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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La contradiction entre les forces productives et les rapports sociaux de production</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Criticalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;La contradiction entre les forces productives et les rapports sociaux de production &lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence d'une contradiction entre le mode capitaliste de r&#233;partition du travail et les forces de travail, c'est &#224; dire une contradiction entre la subordination de l'individu &#224; la division du travail et les forces de production a &#233;t&#233; d&#233;couverte par Karl Marx et expos&#233;e dans le Capital Livre 1. La suppression de cette contradiction n'est rien d'autre que la lutte pour le socialisme car elle est permanente (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La contradiction entre les forces productives et les rapports sociaux de production&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'existence d'une contradiction entre le mode capitaliste de r&#233;partition du travail et les forces de travail, c'est &#224; dire une contradiction entre la subordination de l'individu &#224; la division du travail et les forces de production a &#233;t&#233; d&#233;couverte par Karl Marx et expos&#233;e dans le Capital Livre 1. La suppression de cette contradiction n'est rien d'autre que la lutte pour le socialisme car elle est permanente et inh&#233;rente au syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience et le comportement des hommes sont d&#233;termin&#233;s &#224; la fois par la soci&#233;t&#233; du pass&#233; et la conscience de l'avenir n'est produite qu'au cours de la transformation elle-m&#234;me, de la lutte r&#233;volutionnaire, qui est provoqu&#233;e par les contradictions entre les forces productives et les rapports de production. L'id&#233;ologie d'une &#233;poque d&#233;pend bien s&#251;r de son niveau scientifique et technologique, c'est-&#224;-dire du niveau des forces productives, mais plus encore de l'organisation sociale, de l'&#233;tat des rapports entre hommes, c'est-&#224;-dire fondamentalement des rapports de production et de la structure sociale qui en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces productives sont toutes les forces (humaines ou mat&#233;rielles) qui concourent &#224; la production de biens mat&#233;riels. Les rapports de production sont les rapports sociaux entre les hommes qui sont rendus n&#233;cessaires par l'organisation de la production &#224; une &#233;poque donn&#233;e et &#224; un stade donn&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la production sociale de leur vie, les hommes se trouvent li&#233;s par certains rapports indispensables, ind&#233;pendants de leur volont&#233;, par des rapports de production, qui correspondent &#224; un degr&#233; d&#233;termin&#233; de l'&#233;volution de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, le fondement r&#233;el sur lequel s'&#233;l&#232;ve la superstructure juridique et politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A un certain degr&#233; de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en collision avec les rapports de production existants, ou avec les rapports de propri&#233;t&#233; au sein desquels elles s'&#233;taient mues jusqu'alors ... Alors commence une &#232;re de r&#233;volution sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hier encore formes de d&#233;veloppement des forces productives ces conditions se changent en de lourdes entraves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; bourgeoise ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce r&#233;gime qui alors leur fait obstacle ; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles pr&#233;cipitent dans le d&#233;sordre la soci&#233;t&#233; bourgeoise tout enti&#232;re et menacent l'existence de la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Le syst&#232;me bourgeois est devenu trop &#233;troit pour contenir les richesses cr&#233;&#233;es dans son sein. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au-del&#224; d'un certain point, le d&#233;veloppement des forces productives devient une barri&#232;re pour le capital ; en d'autres termes, le syst&#232;me capitaliste devient un obstacle pour l'expansion des forces productives du travail. Arriv&#233; &#224; ce point, le capital, ou plus exactement le travail salari&#233;, entre dans le m&#234;me rapport avec le d&#233;veloppement de la richesse sociale et des forces productives que le syst&#232;me des corporations, le servage, l'esclavage, et il est n&#233;cessairement rejet&#233; comme une entrave&#8230; Le travail salari&#233; et le capital sont, &#224; leur tour, ni&#233;s par les conditions mat&#233;rielles et spirituelles issues de leur propre processus de production. C'est par des conflits aigus, des crises, des convulsions que se traduit l'incompatibilit&#233; croissante entre le d&#233;veloppement cr&#233;ateur de la soci&#233;t&#233; et les rapports de production &#233;tablis. L'an&#233;antissement violent du capital par des forces venues non pas de l'ext&#233;rieur, mais jaillies du dedans, de sa propre volont&#233; d'autoconservation, voil&#224; de quelle mani&#232;re frappant avis lui sera donn&#233; de d&#233;guerpir pour faire place nette &#224; une phase sup&#233;rieure de la production sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La limite du capital appara&#238;t dans le fait que tout ce d&#233;veloppement se d&#233;roule de mani&#232;re antagonique et que l'&#233;closion des forces productives, de la richesse g&#233;n&#233;rale, du savoir etc., se manifeste de telle fa&#231;on que les travailleurs s'ali&#232;ne lui-m&#234;me&#8230; Mais cette forme antagonique est elle-m&#234;me transitoire et produit les conditions de sa propre abolition&#8230; Parvenu &#224; un certain niveau, le d&#233;veloppement des forces productives mat&#233;rielles &#8211; qui implique celui des forces de la classe laborieuse &#8211; entra&#238;ne l'abolition du capital lui-m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a un fait &#233;clatant qui est caract&#233;ristique pour notre si&#232;cle, un fait qu'aucun parti politique n'oserait contester. D'un c&#244;t&#233; nous avons vu na&#238;tre des forces industrielles et scientifiques qu'on n'aurait pu imaginer &#224; aucune &#233;poque ant&#233;rieure de l'histoire humaine. De l'autre, on aper&#231;oit les sympt&#244;mes d'une d&#233;b&#226;cle telle qu'elle &#233;clipsera m&#234;me les horreurs de la fin de l'Empire romain. De nos jours, chaque chose para&#238;t grosse de son contraire. La machine qui poss&#232;de le merveilleux pouvoir d'abr&#233;ger le travail de l'homme et de le rendre plus productif entra&#238;ne la faim et l'exc&#232;s de fatigue. Par un &#233;trange caprice du destin, les nouvelles sources de richesse se transforment en sources de mis&#232;re. On dirait que chaque victoire de la technique se paie par une d&#233;ch&#233;ance de l'individu. A mesure que l'homme se rend ma&#238;tre de la nature, il semble se laisser dominer par ses semblables ou par sa propre infamie. La pure lumi&#232;re de la science elle-m&#234;me semble avoir besoin, pour resplendir, des t&#233;n&#232;bres de l'ignorance. (&#8230;) Les forces nouvelles de la soci&#233;t&#233; r&#233;clament des hommes nouveaux, les ouvriers. Ils sont le produit des temps nouveaux, au m&#234;me titre que les machines elles-m&#234;mes. Aux signes qui d&#233;concertent la bourgeoisie, l'aristocratie et les pauvres annonciateurs du d&#233;clin, nous reconnaissons la vieille taupe qui sait si vite travailler sous la terre, le digne pionnier &#8211; la r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour opprimer une classe, il faut pouvoir lui garantir des conditions d'existence qui, au moins, lui permettent de vivre dans la servitude. (...) Il est donc manifeste que la bourgeoisie est incapable de remplir plus longtemps son r&#244;le de classe dirigeante et d'imposer, &#224; la soci&#233;t&#233;, comme loi r&#233;gulatrice, les conditions d'existence de sa classe. Elle ne peut plus r&#233;gner, parce qu'elle est incapable d'assurer l'existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu'elle est oblig&#233;e de le laisser d&#233;choir au point de devoir le nourrir au lieu de se faire nourrir par lui. La soci&#233;t&#233; ne peut plus vivre sous sa domination, ce qui revient &#224; dire que l'existence de la bourgeoisie n'est plus compatible avec celle de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La v&#233;ritable barri&#232;re de la production capitaliste, c'est le capital lui-m&#234;me : le capital et sa mise en valeur par lui-m&#234;me apparaissent comme point de d&#233;part et point final, moteur et fin de la production ; la production n'est qu'une production pour le capital et non l'inverse : les moyens de production ne sont pas de simples moyens de donner forme, en l'&#233;largissant sans cesse, au processus de la vie au b&#233;n&#233;fice de la soci&#233;t&#233; des producteurs. Les limites qui servent de cadre infranchissable &#224; la conservation et la mise en valeur de la valeur-capital reposent sur l'expropriation et l'appauvrissement de la grande masse des producteurs ; elles entrent donc sans cesse en contradiction avec les m&#233;thodes de production que le capital doit employer n&#233;cessairement pour sa propre fin, et qui tendent &#224; promouvoir un accroissement illimit&#233; de la production, un d&#233;veloppement inconditionn&#233; des forces productives sociales du travail, &#224; faire de la production une fin en soi. Le moyen d&#233;veloppement inconditionn&#233; de la productivit&#233; sociale entre perp&#233;tuellement en conflit avec la fin limit&#233;e : mise en valeur du capital existant. Si donc le mode de production capitaliste est un moyen historique de d&#233;velopper la force productive mat&#233;rielle et de cr&#233;er le march&#233; mondial correspondant, il repr&#233;sente en m&#234;me temps une contradiction permanente entre cette t&#226;che historique et les rapports de production sociaux qui lui correspondent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voici les r&#233;sultats qui d&#233;coulent, entre autres, de la conception de l'histoire, telle que nous l'avons d&#233;velopp&#233;e : 1- A un certain degr&#233; de d&#233;veloppement des forces productives, surgissent des forces de production et des moyens de communication tels que, dans les conditions existantes, ils ne font que provoquer des catastrophes. Ce ne sont plus alors des forces de production mais des forces de destruction (la machine et l'argent)&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors d'une prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale, au cours de laquelle les forces productives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise se d&#233;veloppent avec toute la luxuriance possible dans les rapports sociaux bourgeois, il ne peut &#234;tre question de v&#233;ritable r&#233;volution. Celle-ci n'est possible qu'aux p&#233;riodes o&#249; deux facteurs, les forces productives modernes et les formes bourgeoises de production, entrent en conflit les unes avec les autres&#8230; Une nouvelle r&#233;volution ne sera possible qu'&#224; la suite d'une nouvelle crise : l'une est aussi certaine que l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capitalisme ne sera jamais aussi vuln&#233;rable que quand il atteindra son apog&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La production du capitalisme engendre, tel une loi de la nature inexorable, sa propre n&#233;gation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral auquel je parvins, et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur &#224; mes &#233;tudes, peut &#234;tre bri&#232;vement formul&#233; ainsi : dans la production sociale de leur vie, les hommes entrent dans des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;cessaires et ind&#233;pendants de leur volont&#233;, rapports de production qui correspondent &#224; un stade de d&#233;veloppement de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base r&#233;elle sur laquelle s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociales d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur &#234;tre mais inversement leur &#234;tre social qui d&#233;termine leur conscience. &#192; un certain stade de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de production pr&#233;sents, ou ce qui n'en est qu'une expression juridique, les rapports de propri&#233;t&#233;, &#224; l'int&#233;rieur desquels elles s'&#233;taient mues jusque-l&#224;. De formes de d&#233;veloppement des forces productives qu'ils &#233;taient, ces rapports se changent en cha&#238;nes pour ces derni&#232;res. Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale. Avec la transformation de la base &#233;conomique fondamentale se trouve boulevers&#233;e plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Quand on examine de tels bouleversements, il fout toujours distinguer le bouleversement mat&#233;riel des conditions de production &#233;conomiques, que l'on peut constater aussi rigoureusement que dans les sciences de la nature, des formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref des formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent &#224; terme. Pas plus qu'on ne peut juger de ce qu'est un individu d'apr&#232;s l'image qu'il a de lui-m&#234;me, on ne peut juger d'une telle &#233;poque de bouleversement d'apr&#232;s sa conscience ; il faut bien plut&#244;t expliquer cette conscience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit existant entre les forces productives sociales et les rapports de production. Une formation sociale ne dispara&#238;t jamais avant que ne soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, et jamais de nouveaux rapports de production sup&#233;rieurs ne la remplacent avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports n'aient &#233;clos au sein m&#234;me de l'ancienne soci&#233;t&#233;. L'humanit&#233; ne s'assigne donc jamais que des t&#226;ches qu'elle peut r&#233;soudre car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que la t&#226;che ne na&#238;t elle-m&#234;me que l&#224; o&#249; sont d&#233;j&#224; pr&#233;sents soit les conditions mat&#233;rielles de sa r&#233;solution, soit au moins le processus de leur devenir. &#192; grands traits, on peut d&#233;signer comme &#233;poques progressives de la formation &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; les modes de production asiatique, antique, f&#233;odal et le mode de production bourgeois moderne. Les rapports de production bourgeois sont la derni&#232;re forme antagoniste du processus social de production, antagoniste non au sens d'un antagonisme individuel, mais au sens d'un antagonisme issu des conditions de vie sociales des individus ; cependant, les forces productives qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; civile bourgeoise cr&#233;ent en m&#234;me temps les conditions mat&#233;rielles de la r&#233;solution de cet antagonisme. Avec cette formation sociale, c'est la pr&#233;histoire de la soci&#233;t&#233; humaine qui s'ach&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral auquel j'arrivai et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur &#224; mes &#233;tudes, peut bri&#232;vement se formuler ainsi : dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;cessaires, ind&#233;pendants de leur volont&#233;, rapports de production qui correspondent &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppement d&#233;termin&#233; de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base concr&#232;te sur laquelle s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociale d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuelle en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur &#234;tre ; c'est inversement leur &#234;tre social qui d&#233;termine leur conscience. A un certain stade de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propri&#233;t&#233; au sein desquels elles &#233;taient jusqu'alors. De formes de d&#233;veloppement des forces productives qu'ils &#233;taient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale. Le changement dans la base &#233;conomique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement mat&#233;riel &#8212; qu'on peut constater d'une mani&#232;re scientifiquement rigoureuse &#8212; des conditions de production &#233;conomiques et les formes juridiques, politiques religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout. Pas plus qu'on ne juge un individu sur l'id&#233;e qu'il se fait de lui-m&#234;me, on ne saurait juger une telle &#233;poque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production. Une formation sociale ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et sup&#233;rieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports soient &#233;closes dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que des probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;soudre, car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne surgit que l&#224; o&#249; les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent d&#233;j&#224; ou du moins sont en voie de devenir. A grands traits, les modes de production asiatique, antique, f&#233;odal et bourgeois moderne peuvent &#234;tre qualifi&#233;s d'&#233;poques progressives de la formation sociale &#233;conomique. Les rapports de production bourgeois sont la derni&#232;re forme contradictoire du processus de production sociale, contradictoire non pas dans le sens d'une contradiction individuelle, mais d'une contradiction qui na&#238;t des conditions d'existence sociale des individus ; cependant les forces productives qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise cr&#233;ent en m&#234;me temps les conditions mat&#233;rielles pour r&#233;soudre cette contradiction. Avec cette formation sociale s'ach&#232;ve donc la pr&#233;histoire de la soci&#233;t&#233; humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est pas n&#233;cessaire d'ajouter que les hommes ne sont pas libres arbitres de leurs forces productives - qui sont la base de toute leur histoire - car toute force productive est une force acquise, le produit d'une activit&#233; ant&#233;rieure. Ainsi les forces productives sont le r&#233;sultat de l'&#233;nergie pratique des hommes, mais cette &#233;nergie elle-m&#234;me est circonscrite par les conditions dans lesquelles les hommes se trouvent plac&#233;s, par les forces productives d&#233;j&#224; acquises, par la forme sociale qui existe avant eux, qu'ils ne cr&#233;ent pas, qui est la production de la g&#233;n&#233;ration ant&#233;rieure. (...) Les hommes ne renoncent jamais &#224; ce qu'ils ont gagn&#233;, mais cela ne vient pas &#224; dire qu'ils ne renoncent jamais &#224; la forme sociale, dans laquelle ils ont acquis certaines forces productives. Tout au contraire. Pour ne pas &#234;tre priv&#233; du r&#233;sultat obtenu, pour ne pas perdre les fruits de la civilisation, les hommes sont forc&#233;s, du moment o&#249; le mode de leur commerce ne correspond plus aux forces productives acquises, de changer toutes leurs formes sociales traditionnelles. (...) Ainsi les formes &#233;conomiques sous lesquelles les hommes produisent, consomment, &#233;changent, sont transitoires et historiques. Avec de nouvelles facult&#233;s productives acquises, les hommes changent leur mode de production, et avec leur mode de production, ils changent tous les rapports &#233;conomiques qui n'ont &#233;t&#233; que les relations n&#233;cessaires de ce mode de production d&#233;termin&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chesnais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/writers/chesnais/01-chesnais.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/history/etol/writers/chesnais/01-chesnais.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dangeville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes du passage d'un mode de production &#224; l'autre sont complexes et variables ; cependant Marx insiste sur le fait que le d&#233;veloppement des forces productives (hommes, moyens de production, machines, techniques) entre &#224; un moment donn&#233; en contradiction avec le maintien des rapports humains de production anciens. La superstucture, par exemple id&#233;ologique, subit &#171; plus ou moins rapidement &#187; les transitions et changements de mode de production. Engels pr&#233;cise en 1890 &#171; Le facteur d&#233;terminant de l'histoire est en derni&#232;re instance la production et la reproduction de la vie r&#233;elle. Ni Marx, ni moi, n'avons affirm&#233; davantage. Si ensuite quelqu'un triture cela jusqu'&#224; dire que le facteur &#233;conomique est le seul d&#233;terminant, il transforme cela en une phrase vide, abstraite, absurde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3478#forum25983&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3478#forum25983&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour Marx, le probl&#232;me de la reconstruction de la soci&#233;t&#233; ne se posait pas en raison de ses pr&#233;f&#233;rences personnelles ; il surgissait, comme une n&#233;ces&#172;sit&#233; historique inexorable, d'une part de la croissance des forces pro&#172;ductives jusqu'&#224; leur pleine maturit&#233;, d'autre part de l'impossibilit&#233; de d&#233;velopper davantage ces forces productives sous l'empire de la loi de la valeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;lucubrations de certains intellectuels, selon lesquelles, en d&#233;pit de l'enseignement de Marx, le socialisme ne serait pas in&#233;luctable, mais seulement possible, sont absolument vides de sens. Il est &#233;vident que Marx n'a jamais voulu dire que le socialisme se r&#233;aliserait sans l'intervention de la volont&#233; et de l'action de l'homme ; une telle id&#233;e est simplement absurde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx a pr&#233;dit que, pour sortir de la catastrophe &#233;conomique o&#249; doit conduire in&#233;vitablement le d&#233;veloppement du capitalisme &#8211; et cette catastrophe est devant nos yeux -, il ne peut y avoir d'autre issue que la socialisation des moyens de production. Les forces productives ont besoin d'un nouvel organisateur et d'un nouveau ma&#238;tre ; et, l'existence d&#233;terminant la conscience, Marx ne doutait pas que la classe ouvri&#232;re, au prix d'erreurs et de d&#233;faites, parviendrait &#224; prendre conscience de la situation, et, t&#244;t ou tard, tirerait les conclusions pratiques qui s'imposent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que la socialisation des moyens de production cr&#233;&#233;s par le capitalisme offre un avantage &#233;conomique &#233;norme, c'est ce que l'on peut d&#233;montrer aujourd'hui, non seulement en th&#233;orie, mais aussi par l'exp&#233;&#172;rience de l'U.R.S.S., en d&#233;pit des limites de cette exp&#233;rience. Il est vrai que les r&#233;actionnaires capitalistes, non sans artifice, se servent du r&#233;gime de Staline comme d'un &#233;pouvantail contre les id&#233;es de socialisme. En fait, Marx n'a jamais dit que le socialisme pouvait se r&#233;aliser dans un seul pays, et, de plus, dans un pays arri&#233;r&#233;. Les privations que les masses subissent toujours en U.R.S.S., l'omnipotence de la caste privil&#233;gi&#233;e qui s'est &#233;lev&#233;e au-dessus de la nation et de sa mis&#232;re, l'arbitraire insolent des bureaucrates, ce ne sont pas l&#224; des cons&#233;quences des m&#233;thodes &#233;conomiques du socialisme, mais de l'isolement et du retard historique de l'U.R.S.S., prise dans l'&#233;tau de l'encerclement capitaliste. L'&#233;tonnant, c'est que, dans des conditions aussi exceptionnellement d&#233;favorables, l'&#233;conomie planifi&#233;e ait r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer ses avantages indiscutables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les sauveurs du capitalisme, ceux de l'esp&#232;ce d&#233;mocratique aussi bien que ceux de l'esp&#232;ce fasciste, s'efforcent de limiter ou, tout au moins, de camoufler la puissance des magnats du capital, afin de pr&#233;venir l'expropriation des expropriateurs. Ils reconnaissent tous, et certains d'entre eux l'admettent m&#234;me ouvertement, que l'&#233;chec de leurs tentatives de r&#233;formes doit in&#233;vitablement conduire &#224; la r&#233;volution socialiste. Ils ont tous r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer que leurs m&#233;thodes pour sauver le capitalisme ne sont que charlatanisme r&#233;actionnaire et impuis&#172;sant. L'in&#233;luctabilit&#233; du socialisme, pr&#233;dite par Marx, est ainsi confirm&#233;e par l'absurde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2369&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2369&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3102&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3102&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4436&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4436&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3988&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3988&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les contradictions dialectiques de l'individu et du groupe</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article6049</link>
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		<dc:date>2018-09-14T22:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Contradictions</dc:subject>
		<dc:subject>Criticalit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les contradictions dialectiques de l'individu et du groupe &lt;br class='autobr' /&gt;
Individu et groupe signifient l'homme et la soci&#233;t&#233;, l'&#234;tre vivant et l'esp&#232;ce, la mol&#233;cule et le fluide, la particule et la mol&#233;cule, le grain de sable et le tas de sable, la faille et la cro&#251;te terrestre, etc. Le passage d'une &#233;chelle &#224; l'autre est toujours une discontinuit&#233;, une rupture, avec des lois toutes nouvelles qui apparaissent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les lois qui existent au niveau des groupes comprenant un grand nombre d'individus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Chapter 07 : Dynamical contradictions - Des contradictions dynamiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;Contradictions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot80" rel="tag"&gt;Criticalit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les contradictions dialectiques de l'individu et du groupe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Individu et groupe signifient l'homme et la soci&#233;t&#233;, l'&#234;tre vivant et l'esp&#232;ce, la mol&#233;cule et le fluide, la particule et la mol&#233;cule, le grain de sable et le tas de sable, la faille et la cro&#251;te terrestre, etc. Le passage d'une &#233;chelle &#224; l'autre est toujours une discontinuit&#233;, une rupture, avec des lois toutes nouvelles qui apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois qui existent au niveau des groupes comprenant un grand nombre d'individus n'existent pas au niveau individuel, ne d&#233;coulent pas de lois qui existeraient &#224; ce niveau, qu'il s'agisse de lois thermodynamiques, de lois de la dynamique des fluides, de lois des mat&#233;riaux, de lois quantiques, de lois des fissions nucl&#233;aires, de lois des s&#233;ismes, de lois d'&#233;volution des esp&#232;ces, de lois de la lutte des classes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &#233;mergent les lois qui ont cours dans les grands groupes d'individus et tout particuli&#232;rement comment apparaissent dans ces groupes des ruptures brutales &#224; grande &#233;chelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands groupes d'individus ob&#233;issent &#224; des lois statistiques mais les individus ne suivent pas de telles lois. Comment peut-on concilier ces deux propositions contradictoires ? On ne le peut pas !!! C'est vrai en physique comme en chimie, en biologie comme en g&#233;n&#233;tique, pour l'&#233;volution des populations comme pour le d&#233;veloppement de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est relatif &#224; un grand groupe de g&#232;nes ne l'est pas pour un g&#232;ne ou un petit nombre de g&#232;nes. Ce qui concerne les grands groupes de mol&#233;cules ne concerne pas une ou un petit nombre de mol&#233;cules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant les groupes ne sont que des rassemblements d'individus ? !!! Pas tout &#224; fait ! Il faut y rajouter leurs interactions&#8230; Les grands groupes supposent donc un grand nombre d'interactions et ne sont donc pas seulement une somme d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y a-t-il de diff&#233;rent entre un individu et un groupe ? Quelle propri&#233;t&#233; est vraie ici et fausse l&#224; ? Quel param&#232;tre est valable &#224; un niveau et pas &#224; un autre. Oh, il y en a un tr&#232;s grand nombre. En fait, presque toutes !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun croit conna&#238;tre la notion de temp&#233;rature d'un corps physique, mais ce concept n'a de sens que pour un grand nombre de mol&#233;cules. Ce sont justement leurs interactions que cela mesure. Pour une seule mol&#233;cule ou un petit nombre de mol&#233;cules, la notion de temp&#233;rature (ou la notion de pression) n'a pas de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#234;tres humains sociaux, la notion d'appartenance de classe n'a qu'un caract&#232;re statistique. On ne peut pas parler du comportement social des possesseurs de capitaux, sans le consid&#233;rer pour un nombre cons&#233;quent de gens, car un seul capitaliste peut tout &#224; fait agir &#224; rebours de ce que sa classe fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on examine le destin&#233;es cellulaires au sein d'un corps, il est parfaitement possible &#224; une seule cellule vivante ou &#224; un petit nombre d'elles d'agir a contrario de ce qui est le comportement g&#233;n&#233;ral mais c'est impossible pour un grand nombre de cellules. Ainsi, une cellule de sang peut s'&#233;garer au sein d'un muscle mais pas un tr&#232;s grand nombre de cellules : elles recevraient rapidement un message d'apoptose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, dans la fabrication des macromol&#233;cules du vivant, il peut tout &#224; fait y avoir des erreurs de construction et des petits d&#233;sagr&#233;ments par ci par l&#224;, mais pas &#224; grande &#233;chelle parce que les mol&#233;cules HSP ou autres moyens de surveillance sont l&#224; pour y veiller et d&#233;truire les intrus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains diront que les lois statistiques ne sont rien d'autre que des moyennisations de lois existant aux &#233;chelles individuelles, mais ce n'est pas exact. Ce n'est pas en prenant les individus capitalistes (ou prol&#233;taires) et en effectuant des moyens qu'on obtient les lois sociales. Ce n'est pas en prenant des lois des mol&#233;cules individuelles qu'on trouve la temp&#233;rature d'un corps ou la pression d'un gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un saut entre les deux mondes : celui des individus et celui des grands nombres d'individus. Ces deux mondes sont &#224; la fois contradictoires et &#233;videmment imbriqu&#233;s, tout &#224; fait dialectiquement oppos&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Individu et dynamique collective &#233;mergente, voil&#224; un th&#232;me connu en Histoire et en Economie et nous allons voir qu'il se d&#233;veloppe aussi de plus en plus en Sciences physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on expliquer les grandes crises &#233;conomiques (les krachs) et politiques (les r&#233;volutions) par le comportement des individus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arriver aux fondements de la r&#233;volution fran&#231;aise ou de la crise de 1929, on suivrait le maximum d'individus impliqu&#233;s et on verrait ce qu'ils font personnellement et cela donnerait plus de pr&#233;cision &#224; l'analyse ? Il y a belle lurette qu'historiens comme &#233;conomistes savent que cela ne marche pas, que l'on a affaire &#224; un &#233;v&#233;nement global dans lequel l'action collective n'est pas la somme des actions individuelles, consid&#233;r&#233;es comme ind&#233;pendantes, puisque c'est justement l'interaction de ces individus qui &#233;merge et produit une situation totalement et radicalement nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Physique, ce type de situation a &#233;t&#233; retrouv&#233; dans certaines situations appel&#233;es &#171; critiques &#187;, lors de &#171; changements de phase &#187; ou d'&#233;tats stationnaires de d&#233;s&#233;quilibre. Per Bak a donn&#233; &#224; ces situations le paradigme du &#171; tas de sable &#187;. Ce caract&#232;re collectif correspond &#224; tous les ph&#233;nom&#232;nes physiques que l'on qualifie de probabiliste et o&#249; l'ordre provient d'un d&#233;sordre sous-jacent, des fluides &#224; la physique quantique. Elle concerne tous les ph&#233;nom&#232;nes dits &#171; &#233;mergents &#187; o&#249; l'ordre est brutalement apparu &#224; un certain niveau d'interaction d'un grand nombre d'individus et que cet ordre n'avait pas d'origine visible dans chacun de ces individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Biologie et en Evolution des esp&#232;ces, c'est l' &#171; &#233;quilibre ponctu&#233; &#187; de Stephen Jay Gould.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des &#233;pisodes critiques, les comportements individuels convergent &#233;tonnamment et donnent des effets bien sup&#233;rieurs au niveau individuel, des effets collectifs radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parall&#232;le entre la situation critique, dans des domaines aussi diff&#233;rents des sciences, a souvent &#233;t&#233; relev&#233; par tous les scientifiques de chaque domaine, de S.J. Gould &#224; Per Bak, en passant par Laughlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On la trouve en Physique aussi bien dans la th&#233;orie des situations critique, dans la th&#233;orie de l'auto-organisation de la mati&#232;re, dans la th&#233;orie des transitions de phase, dans la th&#233;orie du chaos d&#233;terministe, dans la th&#233;orie des fluides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces cas, on retrouve des &#233;tats particuliers o&#249; l'action des individus, de d&#233;sordonn&#233;e, devient source d'un d&#233;sordre qui cr&#233;e un nouvel ordre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Per Bak, dans &#171; Quand la nature s'organise &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Lorsqu'ils ne savent pas calculer directement comment des ph&#233;nom&#232;nes complexes surgissent &#224; un niveau, en se fondant sur les m&#233;canismes physiques &#339;uvrant &#224; un niveau plus profond, les scientifiques baissent les bras et les nomment &#171; &#233;mergents &#187;. Ces ph&#233;nom&#232;nes apparaissent tout simplement de nulle part&#8230; En fait, la qualit&#233;, d'une certaine mani&#232;re, &#233;merge de la quantit&#233;. Toute la question est de savoir comment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les physiciens &#233;taient d&#233;j&#224; un peu accoutum&#233;s &#224; traiter de vastes syst&#232;mes contenant un &#171; grand nombre de corps &#187;, en particulier lorsque ces syst&#232;mes sont dans une situation d'&#233;quilibre stable. Un gaz d'atomes ou le sable d'une plage plate sont des exemples de grands syst&#232;mes &#224; l'&#233;quilibre. Si l'on perturbe l&#233;g&#232;rement un syst&#232;me &#224; l'&#233;quilibre, par exemple en poussant un grain de sable quelque part, rien d'important ne se produit. En g&#233;n&#233;ral, les syst&#232;mes en &#233;quilibre ne pr&#233;sentent aucun des comportements int&#233;ressants auxquels nous nous sommes attach&#233;s plus haut, c'est-&#224;-dire des catastrophes importantes, du bruit en 1/f ou des structures fractales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut cependant &#233;mettre une certaine r&#233;serve. Un syst&#232;me ferm&#233; en &#233;quilibre peut faire montre de comportements complexes caract&#233;ris&#233;s par des lois de puissance, mais uniquement dans des circonstances tr&#232;s sp&#233;ciales. De spectaculaires progr&#232;s ont &#233;t&#233; accomplis dans notre compr&#233;hension des syst&#232;mes lors d'une transition de phase, c'est-&#224;-dire &#224; un moment o&#249; le syst&#232;me passe d'un &#233;tat d&#233;sordonn&#233; &#224; un &#233;tat ordonn&#233;, comme c'est le cas, par exemple, quand on fait varier la temp&#233;rature. A ce point critique pr&#233;cis qui s&#233;pare exactement les deux phases, on peut observer des comportements complexes caract&#233;ris&#233;s par de l'invariance d'&#233;chelle et par l'existence de domaines de toutes tailles. Mais il faut ajuster la temp&#233;rature tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment pour pouvoir atteindre ce point critique et obtenir ces comportements complexes. Comme, en dehors du laboratoire, personne n'est l&#224; pour ajuster les param&#232;tres &#224; leurs valeurs en ce point critique tr&#232;s sp&#233;cial, cette hypoth&#232;se n'&#233;claire en rien la fr&#233;quence des apparitions de la complexit&#233; dans la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait plus ou moins tacitement admis autrefois que les grands syst&#232;mes, tels que ceux que l'on rencontre en biologie ou en &#233;conomie, &#233;taient en &#233;quilibre stable, tout comme les grains de sable d'une plage plane. La th&#233;orie &#233;conomique qui a pr&#233;valu jusqu'alors, la th&#233;orie de l'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral, suppose que des march&#233;s parfaits, une rationalit&#233; parfaite, et ainsi de suite, conduisent les syst&#232;mes &#233;conomiques vers des &#233;quilibres de Nash, dans lesquels aucun des agents ne peut am&#233;liorer sa situation par quelque action que ce soit. Dans cet &#233;tat d'&#233;quilibre, de petites perturbations ou des chocs ne peuvent provoquer que des alt&#233;rations mineures, ne modifiant que tr&#232;s l&#233;g&#232;rement l'&#233;tat d'&#233;quilibre du syst&#232;me. La r&#233;ponse du syst&#232;me est proportionnelle &#224; la taille de l'impact : les syst&#232;mes en &#233;quilibre sont dits &#171; lin&#233;aires &#187;. La contingence n'y a pas de place et des &#233;v&#233;nements mineurs ne peuvent jamais avoir de cons&#233;quences dramatiques. De fait, il ne peut se produire de fluctuations importantes dans les syst&#232;mes en &#233;quilibre que si un grand nombre d'&#233;v&#233;nements al&#233;atoires &#171; tirent &#187; par accident dans la m&#234;me direction, ce qui est extr&#234;mement peu probable. Par cons&#233;quent, les th&#233;ories &#224; l'&#233;quilibre ne peuvent expliquer la plupart des ph&#233;nom&#232;nes que l'on observe, comme par exemple les types de fluctuations des cours de Bourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune th&#233;orie de l'&#233;quilibre g&#233;n&#233;ral n'a jamais &#233;t&#233; explicitement formul&#233;e en biologie, mais l'image qui pr&#233;vaut est aussi fr&#233;quemment celle d'une nature &#171; en &#233;quilibre &#187;. La nature est vue comme quelque chose qui peut, en principe, se conserver et cette id&#233;e inspire les &#233;cologistes et les partisans de la conservation de l'environnement. Cela n'a rien d'&#233;tonnant : &#233;tant donn&#233; que, au cours d'une vie humaine, le monde naturel change tr&#232;s peu, les concepts de l'&#233;quilibre semblent pouvoir s'y appliquer de mani&#232;re tout &#224; fait naturelle ou intuitive. N&#233;anmoins, si la nature est en &#233;quilibre, comment en est-on arriv&#233; l&#224; ? Comment peut-il y avoir &#233;volution si toutes les choses sont en &#233;quilibre ? Les syst&#232;mes en &#233;quilibre ne vont, par d&#233;finition, nulle part&#8230;. En fait, l'id&#233;e d'une nature en &#233;quilibre est implicitement li&#233;e &#224; une image anthropocentrique du monde : notre monde naturel est le &#171; bon &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'ont fait remarquer Gould et Eldridge, un &#233;quilibre apparent n'est qu'un moment de tranquillit&#233;, une stase, entre deux pouss&#233;es intermittentes d'activit&#233; et de changement pendant lesquelles de nombreuses esp&#232;ces s'&#233;teignent alors que d'autres &#233;mergent. Le taux d'&#233;volution des esp&#232;ces prises individuellement, que l'on peut mesurer, par exemple, par leur modification de taille, varie par pouss&#233;es &#233;pisodiques. Ce ph&#233;nom&#232;ne est baptis&#233; &#171; &#233;quilibre ponctu&#233; &#187;. Le concept d'&#233;quilibre ponctu&#233; semble &#234;tre au c&#339;ur de la dynamique des syst&#232;mes complexes, car on ne rencontre jamais de pouss&#233;es importantes et intermittentes dans les syst&#232;mes en &#233;quilibre alors qu'elles sont tr&#232;s fr&#233;quentes en histoire, en biologie et en &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc, d'une part, que l'on ne peut expliquer aucun des ph&#233;nom&#232;nes d&#233;crits plus haut dans une vision &#224; l'&#233;quilibre et que, d'autre part, il n'existe aucune th&#233;orie g&#233;n&#233;rale pour les syst&#232;mes hors d'&#233;quilibre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands &#233;v&#233;nements catastrophiques d&#233;coulent de la m&#234;me dynamique qui produit les &#233;v&#233;nements quotidiens ordinaires. Cette observation va &#224; l'encontre de l'opinion courante qui, comme nous l'avons vue, recherche des raisons particuli&#232;res aux grands cataclysmes (par exemple, la chute d'une m&#233;t&#233;orite entra&#238;nant l'extinction des dinosaures). Et m&#234;me s'il se produit beaucoup plus de petits &#233;v&#233;nements que de grandes catastrophes, ce sont finalement ces derni&#232;res qui induisent la plupart des changements du syst&#232;me. En cela, la criticalit&#233; auto-organis&#233;e peut &#234;tre vue comme la justification th&#233;orique du catastrophisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de trouver une dynamique plus diff&#233;rente de la dynamique tranquille d'une plage plane que celle de l'&#233;tat critique hors d'&#233;quilibre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;tat stationnaire critique, un seul grain de sable peut provoquer une avalanche qui met en jeu le tas tout entier et une petite modification de la configuration peut transformer un &#233;v&#233;nement insignifiant en catastrophe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut comprendre de mani&#232;re isol&#233;e les morceaux d'un syst&#232;me critique. La dynamique observ&#233;e localement refl&#232;te l'appartenance de chaque morceau au tas de sable total. Si vous &#234;tes assis sur une plage plane plut&#244;t que sur un tas de sable, les r&#232;gles qui r&#233;gissent le mouvement des grains sont exactement les m&#234;mes, elles ob&#233;issent aux m&#234;mes lois de la physique, mais l'historique du syst&#232;me joue ici un r&#244;le. Le sable est le m&#234;me mais la dynamique est diff&#233;rente, car la propri&#233;t&#233; qu'a le sable de pouvoir &#233;voluer lentement est li&#233;e &#224; sa capacit&#233; &#224; se souvenir de son histoire. Le sable peut conserver une m&#233;moire : on peut &#233;crire des lettres dans du sable qui seront lisibles longtemps apr&#232;s. Cela est impossible dans un syst&#232;me en &#233;quilibre telle qu'une assiette remplie d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;tat critique, l'unit&#233; fonctionnelle est le tas de sable tout entier et non les grains individuels. Une approche r&#233;ductionniste n'aurait donc aucun sens car les unit&#233;s locales n'existent sous leur forme actuelle, caract&#233;ris&#233;es par exemple par la pente locale, que parce qu'elles sont parties int&#233;grantes d'un tout. Etudier les grains individuels sous le microscope ne vous serait d'aucune utilit&#233; pour comprendre ce qui se passe dans le tas de sable complet. Rien dans les grains individuels n'&#233;voque les propri&#233;t&#233;s &#233;mergentes du tas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tas de sable &#233;volue d'une configuration &#224; l'autre non pas de mani&#232;re graduelle, mais au moyen d'avalanches catastrophiques. La plupart des &#233;boulements proviennent d'ailleurs des grandes avalanches &#224; cause de la statistique en loi de puissance. Les petites avalanches, qui sont les plus fr&#233;quentes, n'y contribuent pas beaucoup. L'&#233;volution du tas de sable s'effectue par le biais de r&#233;volutions, comme l'histoire dans la vision de Karl Marx. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que ces syst&#232;mes dynamiques sont suspendus dans l'&#233;tat critique que tout arrive &#224; travers des r&#233;volutions et non graduellement. De fait, la criticalit&#233; auto-organis&#233;e est une m&#233;thode invent&#233;e par la nature pour effectuer des transformations &#233;normes sur des &#233;chelles de temps tr&#232;s courtes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore du tas de sable a eu des r&#233;percussions qui ont d&#233;pass&#233; de loin la seule compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes complexes et le monde de la physique car elle contient tout &#8211; comportement coop&#233;ratif de nombreuses parties, &#233;quilibre intermittent, contingence, impr&#233;visibilit&#233;, destin. C'est une nouvelle fa&#231;on de voir le monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4030&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les id&#233;es de Robert B. Laughlin : l'&#233;mergence contre le r&#233;ductionnisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le tout (un solide, un nuage, un organisme) m&#232;ne sa vie de mani&#232;re autonome. Les r&#232;gles qui le r&#233;gissent ne d&#233;pendent pas de celles qui r&#233;gissent ses constituants. Elles traduisent un autre niveau d'organisation. Elles t&#233;moignent du ph&#233;nom&#232;ne le plus myst&#233;rieux et donc le plus fascinant de la nature : l'&#233;mergence&#034;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert B. Laughlin, La Recherche, 07/2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous pouvons prouver, dans des cas simples, que l'organisation peut acqu&#233;rir un sens et une vie bien &#224; elle, et commencer &#224; transcender les &#233;l&#233;ments dont elle est faite. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Laughlin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert B. Laughlin, dans &#171; Un univers diff&#233;rent &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La fiabilit&#233; des rapports de cause &#224; effet dans le monde naturel nous apprend quelque chose sur nous-m&#234;mes, car elle est due &#224; des principes d'organisation, pas &#224; des r&#232;gles au niveau microscopique. Autrement dit, les lois de la nature qui sont importantes pour nous &#233;mergent par un processus collectif d'auto-organisation (&#8230;) Contrairement &#224; ce que l'on pensait, ce n'est pas les lois qui produisent les principes d'organisation, mais l'inverse. Cela n&#233;cessite une r&#233;flexion sur les concepts, sur la philosophie. Mais c'est terrible : la science s'est &#233;loign&#233;e du reste de la vie intellectuelle, alors qu'elle n'avait pas du tout commenc&#233; ainsi. (&#8230;) Nous pouvons prouver, dans des cas simples, que l'organisation peut acqu&#233;rir un sens et une vie bien &#224; elle, et commencer &#224; transcender les &#233;l&#233;ments dont elle est faite. &#171; Le tout n'est pas la somme de ses parties &#187; n'est pas seulement une id&#233;e, mais aussi un ph&#233;nom&#232;ne physique : voil&#224; le message que nous adresse la science physique. La nature n'est pas uniquement r&#233;gie par une r&#232;gle fondamentale microscopique, mais aussi par de puissants principes g&#233;n&#233;raux d'organisation. Si certains de ces principes sont connus, l'immense majorit&#233; ne l'est pas. (&#8230;) Les &#233;l&#233;ments fondamentaux de ce message sont formul&#233;s dans les tr&#232;s nombreux &#233;crits d'Ilya Prigogine, et avec plus d'originalit&#233; encore, dans un c&#233;l&#232;bre essai de P.W. Anderson publi&#233; il y a plus de trente ans sous le titre &#171; Plus signifie diff&#233;rent &#187;. (&#8230;) Je suis de plus en plus persuad&#233; que TOUTES les lois physiques que nous connaissons sont d'origine collective. La distinction entre lois fondamentales et lois qui en d&#233;coulent est un mythe, de m&#234;me que l'id&#233;e de ma&#238;triser l'univers par les seules math&#233;matiques. La loi physique ne peut pas &#234;tre anticip&#233;e par la pens&#233;e pure, il faut la d&#233;couvrir exp&#233;rimentalement, car on ne parvient &#224; contr&#244;ler la nature que lorsque la nature le permet, &#224; travers un principe d'organisation. On pourrait baptiser cette th&#232;se &#171; la fin du r&#233;ductionnisme &#187; (r&#233;ductionnisme = divisons en composantes de plus en plus petites et nous finirons forc&#233;ment par comprendre). (&#8230;) Pour d&#233;fendre ma position, il me faudra avancer franchement quelques id&#233;es choquantes : la mat&#233;rialit&#233; du vide de l'espace-temps, l'hypoth&#232;se selon laquelle la relativit&#233; n'est pas fondamentale, la nature collective de la possibilit&#233; m&#234;me du calcul informatique, les barri&#232;res &#233;pist&#233;mologiques du savoir th&#233;orique, les entraves du m&#234;me ordre &#224; la falsification de l'exp&#233;rience, et le caract&#232;re mythologique d'importantes composantes de la physique th&#233;orique moderne. (&#8230;) Le monde est riche en r&#233;gularit&#233;s complexes et en relations de causalit&#233; quantifiables, et c'est gr&#226;ce &#224; elles que nous pouvons comprendre les ph&#233;nom&#232;nes et exploiter la nature &#224; nos propres fins. Mais la d&#233;couverte de ces relations est regrettablement inattendue. (&#8230;) La th&#232;se selon laquelle toutes les lois de la nature sont connues n'est qu'une composante de ce bluff. (&#8230;) La solution de la contradiction, c'est le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;mergence. (&#8230;) L'&#233;mergence, c'est un principe d'organisation. Il est clair que les soci&#233;t&#233;s humaines, par exemple, ont des r&#232;gles d'organisation qui d&#233;passent l'individu. Une compagnie automobile ne va pas cesser d'exister si l'un de ses ing&#233;nieurs est &#233;cras&#233; par un camion. Mais le monde inanim&#233; aussi a des r&#232;gles d'organisation, et elles aussi expliquent beaucoup de choses qui sont importantes pour nous, dont la plupart des lois physiques de macroniveau dont nous nous servons dans notre vie quotidienne. Des r&#233;alit&#233;s banales comme la coh&#233;sion de l'eau ou la rigidit&#233; de l'acier sont des exemples simples, mais il y en a bien d'autres, innombrables. (...) De m&#234;me, l'aptitude de certains m&#233;taux &#224; expulser totalement les champs magn&#233;tiques quand on les refroidit &#224; temp&#233;rature ultrabasse nous int&#233;resse vivement parce que les atomes dont ils sont constitu&#233;s ne peuvent pas le faire. (...) Puisque les principes d'organisation - ou plus exactement leurs cons&#233;quences - peuvent &#234;tre des lois, celles-ci peuvent elles-m&#234;mes s'organiser en lois nouvelles, et ces derni&#232;res en lois encore plus neuves, etc. Les lois du mouvement des &#233;lectrons engendrent les lois de la thermodynamique et de la chimie, qui engendrent les lois de la rigidit&#233; et de la plasticit&#233;, qui engendrent les lois des sciences de l'ing&#233;nieur. (...) Seule l'exp&#233;rience peut trancher entre des ph&#233;nom&#232;nes qu'on croyait universels et ceux qui ne le sont pas. (...) Le tout petit groupe d'exp&#233;riences qui sont d'une extr&#234;me exactitude a en physique, pour cette raison, une importance consid&#233;rablement sup&#233;rieure &#224; sa taille. (...) Ces exp&#233;riences tr&#232;s sp&#233;ciales, il y en a dix ou vingt selon la fa&#231;on dont on les compte, la plupart ne sont famili&#232;res qu'aux experts. Il y a la vitesse de la lumi&#232;re dans le vide, que l'on conna&#238;t &#224; pr&#233;sent &#224; une pr&#233;cision sup&#233;rieure &#224; un dix milli&#232;me de milliardi&#232;me. Il y a la constante de Rydberg, le nombre qui d&#233;finit la quantification des longueurs d'onde de la lumi&#232;re &#233;mise par les gaz atomiques dilu&#233;s et responsables de la fiabilit&#233; stup&#233;fiante des horloges atomiques : on la conna&#238;t au cent milli&#232;me de milliardi&#232;me pr&#232;s. Autre exemple : la constante de Josephson, le nombre qui indique le rapport entre la tension qu'on applique &#224; un type pr&#233;cis de &#034;sandwich&#034; m&#233;tallique et la fr&#233;quence des ondes radio qu'il &#233;met : on la conna&#238;t &#224; un degr&#233; d'exactitude d'un cent millioni&#232;me. Ou encore la r&#233;sistance de Von Klitzing, le nombre qui indique le rapport entre le courant &#233;lectrique qu'on fait passer &#224; travers un semi-conducteur de conception sp&#233;ciale et la tension induite perpendiculairement au moyen d'un aimant : on la conna&#238;t &#224; un degr&#233; d'exactitude d'un dix milliardi&#232;me. Paradoxalement, l'existence de ces exp&#233;riences tr&#232;s reproductibles nous inspire deux points de vue incompatibles sur ce qui est fondamental. Selon le premier cette exactitude nous fait toucher du doigt certains des &#233;l&#233;ments primitifs les plus simples dont est fait notre monde complexe et incertain. Nous disons que la vitesse de la lumi&#232;re est constante parce qu'elle l'est vraiment et parce que la lumi&#232;re n'est pas constitu&#233;e de composants plus &#233;l&#233;mentaires. Avec ce mode de pens&#233;e, nous r&#233;duisons ces exp&#233;riences pr&#233;cises &#224; une poign&#233;e de constantes dites &#034;fondamentales&#034;. L'autre point de vue, c'est que l'exactitude est un effet collectif qui se produit en raison de l'existence d'un principe d'organisation. Par exemple : le rapport entre la pression, le volume et la temp&#233;rature d'un gaz comme l'air. Le nombre universel qui d&#233;finit la loi des gaz parfaits est connu &#224; une exactitude d'un millioni&#232;me, mais d'&#233;normes erreurs apparaissent quand on le mesure dans de trop petits &#233;chantillons de gaz et il cesse compl&#232;tement d'&#234;tre mesurable au niveau de quelques atomes. La raison de cette sensibilit&#233; &#224; la taille, c'est que la temp&#233;rature est une propri&#233;t&#233; statistique. L'exactitude collective est un concept que les non-scientifiques ont souvent du mal &#224; comprendre, mais il n'est pas si difficile. On a de nombreux exemples familiers dans la vie quotidienne. Comme le comportement d'un gaz parfait, l'heure de pointe est une certitude collective. L'engorgement du trafic est un ph&#233;nom&#232;ne simple, fiable, qui na&#238;t de d&#233;cisions complexes prises par un grand nombre d'individus qui vivent leur vie. Il n'est pas n&#233;cessaire de savoir ce qu'ils ont mang&#233; au petit d&#233;jeuner, o&#249; ils travaillent combien ils ont d'enfants, comment ils s'appellent, etc, pour pr&#233;voir qu'&#224; huit heures et quart, &#231;a va &#234;tre l'enfer. Un bel exemple d'effet collectif d&#233;guis&#233; en en effet r&#233;ductionniste est la quantification des spectres atomiques. La lumi&#232;re est &#233;mise par des gaz atomiques dilu&#233;s, avec des longueurs d'onde sp&#233;ciales si insensibles aux influences ext&#233;rieures qu'on peut s'en servir pour fabriquer des horloges pr&#233;cises au cent milli&#232;me de milliardi&#232;me. Mais ces longueurs d'onde ont un d&#233;calage d&#233;tectable au dix millioni&#232;me qui n'aurait pas d&#251; exister dans un monde id&#233;al ne contenant rien d'autre que l'atome. (&#8230;) Autrement dit, l'espace apparemment vide ne l'est pas du tout, il est plein de &#171; quelque chose &#187;. Le mouvement sympathique de ce &#171; quelque chose &#187; quand la mati&#232;re passe change l&#233;g&#232;rement les propri&#233;t&#233;s de celle-ci, exactement de la m&#234;me fa&#231;on que le mouvement sympathique des &#233;lectrons et des atomes dans une vitre de fen&#234;tre modifie les propri&#233;t&#233;s de la lumi&#232;re qui la traverse, et provoque sa r&#233;fraction. (&#8230;) Donc, m&#234;me la constance du spectre atomique a en r&#233;alit&#233; des origines collectives &#8211; le ph&#233;nom&#232;ne collectif, en l'occurrence, &#233;tant l'effet de l'univers entier. Autre cas de &#171; collectivisme &#187;, bien plus imm&#233;diat et troublant : la d&#233;termination de a charge de l'&#233;lectron et de la constante de Planck par des mesures macroscopiques. La charge de l'&#233;lectron est l'unit&#233; indivisible de l'&#233;lectricit&#233;. La constante de Planck est la relation universelle entre le moment et la longueur qui d&#233;finit la nature ondulatoire de la mati&#232;re. Il s'agit de deux concepts r&#233;solument r&#233;ductionnistes et, pour d&#233;terminer leur valeur, on recourt traditionnellement &#224; de gigantesques machines (...). Or, il s'av&#232;re que la valeur la plus pr&#233;cise ne vient pas de ces machines, mais simplement d'une combinaison des constantes de Josephson et de Van Klitzing, dont la mesure n'exige rien de plus compliqu&#233; qu'un cryor&#233;frig&#233;rateur et un voltm&#232;tre. Cette d&#233;couverte a &#233;t&#233; une immense surprise, car les &#233;chantillons sur lesquels on mesure les effets Josephson et Von Klitzing sont extr&#234;mement imparfaits : ils regorgent d'impuret&#233;s chimiques, d'atomes d&#233;plac&#233;s et de structures atomiques complexes comme les fronti&#232;res de grains et les morphologies de surface, autant de facteurs qui auraient d&#251; perturber les mesures au niveau d'exactitude rapport&#233;. Le fait m&#234;me qu'ils ne le font pas PROUVE que de puissants principes d'organisation sont &#224; l'&#339;uvre. L'une des raisons pour lesquelles les physiciens parlent si rarement de la nature collective des mesures des constantes fondamentales, c'est qu'elle a des implications vraiment troublantes. En effet, puisque notre connaissance du monde physique repose sur la certitude exp&#233;rimentale, il est logique d'associer la v&#233;rit&#233; la plus forte &#224; la mesure la plus s&#251;re. Il faut donc en conclure qu'un effet collectif est plus vrai que les r&#232;gles microscopiques dont il serait cens&#233; d&#233;pendre&#8230; Dans le cas de la temp&#233;rature, quantit&#233; qui n'a jamais eu de d&#233;finition r&#233;ductionniste (une seule mol&#233;cule, un seul atome, une seule particule ou un trop petit nombre d'entre eux ne d&#233;finit aucune temp&#233;rature), cette conclusion est facile &#224; comprendre et &#224; accepter. (&#8230;) Mais, pour la charge de l'&#233;lectron, c'est une autre affaire. Nous avons pris l'habitude de la penser comme un &#233;l&#233;ment de base, un &#171; cube de construction &#187; de la nature, qui n'exigerait aucun contexte collectif pour avoir un sens. Les exp&#233;riences en question r&#233;futent cette affirmation, assur&#233;ment. Elles r&#233;v&#232;lent que la charge de l'&#233;lectron n'a de sens qu'au sein d'un contexte collectif : soit le vide de l'espace qui modifie cette charge de la m&#234;me fa&#231;on qu'il modifie les longueurs d'onde des atomes, soit une mati&#232;re dont les propres effets pr&#233;viennent ceux du vide. Ce r&#244;le pr&#233;ventif de la mati&#232;re signifie n&#233;cessairement que les principes organisationnels &#224; l'&#339;uvre sont les m&#234;mes dans son cas et dans celui du vide, sinon les effets tiendraient du miracle. L'&#233;nigme de la charge de l'&#233;lectron, en fait, n'est pas unique. TOUTES les constantes fondamentales exigent un contexte environnemental pour faire sens. Dans la pratique, la distinction entre quantit&#233;s r&#233;ductionnistes et quantit&#233;s &#171; &#233;mergentistes &#187; en physique n'existe pas. (&#8230;) La loi physique universelle est l'iceberg dont la constante physique est la pointe &#233;merg&#233;e. (&#8230;) Comme pour les mesures universelles exactes nous avons tendance &#224; distinguer lois d'origine microscopique et lois d'origine collective, tout en les qualifiant de &#171; fondamentales &#187; dans les deux cas. Et, comme pour les constantes, la diff&#233;rence entre ces deux cat&#233;gories s'&#233;vanouit lorsqu'on regarde les exp&#233;riences de pr&#232;s. Au fil des ans, tandis que s'allongeaient la liste des succ&#232;s des lois de Newton, on a commenc&#233; &#224; en faire un usage sp&#233;culatif. (&#8230;) Exemple : la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz postule que le gaz est compos&#233; d'atomes qui ob&#233;issent aux lois de Newton, avec des forces r&#233;pulsives &#224; faible port&#233;e qui les am&#232;nent &#224; se caramboler les uns les autres comme des boules de billard. Elle calcule alors que ces atomes mythiques ont une forte tendance &#224; &#234;tre enchev&#234;tr&#233;s par leurs collisions dans des dispositions al&#233;atoires. (&#8230;) Mais ce raisonnement a un vice &#233;vident : le comportement qui sert &#224; mettre &#224; l'&#233;preuve l'hypoth&#232;se est peut-&#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne collectif universel. Si c'est le cas, la mesure est fondamentalement insensible aux suppositions microscopiques, telle l'existence des atomes, et ne peut donc absolument pas les v&#233;rifier. (&#8230;) Les lois de Newton, en fait, sont fausses &#224; l'&#233;chelle des atomes. Au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, on a d&#233;couvert que les atomes, les mol&#233;cules et les particules subatomiques sont d&#233;crits par les lois de la m&#233;canique quantique &#8211; r&#232;gles si diff&#233;rentes de celles de Newton que les scientifiques ont d&#251; faire de gros efforts pour trouver les mots susceptibles de les formuler convenablement. (&#8230;) Donc il s'av&#232;re que les l&#233;gendaires lois de Newton sont &#233;mergentes. Elles n'ont rien de fondamental, mais r&#233;sultent de l'agr&#233;gation de la mati&#232;re quantique en fluides et en solides macroscopiques &#8211; un ph&#233;nom&#232;ne organisationnel collectif. (&#8230;) J'ai &#233;t&#233; &#233;clair&#233; pour la premi&#232;re fois sur la nature &#233;mergente des lois de Newton en lisant le c&#233;l&#232;bre article de P.W. Anderson &#171; More is different &#187; (Plus, c'est autre chose). Anderson avait compris (&#8230;) que le comportement supraconducteur nous r&#233;v&#232;le, par son exactitude, que la r&#233;alit&#233; quotidienne est un ph&#233;nom&#232;ne d'organisation collective. Les &#233;tats de la mati&#232;re &#8211; dont les plus connus sont le liquide, le gazeux et le solide &#8211; dont des ph&#233;nom&#232;nes organisationnels. Beaucoup sont surpris de l'apprendre puisqu'ils paraissent si fondamentaux et familiers, mais c'est la pure v&#233;rit&#233;. (&#8230;) Si l'organisation d'un solide cristallin &#8211; l'arrangement ordonn&#233; des atomes en r&#233;seau &#8211; faisait faux bond, la rigidit&#233; s'&#233;vanouirait, car sous cette structure il n'y a aucun actif physique. (&#8230;) Paradoxalement, l'extr&#234;me fiabilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes li&#233;s aux &#233;tats de la mati&#232;re fait d'eux le pire cauchemar des r&#233;ductionnistes (&#8230;). Un ph&#233;nom&#232;ne exact tel que la rigidit&#233; ne peut pas du tout d&#233;pendre des d&#233;tails. De plus, si certains aspects des &#233;tats de la mati&#232;re sont universels, donc faciles &#224; pr&#233;voir, d'autres, comme l'&#233;tat que l'on a dans telles ou telles conditions, ne le sont pas. L'eau est un cas particuli&#232;rement embarrassant. La glace de l'eau ordinaire pr&#233;sente, au dernier d&#233;compte (le nombre continue d'augmenter avec les nouvelles d&#233;couvertes), onze &#233;tats cristallins distincts, dont aucun n'a &#233;t&#233; correctement pr&#233;dit &#224; partir des principes premiers. (&#8230;) Les &#233;tats sont un cas d'&#233;mergence &#233;l&#233;mentaire et bien &#233;tudi&#233;, qui d&#233;montre de fa&#231;on convaincante que la nature a des murs d'&#233;chelle : les r&#232;gles microscopiques peuvent &#234;tre parfaitement vraies mais sans aucune pertinence pour les ph&#233;nom&#232;nes macroscopiques car ce que nous mesurons leur est insensible ou au contraire trop sensible. Bizarrement, c'est parfois les deux &#224; la fois. Par exemple, il est actuellement trop difficile de calculer &#224; partir de rien quel &#233;tat cristallin de la glace va se former &#224; une temp&#233;rature et sous une pression donn&#233;es, mais il n'y a aucun besoin de calculer les propri&#233;t&#233;s macroscopiques d'un &#233;tat donn&#233;, parce qu'elle sont enti&#232;rement g&#233;n&#233;riques. (&#8230;) Il y a quantit&#233; d'autres exemples quotidiens de l'exactitude cr&#233;&#233;e par les &#233;tats. (&#8230;) L'exemple le plus simple d'exactitude &#233;mergente est la r&#233;gularit&#233; des r&#233;seaux cristallins, l'effet qui, en derni&#232;re analyse, assure la rigidit&#233; des solides. L'ordre atomique des cristaux peut &#234;tre parfait &#224; des &#233;chelles d'une longueur &#233;poustouflante - dans de tr&#232;s bons &#233;chantillons, jusqu'&#224; cent millions d'espacement interatomiques. (&#8230;) L'aspect le plus stup&#233;fiant du r&#233;seau cristallin, c'est qu'il reste exact quand la temp&#233;rature monte. (&#8230;) M&#234;me dans de bons cristaux, chaque atome est toujours en train de bouger , donc toujours l&#233;g&#232;rement d&#233;cal&#233; par rapport &#224; son emplacement id&#233;al dans le r&#233;seau &#224; quelque moment qu'on l'observe &#8211; c'est la signification physique de la chaleur. La preuve que ce mouvement existe, c'est qu'une fraction des rayons X diffus&#233;s sur un &#233;chantillon est renvoy&#233;e avec un l&#233;ger changement de longueur d'onde (&#8230;). Mais, surprise, cet effet ne brouille pas les angles de d&#233;viation pr&#233;cis des rayons X. (&#8230;) C'est que la localisation d'un atome continue de pr&#233;dire la localisation d'un autre &#8211; avec un peu d'incertitude &#8211; arbitrairement loin dans la structure. Les erreurs de position ne s'accumulent pas. (&#8230;) Les positions de r&#233;seau d'un solide ont manifestement un sens exact m&#234;me quand les atomes ne s'y trouvent pas exactement. L'exactitude du &#171; registre &#187; du r&#233;seau sur longue distance explique la soudainet&#233; de la fonte. L'aptitude d'un atome &#224; pr&#233;dire la position d'un autre arbitrairement loin ne peut pas &#234;tre partielle, pas plus qu'une femme ne peut &#234;tre partiellement enceinte. Quand cette pr&#233;dictibilit&#233; est l&#224;, la simple logique nous dit que les autres propri&#233;t&#233;s qu'on associ&#233; normalement aux solides, telles la forme et l'&#233;lasticit&#233;, doivent l'&#234;tre aussi. Elles ne peuvent donc &#234;tre perdues que sur le mode de la &#171; catastrophe &#187;. Il y a malheureusement, des malentendus constants quant &#224; l'importance de cette exactitude dans la nature de l'&#233;tat solide. La plupart des substances ne sont pas parfaitement r&#233;guli&#232;res &#8211; m&#234;me les m&#233;taux r&#233;els, qui doivent &#224; des imperfections structurelles et chimiques nombre de leurs propri&#233;t&#233;s utiles &#224; l'ing&#233;nieur. (&#8230;) Une fois que l'on sait ce qu'il faut chercher, il devient facile de d&#233;montrer la nature organisationnelle d'&#233;tats autres que le solide. On rep&#232;re sans ambigu&#239;t&#233; un &#233;tat collectif de la mati&#232;re lorsqu'un ou plusieurs comportements sont exacts dans un vaste agr&#233;gat mais inexacts, ou inexistants, dans un petit. Puisque le comportement est exact, il ne peut pas changer progressivement lorsqu'on fait varier des conditions ext&#233;rieures comme la pression ou la temp&#233;rature : il ne peut changer qu'abruptement, dans une transition d'&#233;tat. Une signature claire et nette du ph&#233;nom&#232;ne organisationnel, c'est donc une transition d'&#233;tat brutale. Mais la transition elle-m&#234;me n'est qu'un sympt&#244;me. L'important n'est pas la transition, c'est l'exactitude &#233;mergente qui la n&#233;cessite. Les transitions de la glace, fonte et sublimation, signalent la destruction de l'ordre cristallin et son remplacement par un autre ensemble de comportements exacts collectivement baptis&#233; &#171; hydrodynamique &#187;. (&#8230;) Comme les lois de la rigidit&#233; dans les solides, celles de l'hydrodynamique deviennent toujours plus exactes quand on les mesure &#224; une plus grande &#233;chelle de longueur et de temps, et s'&#233;vanouissent &#224; la limite oppos&#233;e.Un examen attentif r&#233;v&#232;le que le nombre d'atomes est n&#233;cessairement trop grand, car le dispositif ne fonctionnerait pas s'il &#233;tait petit. D&#233;tecter la d&#233;sint&#233;gration radioactive d'un atome au moyen d'un autre atome, par exemple, n'a pas de sens, puisque cela reviendrait &#224; substituer un minuscule objet non mesurable &#224; un autre. (&#8230;) Il y a quelque chose dans le concept humain de mesure qui exige que l'appareil soit grand. (&#8230;) Tous les d&#233;tecteurs quantiques sont faits de solides, donc tous exploitent cette caract&#233;ristique de l'&#233;tat solide qu'est la brisure de sym&#233;trie, effet qui ne se produit que dans la limite de la grande dimension. Une observation, pour se qualifier comme telle selon la d&#233;finition humaine traditionnelle, ne doit pas modifi&#233;e par l'acte d'observer. (&#8230;) Von Klitzing a d&#233;couvert quelque chose qui n'aurait pas d&#251; exister &#8211; ce qui nous rappelle brutalement que notre compr&#233;hension du monde st limit&#233;e, que nos pr&#233;jug&#233;s ne sont pas des lois (&#8230;) &#8211; une mesure qui devenait anormalement stable sur toute une gamme d'intensit&#233;s du champ magn&#233;tique. (&#8230;) La d&#233;couverte de cette constance inattendue, personne ne l'avait pr&#233;dite. (&#8230;) Lorsqu'on approche un aimant d'un fil &#233;lectrique o&#249; passe un courant, une tension perpendiculaire &#224; la direction du courant appara&#238;t. Elle fait parce que les &#233;lectrons qui passent dans le conducteur sont d&#233;vi&#233;s par l'aimant, exactement comme ils le seraient &#224; l'air libre. Ils s'accumulent donc d'un seul c&#244;t&#233; du fil, jusqu'au moment o&#249; la tension de r&#233;action qu'ils g&#233;n&#232;rent &#233;quilibre exactement la d&#233;viation magn&#233;tique. On appelle ce ph&#233;nom&#232;ne l'effet Hall. (&#8230;) Aux temp&#233;ratures ordinaires, (&#8230;) le rapport entre la r&#233;sistance de Hall et la densit&#233; est en ligne droite. Mais &#224; des temp&#233;ratures tr&#232;s basses, ce n'est plus une ligne droite mais une ligne qui fr&#233;tille. Dans le cas du type particulier de semi-conducteurs qu'&#233;tudiait Von Klitzing &#8211; des transistors &#224; effet de champ, ces fr&#233;tillements se muent en un escalier aux marches extr&#234;mement aplaties quand on baisse la temp&#233;rature. (&#8230;) Von Klitzing a pris conscience du fait que la valeur de la r&#233;sistance de Hall &#233;tait une combinaison de constantes fondamentales &#8211; la valeur indivisible de la charge &#233;lectrique e, la constante de Planck h et la vitesse de la lumi&#232;re c, autant d'&#233;l&#233;ments que nous concevons comme les composantes de base de l'univers. (&#8230;) Nous savions tous que les &#233;chantillons de Von Klitzing &#233;taient imparfaits, donc nous nous attendions &#224; des variations. Lorsqu'on fabrique des semi-conducteurs, il y a toujours des diff&#233;rences incontr&#244;lables &#8211; d&#233;fauts structurels du r&#233;seau cristallin, dopants incorpor&#233;s de fa&#231;on al&#233;atoire, oxydes amorphes &#224; la surface, bords irr&#233;guliers laiss&#233;s par la lithographie optique, petits bouts de m&#233;tal &#233;parpill&#233;s sur la surface par des fers &#224; souder d&#233;ficients quand on fixe les fils &#233;lectriques, etc. (&#8230;) L'effet Hall quantique, en fait, est un magnifique exemple de perfection &#233;mergeant de l'imperfection. L'indice crucial qui le montre, c'est que l'exactitude de la quantification &#8211; c'est-&#224;-dire l'effet lui-m&#234;me &#8211; dispara&#238;t si l'&#233;chantillon est trop r&#233;duit. Les ph&#233;nom&#232;nes collectifs sont courants dans la nature et occupent aussi une place centrale dans la physique moderne, donc, de ce point de vue, ce qui se passe ici n'est ni sans pr&#233;c&#233;dent ni difficile &#224; comprendre. Mais l'exactitude extr&#234;me de l'effet de von Klitzing rend sa nature collective incontestable, et son importance particuli&#232;re est l&#224;. (&#8230;) Si l'effet Hall quantique a lev&#233; le rideau sur l'&#232;re de l'&#233;mergence, la d&#233;couverte de l'effet Hall quantique fractionnaire a &#233;t&#233; l'ouverture de l'op&#233;ra. (&#8230;) Dan Tsui et Horst Str&#246;mer l'ont d&#233;couvert par accident en cherchant des preuves de cristallisation de l'&#233;lectron. (&#8230;) L'effet Hall quantique fractionnaire r&#233;v&#232;le que des quanta apparemment invisibles &#8211; en l'occurrence la charge de l'&#233;lectron e &#8211; peuvent &#234;tre fragment&#233;s dans le cadre de l'auto-organisation d'&#233;tats. Autrement dit, les &#233;l&#233;ments fondamentaux ne sont pas n&#233;cessairement fondamentaux. (&#8230;) L'observation des plateaux tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment quantifi&#233;s de l'effet Hall quantique fractionnaire prouvait l'existence de nouveaux &#233;tats de la mati&#232;re o&#249; des excitations &#233;l&#233;mentaires &#8211; des particules &#8211; &#233;taient porteuses d'une fraction exacte de e. (&#8230;) La grande question que pose implicitement la d&#233;couvert de Von Klitzing n'est pas : &#171; La loi physique existe-t-elle ? &#187; mais &#171; Qu'est-ce que la loi physique, d'o&#249; vient-elle et quels sont ses effets ? &#187; Du point de vue r&#233;ductionniste, la loi physique est l'impulsion causale de l'univers, elle vient de nulle part et tout est son effet. Du point de vue &#233;mergentiste, la loi physique est une r&#232;gle de comportement collectif, elle est une cons&#233;quence de r&#232;gles de comportement plus primitives &#224; l'&#233;tage en dessous (&#8230;). La vraie physique est toujours inductive, aucun ph&#233;nom&#232;ne organisationnel collectif &#8211; m&#234;me aussi &#233;l&#233;mentaire que la cristallisation et le magn&#233;tisme &#8211; n'a jamais &#233;t&#233; d&#233;duit (&#8230;). La constance des effets Meissner et Josephson en est une preuve exp&#233;rimentale : un principe d'organisation est &#224; l'&#339;uvre dans les supraconducteurs, celui que nous assimilons aujourd'hui &#224; la multiplicit&#233; de Schrieffer et que nous appelons la &#171; brisure de sym&#233;trie du superfluide &#187;. (&#8230;) Le combat sur la th&#233;orie de la supraconductivit&#233; a &#233;t&#233; l'un des plus longs et des plus &#226;pres de l'histoire de la science, essentiellement parce que le probl&#232;me central &#233;tait conceptuel. (&#8230;) C'est triste &#224; dire, mais la machinerie de la science n'est pas con&#231;ue pour traiter les concepts, mais seulement les faits et les technologies. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=%C3%A9mergence+de+structure+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur l'&#233;mergence&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;ei=j39AW6qkPMPZU6rIstAE&amp;q=auto-organisation+de+la+mati%C3%A8re+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;oq=auto-organisation+de+la+mati%C3%A8re+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_l=psy-ab.3...44186.54546.0.54695.35.34.1.0.0.0.135.2337.28j1.29.0....0...1.1.64.psy-ab..5.0.0....0._wTCC3qkYJI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur l'auto-organisation de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;ei=yH9AW7fWHYKjU5K2r4AI&amp;q=transitions+de+phase+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;oq=transitions+de+phase+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_l=psy-ab.3...30896.34910.0.35073.20.20.0.0.0.0.114.1776.16j4.20.0....0...1.1.64.psy-ab..1.0.0....0._lms-ymPsJE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur les transitions de phase&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur les r&#233;volutions de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3945&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur l'histoire de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article449&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'auto-organisation ou l'ordre spontan&#233;ment issu du d&#233;sordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=%C3%A9quilibre+ponctu%C3%A9+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;quilibre ponctu&#233; de r&#233;volutions, dans le domaine de l'&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;ei=0IlAW8iRA4iSU_uVmIAI&amp;q=r%C3%A9volutions+du+vivant+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;oq=r%C3%A9volutions+du+vivant+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_l=psy-ab.3...30543.34486.0.34711.21.21.0.0.0.0.197.2227.8j12.20.0....0...1.1.64.psy-ab..4.0.0....0.M4WisJ9tYg4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volutions du vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La dialectique des transitions de phase</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article5996</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article5996</guid>
		<dc:date>2018-05-29T22:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Atome</dc:subject>
		<dc:subject>Emergence</dc:subject>
		<dc:subject>Contradictions</dc:subject>
		<dc:subject>Criticalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Auto-organisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La dialectique des transitions de phase &lt;br class='autobr' /&gt;
[Qu'est-ce qu'une transition de phase ? &gt; http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565] &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que la dialectique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Un lecteur nous &#233;crit : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourtant, la mati&#232;re n'est pas si dialectique que cela : par exemple, elle se divise en &#233;tat solide, &#233;tat liquide et &#233;tat gazeux et on peut dire qu'elle est ou solide ou (exclusif) liquide ou (exclusif) gazeux, alors que, pour la dialectique, il n'y a pas de &#171; ou exclusif &#187;. On ne peut pas, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique7" rel="directory"&gt;Chapter 05 : Nature's discontinuites make jumps and gaps - Les discontinuit&#233;s de la mati&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot64" rel="tag"&gt;Atome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;Emergence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;Contradictions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot80" rel="tag"&gt;Criticalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot84" rel="tag"&gt;Auto-organisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dialectique des transitions de phase&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'une transition de phase ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que la dialectique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un lecteur nous &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pourtant, la mati&#232;re n'est pas si dialectique que cela : par exemple, elle se divise en &#233;tat solide, &#233;tat liquide et &#233;tat gazeux et on peut dire qu'elle est ou solide ou (exclusif) liquide ou (exclusif) gazeux, alors que, pour la dialectique, il n'y a pas de &#171; ou exclusif &#187;. On ne peut pas, en conception dialectique h&#233;g&#233;lienne, r&#233;pondre &#171; par oui ou par non &#187; &#224; la question est-ce un &#233;tat ou un autre, mais on le peut pour l'&#233;tat de la mati&#232;re. L'univers est fond&#233; sur la mati&#232;re et la lumi&#232;re et, l&#224; encore, il ne semble pas que la dialectique fonctionne puisqu'on a soit de la mati&#232;re (fermions) soit de la lumi&#232;re (bosons) et que les deux ob&#233;issent &#224; des lois oppos&#233;es. Est-on, l&#224; aussi, dans du diam&#233;tral ou dans du dialectique ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il existe un &#233;tat solide, avec un saut sans &#233;tape interm&#233;diaire pour le passage au liquide et inversement, mais d&#233;j&#224; les &#233;tats liquide et gazeux ne se sont pas r&#233;v&#233;l&#233;s aussi s&#233;par&#233;s et oppos&#233;s qu'on le pensait autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me pour le solide et le liquide, la s&#233;paration et l'opposition ne sont pas aussi diam&#233;trales qu'on pourrait le croire. Et cela pour de multiples raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, on peut donner de nombreux exemples de situations o&#249; on serait bien en peine de r&#233;pondre par oui ou par non : est-ce un solide ou (exclusif) est-ce un liquide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par m&#233;langer suffisamment un solide et un liquide, par exemple en prenant un solide en poudre capable de former une p&#226;te avec le liquide, par exemple en prenant de la poudre de noisette (une m&#233;thode classique en p&#226;tisserie !). La p&#226;te est &#224; la fois liquide et solide, suivant les propri&#233;t&#233;s que l'on examine, et, en fait, ni liquide ni solide (un peu comme pour la dualit&#233; onde/corpuscule pour laquelle on ne peut pas non plus r&#233;pondre par un &#171; ou exclusif &#187; &#224; une &#171; question par oui ou par non &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut prendre un autre exemple : la mayonnaise ou n'importe quelle sorte d'&#233;mulsion. Elle non plus ne permet pas de r&#233;pondre par oui ou par non sur la question : solide ou liquide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons maintenant la transition &#224; la surface de la mer, entre le liquide-eau et l'atmosph&#232;re charg&#233;e en eau. Sommes-nous, &#224; la s&#233;paration, dans un liquide ou dans un gaz ? Impossible d'y r&#233;pondre en supprimant l'une des r&#233;ponses. On est dans les deux et dans aucun des deux ! C'est bel et bien dialectique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un liquide dans un &#233;tat o&#249; il est plein de petites bulles. Est-il liquide ou gazeux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons maintenant un &#233;tat de la glace de la zone polaire dans laquelle la mer est pleine de petits gla&#231;ons m&#233;lang&#233;s d'eau. Avons-nous l&#224; un solide (la glace) ou un liquide (la mer) ? Les deux et, en m&#234;me temps, aucun des deux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, nous sommes accoutum&#233;s aux transitions brutales de l'eau qui passe d'un coup de l'&#233;tat solide &#224; l'&#233;tat liquide, et d'un autre saut de l'&#233;tat liquide &#224; l'&#233;tat gazeux, et inversement. Cependant, dans certaines conditions de temp&#233;ratures et de pression et pour certains mat&#233;riaux, ces transitions brutales n'existent pas et on ne peut pas d&#233;finir nettement la transition. Et, en m&#234;lant certains mat&#233;riaux, l'eau elle-m&#234;me peut se retrouver un solide au-del&#224; de sa temp&#233;rature de fusion et est alors dans un &#233;tat qui avoisine le solide et le liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas encore fini : il existe des &#233;tats interm&#233;diaires entre solide et liquide, comme les plasmas, les fluides supercritiques, les &#233;tats amorphes, les cristaux liquides, les polyphasiques (comme les &#233;mulsions), les verres, les p&#226;tes, les gels, et on en passe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me pour l'opposition entre fermions et bosons (disons entre grains de mati&#232;re et grains de lumi&#232;re), elle n'est nullement diam&#233;trale. Tout d'abord, les grains de mati&#232;re sont constamment environn&#233;s de grains de lumi&#232;re et ils en &#233;mettent ou en absorbent sans cesse. L'opposition est donc loin d'&#234;tre diam&#233;trale entre mati&#232;re et lumi&#232;re qui sont interd&#233;pendants et interconnect&#233;s. Sans les grains de lumi&#232;re, il n'y aurait m&#234;me pas d'interaction mati&#232;re-mati&#232;re puisque les mati&#232;res (fermions) ont la propri&#233;t&#233; de ne pas entrer en contact (n'ayant pas le droit d'avoir un m&#234;me &#233;tat dans une m&#234;me position). La mati&#232;re ne pourrait pas exister sans &#233;mettre et absorber de la lumi&#232;re. Et la lumi&#232;re ne pourrait pas exister sans &#234;tre &#233;mise par la mati&#232;re. D'autre part, mati&#232;re et lumi&#232;re peuvent parfaitement s'&#233;changer l'un en l'autre. On a donc une opposition qui n'est pas diam&#233;trale et est de type dialectique. Quant &#224; la question de toujours pouvoir r&#233;pondre par oui ou par non &#224; la question : ou (exclusif) un fermion ou (exclusif) un boson, ce n'est pas possible dans un grand nombre de situations. Par exemple, quand il y a choc tr&#232;s &#233;nerg&#233;tique de deux grains de mati&#232;re, on ne peut pas dire d'avance ce qui va en sortir : des grains de mati&#232;re ou des grains de lumi&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nuage lui-m&#234;me, &#233;l&#233;ment fondamental du climat atmosph&#233;rique, est d&#233;j&#224; une structure dynamique &#233;mergente et contradictoire. Il est fond&#233; sur l'eau vapeur et sur l'eau liquide. Les deux sont des phases oppos&#233;es des &#233;tats de l'eau. Normalement les deux s'opposent : ou l'eau est sous forme vapeur ou elle est sous forme liquide, sans parler des cas encore oppos&#233;s o&#249; elle est sous forme de cristaux solides. Mais cette opposition directe apparente cache l'interaction permanente, les changements d'&#233;tats, permanents aussi. C'est d'ailleurs ce qui explique qu'une telle masse d'eau tienne dans l'air en recevant l'&#233;nergie du rayonnement solaire. Normalement une telle masse d'eau devrait chuter instantan&#233;ment du fait de la gravitation. Les gouttes d'eau tombent effectivement mais en tombant elles se r&#233;chauffent et vaporisent, remontent et ainsi de suite forment un mouvement collectif qui donne cette impression d'un nuage fixe et stable alors que c'est une structure &#233;mergente issue de ph&#233;nom&#232;nes contradictoires se combattant sans cesse : changements d'&#233;tat, &#233;changes d'&#233;nergie, &#233;changes &#233;lectriques, etc... Ensuite, il y a le lien entre les mers et oc&#233;ans et les nuages. Plus le soleil r&#233;chauffe la surface des mers, plus se forment des nuages par vaporisation puis condensation, puis, &#224; nouveau, au sein du nuage des condensations et vaporisations oppos&#233;es et successives. Mais les nuages, qui sont un produit du r&#233;chauffement solaire, ont surtout un effet de refroidissement puisqu'ils bloquent les rayons solaires et les emp&#234;chent d'arriver &#224; la surface terrestre. Mais, l&#224; aussi, ce ph&#233;nom&#232;ne contient en lui-m&#234;me sa propre contradiction puisque les nuages sont aussi la principale cause du fameux effet de serre et donc de r&#233;chauffement car les rayons solaires re&#231;us par la surface terrestre ne sont en partie r&#233;&#233;mis qu'&#224; un autre niveau d'&#233;nergie qui, lui, ne passe pas la barri&#232;re des nuages et cette &#233;nergie reste donc dans l'atmosph&#232;re terrestre. Mais c'est un terrible contresens de faire de cet effet de serre un ph&#233;nom&#232;ne sans contradiction interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est plus si courant de dresser un parall&#232;le entre philosophie dialectique (celle de Hegel ou de Marx) et physique de la mati&#232;re. A l'&#233;poque de ces deux grands dialecticiens, l'exemple dialectique qui crevait les yeux &#233;tait celui des changements d'&#233;tat de l'eau, en transition entre ses phases solide (la glace ou la neige), liquide et gazeuse (la vapeur d'eau). Les dialecticiens l'avaient pris en exemple parce qu'on y trouvait des changements brutaux et spontan&#233;s, dans des exp&#233;riences accessibles &#224; tous et permettant le raisonnement philosophique sur le mode du changement. On a tous vu un gla&#231;on dans de l'eau liquide, tous vu de la vapeur d'eau s'&#233;chappant d'une casserole, tous vu l'eau bouillir et l'eau geler. C'est &#224; la fois courant et &#233;tonnant. Car on peut r&#233;fl&#233;chir sur le caract&#232;re &#224; la fois apparemment continu (l'&#233;volution de temp&#233;rature) et discontinu (le changement brutal de structure lors de la transition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut alors poser la question : les oppositions entre phases (et leurs propri&#233;t&#233;s) des &#233;tats de la mati&#232;re sont-elles dialectiques (les contraires &#233;tant int&#233;gr&#233;s dans la m&#234;me structure) ou diam&#233;trales (propres &#224; des dichotomies qui s&#233;parent les oppos&#233;s) ? Le changement est-il int&#233;rieur ou produit de l'ext&#233;rieur ? Cela revient &#224; demander si la nature suit une philosophie du tiers exclus, &#171; ou bien&#8230; ou bien&#8230; &#187;, ou une philosophie dans laquelle les contraires coexistent, se lient entre eux, se transforment sans cesse l'un dans l'autre, sont ins&#233;parables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela revient &#224; poser la question : est-ce une action ext&#233;rieure qui change une phase en son contraire, ou bien est-ce une transformation interne de la structure de la mati&#232;re sans changement du contenu de la mati&#232;re elle-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, au premier abord, si on raisonne sur des d&#233;finitions abstraites au lieu de raisonner sur la dynamique qui les produit, on pourrait dire que le solide s'oppose au liquide ou au gaz par des propri&#233;t&#233;s diff&#233;rentes qualitativement. Un gaz, ce n'est pas un solide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la physique nous apprend que la mati&#232;re, dans son contenu, est rest&#233;e inchang&#233;e. Ce sont exactement les m&#234;mes mol&#233;cules, les m&#234;mes atomes, sans aucun changement d'aucune sorte de leur contenu, de leurs propri&#233;t&#233;s, de leurs param&#232;tres internes. La m&#234;me mati&#232;re propose donc plusieurs structures possibles et est capable spontan&#233;ment de sauter d'une structure &#224; une autre. La chaleur ne change que les liaisons entre mol&#233;cules et pas le contenu des mol&#233;cules ou leurs propri&#233;t&#233;s. C'est l'&#233;nergie des interactions entre mol&#233;cules qui est modifi&#233;e et qui, &#224; un seuil, transforme la forme de la structure stable des interactions. Non seulement, les mol&#233;cules peuvent aussi bien se retrouver sous forme solide que liquide ou gazeuse, et elles n'ont pas chang&#233; elles-m&#234;mes, mais le changement se r&#233;alise spontan&#233;ment sans apport ext&#233;rieur. Ainsi, la mol&#233;cule d'eau (mais ce n'est qu'un exemple) contient aussi bien la potentialit&#233; d'&#234;tre un solide, un liquide ou un gaz. Et on peut m&#234;me avouer d&#232;s maintenant qu'il contient plusieurs structures solides, et plusieurs autres structures que les trois pr&#233;c&#233;dentes, des structures &#171; interm&#233;diaires &#187; comme l'&#233;tat surfondu. Et cependant, il ne faut surtout pas croire qu'un changement d'&#233;tat passerait contin&#251;ment par une s&#233;rie d'&#233;tats interm&#233;diaires. Ce n'est absolument pas le cas : c'est au contraire un exemple typique d'un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;crit par un param&#232;tre apparemment continu d'apport &#233;nerg&#233;tique et de temp&#233;rature externe (en interne, la mol&#233;cule et l'atome ne permettent pas de d&#233;finir une temp&#233;rature !) qui entra&#238;ne un changement tout &#224; fait discontinu et m&#234;me brutal&#8230; Tout au plus peut-on trouver finalement un peu plus de continuit&#233; dans le changement liquide-gaz (ce sont tous deux des fluides) que dans la transition solide-liquide (changement qualitatif indiscutable, discontinu et brutal). La question, on le notera, est loin de concerner seulement ce type de changements d'&#233;tat entre solide, liquide et gaz. Les transitions de phase sont un mode de transformation g&#233;n&#233;ral &#224; la mati&#232;re. Il concerne non seulement des structures macroscopiques (&#224; notre &#233;chelle) comme les &#233;tats de l'eau, mais aussi les structures microscopiques, quantiques. Il concerne jusqu'&#224; l'astrophysique et &#224; la cosmologie. Le paradigme de la transition de phase concerne toute la physique des changements d'&#233;tats. D&#233;finir le mode de pens&#233;e qui guide sa compr&#233;hension est donc un objectif scientifique d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas le seul point remarquable : il faut aussi noter que le changement n'est pas un changement unique et univoque. La plupart du temps, les phases coexistent et elles se transforment de mani&#232;re dynamique l'une dans l'autre en permanence. On peut seulement distinguer s'il y a plus de probabilit&#233; de transformations dans un sens que dans l'autre. Par exemple, un gla&#231;on baigne dans de l'eau liquide. Il y a sans cesse de la glace qui fond et de l'eau liquide qui se solidifie. Et les deux se produisent simultan&#233;ment et concurremment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, peut-on discuter, mais il finira par y avoir un &#233;quilibre stable qui sera soit de la glace soit du liquide, c'est-&#224;-dire qu'on retrouvera l'opposition diam&#233;trale, la dichotomie que l'on pr&#233;tendait disparue. Ce n'est pas n&#233;cessairement vrai : la coexistence des phases peut tout &#224; fait rester durable et m&#234;me permanente. L'&#233;quilibre peut ne jamais &#234;tre atteint parce que les changements ont lieu dans les deux sens. Les contraires ne se d&#233;truisent donc pas de mani&#232;re in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus remarquable est encore le fait qu'&#224; leur niveau, la mol&#233;cule et l'atome soient incapables de distinguer s'il appartient &#224; un liquide, &#224; un solide ou &#224; un gaz. Cela signifie que la structure n'&#233;merge des interactions qu'&#224; une certaine &#233;chelle sans laisser de traces aux &#233;chelons inf&#233;rieurs de la structure hi&#233;rarchique de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les phases sont donc des modes d'organisation &#233;mergeants, b&#226;tis sur la m&#234;me mati&#232;re, dans le m&#234;me &#233;tat fondamental et poss&#233;dant les m&#234;mes propri&#233;t&#233;s, mode d'organisation capable de sauter brutalement d'un &#233;tat &#224; un autre, en contradiction radicale avec le pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucun caract&#232;re &#171; solide &#187; (mat&#233;riel) &#224; la structuration des solides sous forme cristalline. Ce n'est rien d'autre qu'un mode d'organisation, une forme !!! Si la forme d'organisation saute, le changement qualitatif se produit imm&#233;diatement et on saute du solide au liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire, c'est qu'il existe des situations, rares mais r&#233;elles, o&#249; on ne peut pas dire clairement si c'est un solide ou un liquide, un liquide ou un gaz, ou encore deux autres types d'&#233;tats car rien ne les distingue alors ! Cela peut &#234;tre le cas lors de la transition ou du point triple. Mais cela peut aussi &#234;tre le cas dans toute une zone de temp&#233;ratures et de pressions o&#249; l'&#233;tat n'est plus distinct !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc trouver aucune opposition diam&#233;trale entre les &#233;tats de la mati&#232;re&#8230; Et pourtant, ils s'opposent !!! Leurs propri&#233;t&#233;s sont tr&#232;s clairement distinctes !!! Il s'agit donc bel et bien d'une opposition de type dialectique, celle o&#249; les contraires sont int&#233;gr&#233;s au sein de la m&#234;me structure, coexistent et m&#234;me sont indispensables les uns aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment Robert B. Laughlin expose l'affaire dans &#171; Un univers diff&#233;rent &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les &#233;tats de la mati&#232;re &#8211; dont les plus connus sont le liquide, le gazeux et le solide &#8211; sont des ph&#233;nom&#232;nes organisationnels. Beaucoup sont surpris de l'apprendre puisqu'ils paraissent si fondamentaux et familiers, mais c'est la pure v&#233;rit&#233;&#8230; Si l'organisation d'un solide cristallin &#8211; l'arrangement ordonn&#233; des atomes en r&#233;seau &#8211; fait faux bond, la rigidit&#233; s'&#233;vanouit, car sous cette structure-l&#224; il n'y a aucun actif physique. La propri&#233;t&#233; que nous valorisons, c'est l'ordre. Nous pr&#233;f&#233;rons, pour la plupart, ne pas penser que nous confions notre vie &#224; un mode d'organisation, mais nous le faisons tous les jours. Les &#233;conomies, par exemple, sont des ph&#233;nom&#232;nes purement organisationnels&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, si certains aspects des &#233;tats de la mati&#232;re sont universels, donc faciles &#224; pr&#233;voir, d'autres, comme l'&#233;tat que l'on a dans telles ou telles conditions, ne le sont pas &#8211; l'eau &#233;tant un cas particuli&#232;rement embarrassant. La glace de l'eau ordinaire pr&#233;sente, au dernier d&#233;compte (le chiffre continue d'augmenter avec les derni&#232;res d&#233;couvertes), onze &#233;tats cristallins distincts, dont aucun n'a &#233;t&#233; correctement pr&#233;dit &#224; partir des principes premiers. Le diagramme des phases de l'eau n'est pas encore compl&#232;tement connu, m&#234;me exp&#233;rimentalement. Les controverses sont expos&#233;es par Lobban, Finney et Kuhs dans &#171; Nature &#187; (1998) et Franks dans &#171; Water : A Matrix of Life &#187; (2000). Citons : &lt;a href=&#034;http://www.sbu.ac.uk/water/phase.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sbu.ac.uk/water/phase.html&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.cmmp.ac.uk/people/finney/soi.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cmmp.ac.uk/people/finney/soi.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tats sont un cas d'&#233;mergence &#233;l&#233;mentaire et bien &#233;tudi&#233;, qui d&#233;montre de fa&#231;on convaincante que la nature a des murs d'&#233;chelle : les r&#232;gles microscopiques peuvent &#234;tre parfaitement vraies mais sans aucune pertinence pour les ph&#233;nom&#232;nes macroscopiques, car ce que nous mesurons leur est insensible ou au contraire trop sensible. Bizarrement, c'est parfois les deux &#224; la fois. Par exemple, il est actuellement trop difficile de calculer &#224; partir de rien quel &#233;tat cristallin de la glace va se former &#224; une temp&#233;rature et sous une pression donn&#233;es, mais il n'y a aucun besoin de calculer les propri&#233;t&#233;s macroscopiques d'un &#233;tat donn&#233;, parce qu'elles sont enti&#232;rement g&#233;n&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut mesurer la gravit&#233; de ce probl&#232;me &#224; la difficult&#233; d'expliquer clairement comment on sait que les &#233;tats sont d'ordre organisationnel. Les preuves se r&#233;v&#232;lent toujours complexes, indirectes et regrettablement entrelard&#233;es de th&#233;ories &#8211; un peu comme celles de la sup&#233;riorit&#233; du produit dans une publicit&#233; pour une savonnette ou une voiture. La raison profonde est la m&#234;me dans les deux cas : le lien logique qui va des r&#233;alit&#233;s de base &#224; la conclusion n'est pas tr&#232;s substantiel. Ce dont nous sommes certains, c'est que les solides cristallins sont des r&#233;seaux d'atomes ordonn&#233;s &#8211; comme le r&#233;v&#232;le leur tendance &#224; d&#233;vier les rayons X &#224; des angles pr&#233;cis -, alors que les liquides et les gaz ne le sont pas. Nous savons aussi que les syst&#232;mes compos&#233;s de petits nombres d'atomes sont r&#233;gis par des lois du mouvement simples et d&#233;terministes et par rien d'autre. Nous savons &#233;galement que les tentatives pour d&#233;couvrir &#224; quelle &#233;chelle ces lois cessent de fonctionner ou sont supplant&#233;es par d'autres lois ont &#233;chou&#233;. Enfin, nous savons que les lois &#233;l&#233;mentaires ont en principe la capacit&#233; d'engendrer des &#233;tats et des transitions d'&#233;tats en tant que ph&#233;nom&#232;nes organisationnels&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quantit&#233; d'exemples quotidiens de l'exactitude cr&#233;&#233;e par les &#233;tats. Les liquides, par exemple, ne vont tol&#233;rer aucune diff&#233;rence de pression entre un point et un autre, sauf pour celle que cause la gravit&#233;. C'est une propri&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale de l'&#233;tat liquide, quelle que soit la composition du liquide dont il s'agit&#8230; L'&#233;tat liquide a une version &#233;lectronique, l'&#233;tat m&#233;tallique, qui ne tol&#232;re aucune diff&#233;rence de tension. L'exactitude de cette propri&#233;t&#233; des m&#233;taux est le principe qui permet la conduction de l'&#233;lectricit&#233; par des fils m&#233;talliques&#8230; Les &#233;tats liquide et m&#233;tallique ont tous deux des versions sp&#233;ciales &#224; basse temp&#233;rature, le superfluide et le supraconducteur, qui ont des comportements exacts encore plus impressionnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'exemple le plus simple d'exactitude &#233;mergente est la r&#233;gularit&#233; des r&#233;seaux cristallins, l'effet qui, en derni&#232;re analyse, assure la rigidit&#233; des solides. L'ordre atomique des cristaux peut &#234;tre parfait &#224; des &#233;chelles d'une longueur &#233;poustouflante &#8211; dans de tr&#232;s bons &#233;chantillons, jusqu'&#224; cent millions d'espacements interatomiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aspect le plus stup&#233;fiant de l'ordre cristallin, c'est qu'il reste exact quand la temp&#233;rature monte&#8230; Les propri&#233;t&#233;s qu'on associe normalement aux solides, telles que la forme et l'&#233;lasticit&#233;, se conservent et ne peuvent &#234;tre perdues que sur le mode de la &#171; catastrophe &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transitions de la glace, fonte et sublimation, signalent la destruction de l'ordre cristallin et son remplacement par un autre ensemble de comportements exacts collectivement baptis&#233; &#171; hydrodynamique &#187;. Les lois de l'hydrodynamique constituent une codification math&#233;matique pr&#233;cise de tout ce que nous associons intuitivement &#224; l'&#233;tat fluide, par exemple l'importance de la pression hydrostatique, la tendance &#224; l'&#233;coulement r&#233;gulier en r&#233;action aux diff&#233;rences de pression, et les r&#232;gles de la viscosit&#233;. Personne n'a jamais r&#233;ussi &#224; d&#233;duire ces lois de principes premiers, bien qu'il soit possible d'avancer des raisonnements tr&#232;s plausibles dans de nombreux cas. Comme pour la plupart des r&#233;alit&#233;s &#233;mergentes, nous y croyons parce que nous les observons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de la loi hydrodynamique aux longueurs d'onde &#233;lev&#233;es explique pourquoi l'onde de compression du son se propage universellement dans les fluides, et pourquoi la force de cisaillement d'un fluide est toujours tr&#232;s exactement de z&#233;ro&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fluides isotropes ne sont pas le &#171; contraire &#187; des solides, ils constituent l'un des nombreux &#233;tats possibles autres que le solide&#8230; Il y a d'autres &#233;tats possibles, plus rares : cristal liquide, &#233;tat hexatique, &#233;tat incompressible, &#233;tat supersolide... Ces &#233;tats bizarres sont rares, mais leur existence est importante, parce qu'elle d&#233;montre que les &#233;tats solide, liquide et gazeux qui nous sont familiers sont des cas particuliers d'une ph&#233;nom&#232;ne plus g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; exacte qui distingue l'eau liquide de la vapeur d'eau est quelque chose d'infiniment plus subtil : leur interface. L'eau et la vapeur paraissent si diff&#233;rentes qu'on imagine mal que les distinguer puisse poser probl&#232;me, mais parfois c'est difficile. Lorsqu'on augmente la pression de la vapeur au-dessus d'une marmite en train de bouillir (ce qui a pour effet secondaire d'&#233;lever la temp&#233;rature d'&#233;bullition), la surface tourbillonnante devient de plus en plus difficile &#224; voir et, &#224; une pression critique, elle dispara&#238;t. A cette pression-l&#224;, le liquide et la vapeur ont perdu leurs identit&#233;s s&#233;par&#233;es et on fusionn&#233; en un seul &#233;tat, le fluide, si bien qu'il n'y a pas de surface&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent qui distingue les &#233;tats liquide et gazeux n'est donc pas le d&#233;veloppement de l'ordre, mais le d&#233;veloppement d'une surface. Comme le r&#233;seau d'un solide cristallin ou les lois de l'hydrodynamique dans le fluide, cette surface et les r&#232;gles de son mouvement deviennent de mieux en mieux d&#233;finies aux grandes &#233;chelles de distance et de temps mais perdent leur signification &#224; la limite oppos&#233;e. C'est l'effet auquel nous devons les nuages, la pluie et la magnifique violence de la mer. (voir B.J. Mason, &#171; The Physics of Clouds &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait le plus important, et de loin, de l'organisation d'&#233;tat est de faire exister les objets. C'est un point d&#233;licat qu'il est facile de n&#233;gliger, puisque nous sommes habitu&#233;s &#224; penser la solidification en termes d'agglom&#233;ration de sph&#232;res newtoniennes. Mais les atomes ne sont pas des sph&#232;res newtoniennes, ce sont des entit&#233;s quantiques &#233;th&#233;r&#233;es auxquelles manque la plus centrale de toutes les propri&#233;t&#233;s d'un objet : une position identifiable. C'est pourquoi les tentatives pour d&#233;crire les atomes libres en termes newtoniens ont toujours abouti &#224; des absurdit&#233;s &#8211; on doit conclure, par exemple, qu'ils ne sont ni ici ni l&#224; mais simultan&#233;ment partout. C'est leur agglom&#233;ration en grands objets qui donne un sens &#224; une description newtonienne des atomes, et non l'inverse&#8230; Dans la brisure de sym&#233;trie, la mati&#232;re acquiert collectivement et spontan&#233;ment une propri&#233;t&#233; et une pr&#233;f&#233;rence qui n'existait pas dans les r&#232;gles ant&#233;rieures. Par exemple, lorsque des atomes s'ordonnent en cristal, ils acqui&#232;rent des positions privil&#233;gi&#233;es, mais ces positions n'avaient rien de privil&#233;gi&#233; avant la constitution du cristal. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucien S&#232;ve &#233;crit dans &#171; Sciences et dialectiques de la nature &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Qu'entre qualit&#233; et quantit&#233; il y ait passage conceptuel susceptible de reproduire des passages r&#233;els est chose si peu hypoth&#233;tique qu'existe une discipline scientifique dont c'est tout l'objet, la physique des transitions de phase. (&#8230;) L'&#233;tude des transitions de phase nous dispense bien des le&#231;ons (de dialectique). Etablissant que &#171; la distinction entre liquide et gaz n'est pas absolue &#187; et devient m&#234;me ind&#233;cidable dans cet entre-deux de l'ordre et du chaos qu'est le ph&#233;nom&#232;ne critique, elle illustre de saisissante fa&#231;on la pertinence d'une attitude dialectiquement critique envers les dichotomies tranch&#233;es de l'entendement, f&#251;t-ce celui de la physique classique. Sans doute faut-il pr&#233;ciser que si la dualit&#233; du liquide et du gaz recouvre une simple diff&#233;rence de degr&#233; dans la rubrique g&#233;n&#233;rale des fluides, il en va autrement de la diff&#233;rence qualitative entre liquide et solide. Mais cette distinction ne peut &#234;tre prise pour absolue, puisqu'existent entre ces deux phases nombre d'&#233;tats semi-organis&#233;s &#8211; cristaux liquides, quasi-cristaux, &#233;tats n&#233;matiques et smectiques&#8230; -, &#171; mati&#232;re molle &#187; pour laquelle &#171; le passage du solide au liquide s'effectue sur une plage de temp&#233;ratures assez &#233;tendues &#187;, comme l'&#233;crit de Gennes&#8230; Comme l'&#233;crit Hegel, le qualitativement nouveau &#171; n'est pas venu au jour &#224; partir du pr&#233;c&#233;dent &#187; mais imm&#233;diatement &#224; partir de lui-m&#234;me. Id&#233;e hardie et profonde, qui bouscule la pusillanimit&#233; &#224; penser la nouveaut&#233; essentielle du nouveau par rapport &#224; ses conditions pr&#233;alables, et pr&#233;figure certains usages contemporains du concept d'&#233;mergence. Or, cette question, la science des transitions de phase se l'est pos&#233;e &#224; son tour dans les termes de la physique. Peut-on expliquer les discontinuit&#233;s qui s'observent &#224; l'&#233;chelle macroscopique par exemple dans la vaporisation d'un liquide &#224; partir de sa structure microscopique ? Se produirait-il une &#171; modification brutale &#187; &#224; la temp&#233;rature de transition &#171; dans les interactions entre atomes &#187; dont le changement de phase serait le reflet ? La question, indique Roger Balian dans &#171; Le temps macroscopique &#187;, a &#233;t&#233; d&#233;finitivement tranch&#233;e : &#171; Rien &#224; l'&#233;chelle atomique ne distingue l'eau de sa vapeur ou de la glace ; leurs transformations mutuelles ne traduisent qu'un changement d'organisation de l'&#233;difice global, contr&#244;l&#233; seulement par deux param&#232;tres macroscopiques, la temp&#233;rature et la pression. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inexistence de contraires diam&#233;traux poussent &#224; voir de la dialectique dans la physique des changements de phase de la mati&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boukharine &#233;crit ainsi dans &#171; La th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Hegel parle du passage de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233;. Nous allons l'expliquer par un exemple tr&#232;s simple. Supposons que nous chauffions de l'eau. Aussi longtemps que la temp&#233;rature reste inf&#233;rieure &#224; 100, elle ne bout pas et ne se transforme pas en vapeur. Ses parcelles s'agitent de plus en plus rapidement, mais elles ne surgissent pas &#224; sa surface &#224; l'&#233;tat de vapeur. Nous n'observons ici qu'un changement de quantit&#233;, les parcelles s'agitent de plus en plus rapidement, la temp&#233;rature monte, mais l'eau reste de l'eau, avec toutes ses qualit&#233;s. La quantit&#233; change sans cesse, mais la qualit&#233; reste la m&#234;me. Mais lorsque nous avons amen&#233; l'eau &#224; la temp&#233;rature de 100, c'est-&#224;-dire jusqu'au point &#171; d'&#233;bullition &#187;, elle commence &#224; bouillir tout &#224; coup, comme si ses parcelles, qui tournaient avec une vitesse vertigineuse, avaient perdu la t&#234;te et saut&#233; &#224; la surface sous forme de billes de vapeur. L'eau cesse d'&#234;tre eau : elle devient vapeur, gaz. C'est une mati&#232;re nouvelle, ayant des qualit&#233;s nouvelles. C'est ici que nous voyons deux particularit&#233;s principales dans le processus de transformation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;rement, &#224; un certain degr&#233; du mouvement, les transformations quantitatives provoquent les changements qualitatifs (ou, comme on dit bri&#232;vement : &#171; la quantit&#233; se change en qualit&#233; &#187;) ; deuxi&#232;mement, ce passage de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; se fait par un bond, la continuit&#233; et la &#171; gradualit&#233; &#187; &#233;tant tout d'un coup troubl&#233;es. L'eau ne se transforme pas constamment et avec une sage progression d'abord en une &#171; petite &#187; vapeur qui est devenue ensuite &#171; grande &#187;. Elle n'a pas bouilli jusqu'&#224; un certain moment, mais elle s'est mise &#224; le faire aussit&#244;t qu'elle est arriv&#233;e &#224; un certain &#171; point &#187;. Et c'est cela qui s'appelle un bond.&lt;br class='autobr' /&gt;
La transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; est une des lois essentielles du mouvement de la mati&#232;re, qu'on peut suivre dans la nature et dans la soci&#233;t&#233;, litt&#233;ralement pas &#224; pas. Suspendez un poids &#224; une ficelle et ajoutez-y peu &#224; peu un poids suppl&#233;mentaire par petites quantit&#233;s. Jusqu'&#224; une certaine limite, la ficelle &#171; tient &#187;, mais aussit&#244;t que vous aurez d&#233;pass&#233; une certaine limite, elle casse instantan&#233;ment (&#171; par bond &#187;). Condensez la vapeur dans une chaudi&#232;re. Jusqu'&#224; un certain moment, tout ira bien ; seule, l'aiguille du manom&#232;tre (instrument qui indique la pression Je la vapeur) marquera un changement quantitatif de la pression exerc&#233;e par la vapeur sur les parois de la chaudi&#232;re. Mais aussit&#244;t que l'aiguille aura d&#233;pass&#233; une certaine limite, la chaudi&#232;re &#233;clatera. La pression de la vapeur aura &#233;t&#233; un tout petit peu plus grande que la r&#233;sistance des parois. Jusqu'&#224; ce moment, les changements quantitatifs n'ont pas amen&#233; un &#171; bond &#187;, un changement qualitatif, mais arriv&#233;e &#224; un certain point, la chaudi&#232;re a &#233;clat&#233;. Plusieurs hommes n'arrivent pas &#224; soulever une pierre, un homme de plus se joint &#224; eux, ils ne la soul&#232;vent pas encore, une faible femme survient et tous ensemble soul&#232;vent la pierre. On a eu besoin ici d'un tout petit suppl&#233;ment de force, et avec lui, on a pu soulever la pierre. Prenons encore un exemple dans le domaine des sentiments humains. Il existe un conte de L&#233;on Tolsto&#239; intitul&#233; Trois pains et une brioche, dont voici le sujet : un homme avait faim et n'arrivait pas &#224; se rassasier ; il mange un pain et a encore faim ; il en mange un autre et a toujours faim ; de m&#234;me apr&#232;s le troisi&#232;me ; mais lorsqu'il a mang&#233; la brioche, il sent tout &#224; coup qu'il n'a plus faim. Il se met alors &#224; s'injurier pour ne pas avoir mang&#233; d'abord la brioche : je n'aurais pas eu besoin, dit-il, de manger les trois pains. Cependant, il est clair que cet homme se trompe. Ici aussi, le changement qualitatif, le passage du sentiment de la faim &#224; celui de la sati&#233;t&#233;, se produit plus ou moins par &#171; bond &#187; (apr&#232;s la brioche). Mais ce changement qualitatif a &#233;t&#233;, pr&#233;par&#233; par un changement quantitatif : s'il n'avait pas mang&#233; les pains, la brioche ne l'aurait pas rassasi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voyons ainsi qu'il est absurde de nier les &#171; bonds &#187; et de parler seulement de la sage progression. En r&#233;alit&#233;, nous avons affaire aux bonds tr&#232;s souvent dans la nature et le dicton suivant lequel &#171; la nature ne fait pas de bonds &#187; n'est que l'expression d'une crainte des &#171; bonds &#187; dans la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire l'expression de la peur des r&#233;volutions. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine expose dans &#171; Mat&#233;rialisme et empiriocriticisme &#187; la particularit&#233; fondamentale de la dialectique dans l'&#233;tude de la mati&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le mat&#233;rialisme dialectique insiste sur (...) l'absence de lignes de d&#233;marcations absolues dans la nature, sur la transformation de la mati&#232;re mouvante d'un &#233;tat en un autre, celui-ci apparemment incompatible de notre point de vue avec celui-l&#224;, etc&#8230; Aussi singuli&#232;re que paraisse du point de vue du &#171; bon sens &#187; la transformation de l'&#233;ther impond&#233;rable (vide) en mati&#232;re pond&#233;rable (masse) et inversement, (...) tout cela ne fait que confirmer une fois de plus le mat&#233;rialisme dialectique. (...) A notre &#233;poque, l'id&#233;e de d&#233;veloppement, d'&#233;volution, est presque totalement entr&#233;e dans la conscience sociale, mais par d'autres voies que celles de la philosophie de Hegel. Cependant cette id&#233;e, telle que l'ont formul&#233;e Marx et Engels, s'appuyant sur Hegel, est beaucoup plus compl&#232;te, beaucoup plus riche, que l'id&#233;e courante d'&#233;volution. Un d&#233;veloppement qui semble reproduire des stades d&#233;j&#224; franchis mais les reproduire autrement, sur une base plus &#233;lev&#233;e (&#171; n&#233;gation de la n&#233;gation &#187;), d&#233;veloppement pour ainsi dire en spirale et non en ligne droite ; un d&#233;veloppement par bonds, par catastrophes, par r&#233;volutions ; des &#171; solutions de continuit&#233; &#187; ; la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; ; des impulsions internes &#224; se d&#233;velopper, provoqu&#233;es par la contradiction, le heurt de forces et de tendances diff&#233;rentes agissant sur un corps donn&#233; ou dans les limites d'un ph&#233;nom&#232;ne donn&#233; ou &#224; l'int&#233;rieur d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e ; une interd&#233;pendance et une liaison tr&#232;s &#233;troite, indissoluble, de tous les aspects de chaque ph&#233;nom&#232;ne (ces aspects, l'histoire en fait appara&#238;tre sans cesse de nouveaux), liaison dont r&#233;sulte le processus universel du mouvement (...) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la dialectique des &#233;tats de la mati&#232;re est une d&#233;pendance de la dialectique ordre/d&#233;sordre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'astrophysicien Michel Cass&#233; souligne &#224; ce propos dans &#171; Du vide et de la cr&#233;ation &#187; que &lt;i&gt;&#171; Les transitions de phase marquent des r&#233;organisations radicales de structure. (...) L'Univers &#233;pouse une succession d'&#233;tats dynamiques. Il est emport&#233; par le changement. (...) L'histoire du refroidissement de l'Univers sera scand&#233; par les transitions fondamentales qui font appara&#238;tre sous une forme radicalement nouvelle la mati&#232;re ou bien les forces qui gouverne son comportement, c'est-&#224;-dire les brisures de sym&#233;trie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des transitions de phase qui ont produit tous les &#233;l&#233;ments actuellement pr&#233;sent dans l'Univers. Gilles Cohen-Tannoudji l'explique dans &#034;La Mati&#232;re-espace-temps : &lt;i&gt;&#171; Des transitions de phase s'accompagnant de brisures de sym&#233;trie ont diff&#233;renci&#233; les particules et leurs interactions, et produit le germe de toute la vari&#233;t&#233; des structures actuellement pr&#233;sentes dans l'univers. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'&#233;volution de l'univers proc&#232;de ainsi par brisures de sym&#233;trie successives qui se soldent par des transitions de phase, lesquelles bouleversent l'apparence globale du cosmos. &#187;&lt;/i&gt;&#233;crit Michel Cass&#233; dans &#171; Dictionnaire de l'ignorance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Cass&#233; souligne &#233;galement dans &#171; Du vide et de la cr&#233;ation &#187; que &lt;i&gt;&#171; Les transitions de phase marquent des r&#233;organisations radicales de structure. (...) L'Univers &#233;pouse une succession d'&#233;tats dynamiques. Il est emport&#233; par le changement. (...) L'histoire du refroidissement de l'Univers sera scand&#233; par les transitions fondamentales qui font appara&#238;tre sous une forme radicalement nouvelle la mati&#232;re ou bien les forces qui gouverne son comportement, c'est-&#224;-dire les brisures de sym&#233;trie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stuart Kauffman dans &#171; La complexit&#233;, vertiges et promesses &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qui qualifie un ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent, c'est une propri&#233;t&#233; collective qui n'est pr&#233;sente dans aucune des mol&#233;cules individuelles. Les lois qui gouvernent les syst&#232;mes &#233;mergents sont en relation avec les lois math&#233;matiques des transition de phase survenant dans de tels syst&#232;mes, et plus g&#233;n&#233;ralement dans tout ce qui se passe &#224; un niveau sup&#233;rieur &#224; celui des mol&#233;cules individuelles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les physiciens ont &#233;t&#233; guid&#233;s par l'effet collectif par excellence en physico-chimie, la transition de phase. Qu'il s'agisse du simple ph&#233;nom&#232;ne de cristallisation de l'eau, de l'aimantation d'un ferro-aimant ou de la formation de paires d'&#233;lectrons de Cooper responsables de la supraconductivit&#233;, le ph&#233;nom&#232;ne macroscopique intrins&#232;quement collectif que constitue ne transition de phase, a les propri&#233;t&#233;s recherch&#233;es. Dans tous les cas, elle se solde par la modification d'une sym&#233;trie. (...) La sym&#233;trie initiale n'est cependant pas d&#233;truite, seulement dissimul&#233;e (...) Dans tous ces cas, appara&#238;t une nouvelle propri&#233;t&#233; macroscopique mesurable directement issue du caract&#232;re collectif de la r&#233;organisation des degr&#233;s internes de libert&#233; du syst&#232;me. Et enfin, dans tous les cas, la transition a lieu &#224; un seuil critique de temp&#233;rature qui est directement li&#233; &#224; une propri&#233;t&#233; thermodynamique : la tendance d'un syst&#232;me &#224; adopter la configuration correspondant &#224; la minimisation de l'&#233;nergie interne. &#187;&lt;/i&gt; &#233;crit Edgar Gunzig dans &#034;Le vide&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transitions de phase sont maintenant l&#233;gion dans tous les domaines de la physique (fusion, sublimation, ionisation, solidification, liqu&#233;faction, vaporisation, transition ferromagn&#233;tique, hyperfluidit&#233;, supraconductivit&#233;, &#233;tats du proton ou du neutrino, histoire du cosmos, passage du microscopique au macroscopique, effet tunnel, transition de phase de la mati&#232;re nucl&#233;aire et de multiples autres ruptures spontan&#233;es de sym&#233;trie). Les changements brutaux et qualitatifs d'&#233;tat n'&#233;tonnent plus en Physique et ils sont la r&#232;gle. Les transitions de phase sont devenues une interpr&#233;tation classique des transformations r&#233;volutionnaires de la mati&#232;re. Elle n'est plus d&#232;s lors consid&#233;r&#233;e seulement comme quantitative mais comme une structure qualitative, avec des sauts d'une structure &#224; une autre, comme par exemple les sauts entre les diverses structures de la glace ou de la neige ou celles des cristaux. La mati&#232;re inerte subit des sauts qualitatifs. On conna&#238;t bien les transitions de phase entre &#233;tats de la mati&#232;re (solide, liquide, gaz mais aussi plasma ou &#233;tat granulaire, &#233;tat superfluide, &#233;tat ferromagn&#233;tique, etc&#8230;). M&#234;me si la temp&#233;rature cro&#238;t progressivement (par petits bonds), la mati&#232;re, elle, change brutalement d'&#233;tat, passant du solide au liquide et au gaz. Ce n'est pas la composition de la &#171; chose &#187; qui d&#233;termine l'&#233;tat mais la structure des interactions. C'est la m&#234;me mol&#233;cule d'eau qui participe du liquide, du solide ou du gaz et, pourtant, dans ce passage les lois changent fondamentalement. Pour observer &#224; l'&#339;il nu des changements de structure, on peut suivre par exemple la transformation d'un flocon de neige que les sp&#233;cialistes appellent une &#171; m&#233;tamorphose &#187;. M&#234;me s'il n'existe pas deux flocons identiques, il y a des types structurels et des sauts de structure et non une &#233;volution lente. Des transitions, la mati&#232;re en conna&#238;t de multiples : transitions d'&#233;tat &#233;lectromagn&#233;tique d'un mat&#233;riau, le ferromagn&#233;tisme par exemple, transitions d'&#233;tat de la particule, transitions li&#233;es &#224; un choc, etc&#8230; A grande &#233;chelle, on constate &#233;galement des transitions d'&#233;tat. La naissance d'une &#233;toile doit ainsi &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une transition. Ce qui la caract&#233;rise est non seulement le saut mais le changement qualitatif, structurel. Un nuage de gaz et de poussi&#232;res peut s'agglom&#233;rer, mais, lorsque le noyau atteint 12 millions de degr&#233;s, des r&#233;actions nucl&#233;aires en cha&#238;ne ont lieu. Les lois au sein d'une &#233;toile ne ressemblent en rien &#224; celles dans le nuage qui lui a donn&#233; naissance. Une &#233;toile est n&#233;e. C'est un nouvel ordre. Les lois de conservation de l'&#233;tole ne sont plus les m&#234;mes que celles du nuage. D'autres transitions suivent, &#224; d'autres niveaux seuils de la temp&#233;rature, de la taille et de la composition de l'&#233;toile, qui m&#232;nent l'&#233;toile vers d'autres r&#233;actions nucl&#233;aires et d'autres chocs, la supernova finissant par faire exploser l'&#233;toile et constituer des noyaux lourds des derniers &#233;l&#233;ments chimiques de la classification de Mendele&#239;ev. L'&#233;tude des transitions de phase de la mati&#232;re indique que la relation entre phases (gaz, liquide, solide) est dynamique et non statique. Aucune portion n'est en permanence en &#233;tat de fluide ou de solide. Les phases s'&#233;changent, se m&#234;lent, &#233;changent de la mati&#232;re et de l'&#233;nergie, constituent entre elles des fronti&#232;res dynamiques, passent brutalement d'un &#233;tat &#224; l'autre. Il n'y a entre elles aucune fronti&#232;re fixe. Un &#233;tat ne se maintient que par &#233;change avec un autre. La conservation n'est compr&#233;hensible que comme produit de la transformation. La compr&#233;hension de la dynamique du mouvement et du changement doit int&#233;grer les contradictions. Ce sont elles qui permettent que la dynamique m&#232;ne &#224; des structure enti&#232;rement nouvelles : &#233;mergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parler &#224; ce propos de la dialectique de Hegel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.W.F Hegel &#233;crit dans &#171; La Grande Logique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#034;La nature ne fait pas de sauts&#034; dit-on ; et l'opinion ordinaire, quand il s'agit de comprendre l'av&#232;nement ou la disparition, s'imagine, comme nous l'avons vu, les comprendre en se les repr&#233;sentant comme un av&#232;nement ou une disparition graduels. Mais il s'est d&#233;j&#224; manifest&#233; que les changements de l'&#234;tre ne sont pas le passage d'une quantit&#233; &#224; une autre quantit&#233;, mais le passage du qualitatif au quantitatif et inversement, la transition en un autre qui est une interruption du graduel et un changement qualitatif par rapport &#224; l'&#234;tre d&#233;termin&#233; ant&#233;rieur. L'eau refroidie ne devient pas peu &#224; peu dure, de fa&#231;on &#224; se g&#233;lifier et &#224; durcir peu &#224; peu jusqu'&#224; la consistance de la glace, mais devient dure d'un seul coup ; ayant d&#233;j&#224; atteint la temp&#233;rature de la glace, elle peut encore conserver son &#233;tat liquide si elle demeure immobile, mais &#224; la moindre secousse elle passe alors &#224; l'&#233;tat solide. (...) De la m&#234;me fa&#231;on, des Etats, &#224; cause de leur diff&#233;rence de grandeur, tout autre facteur &#233;tant &#233;gal, acqui&#232;rent un caract&#232;re qualitatif diff&#233;rent. Les lois et la constitution deviennent autres quand l'&#233;tendue de l'Etat et le nombre de citoyens s'agrandissent. Il y a une mesure quantitative de l'Etat au del&#224; de laquelle il s'&#233;croule int&#233;rieurement sous la m&#234;me constitution qui, avant son extension, faisait son bonheur et sa force.. D'une part, la disparition appara&#238;t comme inattendue quand on peut changer la quantit&#233; sans toucher &#224; la qualit&#233; et &#224; la mesure, - d'autre part, on croit la rendre intelligible par l'id&#233;e de gradualit&#233;. On se rabat avec tant de facilit&#233; sur cette cat&#233;gorie pour repr&#233;senter ou pour expliquer la disparition d'une qualit&#233; ou de quelque chose, parce que de cette fa&#231;on la disparition semble s'accomplir devant vos yeux ; en effet, la quantit&#233; &#233;tant d&#233;termin&#233;e comme limite ext&#233;rieure, la transformation purement quantitative se comprend d'elle-m&#234;me. Mais en fait on n'explique rien ; la transformation est essentiellement le passage d'une qualit&#233; en une autre. (...) Ce qui est faux, c'est le comportement ... de notre conscience ordinaire qui consid&#232;re une quantit&#233; comme une limite indiff&#233;rente seulement... La ruse du concept consiste &#224; saisir un &#234;tre d&#233;termin&#233; par le c&#244;t&#233; o&#249; sa qualit&#233; ne semble pas entrer en jeu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.W.F Hegel &#233;crit aussi dans &#171; La Logique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quand on veut se repr&#233;senter l'apparition ou la disparition de quelque chose, on se les repr&#233;sente ordinairement comme une apparition ou une disparition graduelles. Pourtant les transformations de l'&#234;tre sont non seulement le passage d'une quantit&#233; &#224; une autre, mais aussi le passage de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; et inversement, passage qui, entra&#238;nant la substitution d'un ph&#233;nom&#232;ne &#224; un autre, est une rupture de progressivit&#233;&#8230; A la base de la th&#233;orie de la progressivit&#233; se trouve l'id&#233;e que ce qui surgit existe d&#233;j&#224; effectivement, et reste imperceptible uniquement &#224; cause de sa petitesse. De m&#234;me, quand on parle de disparition graduelle d'un ph&#233;nom&#232;ne, on se repr&#233;sente que cette disparition est un fait accompli, et que le ph&#233;nom&#232;ne qui prend la place du ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;c&#233;dent existe d&#233;j&#224;, mais qu'ils ne sont pas encore perceptibles ni l'un ni l'autre&#8230; Mais, de cette mani&#232;re, on supprime en fait toute apparition et toute disparition&#8230; Expliquer l'apparition ou la disparition d'un ph&#233;nom&#232;ne donn&#233; par la progressivit&#233; de la transformation, c'est tout ramener &#224; une tautologie fastidieuse, car c'est consid&#233;rer comme pr&#234;t d'avance (c'est-&#224;-dire comme d&#233;j&#224; apparu ou disparu) ce qui est en train d'appara&#238;tre ou de dispara&#238;tre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.W.F Hegel &#233;crit encore dans &#171; La Science de la Logique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Les modifications de l'&#234;tre ne consistent pas seulement en ce qu'il y a passage d'une quantit&#233; &#224; une autre quantit&#233;, mais aussi en ce qu'il y a passage de la qualit&#233; &#224; la quantit&#233; et vice versa&#8230; Chacun des passages de cette derni&#232;re sorte constituant une rupture de la continuit&#233; et conf&#233;rant au ph&#233;nom&#232;ne un aspect nouveau, qualitativement diff&#233;rent du pr&#233;c&#233;dent&#8230; C'est ainsi que l'eau que l'on refroidit se solidifie, non point progressivement&#8230; mais d'un coup ; refroidie jusqu'au point de cong&#233;lation, elle demeure liquide si on la maintient en repos, et il suffit alors de la moindre impulsion pour qu'elle se solidifie instantan&#233;ment&#8230; Dans le monde des ph&#233;nom&#232;nes moraux&#8230; il se produit d'identiques passages du quantitatif au qualitatif, ou, autrement dit, les diff&#233;rences de qualit&#233; se fondent, l&#224; aussi, sur des diff&#233;rences quantitatives. C'est ainsi que l'un-peu-moins et l'un-peu-plus constituent la fronti&#232;re au-del&#224; de laquelle la l&#233;g&#232;ret&#233; cesse d'&#234;tre l&#233;g&#232;ret&#233; pour se transformer en quelque chose d'absolument autre : en crime&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/science_en_cours/changements_d_etat_1997.102&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le changement d'&#233;tat dans la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2558&#034;&gt;La philosophie dialectique est-elle d'actualit&#233; pour la pens&#233;e scientifique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4406&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entropie et dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article725&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gradualit&#233; et bonds, selon Hegel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1561&#034;&gt;Ordre et d&#233;sordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/pourquoi_la_matiere_change_t_elle_d_etat_la_competition_entre_ordre_et_desordre.1072&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dialectique de l'ordre et du d&#233;sordre dans la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article25&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des cycles d&#233;sordre-ordre-d&#233;sordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3754&#034;&gt;La physique de la mati&#232;re et la philosophie dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3895&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La quantit&#233; se transforme en qualit&#233; &#187;, th&#232;se dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1305&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Transitions de phase de l'eau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'une transition de phase ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4302&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les sauts qualitatifs des structures de la glace&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article531&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les discontinuit&#233;s r&#233;volutionnaires de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3793&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi l'agitation fait &#233;merger des structures&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1838&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La hi&#233;rarchie d'&#233;chelle des &#233;tats de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article658&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;troaction d'&#233;chelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4043&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dialectique et mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La physique de la mati&#232;re et la philosophie dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Transition_de_phase&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une transition de phase&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=CkhXK34wDqkC&amp;pg=PA285&amp;lpg=PA285&amp;dq=dialectique+des+%C3%A9tats+de+la+mati%C3%A8re+transitions+de+phase&amp;source=bl&amp;ots=n5KdLzu5DG&amp;sig=wEuLAE7-tyZF7eWS__AC0Tzwey4&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiUy660_5bbAhXM-aQKHUYoCzUQ6AEIXzAG#v=onepage&amp;q=dialectique%20des%20%C3%A9tats%20de%20la%20mati%C3%A8re%20transitions%20de%20phase&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dialectique des transitions de phase&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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