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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La transition du pouvoir aux travailleurs au socialisme</title>
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		<dc:date>2026-04-06T22:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Transition de phase</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Qu'est-ce que la soci&#233;t&#233; de transition, vers le socialisme ? Ni tout &#224; fait capitaliste, ni socialiste&#8230; C'est le pouvoir aux travailleurs mais la dictature de l'ancienne &#233;conomie et de l'ancienne soci&#233;t&#233; n'ont pas disparu par magie. &lt;br class='autobr' /&gt;
NOVACK &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me des formations de transition &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me des formations transitionnelles rev&#234;t une immense importance m&#233;thodologique tant dans les sciences naturelles que dans les sciences sociales. Il rev&#234;t une importance th&#233;orique et politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Transition de phase&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que la soci&#233;t&#233; de transition, vers le socialisme ? Ni tout &#224; fait capitaliste, ni socialiste&#8230; C'est le pouvoir aux travailleurs mais la dictature de l'ancienne &#233;conomie et de l'ancienne soci&#233;t&#233; n'ont pas disparu par magie.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;NOVACK&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des formations de transition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des formations transitionnelles rev&#234;t une immense importance m&#233;thodologique tant dans les sciences naturelles que dans les sciences sociales. Il rev&#234;t une importance th&#233;orique et politique particuli&#232;re pour les marxistes contemporains, car le XXe si&#232;cle est avant tout une &#233;poque de transition d'une formation socio-&#233;conomique &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque &#233;poque du progr&#232;s de l'humanit&#233; a sa forme dominante d'&#233;conomie, de politique et de culture. Aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles, c'&#233;tait le syst&#232;me capitaliste dans ses phases d'expansion. La forme g&#233;n&#233;rale distinctive du XXe si&#232;cle est son caract&#232;re transitionnel . Il s'agit d'une p&#233;riode de mouvement rapide et convulsif depuis la domination du capitalisme mondial comme forme ultime de soci&#233;t&#233; de classes jusqu'&#224; l'&#233;tablissement d'&#201;tats postcapitalistes orient&#233;s vers le socialisme, qui &#233;radiqueront tous les vestiges de diff&#233;renciations de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ancien qui survit dans le nouveau nous confronte &#224; chaque &#233;tape de la vie, dans la nature comme dans la soci&#233;t&#233; &#187;, observait L&#233;nine dans L'&#201;tat et la R&#233;volution . Il a &#233;crit cela pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale et la R&#233;volution russe &#8211; les deux &#233;v&#233;nements cataclysmiques qui ont marqu&#233; le d&#233;but de la nouvelle &#233;poque de l'histoire. Bien que cette &#233;poque ait d&#233;j&#224; 50 ans, elle est loin d'&#234;tre mature et sa prog&#233;niture souffre de nombreuses maladies cong&#233;nitales de l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re fondamentalement transitionnel de cette p&#233;riode et la pr&#233;dominance de traits manifestement contradictoires n&#233;cessitent de rechercher la nature essentielle de ce ph&#233;nom&#232;ne. La pr&#233;sence de formations, de types et de p&#233;riodes de transition a &#233;t&#233; not&#233;e empiriquement et leurs caract&#233;ristiques concr&#232;tes analys&#233;es dans les &#233;crits de nombreux marxistes, et pas seulement par eux. Mais le sujet a rarement &#233;t&#233; trait&#233; de mani&#232;re syst&#233;matique. Cette lacune th&#233;orique est regrettable, car une foule de probl&#232;mes sociologiques et politiques embarrassants pourraient &#234;tre &#233;claircis par une compr&#233;hension correcte des particularit&#233;s de cet aspect tr&#232;s r&#233;pandu des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dualit&#233; exceptionnelle des &#201;tats en transition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le processus cosmique incessant du devenir et de l'&#234;tre, toutes choses passent d'un &#233;tat &#224; un autre. Cela signifie que les &#233;tats et les formes de transition se retrouvent partout dans le monde physique, dans la soci&#233;t&#233;, dans le d&#233;veloppement intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antith&#232;se d'une formation transitionnelle est une antith&#232;se fixe et stable avec des caract&#233;ristiques claires qui composent un mod&#232;le d&#233;finitif. La distinction entre les deux est relative, puisque m&#234;me l'entit&#233; la plus durable est sujette au changement et &#224; la transformation en autre chose sur une p&#233;riode de temps suffisamment longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La polarit&#233; dynamique des formes physiques est illustr&#233;e par un liquide. Il s'agit d'un &#233;tat plus ou moins stable de la mati&#232;re sur terre, interm&#233;diaire entre un solide et un gaz, &#233;tant en partie semblable &#224; l'un et en partie &#224; l'autre, mais essentiellement diff&#233;rent des deux. Un liquide a plus de coh&#233;sion qu'un gaz et plus de mobilit&#233; qu'un solide. Il ressemble &#224; un solide par son volume d&#233;fini mais en diff&#232;re et ressemble &#224; un gaz par l'absence de forme d&#233;finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transformations qualitatives de H2O et d'autres compos&#233;s chimiques r&#233;sultent de changements dans la constitution mol&#233;culaire. Un solide est constitu&#233; de mol&#233;cules rigidement verrouill&#233;es. Lorsque celles-ci sont d&#233;sagr&#233;g&#233;es par les changements de temp&#233;rature et de pression, elles passent dans un &#233;tat plus fluide dans lequel les mol&#233;cules maintiennent une certaine proximit&#233; les unes avec les autres tout en acqu&#233;rant plus de mobilit&#233; que dans un solide. Une fois que les mol&#233;cules s'&#233;loignent les unes des autres et sont compl&#232;tement d&#233;tach&#233;es de leurs liaisons mutuelles, elles deviennent gazeuses. L'&#233;tat gazeux est l'&#233;tat de la mati&#232;re le plus diff&#233;rent du solide en ce qui concerne l'imbrication de ses constituants mol&#233;culaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un liquide est d&#233;fini n&#233;gativement par ses relations &#224; l'&#233;tat solide sur l'une de ses fronti&#232;res et &#224; l'&#233;tat gazeux sur l'autre. Il est positivement d&#233;termin&#233; par son m&#233;lange particulier de coh&#233;sion et de mobilit&#233;. Si la capacit&#233; d'un liquide &#224; se transformer en son contraire &#224; chaque extr&#233;mit&#233; pr&#233;sente son caract&#232;re interm&#233;diaire, la combinaison de propri&#233;t&#233;s contraires fait ressortir la dualit&#233; intrins&#232;que de son &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'un liquide bout, ces polarit&#233;s de volume d&#233;fini et de forme variable s'accentuent jusqu'&#224; l'extr&#234;me contradiction. &#192; la fois, au sein du syst&#232;me dans son ensemble, il existe &#224; la fois un volume d&#233;fini et ind&#233;fini, ainsi qu'une forme ind&#233;finie. Cette diff&#233;rence est r&#233;partie sur des parties du syst&#232;me, sur diff&#233;rentes mol&#233;cules. Ainsi, l'eau et la vapeur cohabitent ; certaines mol&#233;cules sont &#224; l'&#233;tat gazeux, d'autres &#224; l'&#233;tat liquide. Mais pour le syst&#232;me dans son ensemble, on ne peut dire ni qu'il est exclusivement gazeux, ni exclusivement liquide ; c'est en fait &#224; la fois gazeux et liquide : c'est bouillant. C'est l'&#233;tape de transition entre le liquide et le gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes choses ont une double nature, comme le montre un exemple tir&#233; de la g&#233;ographie plut&#244;t que de la chimie. Une plage est d&#233;finie &#224; la fois par l'eau et par la terre. Chacune de ces entit&#233;s physiques oppos&#233;es sont des &#233;l&#233;ments essentiels de sa composition. Enlevez l'un ou l'autre et la plage n'existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les formations transitionnelles se distinguent des choses ordinaires par le caract&#232;re exacerb&#233; de leur double constitution. Ils appartiennent &#224; un type particulier de processus, d'&#233;v&#233;nements et de formes dans la nature, la soci&#233;t&#233; et l'exp&#233;rience individuelle qui pr&#233;sentent des traits contradictoires exceptionnellement prononc&#233;s, presque outrageusement. Ils poussent la coexistence des contraires dans un tout unique jusqu'aux limites les plus extr&#234;mes et les plus anormales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ph&#233;nom&#232;nes sont si contradictoires qu'ils peuvent incarner le passage d'une &#233;tape ou d'une forme d'existence &#224; une autre. Puisque les principales caract&#233;ristiques des formations de transition appartiennent &#224; des stades de d&#233;veloppement cons&#233;cutifs mais qualitativement diff&#233;rents, elles doivent repr&#233;senter une combinaison de l'ancien et du nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le processus de la vie, les premiers produits du d&#233;veloppement ne sont n&#233;cessairement pas r&#233;alis&#233;s de mani&#232;re ad&#233;quate selon leurs propres conditions. Ce qui est nouveau fait sa premi&#232;re apparition dans et &#224; travers des formes sous-d&#233;velopp&#233;es et affirme son existence &#233;mergente dans la coquille de l'ancien. Le nouveau devenir peine &#224; d&#233;passer son mode d'existence ant&#233;rieur. Il passe d'une &#233;tape &#224; l'autre mais n'est pas encore assez mature, puissant ou pr&#233;dominant pour d&#233;truire et rejeter l'apr&#232;s-naissance de son &#233;tat natal et se tenir pleinement et fermement sur ses propres pieds. Comme le f&#339;tus, il reste d&#233;pendant des conditions de sa naissance ou, comme un nourrisson, d&#233;pendant de ses parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un d&#233;veloppement complet et normal, les formations transitionnelles passent par trois phases. 1. Une &#233;tape pr&#233;natale ou embryonnaire au cours de laquelle les fonctions, structures et caract&#233;ristiques de l'entit&#233; naissante se d&#233;veloppent et s'agitent dans le cadre de la forme d&#233;j&#224; &#233;tablie. 2. La perc&#233;e qualitative de sa p&#233;riode de naissance, lorsque l'ensemble des pouvoirs et des caract&#233;ristiques nouveaux r&#233;ussit &#224; briser l'ancienne forme et &#224; avancer pour son propre compte. &#192; ce stade, la nouvelle cr&#233;ation continue de conserver de nombreux r&#233;sidus appartenant &#224; son &#233;tat pr&#233;c&#233;dent. 3. La p&#233;riode de maturation pendant laquelle les caract&#233;ristiques r&#233;siduelles inadapt&#233;es &#224; son propre mode d'existence sont largement &#233;limin&#233;es et o&#249; la nouvelle entit&#233; se d&#233;veloppe indubitablement, fermement et fortement sur ses fondements distinctifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut du temps pour que les caract&#233;ristiques et fonctions uniques de quelque chose de nouveau manifestent leur potentiel, engendrent le type d'expression le plus appropri&#233; et se stabilisent dans une forme normale ou perfectionn&#233;e. Au d&#233;but de leur carri&#232;re, ils sont entrav&#233;s, souvent m&#234;me d&#233;figur&#233;s, par l'h&#233;ritage du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ph&#233;nom&#232;nes limites sont si significatifs &#8211; et d&#233;routants &#8211; parce qu'ils constituent le pont entre les &#233;tapes successives de l'&#233;volution. Leur nature hybride, incarnant des caract&#233;ristiques appartenant &#224; des phases de croissance antith&#233;tiques, &#233;claire &#224; la fois l'ancien et le nouveau, le pass&#233; et le futur. Gr&#226;ce &#224; eux, il est possible de voir comment et o&#249; la carapace de l'ancien est bris&#233;e par des forces antagonistes qui s'efforcent d'&#233;tablir les bases, les conditions de base, pour des formes d'existence sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque tournant de l'&#233;volution de la vie a donn&#233; naissance &#224; des esp&#232;ces aux caract&#233;ristiques contradictoires appartenant &#224; des formes s&#233;quentielles diff&#233;rentes. Ceux-ci t&#233;moignent de leur statut de trait d'union entre deux esp&#232;ces distinctes et successives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;mes de classification&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant le plus important de l'&#233;volution organique fut le passage du singe &#224; l'homme. Ici, les scientifiques ont trouv&#233; des fossiles autrefois vivants pr&#233;sentant des caract&#233;ristiques oppos&#233;es. Structurellement, l' Australopith&#232;que sud-africain n'est pas tout &#224; fait un singe ni tout &#224; fait un homme ; c'est quelque chose entre les deux. Il se tenait habituellement debout et marchait droit aussi habilement que l'homme et son volume c&#233;r&#233;bral se rapproche de celui de l'homme. Le fait que ces &#234;tres utilisaient des outils, et se livraient ainsi &#224; une activit&#233; de travail pour obtenir leurs moyens d'existence, prouve qu'ils avaient franchi la fronti&#232;re s&#233;parant le singe de l'homme et s'&#233;taient lanc&#233;s dans un nouveau mode d'existence, malgr&#233; les lourds vestiges du primate. pass&#233;, ils les ont support&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment en raison de leurs traits hautement contradictoires et inachev&#233;s, les formes transitionnelles pr&#233;sentent des probl&#232;mes extr&#234;mement &#233;pineux de d&#233;finition et de classification pr&#233;cises aux scientifiques et aux universitaires. Ce sont les ph&#233;nom&#232;nes les plus &#233;nigmatiques. Il est souvent difficile, voire impossible, de d&#233;terminer &#224; quel c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re ils appartiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che consiste &#224; distinguer ce qui est v&#233;ritablement nouveau de ce qui est enracin&#233; dans les conditions d'existence pr&#233;c&#233;dentes, puis &#224; &#233;valuer le poids relatif des traits et des tendances de d&#233;veloppement contradictoires incorpor&#233;s dans le sp&#233;cimen. Les taxonomistes parmi les biologistes, les botanistes et les anthropologues physiques se sont engag&#233;s dans des controverses prolong&#233;es, &#226;pres et parfois peu concluantes sur la question de savoir si un sp&#233;cimen donn&#233; appartient correctement &#224; une cat&#233;gorie ou &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui d&#233;termine le lieu de classification ? La simple possession de l'un ou l'autre trait d'un type sup&#233;rieur ou inf&#233;rieur n'est pas consid&#233;r&#233;e comme une preuve concluante. La question est tranch&#233;e d'une mani&#232;re ou d'une autre par l'ensemble des caract&#233;ristiques par rapport &#224; ce qui s'est pass&#233; avant et &#224; ce qui en est ressorti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, les restes fossiles de l'Archaeopteryx pr&#233;sentent de nombreuses caract&#233;ristiques que l'on ne retrouve d&#233;sormais que chez les reptiles ou chez les embryons d'oiseaux : queue reptilienne, m&#226;choires avec des dents et ailes griffues. Pourtant c'est un v&#233;ritable oiseau. Cette classification sup&#233;rieure est justifi&#233;e par la pr&#233;sence de plumes et la structure des pattes et des ailes qui l'&#233;quipent pour le vol. L'Arch&#233;opt&#233;ryx avait franchi les limites de l'&#233;tat de reptile pour devenir la premi&#232;re incarnation d'une forme sup&#233;rieure de cr&#233;ature vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s de classification r&#233;sultant des caract&#233;ristiques contradictoires des ph&#233;nom&#232;nes de transition sont bien illustr&#233;es par la controverse actuelle parmi les autorit&#233;s sur l'homme primitif &#224; propos des nouvelles d&#233;couvertes de fossiles dans les gorges d'Olduvai au Tanganyika. (Voir Current Anthropology , octobre 1965.) Ce site c&#233;l&#232;bre a fourni des preuves d'homino&#239;des utilisant et fabriquant des outils &#224; des niveaux remontant &#224; plus de deux millions d'ann&#233;es - les plus anciens jamais d&#233;couverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; par les derni&#232;res d&#233;couvertes concerne un groupe de restes fossiles nomm&#233; Homo habilis . Le Code international de nomenclature zoologique (1961) insistait sur la division des Hominid&#233;s en deux genres : Australopith&#232;que et Homo . Il n'autorisait aucun groupe interg&#233;n&#233;rique ou ambig&#233;n&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Homo habilis ne rentre dans aucune de ces cat&#233;gories oppos&#233;es. Il s'&#233;cartait de l'Australopith&#232;que par son sch&#233;ma morphologique plus humanis&#233; (traits biologiques), mais plus significativement encore parce qu'il avait franchi le pas d&#233;cisif de fabriquer des outils en pierre selon un sch&#233;ma r&#233;gulier et &#233;volutif. Bien que l'Australopith&#232;que utilisait et modifiait des outils et les ait peut-&#234;tre m&#234;me improvis&#233;s &#224; des fins imm&#233;diates, il ne fabriquait pas d'outils selon un mod&#232;le &#233;tabli. D'un autre c&#244;t&#233;, les traits biologiques et culturels d' Homo habilis &#233;taient en de&#231;&#224; du statut d' Homo .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dilemme auquel sont confront&#233;s les classificateurs a &#233;t&#233; formul&#233; comme suit par Phillip V. Tobias, professeur d'anatomie &#224; l'Universit&#233; de Witwatersrand : &#171; Le groupe habilis &#233;tait &#224; bien des &#233;gards interm&#233;diaire entre l'Australopith&#232;que et l'Homo . Devons-nous le consid&#233;rer comme l'esp&#232;ce d' Australopith&#232;que la plus avanc&#233;e ou comme l'esp&#232;ce d' Homo la plus primitive ? &#187; Aucune de ces solutions n'&#233;tait satisfaisante. &#034;Nous &#233;tions confront&#233;s &#224; une faiblesse fondamentale de la proc&#233;dure taxonomique classique : nos syst&#232;mes de classification ne tiennent pas suffisamment compte des formes interm&#233;diaires ou transitionnelles.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le probl&#232;me a-t-il &#233;t&#233; r&#233;solu ? Tobias et LBJ Leakey ont conclu que, sur la base des preuves concernant ces restes d'hominid&#233;s, il &#233;tait n&#233;cessaire de reconna&#238;tre une nouvelle esp&#232;ce d'homme primitif qu'ils ont d&#233;sign&#233;e comme Homo habilis . Cette esp&#232;ce d'hominid&#233; &#233;tait plus jeune et plus avanc&#233;e que l'Australopith&#232;que, mais plus &#226;g&#233;e et moins mature qu'Homo .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande importance d' Homo habilis en tant que pont entre les Australopith&#232;ques et Homo est qu'il comble la derni&#232;re lacune restante dans la s&#233;quence de la phylog&#233;nie des hominid&#233;s du Pl&#233;istoc&#232;ne. La lign&#233;e de l'&#233;volution humaine comprend d&#233;sormais trois &#233;tapes distinctes : partiellement humanis&#233;e ( Australopith&#232;que ) ; nettement humanis&#233; ( Homo habilis ) ; et pleinement humanis&#233; ( Homo ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur Tobias conclut : &#171; Il y aura toujours des d&#233;bats sur les noms &#224; donner aux formes transitionnelles (comme Homo habilis ) ; mais la reconnaissance de leur statut interm&#233;diaire crucial est plus importante que le nom donn&#233; au taxon. Il semble que notre proc&#233;dure de nomenclature ne soit pas &#233;quivalente &#224; la d&#233;signation des &#171; cha&#238;nons manquants &#187; alors que les &#233;carts se sont r&#233;tr&#233;cis jusqu'&#224; atteindre des gradations aussi fines que celles qui existent aujourd'hui dans la s&#233;quence des hominid&#233;s du Pl&#233;istoc&#232;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le fait remarquer Tobias en r&#233;ponse aux objections de ses critiques : &#171; Les formes interm&#233;diaires (&#171; cha&#238;nons manquants &#187;) provoquent toujours des probl&#232;mes taxonomiques, m&#234;me si elles ont un bon sens phylog&#233;n&#233;tique. &#187; Une fois qu'il a &#233;t&#233; &#233;tabli qu'Homo habilis n'appartenait pas correctement &#224; l'un ou l'autre groupe, il fallait lui accorder un statut distinct. Ce que cela devrait &#234;tre &#233;tait d&#233;termin&#233; par sa place sp&#233;cifique dans l'ascension &#233;volutive de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas un australopith&#232;que car il avait atteint la capacit&#233; de fabriquer des outils &#224; l'aide d'autres outils. Pourtant, il n'avait pas suffisamment progress&#233; sur la voie de l'humanisation pour justifier son inclusion avec Homo . Il n'y avait pas d'autre alternative que de le reconna&#238;tre comme une esp&#232;ce nouvelle et distincte du genre Homo .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tobias sugg&#232;re que le nouveau groupe d'hominid&#233;s aurait pu &#234;tre d&#233;sign&#233; Australopithecus-Homo habilis . Le compromis consistant &#224; en faire une sous-cat&#233;gorie aurait fait ressortir sa position &#233;mergente mais pas sa nature distinctive ni son destin ult&#233;rieur. Il poss&#232;de &#233;videmment suffisamment d'attributs importants pour m&#233;riter un statut ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toutes les formations transitionnelles, la diff&#233;rence qualitative de l'Homo habilis r&#233;sidait dans sa combinaison particuli&#232;re de caract&#233;ristiques, l'une ressemblant &#224; son pr&#233;d&#233;cesseur, l'autre anticipant son successeur. Le poids relatif de ces &#233;l&#233;ments contradictoires a chang&#233; au cours de son &#233;volution. Il s'est &#233;loign&#233; et au-del&#224; du genre ant&#233;c&#233;dent &#224; mesure qu'il s'est rapproch&#233; des premiers membres du stade sup&#233;rieur suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel a fourni une cl&#233; pour comprendre les formations transitionnelles par les concepts d'&#234;tre d&#233;termin&#233; et de limite analys&#233;s dans la premi&#232;re section de La Logique . Toute chose est ce qu'elle est en vertu des n&#233;gations qui fixent ses limites qualitatives. Ce dont il sort et ce dans quoi il passe sont des &#233;l&#233;ments essentiels de son &#234;tre. Cet &#234;tre est un processus perp&#233;tuel de devenir, de d&#233;termination et de red&#233;termination continuelles &#224; travers l'interaction des forces contradictoires en lui-m&#234;me. Ceux-ci le poussent &#224; devenir quelque chose d'autre qu'il a &#233;t&#233; ou qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Homo habilis doit &#234;tre d&#233;sign&#233; comme un &#234;tre d&#233;termin&#233;, c'est-&#224;-dire un groupement qualitativement distinct d&#233;limit&#233; d'un c&#244;t&#233; par l'Australopith&#232;que et de l'autre par Homo . Cette esp&#232;ce transitionnelle est d&#233;limit&#233;e par ses liens organiques avec les &#233;tapes ant&#233;rieures et post&#233;rieures de l'&#233;volution humaine. Son statut particulier d&#233;pend de ses diff&#233;rences qualitatives par rapport &#224; ces d&#233;terminants oppos&#233;s. Dans la mesure o&#249; ces diff&#233;rences s'effacent, elles passent et se confondent avec l'une ou l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition de la collecte alimentaire &#224; la production alimentaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transitions majeures au sein de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; pr&#233;sentent des traits contradictoires d'une mani&#232;re aussi frappante que le passage du singe &#224; l'homme. D'autres modifications de l'&#233;quipement physique de l'homme perdent de leur importance avec l'apparition de l' Homo sapiens . &#192; partir de ce moment, les lois du d&#233;veloppement social et historique, qui trouvent leur origine dans l'activit&#233; de travail et se fondent sur la croissance des forces productives, ont pris pleinement le contr&#244;le de l'&#233;volution de notre esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait possible de parcourir tout le cours de l'histoire sociale, dans la mesure o&#249; elle est connue, et de s&#233;lectionner pour l'&#233;tude une diversit&#233; de formes de transition dans lesquelles le nouveau se m&#234;le &#224; l'ancien et lutte pour le remplacer avec plus ou moins de succ&#232;s. . Nous ne pouvons donner que quelques exemples marquants pour clarifier en termes g&#233;n&#233;raux la nature int&#233;rieurement divis&#233;e des processus de transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la structure du premier chapitre de l'existence humaine, l'&#226;ge de pierre, qui a dur&#233; des centaines de milliers d'ann&#233;es. Durant toute cette p&#233;riode, aucun changement fondamental ne s'est produit dans les activit&#233;s &#233;conomiques des hommes. Ils acqu&#233;raient leurs moyens de subsistance exclusivement par diff&#233;rents moyens de cueillette de nourriture : la chasse, la p&#234;che (c'est-&#224;-dire la chasse dans l'eau) et la recherche de racines, de noix, de fruits, d'insectes et de petit gibier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;tat primitif de sauvagerie prend fin et le niveau sup&#233;rieur d'existence sociale, la barbarie, commence, avec le remplacement de la cueillette de nourriture par la production alimentaire. Cette nouvelle &#233;tape dans la cr&#233;ation de richesses mat&#233;rielles a &#233;t&#233; provoqu&#233;e il y a 10 &#224; 12 000 ans par la domestication des animaux et l'introduction des cultures c&#233;r&#233;ali&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les arch&#233;ologues, en collaboration avec d'autres sp&#233;cialistes scientifiques, &#233;tendent leurs investigations tant dans l'Ancien Monde que dans le Nouveau Monde pour comprendre comment, pourquoi et plus pr&#233;cis&#233;ment quand et o&#249; s'est produit ce changement d'&#233;poque. a eu lieu. Ils ont mis au jour beaucoup plus de traces des origines de l'agriculture et de l'&#233;levage qu'on n'en connaissait auparavant, de sorte qu'un aper&#231;u pr&#233;cis des &#233;tapes de la grande r&#233;volution productrice de nourriture commence &#224; se dessiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture est peut-&#234;tre n&#233;e de mani&#232;re ind&#233;pendante dans plusieurs endroits de notre plan&#232;te. Il est apparu presque simultan&#233;ment aux extr&#233;mit&#233;s oppos&#233;es de la terre, au Moyen-Orient et au Mexique, vers 7 000 av. On en sait davantage sur l'origine et la diffusion de l'agriculture gr&#226;ce aux sites arch&#233;ologiques du Moyen-Orient qu'en Am&#233;rique centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, il semble que la domestication des animaux ait pr&#233;c&#233;d&#233; la culture des plantes. &#192; Zarvi Chemi Shanidan, non loin au nord de Jarmo, dans les collines du nord de l'Irak, des arch&#233;ologues de l'Universit&#233; de Columbia ont trouv&#233; des indications selon lesquelles, en passant de la vie troglodyte aux campements en plein air vers 9 000 avant JC, les habitants, qui chassaient autrefois de nombreuses ch&#232;vres sauvages et parfois des moutons sauvages, avaient apprivois&#233; des moutons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type d'outils disponibles sur des sites ouverts similaires dans le nord de la Palestine, en Irak et en Iran a montr&#233; que les personnes qui vivaient dans ces camps, lorsqu'elles chassaient et ramassaient la plupart de leur nourriture, poss&#233;daient des faucilles et des mortiers. Si l'on y ajoute les nombreux ossements d'animaux capables de domestication, cela sugg&#232;re qu'ils sont peut-&#234;tre d&#233;j&#224; devenus des producteurs r&#233;guliers de nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site le plus ancien encore d&#233;couvert d'une communaut&#233; situ&#233;e &#224; la fronti&#232;re entre l'ancien et le nouvel &#226;ge de pierre se trouve &#224; J&#233;richo en Palestine. Il y a neuf mille ans, les habitants de cette oasis du d&#233;sert cultivaient des c&#233;r&#233;ales et &#233;levaient des moutons et des ch&#232;vres, en plus de chasser et collectionner. Cependant, ils ne fabriquaient pas encore de poterie ni n'utilisaient de haches en pierre broy&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc difficile de savoir si les villageois de J&#233;richo I, la plus ancienne colonie, compl&#233;taient simplement leur alimentation par la production alimentaire, ou s'ils &#233;taient all&#233;s jusqu'&#224; faire de la production alimentaire le fondement de leur &#233;conomie. Dans ce cas, ils auraient d&#233;pass&#233; les fronti&#232;res de la sauvagerie et seraient entr&#233;s dans la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est plus claire, mais pas encore indubitable, dans le cas du village le plus ancien, Jarmo, au Kurdistan, un village d'environ 30 maisons qui a &#233;t&#233; reconstruit 15 fois apr&#232;s sa fondation. Ses couches les plus profondes remontent &#224; environ 6750 avant JC. Les habitants poss&#233;daient des ch&#232;vres et des moutons domestiqu&#233;s. Non seulement ils cultivaient des c&#233;r&#233;ales comme plantes cultiv&#233;es, ce qui implique une histoire ant&#233;rieure consid&#233;rable, mais ils poss&#233;daient la plupart des &#233;quipements utilis&#233;s par les agriculteurs n&#233;olithiques ult&#233;rieurs pour transformer les c&#233;r&#233;ales en pain. Ils avaient des lames de faucilles en silex, des mortiers ou des quernes pour casser le grain, des fours pour le dess&#233;cher et des bols en pierre pour manger leur bouillie. Dans les niveaux sup&#233;rieurs, la poterie avait commenc&#233; &#224; remplacer certains r&#233;cipients en pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela implique que les habitants de Jarmo avaient laiss&#233; derri&#232;re eux la collecte de nourriture et vivaient de ce qu'ils produisaient eux-m&#234;mes. Ils &#233;taient devenus des producteurs alimentaires &#224; part enti&#232;re, de v&#233;ritables villageois et agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;clairage int&#233;ressant sur l'aspect botanique de ce processus de transformation a &#233;t&#233; fourni par les donn&#233;es accumul&#233;es par le botaniste arch&#233;ologique Hans Helbaek du Mus&#233;e national danois. Les changements successifs dans les d&#233;tails des grains carbonis&#233;s et dans les empreintes des parties v&#233;g&#233;tales peuvent en dire autant &#224; un botaniste &#224; l'&#339;il per&#231;ant que les changements successifs dans les outils et les artefacts peuvent en dire &#224; un arch&#233;ologue. Les plantes et les animaux domestiqu&#233;s sont des artefacts vivants, produits des modifications et des manipulations de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le botaniste danois a conclu que le bl&#233; et l'orge Jarmo &#233;taient des vari&#233;t&#233;s pr&#233;coces cultiv&#233;es depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations. Leurs producteurs &#233;taient &#224; plusieurs pas des premiers agriculteurs qui auraient pr&#233;lev&#233; les graines de plantes &#224; l'&#233;tat sauvage. Qui &#233;taient donc ces pionniers ? Les creuseurs ont r&#233;cemment d&#233;couvert des caches de c&#233;r&#233;ales sauvages dans des villages de chasseurs et de ramasseurs de graines. Ils ont peut-&#234;tre commenc&#233; &#224; r&#233;colter des c&#233;r&#233;ales sauvages avant de planter intentionnellement le premier bl&#233; et l'orge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, un village de chasseurs d'environ 200 petites maisons en pierre d&#233;couvert &#224; Mureybat, dans le nord de la Syrie, contenait des ossements d'animaux sauvages &#224; chacun des 17 niveaux. Des graines d'orge sauvage et de bl&#233; sont apparues au cinqui&#232;me niveau &#224; partir du bas, ainsi que des lames de faucille, des mortiers, des dalles de pierre plates et de petits foyers sur&#233;lev&#233;s remplis de gros cailloux et de cendres. Mauritz Van Loon, de l'Oriental Institute of Chicago, pense que les cailloux ont &#233;t&#233; chauff&#233;s et utilis&#233;s pour casser les graines sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu environ 2 500 ans pour passer de la chasse &#224; l'agriculture et arriver aux premiers villages agricoles. Selon les indications actuelles, la s&#233;quence d'&#233;tapes de cette r&#233;volution productrice d'aliments a commenc&#233; avec la domestication des animaux vers 10 000 avant JC, s'est poursuivie dans les hameaux de collecteurs de graines et a culmin&#233; avec l'&#233;mergence de communaut&#233;s agricoles vers 7 500 avant JC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit montre qu'avant de pouvoir se d&#233;barrasser de leur d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la cueillette de nourriture, les premiers domestiqu&#233;s de plantes et d'animaux ont d&#251; passer par des &#233;tapes interm&#233;diaires au cours desquelles le mode primitif d'obtention des moyens de subsistance &#233;tait combin&#233; soit &#224; la nourriture, soit &#224; l'&#233;levage, voire m&#234;me &#224; l'&#233;levage. les deux. Dans la premi&#232;re phase, la production alimentaire est rest&#233;e subordonn&#233;e et compl&#233;mentaire &#224; la chasse et &#224; la recherche de nourriture jusqu'&#224; ce que les nouvelles techniques et forces de production deviennent pr&#233;dominantes. Juste avant ce tournant crucial, une p&#233;riode a d&#251; arriver o&#249; les activit&#233;s totales et le produit du travail communal &#233;taient r&#233;partis &#224; peu pr&#232;s &#233;galement entre les deux, et il aurait &#233;t&#233; difficile de dire si le groupe appartenait &#224; une cat&#233;gorie ou &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction interne serait r&#233;solue par le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de nouvelles forces productives plus dynamiques. Ainsi, lorsque l'alimentation et l'&#233;levage ont &#233;t&#233; introduits dans la culture europ&#233;enne de l'&#226;ge de pierre, moins avanc&#233;e, quelques milliers d'ann&#233;es plus tard, les habitants de Starcevo qui vivaient dans la p&#233;ninsule balkanique ont appris &#224; pratiquer un syst&#232;me de rotation des cultures et des p&#226;turages qui rendait la chasse et la p&#234;che moins difficiles. et moins vital pour leur &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ambigu&#239;t&#233;s insurmontables de la fronti&#232;re s&#233;parant les cueilleurs et les producteurs de nourriture ont &#233;t&#233; soulign&#233;es dans un r&#233;cent r&#233;cit de l'essor de la civilisation m&#233;sopotamienne. &#171; Avec le mat&#233;riel dont nous disposons, nous ne pouvons pas identifier le passage crucial d'une &#233;conomie de collecte de nourriture &#224; une &#233;conomie de production alimentaire. On peut affirmer que les houes pourraient &#234;tre utilis&#233;es aussi bien pour arracher que pour labourer, les faucilles pour r&#233;colter le bl&#233; naturel ou cultiv&#233;, les quernes et les mortiers pour broyer et piler les graines sauvages ou m&#234;me les pigments min&#233;raux ; et il n'est pas toujours facile de d&#233;cider si les os de mouton ou de b&#233;tail appartenaient &#224; des animaux sauvages ou &#224; des animaux domestiques. Tout bien consid&#233;r&#233;, notre meilleur crit&#232;re est peut-&#234;tre la pr&#233;sence sur un site d'habitations permanentes, car l'agriculture lie l'homme &#224; la terre. Mais l&#224; encore, il est parfois difficile de tracer une ligne nette entre les cabanes en pierre des chasseurs, pour qui l'agriculture &#233;tait une activit&#233; occasionnelle, et les fermes des paysans pleinement s&#233;dentaires. &#187; ( Irak ancien , Georges Roux, 1964. p. 54 .)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Village, ville et ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture est la base des &#233;tablissements humains permanents qui ont fourni les principales forces motrices du progr&#232;s depuis l'&#233;poque sauvage. Le village, la ville et la cit&#233; sont les trois sortes de communaut&#233;s qui jalonnent le chemin de la barbarie &#224; la civilisation. L'&#233;volution du village vers la ville met en &#233;vidence le caract&#232;re transitionnel et contradictoire de la ville, deuxi&#232;me maillon de la s&#233;quence des habitations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture a consolid&#233; et prolif&#233;r&#233;, voire cr&#233;&#233;, le village. Ce type d'&#233;tablissement durable constitue la cellule, l'unit&#233; de base de toutes les structures sociales enracin&#233;es dans l'agriculture. Il s'agit de formes de soci&#233;t&#233; qui s'&#233;tendent depuis la naissance de la barbarie jusqu'au capitalisme industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des formations transitionnelles se pose avec le plus d'acuit&#233; apr&#232;s l'&#233;mergence de la communaut&#233; agricole par le d&#233;veloppement du village en ville aux d&#233;buts de la civilisation. Bas&#233; sur l'agriculture ou la polyculture avec un artisanat familial, le village est commun &#224; la fois &#224; la barbarie et &#224; la civilisation. Elle est peu nombreuse, autonome, avec une division rudimentaire du travail social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville est un village agrandi n&#233; de l'expansion des forces productives. C'est une agglom&#233;ration de r&#233;sidents permanents situ&#233;e entre le village et la ville et transitoire entre eux. Il est difficile de tracer une fronti&#232;re nette entre un village et une ville, mais il existe un point pr&#233;cis &#224; partir duquel la ville se transforme en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville n'est pas seulement quantitativement mais aussi qualitativement diff&#233;rente d'un village ou d'une ville car elle repose sur un fondement &#233;conomique diff&#233;rent. C'est le r&#233;sultat d'une division du travail bien plus avanc&#233;e entre les habitants ruraux et urbains. Les rois, pr&#234;tres, fonctionnaires, soldats, artisans et marchands des villes ne produisent pas leur propre nourriture. Ils subsistent gr&#226;ce au surplus de nourriture provenant de la production des producteurs directs, agriculteurs ou p&#234;cheurs, qui peuvent dans certains cas habiter dans l'enceinte de la ville mais r&#233;sident pour la plupart dans des communaut&#233;s villageoises en dehors de ses murs ou de ses fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville est l'expression organis&#233;e, l'incarnation visible d'une soci&#233;t&#233; hautement stratifi&#233;e bas&#233;e sur la division entre les cultivateurs de la terre qui assurent la subsistance et les couches de consommateurs qui produisent d'autres biens et les administrateurs de diverses sortes qui remplissent des fonctions sociales sup&#233;rieures. La ville en vient &#224; dominer le pays et est la force qui civilise les barbares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville est d'un c&#244;t&#233; un village envahi par la v&#233;g&#233;tation et de l'autre une ville embryonnaire. Il pr&#233;sente des caract&#233;ristiques communes aux deux types d'habitat sans l'&#234;tre ni l'un ni l'autre. Contrairement au village, il n'est pas enti&#232;rement rural mais est plus grand et plus complexe. En m&#234;me temps, elle est plus petite, moins diversifi&#233;e, moins d&#233;velopp&#233;e, moins centralis&#233;e et moins puissante que la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni rurale ni urbaine, la ville a un caract&#232;re ind&#233;termin&#233; et une connotation impr&#233;cise et fluctuante. Il n'est pas facile de d&#233;gager l'ensemble des traits positifs qui distinguent la ville du village dont elle est issue ou du statut de ville vers lequel elle pourrait tendre. Cette ambigu&#239;t&#233; est inscrite dans sa constitution en tant que forme interm&#233;diaire d'&#233;tablissement permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville illustre ainsi la fluidit&#233; cong&#233;nitale d'une forme transitionnelle. Sa structure est amorphe ; ses fronti&#232;res sont floues. Cette ind&#233;termination, inh&#233;rente &#224; sa nature m&#234;me, se refl&#232;te dans le concept de &#171; ville &#187;, &#233;galement assombri par un flou insurmontable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA TRANSITION DE L'ESCLAVAGE ROMAIN AU F&#201;UDALISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la cueillette &#224; la production alimentaire, du village &#224; la ville et de la propri&#233;t&#233; communale &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e sont des exemples majeurs de changements fondamentaux dans la vie de l'humanit&#233; sur la voie d'une soci&#233;t&#233; de classes. Alors que la soci&#233;t&#233; de classes passait de l'esclavage au capitalisme, de nombreuses formations hautement anormales sont n&#233;es du remplacement d'un mode de production fondamental par un autre. Un cas qui a suscit&#233; une controverse consid&#233;rable tant parmi les historiens universitaires que parmi les universitaires marxistes concerne la nature de l'organisation sociale en Occident issue de la chute de l'Empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; ouest-europ&#233;enne du IVe au IXe si&#232;cle apr&#232;s J.-C. se situait entre la ruine de l'&#201;tat esclavagiste romain et la naissance de la f&#233;odalit&#233;. Cette formation interm&#233;diaire r&#233;sultait du m&#233;lange d'&#233;l&#233;ments issus de la civilisation romaine d&#233;cadente et de la barbarie germanique en d&#233;sint&#233;gration &#8211; deux soci&#233;t&#233;s &#224; des niveaux de d&#233;veloppement tr&#232;s diff&#233;rents &#8211; en une configuration vari&#233;e qui ne se conformait ni au mode de production esclavagiste ant&#233;rieur ni &#224; la forme f&#233;odale. qui en est sorti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement historique depuis l'Antiquit&#233; esclavagiste jusqu'au f&#233;odalisme europ&#233;en a suivi un chemin plus complexe et plus d&#233;tourn&#233; que le passage du f&#233;odalisme au capitalisme. L'organisation f&#233;odale n'est pas issue directement et imm&#233;diatement de son pr&#233;d&#233;cesseur dans la s&#233;quence des soci&#233;t&#233;s de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Empire romain ne contenait aucune force sociale capable de remplacer l'ordre d'exploitation obsol&#232;te par une &#233;conomie plus productive. La population esclave s'est r&#233;volt&#233;e &#224; plusieurs reprises mais n'a pas eu acc&#232;s aux conditions &#233;conomiques et sociales n&#233;cessaires &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre. Le syst&#232;me esclavagiste a sombr&#233; dans une impasse qui ne laissait aucune issue &#224; une r&#233;volution sociale et politique progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du IVe si&#232;cle, la civilisation romaine d&#233;cline. Le gouvernement imp&#233;rial fit faillite ; les villes se sont d&#233;labr&#233;es ; le commerce tomba dans des proportions insignifiantes ; les propri&#233;taires fonciers et les masses agraires v&#233;g&#233;taient dans l'isolement rural. Le d&#233;sordre g&#233;n&#233;ral et le d&#233;clin des forces productives ont marqu&#233; le d&#233;but de l'&#226;ge des t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conditions de d&#233;composition ont dur&#233; pr&#232;s de cinq si&#232;cles. Cependant, &#224; cette &#233;poque, une lente revitalisation de la vie &#233;conomique commen&#231;ait &#224; se manifester sous la stagnation superficielle. L'agriculture &#233;tait au centre des processus de r&#233;g&#233;n&#233;ration. Pour jeter les bases d'une forme sup&#233;rieure de production sociale, il fallait reconstituer deux classes. L'une &#233;tait la force de travail des cultivateurs du sol ; l'autre &#233;tait la classe des propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le noyau originel de la paysannerie soumise provenait des petits agriculteurs, ou coloni , mais pas comme ils l'&#233;taient sous la domination romaine. Les colons pass&#232;rent de leur statut marginal de semi-serfs sous la domination romaine au statut d'agriculteurs libres organis&#233;s en communaut&#233;s dispers&#233;es jusqu'&#224; ce que, fuyant la faim, la d&#233;tresse et le danger, ils tomb&#232;rent en nombre consid&#233;rable sous la protection et donc sous la domination de la noblesse terrienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs ma&#238;tres &#233;taient &#233;galement d'une nouvelle race. Ils &#233;taient compos&#233;s de la noblesse nouvellement cr&#233;&#233;e, de la caste militaire et de la hi&#233;rarchie eccl&#233;siale qui sont devenues une aristocratie agraire distincte et puissante de 500 &#224; 1000 apr&#232;s JC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le si&#232;ge principal de la f&#233;odalit&#233; occidentale n'&#233;tait pas en Italie mais en France et en Allemagne. La transformation des conqu&#233;rants germaniques de Rome de la barbarie au f&#233;odalisme fut plus d&#233;terminante pour l'avenir que leur conversion concomitante au christianisme en raison des contributions indispensables qu'ils apport&#232;rent &#224; l'organisation sociale post-imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissolution des liens tribaux et claniques a conduit &#224; des diff&#233;renciations sociales prononc&#233;es entre les Francs et les autres peuples. De membres plus ou moins &#233;galis&#233;s des groupements tribaux, la masse de la population agricole s'est transform&#233;e d'abord en paysans libres, puis en serfs &#224; mesure qu'ils s'appauvrissaient et passaient &#224; la soumission h&#233;r&#233;ditaire &#224; leur seigneur suzerain. Le servage semble s'&#234;tre largement implant&#233; &#224; partir du IXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la f&#233;odalit&#233; reposait sur de grandes propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res comme forme de propri&#233;t&#233;, elle n'&#233;tait pas enracin&#233;e dans une production &#224; grande &#233;chelle. La culture du sol &#233;tait assur&#233;e par de petits producteurs. Quelle que soit l'&#233;tendue du manoir ou du domaine du propri&#233;taire, il &#233;tait exploit&#233; par un groupe de familles de serfs ou de paysans. La transition &#233;conomique de l'esclavage au f&#233;odalisme consistait donc dans le remplacement des latifundia esclaves des propri&#233;taires romains et des m&#233;nages individuels des communaut&#233;s germaniques par un type de petite agriculture plus productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les envahisseurs ont fourni des ingr&#233;dients importants pour &#233;lever le niveau technique et social du r&#233;gime f&#233;odal naissant. Ils introduisirent de nouvelles cultures comme le seigle, l'avoine, l'&#233;peautre et le houblon, ainsi que le savon et le beurre. La charrue &#224; lourdes roues a permis le d&#233;veloppement du syst&#232;me de labour &#224; trois champs dont d&#233;pendait le manoir m&#233;di&#233;val. Gr&#226;ce &#224; l'&#233;trier, au collier du cheval, au harnais tandem et au fer, les chevaux pouvaient &#234;tre utilis&#233;s &#224; la place des b&#339;ufs pour tirer la charrue ; ils avaient quatre fois la puissance de traction des animaux de trait ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre innovation cl&#233; &#233;tait la roue hydraulique, connue depuis l'Antiquit&#233; mais utilis&#233;e uniquement sous sa forme la plus simple. Les moulins &#224; eau m&#233;di&#233;vaux &#233;taient des installations vastes et co&#251;teuses qui appartenaient aux seigneurs f&#233;odaux, mais dans lesquelles leurs d&#233;pendants pouvaient apporter leur grain pour le moudre. La cr&#233;ation d'une technologie agricole plus efficace au cours de l'&#226;ge des t&#233;n&#232;bres a ouvert la voie &#224; une augmentation de la productivit&#233; agricole en Europe du Nord &#224; partir du IXe si&#232;cle. Comme le souligne le professeur Lynn White dans Technology and Invention in the Middle Ages : &#171; En technologie, au moins, l'&#226;ge des t&#233;n&#232;bres marque une avanc&#233;e constante et ininterrompue sur l'Empire romain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines caract&#233;ristiques h&#233;rit&#233;es du collectivisme tribal ont &#233;galement eu des cons&#233;quences importantes dans la pr&#233;paration de l'av&#232;nement du nouvel ordre. Lorsque les terres conquises par les Allemands furent attribu&#233;es &#224; des m&#233;nages individuels et que la hi&#233;rarchie des subordonn&#233;s et des sup&#233;rieurs s'&#233;tablit, les bois et les p&#226;turages furent r&#233;serv&#233;s &#224; l'usage commun et de nombreuses autres coutumes d'activit&#233; collective furent conserv&#233;es. Ces vestiges de possession commune incorpor&#233;s &#224; l'&#233;conomie agraire renfor&#231;aient la solidarit&#233; communautaire, rendaient les serfs et les vilains moins d&#233;pendants de leurs ma&#238;tres et donnaient &#224; la masse des travailleurs ruraux un certain contr&#244;le sur leurs moyens de subsistance, ce qui att&#233;nuait leur servitude et augmentait leur marge. de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; qui s'&#233;tendait des empires romains aux empires carolingiens &#233;tait un conglom&#233;rat d'&#233;l&#233;ments englobant l'esclavage, la barbarie, l'agriculture paysanne et les relations f&#233;odales naissantes. La structure f&#233;odale s'est finalement cristallis&#233;e &#224; partir de ce plasma bigarr&#233; lorsque les d&#233;pendants romains et les colons germaniques ont renonc&#233; &#224; leurs positions de paysans libres et sont entr&#233;s dans le servage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cours contradictoire du d&#233;veloppement qui a marqu&#233; la p&#233;riode prolong&#233;e de transition de l'esclavage romain &#224; l'&#233;poque f&#233;odale invalide tout sch&#233;ma rigide d'&#233;volution historique fond&#233; sur une ligne de succession ind&#233;viante d'une forme de production &#224; la suivante. La population indig&#232;ne du monde romano-germanique est tomb&#233;e &#224; un niveau inf&#233;rieur de production et de culture avant de rassembler les conditions d'un mode d'existence sup&#233;rieur. Cette discontinuit&#233; dans la croissance &#233;conomique illustre la nature dialectique des processus concrets d'&#233;volution sociale. Loin de suivre m&#233;caniquement les voies prescrites, les peuples du pass&#233; ont souvent recul&#233; avant de franchir l'&#233;tape suivante du progr&#232;s historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabrication : le tremplin de l'artisanat &#224; l'industrie des machines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a directement supplant&#233; le f&#233;odalisme en Europe occidentale et, ce faisant, a engendr&#233; un ensemble de ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques de transition. Parmi eux se trouvait l'industrie manufacturi&#232;re qui, en tant que pont entre l'industrie m&#233;di&#233;vale et moderne, fut l'un des d&#233;veloppements essentiels dans l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les corporations artisanales urbaines, le ma&#238;tre artisan poss&#233;dait tous les moyens de production, depuis les mati&#232;res premi&#232;res jusqu'&#224; l'atelier qui abritait habituellement sa famille et sa main-d'&#339;uvre compos&#233;e d'apprentis et de compagnons. Il vendait le produit fini sur un march&#233; local et r&#233;glement&#233; et empochait les b&#233;n&#233;fices. Cette simple production marchande &#224; petite &#233;chelle &#233;tait extr&#234;mement restreinte, dispers&#233;e, routini&#232;re, statique et monopolistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me manufacturier a contourn&#233;, d&#233;mantel&#233; et remplac&#233; les associations de corporations, allant au-del&#224; de ce type d'industrie &#224; d'importants &#233;gards. Contrairement au ma&#238;tre de guilde, qui &#233;tait un petit producteur personnel, le fabricant rassemblait sous un m&#234;me toit de nombreux travailleurs sans propri&#233;t&#233;, achetait leur force de travail contre salaire et les soumettait au contr&#244;le du capital. Le travail est ainsi devenu social plut&#244;t qu'individuel. Chaque &#233;l&#233;ment des op&#233;rations de l'entrepreneur &#233;tait &#224; plus grande &#233;chelle : il lui fallait plus d'argent, de plus grandes quantit&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res, de vastes ateliers, de meilleurs outils, une subdivision d&#233;taill&#233;e du travail, une supervision intense, des calculs plus minutieux et une planification &#224; plus long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette croissance quantitative a g&#233;n&#233;r&#233; de nombreuses am&#233;liorations qualitatives dans l'industrie. L'industrie capitaliste &#233;tait bien plus productive, innovante et progressiste que le syst&#232;me des corporations. Pourtant, ses artisans, artisans et contrema&#238;tres utilisaient essentiellement les m&#234;mes m&#233;thodes techniques que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs m&#233;di&#233;vaux. Ils disposaient de peu ou pas de puissance m&#233;canique et comptaient exclusivement sur un travail manuel utilisant des outils simples. Dans cette forme rudimentaire d'&#233;conomie capitaliste, les relations de production avanc&#233;es &#233;taient li&#233;es &#224; une technologie ancienne remontant &#224; l'aube de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction interne de ce type transitoire d'activit&#233; capitaliste a &#233;t&#233; bris&#233;e et surmont&#233;e avec l'introduction des machines &#224; vapeur dans l'industrie et les transports. L'industrie m&#233;canique a fa&#231;onn&#233; le prol&#233;tariat moderne ; elle a permis aux capitalistes d'exploiter au maximum le travail salari&#233; en r&#233;duisant la valeur des marchandises et en augmentant ainsi la plus-value produite par les ouvriers et appropri&#233;e par les capitalistes. C'est sur cette base technique que le mode de production capitaliste a pour la premi&#232;re fois pu voler de ses propres ailes et s'est lanc&#233; &#224; la conqu&#234;te du globe. Mais elle n'aurait pu se lancer dans cette carri&#232;re que si l'industrie avait laiss&#233; derri&#232;re elle le syst&#232;me des corporations et pr&#233;par&#233; l'av&#232;nement de la technologie la mieux adapt&#233;e aux besoins de l'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;gimes et soci&#233;t&#233;s de transition au XXe si&#232;cle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons des d&#233;buts du capitalisme &#224; sa phase finale et concentrons-nous sur les principaux probl&#232;mes pos&#233;s par la transformation de la soci&#233;t&#233; au XXe si&#232;cle, qui voit &#224; la fois l'agonie du capitalisme et les affres de l'accouchement du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus r&#233;volutionnaire contemporain vise &#224; saper et &#224; abolir le pouvoir et la propri&#233;t&#233; des propri&#233;taires capitalistes et des classes privil&#233;gi&#233;es archa&#239;ques qui s'accrochent comme des parasites &#224; leur domination. Le m&#233;canisme politique de cette r&#233;volution sociale consiste dans le transfert du pouvoir d'&#201;tat de ces classes poss&#233;dantes vers les principaux producteurs de richesse, le prol&#233;tariat et ses alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires du XXe si&#232;cle doivent op&#233;rer dans trois principaux types de situations transitionnelles. Consid&#233;rons-les dans l'ordre de progression vers les objectifs ultimes de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re s'&#233;tend sur la p&#233;riode de pr&#233;paration au renversement de l'ancien r&#233;gime. Les masses laborieuses passent d'une condition non r&#233;volutionnaire, o&#249; les fondements sociaux et politiques de l'ordre &#233;tabli sont stables et solides, &#224; une p&#233;riode pr&#233;-r&#233;volutionnaire ou, au-del&#224;, vers une confrontation directe avec les d&#233;tenteurs du pouvoir. &#192; ce stade, m&#234;me si la classe dirigeante perd son emprise, les forces destin&#233;es &#224; la d&#233;loger et &#224; la remplacer ne sont pas encore pr&#234;tes ou capables de contester sa supr&#233;matie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage d'une situation moins r&#233;volutionnaire &#224; une situation plus r&#233;volutionnaire n&#233;cessite une strat&#233;gie sp&#233;ciale employant un ensemble de revendications qui, d'une part, sont adapt&#233;es aux conditions et &#224; la conscience des masses et, d'autre part, les m&#232;neront vers l'objectif. de la conqu&#234;te du pouvoir. La reconnaissance des caract&#233;ristiques particuli&#232;res de cette p&#233;riode int&#233;rimaire dans le d&#233;veloppement de la lutte des classes &#8211; qui n'est ni totalement non r&#233;volutionnaire ni totalement r&#233;volutionnaire mais va dans cette direction &#8211; est la base objective des revendications transitionnelles incorpor&#233;es dans le programme de la Quatri&#232;me Internationale. adopt&#233;e lors de sa fondation en 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but avou&#233; de ce programme est de promouvoir et de faciliter le passage du prol&#233;tariat du souci de ses besoins imm&#233;diats &#224; la compr&#233;hension de la n&#233;cessit&#233; de diriger sa lutte toujours plus consciemment et &#233;nergiquement contre les bases du r&#233;gime bourgeois. De cette mani&#232;re, un &#201;tat pr&#233;-r&#233;volutionnaire peut se transformer en un &#201;tat r&#233;volutionnaire, &#224; mesure que les masses passent des positions d&#233;fensives &#224; l'action offensive. Un tel pas a &#233;t&#233; franchi, par exemple, lors de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fran&#231;aise de mai-juin 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus r&#233;volutionnaire de notre &#233;poque a un caract&#232;re permanent. Ainsi, une fois engag&#233;es dans une action r&#233;volutionnaire directe &#224; grande &#233;chelle, les masses entrent dans une deuxi&#232;me sorte de p&#233;riode de transition, plus &#233;lev&#233;e. La classe ascendante, destin&#233;e &#224; exercer la souverainet&#233; &#224; la place des anciens dirigeants, ne peut pas concentrer tout le pouvoir entre ses mains du jour au lendemain. Il est encore moins capable de reconstruire en profondeur les relations sociales dans son propre pays en quelques d&#233;cennies. Ainsi, apr&#232;s que l'alignement pr&#233;c&#233;dent des forces de classe a &#233;t&#233; radicalement boulevers&#233;, il s'ensuit g&#233;n&#233;ralement un intervalle plus ou moins prolong&#233; pendant lequel le r&#233;gime capitaliste ou colonialiste a &#233;t&#233; bris&#233; mais o&#249; un nouveau pouvoir gouvernemental stable, reposant carr&#233;ment sur les forces de classe r&#233;volutionnaires, n'a pas encore &#233;t&#233; mis en place. &#234;tre solidement &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant cette p&#233;riode de transition, o&#249; le pouvoir supr&#234;me est transf&#233;r&#233; des anciens dirigeants aux masses laborieuses, des formes de gouvernement peuvent appara&#238;tre qui sont extr&#234;mement contradictoires, divis&#233;es int&#233;rieurement, instables et &#233;ph&#233;m&#232;res. Le premier exemple d'un tel interr&#232;gne avait un caract&#232;re classique. C'est le gouvernement provisoire qui a tent&#233; en vain de gouverner la Russie entre les r&#233;volutions de f&#233;vrier et d'octobre 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de ce r&#233;gime paralys&#233; cherchaient &#224; imposer &#224; une nation en pleine r&#233;volution une configuration politique interm&#233;diaire entre le tsarisme et le bolchevisme, entre la domination obsol&#232;te de la monarchie et des propri&#233;taires terriens et la domination des ouvriers et des paysans, entre Capitalisme f&#233;odal et socialisme. Ce fut une exp&#233;rience d&#233;sesp&#233;r&#233;e et malheureuse car, dans les circonstances de la guerre mondiale et de la gravit&#233; des conflits de classes, aucun gouvernement hybride de ce type ne pouvait r&#233;soudre les probl&#232;mes urgents de la paix, du pain et de la terre. Le v&#233;ritable choix &#233;tait entre une dictature militaire contre-r&#233;volutionnaire ou la dictature des travailleurs soutenus par la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement provisoire et les soviets constituaient un double pouvoir dans lequel les camps de classes en conflit se compensaient. Pour sortir de l'impasse, il fallait &#233;craser et &#233;liminer l'un ou l'autre de ces opposants. Dans l'&#233;preuve de force qui s'ensuivit, les soviets sortirent victorieux, gr&#226;ce au type de leadership fourni par les bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, des situations analogues de double pouvoir sont apparues dans de nombreuses r&#233;volutions avec des r&#233;sultats vari&#233;s. Cuba et l'Alg&#233;rie ont fourni les exemples les plus r&#233;cents et les plus dramatiques dans les pays coloniaux. &#192; Cuba, gr&#226;ce aux qualifications exceptionnelles de Castro et des dirigeants du 26 juillet, la p&#233;riode de transition du double pouvoir de 1959 &#224; 1961 s'est sold&#233;e par l'&#233;viction des conciliateurs procapitalistes, la consolidation du r&#233;gime r&#233;volutionnaire et l'expropriation des autochtones et des autochtones. propri&#233;taires &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Alg&#233;rie, en revanche, le processus r&#233;volutionnaire n'a pas encore abouti &#224; une conclusion aussi heureuse. Apr&#232;s la conqu&#234;te de l'ind&#233;pendance nationale, la marche vers le socialisme a &#233;t&#233; interrompue par le coup d'&#201;tat contre Ben Bella et a r&#233;gress&#233; sous Boumedienne. L'Alg&#233;rie est le parfait exemple d'une r&#233;volution inachev&#233;e, stopp&#233;e &#224; mi-chemin de sa progression du colonialisme et du capitalisme vers un &#201;tat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous am&#232;ne &#224; la troisi&#232;me et plus haute cat&#233;gorie des p&#233;riodes de transition de notre &#233;poque. Une fois que la question du pouvoir de classe a &#233;t&#233; r&#233;solue de mani&#232;re d&#233;cisive avec la victoire des ouvriers et des paysans et que les bases socio-&#233;conomiques du nouvel ordre ont &#233;t&#233; pos&#233;es par la d&#233;possession des capitalistes et des propri&#233;taires fonciers, une nouvelle formation sociale commence &#224; prendre forme. L'&#201;tat ouvrier a n&#233;cessairement un caract&#232;re transitoire. M&#234;me s'il s'est d&#233;tach&#233; des exploiteurs du travail et s'est engag&#233; sur la voie du socialisme, il lui reste encore &#224; d&#233;velopper les forces productives et &#224; cr&#233;er les relations humaines propres au nouveau syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che historique du pouvoir prol&#233;tarien est de r&#233;aliser les conditions pr&#233;alables au socialisme sur la base des nouveaux rapports de production. Ce serait un travail ardu et prolong&#233; dans les meilleures conditions. Malheureusement, le contexte historique mondial au cours des 50 premi&#232;res ann&#233;es de l'actuelle p&#233;riode de transition du capitalisme vers le socialisme s'est r&#233;v&#233;l&#233; bien plus d&#233;favorable que ne l'avaient pr&#233;vu les fondateurs du marxisme, car les premi&#232;res r&#233;volutions anticapitalistes victorieuses ont eu lieu dans les pays les moins pr&#233;par&#233;s au changement. de nouvelles m&#233;thodes de production et de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les peuples, de la Russie &#224; Cuba, qui ont chass&#233; les classes poss&#233;dantes et &#233;tabli un pouvoir d'&#201;tat r&#233;volutionnaire de type socialiste, n'avaient pas connu auparavant de r&#233;novation de leurs structures sociales et politiques selon des lignes d&#233;mocratiques bourgeoises. Ils furent donc oblig&#233;s d'entreprendre des t&#226;ches pr&#233;socialistes telles que l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, la r&#233;forme agraire, l'ind&#233;pendance et l'unification nationales, la d&#233;mocratisation de leur vie politique ainsi que le renversement de la domination imp&#233;rialiste et des relations capitalistes. Ils &#233;taient surcharg&#233;s par la combinaison colossale de t&#226;ches pr&#233;socialistes et socialistes &#224; la fois. Leur construction d'un nouvel ordre social a &#233;t&#233; rendue encore plus compliqu&#233;e et difficile par les pressions et les ing&#233;rences de l'imp&#233;rialisme et par leur retard &#233;conomique et culturel h&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, ces r&#233;gimes transitionnels ont &#233;t&#233; soumis &#224; divers degr&#233;s de d&#233;g&#233;n&#233;rescence ou de d&#233;formation. Ils pr&#233;sentent d'&#233;tranges m&#233;langes de caract&#233;ristiques progressistes et r&#233;gressives, les premi&#232;res appartenant &#224; la nouvelle soci&#233;t&#233; en devenir, les secondes d&#233;coulant des conditions pass&#233;es et des pressions imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, l'Union sovi&#233;tique regorge de contradictions &#224; tous les niveaux de sa vie. Dans cet &#201;tat ouvrier, les travailleurs n'ont aucun pouvoir politique et la libert&#233; d'expression est s&#233;v&#232;rement restreinte. Pour le transport, d'&#233;normes avions &#224; r&#233;action filent &#224; toute vitesse au-dessus des &#233;tendues sauvages sans pistes et des chemins de terre o&#249; les charrettes des paysans grincent dans des orni&#232;res bien us&#233;es, comme elles le font depuis des si&#232;cles. Un pays &#224; l'avant-garde de la technologie, de la science et de l'industrie est faible dans les sciences sociales &#8211; &#233;conomie politique, sociologie, histoire et philosophie &#8211; o&#249; son h&#233;ritage marxiste devrait en faire le plus fort. Le public sovi&#233;tique n'avait acc&#232;s &#224; aucune histoire fiable sur ses origines r&#233;volutionnaires &#224; l'occasion du 50e anniversaire d'octobre. De telles anomalies sont la marque de la structure sociale sovi&#233;tique, fa&#231;onn&#233;e et d&#233;form&#233;e au cours de la premi&#232;re phase de la transition du capitalisme au socialisme. Cependant, les contradictions ne sont pas seulement des stigmates et des pierres d'achoppement, mais aussi des moteurs de discorde et de progr&#232;s. Les &#201;tats ouvriers ne sont pas stagnants mais tr&#232;s mobiles. En derni&#232;re analyse, ils doivent soit revenir en arri&#232;re vers le capitalisme, soit avancer vers le socialisme. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, aucun des peuples qui ont aboli le capitalisme ne l'a r&#233;tabli. &#192; cet &#233;gard, l'histoire du XXe si&#232;cle a &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; sens unique. Ce fait t&#233;moigne de l'immense puissance et de la vitalit&#233; des nouvelles institutions ainsi que de la d&#233;bilit&#233; et de la d&#233;sint&#233;gration du capitalisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements des &#201;tats ouvriers sont &#233;galement en mutation. Ils peuvent soit retomber dans le despotisme bureaucratique, soit progresser vers une plus grande d&#233;mocratie. Les trois &#233;tapes de l'histoire politique de l'Union sovi&#233;tique depuis 1917 d&#233;montrent cette dialectique. Apr&#232;s la d&#233;mocratie bouillonnante des premi&#232;res ann&#233;es r&#233;volutionnaires, le pays a &#233;t&#233; plong&#233; dans les terribles t&#233;n&#232;bres de la tyrannie de Staline pendant trois d&#233;cennies. Depuis lors, trop lentement mais s&#251;rement, on assiste &#224; un tournant vers la d&#233;mocratisation qui doit aboutir &#224; une confrontation entre les bureaucrates et les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Cuba, depuis le d&#233;but, malgr&#233; la r&#233;sistance et de brefs d&#233;tours en cours de route, la tendance principale a &#233;t&#233; vers une prise de d&#233;cision accrue par les masses. La rupture de la Tch&#233;coslovaquie avec l'autoritarisme et sa marche vers la d&#233;mocratisation en 1968 ont &#233;t&#233; stopp&#233;es et invers&#233;es par l'intervention militaire de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme de la Quatri&#232;me Internationale contient &#233;galement une s&#233;rie de propositions transitoires pour la lutte contre le bureaucratisme au sein des &#201;tats ouvriers d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s et d&#233;form&#233;s. Ces revendications sont con&#231;ues pour acc&#233;l&#233;rer et achever le mouvement vers la d&#233;mocratie ouvri&#232;re dans les pays postcapitalistes et l'adoption de politiques et de perspectives socialistes r&#233;volutionnaires qui peuvent att&#233;nuer les affres de l'enfantement de la nouvelle soci&#233;t&#233; et raccourcir l'intervalle entre l'abolition du pouvoir capitaliste et le mouvement priv&#233;. propri&#233;t&#233; et la cr&#233;ation de relations harmonieuses et &#233;gales pour toute l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les relations &#233;conomiques postcapitalistes et leurs superstructures existent depuis un demi-si&#232;cle, elles n'en sont qu'au stade &#233;l&#233;mentaire de leur processus historique de formation et restent sujettes &#224; toutes les infirmit&#233;s de l'enfance. De plus, ils doivent encore &#234;tre install&#233;s dans l'habitat le plus propice &#224; leur croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la soci&#233;t&#233; bourgeoise est issue de l'Europe occidentale f&#233;odale, les relations capitalistes n'ont pas pris possession d'un seul coup de l'ensemble de la vie sociale. Ils ont d'abord pr&#233;empt&#233; le domaine du commerce o&#249; s'accumulait la richesse mon&#233;taire. Pendant ce temps, la production de richesses mat&#233;rielles soit se poursuivait selon les anciennes m&#233;thodes, soit, comme dans le cas de l'industrie, passait &#224; une manufacture qui conservait les anciennes techniques artisanales. Les nouvelles lois du d&#233;veloppement capitaliste n'ont pas d&#233;pass&#233; toutes les limites, pris le contr&#244;le total de la vie &#233;conomique et sociale et d&#233;ploy&#233; leur immense puissance jusqu'&#224; la r&#233;volution industrielle du d&#233;but du XIXe si&#232;cle, bas&#233;e sur la machine &#224; vapeur, la grande industrie et l'usine. syst&#232;me, a profond&#233;ment transform&#233; les m&#233;thodes de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une incompl&#233;tude comparable a caract&#233;ris&#233;, et m&#234;me d&#233;figur&#233;, la premi&#232;re p&#233;riode de la transition du capitalisme au socialisme. Depuis 1917, les lois du d&#233;veloppement socio-&#233;conomique li&#233;es au nouveau syst&#232;me de production doivent fonctionner dans les conditions les moins favorables et les plus restrictives. Alors qu'ils n&#233;cessitaient les forces productives les plus avanc&#233;es pour fonctionner efficacement, ils &#233;taient confin&#233;s aux pays les plus pauvres et les plus arri&#233;r&#233;s, o&#249; ils devaient faire face &#224; des r&#233;gimes nationaux incomp&#233;tents et bureaucratis&#233;s ainsi qu'&#224; l'encerclement et &#224; l'hostilit&#233; imp&#233;rialistes &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans des circonstances historiques aussi d&#233;favorables, le nouveau mode de production bas&#233; sur la propri&#233;t&#233; nationalis&#233;e et le principe de planification a r&#233;v&#233;l&#233; son efficacit&#233; et enregistr&#233; des r&#233;alisations colossales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces succ&#232;s, les m&#233;thodes de d&#233;veloppement socialiste n'ont pas encore eu l'occasion de manifester leur v&#233;ritable potentiel. Implant&#233;s dans un sol pauvre, ils n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; de la nutrition ni de l'atmosph&#232;re ad&#233;quates pour leur floraison. Comme Marx l'a soulign&#233; il y a longtemps, le socialisme a besoin d'une classe ouvri&#232;re pr&#233;pond&#233;rante et hautement cultiv&#233;e, d'une industrie puissante, d'une &#233;conomie bien &#233;quilibr&#233;e et d'une base internationale. Aucune de ces conditions pr&#233;alables au socialisme n'a pr&#233;valu au cours du premier demi-si&#232;cle de la r&#233;volution anticapitaliste internationale. Ils ont d&#251; &#234;tre cr&#233;&#233;s en grande partie de toutes pi&#232;ces, sous la pression de la conscription forc&#233;e et au prix de sacrifices intol&#233;rables de la part des masses laborieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, les lois de la transition du capitalisme au socialisme ont jusqu'&#224; pr&#233;sent re&#231;u une expression mutil&#233;e et inad&#233;quate. Heureusement, la configuration des conditions historiques responsables de cet &#233;cart n'a pas un caract&#232;re permanent mais temporaire. Les distorsions des &#201;tats ouvriers sont le produit n&#233;faste du confinement du pouvoir prol&#233;tarien dans les pays les moins d&#233;velopp&#233;s et de l'emprise du capitalisme sur les &#233;conomies les plus industrialis&#233;es. Ces handicaps peuvent &#8211; &#8203;&#8203;et seront &#8211; &#234;tre affaiblis et supprim&#233;s une fois que les travailleurs renverseront le r&#233;gime capitaliste dans une ou plusieurs puissances imp&#233;rialistes. Cette avanc&#233;e permettra aux nouvelles lois du d&#233;veloppement social de trouver un espace bien plus appropri&#233; et un champ d'application plus large pour leur expression et leur r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture historique actuelle pr&#233;sente ce caract&#232;re paradoxal. La p&#233;riode de transition du capitalisme au socialisme a elle-m&#234;me &#233;t&#233; oblig&#233;e, en raison des progr&#232;s in&#233;gaux de la r&#233;volution mondiale, de passer par une situation de transition angoissante dans laquelle les forces du syst&#232;me social naissant ont &#233;t&#233; parqu&#233;es dans une zone la moins adapt&#233;e &#224; leurs capacit&#233;s. . Ces restrictions anormales et &#233;pisodiques &#224; leur croissance peuvent &#234;tre &#233;limin&#233;es &#224; condition que la r&#233;volution socialiste s'&#233;tende &#224; l'Europe occidentale, au Japon et, surtout, &#224; l'Am&#233;rique du Nord. Lorsque les nouvelles tendances du d&#233;veloppement socialiste pourront s'op&#233;rer librement et pleinement dans un environnement favorable, l'humanit&#233; &#233;mancip&#233;e sera &#233;tonn&#233;e des r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/works/history/ch09.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/works/history/ch09.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE REGIME TRANSITOIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, comme l'affirment les autorit&#233;s officielles, que le socialisme soit d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; en U.R.S.S.? Si la r&#233;ponse est n&#233;gative, les succ&#232;s acquis garantissent-ils tout au moins la r&#233;alisation du socialisme dans des fronti&#232;res nationales, ind&#233;pendamment du cours des &#233;v&#233;nements dans le reste du monde ? L'appr&#233;ciation critique des principaux indices de l'&#233;conomie sovi&#233;tique doit nous donner un point de d&#233;part dans la recherche d'une r&#233;ponse juste. Mais nous ne pouvons nous passer d'une remarque th&#233;orique pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme proc&#232;de du d&#233;veloppement de la technique, comme du ressort principal du progr&#232;s, et b&#226;tit le programme communiste sur la dynamique des forces de production. A supposer qu'une catastrophe cosmique ravage dans un avenir plus ou moins rapproch&#233; notre plan&#232;te, force nous serait de renoncer &#224; la perspective du communisme comme &#224; bien d'autres choses. Abstraction faite de ce danger, probl&#233;matique pour le moment, nous n'avons pas la moindre raison scientifique d'assigner par avance des limites, quelles qu'elles soient, &#224; nos possibilit&#233;s techniques, industrielles et culturelles. Le marxisme est profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233; de l'optimisme du progr&#232;s et cela suffit, soit dit en passant, &#224; l'opposer irr&#233;ductiblement &#224; la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base mat&#233;rielle du communisme doit consister en un d&#233;veloppement de la puissance &#233;conomique de l'homme tel que le travail productif, cessant d'&#234;tre une charge et une peine, n'ait besoin d'aucun aiguillon et la r&#233;partition &#8212; comme aujourd'hui dans une famille ais&#233;e ou une pension &#034;convenable&#034; &#8212; d'autre contr&#244;le que ceux de l'&#233;ducation, de l'habitude, de l'opinion publique. Il faut, pour parler franc, une forte dose de stupidit&#233; pour consid&#233;rer comme utopique une perspective aussi modeste en d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a pr&#233;par&#233; les conditions et les forces de la r&#233;volution sociale : la technique, la science, le prol&#233;tariat. La soci&#233;t&#233; communiste ne peut pourtant pas succ&#233;der imm&#233;diatement &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise ; l'h&#233;ritage mat&#233;riel et culturel du pass&#233; est insuffisant. A ses d&#233;buts, l'Etat ouvrier ne peut encore ni permettre &#224; chacun de travailler &#034;selon ses capacit&#233;s&#034;, en d'autres termes, tant qu'il pourra et voudra, ni r&#233;compenser chacun &#034;selon ses besoins&#034;, ind&#233;pendamment du travail fourni. L'int&#233;r&#234;t de l'accroissement des forces productives oblige &#224; recourir aux normes habituelles du salaire, c'est-&#224;-dire &#224; la r&#233;partition de biens d'apr&#232;s la quantit&#233; et la qualit&#233; du travail individuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx appelait cette premi&#232;re &#233;tape de la soci&#233;t&#233; nouvelle &#034;le stade inf&#233;rieur du communisme&#034;, le distinguant du stade sup&#233;rieur o&#249; dispara&#238;t, en m&#234;me temps que le dernier spectre du besoin, l'in&#233;galit&#233; mat&#233;rielle. &#034;Nous n'en sommes naturellement pas encore au communisme complet, dit la doctrine sovi&#233;tique officielle d'aujourd'hui, mais nous avons d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; le socialisme, c'est-&#224;-dire le stade inf&#233;rieur du communisme.&#034; Et d'invoquer &#224; l'appui de cette th&#232;se, la supr&#233;matie des trusts d'Etat dans l'industrie, des kolkhozes dans l'agriculture, des entreprises &#233;tatis&#233;es et coop&#233;ratives dans le commerce. A premi&#232;re vue, la concordance est totale avec le sch&#233;ma a priori &#8212; et partant hypoth&#233;tique &#8212; de Marx. Mais du point de vue du marxisme pr&#233;cis&#233;ment, la question ne concerne pas les seules formes de la propri&#233;t&#233;, ind&#233;pendamment du rendement obtenu du travail. Marx entendait en tout cas par &#034;stade inf&#233;rieur du communisme&#034; celui d'une soci&#233;t&#233; dont le d&#233;veloppement &#233;conomique serait d&#232;s le d&#233;but sup&#233;rieur &#224; celui du capitalisme avanc&#233;. En th&#233;orie, cette fa&#231;on de poser la question est irr&#233;prochable, car le communisme, consid&#233;r&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale, constitue, m&#234;me dans son stade initial, &#224; son point de d&#233;part, un degr&#233; sup&#233;rieur par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Marx s'attendait d'ailleurs &#224; ce que les Fran&#231;ais commencent la r&#233;volution socialiste, que les Allemands auraient continu&#233;e et les Anglais achev&#233;e. Quant aux Russes, il restaient loin &#224; l'arri&#232;re-garde. La r&#233;alit&#233; a &#233;t&#233; inverse. Et tenter d'appliquer m&#233;caniquement au cas particulier de l'U.R.S.S., dans la phase actuelle de son &#233;volution, la conception historique universelle de Marx, c'est tomber aussit&#244;t dans d'inextricables contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie n'&#233;tait pas le cha&#238;non le plus r&#233;sistant mais bien le plus faible du capitalisme. L'U.R.S.S. actuelle ne d&#233;passe pas le niveau de l'&#233;conomie mondiale, elle ne fait que rattraper les pays capitalistes. Si la soci&#233;t&#233; qui devait se former sur la base de la socialisation des forces productives des pays les plus avanc&#233;s du capitalisme &#224; son &#233;poque repr&#233;sentait pour Marx le &#034;stade inf&#233;rieur du communisme&#034;, cette d&#233;finition ne s'applique manifestement pas &#224; l'U.R.S.S. qui reste &#224; ce jour beaucoup plus pauvre, quant &#224; la technique, aux biens et &#224; la culture, que les pays capitalistes. Il est donc plus exact d'appeler le r&#233;gime sovi&#233;tique actuel, avec toutes ses contradictions, non point socialiste mais transitoire entre le capitalisme et le socialisme, ou pr&#233;paratoire au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souci d'une juste terminologie n'implique aucun p&#233;dantisme. La force et la stabilit&#233; des r&#233;gimes se d&#233;finissent en dernier lieu par le rendement relatif du travail. Une &#233;conomie socialis&#233;e en train de d&#233;passer, techniquement, le capitalisme, serait r&#233;ellement assur&#233;e d'un d&#233;veloppement socialiste en quelque sorte automatique, ce que l'on ne peut malheureusement dire en aucune fa&#231;on de l'&#233;conomie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des apologistes vulgaires de l'U.R.S.S. telle qu'elle est sont enclins &#224; raisonner &#224; peu pr&#232;s ainsi : m&#234;me en reconnaissant que le r&#233;gime sovi&#233;tique actuel n'est pas encore socialiste, le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des forces productives, sur les bases actuelles, doit t&#244;t ou tard amener le triomphe complet du socialisme. Seul le facteur temps est en ce cas discutable. Est-ce donc la peine de faire tant de bruit ? Si incontestable que paraisse ce raisonnement, il est en r&#233;alit&#233; tr&#232;s superficiel. Le temps n'est nullement un facteur secondaire quand il s'agit d'un processus historique : il est infiniment plus dangereux de confondre le pr&#233;sent et le futur en politique qu'en grammaire. Le d&#233;veloppement ne consiste pas, comme se le repr&#233;sentent les &#233;volutionnistes vulgaires du genre des Webb, en l'accumulation planifi&#233;e et &#034;l'am&#233;lioration&#034; constante de ce qui est. Il comporte des transformations de la quantit&#233; en qualit&#233;, des crises, des bonds en avant et des reculs. Pr&#233;cis&#233;ment parce que l'U.R.S.S. n'en est pas encore au premier stade du socialisme, syst&#232;me &#233;quilibr&#233; de production et de consommation, le d&#233;veloppement n'y est pas harmonieux, mais contradictoire. Les contradictions &#233;conomiques font na&#238;tre les antagonismes sociaux qui d&#233;ploient leur propre logique sans attendre le d&#233;veloppement des forces productives. Nous venons de le voir dans la question du koulak, qui n'a pas consenti &#224; se laisser &#034;assimiler&#034; par le socialisme et a exig&#233; une r&#233;volution compl&#233;mentaire &#224; laquelle les bureaucrates et leurs id&#233;ologues ne s'attendaient pas. La bureaucratie, entre les mains de laquelle se concentrent le pouvoir et la richesse, consentira-t-elle &#224; se laisser assimiler par le socialisme ? Il est permis d'en douter. Il serait en tout cas imprudent de se fier &#224; sa parole. Dans quel sens &#233;voluera, au cours des trois, cinq, dix ann&#233;es &#224; venir le dynamisme des contradictions &#233;conomiques et des antagonismes sociaux de la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique ? Il n'y a pas encore de r&#233;ponse d&#233;finitive et incontestable &#224; cette question. L'issue d&#233;pend de la lutte des forces vives de la soci&#233;t&#233; et pas seulement &#224; l'&#233;chelle nationale, mais aussi &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque nouvelle &#233;tape nous impose d&#232;s lors l'analyse concr&#232;te des tendances et des rapports r&#233;els, dans leur connexion et leur constante interd&#233;pendance. L'importance d'une analyse de ce genre va ressortir &#224; nos yeux dans la question de l'Etat sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
PROGRAMME ET REALITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Marx et Engels, L&#233;nine voit le premier trait distinctif de la r&#233;volution en ce qu'expropriant les exploiteurs elle supprime la n&#233;cessit&#233; d'un appareil bureaucratique dominant la soci&#233;t&#233;, et avant tout de la police et de l'arm&#233;e permanente. &#034;Le prol&#233;tariat a besoin de l'Etat, tous les opportunistes le r&#233;p&#232;tent&#034;, &#233;crivait L&#233;nine en 1917, deux ou trois mois avant la conqu&#234;te du pouvoir, &#034;mais ils oublient d'ajouter que le prol&#233;tariat n'a besoin que d'un Etat d&#233;p&#233;rissant, c'est-&#224;-dire tel qu'il commence aussit&#244;t &#224; d&#233;p&#233;rir et ne puisse pas ne pas d&#233;p&#233;rir&#034; (L'Etat et la r&#233;volution). Cette critique &#233;tait en son temps dirig&#233;e contre les socialistes r&#233;formistes du type des mencheviks russes, des fabiens anglais, etc. ; aujourd'hui, elle se retourne avec une force doubl&#233;e contre les idol&#226;tres sovi&#233;tiques et leur culte de l'Etat bureaucratique qui n'a pas la moindre intention de &#034;d&#233;p&#233;rir&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie est socialement requise toutes les fois que d'&#226;pres antagonismes sont en pr&#233;sence et qu'il faut les &#034;att&#233;nuer&#034;, les &#034;accommoder&#034;, les &#034;r&#233;gler&#034; (toujours dans l'int&#233;r&#234;t des privil&#233;gi&#233;s et des poss&#233;dants et toujours &#224; l'avantage de la bureaucratie elle-m&#234;me). L'appareil bureaucratique s'affermit et se perfectionne &#224; travers toutes les r&#233;volutions bourgeoises, si d&#233;mocratiques soient-elles. &#034;Le fonctionnariat et l'arm&#233;e permanente, &#233;crit L&#233;nine, sont des &#034;parasites&#034; sur le corps de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, des parasites engendr&#233;s par les contradictions internes qui d&#233;chirent cette soci&#233;t&#233;, mais pr&#233;cis&#233;ment des parasites qui en bouchent les pores...&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir de 1918, c'est-&#224;-dire du moment o&#249; le parti dut consid&#233;rer la prise du pouvoir comme un probl&#232;me pratique, L&#233;nine s'occupa sans cesse de l'&#233;limination de ces &#034;parasites&#034;. Apr&#232;s la subversion des classes d'exploiteurs, explique-t-il et d&#233;montre-t-il dans l'Etat et la r&#233;volution, le prol&#233;tariat brisera la vieille machine bureaucratique et formera son propre appareil d'ouvriers et d'employ&#233;s, en prenant, pour les emp&#234;cher de devenir des bureaucrates, des &#034;mesures &#233;tudi&#233;es en d&#233;tail par Marx et Engels : 1&#176; &#233;ligibilit&#233; et aussi r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment ; 2&#176; r&#233;tribution non sup&#233;rieure au salaire de l'ouvrier ; 3&#176; passage imm&#233;diat &#224; un &#233;tat de choses dans lequel tous s'acquitteront des fonctions de contr&#244;le et de surveillance, dans lequel tous seront momentan&#233;ment des &#034;bureaucrates&#034;, personne ne pouvant pour cela m&#234;me se bureaucratiser.&#034; On aurait tort de penser qu'il s'agit pour L&#233;nine d'une oeuvre exigeant des dizaines d'ann&#233;es ; non, c'est un premier pas : &#034;On peut et on doit commencer par l&#224; en faisant la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes vues hardies sur l'Etat de la dictature du prol&#233;tariat trouv&#232;rent, un an et demi apr&#232;s la prise du pouvoir, leur expression achev&#233;e dans le programme du parti bolchevique et notamment dans les paragraphes concernant l'arm&#233;e. Un Etat fort, mais sans mandarins ; une force arm&#233;e, mais sans samoura&#239;s ! La bureaucratie militaire et civile ne r&#233;sulte pas des besoins de la d&#233;fense, mais d'un transfert de la division de la soci&#233;t&#233; en classes dans l'organisation de la d&#233;fense. L'arm&#233;e n'est qu'un produit des rapports sociaux. La lutte contre les p&#233;rils ext&#233;rieurs suppose, cela va de soi dans l'Etat ouvrier, une organisation militaire et technique sp&#233;cialis&#233;e qui ne sera en aucun cas une caste privil&#233;gi&#233;e d'officiers. Le programme bolchevique exige le remplacement de l'arm&#233;e permanente par la nation arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa formation, le r&#233;gime de la dictature du prol&#233;tariat cesse de la sorte d'&#234;tre celui d'un &#034;Etat&#034; au vieux sens du mot, c'est-&#224;-dire d'une machine faite pour maintenir dans l'ob&#233;issance la majorit&#233; du peuple. Avec les armes, la force mat&#233;rielle passe directement, imm&#233;diatement, aux organisations des travailleurs telles que les soviets. L'Etat, appareil bureaucratique, commence &#224; d&#233;p&#233;rir d&#232;s le premier jour de la dictature du prol&#233;tariat. Telle est la voix du programme qui n'a pas &#233;t&#233; abrog&#233; &#224; ce jour. Chose &#233;trange, on croirait une voix d'outre-tombe sortant du mausol&#233;e...&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque interpr&#233;tation que l'on donne de la nature de l'Etat sovi&#233;tique, une chose est incontestable : &#224; la fin de ses vingt premi&#232;res ann&#233;es, il est loin d'avoir &#034;d&#233;p&#233;ri&#034;, il n'a m&#234;me pas commenc&#233; &#224; &#034;d&#233;p&#233;rir&#034; ; pis, il est devenu un appareil de coercition sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire ; la bureaucratie, loin de dispara&#238;tre, est devenue une force incontr&#244;l&#233;e dominant les masses ; l'arm&#233;e, loin d'&#234;tre remplac&#233;e par le peuple en armes, a form&#233; une caste d'officiers privil&#233;gi&#233;s au sommet de laquelle sont apparus des mar&#233;chaux, tandis que le peuple, &#034;exer&#231;ant en armes la dictature&#034;, s'est vu refuser en U.R.S.S. jusqu'&#224; la possession d'une arme blanche. La fantaisie la plus exalt&#233;e concevrait difficilement contraste plus saisissant que celui qui existe entre le sch&#233;ma de l'Etat ouvrier de Marx-Engels-L&#233;nine et l'Etat &#224; la t&#234;te duquel se trouve aujourd'hui Staline. Tout en continuant &#224; r&#233;imprimer les oeuvres de L&#233;nine (en les censurant et en les mutilant, il est vrai), les chefs actuels de l'U.R.S.S. et leurs repr&#233;sentants id&#233;ologiques ne se demandent m&#234;me pas quelles sont les causes d'un &#233;cart aussi flagrant entre le programme et la r&#233;alit&#233;. Effor&#231;ons-nous de le faire &#224; leur place.&lt;br class='autobr' /&gt;
LE DOUBLE CARACT&#200;RE DE L'ETAT SOVI&#201;TIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du prol&#233;tariat est un pont entre les soci&#233;t&#233;s bourgeoise et socialiste. Son essence m&#234;me lui conf&#232;re donc un caract&#232;re temporaire. L'Etat qui r&#233;alise la dictature a pour t&#226;che d&#233;riv&#233;e, mais tout &#224; fait primordiale, de pr&#233;parer sa propre abolition. Le degr&#233; d'ex&#233;cution de cette t&#226;che &#034;d&#233;riv&#233;e&#034; v&#233;rifie en un certain sens avec quel succ&#232;s s'accomplit l'id&#233;e ma&#238;tresse : la construction d'une soci&#233;t&#233; sans classes et sans contradictions mat&#233;rielles. Le bureaucratisme et l'harmonie sociale sont en proportion inverse l'un de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels &#233;crivait dans sa c&#233;l&#232;bre pol&#233;mique contre D&#252;hring : &#034;...Quand dispara&#238;tront en m&#234;me temps que la domination de classe et que la lutte pour l'existence individuelle, engendr&#233;e par l'anarchie actuelle de la production, les heurts et les exc&#232;s qui d&#233;coulent de cette lutte, il n'y aura plus rien &#224; r&#233;primer, le besoin d'une force sp&#233;ciale de r&#233;pression ne se fera plus sentir dans l'Etat.&#034; Le philistin croit &#224; l'&#233;ternit&#233; du gendarme. En r&#233;alit&#233; le gendarme ma&#238;trisera l'homme tant que l'homme n'aura pas suffisamment ma&#238;tris&#233; la nature. Il faut, pour que l'Etat disparaisse, que disparaissent &#034;la domination de classe et la lutte pour l'existence individuelle&#034;. Engels r&#233;unit ces deux conditions en une seule : dans la perspective de la succession des r&#233;gimes sociaux, quelques dizaines d'ann&#233;es ne comptent gu&#232;re. Les g&#233;n&#233;rations qui portent la r&#233;volution sur leurs propres &#233;paules se repr&#233;sentent autrement les choses. Il est exact que la lutte de tous contre tous na&#238;t de l'anarchie capitaliste. Mais la socialisation des moyens de production ne supprime pas automatiquement &#034;la lutte pour l'existence individuelle&#034;. Et c'est le pivot de la question !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat socialiste, m&#234;me en Am&#233;rique, sur les bases du capitalisme le plus avanc&#233;, ne pourrait pas donner &#224; chacun tout ce qu'il lui faut et serait par cons&#233;quent oblig&#233; d'inciter tout le monde &#224; produire le plus possible. La fonction d'excitateur lui revient naturellement dans ces conditions et il ne peut pas ne pas recourir, en les modifiant et en les adoucissant, aux m&#233;thodes de r&#233;tribution du travail &#233;labor&#233;es par le capitalisme. En ce sens pr&#233;cis, Marx &#233;crivait en 1875 que &#034;le droit bourgeois... est in&#233;vitable dans la premi&#232;re phase de la soci&#233;t&#233; communiste sous la forme qu'il rev&#234;t en naissant de la soci&#233;t&#233; capitaliste apr&#232;s de longues douleurs d'enfantement. Le droit ne peut jamais s'&#233;lever au-dessus du r&#233;gime &#233;conomique et du d&#233;veloppement culturel conditionn&#233; par ce r&#233;gime &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, commentant ces lignes remarquables, ajoute : &#034;Le droit bourgeois en matiere de r&#233;partition des articles de consommation suppose naturellement l'Etat bourgeois, car le droit n'est rien sans un appareil de contrainte imposant ses normes. Il appara&#238;t que le droit bourgeois subsiste pendant un certain temps au sein du communisme, et m&#234;me que subsiste l'Etat bourgeois sans bourgeoisie !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette conclusion significative, tout &#224; fait ignor&#233;e des th&#233;oriciens officiels d'aujourd'hui, a une importance d&#233;cisive pour l'intelligence de la nature de l'Etat sovi&#233;tique d'aujourd'hui, ou plus exactement pour une premi&#232;re approximation dans ce sens. L'Etat qui se donne pour t&#226;che la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233;, &#233;tant oblig&#233; de d&#233;fendre par la contrainte l'in&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire les privil&#232;ges de la minorit&#233;, demeure dans une certaine mesure un Etat &#034;bourgeois&#034;, bien que sans bourgeoisie. Ces mots n'impliquent ni louange ni bl&#226;me ; ils appellent seulement les choses par leur nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les normes bourgeoises de r&#233;partition, en h&#226;tant la croissance de la puissance mat&#233;rielle, doivent servir &#224; des fins socialistes. Mais l'Etat acquiert imm&#233;diatement un double caract&#232;re : socialiste dans la mesure o&#249; il d&#233;fend la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production ; bourgeois dans la mesure o&#249; la r&#233;partition des biens a lieu d'apr&#232;s des &#233;talons capitalistes de valeur, avec toutes les cons&#233;quences d&#233;coulant de ce fait. Une d&#233;finition aussi contradictoire &#233;pouvantera peut-&#234;tre les dogmatiques et les scolastiques ; il ne nous restera qu'&#224; leur en exprimer nos regrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physionomie d&#233;finitive de l'Etat ouvrier doit se d&#233;finir par la modification du rapport entre ses tendances bourgeoises et socialistes. La victoire des derni&#232;res doit signifier la suppression irr&#233;vocable du gendarme, en d'autres termes la r&#233;sorption de l'Etat dans une soci&#233;t&#233; s'administrant elle-m&#234;me. Ce qui suffit &#224; faire ressortir l'immense importance du probl&#232;me de la bureaucratie sovi&#233;tique, fait et sympt&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il donne, de par toute sa formation intellectuelle, &#224; la conception de Marx sa forme la plus accentu&#233;e, que L&#233;nine r&#233;v&#232;le la source des difficult&#233;s &#224; venir, y compris les siennes propres, bien qu'il n'ait pas eu le temps de pousser son analyse &#224; fond. &#034;L'Etat bourgeois sans bourgeoisie&#034; s'est r&#233;v&#233;l&#233; incompatible avec une democratie sovi&#233;tique authentique. La dualit&#233; des fonctions de l'Etat ne pouvait manquer de se manifester dans sa structure. L'exp&#233;rience a montr&#233; ce que la th&#233;orie n'avait pas su pr&#233;voir avec une nettet&#233; suffisante : si &#034;l'Etat des ouvriers arm&#233;s&#034; r&#233;pond pleinement &#224; ses fins quand il s'agit de d&#233;fendre la propri&#233;t&#233; socialis&#233;e contre la contre-r&#233;volution, il en va tout autrement quand il s'agit de r&#233;gler l'in&#233;galit&#233; dans la sph&#232;re de la consommation. Ceux qui sont priv&#233;s de propri&#233;t&#233; ne sont pas enclins &#224; cr&#233;er des privil&#232;ges et &#224; les d&#233;fendre. La majorit&#233; ne peut pas se montrer soucieuse des privil&#232;ges de la minorit&#233;. Pour d&#233;fendre le &#034;droit bourgeois&#034;, l'Etat ouvrier se voit contraint de former un organe du type &#034;bourgeois&#034;, bref de revenir au gendarme, tout en lui donnant un nouvel uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fait de la sorte le premier pas vers l'intelligence de la contradiction fondamentale entre le programme bolchevique et la r&#233;alit&#233; sovi&#233;tique. Si l'Etat, au lieu de d&#233;p&#233;rir, devient de plus en plus despotique ; si les mandataires de la classe ouvri&#232;re se bureaucratisent, tandis que la bureaucratie s'&#233;rige au-dessus de la soci&#233;t&#233; r&#233;nov&#233;e, ce n'est pas pour des raisons secondaires, telles que les survivances psychologiques du pass&#233;, etc., c'est en vertu de l'inflexible n&#233;cessit&#233; de former et d'entretenir une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e, tant qu'il n'est pas possible d'assurer l'&#233;galit&#233; r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tendances bureaucratiques qui &#233;touffent le mouvement ouvrier devront aussi se manifester partout apr&#232;s la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Mais il est tout &#224; fait &#233;vident que plus est pauvre la soci&#233;t&#233; n&#233;e de la r&#233;volution et plus cette &#034;loi&#034; doit se manifester s&#233;v&#232;rement, sans d&#233;tour ; et plus le bureaucratisme doit rev&#234;tir des formes brutales ; et plus il peut devenir dangereux pour le d&#233;veloppement du socialisme. Ce ne sont pas les &#034;restes&#034;, impuissants en eux-m&#234;mes, des classes autrefois dirigeantes qui emp&#234;chent, comme le d&#233;clare la doctrine purement polici&#232;re de Staline, l'Etat sovi&#233;tique de d&#233;p&#233;rir et m&#234;me de se lib&#233;rer de la bureaucratie parasitaire, ce sont des facteurs infiniment plus puissants, tels que l'indigence mat&#233;rielle, le manque de culture g&#233;n&#233;rale et la domination du &#034;droit bourgeois&#034; qui en d&#233;coule dans le domaine qui int&#233;resse le plus directement et le plus vivement tout homme : celui de sa conservation personnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
GENDARME ET &#034;BESOIN SOCIALISE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune Marx &#233;crivait, deux ans avant le Manifeste communiste : &#034;Le d&#233;veloppement des forces productives est pratiquement la condition premi&#232;re absolument n&#233;cessaire [du communisme] pour cette raison encore que l'on socialiserait sans lui l'indigence et que l'indigence ferait recommencer la lutte pour le n&#233;cessaire et par cons&#233;quent ressusciter tout le vieux fatras...&#034; Cette id&#233;e, Marx ne l'a d&#233;velopp&#233;e nulle part, et ce n'est pas par hasard : il ne pr&#233;voyait pas la victoire de la r&#233;volution dans un pays arri&#233;r&#233;. L&#233;nine ne s'y est pas arr&#234;t&#233; non plus, et ce n'est pas davantage par hasard : il ne pr&#233;voyait pas un si long isolement de l'Etat sovi&#233;tique. Or, le texte que nous venons de citer n'&#233;tant chez Marx qu'une supposition abstraite, un argument par opposition, nous offre une clef th&#233;orique unique pour aborder les difficult&#233;s tout &#224; fait concr&#232;tes et les maux du r&#233;gime sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le terrain historique de la mis&#232;re, aggrav&#233;e par les d&#233;vastations des guerres imp&#233;rialiste et civile, &#034;la lutte pour l'existence individuelle&#034;, loin de dispara&#238;tre au lendemain de la subversion de la bourgeoisie, loin de s'att&#233;nuer dans les ann&#233;es suivantes, a connu par moments un acharnement sans pr&#233;c&#233;dent : faut-il rappeler que des actes de cannibalisme se sont produits par deux fois dans certaines r&#233;gions du pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance qui s&#233;pare la Russie de l'Occident ne se mesure v&#233;ritablement qu'&#224; pr&#233;sent. Il faudrait &#224; l'U.R.S.S., dans les conditions les plus favorables, c'est-&#224;-dire en l'absence de convulsions int&#233;rieures et de catastrophes ext&#233;rieures, plusieurs lustres pour assimiler compl&#232;tement l'acquis &#233;conomique et &#233;ducatif qui a &#233;t&#233;, pour les premiers n&#233;s de la civilisation capitaliste, le fruit des si&#232;cles. L'application des m&#233;thodes socialistes &#224; des t&#226;ches pr&#233;-socialistes, tel est maintenant le fond du travail &#233;conomique et culturel de l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que l'U.R.S.S. d&#233;passe aujourd'hui par ses forces productives les pays les plus avanc&#233;s du temps de Marx. Mais, tout d'abord, dans la comp&#233;tition historique de deux r&#233;gimes, il s'agit bien moins de niveaux absolus que de niveaux relatifs : l'&#233;conomie sovi&#233;tique s'oppose au capitalisme de Hitler, de Baldwin et de Roosevelt et non &#224; celui de Bismarck, de Palmerston et d'Abraham Lincoln ; en second lieu, l'ampleur m&#234;me des besoins de l'homme se modifi&#233; radicalement avec la croissance de la technique mondiale : les contemporains de Marx ne connaissaient ni l'automobile, ni la T. S. F., ni l'avion. Or la soci&#233;t&#233; socialiste serait inconcevable de notre temps sans le libre usage de tous ces biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le stade inf&#233;rieur du communisme&#034;, pour employer le terme de Marx, commence &#224; un niveau dont le capitalisme le plus avanc&#233; s'est rapproch&#233;. Or le programme r&#233;el des prochaines p&#233;riodes quinquennales des r&#233;publiques sovi&#233;tiques consiste &#224; &#034;rattraper l'Europe et l'Am&#233;rique&#034;. Pour cr&#233;er un r&#233;seau de routes goudronn&#233;es et d'autoroutes dans les vastes espaces de l'U.R.S.S., il faut beaucoup plus de temps et de moyens que pour importer d'Am&#233;rique des fabriques d'automobiles toutes pr&#234;tes et m&#234;me pour s'approprier leur technique. Combien d'ann&#233;es faudra-t-il pour donner &#224; tout citoyen la possibilit&#233; d'user d'une automobile dans toutes les directions sans rencontrer de difficult&#233;s de ravitaillement en essence ? Dans la soci&#233;t&#233; barbare, le pi&#233;ton et le cavalier formaient deux classes. L'auto ne diff&#233;rencie pas moins la soci&#233;t&#233; que le cheval de selle. Tant que la modeste Ford demeure le privil&#232;ge d'une minorit&#233;, tous les rapports et toutes les habitudes propres &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise survivent. Avec eux subsiste l'Etat, gardien de l'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proc&#233;dant uniquement de la th&#233;orie marxiste de la dictature du prol&#233;tariat, L&#233;nine n'a pu, ni dans son ouvrage capital sur la question (L'Etat et la r&#233;volution), ni dans le programme du parti, faire, concernant le caract&#232;re de l'Etat, toutes les d&#233;ductions impos&#233;es par la condition arri&#233;r&#233;e et l'isolement du pays. Expliquant les r&#233;surgences de la bureaucratie par l'inexp&#233;rience administrative des masses et les difficult&#233;s n&#233;es de la guerre, le programme du parti prescrit des mesures purement politiques pour surmonter les &#034;d&#233;formations bureaucratiques&#034; : &#233;ligibilit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment de tous les mandataires, suppression des privil&#232;ges mat&#233;riels, contr&#244;le actif des masses. On pensait que, sur cette voie, le fonctionnaire cesserait d'&#234;tre un chef pour devenir un simple agent technique, d'ailleurs provisoire, tandis que l'Etat quitterait peu &#224; peu, sans bruit, la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sous-estimation manifeste des difficult&#233;s futures s'explique par le fait que le programme se fondait enti&#232;rement, sans r&#233;serves, sur une perspective internationale. &#034;La r&#233;volution d'Octobre a r&#233;alis&#233; en Russie la dictature du prol&#233;tariat... L'&#232;re de la r&#233;volution prol&#233;tarienne communiste universelle s'est ouverte.&#034; Telles sont les premi&#232;res lignes du programme. Les auteurs de ce document ne se donnaient pas uniquement pour but l'&#233;dification du &#034;socialisme dans un seul pays&#034; &#8212; cette id&#233;e ne venait alors &#224; personne et &#224; Staline moins qu'&#224; tout autre &#8212; et ils ne se demandaient pas quel caract&#232;re prendrait l'Etat sovi&#233;tique s'il lui fallait accomplir seul pendant vingt ans les t&#226;ches &#233;conomiques et culturelles depuis longtemps accomplies par le capitalisme avanc&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La crise r&#233;volutionnaire d'apr&#232;s-guerre n'a cependant pas amen&#233; la victoire du socialisme en Europe : la social-d&#233;mocratie a sauv&#233; la bourgeoisie. La p&#233;riode qui paraissait &#224; L&#233;nine et &#224; ses compagnons d'armes devoir &#234;tre une courte &#034;tr&#234;ve&#034; est devenue toute une &#233;poque de l'histoire. La structure sociale contradictoire de l'U.R.S.S. et le caract&#232;re ultra-bureaucratique de l'Etat sovi&#233;tique sont les cons&#233;quences directes de cette singuli&#232;re &#034;difficult&#233;&#034; historique impr&#233;vue, qui a en m&#234;me temps amen&#233; les pays capitalistes au fascisme ou &#224; la r&#233;action pr&#233;fasciste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la tentative du d&#233;but &#8212; cr&#233;er un Etat d&#233;barrass&#233; du bureaucratisme &#8212; s'est avant tout heurt&#233;e &#224; l'inexp&#233;rience des masses en mati&#232;re d'auto-administration, au manque de travailleurs qualifi&#233;s d&#233;vou&#233;s au socialisme, etc., d'autres difficult&#233;s n'allaient pas tarder &#224; se faire sentir. La r&#233;duction de l'Etat &#224; des fonctions &#034;de recensement et de contr&#244;le&#034;, les fonctions de coercition s'amoindrissant sans cesse, comme l'exige le programme, supposait un certain bien-&#234;tre. Cette condition n&#233;cessaire faisait d&#233;faut. Le secours de l'Occident n'arrivait pas. Le pouvoir des soviets d&#233;mocratiques se r&#233;v&#233;lait g&#234;nant et m&#234;me intol&#233;rable quand il s'agissait de favoriser les groupes privil&#233;gi&#233;s les plus indispensables &#224; la d&#233;fense, &#224; l'industrie, &#224; la technique, &#224; la science. Une puissante caste de sp&#233;cialistes de la r&#233;partition se forma et se fortifia gr&#226;ce &#224; l'op&#233;ration nullement socialiste qui consistait &#224; prendre &#224; dix personnes pour donner &#224; une seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment et pourquoi les immenses succ&#232;s &#233;conomiques des derniers temps, au lieu d'amener un adoucissement de l'in&#233;galit&#233;, l'ont-ils aggrav&#233;e en accroissant encore la bureaucratie qui, de &#034;d&#233;formation&#034;, est devenue syst&#232;me de gouvernement ? Avant de tenter de r&#233;pondre &#224; cette question, &#233;coutons ce que les chefs les plus autoris&#233;s de la bureaucratie sovi&#233;tique disent de leur propre r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;LA VICTOIRE COMPLETE DU SOCIALISME&lt;br class='autobr' /&gt;
ET &#034;L'AFFERMISSEMENT DE LA DICTATURE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire compl&#232;te du socialisme a plusieurs fois &#233;t&#233; annonc&#233;e en U.R.S.S., et sous une forme particuli&#232;rement cat&#233;gorique &#224; la suite de la &#034;liquidation des koulaks en tant que classe&#034;. Le 30 janvier 1931, la Pravda, commentant un discours de Staline, &#233;crivait : &#034;Le deuxi&#232;me plan quinquennal liquidera les derniers vestiges des &#233;l&#233;ments capitalistes de notre &#233;conomie&#034; (soulign&#233; par nous). De ce point de vue, l'Etat devrait dispara&#238;tre sans retour dans le m&#234;me laps de temps, car il n'a plus rien &#224; faire l&#224; o&#249; les &#034;derniers vestiges&#034; du capitalisme sont liquid&#233;s. &#034;Le pouvoir des soviets, d&#233;clare &#224; ce sujet le programme du parti bolchevique, reconna&#238;t hautement l'in&#233;luctable caract&#232;re de classe de tout Etat, tant que n'a pas enti&#232;rement disparu la division de la soci&#233;t&#233; en classes et, avec elle, toute autorit&#233; gouvernementale.&#034; Mais sit&#244;t que d'imprudents th&#233;oriciens moscovites eurent tent&#233; de d&#233;duire de la liquidation des &#034;derniers vestiges du capitalisme&#034; &#8212; admise par eux comme une r&#233;alit&#233; &#8212; le d&#233;p&#233;rissement de l'Etat, la bureaucratie d&#233;clara leurs th&#233;ories &#034;contre-r&#233;volutionnaires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur th&#233;orique de la bureaucratie est-elle donc dans la proposition principale ou dans la d&#233;duction ? Dans les deux. L'opposition objectait aux premi&#232;res d&#233;clarations sur la &#034;victoire totale&#034; qu'on ne peut pas se borner &#224; consid&#233;rer les seules formes juridico-sociales des rapports, d'ailleurs encore contradictoires et manquant de maturit&#233; dans l'agriculture, en faisant abstraction du crit&#232;re principal : le niveau atteint par le rendement du travail. Les formes juridiques elles-m&#234;mes ont un contenu social qui varie profond&#233;ment selon le degr&#233; de d&#233;veloppement de la technique : &#034;Le droit ne peut jamais s'&#233;lever au-dessus du r&#233;gime &#233;conomique et du d&#233;veloppement culturel de la soci&#233;t&#233; conditionn&#233; par ce r&#233;gime&#034; (Marx). Les formes sovi&#233;tiques de la propri&#233;t&#233; fond&#233;es sur les acquisitions les plus r&#233;centes de la technique am&#233;ricaine et &#233;tendues &#224; toutes les branches de l'&#233;conomie donneraient d&#233;j&#224; le premier stade du socialisme. Les formes sovi&#233;tiques, en pr&#233;sence du bas rendement du travail, ne signifient qu'un r&#233;gime transitoire dont les destin&#233;es ne sont pas encore d&#233;finitivement pes&#233;es par l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;N'est-ce pas monstrueux &#8212; &#233;crivions-nous en mars 1932 &#8212;, le pays ne sort pas de la p&#233;nurie de marchandises, le ravitaillement s'interrompt &#224; chaque instant, les enfants manquent de lait et les oracles officiels proclament que &#034;le pays est entre dans la p&#233;riode socialiste&#034;. Peut-on compromettre plus f&#226;cheusement le socialisme ?&#034; Karl Radek, aujourd'hui l'un des publicistes en vue des milieux sovi&#233;tiques dirigeants, r&#233;pliquait &#224; cette objection dans un num&#233;ro sp&#233;cial du Berliner Tageblatt consacr&#233; &#224; l'U.R.S.S. (mai 1932) dans les termes suivants, dignes d'&#234;tre conserv&#233;s &#224; la post&#233;rit&#233; : &#034;Le lait est le produit de la vache et non du socialisme, et il faut vraiment confondre le socialisme avec l'image du pays o&#249; coulent des fleuves de lait pour ne pas comprendre qu'un pays peut s'&#233;lever &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur de d&#233;veloppement sans que, momentan&#233;ment, la situation mat&#233;rielle des masses populaires en soit sensiblement am&#233;lior&#233;e.&#034; Ces lignes ont &#233;t&#233; &#233;crites &#224; un moment o&#249; le pays &#233;tait en proie &#224; une terrible famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme est le r&#233;gime de la production planifi&#233;e pour la satisfaction la meilleure des besoins de l'homme, faute de quoi il ne m&#233;rite pas son nom. Si les vaches sont d&#233;clar&#233;es propri&#233;t&#233; collective, mais s'il y en a trop peu ou si leurs pis sont trop maigres, des conflits commencent par suite du manque de lait : entre la ville et les campagnes. entre les kolkhozes et les cultivateurs ind&#233;pendants, entre les diverses couches du prol&#233;tariat, entre la bureaucratie et l'ensemble des travailleurs. C'est pr&#233;cis&#233;ment la socialisation des vaches qui les fit abattre en masses par les paysans. Les conflits sociaux engendr&#233;s par l'indigence peuvent &#224; leur tour amener le retour &#224; &#034;tout l'ancien fatras&#034;. Telle fut notre r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa r&#233;solution du 20 ao&#251;t 1935, le VIIe congr&#232;s de l'Internationale communiste certifie solennellement que &#034;la victoire d&#233;finitive et irr&#233;vocable du socialisme et l'affermissement &#224; tous &#233;gards de l'Etat de la dictature du prol&#233;tariat&#034; sont en U.R.S.S. les r&#233;sultats des succ&#232;s de l'industrie nationalis&#233;e, de l'&#233;limination des &#233;l&#233;ments capitalistes et de la liquidation des koulaks en tant que classe. En d&#233;pit de son apparence cat&#233;gorique, l'attestation de l'Internationale communiste est profond&#233;ment contradictoire : si le socialisme a vaincu &#034;d&#233;finitivement et irr&#233;vocablement&#034;, non comme principe, mais comme vivante organisation sociale, le nouvel &#034;affermissement&#034; de la dictature est une absurdit&#233; &#233;vidente. Et, inversement, si l'affermissement de la dictature r&#233;pond aux besoins r&#233;els du r&#233;gime, c'est que nous sommes encore loin de la victoire du socialisme. Tout politique r&#233;aliste, pour ne pas dire marxiste, doit comprendre que la n&#233;cessit&#233; m&#234;me d'&#034;affermir&#034; la dictature, c'est-&#224;-dire la contrainte gouvernementale, prouve non le triomphe d'une harmonie sociale sans classes, mais la croissance de nouveaux antagonismes sociaux. Quelle est leur base ? La p&#233;nurie des moyens d'existence, qui est le r&#233;sultat du bas rendement du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine donna un jour du socialisme la d&#233;finition suivante : &#034;le pouvoir des soviets, plus l'&#233;lectrification&#034;. Cette d&#233;finition en forme d'&#233;pigramme, dont l'&#233;troitesse r&#233;pondait &#224; des fins de propagande, supposait en tout cas, comme point de d&#233;part minimum, le niveau capitaliste de l'&#233;lectrification. Mais aujourd'hui encore l'U.R.S.S. dispose, par t&#234;te d'habitant, de trois fois moins d'&#233;nergie &#233;lectrique que les pays capitalistes avanc&#233;s. Tenant compte du fait que les soviets ont entre-temps c&#233;d&#233; la place &#224; un appareil ind&#233;pendant des masses, il ne reste &#224; l'Internationale communiste qu'&#224; proclamer que le socialisme c'est &#034;le pouvoir de la bureaucratie, plus le tiers de l'&#233;lectrification capitaliste&#034;. Cette d&#233;finition sera d'une exactitude photographique, mais le socialisme y tiendra peu de place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son discours aux stakhanovistes, en novembre 1935, Staline, se conformant &#224; la fin empirique de cette conf&#233;rence, d&#233;clara brusquement : &#034;Pourquoi le socialisme peut-il, doit-il vaincre et vaincra-t-il n&#233;cessairement le syst&#232;me capitaliste ? Parce qu'il peut et doit donner... un rendement plus &#233;lev&#233; du travail.&#034; R&#233;futant incidemment la r&#233;solution de l'Internationale communiste adopt&#233;e trois mois auparavant, et aussi ses propres d&#233;clarations r&#233;it&#233;r&#233;es sur ce sujet, Staline parle cette fois de la &#034;victoire&#034; au futur : le socialisme vaincra le syst&#232;me capitaliste quand il le d&#233;passera dans le rendement du travail. On le voit, les temps du verbe ne sont pas seuls &#224; changer avec les circonstances, les crit&#232;res sociaux &#233;voluent aussi. Et il n'est assur&#233;ment pas facile au citoyen sovi&#233;tique de suivre la &#034;ligne g&#233;n&#233;rale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mars 1936, enfin, dans son entretien avec M. Roy Howard, Staline donne une nouvelle d&#233;finition du r&#233;gime sovi&#233;tique : &#034;L'organisation sociale que nous avons cr&#233;&#233;e peut &#234;tre appel&#233;e sovi&#233;tique, socialiste, elle n'est pas compl&#232;tement achev&#233;e, mais elle est au fond une organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;.&#034; Cette d&#233;finition intentionnellement confuse renferme presque autant de contradictions que de mots. L'organisation sociale y est qualifi&#233;e &#034;sovi&#233;tique, socialiste&#034;. Mais les soviets repr&#233;sentent une forme d'Etat et le socialisme un r&#233;gime social. Loin d'&#234;tre identiques, ces termes, du point de vue qui nous occupe, sont oppos&#233;s ; les soviets devraient dispara&#238;tre dans la mesure o&#249; l organisation sociale deviendrait socialiste, comme les &#233;chafaudages sont enlev&#233;s quand la b&#226;tisse est construite, Staline apporte un correctif : &#034;Le socialisme n'est pas compl&#232;tement achev&#233;.&#034; Que veut dire ce &#034;pas compl&#232;tement&#034; ? S'en faut-il de 5%, ou de 75% ? On ne nous le dit pas, de m&#234;me qu'on s'abstient de nous dire ce qu'il faut entendre par le &#034;fond&#034; de l'organisation socialiste de la soci&#233;t&#233; ? Les formes de la propri&#233;t&#233; ou la technique ? L'obscurit&#233; m&#234;me de cette d&#233;finition signifie un recul par rapport aux formules infiniment plus cat&#233;goriques de 1931 et de 1935. Un pas de plus dans cette voie et il faudrait reconna&#238;tre que la racine de toute organisation sociale est dans les forces productives, et que la racine sovi&#233;tique est pr&#233;cis&#233;ment trop faible encore pour la plante socialiste et le bonheur humain qui en est le couronnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/vers.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/vers.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221201a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221201a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/11/lt19221114.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/11/lt19221114.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5763&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5763&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3533&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3533&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1442&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1442&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOUKHARINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_prs.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_prs.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_04.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_04.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/boukharine_19260000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/boukharine_19260000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/07/remarques.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/07/remarques.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LENINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/03/d10c/vil19210300-06c10.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/03/d10c/vil19210300-06c10.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/lt19251107.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/lt19251107.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OPPOSITION DE GAUCHE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CASTORIADIS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/castoriadis/works/1952/chaulieu_19520700.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/castoriadis/works/1952/chaulieu_19520700.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA VERSION DE STALINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article267&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article267&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37007&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37007&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/editionsmsh/6255?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/editionsmsh/6255?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/lenine-trotsky-transition-socialisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/lenine-trotsky-transition-socialisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Transition de phase de l'eau</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article7068</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article7068</guid>
		<dc:date>2020-11-28T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Transition de phase</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire aussi : &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qu'une transition de phase ? &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; vient l'eau de la Terre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'eau : un exemple de chaos d&#233;terministe &lt;br class='autobr' /&gt;
Les sauts qualitatifs des structures de la glace &lt;br class='autobr' /&gt;
La neige dispose de nombreuses structures diff&#233;rentes et saute sans cesse de l'une &#224; l'autre &lt;br class='autobr' /&gt; Transition de phase de l'eau &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
L'eau, l'entit&#233; la plus connue sur Terre, celle qui permet la vie, abreuve les troupeaux et &#233;rode les continents ne respecte pas de tr&#232;s nombreuses lois de la physique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;Atome : La r&#233;troaction de la mati&#232;re/lumi&#232;re et du vide (de la microphysique &#224; l'astrophysique) - Atom : laws of physics or the feedback of matter/light/ void (from microphysics to astrophysics)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Transition de phase&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire aussi :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'une transition de phase ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4101&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'o&#249; vient l'eau de la Terre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article563&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'eau : un exemple de chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4302&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les sauts qualitatifs des structures de la glace&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3575&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La neige dispose de nombreuses structures diff&#233;rentes et saute sans cesse de l'une &#224; l'autre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14698 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L391xH297/391px-Diag_phase_eau-svg-be7a0.png?1781313207' width='391' height='297' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14697 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L279xH181/index-56-6f905.jpg?1781313207' width='279' height='181' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Transition de phase de l'eau&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'eau, l'entit&#233; la plus connue sur Terre, celle qui permet la vie, abreuve les troupeaux et &#233;rode les continents ne respecte pas de tr&#232;s nombreuses lois de la physique dont la r&#233;traction volumique qui accompagne la solidification. En effet, un corps (pur ou compos&#233;), quel qu'il soit, lorsque sa temp&#233;rature baisse, se r&#233;tracte, diminue de volume (selon les lois de la physique). La vapeur d'eau en devenant liquide se conforme &#224; la r&#232;gle, mais &#224; 3.98&#176;C, l'eau se dilate pour devenir plus l&#233;g&#232;re ! En passant &#224; l'&#233;tat solide, elle peut gagner 10% de volume en plus. Son volume, au lieu de diminuer, augmente ! C'est gr&#226;ce &#224; cette anomalie que la glace flotte &#224; la surface de l'eau au lieu de couler. La propri&#233;t&#233; que je viens d'&#233;noncer, la grande capacit&#233; calorifique de l'eau et les liaisons entre mol&#233;cules d'eau (H2O) qui se traduit par son grand pouvoir de dissolution des autres corps, sa constante di&#233;lectrique des plus &#233;lev&#233;e, son enthalpie de vaporisation anormale, etc. sont autant de propri&#233;t&#233;s de l'eau qui se distinguent de celles des autres corps. La plupart des propri&#233;t&#233;s de l'eau sont d&#233;termin&#233;es par la dynamique des liaisons des atomes d'hydrog&#232;ne, elle m&#234;me cons&#233;quence du comportement quantique des atomes d'hydrog&#232;ne (visible par spectroscopie). Ce dernier fait varier le r&#233;seau cristallin de la glace. On voit que le comportement quantique de la mol&#233;cule d'eau influe fortement sur son comportement macroscopique. Je passe d&#232;s maintenant &#224; une &#233;tude th&#233;orique afin de poser les connaissances qui me permettent de d&#233;crire les ph&#233;nom&#232;nes qui ont lieu lors de la surfusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Niveau mol&#233;culaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la surfusion, on observe un retard au changement d'&#233;tat, &#224; la solidification. Or on sait qu'au passage &#224; la phase solide, le syst&#232;me perd de l'&#233;nergie par diffusion de chaleur et que les mol&#233;cules adoptent l'une des 7 formes cristallines existantes dans l'Univers. Ainsi les mol&#233;cules perdent de l'agitation cin&#233;tique microscopique (ce qui se traduit dans le mod&#232;le macroscopique par une baisse de temp&#233;rature), elles s'attirent beaucoup plus qu'avant, donc l'arrangement mol&#233;culaire se rapproche de plus en plus de celui de la glace, interdisant alors toute ascension par capillarit&#233; due &#224; la tension superficielle (force tangentielle d'attraction qui d&#233;pend des forces intermol&#233;culaires, de la temp&#233;rature et des surfaces de contact). Il faut savoir que le point de nucl&#233;ation, point auquel les cristaux de glace se forment, d&#233;pend de la pr&#233;sence de bulles de gaz, de germes de cristallisation et de la qualit&#233; de l'interface. Si les conditions sont favorables (absence de gaz dissout, de germe cristallin ; interface homog&#232;ne), la surfusion continuera jusqu'&#224; que les cristaux se forment spontan&#233;ment (&#224; une temp&#233;rature extr&#234;me, et donc surfusion intense et degr&#233; de surfusion tr&#232;s &#233;lev&#233;). Par ailleurs, on sait d&#233;j&#224; que les variations d'&#233;tat d'un syst&#232;me chimique ne sont pas rigoureusement constantes, mais pr&#233;sentent de petites (ou grandes lors de surfusions intenses) fluctuations dans le temps dues &#224; la nature corpusculaire de la mati&#232;re. Ces fluctuations homog&#232;nes sont caus&#233;es par le mouvement brownien (l'agitation thermique), c'est-&#224;-dire par le mouvement incessant des mol&#233;cules d'eau dans l'&#233;chantillon. Or nous avons vu plus haut que lors de la surfusion, il y a perte de chaleur, ces fluctuations diminuent alors asymptotiquement jusqu'&#224; l'arr&#234;t de la surfusion. Dans les fluides newtoniens (form&#233;s de petites mol&#233;cules de forme plus ou moins sph&#233;rique) comme ceux &#233;tudi&#233;s dans les 103 b&#233;chers d'Auerbach, le flux de la quantit&#233; de mouvement permettant la description des ph&#233;nom&#232;nes de transports est d&#233;duit du coefficient de viscosit&#233; cher &#224; Auerbach. Cette viscosit&#233; est en fait la r&#233;sistance d'un fluide &#224; l'&#233;coulement. La viscosit&#233; cin&#233;matique cit&#233;e par Auerbach ne d&#233;pend que de la temp&#233;rature et les fluides newtoniens ob&#233;issent &#224; la loi de la viscosit&#233; de Newton qui veut que la force de frottement soit proportionnelle au gradient de vitesse de l'&#233;coulement. Or la temp&#233;rature diminue, donc les mol&#233;cules se d&#233;placent moins vite et les frottements sont moins importants ce qui entra&#238;ne une perte de chaleur encore moindre ; ce qui explique que les fluctuations diminuent asymptotiquement jusqu'au retour &#224; un &#233;tat stable : le solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La thermodynamique &#233;tablie que les ph&#233;nom&#232;nes de transition de phase peuvent introduire des comportements nouveaux souvent spectaculaires : les structures dissipatives. Le cas du passage de la phase liquide &#224; celle solide s'accompagne d'une disposition r&#233;guli&#232;re de certaines propri&#233;t&#233;s mol&#233;culaires ou atomiques dans l'espace appel&#233;e brisement de sym&#233;trie. Lorsqu'un syst&#232;me non lin&#233;aire est tr&#232;s loin de l'&#233;quilibre thermodynamique, des comportements complexes et des brisements de sym&#233;trie peuvent avoir lieu. Ce qui induit que plus un syst&#232;me est instable, plus sont &#233;volution rel&#232;ve du hasard. Cela nous confirme que pour des degr&#233;s de surfusion &#233;lev&#233; ou non, le moment de la nucl&#233;ation est impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; pu voir que la temp&#233;rature de nucl&#233;ation de l'eau est d'autant plus basse que le volume correspondant est faible. Prenons l'exemple de la cong&#233;lation d'un grand et d'un petit volume d'eau. Dans le golfe du Saint-Laurent, en novembre, l'oc&#233;an commence &#224; geler pour former la banquise. Les cristaux de glace commencent &#224; s'agglom&#233;rer &#224; la surface de l'eau. Ainsi, en une demi-heure, il peut s'&#234;tre form&#233; des plateaux arrondis de glace issus de collisions et d'agglom&#233;rations avec ses voisins : les pancakes ices (disent les Anglo-Saxons). Les premiers cristaux de glaces se forment d&#232;s que les courants le permettent, avec Ta=-30&#176;C ; l'amplitude de la surfusion est de 10&#176;C dans les meilleurs conditions. Alors que pour des gouttelettes de nuage de quelques attom&#232;tres cubes, le temps avant la cong&#233;lation homog&#232;ne est tr&#232;s long et les temp&#233;ratures atteintes sont tr&#232;s basses (-40&#176;C). Je rappelle que ni l'eau des oc&#233;ans ni l'eau des nuages n'est pure, les gouttelettes contiennent des impuret&#233;s (sable, sel, poussi&#232;re, etc.) et des germes de glace (de quelques Angstr&#246;ms) pr&#233;existent au sein du liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la thermodynamique statistique vers le chaos d&#233;terministe&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s 1860, James Clerk Maxwell introduisit des consid&#233;rations probabilistes &#224; la thermodynamique. Mais il faut attendre 1877 pour que Ludwig Boltzmann &#233;tablisse les r&#232;gles du d&#233;nombrement statistique des &#233;tats microscopiques compatibles avec un m&#234;me &#233;tat macroscopique d'un syst&#232;me. Il d&#233;montra que l'&#233;tat macroscopique d'&#233;quilibre r&#233;sulte d'une &#233;volution statistique du syst&#232;me et donne une interpr&#233;tation statistique de l'entropie S des syst&#232;mes en la reliant au d&#233;nombrement de leurs &#233;tats microscopiques : S=k.Log. La probabilit&#233; des &#233;tats observables est donc directement li&#233;e &#224; celle des &#233;tats microscopiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auerbach remarqua que, recommenc&#233;e dans les m&#234;mes conditions, l'exp&#233;rience ne donne pas les m&#234;mes r&#233;sultats. En effet, des conditions initiales identiques donnent lieu &#224; des &#233;volutions souvent tr&#232;s diff&#233;rentes. Et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il a &#233;tudi&#233; la nature statistique des donn&#233;es de temps et de temp&#233;rature. Nous avons vu pr&#233;c&#233;demment que les facteurs influen&#231;ant la surfusion &#233;taient extr&#234;mement nombreux (Auerbach en d&#233;nombre une dizaine), on peut en d&#233;duire que l'&#233;tat de surfusion rel&#232;ve du hasard. D'ailleurs, dans sa th&#232;se sur la surfusion, Jean-Claude Delabrouille note le &#034;caract&#232;re fondamentalement al&#233;atoire de la surfusion aussi bien en grandeur qu'en dur&#233;e&#034;. Ainsi, les syst&#232;mes &#233;tudi&#233;s sont-ils chaotiques. Nous nous r&#233;f&#233;rons alors &#224; la th&#233;orie du chaos, th&#233;orie qui cherche &#224; reconna&#238;tre de quelle nature est le hasard que l'on rencontre dans nos syst&#232;mes physico-chimiques ; elle consiste en l'&#233;tude des syst&#232;mes dynamiques non lin&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d&#233;finition, un syst&#232;me chaotique amplifie les petits &#233;carts initiaux ; il fait acc&#233;der les ph&#233;nom&#232;nes microscopiques &#224; l'&#233;chelle macroscopique ; il est fondamentalement instable de part sa d&#233;pendance sensitive aux conditions initiales qu'illustre l'exemple suivant reprit au c&#233;l&#232;bre m&#233;t&#233;orologue Edward Lorenz : un battement d'aile de papillon &#224; P&#233;kin peut provoquer une temp&#234;te &#224; New-York, c'est l'effet papillon. Il a donc un m&#233;canisme amplificateur qui peut nous permettre de mieux comprendre le comportement de l'eau au niveau microscopique sans avoir recours &#224; un mat&#233;riel lourd (laser, acc&#233;l&#233;rateur de particules, rayonnement par magn&#233;tisme nucl&#233;aire, spectroscopie, etc.). Malgr&#233; cet hasard, nous avons pourtant un r&#233;sultat de stabilit&#233; : la moyenne statistique est voisine de la probabilit&#233; r&#233;elle ; il est expliqu&#233; par le fait que l'incertitude relative due aux mesures successives et les diff&#233;rentes erreurs d'approximations dans les calculs se compensent. Car en effet, Lorenz montra que les mesures ne peuvent pas comporter d'absolue pr&#233;cision et que l'on ne peut pas mesurer tous les param&#232;tres en tout point de l'espace et du temps. A ce manque de pr&#233;cision s'ajoutent les n&#233;cessaires arrondis de calculs sur ordinateur (car la machine &#224; ses limites, rapidement atteintes en dynamique non lin&#233;aire). &lt;br class='autobr' /&gt;
La g&#233;om&#233;trie fractale qu'apporta le chaos permit de mettre en &#233;vidence de l'ordre, des r&#233;gularit&#233;s dans tout syst&#232;me non lin&#233;aire, c'est-&#224;-dire que les syst&#232;mes chaotiques pourtant soumis au hasard d&#233;pendent de lois qui r&#233;gissent leur structure. Ces formes fractales sont visibles dans l'espace des phases de ces syst&#232;mes. L'invariance d'&#233;chelle, caract&#233;ristique majeur de l'image fractale, permet d'acc&#233;der &#224; des &#233;chelles tr&#232;s diff&#233;rentes tout en conservant l'ordre et la r&#233;gularit&#233;. Les syst&#232;mes chaotiques &#233;tablissent donc un pont entre les &#233;chelles macro et microscopiques. Nous avons vu plus haut, avec l'effet papillon, que les petites &#233;chelles interf&#233;raient avec les grandes puisque de petits &#233;v&#233;nements atteignant un seuil critique pouvaient engendrer des grosses perturbations. Mais en changeant d'&#233;chelle (par del&#224; la dimension fractale), en passant du mod&#232;le macroscopique &#224; celui microscopique, survient de nouveaux ph&#233;nom&#232;nes, des comportements diff&#233;rents ; comme la physique quantique se diff&#233;rencie de la physique classique, lors du passage de l'&#233;chelle macro &#224; celle microscopique, l'observateur doit s'attendre &#224; diff&#233;rencier ses moyens d'&#233;tude sur les donn&#233;es accessibles par l'espace des phases, voire par un diagramme spectral (r&#233;sultant de l'&#233;tude de la fr&#233;quence des donn&#233;es) au lieu de la traditionnelle statistique dont on observe rapidement les limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les syst&#232;mes chaotiques ont non seulement des cons&#233;quences logiques et n&#233;cessaires mais ces derni&#232;res sont quelque fois inattendues ; comme par exemple, la probabilit&#233; 0.21 pour -8&#176;C&gt;Tf&gt;-10&#176;C qui surprit David Auerbach. Les syst&#232;mes &#233;tudi&#233;s sont irr&#233;versibles (car processus de changement d'&#233;tat) et sensibles aux conditions initiales dont les param&#232;tres de base sont modifi&#233;s dans des proportions infinit&#233;simales tr&#232;s difficiles &#224; saisir. En outre, ce sont encore des fluctuations al&#233;atoires de densit&#233; dans la phase liquide qui donnent naissance &#224; des agr&#233;gats d'atomes en phase solide qui, pour certains, atteignent une taille critique suffisante pour devenir des germes de cristallisation, provoquant ainsi l'arr&#234;t de la surfusion et donc le retour &#224; l'&#233;tat stable : le solide. La th&#233;orie du chaos a pour effet la repr&#233;sentation de ph&#233;nom&#232;nes pr&#233;sentant des irr&#233;gularit&#233;s ou &#233;tant al&#233;atoires. Elle propose un mod&#232;le d&#233;terministe pour l'&#233;tude des syst&#232;mes chaotiques au lieu de celui stochastique qui, par d&#233;finition, ne permet strictement aucune pr&#233;vision. Th&#233;orie qui convient donc tout &#224; fait &#224; l'&#233;tude de syst&#232;mes en surfusion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous savons qu'en thermodynamique classique, l'entropie (d&#233;gradation de l'&#233;nergie) d'un syst&#232;me &#233;voluant irr&#233;versiblement (c'est le cas des &#233;chantillons d'Auerbach) ne peut que cro&#238;tre et l'&#233;tat d'&#233;quilibre correspond &#224; un maximum de cette entropie. Or, en thermodynamique statistique, on peut assimiler l'&#233;tat d'&#233;quilibre &#224; l'&#233;tat macroscopique le plus probable. On peut ainsi &#233;tablir une relation entre l'entropie et la probabilit&#233; thermodynamique. Et c'est pourquoi les r&#233;sultats statistiques ont si longtemps &#233;t&#233; primordiaux lors des &#233;tudes ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'insiste lourdement sur la nature statistique de certaines donn&#233;es (temps et temp&#233;ratures) ainsi que sur les probabilit&#233;s qu'elles entra&#238;nent car nous ne pouvons que faire des pr&#233;visions de ce qu'il adviendra du syst&#232;me selon un &#233;tat (la surfusion) et des conditions donn&#233;es. Aristote consid&#233;rait, &#224; juste titre, que tout ph&#233;nom&#232;ne est divisible en deux parties qui se trouvent, l'une par rapport &#224; l'autre, dans un rapport de cause &#224; effet ; comme le principe de causalit&#233; dans la physique quantique. Mais dans la physique, il y a une infinit&#233; de causes : le nombre de cha&#238;nes causales est infini, c'est pourquoi, je pense fortement que la th&#233;orie du chaos convient &#224; l'&#233;tude du ph&#233;nom&#232;ne de surfusion et donc &#224; l'explicitation de l'effet Mpemba tout en bannissant la pure statistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre fait d&#233;sordre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ordre en route vers l'&#233;quilibre : c'est cela la haute instabilit&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le deuxi&#232;me principe de la thermodynamique fut d&#233;finit en 1954 comme un principe de conservation de l'&#233;nergie par le physicien allemand Rudolf Clausius. Il montre que lors d'une transformation irr&#233;versible, l'entropie (du grec, entropc, cause d'&#233;volution), fonction d'&#233;tat d'un syst&#232;me, ne peut que cro&#238;tre jusqu'&#224; un maximum lorsque le syst&#232;me atteint un &#233;tat d'&#233;quilibre ; cette entropie est une fonction dont la valeur ne d&#233;pend que de param&#232;tres instantan&#233;s, pas du chemin suivi. L'entropie est donc croissante dans tout processus irr&#233;versible et la connaissance de l'histoire de l'&#233;chantillon &#233;tudi&#233; n'a pas &#224; &#234;tre pris en compte, ce qui facilite bien &#233;videment les &#233;tudes. Auerbach aura eut raison de ne pas se soucier de l'histoire de ses 103 &#233;chantillons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce deuxi&#232;me principe exprime une tendance irr&#233;versible &#224; l'uniformisation et ainsi &#224; la d&#233;sorganisation. L'&#233;volution d'un syst&#232;me tend &#224; un &#233;tat d'&#233;quilibre pour lequel la production d'entropie, c'est-&#224;-dire la vitesse de la formation d'entropie, atteint un minimum (l'entropie est alors maximale). Un syst&#232;me tr&#232;s instable peut voir appara&#238;tre un ordre macroscopique s'il est soumis &#224; la moindre fluctuation, alors que proche de l'&#233;quilibre, ce m&#234;me syst&#232;me adopte normalement un d&#233;sordre mol&#233;culaire caract&#233;ristique de la stabilit&#233;. Les processus de non-&#233;quilibre (qui sont irr&#233;versibles) peuvent &#234;tre des cr&#233;ateurs d'ordre. Le chimiste et philosophe belge Ilya Prigogine qualifie de structures dissipatives les structures auto-organis&#233;es issue de syst&#232;mes profond&#233;ment instables amen&#233;s al&#233;atoirement &#224; des &#233;tats stables, ces structures se caract&#233;risent notamment par la dissipation d'&#233;nergie vers l'environnement (c'est le cas des 103 b&#233;chers d'Auerbach).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc tr&#232;s difficile de pr&#233;voir le comportement de tels syst&#232;mes et c'est parce qu'un syst&#232;me est extr&#234;mement instable que l'on ne peut plus d&#233;crire exactement son &#233;volution. Pourtant, la thermodynamique non lin&#233;aire des syst&#232;mes dissipatifs fourni des outils pr&#233;cieux pour conna&#238;tre l'&#233;volution de ces syst&#232;mes : le chaos dynamique, les attracteurs &#233;tranges qui sont de dimensionalit&#233; non enti&#232;re (tel que celui de Lorenz couramment employ&#233; en m&#233;canique c&#233;leste) et les dimensions fractales (voir images fractales). L'&#233;volution d'un syst&#232;me dissipatif se divise en g&#233;n&#233;ral en deux &#034;sous-dynamiques&#034; ind&#233;pendantes dont l'une d&#233;crit l'&#233;volution asymptotique du syst&#232;me vers l'&#233;quilibre. L'entropie est une mesure du d&#233;sordre, les syst&#232;mes tr&#232;s instables sont ordonn&#233;s et atteignent le d&#233;sordre mol&#233;culaire &#224; l'&#233;quilibre thermodynamique lorsque l'entropie tend &#224; son maximum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Domaine de temp&#233;rature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tudes ont montr&#233; que la rupture spontan&#233;e de l'&#233;quilibre m&#233;tastable de la surfusion de gouttelettes d'eau pure se produit entre une temp&#233;rature limite inf&#233;rieur ( -41&#176;C) et une temp&#233;rature critique sup&#233;rieur avoisinant -14&#176;C. Ce domaine de temp&#233;ratures se retrouve pour toute surfusion, que se soit celle de l'eau ou celle de l'&#233;tain, mais bien s&#251;r pour des valeurs diff&#233;rentes. Entre la temp&#233;rature minimale de nucl&#233;ation et celle critique propre &#224; chaque type d'eau utilis&#233;e (ou d'autres corps), il existe diff&#233;rents seuils plus probables de rupture de la m&#233;tastabilit&#233;. Il appara&#238;t que des changements de structure du liquide ou des ph&#233;nom&#232;nes de pr&#233;cristallisation pr&#233;c&#232;dent la nucl&#233;ation homog&#232;ne. Ces ph&#233;nom&#232;nes dits &#034;coop&#233;ratifs&#034; par Madeleine Lere-Porte, pr&#233;c&#233;dent et pr&#233;parent le retour &#224; l'&#233;tat stable. La th&#233;orie des seuils propos&#233;e en 1952 par C. Lafargue semble &#234;tre la plus &#224; m&#234;me d'expliquer ces ph&#233;nom&#232;nes. Serait-il probable que l'on puisse passer de l'&#233;tat liquide &#224; celui solide par une s&#233;rie d'&#233;tats quantifi&#233;s ? La surfusion appara&#238;t alors comme une succession d'&#233;tats interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la surfusion intervient principalement pour un liquide de temp&#233;rature assez proche de son point de cong&#233;lation et pr&#233;f&#233;rentiellement pour un faible volume. Le faible volume explique une forte tendance &#224; la m&#233;tastabilit&#233; de part la plus faible quantit&#233; de mati&#232;re &#224; auto-organiser. Quant &#224; expliquer le faible &#233;cart entre la temp&#233;rature du syst&#232;me et le point de cong&#233;lation th&#233;orique du syst&#232;me, il semble que les mol&#233;cules d'eau soient r&#233;ticentes &#224; s'arranger en cristaux pour un si faible &#233;cart et ne daignent faire cet effort sans instabilit&#233; que pour des &#233;carts beaucoup plus grands ! La formulation est certes un peu cavali&#232;re, mais permet n&#233;anmoins de faire comprendre au n&#233;ophyte l'importance de la loi du tout ou rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi du tout ou rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons vu, le changement d'&#233;tat d'un syst&#232;me ne se fait par de mani&#232;re uniforme. Lors de la surfusion, ce syst&#232;me devient instable : il entre en m&#233;tastabilit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il h&#233;site entre deux comportements stables. Mais avant de passer &#224; un &#233;tat physique stable, on peut observer des fluctuations qui semblent relever du hasard. On a pu remarquer que les volumes les plus petits &#233;taient sujets &#224; des surfusions intenses pour lesquelles on observe des seuils plus probables d'arr&#234;t de la surfusion formant en apparence une suite discontinue. Ces seuils restes identiques quelques soient les m&#233;thodes utilis&#233;es et les exp&#233;rimentateurs (C. Lafargue en 1952, C. Boned en 1967, M. Lere-Porte en 1970). Cette th&#233;orie des seuils est &#233;galement confirm&#233;e pour d'autres liquides tels que le mercure, le bismuth, l'&#233;tain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il appara&#238;t clairement lors de l'effet Mpemba que se sont les &#233;chantillons froids qui surfusionent le plus (malgr&#233; ce que laisserait penser l'exp&#233;rience de David Auerbach). Plus un &#233;chantillon est pur, de faible volume et de temp&#233;rature d&#233;j&#224; assez proche du point de cong&#233;lation, et plus il est difficile de lui faire atteindre la phase solide. On peut alors dire que ce syst&#232;me chaotique tend &#224; r&#233;sister au passage d'un &#233;tat stable &#224; un autre et adopte alors divers &#233;tats quantifi&#233;s interm&#233;diaires (l'importance de ces r&#233;sistances est inversement proportionnelle &#224; l'amplitude entre la temp&#233;rature du syst&#232;me et son point de cong&#233;lation). Peut-on alors parler de loi du tout ou rien ? Car en effet, seuls de brusques changements de conditions du milieu semblent permettre un r&#233;el changement d'&#233;tat par les voies classiques (c'est-&#224;-dire sans &#233;tat interm&#233;diaire visible). A l'inverse, des variations de temp&#233;ratures de faibles amplitudes n'appellent pas de changement r&#233;el d'&#233;tat physique contrairement &#224; ce que pr&#233;voit la th&#233;orie (passage de 4&#176;C &#224; -10&#176;C sans cong&#233;lation de l'eau, ce qu'illustre l'effet Mpemba).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi du tout ou rien sur laquelle je m'appuie pour expliciter la surfusion, et de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale les &#233;tats quantifi&#233;s, ressemble aux premiers abords &#224; la loi du m&#234;me nom qui explique la formation du message nerveux sensitif en neurologie. C'est pour une valeur suffisamment &#233;lev&#233;e (au dessus d'un certain seuil) de l'intensit&#233; d'une stimulation, qu'il y a formation d'un potentiel d'action (qui est proprement dit l'information nerveuse) en direction des centres nerveux sensitifs. On remarque lors des exp&#233;rimentations que de faibles fluctuations de temp&#233;ratures jusqu'&#224; une valeur n&#233;gative ne provoque pas de solidification de l'eau. Une cong&#233;lation requi&#232;re une brusque chute de temp&#233;rature affectant tout l'&#233;chantillon. Peut-on envisager d'introduire les notions de sommation temporelle et de sommation spatiale, jusqu'alors le propre de la neurologie, afin de souligner l'importance des donn&#233;es de temps et de temp&#233;ratures ? Car en effet, un &#233;chantillon passe par les voies normales des processus de changement d'&#233;tats pour des changements de conditions environnementales brusques (temp&#233;rature), affectant le syst&#232;me dans son int&#233;grit&#233;. Alors que dans des conditions tr&#232;s particuli&#232;res (puret&#233; du corps utilis&#233;, petit volume, absence de barri&#232;re diathermique...), l'&#233;volution constante de la temp&#233;rature et l'absence de perturbation m&#233;canique, permettent l'entr&#233;e en m&#233;tastabilit&#233; qui compromet le bon d&#233;roulement du processus de changement d'&#233;tat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, les diverses probabilit&#233;s d'arr&#234;t de la surfusion renvoient &#224; des probabilit&#233;s d'&#233;tats quantiques car le syst&#232;me instable est soumis &#224; un processus de non &#233;quilibre qui l'auto-organise qui permet &#224; l'observateur de mesurer qualitativement l'importance de l'ordre macroscopique et donc le comportement &#034;anormal&#034; microscopique. Ce comportement dit anormal serait peut-&#234;tre, tout au contraire tout &#224; fait &#034;normal&#034; en tant qu'invisible dans les syst&#232;mes stables qui, par stabilit&#233; apparente, ne suscite pas d'interrogation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude des transitions de phase a d&#233;j&#224; inspir&#233; des membres du Centre d'&#233;tudes nucl&#233;aires de Saclay pour des mod&#232;les de pr&#233;vision financi&#232;res. Si les bourses, fluctuantes et quelquefois instables, ont un comportement analogue aux atomes d'hydrog&#232;ne de la mol&#233;cule d'eau, alors, notre nouvelle vision du ph&#233;nom&#232;ne de surfusion en tant que retard &#224; la transition de phase faisant appel &#224; des &#233;tats interm&#233;diaires, pourra elle aussi pousser les math&#233;maticiens &#224; consid&#233;rer la th&#233;orie des seuils et surtout la loi du tout ou rien (proche de la notion de point critique) pour les pr&#233;visions financi&#232;res. L'utilisation par Didier Sornette, de l'Universit&#233; de Nice, d'un mod&#232;le de pr&#233;vision gr&#226;ce &#224; une transition de type Kosterlitz-Thouless permit d&#233;j&#224; de pr&#233;voir le krach de l'automne 1997. Et de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, il appara&#238;t que la loi de l'offre et de la demande qui r&#233;git entre autre les &#233;changes boursiers fait varier les prix de mani&#232;re chaotique sans atteindre d'&#233;quilibre. L&#224; encore, les perspectives qu'offre le chaos sont encourageantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat supercritique, interm&#233;diaire entre gaz et liquide, permet d&#233;j&#224; dans l'agro-alimentaire et la phyto-industrie l'extraction de compos&#233;s (caf&#233;ine, acides, ar&#244;mes...) gr&#226;ce au dioxyde de carbone supercritique qui sert de solvant. Le CO2 est alors port&#233; &#224; 31&#176;C sous plus de 73 atmosph&#232;res. Une &#233;quipe du CEA de Pierrelatte (dans la Dr&#244;me) a mis au point une m&#233;thode de recyclage propre et &#233;conomique des huiles de vidange grace &#224; du dioxyde de carbone supercritique port&#233; &#224; la temp&#233;rature de 40&#176;C et sous la pression de 150 atmosph&#232;res. L'&#233;tude des &#233;tats interm&#233;diaires d&#233;bouche donc d&#233;j&#224; sur des applications concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de l'&#233;volution de la pollution atmosph&#233;rique doit prendre en compte un nombre important de facteurs d&#233;terminants tels que la diversit&#233; des sources d'&#233;mission localis&#233;es (usines) ou mobiles (voitures), le relief, la m&#233;t&#233;orologie du site, les r&#233;actions chimiques locales (par exemple : formation d'ozone &#224; partir de dioxyde d'azote soumis aux rayons ultra-violets du soleil), etc... Cette &#233;volution est donc chaotique de part la pr&#233;sence du hasard aux vues de tous ces param&#232;tres. Les chercheurs du Laboratoire de M&#233;canique des Fluides et Acoustique (LMFA de l'&#201;cole Centrale de Lyon) ont utilis&#233; des mod&#232;les en s&#233;rie pour l'analyse des ph&#233;nom&#232;nes &#224; des &#233;chelles diff&#233;rentes (agglom&#233;ration, quartier et rue). Actuellement, il est possible de d&#233;crire mais aussi de pr&#233;dire la mani&#232;re dont les polluants se dispersent dans l'atmosph&#232;re gr&#226;ce &#224; ces mod&#232;les. La statistique n'est donc plus de mise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;quipe Acoustique de l'&#201;cole Centrale de Lyon utilise un mod&#232;le informatique dans lequel ils ont du introduire du chaos par l'interm&#233;diaire d'un champ turbulent &#224; composante al&#233;atoire dans le calcul de la dispersion acoustique. Les r&#233;sultats ainsi obtenus sont sans pr&#233;c&#233;dents : les chercheurs ont enfin r&#233;ussi &#224; simuler les ph&#233;nom&#232;nes comme ils ont lieu dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;nie-g&#233;n&#233;tique veut d&#233;coder le g&#233;nome humain et d&#233;terminer le r&#244;le de tel ou tel g&#232;ne pour une pathologie ou un caract&#232;re donn&#233;. L'existence d'interactions entre de nombreux g&#232;nes et entre g&#232;ne-environnement induit un comportement chaotique pour la variance g&#233;n&#233;tique. La d&#233;termination des g&#232;nes pr&#233;disposant &#224; une maladie multifactorielle est extr&#234;mement p&#233;rilleuse. La dynamique non lin&#233;aire qui r&#233;git les influences g&#232;nes-environnement trouverait une solution en l'&#233;tude par le chaos de la r&#233;partition sur la macromol&#233;cule d'ADN des diff&#233;rents g&#232;nes intervenant pour l'expression de tel ou tel caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nature, de nombreux changements se r&#233;v&#232;lent &#234;tre des transitions de phase, tels que le passage entre fluide et superfluide, magn&#233;tique/non magn&#233;tique, conducteur/supraconducteur, ainsi que les bifurcations dans un liquide chauff&#233;... L'&#233;tude des instabilit&#233;s (qui sont in&#233;vitables) affectant les processus de changement d'&#233;tat permettra &#224; terme une meilleur compr&#233;hension des processus physiques, chimiques, biologiques, financiers, etc. Une meilleur appr&#233;hension de ces ph&#233;nom&#232;nes conduira in&#233;vitablement &#224; la mise au point de nouvelles techniques d'investigations pour la recherche et l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comportement macroscopique des mol&#233;cules d'eau lors de l'effet Mpemba est le reflet de leur comportement microscopique de part l'invariance d'&#233;chelle. Or le condensat de Bose-Einstein sur lequel ont travaill&#233; Eric Cornell et Carl Wieman de l'Institut pour l'astrophysique de laboratoire (JILA) de Boulder (Colorado) est, lui aussi, mesurable par des m&#233;thodes classiques (laser). A Orsay, d'autres physiciens ont obtenu un condensat d'atomes li&#233;s deux &#224; deux. Dans un proche avenir, le condensat de mol&#233;cules devrait voir le jour. Ces r&#233;sultats montrent que la fronti&#232;re quantique/classique s'effrite. (Ils pourraient d'ailleurs &#234;tres utiles pour &#233;tudier l'ordinateur quantique ?...) Ainsi on peut esp&#233;rer que dans le futur, l'homme pourra directement observer le comportement des particules, chose impossible actuellement. &lt;br class='autobr' /&gt;
H. Fenske de l'universit&#233; de Karlsruhe a pu observer le passage d'atomes de cuivre de l'&#233;chelle nanom&#233;trique &#224; celle macroscopique. Des cristaux cuivr&#233;s de chalcog&#233;nides passent brusquement d'une forme sph&#233;rique mol&#233;culaire &#224; celle d'un disque caract&#233;ristique des solides. La fronti&#232;re microscopique/macroscopique s'est donc r&#233;v&#233;l&#233;e...&lt;br class='autobr' /&gt;
Une exp&#233;rience r&#233;cente du laboratoire d'Optique appliqu&#233;e de l'ENSTA-&#201;cole Polytechnique, montre que lors de la fusion d'un mat&#233;riau due &#224; une puissante impulsion laser, observ&#233;e durant une p&#233;riode de temps inf&#233;rieure &#224; quelques picosecondes, la r&#233;flectivit&#233; du mat&#233;riau est celle d'un liquide bien avant la destruction de l'&#233;tat solide et l'apparition du d&#233;sordre atomique du &#224; l'apport thermique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo Eti&#233;vant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1305&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les sauts qualitatifs des structures de la glace</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article5375</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article5375</guid>
		<dc:date>2017-02-19T01:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Transition de phase</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les sauts qualitatifs des structures de la glace &lt;br class='autobr' /&gt;
La glace, c'est l'eau &#224; l'&#233;tat solide. Les &#233;tats solide, liquide et gazeux des diff&#233;rentes mol&#233;cules d&#233;pendent des propri&#233;t&#233;s de la mol&#233;cule et aussi de la temp&#233;rature et de la pression ext&#233;rieurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'esprit de bien des gens, le passage de l'eau liquide &#224; l'eau glace, dans un sens comme dans l'autre, est rattach&#233;e &#224; la temp&#233;rature de seuil de O&#176;C mais c'est une vision erron&#233;e. En r&#233;alit&#233;, la question du passage d'un &#233;tat &#224; un autre, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Transition de phase&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH424/-2806-fe364.jpg?1781313207' width='500' height='424' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_8091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-2807.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH440/-2807-93de0.jpg?1781313207' width='500' height='440' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les sauts qualitatifs des structures de la glace&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La glace, c'est l'eau &#224; l'&#233;tat solide. Les &#233;tats solide, liquide et gazeux des diff&#233;rentes mol&#233;cules d&#233;pendent des propri&#233;t&#233;s de la mol&#233;cule et aussi de la temp&#233;rature et de la pression ext&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'esprit de bien des gens, le passage de l'eau liquide &#224; l'eau glace, dans un sens comme dans l'autre, est rattach&#233;e &#224; la temp&#233;rature de seuil de O&#176;C mais c'est une vision erron&#233;e. En r&#233;alit&#233;, la question du passage d'un &#233;tat &#224; un autre, la transition de phase, n&#233;cessite une &#233;nergie de passage, une chaleur latente de solidification ou de fusion. C'est un saut qualitatif. Il est marqu&#233; par ce que l'on appelle une chaleur latente ou enthalpie de fusion. Cela signifie que, m&#234;me en chauffant, la temp&#233;rature n'augmentera pas, si on est &#224; une transition de phase, tant que l'&#233;nergie du saut ne sera pas fournie. &lt;a href=&#034;https://hal.archives-ouvertes.fr/jpa-00241951/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La glace poss&#232;de plusieurs propri&#233;t&#233;s &#233;tonnantes qui ont des effets d&#233;terminants pour la plan&#232;te Terre o&#249; l'eau est sous ses trois phases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, et non le moindre, est le fait que c'est le principal min&#233;ral terrestre, tr&#232;s loin devant ses suivants ! Le second, c'est que les nombreuses vari&#233;t&#233;s de structure de la glace sont quasiment inexistants ou tr&#232;s rarement dans les conditions habituelles de temp&#233;rature et de pression &#224; la surface de la Terre et qu'une seule structure est fr&#233;quente et spontan&#233;e (la structure cristalline hexagonale) en plus de la glace amorphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re situation exceptionnelle pour les solides est le fait que l'eau solide soit moins dense que l'eau liquide, ce qui fait que la glace flotte dans l'eau liquide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux remarques pr&#233;c&#233;dentes sont li&#233;es car la stabilit&#233; de la glace &#224; structure hexagonale provient du fait que cette structure lui assure une faible compacit&#233; et donc une densit&#233; faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci explique aussi une autre propri&#233;t&#233; exceptionnelle : la temp&#233;rature du point de fusion de la glace ordinaire s'abaisse avec l'augmentation de la pression (il s'agit d'une anomalie : les temp&#233;ratures de fusion croissent normalement avec la pression)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle propri&#233;t&#233; d&#233;terminante de la glace solide, de la roche d'eau, est qu'elle est absolument imperm&#233;able &#224; la p&#233;n&#233;tration de l'eau liquide. Le contact entre l'eau liquide et la glace n'est donc qu'en surface ext&#233;rieure, ce qui modifie consid&#233;rablement la possibilit&#233; d'influer sur la fonte de la glace par la pr&#233;sence de l'eau autour, tant que la glace ne fond pas d'elle-m&#234;me du fait d'un apport de chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La glace peut &lt;i&gt;&#171; donner naissance &#224; pas de moins de 15 polymorphes cristallins not&#233;s de Ic, Ih et de II &#224; XIV ainsi que 3 phases amorphes diff&#233;rentes&#8230; On notera que les polymorphes V et XII, &#233;galement d&#233;sordonn&#233;s, n'avaient pas d'&#233;quivalent ordonn&#233; jusqu'en 2006 o&#249; deux nouveaux types de glace not&#233; XIII et XIV ont pu &#234;tre pr&#233;par&#233;s par dopage &#224; l'acide chlorhydrique et refroidissement (T = 80K) sous pression (0,5 GPa pour la glace V et 1,2 GPa pour la glace XII). &#187;&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://prmarchenry.blogspot.fr/2014/05/glace.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source, Marc Henry&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions habituelles de temp&#233;rature et de pression de la surface terrestre, ces structures de la glace n'apparaissent pas mais on les trouve &#224; la surface d'autres plan&#232;tes ou de satellites de grosses plan&#232;tes, tels Europe, Ganym&#232;de ou encore Callisto dans le syst&#232;me solaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve donc sur Terre essentiellement de la glace amorphe (sans structure cristalline, qui existe sous trois forme : basse densit&#233; &#224; pression atmosph&#233;rique ou inf&#233;rieure &#224; 1 Pa, haute densit&#233; et tr&#232;s haute densit&#233;) et de la glace &#224; structure hexagonale dite Ih. Mais il existe seize autres formes de glace que les deux pr&#233;c&#233;demment cit&#233;es : les glaces Ic, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, X, XI, XII, XIII, XIV, XV, XVI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des faits remarquables de ces diverses structures est qu'elles diff&#232;rent parfois consid&#233;rablement de forme et qu'on passe pourtant de l'une &#224; l'autre de mani&#232;re brutale et sans transition&#8230; Non seulement l'apparence de la glace change mais le type de structure cristalline passe d'un type de r&#233;seau &#224; un tout autre, parcourant toutes sortes de r&#233;seaux comme l'hexagonal de la glace ordinaire, ou cubique &#224; face centr&#233;e pour Ic, ou encore orthorhombique, t&#233;tragonale, cubique, monoclinique, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des formes connues de la glace est la neige. Ce qui la caract&#233;rise est le fait d'&#234;tre form&#233;e d'une immense majorit&#233; d'air, souvent plus de 80% par rapport &#224; l'eau solide, et jusqu'&#224; 95%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la glace Ih, la structure n'impose pas un ordre fixe. &lt;i&gt;&#171; Si on fixe la position des atomes d'hydrog&#232;ne d'une mol&#233;cule d'eau (six possibilit&#233;s), il ne reste que trois possibilit&#233;s pour les voisines et ainsi de suite. Le calcul statistique complet indique qu'en moyenne, on dispose de 3/2 possibilit&#233;s pour chaque mol&#233;cule dans un r&#233;seau infini. &#187;&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://jean.brefort.free.fr/chimie/materiaux/glace-Ic.xhtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres formes de glace peuvent &#234;tre obtenues &#224; pression atmosph&#233;rique. Par exemple, si l'on projette de la vapeur d'eau sur une surface refroidie aux alentours de 77 K (soit &#8211;196&#176;Celsius), on obtient un solide qui ressemble &#224; un liquide fig&#233;. Un tel solide n'est donc pas cristallin, puisqu'il ne poss&#232;de pas d'ordre &#224; grande distance : il est dit vitreux ou amorphe. Cet amorphe est not&#233; BD pour basse densit&#233; ; en effet, nous le verrons plus loin, il existe un autre amorphe de plus haute densit&#233;. Si l'on chauffe ensuite cet amorphe BD jusqu'&#224; 150 K, on obtient &#224; nouveau un cristal, mais celui-ci est de structure cubique, not&#233;e Ic. D'autres formes de la glace peuvent &#234;tre obtenues sous hautes pressions. &lt;a href=&#034;http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/proprie/physGlace.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes dormes de la glace&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace amorphe :&lt;br class='autobr' /&gt;
Une glace amorphe est une glace sans structure cristalline. La glace amorphe existe sous trois formes : basse densit&#233; &#224; pression atmosph&#233;rique ou inf&#233;rieure, haute densit&#233; et tr&#232;s haute densit&#233; se formant &#224; plus hautes pressions. Elles sont obtenues par refroidissement ultra rapide de l'eau liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace Ih :&lt;br class='autobr' /&gt;
Glace cristalline &#224; r&#233;seau hexagonal. Pratiquement toute la glace de la biosph&#232;re est de la glace Ih, avec un petit peu de glace Ic et de glace XI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace Ic :&lt;br class='autobr' /&gt;
Forme m&#233;tastable* cubique &#224; faces centr&#233;es de la glace. Les atomes d'oxyg&#232;ne sont arrang&#233;s comme dans la structure du diamant. Elle se produit entre 130 et 220 K, et peut exister jusqu'&#224; 240 K, o&#249; elle se transforme en glace Ih. Elle peut occasionnellement &#234;tre pr&#233;sente en haute atmosph&#232;re. Densit&#233; 0,9&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace II :&lt;br class='autobr' /&gt;
Une forme orthorhombique* centr&#233;e tr&#232;s ordonn&#233;e. Produite &#224; partir de glace Ih par compression &#224; la temp&#233;rature de 190&#8211;210 K. Se transforme en glace III par chauffage. Densit&#233; env. 1,2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace III :&lt;br class='autobr' /&gt;
Une glace t&#233;tragonale produite en refroidissant de l'eau liquide &#224; 250 K comprim&#233;e &#224; 300 MPa. Densit&#233; env. 1,1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace IV :&lt;br class='autobr' /&gt;
Une phase orthorhombique m&#233;tastable. Peut &#234;tre produite en chauffant de la glace amorphe haute densit&#233; lentement &#224; la pression de 810 MPa. Ne se forme pas facilement sans germe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace V :&lt;br class='autobr' /&gt;
Phase monoclinique* &#224; base centr&#233;e. Produite en refroidissant de l'eau &#224; 253 K sous 500 MPa. Structure la plus complexe. Densit&#233; env. 1,2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace VI :&lt;br class='autobr' /&gt;
Une glace t&#233;tragonale produite en refroidissant de l'eau liquide &#224; 270 K sous 1,1 GPa. Pr&#233;sente la relaxation de Debye. Densit&#233; env. 1,3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace VII :&lt;br class='autobr' /&gt;
Phase cubique simple. Position des atomes d'hydrog&#232;ne d&#233;sordonn&#233;e. Les liaisons hydrog&#232;ne forment deux r&#233;seaux imbriqu&#233;s. Relaxation de Debye. Densit&#233; env. 1,7&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace VIII :&lt;br class='autobr' /&gt;
Une version plus ordonn&#233;e de la glace VII, o&#249; les atomes d'hydrog&#232;ne occupent des positions fixes. Produite en refroidissant de la glace VII en dessous de &#8722;5 &#176;C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace IX :&lt;br class='autobr' /&gt;
Phase t&#233;tragonale. Produite graduellement &#224; partir de glace III en la refroidissant de 208 K &#224; 165 K, stable sous 140 K et pressions entre 200 MPa et 400 MPa. Densit&#233; 1,16 g/cm3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace X :&lt;br class='autobr' /&gt;
Glace &#224; protons sym&#233;triquement ordonn&#233;s. Produite &#224; environ 70 GPa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace XI :&lt;br class='autobr' /&gt;
Forme orthorhombique &#224; basse temp&#233;rature de la glace hexagonale. Elle est ferro&#233;lectrique. La glace XI est consid&#233;r&#233;e comme la forme la plus stable de la glace Ih. La transformation naturelle est tr&#232;s lente. De la glace XI aurait &#233;t&#233; trouv&#233;e dans la glace de l'Antarctique &#226;g&#233;e de 100 &#224; 10 000 ans. Une &#233;tude assez controvers&#233;e sugg&#232;re que cette glace XI se formerait d&#232;s en dessous de &#8722;36 &#176;C, bien au-dessus de sa temp&#233;rature de fusion de -192&#176;C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace XII :&lt;br class='autobr' /&gt;
Une phase t&#233;tragonale, m&#233;tastable. Elle est observ&#233;e dans l'espace de phase des glaces V et VI. Elle peut &#234;tre produite en chauffant de la glace amorphe &#224; haute densit&#233; de 77 K &#224; 183 K sous 810 MPa. Densit&#233; env. 1,3 g/cm3 at 127 K.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace XIII :&lt;br class='autobr' /&gt;
Phase monoclinique. produite en refroidissant l'eau &#224; 130 K sous 500 MPa). Forme &#034;proton-ordonn&#233;e&#034; de la glace V.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace XIV :&lt;br class='autobr' /&gt;
Phase orthorhombique. Produite sous 118 K &#224; 1,2 GPa. Forme &#034;proton-ordonn&#233;e&#034; de la glace XII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace XV :&lt;br class='autobr' /&gt;
Forme &#034;proton-ordonn&#233;e&#034; de la glace VI produite en refroidissant l'eau entre 80 K et 108 K sous 1,1 GPa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Glace XVI :&lt;br class='autobr' /&gt;
Clathrate* obtenu artificiellement en 2014, dans le vide, en-de&#231;&#224; de 147 K. Densit&#233; 0,85.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thermodynamiquement instable dans des conditions exp&#233;rimentales, bien que l'on ait r&#233;ussi &#224; la pr&#233;server &#224; des temp&#233;ratures cryog&#233;niques. Au dessus de 145&#8211;147 K sous des pressions positives, la glace XVI se transforme en glace Ic, puis en glace ordinaire Ih. Des &#233;tudes th&#233;oriques pr&#233;voient que la glace XVI soit thermodynamiquement stable sous des pressions n&#233;gatives (c'est-&#224;-dire sous tension).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise entre deux couches de graph&#232;ne tr&#232;s proches, l'eau cristallise &#224; temp&#233;rature ambiante avec un motif carr&#233; inhabituel. &lt;a href=&#034;http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actu-graphene-et-eau-une-nouvelle-structure-de-glace-35151.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://bupdoc.udppc.asso.fr/consultation/article-bup.php?ID_fiche=11396&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3575&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les structures de la neige&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/science_en_cours/le_regel_de_la_glace_1990.131&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le regel de la glace&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://culturesciencesphysique.ens-lyon.fr/ressource/QSglaceSol.xml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi la glace se forme-t-elle d'abord en surface&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/science_en_cours/cristallisation_sous_pression.11&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La cristallisation sous hautes pressions&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/science_en_cours/l_eau_cent_qualites_1990.132&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les propri&#233;t&#233;s exceptionnelles de l'eau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/l_eau_un_liquide_ordinaire_ou_extraordinaire.1453&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Encore sur les propri&#233;t&#233;s &#233;tonnantes de l'eau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/ufe/1_2_3_planete.13388&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des corps glac&#233;s aux confins du syst&#232;me solaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=e5huXWeTOe8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Surfusion de l'eau - Changer l'eau en glace instantan&#233;ment&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://pravarini.free.fr/glace.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=jUn3FJCpqRo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chaleur latente de fusion de la glace&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3028&#034;&gt;Un monde mat&#233;riel sans cesse en transition&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1305&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Transition de phase de l'eau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article563&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'eau : un exemple de chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5178&#034;&gt;D'o&#249; vient l'eau de la Terre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'une transition de phase ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2615&#034;&gt;Ordre et d&#233;sordre de la mati&#232;re, deux r&#233;alit&#233;s compl&#232;tement et dialectiquement imbriqu&#233;es&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un monde mat&#233;riel sans cesse en transition</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article3028</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article3028</guid>
		<dc:date>2013-01-24T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Syst&#232;me dynamique</dc:subject>
		<dc:subject>Transition de phase</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La neige peut sans cesse sauter d'une forme &#224; une autre &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;sordre permanent ou agitation mol&#233;culaire (mouvement brownien) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;tats solide, liquide et gaz &lt;br class='autobr' /&gt;
solideliquidegaz Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que chacun a retenu des &#233;tats de la mati&#232;re est l'existence de trois &#233;tats : solide, liquide et gaz, mais il faut aller bien au-del&#224; de ces oppositions et on va voir que des &#233;tats, la mati&#232;re en conna&#238;t bien d'autres. Le fondement de ces divisions n'est pas compr&#233;hensible si on se contente de ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;Chapter 03 : Revolution : the great organizer - La r&#233;volution ou le grand organisateur&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot65" rel="tag"&gt;Syst&#232;me dynamique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Transition de phase&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot84" rel="tag"&gt;Auto-organisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH200/Snow_flakes-a522f-2a977.jpg?1781313207' width='500' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La neige peut sans cesse sauter d'une forme &#224; une autre&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L414xH360/01-5d13f.jpg?1781313207' width='414' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3219 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L414xH360/03-e9025.jpg?1781313207' width='414' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3218 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L414xH360/02-c5d3d.jpg?1781313207' width='414' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L414xH360/05-0d5b3.jpg?1781313207' width='414' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L414xH360/04-90c7b.jpg?1781313207' width='414' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_3213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L414xH360/06-df8ca.jpg?1781313207' width='414' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L414xH360/12-5c03a.jpg?1781313207' width='414' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L414xH360/10-574e9.jpg?1781313207' width='414' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3210 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L414xH360/11-16941.jpg?1781313207' width='414' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L414xH360/07-a8413.jpg?1781313207' width='414' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sordre permanent ou agitation mol&#233;culaire (mouvement brownien)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3239 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH263/Translational_motion-3cee4-1432e.gif?1781313207' width='300' height='263' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tats solide, liquide et gaz&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3236 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L204xH302/solide-c2d9e.gif?1781313207' width='204' height='302' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;solide&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3237 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L205xH303/liquiani-229d1.gif?1781313207' width='205' height='303' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;liquide&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3238 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L205xH302/gazani-f7b20.gif?1781313207' width='205' height='302' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;gaz&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que chacun a retenu des &#233;tats de la mati&#232;re est l'existence de trois &#233;tats : solide, liquide et gaz, mais il faut aller bien au-del&#224; de ces oppositions et on va voir que des &#233;tats, la mati&#232;re en conna&#238;t bien d'autres. Le fondement de ces divisions n'est pas compr&#233;hensible si on se contente de ces trois &#233;tats. La mani&#232;re la plus fondamentale de poser le probl&#232;me oppose d'ailleurs deux &#233;tats qui sont non seulement oppos&#233;s mais unis au sein d'un m&#234;me complexe dialectique. Ces deux l&#224; sont l'ordre et le d&#233;sordre.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, ce qui distingue les &#233;tats n'est pas la composition ni la forme des mol&#233;cules mais leurs interactions dues &#224; la concentration de la mati&#232;re. C'est la densit&#233; de mati&#232;re qui compte et engendre des propri&#233;t&#233;s et des structures. Or cette densit&#233; de mati&#232;re qui semblerait &#224; premi&#232;re vue continue et uniforme ne l'est nullement. Elle est discontinue et d&#233;pend de l'&#233;chelle de grandeur o&#249; on l'observe, ce qui change compl&#232;tement l'image que l'on a de la mati&#232;re. La meilleure preuve de cette discontinuit&#233; et inhomog&#233;n&#233;it&#233; qui cause le changement de densit&#233; suivant l'ordre de grandeur o&#249; on l'&#233;tudie est le ciel bleu. Si la densit&#233; &#233;tait continue et uniforme, ind&#233;pendante des &#233;chelles jusqu'au niveau submicroscopique, nous verrions au dessus de nos t&#234;tes un ciel noir comme le voient les cosmonautes qui se retrouvent dans l'espace loin de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changement de densit&#233; suivant les &#233;chelles suppose un m&#233;lange d'ordre et de d&#233;sordre. Ordre parce que la mati&#232;re est discontinue, atomique, mol&#233;culaire et que ces atomes et ces mol&#233;cules sont entour&#233;s par un tr&#232;s grand vide. Plus il est grand plus il y a de d&#233;sordre. Plus il est petit, plus il y a d'ordre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re est un complexe d'ordre et de d&#233;sordre. L'ordre est conservation de liaisons et de structures. Le d&#233;sordre est agitation et modification des liaisons et des structures. On n'a jamais l'un sans l'autre. Chaque structure est issue de l'agitation. Chaque ordre est issu du d&#233;sordre. C'est le d&#233;sordre mol&#233;culaire qui permet la formation la plus ordonn&#233;e : celle du cristal. Ce dernier est en effet le remplissage dans tous les &#171; trous &#187; de mol&#233;cules, remplissage r&#233;alis&#233; gr&#226;ce &#224; l'agitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre en termes d'&#233;tats est le solide cristallis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;sordre en termes d'&#233;tat est soit liquide, soit gaz, soit solide amorphe, soit plasma, ce qui est d&#233;j&#224; bien plus large que les seuls fluides (liquide ou gaz).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces divisions n'emp&#234;chent pas que l'ordre et le d&#233;sordre soient sans cesse imbriqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'autre part remarquer les changements permanents au sein d'une structure ou d'un mat&#233;riau. Ils sont indispensables y compris pour obtenir la conservation globale d'un &#233;tat, d'une transition entre deux &#233;tats ou de la stabilit&#233; d'un mat&#233;riau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ordres et les d&#233;sordres sont sans cesse interagissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ordres proviennent d'interactions qui sont elles-m&#234;mes du d&#233;sordre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classification des diff&#233;rents &#233;tats de la mati&#232;re a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e en consid&#233;rant essentiellement la densit&#233; de mati&#232;re. La raison en est que cette densit&#233; conduit &#224; une importance plus ou moins grande des interactions entre mol&#233;cules, &#224; un parcours plus ou moins &#171; libre &#187; des mol&#233;cules. On appelle donc d&#233;sordre un &#233;tat dans lequel les mol&#233;cules s'ignorent le plus mutuellement et ordre un &#233;tat dans lequel elles ne peuvent pas du tout se placer &#171; librement &#187; ou ind&#233;pendamment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux, il y a de multiples de degr&#233;s et modes d'organisation qui couplent ordre et d&#233;sordre, qui couplent m&#234;me deux ou plusieurs &#233;tats coexistant et dont l'opposition est une interaction. L'&#233;quilibre d'une surface d'eau s&#233;parant les deux phases liquide et gaz est le produit de mol&#233;cules qui s'&#233;loignent de la surface et d'autres qui y retournent, le tout dans un mouvement permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le montre l'exemple de la neige, le changement d'organisation est la base m&#234;me de toute la dynamique&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Changement_de_phase&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'un changement d'&#233;tat de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un monde mat&#233;riel sans cesse en transition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re peut se pr&#233;senter sous plusieurs &#233;tats sans que les mol&#233;cules qui la constituent ne changent. Chacun conna&#238;t les ordres mat&#233;riels qui ont pour nom solide, liquide ou gaz et on sait aussi que l'on peut passer d'un &#233;tat &#224; un autre, ce que l'on appelle une transition de phase. Il y a la phase liquide, la phase solide et la phase gazeuse et cela d&#233;pend de la temp&#233;rature, de la pression et du volume. Ces choses l&#224; sont bien connues mais elles pourraient donner une image fausse de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On imagine de la glace dans une casserole en train de bouillir : elle passe de l'&#233;tat solide &#224; l'&#233;tat liquide puis &#224; l'&#233;tat gazeux sous l'action ext&#233;rieure de la chaleur. Donc on est amen&#233;s &#224; penser que &#171; naturellement &#187; la mati&#232;re ne changerait pas d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser aussi qu'une mati&#232;re existant enti&#232;rement &#224; l'&#233;tat solide passe globalement et enti&#232;rement &#224; l'&#233;tat liquide puis gazeux. Or, en g&#233;n&#233;ral, toute mati&#232;re existe simultan&#233;ment dans plusieurs phases et des portions d'elle passent sans cesse d'un &#233;tat &#224; un autre. En somme, on doit passer d'une image statique &#224; une image dynamique. Nous devons bien s&#251;r nous rappeler que c'est la m&#234;me mol&#233;cule d'eau qui appartient &#224; ces diff&#233;rents &#233;tats et donc ce n'est pas le contenu en termes d'atomes de la mol&#233;cule qui change d'un &#233;tat &#224; l'autre mais les interactions entre mol&#233;cules. L'&#233;tat est donc un effet collectif auto-organis&#233;. L'&#233;tat est &#233;mergent. D'autre part, il faut prendre conscience que, m&#234;me s'il y a bel et bien un saut d'un &#233;tat &#224; un autre, on peut tr&#232;s bien se maintenir dans un &#233;tat alors que l'on devrait &#234;tre dans un autre. Pour l'eau, par exemple, on aura la surfusion si on a un liquide maintenu dans cet &#233;tat alors que les conditions de temp&#233;rature et de pression indiqueraient le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons donc plusieurs raisons de ne pas consid&#233;rer les &#233;tats de la mati&#232;re comme des situations enti&#232;rement s&#233;par&#233;es, distinctes : nous devons les consid&#233;rer comme des contraires dialectiques, d&#233;pendants les uns des autres, transposables les uns dans les autres, capables de coexister au sein d'un mat&#233;riau, d&#233;pendant d'une m&#234;me dynamique. Les passages d'un &#233;tat &#224; un autre sont des sauts qui ne sont pas n&#233;cessairement r&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue l'&#233;tat solide, c'est la cristallisation. Il n'y a pas seulement des mol&#233;cules plus ou moins proches les unes des autres, cognant les unes sur les autres du fait du mouvement brownien. Ces mol&#233;cules constituent alors une structure d'ensemble qui reproduit des motifs g&#233;om&#233;triques qui sont la forme la plus &#233;conomique, l'attracteur de la dynamique alors que cela n'est pas le cas pour le liquide ou le gaz. Mais l'existence de motifs g&#233;om&#233;triques particuli&#232;rement sym&#233;triques, repr&#233;sentant des minimums d'&#233;nergie et donc des attracteurs stables ou du moins durables de la structure, a une autre cons&#233;quence : le fait qu'il peut y avoir plusieurs sortes de motifs structurels sym&#233;triques. Cela d&#233;pend du type de mol&#233;cule et des motifs que cela permet de r&#233;aliser. Du coup, le solide peut avoir de multiples formes possibles et sauter d'une &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple bien connu de l'eau. Nous la connaissons bien sous ses trois formes. Il est solide sous forme de glace ou de neige. Il est liquide sous la forme que nous utilisons le plus souvent. Si on le chauffe, on voit sortir de la vapeur d'eau, sa forme gazeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la r&#233;alit&#233; n'est pas simplement ou solide ou liquide ou gaz. Par exemple, au sein d'un nuage, les trois phases coexistent. Le nuage est m&#234;me la structure globale permettant aux trois phases de coexister. Dans les mers polaires, les trois phases coexistent aussi. Il y a des glaces flottantes dans l'eau et, juste au dessus de la surface de l'eau, il y a aussi de la vapeur d'eau produite par les effets de la chaleur des rayons du soleil. Dans un &#233;tat dynamique, des groupes de mol&#233;cules sont sans cesse en train de changer d'&#233;tat. C'est le cas dans un nuage, volume de m&#233;lange de gaz, de solide et de liquide, en pleines interactions. Mais c'est le cas aussi dans une mer, interaction entre &#233;tats gazeux, liquide et solides qui est bien sans cesse en train de sauter d'un ordre &#224; un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me ainsi, cette image de l'eau est fausse car l'eau solide n'est pas la glace comme une forme unique mais sous de multiples formes avec une capacit&#233; de sauter brutalement d'une forme &#224; une autre en fonction de la temp&#233;rature, de la pression et du volume. Il y a plusieurs formes de glace et plusieurs formes de neige. Il y a aussi de la glace qui, du fait des consid&#233;rations de temp&#233;rature, de pression et de volume, devrait d&#233;j&#224; &#234;tre fondue et ne l'est pas. Il y a des m&#233;langes complexes qui ne sont pas tout &#224; fait de la glace et pas tout &#224; fait du liquide et qui ne constituent pas du tout le lien continu entre glace et liquide&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet univers des transitions de phase se caract&#233;rise par la discontinuit&#233; et on peut s'&#233;tonner de voir que l'on repr&#233;sente les discontinuit&#233;s par des mesures continues comme celles de la pression ou de la temp&#233;rature. Mais il faut savoir que ces param&#232;tres sont issus de moyennes sur des ph&#233;nom&#232;nes r&#233;els et pas de mesures directes de ph&#233;nom&#232;nes fondamentaux. Un mat&#233;riau n'a pas globalement de temp&#233;rature donn&#233;e ni de pression donn&#233;e. Et des moyennes peuvent parfaitement &#233;voluer &#224; peu pr&#232;s contin&#251;ment au plan math&#233;matique m&#234;me dans un monde o&#249; il n'y a rien de continu. Aucune continuit&#233; entre mol&#233;cules. Aucune temp&#233;rature propre &#224; une mol&#233;cule ou &#224; un petit nombre d'entre elles. Mais une moyenne de l'agitation mol&#233;culaire et des chocs sur des surfaces ce qui donne un libre parcours moyen, une temp&#233;rature et une pression. Temp&#233;rature et pression sont des &#034;param&#232;tres d'ordre&#034;. Et pourtant, cet ordre est issu du d&#233;sordre : de l'agitation et des chocs inter-mol&#233;culaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un param&#232;tre d'ordre est une quantit&#233; qui caract&#233;rise l'&#233;tat d'un syst&#232;me physique au cours d'une transition de phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la th&#233;orie de Landau des transitions de phase, la phase d&#233;sordonn&#233;e est invariante par un groupe de transformation G, tandis que la phase ordonn&#233;e est seulement invariante sous l'action d'un sous-groupe G' du groupe G. Le param&#232;tre d'ordre est une quantit&#233; invariante sous l'action du sous groupe G' mais pas du groupe G tout entier. La phase d&#233;sordonn&#233;e &#233;tant invariante sous l'action du groupe G tout entier, le param&#232;tre d'ordre doit n&#233;cessairement avoir une valeur nulle dans cette phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une transition de phase (par exemple la transition liquide-solide), cette quantit&#233; passe d'une valeur nulle dans la phase d&#233;sordonn&#233;e (ex : liquide) &#224; une valeur non nulle dans la phase dite ordonn&#233;e (ex : solide). Dans l'exemple de la transition liquide solide, la phase liquide est invariante sous l'action du groupe des isom&#233;tries de l'espace euclidien, alors que la phase solide n'est invariante que sous l'action d'un des 230 groupes d'espace. Une propri&#233;t&#233; importante des transitions avec param&#232;tre d'ordre, dans la th&#233;orie de Landau, est que comme la sym&#233;trie est soit pr&#233;sente soit absente il n'est pas possible de passer continument de la phase d&#233;sordonn&#233;e &#224; la phase ordonn&#233;e. En particulier, une ligne de transition solide-liquide ne peut pas se terminer par un point critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas d'une transition liquide-gaz, au contraire, la phase de haute temp&#233;rature (le gaz) et la phase de basse temp&#233;rature (le liquide) poss&#232;dent toutes les deux l'invariance par le groupe des isom&#233;tries. Strictement parlant, il n'existe donc pas de param&#232;tre d'ordre pour la transition liquide-gaz. Du fait de l'absence de brisure de sym&#233;trie dans la transition liquide-gaz, il est possible de passer continument de l'un de ces &#233;tats de la mati&#232;re &#224; l'autre. C'est pourquoi la ligne de transition liquide gaz se termine par un point critique. Il est possible de passer continument de l'&#233;tat liquide &#224; l'&#233;tat gazeux par un chemin thermodynamique qui contourne ce point critique. On consid&#232;re donc l'&#233;tat gazeux et l'&#233;tat liquide du point de vue de la sym&#233;trie comme un m&#234;me &#233;tat de la mati&#232;re, l'&#233;tat fluide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la transition liquide-gaz &#233;tant &#224; suffisamment basse pression une transition du premier ordre, la masse volumique du fluide varie de fa&#231;on discontinue &#224; travers le point de transition. On peut donc, math&#233;matiquement parlant, associer &#224; cette transition de phase un param&#232;tre d'ordre &#233;gal &#224; la diff&#233;rence entre la masse volumique du fluide et celle du gaz. Ce param&#232;tre d'ordre est par d&#233;finition nul dans le gaz, non-nul dans le liquide. Il est alors possible de d&#233;velopper une th&#233;orie de la transition liquide gaz qui math&#233;matiquement parlant est analogue &#224; la th&#233;orie de la transition entre l'&#233;tat ferromagn&#233;tique et l'&#233;tat paramagn&#233;tique dans un syst&#232;me uniaxe sous champ. C'est l'analogie bien connue entre le mod&#232;le du gaz sur r&#233;seau et le mod&#232;le d'Ising. Pour le syst&#232;me magn&#233;tique, l'absence de diff&#233;rence de sym&#233;trie entre la phase ferromagn&#233;tique et la phase paramagn&#233;tique vient de la pr&#233;sence d'un champ magn&#233;tique qui cr&#233;e une aimantation non-nulle dans la phase paramagn&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3223 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L337xH347/Diag_phase_glace-46e24.png?1781313207' width='337' height='347' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Diagramme de phase de la glace&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH656/transitionglace-7cc3a.jpg?1781313207' width='500' height='656' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3225 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH382/1-3-3-75256.jpg?1781313207' width='500' height='382' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Diagramme de la neige&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3230 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L219xH180/flocons_neige-98702.jpg?1781313207' width='219' height='180' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3226 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.org/IMG/jpg/diagramme-phases-eau-HP.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH440/diagramme-phases-eau-HP-55fbc.jpg?1781313207' width='500' height='440' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Diagramme de l'eau&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L253xH232/fig_16-8eee4.gif?1781313207' width='253' height='232' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Discontinuit&#233;s de la transformation&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3228 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH417/500px-Diagramme_de_phases_de_l_eau-svg-b3b47.png?1781313207' width='500' height='417' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rents &#233;tats de l'eau&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3229 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L475xH383/phaseH2O-7ef5f.gif?1781313207' width='475' height='383' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L328xH302/diag_phase_eau-0a615.gif?1781313207' width='328' height='302' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3231 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH297/300px-TransitionPhase-d6b6e.png?1781313207' width='300' height='297' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Diagramme en trois dimensions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Glace&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir les transitions de phase de l'eau solide avec les diverses phases de glace&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.wsl.ch/fe/schnee/projekte/schneemetamorphose/index_FR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Transformation de la neige&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1305&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Transition de phase de l'eau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article563&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'eau : un exemple de chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'existence de multiples formes interm&#233;diaires entre liquide et solide, la notion d'&#233;tat entra&#238;ne celle de saut entre deux &#233;tats avec &#233;change d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les facteurs ne sont donc pas seulement la temp&#233;rature et la pression. Puisque l'un des &#233;tats est cristallin, son existence d&#233;pend de l'existence de noyaux de cristallisation. En leur absence, un mat&#233;riau qui devrait cristalliser va rester liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'&#233;tat est collectif. Ce n'est pas l'&#233;tat d'une seule mol&#233;cule mais d'un grand groupe de mol&#233;cules. Cela signifie que l'&#233;tat d&#233;pend de celui des parties voisines. L&#224; o&#249; une masse de neige, par exemple, n'a pas encore fondu, un paquet de neige qui lui est coll&#233; a beaucoup moins de chance de parvenir &#224; fondre. L&#224; encore ce n'est pas une simple question de temp&#233;rature et de pression comme semble le dire la th&#233;orie thermodynamique. Il est beaucoup plus difficile et couteux en &#233;nergie de fondre une grande masse de glace qu'une petite. Cela signifie que l'on ne doit jamais oublier qu'il s'agit d'un ordre collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore plus vrai en ce qui concerne la cristallisation. Au voisinage d'une certaine cristallisation d'une structure donn&#233;e, la structure la plus favoris&#233;e est la m&#234;me structure de cristallisation sous la m&#234;me forme. Il y a un effet d'attracteur. La loi, qui semblerait dire qu'une autre forme de cristallisation est plus &#233;conomique et donc devrait &#234;tre l'attracteur de la dynamique, se retrouve prise en d&#233;faut si, dans la zone, une forme de cristallisation s'est d&#233;j&#224; form&#233;e. C'est celle-ci qui va &#234;tre en d&#233;finitive favoris&#233;e par la dynamique et consid&#233;r&#233;e comme moins d&#233;pensi&#232;re en &#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la dynamique des sauts d'&#233;tats, &#224; celle de l'&#233;mergence de multiples formes de cristallisation, aux interactions entre &#233;tats coexistant dans la transition de phase, il convient de rajouter d'autres &#233;l&#233;ments comme le polymorphisme, l'existence de plusieurs formes durables des interactions des mol&#233;cules entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les structures mol&#233;culaires, un atome peut avoir diverses positions durables (ou stables) et sauter d'une position &#224; une autre. Cette fois il s'agit d'un changement brutal d'ordre qui n'est pas seulement un ordre des interactions mais un ordre de la mol&#233;cule elle-m&#234;me. Ces sauts de position d'un atome au sein de la structure se produisent de mani&#232;re extr&#234;mement rapide (de l'ordre de la picoseconde). Cela explique qu'on les a longtemps ignor&#233;s. Sautant d'une forme &#224; une forme sym&#233;trique, la mol&#233;cule peut passer d'un &#233;tat &#224; un autre tout aussi stable, ce type de changement n'est pas couteux en &#233;nergie et permet des modifications des interactions possibles au sein d'une dynamique. L'&#233;tat des interactions &#233;lectroniques peut &#234;tre modifi&#233;, les liaisons avec d'autres atomes aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'allotropie (du grec allos autre et tropos mani&#232;re) est, en chimie, en min&#233;ralogie et en science des mat&#233;riaux, la facult&#233; de certains corps simples d'exister sous plusieurs formes cristallines ou mol&#233;culaires diff&#233;rentes. C'est l'&#233;quivalent du polymorphisme des corps compos&#233;s pour ce qui est des diff&#233;rentes formes cristallines (organisation des m&#234;mes atomes dans diff&#233;rentes vari&#233;t&#233;s cristallines), ou de l'isom&#233;rie pour ce qui est des diff&#233;rentes formes mol&#233;culaires (organisation des m&#234;mes atomes dans une autre mol&#233;cule). Par exemple, le carbone amorphe, le graphite, le diamant, la lonsdal&#233;ite, la chaoite, le fuller&#232;ne et la nanomousse sont les vari&#233;t&#233;s allotropiques du carbone au sens o&#249; ce sont diff&#233;rentes formes cristallines du corps simple correspondant &#224; l'&#233;l&#233;ment chimique carbone. Le dioxyg&#232;ne et le trioxyg&#232;ne (ou ozone) sont &#233;galement des vari&#233;t&#233;s allotropiques du corps simple correspondant &#224; l'&#233;l&#233;ment chimique oxyg&#232;ne, mais cette fois au sens o&#249; ce sont diff&#233;rentes formes mol&#233;culaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le concept d'allotropie se r&#233;f&#232;re uniquement aux diff&#233;rentes formes d'un &#233;l&#233;ment chimique au sein de la m&#234;me phase ou &#233;tat de la mati&#232;re (solide, liquide, gaz). Les changements de phase d'un &#233;l&#233;ment ne sont pas associ&#233;s, par d&#233;finition, &#224; un changement de forme allotropique (par exemple l'oxyg&#232;ne liquide et le dioxyg&#232;ne gaz ne sont pas deux formes allotropiques). Pour certains &#233;l&#233;ments chimiques, les formes allotropiques peuvent exister dans diff&#233;rentes phases ; par exemple, les deux formes allotropiques de l'oxyg&#232;ne, le dioxyg&#232;ne et l'ozone peuvent exister dans les phases solide, liquide et gazeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'allotropie a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e par le chimiste su&#233;dois J&#246;ns Jacob Berzelius.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois &#233;tats les plus classiques de la mati&#232;re sont :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	l'&#233;tat gazeux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	l'&#233;tat liquide ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	l'&#233;tat solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette classification est cependant incompl&#232;te. On peut y ajouter diff&#233;rents &#233;tats plus exotiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	l'&#233;tat m&#233;somorphe ou &#233;tat cristal liquide, un &#233;tat interm&#233;diaire entre liquide et solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	le condensat de Bose-Einstein (condensation de bosons dans le niveau de plus basse &#233;nergie), par exemple : le superfluide ou le condensat de rubidium (voir refroidissement d'atomes par laser) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	l'&#233;tat plasma (ionisation d'un gaz) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	l'&#233;tat supercritique (&#233;quilibre liquide-gaz obtenu par augmentation de la pression) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	L'existence d'un &#233;tat supersolide est controvers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve aussi un &#233;tat granulaire et divers &#233;tats du type mousse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les comportements de la mati&#232;re ne sont pas toujours uniformes au sein d'un m&#234;me &#233;tat. Ainsi existe-t-il des &#233;tats interm&#233;diaires o&#249; l'on observe un solide se comporter comme un fluide (mati&#232;re pulv&#233;rulente ou granuleuse) ou au contraire un liquide avoir certaines propri&#233;t&#233;s propres aux solides. Ces comportements peuvent &#234;tre issus de m&#233;langes plus ou moins intimes entre plusieurs phases, appel&#233;s &#233;tats polyphasiques (&#233;mulsions, ...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi rencontrer la mati&#232;re dans un &#233;tat hors &#233;quilibre thermodynamique ; les propri&#233;t&#233;s du mat&#233;riau d&#233;pendent alors du temps, car le mat&#233;riau se relaxe, sans jamais atteindre l'&#233;quilibre thermodynamique. Tout mat&#233;riau spatialement h&#233;t&#233;rog&#232;ne va rentrer dans cette d&#233;finition dans la mesure o&#249; ces h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;s spatiales vont se traduire par des contraintes internes impliquant ainsi un &#233;tat non stable thermodynamiquement. N&#233;anmoins, les temps de relaxation de tels syst&#232;mes peuvent atteindre des dur&#233;es tellement longues qu'ils sont inobservables exp&#233;rimentalement (allant jusqu'&#224; plusieurs dizaines de milliers d'ann&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces mat&#233;riaux on trouve de nombreux syst&#232;mes de la mati&#232;re molle, ni solide, ni liquide tels que les verres, les gels ou bien les p&#226;tes. Il n'est plus alors possible de parler de diagramme de phases (faisant r&#233;f&#233;rence &#224; un &#233;tat de la mati&#232;re thermodynamiquement stable), le terme employ&#233; alors &#233;tant celui de diagramme d'&#233;tat. Des diagrammes d'&#233;tat unifiant les comportements des syst&#232;mes encombr&#233;s ont &#233;t&#233; &#233;tablis pour de nombreux syst&#232;mes avec des interactions de type r&#233;pulsif (granulaire, verres avec interaction de type volume exclu&#8230;) par Liu et Nagel en 1998, ainsi que pour les syst&#232;mes avec interaction de type attractif par Trappe, Prasad, Cipelletti, Segre, et Weitz, en 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un diagramme de phase est une repr&#233;sentation graphique utilis&#233;e en thermodynamique (voir Phase), g&#233;n&#233;ralement &#224; deux ou trois dimensions, repr&#233;sentant les domaines de l'&#233;tat physique (ou phasenote 1) d'un syst&#232;me (corps pur ou m&#233;lange de corps purs), en fonction de variables, choisies pour faciliter la compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes &#233;tudi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diagrammes les plus simples concernent un corps pur avec pour variables la temp&#233;rature et la pression ; les autres variables souvent utilis&#233;es sont l'enthalpie, l'entropie, le volume massique, ainsi que la concentration en masse ou en volume d'un des corps purs constituant un m&#233;lange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le syst&#232;me &#233;tudi&#233; est un m&#233;lange de n corps purs, son &#233;tat physique est d&#233;fini par les (n-1) proportions ind&#233;pendantes de ses composants, ainsi que par la temp&#233;rature et la pression. Ainsi, un diagramme &#224; deux variables ne peut donc &#234;tre &#233;tabli qu'en fixant (n-1) variables du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un diagramme associ&#233; &#224; un &#233;quilibre qui ne permet pas de d&#233;crire un syst&#232;me dans un &#233;tat m&#233;tastable comme l'eau liquide &#224; une temp&#233;rature inf&#233;rieure &#224; 0 &#176;C sous la pression atmosph&#233;rique normale (surfusion). D&#233;but 2009, tous les diagrammes de phases des &#233;l&#233;ments simples l&#233;gers &#233;taient &#233;tablis sauf celui du bore, qui devrait &#234;tre rapidement disponible suite &#224; la synth&#232;se r&#233;ussie d'une nouvelle forme de bore dite &#171; bore gamma &#187; (partiellement ionique, mais forme la plus dure et dense du bore).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres transitions de phase&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3234 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH606/sio2-0ebfe.jpg?1781313207' width='500' height='606' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Transitions de SiO2&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3235 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L481xH366/phase_helium-3c289.jpg?1781313207' width='481' height='366' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Transitions de l'H&#233;lium&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'une transition de phase ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=auto-organisation+mati%C3%A8re+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur l'auto-organisation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2615&#034;&gt;Des structures issu&#233;es de l'auto-organisation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article571&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'&#233;mergence ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2424&#034;&gt;Sur l'&#233;mergence d'organisation de structure&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Transition_de_phase&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur les transitions de phase&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Polymorphisme_%28chimie%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur le polymorphisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1196&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La physique de l'&#233;tat granulaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quelles r&#233;volutions de la mati&#232;re ?</title>
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		<dc:date>2012-09-21T02:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Transition de phase</dc:subject>
		<dc:subject>Sciences</dc:subject>

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&lt;p&gt;QUELLES REVOLUTIONS DE LA MATIERE ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'emploi de l'expression &#171; r&#233;volution &#187; dans une &#233;tude sur la mati&#232;re n&#233;cessite d'embl&#233;e un &#233;claircissement. Ce terme n'est pas d'usage courant en sciences. Il est ordinairement employ&#233; en histoire, sociale ou politique, plut&#244;t qu'en physique, en chimie, en biologie, en th&#233;orie de l'&#233;volution ou en m&#233;decine. Une r&#233;volution renverse un r&#233;gime politique ou un syst&#232;me social. Quel ordre mat&#233;riel serait &#171; renvers&#233; &#187; dans le fonctionnement physique de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Chapter 04 : Is material a revolutionary matter ? La mati&#232;re est-elle r&#233;volutionnaire ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Transition de phase&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot245" rel="tag"&gt;Sciences&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;QUELLES REVOLUTIONS DE LA MATIERE ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'emploi de l'expression &#171; r&#233;volution &#187; dans une &#233;tude sur la mati&#232;re n&#233;cessite d'embl&#233;e un &#233;claircissement. Ce terme n'est pas d'usage courant en sciences. Il est ordinairement employ&#233; en histoire, sociale ou politique, plut&#244;t qu'en physique, en chimie, en biologie, en th&#233;orie de l'&#233;volution ou en m&#233;decine. Une r&#233;volution renverse un r&#233;gime politique ou un syst&#232;me social. Quel ordre mat&#233;riel serait &#171; renvers&#233; &#187; dans le fonctionnement physique de l'Univers ? Les &#171; lois &#187; de la science ne sont-elles pas universelles et permanentes ? Les structures de la mati&#232;re ne sont-elles pas toujours les m&#234;mes en tout lieu et &#224; toute &#233;poque ? On a bien souvent reconnu une &#233;volution de la mati&#232;re mais peut-on &#224; son propos parler de r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire n'est pas seulement humaine. Il y a une histoire de la vie. Il y a aussi une histoire de la mati&#232;re. Toutes les structures de l'univers actuel (des galaxies aux mol&#233;cules, des atomes et des particules &#224; la lumi&#232;re et &#224; l'espace-temps du vide) sont historiques, c'est-&#224;-dire qu'elles sont n&#233;es au cours d'&#233;tapes diverses de la longue course de l'univers. La mati&#232;re (inerte comme vivante) est marqu&#233;e par des &#233;v&#233;nements brutaux qui ont constitu&#233; des bouleversements, locaux ou globaux, de l'univers. Aussi bizarre que cela puisse para&#238;tre au premier abord, elles sont des produits d'une transformation qui, comme dans l'histoire des hommes et des soci&#233;t&#233;s, m&#234;le la rationalit&#233; des lois aux hasards de l'Histoire, transformation qui conna&#238;t des &#233;poques de bouleversement radical. Bien s&#251;r, on est en droit d'&#234;tre sceptique sur la validit&#233; d'un terme d&#233;di&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; humaine pour d&#233;crire un ph&#233;nom&#232;ne mat&#233;riel sur lequel ne jouent ni la conscience humaine ni la vie sociale. Tentons d'en justifier l'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde, tel que nous le connaissons (solides, liquides et gaz compos&#233;s de mol&#233;cules, atomes, protons, neutrons, &#233;lectrons, quarks, photons), n'a pas toujours exist&#233;. La mati&#232;re a connu, plusieurs fois au cours de cette longue transformation, des courtes p&#233;riodes amenant des modifications compl&#232;tes de sa forme et de son fonctionnement. La mati&#232;re et l'anti-mati&#232;re ont &#233;t&#233; constitu&#233;es &#224; partir des fluctuations d'&#233;nergie du vide. Puis mati&#232;re et antimati&#232;re se sont coupl&#233;es pour donner le rayonnement. Ensuite, le cosmos en expansion et en voie de refroidissement est brutalement devenu transparent au rayonnement. La portion minime de la mati&#232;re exc&#233;dante, qui ne s'est pas coupl&#233;e &#224; l'anti-mati&#232;re, s'est progressivement structur&#233;e et complexifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes &#233;tapes historiques des &#233;tats de l'univers que nous sommes capables actuellement de reconstituer sont (par ordre chronologique) : l'&#232;re du vide, l'&#232;re particulaire, l'&#232;re nucl&#233;aire, l'&#232;re radiative, l'&#232;re mat&#233;rielle et stellaire au sein de laquelle on peut distinguer l'&#232;re du vivant. Ces diverses &#232;res sont marqu&#233;es par quelques &#233;pisodes &#171; r&#233;volutionnaires &#187; : la s&#233;paration au sein du vide entre mati&#232;re et antimati&#232;re, le couplage des deux en photons, la lib&#233;ration de lumi&#232;re au sein de la mati&#232;re , la formation des particules de dur&#233;e de vie plus &#233;lev&#233;es (virtuelles puis r&#233;elles), des quarks, des particules, la formation des atomes couplant protons, neutrons et &#233;lectrons, la lib&#233;ration de la gravitation, la formation des &#233;toiles et groupes d'&#233;toiles, la formation des mol&#233;cules et des macromol&#233;cules et de la vie. La notion de r&#233;volution est aussi indispensable &#224; la compr&#233;hension &#224; la formation de la mati&#232;re et de la lumi&#232;re qu'&#224; la formation de la vie, &#224; l'apparition d'&#234;tres vivants ayant des nouveaux plans d'organisation, ou encore &#224; la formation du cerveau humain et de la conscience. Toutes ces &#233;tapes repr&#233;sentent des changements radicaux dont la survenue brutale &#233;tait impr&#233;dictible, les &#233;l&#233;ments du stade nouveau n'&#233;tant pas inclus ni pr&#233;par&#233;s d'avance dans l'ancien. Chaque &#233;tape a profond&#233;ment boulevers&#233; le mode de fonctionnement de l'univers et ses r&#232;gles. La nouvelle structure ob&#233;it &#224; de nouvelles lois. On parlera l&#224; d'&#233;mergence de structure plut&#244;t que d'&#233;volution continue et progressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces transformations de la mati&#232;re ont &#233;t&#233; constitu&#233;es d'&#233;volutions graduelles quantitatives (comme un mouvement d'expansion, une baisse de la temp&#233;rature ou de la concentration de l'&#233;nergie) suivies de sauts qualitatifs, de r&#233;volutions. Toutes les &#233;chelles de l'ordre hi&#233;rarchique mat&#233;riel (du quark au groupe d'amas de galaxies) ont &#233;t&#233; constitu&#233;es successivement lors de transformations brutales qu'en physique on appelle des transitions de phase . Cette notion recouvre en fait la m&#234;me id&#233;e que celle de r&#233;volution. Les transitions de phase sont des ph&#233;nom&#232;nes courants au sein de la mati&#232;re qui ont lieu en permanence et pas seulement lors de ces grands &#233;pisodes de l' histoire du cosmos. Les plus simples et les plus connues sont le passage du solide au liquide et au gaz, en passant des seuils de temp&#233;ratures. On sait maintenant que l'&#233;toile enclenche son processus d'explosions nucl&#233;aires de fusion au sein d'une masse de mati&#232;re atteignant certains seuils. Par exemple, il faut atteindre la temp&#233;rature seuil de 12 millions de degr&#233;s pour que commencent les explosions nucl&#233;aires dans lesquelles deux noyaux d'hydrog&#232;ne fusionnent en un noyau d'h&#233;lium en lib&#233;rant de l'&#233;nergie. De fa&#231;on brutale, dans ce qui n'&#233;tait encore qu'une grosse plan&#232;te gazeuse, une nouvelle sorte de fonctionnement se met en route. L'histoire de l'&#233;toile conna&#238;tra des &#233;tapes brutales, &#224; certains seuils de sa transformation, dont certaines peuvent avoir des effets violents (supernovae par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai de l'&#233;toile l'est de toutes les &#233;chelles de la mati&#232;re. Les mol&#233;cules, les atomes, les particules sont produites et d&#233;truites en atteignant une limite. La mati&#232;re et la lumi&#232;re, eux-m&#234;mes ne sont n&#233;s qu'en atteignant un seuil d&#233;fini par les constantes de Planck. Ils n'existent que par multiples entiers d'un nombre entier de constante d'action de Planck. En dessous d'un quantum de Planck, on a affaire &#224; une autre monde, improprement appel&#233; virtuel, et qui est probablement &#224; la base de ce que l'on appelle la &#171; mati&#232;re noire &#187;, des particules et des photons de dur&#233;e de vie inf&#233;rieure. Ce sont nos calculs gravitationnels sur les grandes structures de l'univers qui nous indiquent la n&#233;cessit&#233; de l'existence d'une grande masse de mati&#232;re jusque l&#224; inconnue. Comme nous le verrons dans le paragraphe &#171; mati&#232;re et vide &#187;, c'est l'&#233;tude de la physique quantique qui nous am&#232;ne &#224; concevoir ce qu'est cet univers infra-Planck d&#233;voil&#233; notamment par le physicien Richard Feynman dans &#171; Lumi&#232;re et mati&#232;re &#187; et dont l'existence r&#233;elle a &#233;t&#233; soulign&#233;e par le physicien Jean-Marc L&#233;vy-Leblond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution dans une structure (qu'il s'agisse d'une structure de la m&#233;t&#233;o terrestre, une structure des interactions mati&#232;re-mati&#232;re ou mati&#232;re-lumi&#232;re ou d'un autre domaine) suppose un seuil &#224; partir duquel les conditions d'existence de l'ordre pr&#233;c&#233;dent sont d&#233;stabilis&#233;es. A un certain stade une toute petite action entra&#238;ne une grande transformation. C'est l'&#233;quivalent, en physique, du &#171; r&#244;le de l'individu dans l'histoire &#187;, en histoire des soci&#233;t&#233;s. Cela provient du caract&#232;re de la dynamique interne permanente que l'on constate dans la mati&#232;re &#224; toutes les &#233;chelles, m&#234;me pour les particules durables (&#233;lectron, proton, &#8230;) qu'on croyait &#233;l&#233;mentaires et stables. Cette agitation de la mati&#232;re, lorsqu'elle parvient &#224; des seuils, m&#232;ne &#224; la destruction de la structure. A chaque niveau et pour chaque structure, il y a des effets de seuil. Par exemple, &#224; douze millions de degr&#233;s, une masse de mati&#232;re en contraction enclenche la formation d'une &#233;toile (un soleil), les explosions nucl&#233;aires commen&#231;ant au centre. Atteignant la limite de cent fois la masse solaire, un soleil explose donnant un amas d'&#233;toiles, etc... A un certain seuil du choc &#233;nerg&#233;tique, l'&#233;lectron dispara&#238;t lorsqu'il s'unit &#224; un positron (son anti-mati&#232;re) pour donner un ou plusieurs photons (grains de lumi&#232;re). Le d&#233;sordre interne, s'il atteint un certain niveau, fait exploser la structure. L'action d'&#233;l&#233;ments extr&#234;mement petits entra&#238;ne des &#233;volutions consid&#233;rables. Ainsi, ce sont les explosions des tout petits noyaux atomiques qui permettent la dynamique de l'&#233;toile dont le maintien de la structure est un &#233;quilibre instable et dynamique entre gravitation de masses &#233;normes de mati&#232;re et rayonnement d&#251; aux explosions nucl&#233;aires qui font fusionner des noyaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence d'un seuil au del&#224; duquel on trouve un autre monde dans lequel nos &#171; objets &#187; et nos lois n'ont plus cours &#233;tonne toujours. Est-il possible que notre monde soit connect&#233; &#224; des mondes diff&#233;rents &#224; d'autres &#233;chelles de la mati&#232;re (&#233;chelles du temps, de la temp&#233;rature ou de la pression par exemple) ? On a &#233;t&#233; surpris lorsqu'on a d&#233;couvert que les &#233;toiles ne fonctionnaient pas en br&#251;lant un carburant classique comme du gaz mais une mati&#232;re tellement concentr&#233;e qu'elle pouvait, arriv&#233;e &#224; un seuil, passer un cap o&#249; elle subissait de nouvelles lois dans lesquelles les noyaux atomiques apparemment stables pouvaient fusionner en construisant des noyaux plus lourds et en lib&#233;rant du rayonnement. Nous avons &#233;t&#233; &#233;galement surpris lorsque nous avons constat&#233;, avec la physique quantique, qu'il y avait un monde tr&#232;s diff&#233;rent du n&#244;tre (dit macroscopique) &#224; l'&#233;chelle des particules (microscopique). Nous avons encore &#233;t&#233; surpris lorsque l'on a constat&#233;, avec les diagrammes de Feynman, l'existence d'un monde dit virtuel, &#224; une &#233;chelle encore inf&#233;rieure (en dessous des constantes de Planck). A chaque fois que ce nouveau monde a &#233;t&#233; d&#233;couvert, les scientifiques ont &#233;t&#233; inquiets, r&#233;serv&#233;s et prudents. Ils ont parl&#233; d'artifice de calcul et n'ont pas admis d'embl&#233;e la r&#233;alit&#233; de ce monde nouveau. Planck traitait lui-m&#234;me ses quanta de technique de calcul comme l'a fait Feynman avec ses particules et photons &#171; virtuels &#187;. A chaque fois que l'on passe d'une &#233;chelle &#224; une autre, on saute &#224; nouveau le pas r&#233;alis&#233; par cette r&#233;volution qui a donn&#233; naissance &#224; cette nouvelle &#233;chelle de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature proc&#232;de par bonds. En changeant de temp&#233;rature ou de pression, un gaz devient un liquide puis un solide. Il n'y a aucune progressivit&#233;, aucune continuit&#233; ni lin&#233;arit&#233; dans cette &#233;volution de la forme d'organisation des mol&#233;cules. Ce n'est pas une &#233;volution de structure mais une r&#233;volution. Ce type de modification brutale de structure existe pour toutes les formes de la mati&#232;re et &#224; toutes les &#233;chelles. Examinons la fusion qui donne les diff&#233;rents atomes, des plus l&#233;gers comme l'hydrog&#232;ne ou l'h&#233;lium aux plus lourds comme les atomes radioactifs. Chaque augmentation d'un unit&#233; du nombre de nucl&#233;ons (protons et neutrons) dans le noyau de l'atome est un saut qualitatif, acquis gr&#226;ce &#224; un choc &#233;nerg&#233;tique. Chacun de ces noyaux atomiques a &#233;t&#233; construit par l'histoire des &#233;toiles et des galaxies, par les explosions nucl&#233;aires et les explosions d'&#233;toiles. De m&#234;me, en sens inverse, ce sont des chocs qui peuvent d&#233;truire un noyau atomique pour produire des noyaux atomiques plus petits. Cela peut se produire spontan&#233;ment si les noyaux sont des structures instables. La radioactivit&#233; casse la structure lourde en atomes plus l&#233;gers. C'est une transformation brutale qui caract&#233;rise toutes les transformation de structure, des plus grandes aux plus petites, de la supernovae qui explose &#224; la particule. Le simple saut quantique de l'&#233;lectron d'un &#233;tat dans un autre n'est pas moins brutal (absorption ou &#233;mission brutale et impr&#233;visible d'un photon). Prenons un autre exemple, &#224; une tout autre &#233;chelle : celle de la terre. Le passage d'une phase de r&#233;chauffement &#224; une phase de glaciation est tr&#232;s court au regard des p&#233;riodes stables qui le pr&#233;c&#233;dent et qui le suivent. C'est un changement brutal. Aussi brutal que la dur&#233;e de passage d'un liquide &#224; un gaz : l'&#233;bullition. C'est fait presque instantan&#233;, imperceptible par rapport aux &#233;chelle de la dynamique dans laquelle il se produit : un &#233;v&#233;nement de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature proc&#232;de tellement pas bonds que les transformations qui nous semblent continues sont des combinaisons de multiples transformations par bonds. Un domaine o&#249; la d&#233;couverte de ces r&#233;volutions de la mati&#232;re a produit un choc intellectuel brutal est certainement celui de l'&#233;tude des particules dites &#233;l&#233;mentaires de la mati&#232;re : la physique quantique. La physique quantique a montr&#233; que le mouvement comme le changement mat&#233;riel ne peuvent provenir que par le gain ou la perte d'un nombre entier d'une quantit&#233; &#233;l&#233;mentaire. L'expression &#171; saut quantique &#187; en dit long sur le fait que cette physique a donn&#233; le coup de gr&#226;ce &#224; la notion de continuit&#233; et de progressivit&#233; dans une transformation et dans un mouvement physiques. L'id&#233;e fondamentale de la physique quantique est que toutes les quantit&#233;s d&#233;crivant des actions doivent augmenter ou diminuer d'un nombre entier d'unit&#233;s appel&#233;es des &#171; quanta de Planck &#187;. C'&#233;tait si incroyable que Planck et Einstein ont eu un mal consid&#233;rable &#224; s'y r&#233;soudre et qu'Einstein n'a jamais tout &#224; fait r&#233;ussi &#224; admettre le changement complet de conception de la r&#233;alit&#233; que cela impliquait. Que tout mouvement et tout changement d'&#233;tat est une somme d'un nombre entier de sauts (gains ou pertes) d'une quantit&#233; de base, un quantum, cela peut sembler assez simple et assez peu novateur et pourtant c'est un changement consid&#233;rable. Et surtout, c'est la fin de l'ancienne notion d'objet. En effet, comment concevoir un objet qui tournerait autour de plusieurs axes et par &#224; coups d'un nombre entier de fractions de tours ? Avec la physique quantique, la discontinuit&#233; est devenue une propri&#233;t&#233; fondamentale de la mati&#232;re. Cette r&#233;volution des quanta touche non seulement la mati&#232;re mais aussi la lumi&#232;re, les anciennes ondes &#233;lectromagn&#233;tiques, donc tout ce qui constitue le rayonnement, qui se r&#233;v&#232;le lui-m&#234;me constitu&#233; de nombres entiers de quanta. C'est le physicien De Broglie qui devait montrer que le caract&#232;re contradictoire de la mati&#232;re concernait le rayonnement. Ce qui apparaissait sp&#233;cifiquement continu, les ondes, est en fait aussi discontinu. Toute quantit&#233; qui semble &#233;voluer contin&#251;ment doit &#234;tre produite par des sauts discontinus de la quantit&#233; d'action par augmentation ou diminution d'un nombre entier de la m&#234;me quantit&#233; d'action que pour les particules mat&#233;rielles. Cela a augment&#233; l'image unifi&#233;e de la mati&#232;re et de la lumi&#232;re mais cette image s'est trouv&#233;e compl&#232;tement boulevers&#233;e ,. L'univers n'est pas le mouvement d'objets fixes. Ces &#171; objets &#187; qu'on disait &#233;l&#233;mentaires et en mouvement ne sont eux-m&#234;mes que du mouvement. Et tout mouvement est une rupture, un saut !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de r&#233;volution comporte des ruptures (discontinuit&#233;s) &#224; plusieurs niveaux : temporel, structurel et fonctionnel. Premi&#232;rement, l'&#233;chelle de temps change brutalement. Dans la notion de r&#233;volution, l'&#233;v&#233;nement fondateur du nouvel ordre est &#224; une toute autre &#233;chelle (notamment de temps), bien plus courte, que le fonctionnement pr&#233;c&#233;dent. L'histoire, rappelait le pal&#233;ontologue Stephen Jay Gould (adversaire d&#233;clar&#233; du progressisme en sciences) d&#233;crivant la transformation des esp&#232;ces vivantes est, comme la guerre, une succession de longues p&#233;riodes d'ennui et de courtes p&#233;riodes d'effroi. Par exemple, la supernovae est l'implosion de l'&#233;toile sur elle-m&#234;me en un temps extr&#234;mement court relativement aux &#233;tapes relativement tranquilles (si on peut dire !) de l'&#233;volution pr&#233;c&#233;dente de l'&#233;toile. Deuxi&#232;mement, il y a rupture de causalit&#233; apparente. La r&#233;volution est toujours une apparition inattendue. La nouveaut&#233; surgit brutalement et &#233;tonne. Dans toute r&#233;volution, il semble que les &#233;v&#233;nements n'ont pas suivi un cours logique, ob&#233;issant &#224; une causalit&#233; car la succession de faits est non-lin&#233;aire. Une nouvelle structure est b&#226;tie, elle-m&#234;me provisoire. Au niveau du fonctionnement, il y a aussi une discontinuit&#233; de la nouvelle structure et de son fonctionnement par rapport &#224; l'ancienne. Ces trois discontinuit&#233;s caract&#233;risent toutes les v&#233;ritables r&#233;volutions, y compris celles qui concernent l'histoire sociale des hommes. Les conditions de la r&#233;volution ob&#233;issent &#233;galement aux m&#234;mes r&#232;gles. La r&#233;volution suppose que le fonctionnement de l'ordre reposait sur des contradictions internes. Cela signifie que l'ordre n'&#233;tait pas fig&#233; ni &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution est une expression particuli&#232;rement indiqu&#233;e s'agissant du mode dynamique de conservation/transformation de la mati&#232;re. Les structures (de la mati&#232;re inerte comme vivante) reproduisent leur mode d'organisation au travers de mouvements et de changements permanents. La conservation des constantes physiques ressemble plut&#244;t &#224; la constance de la temp&#233;rature d'un gaz, fond&#233;e sur l'agitation au hasard des mol&#233;cules. La forme change sans cesse et la conservation globale de la structure, d&#233;coulant des lois de transformation, n'est jamais d&#233;finitive. Et surtout cela ouvre la possibilit&#233; de structures enti&#232;rement nouvelles et impr&#233;dictibles car &#171; l'histoire n'est pas &#233;crite d'avance &#187;. La structure n'est globalement durable que par une reproduction fond&#233;e sur l'agitation interne et sur des &#233;changes permanents avec le milieu. On peut en donner une image en consid&#233;rant la durabilit&#233; de la structure d'un nuage. Il est en globalement &#233;quilibre du fait de la dynamique des masses d'air montantes et descendantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re est constitu&#233;e de structures caract&#233;ris&#233;es par des lois de conservation et des constantes (charge, masse, taille, &#8230;). On a longtemps cru qu'il s'agissait d'objets fixes, que l'on appelait les atomes. Ces particules dites &#233;l&#233;mentaires, auraient &#233;t&#233; comme de toutes petites pierres qui auraient b&#226;ti la mati&#232;re &#224; grande &#233;chelle. Mais, loin de trouver &#224; l'&#233;chelon microscopique des bases solides pour une mati&#232;re dure, fixe et stable, on y a trouv&#233; des &#233;l&#233;ments petits mais inassimilables &#224; des objets tels qu'on les concevait (des ondes ou des corpuscules). La physique quantique qui les a &#233;tudi&#233; a &#233;t&#233; oblig&#233;e d'admettre qu'ils n'avaient ni rigidit&#233;, ni fixit&#233;, ni s&#233;parabilit&#233;. Pire m&#234;me, il appara&#238;t que s'il existait une seule structure fixe, rigide et stable, elle d&#233;truirait par r&#233;action toutes les autre structures de l'univers !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les constantes naturelles apparaissent encore &#224; beaucoup de scientifiques et de penseurs comme les bases d'un &#171; ordre naturel &#187;. Loin de leur pr&#233;occupation de consid&#233;rer que ces constantes puissent &#234;tre r&#233;alis&#233;es par des processus et non pr&#233;&#233;tablies dans la nature. Tout le monde conna&#238;t la fameuse &#171; vitesse de la lumi&#232;re &#187; c, d'environ 300.000 km par seconde. Elle appara&#238;t comme une des &#171; constantes &#187; les plus fondamentales de la mati&#232;re. Tout se passe en effet comme si la mati&#232;re se d&#233;pla&#231;ait en ligne droite en parcourant en un temps t la distance fixe c x t. Tout se passait comme si jusqu'&#224; ce que les physiciens &#233;tudient de fa&#231;on plus fine la lumi&#232;re. Ainsi, le physicien Feynman a montr&#233; que la ligne droite n'&#233;tait qu'une probabilit&#233; moyenne obtenue par une infinit&#233; de parcours possibles autour de cette zone droite et que la vitesse de la lumi&#232;re pouvait &#234;tre d&#233;pass&#233;e sur de petites distances par un petit nombre de photons lumineux (lire &#171; Lumi&#232;re et mati&#232;re &#187; de Feynman). Non seulement la vitesse n'est pas constante, non seulement elle peut &#234;tre d&#233;pass&#233;e mais elle n'est pas d&#233;finie par avance. Elle est le produit du processus naturel &#224; chaque instant et dans chaque lieu. Il n'existe pas dans la nature de vitesse constante de la lumi&#232;re inscrite dans le marbre, elle est le produit d'un processus de changement permanent avec de nombreuses interactions au hasard dont cette &#171; constante &#187; n'est que la r&#233;sultante. C'est un changement fondamental d'approche scientifique. Le mouvement n'est pas quelque chose tir&#233; de la fixit&#233;. Il s'en distingue fondamentalement. Il ne fonctionne pas de la m&#234;me mani&#232;re. Dans la nature rien n'est fixe, rien ne peut &#234;tre &#233;tudi&#233; dans l'immobilit&#233; et en l'absence d'interaction. Sans interaction avec le vide au tour ou avec la mati&#232;re autour, un photon lumineux ne peut d&#233;finir ni sa trajectoire ni sa vitesse. Le changement e non la fixit&#233; est &#224; la base de la construction des lois, y compris des constantes. Et elles sont sans cesse reconstruites par la r&#233;alit&#233; et non &#233;tablies par avance. La nature est dynamique et non statique. Elle ne peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e avec des images statiques comme la vitesse constante ou l'&#233;lectron &#233;gal &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les structures mat&#233;rielles ne sont jamais identiques. La structure n'existe de fa&#231;on plus ou moins durable que gr&#226;ce &#224; la dynamique des transformations internes. Le plus durable, le proton, doit sa relative solidit&#233; &#224; des &#233;changes permanents d'&#233;nergies entre ses composants, les quarks. Cette dynamique interne minimise tellement l'&#233;nergie des couplages entre quarks que ceux-ci ne peuvent se s&#233;parer. Les structures mat&#233;rielles ne cessent d'&#233;mettre et d'absorber des grains de rayonnement de fa&#231;on d&#233;sordonn&#233;e et impr&#233;dictible. Elles ne cessent d'interagir avec le milieu (vide et autres particules). Aucune structure de la mati&#232;re n'existe ind&#233;pendamment du milieu. Sans &#233;nergie &#233;chang&#233;e avec le milieu aucune particule n'est durable. La mati&#232;re n'est pas form&#233;e d'entit&#233;s existant de fa&#231;on ind&#233;pendantes. C'est une structure globale du monde et elle n'est pas caract&#233;ris&#233;e par la fixit&#233; ni par l'immobilit&#233; interne. Comment une particule qui re&#231;oit et &#233;met sans cesse du rayonnement (photons) peut-elle se conserver et maintenir ses constantes sur une dur&#233;e importante ? La raison en est qu'elle perd et qu'elle gagne exactement les niveaux d'&#233;nergie correspondants aux divers &#233;tats possibles de la particule. Elle saute donc d'un &#233;tat &#224; l'autre &#224; chaque &#233;mission ou r&#233;ception de photons. La stabilit&#233; globale de la structure est fondamentalement li&#233;e &#224; la transformation reposant sur des sauts d'un &#233;tat &#224; l'autre. La durabilit&#233; est fond&#233;e sur la dynamique de transformation interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution n'est pas une simple destruction d'un ordre mais la construction d'un nouvel ordre ce qui suppose un processus qui relie l'agitation et la structuration. C'est ce que l'on appelle l'auto-organisation de la mati&#232;re. La destruction rapide d'une structure provoque l'apparition d'une nouvelle structure dot&#233;e de nouvelles lois. Le processus (ou, pour l'histoire des soci&#233;t&#233;s humaines, la classe sociale) qui d&#233;truit l'ancien ordre est porteur du nouvel ordre sans pour autant que la suite des &#233;v&#233;nements qui r&#233;git le changement soit pr&#233;dictible ni que le nouvel ordre ne soit que la suite d'un &#233;l&#233;ment d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233; de l'ancien ordre. Les causes de la r&#233;volution sont les contradictions internes du syst&#232;me. Cela signifie que les r&#232;gles qui fondaient la conservation de la structure ont servi &#224; sa destruction ou &#224; sa transformation. Quelles sont ces contradictions internes de la mati&#232;re ? Au sein du vide, on assiste en permanence &#224; la mat&#233;rialisation/d&#233;mat&#233;rialisation encore appel&#233;e polarisation. La particule voit sans cesse sa limite d&#233;truite et reconstruite &#224; la fronti&#232;re du vide par interaction avec le processus de polarisation du vide. Les &#233;lectrons sont sans cesse arrach&#233;s ou attir&#233;s par la structure atomique. Les mol&#233;cules s'attachent et se d&#233;tachent &#224; grande vitesse au sein de la biologie du vivant. Le processus de la vie au sein de la cellule est fond&#233; sur un combat permanent entre g&#232;nes et prot&#233;ines de la vie et de la mort. Le message c&#233;r&#233;bral sert sans cesse &#224; structurer des r&#233;seaux neuronaux puis &#224; les d&#233;structurer. Le cerveau est sans cesse coordonn&#233; puis sans cesse d&#233;sordonn&#233; par ce que l'on appelle une &#171; r&#233;initialisation &#187;. Dans chaque cas, les processus de structuration de la mati&#232;re sont coupl&#233;s avec des processus de d&#233;structuration et les deux sont ins&#233;parables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re est fond&#233;e sur un ordre b&#226;ti sur le d&#233;sordre. Ceux qui se souviennent de leur cours de physique, risquent d'&#234;tre choqu&#233;s qu'on pr&#233;tende ici que proton et &#233;lectron, qu'on leur a d&#233;crit comme stables, sont soumis &#224; une agitation permanente. C'est en effet parce que cette durabilit&#233; de la structure provient de sauts continuels entre divers &#233;tats de la particule. En effet, on constate que toutes les particules poss&#232;dent plusieurs &#233;tats possibles et passent sans cesse d'un &#233;tat &#224; un autre par des sauts. Par exemple, les particules que l'on va appeler de spin un ont trois &#233;tats possibles et vont sans cesse sauter de l'un &#224; l'autre. Ces sauts sont brutaux et impr&#233;dictibles. Il n'est possible que de trouver une certaine probabilit&#233; qu'une particule dans un certain &#233;tat passe dans un autre &#233;tat. Cette probabilit&#233; calculable montre qu'il y a bien une loi, mais l'impossibilit&#233; de pr&#233;dire exactement la suite de l'&#233;volution montre que la structure est fond&#233;e sur une agitation. On conna&#238;t ce type de situation probabiliste avec les lois d'un gaz de mol&#233;cules car les lois y sont fond&#233;es sur une agitation mol&#233;culaire ou mouvement brownien. Entre les divers &#233;tats de la particule, il n'y a aucune &#233;tape interm&#233;diaire entre ces &#233;tats discrets, c'est-&#224;-dire discontinus, de la particule. La fameuse stabilit&#233; particulaire est un ordre global fond&#233; sur une dynamique qui fait passer l'&#233;tat interne (par des ruptures) d'un &#233;tat &#224; un autre. C'est vrai pour toutes les particules. Toutes ont plusieurs &#233;tats possibles et sautent d'un &#233;tat &#224; un autre. M&#234;me inerte, la mati&#232;re est sujette &#224; une agitation interne permanente. Or ces &#233;tats de la particule ne sont pas seulement discrets mais connect&#233;s avec le milieu. Ainsi, l'&#233;lectron met en commun des &#233;tats d'&#233;nergie avec des particules qui lui sont corr&#233;l&#233;es. Il est &#233;galement en relation permanente avec le milieu (vide).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude des particules a r&#233;v&#233;l&#233; non leur simplicit&#233; mais l'existence interne d'un monde nouveau tout aussi complexe. M&#234;me le &#171; simple &#187; &#233;lectron n'a pas de fronti&#232;re fixe, palpable. Il a plusieurs sortes de dimensions suivant les exp&#233;riences auquel on le soumet . Sa limite n'est pas fig&#233;e. Sa position n'est pas d&#233;finie &#224; la mani&#232;re de celle d'une petite pierre . La physique quantique a d&#233;montr&#233; qu'on ne peut en m&#234;me temps pr&#233;ciser sa position et sa vitesse. Ce n'est pas nos instruments de mesure qui sont en d&#233;faut. Il s'agit d'une propri&#233;t&#233; fondamentale de la structure elle-m&#234;me. L'&#233;lectron, pas plus qu'aucune particule de mati&#232;re, n'est un objet comme une pierre. C'est un processus dynamique capable de se maintenir globalement &#233;gal &#224; lui-m&#234;me pendant un certain temps (d&#233;passant le temps dit de Planck). Sa fronti&#232;re est d&#233;finie de mani&#232;re dynamique par un &#171; &#233;crantage &#187;, encore appel&#233; nuage de polarisation, d&#251; aux interactions et aux agitations de quanta (grains) dits virtuelles (du m&#234;me type que les particules mat&#233;rielles et les photons lumineux mais dont le temps de vie plus court que le temps de Planck).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la vie, les d&#233;buts de la g&#233;n&#233;tique ont &#233;t&#233; marqu&#233;s par les m&#234;mes conceptions fixistes. On croyait qu'un ADN &#233;tait une mol&#233;cule fig&#233;e, se reproduisant &#224; l'identique et ne permettant la production que d'une seule esp&#232;ce . De m&#234;me que l'on imaginait un g&#232;ne comme attach&#233; &#224; une seule esp&#232;ce. L'une des premi&#232;res &#224; rompre le dogme de la fixit&#233; du capital g&#233;n&#233;tique est Barbara Mac Clintock avec ses &#171; g&#232;nes sauteurs &#187;. Elle s'&#233;tait en effet aper&#231;u que des morceaux entiers de l'ADN pouvaient migrer au sein de la macromol&#233;cule. Beaucoup plus tard sont tomb&#233;s les dogmes un g&#232;ne/une mol&#233;cule, un g&#232;ne d'une esp&#232;ce/une prot&#233;ine de cette esp&#232;ce ou un ADN/une esp&#232;ce. Un ADN peut tout &#224; fait produire des prot&#233;ines qui ne conviennent pas &#224; l'esp&#232;ce. Et des mol&#233;cules d'une ou des g&#232;nes d'une autre esp&#232;ce peuvent parfaitement fonctionner sur une autre esp&#232;ce. Au final, on s'est aper&#231;u que tout n'est pas dit dans les commandes de l'ADN. Les prot&#233;ines jouent un r&#244;le actif. Elles servent notamment &#224; surveiller que l'ADN ne produit pas des mol&#233;cules &#233;trang&#232;res. Mais les prot&#233;ines peuvent interagir avec l'ext&#233;rieur. En somme le milieu peut interagir avec le fonctionnement g&#233;n&#233;tique. Il en ressort une image de la vie tr&#232;s diff&#233;rente dans laquelle l'ordre est issu du d&#233;sordre, de l'interactions entre mol&#233;cules et les liaisons, r&#233;alis&#233;es au hasard. L'image qui ressort des derniers d&#233;veloppements scientifiques sur le vivant est aussi une vision bien plus active que celle d'un capital g&#233;n&#233;tique fig&#233;, enti&#232;rement d&#233;fini par le contenu des g&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui change, d'une esp&#232;ce &#224; l'autre, ce n'est pas seulement l'existence de telle ou telle constituant qui forme le g&#232;ne, c'est l'activation ou l'inhibition des g&#232;nes. C'est l'ordre de leurs interventions et leurs interactions plut&#244;t que le seul contenu biochimique de l'ADN. La g&#233;n&#233;tique est caract&#233;ris&#233;e par une organisation des r&#233;actions en cha&#238;ne, une dynamique des interactions prot&#233;ines/ADN. Chaque esp&#232;ce est li&#233;e &#224; un encha&#238;nement particulier, un esp&#232;ce de cycle des interactions des g&#232;nes. La structure qui r&#233;gule l'ordre des interactions peut changer brutalement. Lorsqu'il s'agit de changement touchant des g&#232;nes dits hom&#233;otiques, cela m&#232;ne au changement d'esp&#232;ce. Certains de ces g&#232;nes pilotent les plans d'organisation et la modification de leur ordre d'intervention permet de comprendre des modifications consid&#233;rables du d&#233;veloppement du corps. On peut ainsi interpr&#233;ter les sauts de l'&#233;volution du vivant qu'il est l&#233;gitime d'appeler de v&#233;ritables r&#233;volutions. Qu'il s'agisse de l'apparition d'un nouvel organe, d'un nouveau fonctionnement collectif des organes, d'une nouvelle structure du corps, d'un nouveau mode de d&#233;placement ou d'un nouveau mode de reproduction, on parle toujours d'&#233;volution des esp&#232;ces alors que le terme serait plut&#244;t de r&#233;volution des esp&#232;ces. La science ne nie plus l'existence des sauts qualitatifs spontan&#233;s caus&#233;s par les lois de la nature et n'a plus besoin des miracles pour les qualifier. La science ne cherchera pas plus de cha&#238;non manquant d'une &#233;volution pr&#233;tendument progressive entre un &#234;tre vivant d&#233;pourvu de colonne vert&#233;brale et un vert&#233;br&#233; qu'entre une masse de gaz se concentrant et se r&#233;chauffant et une &#233;toile. Pas plus que l'elle ne cherchera des &#233;tapes graduelles entre les &#233;tats de gaz, liquide et solide, nul ne peut pr&#233;tendre concevoir un d&#233;veloppement continu et sans saut de la bact&#233;rie &#224; l'homme ! Il est impossible d'appeler &#233;volution le passage de la vie sans oxyg&#232;ne (forme de vie o&#249; l'oxyg&#232;ne &#233;tait m&#234;me un poison) &#224; la vie fond&#233;e sur l'oxyg&#232;ne ! Impossible &#233;galement d'appeler &#233;volution le passage des unicellulaires aux pluricellulaires ! Impossible d'appeler &#233;volution les grandes disparitions d'esp&#232;ces ou encore les p&#233;riodes d'explosion de la biodiversit&#233; (comme Burgess et Ediacara).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;jug&#233;s fixistes et gradualistes ont &#233;t&#233; battus en br&#232;che par les progr&#232;s des sciences mais cette &#233;volution des id&#233;es n'a pas encore touch&#233; (ou tr&#232;s peu) notre philosophie sur le monde. La compr&#233;hension statique de l'univers devrait c&#233;der la place &#224; une interpr&#233;tation dynamique. Nous savons que nos montagnes ne sont ni des constructions &#233;ternelles ni des &#233;difices stables, m&#234;me si personne ne les voit bouger. Nous savons que l'&#233;corce terrestre bouge m&#234;me si nous ne la voyons pas bouger. Nous savons que les esp&#232;ces changent m&#234;me si elles semblent fig&#233;es. Nous savons que toutes les formes de vie ont une m&#234;me origine m&#234;me si aucun d'entre nous n'a vu de ses yeux un &#234;tre unicellulaire se transformer en pluricellulaire ni vu appara&#238;tre une esp&#232;ce porteuse d'une colonne vert&#233;brale &#224; partir d'animaux qui n'en poss&#233;daient pas. Il en va de m&#234;me de toutes les structures de la mati&#232;re. La mati&#232;re est en mouvement et en transformation permanentes m&#234;me si ces changements sont invisibles et difficiles &#224; concevoir. Ses r&#233;volutions n&#233;cessitent d'autant plus d'&#234;tre pens&#233;es que le processus de leur production ne cr&#232;ve pas les yeux. C'est ici que la pens&#233;e conceptuelle acquiert son importance et que l'exp&#233;rience ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les particules comme les atomes, les mol&#233;cules ou les esp&#232;ces vivantes sont les restes et les t&#233;moignages des r&#233;volutions de l'histoire de l'univers. Ils ont &#233;t&#233; produits par des r&#233;volutions et, de plus, ils sont amen&#233;s &#224; les reproduire dans leur fonctionnement. En effet, il aurait pu y avoir un monde mat&#233;riel issu de transformation brutale donnant naissance &#224; un univers assez fig&#233;. Ce n'est pas le cas. Il ne s'agit pas d'objets fixes ni produits une fois pour toutes puis conserv&#233;s &#224; l'identique. Ces structures n'existent que parce que la dynamique les d&#233;truit et les reproduit en permanence. Cette dynamique est fond&#233;e sur l'interaction avec le milieu et par les autres structures. Aucune particule n'existe ind&#233;pendamment du milieu, du vide et des autres particules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique quantique a but&#233; pendant de longues ann&#233;es sur toutes les tentatives de consid&#233;rer les particules comme des objets ind&#233;pendants du vide (consid&#233;r&#233; comme l'absence d'&#233;nergie, de mati&#232;re et de rayonnement) et s&#233;parables les uns des autres. Les nouvelles notions de la physique (quanta, corr&#233;lation, intrication, d&#233;coh&#233;rence) sont au contraire fond&#233;es sur la reconnaissance qu'il n'existe aucune &#171; chose &#187; dans la mati&#232;re mais seulement des processus dynamiques de structuration et d&#233;structuration qui sont interactifs. La biologie et la g&#233;n&#233;tique ont subi la m&#234;me transformation conceptuelle qui nous contraint &#224; chercher les m&#233;canismes dans les interactions et non dans les structures dites &#233;l&#233;mentaires. La cellule vivante ou le g&#232;ne ne sont pas plus &#233;l&#233;mentaires que la particule mat&#233;rielle. Aucune cellule vivante n'existe sans interaction avec d'autres cellules. Si une cellule ne re&#231;oit plus de message de survie des cellules voisines, elle s'autod&#233;truit (apoptose). Mati&#232;re inerte comme mati&#232;re vivante ne sont pas constitu&#233;es d'unit&#233;s totalement ind&#233;pendantes, que ce soient des particules, des atomes, ou des cellules, mais sont engag&#233;es dans un processus collectif. Elles sont m&#234;me construites par ce processus qui engag&#233; des quantit&#233;s d'autres structures. Cette construction ne s'est pas r&#233;alis&#233;e une fois pour toutes, il y a tr&#232;s longtemps. Ainsi, la mati&#232;re na&#238;t sans cesse du vide qui est en permanence le si&#232;ge de mat&#233;rialisations et de d&#233;mat&#233;rialisations de l'&#233;nergie. Une esp&#232;ce vivante n'est pas une simple conservation du capital g&#233;n&#233;tique mais un m&#233;canisme fond&#233; sur des interactions dynamiques li&#233;es &#224; une agitation mol&#233;culaire au hasard. En ce sens, une esp&#232;ce n'est pas n&#233;e une fois pour toutes et simplement copi&#233;e par ses descendants. Elle na&#238;t &#224; nouveau &#224; chaque individu. A chaque fois, la possibilit&#233; de sauts de l'&#233;volution existe potentiellement au sein de cette dynamique de la reproduction. Le local est indissociablement li&#233; au global et l'instantan&#233; &#224; la dynamique, globale temporellement, de l'histoire : &#171; Les constituants de la mati&#232;re tangible ne repr&#233;sentent pas des donn&#233;es arbitraires de notre vie : leur propri&#233;t&#233;s r&#233;sultent de la structure globale de l'univers, et de la fa&#231;on dont il a vu le jour. &#187; &#233;crit John Maddox dans &#171; Ce qu'il reste &#224; d&#233;couvrir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser la mati&#232;re en termes de r&#233;volutions n'est pas un simple choix de terminologie. C'est une mani&#232;re de raisonner. Une r&#233;volution est une succession d'&#233;v&#233;nements inattendue dans ses r&#233;sultats mais dont les participants pensent toujours avoir suivi des d&#233;cisions dans la logique des choix pr&#233;c&#233;dents. Comme le dit Friedrich Engels cit&#233; par le physicien Etienne Klein dans &#171; Petit voyage dans le monde des quanta &#187; : &#171; Personne ne conna&#238;t la r&#233;volution qu'il fait &#187;. C'est dire que s'il y a au final un changement de structure, et donc une discontinuit&#233;, les participants au local ont toujours l'impression d'avoir agi en continuit&#233;. Il n'y a pas un instant o&#249; les gens, o&#249; les choses agissent en contradiction compl&#232;te avec leur mode de fonctionnement pr&#233;c&#233;dent. Et pourtant la structure globale, au bout d'une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements dans une situation particuli&#232;re de crise, n'est plus la m&#234;me. La r&#233;volution n'est pas une action locale r&#233;alis&#233;e par des individus mais un changement global de la structure due &#224; une situation de crise (passage d'un seuil) au sein d'une dynamique et r&#233;alis&#233;e par l'interaction d'un tr&#232;s grand nombre d'individus ob&#233;issant &#224; des d&#233;terminismes et des hasards qui ne sont pas individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre ces r&#233;volutions tr&#232;s anciennes de la mati&#232;re est indispensable pour d&#233;chiffrer le monde tel que nous l'observons. En effet, le changement n'est pas seulement un &#233;pisode pass&#233;. Il fonde le fonctionnement de l'ensemble de l'univers y compris celui qui est devant nous. L&#224; o&#249; nous croyons voir de la stabilit&#233;, nous avons un ordre produit par le d&#233;sordre. C'est un ordre qui peut sans cesse &#234;tre remis en question. On comprend ais&#233;ment pourquoi la philosophie dominante n'est pas encline &#224; voir le monde comme le produit des r&#233;volutions. Pour penser les sciences &#224; l'aide d'une philosophie r&#233;volutionnaire, on se heurte aux m&#234;me pr&#233;jug&#233;s philosophiques, aux m&#234;mes pr&#233;jug&#233;s contre-r&#233;volutionnaires que pour penser l'&#233;conomie, l'histoire ou la politique. Il s'agit des pr&#233;jug&#233;s sociaux indispensables &#224; la classe dirigeante. Bien entendu, en parlant ainsi on heurte &#233;galement la pr&#233;tention des scientifiques comme des philosophes de penser librement sans se voir dicter leurs points de vue par une quelconque classe&#8230; C'est une erreur courante de penser que les scientifiques &#233;voluent dans un monde de faits et d'id&#233;es qui serait objectif et ind&#233;pendant de la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle ils appartiennent et de ses pr&#233;jug&#233;s. Ils vivent dans la soci&#233;t&#233;, y ont une place sociale, un revenu, une consid&#233;ration, une r&#233;ussite, des relations. Leurs recherches sont des d&#233;marches humaines, marqu&#233;es par la philosophie de leur &#233;poque et les id&#233;es sociales dominantes. Leurs avanc&#233;es scientifiques ne sont pas ind&#233;pendantes des besoins sociaux formul&#233;s par la classe dirigeante et des moyens de chercher et de publier que celle-ci leur donne. La science n'est pas n&#233;cessairement plus objective que les autres domaines de la pens&#233;e et de la soci&#233;t&#233; humaine. Un autre a-priori qui n'est pas le moins partag&#233; est la croyance des scientifiques selon laquelle leur domaine n'a rien &#224; voir avec la philosophie et ne doit en rien y r&#233;f&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;alisme domine encore largement la pens&#233;e de notre &#233;poque, y compris celle des scientifiques. Les physiciens (surtout depuis la physique quantique) sont de ceux qui d&#233;fendent le plus souvent l'id&#233;e que la mati&#232;re n'existe que si l'homme l'observe. Ils nient jusqu'&#224; l'existence de la r&#233;alit&#233; objective et jusqu'&#224; la valeur de tout raisonnement sur une r&#233;alit&#233; qui n'est pas l'objet d'une exp&#233;rience. Comme si l'univers n'existait que depuis que l'homme est l&#224; pour l'exp&#233;rimenter ! Les r&#233;ponses toutes faites ne sont pas issues de la science mais de la soci&#233;t&#233;. &#171; Sur des sujets aussi fondamentaux que la philosophie g&#233;n&#233;rale du changement, la science et la soci&#233;t&#233; travaillent habituellement la main dans la main. (..) Lorsque les monarchies s'effondr&#232;rent et que le XVIII&#232;me si&#232;cle s'acheva dans la r&#233;volution, les hommes de science commenc&#232;rent &#224; consid&#233;rer le changement comme un &#233;l&#233;ment normal de l'ordre universel, non comme un &#233;l&#233;ment aberrant ou exceptionnel. (..) Le gradualisme, l'id&#233;e que tout changement doit &#234;tre progressif, lent et r&#233;gulier, n'est jamais n&#233; d'une interpr&#233;tation des roches. Il repr&#233;sente une opinion pr&#233;con&#231;ue, largement r&#233;pandue, s'expliquant en partie comme une r&#233;action du lib&#233;ralisme du XIX&#232;me si&#232;cle face &#224; un monde en r&#233;volution. &#187; disait Stephen Jay Gould dans &#171; Le pouce du panda &#187;. Ce sont des pr&#233;jug&#233;s sociaux, m&#234;me lorsqu'ils infectent &#233;galement la pens&#233;e des scientifiques. Ces derniers, m&#234;me ceux qui sont r&#233;fugi&#233;s dans une &#171; tour d'ivoire &#187;, sont tributaires de la pens&#233;e socialement dominante &#224; leur &#233;poque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qu'est-ce qu'une transition de phase ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article2176</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article2176</guid>
		<dc:date>2012-02-25T05:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Transition de phase</dc:subject>

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&lt;p&gt;Lire ici&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;Chapter 03 : Revolution : the great organizer - La r&#233;volution ou le grand organisateur&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Transition de phase&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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