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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Lutte ouvri&#232;re, marxiste ?</title>
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		<dc:date>2026-03-27T23:43:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'organisation Lutte ouvri&#232;re se dit trotskyste mais est-elle seulement marxiste ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'organisation Lutte Ouvri&#232;re n&#233;glige la r&#233;flexion th&#233;orique, se contentant de lire et relire les r&#233;flexions de quelques glorieux anc&#234;tres&#8230; et de s'activer de mani&#232;re militante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#233;crit dans la Gazette rh&#233;nane en 1842 : &#171; Nous avons la ferme conviction que le v&#233;ritable danger (pour la classe poss&#233;dante) n'est pas dans les tentatives pratiques, mais dans la r&#233;alisation des id&#233;es communistes &#224; partir de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;12 - QUOI DE NEUF DANS LES ORGANISATIONS REVOLUTIONNAIRES - WHAT'S NEW UPON REVOLUTIONNARY ORGANISATIONS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire - Revolutionnary party&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'organisation Lutte ouvri&#232;re se dit trotskyste mais est-elle seulement marxiste ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'organisation Lutte Ouvri&#232;re n&#233;glige la r&#233;flexion th&#233;orique, se contentant de lire et relire les r&#233;flexions de quelques glorieux anc&#234;tres&#8230; et de s'activer de mani&#232;re militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#233;crit dans la Gazette rh&#233;nane en 1842 : &#171; Nous avons la ferme conviction que le v&#233;ritable danger (pour la classe poss&#233;dante) n'est pas dans les tentatives pratiques, mais dans la r&#233;alisation des id&#233;es communistes &#224; partir de la th&#233;orie. En effet, on peut r&#233;pondre par des canons aux tentatives pratiques, m&#234;me si elles sont effectu&#233;es en masse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans &#171; Programme agraire de la social-d&#233;mocratie dans la premi&#232;re r&#233;volution russe de 1905-1907 &#187; : &#171; Le gros d&#233;faut de la presque totalit&#233; de la presse social-d&#233;mocrate dans la question du programme en g&#233;n&#233;&#172;ral et, en particulier, l'insuffisance des d&#233;bats de notre Congr&#232;s de Stockholm, c'est que les consid&#233;rations pratiques l'emportent sur les th&#233;oriques, et les consid&#233;&#172;rations politiques sur les &#233;conomiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation Lutte ouvri&#232;re essaie d'exprimer les aspitations des travailleurs au lieu de rechercher les fractures du capitalisme et les nouvelles voies historiques du changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx dit dans &#171; La sainte famille &#187; : &#171; Il ne s'agit pas de savoir ce que tel ou tel prol&#233;taire, ou m&#234;me le prol&#233;tariat tout entier, se propose comme but momentan&#233;ment. Il s'agit de savoir ce que le prol&#233;tariat est et ce qu'il doit faire historiquement, conform&#233;ment &#224; son &#234;tre. Son but et son action historiques lui sont trac&#233;s, de mani&#232;re tangible et irr&#233;vocable, dans sa propre situa-tion historique, comme dans toute l'organisation de la soci&#233;t&#233; actuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et notamment elle ne fait pas &#233;tudier syst&#233;matiquement &#171; Le Capital &#187; de Karl Marx mais seulement des r&#233;sum&#233;s par d'autres auteurs. Elle n'&#233;crit aucune r&#233;flexion th&#233;orique sur l'&#233;volution historique du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx affirmait dans une lettre &#224; Becket de 1867 que le &#171; Capital &#187; est &#171; certainement le plus terrible missile qui ait encore jamais &#233;t&#233; lanc&#233; &#224; la face des bourgeois (y compris les propri&#233;taires fonciers) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation Lutte Ouvri&#232;re refuse d'&#233;tudier s&#233;rieusement Hegel et se contente de commentaires de Marx/Engels&#8230; Elle se garde d'&#233;crire th&#233;oriquement sur le lien entre Hegel et la science contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dans ses &#171; Cahiers philosophiques &#187; : &#171; On ne saurait compren&#172;dre enti&#232;rement le Capital de Marx, et notamment le premier chapitre, si l'on n'a pas &#233;tudi&#233; et compris toute la Logique de Hegel. En cons&#233;quence, on peut affirmer que, depuis un demi-si&#232;cle, aucun marxiste n'a compris Marx. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte Ouvri&#232;re refuse de d&#233;velopper des efforts th&#233;oriques en mati&#232;re de philosophie alors qu'il y a un combat r&#233;volutionnaire en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques r&#233;flexxions th&#233;oriques de Lutte ouvri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8486&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8486&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re refuse de mener un vrai combat politique, social et th&#233;orique contre les religions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re se refuse &#224; d&#233;velopper un v&#233;ritable programme politique propre r&#233;pondant &#224; la situation historiquement nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre courant s'est toujours refus&#233; de rechercher de nouveaux programmes&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-10-28-la-revolution-doctobre-1917-des-lecons-toujours-dactualite_97962.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-10-28-la-revolution-doctobre-1917-des-lecons-toujours-dactualite_97962.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le faux programme de Lutte ouvri&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-12-09-construire-un-parti-communiste-revolutionnaire_100246.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-12-09-construire-un-parti-communiste-revolutionnaire_100246.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks, dont ils se gargarisent, eux, avaient un programme et ils transformaient celui-ci en fonction des changements de situations et des responsabilit&#233;s qu'ils se donnaient dans ces situations. LO, en se contentant de conserver (c'est son expression) le programme de transition en fait une bible ancienne sans effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient une politique et cela comprenait des orientations contre le tsarisme, contre la guerre imp&#233;rialiste, contre la domination grand-russe, pour les droits des nationalit&#233;s et religions opprim&#233;es, contre l'oppression et l'exploitation des paysans et pour les femmes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re refuse de mener une v&#233;ritable analyse des conditions nouvelles d'existence du&#8230; grand capital et de son syst&#232;me. Ainsi, cette organisation consid&#232;re que le syst&#232;me est dans une &#171; crise grave &#187; et c'est tout. En mati&#232;re d'analyse, c'est un simple refus&#8230; Rappelons que Marx et Engels analysaient &#224; fond une par une chaque crise, ce qui n'est pas vraiment le cas pour LO qui reste en surface et se contente de d&#233;noncer moralement. Quant &#224; consid&#233;rer que 2007 est simplement &#171; une crise &#187;, c'est une erreur politique majeure&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2091&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2091&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l' &#171; analyse &#187; de LO de la crise du capitalisme, il n'y a pas le mot ni l'id&#233;e de la suraccumulation du capital, alors que cette organisation reconnait que la situation &#233;conomique se caract&#233;rise par la chute relative des investissements productifs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-12-09-la-crise-de-leconomie-capitaliste_100245.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-12-09-la-crise-de-leconomie-capitaliste_100245.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re voit &#233;ventuellement une mont&#233;e r&#233;actionnaire dans le monde, mais ne comprend pas que, s'il y a mont&#233;e de la contre-r&#233;volution, c'est que les classes poss&#233;dantes voient la mont&#233;e de la r&#233;volution sociale mondiale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation Lutte ouvri&#232;re ne se donne pas comme objectif de mobiliser le prol&#233;tariat contre la guerre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6997&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6997&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re n'est pas claire vis-&#224;-vis de l'Etat capitaliste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5933&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5933&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re remplace l'analyse politique par le moralisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re remplace la politique tendant &#224; faire du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire le dirigeant de toutes les couches sociales r&#233;volt&#233;es contre le grand capital par une pr&#233;tendue ind&#233;pendance de classe qui est un isolement des salari&#233;s et un refus d'unir tout le peuple travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1254&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1254&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re refuse de consid&#233;rer le prol&#233;tariat comme dirigeant de toutes les luttes, y compris celles des peuples opprim&#233;s et nationalit&#233;s opprim&#233;es. Elle se contente de rejetter le nationalisme de ces luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re pense construire le parti r&#233;volutionnaire sans mener de combat contre les appareils syndicaux, sans mener de lutte th&#233;orique, sans chercher &#224; abattre l'imp&#233;rialisme, sans d&#233;velopper une lutte pour l'organisation des conseils ouvriers en vue de leur prise du pouvoir, sans combat pour casser le pouvoir capitaliste, sans&#8230; rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re : Pourquoi cette organisation n'est pas trotskyste, tout en proclamant le contraire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6976&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6976&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat que veut mettre en place l'organisation Lutte ouvri&#232;re n'est pas le pouvoir des soviets de travailleurs mais un pouvoir avec participation des organisations syndicales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7513&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7513&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un slogan pseudo-r&#233;volutionnaire de Lutte Ouvri&#232;re : &#034;Il n'y aura pas d'issue sans un parti ouvrier communiste r&#233;volutionnaire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7846&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7846&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re fait-elle un travail qui fait avancer la construction d'un parti r&#233;volutionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2189&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2189&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re, organisation communiste ? Mais qu'ont-ils fait de la suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production ? Ils l'ont supprim&#233;e de leur propagande !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4790&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4790&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re pr&#233;sente une candidate communiste aux &#233;lections ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4376&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4376&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re a chang&#233; et est devenue un des appendices des bureaucraties syndicales&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3739&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3739&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2451&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2451&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2198&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2193&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2193&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2196&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2196&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mouvements sociaux, loin de se battre pour l'autonomie de la classe ouvri&#232;re, LO se bat pour maintenir la mainmise des appareils syndicaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve975&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve975&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve968&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve968&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve940&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve940&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8358&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1337&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1337&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des h&#233;ritiers du l&#233;ninisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8270&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8270&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re d&#233;fend au moins l'id&#233;e que les travailleurs doivent diriger la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9338&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article9338&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand Labriola correspond avec Sorel</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8802</link>
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		<dc:date>2026-03-15T23:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme - Socialism</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Antonio Labriola &lt;br class='autobr' /&gt;
Socialisme et Philosophie &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
Rome, 20 avril 1897. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cher Monsieur Sorel ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis quelque temps, j'ai l'intention d'avoir avec vous une conversation &#233;crite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sera la mani&#232;re la meilleure et la plus appropri&#233;e d'exprimer ma gratitude pour votre pr&#233;face &#224; mes essais. Il va de soi que je ne pouvais pas accepter silencieusement les paroles courtoises que vous m'aviez adress&#233;es avec tant de profusion. Je ne pouvais que vous r&#233;pondre imm&#233;diatement et reconna&#238;tre mon (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme - Socialism&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Antonio Labriola
&lt;p&gt;Socialisme et Philosophie&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 20 avril 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Monsieur Sorel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelque temps, j'ai l'intention d'avoir avec vous une conversation &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera la mani&#232;re la meilleure et la plus appropri&#233;e d'exprimer ma gratitude pour votre pr&#233;face &#224; mes essais. Il va de soi que je ne pouvais pas accepter silencieusement les paroles courtoises que vous m'aviez adress&#233;es avec tant de profusion. Je ne pouvais que vous r&#233;pondre imm&#233;diatement et reconna&#238;tre mon obligation envers vous par une lettre priv&#233;e. Et maintenant, nous n'avons plus besoin d'&#233;changer de compliments, surtout dans les lettres que vous ou moi aurons peut-&#234;tre l'occasion de publier ult&#233;rieurement. D'ailleurs, &#224; quoi me servirait-il maintenant de protester modestement et de conjurer vos &#233;loges puisque c'est enti&#232;rement gr&#226;ce &#224; vous que mes deux essais sur le mat&#233;rialisme historique, qui ne sont que des &#233;bauches, circulent en France sous forme de livre. Vous les avez pr&#233;sent&#233;s au public sous cette forme. Il ne m'a jamais &#233;t&#233; venu &#224; l'id&#233;e d'&#233;crire un livre standard, au sens o&#249; vous, Fran&#231;ais, qui admirez et cultivez les m&#233;thodes classiques en litt&#233;rature, utilisez ce terme. Je suis de ceux qui consid&#232;rent cette d&#233;votion persistante au culte du style classique comme plut&#244;t g&#234;nante pour ceux qui souhaitent exprimer les r&#233;sultats d'une pens&#233;e strictement scientifique d'une mani&#232;re originale, ad&#233;quate et facile. Pour moi, c'est aussi g&#234;nant qu'un manteau mal ajust&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant donc tout compliment, je m'exprimerai sur les points que vous avez soulign&#233;s dans votre pr&#233;face. J'en discuterai franchement sans avoir en vue la r&#233;daction d'une monographie. Je choisis la forme des lettres parce que les interruptions, les ruptures dans la continuit&#233; de la pens&#233;e et les sauts occasionnels, comme cela se produirait dans une conversation, ne semblent pas ici d&#233;plac&#233;s et incongrus. Je n'aurais vraiment pas &#233;crit autant de th&#232;ses, de m&#233;moires ou d'articles, si je n'avais pas envie de r&#233;pondre aux nombreuses questions que vous posez dans les quelques pages de votre pr&#233;face, comme si vous &#233;tiez plong&#233; dans des pens&#233;es sceptiques. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pendant que j'&#233;crirai les choses telles qu'elles me viennent &#224; l'esprit, je n'ai pas l'intention de diminuer ma responsabilit&#233; pour tout ce que je peux dire ici, et je continuerai &#224; le dire. Je souhaite simplement me d&#233;barrasser du fardeau de la prose rigide et formelle qui est habituel pour l'exposition scientifique. De nos jours, il n'y a pas de petit &#233;tudiant, aussi petit soit-il, qui n'imagine qu'il &#233;rige un monument de lui-m&#234;me pour les g&#233;n&#233;rations contemporaines et futures chaque fois qu'il consacre un volume volumineux, ou une dissertation savante et complexe, &#224; quelque pens&#233;e errante ou observation fortuite prise dans conversation anim&#233;e ou inspir&#233;e par quelqu'un qui a un talent particulier pour l'enseignement. De telles impressions ont toujours un plus grand pouvoir suggestif par la force de leur expression naturelle, ce qui est un don de celui qui cherche la v&#233;rit&#233; par lui-m&#234;me ou qui en parle aux autres pour la premi&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons bien que ce si&#232;cle qui s'ach&#232;ve, qui n'est que affaires, tout argent, ne circule pas librement dans la pens&#233;e, &#224; moins qu'elle ne soit &#233;galement exprim&#233;e sous la forme commerciale v&#233;n&#233;r&#233;e et approuv&#233;e par elle, afin qu'elle ait pour compagnon convenable la facture de l'&#233;diteur. et les publicit&#233;s litt&#233;raires, des bouff&#233;es mousseuses aux &#233;loges les plus sinc&#232;res. Dans la soci&#233;t&#233; de demain, o&#249; nous vivons avec nos esp&#233;rances, et plus encore avec bien des illusions qui ne sont pas toujours le fruit d'une imagination bien &#233;quilibr&#233;e, cro&#238;tront de mani&#232;re d&#233;mesur&#233;e, jusqu'&#224; devenir l&#233;gion, le nombre d'hommes qui sauront discuter avec cette joie divine de la recherche et ce courage h&#233;ro&#239;que de la v&#233;rit&#233; qu'on admire chez un Platon, un Bruno, un Galil&#233;e. Peut-&#234;tre aussi multiplier &#224; l'infini les individus qui, comme Diderot, seront capables d'&#233;crire des choses profondes et s&#233;duisantes, comme Jacques le Fataliste, que nous imaginons aujourd'hui comme in&#233;gal&#233;. Dans la soci&#233;t&#233; future, o&#249; les loisirs, raisonnablement accrus pour tous, donneront &#224; tous les besoins de libert&#233;, les moyens de culture et le droit &#224; la paresse, cette heureuse d&#233;couverte de notre Lafargue, il y en aura dans toutes les rues. coin, un g&#233;nie perdant son temps, comme le vieux ma&#238;tre Socrate, &#224; travailler avec acharnement &#224; quelque t&#226;che non pay&#233;e en argent. Mais aujourd'hui, dans le monde actuel, o&#249; seuls les fous ont des visions mill&#233;naires, de nombreux oisifs exploitent l'appr&#233;ciation du public par leur litt&#233;rature sans valeur, comme s'ils avaient m&#233;rit&#233; le droit de le faire par un travail l&#233;gitime. C'est ainsi que m&#234;me le socialisme devra ouvrir son sein &#224; une multitude discr&#232;te d'oisifs, d'escrocs et d'incapables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous d&#233;plorez que les th&#233;ories du mat&#233;rialisme historique soient devenues si peu appr&#233;ci&#233;es en France. Vous vous plaignez que la diffusion de ces th&#233;ories soit emp&#234;ch&#233;e par des pr&#233;jug&#233;s dus &#224; la vanit&#233; nationale, aux pr&#233;tentions litt&#233;raires des uns, &#224; l'aveuglement philosophique des autres, au d&#233;sir maudit de se poser pour quelque chose qu'on n'est pas, et enfin &#224; un d&#233;veloppement intellectuel insuffisant. , sans parler des nombreuses lacunes constat&#233;es m&#234;me parmi les socialistes. Mais toutes ces choses ne doivent pas &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme de simples accidents ! La vanit&#233;, la fausse fiert&#233;, le d&#233;sir de poser sans &#234;tre vraiment, la manie de soi, l'auto-agrandissement, la volont&#233; fr&#233;n&#233;tique de briller, toutes ces passions et vertus, ainsi que d'autres, de l'homme civilis&#233; ne sont en aucun cas sans importance dans la vie, mais peuvent plut&#244;t constituer tr&#232;s souvent, sa substance et son objectif. On sait que l'&#201;glise n'a pas r&#233;ussi dans la plupart des cas &#224; rendre humble l'esprit chr&#233;tien, mais lui a au contraire donn&#233; un nouveau titre &#224; une autre et plus grande pr&#233;tention. Eh bien... ce mat&#233;rialisme historique exige de ceux qui veulent le professer consciemment et franchement une certaine humilit&#233; &#233;trange, c'est-&#224;-dire d&#232;s que nous nous rendons compte que nous sommes li&#233;s au cours des &#233;v&#233;nements humains et que nous en &#233;tudions les lignes compliqu&#233;es. et les d&#233;tours tortueux, il nous incombe non seulement d'&#234;tre r&#233;sign&#233;s et acquies&#231;ants, mais de nous engager dans un travail conscient et rationnel. Mais l&#224; est la difficult&#233;. Nous en arriverons &#224; nous avouer que notre propre individualit&#233;, &#224; laquelle nous sommes si &#233;troitement attach&#233;s par une habitude &#233;vidente et g&#233;n&#233;tique, n'est qu'une bien petite chose dans le r&#233;seau complexe du m&#233;canisme social, aussi grand soit-il. ou nous appara&#238;tre, m&#234;me s'il ne s'agit pas d'une simple n&#233;antit&#233; &#233;vanescente comme le pr&#233;tendent certains th&#233;osophes farfelus. Nous devons nous adapter &#224; la conviction que les intentions et les objectifs subjectifs de chacun d'entre nous luttent toujours contre la r&#233;sistance des processus complexes de la vie, de sorte que nos projets ne laissent aucune trace d'eux-m&#234;mes, ou laissent une trace tout &#224; fait diff&#233;rente. de l'intention originale, car elle est alt&#233;r&#233;e et transform&#233;e par les conditions qui l'accompagnent. Nous devons admettre, apr&#232;s cette affirmation, que l'histoire vit pour ainsi dire nos vies et que notre propre contribution &#224; elle, bien qu'indispensable, n'est n&#233;anmoins qu'un facteur tr&#232;s infime dans le croisement des forces qui combinent, compl&#232;tent et alternativement &#233;liminent l'une. un autre. Mais toutes ces conceptions sont de v&#233;ritables ennuis pour tous ceux qui ressentent le besoin d'enfermer l'univers dans le cadre de leur vision individuelle. C'est pourquoi le privil&#232;ge des h&#233;ros doit &#234;tre pr&#233;serv&#233; dans l'histoire, afin que les nains ne soient pas priv&#233;s de la foi qu'ils sont capables de monter sur leurs propres &#233;paules et de se faire remarquer. Et cela doit leur &#234;tre accord&#233;, m&#234;me s'ils ne sont pas dignes, selon les mots de Jean Paul, de se mettre &#224; genoux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cela fait des si&#232;cles que les gens vont &#224; l'&#233;cole pour se faire dire que Jules C&#233;sar a fond&#233; l'empire et que Charlemagne l'a reconstruit ? Que Socrate a invent&#233; la logique et que Dante a cr&#233;&#233; la litt&#233;rature italienne d'un trait de plume ? Il n'y a que tr&#232;s peu de temps que la conception mythologique de ces personnages en tant que cr&#233;ateurs de l'histoire a &#233;t&#233; progressivement remplac&#233;e, et pas toujours en termes pr&#233;cis, par la notion prosa&#239;que d'un processus historique de soci&#233;t&#233;. La R&#233;volution fran&#231;aise n'a-t-elle pas &#233;t&#233; voulue et faite, selon diverses versions de l'invention litt&#233;raire, par les diff&#233;rents saints des l&#233;gendes lib&#233;rales, les saints de droite, les saints de gauche, les saints girondins, les saints jacobins ? Il en r&#233;sulte que Paine a consacr&#233; une partie assez consid&#233;rable de son intellect lourd &#224; prouver, comme s'il &#233;tait un correcteur d'&#233;preuves d'histoire, que toutes ces perturbations auraient pu finalement ne pas se produire du tout. D'ailleurs, je n'ai jamais pu comprendre pourquoi un homme si peu sensible &#224; la grossi&#232;re n&#233;cessit&#233; des faits aurait pu se qualifier de positiviste. C'est la chance de la plupart de vos saints en France qui leur a permis tour &#224; tour de s'honorer et de se couronner en temps voulu de leur diad&#232;me d'&#233;pines m&#233;rit&#233;. C'est pour cette raison que les r&#232;gles de la trag&#233;die classique restaient pour eux glorieusement en vigueur. S'il n'en &#233;tait pas ainsi, qui sait combien d'imitateurs de Saint Juste (un grand homme vraiment) auraient fini entre les mains des sbires du canaille Fouch&#233;, et combien de complices de Danton (un grand homme qui avait rat&#233; sa place) auraient rev&#234;tu l'habit de criminel &#224; Cambac&#233;r&#232;s, tandis que d'autres se seraient content&#233;s de se mesurer &#224; l'aventurier Drouet, ou &#224; ce pitoyable acteur Tellien, pour les modestes galons de petit pr&#233;fet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, lutter pour la premi&#232;re place est une question de foi et de d&#233;votion pour tous ceux qui ont appris l'histoire du style antique et sont d'accord avec l'orateur Cic&#233;ron pour l'appeler la Ma&#238;tresse de la Vie. C'est pourquoi ils ressentent le besoin de &#171; rendre le socialisme moral &#187;. La morale ne nous a-t-elle pas appris depuis des si&#232;cles qu'il faut rendre &#224; chacun ce qui lui est d&#251; ? Ne vas-tu pas nous pr&#233;server juste un petit coin de paradis ? C'est ce qu'ils semblent me demander. Et s'il faut renoncer au paradis des fid&#232;les et des th&#233;ologiens, ne peut-on pas conserver en ce monde une petite apoth&#233;ose pa&#239;enne ? Ne jetez pas toute la morale de la r&#233;compense honn&#234;te. Gardez au moins un bon canap&#233;, ou une place aux premiers rangs du th&#233;&#226;tre de la vanit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est la raison pour laquelle les r&#233;volutions, en dehors d'autres causes n&#233;cessaires et in&#233;vitables, sont utiles et souhaitables &#224; ce point de vue. D'un coup de gros balai, ils d&#233;barrassent le sol de ceux qui l'ont occup&#233; si longtemps, ou du moins ils rendent l'air plus respirable en lui donnant plus d'ozone, &#224; la mani&#232;re des temp&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pr&#233;tendez-vous pas, &#224; juste titre, que toute la question pratique du socialisme (et par pratique vous entendez sans doute une m&#233;thode guid&#233;e par les faits intellectuels d'une conscience &#233;clair&#233;e bas&#233;e sur la connaissance th&#233;orique) peut &#234;tre r&#233;duite et r&#233;sum&#233;e &#224; On y aborde les trois points suivants : 1) Le prol&#233;tariat est-il parvenu &#224; une conception claire de son existence en tant que classe &#224; part ? 2) A-t-elle assez de force pour engager une lutte contre les autres classes ? 3) Est-il sur le point de renverser, avec l'organisation du capitalisme, tout le syst&#232;me de pens&#233;e traditionnelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s bien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, que le prol&#233;tariat comprenne clairement ce qu'il peut accomplir, ou qu'il apprenne &#224; vouloir ce qu'il peut accomplir. Que ce prol&#233;tariat se donne pour mission, dans le langage inepte des &#233;crivains professionnels, de r&#233;soudre la soi-disant question sociale. Que ce prol&#233;tariat se donne pour t&#226;che d'&#233;liminer, entre autres formes d'exploitation de ses semblables, avec une fausse gloire, avec pr&#233;somption et avec cette singuli&#232;re comp&#233;tition entre eux qui pousse certains d'entre eux &#224; inscrire leur propre nom dans le livre d'or du m&#233;rite. au service de l'humanit&#233;. Qu'il fasse aussi un feu de joie de ce livre, ainsi que de tant d'autres qui portent le titre de Dette publique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, ce serait une vaine entreprise que d'essayer de faire comprendre &#224; tous ces gens ce principe franc de l'&#233;thique communiste, un principe selon lequel la gratitude et l'admiration doivent provenir d'un don spontan&#233; de nos semblables. Beaucoup d'entre eux ne voudraient pas aspirer au progr&#232;s, s'ils &#233;taient s&#251;rs de se faire dire, selon les mots de Baruch Spinoza, que la vertu est sa propre r&#233;compense. En attendant, jusqu'&#224; ce que seules les choses les plus dignes restent comme objets d'admiration dans une soci&#233;t&#233; meilleure que la n&#244;tre, des objets comme les contours du Parth&#233;non, les tableaux de Rapha&#235;l, les vers de Dante et de Goethe, et tant d'autres choses utiles et s&#251;res. , et des dons d&#233;finitivement acquis de la science, d'ici l&#224;, dis-je, il ne nous appartient pas de faire obstacle &#224; ceux qui ont du souffle &#224; d&#233;penser, ou des cartes imprim&#233;es &#224; faire circuler, et qui souhaitent se parader au nom de cela. beaucoup de belles choses, comme l'humanit&#233;, la justice sociale, etc., et m&#234;me le socialisme, comme cela arrive fr&#233;quemment &#224; ceux qui concourent pour la m&#233;daille du m&#233;rite et une place dans la l&#233;gion d'honneur de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne, m&#234;me si cela peut &#234;tre le cas. &#234;tre encore loin. De tels hommes ne devraient-ils pas pressentir que le mat&#233;rialisme historique est une satire de toutes leurs hypoth&#232;ses ch&#232;res et de leurs ambitions futiles ? Ne devraient-ils pas d&#233;tester cette nouvelle esp&#232;ce de panth&#233;isme, d'o&#249; a disparu, si vous me permettez de le dire, c'est si prosa&#239;que, m&#234;me le nom v&#233;n&#233;r&#233; de Dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, nous devons mentionner une circonstance importante. Dans toutes les r&#233;gions de l'Europe civilis&#233;e, les esprits, qu'ils soient vrais ou faux, ont de nombreuses occasions de travailler au service de l'&#201;tat et dans tous les domaines du profit et de l'honneur que la classe capitaliste a &#224; offrir. Et cette classe n'est pas aussi proche de sa fin que certains joyeux proph&#232;tes voudraient nous le faire croire. Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'Engels ait &#233;crit dans sa pr&#233;face au troisi&#232;me volume du Capital de Marx , le 4 octobre 1894 : &#171; &#192; notre &#233;poque agit&#233;e, comme au XVIe si&#232;cle, de simples th&#233;oriciens des affaires publiques ne se trouvent qu'&#224; c&#244;t&#233; des r&#233;actionnaires. &#187; Ces paroles, aussi claires que graves, devraient suffire &#224; fermer la bouche &#224; ceux qui se vantent que toutes les intelligences sont pass&#233;es de notre c&#244;t&#233; et que la classe capitaliste va bient&#244;t d&#233;poser les armes. C'est tout simplement l'inverse qui est vrai. Il y a une p&#233;nurie de forces intellectuelles dans nos rangs, d'autant plus que les v&#233;ritables travailleurs, pour des raisons &#233;videntes, protestent souvent contre les porte-parole et les &#233;crivains du parti. Il n'y a donc aucune raison de s'&#233;tonner que le mat&#233;rialisme historique ait fait si peu de progr&#232;s depuis sa premi&#232;re &#233;nonciation g&#233;n&#233;rale. Et m&#234;me si l'on passe &#224; ceux qui ont fait plus que simplement r&#233;p&#233;ter ou singer les &#233;nonc&#233;s fondamentaux d'une mani&#232;re qui se rapproche parfois du burlesque, il faut avouer que toutes les choses s&#233;rieuses, pertinentes et correctes qui ont &#233;t&#233; &#233;crites ne font pas encore l'affaire. une th&#233;orie compl&#232;te qui a d&#233;pass&#233; le stade de la formation premi&#232;re. Aucun d'entre nous n'oserait faire la comparaison avec le darwinisme, qui en moins de 40 ans a connu un d&#233;veloppement si intensif et &#233;tendu que sa th&#233;orie a d&#233;j&#224; une histoire &#233;norme, une surabondance de mat&#233;riel, une multitude de points de contact avec d'autres. sciences, une grande quantit&#233; de corrections m&#233;thodiques et un grand &#233;ventail de critiques de la part des amis et des ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ceux qui se situent en dehors du mouvement socialiste avaient et ont int&#233;r&#234;t &#224; combattre, &#224; d&#233;former ou &#224; ignorer cette nouvelle th&#233;orie. Les socialistes, au contraire, n'ont pas eu le temps de se consacrer aux soins et aux &#233;tudes n&#233;cessaires pour que tout d&#233;part mental puisse gagner en ampleur de d&#233;veloppement et en maturit&#233; savante, comme le caract&#233;risent les sciences prot&#233;g&#233;es, ou du moins pas combattues par le monde officiel, et qui grandissent et prosp&#232;rent gr&#226;ce &#224; la coop&#233;ration de nombreux collaborateurs d&#233;vou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le diagnostic d'une maladie n'est-il pas une demi-consolation ? Les m&#233;decins n'agissent-ils pas ainsi aujourd'hui avec les malades, puisqu'ils sont davantage inspir&#233;s dans leur pratique m&#233;dicale par ce sentiment scientifique qui doit r&#233;soudre les probl&#232;mes de la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, seuls quelques-uns des divers r&#233;sultats du mat&#233;rialisme historique sont de nature &#224; acqu&#233;rir une popularit&#233; marqu&#233;e. Il est certain que cette nouvelle m&#233;thode d'investigation permettra &#224; certains d'entre nous d'&#233;crire des ouvrages historiques plus concluants que ceux g&#233;n&#233;ralement &#233;crits par des hommes de lettres qui n'exercent leur art qu'avec l'aide de la philologie et de l'&#233;rudition classique. Et outre les connaissances que les socialistes actifs peuvent tirer de l'analyse pr&#233;cise du domaine dans lequel ils &#233;voluent, il ne fait aucun doute que le mat&#233;rialisme historique a exerc&#233;, directement ou indirectement, une grande influence sur de nombreux penseurs de notre &#233;poque, et exercera une influence encore plus grande encore. influence dans la mesure o&#249; l'&#233;tude de l'histoire &#233;conomique se d&#233;veloppe et s'interpr&#232;te pratiquement en mettant &#224; nu les causes fondamentales et les raisons intimes de certains &#233;v&#233;nements politiques. Mais il me semble que la th&#233;orie enti&#232;re dans ses aspects les plus intimes, ou la th&#233;orie enti&#232;re dans son int&#233;gralit&#233;, c'est-&#224;-dire en tant que philosophie , ne pourra jamais devenir un des articles de la culture populaire universelle. Et quand je dis philosophie , je sais bien que je peux &#234;tre mal compris. Et si je devais &#233;crire en allemand, je dirais Lebens-und-Welt-Anschauung , une conception de la vie et de l'univers. Car pour se familiariser avec cette philosophie, il faut avoir une puissance mentale profonde et s'habituer aux difficult&#233;s de la combinaison mentale. Tenter de r&#233;soudre ce probl&#232;me pourrait exposer les esprits superficiels, enclins &#224; tirer des conclusions faciles, au danger de dire des b&#234;tises relevant de la raison sacr&#233;e. Et nous ne voulons pas devenir responsables de la promotion d'un tel charlatanisme litt&#233;raire.&lt;br class='autobr' /&gt;
II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 24 avril 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi maintenant de passer &#224; l'examen de certaines choses prosa&#239;quement petites, qui cependant, comme c'est souvent le cas dans les grandes affaires du monde, ont un poids consid&#233;rable dans notre discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler des &#233;crits de Marx et d'Engels, puisqu'ils sont particuli&#232;rement discut&#233;s, n'ont-ils jamais &#233;t&#233; lus dans leur int&#233;gralit&#233; par quiconque en dehors du cercle des amis et des disciples les plus proches, et en dehors du cercle des disciples et interpr&#232;tes directs ? , de ces auteurs ? Ces &#233;crits, dans leur ensemble, n'ont-ils jamais fait l'objet de commentaires et d'illustrations de la part de personnes ext&#233;rieures au camp form&#233; autour des traditions de la social-d&#233;mocratie allemande ? Je fais r&#233;f&#233;rence en particulier &#224; ceux qui ont fait le travail d'application et d'explication de ces &#233;crits, et en particulier &#224; la Neue Zeit , la revue qui a tenu le premier rang parmi les publications du parti. En bref, la question est de savoir si ces &#233;crits ont rassembl&#233; autour d'eux ce que les penseurs modernes appellent un environnement litt&#233;raire dans un autre pays que l'Allemagne, et si m&#234;me dans ce pays un tel d&#233;veloppement n'a &#233;t&#233; que partiel et r&#233;alis&#233; par des moyens qui n'ont pas toujours &#233;t&#233; au-dessus des critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme beaucoup de ces &#233;crits sont rares, et comme certains d'entre eux sont difficiles &#224; trouver ! Y en a-t-il beaucoup qui, comme moi, ont eu la patience de chercher pendant des ann&#233;es un exemplaire de la Pauvret&#233; de la Philosophie , qui n'a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233;e que tr&#232;s r&#233;cemment &#224; Paris, ou de cet ouvrage singulier de La Sainte Famille ; ou qui serait pr&#234;t &#224; endurer plus de difficult&#233;s pour obtenir un exemplaire de la Neue Rheinische Zeitung qu'un &#233;tudiant en philologie ou en histoire ne le ferait dans des conditions ordinaires pour lire et &#233;tudier tous les documents de l'Egypte ancienne ! J'ai la r&#233;putation d'&#234;tre un homme exp&#233;riment&#233; dans la recherche et la localisation de livres, mais je n'ai jamais rencontr&#233; autant de difficult&#233;s que dans la qu&#234;te de ce journal. La lecture de tous les &#233;crits des fondateurs du socialisme scientifique a &#233;t&#233; jusqu'ici en grande partie un privil&#232;ge d'initi&#233;s ! [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il alors s'&#233;tonner qu'en dehors de l'Allemagne, par exemple en France, et particuli&#232;rement l&#224;-bas, de nombreux &#233;crivains, notamment parmi les publicistes, aient &#233;t&#233; tent&#233;s de puiser les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la formation d'un marxisme de leur propre fabrication &#224; partir des critiques de nos adversaires, &#224; partir de citations fortuites, d'extraits h&#226;tifs tir&#233;s d'articles sp&#233;ciaux ou de vagues souvenirs ? Cela s'est produit d'autant plus facilement que la mont&#233;e des partis socialistes en France et en Italie a donn&#233; plus ou moins la parole aux repr&#233;sentants du pr&#233;tendu marxisme, m&#234;me s'il serait &#224; mon avis inexact de les appeler ainsi. Mais cela donnait aux hommes de lettres de tout bord l'excuse facile de croire, ou de faire croire, que chaque discours d'un agitateur ou d'un homme politique, chaque d&#233;claration de principes, chaque article de journal et chaque action officielle d'un parti &#233;tait une r&#233;v&#233;lation authentique et orthodoxe. de la nouvelle doctrine dans une nouvelle &#233;glise. La Chambre des d&#233;put&#233;s fran&#231;aise n'&#233;tait-elle pas , il y a environ deux ans, sur le point de discuter de la th&#233;orie de la valeur de Marx ? Et que dire de tant de professeurs italiens qui ont cit&#233; et discut&#233; pendant des ann&#233;es des livres et des ouvrages qui, notoirement, n'avaient jamais atteint notre latitude ? Peu de temps apr&#232;s, George Adler &#233;crivit ses deux livres superficiels et peu concluants, [3] dans lequel il offrait des tr&#233;sors faciles de bibliographie et de copieuses citations &#224; tous ceux qui recherchaient un enseignement confortable et une chance de plagier. On pourrait vraiment dire qu'Adler avait beaucoup lu et beaucoup p&#233;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique est, dans un certain sens, tout ce qu'il y a dans le marxisme. Avant de s'entourer d'une litt&#233;rature &#233;crite par des penseurs comp&#233;tents, capables de la d&#233;velopper et de la poursuivre, le marxisme a travers&#233; parmi les peuples de langue n&#233;o-latine d'innombrables erreurs, contresens, alt&#233;rations grotesques, travestissements &#233;tranges et inventions gratuites. Personne n'a le droit de placer ces choses dans le registre de l'histoire du socialisme. Mais ils ne pouvaient que causer beaucoup d'embarras &#224; ceux qui &#233;taient d&#233;sireux de cr&#233;er une culture socialiste, surtout s'ils appartenaient aux rangs des &#233;tudiants professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous connaissez l'histoire fantastique racont&#233;e par Croce dans Le Devenir Social de ce Marx blond qui est cens&#233; avoir fond&#233; l'Internationale &#224; Naples, en 1867. Je pourrais raconter d'autres histoires similaires. Je pourrais vous parler d'un &#233;tudiant qui est venu chez moi, il y a quelques ann&#233;es, pour jeter au moins un regard personnel sur la fameuse Pauvret&#233; de la Philosophie . Il &#233;tait assez d&#233;&#231;u. &#034;C'est un livre s&#233;rieux sur l'&#233;conomie politique ?&#034; il a dit. &#171; Non seulement s&#233;rieux, dis-je, mais aussi difficile &#224; lire et obscur sur bien des points. Il ne pouvait pas du tout comprendre. &#171; Vous attendiez-vous, continuai-je, &#224; un po&#232;me sur les h&#233;ros du grenier, ou &#224; un roman comme celui du pauvre jeune homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre farfelu de La Sainte Famille a donn&#233; &#224; certains une excuse pour des contes &#233;tranges. C'est le sort singulier de ce cercle de Jeunes-H&#233;g&#233;liens, parmi lesquels se trouvait au moins un homme de marque, Bruno Bauer, qu'ils soient connus de la post&#233;rit&#233; par le ridicule que leur ont inflig&#233; deux jeunes &#233;crivains. Et dire que ce livre, qui para&#238;trait sec, difficile &#224; comprendre et dur &#224; la plupart des lecteurs fran&#231;ais, n'est en r&#233;alit&#233; pas tr&#232;s remarquable, si ce n'est qu'il montre la mani&#232;re dont Marx et Engels, apr&#232;s avoir d&#233;rout&#233; le fardeau de la scolastique h&#233;g&#233;lienne, commen&#231;aient &#224; s'extirper de l'humanitarisme de Feuerbach ! Et tandis qu'ils d&#233;veloppaient ce qui devint plus tard leur propre th&#233;orie, ils &#233;taient encore, dans une certaine mesure, impr&#233;gn&#233;s de ce v&#233;ritable socialisme qu'ils ridiculis&#232;rent eux-m&#234;mes plus tard dans le Manifeste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; part les histoires ridicules qui ont circul&#233; sur ces deux-l&#224;, il y en a une qui s'est d&#233;velopp&#233;e en Italie, et il n'y a pas de quoi rire. C'est le cas de Loria. C'est d'autant plus triste que ces derni&#232;res ann&#233;es, malgr&#233; les grandes difficult&#233;s qui l'entourent, un parti socialiste est en train de se former en Italie, qui, dans son programme et dans ses intentions, repr&#233;sente les tendances du socialisme international jusqu'&#224; pr&#233;sent. dans la mesure o&#249; les conditions de notre pays le permettent, et s'efforce d'accomplir son &#339;uvre. Il est regrettable qu'&#224; cette &#233;poque certains, &#233;tudiants ou anciens &#233;tudiants, se soient mis en t&#234;te de proclamer Loria, tant&#244;t comme l'auteur authentique des th&#233;ories du socialisme scientifique, tant&#244;t comme le d&#233;couvreur de l'&#233;conomie. interpr&#233;tation de l'histoire, tant&#244;t comme ceci, tant&#244;t comme cela, aussi contradictoire soit-elle. Loria a ainsi &#233;t&#233; acclam&#233;, d'un seul coup, mais &#224; son insu et sans son consentement, comme un champion de Marx, comme un ennemi de Marx, comme un substitut, un sup&#233;rieur et un inf&#233;rieur de Marx. Eh bien, ce malentendu appartient d&#233;sormais au pass&#233;. Et la paix soit &#224; sa m&#233;moire. Depuis que les Probl&#232;mes sociaux de Loria ont &#233;t&#233; traduits en fran&#231;ais, beaucoup de vos compatriotes se demanderont comment il a &#233;t&#233; possible qu'il ait pu &#234;tre confondu, pas tant avec un socialiste quelconque - car cela aurait pu &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un signe ou une intention d'ing&#233;niosit&#233;. &#8211; mais comme un homme qui a poursuivi et am&#233;lior&#233; l'&#339;uvre de Marx. L'id&#233;e m&#234;me fait dresser les cheveux sur la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en ce qui concerne la France, vous pouvez &#234;tre tranquille sur ces anecdotes d'intuition mod&#232;le. Car il est non seulement vrai que les p&#233;ch&#233;s sont commis &#224; l'ext&#233;rieur et &#224; l'int&#233;rieur des murs de Troie, mais c'est aussi un axiome que chacun acceptera qui n'appartient pas &#224; la cat&#233;gorie insens&#233;e des g&#233;nies incompris, que personne n'arrive trop tard dans le monde. monde pour faire son devoir. Et dans le cas pr&#233;sent, il est d'autant moins trop tard, comme nous pouvons le dire avec v&#233;rit&#233; dans les paroles d'Engels, qui m'ont &#233;t&#233; &#233;crites peu de temps avant sa mort : &#171; Nous sommes encore au tout d&#233;but des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme nous n'en sommes encore qu'aux premiers commencements, il me semble que le parti socialiste allemand devrait consid&#233;rer comme de son devoir de publier une &#233;dition critique compl&#232;te des &#339;uvres de Marx et d'Engels, afin que les &#233;tudiants puissent s'occuper de ces th&#233;ories avec une compr&#233;hension compl&#232;te de leurs causes et en obtiennent la connaissance avec le moins d'inconv&#233;nients possible &#224; partir des premi&#232;res sources. Cette &#233;dition doit &#234;tre fournie au cas par cas avec des pr&#233;faces contenant des expos&#233;s de faits, avec des notes de bas de page, des r&#233;f&#233;rences et des explications. Ce serait &#224; lui seul une &#339;uvre m&#233;ritoire que de priver les bouquinistes du privil&#232;ge de faire des objets de sp&#233;culation ind&#233;cente sur les exemplaires les plus rares d'&#233;crits anciens. Je peux raconter une histoire ou deux &#224; ce sujet. Les ouvrages d&#233;j&#224; parus sous forme de livres ou de brochures doivent &#234;tre compl&#233;t&#233;s par des articles de journaux, des manifestes, des circulaires, des programmes et toutes ces lettres qui, bien qu'&#233;crites &#224; des particuliers, ont une valeur politique et scientifique parce qu'elles traitent de questions d'int&#233;r&#234;t public et public. int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle entreprise ne peut &#234;tre entreprise que par les socialistes germanophones. Non pas que Marx et Engels appartiennent uniquement &#224; l'Allemagne, au sens patriotique et chauvin du terme, que beaucoup confondent avec la nationalit&#233;. La forme de leur cerveau, le cours de leurs productions, l'ordre logique de leur fa&#231;on de voir les choses, leur esprit scientifique et leur philosophie &#233;taient le fruit et l'aboutissement de la culture allemande. Mais l'essentiel de leur pens&#233;e et de leur enseignement concerne les conditions sociales qui, jusqu'&#224; l'&#233;poque de leur maturit&#233;, se sont d&#233;velopp&#233;es pour la plupart en dehors de l'Allemagne. Elle s'enracine particuli&#232;rement dans les conditions cr&#233;&#233;es par cette grande r&#233;volution &#233;conomique et politique qui, &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, a trouv&#233; sa base et son d&#233;veloppement en grande majorit&#233; en Angleterre et en France. Tous deux &#233;taient &#224; tous &#233;gards des esprits internationaux. Mais seuls les socialistes allemands, depuis le Club communiste jusqu'au programme d'Erfurt et jusqu'aux derniers articles du prudent et exp&#233;riment&#233; Kautsky, ont cette continuit&#233; et cette persistance de la tradition, et ce secours d'une exp&#233;rience constante, qui sont n&#233;cessaires pour qu'un l'&#233;dition critique de ces ouvrages pourra trouver dans les choses elles-m&#234;mes et dans la m&#233;moire des hommes les donn&#233;es n&#233;cessaires pour la rendre compl&#232;te et fid&#232;le &#224; la vie. Et ce n'est pas une question de s&#233;lection. Toute l'activit&#233; scientifique et politique, toutes les productions litt&#233;raires des deux fondateurs du socialisme critique, m&#234;me si elles ont &#233;t&#233; &#233;crites pour l'occasion, doivent &#234;tre rendues accessibles au lecteur. Il ne s'agit pas de r&#233;diger un Corpus juris ou un Testamentum juxta canonem receptum (un code de lois ou un testament selon les canons re&#231;us). Il s'agit de rassembler une s&#233;rie &#233;labor&#233;e d'&#233;crits, afin qu'ils puissent s'adresser directement &#224; tous ceux qui souhaitent les lire. Ce n'est qu'ainsi que les &#233;tudiants des autres pays pourront disposer de toutes les sources. Ceux qui ont acquis leur savoir d'une autre mani&#232;re, par le biais de reproductions peu fiables ou de vagues souvenirs, ont donn&#233; lieu &#224; un ph&#233;nom&#232;ne &#233;trange : jusqu'&#224; une &#233;poque tr&#232;s r&#233;cente, il n'y avait pas un seul ouvrage sur le marxisme en dehors de la langue allemande, &#233;crit sur la base d'une critique documentaire. Et souvent, ces &#339;uvres provenaient de la plume d'&#233;crivains d'autres partis r&#233;volutionnaires ou d'autres &#233;coles du socialisme. Un cas typique de ce genre est celui des &#233;crivains anarchistes, pour lesquels, surtout en France et en Italie, le fondateur du marxisme semble g&#233;n&#233;ralement n'avoir pas exist&#233; du tout, &#224; moins que ce ne soit comme l'homme qui fouetta Proudhon et s'opposa &#224; Bakounine, ou comme chef de ce qui est &#224; leurs yeux le plus grand crime, &#224; savoir le repr&#233;sentant typique du socialisme politique et donc &#8211; quelle infamie ! &#8211; du socialisme parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces &#233;crits ont un fondement commun. Et c'est l&#224; le mat&#233;rialisme historique, pris comme une triple th&#233;orie, &#224; savoir comme m&#233;thode philosophique pour la compr&#233;hension g&#233;n&#233;rale de la vie et de l'univers, comme critique de l'&#233;conomie politique r&#233;ductible &#224; certaines lois seulement parce qu'elle repr&#233;sente une certaine phase historique, et comme interpr&#233;tation de la politique, surtout de ces mouvements politiques qui sont n&#233;cessaires et utiles &#224; la marche de la classe ouvri&#232;re vers le socialisme. Ces trois aspects, que j'&#233;num&#232;re abstraitement, comme c'est toujours l'usage en mati&#232;re d'analyse, ne forment qu'une seule unit&#233; dans l'esprit des deux auteurs. C'est pour cette raison que leurs &#233;crits, &#224; l'exception de l' Anti-D&#252;hring d'Engels et du premier volume du Capital , ne semblent jamais aux hommes de lettres de tradition classique avoir &#233;t&#233; &#233;crits selon les canons de l'art de l'&#233;criture du livre. Ces &#233;crits sont en r&#233;alit&#233; des monographies et, dans la plupart des cas, ils sont le r&#233;sultat d'occasions sp&#233;ciales. Ce sont des fragments d'une science et d'une politique en processus de croissance continue. D'autres, qui ne sont &#233;videmment pas de simples venus par hasard, doivent et peuvent poursuivre ce travail. Afin de les comprendre pleinement, ces &#233;crits doivent &#234;tre class&#233;s de mani&#232;re biographique. Et dans une telle biographie nous retrouverons, pour ainsi dire, les traces et les empreintes, les marques et les reflets de la gen&#232;se du socialisme moderne. Ceux qui ne sont pas capables de suivre cette gen&#232;se chercheront dans ces fragments quelque chose qui n'y est pas et qui ne devrait pas y &#234;tre, par exemple des r&#233;ponses &#224; toutes les questions que les sciences historiques et sociales peuvent toujours poser dans leur une exp&#233;rience vaste et vari&#233;e, ou une solution sommaire des probl&#232;mes pratiques de tous les temps et de tous les lieux. Pour illustrer, dans le d&#233;bat sur la question orientale, o&#249; certains socialistes pr&#233;sentent le spectacle singulier d'une lutte entre idiotie et insouciance, on entend de toutes parts des r&#233;f&#233;rences au marxisme ! [4] Les doctrinaires et th&#233;oriciens de tout poil, qui ont besoin d'idoles intellectuelles, les cr&#233;ateurs de syst&#232;mes classiques bons pour l'&#233;ternit&#233;, les r&#233;dacteurs de manuels et d'encyclop&#233;dies, chercheront en vain dans le marxisme ce qu'il n'a jamais offert &#224; personne. Ces gens con&#231;oivent la pens&#233;e et la connaissance comme des choses qui ont une existence mat&#233;rielle , mais ils ne comprennent pas que la pens&#233;e et la connaissance sont des activit&#233;s en cours de formation. Ce sont des m&#233;taphysiciens au sens o&#249; Engels utilisait ce terme, ce qui n'est bien entendu pas le seul sens possible. Dans le cas pr&#233;sent, je veux dire que ces hommes sont des m&#233;taphysiciens au sens o&#249; Engels leur appliquait ce terme en &#233;largissant cette caract&#233;ristique que Hegel conf&#233;rait &#224; des ontologues comme Wolf et d'autres comme lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Marx, bien qu'il soit un publiciste sans &#233;gal, a-t-il jamais pr&#233;tendu se pr&#233;senter comme un &#233;crivain accompli en mati&#232;re d'histoire, alors qu'il r&#233;digeait de 1848 &#224; 1860 ses essais sur l'histoire contemporaine et ses m&#233;morables articles de journaux ? Et peut-&#234;tre a-t-il &#233;chou&#233; en cela, parce que ce n'&#233;tait pas sa vocation et parce qu'il n'y avait aucune aptitude ? Ou bien Engels, lorsqu'il &#233;crivait son Anti-D&#252;hring , qui est &#224; ce jour l'ouvrage le plus abouti du socialisme critique et contient en un mot toute la philosophie n&#233;cessaire aux penseurs du socialisme, r&#234;vait-il d'&#233;puiser les possibilit&#233;s de l'univers connaissable dans son ouvrage court et exquis, ou de tracer &#224; jamais les grandes lignes de la m&#233;taphysique, de la psychologie, de l'&#233;thique, de la logique, et quels que soient les noms des autres sections de l'encyclop&#233;die, qui ont &#233;t&#233; choisies soit pour des raisons intrins&#232;ques de division objective, soit pour des raisons d'opportunit&#233;, de confort, de vanit&#233;, par ceux qui pr&#233;tendent &#234;tre des enseignants ? Ou bien le Capital de Marx est -il peut-&#234;tre une autre de ces encyclop&#233;dies de toute la science &#233;conomique, avec lesquelles les professeurs surtout, surtout en Allemagne, surapprovisionnent le march&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage, compos&#233; de trois gros volumes r&#233;partis en quatre livres pas tr&#232;s petits, peut &#234;tre assimil&#233; &#224; une monographie colossale, &#224; la diff&#233;rence de tant de compilations encyclop&#233;diques. Son objet principal est de d&#233;montrer l'origine et la production de la plus-value (dans le syst&#232;me capitaliste), puis de montrer la mani&#232;re dont la plus-value est divis&#233;e par la combinaison de la production avec la circulation du capital. La base des analyses est la th&#233;orie de la valeur , qui est une perfection d'une &#233;laboration faite par la science &#233;conomique depuis un si&#232;cle et demi. Cette th&#233;orie ne repr&#233;sente pas un fait empirique tir&#233; de l'induction vulgaire, ni une simple cat&#233;gorie de logique, comme certains l'ont relat&#233;. Il s'agit plut&#244;t du postulat typique sans lequel tout le reste de l'&#339;uvre est impensable. Les pr&#233;misses factuelles, &#224; savoir la soci&#233;t&#233; pr&#233;capitaliste et la gen&#232;se sociale du travail salari&#233;, sont les points de d&#233;part de l'explication historique de l'origine du capitalisme actuel. Le m&#233;canisme de la circulation, avec ses lois secondaires et mineures, et enfin les ph&#233;nom&#232;nes de distribution, consid&#233;r&#233;s sous leurs aspects antith&#233;tiques et relativement ind&#233;pendants, constituent le moyen par lequel nous arrivons aux faits concrets tels qu'ils sont donn&#233;s par les mouvements &#233;vidents de la circulation. vie courante. Les faits et les processus sont g&#233;n&#233;ralement pr&#233;sent&#233;s sous leurs formes typiques, en supposant que toutes les conditions r&#233;guli&#232;res de la production capitaliste sont pleinement en vigueur. Les autres modes de production ne sont discut&#233;s que dans la mesure o&#249; ils sont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;s et, pour montrer de quelle mani&#232;re ils ont &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;s ou, s'ils survivent encore, on prend en consid&#233;ration dans quelle mesure ils deviennent des obstacles &#224; la production capitaliste. Marx cite donc fr&#233;quemment des illustrations de l'histoire descriptive, puis, apr&#232;s avoir expos&#233; ses pr&#233;misses r&#233;elles, il donne une explication g&#233;n&#233;tique de la mani&#232;re dont ces pr&#233;misses suivent leur d&#233;veloppement typique, une fois donn&#233;es les conditions de leur interrelation. La structure morphologique de la soci&#233;t&#233; capitaliste est ainsi mise &#224; nu. L'&#339;uvre de Marx n'est donc pas dogmatique, mais critique. Et elle est critique, non pas au sens subjectif du terme, mais parce qu'elle tire sa critique du caract&#232;re antith&#233;tique et contradictoire des choses elles-m&#234;mes. M&#234;me lorsque Marx en vient aux parties descriptives des r&#233;f&#233;rences historiques, il ne se perd jamais dans des conceptions vulgaires, dont le secret consiste &#224; &#233;viter de s'interroger sur les lois du d&#233;veloppement et &#224; simplement coller sur une simple &#233;num&#233;ration et description d'&#233;v&#233;nements des &#233;tiquettes telles que &#034;processus historique&#034;. , d&#233;veloppement ou &#233;volution&#034;. Le fil conducteur de l'enqu&#234;te est la m&#233;thode dialectique. Et c'est l&#224; le point d&#233;licat qui jette dans la plus triste des confusions tous ces lecteurs du Capital.qui portent dans sa lecture les habitudes intellectuelles des empiristes, des m&#233;taphysiciens et des auteurs de d&#233;finitions d'entit&#233;s con&#231;ues pour l'&#233;ternit&#233;. Les questions &#233;pineuses soulev&#233;es par beaucoup concernant les pr&#233;tendues contradictions entre le premier et le troisi&#232;me tome [5] de cet ouvrage se r&#233;v&#232;lent, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, comme le r&#233;sultat d'une mauvaise compr&#233;hension de la m&#233;thode dialectique de la part de ces critiques. Je me r&#233;f&#232;re ici simplement &#224; l'esprit dans lequel le conflit a &#233;t&#233; men&#233;, et non aux points particuliers qui ont &#233;t&#233; soulev&#233;s. Car c'est un fait que le troisi&#232;me volume n'est en aucun cas une &#339;uvre achev&#233;e et peut &#234;tre critiquable m&#234;me de la part de ceux qui sont d'accord avec ses principes g&#233;n&#233;raux. Les contradictions relev&#233;es par les critiques ne sont pas des contradictions entre un livre et un autre, ne sont pas dues &#224; un manquement de l'auteur &#224; respecter ses pr&#233;misses et ses promesses, mais sont de v&#233;ritables contradictions trouv&#233;es dans la production capitaliste elle-m&#234;me. Exprim&#233;s sous forme de formules, ces ph&#233;nom&#232;nes apparaissent &#224; l'esprit pensant comme des contradictions. Un taux de profit moyen bas&#233; sur le capital total investi, quelle que soit sa composition organique, c'est-&#224;-dire quelle que soit la proportion entre sa partie constante et sa partie variable ; des prix form&#233;s sur le march&#233; au moyen de moyennes qui fluctuent largement autour de la valeur des marchandises ; les int&#233;r&#234;ts simples sur l'argent d&#233;tenu en tant que tel et pr&#234;t&#233; &#224; des tiers pour investir dans une entreprise ; la rente fonci&#232;re, c'est-&#224;-dire la rente sur quelque chose qui n'a &#233;t&#233; produit par le travail de personne : ces r&#233;futations et d'autres de la soi-disant loi de la valeur sont de v&#233;ritables contradictions inh&#233;rentes &#224; la production capitaliste. D'ailleurs, ce terme de droit en confond beaucoup. Ces antith&#232;ses, aussi irrationnelles qu'elles puissent para&#238;tre, existent en r&#233;alit&#233;, &#224; commencer par l' irrationalit&#233; fondamentale selon laquelle le travail du salari&#233; devrait cr&#233;er un produit sup&#233;rieur &#224; son co&#251;t (salaire) pour celui qui l'embauche. Ce vaste syst&#232;me de contradictions &#233;conomiques (merci &#224; Proudhon pour ce terme) appara&#238;t dans son int&#233;gralit&#233; comme une somme d'injustices sociales &#224; tous les socialistes sentimentaux, socialistes rationnels et &#224; toutes les nuances de radicaux d&#233;clamateurs. Les r&#233;formateurs honn&#234;tes souhaitent &#233;liminer ces injustices au moyen d'efforts juridiques honn&#234;tes. Quand on compare maintenant, cinquante ans plus tard, la pr&#233;sentation de ces antinomies, dans leurs d&#233;tails concrets, comme le montre le troisi&#232;me volume du Capital , avec les grandes lignes donn&#233;es dans La Pauvret&#233; de la Philosophie., on reconna&#238;t ais&#233;ment la nature du fil dialectique qui relie ces analyses. Les antinomies, que Proudhon voulait r&#233;soudre abstraitement sous pr&#233;texte que l'esprit raisonnant les condamnait au nom de la justice (et cette erreur lui assigne une certaine place dans l'histoire), apparaissent d&#233;sormais comme des contradictions dans la structure sociale elle-m&#234;me, de sorte que la nature m&#234;me du processus engendre des contradictions. Lorsque nous r&#233;alisons que les irrationalit&#233;s naissent du processus historique lui-m&#234;me, nous nous &#233;mancipons de la simplicit&#233; de la raison abstraite et comprenons que le pouvoir n&#233;gatif de la r&#233;volution est relativement n&#233;cessaire dans le cycle du d&#233;veloppement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'on puisse dire de cette question grave et tr&#232;s complexe de l'interpr&#233;tation historique, que je n'oserai pas traiter exhaustivement comme un incident de lettre, il n'en demeure pas moins que personne ne parviendra &#224; s&#233;parer les pr&#233;misses, le processus m&#233;thodique, les inf&#233;rences et conclusions de ces travaux, &#224; partir du monde r&#233;el dans lequel ils se d&#233;veloppent et des faits vivants auxquels ils se r&#233;f&#232;rent. Personne ne pourra jamais r&#233;duire son enseignement &#224; une simple Bible, ou &#224; une recette pour l'interpr&#233;tation de l'histoire d'un moment ou d'un lieu. Il n'y a pas de phrase plus insipide et ridicule que celle qui qualifie le Capital de Marx de Bible du socialisme. La Bible, qui est un recueil d'ouvrages religieux et d'essais th&#233;ologiques, a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e au cours des si&#232;cles. Et m&#234;me si le Capital &#233;tait notre Bible, la connaissance du socialisme ne suffirait pas &#224; elle seule &#224; rendre les socialistes omniscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme n'est pas et ne sera pas confin&#233; aux &#233;crits de Marx et d'Engels. Le nom appara&#238;t encore aujourd'hui comme le symbole et le recueil d'une tendance aux multiples facettes et d'une th&#233;orie complexe. Il reste encore beaucoup &#224; faire avant que le marxisme puisse devenir une th&#233;orie pleine et enti&#232;re de toutes les phases de l'histoire jusqu'ici rattach&#233;es &#224; leurs formes respectives de production &#233;conomique, une th&#233;orie qui r&#233;gulerait le rythme du d&#233;veloppement politique. Pour y parvenir, ceux qui veulent se consacrer &#224; l'&#233;tude du pass&#233; du point de vue de cette nouvelle m&#233;thode de recherche historique doivent soumettre les sources originales &#224; une &#233;preuve nouvelle et pr&#233;cise, et ceux qui veulent l'appliquer &#224; les questions pratiques de la politique actuelle doivent trouver des modes d'orientation particuliers. Cette th&#233;orie &#233;tant par essence critique, elle ne peut &#234;tre poursuivie, appliqu&#233;e et am&#233;lior&#233;e que si elle se critique elle-m&#234;me. Puisqu'il s'agit d'&#233;clairer et d'approfondir des processus d&#233;termin&#233;s, aucun cat&#233;chisme ne tiendra, aucune g&#233;n&#233;ralisation sch&#233;matique ne servira. J'en ai re&#231;u la preuve au cours de cette ann&#233;e o&#249; je me proposais de donner une conf&#233;rence &#224; l'universit&#233; sur la situation &#233;conomique de la Haute et de la Moyenne Italie &#224; la fin du XIIIe et au d&#233;but du XIVe si&#232;cle, dans le but principal d'expliquer la situation &#233;conomique de la Haute et de la Moyenne Italie. l'origine du prol&#233;tariat agricole et urbain et trouver ainsi un moyen pratique de retracer la mont&#233;e de certains mouvements communistes et de r&#233;v&#233;ler, comme conclusion finale, les vicissitudes quelque peu obscures de la vie h&#233;ro&#239;que de Fra Dolcino. C'&#233;tait certainement mon intention d'&#234;tre et de rester marxiste. Mais je ne peux &#233;viter d'assumer la responsabilit&#233; des choses que j'ai dites &#224; mes risques et p&#233;rils, car les sources sur lesquelles j'ai bas&#233; mes &#233;tudes &#233;taient celles qui sont manipul&#233;es par tous les autres historiens, de toutes les autres &#233;coles et tendances, et je ne pouvais pas demander Marx pour obtenir des conseils, car il n'avait rien &#224; offrir sur ces faits particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble avoir donn&#233; une r&#233;ponse satisfaisante &#224; la question principale qui revient non seulement dans votre pr&#233;face, &#224; laquelle je me r&#233;f&#232;re particuli&#232;rement, mais aussi dans divers articles &#233;crits par vous pour Le Devenir Social . Bien entendu, je devrai aborder encore d'autres questions. Mais votre question principale tournait autour de ce point : quelles sont les raisons qui expliquent que le mat&#233;rialisme historique se soit jusqu'&#224; pr&#233;sent si peu r&#233;pandu et si mal d&#233;velopp&#233; ? Sans pr&#233;judice de ce que je dirai dans mes prochaines lettres &#8211; vous voyez que je vous menace de parler encore plus ennuyant &#8211; vous ne devriez pas &#233;prouver de grandes difficult&#233;s &#224; faire votre propre r&#233;ponse &#224; une autre question que vous avez pos&#233;e notamment dans certains livres. critiques, et qui se r&#233;sume comme suit (du moins c'est ainsi que je l'interpr&#232;te) : Comment se fait-il que tant de personnes aient essay&#233; de compl&#233;ter cette compr&#233;hension et cette &#233;laboration imparfaites du marxisme, tant&#244;t avec l'aide de Spencer, tant&#244;t avec le positivisme ? en g&#233;n&#233;ral, tant&#244;t avec Darwin, tant&#244;t avec tout autre don des dieux, montrant une &#233;vidente inclination &#8211; que dirai-je &#8211; &#224; Italianiser, Franciser, Russer ce mat&#233;rialisme historique ? Pourquoi ont-ils oubli&#233; deux choses, &#224; savoir que cette th&#233;orie porte en elle les conditions et les expressions de sa propre philosophie, et qu'elle est essentiellement internationale dans son origine et sa substance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi pour cette raison que je devrai continuer mes lettres.&lt;br class='autobr' /&gt;
III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 10 mai 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler encore une fois des deux fondateurs du socialisme scientifique, je dois avouer que j'utilise ce terme non sans appr&#233;hension, de peur que le faux usage qui en a &#233;t&#233; fait dans certains milieux n'ait pu le rendre presque ridicule, surtout lorsqu'il est cens&#233; repr&#233;senter un une sorte de science universelle. Si ces deux hommes avaient &#233;t&#233;, sinon des saints du genre l&#233;gendaire, du moins des cr&#233;ateurs de projets et de syst&#232;mes dont la forme classique et les contours nets auraient pr&#234;t&#233; facilement &#224; l'admiration ! Mais non, monsieur ! Ils &#233;taient des penseurs critiques et agressifs, non seulement dans leurs &#233;crits, mais aussi dans leur fa&#231;on de faire les choses. Et ils n'ont jamais expos&#233; ni leur propre personnalit&#233; ni leurs propres id&#233;es comme exemples et mod&#232;les. Ils proclamaient certes le caract&#232;re r&#233;volutionnaire des choses dans les processus sociaux de l'histoire, mais pas dans l'esprit des hommes qui mesurent les grands &#233;v&#233;nements historiques &#224; l'aune de leur personnalit&#233; fantastique et impulsive. D'o&#249; le m&#233;pris du plus grand nombre ! S'ils avaient &#233;t&#233; au moins comme ces professeurs aimants qui descendent parfois de leur pi&#233;destal pour honorer de leurs conseils l'humanit&#233; pauvre et p&#233;cheresse et se pavaner parmi eux en protecteur et gardien de la question sociale ! Mais ils ont fait exactement l'inverse. Ils se sont identifi&#233;s &#224; la cause du prol&#233;tariat et sont devenus ins&#233;parables de la conscience et de la science de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. M&#234;me s'ils &#233;taient &#224; tous &#233;gards de v&#233;ritables r&#233;volutionnaires (bien qu'ils ne soient ni passionn&#233;s ni &#233;motifs), ils n'ont jamais sugg&#233;r&#233; de plans conspirateurs ou de projets politiques, mais ont expliqu&#233; la th&#233;orie de leur nouvelle politique et ont aid&#233; &#224; son application pratique, de la m&#234;me mani&#232;re que la classe ouvri&#232;re moderne. le mouvement indique et exige comme une n&#233;cessit&#233; actuelle de l'histoire. En d'autres termes, aussi incroyable que cela puisse para&#238;tre, ils &#233;taient bien plus que de simples socialistes . Et en fait, beaucoup de ceux qui n'&#233;taient que de simples socialistes , ou m&#234;me de simples artisans de r&#233;volutions, les consid&#233;raient souvent, sinon avec suspicion, du moins avec m&#233;pris et aversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurais jamais fini si j'essayais d'&#233;num&#233;rer toutes les raisons qui ont retard&#233; pendant de longues ann&#233;es une discussion objective sur le marxisme. Vous savez bien que certains &#233;crivains de l'aile gauche des partis r&#233;volutionnaires en France traitent le mat&#233;rialisme historique, non pas de la mani&#232;re habituelle lorsqu'il s'agit des dons de l'esprit scientifique, certes critiquables comme toute la science, mais comme une th&#232;se personnelle de ces deux auteurs, qui, si remarquables et si grands soient-ils, ne restent pour ces gens-l&#224; toujours que deux parmi les autres dirigeants du socialisme, c'est-&#224;-dire deux parmi tant d'autres X de l'univers ! [6] Pour &#234;tre clair, je dirai que seuls des arguments bons ou mauvais ont &#233;t&#233; avanc&#233;s contre cette th&#233;orie, car ils constituent toujours des obstacles et des pierres d'achoppement sur le chemin des id&#233;es nouvelles, en particulier parmi les sages professionnels. Souvent, les objections provenaient aussi d'un motif tr&#232;s particulier. Les th&#233;ories de Marx et d'Engels, notamment, &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme des opinions de camarades et mesur&#233;es selon des crit&#232;res de sympathie ou d'antipathie suscit&#233;s par ces camarades. Les r&#233;sultats bizarres d'une d&#233;mocratie pr&#233;matur&#233;e sont tels qu'il ne nous est pas permis d'exon&#233;rer quoi que ce soit du contr&#244;le des incomp&#233;tents, pas m&#234;me la logique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a d'autres raisons. Lorsque le premier volume du Capital de Marx parut en 1867, il fut pour les professeurs et les &#233;crivains universitaires, notamment allemands, comme un coup sur la t&#234;te. C'&#233;tait alors une p&#233;riode de grande inactivit&#233; en science &#233;conomique. L'&#233;cole historique n'avait pas encore produit ces volumes volumineux et souvent utiles qui parurent plus tard en Allemagne. En France, en Italie et m&#234;me en Allemagne, les productions tr&#232;s banales de cette &#233;conomie vulgaire , qui avait effac&#233; l'esprit critique des grands &#233;conomistes classiques entre 1840 et 1860, menaient une existence pr&#233;caire. L'Angleterre s'&#233;tait attach&#233;e &#224; John Stuart Mill, qui, bien que logicien de m&#233;tier, &#233;tait toujours suspendu entre le oui et le non dans les questions importantes, comme l'un des personnages bien connus de notre sc&#232;ne comique. Personne n'avait alors r&#233;fl&#233;chi &#224; cette nouvelle &#233;conomie que les h&#233;donistes ont r&#233;cemment produite. En Allemagne, o&#249; Marx aurait d&#251; &#234;tre lu le premier, pour des raisons &#233;videntes, et o&#249; Rodbertus restait presque inconnu, les esprits m&#233;diocres r&#233;gnaient sur la situation, au premier rang desquels ce c&#233;l&#232;bre &#233;crivain de notes &#233;rudites et minutieuses, Roscher, qui aimait &#224; encombrer des passages tr&#232;s clairs. avec des d&#233;finitions nominales et souvent insens&#233;es. Le premier volume du Capital parut juste &#224; temps pour d&#233;sillusionner les esprits des professeurs et des acad&#233;miciens. Eux, les &#233;rudits porteurs de titres, particuli&#232;rement privil&#233;gi&#233;s au pays dit des penseurs, &#233;taient cens&#233;s aller &#224; l'&#233;cole ! Soit ils s'&#233;taient perdus dans les d&#233;tails minutieux de l'&#233;rudition, soit ils avaient essay&#233; de faire une &#233;cole d'apolog&#233;tique de l'&#233;conomie politique, soit ils s'&#233;taient donn&#233; la peine de trouver un moyen plausible d'appliquer &#224; leur propre pays les conclusions d'une science d&#233;velopp&#233;e dans le monde entier. conditions diff&#233;rentes d'un autre pays. Et ainsi tous ces professeurs du pays des savants par excellence avaient oubli&#233; l'art de l'analyse et de la critique. Le capital les a oblig&#233;s &#224; commencer leurs &#233;tudes par le bas. Il leur fallait une fondation enti&#232;rement nouvelle. Car cet ouvrage, tout en &#233;manant de la plume d'un communiste extr&#233;miste et d&#233;termin&#233;, ne montrait aucune trace de protestation subjective ou d'intrigue, mais constituait une analyse strictement et rigoureusement objective du processus de production capitaliste. Il y avait &#233;videmment quelque chose de plus terrible chez ce journaliste r&#233;volutionnaire de 1848 et exil&#233; de 1849 qu'une simple continuation ou un compl&#233;ment de ce socialisme que la litt&#233;rature bourgeoise de tous les pays r&#234;vait d'avoir d&#233;finitivement vaincu comme expression politique depuis la chute du chartisme et le triomphe de l'Occident. le sinistre chef du coup d'&#201;taten France. Il devint n&#233;cessaire d'&#233;tudier &#224; nouveau l'&#233;conomie. En d'autres termes, cette science a ouvert une fois de plus une p&#233;riode critique. Pour rendre justice au diable, il faut admettre que les professeurs allemands apr&#232;s cette date, c'est-&#224;-dire &#224; partir de 1870, et plus encore depuis 1880, entreprirent la r&#233;vision critique de l'&#233;conomie avec cette diligence, cette pers&#233;v&#233;rance, cette bonne volont&#233; et cette la p&#233;nibilit&#233; dont les savants de ce pays ont toujours fait preuve dans tous les domaines de la recherche. Bien que nous ne puissions presque jamais accepter pleinement tout ce qu'ils ont &#233;crit, il n'en reste pas moins vrai que le domaine de l'&#233;conomie a &#233;t&#233; nouvellement labour&#233; par leurs travaux de la mani&#232;re habituelle parmi les professeurs et les acad&#233;miciens, et que maintenant cette science ne peut plus &#234;tre envisag&#233;e. aussi facilement que la le&#231;on de n'importe quel paresseux. Le nom de Marx est devenu si &#224; la mode ces derniers temps qu'il est entendu dans les amphith&#233;&#226;tres des universit&#233;s comme l'un des sujets privil&#233;gi&#233;s de critique, de pol&#233;mique et de r&#233;f&#233;rence, et non plus seulement en termes de regret et d'invectives vulgaires. La litt&#233;rature sociale allemande est d&#233;sormais enti&#232;rement impr&#233;gn&#233;e de souvenirs de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'a pas pu avoir lieu en 1867. Le capital a fait son apparition au moment m&#234;me o&#249; l'on commen&#231;ait &#224; parler de l' Internationale et &#224; se faire craindre pendant un court moment, non seulement en raison de ce qu'elle repr&#233;sentait intrins&#232;quement et de ce qu'elle aurait pu devenir. Si la guerre franco-allemande et l'incident tragique de la Commune ne lui avaient pas port&#233; des coups durs, mais aussi &#224; cause des discours &#224; glacer le sang de certains de ses membres et des stupides man&#339;uvres r&#233;volutionnaires de certains intrus. N'&#233;tait-il pas notoire que le discours inaugural de l'Association internationale des travailleurs (dont tout socialiste peut encore apprendre beaucoup) est sorti de la plume de Marx ? Et n'y avait-il pas de bonnes raisons de lui attribuer les actions et les r&#233;solutions les plus d&#233;termin&#233;es de l'Internationale ? Eh bien, si un r&#233;volutionnaire d'une loyaut&#233; et d'une perspicacit&#233; incontestables comme Mazzini n'a pas pu faire la distinction entre l' Internationale &#224; laquelle Marx a consacr&#233; son travail et l' Alliance bakouniste , il est &#233;tonnant que les professeurs allemands aient &#233;t&#233; peu enclins &#224; engager une discussion critique avec l'auteur. du capital ? Comment &#233;tait-il possible de s'entendre avec un homme qui &#233;tait pour ainsi dire pendu en effigie dans toutes les lois d'exception faites &#224; l'usage de Favre et de ses consorts, et qui &#233;tait tenu moralement responsable de tous les actes des r&#233;volutionnaires ? , m&#234;me leurs erreurs et leurs extravagances, m&#234;me s'il avait en m&#234;me temps &#233;crit une &#339;uvre magistrale, comme un nouveau Ricardo, qui &#233;tudiait impassiblement les processus &#233;conomiques &#224; la mani&#232;re des g&#233;om&#232;tres ? Ce fait est &#224; l'origine de cette &#233;trange m&#233;thode de pol&#233;mique qui rendait les intentions de l'auteur responsables de ses conclusions. On pr&#233;tendait que Marx avait con&#231;u son analyse scientifique dans le but de renforcer certaines tendances. Cela a conduit pendant de nombreuses ann&#233;es &#224; r&#233;diger des articles &#224; sensation plut&#244;t que des analyses objectives. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire, c'est que les effets de cette critique grossi&#232;rement fausse se sont fait sentir m&#234;me dans l'esprit des socialistes, en particulier dans celui des jeunes intellectuels qui ont adh&#233;r&#233; &#224; la cause du prol&#233;tariat entre 1870 et 1880. Nombre des ardents remodeleurs du prol&#233;tariat le monde a entrepris de se proclamer champion des th&#233;ories marxistes, choisissant comme monnaie l&#233;gale pr&#233;cis&#233;ment le marxisme plus ou moins fallacieux de nos adversaires. Le cas est particuli&#232;rement r&#233;pandu en Allemagne, o&#249; il a laiss&#233; des traces dans les d&#233;bats du parti et dans sa petite litt&#233;rature. Le point le plus paradoxal de toute cette erreur est le suivant : ceux qui penchent vers des d&#233;ductions faciles, comme le font la plupart des nouveaux venus, pensaient que les th&#233;ories de la valeur et de la plus-value, telles qu'habituellement pr&#233;sent&#233;es dans les expos&#233;s populaires, contenaient ici et maintenant les canons de l'activit&#233; pratique. , le moteur, la base &#233;thique et juridique de tous les efforts prol&#233;tariens. N'est-ce pas une grande injustice que de priver des millions et des millions d'&#234;tres humains du fruit de leur travail ! Cette affirmation est si simple et si poignante que toutes les Bastilles modernes devraient tomber au premier coup scientifique des nouvelles trompettes de J&#233;richo ! Cette simplicit&#233; facile a &#233;t&#233; renforc&#233;e par de nombreuses erreurs th&#233;oriques de Lassalle, comme celles qui &#233;taient dues &#224; son relatif manque de connaissances, par exemple la loi d'airain des salaires , une demi-v&#233;rit&#233; qui devient une erreur totale lorsqu'elle n'est pas enti&#232;rement expliqu&#233;e, ou celles qui, dans son cas, peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des exp&#233;dients d'agitation, par exemple ses fameuses coop&#233;ratives aid&#233;es par l'&#201;tat. Quiconque est enclin &#224; limiter toute sa confession de foi socialiste &#224; la plus simple d&#233;duction de l'exploitation reconnue &#224; l'exigence de l'&#233;mancipation des exploit&#233;s, qui n'est in&#233;vitable que parce qu'elle est juste, n'a qu'&#224; faire un pas de plus sur le chemin glissant de la logique. afin de r&#233;duire toute l'histoire du genre humain &#224; un cas de conscience morale et de consid&#233;rer son d&#233;veloppement successif dans la vie sociale comme autant de variations d'une erreur de calcul continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1870 et 1880, et un peu apr&#232;s, une sorte de nouvel utopisme s'est form&#233; autour de cette vague conception d'un certain quelque chose qu'on appelle le socialisme scientifique et qui, comme des fruits hors de saison, &#233;tait bien fade. Et qu'est-ce que l'utopisme sans le g&#233;nie d'un Fourier et l'&#233;loquence d'un Consid&#233;rant, sinon un sujet de ridicule ? Ce nouvel utopisme, qui fleurit encore ici et l&#224;, a jou&#233; un certain r&#244;le en France. Il a laiss&#233; son empreinte dans les luttes contre d'autres sectes et &#233;coles men&#233;es par nos courageux amis du Parti travailliste r&#233;volutionnaire, qui, d&#232;s le d&#233;but, se sont efforc&#233;s de d&#233;velopper le socialisme sur la base de la conscience de classe et de la conqu&#234;te progressive du pouvoir politique par le prol&#233;tariat. Ce n'est que par l'exp&#233;rience de cette &#233;preuve pratique, seulement par l'&#233;tude quotidienne de la lutte des classes, seulement en testant et retestant les forces du prol&#233;tariat dans la mesure o&#249; elles sont d&#233;j&#224; organis&#233;es et concentr&#233;es, que nous pouvons &#233;valuer les chances du socialisme. . Ceux qui proc&#232;dent diff&#233;remment sont et restent des utopistes, m&#234;me au nom v&#233;n&#233;r&#233; de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre ces nouveaux utopistes, contre les repr&#233;sentants d&#233;pass&#233;s des vieilles &#233;coles, contre les diverses marges du socialisme contemporain, nos deux auteurs n'ont cess&#233; d'appliquer les rayons de leur critique. Au cours de leur longue carri&#232;re, ils ont pris leur science comme guide pour leur travail pratique et, &#224; partir de leur exp&#233;rience pratique, ils ont s&#233;lectionn&#233; le mat&#233;riel et re&#231;u des instructions pour approfondir leur science. Ils n'ont jamais trait&#233; l'histoire comme si elle &#233;tait une jument qu'ils pouvaient chevaucher et trotter, ni cherch&#233; des formules permettant d'entretenir des illusions momentan&#233;es. Ils furent ainsi contraints, par la n&#233;cessit&#233; des circonstances, de mesurer le fer dans des controverses am&#232;res, vives et incessantes avec tous ceux qu'ils consid&#233;raient comme des dangers pour le mouvement prol&#233;tarien. Qui ne se souvient, par exemple, des Proudhonistes, qui pr&#233;tendaient d&#233;truire l'&#201;tat en le r&#233;duisant furtivement, comme s'il fermait les yeux et faisait semblant de ne pas voir ? Ou les anciens blanquistes, qui voulaient s'emparer du pouvoir de l'&#201;tat par la force et ensuite d&#233;clencher une r&#233;volution ? Ou Bakounine qui s'est infiltr&#233; subrepticement dans l'Internationale et a oblig&#233; les autres &#224; l'expulser ? Ou bien ici et l&#224; les pr&#233;tentions de tant d'&#233;coles diff&#233;rentes du socialisme et la concurrence de tant de dirigeants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le moment o&#249; Marx a mis en d&#233;route l'ing&#233;nu Weitling dans un d&#233;bat personnel [8] Outre sa critique acerbe du programme Gotha (1875), qui ne fut publi&#233;e qu'en 1890, sa vie fut un combat continu, non seulement contre la bourgeoisie et la politique qu'elle repr&#233;sentait, mais aussi contre les diff&#233;rents courants r&#233;volutionnaires et r&#233;actionnaires. qui, &#224; tort ou par m&#233;chancet&#233;, a pris le nom de socialisme. Toutes ces luttes ont &#233;t&#233; men&#233;es au sein de l'Internationale, et je parle d'une Internationale aux records glorieux, qui a laiss&#233; son empreinte jusqu'&#224; aujourd'hui sur toute l'activit&#233; actuelle du prol&#233;tariat, non de sa caricature ult&#233;rieure. La plus grande partie des controverses avec le marxisme, un marxisme que l'imagination de certains critiques a r&#233;duit &#224; une simple vari&#233;t&#233; d'&#233;cole politique, est due aux traditions de ces r&#233;volutionnaires qui, surtout dans les pays latins, ont reconnu en Bakounine leur chef et leur ma&#238;tre. . Que r&#233;p&#232;tent les anarchistes d'aujourd'hui, sinon les lamentations et les erreurs des jours pass&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a vingt ans, la majorit&#233; du public italien, &#224; l'exception des scientifiques qui m&#226;chaient sans cesse chez eux ce qu'ils avaient lu dans les livres, ne connaissait des deux fondateurs du socialisme scientifique que ce qui avait &#233;t&#233; conserv&#233;. &#224; travers les souvenirs des invectives de Mazzini et de la m&#233;chancet&#233; de Bakounine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le communisme critique, qui a &#233;t&#233; si tardivement admis &#224; l'honneur des d&#233;bats dans les cercles de la science officielle, s'est heurt&#233; dans son propre camp &#224; la pire des adversit&#233;s, &#224; l'inimiti&#233; de ses propres amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces difficult&#233;s sont d&#233;sormais surmont&#233;es ou, du moins, pour la plupart, sur le point de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas la vertu intrins&#232;que des id&#233;es, qui n'ont jamais eu de pieds pour marcher ni de mains pour saisir, mais le seul fait que les programmes des partis socialistes, partout o&#249; de tels partis sont apparus, ont adopt&#233; les m&#234;mes tendances, ont incit&#233; les socialistes de tous les pays, &#224; travers la suggestion imp&#233;rieuse de conditions, pour se placer sous l'angle visuel du Manifeste Communiste. Ne pensez-vous pas que j'ai &#233;crit mon essai en souvenir de ce manifeste &#224; un moment opportun ? Les classes exploiteuses cr&#233;ent presque partout les m&#234;mes conditions pour les classes exploit&#233;es. C'est pour cette raison que les repr&#233;sentants actifs de ces exploit&#233;s parcourent partout le m&#234;me chemin d'agitation et suivent les m&#234;mes points de vue dans leur propagande et leur organisation. Beaucoup appellent cela le marxisme pratique . Qu'il en soit ainsi ! A quoi bon se disputer sur les mots ? M&#234;me si le marxisme se r&#233;duit pour beaucoup &#224; de simples mots, ou au culte de l'image de Marx, de son buste de Paris en pl&#226;tre ou de ses traits sur un bouton (la police italienne montre fr&#233;quemment son profond sentiment pour de tels symboles innocents), il n'en demeure pas moins que cette unanimit&#233; symbolique est une preuve de l'unification naissante dans la r&#233;alit&#233; et de l'unit&#233; croissante de pens&#233;e et d'action dans tous les mouvements prol&#233;tariens du monde. En d'autres termes, la solidarit&#233; internationale se fa&#231;onne &#224; long terme en fonction des conditions mat&#233;rielles. Ceux qui utilisent le langage des &#233;crivains d&#233;cadents de la bourgeoisie, prenant le symbole pour la chose, disent maintenant qu'il s'agit l&#224; d'un triomphe personnel de Marx. C'est comme si l'on avait dit que le christianisme &#233;tait un triomphe personnel de J&#233;sus de Nazareth (ou pourquoi ne pas dire carr&#233;ment sa r&#233;ussite ?), de J&#233;sus qui s'est d&#233;pouill&#233; de sa qualit&#233; de fils d'un dieu ayant pris forme humaine, et qui, dans le langage doux et faible de votre Renan, devenu un homme d'une divinit&#233; si enfantine qu'il semblait &#234;tre un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette conception intuitive de la politique socialiste, qui &#233;quivaut &#224; une politique prol&#233;tarienne, les divergences des vieilles &#233;coles se sont effondr&#233;es. Certaines d'entre elles n'&#233;taient en fait que des distinctions de lettre et de vaines distinctions, qui ont d&#251; c&#233;der la place &#224; des distinctions utiles qui surgissent spontan&#233;ment &#224; travers les diff&#233;rentes mani&#232;res de traiter les probl&#232;mes pratiques. Dans la r&#233;alit&#233; concr&#232;te, dans le d&#233;veloppement positif et prosa&#239;que du socialisme, peu importe que tous ses chefs, dirigeants, orateurs et repr&#233;sentants se conforment &#224; une th&#233;orie ou ne s'y conforment pas, qu'ils la professent ou non publiquement. Le socialisme n'est pas une &#233;glise, ni une secte, qui doit avoir son dogme ou sa formule fixe. Si tant de gens parlent aujourd'hui du triomphe du marxisme, une expression aussi cat&#233;gorique, formul&#233;e sous une forme grossi&#232;rement prosa&#239;que, signifie simplement que d&#233;sormais personne ne peut &#234;tre socialiste s'il ne se demande &#224; chaque instant : quelle est la bonne chose &#224; penser ? dire, faire, dans les circonstances actuelles, pour le meilleur int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat. Le temps est r&#233;volu pour des dialecticiens, ou plut&#244;t des sophistes comme Proudhon, pour les inventeurs de syst&#232;mes sociaux personnels, pour les faiseurs de r&#233;volutions priv&#233;es.L'indication pratique de ce qui est r&#233;alisable est donn&#233;e par la condition du prol&#233;tariat, et cela est appr&#233;ciable et mesurable pr&#233;cis&#233;ment parce que le marxisme (je veux dire la chose et non le symbole) nous fournit un &#233;talon progressiste par sa th&#233;orie . Les deux choses, le mesurable et la mesure, ne font qu'une du point de vue du processus historique, surtout lorsqu'elles sont vues &#224; une distance convenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vous pouvez effectivement constater qu'&#224; mesure que les contours de la politique pratique du socialisme se pr&#233;cisent, toutes les vieilles id&#233;es po&#233;tiques et fantastiques se dispersent et ne laissent derri&#232;re elles que des traces phras&#233;ologiques. Dans le m&#234;me temps, l'&#233;tude critique de la science &#233;conomique s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; tous &#233;gards dans le domaine de la recherche universitaire. L'exil&#233; Marx s'est install&#233;, apr&#232;s sa mort, dans les cercles de la science officielle, du moins en tant qu'adversaire qui ne se laisse pas tromper. Et tout comme les socialistes ont parcouru tant de chemins diff&#233;rents pour comprendre qu'une r&#233;volution ne peut pas &#234;tre faite, mais se fait par un processus de croissance, de m&#234;me s'est progressivement form&#233; un public pour qui le mat&#233;rialisme historique est une n&#233;cessit&#233; intellectuelle v&#233;ritable et distincte. Vous avez vu que beaucoup ont mis le nez dans cette th&#233;orie ces derni&#232;res ann&#233;es, m&#234;me si elle &#233;tait mal faite ou avec de mauvaises intentions. Maintenant, si vous regardez bien, vous constaterez que nous n'avons pas recul&#233;. Depuis ma jeunesse, j'ai souvent entendu raconter comment Hegel avait dit qu'un seul de ses &#233;l&#232;ves le comprenait. Cette anecdote ne peut &#234;tre v&#233;rifi&#233;e, car ce disciple n'a jamais &#233;t&#233; identifi&#233;. Mais la m&#234;me chose peut se r&#233;p&#233;ter &#224; l'infini, de syst&#232;me en syst&#232;me, d'&#233;cole en &#233;cole, car, en r&#233;alit&#233;, l'activit&#233; intellectuelle n'est pas due uniquement &#224; la suggestion personnelle, et la pens&#233;e ne se communique pas m&#233;caniquement de cerveau &#224; cerveau en tant que telle. Les grands syst&#232;mes ne se diffusent pas non plus, &#224; moins que des conditions sociales semblables n'y disposent et n'y inclinent plusieurs esprits en m&#234;me temps. Le mat&#233;rialisme historique sera &#233;largi, diffus&#233;, sp&#233;cialis&#233; et aura sa propre histoire. Sa couleur et son contour peuvent varier d'un pays &#224; l'autre. Mais cela ne fera pas grand mal, aussi longtemps qu'il conservera ce noyau qui est, pour ainsi dire, toute sa philosophie . L'une de ses th&#232;ses fondamentales est la suivante : la nature de l'homme, sa construction historique, est un processus pratique. Et quand je dis pratique , cela implique l'&#233;limination de la distinction vulgaire entre th&#233;orie et pratique. Car, en d'autres termes, l'histoire de l'homme est l'histoire du travail. Et le travail implique et inclut d'une part le d&#233;veloppement relatif, proportionnel et proportionn&#233; des activit&#233;s mentales et manuelles, et d'autre part le concept d'histoire du travail implique toujours la forme sociale du travail et ses variations. L'homme historique est toujours la soci&#233;t&#233; humaine, et la pr&#233;somption d'un homme pr&#233;social ou suprasocial est une cr&#233;ature de l'imagination. Et nous y sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, je m'arr&#234;te, principalement pour &#233;viter de me r&#233;p&#233;ter, et pour vous &#233;viter une r&#233;p&#233;tition des choses que j'ai &#233;crites dans mes deux essais. Vous ne ressentez certainement pas le besoin d'une telle r&#233;p&#233;tition, et certainement pas moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REMARQUES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Pour une meilleure compr&#233;hension de mes lettres, je joins la pr&#233;face (III) que Sorel a &#233;crite pour l'&#233;dition fran&#231;aise de mes deux essais (Paris 1897, Giard et Bri&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Tout r&#233;cemment, Franz Mehring a entrepris de publier un recueil de tous les &#233;crits moins connus de Marx et d'Engels de 1840 &#224; 1850, parmi lesquels figurait &#233;galement &#171; La Sainte Famille &#187;. &#034;La pauvret&#233; de la philosophie&#034; est d&#233;sormais publi&#233; en anglais par la Twentieth Century Press de Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Je veux parler du &#171; Geschichte der ersten sozialpolitischen Arbeiterbewegung in Deutschland &#187; et du &#171; Die GrundlaKen der Karl Marxischen Kritik &#187;, qui ont &#233;t&#233; pill&#233;s &#233;galement en Italie par des critiques bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Pendant que je pr&#233;pare la publication de ces lettres, fin septembre 1901 arrive &#224; mon bureau &#034;La Question d'Orient, de Karl Marx, Londres, &#233;dition Sonnenschein, pages XVI et 656, en grand in-8&#176;, avec un copieux index et deux cartes g&#233;ographiques. Il s'agit d'une reproduction soigneusement &#233;dit&#233;e, par Ealeanor Marx et Edward Aveling, des articles que Karl Marx a &#233;crits de 1853 &#224; 1856 sur la question orientale, principalement dans le New York Tribune. en passant, lorsque Marx &#233;crivait des articles politiques , il ne se perdait pas dans un nuage de doctrinarisme et d'expos&#233; de principes, mais cherchait &#224; se faire comprendre et &#224; comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Je pense notamment aux &#233;crits pol&#233;miques de B&#246;hm-Bawerk et de Kormorzynski. A ma grande surprise, l'ouvrage du premier nomm&#233;, intitul&#233; &#034;Karl Max et la fin de son syst&#232;me&#034;, a &#233;t&#233; trait&#233; avec beaucoup d'indulgence par Conrad Schmidt dans le suppl&#233;ment du &#034;Vorw&#228;rts&#034;, 16 avril 1897, n&#176; 85 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. J'invite ces X &#224; une r&#233;union commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#034;Marx part du principe... que la valeur des marchandises est exclusivement d&#233;termin&#233;e par la quantit&#233; de travail qu'elles contiennent. Or, s'il n'y a dans la valeur des marchandises que du travail, si une marchandise n'est rien d'autre mais du travail cristallis&#233;, il est alors &#233;vident qu'il doit appartenir enti&#232;rement au travailleur et qu'aucune partie ne doit &#234;tre appropri&#233;e par le capitaliste. Par cons&#233;quent, si le travailleur n'obtient qu'une partie de la valeur de son produit, cela ne peut &#234;tre que la perte. r&#233;sultat d'une usurpation. &#187; Ainsi &#233;crivait Loria &#224; la page 462 de la &#171; Nuova Antologia &#187;, en f&#233;vrier 1895, dans l'article cit&#233; &#171; L'&#339;uvre posthume de Karl Marx &#187;. Je cite ces mots, qui ne sont pas les seuls de ce genre &#233;crits par Loria, simplement pour illustrer la mani&#232;re dont peuvent &#234;tre donn&#233;es des versions libres de Marx &#224; la mani&#232;re de Proudhon. Et c'est sur de telles versions libres que reposaient ces al&#233;as mentaux des ann&#233;es 1870 &#224; 1880 dont je parlerai plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le Russe Annencoff fut un t&#233;moin personnel de ce d&#233;bat et y fit r&#233;f&#233;rence plus tard, parmi de nombreux autres souvenirs de Marx, dans le &#034;Vyestnik Yevropy&#034;, 1880. (Reproduit dans la &#034;Neue Zeit&#034;, mai 1883.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Ce que j'ai &#233;crit en mai 1897 n'a certainement pas &#233;t&#233; d&#233;menti par les &#233;v&#233;nements d'Italie de mai 1898. Ces &#233;v&#233;nements n'&#233;taient pas l'&#339;uvre d'un parti particulier, mais un v&#233;ritable cas d'anarchie spontan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, le 14 mai 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; mon premier argument, il me semble que la question suivante est au premier plan dans votre esprit : par quels moyens et de quelle mani&#232;re serait-il possible d'inaugurer une &#233;cole de mat&#233;rialisme historique en France ? Je ne sais pas si j'ai le droit de r&#233;pondre &#224; cette question, sans courir le risque de figurer parmi ces journalistes de la vieille &#233;cole qui, avec une assurance imperturbable, ont donn&#233; de bons conseils &#224; l'Europe au risque de n'&#234;tre presque jamais &#233;cout&#233;s. En fait, ils ne l'ont jamais &#233;t&#233;. Je vais essayer d'&#234;tre modeste. En premier lieu, il ne devrait pas &#234;tre si difficile de trouver en France des r&#233;dacteurs et des &#233;diteurs dispos&#233;s &#224; publier et &#224; diffuser les traductions exactes des &#339;uvres de Marx, d'Engels et d'autres qui pourraient &#234;tre souhait&#233;es. Ce serait la meilleure fa&#231;on de commencer. Je suis conscient que dans l'art de traduire, on se heurte &#224; d'&#233;tranges difficult&#233;s. Je lis l'allemand depuis plus de trente-sept ans et j'ai toujours remarqu&#233; que nous, les gens de langue latine, nous engageons dans d'&#233;tranges d&#233;tours linguistiques et litt&#233;raires chaque fois que nous essayons de traduire &#224; partir de l'allemand. Ce qui semble vivant, clair, direct en allemand devient assez souvent, lorsqu'il est traduit en italien, un jargon froid, inutile et m&#234;me carr&#233;ment jargon. Dans les traductions courantes, l'effet convaincant se perd avec celui du sens. Dans un travail de vulgarisation aussi vaste que celui que j'ai en vue, il serait souhaitable, outre l'interpr&#233;tation fid&#232;le du texte original, de fournir dans les pr&#233;faces, notes de bas de page et commentaires des &#233;crits traduits les mat&#233;riaux pour cela. assimilation facile, d&#233;j&#224; en cours ou pr&#233;par&#233;e dans les &#233;crits cultiv&#233;s sur le sol natal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les langues ne sont pas des variations accidentelles du discours universel. Ils sont bien plus que de simples moyens de communication externes exprimant la pens&#233;e et l'esprit. Ce sont les conditions et les limites de notre activit&#233; interne, qui pour cette raison, entre autres, n'est pas redevable au hasard des diff&#233;rents modes et formes nationaux. S'il y a des internationalistes qui ignorent cela, il faudrait plut&#244;t les qualifier de confusionnistes et d'ignorants de la forme. Parmi ceux-l&#224;, il y a ceux qui tirent leurs informations, non pas des anciennes apocalypses, mais de ce sp&#233;cieux Bakounine qui a m&#234;me proclam&#233; l'&#233;galisation des sexes. L'assimilation d'id&#233;es, de lignes de pens&#233;e, de tendances d&#233;finies, de projets qui ont trouv&#233; leur expression m&#251;re dans la litt&#233;rature d'une langue &#233;trang&#232;re, est un cas assez difficile de p&#233;dagogie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Puisque cette derni&#232;re expression a gliss&#233; de ma plume, permettez-moi aussi d'avouer que ce n'est pas la croissance continue des succ&#232;s &#233;lectoraux qui me remplit plus que toute autre chose d'admiration et d'un vif espoir, lorsque j'examine de pr&#232;s l'histoire pass&#233;e et la situation actuelle du pays. la social-d&#233;mocratie allemande. Au lieu de sp&#233;culer sur le vote comme mesure de l'avenir, selon des calculs souvent erron&#233;s d'inf&#233;rence et de combinaison statistique, j'&#233;prouve une admiration particuli&#232;re pour ce cas vraiment nouveau et imposant d'&#233;ducation sociale. C'est l&#224; le point important que chez un si grand nombre d'hommes, en particulier parmi les ouvriers et les petits bourgeois, une nouvelle conscience est en train de se former, &#224; laquelle l'influence directe des conditions &#233;conomiques qui les poussent &#224; lutter et la propagande du socialisme en tant que moyen et objectif de d&#233;veloppement, contribuent &#233;galement. Cette digression me rappelle un souvenir. J'ai &#233;t&#233; soit le premier, soit certainement l'un des premiers, en Italie, &#224; attirer l'attention de ceux de nos ouvriers qui &#233;taient et sont capables d'avancer sur la ligne de la lutte de classe prol&#233;tarienne moderne, sur l'exemple de l'Allemagne. Mais il ne m'est jamais venu &#224; l'esprit de supposer que l'imitation de l'Allemagne puisse nous soustraire en quoi que ce soit &#224; l'action spontan&#233;e. Il ne m'est jamais venu &#224; l'esprit de suivre l'exemple de ces moines et pr&#234;tres, qui furent pendant des si&#232;cles les &#233;ducateurs presque exclusifs d'une Italie d&#233;j&#224; en d&#233;composition, et qui enseignaient all&#232;grement l'art de la po&#233;sie en ordonnant &#224; leurs &#233;l&#232;ves d'apprendre par c&#339;ur l'art po&#233;tique d'Horace. Il serait &#233;trange que toi, Bebel, avec tes m&#233;rites, ton activit&#233; et ta sagesse, tu sois introduit parmi nous sous le costume d'un autre Horace ! Cela surprendrait m&#234;me mon ami Lombroso, qui d&#233;teste le latin plus que la fi&#232;vre de la famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bref, il existe encore d'autres difficult&#233;s, plus vastes et plus lourdes. M&#234;me si des &#233;crivains et des &#233;diteurs comp&#233;tents et exp&#233;riment&#233;s, non seulement en France, mais aussi dans les autres pays civilis&#233;s, entreprenaient de diffuser les traductions de tous les ouvrages sur le mat&#233;rialisme historique, cela ne ferait que stimuler, mais non former et maintenir vivants dans les diverses nations ces des &#233;nergies cr&#233;atrices qui produisent et nourrissent vigoureusement un certain mouvement intellectuel. Penser, c'est produire. Apprendre signifie produire par reproduction. Nous ne connaissons r&#233;ellement et v&#233;ritablement une chose que lorsque nous sommes capables de la produire nous-m&#234;mes par la pens&#233;e, le travail, la preuve et la preuve renouvel&#233;e. Nous ne le faisons qu'en vertu de nos propres pouvoirs, dans notre groupe social et du point de vue que nous y occupons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et maintenant pensez &#224; la France, avec sa grande histoire, avec sa litt&#233;rature qui a &#233;t&#233; si dominante pendant des si&#232;cles, avec ses ambitions patriotiques et avec sa diff&#233;renciation ethnologique et psychologique tr&#232;s particuli&#232;re, qui se manifeste m&#234;me dans les produits les plus abstraits de l'esprit ! Il ne conviendrait pas &#224; moi, Italien, de me poser en d&#233;fenseur de vos chauvins, sur lesquels vous jetez tant d'opprobre bien m&#233;rit&#233;. Mais rappelons-nous ce qui s'est pass&#233; au XVIIIe si&#232;cle. La pens&#233;e r&#233;volutionnaire venait de plus d'une partie du monde civilis&#233;, d'Italie, d'Angleterre, d'Allemagne, mais elle n'&#233;tait europ&#233;enne que si elle prenait l'apparence de l'esprit fran&#231;ais. Et la r&#233;volution europ&#233;enne &#233;tait, au fond, la r&#233;volution fran&#231;aise. Cette gloire imp&#233;rissable de votre nation p&#232;se, comme toutes les gloires, sur le peuple. Cela vous accable d'un pr&#233;jug&#233; profond&#233;ment enracin&#233;. Mais les pr&#233;jug&#233;s ne sont-ils pas &#233;galement des forces, du moins des obstacles au progr&#232;s, au moins ? Paris ne sera plus le cerveau du monde, ne serait-ce que pour la simple raison que le monde n'a pas de cerveau, sauf dans l'imagination de quelques sociologues superficiels. [1] Paris n'est pas non plus aujourd'hui, et ne sera jamais dans l'avenir, cette J&#233;rusalem sacr&#233;e des r&#233;volutionnaires de toutes les parties du monde qu'elle semblait &#234;tre autrefois. En tout &#233;tat de cause, la future r&#233;volution prol&#233;tarienne n'aura rien de commun avec un mill&#233;naire apocalyptique. Et de nos jours, les privil&#232;ges sp&#233;ciaux sont vou&#233;s &#224; l'&#233;chec tant pour les nations que pour les individus. Ainsi Engels l'a observ&#233; avec raison. D'ailleurs, cela vaudrait la peine, vous Fran&#231;ais, de lire ce qu'il &#233;crivait en 1871 sur les blanquistes qui tentaient de fomenter une r&#233;volution violente, si peu de temps apr&#232;s la catastrophe de la Commune. [2] Mais en fin de compte, lorsqu'on tient compte des conditions particuli&#232;res de l'agriculture et de l'industrie fran&#231;aises, qui ont retard&#233; si longtemps la concentration du mouvement ouvrier, et qu'on impute le bl&#226;me appropri&#233; aux divers petits dirigeants et dirigeants qui Si longtemps le socialisme fran&#231;ais a &#233;t&#233; divis&#233; et divis&#233;, il reste toujours que le mat&#233;rialisme historique ne fera aucun progr&#232;s chez vous, tant qu'il donnera l'impression d'&#234;tre simplement une &#233;laboration mentale de deux Allemands de grand g&#233;nie. Par cette expression, Mazzini a intensifi&#233; le ressentiment national contre ces deux auteurs qui, &#233;tant communistes et mat&#233;rialistes, semblaient faits pour mettre en &#233;chec la formule id&#233;aliste du Patriotisme et de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; cet &#233;gard, le sort des deux fondateurs du socialisme scientifique fut presque tragique. Ils &#233;taient souvent consid&#233;r&#233;s comme les deux Allemands par tant de chauvins m&#234;me s'ils &#233;taient r&#233;volutionnaires. Et Bakounine, dont l'esprit si fortement enclin &#224; l'invention, c'est le moins qu'on puisse dire, les accusait d'&#234;tre des champions du pangermanisme, bien que ces deux Allemands, qui ont quitt&#233; leur pays en exil d&#232;s l'&#233;poque de leur jeunesse, aient &#233;t&#233; re&#231;us avec un silence &#233;tudi&#233;. par ces professeurs pour qui la servilit&#233; est un acte de patriotisme. En fait, ces professeurs se sont veng&#233;s. Car Le Capital, dont toute la pr&#233;sentation est enracin&#233;e dans les traditions de l'&#233;conomie classique, sans exclure les &#233;crivains ing&#233;nieux et souvent talentueux de l'Italie du XVIIIe si&#232;cle, ne parle qu'avec un m&#233;pris souverain d'hommes comme Roscher et d'autres comme lui. Engels, qui s'est consacr&#233; avec tant d'habilet&#233; &#224; l'amplification et &#224; la vulgarisation des r&#233;sultats des recherches faites par l'Am&#233;ricain Morgan, avait la conviction bien &#233;tablie que ce qu'il appelait &#224; juste titre philosophie classique &#233;tait parvenu &#224; sa dissolution avec Feuerbach. Et lorsqu'il &#233;crivit son Anti-D&#252;hring, il montrait une franche insouciance &#224; l'&#233;gard des philosophes de l'&#233;poque, du n&#233;ocriticisme de ses compatriotes, une insouciance qui s'explique, sinon est excusable, dans son cas, mais qui est ridicule chez d'autres socialistes qui affecter de l'imiter. Leur destin tragique &#233;tait pour ainsi dire inh&#233;rent &#224; leur mission. Ils s'&#233;taient donn&#233;s corps et &#226;me &#224; la cause du prol&#233;tariat de toutes les nations. Et c'est pour cette raison que leur travail scientifique ne trouve dans chaque nation que le public de lecteurs capables d'une semblable r&#233;volution intellectuelle. En Allemagne, o&#249; la social-d&#233;mocratie se tient fermement en rangs serr&#233;s, en raison de conditions historiques, notamment du fait que la classe capitaliste n'a jamais pu rompre ses liens avec l'ancien r&#233;gime (regardez cet empereur qui parle impun&#233;ment dans le langage d'un vice-dieu et qui n'est qu'un Fr&#233;d&#233;ric Barberousse agissant en voyageur de commerce pour les marchandises fabriqu&#233;es en Allemagne), il &#233;tait tout naturel que les id&#233;es du socialisme scientifique trouvent un terrain favorable &#224; leur diffusion normale et progressive. Mais aucun des socialistes allemands &#8211; du moins je l'esp&#232;re &#8211; ne songera jamais &#224; consid&#233;rer les id&#233;es de Marx et d'Engels du simple point de vue des droits et devoirs, des m&#233;rites et des d&#233;m&#233;rites des camarades du parti. Voici ce qu'Engels &#233;crivait il n'y a pas si longtemps : [3] &#034;On remarquera que dans ces articles, je ne me qualifie pas de social-d&#233;mocrate, mais de communiste. Je le fais parce que le nom de social-d&#233;mocrate &#233;tait alors donn&#233; &#224; beaucoup de gens qui n'avaient pas &#233;crit. sur leurs banni&#232;res l'exigence de la socialisation de tous les moyens de production. Par peuple social-d&#233;mocrate, on entendait en France un d&#233;mocrate r&#233;publicain, qui avait des sympathies r&#233;elles, mais ind&#233;finies, pour les ouvriers comme Ledru-Rollin en 1848, et comme les socialistes radicaux de 1874, teint&#233;s de Proudhonisme. En Allemagne, les Lasalliens se disaient sociaux-d&#233;mocrates, bien que la grande majorit&#233; d'entre eux reconnaisse peu &#224; peu la n&#233;cessit&#233; de la socialisation des moyens de production, pourtant un des points essentiels de leur opinion publique. Le programme est rest&#233; des associations productives avec l'aide de l'&#201;tat. Il &#233;tait donc tout &#224; fait impossible pour Marx et moi-m&#234;me de choisir un terme aussi &#233;lastique pour d&#233;signer notre point de vue sp&#233;cifique. Aujourd'hui, c'est diff&#233;rent et ce terme peut &#234;tre retenu. N&#233;anmoins, cela sera toujours inadapt&#233; &#224; un parti dont le programme n'est pas g&#233;n&#233;riquement socialiste, mais directement communiste, et dont le but politique ultime est d'&#233;liminer toute forme d'&#201;tat, et donc aussi de d&#233;mocratie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il me semble que les patriotes &#8211; je n'utilise pas ce terme par d&#233;rision &#8211; ont de bonnes raisons de se consoler et de se r&#233;conforter. Car rien ne permet de conclure que le mat&#233;rialisme historique est le patrimoine intellectuel d'une seule nation, ou qu'il devait devenir le privil&#232;ge d'une clique, d'un cercle ou d'une secte. Ses origines objectives appartiennent &#233;galement &#224; la France, &#224; l'Angleterre et &#224; l'Allemagne. Je ne r&#233;p&#233;terai pas ici ce que j'ai dit dans une autre lettre concernant la forme de la pens&#233;e qui s'est d&#233;velopp&#233;e dans l'esprit de nos deux auteurs dans les conditions cr&#233;&#233;es par la culture intellectuelle de l'Allemagne dans leur jeunesse, notamment par la philosophie, tandis que l'h&#233;g&#233;lianisme soit perdait elle s'est engag&#233;e dans les d&#233;marches d'une nouvelle scolastique, ou a c&#233;d&#233; la place &#224; une critique nouvelle et plus lourde. Mais en m&#234;me temps existaient les grandes industries d'Angleterre avec toutes les mis&#232;res qui les accompagnaient, avec le contrepoids id&#233;ologique d'Owen et le contrepoids pratique de l'agitation chartiste. Il y avait en outre les &#233;coles du socialisme fran&#231;ais et les traditions r&#233;volutionnaires de l'Occident, &#224; partir desquelles se d&#233;veloppaient &#224; peine les formes d'un communisme v&#233;ritablement prol&#233;tarien. Qu'est-ce que le Capital sinon la critique de cette &#233;conomie politique qui, en tant que r&#233;volution pratique et expression th&#233;orique, n'avait atteint sa pleine maturit&#233; qu'en Angleterre, vers les ann&#233;es soixante, et qui venait &#224; peine de commencer en Allemagne ? Qu'est-ce que le Manifeste communiste sinon la conclusion et l'explication de ce socialisme qui &#233;tait soit latent, soit manifeste dans les mouvements ouvriers de France et d'Angleterre ? Toutes ces choses ont &#233;t&#233; continu&#233;es et port&#233;es &#224; la critique, sans exclure la philosophie de Hegel, par le caract&#232;re critique immanent de l'avanc&#233;e dialectique et de ses transformations. Tel est le processus de cette n&#233;gation qui ne consiste pas dans la discussion contentieuse et oppositionnelle d'un concept avec un autre, d'une opinion avec une autre, mais qui v&#233;rifie plut&#244;t les choses qu'elle nie parce que ce qu'elle rend n&#233;gatif soit contient le mat&#233;riel conditions ou pr&#233;misses intellectuelles pour la poursuite du processus. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La France et l'Angleterre peuvent reprendre leur part dans l'&#233;laboration du mat&#233;rialisme historique sans para&#238;tre commettre un acte de simple imitation. Les Fran&#231;ais ne devraient-ils jamais &#233;crire des livres v&#233;ritablement critiques sur Fourier et Saint Simon, montrant qu'ils furent, et dans quelle mesure, les pr&#233;curseurs du socialisme contemporain. N'y a-t-il pas suffisamment d'occasions pour consacrer une &#339;uvre litt&#233;raire aux &#233;v&#233;nements de 1830 &#224; 1848, pour que l'on puisse voir que la th&#233;orie du Manifeste communiste n'&#233;tait pas leur n&#233;gation, mais plut&#244;t leur r&#233;sultat et leur solution. N'y a-t-il pas besoin d'un ouvrage exhaustif sur le coup d'&#201;tat de Louis Napol&#233;on, en contrepartie du 18 brumaire de Marx, qui, bien qu'ouvrage d'un grand g&#233;nie et d'une vis&#233;e insurmontable, est n&#233;anmoins en grande partie un ouvrage de l'heure et color&#233; par des m&#233;thodes publicitaires ? La Commune n'attend-elle pas encore son dernier traitement critique ? La grande r&#233;volution du XVIIIe si&#232;cle, dont la litt&#233;rature est colossale quant &#224; son histoire g&#233;n&#233;rale, mais tr&#232;s petite quant aux d&#233;tails, a-t-elle jamais &#233;t&#233; trait&#233;e de mani&#232;re approfondie avec un aper&#231;u des mouvements de classe qui la constituaient et comme un exemple typique ? illustration de l'histoire industrielle ? Pour &#234;tre bref, toute l'histoire moderne de la France et de l'Angleterre n'offre-t-elle pas aux &#233;tudiants de ces pays un champ bien plus grand pour illustrer le mat&#233;rialisme historique que celui offert jusqu'&#224; r&#233;cemment par la situation de l'Allemagne ? Les conditions de l'Allemagne &#233;taient, depuis la guerre de Trente Ans, grandement compliqu&#233;es par les obstacles au progr&#232;s et restaient presque toujours envelopp&#233;es dans les brumes de diverses sp&#233;culations dans la t&#234;te de ceux qui vivaient sous elles et les observaient. Les chroniqueurs florentins du XIVe si&#232;cle seraient &#233;mus de joie par ces id&#233;es brumeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai insist&#233; sur ces d&#233;tails, non pour prendre les airs d'un conseiller de la France, mais pour conclure en disant que, dans l'&#233;tat actuel des esprits latins, il n'est pas chose facile de les impr&#233;gner de des id&#233;es nouvelles, si l'on entreprend de les aborder simplement avec des formes de pens&#233;e abstraites. Mais ils assimileront rapidement et efficacement les nouvelles id&#233;es lorsqu'elles leur seront propos&#233;es sous la forme d'histoires ou d'essais contenant certains &#233;l&#233;ments de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je reviens un instant &#224; la question de la traduction. L'Anti-D&#252;hring d'Engels est l'ouvrage qui, avant tout autre, devrait b&#233;n&#233;ficier d'une diffusion internationale. Je connais peu de livres qui lui &#233;galent en termes de compacit&#233; de pens&#233;e, de multiplicit&#233; de points de vue et d'efficacit&#233; &#224; faire comprendre ses arguments. Cela peut devenir un rem&#232;de mental pour les jeunes penseurs, qui se tournent g&#233;n&#233;ralement avec un toucher vague et incertain vers des livres cens&#233;s traiter d'un socialisme quelconque. C'est ce qui s'est pass&#233; lors de la parution de ce livre, comme l'&#233;crivait Bernstein il y a environ trois ans dans la Neue Zeit, dans un article comm&#233;morant l'&#233;v&#233;nement. Cet ouvrage d'Engels reste le livre in&#233;gal&#233; dans la litt&#233;rature du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, ce livre n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit pour une th&#232;se, mais plut&#244;t pour une antith&#232;se. A l'exception de quelques parties d&#233;tachables qui ont &#233;t&#233; transform&#233;es en livre par elles-m&#234;mes et qui ont fait sous cette forme le tour du monde (Socialisme, Utopie et Scientifique), ce livre a pour fil conducteur la critique d'Eug&#232;ne D&#252;hring, qui avait invent&#233; une philosophie et un socialisme qui lui est propre. Mais quelle personne, en dehors du cercle des scientifiques de profession, et combien de lecteurs de nationalit&#233; autre que allemande devraient s'int&#233;resser &#224; M. D&#252;hring ? Eh bien, malheureusement, chaque nation a trop de D&#252;hring. Qui sait quel livre contre un autre je-sais-tout un Engels d'une autre nationalit&#233; aurait pu &#233;crire, ou pourrait encore &#233;crire ? L'effet de ce travail sur les socialistes des autres pays devrait &#234;tre, &#224; mon avis, de leur fournir les aptitudes critiques qui sont n&#233;cessaires pour &#233;crire tous les autres Anti-Quelque chose n&#233;cessaires pour r&#233;futer ceux qui tentent de contrecarrer ou d'infester le mouvement socialiste. au nom de tant de notions confuses en sociologie. Les armes et les m&#233;thodes de critique varieront bien entendu d'un pays &#224; l'autre en fonction des exigences de l'adaptation locale. Le but est de gu&#233;rir le patient et non la maladie. C'est la m&#233;thode de la m&#233;decine moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Essayer d'agir diff&#233;remment reviendrait &#224; subir le sort des h&#233;g&#233;liens qui se sont impos&#233;s en Italie de 1840 &#224; 1880, notamment dans le Sud, par exemple &#224; Naples. La plupart d'entre eux n'&#233;taient que de simples adeptes, mais quelques-uns &#233;taient de fervents penseurs. Dans l'ensemble, ils repr&#233;sentaient un courant r&#233;volutionnaire d'une grande importance, en raison de leur scolastique traditionnelle, de leur esprit fran&#231;ais et de leur philosophie du soi-disant bon sens. Ce mouvement est devenu quelque peu connu en France. Car c'est l'un de ces h&#233;g&#233;liens, nomm&#233; V&#233;ra, et non le plus profond et le plus fort d'entre eux, qui a fourni &#224; la France les traductions les plus lisibles de quelques-unes des &#339;uvres fondamentales de Hegel et les a accompagn&#233;es de copieux commentaires. [5] Aujourd'hui, toute trace et m&#234;me le souvenir de ce mouvement ont disparu parmi nous au bout de quelques ann&#233;es seulement. Les &#233;crits de ces penseurs ne se trouvent nulle part ailleurs que chez les antiquaires et les libraires de second ordre. Cette dissolution dans le n&#233;ant de toute une &#233;cole scientifique sans importance n'est pas due uniquement aux vicissitudes souvent m&#233;chantes et peu louables de la vie universitaire, ni &#224; la propagation &#233;pid&#233;mique d'un positivisme qui rassemble ici et l&#224; les fruits d'une science assez demi-mondaine. mais &#224; des causes plus profondes. Ces h&#233;g&#233;liens &#233;crivaient, enseignaient et discutaient entre eux, comme s'ils vivaient simplement &#224; Berlin ou dans l'Utopie, au lieu de Naples. Ils eurent une conversation mentale avec leurs camarades allemands. [6] Ils ne r&#233;pondaient de leur chaire ou dans leurs &#233;crits qu'aux critiques qu'ils faisaient eux-m&#234;mes, de sorte qu'ils entretenaient un dialogue qui apparaissait comme un monologue &#224; leur auditoire et &#224; leurs lecteurs. Ils ne r&#233;ussirent pas &#224; transformer leurs trait&#233;s et leur dialectique en livres qui ressemblaient &#224; de nouvelles conqu&#234;tes intellectuelles de la nation. Ce souvenir d&#233;sagr&#233;able et peu attrayant m'est venu &#224; l'esprit lorsque j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire le premier de mes deux essais sur le mat&#233;rialisme historique, et il n'y a d&#233;sormais aucune raison pour que je ne les donne pas suite &#224; d'autres. Mais ensuite je me suis souvent demand&#233; : comment dois-je proc&#233;der pour dire des choses qui ne paraissent pas dures, &#233;trang&#232;res et &#233;tranges aux lecteurs italiens ? Vous me dites que j'ai r&#233;ussi, et c'est peut-&#234;tre le cas. Ne serait-ce pas un singulier manque de courtoisie si je devais &#234;tre mon propre juge et discuter des &#233;loges que vous me faites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a environ cinq ans, j'&#233;crivais &#224; Engels : &#171; En lisant la Sainte Famille, je me suis souvenu des h&#233;g&#233;liens de Naples, parmi lesquels j'ai v&#233;cu dans ma premi&#232;re jeunesse, et il me semble que j'ai compris et appr&#233;ci&#233; ce livre plus que d'autres qui ne le sont pas. Je connaissais bien les faits int&#233;rieurs particuliers de cette dr&#244;le de satire. Il me semblait avoir personnellement vu de pr&#232;s ce cercle pittoresque de Charlottenburg, que vous et Marx avez si dr&#244;lement satiris&#233;, j'ai vu devant mon esprit, plus que quiconque. un certain professeur d'esth&#233;tique, homme tr&#232;s original et talentueux, qui expliqua les romans de Balzac par d&#233;duction, fit construire la coupole de l'&#233;glise Saint-Pierre, et arrangea les instruments de musique en s&#233;rie g&#233;n&#233;tique et qui peu &#224; peu, de n&#233;gation en n&#233;gation, par la n&#233;gation de la n&#233;gation, nous sommes finalement arriv&#233;s &#224; la m&#233;taphysique de l'inconnaissable que lui, bien que peu familier avec Spencer, mais en quelque sorte lui-m&#234;me un Spencer non glorifi&#233;, appelait l'innommable. Moi aussi, j'ai v&#233;cu dans ma jeunesse. jours, pour ainsi dire, dans une telle salle d'entra&#238;nement, et je n'en suis pas d&#233;sol&#233;. Pendant des ann&#233;es, mon esprit a &#233;t&#233; partag&#233; entre Hegel et Spinoza. Avec une ing&#233;niosit&#233; juv&#233;nile, j'ai d&#233;fendu la dialectique du premier contre Zeller, le fondateur du n&#233;o-kantisme. Je connaissais par c&#339;ur les &#233;crits de Spinoza et, avec une compr&#233;hension aimante, j'exposais sa th&#233;orie des affections et des passions. Mais maintenant, toutes ces choses semblent aussi lointaines dans mes souvenirs que l'histoire primitive. Aurai-je moi aussi &#224; pr&#233;sent ma n&#233;gation de la n&#233;gation ? Vous m'encouragez &#224; &#233;crire sur le communisme. Mais j'ai toujours des r&#233;ticences &#224; l'id&#233;e de faire des choses qui d&#233;passent mes forces et qui ont peu d'effet en Italie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur quoi il r&#233;pondit... Mais je ferai ici un point. Il semble presque impoli de reproduire les lettres priv&#233;es d'un homme, surtout si peu de temps apr&#232;s sa mort, &#224; moins que l'int&#233;r&#234;t public ne l'exige de toute urgence. En tout &#233;tat de cause, compar&#233;es aux &#233;crits destin&#233;s &#224; &#234;tre publi&#233;s, les citations de lettres priv&#233;es ont peu de conviction et peu de poids, m&#234;me si elles se r&#233;f&#232;rent &#224; des sujets d'actualit&#233; et se limitent &#224; des questions de th&#233;orie et de science. Avec l'int&#233;r&#234;t croissant pour le mat&#233;rialisme historique, et en l'absence d'une litt&#233;rature qui l'illustrerait de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale et sp&#233;cifique, il arriva qu'Engels, au cours des derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, fut interrog&#233;, et m&#234;me tourment&#233; par des questions sans fin, par beaucoup se sont inscrits comme &#233;tudiants volontaires et libres dans l'universit&#233; aventureuse et interdite du socialisme, dont Engels &#233;tait professeur sans chaire. Cela explique ses lettres publi&#233;es et beaucoup d'entre elles qui n'ont pas &#233;t&#233; publi&#233;es. De ces trois lettres, r&#233;cemment reproduites par Le Devenir Social d'une revue berlinoise et d'un journal de Leipzig, il ressort qu'il craignait quelque peu que le marxisme ne se transforme &#224; pr&#233;sent en une sorte de doctrinarisme bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour beaucoup de ceux qui pr&#233;tendent &#234;tre des scientifiques, non pas dans l'universit&#233; aventureuse des peuples &#224; venir, mais dans celle de la soci&#233;t&#233; officielle actuelle, il arrive qu'ils soient pris au vol par des &#233;tudiants et des chercheurs d'informations et que, un pied lev&#233; , ils r&#233;pondent &#224; chaque question comme s'ils avaient l'explication de tout grav&#233;e dans leur cerveau. Les professeurs les plus pr&#233;tentieux, ne voulant pas priver la science de sa saintet&#233; sacerdotale et pr&#233;tendant qu'elle consiste enti&#232;rement en un savoir mat&#233;rialis&#233; au lieu d'&#234;tre principalement une comp&#233;tence visant &#224; diriger la formation du savoir, donnent des r&#233;ponses d&#233;sinvoltes et r&#233;ussissent ainsi fr&#233;quemment &#224; se moquer d'eux-m&#234;mes, apr&#232;s &#224; la mani&#232;re de ce d&#233;licieux M&#233;phistoph&#233;l&#232;s sous les traits d'un ma&#238;tre des quatre facult&#233;s. Rares sont ceux qui ont la r&#233;signation socratique pour r&#233;pondre : je ne sais pas, mais je sais que je ne sais pas, et je sais ce que l'on pourrait savoir et ce que je pourrais savoir si j'avais fait ces efforts ou accompli ces travaux. qui sont n&#233;cessaires pour savoir ; et si vous me donnez un nombre infini d'ann&#233;es et une capacit&#233; infinie de travail m&#233;thodique, je pourrais &#233;tendre mes connaissances presque ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est l&#224; l'essence de la r&#233;volution mentale pratique de la th&#233;orie de la compr&#233;hension qu'implique le mat&#233;rialisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout acte de penser est un effort, c'est-&#224;-dire un nouveau travail. Pour le r&#233;aliser, nous avons avant tout besoin du mat&#233;riel d'une exp&#233;rience m&#251;re et d'instruments m&#233;thodiques, rendus familiers et efficaces par un long maniement. Il ne fait aucun doute qu'une t&#226;che accomplie ou une pens&#233;e achev&#233;e facilite la production d'une nouvelle pens&#233;e par de nouvelles forces. Il en est ainsi, premi&#232;rement, parce que les produits d'hier restent incorpor&#233;s dans les &#233;crits et autres arts repr&#233;sentatifs d'aujourd'hui, et, deuxi&#232;mement, parce que les &#233;nergies accumul&#233;es par nous p&#233;n&#232;trent int&#233;rieurement et dotent le travail, entretenant ainsi un mouvement rythmique. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce processus rythmique qui constitue la m&#233;thode de m&#233;moire, de raisonnement, d'expression, de communication. et ainsi de suite. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous deviendrons un jour des machines pensantes. Chaque fois que nous entreprenons de produire une pens&#233;e nouvelle, nous avons besoin non seulement des mat&#233;riaux et des impulsions externes de l'exp&#233;rience r&#233;elle, mais aussi d'un effort ad&#233;quat pour passer des &#233;tapes les plus primitives de la vie mentale &#224; cette &#233;tape sup&#233;rieure, d&#233;riv&#233;e et complexe appel&#233;e pens&#233;e, dans laquelle nous ne pouvons nous maintenir que si nous exer&#231;ons notre volont&#233;, qui a une certaine intensit&#233; et une certaine dur&#233;e au-del&#224; de laquelle elle ne peut &#234;tre exerc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout acte de penser est un effort, c'est-&#224;-dire un nouveau travail. Pour le r&#233;aliser, nous avons avant tout besoin du mat&#233;riel d'une exp&#233;rience m&#251;re et d'instruments m&#233;thodiques, rendus familiers et efficaces par un long maniement. Il ne fait aucun doute qu'une t&#226;che accomplie ou une pens&#233;e achev&#233;e facilite la production d'une nouvelle pens&#233;e par de nouvelles forces. Il en est ainsi, premi&#232;rement, parce que les produits d'hier restent incorpor&#233;s dans les &#233;crits et autres arts repr&#233;sentatifs d'aujourd'hui, et, deuxi&#232;mement, parce que les &#233;nergies accumul&#233;es par nous p&#233;n&#232;trent int&#233;rieurement et dotent le travail, entretenant ainsi un mouvement rythmique. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce processus rythmique qui constitue la m&#233;thode de m&#233;moire, de raisonnement, d'expression, de communication. et ainsi de suite. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous deviendrons un jour des machines pensantes. Chaque fois que nous entreprenons de produire une pens&#233;e nouvelle, nous avons besoin non seulement des mat&#233;riaux et des impulsions externes de l'exp&#233;rience r&#233;elle, mais aussi d'un effort ad&#233;quat pour passer des &#233;tapes les plus primitives de la vie mentale &#224; cette &#233;tape sup&#233;rieure, d&#233;riv&#233;e et complexe appel&#233;e pens&#233;e, dans laquelle nous ne pouvons nous maintenir que si nous exer&#231;ons notre volont&#233;, qui a une certaine intensit&#233; et une certaine dur&#233;e au-del&#224; de laquelle elle ne peut &#234;tre exerc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous voici donc arriv&#233;s une fois de plus &#224; la philosophie de la pratique, qui est la voie du mat&#233;rialisme historique. C'est la philosophie immanente des choses sur laquelle les gens philosophent. Le processus r&#233;aliste m&#232;ne d'abord de la vie &#224; la pens&#233;e, et non de la pens&#233;e &#224; la vie. Cela m&#232;ne du travail, du travail de cognition, &#224; la compr&#233;hension en tant que th&#233;orie abstraite, et non de la th&#233;orie &#224; la cognition. Cela m&#232;ne des d&#233;sirs, et donc des divers sentiments de bien-&#234;tre ou de maladie r&#233;sultant de la satisfaction ou de la n&#233;gligence de ces d&#233;sirs, &#224; la cr&#233;ation du mythe po&#233;tique des forces surnaturelles, et non l'inverse. Dans ces d&#233;clarations r&#233;side le secret d'une phrase utilis&#233;e par Marx, qui a &#233;t&#233; la cause de bien des soucis chez certains. Il a dit qu'il avait remis &#224; l'endroit la dialectique de Hegel. Cela signifie en termes clairs que le mouvement rythmique de l'id&#233;e elle-m&#234;me (la g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e de la pens&#233;e !) a &#233;t&#233; mis de c&#244;t&#233; et que les mouvements rythmiques des choses r&#233;elles ont &#233;t&#233; adopt&#233;s, mouvement qui en fin de compte produit la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mat&#233;rialisme historique, ou philosophie de la pratique, prend donc en compte l'homme en tant qu'&#234;tre social et historique. Elle porte le coup final &#224; toutes les formes d'id&#233;alisme qui consid&#232;rent les choses r&#233;ellement existantes comme de simples r&#233;flexes, reproductions, imitations, illustrations, r&#233;sultats de la pens&#233;e dite a priori, pens&#233;e avant le fait. Elle marque aussi la fin du mat&#233;rialisme naturaliste, prenant ce terme dans le sens qu'il avait encore il y a quelques ann&#233;es. La r&#233;volution intellectuelle, qui en est venue &#224; consid&#233;rer les processus de l'histoire humaine comme absolument objectifs, s'accompagne simultan&#233;ment de cette r&#233;volution intellectuelle qui consid&#232;re l'esprit philosophique lui-m&#234;me comme un produit de l'histoire. Cet esprit n'est plus pour tout homme pensant un fait qui n'a jamais &#233;t&#233; en train de se produire, un &#233;v&#233;nement qui n'a eu aucune cause, une entit&#233; &#233;ternelle qui ne change pas, et encore moins la cr&#233;ature d'un seul acte. Il s'agit plut&#244;t d'un processus de cr&#233;ation &#224; perp&#233;tuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, le 24 mai 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant mon fil au point o&#249; je l'avais laiss&#233; tomber l'autre jour, je tiens &#224; dire que je pense que vous avez parfaitement raison de placer le probl&#232;me de la philosophie g&#233;n&#233;rale &#224; l'ordre du jour. Je me r&#233;f&#232;re &#224; cet &#233;gard non seulement &#224; votre pr&#233;face, dont j'essaie d'accro&#238;tre l'effet par ma longue conversation &#233;crite, mais aussi &#224; certains de vos articles dans Le Devenir Social et &#224; quelques-unes des lettres priv&#233;es que vous avez eu la gentillesse de &#224; m'adresser. Vous avez l'id&#233;e que le mat&#233;rialisme historique peut para&#238;tre suspendu en l'air tant qu'il a pour adversaires d'autres philosophies qui ne s'harmonisent pas avec lui, et tant qu'il ne trouve pas les moyens de d&#233;velopper sa propre philosophie, comme c'est le cas aujourd'hui. inh&#233;rente et irr&#233;manente dans ses faits et pr&#233;misses fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ai-je bien compris votre sens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vous faites explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la psychologie, &#224; l'&#233;thique et &#224; la m&#233;taphysique. Par ce dernier terme, vous entendez exprimer ce que j'appellerais, en raison d'autres habitudes mentales et d'autres m&#233;thodes d'enseignement, soit la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la cognition , soit la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des formes fondamentales de la pens&#233;e . Je pr&#233;f&#232;re ces termes, ou des termes similaires, en partie par tr&#232;s grande prudence, en partie par crainte d'&#234;tre mal compris, et aussi pour ne pas me heurter &#224; certains pr&#233;jug&#233;s. Cependant, je passe sous silence ces termes auxiliaires. Car dans le domaine scientifique, nous ne sommes pas tenus de nous en tenir servilement &#224; la signification que les termes ont dans l'exp&#233;rience ordinaire et dans les esprits ordinaires, &#224; moins qu'il ne s'agisse de termes de la vie quotidienne que la science utilise de la m&#234;me mani&#232;re que tout le monde, lorsqu'elle appelle pain : pain. Mais ces autres termes ont &#233;t&#233; choisis par nous-m&#234;mes, lorsque nous avons fix&#233; et d&#233;velopp&#233; certains concepts que nous souhaitions formuler de mani&#232;re globale au moyen de mots pratiques. Il serait absurde de vouloir d&#233;duire de l'&#233;tymologie de ce mot le sens et l'essence d'une science, par exemple la chimie. Car nous serions face &#224; face avec l'Egypte la plus ancienne, au lieu du nom qui signifie la terre jaune des deux c&#244;t&#233;s du Nil, depuis son embouchure jusqu'aux montagnes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je vous laisserai jouir en paix de la compagnie du mot m&#233;taphysique , s'il vous convient de vous en contenter. Fini ces frivolit&#233;s ! Si quelqu'un qui voulait &#233;largir son catalogue devait saisir les Premiers Principes du d&#233;sormais indispensable Spencer sous le titre de m&#233;taphysique , il ne ferait ni plus ni moins que le biblioth&#233;caire de Troie, &#224; savoir coller autant d'&#233;tiquettes sur les diff&#233;rents essais traitant des premiers principes de la philosophie (Aristote utilisait les m&#234;mes termes pour les d&#233;signer), et aucun commentaire des &#233;crivains anciens, ni aucune critique des &#233;crivains modernes, n'ont jamais r&#233;ussi &#224; les amener &#224; la clart&#233; et &#224; la coh&#233;rence d'un livre parfait. Qui sait, mais beaucoup seraient maintenant heureux de d&#233;couvrir qu'apr&#232;s tout, l'ancien Stagirite, qui a imprim&#233; ses id&#233;es dans l'esprit de l'humanit&#233; pendant tant de si&#232;cles et dont le nom a &#233;t&#233; port&#233; comme une banni&#232;re dans tant de batailles de l'esprit, n'&#233;tait qu'un autre Spencer d'autrefois, qui. uniquement &#224; cause du temps, a &#233;crit en grec au lieu d'anglais, et pas tr&#232;s bien en grec non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La tradition ne doit pas nous peser comme un cauchemar. Il ne doit pas &#234;tre un emp&#234;chement, un obstacle, un objet de culte ou de r&#233;v&#233;rence stupide. Nous sommes assez bien d'accord l&#224;-dessus. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, la tradition est ce qui nous lie &#224; l'histoire, je veux dire, c'est ce qui nous unit aux &#233;tapes p&#233;niblement acquises, qui facilitent le travail et font progresser davantage. Cela nous distingue des brutes. Ce ne sont que de longs si&#232;cles de travail qui diff&#233;rencient notre histoire de celle des animaux. En r&#233;alit&#233;, quiconque se consacre &#224; quelque &#233;tude, f&#251;t-elle concr&#232;te, empirique, particuli&#232;re, minutieuse et d&#233;taill&#233;e, quelque part dans la vie r&#233;elle, ne peut manquer d'admettre qu'il y a un certain point o&#249; il &#233;prouve le besoin pressant de tout reconsid&#233;rer. concepts g&#233;n&#233;raux (cat&#233;gories) r&#233;currents dans des actes particuliers de pens&#233;e, tels que l'unit&#233;, la multiplicit&#233;, la totalit&#233;, la condition, la fin, la raison de tout, la cause, l'effet, la progression, le fini, l'infini, etc. Or, m&#234;me si nous ne nous arr&#234;tons pas tr&#232;s longtemps &#224; consid&#233;rer ces aspects nouveaux et curieux, nous sommes impressionn&#233;s par les probl&#232;mes universels de la cognition. Ces probl&#232;mes nous paraissent n&#233;cessairement existants. C'est cette suggestion de la fatalit&#233; qui est la source et le si&#232;ge de ce que vous appelez m&#233;taphysique, et qu'on peut aussi appeler autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toute la question est de savoir comment nous traitons ces donn&#233;es n&#233;cessaires. La marque caract&#233;ristique de la pens&#233;e classique, en g&#233;n&#233;ral, par exemple de la pens&#233;e grecque, est une certaine ing&#233;nuit&#233; dans l'usage et le maniement de tels concepts. D'autre part, la marque caract&#233;ristique de la philosophie moderne, toujours d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, est un doute m&#233;thodique, une attitude critique qui accompagne l'usage de ces concepts comme une garde m&#233;fiante et prudente et les scrute int&#233;rieurement comme ext&#233;rieurement, dans leurs port&#233;es plus larges. . Le facteur d&#233;cisif dans le passage de l'ing&#233;nuit&#233; &#224; l'analyse critique est l'observation m&#233;thodique (dont la port&#233;e et les moyens &#233;taient limit&#233;s chez les anciens), et plus encore que l'observation, c'est l'exp&#233;rience minutieuse et techniquement pr&#233;cise (qui &#233;tait presque enti&#232;rement inconnue chez les anciens). . Par l'exp&#233;rience, nous devenons des collaborateurs de la nature. Nous produisons artificiellement des choses que la nature produit d'elle-m&#234;me. Gr&#226;ce &#224; l'art de l'exp&#233;rimentation, les choses cessent d'&#234;tre de simples objets de vision rigides, car elles sont g&#233;n&#233;r&#233;es sous notre direction. Et la pens&#233;e cesse d'&#234;tre une hypoth&#232;se, ou un pr&#233;curseur &#233;nigmatique des choses, et devient une chose concr&#232;te, parce qu'elle grandit avec les choses, et continue de cro&#238;tre avec elles dans la mesure o&#249; nous apprenons &#224; les comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'art de l'exp&#233;rimentation m&#233;thodique nous conduit finalement &#224; accepter la simple v&#233;rit&#233; suivante : M&#234;me avant l'av&#232;nement de la science, et chez tous les &#234;tres humains qui n'ont jamais adopt&#233; la science, les activit&#233;s internes, y compris la r&#233;flexion naturelle, constituent un processus de croissance qui prend place en nous pendant que nous poursuivons la satisfaction de nos besoins, et qui implique la cr&#233;ation successive de nouvelles conditions.[7] De ce point de vue &#233;galement, le mat&#233;rialisme historique est le r&#233;sultat d'un long d&#233;veloppement. Il explique l'essor historique du savoir scientifique, en montrant que ce savoir correspond en dualit&#233;, et est proportionnel en quantit&#233;, &#224; la productivit&#233; du travail. En d'autres termes, la science d&#233;pend de nos besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Maintenant, je me tourne vers vous et j'approuve le coup de pied que vous donnez &#224; l'agnosticisme . Car ce n'est que le pendant anglais du n&#233;okantisme allemand. Il n'y a qu'une diff&#233;rence appr&#233;ciable. Le n&#233;okantisme ne repr&#233;sente en fin de compte qu'une certaine ligne de pens&#233;e acad&#233;mique, qui nous a fourni une meilleure connaissance de Kant et une litt&#233;rature utile de gens instruits. L'agnosticisme, au contraire, du fait de sa diffusion parmi le peuple, est un v&#233;ritable sympt&#244;me de la condition actuelle de certaines classes sociales. Les socialistes auraient de bonnes raisons de croire que ce sympt&#244;me est une des manifestations de la d&#233;cadence de la bourgeoisie. Cela contraste certainement avec le d&#233;vouement h&#233;ro&#239;que &#224; la v&#233;rit&#233; manifest&#233; par la pens&#233;e des pr&#233;curseurs de l'histoire moderne, tels que Bruno et Spinoza, ou avec cette affirmation de soi conventionnelle, typique des penseurs du XVIIIe si&#232;cle, jusqu'&#224; l'&#233;poque classique allemande. la philosophie entre progressivement en sc&#232;ne. Cela est encore plus en contradiction avec la pr&#233;cision des moyens de recherche modernes, qui, &#224; notre &#233;poque, ont tellement accru la domination de la pens&#233;e humaine sur la nature. Il lui manque cette caract&#233;ristique qui, selon Hegel, est essentielle &#224; toute philosophie, &#224; savoir le courage de la v&#233;rit&#233;. Cela donne l'impression d'une l&#226;che r&#233;signation. Certains de ces marxistes, qui passent par un raccourci des conditions &#233;conomiques aux r&#233;flexions mentales, comme s'il s'agissait simplement d'interpr&#233;ter des signes st&#233;nographiques, pourraient dire que cet inconnaissable , si sacr&#233; pour un grand nombre de qui&#233;tistes du domaine, de la raison, est une preuve que l'esprit de l'&#233;poque bourgeoise n'est plus capable de voir clairement &#224; travers l'organisation du monde, parce que le capitalisme, dont il re&#231;oit ses orientations, est d&#233;j&#224; dans un &#233;tat de d&#233;sint&#233;gration. En d'autres termes, la bourgeoisie pressent instinctivement sa ruine imminente et se livre donc &#224; une sorte de religion de l'imb&#233;cillit&#233;. Une telle affirmation pourrait m&#234;me para&#238;tre ing&#233;nieuse et belle, m&#234;me si elle ne peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e. Pourtant, cela ressemble un peu au grand nombre d'absurdit&#233;s qui ont &#233;t&#233; dites par beaucoup au nom de l'interpr&#233;tation &#233;conomique de l'histoire. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En revanche, je dis que cet agnosticisme nous rend un grand service. En r&#233;p&#233;tant sans cesse qu'il ne nous est pas donn&#233; de conna&#238;tre la chose elle-m&#234;me, la nature intime des choses, la cause finale et la raison fondamentale des ph&#233;nom&#232;nes, les agnostiques arrivent &#224; leur mani&#232;re, par un autre chemin, &#224; savoir en regrettant l'impossibilit&#233; de conna&#238;tre ce pr&#233;tendu myst&#232;re, au m&#234;me r&#233;sultat que nous le faisons, seulement nous ne regrettons pas, mais cherchons plut&#244;t la connaissance sans l'aide de l'imagination. Ce r&#233;sultat est que nous ne pouvons penser que des choses dont nous faisons l'exp&#233;rience nous-m&#234;mes, en prenant ce mot dans son sens le plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il suffit de voir ce qui s'est pass&#233; dans le domaine de la psychologie. D'un c&#244;t&#233;, l'illusion selon laquelle les faits psychiques pouvaient s'expliquer par l'hypoth&#232;se d'une entit&#233; surnaturelle s'est dispers&#233;e. De l'autre c&#244;t&#233;, on a abandonn&#233; l'id&#233;e vulgaire et plus mat&#233;rielle que mat&#233;rialiste selon laquelle la pens&#233;e est une s&#233;cr&#233;tion du cerveau. Il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; que les faits psychiques sont coupl&#233;s &#224; un organisme sp&#233;cifique, que cet organisme lui-m&#234;me &#233;tait dans un processus constant de formation, que les faits psychiques sont accompagn&#233;s de processus nerveux internes, dans la mesure o&#249; ces processus font partie de la conscience. L'hypoth&#232;se grossi&#232;re du mat&#233;rialisme m&#233;canique a &#233;t&#233; rejet&#233;e, selon laquelle il &#233;tait possible d'observer l'activit&#233; interne, son maintien et ses complications en fonction de la conscience, par des moyens externes, simplement parce que l'on peut d&#233;couvrir de jour en jour l'&#233;tat correspondant dans le nerf. centres. Nous sommes ainsi arriv&#233;s &#224; la science psychique. Il est inexact, pour ne pas dire erron&#233;, d'appeler cette science une psychologie sans &#226;me. Il faudrait plut&#244;t l'appeler la science des produits psychiques sans le mythe de la substance spirituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand Engels, dans son Anti-D&#252;hring , utilisait le terme m&#233;taphysique de mani&#232;re d&#233;pr&#233;ciative, il entendait pr&#233;cis&#233;ment se r&#233;f&#233;rer &#224; cette fa&#231;on de penser, de concevoir, de d&#233;duire, d'exposer qui est &#224; l'oppos&#233; d'une consid&#233;ration g&#233;n&#233;tique, et donc dialectique, des choses. La pens&#233;e m&#233;taphysique pr&#233;sente les caract&#233;ristiques suivantes : elle consid&#232;re en premier lieu comme des choses ind&#233;pendantes les unes des autres, les modes de pens&#233;e qui ne sont en r&#233;alit&#233; des modes que dans la mesure o&#249; ils repr&#233;sentent des points de corr&#233;lation. et transition dans un processus ; en deuxi&#232;me lieu, elle consid&#232;re ces modes de pens&#233;e comme existant avant le fait, comme pr&#233;existants, comme types ou prototypes de la r&#233;alit&#233; faible et obscure des perceptions sensorielles. Du premier point de vue, par exemple, des pens&#233;es telles que la cause et l'effet, les moyens et la fin, l'origine et la r&#233;alit&#233;, etc., apparaissent simplement comme des terminaisons distinctes de types diff&#233;rents, et parfois oppos&#233;s. Certaines d'entre elles semblent n'&#234;tre que des causes, d'autres seulement des effets, et ainsi de suite. Dans le second cas, le monde de l'exp&#233;rience semble se d&#233;sint&#233;grer et s'effondrer sous nos yeux, se s&#233;parant en substance et attribut, chose en soi et ph&#233;nom&#232;ne, possibilit&#233; et r&#233;alit&#233; &#233;vidente. La critique d'Engels exige de mani&#232;re substantielle et r&#233;aliste que la pens&#233;e terminale ne soit pas consid&#233;r&#233;e comme une entit&#233; fixe, mais comme une fonction. Car de tels concepts terminaux n'ont de valeur que dans la mesure o&#249; ils nous aident &#224; penser maintenant, alors que nous sommes activement engag&#233;s dans la poursuite d'une nouvelle pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette critique d'Engels, qui peut &#234;tre am&#233;lior&#233;e &#224; bien des &#233;gards par des affirmations plus sp&#233;cifiques et plus pr&#233;cises, notamment en ce qui concerne l'origine de la pens&#233;e m&#233;taphysique, r&#233;p&#232;te &#224; sa mani&#232;re la distinction h&#233;g&#233;lienne entre l'entendement , qui d&#233;finit les contraires comme tels, et la raison. , qui dispose ces contraires en s&#233;rie ascendante (Bruno dirait : L'art divin de concilier les contraires , et Spinoza disait : Toute d&#233;termination est une n&#233;gation ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pens&#233;e m&#233;taphysique, vue &#224; distance, a certains points communs avec l'origine des mythes. Elle est enracin&#233;e dans la th&#233;ologie, qui tente de rendre les articles de foi (que l'auto-illusion pr&#233;sente comme des faits objectifs, alors qu'ils sont des hypoth&#232;ses subjectives) plausibles pour la raison logique. Combien de miracles ce mythe de la Parole a-t-il accompli ! De telles pens&#233;es m&#233;taphysiques, utilisant ce terme dans un sens d&#233;pr&#233;ciatif, comme d&#233;signant un certain stade de la pens&#233;e qui interf&#232;re avec la formation d'une nouvelle pens&#233;e, se retrouvent dans toutes les branches de la connaissance humaine. Quelle &#233;nergie &#233;norme a d&#251; &#234;tre d&#233;pens&#233;e par la r&#233;flexion doctrinaire dans le domaine de l'&#233;tude des langues, avant que l'illusion sch&#233;matique des formes grammaticales ne soit remplac&#233;e par leur gen&#232;se ! Cette gen&#232;se est d&#233;sormais recherch&#233;e et localis&#233;e dans les diff&#233;rentes &#233;tapes de la composition du langage, qui est un processus de travail et de production et non un simple fait. La m&#233;taphysique dans ce sens ironique existe, et existera peut-&#234;tre toujours, dans les mots et la phras&#233;ologie d&#233;riv&#233;s de l'expression de la pens&#233;e. Car le langage, sans lequel nous ne pourrions ni saisir pr&#233;cis&#233;ment la pens&#233;e ni formuler son expression, change la chose qu'il exprime en m&#234;me temps qu'il la prononce. C'est pour cette raison que le langage a peut-&#234;tre presque un germe mythique. On aura beau perfectionner la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des vibrations, on dira toujours : La lumi&#232;re produit tel ou tel effet ; la chaleur fonctionne comme &#231;a. Il existe toujours la tentation (ou du moins le danger) de personnifier un processus ou ses points terminaux. Au moyen d'une projection illusoire, les relations deviennent des choses, et en cogitant plus loin sur elles, ces choses deviennent des sujets op&#233;ratoires. Si nous pr&#234;tons attention &#224; ces fr&#233;quentes chutes de notre esprit dans le mode pr&#233;-scientifique d'utilisation des mots, nous d&#233;couvrirons en nous-m&#234;mes les donn&#233;es psychologiques permettant d'expliquer la mani&#232;re dont les formes de pens&#233;e se sont transform&#233;es en entit&#233;s objectives, dans des circonstances et des situations diff&#233;rentes. en d'autres temps. Les id&#233;es platoniciennes sont typiques de ce cas. Je l'appelle typique, car c'est le plus plastique. Toute l'histoire est pleine de telles m&#233;taphysiques, qui t&#233;moignent d'un esprit immature qui n'est pas encore aiguis&#233; par l'autocritique ni renforc&#233; par l'exp&#233;rience. Les m&#234;mes raisons, entre autres, mettent dans la m&#234;me classe des choses telles que la superstition, la mythologie, la religion, la po&#233;sie, un culte fanatique des mots, un culte des formes vides. Cette m&#233;taphysique laisse &#233;galement ses traces dans ce domaine de la pens&#233;e que nous appelons aujourd'hui, avec vanit&#233;, science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un tel mode de pens&#233;e m&#233;taphysique n'obscurcit-il pas le domaine de l'&#233;conomie politique ? L'argent, qui n'est &#224; l'origine qu'un moyen d'&#233;change et se transforme en capital uniquement parce qu'il est combin&#233; &#224; un processus de travail productif, ne devient-il pas dans l'imagination de certains &#233;conomistes un capital auto-g&#233;n&#233;r&#233;, qui s&#233;cr&#232;te des int&#233;r&#234;ts par une puissance inh&#233;rente ? C'est pour cette raison que le chapitre du Capital de Marx , qui parle du f&#233;tichisme du capital, est tr&#232;s important. [9] La science &#233;conomique regorge de tels f&#233;tiches. Le caract&#232;re de marchandise, que le produit du travail humain ne rev&#234;t que dans certaines conditions historiques, dans lesquelles vivent les &#234;tres humains lorsqu'il existe un syst&#232;me d&#233;fini d'interrelations sociales, est consid&#233;r&#233; par certains comme une dualit&#233; intrins&#232;que du produit de toute &#233;ternit&#233;. Le salaire, qui ne peut &#234;tre con&#231;u que si certains sont dans la n&#233;cessit&#233; de s'offrir &#224; d'autres &#234;tres humains, est consid&#233;r&#233; comme une cat&#233;gorie absolue, c'est-&#224;-dire comme un &#233;l&#233;ment de tout gain, de sorte qu'en fin de compte l'intrigant capitaliste se pare de avec le titre d'un homme qui gagne par son propre m&#233;rite les salaires les plus &#233;lev&#233;s. Et qu'en est-il du loyer de la terre &#8211; de la terre , remarquez. Je n'en aurais jamais fini si je voulais &#233;num&#233;rer toutes ces transformations m&#233;taphoriques de conditions relatives en attributs &#233;ternels des hommes et des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'ont pens&#233; les interpr&#232;tes grossiers du darwinisme de la lutte pour l'existence ? Un imp&#233;ratif, un commandement, un destin, un tyran. Ils ont oubli&#233; les circonstances mat&#233;rielles entourant la souris et le chat, la chauve-souris et l'insecte, le bourdon et le tr&#232;fle. Le processus d'&#233;volution, qui est une expression mutuellement &#233;quilibr&#233;e de mouvements infinis donnant lieu &#224; de nombreux probl&#232;mes complexes et non &#224; un seul th&#233;or&#232;me, se transforme soudainement en une &#233;volution fantastique . Par cons&#233;quent, les vulgarisateurs de la sociologie marxiste transforment les conditions, les relations et les interconnexions de la vie &#233;conomique commune en une sorte de quelque chose de fantastique qui nous domine, souvent parce que ces interpr&#232;tes du marxisme manquent de capacit&#233;s litt&#233;raires. Tout cela donne l'impression qu'il y a encore d'autres questions &#224; consid&#233;rer, mais simplement les &#233;l&#233;ments naturels du probl&#232;me, tels que les personnes et les personnes, les locataires et les propri&#233;taires de maisons, les propri&#233;taires fonciers et les ouvriers agricoles, les capitalistes et les salari&#233;s, les messieurs et les domestiques. , exploit&#233;s et exploiteurs, en un mot, des &#234;tres humains vivant dans des conditions de temps et de lieu d&#233;termin&#233;es, dans des degr&#233;s divers de d&#233;pendance mutuelle en raison de la mani&#232;re particuli&#232;re de poss&#233;der et d'utiliser les moyens sociaux de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;currence incontestable du vice m&#233;taphysique , qui co&#239;ncide parfois directement avec la mythologie, devrait nous rendre indulgents envers les causes et les conditions, soit directement psychiques, soit plus g&#233;n&#233;ralement sociales, qui ont retard&#233; dans le pass&#233; l'av&#232;nement de la pens&#233;e critique, consciemment exp&#233;rimentale. et se m&#233;fie prudemment du verbalisme. Il ne sert &#224; rien de revenir aux trois &#233;poques de Comte. Bien entendu, la question de la pr&#233;dominance quantitative des formes th&#233;ologiques et m&#233;taphysiques dans les diff&#233;rentes &#233;poques de l'histoire humaine doit &#234;tre discut&#233;e. Mais il ne faut pas l'envisager &#224; la lumi&#232;re d'une diff&#233;rence exclusivement qualitative par rapport &#224; l'&#233;poque dite scientifique. Les &#234;tres humains n'ont jamais &#233;t&#233; exclusivement th&#233;ologiques ou m&#233;taphysiques, et ils ne seront jamais exclusivement scientifiques. Le moindre sauvage, qui a peur de son f&#233;tiche, sait qu'il co&#251;te moins de peine de descendre avec la rivi&#232;re que de nager &#224; contre-courant, et l'accomplissement de ses travaux les plus &#233;l&#233;mentaires implique une certaine somme d'exp&#233;rience et de science. D'un autre c&#244;t&#233;, nous avons aujourd'hui des scientifiques dont l'esprit est obscurci par les mythologies. La m&#233;taphysique, &#224; l'oppos&#233; de l'exactitude scientifique, n'est pas encore devenue un fait pr&#233;historique au point d'&#234;tre au m&#234;me niveau que le tatouage et le cannibalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Personne, je l'esp&#232;re, ne mettrait enti&#232;rement au cr&#233;dit du mat&#233;rialisme historique la victoire d&#233;finitive sur la m&#233;taphysique, du moins sur la m&#233;taphysique telle qu'elle &#233;tait comprise jusqu'&#224; pr&#233;sent, selon Engels. Cette victoire constitue plut&#244;t un cas particulier dans le d&#233;veloppement de la pens&#233;e anti-m&#233;taphysique. Cela ne serait pas arriv&#233; si la pens&#233;e critique ne s'&#233;tait pas d&#233;velopp&#233;e depuis longtemps. Nous devons confronter les comptes en la mati&#232;re avec toute l'histoire de la science moderne. Lorsque Don Ferrante des Promessi Sposi (au XVIIe si&#232;cle, remarquez bien) mourut de la peste en niant son existence, parce qu'elle n'&#233;tait pas mentionn&#233;e dans les dix cat&#233;gories d'Aristote, la scolastique avait d&#233;j&#224; re&#231;u les premiers coups durs et d&#233;cisifs. Il fut le dernier scolastique convaincu, et j'esp&#232;re que L&#233;on XIII ne s'opposera pas &#224; cette affirmation car elle interf&#232;re avec ses affaires. Et depuis lors jusqu'&#224; aujourd'hui, j'ai une longue histoire de conqu&#234;tes positives de la pens&#233;e, par lesquelles l'essence de la philosophie ind&#233;pendante, qui la distinguait de la science, &#224; savoir la th&#233;orie de la cognition, a &#233;t&#233; soit absorb&#233;e, soit &#233;limin&#233;e, soit r&#233;duite et assimil&#233;e d'une autre mani&#232;re. Sur cette voie de la pens&#233;e scientifique, nous rencontrons des sujets tels que la psychologie empirique, l'&#233;tude des langues, le darwinisme, l'histoire des institutions et la critique proprement dite. J'ajouterais aussi le positivisme, si je ne craignais pas d'&#234;tre incompris. En fait, si l'on consid&#232;re le positivisme dans son ensemble et sommairement, il a &#233;t&#233; l'une des nombreuses formes par lesquelles la pens&#233;e de l'humanit&#233; s'est rapproch&#233;e d'une conception de la philosophie, qui ne raisonne pas avant le fait, mais est le r&#233;sultat de l'immanent nature des choses. Nous ne devons pas &#234;tre surpris, &#224; ce propos, si la similitude g&#233;n&#233;rique du mat&#233;rialisme historique avec tant d'autres produits de la pens&#233;e et du savoir contemporains a conduit beaucoup de ceux qui traitent de la science &#224; la mani&#232;re des hommes de lettres ou des lecteurs de magazines, &#224; commettre l'erreur d'agir sous des impressions superficielles, de suivre les impulsions d'une curiosit&#233; &#233;rudite, et de se flatter de pouvoir rendre la th&#233;orie marxiste plus compl&#232;te par tel ou tel ajout. Nous devrons supporter de tels bricolages pendant un certain temps. Beaucoup sont induits &#224; cette erreur par l'habitude, aujourd'hui commune dans toutes les branches de la science moderne, de tout consid&#233;rer du point de vue de l'&#233;volution et de la croissance. Puisque tout le monde parle d'&#233;volution, les inexp&#233;riment&#233;s et les superficiels pensent que tout le monde veut dire la m&#234;me chose. Vous avez tr&#232;s justement attir&#233; votre attention sur les diff&#233;rents points de diff&#233;renciation du mat&#233;rialisme historique, qui, permettez-moi d'ajouter, sont caract&#233;ristiques d'une science fond&#233;e sur la dialectique et le communisme r&#233;volutionnaire. Vous n'avez pas propos&#233; de trancher la question de savoir si Marx pourrait aller bras dessus bras dessous avec tel ou tel autre philosophe, mais vous vous efforcez plut&#244;t de d&#233;terminer quelle sorte de philosophie est le r&#233;sultat logique et n&#233;cessaire de la th&#233;orie marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pour ces raisons que je ne me suis pas oppos&#233;, et je ne m'oppose pas encore, &#224; l'usage de votre part d'un langage m&#233;taphysique, en prenant ce terme dans un sens qui n'est pas d&#233;nigrant. Le marxisme traite fondamentalement de probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux. Et celles-ci se r&#233;f&#232;rent, d'une part, aux limites et aux formes de la cognition, et d'autre part, aux relations de l'humanit&#233; avec le reste de l'univers connaissable et connu. N'est-ce pas ce que vous comptez transmettre ? C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que j'ai consacr&#233; mon attention aux questions les plus g&#233;n&#233;rales dans le deuxi&#232;me de mes essais. Mais j'ai trait&#233; le sujet de telle mani&#232;re que mon intention restait cach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quiconque consid&#232;re le mat&#233;rialisme historique dans toute sa signification constatera qu'il pr&#233;sente trois axes d'&#233;tude. La premi&#232;re correspond aux exigences pratiques des partis socialistes, exige l'acquisition d'une connaissance ad&#233;quate des conditions sp&#233;cifiques du prol&#233;tariat dans chaque pays et adapte l'activit&#233; socialiste aux causes, aux perspectives et aux dangers d'une politique complexe. La seconde peut conduire, et conduira certainement, &#224; une r&#233;vision des m&#233;thodes d'&#233;criture de l'histoire, car elle tend &#224; ancrer cet art sur le terrain des luttes de classes et des relations sociales qui en d&#233;coulent, &#224; partir de la structure &#233;conomique correspondante, que tout historien doit d&#233;sormais conna&#238;tre et comprendre. La troisi&#232;me consiste dans le traitement des principes directeurs. Pour les comprendre et les suivre, il faut n&#233;cessairement se laisser guider par les points de vue g&#233;n&#233;raux que vous indiquez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, il me semble &#8211; et j'en ai fourni la preuve par &#233;crit &#8211; que l'adh&#233;sion aux principes g&#233;n&#233;raux en tant que tels n'implique pas n&#233;cessairement un retour &#224; une scolastique formelle, ni un m&#233;pris des choses dont ces principes g&#233;n&#233;raux sont d&#233;duits, tant que nous ne retombons pas dans l'erreur ancienne de croire que les id&#233;es sont une sorte d'agent surnaturel plac&#233; au-dessus des choses, tout en admettant l'in&#233;vitable division du travail. Il est certain que ces trois axes d'&#233;tudes se sont combin&#233;s en un seul dans l'esprit de Marx, et non seulement dans son esprit, mais aussi dans ses &#339;uvres. Sa politique &#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, l'application pratique de son mat&#233;rialisme historique, et sa philosophie &#233;tait incorpor&#233;e dans sa critique de l'&#233;conomie politique, car c'&#233;tait sa m&#233;thode pour aborder l'histoire. Mais en admettant qu'une telle compr&#233;hension universelle soit la marque caract&#233;ristique d'un g&#233;nie qui inaugure une nouvelle ligne de pens&#233;e, le fait est que Marx lui-m&#234;me n'a men&#233; sa th&#233;orie jusqu'&#224; sa pleine conclusion que dans un cas, celui du Capital .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'identification parfaite de la philosophie, ou de la pens&#233;e critique et consciente, avec le mat&#233;riel de la connaissance, en d'autres termes, l'&#233;limination compl&#232;te de la distinction traditionnelle entre philosophie et science, est une tendance de notre &#233;poque. Mais c'est une tendance qui reste pour l'essentiel au stade du simple d&#233;sir. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette tendance &#224; laquelle se r&#233;f&#232;rent certains lorsqu'ils pr&#233;tendent que la m&#233;taphysique est compl&#232;tement d&#233;pass&#233;e. D'autres encore, plus exacts, supposent qu'une science dans son &#233;tat parfait aura absorb&#233; la philosophie. La m&#234;me tendance justifie l'utilisation du terme de philosophie scientifique , qui serait autrement ridiculement absurde. Si cette expression peut un jour avoir sa v&#233;rification pratique par l'&#233;vidence, ce sera pr&#233;cis&#233;ment au moyen du mat&#233;rialisme historique, comme c'&#233;tait le cas dans l'esprit et dans les &#233;crits de Marx. L&#224;, la philosophie est tellement dans les choses elles-m&#234;mes, et tellement impr&#233;gn&#233;e d'elles, que le lecteur de cet ouvrage en ressent l'effet, comme si philosopher &#233;tait une fonction naturelle de la m&#233;thode scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dois-je m'arr&#234;ter ici et faire des aveux ? Ou dois-je seulement me limiter &#224; une discussion objective avec vous sur les points sur lesquels nous pouvons nous rapprocher dans nos objectifs ? Si je devais me contenter des expressions aphoristiques typiques d'une confession, je dirais : a) L'id&#233;al de la connaissance doit &#234;tre celui dans lequel l'antagonisme entre science et philosophie prend fin ; b) Cependant, la science (empirique) est dans un processus de croissance continue, se multiplie en mat&#233;riel et en d&#233;partements, et diff&#233;rencie en m&#234;me temps les instruments utilis&#233;s dans les diverses lignes, tandis que d'autre part la masse de connaissances m&#233;thodiques et formelles s'accumule continuellement. sous le nom de philosophie ; c) C'est pour cette raison que la distinction entre science et philosophie sera toujours maintenue comme &#233;l&#233;ment provisoire, afin d'indiquer que la science est toujours en processus de croissance et que cette croissance s'accompagne largement d'autocritique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il suffit de regarder Darwin pour comprendre avec quelle prudence il faut &#234;tre prudent en affirmant que la science implique d&#233;sormais par elle-m&#234;me la fin de la philosophie. Darwin a certainement r&#233;volutionn&#233; le domaine de la science des organismes, et avec lui toute la conception de la nature. Mais Darwin lui-m&#234;me n'avait pas pleinement compris la port&#233;e de ses d&#233;couvertes. Il n'&#233;tait pas le philosophe de sa science. Le darwinisme en tant que nouvelle vision de la vie et de la nature d&#233;passe la personnalit&#233; et les intentions de Darwin lui-m&#234;me. D'un autre c&#244;t&#233;, certains interpr&#232;tes vulgaires du marxisme ont d&#233;pouill&#233; cette th&#233;orie de sa philosophie immanente et l'ont r&#233;duite &#224; une simple mani&#232;re de d&#233;duire des changements dans les conditions historiques &#224; partir de changements dans les conditions &#233;conomiques. Des observations aussi simples suffisent &#224; nous convaincre que, m&#234;me si nous pouvons affirmer qu'une science parfaite est une philosophie parfaite, ou qu'une telle philosophie ne signifie que le plus haut degr&#233; d'&#233;laboration de concepts (Herbart), nous ne devons autoriser personne &#224; faire une telle affirmation , pour parler de mani&#232;re d&#233;sobligeante de ce que nous pourrions appeler philosophie en tant que question de diff&#233;renciation. Nous ne devrions pas non plus croire tout scientifique qui pr&#233;tend, quel que soit le niveau de d&#233;veloppement mental auquel il peut s'arr&#234;ter, qu'il a triomph&#233; de cette bagatelle qu'est la philosophie ou qu'il en est devenu l'h&#233;ritier. C'est pourquoi vous ne posez pas une question vaine lorsque vous demandez en substance : quel sera l'esprit dans lequel les partisans du mat&#233;rialisme historique consid&#233;reront les philosophies restantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, le 28 mai 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la biographie scientifique de nos deux grands auteurs, il y a un blanc. Une de leurs &#339;uvres parvint chez l'imprimeur en 1847. Mais pour des raisons fortuites, elle resta in&#233;dite. [10] Dans cet ouvrage, rest&#233; sous forme de manuscrit, et qui, &#224; ma connaissance, n'a jamais &#233;t&#233; revu depuis par aucun autre auteur ext&#233;rieur, [11] ils ont r&#233;gl&#233; leurs comptes avec leur propre conscience en parvenant &#224; s'entendre sur leur position &#224; l'&#233;gard des autres courants de la philosophie contemporaine. Il ne fait aucun doute que ce r&#233;cit a &#233;t&#233; cl&#244;tur&#233; principalement par les conclusions h&#233;g&#233;liennes et leur contrepartie mat&#233;rialiste dans les th&#233;ories de Feuerbach. Outre les raisons g&#233;n&#233;rales li&#233;es au mouvement philosophique de l'&#233;poque, cette opinion est encore renforc&#233;e par divers passages d'articles de magazines et de journaux r&#233;cemment publi&#233;s par Struve dans la Neue Zeit , comme souvenirs d'anciennes controverses de Marx. Mais quelle &#233;tait la situation mentale totale de ces deux &#233;crivains ? Jusqu'o&#249; s'&#233;tendait leur horizon bibliographique ? Quelle attitude adoptaient-ils &#224; l'&#233;gard des autres luttes scientifiques, qui se sont ensuite transform&#233;es en tant de r&#233;volutions, tant dans le domaine de la philosophie naturelle que dans celui de la philosophie historique, et qu'en savaient-ils ? Nous n'avons pas de r&#233;ponses satisfaisantes &#224; ces questions. Bien s&#251;r, on comprend qu'on puisse regretter d'avoir publi&#233; dans ses jeunes ann&#233;es des &#233;crits qu'on &#233;crirait tout autrement dans ses ann&#233;es avanc&#233;es. Mais il nous est d'autant plus difficile d'y avoir acc&#232;s lorsque nous souhaitons &#233;tudier ces auteurs. Engels lui-m&#234;me estimait que cet ouvrage avait produit l'effet escompt&#233;, dans la mesure o&#249; il avait clarifi&#233; la question pour ceux qui l'avaient &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par la suite, apr&#232;s que les auteurs eurent suivi leur propre voie, ils n'&#233;crivirent plus sur des questions de philosophie au sens strict du terme. [12] Non seulement leur activit&#233; d'agitateurs pratiques, d'&#233;crivains publicistes, de fid&#232;les du mouvement prol&#233;tarien les a influenc&#233;s &#224; cet &#233;gard, mais aussi leurs propres inclinations mentales ont eu tendance &#224; les &#233;loigner de l'occupation de philosophes professionnels. Ce serait donc une vaine entreprise que de rechercher &#233;tape par &#233;tape les opinions personnelles qu'ils ont nourries dans leurs &#233;tudes et dans la lecture de nouvelles conclusions scientifiques, si celles-ci &#233;taient conformes &#224; leur nouvelle m&#233;thode de recherche historique ou s'y opposaient. Il est certain qu'il faut reconna&#238;tre comme auxiliaires et comme cas analogues &#224; la mont&#233;e du mat&#233;rialisme historique, la psychologie r&#233;cemment d&#233;velopp&#233;e, la critique acerbe de la philosophie professionnelle, l'&#233;cole de l'histoire industrielle, le darwinisme dans son sens strict et large, la tendance croissante dans l'histoire, la reconnaissance des ph&#233;nom&#232;nes naturels, la d&#233;couverte des institutions des temps pr&#233;historiques et la tendance toujours croissante &#224; combiner philosophie et science. Mais il serait ridicule d'appliquer &#224; Marx et &#224; Engels l'&#233;talon d'un &#233;diteur de quelque Revue critique , &#224; l'aune duquel il mesure les nouveaux livres, ou d'un professeur qui pr&#233;sente &#224; ses &#233;l&#232;ves les impressions successives de ses propres lectures. Ce n'est pas ainsi qu'on peut &#233;valuer le travail qu'ont pu faire, ou ont fait effectivement, les deux penseurs pour assimiler les fruits de la science contemporaine, ces penseurs qui regardaient les choses de leur point de vue sp&#233;cifique et sp&#233;cifi&#233; et utilisaient leur mat&#233;rialisme historique comme un instrument individualis&#233; de recherche et d'analyse. C'est essentiellement la marque de l'originalit&#233;. Utiliser ce terme sans de telles restrictions serait absurde. Mais alors qu'ils abandonnaient l'&#233;criture philosophique au sens strictement professionnel du terme, ils devinrent les types les plus parfaits de scientifiques philosophiques . Cette philosophie scientifique n'est pour beaucoup qu'un d&#233;sir inaccessible, tandis que d'autres en font un moyen de dire la pure v&#233;rit&#233; sur des faits &#233;vidents de l'exp&#233;rience scientifique dans un nouveau style d'affectation phras&#233;ologique. Il s'agit parfois d'une forme g&#233;n&#233;rale de rationalisme, et apr&#232;s tout il n'est pas possible de le saisir, &#224; moins de se familiariser avec les particularit&#233;s de la vie r&#233;elle de la mani&#232;re p&#233;n&#233;trante qui convient &#224; une m&#233;thode g&#233;n&#233;tique issue de la nature des choses. . Engels &#233;crivait r&#233;cemment dans son Anti-D&#252;hring : &#171; D&#232;s que chaque science individuelle est confront&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; de parvenir &#224; une compr&#233;hension claire de sa position dans la relation g&#233;n&#233;rale des choses et dans la connaissance des choses, toute science particuli&#232;re de la relation g&#233;n&#233;rale devient aucune partie de toute la philosophie des temps ant&#233;rieurs ne restera alors ind&#233;pendante, sauf la th&#233;orie de la cognition et de ses lois, c'est-&#224;-dire la logique formelle et la dialectique. Tout le reste sera absorb&#233; par la science positive de la nature et de l'histoire. &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout est possible pour les &#233;rudits, les chercheurs de sujets de th&#232;se, les dipl&#244;m&#233;s en herbe. Ils ont fait un rago&#251;t de l'&#233;thique d'H&#233;rodote, de la psychologie de Pindare, de la g&#233;ologie de Dante, de l'entomologie de Shakespeare et de la p&#233;dagogie de Schopenhauer. Pour des raisons plus fortes et meilleures, ils peuvent parler de la logique du Capital et construire un syst&#232;me de philosophie de Marx, d&#251;ment sp&#233;cifi&#233; et class&#233; selon les canons sacramentels de la science professionnelle. C'est une question de go&#251;t. Pour ma part, je pr&#233;f&#232;re la na&#239;vet&#233; d'H&#233;rodote et le style pesant de Pindare &#224; cette &#233;rudition qui en extrait leurs propri&#233;t&#233;s sp&#233;cifiques &#224; l'aide d'une analyse posthume. Je pr&#233;f&#232;re laisser intacte l'individualit&#233; du Capital , auquel ont contribu&#233;, comme &#224; un organisme, toutes les id&#233;es et connaissances qui se distinguent sous le nom de logique, psychologie, sociologie, droit et histoire, dans leur sens strict. C'est aussi &#224; cela qu'ont contribu&#233; cette rare souplesse et cette douceur de pens&#233;e qui forment l'esth&#233;tique de la m&#233;thode dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bien entendu, ce livre fait et fera toujours l'objet d'une analyse particuli&#232;re, malgr&#233; cela. Mais elle ne sera jamais r&#233;fut&#233;e dans son ensemble par les simples exp&#233;rimentateurs, les scolastiques qui aiment les belles d&#233;finitions qui ne sont pas assimil&#233;es par le courant de la pens&#233;e, les penseurs utopistes de toutes nuances, notamment les utopistes critiques et les libertaires, qui sont plus ou moins r&#233;fut&#233;s. anarchistes sans le savoir. C'est une difficult&#233; presque insurmontable pour certains intellectuels que de se fondre dans la r&#233;alit&#233; des interrelations sociales et historiques. Au lieu de consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, dans laquelle certaines lois sont engendr&#233;es par un processus naturel et deviennent les relations mutuelles de mouvements, beaucoup ressentent le besoin de consid&#233;rer les choses comme fixes, par exemple l'&#233;go&#239;sme par-ci, l'altruisme par-l&#224;, etc. Un cas typique de ce genre est celui des h&#233;donistes modernes. Ils ne se contentent pas d'&#233;tudier la combinaison sociale vue du point de vue de l'interpr&#233;tation &#233;conomique, mais recourent &#224; l'exp&#233;dient de l'&#233;valuation comme pr&#233;misse psychologique logique de l'&#233;conomie. Cet exp&#233;dient leur fournit une &#233;chelle, et ils &#233;tudient ses degr&#233;s comme s'ils &#233;taient l'expression th&#233;orique de types d&#233;finis. Autant &#233;tudier l'esth&#233;tique formelle en &#233;tudiant uniquement les degr&#233;s de plaisir. Au moyen de cette &#233;chelle, avec ses degr&#233;s d'estimation des besoins, ils mesurent les choses qu'ils appellent bonnes. Ils examinent les relations des choses aux diff&#233;rents degr&#233;s de cette &#233;chelle, en tenant compte de leurs quantit&#233;s disponibles et obtenables, et d&#233;terminent ainsi la qualit&#233; de leurs valeurs, les limites de leurs valeurs et leur valeur finale. Apr&#232;s avoir ainsi constitu&#233; l'&#233;conomie politique sur la base de g&#233;n&#233;ralit&#233;s abstraites, indiff&#233;rentes aux choses que la nature donne librement ainsi qu'&#224; celles qui sont produites &#224; la sueur du front humain (et par le travail ingrat de l'histoire), ils transformer la production pauvre, &#233;vidente et simple, avec sa vie commune famili&#232;re, que les auteurs th&#233;oriques de l'&#233;conomie classique et du socialisme critique ont analys&#233;e, en un cas particulier d'alg&#232;bre universelle. Le travail, qui est &#224; nos yeux le nerf m&#234;me de la vie, parce qu'il est l'homme en devenir, devient &#224; leurs yeux un moyen d'&#233;viter la douleur ou de s&#233;lectionner la moindre douleur. Au milieu de cette atomisation abstraite de forces, d'estimations et de degr&#233;s de plaisir, l'homme perd de vue l'histoire et le progr&#232;s se r&#233;sout en une simple ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si je devais en donner une sorte d'esquisse, il ne serait pas d&#233;plac&#233; de dire que la philosophie qu'implique le mat&#233;rialisme historique est la tendance au monisme . Et j'insiste particuli&#232;rement sur le mot tendance. Je dis tendance, et j'ajoute une tendance formelle et critique . Chez nous, il ne s'agit pas de s'appuyer sur une connaissance th&#233;osophique ou m&#233;taphysique intuitive de l'univers, en supposant que nous sommes parvenus sans autre c&#233;r&#233;monie &#224; une vision globale de la substance fondamentale de tous les ph&#233;nom&#232;nes et processus par un acte de cognition transcendantale. Le mot tendance exprime pr&#233;cis&#233;ment que notre esprit s'est adapt&#233; &#224; la conviction que tout peut &#234;tre con&#231;u comme en devenir, que m&#234;me le concevable n'est qu'en devenir, et que le processus de croissance a un caract&#232;re similaire &#224; celui de la continuit&#233;. Ce qui diff&#233;rencie cette conception du processus g&#233;n&#233;tique des vagues imaginations transcendantales d'hommes comme Schelling, c'est le discernement critique. Cela implique une sp&#233;cialisation de la recherche et une adh&#233;sion &#224; des m&#233;thodes empiriques pour suivre les mouvements internes du processus. Cela signifie renoncer &#224; la pr&#233;tention de tenir dans la main un sch&#233;ma universel de toutes choses. C'est ainsi que proc&#232;dent les &#233;volutionnistes vulgaires. Une fois qu'ils se sont empar&#233;s de l'id&#233;e abstraite de croissance (&#233;volution), ils attrapent tout avec elle, depuis la concentration d'une n&#233;buleuse jusqu'&#224; leur propre fatuit&#233;. Il en &#233;tait de m&#234;me des imitateurs de Hegel, avec leur rythme &#233;ternel de th&#232;se, d'antith&#232;se et de synth&#232;se. Le principe principal de la cognition critique, par lequel le mat&#233;rialisme historique corrige le monisme, est le suivant : il s'&#233;carte de la pratique des choses, du d&#233;veloppement du processus de travail, tout comme il est la th&#233;orie de l'homme au travail, il consid&#232;re &#233;galement la science elle-m&#234;me en tant que travail. Cela impressionne d&#233;finitivement les sciences empiriques par la compr&#233;hension implicite que nous accomplissons les choses par l'exp&#233;rience, et nous am&#232;ne &#224; prendre conscience du fait que les choses sont elles-m&#234;mes en train de se fabriquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le passage d'Engels que j'ai cit&#233; tout &#224; l'heure pourrait peut-&#234;tre donner lieu &#224; quelques r&#233;sultats curieux. Certaines personnes vous prennent toute la main lorsque vous leur tendez un petit doigt. Si l'on admet que la logique et la dialectique continuent d'exister comme lignes de pens&#233;e ind&#233;pendantes, n'est-ce pas une belle opportunit&#233; pour reconstruire toute l'encyclop&#233;die de la philosophie ? En reprenant, pi&#232;ce par pi&#232;ce, ou dans chaque science individuelle, le travail d'abstraction des &#233;l&#233;ments formels qu'ils contiennent, des syst&#232;mes logiques vastes et complets peuvent &#234;tre &#233;crits, tels que ceux de Sigwart et Wundt. Ce sont en effet de v&#233;ritables encyclop&#233;dies de la doctrine des principes de la compr&#233;hension. Eh bien, si c'est tout ce que veulent les professeurs, ils peuvent &#234;tre assur&#233;s que leurs chaires ne seront pas abolies. La division du travail dans le domaine intellectuel permet de nombreuses combinaisons pratiques. Si un homme veut faire une compilation et une esquisse sch&#233;matique de principes, par lesquels nous nous rendons compte d'un groupe d&#233;fini de faits, par exemple d'un certain cours de droit, rien ne l'emp&#234;che d'appeler son ouvrage la science g&#233;n&#233;rale de la science. le droit, ou, s'il pr&#233;f&#232;re, la philosophie du droit, tant qu'il garde &#224; l'esprit qu'il organise simplement de mani&#232;re provisoire une certaine cat&#233;gorie de faits historiques, ou qu'il rassemble une certaine s&#233;rie de faits historiques qui sont des produits du d&#233;veloppement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une tendance formelle et critique au monisme d'un c&#244;t&#233;, une capacit&#233; experte &#224; garder la t&#234;te froide dans des recherches sp&#233;cialis&#233;es, de l'autre, tel est le r&#233;sultat. Si un homme s'&#233;carte un peu de cette ligne, soit il retombe dans le simple empirisme (sans philosophie), soit il s'&#233;l&#232;ve vers le domaine transcendantal de l'hyper-philosophie avec la pr&#233;tention qu'un homme peut saisir le processus du monde dans son ensemble par une simple intuition intellectuelle. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si vous n'avez pas lu la conf&#233;rence de H&#228;ckel sur le monisme , faites-moi la faveur de la lire. Il a &#233;t&#233; introduit en France par un darwinien enthousiaste en sociologie sous le titre Le Monisme lien entre la Religion et la Science (traduction de G. Vacher de Lapouge, Paris, 1897.) H&#228;ckel r&#233;unit dans sa personnalit&#233; trois facult&#233;s diff&#233;rentes : Une merveilleuse capacit&#233; pour des recherches et des expositions sp&#233;cialis&#233;es, pour une syst&#233;matisation profonde de faits particuliers et pour une intuition po&#233;tique de l'univers qui, tout en &#233;tant purement imagination, prend parfois l'aspect de la philosophie. Mais, mon illustre H&#228;ckel, cela surpasse m&#234;me la force de votre excellent esprit pour expliquer l'univers tout entier, depuis les vibrations de l'&#233;ther jusqu'&#224; la formation de votre cerveau ! Mais pourquoi est-ce que je m'arr&#234;te &#224; ton cerveau ? Plus loin, depuis les origines des nations et des &#201;tats et l'&#233;thique jusqu'&#224; nos jours, en passant par les principes protecteurs de votre universit&#233; d'I&#233;na, &#224; laquelle vous rendez hommage sur seulement 47 pages in-8 ! Ne vous souvenez-vous pas de toutes les &#233;nigmes que l'univers pr&#233;sente, m&#234;me &#224; notre science avanc&#233;e ? Ou avez-vous chez vous une grande armurerie pleine de ces bonnets de nuit, dont Heine disait que les H&#233;g&#233;liens se servaient pour dissimuler ces &#233;nigmes ? Ou ne vous souvenez-vous pas de ce cas qui devrait vous int&#233;resser plus directement, le cas de ce Bathybius auquel Huxley a donn&#233; votre nom et qui s'est av&#233;r&#233; plus tard &#234;tre une erreur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bref, cette tendance au monisme doit s'accompagner d'une reconnaissance claire de la sp&#233;cialisation de toute recherche. C'est une tendance &#224; combiner science et philosophie, mais en m&#234;me temps aussi un examen continu de la pens&#233;e concr&#232;te que nous utilisons et de sa port&#233;e. Cette pens&#233;e concr&#232;te peut tr&#232;s bien &#234;tre d&#233;tach&#233;e de son objet concret, comme cela arrive dans la logique proprement dite et dans la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la cognition, que vous appelez m&#233;taphysique. Nous pouvons penser concr&#232;tement, tout en r&#233;fl&#233;chissant de mani&#232;re abstraite sur les mat&#233;riaux et les conditions des choses pensables. La philosophie existe et ce n'est pas le cas. [13] Pour quiconque n'est pas parvenu &#224; cette compr&#233;hension, c'est quelque chose qui d&#233;passe la science. Et pour celui qui y arrive, c'est une science perfectionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aujourd'hui, comme autrefois, nous pouvons &#233;crire des trait&#233;s sur les aspects abstraits de certaines exp&#233;riences particuli&#232;res, par exemple sur l'&#233;thique ou la politique, et nous pouvons imprimer dans notre travail toute la clart&#233; d'un syst&#232;me. Mais nous devons &#233;galement garder &#224; l'esprit que les pr&#233;misses fondamentales de notre trait&#233; sont le produit d'une interrelation g&#233;n&#233;tique. Nous ne devons pas tomber dans l'illusion m&#233;taphysique selon laquelle les principes sont des diagrammes &#233;ternels ou des choses surnaturelles ext&#233;rieures &#224; l'exp&#233;rience humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En ce qui concerne cela, il n'y a aucune raison pour que nous ne prononcions pas une formule comme celle-ci : tout ce qui est connaissable peut &#234;tre connu ; et tout ce qui est connaissable sera connu dans un temps infini ; et pour le connaissable r&#233;fl&#233;chissant sur lui-m&#234;me, pour nous, dans le domaine de la cognition, il n'y a rien de plus important. Une telle affirmation g&#233;n&#233;rale se r&#233;duit pratiquement &#224; dire : la connaissance a de la valeur dans la mesure o&#249; nous pouvons r&#233;ellement conna&#238;tre les choses. C'est un simple jeu de fantaisie que de supposer que notre esprit reconna&#238;t comme un fait une diff&#233;rence absolue entre les limites du connaissable et de l'absolument inconnaissable. C'est ce que vous, von Hartmann, faites depuis de nombreuses ann&#233;es en hantant les r&#233;gions de l' Inconscient , que vous voyez si consciemment &#224; l'&#339;uvre, et vous, M. Spencer, qui op&#233;rez continuellement avec la connaissance de l' Inconnaissable , dont vous au fond, savez quelque chose, pendant que vous d&#233;finissez les limites de la cognition. Derri&#232;re ces phrases de Spencer se cache le Dieu du cat&#233;chisme. Elle n'est apr&#232;s tout que la relique d'une hyper-philosophie qui se voue, comme la religion, au culte d'un inconnu , qui est pourtant &#224; la fois d&#233;clar&#233; connu et transform&#233; en objet de culte. Dans cet &#233;tat d'esprit, la philosophie est r&#233;duite &#224; une &#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes (l'apparence des choses), et le concept d'&#233;volution n'implique pas du tout que les choses r&#233;elles soient en train de cro&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Contrairement &#224; ce mode de pens&#233;e, le mat&#233;rialisme historique, le processus de formation, ou d'&#233;volution, est r&#233;el et traite de la r&#233;alit&#233; elle-m&#234;me. De m&#234;me, le travail est r&#233;el, c'est-&#224;-dire le d&#233;veloppement personnel de l'homme, qui s'&#233;l&#232;ve de la simple vie (l'animalit&#233;) &#224; la libert&#233; parfaite (dans le communisme). Par cette inversion pratique du probl&#232;me de la cognition, nous nous remettons enti&#232;rement entre les mains de la science, qui est notre &#339;uvre. Encore une victoire sur le f&#233;tichisme ! La connaissance est pour nous une n&#233;cessit&#233;. Il est produit naturellement, raffin&#233;, perfectionn&#233;, renforc&#233; par les mat&#233;riaux et la technique, comme tout autre besoin humain. Nous apprenons peu &#224; peu les choses que nous devons savoir. L'exp&#233;rience exp&#233;rimentale est un processus de croissance. Ce que nous appelons le progr&#232;s de l'esprit est une accumulation d'&#233;nergies de travail. C'est ce processus prosa&#239;que dans lequel se r&#233;sout le pr&#233;tendu caract&#232;re absolu de la conscience, cette conscience qui &#233;tait pour l'id&#233;aliste un postulat de la raison, ou une entit&#233; ontologique. [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose &#233;trange (cette soi-disant chose en soi ), que nous ne connaissons ni aujourd'hui ni demain, que nous ne conna&#238;trons jamais, et dont nous savons n&#233;anmoins que nous ne pouvons pas la conna&#238;tre. Cette chose ne peut pas appartenir au domaine de la connaissance, car elle ne nous donne aucune information sur l'inconnaissable. Si de telles id&#233;es entrent dans le champ de la philosophie, c'est parce que la conscience du philosophe n'est pas tout &#224; fait scientifique, mais qu'elle abrite encore de nombreux autres &#233;l&#233;ments, tels que des sentiments et des &#233;motions, qui g&#233;n&#232;rent des combinaisons psychiques sous l'influence de la peur. ou &#224; travers la fantaisie et les mythes. Ces combinaisons ont entrav&#233; le d&#233;veloppement de la compr&#233;hension rationnelle dans le pass&#233; et jettent encore leur ombre sur le champ de la pens&#233;e &#233;tudi&#233;e et prosa&#239;que. Nous pensons &#224; la mort. Th&#233;oriquement, c'est immanent &#224; la vie. La mort, qui appara&#238;t si tragique chez les individus complexes, qui semblent &#234;tre les organismes v&#233;ritables et l&#233;gitimes &#224; l'intuition commune, est immanente aux &#233;l&#233;ments primitifs de la substance organique, en raison de l'instabilit&#233; et de la l&#233;g&#232;re plasticit&#233; du protoplasme. Mais la peur de la mort est tout autre. C'est l'&#233;go&#239;sme de la vie. Et il en va de m&#234;me pour tous les autres sentiments et &#233;motions. Leurs ant&#233;c&#233;dents mythiques, po&#233;tiques et religieux ont jet&#233;, jettent et jetteront plus ou moins leur ombre sur le champ de la conscience. La philosophie d'un penseur purement th&#233;orique, qui envisage toutes choses du point de vue des choses en elles-m&#234;mes, appartient &#224; la m&#234;me classe que la tentative d'appliquer la pens&#233;e abstraite &#224; l'ensemble du champ de la conscience sans rencontrer de d&#233;tours ni d'arr&#234;ts. Regardez Baruch Spinoza, ce v&#233;ritable h&#233;ros de la pens&#233;e, qui a &#233;tudi&#233; dans sa propre personne la mani&#232;re dont les &#233;motions et les passions, comme expressions de son m&#233;canisme interne, se transforment pour lui en objets d'analyse g&#233;om&#233;trique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En attendant, jusqu'&#224; ce que l'h&#233;ro&#239;sme de Baruch Spinoza devienne la vertu concr&#232;te de la vie quotidienne dans l'humanit&#233; plus d&#233;velopp&#233;e du futur, et jusqu'&#224; ce que les mythes, la po&#233;sie, la m&#233;taphysique et la religion n'&#233;clipsent plus le champ de la conscience, que soyons heureux que jusqu'&#224; pr&#233;sent et jusqu'&#224; pr&#233;sent, la philosophie, dans son sens diff&#233;renci&#233; et am&#233;lior&#233;, ait servi et serve d'instrument critique et aide la science &#224; garder claires ses m&#233;thodes formelles et ses processus logiques ; qu'il nous aide dans nos vies &#224; r&#233;duire les obstacles que les projections fantastiques des &#233;motions, des passions, des peurs et des espoirs s'opposent &#224; la libre pens&#233;e ; qu'elle aide et sert, comme dirait Spinoza lui-m&#234;me, &#224; vaincre imaginationem et ignorantiam .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REMARQUES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Bien avant que le symbolisme et les analogies avec les organismes ne deviennent la mode en sociologie, j'ai eu l'occasion de critiquer cette curieuse tendance dans un article passant en revue la &#171; Psychologie sociale &#187; de Lindner (dans &#171; Nuova Antologia &#187;, d&#233;cembre 1872, pages 971-989).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Dans un article intitul&#233; &#034;Program der blanquistischen Kommune Fluchtlinge&#034;, publi&#233; dans le &#034;Volksstaat&#034;, n&#176; 73, et reproduit plus tard aux pages 40-46 de la brochure &#034;Internationales aus dem Volksstaat&#034;, Berlin, 1894.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. A la page 6 de la pr&#233;face du pamphlet &#171; Internationales aus dem Volksstaat &#187;, qui contient des articles &#233;crits par Engels entre 1871 et 1875. Cette pr&#233;face, remarquez bien, porte la date du 3 janvier 1894.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. C'est pour cette raison que Hegel et les H&#233;g&#233;liens, qui utilisaient si souvent des symboles verbaux, employaient le terme &#171; aufheben &#187;, qui peut signifier &#224; la fois &#233;loigner et &#233;lever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Vera a &#233;crit en 1870 encore une &#171; Philosophie de l'histoire &#187; dans le style h&#233;g&#233;lien le plus strict, pour laquelle je l'ai r&#244;ti dans une revue &#233;crite pour la &#171; Zeitschrift f&#252;r exacte Philosophie &#187;, vol. X, pages 79, suiv., 1872.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. En fait, Rosenkranz, l'un des chefs de file parmi les derniers disciples de Hegel, a &#233;crit un ouvrage sp&#233;cial sur &#171; Hegel's Naturphilosophie und die Bearbeitung derselben durch den italienischen Philosophen A. Vera &#187;, Berlin, 1865. Je cite quelques passages de cet ouvrage. ouvrage qui illustre mon propos : &#034;Il est int&#233;ressant d'observer la mani&#232;re dont l'allemand de Hegel revit dans la langue italienne. Messieurs....(voici suit une liste de noms)....et d'autres ont rendu le pens&#233;es de Hegel avec une pr&#233;cision et une facilit&#233; qui auraient sembl&#233; impossibles en Allemagne il y a dix ans. &#187; (Page 3.) &#034;Vera est la syst&#233;matisatrice la plus stricte que Hegel ait jamais trouv&#233;e et qui suit son ma&#238;tre pas &#224; pas avec le plus grand d&#233;vouement.&#034; (Page 5.) &#171; Si apr&#232;s cela quelqu'un s'excuse de la difficult&#233; de comprendre Hegel en allemand, on lui conseillera de le lire dans la traduction italienne de Vera. Il comprendra cela, en supposant toujours qu'il a assez d'intelligence pour comprendre toute philosophie &#187; (Page 9.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#171; Les jeux de l'enfance &#8211; je le dis sinc&#232;rement &#8211; &#8203;&#8203;sont les premiers commencements et le premier fondement de toutes les choses s&#233;rieuses de la vie. Ils permettent la d&#233;charge et l'expression imm&#233;diates des activit&#233;s internes, stimulent les actes d'observation successifs et favorisent une transition progressive. d'une forme de connaissance &#224; une autre. Au sommet de ce processus surgit l'illusion que le contr&#244;le acquis (de nous-m&#234;mes sur nous-m&#234;mes) est un pouvoir ind&#233;pendant et la cause constante de ces effets visibles, que nous et les autres percevons objectivement dans nos actions. &#034; Vous le trouverez aux pages 13-14 de mon ouvrage, Le concept de libert&#233;. Une &#233;tude psychologique . Rome, 1878. Il a &#233;t&#233; &#233;crit pendant la phase aigu&#235; de la crise psychologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Certaines de ces absurdit&#233;s ont &#233;t&#233; savamment illustr&#233;es par B. Croce. Voir Les th&#233;ories historiques du professeur Loria (Naples, 1897) ; et Concernant le communisme de Tommaso Campanella .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Aujourd'hui, les h&#233;donistes, op&#233;rant avec la raison de leur temps, expliquent l'int&#233;r&#234;t en tant que tel (l'argent qui produit de l'argent) au moyen de la valeur diff&#233;rentielle entre le bien du pr&#233;sent et le bien de l'avenir. Ils &#233;laborent un concept psychologique de la prise en charge du risque et d'autres consid&#233;rations li&#233;es aux pratiques commerciales factuelles. Et puis ils op&#232;rent sur ces questions &#224; l'aide de processus math&#233;matiques qui sont souvent factices et fictifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Voir Marx, &#171; Critique de l'&#233;conomie politique &#187;, pr&#233;face de l'auteur, page 13. Aussi Engels, &#171; Feuerbach &#187;, pr&#233;face de l'auteur, page 33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. J'ai demand&#233; un jour &#224; Engels de montrer ce manuscrit, non pas &#224; moi, mais &#224; l'anarchiste Mackay, qui s'int&#233;ressait beaucoup &#224; Stirner. Mais Engels m'a r&#233;pondu que le manuscrit avait &#233;t&#233; trop rong&#233; par les souris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Bien entendu, nous excluons de cette affirmation les premiers chapitres de l' Anti-D&#252;hring , qui sont par ailleurs d'un caract&#232;re controvers&#233;, et le &#034;Feuerbach&#034; d'Engel, qui n'est en substance qu'une critique approfondie d'un certain livre, entrecoup&#233;e de quelques r&#233;trospectives. et observations personnelles de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. En disant cela, je pense &#224; un dr&#244;le de livre, de XXIII et 539 pages en grande octave, &#233;crit par le professeur R. Whale, de l'Universit&#233; de Czernowitz. Je ne reproduis pas son titre, tr&#232;s diffus et argumentatif. Le livre est publi&#233; chez Braumuller, Vienne, 1896. Son objet est de d&#233;montrer que la philosophie a atteint sa fin. C'est dommage que le livre soit philosophique d'un bout &#224; l'autre. Cela montre que la philosophie, pour accomplir sa propre n&#233;gation, doit s'affirmer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Le postulat d'absolu &#233;tait impliqu&#233; dans les preuves de l'existence de Dieu, en particulier dans l'argument ontologique. En moi, &#234;tre fini et imparfait, avec une connaissance limit&#233;e, existe la capacit&#233; de penser &#224; l'&#234;tre infini et absolument parfait, qui sait tout. C'est pourquoi je suis... aussi parfait ! C'est ainsi que Cartesius commet un faux pas singulier en dialectique, qui pour lui restait cependant un simple doute (et que les critiques ont &#233;videmment n&#233;glig&#233;) : &#171; Mais peut-&#234;tre puis-je &#234;tre quelque chose de plus que ce que j'imagine, et toutes les perfections, que j'attribue &#224; la nature d'un Dieu, peuvent &#234;tre en quelque sorte emmagasin&#233;s en moi, bien qu'ils ne se manifestent pas encore et ne se manifestent par aucune action. En fait, j'&#233;prouve d&#233;j&#224; que ma connaissance grandit. et se perfectionne par degr&#233;s et je ne vois aucune raison pour laquelle elle ne continuerait pas &#224; cro&#238;tre ainsi infiniment, ni pourquoi, ayant ainsi grandi et perfectionn&#233;, je n'acquerrais pas par ce moyen toutes les autres perfections de la nature divine, ni enfin pourquoi le pouvoir que j'ai pour acqu&#233;rir ces perfections, s'il est vrai qu'un tel pouvoir est maintenant en moi, ne devrait pas &#234;tre suffisant pour produire les id&#233;es correspondantes. (&#171; &#338;uvres de Descartes &#187;, &#233;dition de V. Cousin, I, pages 282-83.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 16 juin 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu une belle exp&#233;rience. Avant d'arriver &#224; la fin de ces lettres, j'ai d&#251; discuter du m&#234;me sujet, qui est le sujet de ma conversation avec vous, dans un autre endroit, sous une autre forme, et pas tout &#224; fait aussi agr&#233;ablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un des num&#233;ros r&#233;cents de la Critica Sociale est apparu une sorte de message, lanc&#233; par M. Antonino De Bella, sociologue de Calabre, contre ces socialistes exclusifs qui, selon lui, prennent la parole de Marx pour tout dans chaque question. De Bella a oubli&#233; de nous dire si le Marx, auquel font appel ceux qu'il ratisse sur les braises, est le v&#233;ritable sp&#233;cimen, ou un autre fait sur commande, pour ainsi dire, invent&#233; expr&#232;s, un Marx blond, ou un autre. Il m'a estim&#233; digne d'une place parmi ces obstin&#233;s, &#224; qui il adresse ses remontrances et ses conseils, afin qu'ils se perfectionnent au moyen d'une culture plus large en sociologie et en histoire naturelle. Mais il ne mentionne que mon nom, sans nous dire &#224; quel livre, parole ou action particuli&#232;re il fait r&#233;f&#233;rence. Puis il ajoute un peu du charabia habituel de la sociologie avec un soup&#231;on de darwinisme et l'in&#233;vitable longue liste de noms d'auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pens&#233; qu'il &#233;tait opportun de r&#233;pondre. Je voulais d'abord lui dire s&#232;chement que le socialisme scientifique n'&#233;tait pas en si mauvais &#233;tat qu'il aurait besoin de ses conseils. Ensuite, j'ai voulu montrer que ses suggestions renvoyaient soit &#224; des choses comprises, soit &#224; des choses contraires au marxisme. Et surtout, comme je venais d'engager avec vous une conversation au sujet du socialisme et de la philosophie, j'ai cru opportun de recourir &#224; une illustration vivante pour rapporter quelques-unes des observations critiques que j'&#233;change avec vous dans ce livre un peu bizarre. mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je joins ma r&#233;ponse, telle qu'elle est parue dans la Critica Sociale d'hier . C'est aussi une lettre. Et bien qu'il ne vous soit pas adress&#233;, vous pouvez n&#233;anmoins le classer avec les autres, comme s'il s'agissait de leur suite. Il compl&#232;te et r&#233;sume les autres, avec quelques l&#233;g&#232;res et excusables r&#233;p&#233;titions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lettre sp&#233;ciale, que j'ai envoy&#233;e au r&#233;dacteur en chef de la Critica Sociale , n'est pas particuli&#232;rement douce. Je ne l'ai pas &#233;crit exactement avec l'intention de rendre service &#224; M. De Bella. C'est de la mauvaise humeur par endroits. Peut-&#234;tre cette amertume dans ma critique est-elle due au fait que, profond&#233;ment pr&#233;occup&#233; par l'&#233;tude de ce grave probl&#232;me des relations du mat&#233;rialisme historique avec l'autre pens&#233;e scientifique de mon temps, j'ai estim&#233; que l'avis de M. De Bella &#233;tait plut&#244;t inopportun, du moins en ce qui me concerne, ne serait-ce que parce que je ne l'avais pas demand&#233;. Bien s&#251;r, je n'avais pas l'intention qu'il voie ce que je vous &#233;crivais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 5 juin 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Turati !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas s&#251;r que De Bella parle vraiment de moi lorsqu'il mentionne mon nom. J'ai plut&#244;t tendance &#224; penser qu'il s'adresse &#224; un homme de paille de sa propre initiative, sur le dos duquel il a coll&#233; mon nom parce que c'&#233;tait pratique. Quoi qu'il en soit, d&#232;s qu'il m&#234;le mon nom dans ses m&#233;ditations, je ne puis m'emp&#234;cher d'ajouter un post-scriptum &#224; votre r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien connu que je me suis alli&#233; explicitement et publiquement &#224; la pens&#233;e socialiste il y a dix ans. [1] Dix ans, ce n'est pas une tr&#232;s longue p&#233;riode de mon existence physique, puisque j'en compte quatre de plus qu'un demi-cent. Mais ils ne repr&#233;sentent certainement qu'une courte p&#233;riode de ma vie intellectuelle. Avant de devenir socialiste, j'avais eu l'envie, le loisir, le temps, l'opportunit&#233; et l'obligation de mettre mes comptes en balance avec le darwinisme, le positivisme, le n&#233;okantisme et tant d'autres questions scientifiques qui se sont d&#233;velopp&#233;es autour de moi et m'ont donn&#233; l'occasion de me d&#233;velopper parmi mes contemporains. . Car je suis titulaire de la chaire de philosophie dans mon universit&#233; depuis 1871, et auparavant j'avais &#233;tudi&#233; les choses qui sont n&#233;cessaires pour un philosophe. Quand je me suis tourn&#233; vers le socialisme, je n'ai pas cherch&#233; chez Marx un ABC du savoir. Je n'ai cherch&#233; dans le marxisme que ce qu'il contient r&#233;ellement, &#224; savoir sa critique d&#233;termin&#233;e de l'&#233;conomie politique, ses contours du mat&#233;rialisme historique et la politique prol&#233;tarienne qu'il proclame ou implique. Je n'ai pas non plus cherch&#233; dans le marxisme une connaissance de cette philosophie, qui en est la pr&#233;misse et qu'il continue en quelque sorte apr&#232;s avoir invers&#233; la dialectique de cette philosophie. Je veux parler de l'h&#233;g&#233;lianisme, qui a fleuri en Italie dans ma jeunesse et dans lequel j'avais pour ainsi dire &#233;t&#233; &#233;lev&#233;. Je ne le dis pas dans une intention malveillante, mais ma premi&#232;re composition en philosophie, dat&#233;e de mai 1862, est une d&#233;fense de la dialectique de Hegel contre le retour &#224; Kant initi&#233; par Ed. Zeller ! C'est pourquoi je n'ai pas eu besoin de me familiariser d'abord avec le mode de pens&#233;e dialectique, ni avec la m&#233;thode &#233;volutionniste ou g&#233;n&#233;tique, peu importe comment vous voulez l'appeler, avant de pouvoir comprendre le socialisme scientifique, car j'avais v&#233;cu dans ce cercle d'id&#233;es d&#232;s le d&#233;but de mon existence. commenc&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir consciemment. J'ajoute cependant que si le marxisme ne m'a pos&#233; aucune difficult&#233; quant aux contours intrins&#232;ques et formels de sa conception et de sa m&#233;thode, je n'ai acquis son contenu &#233;conomique qu'&#224; force de travail acharn&#233;. Et m&#234;me si j'ai acquis ces connaissances de la meilleure fa&#231;on possible, je n'ai &#233;t&#233; ni oblig&#233; ni autoris&#233; &#224; confondre la ligne de d&#233;veloppement propre au mat&#233;rialisme historique, en d'autres termes, &#224; confondre le sens de l'&#233;volution dans ce cas concret avec cet &#233;tat presque maladif. du cerveau de certaines personnes, notamment en Italie, ce qui les am&#232;ne &#224; parler d'une Madona Evolution et &#224; l'adorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que De Bella veut de moi ? Que je devrais retourner &#224; l'&#233;cole comme un &#233;tudiant de premi&#232;re ann&#233;e plum&#233; et recommencer mes cours ? Ou veut-il que je sois rebaptis&#233; par Darwin, reconfirm&#233; par Spencer, que je r&#233;cite ensuite ma confession g&#233;n&#233;rale devant mes camarades et que je me pr&#233;pare &#224; recevoir de lui l'extr&#234;me-onction ? Par souci de paix, je devrais &#234;tre pr&#234;t &#224; rejeter toutes les autres choses. Mais je proteste fermement contre un appel &#224; la conscience de mes camarades. J'admets qu'il y a des raisons de faire preuve de rigueur et souvent de tyrannie de la part de mes camarades en mati&#232;re de politique partisane, dans une certaine mesure et sous certaines conditions. Mais que mes camarades aient le pouvoir de parler de mani&#232;re arbitraire en mati&#232;re de science, simplement parce qu'ils sont camarades... Partez, la science ne sera jamais soumise &#224; un vote test, m&#234;me dans la soi-disant soci&#233;t&#233; du futur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou veut-il quelque chose de moins pr&#233;somptueux que &#231;a ? Dois-je affirmer et jurer que le marxisme n'est pas la science universelle et que les choses qu'il &#233;tudie ne sont pas l'univers ? Tr&#232;s bien, je l'accorde tout de suite. Et je d&#233;fie l'id&#233;e selon laquelle je ne peux pas l'accorder. Je n'ai qu'&#224; me souvenir du plan d'&#233;tudes &#224; l'universit&#233; et des nombreux cours qu'il comprend. J'accorde m&#234;me plus que cela. La voici : &#034;Cette doctrine elle-m&#234;me n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts et a encore besoin de nombreux d&#233;veloppements &#034;. ( Mat&#233;rialisme historique , I, page 97.) [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce qui tourmente De Bella et d'autres comme lui, c'est pr&#233;cis&#233;ment la poursuite de cette philosophie universelle , dans laquelle le socialisme pourrait s'ins&#233;rer comme le point central de tout. Allez-y ! Le journal est patient &#187; , disent les r&#233;dacteurs allemands aux &#233;crivains en herbe. Mais je ne peux m'emp&#234;cher de faire deux remarques. La premi&#232;re est qu'aucun sage ne parviendra jamais &#224; nous donner une id&#233;e de cette philosophie universelle dans deux colonnes de la Critica Sociale . La seconde est personnelle. Depuis vingt ans, j'ai d&#233;test&#233; la philosophie syst&#233;matique. Cette attitude de mon esprit m'a rendu non seulement plus enclin &#224; accepter le marxisme, qui est l'une des fa&#231;ons par lesquelles l'esprit scientifique s'est lib&#233;r&#233; de la philosophie en tant que telle, mais a &#233;galement fait de moi un opposant inv&#233;t&#233;r&#233; au philosophe Spencer, qui a donn&#233; nous encore un autre diagramme de l'univers dans ses Premiers Principes . Et maintenant je dois citer mes propres &#233;crits : &#171; Je ne suis pas venu dans cette universit&#233;, il y a vingt-trois ans, comme repr&#233;sentant d'une quelconque philosophie orthodoxe, ni dans le but d'&#233;laborer un nouveau syst&#232;me. Au cours de ma vie, j'ai fait mes &#233;tudes sous l'influence directe et directe de deux grands syst&#232;mes, qui ont marqu&#233; la fin de cette philosophie, que nous pouvons maintenant appeler classique, je veux dire les syst&#232;mes d'Herbart et de Hegel, qui ont port&#233; &#224; son point culminant l'antith&#232;se du r&#233;alisme. et id&#233;alisme, entre pluralisme et monisme, entre psychologie scientifique et phr&#233;nologie de l'esprit, entre sp&#233;cialisation des m&#233;thodes et anticipation de chaque m&#233;thode par une dialectique omnisciente. La philosophie de Hegel s'&#233;tait d&#233;j&#224; &#233;panouie dans le mat&#233;rialisme historique de Karl Marx, et cela. de Herbart &#224; la psychologie empirique, qui, dans certaines conditions et dans certaines limites, est aussi exp&#233;rimentale, comparative, historique et sociale. Ce furent les ann&#233;es o&#249; l'application intensive et &#233;tendue du principe de l'&#233;nergie, de la th&#233;orie atomique, fut d&#233;velopp&#233;e. Le darwinisme et la red&#233;couverte des formes et conditions pr&#233;cises de la philosophie g&#233;n&#233;rale ont r&#233;volutionn&#233; sous nos yeux toute notre conception de la nature. Et &#224; cette &#233;poque, l'&#233;tude compar&#233;e des institutions, aid&#233;e par l'&#233;tude compar&#233;e des langues et de la mythologie, puis de la pr&#233;histoire et enfin de l'histoire industrielle, bouleversa la plupart des positions et hypoth&#232;ses r&#233;elles sur lesquelles et par lesquelles on avait jusqu'alors philosoph&#233; concernant le droit, la morale et la soci&#233;t&#233;. Les ferments de la pens&#233;e, ces ferments qu'impliquent les sciences nouvelles ou renouvel&#233;es, ne se rapprochaient pas encore, et ne se rapprochent pas non plus, d'un nouveau d&#233;veloppement de la philosophie syst&#233;matique, qui devrait contenir et dominer tout le champ de l'exp&#233;rience.. Je laisse de c&#244;t&#233; les philosophies &#224; usage priv&#233; et d'invention priv&#233;e, comme celles de Nietzsche et de von Hartmann, et je me garde de toute critique de ces pr&#233;tendus retours aux philosophes d'autrefois. [3] qui produisent une philologie au lieu d'une philosophie, comme ce fut le cas pour les N&#233;okantiens.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je m'arr&#234;te ici pour attirer l'attention sur l'erreur presque incroyable par laquelle beaucoup, surtout en Italie, confondent sans autre c&#233;r&#233;monie le positivisme, en tant que certaine philosophie, avec les acquisitions positives faites par l'exp&#233;rience incessante de la nature et de la soci&#233;t&#233;. il arrive, par exemple, qu'ils ne puissent pas distinguer le m&#233;rite incontestable de Spencer, &#224; savoir celui d'avoir contribu&#233; &#224; la formulation d'une philosophie g&#233;n&#233;rale, de son incapacit&#233; &#224; expliquer un seul fait historique au moyen de sa sociologie enti&#232;rement sch&#233;matique. incapable de s&#233;parer ce qui appartient au scientifique Spencer de ce qui appartient au philosophe Spencer. Ce dernier est &#233;galement un ancien num&#233;ro, car il se bat avec des cat&#233;gories telles que l'homog&#232;ne, l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, l'indistinct, le diff&#233;renci&#233;, le connu. et l'Inconnu. Autrement dit, il est tour &#224; tour un kantien sans le savoir et une caricature de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le plan de cours de l'universit&#233; doit refl&#233;ter clairement l'&#233;tat actuel de la philosophie, qui exige actuellement l'insistance de la pens&#233;e sur des choses r&#233;ellement connues. En d'autres termes, il exige exactement le contraire de toutes les th&#233;ories pr&#233;con&#231;ues concernant la cognition au moyen de m&#233;thodes th&#233;ologiques ou m&#233;taphysiques. r&#233;flexion.&#034; ( L'Universita e la Liberta della scienza , Rome 1897, pages 15, 16 et 17.) [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, cette soi-disant philosophie d&#233;fendue par De Bella n'est au fond qu'une autre &#233;dition de cette trinit&#233; Darwin-Spencer-Marx, qu'Enrico Ferri a mise en circulation il y a environ trois ans avec une &#233;loquence si suggestive, mais avec si peu de chance. . [5] Eh bien, cher Turati, je souhaite honn&#234;tement assumer le r&#244;le de l'avocat du diable et admettre qu'il y a un germe de v&#233;rit&#233;, une exigence de satisfaction d'un besoin r&#233;el, dans ces vagues aspirations &#224; une philosophie du socialisme, et dans les nombreuses b&#234;tises dites &#224; ce sujet (et certains en sont presque arriv&#233;s &#224; croire que cela devrait &#234;tre une sorte de philosophie &#224; l'usage priv&#233; des seuls socialistes). Beaucoup de ceux qui adh&#232;rent au socialisme, et pas seulement en tant que simples agitateurs, conf&#233;renciers et candidats, estiment qu'il est impossible de l'accepter comme une conviction scientifique, &#224; moins qu'il ne puisse &#234;tre combin&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre avec le reste de cette conception g&#233;n&#233;tique des choses. qui se situe plus ou moins au bas de toutes les autres sciences. Cela explique la manie de beaucoup de faire entrer dans le cadre du socialisme tout le reste de la science dont ils disposent. Cela conduit &#224; de nombreuses erreurs et ing&#233;niosit&#233;s, toutes explicables. Mais cela comporte aussi un danger. Beaucoup de ces intellectuels oublient peut-&#234;tre que le socialisme trouve sa v&#233;ritable base dans les conditions actuelles de la soci&#233;t&#233; capitaliste et dans les objectifs et actions possibles du prol&#233;tariat et des autres pauvres. Marx peut devenir un personnage mythique gr&#226;ce au travail des intellectuels. Et tandis qu'ils discutent de toute l'&#233;chelle de l'&#233;volution de haut en bas, de bas en haut, les camarades pourront soumettre au vote, lors d'un de leurs prochains congr&#232;s, la th&#232;se philosophique suivante : Le premier fondement du socialisme se trouve dans les vibrations de l'&#233;ther. [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'explique ainsi l'ing&#233;niosit&#233; de De Bella. Si Marx &#233;tait encore en vie ! Tu ne vois pas ? Il est n&#233; le 5 mai 1818 et est d&#233;c&#233;d&#233; le 14 mars 1883. Il est donc peut-&#234;tre encore en vie, selon la mesure de la vie humaine. Et s'il &#233;tait vivant, devrais-je continuer, il aurait pu terminer le tome III du Capital , si d&#233;connect&#233; et si obscur. Non monsieur ! dit De Bella, il serait devenu mat&#233;rialiste ! Mais gr&#226;ce &#224; moi ! C'est ce qu'il &#233;tait depuis 1845, et c'est &#224; cause de cela qu'il s'est brouill&#233; avec les id&#233;ologues radicaux qu'il connaissait. Et il serait non seulement devenu un mat&#233;rialiste, selon De Bella, mais aussi un positiviste ! Positivisme ! Dans la chronologie vulgaire, ce terme d&#233;signe la philosophie de Comte et de ses disciples. Id&#233;alement, il avait rendu l'&#226;me avant m&#234;me la mort physique de Marx. Quel beau spectacle ! Mat&#233;rialisme &#8211; Positivisme &#8211; Dialectique, une sainte trinit&#233; ! Et encore un beau spectacle ! La papaut&#233; scientifique de Comte s'est r&#233;concili&#233;e avec le processus infini du mat&#233;rialisme historique, qui r&#233;sout le probl&#232;me de la cognition diff&#233;remment de toutes les autres philosophies et d&#233;clare : Il n'y a pas de limites fixes, ni a priori ni a posteriori , &#224; la cognition, car les &#234;tres humains apprennent tout cela. ils doivent conna&#238;tre par un processus infini de travail, qui est l'exp&#233;rience, et d'exp&#233;rience, qui est le travail. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comte, au contraire, proclamait que le cycle de la physique et de l'astronomie &#233;tait &#224; jamais clos, au moment m&#234;me o&#249; l'on trouvait l'&#233;quivalent m&#233;canique de la chaleur, et quelques ann&#233;es avant la brillante d&#233;couverte de l'analyse spectrale. Et en 1845, il d&#233;clara absurde la recherche sur l'origine des esp&#232;ces !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, poursuit De Bella, le mat&#233;rialisme historique doit &#233;tudier la soci&#233;t&#233; pr&#233;historique. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que le diable joue sa plaisanterie. Ancient Society , de Lewis H. Morgan, qui fut publi&#233; en Am&#233;rique et parvint en Europe en quelques exemplaires par l'interm&#233;diaire de la maison Macmillan de Londres (1877), fut presque tu&#233; par le silence impitoyable des ethnographes anglais, envieux ou envieux. effray&#233;. Mais les r&#233;sultats des recherches de Morgan ont fait le tour du monde pr&#233;cis&#233;ment parce qu'Engels les a sauv&#233;s gr&#226;ce &#224; son livre L'origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat (premi&#232;re &#233;dition 1884, quatri&#232;me &#233;dition 1891). Ce livre est &#224; la fois une revue, une exposition et un suppl&#233;ment de celui de Morgan. C'est une combinaison de Morgan et de Marx. Et que dit Engels de Morgan ? Qu'il avait &#034;d'une certaine mani&#232;re red&#233;couvert la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, issue de Marx...&#034; et, &#034;en comparant la barbarie et la civilisation, il &#233;tait arriv&#233;, pour l'essentiel, aux m&#234;mes r&#233;sultats que Marx&#034;. Et pourquoi Engels a-t-il &#233;crit son livre ? Parce qu'il souhaitait utiliser les notes et commentaires laiss&#233;s par Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; ! La chronologie ordinaire est d'une grande importance, m&#234;me pour les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant tournons-nous vers l'in&#233;vitable Spencer. Y a-t-il quelqu'un en dehors de l'Italie qui l'a jamais consid&#233;r&#233; comme un socialiste ? Spencer est-il peut-&#234;tre un philosophe de l'autre monde ? On peut le lire, et &#224; son sujet, dans toutes les langues, sans exclure celle du Japon modernis&#233;. Il ne p&#232;che pas par manque de clart&#233;. De mon point de vue, qui aime la bri&#232;vet&#233;, il souffre plut&#244;t de prolixit&#233; et de vulgarisation excessive. Le premier de ses &#233;crits connus porte la date de 1843. C'est l'&#233;poque o&#249; le chartisme est &#224; son apog&#233;e. Cet ouvrage s'intitule La sph&#232;re propre du gouvernement . Spencer &#233;tait aux yeux du monde entier en tant que collaborateur admir&#233; de la Westminster Review , de l' Economist et de l' Endinburgh Review . Et notez encore une fois les dates de ses contributions, notamment de 1848 &#224; 1859. Quelqu'un s'est-il jamais tromp&#233; en Angleterre sur le sens et la valeur de son &#339;uvre sociale et politique ? Sa Statique Sociale parut en 1551, sa Psychologie (premi&#232;re &#233;dition) en 1855, son &#201;ducation en 1861, la premi&#232;re &#233;dition des Premiers Principes en 1862, sa Classification des Sciences en 1864, sa Biologie de 1564 &#224; 1867, sans oublier ses petits essais. , parmi les plus remarquables d'entre eux son Hypoth&#232;se du d&#233;veloppement (1852), sa Gen&#232;se de la science (1854) et son Progr&#232;s et sa loi (1857). Je terminerai ici cette &#233;num&#233;ration en m'arr&#234;tant aux ouvrages parus avant la sortie du premier volume du Capital (25 juillet 1867). Il n'a s&#251;rement pas fallu le g&#233;nie d'un Marx pour d&#233;couvrir ce que j'avais r&#233;alis&#233; en tant que simple &#233;tudiant en philosophie, &#224; savoir que les &#233;crits de Spencer et la doctrine de l'&#233;volution qui y est &#233;nonc&#233;e sont sch&#233;matiques et non empiriques, que l'&#233;volution de Spencer est l'un des ph&#233;nom&#232;nes, et non des choses r&#233;elles, qui derri&#232;re lui se dresse le spectre de la chose de Kant en soi , qu'il a ador&#233; d&#232;s le d&#233;but dans tous ses essais comme Dieu ou Divinit&#233; ( Statique , &#233;dition de 1851), et qu'il a ensuite circonscrit avec le nom v&#233;n&#233;r&#233; de l' Inconnaissable .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Marx avait jamais revu les travaux de Spencer entre 1860 et 1870, je parierais qu'il l'aurait fait dans le style suivant : &#171; Nous avons ici la derni&#232;re avanc&#233;e de l'ombre projet&#233;e par le d&#233;isme anglais du XVIIe si&#232;cle ; nous avons la derni&#232;re tentative de l'hypocrisie anglaise pour combattre la philosophie de Hobbes et de Spinoza ; nous avons ici la derni&#232;re projection du transcendantalisme dans le domaine de la science positive ; nous avons ici le dernier m&#233;lange du cr&#233;tinisme &#233;go&#239;ste de Bentham avec le cr&#233;tinisme altruiste du rabbin ; de Nazareth ; nous avons ici la derni&#232;re tentative de l'intellect bourgeois pour sauver, au moyen de la libre recherche et de la libre concurrence dans ce monde, un lambeau &#233;nigmatique de foi dans l'autre monde. Seul le triomphe du prol&#233;tariat peut assurer &#224; l'esprit scientifique. les conditions pleines et parfaites de son existence, car l'intellect ne peut &#234;tre clair tant que les conditions dans lesquelles il travaille ne sont pas rendues transparentes. &#187; Ce Marx l'aurait &#233;crit, ou aurait pu l'&#233;crire. Mais il &#233;tait occup&#233; &#224; s'occuper de l'Internationale et Spencer n'avait pas le temps de pr&#234;ter attention &#224; cette association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 mars 1883, Engels prit la parole au cimeti&#232;re de Highgate &#224; la m&#233;moire de son ami Marx, d&#233;c&#233;d&#233; trois jours auparavant, et commen&#231;a son discours par ces mots : &#171; Tout comme Darwin a d&#233;couvert les lois du d&#233;veloppement dans la nature organique, de m&#234;me Marx a d&#233;couvert les lois du d&#233;veloppement de l'histoire humaine. [8] De Bella ne devrait-il pas se sentir mortifi&#233; en lisant ceci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas tout. Dans son Anti-D&#252;hring (premi&#232;re &#233;dition 1878, troisi&#232;me &#233;dition 1894), le m&#234;me Engels avait d&#233;j&#224; acquis toutes les id&#233;es fondamentales du darwinisme, n&#233;cessaires &#224; l'orientation g&#233;n&#233;rale d'un socialiste scientifique. Il lui avait fallu une dizaine d'ann&#233;es pour acqu&#233;rir cette nouvelle formation en sciences naturelles, et il d&#233;clarait franchement qu'il y &#233;tait plus &#224; l'aise que Marx, tandis que Marx &#233;tait plus vers&#233; en math&#233;matiques. Ce n'est m&#234;me pas tout. La premi&#232;re &#233;dition du Capital contient une note caract&#233;ristique et tr&#232;s originale concernant le nouveau monde d&#233;couvert par Darwin. Comprenez bien que ces deux modestes mortels, qui n'ont jamais fait de portions surnaturelles de l'univers, ne faisaient toujours r&#233;f&#233;rence &#224; aucun autre darwinisme que celui prosa&#239;que de l' Origine des esp&#232;ces (1859), qui consiste en une s&#233;rie d'observations et d'exp&#233;riences sur le domaine limit&#233;. domaine de la r&#233;alit&#233;, une r&#233;alit&#233; qui s'&#233;tend au-del&#224; des origines de la vie et pr&#233;c&#232;de de loin l'histoire humaine. Ils ne pouvaient s'emp&#234;cher de percevoir que les th&#233;ories darwiniennes pr&#233;sentaient un cas analogue &#224; leur conception &#233;pig&#233;n&#233;tique de l'histoire, qu'ils avaient en partie d&#233;finie, en partie tout juste commenc&#233;e &#224; &#233;tudier. [9] Ils n'ont jamais entendu parler de ce darwinisme, que De Bella appelle le d&#233;couvreur des lois de l'humanit&#233; enti&#232;re , de ce darwinisme, qui est cens&#233; &#234;tre bon pour tout, qui est une invention gratuite des publicistes scientifiques et des d&#233;cadents philosophiques. Leur ami Heine ne leur a-t-il pas dit que l'univers est plein de trous, et que le professeur allemand de l'&#233;cole de Hegel bouche ces trous avec son dernier verre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laissons de c&#244;t&#233; l'univers et ses trous, cher Turati, et faisons tous notre devoir. Je me souviens toujours de cette forte invective lanc&#233;e il y a environ 30 ans par l'h&#233;g&#233;lien B. Spaventa : &#171; Chez nous, on &#233;tudie l'histoire de la philosophie dans la g&#233;ographie de l'Arioste et on cite comme &#233;gaux Platon et l'abb&#233; Fornari, Torquato Tasso et Totonno. Tasse.&#034; [dix]&lt;br class='autobr' /&gt;
VIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 20 juin 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me faut &#233;crire une sorte de post-scriptum, qui compl&#233;tera ma lettre pr&#233;c&#233;dant la derni&#232;re, si pleine de questions difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s naturellement, je classe parmi les produits de nos &#233;motions, par lesquels l'esprit scientifique est obscurci, aussi ces sensations complexes, que nous appelons ordinairement respectivement optimisme et pessimisme, et qui repr&#233;sentent certaines inclinations, tendances, &#233;valuations et pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut trouver dans ces modes d'expression qui oscillent entre po&#233;sie et passion et frappent toujours cette note incertaine et inr&#233;ductible &#224; des termes pr&#233;cis, ni une tendance, ni une promesse d'interpr&#233;tation rationnelle des choses. Prises dans leur ensemble, ces &#233;motions sont des combinaisons et des expressions de sentiments individuels infinis, qui peuvent avoir leur si&#232;ge, comme c'est &#233;videmment le cas du pessimisme, soit dans le temp&#233;rament sp&#233;cifique de quelque personnalit&#233; individuelle (comme Leopardi), soit dans les conditions communes. de grandes multitudes (par exemple, l'origine du bouddhisme). En bref, l'optimisme et le pessimisme sont essentiellement des g&#233;n&#233;ralisations d'&#233;motions r&#233;sultant d'une exp&#233;rience ou d'une condition sociale particuli&#232;re, qui sont projet&#233;es si loin en dehors de notre environnement imm&#233;diat qu'elles en font, pour ainsi dire, l'axe, le point d'appui ou la finalit&#233; de notre vie. l'univers. Par ce moyen, les cat&#233;gories du bien et du mal, qui n'ont en r&#233;alit&#233; qu'un rapport modeste avec nos besoins pratiques, deviennent finalement des normes selon lesquelles le monde entier est jug&#233;, le r&#233;duisant &#224; des dimensions si petites qu'il en fait une simple base et une simple condition de jugement. notre bonheur ou notre malheur. Quel que soit le point de vue, le monde semble n'avoir d'autre sens que celui du bien ou du mal, et le r&#233;sultat final semble d&#233;pendre de la pr&#233;dominance ou du triomphe de l'un sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, cette fa&#231;on de voir les choses, c'est toujours la po&#233;sie primitive qui ne se s&#233;pare jamais du mythe. Et de tels modes de conception constituent toujours le caract&#232;re concret et le pouvoir suggestif des syst&#232;mes religieux, depuis l'optimisme grossier du mahom&#233;tanisme jusqu'au pessimisme raffin&#233; du bouddhisme. Et c'est tr&#232;s naturel. La religion est un besoin pr&#233;cis&#233;ment pour la raison, et seulement pour la raison, qu'elle repr&#233;sente la transfiguration de tant de peurs, d'espoirs, de douleurs, d'exp&#233;riences am&#232;res de la vie quotidienne en croyances et jugements pr&#233;d&#233;termin&#233;s. De cette mani&#232;re, les soi-disant luttes de ce monde se transforment en antagonismes transcendantaux de l'univers, tels que Dieu et le Diable, le p&#233;ch&#233; et la r&#233;demption, la cr&#233;ation et la renaissance, l'&#233;chelle des expiations et le Nirvana. Cet optimisme et ce pessimisme, qui prennent forme de pens&#233;e et s'entourent d'une certaine philosophie, ne sont que des survivances plus ou moins conscientes de la religion sous une autre forme, ou de cette anti-religion qui, dans un transport d'incr&#233;dulit&#233; passionn&#233;e, ressemble &#224; foi. L'optimisme de Leibniz, par exemple, n'est certainement pas une fonction philosophique de son &#233;tude du calcul diff&#233;rentiel, ni de sa critique de l'action &#224; distance, ni de sa th&#233;orie m&#233;taphysique des monades, ni de sa d&#233;couverte du d&#233;terminisme interne. Son optimisme est sa religion. C'est cette religion qui lui appara&#238;t comme la religion perp&#233;tuelle et durable. C'est pour lui le christianisme qui r&#233;concilie toutes les croyances chr&#233;tiennes, une providence justifi&#233;e par l'id&#233;e que ce monde est le meilleur qui puisse jamais exister et continuer. Cette po&#233;sie th&#233;ologique a son pendant humoristique, et donc dialectique, dans le Candide de Voltaire. De m&#234;me, le pessimisme de Schopenhauer n'est pas un r&#233;sultat n&#233;cessaire de sa critique de la critique kantienne, ni une fonction directe de ses recherches exquises en logique. C'est plut&#244;t l'expression de son &#226;me petite-bourgeoise, malheureuse, m&#233;contente, maussade, cherchant sa satisfaction dans la contemplation m&#233;taphysique des forces aveugles de l'inconnaissable (ou l'effort aveugle pour exister). En d'autres termes, il recherche sa satisfaction dans une forme de religion &#224; laquelle on pr&#234;te peu d'attention, la religion de l'ath&#233;isme. [11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on part des configurations et complications secondaires et d&#233;riv&#233;es de la religion ou de la philosophie th&#233;ologique, auxquelles appartiennent l'optimisme et le pessimisme, jusqu'&#224; l'origine de ces cr&#233;ations mentales elles-m&#234;mes, nous nous trouvons en pr&#233;sence d'un fait aussi &#233;vident que simple. . C'est que tout &#234;tre humain, du fait de sa condition physique et de son environnement social, est amen&#233; &#224; faire une sorte de calcul h&#233;doniste, c'est-&#224;-dire &#224; mesurer ses besoins et les moyens de les satisfaire. Le r&#233;sultat est une appr&#233;ciation plus ou moins color&#233;e des conditions d'existence et de la vie elle-m&#234;me dans ses interrelations. Aujourd'hui, lorsque l'intelligence a progress&#233; jusqu'&#224; vaincre les incantations de l'imagination et de l'ignorance, qui lient la pauvret&#233; prosa&#239;que de la vie ordinaire aux forces transcendantales fantastiques, alors les suggestions cr&#233;atrices de l'optimisme et du pessimisme ne peuvent plus s'exercer. L'esprit se tourne vers l'&#233;tude prosa&#239;que des moyens par lesquels on peut atteindre, non pas cette entit&#233; fabuleuse qu'on appelle le bonheur, mais le d&#233;veloppement normal des facult&#233;s humaines. Dans des conditions naturelles et sociales favorables, ces facult&#233;s trouvent dans la vie elle-m&#234;me les raisons de son existence et une explication de ses causes. C'est le d&#233;but de cette sagesse qui seule donne &#224; l'homme le droit au nom d'homo sapiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique, &#233;tant une philosophie de la vie, au lieu de ses simples ph&#233;nom&#232;nes intellectuels, surmonte l'antith&#232;se entre l'optimisme et le pessimisme, parce qu'il d&#233;passe leurs limites et les comprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire est en effet une interminable succession de luttes douloureuses. Le travail, qui est la marque distinctive de la vie humaine, a &#233;t&#233; le moyen d'opprimer la grande majorit&#233;. Le travail, qui est la condition pr&#233;alable de tout progr&#232;s, a mis les souffrances, les privations, le travail et les maux de la multitude au service du confort d'un petit nombre. L'histoire est comme un enfer. On pourrait le pr&#233;senter comme un drame sombre, intitul&#233; La trag&#233;die du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette m&#234;me sombre histoire a produit, &#224; partir de cet &#233;tat m&#234;me des choses, presque &#224; l'insu des hommes, et certainement pas par la providence de qui que ce soit, les moyens n&#233;cessaires &#224; la perfection relative, d'abord de tr&#232;s peu, puis de quelques-uns. , puis de plusieurs. Et maintenant, cela semble fonctionner pour tous. La grande trag&#233;die &#233;tait in&#233;vitable. Cela n'&#233;tait pas d&#251; &#224; la faute ou au p&#233;ch&#233; de quelqu'un, ni &#224; l'aberration ou &#224; la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de quelqu'un, ni &#224; l'&#233;garement capricieux et p&#233;cheur de quelqu'un du droit chemin. Cela &#233;tait d&#251; &#224; une n&#233;cessit&#233; immanente du m&#233;canisme de la vie sociale et &#224; son processus rythmique. Ce m&#233;canisme op&#232;re sur les moyens de subsistance, qui sont le produit du travail humain et de la coop&#233;ration dans des conditions naturelles plus ou moins favorables. Aujourd'hui, alors que s'ouvre devant nos yeux la perspective d'organiser la soci&#233;t&#233; de mani&#232;re &#224; donner &#224; chacun les moyens de se perfectionner, nous voyons clairement le bien-fond&#233; de cette vision, car la productivit&#233; croissante du travail fournit toutes les conditions n&#233;cessaires au perfectionnement de soi. une culture sup&#233;rieure &#224; tous. C'est sur ce fait que le socialisme scientifique fonde son droit &#224; l'existence, au lieu de compter sur le triomphe d'une bont&#233; universelle, que les socialistes utopistes et sentimentaux ont d&#233;couverte dans le c&#339;ur de tous et proclam&#233;e comme justice &#233;ternelle. Le socialisme scientifique compte sur le d&#233;veloppement des moyens mat&#233;riels qui favoriseront les conditions dans lesquelles tous les &#234;tres humains auront le loisir de se d&#233;velopper en toute libert&#233;. En d'autres termes, les causes de l'injustice (pour reprendre ce terme des id&#233;ologues) seront supprim&#233;es, comme la domination de classe, le bossisme, l'oppression de l'homme par l'homme. Les injustices qui r&#233;sultent de ces causes sont pr&#233;cis&#233;ment les conditions indispensables de ce mis&#233;rable fait mat&#233;riel qu'est l'exploitation &#233;conomique de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans une soci&#233;t&#233; communiste que le travail ne sera plus exploit&#233; mais mesur&#233; rationnellement. Ce n'est que dans une soci&#233;t&#233; communiste qu'un calcul h&#233;doniste deviendra r&#233;alisable, sans &#234;tre entrav&#233; par l'exploitation priv&#233;e des forces sociales. Une fois &#233;cart&#233;s les obstacles au libre d&#233;veloppement de tous, ces obstacles qui divisent d&#233;sormais les classes et les individus jusqu'&#224; ce qu'ils soient s&#233;par&#233;s au-del&#224; de toute reconnaissance, chacun trouvera &#224; port&#233;e de main le moyen par lequel les facult&#233;s et les besoins de chacun pourront &#234;tre mesur&#233;s par l'opinion publique. exigences de la soci&#233;t&#233;. S'adapter au r&#233;alisable et le faire sans aucune contrainte ext&#233;rieure, telle est la norme de la libert&#233;, qui &#233;quivaut &#224; la sagesse. Car il ne peut y avoir de v&#233;ritable morale sans une conscience du d&#233;terminisme. Dans une soci&#233;t&#233; communiste, l'apparent antagonisme entre optimisme et pessimisme s'effondre. Car dans cette soci&#233;t&#233;, il n'y a plus de contradiction entre la n&#233;cessit&#233; de travailler au service de la collectivit&#233; et l'&#233;panouissement de la personnalit&#233;. Cette n&#233;cessit&#233; et cette libert&#233; personnelle seront comprises comme ne faisant qu'une. L'&#233;thique de cette soci&#233;t&#233; abolira la contradiction entre droits et devoirs, car cette contradiction est essentiellement l'&#233;laboration th&#233;orique des conditions sociales antagonistes actuelles, dans lesquelles les uns ont le droit de commander et les autres ont le devoir d'ob&#233;ir. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la bont&#233; ne signifie pas la charit&#233;, il ne semblera pas utopique d'exiger que chacun donne selon ses facult&#233;s et chacun prenne selon ses besoins. Dans une telle soci&#233;t&#233;, l'&#233;ducation pr&#233;ventive &#233;liminera dans une large mesure les sources de la criminalit&#233;, et l'&#233;ducation pratique &#224; la vie et au travail coop&#233;ratifs r&#233;duira au minimum la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;pression. Bref, la punition appara&#238;tra comme une simple sauvegarde d'un certain ordre et perdra tout caract&#232;re de justice surnaturelle, qu'il faut justifier ou &#233;tablir. Dans une telle soci&#233;t&#233;, il ne sera plus n&#233;cessaire de chercher une explication transcendantale du destin pratique de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique des causes motrices de l'histoire, des raisons de l'existence de la soci&#233;t&#233; actuelle et d'une vision rationnellement mesurable et mesur&#233;e de la soci&#233;t&#233; du futur, montre pourquoi l'optimisme, le pessimisme et tant d'autres tissus imaginaires ont d&#251; servir. , et doivent continuer &#224; servir, d'expressions d'&#233;motions qui agitent les esprits sous l'influence des luttes de la vie sociale. Si c'est ce que veulent dire les penseurs transcendantaux, auxquels vous faites allusion, et s'ils entendent &#234;tre les collectionneurs posthumes des soupirs et des larmes de l'humanit&#233; au cours des si&#232;cles, qu'il en soit ainsi. La licence po&#233;tique n'est pas interdite, m&#234;me aux socialistes. Ils ne parviendront cependant pas &#224; remettre sur pied le mythe de la justice &#233;ternelle et &#224; l'envoyer lutter contre le r&#232;gne des t&#233;n&#232;bres. Cette grande et bienfaisante dame ne d&#233;placera jamais une seule pierre de la structure capitaliste. Ce que les penseurs m&#233;taphysiques socialistes appellent le mal, contre lequel le bien lutte, n'est pas une n&#233;gation abstraite, mais un syst&#232;me dur et solide de faits pratiques. C'est une pauvret&#233; organis&#233;e pour produire de la richesse. Or, les mat&#233;rialistes historiques ont si peu de tendresse de c&#339;ur qu'ils pr&#233;tendent que ce mal est en r&#233;alit&#233; le berceau du bien futur. La libert&#233; viendra de la r&#233;volution des opprim&#233;s, et non de la bont&#233; des oppresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une rechute facile dans une m&#233;taphysique de type offensant est souvent le sort m&#234;me des &#233;tudes qui, selon leurs auteurs, repr&#233;sentent la quintessence de la proc&#233;dure positive et scientifique. C'est le cas, par exemple, de nombreux tenants de l'anthropologie criminelle, tr&#232;s discut&#233;e et controvers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses objectifs et ses tendances, cette science repr&#233;sente un facteur notable dans cette critique salutaire du droit p&#233;nal, qui a r&#233;ussi peu &#224; peu &#224; renverser les fondements des id&#233;es philosophiques, et surtout &#233;thiques, concernant un fait aussi simple que l'exp&#233;rience qu'il doit y avoir une punition pour cela. tant qu'il y aura une soci&#233;t&#233;. Cependant, dans sa m&#233;thode, elle d&#233;passe rarement le domaine de la compilation statistique, ou au-del&#224; de cette masse de probabilit&#233;s qui constituent les diverses nuances d'&#233;tude embrass&#233;es par le terme g&#233;n&#233;ral d'anthropologie. Elle n'atteint presque jamais le degr&#233; de pr&#233;cision qui a permis &#224; des &#233;tudes analogues comme la recherche psychique, gr&#226;ce aux merveilleux progr&#232;s de l'anatomie du syst&#232;me nerveux central et de tous les d&#233;partements de la m&#233;decine, de contribuer en quelques ann&#233;es encore au d&#233;veloppement du syst&#232;me nerveux central. de psychologie que n'ont apport&#233; vingt si&#232;cles de controverses sur le texte d'Aristote, ou sur l'hypoth&#232;se du spiritualisme, ou sur celle du mat&#233;rialisme purement rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas ce que je veux souligner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette doctrine entra&#238;ne une tendance &#224; consid&#233;rer la r&#233;cidive de la criminalit&#233; comme le r&#233;sultat d'une pr&#233;disposition inn&#233;e d'individus pr&#233;sentant certaines caract&#233;ristiques. Cependant, ces rep&#232;res ne sont pas dans tous les cas objectivement &#233;tudi&#233;s ni bien fix&#233;s. Pourtant, il n'y a rien de mal &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie qui est &#224; la base du droit p&#233;nal des pays o&#249; les effets de la r&#233;volution bourgeoise se sont &#233;tendus partage les m&#233;rites et les d&#233;fauts de ce principe &#233;galitaire de tout soi-disant lib&#233;ralisme qui ne peut &#234;tre que formel et abstrait, compte tenu des cons&#233;quences naturelles. et les in&#233;galit&#233;s sociales des hommes. Bien entendu, cette th&#233;orie constituait un progr&#232;s sur la justice corporelle et sur les privil&#232;ges du clerg&#233; et de l'aristocratie. Et c'est pour cette raison qu'une victoire historique est proclam&#233;e par ces mots : La loi est &#233;gale pour tous. Cependant, cette th&#233;orie r&#233;duit la fonction de punition &#224; une simple d&#233;fense du syst&#232;me actuel au moyen de lois &#233;tablies. Il se contente de punir uniquement les violations de cet ordre, sans p&#233;n&#233;trer dans le probl&#232;me de la conscience. Il a &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233; de tout caract&#232;re religieux et ne concerne plus l'esprit ni l'&#226;me. Ce n'est plus l'instrument d'une &#233;glise, d'un credo, d'une superstition. Ce droit p&#233;nal est prosa&#239;que, tout aussi prosa&#239;que que toute la soci&#233;t&#233; capitaliste. Et c'est l&#224; un autre triomphe de la libre pens&#233;e, si l'on laisse de c&#244;t&#233; quelques l&#233;g&#232;res incoh&#233;rences. Bref, c'est l'acte qui est puni, pas l'homme. C'est le perturbateur de cet ordre qui est puni par la loi qui le d&#233;fend. La punition ne vise pas la conscience d'un homme, qu'elle soit irr&#233;ligieuse, h&#233;r&#233;tique, ath&#233;e ou autre. Pour arriver &#224; ce r&#233;sultat, cette th&#233;orie devait construire une &#233;galit&#233; typique de responsabilit&#233; pour tous les &#234;tres humains, sur la base d'un libre arbitre, excluant seulement les cas extr&#234;mes de manque de contr&#244;le mental et de libert&#233; d'action. [12] C'est par l&#224; m&#234;me que la justice vant&#233;e et c&#233;l&#233;br&#233;e, par l'ironie du sort, transforme le principe de l'&#233;galit&#233; devant la loi en la plus grossi&#232;re injustice. Car les &#234;tres humains sont en r&#233;alit&#233; socialement et naturellement in&#233;gaux devant la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dialectique a &#233;t&#233; r&#233;cemment discut&#233;e par des sociologues, des socialistes et des critiques de toutes sortes. Ils ont construit une longue s&#233;rie d'arguments contre le droit existant, allant du paradoxe mystique et color&#233; selon lequel la soci&#233;t&#233; punit les crimes qu'elle engendre jusqu'&#224; l'exigence humanitaire selon laquelle l'&#233;galit&#233; dans l'&#233;ducation devrait justifier le principe de l'&#233;galit&#233; devant la loi en cr&#233;ant les conditions r&#233;elles de son application. praticabilit&#233;. Le point saillant de toutes ces critiques est mis en &#233;vidence par les socialistes coh&#233;rents, qui se rendent compte que les luttes de classes sont une partie essentielle de la soci&#233;t&#233; actuelle et qui n'esp&#232;rent pas obtenir une justice &#233;gale pour tous, ni par le droit de punir, ni par tout autre droit existant. loi. Car agir autrement &#233;quivaudrait &#224; chercher une soci&#233;t&#233; improbable, dans laquelle les divisions seraient causes de concorde et d'union. Cette loi d'une justice m&#233;diocre, en conflit constant avec elle-m&#234;me, est le produit d'une soci&#233;t&#233; o&#249; l'exigence d'&#233;galit&#233; est toujours en guerre contre elle-m&#234;me. Le mensonge devient tr&#232;s clair dans cette belle d&#233;couverte des apologistes du capitalisme selon laquelle les salari&#233;s sont apr&#232;s tout des citoyens libres, qui acceptent volontairement la servitude en concluant des contrats &#224; conditions &#233;gales avec leurs &#233;gaux, les capitalistes. Pourtant, nous, socialistes, ne souhaitons pas abandonner ce principe contradictoire pour nous jeter dans les bras des r&#233;actionnaires, qui le combattent pour d'autres raisons et voudraient l'abolir d'une autre mani&#232;re. Nous la consid&#233;rons plut&#244;t comme l'un des facteurs n&#233;gatifs inh&#233;rents &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise, comme l'un des moyens historiques par lesquels elle se mine elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anthropologie criminelle est arriv&#233;e &#224; point nomm&#233; pour &#233;tayer, par ses &#233;tudes sp&#233;cialis&#233;es, l'affirmation critique selon laquelle la loi n'est pas &#233;gale pour tous. Dans cette mesure, c'est une science progressiste. Aux diff&#233;rences sociales, qui rendent absurde l'exigence d'une &#233;gale responsabilit&#233; de tous, &#224; mesure que varie la forme typique du libre arbitre dans les esprits sains, cette science a ajout&#233; l'&#233;tude des diff&#233;rences pr&#233;sociales, qui sont les limites trac&#233;es autour de notre volont&#233; par notre nature animale et qui opposent une r&#233;sistance invincible &#224; toute tentative de s'adapter aux exigences de l'&#233;ducation. Ce n'est pas le lieu de rechercher si cette science a exag&#233;r&#233; l'&#233;tendue de cette nature animale, si elle a interpr&#233;t&#233; imparfaitement les cas qu'elle voulait &#233;tudier, et si elle a g&#233;n&#233;ralis&#233; de fa&#231;on fantastique les r&#233;sultats d'observations partielles et peu exactes. L'essentiel est que certaines de ses m&#233;thodes le rejettent inconsciemment dans la m&#233;taphysique qu'il d&#233;teste. Dans ses efforts l&#233;gitimes pour combattre la conception de la justice et de la responsabilit&#233; en tant qu'entit&#233;s, il commet l'erreur d'attribuer trop d'importance &#224; des faits naturels tels que la disposition &#224; commettre un crime, et de les d&#233;signer et de les d&#233;finir de mani&#232;re &#224; d&#233;tourner l'attention de ces cat&#233;gories de faits. la protection sociale, qui d&#233;coule des conditions d'existence auxquelles les hommes se sont habitu&#233;s apr&#232;s leur naissance. Pour &#234;tre plus explicite, c'est &#224; la nature animale qu'il faut attribuer la licence excessive et effr&#233;n&#233;e, mais certainement pas l'adult&#232;re, qui est tr&#232;s clairement un produit social. La rapacit&#233; doit &#234;tre class&#233;e dans la nature animale, mais pas le vol dans ses aspects &#233;conomiques, y compris la falsification de ch&#232;ques. Le temp&#233;rament sanguinaire appartient &#224; la cat&#233;gorie des animaux, mais pas le meurtre des rois, etc. Il ne faut pas dire que ce ne sont que des distinctions verbales. Ils touchent le fond des choses. Ils concernent la compr&#233;hension claire des limites m&#233;thodiques. Ils montrent combien il est important de rappeler que la m&#233;taphysique est un mal atavique, auquel n'&#233;chappent pas m&#234;me ceux qui crient continuellement : A bas la m&#233;taphysique ! La m&#234;me chose s'est produite depuis longtemps dans d'autres sciences, par exemple en psychologie g&#233;n&#233;rale ou dans l'&#233;tude sp&#233;ciale des esprits malades. Beaucoup ont tent&#233; de localiser les ph&#233;nom&#232;nes psychiques dans le cerveau, au lieu de s'en tenir aux faits les plus &#233;l&#233;mentaires, qui, il est vrai, n'ont &#233;t&#233; constat&#233;s que r&#233;cemment. Ils ont essay&#233; de localiser la facult&#233; de l'&#226;me, par exemple le c&#233;l&#232;bre physiologiste Ludwig. En d'autres termes, ils essayaient de d&#233;terminer le si&#232;ge local des concepts rationalistes, de choses qui n'existaient pas dans la r&#233;alit&#233;. L'anthropologie criminelle doit encore s&#233;parer ses cat&#233;gories et les d&#233;terminer de mani&#232;re critique. Elle doit surmonter l'erreur de consid&#233;rer comme des faits inn&#233;s et naturels les cat&#233;gories simples que le droit p&#233;nal a fix&#233;es et d&#233;finies pour des raisons pratiques afin de les appliquer &#224; l'exp&#233;rience de simples conditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, le 2 juillet 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous faites r&#233;f&#233;rence &#224; ces critiques de caract&#232;re et de nature diff&#233;rents, qui soutiennent, pour des raisons diverses, que le christianisme recule devant une interpr&#233;tation mat&#233;rialiste de l'histoire, et qui pensent avoir ainsi soulev&#233; une objection insurmontable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dois-je entrer dans ces bois qui, s'ils ne sont peut-&#234;tre pas imp&#233;n&#233;trables et sauvages, sont certainement tr&#232;s sombres pour moi ? Vous savez &#224; quel point tous les syst&#232;mes durs et rapides me r&#233;pugnent. Je ne suis pas d'avis &#8211; et il serait stupide de penser le contraire &#8211; qu'une th&#233;orie de l'histoire soit jamais si bonne et excellente en elle-m&#234;me qu'elle constituera une cl&#233; pour comprendre chaque phase particuli&#232;re de l'histoire, sans d'abord s'y consacrer &#224; des recherches sp&#233;ciales dans de tels cas. Or, je n'ai pas encore fait d'&#233;tude particuli&#232;re sur l'histoire de l'&#201;glise chr&#233;tienne et je ne suis donc pas en mesure d'aborder le sujet avec aisance. Les objecteurs ordinaires parlent de ce sujet sur la base d'impressions g&#233;n&#233;rales. Dans ma jeunesse, j'ai lu Strauss et les principaux &#233;crits de l'&#233;cole de T&#252;bingen, comme tous ceux qui &#233;tudiaient la philosophie classique allemande. Et je pourrais m'&#233;crier avec bien d'autres, en variant l&#233;g&#232;rement le cri de Faust : &#171; Moi aussi, j'ai malheureusement &#233;tudi&#233; la th&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus tard, je ne me suis plus occup&#233; de ces questions. N&#233;anmoins, j'ai adh&#233;r&#233; &#224; la conviction que l'&#233;cole de T&#252;bingen fut la premi&#232;re &#224; entreprendre d&#233;finitivement et s&#233;rieusement cette &#233;tude du christianisme qui seule peut pr&#233;tendre au terme d'histoire, et que les progr&#232;s r&#233;cents dans cette direction, autant qu'il y ait eu de progr&#232;s, ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s. accompli ou est en train de s'accomplir, consiste principalement en des corrections et des suppl&#233;ments des r&#233;sultats de cette &#233;cole. La principale correction devrait &#234;tre &#224; mon avis la suivante : les savants de T&#252;bingen se sont consacr&#233;s principalement, mais non exclusivement, &#224; l'&#233;tude de l'origine et du d&#233;veloppement des croyances et des dogmes , alors qu'il est devenu plus tard n&#233;cessaire, et est encore n&#233;cessaire, d'&#233;tudier les formation et d&#233;veloppement d' associations chr&#233;tiennes . Dans la mesure o&#249; nous abordons cette m&#233;thode d'examen de la question, que j'appellerai par souci de bri&#232;vet&#233; m&#233;thode sociologique, nous nous rapprocherons d'une recherche objective. Car comprendre le comment et le pourquoi de l'origine et du d&#233;veloppement des associations nous donnera les moyens de comprendre, pour quelles raisons et de quelle mani&#232;re, les &#226;mes, les imaginations, les intellects, les d&#233;sirs, les peurs, les espoirs. , les aspirations des membres de ces associations devaient chercher &#224; s'exprimer &#224; travers certains credo, adopter certains symboles et parvenir &#224; la formulation de certains dogmes ; en d'autres termes, comment se fait-il que ces associ&#233;s aient d&#251; reconstituer tout un monde de doctrines et de concepts imaginaires. Une fois ce pas franchi, nous sommes sur la voie qui m&#232;ne directement au mat&#233;rialisme historique. Car nous sommes alors parvenus &#224; l'affirmation g&#233;n&#233;rale selon laquelle les id&#233;es doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des produits, et non comme des causes, de certaines structures sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je me trompe &#8211; car, comme je l'ai dit, je comprends relativement peu ces arguments &#8211; les &#233;tudes r&#233;centes sur le christianisme ancien ont principalement suivi cette ligne r&#233;aliste. Et il me semble que des &#233;crivains comme Harnack sont aux premiers rangs de cette &#233;tude. Je fais d'ailleurs r&#233;f&#233;rence &#224; l'ouvrage tr&#232;s remarquable de l'Anglais Hatch, que j'ai lu. Il d&#233;montre avec la plus grande lucidit&#233; et &#224; l'aide de preuves documentaires que l'association chr&#233;tienne, &#224; partir d'un certain point apr&#232;s ses premi&#232;res origines, s'est d&#233;velopp&#233;e et consolid&#233;e gr&#226;ce &#224; l'adaptation aux diverses formes de droit corporatif qui fleurissaient dans les diff&#233;rentes r&#233;gions de l'&#233;poque romaine. Empire. En d'autres termes, le mouvement s'est adapt&#233; aux conditions propres au droit romain, ou aux coutumes locales et nationales, notamment aux institutions grecques et hell&#233;nistes. J'esp&#232;re que nos &#233;v&#234;ques ne le prendront pas mal. Le Saint-Esprit sera intervenu en &#233;levant les &#233;v&#234;ques au-dessus de la masse restante des fid&#232;les, dans la mesure o&#249; l'organisation d&#233;mocratique originelle s'est transform&#233;e en hi&#233;rarchie par la diff&#233;renciation entre clerg&#233; et la&#239;cs (ou peuple). Le nom indique certainement que l'organisation chr&#233;tienne &#233;tait calqu&#233;e sur les corps de bateliers, marchands de poisson, boulangers et autres, qui avaient leur &#233;piscopi et reliqua (surveillants et autres personnes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, nous devons faire un autre pas en avant. Nous devons abandonner le concept abstrait d'une histoire uniforme de tout le christianisme et aborder l'histoire particuli&#232;re, dans le temps et dans l'espace, des associations chr&#233;tiennes . Ces associations faisaient d'abord partie de cette grande soci&#233;t&#233; civilis&#233;e, semi-civilis&#233;e ou directement barbare, dans laquelle elles se d&#233;velopp&#232;rent au cours des trois premiers si&#232;cles. Il semble alors qu'ils aient absorb&#233; et fa&#231;onn&#233; toutes les relations complexes de cette soci&#233;t&#233; semi-civilis&#233;e ou semi-barbare, comme ce fut le cas, par exemple, dans l'Occident latin pendant ce qu'on appelle le Moyen &#194;ge. Et finalement, lorsque l'unit&#233; du catholicisme fut bris&#233;e par le protestantisme, la libert&#233; de conscience fut reconnue, surtout apr&#232;s la Grande R&#233;volution . Les associations chr&#233;tiennes sont alors devenues un &#233;l&#233;ment incontournable de la vie politique et sociale, jouant ici un r&#244;le pr&#233;dominant, l&#224; mineur, ou restant insignifiantes ailleurs, selon les cas. C'est dans cette direction qu'il faut aborder le probl&#232;me des relations entre l'&#201;tat et l'&#201;glise, car il s'agit l&#224; d'une question de relations historiques et non de formules th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;thode est de plus en plus appliqu&#233;e &#224; l'&#233;tude et &#224; l'explication des conditions mat&#233;rielles par lesquelles les associations chr&#233;tiennes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es, perp&#233;tu&#233;es et port&#233;es &#224; leur dissolution partielle ou locale, tout comme l'&#233;taient d'autres formes de vie commune. Toutes les causes et raisons de ces diff&#233;rents changements deviennent facilement &#233;videntes par ce moyen. Et puis il est entendu que les croyances, les dogmes, les symboles, les l&#233;gendes, les liturgies et autres choses de m&#234;me nature sont des questions de consid&#233;ration secondaire, au m&#234;me titre que toute autre superstructure d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuer &#224; &#233;crire l'histoire du christianisme en tant qu'entit&#233; signifie multiplier les erreurs des hommes de lettres et des sages qui commettent l'erreur m&#233;thodique d'&#233;crire des histoires de la litt&#233;rature ou de la philosophie comme s'il s'agissait d'entit&#233;s ind&#233;pendantes. Dans ces &#339;uvres de sagesse fabriqu&#233;e, il semble que les po&#232;tes, les orateurs et les philosophes des diff&#233;rentes &#233;poques, isol&#233;s de l'autre vie de leurs &#233;poques respectives, se tenaient la main &#224; travers les si&#232;cles pour former une cha&#238;ne de c&#233;l&#233;brit&#233;s ; ou comme s'ils n'avaient pas r&#233;ussi &#224; tirer des conditions et du stade d'&#233;volution de leur &#233;poque la mati&#232;re et l'occasion de r&#233;diger des po&#232;mes et des essais philosophiques et avaient donc essay&#233; de s'en aller seuls dans un coin. C'est la marque &#233;tudi&#233;e des compilations savantes. Bien entendu, il est tr&#232;s pratique d'avoir sous la main un manuel contenant toutes les informations sur ce que nous appelons la litt&#233;rature fran&#231;aise, depuis par exemple La Chanson de Roland jusqu'aux romans de Zola. Mais la chronologie de milliers d'ann&#233;es ne s'&#233;tend pas simplement d'une chose &#224; une autre, et le don de la po&#233;sie ne varie pas non plus simplement d'un cas &#224; l'autre. Il s'agit plut&#244;t de transformations dans l'ensemble des relations de la vie dans toutes ses grandes lignes. Mais les expressions litt&#233;raires ne sont que des indices relatifs, des s&#233;diments sp&#233;cifiques, des cas particuliers, parmi cette masse de transmutations sociales. Il est tr&#232;s commode, surtout au vu du bachotage artificiel courant dans nos universit&#233;s, de r&#233;duire &#224; un recueil tout ce que nous entendons historiquement par le terme philosophie. Mais qui peut dire, apr&#232;s une telle instruction, comment il se fait que les philosophes individuels en soient arriv&#233;s &#224; avoir des opinions si diff&#233;rentes et souvent contradictoires ? Comment peut-on faire de la philosophie antique, qui jusqu'&#224; Platon constituait &#224; peu pr&#232;s toute la science, une seule ligne de progr&#232;s ind&#233;pendant, puis de la scolastique transform&#233;e par la th&#233;ologie avec une absence presque compl&#232;te de science, puis de cette la philosophie du XVIIe si&#232;cle qui &#233;tait une sorte d'exploration mentale parall&#232;le &#224; la nouvelle science contemporaine bas&#233;e sur l'exp&#233;rimentation et l'observation, et enfin issue de cette nouvelle critique qui tend &#224; faire de la philosophie un simple r&#233;sum&#233; des connaissances particuli&#232;res des sciences individuelles, qui sont devenus si largement diff&#233;renci&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, il est absurde de continuer &#224; &#233;crire des histoires universelles du christianisme, sauf pour des raisons de commodit&#233; acad&#233;mique. Je ne fais pas r&#233;f&#233;rence &#224; ceux qui pensent avec l'esprit des croyants. Ceux-ci pensent que le fil conducteur de ces histoires universelles consiste en la mission providentielle de l'&#201;glise &#224; travers les &#226;ges. Nous n'avons rien &#224; dire, ni &#224; sugg&#233;rer, &#224; ceux qui pensent ainsi et qui consid&#232;rent cet id&#233;al et cette histoire &#233;ternelle comme une sorte de r&#233;v&#233;lation immanente ou continue. Ils se trouvent en dehors de notre champ. Je fais r&#233;f&#233;rence &#224; ces critiques qui &#233;crivent des histoires universelles du christianisme comme s'il s'agissait d'un tout homog&#232;ne, bien qu'ils sachent et admettent que ce mat&#233;riel entre leurs mains fait partie des conditions successives variables et plus ou moins n&#233;cessaires de la vie humaine. Comment se fait-il qu'ils ne voient pas que leur ligne continue et droite de pr&#233;sentation repose sur un fil tr&#232;s t&#233;nu de tradition et refl&#232;te une image sch&#233;matique et vague de choses difficilement conciliables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'origine, la croissance, la diffusion, l'organisation, voire la disparition (dans certaines parties du monde, comme en Asie Mineure et en Afrique du Nord) des associations chr&#233;tiennes, les diverses attitudes qu'elles assument &#224; l'&#233;gard du reste de la vie pratique, les nombreux liens qui les unissent les reliait &#224; d'autres corps et pouvoirs politiques et sociaux : toutes ces choses, qui constituent une histoire vraie et r&#233;aliste, ne peuvent &#234;tre comprises que si l'on s'&#233;carte des conditions complexes de chaque pays individuel, dans lequel les adeptes du christianisme &#233;taient peu nombreux. , ou plusieurs, ou dont tous les habitants et citoyens &#233;taient chr&#233;tiens, soit membres de quelque secte modeste, soit d'un catholicisme imp&#233;rieux, pers&#233;cut&#233;s ou tol&#233;r&#233;s, ou eux-m&#234;mes intol&#233;rants et pers&#233;cutant les autres. Ce n'est qu'ainsi que nous mettrons le pied sur un terrain solide et que nous serons en mesure d'&#233;valuer objectivement les pr&#233;tentions historiques des choses. Et de cette position &#224; celle du mat&#233;rialisme historique, nous avan&#231;ons sans plus d'efforts que n'importe quelle autre branche de notre connaissance du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, l'histoire de la vie r&#233;elle est une histoire de l'&#201;glise ou des diff&#233;rentes &#201;glises , c'est-&#224;-dire une histoire d'une soci&#233;t&#233; qui a une certaine base &#233;conomique, ce qui signifie un arrangement d&#233;fini de son &#233;conomie et un mode d'acquisition, de production, de distribution et de consommation des biens (qui repose sur le contr&#244;le de la terre &#8211; Malheur &#224; moi !). D'autres peuvent continuer &#224; entendre par christianisme exclusivement un simple complexe de croyances et d'opinions concernant le destin de l'humanit&#233;. Mais, pour ne citer qu'un exemple, ces croyances diff&#232;rent autant que le libre arbitre du catholicisme apr&#232;s le concile de Trente de la pr&#233;destination absolue de Calvin. Et il est temps que ces &#233;crivains se r&#233;concilient &#224; comprendre que cet ensemble de points de vue et de tendances est apparu et s'est d&#233;velopp&#233; dans le cercle d'associations d&#233;finies, qui diff&#233;raient continuellement &#224; divers &#233;gards et qui &#233;taient toujours plus ou moins entour&#233;es d'un ensemble vaste et complexe. environnement historique , pour reprendre un terme favori des &#233;crivains modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore une autre chose &#224; consid&#233;rer. Dans ce quart d'heure de prose scientifique dans lequel nous vivons actuellement, aucun homme sens&#233; ne croira plus que la grande masse des croyants de ces associations de chr&#233;tiens ait eu une compr&#233;hension exacte des diff&#233;rents dogmes, ou des subtiles discussions. des savants et des professeurs. Nous ne savons rien de bien pr&#233;cis sur les passions, les int&#233;r&#234;ts, les conditions de vie quotidienne, l'&#233;tat d'esprit naturel et habituel des peuples d'Antioche, d'Alexandrie, de Constantinople et autres, rassembl&#233;s autour des banni&#232;res d'Arius et d'Athanase. Nous ne pouvons pas d&#233;crire ces choses avec autant de pr&#233;cision que dans le cas de Naples ou de Londres d'aujourd'hui. Mais nous ne serons jamais assez cr&#233;dules pour croire que ces foules aient compris un seul mot de la dispute men&#233;e sur la question de savoir si la substance du Fils &#233;tait identique &#224; celle du P&#232;re, ou seulement semblable &#224; elle. On ne mesurera pas non plus la diff&#233;rence r&#233;elle entre les artisans de Gen&#232;ve et ceux de l'Italie du XVIe si&#232;cle par les diff&#233;rences th&#233;oriques entre Calvin et Bellarmino. &#192; cet &#233;gard, l'histoire du christianisme reste tr&#232;s obscure, car elle s'est transmise dans une enveloppe de concepts id&#233;ologiques, qui furent le r&#233;flexe dogmatique et litt&#233;raire du d&#233;veloppement sous-jacent du mouvement. Dans ces circonstances, nous savons relativement peu de choses sur la vie pratique du mouvement chr&#233;tien, et ce peu diminue au fur et &#224; mesure que l'on s'approche des premiers si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la masse des associ&#233;s gardait toujours dans leur c&#339;ur et portait dans leurs croyances les plus intimes et dans leurs l&#233;gendes beaucoup de superstitions et la plupart des mythes qui &#233;taient les leurs avant leur conversion, et ils durent les utiliser, et en cr&#233;er d'autres, afin de rendre les doctrines m&#233;taphysiques et abstraites du christianisme plausibles pour elles-m&#234;mes. Cela s'est produit de mani&#232;re tr&#232;s visible dans la seconde moiti&#233; du IIe si&#232;cle, lorsque la soci&#233;t&#233; chr&#233;tienne avait perdu un peu de son caract&#232;re d&#233;mocratique de camarades attendant l'av&#232;nement d'un Royaume des Cieux , des camarades tous remplis de l'Esprit Saint, et commen&#231;ait &#224; prendre la forme d'un catholicisme organis&#233;, non seulement dans le sens orthodoxe du terme, mais aussi dans le sens d'une hi&#233;rarchie semi-politique d'une multitude compos&#233;e non plus de saints, mais de simples &#234;tres humains. Puis se d&#233;veloppa ce transfert de superstitions locales, nationales et ethnologiques, qui accompagna la transformation progressive du christianisme en une &#201;glise officielle et territoriale, &#224; tel point que les penseurs capables furent s&#233;lectionn&#233;s avec z&#232;le et scrupule et s&#233;par&#233;s de la grande masse de ceux qui il suffisait de croire et de se conformer &#224; des rites et &#224; des formalit&#233;s toutes faites. Peu &#224; peu, l'empire d'Occident se d&#233;sint&#233;gra, tandis que les barbares des tribus germaniques et slaves se convertirent de force et que, proportionnellement, le pouvoir de ces croyances, qui devinrent la nourriture quotidienne des masses, fut contraint d'adopter des symboles et des id&#233;es qui &#233;taient aussi loin que possible. au-del&#224; de leur horizon mental, tout comme ces compos&#233;s de nombreuses semi-philosophies diff&#233;rentes. Toutes ces populations chr&#233;tiennes vivaient et continuaient de vivre selon leurs multiples croyances. C'est pour cette raison qu'ils ont effectivement transform&#233; les &#233;l&#233;ments communs du christianisme en voies et moyens pour des mythologies nouvelles et sp&#233;cieuses. En face de cette vie barbare ind&#233;pendante, les d&#233;finitions des savants et les d&#233;cisions des conciles restaient suspendues en l'air, devenaient des conceptions intangibles pour la multitude et prenaient l'habit de doctrines utopiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles &#233;taient donc les raisons et les causes, les buts et les moyens qui maintenaient les chr&#233;tiens unis &#224; cette &#233;poque o&#249; la religion est cens&#233;e avoir &#233;t&#233; le seul pivot et l'&#226;me de toute vie ? Je ne discuterai pas des insultes et des agressions violentes, qui forment un de ces chapitres &#233;pineux auxquels recourent habituellement les adversaires passionn&#233;s du christianisme. Je laisserai de c&#244;t&#233; ce chapitre, qui d&#233;roule sous nos yeux une histoire de la tyrannie la plus odieuse, des pers&#233;cutions les plus f&#233;roces et les plus inhumaines, et de l'hypocrisie la plus raffin&#233;e. Tantum religio potuit suadere malorum ! Tant de maux pourraient engendrer la religion ! Le point que je souhaite particuli&#232;rement souligner est que la principale force de coh&#233;sion se trouve pr&#233;cis&#233;ment dans ces moyens mat&#233;riels m&#233;pris&#233;s , dont l'utilisation, la gestion et le contr&#244;le ont favoris&#233; la croissance de l'association en une organisation &#233;conomique puissante, avec ses propres bureaux. sa propre hi&#233;rarchie, sa propre loi, ses propres serviteurs, esclaves, d&#233;pendants, colons, ministres, prot&#233;g&#233;s et b&#233;n&#233;ficiaires. La propri&#233;t&#233; eccl&#233;siastique repr&#233;sente de nombreuses &#233;tapes de variation, depuis l'obole du semi-communisme jusqu'&#224; la corporation l&#233;gale, et de l&#224; &#224; la concentration des serfs, jusqu'&#224; la constitution des complexes territoriaux en domaines latifundiaires, puis la f&#233;odalit&#233; avec ses d&#238;mes et son commerce des biens. &#226;mes, jusqu'aux tentatives de colonisation industrielle les plus modernes (les J&#233;suites), etc. Les pauvres &#233;taient alors, comme ils le sont en grande partie aujourd'hui, soud&#233;s par les dons de charit&#233;, l'assistance aux malades, aux indigents, aux orphelins, aux veuves, etc., par la gestion syst&#233;matique des champs, le d&#233;frichement des terres nouvellement acquises et leur culture. Ce sont ces moyens qui ont fait de l'association chr&#233;tienne une chose vitale, comme de toute autre collectivit&#233; humaine. Ils ont permis &#224; une poign&#233;e de doctrinaires, surtout au Moyen &#194;ge, de mettre une vaste association &#233;conomique au service d'objectifs relativement plus &#233;lev&#233;s, plus nobles, plus altruistes et plus progressistes que ceux qui relevaient de la propri&#233;t&#233; strictement f&#233;odale entre les mains de ma&#238;tres chanteurs souverains. des voleurs et des pirates. La bourgeoisie, &#224; ses diff&#233;rentes &#233;tapes, a ensuite mis fin &#224; cette &#233;conomie du peuple chr&#233;tien par des mesures plus ou moins rapides et r&#233;volutionnaires. Elle int&#232;gre cette propri&#233;t&#233; de diverses mani&#232;res dans sa propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la fluidifie sous le syst&#232;me capitaliste. Partout o&#249; la propri&#233;t&#233; eccl&#233;siastique a partiellement r&#233;sist&#233;, ou r&#233;siste encore, aux coups de cet &#226;ge progressiste, elle l'a fait, et le fait, parce qu'elle a encore rendu quelque service utile, que d'autres organisations et l'&#201;tat qui les repr&#233;sente n'ont pas pris soin de rendre. sur eux-m&#234;mes, ou autoris&#233;s &#224; rester entre les mains de l'&#201;glise par voie de comp&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de cette &#233;conomie est l'essence de cette interpr&#233;tation des changements dans le christianisme, qu'une critique ult&#233;rieure devra &#233;laborer. Nul autre que Gregorious Magnus, qui a si t&#244;t eu la conviction que l'&#233;v&#234;que de Rome &#233;tait destin&#233; &#224; r&#233;gner sur l'empire d&#233;sint&#233;gr&#233; d'Occident, et qui est g&#233;n&#233;ralement connu des personnes cultiv&#233;es par ses visions, par son amour de la musique et par son l'apostolat de son d&#233;l&#233;gu&#233; Augustin en Anglia dictait les lois &#233;conomiques par lesquelles les latifundia eccl&#233;siastiques &#233;taient administr&#233;es. Apr&#232;s quelques si&#232;cles, &#224; travers toutes les adversit&#233;s des &#201;tats imparfaits et des communaut&#233;s semi-politiques qui se sont d&#233;velopp&#233;es dans les limites de l'empire occidental toujours instable et mal reconstruit, c'est cette vaste propri&#233;t&#233; eccl&#233;siastique qui, par sa diffusion universelle et p&#233;n&#233;tration, a donn&#233; naissance &#224; cette diplomatie, qui depuis Gr&#233;goire VII. &#224; Boniface VIII visait &#224; faire du successeur de Pierre un h&#233;ritier d'Auguste. Cette diplomatie n'&#233;tait pas ce qu'elle &#233;tait parce que sa th&#233;orie avait &#233;t&#233; r&#233;fl&#233;chie par des moines dans leurs cellules, ou parce que Gr&#233;goire VII et Innocent III &#233;taient d'excellents hommes &#8211; bien s&#251;r, ils l'&#233;taient &#8211; &#8203;&#8203;mais parce que les possibilit&#233;s d'un grand projet d'organisation n'&#233;taient offertes que par ce vaste syst&#232;me &#233;conomique. Mais ce syst&#232;me fut combattu non seulement par les autres dirigeants plus ou moins puissants de l'&#233;poque, mais aussi par certaines parties de la population pl&#233;b&#233;ienne et de la bourgeoisie en d&#233;veloppement, dans les r&#233;gions industrielles et commerciales plus d&#233;velopp&#233;es (par exemple en Flandre, Provence, Italie du Nord), pour diverses raisons, comme l'asc&#232;se monastique, ou la libert&#233; civile des chr&#233;tiens. En fait, l'humiliation inflig&#233;e &#224; Boniface VIII dans Anagni n'indique que le point culminant de la politique de Philippe le Bel, qui, tr&#232;s t&#244;t annonciateur des princes r&#233;volutionnaires du XVIe si&#232;cle, eut pour la premi&#232;re fois l'audace de mettre la main sur la substance du peuple chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que je voudrais m'arr&#234;ter dans ma digression. Car cette histoire &#233;conomique n'est pas encore &#233;crite, et je ne suis pas enclin &#224; la commencer par ces allusions passag&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il me semble que les objecteurs habituels diront : Mais tout le reste sera-t-il clair une fois que cette histoire &#233;conomique aura &#233;t&#233; &#233;crite ? Nous retrouvons ici le cas ordinaire de ceux qui construisent un ch&#226;teau de cartes pour avoir le plaisir de le faire sauter. Expliquer un processus signifie g&#233;n&#233;ralement le r&#233;soudre dans ses conditions les plus &#233;l&#233;mentaires, dans la mesure o&#249; l'on peut discerner et suivre leurs phases successives (de la limite la plus basse &#224; la limite la plus &#233;lev&#233;e), en passant de la cause &#224; l'effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne songerait &#224; pr&#233;tendre, par exemple, que si l'on conna&#238;t parfaitement la structure &#233;conomique de la ville d'Ath&#232;nes entre la fin du Ve et le d&#233;but du IVe si&#232;cle avant J&#233;sus-Christ, on peut alors passer directement &#224; une compr&#233;hension de tout le contenu id&#233;ologique de chaque dialogue de Platon, sans autre c&#233;r&#233;monie, c'est-&#224;-dire sans l'aide critique des &#233;l&#233;ments intellectuels rassembl&#233;s par la tradition. Il faut avant tout pouvoir expliquer Platon, l'homme, ses dispositions esth&#233;tiques et mentales, son pessimisme, sa fuite hors du monde, son id&#233;alisme et son utopisme. Toutes ces choses sont le produit de conditions qui se sont d&#233;velopp&#233;es dans l'esprit de Platon individuel comme elles l'ont fait &#233;galement chez tant d'autres de ses contemporains, qui autrement n'auraient pas pu le comprendre, l'admirer et le suivre au point de cr&#233;er autour de lui une secte. , qui a surv&#233;cu pendant des si&#232;cles avec tant de modifications. Si quelqu'un essayait de s&#233;parer cette formation id&#233;ologique du milieu dans lequel elle est n&#233;e en tant que premier pr&#233;curseur du christianisme, il la rendrait inintelligible, ou presque absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'applique encore plus aux dispositions et aux inclinations &#224; la pens&#233;e fantastique ou r&#233;fl&#233;chie, qui ont donn&#233; lieu au besoin de tant de croyances, de symboles, de dogmes, de l&#233;gendes dans une association aussi vaste que l'&#233;tait le chr&#233;tien, avec ses nombreuses fonctions et ses diff&#233;rentes relations. Il est assur&#233;ment plus facile de comprendre les relations qui conduisent d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale de certaines conditions mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es de la vie commune &#224; toutes ces id&#233;es, que d'expliquer le contenu particulier de chaque id&#233;e individuelle. Cette difficult&#233; d'une explication ad&#233;quate est due au fait que nous avons affaire &#224; des temps de catastrophes terribles, de confusion indescriptible, de d&#233;cadence des aptitudes pour une science correcte ; des temps, en bref, o&#249; les t&#233;moignages, les critiques et l'opinion publique sans pr&#233;jug&#233;s font presque toujours d&#233;faut, et o&#249; les esprits les plus forts, isol&#233;s de la vie, penchent vers l'abstrus, le subtil, le verbal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet la difficult&#233; d'expliquer pr&#233;cis&#233;ment la mani&#232;re dont les id&#233;es naissent des conditions mat&#233;rielles de la vie qui donne de la force &#224; l'argumentation de ceux qui nient la possibilit&#233; d'expliquer clairement la gen&#232;se du christianisme. En g&#233;n&#233;ral, il est vrai que la ph&#233;nom&#233;nologie ou la psychologie de la religion, quel que soit le nom qu'on lui donne, pr&#233;sente de grandes difficult&#233;s et porte en elle des points assez obscurs. Il n'est pas toujours facile de comprendre pleinement comment les faits v&#233;cus de la nature et de la vie sociale se transforment, &#224; certains moments d&#233;termin&#233;s et dans certaines conditions ethnologiques d&#233;termin&#233;es, et apr&#232;s avoir travers&#233; le creuset de quelque fantaisie particuli&#232;re, en personnes, en dieux, anges, d&#233;mons, puis en attributs, &#233;manations et ornements de ces m&#234;mes personnifications, et enfin en entit&#233;s abstraites et m&#233;taphysiques comme le Logos, la Bont&#233; infinie, la Justice supr&#234;me, etc. Sur ce domaine de production psychique d&#233;riv&#233;e et compliqu&#233;e, nous sommes encore tr&#232;s &#233;loign&#233; des conditions les plus &#233;l&#233;mentaires n&#233;cessaires pour permettre par l'observation et l'exp&#233;rience de suivre la mont&#233;e et le d&#233;veloppement des premi&#232;res sensations d'un extr&#234;me &#224; l'autre, c'est-&#224;-dire depuis l'appareil p&#233;riph&#233;rique jusqu'aux centres c&#233;r&#233;braux o&#249; se produisent les irritations et les vibrations. sont convertis en aperception consciente, en conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette difficult&#233; psychologique est-elle un privil&#232;ge des croyances chr&#233;tiennes ? N'est-ce pas caract&#233;ristique de la gen&#232;se de toutes les croyances, de toutes les imaginations mythiques et religieuses ? Les cr&#233;ations tr&#232;s originales du bouddhisme le plus primitif, ou les collections plus brocantes du mahom&#233;tanisme, sont-elles peut-&#234;tre plus claires ? Ou bien, au-del&#224; de ces grands syst&#232;mes religieux, les processus fantastiques dans la cr&#233;ation des mythes les plus &#233;l&#233;mentaires de nos anc&#234;tres aryens sont-ils peut-&#234;tre plus clairs et plus transparents &#224; premi&#232;re vue ? Est-il peut-&#234;tre facile de rendre compte de chaque d&#233;tail de toutes les transitions de la fantaisie au cours des si&#232;cles et des g&#233;n&#233;rations depuis le pramantha , c'est-&#224;-dire le b&#226;ton utilis&#233; pour faire du feu en le frottant et en le frottant contre un autre morceau de bois, jusqu'au ascension progressive du h&#233;ros Prom&#233;th&#233;e ? C'est pourtant le mythe le plus connu de la mythologie indo-europ&#233;enne. Nous disposons de plus de donn&#233;es permettant de suivre ses phases embryonnaires successives, depuis les hymnes v&#233;diques les plus anciens en l'honneur du Dieu Agni (le feu) jusqu'&#224; la cr&#233;ation de la trag&#233;die &#233;thique et religieuse d'Eschyle, que de tout autre mythe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, de telles productions psychiques des hommes des si&#232;cles pass&#233;s pr&#233;sentent &#224; notre compr&#233;hension des difficult&#233;s tr&#232;s particuli&#232;res. Nous ne pouvons pas facilement reproduire en nous-m&#234;mes les conditions n&#233;cessaires par lesquelles nous pourrions nous rapprocher de leur &#233;tat d'esprit concernant ces productions. Il faut une longue formation avant d'acqu&#233;rir cette aptitude d'interpr&#233;tation qui caract&#233;rise le connaisseur des langues, le philologue, le critique, l'&#233;tudiant en pr&#233;histoire, ou l'attitude mentale d'un homme qui, par une longue formation et des essais r&#233;p&#233;t&#233;s, a acquis une conscience artificielle, pour ainsi dire, qui est conforme et en accord avec l'objet d'&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces circonstances, le christianisme (et j'entends ici le credo, la doctrine, le mythe, le symbole, la l&#233;gende, et non seulement l'association dans son oikonomika ) nous devient plus facilement intelligible dans la mesure o&#249; il se rapproche de notre &#233;poque. Nous en sommes entour&#233;s et nous devons sans cesse consid&#233;rer ses cons&#233;quences et son influence sur la litt&#233;rature et les diverses philosophies qui nous sont famili&#232;res. Nous pouvons observer chaque jour que la multitude combine grossi&#232;rement les superstitions anciennes et modernes avec une acceptation g&#233;n&#233;rale plus ou moins indistincte du principe sous-jacent, commun &#224; toutes les confessions, &#224; savoir le principe de r&#233;demption. Nous pouvons voir le christianisme &#224; l'&#339;uvre et observer ses r&#233;alisations et ses luttes. Et nous sommes en mesure de tirer des conclusions du pr&#233;sent quant au pass&#233; par analogie, ce qui nous met en mesure d'entreprendre l'interpr&#233;tation de croyances plus lointaines. Nous assistons aussi &#224; la cr&#233;ation de nouveaux dogmes, de nouveaux saints, de nouveaux miracles, de nouveaux p&#232;lerinages. Et en comparant cela avec le pass&#233;, on peut s'exclamer dans la plupart des cas : Tout comme chez nous ! Exactement ce que nous voyons aujourd'hui ! En d'autres termes, nous disposons d'une r&#233;serve d'observations et d'exp&#233;riences en psychologie qui nous permet de faire revivre le pass&#233; avec moins d'effort qu'il n'en faut pour l'analyse purement documentaire des conditions de la plus haute antiquit&#233;. Depuis combien de temps comprenons-nous quelque chose de pr&#233;cis sur : l'origine du langage ? Cela date du moment m&#234;me o&#249; nous avons compris que nous n'avions pas de meilleur moyen d'exp&#233;rimenter &#224; cet &#233;gard que d'&#233;tudier la mani&#232;re dont les enfants apprennent encore &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de l'origine du christianisme est en outre obscurci pour beaucoup par un autre pr&#233;jug&#233;. Ils s'imaginent qu'elle est due &#224; des causes premi&#232;res qui l'ont cr&#233;&#233;e, pour ainsi dire, &#224; partir de rien. Ces gens oublient que ceux qui sont devenus chr&#233;tiens l'ont fait en renon&#231;ant &#224; d'autres religions ; et que le probl&#232;me de l'origine du christianisme se r&#233;duit avant tout &#224; la t&#226;che prosa&#239;que d'&#233;tudier la mani&#232;re dont les &#233;l&#233;ments des &#233;poques ant&#233;rieures ont pris des formes nouvelles dans l'environnement de cette association, qui constituait le noyau m&#234;me de la nouvelle organisation. Cet &#233;v&#233;nement a eu lieu &#224; des &#233;poques historiques. Et parmi les religions qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, la plus connue est celle du juda&#239;sme avanc&#233;, dont les grandes masses attendaient la venue d'un nouveau Messie, tandis que ses doctrinaires coupaient les cheveux en quatre. Nous connaissons &#233;galement assez bien les cultes, les superstitions et les croyances des diverses religions pa&#239;ennes de l'empire romain, ainsi que les inclinations religieuses de nombreux penseurs de cette &#233;poque, tout comme nous connaissons les tendances des multitudes de cette p&#233;riode. qui &#233;taient toujours pr&#234;ts &#224; accepter de nouvelles croyances, de nouvelles promesses et de bonnes nouvelles .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc pas de cr&#233;ation, mais de transformation, et nous poursuivons notre enqu&#234;te sur le m&#234;me terrain que celui de toute autre histoire. La question est, par exemple, (pour donner quelques indications g&#233;n&#233;rales), comment J&#233;sus est devenu le Messie des Juifs (une forme primitive de d&#233;veloppement), comment le Messie des Juifs est devenu le R&#233;dempteur de toute l'humanit&#233; du p&#233;ch&#233; (Paul), et enfin, comment la Parole s'est combin&#233;e avec le n&#233;oplatonisme de Philon (quatri&#232;me &#233;vangile). C'est l&#224; l'esquisse de l'&#233;volution id&#233;ologique. Et d'autre part, nous devons d&#233;couvrir comment l'association communiste primitive (un communisme de consommation) de camarades attendant la fin imminente du monde et la catastrophe finale (l'Apocalypse) est devenue une congr&#233;gation (une &#233;glise) qui a report&#233; la venue du monde. du mill&#233;naire ind&#233;finiment (la deuxi&#232;me &#233;p&#238;tre de Pierre) et est devenue une organisation qui a d&#233;velopp&#233; sa propre &#233;conomie et a progressivement assum&#233; des attributs et des fonctions plus complexes. Dans ce passage d'une secte &#224; une &#233;glise, d'une attente na&#239;ve &#224; une doctrine compliqu&#233;e, r&#233;side tout le probl&#232;me de l'origine du christianisme. L'expansion de l'association s'accompagna en temps voulu d'une adaptation aux formes dominantes du droit, et les exigences de la doctrine s'adapt&#232;rent &#224; la diffusion du platonisme d&#233;cadent. Bien entendu, nous ne pourrons jamais nous rapprocher de ces choses avec notre vision et notre observation par un mode de chronique intuitif. On ne verra jamais Philippe, Matthieu, Pierre, Jacques et leurs prochains successeurs, en conversation, etc., comme on peut observer Camille Desmoulins dans un caf&#233; du Palais Royal, &#224; 15 heures, le dimanche 12 juillet. ., 1789. Nous ne pourrons pas suivre la gen&#232;se et l'&#233;tablissement de ces dogmes comme nous pouvons suivre la compilation des articles de l' Encyclop&#233;die. Car nous avons affaire &#224; des temps d'impressions vagues et de fermentations telles qu'on n'en a jamais vu depuis. De grandes &#233;pid&#233;mies morales envahissent les &#226;mes des hommes. Les relations les plus &#233;l&#233;mentaires de la vie approchent d'une p&#233;riode de crise aigu&#235;. Sous la surface de cette civilisation des pays m&#233;diterran&#233;ens, qui combinait le pouvoir politique et administratif de l'empire avec tout ce qu'il y avait de plus utile et de plus raffin&#233; dans l'hell&#233;nisme, v&#233;g&#233;taient mille formes de barbarie locale et de produits purulents et pourris de la d&#233;cadence. Il suffit de rappeler que le christianisme, en tant que chose en soi, a pris naissance, en fait et en nom, &#224; Antioche, ce cloaque de tous les vices, et que Paul adressait ses subtiles m&#233;ditations, qui nous le montrent dans la lumi&#232;re d'un de ces Juifs, qui compila plus tard le Talmud, aux Galates, c'est-&#224;-dire aux Juifs dispers&#233;s dans un pays de v&#233;ritables barbares. Le christianisme s'est r&#233;pandu parmi les humbles, les exclus, les pl&#233;b&#233;iens, les esclaves, les multitudes d&#233;sesp&#233;r&#233;es de ces grandes villes, dont la vie vicieuse est dans une certaine mesure r&#233;v&#233;l&#233;e par les satires de P&#233;trone et de Juv&#233;nal, les contes voltairiens de Lucien ou les horribles &#233;crits d'Apul&#233;e. Connaissons-nous quelque chose de pr&#233;cis sur la condition des Juifs de la ville de Rome, parmi lesquels cette nouvelle et triste superstition, comme l'appelait Tacite, s'est d&#233;velopp&#233;e pour la premi&#232;re fois, cette superstition qui, au cours des si&#232;cles, est devenue l'organisme social le plus puissant jamais cr&#233;&#233; ? connu dans l'histoire ? Nous ne pouvons pas reconstituer ces premi&#232;res origines par des descriptions intuitives, mais nous devons recourir &#224; des conjectures et &#224; des combinaisons. C'est la raison principale de l'interminable litt&#233;rature sur ce sujet. Et cela s'applique particuli&#232;rement aux &#233;rudits d'Allemagne, qui ont l'habitude de qualifier de th&#233;ologique une telle litt&#233;rature critique et &#233;rudite , m&#234;me s'ils ne sont pas eux-m&#234;mes croyants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obscurit&#233; relative des premi&#232;res origines du christianisme fait na&#238;tre dans l'esprit de beaucoup la croyance &#233;trange en un vrai christianisme, qui est cens&#233; avoir &#233;t&#233; tout &#224; fait diff&#233;rent de celui qui prit plus tard le nom de chr&#233;tien. Ce soi-disant vrai christianisme, ou christianisme originel, qui est &#224; son tour si obscur que chacun peut l'interpr&#233;ter &#224; sa mani&#232;re, sert souvent de motif aux pol&#233;miques de ces rationalistes qui lancent des invectives contre cette &#201;glise historique, qui nous connaissons par exp&#233;rience, puis vantons avec un grand d&#233;bit oratoire cette &#233;glise id&#233;ale, qui est cens&#233;e avoir &#233;t&#233; la premi&#232;re communion des saints . Ceci n'est qu'un mythe historique, au m&#234;me titre que la Sparte des orateurs ath&#233;niens, la Rome antique des Gibelins d&#233;cadents du XIVe si&#232;cle, et toutes les autres cr&#233;ations fantastiques d'un paradis perdu ou d'un paradis futur qui n'est pas encore sorti. notre port&#233;e. Ce mythe historique a pris diverses formes. Les sectaires, qui se sont r&#233;volt&#233;s contre le catholicisme &#224; ses d&#233;buts ou &#224; ses d&#233;buts, ces sectaires, dont l'&#233;galit&#233; d&#233;mocratique dans des conditions historiques d&#233;finies, des montanistes aux anabaptistes, errait en r&#233;bellion contre l'&#201;glise profane, mondaine et hi&#233;rarchiquement orthodoxe, ont ressenti le besoin de reconstruire. dans leur imagination le vrai christianisme, c'est-&#224;-dire la simple vie primitive des premiers &#233;vang&#233;listes. En m&#234;me temps, ils se plaignaient de la d&#233;cadence, des aberrations, des &#339;uvres de Satan et des autres choses qui se sont produites apr&#232;s cette &#233;poque. C'est ce christianisme le plus vrai des vrais, qui a souvent &#233;t&#233; invoqu&#233; par les communistes na&#239;fs, qui ont dessin&#233; des tableaux de leurs propres aspirations en l'absence de toute autre id&#233;e ad&#233;quate concernant la mani&#232;re de vivre dans ces conditions honteuses d'in&#233;galit&#233; dans ce monde injuste. Et ces images pourraient trouver inspiration et couleur dans la po&#233;sie &#233;vang&#233;lique et dans tant d'autres r&#233;cits vrais ou fantastiques. Cela est &#233;galement arriv&#233; &#224; Weitling, qui, de son c&#244;t&#233;, a compos&#233; un &#201;vangile d'un pauvre p&#233;cheur . Et pourquoi ne devrais-je pas mentionner ces disciples de Saint-Simon, qui ont fabul&#233; sur un christianisme plus vrai pour l'avenir, dans lequel ils ont projet&#233; toutes les aspirations de leur imagination enflamm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons et d'autres encore, l'image d'un christianisme ultra-parfait est suspendue dans l'air, dans l'imagination fantastique de beaucoup, qui sera diff&#233;rente, ou absolument diff&#233;rente, de celle que l'histoire vulgaire conna&#238;t et d&#233;peint. un christianisme qui a lapid&#233; &#201;tienne, qui a institu&#233; la Sainte Inquisition, qui a envoy&#233; tant de multitudes d'infid&#232;les dans l'autre monde ; depuis le p&#234;cheur aux pieds nus Pierre, qui jouait le r&#244;le d'un Sancho Panza par ses l&#226;ches d&#233;n&#233;gations, jusqu'au pape Pie, qui se consolait de la perte de son pouvoir temporel en assumant l'infaillibilit&#233; ; depuis l' agape spontan&#233;e des pauvres visit&#233;s par le consolateur jusqu'aux J&#233;suites qui arment des escadrons et contractent des emprunts commerciaux, comme d'audacieux pr&#233;curseurs de la politique coloniale du monde bourgeois ; depuis le rabbin de Nazareth, qui dit que son royaume n'est pas de ce monde, jusqu'aux &#233;v&#234;ques et autres pr&#233;lats qui occupent en son nom d'un cinqui&#232;me au tiers du pays, selon les divers pays, et qui gouvernent en tant que souverains et propri&#233;taires, b&#233;n&#233;ficiant m&#234;me du jus primae noctus . Quiconque croit en ce soi-disant vrai christianisme, pour une raison ou une autre, ne serait-ce que par hypocrisie litt&#233;raire pure et simple, se trouve naturellement confront&#233; &#224; l'obligation d'expliquer d'o&#249; est venu plus tard l'autre christianisme moins vrai, si diff&#233;rent du vrai christianisme. celui que nous connaissons. Et il est &#233;vident que ce vrai christianisme doit devenir un miracle, sinon de r&#233;v&#233;lation, du moins d'id&#233;ologie humaine. Nous ne sommes pas oblig&#233;s de fournir une explication de ce miracle, ni au nom du mat&#233;rialisme, ni au nom de toute autre th&#233;orie, pour la m&#234;me raison qu'aucune m&#233;canique rationnelle n'est oblig&#233;e d'expliquer ni la fuite d'Icare ni l'hippogriffe de L'Arioste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, nous ne devons pas oublier que ce vrai christianisme, cet antagoniste id&#233;al du christianisme positif et r&#233;alistement humain, que nous connaissons et qui s'est d&#233;velopp&#233; dans des conditions accessibles &#224; nos recherches, a &#233;galement rempli une fonction historique et sert aujourd'hui entre nos mains de une cl&#233; par laquelle nous pouvons entrer dans l'&#233;tat d'esprit et les conditions de vie des chr&#233;tiens primitifs. Car ce vrai christianisme n'est qu'un symbole des diverses r&#233;volutions du prol&#233;tariat, de la pl&#233;b&#233;ie, des petits, des affranchis, des serfs, des exploit&#233;s, jusqu'au XVIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu l'occasion, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit dans une autre lettre, de m'occuper longuement, dans mes cours acad&#233;miques, de Fra Dolcino, qui marque le point culminant et le d&#233;clin imminent de la secte apostolique. Apr&#232;s avoir d&#233;crit les conditions g&#233;n&#233;rales du d&#233;veloppement &#233;conomique et politique de l'Italie du Nord et du Moyen-Italie, ainsi que celles du milieu particulier (ou des classes sociales) dans lequel la secte apostolique est n&#233;e et s'est d&#233;velopp&#233;e, j'ai d&#251; expliquer, &#224; un moment donn&#233;, , la doctrine par laquelle Dolcino a maintenu ensemble les rangs de ses partisans, qui ont &#233;t&#233; des combattants intr&#233;pides et tenaces jusqu'au bout et ont travaill&#233; comme des h&#233;ros, des martyrs et des pr&#233;curseurs d'un nouvel ordre de la vie humaine. Sa doctrine &#233;tait &#233;galement un de ces retours apocalyptiques &#224; un christianisme purement &#233;vang&#233;lique. C'&#233;tait une n&#233;gation de tout ce que la hi&#233;rarchie avait &#233;tabli depuis le pape Sylvestre (du moins le l&#233;gendaire), et cette n&#233;gation &#233;tait renforc&#233;e par une ardeur apostolique, que l'esprit de bataille transformait en devoir de combattre. Il est naturel que la premi&#232;re explication de ces id&#233;es , comme diraient les hommes de lettres, soit recherch&#233;e dans des mouvements de r&#233;bellion similaires, imm&#233;diatement ant&#233;rieurs, contre la hi&#233;rarchie. D'un petit pas nous arrivons aux Albigeois, et d'un autre pas &#224; ces mouvements populaires confus et multicolores connus sous le nom commun de mouvements patar&#233;niens . Et d'autre part il faut essayer de comprendre l'agitation mystique et asc&#233;tique, qui a souvent failli bouleverser l'empire papal, depuis le communisme th&#233;orique de Joaqu&#237;n de Flore jusqu'&#224; la r&#233;sistance active des fr&#232;res. Si l'on franchit un pas de plus dans cette enqu&#234;te, il n'est pas difficile de voir que derri&#232;re ce voile mystique de l'asc&#232;se et derri&#232;re la passion exalt&#233;e du vraiDans le christianisme, se cachaient ces conditions mat&#233;rielles et ces incitations mat&#233;rielles qui rassemblaient autour de certains symboles de r&#233;volte les moines modestes, les paysans des pays o&#249; la f&#233;odalit&#233; &#233;tait encore vivante, les paysans des autres pays qui, lib&#233;r&#233;s de la f&#233;odalit&#233;, &#233;taient prol&#233;taris&#233;s de force par la formation rapide de communes libres, les pauvres de ces communes impitoyablement corporatives eux-m&#234;mes, et enfin, comme toujours, les id&#233;alistes qui ont fait sienne la cause des opprim&#233;s : en d'autres termes, tous les &#233;l&#233;ments de la r&#233;volution sociale. De cette analyse approfondie, nous passons &#224; une analyse plus g&#233;n&#233;rale ou, devrais-je dire, typique. Le mouvement de Dolcino est un maillon de cette longue cha&#238;ne de soul&#232;vements du peuple chr&#233;tien, qui s'est r&#233;volt&#233; contre la hi&#233;rarchie avec plus ou moins de chance et dans des conditions compliqu&#233;es et qui, dans les crises les plus aigu&#235;s, est arriv&#233; &#224; la conclusion logique d'&#233;pouser le communisme. L'exemple classique, qui fut le plus vigoureux, en ce qui concerne les circonstances de temps, d'extension et de dur&#233;e, est certainement le soul&#232;vement des anabaptistes. Cependant, la r&#233;volte des Dolciniens n'&#233;tait pas une mince affaire, d'autant plus que la vall&#233;e du P&#244;, au d&#233;but du XIVe si&#232;cle, &#233;tait pr&#233;cocement moderne dans ses conditions &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'instinct d'affinit&#233; tournait l'esprit des repr&#233;sentants et des chefs des peuples r&#233;volt&#233;s vers l'image, ou vers le souvenir confus, ou vers une reproduction approximative dans l'imagination, de ce christianisme primitif, qui n'&#233;tait compos&#233; que de pauvres gens, d'afflig&#233;s et de pauvres. l'humanit&#233; souffrante esp&#233;rant la r&#233;demption des mis&#232;res de ce monde p&#233;cheur. Le vrai christianisme, vers lequel ces rebelles z&#233;l&#233;s se tournaient avec tant d'ardeur de foi et de fantaisie, par sympathie n&#233;e de conditions similaires, &#233;tait une r&#233;alit&#233;. C'&#233;tait un fait, non pas dans le sens d'un id&#233;al ou d'un type dont la pauvre et faible humanit&#233; s'&#233;tait &#233;loign&#233;e &#224; cause d'erreurs ou de mauvaise volont&#233;, mais dans le sens d'une r&#233;alit&#233; historique sobre. Le christianisme primitif &#233;tait, compte tenu des diff&#233;rences historiques, beaucoup plus proche dans son ensemble, dans ses aspects et ses motivations, de celui que Montano, Dolcino ou Thomas M&#252;nzer voulaient r&#233;tablir &#224; des &#233;poques inopportunes, que de tous les dogmes , liturgies, rangs hi&#233;rarchiques, dominations et domaines, luttes politiques, supr&#233;maties, inquisitions et autres vanit&#233;s, autour desquelles tourne l'histoire sobre et profane de l'&#201;glise. Dans ces tentatives des rebelles m&#233;di&#233;vaux, nous voyons comme une reproduction d'une exp&#233;rience du pass&#233;, nous reconnaissons ce qui a d&#251; &#234;tre, approximativement, la forme originelle du christianisme comme secte de saints parfaits, c'est-&#224;-dire d'&#233;gaux parfaits. , sans aucune diff&#233;rence entre clercs et la&#239;cs, tous &#233;galement participants de l'esprit saint, r&#233;volutionnaires et fid&#232;les en un seul, tous au m&#234;me niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me le plus difficile et le plus &#233;pineux de toute l'histoire du christianisme est pr&#233;cis&#233;ment celui-ci : comprendre par quels moyens une secte d'&#233;gaux parfaits s'est transform&#233;e, au cours de seulement deux si&#232;cles, en une association divis&#233;e en rangs hi&#233;rarchiques, de sorte que nous avons d'un c&#244;t&#233; la masse des croyants, de l'autre le clerg&#233; investi de pouvoirs sacr&#233;s. Cette division hi&#233;rarchique est compl&#233;t&#233;e par un dogme, c'est-&#224;-dire par des r&#233;glementations qui suppriment la spontan&#233;it&#233; de la croyance comme fait de pratique personnelle de la part des croyants individuels. Une hi&#233;rarchie signifie une r&#232;gle par les pr&#234;tres, une administration des choses et un gouvernement des personnes par le clerg&#233;. Cela donne lieu &#224; des politiques politiques. Et l'enqu&#234;te sur ces politiques constitue le c&#339;ur de l'histoire du troisi&#232;me si&#232;cle. La r&#233;union. La formation de l'&#201;glise et de l'&#201;tat au IVe si&#232;cle n'est que le r&#233;sultat de l'entrem&#234;lement de deux politiques, dans lequel la religion et la gestion des affaires publiques se confondent finalement en une seule. Ce passage d'une association libre &#224; un semi-&#201;tat organis&#233;, qui est responsable du fait que l'&#201;glise s'est depuis lors m&#234;l&#233;e &#224; la politique, soit pour soutenir l'&#201;tat, soit contre l'&#201;tat, soit elle-m&#234;me en tant qu'&#201;tat, ne v&#233;rifie que le la v&#233;rit&#233; de l'affirmation selon laquelle toute organisation qui a des choses &#224; administrer et des bureaux &#224; remplir devient n&#233;cessairement un gouvernement. L'&#201;glise a reproduit en son sein les m&#234;mes antagonismes que n'importe quel autre &#201;tat, c'est-&#224;-dire les antagonismes entre riches et pauvres, protecteurs et prot&#233;g&#233;s, patrons et clients, propri&#233;taires et exploit&#233;s, princes et sujets, souverains et opprim&#233;s. C'est pourquoi elle a eu dans ses rangs des luttes de classes qui lui sont propres, par exemple des luttes entre une hi&#233;rarchie patricienne et un sacerdoce pl&#233;b&#233;ien, entre le haut et le bas clerg&#233;, entre le catholicisme et les sectes. Les sectes furent largement inspir&#233;es, jusqu'au XVIe si&#232;cle, par l'id&#233;e d'un retour au christianisme primitif, et c'est pour cette raison qu'elles color&#232;rent souvent leurs conceptions sur les conditions existantes d'inspirations id&#233;ologiques proche de l'utopisme. L'&#201;glise, en revanche, telle qu'elle est devenue, a suivi les m&#233;thodes utilis&#233;es par l'&#201;tat profane et est devenue une congr&#233;gation hi&#233;rarchique d'in&#233;gaux, au lieu d'&#233;gaux &#224; l'esprit saint, et a exerc&#233; les droits des privil&#233;gi&#233;s au moyen de l'oppression. et la violence, comme un empire parfait, dont certaines parties seraient c&#233;d&#233;es &#224; d'autres dirigeants, avec un contr&#244;le surajout&#233; des &#226;mes, qui doit aller de pair avec un gouvernement des choses, car les &#226;mes ne peuvent exister sans les choses mat&#233;rielles. Ces caract&#233;ristiques humaines, qui, d&#232;s lors qu'il existe une condition d'in&#233;galit&#233; &#233;conomique entre les hommes, rendent toute association religieuse semblable &#224; tout autre gouvernement des choses dans ce monde, montrent d'un coup d'oeil qu'une association de saints ne peut jamais avoir eu d'autre qu'une vision utopique. forme, et d'autre part ils nous montrent une tendance constante &#224; l'intol&#233;rance et au catholicisme sous ses diverses formes, dans la mesure o&#249; cette association,l'oubli du simple martyr de Nazareth, dont la forme est rest&#233;e path&#233;tiquement suspendue &#224; la croix sur les autels, a fait de ce monde son royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour m'en tenir &#224; une illustration qui me est famili&#232;re gr&#226;ce &#224; des &#233;tudes r&#233;centes, la papaut&#233; super-imp&#233;riale tomba dans la personne de Boniface VIII, comme l'avait proph&#233;tis&#233; Dolcino, qui lui surv&#233;cut trois ans. Mais il n'est pas tomb&#233; pour laisser place &#224; l'apocalypse. Il est vrai que l'humiliation de l'exil d'Avignon a &#233;t&#233; inflig&#233;e &#224; la papaut&#233;, mais non pour c&#233;der la place &#224; un nouvel empire c&#233;sarien, conform&#233;ment &#224; l'utopie de Dante. Les indications de l'&#233;poque moderne, les pressentiments du r&#232;gne bourgeois &#233;taient d&#233;j&#224; manifestes. Philippe le Bel, qui recherchait depuis longtemps ce pouvoir civil sous lequel la bourgeoisie traversa deux si&#232;cles plus tard la premi&#232;re &#233;tape de sa domination politique sur la soci&#233;t&#233;, condamna les Templiers &#224; mort, comme s'il voulait dire que le po&#232;me h&#233;ro&#239;que des croisades s'est termin&#233; par les mains des chr&#233;tiens eux-m&#234;mes. Et pour qu'on retrouve la morale de la situation m&#234;me dans l'anecdote, qui expose et d&#233;masque toujours les passages stridents sur l'ironie de l'histoire, l'agent du Sire de France, qui pr&#233;para l'humiliation d'Anagni, n'&#233;tait pas un capitaine. des bandes f&#233;odales, mais un civil, qui n&#233;gociait l'argent n&#233;cessaire pour couvrir une lettre de change remise &#224; un banquier de Florence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces l&#233;gistes, ces princes usurpant les droits historiques et ces banquiers accumulant de l'argent qui devint plus tard du capital, furent les initiateurs de l'histoire moderne, si transparente dans la structure prosa&#239;que de ses objectifs et de ses moyens. Sur les ruines de la soci&#233;t&#233; corporative et f&#233;odale ainsi que sur les ruines du patrimoine de l'eccl&#233;siastique s'est install&#233;e cette cruelle bourgeoisie qui, m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard des forces myst&#233;rieuses, a inaugur&#233; l'&#232;re de la libre pens&#233;e et de la libre recherche. Et maintenant, la bourgeoisie attend d'&#234;tre d&#233;tr&#244;n&#233;e. Mais assur&#233;ment, cela ne sera pas le cas du vrai christianisme, ni du plus vrai des vrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les peuples de l'avenir, dont nous, socialistes, avons souvent des id&#233;es si exalt&#233;es, produiront encore ou non une religion, je ne peux ni l'affirmer ni le nier. Et je leur laisse le soin d'arranger leur vie, ce qui ne sera pas facile, je l'esp&#232;re, afin qu'ils ne deviennent pas des imb&#233;ciles dans la b&#233;atitude paradisiaque. Mais je le vois bien : le christianisme, qui dans son ensemble est jusqu'&#224; pr&#233;sent la religion des nations les plus avanc&#233;es, ne laissera de place &#224; aucune autre religion apr&#232;s lui. Celui qui ne sera pas chr&#233;tien sera d&#233;sormais sans religion. Et en deuxi&#232;me lieu, je note que les socialistes ont eu la sagesse d'&#233;crire dans leurs programmes : La religion est une affaire priv&#233;e. J'esp&#232;re que personne n'interpr&#233;tera cette affirmation dans le sens d'un point de vue th&#233;orique qui pourrait conduire &#224; l'&#233;laboration d'une philosophie de la religion. Cette d&#233;claration tout &#224; fait pratique signifie simplement que pour le moment les socialistes sont trop occup&#233;s &#224; des travaux plus utiles et plus s&#233;rieux que ceux qui les compareraient &#224; ces h&#233;bertistes, blanquistes, bakounistes et autres, qui ont d&#233;cr&#233;t&#233; l'abolition de la divinit&#233; et d&#233;capit&#233; Dieu en effigie. . Les mat&#233;rialistes historiques pensent cependant, de leur c&#244;t&#233; et en dehors de toute appr&#233;ciation subjective, que les hommes du futur se passeront tr&#232;s probablement de toute explication transcendantale des probl&#232;mes pratiques de la vie quotidienne. Primus &#224; Orbe Deos Focit Timor ! La peur a &#233;t&#233; la premi&#232;re au monde &#224; cr&#233;er des dieux. La d&#233;claration est tr&#232;s ancienne. Mais c'est pr&#233;cieux, et c'est pourquoi je le perp&#233;tue.&lt;br class='autobr' /&gt;
X&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Resina (Naples), 15 septembre 1597.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Sorel ! En relisant, en r&#233;visant, en retouchant les lettres que je vous ai adress&#233;es d'avril &#224; juillet de cette ann&#233;e &#8211; j'ai l'intention de les publier &#8211; je trouve qu'elles constituent une sorte de s&#233;rie et traitent dans l'ensemble du m&#234;me sujet. Bien s&#251;r, si j'avais l'intention d'&#233;crire un livre digne d'un titre retentissant comme Socialisme et science ou Mat&#233;rialisme historique et conception du monde , ou autre, je devrais examiner &#224; nouveau cette question par une m&#233;ditation &#233;labor&#233;e. Et puis les pens&#233;es auxquelles je n'ai fait ici qu'esquisser, les affirmations que je n'ai fait qu'esquisser, les observations qui sont souvent faites incidemment, et les critiques bizarres &#233;parses &#231;&#224; et l&#224;, enfin toutes ces choses qui me sont venues &#224; l'esprit en &#233;crivant. avec une plume fluide prendrait une forme tout &#224; fait diff&#233;rente et serait dispos&#233;e diff&#233;remment. Mais comme, en conversant avec vous &#224; distance, j'ai fait usage des libert&#233;s particuli&#232;res &#224; la conversation, je vais maintenant, en faisant de ces lettres &#233;ph&#233;m&#232;res un petit volume, le mettre en t&#234;te du titre modeste et appropri&#233; : Discours sur le socialisme et Philosophie, Lettres &#224; G. Sorel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la faute des conseils insistants de mon ami Benedetto Croce si je commets ce nouveau p&#233;ch&#233; litt&#233;raire. Cet ami b&#233;ni est devenu pour moi un tourment et une croix. Apr&#232;s avoir lu ces lettres, il ne m'a laiss&#233; aucun r&#233;pit jusqu'&#224; ce que je lui promette que je les publierais sous forme de livre. Si je le suivais, je deviendrais dans mes vieux jours un producteur continu et perp&#233;tuel d'imprim&#233;s. Dans le pass&#233;, j'ai toujours pr&#233;f&#233;r&#233; laisser dormir tranquillement dans mon bureau les manuscrits &#233;pars que j'ai accumul&#233;s au fil des ann&#233;es en ma qualit&#233; d'enseignant et de passionn&#233; de litt&#233;rature. Mais dans le cas pr&#233;sent, Croce continuait &#224; plaider qu'il &#233;tait de mon devoir, maintenant que le socialisme se r&#233;pandait en Italie, de participer, de la mani&#232;re et par les moyens qui convenaient &#224; mes inclinations, &#224; la vie du parti qui grandissait. et gagner en force. Et c'est peut-&#234;tre le cas. Il reste encore &#224; voir si les socialistes ressentent le besoin et le d&#233;sir de mon aide et de ma participation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, je n'ai jamais eu un grand penchant pour l'&#233;criture publique, et je n'ai jamais acquis l'art d'&#233;crire en prose. J'ai toujours &#233;crit les choses telles qu'elles me venaient. J'ai toujours &#233;t&#233; et je suis toujours passionn&#233; par l'art de l'enseignement oral sous toutes ses formes. Et en m'occupant de ce travail avec une grande intensit&#233;, j'ai perdu depuis longtemps le don de r&#233;p&#233;ter par &#233;crit les choses que j'exprimais spontan&#233;ment, dans un langage pr&#234;t et souple, selon les circonstances, gros d'enjeux secondaires et plein de r&#233;f&#233;rences. Et qui peut vraiment r&#233;p&#233;ter de telles choses de m&#233;moire ? Plus tard, lorsque je suis n&#233; de nouveau spirituellement et que j'ai accept&#233; le socialisme, je suis devenu plus d&#233;sireux de communiquer avec le public au moyen de brochures, de lettres occasionnelles, d'articles et de conf&#233;rences, et ceux-ci ont grandi avec le temps presque sans que je m'en rende compte. Ne sont-ce pas l&#224; les devoirs et les charges du professionnel ? C'est &#224; ce moment-l&#224;, il y a environ deux ans, que mon bienheureux M. Croce est arriv&#233; &#224; une heure opportune et m'a conseill&#233; de publier des essais sur le socialisme scientifique, afin de donner une base plus solide &#224; mon activit&#233; de socialiste. Et comme les choses s'encha&#238;nent, ces lettres fortuites peuvent &#233;galement &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme un essai subsidiaire et compl&#233;mentaire sur le mat&#233;rialisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident, cher Sorel, que ce discours ne vous regarde pas, mais seulement moi. Car je cherche, pour ainsi dire, un pr&#233;texte pour publier un nouveau livre, &#233;crit par un Italien vivant en Italie. Si ces lettres devaient &#234;tre lues par d'autres que vous en France, ces lecteurs diront probablement que je ne les ai pas gagn&#233;s au mat&#233;rialisme historique, et peut-&#234;tre r&#233;p&#233;teront-ils &#224; juste titre l'observation de certains critiques de mes essais selon laquelle les humeurs intellectuelles d'une nation ne sont pas modifi&#233;s par des traductions &#224; partir d'une langue &#233;trang&#232;re. [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que j'&#233;cris ceci dans le but de conclure ces lettres, j'ai quelques doutes quant &#224; la possibilit&#233; de ne pas vouloir les poursuivre. Les lettres ne peuvent-elles pas se multiplier ind&#233;finiment, comme les fables et les r&#233;cits ? Heureusement, j'avais d&#233;cid&#233;, d&#232;s mes d&#233;buts, de reprendre d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale les probl&#232;mes que vous souleviez dans votre pr&#233;face en abordant des questions si difficiles. L'une des raisons qui nous am&#232;ne &#224; conclure est donn&#233;e par les grandes lignes de votre propre article, auquel j'ai fait r&#233;f&#233;rence de temps en temps. Si je m'abandonnais au cours de la conversation, qui sait o&#249; je m'arr&#234;terais ! Les lettres pourraient devenir une litt&#233;rature. Vous ne me remercieriez pas du tout pour &#231;a. Mais cela plairait &#224; M. Croce, qui voudrait combler tout le monde de son instinct de prolixit&#233; litt&#233;raire. &#192; cet &#233;gard, il forme un contraste &#233;trange avec les habitudes tranquilles de la tranquille Naples, o&#249; les hommes, comme les Mangeurs de Lotus, qui d&#233;daignaient toute autre nourriture, vivent dans la douce jouissance du pr&#233;sent et pensent se moquer de la philosophie de l'histoire &#224; la vue de l'heure. statue de GB Vico.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je souhaite vraiment conclure et je dois donc formuler quelques br&#232;ves remarques suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble tout d'abord que vous demandez, non pas par curiosit&#233; personnelle, mais parce que vous vous placez astucieusement &#224; la place de vos lecteurs : existe-t-il un moyen de nous expliquer d'une mani&#232;re simple et claire En quoi consiste cette dialectique si souvent invoqu&#233;e pour &#233;lucider l'essentiel du mat&#233;rialisme historique ? Et je pense que vous pourriez ajouter que la conception de cette dialectique reste obscure pour les scientifiques purement empiriques, pour les m&#233;taphysiciens encore survivants et pour ces &#233;volutionnistes populaires, qui s'abandonnent si volontiers &#224; une impression g&#233;n&#233;rale de ce qui est et se passe, appara&#238;t et dispara&#238;t, na&#238;t et meurt, et qui entendent par &#233;volution en dernier ressort l'inconnaissable, et non le processus de compr&#233;hension. En fait, par dialectique, nous entendons ce mouvement rythmique de la compr&#233;hension qui tente de reproduire les grandes lignes de la r&#233;alit&#233; en devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part &#8211; si ces lettres n'&#233;taient pas trop longues pour rendre une telle chose improbable &#8211; si jamais j'avais envie de reprendre cette affaire, je devrais, avant de r&#233;pondre &#224; des questions si difficiles, me souvenir de ce po&#232;te grec, qui, interrog&#233; par le tyran de Syracuse : &#171; Que sont les dieux ? demanda d'abord un jour de r&#233;pit, puis un deuxi&#232;me, puis un troisi&#232;me, et ainsi de suite jusqu'&#224; l'infini. Et pourtant les po&#232;tes qui cr&#233;ent, inventent, louent et c&#233;l&#232;brent les dieux, devraient les conna&#238;tre mieux que je ne pourrais l'&#234;tre avec la dialectique, si un homme me tenait dans une position &#233;troite et exigeait imp&#233;rieusement que je lui r&#233;ponde. Je prendrais mon temps, m&#233;thode de proc&#233;dure qui n'est pas en harmonie avec la pens&#233;e dialectique, et je dirais en tant de mots (et cette r&#233;ponse est implicite) : Nous ne pouvons nous rendre compte de fa&#231;on ad&#233;quate de la pens&#233;e que si ce n'est par un acte de r&#233;flexion. pens&#233;e. Il faut s'habituer aux diverses mani&#232;res d'appliquer la pens&#233;e par efforts successifs. Et il est toujours dangereux de sauter &#224; deux pieds de l'application concr&#232;te d'un certain concept &#224; la formulation de sa d&#233;finition g&#233;n&#233;rale. Et si j'&#233;tais press&#233; de r&#233;pondre, je recommanderais, pour &#233;pargner &#224; celui qui pose la question la peine d'une &#233;tude longue, ardue et compliqu&#233;e, la lecture de l' Anti-D&#252;hring , en particulier du chapitre intitul&#233; &#171; La n&#233;gation de la n&#233;gation &#187;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y verra, et tout au long du livre, qu'Engels a non seulement fait de grands efforts pour expliquer ce qu'il enseignait, mais qu'il s'est &#233;galement efforc&#233; de lutter contre l'utilisation erron&#233;e des processus mentaux, comme c'est le cas par des gens qui, au contraire, d'arriver &#224; des pens&#233;es concr&#232;tes dans lesquelles la facult&#233; mentale se montre vivante et fra&#238;che, ont tendance &#224; tomber dans des sch&#233;mas a priori ou dans la scolastique. Et qu'il soit dit, sans pr&#233;judice pour les ignorants, que la scolastique n'&#233;tait en aucun cas exclusivement r&#233;serv&#233;e aux savants du Moyen &#194;ge et qu'elle ne se porte pas simplement comme une robe sacerdotale. La scolastique peut s'appuyer sur n'importe quelle th&#233;orie. Aristote lui-m&#234;me fut le premier scolastique. Il &#233;tait en effet bien d'autres choses, et surtout un g&#233;nie scientifique. La scolastique se pr&#233;sente m&#234;me au nom de Marx. Le fait est que la plus grande difficult&#233; dans la compr&#233;hension et l'&#233;laboration ult&#233;rieure du mat&#233;rialisme historique n'est pas la compr&#233;hension des aspects formels du marxisme, mais la possession des faits auxquels ces formes sont immanentes. Marx poss&#233;dait certains de ces faits et les a &#233;labor&#233;s, et il en reste bien d'autres que nous devons d&#233;couvrir et &#233;laborer par nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des nombreuses ann&#233;es que j'ai pass&#233;es dans l'&#233;ducation, j'ai acquis la ferme conviction du grand tort caus&#233; aux jeunes esprits en les impr&#233;gnant sans avertissement de formules, de diagrammes et de d&#233;finitions comme s'ils &#233;taient les pr&#233;curseurs de choses r&#233;elles, au lieu de les guider vers l'avenir. par &#233;tapes graduelles et bien pes&#233;es &#224; travers un d&#233;partement choisi de la r&#233;alit&#233; et d'abord en observant, comparant et exp&#233;rimentant des objets r&#233;els avant de formuler des th&#233;ories. Bref, une d&#233;finition plac&#233;e au d&#233;but d'une &#233;tude n'a aucun sens. Les d&#233;finitions ne prennent un sens que lorsqu'elles sont g&#233;n&#233;tiquement d&#233;velopp&#233;es. Au cours de la construction, on constate souvent &#224; quel point de simples d&#233;finitions sont pr&#233;judiciables. L'interpr&#233;tation commune donn&#233;e par des esprits incultes &#224; certains passages du droit romain est tout &#224; fait diff&#233;rente du sens r&#233;el. L'enseignement n'est pas une activit&#233; qui produit un simple effet au moyen d'objets nus. Il s'agit plut&#244;t d'une activit&#233; qui engendre une autre activit&#233;. En enseignant, nous apprenons &#224; comprendre que le premier germe de toute pens&#233;e philosophique est toujours plant&#233; par la m&#233;thode socratique, c'est-&#224;-dire par le talent accompli de g&#233;n&#233;rer des id&#233;es. [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En recommandant l'Anti-D&#252;hring et le chapitre cit&#233;, je n'entends pas faire un cat&#233;chisme de ces choses, mais seulement m'y r&#233;f&#233;rer comme une illustration de la capacit&#233; d'enseigner. Les armes et les instruments ne remplissent leur fonction que tant qu'ils sont utilis&#233;s, et non lorsqu'ils sont accroch&#233;s aux murs des mus&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos, s'il ne fallait pas terminer, je voudrais m'arr&#234;ter un instant sur ce passage o&#249; vous dites que l'Italie m&#233;rite l'hommage de tous, parce qu'elle est le berceau commun de toutes les civilisations. Ces paroles peuvent sembler un peu ronflantes, &#233;tant donn&#233; que vous parlez d'un socialisme qui, en r&#233;alit&#233;, n'a pas une grande dette envers l'Italie. Cependant, s'il est vrai que le socialisme est le r&#233;sultat d'une civilisation avanc&#233;e, alors les hommes m&#251;rs et avanc&#233;s des autres pays feraient bien de tourner de temps en temps leurs regards vers ce berceau. En pensant de temps en temps &#224; l'Italie, qui a fait pendant des si&#232;cles la plus grande partie de l'histoire universelle, chacun pourra toujours apprendre quelque chose de nous. Et alors ils s'apercevront qu'ils avaient d&#233;j&#224; cette Italie chez eux comme pr&#233;curseur de celle qu'ils sont maintenant. Certains Fran&#231;ais ont estim&#233; que l'Italie, du berceau de la civilisation, &#233;tait devenue un tombeau. Et comme un tombeau, il doit appara&#238;tre &#224; tous les &#233;trangers qui le visitent comme s'il s'agissait d'un mus&#233;e, mais qui ignorent notre histoire actuelle. Et en cela ils ont tort, et, si &#233;rudits que soient ces visiteurs, ils restent dans cette mesure ignorants de la vie r&#233;elle de notre pays, une vie qui semble &#234;tre celle d'un ressuscit&#233; des morts. Et cela, au moins, m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste r&#233;ellement cette renaissance de l'Italie et quelles perspectives offre-t-elle &#224; ceux qui regardent le progr&#232;s g&#233;n&#233;ral de l'humanit&#233; sans pr&#233;jug&#233;s ni id&#233;es pr&#233;con&#231;ues ? [15] Je ne parlerai pas des grandes difficult&#233;s qui doivent &#234;tre surmont&#233;es dans le traitement de l'histoire r&#233;elle de chaque pays d'un point de vue objectif, qui ne permettra pas aux opinions personnelles d'influencer la recherche scientifique. Dans le cas particulier de l'Italie, il faudrait remonter au XVIe si&#232;cle, lorsque les premiers d&#233;buts de l'&#232;re capitaliste furent inaugur&#233;s par les pays m&#233;diterran&#233;ens, o&#249; le capitalisme avait alors son si&#232;ge principal. Il faudrait atteindre les pr&#233;misses positives et n&#233;gatives, internes et externes, de la situation actuelle de l'Italie &#224; travers l'histoire des d&#233;cadences successives. Il n'est pas n&#233;cessaire que je dise que mes pouvoirs ne seraient pas &#224; la hauteur de la t&#226;che. Je ne ressens pas la moindre tentation de l'entreprendre comme un incident dans un discours occasionnel et familier comme celui d'aujourd'hui. Celui qui peut r&#233;sumer une telle &#233;tude dans un livre pourrait pr&#233;tendre avoir apport&#233; une contribution &#224; l'expression mentale de la situation r&#233;elle et de la vie de pens&#233;e r&#233;elle des Italiens. [16] Ici, nous avons souvent parmi nous des optimistes aveugles ou des pessimistes aveugles, dans le sens dans lequel les gens non philosophiques utilisent ces termes. Car en Italie, il existe non seulement une grande ignorance concernant la situation r&#233;elle des autres pays, mais aussi une &#233;valuation de la situation int&#233;rieure selon une norme tout &#224; fait id&#233;ale, hypoth&#233;tique et souvent utopique, au lieu d'&#234;tre comparative et pratique. Il est en effet singulier qu'ici, dans notre pays, o&#249; les sciences consacr&#233;es &#224; l'observation de la nature, sciences r&#233;ellement cultiv&#233;es pour des raisons particularistes et anti-philosophiques, aient connu un tel essor, nous rencontrions si peu de compr&#233;hension positive des probl&#232;mes sociaux actuels. conditions, alors qu'en m&#234;me temps nous avons un tr&#232;s grand nombre de sociologues qui fournissent des d&#233;finitions aux chercheurs de v&#233;rit&#233;. Mais il est bien connu que les sociologues de tous les pays &#233;prouvent une &#233;trange antipathie &#224; l'&#233;gard de l'&#233;tude de l'histoire. Et pourtant, cette m&#234;me histoire est, aux yeux des profanes, ce par quoi la soci&#233;t&#233; s'est d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, rares sont ceux qui voient clairement que la bourgeoisie italienne, qui est d&#233;j&#224; l'objet du m&#233;pris et de la haine de la part des petits, des esclaves affranchis et exploit&#233;s, comme dans tous les autres pays, et d'autre part est pouss&#233;e et peupl&#233;e de petits commer&#231;ants, est instable, agit&#233;e et m&#233;fiante dans ses propres rangs, parce qu'elle ne peut pas rivaliser sur un pied d'&#233;galit&#233; avec les capitalistes des autres pays. Pour cette raison, et pour l'autre qu'ils ont le Pape, [17] Avec ses marchandises encore marchandes que seuls les th&#233;oriciens de l'utopisme lib&#233;ral proclament comme &#233;tant &#224; jamais d&#233;pass&#233;es, cette bourgeoisie, qui doit encore se d&#233;velopper, est intrins&#232;quement r&#233;volutionnaire, comme le dirait le Manifeste. Et comme ils n'ont pas eu la chance d'&#234;tre jacobins, comme ils auraient tant aim&#233; l'&#234;tre, ils se sont habitu&#233;s &#224; la formule d'un roi par la gr&#226;ce de Dieu et de la nation, tout &#224; la fois. Puisque cette bourgeoisie ne pouvait compter sur un d&#233;veloppement rapide et &#224; grande &#233;chelle de l'industrie, qui est en fait lent &#224; venir, ni, par cons&#233;quent, sur une conqu&#234;te rapide des march&#233;s &#233;trangers, en raison du progr&#232;s lent et incertain de l'&#233;conomie nationale, en grande partie agricoles, ils pratiquent la politique m&#233;diocre de l'opportunisme et d&#233;pensent tous leurs talents en adroitit&#233;. C'est le r&#244;le jou&#233; depuis quelques mois par notre marine en Orient. Il joue le r&#244;le du renard dans la fable, qui d&#233;clarait que les raisins &#233;taient aigres, parce qu'il ne pouvait pas les atteindre. Mais ce renard se retrouve parmi d'autres renards, qui gardent les raisins ou s'appr&#234;tent &#224; les saisir. Et puis le renard devient id&#233;aliste, faute de positif. Cette bourgeoisie italienne se sent dans le r&#244;le de la nation tout enti&#232;re, en partie &#224; cause de l'abstention r&#233;actionnaire ou d&#233;magogique des cl&#233;ricaux de l'activit&#233; politique, en partie &#224; cause du tr&#232;s lent d&#233;veloppement d'une opposition prol&#233;tarienne. En l'absence de divisions partisanes dans la soci&#233;t&#233;, la bourgeoisie donnait le nom de partis aux factions qui se rassemblaient autour de capitaines ou de proconsuls, de dirigeants entreprenants ou aventureux. La premi&#232;re apparition du socialisme les frappa comme la foudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, se trompent ceux qui croient que toute agitation de la multitude dans ce pays, comme nous en avons &#233;t&#233; t&#233;moins &#224; plusieurs reprises en divers endroits de l'Italie, est l'indice d'un mouvement prol&#233;tarien, qui a pour base concr&#232;te la lutte &#233;conomique. et oriente plus ou moins explicitement ses aspirations vers le socialisme des autres pays. Le plus souvent, ces troubles ressemblent &#224; des r&#233;voltes de forces &#233;l&#233;mentaires contre un &#233;tat de choses dans lequel ces forces ne trouvent pas cette discipline de contr&#244;le typique d'un r&#233;gime bourgeois tendant &#224; former le prol&#233;tariat en escouades. Regardez, par exemple, le ph&#233;nom&#232;ne aggrav&#233; de l'&#233;migration qui, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, emporte des hommes capables d'offrir &#224; l'exploitation capitaliste &#224; l'&#233;tranger des armes puissantes, un z&#232;le incomparable et des estomacs capables de toutes les privations. Ce sont, en un mot, des ouvriers des champs superflus, ou des artisans de m&#233;tiers en d&#233;clin, que le r&#232;gne de l'&#233;ducation capitaliste regrouperait dans des escadrons de travail en usine, si l'industrie &#224; grande &#233;chelle &#233;tait pr&#234;te &#224; d&#233;velopper ce genre de choses, ou que notre capitale inviterait dans nos colonies natales, si nous en avions, et si nous n'avions pas &#233;t&#233; saisis par la folie de fonder des colonies dans des endroits o&#249; il est presque impossible de le faire. [18]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Italie est devenue ces derni&#232;res ann&#233;es, pour des raisons tout &#224; fait naturelles, la terre promise des d&#233;cadents, des autoglorifiants, des critiques superficiels, des sceptiques exigeants et pos&#233;s. La partie saine et v&#233;ridique du mouvement socialiste (qui n'a pour l'instant d'autre devoir &#224; accomplir dans les circonstances actuelles que de pr&#233;parer la petite classe moyenne &#224; l'&#233;ducation d&#233;mocratique) contient donc des m&#233;langes d'&#233;l&#233;ments qui devraient l'admettre s'ils ils voulaient &#234;tre honn&#234;tes avec eux-m&#234;mes, qu'ils sont d&#233;cadents, qu'ils ne sont pas pouss&#233;s &#224; s'agiter par une forte volont&#233; de vivre, mais par une vague sati&#233;t&#233; du pr&#233;sent. Ce ne sont que des boh&#232;mes rassasi&#233;s et ennuy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut vraiment que je termine. Il me semble cependant entendre une petite voix de protestation venant de ces camarades toujours si pr&#234;ts &#224; &#233;lever des objections. Et cette voix dit : &#171; Tout cela n'est que sophisme et doctrinarisme. Ce dont nous avons besoin, c'est de pratique. Certes, je suis d'accord avec toi, tu as raison. Le socialisme a &#233;t&#233; si longtemps utopique, intrigant, d&#233;sinvolte et visionnaire, qu'il est bon de r&#233;p&#233;ter sans cesse aujourd'hui que ce dont nous avons besoin, c'est de la pratique. Car l'esprit de ceux qui adoptent le socialisme ne doit jamais &#234;tre d&#233;connect&#233; des choses du monde r&#233;el et doit continuellement &#233;tudier leur domaine dans lequel ils sont oblig&#233;s de travailler dur pour tracer une voie claire. Mais mon soi-disant critique devrait se garder de devenir lui-m&#234;me un doctrinaire. Car ce terme d&#233;signe, pour celui qui le comprend, une certaine disposition mentale &#224; se perdre dans les abstractions et &#224; pr&#233;tendre que les id&#233;es d&#233;clar&#233;es excellentes en elles-m&#234;mes et les fruits recueillis par l'exp&#233;rience en diff&#233;rents temps et lieux peuvent s'appliquer directement &#224; cas concrets et conviennent &#224; tous les temps et &#224; tous les lieux. La pratique des partis socialistes dans leurs relations avec les autres politiques s'est jusqu'&#224; pr&#233;sent exerc&#233;e plut&#244;t en conformit&#233; avec des exigences rationnelles qu'avec la science. C'est le r&#233;sultat d'une observation constante, d'une adaptation incessante &#224; des conditions nouvelles. C'est le fruit &#233;prouv&#233; de la lutte pour un alignement des tendances souvent diff&#233;rentes et antagonistes du prol&#233;tariat dans la m&#234;me direction. C'est l'effort visant &#224; r&#233;aliser des projets pratiques &#224; l'aide d'une compr&#233;hension claire de toutes les interrelations compliqu&#233;es et complexes qui unissent le monde dans lequel nous vivons. S'il n'en &#233;tait pas ainsi, de quel droit et de quelle pr&#233;tention pourrions-nous parler d'un marxisme tant vant&#233; ? Si le mat&#233;rialisme historique ne tient pas, cela signifie que les perspectives de l'av&#232;nement du socialisme sont douteuses et que notre conception d'une soci&#233;t&#233; future est un r&#234;ve utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est trop souvent vrai que tout notre socialisme contemporain contient encore en lui-m&#234;me les germes latents d'un nouvel utopisme. [19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas de ceux qui ne cessent de ressasser le dogme de la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;volution, qu'ils confondent avec un certain droit &#224; une condition meilleure. Et ils disent que la future soci&#233;t&#233; de production &#233;conomique collectiviste, avec toutes ses cons&#233;quences techniques et p&#233;dagogiques, viendra parce qu'elle DEVRAIT venir . Ils semblent oublier que cette soci&#233;t&#233; future doit &#234;tre produite par les &#234;tres humains eux-m&#234;mes en r&#233;ponse aux exigences des conditions dans lesquelles ils vivent actuellement et par le d&#233;veloppement de leurs propres aptitudes. Bienheureux ceux qui mesurent l'avenir de l'histoire et le droit au progr&#232;s &#224; l'aune d'une police d'assurance-vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dogmatiques des id&#233;es bon march&#233; oublient plusieurs choses. En premier lieu, ils oublient que le futur, justement parce qu'il est un futur qui sera un pr&#233;sent alors que nous appartenons au pass&#233;, ne peut pas &#234;tre utilis&#233; comme crit&#232;re pratique pour nos actions pr&#233;sentes. Ce sera la chose &#224; laquelle nous souhaitons arriver, mais non le chemin par lequel y parvenir. En deuxi&#232;me lieu, l'exp&#233;rience de ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es devrait convaincre ceux qui savent penser de mani&#232;re critique de la v&#233;rit&#233; suivante : dans la mesure o&#249; la capacit&#233; d'organisation dans un parti de classe grandira parmi les prol&#233;taires et les petits commer&#231;ants, le processus de ce mouvement compliqu&#233; fournira lui-m&#234;me la preuve que le d&#233;veloppement de la nouvelle &#232;re devra &#234;tre mesur&#233; selon un &#233;talon de temps consid&#233;rablement plus lent que celui initialement suppos&#233; par les premiers socialistes qui &#233;taient encore entach&#233;s de souvenirs jacobins. Il est &#233;vident que nous ne pouvons pas envisager des p&#233;riodes aussi longues avec une tr&#232;s grande certitude. Nous devons prendre en compte l'&#233;norme complexit&#233; de la vie moderne et la vaste expansion du capitalisme ou de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. [20] Qui ne voit que le Pacifique remplace d&#233;sormais l'oc&#233;an Atlantique, tout comme l'Atlantique a autrefois remplac&#233; la mer M&#233;diterran&#233;e ? Enfin, en troisi&#232;me lieu, la science pratique du socialisme consiste &#224; observer clairement tous les processus compliqu&#233;s du monde &#233;conomique et &#224; &#233;tudier simultan&#233;ment les conditions dans lesquelles vit le prol&#233;tariat, devenu capable de se concentrer dans un parti de classe. et apporte dans cette concentration successive l'esprit dont il a besoin dans la lutte &#233;conomique qui fa&#231;onne sa propre politique particuli&#232;re. Sur la base de ces donn&#233;es actuelles, nous pouvons fonder des calculs suffisamment clairs pour nos pr&#233;visions et &#233;tablir un lien avec le point o&#249; le prol&#233;tariat devient dominant et fa&#231;onne la politique politique de l'&#201;tat. Ce point doit co&#239;ncider avec celui o&#249; le capitalisme devient inapte &#224; gouverner. Et &#224; partir de ce point, que personne ne peut tr&#232;s bien imaginer &#234;tre une bagarre bruyante, nous aurons le d&#233;but de ce que beaucoup, avec une obstination ennuyeuse, appellent la r&#233;volution sociale par excellence . l'histoire est une s&#233;rie de r&#233;volutions sociales. Aller au-del&#224; de ce point dans notre raisonnement serait le prendre pour un tissu de notre imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps des proph&#232;tes est r&#233;volu. Heureux toi, Fra Dolcino, qui dans tes trois lettres [21] n'a pas su transfigurer les incidents passagers de la politique (comme le pape C&#233;lestin et le pape Boniface VIII, les champions d'Anjou et d'Aragon, les Guelfes et les Gibelins, la pl&#232;be pauvre et les patriciens des communes, etc.) en types qui avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; symbolis&#233;s par les proph&#232;tes et l'Apocalypse, mesurant les p&#233;riodes de providence par corrections successives selon les ann&#233;es, les mois et les jours. Mais tu &#233;tais un h&#233;ros. Et cela prouve que ces fantasmes n'&#233;taient pas la cause de tes luttes, mais plut&#244;t leur enveloppe id&#233;ologique, au moyen de laquelle tu te rendais compte, comme beaucoup d'autres l'ont fait, pendant tout un si&#232;cle avant toi et Fran&#231;ois de Assise, du mouvement d&#233;sesp&#233;r&#233; de la pl&#232;be contre la hi&#233;rarchie papale, contre la bourgeoisie croissante dans les communes et contre la monarchie naissante. Mais toutes ces enveloppes ont &#233;t&#233; d&#233;chir&#233;es, y compris la religion des id&#233;es, comme diraient certains qui emploient un jargon hypocrite par respect superstitieux pour la religion des autres. Aujourd'hui, seuls les imb&#233;ciles sont autoris&#233;s &#224; rester des utopistes. L'utopie des imb&#233;ciles est soit une chose ridicule, soit une id&#233;e ch&#232;re aux hommes de lettres qui visitent ce phalanst&#232;re d'enfants que Bellamy a construit. Notre humble Marx, en revanche, un homme de science tout &#224; fait prosa&#239;que, s'est efforc&#233; de recueillir modestement dans la soci&#233;t&#233; actuelle les indications de sa transition vers la soci&#233;t&#233; &#224; venir, par exemple l'essor des coop&#233;ratives (les vraies !) en Angleterre et des choses similaires, et c'est &#224; lui qu'incombe la t&#226;che (surtout gr&#226;ce au travail consacr&#233; &#224; l'Internationale) d'&#234;tre l'accoucheur de l'avenir, ce qui n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me chose que d'en &#234;tre le b&#226;tisseur fantaisiste. Lui et Engels parlaient de la soci&#233;t&#233; du futur, consid&#233;rant la dictature du prol&#233;tariat comme un fait, non pas du point de vue intuitif de celui qui croit la voir devant lui, mais du point de vue d'un principe de formation. de la structure &#233;conomique qui devrait se d&#233;velopper en opposition &#224; la soci&#233;t&#233; actuelle. [22]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, si quelqu'un &#233;prouve le besoin de vivre dans l'avenir comme s'il pouvait le ressentir et l'essayer sur sa peau, et s'il balbutie au nom de telles id&#233;es et veut investir de son sens les membres de la soci&#233;t&#233; future, droits et devoirs, qu'il aille de l'avant. J'esp&#232;re qu'il me permettra, moi qui ai aussi une sorte de droit d'envoyer sa carte de visite &#224; la post&#233;rit&#233;, d'exprimer le sentiment que les hommes de l'avenir ne renonceront pas &#224; leur nature humaine au point de ne plus &#234;tre comparables &#224; nous du pr&#233;sent, et qu'ils auront assez de la joie dialectique du rire pour plaisanter sur les proph&#232;tes d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, je ferme pour de bon. Et c'est &#224; vous de recommencer, si jamais vous le d&#233;sirez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REMARQUES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#171; Depuis 1873, j'ai &#233;crit contre les principes fondamentaux du syst&#232;me lib&#233;ral et, en 1879, j'ai commenc&#233; &#224; marcher sur le chemin de ma nouvelle foi intellectuelle, &#224; laquelle je tiens toujours et qui a &#233;t&#233; confirm&#233;e par des &#233;tudes et des observations plus approfondies au cours des derni&#232;res ann&#233;es. trois ans.&#034; C'est ainsi que j'ai &#233;crit &#224; la page 23 de ma conf&#233;rence &#171; Sur le socialisme &#187;, Rome, 1889. Cette conf&#233;rence, qui &#233;tait en quelque sorte une confession de foi dans un style populaire, a &#233;t&#233; compl&#233;t&#233;e par moi avec le pamphlet &#171; Prol&#233;taires et radicaux &#187;, Rome, 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#034;Je ne fais pas le v&#339;u de m'enfermer dans un syst&#232;me comme dans une prison.&#034; C'est ainsi que je l'ai &#233;crit il y a 24 ans dans la pr&#233;face de mon ouvrage De la libert&#233; morale (Naples, 1873). Et je peux le r&#233;p&#233;ter maintenant. Ce livre contient un expos&#233; d&#233;taill&#233; du d&#233;terminisme, et a ensuite &#233;t&#233; compl&#233;t&#233; par un autre de mes travaux, intitul&#233; &#171; Moralit&#233; et religion &#187; (Napes, 1873).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Un retour &#224; d'autres philosophies est aujourd'hui &#233;galement sugg&#233;r&#233; par certains socialistes. On veut revenir &#224; Spinoza, c'est-&#224;-dire &#224; une philosophie dans laquelle le d&#233;veloppement historique n'a aucune place. Un autre se contenterait du mat&#233;rialisme m&#233;canique du XVIIIe si&#232;cle, c'est-&#224;-dire du rejet de toute histoire. D'autres encore pensent &#224; faire revivre Kant. Cela implique-t-il aussi la renaissance de son antinomie insoluble entre raison pratique et raison th&#233;orique ? Cela signifie-t-il un retour &#224; ses cat&#233;gories fixes et &#224; ses facult&#233;s fixes de l'&#226;me, dont Herbart semblait n'avoir fait qu'une bouch&#233;e ? Cela inclut-il son imp&#233;ratif cat&#233;gorique, dans lequel Schopenhauer avait d&#233;couvert les commandements chr&#233;tiens sous le d&#233;guisement d'un principe m&#233;taphysique ? S'agit-il de la th&#233;orie des droits naturels, que m&#234;me le Pape ne se soucie plus de soutenir ? Pourquoi ne laissent-ils pas les morts enterrer les morts ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous n'avez que le choix entre deux alternatives logiques. Soit vous acceptez ces autres philosophies dans leur int&#233;gralit&#233;, telles qu'elles &#233;taient &#224; leur &#233;poque, et dans ce cas vous devez dire adieu au mat&#233;rialisme historique. Ou bien vous en choisissez ce qui vous convient et vous adaptez vos arguments &#224; votre choix, et dans ce cas vous vous chargez d'un travail inutile, car l'histoire de la pens&#233;e est ainsi constitu&#233;e que rien n'est perdu des choses qui &#233;taient dans le pass&#233;. les conditions et les pr&#233;paratifs de nos conceptions actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe finalement une troisi&#232;me possibilit&#233;, &#224; savoir celle de tomber dans le syncr&#233;tisme et la confusion. Une bonne illustration de ce type est L. Woltmann (&#171; System des moralischen Bewusstseins &#187;, D&#252;sseldorf, 1898), qui r&#233;concilie les lois &#233;ternelles de la morale avec le darwinisme, et Marx avec le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Je recommanderais au lecteur ma conf&#233;rence sur &#034;La Laurea in Filosofia&#034; (Le Doctorat en Philosophie), qui est annex&#233;e &#224; l'ouvrage ci-dessus. Mon ami Lombroso appelait cela en plaisantant &#171; la d&#233;capitation de la m&#233;taphysique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt;5. Le manque de chance a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par de nombreux articles &#233;crits contre cette conception, &#224; commencer par celui fortement poivr&#233; et sal&#233; de Kautsky dans &#034;Die Neue Zeit&#034;, XIII, Vol. I, pages 709-716, &#224; celle de David dans &#171; Le Devenir Social &#187;, d&#233;cembre 1896, pages 1059-65, sans parler des autres. Ferri dit d'ailleurs dans une note de bas de page de son annexe &#224; l'&#233;dition fran&#231;aise de son ouvrage &#171; Darwin, Spencer, Marx &#187;, Paris, 1897 : &#171; Le professeur Labriola a r&#233;cemment r&#233;p&#233;t&#233;, sans preuve, l'affirmation selon laquelle le socialisme n'est pas conciliable avec le darwinisme (en son article sur &#171; Le Manifeste de Marx et Engels &#187;, dans &#171; Le Devenir Social &#187;, juin 1895. &#187; Or il est vrai que je conteste, dans mon essai &#171; En m&#233;moire du Manifeste communiste &#187;, ceux qui &#171; cherchent dans cette doctrine un d&#233;riv&#233; du darwinisme, qui n'est une th&#233;orie analogue que d'un certain point de vue et dans un sens tr&#232;s large. &#187; (page 10) &#8211; Mais il me semble que nier sa d&#233;rivation et admettre son analogie ne signifie pas Je veux dire nier qu'il puisse &#234;tre r&#233;concili&#233; avec le darwinisme. Veuillez consulter mon essai sur le &#171; Mat&#233;rialisme historique &#187;, chapitre iv&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Cette th&#232;se philosophique est en quelque sorte annonc&#233;e par les mots suivants de Ferri, qui concluent la note susmentionn&#233;e : &#171; Le transformisme biologique est &#233;videmment fond&#233; sur le transformisme universel, et en m&#234;me temps il est la base du transformisme &#233;conomique et social. &#034; Dans ces circonstances, Spencer est &#224; la fois un g&#233;nie et un idiot, car il est le prince de l'&#233;volution et pourtant il n'a jamais pu comprendre le socialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Ensuite, j'attends un Socrate-Marx &#224; deux &#233;toiles. Car Socrate fut le premier &#224; d&#233;couvrir que la compr&#233;hension est un processus de travail et que l'homme ne conna&#238;t bien que les choses qu'il peut faire. Un de mes livres sur &#034;La Dottrina di Socrate&#034; porte la date de 1871, Naples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Voir &#171; Zuricher Socialdemokrat &#187;, 22 mars 1883, page 1. Je remarque au passage que Darwin, d&#233;c&#233;d&#233; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, est n&#233; en 1809. Engels est n&#233; en 1820, comme Spencer. Ils &#233;taient tous de vrais contemporains, &#224; peu pr&#232;s du m&#234;me &#226;ge et vivant dans le m&#234;me environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. J'ai expliqu&#233; ce que j'entends par &#171; conception &#233;pig&#233;n&#233;tique &#187; dans un ouvrage intitul&#233; &#171; Les probl&#232;mes de la philosophie de l'histoire &#187;, Rome, 1887. Cet ouvrage est en partie bas&#233; sur un de mes travaux plus anciens intitul&#233; &#171; L'enseignement de l'histoire &#187;, Rome, 1876.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Ce dernier &#233;tait un chanteur de music-hall et, selon sa propre estimation, un pr&#233;curseur d'Oscar Wilde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. J'exceptionne le philosophe Teichm&#252;ller, qui a &#233;tudi&#233; et d&#233;crit uniquement cette forme d'ath&#233;isme actif, qui est une religion et une foi. D'autre part, l'absence de toute religion, qui caract&#233;rise les sciences purement exp&#233;rimentales, correspond &#224; l'indiff&#233;rence de l'esprit &#224; l'&#233;gard de toute croyance ou croyance. L'ath&#233;isme, en tant que croyance active, est &#224; l'origine de ce cercle d'&#233;crivains parisiens dont les principaux fondateurs furent l'ing&#233;nu Chaumette et l'ambigu H&#233;bert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. &#034;....Les juristes n'y pr&#234;tent g&#233;n&#233;ralement aucune attention. La responsabilit&#233; au sens psychologique du terme signifie qu'une action est attribu&#233;e &#224; une personne (&#224; la volont&#233; d'une personne), dans la mesure o&#249; cette personne est consciente. de son action et la veut. Mais comme une responsabilit&#233; au sens psychologique implique une responsabilit&#233; au sens moral, il faut comparer la volont&#233;, qui est le principe de l'action, avec cette somme d'id&#233;es qui forment la conscience morale de l'homme. personne qui agit. Et une telle comparaison doit clairement r&#233;v&#233;ler le fait que la responsabilit&#233; morale de chacun se r&#233;duit &#224; une diff&#233;renciation infinit&#233;simale d'individu &#224; individu. Voir page 124 de mon ouvrage sur la &#171; Libert&#233; morale &#187;, Naples, 1873. Cela pourra &#234;tre v&#233;rifi&#233; au fur et &#224; mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Dans ce petit volume, j'avais l'intention de r&#233;soudre exclusivement les probl&#232;mes que soulevaient dans mon esprit de diverses mani&#232;res les questions et les objections de Sorel. Le lecteur ne peut donc trouver dans ce livre aucune r&#233;ponse, directe ou indirecte, aux diverses critiques adress&#233;es &#224; mes essais. Laissant de c&#244;t&#233; les simples critiques moqueuses et laissant de c&#244;t&#233; les pol&#233;miques incidentes et les impertinences gratuites de quelques &#233;crivains grossiers, je remercie sinc&#232;rement Messieurs Andler, Durkheim, Gide, Seignobos, Xenopol, Bourdeau, Bernheim, Pareto, Petrone, Croce, Gentile et les &#233;diteurs de &#034; Ann&#233;e Sociologique&#034; et &#034;Novoie Slovo&#034;, pour les longues critiques dont ils m'ont fait l'honneur. Je ne peux m'emp&#234;cher de remarquer que j'ai &#233;t&#233; l'objet d'observations aussi oppos&#233;es que celles-ci : &#171; Vous &#234;tes trop marxiste &#187; et &#171; Vous n'&#234;tes plus marxiste &#187;. Les deux affirmations sont &#233;galement infond&#233;es. La v&#233;rit&#233; est simplement que j'ai d'abord accept&#233; la th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique, puis je l'ai trait&#233;e du point de vue de la science moderne et &#8211; selon mon propre temp&#233;rament intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Je renvoie le lecteur &#224; mon ouvrage sur La Doctrine de Socrate , Naples, 1871, notamment aux pages 56 &#224; 72, o&#249; je discute de sa m&#233;thode. Je cite quelques passages de cet ouvrage, histoire de montrer &#171; l'&#233;l&#233;ment socratique &#187; dans toute forme de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;tat primitif de la conscience humaine, bien que typique de l'&#233;poque primitive du d&#233;veloppement social, continue et se perp&#233;tue dans les p&#233;riodes historiques ult&#233;rieures, parce qu'il acquiert un certain degr&#233; de pouvoir durable par l'habitude et fixe son expression dans les mythes et la po&#233;sie primitive. l'essor successif et le lent d&#233;veloppement de la r&#233;flexion... ne parviennent pas enti&#232;rement &#224; surmonter les diverses manifestations de l'esprit primitif et irraisonn&#233;. La transformation des &#233;l&#233;ments anciens en concepts consciemment compris et exprim&#233;s ne s'op&#232;re qu'au terme d'un long processus, d'un travail assidu et assidu. lutte incessante &#224; travers les si&#232;cles. Ce processus de transformation ne s'op&#232;re pas simplement gr&#226;ce &#224; ces motivations internes de critique et de recherche que l'on peut qualifier de th&#233;oriques. Il est plut&#244;t le r&#233;sultat n&#233;cessaire des &#171; collisions pratiques entre la volont&#233; de l'individu et celle de l'individu &#187;. opinions traditionnelles exprim&#233;es par les coutumes. &#187; Plus tard encore, elle rev&#234;t le caract&#232;re d'&#171; une lutte sociale entre classe et classe, entre individu et individu &#187;. Dans l'histoire de cette lutte, l'un des &#233;l&#233;ments de la vie primitive qui offre le plus de mati&#232;re &#224; contrastes. ... est le langage... qui prend dans les p&#233;riodes ult&#233;rieures l'apparence d'une r&#232;gle &#224; laquelle tous les individus doivent n&#233;cessairement et in&#233;vitablement se conformer. Mais quand les hommes ne s'accordent plus instinctivement pour appeler les m&#234;mes choses justes, vertueuses, honn&#234;tes, etc., quand ils ont perdu confiance dans ces types abstraits de l&#233;gendes et de mythes, dans lesquels l'esprit primitif avait d&#233;pos&#233; et exprim&#233; des points communs. accord... alors surgit... chez l'individu le besoin de retrouver cette certitude, qui est venue de l'accord sur un crit&#232;re naturel et commun et il demande : Qu'est-ce que c'est ? Cette question manifeste l'int&#233;r&#234;t logique de Socrate. Car nous sommes d'abord envahis par l'illusion que les m&#234;mes mots expriment le m&#234;me sens, mais &#224; la longue nous acqu&#233;rons la conviction de la grande diff&#233;rence entre nos concepts et ceux des autres. La premi&#232;re illusion devient ainsi d'autant plus &#233;vidente et finalement elle est enti&#232;rement dissip&#233;e. &#187; (Page 62.) - &#171; La question : Qu'est-ce que c'est ? comprend toute l'enqu&#234;te sur la valeur d'un concept, depuis ses limites &#233;videntes et d&#233;terminables jusqu'&#224; l'id&#233;e que nous nous en faisons. Le contenu d'un concept, qui semble &#224; premi&#232;re vue exprim&#233; par sa simple d&#233;nomination, doit &#234;tre en r&#233;alit&#233; constat&#233;, dans son essence et son identit&#233;. Et cela ne peut pas se faire en allant du haut vers le bas. ou, comme on dit, de mani&#232;re d&#233;ductive, parce qu'il nous manque encore la conviction de l'existence d'une valeur logique inconditionnelle et absolue.&#034; (Page 65.) - &#034;Le point de d&#233;part, c'est-&#224;-direle nom qui dans sa simple unit&#233; phon&#233;tique fut d'abord le centre de la recherche, devient finalement la limite extr&#234;me de la pens&#233;e, qui se place au terme de la recherche en en faisant consciemment l'expression d'un contenu d&#251; &#224; une pens&#233;e d&#233;lib&#233;r&#233;e. Alors les images concr&#232;tes, qui s'organisaient d'abord de mani&#232;re douteuse autour d'une d&#233;nomination vague, ne dominent plus la nouvelle synth&#232;se et sont contraintes de se dissoudre et de chercher un nouvel emplacement. Et seulement l'&#233;l&#233;ment nouveau qui est le fruit de la recherche. ou le contenu constant de l'objet d'enqu&#234;te trouv&#233; par induction, peut d&#233;terminer la coordination et la subordination dans lesquelles les images doivent exister c&#244;te &#224; c&#244;te. &#034; (Pages 66-67.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Lorsque j'ai &#233;crit pour la premi&#232;re fois ces aper&#231;us h&#226;tifs de la situation actuelle en Italie, je les ai r&#233;dig&#233;s plut&#244;t longuement. Plus tard, lorsque j'ai pr&#233;par&#233; ces lettres pour l'imprimeur, j'ai d&#233;cid&#233; de raccourcir ce plan. Car dans un avenir pas tr&#232;s lointain, j'ai l'intention de publier un autre essai, dans lequel j'aurai l'occasion de parler assez longuement des causes lointaines et des raisons imm&#233;diates de la situation actuelle de notre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. J'ai fait cette analyse, au moins de fa&#231;on sommaire, au d&#233;but de mon cours d'acad&#233;mie de 1897-98, consacr&#233; &#224; la chute de &#171; l'Ancien R&#233;gime &#187;. Afin d'expliquer l'&#233;volution catastrophique de la soci&#233;t&#233; capitaliste en France, il m'est venu &#224; l'esprit de le faire pr&#233;c&#233;der d'une description g&#233;n&#233;rale de ce que nous appelons la soci&#233;t&#233; moderne. Mais le d&#233;veloppement entrav&#233; ou retard&#233; de la vie italienne prive de nombreux Italiens d'une vision claire du monde capitaliste, et c'est pourquoi il m'a convenu de donner un expos&#233; pr&#233;cis des causes, des raisons et de la mani&#232;re dont se sont d&#233;velopp&#233;es les conditions actuelles en Italie. De nombreux socialistes italiens n'ont pas compris jusqu'&#224; r&#233;cemment que les obstacles au d&#233;veloppement capitaliste sont autant d'obstacles &#224; la formation d'une soci&#233;t&#233; prol&#233;tarienne capable d'action politique. Dans cette mesure, ils &#233;taient et restaient des utopistes, qu'ils le veuillent ou non. A cette &#233;poque, en d&#233;cembre 1897, je ne pouvais pas pr&#233;voir l'ouragan qui s'est d&#233;cha&#238;n&#233; en Italie en mai 1898. Mais cet ouragan m'a trouv&#233; au moins pr&#233;par&#233; &#8211; &#224; le comprendre. Et que puis-je faire d'autre dans certaines circonstances que comprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. J'ai eu &#224; plusieurs reprises, depuis 1887 jusqu'&#224; nos jours, l'occasion de combattre par la parole et par l'&#233;crit les tentatives de r&#233;conciliation de l'Italie et du Vatican. Mais je n'ai jamais fait appel dans mes pol&#233;miques ni au mat&#233;rialisme, ni &#224; l'ath&#233;isme, etc., comme le font g&#233;n&#233;ralement les id&#233;ologues. J'ai toujours fait appel aux int&#233;r&#234;ts pratiques de notre bourgeoisie, qui, pour le dire en deux mots, ne peut se passer de deux choses &#224; la fois, &#224; savoir l'hymne de Garibaldi et la marche royale. L'impossibilit&#233; pratique d'un v&#233;ritable parti conservateur est l'un des traits caract&#233;ristiques de notre pays. Car pour conserver, il faudrait ici d&#233;truire. En outre, nos pr&#234;tres, aussi prosa&#239;ques que les autres Italiens, travaillent toujours pour un Royaume des Cieux sur terre, g&#232;rent des affaires comme des humanitaires tardifs et importent la th&#233;ologie, l'instruction sacr&#233;e, la d&#233;mocratie chr&#233;tienne et les tr&#233;sors confessionnels comme articles de luxe d'Allemagne et d'Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. &#171; L'Italie a besoin de progr&#232;s mat&#233;riel, moral et intellectuel. J'esp&#232;re que vous verrez une Italie dans laquelle la gestion arri&#233;r&#233;e de l'agriculture sera supplant&#233;e par la machinerie et la chimie &#224; grande &#233;chelle ; puissance de l'&#233;lectricit&#233;, qui seule peut suppl&#233;er &#224; notre manque de charbon, attel&#233;e aux cours sup&#233;rieurs des rivi&#232;res, ou peut-&#234;tre aux vagues de la mer et aux vents. J'attends le temps o&#249; vous ne verrez plus d'analphab&#232;tes. en Italie, et donc plus d'hommes qui ne sont pas des citoyens et de foules qui ne sont pas des gens. Vous serez peut-&#234;tre t&#233;moin et participerez &#224; une politique qui sera dirig&#233;e conform&#233;ment &#224; une compr&#233;hension d'une culture croissante et d'un pouvoir &#233;conomique croissant, au lieu de cela. des alliances basses et des entreprises fantastiquement aventureuses qui se terminent par des actes de prudence qui semblent vils. &#8211; C'est ainsi que j'ai parl&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re, dans mon discours inaugural &#224; l'Universit&#233; de Rome, le 14 novembre, en m'adressant aux &#233;tudiants. Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces paroles qui ont fait tant de bruit. Voir &#171; L'Universit&#233; et la libert&#233; de la science &#187;, Rome, 1897, page 50.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Bernstein a r&#233;cemment &#233;crit avec une grande habilet&#233; quelques articles ing&#233;nieux dans le NEUE ZEIT sur l'utopisme latent chez certains marxistes. Et beaucoup de ceux &#224; qui cette chaussure convenait se sont peut-&#234;tre demand&#233;s : &#171; Est-ce que cela me concerne ? (Quand j'&#233;crivais ceci en 1897, je n'aurais jamais imagin&#233; que ce Bernstein, dont je louais la critique simplement dans la mesure o&#249; c'&#233;tait une critique, serait port&#233; dans le monde entier comme le plus grand exemple de r&#233;formiste, par les vendeurs de la &#171; crise &#187;. du marxisme.&#034; &#8211; Note &#224; la nouvelle &#233;dition.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. La multiplication des centres de production et la complexit&#233; des interrelations qui en r&#233;sulte ont &#233;galement conduit &#224; une &#233;volution des crises commerciales. A la place des spasmes p&#233;riodiques qui, &#224; l'&#233;poque de Marx, survenaient tous les dix ans dans l'exemple typique de l'Angleterre, nous avons aujourd'hui un &#233;tat de d&#233;pression diffus et chronique. Cela a &#233;t&#233; transform&#233; en un argument de poids par ceux qui combattent l'id&#233;e des catastrophes. En bref, ils tentent de faire du marxisme une th&#233;orie responsable des erreurs de pr&#233;vision et de calcul que Marx &#233;tait susceptible de commettre parce qu'il vivait dans un certain environnement limit&#233; par l'espace, le temps et les circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. D'une de ces lettres nous n'avons que des fragments par indirection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Pour plus d'informations sur ce point, voir les citations &#224; la fin de mon essai sur le &#171; Mat&#233;rialisme historique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNEXE I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POST-SCRIPT DE L'AUTEUR &#192; L'&#201;DITION FRAN&#199;AISE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frascati (Rome), 10 septembre 1898.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si Sorel n'a donn&#233; aucun signe de reprise jusqu'&#224; pr&#233;sent, il se peut qu'il le fasse encore. Cependant, j'ai de bonnes raisons de craindre qu'il prenne une route tout autre que celle &#224; laquelle je m'attendais s'il recommen&#231;ait, puisqu'il parle maintenant de sa crise du socialisme scientifique (voir son article dans Critica Sociale , 1er mai 1898, pages 134-138), qu'il &#233;crit en r&#233;f&#233;rence aux m&#234;mes publications de Merlino, qu'il avait si s&#233;v&#232;rement critiqu&#233;es l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, dans Le Devenir Social (octobre 1897, pages 854-858).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'il reprenne ou non la discussion des probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux que j'ai trait&#233;s dans les lettres qui lui pr&#233;c&#232;dent, je me sens oblig&#233; de pr&#233;ciser ici, afin d'&#233;viter tout malentendu et de pr&#233;server le lecteur des erreurs, que je ne le ferai pas. suivez-le dans ses &#233;lucubrations immatures et pr&#233;matur&#233;es sur la th&#233;orie de la valeur (dans le Journal des Economistes , Paris, 15 mai 1897 ; Sozialistische Monatatshefte , Berlin, ao&#251;t 1897, Giornale degli Economisti , Rome, juillet 1898). Sans entrer dans le m&#233;rite de ces &#233;lucubrations, ce qui ne peut se faire en passant ou comme passe-temps, je tiens &#224; dire que je n'ai pas envie de partager la compagnie ind&#233;finie de Sorel simplement pour le plaisir d'&#234;tre cit&#233; parmi les exemples. pour une crise du marxisme (Voir Th. Masarky, Die Krise des Marxismus , Vienne, 1898, traduction fran&#231;aise dans la Revue de Sociologie , juillet 1898, o&#249; Sorel est cit&#233; &#224; l'appui de cette pr&#233;cieuse d&#233;couverte litt&#233;raire). &#192; mon avis, il y a beaucoup de personnages dramatiques dans cette pr&#233;tendue crise, qui soit n'ont pas tr&#232;s bien appris leurs r&#233;pliques, soit ont peur de les apprendre, soit les r&#233;citent mis&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me r&#233;serve que je dois faire aussi &#224; l'&#233;gard de Croce, et je la fais avec une certaine insistance, en ce qui concerne son m&#233;moire sur L'interpr&#233;tation et la critique de quelques concepts du marxisme , publi&#233; &#224; Naples, en 1897, et reproduit dans Le Devenir Sociale , tome IV, f&#233;vrier et mars 1898.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que cet ouvrage soit cens&#233; &#234;tre une revue libre de mon Socialisme et philosophie (comme le dit l'auteur lui-m&#234;me &#224; la page 3), le fait est qu'outre quelques observations utiles sur les m&#233;thodes historiques et quelques remarques sagaces sur la tactique politique, il contient des &#233;nonc&#233;s th&#233;oriques. , qui n'ont rien &#224; voir avec mes publications et mes opinions, mais qui leur sont plut&#244;t diam&#233;tralement oppos&#233;es . Dois-je maintenant m'engager officiellement dans une pol&#233;mique explicite contre l'ensemble de cette th&#232;se, qui m&#233;rite d'&#234;tre lue pour tant d'autres raisons ? Mais pourquoi devrais-je le faire ? A quoi cela servirait-il ? Je laisse volontiers au libre critique jouir de sa libert&#233; d'opinion, pourvu qu'elle ne passe pas aux yeux du lecteur pour un compl&#233;ment de ma part, et en outre comme un compl&#233;ment approuv&#233; par moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, je ne peux me limiter &#224; la r&#233;serve g&#233;n&#233;rale, qui suffit dans le cas de Sorel. Je dois plut&#244;t aborder quelques points de critique g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe sans plus attendre sur les distinctions subtiles et scolastiques sur lesquelles Croce insiste, comme celle entre science pure et science appliqu&#233;e , homme &#233;conomique et homme moral , &#233;go&#239;sme et utilit&#233; , ce que nous sommes et ce que nous devrions &#234;tre , etc., parce qu'un la tol&#233;rance &#224; l'&#233;gard de la scolastique traditionnelle fait largement partie de ma profession. Cette scolastique peut servir &#224; donner &#224; la candeur de la jeunesse sa premi&#232;re formation, mais elle n'est jamais une science compl&#232;te et concr&#232;te. Comment l'astronome pourra-t-il jamais emp&#234;cher les gens de dire que le soleil se l&#232;ve et se couche ? Je pourrais me r&#233;f&#233;rer &#224; un autre cas similaire en logique et &#224; peu pr&#232;s conforme &#224; celui-ci, trait&#233; dans les chapitres VI et VIII de mon essai sur le mat&#233;rialisme historique . J'y ai montr&#233; &#233;tape par &#233;tape que les &#233;l&#233;ments indispensables comme mat&#233;riau pour la cognition exp&#233;rimentale et directe se transforment &#224; un moment donn&#233; en aspects ou en parties d'une combinaison mentale complexe, selon le cas. Mais, pour plus de clart&#233;, comment un homme dont l'esprit est encore plong&#233; dans une logique si &#233;troite de premi&#232;re cognition exp&#233;rimentale peut-il entreprendre de s'attaquer au probl&#232;me du marxisme, qui se situe au-dessus de distinctions aussi vulgaires, ou, pour &#234;tre poli envers nos adversaires, pr&#233;tend se tenir au-dessus d'eux ? N'est-ce pas un combat &#224; armes trop in&#233;gales ? Je voudrais inviter Croce &#224; essayer son art de la critique dans un autre domaine, &#224; lire de mani&#232;re critique certains trait&#233;s sur l'Energitica , par exemple le r&#233;cent de Helm, &#224; laisser Helmholtz, R. Mayer et d'autres hommes aller au diable, et restaurer l'honneur et l'adoration du bon sens pour lequel la lumi&#232;re brille toujours et la chaleur est toujours chaude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'o&#249; Croce vient-il l'id&#233;e &#8211; et cela lorsqu'il s'agit de Marx &#8211; qu'en dehors des diff&#233;rentes &#233;conomies qui se sont succ&#233;d&#233;es dans l'histoire, dont l'&#233;conomie de l'industrie capitaliste est un cas particulier (mais, bien entendu, le seul cas qui ait autant d'importance) ? jusqu'ici produit sa th&#233;orie, repr&#233;sent&#233;e par de nombreuses &#233;coles et &#233;coles d'&#233;coles), il existe une &#233;conomie pure , qui &#233;claire d'elle-m&#234;me et explique tous ces cas, ou disons, toutes ces formes d'exp&#233;rience prosa&#239;que ? Un animal en soi , en dehors des animaux visibles et palpables ? Et quel est le contenu de cette &#233;conomie de l'homme surhistorique et sursocial, qui devient plus g&#234;nant que tous les surhommes de la litt&#233;rature et de la philosophie ? S'agit-il peut-&#234;tre d'une doctrine nue des besoins et des app&#233;tits, bas&#233;e uniquement sur l'environnement naturel, mais sans aucune exp&#233;rience du travail, sans outils et sans interrelations pr&#233;cises entre la vie commune et la soci&#233;t&#233; ? Cette conjecture pourrait probablement passer pour une explication de la psychologie de la vie pr&#233;historique. Mais non, cette &#233;conomie de l'homme en lui-m&#234;me est cens&#233;e &#234;tre perp&#233;tuelle et toujours existante. Et c'est ici que je me perds. Par exemple, il nous dit &#224; la page 19 : &#171; Je m'en tiens fermement &#224; la construction &#233;conomique du principe h&#233;doniste, &#224; l'utilit&#233; marginale , &#224; l'utilit&#233; finale, et enfin &#224; l'explication &#233;conomique du profit sur le capital comme d&#233;coulant de diff&#233;rents degr&#233;s d'utilit&#233; du pr&#233;sent. et l'avenir . Mais cela ne supprime pas la n&#233;cessit&#233; d'une explication sociologique des profits sur le capital. Et cette explication, avec d'autres de m&#234;me nature, ne peut &#234;tre trouv&#233;e autrement que par celle dans laquelle Marx la cherchait. &#187; Mon ami Croce est un gar&#231;on assez insatiable, et pour cette raison il peut para&#238;tre plut&#244;t capricieux &#224; ceux qui ne le connaissent pas. Il avale en un mois tout un syst&#232;me d'&#233;conomie, un syst&#232;me qui pr&#233;tend embrasser toutes les connaissances &#233;conomiques. Ce syst&#232;me est d'ailleurs assez connu en Italie, o&#249; il a des repr&#233;sentants &#233;minents, et m&#234;me quelques-uns qui l'ont continu&#233; et perfectionn&#233;, comme Barone, qui, pr&#233;tend-on, a &#233;labor&#233; la th&#233;orie de la r&#233;partition . En affirmant sa confession de foi, qui ne peut qu'&#234;tre pleine de joie, puisqu'elle est h&#233;doniste, il lance un appel particulier &#224; l'admiration en d&#233;clarant qu'il accepte l' explication &#233;conomique.(il ne pourrait pas s'agir d'autre chose qu'&#233;conomique) du &#171; profit sur le capital r&#233;sultant de diff&#233;rents degr&#233;s d'utilit&#233; des biens pr&#233;sents et futurs &#187;. Et maintenant, autant dire que Marx &#233;tait ignorant et perdait son temps, alors qu'il consacrait tant d'efforts &#224; ses recherches sur l'origine, la production et la r&#233;partition de la plus-value, qu'il regardait dans une tout autre direction que Croce. Car c'est l&#224;, en derni&#232;re analyse, la contribution essentielle et sp&#233;cifique de Marx &#224; l'&#233;conomie en tant que critique et innovateur. La formule b&#233;nie du MM', c'est-&#224;-dire de l'argent rendu avec plus d'argent, &#233;tait pour ainsi dire l'id&#233;e fixe dans l'esprit de l'explorateur Marx, le pivot de toute sa recherche. Or Croce, apr&#232;s avoir fait sa confession de foi en h&#233;doniste convaincu, se comporte comme un homme qui a mang&#233; et bu &#224; sa faim et qui veut manger et boire encore en se tournant vers Marx &#224; la recherche d'une th&#233;orie sociologique qui devrait compl&#233;ter l'autre. celui-l&#224;, que Croce accepte de mani&#232;re si ferme et d&#233;cisive. Bien s&#251;r, Marx ne peut pas lui dire autre chose que ceci : &#034;Poursuivez au diable votre viande h&#233;doniste. Ne me posez pas de questions sur de telles absurdit&#233;s. Je ne peux vous proposer que le contraire.&#034; En fait, Croce est oblig&#233; d'inventer un Marx plus ou moins diff&#233;rent du vrai, pour avoir un Marx dont les principes semblent conciliables avec ceux indiscutables de l'h&#233;donisme. En parlant de la mani&#232;re dont Marx &#171; pourrait r&#233;ussir &#224; d&#233;couvrir et &#224; d&#233;finir l'origine sociale du profit, ou plus-value &#187;, il &#233;crit la phrase suivante : &#171; La plus-value, dans l'&#233;conomie pure, est un terme d&#233;nu&#233; de sens, car le Le terme lui-m&#234;me le montre, puisque la plus-value est une extra-valeur et sort du domaine de l'&#233;conomie. Mais elle a un sens, et n'est pas absurde, en tant que concept de distinction faite en comparant une soci&#233;t&#233; avec une autre, un fait avec un autre. ou deux hypoth&#232;ses l'une avec l'autre.&#034; Et puis il ajoute dans une note : &#171; Je r&#233;pare une erreur que j'ai commise dans un de mes pr&#233;c&#233;dents essais, dans lequel, tout en disant avec raison que la plus-value n'est pas un concept purement &#233;conomique, je la d&#233;finissais en outre de mani&#232;re inexacte comme une notion morale. Et j'aurais plut&#244;t d&#251; dire, comme je le dis maintenant, que la plus-value est un concept de diff&#233;rence entre la sociologie &#233;conomique et l'&#233;conomie appliqu&#233;e, et non la morale pure, qui n'a rien &#224; voir avec cela et n'a aucun r&#244;le. dans toute l'analyse de Marx. &#187; Je conseillerais &#224; Croce, lorsqu'il r&#233;digera son troisi&#232;me m&#233;moire, d'avouer qu'il pourrait r&#233;parer sa premi&#232;re erreur, car il s'agissait au moins d'une g&#233;n&#233;ralisation d'une opinion commun&#233;ment d&#233;fendue par le socialisme vulgaire, &#224; savoir que la plus-value est la chose, contre quoi les exploit&#233;s protestent ; mais qu'il n'a aucune excuse pour sa seconde erreur, car il n'est plus capable de d&#233;chiffrer ses propres pens&#233;es. Et cela n'est pas seulement vrai parce qu'il confond continuellement le profit. les int&#233;r&#234;ts et la plus-value,mais parce qu'il suppose &#224; plus d'un endroit qu'il existe une chose telle queune soci&#233;t&#233; de travail comme forme en soi . (peut-&#234;tre par diff&#233;rence avec une soci&#233;t&#233; de saints au paradis ? Et il dit : &#171; Marx comparait la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; une de ses parties, isol&#233;e et &#233;lev&#233;e &#224; une existence ind&#233;pendante ; en d'autres termes, il comparait la soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;conomique en elle-m&#234;me. &#187; (mais seulement dans la mesure o&#249; il s'agit d'une soci&#233;t&#233; de travail). &#187; Et il continue : &#171; L'&#233;conomie marxiste est celle qui &#233;tudie la soci&#233;t&#233; de travail abstraite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si quelqu'un ressentait le besoin de se lib&#233;rer du maudit bacille m&#233;taphysique, responsable de tels arguments, je lui recommanderais comme rem&#232;de de lire, non pas les pol&#233;miques des &#233;conomistes, pas m&#234;me celles de l'Allemagne, mais qui ont &#233;crit leurs critiques sur les &#339;uvres de Dietzel, car celles-ci peuvent para&#238;tre douteuses, mais sur la Logique de Wundt (Vol. II, Partie II, pages 499-533). Dans cette Logique , vous constaterez d'ailleurs, sur d'autres pages que celles qui viennent d'&#234;tre cit&#233;es, que la plus-value est justement utilis&#233;e comme illustration d'un cas typique de loi sociale. Le croiriez-vous ! Et Wundt n'est particuli&#232;rement tendre ni envers les sociologues, ni envers les soi-disant lois sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cette &#233;conomie dite pure, comme on l'appelle en Italie, qui est toujours le pays de l'accent ou de l'exag&#233;ration, ou cette m&#233;thode de recherche et de syst&#233;matisation, qui s'est d&#233;velopp&#233;e sur les bases faibles, inconnues ou oubli&#233;es pos&#233;es par Gossen. , Walrass et Jevons, et est maintenant vulgairement connue sous le nom d'&#233;cole autrichienne, n'est qu'une vari&#233;t&#233; d'interpr&#233;tations th&#233;oriques des m&#234;mes faits empiriques de la vie &#233;conomique moderne qui ont toujours &#233;t&#233; l'objet d'&#233;tude de tant d'autres &#233;coles. Elle se distingue de l'&#233;cole classique (qui n'&#233;tait pas si anti-historique que certains voudraient nous le faire croire, et comme le montre R. Sch&#252;ler dans son ouvrage Die klassische National&#246;konomie , Berlin, 1895) par une plus grande tendance &#224; l'abstraction et &#224; la g&#233;n&#233;ralisation. Il s'efforce de rendre plus &#233;videntes les &#233;tapes psychologiques qui accompagnent les processus et les relations &#233;conomiques. Il utilise et abuse des exp&#233;dients math&#233;matiques. Il n'est pas enti&#232;rement superhistorique, m&#234;me s'il met souvent en sc&#232;ne des personnages comme Robinson Cruso&#233;, qu'il tente ensuite de cacher sous le couvert d'une subtile psychologie individualiste. En fait, elle est si peu surhistorique qu'elle pr&#233;suppose de l'histoire r&#233;elle deux concepts et les fa&#231;onne dans des extr&#234;mes th&#233;oriques, &#224; savoir la libert&#233; de travailler et la libert&#233; de concurrence, qui ont &#233;t&#233; pouss&#233;es &#224; leur maximum comme hypoth&#232;ses. C'est pour cela qu'elle est palpable, compr&#233;hensible et discutable sur les points qu'elle cherche &#224; faire valoir, car elle peut se confronter aux exp&#233;riences dont elle est souvent une interpr&#233;tation forc&#233;e et unilat&#233;rale. Le grand public fran&#231;ais a d&#233;sormais l'occasion de lire une explication claire et compl&#232;te de la th&#233;orie de la valeur de cette &#233;cole dans le livre d'E. Petit, Etude critique des diff&#233;rentes th&#233;ories de la valeur , Paris, 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; Croce, je ne sais comment cacher mon &#233;tonnement devant son ridicule &#224; l'&#233;gard d'Engels, qui parle de la science &#233;conomique comme &#233;tant historique dans un endroit et comme th&#233;orique dans un autre. Pour ceux qui s'accrochent aux mots, il suffira de dire que l' historique , tel qu'appliqu&#233; dans ce cas, est &#224; l'oppos&#233; de l'id&#233;e fixe et immuable de la nature (telles que les fameuses lois naturelles de l'&#233;conomie vulgaire), et que le th&#233;orique est utilis&#233; comme &#224; l'oppos&#233; de la m&#233;thode de connaissance grossi&#232;rement descriptive et empirique. Mais ce n'est pas tout. Toute th&#233;orie n'est qu'une pr&#233;sentation plus ou moins parfaite des conditions relatives de certains faits, qui apparaissent homog&#232;nes, conciliables et li&#233;s dans n'importe quel domaine de la connaissance. Mais tous ces diff&#233;rents groupes sont des &#233;l&#233;ments d'un processus de d&#233;veloppement. Or, si un physiologiste, apr&#232;s avoir expliqu&#233; la th&#233;orie physique et m&#233;canique de la respiration pulmonaire, devait conclure en disant que la respiration ne d&#233;pend pas exclusivement des poumons, et que les poumons eux-m&#234;mes ne sont qu'un produit particulier dans l'histoire g&#233;n&#233;rale de la croissance des organismes, voudriez-vous tra&#238;ner ce physiologiste comme accus&#233; devant le tribunal d'une autre science pure , par exemple devant le tribunal de la physiologie la plus pure , qui &#233;tudie l'entit&#233; m&#233;taphysique La vie au lieu des &#234;tres vivants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, Croce reproche &#224; plusieurs reprises &#224; Marx de ne pas avoir &#233;tabli de points de relation entre sa m&#233;thode et les concepts de l'&#233;conomie pure, afin de montrer &#171; par un expos&#233; m&#233;thodique que les faits apparemment les plus diff&#233;rents du monde &#233;conomique sont en fin de compte gouvern&#233;e par la m&#234;me loi, ou, ce qui revient au m&#234;me, que cette loi se manifeste de diff&#233;rentes mani&#232;res en passant par diff&#233;rentes organisations sans aucun changement de sa part, car autrement le mode et le crit&#232;re de l'explication elle-m&#234;me manqueraient. Si Marx &#233;tait en mesure de r&#233;pondre &#224; cela, il ne saurait que dire. Cela d&#233;passe Marx. Il ne s'agit m&#234;me plus de g&#233;n&#233;ralisations abstraites de l'&#233;cole h&#233;doniste, telles qu'elles sont couramment utilis&#233;es dans les processus l&#233;gitimes d'abstraction et d'isolement de toutes les sciences qui cherchent &#224; d&#233;river des principes &#224; partir d'une base empirique. Nous nous trouvons ici en pr&#233;sence d'une loi &#233;conomique qui prend pour ainsi dire l'apparence d'une entit&#233; et traverse myst&#233;rieusement les diff&#233;rentes phases de l'histoire, pour qu'elles n'aient pas &#224; se s&#233;parer. C'est le pur possible , qui s'av&#232;re en r&#233;alit&#233; &#234;tre : le v&#233;ritable impossible . D&#252;hring est un arri&#232;re, m&#234;me s'il est parfois d&#233;fendu par Croce. Il s'agit ici de retrouver des difficult&#233;s dans la conception pr&#233;liminaire de tout probl&#232;me scientifique qui excluent de la compr&#233;hension non seulement Marx, mais les trois quarts de la pens&#233;e contemporaine. La logique formelle de la m&#233;moire b&#233;nie devient l'arbitre de la connaissance. Rappelons cependant que Port-Royal &#171; Logic &#187; avait autrefois une vente &#233;tendue dans toute la France. Vous partez d'un concept de plus grande extension et de plus petit contenu, et au moyen de notations m&#233;caniquement augment&#233;es, vous arrivez &#224; un concept de plus petite extension et de plus grand contenu. Alors, si nous sommes confront&#233;s &#224; un processus r&#233;el, tel que le passage des invert&#233;br&#233;s aux vert&#233;br&#233;s, ou du communisme primitif &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre, ou des racines de mots indiff&#233;renci&#233;es aux verbes et noms diff&#233;renci&#233;s dans les groupes aryen et s&#233;mitique, nous ne consid&#233;rons ces faits comme le r&#233;sultat d'un processus lent et r&#233;el de d&#233;veloppement r&#233;el, mais nous recourons &#224; un concept agr&#233;able et pr&#233;con&#231;u et &#233;crivons par une m&#233;thode facile de notation d'abord un a, puis un a', puis un a'', et un a''' puis un a'''' et ainsi de suite, et tout sera beau. Je pense que cela fera l'affaire sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ainsi les affirmations quelque peu bizarres suivantes : La soci&#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e par Marx dans Le Capital &#171; est une soci&#233;t&#233; id&#233;ale et sch&#233;matique, d&#233;duite de quelques hypoth&#232;ses, qui n'auraient peut-&#234;tre finalement pas &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es au cours de l'histoire &#187; (page 2). ). Marx devient ici l'illustrateur th&#233;orique d'une sorte d'utopie. Puis nous lisons &#224; la page 4 que &#171; Marx a assum&#233; en dehors du camp de la th&#233;orie &#233;conomique pure une proposition qui revient &#224; la fameuse &#233;galit&#233; de la valeur et du travail &#187;. En effet, o&#249; l'a-t-il obtenu ? L'a-t-il trouv&#233;, peut-&#234;tre, comme certains le disent, en &#171; poussant jusqu'&#224; ses derni&#232;res cons&#233;quences une conception assez malheureuse de Ricardo ? Ce Ricardo devrait &#234;tre rapidement exclu de l'histoire des sciences, car il n'a pas trouv&#233; un terme plus heureux. A un autre endroit (page 20, note de bas de page), Croce conteste Pantaleoni, car cet &#233;crivain &#171; combat B&#246;hm-Bawerk et lui demande o&#249; l'emprunteur de capitaux obtient l'argent pour payer les int&#233;r&#234;ts &#187;. Pantaleoni dit en effet &#224; la page 301 de ses Principii di Economia Politica : &#171; La cause g&#233;n&#233;ratrice de l'int&#233;r&#234;t se trouve dans la productivit&#233; du capital en sa qualit&#233; de facteur suppl&#233;mentaire dans un processus technique lucratif exigeant un certain temps, et non dans la vertu du temps. qui laisserait les choses telles qu'elles les ont trouv&#233;es. &#187; Ici, et tout au long d'un chapitre entier, Pantaleoni r&#233;p&#232;te, &#224; la mani&#232;re propre &#224; son &#233;cole et dans son propre style, cette explication de l'int&#233;r&#234;t par la productivit&#233; du capital (argent) , qui sortit vainqueur d&#232;s le XVIIe si&#232;cle des controverses avec les moralistes et les canonistes et prend pour la premi&#232;re fois sa forme &#233;conomique &#233;l&#233;mentaire &#224; Barbon et Massey. C'est la seule explication que l'&#233;conomiste puisse donner, jusqu'&#224; ce que la productivit&#233; du capital, qui appara&#238;t &#233;vidente &#224; premi&#232;re vue, soit elle-m&#234;me devenue un objet d'analyse. C'est ce que Marx a ensuite transpos&#233; dans la formule plus g&#233;n&#233;rale et le principe g&#233;n&#233;tique de la plus-value. Dans ce m&#234;me chapitre, Pantaleoni s'engage dans une pol&#233;mique habile contre B&#246;hm-Bawerk, qui, s'adressant &#224; Croce, &#171; donne une explication ( &#233;conomique ) du profit sur le capital comme d&#233;coulant des diff&#233;rents degr&#233;s d'utilit&#233; des biens pr&#233;sents et futurs &#187;. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;aliseriez-vous pour votre passe-temps la farce id&#233;ologique suivante : supposer d'un c&#244;t&#233; l'attente l&#233;gitime du cr&#233;ancier et de l'autre la promesse honn&#234;te du d&#233;biteur ? Mettez en &#233;vidence ces deux attributs psychologiques, qui parlent si bien de l'excellence de leur esprit. Supposons alors que le cr&#233;ancier et le d&#233;biteur soient tous deux des hommes &#233;conomiques aussi parfaits qu'on doit le pr&#233;sumer apr&#232;s &#234;tre n&#233;s avec la marque de Gossen grav&#233;e sur leur cerveau. [2] Ajoutez ensuite la notion de temps abstrait .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir ainsi constitu&#233; la Sainte Trinit&#233; de l'attente, de la promesse et du temps, attribuez-lui le pouvoir de se convertir en ce plus de valeur qui doit &#234;tre contenu, par exemple, dans les bottes produites avec l'argent emprunt&#233;. Car l'emprunteur, s'il veut payer sa dette avec int&#233;r&#234;ts, doit mourir de faim, &#224; moins qu'il ne puisse lui-m&#234;me gagner quelque chose gr&#226;ce &#224; la transaction. Mais cela met un frein &#224; la science. En r&#233;alit&#233;, le temps, en &#233;conomie comme dans la nature, n'est qu'une mesure d'un processus. En &#233;conomie notamment, c'est une mesure des processus de production et de circulation (en d'autres termes, et en derni&#232;re analyse, une mesure du travail). Et le temps n'est aussi une mesure int&#233;ressante que dans la mesure o&#249; il entre ainsi dans l'&#233;conomie. Un temps qui agit comme une cause r&#233;elle comme le temps en soi est une cr&#233;ature de la mythologie. (Sur les survivances mythiques dans la repr&#233;sentation du temps, lire Zeit und Weile dans Ideale Fragen of Lazarus, Berlin, 1878, pages 161-232). Si nous devons revenir &#224; la mythologie, pla&#231;ons alors ce tr&#232;s ancien Kronos , que le peuple grec ordinaire confondait avec chronos (le temps), sur son tr&#244;ne c&#233;leste au-dessus du mont Olympe. Et si les attentes, les promesses et les espoirs sont &#224; eux seuls les v&#233;ritables causes des faits &#233;conomiques, alors adonnons-nous sans r&#233;serve &#224; la magie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit par inadvertance, soit au moyen d'une forme litt&#233;raire bizarre, il semble que Croce se heurte &#224; la magie lorsqu'il &#233;crit &#224; la page 16 : &#171; Et si dans l'hypoth&#232;se de Marx les marchandises apparaissent comme de la gel&#233;e de travail ou du travail cristallis&#233;, pourquoi ne pourraient-elles pas ils apparaissent dans une autre hypoth&#232;se comme une gel&#233;e de besoins, comme des quantit&#233;s de besoins cristallis&#233;s ? Dieux sacr&#233;s ! Marx n'&#233;tait pas exactement un mod&#232;le de ce que l'on pourrait appeler la diction classique, notamment en ce qui concerne la plasticit&#233;, la transparence et la continuit&#233; de ses illustrations. Marx &#233;tait un scientifique. Mais ses illustrations, bien que souvent bizarres, ne sont jamais fantaisistes ou fac&#233;tieuses, et elles disent toujours quelque chose de profond&#233;ment r&#233;aliste. Si vous r&#233;p&#233;tez cette illustration de la gel&#233;e, ou de la p&#226;te, qui d'ailleurs n'a rien de sacramentel ni d'obligatoire, au premier cordonnier que vous rencontrerez, il vous dira aussit&#244;t qu'il la comprend, et il pourra vous r&#233;f&#233;rer &#224; ses mains calleuses, courb&#233;es en arri&#232;re et au front en sueur et affirme que les bottes qu'il produit contiennent une partie de lui-m&#234;me, son &#233;nergie m&#233;canique dirig&#233;e par sa volont&#233; selon un plan pr&#233;con&#231;u, que son activit&#233; c&#233;r&#233;brale ex&#233;cute pendant qu'il est occup&#233; &#224; son travail. travail. Mais jusqu'&#224; pr&#233;sent, seuls les sorciers ont cru, ou ont fait semblant de croire, que nous pouvons transf&#233;rer une partie de nous-m&#234;mes vers une marchandise par de simples souhaits, que cette marchandise soit produite ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychologie ne supportera aucune bagatelle. Je n'entreprendrais pas de dire en termes simples quelle part de cela devrait entrer dans les hypoth&#232;ses de l'&#233;conomie politique. Mais je suis au moins certain que la plupart des concepts psychologiques que les h&#233;donistes et d'autres recherchent en &#233;conomie ont un air d'&#234;tres l&#224; expr&#232;s pour aveugler les imprudents, un certain air d'&#234;tre pens&#233;s, pas r&#233;ellement d&#233;couverts, un certain air d'avoir &#233;t&#233; pens&#233;s et non r&#233;ellement d&#233;couverts. &#233;t&#233; import&#233; d'une terminologie vulgaire, sans &#233;volution critique. C'est un autre cas o&#249; l'on r&#233;p&#232;te que l'artisan doit se tourner vers ses outils. Et je sais en outre que toute la gamme de la psychologie humaine s'&#233;tend du d&#233;sir au travail, comme dans le cas particulier de la soif, qui est un d&#233;sir de boire, qu'un b&#233;b&#233; n'associe pas encore &#224; l'id&#233;e de l'eau, sans parler des mouvements n&#233;cessaires pour se le procurer, tandis qu'un travailleur pr&#233;voyant dot&#233; d'une volont&#233; et d'un intellect m&#251;rs, une volont&#233; dans laquelle l'exp&#233;rience et l'imagination, l'imitation et l'invention se combinent, creuse un puits ou ouvre une source. C'&#233;tait le d&#233;faut de la psychologie vulgaire d'avoir tent&#233; de r&#233;duire cette formation vivante &#224; un squelette sec, et pourtant les &#233;conomistes de nos jours montrent encore une grande pr&#233;f&#233;rence pour la m&#234;me chose dans leurs &#233;lucubrations particuli&#232;res. La psychologie du travail , qui serait le couronnement du d&#233;terminisme, reste &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi servira ce post-scriptum ? se demanderont peut-&#234;tre certains lecteurs. Juste ceci : je ne suis pas le porteur du bouclier de Marx, je suis ouvert &#224; toutes les critiques, je suis moi-m&#234;me critique dans tout ce que je dis, et donc je n'oublie pas la phrase selon laquelle comprendre signifie surmonter . Mais je suis dispos&#233; &#224; ajouter que pour vaincre, il faut avoir compris .&lt;br class='autobr' /&gt;
PR&#201;FACE DE L'AUTEUR &#192; L'&#201;DITION FRAN&#199;AISE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 31 d&#233;cembre 1898.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce petit livret, comme le montre &#233;galement le post-scriptum, devait para&#238;tre &#224; Paris en septembre de cette ann&#233;e. Des causes accidentelles ont retard&#233; sa publication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps Sorel s'est livr&#233; corps et &#226;me &#224; la crise du marxisme , la traite, l'expose, la commente avec enthousiasme partout o&#249; il en a l'occasion, par exemple dans la Revue Parlementaire du 10 d&#233;cembre, pages 597-612 (o&#249; il transforme cette crise en crise du socialisme ) et dans la Rivista Critica del Socialismo , Rome, num&#233;ro I, pages 9-21. Et il l'&#233;tablit et le canonise encore davantage dans sa pr&#233;face aux Formes et Essence du Socialisme de Merlino . Nous sommes finalement menac&#233;s d'un congr&#232;s de s&#233;cessionnistes r&#233;fl&#233;chis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; &#233;videmment une guerre de la Fronde devant nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que devais-je faire ? Tout recommencer ? &#201;crire un anti-Sorel apr&#232;s avoir &#233;crit un avec-Sorel ? Je n'ai pas c&#233;d&#233; &#224; la tentation. Il est vrai que j'avais nomm&#233; ma composition d'un maquillage un peu insolite Discours. Mais l'homme parle quand il en a envie, et non quand on le lui commande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demande simplement au lecteur de regarder les dates de ces lettres, ou de ces petites monographies en style libre, que j'ai adress&#233;es &#224; Sorel. Ces dates vont du 20 avril au 15 septembre 1897. J'&#233;crivais &#224; ce Sorel. pas &#224; ce nouveau. Je m'adressais au vieux Sorel, que j'avais connu dans les pages du Devinir Social , qui m'avait pr&#233;sent&#233; aux lecteurs fran&#231;ais en qualit&#233; de marxiste, qui m'avait envoy&#233; des lettres pleines de belles observations et d'int&#233;ressantes r&#233;flexions critiques. Il est vrai qu'il &#233;tait plein de doutes et semblait parfois impr&#233;gn&#233; d'un esprit de frondeur , mais lorsque j'&#233;crivais avec un esprit tourn&#233; vers lui, je ne pensais pas, en 1897, qu'il deviendrait si prochainement le h&#233;raut de une guerre de s&#233;cession . Oh, comme cela fera plaisir aux petites lumi&#232;res de l'intellectualisme, ou &#224; ceux qui ont besoin d'un t&#233;moignage pour prouver qu'ils ne sont pas des l&#226;ches ! Sorel nous laisse au moins une petite lueur d'espoir lorsqu'il &#233;crit : &#171; Moi et quelques amis nous efforcerons d'exploiter les tr&#233;sors de r&#233;flexion et d'hypoth&#232;ses rassembl&#233;s par Marx dans ses livres. une &#339;uvre de g&#233;nie rest&#233;e inachev&#233;e.&#034; ( Revue Parlementaire , m&#234;me num&#233;ro, page 612). Eh bien, il y a donc bien des augures pour la nouvelle ann&#233;e, qui commence demain, dans cette &#339;uvre de sauvetage b&#233;nigne et pitoyable, dont d'ailleurs ni moi ni bon nombre d'autres comme moi n'avons besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;prouve aucune rancune, mais je ne peux certainement pas m'emp&#234;cher d'&#233;prouver une certaine mortification. En proposant ces pages d'une composition peu conventionnelle au public de lecture fran&#231;ais, je crains que des lecteurs intelligents &#8211; et la France en compte plus en abondance que tout autre pays &#8211; ne me disent : Vous &#234;tes un causeur assez supportable, mais un tr&#232;s mauvais professeur. . Vous ouvrez votre dialogue didactique avec un ami comme un &#233;rudit, et voil&#224; que cet ami court de l'autre c&#244;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas, monsieur Sorel ? Eh bien, accommodons tous les partis. Ce dialogue n'a &#233;t&#233; qu'un monologue. J'aurais aim&#233; qu'il en soit autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PR&#201;FACE DE G. SOREL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AUX ESSAIS SUR LA CONCEPTION MAT&#201;RIALISTE DE L'HISTOIRE,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Antonio Labriola, Traduction fran&#231;aise, Paris, Giard et Bri&#232;re 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme contemporain pr&#233;sente un caract&#232;re d'originalit&#233; qui a frapp&#233; tous les &#233;conomistes. Il doit ce caract&#232;re au fait qu'il s'inspire des id&#233;es &#233;nonc&#233;es par Karl Marx sur le mat&#233;rialisme historique . Partout o&#249; ces id&#233;es ont profond&#233;ment p&#233;n&#233;tr&#233; la conscience des gens, le Parti Socialiste est fort et vivant, sinon il est faible et divis&#233; en sectes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses marxistes ont g&#233;n&#233;ralement &#233;t&#233; mal comprises en France par les &#233;crivains qui s'occupent des questions sociales. M. Bourguin, professeur &#224; l'universit&#233; de Lille, &#233;crivait en 1892 [3] : &#171; Les penseurs de nos socialistes n'acceptent pas la doctrine d&#233;vastatrice de leur ma&#238;tre, d'o&#249; l'id&#233;e de Droit et de Justice est si rigoureusement bannie, sans r&#233;serve. C'est un v&#234;tement &#233;trange, qu'ils portent avec peu d'aisance et qu'ils ils y retoucheront sans doute un jour pour mieux l'adapter &#224; leur silhouette.&#034; L'&#233;crivain faisait r&#233;f&#233;rence &#224; un essai publi&#233; en 1887 par M. Rouanet, dans la Revue Socialiste , sous le titre : Le mat&#233;rialisme &#233;conomique de Marx et le socialisme fran&#231;ais .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous ceux qui parlent du mat&#233;rialisme historique connaissent cette doctrine uniquement &#224; travers cet essai de M. Rouanet. Cet &#233;crivain a occup&#233; pendant longtemps une place importante dans les partis avanc&#233;s de France. Il informait ses lecteurs qu'il avait fait une &#233;tude approfondie de Marx et qu'il s'&#233;tait consacr&#233; &#224; des recherches approfondies pour comprendre Hegel. On pourrait naturellement le croire bien inform&#233;. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de commencer la lecture de l'expos&#233; que M. Labriola donne dans des termes excellents, mais tr&#232;s concis, de mat&#233;rialisme historique, le lecteur fran&#231;ais devrait se garder des pr&#233;jug&#233;s largement r&#233;pandus. C'est pourquoi je crois n&#233;cessaire de montrer ici combien sont fausses et futiles les grandes objections contre la doctrine marxiste. Il faut donc s'arr&#234;ter sur les id&#233;es &#233;nonc&#233;es par M. Rouanet en 1887.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;jug&#233;s qui existent parmi nous ont dans une large mesure une origine sentimentale. M. Rouanet s'est donn&#233; beaucoup de mal pour montrer que les doctrines marxistes vont &#224; l'encontre du g&#233;nie fran&#231;ais . Ce reproche nous est r&#233;p&#233;t&#233; chaque jour. En quoi consiste cet antagonisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me du d&#233;veloppement moderne, consid&#233;r&#233; du point de vue mat&#233;rialiste, repose sur trois questions : 1) Le prol&#233;tariat a-t-il acquis une conscience claire de son existence en tant que classe indivisible ? 2) A-t-elle assez de force pour commencer la lutte contre les autres classes ? 3) Est-il en mesure de renverser, avec l'organisation capitaliste, tout le syst&#232;me des id&#233;ologies traditionnelles ? C'est &#224; la sociologie de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un homme adopte les principes de Marx, il peut dire qu'il n'y a plus de question sociale. Il peut m&#234;me dire que le socialisme (au sens ordinaire et historique du terme) est d&#233;pass&#233;. En fait, la recherche ne porte plus sur ce que devrait &#234;tre la soci&#233;t&#233; , mais sur ce que le prol&#233;tariat peut accomplir dans la lutte de classes actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mani&#232;re de voir les choses ne convient pas au g&#233;nie fran&#231;ais , du moins pas &#224; ceux qui ont la pr&#233;tention de pr&#233;tendre le repr&#233;senter. Dans notre pays, les partis progressistes renferment un nombre effroyable d'hommes de g&#233;nie, dont le talent actuel de la soci&#233;t&#233; est l'incompr&#233;hension, qui ont dans le c&#339;ur un oracle infaillible de justice, qui ont consacr&#233; leur vie &#224; l'&#233;laboration de plans merveilleux pour assurer le bonheur du peuple. humanit&#233;. Ces messieurs ne souhaitent pas descendre de leurs tr&#233;pieds fastidieux et se m&#234;ler &#224; la foule. Ils sont faits pour diriger, pas pour devenir coop&#233;rateurs dans une t&#226;che prol&#233;tarienne . Ils entendent d&#233;fendre les droits de l'intelligence contre les audacieux qui manquent de respect &#224; l'Olympe lib&#233;ral et qui ne tiennent pas suffisamment compte des mentalit&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutez &#224; cela que ces esprits rares ont une foi na&#239;ve dans la supr&#233;matie fran&#231;aise, dans le r&#244;le moteur de la France. [5] , qu'ils ont la superstition de la phras&#233;ologie r&#233;volutionnaire, et qu'ils pratiquent avec d&#233;votion le culte des grands hommes. Ils ne peuvent pardonner &#224; Marx, Engels et surtout &#224; Lafargue leur manque de respect envers leurs propres idoles v&#233;n&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne fais pas partie de ceux qui ont une grande admiration pour le g&#233;nie fran&#231;ais ainsi entendu. J'ai d'ailleurs des raisons de croire que ce genre de g&#233;nie fran&#231;ais n'est pas celui que poss&#232;dent ceux de mes compatriotes qui se consacrent &#224; la recherche scientifique et n'&#233;prouvent pas le besoin de se poser en chefs spirituels du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand reproche adress&#233; &#224; la doctrine de Marx d'un point de vue scientifique est celui de conduire au fatalisme. Selon Rouanet, il est tr&#232;s proche de l'id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien, d&#233;pouill&#233; de son &#171; n&#233;buleux transcendantalisme &#187;. [6] Il y a &#171; la m&#234;me succession fatale d'&#233;v&#233;nements, qui sont des phases n&#233;cessaires d'un processus non &#233;clair&#233; par la volont&#233; humaine, et m&#234;me un culte de la force, ce sombre dieu de fer, qui est l'instrument aveugle des lois du grand Destin vou&#233; &#224; s'accomplir malgr&#233; tout.&#034; On pourrait faire de nombreuses objections &#224; l'id&#233;e que cet auteur fran&#231;ais se fait de la philosophie de Hegel. Mais une lecture superficielle du Capital suffit &#224; montrer que Marx n'a jamais pens&#233; &#224; l'apocalypse &#233;volutionniste qu'on lui pr&#234;te si g&#233;n&#233;reusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;terminisme suppose que les changements sont automatiquement li&#233;s les uns aux autres, que les ph&#233;nom&#232;nes simultan&#233;s forment une masse compacte ayant une structure d&#233;termin&#233;e, qu'il existe des lois d'airain assurant un ordre n&#233;cessaire entre toutes choses. On ne trouve rien de tel dans la doctrine de Marx. Les &#233;v&#233;nements sont consid&#233;r&#233;s d'un point de vue empirique. C'est leur interconnexion qui aboutit &#224; la loi historique qui d&#233;termine le mode temporaire de leur g&#233;n&#233;ration. Il ne s'agit plus de reconna&#238;tre dans le monde social un syst&#232;me analogue au monde astronomique. Il nous est seulement demand&#233; de reconna&#238;tre que l'entrem&#234;lement des causes produit des p&#233;riodes suffisamment r&#233;guli&#232;res et caract&#233;ristiques pour qu'elles puissent devenir objets d'une compr&#233;hension intelligente des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx donne une tr&#232;s bonne id&#233;e de la multiplicit&#233; des causes qui ont produit le capitalisme moderne. Rien ne prouve que ces causes doivent appara&#238;tre ensemble &#224; une date d&#233;termin&#233;e. Leur coexistence fortuite engendre la transformation de l'industrie et change tous les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais certains insistent et disent que, selon Marx, tous les ph&#233;nom&#232;nes politiques, moraux, esth&#233;tiques sont d&#233;termin&#233;s (au sens strict du terme) par des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques. Que peut signifier une telle formule ? Dire qu'une chose est d&#233;termin&#233;e par une autre, sans donner en m&#234;me temps une description pr&#233;cise de la mani&#232;re dont elles s'unissent, c'est prononcer une de ces absurdit&#233;s qui ont rendu si ridicules les vulgarisateurs du mat&#233;rialisme vulgaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx n'est pas responsable de cette caricature de son mat&#233;rialisme historique. Le fait que toutes les manifestations sociologiques, pour &#234;tre claires, doivent &#234;tre plac&#233;es sur leur base &#233;conomique n'implique pas que la compr&#233;hension de la base &#233;vite la compr&#233;hension de la superstructure. Les liens entre le fondement &#233;conomique et les produits qui en d&#233;pendent sont tr&#232;s variables et ne peuvent &#234;tre traduits par une quelconque formule g&#233;n&#233;rale. Cela ne peut pas &#234;tre appel&#233; d&#233;terminisme, puisqu'il n'y a rien &#224; d&#233;terminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Rouanet se forme une conception tr&#232;s singuli&#232;re de la doctrine marxiste. Il suppose que les moyens de production, l'organisation &#233;conomique et les relations sociales sont des &#234;tres qui se succ&#232;dent comme des esp&#232;ces pal&#233;ontologiques par la voie myst&#233;rieuse de l'&#233;volution, et que toute l'histoire de l'humanit&#233; en est d&#233;duite par des lois qu'il n'en sait pas plus que moi, et que Marx n'a jamais divulgu&#233;. Le mat&#233;rialisme historique aurait ainsi un fondement id&#233;aliste, &#224; savoir la succession fatale des formes de production ! Ce serait certainement une conception tr&#232;s singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un professeur distingu&#233;, M. Petrone [7] , est d'accord avec M. Rouanet pour soutenir que le mat&#233;rialisme historique &#233;choue lorsqu'il est appliqu&#233; &#224; la R&#233;volution chr&#233;tienne. Je crois au contraire que les th&#233;ories de Marx jettent un certain &#233;clairage sur cette question, en montrant les raisons qui emp&#234;chent l'historien de comprendre pleinement ce qui s'est pass&#233;. Nous ne pouvons pas discuter scientifiquement du probl&#232;me, car nous manquons des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires pour l'&#233;claircir. L'auteur italien se place du point de vue catholique. M. Rouanet invente une histoire fantastique. Les savants devraient rester tranquilles et attendre que les monuments nous aient r&#233;v&#233;l&#233; les conditions &#233;conomiques de l'&#233;glise primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Bourguin veut savoir [8] Ne faut-il pas compter parmi les forces actives &#171; la conscience plus ou moins d&#233;velopp&#233;e chez les travailleurs d'&#234;tre objets d'une pr&#233;tendue exploitation &#187; ? Mais le d&#233;veloppement de la conscience de classe n'est-il pas le pivot de la question sociale, aux yeux de Marx ? Il suffit d'avoir une connaissance m&#233;diocre des &#339;uvres du grand philosophe socialiste pour le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on accuser Marx d'avoir trop peu pr&#234;t&#233; attention &#224; la mentalit&#233; humaine, lui qui a montr&#233; l'importance des moindres cr&#233;ations du g&#233;nie inventif ? Nulle part l'intelligence n'appara&#238;t avec autant de relief que dans la technologie, dont le r&#244;le historique est plac&#233; au premier rang de mani&#232;re frappante, dans le Capital . Je sais bien que les repr&#233;sentants du g&#233;nie fran&#231;ais ont peu d'estime pour les constructeurs de machines, incapables de d&#233;clamer de formidables cantates sur les Droits de l'Homme du haut de l'estrade. Mais les simples mortels croient avec M. Bourdeau [9] que la machine &#224; vapeur &#171; a exerc&#233; plus d'influence sur l'organisation sociale que tous les syst&#232;mes philosophiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il que les produits intellectuels et moraux sont sans efficacit&#233; historique, comme certains pr&#233;tendent qu'ils sont le r&#233;sultat du mat&#233;rialisme historique ? Pas du tout. De tels produits poss&#232;dent la facult&#233; de se d&#233;tacher de leur berceau naturel et de prendre une forme mystique, &#171; comme s'ils &#233;taient des &#234;tres ind&#233;pendants capables de communiquer avec les hommes et entre eux &#187;. [10] Apr&#232;s s'&#234;tre ainsi lib&#233;r&#233;s, ils sont susceptibles d'entrer dans les combinaisons imaginaires les plus diverses. Aucune grande r&#233;volution n'a jamais eu lieu sans produire de nombreuses illusions insistantes. C'est encore Marx qui nous le dit. Mais cette affirmation va &#224; contre-courant de nos hommes de progr&#232;s. Ils n'aiment pas l'id&#233;e d'avoir attribu&#233; au fantasme ce qu'ils attribuent &#224; la raison. Car cela signifie manquer de respect &#224; tous les Titans du pr&#233;sent et du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'introduction de sa traduction des &#339;uvres choisies de Vico, Michelet &#233;crivait : &#171; Le mot de la science nouvelle est que l'humanit&#233; est elle-m&#234;me construite... La science sociale date du jour o&#249; cette grande id&#233;e fut exprim&#233;e pour l'humanit&#233;. Pour la premi&#232;re fois, l'humanit&#233; pensait qu'elle devait son progr&#232;s aux al&#233;as du g&#233;nie individuel &#8230; L'histoire &#233;tait un spectacle st&#233;rile, tout au plus une fantasmagorie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait l'histoire ? Engels nous dit dans le passage suivant : &#171; Les conflits innombrables des volont&#233;s individuelles et des agents individuels dans le domaine de l'histoire aboutissent &#224; une conclusion qui est dans l'ensemble analogue &#224; celle du domaine de la nature, qui est sans but d&#233;fini. les actions sont intentionnelles, mais les r&#233;sultats qui en d&#233;coulent ne sont pas intentionnels, ou dans la mesure o&#249; ils semblent correspondre au but souhait&#233;, leurs r&#233;sultats finaux sont tout &#224; fait diff&#233;rents de la conclusion souhait&#233;e. [11] Cette th&#232;se est admise sans aucune difficult&#233; par les scientifiques. Mais c'est plein de d&#233;sespoir pour les grands hommes dont le g&#233;nie d&#233;borde. Leurs plans ne peuvent pas &#234;tre r&#233;alis&#233;s tels qu'ils les ont con&#231;us ! Et pourtant ces plans sont si bien faits, qu'on ne peut y toucher sans nuire &#224; leur efficacit&#233; et attaquer la Justice, dont ces messieurs sont les d&#233;l&#233;gu&#233;s autoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laissons de c&#244;t&#233; toutes ces objections vulgaires et abordons ce qui constitue &#224; mes yeux la partie vuln&#233;rable de la doctrine, cette partie que les critiques fran&#231;ais n'ont pas encore examin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux scientifiques sont dispos&#233;s &#224; admettre la valeur du mat&#233;rialisme historique en tant que formation de l'esprit et &#224; reconna&#238;tre que les th&#232;ses marxistes fournissent des indications utiles &#224; l'historien des institutions. [12] Mais il reste &#224; d&#233;couvrir quelle est la base m&#233;taphysique de cette th&#233;orie. Il ne sert &#224; rien de dire que cette recherche est superflue, pour que l'on puisse suivre la m&#234;me m&#233;thode qui a eu tant de succ&#232;s en psychologie apr&#232;s l'abandon de la discussion sur l'&#226;me. Mais o&#249; est le m&#233;taphysicien qui reste totalement indiff&#233;rent au probl&#232;me m&#233;taphysique ? Chacun a sa propre hypoth&#232;se. Et ces hypoth&#232;ses, souvent adroitement dissimul&#233;es, distinguent les diff&#233;rentes &#233;coles. De nombreuses erreurs ont &#233;t&#233; commises par une application h&#226;tive du mat&#233;rialisme historique. Presque toutes ces erreurs peuvent &#234;tre attribu&#233;es &#224; l'agnosticisme, que professaient les auteurs et qui cachait en r&#233;alit&#233; des hypoth&#232;ses de travail imparfaitement &#233;labor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, si l'on examine les applications faites par Marx, on constate qu'il a employ&#233; un grand nombre de principes psychologiques, qui n'ont g&#233;n&#233;ralement pas &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;s sous une forme scientifique. Au fur et &#224; mesure que nous avancerons, nous verrons la n&#233;cessit&#233; de sortir de cette position provisoire et de couper du bois solide pour soutenir les relations historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc deux grands blancs. Les disciples de Marx devraient s'efforcer d'achever l'&#339;uvre de leur ma&#238;tre. Ce ma&#238;tre semble n'avoir rien craint tant que l'id&#233;e de laisser derri&#232;re lui un syst&#232;me trop rigide et trop ferme. Il a compris qu'une th&#233;orie est &#224; la fin de sa carri&#232;re, lorsqu'elle est achev&#233;e, et que la condition de toute science m&#233;taphysique est de laisser une large porte &#224; un d&#233;veloppement ult&#233;rieur. La prudence de Marx &#233;tait extr&#234;me. Il n'a pas essay&#233; de mettre fin &#224; une seule th&#233;orie. Des discussions r&#233;centes montrent qu'il n'a pas dit son dernier mot sur la valeur et la plus-value. Combien sont donc aveugles les critiques qui accusent les disciples de Marx de vouloir enfermer la pens&#233;e humaine dans une enceinte construite par leur ma&#238;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#339;uvre de perfection, nous devons suivre l'exemple donn&#233; par Marx et &#234;tre prudents. Le moment n'est pas venu d'&#233;noncer la m&#233;taphysique et de d&#233;finir la psychologie du mat&#233;rialisme historique, tant que ses fondements n'ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;s que de mani&#232;re limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes de grand c&#339;ur disent que l'esprit ne peut se contenter de cet &#233;tat d'attente, lorsqu'il s'agit de moralit&#233; et de droit. Les critiques superficiels ne tardent pas &#224; d&#233;noncer l'absence d'id&#233;aux, sans se demander si une th&#233;orie raisonnable de l'&#233;thique peut &#234;tre ind&#233;pendante de la m&#233;taphysique, et si celle-ci vaut quelque chose sans fondement scientifique. On peut admettre la valeur historique et sociale de l'enseignement moral [13] sans avoir la pr&#233;tention de lui imposer des r&#232;gles, des lois et des postulats sortis de l'imagination. Il semble plut&#244;t qu'en donnant &#224; l'&#233;thique un fondement de m&#233;taphores, de th&#233;ories psychologiques insuffisantes ou de d&#233;clamations sur la Nature , l'effet de cet enseignement se trouve consid&#233;rablement amoindri. Ramener la morale sur terre, la d&#233;barrasser de toute fantaisie, ce n'est pas la nier. Cela signifie au contraire le traiter avec le respect d&#251; au travail de la raison. Est-ce un d&#233;ni de la science que de laisser de c&#244;t&#233; les sp&#233;culations sur l'essence des choses et de s'en tenir aux r&#233;alit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital est plein d'appr&#233;ciation pour la moralit&#233;. Il est donc assez paradoxal de reprocher &#224; Marx d'avoir soigneusement &#233;vit&#233; toute consid&#233;ration sur la Justice. Chacun a sa propre interpr&#233;tation de ce mot. M. Bourguin, dans le passage cit&#233; ci-dessus, s'appuie sur l'ancienne th&#233;orie du sens moral . Mais cette th&#233;orie est d&#233;pass&#233;e. M. Rouanet prend la parole [14] d'&#171; une justice naturelle, conforme &#224; la loi du d&#233;veloppement social, qui est la libre solidarit&#233; des divers partis constituant l'humanit&#233; dans son ensemble et se rapprochant de plus en plus &#187;. C'est &#233;videmment ce que Marx appelait &#171; le charabia de l'id&#233;ologie juridique ch&#232;re aux d&#233;mocrates et socialistes fran&#231;ais &#187;. [15] Le fait que les deux auteurs pr&#233;cit&#233;s soient d'accord pour attribuer un certain caract&#232;re moral &#224; la doctrine de Marx prouve seulement qu'ils ne trouvent pas dans le Capital une expression de leurs th&#233;ories personnelles sur la morale, qui d'ailleurs n'ont aucune valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au nom de la m&#233;taphysique de la morale que Jaur&#232;s prend part &#224; ce d&#233;bat et propose de concilier les points de vue mat&#233;rialiste et id&#233;aliste. Rien ne lui paraissait plus facile. Il affirme tout d'abord que les disciples de Marx reconnaissent l'existence d'une &#171; direction dans le mouvement &#233;conomique et humain &#187;. Il demande qu'on lui accorde comme axiome incontestable qu'il y a dans l'histoire non seulement &#171; une &#233;volution n&#233;cessaire, mais une direction appr&#233;ciable et un sens id&#233;al &#187;. Admettre ces pr&#233;misses reviendrait &#224; expliquer l'histoire au moyen de l'id&#233;alisme, et seulement de l'id&#233;alisme. Ce serait un rejet de la doctrine de Marx. Mais si tel est le cas, comment peut-il les concilier ? Tr&#232;s simple. Si nous condamnons toutes les id&#233;es de Marx, nous proclamons l'auteur comme un grand homme, aussi grand que ses disciples peuvent le d&#233;sirer. [16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on admet tout ce que r&#233;clame le c&#233;l&#232;bre orateur, nous serons convaincus que &#171; le mot Justice a un sens m&#234;me dans la conception mat&#233;rialiste de l'histoire ! &#187; Cette conclusion est vraie, seulement elle a un sens diff&#233;rent de celui de M. Jaur&#232;s. &#171; L'humanit&#233; se cherche, dit-il, et s'affirme, si diff&#233;rent que soit son environnement... C'est le m&#234;me soupir de souffrance et d'esp&#233;rance qui sort de la bouche de l'esclave, du serf et du prol&#233;taire. . C'est le souffle immortel de l'humanit&#233;, qui est l'&#226;me de ce que nous appelons le Droit. &#187; Marx n'y avait certainement jamais pens&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai dit assez pour montrer que le mat&#233;rialisme historique est presque inconnu en France. Le livre de M. Labriola met les lecteurs fran&#231;ais en contact avec des r&#233;gions nouvelles, &#224; travers lesquelles le savant professeur italien nous conduit avec une grande habilet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de cet ouvrage marque une date dans l'histoire du socialisme. C'est en effet la premi&#232;re fois qu'un auteur de langue latine &#233;tudie de mani&#232;re originale et approfondie l'un des fondements philosophiques sur lesquels repose le socialisme contemporain. L'&#339;uvre de M. Labriola occupe une place marqu&#233;e dans les biblioth&#232;ques, aux c&#244;t&#233;s des livres classiques de Marx et d'Engels. Il s'agit d'une &#233;lucidation et d'un d&#233;veloppement m&#233;thodiques d'une th&#233;orie que les ma&#238;tres de la nouvelle pens&#233;e socialiste n'ont jamais trait&#233;e de mani&#232;re didactique. Son livre est donc indispensable pour ceux qui souhaitent comprendre les id&#233;es prol&#233;tariennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que les &#339;uvres de Marx et d'Engels, le pr&#233;sent ouvrage s'adresse &#224; un public &#233;tranger ayant un go&#251;t pour les probl&#232;mes sociaux. L'historien trouvera dans ces pages des indications substantielles et pr&#233;cieuses pour l'&#233;tude de la gen&#232;se et de la transformation des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.SOREL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, d&#233;cembre 1896.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annexe 4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONCERNANT LA CRISE DU MARXISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article publi&#233; par Antonio Labriola dans la Rivista Italiana Di Sociologia, Volume III, 1899.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais ici r&#233;f&#233;rence &#224; un livre, ni bref, ni facile &#224; lire, &#233;crit par Th. G. Masaryk, professeur &#224; l'Universit&#233; de Boh&#234;me de Prague, et publi&#233; tout r&#233;cemment. Son volume est visible au bas de cette page. [17] , o&#249; je donne son titre au complet. Je n'ai cependant pas l'intention d'&#233;crire une simple critique de ce livre. Et s'il fallait dire que l'expression d'une opinion personnelle sur un livre n&#233;cessite sa r&#233;vision, je r&#233;pondrais que celui-ci devrait prendre les proportions et la composition d'un article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon nom et le titre de mon article pourraient laisser penser que j'&#233;tais sur le point de m'engager dans une pol&#233;mique de parti. Le lecteur peut reposer en paix. Je ne confondrai pas les pages de la Rivista Italiana di Sociologia avec les chroniques d'un quotidien politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirai simplement en passant que le grand tumulte suscit&#233;, assez curieusement, par la presse politique italienne, qu'elle soit quotidienne ou p&#233;riodique, &#224; propos de la pr&#233;tendue mort du socialisme &#224; cause d'une soi-disant crise du marxisme, m'appara&#238;t comme une preuve suppl&#233;mentaire de cette nature organique. vice national qu'on pourrait appeler le droit &#224; l'ignorance . Pas un de ces fossoyeurs du socialisme, qui m&#233;langeaient indistinctement les &#233;crivains les plus incompatibles pour rassembler les foules autour de leur crise, n'a pens&#233; &#224; se poser ces questions simples et honn&#234;tes : Que la critique soulev&#233;e dans d'autres pays en mati&#232;re de marxisme ait quelque une incidence directe sur l'Italie ? Cette th&#233;orie avait-elle ou a-t-elle eu une base solide et une diffusion &#233;tablie dans notre pays ? Et enfin, le Parti Socialiste Italien a-t-il suffisamment de force et suffisamment d'adh&#233;rents parmi les masses, et porte-t-il en lui un d&#233;veloppement, des conditions complexes et des objectifs politiques qui r&#233;v&#232;lent les marques pr&#233;cises et claires d'une organisation prol&#233;tarienne stable et durable, pour qu'un une discussion approfondie de la th&#233;orie &#233;quivaudra &#224; une discussion des choses plut&#244;t que des mots ? Et pour aller plus au fond des choses, quelqu'un peut-il dire si tout le chemin &#233;pineux du d&#233;veloppement &#233;conomique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; parcouru, qui a conduit &#224; l'&#233;tablissement du soi-disant syst&#232;me capitaliste dans d'autres pays, et dont le marxisme est le protagoniste critique. r&#233;flexe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque aurait pos&#233; ces questions et d'autres similaires serait parvenu &#224; la conclusion honn&#234;te qu'il ne peut y avoir de crise d'une chose... qui n'existe pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut, ou plut&#244;t il est certain, qu'aucun de ces n&#233;crologues du socialisme ne savait que l'expression de crise du marxisme avait &#233;t&#233; invent&#233;e et mise en circulation par le professeur Masaryk, &#224; qui elle appartenait (&#224; son insu, comme cela arrive souvent &#233;trangers aux affaires concernant l'Italie) pour apporter &#224; notre pays une contribution nouvelle et inattendue &#224; la fortune des mots . Mais c'est un fait. L'expression &#8211; Crise du marxisme &#8211; a &#233;t&#233; invent&#233;e par Masaryk dans les num&#233;ros 177 &#224; 179 du Zeit de Vienne, en f&#233;vrier 1898, et ses articles furent ensuite rassembl&#233;s dans un seul pamphlet. [18] et publi&#233; sous la date du 10 mars. Et bien, l'auteur de cette d&#233;couverte litt&#233;raire n'avait pas l'intention de d&#233;clarer que le socialisme &#233;tait en train de mourir, mais simplement qu'il lui semblait observer une crise au sein du marxisme. En fait, il concluait ainsi : &#171; J'exhorte les ennemis du socialisme &#224; ne pas nourrir de vains espoirs pour leurs propres partis en raison de cette crise du marxisme, qui pourrait plut&#244;t renforcer consid&#233;rablement le socialisme, si ses dirigeants critiquent franchement ses principes fondamentaux et surmonter leurs d&#233;fauts, comme tout autre parti de r&#233;forme sociale, le socialisme trouve sa source de vie dans les imperfections manifestes de l'ordre social actuel, dans son injustice, son immoralit&#233; et surtout dans la mis&#232;re mat&#233;rielle, morale et intellectuelle des grandes masses. toutes les nations. &#187; [19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces 24 pages, trop peu nombreuses pour l'importance du sujet, les donn&#233;es concernant la crise &#8211; dans la mesure o&#249; elles concernaient la social-d&#233;mocratie allemande et avec quelques r&#233;f&#233;rences &#224; la litt&#233;rature fran&#231;aise et anglaise &#8211; &#233;taient rassembl&#233;es, &#233;num&#233;r&#233;es, d&#233;fini, de mani&#232;re un peu h&#226;tive... Mais &#224; quoi bon parler du petit ouvrage du 10 mars 1898, puisque ces 24 pages sont devenues 600 dans le livre du 27 mars 1899, 600, remarquez, ce qui est &#224; son tour &#171; trop assez &#187;, comme dirait un Napolitain, tant en ce qui concerne le fond du sujet trait&#233; que la patience du lecteur moyen ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur Masaryk est un positiviste. Ce terme a en Italie une signification extr&#234;mement large et &#233;lastique, mais pour lui, en tant que philosophe de profession, cela signifie en termes concrets qu'il se tient sur la ligne qui m&#232;ne de Comte &#224; Spencer... ou &#224; Masaryk lui-m&#234;me. Je ne suis pas en mesure de lui accorder toute l'admiration qui lui est peut-&#234;tre due. Car il a l'habitude d'&#233;crire en boh&#232;me, ce qui me g&#234;ne assez. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, je n'avais rien lu de lui, sauf sa Logique concr&#232;te dans sa traduction allemande. Je ne dirais pas non plus le sens subtil de ses expressions, car ce livre a &#233;t&#233; traduit par M. Kalandra dans un allemand plut&#244;t bureaucratique. L'&#339;uvre dans son ensemble, comme le dit l'auteur lui-m&#234;me dans sa pr&#233;face, ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e sous l'aspect de la composition et du style. Il s'agit d'une production ultra-acad&#233;mique, avec la division habituelle en introduction et sections. Il y en a cinq, suivis d'une r&#233;capitulation, et ils sont subdivis&#233;s en chapitres, avec des sous-titres A, B, C, et ainsi de suite, jusqu'&#224; une division des subdivisions en 162 paragraphes, avec diverses bibliographies sous forme libre et libre. dans un ordre concentr&#233;, et avec un index vraiment merveilleux, qui fait penser &#224; beaucoup de choses qu'on ne trouve pas dans le livre en s'y tournant, et avec l'in&#233;vitable table des mati&#232;res. En bref, c'est un livre de le&#231;ons compl&#232;tes et instructives, au ton &#233;quilibr&#233;, avec quelques touches de l&#233;g&#232;ret&#233; occasionnelles, et il est &#233;dit&#233; sur le mod&#232;le d'une encyclop&#233;die. Cependant, tous les cours ne peuvent pas &#234;tre r&#233;f&#233;r&#233;s &#224; la m&#234;me date. Tandis que ce livre, initialement &#233;crit en langue boh&#233;mienne et annonc&#233; dans le petit livret de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente qui peut le remplacer pour ceux qui n'aiment pas lire 600 pages, &#233;tait imprim&#233; en langue allemande, le d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre livre de Bernstein (cit&#233; dans une note de bas de page &#224; la page 590 du livre de Masaryk) est apparu, et l'auteur a ressenti le besoin d'en h&#233;berger ses amis dans un autre endroit. [20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite de Masaryk est v&#233;ritablement dans une classe &#224; part. Il n'est pas socialiste, il a une connaissance approfondie de la litt&#233;rature socialiste, il n'est pas un adversaire professionnel du socialisme, il le juge d'en haut, au nom de la Science . Il &#233;tait membre du Reichsrath de Cisleithanie, mais il est en m&#234;me temps nationaliste et progressiste, ce qui, &#224; ma connaissance, ne se retrouve jamais dans une combinaison chez les Jeunes Tch&#232;ques. Il me semble qu'&#224; l'heure actuelle, il se tient &#224; l'&#233;cart de la politique. Il publie une revue qui ressemble un peu &#224; notre Nuova Antologia . C'est un scientifique de profession, c'est-&#224;-dire un grand lecteur et un rapporteur pr&#233;cis de ce qu'il lit, jusqu'aux moindres d&#233;tails de la plus petite particule. Et c'est l&#224; le premier et principal d&#233;faut de son livre. Le livre aborde une infinit&#233; de choses, mais ne va jamais &#224; l'essentiel. C'est comme si le regard de l'auteur &#233;tait obstru&#233; par les imprim&#233;s et obscurci par les ombres des &#233;crivains, &#224; travers lesquels il chemine avec tant d'obs&#233;quiosit&#233; pour tous, comme un homme dont les yeux ont perdu tout sens de perspective. N'est-il pas le devoir principal de celui qui entreprend d'&#233;tudier les fondements du marxisme d'&#234;tre en mesure de r&#233;pondre &#224; la question suivante, sur la base d'une &#233;tude des conditions r&#233;elles : &#171; Croyez-vous ou non dans la possibilit&#233; d'une transformation des soci&#233;t&#233;s des pays les plus avanc&#233;s, qui ferait dispara&#238;tre les causes et les effets des luttes de classes ? Face &#224; ce probl&#232;me g&#233;n&#233;ral, la question du mode de transition vers la soci&#233;t&#233; future souhait&#233;e ou pr&#233;vue est une question d'importance secondaire. Car ce mode de transition n'est pas soumis &#224; notre jugement et ne d&#233;pend assur&#233;ment pas de nos d&#233;finitions. En ce qui concerne cette proposition g&#233;n&#233;rale, il est, je ne dirai pas indiff&#233;rent, mais certainement de valeur secondaire, de savoir quelle partie de la pens&#233;e et des opinions (beaucoup confondent malheureusement ces deux-l&#224;) de Marx et de ses collaborateurs directs les adeptes et les interpr&#232;tes sont d'accord ou non avec les conditions pr&#233;sentes et futures du mouvement prol&#233;tarien. Il n'est pas n&#233;cessaire qu'on soit un partisan passionn&#233; du mat&#233;rialisme historique pour comprendre que les th&#233;ories ont une valeur en tant que th&#233;ories, c'est-&#224;-dire dans la mesure o&#249; elles &#233;clairent un certain ordre de faits, mais qu'en tant que simples th&#233;ories elles ne sont la cause de rien .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais M. Masaryk est aussi un doctrinaire, c'est-&#224;-dire un croyant au pouvoir des id&#233;es, en d'autres termes, un penseur acad&#233;mique, pour qui tout consiste en une lutte pour une conception g&#233;n&#233;rale du monde. Il ne faut donc pas s'&#233;tonner qu'il rejette avec un m&#233;pris souverain l'expression d' instinct de masse . Cette critique, qui tire de la Science toute son hypoth&#232;se d'un jugement impartial sur les luttes pratiques de la vie, et qui ignore l'orientation de la pens&#233;e par le cours naturel de l'histoire, est et reste essentiellement fallacieuse, car elle continue de tourner autour du marxisme, sans jamais toucher son point culminant, qui est la conception g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement historique du point de vue de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m'arr&#234;tant pour d&#233;finir la r&#233;alisation particuli&#232;re de Masaryk, je pense que je lui paierai avec la courtoisie italienne son ignorance de mes &#233;crits relatifs &#224; son argument. S'il les avait un jour lus, il comprendrait peut-&#234;tre que l'on peut encore aujourd'hui &#234;tre un partisan du mat&#233;rialisme historique, en tenant bien entendu compte des nouvelles exp&#233;riences historiques et sociales v&#233;cues entre-temps et en r&#233;visant des concepts tels que suit naturellement le d&#233;veloppement de la pens&#233;e. Et cela sans tomber dans une controverse sur des points infimes et sans en venir aux mains avec la presse du parti, et sans se proclamer d&#233;couvreur ou auteur d'une crise du marxisme. Les th&#233;ories en voie de d&#233;veloppement et de progr&#232;s ne se pr&#234;tent pas au traitement &#233;rudit et philologique, comme on peut l'accorder aux formes de pens&#233;e pass&#233;es et aux choses qui nous sont transmises par la tradition et appel&#233;es antiques. Mais les temp&#233;raments intellectuels des hommes diff&#232;rent tellement les uns des autres ! Certains &#8211; et ils sont peu nombreux &#8211; pr&#233;sentent au public le r&#233;sultat de leur propre travail et ne se sentent pas oblig&#233;s d'y joindre l'histoire intime de leurs lectures jusqu'au portrait de la plume qu'ils ont utilis&#233;e. D'autres &#8211; et ils sont majoritaires &#8211; ressentent le besoin imp&#233;rieux d'imprimer tout le fruit de leurs lectures. Ils sont des gardiens minutieux de leurs notes et ne laisseront pas perdre la moindre partie de leur travail, que ce soit pour le pr&#233;sent ou pour l'avenir. Le professeur Masaryk, qui &#233;tend la discussion d'une proposition momentan&#233;e sur 600 pages, est l'un d'entre eux. La proposition est simplement la suivante : que peut penser un &#233;tranger du marxisme &#224; l'heure actuelle, &#233;tant donn&#233; qu'il est discut&#233; au sein du parti ? Le professeur Masaryk, qui a tant lu, ne peut s'emp&#234;cher de consid&#233;rer &#233;galement le marxisme selon les formules sacramentelles de la philosophie, de la religion, de l'&#233;thique et de la politique. et ainsi de suite jusqu'&#224; l'infini. Et ce qui est curieux, c'est que lui, qui a tant de d&#233;f&#233;rence pour la bureaucratie des universit&#233;s et pour les casiers du f&#233;tichisme scientifique, d&#233;clare finalement que le marxisme est un syst&#232;me syncr&#233;tique (d'ailleurs tout au long de son livre, et explicitement &#224; la page 587). ) ! Il m'avait sembl&#233; que cette th&#233;orie &#233;tait exactement &#224; l'oppos&#233; de la syncr&#233;tisme, et qu'elle &#233;tait si nettement unitaire qu'elle tendait non seulement &#224; surmonter l'antagonisme doctrinaire entre science et philosophie, mais aussi l'antagonisme plus &#233;vident entre th&#233;orie et pratique. Mais M. Masaryk est ce qu'il est. Alors suivons-le &#224; travers ses casiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous laissons volontiers &#224; d'autres le soin de s'occuper du socialisme en tant que tendance aux r&#233;formes juridiques &#224; la mani&#232;re de A. Menger. Il d&#233;clare qu'il n'intervient pas directement dans les questions d'&#233;conomie (dans lesquelles, en fait, il semble boiteux des deux pieds). Il se limite &#224; discuter surtout de la philosophie de Marx, qui existe m&#234;me si elle a n'a pas &#233;t&#233; expos&#233;e dans un ouvrage sp&#233;cial &#233;crit &#224; cet effet. Et il &#233;tudie sur 600 pages la crise dans la mesure o&#249; elle est strictement &#171; scientifique et philosophique &#187;. (Page 5.) Ne vous attendez donc pas &#224; ce que notre auteur vous donne un examen concret des conditions r&#233;elles du monde &#233;conomique &#224; partir d'une &#233;tude de premi&#232;re main, ni un manuel pratique et complet de l&#233;gislation sociale. Que la prol&#233;tarisation des masses se poursuive ou non, que la th&#233;orie de la valeur de Marx soit exacte ou non, ces questions et d'autres encore, bien que de la plus haute importance, ne l'int&#233;ressent pas en tant que philosophe. (Page 4.) Le r&#233;sultat pratique de ses &#233;tudes est simplement de conseiller aux socialistes de s'en tenir au programme d'Engels de 1895, c'est-&#224;-dire &#224; la tactique parlementaire. C'est ce qu'ils font effectivement partout dans le monde, et, &#224; mon humble avis, pour la simple raison qu'ils ne peuvent rien faire d'autre sans se r&#233;v&#233;ler fous ou insens&#233;s. Cependant, Masaryk renforce son conseil en avertissant que les socialistes devraient &#233;galement abandonner les id&#233;ologies marxistes ! Une fois de plus, ce n'est donc pas le cours naturel des changements politiques de l'Europe civilis&#233;e qui a pouss&#233; les socialistes &#224; changer de tactique (l'auteur ne saurait nous dire combien de temps la tactique actuelle durera ou pourra durer), mais c'est les id&#233;es qui changent et doivent changer. Tout se confond dans la lutte pour la Weltanschauung (conception du monde) &#8211; voir notamment pages 586 &#224; 592 &#8211; comme cela est naturel chez un &#233;crivain si attach&#233; aux concepts sacramentels de la classification scientifique (page 4) et &#224; la position sur&#233;minente de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philistin, dans sa sous-esp&#232;ce professorale, se r&#233;v&#232;le ici pleinement dans sa vraie nature. Conna&#238;tre intimement la litt&#233;rature socialiste, tout en ignorant l'&#226;me et le sens les plus profonds du socialisme ! Si cette signification est une fois comprise, il va de soi qu'elle change compl&#232;tement l'orientation scientifique et change &#233;galement la position de la science dans l'&#233;conomie de nos int&#233;r&#234;ts. Mais Masaryk n'arrive jamais aussi loin, car il lui faudrait pour cela sortir des limites des d&#233;finitions. Pour cette raison, son livre, bien que rempli d'informations consciencieuses et exempt de m&#233;pris professionnel &#224; l'&#233;gard du socialisme, &#233;quivaut en intention et en effet &#224; un &#233;norme plaidoyer du positivisme contre le marxisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux observations me viennent &#224; l'esprit &#224; ce stade. L'affirmation qui pr&#233;c&#232;de semblera &#233;trange &#224; beaucoup en Italie, o&#249; il est d'usage de d&#233;signer tout et n'importe quoi par le terme de positivisme. D'un autre c&#244;t&#233;, j'ai souvent dit que cette mani&#232;re de concevoir la vie et le monde, que l'on entend sous le nom de mat&#233;rialisme historique, n'a pas atteint la perfection dans les &#233;crits de Marx, d'Engels et de leurs successeurs imm&#233;diats. Et je d&#233;clare maintenant avec plus de pr&#233;cision que le d&#233;veloppement de cette th&#233;orie avance encore lentement et qu'il se poursuivra peut-&#234;tre au m&#234;me rythme pendant un bon moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des livres comme celui de Masaryk ne servent &#224; rien. Il s'agit bien d'une accumulation d'objections au nom du positivisme, mais non au nom d'une r&#233;vision authentique et directe des probl&#232;mes de la science historique, ni au nom de questions politiques r&#233;elles. La soi-disant crise ne fait pas l'objet d'un examen publiciste, ni d'une &#233;tude sociologique, mais est plut&#244;t un espace vide, ou une pause, dans lequel l'auteur d&#233;pose ou r&#233;cite ses protestations philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un essai, ni inutile ni d&#233;nu&#233; d'int&#233;r&#234;t, est consacr&#233; &#224; la premi&#232;re formation de la pens&#233;e de Marx (pages 17-89). Mais le r&#233;sultat est plut&#244;t maigre. &#034;Marx a finalement trouv&#233; dans la mutation continue de la structure sociale la raison historique du communisme, quelque chose qui impose son emprise sur sa propre n&#233;cessit&#233;. &#8211; Selon Marx, la philosophie est la copie naturelle du processus mondial. &#8211; Le communisme d&#233;coule de l'histoire elle-m&#234;me. &#8211; Le mat&#233;rialisme de Marx est un mat&#233;rialisme historique. &#8211; &#187; De telles propositions, qui reproduisent d'un seul trait de plume la pens&#233;e fondamentale de l'auteur en question, devraient inciter notre critique, me semble-t-il, &#224; examiner les fondements de ces conceptions, afin de les renverser, s'il le peut. Et que fait M. Masaryk &#224; la place ? Quelques lignes plus loin, il &#233;crit : &#171; Sa philosophie, ainsi que celle d'Engels, portent l'empreinte de l'&#233;clectisme. &#187; Et l&#224;-dessus, il nous traite sous la lettre D du titre II d'une salade russe d'opinions controvers&#233;es de Bax, K. Schmidt, Stern, Bernstein, Plekanoff, Mehring, dans la mesure o&#249; ils ont discut&#233; de la question de savoir si cette philosophie, d'un point de vue marxiste, est, ou non, conciliable avec un retour &#224; Kant, Spinoza ou autres. Et il ne se souvient jamais du po&#232;te qui &#233;tait pr&#233;sent &#224; la fondation de l'universit&#233; de Prague, pour s'&#233;crier avec lui : Tu vas pauvre et nue, philosophie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement accord&#233; par l'auteur au mat&#233;rialisme historique (pages 92-168) est quelque peu d&#233;connect&#233;. Il parle d'abord des diff&#233;rentes d&#233;finitions et de leur choc, pour finalement aboutir &#224; une critique fond&#233;e sur ce vieil ennui qu'est la doctrine des facteurs, qu'il cache plus ou moins sous une phras&#233;ologie sociologique et psychologique assez douteuse et incertaine. Enfin, l'id&#233;e d'une conception objectivement unitaire de l'histoire r&#233;pugne &#224; notre auteur, et il arrive fr&#233;quemment qu'il confonde l'explication des effets de masse historiques principalement par le biais de changements dans les fondements &#233;conomiques avec l'explication br&#232;ve et grossi&#232;re de tel ou tel fait historique. en fonction de conditions &#233;conomiques particuli&#232;res et concr&#232;tes. Il n'y a donc pas lieu de s'&#233;tonner quand on voit qu'il consid&#232;re Marx comme une sorte de Comte d&#233;t&#233;rior&#233;, qui devient un disciple inconscient de Schopenhauer et accepte la primaut&#233; de la volont&#233;, doctrine qui contredit cependant la trinit&#233; sacr&#233;e de l'intellect, du sentiment et de la volont&#233;. Il est probable que le pauvre Marx ne savait pas que l'homme avait non seulement un intellect, mais aussi un foie, ce qui est d'autant plus surprenant qu'il souffrait lui-m&#234;me d'une maladie du foie ! C'est peut-&#234;tre une bonne raison pour laquelle il n'a pas vu que la plus-value est un concept &#233;minemment &#233;thique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un professeur d'universit&#233; qui traite sa mati&#232;re comme il traite sa profession, peut facilement &#234;tre tent&#233; de soumettre un certain auteur &#224; l'&#233;preuve de toutes les diverses doctrines qu'il a, en tant que critique, l'habitude d'&#233;tudier et de manipuler. Et puis il arrive, par une &#233;trange illusion de l'&#233;rudit, que les termes de comparaison, qui sont dans l'esprit subjectif du critique, deviennent subrepticement des termes de d&#233;rivation r&#233;elle. Cela est &#233;galement arriv&#233; &#224; Masaryk. Nous le trouvons ici, au beau milieu de ses tentatives de comparaison, se contredire par la d&#233;claration sentencieuse (page 166) : &#171; En fait, Marx a moul&#233; dans une formule quelque chose qui &#233;tait dans l'air, comme on dit : et c'est pour cette raison que je n'ai pas attribu&#233; beaucoup de poids &#224; des influences particuli&#232;res sur son d&#233;veloppement mental.&#034; Par cons&#233;quent, je dirais qu'il faut tout recommencer et essayer le chemin inverse. Chez l'auteur que vous critiquez, ce processus inverse s'est produit, car il est pass&#233; d'une critique de l'&#233;conomie et du fait de la lutte des classes &#224; une nouvelle conception de l'histoire et, par l&#224; m&#234;me, &#224; une nouvelle orientation sur les probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux de la cognition. (et, remarquez, pas par une modification de ce que l'on appelle techniquement la recherche historique). Mais vous faites violence aux faits. Vous les renversez et vous suivez une voie qui n'est pas celle choisie par l'objet de votre critique. Mais bien s&#251;r, vous, philosophe professionnel, descendez de l'altitude des d&#233;finitions jusqu'&#224; ce qu'on appelle le mat&#233;rialisme historique. Et malgr&#233; tout le respect d&#251; &#224; la bureaucratie, on arrive ainsi &#224; la th&#233;orie de la lutte des classes comme on arrive &#224; un corollaire en logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas &#233;galement, la fid&#233;lit&#233; &#224; l'expos&#233; mat&#233;riel rend d'autant plus visible l'incapacit&#233; d'une compr&#233;hension intime et vivante. On rencontre ici et l&#224; quelques remarques utiles sur l'insuffisance de pr&#233;cision de termes tels que bourgeoisie, prol&#233;tariat, etc., et d'autres plus pr&#233;cieuses sur l'impossibilit&#233; de r&#233;duire toute la soci&#233;t&#233; actuelle &#224; ces deux fameuses classes, puisqu'elle est d'une composition plus complexe et diff&#233;renci&#233;e. Malgr&#233; tout cela, il montre une singuli&#232;re inaptitude &#224; saisir une id&#233;e aussi simple que celle-ci : &#233;tant donn&#233; que la vie sociale est si complexe, les intentions de tel individu peuvent toutes &#234;tre erron&#233;es. Ce fait am&#232;ne notre auteur &#224; dire que le marxisme r&#233;duit la conscience individuelle &#224; une pure illusion. Cela va &#224; son encontre de croire que les lois &#233;conomiques devraient &#234;tre soumises &#224; un processus naturel de d&#233;veloppement. Eh bien, qu'il prouve que la succession des &#233;v&#233;nements historiques peut &#234;tre modifi&#233;e par des actes arbitraires. Apr&#232;s avoir revendiqu&#233; une spontan&#233;it&#233; (qu'est-ce que c'est ?) des forces qui animent l'histoire, et proclam&#233; l'aristocratie de l'esprit philosophique, l'auteur nous dit que le d&#233;terminisme marxiste s'identifie au fatalisme, puis il avoue (page 234) : &#034;J'explique le monde et l'histoire de mani&#232;re th&#233;iste.&#034; Dieu merci !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons enfin &#224; la question principale, &#224; savoir l'explication du monde capitaliste (pages 235-313) et la critique du communisme et du d&#233;veloppement de la civilisation (pages 313-386). C'est l&#224; le point essentiel pour les socialistes, et ils ne peuvent &#234;tre combattus sur aucun autre terrain. Mais l'auteur est descendu des hauteurs, et qu'il en soit ainsi. Je ne peux nier &#8211; pour commencer par ses conclusions &#8211; qu'il y ait une certaine justification dans ses remarques sur notre primitivit&#233; et notre simplicit&#233; excessives, notamment en ce qui concerne la tentative d'Engels de d&#233;crire bri&#232;vement les principales phases de l'histoire de la civilisation. L'origine de l'&#201;tat, ou de la soci&#233;t&#233; de classes, au moyen de la domination et de l'autorit&#233;, en supposant la pr&#233;sence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de la famille monogamique, a connu divers modes de d&#233;veloppement, dans des cas historiques particuliers et concrets, et aucune explication facile ne tiendra dans le contexte actuel. tenter de rendre plausibles des sch&#233;mas trop simples. Il peut arriver que les socialistes, dans leurs d&#233;bats quotidiens, voient habituellement les subtilit&#233;s de l'histoire sous un jour trop simple et les r&#233;duisent trop en taille. Cela les am&#232;ne &#224; trop uniformiser les subtilit&#233;s de la soci&#233;t&#233; actuelle pour les rapprocher de la m&#234;me mani&#232;re, de mani&#232;re arbitraire. Il est certain aussi qu'il ne convient pas de se r&#233;f&#233;rer continuellement &#224; la n&#233;gation de la n&#233;gation , car celle-ci n'est pas un instrument de recherche, mais seulement une formule globale, valable certes, mais post factum . Il est en outre certain que le communisme, c'est-&#224;-dire une approche plus ou moins lointaine de la soci&#233;t&#233; actuelle vers une nouvelle forme de production, ne sera pas le fruit mental d'une dialectique subjective. C'est pour cette raison que je crois &#8211; pour &#234;tre courtois dans l'usage des armes contre mes adversaires &#8211; qu'il n'y a qu'un seul moyen de combattre s&#233;rieusement le socialisme, et c'est de prouver que le syst&#232;me capitaliste, du moins pour le moment, a suffisamment de capacit&#233; d'adaptation pour r&#233;duire, pour un temps ind&#233;fini, tous les mouvements prol&#233;tariens de fond &#224; une agitation fulgurante, sans jamais aboutir &#224; un processus ascendant qui &#233;liminerait finalement la domination de classe avec l'esclavage salari&#233;. C'est l'essentiel des efforts critiques d'&#233;coles telles que celle de Brentano et de ses disciples. Mais cela ne semble pas &#234;tre le genre de pain qui convient aux dents de M. Masaryk, qui r&#233;v&#232;le toute son inaptitude &#224; saisir le lien &#233;conomique de son sujet, notamment dans le chapitre qu'il consacre &#224; une critique du surplus. valeur. (Pages 250 &#224; 313.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir parcouru une multitude de r&#233;f&#233;rences concernant la question &#233;pineuse de la pr&#233;tendue diff&#233;rence fondamentale entre le premier et le troisi&#232;me volume du Capital , Masaryk rejette la th&#233;orie de la plus-value comme &#233;tant inexacte, puis il affirme que Marx ne pouvait pas s'&#233;carter de la th&#233;orie de la plus-value. notion d'utilit&#233;, car son extr&#234;me objectivit&#233; l'emp&#234;chait de prendre en compte les consid&#233;rations psychologiques ! Il donne ensuite sa propre opinion sur la place que devrait occuper l'&#233;conomie politique parmi les sciences, en la supposant d&#233;pendante des pr&#233;misses de la sociologie g&#233;n&#233;rale. Il rejette l'id&#233;e selon laquelle l'&#233;conomie politique est une science historique et r&#233;affirme sa croyance en une pr&#233;tendue science &#233;conomique qui, sans se confondre avec l'&#233;thique, embrasserait l'homme tout entier, et pas seulement l'homme en tant que travailleur. Il avance quelques sophismes sur l'impossibilit&#233; de trouver une mesure du travail, dans la mesure o&#249; celui-ci, &#224; son tour, doit servir de mesure de la valeur, et consid&#232;re la plus-value comme un concept mental d&#233;riv&#233; de l'hypoth&#232;se de deux classes engag&#233;es dans une activit&#233; &#233;conomique. une lutte mutuelle. Au moyen de nombreux subterfuges, il &#233;crit une apologie du capitaliste dans la mesure o&#249; il est entreprenant, c'est-&#224;-dire ouvrier et dirigeant. Et tandis qu'il fulmine contre la classe parasitaire et contre le commerce malhonn&#234;te, il r&#233;clame une &#233;thique qui enseigne &#224; chacun son devoir et sa place. Il a la gentillesse d'admettre que Marx a d&#233;couvert l'importance des petits travailleurs, m&#234;me s'il aurait commis de petites erreurs comme le note Masaryk, par exemple, la r&#233;duction du travail complexe au travail simple, et surtout la croyance en un travail simple. lutte des classes alors qu'il n'y a en r&#233;alit&#233; qu'une lutte entre individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il est si facile de r&#233;duire en poudre le mat&#233;rialisme historique, si les luttes de classes en tant que dynamique de l'histoire ne sont qu'une g&#233;n&#233;ralisation erron&#233;e de faits mal compris, si les attentes des faits, si les attentes du communisme sont pratiquement utopiques, si les Les th&#233;ories du capital sont si manifestement fausses, et si tous les fondements du marxisme ont maintenant &#233;t&#233; d&#233;truits, pourquoi Masaryk prend-il la peine d'&#233;crire encore deux cents pages sur les droits, l'&#233;thique, la religion, etc., c'est-&#224;-dire sur les syst&#232;mes qui sont appel&#233;s id&#233;ologiques ? Pour ma part, j'aurais d&#251; me contenter des affirmations faites, par exemple, aux pages 509-519, qui comblent une sorte de blanc s'intercalant entre le r&#233;seau des paragraphes. L&#224;, il essaie de parvenir &#224; un r&#233;sum&#233; final, mais en raison de d&#233;fauts de style, la pens&#233;e est trop peu concentr&#233;e et le r&#233;sum&#233; manque de concision. Cette tentative de synth&#232;se donne une sorte de tour d'horizon des caract&#233;ristiques du marxisme et met ainsi en relief la th&#232;se de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#8211; c'est l'essentiel de ce r&#233;sum&#233; &#8211; marque la limite extr&#234;me de la r&#233;action contre le subjectivisme, dans la mesure o&#249; il consid&#232;re la nature comme la chose premi&#232;re et la conscience comme la chose r&#233;sultante. Il s'agit donc d'un objectivisme positif absolu. Pour lui, l'histoire est l'ant&#233;c&#233;dent et l'individu le cons&#233;quent. Sa conception &#233;quivaut donc &#224; une n&#233;gation absolue de l'individualisme. La question de la compr&#233;hension est purement pratique. Entre la nature de l'homme et l'histoire humaine, il existe un accord parfait. Il n'existe aucune autre source de conscience humaine en dehors de celle offerte par l'histoire. L'homme est enti&#232;rement constitu&#233; de ce qu'il fait. D'o&#249; le fondement &#233;conomique de tout le reste. D'o&#249; le travail comme fil conducteur de l'histoire. D'o&#249; la conviction que les diverses formes sociales ne sont que des formes diff&#233;rentes d'organisation du travail. D'o&#249; le point de vue du socialisme, non plus comme simple aspiration ou attente. D'o&#249; la conception du communisme, non pas comme un simple sch&#233;ma de relations &#233;conomiques, mais comme une nouvelle conscience d&#233;passant les limites de toutes les illusions actuelles et comme une application d'un humanisme positif. Mais cet objectivisme extr&#234;me est aujourd'hui en train de se briser par un retour &#224; Kant, c'est-&#224;-dire &#224; la critique. L'&#339;uvre de Marx &#233;tait incompl&#232;te. Il ne parvint pas &#224; vaincre Hegel, il ne trouva pas d'expression ad&#233;quate &#224; ses tendances, il retomba dans le romantisme de Rousseau, il tenta en vain de s'extirper de Ricardo et de Smith qu'il tentait de critiquer, et il resta l'auteur d'un syst&#232;me incomplet. . Il personnifie en quelque sorte une trag&#233;die philosophique. Il a mis de vieilles id&#233;es au service de nouveaux id&#233;aux, il n'a trouv&#233; d'autre motivation pour le travail r&#233;volutionnaire qu'une impulsion vers l'h&#233;donisme, et c'est pourquoi il est rest&#233; aristocratique et absolutiste dans sa passion r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la caract&#233;ristique de Masaryk. Je laisse &#224; quelqu'un poss&#233;dant une facult&#233; d'expression ad&#233;quate le soin de donner de la couleur &#224; cette &#233;bauche. Cela est certainement de nature &#224; attirer notre attention sur la grande trag&#233;die du travail , qui traverse toute l'histoire. [21] Mais tout cela laisse notre auteur de marbre dans son p&#233;dantisme acad&#233;mique. Il n'oppose pas une conception &#224; une autre dans son rapide survol d'une nouvelle interpr&#233;tation des destin&#233;es humaines, mais s'y oppose simplement au nom &#171; de la mission de notre temps de trouver une nouvelle synth&#232;se des sciences &#187; (page 513). Puis il fait appel une fois de plus &#224; Hume et &#224; Kant et pose la question : qu'est-ce que la v&#233;rit&#233; ? Vient ensuite une discussion sur la nouvelle n&#233;o-&#233;thique , qui doit descendre pour nous donner une critique scientifique de la soci&#233;t&#233;. La nouvelle philosophie doit r&#233;soudre le probl&#232;me de la religion, que Marx croyait avoir r&#233;solu, la qualifiant de forme d'illusion. Le pessimisme est la note dominante de notre &#233;poque. Schopenhauer s'est quelque peu rapproch&#233; de la v&#233;rit&#233; en faisant de la volont&#233; la racine du monde. Marx &#233;tait pour lui un pendant avec sa th&#233;orie unilat&#233;rale du travail. Le marxisme a le d&#233;faut d'&#234;tre rest&#233; n&#233;gatif. &#171; Le capital n'est que la transcription &#233;conomique de M&#233;phistoph&#233;l&#232;s par Faust &#187; (c'est ce qu'il dit &#224; la page 516, et si vous ne me croyez pas, allez voir par vous-m&#234;mes !). Et enfin on apprend &#8211; si je l'ai bien compris &#8211; que la crise consiste essentiellement dans un retour &#224; Kant et un penchant de l'esprit r&#233;volutionnaire vers le parlementarisme. Ceci marque donc le d&#233;but de l'&#233;poque Masaryk dans l'histoire du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant et le parlement, qu'il en soit ainsi ! Mais quel Kant ? Veut-il parler du Kant de la vie philistine la plus priv&#233;e de K&#246;nigsberg ? Ou bien s'agit-il de l'auteur r&#233;volutionnaire d'&#233;crits subversifs, qui apparaissait &#224; Heine comme l'un des h&#233;ros de la Grande R&#233;volution ? Et quel parlement de composition ordinaire et coutumi&#232;re est destin&#233; &#224; transformer l'histoire ? Eh bien, disons Kant et la Convention. Mais la Convention a suivi la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire apr&#232;s la chute de tout un syst&#232;me social, la ruine de tout un ordre politique, le d&#233;cha&#238;nement de toutes les passions de classe... et cela suffira. M. Masaryk, en tant que sociologue universitaire professionnel, a le droit d'ignorer cette histoire vivante, agit&#233;e, impulsive et passionn&#233;e, qui pla&#238;t aux autres &#234;tres humains qui ont un sentiment de sympathie pour les r&#233;alit&#233;s humaines. Il peut donc se reposer confortablement sur la persuasion que la p&#233;riode des r&#233;volutions est r&#233;volue pour toujours et que nous sommes d&#233;finitivement entr&#233;s dans la p&#233;riode de lente &#233;volution, l'idylle de la raison tranquille et r&#233;sign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tournons-nous n&#233;anmoins vers ses casiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cours de th&#233;orie de l'&#201;tat et du droit (pages 387-426) combat principalement le point de vue selon lequel ceci ou cela est une forme secondaire ou d&#233;riv&#233;e par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. L'&#201;tat existe d&#232;s le d&#233;but de l'&#233;volution, et il existera toujours parce que la raison et la morale l'approuvent (page 405) ; et l'homme, &#171; par sa disposition naturelle, n'aime pas seulement commander, mais aussi &#234;tre command&#233; et ob&#233;ir volontairement &#187;. Les in&#233;galit&#233;s naturelles justifient la hi&#233;rarchie (page 406). Et c'est r&#233;gl&#233; ! Mais si cela est vrai, pourquoi se donner tant de mal pour d&#233;montrer que le droit ne peut pas d&#233;couler de la situation &#233;conomique ? Pourquoi perdre du temps &#224; combattre les th&#233;ories &#233;galitaires d'Engels ? Dans quel but fait-il appel &#224; l'autorit&#233; redoutable de Bernstein (page 409), qui aurait remis l'&#201;tat &#224; l'honneur (imaginez, dans un article de la Neue Zeit !! ), d&#233;clarant que c'est une chose que les socialistes ne veut plus abolir, mais seulement r&#233;former ? Il lui est assez facile de se mettre en accord avec l'esprit ordinaire, qui n'h&#233;site pas &#224; admettre, tout comme M. Masaryk, qu'il existe des in&#233;galit&#233;s justes, et parmi elles des in&#233;galit&#233;s. J'aimerais qu'il nous dise sa mesure de ce qui est juste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe sous silence le chapitre intitul&#233; Nationalit&#233; et internationalit&#233; (pages 426-565), dans lequel l'auteur, outre qu'il manifeste son indignation face &#224; la Slavophobja de Marx, fait quelques observations utiles sur les obstacles &#224; l'internationalisme qui naissent naturellement des particularit&#233;s de l'esprit national. , et je me suis arr&#234;t&#233; une minute pour consid&#233;rer les remarquables paradoxes qu'il expose &#224; propos de la religion (pages 455-481). Il se r&#233;v&#232;le ici comme un v&#233;ritable d&#233;cadent. Le catholicisme et le protestantisme sont encore pour lui les faits fondamentaux de la vie et ont une importance pr&#233;pond&#233;rante. influence sur les destin&#233;es du monde ! Nous sommes tous soit l'un, soit l'autre. En effet, toute philosophie moderne est protestante, et il n'y a de philosophie catholique que par d&#233;faut (et votre Comte en contient-il un &#233;l&#233;ment ?). du catholicisme, non seulement parce qu'il a adopt&#233; le socialisme fran&#231;ais, qui est catholique et r&#233;pugnant &#224; l'esprit protestant, mais parce qu'il &#233;tait autoritaire, ennemi de l'individualit&#233;, internationaliste et champion de l'objectivisme absolu (page 476). Tout comme la R&#233;volution fran&#231;aise &#233;tait en grande partie un mouvement religieux, de m&#234;me tout socialisme contemporain porte en lui un &#233;l&#233;ment religieux. Ici et l&#224;, il aborde l'id&#233;e selon laquelle catholicisme et protestantisme se compl&#232;tent. Et il est fort probable que l'auteur pense que la religion du futur est en train d'&#234;tre pr&#233;par&#233;e par le socialisme, consid&#233;rant que &#034;la foi est le plus haut objectivisme de l'homme normal, et par l&#224; m&#234;me social... Mais l'objectivisme de Marx est trop bilieux&#034;. (Page 480.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la religion est p&#233;renne, si l'&#201;tat est immortel, si la loi est naturelle, reste &#224; savoir si l'&#233;thique (pages 482 &#224; 500) ne doit pas &#234;tre sur&#233;ternelle. L'auteur revendique pour la conscience morale le privil&#232;ge d'un fait incontestable et direct. Je n'ai pas besoin de d&#233;clarer qu'il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre un mat&#233;rialiste historique, ni m&#234;me un simple mat&#233;rialiste, pour attribuer &#224; une opinion aussi infantile une place parmi les contes de f&#233;es. Et c'est pour cette raison que je remercie l'auteur pour sa citation d'articles de revues dans lesquels un Bernstein, un Schmidt et des socialistes comme eux auraient avanc&#233; des raisons &#233;thiques contre l'indiff&#233;rence de Marx &#224; l'&#233;gard de la morale (page 497).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux pages 500 &#224; 508, nous trouvons les d&#233;fauts du socialisme en mati&#232;re d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces raisons ainsi que les d&#233;clarations de l'auteur dans la section V concernant la politique pratique du socialisme, qui sont trait&#233;es sous deux titres, l'un intitul&#233; R&#233;volution et r&#233;forme , l'autre marxisme et parlementarisme , nous font conna&#238;tre un ouvrage doctrinaire de l'&#233;poque. le meilleur type de verbalisme. On sait assez que le socialisme s'est d&#233;velopp&#233;, au cours de ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es, d'une secte &#224; un parti. On sait &#233;galement que le communisme imp&#233;ratif et cat&#233;gorique, tel qu'il fut autrefois con&#231;u, est devenu la social-d&#233;mocratie. Le fait que les partis socialistes soient actuellement engag&#233;s dans un travail pratique vari&#233; et diff&#233;renci&#233; n'est pas seulement un fait historique, mais aussi une fa&#231;on de faire l'histoire de leur part. Que dans toutes ces choses des erreurs soient commises et des incertitudes pratiques rencontr&#233;es, c'est in&#233;vitable pour les &#234;tres humains. Mais il est &#233;galement vrai que, pour comprendre ces choses, il faut vivre parmi elles et les &#233;tudier avec l'&#339;il et l'intellect de l'observateur historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que fait M. Masaryk ? Il ne voit que des divisions en cat&#233;gories. Il en vient ainsi &#224; l'id&#233;e d'un passage d'un r&#233;volutionnisme syst&#233;matique &#224; une n&#233;gation de la possibilit&#233; de toute r&#233;volution, du romantisme &#224; l'exp&#233;rience, de l'aristocratie r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;thique d&#233;mocratique, d'un imp&#233;ratif cat&#233;gorique aux m&#233;thodes empiriques, de l'objectivisme absolu &#224; l'autocritique. des conceptions titanesques &#224; je ne sais quoi, mais on sait seulement que &#171; Faust-Marx devient &#233;lecteur &#187; (page 562). Vous, heureux &#233;lecteurs socialistes, qui ach&#232;vez l'&#339;uvre de Goethe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis regardez la m&#233;thode sp&#233;cieuse de l'auteur. Il suppose que la personnalit&#233; de Marx (dont il pr&#233;tend ignorer la biographie pour une raison quelconque, &#224; la page 517) se prolonge ind&#233;finiment, pour ainsi dire, &#224; travers toutes les actions et expressions des partis socialistes et de la presse socialiste, et il place le les paroles et les actes de tous les autres au r&#233;cit du marxisme de Marx, comme s'il s'agissait de ses propres modifications et r&#233;visions. Mais il semble que le N&#233;m&#233;sis l'ait rattrap&#233;, parce qu'il voulait &#234;tre trop &#224; la fois, ce Marx, &#224; savoir un philosophe allemand et un r&#233;volutionnaire latin, un protestant et un catholique &#8211; et la revanche du protestantisme l'a rattrap&#233; (page 566), de sorte que nous avons ici le v&#233;ritable dispositif de la crise, le sens clair du nouveau 9 Thermidor de Maximilien Carl Robespierre Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne vaut pas la peine de suivre l'auteur dans ses divagations &#224; travers toute la presse socialiste et les documents du parti, dans sa tentative de rassembler les preuves de la dissolution du marxisme par l'&#339;uvre des marxistes eux-m&#234;mes, qui sont une sorte de Marx prolong&#233;. Sa th&#232;se est que le socialisme devient constitutionnel . Tout est bon pour prouver cette th&#232;se, m&#234;me l'appel au t&#233;moignage d'Enrico Ferri, qui aurait dit, je ne sais vraiment o&#249;, qu'une r&#233;publique est dans l'int&#233;r&#234;t priv&#233; des partis bourgeois. Donc &#224; bas la r&#233;publique ! Et tel est l'espoir de l'auteur : &#171; Que le socialisme perdra les marques aigu&#235;s de l'ath&#233;isme, du mat&#233;rialisme et du r&#233;volutionnisme, et se d&#233;veloppera finalement en une v&#233;ritable d&#233;mocratie, qui acquerra les proportions d'une conception universelle de la vie et du monde, d'une politique sub specie aeternitatis &#187;, avec une vision de l'&#233;ternit&#233; (page 858). En ce qui me concerne, je dois avouer que je ne comprends pas cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu les 600 pages de M. Masaryk avec un soin et une patience inhabituels, consid&#233;rant que la nature de mes occupations m'emp&#234;che de parcourir un seul et m&#234;me livre en une seule fois. J'ai eu une grande curiosit&#233; de le voir d&#232;s son annonce. On avait tant dit et bavard&#233; sur une crise du marxisme par un si grand nombre de personnes m&#233;diocres et peu cultiv&#233;es, ce qui d'ailleurs &#233;tait presque toujours incongru, que j'ai cru pouvoir apprendre beaucoup du chef-d'&#339;uvre de l'auteur de la nouvelle expression en sciences sociales. J'ai &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;&#231;u par les choses que j'ai mentionn&#233;es ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Masaryk n'a assur&#233;ment rien de commun avec les diverses sortes d'ignorance professionnelle et d'affirmation de soi audacieuse, qui ont produit en si peu de temps tant de critiques d&#233;finitives du socialisme dans notre heureux pays, o&#249; fleurissent toutes sortes d'anarchismes moraux et intellectuels. L'auteur dont je me suis occup&#233; ne partage rien avec la soi-disant crise du marxisme en Italie que l'&#233;tiquette ext&#233;rieure, et cette &#233;tiquette nous est parvenue sans aucun doute par la presse fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intention honn&#234;te et modeste de Masaryk &#233;tait simplement de pr&#234;cher les fun&#233;railles du marxisme au nom d'une autre philosophie. Il a rassembl&#233; le mat&#233;riel de sa critique dans des notes patiemment et minutieusement &#233;labor&#233;es. Il ressort clairement de l'ensemble de son contexte et de la s&#233;r&#233;nit&#233; de son ton tout au long de l'&#339;uvre, au nom et dans quel but il a &#233;crit cette critique. La question sociale est un fait, le socialisme est un autre fait, le socialisme et le marxisme ne font qu'un (l'auteur le r&#233;p&#232;te plusieurs fois et il me semble qu'il commet une grave erreur), mais le probl&#232;me social doit &#234;tre r&#233;solu d'une mani&#232;re diff&#233;rente de celle celui attendu par le socialisme marxiste. Retouchons donc, r&#233;visons et renversons la Weltanshauung sur laquelle repose le marxisme, et puisque les marxistes eux-m&#234;mes discutent justement de cette question, intervenons entre eux dans cette crise en tant qu'arbitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Masaryk souhaite personnellement dans la pratique, nous le saurons probablement mieux une autre fois. Et j'avoue que je ne suis pas rong&#233; par le d&#233;sir de le savoir. Mais la lecture de son livre m'a fait penser &#224; tout un si&#232;cle d'histoire de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le positivisme a depuis ses d&#233;buts march&#233; sur les traces du socialisme. Quant aux id&#233;es, les deux choses sont n&#233;es &#224; peu pr&#232;s en m&#234;me temps dans l'esprit vague du g&#233;nie Saint-Simon. Ils &#233;taient en quelque sorte les compl&#233;ments inverses des principes de la R&#233;volution. L'antagonisme entre ces deux choses s'est d&#233;velopp&#233; dans la suite bigarr&#233;e de Saint-Simon. Et &#224; un moment donn&#233;, Comte devient le repr&#233;sentant de la r&#233;action (la r&#233;action aristocratique, comme dirait Masaryk), qui assigne aux hommes leur position et leur destination selon le sch&#233;ma fixe du syst&#232;me, au nom d'une science classificatrice et omnisciente. Dans la mesure o&#249; le socialisme est devenu la conscience de la lutte des classes dans l'orbite de la production capitaliste, et dans la mesure o&#249; la sociologie, souvent mal exp&#233;riment&#233;e, s'est ralli&#233;e au mat&#233;rialisme historique, le positivisme, h&#233;ritier infid&#232;le de l'esprit de la r&#233;volution, s'est retir&#233; dans l'orgueil sur&#233;minent de la classification scientifique, qui d&#233;pr&#233;cie la conception mat&#233;rialiste de la science elle-m&#234;me, selon laquelle elle serait une chose changeante soumise &#224; la transformation des conditions naturelles, en d'autres termes soumise au travail. Masaryk est un homme trop modeste pour imiter l'infaillibilit&#233; scientifique de Comte, mais il est assez professeur pour s'accrocher &#224; l'id&#233;e que la Weltanschauung est quelque chose au-dessus de la question sociale des humbles travailleurs. Tournez-le comme vous voulez, il y a toujours quelque chose de cur&#233; chez un professeur. Il cr&#233;e le Dieu qu'il adore, qu'il soit f&#233;tiche ou hostie sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant nous pouvons dire que nous comprenons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais &#234;tre tent&#233; de citer quelques passages de mes &#233;crits qui montreraient clairement la distinction entre critique et crise . Mais il me semble que je suis all&#233; assez loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque la politique ne peut &#234;tre autre chose qu'une interpr&#233;tation pratique et op&#233;rationnelle d'un certain moment historique, le socialisme est aujourd'hui confront&#233; &#8211; d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale et sans tenir compte des diff&#233;rences locales des diff&#233;rents pays &#8211; au probl&#232;me difficile et complexe suivant : il doit se m&#233;fier des se perdant dans de vaines tentatives de reproduction romantique du r&#233;volutionnisme traditionnel (ou, comme dirait Masaryk, il doit fuir l'id&#233;ologie), et pourtant il doit en m&#234;me temps veiller &#224; ne pas tomber dans une attitude d'acquiescement et de bonne volont&#233; qui entra&#238;nerait sa disparition dans le m&#233;canisme &#233;lastique du monde bourgeois au moyen du compromis. Certains nourrissent le d&#233;sir, l'attente, l'espoir d'un tel acquiescement au socialisme, et ces apologistes de l'ordre actuel de la soci&#233;t&#233; ont attribu&#233; un grand poids aux controverses litt&#233;raires ouvertes au sein du parti et au modeste livre de Bernstein qui a &#233;t&#233; publi&#233;. &#233;lev&#233;e d'un seul coup &#224; l'honneur d'une &#339;uvre historique. [22] Ce fait caract&#233;rise et condamne ce livre ainsi que tant d'expressions similaires. Mais tout cela n'a rien &#224; voir avec Masaryk. Masaryk, en tant que professeur dans l'exercice de sa profession, a expos&#233; la philologie au moyen de caract&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANTONIO LABRIOLA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome, 18 juin 1899.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REMARQUES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En r&#233;visant les &#233;preuves, il me vient &#224; l'esprit que le lecteur pourrait avoir des doutes sur le caract&#232;re de cet &#233;crivain. Pantaleoni, que je d&#233;fends ici, est lui-m&#234;me un repr&#233;sentant de cet h&#233;donisme que Croce, employant l'illustration bien connue des deux foyers d'une ellipse, voudrait concilier avec le marxisme. Il est m&#234;me un repr&#233;sentant extr&#234;me de cette &#233;cole. Pantaleoni est si extr&#234;me dans son esprit partisan que, dans son introduction &#224; son cours &#224; Gen&#232;ve, ce semestre (voir son &#034;Prolusione&#034;, reproduit dans le num&#233;ro de novembre du &#034;Giornale Degli Economisti&#034;, pages 407-431), il expulse le nom de Marx de l'histoire des sciences &#8211; qui ne peut enregistrer aucune erreur ! &#8211; (Voir page 427.) Il a une tr&#232;s mauvaise opinion des socialistes, notamment ceux d'Italie, et les consid&#232;re comme des imb&#233;ciles, des ap&#244;tres de la violence, et pire encore (voir sa lettre du 12 ao&#251;t de cette ann&#233;e, pages 101-110). de l'ouvrage du professeur Pareto sur &#034;La Libert&#233; &#233;conomique et les &#233;v&#233;nements d'Italie&#034;, Lausanne, 1898, notamment pages 103 et suivantes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Je me plais &#224; faire r&#233;f&#233;rence pour cette marque &#224; la critique virulente du tr&#232;s sagace Lexis dans son article sur l'utilit&#233; marginale dans le volume suppl&#233;mentaire du &#034;Handwerterbuch&#034; de Conrad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Des rapports entre Proudhon et K. Marx, page 29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Je constate au passage que M. Rouanet n'avait lu de Marx que le &#171; Manifeste communiste &#187; et le &#171; Capital &#187;. Il n'avait d'ailleurs qu'une id&#233;e assez imparfaite des th&#233;ories &#233;conomiques contenues dans ce dernier ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Un seul pays me semble avoir le droit de revendiquer une place exceptionnelle dans notre civilisation moderne : l'Italie, patrie commune des esprits libres et cultiv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Revue Socialiste, mai 1887, p. 400.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. M. Petrone est charg&#233; de cours gratuit &#224; l'universit&#233; de Rome. Il a r&#233;dig&#233; un rapport critique tr&#232;s int&#233;ressant sur le livre de M. Labriola dans la &#034;Rivista internationale di science sociali e discipline ausiliarie&#034;, quatri&#232;me ann&#233;e, tome XI, pages 551-560.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Des rapports entre Proudhon et K. Marx, page 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Journal des D&#233;bats, 1er mai 1896.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Le Capital, traduction fran&#231;aise, page 28. Marx dit cela de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Feuerbach, &#171; Les racines de la philosophie socialiste &#187;, pages 104-105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. M. Petrone l'admet sans aucune difficult&#233;. Tandis que M. Bourdeau dit que les th&#232;ses de Marx jettent un nouvel &#233;clairage sur l'histoire. (D&#233;bats, 13 octobre 1896.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Sur la grande importance de la morale dans les philosophies socialistes, lire les belles observations de M. B. Croce dans sa Sulla concezionematerialistica della storia, publi&#233;e dans les Atti della Accademia Pontaniana, vol. XXVI, 1896.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Revue socialiste, juin 1887, page 591.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Lettre sur le programme Gotha, publi&#233;e dans Revue d'&#233;conomie politique, 1894, page 758. Le texte allemand a paru dans la Neue Zeit , neuvi&#232;me ann&#233;e, vol. I, num&#233;ro 18, pages 560-575.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Ce paradoxe a &#233;t&#233; publi&#233; dans la Jeunesse socialiste, de janvier 1895, sous le titre d'Id&#233;alisme de l'histoire. Lisez la r&#233;ponse pleine d'entrain de M. Lafargue dans le num&#233;ro de f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Die Philosophischen und sociologischen Grundlagen du Marxismus &#8211; Studien zur sozialen Frage, von Th. G. Masaryk. Professeur an der b&#246;hmischen Universit&#228;t Prag, Wien, C. Konegen, pages XV et 600, en grand in-8&#176;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Die wissenschaftliche und philosophische Krise innerhalb of gegenw&#228;rtigen Marxismus. Vienne, 1898, 24 pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Ibidem , page 24. La m&#234;me d&#233;claration est maintenant amplement r&#233;p&#233;t&#233;e dans le pr&#233;sent livre vers sa fin, en particulier aux pages 59-92. Pour citer encore une petite illustration de la fortune d'un mot, j'observe que la crise du marxisme est devenue la crise du marxisme dans la traduction fran&#231;aise de cet ouvrage de Bugiel, Paris, 1898, (extrait de la Revue internationale de sociologie , num&#233;ro de juillet ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. C'est ce qui a &#233;t&#233; fait dans les num&#233;ros 239 et 240 du 20 avril et du 6 mai du &#034;Zeit&#034; de Vienne. Il avait fait de m&#234;me en octobre de l'ann&#233;e derni&#232;re avec le message de Bernstein au congr&#232;s national de Stuttgart. &lt;br class='autobr' /&gt;
21. Voir lettre IX du Socialisme et de la Philosophie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. En r&#233;f&#233;rence au livre de Bernstein voir mon article dans Le Mouvement Socialiste , mai 1899.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/labriola/index.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/labriola/index.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques citations remarquables de Karl Marx et Friedrich Engels</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8761</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8761</guid>
		<dc:date>2025-09-04T22:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avertissement : &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me... &lt;br class='autobr' /&gt; Ecrits peu connus de Marx et Engels (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique186" rel="directory"&gt;9 - Le marxisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avertissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16476 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH275/marx_and_engels_at_hague_congress-300x275-abb47.jpg?1779664609' width='300' height='275' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ecrits peu connus de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait Friedrich Engels, le compagnon de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, d&#233;crits et comment&#233;s par eux-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ath&#233;isme selon Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, journalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits sur les r&#233;volutions de 1848 en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres de Marx et Engels sur les sciences de la nature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport dialectique de Marx et Engels, v&#233;ritable pierre de touche du marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Marx et Engels concevaient leur activit&#233; militante en direction de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/imagesv-2-fdc27.jpg?1779664609' width='225' height='225' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L201xH250/imagesnj-a4f0d.jpg?1779664609' width='201' height='250' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L244xH207/imagesyu-315a4.jpg?1779664609' width='244' height='207' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L275xH183/imagesfg-14284.png?1779664609' width='275' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L310xH162/imagesaz-dae68.jpg?1779664609' width='310' height='162' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16486 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L314xH160/imagesqs-4-37014.jpg?1779664609' width='314' height='160' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/sans_titreop-ebc2e.jpg?1779664609' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L277xH182/sans_titrelm-5e4b2.jpg?1779664609' width='277' height='182' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L327xH154/sans_titreui-95a0a.jpg?1779664609' width='327' height='154' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L225xH225/sans_titrekl-de7c3.jpg?1779664609' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L318xH159/sans_titrejk-48a3f.jpg?1779664609' width='318' height='159' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L310xH163/sans_titreqs-68817.jpg?1779664609' width='310' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH168/sans_titredd-846bb.jpg?1779664609' width='300' height='168' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L250xH202/sans_titres-2-5e62b.jpg?1779664609' width='250' height='202' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16477 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH500/ba827604a28dbd29777f85ae9d16c94f-036ce.jpg?1779664609' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La conception mat&#233;rialiste de l'histoire</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8979</link>
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		<dc:date>2025-03-24T23:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque l'historien, j'entends un de ceux qui ne se sont pas priv&#233;s du don de g&#233;n&#233;ralisation, embrasse par la pens&#233;e le pass&#233; et le pr&#233;sent du genre humain, il voit se d&#233;rouler un spectacle grandiose et merveilleux. En effet, vous savez sans doute que la science moderne suppose que l'homme existe sur notre globe depuis l'ancien quaternaire, c'est-&#224;-dire depuis au moins 200.000 ans. Mais si nous faisons abstraction de ces calculs toujours hypoth&#233;tiques, si nous admettons, comme on (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'historien, j'entends un de ceux qui ne se sont pas priv&#233;s du don de g&#233;n&#233;ralisation, embrasse par la pens&#233;e le pass&#233; et le pr&#233;sent du genre humain, il voit se d&#233;rouler un spectacle grandiose et merveilleux. En effet, vous savez sans doute que la science moderne suppose que l'homme existe sur notre globe depuis l'ancien quaternaire, c'est-&#224;-dire depuis au moins 200.000 ans. Mais si nous faisons abstraction de ces calculs toujours hypoth&#233;tiques, si nous admettons, comme on admettait dans le bon vieux temps, que l'homme a paru sur terre environ 4.000 ans avant l'&#232;re chr&#233;tienne, nous avons quelque chose comme 200 g&#233;n&#233;rations qui sont venues l'une apr&#232;s l'autre pour dispara&#238;tre comme disparaissent les feuilles dans la for&#234;t &#224; l'approche de l'automne. Chacune de ces g&#233;n&#233;rations, que dis-je, presque chaque individu faisant partie de chaque g&#233;n&#233;ration a poursuivi ses propres buts, chacun a lutt&#233; pour sa propre existence ou pour l'existence de ses proches et pourtant il y a eu un mouvement d'ensemble, il y a ce que nous appelons l'histoire du genre humain, nous rappelons &#224; notre m&#233;moire l'&#233;tat de nos anc&#234;tres, si nous nous repr&#233;sentons, par exemple, la vie des hommes de cette race qui peuplait les habitations dites lacustres, et si nous comparons cette vie a celle des Suisses de nos jours, nous apercevons une &#233;norme diff&#233;rence. La distance qui s&#233;pare l'homme de ses parents plus ou moins anthropomorphes s'est agrandie, le pouvoir de l'homme sur la nature s'est augment&#233;. Il est donc tr&#232;s naturel, je dirai plus, il est in&#233;&#173;vitable de se demander quelles ont &#233;t&#233; les causes de ce mouvement et de ce progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, la grande question des causes du mouvement historique et du progr&#232;s du genre humain est celle qui constitue l'objet de ce qu'on appelait autrefois la philosophie de l'histoire et qu'on fe&#173;rait, me semble-t-il, mieux de d&#233;signer du nom de conception de l'histoire, c'est-&#224;-dire de l'histoire consid&#233;r&#233;e comme science, ne se contentant pas d'ap&#173;prendre comment les choses se sont pass&#233;es, mais, voulant savoir pourquoi elles se sont pass&#233;es d'une telle mani&#232;re et non pas d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute chose, la philosophie de l'histoire a eu son histoire &#224; elle, je veux dire qu'&#224; diff&#233;&#173;rentes &#233;poques les hommes qui s'occupaient de la question du pourquoi du mouvement historique ont r&#233;pondu d'une fa&#231;on diff&#233;rente &#224; cette grande question. Chaque &#233;poque avait sa philosophie de l'histoire &#224; elle. Vous m'objecterez peut-&#234;tre que souvent &#224; une m&#234;me &#233;poque historique il n'y avait pas seulement une mais plusieurs &#233;coles de philosophie de l'histoire. J'en tombe d'accord, mais je vous prie de consid&#233;rer que les diff&#233;rentes &#233;coles philosophiques propres &#224; une p&#233;riode donn&#233;e de l'histoire ont toujours entre elles quelque chose de commun qui permet de les envisager comme diff&#233;rentes esp&#232;ces d'un m&#234;me genre, il y a naturellement aussi des survivances. Nous pouvons donc dire, pour simplifier le probl&#232;me, que chaque p&#233;riode historique a sa propre philosophie de l'his&#173;toire. Nous allons en &#233;tudier quelques-unes unes. Je commence par la philosophie ou conception th&#233;ologique de l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception th&#233;ologique de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l&#224; philosophie ou conception th&#233;ologique de l'histoire ? Cette conception est la plus primitive, elle est intimement li&#233;e aux premiers efforts faits par la pens&#233;e humaine pour se rendre compte du monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la conception la plus simple que l'homme puisse se faire de la nature, c'est d'y voir non pas des ph&#233;nom&#232;nes d&#233;pendant les uns des autres et contr&#244;l&#233;s par des lois invariables, mais des &#233;v&#233;nements produits par l'action d'une ou de plusieurs volont&#233;s semblable &#224; la sienne. Le philosophe fran&#231;ais Guyau dit dans un de ses livres, qu'un enfant en sa pr&#233;sence traitait la lune de m&#233;chante parce qu'elle ne voulait pas se montrer, cet enfant consid&#233;rait la lune comme un &#234;tre anim&#233;, et, comme cet enfant, l'homme primitif anime toute la nature. L'animisme, la premi&#232;re phase du d&#233;veloppement de la pens&#233;e religieuse, et le premier pas de la science, c'est l'explication animiste des &#233;v&#233;nements de la nature et de les concevoir comme des ph&#233;nom&#232;nes soumis &#224; des lois. Tandis qu'un enfant croit que la lune ne se montre pas parce qu'elle est m&#233;chante, un as&#173;tronome nous explique l'ensemble des conditions natu&#173;relles qui, &#224; un moment donn&#233;, nous permettent ou nous emp&#234;chent de voir tel ou tel astre. Or, tandis que dans l'explication de la nature, les progr&#232;s de la science ont &#233;t&#233; relativement rapides, la science de la soci&#233;t&#233; humaine et de son histoire n'avan&#231;ait qu'avec beaucoup plus de lenteur. On admettait, l'ex&#173;plication animiste des &#233;v&#233;nements historiques &#224; des &#233;poques o&#249; l'on se moquait d&#233;j&#224; de l'explication ani&#173;miste des ph&#233;nom&#232;nes de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des soci&#233;t&#233;s souvent tr&#232;s civilis&#233;es, on trouvait tout &#224; fait permis d'expliquer le mouvement historique de l'humanit&#233; comme la manifestation de la volont&#233; d'une ou de plusieurs divinit&#233;s. Cette expli&#173;cation de l'histoire par l'action de la divinit&#233; constitue ce que nous appelons la conception th&#233;olo&#173;gique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous donner deux exemples de cette concep&#173;tion, je vais caract&#233;riser ici la philosophie histo&#173;rique de deux hommes c&#233;l&#232;bres : Saint Augustin, &#233;v&#234;&#173;que d'Hippone et Bossuet, &#233;v&#234;&#173;que de Meaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Augustin envisage les &#233;v&#233;nements histori&#173;ques comme soumis &#224; la Providence divine et, qui plus est, il est persuad&#233; qu'on ne peut les envisager au&#173;trement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Consid&#233;rez ce Dieu souverain et v&#233;ritable, dit-il, ce Dieu unique et tout-puissant, auteur et cr&#233;a&#173;teur de toutes les &#226;mes et de tous les corps... qui a fait de l'homme un animal raisonnable compos&#233; de corps et d'&#226;me, ce Dieu, principe de toute r&#232;gle, de toute beaut&#233;, de tout ordre qui donne &#224; tout le nom&#173;bre, le poids et la mesure, de qui d&#233;rive toute pro&#173;duction naturelle, quels qu'en soient le genre et le prix, je demande s'il est croyable que ce Dieu ait souffert que les empires de la terre, leur domination et leur servitude restassent &#233;trangers aux lois de, la Providence&#034; (Cit&#233; de Dieu, traduction Emile Saisset, livre V, chap. XI, pp. 292-293).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point de vue g&#233;n&#233;ral, Saint Augustin ne le quitte dans aucune de ses explications historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'expliquer la grandeur des Romains, l' &#233;v&#234;&#173;que d'Hippone nous raconte avec beaucoup de d&#233;&#173;tails comme quoi elle entrait dans les vues de la Di&#173;vinit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Apr&#232;s que les royaumes d'Orient eurent brill&#233; sur la terre pendant une longue suite d'ann&#233;es, Dieu voulut que l'empire d'Occident, qui &#233;tait le dernier dans l'ordre des temps, devint le premier de tous par sa grandeur et son &#233;tendue, et comme il avait &#224; des&#173;sein de se servir de cet empire pour ch&#226;tier un grand nombre de nations, il le confia &#224; des hommes passionn&#233;s pour la louange et l'honneur, qui mettaient la gloire dans celle de la patrie et &#233;taient toujours pr&#234;ts &#224; se sacrifier pour son salut, triomphant ainsi de leur cupidit&#233; et de tous les autres vices par ce vice unique : l'amour de la gloire. Car, il ne faut pas se le dissimuler, l'amour de la gloire est un vi&#173;ce... etc.&#034; (p. 301).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'expliquer la prosp&#233;rit&#233; du premier empereur chr&#233;tien Constantin, la volont&#233; divine l&#232;ve toute difficult&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le bon Dieu, nous dit saint Augustin, voulant emp&#234;cher ceux qui l'adorent... de se persuader qu'il est impossible d'obtenir les royaumes et les gran&#173;deurs de la terre sans la faveur toute-puissante des d&#233;mons, a voulu favoriser l'empereur Constantin, qui, loin d'avoir recours aux fausses divinit&#233;s, n'adorait que la v&#233;ritable, et de le combler de plus de biens qu'un autre n'en e&#251;t seulement os&#233; souhaiter&#034; (t. I, pp. 328-329 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il enfin de savoir pourquoi une guerre durait plus longtemps qu'une autre, saint Augustin nous dira que Dieu l'avait voulu ainsi : &#034;De m&#234;me qu'il d&#233;pend de Dieu d'affliger ou de consoler les hommes, selon les conseils de la justice et de sa mi&#173;s&#233;ricorde, c'est lui, aussi qui r&#232;gle les temps des guerres, qui les abr&#232;ge ou les prolonge &#224; son gr&#233; &#034; (p. 323, tome I).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le voyez, saint Augustin reste toujours fi&#173;d&#232;le &#224; son principe fondamental. Malheureusement, il ne suffit pas d'&#234;tre fid&#232;le &#224; un principe donn&#233; pour trouver la Juste explication des ph&#233;nom&#232;nes. Il faut avant tout que le philosophe de l'histoire &#233;tudie soigneusement tous les faits qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et ac&#173;compagn&#233; le ph&#233;nom&#232;ne qu'il cherche &#224; expliquer. Le principe, fondamental ne peut et ne doit jamais servir que de fil conducteur dans l'analyse de la r&#233;alit&#233; historique. Or la th&#233;orie de saint Augustin est in&#173;suffisante sous les deux rapports indiqu&#233;s. Comme m&#233;&#173;thode d'analyse de la r&#233;alit&#233; historique, elle est nulle. Et quant &#224; son principe fondamental, je vous prie d'observer ceci. Saint Augustin parle de ce qu'il appelle les lois de la providence avec tant de conviction et avec tant de d&#233;tails, qu'on se demande, en le lisant, s'il n'a pas &#233;t&#233; le confident intime de son dieu. Et le m&#234;me auteur, avec la m&#234;me conviction, avec la m&#234;me fid&#233;lit&#233; &#224; son principe fondamental, et dans le m&#234;me ouvrage, nous dit que les voies du Sei&#173;gneur sont insondables. Mais s'il en est ainsi, pour&#173;quoi entreprendre la t&#226;che n&#233;cessairement ingrate et st&#233;rile de les sonder ? Et pourquoi nous indiquer ces insondables voies comme uns explication des &#233;v&#233;ne&#173;ments de la vie humaine ? La contradiction est palpa&#173;ble, et puisqu'elle est palpable, on a beau avoir la foi fervente et in&#233;branlable, on est forc&#233; de renon&#173;cer &#224; l'interpr&#233;tation th&#233;ologique de l'histoire si l'on tient tant soit peu &#224; la logique et si l'on ne veut pas pr&#233;tendre que l'insondable, c'est-&#224;-dire l'inexplicable, explique et fait comprendre toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; Bossuet. Comme Saint Augustin, Bossuet, dans sa conception de l'histoire, se place au point de vue th&#233;ologique. Il est persuad&#233; que les destin&#233;es historiques des peuples, ou, comme il s'ex&#173;prime, les r&#233;volutions des empires sont r&#233;gl&#233;es par la Providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ces empires dit-il dans son Discours sur l'his&#173;toire universelle, ont une liaison n&#233;cessaire avec l'histoire du peuple de Dieu. Dieu s'est servi des Assyriens et des Babyloniens pour ch&#226;tier ce peuple, des Perses, pour le r&#233;tablir, d'Alexandre et de ses premiers successeurs, pour le prot&#233;ger d'Antochius l'Illustre et de ses successeurs, pour l'exercer ; des Romains, pour soutenir sa libert&#233; contre les rois de Syrie, qui ne songeaient qu'&#224; la d&#233;truire. Les Juifs ont dur&#233; jusqu'&#224; J&#233;sus-Christ sous la puissance des m&#234;mes Romains. Quand ils l'ont m&#233;connu et cruci&#173;fi&#233;, ces m&#234;mes Romains ont pr&#234;t&#233; leurs mains sans y penser, &#224; la vengeance divine et ont extermin&#233; ce peuple ingrat&#034; (Discours, &#233;d. Garnier fr&#232;res, p.334).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, tous les peuples et tous les grands empires oui, l'un apr&#232;s l'autre apparurent sur la sc&#232;ne historique ont concouru par divers moyens au m&#234;me but : au bien de la religion chr&#233;tienne et &#224; la gloire de Dieu. Bossuet d&#233;couvre &#224; son &#233;l&#232;ve les se&#173;crets jugements de Dieu sur l'empire romain et sur Rome m&#234;me, en se basant sur la r&#233;v&#233;lation que le Saint Esprit a faite &#224; saint Jean et que celui-ci a expliqu&#233;e dans l'Apocalypse. Il parle, lui-aussi, comme si les voies du Seigneur avaient cess&#233; d'&#234;tre insondables, et, chose bien digne d'attention, le spectacle du mouvement historique ne lui inspire que le sentiment de la vanit&#233; des choses humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ainsi, dit-il, quand vous voyez passer comme en un instant devant vos yeux, je ne dis pas les rois et les empereurs, mais ces grands empires qui ont fait trembler tout l'univers et quand vous voyez les Assy&#173;riens anciens et nouveaux, les M&#232;des, les Perses, les Grecs, les Romains, se pr&#233;senter successivement, et tomber, pour ainsi dire, les uns sur les autres, ce fracas effroyable vous fait sentir qu'il n'y a rien de solide parmi les hommes, et que l'inconstance et l'agitation est le&#171; propre partage des choses humai&#173;nes. &#187; (Discours, p. 339).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pessimisme est un des traits les plus remar&#173;quables de la philosophie historique de Bossuet. Et, tout bien consid&#233;r&#233;, il faut avouer que ce trait rend fid&#232;lement le caract&#232;re essentiel du christianisme. Le christianisme promet &#224; ses fid&#232;les de la consolation, beaucoup de consolation ! Mais comment les console-t-il ? En les d&#233;tachant des choses d'ici-bas, en les persuadant que tout est vanit&#233; sur la terre et que le bonheur n'est possible pour les humains qu'a&#173;pr&#232;s la mort. Je vous prie de retenir ce trait dans votre m&#233;moire s il vous donnera dans la suite un ter&#173;me de comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre trait remarquable de la philosophie historique de Bossuet, c'est que, dans l'interpr&#233;ta&#173;tion des &#233;v&#233;nements historiques, il ne se contente pas, comme Saint Augustin, d'en appeler &#224; la volont&#233; du bon Dieu, mais porte d&#233;j&#224; son attention vers ce qu'il appelle les causes particuli&#232;res des r&#233;volu&#173;tions des empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Car ce m&#234;me dieu - dit-il - qui a fait l'en&#173;cha&#238;nement de l'univers, et qui, tout-puissant par lui-m&#234;me, a voulu aussi que le cours des choses hu&#173;maines e&#251;t sa suite et ses proportions &#187; Je veux dire que les hommes et les nations ont eu les qualit&#233;s, proportionnelles &#224; l'&#233;l&#233;vation &#224; laquelle ils &#233;taient destin&#233;s, et qu'&#224; la r&#233;serve de certains coups ex&#173;traordinaires, o&#249; Dieu voulait que sa main par&#251;t tou&#173;te seule, il n'est point arriv&#233; de grand changement qui n'ait eu ses causes dans les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents. Et comme, dans toutes les affaires, il y a ce qui les pr&#233;pare, ce qui d&#233;termine &#224; les entreprendre, et ce qui les fait r&#233;ussir, la Vraie science de l'histoire est de remarquer dans chaque temps ces secr&#232;tes dis&#173;positions qui ont pr&#233;par&#233; les grands changements et les conjonctures importantes qui les ont fait arri&#173;ver.&#034; (Discours, pp. 339-340).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d'apr&#232;s Bossuet, il arrive bien dans l'histoire des &#233;v&#233;nements o&#249; la main de Dieu para&#238;t toute seule, o&#249;, en d'autres termes Dieu agit d'une fa&#231;on imm&#233;diate. Ces &#233;v&#233;nements-l&#224;, ce sont, pour ainsi dire, des miracles historiques. Mais, pour la plupart des cas et dans la marche ordinaire des cho&#173;ses, les changements qui ont lieu &#224; une &#233;poque donn&#233;e ont leurs causes dans les &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes. La t&#226;&#173;che de la vraie science est d'&#233;tudier ces causes qui n'ont rien de surnaturel, puisqu'elles ne tiennent qu'&#224; la nature des hommes et des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa conception th&#233;ologique de l'histoire, Bossuet fait donc une large place &#224; l'explication naturelle des &#233;v&#233;nements historiques. Il est vrai que cette explication naturelle est, chez lui, intimement li&#233;e &#224; l'id&#233;e th&#233;ologique ; c'est toujours le bon Dieu qui donne aux hommes et aux nations des qualit&#233;s proportionnelles &#224; l'&#233;l&#233;vation &#224; laquelle il les des&#173;tine. Mais, une fois donn&#233;es, ces qualit&#233;s agissent toutes seules, et tant qu'elles agissent, nous avons non seulement le droit mais le devoir, Bossuet le dit cat&#233;goriquement, de chercher l'explication naturelle de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie historique de Bossuet a, sur cel&#173;le de Saint Augustin, le grand avantage d'insister sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tudier les causes particuli&#232;res des &#233;v&#233;nements. Mais cet avantage n'est, au fond, qu'un aveu, inconscient et involontaire sans doute, de 1'impuissance et de la st&#233;rilit&#233; de la conception th&#233;ologique proprement dite, c'est &#224; dire de la m&#233;&#173;thode qui consiste &#224; expliquer les ph&#233;nom&#232;nes par l'action d'un ou de plusieurs agents surnaturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aveu, les ennemis de la th&#233;ologie en surent bien tirer parti au si&#232;cle suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus redoutable parmi ces ennemis, le pa&#173;triarche de Ferney, Voltaire, dit tr&#232;s malicieusement dans son c&#233;l&#232;bre Essai sur les m&#339;urs des Nations : &#034;Rien n'est plus digne de notre curiosit&#233; que la ma&#173;ni&#232;re dont Dieu voulut que l'Eglise s'&#233;tablit en faisant concourir les causes secondes &#224; ses d&#233;crets &#233;ternels. Laissons respectueusement ce qui est divin &#224; ceux qui en sont les d&#233;positaires, et attachons-nous uniquement &#224; l'historique .&#034; ( Essai, &#233;dition de Beuchot, t. I, p. 346 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception id&#233;aliste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception th&#233;ologique de l'histoire est donc mise respectueusement de c&#244;t&#233;. Voltaire s'attache &#224; l'historique, il s'efforce d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes par leurs causes secondes, c'est-&#224;-dire naturelles. Mais en quoi consiste la science, si ce n'est dans l'explication naturelle des ph&#233;nom&#232;nes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie historique de Voltaire est un es&#173;sai d'interpr&#233;tation scientifique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons cet essai d'un peu plus pr&#232;s. Voyons par exemple, quelles ont &#233;t&#233;, d'apr&#232;s Voltaire, les causes de la chute de l'empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cadence romaine a &#233;t&#233; longue et lente, mais parmi les fl&#233;aux qui ont caus&#233; la chute du colossal empire. Voltaire fait ressortir surtout les deux sui&#173;vants : 1&#176; les Barbares, 2&#176; les disputes de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Barbares ont d&#233;truit l'empire romain. Mais pourquoi, demande Voltaire, les Romains ne les exter&#173;min&#232;rent-ils pas, comme Marius avait extermin&#233; les Cimbres ? C'est qu'il ne se trouvait point de Marius. Et pourquoi ne se trouvait-il pas de Marius ? Parce que les m&#339;urs des Romains avaient chang&#233;. La sympt&#244;&#173;me le plus &#233;clatant de ce changement dans les m&#339;urs, c'est que l'empire romain avait alors plus de moines que de soldats. &#034;Ces moines couraient en troupe de ville en ville pour soutenir ou pour d&#233;truire la consubstantialit&#233; du Verbe... &#034; (Ibid., t. I, p. 377).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Comme les descendants de Scipion &#233;taient deve&#173;nus des controversistes, comme la consid&#233;ration per&#173;sonnelle &#233;tait pass&#233;e des Hortensius et des Cic&#233;ron aux Cyrille, aux Gr&#233;goire, aux Amboise, tout fut per&#173;du et si l'on doit s'&#233;tonner de quelque chose, c'est que l'empire romain ait subsist&#233; encore un peu de temps.&#034; (Ibid., t. I, p. 377).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez bien ici quelle &#233;tait, d'apr&#232;s Vol&#173;taire, la cause principale de la chute de Rome. Cette cause, c'est le triomphe du christianisme. D'ailleurs Voltaire le dit lui-m&#234;me avec son ironie mordante : &#034;Le christianisme ouvrait le ciel, mais il perdait l'empire &#034; (Ibid., t. I, p. 337).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-t-il eu raison, a-t-il eu tort ? C'est ce qui ne nous regarde pas maintenant. Ce qui nous importe, c'est de nous rendre compte exactement des id&#233;es his&#173;toriques de Voltaire. L'examen critique de ces id&#233;es ne viendra qu'ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, nous voyons que, selon Voltaire, le chris&#173;tianisme a perdu l'empire romain, Humainement par&#173;lant, il est permis sans doute de demander pourquoi le christianisme a triomph&#233; de Rome ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Voltaire, le principal instrument de la Victoire des chr&#233;tiens fut Constantin, qu'il nous re&#173;pr&#233;sente conform&#233;ment &#224; la v&#233;rit&#233; historique. Mais un homme, f&#251;t-il empereur, et f&#251;t-il tr&#232;s m&#233;chant et tr&#232;s superstitieux, serait-il jamais capable d'assu&#173;rer le triomphe d'une religion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voltaire croyait que oui. Et, pour le croire, il n'&#233;tait pas le seul de son si&#232;cle. Tous les philoso&#173;phes le croyaient aussi. Comme exemple, je vous cite&#173;rai les consid&#233;rations d'un autre &#233;crivain sur l'ori&#173;gine du peuple juif et sur le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la conception th&#233;ologique de l'histoire con&#173;siste &#224; expliquer l'&#233;volution historique par la vo&#173;lont&#233; et l'action, directe ou indirecte, d'un ou de plusieurs agents surnaturels, la conception id&#233;aliste - dont Voltaire et ses amis &#233;taient les partisans convaincus - consiste &#224; expliquer cette m&#234;me &#233;volu&#173;tion par l'&#233;volution des m&#339;urs et des id&#233;es, ou de l'opinion, comme on s'exprimait au XVIII&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;J'entends par opinion, dit Suard, le r&#233;sultat de la masse de v&#233;rit&#233;s et d'erreurs r&#233;pandues dans une nation, r&#233;sultat qui d&#233;termine ses jugements d'estime ou de m&#233;pris, d'amour ou de haine, qui forme ses penchants et ses habitudes, ses id&#233;es et ses ver&#173;tus, en un mot, ses m&#339;urs.&#034; (Suard, M&#233;langes de Lit&#173;t&#233;rature, III, p. 400).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque c'est l'opinion qui gouverne le monde, il est &#233;vident que l'opinion est la cause fondamenta&#173;le, la cause la plus profonde, du mouvement histori&#173;que, et il n'y a pas lieu de s'&#233;tonner qu'un histo&#173;rien en appelle &#224; l'opinion comme &#224; une force qui produit en derni&#232;re instance les &#233;v&#233;nements de telle ou telle &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si l'opinion en g&#233;n&#233;ral explique les &#233;v&#233;ne&#173;ments historiques, il est tout naturel de chercher dans l'opinion religieuse (dans le christianisme par exemple), la cause la plus profonde de la prosp&#233;rit&#233; ou de la d&#233;cadence d'un empire (par exemple de l'em&#173;pire de Rome). Voltaire &#233;tait donc fid&#232;le &#224; la philo&#173;sophie historique de son temps en disant que le christianisme a caus&#233; la ruine de l'empire de Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parmi les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle, il y en avait plusieurs qui sont connus comme des mat&#233;&#173;rialistes. Tels &#233;taient, par exemple, Holbach, l'au&#173;teur du c&#233;l&#232;bre Syst&#232;me de la nature , et Helv&#233;tius, l'auteur du livre non moins c&#233;l&#232;bre De l'Esprit . Il est tr&#232;s naturel de supposer qu'au moins ces philoso&#173;phes-l&#224; n'approuvaient pas la conception id&#233;aliste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! Cette supposition, toute naturelle qu'elle paraisse, est erron&#233;e : Holbach et Helv&#233;tius, mat&#233;rialistes dans leur conception de la nature &#233;taient id&#233;alistes en ce qui concerne l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle, comme toute la &#034; s&#233;quelle des Encyclop&#233;distes &#034;, les mat&#233;ria&#173;listes de ce temps-l&#224; croyaient que l'opinion gouver&#173;ne le monde et que l'&#233;volution de l'opinion explique en derni&#232;re analyse toute l'&#233;volution historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'ignorance, l'erreur, le pr&#233;jug&#233;, le d&#233;faut d'exp&#233;rience, de r&#233;flexion et de pr&#233;voyance, voil&#224; les vraies sources du mal moral. Les hommes ne se nuisent &#224; eux-m&#234;mes et ne blessent leurs associ&#233;s, que parce qu'ils n'ont point d'id&#233;es de leurs vrais int&#233;r&#234;ts.&#034; (Syst&#232;me social, t. II, chap. I, p. 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre endroit du m&#234;me ouvrage, nous li&#173;sons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'histoire nous prouve qu'en mati&#232;re de gouver&#173;nement, les nations furent de tout temps le jouet de leur ignorance, de leur imprudence, de leur cr&#233;dulit&#233; de leurs terreurs paniques, et surtout des passions de ceux qui surent prendre de l'ascendant sur la mul&#173;titude. Semblables &#224; des malades qui s'agitent sans cesse dans leur lit, sans y trouver de position con&#173;venable, les peuples ont souvent chang&#233; la forme de leurs gouvernements mais ils n'ont jamais eu ni le pouvoir, ni la capacit&#233; de r&#233;former le fond, de re&#173;monter &#224; la vraie source de leurs maux ; ils se vi&#173;rent sans cesse ballott&#233;s par des passions aveugles.&#034; (Ibid., II, p. 27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces citations vous montrent que, d'apr&#232;s le ma&#173;t&#233;rialiste Holbach, l'ignorance fut la cause du mal moral et politique. Si les peuples sont m&#233;chants, c'est gr&#226;ce &#224; leur ignorance, si leurs gouvernements sont absurdes, c'est parce qu'ils n'ont pas su d&#233;cou&#173;vrir les vrais principes de l'organisation sociale et politique, si les r&#233;volutions faites par les peuples n'ont pas d&#233;racin&#233; le mal moral et social, c'est par&#173;ce qu'ils n'ont pas eu assez de lumi&#232;res. Mais qu'est ce que l'ignorance ? Qu'est-ce que l'erreur ? Qu'est-ce que le pr&#233;jug&#233; ? L'ignorance, l'erreur, le pr&#233;jug&#233;, tout cela, ce n'est que de l'opinion erron&#233;e. Et si l'ignorance, l'erreur et le pr&#233;jug&#233; ont emp&#234;ch&#233; les hommes de d&#233;couvrir les vraies bases de l'organi&#173;sation politique et sociale, il est clair que c'est l'opinion erron&#233;e qui a gouvern&#233; le monde. Holbach est donc, l&#224;-dessus, du m&#234;me avis que la plupart des philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Helv&#233;tius, je ne citerai que son opinion sur le syst&#232;me f&#233;odal. Dans une lettre &#224; Saurin sur l'Esprit des Lois de Montesquieu, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Mais que diable veut-il nous apprendre par son Trait&#233; des Fiefs ? Est-ce une mati&#232;re que devait chercher &#224; d&#233;brouiller un esprit sage et raisonnable ? Quelle l&#233;gislation peut r&#233;sulter de ce chaos barbare de lois que la force a &#233;tablies, que l'ignorance a respect&#233;es, et qui s'opposeront toujours &#224; un bon or&#173;dre de choses ? &#034; (&#338;uvres, III, p. 266).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre endroit, il dit &#034;Montesquieu est trop f&#233;odaliste, et le gouvernement f&#233;odal est le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; &#034;. (&#338;uvres, III, p.314).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Helv&#233;tius trouve que le f&#233;odalisme, c'est &#224; dire tout un syst&#232;me d'institutions sociales et po&#173;litiques, &#233;tait le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; et, par cons&#233;quent, devait son origine &#224; l'ignorance ou, en d'autres termes, &#224; une opinion erron&#233;e. C'est donc toujours l'opinion qui, en bien ou en mal, a gouvern&#233; le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit qu'il nous importait non pas de criti&#173;quer cette th&#233;orie, mais de bien la conna&#238;tre et de bien saisir sa nature. Maintenant que nous la con&#173;naissons, il nous est non seulement permis, mais n&#233;&#173;cessaire de l'analyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, cette th&#233;orie est-elle vraie ou est-elle fausse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, oui ou non, que les hommes qui ne comprennent pas en quoi consistent leurs int&#233;r&#234;ts ne pouvaient les servir de fa&#231;on raisonnable ? Cela est vrai sans contredit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, oui ou non, que l'ignorance a caus&#233; beaucoup de maux &#224; l'humanit&#233; et qu'un syst&#232;me social et politique bas&#233; sur la soumission et sur l'exploi&#173;tation de l'homme par l'homme, tel que fut le f&#233;odalisme, n'est possible que dans un temps d'ignorance et de pr&#233;jug&#233;s profond&#233;ment enracin&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est bien vrai, et je ne vois pas comment on pourrait contester une v&#233;rit&#233; aussi indubitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, est-il faux, en un mot, que l'opi&#173;nion, dans le sens d&#233;termin&#233; par Suard, a une grande influence sur la conduite des hommes ? Quiconque con&#173;na&#238;t les hommes dira que cela aussi est indubitable et indiscutable.&lt;br class='autobr' /&gt;
La force des id&#233;es &#8230; et leur origine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception id&#233;aliste de l'histoire est-elle donc bas&#233;e sur la v&#233;rit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;ponds oui et non. Et voici ce que j'entends par-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception id&#233;aliste de l'histoire est vraie dans ce sens qu'il y a du vrai en elle. Oui, il y a du vrai. L'opinion &#224; une tr&#232;s grande influence sur les hommes. Nous avons donc le droit de dire qu'elle gouverne le monde. Mais nous avons bien le droit de nous demander si cette opinion qui gouverne le monde n'est gouvern&#233;e par rien du tout ? Autrement dit, nous pouvons et nous devons nous demander si les opi&#173;nions et les sentiments des hommes sont une chose soumise au hasard. Poser cette question, c'est la r&#233;&#173;soudre aussit&#244;t dans le sens n&#233;gatif. Non, les opi&#173;nions et les sentiments des hommes ne sont point sou&#173;mis au hasard. Leur g&#233;n&#233;ration comme leur &#233;volution est soumise &#224; des lois que nous devons &#233;tudier. D&#232;s que vous admettez ceci - et le moyen de ne pas l'ad&#173;mettre ? - vous &#234;tes forc&#233;s de reconna&#238;tre que si l'opinion gouverne le monde, elle ne le gouverne pas en souverain absolu, qu'elle est gouvern&#233;e &#224; son tour et que, par cons&#233;quent, celui qui en appelle &#224; l'opi&#173;nion est loin de nous indiquer la cause fondamentale, la cause la plus profonde du mouvement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc de la v&#233;rit&#233; dans la conception id&#233;aliste de l'histoire. Mais il n'y a pas toute la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conna&#238;tre toute la v&#233;rit&#233;, il nous faut re&#173;prendre la recherche justement l&#224; o&#249; la conception id&#233;aliste l'abandonne. Il nous faut t&#226;cher de nous rendre un compte exact des causes de la g&#233;n&#233;ration et de l'&#233;volution de l'opinion des hommes vivant en so&#173;ci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faciliter notre t&#226;che, proc&#233;dons avec m&#233;&#173;thode, et, avant tout, voyons si l'opinion, c'est &#224; dire, conform&#233;ment &#224; la d&#233;finition donn&#233;e par Suard, la masse de v&#233;rit&#233;s et d'erreurs r&#233;pandue parmi les hommes leur est inn&#233;e, si elle na&#238;t avec eux pour ne dispara&#238;tre qu'avec eux. Cela revient &#224; nous demander s'il y a des id&#233;es inn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; l'on &#233;tait fermement convain&#173;cu que les id&#233;es, au moins en partie, sont inn&#233;es. En admettant l'existence des id&#233;es inn&#233;es, on admettait en m&#234;me temps que ces id&#233;es-l&#224; constituent un fonds commun &#224; l'humanit&#233; toute enti&#232;re, un fonds qui est toujours le m&#234;me dans tous les temps et tous les cli&#173;mats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette opinion, tr&#232;s r&#233;pandus autrefois, fut vic&#173;torieusement combattue par un philosophe anglais de grand m&#233;rite, John Locke. Dans son c&#233;l&#232;bre livre in&#173;titul&#233; : Essai sur l'entendement humain , John Locke a prouv&#233; qu'il n'y a point d'id&#233;es, de principes ou de nations inn&#233;es dans l'esprit de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es ou les principes des hommes leur vien&#173;nent de l'exp&#233;rience, et c'est &#233;galement vrai en ce qui concerne les principes sp&#233;culatifs, comme les principes pratiques ou principes de morale. Les prin&#173;cipes de morale, varient selon les temps et les lieux. Quand les hommes condamnent une action, c'est parce qu'elle leur est nuisible. Quand ils la louent, c'est qu'elle leur est utile. L'int&#233;r&#234;t (non pas l'int&#233;r&#234;t personnel, mais l'int&#233;r&#234;t social) d&#233;termine donc les jugements des hommes dans le domaine de la vie socia&#173;le. Telle &#233;tait la doctrine de Locke, dont tous les philosophes fran&#231;ais du XVIII&#176; si&#232;cle &#233;taient des partisans convaincus. Nous avons donc le droit de prendre cette doctrine pour point de d&#233;part de notre critique de leur conception de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe point d'id&#233;es inn&#233;es dans l'esprit des hommes ; c'est l'exp&#233;rience qui d&#233;termine les Id&#233;es sp&#233;culatives et c'est l'int&#233;r&#234;t social qui d&#233;&#173;termine les &#034;id&#233;es pratiques&#034;. Admettons ce principe et voyons quelles cons&#233;quences en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;action apr&#232;s la R&#233;volution Fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand &#233;v&#233;nement historique s&#233;pare le XVIII&#176; si&#232;cle du XIX&#176; : la R&#233;volution Fran&#231;aise, qui comme un ouragan a pass&#233; sur la France en d&#233;truisant l'an&#173;cien r&#233;gime et en balayant ses d&#233;bris. Elle a eu une profonde influence sur la vie &#233;conomique, sociale, politique et intellectuelle non seulement de la Fran&#173;ce, mais de l'Europe enti&#232;re. Elle n'a pas pu rester sans influence sur la philosophie de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle a &#233;t&#233; cette influence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! Son r&#233;sultat le plus imm&#233;diat a &#233;t&#233; un sentiment d'immense lassitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand effort fait par les gens de ce temps-l&#224; a provoqu&#233; un besoin imp&#233;rieux de repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce sentiment de lassitude, in&#233;vitable apr&#232;s toute grande d&#233;pense d'&#233;nergie, il y a eu aussi un certain scepticisme. Le XVIII&#176; si&#232;cle croyait fer&#173;mement au triomphe de la raison. La raison finit tou&#173;jours par avoir raison, disait Voltaire. Les &#233;v&#233;ne&#173;ments de la R&#233;volution ont bris&#233; cette foi. On a vu tant d'&#233;v&#233;nements inattendus, on a vu triompher tant de choses qui semblaient tout &#224; fait impossibles et absolument d&#233;raisonnables, on a vu tant de calculs les plus sages renvers&#233;s par la brutale logique des faits, qu'on s'est dit que la raison ne finira proba&#173;blement jamais par avoir raison. Nous avons l&#224;-dessus le pr&#233;cieux t&#233;moignage d'une femme d'esprit, qui sa&#173;vait observer ce qui se passait autour d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La plupart des hommes, dit Mme de Sta&#235;l, &#233;pou&#173;vant&#233;s des vicissitudes effroyables, dont les &#233;v&#233;ne&#173;ments politiques nous ont offert l'exemple, ont perdu maintenant tout int&#233;r&#234;t au perfectionnement d'eux-m&#234;&#173;mes et sont trop frapp&#233;s de la puissance du hasard pour croire &#224; l'ascendant les facult&#233;s intellectuel&#173;les&#034; (De la litt&#233;rature, Pr&#233;face, p. XVIII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait donc &#233;pouvant&#233; par la puissance du ha&#173;sard. Mais qu'est-ce que le hasard ? Et qu'est-ce que le hasard dans la vie des soci&#233;t&#233;s ? Il y a mati&#232;re &#224; discussion philosophique l&#224;-dedans. Mais sans entrer dans cette discussion, nous pouvons dire que trop souvent les hommes attribuent au hasard ce dont les causes leur restent inconnues. Aussi quand le hasard leur fait trop et trop longtemps sentir sa puissance, ils finissent par essayer d'expliquer et de d&#233;couvrir les causes des ph&#233;nom&#232;nes qu'ils consid&#233;raient auparavant comme fortuits. Et c'est justement ce que nous voyons dans le domaine de la science historique au commencement du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philosophie de l'histoire de Saint-Simon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Simon, une des t&#234;tes les plus encyclop&#233;di&#173;ques et les moins m&#233;thodiques de la premi&#232;re moiti&#233; de ce si&#232;cle, s'efforce de poser les bases d'une science sociale. La science sociale, la science de la soci&#233;t&#233; humaine, la physique sociale, comme il l'ap&#173;pelle parfois, peut et doit, selon lui, devenir une science aussi exacte que les sciences naturelles. Nous devons &#233;tudier les faits relatifs &#224; la vie pas&#173;s&#233;e de l'humanit&#233; pour d&#233;couvrir les lois de son pro&#173;gr&#232;s. Nous ne pourrons pr&#233;voir l'avenir, que lorsque nous aurons compris le pass&#233;. Et pour le comprendre, pour expliquer le pass&#233;, Saint-Simon &#233;tudie surtout l'histoire de l'Europe occidentale depuis la chute de l'empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit dans cette histoire, la lutte des indus&#173;triels (ou du Tiers Etat, comme on disait au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent) contre l'aristocratie. Les industriels se sont ligu&#233;s avec la royaut&#233;, et, par l'appui qu'ils ont donn&#233; aux rois, ils leur ont fourni les moyens de s'emparer du pouvoir politique, qui se trouvait aupa&#173;ravant dans les mains des seigneurs f&#233;odaux. En &#233;change de leurs services la royaut&#233; leur a donn&#233; sa protection, au moyen de laquelle ils ont pu remporter beaucoup d'importantes victoires sur leurs ennemis. Peu &#224; peu, le travail et l'organisation aidant, les industriels sont parvenus &#224; poss&#233;der une force socia&#173;le imposante, bien sup&#233;rieure &#224; celle de l'aristocra&#173;tie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution Fran&#231;aise n'&#233;tait, pour Saint-Si&#173;mon, qu'un &#233;pisode de la grande lutte, plusieurs fois s&#233;culaire, entre les industriels et les nobles. Et toutes ses propositions pratiques se r&#233;duisaient &#224; des projets, des mesures qu'il fallait, selon lui, prendre pour compl&#233;ter et consolider la victoire des industriels et la d&#233;faite des nobles. Or, la lutte des industriels contre la noblesse &#233;tait la lutte de deux int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s. Et si cette lutte a, comme le dit Saint-Simon, rempli toute l'histoire de l'Europe occidentale depuis le XV&#176; si&#232;cle, nous pouvons dire que c'est la lutte des grands int&#233;r&#234;ts sociaux, qui &#233;tait la cause du mouvement historique dans la p&#233;rio&#173;de indiqu&#233;e. Nous voici donc assez loin de la concep&#173;tion historique du dix-huiti&#232;me si&#232;cle : ce n'est pas l'opinion, c'est l'int&#233;r&#234;t social ou pour mieux dire, l'int&#233;r&#234;t des grands &#233;l&#233;ments constructifs de la so&#173;ci&#233;t&#233;, 1'int&#233;r&#234;t des classes et la lutte sociale pro&#173;voqu&#233;e par l'opposition de ces int&#233;r&#234;ts, qui gouver&#173;nent le monde et qui d&#233;terminent la marche de l'his&#173;toire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses id&#233;es historiques, Saint-Simon a eu une influence d&#233;cisive sur un des plus grands historiens fran&#231;ais : Augustin Thierry. Et comme Augustin Thierry a fait une v&#233;ritable r&#233;volution dans la science his&#173;torique de son pays, il nous sera bien utile d'analy&#173;ser ses id&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conceptions d'Augustin Thierry et de Mignet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous rappelez, je suppose, ce que je vous ai dit d'Holbach et qui concernait l'histoire du peu&#173;ple juif. Cette histoire &#233;tait, pour Holbach, l'&#339;u&#173;vre d'un seul homme. Mo&#239;se, qui a fa&#231;onn&#233; le caract&#232;&#173;re des Juifs et qui leur a donn&#233; leur constitution sociale et politique, ainsi que leur religion. Et chaque peuple, ajoutait Holbach, a eu son Mo&#239;se. La philosophie historique du -dix-huiti&#232;me si&#232;cle ne con&#173;naissait que l'individu, les grands hommes. La masse, le peuple comme tel, n'existait presque point pour elle. La philosophie historique d'Augustin Thierry est, sous ce rapport, juste le contraire de ce qu'&#233;tait celle du dix-huiti&#232;me si&#232;cle. &#034;C'est une chose bien simple, dit-il, dans ses Lettres sur l'histoire de France, que l'obstination des historiens &#224; n'at&#173;tribuer jamais aucune spontan&#233;it&#233;, aucune conception aux masses d'hommes. Si tout un peuple &#233;migre et se fait un nouveau domicile, c'est, au dire des annalis&#173;tes et des po&#232;tes, quelque h&#233;ros, qui pour son nom s'avise de fonder un empire, si des nouvel&#173;les coutumes s'&#233;tablissent, c'est quelque l&#233;gislateur qui les imagine et les impose, si une cit&#233; s'organi&#173;se, c'est quelque prince qui lui donne l'&#234;tre, et toujours le peuple et les citoyens sont de l'&#233;toffe pour la pens&#233;e d'un seul homme. &#034; (Dix ans, p. 346).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution a &#233;t&#233; l'&#339;uvre des masses populai&#173;res et cette r&#233;volution dont le souvenir &#233;tait si frais au temps de la Restauration ne permettait plus d'envisager le mouvement historique comme l'&#339;uvre d'individus plus ou moins sages et plus ou moins ver&#173;tueux. Au lieu de s'occuper des faits et gestes des grands hommes, les historiens voulaient dor&#233;navant s'occuper de 1'histoire des peuples. C'est d&#233;j&#224; tr&#232;s important et cela vaut bien la peine d'&#234;tre retenu dans la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons plus loin. Ce sont les grandes masses qui font l'histoire. Soit. Mais pourquoi la font-elles ? En d'autres termes, quand les masses agissent, dans quel but agissent-elles ? Dans le but de garantir leurs int&#233;r&#234;ts, r&#233;pond Augustin Thierry. &#034; Voulez-vous dit-il, savoir au juste qui a cr&#233;&#233; cette institution, qui a con&#231;u une entreprise sociale ? Cherchez quels sont ceux qui en ont v&#233;ritablement besoin, &#224; ceux-l&#224; doit appartenir la pens&#233;e premi&#232;re, la volont&#233; d'agir et tout au moins la plus grande part dans l'ex&#233;cu&#173;tion, is fecit cui prodest : l'axiome vaut en his&#173;toire comme en droit. &#034; (Dix ans , p. 348).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse agit donc dans son int&#233;r&#234;t, l'int&#233;r&#234;t est la source, le mobile de toute cr&#233;ation sociale. Il est donc facile de comprendre que lorsqu'une ins&#173;titution devient oppos&#233;e &#224; l'int&#233;r&#234;t de la masse, la masse commence une lutte contre cette institution. Et comme uns institution nuisible &#224; la masse du peuple est souvent utile &#224; la classe privil&#233;gi&#233;e, la lutte contre cette institution devient une lutte contre la classe privil&#233;gi&#233;e. La lutte de classes d'hommes et d'int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s joue un grand r&#244;le dans la philo&#173;sophie historique d'Augustin Thierry. Cette lutte a rempli, par exemple, l'histoire de l'Angleterre de&#173;puis la conqu&#234;te normande jusqu'&#224; la r&#233;volution qui renversa la dynastie des Stuarts. Dans la r&#233;volution anglaise du XVII&#176; si&#232;cle luttaient deux classes d'hommes : les vainqueurs (la noblesse), les vaincus (la masse du peuple, bourgeoisie comprise). &#034;Chaque personnage, dit notre historien, dont les a&#239;eux s'&#233;&#173;taient trouv&#233;s enr&#244;l&#233;s dans la grande arm&#233;e d'inva&#173;sion, quittait son ch&#226;teau pour aller dans le camp royal prendre le commandement que son titre lui assi&#173;gnait. Les habitants des villes et des ports se ren&#173;daient en foule au camp oppos&#233;. On pouvait dire que le cri de ralliement des deux arm&#233;es &#233;tait, d'un c&#244;t&#233; oisivet&#233; et pouvoir, de l'autre travail et libert&#233; ; car les d&#233;s&#339;uvr&#233;s, les gens qui ns voulaient d'autre occupation dans la vie que celle de jouir sans peine, de quelque caste qu'ils fussent, s'enr&#244;laient dans les troupes royales o&#249; ils allaient d&#233;fendre des in&#173;t&#233;r&#234;ts conformes aux leurs, tandis que les familles de la caste des anciens vainqueurs, que l'industrie avait gagn&#233;s, s'unissaient au parti des Communes. &#034; (Ibid., p. 543).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lutte des deux classes, ce n'est pas seu&#173;lement dans le domaine social et politique qu'elle d&#233;terminait le mouvement. On voit son influence dans le domaine des id&#233;es. Les opinions religieuses des Anglais du XVII&#176; si&#232;cle &#233;taient, suivant Thierry, fa&#173;&#231;onn&#233;es par leur position sociale . &#034;C'&#233;tait pour des int&#233;r&#234;ts positifs que la guerre se soutenait de part et d'autre. Le reste n'&#233;tait qu'apparence ou pr&#233;tex&#173;te. Ceux qui s'engageaient dans la cause des sujets, &#233;taient, pour la plupart, presbyt&#233;riens, c'est &#224; dire que, m&#234;me en religion, ils ne voulaient aucun joug. Ceux qui soutenaient la cause contraire &#233;taient &#233;piscopaux ou papistes, c'est &#224; dire qu'ils aimaient &#224; trouver, jusque dans les formes du culte, du pouvoir &#224; exercer, des imp&#244;ts &#224; lever sur les hommes .&#034; (Ibid., p. 54).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici encore plus loin de la philosophie historique du XVIII&#176; si&#232;cle. Au XVIII&#176; si&#232;cle, l'opi&#173;nion gouverne le monde. Ici, l'opinion, dans le domaine de la religion, est d&#233;termin&#233;e, gouvern&#233;e, par la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et notez bien que l'historien dont je viens de parler n'est pas le seul &#224; croire ainsi. Sa philoso&#173;phie historique est celle de tous les historiens re&#173;marquables du temps de la Restauration. Un contempo&#173;rain d'Augustin Thierry, Mignet se tient au m&#234;me point de vue. Dans son remarquable ouvrage De la f&#233;o&#173;dalit&#233;, il envisage l'&#233;volution sociale de la fa&#231;on suivante : &#034;Les int&#233;r&#234;ts qui dominent d&#233;cident du mouvement social. Ce mouvement arrive &#224; son but &#224; travers des oppositions, cesse quand il l'a atteint, est remplac&#233; par un autre, qui ne s'aper&#231;oit pas lorsqu'il commence, et qui ne se fait conna&#238;tre que lorsqu'il est le plus fort. Telle a &#233;t&#233; la marche de la f&#233;odalit&#233;. Elle &#233;tait dans les besoins avant d'&#234;tre dans le fait, premi&#232;re &#233;poque, et elle a &#233;t&#233; ensuite dans le fait en cessant d'&#234;tre dans les be&#173;soins, seconde &#233;poque, ce qui a fini par la faire sortir du fait .&#034; (La F&#233;odalit&#233; , pp. 77-78).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici nous nous trouvons de nouveau tr&#232;s loin de la philosophie du XVIII&#176; si&#232;cle. Helv&#233;tius reprochait &#224; Montesquieu d'&#233;tudier avec trop d'attention les lois f&#233;odales. Le syst&#232;me f&#233;odal &#233;tait pour lui le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; et comme tel, ne valait pas la peine d'&#234;tre &#233;tudi&#233;. Mignet admet au contraire qu'il fut un temps, le Moyen-Age, o&#249; le syst&#232;me f&#233;o&#173;dal &#233;tait dans les besoins, o&#249; il &#233;tait donc utile &#224; la soci&#233;t&#233;, il dit que c'est justement cette utilit&#233; qui l'a fait na&#238;tre. Mignet r&#233;p&#232;te souvent que ce ne sont pas les hommes qui m&#232;nent les choses, mais les choses qui m&#232;nent les hommes. Et c'est de ce point de vue-l&#224; qu'il consid&#232;re les &#233;v&#233;nements dans son His&#173;toire de la R&#233;volution Fran&#231;aise. En parlant de l'As&#173;sembl&#233;e Constituante, il dit : &#034;Les classes aristo&#173;cratiques avaient les int&#233;r&#234;ts contraires &#224; ceux du parti national. Aussi la noblesse et le haut clerg&#233;, qui form&#232;rent la droite de l'Assembl&#233;e, furent en op&#173;position constante avec lui, except&#233; dans certains jours d'entra&#238;nement. Ces m&#233;contents de la r&#233;volution qui ne surent ni l'emp&#234;cher par leurs sacrifices, ni l'arr&#234;ter par leur adh&#233;sion, combattirent d'une ma&#173;ni&#232;re syst&#233;matique toutes ses r&#233;formes .&#034; (Histoire de la R&#233;v. Franc ., Vol. I, p. 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les groupements politiques sont d&#233;termin&#233;s par les int&#233;r&#234;ts de classes. Et ce sont les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts qui donnent naissance &#224; des consid&#233;rations po&#173;litiques. Mignet nous dit que la Constitution de 1791 &#034;&#233;tait l'&#339;uvre de la classe moyenne, qui se trouvait alors la plus forte, car, comme on le sait, la force qui domine s'empare toujours des institutions&#034;. &#034;La journ&#233;e du Dix Ao&#251;t fut l'insurrection de la multitu&#173;de contre la classe moyenne et contre le tr&#244;ne constitutionnel, comme le 14 Juillet avait &#233;t&#233; l'insur&#173;rection de la classe moyenne contre les classes pri&#173;vil&#233;gi&#233;es et le pouvoir, absolu de la couronne.&#034; (Ibid., p. 210 ; p. 290).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Thierry, Mignet est le repr&#233;sentant con&#173;vaincu de la classe moyenne. Tant qu'il s'agit de ju&#173;ger l'action politique de cette classe, Mignet va jusqu'&#224; pr&#233;coniser les moyens violents, &#034;On n'ob&#173;tient le droit que par la force&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Guizot nous retrouvons les m&#234;mes tendances, les m&#234;mes sympathies et le m&#234;me point de vue. Mais, chez lui, ces tendances et ces sympathies sont plus prononc&#233;es et ce point de vue est mieux pr&#233;cis&#233;. D&#233;j&#224; dans ses Essais sur l'Histoire de France , qui paru&#173;rent en 1821, il dit avec beaucoup de clart&#233; quelle est, selon lui, la base de l'&#233;difice social. &#034;C'est par l'&#233;tude des institutions politiques que la plu&#173;part des &#233;crivains, &#233;rudits historiens ou publicistes ont cherch&#233; &#224; conna&#238;tre l'&#233;tat de la Soci&#233;t&#233;, le de&#173;gr&#233; ou le genre de sa civilisation. Il e&#251;t &#233;t&#233; plus sage d'&#233;tudier d'abord la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pour con&#173;na&#238;tre et comprendre ses institutions politiques. Avant de devenir cause, les institutions sont effet, la soci&#233;t&#233; les produit avant d'en &#234;tre modifi&#233;e, et au lieu de chercher dans le syst&#232;me ou les formes du gouvernement quel a &#233;t&#233; l'&#233;tat du peuple, c'est l'&#233;tat du peuple qu'il faut examiner avant tout pour savoir quel a d&#251;, quel a pu &#234;tre le gouvernement &#034;. (Essais sur l'Histoire de France , 12&#176; &#233;dition, p. 73.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait trouver des textes de m&#234;me sens dans les ouvrages de Guizot , d'Armand Carrel et de Tocqueville . Aussi je crois bien avoir le droit de dire qu'au commence&#173;ment du XIX&#176; si&#232;cle, les sociologues, les historiens et les critiques nous renvoient tous &#224; l'&#233;tat social comme &#224; la base la plus profonde des ph&#233;nom&#232;nes de la soci&#233;t&#233; humaine. Nous savons ce que c'est que cet &#233;tat, c'est &#034;l'&#233;tat des personnes &#034; comme dit Guizot, c'est l'&#233;tat des pro&#173;pri&#233;t&#233;s . Mais d'o&#249; vient-il cet &#233;tat, duquel tout d&#233;pend dans la soci&#233;t&#233; ? D&#232;s que nous aurons une r&#233;ponse nette et pr&#233;cise &#224; cette question, nous pourrons nous expliquer le mouvement historique et le progr&#232;s du genre humain. Mais cette grande question, cette question des questions, les historiens la laissent sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous sommes devant cette contradiction : les id&#233;es, les sentiments, l'opinion sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat social, et l'&#233;tat social est d&#233;termin&#233; par l'opinion. A est la cause de B, et B est la cause de A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, en parlant de l'&#233;volution de la philosophie de l'histoire, j'ai consid&#233;r&#233; surtout la France. A l'exception de Saint Augustin et d'Holbach, tous les auteurs, dont J'ai expos&#233; devant vous les id&#233;es historiques, &#233;taient des Fran&#231;ais. Maintenant nous allons traverser la fronti&#232;re pour mettre le pied sur le sol germanique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie de l'histoire de Schelling&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne de la premi&#232;re moiti&#233; du dix-neuvi&#232;&#173;me si&#232;cle &#233;tait le pays classique de la philosophie. Fichte, Schelling, Hegel et tant d'autres, moins c&#233;&#173;l&#232;bres, mais non moins attach&#233;s &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;, vinrent approfondir les questions philosophi&#173;ques, cas redoutables questions qui sont si vieilles d&#233;j&#224; et qui restent pourtant toujours nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces grandes questions, la philosophie de l'histoire occupe une place des plus importantes. Il ne sera donc pas inutile de voir comment les philoso&#173;phes allemands r&#233;pondaient &#224; la question de savoir quelles sont les causes du mouvement historique et du progr&#232;s du genre humain. Mais comme nous n'avons pas assez de temps pour analyser en d&#233;tail la philosophie de l'histoire propre &#224; chacun d'eux, force nous est de nous contenter d'interroger les deux principaux : Schelling et Hegel, et encore ne pourrions-nous qu'effleurer leurs id&#233;es historiques. Ainsi, en ce qui concerne Schelling, nous ne parlerons que de sa no&#173;tion de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution historique est une suite de ph&#233;nom&#232;&#173;nes soumis &#224; des lois. Les ph&#233;nom&#232;nes soumis &#224; des lois sont des ph&#233;nom&#232;nes n&#233;cessaires. Exemple : la pluie. La pluie est un ph&#233;nom&#232;ne soumis &#224; des lois. Cela veut dire que dans des circonstances donn&#233;es, des gouttes d'eau tombent n&#233;cessairement sur la ter&#173;re. Cela se comprend tr&#232;s facilement lorsqu'il s'agit de gouttes d'eau qui n'ont ni conscience ni volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les ph&#233;nom&#232;nes historiques, ce ne sont pas des choses inanim&#233;es, ce sont des hommes qui agissent, et les hommes sont dou&#233;s de conscience et de volont&#233;. On peut donc tr&#232;s l&#233;gitimement se deman&#173;der si la notion de la n&#233;cessit&#233; - hors de laquelle il n'y a pas de conception scientifique - des ph&#233;no&#173;m&#232;nes, en histoire comme dans la science de la natu&#173;re, n'exclut pas celle de la libert&#233; humaine. Formu&#173;l&#233;e en d'autres termes, la question se pose ainsi : Y a-t-il moyen de concilier la libre action des hommes avec la n&#233;cessit&#233; historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier abord, il semble que non, que la n&#233;&#173;cessit&#233; exclut la libert&#233;, et vice-versa. Mais il n'en est ainsi que pour celui dont le regard s'arr&#234;te &#224; la surface des choses, &#224; l'&#233;corce des ph&#233;nom&#232;nes. En r&#233;alit&#233;, cette fameuse contradiction, cette pr&#233;tendue antinomie de la libert&#233; et de la n&#233;cessit&#233;, n'existe pas. Loin d'exclure la libert&#233;, la n&#233;cessit&#233; en est la condition et le fondement. C'est justement ce que Schelling s'attachait &#224; prouver dans un des chapitres de son Syst&#232;me de l'id&#233;alisme transcendental .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Schelling, la libert&#233; est impossible sans la n&#233;cessit&#233;. Si en agissant, je ne puis compter que sur la libert&#233; des autres hommes, il m'est impossible de pr&#233;voir les cons&#233;quences de mes actions, puisque &#224; chaque instant, mon calcul le plus parfait pourrait &#234;tre compl&#232;tement d&#233;jou&#233; par la libert&#233; d'autrui, et par cons&#233;quent il pourrait r&#233;sulter de mes actions, tout autre chose que ce que j'avais pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma libert&#233; serait donc nulle, ma vie serait sou&#173;mise au hasard. Je ne saurais &#234;tre s&#251;r des cons&#233;quen&#173;ces de mes actions que dans les cas o&#249; je pourrais pr&#233;voir les actions de mes prochains, et pour que je puisse les pr&#233;voir, il faut qu'elles soient soumises &#224; des lois, c'est &#224; dire qu'il faut qu'elles soient d&#233;termin&#233;es, qu'elles soient n&#233;cessaires. La n&#233;cessi&#173;t&#233; des actions des autres est donc la premi&#232;re condition de la libert&#233; de mes actions. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, en agissant de fa&#231;on n&#233;cessaire, les hommes peuvent en m&#234;me temps conserver la pleine libert&#233; de leurs actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une action n&#233;cessaire ? C'est une action qu'il est impossible &#224; un individu donn&#233; de ne pas faire dans des circonstances donn&#233;es. Et d'o&#249; vient l'impossibilit&#233; de ne pas faire cette action ? Elle vient de la nature de cet homme, fa&#231;onn&#233;e par son h&#233;r&#233;dit&#233; et par son &#233;volution ant&#233;rieure. La na&#173;ture de cet homme est telle qu'il ne peut pas ne pas agir d'une fa&#231;on donn&#233;e dans des circonstances donn&#233;es. C'est clair, n'est-ce-pas ? Eh bien ! ajoutez &#224; cela que la nature de cet homme est telle, qu'il ne peut pas ne pas avoir certaines volitions, et vous aurez concili&#233; la notion de la libert&#233; avec celle de la n&#233;cessit&#233;. Je suis libre quand je peux agir comme je veux. Et ma libre action est en m&#234;me temps n&#233;ces&#173;saire, puisque ma volition est d&#233;termin&#233;e par mon or&#173;ganisation et par les circonstances donn&#233;es. La n&#233;cessit&#233; n'exclut donc pas la libert&#233;. Ma n&#233;cessit&#233; c'est la libert&#233; m&#234;me, mais seulement consid&#233;r&#233;e d'un autre c&#244;t&#233; ou d'un autre point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir attir&#233; votre attention sur la r&#233;pon&#173;se que Schelling donnait &#224; la grande question de la n&#233;cessit&#233; et de la libert&#233;. Je passe &#224; son contemporain, son camarade et rival, Hegel.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie de l'histoire de Hegel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie de Hegel &#233;tait, comme celle de Schelling, une philosophie id&#233;aliste. Pour lui, c'est l'Esprit ou l'Id&#233;e qui constitue le fond et comme l'&#226;me de tout ce qui existe. La mati&#232;re elle-m&#234;me n'est qu'une mani&#232;re d'&#234;tre de l'Esprit ou de l'Id&#233;e. Cela est-il possible ? La mati&#232;re ne serait-elle vraiment qu'une mani&#232;re d'&#234;tre de l'esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une question qui a une importance capi&#173;tale au point de vue philosophique, mais dont nous n'avons pas &#224; nous occuper maintenant. Ce qu'il nous faut, c'est &#233;tudier les id&#233;es historiques qui s'&#233;le&#173;vaient sur cette base id&#233;aliste dans le syst&#232;me de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ce grand penseur, l'histoire n'est que le d&#233;veloppement de l'Esprit universel dans le temps. La philosophie de l'histoire, c'est l'histoire consid&#233;&#173;r&#233;e avec intelligence. Elle prend les faits tels qu'ils sont, et la seule pens&#233;e qu'elle y apporte, c'est la pens&#233;e que la raison gouverne le monde. Cela vous rappelle sans doute la philosophie fran&#231;aise du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, selon laquelle c'est l'opinion ou la raison qui gouverne le monde. Mais Hegel entendait cette pens&#233;e d'une fa&#231;on particuli&#232;re. C'est Anaxagore, dit-il dans ses Le&#231;ons sur la Philosophie de l'Histoire, qui le premier reconnut philosophiquement que la raison gouverne le monde, en entendant par-l&#224; non une Intelligence ayant conscience d'elle-m&#234;me, non un esprit comme tel, mais des lois g&#233;n&#233;rales. Le mouvement du syst&#232;me plan&#233;taire s'effectue par des lois immuables et ces lois en sont la raison, mais ni le soleil, ni les plan&#232;tes qui se meuvent selon ces lois, n'en ont conscience. La raison qui gouverne 1'histoire est donc, selon Hegel, uns raison incons&#173;ciente, ce n'est que l'ensemble des lois qui d&#233;termi&#173;ne le mouvement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'opinion des hommes, l'opinion que les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle consid&#233;raient comme ressort du mouvement historique, Hegel l'envisageait pour la plupart des cas par la mani&#232;re de vivre, ou en d'autres termes, par l'&#233;tat social. Il dit par exemple dans sa Philosophie de l'Histoire, que la cause de la d&#233;ca&#173;dence de Sparte &#233;tait la diff&#233;rence extr&#234;me des for&#173;tunes. Il dit que l'Etat, comme organisation politique, doit son origine &#224; l'in&#233;galit&#233; des fortu&#173;nes et &#224; la lutte des pauvres contre les riches. Et ce n'est pas tout. Les origines de la famille sont intimement li&#233;es, selon lui, &#224; l'&#233;volution &#233;co&#173;nomique des peuples primitifs. Bref, tout id&#233;aliste qu'il f&#251;t, Hegel, comme les historiens fran&#231;ais dont il a &#233;t&#233; question plus haut, en appelle &#224; l'&#233;tat so&#173;cial comme &#224; la base la plus profonde de la vie des peuples. En cela, il n'a pas &#233;t&#233; en arri&#232;re de son temps, mais il ne l'a pas devanc&#233; non plus, il reste impuissant &#224; expliquer les origines de l'&#233;tat social puisque ce n'est rien expliquer que de dire, comme il dit, qu'&#224; une &#233;poque donn&#233;e, l'&#233;tat social d'un peuple d&#233;pend, comme son &#233;tat politique, religieux, es&#173;th&#233;tique, moral et intellectuel de l'esprit du temps. En sa qualit&#233; d'id&#233;aliste, Hegel en appelle &#224; 1'esprit comme dernier ressort du mouvement historique. Lorsqu'un peuple passe d'un degr&#233; de son &#233;volution &#224; un autre, c'est que l'Esprit Absolu (ou universel) dont ce peuple n'est que l'agent, s'&#233;l&#232;ve &#224; une phase sup&#233;rieure de son d&#233;veloppement. Comme de pareilles explications n'expliquent rien du tout, Hegel s'est trouv&#233; dans le m&#234;me cercle vicieux que les historiens et les sociologues fran&#231;ais : ils expliquaient l'&#233;tat social par l'&#233;tat des id&#233;es et l'&#233;tat des id&#233;es par l'&#233;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons que de tous les c&#244;t&#233;s, du c&#244;t&#233; de la philosophie comme du c&#244;t&#233; de l'histoire proprement dite et de la litt&#233;rature, l'&#233;volution de la science sociale dans ses diverses branches aboutissait au m&#234;&#173;me probl&#232;me : expliquer les origines de l'&#233;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que ce probl&#232;me n'&#233;tait pas r&#233;solu, la science continuait &#224; tourner dans un cercle vicieux, en d&#233;&#173;clarant que B est la cause de A, et en d&#233;signant A comme la cause de B. En revanche, tout promettait de s'&#233;claircir une fois r&#233;solue la question des origines de l'&#233;tat social.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception marxiste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la solution de ce probl&#232;me qu'&#224; poursuivie Marx en &#233;laborant sa conception mat&#233;rialiste. Dans la pr&#233;face d'une de ses &#339;uvres : Critique de l'&#233;conomie politique , Marx raconte lui-m&#234;me comment ses &#233;tudes l'amen&#232;rent &#224; cette conception :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Mes recherches aboutirent &#224; ce r&#233;sultat : que les rapports juridiques, ainsi que les formes de l'E&#173;tat, ne peuvent s'expliquer ni par eux-m&#234;mes, ni par la soi-disant &#233;volution g&#233;n&#233;rale de l'esprit humain ; qu'ils prennent leurs racines plut&#244;t dans les condi&#173;tions d'existence mat&#233;rielles que Hegel, &#224; l'exemple des Anglais et des Fran&#231;ais du XVIII&#176; si&#232;cle, compre&#173;nait sous le nom de &#034;soci&#233;t&#233; civile&#034;. (Contribution &#224; la Critique de l'Economie Politi&#173;que, par Karl Marx, traduction fran&#231;aise par Laura Lafargue, p. 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous le voyez, c'est le m&#234;me r&#233;sultat au&#173;quel nous avons vu aboutir les historiens, les socio&#173;logues et les critiques fran&#231;ais, de m&#234;me que les philosophes id&#233;alistes allemands. Mais Marx va plus loin. Il demande quelles sont les causes d&#233;terminan&#173;tes de la soci&#233;t&#233; civile, et il r&#233;pond que c'est dans l'&#233;conomie politique qu'il faut chercher l'anatomie de la soci&#233;t&#233; civile. Ainsi c'est l'&#233;tat &#233;conomique d'un peuple qui d&#233;termine son &#233;tat social, et l'&#233;tat social d'un peuple d&#233;termine &#224; son tour son &#233;tat po&#173;litique, religieux et ainsi de suite. Mais, demanderez-vous, l'&#233;tat &#233;conomique n'est pas sans cause non plus ? Sans doute, comme toutes choses ici-bas, il a sa cause &#232; lui, et cette cause, cause fondamentale de toute l'&#233;volution sociale et partant de tout mouve&#173;ment historique, c'est la lutte que l'homme m&#232;ne avec la nature pour son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux vous lire ce que Marx dit l&#224;-dessus : &#034;Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;ces&#173;saires, ind&#233;pendants de leur volont&#233; ; ces rapports de production correspondent &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppe&#173;ment donn&#233; de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base r&#233;elle, sur quoi s'&#233;l&#232;ve superstructure juridique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociale d&#233;termin&#233;es. Le mode de produc&#173;tion de la vie mat&#233;rielle conditionne le proc&#232;s de vie social, politique et intellectuel en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des homme qui d&#233;termine la r&#233;alit&#233; c'est au contraire la r&#233;alit&#233; sociale qui d&#233;termine leur conscience. A un certain stade de leur d&#233;veloppement les forces productives de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de produc&#173;tion existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propri&#233;t&#233; &#224; l'int&#233;&#173;rieur desquels elles s'&#233;taient mues jusqu'alors. De formes &#233;volutives des forces productives qu'ils &#233;taient, ces rapports deviennent des entraves de ces forces. Alors s'ouvre une &#232;re de r&#233;volution sociale. Le changement qui s'est produit dans la base &#233;conomi&#173;que bouleverse plus ou moins lentement ou rapidement toute la colossale superstructure. Lorsqu'on consi&#173;d&#232;re de tels bouleversements, il importe de distinguer toujours entre le bouleversement mat&#233;riel des condi&#173;tions de production &#233;conomique - qu'on doit constater fid&#232;lement &#224; l'aide des sciences physiques et natu&#173;relles - et les formes juridiques, politiques, reli&#173;gieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes de&#173;viennent conscients de ce conflit et le m&#232;nent &#224; bout. De m&#234;me qu'on ne juge pas un individu sur l'i&#173;d&#233;e qu'il se fait de lui, de m&#234;me on ne peut juger une telle &#233;poque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette cons&#173;cience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit qui existe entre les forces producti&#173;ves sociales et les rapports de production. Une so&#173;ci&#233;t&#233; ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velop&#173;p&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, et jamais de nouveaux et sup&#233;&#173;rieurs rapports de production ne se substituent &#224; elle avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports aient &#233;t&#233; couv&#233;es dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que les probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;sou&#173;dre, car, &#224; regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne se pr&#233;sente que lorsque les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent ou du moins sont en voie de devenir .&#034; (Ibid ., pages 4, 5, 6, 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comprends bien que ce langage, tout net et pr&#233;cis qu'il soit, peut para&#238;tre assez obscur. Aussi je me h&#226;te de commenter la pens&#233;e fondamentale de la conception mat&#233;rielle de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e fondamentale de Marx se r&#233;duit &#224; ceci : les rapports de production d&#233;terminent tous les au&#173;tres rapports qui existent entre les hommes dans leur vie sociale. Les rapports de production sont &#224; leur tour d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce d'abord que les forces producti&#173;ves ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les animaux, l'homme est forc&#233; de lutter pour son existence. Chaque lutte supposa une certaine d&#233;pense de forces. L'&#233;tat des forces d&#233;ter&#173;mine le r&#233;sultat de la lutte. Chez les animaux, ces forces d&#233;pendent de la structure m&#234;me de l'organisme : les forces d'un cheval sauvage sont bien diff&#233;rentes de celles d'un lion, et la cause de cette diff&#233;rence est dans la diff&#233;rence de l'organisation. L'organisation physique de l'homme a naturellement aussi, une influence d&#233;cisive sur sa mani&#232;re de lutter pour l'existence et sur les r&#233;sultats de cette lutte. Ainsi, par exemple, l'homme est pourvu de la main. Il est vrai que ses voisins, les quadrumanes (les singes), ont aussi des mains, mais les mains des quadrumanes sont moins parfaitement adapt&#233;es &#224; divers travaux. La main est le premier instrument dont s'est servi l'homme dans sa lutte pour l'existence, ainsi que nous le montre Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main, avec le bras, est le premier instrument le premier outil dont se sert l'homme. Les muscles du bras servent de ressort qui frappe ou qui jette. Mais peu &#224; peu la machine s'ext&#233;riorise. La pierre avait d'abord servi par son poids, par sa masse. Dans la suite, cette masse est fix&#233;e &#224; un manche, et nous avons la hache, le marteau. La main, est le premier instrument de l'homme, lui sert ainsi &#224; en produire d'autres, &#224; fa&#231;onner la mati&#232;re pour lutter contre la nature, c'est &#224; dire contre le reste de la mati&#232;re ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus se perfectionne cette mati&#232;re asservie, plus se d&#233;veloppe l'usage des outils, des instruments et, plus augmente aussi la force de l'homme vis-&#224;-vis de la nature, plus augmente son pouvoir sur la natu&#173;re. On a d&#233;fini l'homme : un animal qui fait des ou&#173;tils. Cette d&#233;finition est plus profonde qu'on ne le pense d'abord. En effet, d&#232;s que l'homme a acquis la facult&#233; d'asservir et de fa&#231;onner une partie de la mati&#232;re pour lutter contre le reste de la mati&#232;&#173;re, la s&#233;lection naturelle et les autres causes analogues ont d&#251; exercer une influence bien secondaire sur les modifications corporelles de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont plus ses organes qui changent, ce sont ses outils et les choses qu'il adapte &#224; son usage avec l'aide de ses outils : ce n'est pas sa peau qui change avec le changement de climat, c'est son v&#234;tement. La transformation corporelle de l'hom&#173;me cesse (ou devient insignifiante) pour c&#233;der la place &#224; son &#233;volution technique ; et l'&#233;volution technique c'est l'&#233;volution des forces productives et l'&#233;volution des forces productives a une influence d&#233;cisive sur le groupement des hommes, sur l'&#233;tat de leur culture. La science, de nos jours, distingue plusieurs types sociaux : 1) Type chasseur ; 2) Type pasteur ; 3) Type agriculteur s&#233;dentaire ; 4) Type industriel et commercial. Chacun de ces types est caract&#233;ris&#233; par certains rapports entre les hommes, rapports qui ne d&#233;pendent pas de leur volont&#233; et qui sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, prenons pour exemple les rapports de la propri&#233;t&#233;. Le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; d&#233;pend du mode de production, car la r&#233;partition et la consommation des richesses sont &#233;troitement li&#233;es &#224; la fa&#231;on de se les procurer. Chez les peuples chasseurs primi&#173;tifs, on est oblig&#233; souvent de se mettre &#224; plusieurs pour attraper le gros gibier ; ainsi, les Austra&#173;liens chassent le Kangourou par bandes de plusieurs dizaines d'individus ; les Esquimaux r&#233;unissent tou&#173;te une flottille de canots pour la p&#234;che &#224; la baleine. Les Kangourous captur&#233;s, les baleines ramen&#233;es au rivage sont consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; commune ; chacun en mange selon son app&#233;tit. Le territoire de chaque tribu, chez les Australiens aussi bien que chez tous les peuples chasseurs, est consid&#233;r&#233; comme propri&#233;t&#233; collective ; chacun y chasse &#224; sa guise, avec la seule obligation de ne pas empi&#233;ter sur le terrain des tribus voisines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au milieu de cette propri&#233;t&#233; commune, cer&#173;tains objets servant uniquement &#224; l'individu : ses v&#234;tements, ses armes, sont consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; individuelle, tandis que la tente et son mobilier sont &#224; la famille. De m&#234;me, le canot qui sert &#224; des groupes compos&#233;s de cinq &#224; six hommes, est &#224; ces per&#173;sonnes en commun. Ce qui d&#233;cide de la propri&#233;t&#233; c'est le mode de travail, le mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai taill&#233; une hache de silex de mes mains, elle est &#224; moi ; avec ma femme et mes enfants, nous avons b&#226;ti la hutte, elle est &#224; ma famille ; J'ai chass&#233; avec les gens de ma tribu, les b&#234;tes abattues sont &#224; nous en commun. Les animaux que j'ai tu&#233;s tout seul sur le territoire de la tribu sont &#224; moi, et si par hasard l'animal bless&#233; par moi est achev&#233; par un autre, il est &#224; nous deux et la peau est &#224; celui qui a donn&#233; le coup de gr&#226;ce. A cette fin, chaque fl&#232;che porte la marque du propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose vraiment remarquable : chez les Peaux-Rou&#173;ges de l'Am&#233;rique du Nord, avant l'introduction des armes &#224; feu, la chasse au bison &#233;tait jadis r&#233;glemen&#173;t&#233;e tr&#232;s rigoureusement : si plusieurs fl&#232;ches avaient p&#233;n&#233;tr&#233; dans le corps du bison, leur position r&#233;ci&#173;proque d&#233;cidait &#224; qui appartenait telle ou telle partie de l'animal abattu ; ainsi la peau &#233;tait &#224; celui dont la fl&#232;che avait p&#233;n&#233;tr&#233; le plus pr&#232;s du c&#339;ur. Mais depuis l'introduction des armes &#224; feu, comme les balles ne portent pas de marques distinctives, la r&#233;partition des bisons abattus se fait par partage &#233;gal ; ils sont donc consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; commune. Cet exemple montre avec &#233;vidence le lien &#233;troit qui existe entre la production et le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les rapports des hommes entre eux dans la production d&#233;cident des rapports de la propri&#233;t&#233;, de l'&#233;tat de la propri&#233;t&#233;, comme disait Guizot. Mais une fois que l'&#233;tat de la propri&#233;t&#233; est donn&#233;, il est facile de comprendre la constitution de la soci&#233;t&#233;, elle se moule sur celle de la propri&#233;t&#233;. C'est ainsi que la th&#233;orie de Marx r&#233;sout le probl&#232;me que ne pouvaient pas r&#233;soudre les historiens et les philosophes de la premi&#232;re moiti&#233; du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Crises du marxisme ?</title>
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		<dc:date>2025-02-23T23:32:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Crise Crisis</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Georgi Plekhanov &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la pr&#233;tendue crise du marxisme &lt;br class='autobr' /&gt;
(1898) &lt;br class='autobr' /&gt;
De Georgi Plekhanov, Selected Philosophical Works, Vol.II, Moscou 1976, pp.316-325. &lt;br class='autobr' /&gt;
Citoyens : les socialistes d'aujourd'hui poss&#232;dent le don rare de susciter, de temps &#224; autre, des sentiments de joie et d'espoir chez cette m&#234;me bourgeoisie qui les consid&#232;re d'ordinaire &#8211; &#224; juste titre &#8211; comme leurs ennemis mortels. Quelle est l'origine de cet &#233;trange ph&#233;nom&#232;ne ? Elle jaillit des scissions imaginaires du camp socialiste. De (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Crise Crisis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Georgi Plekhanov
&lt;p&gt;Sur la pr&#233;tendue crise du marxisme&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(1898)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Georgi Plekhanov, Selected Philosophical Works, Vol.II, Moscou 1976, pp.316-325.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citoyens : les socialistes d'aujourd'hui poss&#232;dent le don rare de susciter, de temps &#224; autre, des sentiments de joie et d'espoir chez cette m&#234;me bourgeoisie qui les consid&#232;re d'ordinaire &#8211; &#224; juste titre &#8211; comme leurs ennemis mortels. Quelle est l'origine de cet &#233;trange ph&#233;nom&#232;ne ? Elle jaillit des scissions imaginaires du camp socialiste. De la m&#234;me mani&#232;re, la bourgeoisie allemande se r&#233;jouissait il y a sept ou huit ans des dissensions entre les soi-disant jeunes [1*] et les vieux social-d&#233;mocrates, voyant dans les premiers un antidote aux seconds ; ils esp&#233;raient qu'avec l'aide d'en haut et de la police, les &#171; jeunes &#187; social-d&#233;mocrates neutraliseraient les &#171; vieux &#187;, permettant ainsi &#224; la bourgeoisie de ma&#238;triser le champ de bataille et de r&#233;duire &#224; la fois les &#171; vieux &#187; et les &#171; jeunes &#187;. faire taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie se r&#233;jouit d&#233;sormais de la pol&#233;mique suscit&#233;e par plusieurs articles d'Eduard Bernstein dans N [ eue ] Z [ eit ] [2*] , et de Conrad Schmidt dans Vorwarts ! . [3*] Les th&#233;oriciens de la bourgeoisie ont lou&#233; ces deux auteurs comme des hommes raisonnables et courageux qui ont compris la fausset&#233; de la th&#233;orie socialiste et n'ont pas eu peur de la rejeter. Ainsi, le professeur Julius Wolf, un antisocialiste assez connu, a tent&#233; de rejeter la th&#233;orie de Karl Marx, dans une s&#233;rie d'articles publi&#233;s cette ann&#233;e dans Zeitschrift fur Socialwissenschaft sous le titre d' Illusionisten und Realisten in der National&#246;konomie, y faisant usage d'arguments emprunt&#233;s &#224; Bernstein et Conrad Schmidt. Le professeur Masaryk, lui aussi, dans un discours &#224; l'Universit&#233; de Prague, a parl&#233; de la crise de l'&#233;cole marxiste et a oppos&#233; certaines vues &#233;thiques exprim&#233;es par Conrad Schmidt &#224; ce qu'il consid&#232;re comme immoral dans les &#233;crits de Frederick Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs voient en Bernstein et Conrad Schmidt de nouveaux alli&#233;s et leur sont reconnaissants de cette alliance inattendue. C'est tout &#224; fait naturel. Cependant, je ne pense pas que leur joie pour les articles de Bernstein et Schmidt puisse, ou puisse&#234;tre, de longue dur&#233;e. Au contraire, je pense qu'elle sera de la m&#234;me courte dur&#233;e que la joie suscit&#233;e par la discorde entre les &#171; jeunes &#187; et les &#171; vieux &#187; social-d&#233;mocrates. De m&#234;me que l'expulsion de plusieurs jeunes indisciplin&#233;s et incapables d'ob&#233;ir &#224; la discipline fut la seule cons&#233;quence significative de cette dissension, de m&#234;me la pol&#233;mique soulev&#233;e par les articles de Bernstein et de Conrad Schmidt aboutira tout au plus &#224; ce que ces deux messieurs rejoignent finalement les rangs de la bourgeoisie d&#233;mocrates. Ce sera une perte pour le parti ouvrier allemand, mais la th&#233;orie socialiste restera ce qu'elle est : une forteresse imprenable contre laquelle se ruent en vain toutes les forces hostiles. Par cons&#233;quent, la joie &#233;prouv&#233;e par les th&#233;oriciens de la bourgeoisie est trop pr&#233;matur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, qu'ont r&#233;ellement dit Bernstein et Schmidt ? Ont-ils avanc&#233; des arguments v&#233;ritablement nouveaux contre la th&#233;orie de Karl Marx ? C'est quelque chose que nous allons voir maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a si bien dit Victor Adler, le c&#233;l&#232;bre socialiste autrichien, le socialisme de Marx n'est pas seulement une th&#233;orie &#233;conomique, c'est une th&#233;orie mondiale ; le mouvement prol&#233;tarien r&#233;volutionnaire n'est qu'un secteur de la r&#233;volution de la pens&#233;e qui marque notre si&#232;cle. Il a sa propre philosophie, ainsi que sa propre compr&#233;hension de l'histoire et sa propre &#233;conomie politique. Dans ce qu'ils appellent leur critique, Bernstein et Schmidt ont attaqu&#233; le socialisme actuel dans son ensemble. Nous les suivrons &#224; travers tous les arguments qu'ils ont avanc&#233;s et, bien entendu, nous commencerons par le d&#233;but, c'est-&#224;-dire par la philosophie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez tous sans doute que le fondateur du socialisme moderne &#233;tait un fervent partisan du mat&#233;rialisme . Le mat&#233;rialisme &#233;tait le fondement de toute sa doctrine. Bernstein et Schmidt remettent en question le mat&#233;rialisme, car ils y voient une th&#233;orie erron&#233;e. Dans un article r&#233;cemment publi&#233; dans N [ eue ] Z [ eit ] [4*] , Bernstein appelait les socialistes &#224; revenir &#224; Kant bis zu einem gewissen Grad. [1] Il pense d'ailleurs que les socialistes d'aujourd'hui ont d&#233;j&#224; abandonn&#233; la pure ou l'absolue(l'expression est son) mat&#233;rialisme. Malheureusement, il ne nous explique pas ce qu'il veut dire ; par le mat&#233;rialisme pur ou absolu, mais il cite les paroles d'un mat&#233;rialiste actuel, un certain Strecker qui, selon Bernstein, a dit tout &#224; fait dans l'esprit de Kant : Wir glauben an das Atom , ce qui signifie : &#171; nous croyons simplement en l'atome &#187;. On peut donc supposer que les mat&#233;rialistes purs ou absolus ont parl&#233; de l' atome avec moins de circonspection : ils ont pr&#233;tendu l'avoir vu, senti ou senti. Cette hypoth&#232;se, cependant, est tout &#224; fait infond&#233;e. Plusieurs br&#232;ves citations vous le feront comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mat&#233;rialistes du XVIIIe si&#232;cle &#233;taient de la vari&#233;t&#233; &#171; pure &#187;. Commen&#231;ons par La Mettrie, cet enfant perdu de la philosophie mat&#233;rialiste, un homme dont l'audace effrayait m&#234;me les plus audacieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La nature du mouvement, dit-il ( L'homme-machine ), &#171; nous est tout aussi inconnue que la nature de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'essence de l'Ame chez l'homme et les animaux &#187;, dit-il dans son Trait&#233; de l'&#226;me , &#171; est et sera toujours aussi inconnue que l'essence de la mati&#232;re et des corps &#187;, et plus loin : &#171; Bien que nous n'ayons aucune id&#233;e de la essence de la mati&#232;re, nous ne pouvons nier la reconnaissance des propri&#233;t&#233;s que nos sens y d&#233;couvrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, La Mettrie avoue franchement qu'il ne conna&#238;t pas l'essence de la mati&#232;re et qu'il ne conna&#238;t que certaines de ses propri&#233;t&#233;s d&#233;couvertes par les sens. C'est comme si La Mettrie croyait simplement &#224; l'atome. Pourtant il &#233;tait &#171; pur &#187; et &#171; absolu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant &#224; un autre repr&#233;sentant du mat&#233;rialisme pur et absolu du XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous reconnaissons, dit Holbach dans son Syst&#232;me de la Nature , que l'essence de la mati&#232;re ne peut &#234;tre comprise ou, du moins, que nous ne la comprenons que mal, dans la mesure o&#249; elle nous affecte... Nous ne connaissons la mati&#232;re que par les perceptions, les sensations et les id&#233;es qu'il nous donne ; ce n'est que par eux que nous pouvons en juger, bien ou mal, selon l'arrangement sp&#233;cifique de nos organes &#187; et plus loin : &#171; Nous ne savons rien de l'essence ou de la vraie nature de la mati&#232;re quoique nous puissions reconna&#238;tre certaines de leurs propri&#233;t&#233;s. propri&#233;t&#233;s ou qualit&#233;s par les effets qu'elles ont sur nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela aussi semble tout &#224; fait dans l'esprit de Kant, n'est-ce pas ? Seulement il a &#233;t&#233; &#233;crit avant la parution de sa Critique de la raison pure .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il d'Helv&#233;tius, qui a souvent &#233;t&#233; reconnu comme le repr&#233;sentant le plus absolu du mat&#233;rialisme du XVIIIe si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh, celui-ci &#233;tait des plus circonspects ! Dans son livre De l'Esprit , il dit, &#224; propos des controverses sur le rapport de l'&#226;me au corps, qu'il ne faut pas abuser des mots , que tout ce qui est possible doit &#234;tre tir&#233; de l'observation, et qu'&#171; on ne doit avancer qu'avec elle &#187;. , s'arr&#234;tant au moment o&#249; elle nous abandonne et ayant le courage de ne pas savoir ce qu'on ne peut pas encore savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai que, pour Helv&#233;tius, ce qu'on appelle en philosophie la r&#233;alit&#233; du monde sensuel, n'&#233;tait que probabilit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de tout cela, le mot de Strecker Wir glauben an das Atom , que Bernstein a cit&#233; comme un signe des grands changements qui ont eu lieu ces derniers temps dans la th&#233;orie mat&#233;rialiste, produit une impression vraiment comique. Bernstein voit dans ces mots une confession r&#233;cemment chass&#233;e du mat&#233;rialisme sous l'influence de la philosophie de Kant. Il pense que les mat&#233;rialistes purs ou absolus n'ont jamais rien dit de tel, et ne s'en sont m&#234;me pas dout&#233;s. Vous voyez que c'est absolument faux. Et quand Bernstein nous dit : &#171; Revenons &#224; Kant &#171; bis zu einem gewissen Grad &#187;, nous r&#233;pondons : &#171; Camarade Bernstein, reviens bis zu einem gewissen Grad &#187;.&#224; votre classe ; faites une &#233;tude de la th&#233;orie que vous voulez critiquer, et ensuite nous en discuterons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre me demanderez-vous ce qu'on entend par mat&#233;rialisme du XVIIIe si&#232;cle ? Que veut dire le mat&#233;rialisme de Karl Marx ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ennemis du mat&#233;rialisme r&#233;pondront pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allez &#224; la Biblioth&#232;que nationale de Gen&#232;ve, consultez le tome 28 de la Biographie universelle ancienne et moderne et cherchez l'article sur La Mettrie. L'auteur de cet article dit qu'&#224; c&#244;t&#233; d'autres livres, La Mettrie a &#233;crit L'homme-machine , ouvrage ignoble o&#249; la pernicieuse th&#233;orie mat&#233;rialiste est expos&#233;e sans la moindre retenue. Mais de quel genre de th&#233;orie pernicieuse s'agit-il ? &#201;coute attentivement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En constatant, au cours de sa maladie, que ses facult&#233;s spirituelles s'&#233;taient alt&#233;r&#233;es suite &#224; l'affaiblissement de ses organes corporels, il en tira la conclusion que la pens&#233;e n'est qu'un produit de l'organisation physique, et il eut l'audace de rendre publiques ses suppositions. sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la pens&#233;e n'est-elle qu'un produit de l'organisation : tel est le vrai sens de la th&#233;orie de La Mettrie et des autres mat&#233;rialistes. Cela peut sembler audacieux, mais est-ce faux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons ce que le professeur Huxley, l'un des repr&#233;sentants les plus &#233;minents et les plus connus de la biologie actuelle, a &#224; dire &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Certes, personne qui conna&#238;t les faits de l'affaire, de nos jours, ne doute que les racines de la psychologie r&#233;sident dans la physiologie du syst&#232;me nerveux. Ce que nous appelons les op&#233;rations de l'esprit sont des fonctions du cerveau, et les mat&#233;riaux de la conscience sont des produits de l'activit&#233; c&#233;r&#233;brale. Cabanis a peut-&#234;tre utilis&#233; une phras&#233;ologie grossi&#232;re et trompeuse lorsqu'il a dit que le cerveau s&#233;cr&#232;te la pens&#233;e comme le foie s&#233;cr&#232;te la bile ; mais la conception qu'incarne cette expression dont on abuse beaucoup est, n&#233;anmoins, beaucoup plus coh&#233;rente avec les faits que la notion populaire selon laquelle l'esprit est une entit&#233; m&#233;taphysique assise dans la t&#234;te, mais aussi ind&#233;pendante du cerveau qu'un t&#233;l&#233;graphiste l'est de son instrument. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Mettrie descend de Descartes ; non pas de la m&#233;taphysique de ce dernier , qui &#233;tait assez id&#233;aliste, mais de sa physiologie. Voici ce que dit le m&#234;me Huxley sur la physiologie de Descartes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En v&#233;rit&#233;, la physiologie de Descartes, comme la physiologie moderne dont elle anticipe l'esprit, conduit tout droit au mat&#233;rialisme, dans la mesure o&#249; ce titre s'applique &#224; juste titre &#224; la doctrine selon laquelle nous n'avons connaissance d'aucune substance pensante, en dehors de la substance &#233;tendue ; et que la pens&#233;e est autant une fonction de la mati&#232;re que le mouvement. ( Les sciences naturelles et l'&#233;ducation , Paris 1891, article sur le Discours de la m&#233;thode , de Descartes, pp.25-26). [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai, citoyens, que le mat&#233;rialisme, tel qu'il s'est d&#233;velopp&#233; au XVIIIe si&#232;cle et accept&#233; par les fondateurs du socialisme scientifique, est une th&#233;orie qui nous annonce que &#171; nous n'avons connaissance d'aucune substance pensante, en dehors de la substance &#233;tendue ; et cette pens&#233;e est autant une fonction de la mati&#232;re que le mouvement &#187;. Mais ceci est une n&#233;gation du dualisme philosophique, et nous renvoie directement au vieux Spinoza, avec sa substance unique, dont l'&#233;tendue et la pens&#233;e ne sont que des attributs. En effet, le mat&#233;rialisme actuel est un spinozisme qui a pris plus ou moins conscience de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis &#171; plus ou moins conscient de lui-m&#234;me &#187; car certains mat&#233;rialistes ont &#233;t&#233; peu conscients de leur parent&#233; avec Spinoza. La Mettrie &#233;tait l'un d'entre eux, mais m&#234;me de son vivant il y avait des mat&#233;rialistes qui savaient bien qu'ils descendaient de Spinoza. Diderot en est un exemple, qui a dit ce qui suit dans un court article intitul&#233; Spinosisme , publi&#233; dans le tome 15 de l'Encyclop&#233;die . [5*]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que dit Spinoza dans le th&#233;or&#232;me XIII de la deuxi&#232;me partie de son &#201;thique : &#171; Omnia individua quamvis gradibus diversis animata sunt &#187;. [3] C'est ce qu'a dit Diderot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuerbach ( Spiritualismus et Materialismus ) et Engels &#233;taient aussi des spinozistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle est la diff&#233;rence entre un mat&#233;rialisme ainsi interpr&#233;t&#233; et le kantisme ? La diff&#233;rence est &#233;norme. Tout r&#233;side dans ce qui renvoie &#224; l'inconnaissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Kant, les choses en elles-m&#234;mes ne sont pas ce que nous les percevons, et les relations entre elles en r&#233;alit&#233; ne sont pas ce qu'elles nous semblent ; si nous nous abstenons de l'organisation subjective de nos sens, toutes les propri&#233;t&#233;s et toutes les corr&#233;lations des objets dans l'espace et le temps, et l'espace et le temps eux-m&#234;mes, s'&#233;vanouissent , parce que tout cela n'existe que comme ph&#233;nom&#232;ne , c'est-&#224;-dire seulement en nous. La nature des choses, consid&#233;r&#233;es en elles-m&#234;mes et ind&#233;pendamment de notre propre facult&#233; de perception, nous est totalement inconnue. De telles choses, nous ne connaissons que la mani&#232;re dont nous les percevons : par cons&#233;quent, les choses appartiennent au domaine de l' inconnaissable . En cela, les mat&#233;rialistes sont loin d'&#234;tre d'accord avec Kant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Kant, ce que nous savons des choses n'est que la fa&#231;on dont nous les percevons. Mais si notre perception des choses a lieu, c'est, toujours selon Kant, que les choses nous affectent. Les ph&#233;nom&#232;nes sont les produits de l'effet sur nous des choses en soi, les noum&#232;nes . Cependant, l'exercice d'un affect signifie d&#233;j&#224; &#234;tre dans une relation. Celui qui dit que les objets (ou choses) nous affectent en eux-m&#234;mes, c'est dire qu'il conna&#238;t quelques-unes des relations de ces objets, sinon entre eux, du moins entre eux, d'une part, et nous, d'autre part. Mais si nous connaissons les relations qui existent entre nous et les choses-en-soi, nous savons aussi - par l'interm&#233;diaire de notre facult&#233; de perception&#8211; les relations existant entre les objets eux-m&#234;mes. Ce n'est pas une connaissance directe, mais c'est une connaissance ; une fois qu'on la poss&#232;de, on n'a plus le droit, de parler de l'impossibilit&#233; de conna&#238;tre les choses-en-soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connaissance signifie pr&#233;vision. Si nous sommes capables de pr&#233;voir un ph&#233;nom&#232;ne, nous pr&#233;voyons comment certaines choses en elles-m&#234;mes vont nous affecter. Toutes nos industries et toute notre vie pratique sont bas&#233;es sur cette pr&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, la proposition de Kant ne peut &#234;tre soutenue. Tout ce qui y &#233;tait correct avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; exprim&#233; par les mat&#233;rialistes fran&#231;ais avant Kant : l'essence de la mati&#232;re nous est incompr&#233;hensible ; nous ne le comprenons que dans la mesure o&#249; il nous affecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'Engels a dit dans son livre Ludwig Feuerbach , et ce que Bernstein et Conrad Schmidt n'ont pas compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette distinction entre mat&#233;rialisme et kantisme peut vous sembler anodine, pourtant elle est tr&#232;s importante, non seulement du point de vue th&#233;orique mais aussi &#8211; et peut-&#234;tre surtout &#8211; du point de vue pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; inconnaissable &#187; de Kant laisse la porte grande ouverte au mysticisme . Dans mon livre allemand Beitr&#228;ge zur Geschichte des Materialismus , j'ai montr&#233; que cet &#171; inconnaissable &#187; n'est rien d'autre que Dieu, un Dieu scolastique. La mati&#232;re , au contraire, dont nous acqu&#233;rons une connaissance dans la mesure o&#249; elle nous affecte, exclut totalement toute interpr&#233;tation th&#233;ologique . C'est un concept r&#233;volutionnaire, c'est pourquoi il n'est pas du go&#251;t de la bourgeoisie, qui pr&#233;f&#232;re &#8211; et de loin &#8211; l'agnosticisme de Kant et nos kantiens actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Bernstein nous rappelle Kant, et quand il critique le mat&#233;rialisme actuel avec les mots &#171; Wir glauben [an das Atom] &#187;, il ne prouve par l&#224; que sa propre ignorance. Par cons&#233;quent, cette pr&#233;tendue crise ne pr&#233;sente aucun danger du point de vue philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant &#224; la compr&#233;hension mat&#233;rialiste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'entend-on par cette compr&#233;hension ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; compr&#233;hension &#187; a souvent &#233;t&#233; tr&#232;s mal comprise et, si cela est possible, encore plus mal interpr&#233;t&#233;e. Dans sa fausse interpr&#233;tation, il est vilement diffamatoire de la race humaine ; mais o&#249; est cette th&#233;orie qui, mal comprise et mal interpr&#233;t&#233;e, ne para&#238;tra pas vile et absurde ? En r&#233;alit&#233;, la compr&#233;hension mat&#233;rialiste de l'histoire est la seule th&#233;orie qui nous permette de comprendre l'histoire humaine comme un processus gouvern&#233; par des lois. En d'autres termes, c'est la seule explication scientifique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous donner une id&#233;e exacte de la compr&#233;hension marxiste de l'histoire, je demanderai d'abord : qu'entend-on par compr&#233;hension id&#233;aliste ? Je commencerai par citer un auteur fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle, aujourd'hui compl&#232;tement oubli&#233;, mais qui a &#233;crit un livre curieux. Il &#233;tait Cellier Dufayel et le livre s'intitulait : Origine commune de la litt&#233;rature et de la l&#233;gislation chez tons les peuples (Paris 1786).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De m&#234;me que la litt&#233;rature est l'expression de la pens&#233;e du litt&#233;rateur, dit-il, le droit est, &#224; son tour, l'expression de la pens&#233;e du l&#233;gislateur, en prenant ce mot au sens le plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a donc une source commune &#224; la fois pour la litt&#233;rature et pour la l&#233;gislation... et cette source est la pens&#233;e, dont l'origine est dans la nature de l'homme, qu'il faut &#233;tudier avant tout, si l'on veut proc&#233;der avec m&#233;thode et avancer avec quelque certitude vers le but que l'on s'est fix&#233;. (p.7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici une compr&#233;hension de l'histoire tout &#224; fait id&#233;aliste : la pens&#233;e humaine est la source du droit, c'est-&#224;-dire de toute organisation sociale et politique. Le d&#233;veloppement de cette organisation est d&#233;termin&#233; par la pens&#233;e humaine qui, &#224; son tour, trouve son origine dans la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interpr&#233;tation id&#233;aliste de l'histoire est, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, propre &#224; tous les philosophes du XVIIIe si&#232;cle, m&#234;me aux mat&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra ais&#233;ment le point faible, le talon d'Achille de cette compr&#233;hension de l'histoire. Je vais le d&#233;crire en quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on demandait &#224; un &#233;crivain du XVIIIe si&#232;cle, disons Cellier, comment se forment les id&#233;es de l'homme, il r&#233;pondrait qu'elles sont un produit du milieu social. Mais qu'est-ce qu'un environnement social ? C'est l'ensemble de ces rapports sociaux m&#234;mes qui, affirme Cellier Dufayel lui-m&#234;me, trouvent leur origine dans la pens&#233;e humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc devant nous l'antinomie suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'environnement social est un produit de la pens&#233;e ;&lt;br class='autobr' /&gt; La pens&#233;e est un produit de l'environnement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que nous ne pourrons sortir de cette contradiction, nous ne comprendrons rien ni &#224; l'histoire des id&#233;es ni &#224; l'histoire des formes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous prenez, par exemple, l'&#233;volution de la critique litt&#233;raire au XIXe si&#232;cle, vous verrez qu'elle a &#233;t&#233;, et demeure en partie, bien impuissante &#224; r&#233;soudre cette antinomie. Ainsi, Sainte-Beuve soutient que toute r&#233;volution sociale s'accompagne d'une r&#233;volution litt&#233;raire. Mais d'o&#249; viennent les r&#233;volutions sociales ? Elles sont caus&#233;es par le d&#233;veloppement de la pens&#233;e humaine ; puisque, dans les soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es, l'&#233;volution de la pens&#233;e se traduit par l'&#233;volution de la litt&#233;rature, on se heurte &#224; la m&#234;me antinomie : le d&#233;veloppement de la litt&#233;rature d&#233;pend du d&#233;veloppement social, tandis que le d&#233;veloppement social est conditionn&#233; par le d&#233;veloppement de la litt&#233;rature. La philosophie de l'art d'Hippolyte Taine souffre du m&#234;me d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons maintenant voir comment la compr&#233;hension de Marx de l'histoire r&#233;sout avec succ&#232;s cette antinomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compr&#233;hension mat&#233;rialiste de l'histoire de Marx est l'oppos&#233; direct de la compr&#233;hension du XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une comparaison de sa propre m&#233;thode avec celle de Hegel, Marx dit dans la postface de la seconde &#233;dition allemande du Capital :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour Hegel, le processus vital du cerveau humain, c'est-&#224;-dire le processus de la pens&#233;e, qu'il transforme m&#234;me sous le nom d'&#171; Id&#233;e &#187;, en un sujet ind&#233;pendant, est le d&#233;miurgos du monde r&#233;el, et le v&#233;ritable monde n'est que la forme ext&#233;rieure, ph&#233;nom&#233;nale, de &#171; l'Id&#233;e &#187;. Chez moi, au contraire, l'id&#233;al n'est rien d'autre que le monde mat&#233;riel refl&#233;t&#233; par l'esprit humain, et traduit en formes de pens&#233;e. &#8221; [6*]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une compr&#233;hension mat&#233;rialiste de l'histoire de la pens&#233;e humaine. Engels a exprim&#233; la m&#234;me chose sous une forme plus populaire lorsqu'il a dit que ce n'est pas la conscience qui d&#233;termine l'&#234;tre, mais l'&#234;tre qui d&#233;termine la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut cependant se demander : de quoi d&#233;rive un mode de vie s'il n'est pas d&#233;termin&#233; par le mode de pens&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de vie de l'homme social est d&#233;termin&#233; par ses moyens de subsistance, qui d&#233;pendent &#224; leur tour de l'&#233;tat des forces productives dont dispose l'homme social, c'est-&#224;-dire la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces productives dont dispose une tribu de sauvages d&#233;terminent le mode de vie de cette tribu ; les forces productives dont disposaient les Europ&#233;ens au Moyen Age d&#233;terminaient la structure de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale ; les forces productives de notre temps d&#233;terminent la structure de la soci&#233;t&#233; actuelle, soci&#233;t&#233; capitaliste, soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous n'&#234;tes sans doute pas sans savoir que les types d'armement d&#233;terminent l'organisation d'une arm&#233;e, les plans de campagnes, la disposition des unit&#233;s, les ordres donn&#233;s, etc. Tout cela cr&#233;e la distinction profonde entre le syst&#232;me militaire des anciens et celui de nos jours. Exactement de la m&#234;me mani&#232;re, l'&#233;tat des forces productives, les moyens et les modes de production d&#233;terminent les rapports existant entre les producteurs, c'est-&#224;-dire aussi toute la structure sociale. Mais une fois que nous avons une structure sociale comme un fait, la mani&#232;re dont elle d&#233;termine l'&#233;tat des m&#339;urs et des id&#233;es des hommes sera facile &#224; comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple pour mieux faire comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actionnaires ont souvent accus&#233; les philosophes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle &#8211; les Encyclop&#233;distes &#8211; de leur propagande d'avoir jet&#233; les bases de la R&#233;volution fran&#231;aise. Cette propagande &#233;tait sans doute une condition sine qua non de la R&#233;volution. On peut cependant se demander : pourquoi une telle propagande n'a-t-elle commenc&#233; qu'au XVIIIe si&#232;cle ? Pourquoi n'a-t-elle pas &#233;t&#233; men&#233;e &#224; l'&#233;poque de Louis XIV ? O&#249; est la r&#233;ponse &#224; chercher ? Dans les propri&#233;t&#233;s g&#233;n&#233;rales de la nature humaine ? Non, car elles &#233;taient les m&#234;mes au temps de Bossuet et &#224; celui de Voltaire. Mais si les Fran&#231;ais du temps de Bossuet n'avaient pas les m&#234;mes vues que les Fran&#231;ais du temps de Voltaire, c'est &#224; cause du changement de la structure sociale de la France. Mais qu'est-ce qui a provoqu&#233; ce changement ? C'est le d&#233;veloppement &#233;conomique de la France qui l'a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prendrai un autre exemple, emprunt&#233; cette fois &#224; l'histoire de l'art fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Veuillez regarder ces deux gravures d'apr&#232;s Boucher, et ces deux photographies de deux tableaux c&#233;l&#232;bres peints par Louis David. Ils sont repr&#233;sentatifs de deux &#233;tapes compl&#232;tement diff&#233;rentes de l'histoire de la peinture fran&#231;aise. Notez les traits distinctifs de l'art de Boucher, comparez-les avec les traits distinctifs de l'art de David, et dites-moi si la diff&#233;rence qui existe entre ces deux peintres s'explique par les propri&#233;t&#233;s g&#233;n&#233;rales de la nature humaine. Pour ma part, je n'en vois aucune possibilit&#233;. Je ne comprends pas non plus comment ces propri&#233;t&#233;s de la nature humaine pourraient m'expliquer le passage des tableaux de Boucher &#224; ceux de David. Pour terminer, Je ne comprends pas laquelle des propri&#233;t&#233;s de la nature humaine a d&#251; conduire au passage des tableaux de Fran&#231;ois Boucher &#224; ceux de Louis David qui s'est produit &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, et &#224; aucun autre moment. La nature humaine ne peut rien expliquer ici. Voyons ce que montrera la compr&#233;hension mat&#233;rialiste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, ce n'est pas la psychologie mais l'&#233;conomie politique qui doit rendre compte de l'&#233;volution des formes sociales et de la pens&#233;e humaine ; ce n'est pas la conscience qui d&#233;termine l'&#234;tre, mais l'&#234;tre qui d&#233;termine la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette compr&#233;hension de l'histoire, qui a &#233;t&#233; si souvent attaqu&#233;e par les th&#233;oriciens bourgeois, a &#233;galement &#233;t&#233; critiqu&#233;e par Conrad Schmidt, et recevra sans doute le m&#234;me traitement de la part de Bernstein dans la s&#233;rie d'articles qu'il publie actuellement dans N[eue] Z[eit] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, ces messieurs n'attaquent pas &#224; d&#233;couvert. Au contraire, ils se pr&#233;sentent comme des partisans de cette conception de l'histoire ; seulement ils l'interpr&#232;tent d'une mani&#232;re qui nous donne l'impression de reculer, avec eux, de la compr&#233;hension mat&#233;rialiste de l'histoire et de revenir &#224; l'id&#233;alisme, ou plut&#244;t &#224; l'&#233;clectisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement ce que disait Conrad Schmidt dans la revue allemande Der sozlalistische Akademiker : l'&#233;conomie de la soci&#233;t&#233; n'est qu'une &#233;manation de la nature humaine ; ce dernier est l'unit&#233; synth&#233;tique supr&#234;me ( h&#246;here zusammenfassende Einheit), fondement sur lequel repose le jeu de tous les facteurs de d&#233;veloppement historique. Seulement, poursuit-il, cette unit&#233; supr&#234;me se r&#233;v&#232;le toujours sous des formes diverses. Pour comprendre la fausset&#233; de cette opinion, il suffit de se demander : quelles sont les forces gr&#226;ce auxquelles la nature de l'homme passe de certaines formes &#224; d'autres ? Quelles sont les forces qui rendent la nature du Yankee am&#233;ricain si profond&#233;ment diff&#233;rente de celle du Peau-Rouge ? Quelles qu'elles soient, ces forces ne r&#233;sident &#233;videmment pas dans la nature humaine. Par cons&#233;quent, celle-ci n'est pas l'unit&#233; synth&#233;tique supr&#234;me dont parle Conrad Schmidt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; yankee est totalement diff&#233;rente de l'organisation &#233;conomique des Redskins. Dire que celle-ci est une &#233;manation de la nature humaine, c'est ne rien dire, puisque la question &#224; laquelle il faut r&#233;pondre est : pourquoi une &#233;manation de la nature est-elle si diff&#233;rente d'une autre ? A y regarder de plus pr&#232;s, la remarque judicieuse de Conrad Schmidt ne signifie rien d'autre que ceci : il n'y aurait pas d'histoire sans l'existence de la race humaine. C'est ce qu'on appelle une v&#233;rit&#233; de La Palisse . [sept*]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la critique de Conrad Schmidt est loin d'&#234;tre dangereuse pour la compr&#233;hension mat&#233;rialiste de l'histoire, ou, pour le dire plus exactement. elle ne peut &#234;tre dangereuse que si Conrad Schmidt passe pour un marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tirons la conclusion. Sous cet angle aussi, il n'est pas tr&#232;s difficile de surmonter la crise de l'&#233;cole marxiste. Lors de notre prochaine session, nous verrons s'il y a quelque chose de s&#233;rieux dans les objections soulev&#233;es par Bernstein et Conrad Schmidt contre les vues &#233;conomiques de Karl Marx .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. [Jusqu'&#224; un certain point.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. [Plekhanov cite la traduction fran&#231;aise de Thomas H. Huxley, Method and Results , Essays. Discours de Descartes sur la m&#233;thode ].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. [Tous les individus sont anim&#233;s &#224; des degr&#233;s divers.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette publication est un r&#233;sum&#233; de la conf&#233;rence de Plekhanov dirig&#233;e contre les &#171; critiques &#187; de Marx, en particulier Eduard Bernstein et Conrad Schmidt. Plekhanov a prononc&#233; cette conf&#233;rence &#224; Gen&#232;ve et dans d'autres villes de Suisse et d'Italie &#224; la fin du printemps et au d&#233;but de l'&#233;t&#233; 1898.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, la conf&#233;rence a servi de base &#224; plusieurs articles, parmi lesquels Bernstein et le mat&#233;rialisme et Conrad Schmidt contre Karl Marx et Frederick Engels .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1*. Les Jeunes - une opposition petite-bourgeoise et semi-anarchique au sein du Parti social-d&#233;mocrate allemand qui a surgi en 1890. Les &#171; jeunes &#187; ont ni&#233; toute forme de participation aux activit&#233;s parlementaires et ont d&#233;guis&#233; leur essence opportuniste avec les phrases pseudo-r&#233;volutionnaires de &#171; gauche &#187; . Les &#171; jeunes &#187; sont expuls&#233;s du Parti en octobre 1891 au congr&#232;s d'Erfurt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2*. Bernstein a lanc&#233; une campagne contre le marxisme r&#233;volutionnaire avec son article Probl&#232;mes du socialisme , qui a &#233;t&#233; publi&#233; dans l'organe th&#233;orique des social-d&#233;mocrates allemands Neue Zeit pour 1898.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3*. L'article de Conrad Schmidt Kant, sein Leben und seine Lehre ( Kant, sa vie et son enseignement ), une critique du livre de Kronenberg du m&#234;me titre, a &#233;t&#233; publi&#233; dans le troisi&#232;me suppl&#233;ment du journal Vorwarts ! , organe central du parti social-d&#233;mocrate allemand, le 17 octobre 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4*. La r&#233;f&#233;rence est &#224; l'article d'Eduard Bernstein Das realistische und das ideologische Moment des Sozialismus ( Moments r&#233;alistes et id&#233;ologiques du socialisme ) publi&#233; dans Neue Zeit , n&#176;34, 27 mai 1898.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5*. L'Encyclop&#233;die a &#233;t&#233; publi&#233;e dans la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle (1751-1780) par Diderot et d'Alembert, dont le but &#233;tait la lutte contre &#171; l'ancien r&#233;gime &#187; et le cl&#233;ricalisme, et le d&#233;veloppement de la science, de la philosophie et des arts progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extrait que Plekhanov entendait citer du Spinosiste (et non du Spinosisme ) de Diderot est &#233;videmment celui qu'il a cit&#233; dans son article Bernstein et le mat&#233;rialisme .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6*. Karl Marx, Capital , Vol.I, Moscou 1974, p.29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7*. La Palisse V&#233;rit&#233; &#8211; la v&#233;rit&#233; qui est &#233;vidente par elle-m&#234;me et n'a pas besoin de preuves.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire encore sur une autre pr&#233;tendue &#034;crise du marxisme&#034; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/04/vil19080403.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/04/vil19080403.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/junius/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/luxembur/junius/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er6.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er6.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/10/caricature1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/10/caricature1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Leon Trotsky - Marxism and Our Era - 1939</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8177</link>
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		<dc:date>2025-01-14T04:30:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>1940</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Leon Trotsky - Marxism and Our Era - 1939 &lt;br class='autobr' /&gt;
This book compactly sets forth the fundamentals of Marx's economic teaching in Marx's own words. After all, no one has yet been able to expound the labor theory of value better than Marx himself.The abridgment of the first volume of Capital &#8211; the foundation of Marx's entire economic system &#8211; was made by Mr. Otto R&#252;hle with great care and with profound understanding of his task. First to be eliminated were obsolete examples and illustrations, then (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;000- ENGLISH - MATTER AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot104" rel="tag"&gt;1940&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Leon Trotsky - Marxism and Our Era - 1939&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;This book compactly sets forth the fundamentals of Marx's economic teaching in Marx's own words. After all, no one has yet been able to expound the labor theory of value better than Marx himself.The abridgment of the first volume of Capital &#8211; the foundation of Marx's entire economic system &#8211; was made by Mr. Otto R&#252;hle with great care and with profound understanding of his task. First to be eliminated were obsolete examples and illustrations, then quotations from writings which today are only of historic interest, polemics with writers now forgotten, and finally numerous documents &#8211; Acts of Parliament, reports of factory inspectors, and the like &#8211; which, whatever their importance for understanding a given epoch, have no place in a concise exposition that pursues theoretical rather than historical objectives. At the same time, Mr. R&#252;hle did everything to preserve continuity in the development of the scientific analysis as well as unity of exposition. Logical deductions and dialectical transitions of thought have not, we trust, been infringed at any point. It stands to reason that this extract calls for attentive and thoughtful perusal. To aid the reader, Mr. Otto R&#252;hle has supplied the text with succinct marginal titles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certain of Marx's argumentations, especially in the first, the most difficult chapter, may seem to the uninitiated reader far too discursory, hair-splitting, or &#8220;metaphysical.&#8221; As a matter of fact, this impression arises in consequence of the want of habit to approach overly habitual phenomena scientifically. The commodity has become such an all-pervasive, customary and familiar part of our daily existence that we, lulled to sleep, do not even attempt to consider why men relinquish important objects, needed to sustain life, in exchange for tiny discs of gold or silver that are of no earthly use whatever. The matter is not limited to the commodity. One and all of the categories (the basic concepts) of market economy seem to be accepted without analysis, as self-evident, as if they were the natural basis of human relations. Yet, while the realities of the economic process are human labor, raw materials, tools, machines, division of labor, the necessity to distribute finished products among the participants of the labor process, and the like, such categories as &#8220;commodity,&#8221; &#8220;money,&#8221; &#8220;wages,&#8221; &#8220;capital,&#8221; &#8220;profit,&#8221; &#8220;tax,&#8221; and the like are only semi-mystical reflections in men's heads of the various aspects of a process of economy which they do not understand and which is not under their control. To decipher them, a thoroughgoing scientific analysis is indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the United States, where a man who owns a million is referred to as being &#8220;worth&#8221; a million, market concepts have sunk in deeper than anywhere else. Until quite recently Americans gave very little thought to the nature of economic relations. In the land of the most powerful economic system economic theory continued to be exceedingly barren. Only the present deep-going crisis of American economy has bluntly confronted public opinion with the fundamental problems of capitalist society. In any event, whoever has not overcome the habit of uncritically accepting the ready-made ideological reflections of economic development, whoever has not reasoned out, in the footsteps of Marx, the essential nature of the commodity as the basic cell of the capitalist organism, will prove to be forever incapable of scientifically comprehending the most important and the most acute manifestations of our epoch.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx's Method&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Having established science as cognition of the objective recurrences of nature, man has tried stubbornly and persistently to exclude himself from science, reserving for himself special privileges in the shape of alleged intercourse with supersensory forces (religion), or with eternal moral precepts (idealism). Marx deprived man of these odious privileges definitely and forever, looking upon him as a natural link in the evolutionary process of material nature ; upon human society as the organization of production and distribution ; upon capitalism as a stage in the development of human society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It was not Marx's aim to discover the &#8220;eternal laws&#8221; of economy. He denied the existence of such laws. The history of the development of human society is the history of the succession of various systems of economy, each operating in accordance with its own laws. The transition from one system to another was always determined by the growth of the productive forces, i.e., of technique and the organization of labor. Up to a certain point, social changes are quantitative in character and do not alter the foundations of society, i.e., the prevalent forms of property. But a point is reached when the matured productive forces can no longer contain themselves within the old forms of property ; then follows a radical change in the social order, accompanied by shocks. The primitive commune was either superseded or supplemented by slavery ; slavery was succeeded by serfdom with its feudal superstructure ; the commercial development of cities brought Europe in the sixteenth century to the capitalist order, which thereupon passed through several stages. In his Capital, Marx does not study economy in general, but capitalist economy, which has its own specific laws. Only in passing does he refer to the other economic systems, to elucidate the characteristics of capitalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The self-sufficient economy of the primitive peasant family has no need of a &#8220;political economy,&#8221; for it is dominated on the one hand by the forces of nature and on the other by the forces of tradition. The self-contained natural economy of the Greeks or the Romans, founded on slave labor, was ruled by the will of the slave-owner, whose &#8220;plan&#8221; in turn was directly determined by the laws of nature and routine. The same might also be said about the medieval estate with its peasant serfs. In all these instances economic relations were clear and transparent in their primitive crudity. But the case of contemporary society is altogether different. It destroyed the old self-contained connections and the inherited modes of labor. The new economic relations have linked cities and villages, provinces and nations. Division of labor has encompassed the planet. Having shattered tradition and routine, these bonds have not developed according to a definite plan, but rather apart from the consciousness and foresight of people, and it would seem as if behind their backs. The interdependence of various people, groups, classes, and nations, which follows from the division of labor, is not directed or managed by anyone. People work for each other without knowing each other, without inquiring about one another's needs, in the hope, and even with the assurance, that their relations will somehow regulate themselves. And by and large they do, or rather, were wont to.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is utterly impossible to seek the causes for the recurrences in capitalist society in the subjective consciousness &#8211; in the intentions or plans &#8211; of its members. The objective recurrences of capitalism took form before science began to think about them seriously. To this day the preponderant majority of people know nothing about the laws that govern capitalist economy. The whole strength of Marx's method was in his approach to economic phenomena, not from the subjective point of view of certain persons, but from the objective point of view of the development of society as a whole, just as an experimental natural scientist approaches a beehive or an ant-hill.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For economic science the decisive significance is what and how people act, not what they themselves think about their actions. At the base of society is not religion and morality, but nature and labor. Marx's method is materialistic, because it proceeds from existence to consciousness, not the other way around. Marx's method is dialectical, because it regards both nature and society as they evolve, and evolution itself as the constant struggle of conflicting forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marxism and Official Science&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx had his predecessors. Classical political economy &#8211; Adam Smith, David Ricardo &#8211; reached its full bloom before capitalism had grown old, before it began to fear the morrow. Marx paid to both great classicists the perfect tribute of profound gratitude. Nevertheless the basic error of classical economics was its view of capitalism as humanity's normal existence for all time instead of merely as one historical stage in the development of society. Marx began with a criticism of that political economy, exposed its errors, as well as the contradictions of capitalism itself, and demonstrated the inevitability of its collapse. As Rosa Luxemburg has very aptly observed, Marx's economic teaching is a child of classical economics, a child whose birth cost its mother her life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Science does not develop in the hermetically sealed study of the scholar, but in flesh-and-blood society. All the interests and passions that rend society asunder exert their influence on the development of science &#8211; especially of political economy, the science of wealth and poverty. The struggle of workers against capitalists forced the theoreticians of the bourgeoisie to turn their backs upon a scientific analysis of the system of exploitation and to busy themselves with a bare description of economic facts, a study of the economic past and, what is immeasurably worse, a downright falsification of reality for the purpose of justifying the capitalist regime. The economic doctrine which is nowadays taught in official institutions of learning and preached in the bourgeois press offers no dearth of important factual material, yet it is utterly incapable of encompassing the economic process as a whole and discovering its laws and perspectives, nor has it any desire to do so. Official political economy is dead. Real knowledge of capitalist society can be obtained only through Marx's Capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Law of Labor Value&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In contemporary society man's cardinal tie is exchange. Any product of labor that enters into the process of exchange becomes a commodity. Marx began his investigation with the commodity and deduced from that fundamental cell of capitalist society those social relations that have objectively shaped themselves on the basis of exchange, independently of man's will. Only by pursuing this course is it possible to solve the fundamental puzzle &#8211; how in capitalist society, in which each man thinks for himself and no one thinks for all, are created the relative proportions of the various branches of economy indispensable to life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The worker sells his labor power, the farmer takes his produce to the market, the money lender or banker grants loans, the storekeeper offers an assortment of merchandise, the industrialist builds a plant, the speculator buys and sells stocks and bonds &#8211; each having his own considerations, his own private plan, his own concern about wages or profit. Nevertheless, out of this chaos of individual strivings and actions emerges a certain economic whole, which, true, is not harmonious, but contradictory, yet does give society the possibility not merely to exist but even to develop. This means that, after all, chaos is not chaos at all, that in some way it is regulated automatically, if not consciously. To understand the mechanism whereby various aspects of economy are brought into a state of relative balance, is to discover the objective laws of capitalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clearly, the laws which govern the various spheres of capitalist economy &#8211; wages, price, land rent, profit, interest, credit, the stock exchange &#8211; are numerous and complex. But in the final reckoning they come down to the single law that Marx discovered and explored to the end ; that is, the law of labor value, which is indeed the basic regulator of capitalist economy. The essence of this law is simple. Society has at its disposal a certain reserve of living labor power. Applied to nature, that power produces products necessary for the satisfaction of human needs. In consequence of the division of labor among independent producers, the products assume the form of commodities. Commodities are exchanged for each other in a given ratio, at first directly, and eventually through the medium of gold or money. The basic property of commodities, which in a certain relationship makes them equal to each other, is the human labor expended upon them &#8211; abstract labor, labor in general &#8211; the basis and the measure of value. Division of labor among millions of scattered producers does not lead to the disintegration of society, because commodities are exchanged according to the socially necessary labor time expended upon them. By accepting and rejecting commodities, the market, as the arena of exchange, decides whether they do or do not contain within themselves socially necessary labor, thereby determines the ratios of the various kinds of commodities necessary for society, and consequently also the distribution of labor power according to the various trades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The actual processes of the market are immeasurably more complex than has been here set forth in but a few lines. Thus, while resting on the value of labor, prices deviate considerably from it, moving both above and below it. The causes of these deviations are fully explained in the third volume of Marx's Capital, which describes &#8220;the process of capitalist production considered as a whole.&#034; Nevertheless, great as may be the divergencies between the prices and the values of commodities in individual instances, the sum of all prices is equal to the sum of all values, for in the final reckoning only the values that have been created by human labor are at the disposal of society, and prices cannot break through this limitation, including even the monopoly prices of trusts ; where labor has created no new value, there even Rockefeller can get nothing.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inequality and Exploitation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But if commodities are exchanged for each other according to the quantity of labor invested in them, how does inequality come out of equality ? Marx solved this puzzle by exposing the peculiar nature of one of the commodities, which lies at the basis of all other commodities : namely, labor power. The owner of means of production, the capitalist, buys labor power. Like all other commodities, it is evaluated according to the quantity of labor invested in it, i.e., of those means of consumption which are necessary for the survival and the reproduction of the worker. But the consumption of that commodity &#8211; labor power &#8211; consists of work, i.e., the creation of new values. The quantity of these values is greater than those which the worker himself receives and which he expends for his subsistence. The capitalist buys labor power in order to exploit it. It is this exploitation which is the source of inequality.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;That part of the product which goes to cover the worker's own subsistence Marx calls necessary-product ; that part which the worker produces above this, is surplus-product. Surplus-product must have been produced by the slave, or the slave-owner would not have kept any slaves. Surplus-product must have been produced by the serf, or serfdom would have been of no use to the landed gentry. Surplus-product, only to a considerably greater extent, is likewise produced by the wage worker, or the capitalist would have no need to buy labor power. The class struggle is nothing else than the struggle for surplus-product. He who owns surplus-product is master of the situation &#8211; owns wealth, owns the state, has the key to the church, to the courts, to the sciences and to the arts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Competition and Monopoly&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relations among capitalists, who exploit the workers, are determined by competition, which for long endures as the mainspring of capitalist progress. Large enterprises enjoy technical, financial, organizational, economic and, last but not least, political advantages over small enterprises. The greater amount of capital, being able to exploit a greater number of workers, inevitably emerges victorious out of a contest. Such is the unalterable basis of the concentration and centralization process of capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;While stimulating the progressive development of technology, competition gradually consumes, not only the intermediary layers, but itself as well. Over the corpses and the semi-corpses of small and middling capitalists, emerges an ever-decreasing number of ever more powerful capitalist overlords. Thus, out of honest, democratic, progressive competition grows irrevocably harmful, parasitic, reactionary monopoly. Its sway began to assert itself in the eighties of the past century, assuming definite shape at the turn of the present century. Now the victory of monopoly is openly acknowledged by the most official representatives of bourgeois society. Competition as restraining influence, complains the former Attorney-General of the United States, Mr. Homer S. Cummings, is being gradually displaced and, in large fields, remains only &#8220;as a shadowy reminder of conditions that once existed.&#8221; Yet when in the course of his prognosis Marx had first deduced monopoly from the inherent tendencies of capitalism, the bourgeois world had looked upon competition as an eternal law of nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The elimination of competition by monopoly marks the beginning of the decay of capitalist society. Competition was the creative mainspring of capitalism and the historical justification of the capitalist. By the same token the elimination of competition marks the transformation of stockholders into social parasites. Competition had to have certain liberties, a liberal atmosphere, a regime of democracy, of commercial cosmopolitanism. Monopoly needs as authoritative a government as possible, tariff walls, &#8220;its own&#8221; sources of raw materials and arenas of marketing (colonies). The last word in the decay of monopolistic capital is fascism.&lt;br class='autobr' /&gt;
Concentration of Wealth and the Growth of Class Contradictions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Capitalists and their advocates try in every way to hide the real extent of the concentration of wealth from the eyes of the people as well as from the eyes of the tax collector. In defiance of the obvious, the bourgeois press is still attempting to maintain the illusion of a &#8220;democratic&#8221; distribution of capitalist investment. The New York Times, in refutation of the Marxists, points out that there are from three to five million separate employers of labor in the United States. Joint-stock companies, it is true, represent greater concentration of capital than three to five million separate employers, yet the United States does have &#8220;half a million corporations.&#8221; This sort of trifling with lump sums and average figures is resorted to, not in order to disclose, but in order to hide things as they are.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From the beginning of the war until 1923 the number of plants and factories in the United States fell from an index figure of 100 to 98.7, while the mass of industrial production rose from 100 to 156.3. During the years of sensational prosperity (1923-1929), when it seemed that &#8220;everybody&#8221; was getting rich, the number of establishments fell from 100 to 93.8, while production rose from 100 to 113. Yet the concentration of business establishments, bound by their ponderous material bodies, is far behind the concentration of their souls, i.e., ownership. In 1929 the United States did actually have more than 300,000 non-financial corporations, as the New York Times correctly observes. It is only necessary to add that 200 of these, i.e., 0.07 percent of the entire number, directly controlled 49.2 percent of the assets of all the corporations ; four years later that ratio had already risen to 56 percent, while during the years of Roosevelt's administration it has undoubtedly risen still higher. Inside these 200 leading corporations the actual domination belongs to a small minority. A Senate committee found out in February 1937, that for the past twenty years the decisions of twelve of the very largest corporations have been tantamount to directives for the greater part of American industry. The number of chairmen of the board of these corporations is about the same as the number of members in the cabinet of the President of the United States, the executive branch of the republic's government. But these chairmen of the board are immeasurably more powerful than the cabinet members.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The same processes may be observed in the banking and insurance systems. Five of the largest insurance companies in the United States have absorbed not only the other companies but even many banks. The total number of banks is reduced, chiefly in the form of so-called &#8220;mergers,&#8221; essentially by being absorbed. The extent of the turnover grows rapidly. Above the banks rises the oligarchy of super-banks. Bank capital merges with industrial capital into financial super-capital. Supposing that the concentration of industry and banks were to proceed at the same rate as during the last quarter of a century &#8211; as a matter of fact, the tempo of concentration is on the increase &#8211; in the course of the impending quarter century the monopolists will have taken into their hands the entire economy of the country, with nothing left over.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We use the statistics of the United States here only because they are more exact and more striking. Essentially the process of concentration is international in character. Throughout the various stages of capitalism, through phases of conjunctural cycles, through all the political regimes, through peaceful periods as well as through periods of armed conflicts, the process of the concentration of all the great fortunes into an ever-decreasing number of hands has gone on and will continue without end. During the years of the Great War, when the nations were bleeding to death, when the very bodies politic of the bourgeoisie lay crushed under the weight of national debts, when fiscal systems rolled into the abyss, dragging the middle classes after them, the monopolists were coining unprecedented profits out of the blood and muck. The most powerful companies of the United States increased their assets during the years of the war two, three, four and more times and swelled their dividends to 300, 400, 900 and more percent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In 1840, eight years before the publication by Marx and Engels of the Manifesto of the Communist Party, the famous French writer Alexis de Tocqueville wrote in his book Democracy in America : &#8220;Great wealth tends to disappear, the number of small fortunes to increase.&#8221; That thought has been reiterated innumerable times, at first with reference to the United States, later with reference to those other young democracies, Australia and New Zealand. Of course, de Tocqueville's view was already erroneous in his own day. Still, real concentration of wealth began only after the American Civil War, on the eve of which de Tocqueville died. At the beginning of the present century two percent of the population of the United States already owned more than half of the entire wealth of the country ; in 1929 the same two percent owned three-fifths of the national wealth. At the same time 36,000 wealthy families had as great an income as 11,000,000 middling and poor families. During the crisis of 1929-1933 monopolistic enterprises had no need to appeal to public charity ; on the contrary, they rose higher than ever above the general decline of national economy. During the ensuing rickety industrial revival on the yeast-cakes of the New Deal the monopolists again skimmed a lot of heavy cream. The number of the unemployed decreased at best from 20,000,000 to 10,000,000 ; at the same time the upper crust of capitalist society &#8211; no more than 6,000 adults &#8211; reaped fantastic dividends ; this is what Solicitor General Robert H. Jackson proved with figures in hand during his tenure as Anti-Trust Assistant Attorney-General of the United States.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferdinand Lundberg who, for all his scholarly conscientiousness, is a rather conservative economist, wrote in his book, which created quite a stir : &#8220;The United States is owned and dominated today by a hierarchy of sixty of the richest families, buttressed by no more than ninety families of lesser wealth.&#8221; To these might be added a third tier of perhaps three hundred and fifty other families, with incomes in excess of a hundred thousand dollars a year. The predominant position there belongs to the first group of sixty families, who dominate not only the market but all the levers of government. They are the real government, &#8220;the government of money in a democracy of the dollar.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus, the abstract concept, &#8220;monopolistic capital,&#8221; is filled in for us with flesh and blood. What it means is that a handful of families, bound by ties of kinship and common interest into an exclusive capitalist oligarchy, dispose of the economic and political fortunes of a great nation. One must perforce admit that the Marxist law of concentration has worked out famously !&lt;br class='autobr' /&gt;
Has Marx's Teaching Become Obsolete ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Questions of competition, concentration of wealth, and monopoly naturally lead to the question whether in our day Marx's economic theory is merely of historic interest &#8211; as, for example, Adam Smith's theory &#8211; or whether it continues to be of actual significance. The criterion for replying to that question is simple : if the theory correctly estimates the course of development and foresees the future better than other theories, it remains the most advanced theory of our time, be it even scores of years old.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The famous German economist, Werner Sombart, who was a near-Marxist at the beginning of his career but later revised all the more revolutionary aspects of Marx's teaching, especially those most unpalatable for the bourgeoisie, in 1928, toward the end of his career, countered Marx's Capital with his own Capitalism, which has been translated into many languages and which is probably the best known exposition of bourgeois economic apologetics in recent times. After paying the tribute of platonic appreciation to the tenets of Capital's author, Sombart writes at the same time, &#8220;Karl Marx prophesied : firstly, the increasing misery of wage laborers ; secondly, general &#8216;concentration,' with the disappearance of the class of artisans and peasants ; thirdly, the catastrophic collapse of capitalism. Nothing of the kind has come to pass.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Against Marx's erroneous prognosis Sombart counterpoises his own &#8220;strictly scientific&#8221; prognosis. &#8220;Capitalism will continue,&#8221; according to him, &#8220;to transform itself internally in the same direction in which it has already begun to transform itself, at the time of its apogee : as it grows older, it will become more and more calm, sedate, reasonable.&#8221; Let us try to verify, if only along the most basic lines, which of the two is right : Marx, with his prognosis of catastrophe, or Sombart, who in the name of all bourgeois economy, promises that matters will be adjusted &#8220;calmly, sedately, reasonably.&#8221; The reader will agree that the question is worthy of attention.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;The Theory of Increasing Misery&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Accumulation of wealth at one pole,&#8221; wrote Marx sixty years before Sombart, &#8220;is therefore, at the same time accumulation of misery, agony of toil, slavery, ignorance, brutality, moral degradation, at the opposite pole, i.e., on the side of the class that produces its product in the form of capital.&#8221; That thesis of Marx's, under the name &#8220;The Theory of Increasing Misery,&#8221; has been subjected to constant attacks by democratic and social-democratic reformers, especially during the period 1896-1914, when capitalism developed rapidly and yielded certain concessions to the workers, especially to their upper stratum. After the World War, when the bourgeoisie, frightened by its own crimes and by the October Revolution, took to the road of advertised social reforms, the value of which was simultaneously nullified by inflation and unemployment, the progressive transformation of capitalist society seemed to the reformers and to the bourgeois professors fully guaranteed. &#8220;The purchasing power of wage labor,&#8221; Sombart assured us in 1928, &#8220;has increased in direct ratio to the expansion of capitalist production.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As a matter of fact, the economic contradiction between the proletariat and the bourgeoisie was aggravated during the most prosperous periods of capitalist development, when the rise in the standard of living of certain strata of toilers, which at times was rather extensive, hid from superficial eyes the decrease of the proletariat's share in the national income. Thus, just before falling into prostration, the industrial production of the United States increased by 50 percent between 1920 and 1930, while the sum paid out in wages rose only by 30 percent, which meant, Sombart's assurances notwithstanding, a tremendous decrease of labor's share in the national income. In 1930 began an ominous growth of unemployment, and in 1933 more or less systematic aid to the unemployed, who received in the form of relief hardly more than one-half of what they had lost in the form of wages. The illusion of the uninterrupted &#8220;progress&#8221; of all classes has vanished without a trace. The relative decline of the masses' standard of living has been superseded by an absolute decline. Workers begin by economizing on skimpy entertainment, then on their clothes and finally on their food. Articles and products of average quality are superseded by shoddy ones, and the shoddy by the worst. Trade unions begin to look like the man who tries to hang on while going down on a rapidly descending escalator.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;With six percent of the world's population, the United States holds forty percent of the world's wealth. Still, one-third of the nation, as Roosevelt himself admits, is undernourished, inadequately clothed, and lives under subhuman conditions. What is there to say, then, for the far less privileged countries ? The history of the capitalist world since the last war has irrefutably borne out the so-called &#8220;theory of increasing misery.&#8221; The increase in the social polarity of society is today acknowledged not only by every competent statistician, but even by statesmen who remember the rudimentary rules of arithmetic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The fascist regime, which merely gives the most extreme expression to the traits of decline and reaction inherent in any imperialist capitalism, became indispensable when the degeneration of capitalism eliminated the possibility of maintaining illusions about an increase in the proletariat's standard of living. Fascist dictatorship means the open acknowledgment of the tendency to impoverishment, which the wealthier imperialist democracies are still trying to disguise. Mussolini and Hitler persecute Marxism with such hatred precisely because their own regime is the most horrible confirmation of the Marxist prognosis. The civilized world was indignant or pretended to be indignant when G&#246;ring, in the tone of the executioner and buffoon peculiar to him, declared that guns were more important than butter, or when Cagliostro-Casanova-Mussolini advised the workers of Italy to learn to pull in tighter the belts on their black shirts. But does not substantially the same take place in the imperialist democracies ? Butter everywhere is used to grease guns. The workers of France, England, and the United States have learned to tighten their belts even without having black shirts. In the richest country of the world millions of workers have turned into paupers living at the expense of federal, state, municipal or private charity.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Reserve Army and the New Sub-Class of the Unemployed&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The industrial reserve army makes up an indispensable component part of the social mechanics of capitalism, as much as a supply of machines and raw materials in factory warehouses or of finished products in stores. Neither the general expansion of production nor the adaptation of capital to the periodic ebb and flow of the industrial cycle would be possible without a reserve of labor-power. From the general tendency of capitalist development &#8211; the increase of constant capital (machines and raw materials) at the expense of variable capital (labor-power) &#8211; Marx drew the conclusion : &#8220;The greater the social wealth ... the greater is the relative surplus-population, or the industrial reserve army ... the greater is the mass of a constant surplus-population ... the greater is officially recognized pauperism. This is the absolute general law of capitalist accumulation.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This thesis &#8211; indissolubly bound up with the &#8220;theory of increasing misery&#8221; and for scores of years denounced as &#8220;exaggerated,&#8221; &#8220;tendentious,&#8221; and &#8220;demagogic&#8221; &#8211; has now become the irreproachable theoretical image of things as they are. The present army of unemployed can no longer be regarded as a &#8220;reserve army,&#8221; because its basic mass can no longer have any hope of returning to employment ; on the contrary, it is bound to be swelled by a constant flow of additional unemployed. Decaying capitalism has brought up a whole generation of young people who have never had a job and have no hope of getting one. This new sub-class between the proletariat and the semi-proletariat is forced to live at the expense of society. It has been estimated that in the course of nine years (1930-1938) unemployment has taken out of the economy of the United States more than 43,000,000 labor man-years. Considering that in 1929, at the height of prosperity, there were two million unemployed in the United States and that during those nine years the number of potential workers has increased by five million, the number of lost man-years must be incomparably higher. A social regime ravaged by such a plague is sick unto death. The proper diagnosis of this illness was made more than seventy years ago, when the disease itself was a mere germ.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Decline of the Middle Classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figures which demonstrate the concentration of capital indicate therewith that the specific gravity of the petty-bourgeoisie in production and its share of the national income have been constantly declining, while small holdings have either been completely swallowed up by the large or reduced in grade and robbed of their independence, becoming a mere badge of unendurable toil and desperate want. At the same time, it is true, the development of capitalism has considerably stimulated an increase in the army of technicians, managers, servicemen, clerks, attorneys, physicians &#8211; in a word, of the so-called &#8220;new middle classes.&#8221; But this stratum, the growth of which was already no mystery even to Marx, has little in common with the old petty-bourgeoisie, who in the ownership of its own means of production had a tangible guarantee of economic independence. The &#8220;new middle class&#8221; is more directly dependent on capital than are the workers. Indeed, the middle class is in large measure their taskmaster. Moreover, among it has been noticed considerable overproduction, with its aftermath of social degradation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Reliable statistical information,&#8221; states a person as remote from Marxism as the already-quoted former Attorney-General Homer S. Cummings, &#8220;shows that very many industrial units have completely disappeared and that what took place was a progressive elimination of the small business man as a factor in American life.&#8221; But, objects Sombart along with many of his forerunners and successors, &#8220;general concentration, with the disappearance of the class of artisans and peasants,&#8221; notwithstanding Marx, has not yet taken place. It is hard to say which carries more weight in such an argument : light-mindedness or bad faith. Like every theoretician, Marx began by isolating the fundamental tendencies in their pure form ; otherwise, it would have been altogether impossible to understand the destiny of capitalist society. Marx himself was, however, perfectly capable of viewing the phenomena of life in the light of concrete analysis, as a product of the combination of diverse historical factors. Surely, Newton's laws are not invalidated by the fact that the rate of speed in the fall of bodies varies under different conditions or that the orbits of planets are subjected to disturbances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In order to understand the so-called &#8220;tenacity&#8221; of the petty-bourgeoisie, it is well to bear in mind that the two tendencies, the ruination of the intermediate layers and the transformation of these ruined ones into proletarians, develop neither at an even pace nor to the same extent. It follows from the increasing preponderance of the machine over labor-power that the further the process of ruination of the middle classes proceeds, the more it outstrips the process of their proletarianization ; indeed, at a certain juncture the latter must cease altogether and even back up.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Just as the operation of the laws of physiology yields different results in a growing organism from those in a dying one, so the laws of Marxist economy assert themselves differently in a developing and decaying capitalism. This difference is shown with especial clarity in the mutual relations of town and country. The rural population of the United States, decreasing with regard to the total population, continued to increase in absolute figures until 1910, when it amounted to more than 32,000,000. During the subsequent twenty years, notwithstanding the rapid increase in the country's total population, it fell to 30.4 million, i.e., by 1.6 million. But in 1935 it rose again to 32.8 million, swelling in comparison with 1930 by 2.4 million. This turn of the wheel, astonishing at first glance, does not in the least refute either the tendency of the urban population to increase at the expense of the rural population, or the tendency of the middle classes to become atomized, while at the same time it demonstrates most pointedly the decay of the capitalist system as a whole. The increase in the rural population during the period of the acute crisis of 1930-1935 is simply explained by the fact that almost two million of the urban population, or, speaking more to the point, two million of the starving unemployed, moved into the country &#8211; to plots of land abandoned by farmers or to the farms of their kith and kin, so as to apply their labor-power, rejected by society, to productive natural economy and in order to drag out a semi-starved existence instead of starving altogether.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hence, it is not a question of the stability of small farmers, artisans and storekeepers, but rather of the abject helplessness of their situation. Far from being a guarantee of the future, the petty-bourgeoisie is an unfortunate and tragic relic of the past. Unable to stamp it out altogether, capitalism has managed to reduce it to the utmost degree of degradation and distress. The farmer is denied, not only the rent due him for his plot of land and the profit on his invested capital, but even a goodly portion of his wages. Similarly, the little fellows in town drag out their existence between economic life and death. The middle class is not proletarianized only because it is being pauperized. In that it is just as hard to make a case in favor of capitalism as it is to make one against Marx.&lt;br class='autobr' /&gt;
Industrial Crises&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The end of the past and the beginning of the present century were marked by such a tempestuous development of capitalism that cyclical crises seemed to be no more than &#8220;accidental&#8221; annoyances. During the years of almost universal capitalist optimism, Marx's critics assured us that the national and international development of trusts, syndicates and cartels introduced planned control of the market and presaged the final triumph over crises. According to Sombart, crises had already been &#8220;abolished&#8221; before the war by the mechanics of capitalism itself, so that &#8220;the problem of crises leaves us today virtually indifferent.&#8221; Now, a mere ten years later, these words sound like hollow mockery, while only in our own day does Marx's older prognosis loom in the full measure of its tragic cogency. In an organism with poisoned blood every incidental illness tends to become chronic in character ; even so, in the rotting organism of monopolistic capitalism, crises assume a particularly malignant form.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is remarkable that the capitalist press, which half-way tries to deny the very existence of monopolies, resorts to these same monopolies in order half-way to deny capitalistic anarchy. &#8220;If sixty families were to control the economic life of the United States,&#8221; the New York Times observes ironically, &#8220;it would show that American capitalism, so far from being &#8216;planless' is organized with great neatness.&#8221; This argument misses the mark. Capitalism has been unable to develop a single one of its trends to the ultimate end. Just as the concentration of wealth does not abolish the middle class, so monopoly does not abolish competition, but only bears down on it and mangles it. No less than the &#8220;plan&#8221; of each of the sixty families, the sundry combinations of these plans are not in the least interested in coordinating the various branches of economy, but rather in increasing the profits of a given monopolistic clique at the expense of other cliques and at the expense of the entire nation. The intersection of such plans in the final reckoning only deepens the anarchy in the national economy. Monopolistic dictatorship and chaos are not mutually exclusive ; rather they supplement and nourish each other.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The crisis of 1929 broke out in the United States one year after Sombart had proclaimed the utter indifference of his &#8220;science&#8221; to the very problem of crises. From the heights of unprecedented prosperity the economy of the United States was catapulted into the abyss of monstrous prostration. No one in Marx's day could have conceived convulsions of such magnitude ! The national income of the United States had risen for the first time in 1920 to sixty-nine billion dollars, only to drop the very next year to fifty billion dollars, i.e., by 27 percent. In consequence of the prosperity of the next few years, the national income rose again, in 1929, to its highest point of eighty-one billion dollars, only to drop in 1932 to forty billion dollars, i.e., by more than half ! During the nine years, 1930-1938, were lost approximately forty-three million man-years of labor and 133 billion dollars of national income, assuming the norms of labor and income of 1929, when there were &#8220;only&#8221; two million unemployed. If all this is not anarchy, what can possibly be the meaning of the word ?&lt;br class='autobr' /&gt;
The &#8220;Theory of Collapse&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The minds and hearts of middle-class intellectuals and trade-union bureaucrats were almost completely enthralled by the achievements of capitalism between the time of Marx's death and the outbreak of the World War. The idea of gradual progress (&#8220;evolution&#8221;) seemed to have been made secure for all time, while the idea of revolution was regarded as a mere relic of barbarism. Marx's prognosis about the mounting concentration of capital, about the aggravation of class contradictions, about the deepening of crises, and about the catastrophic collapse of capitalism was not amended by partly correcting it and making it more precise, but was countered with the qualitatively contrary prognosis about the more balanced distribution of the national income, about the softening of class contradictions and about the gradual reformation of capitalist society. Jean Jaur&#232;s, the most gifted of the Social-Democrats of that classic epoch, hoped gradually to fill political democracy with social content. In that lay the essence of reformism. Such was the alternative prognosis. What is left of it ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The life of monopolistic capitalism in our time is a chain of crises. Each crisis is a catastrophe. The need of salvation from these partial catastrophes by means of tariff walls, inflation, increase of government spending and debts lays the ground for additional, deeper and more widespread crises. The struggle for markets, for raw materials, for colonies makes military catastrophes unavoidable. All in all, they prepare revolutionary catastrophes. Truly, it is not easy to agree with Sombart that aging capitalism becomes increasingly &#8220;calm, sedate and reasonable.&#8221; It would be more apt to say that it is losing its last vestiges of reason. In any event, there is no doubt that the &#8220;theory of collapse&#8221; has triumphed over the theory of peaceful development.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Decay of Capitalism&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;However expensive the control of the market has been to society, mankind up to a certain stage, approximately until the World War, grew, developed and enriched itself through partial and general crises. The private ownership of the means of production continued to be in that epoch a comparatively progressive factor. But now the blind control by the law of value refuses to render further service. Human progress is stuck in a blind alley. Notwithstanding the latest triumphs of technical thought, the material productive forces are no longer growing. The clearest and most faultless symptom of the decline is the world stagnation of the building industry, in consequence of the stoppage of new investments in the basic branches of economy. Capitalists are simply no longer able to believe in the future of their own system. Construction stimulated by the government means an increase in taxation and a contraction of the &#8220;untrammeled&#8221; national income, especially since the main part of the new government construction is directly designed for military purposes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The marasmus has acquired a particularly malignant and degrading character in the most ancient sphere of human activity, the one most closely connected with the basic vital needs of man &#8211; in agriculture. No longer satisfied with the obstacles which private ownership in its most reactionary form, that of small land holdings, places before the development of agriculture, capitalist governments see themselves not infrequently called upon to limit production artificially with the aid of statutory and administrative measures which would have frightened artisans in the guilds at the time of their decline. It will be recorded in history that the government of the most powerful capitalist country granted premiums to farmers for cutting down on their planting, i.e., for artificially diminishing the already falling national income. The results are self-evident : despite grandiose productive possibilities, secured by experience and science, agrarian economy does not emerge from a putrescent crisis, while the number of the hungry, the preponderant majority of mankind, continues to increase faster than the population of our planet. Conservatives consider it sensible politics to defend a social order which has descended to such destructive madness and they condemn the socialist fight against such madness as destructive utopianism.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fascism and the New Deal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Two methods for saving historically doomed capitalism are today vying with each other in the world arena &#8211; Fascism and the New Deal, in all their manifestations. Fascism bases its program on the demolition of labor organizations, on the destruction of social reforms and on the complete annihilation of democratic rights, in order to forestall a resurrection of the proletariat's class struggle. The fascist state officially legalizes the degradation of workers and the pauperization of the middle classes, in the name of saving the &#8220;nation&#8221; and the &#8220;race&#8221; &#8211; presumptuous names under which decaying capitalism figures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The policy of the New Deal, which tries to save the imperialist democracy by way of sops to the labor and farmer aristocracy, is in its broad compass accessible only to the very wealthy nations, and so in that sense it is American policy par excellence. The government has attempted to shift a part of the costs of that policy to the shoulders of the monopolists, exhorting them to raise wages and shorten the working day and thus increase the purchasing power of the population and extend production. L&#233;on Blum attempted to translate this sermon into elementary school French. In vain ! The French capitalist, like the American, does not produce for the sake of production but for profit. He is always ready to limit production, even to destroy manufactured products, if thereby his own share of the national income will be increased.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The New Deal program is all the more contradictory in that, while preaching sermons to the magnates of capital about the advantages of abundance over scarcity, the government dispenses premiums for cutting down on production. Is greater confusion possible ? The government confutes its critics with the challenge : can you do better ? What all this means is that on the basis of capitalism the situation is hopeless.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beginning with 1933, i.e., in the course of the last six years in America, the federal government, the states and the municipalities have handed out to the unemployed nearly fifteen billion dollars in relief, a sum quite insufficient in itself and representing merely the smaller part of lost wages, but at the same time, considering the declining national income, a colossal sum. During 1938, which was a year of comparative economic revival, the national debt of the United States increased by two billion dollars and surpassed the thirty-eight billion dollar mark, or twelve billion dollars more than the highest point at the end of the World War. Early in 1939 it passed the 40 billion dollar mark. And then what ? The mounting national debt is of course a burden on posterity. But the New Deal itself was possible only because of the tremendous wealth accumulated by past generations. Only a very rich nation could indulge itself in so extravagant a policy. But even such a nation cannot indefinitely go on living at the expense of past generations. The New Deal policy with its fictitious achievements and its very real increase in the national debt, leads unavoidably to ferocious capitalist reaction and a devastating explosion of imperialism. In other words, it is directed into the same channels as the policy of fascism.&lt;br class='autobr' /&gt;
Anomaly or Norm ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secretary of the Interior Harold L. Ickes considers it &#8220;one of the strangest anomalies in all history&#8221; that America, democratic in form, is aristocratic in substance : &#8220;America, the land of majority rule but controlled at least until 1933 (!) by monopolies that in their turn are controlled by a negligible number of their stockholders.&#8221; The diagnosis is correct, with the exception of the intimation that with the advent of Roosevelt the rule of the monopolies either ceased or weakened. Yet what Ickes calls &#8220;one of the strangest anomalies in all history,&#8221; is, as a matter of fact, the unquestionable norm of capitalism. The domination of the weak by the strong, of the many by the few, of the toilers by the exploiters is a basic law of bourgeois democracy. What distinguishes the United States from other countries is merely the greater scope and the greater nakedness of the contradictions of its capitalism. The absence of a feudal past, rich natural resources, an energetic and enterprising people, in a word, all the prerequisites that augured an uninterrupted development of democracy, have actually brought about a fantastic concentration of wealth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Promising this time to wage the fight against monopolies to victory, Ickes recklessly harks back to Thomas Jefferson, Andrew Jackson, Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt and Woodrow Wilson as the predecessors of Franklin D. Roosevelt. &#8220;Practically all or our greatest historical figures,&#8221; said he on December 30, 1937, &#8220;are famous because of their persistent and courageous fight to prevent and control the over-concentration of wealth and power in a few hands.&#8221; But it follows from his own words that the fruit of this &#8220;persistent and courageous fight&#8221; has been the complete domination of democracy by the plutocracy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For some inexplicable reason Ickes thinks that this time victory is assured, provided the people understand that the fight is &#8220;not between the New Deal and the average enlightened businessman, but between the New Deal and the Bourbons of the sixty families who have brought the rest of the businessmen in the United States under the terror of their domination.&#8221; This authoritative spokesman does not explain just how the &#8220;Bourbons&#8221; managed to subjugate all the enlightened businessmen, notwithstanding democracy and the efforts of the &#8220;greatest historical figures.&#8221; The Rockefellers, the Morgans, the Mellons, the Vanderbilts, the Guggenheims, the Fords and Co. did not invade the United States from the outside, as Cortez invaded Mexico ; they grew organically out of the &#8220;people,&#8221; or more precisely, out of the class of &#8220;enlightened industrialists and businessmen&#8221; and became, in line with Marx's prognosis, the natural apogee of capitalism. Since a young and strong democracy in its hey-day was unable to check the concentration of wealth when the process was only at its inception, is it possible to believe even for a minute that a decaying democracy is capable of weakening class antagonisms that have attained their utmost limit ? Anyway, the experience of the New Deal has produced no ground for such optimism. Refuting the charges of big business against the government, Robert H. Jackson, a person high in the councils of the administration, proved with figures that during Roosevelt's tenure the profits of the magnates of capital reached heights they themselves had ceased to dream about during the last period of Hoover's presidency, from which it follows, in any event, that Roosevelt's fight against the monopolies has been crowned with no greater success than the struggle of all his predecessors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Although they feel called upon to defend the foundations of capitalism, the reformers in the very nature of things prove themselves powerless to harness its laws with economic police measures. What else can they do then but moralize ? Mr. Ickes, like the other cabinet members and publicists of the New Deal, winds up by appealing to the monopolists not to forget decency and the principles of democracy. Just how is this better than prayers for rain ? Surely, Marx's view of the owner of the means of production is far more scientific. &#8220;As a capitalist,&#8221; we read in Capital, &#8220;he is merely personified capital. His soul is the soul of capital. But capital has only one single aim in life, &#8230; to create surplus value.&#8221; If the capitalist's behavior were determined by the qualities of his individual soul or of the lyrical effusions of the Secretary of the Interior, neither average prices nor average wages would be possible, nor bookkeeping, nor the capitalist economy as a whole. Yet bookkeeping continues to flourish and is a strong argument in favor of the materialistic conception of history.&lt;br class='autobr' /&gt;
Judicial Quackery&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Unless we destroy monopoly,&#8221; said the former United States Attorney General Homer S. Cummings in November, 1937, &#8220;monopoly will find ways to destroy most of our reforms and, in the end, lower the standards of our common life.&#8221; Citing startling figures to prove that &#8220;the trend to an undue concentration of wealth and economic control was unmistakable,&#8221; Cummings was at the same time forced to admit that the legislative and judicial fight against the trusts has so far led nowhere. &#8220;Criminal intent,&#8221; he complained, &#8220;is difficult to establish&#8221; when it is a matter of &#8220;economic results.&#8221; That's just the point ! Worse than that : the judicial struggle against trusts has brought about &#8220;confusion worse confounded.&#8221; This happy pleonasm rather aptly expresses the helplessness of democratic justice in its fight against the Marxist law of value. There are no grounds for hope that Homer Cummings' successor, Mr. Frank Murphy, will be more fortunate in solving these tasks, the very posing of which testifies to the hopeless quackery in the sphere of economic thought.&lt;br class='autobr' /&gt;
To Bring Back Yesterday&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;One cannot but agree with Professor Lewis W. Douglas, the former Director of the Budget in the Roosevelt Administration, when he condemns the government for &#8220;attacking monopoly in one field while fostering monopoly in many others.&#8221; Yet in the nature of the thing it cannot be otherwise. According to Marx, the government is the executive committee of the ruling class. Today monopolists are the strongest section of the ruling class. No government is in any position to fight against monopoly in general, i.e., against the class by whose will it rules. While attacking one form of monopoly, it is obliged to seek an ally in other forms of monopoly. In union with banks and light industry it can deliver occasional blows against the trusts of heavy industry, which, by the way, do not stop earning fantastic profits because of that.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lewis Douglas does not counterpose science to the official quackery, but merely another kind of quackery. He sees the source of monopoly not in capitalism but in protectionism and, accordingly, discovers the salvation of society not in the abolition of private ownership of the means of production but in the lowering of customs tariffs. &#8220;Unless the freedom of markets is restored,&#8221; he predicts, it is &#8220;doubtful that the freedom of all institutions &#8211; enterprises, speech, education, religion &#8211; can survive.&#8221; In other words, without restoring the freedom of international trade, democracy, wherever and to the extent that it still survives, must yield either to a revolutionary or to a fascist dictatorship. But freedom of international trade is inconceivable without freedom of internal trade, i.e., without competition. And freedom of competition is inconceivable under the sway of monopoly. Unfortunately, Mr. Douglas, quite like Mr. Ickes, like Mr. Jackson, like Mr. Cummings, and like Mr. Roosevelt himself, has not gone to the trouble to initiate us into his own prescription against monopolistic capitalism and thereby &#8211; against either a revolution or a totalitarian regime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freedom of trade, like freedom of competition, like the prosperity of the petty-bourgeoisie, belongs to the irrevocable past. To bring back yesterday, is now the sole prescription of the democratic reformers of capitalism ; to bring back more &#8220;freedom&#034; to small and middle-sized industrialists and businessmen, to change the money and credit system in their favor, to free the market from being bossed by the trusts, to eliminate professional speculators from the stock exchange, to restore freedom of international trade, and so forth ad infinitum. The reformers even dream of limiting the use of machines and placing a proscription on technology, which disturbs the social balance and causes a lot of worry. A propos of that, a leading American scientist remarked with a bitter sneer that apparently security could be achieved only by returning to the happy amoeba or, failing this, to the contented swine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Robert Millikan and Marxism&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yet unfortunately, this very scientist, Dr. Robert A. Millikan, a leading American physicist, likewise looks backward rather than forward. Speaking in defense of science on December 7, 1937, he observed : &#8220;United States statistics show that the percentage of the population 'gainfully employed' has steadily increased during the last fifty years, when science has been most rapidly applied.&#8221; This defense of capitalism under the guise of defending science cannot be called a happy one. It is precisely during the last half century that &#8220;was broken the link of times&#8221; and the interrelation of economics and technology altered sharply. The period referred to by Millikan includes the beginning of capitalist decline as well as the highest point of capitalist prosperity. To hush up the beginning of that decline, which is world-wide, is to serve as an apologist for capitalism. Rejecting socialism in an off-hand manner with the aid of arguments that would scarcely do honor even to Henry Ford, Dr. Millikan tells us that no system of distribution can satisfy the needs of man without raising the range of production. Undoubtedly ! But it is a pity that the famous physicist did not explain to the millions of American unemployed just how they were to participate in raising the national income. Abstract preachment about the saving grace of individual initiative and high productivity of labor will certainly not provide the unemployed with jobs, nor will it fill the budgetary deficit, nor will it lead the nation's business out of its blind alley.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What distinguishes Marx is the universality of his genius, his ability to understand phenomena and processes of various fields in their inherent connection. Without being a specialist in natural sciences, he was one of the first to appreciate the significance of the great discoveries in that field ; for example, the theory of Darwinism. Marx was assured that preeminence not so much by virtue of his intellect as by virtue of his method. Bourgeois-minded scientists may think that they are above socialism ; yet Robert Millikan's case is but one more confirmation that in the sphere of sociology they continue to be hopeless quacks. They should learn scientific thinking from Marx.&lt;br class='autobr' /&gt;
Productive Possibilities and Private Ownership&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In his message to Congress at the beginning of 1937 President Roosevelt expressed his desire to raise the national income to ninety or one hundred billion dollars, without, however, indicating just how. In itself this program is exceedingly modest. In 1929, when there were approximately two million unemployed, the national income reached eighty-one billion dollars. Setting in motion the present productive forces would not only suffice to realize Roosevelt's program but even to surpass it considerably. Machines, raw materials, workers, everything is available, not to mention the population's need for the products. If, notwithstanding that, the plan is unrealizable &#8211; and unrealizable it is &#8211; the only reason is the irreconcilable antagonism that has developed between capitalist ownership and society's need for expanding production. The famous government-sponsored National Survey of Potential Production Capacity came to the conclusion that the cost of production and services used in 1929 amounted to nearly ninety-four billion dollars, calculated on the basis of retail prices. Yet if all the actual productive possibilities were utilized, that figure would have risen to 135 billion dollars, which would have averaged $4,370.00 a year per family, sufficient to secure a decent and comfortable living. It must be added that the calculations of the National Survey are based on the present productive organization of the United States, as it came about in consequence of capitalism's anarchic history. If the equipment itself were re-equipped on the basis of a unified socialist plan, the productive calculations could be considerably surpassed and a high comfortable standard of living, on the basis of an extremely short labor day, assured to all the people.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Therefore, to save society, it is not necessary either to check the development of technology, to shut down factories, to award premiums to farmers for sabotaging agriculture, to turn a third of the workers into paupers, or to call upon maniacs to be dictators. Not one of these measures, which are a shocking mockery of the interests of society, is necessary. What is indispensable and urgent is to separate the means of production from their present parasitic owners and to organize society in accordance with a rational plan. Then it would at once be possible really to cure society of its ills. All those able to work would find a job. The work-day would gradually decrease. The wants of all members of society would secure increasing satisfaction. The words &#8220;poverty,&#8221; &#8220;crisis,&#8221; &#8220;exploitation,&#8221; would drop out of circulation. Mankind would at last cross the threshold into true humanity.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Inevitability of Socialism&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Along with the constantly diminishing number of the magnates of capital ...&#8221; says Marx, &#8220;grows the mass of misery, oppression, slavery, degradation, exploitation ; but with this too grows the revolt of the working class, a class always increasing in numbers, and disciplined, united, organized by the very mechanism of the process of capitalist production itself. ... Centralization of the means of production and socialization of labor at last reach a point where they become incompatible with their capitalist integument. This integument is burst asunder. The knell of capitalist private property sounds. The expropriators are expropriated.&#8221; That is the socialist revolution. To Marx, the problem of reconstituting society did not arise from some prescription, motivated by his personal predilections ; it followed, as an iron-clad historical necessity &#8211; on the one hand, from the productive forces grown to powerful maturity ; on the other, from the impossibility further to organize these forces according to the will of the law of value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The lucubrations of certain intellectuals on the theme that, regardless of Marx's teaching, socialism is not inevitable but merely possible, are devoid of any content whatsoever. Obviously, Marx did not imply that socialism would come about without man's volition and action : any such idea is simply an absurdity. Marx foretold that out of the economic collapse in which the development of capitalism must inevitably culminate &#8211; and this collapse is before our very eyes &#8211; there can be no other way out except socialization of the means of production. The productive forces need a new organizer and a new master, and, since being determines consciousness, Marx had no doubt that the working class, at the cost of errors and defeats, will come to understand the actual situation and, sooner or later, will draw the necessary practical conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;That socialization of the capitalist-created means of production is of tremendous economic benefit is today demonstrable not only in theory but also by the experiment of the USSR, notwithstanding the limitations of that experiment. True, capitalistic reactionaries, not without artifice, use Stalin's regime as a scarecrow against the ideas of socialism. As a matter of fact, Marx never said that socialism could be achieved in a single country, and moreover, a backward country. The continuing privations of the masses in the USSR, the omnipotence of the privileged caste, which has lifted itself above the nation and its misery, finally, the savage tyranny of the bureaucrats are not consequences of the socialist method of economy but of the isolation and backwardness of the USSR caught in the ring of capitalist encirclement. The wonder is that under such exceptionally unfavorable conditions the planned economy has managed to demonstrate its inestimable benefits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All the saviors of capitalism, the democratic as well as the fascist kind, attempt to limit, or at least to camouflage, the power of the magnates of capital, in order to forestall &#8220;the expropriation of the expropriators.&#8221; They all recognize, and many of them openly admit, that the failure of their reformist attempts must inevitably lead to socialist revolution. They have all managed to demonstrate that their methods of saving capitalism are but reactionary and helpless quackery. Marx's prognosis about the inevitability of socialism is thus fully confirmed by proof of the negative.&lt;br class='autobr' /&gt;
The Inevitability of Socialist Revolution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The program of &#8220;Technocracy,&#8221; which flourished in the period of the great crisis of 1929-1932, was founded on the correct premise that economy can be rationalized only through the union of technology at the height of science and government at the service of society. Such a union is possible, however, only if technology and government are liberated from the slavery of private ownership. That is where the great revolutionary task begins. In order to liberate technology from the cabal of private interests and place the government at the service of society, it is necessary to &#8220;expropriate the expropriators.&#8221; Only a powerful class, interested in its own liberation and opposed to the monopolistic expropriators, is capable of consummating this task. Only in unison with a proletarian government can the qualified stratum of technicians build a truly scientific and a truly national, i.e., a socialist economy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It would be best, of course, to achieve this purpose in a peaceful, gradual, democratic way. But the social order that has outlived itself never yields its place to its successor without resistance. If in its day the young forceful democracy proved incapable of forestalling the seizure of wealth and power by the plutocracy, is it possible to expect that a senile and devastated democracy will prove capable of transforming a social order based on the untrammeled rule of sixty families ? Theory and history teach that a succession of social regimes presupposes the highest form of the class struggle, i.e., revolution. Even slavery could not be abolished in the United States without a civil war. &#8220;Force is the midwife of every old society pregnant with a new one.&#8221; No one has yet been able to refute Marx on this basic tenet in the sociology of class society. Only a socialist revolution can clear the road to socialism.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marxism in the United States&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The North American republic has gone further than others in the sphere of technology and the organization of production. Not only Americans but all of mankind will build on that foundation. However, the various phases of the social process in one and the same nation have varying rhythms, depending on special historical conditions. While the United States enjoys tremendous superiority in technology, its economic thought is extremely backward in both the right and left wings. John L. Lewis has about the same views as Franklin D. Roosevelt. Considering the nature of his office, Lewis' social function is incomparably more conservative, not to say reactionary, than Roosevelt's. In certain American circles there is a tendency to repudiate this or that radical theory without the slightest scientific criticism, by simply dismissing it as &#8220;un-American.&#8221; But where can you find the differentiating criterion of that ? Christianity was imported into the United States along with logarithms, Shakespeare's poetry, notions on the rights of man and the citizen, and certain other not unimportant products of human thought. Today Marxism stands in the same category.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secretary of Agriculture Henry A. Wallace imputed to the author of these lines, &#8220;a dogmatic narrowness which is bitterly un-American&#8221; and counterposed to Russian dogmatism the opportunist spirit of Jefferson, who knew how to get along with his opponents. Apparently, it has never occurred to Mr. Wallace that a policy of compromise is not a function of some immaterial national spirit, but a product of material conditions. A nation rapidly growing rich has sufficient reserves for conciliation between hostile classes and parties. When, on the other hand, social contradictions are sharpened, the ground for compromise disappears. America was free of &#8220;dogmatic narrowness&#8221; only because it had a plethora of virgin areas, inexhaustible resources of natural wealth and, it would seem, limitless opportunities for enrichment. True, even under these conditions the spirit of compromise did not prevent the Civil War when the hour for it struck. Anyway, the material conditions which made up the basis of &#8220;Americanism,&#8221; are today increasingly relegated to the past. Hence the profound crisis of traditional American ideology.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Empirical thinking, limited to the solution of immediate tasks from time to time, seemed adequate enough in labor as well as in bourgeois circles as long as Marx's laws of value did everybody's thinking. But today that very law produces opposite effects. Instead of urging economy forward, it is undermining its foundations. Conciliatory eclectic thinking, with its philosophic apogee, pragmatism, becomes utterly inadequate, while an unfavorable or disdainful attitude toward Marxism as a &#8220;dogma&#8221; &#8211; is increasingly untenable, reactionary and downright ridiculous. On the contrary, it is the traditional ideas of &#8220;Americanism&#8221; that have become lifeless, petrified &#8220;dogma&#8221; giving rise to nothing but errors and confusion. At the same time, the economic teaching of Marx has acquired peculiar viability and relevance for the United States. Although Capital rests on international material, preponderantly English, in its theoretical foundation it is an analysis of pure capitalism, capitalism in general, capitalism as such. Undoubtedly, the capitalism grown on the virgin, unhistorical soil of America comes closest to that ideal type of capitalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;With Mr. Wallace's permission, America developed economically not in accordance with the principles of Jefferson, but in accordance with the laws of Marx. There is as little offence to national self-esteem in acknowledging this as in recognizing that America turns around the sun in accordance with the laws of Newton. The more Marx is ignored in the United States, the more compelling becomes his teaching now. Capital offers a faultless diagnosis of the malady and an irreplaceable prognosis. In that sense the teaching of Marx is far more permeated with new &#8220;Americanism&#8221; than the ideas of Hoover and Roosevelt, of Green and Lewis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;True, there is a widespread original literature in the United States devoted to the crisis of American economy. In so far as conscientious economists offer an objective picture of the destructive trends of American capitalism, their investigations, regardless of their theoretical premises, which are usually lacking anyway, look like direct illustrations of Marx's theory. The conservative tradition makes itself known, however, when these authors stubbornly restrain themselves from definitive conclusions, limiting themselves to gloomy predictions or such edifying banalities as &#8220;the country must understand,&#8221; &#8220;public opinion must certainly consider,&#8221; and the like. These books look like a knife without a blade or like a compass without its needle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The United States had Marxists in the past, it is true, but they were a strange type of Marxist, or rather, three strange types. In the first place, there were the &#233;migr&#233;s cast out of Europe, who did what they could but could not find any response ; in the second place, isolated American groups, like the De Leonists, who in the course of events, and because of their own mistakes, turned themselves into sects ; in the third place, dilettantes attracted by the October Revolution and sympathetic to Marxism as an exotic teaching that had little to do with the United States. Their day is over. Now dawns the new epoch of an independent class movement of the proletariat and at the same time of &#8211; genuine Marxism. In this, too, America will in a few jumps catch up with Europe and outdistance it. Advanced technology and an advanced social structure will pave their own way in the sphere of doctrine. The best theoreticians of Marxism will appear on American soil. Marx will become the mentor of the advanced American workers. To them this abridged exposition of the first volume will become only an initial step toward the complete Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26 February 1939, Coyoacan]&lt;br class='autobr' /&gt;
Capitalism's Ideal Mirror&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the time the first volume of Capital was published world domination by the British bourgeoisie was as yet unchallenged. The abstract laws of commodity economy naturally found their fullest embodiment &#8211; i.e., the one least dependent on past influences &#8211; in the country where capitalism had achieved its highest development. While relying in his analysis mainly on England, Marx had not only England in view, but the entire capitalist world. He used the England of his day as capitalism's best contemporaneous mirror.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now only memories are left of British hegemony. The advantages of capitalist primogeniture have turned into disadvantages. England's technical and economic structure has become outworn. The country continues to depend for its world position on the colonial empire, a heritage of the past, rather than on an active economic potential. That explains, incidentally, Chamberlain's Christian charity toward the international gangsterism of the fascists, which has so astonished everybody. The English bourgeoisie cannot help realizing that its economic decline has become thoroughly incompatible with its position in the world and that a new war threatens to bring about the downfall of the British Empire. Essentially similar is the economic basis of France's &#8220;pacifism.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Germany on the contrary, has utilized in its rapid capitalistic ascent the advantages of historic belatedness, by arming itself with the most advanced technology in Europe. Having a narrow national base and paucity of natural resources, Germany's dynamic capitalism of necessity became transformed into the most explosive factor in the so-called balance of world powers. Hitler's epileptic ideology is only a reflected image of the epilepsy of German capitalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In addition to numerous invaluable advantages of a historical character, the development of the United States enjoyed the preeminence of an immeasurably larger territory and incomparably greater natural wealth than Germany's. Having considerably outstripped Great Britain, the North American republic became at the beginning of this century the chief stronghold of the world bourgeoisie. There all possibilities inherent in capitalism have found their highest expression. Nowhere else on our planet can the bourgeoisie in any way exceed its achievements in the dollar republic, which has become for the twentieth century the most perfect mirror of capitalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For the same reasons that Marx preferred to base his exposition on English statistics, English parliamentary reports, English &#034;Blue Books,&#034; and the like, we have resorted in our modest introduction to evidence chiefly from the economic and political life of the United States. It would not be difficult, needless to say, to cite analogous facts and figures from the life of any other capitalist country. But that would not add anything essential. The conclusions would remain the same, only the examples would be less striking.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The economic policy of the Popular Front in France, was, as one of its financiers aptly put it, an adaptation of the New Deal &#8220;for Lilliputians.&#8221; It is perfectly obvious that in a theoretical analysis it is immeasurably more convenient to deal with Cyclopean rather than Lilliputian magnitudes. It is the very immensity of Roosevelt's experiment which shows that only a miracle can save the world-wide capitalist system. But it so happens that the development of capitalist production put a stop to the production of miracles. Incantations and prayers abound, miracles never come. However, it is clear that if the miracle of capitalism's rejuvenation could happen anywhere at all, it would be nowhere else but in the United States. Yet this rejuvenation was not achieved. What the Cyclops failed to attain, the Lilliputians are even less able to accomplish. To lay the foundation for that simple conclusion, is the sense of our excursion into the realm of American economy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mother Countries and Colonies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The country that is more developed industrially,&#8221; Marx wrote in the preface to the first edition of his Capital, &#8220;only shows to the less developed the image of its own future.&#8221; Under no circumstances, however, can this thought be taken literally. The growth of productive forces and the deepening of social contradictions are undoubtedly the lot of every country that has set out on the road of bourgeois development. However, the unevenness of tempos and levels, which goes through all of mankind's development and basically has its natural as well as its historical reasons, not only became especially acute under capitalism, but gave rise to the complex relations of dependence, exploitation, and oppression between countries of different economic types.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Only a minority of countries has fully gone through that systematic and logical development from handicraft through domestic manufacture to the factory, which Marx subjected to such detailed analysis. Commercial, industrial and financial capital invaded backward countries from the outside, partly destroying the primitive forms of native economy and partly subjecting them to the world-wide industrial and banking system of the West. Under the whip of imperialism the colonies and semi-colonies found themselves compelled to disregard the intervening stages, at the same time artificially hanging on at one level or another. India's development did not duplicate England's development ; it was a supplement to it. However, in order to understand the combined type of development of backward and dependent countries like India, it is always necessary to bear in mind the classical schema Marx derived from England's development. In any case, the labor theory of value guides equally the calculations of speculators in London's City and the money changing transactions in the most remote corners of Hyderabad, except that in the latter case it assumes simpler and less fraudulent forms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unevenness of development brought tremendous benefits to the advanced countries, which although in varying degrees, continued to develop at the expense of the backward ones, by exploiting them, by converting them into their colonies, or, at least, by making it impossible for them to get in among the capitalist aristocracy. The fortunes of Spain, Holland, England, and France were obtained not only from the surplus labor of their own proletariat, not only by the ruination of their own petty bourgeoisie, but also through the systematic pillage of their overseas possessions. The exploitation of classes was supplemented, and its potency increased, by the exploitation of nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The bourgeoisie of the mother countries was enabled to secure a privileged position for its own proletariat, especially the upper layers, by paying for it with some of the super-profits garnered in the colonies. Without that, any sort of stable democratic regime would have been utterly impossible. In its expanded manifestation bourgeois democracy became, and continues to remain, a form of government accessible only to the most aristocratic and the most exploitative nations. Ancient democracy was based on slavery, imperialist democracy &#8211; on the plundering of colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The United States, which formally has almost no colonies, is nevertheless the most privileged of all the nations of history. Active immigrants from Europe took possession of an exceedingly rich continent, exterminated the native population, seized the best part of Mexico and bagged the lion's share of the world's wealth. The deposits of fat thus accumulated continue to be useful even now, in the epoch of decline, for greasing the gears and wheels of democracy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recent historical experience, as well as theoretical analysis, attests that the rate of a democracy's development and its stability are in inverse proportion to the tension of class contradictions. In the less privileged capitalist countries (Russia, on the one hand ; Germany, Italy and the like, on the other), which were unable to engender a numerous and stable labor aristocracy, democracy was never developed to any extent and succumbed to dictatorship with comparative ease. However, the continuing progressive paralysis of capitalism is preparing the same fate for the democracies of the most privileged and the richest nations ; the only difference is in dates. The uncontrollable deterioration in the living conditions of the workers makes it less and less possible for the bourgeoisie to grant the masses the right of participation in political life, even within the limited framework of bourgeois parliamentarism. Any other explanation of the manifest process of democracy's dislodgement by fascism is an idealistic falsification of reality, either deception or self-deception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;While destroying democracy in the old mother countries of capital, imperialism at the same time hinders the rise of democracy in the backward countries. The fact that in the new epoch not a single one of the colonies or semi-colonies has consummated its democratic revolution &#8211; above all in the field of agrarian relations &#8211; is entirely due to imperialism, which has become the chief brake on economic and political progress. Plundering the natural wealth of the backward countries and deliberately restraining their independent industrial development, the monopolistic magnates and their governments simultaneously grant financial, political and military support to the most reactionary, parasitic, and semi-feudal groups of native exploiters. Artificially preserved agrarian barbarism is today the most sinister plague of contemporary world economy. The fight of the colonial peoples for their liberation, passing over the intervening stages, transforms itself of necessity into a fight against imperialism, and thus aligns itself with the struggle of the proletariat in the mother countries. Colonial uprisings and wars in their turn rock the foundations of the capitalist world more than ever and render the miracle of its regeneration less than ever possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Planned World Economy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Capitalism achieved the twin historical merit of having placed technique on a high level and having bound all parts of the world with economic ties. Thus it pledged the material prerequisites for the systematic utilization of all of our planet's resources. However, capitalism is in no position to fulfill this urgent task. The nidus of its expansion continues to consist of circumscribed nation-states with their customs houses and armies. Yet the productive forces have long outgrown the boundaries of the nation-state, thereby transforming what was once a progressive historical factor into an unendurable restraint. Imperialist wars are nothing else than the detonations of productive forces against the state borders, which have come to be too confining for them. The program of so-called autarchy has nothing to do with going back to a self-sufficient circumscribed economy. It only means that the national base is being made ready for a new war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After the Versailles Treaty was signed it was generally believed that the terrestrial globe had been pretty well subdivided. But more recent events have served to remind us that our planet continues to contain lands that have not yet been either plundered or sufficiently plundered. Italy has enslaved Abyssinia. Japan is trying to possess China. Tired of waiting for the return of its former colonies, Germany transformed Czechoslovakia into a colony. Italy broke into Albania. The fate of the Balkan Peninsula is in question. The United States is alarmed by the encroachments of &#8220;outsiders&#8221; in Latin America. The struggle for colonies continues to be part and parcel of the policy of imperialistic capitalism. No matter how thoroughly the world is divided, the process never ends, but only again and again places on the order of the day the question of a new re-division of the world in line with altered relations between imperialistic forces. Such is the actual reason today for rearmaments, diplomatic convulsions and military alignments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All attempts to represent the impending war as a clash between the ideas of democracy and fascism belong to the realm either of charlatanism or stupidity. Political forms change, capitalist appetites remain. If a fascist regime were to be established tomorrow on either side of the English Channel &#8211; and hardly anyone will dare to deny such a possibility &#8211; the Paris and London dictators would be just as little able to give up their colonial possessions as Mussolini and Hitler their colonial claims. The furious and hopeless struggle for a new division of the world follows irresistibly from the mortal crisis of the capitalist system.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partial reforms and patchwork will do no good. Historical development has come to one of those decisive stages when only the direct intervention of the masses is able to sweep away the reactionary obstructions and lay the foundations of a new regime. Abolition of private ownership in the means of production is the first prerequisite to planned economy, i.e., the introduction of reason into the sphere of human relations, first on a national and eventually on a world scale. Once it begins, the socialist revolution will spread from country to country with immeasurably greater force than fascism spreads today. By the example and with the aid of the advanced nations, the backward nations will also be carried away into the main stream of socialism. The thoroughly rotted customs toll-gates will fall. The contradictions which rend Europe and the entire world asunder will find their natural and peaceful solution within the framework of a Socialist United States in Europe as well as in other parts of the world. Liberated humanity will draw itself up to its full height.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coyoacan, D.F., Mexico.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 April 1939&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La pens&#233;e r&#233;volutionnaire de Marx et la lutte contre l'id&#233;ologie dominante</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;La pens&#233;e r&#233;volutionnaire de Marx et la lutte contre l'id&#233;ologie dominante &lt;br class='autobr' /&gt;
par Mohamed Belaali &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les id&#233;es dominantes d'une &#233;poque n'ont jamais &#233;t&#233; que les id&#233;es de la classe dominante&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
Source : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-pensee-revolutionnaire-de-marx-241884 &lt;br class='autobr' /&gt;
Grands m&#233;dias, programmes scolaires et universitaires, institutions religieuses, industries culturelles, techniques publicitaires..., l'id&#233;ologie dominante est partout. Envahissante, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La pens&#233;e r&#233;volutionnaire de Marx et la lutte contre l'id&#233;ologie dominante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Mohamed Belaali&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les id&#233;es dominantes d'une &#233;poque n'ont jamais &#233;t&#233; que les id&#233;es de la classe dominante&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-pensee-revolutionnaire-de-marx-241884&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-pensee-revolutionnaire-de-marx-241884&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grands m&#233;dias, programmes scolaires et universitaires, institutions religieuses, industries culturelles, techniques publicitaires..., l'id&#233;ologie dominante est partout. Envahissante, elle sature l'espace public et priv&#233;. Elle fa&#231;onne et conditionne notre mani&#232;re de penser et d'agir. Consciemment ou non, cette domination est accept&#233;e et int&#233;rioris&#233;e par la majorit&#233; des citoyens souvent au nom de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. La soumission est m&#234;me consid&#233;r&#233;e comme d&#233;mocratique. L'opposition est int&#233;gr&#233;e, domestiqu&#233;e ou marginalis&#233;e. Les domin&#233;s participent, sans vraiment le vouloir, au maintien de leur propre servitude. Toute vell&#233;it&#233; et toute volont&#233; de transformation radicale et qualitative de la soci&#233;t&#233; semblent anachroniques, surann&#233;es, d&#233;pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, nonobstant sa force et sa puissance sociale, l'id&#233;ologie de la classe dominante est contredite chaque jour par la r&#233;alit&#233;. Le capitalisme conna&#238;t une crise profonde qui menace l'existence m&#234;me de l'humanit&#233; : mis&#232;re sociale exacerb&#233;e, exploitation de la force de travail de plus en plus violente, menace constante d'une guerre nucl&#233;aire, &#233;pid&#233;mies &#224; r&#233;p&#233;tition, privatisation des ressources naturelles, destruction syst&#233;matique de notre plan&#232;te, marchandisation et d&#233;shumanisation des rapports sociaux etc.etc. Tous ces constats et bien d'autres montrent que la r&#233;volution sociale, contrairement aux affirmations de l'id&#233;ologie bourgeoise, est non seulement n&#233;cessaire, mais urgente. Mais&#034;sans th&#233;orie r&#233;volutionnaire, pas de mouvement r&#233;volutionnaire&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les faits donnent raison &#224; la th&#233;orie r&#233;volutionnaire de Marx. Toute son &#339;uvre reste plus que jamais indispensable pour r&#233;veiller et organiser les forces capables de faire &#233;clater cette soci&#233;t&#233; et lib&#233;rer les hommes de toutes les tares et de toute la laideur du capitalisme. Le combat pour l'&#233;mancipation passe, en parall&#232;le de la lutte &#233;conomique et politique, par la lutte contre cette id&#233;ologie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de Marx n'est pas un dogme, loin s'en faut, mais un outil formidable de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture ou la relecture de Marx est indispensable non seulement pour lutter contre cette id&#233;ologie totalitaire mais aussi et surtout pour&#034;renverser toutes les conditions sociales o&#249; l'homme est un &#234;tre abaiss&#233;, asservi, abandonn&#233;, m&#233;prisable&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commen&#231;ons aujourd'hui par publier une partie de la &#034;Critique de l'&#233;conomie politique&#034; de 1859 et nous poursuivrons ult&#233;rieurement par la publication d'autres textes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;(...)dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rap&#173;ports d&#233;termin&#233;s, n&#233;cessaires, ind&#233;pendants de leur volont&#233;, rapports de production qui corres&#173;pondent &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppement d&#233;termin&#233; de leurs forces productives mat&#233;&#173;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base concr&#232;te sur laquelle s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; la&#173;quel&#173;le correspondent des formes de conscience sociales d&#233;termin&#233;es. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur &#234;tre ; c'est inversement leur &#234;tre social qui d&#233;termine leur conscience. &#192; un certain stade de leur d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propri&#233;t&#233; au sein desquels elles s'&#233;taient mues jusqu'alors. De formes de d&#233;veloppement des forces productives qu'ils &#233;taient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale. Le changement dans la base &#233;conomique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'&#233;norme superstructure. Lorsqu'on consid&#232;re de tels bouleversements, il faut toujours distin&#173;guer entre le bouleversement mat&#233;riel - qu'on peut constater d'une mani&#232;re scientifiquement rigoureuse - des conditions de production &#233;conomiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le m&#232;nent jusqu'au bout. Pas plus qu'on ne juge un individu sur l'id&#233;e qu'il se fait de lui-m&#234;me, on ne saurait juger une telle &#233;poque de boule&#173;ver&#173;se&#173;ment sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit qui existe entre les forces productives socia&#173;les et les rapports de production. Une formation sociale ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velopp&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et sup&#233;rieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports soient &#233;closes dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que des probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;soudre, car, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours, que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne surgit que l&#224; o&#249; les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent d&#233;j&#224; ou du moins sont en voie de devenir. &#192; grands traits, les modes de production asiatique, antique, f&#233;odal et bourgeois moderne peuvent &#234;tre qualifi&#233;s d'&#233;poques progressives de la formation sociale &#233;conomique. Les rap&#173;ports de production bourgeois sont la derni&#232;re forme contradictoire du processus de produc&#173;tion sociale, contradictoire non pas dans le sens d'une contradiction individuelle, mais d'une contradiction qui na&#238;t des conditions d'existence sociale des individus ; cependant les forces productives qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise cr&#233;ent en m&#234;me temps les conditions mat&#233;rielles pour r&#233;soudre cette contradiction. Avec cette formation sociale s'ach&#232;&#173;ve donc la pr&#233;histoire de la soci&#233;t&#233; humaine&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl MARX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique de l'&#233;conomie politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, janvier 1859.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : Critique de l'Economie politique - K. Marx (Avertissement) (marxists.org)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le premier acte historique de ces individus, par lequel ils se distinguent des animaux, n'est pas qu'ils pensent, mais qu'ils se mettent &#224; produire leurs moyens d'existence&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la &#034;Critique de l'&#233;conomie politique&#034; de 1859, nous publions aujourd'hui quelques passages de l'Id&#233;ologie allemande, texte r&#233;dig&#233; par Marx et Engels entre l'automne1845 et le printemps 1846. C'est une &#339;uvre posthume puisqu'elle n'a &#233;t&#233; publi&#233;e pour la prem&#232;re fois qu'en... 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;(...) Les pr&#233;misses dont nous partons ne sont pas des bases arbitraires, des dogmes ; ce sont des bases r&#233;elles dont on ne peut faire abstraction qu'en imagination. Ce sont les individus r&#233;els, leur action et leurs conditions d'existence mat&#233;rielles, celles qu'ils ont trouv&#233;es toutes pr&#234;tes, comme aussi celles qui sont n&#233;es de leur propre action. Ces bases sont donc v&#233;rifiables par voie purement empirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition premi&#232;re de toute histoire humaine est naturellement l'existence d'&#234;tres humains vivants. Le premier acte historique de ces individus, par lequel ils se distinguent des animaux, n'est pas qu'ils pensent, mais qu'ils se mettent &#224; produire leurs moyens d'existence. Le premier &#233;tat de fait &#224; constater est donc la complexion corporelle de ces individus et les rapports qu'elle leur cr&#233;e avec le reste de la nature. Nous ne pouvons naturellement pas faire ici une &#233;tude approfondie de la constitution physique de l'homme elle-m&#234;me, ni des conditions naturelles que les hommes ont trouv&#233;es toutes pr&#234;tes, conditions g&#233;ologiques, orographiques, hydrographiques, climatiques et autres. Or cet &#233;tat de choses ne conditionne pas seulement l'organisation qui &#233;mane de la nature ; l'organisation primitive des hommes, leurs diff&#233;rences de race notamment ; il conditionne &#233;galement tout leur d&#233;veloppement ou non d&#233;veloppement ult&#233;rieur jusqu'&#224; l'&#233;poque actuelle. Toute histoire doit partir de ces bases naturelles et de leur modification par l'action des hommes au cours de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l'on voudra. Eux-m&#234;mes commencent &#224; se distinguer des animaux d&#232;s qu'ils commencent &#224; produire leurs moyens d'existence, pas en avant qui est la cons&#233;quence m&#234;me de leur organisation corporelle. En produisant leurs moyens d'existence, les hommes produisent indirectement leur vie mat&#233;rielle elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont les hommes produisent leurs moyens d'existence, d&#233;pend d'abord de la nature des moyens d'existence d&#233;j&#224; donn&#233;s et qu'il leur faut reproduire. Il ne faut pas consid&#233;rer ce mode de production de ce seul point de vue, &#224; savoir qu'il est la reproduction de l'existence physique des individus. Il repr&#233;sente au contraire d&#233;j&#224; un mode d&#233;termin&#233; de l'activit&#233; de ces individus, une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e de manifester leur vie, un mode de vie d&#233;termin&#233;. La fa&#231;on dont les individus manifestent leur vie refl&#232;te tr&#232;s exactement ce qu'ils sont. Ce qu'ils sont co&#239;ncide donc avec leur production, aussi bien avec ce qu'ils produisent qu'avec la fa&#231;on dont ils le produisent. Ce que sont les individus d&#233;pend donc des conditions mat&#233;rielles de leur production. (,,,)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc les faits : des individus d&#233;termin&#233;s qui ont une activit&#233; productive selon un mode d&#233;termin&#233; entrent dans des rapports sociaux et politiques d&#233;termin&#233;s. Il faut que dans chaque cas isol&#233;, l'observation empirique montre dans les faits, et sans aucune sp&#233;culation ni mystification, le lien entre la structure sociale et politique et la production. La structure sociale et l'&#201;tat r&#233;sultent constamment du processus vital d'individus d&#233;termin&#233;s ; mais de ces individus non point tels qu'ils peuvent s'appara&#238;tre dans leur propre repr&#233;sentation ou appara&#238;tre dans celle d'autrui, mais tels qu'ils sont en r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire, tels qu'ils &#339;uvrent et produisent mat&#233;riellement ; donc tels qu'ils agissent sur des bases et dans des conditions et limites mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es et ind&#233;pendantes de leur volont&#233;. Les repr&#233;sentations que se font ces individus sont des id&#233;es soit sur leurs rapports avec la nature, soit sur leurs rapports entre eux, soit sur leur propre nature. Il est &#233;vident que, dans tous ces cas, ces repr&#233;sentations sont l'expression consciente r&#233;elle ou imaginaire de leurs rapports et de leur activit&#233; r&#233;els, de leur production, de leur commerce, de leur organisation politique et sociale. Il n'est possible d'&#233;mettre l'hypoth&#232;se inverse que si l'on suppose en dehors de l'esprit des individus r&#233;els, conditionn&#233;s mat&#233;riellement, un autre esprit encore, un esprit particulier. Si l'expression consciente des conditions de vie r&#233;elles de ces individus est imaginaire, si, dans leurs repr&#233;sentations, ils mettent la r&#233;alit&#233; la t&#234;te en bas, ce ph&#233;nom&#232;ne est encore une cons&#233;quence de leur mode d'activit&#233; mat&#233;riel born&#233; et des rapports sociaux &#233;triqu&#233;s qui en r&#233;sultent. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'encontre de la philosophie allemande qui descend du ciel sur la terre, c'est de la terre au ciel que l'on monte ici. Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s'imaginent, se repr&#233;sentent, ni non plus de ce qu'ils sont dans les paroles, la pens&#233;e, l'imagination et la repr&#233;sentation d'autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os ; non, on part des hommes dans leur activit&#233; r&#233;elle, c'est &#224; partir de leur processus de vie r&#233;el que l'on repr&#233;sente aussi le d&#233;veloppement des reflets et des &#233;chos id&#233;ologiques de ce processus vital. Et m&#234;me les fantasmagories dans le cerveau humain sont des sublimations r&#233;sultant n&#233;cessairement du processus de leur vie mat&#233;rielle que l'on peut constater empiriquement et qui repose sur des bases mat&#233;rielles. De ce fait, la morale, la religion, la m&#233;taphysique et tout le reste de l'id&#233;ologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussit&#244;t toute apparence d'autonomie. Elles n'ont pas d'histoire, elles n'ont pas de d&#233;veloppement ; ce sont au contraire les hommes qui, en d&#233;veloppant leur production mat&#233;rielle et leurs rapports mat&#233;riels, transforment, avec cette r&#233;alit&#233; qui leur est propre, et leur pens&#233;e et les produits de leur pens&#233;e. Ce n'est pas la conscience qui d&#233;termine la vie, mais la vie qui d&#233;termine la conscience. Dans la premi&#232;re fa&#231;on de consid&#233;rer les choses, on part de la conscience comme &#233;tant l'individu vivant, dans la seconde fa&#231;on, qui correspond &#224; la vie r&#233;elle, on part des individus r&#233;els et vivants eux-m&#234;mes et l'on consid&#232;re la conscience uniquement comme leur conscience (...).&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-pensee-revolutionnaire-de-marx-241884&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-pensee-revolutionnaire-de-marx-241884&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les sources du marxisme</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article7521</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article7521</guid>
		<dc:date>2024-09-17T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les sources du marxisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que le marxisme : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article607 &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire encore : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot93 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Trois Sources du Marxisme de Karl Kautsky : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1908/00/kautsky_19080000.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
Autre source : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1908/00/troissources.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
Les trois sources et les trois parties constitutives du marxisme de L&#233;nine : (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les sources du marxisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le marxisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article607&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article607&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot93&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot93&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Trois Sources du Marxisme de Karl Kautsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1908/00/kautsky_19080000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1908/00/kautsky_19080000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1908/00/troissources.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1908/00/troissources.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois sources et les trois parties constitutives du marxisme de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/03/19130300.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/03/19130300.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/03/trois.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/03/trois.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel, une des sources de Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4554&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4554&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre capitaliste et prol&#233;tarienne, une autre source de Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3316&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3316&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre source de Marx, la philosophie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4039&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4039&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philosophie et &#233;conomie sont ins&#233;parables chez Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1699&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1699&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Marx estimait la dialectique indispensable pour comprendre l'&#233;conomie capitaliste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3666&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3666&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx expose simplement, mais dialectiquement, ce qu'est le capitalisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fausses interpr&#233;tations du marxisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3947&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3947&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme a-t-il analys&#233; correctement les grands &#233;v&#233;nements historiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3822&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3822&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gheorgi Plekhanov - Les questions fondamentales du marxisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sources &#233;cossaises du mat&#233;rialisme historique de Karl Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://archipel.uqam.ca/7065/1/M13629.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archipel.uqam.ca/7065/1/M13629.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Marxisme apr&#232;s Marx, par Pierre Souyri :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/souryi/works/1970/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/souryi/works/1970/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sources du marxisme de Delevsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jstor.org/stable/24686911&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jstor.org/stable/24686911&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marxisme, de Fabien Tarrit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02019117/document&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02019117/document&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Biblioth&#232;que du marxisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bibliothequedumarxisme.wordpress.com/index/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bibliothequedumarxisme.wordpress.com/index/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La source des divergences entre marxistes par L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/lenin/works/1909/nov/28b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.marxists.org/archive/lenin/works/1909/nov/28b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marxisme et r&#233;visionnisme par V.I. Lenine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/04/vil19080403.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/04/vil19080403.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sources du stalinisme par Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/06/300600e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/06/300600e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Le marxisme et notre &#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article607&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article607&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vladimir Ilyich Lenin, The Three Sources and Three Component Parts of Marxism :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/lenin/works/1913/mar/x01.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/lenin/works/1913/mar/x01.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Works by Date with Sources :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/marx/works/date/sources.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/marx/works/date/sources.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> De la pr&#233;tendue r&#233;futation du marxisme par les math&#233;matiques </title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8251</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8251</guid>
		<dc:date>2024-04-29T22:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De la pr&#233;tendue r&#233;futation du marxisme par les math&#233;matiques &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 5 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 9 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 11 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 12 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 13 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 14 &lt;br class='autobr' /&gt;
[Texte 15 -&gt; https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3935&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Chapter 12 : Philosophical annexes - Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; De la pr&#233;tendue r&#233;futation du marxisme par les math&#233;matiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lafargue/1906/03/economic-determinism.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://denis-collin.viabloga.com/news/le-marxisme-mathematique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wikiberal.org/wiki/Plus-value&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://theses.hal.science/tel-01807301/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://alain.alcouffe.free.fr/Marx-maths/chap1.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/rhs_0151-4105_1988_num_41_2_4097_t1_0213_0000_1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://hal.science/hal-01312597/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/09/vil19080900am.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://arxiv-org.translate.goog/abs/2211.01283?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3617&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1134&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://theses.hal.science/tel-01807301/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 12&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4546&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 13&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-anti--dialectics-co-uk.translate.goog/Heijenoort.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 14&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Texte 15 -&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3935&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3935&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marxisme et math&#233;matiques : que sont un th&#233;or&#232;me, une v&#233;rit&#233; math&#233;matiques ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8740</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8740</guid>
		<dc:date>2024-03-25T23:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet article est un &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse aux camarade de Robin Goddfellow qui posaient la question : la dialectique est-elle pr&#233;sente en math&#233;matiques. De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, beaucoup d'adversaires du marxisme qui n'osent s'attaquer directement &#224; Marx prennent Engels et sa Dialectique de Nature pour cible. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;volution, r&#233;ponse &#224; une crise, eut lieu en 1879 dans le domaine de la &#171; th&#233;orie de la connaissance &#187; math&#233;matique, avec la publication de la brochure intitul&#233;e Id&#233;ographie, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique19" rel="directory"&gt; Introduction &#224; la dialectique de la nature&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet article est un &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse aux camarade de Robin Goddfellow qui posaient la question : la dialectique est-elle pr&#233;sente en math&#233;matiques. De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, beaucoup d'adversaires du marxisme qui n'osent s'attaquer directement &#224; Marx prennent Engels et sa &lt;i&gt;Dialectique de Nature&lt;/i&gt; pour cible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;volution, r&#233;ponse &#224; une crise, eut lieu en 1879 dans le domaine de la &#171; th&#233;orie de la connaissance &#187; math&#233;matique, avec la publication de la brochure intitul&#233;e &lt;i&gt;Id&#233;ographie&lt;/i&gt;, &#233;crite par le math&#233;maticien allemand Gotlob Frege.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Rubicon &#233;tait franchi, cette th&#233;orie fut d&#233;velopp&#233;e par B. Russel, D. Hilbert, K. G&#246;del et tant d'autres. Elle aboutit &#224; un r&#233;sultat math&#233;matique tr&#232;s concret, d&#233;montr&#233; par P. Cohen. Chacun de ces d&#233;veloppements m&#233;riterait un article &#224; lui seul, mais en gros, disons que les math&#233;maticiens qui pr&#233;tendent que la philosophie est inutile en math&#233;matiques, ont &#233;t&#233; assomm&#233;s par le r&#233;sultat de Cohen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la dialectique ? C'est pour les marxistes (qui le sont rest&#233;s) celle mise au point par Hegel dans sa vision id&#233;aliste, remise sur ses pieds gr&#226;ce au mat&#233;rialisme de Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine donne dans ses cahiers philosophique une r&#233;sum&#233; qui correspond exactement &#224; notre cas :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;doublement de l'un et la connaissance de ses parties contradictoires (v. la citation de Philon sur H&#233;raclite au d&#233;but de la IIIe partie (&#171; De la connaissance &#187;) de l'H&#233;raclite de Lassalle1) est le fond (une des &#171; essences &#187;, une des particularit&#233;s ou marques fondamentales, sinon la fondamentale) de la dialectique. C'est ainsi que Hegel &#233;galement pose la question (dans sa &#171; M&#233;taphysique &#187;, Aristote se d&#233;bat constamment &#224; ce propos et se bat contre H&#233;raclite et contre les id&#233;es h&#233;raclit&#233;ennes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justesse de cet aspect du contenu de la dialectique doit &#234;tre v&#233;rifi&#233;e par l'histoire de la science.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est effectivement par un &#233;pisode de l'histoire des math&#233;matiques (l'ouvrage de Frege, 1879) que nous pouvons illustrer ce d&#233;doublement de l'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;cole on nous apprend qu'un th&#233;or&#232;me math&#233;matique est un r&#233;sultat qui est vrai. Un th&#233;or&#232;me c'est ce qu'en g&#233;n&#233;ral on a obtenu par un raisonnement math&#233;matique rigoureux, &#224; partir de r&#233;sultats d&#233;j&#224; connus comme vrais (des th&#233;or&#232;mes ou des axiomes, c'est-&#224;-dire des propri&#233;t&#233;s prises au d&#233;part comme vraies).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc un th&#233;or&#232;me math&#233;matique est vrai, et une v&#233;rit&#233; math&#233;matique est un th&#233;or&#232;me. Bien s&#251;r on ne va pas appeler &#034;7+6=13&#034; un th&#233;or&#232;me math&#233;matique car c'est un r&#233;sultat &#233;vident. On r&#233;serve en g&#233;naral le nom de th&#233;or&#232;me &#224; des r&#233;sultats qui le m&#233;ritent. Mais dans la th&#233;orie de la connaissance math&#233;matique, que pour faire court on peut appeler la m&#233;tamath&#233;matique&#034;, un theor&#232;me et une v&#233;rit&#233; sont la m&#234;me chose : toute ce qui est vrai peut &#234;tre d&#233;montr&#233;, et tout ce qui est d&#233;montr&#233; est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; un &#187; mentionn&#233; par L&#233;nine est donc ce couple Th&#233;or&#232;me-v&#233;rit&#233;. On voit d&#233;j&#224; que le ver de la dialectique est dans le fruit, car ce qui est consid&#233;r&#233; comme unique a re&#231;u une double appelation dans le langage, double appellation qui correspond &#224; ces deux activit&#233;s distinctes dans la pratique des math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, si l'on dessine un carr&#233; et trace ses deux diagonales, il est clairement vrai que ces deux diagnonales se croisent. C'est une v&#233;rit&#233;. Mais si l'on essaye de le prouver, on aura du mal. ce r&#233;sultat math&#233;matique a &#233;t&#233; connu comme une v&#233;rit&#233; bien avant d'avoir &#233;t&#233; un th&#233;or&#232;me d&#233;montr&#233;. R&#233;ciproquement parfois des math&#233;maticiens d&#233;montrent des th&#233;or&#232;mes bizarres qui semblent ne pas pouvoir &#234;tre vrais, mais qui longtemps apr&#232;s sont bien compris et acqui&#232;rent le statut de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution de Frege et de ses successeurs qui ont d&#233;velopp&#233; la logique moderne a donc &#233;t&#233; de dissocier compl&#232;tement cette unit&#233; : un th&#233;or&#232;me est un r&#233;sultat obtenu par un raisonnement rigoureux, une v&#233;rit&#233; est ... quelquechose qui est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend la difficult&#233; de cette r&#233;volution : les math&#233;matiques qui depuisi Descartes et Gallil&#233;e sont vus comme LE langage rigoureux par excellence, avouent ne pas &#234;tre capable de d&#233;crire pr&#233;cis&#233;ment ce qu'est une v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'un th&#233;or&#232;me math&#233;matique dans le sens moderne ? Nous allons doner un exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les math&#233;maticiens voudraient que les math&#233;matiques soient un langage formel : alors que le langage de tous les jours est ambigu, ils veulent un langage totalement rigoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on part d'un &lt;strong&gt;alphabet&lt;/strong&gt;, qui est un ensemble de signes. Par exemple les lettres a, b et c. Avec cet alphabet on fabrique des &lt;strong&gt;formules&lt;/strong&gt; qui sont comme des mots form&#233;s avec ces signes. Par exemple on peut d&#233;cider que toute suite (finie) des lettes a,b, et c est une formule : a, b, c, ab,aa, aba,abbbccaa sont des formules. Le lecteur peut en former des dizaines &#224; sa convenance. Il aura commenc&#233; &#224; former des formules math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se donne ensuite des &lt;strong&gt;axiomes&lt;/strong&gt;. Ici le lecteur va peut-&#234;tre se f&#226;cher, on utilise un langage technique qui suppose plein de connaissances math&#233;matiques. Pas du tout ! Le but de Frege a &#233;t&#233; de commencer les math&#233;matiques, comme Descartes, en faisant table rase de tous les sous entendus. On sait qu'en g&#233;n&#233;ral un axiome est une v&#233;rit&#233; de base (par exemple &#233;tant donn&#233; deux points on peut les relier par un segment de droite).&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le mot axiome est trop compliqu&#233;, on peut appeler ces axiomes Th&#233;or&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre exemple, chosissons pour unique axiome : abcacb&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons, dans le langage formel que nous avons cr&#233;&#233;, un premier th&#233;or&#232;me, c'est cet axiome bcaacb. Le lecteur qui n'a jamais aim&#233; les math&#233;matiques, peut-&#234;tre parce que ses professeurs lui ont cach&#233; cet aspect des math&#233;matiques peut ainsi cr&#233;er ses propres th&#233;or&#232;mes en choisissant un axiome arbitraire, une formule compos&#233;e des lettes a, b, et c. Rien n'emp&#234;che de choisir plusieurs axiomes en m&#234;me temps. C'est trop facile ? Cela s'appelle une r&#233;volution. Il suffit de ne plus accepter le syst&#232;me pr&#233;c&#233;dent et ce qui paraissait inaccessible devient simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc l'axiome bcacb, mais nous n'avons pas r&#233;sonn&#233; math&#233;matiquement jusqu'ici. Pour le faire il faut adopter une r&#233;gle de d&#233;duction. Nous n'en n'aurons qu'une :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle de d&#233;duction&lt;/strong&gt; : si une formule commen&#231;ant par a est un Th&#233;or&#232;me, alors ajouter ab &#224; la fin, puis enlever les trois premi&#232;re lettres. La formule obtenue est un th&#233;or&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette r&#232;gle nous pouvons fabriquer TOUS les th&#233;or&#232;mes de notre langage. Nous avons un seul th&#233;or&#232;me, l'axiome que nous notons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;or&#232;me 1 : abcacb&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre R&#232;gle de d&#233;duction s'applique car notre Th&#233;or&#232;me 1 commence par a. On ajoute ab &#224; la fin ce qui donne abcacbab puis on enl&#232;ve les trois premi&#232;res lettres pour obtenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;or&#232;me 2 : acbab&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#224; nouveau appliquer notre r&#232;gle &#224; ce Th&#233;or&#232;me ce qui donne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Theor&#232;me 3 : abab&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#224; nouveau appliquer notre r&#232;gle &#224; ce Th&#233;or&#232;me ce qui donne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;or&#232;me 4 : bab&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut plus rien faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc obtenu tous les th&#233;or&#232;mes possibles de notre langage formel : il y en a quatre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



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