&#238;t si r&#233;pugnant en Suisse et que tous les pays d'Allemagne du Sud En 1849, les r&#233;publicains f&#233;d&#233;raux voulaient &#233;tablir le pouvoir en Allemagne. &#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu comment la prochaine pouss&#233;e am&#232;nera les d&#233;mocrates au pouvoir et comment ils seront contraints de proposer des mesures plus ou moins socialistes. on demandera quelles mesures les ouvriers doivent proposer en r&#233;ponse. Au d&#233;but, bien s&#251;r, les ouvriers ne peuvent proposer aucune mesure directement communiste. Mais les actions suivantes sont possibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ils peuvent forcer les d&#233;mocrates &#224; s'introduire dans autant de domaines que possible de l'ordre social existant, afin de perturber son fonctionnement r&#233;gulier et de faire en sorte que les d&#233;mocrates petits-bourgeois se compromettent ; en outre, les travailleurs peuvent imposer la concentration du plus grand nombre possible de forces productives &#8211; moyens de transport, usines, chemins de fer, etc. &#8211; entre les mains de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ils doivent pousser les propositions des d&#233;mocrates jusqu'&#224; leur extr&#234;me logique (les d&#233;mocrates agiront de toute fa&#231;on de mani&#232;re r&#233;formiste et non r&#233;volutionnaire) et transformer ces propositions en attaques directes contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Si, par exemple, la petite bourgeoisie propose l'achat des chemins de fer et des usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement confisqu&#233;s par l'&#201;tat, sans compensation, comme propri&#233;t&#233; des r&#233;actionnaires. Si les d&#233;mocrates proposent un imp&#244;t proportionnel, alors les travailleurs doivent exiger un imp&#244;t progressif ; si les d&#233;mocrates eux-m&#234;mes proposent un imp&#244;t progressif mod&#233;r&#233;, alors les travailleurs doivent insister sur un imp&#244;t dont les taux augmentent si fortement qu'il ruine le grand capital ; si les d&#233;mocrates exigent la r&#233;gulation de la dette de l'&#201;tat, alors les travailleurs doivent exiger la faillite nationale. Les revendications des travailleurs devront donc &#234;tre ajust&#233;es en fonction des mesures et des concessions des d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les ouvriers allemands ne puissent pas acc&#233;der au pouvoir et r&#233;aliser leurs int&#233;r&#234;ts de classe sans passer par un d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire prolong&#233;, ils peuvent cette fois au moins &#234;tre s&#251;rs que le premier acte du drame r&#233;volutionnaire qui approche co&#239;ncidera avec la victoire directe de leur propre pays. classe en France et sera ainsi acc&#233;l&#233;r&#233;e. Mais ce sont eux qui doivent contribuer le plus &#224; leur victoire finale, en s'informant de leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe, en prenant le plus t&#244;t possible leur position politique ind&#233;pendante, en ne se laissant pas induire en erreur par les phrases hypocrites de la petite bourgeoisie d&#233;mocratique et en les faisant douter. pendant un instant la n&#233;cessit&#233; d'un parti du prol&#233;tariat organis&#233; de mani&#232;re ind&#233;pendante. Leur cri de guerre doit &#234;tre : La R&#233;volution Permanente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;juin 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre derni&#232;re circulaire, remise par l'&#233;missaire de la Ligue, nous avons discut&#233; de la position du parti ouvrier et, en particulier, de la Ligue, tant &#224; l'heure actuelle qu'en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif principal de cette lettre est de pr&#233;senter un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant un certain temps, &#224; la suite des d&#233;faites subies par le parti r&#233;volutionnaire l'&#233;t&#233; dernier, l'organisation de la Ligue s'est presque compl&#232;tement d&#233;sint&#233;gr&#233;e. Les membres les plus actifs de la Ligue impliqu&#233;s dans les diff&#233;rents mouvements sont dispers&#233;s, les contacts sont rompus et les adresses ne peuvent plus &#234;tre utilis&#233;es ; &#224; cause de cela et &#224; cause du danger d'ouverture des lettres, la correspondance devint temporairement impossible. Le Comit&#233; central a donc &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; une inactivit&#233; compl&#232;te jusque vers la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que les s&#233;quelles imm&#233;diates de nos d&#233;faites s'estompaient, il devint &#233;vident que le parti r&#233;volutionnaire avait besoin d'une organisation secr&#232;te forte dans toute l'Allemagne. La n&#233;cessit&#233; de cette organisation, qui conduisit le Comit&#233; central &#224; d&#233;cider d'envoyer un &#233;missaire en Allemagne et en Suisse, conduisit &#233;galement la commune de Cologne &#224; tenter d'organiser la Ligue en Allemagne m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e, plusieurs r&#233;fugi&#233;s plus ou moins connus des diff&#233;rents mouvements form&#232;rent en Suisse une organisation qui entendait renverser les gouvernements au moment opportun et tenir les hommes pr&#234;ts &#224; prendre la direction du mouvement et m&#234;me &#224; le gouvernement lui-m&#234;me. Cette association ne poss&#233;dait aucun caract&#232;re de parti particulier ; les &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;roclites qui le composaient rendaient cela impossible. Les membres &#233;taient des personnes de tous les groupes du mouvement, depuis les communistes r&#233;solus et m&#234;me les anciens membres de la Ligue jusqu'aux d&#233;mocrates petits-bourgeois les plus timides et aux anciens membres du gouvernement du Palatinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux des carri&#233;ristes du Bade-Palatinat et des personnalit&#233;s de moindre ambition, si nombreux en Suisse &#224; cette &#233;poque, cette association repr&#233;sentait pour eux une occasion id&#233;ale de progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instructions que cette association a envoy&#233;es &#224; ses agents &#8212; et que le Comit&#233; central a en sa possession &#8212; donnent tout aussi peu de raisons de se fier. L'absence d'un point de vue pr&#233;cis du parti et la tentative de rassembler tous les &#233;l&#233;ments d'opposition disponibles dans une association simul&#233;e ne sont que mal masqu&#233;es par une masse de questions d&#233;taill&#233;es concernant la situation industrielle, agricole, politique et militaire de chaque localit&#233;. Num&#233;riquement aussi, l'association &#233;tait extr&#234;mement faible ; d'apr&#232;s la liste compl&#232;te des membres que nous poss&#233;dons, la soci&#233;t&#233; enti&#232;re en Suisse comptait, au fa&#238;te de sa force, une trentaine de membres &#224; peine. Il est significatif que les travailleurs soient &#224; peine repr&#233;sent&#233;s parmi les membres. D&#232;s le d&#233;but, c'&#233;tait une arm&#233;e d'officiers et de sous-officiers sans aucun soldat. Parmi ses membres figurent A. Fries et Greiner du Palatinat, Korner d'Elberfeld, Sigel, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont envoy&#233; deux agents en Allemagne. Le premier agent, Bruhn, membre de la Ligue, r&#233;ussit, par de faux semblants, &#224; persuader certains membres de la Ligue et certaines communes d'adh&#233;rer pour le moment &#224; la nouvelle association, car ils croyaient qu'il s'agissait de la Ligue ressuscit&#233;e. Tout en rendant compte de la Ligue au Comit&#233; central suisse &#224; Zurich, il nous envoyait simultan&#233;ment des rapports sur l'association suisse. Il ne peut pas se contenter de son r&#244;le d'informateur, car alors qu'il correspondait encore avec nous, il a &#233;crit de pures calomnies aux habitants de Francfort, gagn&#233;s &#224; l'association suisse, et il leur a ordonn&#233; de ne conclure aucun accord. aucun contact avec Londres. Pour cela, il fut imm&#233;diatement expuls&#233; de la Ligue. Les affaires de Francfort furent r&#233;gl&#233;es par un &#233;missaire de la Ligue. On peut ajouter que les activit&#233;s de Bruhn au nom du Comit&#233; central suisse rest&#232;rent infructueuses. Le deuxi&#232;me agent, l'&#233;tudiant Schurz de Bonn, n'obtint aucun r&#233;sultat car, comme il l'&#233;crivait &#224; Zurich, il constatait que tous les gens utiles &#233;taient d&#233;j&#224; entre les mains de la Ligue. Il a ensuite quitt&#233; brutalement l'Allemagne et tra&#238;ne d&#233;sormais &#224; Bruxelles et &#224; Paris, o&#249; il est surveill&#233; par la Ligue. Le Comit&#233; central ne consid&#232;re pas cette nouvelle association comme un danger, d'autant plus qu'un membre tout &#224; fait fiable de la Ligue fait partie du comit&#233;, avec pour instruction d'observer et de rendre compte des actions et des projets de ces personnes, dans la mesure o&#249; ils op&#232;rent contre le Ligue. Par ailleurs, nous avons envoy&#233; un &#233;missaire en Suisse afin de recruter les personnes qui seront utiles &#224; la Ligue, avec l'aide dudit membre de la Ligue, et afin d'organiser la Ligue en Suisse en g&#233;n&#233;ral. Ces informations sont bas&#233;es sur des documents enti&#232;rement authentiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre tentative de m&#234;me nature avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite auparavant par Struve, Sigel et d'autres, au moment o&#249; ils unissaient leurs forces &#224; Gen&#232;ve. Ces gens n'eurent aucun scrupule &#224; affirmer sans ambages que l'association qu'ils tentaient de fonder &#233;tait la Ligue, ni &#224; utiliser les noms des membres de la Ligue pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette fin. Bien s&#251;r, ils n'ont tromp&#233; personne avec ce mensonge. Leur tentative fut si infructueuse &#224; tous &#233;gards que les quelques membres de cette association avort&#233;e rest&#233;s en Suisse durent finalement adh&#233;rer &#224; l'organisation mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment. Mais plus cette coterie devenait impuissante, plus elle se vantait de titres pr&#233;tentieux comme &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187;, etc. Struve, avec quelques autres grands hommes d&#233;&#231;us, a poursuivi ces tentatives ici &#224; Londres. Des manifestes et des appels &#224; adh&#233;rer au &#171; Bureau central des r&#233;fugi&#233;s allemands &#187; et au &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187; ont &#233;t&#233; envoy&#233;s dans toutes les r&#233;gions d'Allemagne, mais cette fois encore sans le moindre succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts que cette coterie pr&#233;tend avoir nou&#233;s avec des r&#233;volutionnaires fran&#231;ais et autres non-allemands n'existent pas. Toute leur activit&#233; se limite &#224; quelques petites intrigues parmi les r&#233;fugi&#233;s allemands ici &#224; Londres, qui n'affectent pas directement la Soci&#233;t&#233; des Nations et qui sont inoffensives et faciles &#224; surveiller. Toutes ces tentatives ont soit le m&#234;me objectif que la Ligue, &#224; savoir l'organisation r&#233;volutionnaire du parti ouvrier, auquel cas elles sapent la centralisation et la force du parti en le fragmentant et ont donc un caract&#232;re s&#233;paratiste r&#233;solument nuisible, soit sinon, ils ne peuvent servir qu'&#224; utiliser le parti ouvrier &#224; des fins qui lui sont &#233;trang&#232;res ou carr&#233;ment hostiles. Dans certaines circonstances, le parti ouvrier peut utiliser avec profit d'autres partis et groupes pour ses propres objectifs, mais il ne doit se subordonner &#224; aucun autre parti. Ceux qui &#233;taient au gouvernement lors du dernier mouvement et qui ont utilis&#233; leur position uniquement pour trahir le mouvement et &#233;craser le parti ouvrier s'il tentait d'agir de mani&#232;re ind&#233;pendante doivent &#224; tout prix &#234;tre tenus &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue :&lt;br class='autobr' /&gt;
je. Belgique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la Ligue parmi les ouvriers belges, telle qu'elle existait en 1846 et 1847, a naturellement pris fin, puisque les principaux membres ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s en 1848 et condamn&#233;s &#224; mort, leur peine &#233;tant commu&#233;e en r&#233;clusion &#224; perp&#233;tuit&#233; avec travaux forc&#233;s. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la Ligue en Belgique a perdu de sa force depuis la r&#233;volution de f&#233;vrier et depuis que la plupart des membres de l'Association des travailleurs allemands ont &#233;t&#233; chass&#233;s de Bruxelles. Les mesures polici&#232;res mises en place ont emp&#234;ch&#233; sa r&#233;organisation. N&#233;anmoins, une commune bruxelloise a pers&#233;v&#233;r&#233; jusqu'au bout ; il existe encore aujourd'hui et fonctionne au mieux de ses capacit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
ii. Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette circulaire, le Comit&#233; central avait l'intention de pr&#233;senter un rapport sp&#233;cial sur la situation de la Soci&#233;t&#233; des Nations en Allemagne. Cependant, cette information ne peut pas &#234;tre faite &#224; l'heure actuelle, car la police prussienne enqu&#234;te actuellement sur un vaste r&#233;seau de contacts au sein du parti r&#233;volutionnaire. Cette circulaire, qui arrivera en toute s&#233;curit&#233; en Allemagne mais qui, bien entendu, pourra tomber ici et l&#224; entre les mains de la police lors de sa diffusion en Allemagne, doit donc &#234;tre r&#233;dig&#233;e de mani&#232;re &#224; ce que son contenu ne fournisse pas &#224; ces derni&#232;res des armes qui pourraient &#234;tre utilis&#233;es contre la Ligue. Le Comit&#233; central se bornera donc, pour l'heure, aux remarques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, la ligue a ses principaux centres &#224; Cologne, Francfort-sur-le-Main, Hanau, Mayence, Wiesbaden, Hambourg, Schwerin, Berlin, Breslau, Liegnitz, Glogau, Leipzig, Nuremberg, Munich, Bamberg, Wurzburg, Stuttgart et Baden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes suivantes ont &#233;t&#233; choisies comme districts centraux : Hambourg pour le Schleswig-Holstein ; Schwerin pour le Mecklembourg ; Breslau pour la Sil&#233;sie ; Leipzig pour la Saxe et Berlin ; Nuremberg pour la Bavi&#232;re, Cologne pour la Rh&#233;nanie et la Westphalie. Les communes de G&#246;ttingen, Stuttgart et Bruxelles resteront pour l'instant en contact direct avec le Comit&#233; central, jusqu'&#224; ce qu'elles soient parvenues &#224; &#233;largir leur influence dans la mesure n&#233;cessaire pour former de nouveaux districts centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;cision ne sera prise sur la position de la Ligue &#224; Bade qu'apr&#232;s r&#233;ception du rapport de l'&#233;missaire envoy&#233; l&#224;-bas et en Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; existent des associations de paysans et d'ouvriers agricoles, comme dans le Schleswig-Holstein et le Mecklembourg, les membres de la Ligue ont r&#233;ussi &#224; exercer une influence directe sur elles et, dans certains cas, &#224; en obtenir un contr&#244;le total. Pour la plupart, les associations d'ouvriers et de travailleurs agricoles de Saxe, de Franconie, de Hesse et de Nassau sont &#233;galement sous la direction de la Ligue. Les membres les plus influents de la Fraternit&#233; ouvri&#232;re appartiennent &#233;galement &#224; la Ligue. Le Comit&#233; central veut faire remarquer &#224; toutes les communes et aux membres de la Ligue qu'il est de la plus haute importance de conqu&#233;rir partout une influence dans les associations ouvri&#232;res, sportives, paysannes et agricoles, etc. Il demande aux districts centraux et aux communes correspondant directement au Comit&#233; central de faire un rapport sp&#233;cial dans leurs lettres ult&#233;rieures sur ce qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;missaire en Allemagne, qui a re&#231;u un vote d'&#233;loge du Comit&#233; central pour son activit&#233;, n'a recrut&#233; partout dans la Ligue que les personnes les plus s&#251;res et a laiss&#233; l'expansion de la Ligue &#224; leurs connaissances locales les plus comp&#233;tentes. La possibilit&#233; de recruter des r&#233;volutionnaires convaincus d&#233;pendra de la situation locale. L&#224; o&#249; cela n'est pas possible, une deuxi&#232;me classe de membres de la Ligue doit &#234;tre cr&#233;&#233;e pour ceux qui sont fiables et qui font des r&#233;volutionnaires utiles mais qui ne comprennent pas encore toutes les implications communistes du mouvement actuel. Cette seconde classe, aupr&#232;s de laquelle l'association doit &#234;tre repr&#233;sent&#233;e comme une simple affaire locale ou r&#233;gionale, doit rester sous la direction continue des membres et des comit&#233;s actuels de la Ligue. Gr&#226;ce &#224; ces nouveaux contacts, l'influence de la Ligue sur les associations paysannes et sportives en particulier peut &#234;tre tr&#232;s fermement organis&#233;e. Les arrangements d&#233;taill&#233;s sont laiss&#233;s aux districts centraux ; le Comit&#233; central esp&#232;re &#233;galement recevoir le plus t&#244;t possible leurs rapports sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une commune a propos&#233; au Comit&#233; central de convoquer un congr&#232;s de la Ligue, en allemand m&#234;me. Les communes et les districts comprendront certainement que, dans les circonstances actuelles, m&#234;me les congr&#232;s r&#233;gionaux des districts centraux ne sont pas partout souhaitables et qu'un congr&#232;s g&#233;n&#233;ral de la Ligue est actuellement purement impossible. Toutefois, le Comit&#233; central convoquera un congr&#232;s de la Ligue communiste dans un lieu appropri&#233; d&#232;s que les circonstances le permettront. La Rh&#233;nanie et la Westphalie prussiennes ont r&#233;cemment re&#231;u la visite d'un &#233;missaire du district central de Cologne. Le rapport sur le r&#233;sultat de ce voyage n'est pas encore parvenu &#224; Cologne. Nous demandons &#224; tous les districts centraux d'envoyer des &#233;missaires similaires dans leurs r&#233;gions et de rendre compte de leurs succ&#232;s dans les plus brefs d&#233;lais. Signalons enfin qu'au Schleswig-Holstein, des contacts ont &#233;t&#233; &#233;tablis avec l'arm&#233;e : nous attendons toujours le rapport plus d&#233;taill&#233; sur l'influence que la Ligue peut esp&#233;rer y gagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
iii. Suisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de l'&#233;missaire est toujours attendu. il ne sera donc pas possible de fournir des informations plus pr&#233;cises avant la prochaine circulaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
iv. France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts avec les ouvriers allemands de Besan&#231;on et d'autres localit&#233;s du Jura seront r&#233;tablis depuis la Suisse. A Paris Ewerbeck, le Ligueur qui &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; la t&#234;te de la commune, a annonc&#233; sa d&#233;mission de la Ligue, car il consid&#232;re que ses activit&#233;s litt&#233;raires sont plus importantes. Les contacts sont donc momentan&#233;ment interrompus et doivent &#234;tre repris avec une prudence particuli&#232;re, car les Parisiens ont enr&#244;l&#233; un grand nombre de personnes absolument inaptes &#224; la Ligue et qui y &#233;taient m&#234;me directement oppos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
c.Angleterre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le district de Londres est le plus fort de toute la Ligue. Elle a acquis un cr&#233;dit particulier en couvrant &#224; elle seule les d&#233;penses de la Ligue pendant plusieurs ann&#233;es, notamment celles li&#233;es aux voyages des &#233;missaires de la Ligue. Elle a &#233;t&#233; r&#233;cemment renforc&#233;e par le recrutement de nouveaux &#233;l&#233;ments et elle continue de diriger ici l'Association &#233;ducative ouvri&#232;re allemande, ainsi que la section plus r&#233;solue des r&#233;fugi&#233;s allemands en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est en contact avec les partis r&#233;solument r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, anglais et hongrois par l'interm&#233;diaire de membres d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les partis impliqu&#233;s dans la r&#233;volution fran&#231;aise, c'est en particulier le v&#233;ritable parti prol&#233;tarien dirig&#233; par Blanqui qui nous a rejoint. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la soci&#233;t&#233; secr&#232;te blanquiste sont en contact r&#233;gulier et officiel avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue, &#224; qui ils ont confi&#233; d'importants travaux pr&#233;paratoires &#224; la prochaine r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de l'aile r&#233;volutionnaire des chartistes sont &#233;galement en contact r&#233;gulier et &#233;troit avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central. Leurs journaux sont mis &#224; notre disposition. La rupture entre ce parti ouvrier r&#233;volutionnaire et ind&#233;pendant et la faction dirig&#233;e par O'Connor, qui tend davantage vers une politique de r&#233;conciliation, a &#233;t&#233; consid&#233;rablement acc&#233;l&#233;r&#233;e par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est &#233;galement en contact avec la partie la plus progressiste des r&#233;fugi&#233;s hongrois. Ce parti est important car il comprend de nombreux excellents experts militaires, qui seraient &#224; la disposition de la Ligue en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central demande aux districts centraux de diffuser cette lettre parmi leurs membres dans les plus brefs d&#233;lais et de soumettre prochainement leurs propres rapports. Il exhorte tous les membres de la Ligue &#224; l'activit&#233; la plus intense, surtout maintenant que la situation est devenue si critique qu'il ne faudra pas longtemps avant qu'une nouvelle r&#233;volution n'&#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Engels&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur l'histoire de la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres&lt;br class='autobr' /&gt;
, 8 octobre 1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la condamnation des communistes de Cologne en 1852, le rideau tombe sur la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier ind&#233;pendant allemand. Aujourd'hui, cette p&#233;riode est presque oubli&#233;e. Il dura pourtant de 1836 &#224; 1852 et, avec la propagation des travailleurs allemands &#224; l'&#233;tranger, le mouvement se d&#233;veloppa dans presque tous les pays civilis&#233;s. Et ce n'est pas tout. Le mouvement ouvrier international actuel est en substance une continuation directe du mouvement ouvrier allemand de l'&#233;poque, qui fut le premier mouvement ouvrier international de tous les temps et qui donna naissance &#224; nombre de ceux qui prirent un r&#244;le dirigeant dans son mouvement. Association internationale des travailleurs. Et les principes th&#233;oriques que la Ligue communiste avait inscrits sur sa banni&#232;re dans le Manifeste du Parti communiste de 1847 constituent aujourd'hui le lien international le plus fort de tout le mouvement prol&#233;tarien d'Europe et d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, il n'existe qu'une seule source pour une histoire coh&#233;rente de ce mouvement. Il s'agit du soi-disant Livre noir, Les Conspirations communistes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle , de Wermuth et Stieber, Erline, en deux parties, 1853 et 1854. Cette compilation grossi&#232;re, h&#233;riss&#233;e de falsifications d&#233;lib&#233;r&#233;es, fabriqu&#233;e par deux des canailles de la police les plus m&#233;prisables. de notre si&#232;cle, sert encore aujourd'hui de source ultime pour tous les &#233;crits non communistes sur cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je puis donner ici n'est qu'une esquisse, et encore seulement en ce qui concerne la Soci&#233;t&#233; des Nations elle-m&#234;me ; seulement ce qui est absolument n&#233;cessaire pour comprendre les R&#233;v&#233;lations . J'esp&#232;re qu'un jour j'aurai l'occasion d'exploiter le riche mat&#233;riel rassembl&#233; par Marx et moi-m&#234;me sur l'histoire de cette p&#233;riode glorieuse de la jeunesse du mouvement ouvrier international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* En 1836, les &#233;l&#233;ments les plus extr&#233;mistes, principalement prol&#233;tariens, de la Ligue secr&#232;te d&#233;mocrate-r&#233;publicaine des hors-la-loi, fond&#233;e en 1834 par des r&#233;fugi&#233;s allemands &#224; Paris, se s&#233;par&#232;rent et form&#232;rent la nouvelle Ligue secr&#232;te des Justes. La Ligue m&#232;re, dans laquelle il ne restait que des &#233;l&#233;ments endormis &#224; la Jakobus Venedey, s'endormit bient&#244;t compl&#232;tement ; Lorsqu'en 1840 la police flairait quelques quartiers en Allemagne, elle n'&#233;tait plus que l'ombre d'elle-m&#234;me. La nouvelle Ligue, au contraire, se d&#233;veloppa relativement rapidement. &#192; l'origine, il s'agissait d'une exception allemande du communisme ouvrier fran&#231;ais, rappelant le babouvisme et prenant forme &#224; Paris &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque ; la communaut&#233; des biens &#233;tait exig&#233;e comme la cons&#233;quence n&#233;cessaire de &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;. Les objectifs &#233;taient ceux des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes parisiennes de l'&#233;poque : moiti&#233; association de propagande, moiti&#233; complot, Paris &#233;tant cependant toujours consid&#233;r&#233; comme le point central de l'action r&#233;volutionnaire, m&#234;me si la pr&#233;paration de putschs occasionnels en Allemagne n'&#233;tait nullement exclue. Mais comme Paris restait le champ de bataille d&#233;cisif, la Ligue n'&#233;tait alors en r&#233;alit&#233; que la branche allemande des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes fran&#231;aises, notamment la Soci&#233;t&#233; des saisons dirig&#233;e par Blanqui et Barbes, avec laquelle &#233;taient entretenues des relations &#233;troites. Les Fran&#231;ais entrent en action le 12 mai 1839 ; les sections de la Ligue march&#232;rent avec eux et furent ainsi impliqu&#233;es dans la d&#233;faite commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les Allemands arr&#234;t&#233;s se trouvaient Karl Schapper et Heinrich Bauer ; Le gouvernement de Louis Philippe se contente de les expulser apr&#232;s un assez long emprisonnement. Tous deux sont all&#233;s &#224; Londres. Schapper &#233;tait originaire de Weilburg &#224; Nassau et, alors qu'il &#233;tudiait en foresterie &#224; Giessen en 1832, il &#233;tait membre de la conspiration organis&#233;e par Georg Buchner ; il participa &#224; la prise du commissariat de Francfort le 3 avril 1833, s'enfuit &#224; l'&#233;tranger et rejoignit en f&#233;vrier 1834 la marche de Mazzini sur la Savoie. De stature gigantesque, r&#233;solu et &#233;nergique, toujours pr&#234;t &#224; risquer l'existence et la vie civiles, il &#233;tait un mod&#232;le du r&#233;volutionnaire professionnel qui joua un r&#244;le important dans les ann&#233;es trente. Malgr&#233; une certaine lenteur de pens&#233;e, il n'&#233;tait en aucun cas incapable d'une compr&#233;hension th&#233;orique profonde, comme le prouve son &#233;volution de &#171; d&#233;magogue &#187; &#224; communiste, et il s'en tenait alors d'autant plus rigidement &#224; ce qu'il &#233;tait parvenu &#224; reconna&#238;tre. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que sa passion r&#233;volutionnaire a parfois pris le dessus sur la compr&#233;hension, mais il s'est toujours rendu compte ensuite de son erreur et l'a ouvertement reconnu. Il &#233;tait pleinement un homme et ce qu'il a fait pour la fondation du mouvement ouvrier allemand ne sera pas oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heinrich Bauer, originaire de Franconie, &#233;tait cordonnier ; un petit gar&#231;on vif, alerte et plein d'esprit, dont le petit corps contenait cependant aussi beaucoup d'astuce et de d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Londres, o&#249; Schapper, qui avait &#233;t&#233; compositeur &#224; Paris, tentait d&#233;sormais de gagner sa vie comme professeur de langues, ils se mirent tous deux &#224; l'&#339;uvre pour rassembler les fils bris&#233;s et firent de Londres le centre de la Ligue. Ils ont &#233;t&#233; rejoints ici, sinon d&#233;j&#224; plus t&#244;t &#224; Paris, par Joseph Moll, un horloger de Cologne, un Hercule de taille moyenne &#8211; combien de fois Schapper et lui ont-ils d&#233;fendu victorieusement l'entr&#233;e d'une salle contre des centaines d'adversaires qui se pr&#233;cipitaient ! &#8212; un homme qui &#233;tait au moins &#233;gal &#224; ses deux camarades en &#233;nergie et en d&#233;termination, et intellectuellement sup&#233;rieur &#224; tous deux. Non seulement il &#233;tait un diplomate n&#233;, comme le prouve le succ&#232;s de ses nombreux voyages dans le cadre de diverses missions ; il &#233;tait &#233;galement plus capable de perspicacit&#233; th&#233;orique. Je les ai connus tous les trois &#224; Londres en 1843. Ce furent les premiers prol&#233;taires r&#233;volutionnaires que j'ai rencontr&#233;s, et aussi &#233;loign&#233;s que soient nos points de vue &#224; cette &#233;poque - car j'admettais toujours, contre leur communisme &#233;galitaire et born&#233; [par &#233;galitaire Communisme Je comprends, comme je l'ai dit, seulement ce communisme qui se fonde exclusivement ou principalement sur la revendication de l'&#233;galit&#233;], qui fait du bien d'une arrogance philosophique tout aussi born&#233;e - je n'oublierai jamais la profonde impression que ces trois hommes r&#233;els m'ont fait , qui voulait alors seulement devenir un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Londres, comme dans une moindre mesure en Suisse, ils b&#233;n&#233;ficiaient des libert&#233;s d'association et de r&#233;union. D&#232;s le 7 f&#233;vrier 1840, l'Association allemande pour l'&#233;ducation ouvri&#232;re, fonctionnant l&#233;galement et qui existe toujours, fut fond&#233;e. Cette Association servait &#224; la Ligue de terrain de recrutement pour de nouveaux membres, et comme, comme toujours, les communistes &#233;taient les membres les plus actifs et les plus intelligents de l'Association, il allait de soi que sa direction reposait enti&#232;rement entre les mains de la Ligue. La Ligue eut bient&#244;t plusieurs communaut&#233;s, ou, comme on les appelait encore alors, &#171; loges &#187;, &#224; Londres. Les m&#234;mes tactiques &#233;videntes ont &#233;t&#233; suivies en Suisse et ailleurs. L&#224; o&#249; des associations de travailleurs pouvaient &#234;tre fond&#233;es, elles &#233;taient utilis&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re. L&#224; o&#249; cela &#233;tait interdit par la loi, on rejoignait des chorales, des clubs sportifs, etc. Les connexions &#233;taient dans une large mesure entretenues par les membres qui voyageaient continuellement d'avant en arri&#232;re ; ils servaient &#233;galement, lorsque cela &#233;tait n&#233;cessaire, d'&#233;missaires. Dans les deux cas, la Ligue obtint un vif soutien gr&#226;ce &#224; la sagesse des gouvernements qui, en recourant &#224; la d&#233;portation, transform&#232;rent en &#233;missaire tout ouvrier r&#233;pr&#233;hensible &#8212; et dans neuf cas sur dix, il &#233;tait membre de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tendue de la diffusion de la Ligue restaur&#233;e &#233;tait consid&#233;rable. Notamment en Suisse, Weitling, August Becker (un homme tr&#232;s dou&#233; qui, cependant, comme tant d'Allemands, a connu un &#233;chec en raison d'une instabilit&#233; inn&#233;e de caract&#232;re) et d'autres ont cr&#233;&#233; une organisation forte plus ou moins attach&#233;e au syst&#232;me communiste de Weitling. Ce n'est pas le lieu de critiquer le communisme de Weitling. Mais en ce qui concerne sa signification en tant que premier mouvement th&#233;orique ind&#233;pendant du prol&#233;tariat allemand, je souscris encore aujourd'hui aux paroles de Marx dans le Vorwarts de Paris de 1844 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; O&#249; la bourgeoisie (allemande) &#8211; y compris ses philosophes et ses scribes &#233;rudits &#8211; pourrait-elle citer un ouvrage relatif &#224; l'&#233;mancipation de la bourgeoisie &#8211; son &#233;mancipation politique &#8211; comparable aux Garanties d'harmonie et de libert&#233; de Weitlings ? Si l'on compare la m&#233;diocrit&#233; terne et farfelue de la litt&#233;rature politique allemande avec ces d&#233;buts incommensurables et brillants des ouvriers allemands, si l'on compare ces gigantesques chaussures d'enfant du prol&#233;tariat avec les proportions naines des spectacles politiques &#233;puis&#233;s de la bourgeoisie, on Je dois proph&#233;tiser une silhouette d'athl&#232;te pour cette Cendrillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure de cet athl&#232;te se pr&#233;sente aujourd'hui &#224; nous, bien qu'elle soit encore loin d'&#234;tre pleinement d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses sections existaient &#233;galement en Allemagne ; dans la nature des choses, ils &#233;taient d'un caract&#232;re passager, mais ceux qui naissaient compensaient largement ceux qui disparaissaient. Ce n'est qu'au bout de sept ans, &#224; la fin de 1846, que la police d&#233;couvrit des traces de la Ligue &#224; Berlin (Mentel) et &#224; Magdebourg (Beck), sans pouvoir les suivre plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, Weitling, qui s'y trouvait encore en 1840, rassembla &#233;galement les &#233;l&#233;ments &#233;pars avant de partir pour la Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tailleurs constituaient la force centrale de la Ligue. Les tailleurs allemands &#233;taient partout : en Suisse, &#224; Londres, &#224; Paris. Dans cette derni&#232;re ville, l'allemand &#233;tait tellement la langue dominante dans ce commerce que j'y ai connu en 1846 un tailleur norv&#233;gien qui avait voyag&#233; directement par mer de Trondhjem en France et, en l'espace de dix-huit mois, n'avait presque pas appris un mot. de fran&#231;ais mais avait acquis une excellente connaissance de l'allemand. Deux des communaut&#233;s parisiennes en 1847 &#233;taient majoritairement compos&#233;es de tailleurs, une d'&#233;b&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que le centre de gravit&#233; se soit d&#233;plac&#233; de Paris vers Londres, un fait nouveau est apparu : d'allemande, la Ligue est progressivement devenue internationale . Dans la soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re, on trouvait, outre les Allemands et les Suisses, des membres de toutes les nationalit&#233;s pour lesquelles l'allemand constituait le principal moyen de communication avec les &#233;trangers, notamment les Scandinaves, les Hollandais, les Hongrois, les Tch&#232;ques, les Slaves du Sud, mais aussi des Russes et des Alsaciens. En 1847, parmi les habitu&#233;s figurait un grenadier britannique de la Garde en uniforme. La soci&#233;t&#233; s'appela bient&#244;t Association d'&#233;ducation ouvri&#232;re communiste et les cartes de membres portaient l'inscription &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, dans au moins vingt langues, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas sans erreurs ici et l&#224;. Comme l'Association ouverte, la Ligue secr&#232;te prit bient&#244;t un caract&#232;re plus international ; d'abord dans un sens restreint, pratiquement &#224; travers les diverses nationalit&#233;s de ses membres, th&#233;oriquement &#224; travers la prise de conscience que toute r&#233;volution pour &#234;tre victorieuse doit &#234;tre europ&#233;enne. On n'allait pas encore plus loin ; mais les fondations &#233;taient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des liens &#233;troits furent entretenus avec les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais par l'interm&#233;diaire des r&#233;fugi&#233;s londoniens, compagnons d'armes du 12 mai 1839. De m&#234;me avec les Polonais les plus radicaux. Les &#233;migr&#233;s polonais officiels, tout comme Mazzini, &#233;taient, bien entendu, des adversaires plut&#244;t que des alli&#233;s. Les chartistes anglais, en raison du caract&#232;re sp&#233;cifiquement anglais de leur mouvement, furent consid&#233;r&#233;s comme non r&#233;volutionnaires. Les dirigeants londoniens de la Ligue ne prirent contact avec eux que plus tard, par mon interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres mani&#232;res &#233;galement, le caract&#232;re de la Ligue avait chang&#233; avec les &#233;v&#233;nements. M&#234;me si Paris &#233;tait encore &#8212; et &#224; cette &#233;poque &#224; juste titre &#8212; consid&#233;r&#233;e comme la ville m&#232;re de la r&#233;volution, on &#233;tait n&#233;anmoins sortie de l'&#233;tat de d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des conspirateurs parisiens. La propagation de la Ligue a accru sa conscience de soi. On sentait que des racines s'enracinaient de plus en plus dans la classe ouvri&#232;re allemande et que ces travailleurs allemands &#233;taient historiquement appel&#233;s &#224; &#234;tre les porte-drapeaux des travailleurs du Nord et de l'Est de l'Europe. Il y avait en Weitling un th&#233;oricien communiste qui pouvait &#234;tre hardiment plac&#233; aux c&#244;t&#233;s de ses rivaux fran&#231;ais contemporains. Enfin, l'exp&#233;rience du 12 mai nous avait appris que pour l'instant il n'y avait rien &#224; gagner &#224; des tentatives de putsch . Et si l'on continuait &#224; expliquer chaque &#233;v&#233;nement comme le signe de l'approche de la temp&#234;te, si l'on conservait intactes les anciennes r&#232;gles semi-conspiratrices, c'&#233;tait principalement la faute du vieux d&#233;fi r&#233;volutionnaire, qui avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se heurter aux sonneurs. des opinions qui gagnaient du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la doctrine sociale de la Ligue, si impr&#233;cise qu'elle f&#251;t, contenait un tr&#232;s grand d&#233;faut, mais qui avait ses racines dans les conditions elles-m&#234;mes. Les membres, dans la mesure o&#249; ils &#233;taient ouvriers, &#233;taient presque exclusivement des artisans. M&#234;me dans les grandes m&#233;tropoles, celui qui les exploitait n'&#233;tait g&#233;n&#233;ralement qu'un petit ma&#238;tre. L'exploitation &#224; grande &#233;chelle de la couture, ce qu'on appelle aujourd'hui la fabrication de v&#234;tements de confection, par la transformation de la couture artisanale en une industrie nationale travaillant pour un grand capitaliste, n'en &#233;tait alors qu'&#224; ses d&#233;buts, m&#234;me &#224; Londres. D'une part, l'exploitant de ces artisans &#233;tait un petit ma&#238;tre ; d'un autre c&#244;t&#233;, ils esp&#233;raient tous devenir eux-m&#234;mes de petits ma&#238;tres. En outre, une masse de notions h&#233;rit&#233;es des corporations s'accrochaient encore &#224; l'artisan allemand &#224; cette &#233;poque. Le plus grand honneur leur est d&#251;, dans la mesure o&#249; eux, qui n'&#233;taient pas encore eux-m&#234;mes des prol&#233;taires &#224; part enti&#232;re mais seulement un appendice de la petite bourgeoisie, un appendice qui passait dans le prol&#233;tariat moderne et qui ne s'opposait pas encore directement &#224; la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire au grand capital, dans la mesure o&#249; ces artisans &#233;taient capables d'anticiper instinctivement leur d&#233;veloppement futur et de constituer, m&#234;me s'ils ne l'&#233;taient pas encore en pleine conscience, le parti du prol&#233;tariat. Mais il &#233;tait &#233;galement in&#233;vitable que leurs vieux pr&#233;jug&#233;s artisanaux soient pour eux une pierre d'achoppement &#224; chaque instant, lorsqu'il s'agissait de critiquer en d&#233;tail la soci&#233;t&#233; existante, c'est-&#224;-dire d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques. Et je ne crois pas qu'&#224; cette &#233;poque, dans toute la Soci&#233;t&#233; des Nations, un seul homme ait jamais lu un livre d'&#233;conomie politique. Mais cela importait peu ; pour l'instant, &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;, la &#171; fraternit&#233; &#187; et la &#171; justice &#187; les aident &#224; surmonter tous les obstacles th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; celui de la Ligue et de Weitling, un second communisme, essentiellement diff&#233;rent, se d&#233;veloppait. Lors de mon s&#233;jour &#224; Manchester, je me suis rendu compte de mani&#232;re tangible que les faits &#233;conomiques, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent n'ont jou&#233; aucun r&#244;le ou seulement un r&#244;le m&#233;prisable dans l'&#233;criture de l'histoire, constituent, du moins dans le monde moderne, une force historique d&#233;cisive ; qu'ils constituent la base de l'origine des antagonismes de classe actuels ; que ces antagonismes de classes, dans les pays o&#249; ils se sont pleinement d&#233;velopp&#233;s gr&#226;ce &#224; la grande industrie, donc notamment en Angleterre, sont &#224; leur tour la base de la formation des partis politiques et des luttes de partis, et donc de toute l'histoire politique . Marx non seulement &#233;tait parvenu au m&#234;me point de vue, mais l'avait d&#233;j&#224; g&#233;n&#233;ralis&#233; dans le Deutsche-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher (1844) en ce sens que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas du tout l'&#201;tat qui conditionne et r&#233;gule la soci&#233;t&#233; civile, mais la soci&#233;t&#233; civile qui conditionne et r&#233;gule l'&#201;tat et, par cons&#233;quent, cette politique et son histoire doivent s'expliquer &#224; partir des relations &#233;conomiques et de leur d&#233;veloppement, et non l'inverse. Lorsque j'ai rendu visite &#224; Marx &#224; Paris au cours de l'&#233;t&#233; 1844, notre accord complet dans tous les domaines th&#233;oriques est devenu &#233;vident et notre travail commun date de cette &#233;poque. Lorsque, au printemps 1845, nous nous retrouv&#226;mes &#224; Bruxelles, Marx avait d&#233;j&#224; pleinement d&#233;velopp&#233; sa th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'histoire dans ses principales caract&#233;ristiques sur la base mentionn&#233;e ci-dessus et nous nous appliqu&#226;mes maintenant &#224; l'&#233;laboration d&#233;taill&#233;e du mode de pens&#233;e nouvellement acquis. perspectives dans les directions les plus diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;couverte, qui a r&#233;volutionn&#233; la science de l'histoire et, comme nous l'avons vu, est essentiellement l'&#339;uvre de Marx &#8212; d&#233;couverte dans laquelle je ne peux revendiquer pour moi qu'une part tr&#232;s insignifiante &#8212; &#233;tait cependant d'une importance imm&#233;diate pour les travailleurs contemporains. mouvement. Le communisme chez les Fran&#231;ais et les Allemands, le chartisme chez les Anglais n'apparaissent plus comme quelque chose de fortuit qui aurait tout aussi bien pu ne pas se produire. Ces mouvements se pr&#233;sentaient d&#233;sormais comme un mouvement de la classe opprim&#233;e moderne, le prol&#233;tariat, comme les formes plus ou moins d&#233;velopp&#233;es de sa lutte historiquement n&#233;cessaire contre la classe dirigeante, la bourgeoisie ; en tant que formes de la lutte des classes, mais qui se distinguent de toutes les luttes de classes ant&#233;rieures par cette seule chose : la classe opprim&#233;e actuelle, le prol&#233;tariat, ne peut pas parvenir &#224; son &#233;mancipation sans en m&#234;me temps &#233;manciper la soci&#233;t&#233; dans son ensemble de la division en classes et, par cons&#233;quent, , des luttes de classes. Et le communisme ne signifiait plus la cr&#233;ation, au moyen de l'imagination, d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale aussi parfaite que possible, mais la compr&#233;hension de la nature, des conditions et des objectifs g&#233;n&#233;raux qui en d&#233;coulaient, de la lutte men&#233;e par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous n'&#233;tions nullement d'avis que les nouveaux r&#233;sultats scientifiques devaient &#234;tre confi&#233;s, dans de grands volumes, exclusivement au monde &#171; savant &#187;. Bien au contraire. Nous &#233;tions tous deux d&#233;j&#224; profond&#233;ment impliqu&#233;s dans le mouvement politique et poss&#233;dons une certaine audience dans le monde instruit, notamment en Allemagne occidentale, ainsi que de nombreux contacts avec le prol&#233;tariat organis&#233;. Il &#233;tait de notre devoir de fournir une base scientifique &#224; notre vision, mais il &#233;tait tout aussi important pour nous de gagner &#224; notre conviction le prol&#233;tariat europ&#233;en et en premier lieu le prol&#233;tariat allemand. D&#232;s que nous &#233;tions devenus clairs dans notre esprit, nous nous sommes mis &#224; la t&#226;che. Nous avons fond&#233; une soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re allemande &#224; Bruxelles et repris la Deutsche Br&#252;sseler Zeitung , qui nous a servi d'organe jusqu'&#224; la r&#233;volution de F&#233;vrier. Nous sommes rest&#233;s en contact avec la section r&#233;volutionnaire des chartistes anglais par l'interm&#233;diaire de Julian Harney, r&#233;dacteur en chef de l'organe central du mouvement, The Northern Star , auquel j'ai contribu&#233;. Nous sommes &#233;galement entr&#233;s dans une sorte de cartel avec les d&#233;mocrates bruxellois (Marx &#233;tait vice-pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique) et avec les sociaux-d&#233;mocrates fran&#231;ais de la R&#233;forme , que je fournissais des nouvelles des mouvements anglais et allemand. Bref, nos relations avec les organisations radicales et prol&#233;tariennes et les organes de presse &#233;taient tout &#224; fait ce qu'on pouvait souhaiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos relations avec la Ligue des Justes &#233;taient les suivantes : L'existence de la Ligue nous &#233;tait &#233;videmment connue ; en 1843, Schapper m'avait propos&#233; d'y adh&#233;rer, ce que je refusais naturellement &#224; cette &#233;poque. Mais non seulement nous entretenions une correspondance continue avec les Londoniens, mais nous restions encore plus proches du Dr Ewerbeck, alors chef des communaut&#233;s parisiennes. Sans entrer dans les affaires int&#233;rieures de la Ligue, nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s de tous les &#233;v&#233;nements importants. D'un autre c&#244;t&#233;, nous avons influenc&#233; les vues th&#233;oriques des membres les plus importants de la Ligue par la parole, par la lettre et par la presse. Nous avons &#233;galement r&#233;alis&#233; &#224; cet effet diverses circulaires lithographi&#233;es, que nous envoyions &#224; nos amis et correspondants dans le monde entier, &#224; des occasions particuli&#232;res, lorsqu'il s'agissait des affaires int&#233;rieures du Parti communiste en voie de formation. Dans ces cas-l&#224;, la Ligue elle-m&#234;me &#233;tait parfois mise en cause. Ainsi, un jeune &#233;tudiant westphalien, Hermann Kriege, parti en Am&#233;rique, s'y pr&#233;senta comme &#233;missaire de la Ligue et s'associa au fou Harro Harring dans le but d'utiliser la Ligue pour bouleverser l'Am&#233;rique du Sud. Il a fond&#233; un journal dans lequel, au nom de la Ligue, il pr&#234;chait un communisme extravagant d'amour r&#234;v&#233;, bas&#233; sur &#171; l'amour &#187; et d&#233;bordant d'amour. Contre cela nous avons lanc&#233; une circulaire qui n'a pas manqu&#233; de son effet. Kriege a disparu de la sc&#232;ne de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, Weitling vint &#224; Bruxelles. Mais il n'&#233;tait plus le jeune compagnon tailleur na&#239;f qui, &#233;tonn&#233; par ses propres talents, essayait de clarifier dans son esprit &#224; quoi ressemblerait une soci&#233;t&#233; communiste. Il &#233;tait d&#233;sormais le grand homme, pers&#233;cut&#233; par les environs &#224; cause de sa sup&#233;riorit&#233;, qui flairait partout des rivaux, des ennemis secrets et des pi&#232;ges - le proph&#232;te, chass&#233; de pays en pays, qui portait toute faite la recette pour la r&#233;alisation du paradis sur terre. dans sa poche, et qui l'&#233;tait &#233;tait poss&#233;d&#233; par l'id&#233;e que tout le monde avait l'intention de le lui voler. Il s'&#233;tait d&#233;j&#224; brouill&#233; avec les membres de la Ligue &#224; Londres ; et &#224; Bruxelles, o&#249; Marx et sa femme l'accueillaient avec une patience presque surhumaine, il ne pouvait s'entendre avec personne non plus. Peu apr&#232;s, il se rendit en Am&#233;rique pour y essayer son r&#244;le de proph&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces circonstances contribu&#232;rent &#224; la r&#233;volution tranquille qui s'op&#233;rait dans la Ligue, et surtout parmi les dirigeants de Londres. L'insuffisance de la conception ant&#233;rieure du communisme, aussi bien le simple communisme &#233;galitaire fran&#231;ais que celle de Weitling, leur devint de plus en plus &#233;vidente. En remontant le communisme au christianisme primitif introduit par Weitling &#8212; si brillants soient certains passages de son &#201;vangile des pauvres p&#233;cheurs &#8212;, on avait abouti &#224; ce que le mouvement en Suisse soit en grande partie entre les mains, d'abord d'imb&#233;ciles comme Albrecht, puis d'exploiter de faux proph&#232;tes comme Kuhlmann. Le &#171; vrai socialisme &#187; &#233;voqu&#233; par quelques &#233;crivains litt&#233;raires &#8211; une traduction de la phras&#233;ologie socialiste fran&#231;aise en allemand h&#233;g&#233;lien corrompu et des r&#234;ves d'amour sentimentaux (voir la section sur l'allemand du &#171; vrai &#187; socialisme dans le Manifeste du Parti communiste &#8211; que Kriege et l'&#233;tude de la litt&#233;rature correspondante introduite dans la Ligue s'est vite av&#233;r&#233;e d&#233;go&#251;ter les vieux r&#233;volutionnaires de la Ligue, ne serait-ce qu'&#224; cause de sa faiblesse baveuse. Face au caract&#232;re intenable des vues th&#233;oriques ant&#233;rieures et aux aberrations pratiques qui en r&#233;sultaient, on s'est rendu compte davantage. et plus encore &#224; Londres que Marx et moi avions raison dans notre nouvelle th&#233;orie. Cette compr&#233;hension &#233;tait sans aucun doute favoris&#233;e par le fait que parmi les dirigeants londoniens se trouvaient d&#233;sormais deux hommes qui &#233;taient consid&#233;rablement sup&#233;rieurs &#224; ceux mentionn&#233;s pr&#233;c&#233;demment en termes de capacit&#233; de connaissances th&#233;oriques : le peintre miniature. Karl Pfander de Heilbronn et le tailleur Georg Eccarius de Thuringe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note en bas de page d'Engels : Pfander est d&#233;c&#233;d&#233; il y a environ huit ans &#224; Londres. c'&#233;tait un homme d'une intelligence particuli&#232;rement fine, spirituel, ironique et dialectique. Eccarius, comme nous le savons, fut ensuite pendant de nombreuses ann&#233;es secr&#233;taire du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association internationale des travailleurs, au sein duquel se trouvaient, entre autres, les anciens membres suivants de la Ligue : Eccarius, Pfander, Lessner, Lochner, Marx et moi. Eccarius se consacre ensuite exclusivement au mouvement syndical anglais.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de dire qu'au printemps 1847, Moll rendit visite &#224; Marx &#224; Bruxelles et imm&#233;diatement apr&#232;s &#224; moi &#224; Paris et nous invita &#224; plusieurs reprises, au nom de ses camarades, &#224; adh&#233;rer &#224; la Ligue. Il rapporta qu'ils &#233;taient autant convaincus de la justesse g&#233;n&#233;rale de notre fa&#231;on de voir les choses que de la n&#233;cessit&#233; de lib&#233;rer la Ligue des vieilles traditions et formes conspiratrices. Si nous entrions, nous aurions l'occasion d'exposer notre communisme critique devant un congr&#232;s de la Ligue dans un manifeste, qui serait ensuite publi&#233; comme manifeste de la Ligue ; nous pourrions &#233;galement contribuer, avec notre part, au remplacement de l'organisation obsol&#232;te de la Ligue par une organisation conforme aux temps et aux objectifs nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne doutions pas qu'une organisation au sein de la classe ouvri&#232;re allemande &#233;tait n&#233;cessaire, ne serait-ce qu'&#224; des fins de propagande, et que cette organisation, dans la mesure o&#249; elle n'aurait pas un caract&#232;re simplement local, ne pourrait &#234;tre qu'une organisation secr&#232;te, m&#234;me en dehors de l'Allemagne. Or, une telle organisation existait d&#233;j&#224;, sous la forme de la Ligue. Ce &#224; quoi nous nous opposions auparavant dans cette Ligue est d&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme erron&#233; par les repr&#233;sentants de la Ligue eux-m&#234;mes ; nous f&#251;mes m&#234;me invit&#233;s &#224; collaborer aux travaux de r&#233;organisation. Pouvons-nous dire non ? Certainement pas. Nous sommes donc entr&#233;s dans la Ligue ; Marx a fond&#233; une communaut&#233; de la Ligue &#224; Bruxelles parmi nos amis proches, tandis que j'ai fr&#233;quent&#233; les trois communaut&#233;s de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1847, eut lieu &#224; Londres le premier congr&#232;s de la Ligue, au cours duquel W. Wolff repr&#233;sentait les communaut&#233;s de Bruxelles et moi celle de Paris. Lors de ce congr&#232;s, la r&#233;organisation de la Ligue fut d'abord r&#233;alis&#233;e. Ce qui restait des vieux noms mystiques remontant &#224; la p&#233;riode conspiratrice &#233;tait d&#233;sormais aboli ; la Ligue se compose d&#233;sormais de communaut&#233;s, de cercles, de cercles dirigeants, d'un Comit&#233; central et d'un Congr&#232;s, et s'appelle d&#233;sormais la &#171; Ligue communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le but de la Ligue est le renversement de la bourgeoisie, la domination du prol&#233;tariat, l'abolition de l'ancienne soci&#233;t&#233; bourgeoise bas&#233;e sur les antagonismes de classes et la fondation d'une nouvelle soci&#233;t&#233; sans classes et sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; ainsi a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le premier article. L'organisation elle-m&#234;me &#233;tait totalement d&#233;mocratique, avec des conseils d'administration &#233;lectifs et toujours r&#233;vocables. Cela seul a emp&#234;ch&#233; toute vell&#233;it&#233; de conspiration, qui exige une dictature, et la Soci&#233;t&#233; des Nations s'est transform&#233;e &#8211; du moins en temps de paix ordinaire &#8211; en une pure soci&#233;t&#233; de propagande. Ces nouvelles R&#232;gles furent soumises &#224; la discussion des communaut&#233;s &#8212; tant la proc&#233;dure &#233;tait d&#233;sormais d&#233;mocratique &#8212; puis de nouveau d&#233;battues au IIe Congr&#232;s et finalement adopt&#233;es par celui-ci le 8 d&#233;cembre 1847. On les retrouve r&#233;imprim&#233;es dans Wermuth et Stieber, vol.I, p.239, Annexe X.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Deuxi&#232;me Congr&#232;s a eu lieu fin novembre et d&#233;but d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e. Marx &#233;tait &#233;galement pr&#233;sent &#224; cette occasion et exposa la nouvelle th&#233;orie au cours d'un d&#233;bat assez long &#8211; le congr&#232;s dura au moins dix jours. Toutes les contradictions et tous les doutes ont finalement &#233;t&#233; lev&#233;s, les nouveaux principes fondamentaux ont &#233;t&#233; adopt&#233;s &#224; l'unanimit&#233; et Marx et moi avons &#233;t&#233; charg&#233;s de r&#233;diger le Manifeste. Cela a &#233;t&#233; fait imm&#233;diatement apr&#232;s. Quelques semaines avant la R&#233;volution de F&#233;vrier, il fut envoy&#233; &#224; Londres pour &#234;tre imprim&#233;. Depuis lors, il a fait le tour du monde, a &#233;t&#233; traduit dans presque toutes les langues et sert encore aujourd'hui dans de nombreux pays de guide pour le mouvement prol&#233;tarien. &#192; la place de l'ancienne devise de la Ligue, &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, est apparu le nouveau cri de guerre : &#171; Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! &#187; qui proclamait ouvertement le caract&#232;re international de la lutte. Dix-sept ans plus tard, ce cri de guerre r&#233;sonnait dans le monde entier comme le mot d'ordre de l'Association internationale des travailleurs, et aujourd'hui le prol&#233;tariat militant de tous les pays l'a inscrit dans son &#233;tendard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution de F&#233;vrier &#233;clate. Le Comit&#233; central de Londres, qui fonctionnait jusqu'&#224; pr&#233;sent, a imm&#233;diatement transf&#233;r&#233; ses pouvoirs au cercle dirigeant de Bruxelles. Mais cette d&#233;cision intervient &#224; un moment o&#249; un v&#233;ritable &#233;tat de si&#232;ge existait d&#233;j&#224; &#224; Bruxelles et o&#249; les Allemands notamment ne pouvaient plus se rassembler nulle part. Nous &#233;tions tous sur le point d'aller &#224; Paris, et le nouveau Comit&#233; central d&#233;cida donc de se dissoudre &#233;galement, de remettre tous ses pouvoirs &#224; Marx et de lui donner imm&#233;diatement le pouvoir de constituer un nouveau Comit&#233; central &#224; Paris. A peine les cinq personnes qui adopt&#232;rent cette d&#233;cision (3 mars 1848) furent-elles s&#233;par&#233;es, que la police p&#233;n&#233;tra de force dans la maison de Marx, l'arr&#234;ta et l'obligea &#224; partir le lendemain pour la France, l&#224; o&#249; il souhaitait se rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, nous nous sommes bient&#244;t tous retrouv&#233;s. L&#224;, le document suivant fut r&#233;dig&#233; et sign&#233; par tous les membres du nouveau Comit&#233; central. Il a &#233;t&#233; distribu&#233; dans toute l'Allemagne et beaucoup peuvent encore en tirer des le&#231;ons aujourd'hui :&lt;br class='autobr' /&gt;
Exigences du Parti communiste en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Allemagne tout enti&#232;re sera d&#233;clar&#233;e une seule r&#233;publique indivisible.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sentants du peuple seront pay&#233;s de mani&#232;re &#224; ce que les travailleurs puissent eux aussi si&#233;ger au Parlement du peuple allemand.&lt;br class='autobr' /&gt; Armement universel du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt; Les domaines des princes et autres domaines f&#233;odaux, toutes mines, carri&#232;res, etc., seront transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat. Sur ces domaines, l'agriculture doit &#234;tre men&#233;e &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle et avec les moyens scientifiques les plus modernes pour le b&#233;n&#233;fice de toute la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Les hypoth&#232;ques sur les propri&#233;t&#233;s paysannes seront d&#233;clar&#233;es propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat ; les int&#233;r&#234;ts de ces hypoth&#232;ques seront pay&#233;s par les paysans &#224; l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les districts o&#249; le fermage est d&#233;velopp&#233;, le fermage ou la redevance agricole sont vers&#233;s &#224; l'&#201;tat &#224; titre d'imp&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt; Tous les moyens de transport : chemin de fer, canaux, bateaux &#224; vapeur, routes, poste, etc., seront pris en charge par l'Etat. Ils doivent &#234;tre transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et mis gratuitement &#224; la disposition de la classe des non-poss&#233;dants.&lt;br class='autobr' /&gt; Limitation du droit de succession.&lt;br class='autobr' /&gt; Introduction d'une fiscalit&#233; progressive et graduelle et suppression des taxes sur les biens de consommation.&lt;br class='autobr' /&gt; Mise en place d'ateliers nationaux. L'&#201;tat doit garantir un revenu &#224; tous les travailleurs et subvenir aux besoins de ceux qui ne sont pas en mesure de travailler.&lt;br class='autobr' /&gt; Enseignement &#233;l&#233;mentaire universel et gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat allemand, de la petite bourgeoisie et de la paysannerie d'&#339;uvrer avec toute l'&#233;nergie possible &#224; la mise en &#339;uvre des mesures ci-dessus. Car ce n'est que par leur &#233;ducation que les millions d'Allemands, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont &#233;t&#233; exploit&#233;s par un petit nombre de personnes et que l'on s'efforce de maintenir dans une suj&#233;tion toujours plus grande, pourront obtenir leurs droits et le pouvoir qui leur sont dus en tant que producteurs d'&#233;nergie. toute richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; : Karl Marx, Karl Schapper, H. Bauer, F. Engels, J. Moll, W. Wolff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, l'engouement pour les l&#233;gions r&#233;volutionnaires pr&#233;vaut &#224; Paris. Espagnols, Italiens, Belges, N&#233;erlandais, Polonais et Allemands se sont rassembl&#233;s en foule pour lib&#233;rer leurs patries respectives. La l&#233;gion allemande &#233;tait dirig&#233;e par Herwegh, Bornsted, Bornstein. Etant donn&#233; qu'au lendemain de la r&#233;volution tous les travailleurs &#233;trangers non seulement perdirent leur emploi mais furent en outre harcel&#233;s par le public, l'afflux dans ces l&#233;gions fut tr&#232;s grand. le nouveau gouvernement vit en eux un moyen de se d&#233;barrasser des travailleurs &#233;trangers et leur accorda l'&#233;tape du soldat , c'est-&#224;-dire un logement le long de leur ligne de marche et une indemnit&#233; de marche de 50 centimes par jour jusqu'&#224; la fronti&#232;re, apr&#232;s quoi l'&#233;loquent Lamartine , le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, si &#233;mu aux larmes, a rapidement trouv&#233; l'occasion de les trahir aupr&#232;s de leurs gouvernements respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes oppos&#233;s de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; ce jeu avec la r&#233;volution. Mener une invasion, qui consistait &#224; importer par la force la r&#233;volution de l'ext&#233;rieur, au milieu de la fermentation qui se d&#233;roulait alors en Allemagne, signifiait saper la r&#233;volution en Allemagne elle-m&#234;me, renforcer les gouvernements et d&#233;livrer les l&#233;gionnaires - Lamartine le garantissait. &#8212; sans d&#233;fense entre les mains des troupes allemandes. Lorsque par la suite la r&#233;volution fut victorieuse &#224; Vienne et &#224; Berlin, la l&#233;gion devint encore plus inutile ; mais une fois commenc&#233;, le jeu continuait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fond&#233; un club communiste allemand, dans lequel nous avons conseill&#233; aux ouvriers de se tenir &#224; l'&#233;cart de la l&#233;gion et de rentrer seuls chez eux et d'y travailler pour le mouvement. Notre vieil ami Flocon, qui si&#233;geait au Gouvernement Provisoire, obtint pour les ouvriers envoy&#233;s par nous les m&#234;mes facilit&#233;s de voyage que celles accord&#233;es aux l&#233;gionnaires. Nous renvoy&#226;mes ainsi en Allemagne trois ou quatre cents ouvriers, dont la grande majorit&#233; des membres de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on pouvait facilement le pr&#233;voir, la Ligue se r&#233;v&#233;la &#234;tre un levier beaucoup trop faible face au mouvement populaire de masse qui venait d'&#233;clater. Les trois quarts des membres de la Ligue qui vivaient auparavant &#224; l'&#233;tranger ont chang&#233; de domicile et sont retourn&#233;s dans leur pays d'origine ; leurs communaut&#233;s pr&#233;c&#233;dentes furent ainsi en grande partie dissoutes et ils perdirent tout contact avec la Ligue. Une partie, la plus ambitieuse d'entre eux, n'essaya m&#234;me pas de reprendre ce contact, mais chacun commen&#231;a pour son propre compte un petit mouvement s&#233;par&#233; dans sa localit&#233;. Enfin, les conditions dans chaque petit &#201;tat, dans chaque province et dans chaque ville &#233;taient si diff&#233;rentes que la Ligue e&#251;t &#233;t&#233; incapable de donner autre chose que les directives les plus g&#233;n&#233;rales ; ces directives sont cependant beaucoup mieux diffus&#233;es par la presse. Bref, &#224; partir du moment o&#249; les causes qui avaient rendu n&#233;cessaire la Ligue secr&#232;te ont cess&#233; d'exister, la Ligue secr&#232;te comme telle a cess&#233; de signifier quoi que ce soit. Mais cela ne pouvait surtout pas surprendre ceux qui venaient de d&#233;pouiller cette m&#234;me Ligue secr&#232;te du dernier vestige de son caract&#232;re conspirateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;tait d&#233;sormais d&#233;montr&#233; que la Ligue avait &#233;t&#233; une excellente &#233;cole d'activit&#233; r&#233;volutionnaire. Sur le Rhin, o&#249; la Neue Rheinische Zeitung constituait un centre solide, &#224; Nassau, dans la Hesse rh&#233;nane, etc., partout les membres de la Ligue se tenaient &#224; la t&#234;te du mouvement d&#233;mocratique extr&#234;me. Ce fut le cas &#224; Hambourg. En Allemagne du Sud, la pr&#233;dominance de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise faisait obstacle. &#192; Breslau, Wilhelm Wolff fut actif avec beaucoup de succ&#232;s jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1848 ; en outre, il re&#231;ut un mandat sil&#233;sien en tant que repr&#233;sentant suppl&#233;ant au parlement de Francfort. Enfin, le compositeur Stephan Born, qui avait travaill&#233; &#224; Bruxelles et &#224; Paris comme membre actif de la Ligue, fonda &#224; Berlin une Confr&#233;rie ouvri&#232;re qui devint assez r&#233;pandue et exista jusqu'en 1850. Born, un jeune homme tr&#232;s talentueux, mais qui, &#233;tait un peu trop press&#233; de devenir un personnage politique, &#171; fraternis&#233; &#187; avec les plus divers ragtags et bobtails pour rassembler les foules, et n'&#233;tait pas du tout l'homme qui pouvait apporter l'unit&#233; dans les tendances oppos&#233;es, la lumi&#232;re dans les tendances oppos&#233;es. le chaos. Ainsi, dans les publications officielles de l'association, les opinions repr&#233;sent&#233;es dans le Manifeste du Parti communiste &#233;taient m&#234;l&#233;es de souvenirs et d'aspirations corporatives, de fragments de Louis Blanc et de Proudhon, de protectionnisme, etc. ; bref, ils voulaient plaire &#224; tout le monde [allen alles sein]. En particulier, les gr&#232;ves, les syndicats et les coop&#233;ratives de production se d&#233;clench&#232;rent et on oublia qu'il s'agissait avant tout de conqu&#233;rir d'abord, par des victoires politiques, le domaine dans lequel seul de telles choses pouvaient se r&#233;aliser de mani&#232;re durable. base. Lorsque, par la suite, les victoires de la r&#233;action firent comprendre aux dirigeants des Fr&#232;res musulmans la n&#233;cessit&#233; de prendre une part directe &#224; la lutte r&#233;volutionnaire, ils furent naturellement abandonn&#233;s par la masse confuse qu'ils s'&#233;taient group&#233;e autour d'eux. Born participa au soul&#232;vement de Dresde en mai 1849 et r&#233;ussit &#224; s'en sortir. Mais contrairement au grand mouvement politique du prol&#233;tariat, la Fraternit&#233; ouvri&#232;re s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre un pur Sonderbund [ligue s&#233;par&#233;e], qui n'existait dans une large mesure que sur le papier et jouait un r&#244;le tellement subordonn&#233; que la r&#233;action ne l'a pas trouv&#233;. il fallut le supprimer jusqu'en 1850, et ses branches survivantes jusqu'&#224; plusieurs ann&#233;es plus tard. Born, dont le vrai nom &#233;tait Buttermilk, n'est pas devenu un grand personnage politique mais un petit professeur suisse, qui ne traduit plus Marx dans le langage des corporations mais le doux Renan dans son propre allemand complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juin 1849, avec la d&#233;faite des insurrections de mai en Allemagne et la r&#233;pression de la r&#233;volution hongroise par les Russes, une grande p&#233;riode de la R&#233;volution de 1848 prit fin. Mais la victoire de la r&#233;action n'&#233;tait pas encore d&#233;finitive. Une r&#233;organisation des forces r&#233;volutionnaires dispers&#233;es &#233;tait n&#233;cessaire, et donc aussi de la Ligue. La situation interdisait encore, comme en 1848, toute organisation ouverte du prol&#233;tariat ; il fallut donc s'organiser &#224; nouveau en secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1849, la plupart des membres des comit&#233;s centraux et congr&#232;s pr&#233;c&#233;dents se r&#233;unirent &#224; nouveau &#224; Londres. Les seuls qui manquaient encore &#233;taient Schapper, qui fut emprisonn&#233; &#224; Wiesbaden mais qui revint apr&#232;s son acquittement, au printemps 1850, et Moll, qui, apr&#232;s avoir accompli une s&#233;rie de missions et de voyages d'agitation des plus dangereux, recruta finalement des cavaliers &#224; cheval. artilleurs de l'artillerie du Palatinat au beau milieu de l'arm&#233;e prussienne dans la province du Rhin &#8212; rejoignirent la compagnie ouvri&#232;re de Besan&#231;on du corps de Willich et furent tu&#233;s d'une balle dans la t&#234;te lors de la rencontre &#224; la Murg devant le pont Rotenfels. D'un autre c&#244;t&#233;, Willich entra en sc&#232;ne. Willich &#233;tait un de ces communistes sentimentaux si r&#233;pandus en Allemagne occidentale depuis 1845 et qui, pour cette seule raison, se montraient instinctivement et furtivement hostiles &#224; notre tendance critique. Bien plus, il &#233;tait enti&#232;rement proph&#232;te, convaincu de sa mission personnelle de lib&#233;rateur pr&#233;destin&#233; du prol&#233;tariat allemand et, en tant que tel, pr&#233;tendant direct tant &#224; la dictature politique que militaire. Ainsi, au communisme chr&#233;tien primitif pr&#234;ch&#233; pr&#233;c&#233;demment par Weitling, s'est ajout&#233;e une sorte d'islam communiste. Cependant, la propagande de cette nouvelle religion se limita pour la premi&#232;re fois aux casernes de r&#233;fugi&#233;s sous le commandement de Willich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Ligue fut donc r&#233;organis&#233;e ; L'adresse de mars 1850 fut publi&#233;e et Heinrich Bauer fut envoy&#233; comme &#233;missaire en Allemagne. L'Adresse, compos&#233;e par Marx et moi-m&#234;me, est encore int&#233;ressante aujourd'hui, car la d&#233;mocratie petite-bourgeoise est d&#233;j&#224; aujourd'hui le parti qui doit certainement &#234;tre le premier &#224; arriver au pouvoir en Allemagne comme sauveur de la soci&#233;t&#233; des ouvriers communistes &#224; l'occasion de le prochain bouleversement europ&#233;en est d&#233;sormais imminent (les r&#233;volutions europ&#233;ennes de 1815, 1830, 1848-1852, 1870 se sont produites &#224; des intervalles de 15 &#224; 18 ans au cours de notre si&#232;cle). Une grande partie de ce qui y est dit est donc toujours applicable aujourd'hui. La mission de Heinrich Bauer fut couronn&#233;e d'un plein succ&#232;s. Le fid&#232;le petit cordonnier &#233;tait un diplomate n&#233;. Il ramena dans l'organisation active les anciens membres de la Ligue, qui &#233;taient en partie &#224; la tra&#238;ne et en partie agissant pour leur propre compte, et en particulier aussi les dirigeants de l'&#233;poque de la Fraternit&#233; Ouvri&#232;re. La Ligue commen&#231;a &#224; jouer un r&#244;le dominant dans les associations ouvri&#232;res, paysannes et sportives dans une bien plus grande mesure qu'avant 1848, de sorte que le prochain discours trimestriel aux communaut&#233;s, en juin 1850, pouvait d&#233;j&#224; rapporter que l'&#233;tudiant Schurz de Bonn (plus tard ancien ministre am&#233;ricain), qui &#233;tait en tourn&#233;e en Allemagne dans l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, &#171; avait d&#233;j&#224; trouv&#233; toutes les forces n&#233;cessaires entre les mains de la Ligue &#187;. La Ligue &#233;tait sans aucun doute la seule organisation r&#233;volutionnaire ayant une quelconque importance en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le but de cette organisation d&#233;pendait dans une large mesure de la r&#233;alisation ou non des perspectives d'un nouvel essor de la r&#233;volution. Et au cours de l'ann&#233;e 1850, cela devint de plus en plus improbable, voire impossible. La crise industrielle de 1847, qui avait ouvert la voie &#224; la R&#233;volution de 1848, avait &#233;t&#233; surmont&#233;e ; une nouvelle p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; industrielle sans pr&#233;c&#233;dent s'&#233;tait install&#233;e ; quiconque avait des yeux pour voir et s'en servait devait clairement se rendre compte que la temp&#234;te r&#233;volutionnaire de 1848 s'&#233;teignait peu &#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec cette prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale, dans laquelle les forces productives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise se d&#233;veloppent de mani&#232;re aussi luxuriante que possible dans les relations bourgeoises, on ne peut pas parler d'une v&#233;ritable r&#233;volution . Une telle r&#233;volution n'est possible que dans les p&#233;riodes o&#249; ces deux facteurs, les forces productives modernes et les formes productives bourgeoises, entrent en collision. Les diverses querelles dans lesquelles se livrent aujourd'hui et se compromettent les repr&#233;sentants des factions industrielles du parti de l'ordre continental, loin de fournir l'occasion de nouvelles r&#233;volutions, ne sont au contraire possibles que parce que la base des relations est momentan&#233;ment si s&#251;re. et, ce que la r&#233;action ne sait pas, c'est tellement bourgeois . De l&#224;, toutes les tentatives de la r&#233;action visant &#224; freiner le d&#233;veloppement bourgeois rebondiront aussi certainement que toute indignation morale et toutes les proclamations enthousiastes des d&#233;mocrates &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et moi avons &#233;crit dans la &#171; Revue de mai &#224; octobre 1850 &#187; de la Neue Rheinische Zeitung , Politisch-okonomische Revue , n&#176; V et VI, Hambourg, 1850, p. 153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette froide appr&#233;ciation de la situation &#233;tait cependant consid&#233;r&#233;e par beaucoup comme une h&#233;r&#233;sie, &#224; une &#233;poque o&#249; Ledru-Rollin, Louis Blanc, Mazzini, Kossuth et, parmi les petites lumi&#232;res allemandes, Ruge, Kinkel, Gogg et les autres se pressaient. &#224; Londres pour former les gouvernements provisoires du futur non seulement pour leurs patries respectives mais pour toute l'Europe, et alors qu'il ne restait plus qu'&#224; obtenir de l'Am&#233;rique l'argent n&#233;cessaire comme emprunt pour que la r&#233;volution r&#233;alise &#224; tout moment le La r&#233;volution europ&#233;enne et les diff&#233;rentes r&#233;publiques qui l'accompagnaient allaient de soi. Peut-on s'&#233;tonner qu'un homme comme Willich se soit laiss&#233; prendre &#224; cela, que Schapper, agissant selon son ancienne impulsion r&#233;volutionnaire, se soit lui aussi laiss&#233; tromper et que la majorit&#233; des ouvriers londoniens, eux-m&#234;mes en grande partie r&#233;fugi&#233;s, les aient suivis. dans le camp des artisans de la r&#233;volution bourgeois-d&#233;mocrates ? Il suffit de dire que la r&#233;serve que nous maintenions n'&#233;tait pas du go&#251;t de ces gens-l&#224; ; il s'agissait d'entrer dans le jeu de faire des r&#233;volutions. Nous avons cat&#233;goriquement refus&#233; de le faire. Une scission s'ensuit ; on peut en savoir plus &#224; ce sujet dans l' Apocalypse . Puis vint l'arrestation de Nothjung, suivie de celle de Haupt, &#224; Hambourg. Ce dernier est devenu tra&#238;tre en divulguant les noms du Comit&#233; central de Cologne et en &#233;tant d&#233;sign&#233; comme t&#233;moin principal au proc&#232;s ; mais ses proches ne souhaitaient pas &#234;tre ainsi d&#233;shonor&#233;s et l'envoy&#232;rent &#224; Rio de Janerio, o&#249; il s'&#233;tablit plus tard comme homme d'affaires et, en reconnaissance de ses services, fut nomm&#233; consul g&#233;n&#233;ral de Prusse puis d'Allemagne. Il est maintenant de nouveau en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note d'Engels : Schapper &#224; Londres &#224; la fin des ann&#233;es soixante. Willich a particip&#233; avec distinction &#224; la guerre civile am&#233;ricaine ; il est devenu g&#233;n&#233;ral de brigade et a re&#231;u une balle dans la poitrine lors de la bataille de Murfreesboro (Tennessee), mais s'est r&#233;tabli et est mort il y a une dizaine d'ann&#233;es en Am&#233;rique. Parmi les autres personnes mentionn&#233;es ci-dessus, je remarquerai seulement que Heinrich Bauer a &#233;t&#233; perdu en Australie et que Weitling et Ewerbeck sont morts en Am&#233;rique.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une meilleure compr&#233;hension des R&#233;v&#233;lations , je donne la liste des accus&#233;s de Cologne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) PG Roser, fabricant de cigares ; (2) Heinrich Burgers, d&#233;c&#233;d&#233; plus tard en tant que d&#233;put&#233; progressiste au Landtag ; (3) Peter Nothjung, tailleur, d&#233;c&#233;d&#233; il y a quelques ann&#233;es comme photographe &#224; Breslau ; (4) WJ Reiff ; (5) le Dr Hermann Becker, aujourd'hui bourgmestre en chef de Cologne et membre de la Chambre haute ; (6) le Dr Roland Daniels, m&#233;decin, d&#233;c&#233;d&#233; quelques ann&#233;es apr&#232;s le proc&#232;s des suites d'une tuberculose contract&#233;e en prison ; (7) Karl Otto, chimiste ; (8) Dr Abraham Jacoby, maintenant m&#233;decin &#224; New York ; (9) Dr IJ Klein, aujourd'hui m&#233;decin et conseiller municipal de Cologne ; (10) Ferdinand Freiligrath, qui se trouvait pourtant d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque &#224; Londres ; (11) IL Ehrhard, commis ; (12) Friedrich Lessner, tailleur, actuellement &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un proc&#232;s public devant jury du 4 octobre au 12 novembre 1852, les personnes suivantes furent condamn&#233;es pour tentative de haute trahison : Roser, Burgers et Nothjung &#224; six ans, Reiff, Otto et Becker &#224; cinq ans et Lessner &#224; trois ans de prison. une forteresse ; Daniels, Klein, Jacoby et Ehrhard ont &#233;t&#233; acquitt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le proc&#232;s de Cologne, la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier communiste allemand prend fin. Imm&#233;diatement apr&#232;s la sentence, nous avons dissous notre Ligue ; quelques mois plus tard, la ligue s&#233;par&#233;e Willich-Schapper trouva &#233;galement le repos &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il y a toute une g&#233;n&#233;ration entre hier et aujourd'hui. A cette &#233;poque, l'Allemagne &#233;tait un pays d'artisanat et d'industrie domestique bas&#233;e sur le travail manuel ; c'est aujourd'hui un grand pays industriel en constante transformation industrielle. A cette &#233;poque, il fallait rechercher un &#224; un les travailleurs qui comprenaient leur situation de travailleurs et leur antagonisme historico-&#233;conomique envers le capital, car cet antagonisme lui-m&#234;me commen&#231;ait seulement &#224; se d&#233;velopper. Aujourd'hui, l'ensemble du prol&#233;tariat allemand doit &#234;tre soumis &#224; des lois d'exception, simplement pour ralentir un peu le processus de son d&#233;veloppement vers la pleine conscience de sa position de classe opprim&#233;e. A cette &#233;poque, les quelques personnes dont l'esprit avait p&#233;n&#233;tr&#233; jusqu'&#224; la r&#233;alisation du r&#244;le historique du prol&#233;tariat devaient se rassembler en secret, se rassembler clandestinement en petites communaut&#233;s de 3 &#224; 20 personnes. Aujourd'hui, le prol&#233;tariat allemand n'a plus besoin d'aucune organisation officielle, ni publique ni secr&#232;te. La simple interconnexion &#233;vidente de camarades de classe partageant les m&#234;mes id&#233;es suffit, sans aucune r&#232;gle, conseil, r&#233;solution ou autre forme tangible, &#224; &#233;branler l'ensemble de l'Empire allemand jusque dans ses fondations. Bismarck est l'arbitre de l'Europe au-del&#224; des fronti&#232;res de l'Allemagne, mais &#224; l'int&#233;rieur de celles-ci, la figure athl&#233;tique du prol&#233;tariat allemand, que Marx pr&#233;voyait d&#233;j&#224; en 1844, devient chaque jour plus mena&#231;ante, le g&#233;ant pour qui l'&#233;difice imp&#233;rial exigu con&#231;u pour s'adapter aux philistins est encore aujourd'hui. devenu inad&#233;quat et dont la stature puissante et les &#233;paules larges grandissent jusqu'au moment o&#249;, en se levant simplement de son si&#232;ge, il brisera toute la structure de la constitution imp&#233;riale en fragments. Et bien plus encore. Le mouvement international du prol&#233;tariat europ&#233;en et am&#233;ricain s'est tellement renforc&#233; que non seulement sa premi&#232;re forme &#233;troite &#8212; la Ligue secr&#232;te &#8212; mais m&#234;me sa seconde forme, infiniment plus large &#8212; l'Association internationale des travailleurs &#8212; est devenue pour lui une entrave, et que le simple sentiment de solidarit&#233; fond&#233; sur la compr&#233;hension de l'identit&#233; de position de classe suffit &#224; cr&#233;er et &#224; maintenir un seul et m&#234;me grand parti du prol&#233;tariat parmi les ouvriers de tous pays et de toutes langues. La doctrine que la Ligue a repr&#233;sent&#233;e de 1847 &#224; 1852, et qui &#224; cette &#233;poque pouvait &#234;tre trait&#233;e par les sages philistins en haussant les &#233;paules comme des hallucinations de compl&#232;tement fous, comme la doctrine secr&#232;te de quelques sectaires dispers&#233;s, a maintenant d'innombrables adeptes. dans tous les pays civilis&#233;s du monde, parmi les condamn&#233;s aux mines de Sib&#233;rie autant que parmi les chercheurs d'or de Californie ; et le fondateur de cette doctrine, l'homme le plus d&#233;test&#233; et le plus calomni&#233; de son temps, Karl Marx, &#233;tait, &#224; sa mort, le conseiller toujours recherch&#233; et toujours volontaire du prol&#233;tariat de l'ancien et du nouveau monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Menace r&#233;volutionnaire au Japon avec la d&#233;faite de son imp&#233;rialisme (1945-1946) et sa r&#233;ponse par la contre-r&#233;volution anglo-am&#233;ricaine</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8866</link>
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		<dc:date>2026-04-16T22:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>
		<dc:subject>Japon Japan</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Menace r&#233;volutionnaire au Japon avec la d&#233;faite de son imp&#233;rialisme (1945-1946) et sa r&#233;ponse par la contre-r&#233;volution anglo-am&#233;ricaine &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Etat-Major et l'empire japonais n'ont pas capitul&#233; sans condition &#224; cause des bombardements am&#233;ricains ni de la bombe atomique mais parce que la d&#233;faite militaire entrainait des risques r&#233;volutionnaires prol&#233;tairens bien plus dangereux que l'occupation anglo-am&#233;ricaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les brusques assauts du mouvement ouvrier au Japon &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;but de l'ann&#233;e 1946, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;04- La r&#233;volution en Asie, &#224; la fin de la guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot131" rel="tag"&gt;Japon Japan&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Menace r&#233;volutionnaire au Japon avec la d&#233;faite de son imp&#233;rialisme (1945-1946) et sa r&#233;ponse par la contre-r&#233;volution anglo-am&#233;ricaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Etat-Major et l'empire japonais n'ont pas capitul&#233; sans condition &#224; cause des bombardements am&#233;ricains ni de la bombe atomique mais parce que la d&#233;faite militaire entrainait des risques r&#233;volutionnaires prol&#233;tairens bien plus dangereux que l'occupation anglo-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les brusques assauts du mouvement ouvrier au Japon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'ann&#233;e 1946, un vaste courant pour un front unifi&#233; se d&#233;veloppa visant &#224; la formation d'un Front d&#233;mocratique populaire (Minshu jinmin sensen) ; la direction de ce mouvement &#233;tait entre les mains du Parti socialiste dont les cadres de droite y firent obstacle et en emp&#234;ch&#232;rent finalement la r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mai 1946 vit la c&#233;l&#233;bration de la f&#234;te du Travail, ressuscit&#233;e apr&#232;s dix ans d'interdiction ; c'&#233;tait la dix-septi&#232;me au Japon et elle se d&#233;roula sur une &#233;chelle incomparablement plus impressionnante que celles de l'avant-guerre. On estima &#224; 500 000 le nombre des participants qui d&#233;fil&#232;rent &#224; T&#333;ky&#333; sur la place du Palais imp&#233;rial et &#224; 2 000 000 le chiffre total des manifestants dans tout le pays. Le 19 mai suivant eut lieu ce que l'on a appel&#233; le &#171; Premier Mai alimentaire &#187; (Shokury&#333; m&#275; d&#275;) qui, mobilisant une foule de 3 000 000 de personnes r&#233;unies sur la place du Palais imp&#233;rial, &#233;tait une manifestation organis&#233;e pour exiger du gouvernement et des forces d'occupation une solution &#224; la crise de l'alimentation. Les manifestants lanc&#232;rent &#233;galement des slogans politiques tels : &#171; A bas le gouvernement r&#233;actionnaire, pour l'&#233;tablissement d'un gouvernement d&#233;mocratique du peuple. &#187; La r&#233;action des forces d'occupation ne se fit pas attendre ; ayant proclam&#233; : &#171; Nous n'accueillerons pas le communisme &#187; et : &#171; Nous ne tol&#233;rons pas les manifestations populaires devant se d&#233;rouler dans la violence &#187; le quartier g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e d'occupation se manifesta comme force r&#233;pressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie sp&#233;cifique suivie dans la premi&#232;re p&#233;riode de l'apr&#232;s-guerre fut la &#171; lutte pour le contr&#244;le de la production &#187; par les ouvriers. Il s'agissait en fait de s'opposer au &#171; sabotage de la production &#187; par les capitalistes cherchant &#224; mettre l'inflation &#224; profit pour r&#233;&#233;valuer les stocks de mat&#233;riel ; c'&#233;tait donc une lutte pour imposer la participation des syndicats ouvriers dans le contr&#244;le des affaires et r&#233;clamant, &#224; travail &#233;gal, des augmentations de salaires ,et la d&#233;mocratisation de la gestion des entreprises. Des combats de ce genre &#233;clat&#232;rent dans tout le Japon dans divers secteurs d'activit&#233; comme la presse, les chemins de fer, la sid&#233;rurgie, l'industrie m&#233;canique, les mines, les collectivit&#233;s locales autonomes et la production cin&#233;matographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe capitaliste, craignant que cette strat&#233;gie ne d&#233;bouche sur un mouvement r&#233;volutionnaire d'occupation des usines, protesta contre l'atteinte aux droits de propri&#233;t&#233; et d'exploitation, riposta au moyen des interventions gouvernementales et de la r&#233;pression polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1946, en r&#233;ponse &#224; un plan de licenciement de 75 000 employ&#233;s des chemins de fer nationaux, les syndicats proclam&#232;rent la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, qui fut un succ&#232;s puisque ce plan fut abandonn&#233;. Et la gr&#232;ve de onze jours du Syndicat des marins se termina de m&#234;me mani&#232;re par le retrait du plan de licenciement de 43 000 travailleurs, annonc&#233; par les patrons, et la garantie du plein emploi. Ces conflits avaient &#233;t&#233; soutenus par le Comit&#233; des luttes communes (Ky&#333;d&#333; t&#333;s&#333; iinkai) dont le noyau &#233;tait le Congr&#232;s des syndicats d'industrie (Sambetsu kaigi). En automne 1946, le Congr&#232;s des syndicats d'industrie (Sambetsu kaigi) lan&#231;a une campagne offensive pour contrecarrer l'application des plans &#233;labor&#233;s par le gouvernement et les capitalistes de licenciements g&#233;n&#233;raux et de blocage des salaires, pr&#233;vus au nom de la &#171; rationalisation &#187; ; ces luttes se d&#233;roul&#232;rent principalement au sein des entreprises priv&#233;es, sur une base de regroupement des conflits par industrie. Malgr&#233; les entraves mises par les forces d'occupation am&#233;ricaines, cette &#171; lutte d'octobre du Sambetsu &#187; &#224; laquelle particip&#232;rent quelque 320 000 ouvriers, conduisit au doublement du niveau des salaires et &#224; la conqu&#234;te spectaculaire des droits des travailleurs et &#224; la reconnaissance des syndicats ouvriers. Les employ&#233;s de l'industrie &#233;lectrique y collabor&#232;rent de leur c&#244;t&#233; par la mise au point d'un plan de gr&#232;ve dans le secteur &#233;lectrique. Ensuite, ce fut le tour des travailleurs de la fonction publique qui se mirent en gr&#232;ve pour l'augmentation de leurs salaires et la r&#233;organisation d&#233;mocratique d'une bureaucratie h&#233;rit&#233;e du syst&#232;me imp&#233;rial d'avant-guerre. C'est ainsi que les employ&#233;s de tous les services publics, de l'enseignement aux chemins de fer nationaux et aux postes et t&#233;l&#233;communications, mirent sur pied le Comit&#233; pour une lutte commune des fonctionnaires de l'administration publique (Zen kank&#333;ch&#333; ky&#333;d&#333; t&#333;s&#333; iinkai ou Zenkank&#333;ch&#333; ky&#333;t&#333;) charg&#233; de harceler le gouvernement par des campagnes conjointes ; ce comit&#233; regroupait 2 600 000 membres ; finalement, sur l'initiative du Congr&#232;s des syndicats d'industrie (Sambetsu), les syndicats des entreprises priv&#233;es se joignirent aux combats des fonctionnaires et organis&#232;rent le Comit&#233; national de lutte commune des syndicats ouvriers ou Zento (Zenkoku r&#333;d&#333; kumiai ky&#333;d&#333; t&#333;s&#333; iinkai) dont les effectifs comptaient 54 formations avec 4 000 000 d'adh&#233;rents (selon d'autres statistiques ce Comit&#233; regroupait jusqu'&#224; 6 000 000 de membres). Le gouvernement s'opposa fermement aux revendications salariales, ce qui provoqua un pr&#233;avis de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour le renversement du cabinet de YOSHIDA Shigeru et l'&#233;tablissement d'un gouvernement populaire d&#233;mocratique. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui devait &#234;tre d&#233;clench&#233;e le 1er f&#233;vrier 1947 fut interdite la veille m&#234;me, le 31 janvier dans l'apr&#232;s-midi, par le g&#233;n&#233;ral Mac Arthur, commandant en chef des Forces d'occupation du Japon ; son d&#233;cret d'interdiction du mouvement fut retransmis &#224; la radio par II Yashir&#333;, le pr&#233;sident du Comit&#233; de lutte commune des fonctionnaires de l'administration publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 1er f&#233;vrier fut avort&#233;e ; cependant, les conditions de travail des employ&#233;s des administrations publiques furent consid&#233;rablement am&#233;lior&#233;es : les salaires furent presque doubl&#233;s et chaque syndicat obtint des conventions collectives, ce qui se propagea jusque dans le secteur priv&#233;. De plus, cette lutte conjointe de grande envergure fut le point de d&#233;part d'une progression rapide du mouvement pour l'unification du front ouvrier. Tous les syndicats d'industrie se r&#233;unirent au niveau national et, en mars 1947, fut mis sur pied le Conseil national de liaison des syndicats ouvriers ou Zenr&#333;ren (Zenkoku r&#333;d&#333; kumiai reuraku ky&#333;gikai) qui regroupait 84 % des ouvriers syndiqu&#233;s soit 4 460 000 adh&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Conseil (Zenr&#333;ren) n'&#233;tait certes qu'un organisme consultatif de liaison organis&#233; selon le syst&#232;me souple d'adh&#233;sion en bloc des groupements affili&#233;s, mais il fut important dans la mesure o&#249; le Congr&#232;s des syndicats d'industrie (Sambetsu kaigi) comme la F&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale des syndicats ouvriers (S&#333;d&#333;mei) y adh&#233;r&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article236708&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article236708&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tokyo - 9 et 10 mars 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4327&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4327&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hiroshima et Nagasaki en ao&#251;t 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3773&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3773&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation militaire du Japon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_du_Japon&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_du_Japon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA LUTTE OUVRIERE AU JAPON EN 1946&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Barta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;veil grandiose du mouvement ouvrier japonais, englobant presque un million de travailleurs, - un tiers des forces ouvri&#232;res organis&#233;es &#8211; a commenc&#233; le 10 septembre &#224; Tokyo par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale totale du Syndicat des Marins japonais. Ceci fut suivi peu de jours apr&#232;s par une gr&#232;ve de 556.000 travailleurs de la C.G.T. japonaise et de 330.000 ouvriers agricoles organis&#233;s dans le Syndicat National Agraire du Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gr&#232;ve puissante eut lieu face au d&#233;cret dictatorial promulgu&#233; par le g&#233;n&#233;ral Mac Arthur il y a deux semaines, d&#233;cret soutenu par le gouvernement marionnette, interdisant &#034;les gr&#232;ves, abandons de travail et autres formes d'arr&#234;t de travail&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;cret de style hitl&#233;rien et la menace faite par Mac Arthur d'utiliser les troupes d'occupation comme briseurs de gr&#232;ves servirent &#224; &#233;craser une gr&#232;ve de trois jours des marins &#224; Sasebo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette semaine, d'apr&#232;s les rapports syndicaux, 3.899 bateaux sont immobilis&#233;s, paralysant virtuellement la marine marchande japonaise. Des gr&#232;ves de sympathie du Syndicat des Travailleurs des ports japonais et du Syndicat des Marins c&#244;tiers ajout&#232;rent 60.000 gr&#233;vistes aux 54.000 marins de la marine marchande qui avaient quitt&#233; les bateaux. Les &#233;quipages japonais de huit Liberty Ships qui devaient retourner aux U.S.A., se sont joints &#224; la gr&#232;ve, et six autres &#233;quipages se pr&#233;parent &#224; en faire autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES REVENDICATIONS DES MARINS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Syndicat des marins japonais exige une augmentation de 100% des salaires. Et, plus important, ils sont d&#233;termin&#233;s &#224; emp&#234;cher le gouvernement de r&#233;aliser sa menace de licenciement de 80% des marins, sans consultations avec les Syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Syndicat d&#233;clare que ces licenciements massifs non seulement ne sont pas n&#233;cessaires, mais d'apr&#232;s le Christian Science Monitor du 12 septembre, &#034;peuvent &#234;tre &#224; l'heure actuelle un effort pour arr&#234;ter la croissance du mouvement ouvrier sous pr&#233;texte de n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des marins s'&#233;tend parce que le mouvement syndical japonais est d&#233;termin&#233; &#224; faire &#233;chec aux tentatives des imp&#233;rialistes am&#233;ricains et de leur gouvernement marionnette d'&#233;craser leur force organis&#233;e et de faire retourner les ouvriers aux formes de servitude semi-f&#233;odale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s des syndicats ouvriers (&#233;quivalent du C.I.O. am&#233;ricain) a ordonn&#233; aux simples centrales affili&#233;es de se mettre en gr&#232;ve et de tenir bon jusqu'&#224; ce &#034;que le gouvernement r&#233;actionnaire de Yoshida s'effondre&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre de gr&#232;ve a &#233;t&#233; donn&#233; chez les mineurs, m&#233;tallos, industries chimiques, imprimeurs, &#233;lectriciens et d'autres corporations. La gr&#232;ve des travailleurs agricoles suivit l'ordre de gr&#232;ve de la C.G.T. japonaise de pr&#232;s, &#233;tant donn&#233; l'impossibilit&#233; d'arriver &#224; un accord entre le Syndicat et les grands propri&#233;taires fonciers sur l'augmentation des salaires et les conventions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La C.G.T. japonaise a 1 600 000 membres, comprenant 600 000 cheminots. La F&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale des Cheminots a aussi lanc&#233; l'ordre de gr&#232;ve apr&#232;s que le gouvernement eut menac&#233; de licencier 75 000 cheminots sous pr&#233;texte d'&#034;&#233;conomies&#034;, le m&#234;me pr&#233;texte qui fut utilis&#233; pour menacer les marins de licenciements massifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE GOUVERNEMENT MIS EN ACCUSATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheminots accusent le gouvernement de s'occuper seulement de r&#233;unions au sujet du paiement des bons de d&#233;fense nationale, &#233;mis pendant la guerre, aux d&#233;pens des ouvriers. Ces paiements vont aux m&#234;mes profiteurs capitalistes japonais qui firent massacrer les travailleurs durant la guerre imp&#233;rialiste et qui sont maintenant prot&#233;g&#233;s par Mac Arthur. Le Syndicat se pr&#233;pare &#224; la gr&#232;ve parce qu'on fait supporter aux travailleurs les &#034;d&#233;ficits&#034; qui furent faits &#034;dans le but de mener la guerre&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a recul&#233; devant cette menace de gr&#232;ve et le Minist&#232;re des Transports a retir&#233; ses ordres de licenciements. On rapporte que le Syndicat des Cheminots a une attitude de tr&#234;ve temporaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/10/ldc70_101146.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/10/ldc70_101146.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Japon sous la tutelle am&#233;ricaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.geo.fr/histoire/le-japon-sous-la-tutelle-americaine-185080&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.geo.fr/histoire/le-japon-sous-la-tutelle-americaine-185080&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'action de l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain contre la menace prol&#233;tarienne au Japon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les pays vaincus, le Japon a &#233;t&#233; frapp&#233; de mort massive contre les quartiers populaires des grandes villes. Apr&#232;s le bombardement aux armes classiques de toutes les grandes villes dont le plus impressionnant, celui de Tokyo, c'est le bombardement atomique de Hiroshima et Nagasaki. Pas plus que les autres, il n'est justifi&#233; par un objectif militaire. Il a lieu les 6 et 9 ao&#251;t 1945, alors qu'en juillet 1945, l'Etat japonais a d&#233;j&#224; propos&#233; sa reddition. Mais les Alli&#233;s ne se voient pas imm&#233;diatement prendre la direction d'un Japon o&#249; s'est effondr&#233;e toute confiance dans les classes dirigeantes, o&#249; les sacrifices ont &#233;t&#233; &#233;normes et les exigences sociales vont l'&#234;tre d'autant plus que gouverne un r&#233;gime semi f&#233;odal. Avec l'Allemagne, le Japon est m&#234;me l'un des pays o&#249; les alli&#233;s craignent le plus l'apparition d'un mouvement ouvrier et r&#233;volutionnaire. Avant m&#234;me que la d&#233;faite soit annonc&#233;e le discr&#233;dit du r&#233;gime parmi les travailleurs &#233;tait consid&#233;rable, en proportion des mensonges du pouvoir fasciste japonais sur la &#171; grande Asie &#187; qui allait dominer le monde et des sacrifices &#233;normes impos&#233;s par la dictature f&#233;roce. Cela s'est traduit par une premi&#232;re vague de gr&#232;ve qui a amen&#233; les Am&#233;ricains &#224; craindre &#233;norm&#233;ment ce que serait l'apr&#232;s guerre dans ce pays. C'est cela leur principale pr&#233;occupation lorsqu'il devient &#233;vident que le Japon va capituler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945, le r&#233;gime japonais est vaincu et demande l'armistice, mais les dirigeants alli&#233;s refusent de d&#233;signer des pl&#233;nipotentiaires. Obtenir la reddition des Autorit&#233;s, c'est risquer une remise en cause radicale de la part de la population et tout particuli&#232;rement de la classe ouvri&#232;re. Elle a subi de tr&#232;s durs sacrifices de la part du fascisme japonais durant de longues ann&#233;es et peut brutalement se r&#233;veiller en voyant que d&#233;sormais la classe dirigeante est battue et discr&#233;dit&#233;e. Il faut que cette d&#233;faite apparaisse incontestable au point que la population soit elle-m&#234;me &#233;cras&#233;e. C'est le but des bombardements massifs. C'est &#224; ce moment qu'ils lancent les deux bombes atomiques &#224; Hiroshima et Nagasaki. L'objectif n'est pas militaire. Il ne s'agit pas de faire c&#233;der le Japon, d&#233;j&#224; pr&#234;t &#224; capituler. Il s'agit de terroriser encore plus la population pour &#233;viter que la d&#233;faite n'entra&#238;ne des mouvements r&#233;volutionnaires du fait du discr&#233;dit du pouvoir. La bombe atomique n'aura pas plus d'effet meurtrier que le bombardement qu'ils pratiquent d&#233;j&#224; sur les villes. Le 8 mars 1945, Tokyo re&#231;oit 2000 tonnes de bombes, le quart de la ville est ras&#233; et il y a 83 000 morts. Suivent les bombardements des villes de Nagova, Osaka, Kob&#233; et des dizaines d'autres. Ce qui est vis&#233; syst&#233;matiquement comme dans tous les pays vaincus en Italie, en Allemagne et en France, ce sont les populations civiles. Il y a 100 000 morts &#224; Hiroshima dont les trois quarts sont des civils et le bilan est dix fois plus important du fait des radiations dans les mois et ann&#233;es qui suivront. Avec la bombe atomique, ce qui est recherch&#233; plus que l'efficacit&#233; c'est le choc sur les populations et la d&#233;monstration de supr&#233;matie. Au Japon c'est ce qui offre une porte de sortie honorable pour le Mikado. Cela appara&#238;t comme une justification : le Japon doit c&#233;der devant un adverse plus fort qui pourrait bombarder tout le pays. En r&#233;alit&#233;, les USA disposent uniquement de ces deux bombes. Et l'effet sera &#233;galement important au del&#224; sur les peuples d'Asie qui menacent de se r&#233;volter. Au total il y a au Japon 700 000 morts de la vague de bombardement et un million de bless&#233;s. La ville de Tokyo qui comptait 6 millions d'habitants en 1940 n'en comptait plus que 2 700 000 et l'essentiel des habitants de villes avait pris les routes pour se disperser dans les campagnes. L'arm&#233;e am&#233;ricaine avait fait en sorte par ces moyens barbares de n'avoir aucun risque d'une classe ouvri&#232;re en r&#233;volte devant elle. Il n'y avait plus qu'un pays en ruine dans une situation de mis&#232;re inimaginable avec une domination &#233;trang&#232;re et un gouvernement militaire am&#233;ricain dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral Mac Arthur. Dans &#171; Mac Arthur, un C&#233;sar am&#233;ricain &#187;, William Menchester relate que les villes du Japon &#171; n'&#233;taient plus qu'une d&#233;charge de ferraille&#8230; Les villes offraient un spectacle incroyable. Pas de t&#233;l&#233;phone, pas de train, pas d'usine d'&#233;lectricit&#233;&#8230; Hiroshima et Nagasaki &#233;taient r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de caillou vitrifi&#233; ; les autres grandes villes, Tokyo comprise, n'allaient gu&#232;re mieux. A l'exception de quelques maisons &#224; l'&#233;preuve du feu et des tremblements de terre, tout &#233;tait r&#233;duit en cendres et en escarbilles. L&#224; se r&#233;fugiaient ceux qui ne vivaient que dans des huttes primitives. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Howard Zinn rapporte dans &#171; Le 20e si&#232;cle am&#233;ricain &#187; : &#171; Faisait-on r&#233;ellement la guerre pour d&#233;montrer que Hitler se trompait quant &#224; la sup&#233;riorit&#233; de la race aryenne ? (&#8230;) Un des aspects de la politique am&#233;ricaine semblait s'inspirer directement du fascisme. Il s'agit du sort r&#233;serv&#233; aux Am&#233;ricains d'origine japonaise de la c&#244;te Ouest. Apr&#232;s l'attaque de Pearl Harbour, une hyst&#233;rie anti-japonaise &#233;clata au sein du gouvernement. Un membre du Congr&#232;s d&#233;clara m&#234;me : &#171; Je suis pour que l'on se saisisse de tous les Japonais en Am&#233;rique, de l'Alaska &#224; Hawa&#239;, et qu'on les mette dans des camps de concentration. (&#8230;) Qu'on s'en d&#233;barrasse ! &#187; (...) Cent mille hommes, femmes et enfants furent expuls&#233;s, regroup&#233;s dans des camps au plus profond des Etats-Unis et gard&#233;s dans des conditions de captivit&#233;. Les trois quarts d'entre eux &#233;taient (&#8230;) citoyens am&#233;ricains. (&#8230;) La grande majorit&#233; des Am&#233;ricains se trouvait mobilis&#233;e, dans l'arm&#233;e comme dans la vie civile, en faveur de la guerre. (&#8230;) La haine de l'ennemi, et en particulier des Japonais, &#233;tait largement partag&#233;e. Le racisme s'&#233;panouissait. Le magazine &#171; Times &#187;, rendant compte de la bataille d'Iwo Jima &#233;crivit : &#171; Le Jap de base est parfaitement ignorant. Peut-&#234;tre est-il humain. En tout cas, rien ne l'indique. &#187; Il y eut donc bien un large soutien &#224; ce qui devait devenir la plus abominable campagne de bombardements de civils jamais entreprise au cours d'une guerre : les attaques a&#233;riennes sur les villes allemandes et japonaises. (&#8230;) L'apog&#233;e de ces bombardements terroristes fut celui de Dresde, d&#233;but 1945. Au cours de cette op&#233;ration, l'extraordinaire chaleur d&#233;gag&#233;e par les bombes provoqua des incendies qui ravag&#232;rent la ville. Plus de cent mille personnes p&#233;rirent &#224; Dresde. (&#8230;) Le pilonnage des villes japonaises correspondait &#233;galement &#224; cette strat&#233;gie destin&#233;e &#224; d&#233;truire le moral des civils. Un bombardement nocturne sur Tokyo fit quelque quatre-vingt mille victimes. Puis, le 6 ao&#251;t 1945, apparut dans le ciel d'Hiroshima un unique avion am&#233;ricain qui l&#226;cha la premi&#232;re bombe atomique faisant environ cent-mille morts et des dizaines de milliers d'autres victimes qui allaient mourir lentement de l'effet d&#233;vastateur des radiations. (&#8230;) Trois jours plus tard, une autre bombe atomique &#233;tait l&#226;ch&#233;e sur Nagasaki, faisant environ cinquante mille victimes suppl&#233;mentaires. Ces actes atroces furent justifi&#233;s par la n&#233;cessit&#233; d'acc&#233;l&#233;rer la fin de la guerre et d'&#233;viter d'envahir le Japon. (&#8230;) En ao&#251;t 1945, le Japon &#233;tait d&#233;j&#224; dans une situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e et pr&#234;t &#224; se rendre. (&#8230;) Les cent mille morts d'Hiroshima &#233;taient presque tous des civils. Le US Strategic Bomb Survey d&#233;clara quant &#224; lui dans son rapport que &#171; Hiroshima et Nagasaki avaient &#233;t&#233; choisie pour cibles en raison de leur forte concentration d'activit&#233;s et de population. &#187; (&#8230;) Apr&#232;s la reddition du Japon, les puissances fascistes &#233;taient battues. Mais qu'en est-il du fascisme en tant qu'id&#233;e, et en tant que r&#233;alit&#233; ? &#187; An&#233;antir le fascisme et les fascistes n'&#233;tait pas l'objectif de l'imp&#233;rialisme US lui qui maintenait m&#234;me au pouvoir l'empereur Hiro Hito, grand organisateur du r&#233;gime fasciste. Comment l'imp&#233;rialisme pourrait-il vouloir d&#233;truire d&#233;finitivement le fascisme puisque celui-ci n'est rien d'autre que l'an&#233;antissement physique et moral de toute possibilit&#233; pour la classe ouvri&#232;re de faire la r&#233;volution sociale ? Cet an&#233;antissement n'&#233;tait-il pas le premier objectif des Alli&#233;s &#224; la fin de la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les USA n'allaient pas se contenter de terroriser la population puis de faire la police dans le pays. Ils voulaient r&#233;gler un certain nombre de probl&#232;mes pour &#233;viter que, la guerre pass&#233;e, les luttes ne reprennent de plus belle contre eux directement cette fois. Ils r&#233;glaient le probl&#232;me du r&#233;gime qui allait succ&#233;der en en prenant eux m&#234;mes d'abord la direction par l'occupation militaire et par l'arrestation d'une grande partie de l'appareil d'Etat pr&#233;c&#233;dent, une bonne mani&#232;re d'&#233;viter &#224; la population de s'en prendre aux anciens dirigeants. Mais ils ont fait bien plus, ils ont m&#234;me vol&#233; aux travailleurs japonais leur r&#233;volution sociale en r&#233;alisant une partie de ses objectifs par en haut, en renversant tout l'ancien syst&#232;me l&#233;gal qui avait cours au Japon et en modernisant toutes les r&#232;gles de vie sociale, de la vie politique et m&#234;me de la vie civile et renversant le syst&#232;me social au pouvoir, en expropriant les grands patrons japonais et grands propri&#233;taires terriens. Mac Arthur n'avait pourtant rien d'un r&#233;formiste. Ce militaire r&#233;actionnaire avait peu avant occup&#233; le Philippines et y avait restaur&#233;, les armes &#224; la main, le pouvoir des grands propri&#233;taires terriens contre les paysans en r&#233;volte, contre toute r&#233;forme agraire y compris celle qu'avaient entam&#233; les occupants japonais. Seulement, au Japon c'est la r&#233;volution ouvri&#232;re que les occupants am&#233;ricains craignaient et, en face de celle-ci, ils savaient qu'il n'y aurait plus aucune confiance dans la classe dirigeante japonaise et dans aucun gouvernement japonais. Il n'y avait plus d'autre garde fou que la force arm&#233;e am&#233;ricaine qui pouvait, face &#224; une r&#233;volution sociale, n'&#234;tre qu'un f&#233;tu de paille. Mac Arthur a promulgu&#233; plus de 700 lois nouvelles bouleversant de fond en comble les structures politiques et sociales, avec une nouvelle constitution, un gouvernement responsable devant un parlement, avec l'&#233;galit&#233; juridique et le droit de vote des femmes, avec la suppression des droits f&#233;odaux, l'&#233;puration de 200 000 personnages haut plac&#233;s dont les officiers et les politiciens et les corps de r&#233;pression les plus d&#233;test&#233;s. Le probl&#232;me des gr&#232;ves &#233;tait r&#233;solu d'avance puisque l'essentiel de l'&#233;conomie &#233;tait d&#233;mantel&#233;e, les grands trusts expropri&#233;s. En ao&#251;t 1944, un imp&#244;t sur le capital &#233;tait instaur&#233; allant jusqu'&#224; 90% pour les plus grosses fortunes. Eh oui, il ne s'agit pas d'un pays du bloc de l'est mais de la politique men&#233;e par l'arm&#233;e et le gouvernement des USA. Les trusts ont quand m&#234;me trouv&#233; le moyen de r&#233;sister et de faire tra&#238;ner les choses. Ils ont d'abord sign&#233; leur dissolution volontaire puis ont influenc&#233; la commission charg&#233;e de leur suppression. Et, en juillet 1947, quand il s'est agi de mettre en pratique ce n'&#233;tait plus la pr&#233;occupation des USA d'&#233;viter un soul&#232;vement des travailleurs du Japon mais de combattre l'URSS et pour cela de s'appuyer sur le Japon. Les USA ont &#233;galement r&#233;alis&#233; la r&#233;forme agraire du Japon qui &#233;tait rest&#233; sous structure f&#233;odale. Les propri&#233;taires de grandes terres n'ont pu conserver que 3 hectares maximum et les anciens m&#233;tayers ont r&#233;cup&#233;r&#233; les terres restantes. En deux ans plus de la moiti&#233; des terres changea de mains. Le nombre de paysans sans terre est pass&#233; de 30 % &#224; moins de 5%. Cette r&#233;forme que la bourgeoisie japonaise aurait &#233;t&#233; incapable de r&#233;aliser car trop li&#233;e aux grands propri&#233;taires fut donc r&#233;alis&#233;e par la puissance occupante am&#233;ricaine, gr&#226;ce &#224; la crainte des masses populaires par l'imp&#233;rialisme US ! Quant &#224; la classe ouvri&#232;re japonaise, elle s'est montr&#233;e effectivement comme une force mena&#231;ante pour les bourgeois. En d&#233;cembre 1945, on est pass&#233; de z&#233;ro &#224; 509 syndicats. En un an il y avait 17 000 syndicats regroupant 5 millions de syndiqu&#233;s. Tr&#232;s vite, les gr&#232;ves ont inqui&#233;t&#233; non seulement le patronat et le gouvernement japonais, mais les autorit&#233;s am&#233;ricaines. Les gr&#232;ves &#233;taient non seulement revendicatives mais radicales, ne craignaient pas de toucher le sacro-saint droit de propri&#233;t&#233;. Ainsi en octobre 1945, les employ&#233;s et journalistes d'un grand journal en gr&#232;ve le sortirent et lui donn&#232;rent un contenu tellement contestataire qu'ils firent rapidement c&#233;der le patron. En d&#233;cembre 1945, les cheminots d'une compagnie priv&#233;e en gr&#232;ve faisaient voyager gratuitement les passagers et se servaient dans la caisse pour se payer. Toujours en d&#233;cembre 1945, les mineurs d&#233;cid&#232;rent d'exploiter eux m&#234;mes les mines ramenant la journ&#233;e de travail de 12 &#224; 8 heures. En janvier 1946, chez Toshiba c'est un comit&#233; regroupant les syndicats de douze usines diff&#233;rentes qui prit l'entreprise en mains. Dans tous ces cas les patrons c&#233;d&#232;rent rapidement. L'effervescence populaire a gagn&#233; tout le pays au printemps 1946. La population affam&#233;e manifeste partout pour r&#233;clamer du riz. Le 12 mai, les manifestants forcent les grilles du palais imp&#233;rial. Il faut dire que le seul reste que les am&#233;ricains aient choisi de conserver de l'ancien r&#233;gime &#233;tait justement son chef, l'empereur ! Les revendications des manifestants n'&#233;taient pas seulement &#233;conomiques mais politiques : gouvernement d&#233;mocratique, arrestation des criminels de guerre, contr&#244;le populaire sur les ressources alimentaires, contr&#244;le ouvrier sur la production, etc&#8230; Le 19 mai, le mouvement gagne tout le pays avec 2 millions de personnes dans la rue dont 250.000 &#224; Tokyo. Dans bien des secteurs, les ouvriers sont victorieux : dans les chemins de fer et les transports maritimes le gouvernement doit renoncer aux 120.000 licenciements programm&#233;s. Les &#233;lectriciens obtiennent des augmentations de salaires de 20%. Le 18 janvier la f&#233;d&#233;ration syndicale lance une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e pour le premier f&#233;vrier. Mac Arthur d&#233;cide de l'interdire. Les dirigeants staliniens reculent imm&#233;diatement en d&#233;clarant : &#171; un pas en arri&#232;re, deux pas en avant &#187;. C'est le Parti communiste qui permit ce que les patrons et le gouvernement n'avaient pas r&#233;ussi : &#224; briser l'&#233;lan gr&#233;viste. L'occasion manqu&#233;e n'allait pas se renouveler. La p&#233;riode avait chang&#233;. En 1948, le mouvement ouvrier n'&#233;tant plus gros d'une r&#233;volution comme &#224; l'apr&#232;s guerre, les attaques se multipli&#232;rent contre les travailleurs, pour reprendre tout ce qui avait &#233;t&#233; conc&#233;d&#233; : Mac Arthur retira le droit de gr&#232;ve aux fonctionnaires, une gr&#232;ve des cheminots contre les licenciements fut bris&#233;e. La conf&#233;d&#233;ration des syndicats proche du parti communiste fut cass&#233;e, et le parti communiste pratiquement hors la loi. Des milliers de ses militants furent licenci&#233;s, lors de ce que l'on a appel&#233; les &#171; purges rouges &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA LUTTE OUVRIERE AU JAPON&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Reproduit de The militant du 21-9-46)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un r&#233;veil grandiose du mouvement ouvrier japonais, englobant presque un million de travailleurs, - un tiers des forces ouvri&#232;res organis&#233;es &#8211; a commenc&#233; le 10 septembre 1946 &#224; Tokyo par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale totale du Syndicat des Marins japonais. Ceci fut suivi peu de jours apr&#232;s par une gr&#232;ve de 556.000 travailleurs de la C.G.T. japonaise et de 330.000 ouvriers agricoles organis&#233;s dans le Syndicat National Agraire du Japon. Cette gr&#232;ve puissante eut lieu face au d&#233;cret dictatorial promulgu&#233; par le g&#233;n&#233;ral Mac Arthur il y a deux semaines, d&#233;cret soutenu par le gouvernement marionnette, interdisant &#034;les gr&#232;ves, abandons de travail et autres formes d'arr&#234;t de travail&#034;. Ce d&#233;cret de style hitl&#233;rien et la menace faite par Mac Arthur d'utiliser les troupes d'occupation comme briseurs de gr&#232;ves servirent &#224; &#233;craser une gr&#232;ve de trois jours des marins &#224; Sasebo. Cette semaine, d'apr&#232;s les rapports syndicaux, 3.899 bateaux sont immobilis&#233;s, paralysant virtuellement la marine marchande japonaise. Des gr&#232;ves de sympathie du Syndicat des Travailleurs des ports japonais et du Syndicat des Marins c&#244;tiers ajout&#232;rent 60.000 gr&#233;vistes aux 54.000 marins de la marine marchande qui avaient quitt&#233; les bateaux. Les &#233;quipages japonais de huit Liberty Ships qui devaient retourner aux U.S.A., se sont joints &#224; la gr&#232;ve, et six autres &#233;quipages se pr&#233;parent &#224; en faire autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES REVENDICATIONS DES MARINS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Syndicat des marins japonais exige une augmentation de 100% des salaires. Et, plus important, ils sont d&#233;termin&#233;s &#224; emp&#234;cher le gouvernement de r&#233;aliser sa menace de licenciement de 80% des marins, sans consultations avec les Syndicats. Le Syndicat d&#233;clare que ces licenciements massifs non seulement ne sont pas n&#233;cessaires, mais d'apr&#232;s le Christian Science Monitor du 12 septembre, &#034;peuvent &#234;tre &#224; l'heure actuelle un effort pour arr&#234;ter la croissance du mouvement ouvrier sous pr&#233;texte de n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques&#034;. La gr&#232;ve des marins s'&#233;tend parce que le mouvement syndical japonais est d&#233;termin&#233; &#224; faire &#233;chec aux tentatives des imp&#233;rialistes am&#233;ricains et de leur gouvernement marionnette d'&#233;craser leur force organis&#233;e et de faire retourner les ouvriers aux formes de servitude semi-f&#233;odale. Le Congr&#232;s des syndicats ouvriers (&#233;quivalent du C.I.O. am&#233;ricain) a ordonn&#233; aux simples centrales affili&#233;es de se mettre en gr&#232;ve et de tenir bon jusqu'&#224; ce &#034;que le gouvernement r&#233;actionnaire de Yoshida s'effondre&#034;. L'ordre de gr&#232;ve a &#233;t&#233; donn&#233; chez les mineurs, m&#233;tallos, industries chimiques, imprimeurs, &#233;lectriciens et d'autres corporations. La gr&#232;ve des travailleurs agricoles suivit l'ordre de gr&#232;ve de la C.G.T. japonaise de pr&#232;s, &#233;tant donn&#233; l'impossibilit&#233; d'arriver &#224; un accord entre le Syndicat et les grands propri&#233;taires fonciers sur l'augmentation des salaires et les conventions collectives. La C.G.T. japonaise a 1 600 000 membres, comprenant 600 000 cheminots. La F&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale des Cheminots a aussi lanc&#233; l'ordre de gr&#232;ve apr&#232;s que le gouvernement eut menac&#233; de licencier 75 000 cheminots sous pr&#233;texte d'&#034;&#233;conomies&#034;, le m&#234;me pr&#233;texte qui fut utilis&#233; pour menacer les marins de licenciements massifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE GOUVERNEMENT MIS EN ACCUSATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheminots accusent le gouvernement de s'occuper seulement de r&#233;unions au sujet du paiement des bons de d&#233;fense nationale, &#233;mis pendant la guerre, aux d&#233;pens des ouvriers. Ces paiements vont aux m&#234;mes profiteurs capitalistes japonais qui firent massacrer les travailleurs durant la guerre imp&#233;rialiste et qui sont maintenant prot&#233;g&#233;s par Mac Arthur. Le Syndicat se pr&#233;pare &#224; la gr&#232;ve parce qu'on fait supporter aux travailleurs les &#034;d&#233;ficits&#034; qui furent faits &#034;dans le but de mener la guerre&#034;. Le gouvernement a recul&#233; devant cette menace de gr&#232;ve et le Minist&#232;re des Transports a retir&#233; ses ordres de licenciements. On rapporte que le Syndicat des Cheminots a une attitude de tr&#234;ve temporaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article104&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article104&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le faux r&#244;le des deux bombes atomiques dans la guerre contre le Japon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2021/08/06/japon-1945-linefficacite-strategique-de-la-bombe-atomique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2021/08/06/japon-1945-linefficacite-strategique-de-la-bombe-atomique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1994_num_49_3_279279&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1994_num_49_3_279279&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Renault est condamn&#233; par la justice pour faute inexcusable suite au cancer d'un de ses salari&#233;s et est responsable de 10% de salari&#233;s atteints de cancers </title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article9315</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article9315</guid>
		<dc:date>2025-12-01T23:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>DD, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Renault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Renault est condamn&#233; par la justice pour faute inexcusable suite au cancer d'un de ses salari&#233;s et est responsable de 10% de salari&#233;s atteints de cancers &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Andr&#233; Lancteau du Collectif de salari&#233;s contre l'Amiante de Renault, travaillant aux c&#244;t&#233;s de l'Andeva, association de d&#233;fense des victimes de l'amiante, ayant conseill&#233; les victimes de Renault-Rueil qui ont port&#233; plainte en justice &lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais simplement montrer par ces quelques mots que le trust automobile Renault a sciemment mis (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot225" rel="tag"&gt;Renault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Renault est condamn&#233; par la justice pour faute inexcusable suite au cancer d'un de ses salari&#233;s et est responsable de 10% de salari&#233;s atteints de cancers &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par Andr&#233; Lancteau du Collectif de salari&#233;s contre l'Amiante de Renault, travaillant aux c&#244;t&#233;s de l'Andeva, association de d&#233;fense des victimes de l'amiante, ayant conseill&#233; les victimes de Renault-Rueil qui ont port&#233; plainte en justice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais simplement montrer par ces quelques mots que le trust automobile Renault a sciemment mis ses salari&#233;s en danger en niant ensuite toute responsabilit&#233;. La justice a condamn&#233; Renault &#224; payer des sommes pour compenser le pr&#233;judice des familles mais les salari&#233;s et leurs familles, eux, accusent de crime le patron pour avoir, par sa politique, en parfaite connaissance de cause, transform&#233; le travail en une course o&#249; ils sont sans cesse poursuivis par la menace de cancer et de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tribunal judiciaire de Versailles a rendu sa d&#233;cision le mardi 5 ao&#251;t 2025 dans le proc&#232;s opposant Renault &#224; la famille d'Eric Lemoine, technicien ayant subi un double cancer (gorge et poumons) et travaillant dans un domaine amiant&#233; : &#171; La maladie professionnelle dont a &#233;t&#233; victime monsieur Eric Lemoine est due &#224; la faute inexcusable de la soci&#233;t&#233; SAS Renault&#8230; Le tribunal alloue au FIVA (fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante qui se charge de donner les sommes aux familles) la somme de 194.500 euros au titre de r&#233;paration des pr&#233;judices. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au bout de 30 ans de travail comme technicien chez RENAULT que ses deux cancers (gorge et poumons) ont mis fin &#224; sa vie le 16 septembre 2014 apr&#232;s de nombreux mois de souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu des ann&#233;es, et tout un p&#233;riple juridique et administratif, pour que ce proc&#232;s ait lieu, Renault ayant multipli&#233; les contestations des d&#233;cisions prises successivement contre lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tribunal des affaires de s&#233;curit&#233; sociales avait le 7 septembre 2018, suite &#224; un avis favorable du CRRP des Hauts de Seine, d&#233;clar&#233; qu'Eric Lemoine &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233; du fait de l'inhalation de fibres d'amiante li&#233;es &#224; son travail &#224; Renault, entrainant son cancer, et condamn&#233; l'entreprise Renault. Plusieurs salari&#233;s ont port&#233; des t&#233;moignages &#233;crits pour &#234;tre produits en justice connaissant les risques que cela repr&#233;sentait d'&#234;tre ainsi t&#233;moins de la culpabilit&#233; de leur patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; Renault a tout contest&#233; : le caract&#232;re professsionnel de la maladie pourtant reconnue par tous les professionnels de sant&#233; et de s&#233;curit&#233; sociale consult&#233;s, la responsabilit&#233; de l'employeur sans fournir aucune preuve du fait qu'il aurait pr&#233;venu les salari&#233;s du danger d'exposition &#224; l'amiante particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e dans ce secteur des bancs moteurs, du fait qu'il aurait pris des pr&#233;cautions pour mesurer l'aamiante dans l'air, qu'il aurait conseill&#233; aux salari&#233;s de se faire examiner les bronches ou de faire des prises de sang ou autres consultations de professionnels de sant&#233; pour surveiller les risques de cancer li&#233; &#224; l'amiante. Et pour cause : le patron n'a pris aucune de ces pr&#233;cautions et s'est bien gard&#233; de contacter les salari&#233;s en retraite ou ceux qui &#233;taient des pr&#233;caires ou des int&#233;rimaires pour leur demander s'ils avaient des examens sur un possible cancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; Renault n'a men&#233; aucune enqu&#234;te pour savoir combien de salari&#233;s ou anciens salari&#233;s ont &#233;t&#233; victimes de tels cancers dans ce secteur : dans tout le secteur B de l'usine Renault de Rueil (92) qui travaillaient sur les bancs moteurs o&#249; des moteurs prototypes &#233;taient test&#233;s en fonctionnement permanent extr&#234;me occasionnant un maximum d'usure des pi&#232;ces et donc d'&#233;manation de poussi&#232;res alors que ces pi&#232;ces &#233;taient reconnues porteuses d'amiante et que les dangers de l'amiante &#233;taient connus des professionnels depuis des ann&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; Renault s'est content&#233;e d'affirmer qu'elle n'&#233;tait pas sp&#233;cialiste des questions d'amiante, pr&#233;tendant ainsi n'&#234;tre pas inform&#233;e des risques et ne pas avoir connaissance de risques particuliers de ce secteur de travail, alors que la loi affirme qu'il y a une responsabilit&#233; de l'employeur qui utilise de l'amiante &#224; informer les salari&#233;s du danger occasionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de risques particuliers d'&#233;manations et d'inhalation par les salari&#233;s dans le secteur des bancs moteurs ? En voil&#224; une d&#233;claration mensong&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Rueil, le secteur des bancs moteurs comportait 200 salari&#233;s et nous connaissons l'existence pour une vingtaine d'entre eux de cancers soit un pourcentage de 10% de victimes dont une partie en sont d&#233;c&#233;d&#233;s ! Cette statistique de mortalit&#233; est une preuve, s'il en fallait une de plus, du mensonge de Renault dans cette affaire. La soci&#233;t&#233; n'a pas eu comme but de faire des &#233;conomies sur les indemnit&#233;s donn&#233;es aux familles mais seulement de combattre la mauvaise image publique que lui donnent les proc&#232;s qu'elle perd dans les affaires de cancers professionnels li&#233;es &#224; l'amiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Renault a d&#233;j&#224; perdu d'autres proc&#232;s, notamment ceux concernant les d&#233;c&#232;s de Pouzet et Eric Cav&#233;, qui travaillaient tous deux dans le m&#234;me secteur B6 de Rueil que Eric Lemoine et moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est ni depuis 2025, ni depuis 2018, ni depuis 2014 mais bien avant, d&#232;s 2000 et par &#233;crit &#224; partir de 2004, que, travaillant moi aussi dans le secteur des bancs moteurs de l'usine de Rueil, j'ai alert&#233; plusieurs fois par courrier la direction sur sa responsabilit&#233; dans les cancers li&#233;s &#224; l'amiante et aussi averti aussi plusieurs fois par tract les salari&#233;s de Renault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les cancers ainsi que les morts n'ont pas cess&#233; d'augmenter atteignant environ 10% des salari&#233;s de ce secteur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la direction de Renault, qui a toujours &#233;t&#233; inform&#233;e des cancers, des morts et, en amont, des risques qu'elle faisait courir aux salari&#233;s et de l'absence totale de pr&#233;cautions, n'a pas cess&#233; de nier sans &#234;tre capable de rien prouver pour &#233;tayer ses affirmations mensong&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, quand cette politique a &#233;t&#233; contest&#233;e publiquement par des salari&#233;s, elle est amen&#233;e &#224; se d&#233;fendre de cette politique de refus de la r&#233;alit&#233; et elle ne change pas son discours. De lettre en lettre, de proc&#232;s en proc&#232;s, elle n'a pas plus d'argument, pas plus de preuve, ni plus de mesure de pr&#233;caution de sa part &#224; pr&#233;senter. Elle continue &#224; dire qu'elle n'est pas sp&#233;cialiste, pas assez inform&#233;e. Elle ne dit pas qu'il n'y a pas d'amiante. Elle a m&#234;me reconnu en r&#233;ponse &#224; ma lettre qu'il y en a en effet. Mais elle maintient qu'il n'y a pas de preuve. Pourtant, la loi exige, en pr&#233;sence d'amiante dans l'air, des mesures de pr&#233;cautions, des examens, et explique que c'est de la responsabilit&#233; des entreprises. Renault fait la sourde oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve que la direction de Renault sait parfaitement qu'il y a des dangers de l'amiante &#224; Renault Rueil ? Le 25 ao&#251;t 1994, la direction a r&#233;pondu &#224; un salari&#233; qui le lui faisait remarquer ce danger dans les faux plafonds, la direction a r&#233;pondu le 4 novembre 1994 que l'analyse prouvait qu'il y avait en effet de l'amiante, et que la suggestion, n&#233;anmoins rejet&#233;e, m&#233;ritait au salari&#233; qui la faisait une attribution de 25 points pour l'en remercier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction a &#233;t&#233; m&#234;me contrainte de fermer deux secteurs, le B8 et Degr&#233;mont, pour cause d'amiante d&#233;grad&#233;e dans les b&#226;timents et, lors de la destruction de ce secteur de Renault Rueil, les travaux indiquaient : &#171; danger amiante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux bancs moteurs, jamais, ni par lettre ni dans les proc&#232;s, elle n'affirme qu'il n'y a pas de risque aux essais sur moteurs prototypes. Ce serait un trop grossier mensonge&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire appel, pour Renault, ce n'est pas seulement une question d'argent ou d'image, il s'agit d'emp&#234;cher que les salari&#233;s frapp&#233;s passent eux aussi en justice et que tous sachent publiquement que leur existence ne compte pas pour le patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la direction de Renault fait appel comme cela a &#233;t&#233; le cas pour Eric Lemoine ou Eric Cav&#233;, elle commet un double mensonge, un double crime et condamne les familles &#224; la double peine en doublant les proc&#233;dures et les souffrances. Elle doit &#234;tre doublement condamn&#233;e pour hypocrisie et crime social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de 2004 d'Andr&#233; Lancteau &#224; la direction de Renault&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objet : risques de cancers caus&#233;s par l'amiante &#224; Renault Rueil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Messieurs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ayant travaill&#233; depuis 1969 chez Renault et pendant 12 ans &#224; Rueil, je suis directement concern&#233; par les probl&#232;mes d'amiante qui s'y sont r&#233;v&#233;l&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	J'apprends que le b&#226;timent B4 de Renault Rueil a &#233;t&#233; ferm&#233; en cette rentr&#233;e suite &#224; l'examen de l'air qui a permis de constater un pourcentage inqui&#233;tant d'amiante. D'o&#249; il ressortirait que des salari&#233;s ont travaill&#233; durant des ann&#233;es dans un b&#226;timent amiant&#233; alors que le risque encouru est connu de longue date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'autre part, j'apprends &#233;galement que d'autres b&#226;timents de Rueil comme le B12 sont &#233;galement amiant&#233;s. Je rappelle que la question a &#233;t&#233; soulev&#233;e en 1995 par des salari&#233;s et que la direction a, &#224; cette &#233;poque, r&#233;pondu par une fin de non recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Au b&#226;timent B6 de Rueil o&#249; j'ai travaill&#233; de longues ann&#233;es on a constat&#233; un nombre &#233;lev&#233; de salari&#233;s malades du cancer et certains en sont morts. Je travaillais au B6 avec Mr GANGNE Fabien lui-m&#234;me d&#233;c&#233;d&#233; du cancer et qui avait travaill&#233; &#233;galement au b&#226;timent B4 qui se r&#233;v&#232;le amiant&#233;. Vous avez d&#233;j&#224; &#233;t&#233; contact&#233;s &#224; plusieurs reprises au sujet des risques d'amiante au B6 et des cas de cancer dans ce b&#226;timent, notamment par une intervention r&#233;cente aupr&#232;s de l'Inspection du travail de Nanterre et par une question pos&#233;e au CHS de Rueil. Je rappelle &#233;galement la mort de Gilles TALES qui travaillait &#233;galement au b&#226;timent B6 et qui est mort &#233;galement suite &#224; un cancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je me permets de vous faire les demandes suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Un examen m&#233;dical approfondi pour &#233;valuer les risques de cancer pour moi comme pour tous les salari&#233;s ayant travaill&#233; au B6, au B4, au B12 ou dans tout autre b&#226;timent amiant&#233; de Rueil, qu'ils soient actuellement au travail &#224; Rueil, ou sur d'autres sites, qu'ils soient en activit&#233;, en CASA ou en retraite. Cela n&#233;cessite d'abord qu'ils soient inform&#233;s de ce risque et que la direction s'engage &#224; les mettre au courant de toutes les &#233;tudes et de tous les examens qui seront r&#233;alis&#233;s et de leurs r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Une &#233;tude sur ces b&#226;timents concernant les structures ainsi que les produits utilis&#233;s depuis les ann&#233;es 70, amiante, &#233;thers de glycol ou autres produits canc&#233;rig&#232;nes. Quels produits ont d&#251; &#234;tre retir&#233;s de l'utilisation pour cause de risques li&#233;s &#224; leur utilisation et &#224; quels postes &#233;taient-ils utilis&#233;s ? Chacun sait que de tels produits existent puisque des &#233;tudes ont montr&#233; que les v&#233;hicules employaient de l'amiante dans diff&#233;rents mat&#233;riaux, produits chimiques et pi&#232;ces. Quels produits canc&#233;rig&#232;nes ont pu &#234;tre employ&#233;s ? A quelles &#233;poques ? Quels salari&#233;s risquent d'avoir &#233;t&#233; en contact ? Les salari&#233;s d&#233;c&#233;d&#233;s du cancer ont-ils pu en &#234;tre victimes ? Des sp&#233;cialistes du cancer peuvent-ils estimer si le travail chez Renault peut &#234;tre cause de leur d&#233;c&#232;s. Quelle autre preuve la direction peut-elle donner qu'elle ne serait en rien responsable de ces d&#233;c&#232;s ? Quels moyens compt&#233;t-elle se donner pour que d'autres salari&#233;s y ayant travaill&#233; ne risquent pas d'en &#234;tre victimes demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Je demande &#233;galement que les familles des victimes soient tenues inform&#233;es des r&#233;sultats de ces &#233;tudes, qu'elles apprennent si ces r&#233;sultats d&#233;montrent que des cancers ont pu &#234;tre caus&#233;s par les conditions de travail, que ce soit par les mat&#233;riaux utilis&#233;s dans la structure des b&#226;timents ou des produits utilis&#233;s dans le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souligne l'urgence des demandes ci-dessus et l'attention qui doit &#234;tre port&#233;e par la direction &#224; une affaire pouvant entra&#238;ner des risques pour la vie et la sant&#233; des salari&#233;s. Je tiens &#224; vous rappeler que la loi oblige les responsables d'entreprise &#224; examiner les installations et activit&#233;s utilisant des produits canc&#233;rig&#232;nes et &#224; effectuer, en cas de danger, toutes les modifications n&#233;cessaires. Je vous rappelle &#233;galement que plusieurs proc&#232;s r&#233;cents ont donn&#233; raison &#224; des salari&#233;s ou &#224; leurs familles qui protestaient contre l'absence d'&#233;tudes de s&#233;curit&#233;, d'examen de sant&#233; en cas de risques et de travaux pour pallier aux dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En cons&#233;quence, je suis certain que vous examinerez avec s&#233;rieux et attention toutes mes demandes et le ferez avec toute la c&#233;l&#233;rit&#233; voulue, vu l'importance de s'assurer des risques de cancers aupr&#232;s des personnes concern&#233;es. En attendant de recevoir vos r&#233;ponses et informations dans les meilleurs d&#233;lais, je vous prie d'agr&#233;er l'expression de mes sinc&#232;res salutations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lancteau Andr&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle lettre de Andr&#233; Lancteau &#224; la direction de Renault&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objet : risques de cancers caus&#233;s par l'amiante &#224; Renault Rueil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Messieurs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bien re&#231;u le courrier du 7 d&#233;cembre 2004 par lequel Mr Valcarcel se contente de r&#233;affirmer que Renault est en r&#232;gle avec la loi en ce qui concerne les risques de cancers dus &#224; l'amiante. Il ne donne toujours aucune preuve de cette affirmation. Vous &#233;crivez que &#171; les donn&#233;es &#233;pid&#233;miologiques sur le cancer montre(nt) que c'est une maladie plurifactorielle dont la survenue est al&#233;atoire &#187;. Pourtant, les &#233;tudes r&#233;centes soulignent toutes le lien entre amiante et cancer. Je pense que vous sous-estimez l'&#233;volution de l'opinion publique comme de la Justice en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mr Valcarcel pr&#233;tend rappeller que c'est le nombre de fibres dans l'air (non le nombre de litres) qui t&#233;moignent de l'amiantage du B4. Ces fibres ont &#233;t&#233; inhal&#233;es par des salari&#233;s. Et ce pendant combien de mois, combien d'ann&#233;es ? Des salari&#233;s qui n'ont subi aucun examen m&#233;dical, qui ne b&#233;n&#233;ficieront d'aucun suivi et pour lesquels la direction ne cherchera &#224; &#233;tablir aucune statistique sur les cancers survenus par la suite ! Des salari&#233;s peut-&#234;tre contamin&#233;s mais dont certains, qui ont chang&#233; de site, ne sont m&#234;me pas personnellement inform&#233;s qu'ils avaient peut-&#234;tre travaill&#233; dans l'amiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque vous affirmez m'avoir communiqu&#233; toutes les informations dans votre courrier du 26 octobre 2004, je vous rappelle que je n'y ai trouv&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ni la liste des produits et mat&#233;riaux utilis&#233;s dans le travail (et pas seulement dans les b&#226;timents) y compris ceux qui ont &#233;t&#233; retir&#233;s dans les ann&#233;es suivantes dans les moteurs pour cause d'amiante et de risques de cancers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ni les dates et les r&#233;sultats des examens du nombre de fibres par litre des diff&#233;rents b&#226;timents, comme le B6 o&#249; je travaillais,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ni les r&#233;sultats des examens m&#233;dicaux r&#233;alis&#233;s pour les salari&#233;s qui peuvent avoir inhal&#233; de l'amiante,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ni aucune information sur le B12 qui s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233; amiant&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ni les statistiques des cancers dans les b&#226;timents du CTR,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ni les r&#233;ponses concernant les nombreux cancers au b&#226;timent B6 o&#249; travaillaient notamment Mrs Gangne et Talles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ni les examens m&#233;dicaux que vous me proposez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de r&#233;ponse, je vous informe que toute la publicit&#233; sur cette situation scandaleuse (aupr&#232;s des salari&#233;s de Renault comme &#224; l'ext&#233;rieur) ainsi que toutes les suites (l&#233;gales comme aupr&#232;s de la S&#233;curit&#233; Sociale) n'auront aucun caract&#232;re al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vous souhaitant une bonne r&#233;ception, je vous prie de croire au s&#233;rieux avec lequel je compte conduire cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mr Lancteau Andr&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; amen&#233; non seulement &#224; d&#233;noncer les m&#233;faits de l'amiante &#224; Renault mais &#224; organiser un collectif pour travailler dans ce sens, les syndicats s'y refusant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que l'&#233;crivais et diffusais &#224; mes camarades de travail :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A Renault aussi, des morts li&#233;s &#224; l'amiante&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salari&#233;s de Renault Rueil-Lardy protestent r&#233;guli&#232;rement depuis des ann&#233;es contre le refus de la direction de reconnaitre l'existence de nombreux cas de cancers li&#233;s &#224; l'amiante dans les pi&#232;ces du moteur et dans les b&#226;timents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Amiante, avec tous les risques que cela comprend, ne concerne pas uniquement les autres, pas uniquement ceux qui travaillent dans des usines d'amiantes ou ceux qui usinent des pi&#232;ces amiant&#233;es. Les examinateurs moteurs, dont le travail consistait &#224; examiner toutes les pi&#232;ces moteurs apr&#232;s essais, joints de culasse, joints de collecteurs etc.&#8230; sont aussi concern&#233;s que les op&#233;rateurs bancs moteurs, ainsi que ceux qui assuraient l'entretiens des bancs etc.&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus grave, est que cette maladie ne se d&#233;clenche que des dizaines d'ann&#233;es plus tard et que des salari&#233;s ont &#233;t&#233; en contact avec ces pi&#232;ces amiant&#233;es, sans aucune protection, sans radios, sans scanners du poumon, sans que jamais la direction de Renault ne les pr&#233;vienne du danger encouru. Comme le rappelle r&#233;guli&#232;rement le Collectif contre l'amiante de Rueil-Lardy, toute une liste de salari&#233;s y sont d&#233;c&#233;d&#233;s du fait de l'amiante en ayant contract&#233; un cancer broncho-pulmonaire, reconnu comme maladie professionnelle par la S&#233;curit&#233; sociale et pas par la direction. Certaines familles de salari&#233;s s'appr&#234;tent &#224; porter plainte contre la direction pour faute inexcusable. Et il est en effet inexcusable que la direction ne fasse pas proc&#233;der &#224; des examens m&#233;dicaux (scanners notamment) pour tous les salari&#233;s de secteurs o&#249; on a manipul&#233; des pi&#232;ces amiant&#233;es us&#233;es ou usin&#233;es ou qui ont travaill&#233; dans des secteurs amiant&#233;s. Les jugements rendus par la S&#233;curit&#233; sociale ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; reconnaitre que des salari&#233;s du CTR avaient &#233;t&#233; victimes de l'amiante, qu'elle soit li&#233;e aux b&#226;timents ou aux pi&#232;ces et essais. Une fois de plus, on constate que la direction non seulement lie sa responsabilit&#233; mais refuse de faire proc&#233;der aux examens des salari&#233;s ayant travaill&#233; dans les m&#234;mes secteurs que ces victimes de l'amiante au travail. Et refuse m&#234;me d'informer ceux qui y ont travaill&#233; et qui pourraient se soigner ou passer des examens. Et ce n'est pas vrai &#233;videmment qu'&#224; Renault Rueil-Lardy. Des cancers li&#233;s &#224; l'amiante, ceux des salari&#233;s du Mans, les patrons de Renault aimeraient bien ne pas entendre parler. Renault faisait produire au Mans des v&#233;hicules avec des freins &#224; l'amiante. R&#233;sultat : des morts par cancer broncho-pulmonaire. Un arr&#234;t de la Cour d'appel d'Angers, qui niait la faute de Renault dans les cancers li&#233;s &#224; l'amiante au Mans, a &#233;t&#233; cass&#233; par la cour de Cassation. La faute inexcusable de l'employeur est reconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectif contre l'Amiante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'Etablissement Rueil-Lardy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;crivions dans un tract :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, le nombre de cancers recens&#233;s parmi les salari&#233;s ayant travaill&#233; au B6 de Rueil (CTR) nous avait sembl&#233; important. En effet &#224; notre connaissance et sans enqu&#234;te, d&#233;j&#224; cinq salari&#233;s &#233;taient atteints d'un cancer. Sur ces cinq cas, trois personnes sont d&#233;c&#233;d&#233;es. C'est pourquoi il nous est apparu n&#233;cessaire de cr&#233;er un collectif Amiante sur les deux &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le b&#226;timent B4 de Rueil a &#233;t&#233; ferm&#233; &#224; cause d'un pourcentage inqui&#233;tant d'amiante, Andr&#233; L. a &#233;crit &#224; la direction g&#233;n&#233;rale de Renault &#224; Mrs SCHWEITZER et De VIRVILLE le 6 octobre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucun des points soulev&#233;s n'a &#233;t&#233; r&#233;gl&#233;. C'est pourquoi le collectif Amiante Rueil-Lardy a maintenu, notamment en 2005 et 2009, les questions pos&#233;es dans des courriers pr&#233;c&#233;dents &#224; la direction :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 / apr&#232;s l'&#233;vacuation du B4, les salari&#233;s qui y travaillaient et qui ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;s &#224; Aubevoye n'ont toujours pas &#233;t&#233; pr&#233;venus officiellement que leur ancien secteur &#233;tait amiant&#233;, et n'ont toujours pas de suivi m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Le collectif demande que tous les salari&#233;s, int&#233;rimaires, prestataires et retraites soient contact&#233;s et pr&#233;venus qu'ils ont ont &#233;t&#233; en contact avec l'amiante dans leur activit&#233; au CTR de Rueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour le personnel de l'entreprise, le bilan est accusateur et dramatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les jours la liste s'allonge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabien Gangne, d&#233;c&#233;d&#233; &#224; l'age de 56 ans ; d&#233;c&#232;s reconnu en maladie professionnelle, inscrite au tableau 030 BIS, &#224; savoir un cancer broncho&#8211;pulmonaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Pouzet, d&#233;c&#233;d&#233; &#224; l'age de 45 ans, a &#233;t&#233; reconnu lui aussi &#224; titre posthume en maladie professionnelle, d'un cancer broncho pulmonaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Cave &#224; l'age de 53 ans reconnu en maladie professionnelle d'un cancer &#224; l'amiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luis Lopez &#224; l'age de 57 ans en proc&#233;dure de reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Pierre Garlatti, cancer broncho pulmonaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luis Lopes, d&#233;c&#233;d&#233; en 2012 apr&#232;s avoir travaill&#233; de nombreuses ann&#233;es dans le secteur B pour assurer l'entretien des bancs moteurs, &#224; l'age de 57 ans le collectif en contact avec la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Camille Labaune, cadre chez Renault, a travaill&#233; &#224; Degremont, secteur &#233;vacu&#233; pour cause de poussi&#232;re d'Amiante et dans le cadre de son travail a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; percer des plaquettes de freins, respirant ainsi des poussi&#232;re d'Amiante, d&#233;c&#233;d&#233; en 2004 d'un cancer de la pl&#232;vre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans compter ceux qui sont d&#233;c&#233;d&#233;s, de cancers sans qu'il n'y eu aucune enqu&#234;te de la s&#233;curit&#233; sociale, tels que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Talles en 2000 et Claude Gadeau, d&#233;c&#233;d&#233; le 7 mai 1998 d'un cancer des os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur point commun, est que tous ces salari&#233;s ont travaill&#233;, des dizaines d'ann&#233;es dans les secteurs B, notamment au B6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus grave, est que cette maladie ne se d&#233;clenche que des dizaines d'ann&#233;es plus tard et que des salari&#233;s ont &#233;t&#233; en contact avec ces pi&#232;ces amiant&#233;es, sans aucune protection, sans radios, sans scanners du poumon, sans que jamais la direction de Renault ne les pr&#233;vienne du danger encouru.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Amiante, avec tous les risques que cela comprend, ne concerne pas uniquement les autres, pas uniquement ceux qui travaillent dans des usines d'amiantes ou ceux qui usinent des pi&#232;ces amiant&#233;es. Les examinateurs moteurs, dont le travail consistait &#224; examiner toutes les pi&#232;ces moteurs apr&#232;s essais, joints de culasse, joints de collecteurs etc.&#8230; sont aussi concern&#233;s que les op&#233;rateurs bancs moteurs, ainsi que ceux qui assuraient l'entretiens des bancs etc.&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on pense que certains salari&#233;s nous ont critiqu&#233;s, nous ont attaqu&#233;s, se sont m&#234;me permis de donner des le&#231;ons parce que le collectif se posait des questions apr&#232;s le d&#233;c&#232;s fulgurant d'un salari&#233; &#226;g&#233; de 45 ans. Quand on pense que certains d'entre eux se sont permis d'affirmer que tel ou tel salari&#233; d&#233;c&#233;d&#233; &#233;tait fumeur pour justifier leur attitude !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; sont ils ? Qu'en pensent-ils eux qui ont travaill&#233; dans ces secteurs, ne se sentent- ils pas concern&#233;s, ou &#233;coutent ils encore les trompettes de la direction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OUI, nous avons eu raison de continuer &#224; nous poser des questions et d'assurer les droits, et c'est pourquoi ce collectif a rejoint le collectif cr&#201; sur l'ensemble du groupe Renault o&#249; il ne se passe pas un jour sans que des salari&#233;s nous contactent ou leur femmes pour nous pr&#233;venir soit de la maladie soit d'un d&#233;c&#232;s de leur conjoint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OUI, faire respecter les droits des familles et des travailleurs c'est avant tout, d&#233;noncer la responsabilit&#233; de la direction de Renault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OUI, nous pouvons et devons exiger que tous les salari&#233;s qui ont &#233;t&#233; en contact avec l'amiante soient pr&#233;venus du danger encouru, et envoy&#233;s passer un scanner, c'est bien le minimum que la direction puisse faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, deux familles, avec l'ANDEVA ont saisi le tribunal pour attaquer Renault pour faute inexcusable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que toutes et tous ceux qui veulent en savoir plus prennent contact avec le collectif Amiante Renault. En effet, nous avons men&#233; notre action sur les sites de Rueil et Lardy mais nous tenions &#233;galement &#224; lier notre combat &#224; celui des autres sites et des autres entreprises. Aussi le collectif de l'amiante de Rueil/Lardy a-t-il adh&#233;r&#233; au collectif Renault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Amiante fait 10 morts par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables, TOUS LES RESPONSABLES doivent &#234;tre jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rueil, le 00/01/2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renault a peur que cela se dise qu'elle perd ses proc&#232;s pour cancers li&#233;s &#224; l'amiante. Eh bien, il faut que cela se sache !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre la plus meurtri&#232;re tue plus de trois millions de personnes par an, et rien que des ouvriers ! Dans un silence de mort...</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article9274</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article9274</guid>
		<dc:date>2025-08-12T22:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La guerre la plus meurtri&#232;re tue, sans aucune catastrophe particuli&#232;re, plus de trois millions de personnes par an dans le monde, et rien que des ouvriers ! Une seule solution : que le syst&#232;me capitaliste meure ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les accidents du travail ne sont pas accidentels : c'est une v&#233;ritable guerre du capital contre le monde du travail &lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; ce que sugg&#232;re l'expression &#171; les accidents du travail &#187;, ces morts dites accidentelles ne sont pas li&#233;es &#224; une cause inattendue, impr&#233;visible, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE &#034;LA VOIX DES TRAVAILLEURS&#034; - &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre la plus meurtri&#232;re tue, sans aucune catastrophe particuli&#232;re, plus de trois millions de personnes par an dans le monde, et rien que des ouvriers ! Une seule solution : que le syst&#232;me capitaliste meure !&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les accidents du travail ne sont pas accidentels : c'est une v&#233;ritable guerre du capital contre le monde du travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que sugg&#232;re l'expression &#171; les accidents du travail &#187;, ces morts dites accidentelles ne sont pas li&#233;es &#224; une cause inattendue, impr&#233;visible, purement fortuite, due &#224; un malheureux hasard, &#224; un concours de circonstances compl&#232;tement impr&#233;dictible, ponctuelle, qui ne se reproduiraient que de mani&#232;re rarisssime et qui seraient aussi inattendues qu'impossible &#224; combattre (malchance, fatalit&#233;, probl&#232;mes techniques, fautes individuelles, manque de rigueur, d'attention dans le travail et de respect des normes de s&#233;curit&#233;, causes v&#233;ritablement accidentelles). Pas du tout ! Ces &#171; accidents &#187; ont lieu de mani&#232;re r&#233;guli&#232;re, tous les ans, tous les mois, tous les jours, dans toutes les r&#233;gions du monde et dans tous les pays, dans toutes les professions industrielles, avec une statistique relativement stable et touchant toujours la m&#234;me population de prol&#233;taires. Ces morts (plus de trois millions par an) et ces bless&#233;s (des centaines de millions par an avec beaucoup de handicap&#233;s &#224; vie) ne sont pas le produit d'une fatalit&#233; du travail industriel mais une n&#233;cessit&#233; pour la recherche permanente du profit maximum pour le capital !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les m&#233;dias ne s'en saisissent que rarement et mani&#232;re ponctuelle dans la rubrique des &#171; faits divers &#187;, ne le combattent et d&#233;noncent jamais, m&#234;me si les organisations dites ouvri&#232;res ne m&#232;nent pas de combat s&#233;rieux sur ce th&#232;me, m&#234;me si les gouvernants et la justice se refusent &#224; mener une lutte contre ces assassinats d'ouvriers, et refusent de les qualifier ainsi, il s'agit bel et bien de crimes de masse et m&#234;me du plus grand assassinat permanent de la soci&#233;t&#233; capitaliste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crime de masse, n'est-ce pas une exag&#233;ration ? Pas du tout ! Plus de trois millions de morts par an, c'est la principale cause d'assassinat dans le monde tous les ans, bien plus que les guerres et les accidents de la route dans le monde !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; accidents &#187; du travail dans le monde font 6.000 morts par jour ! Soit 2.190.000 par an ! Plus de deux millions d'ouvriers assassin&#233;s par le grand capital tous les ans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://globometer.com/travail-accidents.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://globometer.com/travail-accidents.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il faut compter plus de trois millions de morts par accident du travail dans le monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ilo.org/fr/resource/news/pr%C3%A8s-de-3-millions-de-personnes-meurent-daccidents-et-de-maladies-li%C3%A9s-au&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ilo.org/fr/resource/news/pr%C3%A8s-de-3-millions-de-personnes-meurent-daccidents-et-de-maladies-li%C3%A9s-au&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres dans le monde font 84.000 morts par an&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.statista.com/infographie/28298/evolution-du-nombre-de-morts-causes-par-des-conflits-armes-et-guerres-dans-le-monde-par-region/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.statista.com/infographie/28298/evolution-du-nombre-de-morts-causes-par-des-conflits-armes-et-guerres-dans-le-monde-par-region/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accidents du travail c'est trois fois plus que les accidents de la route dans le monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/road-traffic-injuries&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/road-traffic-injuries&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cent fois plus que le nombre de morts li&#233;s &#224; la r&#233;pression d'Etat dans le monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.statista.com/statistiques/1398163/nombre-morts-actions-policieres/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.statista.com/statistiques/1398163/nombre-morts-actions-policieres/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires ne sont pas les premiers &#224; le constater : ce crime n'a rien d'accidentel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://institutlaboetie.fr/note-accidents-du-travail/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://institutlaboetie.fr/note-accidents-du-travail/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.miroirsocial.com/le-travail-tue-plus-que-les-guerres-et-ces-morts-sont-evitables&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.miroirsocial.com/le-travail-tue-plus-que-les-guerres-et-ces-morts-sont-evitables&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2003/06/RAMONET/10125&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.monde-diplomatique.fr/2003/06/RAMONET/10125&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.info-socialrh.fr/bibliotheque-numerique/entreprise-et-carrieres/715/sans/le-travail-tue-plus-que-les-guerres-458997.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.info-socialrh.fr/bibliotheque-numerique/entreprise-et-carrieres/715/sans/le-travail-tue-plus-que-les-guerres-458997.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/economie/social/avec-plus-de-8-000-morts-au-travail-depuis-2009-la-france-ne-brille-pas-en-europe-20250501_AY6RJ4VL7NFKRBRAG3YL4KPRQA/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/economie/social/avec-plus-de-8-000-morts-au-travail-depuis-2009-la-france-ne-brille-pas-en-europe-20250501_AY6RJ4VL7NFKRBRAG3YL4KPRQA/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/02/06/cadences-sous-traitance-pression-quand-le-travail-tue_6214988_3234.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/02/06/cadences-sous-traitance-pression-quand-le-travail-tue_6214988_3234.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas que les morts directes dans l'entreprise&#8230; On peut mourir &#224; plus long terme (chez soi et m&#234;me apr&#232;s la retraite, sans d&#233;claration d'accident) par divers produits industriels comme amiante, cuivre, produits radioactifs, m&#233;taux lourds (cadmium, chrome, nickel, arsenic&#8230;), huiles min&#233;rales, poussi&#232;res de bois, silice cristalline, benz&#232;ne ou encore goudrons, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8575&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8575&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.fondation-arc.org/cancer/cancers-professionnels/risques-au-travail&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.fondation-arc.org/cancer/cancers-professionnels/risques-au-travail&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4099&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4099&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve489&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve489&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou par accident industriel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bluedocker.com/les-10-accidents-industriels-les-plus-graves-de-lhistoire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bluedocker.com/les-10-accidents-industriels-les-plus-graves-de-lhistoire/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou par la consommation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/quatre-industries-sont-responsables-de-2-7-millions-de-deces-annuels-en-europe_AD-202406120080.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/quatre-industries-sont-responsables-de-2-7-millions-de-deces-annuels-en-europe_AD-202406120080.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers ont encore d'autres moyens de mourir plus vite comme la fatigue, l'usure au travail, les maux caus&#233;s discr&#233;tement par les produits inhal&#233;s, etc&#8230; Les statistiques indiquent que les ouvriers vivent en moyenne cinq ans de moins chez les ouvriers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.insee.fr/fr/statistiques/8220688&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.insee.fr/fr/statistiques/8220688&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques exemples&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un ouvrier de 19 ans coul&#233; dans le bitume&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sudouest.fr/faits-divers/un-ouvrier-de-19-ans-meurt-enseveli-sous-du-bitume-a-200-0c-25264308.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sudouest.fr/faits-divers/un-ouvrier-de-19-ans-meurt-enseveli-sous-du-bitume-a-200-0c-25264308.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sudinfo.be/id1018064/article/2025-07-15/terrible-accident-de-travail-un-ouvrier-en-urgence-absolue-apres-avoir-ete&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sudinfo.be/id1018064/article/2025-07-15/terrible-accident-de-travail-un-ouvrier-en-urgence-absolue-apres-avoir-ete&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eymoutiers (87) : un homme de 58 ans a &#233;t&#233; happ&#233; par une vis sans fin dans une scierie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lepopulaire.fr/eymoutiers-87120/faits-divers/une-enquete-pour-homicide-involontaire-ouverte-apres-la-mort-de-l-ouvrier-d-une-scierie-a-eymoutiers_14723201/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lepopulaire.fr/eymoutiers-87120/faits-divers/une-enquete-pour-homicide-involontaire-ouverte-apres-la-mort-de-l-ouvrier-d-une-scierie-a-eymoutiers_14723201/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un travailleur d&#233;c&#233;d&#233; dans une usine de conditionnement de la viande Tyson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/07/19/gjmd-j19.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/07/19/gjmd-j19.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#234;me pas besoin de la guerre, du fascisme et de la dictature pour tuer tous les jours des ouvriers et en masse !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les patrons fran&#231;ais tuent tous les jours deux ouvriers en moyenne et cela se fait &#224; petit bruit&#8230;. Pas de gros scandale et juste un petit titre dans les actualit&#233;s par ci par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/les-documents-franceinfo/en-france-deux-personnes-meurent-au-travail-chaque-jour-en-moyenne-mais-ces-chiffres-manquent-de-precision-5817523&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/les-documents-franceinfo/en-france-deux-personnes-meurent-au-travail-chaque-jour-en-moyenne-mais-ces-chiffres-manquent-de-precision-5817523&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort horrible de ce jeune ouvrier est bien significative de ce qui n'a rien d'un accident, le fait que les travailleurs n'ont aucune s&#233;curit&#233; en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/police-justice/vendee-un-ouvrier-de-19-ans-meurt-enseveli-sous-du-goudron-brulant-une-enquete-ouverte_AN-202507160144.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bfmtv.com/police-justice/vendee-un-ouvrier-de-19-ans-meurt-enseveli-sous-du-goudron-brulant-une-enquete-ouverte_AN-202507160144.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patronat fran&#231;ais est en t&#234;te des tueurs mondiaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7506&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7506&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut mettre un terme &#224; la dissimulation du massacre qui a lieu sur les lieux de travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/08/01/ayps-a01.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/08/01/ayps-a01.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie des travailleurs compte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/07/29/bnqv-j29.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/07/29/bnqv-j29.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le carnage en milieu de travail se poursuit aux &#201;tats-Unis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/08/01/pers-a01.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/08/01/pers-a01.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/07/25/pujn-j25.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/07/25/pujn-j25.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une guerre qui est men&#233;e contre la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/08/01/yygg-a01.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/08/01/yygg-a01.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de travailleurs est sacrifi&#233;e pour le profit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/07/26/rjmo-j26.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/07/26/rjmo-j26.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les syndicats s'avouent compl&#232;tement incapables d'intervenir directement et en appellent aux patrons et &#224;&#8230; l'Etat capitaliste ! Comme si c'&#233;taient les responsables du crime qui allaient le combattre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.unsa.org/Securite-et-sante-au-travail-huit-syndicats-dont-l-UNSA-interpellent-le.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.unsa.org/Securite-et-sante-au-travail-huit-syndicats-dont-l-UNSA-interpellent-le.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux travailleurs de prendre le contr&#244;le de l'industrie pour surveiller les risques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/07/19/yvjd-j19.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2025/07/19/yvjd-j19.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le syst&#232;me capitaliste qui est mortif&#232;re. Il est vital pour l'humanit&#233; de s'en d&#233;barrasser&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7314&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7314&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Organisons-nous en comit&#233;s aussi pour d&#233;fendre nos vies !&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les divergences tactiques au sein du mouvement ouvrier</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article7981</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article7981</guid>
		<dc:date>2025-06-24T22:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte de classes - Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les divergences tactiques au sein du mouvement ouvrier &lt;br class='autobr' /&gt;
Anton Pannekoek &lt;br class='autobr' /&gt;
1909 &lt;br class='autobr' /&gt;
I - LE BUT DE LA LUTTE DE CLASSE &lt;br class='autobr' /&gt;
La tactique de la lutte de classe prol&#233;tarienne est une application de la science, de la th&#233;orie, qui nous permet d'apprendre &#224; conna&#238;tre les causes et les tendances de l'&#233;volution sociale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mode de production capitaliste transforme la production de valeurs d'usage socialement n&#233;cessaires en un moyen d'&#233;largir le capital. Le propri&#233;taire de capitaux ach&#232;te la force de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les divergences tactiques au sein du mouvement ouvrier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Anton Pannekoek&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1909&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I - LE BUT DE LA LUTTE DE CLASSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique de la lutte de classe prol&#233;tarienne est une application de la science, de la th&#233;orie, qui nous permet d'apprendre &#224; conna&#238;tre les causes et les tendances de l'&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de production capitaliste transforme la production de valeurs d'usage socialement n&#233;cessaires en un moyen d'&#233;largir le capital. Le propri&#233;taire de capitaux ach&#232;te la force de travail des ouvriers qui ne poss&#232;dent pas de moyens de production, il l'emploie &#224; mettre en mouvement les moyens de production qui lui appartiennent, et il s'approprie ainsi le produit du travail, la valeur engendr&#233;e par ce travail. La force de travail cr&#233;e une valeur plus grande que la valeur n&#233;cessaire &#224; sa reproduction ; l'exploitation de cette force de travail constitue un moyen d'accro&#238;tre les richesses ; ce que les ouvriers produisent en exc&#233;dent de la valeur de leur force de travail, la plus-value, revient aux capitalistes et sert pour la plus grande partie &#224; l'augmentation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; la plus importante du capital ne r&#233;side pourtant pas dans cette structure, dans ce caract&#232;re g&#233;n&#233;ral d'exploitation, mais dans son d&#233;veloppement rapide vers des formes de plus en plus nouvelles. La force motrice de ce d&#233;veloppement est la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la concurrence ne font que la totalit&#233; de la plus-value, que toutes les entreprises capitalistes produisent, n'est pas r&#233;partie de mani&#232;re proportionnelle entre tous les capitaux. Les entreprises qui ont les machines et les m&#233;thodes les plus productives, et qui peuvent donc produire aux prix les plus bas, obtiennent un surprofit, tandis que les entreprises moins productives n'obtiennent qu'un profit moindre ou pas de profit du tout, et parfois subissent des pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re cons&#233;quence de cette situation est une croissance constante de la productivit&#233; du travail social. Les r&#233;sultats d'une science de la nature en d&#233;veloppement rapide servent &#224; l'am&#233;lioration des m&#233;thodes de travail et au perfectionnement des machines. Une course s'engage en vue d'utiliser la meilleure technique ; les moyens techniques les moins perfectionn&#233;s sont mis au rebut ; la capacit&#233; de production des machines et le rendement du travail augmentent sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, ce sont les instruments les plus grands et les plus chers qui sont aussi capables du meilleur rendement. Et gr&#226;ce &#224; ces instruments, les grandes usines, o&#249; sont mises en &#339;uvre une plus grande division du travail et une plus grande &#233;conomie de d&#233;penses, travaillent &#224; meilleur march&#233; que les petites. La grande entreprise est en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale l'entreprise la plus productive. C'est pourquoi la grande entreprise a l'avantage dans la lutte concurrentielle et elle repousse la petite entreprise toujours plus loin. De grands capitaux sont n&#233;cessaires &#224; la grande entreprise, afin d'acqu&#233;rir des machines grosses et ch&#232;res. Il en d&#233;coule la n&#233;cessit&#233; pour les capitalistes de faire grossir de plus en plus leurs capitaux. R&#233;ciproquement, la plus grande partie, et de loin, de la plus-value globale afflue vers les plus grands capitaux, de sorte qu'ils grossissent proportionnellement beaucoup plus vite que les petits capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences de cette &#233;volution se manifestent par un changement continu de la structure de la soci&#233;t&#233;. Le d&#233;clin de la classe moyenne autonome s'est accompli presque enti&#232;rement dans le domaine de la production ; on ne trouve plus la petite entreprise que dans des branches particuli&#232;res, avant tout dans le travail de r&#233;paration. Dans le domaine du commerce de d&#233;tail, le changement est actuellement en cours. Ce d&#233;clin va de pair avec une augmentation du prol&#233;tariat qui ne poss&#232;de rien, lequel se recrute pour partie dans cette ancienne petite bourgeoisie, pour partie chez des paysans qui &#233;migrent de la campagne, et qui est absorb&#233; par la grande industrie. La concentration du capital, qui ne va pas assez vite par la voie naturelle de la croissance des grands capitaux particuliers, est acc&#233;l&#233;r&#233;e par le fait que les petits capitaux sont rassembl&#233;s dans des soci&#233;t&#233;s par actions et par l'interm&#233;diaire des banques et sont ainsi regroup&#233;s en de plus gros capitaux. L'organisation des entreprises se modifie ; le capitaliste, qui auparavant dirigeait en m&#234;me temps la production, s'efface de plus en plus ; la gestion des grandes entreprises revient &#224; des employ&#233;s salari&#233;s, les directeurs, qui ont sous eux tout un &#233;tat-major de chefs de service, de surveillants et de contrema&#238;tres, de techniciens, d'ing&#233;nieurs, de chimistes, etc. Ceux-ci constituent une nouvelle classe moyenne qui se diff&#233;rencie de l'ancienne classe moyenne par sa position de d&#233;pendance. Les propri&#233;taires de capitaux perdent ainsi tout r&#244;le actif dans le processus de production et se voient r&#233;duits toujours davantage &#224; la fonction de purs parasites. La production se poursuit tout &#224; fait sans eux, mais leur int&#233;r&#234;t demeure pourtant ma&#238;tre de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution du capitalisme conduit &#224; des contradictions de plus en plus grandes. Les &#233;normes forces productives permettent une multiplication presque illimit&#233;e des produits, qui pourraient servir &#224; la satisfaction des besoins humains ; mais, d&#232;s qu'ils sont &#233;coul&#233;s sans frein sur le march&#233;, ils se heurtent au pouvoir d'achat limit&#233; des masses, et une crise &#233;conomique ruine d'innombrables petites entreprises et transforme une grande quantit&#233; d'ouvriers en ch&#244;meurs. Les rapports sociaux nouvellement cr&#233;&#233;s, qui condamnent la masse des producteurs &#224; une pauvret&#233; constante et &#224; une existence de plus en plus incertaine, et attribuent tous les fruits de la productivit&#233; accrue du travail &#224; une minorit&#233; de parasites, sont en contradiction avec les fondements juridiques de l'&#233;conomie priv&#233;e ; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production qui &#233;tait, dans la petite entreprise, le moyen pour chacun, gr&#226;ce &#224; son travail, de se procurer les &#233;l&#233;ments de sa subsistance devient dans le capitalisme un moyen de spolier les producteurs des fruits de leur travail. La production est devenue une production collective, sociale, et elle est en contradiction avec la forme traditionnelle de propri&#233;t&#233; de l'appropriation priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contradictions deviennent encore plus aigu&#235;s parce que le r&#233;sultat de la libre concurrence, la concentration des entreprises, conduit &#224; l'abolition partielle de la libre concurrence. Une fois que la masse des petits entrepreneurs a disparu, il est plus avantageux pour les grands entrepreneurs qui subsistent de s'allier que de se d&#233;truire par la concurrence jusqu'&#224; l'&#233;puisement. La coalition prend la place de la concurrence. Ces coalitions vont dans la direction d'une solidit&#233; de plus en plus grande, en commen&#231;ant par de simples accords sur les prix et des luttes intermittentes, pour en arriver aux syndicats et &#224; la forme d'organisation stable des trusts, qui r&#233;unissent toutes les entreprises individuelles dans une entreprise g&#233;ante unique. L'anarchie illimit&#233;e de la production priv&#233;e est ici supprim&#233;e ; une r&#233;gulation partielle de la production appara&#238;t. Mais les avantages de cette r&#233;gulation ne profitent qu'aux tr&#232;s grands capitalistes qui r&#232;gnent sur les trusts et qui utilisent leur contr&#244;le de la production pour saigner &#224; blanc tous les consommateurs. Syndicats et trusts constituent une forme sup&#233;rieure d'organisation, car le gaspillage d'&#233;nergie occasionn&#233; par les petites entreprises peu productives et par la concurrence mutuelle est aboli. Mais en m&#234;me temps dispara&#238;t &#233;galement le produit de la concurrence, c'est-&#224;-dire l'aiguillon de l'accroissement continu de la productivit&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contradictions, qui s'accroissent de plus en plus sous le capitalisme, sont finalement supprim&#233;es par le fait que le mode de production lui-m&#234;me est boulevers&#233;. En abolissant le titre des capitalistes vivant en parasites, la production cesse de servir &#224; la passion du profit ; les entreprises individuelles ne s'opposent plus comme des concurrentes, mais elles deviennent des membres d'une production sociale consciemment r&#233;gul&#233;e. La masse du peuple, les producteurs, redeviennent les ma&#238;tres des moyens de production dont ils se servent maintenant pour la satisfaction de leurs besoins. Non pas individuellement, mais collectivement : c'est en tant que collectivit&#233; qu'ils travaillent en vue des besoins collectifs. Les forces productives pourront alors &#234;tre lib&#233;r&#233;es ; plus elles se d&#233;velopperont puissamment, et plus elles fourniront &#224; profusion une foule de produits, plus faible sera le travail que les membres de la communaut&#233; devront accomplir pour leur subsistance. La socialisation des moyens de production, la production socialiste, r&#233;sout les contradictions du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution du capitalisme r&#233;v&#232;le donc d'elle-m&#234;me le but auquel elle conduit ; elle accro&#238;t les contradictions du capitalisme jusqu'&#224; un degr&#233; o&#249; elles deviennent insupportables et o&#249; elles provoquent un bouleversement, une r&#233;volution sociale, qui entra&#238;ne le remplacement du capitalisme par un nouveau mode de production, le mode de production socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces contradictions ne produisent pas m&#233;caniquement une telle r&#233;volution. Elles ne le font que dans la mesure o&#249; elles sont ressenties par les hommes comme des inconv&#233;nients. Tous les rapports de production sont des rapports humains ; tout ce qui se passe dans la soci&#233;t&#233; est d&#251; &#224; l'intervention des hommes. L'invention et l'introduction de nouvelles machines, la concurrence, la concentration des capitaux, la cr&#233;ation d'usines de plus en plus grandes, la formation de syndicats et de trusts, tout cela est l'&#339;uvre de l'homme. Certes, il ne s'agit pas d'actions humaines ob&#233;issant &#224; un dessein global, &#224; une volont&#233; claire ; tout homme ne voit que sa propre situation, n'est m&#251; que par la n&#233;cessit&#233; ou le besoin imm&#233;diat ; chacun cherche &#224; servir ses propres int&#233;r&#234;ts, &#224; se dresser contre les autres, &#224; devancer les autres dans la comp&#233;tition. Le d&#233;veloppement social est le produit de toutes ces actions isol&#233;es, de cette volont&#233; dispers&#233;e ; il n'est provoqu&#233; intentionnellement par personne. C'est pourquoi la r&#233;sultante de l'ensemble de ces actions appara&#238;t, compar&#233;e &#224; chaque action individuelle, comme une puissance surhumaine ; elle agit comme une force surnaturelle, de mani&#232;re inexorable, in&#233;luctable, comme une n&#233;cessit&#233; naturelle. La soci&#233;t&#233; est comme un organisme sans t&#234;te, priv&#233; de pens&#233;e d'ensemble, o&#249; rien ne se passe apr&#232;s une r&#233;flexion consciente, o&#249; tout se produit selon des lois aveugles ; et pourtant cet organisme est compos&#233; d'hommes qui, individuellement, r&#233;fl&#233;chissent de fa&#231;on consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les op&#233;rations sociales d&#233;coulent donc uniquement du fait que les hommes agissent. Les contradictions du d&#233;veloppement social sont des contradictions ressenties par les hommes, et, par cons&#233;quent, le renversement d'un mode de production ne peut &#234;tre que l'&#339;uvre des hommes. Mais ce n'est en aucune fa&#231;on l'&#339;uvre d'hommes qui s'estiment plac&#233;s au-dessus de la soci&#233;t&#233;, d'hommes lucides qui seraient capables de transformer l'organisation sociale selon un dessein conscient, car chaque individu ne fait jamais que ce &#224; quoi son int&#233;r&#234;t imm&#233;diat le pousse ; au contraire, ce sont les actions que les hommes entreprennent n&#233;cessairement, d'une mani&#232;re en quelque sorte instinctive, pour satisfaire leurs int&#233;r&#234;ts, qui ont pour r&#233;sultat global le renversement du mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les int&#233;r&#234;ts des membres d'une m&#234;me classe concordent, alors que ceux de classes diff&#233;rentes divergent ou bien s'opposent. La poursuite de ces int&#233;r&#234;ts entra&#238;ne donc la lutte des classes. L'int&#233;r&#234;t de l'ouvrier exploit&#233; s'oppose &#224; celui du capitaliste exploiteur ; le capitaliste veut accro&#238;tre le plus possible l'exploitation afin que la plus-value, gr&#226;ce &#224; laquelle son capital augmente, soit la plus grande possible ; il cherche &#224; cet effet &#224; baisser les salaires, &#224; allonger la dur&#233;e du travail et &#224; amplifier l'intensit&#233; de celui-ci. L'ouvrier, dont la force vitale et la sant&#233; p&#233;riclitent &#224; cause de cela, lui r&#233;siste ; il aspire au contraire &#224; un salaire plus &#233;lev&#233;, &#224; une dur&#233;e de travail plus courte, afin que son existence devienne quelque chose d'un peu humain. Les conditions de travail font donc l'objet d'une lutte au cours de laquelle les ouvriers et les capitalistes s'opposent les uns aux autres, tout d'abord de mani&#232;re isol&#233;e, mais, progressivement, au fur et &#224; mesure qu'ils comprennent le caract&#232;re de classe de leurs int&#233;r&#234;ts, ils s'unissent avec leurs compagnons de classe en cr&#233;ant des organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe du prol&#233;tariat se d&#233;veloppe peu &#224; peu. Elle d&#233;bute avec les r&#233;voltes isol&#233;es des ouvriers de certaines usines contre des conditions de travail par trop insupportables. Petit &#224; petit, ces ouvriers constituent des associations permanentes, et ils commencent &#224; voir clairement que leurs int&#233;r&#234;ts n'entrent pas fortuitement en conflit avec ceux des entrepreneurs, mais qu'ils sont en contradiction durable. Ils prennent alors conscience du fait qu'ils constituent une classe particuli&#232;re ; leur vision s'&#233;tend &#224; toute la classe. Mais de ce fait, en m&#234;me temps, la lutte passe sur le terrain politique o&#249; se d&#233;roule l'affrontement g&#233;n&#233;ral entre les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que l'&#201;tat leur appara&#238;t comme une puissance supr&#234;me, planant au-dessus des classes, les travailleurs se tournent vers lui, par la pri&#232;re ou par la revendication, afin que, par des lois, il mette fin &#224; leur mis&#232;re et qu'il les prot&#232;ge d'une oppression trop forte. Mais inversement, ils font dans leur lutte avec les capitalistes l'exp&#233;rience que ceux-ci utilisent leur h&#233;g&#233;monie sur l'&#201;tat pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts de classe contre les travailleurs. Les ouvriers se voient donc contraints de participer au combat politique. Plus ils s'aper&#231;oivent de la d&#233;pendance de l'&#201;tat des classes exploiteuses et de l'importance du pouvoir de l'&#201;tat pour les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, plus ils doivent se fixer clairement comme but de conqu&#233;rir le pouvoir politique. Mais si la classe ouvri&#232;re se pose cet objectif, elle doit en m&#234;me temps y voir clair sur la fa&#231;on dont elle veut utiliser son pouvoir politique ; elle a besoin d'un programme pour l'avenir. La compr&#233;hension de la nature du capitalisme, qu'elle acquiert par l'exp&#233;rience de la lutte de classe, lui apprend que l'am&#233;lioration de quelques d&#233;fauts du capitalisme ne suffit pas. Sa mis&#232;re se fonde sur la nature la plus profonde du capitalisme. Elle est la classe qui r&#233;ussit &#224; percevoir toutes les contradictions du capitalisme comme de graves maux. C'est elle qui souffre le plus lors des crises ; elle constitue la masse des v&#233;ritables producteurs qui sont de plus en plus d&#233;pouill&#233;s par une minorit&#233; de parasites inutiles de la plus grande part de leurs produits. Son int&#233;r&#234;t r&#233;clame l'abolition des fondements du capitalisme, la transformation de ce mode de production en socialisme. Ses int&#233;r&#234;ts convergent avec les tendances &#233;volutives du capitalisme. Elle doit se poser la r&#233;volution de l'ordre dominant, le mode de production socialiste, comme objectif final de son combat, comme le programme politique qu'elle doit r&#233;aliser par la conqu&#234;te du pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme ne viendra donc pas de la compr&#233;hension par tous les hommes raisonnables du fait qu'il est meilleur que le capitalisme et qu'il supprime ses d&#233;fauts. Les hommes ne se laissent conduire que par leurs int&#233;r&#234;ts de classe imm&#233;diats ; on peut donc les d&#233;signer, consid&#233;r&#233;s du point de vue d'une r&#233;gulation consciente de leurs rapports sociaux, comme une masse inconsciente. La bourgeoisie sent que son int&#233;r&#234;t imm&#233;diat est li&#233; &#224; la conservation du syst&#232;me, dans lequel elle vit de l'exploitation de la classe ouvri&#232;re ; elle ne veut rien savoir du socialisme. Mais le socialisme est la cons&#233;quence n&#233;cessaire d'une victoire de la classe ouvri&#232;re dans la lutte de classe ; il ne peut que na&#238;tre de la lutte de classe. C'est ainsi que le socialisme, l'objectif social de la classe ouvri&#232;re, se transforme lui-m&#234;me en objet, ou encore mieux, en mot d'ordre, de la lutte de classe entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but imm&#233;diat de toute action isol&#233;e dans la lutte de classe quotidienne ne peut pas &#234;tre le socialisme ; il ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat final d'une longue p&#233;riode de lutte. Le socialisme est justement le but final de la lutte de classe, et il faut donc distinguer entre le but final et le but imm&#233;diat. En tant que but final, le socialisme aide la classe en lutte &#224; prendre conscience de la direction du d&#233;veloppement ; en tant que r&#233;alit&#233; future &#224; atteindre, il lui offre un &#233;l&#233;ment de comparaison pour tous les rapports capitalistes, il incite, du fait de la splendeur de cet id&#233;al, aux plus grands efforts et il exprime sous une forme critique notre compr&#233;hension scientifique de la nature du capitalisme. Mais le but imm&#233;diat de toutes les actions isol&#233;es de la pratique quotidienne ne peut &#234;tre qu'un r&#233;sultat imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;sultat imm&#233;diat de la lutte est l'accroissement de notre pouvoir. Chaque classe dispose d'un pouvoir plus ou moins grand dans la soci&#233;t&#233; ; pour une classe ascendante, il augmente, et pour une classe d&#233;clinante, il diminue. La classe la plus puissante dispose du pouvoir ; une classe qui veut conqu&#233;rir le pouvoir doit accro&#238;tre ses forces de telle sorte qu'elle puisse vaincre la classe ennemie. L'accroissement de la puissance sociale est donc le but imm&#233;diat de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les facteurs sur lesquels se construit le pouvoir d'une classe sont en effet tr&#232;s diff&#233;rents pour des classes diff&#233;rentes, et ils d&#233;pendent des rapports sociaux g&#233;n&#233;raux, des rapports de production, et de la fonction de ces derniers au sein des premiers. Le pouvoir de la noblesse f&#233;odale au Moyen &#194;ge reposait avant tout sur l'aptitude &#224; faire la guerre de la suite qu'elle pouvait mettre sur pied &#224; partir de la population qui d&#233;pendait d'elle. Le pouvoir de la bourgeoisie dans sa lutte contre l'absolutisme reposait principalement sur son argent ; la bourgeoisie &#233;tait la classe qui disposait d'une source d'argent abondante et r&#233;guli&#232;re, et les princes devaient obtenir d'elle l'argent dont ils avaient besoin pour l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance de la bourgeoisie dans les &#201;tats modernes repose en premier lieu sur son caract&#232;re irrempla&#231;able du point de vue &#233;conomique. Ses membres sont &#224; la t&#234;te des branches de production importantes, de l'industrie et du commerce, dont d&#233;pendent de larges couches populaires. C'est pourquoi elle poss&#232;de une sup&#233;riorit&#233; morale sur ces couches qui lui reconnaissent un r&#244;le dirigeant, du moins tant qu'elles n'ont pas pris conscience de l'antagonisme de classe qui les opposent &#224; elle. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; ses ressources mon&#233;taires, elle devient la classe d&#233;terminante dans l'&#201;tat, et elle peut contraindre la bureaucratie qui gouverne directement &#224; d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts ; ses ressources mon&#233;taires font aussi qu'elle est forte dans le combat qui l'oppose au prol&#233;tariat. Le facteur important qui s'ajoute &#233;galement &#224; cela, c'est la conscience populaire qui r&#232;gne dans de vastes milieux que sa domination est bonne et n&#233;cessaire. Cela repose partiellement sur le fait qu'une tr&#232;s grande classe moyenne se compose encore d'entrepreneurs ind&#233;pendants qui, m&#234;me s'ils sont opprim&#233;s par le grand capital, ressentent pourtant le m&#234;me int&#233;r&#234;t &#224; la domination du syst&#232;me capitaliste que les grands capitalistes eux-m&#234;mes. Mais ce facteur de la conscience populaire est partiellement un facteur n&#233;gatif, c'est-&#224;-dire qu'il consiste en une absence de conscience de classe chez une partie de la classe ouvri&#232;re. Ce dernier facteur de puissance se r&#233;duit constamment pour deux raisons ; d'une part, le nombre de ceux qui ont un int&#233;r&#234;t direct &#224; l'exploitation diminue continuellement, d'autre part, de plus en plus de travailleurs s'&#233;veillent &#224; la conscience de classe et, de partisans de la bourgeoise, ils se transforment en ses ennemis. Pour une classe en d&#233;clin, plus les facteurs qui lui restent de son pouvoir perdent de leur importance, et plus un certain facteur devient le facteur le plus important de pouvoir : le fait qu'elle dispose r&#233;ellement du pouvoir d'&#201;tat. Gr&#226;ce &#224; son pouvoir politique, une classe dominante peut encore conserver sa position vis-&#224;-vis d'une classe montante, m&#234;me si elle a perdu toutes les racines du pouvoir avec lesquelles elle adh&#233;rait &#224; la terre ferme. L'&#201;tat moderne met &#224; la disposition de la classe qui le domine de grands moyens de pouvoir, moraux ut physiques. Il constitue une organisation finement articul&#233;e qui, gr&#226;ce &#224; une arm&#233;e de fonctionnaires, fait appliquer une volont&#233; centrale d&#233;termin&#233;e, partout, jusque dans le coin le plus recul&#233;, agit partout selon les m&#234;mes principes et poss&#232;de ainsi une &#233;norme sup&#233;riorit&#233; sur la masse du peuple inorganis&#233;e. Il dispose d'une autorit&#233; morale qu'artificiellement il maintient et augmente encore du fait de son influence sur l'&#233;cole, l'&#201;glise et la science. Il dispose du moyen physique de force de l'arm&#233;e laquelle, soud&#233;e par une discipline ferme, peut facilement, gr&#226;ce &#224; ses armes sup&#233;rieures, mater une population insubordonn&#233;e, dans les cas les plus extr&#234;mes o&#249; la justice et la police n'y suffiraient pas. M&#234;me si deux classes en lutte faisaient jeu &#233;gal, la classe dominante est, parce qu'elle est classe dominante, largement sup&#233;rieure &#224; son adversaire, &#233;tant donn&#233; qu'elle dispose du pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re ne peut donc pas se contenter d'accro&#238;tre son pouvoir sur la bourgeoisie et les classes qui sont alli&#233;es avec cette derni&#232;re, mais elle doit augmenter son pouvoir de telle sorte qu'elle puisse vaincre le pouvoir d'&#201;tat et s'en emparer.&lt;br class='autobr' /&gt;
II - LE POUVOIR DU PROLETARIAT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste donc le pouvoir social de la classe ouvri&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout premier lieu dans son nombre ; le prol&#233;tariat forme de plus en plus la grande masse du peuple ; dans les pays d&#233;velopp&#233;s, les salari&#233;s forment d&#233;j&#224; une importante majorit&#233; de la population. Mais une majorit&#233; qui est d&#233;pendante de la minorit&#233;, comme un nombreux lumpenprol&#233;tariat par exemple, ne peut pas d&#233;velopper de pouvoir autonome. Il faut donc ajouter au nombre l'importance &#233;conomique de la classe ouvri&#232;re. La classe ouvri&#232;re devient de plus en plus la classe &#233;conomiquement la plus importante dans la soci&#233;t&#233;. Les ouvriers qui travaillent dans la grande industrie sont beaucoup plus importants pour la production sociale que la classe encore nombreuse des petits bourgeois et des petits paysans prol&#233;taris&#233;s. Ils vivent entass&#233;s dans les grands centres, dans les capitales, l&#224; o&#249; se concentre la vie politique, tandis que le paysan, du fait de son isolement, a beaucoup moins d'influence. Les entreprises qui dominent pour la plupart toute la vie sociale : l'industrie lourde, les chemins de fer, les mines, sont toutes des grandes entreprises, et les ouvriers qui y sont employ&#233;s peuvent exercer, par exemple par une gr&#232;ve, une influence sur la soci&#233;t&#233; qui d&#233;passe largement leur nombre. Du fait de l'importance de sa fonction &#233;conomique, du fait de son caract&#232;re irrempla&#231;able dans la production sociale, le pouvoir de la classe ouvri&#232;re est donc beaucoup plus grand que cela n'appara&#238;t d'apr&#232;s son simple effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le simple nombre et l'importance &#233;conomique seule ne peuvent pas donner du pouvoir &#224; une classe si elle n'est consciente ni de l'un ni de l'autre. Quand une classe est incapable de discerner sa situation particuli&#232;re, ses int&#233;r&#234;ts particuliers, quand elle supporte machinalement et sans r&#233;agir la domination de ses oppresseurs et qu'elle croit qu'il s'agit de l'ordre des choses &#233;ternel, alors son nombre et son importance ne lui servent &#224; rien. C'est pourquoi il doit y avoir en plus connaissance et conscience. C'est seulement gr&#226;ce &#224; la conscience de classe que le grand nombre devient un nombre pour la classe elle-m&#234;me, ce n'est qu'ainsi qu'elle devient consciente du pouvoir qui r&#233;side dans son caract&#232;re &#233;conomique irrempla&#231;able et qu'elle peut s'en servir dans son propre int&#233;r&#234;t, pour ses propres objectifs. Seule la conscience de classe redonnera vie &#224; ce corps monstrueux, musculeux et mort et le rendra capable d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le savoir, qui donne du pouvoir &#224; la classe ouvri&#232;re, ne se borne pas &#224; cette simple conscience d'appartenir &#224; une classe particuli&#232;re avec ses int&#233;r&#234;ts propres. Elle m&#232;nera la lutte contre son adversaire d'autant mieux et avec d'autant plus de succ&#232;s que sera profonde sa compr&#233;hension des rapports sociaux qui constituent les conditions de son combat. Et sur ce point, la classe ouvri&#232;re poss&#232;de une grande avance sur ses ennemis. Elle dispose d'une science de la soci&#233;t&#233; qui la rend capable de percer &#224; jour les causes de sa mis&#232;re et le but du d&#233;veloppement social. &#201;tant donn&#233; qu'elle est famili&#232;re avec les forces qui d&#233;terminent les &#233;v&#233;nements, et qu'elle pr&#233;voit ce qui va se passer, elle acquiert une fermet&#233; tranquille, une assurance int&#233;rieure, qui la soutient dans toutes les vicissitudes de la lutte. La maturit&#233; politique qu'elle manifeste dans la lutte politique repose sur cette m&#234;me base. Sa science lui permet de pr&#233;voir les cons&#233;quences les plus lointaines de ses actes et la pr&#233;serve de se laisser tromper par une apparence temporaire imm&#233;diate. La certitude que cette science lui donne de sa victoire finale future, lui conf&#232;re une force morale solide, alors que les classes, qui, par manque de science, t&#226;tonnent comme dans l'obscurit&#233; et sentent, emplies d'angoisse, approcher leur d&#233;clin, oscillent sans consistance de ci, de l&#224;. Ainsi la compr&#233;hension de la soci&#233;t&#233; et le savoir, depuis leur forme la plus simple de la conscience de classe s'&#233;veillant jusqu'&#224; sa forme la plus &#233;lev&#233;e des doctrines provenant de Marx, que nous nommons le socialisme scientifique, la th&#233;orie socialiste ou le marxisme, constituent l'un des plus importants facteurs de pouvoir du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la compr&#233;hension, de quelque fa&#231;on qu'on la traite, ne suffit pas &#224; elle seule quand la force pour l'action fait d&#233;faut. Le bras vigoureux, qui accomplit ce qui est pens&#233;, doit s'associer &#224; la t&#234;te pensante. Le grand nombre &#224; lui seul ne suffit pas pour une action &#233;nergique. Toute l'histoire de l'humanit&#233; civilis&#233;e nous montre des masses populaires qui se sont laiss&#233;es dominer par de petites minorit&#233;s et qui se sont r&#233;volt&#233;es en vain contre ce fait, parce que ces minorit&#233;s &#233;taient fortes en raison de leur organisation. L'organisation est n&#233;cessaire pour rendre la masse forte. Tant qu'une classe se compose d'unit&#233;s dispers&#233;es, qui veulent chacune une chose diff&#233;rente, elle ne peut pas exercer de pouvoir. L'organisation l'unifie, r&#233;unit ses volont&#233;s diff&#233;remment orient&#233;es en une volont&#233; unique, derri&#232;re laquelle se tient ensuite toute la force de la masse. La puissance &#233;norme d'une arm&#233;e, le pouvoir de l'&#201;tat lui-m&#234;me dans son ensemble, reposent sur leur organisation solide et compacte qui, comme un seul corps, est dirig&#233;e par une volont&#233; unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qui transforme un grand nombre d'hommes en une organisation ? La subordination de l'individu, la soumission de sa volont&#233; personnelle &#224; la volont&#233; qui r&#233;git l'ensemble, la discipline. Dans l'arm&#233;e, il s'agit de la soumission &#224; une volont&#233; &#233;trang&#232;re : la discipline militaire est obtenue par la peur de punitions s&#233;v&#232;res qui menacent l'insoumis. Chez les travailleurs, la volont&#233; &#224; laquelle l'individu se soumet est la volont&#233; de l'ensemble de l'organisation elle-m&#234;me, qui se manifeste par des d&#233;cisions prises &#224; la majorit&#233;. La discipline est ici une discipline volontaire, une soumission pleinement consentie &#224; la volont&#233; de l'ensemble. Cela ne signifie pas que l'individu renonce &#224; son opinion, abdique sa personnalit&#233;, mais qu'il reconna&#238;t consciemment que ce n'est que lorsque la masse est dirig&#233;e par une volont&#233; unique qu'elle peut d&#233;velopper sa force, et que la minorit&#233; n'a pas le droit d'exiger que la majorit&#233; se conforme &#224; ses vues. Ce n'est qu'en unissant ses forces avec celles de ses compagnons de classe que l'individu peut atteindre son but ; seul, il ne peut rien ; et c'est pourquoi la r&#233;flexion rationnelle, si ce n'est le simple instinct, lui dit qu'il doit se joindre aux autres dans une organisation. Mais pour cela il est n&#233;cessaire que l'organisation puisse toujours compter sur les forces de tous ses membres, m&#234;me s'ils sont personnellement d'un avis diff&#233;rent et si leur volont&#233; diverge de celle de l'organisation. La discipline, qui est le mortier de l'organisation, consiste dans ce lien moral qui cimente les unit&#233;s autrefois dispers&#233;es en une masse lourde et imposante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir de la classe ouvri&#232;re se compose donc de ces trois facteurs principaux : le nombre et l'importance &#233;conomique, la conscience de classe et la compr&#233;hension, l'organisation et la discipline. Ce pouvoir augmente en fonction de la croissance de ces facteurs. Le premier de ces facteurs cro&#238;t ind&#233;pendamment de notre volont&#233; ou de notre influence, il est le r&#233;sultat du d&#233;veloppement &#233;conomique lui-m&#234;me. Ce d&#233;veloppement transforme le prol&#233;tariat salari&#233; en une partie de plus en plus grande de la population ; il le rassemble &#233;galement de plus en plus dans de grandes entreprises, fait de plus en plus de la production sociale l'affaire des grandes entreprises et transforme de plus en plus profond&#233;ment la d&#233;pendance r&#233;ciproque et la liaison de toutes les branches de production en une &#233;conomie mondiale. Cette croissance de l'importance &#233;conomique du prol&#233;tariat est ind&#233;pendante de notre intervention ; nous ne pouvons ni l'acc&#233;l&#233;rer ni la ralentir ; elle est l'effet des lois &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, les deux autres facteurs sont une cons&#233;quence de notre action. Certes, ils sont aussi provoqu&#233;s par le d&#233;veloppement &#233;conomique, lequel nous permet de mieux comprendre la soci&#233;t&#233; et nous pousse &#224; nous organiser. Mais les causes &#233;conomiques agissent ici par l'interm&#233;diaire des hommes, du fait qu'elles nous forcent &#224; &#339;uvrer &#224; la croissance de ces deux facteurs avec un projet conscient. De les faire cro&#238;tre, c'est-&#224;-dire d'&#233;lever toujours plus le savoir et la conscience de classe de tous les prol&#233;taires, et de renforcer leur organisation, de consolider leur discipline, c'est le but de toute notre agitation, de toutes nos luttes. C'est en cela que consiste la croissance du pouvoir de la classe ouvri&#232;re, dans la mesure o&#249; cela d&#233;pend de notre volont&#233; ; c'est en cela que consiste donc le but de la lutte de classe. Nous avons ici en m&#234;me temps le crit&#232;re permettant d'&#233;valuer notre tactique et toutes nos actions : tout ce qui accro&#238;t notre pouvoir est bon et nous rapproche du but, et inversement pour tout ce qui le diminue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a ici aussi l'unique sens rationnel de ce &#034;mouvement&#034; que Bernstein opposait en son temps au but final. Pour nous, le mouvement tout court n'est non seulement pas tout, mais il n'est rien, un mot vide sans signification. Vaciller de ci, de l&#224;, sans progresser, c'est aussi du mouvement ; reculer, c'est aussi du mouvement. Cette expression repose n&#233;anmoins sur un sentiment juste, &#224; savoir le sentiment qu'il existe &#224; l'heure actuelle une transformation au jour le jour qui &#233;puise toute notre action et est son unique but. Il s'agit de l'accroissement de notre pouvoir. Mais celui-ci ne s'oppose pas au but final, il est m&#234;me absolument identique &#224; lui ; le but final est d&#233;j&#224; inclus dans le but de l'accroissement incessant de notre pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;fend parfois l'opinion selon laquelle le but imm&#233;diat de toute notre action consiste dans l'obtention de r&#233;formes. Mais comme cela a &#233;t&#233; expos&#233; ici, cette conception est incorrecte. Certaines r&#233;formes, qui am&#233;liorent &#224; tout point de vue les conditions de vie des travailleurs, peuvent accro&#238;tre le pouvoir du prol&#233;tariat ; mais ce n'est pas toujours le cas. Une loi sur la r&#233;duction du temps de travail peut relever une couche d'ouvriers compl&#232;tement &#233;reint&#233;e, d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e, spirituellement rabougrie, restaurer sa sant&#233;, sa force physique et spirituelle, elle peut lui permettre de consacrer son temps au repos, aux activit&#233;s intellectuelles, au travail d'organisation, et entra&#238;ner ainsi une augmentation de son pouvoir. Cela est encore plus valable pour des lois qui donnent aux travailleurs des droits politiques, par exemple le suffrage universel. Mais il peut aussi arriver que, gr&#226;ce &#224; des lois favorables aux ouvriers, la bourgeoisie endorme leur conscience de classe qui venait &#224; peine de s'&#233;veiller et qu'elle suscite chez les travailleurs l'id&#233;e que c'est gr&#226;ce &#224; la bienveillance des gouvernants qu'ils obtiendront le plus facilement des am&#233;liorations et non pas par la force de leur organisation ; le pouvoir du prol&#233;tariat n'est donc pas accru, mais affaibli, par la r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; vrai dire, cela n'arrive plus que rarement ; depuis que le prol&#233;tariat est partout &#233;veill&#233; &#224; la conscience de classe, chaque loi constitue un objet de lutte des classes. Et cette lutte, qu'elle soit totalement, partiellement ou pas du tout, couronn&#233;e de succ&#232;s pour les travailleurs, a toujours pour effet d'accro&#238;tre son pouvoir. Car la r&#233;sistance de la bourgeoisie, les faux-fuyants des politiciens, les discussions dans la presse et dans les r&#233;unions, secouent les masses apathiques, leur infusent les premiers brins de conscience de classe, donnent aux travailleurs plus &#233;volu&#233;s une le&#231;on de choses, augmentent leur discernement politique et mettent devant leurs yeux de mani&#232;re &#233;vidente le caract&#232;re productif de l'action organis&#233;e. Une r&#233;forme acquise de haute lutte, une loi importante pour la classe ouvri&#232;re, n'est pas un facteur de pouvoir du prol&#233;tariat, au sens indiqu&#233; plus haut ; on pourrait la d&#233;signer de mani&#232;re plus juste comme une position de pouvoir. La diff&#233;rence entre ces deux expressions se manifeste imm&#233;diatement si l'on pense &#224; la guerre. Les facteurs de pouvoir d&#233;terminent la force des arm&#233;es, les positions de pouvoir sont les objets de la lutte qui peuvent &#234;tre aussi bien en possession d'une partie que de l'autre. &#192; cet &#233;gard, la possession de positions importantes donne naturellement un grand avantage par rapport &#224; l'adversaire, et toute la lutte est une lutte pour de telles positions. Elles sont le but imm&#233;diat pour lequel on combat, qu'elles puissent &#234;tre insignifiantes en soi et que leur possession durable puisse ne pas &#234;tre m&#234;me envisag&#233;e. L'arm&#233;e allemande lutta en 1870 avec de grands sacrifices pour des collines et des villages qui lui &#233;taient compl&#232;tement indiff&#233;rents et elle conquit des places fortes qui n'&#233;taient pas l'objet de la guerre et qu'elle r&#233;troc&#233;da tranquillement ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est pareillement dans la lutte de classe. Les positions de pouvoir, que nous poss&#233;dons et dont nous nous servons, ne sont pas notre but ; elles ne sont pas les fondements de notre pouvoir, mais elles en sont des positions importantes. Chaque droit politique, le droit de coalition, la libert&#233; de la presse, et avant tout le droit de vote, sont de telles positions. Elles peuvent nous &#234;tre reprises temporairement ; nous devons alors lutter dans des conditions d&#233;favorables, mais les sources les plus profondes de notre pouvoir n'en sont pas pour autant atteintes ; nous nous sentons simplement sur la d&#233;fensive, provisoirement. La force de notre groupe parlementaire est une telle position de pouvoir ; nous poussons ici toujours plus loin, notre r&#232;gle est de conqu&#233;rir toujours plus de mandats ; mais si nous sommes contraints &#224; la retraite dans ce domaine par des circonstances politiques ou une alt&#233;ration du droit de vote, nous avons alors perdu assur&#233;ment des positions de pouvoir, des marques ext&#233;rieures de notre pouvoir, mais en m&#234;me temps notre v&#233;ritable pouvoir peut en r&#233;alit&#233; avoir grandi du fait d'une compr&#233;hension plus claire dans de larges cercles et de l'union des organisations. Des organisations peuvent m&#234;me &#234;tre an&#233;anties par le despotisme des gouvernants ; mais cela ne touche que la forme ext&#233;rieure, car ce qui constitue la nature et la force de l'organisation, la ferme discipline et l'esprit d'organisation, ne peut pas &#234;tre an&#233;anti par la violence. La destruction des associations ouvri&#232;res signifie la perte d'une position de pouvoir ext&#233;rieurement importante, mais elle ne touche pas le facteur de pouvoir lui-m&#234;me tant que le c&#339;ur &#224; lutter demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les exemples, que nous avons pris, de la diff&#233;rence entre les facteurs de pouvoir caract&#233;ristiques et les positions de pouvoir, il faut remarquer que les derni&#232;res peuvent &#234;tre gagn&#233;es ou perdues comme des choses ext&#233;rieures palpables, tandis que les premiers sont localis&#233;s dans l'esprit des travailleurs et sont indestructibles. Cela veut dire : la violence ext&#233;rieure ne peut pas les d&#233;truire ; mais, comme le dur granit, ils peuvent parfaitement &#234;tre lentement corrompus de l'int&#233;rieur. Quand une classe ouvri&#232;re laisse obscurcir sa science claire et sa conscience de classe par des conceptions bourgeoises, ou bien troubler ses organisations, sa solide coh&#233;sion, par une tactique incorrecte, elle amoindrit son pouvoir social et elle devient plus faible vis-&#224;-vis de son ennemi. Une telle tactique renvers&#233;e ne peut &#233;videmment se maintenir que provisoirement, dans des conditions particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes sociales ne constituent donc pas, comme on l'affirme souvent, des &#233;tapes sur la voie qui m&#232;ne &#224; notre but final, dans le sens o&#249; le but final ne serait que la somme d'une s&#233;rie continue de telles r&#233;formes. Nous luttons &#224; l'heure actuelle pour des mesures qui ne repr&#233;sentent en aucune fa&#231;on un accomplissement partiel de ce que nous voulons r&#233;aliser en totalit&#233; dans la soci&#233;t&#233; socialiste. Ainsi, les d&#233;cisions l&#233;gales concernant la dur&#233;e du travail, la pr&#233;vention des accidents du travail, etc., font partie des r&#233;formes sociales actuelles les plus importantes ; mais s'il n'y a plus de capitalisme, de telles lois deviennent parfaitement superflues, comme toutes les lois qui prot&#232;gent les travailleurs contre l'arbitraire des capitalistes. Cependant des r&#233;formes sociales obtenues de haute lutte constituent des &#233;tapes sur la voie qui m&#232;ne au but final, mais seulement dans le sens o&#249; elles entra&#238;nent un accroissement de notre pouvoir. Ce n'est qu'en tant que telles, en tant que surcro&#238;t de pouvoir, qu'elles ont une valeur pour le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on doit faire encore une remarque sur le deuxi&#232;me des facteurs de pouvoir cit&#233;s plus haut. La science et les connaissances constituent pour toute classe qui les poss&#232;de un facteur de pouvoir important. En particulier les minorit&#233;s dominantes ont toujours affirm&#233; leur pouvoir sur la classe opprim&#233;e gr&#226;ce &#224; leur sup&#233;riorit&#233; intellectuelle ; leur compr&#233;hension sup&#233;rieure et g&#233;n&#233;rale leur a mis entre les mains le moyen leur permettant de r&#233;primer sans cesse les soul&#232;vements des esclaves pouss&#233;s aux derni&#232;res extr&#233;mit&#233;s. Une classe opprim&#233;e ne pouvait donc s'&#233;lever progressivement jusqu'&#224; une position dominante et vaincre ses oppresseurs que si l'&#233;volution sociale lui pla&#231;ait de nouvelles armes intellectuelles entre les mains et lui donnait une force nouvelle gr&#226;ce &#224; un savoir nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est ainsi &#233;galement dans la lutte de classe actuelle. Apparemment, la bourgeoisie dispose de toute la science, de toute la formation intellectuelle ; savants, professeurs, cur&#233;s, instituteurs, tout ce qui signifie &#034;formation&#034; se tient aux c&#244;t&#233;s de la &#034;propri&#233;t&#233;&#034;, ou plus exactement, est au service r&#233;mun&#233;r&#233; de la propri&#233;t&#233;. C'est ainsi que la bourgeoisie maintient encore une grande partie du prol&#233;tariat dans une d&#233;pendance spirituelle. Mais l'&#233;volution sociale met de nouvelles armes intellectuelles entre les mains du prol&#233;tariat, parce qu'il est la classe ascendante. Bien que la bourgeoisie dispose de toute l'autre formation intellectuelle, le prol&#233;tariat poss&#232;de la science de la soci&#233;t&#233;. Cette science, dont nous sommes redevables au travail de toute une vie de Karl Marx, nous apprend &#224; conna&#238;tre les causes, les forces et le d&#233;nouement, de l'&#233;volution sociale. D&#233;montrant le d&#233;clin de la bourgeoisie, elle est n&#233;cessairement le monopole du prol&#233;tariat, &#233;tant donn&#233; que la bourgeoisie la consid&#232;re avec haine et d&#233;go&#251;t ; reconna&#238;tre sa v&#233;rit&#233; signifierait pour la bourgeoisie mettre bas, sans espoir, les armes devant son adversaire qu'elle surpasse encore en pouvoir. Mais chacun de ses membres qui parvient malgr&#233; tout &#224; s'&#233;lever jusqu'&#224; la compr&#233;hension de la justesse de cette doctrine, combat aux c&#244;t&#233;s de la classe ascendante &#224; laquelle l'avenir appartient, et il devient un compagnon de lutte du prol&#233;tariat. C'est pourquoi toute la force qui d&#233;coule de cette science est &#224; l'avantage du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de ce fait, le prol&#233;tariat est dans une tout autre situation que toutes les classes ant&#233;rieures. Nous avons expos&#233; dans le premier chapitre que les forces sociales dominent les hommes comme des forces naturelles aveugles, parce que tout homme ne voit que ses int&#233;r&#234;ts les plus imm&#233;diats, suit n&#233;cessairement de fa&#231;on instinctive ses impulsions et ne conna&#238;t ni ne ma&#238;trise les cons&#233;quences de ses actes. Plus grande est sa science, plus il peut adapter ses actes &#224; des buts lointains et soumettre ses pulsions &#224; la raison clairvoyante. La science de la soci&#233;t&#233; du prol&#233;tariat signifie donc un pas en avant d&#233;cisif. Elle nous apprend &#224; conna&#238;tre ces puissantes forces myst&#233;rieuses ; nous savons comment elles se sont constitu&#233;es &#224; partir des instincts particuliers des hommes et des classes. Nous sommes en mesure de d&#233;terminer &#224; l'avance, jusqu'&#224; un certain point, les cons&#233;quences de nos actes et de ceux de nos adversaires. Ainsi, le caract&#232;re inconscient des actions sociales dispara&#238;t ; il na&#238;t pour la premi&#232;re fois au sein du prol&#233;tariat quelque chose que nous pouvons nommer une conscience de soi de la soci&#233;t&#233;. La soci&#233;t&#233; devient, au sein de cette classe, consciente de sa nature et elle commence &#224; r&#233;guler consciemment sa propre vie, la production. La science de la soci&#233;t&#233; remplace les actions sociales aveugles et instinctives par des actions sociales conscientes de leur but et rationnelles. Ce ph&#233;nom&#232;ne atteindra son plein d&#233;veloppement quand le prol&#233;tariat, devenu la classe dominante, soumettra la production sociale &#224; sa volont&#233; ; alors, une &#233;conomie consciente succ&#232;dera &#224; une &#233;conomie irr&#233;fl&#233;chie, dans laquelle des forces surhumaines, inconnues, ne r&#233;gneront plus, et l'homme deviendra pleinement ma&#238;tre de son destin. Mais pour le moment, cela reste imparfait, m&#234;me si cela s'applique d&#233;j&#224; dans une mesure croissante au prol&#233;tariat en lutte. En tant qu'organisation de masse, qui baigne dans la science de la soci&#233;t&#233;, il constitue d&#233;j&#224; un corps qui peut r&#233;gler ses actes en ayant conscience du r&#233;sultat. Il est vrai qu'il ne peut pas encore &#234;tre le ma&#238;tre de la production ; il lui manque le pouvoir pour cela. Ses actes ne peuvent &#234;tre en attendant que des actes de lutte. Mais, en tant que classe en lutte, il n'a pas besoin, comme les autres classes, de suivre de mani&#232;re irr&#233;fl&#233;chie les pulsions de classe directes de l'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat, mais il peut ma&#238;triser cette pulsion provenant de l'int&#233;r&#234;t de classe par la raison clairvoyante.&lt;br class='autobr' /&gt;
III - LES DIVERGENCES TACTIQUES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les origines des divergences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces discussions, il peut sembler que la classe ouvri&#232;re marche d'un pas assur&#233; et de fa&#231;on unanime sur le chemin de l'accroissement continu de son pouvoir, vers le but du socialisme, que des divergences sur la voie qu'il faut &#224; chaque fois choisir ne peuvent se produire qu'occasionnellement et temporairement, et concernant des d&#233;tails subalternes. Mais l'histoire du mouvement ouvrier nous montre pr&#233;cis&#233;ment au contraire une lutte interne continuelle &#224; propos de la tactique, des m&#233;thodes de lutte qui doivent &#234;tre mises en &#339;uvre contre le capitalisme. Le mouvement socialiste en Allemagne fut divis&#233; au cours de la premi&#232;re d&#233;cennie de son existence en deux fractions qui se combattirent souvent de mani&#232;re acharn&#233;e. &#192; la m&#234;me &#233;poque, l'Internationale offrit l'image de luttes incessantes entre les conceptions marxistes et proudhoniennes ; m&#234;me apr&#232;s la dissolution de l'Internationale, la division continua dans presque tous les pays avec la lutte de la tendance anarchiste contre la tendance social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent dit que ces luttes repr&#233;sentaient une sorte de maladie infantile que le mouvement avait d&#251; surmonter &#224; ses d&#233;buts, quand les travailleurs manquaient encore de l'exp&#233;rience et de la compr&#233;hension n&#233;cessaires. En un certain sens, c'est exact. La science de la soci&#233;t&#233;, la compr&#233;hension du but et de la m&#233;thode de la lutte, ne peuvent pas s'acqu&#233;rir comme des connaissances livresques, avant que les travailleurs n'entrent en lutte munis de ces armes-l&#224; ; elles sont pr&#233;cis&#233;ment, au contraire, les fruits de cette lutte elle-m&#234;me. Les travailleurs sont pouss&#233;s instinctivement &#224; la r&#233;sistance &#224; cause de l'oppression et de l'exploitation qu'ils vivent. Cependant, ils sont encore pleins des illusions et des pr&#233;jug&#233;s qu'ils rapportent de l'&#233;cole, de l'&#233;glise et de la vie qu'ils ont v&#233;cue jusqu'&#224; pr&#233;sent ; ils n'ont perdu qu'une seule de ces illusions quand ils se mettent en position de se d&#233;fendre : l'illusion que les capitalistes sont leurs bienfaiteurs bienveillants, de l'humanit&#233; desquels ils sont en droit d'attendre l'am&#233;lioration de leur mis&#232;re. Les exp&#233;riences de la lutte dissiperont ensuite progressivement les autres illusions et pr&#233;jug&#233;s, la confiance dans le gouvernement et dans les partis d'opposition bourgeois ; leur science de la soci&#233;t&#233;, leur discernement tactique et politique, leur organisation, augmenteront alors continuellement. Les th&#233;ories marxistes trouvent de plus en plus de compr&#233;hension parce qu'elles correspondent de mieux en mieux &#224; leurs propres exp&#233;riences. Ainsi, le champ de bataille est en m&#234;me temps l'&#233;cole d'apprentissage et le terrain d'exercice. L'histoire du mouvement ouvrier n'est pas l'histoire d'une lutte que m&#232;ne une arm&#233;e &#233;quip&#233;e de pied en cap, mais l'histoire d'une arm&#233;e qui, petit &#224; petit, se rassemble, s'exerce et apprend la science de la guerre. Et il ne peut pas en &#234;tre autrement. En effet, d&#232;s que la classe ouvri&#232;re tout enti&#232;re sera &#233;quip&#233;e, avec le savoir le plus m&#251;r et une organisation vigoureuse, ce sera la fin de la lutte, car ce sera la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers doivent donc, au cours de la lutte, chercher leur voie, am&#233;liorer leur discernement ; pour ce faire, la science contenue dans les &#233;crits th&#233;oriques est en effet un moyen puissant pour aller plus vite, mais elle ne remplace pas l'exp&#233;rience. C'est pourquoi les divergences ainsi que les luttes tactiques, les &#233;garements temporaires et les d&#233;ceptions apr&#232;s coup, constituent un &#233;l&#233;ment in&#233;vitable du mouvement ouvrier ascendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nous voyons maintenant que l'acuit&#233; et la profondeur des divergences tactiques ont plut&#244;t augment&#233; que diminu&#233; avec la croissance du mouvement. Tandis que l'anarchisme &#233;tait en d&#233;clin dans les ann&#233;es 90, de nouvelles divergences firent alors leur apparition. &#192; partir du Congr&#232;s d'Erfurt, il n'y eut aucun congr&#232;s sans luttes &#224; propos de la tactique : au cours de ces luttes, ressortaient presque toujours dans les questions les plus diverses les m&#234;mes conceptions qui s'opposaient &#224; la tactique suivie jusqu'alors, et qui re&#231;urent par la suite le nom de r&#233;visionnisme, &#233;tant donn&#233; que Bernstein r&#233;clamait une r&#233;vision du programme du parti. Cette lutte ne se limita pas &#224; l'Allemagne ; dans tous les pays, le m&#234;me contraste se pr&#233;senta entre les deux tendances qui sont d&#233;sign&#233;es comme marxisme et r&#233;visionnisme en fonction de leur conception th&#233;orique, comme radicalisme et r&#233;formisme en fonction de leur tactique politique. Les camarades de parti de tous les pays prirent part aux d&#233;bats qui, de temps &#224; autre, &#224; l'occasion de r&#233;solutions de congr&#232;s, nationaux aussi bien qu'internationaux - comme Hanovre en 1899, Dresde en 1903 et Amsterdam en 1905 -, se terminaient par une d&#233;cision provisoire, s'embrasaient sans cesse pour d'autres motifs. En m&#234;me temps, dans quelques pays comme la France et l'Italie, apparut, comme rempla&#231;ant du vieil anarchisme, le syndicalisme r&#233;volutionnaire, que l'on a appel&#233; anarcho-socialisme ici en Allemagne, et qui aggrava encore les divisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fait, que le mouvement ouvrier a en r&#233;alit&#233; connu des conflits internes partout et de tout temps, doit nous convaincre que ces luttes ne sont pas des anomalies, de simples maladies infantiles, mais des r&#233;actions normales, in&#233;vitables, face &#224; des situations naturelles. C'est pourquoi il n'est pas convenable de les attribuer simplement &#224; des querelleurs et &#224; des grincheux dont ce serait la faute. Ce serait aussi judicieux que la conception de la bourgeoisie selon laquelle le mouvement ouvrier tout entier ne serait que l'&#339;uvre de quelques meneurs. Au lieu de s'indigner des &#034;&#233;ternelles chicaneries&#034; - l'indignation sert il est vrai d'arme, de temps &#224; autre, dans les controverses -, il est n&#233;cessaire d'en chercher et d'en comprendre les causes. Si l'on d&#233;couvre l'origine des diff&#233;rentes tendances &#224; l'int&#233;rieur du mouvement socialiste, les querelles entre fr&#232;res n'en seront pas pour autant rendues impossibles &#224; l'avenir ; car leurs causes sont de nature g&#233;n&#233;rale et elles ne d&#233;pendent pas de la bonne volont&#233; de l'individu intelligent. Mais le pr&#233;judice, qui r&#233;sulte sans aucun doute de ces conflits pour le mouvement, serait plus faible si le plus possible de camarades ne participaient plus &#224; la lutte de mani&#232;re inconsciente, en suivant un sentiment instinctif, mais avec une compr&#233;hension nette et clairvoyante de leurs causes et de leurs effets. L'on pourra alors comprendre et appr&#233;cier &#224; leur juste valeur les id&#233;es de l'adversaire dans le parti, tout en les combattant en m&#234;me temps sans m&#233;nagements dans l'int&#233;r&#234;t du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression crise de croissance, car la lutte interne ne serait rien d'autre, provient de l'&#233;poque des controverses au sujet de Bernstein. On d&#233;couvre dans cette expression une cause g&#233;n&#233;rale des conflits tactiques qui &#233;nonce que l'on n'a pas besoin de s'inqui&#233;ter &#224; leur sujet. Celui qui ne s'attend pas &#224; ce que le mouvement ouvrier soit une image id&#233;ale romanesque, mais qui cherche &#224; le comprendre comme un mouvement pratique d'hommes ordinaires, reconna&#238;tra que, pr&#233;cis&#233;ment, toutes ces difficult&#233;s et divergences, qui s'expriment dans les luttes internes de parti, proviennent n&#233;cessairement de cette croissance incessante. La force croissante du mouvement socialiste cr&#233;e des d&#233;placements dans les rapports sociaux et politiques des classes entre elles qui mettent le mouvement ouvrier devant des t&#226;ches toujours nouvelles. Il attire &#224; lui des cercles de plus en plus vastes de la population laborieuse et cela implique que, sans cesse &#224; nouveau, de grandes masses de ses membres sont encore des recrues inexp&#233;riment&#233;es, sans exp&#233;rience et sans connaissances profondes, qui trouvent d'abord leur chemin peu &#224; peu gr&#226;ce &#224; la pratique, c'est-&#224;-dire souvent gr&#226;ce &#224; une pratique erron&#233;e et &#224; des b&#233;vues, dans les t&#226;ches difficiles que leur assigne la lutte de lib&#233;ration socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez ces nouveaux membres se r&#233;p&#232;tent donc, jusqu'&#224; un certain point, les conditions du d&#233;but du mouvement, quand le parti tout entier devait encore chercher p&#233;niblement sa voie. Cependant des tendances diff&#233;rentes ne peuvent pas encore na&#238;tre de ce seul fait, car les nouveaux membres inexp&#233;riment&#233;s se laissent diriger en g&#233;n&#233;ral par l'exp&#233;rience plus m&#251;re, par la compr&#233;hension plus profonde, par les connaissances scientifiques et par la marche en avant plus assur&#233;e, des camarades plus anciens. En outre, la comparaison avec les d&#233;buts du mouvement n'est que partiellement admissible ; en effet, il n'est pas du tout n&#233;cessaire que chaque individu passe toujours &#224; nouveau par tous les faux pas et par toutes les illusions des &#233;tapes ant&#233;rieures du mouvement. Le r&#233;sultat de ces exp&#233;riences et connaissances p&#233;niblement acquises se trouve &#224; sa disposition dans la th&#233;orie socialiste sous une forme abr&#233;g&#233;e, condens&#233;e. Un demi-si&#232;cle de mouvement ouvrier ascendant et de lutte de classe entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat a produit une grande quantit&#233; d'exp&#233;riences, auxquelles le mouvement socialiste actuel est redevable de sa tactique de lutte d&#233;cid&#233;e, plus s&#251;re, et son histoire offre aux nouveaux membres et aux jeunes g&#233;n&#233;rations une source intarissable d'enseignements pr&#233;cieux. C'est gr&#226;ce &#224; ces derniers que la doctrine du d&#233;veloppement social et de la lutte de classe, que Marx et Engels ont expos&#233;e d&#233;j&#224; en 1847 dans le Manifeste communiste, est devenue un savoir solide, fond&#233;, des couches laborieuses les plus larges. Ce savoir donne au mouvement ouvrier cette certitude de la marche en avant dont nous nous faisons gloire. On pourrait donc esp&#233;rer de ceci une unanimit&#233; croissante des camarades de lutte et une diminution des divergences tactiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce que nous venons de dire ne se r&#233;alise pas, cela tient &#224; la nature particuli&#232;re de l'&#233;volution du capitalisme et du mouvement ouvrier. L'on peut indiquer, comme causes les plus directes des divergences tactiques qui demeurent, les situations suivantes : le rythme de d&#233;veloppement in&#233;gal dans les diff&#233;rentes r&#233;gions ; le caract&#232;re dialectique de l'&#233;volution sociale ; l'existence d'autres classes &#224; c&#244;t&#233; des capitalistes et des travailleurs salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;gions arri&#233;r&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conceptions et les objectifs socialistes sont un produit de l'observation des bouleversements sociaux, du d&#233;veloppement du capitalisme. Mais ce d&#233;veloppement n'est pas partout identique. Le capitalisme ne se d&#233;veloppe pas partout selon le m&#234;me rythme. Dans un pays, il y a des r&#233;gions o&#249; il s'incruste en premier, o&#249; il se d&#233;veloppe de mani&#232;re gigantesque, o&#249; il cr&#233;e ex nihilo de grandes entreprises et de grandes villes et o&#249; il rassemble sous son commandement des arm&#233;es prol&#233;tariennes immenses. &#192; c&#244;t&#233; de cela, il y a d'autres r&#233;gions qui ne sont pratiquement pas touch&#233;es par ces bouleversements et o&#249; les petits bourgeois et les petites entreprises travaillent sous les m&#234;mes formes ext&#233;rieures que lors des si&#232;cles pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme, en tant que but de classe et en tant qu'organisation de classe, est en totalit&#233;, de par sa nature, un produit des conditions de la grande industrie d&#233;velopp&#233;e. Ces conditions montrent aux ouvriers la possibilit&#233; et la n&#233;cessit&#233; d'un ordre socialiste, leur d&#233;voilent aussi la force de masse qui est la leur, et qui est n&#233;cessaire pour la r&#233;alisation de cet ordre. Elles leur donnent confiance dans leur propre force et dans leur propre capacit&#233; pour s'emparer du pouvoir dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un mouvement qui veut conqu&#233;rir la totalit&#233; de l'&#201;tat, bouleverser la totalit&#233; de la soci&#233;t&#233;, ne peut se limiter &#224; ces grands centres. Il doit s'&#233;tendre aux petites villes, aux villages et &#224; la campagne. Et partout, ses agitateurs y trouvent des m&#233;contents et des opprim&#233;s qui pr&#234;tent l'oreille &#224; la bonne nouvelle. Le capital a p&#233;n&#233;tr&#233; partout, et il a plus ou moins d&#233;truit les anciens rapports partout, il s'est fait des grandes masses populaires un ennemi, partout vivent des travailleurs salari&#233;s, et c'est pourquoi le socialisme trouve partout des partisans qui veulent participer au combat contre le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces partisans vivent dans des conditions qui leur donnent un tout autre regard sur la soci&#233;t&#233; et sur nos buts. Et, &#233;tant donn&#233; que c'est la r&#233;alit&#233; qu'ils &#233;prouvent qui d&#233;termine toujours le plus fortement leurs vues, ils en viennent n&#233;cessairement d'eux-m&#234;mes &#224; douter de la justesse de notre th&#233;orie et de la tactique qui repose sur elle, puisque celles-ci d&#233;coulent des conditions du grand capitalisme. C'est en cela que r&#233;side une premi&#232;re raison des divergences tant fondamentales que tactiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme hautement d&#233;velopp&#233; ouvre un ab&#238;me sans fond entre la classe des propri&#233;taires des moyens de production et la classe des ouvriers, tandis que les classes moyennes ind&#233;pendantes disparaissent ou perdent leur autonomie. Au contraire, dans des conditions non d&#233;velopp&#233;es, on trouve encore une classe moyenne nombreuse et ais&#233;e qui sert de tampon entre les classes les plus extr&#234;mes. Ces classes moyennes se composent, pour partie d'artisans et de petits patrons ind&#233;pendants, qui n'ont besoin qu'exceptionnellement de commis, et pour partie d'une petite bourgeoisie qui en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale n'emploie qu'un petit nombre de travailleurs. La fronti&#232;re entre les ouvriers et les artisans n'est pas tranch&#233;e ; socialement, ils se fr&#233;quentent, et de plus, les formes de relations des ouvriers avec leurs patrons ont un caract&#232;re familier, cordial, ou bien, avec les grands entrepreneurs, patriarcal. Souvent le capitaliste vient tout juste de sortir de la classe des petits patrons ; les ouvriers les plus &#226;g&#233;s se souviennent de l'&#233;poque o&#249; ils travaillaient avec lui et o&#249; ils le tutoyaient. Il faudrait une grande force d'abstraction pour discerner derri&#232;re ces formes bon enfant, o&#249; la condition salariale semble d&#233;termin&#233;e par des relations et des circonstances personnelles, l'exploitation par le capital envahissant et les d&#233;buts de la lutte de classe. Les conditions, que notre th&#233;orie d&#233;peint pour la grande industrie, concordent encore moins pour la campagne o&#249; il existe toujours des relations tout &#224; fait primitives entre le paysan, sa famille, ses valets et ses servantes. Il est vrai que l'on n'a pas du tout de mal &#224; constater que les normes g&#233;n&#233;rales du capitalisme, l'exploitation, la recherche du profit et les oppositions d'int&#233;r&#234;ts, y ont &#233;galement cours ; mais, si l'on reconna&#238;t leur forme claire et nette dans la grande industrie, il faut ici aller les chercher sous des apparences primitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces r&#233;gions la classe ouvri&#232;re constitue une minorit&#233; de la population qui est diss&#233;min&#233;e et qui est souvent trait&#233;e par-dessus l'&#233;paule par les petits bourgeois ayant une situation un peu meilleure. Le socialisme &#233;veille en eux l'id&#233;e qu'ils ont eux aussi des droits et des revendications. Mais l'id&#233;e de vouloir &#234;tre tout, de conqu&#233;rir le pouvoir sur toutes les autres classes, leur semble une utopie impossible, lointaine. Le but de la lutte, c'est-&#224;-dire d'augmenter sans cesse le pouvoir de sa classe, peut para&#238;tre impossible &#224; l'ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un autre but qu'il voit devant lui. En g&#233;n&#233;ral, dans ces r&#233;gions, les salaires sont mis&#233;rables et les conditions de vie des ouvriers basses. Un but qu'il peut au moins atteindre, c'est d'am&#233;liorer sa situation imm&#233;diate. Les chefs d'entreprise n'ont pas encore l'arrogance des nouveaux riches ; ils sont aussi en contact personnel avec les ouvriers qu'ils connaissent individuellement. L'organisation et les premi&#232;res luttes unies de la masse des ouvriers, qu'ils prenaient &#224; peine en consid&#233;ration auparavant, les font sursauter et sortir de leur tranquillit&#233;. L'opinion publique d'une nombreuse petite bourgeoisie s'irrite devant la d&#233;couverte de ces abus. Ce que ces travailleurs s'efforcent d'atteindre : ne plus &#234;tre foul&#233;s aux pieds, mais &#234;tre trait&#233;s comme des &#233;gaux en droit, trouve de la compr&#233;hension aupr&#232;s de vastes couches de cette classe. Dans ces conditions, on peut obtenir beaucoup par la n&#233;gociation, la transaction, la compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, une partie significative des petits bourgeois se sent menac&#233;e par le capital et a toutes les raisons de le ha&#239;r. Elle a d'autant plus de motifs de s'irriter des mauvaises conditions qui pr&#233;valent dans une usine quand le fabricant en question leur rend la vie dure du fait de sa sup&#233;riorit&#233; concurrentielle. La petite bourgeoisie a souvent l'occasion de combattre, sur le terrain politique, la progression du grand capital, et donc de s'allier avec les travailleurs. Ces classes peuvent souvent faire cause commune en particulier dans la revendication d'un &#233;largissement du droit de vote. Aux &#233;poques ant&#233;rieures, la petite bourgeoisie et la classe ouvri&#232;re se sont retrouv&#233;es r&#233;guli&#232;rement dans la d&#233;fense de la d&#233;mocratie. Ceci peut se r&#233;p&#233;ter &#224; une &#233;chelle plus petite dans les r&#233;gions non encore d&#233;velopp&#233;es. Dans ces conditions, la th&#233;orie des contradictions profondes de classe appara&#238;t comme injustifi&#233;e et unilat&#233;rale, et la tactique de la vive lutte de classe qui repose sur elle erron&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme, en tant que th&#233;orie du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, provoque un changement complet de mentalit&#233;. C'est pourquoi il ne peut &#234;tre accueilli en totalit&#233; et avec sympathie que par ceux dont la mentalit&#233; a &#233;t&#233; fondamentalement transform&#233;e par les violents changements qu'ils ont observ&#233;s et dont ils ont souffert. Le d&#233;veloppement moderne de la grande industrie d&#233;truit les vieilles traditions, bouleverse tout ce qui a &#233;t&#233; l&#233;gu&#233;, nettoie les cerveaux comme avec un balai et les rend capables ainsi d'accepter une conception du monde compl&#232;tement nouvelle. Mais, dans les coins de la campagne &#224; peine touch&#233;s par ce d&#233;veloppement, les id&#233;ologies coutumi&#232;res r&#232;gnent encore puissamment, les vieilles id&#233;es re&#231;ues ne sont pas renvers&#233;es, parce que les anciens rapports traditionnels s'y maintiennent encore. La conception du monde petite bourgeoise y reste dominante ; on ne trouve pas dans le socialisme une vision du monde prol&#233;tarienne, tout &#224; fait nouvelle, qui bouleverse tout, mais simplement une s&#233;rie d'objectifs pratiques et limit&#233;s qui laissent subsister tranquillement &#224; c&#244;t&#233; de lui les mani&#232;res de voir bourgeoises classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi est-il compr&#233;hensible que la progression de notre parti dans les r&#233;gions arri&#233;r&#233;es conduise n&#233;cessairement &#224; mettre en doute la th&#233;orie socialiste, et &#224; prendre en compte d'autres conceptions de la tactique socialiste que celles qui se sont form&#233;es dans les centres de la grande industrie. Ceci ne veut pas dire qu'elles ont le m&#234;me droit &#224; pr&#233;valoir que ces derni&#232;res. L'apparence sociale des r&#233;gions arri&#233;r&#233;es, face au capitalisme de la grande industrie, n'est qu'une illusion, dans ce sens que le capitalisme laisse clairement appara&#238;tre des tendances et des effets, qui sont contenus en germe dans ces r&#233;gions, mais qui ne paraissent pas clairement au grand jour lors d'une observation superficielle. Les lois du capitalisme sont valables partout, m&#234;me si elles sont partiellement dissimul&#233;es dans les rapports non d&#233;velopp&#233;s par des influences traditionnelles. La concentration du capital reste une v&#233;rit&#233; tr&#232;s importante, m&#234;me si elle ne se manifeste pas dans chaque village isol&#233;. Le village demeure une partie de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, il subit le sort commun et il est domin&#233; par lui. Et cette soci&#233;t&#233; n'est pas gouvern&#233;e par la classe moyenne des petites villes mais par le grand capital international. L'histoire se fait non pas dans ces r&#233;gions &#233;loign&#233;es, mais dans les grandes villes, dans les centres du monde. Un ouvrier dans une grande entreprise d'une grande ville p&#232;se, dans les d&#233;cisions politiques, plus qu'un ouvrier ou un paysan d'un village isol&#233;, parce que mille ouvriers dans la ville exercent par leur masse compacte une plus grande influence que mille personnes diss&#233;min&#233;es dans la campagne. C'est pourquoi, la situation des grandes villes industrielles, et les conceptions qui y grandissent, pr&#233;valent pour ce qui concerne les bouleversements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation dans les r&#233;gions arri&#233;r&#233;es n'est donc pas sans influence, mais elle ne peut jouer de r&#244;le que comme entrave au d&#233;veloppement. Son effet doit donc &#234;tre le plus possible amoindri et combattu. Car les conceptions &#034;mod&#233;r&#233;es&#034; ou &#034;opportunistes&#034; qui en sont issues agissent comme un obstacle et un affaiblissement de la marche imp&#233;tueuse en avant de la classe ouvri&#232;re r&#233;volutionnaire. M&#234;me s'il est in&#233;vitable que ces conceptions naissent de cette situation, elles sont, consid&#233;r&#233;es du point de vue social g&#233;n&#233;ral, fausses et l'on ne doit pas les m&#233;nager. C'est dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me des ouvriers des r&#233;gions arri&#233;r&#233;es que les conceptions qui sont pour eux naturelles ne soient pas reconnues comme valables. Malgr&#233; la diff&#233;rence des conceptions, leurs int&#233;r&#234;ts sont les m&#234;mes que ceux du prol&#233;tariat de la grande industrie. Il n'est pas n&#233;cessaire et, pour eux, pas souhaitable qu'ils traversent tous le long et torturant processus qui m&#232;ne de la petite entreprise &#224; la grande entreprise ; il leur faut plut&#244;t esp&#233;rer que le prol&#233;tariat des grandes villes puisse, le plus t&#244;t possible, d&#233;ployer une force assez grande pour abolir la domination du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais existe-t-il un moyen pour combattre ces conceptions qui naissent in&#233;vitablement de la situation ? Nous poss&#233;dons ce moyen avec l'explication th&#233;orique. Celle-ci transf&#232;re les id&#233;es de leur petit milieu imm&#233;diat dans le vaste mouvement mondial, elle fait appara&#238;tre les rapports du grand capitalisme, du capital et du prol&#233;tariat sous leur forme la plus d&#233;velopp&#233;e et elle fait aussi comprendre de la sorte la raison la plus profonde de la situation. C'est pourquoi il est avant tout erron&#233; de vouloir gagner simplement des membres dans les r&#233;gions arri&#233;r&#233;es en m&#233;nageant leurs pr&#233;jug&#233;s ; un travail intensif d'explication th&#233;orique y est d'autant plus n&#233;cessaire qu'il est plus difficile.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV - R&#201;VISIONNISME ET ANARCHISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions du d&#233;veloppement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re dialectique du d&#233;veloppement social constitue une deuxi&#232;me cause de l'apparition de tendances diff&#233;rentes au sein du mouvement ouvrier. L'importance du philosophe Hegel r&#233;side dans le fait qu'il a &#233;t&#233; le premier &#224; reconna&#238;tre clairement que l'&#233;volution du monde s'effectue au travers des contraires et que les contradictions internes constituent les forces motrices de tout d&#233;veloppement. Il faut comprendre la nature du monde uniquement comme l'unit&#233; des contraires, lesquels s'excluent si l'on s'en tient au concept, et se pr&#233;sentent donc &#224; la pens&#233;e na&#239;ve comme des contradictions inconciliables ; c'est pourquoi ils n'existent pas non plus tranquillement l'un &#224; c&#244;t&#233; de l'autre, mais ils poussent &#224; l'annulation de la contradiction par le d&#233;veloppement de nouvelles situations. Cette contradiction ne constitue donc qu'une &#233;tape transitoire du d&#233;veloppement ; mais l'histoire tout enti&#232;re n'est form&#233;e de rien d'autre que de telles &#233;tapes qui se suivent et se succ&#232;dent. Gr&#226;ce &#224; cette mani&#232;re de penser dialectique, il a &#233;t&#233; possible &#224; Marx d'expliquer compl&#232;tement la nature du capitalisme comme un d&#233;veloppement contradictoire, produisant sans cesse de nouvelles contradictions et entra&#238;n&#233; par elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme ne peut exister que s'il d&#233;ploie de plus en plus &#233;nergiquement ses forces productives et s'il s'&#233;tend de mani&#232;re de plus en plus gigantesque ; mais, en m&#234;me temps, il devient ainsi de plus en plus fragile. Sa loi vitale est en m&#234;me temps la cause de sa mort. Chaque fois qu'il se d&#233;veloppe puissamment gr&#226;ce &#224; une conjoncture favorable, il s'effondre peu apr&#232;s dans une crise, en raison de la contradiction suivante : la production ne s'effectue pas pour la consommation, mais pour le profit, mais elle est cependant d&#233;pendante de la consommation. Il ne peut surmonter cette crise que par une extension de son domaine, par un nouvel essor vers un stade sup&#233;rieur, et donc par le moyen qui pr&#233;pare une nouvelle crise plus vaste encore. Chaque augmentation de ses forces le rapproche de son d&#233;clin. Chaque manifestation d'une vie &#233;nergique et bourgeonnante est en m&#234;me temps une manifestation de son agonie ; chaque effort pour &#233;carter ou retarder son d&#233;clin scelle d'autant plus s&#251;rement son destin. Toutes ces contradictions proviennent du fait que le capitalisme n'est pas un ordre &#233;ternel, restant identique &#224; lui-m&#234;me, mais simplement une phase dans une s&#233;rie de stades d'&#233;volution. Il n'est pas une chose d&#233;termin&#233;e, un &#233;tat d&#233;termin&#233;, mais un processus. Il est non seulement, mais il est aussi, en voie de se transformer, en train de mourir. Le capitalisme produit de lui-m&#234;me la force qui l'abattra, le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire ; plus il se d&#233;veloppe vigoureusement, plus il fortifie cet ennemi mortel ; il lui met lui-m&#234;me les armes de lutte entre ses mains, il lui enseigne &#224; les utiliser jusqu'&#224; ce qu'il soit finalement vaincu par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature dialectique du capitalisme d&#233;termine &#224; son tour le caract&#232;re contradictoire du mouvement ouvrier moderne, qui reste toujours aussi compl&#232;tement incompr&#233;hensible aux observateurs qui raisonnent de mani&#232;re bourgeoise. Tant&#244;t, ils con&#231;oivent le mouvement socialiste comme une tentative artificielle d'inciter des hommes paisibles &#224; remplacer un ordre social absurde par un autre ordre, imagin&#233; par la sagacit&#233; humaine ; tant&#244;t, ils cherchent &#224; se rassurer : la social-d&#233;mocratie n'est bien s&#251;r qu'un parti de r&#233;formes qui, comme repr&#233;sentant des int&#233;r&#234;ts des travailleurs, fait partie de l'existence normale du capitalisme, qui aspire &#224; supprimer quelques abus, mais qui, apr&#232;s la suppression de ceux-ci, dispara&#238;tra de lui-m&#234;me, bref &#034;un ph&#233;nom&#232;ne passager&#034;. Dans la premi&#232;re conception, on n&#233;glige le fait que le nouvel ordre na&#238;t de fa&#231;on organique de l'ancien ; dans la seconde, on oublie que cette lutte pour les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et les r&#233;formes conduira &#224; une r&#233;volution compl&#232;te de la soci&#233;t&#233;. Ces deux conceptions sont fausses parce qu'elles ne prennent en consid&#233;ration qu'un c&#244;t&#233; du mouvement ouvrier, et donc qu'elles excluent l'autre c&#244;t&#233; comme son contraire. La r&#233;alit&#233; du mouvement ouvrier rassemble en une unit&#233; les deux c&#244;t&#233;s, qui, si l'on s'en tient &#224; une apparence superficielle, s'excluent mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme na&#238;t comme un fruit naturel de la r&#233;alit&#233; du capitalisme et il est pourtant en m&#234;me temps son ennemi mortel qui le sape et l'an&#233;antit. Il n'est pas une puissance ext&#233;rieure qui attaquera et renversera un jour l'ennemi, mais il vit dans son sein et re&#231;oit toute sa force de lui. Sa lutte n'est nullement artificielle, elle durera au contraire aussi longtemps que le capitalisme lui-m&#234;me. Sa pratique est un travail au pr&#233;sent, un travail de fourmi, qui n'a cependant de sens qu'en tant que partie d'un tout. En raison de la mis&#232;re intol&#233;rable qu'il engendre, le capitalisme incite la classe ouvri&#232;re &#224; lutter contre cette mis&#232;re et il ne peut emp&#234;cher qu'elle obtienne ainsi des am&#233;liorations de ses conditions de vie. Mais en m&#234;me temps, le capitalisme cherche toujours &#224; la faire replonger dans la mis&#232;re, et la conservation des avantages acquis r&#233;clame souvent des luttes encore plus dures que celles qui ont &#233;t&#233; &#224; l'origine de l'obtention m&#234;me de ces avantages. M&#234;me s'il peut para&#238;tre &#224; premi&#232;re vue s'agir tout bonnement d'&#233;liminer des difformit&#233;s, et de transformer ainsi le capitalisme en un &#233;tat supportable et par cons&#233;quent durable - comme le croient les r&#233;formateurs bourgeois -, le cours de la lutte ne tarde pas &#224; d&#233;montrer que ces &#034;difformit&#233;s&#034; constituent l'essence du capitalisme et que, pour les combattre, il faut mener la lutte contre l'ensemble du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux c&#244;t&#233;s, qui sont soud&#233;s de cette mani&#232;re dans le socialisme en une unit&#233; harmonieuse, peuvent &#234;tre d&#233;sign&#233;s comme le c&#244;t&#233; r&#233;formiste et le c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire. Le socialisme cherche &#224; obtenir tous les avantages momentan&#233;s possibles et il ne trouve pourtant son but que dans la r&#233;volution future, le bouleversement du mode de production. Aussi ne n&#233;glige-t-il pas le moindre travail de fourmi ; le travail quotidien est tout pour lui ; mais en m&#234;me temps son but final r&#233;volutionnaire est aussi tout pour lui. Il utilise pour son combat toutes les institutions de la soci&#233;t&#233; capitaliste qui lui offrent une possibilit&#233; d'accro&#238;tre sa puissance, et cependant il s'oppose durement &#224; elles pour des raisons de principe. Il se place tout &#224; fait sur le terrain de ce qui existe, et en m&#234;me temps il se tient pourtant sur un terrain compl&#232;tement nouveau, &#224; partir duquel il rejette et critique tout ce qui existe. Il vit dans l'exaltation enthousiaste pour son magnifique id&#233;al d'avenir, exaltation qui fait que ses partisans sont capables des actes les plus pleins d'abn&#233;gation, les plus d&#233;sint&#233;ress&#233;s, les plus h&#233;ro&#239;ques ; et, en m&#234;me temps, il est d'un r&#233;alisme le plus froid qui n'agit que sur le terrain solide de la science, des faits, et pour lequel la pratique est tout. Que le socialisme r&#233;unisse dans un tout unitaire ces traits qui, d'apr&#232;s la repr&#233;sentation habituelle, se contredisent et s'excluent, r&#233;side dans le fait qu'il est un mouvement naturel qui na&#238;t de la r&#233;alit&#233;, qui est un maillon, une &#233;tape dans un processus incessant du devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est dans la nature de l'esprit humain, en raison d'une exp&#233;rience limit&#233;e, de ne bien voir constamment qu'un des diff&#233;rents aspects d'une affaire, de l'accentuer, et de lui attribuer une validit&#233; g&#233;n&#233;rale et exclusive, sans reconna&#238;tre comme il se doit &#224; leur juste valeur les autres aspects oppos&#233;s. C'est pourquoi, les deux aspects allant de pair du mouvement ouvrier sont vus comme deux contraires qui s'excluent mutuellement et qui apparaissent comme les caract&#232;res g&#233;n&#233;raux de deux orientations oppos&#233;es. En fonction de la situation &#233;conomique, des circonstances personnelles et sociales, c'est l'une ou l'autre qui ressort. L&#224; o&#249; la situation des ouvriers est favorable - que ce soit en raison de circonstances locales, comme dans l'Angleterre de la seconde moiti&#233; du XIX&#176; si&#232;cle, ou que ce soit &#224; cause de conditions momentan&#233;es, comme lors d'une bonne conjoncture -, et o&#249; les tentatives pour am&#233;liorer cette situation sont couronn&#233;es de succ&#232;s, la conscience du caract&#232;re r&#233;volutionnaire du mouvement se perd, car on croit facilement qu'on peut provoquer une transformation graduelle de la soci&#233;t&#233; au moyen d'am&#233;liorations progressives, avec l'aide, ou du moins sans la r&#233;sistance s&#233;rieuse, des classes poss&#233;dantes, et sans une r&#233;volution violente. C'est le contraire en temps de crise, quand de grandes catastrophes politiques entra&#238;nent de l'agitation et du m&#233;contentement dans de larges cercles ; alors on croit facilement pouvoir renverser le capitalisme d'un coup vigoureux, par une unique action r&#233;volutionnaire, sans que soit n&#233;cessaire le patient travail pr&#233;paratoire de fourmi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des deux tendances, dans lesquelles ces dispositions d'esprit et ces conceptions ont pris corps, constitue le r&#233;visionnisme. Il ne met l'accent que sur le travail pratique de r&#233;formes et il tient toutes les consid&#233;rations sur la r&#233;volution et le caract&#232;re r&#233;volutionnaire de notre mouvement pour des phrases creuses, qui ne font que d&#233;tourner le regard de la pratique. Pour lui, le but final n'est rien, le mouvement est tout. Il n&#233;glige l'antagonisme aigu entre le socialisme et le capitalisme et il ne constate que leur relation organique. Il voit la soci&#233;t&#233; &#233;voluer insensiblement vers le socialisme, sans changements brusques ; il promet une lente &#233;volution et d&#233;signe la doctrine de la r&#233;volution politique et sociale comme la th&#233;orie des catastrophes. Il consid&#232;re d&#233;j&#224; les r&#233;formes obtenues &#224; pr&#233;sent comme un &#233;l&#233;ment de socialisme. C'est pourquoi il ne peut pas tracer de trait net entre nous et les r&#233;formateurs sociaux bourgeois, lesquels souhaitent &#233;galement des r&#233;formes (avec toutefois un autre objectif que nous, &#224; savoir le renforcement du capitalisme &#224; notre encontre), mais il n'y voit qu'une diff&#233;rence de degr&#233;, comme entre des r&#233;formes sociales timor&#233;es et des r&#233;formes sociales cons&#233;quentes. La conversion au socialisme n'est pas pour lui un revirement complet dans la fa&#231;on de penser, une rupture avec le pass&#233;, mais une prise de position nouvelle sur de simples questions pratiques ; c'est pourquoi il ne veut rien savoir d'un travail d'explication qui s'efforce d'extirper les vieux pr&#233;jug&#233;s bourgeois, car il craint ce faisant de choquer ces opinions pr&#233;con&#231;ues et de repousser la masse ignorante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception unilat&#233;rale du socialisme qui lui est oppos&#233;e est exactement son contraire. Celle-ci ne veut rien savoir du travail de fourmi, mais elle ne regarde en revanche que vers le but final, vers la r&#233;volution. La r&#233;volution doit d'un seul coup r&#233;aliser un bouleversement complet, cr&#233;er un nouvel ordre, et il n'y a rien d'autre &#224; faire maintenant que de sans cesse attirer l'attention sur ce point. Elle ne voit dans le capitalisme rien d'autre qu'une tyrannie et qu'une exploitation injustes ; mais elle ne voit rien d'un rapport organique par lequel le socialisme na&#238;t, selon des lois naturelles, du capitalisme. Elle consid&#232;re les r&#233;formes sociales non pas comme un progr&#232;s mais comme un danger, car elles pourraient satisfaire les ouvriers et les rendre hostiles &#224; une r&#233;volution. Elle ne veut rien savoir du lent travail qui permet de progresser, mais elle veut renverser le capitalisme le plus t&#244;t possible et d'un seul coup. On trouvait nagu&#232;re cette conception d&#233;fendue dans l'anarchisme. A l'heure actuelle, l'anarchisme comprend les choses les plus diff&#233;rentes, depuis le tolsto&#239;sme le plus pacifique et le plus retir&#233; du monde jusqu'&#224; la rage meurtri&#232;re morbide de malheureux naufrag&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Nous ne le prenons ici en consid&#233;ration que dans la mesure o&#249; il a jou&#233; un r&#244;le dans le mouvement ouvrier et qu'il s'est diff&#233;renci&#233; de la social-d&#233;mocratie par les caract&#233;ristiques mentionn&#233;es ci-dessus. Depuis qu'il a &#233;t&#233; expuls&#233; du mouvement international lors du Congr&#232;s de Londres en 1896, nous retrouvons la plupart de ses traits dans le syndicalisme r&#233;volutionnaire, ou anarcho-socialisme, qui a connu entre-temps un certain essor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; que son sentiment de classe na&#239;f et instinctif, qui d&#233;teste profond&#233;ment le capitalisme, ne comprend pas comment il est possible de se placer en m&#234;me temps sur le terrain de ce qui existe et sur le terrain de la lutte, il ne veut rien savoir de l'utilisation des institutions bourgeoises, quelles qu'elles soient. Elles lui apparaissent, en particulier le parlement, comme autant de pi&#232;ges qui sont pos&#233;s pour d&#233;voyer sa r&#233;bellion. Il flaire dans le parlementarisme, qui donne l'occasion aux repr&#233;sentants des ouvriers, en tant que coll&#232;gues, de discuter et de n&#233;gocier avec les repr&#233;sentants des bourgeois, une source de corruption. C'est pourquoi il se replie sur l'organisation syndicale, dans laquelle il trouve de purs prol&#233;taires, qui n'ont rien d'autre que des int&#233;r&#234;ts qui s'opposent directement &#224; ceux de la bourgeoisie. Ces syndicats doivent devenir les organes r&#233;volutionnaires pour le renversement du capitalisme. Mais l&#224; aussi, c'est un travail de fourmi qui l'attend, souvent un travail au pr&#233;sent encore plus limit&#233; qu'au parlement. L&#224;, il appara&#238;t que ce n'est que par le patient travail de fourmi que l'on peut gagner et &#233;clairer les masses. L'anarchisme, qui d&#233;teste ce travail de fourmi, est incapable de mettre en &#339;uvre l'esprit r&#233;volutionnaire, l'envie de lutter, qu'il suscite, dans le travail quotidien pratique. Mais ce qui ne peut pas se manifester pratiquement dans un travail &#233;nergique et fructueux se dissipe ; avec les rat&#233;s de quelques tentatives de grandes actions, c'est la d&#233;ception et le d&#233;couragement qui remplacent l'enthousiasme. Les organisations rassembl&#233;es se dispersent, si elles ne mettent pas en &#339;uvre en temps opportun l'autre tactique, celle du travail quotidien ; elles p&#233;riclitent au rang de petits clubs de discussion, lesquels attendent et esp&#232;rent le &#034;grand soir&#034; &#224; venir, sans pouvoir faire na&#238;tre les forces qui devront le provoquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;visionnisme n'est pas plus en mesure d'aider la classe ouvri&#232;re &#224; accro&#238;tre sa puissance. Pour obtenir des r&#233;formes, il recherche le plus possible &#224; se rapprocher des partis bourgeois qui d&#233;fendent la d&#233;mocratie et les r&#233;formes. L'&#233;veil d'une claire conscience de classe chez les ouvriers, en faisant ressortir nettement le contraste entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, ne lui est pas utile ; il craint d'effrayer de la sorte cette partie de la bourgeoisie, de la pousser dans les bras de la r&#233;action et de la rendre d&#233;favorable aux r&#233;formes. C'est la raison pour laquelle il n'attribue aucune valeur &#224; la clarification des principes, laquelle souligne la contradiction entre les ouvriers et la bourgeoisie tout enti&#232;re, la bourgeoisie progressiste aussi bien que la bourgeoisie r&#233;actionnaire ; il abandonne cette clarification, et &#224; sa place, il fait porter la lutte contre la partie r&#233;actionnaire, oppos&#233;e aux r&#233;formes, de la bourgeoisie. Son mot d'ordre n'est pas : la bourgeoisie d'un c&#244;t&#233;, le prol&#233;tariat de l'autre, mais : les r&#233;formes d'un c&#244;t&#233;, la r&#233;action de l'autre. Afin d'aider la bourgeoisie lib&#233;rale progressiste contre la r&#233;action, il s'allie avec elle dans une politique de bloc, ou bien il place des ministres socialistes dans un gouvernement bourgeois. Malheureusement, ceci ne peut lui apporter que des d&#233;ceptions. En effet, des r&#233;formes attendues, il n'y aura rien ou pas grand-chose, puisqu'il faut mobiliser toutes les forces pour repousser les attaques de la r&#233;action. Si l'on y parvient, et si le temps est venu pour un tel gouvernement de tenir ses promesses et de faire des concessions substantielles au prol&#233;tariat, il arrive la m&#234;me chose que pour l'homme qui voulait habituer son cheval &#224; se passer de nourriture. Au moment m&#234;me o&#249; l'animal avait appris &#224; le faire, il mourut accidentellement. Au moment m&#234;me o&#249; le gouvernement de bloc veut mettre en &#339;uvre de grandes r&#233;formes, il perd comme par hasard ses partisans dans la bourgeoisie et il est renvers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, de ce c&#244;t&#233;, le gain est mince, de l'autre, la perte est grande. En essayant d'inspirer aux ouvriers confiance dans la bienveillance de la bourgeoisie &#224; l'&#233;gard des travailleurs, le r&#233;visionnisme an&#233;antit la conscience claire de classe p&#233;niblement acquise, et il fait ainsi les affaires de la bourgeoisie. En apprenant &#224; attendre plus de la bonne volont&#233; ou de la compr&#233;hension de la bourgeoisie que de leurs propres forces, les travailleurs ne sont pas incit&#233;s &#224; former des organisations &#233;nergiques et puissantes. Ainsi, la force externe, organisationnelle, et la force interne, spirituelle, du prol&#233;tariat sont toutes deux affaiblies. En m&#234;me temps, le mouvement perd de la sorte sa force d'attraction dans le prol&#233;tariat. La partie de la classe ouvri&#232;re qui, sans comprendre les fondements du socialisme, est dot&#233;e d'une conscience de classe forte et instinctive, se d&#233;tourne du parti qui lui appara&#238;t comme un parti bourgeois et qui est responsable des mesures d'oppression du pouvoir dominant. En France et en Italie, la tactique r&#233;formiste, la politique de bloc et le minist&#233;rialisme, ont renforc&#233; grandement chez une partie de la classe ouvri&#232;re le syndicalisme r&#233;volutionnaire, l'hostilit&#233; envers toute action politique, tandis que l'organisation et la conscience de classe, ces bases de la puissance des ouvriers, ne se sont pas accrues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception th&#233;orique ne constitue pas naturellement ici la seule cause fondamentale ; le faible d&#233;veloppement &#233;conomique et certains rapports politiques forment au contraire la raison pour laquelle ces conceptions limit&#233;es du socialisme ont pu s'implanter. L&#224; o&#249; un grand capitalisme vigoureux se d&#233;veloppe de mani&#232;re gigantesque, o&#249; il impose une intense lutte de classe aux ouvriers, o&#249; il les force &#224; constituer de grandes organisations, o&#249; un pouvoir d'&#201;tat fort au service du capitalisme r&#233;prime de mani&#232;re polici&#232;re les ouvriers, ils doivent mener un combat de principe, s'efforcer d'aller de l'avant de mani&#232;re tenace, lutter pour des r&#233;formes et cependant regarder en m&#234;me temps comme but unique la conqu&#234;te de tout le pouvoir ; ils doivent mener la lutte politique et la lutte syndicale de la mani&#232;re la plus &#233;troitement li&#233;e entre elles. L&#224;, il n'y a pas de place pour la doctrine anarchiste qui veut s'&#233;carter de l'activit&#233; politique et du travail de fourmi, consid&#233;r&#233;s comme l'acceptation du &#034;marais&#034;, et il n'y a pas plus de place pour la politique de Millerand, la politique de solidarit&#233; des classes. L&#224;, les ouvriers sont conduits toujours davantage d'eux-m&#234;mes &#224; l'unification des deux c&#244;t&#233;s du mouvement ouvrier qui s'incarnent dans la th&#233;orie marxiste. Mais l&#224; o&#249; le d&#233;veloppement stagne, o&#249; vit une nombreuse classe moyenne de petits bourgeois et paysans, avec un m&#233;lange de sentiments d&#233;mocratiques et r&#233;actionnaires, et o&#249; les travailleurs n'ont aucune confiance dans leurs forces, o&#249; un grand degr&#233; de libert&#233; bourgeoise rend difficile pour les ouvriers de bien discerner leur situation de classe, o&#249; les classes dominantes essayent de les acheter avec de petites concessions, et o&#249; le pouvoir politique constitue un objet de lutte pour des cliques ambitieuses de politiciens, l&#224; les deux c&#244;t&#233;s du socialisme se s&#233;parent en deux doctrines et tendances unilat&#233;rales qui se font la guerre, qui, en tant que d&#233;formations oppos&#233;es du marxisme, se favorisent et se renforcent mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique de la bourgeoisie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de la classe poss&#233;dante constitue elle-m&#234;me une des causes directes qui font osciller le mouvement ouvrier entre diff&#233;rentes tendances. Si cette attitude &#233;tait toujours la m&#234;me, si elle &#233;tait constante, orient&#233;e selon une ligne d&#233;termin&#233;e, le mouvement ouvrier lui aussi serait contraint d'adopter une disposition de combat et une m&#233;thode de lutte constantes, qui restent toujours les m&#234;mes. Mais cela est impossible pour la classe poss&#233;dante ; elle h&#233;site entre diff&#233;rentes m&#233;thodes. Mais elle vise assur&#233;ment toujours le m&#234;me but : maintenir sa domination sociale ; car c'est sur elle que repose l'exploitation, et donc toute son existence. Elle veut cela de toutes ses forces, avec toute son &#233;nergie. Mais la nature dialectique, contradictoire, de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; capitaliste fait que l'attitude de la bourgeoisie est n&#233;cessairement contradictoire et incertaine dans la poursuite de ce but. Ce n'est pas surprenant ; car son but est inaccessible, son d&#233;clin est dict&#233; par l'&#233;volution sociale elle-m&#234;me. Elle a beau faire, cela ne l'aide en rien ; chaque moyen qu'elle emploie se r&#233;v&#232;le impropre dans la pratique, et c'est pourquoi elle passe d'un moyen &#224; l'autre sans qu'elle ne soit satisfaite par aucun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital a cr&#233;&#233; la soci&#233;t&#233; bourgeoise dont le fondement juridique est la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; de droit de tous les hommes. Il a apport&#233; la libert&#233; bourgeoise, la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; juridiques ; il a &#233;mancip&#233; les masses populaires de la d&#233;pendance personnelle et de la servitude attach&#233;es au f&#233;odalisme, et il les a transform&#233;es en citoyens libres, dot&#233;s de droits politiques. Ce haut fait historique ne fut pas le produit d'une quelconque humanit&#233;, d'une prise de conscience de ce qui est juste ou d'une impulsion &#233;thique, mais il fut une n&#233;cessit&#233; pour le mode de production capitaliste ; les besoins de ce mode de production cr&#233;&#232;rent donc cette conscience de justice, qui constitua pour la bourgeoisie r&#233;volutionnaire la raison imm&#233;diate de la &#034;lib&#233;ration du travail&#034;. Le mode de production capitaliste suppose comme fondement que l'ouvrier se confronte au capitaliste et conclut avec lui un troc en tant que propri&#233;taire de marchandise libre et &#233;gal. Pour pouvoir vendre sa force de travail au capitaliste, il doit pouvoir en disposer de mani&#232;re absolue, et ne pas &#234;tre oblig&#233; par exemple &#224; des prestations de services personnelles &#224; l'&#233;gard d'un seigneur f&#233;odal. Personne d'autre que lui-m&#234;me ne doit disposer de lui, c'est-&#224;-dire que c'est sa faim qui le force &#224; se mettre au service du capitaliste. Sa libert&#233; juridique est la condition n&#233;cessaire de son esclavage &#233;conomique. Le capitalisme est un mode de production tr&#232;s hautement d&#233;velopp&#233; qui n'a pas besoin pour fonctionner d'esclaves qui n'ob&#233;issent qu'au fouet ou de coolies priv&#233;s de tout droit. Sa technique tr&#232;s &#233;volu&#233;e et ses imp&#233;ratifs commerciaux exigent des ouvriers qui soient anim&#233;s d'un sentiment d&#233;velopp&#233; de responsabilit&#233; et dot&#233;s - par comparaison avec les esclaves et les serfs - d'un niveau &#233;lev&#233; de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction dans la situation du prol&#233;tariat, &#224; savoir qu'il est en m&#234;me temps libre et asservi, constitue la contradiction la plus importante du capitalisme ; c'est avant tout &#224; cause de cette contradiction que le capitalisme va &#224; sa perte. Cette contradiction rend impossible le fait qu'il puisse &#234;tre un &#233;tat durable ; la libert&#233;, qu'il a donn&#233;e et qu'il devait donner &#224; la classe ouvri&#232;re, repr&#233;sente l'arme qu'elle a entre ses mains pour abolir sa servitude. Et en effet, les travailleurs s'appuient dans leur lutte de classe sur les droits et les libert&#233;s politiques que la soci&#233;t&#233; bourgeoise doit leur accorder (droit de r&#233;union, libert&#233; de coalition, libert&#233; de la presse, droit de gr&#232;ve, droit de vote), et s'ils ne les poss&#232;dent pas encore, ils s'appuient sur leur position dans le processus de production pour les conqu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re lutte donc contre le capitalisme avec les armes que celui-ci lui a lui-m&#234;me fournies. Mais c'est ce qui est insupportable &#224; la bourgeoisie ; car il lui semble qu'elle les lui a donn&#233;es de plein gr&#233; et donc qu'elle peut les reprendre. Elle ne peut pas par cons&#233;quent tol&#233;rer que les ouvriers utilisent ces droits et ces libert&#233;s contre elle. Le droit de coalition, le droit &#224; la libre expression de la pens&#233;e, la libert&#233; de la presse, le droit de r&#233;union, sont employ&#233;s pour critiquer la classe dominante, pour attaquer l'ordre existant, pour constituer des organisations aptes &#224; combattre qui extorquent des avantages aux capitalistes. Gr&#226;ce au droit de vote, des repr&#233;sentants ouvriers sont envoy&#233;s dans les parlements o&#249; ils pratiquent une critique de principe vis-&#224;-vis du capitalisme, forcent les partis bourgeois &#224; promulguer des r&#233;formes et apportent des &#233;claircissements aux masses. La croissance de la puissance du prol&#233;tariat n'appara&#238;t pas comme un produit de l'&#233;volution &#233;conomique, mais comme le fruit de l'utilisation des droits et des libert&#233;s civiques, un fruit de la libert&#233; d'agitation. Qu'y a-t-il de plus facile pour la classe dominante que de restreindre ces droits et de briser ainsi cette puissance qui la menace ? Elle dispose toujours du pouvoir politique, et du levier de la l&#233;gislation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle ne peut pas violer impun&#233;ment les lois fondamentales de l'ordre bourgeois. Elle a essay&#233; autrefois d'interdire la diffusion des id&#233;es subversives et d'infliger de lourdes peines &#224; ceux qui les propageaient ; mais les travailleurs se sont moqu&#233;s de la loi. Les ouvriers constituent le v&#233;ritable contenu de la soci&#233;t&#233;, ils sont les producteurs, les ex&#233;cuteurs de tous les actes n&#233;cessaires &#224; la soci&#233;t&#233;, qui se d&#233;ploient sur le pays en un r&#233;seau dense, &#233;troitement entrelac&#233;, qui sont, comme les dents d'un m&#233;canisme, constamment en contact entre eux. Que peuvent y faire quelques policiers ? La loi contre les socialistes a agi exactement &#224; l'inverse de ce qu'elle voulait faire ; non seulement la diffusion des id&#233;es socialistes ne fut pas arr&#234;t&#233;e mais la r&#233;pression et les actes de violence assur&#232;rent aux personnes poursuivies la sympathie de cercles de plus en plus vastes, attir&#232;rent l'attention de ceux qui &#233;taient jusqu'alors indiff&#233;rents et soud&#232;rent les ouvriers encore plus fortement entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien la classe dominante fait autrement et elle reprend le droit de vote aux ouvriers. Ceux-ci se lancent alors avec d'autant plus de vigueur dans l'utilisation de l'agitation par voie de presse et de r&#233;union, ou dans les manifestations de rue. Dans ce cas-l&#224;, la classe dominante est forc&#233;e soit de reculer soit d'aller encore plus loin sur la voie de la r&#233;action. Plus elle porte atteinte aux droits, plus son gouvernement prend la forme d'un pouvoir brutal ill&#233;gitime, plus la r&#233;bellion s'accro&#238;t, plus elle soul&#232;ve contre elle les milieux de la population qui &#233;taient jusqu'&#224; pr&#233;sent satisfaits et qui lui &#233;taient d&#233;vou&#233;s, parce qu'ils sont eux aussi priv&#233;s de droits. Si elle allait jusqu'&#224; prendre aux travailleurs tous les droits et toutes les libert&#233;s politiques et en fin de compte le droit de gr&#232;ve et la libert&#233; personnelle, et &#224; en faire des coolies, elle d&#233;truirait de la sorte les fondements de la production et elle ruinerait la production elle-m&#234;me. L'industrie polonaise a durement souffert, &#224; l'&#233;poque de la r&#233;volution russe, du fait qu'aient &#233;t&#233; d&#233;truites, pour des motifs politiques, les organisations ouvri&#232;res que de nombreux capitalistes eux-m&#234;mes consid&#233;raient comme n&#233;cessaires afin d'&#244;ter &#224; la lutte d'int&#233;r&#234;ts entre eux et les ouvriers son caract&#232;re impr&#233;vu, aigri, d&#233;vastateur. G&#233;n&#233;ralement, cela ne va pas aussi loin ; tant que la classe ouvri&#232;re est faible, la classe dominante n'a pas de raisons de la b&#226;illonner, et quand elle est devenue forte, le prol&#233;tariat trouve dans la nature insupportable de sa condition &#233;conomique et dans sa masse la force d'emp&#234;cher de telles privations de droits. Par des manifestations de rue et, dans les cas les plus extr&#234;mes, des gr&#232;ves de masses, elle peut exercer une pression assez forte pour savoir non seulement &#233;viter ces privations de droits mais m&#234;me obtenir de nouveaux droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera donc n&#233;cessairement une mauvaise chose pour la bourgeoisie si elle prend le chemin r&#233;actionnaire de la privation de droits. Au lieu d'affaiblir son ennemi, elle le renforcera. Le mouvement ouvrier cro&#238;t puissamment en partisans et en unit&#233;. Et cet accroissement de puissance appara&#238;t derechef non pas comme un produit de l'&#233;volution &#233;conomique mais comme le r&#233;sultat d'un gouvernement brutal. La r&#233;sistance contre ces stupides m&#233;thodes de lutte augmente chez les &#233;l&#233;ments instruits et clairvoyants de la bourgeoisie ; ils veulent &#244;ter aux travailleurs mati&#232;re &#224; agitation en leur accordant la totalit&#233; des droits civiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la classe dominante oscille entre deux m&#233;thodes de gouvernement qui s'incarnent dans deux tendances politiques oppos&#233;es. En premier lieu, les contradictions politiques au sein de la classe poss&#233;dante sont incontestablement des contradictions d'int&#233;r&#234;ts entre les diff&#233;rents groupes qui composent cette classe. Historiquement, la contradiction entre les deux grands partis bourgeois, que l'on retrouve dans tous les pays, trouve son origine dans l'antagonisme entre l'industrie et la grande propri&#233;t&#233; terrienne, avec laquelle s'unit ensuite la petite bourgeoisie cl&#233;ricale. L'opposition entre ces partis dispara&#238;t de plus en plus dans la mesure o&#249;, avec le d&#233;veloppement du capitalisme, le prol&#233;tariat devient un danger pour tous les exploiteurs, et o&#249;, du fait de la p&#233;n&#233;tration du capital dans l'agriculture et la participation de la noblesse riche aux entreprises industrielles, cet ancien antagonisme entre les deux classes s'efface peu &#224; peu. Mais c'est alors qu'apparaissent d'habitude, comme nouvel antagonisme entre partis, lequel se m&#233;lange avec le reste de l'ancien antagonisme, les conceptions divergentes au sujet de la meilleure m&#233;thode pour r&#233;primer le prol&#233;tariat. Le parti &#034;conservateur&#034; ou &#034;cl&#233;rical&#034; des agrariens et des petits-bourgeois se fait le champion de la m&#233;thode forte, le parti progressiste et lib&#233;ral, le champion de la libert&#233; de mouvement la plus compl&#232;te ; mais, dans le m&#234;me temps, les anciennes limites de classe ont tendance &#224; s'effacer et l'on trouve en fin de compte des propri&#233;taires terriens, des fabricants, des paysans et des petits-bourgeois, aussi bien dans un parti que dans l'autre. D&#232;s lors, les termes &#034;conservateur&#034; et &#034;lib&#233;ral&#034; recouvrent un contenu nouveau. La fraction progressiste de la bourgeoisie ne peut pas se borner &#224; donner simplement la libert&#233; de mouvement et des droits aux travailleurs ; elle doit aussi chercher &#224; &#233;liminer les causes de son m&#233;contentement, les &#034;difformit&#233;s&#034; du capitalisme, et donc, &#224; l'inverse du vieux lib&#233;ralisme dogmatique de type manchest&#233;rien, elle doit &#234;tre r&#233;formatrice et prendre fait et cause pour l'intervention de l'&#201;tat dans les relations &#233;conomiques. Ce &#034;nouveau lib&#233;ralisme&#034; doit donc &#234;tre tout &#224; la fois r&#233;formiste et d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouve cette transformation des partis politiques compl&#232;tement achev&#233;e que dans les pays r&#233;ellement constitutionnels de l'Europe occidentale. En Allemagne, elle ne s'est jamais tout &#224; fait accomplie parce que, ici, il n'y a pas de r&#233;gime constitutionnel, et que le gouvernement repr&#233;sente au contraire une puissance autonome sur laquelle chaque classe cherche &#224; exercer une influence. Ici, le lib&#233;ralisme est toujours rest&#233; une &#233;troite repr&#233;sentation des int&#233;r&#234;ts de classe de la bourgeoisie industrielle vis-&#224;-vis des junkers et des ouvriers. Le &#034;nouveau lib&#233;ralisme&#034;, le cours d&#233;mocratique et la bienveillance envers les ouvriers, ne sont jamais sortis ici du stade du verbiage et des d&#233;buts imperceptibles qui cessent aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fonction d'&#233;v&#233;nements &#233;conomiques et politiques particuliers que l'une ou l'autre de ces deux tendances prend alternativement le dessus, et que la masse des &#233;lecteurs bourgeois oscille entre l'une ou l'autre de ces deux m&#233;thodes. Le mouvement ouvrier est lui aussi ballott&#233; de ci de l&#224; si, lors du changement d'orientation du vent, il ne poss&#232;de pas dans son intelligence th&#233;orique une boussole s&#251;re, gr&#226;ce &#224; laquelle il se dirige activement vers son but. Quand la classe dirigeante applique une politique de force r&#233;actionnaire qui r&#233;prime toutes les organisations, l'id&#233;e qu'il n'y a plus rien &#224; faire par les moyens l&#233;gaux, que la seule chose valable est d'opposer la violence &#224; la violence, se propage obligatoirement. Le sentiment d'impuissance qui s'empare des travailleurs les pousse vers une n&#233;gation obstin&#233;e ; la pratique, qui exclut le travail de fourmi r&#233;el et ne laisse place qu'&#224; l'agitation clandestine, conduit &#224; la th&#233;orie selon laquelle le travail de fourmi est r&#233;prouv&#233; et tout le salut est transf&#233;r&#233; sur un &#034;jour de col&#232;re&#034; futur. Se placer sur le terrain de ce qui existe, n&#233;gocier au parlement avec les oppresseurs, appara&#238;t presque comme une trahison de la cause ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment est exactement l'inverse lorsque se pr&#233;sente un changement brusque et que la classe dominante veut essayer cette fois-ci la politique de la carotte. Quand la forte pression s'&#233;loigne, la classe ouvri&#232;re peut respirer &#224; nouveau, se d&#233;ployer et s'organiser librement, et il lui semble alors qu'un nouveau printemps a commenc&#233;. La nouvelle attitude de la classe dominante est consid&#233;r&#233;e comme une loi de d&#233;veloppement permanente des institutions politiques, comme un adoucissement persistant de la lutte des classes, une d&#233;mocratisation croissante de la soci&#233;t&#233;, et une activit&#233; r&#233;formatrice qui s'&#233;largit constamment et qui, en fin de compte, aboutira n&#233;cessairement au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es lib&#233;rales dont l'apog&#233;e, pendant laquelle elles &#233;taient l'expression des int&#233;r&#234;ts capitalistes en phase ascendante, appartient totalement au pass&#233;, apparaissent &#224; la g&#233;n&#233;ration actuelle comme quelque chose de tout nouveau, qui serait un parent proche du socialisme du fait de son caract&#232;re progressiste, alors qu'elles ne sont en r&#233;alit&#233; que l'expression d'un capitalisme raisonnable qui prend la place du capitalisme brutal. L'&#233;galit&#233; politique semble, apr&#232;s la forte pression de la privation des droits, si belle qu'elle fait presque oublier l'esclavage &#233;conomique - ce qui arrive toutefois plus facilement aux porte-parole qu'aux ouvriers eux-m&#234;mes. La doctrine d'un antagonisme aigu entre les classes et de la n&#233;cessit&#233; d'une lutte de classe sans m&#233;nagements para&#238;t erron&#233;e et inutile, bien que ce qui se soit tout au plus pass&#233; c'est que le terrain de lutte v&#233;ritable a &#233;t&#233; r&#233;tabli. &#034;A la bonne volont&#233;, la main ouverte ; &#224; la mauvaise, le poing&#034; - dans ce mot d'ordre de Vollmar appara&#238;t l'id&#233;e que notre poing serr&#233; ne vaut pas pour ce qui concerne l'exploitation capitaliste et &#224; la domination de classe, mais leur aggravation r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mani&#232;re, on peut comprendre pourquoi, apr&#232;s la promulgation de la loi contre les socialistes, les id&#233;es anarchistes de la propagande de Most purent acqu&#233;rir une certaine influence ; seule la solide conscience th&#233;orique que la social-d&#233;mocratie est le fruit naturel du capitalisme, et qu'il est impossible d'appliquer durablement des moyens brutaux contre elle, a maintenu la masse des camarades dans la voie de la tactique juste. Le cas inverse se pr&#233;senta apr&#232;s la suppression de la loi contre les socialistes. Dans ses discours de l'Eldorado : Sur les prochaines t&#226;ches de la social-d&#233;mocratie allemande, Vollmar expliqua qu'une nouvelle tactique de bienveillance &#233;tait maintenant en place. Mais, dans ce cas &#233;galement, le parti se d&#233;termina pour la conservation de l'ancienne tactique : lutte pour toutes les r&#233;formes en restant fermement attach&#233; au point de vue de la lutte de classe acharn&#233;e. La d&#233;cision ne fut pas difficile car le caract&#232;re mensonger de ce &#034;nouveau cours&#034;, qui &#233;tait tout sauf un cours lib&#233;ral et progressiste, &#233;tait facile &#224; percer &#224; jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est justement dans les d&#233;bats sur la tactique au Congr&#232;s de Halle qu'il apparut clairement que les d&#233;formations unilat&#233;rales du socialisme dans diff&#233;rentes directions se favorisent et se renforcent mutuellement. Les Jeunes berlinois all&#233;gu&#232;rent les expos&#233;s de Vollmar pour d&#233;fendre leur th&#233;orie selon laquelle l'activit&#233; parlementaire et le travail de fourmi conduisent &#224; l'abandon du point de vue de classe, et Vollmar attaqua le point de vue politique st&#233;rile des Jeunes, qui m&#233;prisaient le travail de fourmi, comme si celui-ci &#233;tait le point de vue r&#233;volutionnaire, ferment attach&#233; aux principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la tactique interne &#224; propos de laquelle la tactique marxiste et la tactique r&#233;visionniste se combattirent en Allemagne, o&#249; l'anarchisme n'acquit jamais une influence significative, est au fond la question de savoir comment l'on doit consid&#233;rer la d&#233;mocratie et le caract&#232;re progressiste des partis bourgeois. Le souhait joue un r&#244;le de plus en plus important dans la confiance en la bonne volont&#233; de la bourgeoisie dont les r&#233;visionnistes font preuve. Tous les socialistes sont unanimes pour souhaiter une politique de r&#233;formes s&#233;rieuse et l'&#233;galit&#233; politique. Une politique de r&#233;formes vraiment radicale rendrait la r&#233;volution sociale le plus possible indolore et continue. &#034;Plus cette &#233;volution se poursuit d'une mani&#232;re pacifique, ordonn&#233;e et organique, mieux c'est pour nous et pour la collectivit&#233;&#034; - tout social-d&#233;mocrate est d'accord avec ces paroles de Vollmar. L'utilisation sans entraves de tous les droits politiques donne &#224; la lutte des classes actuelle les formes civilis&#233;es que nous souhaitons dans notre int&#233;r&#234;t et dans l'int&#233;r&#234;t de toute la soci&#233;t&#233;, tandis que la r&#233;action lui impose les m&#233;thodes barbares des &#233;poques pass&#233;es. Si nous luttions sur le terrain d'une compl&#232;te &#233;galit&#233; de droits, et si nous rencontrions chez l'adversaire la volont&#233; s&#233;rieuse d'am&#233;liorer les d&#233;fauts patents de la soci&#233;t&#233;, il serait possible &#224; la classe ouvri&#232;re, gr&#226;ce &#224; une s&#233;rie de mesures coh&#233;rentes qui se retrouvent dans notre programme de revendications imm&#233;diates, d'accomplir le passage du capitalisme au socialisme sans r&#233;volutions violentes. Ce serait mieux pour nous, ce serait mieux pour notre adversaire, ce serait mieux pour toute la soci&#233;t&#233;, si le capitalisme se pr&#233;parait, selon notre souhait, &#224; mourir tranquillement sans se cramponner convulsivement &#224; la vie, sans un dernier combat inutile, quand son heure a sonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce ne sont pas nos d&#233;sirs qui d&#233;terminent l'&#233;volution sociale. Aucune classe en d&#233;clin ne s'est encore r&#233;sign&#233;e &#224; mourir dans l'honneur et la dignit&#233; ; aucun ordre social n'a encore sombr&#233; sans tentatives convulsives pour se maintenir. Et aujourd'hui aussi la classe capitaliste n'&#233;prouve pas la moindre envie d'aplanir les difficult&#233;s sur le chemin qui m&#232;ne au socialisme, gr&#226;ce &#224; des r&#233;formes sociales importantes et &#224; un r&#233;gime d&#233;mocratique et progressiste. Le cours de l'histoire n'est pas d&#233;termin&#233; par une pr&#233;tendue &#034;logique des choses&#034;, qui pousserait &#224; une marche en avant continuelle sur le chemin des r&#233;formes sociales, une fois que celui-ci a &#233;t&#233; emprunt&#233;, mais par la lutte des int&#233;r&#234;ts sociaux, laquelle dissuadera la classe dominante de prendre cette voie d&#232;s qu'elle craindra que son adversaire en soit renforc&#233; et non pas induit en erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le but positif de la politique lib&#233;rale et progressiste est d'induire les travailleurs en erreur. Le pouvoir d'une minorit&#233; dominante repose sur le fait que les masses populaires ne per&#231;oivent pas leurs propres int&#233;r&#234;ts, ainsi que la contradiction de ceux-ci avec les int&#233;r&#234;ts des dominants. La bourgeoisie doit donc essayer d'&#233;viter qu'une claire conscience de classe ne fasse son apparition dans le prol&#233;tariat, ou bien, si elle est d&#233;j&#224; apparue, de la corrompre ou de la troubler. Et c'est d'autant plus n&#233;cessaire que la conscience de classe s'est d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233;e de mani&#232;re vigoureuse ; et la n&#233;cessit&#233; est ressentie d'autant plus fortement que le prol&#233;tariat est plus puissant et le danger plus mena&#231;ant. La terrible exploitation et la mis&#232;re poussent les masses &#224; la r&#233;sistance ; elles r&#233;clament la suppression des difformit&#233;s les plus graves du capitalisme. Si la bourgeoisie veut les r&#233;concilier avec le capitalisme, elle doit montrer sa volont&#233; d'abolir ces difformit&#233;s par des r&#233;formes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur du prol&#233;tariat est la force motrice de toutes les r&#233;formes sociales bourgeoises. Non pas la peur qu'une r&#233;volution n'&#233;clate si ces r&#233;formes ne sont pas faites, mais la peur de l'augmentation de la puissance du prol&#233;tariat. Plus la puissance du prol&#233;tariat est grande, plus la bourgeoise a peur qu'elle ne continue &#224; augmenter, et plus la tendance &#224; apaiser les masses par des r&#233;formes sociales est forte. Cette r&#233;action se change en son contraire &#224; un certain degr&#233;, quand la puissance de la classe ouvri&#232;re est si grande que toute tentative de l'affaiblir de cette mani&#232;re appara&#238;t sans espoir et que la bourgeoisie ne compte plus que sur les fusillades comme moyen de d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; de telles tentatives de la classe dominante, le prol&#233;tariat doit avoir l'attitude suivante : soutenir le plus possible les tentatives de r&#233;forme de la tendance lib&#233;rale, mais ne se laisser en aucun cas embobiner par elles. Il ne peut y avoir &#224; aucun moment de doute sur les v&#233;ritables intentions de ce cours ; les r&#233;formateurs et les progressistes bourgeois ne sont pas des amis bienveillants qui nous sont proches, mais des ennemis, et m&#234;me des ennemis plus dangereux que les r&#233;actionnaires, car ils cherchent &#224; d&#233;truire notre force int&#233;rieure, notre discernement et notre conscience de classe. Et donc, c'est pr&#233;cis&#233;ment dans de telles situations, o&#249; le travail pratique manifeste les plus grands succ&#232;s apparents, que la propagande th&#233;orique, qui explique la nature et la signification du progr&#232;s bourgeois, doit &#234;tre men&#233;e de mani&#232;re d'autant plus m&#233;thodique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'inverse que l'on trouve en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale. Habituellement, la bourgeoisie atteint son but. Une partie plus ou moins importante des ouvriers et une partie de ses porte-parole se laissent aveugler par les r&#233;formes, croient &#224; la bienveillance de cette fraction de la bourgeoisie envers les ouvriers et &#224; la capacit&#233; d'am&#233;lioration du capitalisme, et jettent par-dessus bord les anciennes id&#233;es sur la contradiction aigu&#235; des classes comme des &#034;dogmes d&#233;pass&#233;s&#034;. C'est en cela que consiste la doctrine du r&#233;visionnisme. Ils se laissent induire en erreur par l'exp&#233;rience limit&#233;e du moment, dont ils ne per&#231;oivent pas la bri&#232;vet&#233; et le caract&#232;re passager, et cette politique des classes dominantes a pour effet que le mouvement ouvrier s'affaiblit et se divise, et que des luttes internes entravent de mani&#232;re importante son progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc la politique lib&#233;rale et progressiste, quand elle est mise en &#339;uvre de mani&#232;re cons&#233;quente, est pour les classes dominantes la plus astucieuse, elle a pourtant un gros d&#233;faut : elle n'est pas poursuivie de mani&#232;re cons&#233;quente, et elle s'effondre bient&#244;t du fait de sa propre contradiction. Elle signifie le d&#233;sarmement de l'ennemi ; mais en lui donnant tout ce pour quoi il a tir&#233; l'&#233;p&#233;e. La bourgeoisie ne trouvera aucun salut en d&#233;tournant les travailleurs de la dure lutte de classe r&#233;volutionnaire par des r&#233;formes sociales r&#233;ellement profondes, par l'octroi de tous les droits politiques, par la mise en place d'une v&#233;ritable d&#233;mocratie et par une limitation l&#233;gale du pouvoir du capital. Et en effet, elle d&#233;fendrait ainsi elle-m&#234;me les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et frayerait la voie au socialisme, au lieu de laisser cela aux travailleurs. La d&#233;mocratie signifie l'augmentation du pouvoir politique des masses populaires ; et toute r&#233;forme sociale qui agit en faveur des ouvriers porte atteinte aux int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats des groupes capitalistes. C'est la raison pour laquelle la r&#233;forme sociale bourgeoise ne pourra jamais rev&#234;tir un caract&#232;re magnanime, g&#233;n&#233;reux, altruiste ; la bourgeoisie essaie toujours de donner aussi peu que possible et de faire para&#238;tre ce peu le plus gros possible. L&#224; o&#249; elle sent qu'elle doit faire quelque chose, parce que, sinon, elle ne peut pas r&#233;sister aux attaques des porte-parole social-d&#233;mocrates et &#224; la pression des ouvriers encore bourgeois, la r&#233;forme devient toujours mesquine, chiche, insignifiante ; l'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat fraye chaque fois sa voie et tente de reprendre par des r&#233;solutions d'exception et l'insertion de clauses compliqu&#233;es ce qui avait d&#251; &#234;tre donn&#233; dans les d&#233;cisions importantes. Tape-&#224;-l'&#339;il et boniment sont les caract&#233;ristiques de la r&#233;forme sociale bourgeoise, et seule la critique des repr&#233;sentants des ouvriers, qui font entendre continuellement les exigences des travailleurs, a pour effet qu'on puisse retirer quelque chose de cela. Les belles phrases qui figurent dans les programmes des partis bourgeois pour gagner les travailleurs &#224; eux sont r&#233;guli&#232;rement mises au rebut d&#232;s que ces partis sont en situation de les mettre en &#339;uvre. Quand un parti bourgeois d&#233;mocratique prend le gouvernail, il ne montre que trop souvent l'image hybride de la r&#233;action d&#233;mocratique, la r&#233;action qui se drape dans des phrases d&#233;mocratiques ; le gouvernement radical de Clemenceau en France nous en a offert l'exemple classique il y a peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conceptions bourgeoise et prol&#233;tarienne du monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, les deux tendances, que nous d&#233;signons sous les noms g&#233;n&#233;riques d'anarchisme et de r&#233;visionnisme, apparaissent seulement comme des contraires. Mais elles sont en m&#234;me temps tr&#232;s &#233;troitement apparent&#233;es, &#233;tant donn&#233; pr&#233;cis&#233;ment qu'elles s'opposent entre elles comme des d&#233;formations unilat&#233;rales antinomiques de la tactique social-d&#233;mocrate. Elles sont toutes les deux des produits de la m&#234;me conception bourgeoise du monde qui est radicalement diff&#233;rente de la conception prol&#233;tarienne du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune m&#233;thode de lutte n'est sp&#233;cifiquement prol&#233;tarienne ou bien social-d&#233;mocrate, ni le bouleversement violent et rapide ni le travail de fourmi patient et progressant pas &#224; pas, ni la r&#233;volution ni l'&#233;volution, ni le d&#233;vouement &#224; un id&#233;al futur &#233;loign&#233; ni la pratique limit&#233;e et orient&#233;e sur l'instant. La classe bourgeoise a, elle aussi, connu et utilis&#233; toutes ces mani&#232;res de voir et ces m&#233;thodes. Elle s'est &#233;galement enthousiasm&#233;e, elle a r&#234;v&#233; de r&#233;volutions et elle les a faites ; elle s'est aussi pr&#234;t&#233;e &#224; une lente &#233;volution et &#224; de petites r&#233;formes. Il n'y a donc rien dans l'une ou l'autre mani&#232;re de voir qui puisse &#234;tre sp&#233;cifiquement propre au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est sp&#233;cifiquement propre au prol&#233;tariat c'est la conception d'un d&#233;veloppement social n&#233;cessaire ayant un caract&#232;re dialectique. Cela signifie que les moments de ce d&#233;veloppement ne peuvent &#234;tre saisis par l'esprit que comme des contraires, qui en tant que concepts sont antagoniques ; comme par exemple la r&#233;volution et l'&#233;volution, la th&#233;orie et la pratique, le but final et le mouvement. Sp&#233;cifiquement prol&#233;tarienne est la conception selon laquelle toutes les d&#233;terminations isol&#233;es, qui s'opposent apparemment les unes aux autres, ne forment que les moments d'un grand processus de d&#233;veloppement. Le prol&#233;tariat ne se voue ni &#224; la r&#233;volution ni &#224; l'&#233;volution, mais il reconna&#238;t au contraire qu'elles ne sont toutes les deux que deux aspects du m&#234;me d&#233;veloppement ; cette compr&#233;hension dialectique de l'unit&#233; de ce qui est en apparence contradictoire - d'une unit&#233; qui ne se r&#233;alise que par un d&#233;veloppement en progression - constitue le point important qui diff&#233;rencie la nouvelle pens&#233;e prol&#233;tarienne, social-d&#233;mocrate, de la pens&#233;e bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e bourgeoise, non dialectique, n'a aucune id&#233;e du cours imperturbable et du caract&#232;re v&#233;ritable du d&#233;veloppement historique. Elle ne voit que ce qui est accidentel et qui ne s'impose la plupart du temps que de mani&#232;re transitoire, et c'est ainsi qu'elle passe d'un extr&#234;me &#224; l'autre. L&#224; o&#249; elle voit des contraires, elle ne les voit que comme un &#034;d'une part - d'autre part&#034;, sans les reconna&#238;tre comme des forces motrices du d&#233;veloppement ; l&#224; o&#249; elle voit un d&#233;veloppement, celui-ci ne peut que rev&#234;tir la forme d'une lente &#233;volution qui change quelque chose &#224; la quantit&#233;, mais ne modifie pas la qualit&#233;, l'essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re opposition entre les mani&#232;res de voir bourgeoise et prol&#233;tarienne est li&#233;e de la fa&#231;on la plus &#233;troite &#224; la deuxi&#232;me. La mani&#232;re de voir prol&#233;tarienne est mat&#233;rialiste, la mani&#232;re de voir bourgeoise est id&#233;aliste. Mais dialectique et mat&#233;rialiste vont ensemble exactement comme id&#233;ologique et non dialectique. Pour le prol&#233;tariat ce sont des forces mat&#233;rielles, &#233;chappant au pouvoir de l'individu, qui dirigent le d&#233;veloppement ; pour la bourgeoisie, c'est la force cr&#233;atrice de l'esprit humain qui le gouverne. La r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle est dialectique, car elle ne peut &#234;tre saisie de mani&#232;re compl&#232;te que comme l'unit&#233; de concepts contradictoires. Mais dans les concepts et les id&#233;es, que la mani&#232;re de voir bourgeoise consid&#232;re comme des forces motrices, la contradiction est abrupte. En tant que concepts, l'&#233;volution et la r&#233;volution, la libert&#233; et l'organisation, s'opposent mutuellement, s'excluent r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui ne prennent en compte que ces id&#233;es abstraites, qui les consid&#232;rent comme l'essentiel, et qui ne voient pas la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle sous-jacente, ces id&#233;es sont en fait des contraires inconciliables, qui s'excluent mutuellement. Pour eux, il faut s'en tenir ou bien &#224; la r&#233;volution, ou bien &#224; l'&#233;volution, car il n'y a pas de troisi&#232;me terme ; pour eux, le principe des petites r&#233;formes est une mauvaise chose s'ils ont reconnu le bouleversement comme ce qui est juste, ou bien, s'ils consid&#232;rent les petites r&#233;formes comme des &#233;l&#233;ments dignes d'&#234;tre atteints, leur contraire, le bouleversement, s'exclut de la sorte de lui-m&#234;me. Les slogans remplacent la claire compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, l'anarchisme et le r&#233;visionnisme sont tous deux des tendances bourgeoises dans le mouvement ouvrier ; ils unissent une conception du monde bourgeoise &#224; des sentiments prol&#233;tariens. Ils se placent du c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat et ils veulent d&#233;fendre sa cause, mais sans prendre part au grand bouleversement dans la pens&#233;e et la science qui caract&#233;rise le socialisme scientifique. Ils empruntent leurs conceptions et leurs formes de pens&#233;e au monde bourgeois et ils ne se diff&#233;rencient l'un de l'autre que par le fait qu'ils les cherchent &#224; des &#233;poques diff&#233;rentes de la p&#233;riode bourgeoise. &#192; part des faits particuliers, l'on peut dire que la bourgeoisie se d&#233;clara tout d'abord, lors de son ascension, favorable &#224; des conceptions r&#233;volutionnaires, et que, ensuite, pendant son d&#233;clin, elle ne voulut plus entendre parler des catastrophes, m&#234;me pas dans les sciences de la nature, et qu'elle professa l'&#233;volution lente et insensible. L'anarchisme continue les traditions des r&#233;volutions bourgeoises et il s'emploie constamment &#224; mettre en sc&#232;ne des r&#233;volutions, tandis que le r&#233;visionnisme fait sienne la th&#233;orie de l'&#233;volution pacifique de la bourgeoisie d&#233;clinante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux que des tendances bourgeoises, on peut les caract&#233;riser comme des tendances petites-bourgeoises. Car, contrairement &#224; la grande bourgeoise contente d'elle-m&#234;me, la petite bourgeoise a, de tout temps, &#233;t&#233; une classe insatisfaite qui a voulu s'opposer &#224; ce qui existait. &#201;tant donn&#233; que le d&#233;veloppement social ne lui est pas favorable, elle ne pouvait pas tenir une ligne ferme mais elle devait n&#233;cessairement tomber d'un extr&#234;me &#224; l'autre ; tant&#244;t elle se complaisait dans des phrases r&#233;volutionnaires et elle essayait de s'emparer du pouvoir par des putschs ; tant&#244;t elle rampait peureusement derri&#232;re la grande bourgeoisie et elle tentait d'obtenir des r&#233;formes par la ruse ou la mendicit&#233;. L'anarchisme est l'id&#233;ologie du petit bourgeois devenu sauvage, le r&#233;visionnisme celle du petit bourgeois apprivois&#233;. Cette parent&#233; &#233;troite permet de comprendre pourquoi ils se transforment si facilement l'un en l'autre. L'histoire du mouvement ouvrier ne montre que trop d'exemples o&#249; les &#034;r&#233;volutionnaires&#034; les plus ardents se transforment en r&#233;formistes les plus pacifiques. Beaucoup de r&#233;visionnistes crurent brusquement en 1906 pouvoir manigancer une petite r&#233;volution et, comme cela ne r&#233;ussit pas, ils retomb&#232;rent dans le r&#233;formisme le plus plat. Ils ne changeaient en cette occasion que dans leur forme ext&#233;rieure, mais dans leur for int&#233;rieur, leur conception demeurait la m&#234;me, la conception oppos&#233;e au marxisme, qui ne voit pas dans le d&#233;veloppement l'unit&#233; des contraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux tendances ont &#233;galement en commun le culte de la personne et de la libert&#233; personnelle. Elles se manifestent en cela aussi comme des tendances bourgeoises. Le marxisme voit dans les puissantes forces &#233;conomiques, qui mettent en mouvement les masses humaines, les facteurs moteurs de la soci&#233;t&#233;, tandis que la doctrine bourgeoise place au centre de sa philosophie la libre personnalit&#233; qui agit souverainement. L'anarchisme est, dans son fondement th&#233;orique, une continuation logique de l'individualisme bourgeois ; la libert&#233; anarchiste surpasse m&#234;me la libert&#233; lib&#233;rale. L'ancien lib&#233;ralisme - comme celui de Herbert Spencer - posait la libert&#233; personnelle absolue comme son id&#233;al : il entendait par-l&#224; la libert&#233; bourgeoise des producteurs contre l'intervention de l'&#201;tat. Les anarchistes n'ont pas discern&#233; que cette libert&#233;-l&#224; n'&#233;tait qu'une expression id&#233;ologique des int&#233;r&#234;ts bourgeois ; ils prirent le slogan en tant que tel et la seule critique qu'ils trouv&#232;rent c'est que la libert&#233; lib&#233;rale n'&#233;tait pas encore la libert&#233; parfaite ; car l'&#201;tat opprimait les classes laborieuses gr&#226;ce &#224; son pouvoir. Seule l'abolition compl&#232;te du pouvoir de l'&#201;tat et de toute autorit&#233; pourrait donc r&#233;aliser la libert&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme r&#233;volutionnaire se diff&#233;rencie sur ce point de l'ancien anarchisme purement individualiste parce qu'il est apparu chez des ouvriers d&#233;j&#224; organis&#233;s. C'est pourquoi il place l'organisation de la classe ouvri&#232;re au-dessus de l'individu isol&#233;, mais il r&#233;clame pour elle une autonomie compl&#232;te. Cependant, il n'en perd pas de vue pour autant la personnalit&#233; libre et vigoureuse. Le d&#233;veloppement intellectuel et moral de la personnalit&#233; individuelle fut mentionn&#233; par Friedeberg, dans sa r&#233;solution au Congr&#232;s d'Amsterdam, comme la premi&#232;re condition pr&#233;alable &#224; la lib&#233;ration d&#233;finitive du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;visionnisme est pratiquement d'accord avec cela puisqu'il invoque lui aussi constamment le droit de la libre personnalit&#233;, ce qui est souvent, chez ses porte-parole, le r&#233;sultat de leur appartenance &#224; la classe de l'intelligentsia, laquelle se laisse difficilement ins&#233;rer dans le solide corps de la discipline prol&#233;tarienne. Le r&#233;visionnisme s'est lui aussi mis &#224; crier : &#034;Revenons &#224; Kant !&#034;. Le culte n&#233;o-kantien de la libert&#233; morale de la personne, qui s'oppose fonci&#232;rement &#224; la doctrine marxiste de l'origine sociale de la morale, trouve dans la tendance r&#233;visionniste ses repr&#233;sentants principaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de ce manque de compr&#233;hension du mat&#233;rialisme historique et de la dialectique, qui est propre au r&#233;visionnisme et &#224; l'anarchisme, leur conception de l'&#233;conomie marxiste, qui d&#233;voile la structure interne du capitalisme, est aussi n&#233;cessairement imparfaite. La production capitaliste pr&#233;sente un caract&#232;re double, qui provient du caract&#232;re double de la marchandise, &#224; la fois valeur d'usage et valeur d'&#233;change. Tout travail est en m&#234;me temps un travail concret, qui cr&#233;e des objets utilitaires, et un travail abstrait, qui cr&#233;e de la valeur d'&#233;change. Le travail est donc, dans le capitalisme, en m&#234;me temps une production de valeurs d'usage pour la soci&#233;t&#233; et une production de plus-value. Pour les capitalistes, c'est la fonction cit&#233;e en dernier, la formation de plus-value, qui est le but essentiel de la production, mais celle-ci est li&#233;e &#224; la premi&#232;re de mani&#232;re indissoluble. La production capitaliste est par cons&#233;quent en m&#234;me temps la production d'objets indispensables, sans lesquels la soci&#233;t&#233; ne peut exister, et l'exploitation des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anarchisme ne voit pas ce double caract&#232;re ; il n&#233;glige le caract&#232;re de la production et ne voit dans l'ordre bourgeois qu'une violente oppression contre nature et condamnable. Il r&#234;ve de le d&#233;truire en totalit&#233; et d'&#233;tablir un nouveau monde meilleur sur les ruines de l'ancien monde ayant p&#233;ri. Cette conception est aussi &#224; la base de l'id&#233;e anarchiste de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ; gr&#226;ce &#224; un soul&#232;vement unique, qui s'adapte dans sa forme &#224; la situation des ouvriers, le joug des oppresseurs est jet&#233; bas, et l'humanit&#233; lib&#233;r&#233;e organise son monde de fa&#231;on compl&#232;tement nouvelle. Cette id&#233;e convient avant tout au milieu intellectuel des petits bourgeois et des travailleurs petits-bourgeois. Pour eux, le capital n'est pas, comme pour le prol&#233;tariat de la grande industrie, la puissante force organisatrice qui &#233;difie d&#233;j&#224; la soci&#233;t&#233; future dans certains de ses traits, mais seulement une force oppressive et exploiteuse. C'est ainsi que cette force appara&#238;t aux ouvriers qualifi&#233;s des petites entreprises, qui voient leur habilet&#233; artistique ou technique rendue superflue par les nouvelles machines et donc leur niveau de vie &#233;lev&#233; menac&#233;. C'est pourquoi ils sont particuli&#232;rement ouverts aux doctrines anarchistes ; les horlogers du Jura suisse furent les premi&#232;res troupes d'&#233;lite de l'anarchisme dans l'Internationale, et aujourd'hui, en France, les doctrines syndicalistes r&#233;volutionnaires trouvent dans les milieux des ouvriers qualifi&#233;s, qui sont menac&#233;s de prol&#233;tarisation par l'&#233;volution technique, leurs partisans les plus solides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;visionnisme tombe dans l'erreur oppos&#233;e qui est beaucoup plus grave parce que le caract&#232;re exploiteur du capitalisme est son aspect le plus important. La production capitaliste est avant tout une production de plus-value ; c'est ce qui lui donne sa nature caract&#233;ristique. C'est pourquoi elle s'oppose diam&#233;tralement &#224; une production socialiste qui est une production correspondant directement aux besoins et qui ne conna&#238;t pas d'exploitation ; il est vrai que cette derni&#232;re cro&#238;t &#224; partir de la production capitaliste, mais seulement par une rupture, un bouleversement, qui la change en son contraire. Le r&#233;visionnisme m&#233;conna&#238;t ce caract&#232;re du capitalisme puisqu'il parle d'une transformation progressive du capitalisme en socialisme et qu'il consid&#232;re toute r&#233;forme sociale d&#233;j&#224; comme un morceau de socialisme. Sa conception est compr&#233;hensible puisqu'il fait ressortir ce qui est commun aux deux modes de production, &#224; savoir le fait que des marchandises sont produites dans un contexte mondial avec de grosses machines, et qu'il place ce qui les oppose au second plan. La diff&#233;rence entre les deux modes de production devient ainsi une diff&#233;rence de degr&#233;, et il est alors justifi&#233; de concevoir toute petite am&#233;lioration comme un m&#233;lange de capitalisme et d'une portion de socialisme. Il suffit d'une augmentation de cette portion, il suffit d'&#233;nergie et d'esprit de suite dans la r&#233;forme, pour nous transporter insensiblement dans le socialisme. Toutes les conceptions r&#233;visionnistes particuli&#232;res sont reconnaissables au fait qu'elles m&#233;connaissent la contradiction fondamentale, laquelle trouvera son expression dans la lutte finale pour la domination politique pleine et enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec une grande nettet&#233; que cette nature bourgeoise du r&#233;visionnisme se met en &#233;vidence dans les d&#233;bats sur la politique coloniale. La politique coloniale est la forme la plus abominable de l'exploitation, parce que la soif de profit du capital n'y est limit&#233;e par aucune consid&#233;ration pour une classe ouvri&#232;re politiquement libre et donc en &#233;tat de se d&#233;fendre. Le r&#233;visionnisme fait ressortir l'aspect accessoire de la politique coloniale actuelle : du fait que des marchandises sont &#233;chang&#233;es et qu'il existe des relations personnelles et commerciales entre la colonie et l'Europe. &#201;tant donn&#233; qu'une communaut&#233; socialiste aura probablement aussi des relations d'&#233;change - m&#234;me si elles sont moins fortes - avec des peuples moins d&#233;velopp&#233;s, il con&#231;oit la position du capitalisme actuel et du socialisme futur vis-&#224;-vis de la colonie comme &#233;tant de m&#234;me nature, et ne diff&#233;rant que sur des choses accessoires et superficielles. La contradiction brutale entre la conduite exploiteuse, &#224; la recherche de plus-value, du capitalisme et le socialisme apportant la civilisation, ne cherchant que la valeur d'usage, est n&#233;glig&#233;e. C'est ainsi que na&#238;t la chim&#232;re d'une politique coloniale humaine, apportant la civilisation, qui se d&#233;pouille donc de sa cruaut&#233; et de sa barbarie, et qui peut &#234;tre mise en &#339;uvre d&#233;j&#224; sous le capitalisme ; sur la base de cette chim&#232;re, les sociaux-d&#233;mocrates ne peuvent pas fondamentalement s'opposer &#224; la politique coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc la compr&#233;hension de l'&#233;conomie marxiste fait d&#233;faut de la m&#234;me fa&#231;on aux deux tendances, elles s'opposent de mani&#232;re similaire &#224; ses r&#233;sultats en les refusant. Le processus de d&#233;veloppement du capitalisme, que nous avons caract&#233;ris&#233; par l'expression concentration du capital, est combattu de la m&#234;me mani&#232;re par les r&#233;visionnistes et les anarchistes. Et en effet, Bernstein fonda, comme on le sait, ses attaques de la tactique r&#233;volutionnaire sur la pr&#233;tendue r&#233;futation de la th&#233;orie de la concentration du capital. Nous trouvons pareillement que l'anarchiste Tcherkessov, dans un des &#233;crits portant sur les th&#233;ories et les actes de la social-d&#233;mocratie, bataille contre la loi de la concentration du capital : &#034;De quelque c&#244;t&#233; que l'on consid&#232;re la chose, on trouve toujours une augmentation du nombre des exploiteurs. Il faut &#234;tre tr&#232;s na&#239;f pour reprendre l'absurdit&#233; selon laquelle la bourgeoisie se soumettrait tranquillement &#224; l'expropriation d&#233;cid&#233;e par le parlement, parce que le nombre de capitalistes est ramen&#233; par le processus de concentration &#224; une minorit&#233; en voie de disparition.&#034; Les deux tendances contestent ainsi ce fait r&#233;volutionnaire fondamental, sur lequel repose la certitude de l'av&#232;nement du socialisme ; l'une pour en d&#233;duire que l'on ne peut pas parvenir au but sans l'aide ou la bienveillance des &#233;l&#233;ments bourgeois progressistes et que l'on doit se contenter de r&#233;formes ; l'autre pour administrer la preuve que l'on attend en vain un effondrement mat&#233;riel, et qu'il faut donc, toujours et seulement, frapper sans h&#233;siter si l'on d&#233;sire provoquer un changement. C'est ainsi que ces deux tendances retombent n&#233;cessairement toutes les deux dans le vieil utopisme ; la grande conqu&#234;te du marxisme, qui consiste &#224; avoir d&#233;crit le socialisme comme le r&#233;sultat n&#233;cessaire de l'&#233;volution sociale, est abandonn&#233;e &#224; nouveau par elles. Puisqu'elles ne consid&#232;rent pas l'av&#232;nement du socialisme comme le r&#233;sultat certain de l'&#233;volution sociale, elles doivent recourir &#224; des constructions et &#224; des recommandations. Les anarchistes, comme on le sait, s'adonnent tr&#232;s fortement &#224; de telles constructions et ils fournissent dans leurs &#233;crits des comparaisons d&#233;taill&#233;es des diff&#233;rents syst&#232;mes de communisme et de libert&#233; ; ils tiennent les sociaux-d&#233;mocrates pour des gens qui veulent r&#233;aliser une organisation sociale d&#233;termin&#233;e, l'organisation collectiviste, qui est diff&#233;rente de leur but final communiste. De fa&#231;on analogue, Bernstein se tourmente &#224; propos de la question de savoir si nous devons dire dans notre programme quels sont les moyens de production que nous voulons &#233;tatiser. Dans les deux cas, ils ne comprennent pas qu'un nouveau mode de production doit se d&#233;velopper et qu'il ne peut pas &#234;tre mis en place tout pr&#234;t, conform&#233;ment &#224; un plan d&#233;termin&#233; &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons donc comment le r&#233;visionnisme et l'anarchisme repr&#233;sentent des d&#233;formations unilat&#233;rales, qui s'opposent entre elles, du socialisme. Puisqu'elles ne comprennent pas la conception marxiste, qui rassemble les deux c&#244;t&#233;s en une unit&#233;, chacune de ces deux tendances confond le marxisme avec l'autre tendance, et elle la combat comme telle. Les r&#233;visionnistes combattent la tactique marxiste comme &#233;tant du romantisme r&#233;volutionnaire, et ils essaient sans cesse, malgr&#233; toute l'exp&#233;rience pratique, de faire passer les marxistes pour des adversaires du travail de fourmi quotidien et des r&#233;formes ; c'est naturellement parce que la r&#233;forme et la r&#233;volution sont pour eux des contraires inconciliables et qu'ils ne peuvent pas comprendre que quelqu'un qui place au premier plan le devoir r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat peut prendre fait et cause en m&#234;me temps pour de petites r&#233;formes. Les anarchistes et les syndicalistes r&#233;volutionnaires font l'inverse : ils consid&#232;rent la tactique r&#233;visionniste comme la cons&#233;quence n&#233;cessaire de la social-d&#233;mocratie et ils combattent celle-ci en renvoyant aux th&#233;ories et aux actes des r&#233;formistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
V - LE PARLEMENTARISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification de la lutte parlementaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions parlementaires servent &#224; &#233;tablir et &#224; appliquer, pour la conduite des hommes entre eux, les r&#232;gles qui sont pr&#233;cis&#233;ment n&#233;cessaires au mode de production dominant. Elles restreignent la libert&#233; de l'individu dans l'int&#233;r&#234;t de l'ensemble, ou de ce qu'il est convenu d'appeler ainsi. Le pouvoir d'&#201;tat a d&#251; na&#238;tre n&#233;cessairement de la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; en classes dominantes et domin&#233;es, exploit&#233;es, comme instrument entre les mains des dominants pour opprimer la classe domin&#233;e. Plus les rouages de la soci&#233;t&#233; se sont d&#233;velopp&#233;s, et plus les fonctions du pouvoir d'&#201;tat se sont &#233;tendues, plus il s'est dress&#233; comme une organisation puissante et ind&#233;pendante qui dominait toute la vie sociale. Le pouvoir d'&#201;tat est devenu l'objet de la lutte des classes ; car la classe qui en dispose, dispose &#233;galement des puissants moyens de l'&#201;tat et peut imposer par des lois sa volont&#233; &#224; toute la soci&#233;t&#233;. La bourgeoisie a, au cours des r&#233;volutions bourgeoises, arrach&#233; le pouvoir d'&#201;tat des mains de la noblesse et de la royaut&#233; ; elle en avait besoin pour abroger les lois qui lui &#233;taient pr&#233;judiciables - &#224; savoir celles qui limitaient &#034;la libert&#233; du travail&#034; - et pour introduire des lois favorables &#224; son &#233;conomie. Ce pouvoir d'&#201;tat sert en m&#234;me temps &#224; maintenir sa domination et &#224; r&#233;primer les tentatives de la classe ouvri&#232;re pour faire valoir ses int&#233;r&#234;ts. La l&#233;gislation, la police, la justice, les autorit&#233;s, l'arm&#233;e, toutes ces institutions sont toujours davantage utilis&#233;es contre la classe ouvri&#232;re en lutte. C'est cela qui contraint le prol&#233;tariat &#224; se fixer comme objectif la conqu&#234;te du pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parlementarisme est la forme normale de la domination politique de la bourgeoisie. Dans les pays gouvern&#233;s de mani&#232;re constitutionnelle, comme la France, l'Angleterre, la Hollande, o&#249; la bourgeoisie dispose pleinement du pouvoir d'&#201;tat, le parlement repr&#233;sente le pouvoir d'&#201;tat r&#233;el ; le soi-disant &#034;gouvernement&#034; (le pouvoir ex&#233;cutif, les minist&#232;res) est un comit&#233; de la majorit&#233; parlementaire ; la royaut&#233; est sans pouvoir v&#233;ritable, et tous les autres organes &#233;tatiques, les tribunaux, l'arm&#233;e, l'ensemble de la bureaucratie, sont subordonn&#233;s au parlement. La lutte entre les diff&#233;rentes classes et groupes d'int&#233;r&#234;ts est men&#233;e dans le cadre de la lutte parlementaire ; chaque classe essaye de conqu&#233;rir le plus possible de si&#232;ges au parlement, soit gr&#226;ce &#224; un syst&#232;me &#233;lectoral qui lui est favorable, soit gr&#226;ce &#224; son influence morale sur la masse des &#233;lecteurs, laquelle repose sur le fait que son int&#233;r&#234;t concorde avec ce qui est ressenti par la plupart des &#233;lecteurs comme l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral le plus important et le plus n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re prend part elle aussi &#224; cette lutte ; elle forme, d&#232;s qu'elle est parvenue &#224; la conscience de classe, un parti politique autonome qui combat les autres partis, lesquels repr&#233;sentent les int&#233;r&#234;ts bourgeois. Le prol&#233;tariat n'a certes pas consid&#233;r&#233; d&#232;s le d&#233;but le parlementarisme comme son moyen de lutte le plus important. Lorsque ce moyen est apparu sur la sc&#232;ne de l'histoire, la bourgeoisie elle-m&#234;me ne s'&#233;tait pas encore impliqu&#233;e dans les luttes r&#233;volutionnaires pour le pouvoir d'&#201;tat ; elle a eu besoin et s'est servie pour cela de l'aide du prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat a pu ainsi, m&#234;me sans forte organisation, esp&#233;rer conqu&#233;rir imm&#233;diatement le pouvoir politique par des soul&#232;vements arm&#233;s, du fait de la simple utilisation de situations favorables, au moyen des armes que la bourgeoisie a d&#251; lui donner. Mais cette tentative &#233;choua ; &#224; l'aide des anciens pouvoirs, la bourgeoisie a d&#233;fait ses alli&#233;s ant&#233;rieurs ; elle a su s'incruster solidement et incontestablement au pouvoir. C'est ainsi que la premi&#232;re p&#233;riode de la lutte de classe prol&#233;tarienne, qui dura de 1848 &#224; 1871, prit fin. La perspective d'arracher, pour ainsi dire par surprise, le pouvoir &#224; la bourgeoisie avait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat devait parvenir au pouvoir par un travail lent et progressif ; c'est ainsi que la deuxi&#232;me p&#233;riode de la lutte de classe, la p&#233;riode du parlementarisme, d&#233;buta. Avec cette nouvelle m&#233;thode, le prol&#233;tariat utilise de la m&#234;me fa&#231;on les armes que la bourgeoisie lui a donn&#233;es ; mais ici, ces armes sont les droits politiques. Avec eux, le prol&#233;tariat a eu l'opportunit&#233; de progresser continuellement, sans cesser de gagner du terrain par son travail pacifique d'explication et d'agitation, et sans que la bourgeoisie ait eu l'occasion d'employer ses instruments de pouvoir &#233;tatiques sup&#233;rieurs, comme l'arm&#233;e par exemple. C'est en grin&#231;ant des dents qu'elle doit constater que son ennemi devient de plus en plus puissant et que son grand pouvoir de gouvernant est sans effet contre cela. Elle cherche en vain des moyens lui permettant d'utiliser ce pouvoir en visant, par des provocations, &#224; attirer les travailleurs au-devant des fusils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t certes au premier coup d'&#339;il que la classe dominante a la possibilit&#233; de barrer aux ouvriers la voie de la lutte parlementaire en les excluant tout simplement du droit de vote. Mais la domination de la bourgeoisie repose en premier lieu sur le fait que les ouvriers ne parviennent pas &#224; la conscience de classe, ne se reconnaissent pas eux-m&#234;mes comme une classe particuli&#232;re. Le fondement de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est la fiction que tous les hommes sont des citoyens &#233;gaux et ayant les m&#234;mes droits ; les travailleurs ont aussi d'abord cette conception avant qu'ils ne s'&#233;veillent &#224; la conscience de classe. Ce n'est donc qu'en reniant ses propres principes que la bourgeoisie peut refuser le droit de vote aux travailleurs, et il n'existe pas de meilleur moyen pour d&#233;montrer la fausset&#233; de ces principes aux ouvriers. Tant que le prol&#233;tariat est politiquement indiff&#233;rent, un droit de vote restreint peut r&#233;gner ; mais d&#232;s qu'il r&#233;clame aussi le droit de vote pour lui, la bourgeoisie doit choisir entre deux maux : ou bien donner cette arme politique aux travailleurs, ou bien les heurter par un reniement de soi et se d&#233;masquer elle-m&#234;me comme une classe dominante. L'Allemagne offre un exemple de l'ascension rapide d'un parti politique autonome des travailleurs &#224; la suite du refus de la bourgeoisie lib&#233;rale de prendre fait et cause pour le suffrage universel. Dans les pays d&#233;mocratiques, o&#249; r&#232;gne le suffrage universel, les ouvriers parviennent beaucoup plus difficilement &#224; une claire conscience de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les succ&#232;s importants que la participation &#224; la lutte parlementaire a apport&#233;s au prol&#233;tariat ont souvent fait na&#238;tre l'illusion que le bulletin de vote est l'unique moyen effectif nous permettant de nous approprier progressivement le pouvoir politique. Dans la mesure o&#249; nos id&#233;es p&#233;n&#232;trent par l'agitation des cercles de plus en plus vastes de la population, le nombre de d&#233;put&#233;s sociaux-d&#233;mocrates s'accro&#238;t jusqu'&#224; ce que nous parvenions finalement &#224; la majorit&#233; et que nous fassions les lois selon nos vues. La condition pour que cela se produise est que le suffrage universel soit toujours en vigueur et que le parlement dispose r&#233;ellement du pouvoir de l'&#201;tat - ce qui n'est en aucun cas valable pour l'Allemagne. Mais, &#233;galement pour les autres pays, cette id&#233;e de la conqu&#234;te parlementaire du pouvoir politique est une utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les formes politiques, il y a la r&#233;alit&#233; sociale, la lutte des classes. Il est donc compr&#233;hensible que la classe poss&#233;dante ne se laisse pas ais&#233;ment &#233;carter du pouvoir, paralys&#233;e qu'elle serait par son respect pour les formes qu'elle a elle-m&#234;me cr&#233;&#233;es. Elle a cr&#233;&#233; les formes parlementaires non pas par enthousiasme abstrait pour leur noblesse, mais par consid&#233;ration pratique de son int&#233;r&#234;t, et elle n'est guid&#233;e que par son int&#233;r&#234;t lorsqu'elle remanie ces formes. Et naturellement, elle ne tol&#233;rera pas tranquillement que ces formes soient utilis&#233;es pour son expropriation ; elle n'abandonnera en aucun cas sa domination sans avoir employ&#233; ses derniers instruments de pouvoir. Tant qu'elle a la majorit&#233;, elle a la possibilit&#233; d'abolir tout simplement le suffrage universel de mani&#232;re l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que la bourgeoisie, plac&#233;e devant la question de savoir si elle doit donner plus de droits politiques aux travailleurs qui les r&#233;clament instamment, a &#224; choisir entre deux maux. Tant que le mouvement ouvrier est encore faible, elle pr&#233;f&#233;rera en donner parce qu'elle a &#224; perdre beaucoup de partisans ; mais plus la masse des ouvriers qu'elle pense perdre devient insignifiante, plus le danger d'une domination des ouvriers appara&#238;t mena&#231;ant, et plus elle s'opposera aux revendications des ouvriers en les refusant abruptement, plus elle pensera n&#233;cessairement &#224; rogner les droits politiques des ouvriers plut&#244;t que de les accro&#238;tre. Cela n'a pas besoin toujours de se faire par des mesures telles que des restrictions du droit de vote qui choquent les masses et les font se soulever. Il existe des m&#233;thodes meilleures, plus habiles, et c'est ainsi qu'il suffit souvent tout simplement de ne pas am&#233;liorer un syst&#232;me &#233;lectoral qui a vieilli petit &#224; petit du fait de l'&#233;volution. Le droit de vote allemand au Reichstag ne fait presque plus peur &#224; la classe dominante ; l'exode rural a rendu les circonscriptions &#233;lectorales si in&#233;gales en nombre d'&#233;lecteurs qu'une majorit&#233; d'&#233;lecteurs sociaux-d&#233;mocrates ne peut cependant pas obtenir la majorit&#233; au Reichstag. La bourgeoisie n'a donc besoin que de conserver l'ancien d&#233;coupage &#233;lectoral et la victoire parlementaire de la social-d&#233;mocratie devient impossible m&#234;me avec le suffrage universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre moyen consiste &#224; amoindrir la puissance du parlement dans lequel les sociaux-d&#233;mocrates deviennent de plus en plus influents. Nous constatons dans presque tous les pays la tendance selon laquelle le gouvernement devient de plus en plus ind&#233;pendant du parlement ; m&#234;me dans l'Angleterre constitutionnelle, la puissance autonome de la royaut&#233; s'accro&#238;t &#224; nouveau. Les corps qui, sous le nom de s&#233;nat, de chambre haute, de chambre des seigneurs [2], etc., font partie du parlement, mais ne sont pas &#233;lus sur une base d&#233;mocratique, et dont la comp&#233;tence se r&#233;duisait auparavant &#224; un droit formel de ratification et de contr&#244;le, prennent de plus en plus une importance politique autonome comme protecteurs des int&#233;r&#234;ts bourgeois contre les parlements populaires. Ils fournissent, en Angleterre et en France, l'occasion d'un brillant double jeu, attendu que les partis bourgeois acceptent de belles r&#233;formes &#224; la chambre des d&#233;put&#233;s afin de conserver la faveur de leurs &#233;lecteurs ouvriers, tout en sachant que la chambre des seigneurs les jettera &#224; la corbeille &#224; papier. L&#224; o&#249; la bourgeoisie est oblig&#233;e, en raison des revendications prol&#233;tariennes, d'&#233;largir le droit de vote, elle essaye simultan&#233;ment, en compensation, d'accro&#238;tre les comp&#233;tences de ces corps aristocratiques. Ou bien elle tente, suivant l'exemple am&#233;ricain, de donner un droit de contr&#244;le &#224; un corps non &#233;lu, aux juges, sur les lois vot&#233;es par le parlement ; c'est de cette mani&#232;re que, en Am&#233;rique, toutes les r&#233;formes sociales d&#233;cid&#233;es dans l'int&#233;r&#234;t des travailleurs ont &#233;t&#233; abrog&#233;es par les sentences des juges qui les d&#233;claraient contraires &#224; la constitution et donc nulles et non avenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t donc que la classe dominante dispose de moyens suffisants pour transformer le principe d&#233;mocratique d'un parlementarisme reposant sur le suffrage universel en une d&#233;mocratie illusoire. La conception selon laquelle on pourrait conqu&#233;rir le pouvoir politique gr&#226;ce au bulletin de vote revient &#224; l'absurdit&#233; selon laquelle les travailleurs ne peuvent conqu&#233;rir le pouvoir que lorsque la bourgeoisie les y autorise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il en est ainsi, pourquoi donc les ouvriers m&#232;nent-ils la lutte parlementaire ? Pourquoi cherchent-ils &#224; obtenir le suffrage universel au prix de si grands sacrifices ? L'importance du parlementarisme se situe sur un tout autre terrain. Il s'est partout r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre le meilleur moyen pour accro&#238;tre la puissance de la classe ouvri&#232;re. Si l'on peut voir aujourd'hui, dans tous les pays o&#249; r&#232;gne le capitalisme, de grands partis sociaux-d&#233;mocrates qui rassemblent et &#233;clairent de plus en plus le prol&#233;tariat, et qui m&#232;nent partout la lutte contre l'ordre dominant, cet accroissement magnifique de puissance a &#233;t&#233; principalement un r&#233;sultat de la lutte parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes pour lesquelles le parlementarisme a eu n&#233;cessairement cet effet sont faciles &#224; indiquer. La lutte parlementaire a d'abord pour effet d'&#233;clairer les ouvriers sur leur situation de classe. L'on peut sans doute mener ce travail d'explication gr&#226;ce &#224; des discours lors de r&#233;unions publiques et de tracts ; mais l'utilisation de ces moyens est avant tout limit&#233;e quand le mouvement est encore faible et se heurte &#224; une muraille de Chine de pr&#233;jug&#233;s et d'indiff&#233;rence. Dans de nombreuses r&#233;gions, on ne peut pas se procurer des locaux ou bien les gens n'y viennent pas. Mais la voix des repr&#233;sentants du prol&#233;tariat au parlement porte partout, jusque dans les coins les plus recul&#233;s. M&#234;me sous l'aspect d&#233;form&#233; o&#249; leurs propos sont rendus dans la presse bourgeoise, les accusations qu'ils lancent au visage des gouvernants trouvent un &#233;cho dans le c&#339;ur des opprim&#233;s et elles y &#233;veillent, m&#234;me s'ils n'osent pas encore s'exprimer &#224; haute voix, une sympathie silencieuse et la premi&#232;re faible lueur d'une conscience de classe. La tribune parlementaire a &#233;t&#233; encore plus importante pour l'agitation quand tout autre forme d'agitation &#233;tait impossible en raison des lois d'exception. Et puisque, sous un gouvernement r&#233;actionnaire, il r&#232;gne toujours un petit &#233;tat d'exception ill&#233;gal, et qu'il n'existe jamais une parfaite libert&#233; de r&#233;union et d'agitation, le parlement, en tant que tribune d'agitation, y est toujours irrempla&#231;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas en cela que consiste l'importance principale. Celle-ci r&#233;side dans les &#233;claircissements constants qu'offre la lutte parlementaire aux ouvriers conscients eux-m&#234;mes. Nos repr&#233;sentants ne sont pas l&#224; pour tenir des discours d'agitation au balcon, mais pour combattre les partis bourgeois. Ce ne sont pas leurs paroles, mais leurs actes qui &#233;duquent les travailleurs dans un sens socialiste - si l'on admet cette distinction pour une activit&#233; qui ne peut consister qu'en paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les int&#233;r&#234;ts antagoniques des diff&#233;rentes classes et des diff&#233;rents groupes se font jour et s'affrontent au parlement ; ceux-ci doivent d&#233;fendre leurs revendications &#224; l'encontre des autres dans des joutes oratoires. Tant qu'il n'y a pas de sociaux-d&#233;mocrates dans un parlement, les ma&#238;tres sont entre eux ; ils agissent et ils se disputent le butin comme si les int&#233;r&#234;ts des travailleurs n'existaient pas dans le monde. D&#232;s que les sociaux-d&#233;mocrates interviennent, le tableau se transforme ; toutes leurs pr&#233;tentions sont remises en question et critiqu&#233;es du point de vue du prol&#233;tariat. C'est pourquoi les parlementaires bourgeois trouvent que c'est si diablement d&#233;sagr&#233;able d'&#234;tre d&#233;rang&#233;s dans leurs querelles et leurs tricheries par l'intrusion de la social-d&#233;mocratie. S'ils pouvaient auparavant s'en tenir &#224; des phrases g&#233;n&#233;rales sur l'int&#233;r&#234;t commun et sur la justice, la social-d&#233;mocratie au parlement les contraint &#224; prendre position par rapport aux int&#233;r&#234;ts r&#233;els des travailleurs et &#224; montrer ainsi leur v&#233;ritable visage. Ils veulent prouver leur bienveillance envers les travailleurs gr&#226;ce &#224; des r&#233;formes sociales et ils se bornent si possible &#224; des r&#233;formes fictives ; mais les repr&#233;sentants ouvriers leur arrachent le masque par leur critique et leurs propositions. On m&#232;ne la lutte &#224; chaque loi, &#224; chaque r&#233;forme, &#224; chaque article, et cette pratique de la lutte parlementaire, qui devient une partie de la lutte de classe, enseigne vraiment aux travailleurs &#224; conna&#238;tre leurs ennemis. Ce n'est qu'en suivant attentivement ce combat politique que les travailleurs acqui&#232;rent l'intelligence politique fondamentale dont ils ont besoin. Et si tous les partis recourent &#224; leur th&#233;orie g&#233;n&#233;rale, &#224; leur conception du monde, pour justifier leur point de vue clans la pratique quotidienne, c'est justement par l'interm&#233;diaire de cette bataille oratoire que les ouvriers apprennent &#224; comprendre de fa&#231;on approfondie leur propre mani&#232;re de voir par opposition aux autres conceptions. La lutte parlementaire n'est certes pas la lutte de classe elle-m&#234;me, mais elle est pour ainsi dire l'essence de la lutte de classe ; elle exprime sous une forme condens&#233;e les int&#233;r&#234;ts et les opinions des classes, des masses humaines, dans les joutes oratoires personnelles d'un petit nombre de repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte parlementaire est donc l'un des moyens d'enseignement les plus efficaces pour la classe ouvri&#232;re ; gr&#226;ce &#224; elle, elle &#233;l&#232;ve son savoir, sa compr&#233;hension sociale et politique, et donc sa puissance. Bien s&#251;r, elle ne suffit pas &#224; elle seule &#224; fournir une assise solide &#224; cette le&#231;on de choses ; celle-ci doit trouver des compl&#233;ments dans des livres, des brochures, des cours de formation ; ce n'est qu'ainsi que l'ouvrier apprend &#224; comprendre la base solide qui est ce qui reste, ce qui persiste, sous le changement des faits particuliers multiformes de la lutte politique ; ce n'est qu'ainsi qu'il se prot&#232;ge contre les conceptions erron&#233;es de cette lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la lutte parlementaire n'agit pas seulement sur la compr&#233;hension, mais aussi sur les sentiments spontan&#233;s. Elle rend les travailleurs non seulement plus avis&#233;s, mais aussi plus moraux dans le sens de la moralit&#233; prol&#233;tarienne, de la solidarit&#233;, du sentiment d'appartenance &#224; une communaut&#233;. Elle renforce non seulement la compr&#233;hension, mais aussi l'organisation. Toute organisation repose sur le sentiment de solidarit&#233;, et celui-ci est suscit&#233; par la lutte parlementaire. Autrefois, les travailleurs &#233;taient &#224; la tra&#238;ne des partis bourgeois, ils acceptaient leurs mots d'ordre et ils croyaient que la lutte politique concernait des choses &#233;minentes comme la religion, la libert&#233; de conscience, le progr&#232;s ou encore le saint ordre de l'&#201;tat. Que leurs soucis, leurs tourments et leurs mis&#232;res, puissent &#234;tre des objets de la politique, cela ne leur venait &#224; l'esprit que lorsque leur situation devenait compl&#232;tement intenable. Ils se sentaient catholiques, progressistes ou protestants, et non pas des ouvriers ; ils ne ressentaient pas de solidarit&#233;. L'entr&#233;e au parlement d'un social-d&#233;mocrate, qui y traite leur situation comme l'objet le plus important de la politique, qui y parle au nom de la classe ouvri&#232;re, fait jaillir d'un seul coup en eux l'&#233;tincelle de la conscience de classe. De ce seul fait, la conscience leur vient que tous les travailleurs sont solidaires, m&#234;me s'ils n'ont pas encore surmont&#233; les id&#233;ologies bourgeoises qui les divisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement syndical apporte lui aussi un fort sentiment d'appartenance ; il soude les travailleurs entre eux, mais seulement sur la base imm&#233;diate du m&#233;tier. Au sein de l'organisation syndicale, la classe ouvri&#232;re lutte en petits bataillons s&#233;par&#233;s contre diff&#233;rents capitalistes ou groupes de capitalistes. La lutte politique rassemble tous ces bataillons ainsi que des milliers de non organis&#233;s ; sans consid&#233;ration de m&#233;tier ou de position, elle conduit &#224; la bataille la classe ouvri&#232;re dans son ensemble contre la classe capitaliste tout enti&#232;re. La social-d&#233;mocratie dirige son attaque non seulement contre le capital industriel, mais aussi contre le capital bancaire, le capital foncier, le capital colonial. La lutte politique est une lutte g&#233;n&#233;rale. C'est pourquoi la participation &#224; cette lutte donne &#224; un haut degr&#233; &#224; tous les travailleurs le sentiment de solidarit&#233;. La lutte politique apporte l'unit&#233; de la classe tout enti&#232;re. L&#224; o&#249; elle fait d&#233;faut, c'est un esprit de corps born&#233; qui se d&#233;veloppe facilement dans les organisations syndicales, comme dans l'Angleterre du XIX&#176; si&#232;cle. La lutte politique enroule autour de la classe tout enti&#232;re, autour de toutes les organisations distinctes, un lien solide ; elle la transforme en un corps homog&#232;ne et elle accro&#238;t ainsi la puissance que la classe ouvri&#232;re trouve dans son organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les effets du parlementarisme : il a transform&#233; le prol&#233;tariat, qui s'est constitu&#233; du fait du puissant d&#233;veloppement du capitalisme, en une classe apte au combat, consciente et organis&#233;e. C'est en cela que r&#233;side sa grande valeur, et non pas dans l'illusion que le bulletin de vote pourrait conduire notre navire, par des voies pacifiques, sans temp&#234;tes, jusqu'au port de l'&#201;tat de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;parlementarisme seul&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification du parlementarisme pour le mouvement ouvrier, que nous avons d&#233;velopp&#233;e ci-dessus, s'oppose &#224; une autre conception qu'avance la forme la plus r&#233;pandue du r&#233;visionnisme. En effet, la th&#233;orie de la prise graduelle de pouvoir politique ne peut se r&#233;aliser en pratique que d'une mani&#232;re purement parlementaire ; elle ne peut consister qu'en une augmentation constante du nombre de nos mandats et donc de notre influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s cette conception, la lutte parlementaire n'est pas un moyen d'accro&#238;tre la puissance du prol&#233;tariat, mais elle est la lutte pour le pouvoir politique lui-m&#234;me. La puissance du prol&#233;tariat, pour ceux qui nourrissent cette conception, ne consiste qu'en sa puissance parlementaire, que dans le nombre de ses mandats ; c'est pourquoi, chaque diminution du nombre de nos mandats, comme lors des &#034;&#233;lections hottentotes&#034; [3] de 1907, est consid&#233;r&#233;e par eux comme un affaiblissement, un recul de notre puissance. La lutte politique et la lutte parlementaire ne font qu'un. C'est pourquoi, on peut d&#233;signer cette tendance comme le &#034;parlementarisme seul&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est juste que la lutte politique se d&#233;roule exclusivement au sein du parlement, alors les parlementaires sont les personnes qui la m&#232;nent. Ce n'est pas la masse des ouvriers elle-m&#234;me qui lutte, mais ce sont ses repr&#233;sentants qui luttent pour elle. La masse n'entre en sc&#232;ne que pour voter ; ce qu'elle peut faire pour son &#233;mancipation, c'est d'&#233;lire les gens qu'il lui faut et de faire de l'agitation pour leur &#233;lection. L'agitation normale &#224; l'ext&#233;rieur du parlement, par la parole ou par l'&#233;crit, sert &#224; l'assimilation de la mati&#232;re qui est fournie par les d&#233;bats parlementaires, afin de pr&#233;parer ainsi les prochaines &#233;lections ; gagner le plus possible d'&#233;lecteurs devient la t&#226;che principale, et m&#234;me la t&#226;che unique du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentants parlementaires du parti acc&#232;dent ainsi &#224; une position &#233;minente ; ils deviennent une classe particuli&#232;re de camarades, les &#034;dirigeants&#034;. Bien s&#251;r, il est tout &#224; fait naturel que les camarades les plus capables, ceux qui connaissent le plus &#224; fond le socialisme, exercent par leurs propos une grande influence sur le parti. Mais l'&#233;lection au parlement de l'un de nos agitateurs ou de l'un de nos porte-parole est la plupart du temps une affaire de hasard ; il est possible qu'un camarade soit &#233;lu dans une circonscription, alors qu'un autre, qui est beaucoup plus capable et qui poss&#232;de des connaissances plus approfondies, soit battu. Et il arrive m&#234;me que l'on pr&#233;sente un camarade dont les conceptions pr&#233;sentent une aversion pour une lutte de classe stricte, fond&#233;e sur les principes, et sont en d&#233;saccord avec celles de la masse des camarades, mais avec lequel on esp&#232;re, pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison, r&#233;colter des voix bourgeoises et donc conqu&#233;rir la circonscription. Il va de soi que le renforcement, dont la fraction parlementaire fait l'exp&#233;rience dans de tels cas, est en r&#233;alit&#233; un affaiblissement du mouvement de classe. Il a un effet encore plus n&#233;faste l&#224; o&#249; - ce qui &#233;tait autrefois une n&#233;cessit&#233; sous les lois d'exception - une plus grande influence est accord&#233;e, conform&#233;ment aux statuts, aux parlementaires qu'aux autres camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceci s'ajoute ensuite une autre conception de l'activit&#233; parlementaire qui serait particuli&#232;re. La force de nos parlementaires ne r&#233;siderait donc plus en premier lieu dans le socialisme, qu'ils d&#233;fendent, et dans la force des masses organis&#233;es, qui sont derri&#232;re eux, mais dans leurs capacit&#233;s personnelles et dans leur habilet&#233; politique. Gr&#226;ce &#224; leurs comp&#233;tences techniques en mati&#232;re l&#233;gislative et administrative, du fait qu'ils s'occupent constamment des petites combinaisons, des intrigues et des calculs de la politique quotidienne, ils s'estiment sup&#233;rieurs aux non parlementaires ; eux seuls ont un jugement comp&#233;tent, de sorte qu'il faudrait l'approuver &#224; chaque fois ; car eux seuls disposent des connaissances suffisantes de tous les d&#233;tails. L&#224; o&#249; leur point de vue entre en conflit avec ceux des autres camarades, ils en arrivent n&#233;cessairement en fin de compte &#224; simplement ne pas tol&#233;rer leurs critiques ; les camarades doivent se rendre compte qu'ils n'ont pas de compr&#233;hension suffisante pour ces questions, ils doivent s'en remettre &#224; leurs &#034;hommes de confiance&#034;, puisque ceux-ci d&#233;cident en leur &#034;&#226;me et conscience&#034;. C'est ainsi que la fraction parlementaire se place au-dessus de la masse et du parti, en raison de la &#034;sup&#233;riorit&#233; de son savoir politique&#034;. L&#224; o&#249; la masse se laisse mettre en tutelle, le sentiment d&#233;mocratique &#224; l'int&#233;rieur du parti se perd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction, qui se fait jour ici, est la contradiction entre une politique qui voit clair et grand, et qui repose sur la science social-d&#233;mocrate, et une petite politique qui est attach&#233;e aux d&#233;tails, et qui est un art pour les parlementaires. Celle-ci est une conception bourgeoise de la politique, celle-l&#224; en est une conception social-d&#233;mocrate. Gr&#226;ce &#224; la th&#233;orie socialiste, il est donn&#233; pour la premi&#232;re fois au prol&#233;tariat la possibilit&#233; de d&#233;terminer ses actes avec la conscience du succ&#232;s. La politique a toujours &#233;t&#233; une expression de la volont&#233; des classes, mais cette volont&#233; &#233;tait instinctive, sans connaissance du r&#233;sultat. La science de la soci&#233;t&#233; la transforme en volont&#233; consciente ; la politique devient ainsi une action consciente, intentionnelle, r&#233;fl&#233;chie, sur le d&#233;veloppement social, une technique de la soci&#233;t&#233;. La science vit dans le prol&#233;tariat conscient ; c'est en fonction de cette compr&#233;hension des grands rapports qu'il prend position et d&#233;cide de sa tactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;parlementarisme seul&#034;, au contraire, se meut compl&#232;tement dans le cours des id&#233;es de la politique bourgeoise. Pour la bourgeoisie et l'ensemble des classes bourgeoises, la lutte parlementaire est un but en soi ; elle est un moyen non pas pour arriver &#224; quelque chose d'autre, mais pour servir leur int&#233;r&#234;t d'aujourd'hui ; un moyen non pas pour conqu&#233;rir le pouvoir politique, mais pour l'exploiter. La lutte parlementaire entre les diff&#233;rents groupes et fractions n'est pas une lutte pour un id&#233;al &#224; r&#233;aliser mais pour des avantages imm&#233;diats. Les int&#233;r&#234;ts, que les partis politiques repr&#233;sentent les uns vis-&#224;-vis des autres, ne sont pas non plus compl&#232;tement antagoniques ; ils s'opposent seulement de la m&#234;me mani&#232;re que ceux des membres d'une bande de voleurs qui se querellent pour le partage du butin. C'est pour cette raison que ces int&#233;r&#234;ts ne sont pas r&#233;gl&#233;s par une grande lutte de classe, mais par des intrigues et des cliques, par des coalitions et des formations de bloc, par des petits calculs et des cabales rus&#233;es. Les politiciens s'associent ou se combattent en fonction de la situation de l'instant ; ils font tomber aujourd'hui un minist&#232;re qu'ils soutenaient hier, pour devenir eux-m&#234;mes des ministres demain. On triche et on n&#233;gocie dans les coulisses, dans des r&#233;unions secr&#232;tes et lors des banquets, tandis que, dans les sessions officielles, on se donne en spectacle avec des phrases ronflantes. Ce n'est pas la lutte mais le marchandage qui d&#233;cide entre les int&#233;r&#234;ts contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui consid&#232;rent le parti social-d&#233;mocrate comme un parti exactement semblable aux partis bourgeois et qui ne per&#231;oivent pas son caract&#232;re absolument diff&#233;rent, ne cessent de se rapprocher n&#233;cessairement des m&#233;thodes de la politique bourgeoise dans leur politique pratique. Sous le terme de &#034;politique ouvri&#232;re&#034;, ils comprennent une politique qui doit procurer aux ouvriers le plus possible d'avantages particuliers, de la m&#234;me mani&#232;re que d'autres partis essayent d'obtenir des avantages particuliers pour les classes moyennes, des avantages particuliers pour l'industrie lourde, des avantages particuliers pour les &#233;leveurs de porcs, des avantages particuliers pour la bourse. Une m&#233;diocre &#034;politique d'int&#233;r&#234;t&#034; prend la place de la politique social-d&#233;mocrate qui repr&#233;sente l'int&#233;r&#234;t r&#233;volutionnaire durable du prol&#233;tariat. On tente d'exercer une &#034;influence politique&#034; imm&#233;diate gr&#226;ce &#224; des coalitions et des blocs, et non pas par une stricte lutte de classe fond&#233;e sur les principes ; c'est oublier que la social-d&#233;mocratie r&#232;gne, indirectement mais enti&#232;rement, sur toute la politique bourgeoise par l'affirmation de ses principes. La participation &#224; une majorit&#233; gouvernementale ou l'entr&#233;e des socialistes au gouvernement est la cons&#233;quence naturelle de ce point de vue. Elles sont d&#233;fendues par les r&#233;visionnistes comme une conqu&#234;te partielle du pouvoir politique, comme le premier pas sur le chemin de la conqu&#234;te compl&#232;te graduelle. Cela se con&#231;oit si l'on consid&#232;re le pouvoir politique, exactement de la m&#234;me mani&#232;re que les partis bourgeois, comme la capacit&#233; d'octroyer des services et des petits avantages au groupe que nous repr&#233;sentons. Du point de vue social-d&#233;mocrate, une participation socialiste au gouvernement ne signifie pas du tout un accroissement de puissance ; elle peut &#234;tre au plus haut point un sympt&#244;me du besoin qu'un parti bourgeois a de l'aide des travailleurs. &#201;tant donn&#233; que les int&#233;r&#234;ts de la classe dominante et exploiteuse et de la classe opprim&#233;e et exploit&#233;e sont diam&#233;tralement oppos&#233;s, un partage du pouvoir entre elles est de toute fa&#231;on impossible ; c'est l'une ou c'est l'autre qui commande et fait pr&#233;dominer ses int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tactique politique qui est domin&#233;e par cette conception du &#034;parlementarisme seul&#034; repose non seulement sur des illusions, mais n&#233;cessairement elle portera aussi atteinte au mouvement et elle amoindrira la puissance de la classe ouvri&#232;re. Du fait de sa chasse aux r&#233;sultats positifs imm&#233;diats - presque toujours une chasse vaine -, elle se met en travers de notre grand but : &#233;clairer et unir la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, parce qu'elle a pour objectif principal de gagner le plus possible d'&#233;lecteurs. Ces &#233;lecteurs qu'il faut encore gagner ne sont pas socialistes, mais ils sont profond&#233;ment ancr&#233;s dans leurs conceptions petites-bourgeoises. Ils sont d'accord avec certains de nos objectifs proches et certaines de nos revendications imm&#233;diates ; mais un monde de pr&#233;jug&#233;s et d'&#233;troitesses de vue les s&#233;pare de nos objectifs lointains, de nos conceptions g&#233;n&#233;rales. Pour en faire r&#233;ellement des adh&#233;rents solides et convaincus, il faudrait mener la lutte contre ces pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois et, par un travail d'&#233;ducation difficile et de longue haleine, liquider leurs vieilles pr&#233;ventions. Mais ce faisant, il est possible que nous soyons rejet&#233;s. Il est beaucoup plus facile de les gagner seulement en tant qu'&#233;lecteurs, et plus ais&#233; de dissimuler ce qui pourrait nourrir leurs pr&#233;jug&#233;s hostiles. Mais pr&#233;cis&#233;ment, de la sorte, le but de tous nos efforts se perd ; tant que les pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois ne sont pas extirp&#233;s chez les travailleurs, tant qu'ils ne sont pas r&#233;ellement des socialistes, nous n'avons pas avanc&#233; d'un pas, m&#234;me s'ils donnent leur voix au candidat social-d&#233;mocrate parce qu'il d&#233;fend leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats. C'est encore pire si l'on essaie de gagner les voix des paysans et des petits bourgeois, en se chargeant de leurs d&#233;sirs d'am&#233;lioration imm&#233;diate qui sont en contradiction avec notre th&#233;orie, avec le d&#233;veloppement r&#233;el. &#192; cause de la recherche de r&#233;sultats imm&#233;diats dans la lutte &#233;lectorale, les conceptions petites-bourgeoises sont renforc&#233;es et l'&#233;ducation social-d&#233;mocrate des esprits est contrecarr&#233;e du fait de cette agitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;parlementarisme seul&#034; est &#233;galement pr&#233;judiciable &#224; l'organisation. Lorsque les travailleurs se mettent &#224; croire que leurs parlementaires feront tout pour eux, ils n'ont alors aucune raison de construire de fortes organisations, afin de s'en sortir par eux-m&#234;mes. Leur effort pour s'en sortir se limite &#224; voter une fois tous les tant et tant d'ann&#233;es, et tout leur effort intellectuel se borne &#224; se d&#233;cider pour le bon candidat. Les parlementaires s'occupent de tout le reste pour eux. L&#224; o&#249; cette conception pr&#233;domine, les organisations d&#233;p&#233;riront n&#233;cessairement car il n'existe aucune raison de les d&#233;velopper &#233;nergiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre r&#233;sultat pr&#233;judiciable du &#034;parlementarisme seul&#034; pour ce qui concerne la force de l'organisation, c'est la division qu'il provoque dans la classe ouvri&#232;re. Lorsque les d&#233;put&#233;s sociaux-d&#233;mocrates se comportent exactement comme les parlementaires bourgeois, qu'ils pratiquent avec eux une politique de bloc et de marchandage, de la m&#234;me mani&#232;re qu'ils le font entre eux, de nombreux travailleurs ayant des sentiments r&#233;volutionnaires sont d&#233;go&#251;t&#233;. Ceux-ci regrettent dans la politique social-d&#233;mocrate l'absence de ce qu'ils ressentent instinctivement comme l'essentiel, &#224; savoir l'hostilit&#233; franche envers toute la classe des exploiteurs ; c'est pourquoi la pratique parlementaire n'a pas pour effet de les convaincre de la n&#233;cessit&#233; de la lutte politique, mais c'est exactement le contraire, elle leur inspire de la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de toute action politique. C'est ainsi que le &#034;parlementarisme seul&#034; r&#233;visionniste a pour cons&#233;quence in&#233;vitable que les sentiments r&#233;volutionnaires confus se tournent vers la conception anarchiste. La tendance r&#233;volutionnaire unilat&#233;rale dans le mouvement ouvrier a un caract&#232;re anti-politique parce que la tendance r&#233;formiste trouve son expression correspondante dans le parlementarisme bourgeois. En France et en Italie, la politique de bloc et le minist&#233;rialisme ont fait la courte &#233;chelle au syndicalisme r&#233;volutionnaire et conduit les syndicats &#224; se poser en ennemis du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anarchisme, l'&#201;tat et la bureaucratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anarchisme se fonde sur le rejet de toute autorit&#233;, &#233;tatique ou autre. Il voit dans l'oppression violente exerc&#233;e par une institution de pouvoir, comme l'&#201;tat, la source de tout le mal. C'est pourquoi il repousse notre objectif, la conqu&#234;te de l'&#201;tat, parce que, dans ce cas, le pouvoir ne fait que changer de mains, mais subsiste en tant que principe. Il veut le renversement du pouvoir d'&#201;tat, l'abolition de toute autorit&#233;, afin que les hommes deviennent compl&#232;tement libres. Il refuse toute participation aux luttes politico-parlementaires, parce qu'elles corrompraient les travailleurs et qu'elles &#233;veilleraient chez eux la pens&#233;e qu'ils s'en sortiraient par le simple changement de personne des gouvernants. Tous les partis promettraient de les aider, et quand ils arriveraient au pouvoir, ils gouverneraient exactement comme les autres. Il en a &#233;t&#233; ainsi avec les lib&#233;raux, les cl&#233;ricaux, les radicaux ; il en serait &#233;galement ainsi avec les sociaux-d&#233;mocrates. Ou bien, en r&#233;alit&#233;, la pratique des ministres socialistes aurait d&#233;j&#224; montr&#233; qu'ils repr&#233;sentent un parti qui est exactement identique aux autres. Les partis ne seraient que des groupes de politiciens qui utilisent les voix des travailleurs comme moyen de se mettre en selle, d'acc&#233;der aux postes gouvernementaux. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette conception anarchiste, l'&#201;tat est consid&#233;r&#233; comme une organisation autonome de pouvoir, comme une institution de domination, qui ne repose que sur la violence et la ruse au sommet, sur la superstition et la mentalit&#233; d'esclave &#224; la base. Il n'a aucune id&#233;e d'un rapport entre les institutions politiques et la structure &#233;conomique. L'&#201;tat, les partis et les politiciens, tout cela est suspendu en l'air, et l'on ignore qu'il y a des classes derri&#232;re les partis et les politiciens, et des int&#233;r&#234;ts de classe derri&#232;re les programmes politiques. Il s'agit donc de la m&#234;me erreur et de la m&#234;me conception fondamentale que chez les r&#233;visionnistes. Dans le r&#233;visionnisme et dans l'anarchisme, nous avons exactement les m&#234;mes conceptions erron&#233;es ; tous deux se laissent s&#233;duire par la m&#234;me superstition des formes politiques ; pour l'un, la &#034;d&#233;mocratie&#034; ou la &#034;r&#233;publique&#034; sont des divinit&#233;s salvatrices, pour l'autre, l'&#201;tat est le m&#233;chant d&#233;mon d'o&#249; provient tout le mal. Tous deux consid&#232;rent le parti social-d&#233;mocrate comme un parti absolument identique aux partis bourgeois, tous deux m&#233;connaissent la contradiction fondamentale qui existe entre ces partis et nous. Tous deux sont incapables d'imaginer une politique diff&#233;rente de la m&#233;thode du parlementarisme bourgeois. Mais ils arrivent, sur la base des m&#234;mes conceptions fondamentales, &#224; des prises de position oppos&#233;es ; le premier prend part &#224; ce parlementarisme, parce qu'il ne voit aucune autre politique, l'autre rejette toute politique, parce qu'il estime qu'aucune autre politique n'est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mani&#232;res de voir politiques des anarchistes et des r&#233;visionnistes sont encore favoris&#233;es par les caract&#233;ristiques particuli&#232;res de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme saisit toujours les relations entre tous les ph&#233;nom&#232;nes sociaux ; derri&#232;re les formes politiques, il voit toujours les rapports &#233;conomiques, les rapports de classe. Mais ces rapports ne sont pas si simples qu'on pourrait les traduire par une formule &#233;l&#233;mentaire, facile &#224; apprendre. Cela est &#233;galement vrai pour l'&#201;tat lui-m&#234;me. L'&#201;tat, le gouvernement, est une organisation que la classe dominante cr&#233;e pour la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts. Mais les personnes qui d&#233;tiennent directement le pouvoir d'&#201;tat, ne l'utilisent pas uniquement dans l'int&#233;r&#234;t de l'ensemble de la classe dirigeante, leur mandant, mais aussi pour leur propre int&#233;r&#234;t imm&#233;diat. Le pouvoir d'&#201;tat au service de la bourgeoisie devient ind&#233;pendant jusqu'&#224; un certain degr&#233;, et il semble ensuite ind&#233;pendant. La bureaucratie devient une classe sp&#233;cifique, avec ses propres int&#233;r&#234;ts, qu'elle essaie de faire valoir y compris &#224; l'encontre de l'int&#233;r&#234;t de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ind&#233;pendance n'est naturellement qu'une apparence trompeuse. La bureaucratie peut se permettre de poursuivre en petit ses propres int&#233;r&#234;ts parce qu'elle sert en grand ceux de la bourgeoisie. La bourgeoisie s'en accommode comme d'un moindre mal parce qu'elle ne peut pas s'en tirer pour de plus grands int&#233;r&#234;ts sans la bureaucratie. C'est ainsi qu'elle subit en Allemagne le gouvernement des junkers qui s'enrichissent &#224; ses d&#233;pens, parce qu'elle a besoin d'un pouvoir d'&#201;tat puissant contre le prol&#233;tariat qui la menace. La bureaucratie se recrute parmi les membres de la bourgeoisie elle-m&#234;me, qui voit une bonne sin&#233;cure pour ses fils et ses cousins dans les innombrables postes gouvernementaux et administratifs, en croissance constante, dans lesquels ceux-ci trouvent un bon niveau de vie sans que l'on n'exige d'eux beaucoup en termes de comp&#233;tence ou de force de travail. La bureaucratie est donc elle aussi une classe d'exploiteurs qui pr&#233;l&#232;vent leur part de plus-value globale sur le produit des imp&#244;ts et des monopoles d'&#201;tat et qui se querellent avec les autres classes exploiteuses &#224; propos du montant de leur part. Dans les pays gouvern&#233;s de mani&#232;re parlementaire, comme en France, les sommets de la bureaucratie constituent une clique de politiciens qui procure &#224; ses amis une place autour de l'assiette au beurre de l'&#201;tat - et il en est de m&#234;me, l&#224; o&#249; il existe un syst&#232;me &#224; deux partis, comme en Angleterre et en Am&#233;rique, m&#234;me si ce sont deux cliques qui gouvernent alternativement. La masse de la bourgeoisie peut s'indigner parfois de cette gabegie par trop dispendieuse, mais elle est satisfaite du syst&#232;me puisque la bureaucratie veille &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de son profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette apparence d'ind&#233;pendance du pouvoir d'&#201;tat de la bourgeoisie fait le jeu, de la m&#234;me mani&#232;re, de la conception syndicaliste r&#233;volutionnaire en France et de la conception r&#233;visionniste en Allemagne. L&#224;-bas, en France, elle confirme le point de vue selon lequel le pouvoir d'&#201;tat ne serait qu'une institution oppressive entre les mains de politiciens ambitieux, dont la lutte &#233;conomique des ouvriers n'a pas &#224; se soucier, et selon lequel les ouvriers qui font de la politique sont donc men&#233;s par le bout du nez par ces gens-l&#224;. Ici, en Allemagne, elle pousse &#224; la croyance selon laquelle la masse de la bourgeoisie serait exactement aussi hostile &#224; la bureaucratie r&#233;gnante que le prol&#233;tariat, et donc selon laquelle le prol&#233;tariat devrait s'unir avec cette &#034;bourgeoisie&#034; pour la conqu&#234;te du pouvoir d'&#201;tat. Cette th&#233;orie, qui a &#233;t&#233; pr&#234;ch&#233;e au printemps 1908 par Bernstein, Heine, et autres, a bient&#244;t subi sa premi&#232;re r&#233;futation pratique lors des &#233;lections aux di&#232;tes territoriales, quand les bourgeois lib&#233;raux ont g&#233;n&#233;ralement vot&#233; pour les junkers conservateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
VI - LE MOUVEMENT SYNDICAL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats dans la lutte du prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats constituent la forme d'organisation naturelle pour le prol&#233;tariat ; cette forme d&#233;coule directement de la fonction sociale du prol&#233;tariat en tant que vendeur de sa marchandise, la force de travail. L'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat et direct de l'ouvrier ne consiste en rien d'autre que d'obtenir de meilleures conditions pour la vente de sa marchandise ; c'est dans son &#034;employeur&#034;, qui l'exploite directement, que s'incarne pour lui la classe capitaliste ; la lutte contre le patron, pour l'am&#233;lioration des conditions de travail, est la premi&#232;re forme, instinctive, de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats ne sont pas directement des organes de la lutte de classe r&#233;volutionnaire ; ils ne se fixent pas pour but le renversement du capitalisme. Ils sont plut&#244;t n&#233;cessaires &#224; la stabilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; capitaliste normale. L&#224; o&#249; les ouvriers ne sont pas encore organis&#233;s, et donc incapables d'une r&#233;sistance s&#233;rieuse, ce sont les entrepreneurs qui leur dictent purement et simplement les conditions de travail. On leur paye alors des salaires trop faibles pour conserver leur sant&#233; et pour reproduire leur force de travail, et la force vitale du travailleur est ruin&#233;e par un temps de travail d&#233;mesur&#233;ment long. La marchandise force de travail est pay&#233;e au-dessous de sa valeur ; l'acheteur abuse de la faiblesse du vendeur, et l'escroquerie prend la place d'un &#233;change de marchandises honn&#234;te. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment cette exploitation inhumaine qui pousse les ouvriers &#224; la r&#233;sistance, &#224; l'organisation. L&#224; o&#249; le syndicat r&#233;ussit &#224; imposer l'arr&#234;t de cette exploitation barbare et &#224; &#233;tablir des conditions de travail un peu plus d&#233;centes, il ne fait que mettre en &#339;uvre au fond le principe fondamental d'un capitalisme normal, c'est-&#224;-dire : des valeurs s'&#233;changent contre des valeurs &#233;gales. Gr&#226;ce au syndicat, la pr&#233;pond&#233;rance de l'entrepreneur est bris&#233;e ; patrons et ouvriers s'affrontent comme des parties de force presque &#233;gale et ils concluent des contrats dans lesquels la force de travail est vraiment pay&#233;e &#224; sa valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re grande t&#226;che des syndicats et elle est partout son objectif essentiel. Toutes ses institutions, sa forme d'organisation et son attitude vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur, doivent &#234;tre adapt&#233;es &#224; cette t&#226;che. C'est pourquoi, ils doivent &#234;tre &#034;neutres&#034;, c'est-&#224;-dire ne pas exiger de leurs adh&#233;rents qu'ils professent des conceptions politiques ou autres d&#233;termin&#233;es ; ils doivent rassembler tous les ouvriers qui veulent lutter contre les entrepreneurs pour l'am&#233;lioration des conditions de travail, quelles que soient leurs opinions. Ils doivent demander des cotisations &#233;lev&#233;es, car, sans caisses bien remplies, il est impossible de mener des gr&#232;ves ou de soutenir des lock-outs. Ils doivent embaucher des employ&#233;s r&#233;mun&#233;r&#233;s car les t&#226;ches administratives, la conduite des luttes, les n&#233;gociations avec les entrepreneurs ne peuvent pas &#234;tre des occupations secondaires et r&#233;clament aussi des aptitudes et des connaissances particuli&#232;res, qui ne peuvent s'acqu&#233;rir que par la pratique. Au d&#233;but, quand des groupes de travailleurs se r&#233;veillent pour la premi&#232;re fois et osent se r&#233;volter contre leurs patrons, les gr&#232;ves sont des &#233;ruptions spontan&#233;es de d&#233;sespoir. Le d&#233;veloppement des syndicats les transforme de plus en plus en des &#233;pisodes tranquillement pr&#233;par&#233;s d'une guerre ininterrompue et men&#233;e &#224; la mani&#232;re des affaires, dans laquelle on extorque, tant&#244;t ici, tant&#244;t l&#224;, des avantages &#224; l'ennemi, l&#224; o&#249; et quand l'occasion est la plus favorable. On ne peut pas vraiment parler d'une guerre ininterrompue car les rapports des syndicats avec les entrepreneurs et leurs unions sont &#224; comparer dans une certaine mesure aux relations des grandes puissances entre elles. Elles se trouvent en opposition constante ; elles sont sans cesse sur le pied de guerre et elles guettent l'occasion de s'attaquer pour conqu&#233;rir des avantages aux d&#233;pens de l'adversaire ; c'est gr&#226;ce &#224; des n&#233;gociations et &#224; des trait&#233;s que les guerres se terminent, ou bien qu'il est aussi possible de les pr&#233;venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces luttes, les syndicats ne se posent donc pas en ennemis du capitalisme, mais ils se situent sur son terrain. Ils ne luttent pas contre le fait que la force de travail est une marchandise, mais ils cherchent uniquement &#224; obtenir le meilleur prix possible pour elle. Ils ne peuvent pas abolir le pouvoir du capitaliste dans l'usine - cons&#233;quence naturelle du fait qu'il est le ma&#238;tre de la marchandise achet&#233;e par lui, et qu'il dispose d'elle pour ses propres fins -, mais seulement r&#233;fr&#233;ner l'arbitraire patronal qui ne repr&#233;sente qu'une difformit&#233; et un abus. Leur t&#226;che se situe &#224; l'int&#233;rieur du capitalisme, elle ne d&#233;passe pas les limites du capitalisme. C'est pourquoi beaucoup de politiciens bourgeois et de sociologues manifestent souvent de la sympathie &#224; l'&#233;gard des syndicats ; leur lutte concerne la cupidit&#233; de l'entrepreneur individuel, et non la classe enti&#232;re, et non le syst&#232;me. Au contraire, en obtenant de r&#233;elles am&#233;liorations pour les travailleurs, ils diminuent la mis&#232;re et la r&#233;volte des masses exploit&#233;es qui menacent le syst&#232;me lui-m&#234;me ; c'est dans ce sens qu'ils agissent m&#234;me comme une force conservatrice qui consolide le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce caract&#232;re constitue seulement l'un des aspects de leur nature. Les entrepreneurs, contre lesquels le combat syndical est men&#233;, foiraient tous ensemble la classe, cette m&#234;me bourgeoisie, qui d&#233;tient le pouvoir d'&#201;tat. Les ouvriers qui m&#232;nent ce combat sont les m&#234;mes ouvriers qui doivent mener le combat politique, la lutte pour le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le capitalisme &#233;tait une forme de production immobile, ne se d&#233;veloppant pas, et dans laquelle rien ne changeait, le syndicat n'aurait que ce seul aspect. Un &#233;tat d'&#233;quilibre s'installerait alors dans lequel les capitalistes se contenteraient d'assurer aux ouvriers des taux de salaire convenables pour un temps de travail supportable ; il resterait pour eux toute la plus-value certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le capitalisme se trouve dans un flux constant, dans un d&#233;veloppement rapide. Le progr&#232;s de la technique entra&#238;ne les capitalistes dans une concurrence incessante. Aucun d'eux n'est certain de son profit ; chacun craint le danger d'&#234;tre d&#233;pass&#233; par la technique et il doit accumuler le plus possible de capital &#224; partir de ses gains pour pouvoir agrandir et am&#233;liorer son entreprise. La recherche du profit est la force motrice, le pouvoir dominant chez les capitalistes. C'est pourquoi ils opposent une r&#233;sistance acharn&#233;e aux tentatives des syndicats de faire augmenter les salaires et de porter atteinte &#224; leur autocratie dans l'usine. Le progr&#232;s technique remplace continuellement des ouvriers par des machines et des professionnels qualifi&#233;s par des forces de travail non qualifi&#233;es que l'on peut avoir pour moins cher ; il fait venir dans les zones industrielles des l&#233;gions de campagnards et d'&#233;trangers sans pr&#233;tentions qui font pression sur les salaires. Le d&#233;veloppement capitaliste fait alterner les p&#233;riodes de prosp&#233;rit&#233; avec les crises dans lesquelles, gr&#226;ce au ch&#244;mage de masse, les entrepreneurs sont &#224; m&#234;me de r&#233;duire &#224; n&#233;ant les avantages obtenus auparavant par les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement continuel emp&#234;che &#233;galement les syndicats de devenir les figures conservatrices que leurs amis bourgeois voudraient en faire. Malgr&#233; toute leur neutralit&#233;, ils doivent entrer en relation la plus &#233;troite avec le parti politique et remplir leur t&#226;che particuli&#232;re, la lutte pour les conditions de travail, dans le cadre de la lutte ouvri&#232;re g&#233;n&#233;rale. Il n'est pas question de jouir paisiblement des avantages acquis de haute lutte. Ils sont comme un nageur vigoureux qui lutte contre un courant violent. Tant&#244;t il arrive &#224; avancer, tant&#244;t il est ramen&#233; en arri&#232;re ; mais m&#234;me s'il n'avance pas, ses efforts ne sont pas vains car sinon il serait emport&#233; dans les ab&#238;mes par le courant. Les syndicats constituent aussi un &#233;l&#233;ment indispensable dans le capitalisme sans repos ; ils sont les seuls &#224; &#234;tre capables, par un combat incessant, d'emp&#234;cher que la tendance du d&#233;veloppement capitaliste ne rejette la classe ouvri&#232;re &#224; un niveau de mis&#232;re et de d&#233;tresse si bas que la production elle-m&#234;me en souffrirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils sont encore plus. Ils sont en m&#234;me temps un &#233;l&#233;ment de transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;. Non pas parce qu'ils se posent de nouveaux objectifs et t&#226;ches, autres que ceux qui ont &#233;t&#233; cit&#233;s, mais seulement parce qu'ils accomplissent le mieux possible leur t&#226;che sp&#233;cifique, c'est-&#224;-dire la lutte pour de meilleures conditions de travail. Ce n'est pas un dessein conscient ou un programme, mais la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me qui en fait des organes de la r&#233;volution. Une fois de plus, on voit que le but r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat est intimement li&#233; &#224; la lutte pratique quotidienne et qu'il prend force &#224; travers elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; expos&#233; plus haut que le progr&#232;s r&#233;volutionnaire consiste dans l'accroissement de puissance de la classe ouvri&#232;re. La lutte syndicale ne contribue pas moins que la lutte politique &#224; cet accroissement. On a volontiers d&#233;sign&#233; les syndicats comme l'&#233;cole pr&#233;paratoire de la social-d&#233;mocratie. Ce n'est juste que pour autant qu'ils donnent un enseignement pratique &#233;l&#233;mentaire de la lutte de classe. La pratique des syndicats apporte aux travailleurs la premi&#232;re conscience de classe et la premi&#232;re compr&#233;hension de la soci&#233;t&#233;. L'adh&#233;sion &#224; l'organisation syndicale t&#233;moigne de la premi&#232;re apparition de leur conscience de classe. Mais seules les exp&#233;riences de la lutte syndicale leur apprennent &#224; conna&#238;tre les motivations des exploiteurs, la nature du capitalisme et la n&#233;cessit&#233; d'un combat incessant ; les illusions dans lesquelles ils ont &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s disparaissent au cours de cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la compr&#233;hension de la nature du capitalisme qui est ainsi atteinte est encore imparfaite. Elle est profonde, mais elle n'est pas large, pas g&#233;n&#233;rale. Dans la lutte syndicale, on voit seulement l'entrepreneur ou le syndicat patronal, mais pas la classe tout enti&#232;re. La lutte n'est pas dirig&#233;e contre le capital tout entier. On ne rencontre l'&#201;tat qu'en tant que gendarme et qu'en tant que juge p&#233;nal. On est ici &#224; la racine de la soci&#233;t&#233; o&#249; tous les rapports apparaissent dans leur forme la plus claire, la plus simple, la plus transparente ; c'est pourquoi la compr&#233;hension qui y est acquise et qui fait d&#233;faut &#224; beaucoup d'hommes politiques, lesquels s&#233;journent uniquement dans les r&#233;gions &#233;lev&#233;es des rapports plus complexes, est extr&#234;mement pr&#233;cieuse par sa profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle ne suffit pas &#224; l'ouvrier en lutte. Celui-ci doit aussi conna&#238;tre les rapports plus complexes, il doit acqu&#233;rir une compr&#233;hension politique. Il doit voir que, derri&#232;re les entrepreneurs et derri&#232;re lui-m&#234;me, il y a des classes enti&#232;res, et que les classes luttent entre elles pour le pouvoir politique. Ce n'est qu'en tant que tout, lorsque la classe ouvri&#232;re attaque le capital dans son ensemble et qu'elle s'avance sur le terrain o&#249; l'on peut seulement atteindre le capital dans son ensemble, qu'elle peut d&#233;finitivement vaincre les capitalistes. Seule la lutte politique peut donner &#224; l'ouvrier la compr&#233;hension g&#233;n&#233;rale qui lui est n&#233;cessaire pour cela, l'intelligence profonde de tous les ph&#233;nom&#232;nes sociaux et un jugement correct sur la tactique g&#233;n&#233;rale de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance principale du mouvement syndical pour la puissance du prol&#233;tariat r&#233;side dans un autre domaine. Les syndicats constituent les organisations naturelles pour la classe ouvri&#232;re. Les ouvriers, qui veulent former une importante force organis&#233;e avec leurs camarades de classe, le font en adh&#233;rant aux syndicats. Mais encore plus que pour la forme ext&#233;rieure de l'organisation, la lutte syndicale est importante pour sa forme int&#233;rieure, pour l'apprentissage de la discipline prol&#233;tarienne. La pratique de la lutte syndicale quotidienne est la pratique qui apprend aux travailleurs &#224; subordonner leur int&#233;r&#234;t imm&#233;diat, personnel, &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, &#224; sacrifier leur avantage personnel &#224; la victoire de la classe. Chaque gr&#232;ve gagn&#233;e gr&#226;ce &#224; une union solide, chaque lutte perdue &#224; cause du manque de solidarit&#233;, leur mart&#232;le dans l'esprit la v&#233;rit&#233; que, quand l'individu suit sa volont&#233;, tous perdent, mais que, quand chaque individu soumet sa volont&#233; &#224; l'ensemble, tous gagnent et progressent. Cette exp&#233;rience acquise dans la lutte entra&#238;ne fortement les travailleurs &#224; la discipline. Jusqu'alors isol&#233;s, ayant conserv&#233; en raison de leur origine petite-bourgeoise l'habitude d'agir d'une mani&#232;re individualiste, les ouvriers se voient transform&#233;s en hommes nouveaux, avec des habitudes nouvelles, en hommes chez qui l'action organis&#233;e est devenue naturelle, qui se sentent &#233;troitement unis avec les camarades, comme une partie int&#233;grante d'une masse anim&#233;e d'une volont&#233; unitaire. C'est dans ce caract&#232;re nouveau que r&#233;side la force du prol&#233;tariat en lutte ; ce n'est qu'en se pr&#233;sentant toujours comme une masse coh&#233;rente, qu'on ne peut diviser, qu'il pourra esp&#233;rer vaincre un jour les puissantes organisations de l'&#201;tat de classe. Des deux grands facteurs de force du prol&#233;tariat, le savoir et l'organisation, le second est essentiellement le fruit de la lutte syndicale. L'&#233;norme travail d'&#233;ducation morale qui est n&#233;cessaire pour m&#233;tamorphoser les faibles travailleurs en vainqueurs du capitalisme est l'&#339;uvre des syndicats. Voil&#224; en quoi consiste leur importance r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tendances bourgeoises dans le mouvement syndical&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception du r&#244;le et de l'importance du mouvement syndical se trouve uniquement dans le marxisme, lequel voit les conditions de la transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; dans la lutte quotidienne d'aujourd'hui. Ou bien la conception bourgeoise non marxiste ne voit que cette lutte quotidienne pour des am&#233;liorations directes des conditions de vie, en ignorant son lien avec le grand combat de lib&#233;ration du prol&#233;tariat. Ou bien elle per&#231;oit la signification r&#233;volutionnaire de l'organisation syndicale et elle veut influencer la pratique actuelle des syndicats. Les syndicats anglais offrent l'exemple classique de la premi&#232;re conception, la conception r&#233;formiste ; la seconde, syndicaliste r&#233;volutionnaire, fait beaucoup parler d'elle dans le mouvement syndical fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la politique du parti socialiste, qui est r&#233;formiste et manque donc d'un robuste point de vue de classe, a fait na&#238;tre dans les syndicats, en guise de r&#233;action, des sentiments r&#233;volutionnaires plus tranch&#233;s qui s'opposent au parlementarisme. Le but de ces syndicats n'est pas la conqu&#234;te du pouvoir politique mais la mainmise des ouvriers sur l'industrie. Le mouvement ouvrier v&#233;ritable consiste dans la lutte o&#249; les ouvriers se manifestent eux-m&#234;mes et non leurs repr&#233;sentants. Leur mot d'ordre est d'agir par soi-m&#234;me, c'est-&#224;-dire l'action directe. Les masses ne peuvent conqu&#233;rir leur libert&#233; que par elles-m&#234;mes : celle-ci ne peut pas &#234;tre conquise pour elles par des chefs et des repr&#233;sentants. Les masses ouvri&#232;res doivent penser et sentir de mani&#232;re r&#233;volutionnaire par elles-m&#234;mes ; il ne suffit pas qu'elles s'unissent simplement pour obtenir de meilleurs salaires et une dur&#233;e de travail plus courte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique actuelle des syndicats doit correspondre &#224; cette conception. Ils sont les seules organisations ouvri&#232;res v&#233;ritables ; ils doivent donc mener la lutte politique contre le gouvernement - du moins quand le gouvernement les importune, sinon ils n'accordent pas d'attention &#224; l'&#201;tat, car c'est une affaire qui leur est indiff&#233;rente. La conqu&#234;te du pouvoir sur la soci&#233;t&#233; se fera donc au moyen d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pendant laquelle les ouvriers organis&#233;s syndicalement arr&#234;teront tout travail et refuseront tout simplement d'ob&#233;ir aux capitalistes. Les syndicats doivent &#233;galement &#233;duquer les ouvriers &#224; ces sentiments r&#233;volutionnaires qui sont n&#233;cessaires pour ce type d'action ; naturellement, non par des discours uniquement, mais avant tout par la pratique m&#234;me des gr&#232;ves. Ces gr&#232;ves deviennent ainsi un but en soi. ou encore mieux, une gymnastique r&#233;volutionnaire, et il importe peu que leur r&#233;sultat imm&#233;diat soit un succ&#232;s ou un &#233;chec pour ce qui concerne l'am&#233;lioration des conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique a d&#233;montr&#233; que ces principes ne sont pas en mesure de cr&#233;er un mouvement syndical vigoureux, et qu'ils manquent ainsi leur objectif. Cette pratique pr&#233;tendument r&#233;volutionnaire n'est pas &#224; m&#234;me de rassembler l'ensemble des prol&#233;taires non encore conscients en organisations de masse, car seule une lutte opini&#226;tre, qui vise seulement &#224; des petites am&#233;liorations progressives, peut le faire. Elle suppose a priori chez les ouvriers qui y adh&#232;rent des sentiments r&#233;volutionnaires qui ne peuvent &#234;tre que le r&#233;sultat final d'une longue pratique. Les syndicats restent de petits groupes d'ouvriers aux sentiments r&#233;volutionnaires, dont le courage fougueux ne peut pallier la faiblesse de l'organisation. La croissance qui se produit de temps en temps n'est pas consolid&#233;e par une ferme centralisation. Parce qu'il cherche &#224; remplir une autre fonction que la sienne, la fonction d'un parti politique, le syndicat reste incapable d'exercer correctement sa fonction propre, l'am&#233;lioration des conditions des travailleurs. Ce qu'il pourrait accomplir pour la r&#233;volution, l'organisation des masses, il ne le fait pas, et ce qu'il cherche &#224; accomplir, l'&#233;ducation r&#233;volutionnaire, il le fait de travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;visionnisme dans le mouvement syndical est beaucoup plus important pour la pratique du mouvement ouvrier. Le r&#233;visionnisme trouve dans les conditions d'existence naturelles des syndicats un sol nourricier beaucoup plus favorable que dans le mouvement politique. Certes, comme nous l'avons expliqu&#233; plus haut, la conception commun&#233;ment admise est fausse : &#224; savoir que le mouvement politique et le mouvement syndical se feraient face de telle mani&#232;re que le second m&#232;nerait la lutte pour des am&#233;liorations &#224; l'int&#233;rieur du capitalisme, tandis que le premier conduirait le combat pour l'abolition du capitalisme, et que par cons&#233;quent, le parti serait, conform&#233;ment &#224; sa nature, r&#233;volutionnaire, et le syndicat, conform&#233;ment &#224; sa nature, r&#233;formiste. Tous deux m&#232;nent la lutte pour des am&#233;liorations imm&#233;diates et tous deux sont utiles au bouleversement r&#233;volutionnaire. Mais il y a un noyau exact dans cette opposition. Dans la lutte quotidienne pour ces am&#233;liorations, qui est men&#233;e de mani&#232;re politique, il y a des consid&#233;rations et des int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux qui se font valoir. C'est pourquoi les arguments dans le combat politique doivent se hisser &#224; un niveau sup&#233;rieur ; on passe des questions du moment aux objectifs les plus &#233;loign&#233;s ; finalement, ce sont les convictions, les conceptions du monde, les plus profondes et les plus g&#233;n&#233;rales qui s'affrontent. Les orateurs socialistes se servent de chaque cas particulier pour attaquer l'ensemble de l'ordre capitaliste ; leurs adversaires r&#233;pondent en tentant de critiquer les doctrines socialistes. C'est ainsi que le but final du combat prol&#233;tarien se trouve toujours derri&#232;re la lutte du moment, laquelle ne re&#231;oit son &#233;clairage correct que gr&#226;ce &#224; ce but final. La lutte politique est la forme g&#233;n&#233;rale de la lutte des classes : au cours de cette lutte, chaque cas particulier se pr&#233;sente du point de vue de ce qui est g&#233;n&#233;ral, chaque int&#233;r&#234;t sp&#233;cifique se manifeste comme une partie de l'ensemble des int&#233;r&#234;ts de classe. C'est pourquoi la lutte politique semble prendre souvent la forme exclusive de la lutte r&#233;volutionnaire pour le socialisme. C'est pourquoi, dans la lutte politique, l'esprit du travailleur est ax&#233; sur ce qui est g&#233;n&#233;ral, sur ce qui est grand, sur ce qui est lointain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est absent de la lutte syndicale. L&#224;, les arguments sont directement disponibles et ils concernent l'int&#233;r&#234;t vital le plus simple. L&#224;, il n'est pas n&#233;cessaire de s'int&#233;resser aux raisons et aux conceptions plus &#233;loign&#233;es ; et cela n'est m&#234;me pas souhait&#233;. En effet, la t&#226;che imm&#233;diate, consistant &#224; rassembler l'ensemble des masses ouvri&#232;res pour un but que chacun conna&#238;t parfaitement, n'est pas favoris&#233;e mais menac&#233;e quand on fait appel &#224; des consid&#233;rations qu'elles ne comprennent pas toutes instantan&#233;ment, qui se heurtent &#224; leurs pr&#233;jug&#233;s et les choquent peut-&#234;tre &#224; cause de ces derniers. C'est pourquoi le mouvement syndical est amen&#233; &#224; limiter son regard &#224; ce qui est le plus proche, &#224; ce qui est imm&#233;diat, et &#224; d&#233;clarer tout ce qui sort de ces limites comme du &#034;romantisme&#034; r&#233;volutionnaire de malheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a encore une autre raison au fait que les syndicats soient plus accessibles au r&#233;visionnisme. Ils luttent sur le terrain de l'ordre politique bourgeois, de l'&#201;tat de droit lib&#233;ral. Pour pouvoir se d&#233;velopper, ils ont besoin d'un droit de coalition sans entraves, d'une &#233;galit&#233; de droit strictement appliqu&#233;e, et de rien de plus. Leur id&#233;al politique en tant que syndicats n'est pas l'ordre socialiste mais la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; de l'&#201;tat bourgeois, qui &#233;taient aussi l'id&#233;al du lib&#233;ralisme d&#233;mocratique. L&#224; o&#249; cet id&#233;al est r&#233;alis&#233; et o&#249; ils ne sont entrav&#233;s dans leur lutte par aucun obstacle politique, ils n'ont plus besoin de se pr&#233;occuper de politique sauf si c'est n&#233;cessaire au maintien de cette situation. D'o&#249; l'indiff&#233;rence politique des syndicats anglais jusqu'&#224; ce qu'une d&#233;cision de justice n'interdise les piquets de gr&#232;ve et menace leurs caisses. L&#224; o&#249; la libert&#233; de l'&#201;tat bourgeois est loin d'&#234;tre parfaite, comme par exemple ici en Allemagne, ils doivent prendre part &#224; la lutte politique contre le syst&#232;me dominant. Mais, &#224; nouveau, leur int&#233;r&#234;t en tant que syndicats ne va pas ici plus loin que la d&#233;faite de la domination des junkers, et que l'instauration de la d&#233;mocratie politique. Abstraction faite de la question de savoir si un tel bouleversement purement politique est possible sans r&#233;volution prol&#233;tarienne, il est toutefois clair que l'int&#233;r&#234;t politique des syndicats co&#239;ncide ici avec les aspirations des r&#233;visionnistes, lesquels croient pouvoir conqu&#233;rir la d&#233;mocratie politique avec l'aide bourgeoise, sans la suppression concomitante de toutes les dominations de classe. Le besoin de libert&#233; &#233;conomique de mouvement conduit au rapprochement avec les gouvernements et les politiciens bourgeois qui l'approuvent ou veulent l'instaurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tendances r&#233;visionnistes dans le mouvement syndical trouvent donc leur nourriture dans ses conditions naturelles de vie ; c'est pourquoi elles ne sont les cons&#233;quences ni de l'incompr&#233;hension de quelques personnes, ni d'une tactique erron&#233;e du parti. Il faut insister l&#224;-dessus d'autant plus express&#233;ment que la critique de ces tendances est souvent comprise comme une attaque de la personne des chefs syndicaux. Il ne s'agit pas du tout ici de fautes personnelles, mais les actes et les opinions des personnes ayant des fonctions dirigeantes sont toujours les expressions des tendances objectives du mouvement. Les pr&#233;judices et les difficult&#233;s, qui en r&#233;sultent pour le mouvement, ne sont donc pas caus&#233;s par l'abandon de la voie juste, mais par sa poursuite. Ce ne sont pas des m&#233;thodes et des conceptions erron&#233;es qui produisent les conflits internes du mouvement ouvrier, mais une surestimation unilat&#233;rale des aspects particuliers de la m&#233;thode correcte, une fixation aveugle sur ce qui a &#233;t&#233; &#233;prouv&#233; comme bon et juste, sans voir les limites et les conditions &#224; l'int&#233;rieur desquelles cela est valable. Il ne s'agit donc pas non plus de corriger des erreurs et de renoncer &#224; de faux chemins, mais d'explorer les forces qui travaillent contre les tendances nuisibles et de soutenir consciemment ces forces, pour autant qu'elles d&#233;pendent de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tendances r&#233;visionnistes dans le mouvement syndical affaiblissent le mouvement ouvrier en premier lieu parce qu'elles amoindrissent la claire compr&#233;hension et la conscience aigu&#235; de classe. Pendant que l'attention est toujours dirig&#233;e sur ce qui est imm&#233;diat et qu'elle est d&#233;tourn&#233;e des grands rapports sociaux, il ne se cr&#233;e que trop facilement un esprit born&#233;, petit-bourgeois, qui ne comprend pas les grands buts du socialisme. Qu'un mouvement syndical parvienne &#224; obtenir des am&#233;liorations notables et la conviction se r&#233;pand alors facilement que la situation des prol&#233;taires peut prendre durablement un tour favorable dans le cadre du capitalisme. Appara&#238;t alors un esprit conservateur et auto-satisfait qui est hostile &#224; toute aspiration r&#233;volutionnaire. Il se constitue une aristocratie ouvri&#232;re qui, parce qu'elle s'est &#233;lev&#233;e d'elle-m&#234;me, par ses propres forces, regarde de haut, de mani&#232;re arrogante, les masses pauvres des prol&#233;taires inorganis&#233;s et mis&#233;reux. De ce fait, les efforts de la social-d&#233;mocratie pour amener les ouvriers &#224; une conscience r&#233;volutionnaire sont contrecarr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats constituent l'organisation de masse du prol&#233;tariat. Mais seuls, sans la compr&#233;hension, la vision &#224; long terme et les id&#233;aux, que le mouvement politique d&#233;veloppe avant tout, ils ne peuvent pourtant rassembler le prol&#233;tariat qu'imparfaitement. L'organisation syndicale reste une organisation &#233;miett&#233;e en f&#233;d&#233;rations de m&#233;tier ou d'industrie s&#233;par&#233;es ; les compagnons d'une profession luttent ensemble et ils comptent sur une forte coh&#233;sion entre eux, et ce n'est qu'exceptionnellement que l'aide d'autres f&#233;d&#233;rations est n&#233;cessaire. C'est ici que se manifeste l'importance de la lutte politique pour l'unit&#233; de la classe ouvri&#232;re que nous avons d&#233;j&#224; fait remarquer plus haut. L&#224; o&#249; cette lutte politique r&#233;volutionnaire est absente, ce qui &#233;tait le cas en Angleterre jusqu'&#224; r&#233;cemment, et o&#249; le mouvement syndical pr&#233;domine compl&#232;tement dans l'esprit des travailleurs, il d&#233;veloppe facilement un caract&#232;re corporatiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;d&#233;rations se coupent les unes des autres, elles d&#233;veloppent un fort esprit de corps dans lequel le sentiment g&#233;n&#233;ral de classe se perd, et elles ont de vifs litiges frontaliers entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but imm&#233;diat de la lutte syndicale, c'est-&#224;-dire l'obtention de conditions de vente plus favorables pour la marchandise force de travail, domine n&#233;cessairement toute sa pratique et impr&#232;gne tout ce qui lui appara&#238;t comme indispensable et utile, m&#234;me si cela provoque des ph&#233;nom&#232;nes induits d&#233;sagr&#233;ables. Au fur et &#224; mesure que la grande industrie se d&#233;veloppe, qu'elle d&#233;cha&#238;ne une puissante lutte de classe et qu'elle fait na&#238;tre de grands syndicats patronaux, qui r&#233;pondent &#224; chaque gr&#232;ve partielle par un lock-out g&#233;n&#233;ral, les luttes prennent une extension plus grande et les syndicats doivent accro&#238;tre leur centralisation. Les comit&#233;s directeurs et les chefs ont de plus en plus d'influence sur les arbitrages qui d&#233;cident de la paix ou de la guerre ; la libert&#233; des groupes locaux de commencer ou de terminer une gr&#232;ve devient de plus en plus retreinte. Les luttes se transforment en batailles gigantesques au cours desquelles, comme lors des guerres entre nations, de grandes arm&#233;es sont command&#233;es et dirig&#233;es d'en haut. Si ensuite, pour garantir le caract&#232;re d&#233;mocratique de l'organisation, on en arrive &#224; une sorte de repr&#233;sentation parlementaire, on provoque alors un nouvel accroissement du bureaucratisme. Il se produit ici la m&#234;me chose que ce que l'on a d&#233;crit &#224; propos de la lutte parlementaire ; la direction des chefs passe au premier plan, et la masse elle-m&#234;me se retire. Les succ&#232;s semblent d&#233;pendre des qualit&#233;s personnelles des dirigeants, de leur vision de g&#233;n&#233;raux en chef, de leur juste appr&#233;ciation de la situation, tandis que l'enthousiasme et le discernement des masses n'entrent pas en ligne de compte en tant que facteurs palpables. De la m&#234;me fa&#231;on que dans l'&#201;tat, il se forme dans le mouvement ouvrier une bureaucratie qui va des serviteurs jusqu'aux ma&#238;tres et dont les conceptions particuli&#232;res s'imposent souvent &#224; l'encontre de celles des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets pr&#233;judiciables des tendances r&#233;visionnistes dans le mouvement syndical sur la puissance du prol&#233;tariat consistent donc en ceci qu'elles font na&#238;tre des sentiments d'autosatisfaction anti-r&#233;volutionnaires et qu'elles an&#233;antissent le travail d'explication de la social-d&#233;mocratie, qu'elles sont &#224; l'origine d'un esprit corporatiste et qu'elles &#233;parpillent le prol&#233;tariat, et enfin qu'elles affaiblissent la conscience d&#233;mocratique et la confiance en leurs propres forces chez les masses. Dans la mesure o&#249; ces tendances r&#233;visionnistes naissent de la nature du mouvement syndical, il est aussi naturel que le mouvement syndical produise, par son d&#233;veloppement vigoureux, ces inconv&#233;nients dans une plus ou moins grande mesure - de la m&#234;me fa&#231;on que le mouvement politique produit &#233;galement ses inconv&#233;nients conform&#233;ment &#224; sa nature. Mais ces inconv&#233;nients ne parviennent &#224; leur peine croissance que lorsque les conceptions s'adaptent &#224; ces tendances, consid&#232;rent leur n&#233;cessit&#233; unilat&#233;rale comme d'une justesse absolue, et que le regard sur le contexte g&#233;n&#233;ral se perd. En revanche, ces d&#233;g&#226;ts sont r&#233;duits de mani&#232;re significative par une propagande ax&#233;e sur les principes, qui donne aux travailleurs un esprit socialiste, les am&#232;ne &#224; la conscience de l'unit&#233; de la classe et les &#233;duque politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette propagande ne s'oppose pas aux tendances mat&#233;rielles de la r&#233;alit&#233; &#224; l'instar d'un rem&#232;de concoct&#233; artificiellement. La r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me engendre non seulement les tendances r&#233;visionnistes du mouvement, mais elle fait aussi que le sol se d&#233;robe sous elles. Le capitalisme n'est pas seulement une r&#233;alit&#233; existante, mais il est en m&#234;me temps le bouleversement constant de tout ce qui existe. Il est dans la nature de la r&#233;alit&#233; capitaliste existante de transformer les luttes syndicales en une petite guerre froidement calcul&#233;e, dans laquelle tout doit &#234;tre consid&#233;r&#233; du point de vue du b&#233;n&#233;fice pratique imm&#233;diat. Mais la conception qui envisage tout ce qui est bon, utile et appropri&#233;, dans cette guerre, comme quelque chose d'absolument bon et juste, n'aurait raison que si ces rapports &#233;taient &#233;ternels et immuables. Le bouleversement continuel de tous les rapports capitalistes d&#233;voile leur &#233;troitesse et implique leur abolition. Dans la mesure o&#249; ce bouleversement travaille pour la r&#233;volution, le r&#244;le r&#233;volutionnaire des syndicats doit aussi se transformer d'un fait lointain en un fait imm&#233;diatement pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement moderne de l'industrie rassemble des arm&#233;es d'ouvriers de plus en plus grandes au service de cartels et de rois de l'industrie puissants qui dominent aussi l'&#201;tat. &#192; c&#244;t&#233; de cela, le nombre des ouvriers dans les entreprises de l'&#201;tat augmente sans arr&#234;t. La vieille illusion d'un &#201;tat de droit lib&#233;ral, qui ne s'immisce pas dans les affaires priv&#233;es du citoyen, mais qui a tendance &#224; donner &#224; tous, y compris aux travailleurs, une totale libert&#233; de mouvement, dispara&#238;t alors n&#233;cessairement peu &#224; peu. Les grandes gr&#232;ves, qui s'&#233;tendent sur des pays entiers et qui touchent des centaines de milliers de personnes, deviennent des &#233;v&#233;nements politiques de premi&#232;re importance. Les luttes de masse d'une classe ascendante ne se laissent pas r&#233;duire &#224; un jeu d'&#233;checs avec de grosses pi&#232;ces, ni m&#234;me &#224; des guerres modernes entre nations, dans lesquelles on sait bien que l'initiative du soldat individuel joue un r&#244;le. Quelque chose d'une explosion, d'une r&#233;volution en petit, reste attach&#233; &#224; chaque grande gr&#232;ve. Lors de ces grandes gr&#232;ves, les syndicats sont contraints d'abandonner leur vision de l'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat pour diriger celle-ci sur les grands rapports politiques. Les vieilles limitations corporatives ne peuvent plus se maintenir ; et il va de soi que ce bouleversement fait le plus ais&#233;ment son chemin l&#224; o&#249; une vigoureuse propagande socialiste a op&#233;r&#233; depuis le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la croissance de la puissance du prol&#233;tariat, laquelle appara&#238;t aux classes dominantes comme de plus en plus mena&#231;ante, celles-ci doivent employer toujours plus le pouvoir de l'&#201;tat pour soumettre les ouvriers. Les ouvriers qui doivent endurer cette oppression et cette r&#233;action sont les m&#234;mes ouvriers qui sont aussi organis&#233;s dans les syndicats. La lutte politique et la lutte syndicale confluent de plus en plus en une lutte unique de la classe ouvri&#232;re contre les classes dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, ce sont seulement les conditions temporaires particuli&#232;res d'une p&#233;riode d&#233;termin&#233;e de la lutte de classe prol&#233;tarienne qui s&#233;paraient les deux luttes et qui permettaient &#224; chacune de d&#233;velopper ses caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques. Dans la p&#233;riode &#034;parlementaire&#034;, le prol&#233;tariat a d&#251; adapter ses m&#233;thodes de lutte aux conditions ext&#233;rieures, c'est-&#224;-dire &#224; la domination incontest&#233;e de la bourgeoisie sur l'&#201;tat, conditions qui se sont maintenues sans modifications notables pendant toute une g&#233;n&#233;ration. Ces m&#233;thodes de lutte, la politique et la syndicale, ont pu s'y d&#233;velopper tout &#224; fait selon leur caract&#233;ristique, jusqu'&#224; un point de vue exclusif Les conditions de cette &#233;poque marqu&#232;rent si fort les esprits que cela semble &#224; beaucoup une insanit&#233; de consid&#233;rer leur disparition en g&#233;n&#233;ral ou bien leur transformation radicale dans le domaine de la politique et de la tactique &#034;pratiques&#034; ; elles paraissent ne pas devoir changer &#224; court terme, et envisager la possibilit&#233; d'un autre terrain de lutte semble &#234;tre une chim&#232;re romantique. Un exemple de cette impression est offert par la r&#233;sistance des milieux syndicaux &#224; &#233;tudier en d&#233;finitive la gr&#232;ve de masse, ses conditions et ses possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant le d&#233;veloppement &#233;conomique produit &#224; pas de g&#233;ant un tel changement des conditions de lutte. Une troisi&#232;me p&#233;riode de la lutte de classe prol&#233;tarienne s'instaure petit &#224; petit dans laquelle la mont&#233;e progressive ant&#233;rieure en puissance trouve son terme dans une lutte pour le pouvoir. Dans cette lutte finale r&#233;volutionnaire, les deux aspects de la lutte prol&#233;tarienne, qui, dans la p&#233;riode parlementaire, s'&#233;taient autonomis&#233;s et s'opposaient comme des contraires, confluent vers une unit&#233;. La gr&#232;ve de masse, consid&#233;r&#233;e comme tactique de tous les jours pendant la p&#233;riode parlementaire, qui &#233;tait un enfantillage sans valeur pratique en tant que &#034;gymnastique r&#233;volutionnaire&#034;, devient maintenant une forte r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les organisations de masse du prol&#233;tariat entrent en sc&#232;ne de fa&#231;on politique, alors la gr&#232;ve de masse est le seul moyen appropri&#233; pour imposer aux classes dominantes la volont&#233; de la classe ouvri&#232;re. La contradiction entre les objectifs du mouvement politique et du mouvement syndical se trouve alors lev&#233;e avec une lutte syndicale ayant des buts politiques. Les travailleurs doivent maintenant se manifester en tant que classe unique et coh&#233;rente, dot&#233;e d'un but politique d&#233;termin&#233;, c'est-&#224;-dire en tant que parti ; ils doivent se manifester en m&#234;me temps en tant qu'organisation de masse, et donc mener leurs syndicats &#224; la bataille. Ils doivent utiliser l'arme syndicale, la gr&#232;ve, pour des objectifs politiques, en tant qu'action de masse contre le pouvoir d'&#201;tat. Dans la gr&#232;ve de masse, les deux mani&#232;res de lutter du prol&#233;tariat confluent ; le discernement politique et la discipline syndicale sont ici comme la t&#234;te pensante et le bras vigoureux d'un seul combattant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les luttes syndicales se transforment en secousses politiques, et les luttes politiques en mouvements de masse, alors on ne s'en sort plus avec les vieilles m&#233;thodes politiques et syndicales. Ce n'est plus l'habilet&#233; des repr&#233;sentants et des porte-parole qui d&#233;termine l'issue des luttes mais la force des masses. Dans ce sens &#233;galement, les deux fa&#231;ons de lutter confluent : elles &#233;taient diff&#233;rentes de par la personne des chefs, pourtant les masses sont compos&#233;es des m&#234;mes ouvriers dans les deux cas. Les masses organis&#233;es entrent maintenant sur le champ de bataille, dot&#233;es de la conscience de classe, de la discipline et de l'&#233;nergie, qu'elles ont acquises dans les combats ant&#233;rieurs ; les syndicats constituent leur organisation, leur discernement politique constitue le socialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
VII - LES AUTRES CLASSES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes moyennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat qui travaille dans la grande industrie et les capitalistes &#233;taient les seules classes de la soci&#233;t&#233;, la lutte rev&#234;tirait un caract&#232;re tr&#232;s simple ; il n'y aurait alors, au sens litt&#233;ral, que ce c&#244;t&#233;-ci et que ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Mais la situation n'est pas aussi simple. Il existe entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat de nombreuses couches interm&#233;diaires qui, petit &#224; petit, par gradations imperceptibles, font passer d'une classe &#224; l'autre. Il s'agit d'une part des vestiges des anciennes classes moyennes ind&#233;pendantes : petits capitalistes, dont la d&#233;limitation avec les grands capitalistes est difficile &#224; &#233;tablir, mais qui ont &#233;t&#233; durement opprim&#233;s par le grand capital, grands paysans, petits bourgeois qui pour partie sont au service du grand capital, jusqu'aux petits paysans et aux artisans, qui sont directement exploit&#233;s par le grand capital. D'autre part, il y a des classes nouvellement apparues, les officiers et les sous-officiers des arm&#233;es industrielles, qui forment une s&#233;rie ininterrompue d'employ&#233;s allant du contrema&#238;tre et du technicien, en passant par les ing&#233;nieurs, les titulaires d'un doctorat et les chefs de bureau, jusqu'aux directeurs ; dans les couches inf&#233;rieures, ils font partie des exploit&#233;s, et dans les couches sup&#233;rieures, ils participent &#224; l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces couches interm&#233;diaires prennent part, avec leurs int&#233;r&#234;ts particuliers, &#224; la lutte des classes. Parfois, leurs int&#233;r&#234;ts co&#239;ncident avec ceux du prol&#233;tariat, parfois, ils s'opposent &#224; ceux-ci. Du coup, le tableau de la lutte se complique, et des divergences &#224; propos de l'attitude &#224; avoir &#224; leur &#233;gard se font jour dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat industriel n'est pas la seule classe exploit&#233;e par le capital. Le capital a trouv&#233; encore d'autres moyens que le rassemblement dans des usines d'ouvriers, dont il ach&#232;te directement la force de travail, pour se procurer habilement de la plus-value. Il sait aussi exploiter des couches de la population auxquelles il laisse, en apparence, &#224; la fois leur ancien mode de production et leur ancienne ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les raisons les plus diverses, un paysan ou un artisan, qui, en tant que travailleur ind&#233;pendant, est propri&#233;taire de moyens de production de valeur, comme une maison, un magasin ou une pi&#232;ce de terre, en vient &#224; emprunter de l'argent en hypoth&#233;quant sa propri&#233;t&#233;. Il esp&#232;re accro&#238;tre le rendement de son travail en am&#233;liorant son sol, en augmentant son fonds de roulement, en transformant son magasin, en agrandissant son champ ; mais il doit aussi ob&#233;rer sa propri&#233;t&#233; de dettes qui ne lui rapportent rien comme les arrangements avec les autres h&#233;ritiers dans le cas d'un h&#233;ritage ou bien le fait de recevoir de l'argent lors d'accidents particuliers. En effet, il doit en premier lieu toujours payer les int&#233;r&#234;ts &#224; l'avenir. Si les dettes continuent &#224; augmenter en raison de la malchance dans la gestion, de la situation du march&#233;, de la concurrence de la grande entreprise, les int&#233;r&#234;ts &#224; payer deviendront une partie de plus en plus importante du produit du travail. Aussi longtemps que les int&#233;r&#234;ts devront &#234;tre r&#233;unis au prix d'un effort extr&#234;me des forces et de la plus grande &#233;conomie, l'homme le supporte car il sait que sa propri&#233;t&#233; sera vendue aux ench&#232;res s'il ne les paie plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel petit bourgeois ou paysan n'est rien d'autre qu'un prol&#233;taire exploit&#233; par le capital. Il ne garde du produit de son travail pas plus que ce dont il a besoin pour vivre : la valeur de sa force de travail. Tout le reste revient au capitaliste et constitue donc la plus-value. Mais l'exploitation s'effectue ici, parce que dissimul&#233;e, sous une forme largement pire que l'exploitation des ouvriers de la grande industrie. Les exploit&#233;s croient qu'ils travaillent pour eux-m&#234;mes ; c'est pourquoi ils s'&#233;chinent &#224; l'extr&#234;me et se contentent du mode de vie le plus mis&#233;rable. Ils vivent beaucoup plus mal que les ouvriers industriels et ils ont une dur&#233;e de travail beaucoup plus longue. C'est ainsi que, malgr&#233; l'arri&#233;ration technique de leur mode de travail, ils apportent encore des profits &#233;lev&#233;s au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de cette mani&#232;re que de larges couches petites-bourgeoises sont exploit&#233;es par le capital. Les petits paysans, dont la pi&#232;ce de terre est grev&#233;e par une lourde hypoth&#232;que. de m&#234;me que les commer&#231;ants, dont le magasin est lourdement endett&#233;, en font partie. Les petits fermiers appartiennent &#224; cette m&#234;me cat&#233;gorie ; au lieu de r&#233;gler un int&#233;r&#234;t hypoth&#233;caire &#224; la banque, ils payent un fermage au propri&#233;taire foncier ; il ne leur reste &#224; eux-m&#234;mes qu'une m&#233;diocre r&#233;tribution de leur force de travail. Et il est indiff&#233;rent au propri&#233;taire capitaliste de placer son capital en cr&#233;ances hypoth&#233;caires ou d'acheter une pi&#232;ce de terre ; dans les deux cas, le paysan lui fournit la plus-value par son travail. Tous les &#233;tats interm&#233;diaires existent entre le petit commer&#231;ant ou l'artisan, dont les moyens de production sont au fond la propri&#233;t&#233; du capitaliste qui leur a pr&#234;t&#233; de l'argent, et l'industriel ou l'ouvrier &#224; domicile pour lequel le capitaliste est le fournisseur de mati&#232;res premi&#232;res et le preneur du produit fini ; les premiers ressemblent &#224; des petits bourgeois ind&#233;pendants, tandis que tout le monde sait que les derniers forment la couche prol&#233;tarienne la plus opprim&#233;e. Mais tous ont en commun que le capital les exploite en leur conservant leur mode de travail primitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces couches ont exactement autant de raisons de lutter contre le capital que les ouvriers salari&#233;s. En tant que classes exploit&#233;es, leur int&#233;r&#234;t est aussi d'abolir toute exploitation. Mais les conditions dans lesquelles elles travaillent et sont exploit&#233;es ne conduisent pas leurs id&#233;es et leurs actes d'eux-m&#234;mes vers le socialisme. Elles ne voient pas, &#224; l'instar du prol&#233;tariat de la grande industrie, cro&#238;tre les &#233;l&#233;ments du socialisme tout autour d'elles ; elles ne voient pas que la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pousse n&#233;cessairement vers le socialisme. En effet, leur travail n'est pas directement organis&#233; par le capital et celui-ci n'a pas accru sa productivit&#233; ; leurs conditions de travail sont encore les anciennes conditions, &#233;triqu&#233;es et primitives. Elles ne peuvent pas, &#224; partir de leur propre situation, concevoir l'id&#233;e d'une grande entreprise sociale comme forme de production future. Les conditions mat&#233;rielles ne leur enseignent pas &#224; elles comme au prol&#233;tariat la compr&#233;hension socialiste, la conscience, qu'elles constituent une classe particuli&#232;re de travailleurs salari&#233;s, la classe productrice la plus importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital, qui rassemble et organise les ouvriers salari&#233;s industriels, n'organise pas ces autres exploit&#233;s. Ils restent des individus isol&#233;s, et chacun d'eux demeure impuissant face au capitaliste. Ils sont incapables de s'organiser solidement et c'est pourquoi ils ne ressentent en rien la force consciente de ses possibilit&#233;s de victoire qui vit dans le c&#339;ur des ouvriers de la grande industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces couches n'arriveraient donc jamais d'elles-m&#234;mes au but et au programme de la social-d&#233;mocratie. Mais les sociaux-d&#233;mocrates sont les repr&#233;sentants de la seule classe qui combat par principe le capital, leur oppresseur ; et elles sont par cons&#233;quent attir&#233;es par ce parti qui lutte pour l'abolition de la domination du capital. Pour elles, il n'y a pas d'autre parti qui intervienne d'une mani&#232;re similaire pour leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles font donc partie de la social-d&#233;mocratie, du fait de la communaut&#233; de leurs int&#233;r&#234;ts les plus importants, les plus g&#233;n&#233;raux - m&#234;me si elles ne parviennent souvent qu'extr&#234;mement difficilement &#224; cette conscience. Mais quand elles adh&#232;rent &#224; la social-d&#233;mocratie, elles comprennent ses objectifs autrement que le prol&#233;tariat de la grande industrie. Elles ne connaissent pas, de par leur propre exp&#233;rience, le capital comme une puissance r&#233;volutionnaire qui pr&#233;pare le socialisme, mais seulement comme le capital usurier-qui les pressure. Vaincre le capital ne signifie pas pour elles passer &#224; un mode de production sup&#233;rieur qui ouvre la voie &#224; un puissant accroissement des forces productives, mais enlever le vampire qui les importune. La soci&#233;t&#233; socialiste &#224; laquelle elles aspirent consiste pour elles en une soci&#233;t&#233; o&#249; pr&#233;domine la petite entreprise dont les fruits ne sont plus pill&#233;s par l'usurier capitaliste mais reviennent au producteur lui-m&#234;me. Leur id&#233;al socialiste est donc au fond un id&#233;al r&#233;actionnaire, le retour &#224; un mode de production petit-bourgeois primitif ; leurs th&#233;oriciens cherchent &#224; d&#233;montrer qu'il repr&#233;sente la forme &#233;conomique la plus productive. Et par suite, les am&#233;liorations imm&#233;diates de leur situation, auxquelles elles aspirent, rev&#234;tent un caract&#232;re r&#233;actionnaire ; c'est-&#224;-dire que si elles pouvaient se r&#233;aliser, elles arr&#234;teraient le d&#233;veloppement social, et c'est justement la raison pour laquelle soit elles sont irr&#233;alisables. soit elles ne sont r&#233;alisables que temporairement et en apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que r&#233;side la diff&#233;rence avec la classe r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat industriel. Pour cette classe, la lutte pour des am&#233;liorations imm&#233;diates de sa situation co&#239;ncide avec la lutte pour le socialisme. Toutes les r&#233;formes sociales, qui lui profitent imm&#233;diatement, sont en m&#234;me temps dans l'int&#233;r&#234;t du progr&#232;s r&#233;volutionnaire. Il est possible que les augmentations de salaire qu'il extorque aux entrepreneurs amoindrissent le revenu du capital, mais elles poussent en m&#234;me temps les entrepreneurs &#224; mettre en &#339;uvre des am&#233;liorations techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces int&#233;r&#234;ts-l&#224; ne co&#239;ncident pas chez les couches petites-bourgeoises prol&#233;taris&#233;es. Parce qu'elles sont compos&#233;es formellement d'entrepreneurs et non d'ouvriers salari&#233;s, si elles veulent &#233;lever leur niveau de vie, elles ne peuvent le faire qu'en augmentant le produit de leur travail, qu'en d&#233;veloppant leur activit&#233; &#233;conomique. Qu'elles fassent cela gr&#226;ce &#224; une augmentation de la productivit&#233; de leur travail, et donc qu'elles changent &#224; proprement parler de classe, cela est exclu en raison de leur manque de capital et de cr&#233;dit. L'int&#233;r&#234;t social &#224; l'accroissement de la productivit&#233; du travail dans cette branche d'exploitation favoriserait la disparition de leur mode de fonctionnement &#233;conomique mis&#233;rable, alors que leur int&#233;r&#234;t personnel est li&#233; &#224; son renforcement. Tout ce qui facilite leur existence maintient en l'&#233;tat leur petite entreprise improductive. Et donc ici, l'int&#233;r&#234;t de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; au progr&#232;s est en contradiction avec leur int&#233;r&#234;t personnel, ce qui n'est pas le cas de la classe des ouvriers industriels. Cette contradiction en entra&#238;ne une autre, &#224; savoir que l'int&#233;r&#234;t de leur activit&#233; &#233;conomique, &#224; laquelle leur existence est attach&#233;e, d&#233;passe les consid&#233;rations de bien-&#234;tre personnel et de sant&#233;. Ce qui leur serait utile personnellement, ce qui renforcerait leur force vitale et leur sant&#233;, une limitation du temps de travail et une bonne alimentation, ruinerait leur activit&#233; &#233;conomique ; l'int&#233;r&#234;t de l'activit&#233; &#233;conomique les ruine personnellement par la sous-alimentation et la dur&#233;e de travail excessive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revenu de leur travail ne peut &#234;tre augment&#233;, en dehors du surtravail et de la sous-alimentation, que par l'&#233;l&#233;vation des prix de leurs produits, et donc aux d&#233;pens des autres classes. C'est pourquoi elles ressentent un int&#233;r&#234;t pour les droits de douane sur leurs produits (viande, c&#233;r&#233;ales), int&#233;r&#234;t qui se trouve en contradiction aigu&#235; avec la classe des ouvriers industriels, laquelle ach&#232;te ces produits. Mais, finalement, tout ce qui est obtenu de cette mani&#232;re n'est pas vraiment avantageux pour leur niveau de vie. Le surplus de revenu apport&#233; par l'activit&#233; &#233;conomique &#233;choit bient&#244;t, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, apr&#232;s un soulagement passager, en tant que butin, au capital exploiteur, puisque, soit le fermage augmente, soit on emprunte &#224; nouveau de l'argent pour lequel il faudra payer de nouveaux int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet int&#233;r&#234;t imm&#233;diat &#224; l'augmentation du revenu de leur activit&#233; est un int&#233;r&#234;t petit-bourgeois que les couches prol&#233;taris&#233;es ont en commun avec la couche sup&#233;rieure la plus proche, celle des paysans et des petits-bourgeois ind&#233;pendants. Cette classe est avant tout une classe d'entrepreneurs ; elle trouve sa subsistance gr&#226;ce &#224; la propri&#233;t&#233; de moyens de production dont elle dispose et avec lesquels elle travaille, seule ou avec l'aide d'ouvriers. Ses int&#233;r&#234;ts sont en premier lieu des int&#233;r&#234;ts d'entrepreneurs et ils sont attach&#233;s au rapport de leur activit&#233; &#233;conomique. Pour elle, ce qui a &#233;t&#233; expos&#233; plus haut pour ce qui concerne les couches moyennes prol&#233;taris&#233;es, &#224; savoir que celles-ci prennent fait et cause pour tout ce qui accro&#238;t le revenu de leur activit&#233; &#233;conomique, vaut donc &#224; un degr&#233; encore sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que petits propri&#233;taires qui sont menac&#233;s par le grand capital, ils ha&#239;ssent ce grand capital &#8212; terme sous lequel ils comprennent le capital qui est plus grand que le leur &#8212;, mais ils le ha&#239;ssent d'une autre fa&#231;on que les petits paysans et les petits bourgeois prol&#233;taris&#233;s : ce n'est pas son exploitation qui les opprime mais sa concurrence. Ils ont donc beau se comporter de mani&#232;re tr&#232;s hostile par rapport aux capitalistes et tonner contre les &#034;juifs&#034;, tout sentiment prol&#233;tarien leur demeure cependant &#233;tranger. Ils n'ont rien &#224; cet &#233;gard de commun avec les ouvriers de l'industrie avec lesquels la classe trait&#233;e pr&#233;c&#233;demment se sent instinctivement attir&#233;e. Et l&#224; o&#249; ils emploient eux-m&#234;mes des ouvriers et tiennent sur pied gr&#226;ce &#224; l'exploitation honteuse d'apprentis, et donc l&#224; o&#249; ils se sentent menac&#233;s directement par les revendications salariales des ouvriers et les lois protectrices des travailleurs, ils deviennent les ennemis les plus born&#233;s et les plus haineux du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils ont quelques int&#233;r&#234;ts en commun avec le prol&#233;tariat, &#224; savoir dans le domaine politique. En tant que classe populaire nombreuse, ils ont des sentiments d&#233;mocratiques et ils se rencontrent avec les travailleurs dans la lutte pour les droits politiques. L&#224; o&#249; le pouvoir politique est entre les mains d'une petite clique de grands capitalistes ou de junkers, ils sont contraints de s'engager pour un droit de vote d&#233;mocratique, pour des imp&#244;ts plus justes et contre le militarisme. Il est vrai que cela &#233;tait plus valable autrefois qu'aujourd'hui. Dans la mesure o&#249; la classe ouvri&#232;re est devenue plus forte politiquement et syndicalement et o&#249; cette classe moyenne a recul&#233;, elle a moins envie de s'engager avec les ouvriers dans un mouvement politique dans lequel ce sont eux qui ont la direction et qui obtiendront le plus grand b&#233;n&#233;fice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions d'int&#233;r&#234;ts qui les opposent aux autres capitalistes qui sont plus grands qu'eux existent partout entre les divers groupes capitalistes. Chacun tente d'obtenir des profits plus &#233;lev&#233;s aux d&#233;pens des autres, mais aussi en l&#233;sant ses clients. On peut m&#234;me parler d'une exploitation de la grande masse des capitalistes par les cartels du charbon et de l'acier lesquels, prot&#233;g&#233;s par des droits de douane, les font payer beaucoup trop cher pour ces mati&#232;res de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. &#192; cela s'ajoute l'ancienne contradiction entre les capitalistes agraires et les capitalistes industriels. Les contradictions d'int&#233;r&#234;ts peuvent parfois &#234;tre utilis&#233;es par le prol&#233;tariat quand un groupe se sert de lui contre un autre. C'est ce qui s'est pass&#233; &#8212; bien que seulement au prix d'un rude combat de la part du prol&#233;tariat &#8212; en 1847 pour la journ&#233;e de dix heures en Angleterre et en 1867 pour le suffrage universel en Allemagne. Mais ces contradictions sont toujours secondaires par rapport au contraste puissant et profond d'int&#233;r&#234;t qui s&#233;pare le prol&#233;tariat de toute la classe poss&#233;dante. Toute cette classe vit de l'exploitation des classes laborieuses, et quand de grandes divergences et contradictions existent au sein des classes dominantes, elles concernent toujours le partage du butin et elles sont donc d'un ordre tout &#224; fait diff&#233;rent de leur contradiction commune avec les classes exploit&#233;es. La classe dominante tout enti&#232;re a le m&#234;me int&#233;r&#234;t au maintien de l'exploitation, tandis que les classes laborieuses ont un int&#233;r&#234;t commun &#224; l'abolition de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re diff&#233;rente de celle des vestiges des anciennes classes moyennes ind&#233;pendantes, les classes moyennes dites nouvelles, les intellectuels, les fonctionnaires. les employ&#233;s, constituent une couche de transition entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie [5]. Elles se distinguent des anciennes classes moyennes par un point essentiel : elles ne poss&#232;dent pas de moyens de production, mais elles vivent de la vente de leur force de travail. Elles n'ont donc aucun int&#233;r&#234;t au maintien de la production priv&#233;e, &#224; la conservation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Sur ce point, elles s'accordent avec le prol&#233;tariat ; elles n'ont pas plus que lui des int&#233;r&#234;ts ou des souhaits r&#233;actionnaires ; leur regard est dirig&#233; vers l'avant et non pas vers l'arri&#232;re. Il s'agit d'une classe moderne qui monte et qui devient de plus en plus nombreuse et importante au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa situation est cependant significativement diff&#233;rente de celle du prol&#233;tariat. Ses membres disposent en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale d'une force de travail hautement qualifi&#233;e dont la formation exige souvent des &#233;tudes co&#251;teuses ; leur r&#233;mun&#233;ration est donc de ce fait beaucoup plus &#233;lev&#233;e que celle des ouvriers ; et &#233;tant donn&#233; qu'ils occupent des postes dirigeants ou scientifiques, dont le profit de l'entreprise d&#233;pend fortement, ils peuvent, s'ils t&#233;moignent de capacit&#233;s, s'&#233;lever &#224; des postes tr&#232;s bien pay&#233;s, et c'est ainsi que le vieux dicton de la bourgeoisie ind&#233;pendante : &#034;Chacun est l'artisan de sa fortune&#034;, conna&#238;t chez eux un renouveau. Ils ne sont pas pouss&#233;s par la mis&#232;re et la n&#233;cessit&#233;, comme les prol&#233;taires, &#224; une lutte implacable contre le capitalisme, mais ils se sentent, pour certains, tr&#232;s &#224; leur aise dans ce syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'en arrivent que de mani&#232;re extr&#234;mement difficile &#224; lutter pour l'am&#233;lioration de leur situation. Les hauts fonctionnaires se sentent solidaires du capital et ils savent satisfaire leurs pr&#233;tentions par d'autres moyens ; la masse des employ&#233;s se d&#233;compose en tant de groupes, de cat&#233;gories et d'&#233;chelons, avec leurs r&#233;mun&#233;rations et leurs revendications les plus diverses, qu'ils ne se fondent pas comme les ouvriers en un solide corps unitaire. Ils constituent en quelque sorte tous les grades, du g&#233;n&#233;ral jusqu'au sous-officier, tandis que les ouvriers repr&#233;sentent la masse des soldats ordinaires. Ils ne travaillent pas ensemble, en grandes masses, mais s&#233;par&#233;ment, comme des personnes isol&#233;es, et c'est pourquoi ils se sentent faibles, sans conscience de leur force, chose que le fait de travailler ensemble et en masse donne au prol&#233;tariat. Ils ne sont pas habitu&#233;s &#224; la mis&#232;re et c'est la raison pour laquelle ils craignent le ch&#244;mage beaucoup plus que les ouvriers. Tout cela a pour cons&#233;quence qu'ils sont incapables de mener une lutte syndicale organis&#233;e contre leurs ma&#238;tres capitalistes ; seules les cat&#233;gories subalternes, qui sont &#224; la fois les moins bien pay&#233;es et les plus nombreuses, et qui se rapprochent par cons&#233;quent des ouvriers les plus favoris&#233;s, en viennent petit &#224; petit &#224; l'organisation et &#224; la lutte syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels se s&#233;parent &#233;galement du prol&#233;tariat par leur id&#233;ologie. Originaires de milieux bourgeois, ils apportent avec eux une conception du monde bourgeoise qui s'est raffermie et approfondie encore du fait de leurs &#233;tudes th&#233;oriques. Les pr&#233;jug&#233;s de la bourgeoisie &#224; l'&#233;gard du socialisme ont pris chez eux la forme de doctrines scientifiques. Leur position particuli&#232;re dans le processus de production renforce &#224; son tour leur conception id&#233;ologique suivant laquelle l'esprit domine le monde. Elle leur donne une arrogance intellectuelle par laquelle ils se sentent au-dessus de la masse ouvri&#232;re ; en tant qu'inspecteurs et surveillants, elle les place dans l'entreprise m&#234;me en opposition frontale avec les ouvriers. C'est pourquoi ils s'opposent fermement aussi &#224; l'id&#233;al du prol&#233;tariat, le socialisme : ils craignent la domination des masses grossi&#232;res et incultes laquelle, gr&#226;ce au &#034;nivellement&#034;, supprimerait la hi&#233;rarchie industrielle qui est l'expression de leur position privil&#233;gi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc ici de nombreux facteurs importants qui s&#233;parent cette nouvelle classe moyenne de la classe ouvri&#232;re, malgr&#233; la similitude de leur fonction &#233;conomique. Avec le d&#233;veloppement progressif de la soci&#233;t&#233;, de plus en plus d'&#233;l&#233;ments des couches inf&#233;rieures de cette classe moyenne seront attir&#233;s par le combat prol&#233;tarien, mais sans qu'ils puissent le mener avec l'intransigeance, la brutalit&#233; et la rigueur, que sa situation impose au prol&#233;tariat. C'est pourquoi leur socialisme sera un socialisme mod&#233;r&#233;, &#034;civilis&#233;&#034;, auquel le caract&#232;re &#226;pre, acharn&#233;, de la lutte prol&#233;tarienne r&#233;pugne et qui place son caract&#232;re r&#233;formateur, civilisateur, au premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter ici, &#224; l'inverse, que certaines cat&#233;gories montantes issues prol&#233;tariat, les travailleurs qui sont indispensables de par leur formation et leurs capacit&#233;s particuli&#232;res, sont mieux pay&#233;es et constituent ainsi une aristocratie ouvri&#232;re, qu'elles se rapprochent des couches inf&#233;rieures des intellectuels et pr&#233;sentent certains de leurs traits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique socialiste &#224; l'&#233;gard des classes moyennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la tendance anarchiste, la question de savoir comment se comporter par rapport aux autres classes n'existe pas. Sous sa forme moderne syndicaliste-r&#233;volutionnaire, elle ne fait mener la lutte pour l'&#233;mancipation que par les syndicats. Le mouvement se limite ainsi &#224; la seule classe ouvri&#232;re, ou m&#234;me &#224; la seule partie du prol&#233;tariat qui peut constituer des organisations syndicales. Toutes les autres classes sont, pour autant qu'elles ne soient pas des ennemies, exclues de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; cependant le prol&#233;tariat m&#232;ne la lutte politique, il lutte sur un terrain o&#249; toutes les classes se manifestent, lesquelles ont des int&#233;r&#234;ts parfois communs, parfois oppos&#233;s. Dans son programme et dans sa tactique, le prol&#233;tariat exprime son attitude &#224; l'&#233;gard de ces diff&#233;rentes classes, et des divergences &#224; propos de la position de ces classes par rapport &#224; lui conduisent &#224; des divergences sur le programme et la tactique, lesquelles existent ici principalement entre le marxisme et le r&#233;visionnisme ; c'est ici que r&#233;side m&#234;me le point essentiel du r&#233;visionnisme ; son but pratique, pour lequel toutes les autres id&#233;es servent d'arguments, est : chercher &#224; encha&#238;ner le prol&#233;tariat aux autres classes pour le rendre ainsi plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme ne rejette pas du tout le fait de faire cause commune avec d'autres classes. Nous savons tr&#232;s bien que les &#233;v&#233;nements sociaux entra&#238;nent sans cesse des fractions des classes moyennes dans l'opposition aux d&#233;tenteurs directs du pouvoir d'&#201;tat et les poussent ainsi aux c&#244;t&#233;s du parti ouvrier, en tant que parti d'opposition le plus cons&#233;quent. Nous escomptons infliger de temps en temps, pr&#233;cis&#233;ment de la sorte, des d&#233;faites &#233;crasantes aux dominants. La ligne de nos succ&#232;s ext&#233;rieurs accompagne, de mani&#232;re ondulatoire, avec des hauts et des bas, la croissance r&#233;guli&#232;re et lente de notre puissance. Lorsque le gouvernement et les groupes sur lesquels il s'appuie ont exasp&#233;r&#233; la grande masse de la population par des mesures particuli&#232;rement r&#233;voltantes, alors de larges fractions des couches interm&#233;diaires - de m&#234;me que des prol&#233;taires non encore conscients - se rassemblent &#224; notre c&#244;t&#233; et nous frappons violemment l'ennemi &#224; la t&#234;te. Elles n'en sont pas devenues pour autant de solides partisans pour nous ; la prochaine fois, leur int&#233;r&#234;t imm&#233;diat les d&#233;tournera de nous, leur caract&#232;re bourgeois viendra au premier plan, et nous devrons ensuite tenir ferme avec nos seuls bataillons prol&#233;tariens. Ce retournement est naturel et il se poursuivra &#224; l'avenir. Nous devons escompter que le prol&#233;tariat organis&#233; parviendra pour la premi&#232;re fois au pouvoir politique lorsque, au travers d'&#233;v&#233;nements politiques particuliers, le gouvernement perdra tout cr&#233;dit et attirera sur lui la haine et le m&#233;pris des masses populaires bourgeoises et prol&#233;tariennes, lorsque les classes dominantes perdront confiance et ne pourront plus ainsi r&#233;sister &#224; l'assaut du prol&#233;tariat. Mais il n'est pas exclu pour autant qu'une phase de r&#233;action s'instaure ensuite temporairement si les contradictions d'int&#233;r&#234;ts entre le prol&#233;tariat et ses alli&#233;s se manifestent apr&#232;s la victoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;visionnisme ne se contente pas du fait que, conform&#233;ment &#224; la nature de leurs int&#233;r&#234;ts, d'autres classes fassent d'elles-m&#234;mes, de temps en temps, route commune avec le prol&#233;tariat ; il croit pouvoir favoriser par des mesures particuli&#232;res ce bout de chemin en commun. Gr&#226;ce &#224; des principes programmatiques appropri&#233;s, il veut int&#233;grer durablement d'autres classes au domaine de recrutement du parti social-d&#233;mocrate ; gr&#226;ce &#224; une tactique appropri&#233;e dans certains cas, il veut rendre le cercle de ses compagnons de lutte le plus grand possible et celui de l'ennemi &#224; combattre le plus petit possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont pour le moment les cat&#233;gories inf&#233;rieures des intellectuels, de la petite bourgeoise et de la paysannerie, qui sont prises en consid&#233;ration. Les r&#233;visionnistes mettent toujours l'accent sur le fait que le prol&#233;tariat seul est trop faible pour vaincre, et c'est pourquoi il a besoin de l'aide d'autres classes. Cette conception est encore favoris&#233;e par le fait que le r&#233;visionnisme attache une importance primordiale au travail parlementaire de r&#233;forme. Du point de vue parlementaire, tout succ&#232;s d&#233;pend de la position de force parlementaire. Pour r&#233;aliser des r&#233;formes, l'on doit disposer au parlement d'une fraction qui commande le respect ; pour r&#233;volutionner le mode de production, l'on doit disposer de la majorit&#233; parlementaire. L'objectif est donc d'obtenir beaucoup de mandats, et le moyen pour cela est de gagner le plus possible d'&#233;lecteurs. Pour gagner beaucoup d'&#233;lecteurs, il est n&#233;cessaire que le parti prenne fait et cause pour les int&#233;r&#234;ts des couches sociales les plus nombreuses possibles. Pour que cela devienne possible, seuls les int&#233;r&#234;ts communs au prol&#233;tariat et &#224; la petite bourgeoisie doivent &#234;tre mis en avant et ceux qui sont contradictoires doivent &#234;tre rejet&#233;s. Le petit bourgeois et le paysan sont d&#233;pouill&#233;s de leur caract&#232;re d'entrepreneur et ils ne sont consid&#233;r&#233;s que comme des exploit&#233;s du capital qui, faisant corps et &#226;me avec nous, veulent mener la lutte contre le grand capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit avant tout sur ce plan des paysans, la nombreuse classe rurale. Nous devons gagner les paysans &#224; notre cause ; on nous r&#233;p&#232;te sans cesse que tant que le paysan est contre nous, nous n'arriverons jamais au but. Pour gagner les paysans, le r&#233;visionnisme propose que les int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques des paysans soient inscrits dans notre programme. Les propositions de protection des paysans form&#232;rent le contenu principal des r&#233;solutions du programme agraire qui furent repouss&#233;es en 1895 au Congr&#232;s de Breslau. La protection des paysans signifiait la protection de l'activit&#233; &#233;conomique paysanne, la protection des paysans dans leur caract&#232;re de propri&#233;taires et d'entrepreneurs. Plus cette protection est efficace, plus sa situation est assur&#233;e, et plus sa communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts avec le prol&#233;tariat dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat soutient de nombreux points de programme d&#233;mocratiques qui sont dans l'int&#233;r&#234;t des classes petites-bourgeoises et la social-d&#233;mocratie est le seul parti qui les soutient. Mais elle ne peut pas d&#233;fendre des points qui sont en contradiction avec les int&#233;r&#234;ts des travailleurs, que ce soit avec les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats des travailleurs ou que ce soit avec l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral du prol&#233;tariat pour le socialisme, ce qui lui interdit de faire quelque chose qui freinerait l'&#233;volution vers le socialisme. Si elle pouvait, sous la domination du capital, lib&#233;rer les paysans de l'exploitation du capital, elle accro&#238;trait ainsi leur int&#233;r&#234;t au maintien de la soci&#233;t&#233; existante. Ce n'est que lorsque le capitalisme sera vaincu que les paysans seront eux aussi lib&#233;r&#233;s de l'oppression du capital exploiteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;visionnisme s'&#233;rige en revanche en repr&#233;sentant des int&#233;r&#234;ts des paysans et des petits bourgeois. Pour les gagner imm&#233;diatement, il est pr&#234;t &#224; compromettre l'int&#233;r&#234;t du socialisme ; il doit compter pour ce faire sur le peu de clart&#233;, dans laquelle une partie importante de la classe ouvri&#232;re se trouve, &#224; propos du contexte de l'&#233;volution sociale. Et il va si loin dans la repr&#233;sentation de ces int&#233;r&#234;ts paysans qu'il les d&#233;fend m&#234;me l&#224; o&#249; ils s'opposent diam&#233;tralement aux int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats de la classe ouvri&#232;re. En France et en Allemagne, les auteurs r&#233;visionnistes ont propos&#233; que le parti ouvrier prenne fait et cause pour des droits de douane sur les denr&#233;es alimentaires afin de gagner &#224; lui les paysans qui ont int&#233;r&#234;t &#224; ce que les prix des produits alimentaires soient &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;visionnisme veut une tactique qui rassemble le plus possible de classes dans une action commune. Nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; son attitude dans le mouvement pour le droit de vote de 1908. Il y a propos&#233; une coop&#233;ration de la petite et moyenne bourgeoisie - d&#233;sign&#233;es &#224; cet effet par le terme moins choquant de &#034; citoyens&#034; - avec le prol&#233;tariat, contre les junkers et les grands capitalistes qui, afin d'effacer leur caract&#232;re bourgeois, ont re&#231;u le nom &#034;d'agrariens des mines&#034;. C'est ainsi que devait &#234;tre trac&#233;e la ligne de s&#233;paration entre les monopoleurs et les parasites d'une part, et les classes productrices utiles des entrepreneurs et des travailleurs qui sont exploit&#233;s par les premiers, de l'autre. Une telle coalition n'&#233;tait possible qu'&#224; condition que l'objectif soit pos&#233; de mani&#232;re si restreinte que toutes les classes cens&#233;es coop&#233;rer puissent le d&#233;fendre ; c'est pourquoi la r&#233;forme &#233;lectorale ne devait &#234;tre trait&#233;e que comme une pure r&#233;forme parlementaire et que toute id&#233;e d'une lutte de classe &#233;tait exclue. Le principe consistant &#224; isoler le plus possible l'adversaire est en soi tr&#232;s raisonnable. Mais il ne suffit pas pour ce faire de l'isoler sur le papier et de s'imposer des alli&#233;s sur le papier. Les v&#233;ritables relations et int&#233;r&#234;ts sont l&#233;s&#233;s par de telles constructions ; la masse des entrepreneurs, de la bourgeoisie, voyait dans le prol&#233;tariat son ennemi principal et elle sentait la contradiction d'int&#233;r&#234;ts entre elle et le prol&#233;tariat comme infiniment et plus significativement importante que les contradictions d'int&#233;r&#234;ts entre elle et les magnats de l'acier et les agrariens. Elle percevait la lutte de classe derri&#232;re la r&#233;forme &#233;lectorale et elle n'avait pas envie de vaincre avec le prol&#233;tariat. Si cette tactique avait &#233;t&#233; suivie, elle n'aurait donc eu comme r&#233;sultat pour le prol&#233;tariat que de paralyser la force de son attaque, force que la nature de la lutte de classe entra&#238;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;visionnisme croit pouvoir, par une prise de position tactique particuli&#232;re, changer les rapports r&#233;ciproques entre les classes en autre chose que ce qu'ils sont r&#233;ellement. Il n&#233;glige le fait que c'est la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me qui dicte imp&#233;rativement le comportement des classes les unes vis-&#224;-vis des autres, que ce sont leurs int&#233;r&#234;ts v&#233;ritables qui d&#233;terminent leurs actions dans la lutte entre les classes. La tactique marxiste ne part pas du principe que les couches interm&#233;diaires se situent toujours aux c&#244;t&#233;s du grand capital ; elle met en avant que leurs int&#233;r&#234;ts s'opposent souvent &#224; ceux des grands capitalistes sans qu'elles en deviennent pour autant des alli&#233;es du prol&#233;tariat. Le r&#233;visionnisme veut concilier des int&#233;r&#234;ts contradictoires et servir deux classes &#224; la fois en essayant de leur faire perdre de vue cette contradiction. Mais on n'arrivera de la sorte qu'&#224; mettre les int&#233;r&#234;ts des travailleurs de c&#244;t&#233; et &#224; s'occuper des affaires des autres classes aux d&#233;pens du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
VIII - IDEOLOGIE ET INTERETS DE CLASSE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme en tant qu'id&#233;ologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme est l'id&#233;ologie du prol&#233;tariat moderne. Une id&#233;ologie est un syst&#232;me d'id&#233;es, de conceptions et de buts, qui constituent l'expression spirituelle des conditions mat&#233;rielles de vie et des int&#233;r&#234;ts d'une classe. Mais ces expressions spirituelles ne correspondent pas parfaitement &#224; la r&#233;alit&#233;, leur original. Dans les id&#233;es et les conceptions, l'esprit s'exprime toujours sous un aspect g&#233;n&#233;ral, dans lequel on ne reconna&#238;t pas toujours la r&#233;alit&#233; concr&#232;te particuli&#232;re dont il est issu, et elles se laissent occuper par des contenus concrets tr&#232;s diff&#233;rents. L'id&#233;e de libert&#233;, comme mot d'ordre politique, a eu pour origine l'int&#233;r&#234;t de la bourgeoisie pour la libert&#233; d'entreprise et de concurrence ; mais chaque classe qui l'a utilis&#233; a compris sous ce mot d'ordre une autre r&#233;alit&#233; &#233;conomique. Le lib&#233;ralisme signifie aujourd'hui quelque chose de diff&#233;rent de ce qu'il signifiait il y a cinquante ans. En tant que g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite, une id&#233;ologie est apte &#224; repousser &#224; l'arri&#232;re-plan des divergences r&#233;elles, &#224; les faire passer inaper&#231;ues ; si plus tard, dans des circonstances nouvelles, elles viennent au jour et se manifestent dans la pratique, une bataille id&#233;ologique &#233;clate alors &#224; propos de la signification des mots : quelle est r&#233;ellement la signification du mot lib&#233;ral, qu'est-ce que la v&#233;ritable libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme, en tant que syst&#232;me d'id&#233;es, peut lui aussi recevoir des contenus et des sens les plus divers, en fonction de la classe qui est derri&#232;re lui et qui le pr&#233;sente comme un mot d'ordre, comme un slogan politique. Nous avons d&#233;j&#224; vu dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent comment une classe petite-bourgeoise prol&#233;tarienne, quand elle se saisit des id&#233;es du socialisme, leur attribue une interpr&#233;tation compl&#232;tement diff&#233;rente de celles que le prol&#233;tariat industriel leur donne. Toute classe ne peut &#233;laborer ses pens&#233;es qu'avec des &#233;l&#233;ments de la r&#233;alit&#233; qu'elle conna&#238;t elle-m&#234;me ; elle ne comprend pas ce qui est &#233;tranger &#224; son exp&#233;rience et &#224; sa pratique, et elle n'y accorde pas d'attention. C'est pourquoi elle projette dans les id&#233;es et les id&#233;aux qu'elle adopte les exp&#233;riences et les d&#233;sirs qui proviennent de sa situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est facilement compr&#233;hensible que le socialisme trouve du succ&#232;s et des partisans largement au-del&#224; de la classe ouvri&#232;re de la grande industrie de l'Europe occidentale. Socialisme signifie anticapitalisme ; le parti socialiste combat le capital par principe, comme son ennemi mortel. Mais partout dans le monde, le capital domine et opprime ; partout, des peuples et des classes souffrent sous sa domination, se r&#233;voltent contre elle et cherchent &#224; s'en d&#233;barrasser. Le socialisme devient du coup leur mot d'ordre commun, et les partis ouvriers d'Europe de l'Ouest deviennent leurs alli&#233;s naturels contre l'ennemi commun. Cela vaut donc non seulement pour les petits paysans opprim&#233;s &#224; la campagne par le capital, et dont nous nous sommes occup&#233;s d&#233;j&#224;. Cela vaut aussi pour des continents &#233;trangers o&#249; le capital p&#233;n&#232;tre comme capital colonial et exploite les ressources du pays. Le &#034;socialisme&#034; de la Nouvelle-Z&#233;lande n'est rien d'autre que la politique des paysans et des entrepreneurs locaux qui veulent neutraliser le grand capital usuraire europ&#233;en et faire na&#238;tre librement un capitalisme indig&#232;ne. De m&#234;me, le socialisme des intellectuels russes ant&#233;rieurs, &#224; l'&#233;poque des populistes, qui s'est prolong&#233; dans le parti social-r&#233;volutionnaire, portait le caract&#232;re d'un socialisme paysan en lutte contre l'exploitation du capital ouest-europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme prend la d&#233;fense du droit &#224; l'autod&#233;termination de toutes les nations, contre l'oppression et l'exploitation, et contre l'absolutisme. C'est pourquoi, dans les pays opprim&#233;s, il na&#238;t une forte sympathie pour le socialisme. Lors de la r&#233;volution russe, les nations opprim&#233;es, comme celle du Caucase, fournirent de forts contingents pour la fraction socialiste &#224; la Douma. Les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires des pays orientaux, chass&#233;s de leur pays, poursuivis par leurs gouvernements, ne trouvent en Europe occidentale d'aide et de soutien &#233;nergique qu'aupr&#232;s de la social-d&#233;mocratie. M&#234;me lorsqu'ils ne pr&#233;sentent pas la moindre trace de caract&#232;re prol&#233;tarien, ils demeurent en contact constant avec les sociaux-d&#233;mocrates et ils reprennent leurs mots d'ordre et leurs slogans. Les classes r&#233;volutionnaires d'Orient se sentent proches de la classe r&#233;volutionnaire d'Occident parce qu'elles ont un ennemi commun ou analogue - les despotes orientaux sont des instruments du capital europ&#233;en. L'id&#233;ologie lib&#233;rale d'une classe qui, en Occident, domine et se putr&#233;fie depuis longtemps, ne peut pas &#234;tre utile &#224; la bourgeoisie montante d'Orient pour une lutte brutale et enthousiaste ; seul le socialisme, l'id&#233;ologie la plus lib&#233;rale, le peut. Ce n'est que par la suite, quand elle abordera des t&#226;ches pratiques, quand les classes r&#233;volutionnaires se diff&#233;rencieront et quand elles deviendront conscientes de leurs int&#233;r&#234;ts r&#233;els, que ses porte-parole se m&#233;tamorphoseront de socialistes rouges en lib&#233;raux mod&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;poque r&#233;volutionnaire, l&#224; o&#249; un combat &#233;nergique est n&#233;cessaire contre un r&#233;gime absolutiste, c'est la classe la plus &#233;nergique, le prol&#233;tariat, qui prend la t&#234;te du mouvement et son id&#233;ologie devient le programme de tout le mouvement. En Finlande, il n'y a pas de prol&#233;tariat industriel nombreux ; la masse populaire se compose de petits paysans. Mais ceux-ci envoient une fraction socialiste nombreuse au parlement ; 40% des &#233;lecteurs votent social-d&#233;mocrate parce que seul le socialisme garantit une lutte &#233;nergique et impitoyable contre l'oppression tsariste. Dans d'autres circonstances, ces paysans n'auraient pas &#233;lu des socialistes. Il en est de m&#234;me pour les Arm&#233;niens au parlement turc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ressort de ces faits qu'il serait erron&#233; de consid&#233;rer comme semblable tout ce qui porte le nom de socialisme. Les partisans de la social-d&#233;mocratie, les membres du parti social-d&#233;mocrate, ne forment pas une masse unitaire, avec des conceptions, des id&#233;es et des d&#233;sirs, en tous points identiques. Il y a, derri&#232;re ce mot et ce nom de parti, diff&#233;rents groupes et classes, avec des int&#233;r&#234;ts en partie diff&#233;rents. La communaut&#233; temporaire ou permanente de certains de leurs int&#233;r&#234;ts les fait converger ; mais les int&#233;r&#234;ts, qui sont diff&#233;rents ou tout &#224; fait oppos&#233;s, entrent en lutte. C'est cette lutte d'int&#233;r&#234;t qui prend ensuite la forme de divergences tactiques au sein du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, tous les prol&#233;taires, tous les exploit&#233;s, ont en commun un unique int&#233;r&#234;t principal &#224; la chute du capitalisme, &#224; l'instauration du socialisme, et il peut donc sembler injuste de parler ici d'int&#233;r&#234;ts antagoniques. Mais l'on peut dire de mani&#232;re similaire que le bourgeois &#233;galement, que tout homme, a int&#233;r&#234;t au socialisme, puisqu'il apportera &#224; tous une vie meilleure, plus heureuse. Et pourtant, nous ne pensons pas &#224; en faire d&#233;couler une communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. Lorsque nous parlons des int&#233;r&#234;ts qui dominent les luttes du moment, il s'agit d'int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats tels qu'ils r&#233;sultent de la situation particuli&#232;re de chacun dans cette soci&#233;t&#233;, et tels qu'ils apparaissent &#224; l'esprit, dont les id&#233;es et les conceptions sont d&#233;termin&#233;es elles aussi par la situation de classe de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, le prol&#233;tariat, la classe des exploit&#233;s et des opprim&#233;s, que la social-d&#233;mocratie consid&#232;re comme son terrain de recrutement et qu'elle repr&#233;sente politiquement, constitue un groupe social qui n'est ni nettement d&#233;limit&#233;, ni partout semblable. On s'est querell&#233; sur la question de savoir si les couches petites-bourgeoises prol&#233;taris&#233;es et les cat&#233;gories inf&#233;rieures des employ&#233;s en font partie ; en fait, le parti p&#233;n&#232;tre ce milieu mais beaucoup plus difficilement que la classe des ouvriers industriels. Les r&#233;visionnistes insistent sur le fait que tous les opprim&#233;s et les m&#233;contents doivent s'unir &#224; nous. En Am&#233;rique, on discute de la question de savoir ce qu'est &#224; proprement parler le prol&#233;tariat ; au cours de ce d&#233;bat, l'id&#233;e a &#233;t&#233; &#233;mise que les ouvriers qualifi&#233;s, ceux qui constituent la grande conf&#233;d&#233;ration syndicale dirig&#233;e par Gompers, ne font pas vraiment partie du prol&#233;tariat, celui que le Manifeste communiste appelle &#224; s'unir, parce qu'ils seront &#233;vinc&#233;s par les machines en tant qu'artisans chevronn&#233;s, qu'ils perdront leur position privil&#233;gi&#233;e et que par cons&#233;quent ils auraient des sentiments r&#233;actionnaires. Cette conception r&#233;pond &#224; l'hostilit&#233; avec laquelle ces syndicalistes s'opposent au socialisme. Mais sous cet aspect bizarre, &#224; savoir que l'on conteste &#224; ces ouvriers leur nature prol&#233;tarienne, cette conception rec&#232;le un noyau juste : bien que l'on puisse la mettre ici sur le compte d'une compr&#233;hension limit&#233;e, il existe pourtant, &#224; l'int&#233;rieur de la classe des ouvriers industriels elle-m&#234;me, des diversit&#233;s consid&#233;rables d'int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes du prol&#233;tariat industriel qui ont obtenu, gr&#226;ce &#224; de puissantes organisations, une position privil&#233;gi&#233;e, des salaires plus &#233;lev&#233;s et une dur&#233;e de travail plus courte et qui constituent une sorte d'aristocratie ouvri&#232;re, n'&#233;prouvent pas le m&#234;me besoin pressant du renversement du capitalisme que les cat&#233;gories inf&#233;rieures de la classe ouvri&#232;re. Ils se sont install&#233;s dans une certaine mesure confortablement dans l'existant ; ils forment une puissance reconnue qui n&#233;gocie avec les entrepreneurs et les hommes politiques. Leur id&#233;al est une ascension graduelle vers de meilleures conditions de vie ; leurs conceptions se rapprochent de celles des petits bourgeois, &#233;tant donn&#233; que leur situation correspond &#224; celle des cat&#233;gories inf&#233;rieures des nouvelles classes moyennes. Ils ne consid&#232;rent pas l'&#233;volution technique de la soci&#233;t&#233;, laquelle cr&#233;e les conditions du socialisme, comme d'un int&#233;r&#234;t primordial pour le prol&#233;tariat, car, au contraire, ils sont souvent menac&#233;s par ce progr&#232;s dans leur position privil&#233;gi&#233;e. Et en effet, c'est ainsi qu'ils se manifestent parfois avec un &#233;tat d'esprit r&#233;actionnaire. Il est notoire que les syndicalistes anglais et am&#233;ricains constituent une telle aristocratie ouvri&#232;re. Dans la mesure o&#249; ils ont acquis une ind&#233;pendance politique, ils repr&#233;sentent une politique ouvri&#232;re socialiste mod&#233;r&#233;e qui ne veut rien savoir de la lutte de classe et de la r&#233;volution, qui se contente d'un droit de vote limit&#233; lequel fait des seuls ouvriers les mieux pay&#233;s des &#233;lecteurs, et qui ne s'oppose pas par principe aux gouvernements bourgeois. Leur socialisme est &#034;&#233;volutionniste&#034;, c'est-&#224;-dire une doctrine de l'ascension progressive des travailleurs et de la nationalisation graduelle des branches de production les plus importantes par un pouvoir d'&#201;tat &#233;thico-philanthropique - bref, le socialisme r&#233;visionniste du &#034;parti ouvrier ind&#233;pendant&#034; qui repr&#233;sente politiquement ces couches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions d'int&#233;r&#234;ts qui existent entre le prol&#233;tariat industriel d'une part, et les petits bourgeois et les petits paysans prol&#233;taris&#233;s d'autre part, sont plus graves. Nous avons d&#233;j&#224; trait&#233; de ces contradictions. Le r&#233;visionnisme repr&#233;sente, &#224; l'int&#233;rieur de la social-d&#233;mocratie, les int&#233;r&#234;ts de ces couches petites-bourgeoises ainsi que les int&#233;r&#234;ts de l'aristocratie ouvri&#232;re qualifi&#233;e, par rapport aux int&#233;r&#234;ts de la masse du prol&#233;tariat industriel. La lutte entre les diff&#233;rentes tendances dans la social-d&#233;mocratie n'est pas seulement une lutte entre des conceptions, une lutte intellectuelle pour la justesse de certaines th&#233;ories ou id&#233;es, pas plus que les d&#233;bats parlementaires ne constituent une lutte pour la v&#233;rit&#233; th&#233;orique. De m&#234;me que ceux-ci sont l'expression d'une lutte radicale d'int&#233;r&#234;ts entre les grandes classes sociales, de m&#234;me les luttes internes de la social-d&#233;mocratie sont en grande partie des luttes d'int&#233;r&#234;ts - m&#234;me si elles sont moins radicales - entre des groupes voisins qui forment tous ensemble le prol&#233;tariat. C'est cela qui permet de comprendre la violence et la passion avec lesquelles ces luttes sont men&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#226;mes sensibles sont souvent douloureusement touch&#233;es par la v&#233;h&#233;mence avec laquelle sont d&#233;fendues, dans notre parti, des divergences d'opinion qui peuvent aller jusqu'&#224; une inimiti&#233; personnelle r&#233;elle. Elles sont enclines &#224; mettre ces &#034;mauvaises m&#339;urs&#034; &#224; la charge des personnes ; o&#249; est donc l'&#233;poque, demandent-elles, o&#249; nous travaillions encore comme des amis et des fr&#232;res ? Les explications pr&#233;c&#233;dentes peuvent montrer qu'il ne s'agit pas de d&#233;fauts personnels. Le parti social-d&#233;mocrate n'est pas, ce que nous imaginons volontiers dans des r&#234;ves sentimentaux, un rassemblement d'amis qui travaillent corps et &#226;me ensemble pour un but commun. Il est la repr&#233;sentation politique d'un certain nombre de couches sociales voisines qui s'unissent, du fait de leur int&#233;r&#234;t commun, pour mener ensemble la lutte contre l'ennemi commun et qui doivent pour ce faire mettre &#224; l'&#233;cart leurs divergences et leurs oppositions, mais qui s'efforcent toutes dans cette alliance de faire valoir et pr&#233;dominer leurs int&#233;r&#234;ts particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage sur la litt&#233;rature r&#233;volutionnaire des journaux en France durant les ann&#233;es 1789-1794, Cunow &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Parti et classe ont des conditions diff&#233;rentes de d&#233;veloppement et d'activit&#233;. Il est dans le caract&#232;re de la classe de faire ressortir de mani&#232;re de plus en plus nette ses propri&#233;t&#233;s sp&#233;cifiques et de se s&#233;parer des autres classes en tant que groupe ind&#233;pendant. En revanche, le parti est tenu de se mettre en valeur politiquement et d'accro&#238;tre &#224; cette fin le plus possible le nombre de ses partisans, de penser constamment &#224; de nouvelles adh&#233;sions, afin d'avoir la plus forte repr&#233;sentation possible aux endroits o&#249; les questions politiques sont d&#233;cid&#233;es. Mais cette tendance conduit tout &#224; fait d'elle-m&#234;me tout parti qui combat l'ordre &#233;tatique existant &#224; r&#233;unir si possible autour de lui tous les &#233;l&#233;ments qui sont m&#233;contents de cet ordre et de trouver pour eux, sans tenir compte de leur appartenance de classe, un terrain de lutte commun. La cons&#233;quence en est toujours que les revendications politiques communes de ses partisans sont mises au premier plan par un tel parti, et que les revendications sociales, qui pourraient d&#233;clencher des dissensions internes entre les diff&#233;rentes fractions de ses adh&#233;rents, sont mises &#224; l'&#233;cart.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne vaut que partiellement pour la social-d&#233;mocratie. Elle aussi cherche &#224; rassembler si possible autour d'elle tous les m&#233;contents. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle rejette les revendications particuli&#232;res de classe du prol&#233;tariat &#224; l'arri&#232;re-plan. En effet, elle est aussi plus qu'un parti purement politique. Elle est en m&#234;me temps une organisation de classe consciente. En tant que telle, elle dispose d'autres moyens que les moyens parlementaires, et du fait de ces moyens, chaque ouvrier industriel vaut plus qu'un petit paysan, et une grande masse organis&#233;e dans une entreprise importante vaut plus que de nombreux ouvriers diss&#233;min&#233;s dans de petites entreprises. C'est que les questions politiques ne sont pas toutes d&#233;cid&#233;es au parlement ou dans les urnes &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la lutte politico-parlementaire non plus, les int&#233;r&#234;ts de classe sp&#233;cifiques du prol&#233;tariat ne sont pas mis &#224; l'&#233;cart, afin de gagner par cela toutes les classes m&#233;contentes. Dans la lutte de l'ensemble des classes de tous les exploit&#233;s, c'est l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat industriel qui doit d&#233;tenir le commandement, qui doit ma&#238;triser la progression commune. Il ne peut en &#234;tre autrement car cet int&#233;r&#234;t est le seul &#224; co&#239;ncider avec la seule &#233;volution r&#233;elle et possible et &#224; pouvoir par cons&#233;quent &#234;tre d&#233;fendu avec la perspective d'un succ&#232;s durable. Les autres classes exploit&#233;es doivent suivre. Leur int&#233;r&#234;t sp&#233;cifique ne peut pas &#234;tre parfaitement soutenu parce qu'il est en contradiction avec l'&#233;volution objective ; un parti qui se laisse d&#233;terminer par celui-ci tombe toujours dans l'impasse d'une politique r&#233;actionnaire, cryptocapitaliste. Elles ne soutiennent r&#233;ellement leur int&#233;r&#234;t que pour autant qu'il co&#239;ncide avec celui du prol&#233;tariat. La seule attitude rationnelle pour ces classes dans le combat politique consiste donc &#224; suivre le prol&#233;tariat industriel, &#224; se ranger &#224; ses c&#244;t&#233;s, et &#224; lui c&#233;der le commandement, &#233;tant donn&#233; qu'il est la classe la plus &#233;nergique, la plus farouchement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que se r&#233;v&#232;le la v&#233;ritable nature de la tactique r&#233;visionniste. Si le parti accepte les revendications programmatiques qui repr&#233;sentent l'int&#233;r&#234;t des couches petites-bourgeoises, lequel est en contradiction avec celui du prol&#233;tariat, cela signifie que ce sont les int&#233;r&#234;ts petits-bourgeois qui prennent le commandement &#224; la place des int&#233;r&#234;ts prol&#233;tariens et que ce sont les classes petites-bourgeoises qui d&#233;terminent la nature du parti. La nature d'un parti ne d&#233;pend pas de son nom et pas m&#234;me de la nature de ses membres, mais des int&#233;r&#234;ts qui d&#233;terminent sa politique. Si le parti social-d&#233;mocrate prenait la d&#233;fense de la protection des paysans et des droits de douane sur les importations de produits alimentaires par exemple, il deviendrait alors un parti paysan que le prol&#233;tariat suit, et elle abandonnerait ainsi sa nature r&#233;volutionnaire qui co&#239;ncide avec l'&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la science&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; plus haut comme l'id&#233;ologie de classe du prol&#233;tariat. Mais il est encore davantage, encore quelque chose d'autre, en ce qu'il s'oppose aux autres id&#233;ologies de classe. &#192; la fin du deuxi&#232;me chapitre, nous avons d&#233;j&#224; expos&#233; ce qui diff&#233;rencie la th&#233;orie et la pratique de la lutte de classe prol&#233;tarienne de toutes celles qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;es. Les id&#233;es et les conceptions du prol&#233;tariat reposent sur une science de la soci&#233;t&#233; qui le rend capable de pr&#233;voir les cons&#233;quences de ses actions et les r&#233;actions des autres classes. Tandis que les id&#233;ologies ant&#233;rieures &#233;taient inconscientes et par cons&#233;quent des reflets exag&#233;r&#233;s de la situation &#233;conomique, le socialisme est une doctrine scientifique claire. La diff&#233;rence entre l'id&#233;ologie et la science, qui sont toutes les deux des expressions g&#233;n&#233;rales abstraites de la r&#233;alit&#233; concr&#232;te, consiste en ceci qu'une id&#233;ologie est une g&#233;n&#233;ralisation inconsciente dans laquelle la conscience de la r&#233;alit&#233; qui lui correspond s'est perdue, alors que la science se compose uniquement de g&#233;n&#233;ralisations conscientes et que ses th&#233;or&#232;mes font conna&#238;tre sans &#233;quivoque la r&#233;alit&#233; dont ils sont issus. L'id&#233;ologie est donc principalement une affaire de sentiment, et la science une affaire de raison. L'id&#233;ologie exprime la pulsion spontan&#233;e, la passion inconsciente, l'int&#233;r&#234;t ressenti de mani&#232;re imm&#233;diate, alors que la science affirme l'entendement conscient, l'int&#233;r&#234;t reconnu clairement. La science permet aux travailleurs de se laisser d&#233;terminer dans leurs actions non plus seulement par la pulsion inconsciente de leur sentiment imm&#233;diat, mais par la compr&#233;hension scientifique d'un contexte plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des chapitres pr&#233;c&#233;dents, nous avons expliqu&#233; que, bien que la science indique une voie s&#251;re et droite &#224; notre action, les divergences &#224; propos de la tactique ne doivent cependant pas &#234;tre con&#231;ues comme les simples cons&#233;quences d'un manque de compr&#233;hension. Elles sont le produit in&#233;vitable des conditions mat&#233;rielles, de m&#234;me que le socialisme lui-m&#234;me. Elles sont les cons&#233;quences des diff&#233;rents degr&#233;s de d&#233;veloppement du capitalisme dans les diff&#233;rentes r&#233;gions et sph&#232;res de production, les cons&#233;quences de la nature dialectique du d&#233;veloppement capitaliste, les cons&#233;quences des contradictions d'int&#233;r&#234;ts au sein de la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me. Elles ont donc de ce fait un caract&#232;re n&#233;cessaire ; nos dissensions dans le parti ne d&#233;pendent pas de la bonne ou de la mauvaise volont&#233; des camarades ; ce qui se fait jour en elles, ce sont les contradictions internes entre les classes sociales qui jouent un r&#244;le dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas n&#233;cessaire que cette consid&#233;ration nous conduise &#224; une conception fataliste selon laquelle nous devrions supporter ces dissensions, ces luttes d'int&#233;r&#234;t, comme quelque chose d'in&#233;luctable, sans que l'on puisse exercer une influence sur elles. Cela n'est vrai que dans la mesure o&#249; nous admettons que l'action des classes est partout d&#233;termin&#233;e par l'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat, ressenti spontan&#233;ment, dans la mesure donc o&#249; la science consciente de la soci&#233;t&#233; fait d&#233;faut. Mais cela n'est plus totalement vrai pour le prol&#233;tariat socialiste. La classe ouvri&#232;re n'est plus d&#233;termin&#233;e, lors de tous ses actes, par un int&#233;r&#234;t ressenti imm&#233;diatement. mais aussi par la compr&#233;hension de ses int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux, durables, les plus profonds, et qui ne peuvent &#234;tre connus que par la science. Elle n'est pas, comme les autres classes, domin&#233;e uniquement par un sentiment aveugle, mais aussi par la raison consciente. Et il en sera ainsi toujours davantage dans la mesure o&#249; elle se formera th&#233;oriquement, o&#249; elle comprendra la th&#233;orie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la th&#233;orie dans le mouvement ouvrier est donc de soustraire la volont&#233; &#224; la toute-puissance de la pulsion imm&#233;diate et instinctive, et de la subordonner &#224; la connaissance consciente et rationnelle. Le discernement th&#233;orique &#233;l&#232;ve les travailleurs au-dessus de l'influence de l'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat limit&#233; et leur permet de se laisser d&#233;terminer dans leur action par l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de classe du prol&#233;tariat, par l'int&#233;r&#234;t durable du socialisme. Toutes les tendances qui d&#233;tournent le prol&#233;tariat du juste chemin, qui le font retourner en partie &#224; des conceptions bourgeoises et sur des voies r&#233;actionnaires et sans perspectives, qui rendent sa lutte plus difficile et plus longue, toutes ces tendances, donc, sont d'autant plus impuissantes, d'autant plus sans influence, que les travailleurs comprennent mieux la th&#233;orie socialiste, le marxisme. Si nous constatons que l'influence de l'aristocratie ouvri&#232;re syndicale est beaucoup plus faible en Allemagne qu'en Angleterre, la cause en r&#233;side en grande partie dans la formation socialiste des ouvriers allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est aussi le moyen par lequel les contradictions internes au sein de la classe exploit&#233;e mettront le moins en danger l'unit&#233; du mouvement ouvrier. L'explication th&#233;orique, une propagande qui am&#232;ne les travailleurs &#224; ne plus penser &#224; leurs int&#233;r&#234;ts particuliers mais au contexte g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, endiguera les oppositions, fera diriger la passion par la raison, et &#244;tera une partie de leur acuit&#233; aux dissensions. C'est le soin accord&#233; &#224; la th&#233;orie, au fondement scientifique du socialisme, qui contribuera le plus &#224; donner au mouvement un cours tranquille et s&#251;r, &#224; le faire passer d'un instinct inconscient en un acte conscient d'hommes qui comprennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lors des derni&#232;res &#233;lections en Am&#233;rique, les ouvriers et les petits bourgeois ont vot&#233; massivement pour le parti des grands trusts parce qu'ils se sont dit que leur int&#233;r&#234;t imm&#233;diat &#224; une bonne conjoncture d&#233;pendait du fait que les ma&#238;tres des trusts prosp&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Terme utilis&#233; en Prusse et en Autriche (NdT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#034;Hottentottenwahl&#034; : on d&#233;signe par cette expression les &#233;lections du 25 janvier 1907 au Reichstag, parce qu'elles ont &#233;t&#233; occasionn&#233;es par la guerre contre les Hottentots, dans la colonie allemande du Sud-Ouest Africain. Cette guerre coloniale avait provoqu&#233; une crise politique, du fait du refus des centristes et des sociaux-d&#233;mocrates de voter les cr&#233;dits suppl&#233;mentaires demand&#233;s par le gouvernement du chancelier von B&#252;low pour continuer cette guerre. Le Kaiser avait donc ordonn&#233; la dissolution du parlement le 13 d&#233;cembre 1906 et la campagne &#233;lectorale qui s'ensuivit fut le th&#233;&#226;tre de violents d&#233;bats sur la politique coloniale de l'Allemagne. (NdT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] C'est ainsi que le d&#233;l&#233;gu&#233; fran&#231;ais Yvetot exposait la chose r&#233;cemment &#224; la sixi&#232;me Conf&#233;rence internationale des secr&#233;taires syndicaux : &#034;Le mouvement ouvrier n'a rien &#224; faire avec les partis politiques. Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, nous avons vu des gens qui ont utilis&#233; la classe ouvri&#232;re exclusivement pour parvenir aux sommets - et quand ils sont ensuite arriv&#233;s au but, ils ont trahi la classe ouvri&#232;re&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Les employ&#233;s de commerce, qui se consid&#232;rent comme faisant partie de la bourgeoisie, n'y appartiennent pas de par leur r&#233;mun&#233;ration prol&#233;tarienne, mais ils constituent la couche prol&#233;tarienne la plus born&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/pannekoek/works/1909/00/divergences.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/pannekoek/works/1909/00/divergences.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Luttes ouvri&#232;res au Moyen-&#226;ge, sous la royaut&#233;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Moyen-Age</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment est n&#233; le droit du travail au Moyen &#194;ge ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-histoire/le-pourquoi-du-comment-histoire-chronique-du-mardi-20-fevrier-2024-4155070?utm_source=pocket-newtab-fr-fr &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re grande gr&#232;ve du Moyen-&#226;ge en France : en 1229, celle des enseignants de l'universit&#233; de Paris : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_de_1229_%C3%A0_l%27universit%C3%A9_de_Paris &lt;br class='autobr' /&gt;
En Flandres, les gr&#232;ves ouvri&#232;res ont lieu tr&#232;s t&#244;t... (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot32" rel="tag"&gt;Moyen-Age&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment est n&#233; le droit du travail au Moyen &#194;ge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-histoire/le-pourquoi-du-comment-histoire-chronique-du-mardi-20-fevrier-2024-4155070?utm_source=pocket-newtab-fr-fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-histoire/le-pourquoi-du-comment-histoire-chronique-du-mardi-20-fevrier-2024-4155070?utm_source=pocket-newtab-fr-fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re grande gr&#232;ve du Moyen-&#226;ge en France : en 1229, celle des enseignants de l'universit&#233; de Paris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_de_1229_%C3%A0_l%27universit%C3%A9_de_Paris&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_de_1229_%C3%A0_l%27universit%C3%A9_de_Paris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Flandres, les gr&#232;ves ouvri&#232;res ont lieu tr&#232;s t&#244;t...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1225 et 1250, les premi&#232;res gr&#232;ves de travailleurs sont document&#233;es dans des villes comme Douai et Gand. C'est plus t&#244;t que partout ailleurs dans l'Europe m&#233;di&#233;vale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#232;gne du chef populaire Jacob van Artevelde (1338-45), capitaine g&#233;n&#233;ral de Gand, marque l'apog&#233;e de la r&#233;bellion flamande. Bien qu'Artevelde ne soit pas lui-m&#234;me un artisan et qu'il appartienne &#224; la classe sup&#233;rieure urbaine de Gand, il r&#233;ussit &#224; gagner le soutien des ouvriers du textile et de la plupart des autres artisans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lavamedia.be/fr/la-flandre-epicentre-du-conflit-de-classes-dans-leurope-medievale/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lavamedia.be/fr/la-flandre-epicentre-du-conflit-de-classes-dans-leurope-medievale/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plongeons nous dans la Flandre de 1280, dans un dernier focus historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le ventre du monde &#224; cette &#233;poque, un condens&#233; magnifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TAKEHANS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Mot flamand pour gr&#232;ve et coalition d'ouvrier)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici les foulons et les teinturiers,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;toute cette chaine de m&#233;tiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui faisait vivre les drapiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce secteur d'activit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;est d&#233;j&#224; fortement industrialis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la chaine du textile,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'usine, c'est chaque ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un monde de pr&#233;-prol&#233;taires,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ruraux pouss&#233;s l&#224; pour &#233;chapper &#224; la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hordes des temps nouveaux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pas si maniables, loin s'en faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organis&#233;s en corporations,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dont on en veut aux conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos gr&#232;ves d'aujourd'hui,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ont sources en ces conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Flandre et le Hainaut&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;portent d&#233;j&#224; nos maux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'allument &#224; tour de r&#244;le&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'antagonismes dr&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vastes foyers o&#249; Vulcain s'&#233;reinte,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o&#249; la force du nombre et celle de l'argent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se toisent comme deux colosses taquins,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avant l'ultime affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; d'ann&#233;es en ann&#233;es,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sournoisement les clivages se sont install&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh, il y a bien du travail,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mais &#224; quels prix, quels salaires minimaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste de quoi nourrir le cercle familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant on voit le drapier flamand bien gros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, ceux-l&#224; quelle nouvelle race est-ce donc ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boinebrock and co qui mangent sur le dos de quiconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oubliant d&#233;j&#224; que l'ouvrier est un homme,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quand les corporations encaissaient certaines sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, le sens est au changement,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quand de royaux arbitres soutenaient tous ces gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui voulait gagner sa pitance, n'avait pas justice avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salaires, dur&#233;e du travail, concurrence, apprentis,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les compagnons eurent fort &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car au XIIIe si&#232;cle, les relations humaines se d&#233;t&#233;rior&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrier, le valet, n'acc&#233;daient plus au rang de maitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main d'&#339;uvre abondante avait inspir&#233; quelques malhonn&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Y- avait-il un moyen pour s'&#244;ter ce joug du col ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;plus de sentiments &#224; faire envers les gens de monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces grands bourgeois flamands qui asservirent des r&#233;gions enti&#232;res,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tenant d'un bout &#224; l'autre la chaine de fabrication de laine d'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient des fa&#231;onniers jusqu'en Picardie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;chicanant sur les produits,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que ceux-ci confectionnaient, du petit jour &#224; la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, ils ne cr&#233;aient pas des ateliers dans leurs villes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour avoir sous les pieds, une main d'&#339;uvre plus docile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus, ces gens l&#224; enrichis de jour en jour,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;spoliaient presque les terres des ruraux alentour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois fort loin dans les campagnes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils achetaient les seigneuries exsangues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysan ainsi affam&#233; refluait vers la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cercle vicieux, cercle subtil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi comprendre tous ces &#171; m&#233;contentements &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; compilacions et takehans &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ire des tisserands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en 1280, &#224; Ypres, Douai, Tournai, Bruges,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on vit les bourgeois, le soir, s'enfermaient dans leur refuge,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;jetant hors les villes leurs ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re s'&#233;tendit &#224; Provins, &#224; Caen,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'&#233;meute descendit &#224; Orl&#233;ans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et m&#234;me jusqu'&#224; B&#233;ziers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce f&#251;t la premi&#232;re fois, qu'en une seule ann&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la r&#233;volte, dans le pays, s'&#233;tendit, g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se rassurer, on fit une r&#233;pression de la m&#234;me taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Ypres, on arracha les yeux de dix gr&#233;vistes, avant de les bannir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus de cent condamnations suivirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;taient de f&#233;roces pr&#233;mices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers courront d&#232;s lors apr&#232;s la Justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de Philippe III le hardi, on l&#233;gif&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais survinrent de f&#226;cheux sp&#233;cialistes du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boileau, Beaumanoir, Bouthillier,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;arriv&#232;rent, surench&#233;rissant chacun, &#224; chaque trait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion tomba : &#171; c'&#233;tait crime odieux que de se r&#233;volter &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Takehans et Harelles &#233;quivaudraient dor&#233;navant &#224; peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sieur Bouthillier avait fait tr&#232;s fort (1335).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite est encore actuelle,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et fait partie, cyniquement, de l'Histoire universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean de Boinebroke&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu, nombreux d&#233;j&#224; sont &#171; ceus qui font fere leurs &#339;uvres &#224; autrui &#187;, &#224; Paris et dans les riches Flandres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evolution soci&#233;tale, &#224; la fin du XIIIe Si&#232;cle, les plus riches bourgeois dans les villes s'approprient les fonctions municipales, l'exercice de la justice. R&#233;sultat, il en ressort une oppression des autres &#171; bourgeois &#187; et des troubles sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Apr&#232;s s'&#234;tre &#233;mancip&#233;s des f&#233;odaux ou des &#233;v&#234;ques, ceux-ci font ironie du sort &#224; nouveau appel &#224; eux pour arbitrer leurs conflits).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications qui sont d&#233;j&#224; modernes. &#171; Salaires, dur&#233;e du travail, concurrence&#8230; &#187; Furent le d&#233;clic de beaucoup d'&#233;meutes. On lynche souvent le notable. Mais les rois pour les ouvriers n'ont que de s&#233;v&#232;res compromis, le bannissement, voir la mort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il en va de m&#234;me dans les campagnes. L'ancienne noblesse a &#233;t&#233; d&#233;cim&#233; sur les champs de bataille (XIV et XVe Si&#232;cle), une nouvelle a surgit, les rois pourvoyant en lettre d'anoblissement. Cette gente ne &#171; reconna&#238;t plus les anciens contrats, le rachat des corv&#233;es, les droits dans les bois&#8230; &#187;. Nombreuses sont les &#171; jacqueries &#187;, filles de monopole et de sp&#233;culation, filles des guerres, filles des rois fous ou d&#233;biles qui se sont succ&#233;d&#233;s et d'une noblesse qui n'en a que le nom, engraiss&#233;e par le sang et l'imp&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; tuchins &#187; en Languedoc, (mis sur la touche, au ch&#244;mage), les &#171; maillotins &#187; &#224; Paris, les &#171; harelles &#187; de Rouen et en Normandie, n'envient rien aux premiers sans-culottes. Ces r&#233;volt&#233;s ont quatre cent ans d'avance, or les rois de ce temps sont bien plus coriaces qu'un Louis XVI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du Moyen-&#226;ge, pompeusement appel&#233; Renaissance, les artisans des campagnes triment sous la f&#233;rule d'urbains patrons. Les nobles se mettent plus bas que terre pour ramasser les honneurs et pouvoir parader &#224; la cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absolutisme r&#232;gne partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cgtmonoprixsiege.eklablog.com/luttes-sociales-au-moyen-age-a94389676&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cgtmonoprixsiege.eklablog.com/luttes-sociales-au-moyen-age-a94389676&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Ier interdit en 1539 les assembl&#233;es de ma&#238;tres, compagnons et serviteurs, suite &#224; une gr&#232;ve des typographes lyonnais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du 25 avril 1539 &#233;clate le tric qui va durer plus de trois mois dans les ateliers typographiques de Lyon, la premi&#232;re gr&#232;ve ouvri&#232;re de l'histoire de France, appel&#233;e le Grand Tric des Imprimeurs de Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://rebellyon.info/25-avril-1539-a-Lyon-le-Grand-Tric-des-15040&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://rebellyon.info/25-avril-1539-a-Lyon-le-Grand-Tric-des-15040&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La corporation et le compagnonnage &#233;taient souvent en lutte, parce qu'ils repr&#233;sentaient des int&#233;r&#234;ts diff&#233;rents, sinon oppos&#233;s : la corporation, les int&#233;r&#234;ts des ma&#238;tres ; le compagnonnage, ceux des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ma&#238;tres supportaient mal ces compagnies secr&#232;tes et insaisissables qui &#233;chappaient &#224; leur autorit&#233;, fomentaient des gr&#232;ves et des troubles. Ils provoquaient des descentes de police, au cours desquelles on s'emparait des papiers et de l'argent d&#233;pos&#233;s chez la &#171; m&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les compagnons trouvaient dans leur association le contrepoids n&#233;cessaire &#224; la corporation de m&#233;tier qui favorisait les ma&#238;tres aux d&#233;pens des ouvriers. Aussi, malgr&#233; l'illusoire suppression g&#233;n&#233;rale des compagnonnages par l'&#233;dit de Villers-Cotte-rets (1539), ceux-ci paraissent avoir multipli&#233; le nombre de leurs adh&#233;rents jusqu'&#224; la R&#233;volution, et il semble, ce qui s'explique ais&#233;ment, que la naissance de la grande industrie ait favoris&#233; ce &#171; mouvement ouvrier &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant ils &#233;taient traqu&#233;s par trois sortes d'ennemis : l'Eglise, les ma&#238;tres, les villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici l'opinion de l'Eglise : elle est exprim&#233;e, au XVIIe si&#232;cle, par un ancien compagnon devenu pr&#234;tre ; c'est une d&#233;finition et des griefs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ces compagnons d&#233;shonorent grandement Dieu, profanant tous les myst&#232;res de notre religion, ruinent les maistres, vuidant leurs boutiques de serviteurs quand quelqu'un de leur cabale se plaint d'avoir re&#231;u bravade, et se ruinent eux-m&#234;mes par les d&#233;fauts au devoir qu'ils font payer les uns aux autres pour estre employez &#224; boire ; outre que le compagnonnage ne leur sert de rien pour la ma&#238;trise. Ils ont entre eux une juridiction, eslisent des officiers, un pr&#233;-vost, un lieutenant, un greffier et un sergent ; ont des correspondances par les villes, et un mot du guet par lequel ils se reconnaissent et qu'ils tiennent secret, et font partout ligue offensive contre les apprentis de leur m&#233;tier qui ne sont pas de leur cabale, les battent et les maltraitent, et les sollicitent d'entrer en leur compagnie.&#034; (Levasseur, I, 607.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici maintenant le son de la cloche patronale et municipale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ils entretiennent de continuelles contestations qui ont produit des d&#233;sordres infinis jusque-l&#224;. Ils s'attroupent et vont sur les grands chemins, et enfin maltraitent &#224; coups de b&#226;tons carr&#233;s, dont ils sont les uns et les autres continuellement arm&#233;s, ceux qui ne sont pas de leur parti ; ils font plus, ils courent la nuit avec des sabres et des &#233;p&#233;es nues &#224; la main, et enfin, conduits par la rage et une fureur sans pareille, ils se battent jusqu'&#224; se faire tuer les uns les autres... Il y a eu contre eux des proc&#233;dures sans nombre, des d&#233;crets de prise de corps..., mais les exc&#232;s sont rest&#233;s impunis, parce qu'ils prennent la fuite et vont travailler ailleurs. Ils ont form&#233; un &#171; syndicat &#187; (le mot est significatif et justifie notre interpr&#233;tation) qui prend des d&#233;lib&#233;rations contre le corps des ma&#238;tres menuisiers et charpentiers pour d&#233;fendre &#224; certains compagnons de travailler dans certaines boutiques...&#034; (Ordonnance du marquis de Castries, gouverneur de Montpellier, 1730. &#8212; Levasseur, II, 818.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les compagnonnages &#233;taient les syndicats d'autrefois. Les uns et les autres repr&#233;sentent devant l'Histoire la classe ouvri&#232;re organis&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit parfois que les gr&#232;ves sont un produit r&#233;cent de l'industrialisation progressive ou de la turbulence ouvri&#232;re. C'est une illusion. II y eut des gr&#232;ves au temps jadis. La gr&#232;ve n'est peut-&#234;tre pas aussi vieille que la souffrance des travailleurs, mais elle para&#238;t aussi vieille que l'exploitation des hommes par d'autres hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen &#226;ge lui-m&#234;me eut ses &#171; gr&#233;vistes &#187;. L'histoire a gard&#233; le souvenir du maire de la ville d'Ypres et de la ville de Provins tu&#233;s la m&#234;me ann&#233;e, en 1280, &#224; la suite d'une &#233;meute d'ouvriers tisserands. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, les tisserands de Douai &#8212; des artisans, ceux-l&#224; &#8212; s'&#233;taient r&#233;volt&#233;s contre une taxe sur les draps, et, dans leur fureur qu'on imagine &#224; peine, ils avaient tu&#233; onze &#233;chevinsl C'&#233;tait une &#171; jacquerie &#187;. Les hommes d'armes &#233;taient intervenus comme &#224; Rome ; le comte de Flandre avait r&#233;duit l'&#233;meute par la force, il avait fait pendre ou bannir les plus &#171; mutins &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les si&#232;cles lointains du moyen &#226;ge, les &#171; gueux &#187;, affam&#233;s, &#233;cras&#233;s sous le poids de formidables puissances d'oppression, eurent de terribles d&#233;sespoirs, obscurs et sanglants efforts vers un peu moins de mis&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Histoire d'une gr&#232;ve au seizi&#232;me si&#232;cle (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) V. Hauser, Ouvriers du temps pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons trois si&#232;cles. Voici une gr&#232;ve moins violente, plus moderne, une gr&#232;ve o&#249; l'on est surpris de trouver presque tous les caract&#232;res des gr&#232;ves de nos jours.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait &#224; Lyon, au printemps de l'ann&#233;e 1539. Lyon &#233;tait d&#233;j&#224; une cit&#233; importante, o&#249; battaient de nombreux m&#233;tiers &#224; tisser la soie, o&#249; florissaient les plus belles imprimeries &#171; de ce royaume, voire de la chr&#233;tient&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subitement, dans tous les ateliers &#224; la fois, les compagnons typographes &#171; ont tous ensemble laiss&#233; leur besogne &#187;. C'&#233;tait la &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187; de l'imprimerie lyonnaise au XVIe si&#232;cle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gr&#232;ve &#233;tait le r&#233;sultat d'une entente pr&#233;alable, d'un monopole, comme on disait alors. Ces ch&#244;mages concert&#233;s, ces &#171; gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales &#187; n'&#233;taient sans doute pas rares chez les &#171; typos &#187; de Lyon, car ils avaient cr&#233;&#233; un mot pour les d&#233;signer : le trie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trie, dit en son curieux langage le R&#232;glement de 1696, est un mot invent&#233; par les compagnons, &#171; pour lequel, incontinent apr&#232;s la prononciation d'icelui, ils d&#233;laissent leur ouvrage pour faire quelque d&#233;bauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compagnons typographes, qui ont toujours pr&#233;c&#233;d&#233; les autres compagnons dans la voie de l'organisation ouvri&#232;re, &#233;taient group&#233;s en une vaste confr&#233;rie, sorte de compagnonnage o&#249; le serment avait &#233;t&#233; pr&#234;t&#233; de &#171; cesser l'&#339;uvre quand l'un d'eux veut cesser &#187;. Ainsi, au XVIe si&#232;cle, chez les &#171; typos &#187; de Lyon, il suffisait qu'un seul compagnon &#8212; un seul ! &#8212; e&#251;t &#224; se plaindre d'un ma&#238;tre, pour qu'imm&#233;diatement tout le travail cess&#226;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confr&#233;rie avait des chefs connus et une &#171; bourse commune &#187; : ce n'est pas d'hier qu'on verse des cotisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le trie prononc&#233;, les compagnons, portant &#171; armes, dagues, poignards et b&#226;tons &#187;, menac&#232;rent de &#171; battre et mutiler et, en outre, d'expulser de la confr&#233;rie &#187; les autres compagnons et les apprentis qui ne voulaient pas &#171; laisser leur besogne &#187;. Mais il para&#238;t bien qu'ils n'eurent gu&#232;re l'occasion de &#171; battre et mutiler &#187; les r&#233;fractaires, puisque tout le travail avait cess&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se rattrap&#232;rent en &#171; rossant &#187; les patrons et m&#234;me aussi le guet ! (C'&#233;tait alors une mode.) En effet, le procureur du roi accuse formellement les compagnons d'avoir battu &#171; le pr&#233;v&#244;t et les sergents jusqu'&#224; mutilation et effusion de sang &#187;, &#8212; si bien que le guet n'osait plus sortir ! Ils avaient l'&#233;nergie rude, les typographes du XVIe si&#232;cle ! De vrais insurg&#233;s ! Ces curieux &#171; gr&#233;vistes &#187; poss&#233;daient une v&#233;ritable organisation militaire, avec banni&#232;res, enseignes, marches par grosses compagnies &#171; bien form&#233;es et bien conduites &#187;, command&#233;es par un capitaine, des lieutenants et chefs de bandes, bref, des officiers de gr&#232;ve !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi donc cette mobilisation ouvri&#232;re dans la vieille cit&#233; lyonnaise ? Que voulaient donc les compagnons typographes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, une augmentation de salaires. Les salaires comprenaient des gages et la nourriture (on se souvient que jadis les ouvriers &#233;taient nourris le plus souvent par les ma&#238;tres). Or, les patrons rognaient sur la nourriture. Ils trouvaient les compagnons trop gourmands, qu'on ne pouvait &#171; contenter de nourriture &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la diminution du nombre des apprentis. Ces apprentis, que les ma&#238;tres ne payaient pas, qui, au contraire, payaient les ma&#238;tres, avilissaient les salaires des compagnons en prenant leur place. Les compagnons leur adress&#232;rent des menaces... et aussi des coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, lesdits compagnons, d'un naturel assez capricieux, il faut le dire, se plaignaient de &#171; ne pouvoir travailler &#224; leur guise &#187;. Comment cela ? Les ma&#238;tres organisaient donc le ch&#244;mage ?&#8212; Non, mais, disent-ils, les compagnons voudraient travailler en &#171; amateurs &#187; quand bon leur semble, quand le c&#339;ur leur en dit, pas &#224; la t&#226;che, &#224; la journ&#233;e, &#8212; et encore &#224; leurs heures ! Ainsi, les compagnons &#171; veulent faire la f&#234;te d'un jour ouvrier et besogner aux jours de f&#234;te &#187; : mariages, bapt&#234;mes, enterrements, tout leur est pr&#233;texte &#224; ch&#244;mage. Les ma&#238;tres &#233;taient fort scandalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils disaient aussi que les compagnons &#233;taient men&#233;s par une minorit&#233; violente, que la confr&#233;rie les obligeait &#224; la gr&#232;ve forc&#233;e, alors que beaucoup d'entre eux &#171; voudraient faire leur devoir et besogner &#187; : c'est la moderne accusation contre les meneurs, contre les gr&#233;-viculteurs : tout cela n'est pas nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au gr&#233; des ma&#238;tres, le travail des compagnons est trop irr&#233;gulier, trop fantaisiste : ils font le trie pour des raisons futiles. Eux, les ma&#238;tres, pr&#233;f&#232;rent augmenter les salaires-gages et ne pas nourrir de pareils gourmands : ils offrent aux compositeurs, c'est-&#224;-dire aux meilleurs ouvriers, 6 sols 6 deniers tournois par jour, &#224; peu pr&#232;s, selon M. Hauser, cinq francs de nos jours, sans tenir compte du pouvoir d'achat de l'argent, qui &#233;tait peut-&#234;tre &#224; cette &#233;poque quatre fois plus grand qu'aujourd'ihui : mais faut-il croire que les compositeurs de Lyon gagnaient alors la valeur de 20 francs actuels ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait assez joli. Mais le pain &#233;tait cher. Aussi les compagnons refus&#232;rent-ils, pr&#233;f&#233;rant gagner moins et &#234;tre nourris dans les' &#233;conomats des ma&#238;tres. Ils pr&#233;tendaient que leur travail les obligeait &#224; vivre ensemble en la maison du ma&#238;tre, &#171; et que, si on les for&#231;ait &#224; se nourrir au dehors, il leur serait donn&#233; occasion de se d&#233;baucher, allant ainsi vivre par tavernes &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; o&#249; en &#233;taient les choses au printemps de 1539. Elles avaient une physionomie qu'on croirait presque du XXe si&#232;cle. Qu'advint-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il advint qu'apr&#232;s trois mois de lutte, la mis&#232;re s'&#233;tant abattue sur le logis des compagnons &#224; tel point que la Grande Aum&#244;ne de Lyon (v&#233;ritable assistance publique oui fournissait indirectement des secours de gr&#232;ve) d&#233;clarait que ses ressources &#233;taient presque &#233;puis&#233;es, le s&#233;n&#233;chal rendit un jugement tr&#232;s dur pour les ouvriers. Il leur retirait le droit de coalition, c'est-&#224;-dire au'il supprimait leur confr&#233;rie, leur &#171; syndicat m. et le droit de gr&#232;ve : &#171; Les compagnons ne peuvent quitter leur t&#226;che, sous peine de payer au ma&#238;tre et la forme et la valeur des journ&#233;es de ch&#244;mage. &#187; Le s&#233;n&#233;chal menace les ouvriers d'amendes et de bannissement, les condamne pour &#171; excitation &#224; la gr&#232;ve &#187;, pour &#171; port d'armes &#187; et &#171; entraves &#224; la libert&#233; du travail &#187;. C'est tout &#224; fait moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le repr&#233;sentant de la justice royale d&#233;clara en outre que les ma&#238;tres pouvaient faire travailler autant d'apprentis que bon leur semblerait. Ils seront tenus seulement de mieux nourrir les compagnons : les contestations &#224; propos de la nourriture seront examin&#233;es par le bureau de Y Aum&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette sentence &#233;tait joint un r&#232;glement d'atelier qui stipulait que tout travail commenc&#233; par le compagnon devait &#234;tre termin&#233;, que lesdits compagnons n'auraient pas le droit de travailler les jours de f&#234;te et de faire la f&#234;te les jours de travail. C'&#233;tait la victoire des ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire chemina jusqu'au roi. Dans l'ordonnance du 21 ao&#251;t 1539, Fran&#231;ois Ier se place au point de vue de l'int&#233;r&#234;t public, &#8212; point de vue de tous les gouvernements, de tous les temps. Il dit que la continuation de la gr&#232;ve des imprimeurs pourrait provoquer l'&#233;migration hors de France d'une industrie remarquable ; il observe que les compagnons sont &lt;c en &#233;tat de r&#233;bellion &#187; et &lt;( troublent l'ordre public &#187; (autre formule moderne), et il termine en approuvant la sentence du s&#233;n&#233;chal. 11 ajoute m&#234;me que celui-ci pourra condamner les compagnons, non seulement &#224; prison et bannissement, mais &#224; la torture et &#224; la mort !....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me &#233;poque, un article du c&#233;l&#232;bre &#233;dit de Villers-Cotterets (1539) supprimait dans le royaume le droit de &#171; coalition &#187;, toutes les confr&#233;ries, aussi bien celles des ma&#238;tres que celles des compagnons. Mais on sait qu'il ne fut pas appliqu&#233;, car il ne pouvait pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ainsi la gr&#232;ve des typographes lyinnais en 1539&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_tric&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_tric&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les gr&#232;ves corporatistes &#8211;des imprimeurs aux drapiers, en passant par les peintres et les charpentiers&#8211; qui &#233;clatent par la suite au Moyen &#194;ge sont bien souvent violemment r&#233;prim&#233;es. Pourtant, il faudra attendre la R&#233;volution fran&#231;aise de 1789 pour que la gr&#232;ve devienne... ill&#233;gale. La loi Le Chapelier, vot&#233;e en juillet 1791, vient en effet interdire toute coalition de citoyens. Plus de 150 ans apr&#232;s, en 1946, le droit de gr&#232;ve devient finalement constitutionnel en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terreur n'avait point r&#233;tabli l'ordre. Alors le roi poussa son s&#233;n&#233;chal &#224; &#171; proc&#233;der &#187; contre les gr&#233;vistes, qui n'auront pas le droit d'en appeler au Parlement. Ceci n'emp&#234;cha nullement les ouvriers d'en obtenir un arr&#234;t contre les apprentis &#171; besognants &#187; aux grands jours de Moulins (octobre 1540). Forts de cet arr&#234;t, les compagnons poursuivirent les ma&#238;tres qui refusaient de s'y conformer. Alors ceux-ci m&#233;dit&#232;rent d'&#233;migrer &#224; Vienne. Grand &#233;moi ! On envoie un d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Cour : il obtient pour les ma&#238;tres le droit d'avoir autant d'apprentis qu'ils voudront (mars 1541).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais voil&#224; que les ma&#238;tres imprimeurs de Paris &#8212; dont les compagnons s'&#233;taient mis en gr&#232;ve quelques semaines seulement apr&#232;s ceux de Lyon, pour la m&#234;me question des apprentis &#8212; r&#233;clament la m&#234;me faveur. Lors le roi ajourne sa d&#233;cision &#224; l'&#233;gard des Lyonnais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa d&#233;cision fut tr&#232;s dure pour les compagnons de Lyon. L'&#233;dit du 28 d&#233;cembre 1541 leur donne tort une fois de plus. Il leur reproche &#171; de s'&#234;tre band&#233;s ensemble pour contraindre les ma&#238;tres imprimeurs de leur fournir plus gros gages et nourriture plus opulente que par la coutume ancienne ils n'ont jamais eue &#187;. Le roi &#233;tait plus dur que le s&#233;n&#233;chal. Il consacrait le droit de renvoi &#224; peu pr&#232;s illimit&#233;. Il fixait la dur&#233;e de la journ&#233;e de travail de cinq heures du matin &#224; huit heures du soir, et les ma&#238;tres en profit&#232;rent pour prolonger jusqu'&#224; seize heures la journ&#233;e de travail de leurs ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait la d&#233;faite. Les compagnons imprimeurs de Lyon succomb&#232;rent en 1542, apr&#232;s trois ans de gr&#232;ve !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite des compagnons de Paris datait de novembre 1541. Le roi, apr&#232;s avoir longtemps h&#233;sit&#233;, avait fini par d&#233;cider en faveur des ma&#238;tres, car, disait-il, &#8212; c'est le savant Guillaume Bud&#233; qui parle, &#8212; l'imprimerie a rendu de grands services &#224; l'esprit humain. Elle travaille aussi &#224; &#171; l'honneur et louange de Dieu notre cr&#233;ateur, manutention, sout&#232;nement et dilatation de la sainte foi catholique et sainte chr&#233;tient&#233; par l'universel monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compagnons de Lyon ne se tinrent pas pour battus. Mais en vain firent-ils appel de l'&#233;dit royal devant le roi lui-m&#234;me. Le Parlement de Paris, d&#233;fenseur de la bourgeoisie, intervint en faveur des ma&#238;tres imprimeurs, et un nouvel &#233;dit de 1544 accabla encore les ouvriers. Nouvelle d&#233;faite. Et la lutte dura encore plus d'un quart de si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1571, nouvelle protestation, nouveau factum des ouvriers. Leur plainte v&#233;h&#233;mente est curieuse : elle est moderne. &#171; Si l'on a jamais remarqu&#233; en aucuns &#233;tats et m&#233;tiers les ma&#238;tres et sup&#233;rieurs t&#226;cher, par infinis moyens, de subjuguer, assujettir et traiter avec toute rigueur et servitude les compagnons et domestiques de leur vocation, cela a &#233;t&#233; pratiqu&#233; de tout temps et &#224; pr&#233;sent en l'art d'imprimerie, en laquelle les libraires et imprimeurs (et notamment de la ville de Lyon) ont toujours recherch&#233; toutes voies obliques et dress&#233; tous leurs engins pour opprimer et vilement asservir les compagnons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant ce sont les compagnons qui ont acquis aux ma&#238;tres &#171; et leur acqui&#232;rent journellement de grandes et honorables richesses au prix de leur sueur et industrie merveilleuse, et m&#234;me plus souvent de leur sang &#187;. Car si les compagnons &#171; peuvent suffire aux fatigues extr&#234;mes de leur &#233;tat si violent, ils n'en rapportent en leur vieillesse, charg&#233;s de femmes et d'enfants, pour tout loyer et r&#233;compense, que pauvret&#233;, goutte et autres maladies caus&#233;es par les travaux incroyables qu'ils ont &#233;t&#233; corttraints d'endurer... Aussi l'on ne voit que trop d'exemples de pauvres compagnons imprimeurs r&#233;duits, apr&#232;s une longue servitude, en une n&#233;cessit&#233; calamiteuse et indigne, apr&#232;s avoir consomm&#233; leur &#226;ge, jeunesse et industrie audit &#233;tat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaincus, tour &#224; tour humbles et r&#233;volt&#233;s, les &#171; pauvres compagnons &#187; abandonnent le droit de gr&#232;ve ; ils demandent seulement qu'aux ma&#238;tres aussi on retire le droit de coalition. &#171; Il est bien et saintement d&#233;fendu de ne faire monopole, mais cela se doit non seulement adresser aux compagnons, mais aussi aux libraires et ma&#238;tres, qui ont toujours conjur&#233;, comme monopoleurs, la ruine desdits compagnons. &#187; Enfin ils demandent que les ma&#238;tres soient d&#233;sarm&#233;s comme les compagnons, que les salaires ne soient plus fix&#233;s &#171; au gr&#233; et jugement des libraires et ma&#238;tres imprimeurs qui seraient juges en leur cause, mais par une dommission arbitraire compos&#233;e d'un nombre &#233;gal et pareil des ma&#238;tres et compagnons plus anciens, qui savent et connaissent le labeur, auquel s'ajouteront quelques notables bourgeois ou marchands nomm&#233;s par les deux parties &#187;. Notre &#233;poque n'a pas m&#234;me invent&#233; les commissions mixtes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La requ&#234;te des compagnons se termine par de poignantes paroles o&#249; g&#233;mit leur dignit&#233; de travailleurs humili&#233;s, priant que les fautes soient punies par des amendes, et non par peine corporelle et ignominieuse, car ce serait violer indignement la libert&#233; naturelle des hommes, &#171; disant qu'ils sont personnes libres &#187;, qui &#171; s'emploient volontairement &#224; un &#233;tat si excellent et noble et de telle importance pour les sciences et les lettres, et non comme esclaves ou gal&#233;riens et for&#231;ats &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce factum, les ma&#238;tres ripost&#232;rent par un M&#233;moire pour l'imprimerie, en affirmant que les ouvriers &#233;taient contents de leur sort, mais que &#171; quelques partiaux ou mutins en bien peu de nombre tiennent tous les autres en bride, les contraignant suivre tous leurs monopoles, quelque d&#233;r&#233;gl&#233;s qu'ils soient &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, le roi trancha le diff&#233;rend par la d&#233;claration de 1572. Les compagnons obtenaient que le nombre des apprentis serait limit&#233; &#224; deux par presse, que ce nombre ne pourrait &#234;tre d&#233;pass&#233; qu'avec le consentement des ouvriers, que la dur&#233;e de l'apprentissage serait de trois ans, que le salaire &#224; Paris serait, outre la nourriture, de 18 livres par mois, &#224; peu pr&#232;s 56 francs en monnaie actuelle, que l'obligation de pr&#233;venir huit jours d'avance en cas de rupture serait r&#233;ciproque, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce &#224; dire que la paix r&#233;gna dans le domaine d'imprimerie ? S'il en e&#251;t &#233;t&#233; ainsi, le r&#232;glement de i618 n'aurait pas interdit de nouveau l'assembl&#233;e, le serment, le port d'arme, le trie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coalition &#187; ouvri&#232;res au dix-septi&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons encore un si&#232;cle, puisque, au lieu de faire l'histoire, d'ailleurs inconnue, des gr&#232;ves d'autrefois, nous n'en cherchons que des exemples. Nous voici &#224; la fin du XVIIe si&#232;cle. Boisguilbert signale des coalitions d'ouvriers en vue de hausser les salaires quand le prix de la vie haussait, ou de les emp&#234;cher de baisser quand le prix de la vie baissait. On lit dans son Trait&#233; des grains :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un esprit de r&#233;bellion si fort &#233;tabli contre la justice dans ces occasions entre les ouvriers, que l'on voit dans les villes de commerce des sept &#224; huit cents ouvriers d'une seule manufacture s'absenter tout &#224; coup et en un moment, en quittant les ouvrages imparfaits, parce que l'on voulait diminuer d'un sou leur journ&#233;e, le prix de leurs ouvrages &#233;tant baiss&#233; quatre fois davantage ; les plus mutins usant de violence envers ceux qui auraient pu &#234;tre raisonnables. Il y a m&#234;me des statuts parmi eux, dont quelques-uns sont par &#233;crit, et qu'ils se remettent de main en main, quoique la plupart forains et &#233;trangers, par lesquels il est port&#233; que si l'un d'eux entreprend de diminuer le prix ordinaire, il soit aussit&#244;t interdit de faire le m&#233;tier ; et outre la voie de fait dont ils usent en ces occasions, le ma&#238;tre m&#234;me s'en ressent par une d&#233;fense g&#233;n&#233;rale &#224; tous les ouvriers de travailler jamais chez lui : on a vu des marchands consid&#233;rables faire banqueroute par cette seule raison qu'ils avaient &#233;t&#233; deux ou trois ans sans pouvoir trouver personne pour faire leurs ouvrages, quoiqu'il y en e&#251;t quantit&#233; sur le lieu, du m&#234;me art, qui ne trouvaient point de ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut m&#234;me des &#233;meutes &#224; Caen : les compagnons toiliers forcent les ma&#238;tres &#224; augmenter les salaires. A Darn&#233;tal, pr&#232;s de Rouen, les compagnons drapiers excluent des ateliers quiconque n'est pas de leur cabale ou de leur compagnonnage ; en juin 1697, certains patrons ayant employ&#233; des ouvriers &#233;trangers, les compagnons &#171; descendent dans la rue &#187;, s'ameutent au nombre de trois ou quatre mille, font fermer les fabriques et, malgr&#233; l'intervention de toutes les autorit&#233;s de la province, demeurent un mois sans reprendre le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la m&#234;me &#233;poque, &#224; Paris, le commissaire de la place Maubert op&#233;rait une descente chez la &#171; m&#232;re &#187; des compagnons mar&#233;chaux, parce que les dits compagnons, pour faire augmenter leurs salaires, provoquaient des &#233;meutes devant la porte des ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes gr&#232;ves de Lyon au dix-huiti&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapeliers mutins. &#8212; Nous sommes enfin &#224; la veille du &#171; beau tapage &#187; de 1789, &#224; Lyon. Lyon fut souvent agit&#233;e par des mouvements ouvriers. Sous l'ancien r&#233;gime, elle &#233;tait d&#233;j&#224; le th&#233;&#226;tre de bien des conflits &lt;( entre le capital et le travail &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etaient-ils assez &#171; mutins &#187;, ces compagnons chapeliers lyonnais qui, en 1777, menac&#232;rent les ma&#238;tres pour les obliger &#224; renvoyer des ouvriers &#233;trangers ? Les &#171; &#233;trangers &#187; paraissent souvent avoir &#233;t&#233; la cause d'&#233;meutes, tant les ouvriers d'autrefois pratiquaient la solidarit&#233; de classe ! Ceux de Lyon all&#232;rent jusqu'&#224; s'armer de couteaux, de b&#226;tons et de pierres, &#224; s'ameuter au nombre d'environ deux cents et &#224; provoquer des bagarres au cours desquelles cinq personnes furent bless&#233;es. Le lieutenant de police dut rendre une ordonnance contre les attroupements.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volte des tisseurs en 1744.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout parmi les tisseurs que les agitations &#233;taient fr&#233;quentes, car leur mis&#232;re &#233;tait profonde. Rien qu'en un demi-si&#232;cle, au XVIIIe, il y eut &#224; Lyon trois grandes gr&#232;ves de tisseurs : en 1744, en 1779 et en 1788.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1744 fut marqu&#233;e par une grande effervescence ouvri&#232;re dans le bassin textile du Forez et du Lyonnais. D'Argenson, dans ses M&#233;moires, note qu'&#224; cette &#233;poque 40,000 travailleurs avaient cess&#233; le travail dans les manufactures de Saint-Etienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lyon, les tisseurs firent une v&#233;ritable r&#233;volution. En juin 1744, avait &#233;t&#233; promulgu&#233; un r&#232;glement qui favorisait encore les ma&#238;tres fabricants au d&#233;triment des ma&#238;tres ouvriers et des compagnons. Alors, contre l'aristocratie des grands fabricants, les ma&#238;tres ouvriers travaillant &#224; fa&#231;on pour le compte des premiers complot&#232;rent secr&#232;tement avec leurs ouvriers. La gr&#232;ve &#233;clata. Ce fut une r&#233;volte. Les gr&#233;vistes s'empar&#232;rent de la ville, dont ils furent ma&#238;tres pendant plusieurs jours. Des marchands furent arr&#234;t&#233;s et maltrait&#233;s, des caves pill&#233;es, la maison de l'intendant de Lyon envahie. Le malheureux intendant &#233;crivait &#224; son beau-fr&#232;re, le 7 ao&#251;t : &#171; Le c&#339;ur me saigne de les voir nos ma&#238;tres, et que le pr&#233;v&#244;t des marchands, les juges, moi, personne en un mot ne puisse arr&#234;ter un tel d&#233;sordre et soutenir ceux qu'on veut opprimer. Cela est horrible, &#8226; et je vous &#233;cris les larmes aux yeux. &#187; Encore une fois, le repr&#233;sentant du gouvernement &#233;tait du c&#244;t&#233; des grands fabricants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; &#233;trange dictature ouvri&#232;re &#187; ne put r&#233;sister aux soldats du roi ; un ouvrier fut pendu, d'autres furent condamn&#233;s aux gal&#232;res. Le roi publia, le 1er avril 1745, des lettres d'amnistie (ainsi m&#234;me l'amnistie pour &#171; fait de gr&#232;ve &#187; n'est pas une invention de notre &#233;poque). Malgr&#233; tout, les grands fabricants, effray&#233;s, avaient d&#251; c&#233;der et consentir un nouveau r&#232;glement. Les fusils aidant, le calme se r&#233;tablit dans la rue, sinon dans les esprits &#171; et dans les hautes maisons de la Croix-Rousse, o&#249; montaient les brouillards du Rh&#244;ne, les pauvres lampes des tisseurs se rallum&#232;rent, &#233;toffant la nuit triste de leur cercle fumeux (1) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve du tarif (1779).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esprits &#233;taient si peu calm&#233;s, les int&#233;r&#234;ts ouvriers si peu satisfaits que la guerre recommen&#231;a en 1779. Les ouvriers demandaient un tarif g&#233;n&#233;ral pour toutes les &#233;toffes et une augmentation de 2 sous par aune. Nouvelle &#233;meute, nouvelle intervention de la force arm&#233;e : trois ouvriers sont pendus, apr&#232;s quoi une nouvelle amnistie pl&#233;ni&#232;re est accord&#233;e par le roi. C'&#233;tait une d&#233;faite pour la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1786.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1786, un mouvement ouvrier consid&#233;rable agita de nouveau la ville de Lyon. Question de salaires. Les ma&#231;ons, que les entrepreneurs payaient tous les trois ou quatre mois et sans daigner leur faire un compte, r&#233;clament un payement plus r&#233;gulier. Les chapeliers demandent que leur journ&#233;e, en raison du prix croissant des loyers et des vivres, soit port&#233;e de 32 &#224; 40 sous pour douze heures de travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les malheureux tisseurs disent avec amertume : &#8226; &#171; Quand on ne consid&#233;rerait les ouvriers en soie que comme des instruments m&#233;caniques n&#233;cessaires &#224; la fabrication des &#233;toffes, ou qu'abstraction fa&#238;te de leur qualit&#233; d'homme qui doit int&#233;resser &#224; leur sort, on e&#251;t l'inhumanit&#233; de ne vouloir les traiter que comme des animaux domestiques que l'on entretient et ne conserve que pour les b&#233;n&#233;fices que leur travail procure, touiours faudrait-il leur accorder la subsistance qu'on est forc&#233; de fournir &#224; ceux-ci, si on ne voulait pas s'exposer &#224; se voir frustr&#233; du fruit de leur travail. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, le 7 ao&#251;t 1786, &#224; la pointe du jour, sur un mot d'ordre, tisseurs, chapeliers, ma&#231;ons et man&#339;uvres d&#233;sertent les ateliers, les manufactures, les chantiers, et, comme les pl&#233;b&#233;iens de Rome, ils se retirent aux portes de la ville et signifient qu'ils ne rentreront &#224; Lyon que lorsque satisfaction leur sera donn&#233;e. La r&#233;volte ouvri&#232;re fut &#233;cras&#233;e par l'arm&#233;e ; Bonaparte &#233;tait l&#224; : il servait comme lieutenant d'artillerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://cnum.cnam.fr/pgi/redir.php?onglet=c&amp;ident=12VY69&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://cnum.cnam.fr/pgi/redir.php?onglet=c&amp;ident=12VY69&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des m&#233;tiers n'&#233;tait pas homog&#232;ne, ni professionnellement, encore qu'il n'y ait gu&#232;re eu de diff&#233;rences structurelles entre les &#171; grands m&#233;tiers &#187; de la draperie et les &#171; petits m&#233;tiers &#187;, ni surtout socialement. Certains m&#233;tiers, ceux qui requ&#233;raient des &#233;quipements assez lourds, avaient une petite &#233;lite d'entrepreneurs que, vers 1300, on appellerait &#171; les bonnes gens des m&#233;tiers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel &#233;tait le cas des drapiers. Avant 1250 les tisserands de Saint-Omer avaient pu avoir plusieurs m&#233;tiers. Un ban de 1259 leur interdit d'en avoir plus d'un. Mais &#224; d&#233;faut d'int&#233;gration horizontale, restait l'int&#233;gration verticale : les drapiers faisaient travailler les autres artisans ; ils &#233;taient les organisateurs de la production. Il est donc inexact de parler de marchands-drapiers allant acheter la laine en Angleterre, la faisant traiter par &#171; leurs &#187; ouvriers, allant vendre &#171; leurs &#187; draps aux foires de Champagne ou plus loin. Les drapiers n'&#233;taient pas des marchands, et r&#233;ciproquement, c'&#233;tait interdit. Les deux groupes &#233;taient antagonistes. Vers 1275 les drapiers &#233;taient en passe de l'emporter : les Anglais venaient vendre leur laine aux foires de Flandre ou de Saint-Omer ; les Italiens venaient y acheter des draps, ou dans les halles, voire directement chez le drapier. Le marchand &#233;tait court-circuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ma&#238;tres des m&#233;tiers devaient avoir leur propre &#171; maisoncelle &#187;, mais beaucoup se prol&#233;taris&#232;rent : ils ne diff&#233;raient plus des valets qu'ils salariaient, aux c&#244;t&#233;s desquels ils travaillaient. Est-ce &#224; dire que les travailleurs de la draperie &#233;taient mis&#233;rables ? Non sans doute, ce qui explique l'afflux de paysans venus demander &#224; la ville de meilleurs salaires. A Saint-Omer en 1279 les valets foulons se louaient pour un salaire quotidien de 12 &#224; 14 deniers, ce qui veut dire que, m&#234;me quand le bl&#233; &#233;tait cher (96 deniers le quintal vers 1280), il ne leur fallait que de 37 &#224; 66 journ&#233;es pour payer le pain de leur petite famille. La ville imposait aux valets de la draperie de poss&#233;der des &#171; draps &#187; (v&#234;tements) valant au moins cinq sous. Ils buvaient du vin dans les tavernes et, s'il faut en croire Jean de Garlande (f 1246) les &#171; ongles bleus &#187; ou teinturiers &#233;taient bien accueillis des jolies femmes, &#171; &#224; cause de leurs sous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sort des ouvri&#232;res, si nombreuses dans les villes drapantes, &#233;tait plus dur. Avec sa salacit&#233; cl&#233;ricale Jean de Garlande a not&#233; que &#171; les d&#233;videresses, celles qui d&#233;vident le fil&#233;, se d&#233;vident et s'ouvrent le corps par de fr&#233;quents co&#239;ts ; il leur arrive m&#234;me de d&#233;vider et d'ouvrir les bourses des &#233;coliers &#187;. Autrement dit les femmes c&#233;libataires &#233;taient accul&#233;es &#224; la prostitution. Hors du mariage, point de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces villes o&#249;, pendant longtemps, l'expansion laissa une chance &#224; chacun, les luttes sociales furent tardives. Les graves crises de 1070 et 1127, qui d&#233;chir&#232;rent le comt&#233;, trouv&#232;rent les villes unanimes. C'est le capitalisme qui engendra la lutte des classes. D&#232;s qu'ils eurent conquis le pouvoir urbain les marchands durent r&#233;glementer le travail, sans m&#233;nagements, peut-on croire. Quand, en 1225, un imposteur se pr&#233;senta comme le comte Baudouin IX, empereur de Constantinople, &#233;chapp&#233; des ge&#244;les bulgares, l'accueil triomphal que lui r&#233;serv&#232;rent les artisans n'&#233;tait peut-&#234;tre pas innocent : avec le retour du bon comte, n'esp&#233;raient-ils pas le retour du bon vieux temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il qu'au XIIIe si&#232;cle la grande affaire fut la suppression des m&#233;tiers autonomes, des gheudes. Vers 1175, Guiman, le moine de Saint-Vaast, se plaignait d&#233;j&#224; que beaucoup d'entre elles eussent disparu. Il en restait cependant, et de coriaces. Celle des tisserands d'Arras fut vendue par le comte aux &#233;chevins en 1243, rachet&#233;e par les artisans en 1270, puis revendue aux &#233;chevins, qui avaient surench&#233;ri et qui, bien s&#251;r, la confisqu&#232;rent. Bref, ne purent &#171; s'entremettre des m&#233;tiers &#187; que ceux qui y avaient &#233;t&#233; &#171; mis par &#233;chevins &#187;, comme on dit &#224; Saint-Omer. Ce furent trop souvent de petits chefs abusifs dont les exactions devaient &#234;tre d&#233;nonc&#233;es en 1280.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste la violence &#233;tait partout. Il y avait celle, l&#233;gale, des rapports &#233;conomiques. Par exemple les tisserands devaient payer &#224; leurs ouvriers le salaire l&#233;gal, que les &#233;chevins fixaient assez haut pour &#233;viter les &#233;meutes de la faim, tandis qu'ils devaient vendre leurs tissus aux prix du march&#233; ; leur marge &#233;tait lamin&#233;e. Il y avait les abus de pouvoir des puissants. A Douai l'odieux Jean Boinebroke, qui se croyait tout permis parce qu'il &#233;tait &#233;chevin, &#171; truandait &#187; avec une &#233;gale f&#233;rocit&#233; drapiers, artisans, ouvri&#232;res. Les travailleurs &#233;taient sans d&#233;fense. Restaient les coalitions, les &#171; alliances &#187;. A Douai les takehans furent interdits d&#232;s 1245 sous la peine de 60 livres et d'&#234;tre banni an et jour. De m&#234;me encore par la suite, de m&#234;me ailleurs. Et les villes s'entendirent pour expulser ou justicier r&#233;ciproquement leurs rebelles, les &#171; estrange homme &#187; qui avaient fait &#171; laide &#339;uvre &#187; dans leur ville d'origine. Cependant point d'explosion avant 1280.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que de semblables rapports sociaux aient exist&#233; dans d'autres villes du nord du royaume, en particulier dans celles o&#249; des troubles sociaux tr&#232;s graves devaient &#233;clater &#224; partir de 1280. H&#233;las, l'information, quand elle n'est pas chiche, est d&#233;cevante. Cependant Beaumanoir, qui &#233;crivait vers 1280, a not&#233; que les &#171; bonnes villes &#187; &#233;taient d&#233;chir&#233;es par des &#171; d&#233;bats &#187; aigus, &#171; si comme des pauvres contre les riches &#187;, voire entre les lignages des riches. Les &#171; pauvres &#187; et les &#171; moyens &#187; &#233;taient exclus de l'administration des villes. Tout appartenait aux &#171; riches &#187;, qui &#233;taient &#171; redout&#233;s pour leur avoir ou leur lignage &#187;, d'o&#249; de scandaleuses &#171; fraudes et malices &#187;. Et de conclure que &#171; les pauvres n'ont nulle droite voie de pourchacier leur droit fors que par aus courre sus &#187;, autrement dit de les massacrer. Moralit&#233; : le seigneur devait contr&#244;ler les bonnes villes comme des &#171; enfans sousagi&#233;s &#187; (mineurs), afin d'emp&#234;cher les riches de m&#233;faire. Le bon bailli n'a pas pr&#233;cis&#233; qui &#233;taient ces moyens et ces pauvres. Des gens des m&#233;tiers ? Sans doute. En tout cas il n'a pas oppos&#233; des grands et des petits, mais des riches et des pauvres. Ces soci&#233;t&#233;s &#233;taient fond&#233;es sur l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris est relativement bien connu. Sa population a peut-&#234;tre tripl&#233; &#224; chaque si&#232;cle : 250 000 habitants en 1328, donc 83 000 vers 1200, 28 000 vers 1100, 9 000 vers l'an Mil et 3 000 au lendemain du si&#232;ge de 885. On y trouvait d'abord le roi, son h&#244;tel, sa cour, ses officiers, plus, du moins au XIIIe si&#232;cle, des princes et des nobles. Le clerg&#233; y &#233;tait exceptionnellement riche et nombreux, sans parler des &#233;tudiants, dont on reparlera. C'&#233;tait donc avant tout un centre de consommation. La population secondaire comprenait des bourgeois, qualificatif qui, para&#238;t-il, eut tendance &#224; &#234;tre r&#233;serv&#233; aux artisans les plus riches, prenant ainsi une saveur sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet de cette bourgeoisie il faut placer les &#171; marchands de l'eau &#187;, qui sont cit&#233;s d&#232;s 1171. Ces marchands, qui auraient pu &#234;tre tr&#232;s puissants, car la place &#233;tait exceptionnellement bien plac&#233;e, manqu&#232;rent de tout dynamisme : ce n'&#233;taient pas des entrepreneurs, mais des rentiers. Leur hanse avait le monopole de la circulation fluviale entre les ponts de Paris et de Mantes, sauf pour les marchands forains &#224; prendre un &#171; compagnon fran&#231;ais &#187;, un associ&#233; parisien auquel ils c&#233;daient la moiti&#233; de leur b&#233;n&#233;fice. C'&#233;tait une rente de situation. Leur pr&#233;v&#244;t et leurs quatre &#233;chevins, qui sont cit&#233;s d&#232;s 1263, constituaient un simple tribunal de commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des m&#233;tiers est connu par le Livre des m&#233;tiers o&#249; le pr&#233;v&#244;t de Paris, Etienne Boileau (c. 1261-c. 1271) compila les statuts de 101 m&#233;tiers (compilation incompl&#232;te). C'&#233;taient surtout des m&#233;tiers de l'alimentation, du b&#226;timent et du luxe. L'industrie parisienne avait peu de fabricats &#224; exporter. La draperie, qui comprenait des &#171; grands ma&#238;tres faisant faire leurs &#339;uvres &#224; autrui &#187;, autrement dit des drapiers, et des &#171; menus ma&#238;tres faisant &#339;uvre &#224; autrui &#187;, c'est-&#224;-dire des tisserands, n'est pas cit&#233;e dans le commerce international. D'ailleurs ses effectifs semblent avoir &#233;t&#233; fort r&#233;duits : 360 tisserands vers 1300, sans doute 25 fois moins qu'&#224; Gand, en tout cas pas plus que 0,5% de la population. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, si les m&#233;tiers parisiens &#233;taient nombreux, leurs effectifs semblent avoir &#233;t&#233; squelettiques. Les m&#233;tiers parisiens n'avaient aucune autonomie. Les confr&#233;ries d'artisans &#233;taient rarissimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la Normandie il a &#233;t&#233; &#233;tabli qu'&#224; l'&#233;poque ducale les marchands n'&#233;taient point riches et que les riches n'&#233;taient pas marchands : c'&#233;taient des percepteurs des revenus ducaux, des tonloyers, des mon&#233;taires, des chapelains du duc, des chanoines, des changeurs, des usuriers. En 1066 la conqu&#234;te de l'Angleterre n'y changea rien et les Normands assist&#232;rent sans r&#233;agir &#224; la r&#233;volution nautique des ann&#233;es 1150 qui vit l'av&#232;nement des navires gros porteurs, ce qui r&#233;volutionna le transport des pond&#233;reux, des vins en particulier. Rouen vit passer tous les tonneaux du bassin parisien mais ses marchands ne firent que se cr&#233;er une rente de situation &#224; l'instar des marchands de l'eau de Paris. La charte de 1150 leur accorda le monopole de la navigation sur la basse Seine et nul ne put passer sous le pont de Rouen sans s'associer &#224; eux. Ce fut la &#171; compagnie normande &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart des villes fran&#231;aises on aper&#231;oit une soci&#233;t&#233; placide. On cite bouchers, poissonniers, vignerons, crieurs de vin, tanneurs, cordonniers, savetiers, corroyeurs, peaussiers, selliers, bourreliers, f&#232;vres, orf&#232;vres, tonneliers, changeurs et merciers, tr&#232;s rarement les marchands, jamais des ouvriers du textile. Apparemment ni capitalisme, ni conflits sociaux. Les progr&#232;s du commerce n'entra&#238;n&#232;rent pas ceux des marchands. Ceux-ci furent incapables d'organiser la production. Il y eut, certes, des r&#233;ussites individuelles, mais sans doute d&#233;bouch&#232;rent-elles sur la constitution de fortunes fonci&#232;res. Vers 1080 on cite &#224; Angers un Haymond mercator poss&#233;dant un bourg suburbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les villes occitanes la soci&#233;t&#233; fut originale. Comme le renouveau &#233;conomique fut tardif, les milites conserv&#232;rent la supr&#233;matie jusque vers 1150-1200.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a dit de ces villes des Xe et XIe si&#232;cles qu'elles &#233;taient des &#171; repaires de gens arm&#233;s &#187;. Les chevaliers urbains descendaient de la noblesse (milites majores) ou des petits chevaliers, des riches alleutiers (milites minores). Ils avaient des castra (ch&#226;teaux) et des seigneuries rurales qui leur rapport&#232;rent de plus en plus de vin, de grains ou d'argent. Ils tenaient aussi en fief des moulins, des fours, des p&#233;ages, dont le produit augmenta au fil des si&#232;cles. Ils eurent donc de l'argent &#224; pr&#234;ter. Certains, m&#234;me, firent du commerce. Ils vivaient en ville, dans des maisons fortes ou des tours, celles de l'enceinte par exemple, voire dans les anciens monuments romains fortifi&#233;s : &#224; N&#238;mes les ar&#232;nes abrit&#232;rent jusqu'&#224; 120 maisons nobles. Ils poss&#233;daient des quartiers entiers, dont ils lotirent le sol contre de beaux cens. A Montpellier il leur fut interdit en 1113 de se m&#233;sallier avec des bourgeois. Ils eurent m&#234;me des cimeti&#232;res propres. C'&#233;tait donc bien une classe sociale. Cependant ce petit monde (10% de la population urbaine, dit-on) &#233;tait divis&#233; par des haines cruelles, d'o&#249; des luttes de partis, de quartiers. C'est pour en sortir qu'ils invent&#232;rent, apr&#232;s 1130, le consulat, seigneurie collective issue du tribunal seigneurial, d'o&#249; de nouveaux profits (les amendes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;g&#233;monie de cette noblesse urbaine fut &#233;branl&#233;e par la croissance et l'enrichissement du tiers &#233;tat. D&#232;s 1166 &#224; N&#238;mes, d&#232;s 1170 en Avignon le consulat fut partag&#233; entre les milites et les cives. Le coup fatal fut port&#233; au d&#233;but du XIIIe si&#232;cle. En 1216 Simon de Montfort, le crois&#233; du nord, combla les foss&#233;s et rasa les tours des maisons fortes de Toulouse ; lors de sa croisade de 1226 Louis VIII rasa 300 tours en Avignon et expulsa des ar&#232;nes les chevaliers n&#238;mois. Puis les milites furent souvent exclus des consulats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vit appara&#238;tre au grand jour toute une s&#233;rie de m&#233;tiers. A Montpellier en 1246 il y eut dix &#171; &#233;chelles &#187;, une pour les bourgeois, sans doute les rentiers et les marchands, et neuf pour 35 m&#233;tiers ; les dix &#233;chelles &#233;lisaient 82 conseillers qui nommaient les quatre consuls. A N&#238;mes il y avait en 1272, sans compter les bourgeois, neuf &#233;chelles regroupant 26 m&#233;tiers. Le plus original est la pr&#233;sence de m&#233;tiers des juristes, avocats et notaires. A Narbonne ils sont cit&#233;s d&#232;s 1150 : progr&#232;s du droit &#233;crit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1200 l'oligarchie urbaine fut de plus en plus compos&#233;e de nouveaux riches. Ces nouvelles fortunes provenaient du maniement de l'argent (mon&#233;taires, changeurs, usuriers surtout) ou du commerce des denr&#233;es agricoles. La draperie n'&#233;tait pas inconnue, mais elle &#233;tait marginale. Les profits &#233;taient le plus souvent r&#233;investis dans la terre : oligarchie de rentiers. Et la grande masse de la population &#233;tait faite de cultivateurs : de 6 &#224; 7 000 en 1236 &#224; Montpellier, ville de 10 000 feux en 1273.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me &#233;poque les bourgeois art&#233;siens ou flamands avaient tr&#232;s peu de terres, car la terre rapportait dix fois moins que le commerce, et la grande masse de la population &#233;tait compos&#233;e d'artisans, d'ouvriers. La France urbaine &#233;tait donc double : d'un c&#244;t&#233; celle des profits capitalistes, de l'autre celle des placements fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est parfois demand&#233; si la ville m&#233;di&#233;vale &#233;tait un ph&#233;nom&#232;ne capitaliste ou un &#233;l&#233;ment du monde f&#233;odal. La question n'a aucun sens, car il n'y a aucune incompatibilit&#233; entre le capitalisme, qui est d'ordre &#233;conomique, et la f&#233;odalit&#233;, qui est d'ordre politique. On le voit bien dans la France de 1789. Saint-Omer, o&#249; le capitalisme fut si pr&#233;coce et si vivace, eut, d&#232;s 1127, un seigneur f&#233;odal : ce fut un &#171; vassal collectif &#187; ; par la suite il lui arriva d'avoir des vassaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/septentrion/49452?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/septentrion/49452?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FR&#201;QUENCE DES CONFLITS CORPORATIFS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire de ce que la lecture des manuels d'histoire et les affirmations int&#233;ress&#233;es des admirateurs du &#171; bon vieux temps &#187; peuvent laisser croire, les conflits corporatifs ont exist&#233; ,partout o&#249; le travail, sous uune forme quelconque, fut exploit&#233; (1), Les jacqueries des campagnes &#233;taient-elles autre chose que des rr&#233;voltes de paysans exploit&#233;s contre leur exploiteur f&#233;odal ? Et parmi les compagnons des corporations, plus tard parmi les ouvriers des manufactures, les mouvements de revendication, les &#171; trics &#187;, furent innombrables (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A toutes les &#233;poques, les coalitions d'ouvriers furent s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;es. Les Coutumes de Beauvaisis de Ph. de Beaumanoir (1280), consid&#233;raient d&#233;j&#224; les coalitions comme un d&#233;lit. On punissait d'amende et de prison ceux qui y recouraient : &#171; Et tenir en longe prison et drestroite, et quand ils ont eu longue peine de prison, on pot lever de cascunne personne soixante sous d'amende. &#187; Une ordonnance du bailly de Rouen, en 1285, interdisait aux ouvriers de s'assembler, comme ils avaient coutume de le faire 50 ans auparavant, sur 1a place Damiette, parce que ses assembl&#233;es prenaient le caract&#232;re de coalitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1729, les tisserands de Douai se mutin&#232;rent et mirent &#224; mort quelques &#233;chevins. Le comte de Flandre vint r&#233;tablir l'ordre et plusieurs mutins furent pendus. En 1280, les ouvriers d'Ypres s'insurg&#232;rent contre une augmentation de la journ&#233;e de travail et tu&#232;rent le maire. La m&#234;me ann&#233;e, les drapiers de Provins prirent les armes pour la m&#234;me raison et massacr&#232;rent aussi leur bourgmestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du XIV&#176; au XVI&#176; si&#232;cle, les conflits furent nombreux. On note des &#233;meutes ou gr&#232;ves provoqu&#233;es par la question des salaires ou des revendications corporatives &#224; Provins (1324), Ch&#226;lons-sur-marne (1369), Troyes (1372), Sens (1383), Bourges (1466), Beauvais (1554), Paris (1545), etc (3). Et l'histoire ne nous a sans doute gard&#233; la trace que d'une infime partie de ces mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compagnons boulangers de Paris passaient au XVI&#176; si&#232;cle pour se mettre souvent en gr&#232;ve. Ils refusaient de s'engager pour un mois comme le leur prescrivaient les r&#232;glements de la corporation, pr&#233;f&#233;rant travailler &#224; la journ&#233;e. Leur confr&#233;rie mettait les patrons &#224; l'index et r&#233;clamait des augmentations de salaire. Ils se promenaient par la ville arm&#233;s de dagues et de b&#226;tons et molestaient patrons et non gr&#233;vistes. Les patrons obtinrent en 1579 une ordonnance du roi r&#233;primant s&#233;v&#232;rement ces pratiques (4 ). Deux si&#232;cles plus tard, la situation ne s'&#233;tait sans doute pas am&#233;lior&#233;e dans ce m&#233;tier puisque des lettres patentes de Louis XV faisaient d&#233;fense aux compagnons boulangers de porter des armes &#224; feu, &#233;p&#233;es ou b&#226;tons (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compagnons prenaient de plus en plus l'habitude de l'&#171; action directe &#187;. ils essayaient par l'intimidation de faire inscrire &#224; leurs confr&#233;ries et participer &#224; leurs coalitions leurs camarades de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas de tric, ils leur interdisaient l'acc&#232;s des boutiques ou ateliers. Une sentence de 1601 condamnait &#224; la prison quatre compagnons cordonniers parisiens pour des faits qui sont baptis&#233;s aujourd'hui &#171; entrave &#224; la libert&#233; du travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdiction des trics et du port des armes existait dans de nombreux statuts, par exemple chez les imprimeurs de Paris (1649).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVII&#176; si&#232;cle, les soci&#233;t&#233;s compagnonniques, bien que plus s&#233;v&#232;rement interdites que jamais, se multipliaient, parce qu'&#224; l'int&#233;rieur des corporations, la division s'accentuaient entre ma&#238;tres et compagnons.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'att&#233;nuation des r&#232;gles concernant l'embauchage des forains, cons&#233;cutive au progr&#232;s qui cr&#233;ait de plus en plus une &#233;conomie nationale, avait permis l'&#233;migration des ouvriers &#224; travers le pays. Les soci&#233;t&#233;s compagnonniques avait pris un grand essor, mais sous leur impulsion conflits et mises &#224; l'index se multipliaient. La classe prol&#233;tarienne prenait peu &#224; peu conscience de ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;gion de Rouen, les conflits &#233;taient fr&#233;quents dans le textile ; en 1691, les compagnons toiliers firent une gr&#232;ve violente pour les salaires. En 1697, un important conflit se produisit &#224; Darn&#233;tal, pr&#232;s de Rouen : trois &#224; quatre mille compagnons y faisaient gr&#232;ve parce que les ma&#238;tres embauchaient des ouvriers &#233;trangers &#224; des prix tr&#232;s bas. Malgr&#233; 1a r&#233;pression, la gr&#232;ve dura un mois. A Paris, vers la m&#234;me &#233;poque, les compagnons mara&#238;chers &#233;taient en gr&#232;ve pour les salaires, ainsi que les chapeliers, contre lesquels les jur&#233;s de la corporation port&#232;rent plainte, parce que les compagnons mena&#231;aient ceux qui ne voulaient pas adh&#233;rer &#224; leur soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1732, les papetiers d'Auvergne se mirent en gr&#232;ve, leur confr&#233;rie ayant &#233;t&#233; supprim&#233;e, ce qui indiquait d&#233;j&#224; une conscience assez d&#233;velopp&#233;e de leurs int&#233;r&#234;ts de classe. En 1772, ils luttaient par la gr&#232;ve contre l'augmentation de la journ&#233;e de travail. En 1781, une gr&#232;ve eut lieu aux papeteries Montgolfier, &#224; Rives, &#224; cause du renvoi de deux ouvriers. Les gr&#233;vistes d&#233;bauch&#232;rent tous les ouvriers des papeteries de la r&#233;gion et le patron dut reprendre les cong&#233;di&#233;s : c'est qu'il y avait dans ses cuves pour 3.000 livres de mati&#232;re en fermentation dont il craignait la perte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les papetiers &#233;taient organis&#233;s dans une puissante soci&#233;t&#233; compagnonnique &#224; tendance r&#233;publicaine. Un inspecteur qui avait fait une tourn&#233;e dans le Dauphin&#233;, en 1769, signalait dans son rapport que les ouvriers avaient l'habitude de mettre les usines &#224; l'interdit quand un diff&#233;rend divisait ouvriers et patrons. Ils allaient m&#234;me jusqu'&#224; appliquer des amendes non seulement &#224; ceux d'entre eux qui ne se pliaient pas &#224; leur discipline, mais aux ma&#238;tres eux-m&#234;mes. L'inspecteur se montrait fort scandalis&#233; de ce que ces derniers s'ex&#233;cutassent presque toujours, par crainte de la mise &#224; l'index. Les ouvriers papetiers &#233;taient sans nul doute parmi les -mieux organis&#233;s ; il faut remarquer qu'il s'agissait d'ouvriers de manufactures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Castres, en 1786, les ouvriers firent renvoyer un &#171; jaune &#187;. Chez les chapeliers de Lyon, en 1777, une gr&#232;ve violente eut lieu pour obtenir le renvoi des ouvriers &#233;trangers. Des bagarres &#224; main arm&#233;e firent six bless&#233;s. A Troyes, les tondeurs de draps, organis&#233;s en soci&#233;t&#233;, quittaient leurs patrons &#224; volont&#233; et mettaient les usines &#224; l'index. Un arr&#234;t du Conseil de Ch&#226;lons en 1773, interdisait les coalitions, confr&#233;ries, d&#233;fil&#233;s dans les rues avec des armes et d&#233;fendait aux h&#244;teliers de faire office de P&#232;re ou de m&#232;re des ouvriers tondeurs. A signaler encore une gr&#232;ve chez les papetiers, &#224; Annonay, en 1781.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces mouvements marquaient &#233;videmment entre deux couches sociales l'existence d'un antagonisme que le syst&#232;me corporatif avait &#233;t&#233; bien impuissant &#224; faire dispara&#238;tre et m&#234;me &#224; endiguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire, on peut dire que la corporation, en donnant des armes aux ma&#238;tres contre les compagnons, suscitait les conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA GREVE DES IMPRIMEURS LYONNAIS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sac de Mayence par l'archev&#234;que Adolphe de Nassau, en 1462, avait oblig&#233; les ouvriers imprimeurs qui travaillaient dans cette ville sur les presses invent&#233;es par Gutenberg et son associ&#233; F&#252;st, &#224; se r&#233;pandre dans les pays voisins et notamment en France, o&#249; l'art de l'imprimerie n'avait pas fait jusque-l&#224; de grands progr&#232;s. L'invention &#233;tait combattue par les copistes &#8211; dont beaucoup &#233;taient des moines &#8211; par l'&#201;glise, ennemie des innovations, et par la Sorbonne. Le travail &#233;tait lent et l'encrage se faisait &#224; la main, Mais apr&#232;s l'arriv&#233;e des ouvriers allemands, l'imprimerie progressa rapidement. Au d&#233;but du XVI&#176; si&#232;cle, on comptait 37 villes en France o&#249; elle existait ; il y avait &#224; Paris, vers le milieu du si&#232;cle, 800 ouvriers imprimeurs et presque autant &#224; Lyon (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les livres des imprimeurs lyonnais &#233;taient tout d'abord rechecrh&#233;s pour leur correction et leur bon march&#233;. Les premiers livres dat&#233;s sortirent des presses lyonnaises vers 1573, mais il est probable qu'on imprimait dans cette ville depuis de nombreuses alm&#233;es d&#233;j&#224;. Certains ma&#238;tres imprimeurs &#233;taient des esprits distingu&#233;s, renomm&#233;s Jusque dans les pays voisins, tels Jean de Tournes, S&#233;bastien Gryphe, plus tard Etienne Dolet, Nourry, l'&#233;diteur de Rabelais, etc. Imprimeurs et correcteurs -&#233;taient parfois des &#233;rudits, voire de v&#233;ritables savants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux ouvriers, dont beaucoup &#233;taient &#233;trangers, ils &#233;taient r&#233;put&#233;s turbulents et fort jaloux de leur ind&#233;pendance. A Lyon, ils ont si souvent battu le guet, lit-on dans un factum de l'&#233;poque, que le guet n'ose plus sortir. &#187; Ou demandait &#224; l'apprenti imprimeur de svaoir lire le grec et d'avoir appris le latin, car les livres s'imprimaient &#224; cette &#233;poque presque toujours en latin. Les ouvriers de ce m&#233;tier &#233;taient donc g&#233;n&#233;ralement plus instruits que ceux des autres corporations. Beaucoup d'entre eux, originaires d'Allemagne, &#233;taient luth&#233;riens. La propagande calviniste par la brochure &#233;tait active, en d&#233;pit des condamnations au b&#251;cher prononc&#233;es &#224; Lyon &#224; plusieurs reprises. Aussi remarquait-on chez les ouvriers imprimeurs une certaine fermentation d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; leurs qualit&#233;s professionnelles, les compagnons imprimeurs &#233;taient dans une grande mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils recevaient un maigre salaire pour une longue journ&#233;e de travail. L'imprimerie n'avait pas tard&#233; &#224; subir une crise.., de surproduction. Les ouvrages se vendaient mal et les imprimeries &#233;trang&#232;res, surtout celles de Gen&#232;ve et de Lausanne, faisaient grande concurrence aux ma&#238;tres imprimeurs lyonnais. Ceux-ci avaient r&#233;solu le probl&#232;me du prix de revient qui se posait pour eux, par la diminution des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque &#233;tait caract&#233;ris&#233;e &#224; Lyon par de nombreux troubles sociaux et des tries. (1519, 1529, ann&#233;e de la grande rebeine, 1530, etc.) Parmi les ouvriers imprimeurs r&#233;gnait un esprit permanent de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1514, les ma&#238;tres imprimeurs s'&#233;taient plaints au Consulat &#171; que des malandrins ont couru sus aux ouvriers compagnons de leur m&#233;tier et en ont bless&#233;s plusieurs jusqu'&#224; la mort, &#187; Le Consulat r&#233;torque que le tort &#233;tait du c&#244;t&#233; des ouvriers imprimeurs qui faisaient maintes insolences par la ville, jusqu'&#224; outrager le &#8216;guet et blesser M, le Lieutenant de police lui-m&#234;me. Les ma&#238;tres imprimeurs promirent alors de remettre aux mains de la justice ceux qui s'&#233;taient rendus coupables d'un tel crime. Effectivement, les coupables furent saisis par les archers, mis eu prison et condamn&#233;s &#224; &#234;tre fustig&#233;s et bannis (7). En 1524, les imprimeurs attaqu&#232;rent encore et malmen&#232;rent une ronde faite par le pennonage de la rue Thomassin (8). Les ouvriers imprimeurs &#233;taient organis&#233;s dans une confr&#233;rie et s'engageaient par serment &#224; cesser le travail collectivement d&#232;s que l'un d'entre eux aurait &#224; se plaindre de son patron. La confr&#233;rie dpisosait d'une bourse aliment&#233;e par les cotisations des membres. Ceux qui ne s'affiliaient pas &#233;taient menac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourse servait pour les banquets confraternels, mais aussi &#224; organiser la r&#233;sistance eu cas de fric, malgr&#233; l'autorit&#233; qui interdisait aux ouvriers ,l'avoir recours aux monopoles. Les compagnons circulaient arm&#233;s de dagues et de poignards sous leurs v&#234;tements. Ils &#233;taient organis&#233;s eu compagnies, ayant &#224; leur t&#234;te des chefs (9), Ils malmenaient &#224; l'occasion les ma&#238;tres ou les compagnons qui refusaient d'abandonner le travail. Ils &#233;taient en conflit perp&#233;tuel avec le guet et le pr&#233;v&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1539, une cessation g&#233;n&#233;rale du travail se produisit qui dura quatre mois. Le diff&#233;rend fut port&#233; devant le s&#233;n&#233;chal. Cinq compagnons d&#233;fendirent les int&#233;r&#234;ts de leurs camarades et dix ma&#238;tres parl&#232;rent au nom de la confr&#233;rie patronale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les griefs des compagnons &#233;taient de trois ordres : 1&#176; Ils r&#233;clamaient contre l'insuffisance des salaires qui avaient &#233;t&#233; r&#233;duits ; 2&#176; ils demandaient &#224; travailler certains jours de f&#234;te ; ils se plaignaient de l'emploi par les ma&#238;tres d'un trop grand nombre d'apprentis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point, il faut remarquer que les compagnons &#233;taient nourris par les ma&#238;tres : ils prenaient leurs repas dans l'atelier. C'&#233;tait sur cette partie du salaire pay&#233; en nourriture que les ma&#238;tres cherchaient &#224; r&#233;aliser des &#233;conomies. Pour comprendre la deuxi&#232;me de leurs revendications, il faut se rappeler que le nombre de jours de f&#234;te &#233;tait consid&#233;rable, et que ces jours-l&#224; le salaire n'&#233;tait pas pay&#233;. Par contre, les ma&#238;tres reprochaient aux compagnons de quitter l'atelier plus t&#244;t que de coutume en certaines occasions et de perdre aussi beaucoup de temps pour assister aux enterrements. C'est que les journ&#233;es de travail &#233;taient longues et que chaque pr&#233;texte pour les &#233;courter aux d&#233;pens de l'employeur -&#233;tait saisi avec empressement. Les compagnons &#233;taient contraints d'&#234;t rdeebout depuis 2 heures apr&#232;s minuit, ,jusqu'&#224; 8 et 9 heures du soir (10). Quant &#224; l'emploi des apprentis aux lieu et place des compagnons, c'&#233;tait un grief souvent formul&#233; sous le r&#233;gime des corporations. Alors qu'une presse occupait r&#233;guli&#232;rement quatre &#224; cinq hommes, certains ma&#238;tres n'h&#233;sitaient pas &#224; y faire travailler trois, quatre et parfois cinq apprentis. Les compagnons voulaient n'y voir occuper que deux apprentis au maximum. Mais les ma&#238;tres arguaient de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;duire les frais de main-d'oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces griefs, les patrons r&#233;pondirent naturellement que les compagnons &#233;taient conduits par des meneurs qui les terrorisaient. Ils les accusaient de travailler irr&#233;guli&#232;rement et d'&#234;tre trop exigeants sur le chapitre de la nourrit ure, Aussi proposaient-ils d'augmenter le gage des ouvriers, &#224; charge par ceux-ci de se nourrir. Ils offraient aux compositeurs 6 sols 6 deniers par jour. Il est difficile d'&#233;valuer la valeur r&#233;elle de -cette somme. Certains auteurs se basant sur le cours du bl&#233;, bien qu'une telle estimation soit tr&#232;s arbitraire, fixent le pouvoir d'achat de ce salaire &#224; 5 francs d'avant 1914. Mais le cours du bl&#233; lui-m&#234;me variait dans d'&#233;normes proportions, Les patrons l'esmtiaient &#224; 10 sols le bichet : tr&#232;s souvent il valait beaucoup plus, jusqu'&#224; 25 sols, et pendant l'ann&#233;e de disette de 1531, il avait co&#251;t&#233; de 50 &#224; 60 sols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers refus&#232;rent, pr&#233;f&#233;rant &#234;tre nourris, afin, disaient-ils, de ne pas avoir &#224; prendre leurs repas dans les tavernes, cause de frais et de perte de temps. La sentence fut rendue le 31 juillet. Se fondant sur l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, le s&#233;n&#233;chal interdisait aux ouvriers de se r&#233;unir par groupe de plus de cinq ; d&#233;fense leur &#233;tait faite de se coaliser sous peine d'amende et de bannissement ; de porter des armes et de menacer les apprentis et les compagnons non gr&#233;vistes. Les ma&#238;tres &#233;taient autoris&#233;s &#224; faire travailler autant d'apprentis qu'ils le d&#233;rsaiient, mais ils &#233;taient invit&#233;s &#224; donner aux ouvriers la m&#234;me quantit&#233; de nourriture que cinq ou six ann&#233;es auparavant. Formule assez vague ! Les contestations devaient &#234;tre tranch&#233;es par le bureau de la Grande Aum&#244;ne (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#232;glement d'atelier joint &#224; la sentence enjoignait aux compagnons de terminer tout travail commenc&#233;, aux ma&#238;tres de payer &#224; compter du moment o&#249; la &#171; presse &#187; &#233;tait mise en train et de ne pas renvoyer arbitrairement. En cas de n&#233;cessit&#233;, ils pouvaient adjoindre &#224; l'&#233;quipe autant d'ouvriers qu'ils le jugeaient n&#233;cessaire. Ils pouvaient remplacer l'ouvrier malade sans que celui-ci ait tin recours quelconque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail &#233;tait interdit les jours de f&#234;te et il &#233;tait d&#233;fendu de quitter l'atelier la veille avant l'heure normale. Aucun ch&#244;mage ne devait se produire en dehors des f&#234;tes sauf pour la mort du ma&#238;tre ou de sa femme. Le droit de coalition &#233;tait retir&#233; aux ouvriers, mais non aux maures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sentence &#233;tait donc enti&#232;rement en faveur de ces derniers. Les quelques dispositions favorables aux ouvriers &#233;taient vaguement &#233;nonc&#233;es et faciles &#224; tourner, Le s&#233;n&#233;chal dut &#233;prouver quelques inqui&#233;tudes quant &#224; l'applicationde ses d&#233;cisions, car il crut devoir en r&#233;f&#233;rer au pouvoir royal, Fran&#231;ois Ier, estimant que la gr&#232;ve &#233;tait de nature &#171; porter pr&#233;judice &#187; &#224; l'imprimerie lyonnaise et que la r&#233;bellion des compagnons &#233;tait intol&#233;rable, confirma tous les termes de la sentence, mais ordonna par surcro&#238;t la dissolution de la confr&#233;rie patronale. Il donna le pouvoir au s&#233;n&#233;chal, assist&#233; d'un certain nombre de notables, de juger les cas de violence, r&#233;bellion, coalition, etc. et de condamner les coupables &#224; la prison, un bannissement et si besoin &#233;tait, &#224; la torture et &#224; la peine capitale.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait croire que de telles menaces allaient effrayer les gr&#233;vistes et les faire rentrer sans d&#233;lai dans les ateliers. Il nous faut &#224; ce sujet r&#233;viser quelque peu les id&#233;es due nous nous sommes form&#233;s sur la vie sociale nous l'ancien r&#233;gime. Le fait que les compagnons se promenaient en armes est d&#233;j&#224; assez symptomatique. Le pouvoir royal n'&#233;tait absolu que de nom, du moinsj usqu'au XVII &#176;si&#232;cle. Les autorit&#233;s municipales ne disposaient pas d'une force arm&#233;e bien consid&#233;rable, A Lyon, des &#233;meutes furent &#224; plusieurs reprises pratiquement ma&#238;tresses de la ville, et cela se produisit encore au si&#232;cle dernier. L'appareil coercitif de la bourgeoisie de l'&#233;poque &#233;tait singulrie&#232;ment moins puissant que celui dont dispose notre capitalisme contemporain : aussi la r&#233;pression &#233;tait-elle plus brutale, l'&#233;meute vaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Edit de Villers-Cotter&#234;ts, en ao&#251;t 1539, supprimait le droit de coalition dans toute la France. C'est qu &#8216;&#224; la suite des d&#233;sastres militaires du r&#232;gne, la situation du royaume n'&#233;tait pas florissante et que partout des trics &#233;taient en cours. Il y en avait &#224; Paris m&#234;me, chez les gar&#231;ons boulangers et les gar&#231;ons bouchers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compagnons imprimeurs lyonnais dont la confr&#233;rie subsistait malgr&#233; l'interdiction, introduisirent aupr&#232;s du Parlement une enqu&#234;te tendant &#224; faire casser la sentence du s&#233;n&#233;chal. Le Parlement de Paris &#233;tait jaloux de ses pr&#233;rogatives. II se montrait peu dispos&#233; &#224; &#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233; ;tu profit de la juridiction inf&#233;rieure Constitu&#233;e par le s&#233;n&#233;chal et ses notables. Ce qui fit qu'en septembre 1540, il rendit &#224; Moulins, en faveur des imprimeurs lyonnais, un arr&#234;t r&#233;tablissant pour eux les anciennes r&#232;gles des corporations, en ce qui concernait l'apprentissage et interdisant aux apprentis de composer avant d'avoir effectu&#233; trois ann&#233;es de stage (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compagnons prirent la d&#233;termination de demander aux patrons des dommages et int&#233;r&#234;ts s'ils ne se conformaient pas &#224; l'arr&#234;t. Les ma&#238;tres us&#232;rent du chantage : ils menac&#232;rent de quitter Lyon pour Vienne. Le Consulat, feignant une grande crainte, les fit mander et les pria de ne pas s'&#233;loigner, afin que la ville ne fut pas priv&#233;e d'une industrie qui faisait une partie de sa prosp&#233;rit&#233;. La ville d&#233;p&#234;cha &#224; la Cour un d&#233;put&#233;, les ma&#238;tres un autre, &#224; frais communs, pour obtenir du roi la r&#233;forme de l'arr&#234;t. Les n&#233;gociations dur&#232;rent un an&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces proc&#233;dures, ces rivalit&#233;s de ,juridiction, ces d&#233;cisions contradictoires ne sont pas un des moindres &#233;tonnements que l'on &#233;prouve &#224; suivre les p&#233;rip&#233;ties des luttes ouvri&#232;re des si&#232;cles r&#233;volus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pourparlers tra&#238;naient en longueur, car les d&#233;l&#233;gu&#233;s s'occupaient d'autres affaires municipales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intervalle, un conflit identique avait pris naissance &#224; Paris : la gr&#232;ve de Paris, parall&#232;le &#224; celle de Lyon, r&#233;agissait sur la situation dans cette ville. C'est pourquoi nous devons en dire quelques mots. A la suite d'une cessation de travail des ouvriers parisiens, les ma&#238;tres de cette ville s'adress&#232;rent au roi pour obtenir le m&#234;me traitement que leurs coll&#232;gues lyonnais. Ils voulaient, comme eux, avoir le droit de &#171; faire et tenir des apprentis, autant qu'ils voudraient et pourraient mettre en oeuvre &#187;. A Paris, la question des apprentis &#233;tait &#224; la base du conflit. Les ouvriers &#233;taient moins solidement organis&#233;s que ceux de Lyon ; les forces de police plus consid&#233;rables et la gr&#232;ve avait &#233;t&#233; moins violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les ouvriers parisiens s'oppos&#232;rent &#224; l'enregistrement de l'Edit de Villers-Cotter&#234;ts (1539) et &#224; d&#233;faut de l'enregistrement par le pr&#233;v&#244;t, l'&#233;dit n'&#233;tait pas ex&#233;cutoire. Tandis que les ouvriers lyonnais s'adressaient au Parlement, les Parisiens port&#232;rent leurs dol&#233;ances devant le Conseil priv&#233; du roi, Ils demandaient ta limitation du nombre des apprentis, la libert&#233; de quitter le travail plus lot les vigiles, des modifications au droit de renvoi par les ma&#238;tres et au r&#233;gime de travail des fondeurs de caract&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le roi ordonna une enqu&#234;te. La question fut renvoy&#233;e devant le lieutenant civil qui penchait plut&#244;t du c&#244;t&#233; des compagnons, car traditionnellement la judicature du Ch&#226;telet d&#233;fendait le respect des r&#232;gles corporatives. Mais les ma&#238;tres lyonnais re&#231;urent satisfaction : l'arr&#234;t du Parlement, favorable aux compagnons, fut r&#233;voqu&#233; le 28 d&#233;cembre 1541 : la nouvelle sentence renfor&#231;ait celles ant&#233;rieures, interdisait les trics, les assembl&#233;es de plus de cinq personnes, les est le port des armes, etc. Les ma&#238;tres obtenaient le droit d'embaucher et de d&#233;baucher&#224; leur gr&#233;. Le taux des gages restait &#224; d&#233;terminer. Les ma&#238;tres, sur le chapitre de la nourriture, devaient &#187; donner raisonnablement &#171; . Un pr&#233;avis de 8 jours &#233;tait impos&#233; unilat&#233;ralement aux ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les n&#233;gociations continuaient chez les imprimeurs Parisiens. Les compagnons avaient accept&#233; l'enqu&#234;te prescrite et l'avaient m&#234;me entreprise pour leur propre compte, tandis que les ma&#238;tres s'y opposaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers se livr&#232;rent alors &#224; quelques violences dont le pouvoir royal prit pr&#233;texte pour les d&#233;bouter, leur ordonner de s'incliner devant les d&#233;cisions ant&#233;rieures et hm d&#233;fendre de faire appel &#224; nouveau (19 novembre 1542). Les compagnons lyonnais avaient repris la lutte contre l'arr&#234;t de 1541. Mais la d&#233;faite des ouvriers parisiens entra&#238;na la leur. Le roi leur rendait applicable l'arr&#234;t de Paris. Cependant, la question n'&#233;tait pas d&#233;finitivement tranch&#233;e encore. Une s&#233;rie de proc&#232;s assez fastidieuse commen&#231;a alors. Les compagnons attaqu&#232;rent les lettres patentes du roi et le procureur du roi &#224; Lyon pi-il fait et cause pour eux, en se portant appelant contre la publication de ces lettres. Le Parlement de Cris fut &#224; nouveau saisi et il n'&#233;tait pas impossible qu'il adopta la th&#232;se des compagnons. L'appel fut port&#233; devant le conseil priv&#233; du roi. Cet organisme d&#233;cida&#8230; une nouvelle enqu&#234;te et le renvoi de l'affaire devant le Grand Conseil (19 mars 1543).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers firent tra&#238;ner les choses en longueur. Leur procureur, Michel Sosson, somm&#233; de produire ses arguments, se pr&#233;senta enfin et la sentence fut prononc&#233;e (11 septembre 1544) Le roi maintenait ses &#233;dits ant&#233;rieurs, repoussait l'appel des ouvriers et de son propre procureur et les condamnait aux d&#233;pens. D&#233;fense &#233;tait faite sous peine d'amende de contrevenir &#224; l'&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe dans ces d&#233;m&#234;l&#233;s, c'est l'extr&#234;me vari&#233;t&#233; des jucdaitures et l'enchev&#234;trement de leurs pr&#233;rogatives. Il serait tr&#232;s int&#233;ressant de savoir quels mobiles poussaient certains magistrats royaux &#224; se ranger du c&#244;t&#233; des gr&#233;vistes. Nous n'en avons trouv&#233; aucune expcliation dans le travail de Hauser auquel nous empruntons la plupart des faits pr&#233;c&#233;dents. Il est probable que l'examen des archives &#233;clarierait un peu ces mobiles. Il est &#224; noter aussi que le roi, sens&#233; prendre quantit&#233; de d&#233;cisions, n'&#233;tait gu&#232;re qu'une machine &#224; signer sur le vu des avis des diff&#233;rents organismes d'&#201;tat. Ses arr&#234;ts se contredisaient d'ailleurs assez souvent au gr&#233; des conclusions diff&#233;rentes de deuxc ours distinctes et on ne manquera pas d'observer, dans le cas des imprimeurs, que des arr&#234;ts rendus comme d&#233;finitifs et sans appel, furent quelques mois apr&#232;s infirm&#233;s ou tout au moins remis en question. Le certain, c'est qu'&#224; cette &#233;poque comme &#224; la n&#244;tre, la force ouvri&#232;re &#233;tait le principal &#233;l&#233;ment du succ&#232;s des revendications. Les imprimeurs lyonnais et parisiens le savaient bien, qui avaient recours &#224; la cessation du travail et &#224; l'action directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils le savaient si bien que vingt ans plus tard, sous le r&#232;gne de Charles IX, les ma&#238;tres se plaignaient de ce qu'ils n'avaient pas respect&#233; l'&#233;dit de 1514. Ils continuaient &#224; se coaliser et &#224; quitter le travail pour faire aboutir leurs revendications. Tant &#224; cause de la chert&#233; du papier que du prix de la main-d'oeuvre, les ma&#238;tres lyonnais &#233;taient contraints de faire imprimer leurs livres &#224; l'&#233;tranger. Il &#233;tait impossible, disaient-ils, de satisfaire les compagnons &#171; eu vivres, gages et salaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Edit de Gaillon, en 1571, renouvelait celui de 1539. Il renfor&#231;ait les interdictions de ce dernier, d&#233;fendait le tric et m&#234;me de faire &#171; journ&#233;e blanche &#187;, Le ma&#238;tre &#233;tait autoris&#233; dans ces deux cas &#224; retenir sur le salaire une somme correspondant au pr&#233;judice caus&#233;. Le certificat de travail &#233;tait institu&#233; pour tout ouvrier quittant son ma&#238;tre. Le d&#233;faut de certificat rendait l'embauche impossible. Le salaire nourriture &#233;tait supprim&#233;, &#224; l'exemple de ce qui se faisait dans les pays &#233;trangers (Flandres, Allemagne, Italie). Une commission arbitrale, compos&#233;e de libraires-jur&#233;s, de ma&#238;tres imprimeurs et de notables, devait d&#233;terminer le nouveau salaire. Le ma&#238;tre pouvait utiliser autant d'apprentis qu'il le voulait. C'&#233;tait l'application &#224; Lyon du r&#233;gime parisien. Il devenait n&#233;cessaire d'avoir fait un apprentissage pour passer compagnon et de pr&#233;senter, pour s'&#233;tablir ma&#238;tre, un certificat de capacit&#233; sign&#233; de deux libraires et de deux ma&#238;tres imprimeurs. Or, jusque-l&#224;, l'imprimerie n'&#233;tait pas soumise aux r&#232;gles corporatives ordinaires ; il n'y avait pas de chef d'oeuvre ; &#233;tait imprimeur qui voulait, s'il avait assez d'argent. L'&#233;dit sanctionnait donc l'abolition de la libert&#233; d'exercer le m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les compagnons avaient toujours d&#233;fendu le principe du salaire &#233;gal pour un m&#234;me travail, le ma&#238;tre acquerrait le droit de payer le travail fourni. Tout compagnon abandonnant un travail &#233;tait passible d'amende, de dommages et int&#233;r&#234;ts et m&#234;me du fouet s' il n'&#233;tait pas solvable. Une infraction &#224; l'&#233;dit &#233;tait punissable de 200 livres d'amende et de peines corporelles en cas de r&#233;cidive. Mais ni &#224; Paris, ni &#224; Lyon, les ouvriers n'accept&#232;rent. Contrairement aux ordonnances, ils continu&#232;rent &#224; se coaliser, &#224; se cotiser et introduisirent une instance aupr&#232;s du Parlement contre l'Edit de Gaillon, Il faut en retenir les termes. Ils reprochaient aux patrons de les vouloir &#171; opprimer et vilement asservir &#187;. Apr&#232;s avoir rappel&#233; qu'en fait, ils &#233;taient, eux, les v&#233;ritables imprimeurs, ils indqiuaient que c'&#233;taient eux qui leur avaient acquis &#171; et leur acqui&#232;rent chaque jour de grandes et honorables richesses, au prix de leur sueur et industrie merveilleuse, et m&#234;me plus souvent de leur sang &#187;, Charg&#233;s de famille, ils n'avaient dans leur vieillesse que mis&#232;re et maladie. Ils faisaient un parall&#232;le entre la richesse des ma&#238;tres et leur condition pr&#233;caire, accusant les patrons de faire des b&#233;n&#233;fices scandaleux (jusqu'&#224; 150% ). A Paris, les ouvriers devaient rendre 2.650 feuilles par jour et &#224; Lyon 3.350, ce qui n&#233;cessitait des journ&#233;es de 16 et 17 heures. Les ma&#238;tres pr&#233;tendaient &#234;tre contraints &#224; faire imprimer &#224; Montuel, Gen&#232;ve, Lausanne, &#224; cause des prix de fa&#231;on trop &#233;lev&#233;s. Mais les compagnons r&#233;torquaient que les imprimeurs de Gen&#232;ve, d'Anvers, d'Allemagne s'en tiraient en vendant leurs ouvrages bien meilleur march&#233;, (En Hollande, on demandait aux ouvriers 4.000 feuilles par ,jour. Le prol&#233;tariat y &#233;tait-il plus exploit&#233; encore ou l'outillage industriel meilleur ? Il est difficile de le savoir.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compagnons protestaient aussi contre une diff&#233;rence de traitement qui permettait aux ma&#238;tres de faire des monopoles, ce qui leur &#233;tait interdit. Ils revendiquaient m&#234;me le droit de porter des armes &#171; pour insolence d'aucuns ma&#238;tres &#187;. Ils s'&#233;levaient contre l'emploi abusif des apprentis, ce qui les privait de leur salaire, alors qu'ils avaient d&#251; eux-m&#234;mes faire des sacrifices pour apprendre le m&#233;tier. Ils demandaient &#224; &#234;tre nourris comme par le pass&#233;, s'indignaient que les salaires puissent &#234;tre fix&#233;s par les ma&#238;tres seuls et demandaient une commission paritaire, comprenant quelques notables nomm&#233;s par les deux parties. Enfin, consid&#233;rant que ce serait &#171; violer indignement la libert&#233; naturelle des hommes &#187;, ils r&#233;clamaient que les fautes soient punies par des amendes, non par des ch&#226;timents corporels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce r&#233;quisitoire qui d&#233;notait chez les compagnons une volont&#233; assez nette et un souci de leur dignit&#233; assez d&#233;velopp&#233;, les ma&#238;tres r&#233;pondirent par une courte diatribe qui d&#233;non&#231;ait la confr&#233;rie des compagnons avec cotisation obligatoire, vitup&#233;rait les fauteurs de d&#233;sordre et demandait que leurs noms soient relev&#233;s et des sanctions prises contre eux. Ils sugg&#233;raient aussi que les compagnons soient astreints &#224; fournir caution avant d'engager des proc&#232;s, car ils avaient l'habitude de ne pas payer les amendes quand ils &#233;taient condamn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Roi apporta alors quelques modifications &#224; son &#233;dit. Il limitait &#224; deux par presse le nombre des apprentis, un &#224; la presse, l'autre &#224; la casse. Il enjoignait aux ma&#238;tres de ne pas renvoyer arbitrairement, et aux ouvriers de ne pas quitter abusivement le travail. En outre des f&#234;tes religieuses, les ouvriers obtenaient le salaire pour les journ&#233;es du Vendredi-Saint, de la Saint-Jean et une demi-journ&#233;e 1e jour du car&#234;me prenant. Le roi maintenait pour les ma&#238;tres 1e droit de ne pas nourrir les ouvriers, mais fixait pour Paris le salaire &#224; 18 livres tournois par mois, tandis qu'&#224; Lyon il devait &#234;tre d&#233;termin&#233; par le s&#233;n&#233;chal. L'obligation de donner cong&#233; 8 jours d'avance devenait r&#233;ciproque. La dur&#233;e de l'apprentissage &#233;tait fix&#233;e &#224; trois ans. 7.a peine du fouet disparaissait de l'article 22. Les ma&#238;tres perdaient le droit de faire imprimer hors de France, en mettant sur les feuilles de titre de fausses indications d'origine, comme ils l'avaient fait jusque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers obtenaient donc des avantages, gr&#226;ce &#224; leur action tenace, mais l'interdiction de leurs confr&#233;ries et des coalitions subsistait, tandis que les ma&#238;tres pouvaient y recourir, Cette d&#233;claration de 1573 devait rester la charte de l'imprimerie jusqu'en 1618.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons voulu relater avec quelque d&#233;tail les luttes qui se d&#233;roulaient dans l'imprimerie pour donner une id&#233;e de l'acuit&#233; des questions sociales et corporatives sous l'ancienne organisation du travail. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les pouvoirs publics se pronon&#231;aient contre les compagnons. Si le roi &#233;tait s&#233;v&#232;re pour les ouvriers lyonnais, c'est qu'il redoutait de voir leur exemple suivi par des autres m&#233;tiers. &#171; Car c'est donner, disait Fran&#231;ois I er, un exemple et occasion aux autres compagnons et serviteurs de m&#233;tier qui sont en notre royaume de faire quelquefois le semblable, qui est un vrai fondement et entret&#233;nement de mutineries et s&#233;ditions qui tournent &#224; la fin au grand d&#233;triment de la chose publique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II est donc certain que l'ancienne r&#233;glementation corporative par &#233;dits royaux fut absolument impuissante, non seulement &#224; faire le bonheur des ouvriers au sein d'organismes professionnels, mais aussi &#224; emp&#234;cher l'antagonisme des classes en pr&#233;sence. Aussi pouvons nous dire avec Hauser : &#171; La question dite sociale se posait alors sinon avec la m&#234;me extension, du moins avec l'a m&#234;me intensit&#233; et presque dans les m&#234;mes termes. &#187; Ou avec Marx : &#171; Toute l'histoire de la soci&#233;t&#233; est l'histoire de la lutte des classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La gr&#232;ve la plus ancienne cit&#233;e dans l'histoire eut lieu 1.500 ans av. J.-C. en Egypte parmi les ouvriers esclaves occup&#233;s &#224; &#233;difier les pyramides, et fut provoqu&#233;e par I'insuffisance de la nourriture. Les pharaons la r&#233;prim&#232;rent dans le sang. Il y eut aussi des gr&#232;ves en Chine, 600 ans av. J.-C., une autre 29 ans av. J.-C. parmi les ouvriers construisaient un palais pour H&#233;rode. Les ma&#231;ons et les terrassiers &#233;taient souvent les acteurs de ces trag&#233;dies qui se terminaient par des massacres de gr&#233;vistes. Gr&#232;ve &#224; Byzance sous Constantin ; sous Charlemagne, parmi les ma&#231;ons construisant son Palais &#224; Aix-la-Chapelle (9&#176; s.) ; en Angleterre, en 1271, parmi les ouvriers agricoles ; &#224; Constantinople en 1195, chez les tailleurs, etc. En Angleterre, une loi de 1549 punissait les gr&#233;vistes du pilori, et en cas de r&#233;cidive ordonnait qu'une oreille leur soit arrach&#233;e : elle ne fut abolie qu'&#224; la fin du 18&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le mot &#171; tric &#187; est l'&#233;quivalent du terme actuel gr&#232;ve. Son &#233;tymologie est obscure. Faut-il y voir une analogie avec le mot anglais &#171; strike &#187;, prit actuellement dans le m&#234;me sens de gr&#232;ve ? Dans ce cas, lequel de ces deux mots est la d&#233;formation de l'autre ? Question philologique que nous ne sommes pas capables de trancher. Mais il est vraisemblable qu'&#224; la suite de la guerre de cent Ans, il dut y avoir entre les deux langues d'assez nombreux &#233;changes de mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] LOUANDRE. Pr&#233;face &#224; l'Histoire de l'industrie fran&#231;aise et des gens de m&#233;tiers, d'A. Monteil (Limoges, s.d.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] LEVASSEUR. Histoire des classes ouvri&#232;res. (Paris, 1901)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] LESPINASSE. Les M&#233;tiers et corporations de la ville de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] VINGTRINIER. Histoire de l'imprimerie lyonnaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] VINGTRINIER. Loc. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] VIAL. Institutions et coutumes lyonnaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] D&#232;s le 13e si&#232;cle, les Lyonnais, dans leur lutte contre l'Archev&#234;que, &#233;taient organis&#233;s par quartiers et par corporations, sous la conduite d'un capitaine. Les compagnons avaient adopt&#233; pour leur propre compte cette organisation militaire. Leur confr&#233;rie &#233;tait vraisemblablement une soci&#233;t&#233; compagnonnique, dont elle pr&#233;sentait tons les caract&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] HAUSER. Ouvriers du temps pass&#233;. Ces chiffres paraissent exag&#233;r&#233;s. Cependant une telle dur&#233;e de la journ&#233;e de travail n'&#233;tait pas rare &#224; cette &#233;poque. Les heures ci-dessus marquent d'ailleurs le moment du lever et du coucher. M&#234;me au 18&#176; si&#232;cle, les imprimeurs travaillaient encore (if, 6 heures du matin &#224; S heures du soir en &#233;t&#233;, et de 7 heures &#224; 9 heures l'hiver. (Arr&#234;t de 1724.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] La Grande Aum&#244;ne &#233;tait une institution philanthropique priv&#233;e, fond&#233;e par les bourgeois lyonnais &#224; la suite de la famine suivie de peste de 1530-31. Ces ann&#233;es-l&#224;, les r&#233;fugi&#233;s des, campagnes envahissaient la ville, et l'on entendait crier &#224; chaque coin de rue : &#187; Je meurs de faim. &#187; Les pauvres furent r&#233;partis en cinq h&#244;pitaux et secourus gr&#226;ce &#224; une qu&#234;te publique. On distribuait du pain et de la soupe &#224; 7 ou 8.000 personnes. Puis on renvoya les &#233;trangers &#224; la ville, munis d'une &#171; bonne aum&#244;ne &#187;. Cette institution demeura par la suite. Elle recueillait les orphelins et les pla&#231;aient chez les ma&#238;tres. Pendant la gr&#232;ve des compagnons imprimeurs, la Grande Aum&#244;ne dut nourrir les familles des gr&#233;vistes, mais elle se plaignait que ses ressources n'y suffisaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] On nommait Parlement un certain nombre de cours de Judicatures qui connaissaient des affaires en dernier ressort,&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;rifiaient et enregistraient les &#233;dits du roi. Le Parlement pouvait parfois faire opposition au roi et il avait d'autant plus d'importance que le pouvoir royal &#233;tait plus faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;source : &lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1948-02-greves-et-luttes-sociales-sous-lancien-regime-soudeille/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1948-02-greves-et-luttes-sociales-sous-lancien-regime-soudeille/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;voltes ouvri&#232;res et urbaines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Moyen-&#226;ge le prol&#233;tariat industriel n'existe pas encore. Mais il y a d&#233;j&#224; des ouvriers du textile. La r&#233;volte la plus connue est celle des &#171; Ciompi &#187; de Florence. Il s'agit non pas de marchands ou d'artisans, mais d'ouvriers du textile. Ils se r&#233;voltent le 22 juin 1378 contre des salaires trop bas alors que l'inflation gangr&#232;ne la cit&#233;, mais aussi contre le ch&#244;mage qui commence &#224; les toucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils revendiquent par ailleurs le droit de s'organiser en tant qu'association, comme les marchands peuvent le faire. C'est tout le petit peuple de Florence qui s'insurge, br&#251;lant palais et couvents. Les Ciompi demandent &#224; &#234;tre reconnus comme branche professionnelle pour avoir acc&#232;s aux d&#233;cisions communales et donc &#224; des postes au sein du &#171; Conseil municipal &#187;. Le 21 juillet, les r&#233;volt&#233;s attaquent les b&#226;timents des patrons de la laine, du fisc et de la justice. Le lendemain, ils prennent le pouvoir et installent le cardeur de laine Michele di Lando comme &#171; ministre &#187; de la Justice. Mais ils seront trahis par les artisans ais&#233;s et la &#171; Commune de Florence &#187; sera &#233;cras&#233;e le 31 ao&#251;t. Di Lando a eu la chance de ne pas &#234;tre ex&#233;cut&#233;, mais simplement exil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assistera &#224; la m&#234;me r&#233;volte en Auvergne et au Languedoc de 1381 &#224; 1384, venant des ouvriers teinturiers du textile : les Ongles bleus ou Tuchins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre r&#233;volte d'importance, celle des &#171; Maillotins &#187; &#224; Paris de mars 1382 &#224; janvier 1383. Au d&#233;part, il s'agit d'une r&#233;volte fiscale. Le 1er mars 1382, les ouvriers et les artisans parisiens se r&#233;voltent et sont rejoints, de suite, par les paysans de Clichy et des Ternes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'emparent alors de 2 000 gros maillets de plomb, arment 20 000 hommes et s'en prennent aux banquiers et aux collecteurs d'imp&#244;ts. Ils vont auto-administrer la ville jusqu'au 1er d&#233;cembre, date du retour du roi Charles VI et de son arm&#233;e. N'&#233;tant pas encore des r&#233;gicides, ils laissent entrer les troupes royales dans la capitale. D&#232;s janvier 1383, ces derni&#232;res vont se livrer &#224; une f&#233;roce r&#233;pression. Les chefs maillotins seront arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s et ex&#233;cut&#233;s. Presque 500 ans avant la Commune de Paris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.force-ouvriere.fr/les-revoltes-du-moyen-age&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.force-ouvriere.fr/les-revoltes-du-moyen-age&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Royaut&#233; et les Corporations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Royaut&#233; ne reste pas longtemps l'alli&#233;e des bourgeois ; d&#232;s le xive si&#232;cle, elle se met en t&#234;te la chevalerie et la parade ; mais ce n'est jamais par l&#224; qu'elle grandit. Tous les rois qui &#233;tendirent son pouvoir, jusqu'&#224; la renaissance, le firent par des gens de peu, hommes de loi, hommes d'argent ou hommes d'administration. Comment agit-elle ? En mettant en campagne contre sa f&#233;odalit&#233;, des arm&#233;es victorieuses ? Non ; mais par des &#171; ordonnances &#187; r&#233;dig&#233;es par ses l&#233;gistes, par son &#171; parlement, &#187; cour de justice avec laquelle elle d&#233;truit peu &#224; peu les juridictions locales ; par des imp&#244;ts qui vont grossissant, selon la loi de toutes les monarchies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soumettre les classes ouvri&#232;res &#224; sa juridiction et en tirer de gros droits, c'est la premi&#232;re id&#233;e. On peut dire que durant les longs si&#232;cles de son existence, la royaut&#233; fut toujours gueuse, toujours &#224; court d'argent, toujours cupide. Au moyen &#226;ge, elle falsifiait les monnaies ; au xviie si&#232;cle, elle &#233;rigeait la banqueroute en syst&#232;me ; c'est par l'&#233;normit&#233; de ses exactions qu'elle souleva les grandes insurrections du xive si&#232;cle comme c'est par le d&#233;ficit qu'elle amena la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces grandes insurrections du xive si&#232;cle ne sont plus diss&#233;min&#233;es comme celles des communes. Elles visent &#224; &#234;tre des &#171; r&#233;volutions ; &#187; elles commencent &#224; avoir pour th&#233;&#226;tre Paris, devenu la capitale de la France, et une des grandes villes du monde. La plus c&#233;l&#232;bre est celle que dirigea &#201;tienne Marcel (1358). Puis vint celle des Maillotins (1382), ainsi nomm&#233;e parce que la bourgeoisie s'&#233;tait arm&#233;e de maillets. &#192; ce moment les classes insurg&#233;es commencent &#224; sentir leur solidarit&#233;. Paris, Rouen, la Flandre, etc. correspondent et s'entendent. Toutes ces tentatives &#233;chou&#232;rent. Qui les avait faites ? Encore les corporations ouvri&#232;res, les corps de m&#233;tiers. C'est &#224; eux qu'on s'en prit. &#192; la suite du soul&#232;vement des Maillotins, voici ce que la royaut&#233; fit dans Paris : Suppression des magistrats &#233;lus, remplac&#233;s par des &#171; visiteurs &#187; nomm&#233;s par le pr&#233;v&#244;t (lui-m&#234;me d&#233;l&#233;gu&#233; du roi) ; suppression de la juridiction professionnelle ; interdiction &#224; toutes les associations de se r&#233;unir ailleurs que dans les &#233;glises, avec permission du pr&#233;v&#244;t, et en pr&#233;sence d'un de ses agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que le pouvoir central devait &#233;tablir partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons comment il le fit aux xve et xvie si&#232;cles, &#233;poques o&#249; la puissance royale fit ses derniers progr&#232;s, pour aboutir au monstrueux despotisme des xviie et xviiie si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. &#8212; Dans un &#233;tat monarchique, les ouvriers pouvaient-ils rester ma&#238;tres d'&#233;lire leurs magistrats ? &#8212; Non certes ; et cette premi&#232;re libert&#233; devait dispara&#238;tre peu &#224; peu. D&#233;j&#224;, nous l'avons vu retir&#233;e aux Parisiens, en 1381 ; nous la voyons dispara&#238;tre successivement, soit par le mouvement naturel des choses, soit par les empi&#233;tements du pouvoir central, dans toute la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord on a vu que dans certains m&#233;tiers non affranchis, c'est le fournisseur ou l'artisan du roi qui a la haute main. C'est ainsi qu'on vit le barbier du roi (ou son chirurgien, car, &#224; cette &#233;poque, ces deux professions &#233;taient r&#233;unies) devenir le chef, le magistrat supr&#234;me, au xive si&#232;cle, de la corporation des barbiers et chirurgiens de Paris, et au xve si&#232;cle, de toutes les corporations semblables de France. Position lucrative : car il vendait en province son droit &#224; des lieutenants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au si&#232;cle suivant, les souvenirs de libert&#233; locale s'effacent tellement que les &#233;lections disparaissent d'elles-m&#234;mes. Les magistrats corporatifs sont choisis par leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, ou m&#234;me leurs places sont vendues. Elles restent ainsi entre les mains d'une petite aristocratie, qui s'en fait une source d'exactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, la royaut&#233;, toujours &#224; court d'argent, avait un moyen aussi simple qu'efficace de s'en procurer. Elle cr&#233;ait des &#171; offices &#187;, c'est-&#224;-dire qu'elle imaginait une fonction nouvelle, ou en prenait une existante qu'elle &#233;rigeait en fonction publique, qu'elle vendait &#224; beaux deniers comptants. C'est ainsi qu'elle s'arrogea le droit de vendre certaines magistratures corporatives qui ressortaient de l'&#233;lection. C'est ainsi que Fran&#231;ois Ier &#233;rigea en offices les places de vendeurs, compteurs, d&#233;chargeurs de mar&#233;e, jusque l&#224; &#233;lus par la corporation des chasse-mar&#233;e. Henri II fit mieux, il devait de l'argent &#224; un graveur de la monnaie ; il le paya&#8230; aux d&#233;pens du public, en lui donnant les offices de jaugeurs, marqueurs, mesureurs et contr&#244;leurs&#8230; des vins&#8230; c'est-&#224;-dire en l'autorisant &#224; exiger une somme d'argent de tous ceux qui voudraient exercer le m&#233;tier. &#8212; Entre les vins et la gravure, le rapport n'est pourtant pas grand. Charles IX, cr&#233;a enfin des &#171; offices &#187; de jur&#233;s et de magistrats des ma&#231;ons et des charpentiers, dans toutes les villes du royaume. D&#233;j&#224; Fran&#231;ois Ier avait &#244;t&#233; le choix de ces magistrats aux communaut&#233;s, dans certaines villes, pour le donner aux municipalit&#233;s ; et le m&#234;me Charles IX avait ordonn&#233; qu'on les pr&#238;t &#224; l'anciennet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces d&#233;tails se r&#233;sument en un seul mot : plus d'&#233;lections libres, plus d'ind&#233;pendance corporative. Tout revient ou dans les mains des privil&#233;gi&#233;s, ou dans les mains du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. &#8212; En m&#234;me temps, le pouvoir royal prenait le droit de faire les r&#232;glements du travail, qui jusque-l&#224; avaient &#233;man&#233; des corporations m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le xive si&#232;cle, la royaut&#233; faisait des ordonnances soit sur les rapports des ouvriers et des patrons, soit sur la fabrication. Elle ne cessa pas d'en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle r&#233;digeait la loi, elle l'appliquait ; querelles de m&#233;tiers entre eux, querelles des ouvriers et des patrons d'un m&#234;me m&#233;tier, proc&#232;s pour interdire telle invention nouvelle, utile au public, mais nuisible aux patrons&#8230; tout cela ressortait des juges royaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait fastidieux d'entrer dans les d&#233;tails : je puis dire seulement qu'&#224; la fin du xvie si&#232;cle, la royaut&#233; r&#233;glementait et jugeait partout la fabrication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. &#8212; Le roi ne fait pas seulement des magistrats ; il fait des patrons, je veux dire qu'il vend ou donne, &#224; son gr&#233;, le droit d'entrer dans la corporation comme ma&#238;tre et de fonder un &#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis XI le premier, &#224; la fin du xve si&#232;cle, s'arrogea le droit &#224; son av&#232;nement de cr&#233;er un &#171; ma&#238;tre &#187; dans chaque corporation du royaume en le dispensant des &#233;preuves et des droits auxquels &#233;tait assujetti quiconque ambitionnait ce titre ; et dans quel but ? Dans un but financier ; ce titre, il ne le donnait pas, il le vendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple fut imit&#233; dans la suite avec une rare profusion ; le roi, les princes et les princesses, suivirent la lucrative habitude de r&#233;pandre les lettres de ma&#238;trises &#224; tout propos : mariage princier, naissance princi&#232;re, bapt&#234;me princier, passage d'un prince dans une ville, tout donne pr&#233;texte &#224; ces nobles exploitants de gagner quelque argent. &#192; vrai dire, ils &#233;taient si larges de ces g&#233;n&#233;rosit&#233;s qu'ils faisaient payer, que les acheteurs n'y suffisaient pas. &#192; la mort d'Henri IV, il en restait qui avaient &#233;t&#233; offertes quarante ans avant, et qui n'avaient pas trouv&#233; d'acqu&#233;reur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. &#8212; En m&#234;me temps que la ma&#238;trise peut s'acqu&#233;rir sans examen par lettre royale, elle se ferme &#224; l'ouvrier gr&#226;ce au &#171; chef d'&#339;uvre &#187;. La r&#232;gle des corporations n'est pas chang&#233;e : il faut toujours avoir &#233;t&#233; apprenti et ouvrier, et avoir fait son chef-d'&#339;uvre, pour devenir patron. Seulement, elle est &#233;lud&#233;e, gr&#226;ce &#224; la r&#233;sistance des patrons. Le jeune homme riche, le fils de patron ach&#232;te, sans travailler, un titre d'apprenti, avec de l'argent ; il fait faire son chef-d'&#339;uvre, et il est toujours re&#231;u. L'ouvrier qui a assez d'&#233;pargnes pour pouvoir passer trois mois au moins &#224; ne faire qu'un chef-d'&#339;uvre est le plus souvent refus&#233; apr&#232;s ce temps &#233;coul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, une premi&#232;re division se creuse entre les patrons et les ouvriers. Mais l'esprit d'in&#233;galit&#233; fait tant de progr&#232;s, que les patrons eux-m&#234;mes se divisent en classes ; les jeunes, qui n'ont pas dix ans d'exercice ; les modernes, qui ont pass&#233; ce temps dans le m&#233;tier ; les anciens, qui ont rempli les fonctions de jur&#233; ; et les droits sont diff&#233;rents pour chaque classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le temps vient o&#249; les querelles s'enveniment entre patrons et ouvriers. Ces querelles, qui les juge ? La royaut&#233;. Dans quel sens ? Dans le sens des privil&#232;ges, cela va sans dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves commencent. Il faut voir avec quelle rigueur le pouvoir royal les traite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1541, les ouvriers imprimeurs de Lyon, insuffisamment pay&#233;s se mettent en gr&#232;ve. Ordonnance du roi pour interdire leurs r&#233;unions, et leur ordonner de reprendre le travail. Lettres patentes confirmant l'ordonnance en 1541. Ordonnance identique en 1544. Troisi&#232;me ordonnance en 1571. Les ouvriers ne se rendirent pas ; et la guerre civile les pr&#233;serva de l'autorit&#233; du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. &#8212; Nous avons signal&#233; au moyen &#226;ge, &#224; c&#244;t&#233; de l'association en quelque sorte forc&#233;e des corps de m&#233;tiers, l'association volontaire des confr&#233;ries. Au d&#233;but, qu'&#233;tait-ce ? Une soci&#233;t&#233; de secours, ou une soci&#233;t&#233; de r&#233;jouissances et de c&#233;r&#233;monies. Mais &#224; mesure que la libert&#233; se retirait des &#171; corporations, &#187; on se rabattit sur les confr&#233;ries, et leur importance grandit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce furent encore bien souvent des pr&#233;textes &#224; banquets, o&#249; l'on buvait beaucoup. Mais ce fut mieux aussi. C'est gr&#226;ce &#224; elles que se fit le groupement libre des classes ouvri&#232;res. C'est gr&#226;ce &#224; elles que les ouvriers eurent leurs associations &#224; part, associations devenues n&#233;cessaires pour r&#233;sister &#224; l'exploitation. D&#232;s le xive si&#232;cle, nous les trouvons organis&#233;es pour d&#233;battre les salaires. Deux cents ans plus tard, dans les gr&#232;ves du xvie si&#232;cle, les ouvriers se pr&#233;sentent toujours group&#233;s en &#171; confr&#233;ries. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On con&#231;oit que l'autorit&#233; ait vu d'un mauvais &#339;il ce dernier acte de libert&#233;. Du xive si&#232;cle jusqu'&#224; la fin, la royaut&#233; ne cesse de les interdire ; elles ne cessent pas non plus de repara&#238;tre ; sans cesse poursuivies et discut&#233;es, pour &#234;tre simplement tol&#233;r&#233;es apr&#232;s, jusqu'aux prochaines rigueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aux confr&#233;ries qu'il faut rattacher l'institution du compagnonnage, dont l'institution et les c&#233;r&#233;monies bizarres, qui devaient vivre si longtemps, remontent au xive si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Associations_ouvri%C3%A8res_dans_le_pass%C3%A9/Texte_entier&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Associations_ouvri%C3%A8res_dans_le_pass%C3%A9/Texte_entier&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Espagne ouvri&#232;re en 1920</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
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&lt;p&gt;L'Espagne ouvri&#232;re en 1920 &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1917-1918, les gr&#232;ves se multiplient. Le gouvernement a interdit le &#034;Soli&#034; (Solidarit&#233; ouvri&#232;re, organe officiel de la conf&#233;d&#233;ration), ferm&#233; les centres ouvriers et arr&#234;t&#233; les dirigeants. En 1919, il y eut une gr&#232;ve &#224; l'entreprise &#233;lectrique &#034; La Canadiane &#034;, qui s'&#233;tendit et d&#233;clencha une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans l'industrie et les campagnes catalanes. Victoire partielle de la CNT, apr&#232;s un dur combat. Et la mobilisation est importante : le 24 mars 1919, la CNT (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Espagne ouvri&#232;re en 1920&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1917-1918, les gr&#232;ves se multiplient. Le gouvernement a interdit le &#034;Soli&#034; (Solidarit&#233; ouvri&#232;re, organe officiel de la conf&#233;d&#233;ration), ferm&#233; les centres ouvriers et arr&#234;t&#233; les dirigeants. En 1919, il y eut une gr&#232;ve &#224; l'entreprise &#233;lectrique &#034; La Canadiane &#034;, qui s'&#233;tendit et d&#233;clencha une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans l'industrie et les campagnes catalanes. Victoire partielle de la CNT, apr&#232;s un dur combat. Et la mobilisation est importante : le 24 mars 1919, la CNT appelle &#224; nouveau &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour lib&#233;rer les prisonniers de la gr&#232;ve pr&#233;c&#233;dente. Il y a eu trois semaines de lutte sociale &#224; Barcelone et dans d'autres villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a r&#233;agi avec panique et le 3 avril, le Parlement a approuv&#233; la journ&#233;e de 8 heures. Le gouvernement a ordonn&#233; la formation de commissions mixtes de n&#233;gociation. Ce sont des triomphes remport&#233;s par la classe ouvri&#232;re gr&#226;ce &#224; sa lutte. Mais l'arrestation de syndicalistes a amen&#233; de purs anarchistes &#224; la direction de la CNT, qui ont r&#233;pondu au terrorisme &#171; blanc &#187; par des actions de terrorisme individuel. Cela a &#233;t&#233; critiqu&#233; par de nombreux secteurs de la m&#234;me organisation. D'anciens policiers de la &#034;Brigade Politico-Sociale&#034; &#233;taient charg&#233;s de diriger les bandes d'hommes arm&#233;s du patronat contre les conf&#233;d&#233;r&#233;s et les organisations syndicales en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1919, le gouvernement tente de parvenir &#224; un accord avec le secteur syndicaliste de la CNT, mais la F&#233;d&#233;ration patronale propose un &#171; lock-out &#187; et la lutte s'intensifie. Le patronat forme des ouvriers d&#233;class&#233;s au sein de l' Union Libre (ultra-catholique et favorable au patronat) contre les syndicats uniques de la CNT. La fusillade entre les deux groupes a provoqu&#233; une nouvelle escalade terroriste. La propagation du terrorisme en 1920, ainsi que les &#171; lock-out &#187; et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale convoqu&#233;e pour le 24 janvier, provoqu&#232;rent une tension extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrorisme et la lutte sociale se sont r&#233;pandus dans toute l'Espagne. Toujours en 1920, le gouvernement passe de la ligne r&#233;formiste &#224; la ligne dure, cessant de n&#233;gocier et r&#233;primant la CNT, avec la police et l'arm&#233;e. La &#171; loi sur l'&#233;vasion &#187; p&#233;nale a &#233;t&#233; appliqu&#233;e, autorisant le meurtre de d&#233;tenus all&#233;guant une tentative d'&#233;vasion. Il y eut une r&#233;ponse anarcho-syndicaliste spectaculaire, qui se termina par l'assassinat &#224; Madrid du Premier ministre Eduardo Dato , au d&#233;but de 1921, par trois hommes arm&#233;s anarchistes. L'arm&#233;e r&#233;agit brutalement contre la CNT. En 1922, la violence diminue gr&#226;ce &#224; la victoire de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et son syndicat, l'Union g&#233;n&#233;rale des travailleurs (UGT), ont une attitude h&#233;sitante par rapport &#224; l'Internationale communiste (IC) cr&#233;&#233;e en mars 1919, ce n'est pas le cas de la F&#233;d&#233;ration des Jeunesses socialistes5, qui d&#233;cide, lors de son Ve congr&#232;s, d'appuyer l'IC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de l'IC ne parvenant pas &#224; casser la direction r&#233;formiste, la majeure partie de la F&#233;d&#233;ration des Jeunesses Socialistes d&#233;cide de fonder, le 15 avril 1920, le Parti communiste espagnol (Partido Comunista Espa&#241;ol), qui publie le journal El Comunista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an plus tard appara&#238;t le Parti communiste ouvrier espagnol (Partido Comunista Obrero Espa&#241;ol), fond&#233; par les terceristas qui essayaient encore de convaincre le PSOE de rejoindre la Troisi&#232;me Internationale. Lorsque la majorit&#233; du congr&#232;s du PSOE d&#233;cide de rejoindre l'Union des partis socialistes pour l'action internationale7, les terceristas font s&#233;cession et, le 13 avril 1921, cr&#233;ent le PCOE, tr&#232;s influent dans la province de Biscaye et dans les Asturies, o&#249; il est rejoint par la quasi-totalit&#233; des militants socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membres de l'IC, ces deux partis sont amen&#233;s &#224; fusionner, lors de l'&#171; acte de fusion &#187; du 14 novembre 1921, dans le cadre du Parti communiste d'Espagne-Section espagnole de l'Internationale communiste (PCE-SEIC). Lors du premier congr&#232;s, qui a lieu en mars 1922 &#224; Madrid, Antonio Garc&#237;a Quejido est &#233;lu Secr&#233;taire-General. Mais le comit&#233; central n'est pas &#233;lu de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re : l'IC contr&#244;le les d&#233;signations afin de tenter d'&#233;tablir un &#233;quilibre entre les tendances gauchistes issues de l'ancien PCE et celles, plus centristes, du PCOE. Le second congr&#232;s a lieu en juillet 1923, de nouveau &#224; Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1920, la CNT ne prit pas en compte la mont&#233;e en puissance des hommes arm&#233;s du syndicat libre. Les pr&#233;occupations &#233;taient diff&#233;rentes. Apr&#232;s la gr&#232;ve de La Canadiane (d&#233;but 1919) au cours de laquelle la journ&#233;e de huit heures fut instaur&#233;e, le syndicat aspirait &#224; plus. Le radicalisme anarchiste &#233;tait en hausse et de nombreux militants parlaient d'aller vers la r&#233;volution. Dans ces premiers mois de 1920, la CNT compte plus d'un million de membres et ses structures internes ont &#233;t&#233; renforc&#233;es. L'UGT grandit &#233;galement beaucoup au fil du temps, passant de 160 000 adh&#233;rents en 1919 &#224; 240 000 en 1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, de nombreux capitalistes ont entam&#233; une guerre particuli&#232;re contre les syndicats. En plus des lock -out , il y avait de nombreuses &#171; listes noires &#187; de travailleurs &#224; ne pas embaucher parce qu'ils posaient probl&#232;me, et des hommes arm&#233;s ont &#233;t&#233; engag&#233;s pour tuer des dirigeants syndicaux. Dans les premiers mois de 1920, commenc&#232;rent les soi-disant fusillades de Barcelone , qui entra&#238;neront la mort de quelque 400 membres de la CNT et d'environ 70 membres de l' Union libre et des forces de l'ordre public en r&#233;ponse anarchiste. &#192; cette &#233;poque, le gouvernement a &#233;galement approuv&#233; la &#171; loi sur l'&#233;vasion &#187;, en vertu de laquelle la police pouvait l&#233;galement assassiner ses prisonniers sous pr&#233;texte qu'ils avaient tent&#233; de s'&#233;vader. Parmi les 400 d&#233;c&#232;s de ces ann&#233;es &#224; Barcelone, il y a eu plusieurs d&#233;c&#232;s dus &#224; cette circonstance. Mais les groupes anarchistes apparent&#233;s au sein de la CNT ont r&#233;agi. Ils form&#232;rent des &#171; groupes d'action &#187; et rendirent coup pour coup au syndicat libre. Depuis plusieurs ann&#233;es &#224; Barcelone, les fusillades sont devenues tr&#232;s fr&#233;quentes. Cette spirale de violence a m&#234;me conduit &#224; l'assassinat du Premier ministre Eduardo Dato , pour avoir sign&#233; la loi sur les fuites. Mais les anarchistes en g&#233;n&#233;ral ont subi des coups durs, comme la mort de Salvador Segu&#237; , celle de Francesc Layret (l'avocat des anarchistes) ou la tentative d'assassinat d' &#193;ngel Pesta&#241;a .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, tout le monde &#224; la CNT n'&#233;tait pas anarchiste. Le sentiment pr&#233;dominant penchait dans ce sens, par exemple, tous les membres du &#171; Comit&#233; national &#187; &#233;taient d&#233;clar&#233;s anarchistes, mais ce n'&#233;tait en aucun cas un sentiment unanime. Dans la CNT, il y avait aussi des marxistes, des r&#233;publicains et bien s&#251;r de nombreuses personnes sans se d&#233;clarer d'aucun courant id&#233;ologique. Lors du Congr&#232;s du Th&#233;&#226;tre de la Com&#233;die, la CNT d&#233;cide d'apporter son soutien &#224; la Troisi&#232;me Internationale fond&#233;e cette ann&#233;e-l&#224; (1919) &#224; Moscou. Pour confirmer leur adh&#233;sion, ils d&#233;cid&#232;rent d'envoyer une d&#233;l&#233;gation en Russie . Comme l'ensemble du mouvement syndical mondial, la CNT &#233;tait alors favorable &#224; la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pesta&#241;a prit une part active au IIe Congr&#232;s de la Troisi&#232;me Internationale, tenu au cours de l'&#233;t&#233; 1920. Il participa &#224; des d&#233;bats et des commissions et signa des documents et des manifestes. A cette &#233;poque, des repr&#233;sentants syndicalistes et anarcho-syndicalistes de divers pays &#233;taient &#233;galement &#224; Moscou, parmi lesquels le fran&#231;ais Alfred Rosmer, l'allemand Augustin Souchy et l'italien Armando Borghi, qui &#233;taient en contact avec Pesta&#241;a, l'aidant en effet &#224; trouver le bonne position. Victor Serge, anarchiste belgo-fran&#231;ais, adepte du communisme, lui fut &#233;galement utile. Pesta&#241;a, comme la plupart des libertaires, sympathisait par principe avec la r&#233;volution russe. Or, il s'alarme de l'h&#233;g&#233;monie du parti communiste, qui sugg&#232;re la dictature d'un parti sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pesta&#241;a revint de Russie en passant par l'Italie, o&#249; il fut surpris (septembre 1920) par l' occupation des usines par les ouvriers. Il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; par les autorit&#233;s italiennes et a pass&#233; plusieurs mois dans la prison de Milan, ce qui l'a emp&#234;ch&#233; de contacter la CNT pour l'informer de ses actes et de ses exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pesta&#241;a n'&#233;tant pas revenu pour faire part de ses impressions sur la Russie, une nouvelle d&#233;l&#233;gation fut form&#233;e. Il sera compos&#233; par Andr&#233;s Nin, Jes&#250;s Ib&#225;&#241;ez, Hilario Arlandis et Joaqu&#237;n Maur&#237;n. Arlandis a propos&#233; que la F&#233;d&#233;ration des groupes anarchistes (la F&#233;d&#233;ration anarchiste ib&#233;rique n'existait pas encore ) soit invit&#233;e &#224; nommer quelqu'un pour &#234;tre le cinqui&#232;me membre de la d&#233;l&#233;gation. La proposition a &#233;t&#233; accept&#233;e et ces groupes anarchistes ont nomm&#233; Gast&#243;n Leval. De cette d&#233;l&#233;gation, seul Leval n'&#233;tait pas un sympathisant communiste. Au cours de ces mois, les pro-bolcheviks au sein de la CNT avaient pris le contr&#244;le de certains comit&#233;s importants. La CNT &#233;tait en pleine guerre contre le patronat et les secteurs anarchistes ne se souciaient pas des relations internationales, qui restaient aux mains de ce secteur pro-bolchevique. Lorsque Pesta&#241;a revient en 1922 et pr&#233;sente son rapport sur la Russie, la CNT d&#233;cide de se d&#233;saffilier de la Troisi&#232;me Internationale et de rejoindre l' Association internationale des travailleurs qui sera fond&#233;e &#224; Berlin en d&#233;cembre 1922. La quasi-totalit&#233; du secteur pro-bolchevique finira par former le F&#233;d&#233;ration Communiste Catalan-Bal&#233;ares et plus tard Bloc Ouvrier et Paysan, formellement expuls&#233; de la CNT lors du congr&#232;s de 1931.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de La Canadiana &#224; Barcelone, 1919 &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s 1919, les propri&#233;taires de la centrale hydro&#233;lectrique de Barcelone (capitale canadienne) ont r&#233;duit les salaires, d&#233;clenchant une vaste et r&#233;ussie gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 44 jours, &#224; laquelle ont particip&#233; plus de 100 000 personnes (dans une s&#233;rie de gr&#232;ves de solidarit&#233; ) et qui a &#233;t&#233; connue comme la gr&#232;ve canadienne. Les employeurs ont imm&#233;diatement tent&#233; de r&#233;agir par des moyens militaires, mais la gr&#232;ve s'est &#233;tendue trop rapidement. La gr&#232;ve &#233;tait survenue &#224; la suite du licenciement de huit travailleurs de La Canadiane. Imm&#233;diatement, ses coll&#232;gues ont appel&#233; &#224; la gr&#232;ve dans l'usine et, par extension, les diff&#233;rents syndicats uniques de Barcelone ont appel&#233; les uns apr&#232;s les autres &#224; des gr&#232;ves de solidarit&#233;. Pr&#232;s d'une semaine plus tard, tous les ouvriers du textile sont descendus dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barcelone fut plac&#233;e sous la loi martiale, m&#234;me si la gr&#232;ve se poursuivit. Le syndicat de l'imprimerie de journaux a averti les propri&#233;taires des journaux de Barcelone qu'ils ne publieraient aucune critique de la gr&#232;ve, connue sous le nom de &#171; censure rouge &#187;. Le gouvernement de Madrid a tent&#233; de d&#233;truire la gr&#232;ve en appelant tous les travailleurs au service militaire, mais cet appel est rest&#233; sans r&#233;ponse puisqu'il n'a m&#234;me pas &#233;t&#233; publi&#233; sur papier. Lorsque l'appel &#224; rejoindre les rangs est arriv&#233; &#224; Barcelone, la r&#233;ponse a &#233;t&#233; une nouvelle gr&#232;ve de tous les travailleurs des chemins de fer et des tramways.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions de Barcelone ont finalement d&#251; c&#233;der face aux gr&#233;vistes, car l'&#233;conomie catalane (&#224; l'&#233;poque, la principale &#233;conomie du Royaume d'Espagne) avait &#233;t&#233; gravement touch&#233;e. Les revendications des travailleurs &#233;taient les suivantes : une journ&#233;e de travail de 8 heures, la reconnaissance des syndicats et la r&#233;int&#233;gration des travailleurs licenci&#233;s. Toutes ces revendications furent accept&#233;es, ce qui constituait d&#233;j&#224; un succ&#232;s sans pr&#233;c&#233;dent. La lib&#233;ration de toutes les personnes d&#233;tenues pendant la gr&#232;ve a &#233;galement &#233;t&#233; exig&#233;e. Le gouvernement a accept&#233;, mais a refus&#233; de lib&#233;rer ceux qui attendaient toujours leur proc&#232;s. Les ouvriers ont r&#233;pondu aux cris de &#171; Libert&#233; pour tous ! &#187; et ont pr&#233;venu que la gr&#232;ve se poursuivrait encore trois jours si cette revendication n'&#233;tait pas accept&#233;e. Comme pr&#233;vu, c'est ce qui s'est pass&#233;. Cependant, les diff&#233;rents membres des comit&#233;s de gr&#232;ve et de nombreux autres membres du syndicat ont &#233;t&#233; imm&#233;diatement arr&#234;t&#233;s et la police a r&#233;ussi &#224; arr&#234;ter la deuxi&#232;me gr&#232;ve avant qu'elle ne d&#233;g&#233;n&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a alors tent&#233; d'apaiser les travailleurs, qui &#233;taient d&#233;j&#224; clairement au bord de l'insurrection. Des dizaines de milliers de gr&#233;vistes ont &#233;t&#233; contraints de retourner au travail. Mais en guise de compensation, le gouvernement du comte de Romanones a sign&#233; d&#233;but avril une journ&#233;e de travail de 8 heures pour tous les travailleurs. Ainsi, l'Espagne est devenue le premier pays au monde &#224; adopter une loi du travail de 8 heures par jour, suite &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne andalouse a connu des soul&#232;vements paysans pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle environ chaque d&#233;cennie ( El Arahal 1857 , Loja 1861 , I Rep&#250;blica 1873-1874 , Jerez 1882-1884 , Jerez 1893, Gr&#232;ves de 1902-1903, Gr&#232;ve paysanne de 1913, aujourd'hui 1919. -1920, puis 1931-1933 qui culmine en 1936). Elles trouvent leur origine dans la confiscation et la privatisation des terres communales au XIXE si&#232;cle, qui ont provoqu&#233; de fr&#233;quentes famines et une situation de mis&#232;re permanente dans les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1918, en Andalousie, commence une nouvelle &#232;re de mobilisations au cours de laquelle des milliers de journaliers sans terre m&#232;nent des occupations de terres et des actes de sabotage en pensant &#224; la faisabilit&#233; d'une r&#233;volution en Espagne. Son organisation trouve son origine dans la F&#233;d&#233;ration nationale des agriculteurs (cr&#233;&#233;e &#224; Cordoue en 1913). En 1917, il y avait 13 852 membres et ils rejoignirent la CNT en 1918. Mais comme on l'a vu, l'impact de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1917 et la R&#233;volution russe ouvrent une p&#233;riode de luttes sociales dans toute l'Espagne qui s'&#233;tendent &#224; la campagne andalouse. , dans l'espoir d'une r&#233;volution sociale &#233;mancipatrice imminente. La CNT andalouse comptait d&#233;j&#224; environ 100 000 adh&#233;rents en 1919, majoritairement dans les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre l'automne 1918 et l'&#233;t&#233; 1919, le niveau maximum des mobilisations est atteint, avec de nombreuses gr&#232;ves, comme la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans la province de Cordoue convoqu&#233;e par le congr&#232;s paysan de Castro del R&#237;o (octobre 1918) ; et la deuxi&#232;me gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de mars 1919, qui s'&#233;tendit &#224; toute l'Andalousie. A cette &#233;poque, les mobilisations se radicalisent &#224; travers des mouvements d'occupation des terres dans le but de distribuer la propri&#233;t&#233; (parmi les slogans r&#233;pandus &#233;taient l'unit&#233; fait la force et la terre est &#224; ceux qui la travaillent ), l'incendie des r&#233;coltes, l'occupation des mairies, l'expulsion du garde civile, etc. La peur qui s'est propag&#233;e parmi les propri&#233;taires et les employeurs les a pouss&#233;s &#224; se r&#233;fugier dans les grandes villes, tout en acceptant des augmentations de salaires (D&#237;az del Moral a estim&#233; une augmentation nominale de 150% entre 1917 et 1921, bien que bas&#233;e sur des donn&#233;es sur les salaires des r&#233;coltes). cela ne peut pas &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;. &#192; partir de mai 1919, les mobilisations des journaliers sont durement r&#233;prim&#233;es et l' &#233;tat de guerre est d&#233;clar&#233; . Les soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res furent interdites et leurs dirigeants emprisonn&#233;s. Le mouvement syndical andalou entame une phase de d&#233;clin et le nombre de syndicalistes diminue consid&#233;rablement. D&#237;az del Moral assure qu'&#224; partir de ce moment-l&#224;, il y a eu un transfert de membres de la CNT vers l'UGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le nom de bolchevik ou de spartakiste que re&#231;ut ce mouvement, il n'y avait toujours pas de marxistes-l&#233;ninistes en Andalousie. Ils profitaient et adoptaient cette &#233;tiquette en raison du grand prestige dont jouissait la R&#233;volution russe de 1917 parmi les ouvriers (et m&#234;me parmi les anarchistes) et qui suscitait une grande peur parmi les propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de 1920 &#224; Saragosse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://historiaragon-com.translate.goog/2017/08/23/la-huelga-de-1920-en-zaragoza/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://historiaragon-com.translate.goog/2017/08/23/la-huelga-de-1920-en-zaragoza/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploitation des travailleurs &#224; Cillero &#224; la fin des ann&#233;es 1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://nuevarevolucion-es.translate.goog/la-explotacion-de-las-obreras-en-cillero-a-fines-de-los-anos-veinte/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nuevarevolucion-es.translate.goog/la-explotacion-de-las-obreras-en-cillero-a-fines-de-los-anos-veinte/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Femmes et enfants contre la faim en 1919 en Galice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://nuevarevolucion-es.translate.goog/mujeres-y-ninos-contra-el-hambre-en-1919-en-galicia/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nuevarevolucion-es.translate.goog/mujeres-y-ninos-contra-el-hambre-en-1919-en-galicia/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants et l'industrie de la chaussure &#224; Elda dans les ann&#233;es 1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://nuevarevolucion-es.translate.goog/los-ninos-y-la-industria-del-calzado-en-elda-en-los-anos-veinte/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nuevarevolucion-es.translate.goog/los-ninos-y-la-industria-del-calzado-en-elda-en-los-anos-veinte/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exploitation des enfants espagnols en France au d&#233;but du XXe si&#232;cle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://nuevarevolucion-es.translate.goog/explotacion-de-los-ninos-espanoles-en-francia-en-los-inicios-del-siglo-xx/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nuevarevolucion-es.translate.goog/explotacion-de-los-ninos-espanoles-en-francia-en-los-inicios-del-siglo-xx/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes de Los Santos contre la vie ch&#232;re en 1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://nuevarevolucion-es.translate.goog/las-mujeres-de-los-santos-contra-la-carestia-de-la-vida-en-1920/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nuevarevolucion-es.translate.goog/las-mujeres-de-los-santos-contra-la-carestia-de-la-vida-en-1920/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne en 1925&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pupo/2442?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pupo/2442?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand le pape L&#233;on se pr&#233;occupe de la condition ouvri&#232;re...</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article9112</link>
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		<dc:date>2025-05-13T22:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1891, L&#233;on XIII d&#233;clare : &#171; Il faut condamner les doctrines qui poussent &#224; la haine jalouse des pauvres contre les riches &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le pape L&#233;on XIII (pr&#233;d&#233;cesseur du pape actuel) se pr&#233;occupait de la condition ouvri&#232;re pour mieux combattre contre le socialisme et le communisme, contre toute &#233;mancipation des exploit&#233;s ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Source : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/1&amp;action=edit&amp;redli&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique96" rel="directory"&gt;09 - RELIGION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot98" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1891, L&#233;on XIII d&#233;clare : &#171; Il faut condamner les doctrines qui poussent &#224; la haine jalouse des pauvres contre les riches &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand le pape L&#233;on XIII (pr&#233;d&#233;cesseur du pape actuel) se pr&#233;occupait de la condition ouvri&#232;re pour mieux combattre contre le socialisme et le communisme, contre toute &#233;mancipation des exploit&#233;s !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/1&amp;action=edit&amp;redlink=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/1&amp;action=edit&amp;redlink=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/1&amp;action=edit&amp;redlink=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/1&amp;action=edit&amp;redlink=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de la papaut&#233; : d&#233;tourner les risques d' &#171; un redoutable conflit &#187; entre classes sociales, exploiteurs et exploit&#233;s (ces termes ne sont pas de la papaut&#233; !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/9&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le probl&#232;me n'est pas ais&#233; &#224; r&#233;soudre, ni exempt de p&#233;ril. Il est difficile, en effet, de pr&#233;ciser avec justesse les droits et les devoirs qui doivent &#224; la fois commander la richesse et le prol&#233;tariat, le capital et le travail. D'autre part, le probl&#232;me n'est pas sans danger, parce que trop souvent des hommes turbulents et astucieux cherchent &#224; en d&#233;naturer le sens et en profitent pour exciter les multitudes et fomenter des troubles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut surtout pas qu'en voulant d&#233;samorcer le conflit, le texte papal encourage ceux qui veulent lutter contre la spoliation due aux exploiteurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/10&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette affaire, le pape a comme premier adversaire&#8230; le socialisme et le communisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/11&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la papaut&#233;, &#171; cette conversion de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e en propri&#233;t&#233; collective, tant pr&#233;conis&#233;e par le socialisme, n'aurait d'autre effet que de rendre la situation des ouvriers plus pr&#233;caire, en leur retirant la libre disposition de leur salaire et en leur enlevant par le fait m&#234;me tout espoir et toute possibilit&#233; d'agrandir leur patrimoine et d'am&#233;liorer leur situation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/12&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/12&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la papaut&#233;, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est dans la nature humaine, contrairement &#224; la nature animale&#8230; Mais cette &#171; nature humaine &#187; qui justifierait la soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'emp&#234;che pas que, dans cette soci&#233;t&#233;, l'immense majorit&#233; soit priv&#233;e de cette propri&#233;t&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/13&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/13&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape ne veut surtout pas qu'on oppose &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#171; que Dieu a donn&#233; la terre en jouissance au genre humain tout entier &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/14&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/14&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La papaut&#233; pr&#233;tend que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e a &#233;t&#233; justifi&#233;e par&#8230; le travail du cultivateur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/15&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/15&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de suite, la papaut&#233; justifie la propri&#233;t&#233; priv&#233;e sur le patriarcat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/16&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/16&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de consid&#233;rer pratiquement les enfants comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e du p&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/17&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/17&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai rem&#232;de aux probl&#232;mes des prol&#233;taires, c'est&#8230; l'&#233;glise !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/18&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/18&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Eglise, &#171; Le premier principe &#224; mettre en avant, c'est que l'homme prendre en patience sa condition. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/19&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/19&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'in&#233;galit&#233; des conditions sociales entre les hommes n'a rien de mauvais pour la papaut&#233; : &#171; Cette in&#233;galit&#233;, d'ailleurs, tourne au profit de tous, de la soci&#233;t&#233; comme des individus : car la vie sociale requiert un organisme tr&#232;s vari&#233; et des fonctions fort diverses ; et ce qui porte pr&#233;cis&#233;ment les hommes &#224; se partager ces fonctions, c'est surtout la diff&#233;rence de leurs conditions respectives. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/20&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/20&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;glise pr&#244;ne l'union du capital et du travail&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/21&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/21&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais, parmi les devoirs principaux du patron, il faut mettre au premier rang celui de donner &#224; chacun le salaire qui convient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce salaire doit convenir &#224; qui ? Au salari&#233; ou au patron ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/22&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/22&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre exploiteurs et exploit&#233;s l'Eglise pr&#244;ne carr&#233;ment de l'amour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Eglise, toutefois, instruite et dirig&#233;e par J&#233;sus-Christ, porte ses vues encore plus haut. Elle propose un ensemble de pr&#233;ceptes plus complet, parce qu'elle ambitionne de resserrer l'union des deux classes jusqu'&#224; les unir l'une &#224; l'autre par les liens d'une v&#233;ritable amiti&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/23&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/23&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souffrir est bon, c'est faire comme J&#233;sus-Christ&#8230; Mais faut-il dire cela aux exploit&#233;s ou aux exploiteurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/24&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/24&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quant aux d&#233;sh&#233;rit&#233;s de la fortune, ils apprennent de l'Eglise que, selon le jugement de Dieu lui-m&#234;me, la pauvret&#233; n'est pas un opprobre et qu'il ne faut pas rougir de devoir gagner son pain &#224; la sueur de son front. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/25&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/25&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quelle consolation ! &#171; Bien plus, c'est vers les classes infortun&#233;es que le c&#339;ur de Dieu semble s'incliner davantage. J&#233;sus-Christ appelle les pauvres des bienheureux (24), il invite avec amour &#224; venir &#224; lui, afin qu'il les console, tous ceux qui souffrent et qui pleurent (25) il embrasse avec une charit&#233; plus tendre les petits et les opprim&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/26&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/26&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes &#171; sauront enfin que tous les biens de la nature, tous les tr&#233;sors de la gr&#226;ce appartiennent en commun et indistinctement &#224; tout le genre humain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils n'ont pas le droit de les revendiquer en commun ! Ce serait contre la loi de la nature et de dieu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/27&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/27&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que Nous disons du corps social tout entier s'applique &#233;galement &#224; cette classe de citoyens qui vivent de leur travail et qui forment la tr&#232;s grande majorit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui ! au fait, pourquoi est-ce la tr&#232;s grande majorit&#233; et pas la totalit&#233; ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/28&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/28&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution de l'Eglise pour les plus d&#233;munis : se contenter enfin d'une vie et d'une nourriture frugales, et suppl&#233;ent par l'&#233;conomie &#224; la modicit&#233; du revenu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/29&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/29&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution, c'est&#8230; la charit&#233; chr&#233;tienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/30&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/30&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Eglise contribue &#224; faire croire au mythe de l'Etat au service de tous&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/31&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/31&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire croire aussi que la soci&#233;t&#233; se pr&#233;occupe des riches comme des pauvres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/32&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:L%C3%A9on_XIII_-_Encyclique_Rerum_Novarum,_Sur_la_condition_des_ouvriers_-_1920.djvu/32&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Rerum_novarum&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Rerum_novarum&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La situation des travailleurs en Mauritanie...</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article9166</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article9166</guid>
		<dc:date>2025-04-22T22:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karim, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Mauritanie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La situation des travailleurs en Mauritanie &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on indique les salaires des travailleurs en Mauritanie, on devrait toujours en retirer les sommes non n&#233;gligeables qu'il faut payer pour obtenir ce travail, les pourboires qu'il faut donner &#224; ses sup&#233;rieurs et aux embaucheurs, les d&#233;tournements divers de salaire camoufl&#233;s et inofficiels, les sommes &#224; payer aux forces de l'ordre, aux services administratifs et &#233;tatiques&#8230; La corruption r&#232;gne &#224; tous les &#233;chelons comme une loi des classes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique94" rel="directory"&gt;07- SOCIOLOGIE - SOCIOLOGY &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot207" rel="tag"&gt;Mauritanie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La situation des travailleurs en Mauritanie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand on indique les salaires des travailleurs en Mauritanie, on devrait toujours en retirer les sommes non n&#233;gligeables qu'il faut payer pour obtenir ce travail, les pourboires qu'il faut donner &#224; ses sup&#233;rieurs et aux embaucheurs, les d&#233;tournements divers de salaire camoufl&#233;s et inofficiels, les sommes &#224; payer aux forces de l'ordre, aux services administratifs et &#233;tatiques&#8230; La corruption r&#232;gne &#224; tous les &#233;chelons comme une loi des classes poss&#233;dantes de Mauritanie. Si les salaires sont ainsi diminu&#233;s, les horaires et charges de travail, eux, sont augment&#233;s selon la volont&#233; de l'employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.asso-sherpa.org/wp-content/uploads/2017/09/Sherpa-La-Corruption-en-Mauritanie_Un-gigantesque-syst%C3%A8me-d%C3%A9vaporation-2017.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.asso-sherpa.org/wp-content/uploads/2017/09/Sherpa-La-Corruption-en-Mauritanie_Un-gigantesque-syst%C3%A8me-d%C3%A9vaporation-2017.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.asso-sherpa.org/corruption-mauritanie-gigantesque-systeme-devaporation-2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.asso-sherpa.org/corruption-mauritanie-gigantesque-systeme-devaporation-2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/11/05/en-mauritanie-un-cas-de-corruption-policiere-met-a-mal-la-cooperation-antimigratoire-avec-l-union-europeenne_6377204_3212.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/11/05/en-mauritanie-un-cas-de-corruption-policiere-met-a-mal-la-cooperation-antimigratoire-avec-l-union-europeenne_6377204_3212.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/09/29/en-mauritanie-la-societe-civile-se-mobilise-contre-les-affaires-de-corruption-qui-eclaboussent-l-ancien-pouvoir_6054111_3212.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/09/29/en-mauritanie-la-societe-civile-se-mobilise-contre-les-affaires-de-corruption-qui-eclaboussent-l-ancien-pouvoir_6054111_3212.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://mondafrique.com/economie/la-mauritanie-gangrenee-par-la-corruption/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://mondafrique.com/economie/la-mauritanie-gangrenee-par-la-corruption/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esclavage et le travail forc&#233; y sont encore m&#233;lang&#233;s avec le salariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ohchr.org/fr/press-releases/2022/05/mauritania-un-expert-encouraged-progress-says-more-work-needed-fully&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ohchr.org/fr/press-releases/2022/05/mauritania-un-expert-encouraged-progress-says-more-work-needed-fully&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.equaltimes.org/la-mauritanie-peine-a-eradiquer-l?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.equaltimes.org/la-mauritanie-peine-a-eradiquer-l?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.justiceinfo.net/fr/81041-esclavage-justice-toujours-enchainee-mauritanie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.justiceinfo.net/fr/81041-esclavage-justice-toujours-enchainee-mauritanie.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.la-croix.com/Monde/Afrique/Mauritanie-20-population-vit-toujours-esclavage-2018-06-25-1200949985&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.la-croix.com/Monde/Afrique/Mauritanie-20-population-vit-toujours-esclavage-2018-06-25-1200949985&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lecalame.info/?q=node/6894&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lecalame.info/?q=node/6894&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Nations Unies font l'&#233;loge du travail en Mauritanie, pr&#233;sent&#233; comme un vrai paradis pour les jeunes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des emplois qui changent des vies &#187; pr&#233;tendent-ils !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://unsdg.un.org/fr/latest/stories/jobs-chang&#233;lives-mauritania-prospects-better-lif&#233;ar&#233;now-within-reach-many-young&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://unsdg.un.org/fr/latest/stories/jobs-chang&#233;lives-mauritania-prospects-better-lif&#233;ar&#233;now-within-reach-many-young&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Institut Fran&#231;ais, Bureau International du Travail et Union europ&#233;enne reprennent le refrain :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://institutfrancais-mauritanie.com/des-emplois-qui-changent-des-vies/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://institutfrancais-mauritanie.com/des-emplois-qui-changent-des-vies/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://trust-fund-for-africa.europa.eu/news/des-emplois-qui-changent-des-vies-un-projet-d&#233;communication-entr&#233;la-mauritani&#233;et-leurop&#233;2021-09-24_en&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://trust-fund-for-africa.europa.eu/news/des-emplois-qui-changent-des-vies-un-projet-d&#233;communication-entr&#233;la-mauritani&#233;et-leurop&#233;2021-09-24_en&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.ilo.org/fr/resource/construir&#233;la-mauritani&#233;structuration-et-plaidoyer-pour-lemploi-decent&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ilo.org/fr/resource/construir&#233;la-mauritani&#233;structuration-et-plaidoyer-pour-lemploi-decent&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils pr&#233;tendent que la Mauritanie est en train de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://mauritania.un.org/fr/sdgs/10&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://mauritania.un.org/fr/sdgs/10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salaires des professionnels en Mauritanie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.rivermate.com/fr/guides/mauritanie/salaire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.rivermate.com/fr/guides/mauritanie/salaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.paylab.com/mr/salaires?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.paylab.com/mr/salaires?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils font semblant de se pencher sur les bas salaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://atlasinfo.info/fr/node/4627&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://atlasinfo.info/fr/node/4627&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les estimations du BIT, la Mauritanie est le 108e pays le plus in&#233;galitaire au monde en termes de salaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.reports.inequalityindex.org/wp-content/uploads/2021/12/Mauritanie_Profil_Pays_IERI.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.reports.inequalityindex.org/wp-content/uploads/2021/12/Mauritanie_Profil_Pays_IERI.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs domestiques au bas l'&#233;chelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://senalioune.com/mauritani&#233;travailleurs-domestiques-salaires-d&#233;miser&#233;realit&#233;invisibl&#233;oumar-sy/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://senalioune.com/mauritani&#233;travailleurs-domestiques-salaires-d&#233;miser&#233;realit&#233;invisibl&#233;oumar-sy/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://taqadoum.mr/fr/node/9587&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://taqadoum.mr/fr/node/9587&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bas salaires des mineurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.rfi.fr/fr/emission/20150323-mauritani&#233;grev&#233;mineurs-snim&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.rfi.fr/fr/emission/20150323-mauritani&#233;grev&#233;mineurs-snim&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#234;cheurs surexploit&#233;s de Mauritanie alors que la p&#232;che est une des principales ressources du pays&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://archimer.ifremer.fr/doc/00000/4279/3797.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archimer.ifremer.fr/doc/00000/4279/3797.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.greenpeace.org/africa/fr/communiques-d&#233;presse/13363/greenpeac&#233;condamn&#233;l&#233;pillag&#233;massif-des-stocks-d&#233;poissons-mauritaniens-essentiels-a-la-securit&#233;alimentaire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.greenpeace.org/africa/fr/communiques-d&#233;presse/13363/greenpeac&#233;condamn&#233;l&#233;pillag&#233;massif-des-stocks-d&#233;poissons-mauritaniens-essentiels-a-la-securit&#233;alimentaire/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.peches.gov.mr/IMG/pdf/resume_rapport_fiti_2022.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.peches.gov.mr/IMG/pdf/resume_rapport_fiti_2022.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;https://pech&#233;dev.org/spip.php?article546&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux de pauvret&#233;, dans le pays, passe de 23,9 % en 2021 &#224; 26,5 % en 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse/3508&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse/3508&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'&#233;conomie va bien, ce ne sont pas les travailleurs qui en profitent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/mag/584205/economi&#233;entreprises/mauritani&#233;leconomi&#233;repart-la-precarit&#233;persiste/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/mag/584205/economi&#233;entreprises/mauritani&#233;leconomi&#233;repart-la-precarit&#233;persiste/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le confinement covid aencore aggrav&#233; les choses pour les travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.rfi.fr/fr/podcasts/20200510-mauritani&#233;les-ouvriers-en-difficult%C3%A9-pendant-l&#233;confinement&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.rfi.fr/fr/podcasts/20200510-mauritani&#233;les-ouvriers-en-difficult%C3%A9-pendant-l&#233;confinement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le code du travail en Mauritanie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.droit-afrique.com/upload/doc/mauritanie/Mauritani&#233;Cod&#233;2004-du-travail-MAJ-2009.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.droit-afrique.com/upload/doc/mauritanie/Mauritani&#233;Cod&#233;2004-du-travail-MAJ-2009.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.unpm.mr/images/Code_du_travail.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.unpm.mr/images/Code_du_travail.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des travailleurs de Mauritanie en lutte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.business-humanrights.org/fr/derni%C3%A8res-actualit%C3%A9s/gr%C3%A8v&#233;illimit%C3%A9&#233;dans-un&#233;important&#233;min&#233;dor-en-mauritani&#233;les-travailleurs-r%C3%A9clament-l&#233;maintien-davantages-sociaux/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.business-humanrights.org/fr/derni%C3%A8res-actualit%C3%A9s/gr%C3%A8v&#233;illimit%C3%A9&#233;dans-un&#233;important&#233;min&#233;dor-en-mauritani&#233;les-travailleurs-r%C3%A9clament-l&#233;maintien-davantages-sociaux/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.saharamedias.net/leconomi&#233;mauritanienn&#233;menace&#233;d&#233;paralysi&#233;par-un&#233;grev&#233;en-perspectiv&#233;des-syndicats-professionnels-d&#233;transport/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.saharamedias.net/leconomi&#233;mauritanienn&#233;menace&#233;d&#233;paralysi&#233;par-un&#233;grev&#233;en-perspectiv&#233;des-syndicats-professionnels-d&#233;transport/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.business-humanrights.org/fr/derni%C3%A8res-actualit%C3%A9s/la-direction-d&#233;total-mauritani&#233;r&#232;C3%A7oit-les-repr%C3%A9sentants-du-personnel-en-gr%C3%A8ve/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.business-humanrights.org/fr/derni%C3%A8res-actualit%C3%A9s/la-direction-d&#233;total-mauritani&#233;r&#232;C3%A7oit-les-repr%C3%A9sentants-du-personnel-en-gr%C3%A8ve/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.agenceecofin.com/operateur/1407-99711-mauritani&#233;les-employes-d&#233;moov-mauritel-en-grev&#233;jusqu-au-21-juillet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.agenceecofin.com/operateur/1407-99711-mauritani&#233;les-employes-d&#233;moov-mauritel-en-grev&#233;jusqu-au-21-juillet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.uatci.org/patfr-article/editorial-les-travailleurs-d&#233;zouerat&#233;ont-un&#233;fois-d&#233;plus-montr&#233;leur-force/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.uatci.org/patfr-article/editorial-les-travailleurs-d&#233;zouerat&#233;ont-un&#233;fois-d&#233;plus-montr&#233;leur-force/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.uatci.org/patfr-article/la-grev&#233;a-la-min&#233;dor-d&#233;tasiast-les-travailleurs-ont-fait-plier-la-direction/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.uatci.org/patfr-article/la-grev&#233;a-la-min&#233;dor-d&#233;tasiast-les-travailleurs-ont-fait-plier-la-direction/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.afriquesenlutte.org/afriqu&#233;du-nord/mauritani&#233;55/article/mauritani&#233;halt&#233;a-la-repression&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.afriquesenlutte.org/afriqu&#233;du-nord/mauritani&#233;55/article/mauritani&#233;halt&#233;a-la-repression&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2667&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2667&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7778&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7778&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple travailleur de Mauritanie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7809&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7809&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple travailleur, exclus des richesses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7917&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7917&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7895&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7895&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des travailleurs mauritaniens &#233;migr&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7955&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7955&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Plus que jamais, les enfants travaillent &#224; l'usine.</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article9126</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article9126</guid>
		<dc:date>2025-03-22T23:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Plus que jamais, les enfants travaillent &#224; l'usine &lt;br class='autobr' /&gt;
Birmanie &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=yz03jwrvvhk &lt;br class='autobr' /&gt;
Inde &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=n8tz0z9zRjk &lt;br class='autobr' /&gt;
Afrique &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=ac2lFGTVLpA &lt;br class='autobr' /&gt;
Turquie &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=nwH1K5aj-lI &lt;br class='autobr' /&gt;
Ethiopie &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=jzvfhruzf10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Colombie &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=vCow8isfjNs &lt;br class='autobr' /&gt;
Philippines &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=DLwgJ4h8_SY &lt;br class='autobr' /&gt;
Italie &lt;br class='autobr' /&gt;
htt&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique94" rel="directory"&gt;07- SOCIOLOGIE - SOCIOLOGY &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot98" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plus que jamais, les enfants travaillent &#224; l'usine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Birmanie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=yz03jwrvvhk&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=yz03jwrvvhk&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=n8tz0z9zRjk&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=n8tz0z9zRjk&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afrique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ac2lFGTVLpA&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=ac2lFGTVLpA&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Turquie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=nwH1K5aj-lI&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=nwH1K5aj-lI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ethiopie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=jzvfhruzf10&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=jzvfhruzf10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Colombie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=vCow8isfjNs&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=vCow8isfjNs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=DLwgJ4h8_SY&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=DLwgJ4h8_SY&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Italie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=D-KIpwI6J80&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=D-KIpwI6J80&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Portugal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=QHYCo5GcOZo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=QHYCo5GcOZo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madagascar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=NfkzQ_OKiOQ&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=NfkzQ_OKiOQ&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ghana&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/results?search_query=enfants+travaillant+&#224;+l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/results?search_query=enfants+travaillant+&#224;+l&lt;/a&gt;'usine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;160 millions d'enfants sont oblig&#233;s de travailler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=w8UmoDNU5kA&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=w8UmoDNU5kA&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie et le travail forc&#233; des enfants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/results?search_query=enfants+travaillant+&#224;+l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/results?search_query=enfants+travaillant+&#224;+l&lt;/a&gt;'usine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/results?search_query=enfants+travaillant+&#224;+l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/results?search_query=enfants+travaillant+&#224;+l&lt;/a&gt;'usine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19e si&#232;cle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Ll8ngnsam2E&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Ll8ngnsam2E&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Ll8ngnsam2E&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Ll8ngnsam2E&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;USA&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/results?search_query=enfants+travaillant+&#224;+l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/results?search_query=enfants+travaillant+&#224;+l&lt;/a&gt;'usine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3746&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3746&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=wdFG-va1fTs&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=wdFG-va1fTs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A tous les Gavroches du monde : entrainez vos parents dans la r&#233;volution sociale et renversez le syst&#232;me d'exploitation tout pourri et les Etats capitalistes assassins !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7862&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7862&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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