Matière et Révolution
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Contribution au débat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la matière, de la vie, de l'homme et de la société
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69144Friedrich Sorge, un des premiers dirigeants marxistes du mouvement ouvrier
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http://www.matierevolution.org/spip.php?article87722026-08-28T22:17:00Ztext/htmlfrRobert ParisSocialisme - Socialism
<p>Friedrich Sorge, un des premiers dirigeants marxistes du mouvement ouvrier <br class='autobr' />
SORGE Friedrich Adolf, 1828-1906 : communiste allemand, compagnon de lutte de Marx-Engels ; participe au soulèvement de Bade et du Palatinat en 1849 ; émigré aux États-Unis, il y joue un grand rôle dans le mouvement ouvrier, organisant notamment les sections de l'A.I.T. ; l'un des fondateurs du Club des communistes allemands de New York ; participe à la fondation de la section n° 1 de New York et environs ; après la (…)</p>
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<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Friedrich Sorge, un des premiers dirigeants marxistes du mouvement ouvrier</h2>
<p>SORGE Friedrich Adolf, 1828-1906 : communiste allemand, compagnon de lutte de Marx-Engels ; participe au soulèvement de Bade et du Palatinat en 1849 ; émigré aux États-Unis, il y joue un grand rôle dans le mouvement ouvrier, organisant notamment les sections de l'A.I.T. ; l'un des fondateurs du Club des communistes allemands de New York ; participe à la fondation de la section n° 1 de New York et environs ; après la dissolution de celle-ci, participe à la fondation de l'Association générale des ouvriers allemands de New York (1869) qui entre à la National Labor Union comme Labor Union n° 5 de New York ; participe à la fondation du comité central nord-américain de l'A.I.T. (1870) ; délégué au Congrès de La Haye ; élu secrétaire-général du Conseil général après son transfert à New York ; entretient une correspondance suivie avec Marx-Engels, dont il fut toujours l'ami fidèle. Après le transfert du siège de la Première Internationale à New-York (1872), il en sera le Secrétaire Général jusqu'en 1874. Sorge sera en liaison étroite avec Marx et Engels durant toute sa vie politique, ainsi qu'en atteste leur volumineuse correspondance.</p>
<p>Sorge : « Celui qui se déclare ennemi du communisme se déclare ennemi de l'intérêt commun, ennemi de la société et de l'humanité ! Celui qui veut anéantir le communisme devra détruire les routes communes, les écoles, il devra détruire les jardins et parcs publics, il devra supprimer les bains publics, les théâtres, les usines d'eau, tous les édifices publics ; par exemple, les mairies, les tribunaux, tous les hôpitaux, les hospices ; il lui faudra détruire les chemins de fer, les télégraphes, la poste ! Car tout cela appartient au communisme. »</p>
<p>Le socialisme et les travailleurs, par Sorge</p>
<p>Le socialisme a été attaqué et incriminé à tout moment, mais jamais avec autant d'animosité que récemment. On reproche aux socialistes toutes sortes de méchancetés ; de la tendance à supprimer la propriété, le mariage, la famille, à polluer tout ce qui est sacré ; ils ont même été accusés d'incendie criminel et de meurtre. Et pourquoi pas ? Si nous regardons les auteurs de ces incriminations, nous ne sommes pas du tout étonnés, car ils doivent défendre des privilèges et des monopoles qui, en réalité, sont en danger s'ils sont mis au grand jour et manipulés par les socialistes. Ils agissent selon le vieux stratagème jésuitique : inventez des mensonges, polluez votre ennemi par tous les moyens possibles ; quelque chose va rester. Mais si nous constatons que ces reproches sont répétés et repris même par des travailleurs dont les intérêts sont tout à fait différents, nous devons effectivement nous interroger.</p>
<p>Mais si les ouvriers haïssent et attaquent le socialisme, ce n'est pas une perception claire de la méchanceté des objectifs du socialisme qui guide leur jugement, mais plutôt une idée obscure et vague, et il est bien connu que les spectres sont des choses terribles dans le socialisme. l'obscurité pour les gens qui croient en eux.</p>
<p>Mais quiconque hait et persécute les autres pour leurs propres buts et poursuites devrait être convaincu qu'il a raison de le faire. Car si nous haïssons et persécutons les personnes dont les objectifs et les poursuites sont raisonnables et justes, nous avons tort.</p>
<p>C'est pourquoi examinons les véritables objectifs des socialistes. Je pense que je les connais assez bien et je promets de dire la vérité et rien que la vérité à leur sujet.</p>
<p>Quand vous aurez lu ceci jusqu'au bout, vous pourrez persécuter les socialistes avec une haine renouvelée si vous trouvez qu'ils sont mauvais ; d'un autre côté, vous aurez une bonne opinion d'eux si vous trouvez leurs opinions bonnes et justes. Car je suis convaincu que vous, cher lecteur, qui que vous soyez, n'avez pas envie d'aimer le mal et de haïr le bien.</p>
<p>Avant tout, il semble certain que les socialistes entendent diviser toutes les propriétés. Quiconque possède quelque chose doit renoncer à ce qu'il possède ; toute cette masse doit être répartie également entre tout le peuple, et chacun peut utiliser sa part comme bon lui semble. Au bout d'un certain temps, lorsque certains auront épuisé la part qui leur était attribuée et qu'une nouvelle disproportion de propriété se sera produite, un nouveau partage sera effectué ; et ainsi de suite. Il faut surtout partager l'argent et le sol – c'est ce que disent certains à propos du socialisme.</p>
<p>Maintenant, honnêtement, lecteur, avez-vous déjà vu ou entendu parler d'un homme sain d'esprit qui exigeait vraiment de telles absurdités ? Non tu n'as pas ! Une telle exigence relève du plus haut degré de folie. Réfléchissez, cher lecteur, à qui, par exemple, devrait tomber un chemin de fer ? Qui devrait avoir les rails, ou une locomotive, ou un wagon ? Et comme tout le monde aurait le droit de réclamer une part égale, il faudrait briser et briser toutes ces choses, et l'un obtiendrait un essieu cassé, un autre une portière de voiture, ou peut-être des boulons. Même les fous ne pourraient pas recommander un tel état de choses.</p>
<p>On pourrait peut-être envisager un partage de la monnaie ou du sol, mais l'argent et le sol ne forment qu'une petite partie de la richesse d'un pays. L'argent liquide n'en constitue qu'une très petite partie. Et si le sol était divisé, tous les nouveaux propriétaires auraient besoin de maisons, de granges, d'écuries, d'instruments agricoles de toutes sortes. Une telle répartition du sol est donc tout à fait impossible, et les socialistes savent bien qu'une telle procédure ne profiterait à personne. Durant la grande Révolution française de 1789, une tentative similaire fut tentée ; de grands domaines étaient partagés entre les pauvres paysans pour les rendre heureux. Quel a été le résultat ? La paysannerie française, en général, est si pauvre que des milliers d'entre eux vivent dans des habitations n'ayant qu'une porte et aucune fenêtre, ou n'ayant qu'une petite fenêtre sur le côté de la porte. Et les petits agriculteurs ne sont guère mieux lotis dans aucun pays, sauf peut-être à proximité des grandes villes. Le petit agriculteur doit, en règle générale, travailler plus dur que quiconque pour gagner sa vie, et de toute façon très maigre et pauvre. À notre époque, l'agriculture n'est rentable que si elle est pratiquée à grande échelle, si de vastes étendues de terre peuvent être cultivées à l'aide de machines et en appliquant toutes les améliorations modernes. Et cette connaissance et cette doctrine des socialistes s'opposent strictement au partage du sol. Au contraire, les socialistes estiment qu'il viendra un temps où un certain nombre de petits agriculteurs s'uniront pour cultiver leurs fermes en commun et se partager les produits, car l'agriculture à petite échelle ne peut rivaliser avec l'agriculture à grande échelle. à grande échelle, tout comme la fabrication à petite échelle ne peut rivaliser avec la fabrication à grande échelle. Par conséquent, ce qui a été dit sur l'intention des socialistes concernant le partage du sol est un mensonge apparent.</p>
<p>Concernant le partage de l'argent, je dois raconter une anecdote inventée pour ridiculiser les gens qu'on représente comme ayant de telles intentions. Un jour de 1848, comme le raconte l'histoire, le baron Rothschild se promenait sur la commune de Francfort-sur-le-Main. Deux ouvriers le rencontrèrent et l'abordèrent ainsi : « Baron, vous êtes un homme riche ; nous voulons partager avec vous. Le baron Rothschild, pas du tout perplexe, sortit avec bonne humeur sa bourse et répondit : « Certainement ! Nous pouvons faire cette affaire sur place. Le compte se fait facilement. Je possède 40 millions de florins ; il y a 40 millions d'Allemands. En conséquence, chaque Allemand doit recevoir un florin ; voici votre part ; » et donnant un florin à chacun des ouvriers, qui regardèrent leur argent tout confus, il s'en alla en souriant.</p>
<p>Cela enseigne que le partage de l'argent n'est qu'une vaine invention.</p>
<p>Et avec un peu d'intelligence et de réflexion, tout le monde devrait facilement arriver à la conclusion que la plupart de ceux qui confessent les principes du socialisme ne peuvent pas être constitués d'imbéciles, ou plutôt de fous, comme ils se révéleraient s'ils exigeaient de telles absurdités. En Allemagne, lors des élections générales de 1903, plus de trois millions de personnes ont voté pour des candidats socialistes. Peuvent-ils tous être fous ?</p>
<p>Il doit donc y avoir autre chose dans le socialisme. Le nombre de socialistes en Allemagne ne cesse de croître. Même le prince Bismarck l'a avoué. Il doit y avoir quelque chose dedans.</p>
<p>Or, si nous allons aux réunions des socialistes, si nous lisons leurs journaux et leurs brochures, que trouvons-nous ?</p>
<p>Ils n'entendent pas introduire le partage des biens ; au contraire, ils sont pour l'abolition de sa division.</p>
<p>Cela semble étrange, mais c'est ainsi.</p>
<p>Les socialistes estiment que le partage de la propriété est actuellement florissant dans notre société, et ils estiment en outre que ce partage est pratiqué d'une manière très injuste. Si vous en doutez, pensez seulement à nos millionnaires, et dites si ces gens-là ont compris ou non comment diviser et s'approprier de grosses sommes d'argent. Pensez à ces compagnies ferroviaires et autres escrocs. Combien d'honnêtes mécaniciens, agriculteurs, ouvriers ont-ils été escroqués par eux sur les petites sommes d'argent qu'ils avaient rassemblées grâce à un travail acharné et à des économies ?</p>
<p>Les socialistes ne prétendent pas à l'honneur d'être les premiers à découvrir que ce genre de répartition se déroule partout dans le monde : ils l'ont appris. Les hommes qui appartiennent à leurs adversaires les ont instruits. John Stuart Mill, qui était opposé au socialisme, a déclaré dans un de ses écrits : « Comme nous le voyons maintenant, le produit du travail est dans un rapport presque inverse au travail – les plus grandes parts sont attribuées à ceux qui n'ont jamais travaillé du tout, la vient ensuite en importance après ceux dont le travail est presque nominal, et ainsi de suite sur une échelle décroissante, la rémunération diminuant à mesure que le travail devient plus dur et plus désagréable, jusqu'à ce que le travail corporel le plus fatigant et le plus épuisant ne puisse pas compter avec certitude sur la possibilité de gagner même le nécessaire. de la vie."</p>
<p>Cela semble vraiment épouvantable, mais si vous regardez autour de vous et consultez votre propre expérience, n'est-ce pas le cas ? C'est certainement le cas !</p>
<p>Il y a des gens qui ont des revenus princiers, qui se jettent d'un plaisir dans un autre – et peut-être n'ont-ils jamais fait de leur vie la moindre chose utile ; ils n'ont pas besoin de travailler. ils ne travaillent pas eux-mêmes, mais ils tirent le produit du travail des autres et en profitent.</p>
<p>Par contre, regardez celui qui « mange son pain à la sueur de son front », regardez l'ouvrier qui travaille pour un salaire. S'il est habile, travailleur et fort, et s'il a la chance de trouver un emploi, il pourra même peut-être épargner un peu. Mais la grande majorité des travailleurs ne peuvent même pas y penser, malgré toutes les difficultés qu'ils traversent. Lorsqu'ils doivent arrêter de travailler, ils sont aussi pauvres qu'au début. Et de nombreux travailleurs, des hommes qui travaillent dur, ne sont pas en mesure de se protéger, eux et leurs familles, du froid et de la faim. N'allez pas bien loin, lecteur, vous les trouverez partout. Des gens en haillons, au visage pâle et désespérés croiseront votre regard et, en vous renseignant, vous apprendrez qu'ils étaient des travailleurs industrieux et ordonnés, et qu'il y a des milliers, voire des centaines de milliers, de personnes qui vivent dans la même condition misérable, dans le en ville comme à la campagne.</p>
<p>Regardez maintenant la mécanique. Quelques-uns d'entre eux peuvent réussir ; ils pourront peut-être atteindre un état dans lequel ils seront à l'abri du chagrin et pourront prendre soin des nécessités de la vie. La plupart des mécaniciens qui possèdent leur propre petit atelier et travaillent à petite échelle doivent lutter contre la pauvreté et les soins. Des milliers, des centaines de milliers de mécaniciens échouent dans cette bataille ; ils abandonnent leurs petits établissements et deviennent ouvriers salariés. Un seul constructeur à grande échelle prive des centaines de petits mécaniciens de leur existence indépendante ; un grand magasin ou « magasin coopératif » écrase cinquante petits commerçants. Dans l'état actuel des choses, seuls réussiront dans la grande lutte pour la vie, dans la compétition universelle, ceux qui disposent de gros moyens, d'une grande quantité de capital.</p>
<p>Dans le commerce, c'est pareil ; les commerçants avec de petits moyens font rarement de bonnes affaires ; beaucoup font faillite. Les marchands disposant de gros moyens deviennent de plus en plus riches. Il en va de même pour les agriculteurs des pays civilisés d'Europe et d'Amérique. Les propriétaires de petites exploitations agricoles gagnent peu d'argent et doivent travailler très dur ; beaucoup tombent progressivement ; en général, la paysannerie s'appauvrit. Il y a l'usurier, qui sait tirer profit d'une mauvaise récolte. Très fréquemment, nous constatons que les petites fermes sont achetées par les propriétaires de grandes fermes pour s'unir à elles. Seuls ces derniers comprennent le métier et sont capables de réaliser des bénéfices.</p>
<p>Nous voyons ainsi comment la grande classe de ceux qui travaillent dur et assidûment ne gagnent pas d'argent, n'accumulent pas de richesses – au contraire, beaucoup d'entre eux doivent souffrir du besoin et du souci. Mais maintenant, qui crée ces richesses qui reviennent à ceux qui n'ont jamais travaillé, ou dont le travail mérite à peine le nom de travail ? Qui d'autre que la même classe ouvrière ?</p>
<p>Pour l'industrie et le travail, c'est à peine un gagne-pain ! Des richesses pour ceux qui n'ont jamais ou rarement rien fait d'utile ! Est-ce que vous appelez ça juste ? Pouvez-vous approuver un tel état de choses ? Je sais que tu ne peux pas. Aucun homme sensé ne peut l'approuver. Et maintenant, dites ce que vous pouvez contre les socialistes : sur ce point, ils ont raison. Cet état de choses ne peut et ne doit pas perdurer. C'est faux et il faut donc le changer. Les socialistes ne s'opposent pas aux acquisitions résultant d'un travail honnête ; au contraire, ils s'efforcent d'assurer le produit du travail à l'ouvrier lui-même et de le protéger des griffes de ceux qui jusqu'ici étaient habitués, non pas à travailler eux-mêmes, mais seulement à tirer profit du travail d'autrui, et qui Ce faisant, ils ne se contentent pas d'un petit rôle, mais tentent de se tailler la part du lion, comme c'est le cas dans la fable.</p>
<p>Mais les socialistes ne vont-ils pas trop loin dans leur zèle ? Il serait certainement bon et juste que ceux qui peinent et travaillent soient libérés du souci et du besoin, et que ceux qui ont été oisifs jusqu'à présent soient forcés de travailler également. Mais les socialistes ne sont-ils pas les ennemis des propriétaires, et tous ceux qui possèdent des biens ne sont-ils pas menacés de les perdre s'ils accédaient au pouvoir – à tel point qu'ils devraient faire face à la pénurie et au besoin ? Ne sont-ils pas communistes ?</p>
<p>Ces objections et reproches ont été faits et sont faits. Ne les prenons pas à la légère, mais considérons-les tranquillement, afin de juger juste et juste.</p>
<p>Avant de continuer, nous devons expliquer deux conceptions : –</p>
<p>(1) Qu'est-ce que le communisme ?<br class='autobr' />
(2) Qu'est-ce que la propriété ?</p>
<p>À propos du communisme, de nombreux mensonges ont été répandus, notamment par des gens dont l'intérêt était de le faire ; c'est-à-dire par ces oisifs qui gagnent de l'argent, de sorte que la plupart des gens ne peuvent que relier au mot communisme l'idée de coquinerie ; Communiste et scélérat de la pire espèce leur apparaissent comme des termes synonymes. Il n'est donc pas facile de parler du communisme sans courir le risque d'être condamné d'emblée. Beaucoup de gens dans un tel cas n'entendront pas, ne verront pas, ne jugeront pas. Leur verdict est formé. Tous les préjugés sociaux sont réveillés et évoqués par cette expression. C'est pour cette raison qu'il est très difficile d'en arriver à une compréhension tranquille. Mais le lecteur qui nous a suivi jusqu'ici nous suivra plus loin, sans avoir les yeux bandés, mais en faisant preuve de bon sens.</p>
<p>Si nous ouvrons les yeux et regardons autour de nous, nous découvrons de nombreuses institutions bienfaisantes et utiles établies par un grand nombre ou par le peuple tout entier en commun. Ici, des associations se forment, par exemple, pour sauver et héberger les naufragés ; ailleurs, la communauté érige une école, ou l'État, la république, construit un port ou un canal. Dans la vie ordinaire, chacun se soucie de lui-même, mais dans des cas comme ceux que nous venons de mentionner, les gens s'unissent pour faire avancer un objectif social commun . L'expérience enseigne que ce faisant, ils réussissent admirablement bien ; Chacun d'entre eux qui réfléchit un peu doit admettre que son propre bien-être est grandement amélioré par de telles institutions d' utilité commune . Que seraient les gens sans routes communes . écoles communes , etc. ; c'est-à-dire ceux qui sont construits et institués aux frais de la communauté pour un usage commun ? Nous serions dans une situation terrible si, d'un seul coup, cessaient d'exister les différentes compagnies d'assurance, dont le but est de transférer un malheur, dont une personne pourrait être lourdement frappée, ou peut-être se ruiner. de ses épaules aux épaules de nombreuses personnes. Si je le voulais, je pourrais mentionner ici mille autres choses, mais les institutions communes susnommées suffiront. Or, toutes ces institutions ne sont rien d'autre que le communisme. Car le communisme n'est rien d'autre que le principe des intérêts communs de la société. Dans la vie de tous les jours, chacun veille à son propre intérêt, même aux dépens de ses semblables ; ici, l'égoïsme froid et laid domine. Les grandes filatures de coton ont ruiné des milliers et des milliers de tisserands ; mais qui se soucie des centaines de gens honnêtes, travailleurs et heureux qui sont ruinés par un seul moulin ? Peu importe combien de cordonniers honnêtes sont privés de leurs moyens de subsistance par les grands fabricants de chaussures ? Que se soucie l'usurier des victimes de son avarice ? Que se soucient les escrocs spéculateurs du sort des actionnaires une fois que leurs économies durement gagnées ont disparu ? Personne n'a jamais songé à s'occuper de telles choses, et j'ai la ferme conviction qu'un homme d'affaires de nos jours qui ferait preuve de la moindre considération pour le bien-être de ses semblables dans ses transactions serait assuré de devenir la risée. L'égoïsme règne en maître. Chacun pense à son propre bien-être et ne se soucie pas de savoir si, ce faisant, il détruit le bien-être des autres. « Qu'est-ce que j'ai à m'occuper des autres si je me sens à l'aise ? » Malgré la prédominance de l'égoïsme, le communL'intérêt de l'humanité gagne irrépressiblement du terrain. De plus en plus de gens s'unissent pour la cultiver, de plus en plus d'associations se forment, l'activité de l'État et de la communauté étend son influence sur de plus en plus d'objets. Qui aurait pensé autrefois à toutes les différentes associations qui se forment aujourd'hui pour promouvoir un certain nombre d' intérêts communs de toutes sortes ? Qui aurait pu imaginer autrefois que des pays entiers seraient traversés dans toutes les directions par des chemins de fer, que les télégraphes communiqueraient en un instant des nouvelles aux régions les plus reculées du monde ? Qui aurait pu prédire l'admirable développement de notre système postal ? Qui a pensé à l'aqueduc ou au gaz ? Qui avait une idée de la disposition moderne des pompiers ? La racine de tout cela est le communisme. Ils représentent la victoire des intérêts communs sur l'égoïsme hideux.</p>
<p>Mettre les institutions d' intérêt commun à l'usage de tous est la tendance de notre époque, et quelle que soit la manière dont les gens maudissent le communisme, ils sont tenus d'obéir à ses mandats. Partout, les intérêts communs font valoir leurs revendications, et le communisme, levant fièrement la tête, marche triomphalement, entraînant à sa suite toutes les conditions de la vie humaine.</p>
<p>Celui qui se déclare ennemi du communisme se déclare ennemi de l'intérêt commun, ennemi de la société et de l'humanité ! Celui qui veut anéantir le communisme devra détruire les routes communes, les écoles, il devra détruire les jardins et parcs publics, il devra supprimer les bains publics, les théâtres, les usines d'eau, tous les édifices publics ; par exemple, les mairies, les tribunaux, tous les hôpitaux, les hospices ; il lui faudra détruire les chemins de fer, les télégraphes, la poste ! Car tout cela appartient au communisme.</p>
<p>Le communisme ne peut pas être anéanti. Il a son origine et sa racine dans la nature humaine, comme l'égoïsme. Quiconque veut ouvrir les yeux doit voir qu'à l'heure actuelle, nous sommes toutes voiles dehors pour accoster dans son port abritant. Un abri ? Oui, à l'abri ! L'abri de la grande majorité de l'humanité pour laquelle viendra un temps meilleur, devra venir, quand l'intérêt commun, l'intérêt de tous, sera la règle régissant toutes nos conditions sociales, quand une barrière sera érigée contre l'égoïsme par le respect de le bien commun ou public. S'il arrive aujourd'hui que de riches spéculateurs font payer des prix exorbitants aux gens en difficulté, et profitent d'une calamité commune pour doubler leur richesse ; ou si les actionnaires des chemins de fer fixent leurs propres tarifs pour le fret, nuisant ainsi aux producteurs et aux consommateurs par des prix élevés, afin d'obtenir un dividende important ; ou si les fabricants préfèrent avoir des délais courts plutôt que de vendre à des prix inférieurs – ces procédures sont considérées comme « correctes », car chacun peut faire ce qu'il veut. Mais chacun doit voir qu'un tel égoïsme est contraire à l'intérêt commun ; et il viendra un temps où l'on saura protéger l'intérêt commun contre l'égoïsme. Quand ce moment sera venu, ce sera mieux pour tous ; tous profiteront de la vie, et pas seulement ceux qui le font maintenant au détriment de leurs semblables.</p>
<p>Si vous définissez le communisme de cette manière, diront certains de mes lecteurs, nous n'y sommes pas opposés ; bien au contraire, nous devons avouer que nous appartenons nous-mêmes aux communistes. Mais ce n'est pas ce que les gens entendent généralement par le mot « communisme ». Nous devions considérer le communisme que les socialistes veulent introduire, le communisme en matière de propriété. Nous admettons qu'ils n'ont pas l'intention de diviser, mais n'ont-ils pas l'intention d'abolir la propriété ? C'est à cela que nous nous opposons ; sinon nous ne nous y opposerions pas. à cela.</p>
<p>Qu'est-ce que la propriété ? « Pour être sûr que ce qu'une personne possède, possède ! » Bien ! Mais maintenant, dites-moi, êtes-vous certain que les socialistes sont, ou ont jamais été, opposés à ce que prétendent Pierre ou Paul ? Pouvez-vous me montrer une phrase ou un passage de l'un des écrits ou brochures des socialistes qui justifie la supposition qu'ils ont l'intention d'attaquer la propriété de quiconque ?</p>
<p>Vous ne pouvez pas, car une telle idée n'est jamais venue à l'esprit d'un socialiste. Je ne devrais pas m'étonner si vous n'avez pas vous-même pensé parfois que, compte tenu des moyens et des manières par lesquels beaucoup amasse leurs richesses, il serait tout à fait juste et juste de retirer ces richesses mal acquises à leurs propriétaires coquins. Mais c'est un principe ferme du socialisme de ne jamais intervenir dans la propriété personnelle afin d'en rechercher l'origine ou de la disposer d'une autre manière. Jamais et nulle part ! Et quiconque affirme le contraire, soit ne connaît pas les principes du socialisme, soit affirme volontairement et sciemment un mensonge. Les socialistes considèrent qu'une enquête sur l'origine d'un bien personnel reconnu est une tâche inutile. Ils n'envient ni le duc de Westminster ni Lord Brassey pour leur richesse. Bien qu'ils perçoivent très bien les changements constants en matière de propriété ; bien qu'ils enquêtent et connaissent les causes qui produisent ces changements ; bien qu'ils sachent bien que la fraude, la méchanceté et la violence, dans un grand nombre de cas, font partie de ces causes, ils s'abstiennent de rechercher dans quelle mesure ces causes, et combien d'autres, ont influencé l'état de propriété de tel ou tel particulier. Ils considèrent la propriété personnelle comme un fait accompli et la respectent ; à tel point qu'ils considèrent le vol comme un crime. Chaque fois que la Révolution était victorieuse à Paris, on voyait aux coins des rues des billets menaçant de mort les voleurs. Un fait remarquable est que le baron Rothschild s'est enfui brusquement de Paris dès que ces billets ont été déposés. A Lyon, lors d'une insurrection en 1832, un homme qui s'était approprié les biens d'un autre fut fusillé par un ouvrier commandant. Sous le règne de la Commune de 1871, Paris n'avait ni voleurs, ni prostituées.</p>
<p>D'un autre côté, le droit du propriétaire n'est pas toujours respecté à notre époque, mais ce ne sont pas des socialistes qui violent le caractère sacré de la propriété dans ces cas, même s'il faut avouer que dans de nombreux cas, l'abrogation du droit de propriété -titulaire devient nécessaire. On ne peut reprocher aux socialistes d'avoir jamais condamné des maisons ou des terrains pour y construire une rue ou ouvrir une voie ferrée. Ce ne sont certainement pas des socialistes qui saisissent et vendent aux enchères des maisons ou des lots pour des impôts impayés. Vous ne trouverez pas non plus de socialistes complices de ces appropriations honteusement injustes de la propriété d'autrui, qui pourtant se déroulent sous une forme licite.</p>
<p>Une chose. mais cela sollicite toute l'énergie des socialistes, et ils essaieront de toutes leurs forces d'y remédier. Je l'ai déjà dit, ils ne se soucient pas de savoir si une personne possède des centaines de milliers ou des millions de livres sterling, si cette personne utilise son argent d'une manière ou d'une autre, si elle le dépense sagement ou bêtement. Il peut dépenser les siens comme bon lui semble. Mais ces sommes d'argent ne servent pas simplement à être dépensées, mais à rapporter des intérêts, à augmenter, si possible, la richesse du propriétaire. Veut-il lui-même travailler, faire quelque chose d'utile ? Loin de là. Son argent travaille pour lui, son argent fait de l'argent, comme on dit ; ou, en termes simples, son argent est le canal par lequel les gains d'autres personnes industrieuses coulent dans ses poches. Les socialistes appellent à cet égard toutes sortes de propriété « capital », cette expression comprenant tous les moyens de production. Et parce qu'une classe du peuple possède, par sa richesse, ces moyens, c'est-à-dire le capital, une autre classe, et de loin la plus nombreuse, n'a que sa force physique ou mentale et son aptitude au travail. Le capital devient ainsi un moyen d'asservir les travailleurs, les obligeant à céder la plus grande partie de leur production à celui qui possède le capital. Eux-mêmes obtiennent à peine de quoi subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, tandis que les capitalistes profitent de la vie et s'enrichissent sans travailler du tout. C'est là le point : la propriété morte prive le travail vivant de ses fruits ! Or, puisque le travail devrait, de droit, posséder ce qu'il produit comme son unique et légitime gain, la propriété morte devient l'ennemi acharné de la vie professionnelle.</p>
<p>D'où la lutte du travail contre le capital.</p>
<p>Revenons à la question « Qu'est-ce que la propriété ? » – la réponse donnée ci-dessus semble insatisfaisante. Il faut ajouter une autre question : à qui appartient justement ce que produit la partie active du genre humain ?</p>
<p>La réponse à cette question est de la plus haute importance. Or, c'est le capital qui s'en approprie la plus grande partie, n'en laissant aux ouvriers, qui en forment de loin le plus grand nombre, que la part qu'ils peuvent maintenir en vie. Ils sont traités comme des abeilles ; on leur vole le miel qu'ils fabriquent. Cette classe est exclue des bienfaits de la civilisation ; la plus grande partie de leur produit est absorbée par le capital.</p>
<p>De quel droit le propriétaire d'une ruche a-t-il volé aux abeilles le fruit de leur industrie et de leur travail ? Ils sont sa propriété, à lui la puissance. De quel droit le capital a-t-il le droit de priver la classe ouvrière de la plus grande partie du fruit de son industrie et de son travail ? Les ouvriers salariés, les mécaniciens, les ouvriers agricoles, sont-ils la propriété du capitaliste ? Sont-ils ses esclaves ?</p>
<p>Dans l'état actuel des choses, c'est le cas ! La force est le droit, et au titre de ce droit, le propriétaire d'esclaves considère le fruit ou le travail de ses esclaves comme sa propriété ; par ce droit, autrefois, le propriétaire féodal faisait travailler ses serfs pour son emploi et son bénéfice. L'esclavage est une injustice ; le servage est une injustice ; ainsi le droit que le capital revendique sur le travail du travailleur est une injustice. Je ne voudrais pas être mal compris ici. Dans la mesure où quelque chose est la propriété personnelle d'une personne, elle peut en jouir comme bon lui semble ; personne n'a le droit d'intervenir. Mais dès qu'il tente d'utiliser cette propriété pour asservir d'autres personnes, il enjambe son domaine et doit être contrôlé. Car je pense qu'il est reconnu parmi les peuples civilisés que personne n'a de droit de propriété sur ses semblables. L'esclavage a été aboli, le servage a été aboli, ainsi le pouvoir qu'exerce aujourd'hui le capital sera aboli : sa place sera occupée par le droit naturel et sacré de l'ouvrier au produit de son travail.</p>
<p>Mais le capital n'est-il pas aussi nécessaire que le travail ? Le travail peut-il produire quelque chose sans capital ? Il doit y avoir des matières premières, il doit y avoir des outils, il doit y avoir des machines, il doit y avoir des ateliers, des entrepôts, etc. il faut qu'il y ait de la terre à cultiver, etc. Que peut faire le simple travail sans tout cela ? Mais le travail existait avant le capital et fabriquait les outils, les ateliers, etc. Est-il nécessaire que le capital, aujourd'hui fondement du travail réussi, qui a été produit par le travail, soit possédé par quelques individus ? Cette minorité a-t-elle le droit de continuer à recevoir la meilleure part de ce que produit le travail ?</p>
<p>Les socialistes prennent le parti des travaillistes. Ils soutiennent que c'est le devoir de chacun de travailler, à moins qu'il ne soit malade ou infirme. Ils soutiennent que quiconque est capable de travailler mais n'est pas disposé à le faire n'a pas le droit de jouir des fruits de l'industrie et du travail d'autrui.</p>
<p>Si les capitalistes tentent de justifier leur manière de faire du profit en disant qu'ils doivent parfois courir des risques, qu'une partie de leurs biens peut parfois être perdue, nous répondons que les travaillistes n'ont rien à voir avec cela. La véritable cause en est la concurrence entre les patrons, l'habitude de produire au hasard sans se demander si ce qui est produit est réellement recherché. Pour la classe des capitalistes, il n'y a aucun risque, car sa richesse augmente chaque jour. Mais le risque est grand pour la classe ouvrière. Lorsque les affaires tournent au ralenti, lorsque les salaires baissent, lorsque de nombreux ouvriers sont au chômage, lorsque les mécaniciens, les épiciers et même les agriculteurs en souffrent, la condition de la partie active du peuple est pitoyable et beaucoup souffrent. Les journaux en parlent. N'ont-ils pas eu des récits saisissants de personnes mourant de faim dans nos grandes villes ? Regardez les chroniques locales des quotidiens, et il est exceptionnel qu'il n'y ait pas de récit d'une famille ou d'une autre frappée par la pauvreté, de personnes poussées au désespoir, poussées au suicide par le besoin. Et tout cela dans des villes qui disposent de magasins et d'entrepôts remplis de marchandises. Est-ce que ce n'est pas un risque ?</p>
<p>Mais comment changer cet état de choses ?</p>
<p>Cela ne peut certainement pas se faire d'un seul coup. Il y a là un processus naturel d'évolution, comme dans tous les changements que l'histoire a enregistrés jusqu'à présent. Selon le raisonnement des socialistes cette évolution serait la suivante : -</p>
<p>Il y a quelque temps, la bourgeoisie constituait la base ferme et solide de la société et de l'État. Les machines ont été inventées et un changement s'est produit. L'industrie manufacturière, et même l'agriculture dans une certaine mesure, étaient menées à grande échelle ; les gens de la classe moyenne</p>
<p>étaient relégués dans une classe de travailleurs salariés et étaient employés en grand nombre par les fabricants ou les employeurs. De plus en plus, cette classe moyenne cesse d'être propriétaire ; cela devient. il est de plus en plus difficile pour les mécaniciens et les petits agriculteurs de tenir bon ; ainsi la classe moyenne diminue constamment, la classe des salariés augmente, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que deux classes de personnes : les riches et les pauvres. Dans ce processus, le nombre de personnes riches diminue, la richesse se concentrant entre les mains d'un nombre relativement restreint de personnes qui deviennent extrêmement riches.</p>
<p>Mais ce processus devra bientôt trouver ses limites. Il viendra un moment où la grande masse des travailleurs en ressentira les conséquences insupportables et l'abolira. Ce sera le moment où le communisme reprendra ses droits. Le travail sera alors organisé selon un certain plan raisonnable, et comme, à cette fin, l'utilisation du capital existant – comprenant la terre, les maisons, les chemins de fer, les transports maritimes, les manufactures, les machines, etc. – sera nécessaire, ces propriétaires relativement peu nombreux de toutes les richesses des nations devront être expropriées. Peut-être consentiront-ils alors à une telle mesure et renonceront-ils de leur propre gré à tout ce qui est nécessaire à la production, honorés et loués pour leur patriotisme et leur humanité, et rémunérés à juste titre ; peut-être emploieront-ils leurs vastes moyens pour résister à la revendication commune, et périront-ils écrasés par la nouvelle organisation de l'État. Comme je l'ai déjà laissé entendre, dans le nouvel ordre de choses, toutes les branches du travail seront organisées d'une manière similaire aux arrangements que nous voyons aujourd'hui dans les grandes usines, les grands domaines ou les institutions gouvernementales. Le travail inutile sera évité et la récompense du travail accompli sera plus grande. Le travail ne sera pas gaspillé à fabriquer des produits de luxe pour les oisifs, mais sera utilement employé à fabriquer les produits de première nécessité pour les autres travailleurs. Ce sera le devoir de chacun de travailler, chacun disposera donc de suffisamment de loisirs pour se divertir et se développer mentalement. Tous s'efforceront d'améliorer les conditions de la communauté à laquelle ils appartiennent ; car, ce faisant, chacun améliorera sa propre situation privée.</p>
<p>La base de cet état de choses sera l'abolition de la propriété privée des individus dans les choses qui sont nécessaires à la production et au transport, comme les terrains, les usines, les machines, les chemins de fer, etc., ou qui ont été créées pour l'instruction et le divertissement, comme comme les écoles, les collèges, les musées, les parcs, etc. Les biens personnels seront ce qui est nécessaire ou utile à la vie privée. Ce sont là les grandes lignes d'une image des temps futurs. Personne n'est en mesure de dire si l'évolution se déroulera exactement comme nous l'esquissons ; mais cela n'a pas d'importance, si seulement l'idée sous-jacente du communisme est juste. Lorsque Stephenson construisit le premier chemin de fer, il y a plus de cinquante ans, il n'avait certainement pas planifié toutes les locomotives, rails, signaux, gares, etc., tels que nous les trouvons aujourd'hui ; mais son idée était bonne et elle a conquis le monde. Ainsi l'idée du socialisme va conquérir le monde, car cette idée n'est rien d'autre que l'intérêt réel et bien compris de l'humanité. C'est une injustice qu'aujourd'hui une grande majorité doive travailler dur et souffrir dans le besoin pour procurer une surabondance de jouissance à une petite minorité de personnes qui ne travaillent pas. Et qui nierait que, s'il est du devoir de chacun de travailler, si la production d'articles inutiles, et même nuisibles, est abolie, si la production est organisée conformément aux besoins et aux plaisirs réels de l'humanité - qui nierait, je le demande ? , que le niveau de vie de l'ensemble du genre humain puisse être élevé infiniment au-dessus de son niveau actuel, que la grande masse des êtres humains puisse entrer dans cette sphère de vie digne d'un être humain, dont ils ont été rigoureusement exclus jusqu'à présent ?</p>
<p>Permettez-moi de vous montrer un exemple de travail organisé dans une branche pour montrer l'avantage d'un tel arrangement. Comment serait-il possible d'envoyer une lettre n'importe où au Royaume-Uni pour un centime, une carte postale pour un demi-penny, une lettre en Amérique pour 2 penny, si les maîtres de poste dans les différentes parties du monde étaient des entrepreneurs privés comme les commerçants et les fabricants d'aujourd'hui, si nous n'avions pas l'agencement communiste de la poste ? Autrefois, la poste était aussi une affaire privée dans presque tous les pays d'Europe, comme nos chemins de fer, et les propriétaires de cette institution en tiraient un revenu princier, quoique son usage fût très limité. Et si bien organisé que soit notre bureau de poste, il pourrait être encore meilleur et sera plus commode avec le temps.</p>
<p>Des bénéfices similaires découleraient de la réorganisation de toutes les branches de l'activité humaine. Regardez nos chemins de fer : ne pourraient-ils pas être la propriété de la communauté tout entière, comme les grandes routes, au lieu d'être un monopole entre les mains de particuliers, dont le seul but est de s'enrichir aux dépens de leurs concitoyens ? ? Si tel est le cas, il a été prouvé qu'on pouvait se rendre dans n'importe quelle partie de ces îles avec un billet en shillings, tout comme une lettre est désormais envoyée par la poste avec un timbre d'un sou. De cette manière, une branche après l'autre sera organisée selon les idées du communisme, peut-être par des classes de gens qui sont loin d'admettre la vérité des principes du socialisme, du communisme, par des classes qui lui sont hostiles – parce qu'elles le font. ne le comprennent pas – et qui sont encore assez bornés pour fermer les oreilles et les yeux sur tout ce qui ne tend pas à leur intérêt privé.</p>
<p>Ce n'est pas encore suffisant. Tous les moyens de transport, tels que les navires, etc., doivent tomber entre les mains de la communauté dans son ensemble ; il en va de même pour tous les moyens de production. Cette exigence du socialisme a amené les gens à accuser les socialistes d'hostilité à la propriété, même à celle de ceux qui possèdent peu. Mais qui est-ce qui chasse réellement le propriétaire de petits moyens de sa maison, de son sol ? Est-ce le socialiste ? C'est le grand capitaliste, le grand propriétaire foncier ! De même que l'aimant attire la limaille de fer, le grand capital attire les petites sommes qui l'entourent. Et les mêmes capitalistes qui, de toutes parts, s'emparent de ce qu'ils peuvent obtenir, tentent de persuader les petits propriétaires de se méfier du socialisme, car il est prêt à leur arracher leurs biens. Quel mensonge honteux ! Le socialisme enseigne seulement la manière dont, dans le futur, les gens tenteront de rétablir la justice et des conditions de vie plus égales pour l'ensemble de la communauté ; tandis que les propriétaires de petites propriétés sont dépouillés du peu qu'ils possèdent, non pas par les socialistes – ils n'en ont ni le pouvoir ni le désir – mais par les riches capitalistes.</p>
<p>Et c'est ainsi que l'on obtient un travail bien organisé.</p>
<p>Cela inclut certainement l'expropriation de ceux qui ont exproprié la masse du peuple et la restitution de tous les moyens de production à ceux qui les ont fabriqués. Le socialisme est le véritable et unique ami des hommes aux petits moyens, car il est le parti des travailleurs. La grande propriété est l'ennemi naturel de la petite propriété, tant qu'elle n'a pas su s'en emparer et la dévorer.</p>
<p>De plus, le socialisme, loin d'avoir l'intention d'abolir la propriété aujourd'hui ou demain, prédit seulement qu'il viendra un temps, non pas provoqué soudainement, mais provoqué par le développement historique, où les travailleurs insisteront sur leur droit à la propriété. produit de leur propre travail, contre le privilège dont jouit la propriété à l'égard du travail d'autrui.</p>
<p>La conception de « propriété du capital » se transformera progressivement en conception de « propriété du travail ».</p>
<p>Nulle part, vous le constaterez, les socialistes ne songent à l'abolition de la propriété, et personne, j'en suis sûr, ne s'opposera au changement que je viens de mentionner. Le développement de l'humanité vers une plus grande perfection n'a jamais été et ne sera jamais arrêté par les lois en vigueur concernant la propriété. Par exemple, elle n'a pas été arrêtée, lorsque l'humanité a exigé l'abolition de l'esclavage, par le prétendu droit divin des propriétaires d'esclaves. Et si de tels droits et lois exigent que l'humanité arrête son progrès, une telle exigence est une folie. Les lois et les droits concernant la propriété sont soumis à des changements constants, lorsque ces changements sont dans l'intérêt du progrès. Mais même dans nos meilleures institutions, l'injustice règne. le changement dont nous venons de parler abolira cette injustice et conduira l'humanité à un état de perfection plus élevé. Au fond de nos institutions, il y a un vestige de l'esclavage ; dès que le capital cessera de gouverner, le travail salarié et le reste de l'esclavage seront abolis.</p>
<p>La liberté et l'égalité ne seront alors plus des expressions creuses et bon marché, mais auront un sens ; quand tous les hommes seront réellement libres et égaux, ils s'honoreront et s'avanceront les uns les autres. L'ouvrier ne sera alors plus privé du fruit de son travail, de sa propriété, et tous ceux qui travailleront pourront dépenser beaucoup plus en nourriture, en vêtements, en logement, en loisirs, en plaisir et en instruction qu'ils ne pourraient dépenser à présent.</p>
<p>Si les socialistes n'avaient rien d'autre à offrir aux gens qui souffrent que la consolation que le communisme leur apportera dans l'avenir, lorsque les conditions de vie, presque insupportables aujourd'hui, le seront devenues, cette consolation serait bien maigre. Depuis assez longtemps, un état futur de bonheur a été offert à l'humanité souffrante, dans lequel ils seraient récompensés pour tous les besoins, souffrances et douleurs de ce monde, et maintenant la plupart des gens ont perdu confiance dans des promesses aussi creuses. Ils exigent une amélioration : non pas des paroles, ni des promesses, mais des faits. Ils ne veulent pas s'attendre avec résignation à ce qui pourrait arriver après la mort ; ils exigent un changement de leur situation malheureuse lorsqu'ils vivent sur terre.</p>
<p>Les intérêts de tous les travailleurs sont les mêmes ! La meilleure preuve en est que, dans de nombreuses grèves, les commerçants en activité sont en faveur des ouvriers salariés. Les bas salaires sont défavorables à l'agriculteur aussi bien qu'au mécanicien, car lorsque les salaires sont bas, la lutte pour l'indépendance économique est plus difficile ; de grosses augmentations de capital aux dépens de petits biens. Si seulement les travailleurs apprenaient à comprendre la solidarité de leurs intérêts !</p>
<p>Comme il en va de l'augmentation des salaires, il en est de même de la diminution de la durée du travail. Huit heures de travail par jour sont jugées suffisantes par les médecins. Une personne qui a bien travaillé huit heures par jour doit avoir fait son devoir et a le droit de demander quelques heures pour se récréer, pour s'instruire et pour sa famille. Ceux qui se plaignent le plus bruyamment de la paresse des travailleurs feraient bientôt des grimaces s'ils n'étaient obligés de travailler que six heures par jour. Cette diminution des heures de travail améliorera la condition de l'ensemble de la classe ouvrière. Tout le monde peut facilement le constater. Même à la campagne, cela pourrait être fait, même si là-bas un tel raccourcissement rencontrerait les plus grandes objections, mais cela sera fait. Quel grand bénéfice cette seule mesure apportera ! Des armées entières de pauvres, de clochards, etc. trouveront un emploi utile. Ils disparaîtront, et avec eux beaucoup de méfaits et de crimes.</p>
<p>Or, si les ouvriers salariés des villes et des usines sont prêts à prendre la tête de la lutte pour les intérêts du travail, le reste de la classe ouvrière tout entière n'a pas le droit de se mettre dans la position d'oisifs, d'indifférents ou d'indifférents. même des spectateurs réticents et hostiles. Au contraire, c'est le devoir de toute la classe ouvrière de participer à cette lutte, car cette guerre est menée dans l'intérêt de tous les travailleurs, et les salariés qui ont relevé le défi sont les pionniers du genre humain. .</p>
<p>Mais pour mener cette guerre avec succès, les travailleurs doivent être organisés. Seuls et isolés, ils sont impuissants ; si tous s'unissaient dans le même but, ils formeraient une puissance formidable à laquelle rien ne pourrait résister. Vous pouvez facilement briser de nombreuses correspondances simples, mais vous pouvez essayer en vain de briser tout un paquet d'entre elles liées ensemble.</p>
<p>A cet égard, les socialistes ont la satisfaction de constater que leurs efforts n'ont pas été vains. En Allemagne, le socialisme constitue déjà une puissance respectable, ce qui a laissé perplexe même le grand Bismarck. Ils ont pu élire vingt-quatre (maintenant plus de trente [1] ) représentants au Parlement allemand, qui, par leur activité infatigable, par les discours qu'ils ont prononcés, ont ouvert les yeux de centaines de milliers de personnes en Allemagne. . Et qui oserait prétendre que ces hommes ont lutté pour quelque chose de mauvais, qu'ils ont trahi les intérêts de leurs électeurs. Mais non seulement au Parlement, mais aussi dans un grand nombre d'assemblées municipales, nous trouvons des membres appartenant à la classe ouvrière ou représentant sa classe ouvrière. intérêts.</p>
<p>Et tout cela a été accompli en quelques années. Cela fait seulement vingt-quatre [1] ans que le parti travailliste y a déployé son étendard. Et qu'a-t-on essayé et fait pendant ces vingt-quatre années pour réprimer le mouvement travailliste ! Elle a été ridiculisée, méprisée, incriminée. Beaucoup de ses dirigeants éminents ont été emprisonnés, beaucoup ont été privés de leurs bureaux, de leur situation et de leurs clients. Malgré tout cela, elle a grandi et prospéré. En France, en Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Autriche, en Russie, en Italie, en Espagne et maintenant en Angleterre – partout dans le monde civilisé, le socialisme a pris racine. Partout il a commencé la lutte contre le capital, le monopole, la domination de classe, et sa victoire est assurée. Du socialisme, on pourrait dire ce qu'on disait autrefois du christianisme : s'il est mauvais, il mourra de sa propre méchanceté ; s'il est bon, il conquiert le monde malgré toutes les persécutions !</p>
<p>Et le socialisme va conquérir le monde. Ses principes porteront la race humaine tout entière vers un état de perfection plus élevé.</p>
<p>Lecteur, vous pouvez juger par vous-même et décider soit pour, soit contre le socialisme. Si vous pensez que les objectifs et les efforts des socialistes méritent votre haine, essayez de les écraser ; si, au contraire, vous êtes convaincu qu'ils sont bons, que les socialistes s'efforcent de promouvoir le bonheur et le bien-être de l'humanité, rejoignez-les ! Et si vous n'aimez pas agir publiquement, aidez-les en secret. Essayez de propager leurs principes parmi vos connaissances, en les expliquant dans vos relations, en détruisant les mensonges portés contre eux. Dites-leur que les socialistes constituent le véritable et unique parti des travailleurs. Et si vous êtes vous-même un capitaliste, réfléchissez à combien il est plus noble de contribuer au bien-être du plus grand nombre plutôt que de servir uniquement votre propre intérêt, un égoïsme laid et hideux.</p>
<p>1. Ces chiffres se réfèrent à la première publication de cette brochure il y a une vingtaine d'années.</p>
<p><a href="https://marxists-architexturez-net.translate.goog/archive/sorge/1876/socialism-worker.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://marxists-architexturez-net.translate.goog/archive/sorge/1876/socialism-worker.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p> Nécrologie de Friedrich Sorge, par Franz Mehring</p>
<p>Il y a quelques semaines, nous parlions du précieux cadeau que notre collaborateur et camarade Friedrich Adolph Sorge a fait au mouvement ouvrier international avec la publication de sa correspondance avec Marx et Engels [2] , et aujourd'hui nous devons déjà rédiger la nécrologie de l'homme fidèle.</p>
<p>L'homme loyal, parce que la loyauté était son essence la plus profonde. À cette loyauté était indissociablement unie une sincérité absolue. Tout comme le premier contact entre Marx et Engels fut hostile, le premier contact entre Marx et Sorge le fut également. Même au cours de ses dernières semaines, Sorge se souvenait d'un jugement sévère que Marx, dans une lettre à un autre camarade américain, lui avait adressé. Lorsqu'il nous a envoyé cette lettre avec d'autres, il a ajouté : « Publiez tout ce qui vous semble précieux, mais ce que Marx a écrit sur moi ne doit pas être supprimé. Je n'aimerais pas ça. Il ne s'est jamais laissé soupçonner d'être motivé par une petite vanité, même s'il savait que Marx, grâce à une amitié de plusieurs années, avait corrigé son erreur initiale.</p>
<p>Ainsi était Sorge en tout : loyal et sincère, et d'une droiture inflexible. Mais il était totalement libéré de ce qui accompagne si souvent la rigidité : l'étroitesse. Fils d'une famille de vicaire allemand, il ne connaissait aucun des préjugés habituels qui, par exemple, confondaient le jugement du fils du vicaire Albert Lange, malgré ses qualités souvent excellentes. Le père de Sorge était un pasteur libre d'esprit, l'un de ces « amis des Lumières » saxons qui jouèrent un rôle des plus respectables dans le libéralisme d'avant mai [1848]. La maison du père de Sorge était une station du chemin de fer souterrain qui menait de la France et de la Belgique à la Pologne. Les révolutionnaires polonais y passaient fréquemment la nuit, d'où ils étaient transportés cinq ou six milles plus loin jusqu'à la gare suivante. C'était l'époque où Robert Blum, le premier héros révolutionnaire du jeune Sorge, déposait dans les nuits tranquilles la clé qui, pendant l'insurrection polonaise, ouvrirait les portes de la citadelle de Cracovie.</p>
<p>La maison de Sorge était bénie par l'abondance proverbiale d'enfants de pasteurs protestants. C'est pour cette raison que le père éduqua lui-même ses nombreux enfants, leur donnant une base considérable en langues classiques, en histoire et en littérature. Il lègue au jeune Sorge ces capacités pédagogiques qui lui permettront plus tard de survivre aux misères de l'exil. Lorsque Robert Blum fut assassiné à Vienne et que la contre-révolution triompha à Berlin, il ne put plus rester dans la maison de son père. Il partit pour la Suisse, d'où il fut rappelé par la nouvelle du soulèvement de Bade. Il participa à l'insurrection armée et combattit aux côtés d'Ubstadt. Condamné à mort dans son pays natal, il est contraint de fuir vers Genève et Lüttich, puis finalement contraint par le harcèlement policier de traverser l'océan.</p>
<p>Les États-Unis sont devenus sa deuxième patrie. Au début, il considérait le pays avec antipathie, en raison de l'esclavage dans les États du Sud et de la tristement célèbre loi sur les esclaves fugitifs. Son intention initiale était d'émigrer en Australie, et ce n'est que par hasard qu'il monta à bord du navire qui l'emmenait en Amérique. Mais c'est ainsi qu'il atteint le territoire qui lui permet d'exercer une activité historiquement significative. Certes, au début, il dut consacrer toutes ses forces à la lutte acharnée pour la survie. Lorsque l'empereur allemand et le président de l'Union ont échangé, il y a quelques jours, des paroles sonores sur l'influence bénie des immigrés allemands sur le développement historique des États-Unis, cette déclaration a produit une rare impression. Mais il ne faut pas oublier que ces porteurs de culture ont été chassés de leur pays par la violence et la faim et ont été accueillis comme des mendiants importuns. Comme Sorge n'aimait pas faire d'histoires sur sa personne, il ne parlait pas du moment où il en avait besoin. Il n'en a parlé qu'une seule fois. Lorsque nous atteignîmes la vue magnifique depuis les rives de la batterie sur le port de New York, il remarqua sèchement : « Oui, sur ces rives, j'ai passé de nombreuses nuits affamées et glaciales. »</p>
<p>Mais les misères de l'exil ne peuvent pas durer longtemps. En tant que professeur de musique et de chant, Sorge s'assura une existence confortable et, quelques années après son arrivée en Amérique, épousa une jeune Allemande, avec qui il partagea plus de cinquante ans du mariage le plus heureux, jusqu'à sa mort. Sa vie de famille n'a certainement pas été épargnée par d'amères souffrances dues à la perte d'enfants dans la fleur de l'âge. Lorsqu'il commença à participer à la vie publique, il devint le pionnier le plus prospère de la [Première] Internationale en Amérique et, vers la fin, son dernier porte-drapeau. De sa correspondance avec Marx et Engels, qui traite de manière détaillée de nos divisions, nous pouvons voir que vers la fin de l'Internationale il leur était uni par les liens les plus profonds d'amitié et de communion intellectuelle.</p>
<p>Sorge a passé les dernières années de sa vie dans une contemplation paisible, vivant des riches trésors de ses souvenirs et bénéficiant de l'amitié fidèle de ses camarades, notamment Julie Romm et Hermann Schlüter. Ils lui rendaient visite alternativement tous les dimanches dans sa paisible maison de West Hoboken, où il a finalement pris sa retraite. Ces visites lui étaient toujours une grande joie ; il aimait particulièrement le camarade Romm. Il entretenait également une relation étroite avec les enfants de son ami Joseph Dietzgen, qui étaient pour lui comme ses propres enfants.</p>
<p>Mais son principal intérêt resta toujours le sort du mouvement ouvrier, et en particulier de sa branche allemande. Lorsque nous lui avons rendu visite l'été dernier, il nous a reçu avec une hospitalité vraiment touchante. Nous avons passé des heures inoubliables dans sa modeste maison, où Marx et Engels nous saluaient depuis les murs de la bibliothèque et Beethoven et Wagner depuis la salle de musique. Il avait toujours été un joyeux buveur et lorsque, en guise d'adieu, nous avons bu une dernière bouteille de vin, qu'il a reçue en cadeau pour ses noces d'or, il a bu pour se retrouver au plus tôt.</p>
<p>Comme tous ceux qui peuvent se prévaloir d'un travail quotidien fertile, il aimait la vie et ne pensait pas à la mort. Mais comme il avait un mauvais hiver derrière lui et qu'il approchait de son quatre-vingtième anniversaire, le camarade Room, son conseiller médical, craignait pour l'hiver à venir. C'est pourquoi ses amis allemands, à qui il avait confié l'honorable tâche de publier le manuscrit de sa correspondance, édité par lui-même, s'empressèrent autant que possible de le faire paraître. Mais la mort s'est avérée plus rapide qu'eux, et Sorge ne pouvait pas voir le livre terminé.</p>
<p>Mais son nom perdurera dans ce livre et dans l'histoire de l'Internationale, ainsi que dans ses précieuses contributions à Die Neue Zeit , qui le pleure comme l'un de ses plus fidèles amis, lecteurs et contributeurs.</p>
<p>Haut de page</p>
<p>Notes de bas de page</p>
<p>1. Sorge a écrit une histoire du mouvement ouvrier américain depuis ses origines jusqu'en 1896, qui a été publiée pour la première fois sous la forme d'une série d'articles dans Die Neue Zeit . Il a été publié en anglais en deux volumes, dont le premier a malheureusement été édité par l'historien archi-stalinien Philip Foner. Voir Labor Movement in the United States : A History of the American Working Class from Colonial Times to 1890 de Friedrich A. Sorge , édité par Philip S. Foner et Brewster Chamberlin, Westport, Connecticut : Greenwood Press, 1977, et Friedrich A. Sorge's Mouvement ouvrier aux États-Unis : Une histoire de la classe ouvrière américaine de 1890 à 1896 , traduit par Kai Schoenhals, Westport, Connecticut : Greenwood Press, 1987. Voir aussi les mémoires de Sorge sur sa participation aux révolutions de 1848 : Erinnerungen eines Achtundvierzigers [ Souvenirs d'un quarante-huit ], Die Neue Zeit , Vol.17 No.2 (1898-99) 150-60, 189-92, 252-56, 284-88, 317-20, 381-84, 414-16 , 445-48. – Note du traducteur</p>
<p>2. Franz Mehring, Der Sorgesche Briefwechsel [ La correspondance Sorge ], Die Neue Zeit , Vol.25 No.1 (1906-07) pp. 10-19, 50-57. Réimprimé dans Mehring, Aufsätze zur Geschichte der Arbeiterbewegung , Berlin : Dietz, 1963, pp.50-72.</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1906/xx/sorge.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1906/xx/sorge.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.google.com/search?q=lettres+%C3%A0+sorge+marxists.org&client=firefox-b-e&sca_esv=f7f0ca8bbe6f40fd&sca_upv=1&ei=yR37Zcn9OIuLkdUPxqmW4Ag&ved=0ahUKEwiJhqrar4OFAxWLRaQEHcaUBYwQ4dUDCBA&uact=5&oq=lettres+%C3%A0+sorge+marxists.org&gs_lp=Egxnd3Mtd2l6LXNlcnAiHWxldHRyZXMgw6Agc29yZ2UgbWFyeGlzdHMub3JnMggQABiABBiiBDIIEAAYgAQYogQyCBAAGIAEGKIEMggQABiABBiiBEikHVCDCFjsGXABeACQAQCYAWGgAYwGqgECMTC4AQPIAQD4AQGYAgmgAv4FmAMAiAYBkgcDOC4xoAffGQ&sclient=gws-wiz-serp" class="spip_out" rel="external">Lettres d'Engels à Sorge</a></p>
<p><a href="https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article3974&_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_out" rel="external">Qui était Sorge</a></p></div>
La social-démocratie et la lutte contre l'impérialisme
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9055
http://www.matierevolution.org/spip.php?article90552026-08-05T22:22:00Ztext/htmlfrRobert ParisSocialisme - SocialismImpérialisme
<p>Karl Radek <br class='autobr' /> Voies et moyens dans la lutte contre l'impérialisme <br class='autobr' />
(1912) <br class='autobr' />
La discussion dans la Neue Zeit sur notre lutte contre l'impérialisme a déjà abouti à un résultat : elle a clairement mis en évidence l'existence de deux visions opposées de l'impérialisme et de notre lutte contre lui. Il est maintenant important de déterminer le plus clairement possible le caractère de ces divergences, leurs sources et leurs conséquences, car seule une clarté totale sur les divergences d'opinions (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory">14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER</a>
/
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot279" rel="tag">Impérialisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Karl Radek
<p>Voies et moyens dans la lutte contre l'impérialisme</p>
</h2>
<p>(1912)</p>
<p>La discussion dans la Neue Zeit sur notre lutte contre l'impérialisme a déjà abouti à un résultat : elle a clairement mis en évidence l'existence de deux visions opposées de l'impérialisme et de notre lutte contre lui. Il est maintenant important de déterminer le plus clairement possible le caractère de ces divergences, leurs sources et leurs conséquences, car seule une clarté totale sur les divergences d'opinions réelles élimine le caractère de frictions inutiles et permet d'apprécier leur importance pour la pratique du parti. Sous sa forme polémique contre le camarade Kautsky, l'article est une tentative de présentation complète de la position défendue par Pannekoek, Lensch et moi-même depuis plusieurs années sur la question de la lutte contre l'impérialisme. Conformément à la nature de la question dans son ensemble, à ses tendances contradictoires et à nos points de départ individuels, il existe également des divergences d'opinion entre mes déclarations et celles des camarades mentionnés sur certaines sous-questions, que nous n'avons aucune raison de dissimuler. puisque leur clarification ne peut que renforcer notre accord fondamental.</p>
<p>Deux méthodes d'enquête sur l'impérialisme. Deux conceptions de l'impérialisme.</p>
<p>Kautsky considère la course aux armements comme l'expression d'une politique des classes possédantes qui, bien que fondée sur les intérêts de couches très influentes du capital, ne constitue pas une nécessité vitale du capitalisme.</p>
<p>Les facteurs - écrit-il à la page 106/07 du NZ 1912 - qui sont un élément vital du processus de production capitaliste, sans lequel il ne peut exister, ne peuvent bien sûr être éliminés que par eux-mêmes. Mais n'importe quel phénomène est un gros malentendu. que le résultat du processus de production capitaliste doit être considéré comme son élément vital, sans lequel il ne peut exister.</p>
<p>L'extraction de la plus-value est un élément vital du mode de production capitaliste. Cela crée une envie de prolonger la journée de travail. Mais ce n'est en aucun cas un élément vital du capitalisme. Il peut aussi, et mieux encore, s'épanouir avec des horaires de travail réduits. La volonté d'augmenter la plus-value est simplement dirigée vers d'autres canaux en la limitant. Plus les horaires de travail sont courts, plus la volonté de remplacer le travail humain par des machines, par exemple, est forte.</p>
<p>L'expansion constante du marché est également une nécessité vitale pour le capitalisme . A un certain niveau de son développement, la méthode la plus commode pour y parvenir semble être l'acquisition de colonies ou de sphères d'influence, ce qui conduit à la course aux armements. Mais si cette méthode est arrêtée, cela ne signifie pas un effondrement, mais seulement la nécessité d'utiliser d'autres méthodes pour son expansion.</p>
<p>La course aux armements repose souvent sur des causes économiques, mais pas sur des nécessités économiques. Son attitude n'est pas du tout une impossibilité économique.</p>
<p>C'est la conception fondamentale du camarade Kautsky, et c'est sur elle qu'il construit la structure de ses déclarations.</p>
<p>Parce que l'impérialisme n'est qu'une des méthodes par lesquelles la nécessité vitale du capitalisme est réalisée, non seulement la lutte contre la course aux armements résultant de l'impérialisme est possible, ce que personne ne nie, mais le désarmement est possible . Mais puisque la social-démocratie doit défendre toutes les réformes qui allègent le fardeau de la classe ouvrière et améliorent les conditions de la lutte des classes, elle doit également défendre le désarmement. Pour renforcer sa position, Kautsky ne se contente pas d'affirmer que « notre accord avec les partisans bourgeois du désarmement est basé... sur une communauté d'intérêts du monde bourgeois avec ceux du prolétariat sur cette question » - ce qui » est déjà une déclaration très réconfortante dans la « nouvelle ère des révolutions » - mais il écrit ( NZ , XXIX, 2, p.101) : La chose la plus évidente est de soutenir et de renforcer le mouvement de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie dirigé contre la guerre et la course aux armements. Ce mouvement ne doit pas être sous-estimé. Elle naît de motifs tout aussi réels que le mouvement opposé, et nous avons toutes les raisons de la renforcer par rapport à ce dernier... Et si du côté bourgeois des propositions sont faites pour le maintien de la paix ou la limitation des armements, qui sont Dans une certaine mesure réalisable, nous avons toutes les raisons de le promouvoir et de forcer les gouvernements à prendre position à ce sujet.</p>
<p>Donc Kautsky. Quand j'ai essayé de savoir il y a un an dans le Bremer Bürger-Zeitung le 29 avril où, dans les pays capitalistes développés, le mouvement de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie contre la guerre et la course aux armements (rappelez-vous : contre la course aux armements ) avait fait Il y avait un silence dans la forêt sur les suggestions raisonnablement réalisables qu'elle avait faites pour limiter les armements. Dans les déclarations actuelles de Kautsky, on cherche en vain un exemple d'un tel mouvement. Parce que Kautsky nous pardonne sa référence (dans la Nouvelle-Zélande du 6 septembre) au « grand mouvement bourgeois de désarmement » en Angleterre, qui est représenté par le gouvernement anglais et qui trouve « certainement » aussi l'écoute et le soutien du gouvernement en France, peut-être. Je ne le prends pas au sérieux. Non seulement parce que l'approbation par la France du prétendu « mouvement de désarmement » anglais est un secret révélé uniquement au camarade Kautsky par le gouvernement français et dont aucun autre mortel n'a entendu parler, mais parce que, comme nous le montrerons plus loin, le gouvernement anglais n'a pas non plus soutenu le désarmement. , ni pour une restriction générale des armements. Et c'est à ce moment-là qu'il faut commencer la révision de la conception kautskyenne de l'impérialisme. Car il est clair qu'une vision qui ne s'appuie sur aucun fait historique - et il n'existe aucun mouvement bourgeois contre la guerre et la course aux armements soutenu par une quelconque classe sociale - n'est rien d'autre qu'une spéculation anémique .</p>
<p>Si l'on imagine le capitalisme de manière abstraite, sur la base d'un schéma établi pour tous les temps, depuis le début de la production marchande capitaliste jusqu'à nos jours, le capitalisme n'a qu'une seule nécessité vitale : la production de plus-value et sa réalisation sous forme de profit. Mais ce schéma général n'est même pas suffisant pour représenter les lois générales du capitalisme, encore moins pour les comprendre dans chaque pays et chaque période.</p>
<p>Si l'on examine le développement du capitalisme dans des pays individuels ou son développement international au cours d'une période spécifique au cours de laquelle un nouveau changement dans sa politique soulève la question de ses lois, il devient évident qu'en plus de ses nécessités générales de la vie, il a ces d'importance historique plus limitée, qui sont tout aussi importantes que les nécessités générales, car les nécessités vitales générales du capitalisme ne peuvent s'affirmer que sous des formes concrètes .</p>
<p>Faute de place, je dois m'abstenir d'illustrer ce qui vient d'être dit par des exemples des nécessités vitales du développement capitaliste dans les différents pays, dont le respect a, par exemple, fait de la social-démocratie autrichienne un opposant à l'exigence d'un régime constitutionnel de Bohême. En vertu de la loi, la social-démocratie polonaise est un adversaire de la revendication d'indépendance de la Pologne, même si ni l'une ni l'autre de ces revendications ne se heurtent à la seule nécessité vitale du capitalisme formulée de manière si abstraite par Kautsky. Je dois m'attarder un peu plus longtemps sur la question des nécessités vitales internationales du capitalisme, de la manière dont elles dominent sa politique dans une situation historique, car une telle question représente le sujet de controverse actuel, le caractère de l'impérialisme.</p>
<p>L'argument de Kautsky, selon lequel l'impérialisme est l'une des nombreuses méthodes par lesquelles la poussée d'expansion du capitalisme peut prévaloir, présente deux failles : l'une dans le passé du capitalisme, la seconde dans son avenir prévisible, dont les lignes de développement sont déjà fondées sur les faits d'aujourd'hui. sont à déterminer. En ce qui concerne le passé, il est certain que le capitalisme d'Angleterre, de France et d'Allemagne a atteint un certain stade de développement et a eu recours à l'établissement colonial comme forme la plus importante de son expansion. Je laisse de côté la question de savoir si le capital en tant que classe était également nécessaire dans chacun des trois pays au début de la politique coloniale, mais le fait que le capital dans tous ces pays continue de s'y accrocher, même si cela pose le problème. Les plus grands dangers pour... évoque le capitalisme doivent être considérés comme un symptôme du fait que cette politique correspond à une nécessité vitale historique du capitalisme. Cette nécessité vitale réside dans le contraste, qui devient plus aigu avec le développement capitaliste, entre la loi capitaliste sur les salaires et la nécessité capitaliste d'élargir la production, et donc aussi d'élargir le marché . Car même si la loi sur les salaires est tout sauf de fer et que le salaire réel est tout sauf stable, il n'en demeure pas moins que malgré la résistance de la classe ouvrière organisée contre les tendances déprimantes du capitalisme, la productivité du travail croît beaucoup plus rapidement. que la part de la classe ouvrière dans le revenu social, ce qui signifie que - plus la classe ouvrière s'agrandit par rapport aux autres classes sociales - plus la nécessité pour le capitalisme de s'étendre dans les États non capitalistes à travers l'exportation de marchandises augmente. Cette évolution historiquement nécessaire a d'autres conséquences : la nécessité de greffer l'organisation étatique dans les pays qui n'en disposent pas, la nécessité de lutter contre les pays non capitalistes qui s'opposent à la propagation du capitalisme, et enfin la nécessité de s'armer contre de tels États capitalistes. , qui contrecarrent cette envie des autres de se propager.</p>
<p>Grâce à ces connexions - que nous ne montrons bien sûr que par mots-clés car ces connexions doivent être supposées connues (elles sont mieux développées dans Le Capital financier de Hilferding et la question de la nationalité de Bauer , bien que l'analyse de l'impérialisme donnée dans ces ouvrages ne soit pas exhaustive soit) doit être approfondi.) – l'impérialisme devient une nécessité vitale de la phase historique donnée du capitalisme .</p>
<p>Pour nier à l'impérialisme le caractère politique qui correspond à une nécessité vitale du capitalisme admise par Kautsky - la nécessité de l'expansion - Kautsky devrait entreprendre une tâche qui serait très attrayante pour un ami de la spéculation anhistorique et purement rationaliste, mais ce qui n'a rien à voir avec la tâche des marxistes : à savoir prouver que la têtue Historia pourrait également suivre d'autres voies, plus morales, si elle avait rencontré un conseiller perspicace dans sa jeunesse. Mais malheureusement, cela ne peut plus être compensé, oui, divers malheurs sont arrivés à la dame, qui l'ont poussée sur la voie impérialiste dans certains pays, avant même que la contradiction susmentionnée, qui est la principale force motrice de l'impérialisme, ne devienne clairement perceptible. dans d'autres, divers moments secondaires les ont poussés à un rythme plus rapide sur la voie de l'impérialisme. Et au lieu du mouvement de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie identifiés par Kautsky, on assiste à une croissance du sentiment impérialiste dans toutes les classes de la société capitaliste en Europe occidentale – à l'exception du prolétariat.</p>
<p>De la même manière qu'il examine le passé de l'impérialisme, Kautsky examine son avenir. Il ne cherche pas à déterminer les tendances réelles de l'impérialisme qui peuvent être prouvées par des faits, mais plutôt à les combiner.</p>
<p>Dans son article de mai de cette année (dernier volume de Neue Zeit , p.107/108), il écrit :</p>
<p>« Ce qui s'est avéré de plus en plus vrai pour les relations entre les entreprises au cours des deux dernières décennies commence maintenant à le devenir pour les relations entre États capitalistes. Ils aspirent tous à l'expansion, ils s'embarrassent tous de plus en plus, se perturbent et s'inhibent mutuellement, et donc augmentent leurs forces armées et augmentent les coûts de l'entreprise d'expansion de telle manière que tous les profits sont gaspillés. Néanmoins, cette méthode perdurera aussi longtemps que les individus pourront croire que, grâce à leurs armements, ils parviendront à un stade où ils écraseront la concurrence et monopoliseront le marché mondial. Plus cette perspective s'éloigne, plus il devient clair que la poursuite de la concurrence ruinera toutes les personnes impliquées, et plus se rapproche l'étape où la concurrence entre les États sera éliminée grâce à leurs relations de cartel . Cela ne signifie rien de moins qu'un renoncement à l'expansion du capital national, cela signifie seulement une transition vers une méthode moins coûteuse et plus sûre …</p>
<p>Les capitalistes d'Allemagne et d'Angleterre ne perdraient pas le moins du monde si les deux États s'accordaient sur leur politique étrangère et limitaient ensuite leurs armements . Les deux États unis pourraient amener tous les autres États, au moins en Europe, à adhérer à leurs accords et au désarmement , et leurs capitalistes seraient alors en mesure de développer l'ensemble de la zone, au moins de l'hémisphère oriental, de manière beaucoup plus énergique et sans entrave qu'auparavant. »</p>
<p>Nous voulons maintenant mettre de côté l'application utile que Kautsky fait de ces considérations à la question de notre attitude à l'égard des questions d'armement ; nous voulons nous poser la question de savoir si les sociaux-démocrates, compte tenu des graves conséquences de la libre concurrence, ont jamais exigé ou ont favorisé leur abolition par le biais des trusts, n'en parlez pas maintenant. Nous voulons seulement noter ici que Kautsky tire de nulle part ces tendances développementales de l'impérialisme , car il lui serait difficile de souligner ne serait-ce qu'un seul fait sur lequel fonder ses déclarations. Les faits des dix dernières années du développement impérialiste indiquent qu'il existe de nombreux éléments capitalistes dans les États capitalistes qui ont un quelconque intérêt à la paix, par exemple le transport de capitaux, et d'autres dont les intérêts font obstacle à la mise en œuvre militaire d'une contradiction capitaliste concrète. rester. (Par exemple, l'industrie lourde de Rhénanie-Westphalie était presque entièrement opposée à une guerre contre le Maroc depuis la fusion de Thyssen, Krupp & Co. et Schneider-Creusot.) Ils soutiennent que les États capitalistes sont conscients des dangers d'une guerre. entre les grandes puissances européennes, à tel point qu'elles tenteront de l'éviter au maximum. En fin de compte, ils suggèrent que les groupes capitalistes concurrents dans les transactions impérialistes (obligations d'État exotiques, etc.) sont enclins à s'entendre sur le partage du butin, ce qui, soit dit en passant, n'est pas facile. Mais que dans tout État moderne - à l'exception de l'Angleterre, qui est à la tête des puissances navales, la poursuite de l'armement peut s'attendre à une détérioration de sa position et donc en faveur du maintien de la situation actuelle en mer du Nord . en mer du Nord ! se produit - l'une de ces couches intéressées par la paix serait contre l'armement, bien qu'elle suive avec diligence la littérature et la presse pertinentes . Malgré leur peur de la guerre, ils soutiennent tous l'armement, non seulement parce qu'ils y ont des intérêts matériels - commandes, échanges en bourse avec des actions des industries impliquées dans la construction navale, etc. - mais aussi parce qu'ils y voient une mesure de leur les propriétaires du secteur de l'armement ont une influence dans les affaires impérialistes, ce que j'ai déjà expliqué plus en détail dans le « Neue Zeit » [1]., sans obtenir de réponse du camarade Kautsky. Les déclarations de Kautsky sur les autres méthodes d'expansion ouvertes au capital sont complètement en suspens, ce qui revient à admettre involontairement que l'impérialisme est une nécessité vitale pour le capitalisme : parce que Kautsky considère l'expansion du capitalisme comme une nécessité vitale, mais ne peut montrer aucune autre pour eux que la voie impérialiste dans les tendances de développement du capital, seul l'impérialisme demeure comme une nécessité vitale pour le capitalisme.</p>
<p>Pour terminer ce chapitre, nous voudrions souligner un fait supplémentaire : même s'il existait des tendances vers une voie commune, même au sein du capital européen, leur mise en œuvre - pour être permanente - devrait entraîner des conséquences telles qu'une voie commune. politique commerciale des États européens, une armée commune pour lutter contre l'Orient qui s'éveille (même avec le dépôt des armes entre les États européens), un gouvernement fédéral commun - mais tout cela nécessiterait de nettoyer tellement de déchets interétatiques qu'il pourrait seul le balai de fer de la Révolution pourrait être réalisé. C'est Kautsky qui a traité de l'idée des États-Unis d'Europe dans son article de mai de l'année dernière (XXIX, pp. 105/106) et est arrivé à la conclusion : Une très belle idée, mais elle ne peut être réalisée que par la révolution. . Mais en Europe occidentale, révolution signifie révolution sociale . Kautsky l'a très bien expliqué dans son Chemin vers le pouvoir (p. 10) :</p>
<p>« Il devient de plus en plus clair qu'une révolution n'est possible qu'en tant que révolution prolétarienne.</p>
<p>Cela est impossible à moins que le prolétariat organisé ne forme un pouvoir suffisamment grand et compact pour, dans des circonstances favorables, entraîner avec lui la masse de la nation. D'un autre côté, si seul le prolétariat représente encore une classe révolutionnaire dans la nation, il s'ensuit que tout effondrement du régime existant, qu'il soit de nature morale, financière ou militaire, entraîne la faillite de tous les partis bourgeois, dont tous en sont devenus responsables, que le seul régime qui peut remplacer le régime existant dans un tel cas est un régime prolétarien. »</p>
<p>La courte conclusion de cette longue chanson est donc la suivante : la propagation du capitalisme est pour lui une nécessité vitale.</p>
<p>La seule méthode par laquelle elle peut se propager est l'impérialisme. Toute autre méthode, même si elle était possible, ce qu'il n'y a absolument rien à suggérer, ne pourrait s'imposer que par la révolution. Mais la révolution d'aujourd'hui n'est possible qu'en tant que révolution prolétarienne, et elle aboutirait à la destruction du capitalisme, source de l'impérialisme, et le priverait donc aussi de la base d'une autre méthode d'expansion. L'expansion capitaliste n'est donc désormais possible qu'en tant qu'expansion impérialiste, ou elle est impossible.</p>
<p>La différence entre les deux conceptions de l'impérialisme semble être le résultat d'une application différente de la méthode d'enquête du marxisme. Pour nous, il s'agit d'examiner l'évolution réelle et de déterminer les tendances de l'évolution. Pour le camarade Kautsky, ce n'est qu'une planche pour un saut en l'air, un moyen de combiner sur un sujet intéressant : cela pourrait être plus beau, et si cela l'était.</p>
<p>Nous laissons au lecteur le soin de juger qui a le droit de parler de méconnaissance de la nature de la nécessité économique et de se déguiser en termes marxistes.</p>
<p>* * *</p>
<p>Il est maintenant important d'examiner quelles conclusions on peut en tirer concernant notre tactique de lutte contre l'impérialisme et de quels moyens nous disposons contre lui. Mais je dois d'abord dissiper un malentendu à propos de Kautsky que je trouve totalement incompréhensible.</p>
<p>Kautsky écrit :</p>
<p>« La lutte contre la course aux armements est absurde tant que règne le capitalisme – c'est la dernière, disons, l'improvisation de nos plus jeunes « garçons » (p. 467 de ce volume).</p>
<p>Tout comme à l'époque, les besoins nécessaires de « l'industrie bourgeoise » ne doivent pas nécessairement nous apparaître aujourd'hui comme des commandements nécessaires du prolétariat, auxquels les prolétaires ne peuvent résister que par une révolution socialiste et non dans le cadre du mode de production capitaliste. Le prolétariat formule ses revendications non pas en fonction des besoins de la classe capitaliste, mais en fonction de ses propres besoins, et ces propres besoins appellent le désarmement (p. 519 de ce volume). »</p>
<p>Il faut expliquer ce qui suit : non seulement moi, ni Pannekoek, ni quiconque travaille avec nous sur cette question n'avons écrit un seul mot qui pourrait être interprété dans ce sens, mais notre travail et nos aspirations ont toujours été subjectifs et objectifs visant à renforcer notre lutte contre l'impérialisme et la course aux armements . Si nous considérions que la lutte contre la course aux armements sur la base du capitalisme est un non-sens, à quoi servirait notre agitation en faveur d'une action de masse contre l'impérialisme ?<br class='autobr' />
Milice et désarmement</p>
<p>Nous avons vu que Kautsky compte sur le soutien d'une partie de la bourgeoisie dans la lutte contre l'impérialisme et la course aux armements parce qu'il accepte la possibilité d'une nouvelle expansion du capitalisme même sans impérialisme. Tout comme il est arrivé à cette opinion sur la base de pures spéculations, ses slogans dans la lutte contre la course aux armements ne découlent pas d'un examen de la réalité, mais d'une mise de côté tout à fait arbitraire de cette réalité, même si ses spéculations n'ont même pas possède le caractère d'un train de pensée unifié. Ses composantes sont dans une lutte similaire les unes contre les autres, tout comme elles sont, dans leur ensemble, en guerre contre le développement lui-même.</p>
<p>Selon Kautsky, le slogan de la milice était « suffisant » jusqu'à ce qu'une flotte émerge. Lorsque la préparation de l'eau a commencé et qu'il est devenu clair à quel point cela coûtait cher, nous n'avons pas pu nous contenter de la demande de la milice.</p>
<p>Premièrement, parce que l'idée de milice échoue complètement lorsqu'il s'agit de la flotte, deuxièmement, parce qu'il a été démontré que la milice n'est pas moins chère que l'armée permanente, ce qui est encore plus important pour la marine, puisque les coûts de les constructions sont bien plus grandes que celles de la préservation humaine.</p>
<p>Examinons l'attitude de Kautsky dans ses fondements. Il prétend que nous avons demandé des milices pour des raisons politiques afin d'affaiblir le pouvoir du gouvernement sur l'armée professionnelle, alors qu'aujourd'hui la demande de désarmement devrait être soutenue pour des raisons économiques.</p>
<p>Sa déclaration, en ce qui concerne la demande de la milice, est correcte, bien qu'incomplète. Les partisans scientifiques de la milice dans les rangs des sociaux-démocrates - en premier lieu Engels , dont les écrits militaires constituent encore une excellente introduction aux études militaires pour tout social-démocrate - n'ont pas soutenu l'idée de la milice simplement parce que sa mise en œuvre serait politiquement utile pour le travail. classe, mais parce qu'il s'inscrit dans la ligne du développement militaire. Avec Engels, notre attitude envers le militarisme était analogue à notre attitude envers toutes les institutions capitalistes . Nous acceptons le militarisme, comme le capitalisme, comme un fait sur lequel nous devons nous placer si nous voulons les combattre. L'État capitaliste et toutes ses institutions existent et sont des organes de domination bourgeoise. Le militarisme n'est ni plus ni moins que le parlementarisme. Parce qu'ils sont des organes de domination de classe bourgeoise, nous les combattons fondamentalement, mais nous ne pouvons pas nous placer en dehors d'eux en leur opposant des institutions qui aboliraient leurs fonctions.</p>
<p>Nous allons au Parlement pour représenter les intérêts des travailleurs sur son sol. Mais nous ne disons pas : à la place du parlement bourgeois, il devrait y avoir un parlement populaire qui représente les intérêts du peuple contre la bourgeoisie. Ce serait une protestation platonique, pas un combat sur le terrain réel. Nous adoptons la même attitude envers le militarisme. C'est un organe de domination de classe à l'intérieur et d'expansion capitaliste à l'extérieur. Nous le combattons en principe, mais nous ne pouvons pas l'ignorer et l'expliquer : dans la société capitaliste, un militarisme qui n'est ni un organe de domination de classe, ni extérieurement ni intérieurement, est impossible. Non, l' idée de milice vise uniquement à renforcer les éléments du militarisme lui-même qui rendent difficile l'exercice en douceur des fonctions assignées au militarisme par le capitalisme et à faciliter la lutte de la classe ouvrière contre le militarisme.</p>
<p>Cette évaluation du caractère objectif de notre revendication de la milice contraste avec de nombreuses opinions subjectives du parti à propos de la milice. Dans mon article : L'idée de la milice (numéro principal du Leipziger Volkszeitung , 1912), j'ai essayé de présenter les causes historiques qui ont donné à la revendication de la milice un caractère qu'aucune autre revendication de notre programme minimal n'a, le caractère d'une institution purement anticapitaliste. qui préempte toutes les fonctions capitalistes de l'armée perdues dans le contexte du capitalisme. C'était un héritage du point de vue petit-bourgeois que nous avons adopté de la petite-bourgeoisie avec la demande de milices. Mais alors que la petite bourgeoisie considérait la milice comme une véritable défense du peuple , tout comme le pouvoir du peuple l'est dans la démocratie, nous étions très critiques à l'égard de la démocratie, mais pas de l'idée de milice. Dans le premier cas, la France et l'Amérique ont démontré l'importance réelle de la social-démocratie sous le capitalisme ; dans le second, il y a eu un manque de test à grande échelle.</p>
<p>Comment pouvons-nous entrer dans les parlements capitalistes, même si nous sommes fondamentalement hostiles au parlementarisme capitaliste en tant qu'organe de domination de classe, et comment pouvons-nous le faire, car le parlement, pour remplir ses fonctions, a besoin de la représentation de la classe ouvrière, ce qui nous permet Pour lutter contre le capitalisme au Parlement, nous sommes également confrontés à l'expansion démocratique de l'organisation militaire. Et ici, comme dans le parlementarisme, les mêmes moments permettent de renforcer la tendance anticapitaliste dans une institution capitaliste.</p>
<p>Le Parlement assume la responsabilité de l'économie de l'État devant l'ensemble de la nation, y compris la classe ouvrière. Afin de rendre les gens plus dociles, il essaie de leur donner l'impression qu'ils ont également une influence sur cette économie. C'est l'organe qui représente les intérêts centraux des classes possédantes contre les intérêts particuliers, il doit donc essayer d'empêcher les intérêts particuliers de s'appuyer sur le peuple : il retire donc les représentants des classes populaires. Le Parlement est un organe chargé de maintenir la domination de classe, il cherche donc également à être un exutoire pour le mécontentement du peuple.</p>
<p>Tout cela rend la lutte pour le droit de vote plus facile et rend plus difficile son abolition, où cela devient inconfortable pour la bourgeoisie, car sur cette base, la classe ouvrière au Parlement cherche à transformer ses fonctions en mettant l'accent sur ses intérêts prolétariens. , en transformant la tribune parlementaire d'un organe de domination de classe en celui d'agitation prolétarienne-révolutionnaire.</p>
<p>Nous constatons les mêmes tendances dans le militarisme moderne. C'est l'organe du pouvoir de classe, mais sa fonction est exercée par le peuple en armes. À l'ère du service militaire obligatoire, on ne peut pas exclure le peuple de l'armée, mais il faut essayer de le soumettre par des exercices et en érigeant un mur entre l'armée et la population civile. Nous ne pouvons pas abolir l'armée tant que le capitalisme existe, même si nous y sommes fondamentalement opposés, ce que nous exprimons par notre vote contre le budget militaire. Mais comme nous ne pouvons pas abolir le militarisme, nous essayons de renforcer les éléments de l'armée qui rendent difficile l'application de la fonction de l'armée en tant qu'organe de domination de classe à l'intérieur et d'expansion capitaliste à l'extérieur. Nous le faisons à travers toute notre agitation socialiste au sein de la classe ouvrière, qui représente chaque année une plus grande partie de l'armée, nous le faisons surtout à travers notre action antimilitariste, qui montre le caractère de l'armée. Enfin, nous le faisons en exigeant l'abolition de la barrière entre l'armée et le peuple, c'est-à-dire les longues périodes de service, les exercices et la justice militaire. Est-ce une exigence platonique ? Absolument pas ? Notre demande de milices est basée sur les tendances existantes du capitalisme et du militarisme lui-même . En forçant le capitalisme à promouvoir la diffusion de l'éducation parmi les masses, même s'il ne le souhaite pas, le capitalisme rend possible le service à court terme. En les obligeant, grâce à l'exacerbation des contradictions entre les États, à recruter et à former une masse toujours plus grande de soldats, elle renforce chez eux - du moins dans les États à croissance démographique - la tendance à accomplir effectivement les tâches générales. obligation de service Compte tenu des coûts, la tendance à raccourcir la durée du service se renforce à nouveau. Les Etats capitalistes ne le feront pas seuls, car cette tendance est contrecarrée par d'autres, comme les conceptions traditionnelles des boutons de guêtres, la peur de la bourgeoisie quant aux conséquences d'une réduction de l'ancienneté, etc. à ces résistances, une mise en œuvre complète d'une constitution militaire démocratique sera possible [2] échouera, mais comme la lutte pour celle-ci est liée à des tendances réelles et vivantes, elle peut trouver un écho dans les masses et les éclairer sur la nature de la situation. le militarisme, c'est-à-dire encore une fois pour renforcer les tendances anticapitalistes dans l'armée. Le résultat de notre lutte, qu'elle s'exprime sous la forme d'une mise en œuvre plus ou moins étendue de l'idée de milice ou seulement sous la forme d'une excitation et d'une illumination des masses populaires, serait un renforcement des tendances anticapitalistes dans le pays. l'armée , ce qui rend les choses plus difficilesl'exécution des fonctions capitalistes de l'armée . Aussi utopique et antihistorique qu'il serait d'espérer que même après la mise en place de la milice, elle cessera immédiatement d'être un organe de domination de classe à l'intérieur et d'expansion capitaliste à l'extérieur, il est clair que plus nous luttons vigoureusement pour la milice dans le monde. Pour les larges masses populaires, plus les résultats seront importants, plus il sera difficile pour le gouvernement capitaliste d'utiliser l'armée comme un instrument involontaire. Mais comme aucune classe dirigeante n'a encore abdiqué ou s'est transformée en son contraire par peur de la ruine, le capital jouera aussi à la banque lorsque l'eau lui montera à la gorge, et alors surviendra la contradiction entre les forces destinées par le capital aux fonctions militaires et les forces armées. contenu prolétarien de la majorité de l'armée. Il serait inutile de rechercher si cela se produirait lors de luttes de masse révolutionnaires acharnées dans le pays ou lors de luttes à l'étranger. Il suffit d'établir le lien entre la revendication des milices et notre lutte contre l'impérialisme et la course aux armements.</p>
<p>Tout comme nous ne supposons pas que l'impérialisme puisse être représenté dans le cadre du capitalisme par une autre méthode de développement capitaliste, la fonction de l'armée ne peut pas être éliminée par une forme d'armée dérivée qui soulagerait toutes les souffrances. Au contraire, les tendances mises en lumière par le développement de l'armée exacerbent le contraste entre la classe ouvrière et l'impérialisme au sein de l'armée. En la traduisant en exigence politique de démocratisation de l'organisation militaire, c'est-à-dire de la milice, nous plaçons notre lutte contre l'impérialisme sur le seul terrain réel et non spéculatif.</p>
<p>Kautsky ne rejette pas la demande des milices. Il ne précise pas comment leur réalisation progressive ou la lutte pour eux est liée au développement impérialiste. Oui, à un moment donné de la discussion, il déclare que la question des milices, contrairement à la question du désarmement, n'est pas d'actualité. Dans l'article de mai de cette année, il va plus loin et déclare que l'idée de la milice échoue pour la flotte . Cette déclaration de solidarité avec Matthias Erzberger est exprimée pour la première fois dans la littérature du parti. Dans une note de bas de page de mon article sur notre lutte contre l'impérialisme, publié il y a deux mois dans la Neue Zeit , j'ai demandé à Kautsky les raisons de son opinion, car elles doivent avoir une grande importance pour le débat. Cependant, j'ai supprimé cette note de bas de page à la demande de l'éditeur, car Kautsky devrait répondre immédiatement, ce qui perturberait le plan de la discussion. On espérait que Kautsky les révélerait plus tard. Mais Kautsky reste silencieux sur cette question que j'ai soulevée, il écrit seulement d'un air penaud ( Neue Zeit , 1912, page 467) : « Jusqu'à quel point la durée de service peut être réduite pour elle, cela dépasse mon jugement . »</p>
<p>Mais comme le raccourcissement significatif de la durée du service est la condition préalable la plus importante pour la milice, cela signifie que le camarade Kautsky ne peut pas évaluer si l'idée de la milice échoue contre la flotte. À moins que le camarade Kautsky ne partage l'idée géniale d'Erzberger selon laquelle l'idée de la milice échoue contre la flotte pour une autre raison, à savoir parce qu'on ne peut pas donner au soldat un navire qu'il puisse ramener chez lui. Mais cela échoue aussi contre l'artillerie, parce qu'on ne peut pas donner aux soldats un canon à emporter, et cela échoue aussi contre l'infanterie, parce que les trente cartouches que le soldat pourrait rapporter - comme c'est le cas en Suisse -, une seule Une minute lui suffit pour se défendre, tandis que les mitrailleuses, que vous ne pouvez pas emporter chez vous, peuvent parler un langage assez persistant. En bref : si l'idée de la milice échoue en raison de l'impossibilité d'emmener des navires de guerre avec elle, alors elle échoue du tout, y compris de l'armée. Mais puisque Kautsky permet qu'elle existe dans l'armée de terre, il ne reste qu'une chose : le camarade Kautsky admet le 26 avril que l'idée de la milice a échoué dans la marine en raison de l'impossibilité de raccourcir la durée du service, mais le 28 juin il se convertit. à l'idée socratique Sagesse : je sais seulement tellement que je ne sais rien. [3] Il laisse ouverte la question de l'ancienneté dans la Marine.</p>
<p>Je laisse aux camarades le soin de juger de la valeur qu'une vision générale du problème de l'armement, basée sur un tel "manque de connaissance" de documents factuels très importants, peut revendiquer et déclarer, sur la base de la richesse des documents dont je dispose . ] , que nous n'avons absolument aucune raison de devoir témoigner à M. Tirpitz sur le caractère discutable de la possibilité de raccourcir l'ancienneté : une réduction significative de l'ancienneté dans la Marine est possible, et depuis la suppression de la justice militaire en la Marine est bien sûr tout aussi possible que dans l'Armée, l'objection la plus importante reste contre la possibilité de démocratiser la constitution navale, le fait de l'isolement des marines provoqué par la vie à bord.</p>
<p>Mais si l'on considère que, malgré cet isolement, les révoltes continuent d'éclater dans la marine française, et si l'on prend en compte le rôle des marins dans la révolution russe, alors il est clair que cet isolement, si la durée du service était raccourcie , porterait atteinte à la vie intérieure socialiste des marins français, dont certains sont recrutés parmi les équipages de la marine marchande, les capitaines, et dont certains sont recrutés parmi des ouvriers industriels bien qualifiés, et qui sont donc ouverts à l'agitation socialiste, ne pouvait pas être tué. L'idée de démocratiser la constitution de l'armée peut être mise en œuvre aussi bien dans la flotte que dans l'armée de terre. L'idée de milice se présente devant nous comme une idée globale qui couvre l'ensemble du problème de l'armement : méthodologiquement et politiquement uniforme. Méthodologiquement, parce que la démocratisation de l'armée n'est pas une exigence platonicienne faite de toutes pièces au nom d'une plus grande symétrie du programme du parti ou en raison de ses avantages, mais parce qu'elle se fonde sur les véritables tendances développementales du capitalisme. Politiquement, parce que la revendication des milices a un seul objectif : renforcer l'influence de la classe ouvrière sur les organes les plus importants de l'impérialisme afin de créer en leur sein les conditions dans lesquelles elles échoueront dans les batailles décisives entre la classe ouvrière et l'impérialisme et devront donc accélérer la révolution sociale. Bien entendu, cela ne veut pas dire que le degré de démocratisation de l'organisation navale peut et doit être le même que celui de l'armée de terre. L'exploitation de machines modernes joue le rôle le plus important dans la flotte. Le prolétaire d'usine peut apprendre cela en peu de temps, il est donc possible de raccourcir sa période de service ; Mais plus il sert, plus il acquiert de l'expérience dans la manipulation des machines. C'est pourquoi la réduction de l'ancienneté dans la flotte est possible, mais n'est pas requise par le développement de la flotte elle-même. L'importance de la démocratisation de la flotte pour le développement social global n'est pas aussi grande que celle de l'armée.</p>
<p>La flotte ne peut pas intervenir aussi fortement dans les luttes de classes qu'elle, et l'esprit qui anime les masses du prolétariat ne se manifestera pas non plus dans les batailles décisives comme dans l'armée de terre. En effet, les marines n'apparaissent pas en grand nombre, vivent ensemble et l'élément mort de la machine joue un rôle plus important dans les batailles navales que dans l'armée terrestre. Ce sont probablement ces moments qui ont amené le camarade Lensch , par exemple, à se rallier à l'affirmation du camarade Kautsky selon laquelle l'idée de milice échouait dans la flotte. Pour nous, la prise en compte de ces moments n'est qu'un avertissement contre l'appréciation stéréotypée du concept de milice dans l'armée et la marine. Mais puisque nous acceptons la possibilité de raccourcir la durée du service dans la Marine, ainsi que d'autres mesures visant à démocratiser son organisation, puisque nous considérons également cette démocratisation de l'organisation de la flotte comme un facteur anti-impérialiste, nous pensons pouvoir et doit s'en tenir à l'idée de milice, également dans la flotte.</p>
<p>L'idée de désarmement, que Kautsky considère comme un complément à l'idée de milice, est méthodologiquement et politiquement directement opposée à l'idée de milice . L'idée de milice doit être réalisée sur la base du développement de l'armée. Elle s'inscrit dans les tendances créées par le développement. L'idée du désarmement devrait s'éloigner complètement de cette évolution et rester néanmoins fondée sur le capitalisme. Puisque, comme nous l'avons déjà montré, Kautsky n'a pas pu fournir l'ombre d'une preuve de l'existence de tendances bourgeoises contre l'armement, son idée de désarmement représente une invention dans le meilleur ou le pire sens du terme. laissons-le à son sort, s'il ne s'était pas généralisé ces dernières années. Examinons-les donc d'un peu plus près. Méthodologiquement, comme je l'ai dit, cela contredit la manière dont une telle exigence programmatique peut être formulée : elle n'est pas le résultat de l'analyse des tendances réelles du développement, mais découle de spéculations sur les péchés et les erreurs du capitalisme dans le passé et de tous. les chemins possibles et impossibles qu'il pourrait emprunter si une révolution avait la gentillesse de supprimer l'État capitaliste spécial sans mettre fin au capitalisme.</p>
<p>Cette erreur méthodologique correspond à son caractère politique. Cela ne peut pas être réalisé, non seulement parce que la bourgeoisie ne veut rien avoir à faire avec cela, mais parce que dans la société capitaliste déchirée par les contradictions, il n'existe aucune tendance qui élimine ces contradictions , ce qui pourrait obstruer les sources d'où proviennent les contradictions. les vagues d'armements surgissent. Le désarmement est impossible, non pas parce que la bourgeoisie ne le veut pas, mais parce qu'elle ne peut pas le vouloir. Si tel est le cas, peu importe la manière dont Kautsky présente les mérites de cette idée. Qu'elle allège ou non le fardeau financier supporté par les masses ne peut pas la rendre viable. Mais s'il est vrai que la social-démocratie doit les défendre parce qu'ils peuvent apporter un grand soulagement économique aux masses, alors pourquoi s'arrêter à la flotte ? L'armée coûte-t-elle peu et est-il impossible que de nouvelles révolutions majeures dans le domaine de l'artillerie, etc. - Kautsky devrait suivre la question de l'introduction du fusil à chargement automatique, actuellement discutée dans la presse militaire - nécessiteront des centaines de millions dans un futur proche ? Mais plus encore : selon les déclarations de Kautsky, le désarmement dans le domaine de la flotte serait réalisable car il est possible de provoquer une réconciliation entre les États capitalistes au lieu d'une compétition impérialiste.</p>
<p>Si tel est le cas, alors l'armée de terre perd aussi une de ses fonctions : celle d'organe de combat envers le monde extérieur, puisque les antagonismes actuels entre les Etats capitalistes, malgré leur ancienne forme historique - l'idée de vengeance en France , etc. - sont de nature impérialiste. Alors, fini les milices, vive le désarmement à tous les niveaux.</p>
<p>On pourrait soutenir que l'armée de terre a une deuxième fonction : celle de réprimer la classe ouvrière.</p>
<p>Mais selon l'opinion défendue par Kautsky dans sa polémique contre Schippel en 1898, cette fonction disparaît avec la transformation de l'armée actuelle en milice. Kautsky n'a pas encore révisé ce point de vue ; Il doit donc en tirer des conclusions. Donc si l'impérialisme disparaît et que les milices remplacent le militarisme, alors le capital perd tout intérêt pour lui. Mais même si Kautsky, sous l'influence des intéressantes déclarations du camarade Grimm [5] sur les milices en Suisse ( Neue Zeit , n° 37/38), avait pensé que la bourgeoisie, même après la transformation des armées permanentes, dans... Si une milice avait la perspective d'être utilisée pour un temps pour réprimer le prolétariat, comment Kautsky pouvait-il s'en soucier lorsqu'il élaborait une revendication-programme ? Il écrit à juste titre :</p>
<p>La différence devient grave lorsque, en se lamentant sur la faillite des espoirs des milices petites-bourgeoises, il tombe dans les illusions de la spéculation sur le désarmement, qui dans son cas peut être excusée par la question des conditions suisses, bien qu'objectivement inacceptable.</p>
<p>"Le prolétariat formule ses revendications non pas en fonction des besoins de la classe capitaliste, mais en fonction des siens, et ces propres revendications exigent le désarmement."</p>
<p>Alors maintenant ! Révisez, camarade Kautsky, le programme du parti, éliminez les revendications de la milice. Cela n'a rien à voir avec votre opinion et ne survit que grâce à votre attachement aux idées anciennes et éprouvées. Mais les idées sont comme des loups enragés parce qu'elles ne s'entendent pas, même si le propriétaire veut les laisser paisiblement ensemble : la nouvelle parce qu'elle est censée correspondre à une situation nouvelle, l'ancienne - oui, parce que ce n'est pas le cas. ont la réputation d'être un révisionniste à droite, à gauche ou jusqu'au ciel.</p>
<p>Le résultat de notre enquête est qu'il ne s'agit pas de compléter et de limiter deux slogans qui, bien que surgis dans des situations historiques différentes, servent le même objectif : la lutte contre l'impérialisme. Ces deux idées sont la conséquence de deux conceptions différentes de l'impérialisme, élaborées de manières différentes . Nous souhaitons maintenant examiner les conséquences politiques de ces deux phénomènes, mais il faut d'abord contrecarrer toute tentative visant à les obscurcir en reportant la question .</p>
<p>Les restrictions sur les armes</p>
<p>C'est une tentative d'estomper ce contraste, qui a souvent été fait récemment dans la presse et dans les réunions du parti, lorsque certains camarades ont déclaré : un désarmement général est impossible, mais un désarmement partiel et temporaire serait utile au prolétariat. Estimant que sa démonstration de la possibilité de remplacer la politique impérialiste actuelle par un accord général entre les États impérialistes en vue d'une action commune dans les pays coloniaux a échoué, Kautsky s'accroche à cette tentative dans son article de mai de cette année et écrit (p. 108) du Neue Zeit de 1912) :</p>
<p>Tout comme l'association des employeurs ne peut éliminer définitivement la concurrence, un accord entre les gouvernements capitalistes qui élimine à jamais toutes les sources de conflit entre eux n'est pas possible. Il n'est donc pas concevable qu'un accord entre eux conduise à un désarmement complet. Mais un gain infini aurait déjà été gagné s'il était possible de sortir de la phase actuelle, qui rend inévitable une guerre mondiale dans un avenir proche ; si l'on mettait à sa place une situation qui n'exclurait pas définitivement la guerre pour toujours, mais la repousserait au moins . Cela pourrait même signifier que la guerre entre les grands États européens prendra fin pour toujours, car d'année en année la puissance du prolétariat européen qui s'oppose à une telle guerre augmente.</p>
<p>Kautsky ne remarque pas que son soutien au changement de la politique impérialiste actuelle vers une politique pacifique se transforme instantanément en une reconnaissance de cette politique même , car si sa phrase a un sens, ce n'en est qu'un : s'il n'y a rien à gagner, alors Pour l'instant, nous nous contentons d' alliances d'États capitalistes qui transformeraient la menace de guerre d'un événement quotidien en une menace moins fréquente. Le fait qu'il attache à cette réconciliation « actuelle » avec la politique d'alliance capitaliste l'espoir que le prolétariat deviendra désormais si fort qu'il rendra impossible les guerres entre les grandes puissances (et une guerre coloniale contre la Chine, que diriez-vous de cela ?) est témoignage de cela Cela vient certes du cœur plein d'espoir du camarade Kautsky, mais non moins d'une horrible confusion de concepts .</p>
<p>Quel rapport cette question de la possibilité d'accords impérialistes a-t-elle avec la question de l'abolition de l'impérialisme dans le cadre du capitalisme ? Et qu'a à voir la question du désarmement avec celle d'une situation qui, selon Kautsky, « n'exclut certes pas pour toujours la guerre, mais la repousse au moins ? » Il est clair qu'une « telle situation » n'a rien à voir avec le désarmement, mais soulève plutôt la question des restrictions sur les armements . Mais c'est une question complètement différente. Les accords impérialistes entre puissances sont non seulement possibles, mais font partie de l'essence même de l'impérialisme.</p>
<p>Parce que le risque de guerre est énorme à l'ère du capitalisme, les puissances effacent leurs plus petites divergences et se concentrent sur les divergences les plus importantes, qu'elles s'apprêtent à résoudre pacifiquement ou par la guerre. Dans ce déploiement diplomatique, les accords sur les armements peuvent parfois avoir un sens qui incite aux armements , et parfois ils peuvent avoir un sens qui les retarde un certain temps , mais ils sont toujours, pour reprendre l'article de Kautsky de mai précédent, des « palliatifs »… qui sera perturbé à tout moment. Son caractère palliatif dépend autant des bouleversements économiques et politiques qui modifient les relations entre États que du développement des technologies d'armement. Il va de soi que si un gouvernement, sur la base d'un accord avec une autre puissance, limite pour un temps le rythme de ses armements, nous l'accueillerons favorablement. Mais nous montrerons à la classe ouvrière le caractère palliatif de cette mesure et les moments qui menacent de la renverser. Dans tous les cas, nous déclinerons la responsabilité de cette mesure temporaire et l'attribuerons aux classes possédantes.</p>
<p>Cette proposition d'une autre question pour remplacer celle qui nous préoccupait ici, une simple question parlementaire du moment au lieu de la question fondamentale sur le caractère de notre politique étrangère, n'est pas une coïncidence et mérite une brève enquête. Kautsky aiguise le problème à plusieurs reprises avec la formule suivante : il est partisan des réformes, y compris dans le domaine de l'impérialisme, et ses adversaires sont des révolutionnaires qui veulent tout ou rien. Et ce sont précisément les accords des Etats capitalistes qui sont censés signifier cette réforme de l'impérialisme. Si tel était réellement le cas, si de tels accords marquaient le début de la fin de l'impérialisme guerrier, Kautsky finirait par gagner du terrain sous ses pieds.</p>
<p>Mais comme les accords ne sont qu'un moyen de mettre de côté les petites divergences afin de rassembler des forces pour combattre les grandes, ce serait une méconnaissance totale de leur caractère que de les considérer comme un détournement de l'impérialisme. C'est la pratique de l'impérialisme.</p>
<p>Le dernier saut salvateur de Kautsky depuis les nuages représente un saut à terre de l'impérialisme et ce que Kautsky considère comme une réforme de l'impérialisme est son renforcement. Mais alors que les réformes réclamées par le prolétariat le renforcent généralement, la politique d'alliance des grandes puissances ne saurait constituer un objectif pour le prolétariat sans l'affaiblir. Si les prolétaires des deux pays, pour reprendre un instant leur souffle, voulaient œuvrer ensemble à une « réconciliation » entre les deux gouvernements impérialistes, cela ne pourrait se faire sans qu'ils adoptent leur position commune. Les accords impérialistes sont des marchés coloniaux. Sans l'accepter, la classe ouvrière ne peut pas jouer le rôle d'" intermédiaire honnête " entre les gouvernements, pour reprendre le mot le plus inconscient du camarade Ledebour , qui condamne cette politique - il l'a utilisé dans son discours au Reichstag sur le budget du ministère des Affaires étrangères en mai dernier. cette année - , car là où il y a un agent, il doit offrir aux deux parties un bien qui a de la valeur pour elles. Le résultat d'une telle politique ne pourrait être que la reconnaissance de la politique coloniale, c'est-à-dire l'acceptation du point de vue capitaliste par le prolétariat, car on ne peut prôner la « réconciliation » et rejeter la seule voie qui y mène dans les circonstances données.</p>
<p>Mais si une réforme éloigne le prolétariat de la voie de la lutte des classes, alors ce n'est pas une réforme que le prolétariat peut accepter ou même soutenir. C'est une réforme jaune , pour reprendre le mot de Rappaport contre Millerand. Le fait que Kautsky les accepte est, compte tenu de sa position générale, une preuve supplémentaire qu'il ne néglige pas et ne peut plus ignorer l'importance des questions controversées actuelles, grâce aux conséquences des politiques qu'il a adoptées ces dernières années.</p>
<p>Les sources et les conséquences</p>
<p>L'examen de la différence qui existe entre une partie des radicaux et le camarade Kautsky sur les questions de notre politique étrangère et d'armement a montré que c'est une différence dans l'application de la méthode marxiste qui la sous-tend. Mais il serait tout à fait erroné de supposer que cette différence est la racine ultime de ces différences. Nous ne voulons pas examiner ici si Kautsky a toujours examiné et justifié notre politique contemporaine de cette manière spéculative, car il ne s'agit pas d'une querelle personnelle, même si le camarade Kautsky voit les sources de la différence dans mon zèle d'inventeur malheureux et dans le fait que J'ai réussi à séduire un butor campagnard aussi innocent et sans méfiance que Paul Lensch. Le fait que Kautsky regardait l'impérialisme avec des yeux un peu différents, et que ses camarades soutiennent son point de vue sur ces questions, dont nous avons d'excellentes analyses sur les forces motrices de l'impérialisme, ainsi que sur celles qui, sans s'embarrasser de théorie, sont purement... Prôner le désarmement pour des raisons politiques montre que les véritables sources des divergences se trouvent ailleurs. Il faut les chercher dans le domaine des divergences tactiques générales qui sont apparues ces dernières années dans le camp du marxisme allemand. La méthode de Kautsky n'a fait qu'exprimer plus clairement le caractère et les conséquences de la position tactique générale commune à lui et à une partie des radicaux, ainsi que les particularités de l'impérialisme allemand, que je décris dans mon article ère moderneà l'Sur notre lutte contre l'impérialisme</p>
<p>Ce qui offense le plus notre position avec Kautsky, c'est qu'elle transforme la situation en une formule : ici l'impérialisme - ici le socialisme, qu'elle voit dans l'impérialisme la dernière phase du capitalisme mourant, qu'elle dissipe toutes les illusions sur la possibilité de réforme. L'impérialisme nie qu'il considère comme une tâche primordiale de l'action de masse de la classe ouvrière contre la pratique impérialiste aux moments où elle soulève réellement les masses. Il oppose cette politique à une autre : la lutte contre l'impérialisme, contre la course aux armements, mais pas comme une lutte de la classe ouvrière qui ne dépend que d'elle-même, mais avec la petite bourgeoisie, voire avec une partie de la bourgeoisie, qui ne dépend que d'elle-même. dans cette question, c'est la vie et la mort du capitalisme qui devrait avoir des intérêts communs avec le prolétariat. Qu'est-ce que c'est, sinon le slogan : Contre le bloc noir-bleu , comme base politique de l' accord de second tour , que le camarade Kautsky a défendu cet hiver avec le même zèle aux dépens de la méthode et des faits que le slogan du désarmement. Kautsky n'oppose pas à la politique qui considère le renforcement de l'activité des masses face aux dangers de la politique impérialiste comme la seule tâche des sociaux-démocrates dans cette question par un rejet de principe des actions de masse, il déclare même : Neue Zeit , XXIX, 2, p.103), le succès d'une grève de masse dans une telle situation ne peut être exclu, mais il explique quelques phrases plus loin :</p>
<p>Une fois arrivé au point où la population voit la cause de la guerre non pas dans son propre gouvernement, mais dans la méchanceté de son voisin - et quel gouvernement n'a pas essayé d'utiliser sa presse, ses parlementaires, ses diplomates et la masse des à la population de transmettre ce point de vue - si la guerre éclate dans de telles circonstances, alors la population tout entière ressentira unanimement le besoin de sécuriser la frontière contre l'ennemi cruel et de la protéger de son invasion.</p>
<p>Tout d'abord, tout le monde devient patriote, même ceux qui ont une sensibilité internationale , et si les individus avaient le courage surhumain de se rebeller contre cela et d'empêcher les militaires de se précipiter à la frontière et de recevoir le matériel de guerre le plus abondant, le gouvernement ne le ferait pas. Il n'est pas nécessaire de lever le petit doigt pour les rendre inoffensifs. La foule en colère les tuerait elle-même.</p>
<p>La grève politique de masse est une entreprise formidable qui ne peut se réaliser et réussir que si toute une série de circonstances extraordinairement favorables se réunissent. Vouloir utiliser la grève de masse comme moyen d'empêcher la défense de la frontière contre une invasion étrangère, c'est vouloir la réaliser alors que toutes les circonstances sans exception la rendent impossible, alors qu'au mieux elle ne peut être qu'une folie héroïque .</p>
<p>Quel gouvernement n'essaiera pas de se présenter comme un agneau innocent dans un conflit avec l'autre ? Même Kautsky admet que chaque gouvernement agira de cette façon. Durant quelles guerres l'ennemi ne sera-t-il pas aux frontières ? Et qui croit vraiment qu'un gouvernement capitaliste serait capable de frapper « imprudemment » dans une situation dans laquelle il pourrait manquer d'un semblant de justice aux yeux du peuple ? Il n'y a pas de guerre dans laquelle toutes les conditions ne manquent pas pour rendre la grève de masse désespérée, si les choses se passaient comme le suppose Kautsky, si les antagonismes de classe disparaissaient de la conscience des masses au moment de la guerre, les quarante années de travail de la social-démocratie pourrait, et même devrait, être balayée, ne serait-ce que temporairement .</p>
<p>Nous ne voulons pas traiter ici cette question en détail, Pannekoek [6] le fait , car il ne s'agit pas de la réfuter, mais seulement de l'établir. Il est clair que quiconque craint que toute action de masse contre les dangers impérialistes s'effondre lamentablement doit s'opposer à une analyse théorique de l'impérialisme qui établit l'impuissance totale de l'action parlementaire face à l'impérialisme, en présentant la dernière carte du capitalisme. Bien que nous ne soyons en aucun cas d'avis que les masses puissent se rallier à une action défensive dans toutes les situations de guerre, et même si nous ne pensons pas que toute action défensive doive réussir, nous considérons que c'est la tâche de la social-démocratie dans toute son agitation quotidienne contre l'impérialisme pour diffuser le savoir parmi les masses : la bourgeoisie tout entière est tout pour l'impérialisme ; Ce qui en sort sert l'impérialisme ; il n'y a d'autre remède contre lui que l'action de la classe ouvrière, qui se retranche dans toutes les positions, y compris dans la forteresse de l'impérialisme, dans l'armée, qui est aussi, autant que possible, dans les intérêts de la lutte contre l'impérialisme doivent être élargis démocratiquement.</p>
<p>Cette position semble à Kautsky être une agitation en faveur de la « folie héroïque », et c'est de là qu'il s'efforce de ne pas voir ce qui existe. Parce qu'il craint les conséquences de l'analyse de l'impérialisme dans l'intérêt de la « stratégie de l'épuisement », dit-il ici. Il révise également sa vision de l'impérialisme, comme il a révisé sa théorie de la grève de masse il y a deux ans, en tenant compte de la stratégie de l'épuisement.</p>
<p>Le fait qu'il présente Lensch, qui a prouvé cette révision à toute personne impartiale, comme un très mauvais garçon n'est que la contrepartie de son affirmation selon laquelle le camarade Luxemburg aurait falsifié des citations pour prouver son écart par rapport à ses anciennes vues sur la grève de masse. Si l'on évoque ce côté quelque peu comique, c'est uniquement parce qu'il soulève la très sérieuse question politique des conséquences de la politique de Kautsky.</p>
<p>Les politiques de la social-démocratie sont comme les autres : si on n'avance pas, on recule. Quiconque ferme les yeux par peur (il n'est pas nécessaire qu'il soit conscient) des conséquences de l'affirmation de ce qui est, non seulement ne remplira pas son devoir social-démocrate de dire ce qui est, mais sera également contraint de dire ce qui n'est pas. exister dans la réalité, répandant des illusions . Cependant, toute méconnaissance de la réalité conduit à la confusion . [7]</p>
<p>Le fait qu'elle se manifeste chez un individu dans le but de prouver que ce n'est pas lui mais les autres qui ont changé n'est pas si important ; Mais pour le parti, cela conduirait à une politique fragile et affaiblirait son pouvoir d'agitation. C'est ce dont devraient tenir compte avant tout nos camarades pratiques qui déclarent : le désarmement est impossible, mais c'est un slogan d'agitation enthousiasmant ; et un accord de limitation des armements serait en effet une mesure temporaire, mais en tant qu'objectif concret et réalisable, il serait plus à même d'avoir un effet sur les masses et de les faire bouger qu'une agitation générale, aussi correcte soit-elle en elle-même. Nous laissons de côté le fait que la lutte pour la démocratisation de la réforme militaire, menée sous une forme concrète, représente un objectif encore plus réel vers lequel nous pouvons nous appuyer sur notre lutte quotidienne contre l'impérialisme, et que les dangers impérialistes offrent toujours un objectif concret. Nous voulons juste souligner que la social-démocratie ne doit jamais adapter son agitation aux illusions des masses ; en revanche, elle doit essayer de libérer ces masses de toutes illusions en leur disant ce qui arrive à chaque action. Mais les praticiens qui supposent que la croyance dans la possibilité du désarmement et dans les bénéfices des alliances des gouvernements capitalistes est naturalisée parmi les masses sont de piètres observateurs. Rien ne laisse aussi froid les masses dans les assemblées que les déclarations sur l'alliance avec les « nations culturelles », sur la possibilité de limiter les armements, et rien ne suscite de tels applaudissements de leur part que l'appel à l'action solidaire du prolétariat contre la politique de ces « États culturels » qui ont serré la main du tsar Léna pour qu'il les aide à se couper le cou. Rien n'inspire plus d'enthousiasme parmi les masses que la prise de conscience que l'impérialisme conduit le capitalisme vers l'abîme et que c'est le rôle historique de la classe ouvrière de l'y pousser. Il est clair qu'il doit en être ainsi, car il repose sur la connaissance qui se trace instinctivement le chemin dans la classe ouvrière et qui peut s'expliquer sur la base de toute sa nature combative, qu'aucune classe ne recule ou ne change de nature. sans avoir tout osé, car en cela on a le sentiment que la puissance de la classe ouvrière pour vaincre le capitalisme grandit d'année en année. C'est pourquoi le slogan du désarmement et tout ce qui va avec, que certains praticiens prônent pour des raisons d'agitation, ne ferait rien d'autre que renforcer l'agitation.</p>
<p>C'est pourquoi nous sommes également sûrs que même si lors de la conférence du parti à Chemnitz, étant donné le caractère encore peu clair du problème, la majorité du parti s'est prononcée en faveur de la position de la faction, à laquelle Kautsky donne une justification théorique, la victoire serait de très courte durée. Avec des fantaisies on fait des poèmes, avec des spéculations on fait de la mauvaise philosophie ; mais le combat nécessite une épée, et le fer ne pousse que dans le sol noir de la réalité.</p>
<p>Remarques</p>
<p>1. Sur notre lutte contre l'impérialisme , Neue Zeit , dernier volume, pp. 233-236.</p>
<p>2. En ce sens, la pleine mise en œuvre de l'idée de milice, la transformation du militarisme en une véritable milice populaire, ne peut être réalisée dans le cadre du capitalisme, tout comme un gouvernement populaire complet est impossible sous le capitalisme, dans lequel la propriété privée des moyens de la production domine le peuple. A cet égard, l'ami Pannekoek a raison lorsqu'il parle de l'impossibilité de recourir à la milice dans le cadre du capitalisme dans son article contre Grimm ( Leipziger Volkszeitung du 7 juillet). Mais pas un iota de plus. Parce que la démocratisation de l'organisation militaire est possible dans le cadre du capitalisme au même titre que toute autre forme de démocratie.</p>
<p>3. Ce n'est pas le seul point sur lequel le camarade Kautsky élude la connaissance des faits dans cette polémique. Lorsqu'il écrit dans son dernier article du 6 septembre "L'Allemagne dispose de ressources humaines illimitées pour augmenter sa flotte, l'Angleterre a de plus en plus de mal à équiper les nouveaux navires dont elle dispose" ou lorsqu'il affirme dans le même article, ni dans Si l'Afrique, ni même dans Si l'Asie devait faire face à des déplacements territoriaux majeurs, force est de constater qu'elle manque de documentation factuelle. Elle doit être établie pour des raisons objectives. Car il est clair que même si un homme à qui le parti doit tant, comme Kautsky, n'a pas besoin et ne peut même pas maîtriser tous les domaines de la politique avec la même minutie, la discussion de phénomènes nouveaux nécessite encore une étude approfondie. Sans connaissance des faits, il doit finir dans les fonderies de pots.</p>
<p>4. Ayant dépassé l'espace qui m'était imparti, je dois désormais m'abstenir de présenter cette question à l'aide de chiffres factuels, etc.</p>
<p>5. L'article de Grimm dissipe très heureusement de nombreuses illusions petites-bourgeoises sur la milice, qui ont été reprises par la social-démocratie, ainsi que l'idée de milice de la petite-bourgeoisie. Pourquoi il l'aiguise polémiquement contre moi m'est inexplicable -. – comme il doit l'admettre – mes articles étaient aussi éloignés des illusions populaires sur les miracles de la milice que, à ma connaissance, tous les autres articles de la presse du parti. Si je ne peux toujours pas souscrire au point de vue un peu trop étroit du camarade Grimm quant à l'évaluation du changement de pouvoir qui entraînerait le développement de la milice en Allemagne - qui devrait également influencer la politique sociale - c'est pour cette raison : Grimm enquête ce Milice, comment il se transforme d'un militarisme petit-bourgeois en capitaliste sous l'influence du développement de la technologie militaire et du capitalisme, tandis qu'en Allemagne il faut examiner comment le militarisme capitaliste évolue sous la pression du prolétariat faire respecter les tendances démocratiques. La différence de perspective crée une différence apparente dans ma conception de la milice et celle de Grimm.</p>
<p>6. L'article a été écrit avant la publication de l'article du camarade Pannekoek sur les actions de masse.</p>
<p>7. Cette confusion apparaît de la manière la plus flagrante dans les articles du camarade Eckstein dans la Neue Zeit . – Nous avons fait un test ici il y a quelques mois, en utilisant son article sur les revendications contemporaines de la social-démocratie, dans lequel il affirmait que toutes nos revendications sont irréalisables dans la société capitaliste – comme dans celles du Spectateur de Dresde. Volkszeitung sur ce même sujet.</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/deutsch/archiv/radek/1912/xx/kampfimp.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/deutsch/archiv/radek/1912/xx/kampfimp.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<h2 class="spip">Karl Radek, Notre combat contre l'impérialisme</h2>
<p>(1912)</p>
<p>L'impérialisme comme politique du capitalisme</p>
<p>La base de toutes les différences dans notre relation à l'impérialisme est la question de son caractère. Qu'est-ce que l'impérialisme, quelle est sa relation avec le développement capitaliste en général, et avec l'expansion économique mondiale en particulier ? Est-ce la politique étrangère d'effondrement du capitalisme ou simplement l'une des formes de développement du pouvoir capitaliste qui est encore possible ? L'importance de ces questions n'est apparue que progressivement au prolétariat allemand ces dernières années. Pendant longtemps, l'impérialisme a semblé au prolétariat allemand comme une politique légitime du capital anglais , imposée par les conditions géographiques et, dans une certaine mesure, par une particularité nationale.</p>
<p>Depuis que la politique mondiale anglaise s'est vantée de « succès » tels que les États florissants et autonomes du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, des efforts ont été déployés pour défendre même l'exploitation anglaise de l'Inde contre la condamnation « doctrinale » de Hyndman et même des Boers. La guerre a montré le visage prédateur de l'impérialisme anglais, qui a ensuite été masqué par les concessions que l'Angleterre a faites aux vaincus en leur accordant l'autonomie gouvernementale. L'impérialisme français n'a été apprécié que d'un point de vue spécifique, comme le résultat de la volonté de rattraper la défaite de 1871 en revitalisant la Gloire sur le sol colonial. Mais lorsque la politique étrangère allemande commença progressivement à passer d'une politique continentale à une politique mondiale, lorsqu'elle commença à développer son moyen de puissance le plus important, la flotte, ce processus le plus important de l'histoire du nouvel Empire allemand apparut davantage comme le produit d'une folie bizarre de César qu'une nécessité historique à laquelle doit s'opposer la nécessité supérieure du socialisme, mais qui doit être étudiée et comprise si l'on veut mener la lutte contre cette folie en conséquence. Mais lorsque la « folie » est devenue un système, lorsqu'elle a plongé l'empire d'une « aventure » à l'autre, lorsqu'il a commencé à dévorer des milliards et à évoquer des dangers de guerre, le parti tout entier a compris les fondements communs de l'ensemble de l'impérialisme. politique du capitalisme, dont les caractéristiques fondamentales ont été correctement reconnues il y a quinze ans par Kautsky et Parvus, mais à ce jour il y a non seulement un manque de compréhension réfléchie des lignes de développement de l'impérialisme allemand, mais il y a aussi un un manque d' application cohérente de l'analyse des forces motrices de l'impérialisme, comme celles proposées par Kautsky et Parvus dans leurs brochures méritoires, sinon uniformément élaborées, sur la politique coloniale et approfondies par Hilferding et Otto Bauer, dans l' agitation quotidienne du parti, dans leur position sur les questions concrètes de l'impérialisme. [1]</p>
<p>Les théoriciens du marxisme ont présenté l'impérialisme comme la politique du capitalisme à l'ère du capital financier. Ils ont décrit l'expansion du capital à l'étranger comme le résultat de sa fuite devant la baisse du taux de profit dans les pays du capitalisme développé ; ils ont donc décrit l'impérialisme comme une conséquence tout aussi nécessaire de ce développement que les cartels et la politique tarifaire protectrice qui les a servis. . L'expansion capitaliste à l'étranger conduit dans son développement à une politique coloniale, à la conquête de territoires d'outre-mer qui sont, dans une certaine mesure, réservés au capital national et qui sont dans un rapport constitutionnel avec la mère patrie, c'est-à-dire avec la politique impérialiste. Il n'existe aujourd'hui aucune politique étrangère qui ne serve l'impérialisme. Car même si le capital national ne peut pas transformer tous les territoires d'outre-mer qu'il « développe » économiquement en possessions coloniales, et n'a d'ailleurs pas toujours pour objectif de le faire, les États capitalistes doivent aussi se concentrer sur les objectifs à poursuivre dans le domaine de la politique mondiale. Ils ne peuvent pas s'emparer de tous les objets qui sont désirables en eux-mêmes – l'expansion économique dans tous les pays susceptibles de devenir des colonies sert la politique impérialiste. En étendant son influence économique dans divers endroits de la planète qu'il n'a pas l'intention d'occuper, l'État impérialiste se renforce économiquement pour atteindre ses principaux objectifs. À mesure que les masses de profits et d'intérêts revenant au capital augmentent, l'État impérialiste acquiert les moyens économiques de réaliser sa volonté dans les zones ciblées, et il acquiert des atouts politiques pour atteindre ses objectifs. Le règlement économique au Maroc a donné au capital financier allemand des millions provenant de l'exploitation des agriculteurs marocains, mais plus encore, il a donné au gouvernement allemand l'occasion d'exiger une compensation de la France au Congo, ce qui a soulevé toute la question centrafricaine.</p>
<p>La pénétration du capital allemand en Perse, bien qu'elle n'en soit qu'à ses débuts, a donné à l'Allemagne des atouts pour éliminer les obstacles que la Russie a placés dans le chemin de fer de Bagdad, et même pour assouplir les relations de la Russie avec l'Angleterre, atteignant ainsi les objectifs généraux du monde allemand. la politique a été renforcée. Le lien entre la politique étrangère « pacifique » du capital et sa politique violente, à savoir l'impérialisme, est encore plus grand. Dans certaines circonstances, l'objectif d'expansion pacifique d'un pays peut se transformer en objectif d'expansion violente sous la pression des circonstances : troubles au sein de la population exploitée « pacifiquement », affrontement avec d'autres puissances qui utilisent des moyens moins pacifiques pour s'emparer du territoire contesté. car leur expansion exclusive veut gagner, peut très facilement provoquer le passage d'une expansion pacifique à une expansion guerrière, même si elle ne s'est pas déroulée auparavant sur la voie consciemment choisie de la politique mondiale de l'État en question. Entre autres choses, le danger d'une ingérence allemande dans les troubles au Maroc a été évoqué à plusieurs reprises, même si, selon notre ferme conviction, confirmée par des enquêtes plus récentes et plus approfondies menées par des hommes politiques bourgeois du monde entier [2] , le gouvernement allemand n'a pas ont dès le départ des intentions guerrières. Toutefois, dans de nombreux cas, une expansion pacifique n'est possible que grâce à une expansion violente. Car qu'est-ce qui constitue l'objet le plus important de l'expansion à l'étranger ? Mais pas l'exportation de produits d'usage quotidien, de produits textiles, etc., dont les besoins dans les pays coloniaux sous-développés sont non seulement très faibles, mais qui ne peuvent être développés que lorsqu'un certain pouvoir d'État est en place et un niveau d'échanges approprié. assure la sécurité.</p>
<p>Une telle violence n'existe pas dans les régions sous-développées et elle ne peut donc pas ouvrir la voie à une expansion économique pacifique des pays capitalistes, ni par des relations juridiques ordonnées, ni par des voies de transport. Cela fait de la construction de chemins de fer et d'autres voies de transport par le capital financier dans les pays sous-développés une condition préalable à un développement « pacifique », qui à son tour nécessite l'occupation de ces zones. Et c'est précisément l'exportation de capitaux pour construire des voies de transport, suivie par le greffage du mécanisme étatique, qui constitue l'essentiel de l'expansion économique « pacifique ».</p>
<p>Compte tenu de tout cela, il faut rejeter avec la plus grande force l'opinion, également répandue parmi certains radicaux, selon laquelle la social-démocratie est un opposant résolu à la politique coloniale, mais qu'elle prône une expansion pacifique de l'Allemagne à l'étranger. Cette vision est complètement fausse (car elle néglige le lien entre expansion pacifique et expansion violente). Elle pourrait disparaître en tant que vestige de l'influence des idées libre-échangistes sur la vie intellectuelle de la social-démocratie si elle n'avait pas des conséquences très importantes. pour notre agitation : elle brise les reins de toute lutte cohérente contre la politique coloniale et l'impérialisme.</p>
<p>Ce point de vue repose sur l'hypothèse selon laquelle l'expansion à l'étranger est dans l'intérêt de la classe ouvrière, qui, grâce à elle, offre des opportunités d'emploi. Si cette vision était reconnue comme correcte par la social-démocratie, alors la seule chose qui resterait à la presse impérialiste serait de prouver - et elle peut le faire avec succès - que le temps de l'expansion pacifique à l'étranger dans les régions coloniales est révolu, que quiconque veut que l'expansion économique à l'étranger soit considérée comme étant dans l'intérêt de la classe ouvrière, doit aussi défendre les moyens qui assureront son développement, c'est-à-dire la flotte et l'impérialisme en général. Quiconque considère l'expansion pacifique comme étant dans l'intérêt de la classe ouvrière perd tout soutien contre l'impérialisme. [3]</p>
<p>Mais s'il veut maintenir son attitude négative à l'égard de l'impérialisme, il ne lui reste qu'une seule voie : il ne doit pas traiter la politique impérialiste comme la politique étrangère du capitalisme en ruine, mais plutôt essayer de prouver qu'il existe la possibilité d'autres politiques étrangères pour le capitalisme, ce qui est également dans l'intérêt de la société civile. Seul le manque de compréhension parmi les masses des classes possédantes ne veut pas comprendre cela, et cela est exploité par l'intérêt personnel de petites cliques de partis intéressés qui attelent les masses de la bourgeoisie séduite à leur char.</p>
<p>Ce type de traitement de l'impérialisme - qui compte également un certain nombre de représentants dans le camp du marxisme en Allemagne - fait reculer notre connaissance de l'impérialisme de plusieurs décennies en arrière en faisant d'une politique mondiale complètement différente le point de départ de l'impérialisme tel qu'il vit et se tisse. , à savoir la politique mondiale de l'ère révolue du capital industriel anglais, dont l'expression théorique peut être trouvée chez les économistes libre-échangistes d'Angleterre. Ils ont souligné que c'est la qualité des marchandises, et non des canons, qui a conquis les marchés coloniaux, raison pour laquelle toute politique coloniale était mauvaise. Il suffit de faire tomber les murs de Chine et de laisser le reste au pouvoir de l'ordre économique capitaliste. Mais indépendamment du fait que cette propagande théorique ne conduisait pas à l'abandon d'une seule colonie, cette vision reposait sur la domination de l'industrie anglaise et sur la croyance dans les effets salutaires de la libre concurrence. En 1774, le célèbre écrivain anglais Josiah Tucker motivait sa déclaration procoloniale par les mots caractéristiques suivants : « Les colonies commercent toujours avec les gens qui leur apportent le plus de bénéfices. Mais nulle part ils ne trouvent un marché aussi favorable pour les matières premières ; aucun autre pays ne leur fournit les produits industriels essentiels à un prix aussi bon marché que l'Angleterre. Ils peuvent désormais disposer librement de biens qu'ils peuvent acheter ou vendre plus avantageusement ailleurs. Mais cela soulève également des inquiétudes quant au fait que la libération de l'Amérique pourrait nuire à la puissance navale anglaise. [4] Beaucoup de choses ont changé depuis cette époque. » Aucune bourgeoisie nationale n'a le monopole du marché mondial.</p>
<p>Une bataille acharnée fait rage contre lui, et comme cette bataille exige un développement si rapide des forces productives qu'elles menacent de détruire le monde capitaliste, le mot d'ordre du capital n'est pas la libre concurrence, mais les monopoles, y compris la monopolisation des marchés étrangers. Création de colonies.</p>
<p>Car même si le principe de la porte ouverte et de l'égalité de traitement douanier de toutes les marchandises devait prévaloir dans ces colonies - cela sera souvent nécessaire en raison de considérations financières ou de traités internationaux - la possession du pouvoir politique donne à la bourgeoisie du pays, qui possède la colonie a autant d'avance que nécessaire sur ses concurrents. Les points communs linguistiques avec les autorités coloniales, leur affinité avec le capital national et la dépendance financière à l'égard de la mère patrie font que la colonie forme un monopole d'exploitation pour le pays colonisateur.</p>
<p>Quiconque pense qu'il est possible de recommander la politique mondiale du capital anglais du début du siècle dernier au capital avide de monopoles de notre époque se rend impossible de reconnaître et de combattre avec succès la politique impérialiste qu'il combat.</p>
<p>L'hypothèse de la possibilité d'une politique mondiale autre que la politique mondiale impérialiste du capital financier conduit à d'autres erreurs. Pour l'agitation contre l'impérialisme, il s'ensuit que les affaires impérialistes sont présentées comme le produit des activités d'une petite clique contre laquelle les larges sections de la bourgeoisie peuvent prendre fermement position. Mais comme ils ne le font pas, l'attitude de la bourgeoisie à l'égard des questions impérialistes prend le caractère d'une comédie d'erreurs. Le résultat d'une telle approche de la politique du parti est qu'il est incapable d'apprécier froidement et correctement les causes du tournant impérialiste dans les couches de la bourgeoisie, ce qui conduit à toute une série d'échecs généraux, notamment dans les questions de lutte. contre l'impérialisme, sur lequel je reviendrai plus tard.</p>
<p>Si nous voulons que notre position contre l'impérialisme ait une base inébranlable, il est nécessaire d'éradiquer de la vie intellectuelle les restes d'anciens idéologues qui avaient autrefois une base réelle mais qui sont aujourd'hui trompeurs parce qu'ils ne correspondent pas aux faits.</p>
<p>L'impérialisme est la seule politique mondiale possible à l'époque capitaliste actuelle. Bien qu'il profite à une couche étroitement limitée des cercles capitalistes dirigeants, des banques et de l'industrie lourde, il se trouve derrière lui les cercles les plus larges de la bourgeoisie, car il leur ouvre des perspectives qui, bien qu'inexploitables, ont un pouvoir insurmontable pour le monde. bourgeoisie. Il lui promet la création de marchés monopolistiques dans lesquels elle sera libérée des soucis que lui cause désormais le marché mondial. Il lui promet un espace pour le développement continu des forces productives, c'est-à-dire pour surmonter le danger de révolution sociale. A l'époque de la croissance du pouvoir matériel de la bourgeoisie et de son déclin croissant, il lui ouvre la perspective d'un développement du pouvoir, ce qui la remplit du plus grand plaisir.</p>
<p>Il n'existe aujourd'hui rien d'autre que la politique impérialiste du capitalisme.</p>
<p>Il n'y a aucun moyen de lutter contre l'impérialisme du capitalisme</p>
<p>Les différences décrites dans le traitement de l'impérialisme conduisent à des différences très importantes dans la conception de la lutte contre l'impérialisme. Quiconque ne voit pas dans l'impérialisme la politique du capitalisme, mais seulement la politique des cliques capitalistes, à laquelle les tendances anti-impérialistes au sein de la bourgeoisie peuvent s'opposer ou au moins s'opposer avec une chance de succès, sourit également à l'espoir que le le prolétariat travaillera de concert avec les classes anti-impérialistes et les classes bourgeoises pourront briser les pires crocs de l'impérialisme. Cet espoir semble être confirmé de temps à autre par les faits. En Espagne, la petite bourgeoisie a participé au soulèvement prolétarien contre l'aventure récifale ; en Angleterre, la petite bourgeoisie fait pression pour un apaisement de l'antagonisme anglo-allemand. Mais seuls ceux qui s'en tiennent à la surface des événements peuvent y voir les signes d'une opposition bourgeoise croissante à l'impérialisme. Une véritable rébellion de la petite bourgeoisie contre l'impérialisme, comme l'Espagne l'a vu, n'est possible que dans des pays totalement sous-développés sur le plan capitaliste, dans lesquels l'impérialisme n'est pas encore devenu l'intérêt ou les espoirs des autres couches bourgeoises, dans lesquels il n'est en réalité que le L'aventure d'une petite clique de cour est.</p>
<p>Là où le sommet de la bourgeoisie s'intéresse à ses affaires, là où les banques dominent la presse, même dans des pays encore relativement arriérés économiquement et qui ne sont qu'au seuil de la transition d'un Etat agraire à un Etat industriel, comme l'Autriche, Au Japon, en Italie, il n'existe pas d'opposition bourgeoise bien connue à l'impérialisme. La bourgeoisie et la petite bourgeoisie s'attelent au char de l'impérialisme et croient qu'elles représentent leurs intérêts futurs et qu'elles empêchent les vieux États capitalistes de se partager complètement le monde. L'annexion de la Bosnie-Herzégovine n'a pas provoqué d'opposition anti-impérialiste de la part de la petite bourgeoisie, même si elle a amené l'Autriche au bord de la guerre et a gravement affecté ses finances. La même chose en Italie.</p>
<p>Après une défaite majeure, comme celle en Abyssinie, il y a une certaine tristesse, mais quelques années plus tard, l'idéologie impérialiste domine déjà l'opinion publique. Peut-être que les conséquences de l'aventure tripolitaine créeront une fois de plus une désillusion au sein de la petite bourgeoisie, mais il est clair que cela n'aura alors aucun sens pour le butin tripolitain qui est pour l'instant mis derrière les barreaux.</p>
<p>Et lorsque l'Italie rassemblera les forces nécessaires pour de nouvelles aventures, cette misère aura également disparu. Mais qu'en est-il du mouvement bourgeois prétendument anti-impérialiste en Angleterre ? Nous laissons de côté leur faiblesse. Le Daily News a récemment demandé à juste titre : à quoi servent les articles et les discours anti-impérialistes des députés libéraux de gauche s'ils sont suivis d'actions impérialistes ? Mais c'est une grave erreur de considérer le comportement « favorable à l'Allemagne » de la petite bourgeoisie anglaise et d'une partie du capital marchand anglais – voir l'attitude de The Economist – comme une opposition à l'impérialisme britannique. Il s'agit d'un mouvement pour la préservation de la domination mondiale britannique par des moyens moins coûteux, car les dépenses navales importantes peuvent constituer un fardeau pour la petite bourgeoisie. Le cri : accord avec l'Allemagne ne signifie pas : à bas l'impérialisme ! Mais l'espoir d'une opposition bourgeoise à l'impérialisme n'est pas la seule conséquence de cette sous-estimation de l'impérialisme. Pas même le plus important. Même si l'on ne comprend pas l'impérialisme dans son rapport avec la cartellisation de l'industrie, avec la politique tarifaire protectrice, bref, comme une véritable conséquence de la dernière phase du développement capitaliste, on succombe facilement à la tentation de sous-estimer les contradictions impérialistes. Puisque les intérêts impérialistes ne sont pas considérés comme les intérêts de la bourgeoisie, mais comme ceux de cliques individuelles, on espère que la pression de l'opposition prolétarienne-bourgeoise amènera les camps impérialistes en conflit à des concessions mutuelles, à un certain équilibre, en particulier. Dans l'ensemble, les gouvernements devraient représenter les intérêts généraux de la bourgeoisie contre les intérêts particuliers des cliques. Deuxièmement, parce qu'ils doivent craindre l'attitude des masses populaires lors d'un affrontement impérialiste. Ce point de vue contient naturellement un noyau justifié : là où aucun intérêt économique majeur du capital n'est impliqué et où les objectifs politiques généraux d'un État poussent à un équilibre momentané, la crise se termine sans collision, grâce à un marché. Bien entendu, la possibilité d'une telle compensation ne fait aucun doute. Il n'y a que deux choses discutables à leur propos : premièrement, si l'on peut conclure de ces compensations qu'il existe une tendance à atténuer les contradictions impérialistes ; deuxièmement, quelle attitude le prolétariat devrait-il adopter à l'égard de cette tendance et des différents marchés impérialistes.Si l'on étudie les transactions obligataires de la finance européenne en Chine et en Turquie au cours des dernières années - l'histoire de la dernière obligation franco-turque et l'obligation internationale actuellement négociée pour la Chine peuvent être considérées comme un exemple scolaire - deux faits apparaissent clairement : Il est très difficile de parvenir à un accord entre les financiers internationaux pour agir ensemble, premièrement parce qu'il est difficile de dissuader les groupes financiers individuels au sein d'un État de tenter leur chance seuls contre l'autre groupe national qui veut s'associer au niveau international pour un raid, deuxièmement parce qu'il est très difficile de dissuader les groupes financiers internationaux d'agir ensemble. difficile de trouver un équilibre entre les intérêts des groupes nationaux. La répartition du butin repose sur un rapport de force, ce qui n'est ni facile à déterminer ni immuable. C'est pourquoi - c'est le deuxième fait important - une collaboration entre les groupes capitalistes nationaux dans diverses transactions financières à l'étranger ne fournit aucune incitation à réduire les moyens de pouvoir et les tendances impérialistes. Chaque groupe capitaliste national veut être prêt à s'affirmer seul contre les autres, soutenu par le pouvoir de son État.</p>
<p>Mais même si le doute sur ces possibilités de développement pouvait être objectivement justifié, ce serait le résultat d'un manque total de réflexion sur le problème de notre attitude à l'égard de l'impérialisme si de larges cercles du parti ne parvenaient pas à se distancier des comparaisons impérialistes et dans celles-ci un saluez le succès de notre lutte contre l'impérialisme, voyez un début de rapprochement des peuples. Même si cette réconciliation était internationale, c'est-à-dire n'aboutissait pas à un nouveau regroupement des pouvoirs, c'est-à-dire au remplacement d'anciennes divergences par de nouvelles - comme cela a toujours été le cas jusqu'à présent - son résultat ne serait en aucun cas celui que nous souhaitons pour. Un accord international entre les puissances impérialistes ne pourrait naturellement pas produire un résultat anti-impérialiste : il aboutirait à une répartition de la terre, comme cela s'est déjà produit à plusieurs reprises. Une telle situation, qui ouvrirait un espace libre pour l'activité coloniale à des pays jusqu'à présent moins chanceux en matière de colonies, ne peut pas constituer un objectif de la lutte prolétarienne que nous saluons, simplement parce que nous sommes des opposants fondamentaux à la politique coloniale. Mais la situation paraît encore pire si l'on ne l'aborde pas dans le vide de l'abstraction, mais plutôt sur le terrain de la réalité, à la lumière des facteurs géographiques, économiques et politiques qui déterminent le cours de la politique mondiale. Le monde est très inégalement réparti entre les puissances. Un tableau dressé par G. Hildebrand sur les relations entre le pays principal et les colonies le montre très clairement :</p>
<p>année de recensement</p>
<p>Population au<br class='autobr' />
kilomètre carré<br class='autobr' />
du pays d'origine</p>
<p>Propriété coloniale<br class='autobr' />
en pourcentage<br class='autobr' />
de la terre d'origine</p>
<p>Belgique</p>
<p>1910</p>
<p>255.2</p>
<p>8090</p>
<p>Pays-Bas</p>
<p>1909</p>
<p>177</p>
<p>6184</p>
<p>Portugal</p>
<p>1900</p>
<p> 58,5</p>
<p>2258</p>
<p>France</p>
<p>1906</p>
<p> 73,8</p>
<p>1286</p>
<p>Angleterre</p>
<p>1910</p>
<p>145</p>
<p>9399</p>
<p>Allemagne</p>
<p>1910</p>
<p>120</p>
<p> 491</p>
<p>Autriche-Hongrie</p>
<p>1910</p>
<p> 75,8</p>
<p>–</p>
<p>Italie</p>
<p>1910</p>
<p>121</p>
<p> 171</p>
<p>Les Etats impérialistes relégués ne peuvent obtenir un espace libre pour leur développement économique qu'aux dépens des tiers . Si cela se produit à travers une épreuve de force politique, il est clair que de nouvelles divergences apparaîtront, qui dépasseront les actuelles en termes de gravité. Mais même s'il existait un accord entre l'Angleterre et l'Allemagne sur les colonies belges et portugaises, qui aboutirait à une compensation financière pour les États pillés, un élément de troubles s'inscrirait pour longtemps dans la politique mondiale, et il faudrait qu'il soit résolu. armé jusqu'au sang blanc soit le slogan des puissances les plus faibles et donc aussi les plus fortes, car personne ne se sentirait alors à l'abri d'un nouvel « équilibre » à leurs dépens. Non seulement de nouveaux fardeaux coloniaux, mais aussi de nouveaux fardeaux militaires seront le résultat de tous les efforts visant à parvenir à un accord. Et c'est pourquoi une seule attitude de la social-démocratie à leur égard est possible : démasquer les objectifs antipopulaires de ces actions, souligner que la classe ouvrière n'a rien à attendre d'eux, que leur tâche consiste uniquement à lutte décisive contre l'ensemble du cours international de l'impérialisme.</p>
<p>L'argument souvent avancé contre ce point de vue est que nous ne pouvons pas faire face à l'antagonisme anglo-allemand toujours croissant les bras croisés ; nous devons essayer de le limiter et d'écarter le danger d'un conflit militaire. Quiconque, de ce point de vue, est d'accord avec les accords de compensation des États impérialistes, ne serait-ce qu'en principe, atteindra tout autre chose que l'objectif qu'il s'était fixé. Car notre influence restrictive sur les activités impérialistes augmente proportionnellement à la méfiance que les masses populaires ressentent envers la politique impérialiste et ses dirigeants, proportionnellement à l'humeur et à l'action anti-impérialistes de la classe ouvrière. Seule la peur du prolétariat accroît la prudence du gouvernement dans la représentation des intérêts impérialistes. Mais qu'est-ce qui peut affaiblir davantage la capacité d'action de la classe ouvrière que l'espoir - et, comme nous l'avons montré, totalement infondé - des efforts des puissances impérialistes pour parvenir à un accord ? Qu'est-ce qui peut plus fermement endormir leur vive opposition à l'impérialisme que la tactique qui revient à affaiblir la lutte contre les nouvelles acquisitions coloniales, compte tenu de la prétendue atténuation des antagonismes impérialistes et du rythme des armements obtenu grâce aux négociations coloniales ? Nous posons la question de notre rapport aux actions compensatoires en général et renonçons dans un premier temps à la description spécifique de la phase actuelle de l'antagonisme germano-anglais, au rôle de la question des armes dans celui-ci et au traitement que ces questions ont reçu dans notre presse. Pour le moment, je m'intéresse seulement à identifier les principaux points de vue à partir desquels la tactique prolétarienne peut être construite dans la lutte contre l'impérialisme.</p>
<p>Puisque l'impérialisme est aujourd'hui la politique du capital, puisqu'il balaye toutes les classes bourgeoises dans les Etats capitalistes développés, puisqu'il crée toujours de nouvelles contradictions entre les Etats, une atténuation permanente du danger impérialiste n'est pas possible. Les tentatives actuelles visant à l'affaiblir, comme celles menées par les grandes puissances, produisent des résultats purement impérialistes, des déplacements des possessions coloniales des États impérialistes qui, à mesure qu'ils résultent de changements de pouvoir, conduisent à un développement toujours plus grand de la puissance impérialiste. Face à cela, la social-démocratie ne peut pas se concentrer sur la recherche d'une baume blanche pour les blessures infligées par l'impérialisme, mais elle doit plutôt considérer sa tâche dans la lutte fondamentale contre l'impérialisme, dans le rejet et la lutte contre ses combinaisons.</p>
<p>Socialisme contre impérialisme</p>
<p>La lutte contre les aventures impérialistes gagne en force dans tout le monde prolétarien. En Allemagne, lors de la crise marocaine, elle a pris une ampleur à laquelle personne n'aurait pu s'attendre jusqu'à récemment. L'action d'assemblée, remarquablement réussie, des sociaux-démocrates a montré que l'agitation impérialiste n'avait pas réussi à cacher aux masses les objectifs capitalistes de l'impérialisme et à les transformer en objectifs nationaux. Et quiconque était autorisé à parler de la politique mondiale allemande pendant l'agitation électorale, même dans les petites villes, était très heureux de constater l'absence de toute impulsion nationaliste parmi les masses laborieuses. Ce fait rend inutile d'aborder la question des limites de notre lutte contre l'impérialisme. Ce qui compte, c'est l'agitation continue qui élargit et approfondit le fossé entre l'impérialisme et la classe ouvrière et montre l'opposition objective de l'impérialisme aux intérêts de la classe ouvrière. Il résulte de ces faits que dans une situation grave, décisive, l'impérialisme ne peut pas trouver la classe ouvrière à ses côtés.</p>
<p>La majorité des erreurs commises dans la lutte contre l'impérialisme, même par ses opposants fondamentaux, résultent de la particularité de l'impérialisme allemand. La situation géographique de l'Allemagne signifie que l'impérialisme allemand doit être très fermement ancré dans la politique continentale. Il doit partir du principe que les dés seront jetés sur le continent pour chaque décision politique de puissance et que son approche diplomatique doit toujours commencer par la création d'une constellation favorable sur le continent. Cela a finalement éveillé la bourgeoisie allemande à la nécessité d'unir la politique continentale et mondiale et de développer l'armée et la flotte. L'opposition entre les deux courants dans la politique allemande n'est pas encore complètement éradiquée, mais dans le passé, l'orientation politique mondiale a dû trouver son chemin très laborieusement. Elle a été combattue par les Junkers, qui y voyaient une conséquence de l'industrialisation dédaigneuse de l'Allemagne, et par l'envie compétitive des cercles d'officiers de l'armée, qui étaient une branche de l'arbre Junker. La bourgeoisie libérale n'était pas non plus fan de la politique mondiale. Bien après que la politique commerciale allemande ait été fondée sur des droits de douane protecteurs, les libéraux, bien rangés dans le camp national-libéral - voir l'attitude de Bamberger à l'égard de la politique coloniale [5] - ont adhéré à la vision libre-échangiste selon laquelle la politique mondiale était superflue lorsqu'il s'agissait de questions de politique mondiale. politique. Traité froidement par la bourgeoisie, comment l'impérialisme allemand pouvait-il être considéré par les représentants de la classe ouvrière comme autre chose qu'une plante exotique sur laquelle on pouvait compter sur les alliés pour combattre ? Et le fait que la lutte contre l'impérialisme ait été prise à la légère et n'ait pas été menée avec toute la rigueur de principe est également dû en grande partie à la particularité de l'impérialisme allemand. Les longues années de stagnation complète de la politique coloniale allemande ont stimulé autre chose qu'une lutte de principe contre elle, comme dernier refuge du capital contre le socialisme. La lutte contre eux était bien plus facile avec les chiffres du commerce colonial et le budget colonial en main, et on pouvait compter sur le soutien d'une grande partie de la presse bourgeoise.</p>
<p>La façon dont il cherchait son lit a eu un effet sur notre lutte contre l'impérialisme dans le même sens que l'enlisement de la politique coloniale allemande et la lassitude coloniale de la bourgeoisie. Aujourd'hui, après vingt ans de politique impérialiste, on peut clairement reconnaître leurs lignes directrices à partir de leurs études. [6] Mais ils ne sont pas le produit d'un effort conscient de la part du gouvernement allemand dès le départ ; La trajectoire impérialiste a connu de nombreuses fluctuations ; elle a été tirée dans toutes les directions par des influences très diverses jusqu'à se stabiliser quelque part. Ces épreuves et tribulations devaient donner l'impression d'un parcours personnel en zigzag ; elles furent vivement attaquées par le côté bourgeois. Et bien que la critique bourgeoise de la politique étrangère allemande montre encore moins de signes d'une direction bien réfléchie et conduise encore plus à une politique en zigzag que la politique officielle, qui en fin de compte, sous la pression de conditions objectives, prend la bonne direction - de le point de vue impérialiste ! - La voie a cédé, ce mécontentement bourgeois face aux premiers pas de l'impérialisme a éveillé des espoirs pour la bourgeoisie, il a poussé la lutte de la social-démocratie hors du chemin de la lutte fondamentale contre l'impérialisme, parce qu'il s'agit d'une politique capitaliste, dans le chemin de la lutter contre cela en tant que mauvaise politique capitaliste.</p>
<p>Le développement erratique de l'impérialisme allemand, qui a obscurci ses tendances de développement « normales », a entraîné une autre aberration tactique que nous n'avons pas encore évoquée. Précisément parce que les objectifs de la politique impérialiste des autres États étaient clairs, alors que ceux de l'Allemagne semblaient flotter dans les airs, dans la lutte contre l'impérialisme allemand, son absurdité était souvent mise en contraste avec le sens de l'impérialisme anglais et français, leur justification relative, en incluant non seulement le principe non seulement dans la lutte, mais en même temps nous nous sommes également exposés à nos adversaires et avons rendu plus difficile la lutte de nos partis frères étrangers contre leur impérialisme, ce qui peut être documenté.</p>
<p>Si la source d'un certain nombre de lacunes dans notre lutte contre l'impérialisme doit être recherchée dans la particularité de l'impérialisme allemand, la cause d'autres erreurs réside dans le domaine de la vie intellectuelle du parti, qui n'a pas suivi le rythme de l' impérialisme allemand. rythme du développement capitaliste. Alors que cela a préparé le terrain de l'Allemagne au socialisme et permis de mûrir les conditions matérielles de la révolution sociale, ce degré de maturité de la structure matérielle ne correspond pas à la diffusion de l'éducation socialiste des masses, qui ne sont pas encore parvenues au prise de conscience que l'impérialisme est le dernier recours que le capitalisme met en jeu. Non seulement les larges masses qui gémissent sous le joug du capitalisme, en dehors de l'influence de la social-démocratie et sans confiance en leur propre force, ne savent encore rien du socialisme, mais de larges cercles de la social-démocratie considèrent les phénomènes de l'impérialisme comme la preuve que le socialisme est encore une question d'un avenir très lointain. Le fait que le socialisme ne puisse gagner qu'en tant que mouvement de la grande majorité du peuple ferme les yeux sur un deuxième fait : ce n'est que dans le processus de lutte pour le pouvoir des travailleurs sociaux-démocrates qu'une partie significative de la classe ouvrière fait preuve d'indifférence et de méfiance à l'égard de leur propre pouvoir et devenir socialistes, ce qui signifie que le chemin vers le pouvoir et la lutte pour le pouvoir ne peuvent commencer que lorsque l'écrasante majorité se rassemble sous la bannière de la social-démocratie. Le manque de reconnaissance du fait que, compte tenu de l'ampleur et de l'acuité des contradictions de classe qui existent en Allemagne, l'ère des luttes de masse a déjà commencé, que la balle commence à rouler à l'occasion de conflits impérialistes aussi bien qu'économiques ou politiques entre les forces de la réaction et de la classe ouvrière peut avoir des conséquences sur notre lutte contre l'impérialisme. Puisque le socialisme n'est pas une question « actuelle » pour de grands cercles du parti, il ne peut pas être considéré comme une réponse concrète aux questions impérialistes. Il ne s'agit pas de rechercher le socialisme comme contre-slogan à l'appel impérialiste à la guerre, mais de trouver des réponses politiques réelles. Les gens ne se soucient pas du fait qu'il s'agit de réponses tout à fait fantastiques et purement bourgeoises, que l'on trouve sous la forme de combinaisons purement impérialistes - "compréhension allemand-anglais", etc. Ils ont l'avantage de rester dans le cadre du capitalisme, et à ceux qui prouvent que cet « avantage » s'achète au prix du « désavantage » qu'ils ne sont pas des freins mais des fils pour l'impérialisme, on répond par un reproche : c'est le « « tout ou rien » politique longtemps rejetée par le parti.</p>
<p>Une chose est oubliée : tout ou rien - socialisme ou conflagration impérialiste qui fait rage - cette alternative n'est pas une alternative aux slogans que l'on avance si l'on est "anarcho-syndicaliste" et dont on se moque si l'on est un Realpolitiker. C'est une alternative objective présentée par le capitalisme. Il joue à la va banque, et il ne se laisse pas empêcher par de bons conseils de jouer à ce jeu effréné, car toute sa situation l'y pousse. S'il ne veut pas laisser place au libre développement des forces sociales, c'est-à-dire au socialisme, il doit s'efforcer de s'enchaîner par les syndicats, les trusts, les tarifs protecteurs, les colonies, c'est-à-dire par l'impérialisme. Ce faisant, il crée des contradictions qui peuvent le faire exploser. Mais comme il ne peut pas revenir en arrière, il ne nous reste qu'une chose à faire : nous renforcer dans la lutte contre l'impérialisme par la lutte pour la démocratie et nous préparer par l'agitation et l'action contre l'impérialisme au moment où nous l'affronterons. si cela passe, une explosion peut vous faire tomber au sol et vous casser le cou.</p>
<p>L'aversion pour la politique de « pure négation » dans les questions de l'impérialisme puise sa force à deux sources dans les cercles des partis radicaux. La première est la tradition de la politique étrangère de Marx, la seconde est une analogie avec notre activité réformatrice sur les questions intérieures. On objecte souvent que les pères du socialisme scientifique ont toujours préconisé des solutions concrètes aux questions étrangères, pour ou contre l'Italie, pour telle ou telle solution à la question orientale. Mais cette objection ignore le fait que les conditions dans lesquelles nos anciens maîtres exprimaient leur opinion ont changé à tous égards. La classe ouvrière n'existait pas à cette époque en tant que classe consciente de ses tâches historiques particulières, et la position de Marx, Engels ou Lassalle sur les questions de politique étrangère n'avait en aucun cas pour but de déterminer la voie de l'action prolétarienne. Cela avait pour but de montrer à la démocratie bourgeoise dans quelle direction elle devait influencer le cours des événements. Les œuvres de nos maîtres anciens qui cherchaient à atteindre cet objectif paraissaient souvent anonymement dans les journaux bourgeois. Et le sujet de leur déclaration était également complètement différent : il ne s'agissait pas de l'asservissement des autres peuples, ni du fardeau qui pèse sur la classe ouvrière, ni de la possibilité d'empêcher pendant un certain temps le libre développement des forces productives, dans le période de lutte pour l'émergence d'États nationaux en Europe centrale et méridionale, comme c'est le cas aujourd'hui avec les États impérialistes. À l'inverse, il s'agissait de créer le terrain pour la lutte pour le socialisme. Et on peut se demander si le prolétariat aurait pu devenir le porteur de la politique étrangère que Marx préconisait à l'époque s'il avait existé à l'époque en tant que force sociale indépendante - car il n'aurait alors pas été nécessaire d'accomplir une tâche bourgeoise telle que celle-ci. comme création du terrain pour le développement du prolétariat - il ne fait aucun doute que cette politique n'a rien à voir avec les tâches qui attendent aujourd'hui le prolétariat des Etats capitalistes développés. Aussi intéressante que soit la politique étrangère de Marx du point de vue historique, elle ne peut en aucun cas servir de guide pour notre position sur l'impérialisme.</p>
<p>Moins encore que la référence à Marx, l'analogie avec la tactique de la social-démocratie peut être considérée comme décisive dans les questions intérieures ; elle constitue seulement un obstacle au développement de la tactique prolétarienne en matière de politique étrangère. Nous luttons pour des réformes dans le domaine de la politique intérieure, mais seulement dans la mesure où elles sont réalisables dans le cadre du capitalisme. Mais nous avons toujours rejeté la lutte pour des réformes impossibles à mettre en œuvre, même si elles avaient été très efficaces en termes d'agitation pour le moment. Les sociaux-démocrates ne prônaient ni le « droit au travail » ni une garantie étatique générale du salaire minimum parce qu'ils considéraient ces réformes comme incompatibles avec l'existence du capitalisme.</p>
<p>Si l'on veut se protéger du chômage et de la misère, lutter contre le capitalisme, telle était la réponse de la social-démocratie aux recettes miracles des charlatans sociaux qui voulaient panser les blessures incurables du capitalisme. L'impérialisme est une maladie incurable du capitalisme qui menace le monde d'une infirmité générale. La référence à d'autres maladies curables ne peut pas être utilisée comme argument contre ceux qui déclarent à l'impérialisme : Ignis et ferrum sanat !</p>
<p>Le test à l'exemple</p>
<p>Le gouvernement s'est adressé une fois de plus à la nation allemande avec d'énormes propositions en matière d'armement , qui nécessitent aujourd'hui un demi-milliard de nouvelles dépenses, nécessiteront demain un demi-milliard de nouveaux revenus et poussent les contradictions internationales à l'extrême. Il n'est pas nécessaire de dire qu'il faut agir contre cette nouvelle avancée gigantesque de l'impérialisme allemand. Les autorités compétentes du parti décideront sous quelle forme elle doit être initiée. Nous voulons seulement utiliser cet exemple pratique pour montrer quel contenu l'action peut avoir, selon que l'on poursuit une tactique uniforme et réfléchie ou que l'on se laisse influencer par les vestiges intellectuels des époques passées.</p>
<p>Dans le premier cas, nous montrons aux masses les objectifs de l'impérialisme et leur demandons : voulez-vous endurer de nouveaux fardeaux et de nouveaux dangers pour le bien de cette idole capitaliste ? Nous leur montrons les conséquences de cette politique impérialiste et faisons appel à leur volonté de libération, renforçant ainsi leur foi en eux.</p>
<p>Dans le deuxième cas, nous essayons de prouver aux masses que, même du point de vue bourgeois, cette nouvelle avancée de l'impérialisme allemand n'était pas nécessaire et que l'Allemagne bourgeoise peut réussir même si elle parvient à un accord avec l'Angleterre. Ce faisant, nous courons non seulement le risque que les impérialistes nous répondent - avec une certaine justification de leur point de vue : le chemin le plus court vers un accord avec l'Angleterre passe par une augmentation des armements - les cadeaux doivent être reçus pourboire par pourboire, comme le dit la chanson d'Hildebrand - , mais nous avons les mains liées dans l'agitation de principe contre la politique coloniale, même si ouvrir la voie à cette politique est l'objectif des nouvelles dépenses d'armement.</p>
<p>Dans un cas, nous sommes clairement engagés dans la lutte, dans le second, nous nous enlisons dans un labyrinthe de contradictions et sommes obligés - nous, le parti realpolitik - de fermer les yeux sur les liens réels et d'y aller avec la pointe de la lance brisée. parti, avec une bannière étrangère à la main, dans la bataille.</p>
<p>Le choix devrait être facile !</p>
<p>Remarques</p>
<p>1. Quiconque prend la peine de parcourir les discours de nos membres du Reichstag sur le budget des affaires étrangères, les budgets militaires et navals des 20 dernières années, verra qu'il s'agit de véritables étapes de développement de la réalisation de l'impérialisme qui gagne du terrain en la fête. L'étude du traitement de ces questions dans nos principaux articles ne fera que confirmer ce jugement.</p>
<p>2. Ce qu'il faut dire de ces points sur les révélations pangermanistes sur l'intention du gouvernement de s'emparer d'une partie du Maroc est dit à juste titre par le biographe de Lassalle, le professeur Hermann Oncken : « C'était oser à l'extrême, marcher sur le fil du couteau. Bien sûr, tout le jeu depuis le début. Dès que la Panthère apparut devant Agadir, on choisit un moyen dont le degré d'intensité fut soigneusement étudié ; un coup de pied dans les côtes avec la plus grande énergie et la plus grande clarté possible pour forcer les Français à négocier, mais pas assez hostile pour pousser l'Angleterre et la France à la guerre. Et une partie de la nature audacieuse de cette conception était que M. v. Kiderlen ne parvenait pas à dévoiler sa dernière carte : il devait faire croire le plus longtemps possible aux Français qu'ils cherchaient à s'implanter au Maroc sans autre concession, et pendant un temps même aux Anglais (c'est la carte qu'ils ne tardèrent pas à dévoiler). lui a demandé de révéler) ceux qui cherchaient à les arracher) conduisent à un certain manque de clarté quant à ce que vise réellement la forme symbolique de la pression militaire. Il devait aussi faire croire, voire confirmer, aux pangermanistes que le Maroc était le véritable objectif, car il avait aussi besoin de cette dissonance bruyante à l'extérieur ; Il a simplement fait aboyer tous les chiens selon la recette de Bismarck pour atteindre son objectif, la nécessité de compenser, de se moquer de la constellation mondiale anglaise avec le plus grand sang-froid. " Hermann Oncken, Allemagne et Angleterre, Heidelberg 1911</p>
<p>3. Je n'ai probablement pas besoin à ce stade de réfuter l'idée selon laquelle la classe ouvrière a un intérêt dans l'expansion à l'étranger.</p>
<p>4. A. Zimmermann, Politique coloniale, Leipzig 1905. P. 41.</p>
<p>5. Matériel intéressant, bien que peu approfondi, dans les travaux bien documentés du Dr. Kurt Herrührts : Le prince Bismarck et la politique coloniale, Berlin 1900</p>
<p>6. J'essaie de les présenter dans ma brochure : L'impérialisme allemand et la classe ouvrière, Brême, publiée par le Bremer Bürgerzeitung, 1912.</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/deutsch/archiv/radek/1912/05/imperial.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/deutsch/archiv/radek/1912/05/imperial.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p></div>
Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky...
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9063
http://www.matierevolution.org/spip.php?article90632026-07-29T22:23:00Ztext/htmlfrRobert ParisRévolutionSocialisme - SocialismStalinismeTrotskisme
<p>Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky <br class='autobr' />
Quand Boukharine débutait un ouvrage par : <br class='autobr' />
« La course effrénée de la Révolution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prolétariat qui tantôt, vainqueur, passe au premier plan, tantôt, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclamé libre comme un oiseau sur la branche — tout cela démontre qu'il n'est pas possible que la révolution (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique117" rel="directory">14 - TRAVAILLEURS SANS FRONTIERES - WORKERS HAVE NO FRONTIERS AND A WORLD TO CONQUER</a>
/
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Les grands adversaires de la révolution permanente de Trotsky</h2>
<p>Quand Boukharine débutait un ouvrage par :</p>
<p>« La course effrénée de la Révolution russe, le changement continu des tableaux historiques les plus grandioses, la lutte tragique du prolétariat qui tantôt, vainqueur, passe au premier plan, tantôt, sous les rires de triomphe de la canaille bourgeoise, est traitreusement proclamé libre comme un oiseau sur la branche — tout cela démontre qu'il n'est pas possible que la révolution russe remporte la victoire définitive sans victoire de la révolution international. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1918/00/Lutte%20des%20Classes%20et%20revolution%20russe.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1918/00/Lutte%20des%20Classes%20et%20revolution%20russe.pdf</a></p>
<p>Quelques années plus tard, le même Boukharine devenait le fer de lance, avec Staline, du socialisme dans un seul pays !</p>
<p>« La thèse de Lénine quant à la possibilité de construire le socialisme intégral est en même temps une réponse à la question du caractère de la révolution russe. C'est une réponse à la question de savoir si l'on peut ou non, pour des raisons internes, entreprendre et mener à son terme l'édification du socialisme, et cette réponse est positive. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/caractere.htm</a></p>
<p>Voyons maintenant Staline :</p>
<p>« Le sujet de la discussion était le suivant : le congrès estimait que la classe ouvrière, alliée à la paysannerie laborieuse, peut porter le coup de grâce aux capitalistes de notre pays et édifier une société socialiste, même si la révolution occidentale ne vient pas à son secours. L'opposition, au contraire, estimait que nous ne pouvons pas porter le coup de grâce à nos capitalistes et édifier une société socialiste tant que les ouvriers occidentaux n'auront pas remporté la victoire. Or, comme la victoire de la révolution occidentale tarde à venir, il ne nous reste apparemment plus qu'à flâner. »</p>
<p>« Il s'ensuit que nous sommes capables d'édifier entièrement une société socialiste par nos propres efforts et sans la victoire de la révolution en Occident, mais que notre pays ne peut à lui seul se garantir contre les empiétements du capital international. Pour cela, il faut la victoire de la révolution dans plusieurs pays occidentaux. »</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/02/10.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/02/10.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>« Nous sommes confrontés à trois questions :<br class='autobr' />
1) La victoire du socialisme est-elle possible dans notre pays, sachant qu'il est jusqu'à présent le seul pays de la dictature du prolétariat, que la révolution prolétarienne n'a pas encore été victorieuse dans d'autres pays et que le rythme de la révolution mondiale s'est ralenti ?<br class='autobr' />
2) Si cette victoire est possible, peut-on la qualifier de victoire complète, de victoire finale ?<br class='autobr' />
3) Si une telle victoire ne peut pas être qualifiée de définitive, alors quelles conditions sont nécessaires pour qu'elle le devienne ?<br class='autobr' />
Telles sont les trois questions qui se combinent dans la question générale de la possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays, c'est-à-dire dans notre pays. »</p>
<p>« Cette ligne de notre Parti a été formulée officiellement pour la première fois dans la résolution de la XIVe Conférence sur la situation internationale, la stabilisation du capitalisme et l'édification du socialisme dans un seul pays. Je considère cette résolution comme l'un des documents les plus importants de l'histoire de notre Parti, non seulement parce qu'elle constitue une grande manifestation de soutien à la ligne léniniste sur la question de l'édification du socialisme dans notre pays, mais aussi parce qu'elle constitue en même temps une condamnation directe du trotskisme. Je pense qu'il ne serait pas superflu de mentionner les points les plus importants de cette résolution, qui, curieusement, a été adoptée sur le rapport de Zinoviev. ( Emotion dans la salle .)<br class='autobr' />
Voici ce que dit la résolution à propos de la victoire du socialisme dans un seul pays :<br class='autobr' />
« En général, la victoire du socialisme dans un seul pays ( et non le sens de la victoire finale ) est incontestablement possible . » * 8<br class='autobr' />
Sur la question de la victoire finale du socialisme, la résolution dit :<br class='autobr' />
« L'existence de deux systèmes sociaux directement opposés fait naître la menace constante du blocus capitaliste, d'autres formes de pression économique, d'intervention armée, de restauration. Par conséquent, la seule garantie de la victoire finale du socialisme , c'est-à-dire la garantie contre la restauration, est une révolution socialiste victorieuse dans un certain nombre de pays. » 9<br class='autobr' />
Et voici ce que dit la résolution à propos de la construction d'une société socialiste complète et du trotskisme :<br class='autobr' />
« Il ne s'ensuit nullement qu'il soit impossible de construire une société socialiste complète dans un pays arriéré comme la Russie sans l'« aide de l'État » (Trotsky) de pays techniquement et économiquement plus développés. Une partie intégrante de la théorie de la révolution permanente de Trotsky est l'affirmation selon laquelle « le progrès réel de l'économie socialiste en Russie ne sera possible qu'après la victoire du prolétariat dans les principaux pays européens » (Trotsky, 1922) – affirmation qui, dans la période actuelle, condamne le prolétariat de l'U.R.S.S. à une passivité fataliste. En opposition à de telles « théories », le camarade Lénine écrivait : « On a infiniment éculé l'argument selon lequel, au cours du développement de la social-démocratie d'Europe occidentale, ils ont appris par cœur que nous ne sommes pas encore mûrs pour le socialisme, que, comme le disent certains « savants » parmi eux, les conditions économiques objectives du socialisme n'existent pas dans notre pays » (Notes sur Soukhanov). (Résolution de la Quatorzième Conférence du PCR(B.) sur « Les tâches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Plénum élargi du Comité exécutif de l'IC » 10 )<br class='autobr' />
Je crois que ces points essentiels de la résolution de la XIVe Conférence n'ont pas besoin d'être expliqués. On ne pouvait pas les exprimer plus clairement et plus nettement. Il faut particulièrement souligner le passage de la résolution qui met le trotskysme sur le même plan que le soukhanovisme. Or, qu'est-ce que le soukhanovisme ? Nous savons, par les articles de Lénine contre Soukhanov, que le soukhanovisme est une variété de la social-démocratie, du menchévisme. Il faut souligner cela spécialement pour comprendre pourquoi Zinoviev, qui avait défendu cette résolution à la XIVe Conférence, s'en est ensuite écarté pour s'en tenir au point de vue de Trotsky, avec lequel il a formé un bloc.<br class='autobr' />
En outre, en relation avec la situation internationale, la résolution relève deux déviations par rapport à la ligne fondamentale du Parti qui pourraient constituer une source de danger pour ce dernier.<br class='autobr' />
Voici ce que dit la résolution à propos de ces dangers :<br class='autobr' />
« En rapport avec la situation actuelle sur la scène internationale, deux dangers peuvent menacer notre Parti dans la période actuelle : 1) une déviation vers la passivité, résultant d'une interprétation trop large de la stabilisation du capitalisme observée ici et là, et du ralentissement du rythme de la révolution internationale, c'est-à-dire de l'absence d'impulsion suffisante pour un travail énergique et systématique à l'édification de la société socialiste en URSS, malgré le ralentissement du rythme de la révolution internationale ; 2) une déviation vers l'étroitesse d'esprit nationale, l'oubli des devoirs des révolutionnaires prolétariens internationaux , l'oubli inconscient de la dépendance intime du sort de l'URSS de la révolution prolétarienne internationale, qui se développe, quoique lentement, l'incompréhension du fait que non seulement le mouvement international a besoin de l'existence, de la consolidation et du renforcement du premier Etat prolétarien du monde, mais encore que la dictature du prolétariat en URSS a besoin de l'aide du prolétariat international. » (Résolution de la Quatorzième Conférence du PCR(B.) sur « Les tâches du Komintern et du PCR(B.) en relation avec le Plénum élargi du Comité exécutif de l'IC »)<br class='autobr' />
Il ressort clairement de cette citation que la XIVe Conférence, en parlant de la première déviation, avait à l'esprit la déviation qui mène à la méfiance à l'égard de la victoire de l'édification socialiste dans notre pays, déviation répandue parmi les trotskistes. En parlant de la deuxième déviation, la Conférence avait à l'esprit la déviation qui mène à l'oubli des perspectives internationales de notre révolution, déviation qui prévaut dans une certaine mesure chez certains de nos fonctionnaires de la politique étrangère, qui ont parfois tendance à adopter le point de vue de l'établissement de « sphères d'influence » dans les pays dépendants. »</p>
<p>« De plus, si les perspectives de notre travail de construction ne sont pas claires, si nous n'avons pas la certitude que l'édification du socialisme peut être achevée, les masses ouvrières ne peuvent pas participer consciemment à cette œuvre de construction et ne peuvent pas diriger consciemment la paysannerie. Si nous n'avons pas la certitude que l'édification du socialisme peut être achevée, il ne peut y avoir de volonté de construire le socialisme. Qui veut construire en sachant qu'il ne peut pas achever ce qu'il construit ? Par conséquent, l'absence de perspectives socialistes pour notre travail de construction conduit inévitablement à l'affaiblissement de la volonté de construction du prolétariat.<br class='autobr' />
De plus, si la volonté du prolétariat de construire le socialisme s'affaiblit, cela aura nécessairement pour conséquence de renforcer les éléments capitalistes de notre économie. Car que signifie construire le socialisme, sinon vaincre les éléments capitalistes de notre économie ? Les sentiments pessimistes et défaitistes de la classe ouvrière ne peuvent qu'attiser les espoirs des éléments capitalistes de restaurer l'ancien ordre de choses. Quiconque ne saisit pas l'importance décisive des perspectives socialistes de notre travail de construction aide les éléments capitalistes de notre économie et nourrit un esprit de capitulation. »</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/11/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/stalin/works/1926/11/01.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p>Trotsky écrivait :</p>
<p>« Au VIIe plénum, Staline déclara (et ce n'était pas la première fois) :<br class='autobr' />
" La question de la construction de l'économie socialiste dans un seul pays fut, pour la première fois, posée dans le parti par Lénine en 1915 " [Compte rendu sténographique, p. 14 (souligné par nous)].<br class='autobr' />
Ainsi, on admet, ici, qu'avant 1915, il ne fut pas question du socialisme dans un seul pays. Cela signifie que Staline et Boukharine ne se réclament pas de toute la tradition précédente du marxisme et du parti sur le problème du caractère international de la révolution prolétarienne. Notons cela.<br class='autobr' />
Qu'a donc déclaré Lénine, " pour la première fois ", en 1915, contredisant ce que Marx, Engels et Lénine lui-même avaient dit jusqu'à cette date ?<br class='autobr' />
En 1915, Lénine écrivait : <br class='autobr' />
" L'inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme. Il s'ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste isolé. Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir exproprié les capitalistes et organisé chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du monde capitaliste en attirant à lui les classes opprimées des autres pays capitalistes, en les poussant à s'insurger contre les capitalistes, en employant même, en cas de nécessité, la force militaire contre les classes exploiteuses et leurs Etats " [LÉNINE, Œuvres, vol. XXI, p. 354 de l'édition française. Social-Démocrate, n° 44 du 23 août 1915 (souligné par nous)].<br class='autobr' />
Qu'est-ce que Lénine voulait dire en écrivant cela ? Tout simplement que la victoire du socialisme, dans le sens de l'établissement de la dictature du prolétariat, est possible d'abord dans un seul pays, qui se trouvera ainsi en opposition avec le monde capitaliste. Pour repousser les assauts et passer lui-même à l'offensive révolutionnaire, l'Etat prolétarien devra, au préalable, " organiser chez lui la production socialiste ", c'est-à-dire diriger lui-même le travail dans les usines soustraites aux capitalistes. C'est tout. On sait qu'une telle " victoire du socialisme " fut, pour la première fois, acquise en Russie ; pour repousser l'intervention mondiale, le premier Etat ouvrier dut, tout d'abord, " organiser chez lui la production socialiste " ou des trusts " de type socialiste conséquent ". Ce que Lénine entendait par " victoire du socialisme dans un seul pays", ce n'est pas une société socialiste fantasmagorique, vivant pour elle-même - surtout dans un pays retardataire - mais quelque chose de bien plus réaliste : précisément ce que la Révolution d'Octobre a réalisé chez nous dès la première période de son existence.<br class='autobr' />
Peut-être faut-il encore apporter des preuves à la démonstration ? Il y en a tant que seul le choix est difficile.<br class='autobr' />
Dans ses thèses sur la guerre et la paix (7 janvier 1918), Lénine évoquait " la nécessité, pour la victoire du socialisme en Russie, d'un certain laps de temps, pas moins de quelques mois ".<br class='autobr' />
Au début de la même année 1918, dans un article dirigé contre Boukharine et intitulé De l'enfantillage gauchiste et de la petite bourgeoisie, Lénine écrivait : <br class='autobr' />
" Si, dans six mois par exemple, nous avions instauré chez nous le capitalisme d'Etat, ce serait un immense succès et la plus sûre garantie qu'un an plus tard, dans notre pays, le socialisme serait définitivement assis et deviendrait invincible " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXVII, p. 349 de l'édition française).<br class='autobr' />
Comment Lénine pouvait-il fixer un délai aussi court pour la " consolidation définitive du socialisme " ? Quelle signification matérielle et sociale, concernant la production, donnait-il à ces paroles ?<br class='autobr' />
Cette question apparaît soudain sous un autre éclairage si l'on se rappelle que le 29 avril de la même année 1918, dans son rapport au Comité exécutif central panrusse des soviets, Lénine déclarait : <br class='autobr' />
" Il est douteux que même la génération suivante, qui sera plus développée, puisse réaliser entièrement le passage au socialisme " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXVII, p. 312 de l'édition française).<br class='autobr' />
Le 3 décembre 1919, au Congrès des exploitations collectives et des artels agricoles, Lénine s'exprima ;avec plus de vigueur encore : <br class='autobr' />
" Nous savons que nous ne pouvons instituer immédiatement l'ordre socialiste ; Dieu veuille que nos enfants, et peut-être même nos petits-enfants, le voient s'établir chez nous " (LÉNINE, Œuvres, vol. XXX, p. 205 de l'édition française).<br class='autobr' />
Dans lequel de ces deux cas Lénine avait-il raison : quand il fixait douze mois de délai pour la " consolidation définitive du socialisme " ou bien quand il chargeait non pas nos enfants mais nos petits-enfants de l'édification de " l'ordre socialiste " ?<br class='autobr' />
Lénine avait raison dans les deux cas, car il avait en vue deux étapes différentes et sans commune mesure de la construction du socialisme.<br class='autobr' />
Dans le premier cas, par " consolidation définitive du socialisme", Lénine entendait, non pas l'édification de la société socialiste dans le délai d'un an ou même de " quelques mois " (c'est-à-dire la suppression des classes, le dépassement de l'opposition entre la ville et la campagne), mais la remise en marche des fabriques et des usines aux mains de l'État prolétarien, qui rendrait possible l'échange des produits entre la ville et la campagne. La brièveté même du délai donne ici la clé qui permet de saisir sans erreur toute la perspective.</p>
<p>« Telle est l'affaire avec Staline. Elle ne saurait être plus lamentable. Il est vrai qu'on pourrait s'en consoler si elle n'était tout aussi lamentable pour le VIIe Plénum du Comité exécutif de l'Internationale.<br class='autobr' />
Il reste un dernier espoir : c'est qu'au moins Boukharine, le véritable auteur du projet de programme, ait toujours admis la possibilité de l'édification du socialisme dans un seul pays. Vérifions. Voici ce qu'écrivait Boukharine à ce sujet en 1917 : <br class='autobr' />
" Les révolutions sont les locomotives de l'histoire. Même dans la Russie arriérée, le prolétariat seul peut être le machiniste irremplaçable de cette locomotive. Mais le prolétariat ne peut déjà plus rester dans les limites des rapports de propriété de la société bourgeoise. Il marche vers le pouvoir et le socialisme. Cependant, cette tâche qui est " mise à l'ordre du jour " en Russie aussi ne peut être réalisée " à l'intérieur des frontières nationales ". Ici, la classe ouvrière se heurte à un mur infranchissable où on ne peut ouvrir une brèche que par le bélier de la révolution ouvrière internationale " (BOUKHARINE, La lutte des classes et la révolution en Russie, 1917, p. 3 et 4 de l'édition russe). »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical216.html</a></p>
<p>Lénine n'a jamais défendu le « socialisme dans un seul pays » de Staline</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article4464</a></p>
<p>Quelques mensonges sur la "construction stalinienne du socialisme"</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1384</a></p>
<p>Quand Staline s'attaquait à la perspective internationale et prolétarienne de Lénine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4567</a></p>
<p>L'économie de l'URSS était-elle socialiste ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936</a></p>
<p>Face à la stabilisation de la bureaucratie stalinienne qu'exprime la notion anti-marxiste de « socialisme dans un seul pays », construire et souder une force fidèle au bolchévisme.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/12/301200a.htm</a></p></div>
Les IWW, le syndicalisme prolétarien révolutionnaire internationaliste d'action directe
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9065
http://www.matierevolution.org/spip.php?article90652026-06-19T22:30:00Ztext/htmlfrRobert ParisUSASocialisme - SocialismSyndicalism - le syndicalismeGilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles, Soviet
<p>Les IWW, organisation de classe du prolétariat des Etats-Unis <br class='autobr' />
Big Bill Haywood déclara à la Convention de fondation : « Camarades travailleurs... C'est ici le congrès continental de la classe ouvrière. Nous sommes ici pour confédérer les travailleurs de ce pays en un mouvement de la classe ouvrière dont le but devra être de s'émanciper des chaînes du capitalisme. » <br class='autobr' />
Comment l'histoire des IWW a été écrite… <br class='autobr' />
https://translate.google.fr/translate?u= (…)</p>
-
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique95" rel="directory">10- SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS - SYNDICALISM AND SELF-ORGANISATION OF WORKERS </a>
/
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot26" rel="tag">USA</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot110" rel="tag">Syndicalism - le syndicalisme</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag">Gilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles, Soviet</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Les IWW, organisation de classe du prolétariat des Etats-Unis</h2>
<p>Big Bill Haywood déclara à la Convention de fondation : « Camarades travailleurs... C'est ici le congrès continental de la classe ouvrière. Nous sommes ici pour confédérer les travailleurs de ce pays en un mouvement de la classe ouvrière dont le but devra être de s'émanciper des chaînes du capitalisme. »</p>
<p>Comment l'histoire des IWW a été écrite…</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1920/drops.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1920/drops.htm</a></p>
<p>The Wobblies (1979) : ce que l'IWW signifie pour la classe ouvrière aujourd'hui (point de vue de WSWS)</p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2022/05/30/wobb-m30.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2022/05/30/wobb-m30.html</a></p>
<p>Syndicalisme de classe contre division raciale du prolétariat</p>
<p><a href="https://www.lesutopiques.org/iww-un-syndicalisme-de-classe-contre-les-prejuges-raciaux-1905-1925/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lesutopiques.org/iww-un-syndicalisme-de-classe-contre-les-prejuges-raciaux-1905-1925/</a></p>
<p>Les IWW et le syndicalisme révolutionnaire aux USA</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3583" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3583</a></p>
<p>Une histoire des IWW</p>
<p><a href="https://wikirouge.net/Industrial_Workers_of_the_World" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/Industrial_Workers_of_the_World</a></p>
<p><a href="https://www.revue-ballast.fr/une-histoire-du-syndicat-industrial-workers-of-the-world/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.revue-ballast.fr/une-histoire-du-syndicat-industrial-workers-of-the-world/</a></p>
<p>Haywood et Debs, deux dirigeants des IWW</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6438" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6438</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6295" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6295</a></p>
<p>IWW et grèves des mineurs</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6856" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6856</a></p>
<p>L'Internationale Communiste de l'époque de Lénine et Trotsky aux I. W. W.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/01/iww.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/01/iww.htm</a></p>
<p>La point de vue du CCI (gauche communiste)</p>
<p><a href="https://fr.internationalism.org/rint125/IWW_syndicalisme_revolutionnaire.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.internationalism.org/rint125/IWW_syndicalisme_revolutionnaire.htm</a></p>
<p>Documents, essais et analyses pour une histoire des IWW</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/index.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/index.htm</a></p>
<p>Les IWW, ce que c'est et ce que ce n'est pas</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1920/whatitis.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1920/whatitis.htm</a></p>
<p>IWW, projet audacieux et révolutionnaire</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1955/iww.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1955/iww.htm</a></p>
<p>Chronologie des IWW</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/timeline.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/timeline.htm</a></p>
<p>Qu'est-ce que l'IWW ?</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/reference/archive/keller-helen/works/1910s/18_01_x01.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/reference/archive/keller-helen/works/1910s/18_01_x01.htm</a></p>
<p>IWW, organisation révolutionnaire</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1913/perry.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1913/perry.htm</a></p>
<p>L'histoire des IWW</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1923/fourworkers.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1923/fourworkers.htm</a></p>
<p>Les IWW et l'Internationale syndicale rouge</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1923/iwwrilu.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1923/iwwrilu.htm</a></p>
<p>L'Industrial Pioneer était une publication mensuelle des Industrial Workers of the World (IWW)</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/pubs/industrial-pioneer/index.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/pubs/industrial-pioneer/index.htm</a></p>
<p>Actes de la Convention fondatrice des IWW en 1905</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/index.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/index.htm</a></p>
<p>Solidarity : Organe des travailleurs industriels du monde</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/pubs/solidarity-iww/index.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/pubs/solidarity-iww/index.htm</a></p>
<p>La Convention des IWW en 1924</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1924/iwwconv.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1924/iwwconv.htm</a></p>
<p>Les IWW à Philadelphie en 1920</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1921/philiiww.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1921/philiiww.htm</a></p>
<p> IWW, en théorie et en pratique</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1938/ebert_5th.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1938/ebert_5th.htm</a></p>
<p>Premier jour de la Convention de 1905</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch01.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch01.htm</a></p>
<p>Le bulletin des IWW</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/pubs/industrialworker/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/pubs/industrialworker/</a></p>
<p>Le témoignage d'Helen Keller</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/reference/archive/keller-helen/works/1910s/16_01_16.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/reference/archive/keller-helen/works/1910s/16_01_16.htm</a></p>
<p>Un renégat</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1920/anreg.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1920/anreg.htm</a></p>
<p>Débats de la Convention de Chicago de 1905</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch01.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch01.htm</a></p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch02.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch02.htm</a></p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch03.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch03.htm</a></p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch04.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch04.htm</a></p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch05.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch05.htm</a></p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch06.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch06.htm</a></p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch07.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch07.htm</a></p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch08.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch08.htm</a></p>
<p>Les IWW et le problème du chômage</p>
<p><a href="https://translate.google.fr/translate?u=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://translate.google.fr/translate?u=</a> <a href="https://www.marxists.org/history/etol/writers/oehler/1931/04/iww.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/etol/writers/oehler/1931/04/iww.htm</a></p>
<p>Read in english - Lire en anglais :</p>
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<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1920/whatitis.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1920/whatitis.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1955/iww.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1955/iww.htm</a></p>
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<p><a href="https://www.marxists.org/reference/archive/keller-helen/works/1910s/18_01_x01.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/reference/archive/keller-helen/works/1910s/18_01_x01.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1913/perry.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1913/perry.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1955/The%20IWW-Greatest%20Thing%20on%20Earth.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1955/The%20IWW-Greatest%20Thing%20on%20Earth.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1923/fourworkers.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1923/fourworkers.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1923/iwwrilu.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1923/iwwrilu.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/pubs/industrial-pioneer/index.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/pubs/industrial-pioneer/index.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/index.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/index.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/pubs/solidarity-iww/index.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/pubs/solidarity-iww/index.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1924/iwwconv.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1924/iwwconv.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1921/philiiww.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1921/philiiww.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/browder/browder-iww.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/browder/browder-iww.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/etol/newspape/fi/vol16/no03/v16n03-w132-summer-1955-fourth-int.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/etol/newspape/fi/vol16/no03/v16n03-w132-summer-1955-fourth-int.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1938/ebert_5th.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1938/ebert_5th.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch01.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch01.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1920/drops.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1920/drops.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1925/0700-riac-tomembersofiww.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1925/0700-riac-tomembersofiww.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1955/The%20IWW-The%20Great%20Anticipation.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1955/The%20IWW-The%20Great%20Anticipation.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/pubs/industrialworker/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/pubs/industrialworker/</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/reference/archive/keller-helen/works/1910s/16_01_16.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/reference/archive/keller-helen/works/1910s/16_01_16.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1920/anreg.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/archive/cannon/works/1920/anreg.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/parties/cpusa/1919/11/1115-ferg-sovietsandiww.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/parties/cpusa/1919/11/1115-ferg-sovietsandiww.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch06.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/usa/unions/iww/1905/convention/ch06.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/history/etol/writers/oehler/1931/04/iww.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/history/etol/writers/oehler/1931/04/iww.htm</a></p>
<p><a href="https://www.google.fr/search?cof=GALT%3A%23a00000%3BGL%3A0%3BAH%3Acenter%3BLH%3A250%3BL%3Ahttp%3A%2F%2Fsearch.marxists.org%2Fadmin%2Fsearch%2Fsearch.jpg%3BLW%3A400%3BAWFID%3A98b2606990956b52%3B&domains=www.marxists.org&sitesearch=www.marxists.org&as_sitesearch=&hl=en&ie=8859-1&oe=8859-1&as_occt=body&num=30&btnG=Rechercher+%21&as_epq=IWW&as_oq=" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.google.fr/search?cof=GALT%3A%23a00000%3BGL%3A0%3BAH%3Acenter%3BLH%3A250%3BL%3Ahttp%3A%2F%2Fsearch.marxists.org%2Fadmin%2Fsearch%2Fsearch.jpg%3BLW%3A400%3BAWFID%3A98b2606990956b52%3B&domains=www.marxists.org&sitesearch=www.marxists.org&as_sitesearch=&hl=en&ie=8859-1&oe=8859-1&as_occt=body&num=30&btnG=Rechercher+%21&as_epq=IWW&as_oq=</a></p>
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<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/deutsch/geschichte/usa/iww/index.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/deutsch/geschichte/usa/iww/index.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p>
<p><a href="https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=wsws+iww" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=wsws+iww</a></p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/deutsch/geschichte/usa/iww/index.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/deutsch/geschichte/usa/iww/index.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p></div>
L'histoire française du parti qui n'a de socialiste que le nom...
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9503
http://www.matierevolution.org/spip.php?article95032026-04-10T22:34:00Ztext/htmlfrRobert ParisFranceSocialisme - Socialism
<p>L'histoire française du parti qui n'a de socialiste que le nom <br class='autobr' />
Origines <br class='autobr' />
Comme dans tout conte pour enfants, il faudrait commencer par « il était une fois » un parti qui se voulait véritablement socialiste… qui était réellement implanté dans la classe ouvrière et même dont la majorité des militants et des adhérents comme des électeurs étaient ouvriers, qui pensait combattre contre le capitalisme et pour le renverser, contre l'Etat capitaliste et pour le renverser, contre l'impérialisme, (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
/
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag">France</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">L'histoire française du parti qui n'a de socialiste que le nom</h2>
<p>Origines</p>
<p>Comme dans tout conte pour enfants, il faudrait commencer par « il était une fois » un parti qui se voulait véritablement socialiste… qui était réellement implanté dans la classe ouvrière et même dont la majorité des militants et des adhérents comme des électeurs étaient ouvriers, qui pensait combattre contre le capitalisme et pour le renverser, contre l'Etat capitaliste et pour le renverser, contre l'impérialisme, le colonialisme, la guerre impérialiste, contre toute forme d'exploitation et d'oppression, etc.</p>
<p>Ce parti a véritablement existé mais il n'est même plus concevable. Le simple fait, pour le parti socialiste d'autrefois, de se considérer non comme un parti électoral et de réformes mais comme un parti communiste révolutionnaire et de luttes de classes, non comme un parti national mais comme une section d'une internationale communiste révolutionnaire, comme un parti dont le but est la suppression de la propriété privée des moyens de production en dit long sur le chemin parcouru jusqu'au réformisme néo-libéral propatronal de Hollande qui prend comme référence Clémenceau, glorifie la marche à la première guerre mondiale et la fraternité des poilus des tranchées, qui présente les étrangers comme des ennemis et affirme que les ouvriers sont des sans-dents.</p>
<p>Le programme du Parti Ouvrier Français de 1880 proclamait :</p>
<p>“Considérant,</p>
<p>• Que l'émancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains sans distinction de sexe, ni de race,</p>
<p>• Que les producteurs ne sauraient être libres qu'autant qu'ils sont seront en possession des moyens de production (terres, usines, navires, banques, crédits, etc.)</p>
<p>• Qu'il n'y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir :</p>
<p>1. La forme individuelle qui n'a jamais existé à l'état de fait général et qui est éliminée de plus en plus par le progrès industriel ;</p>
<p>2. La forme collective dont les éléments matériels et intellectuels sont constitués par le développement même de la société capitaliste.</p>
<p>Considérant,</p>
<p>• Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l'action révolutionnaire de la classe productive - ou prolétariat - organisée en parti politique distinct ;</p>
<p>• Qu'une pareille organisation doit être poursuivie par tous les moyens dont dispose le prolétariat, y compris le suffrage universel transformé en d'instrument de duperie qu'il a été jusqu'ici en instrument d'émancipation ;</p>
<p>Les travailleurs socialistes français, se donnant pour but à leurs efforts l'expropriation politique et économique de la classe capitaliste et le retour à la collectivité de tous les moyens de production… »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/inter_soc/pof/18800700.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/inter_soc/pof/18800700.htm</a></p>
<p>Les Guesdistes étaient alors de loin le courant le plus déterminé et le plus solide. La FPTSF, formée en parti au Congrès de Lyon en 1878, décida l'année suivante, au congrès de Marseille, d'élaborer un “programme électoral minimum” qui fut en fait dicté par Marx à Guesde. Cette influence marqua notamment ses considérants qui stipulent que ce programme passe par la “propriété collective et ne peut sortir que de l'action révolutionnaire de la classe productive (ou prolétariat) organisée en parti politique distinct”. Ce programme fut confirmé en congrès national au Havre en 1880. Guesde, Lafargue et Deville, furent les principaux animateurs de ce parti qui devint le Parti ouvrier en 1882 puis le Parti ouvrier français en 1893. Le parti se battit non seulement pour des réformes mais aussi pour la conquête du pouvoir politique par les prolétaires. Cette organisation directement inspirée par le marxisme devient d'ailleurs la fraction socialiste la plus nombreuse en France.</p>
<p>Les Possibilistes de Paul Brousse qui fondèrent en 1882 la Fédération des travailleurs socialistes de France (FTSF) subissaient l'influence réformiste du mutualisme fédéraliste et anarchisant proudhonien. Ils affirmaient la nécessité de “fractionner le but idéal socialiste en plusieurs étapes sérieuses, immédiatiser en quelque sorte quelques-unes des revendications pour les rendre enfin possibles”. Leur programme fit une place importante à la conquête des institutions, particulièrement des municipalités et à une alliance avec le parti républicain radical bourgeois. Les Allemanistes de Jean Allemane qui formèrent en 1890 le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) s'inspiraient dans leur vision fédéraliste d'un syndicalisme autogestionnaire et d'un réformisme municipal. Quant au Comité révolutionnaire central d'Édouard Vaillant (CRC) créé en 1881 qui devient en 1889 le Parti socialiste révolutionnaire (PSR), il mit en avant la vision blanquiste selon laquelle une petite minorité conspirative bien organisée pourrait effectuer des actions révolutionnaires pour entraîner à sa suite la masse du peuple.</p>
<p>Jules Guesde en 1894 :</p>
<p>« Constitué en parti de classe ou de travail, le prolétariat, qui n'est pas limité aux seuls ouvriers dits manuels, qui comprend, devant et contre les inutiles et les nuisibles de la rente, du dividende et du profit, toutes les activités, depuis les plus musculaires jusqu'aux plus cérébrales, – l'ensemble des producteurs industriels, agricoles et scientifiques – aura, pour remettre la société en possession, pour reconstituer la patrimoine de l'humanité au bénéfice de tous ceux qui la constituent, à exproprier les expropriateurs de cette dernière. <br class='autobr' />
C'est sa mission historique. Mais, avant tout, comme préface et condition de cette expropriation économique, il aura à s'emparer du pouvoir politique, à devenir le gouvernement, le facteur de la loi. <br class='autobr' />
C'est grâce à l'Etat monopolisé par elle et devenu entre ses mains un outillage de compression de plus en plus développé et de plus en plus perfectionné, que la petite minorité capitaliste peut continuer à tenir, sous le joug, la grande majorité laborieuse. Tant que cet Etat – qui, dans tous les conflits entre les employés et employeurs, entre salariés et salariants, joue le rôle de l'épée de Brennus, faisant toujours et fatalement pencher la balance du côté du capital – n'aura pas été enlevé à ses détenteurs actuels, il n'y aura rien de fait ni de faisable ; l'outil de la transformation nous manquera. <br class='autobr' />
Le collectivisme dont je vous ai dit longuement, au risque d'abuser de votre attention, la genèse et le but, est donc suspendu à l'avènement politique ou gouvernemental des travailleurs, qu'ils arrivent au pouvoir pacifiquement ou au prix d'une de ces révolutions violentes qui ont été pour tous les partis en France, républicains et monarchistes, orléanistes et bonapartistes, la condition de leur triomphe successif. »</p>
<p>Lors du banquet de Saint-Mandé, le 30 mai 1896, Millerand fit un discours qui servit de charte à toutes les tendances réformistes, appelant à l'unité de tous les socialistes autour des trois points suivants :
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> substitution progressive de la propriété capitaliste par la propriété sociale ;
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> conquête des pouvoirs publics par le suffrage universel ;
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> nécessité de ne pas sacrifier la patrie à l'internationalisme.</p>
<p>C'était le chef de file et le symbole de ce qu'allaient être les socialistes de collaboration avec la bourgeoisie et l'Etat bourgeois.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6774" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6774</a></p>
<p>Après quelques succès électoraux aux municipales de 1892 et aux législatives de 1893, plusieurs membres du POF, oubliant leur programme et l'objectif révolutionnaire, finirent même par prôner le réformisme, affirmant que le socialisme pouvaient être atteint par la voie électorale. Au poids du réformisme s'ajoutaient en outre les influences de la tradition artisanale et corporatiste portées par les déformations proudhoniennes et par la fédération jurassienne de Bakounine, traduisant le poids de l'anarchisme en général, mais aussi le poids du populisme boulangiste qui sévit dans le mouvement ouvrier en France, en particulier au sein du blanquisme. En 1889, les deux-tiers des députés boulangistes venaient de la gauche et de l'extrême gauche.</p>
<p>Jean Jaurès en 1900 :</p>
<p>« A mes yeux, citoyens, l'idée de la lutte de classes, le principe de la lutte de classes, est formé de trois éléments, de trois idées. D'abord, et à la racine même, il y a une constatation de fait, c'est que le système capitaliste, le système de la propriété privée des moyens de production, divise les hommes en deux catégories, divise les intérêts en deux vastes groupes, nécessairement et violemment opposés. Il y a, d'un côté, ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l'autre côté ceux qui, n'ayant, ne possédant que leur force-travail et ne pouvant l'utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste.<br class='autobr' />
Entre les deux classes, entre les deux groupes d'intérêts, c'est une lutte incessante du salarié, qui veut élever son salaire et du capitaliste qui veut le réduire ; du salarié qui veut affirmer sa liberté et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance.<br class='autobr' />
Voilà donc le premier élément de la lutte de classes. La condition de fait qui le fonde, qui le détermine, c'est le système de la propriété capitaliste, de la propriété privée. Et remarquez-le bien : comme ici il s'agit des moyens de travailler et, par conséquent, des moyens de vivre, il s'agit de ce qu'il y a pour les hommes d'essentiel, de fondamental, il s'agit de la vie privée, de la vie de tous les jours. Et, par conséquent, un conflit qui a, pour principe, la division d'une société en possédants et en non-possédants n'est pas superficiel ; il va jusqu'aux racines mêmes de la vie. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/inter_soc/jaures/1900/11/jaures_19001126.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/inter_soc/jaures/1900/11/jaures_19001126.htm</a></p>
<p>Dès le lendemain de l'entrée individuelle du député socialiste Millerand (qui deviendra par la suite président de la République de 1920 à 1924) dans le gouvernement de Waldeck-Rousseau en juin 1899, aux côtés d'un des pires massacreurs de la Commune, le général de Galliffet. Guesde, Lafargue et Vaillant furent parmi les signataires d'un manifeste adressé aux ouvriers : “Le Parti socialiste, parti de classe, ne saurait devenir, sous peine de suicide, un parti ministériel. Il n'a pas à partager le pouvoir avec la bourgeoisie, dans les mains de laquelle l'État ne peut être qu'un instrument de conservation et d'oppression sociale. (…) Parti d'opposition nous sommes, parti d'opposition, nous devons rester, n'envoyant les nôtres dans les Parlements et autres assemblées électives qu'à l'état d'ennemis, pour combattre la classe ennemie et ses divers représentants politiques”. Guesde défendit avec passion l'idée d'un lien entre le positionnement dans l'Affaire Dreyfus et la complaisance du parti envers le “ministérialisme” de Millerand en affirmant qu'il y avait une continuité dans la dérive : “Pour une œuvre de justice et de réparation individuelle, il s'est mêlé à la classe ennemie, et le voilà maintenant entraîné à faire gouvernement commun avec cette classe”, et insista sur le fait que l'“unité socialiste (...) serait brisée à tout jamais le jour où (...) vous subordonneriez votre action à un morceau de la classe ennemie, qui ne saurait se joindre à nous que pour nous arracher à notre véritable et nécessaire champ de bataille. La Révolution qui vous incombe n'est possible que dans la mesure où vous resterez vous-mêmes, classe contre classe, ne connaissant pas et ne voulant pas connaître les divisions qui peuvent exister dans le monde capitaliste”.</p>
<p>En novembre 1901, lors du Congrès d'Ivry, le Parti Ouvrier Français fusionne avec le Parti socialiste révolutionnaire d'Edouard Vaillant (blanquiste) pour former le Parti socialiste de France (PSDF). <br class='autobr' />
En parallèle, les socialistes dit « indépendants » se regroupent autour de Jaurès. En mars 1902, ils fondent à Tours le Parti socialiste français (PSF).</p>
<p>En mai 1905, les différentes tendances socialistes s'unifient grâce à la pression de l'Internationale socialiste. La première déclaration de prinicpe du parti socialiste de France a été adoptée en 1905 par la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Elle déclarait dans son premier article :</p>
<p>« Le Parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d'échange, c'est-à-dire de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste, et pour moyen l'organisation économique et politique du prolétariat. Par son but, par son idéal, par les moyens qu'il emploie, le parti socialiste, tout en poursuivant la réalisation des réformes immédiates revendiquées par la classe ouvrière, n'est pas un parti de réforme, mais un parti de lutte des classes et de révolution. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/inter_soc/sfio/principes_sfio_1905.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/inter_soc/sfio/principes_sfio_1905.htm</a></p>
<p>Voici le compte-rendu par Rosa Luxemburg du congrès d'unification :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1905/05/unification.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1905/05/unification.htm</a></p>
<p>Cependant, toutes les années de luttes fratricides entre socialistes, années aussi de politique marquée par l'électoralisme ont amené la scission entre le mouvement politique socialiste et le mouvement syndical. Elle est proclamée par la CGT en 1906. Le parti socialiste n'influencera pas directement le mouvement des luttes ouvrières. La montée ouvrière menant à l'action directe prolétarienne insurrectionnelle n'aura pas son parti politique. Loin d'offrir une perspective de renversement de l'Etat bourgeois, le parti socialiste apparaissait plutôt comme une organisation de réforme de l'Etat et de l'économie.</p>
<p>La division entre politique ditigée par le parti et lutte de classe dirigée par le syndicat va favoriser des deux côtés le réformisme.</p>
<p>Les intentions guerrières du gouvernement sont claires dès le 19 juillet 1913, lorsqu'il fait passer la Loi des trois ans qui instaure un service militaire de trois ans en vue de préparer l'armée française à la guerre avec l'Allemagne. Les socialistes affirment une opposition de principe, mais ne cherchent pas à mobiliser leur base ouvrière. Les directions de la SFIO et de la CGT sont révolutionnaires en paroles, mais leur pratique est réformiste. Ce qui conduit des hommes foncièrement honnêtes comme Jean Jaurès à faire du pacifisme un combat idéaliste, à croire qu'ils pourraient convaincre au sommet de l'État de « l'erreur » que représentait la guerre. L'échec fut cinglant : les socialistes furent soit traîtres soit impuissants dans cette période.</p>
<p>Préalablement, la bourgeoisie a préféré assassiner le socialiste Jean Jaurès, adversaire résolu et dangereux de la guerre impérialiste.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3348" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3348</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2540" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2540</a></p>
<p>Un socialiste, Almereyda, écrit dans Le Bonnet rouge du 1er août 1914 : « Bloc autour de la France menacée ! Le bloc que nous réclamions, il y a quatre mois, pour le salut de la république, nous l'appelons de tout notre cœur pour le salut de la patrie ».</p>
<p>Pour beaucoup, il ne semble plus y avoir d'espoir de paix. La SFIO affirme alors qu'il ne reste désormais pour la classe ouvrière que son « devoir envers la patrie ».</p>
<p>En août 1914, la France entre dans la guerre mondiale. Les dirigeants socialistes et syndicalistes de France, n'ayant jamais défendu la perspective défaitiste révolutionnaire en cas de guerre impérialiste mondiale, basculent dans la collaboration à la guerre impérialiste.</p>
<p>Le 26 août 1914, trois dirigeants socialistes entrent au gouvernement de la guerre impérialiste : Jules Guesde, Marcel Sembat et Albert Thomas.</p>
<p>Pendant toute la guerre, les socialistes votent les crédits de guerre, cautionnent toutes les horreurs, justifient les buts de guerre de l'impérialisme français. Une infime minorité s'y oppose pendant la guerre. Les syndicalistes révolutionnaires regroupés autour de la revue La Vie ouvrière animée par Pierre Monatte commencent à contester le bien-fondé de l'Union sacrée et défendent le défaitisme révolutionnaire visant à transformer la guerre mondiale en révolution mondiale pour abattre l'impérialisme.</p>
<p>Le Congrès de la SFIO de décembre 1915 se prononce pour « la poursuite de l'effort de guerre » à une large majorité, les tendances pacifistes appelées « Minorité de guerre et zimmerwaldienne » ne vont cesser de progresser. La Commission administrative permanente (CAP) élue au congrès de décembre 1916 ne compte plus que 13 majoritaires contre 11 minoritaires. La révolution russe en 1917 et le traité de Brest-Litovsk sont suivis avec sympathie par les socialistes français. Au congrès d'octobre 1918, la motion internationaliste de Jean Longuet l'emporte, et les minoritaires dominent désormais la CAP.</p>
<p>A l'après-guerre, avec la montée des luttes ouvrières et des révoltes, une majorité rompt avec le réformisme du parti socialiste et fonde le parti communiste, section française de l'Internationale communiste (SFIC). Le parti socialiste de France est plus réformiste et contre-révolutionnaire que jamais. Il est viscéralement hostile à la révolution russe et au bolchevisme.</p>
<p>Le personnage de Léon Blum qui va marquer le parti socialiste est bien symptomatique de l'évolution de ce parti. Il entre en politique au début de la Première Guerre mondiale : en août 1914, réformé pour cause de myopie, il devient chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat dans le cadre du gouvernement d'Union sacrée. Le conseiller d'État y apprend le quotidien de l'action gouvernementale. Lorsque Sembat démissionne le 12 décembre 1916, Léon Blum reprend ses fonctions au Conseil d'État. Il a toujours soutenu l'effort de guerre et la politique de l'Union sacrée. Malgré les divisions de la SFIO sur la question de la guerre, Blum est resté convaincu qu'il s'agissait de la bonne option. Toutefois, tout en s'opposant aux pacifistes, il ne s'identifiait pas pour autant à l'aile droite du parti. Ce n'est qu'un peu avant les élections législatives de 1919 que Léon Blum accède au cercle dirigeant de la SFIO.</p>
<p>Le parti socialiste est un parti de gouvernement, il prend parti pour le système et dénonce le radicalisme de la CGT.</p>
<p>Dès mars 1919, des grèves démarrent dans les mines, le textile, les chemins de fer et dans les banques. Ces événements provoquent de fortes pressions sur la SFIO, où deux franges s'affrontent : les « zimmerwaldiens » et les réformistes.</p>
<p>Depuis mai 1919, une fraction active du parti socialiste de France autour de Boris Souvarine et Fernand Loriot est favorable à l'adhésion à l'internationale de Lénine et Trotsky s'est organisée en « Comité de la Troisième internationale ».</p>
<p>En février 1920, au congrès de Strasbourg, les adhérents acceptent à 92 % le retrait de la SFIO de la Deuxième Internationale, discréditée par son manque de fermeté à s'opposer à la guerre. Il est décidé aussi d'envoyer une délégation à Moscou pour examiner les conditions d'un rattachement à la Troisième Internationale. Les délégués sont Frossard et Cachin.</p>
<p>L'ancienne direction du parti (Blum, Guesde, Thomas) qui a cautionné l'union sacrée pendant la guerre veut continuer à soutenir la contre-révolution après la guerre et pousse à la rupture avec les partisans de Lénine et Trotsky.</p>
<p>Au Congrès de Tours de 1920, Blum proclame sa foi contre la révolution sociale :</p>
<p>« Que la fin révolutionnaire, que l'idéal révolutionnaire, ce soit la prise des pouvoirs publics en elle-même et par elle-même, indépendamment de la transformation sociale dont elle doit devenir le moyen, cela, je le répète, c'est une conception anarchiste. Car, lorsque vous raisonnez ainsi, quel est le seul résultat positif, certain, que vous avez en vue ? C'est la destruction de l'appareil gouvernemental actuel. Lorsque vous vous fixez à vous-même comme but la prise du pouvoir, sans être sûr que cette prise du pouvoir puisse aboutir à la transformation sociale, le seul but positif de votre renfort, c'est la destruction de ce qui est, et que l'on appelle l'appareil gouvernemental bourgeois. Erreur anarchiste dans son origine et qui, à mon avis, est à la racine de la doctrine communiste. Je fais en ce moment une démonstration, non pas pour gêner les uns ou servir les autres, mais pour apporter le plus possible de clarté dans la discussion de cet ensemble de doctrines que j'ai, pour ma part, pendant des semaines, étudié avec un mélange de probité et d'anxiété. Ouvrez votre carte du<br class='autobr' />
Parti. Quel est l'objet que le parti socialiste jusqu'à présent se donnait à lui-même ? C'est la transformation du régime économique. Ouvrez les statuts de l'Internationale communiste.<br class='autobr' />
Lisez l'article dans lequel l'Internationale définit son but. Quel est ce but ? La lutte à la main armée contre le pouvoir bourgeois. Je vais tout de suite vous montrer, faisant de votre propre doctrine un effort d'explication dont vous devriez me savoir plus de gré, à quoi correspond, selon moi, cette conception. Je veux montrer à quoi, dans la pensée de Lénine et des rédacteurs des thèses, correspond cette nouvelle notion révolutionnaire. Elle répond à cette pensée, profondément ancrée dans l'esprit des rédacteurs des thèses et qui revient sans cesse : c'est qu'il est impossible, avant la prise des pouvoirs publics, d'accomplir un travail de propagande et d'éducation ouvrière efficace. Ce qui revient à dire que la conquête des pouvoirs publics n'est pas seulement, comme nous l'avons toujours dit, la condition de la transformation sociale, mais qu'elle est déjà la condition des premiers efforts d'organisation et de propagande qui devront plus tard mener à cette transformation. Ce que pense Lénine, c'est que tant que la domination de la classe capitaliste sur la classe ouvrière ne sera pas brisée par la violence, tout effort pour rassembler, éduquer et organiser cette classe ouvrière demeurera nécessairement vain. De là cette sommation impérative d'avoir à prendre le pouvoir tout de suite, le plus vite possible, puisque c'est de cette conquête que vont dépendre, non pas seulement vos efforts terminaux, mais vos efforts initiaux, puisque même les premiers éléments de votre tâche socialiste ne commenceront que quand vous aurez pris le pouvoir.<br class='autobr' />
Mais cela - je demande pardon de le répéter à ceux qui l'ont déjà entendu - je le conçois quand on est en présence d'un prolétariat tel que le prolétariat russe et d'un pays tel que la<br class='autobr' />
Russie, où l'on n'avait fait avant la prise du pouvoir aucune propagande d'ensemble efficace.<br class='autobr' />
On peut alors s'imaginer qu'avant tout il faut briser le pouvoir bourgeois pour que cette propagande même devienne possible. Mais, dans nos pays occidentaux, est-ce que la situation est la même ? » Sa réponse est bien entendu : non…<br class='autobr' />
Nous croyons que, dans l'état actuel de la société capitaliste, ce serait folie que de compter sur les masses inorganiques. Nous savons, en France, ce que sont les masses inorganiques. Nous savons derrière qui elles vont un jour et derrière qui elles vont le lendemain. Nous savons que les masses inorganiques étaient un jour derrière Boulanger et marchaient un autre jour derrière Clemenceau…<br class='autobr' />
Nous pensons que tout mouvement de prise du pouvoir qui s'appuierait sur l'espèce de passion instinctive, sur la violence moutonnière des masses profondes et inorganiques, reposerait sur un fondement bien fragile et serait exposé à de bien dangereux retours. Nous ne savons pas avec qui seraient, le lendemain, les masses que vous auriez entraînées la veille. Nous pensons qu'elles manqueraient peut-être singulièrement de stoïcisme révolutionnaire. Nous pensons qu'au premier jour où les difficultés matérielles apparaîtraient, le jour où la viande ou le lait arriveraient avec un peu de retard, vous ne trouveriez peut-être pas chez elles la volonté de sacrifice continu et stoïque qu'exigent, pour triompher jusqu'au bout, les mouvements que vous envisagez. Et ceux qui auraient marché derrière vous la veille seraient peut-être, ce jour-là, les premiers à vous coller au mur. Non, ce n'est pas par la tactique des masses inorganiques entraînées derrière vos avant-gardes communistes que vous avez des chances de prendre le pouvoir. Vous avez des chances de prendre le pouvoir dans ce pays, savez-vous comment ? Par de vastes mouvements ouvriers à caractère organique, supposant une éducation et une puissance de moyens poussés aussi loin que possible. Vous ne ferez pas la révolution avec ces bandes qui courent derrière tous les chevaux. »</p>
<p>Il réaffirme sa version : le socialisme par la voie parlementaire.</p>
<p>Ce qu'écrit Trotsky sur le mouvement ouvrier en France en 1920 :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7128" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7128</a></p>
<p>Le parti socialiste est clairement devenu l'aile gauche politique de… la bourgeoisie. C'est pourtant encore un parti massivement composé… d'ouvriers que ce soit en militants, en adhérents, en sympathisants et en électeurs ! Il a encore plus de poids dans la classe ouvrière que le PCF devenu stalinien. Ce qui, aujourd'hui, est difficile à imaginer quand on voit le parti socialiste actuel, bourgeois, capitaliste, impérialiste, qui lance « la réforme », la « réhabilitation des entrepreneurs », en vue de privatiser l'économie tout en finançant massivement les capitalistes sur fonds publics, au nom d'un prétendu libéralisme.</p>
<p>Ce « parti ouvrier » ne mène que des politiques ultra bourgeoises au gouvernement. Le cartel des gauches était une coalition électorale, constituée dans une cinquantaine de départements, pour les élections législatives de 1924 entre les radicaux indépendants, le Parti radical et radical-socialiste, le Parti républicain-socialiste auquel se joignirent des socialistes indépendants, et la SFIO.</p>
<p>Le cartel des gauches entre 1924 et 1926 signe une majorité de gauche à la Chambre autour de la SFIO et des radicaux. Les socialistes pratiquent alors pour la première fois le soutien sans participation au gouvernement.</p>
<p>C'est la montée ouvrière à partir de 1934 qui va mener le parti socialiste au gouvernement pour… contrer cette montée…</p>
<p>En 1934, la classe ouvrière, marquée par la réussite du fascisme en Allemagne, réagit spontanément contre la menace fasciste en France et elle est bloquée par les partis de gauche dont la SFIO et le PCF ainsi que les syndicats.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7538" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7538</a></p>
<p>Léon Trotsky écrit en 1934 :</p>
<p>« Le dernier Conseil National du parti socialiste français atteste la force de la pression qui s'exerce sur l'état-major parlementaire. Léon Blum a reconnu qu'à Tours, en 1920, il ne comprenait pas tout à fait correctement le problème de la prise du pouvoir, quand il soutenait qu'il fallait d'abord créer les conditions de la socialisation, et ensuite... mais pourquoi ensuite lutter pour le pouvoir si les conditions de la socialisation peuvent être créées sans lui ! Ou alors B. a en vue les conditions économiques, et non pas politiques. Mais ces conditions ne sont pas créées, mais détruites au contraire par une lutte pour le pouvoir qui traîne en longueur : le capitalisme ne se développe pas, il se décompose. B. ne comprend pas davantage la situation maintenant. La lutte révolutionnaire pour le pouvoir, il y est contraint selon lui non par la situation générale du capitalisme, mais par la menace venant des fascistes, lesquels apparaissent à ses yeux non comme le produit de la décomposition du capitalisme, mais comme un danger extérieur suspendu sur la paisible socialisation de la démocratie (c'était aussi la vieille illusion de Jaurès).<br class='autobr' />
Que les chefs de la bourgeoisie soient aveugles devant les lois du déclin du capitalisme, c'est compréhensible : le mourant ne veut pas, ni ne peut, se rendre compte des étapes de sa propre agonie. Mais l'aveuglement de BIum et Cie, je crois bien qu'il démontre mieux que tout que ces messieurs sont, non pas l'avant-garde du prolétariat, mais tout au plus le flanc gauche, et le plus apeuré, de la bourgeoisie.<br class='autobr' />
Après la guerre mondiale, Blum considérait (et il considère en fait encore) que les conditions n'étaient pas mûres pour le socialisme. Quels naïfs rêveurs étaient donc Marx et Engels, qui dès la seconde moitié du XIXème siècle attendaient la révolution sociale et s'y préparaient !<br class='autobr' />
Pour Blum il existe (pour autant qu'il existe quoi que ce soit pour lui dans ce domaine) on ne sait quelle " maturité " économique absolue de la société pour le socialisme, une maturité qui se détermine d'elle-même, par ses seuls symptômes objectifs... J'ai mené la lutte contre cette conception mécaniquement fataliste dès 1905 (Voir " Bilans et Perspectives "). Après cela, il y a eu la Révolution d'Octobre (sans parler de tout le reste), mais ces dilettantes parlementaires n'ont rien appris !<br class='autobr' />
Autant que j'en puis juger par les journaux qu'on m'envoie, les laquais de Staline en France – Thorez et Cie – ont tramé un véritable complot avec les chefs social-démocrates de droite pour mener campagne contre les " trotskystes ", en commençant par les organisations de jeunesses. Pendant combien de temps Staline et Boukharine nous ont-ils qualifiés " déviation social-démocrate ", puis social-fasciste ! En dépit de toute la différence de circonstances historiques, le bloc Blum-Cachin et leur lutte en commun contre le " trotskysme " rappellent étonnamment le bloc Kerensky-Tseretelli de 1912 et sa chasse à courre au bolchevisme. Leurs points de ressemblance, c'est l'esprit borné du petit-bourgeois " radical ", c'est sa terreur devant une situation menaçante, c'est son égarement quand il sent le sol se dérober sous lui, c'est son horreur de ceux qui lui disent tout haut ses vérités et lui prédisent son sort.<br class='autobr' />
Les différences – et des différences qui ne sont malheureusement pas minces – c'est :<br class='autobr' />
a) que les organisations ouvrières conservatrices (S.F.I.O., C.G.T.) jouent en France un rôle incomparablement plus grand qu'en 1917 en Russie ;<br class='autobr' />
b) que le bolchévisme a été honteusement compromis par la caricature du parti stalinien ;<br class='autobr' />
c) que toute l'autorité de l'Etat soviétique a été mise en oeuvre pour désorganiser et démoraliser l'avant-garde prolétarienne.<br class='autobr' />
La bataille historique en France n'est pas encore perdue. Mais le fascisme a en la personne de Blum et des laquais de Staline d'inestimables auxiliaires. Thorez a retourné sens dessus dessous tous les raisonnements, les arguments et les méthodes de Thaelmann. Mais même retournée sens dessus dessous, la politique du stalinisme reste essentiellement la même. En Allemagne les deux appareils – social-démocrate et communiste – en menant une lutte de parade foraine, désaxée, ignorant les proportions, charlatanesque, ont détourné l'attention des travailleurs du péril qui montait ; en France aussi les deux appareils se sont mis d'accord sur les illusions par lesquelles il est possible de détourner les travailleurs de la réalité. Le résultat est le même ! »</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695</a></p>
<p>En 1935, partis de gauche et syndicats continuent à freiner et canaliser la montée ouvrière.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7695</a></p>
<p>En 1936, les partis de gauche et les syndicats, unis dans le rassemblement du front populaire (unis aussi avec le parti bourgeois du centre, le parti radical) sous le prétexte de combattre le fascisme, ne peuvent pas empêcher la montée de la grève générale (ils l'arrêtent dans les services publics où ils sont le plus influents), mais, parvenus au gouvernement, ils l'arrêtent en prétendant signer un accord avec le patronat.</p>
<p>La nature du P.C.F. n'est pas identique à celle de la S.F.I.O. L'un et l'autre sont des partis ouvriers. bourgeois contre-révolutionnaires. Mais la S.F.I.O. est directement liée à sa bourgeoisie, au système impérialiste. Le P.C.F. dépend entièrement de la bureaucratie du Kremlin : il est un rouage de son appareil international, et c'est par sa médiation qu'il est lié à l'impérialisme au maintien du capitalisme, de l'ordre bourgeois international. Les masses, malgré sa politique, sentent que ce parti n'est pas identique à la vieille S.F.I.O.</p>
<p>Le P.C.F. ne participe pas au gouvernement de Léon Blum, il se borne a le soutenir. Ce qui contribue à le faire apparaître comme un parti « différent » de la S.F.I.O. passée depuis 1914 du côté de l'ordre bourgeois avec toute la social-démocractie internationale.</p>
<p>Mais, en réalité, c'est le P.C.F. qui va en 1936 s'opposer le plus férocement, le plus directement, et déjà le plus efficacement, au mouvement des masses, à leurs aspirations révolutionnaires. Comme c'est lui qui a appuyé le plus fermement pour que les radicaux appartiennent au front populaire… Ordre de Staline !</p>
<p>Les socialistes, eux, cautionnent les crimes de Staline et des staliniens contre les trotskystes de Russi et d'ailleurs… Et notamment les procès de Moscou…</p>
<p>L'unité entre socialistes et staliniens a un fondement solide : la contre-révolution !</p>
<p>La politique dite de « Front populaire » en France : contre le peuple travailleur !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814</a></p>
<p>Léon Blum explique plus tard comment le Front Populaire de 1936 consistait, face à la menace de révolution prolétarienne, à défendre les intérêts généraux de la bourgeoisie.</p>
<p>Léon Blum :<br class='autobr' />
« Mais je dois vous dire qu'à ce moment, dans la bourgeoisie et en particulier dans le monde patronal, on me considérait, on m'attendait, on m'espérait comme un sauveur. »</p>
<p>« Je tiens à rappeler enfin que, dans ma profonde conviction, le vote rapide des lois sociales et la politique ouvrière que j'ai pratiquée – outre qu'ils m'étaient imposés par le respect des principes républicains – ont été l'unique moyen de prévenir, en France, les plus graves convulsions civiles. »</p>
<p>« En ce qui concerne ma prétendue faiblesse envers les meneurs extrémistes, c'est là une question de politique générale de mon Gouvernement sur laquelle je me suis déjà expliqué.<br class='autobr' />
Je répète que, dans la situation qu'a trouvée mon Gouvernement, une autre manière d'agir aurait risqué de provoquer les pires convulsions civiles, encore infiniment plus redoutables pour la santé morale du pays, pour sa productivité industrielle et pour sa capacité éventuelle de défense contre l'ennemi. (…)<br class='autobr' />
Il était inévitable qu'après une crise quasi révolutionnaire comme celle de mai juin 1936, l'effervescence se prolongeât pendant un certain temps, mais je reste convaincu que toute autre manière d'agir l'aurait prolongée et aggravée plutôt qu'apaisée, et j'ai conscience d'avoir rempli, honnêtement le premier des devoirs de ma charge, qui était de préserver la paix civile et de travailler à la concorde publique. »</p>
<p>« Je vous demande, Messieurs, de vous souvenir. Rappelez-vous que les 4 et 5 juin, il y avait un million de grévistes. Rappelez-vous que toutes les usines de la région parisienne étaient occupées. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d'heure en heure et de proche en proche dans la France entière.<br class='autobr' />
Des témoins oculaires l'ont dit. M. Albert Sarraut l'a dit, M. Frossard l'a dit. La panique, la terreur étaient générales. Je n'étais pas sans rapports moi-même avec les représentants du grand patronat et je me souviens de ce qu'était leur état d'esprit à cette époque. Je me souviens de ce qu'on me disait ou me faisait dire par des amis communs : “Alors quoi ? C'est la révolution ? Alors quoi ? Qu'est-ce qu'on va nous prendre ? Qu'est-ce qu'on va nous laisser ?”<br class='autobr' />
Les ouvriers occupaient les usines. Et peut-être ce qui contribuait le plus à la terreur, c'était cette espèce de tranquillité, cette espèce de majesté calme avec laquelle ils s'étaient installés autour des machines, les surveillant, les entretenant, sans sortir dehors, sans aucune espèce de signe de violence extérieur. (...) M. Lebrun, me répondit alors : “Les ouvriers ont confiance en vous. Puisque vous ne pouvez convoquer les Chambres avant samedi et que certainement dans votre déclaration ministérielle vous allez leur promettre le vote immédiat des lois qu'ils réclament, alors, je vous en prie, dès demain, adressez-vous à eux par la voix de la radio. Dites-leur que le Parlement va se réunir, que dès qu'il sera réuni vous allez lui demander le vote rapide et sans délai des lois dont le vote figure sur leurs cahiers de revendications, en même temps que le relèvement des salaires. Ils vous croiront, ils auront confiance en vous, et alors peut-être ce mouvement s'arrêtera-t-il ?”<br class='autobr' />
J'ai fait ce que me demandait M. le président de la République. »</p>
<p>Voilà comment Léon Blum, chef « socialiste » de l'Etat, explique la politique du front populaire de 1935-1937 : une politique contre les grèves ouvrières et la menace révolutionnaire !</p>
<p>En 1936, il expliquait seulement qu' « il faut distinguer l'exercice du pouvoir de la conquête du pouvoir » pour justifier de ne pas faire un seul pas en direction du… socialisme !</p>
<p>Ayant fait l'unité avec les radicaux, il s'en servait pour dire que ce n'était pas seuls que les partis « socialiste » et « communiste » avaient obtenu leurs places au gouvernement. Certes le parti socialiste présidait mais il ne dirigeait pas, selon Blum, le pays ! Et, du coup, il ne menait pas une politique plus socialiste qu'un autre gouvernement… Beau raisonnement ! Les staliniens appuyaient à fond ce jésuitisme. Les fans du front populaire oublient tout cela en affirmant que les « conquêtes sociales » seraient dues à ce gouvernement. Mais Blum doit reconnaitre, lui, que ce sont les patrons affolés qui ont poussé à signer les fameuses conquêtes sociales dont l'essentiel allait être effacées par la suite par le gouvernement Blum lui-même !</p>
<p>C'est la gauche du front populaire qui a défait les ouvriers en 1938, préparant le terrain au fascisme de Pétain…</p>
<p><a href="http://matierevolution.org/spip.php?article8848" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://matierevolution.org/spip.php?article8848</a></p>
<p>Septembre 1936. Les masses sont rentrées ; la grève n'a pu déboucher politiquement grâce aux chefs de la S.F.I.O. et du P.C.F. La classe ouvrière a conquis des droits et des positions, mais l'ordre social n'est pas modifié. Le canon tonne en Espagne, et les masses françaises sont désarmées devant cette situation. Le désenchantement est perceptible. Si elles ne savent pas où elles veulent aller, en l'absence d'un parti révolutionnaire qui exprime en un programme leurs aspirations et leurs besoins, et le traduise en termes d'action et d'organisation politiques, les masses sentent que l'essentiel leur a échappé. La droite recommence à agir. La Cagoule se manifeste. Les patrons s'organisent pour la contre-offensive. La hausse des prix réduit jour après jour les « conquêtes » des accords Matignon. La fuite des capitaux organisée par le grand capital aggrave les conséquences du déficit de la balance du commerce extérieur. Le 25 septembre, le franc est dévalué. Le gouvernement de Front populaire refuse de mobiliser les masses, d'instituer le contrôle des changes et des mouvements de capitaux. Il s'aligne sur les intérêts de la classe dominante.</p>
<p>Dans le domaine de la politique coloniale de la France aussi, le gouvernement de front populaire est plutôt dans la continuité des gouvernements précédents…</p>
<p>Alors qu'elle avait soutenu le Front populaire, l'Étoile nord-africaine de Messali Hadj est dissoute le 26 janvier 1937 en application du « décret Régnier » qui réprimait les manifestations contre la souveraineté française en Algérie, marquant ainsi la fin de toute évolution de la politique coloniale sous le Front populaire. Le Front populaire est pour une continuation de la colonisation du Maroc.</p>
<p>En politique étrangère, le plus remarquable est le refus absolu du gouvernement de front populaire du moindre soutien à la révolution espagnole pendant que le fascisme allemand soutient à fond les fascistes espagnols.</p>
<p>Le 16 mars 1937, le parti social français (ex-Croix-de-Feu) décide d'organiser une réunion à Clichy. Le gouvernement de Front populaire se refuse à l'interdire.<br class='autobr' />
A l'appel du maire S.F.I.O. de Clichy, Charles Auffray, du conseiller général Naile, communiste, et du député également communiste Honel, une contre-manifestation est organisée. La police du ministre socialiste Marx Dormoy ouvre le feu. Bilan : 5 morts et des centaines de blessés.</p>
<p>Dormoy et Blum accourus en smoking du gala de l'Opéra sont conspués avec violence par les travailleurs : "Dormoy assassin ! Dormoy démission !" Des dizaines de barricades ont été dressées, puis décimées par la garde mobile de Dormoy et Daladier. Thorez, accouru à l'appel du député de Clichy Honel, n'ose dire mot. "Sales trotskystes", lance-t-il seulement aux travailleurs qui se défendent avec acharnement.<br class='autobr' /> « A Asnières, tout proche, des mouvements analogues se produisent. Sous les coups de feu des fascistes et de la police deux travailleurs sont grièvement blessés. Dans la nuit même du 16 au 17, la nouvelle se répand dans le prolétariat. Une émotion profonde souleva tout le prolétariat parisien à l'annonce par les journaux du massacre de Clichy. Il comprit que c'était son avant-garde, son corps même qui avait été mitraillé par l'ordre de M. Blum. Dans la journée du mercredi 17 une série d'entreprises commencèrent la grève. Dans une série d'usines (Renault, entre autres), les ouvriers arrêtés arrêtaient le travail, préparaient des réunions pour le midi et le soir, exigeaient la grève générale et commençaient à chasser les fascistes (surtout des contremaîtres et des chefs de service). Les directions syndicales d'usine se réunirent d'urgence. Dans la soirée, l'union régionale du bureau confédéral était saisie de centaines de résolutions exigeant une réponse foudroyante. Mais l'objectif de la grève restait incertain. Et c'est là-dessus que jouèrent les chefs réformistes pour briser le mouvement.<br class='autobr' />
Léon Blum prend la défense du ministre de l'Intérieur : il argumente. Le gouvernement défend les libertés, il a protégé la réunion du P.S.F., il condamne l'initiative des élus du Front populaire de Clichy.<br class='autobr' />
Aucune sanction ne sera prise contre les responsables de la fusillade.<br class='autobr' />
L'émotion dans la classe ouvrière est immense<br class='autobr' />
Les députés communistes sont bien sûr parmi les 362 députés qui votent la confiance au gouvernement des fusilleurs de Clichy !<br class='autobr' />
Seuls les pivertistes et les trotskystes dénoncent les « assassins de Clichy ».</p>
<p>Malgré la résistance confuse mais farouche des masses, en l'absence d'un parti révolutionnaire, la politique des chefs, de la S.F.I.O. et du P.C.F. a sauvé la bourgeoisie et désarmé la classe ouvrière. La révolution n'a pas été vaincue par la bourgeoisie, mais disloquée de l'intérieur du mouvement ouvrier par les Blum et les Thorez. La classe ouvrière a cherché obstinément une voie pour changer la société. Elle s'est, naturellement, tournée vers les partis se réclamant du socialisme, du communisme. Ces partis l'ont conduite, de recul en recul, jusqu'à la démoralisation.<br class='autobr' />
Le 21 juin, le gouvernement Blum tombe, battu, mis en minorité au Sénat.<br class='autobr' />
Le gouvernement Blum va-t-il faire appel aux masses pour chasser le Sénat réactionnaire ?<br class='autobr' />
Non. Le gouvernement démissionne dans une relative indifférence.</p>
<p>Il n'y a pas eu de vote, pas de perte de voix de la gauche. Pourtant, Blum ne se contente pas de quitter la tête du gouvernement, il refuse qu'un socialiste ou dirigeant de gauche lui succède, il veut que ce soit un du parti radical qui, soi-disant, est censé continuer l'œuvre du Rassemblement populaire et du front populaire ! Blum a donné le signal de la faillite : désormais, la dérive vers la droite ne va plus cesser. Et elle est cautionnée par la gauche puisque le gouvernement Chautemps est soutenu par le parti socialistes et le Rassemblement populaire. Mais en fait le front populaire est déjà mort. Il a joué son rôle : éviter l'explosion ouvrière. Et maintenant, l'extrême droite peut se déchainer.</p>
<p>Par la suite, à partir du gouvernement Chautemps, la France vire à droite et les socialistes refusent de participer aux gouvernements successifs mais ne se radicalisent pas pour autant.</p>
<p>La classe ouvrière politiquement battue par le Front populaire assiste impuissante à l'irrésistible montée de la réaction.</p>
<p>Le partis socialiste SFIO expulse de son sein les critiques de gauche, non seulement les trotskystes mais les pivertistes.</p>
<p>Les décrets-lois de Paul Reynaud vont déchirer les avancées arrachées par la grève générale.<br class='autobr' />
L'autoritarisme se développe en France. Le 24 août 1939, un décret-loi permet la saisie de toutes publications « de nature à nuire à la défense nationale ».</p>
<p>De nombreux dirigeants socialistes vont maintenant basculer dans le fascisme comme Paul Faure, le secrétaire général du parti socialiste. Le « socialiste » Laval est un des grands chefs du pétainisme.</p>
<p>Le front populaire en France n'a pas combattu contre la montée fasciste. Elle lui a seulement préparé le terrain…</p>
<p><a href="http://matierevolution.org/spip.php?article8815" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://matierevolution.org/spip.php?article8815</a></p>
<p>Les socialistes ont majoritairement soutenu les pleins pouvoirs à Pétain après avoir cautionné l'arrestation des dirigeants staliniens sous prétexte de l'entente Hitler-Staline et ont ensuite soutenu l'entente Hitler-Pétain… On notera que cet épisode particulièrement peu glorieux pour la gauche est carrément absent dans l'histoire du parti socialiste de wikipedia :</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France</a>)</p>
<p>Qu'on veuille ou pas s'en souvenir, même wikipedia doit discuter que la chambre du front populaire a soutenu les pleins pouvoirs à Pétain !</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Vote_des_pleins_pouvoirs_constituants_%C3%A0_Philippe_P%C3%A9tain" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Vote_des_pleins_pouvoirs_constituants_%C3%A0_Philippe_P%C3%A9tain</a></p>
<p>Seuls 32 députés « socialistes » sur 149 ont voté non aux pleins pouvoirs à Pétain !</p>
<p>Quant aux socialistes qui n'ont pas soutenu Pétain, ils vont rapidement soutenir le pacte avec l'impérialisme anglo-américain et aussi avec Staline, pacte qui n'a rien d'un front démocratique antifasciste comme l'ont prétendu les socialistes… Ils vont s'aligner sur la « résistance » essentiellement stalinienne ou gaulliste.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6937" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6937</a></p>
<p>La gauche socialiste a soutenu les staliniens, du moment qu'ils participaient au pacte anglo-américain. Plus question de leur reprocher le manque de démocratie en URSS !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article94</a></p>
<p>La « résistance nationale » est un camouflage de ces alignements au bloc impérialisme-stalinisme. Elle servira aussi à blanchir à la libération des ex-pétainistes comme Mitterrand ou Guy Mollet (ou encore Sartre).</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6675</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7788" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7788</a></p>
<p>La gauche socialiste et stalinienne était majoritaire en France à la « libération » mais a choisi de cautionner la venue au pouvoir de De Gaulle qui n'était nullement de gauche ni élu des français !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1375" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1375</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1946/07/ldc64_070146.htm</a></p>
<p>La gauche participant au pouvoir a contribué autant qu'elle a pu à une politique visant à reconstituer les trusts capitalistes de France en faisant suer le fric des prolétaires de France…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article100</a></p>
<p>Et le gouvernement de la Libération, à participation socialiste, a lancé la guerre coloniale à Madagascar, en Algérie et en Indochine…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article91</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3657</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article465" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article465</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1945/05/ldc47_052145.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1945/05/ldc47_052145.htm</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article731</a></p>
<p>De 1946 à 1951, aucune majorité n'était possible sans la présence des socialistes, et toutes les crises ministérielles avaient tourné autour de leur participation au gouvernement. Sous la quatrième république, les socialistes ont participé à toutes sortes de gouvernements de coalition avec la droite et le centre. Tous aussi anti-ouvriers les uns que les autres.</p>
<p>En 1956, la gauche française unie sur le plan électoral et dirigée par le « socialiste » Guy Mollet, élue sur le programme de paix en Algérie, y lance une nouvelle guerre coloniale sanglante qui démarre un véritable génocide contre le peuple algérien.</p>
<p>En janvier 1956, la coalition de « Front républicain », composée essentiellement de socialistes et de radicaux, gagna les élections avec 30% des voix et 170 députés, grâce à une campagne pour « la paix en Algérie ». Le dirigeant du Parti Socialiste Guy Mollet se retrouva à la tête du gouvernement avec le soutien du Parti Communiste (qui représentait 26% des voix et 150 députés). Pourtant, si Guy Mollet prétendait que « l'objectif de la France, la volonté du gouvernement c'est avant tout de rétablir la paix », il ajoutait également : « Dans l'immédiat, le potentiel militaire des forces déployées en Algérie ne peut encore être diminué. Les besoins des troupes seront satisfaits et leur relève assurée. » Mais le PCF fit comme s'il n'avait pas entendu.</p>
<p>Le 12 mars 1956, les pouvoirs spéciaux furent votés avec l'apport du PCF. Ce vote signifiait pourtant la suspension de toutes les libertés individuelles en Algérie et l'intensification de la répression.</p>
<p>Le 11 avril 1956, le gouvernement du socialiste Guy Mollet décidait de rappeler 70000 soldats du contingent « disponibles » pour intensifier la guerre contre le peuple algérien en lutte pour son indépendance. Le service militaire passait de 18 mois à 27 mois.<br class='autobr' />
Guy Mollet double en six mois les effectifs militaires déployés sur place.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1551" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1551</a></p>
<p>Entre octobre et novembre 1956, Guy Mollet associe la France à la Grande-Bretagne et à Israël contre l'Égypte lors de l'expédition consécutive à la nationalisation de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez par Nasser. Cette manœuvre militaire coloniale fut un échec retentissant, du fait de l'opposition de l'URSS, puis des États-Unis. Elle scella le déclin des anciennes puissances coloniales face aux deux superpuissances et au Tiers monde émergent, dont Nasser était l'un des représentants les plus emblématiques.</p>
<p>En 1958, c'est encore le « socialiste » Guy Mollet qui va chercher De Goulle pour prendre le pouvoir et casser la quatrième république ! C'est le parti socialiste et le parti communiste qui vont lui donner les pouvoirs sous prétexte d'en finir avec les généraux putschistes d'Algérie et l'OAS.</p>
<p>Vice-président du Conseil dans le cabinet Pflimlin en mai 1958, Guy Mollet se rallie en effet au général de Gaulle, car c'est selon lui le seul moyen d'éviter « une guerre civile sans armée républicaine ». Il vote en conséquence les pleins pouvoirs à Charles de Gaulle. Il est nommé ministre d'État en juin de la même année, participe à la rédaction de la nouvelle Constitution</p>
<p>Ses orientations sont très contestées au sein de la SFIO et les dissidents créent le Parti socialiste autonome en 1958, qui fusionnera en 1960 avec l'Union de la gauche socialiste pour fonder le Parti socialiste unifié (PSU).</p>
<p>En 1965, Guy Mollet participe à la constitution de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) qui soutient la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle. Pourtant, Mitterrand est un homme au passé plus que douteux qui a été préfet pétainiste et décoré par Pétain. Son blanchiment par la résistance est tout aussi douteux. La suite de son parcours politique montrera qu'il n'a jamais rompu avec le fascisme.</p>
<p>Sympathisant du colonel François de La Rocque, Mitterrand adhère aux Volontaires nationaux, organisation de jeunesse des Croix-de-feu en 1934. Cette adhésion à la vision de La Rocque durera entre un et trois ans. Le 1er février 1935, François Mitterrand participe à la manifestation de l'Action française contre les médecins étrangers autorisés à exercer en France, aux cris de « La France aux Français » (plus connue sous le nom réducteur de manifestation contre « l'invasion métèque »). En janvier 1935, Eugène Deloncle fonde une organisation secrète d'extrême droite, l'Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale, surnommée la Cagoule par Maurice Pujo. C'est Eugène Schueller, le fondateur de la société L'Oréal, qui met ses moyens personnels et financiers à disposition de la Cagoule et organise des réunions au siège de sa société. Plusieurs jeunes gens, amis et étudiants pour la plupart, résidant à l'internat des pères maristes du 104, rue de Vaugirard à Paris, fréquentent alors les chefs de la Cagoule. Sans tous adhérer au mouvement ou faire état publiquement d'une quelconque approbation, on y retrouve Pierre Guillain de Bénouville, Claude Roy, François Mitterrand et André Bettencourt. Mitterrand avait accepté le double parrainage de cagoulards Gabriel Jeantet et Georges Soulès-Abellio lorsqu'il se vit remettre francisque en 1943. À la Libération, Bouvyer bénéficie du témoignage en sa faveur de François Mitterrand, qui explique que l'ancien cagoulard avait caché chez lui du matériel et fabriqué de faux papiers pour le Mouvement national des prisonniers de guerre, le mouvement de résistance dirigé par François Mitterrand et Maurice Pinot. En 1945, Mitterrand fut nommé, pour peu de temps, président-directeur général des Éditions du Rond-Point (appartenant au groupe de Schueller), lesquelles publiaient un magazine intitulé Votre Beauté. Durant l'hiver 1936, François Mitterrand participe à des manifestations contre le professeur de droit public Gaston Jèze. Ces manifestations, qui durent de janvier à mars 1936, à l'instigation de la droite nationaliste et de l'Action française, demandent la démission de Gaston Jèze, pour avoir accepté d'être le conseiller d'Hailé Sélassié, négus d'Éthiopie, chassé d'Addis-Abeba par les troupes mussoliniennes. Installé à Vichy en janvier 1942, bien que recherché par les Allemands comme prisonnier évadé, il occupe un emploi contractuel d'abord à la Légion française des combattants (LFC) puis en mai 1942, au Commissariat général aux prisonniers de guerres et rapatriés et aux familles de prisonniers de guerre (sous les ordres de Maurice Pinot) dont la compétence est principalement civique et sociale. En janvier 1943, le commissariat prendra cependant une orientation pro-nazie. François Mitterrand, alors chef de service de l'Information du commissariat pour la zone sud, démissionne. Il garde un poste à la tête des centres d'entraide et c'est à ce titre qu'il reçoit la Francisque gallique en mars-avril 1943. François Mitterrand aurait tenu les propos suivants à propos de René Bousquet, ancien secrétaire général de la police du régime de Vichy : « Une carrière ainsi brisée à trente-cinq ans, ce n'est pas supportable... Bousquet en souffrait cruellement. Imaginez cette cassure, cette carrière foudroyée ... » En 1974, René Bousquet soutenait et apportait son concours financier au candidat François Mitterrand contre Valéry Giscard d'Estaing. Une photographie de l'époque témoigne de ces contacts entre les deux hommes, réunis autour d'une tablée familiale dans la maison de Latche. En défense, François Mitterrand déclarait que « René Bousquet avait participé au financement de tous les principaux hommes politiques de gauche, des années 1950 au début des années 1970, Pierre Mendès France compris ». En 1981, après la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle, Bousquet sera reçu au palais de l'Élysée « pour parler politique ». Pendant la présidence de François Mitterrand, la tombe de Pétain est fleurie officiellement pour la première fois par le chef de l'Etat le 22 septembre 1984 (jour de la rencontre avec le chancelier Helmut Kohl à Verdun), puis le 15 juin 1986 (70e anniversaire de la bataille de Verdun), puis chaque 11 novembre entre 1987 et 1992.</p>
<p>Le 15 octobre 1942, François Mitterrand est donc reçu par le maréchal Pétain, avec plusieurs responsables du Comité d'entraide aux prisonniers rapatriés de l'Allier ; une photographie témoigne de cette rencontre compromettante. Et il aura la francisque ! Des années après on saura qu'il a toujours participé au comité pour la réhabilitation de Pétain et a reçu un fasciste au sein de sa famille (de Grossouvre).</p>
<p>En février ou mars 1943, parrainé par deux anciens « cagoulards » (Gabriel Jeantet, membre du cabinet du maréchal Pétain, et Simon Arbellot), et après l'instruction de son dossier par Paul Racine, il est décoré de l'ordre de la Francisque par le maréchal Pétain : il est le récipiendaire no 2 202, délégué du Service national des prisonniers de guerre.</p>
<p>Il a d'autre part été souvent ministre de 1947 à 1954 sans mener la moindre politique « socialiste ».</p>
<p>Qui est le dirigeant « socialiste » Mitterrand ?</p>
<p>François Mitterrand (ministre de l'intérieur, nov. 1954) proclame :</p>
<p>« Des Flandres au Congo (...), la loi s'impose et cette loi est française. (...). Telle est notre règle, non seulement parce que la Constitution nous l'impose, mais parce que cela est conforme à nos volontés. »</p>
<p>François Mitterrand, ministre de l'Intérieur du gouvernement Mendès France, déclarait à l'Assemblée nationale :</p>
<p>« Faut-il que l'Algérie ferme la boucle de cette ceinture du monde en révolte depuis quinze ans contre les nations qui prétendaient les tenir en tutelle ? Eh bien ! non, cela ne sera pas, parce qu'il se trouve que l'Algérie, c'est la France »,</p>
<p>« La France de Dunkerque à Tamanrasset ! »</p>
<p> « L'Algérie, c'est la France et la seul négociation avec le peuple algérien, c'est la guerre… » : Mitterrand ministre qui a envoyé en Algérie les généraux de l'Indochine pour qu'ils cassent des Algériens comme ils avaient cassé des Indochinois, par la torture…<br class='autobr' />
Quand le garde des Sceaux, François Mitterrand, quitte son ministère, en mai 1957, en pleine guerre d'Algérie, 45 nationalistes ont été guillotinés.</p>
<p>C'est lui qui donna pour le gouvernement français avis favorable donné également par Mitterrand à l'exécution du militant communiste Fernand Iveton, lequel avait déposé dans son usine une bombe qui, découverte à temps, n'explosa pas. François Mitterrand — comme la totalité des membres du CSM — s'est bien opposé à la grâce du seul Européen exécuté pendant la guerre d'Algérie, un homme qui n'avait pourtant tué personne.”</p>
<p>De 1960 à 1970, il réaffirme à propos du colonialisme français en Afrique qu'il veut maintenir : « Je dis que le premier devoir de la France, c'est de tout faire pour que les liens ne soient pas coupés, de tout faire pour que nos frères africains restent unis à notre destin… La France reste celle qui conduit, celle dont on a besoin, celle à laquelle on se rattache. Il ne pourra y avoir d'histoire de l'Afrique si la France est absente »</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2021</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383</a></p>
<p>En Mai 1968, la gauche de Mitterrand tente une opération politicienne suite à la révolte de la jeunesse et aux grèves. Mais cette gauche social-démocrate et stalinienne pousse à la reprise du travail, suite à quoi les élections sont un raz de marée de droite. La gauche est électoralement balayée. Il lui faudra 23 ans pour réussir à faire élire un président de gauche sous la cinquième république !</p>
<p>François Mitterrand est officiellement désigné comme candidat du Parti socialiste le 24 janvier 1981 lors du congrès de Créteil, après un vote lors duquel 83,64 % des adhérents s'expriment en sa faveur. Sa fonction de premier secrétaire du parti, laissée vacante, est dès lors occupée par Lionel Jospin. À cette occasion, le PS fait la démonstration de son unité, tous les courants, y compris ceux de ses anciens adversaires comme Michel Rocard, se rangent derrière Mitterrand. Au cours du même congrès, Le PS adopte un manifeste dessinant un programme de gouvernement en 110 propositions. D'après Michel Charasse, dans un livre qu'il a publié en 1996, c'est lui que Mitterrand aurait chargé, peu de temps avant le Congrès, de rédiger un programme clair en plusieurs points, comme celui que les communistes venaient d'élaborer pour la candidature de Georges Marchais. Toutefois, ce programme ne sera vraiment mis en avant qu'après l'élection, et est éclipsé, durant la campagne par le simple slogan « Changer la vie ».</p>
<p>À gauche, Arlette Laguiller, Huguette Bouchardeau et Michel Crépeau se rallient rapidement à François Mitterrand, entre le soir et le surlendemain du premier tour. C'est le cas de plusieurs leaders syndicaux, tels que Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT. Le 28 avril, le comité central du PCF se réunit. Charles Fiterman tance les sympathisants qui ont voté utile dès le premier tour : « Vous n'avez pas mesuré le risque que vous avez pris en contribuant à diminuer l'influence de notre parti. » Les dirigeants communistes se résolvent à soutenir le candidat socialiste, ne pouvant pas vraiment faire autrement, risquant soit de ne pas être suivis dans le cas contraire, soit d'être accusés de faciliter la victoire de la droite. Le même jour, Georges Marchais appelle donc à voter pour Mitterrand. À la télévision, il déclare avoir obtenu certaines garanties en vue de l'adoption de certaines parties du programme communiste, et ajoute : « M'avez-vous déjà vu rouler gratuitement ? »</p>
<p>Mitterrand a obtenu 51,76 % des voix exprimées, choisi par 15 708 602 électeurs, soit 1 065 956 de plus que son adversaire, et 8 202 302 de mieux que son résultat du premier tour, quand Valéry Giscard d'Estaing n'a rallié que 6 419 874 nouveaux électeurs.</p>
<p>En mai 1981, François Mitterrand est le premier président de la République issu du parti socialiste. Pour la deuxième fois en France, des communistes staliniens sont au gouvernement.</p>
<p>En mai 1981, lorsque Mitterrand fut élu, à la tête de la coalition des gauches y compris le PCF, après 23 ans de pouvoir sans partage de la droite (malgré et même grâce à mai 1968, le mouvement de grève étant trahi par la gauche et les syndicats), après des décennies sans union de la gauche, les illusions du monde du travail, sur ce qu'il pouvait attendre d'un gouvernement de gauche, étaient très grandes et d'autant plus qu'il comprenait des ministres communistes (pour la première fois depuis la libération) et un accord de programme (le « programme commun »).</p>
<p> Sous les deux présidences de Mitterrand, de 1981 à 1995, les attaques n'ont pas manqué contre la classe ouvrière. Dès 1982, le gouvernement Mauroy a organisé le blocage des salaires et interdit d'indexer ceux-ci sur le coût de la vie. Pendant ce temps-là, l'impôt sur les bénéfices des sociétés, qui était de 50% sous Giscard, passait à 45% en 1986.</p>
<p>La politique menée par les socialistes sous Mitterrand déçut à tel point l'électorat populaire que la majorité élue en 1981 fut battue aux élections législatives de 1986, comme celle issue des urnes après la réélection de Mitterrand en 1988 fut laminée aux élections législatives de 1993. À chaque fois la gauche prépara le terrain pour un retour de la droite, qui elle-même, par son cynisme et sa morgue envers le monde du travail, permit au PS de se refaire une virginité. C'est ce que les commentateurs appellent « l'alternance », mais une alternance dans laquelle ce sont toujours les possédants qui sont les gagnants, et les classes populaires les perdantes.</p>
<p>La gauche a fait ce que la droite n'avait pas osé : lever le tabou de la privatisation des services publics, en vendant de larges parts de France Telecom et d'Air France, cette dernière sous l'égide du ministre communiste Gayssot.</p>
<p>En 1981, Mitterrand avait remporté l'élection présidentielle et nommé un gouvernement d'Union de la gauche comprenant quatre ministres communistes, du jamais vu depuis la Libération. Sitôt élu, en octobre il faisait une tournée en Lorraine et déclarait : « Aucun poste de travail ne peut être supprimé dans la sidérurgie sans qu'un autre n'ait été créé auparavant dans un autre secteur », dénonçant à Longwy « le coût social d'un capitalisme sauvage. » Mais il ne fallut pas attendre bien longtemps pour que les paroles de Mitterrand s'envolent.</p>
<p>Votée au Parlement en octobre, la nationalisation complète de la sidérurgie fut achevée en février 1982, sans que les patrons y perdent un centime. Cette nationalisation était présentée par le PCF, depuis des années, comme la panacée.</p>
<p>Dès le mois de juin 1982, l'État annonçait 12 000 suppressions d'emplois. En Lorraine, c'était le début de la fin de l'aciérie de Pompey, celle qui avait coulé l'acier ayant servi à bâtir la tour Eiffel. « J'ai voté pour eux en 1981. Aujourd'hui ils ferment mon usine », pleurait, désespéré, un sidérurgiste de Pompey monté à Paris pour manifester, cité par le journal Le Monde.</p>
<p>Moins de deux ans plus tard, le 29 mars 1984, le gouvernement socialiste Mauroy - comportant toujours quatre ministres communistes - révisait le plan Acier et annonçait la suppression de 21 000 emplois supplémentaires. Ce fut alors la colère et le sentiment d'une immense trahison chez les travailleurs. Dans la région de Nancy, les aciéries de Pompey étaient définitivement rayées de la carte et celles de Neuves-Maisons au trois quarts liquidées. Le tiers des emplois de l'usine de Gandrange (qui en comptait plus de 6 000 à l'époque) étaient condamnés. Mais, surtout, ce plan Acier sonnait le glas de la sidérurgie à Longwy.</p>
<p>Dans toutes les usines souffle alors un vent de colère. Le 4 avril est journée de grève générale interprofessionnelle en Lorraine. On dénombre 150 000 manifestants dans les villes de la région, soigneusement encadrés par les syndicats qui craignent plus que tout une explosion sociale, la réédition des émeutes de Longwy de 1979.</p>
<p>Le vendredi 13 avril, les syndicats organisent une grande marche des sidérurgistes sur Paris. Loin de s'appuyer sur la colère des sidérurgistes et d'en faire une marche contre les licenciements, contre le patronat et le gouvernement, les syndicats lui donnent un caractère régional avec, en tête de cortège, majorettes en costume régional et croix de Lorraine. Et pourtant, ce plan Acier est décidé quelques mois seulement après les licenciements massifs chez Talbot à Poissy et, le 13 avril, c'est Citroën qui annonce près de 6 000 suppressions d'emplois. Les confédérations n'ont pas appelé l'ensemble des travailleurs à venir à la manifestation, très encadrée par le service d'ordre syndical et qui traverse des quartiers déserts de Paris.</p>
<p>En donnant à la lutte des sidérurgistes un caractère régional, en l'orientant sur le terrain de la politique industrielle, les confédérations syndicales l'envoyaient sur une voie de garage.</p>
<p>Le premier ministre « socialiste » Pierre Mauroy annonça le 13 juin 1982 le blocage des salaires et des prix pour quatre mois. Dans une période où le rythme d'inflation annuel était de 13 %, et où les salaires suivaient plus ou moins les prix au gré des négociations d'entreprise, cela signifiait d'emblée une importante perte de pouvoir d'achat pour les travailleurs. Les prix ne furent en effet jamais réellement bloqués, car leur prétendu blocage n'était qu'un alibi pour justifier celui des salaires. Aux termes mêmes de la loi, de nombreux prix n'étaient pas concernés : ceux des produits agroalimentaires tributaires des accords européens, fruits et légumes, céréales, ainsi que ceux des produits pétroliers, qui augmentèrent de 11 % en juillet. On vit fleurir dans les grandes surfaces les produits dits nouveaux, pour lesquels il n'y avait par définition aucun point de comparaison. Les services officiels eux-mêmes prévoyaient une hausse de 2,5 %. Il y eut aussi, à la veille du blocage, une valse des étiquettes, que le gouvernement ne chercha pas à stopper. En revanche les salaires furent réellement bloqués. La loi suspendait toute clause conventionnelle en matière de hausse de salaire jusqu'au 31 octobre. Les augmentations programmées dans les entreprises, en particulier celles qui étaient attendues pour le 1er juillet afin de réajuster les salaires sur l'inflation, étaient donc annulées. Même les compensations prévues au moment des négociations sur les 39 heures devenaient nulles et non avenues.</p>
<p>Le 1er novembre, le blocage prit officiellement fin. Les prix, qui n'avaient jamais été réellement bloqués, devinrent « encadrés ». Les loyers augmentèrent à nouveau, les transports d'Île-de-France également, ainsi que le prix des aliments et des vêtements. Quant aux salaires, le gouvernement exhorta les patrons à « ne pas les laisser déraper ». À la fin de l'année, leur blocage se traduisait par une importante perte de pouvoir d'achat pour le monde du travail. C'était aussi signifier aux travailleurs qu'ils ne verraient pas le gouvernement de gauche soutenir leurs revendications. Loin d'être de leur côté, il soutiendrait les intérêts du grand patronat comme l'avait fait la droite avant lui.</p>
<p>De fait, ce n'était qu'un début. Un nouveau plan d'austérité fut annoncé en mars 1983. Lorsque les travailleurs de l'automobile entrèrent en grève cette année-là, Mauroy dénonça « une grève des ayatollahs » et envoya les CRS déloger les grévistes de Talbot Poissy qui occupaient l'usine. En 1984, il annonça la suppression de 21 000 emplois dans la sidérurgie, alors qu'il avait affirmé qu'il n'y tolérerait aucun licenciement. Toutes ces mesures du gouvernement Mitterrand furent ressenties comme des trahisons, provoquant rancœur et écœurement parmi les travailleurs. Beaucoup désertèrent les syndicats. Au même moment, le Front national, qui n'était alors qu'un groupuscule, commença son ascension.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7150" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7150</a></p>
<p>En 1994, c'est le président français « socialiste » Mitterrand qui organise le génocide rwandais. Il ne le soutient pas, il le met en place. C'est lui qui l'a proposé, c'est lui qui l'a financé, c'est lui qui l'a organisé, c'est lui qui l'a armé et soutenu jusqu'au bout, c'est lui qui a sauvé les génocidaires après leur défaite…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article134</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article2806" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article2806</a></p>
<p>Quand la France de Mitterrand soutenait à fond la dictature sanglante de Milosevic en Yougoslavie</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7601" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7601</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6858" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6858</a></p>
<p>Mitterrand discute avec les assassins fascistes serbes Ratko Mladic, Radovan Karadžić. Il les couvrira jusqu'au bout (voir les cachoteries de la DGSE…). Parlant des bosniaques victimes des massacres serbes, François Mitterrand écrira dans son livre L'année des adieux à la page 175 : « Il est vrai que ce qu'ils cherchent depuis le début, c'est l'internationalisation, si nécessaire, par des provocations. Il y a quelques jours, M. Boutros Ghali m'a dit être sûr que l'obus tombé sur le marché de Sarajevo était une provocation bosniaque ». Le massacre de Srebrenica par les forces serbes de Radovan Karadzic appuyées par les milices ultranationalistes et racialistes de Ratko Mladic est considéré depuis comme le plus grand massacre européen depuis 1945, à la charge symbolique immense. Le président Izetbegovitc déclare à Mitterrand le 28 juin 1992 que les serbes fascistes ont mis en place des camps d'extermination et Mitterrand… n'en dira jamais un mot !!!</p>
<p>Courrier International écrit sous la plume de Juan Goytisolo : « Les défenseurs de la cause bosniaque qui manifestaient à Paris avec des pancartes représentant le président français sur les crânes des victimes, avec pour légende “François Ier, roi des Serbes”, avaient raison. Le génocide de 120 000 Musulmans de Bosnie obéissait à un machiavélisme qui préférait ignorer les “dommages collatéraux” du siège de Sarajevo. Jamais François Mitterrand n'exprima sa compassion pour les victimes ; cette indifférence, dissimulée sous le masque d'une prétendue impartialité envers “les parties impliquées dans le conflit”, poussa les souffrances des Bosniaques aux confins de l'indicible. »</p>
<p>Libération écrit : « Dans une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung (29 novembre 1991), François Mitterrand justifie sa politique pro-serbe : « Comme vous le savez, la Croatie faisait partie du bloc nazi, pas la Serbie… Pendant les premiers mois de la guerre en Bosnie, les informations sur les atrocités commises par les troupes de Ratko Mladic n'avaient pas suffi à émouvoir une opinion que l'affaire des faux charniers de Timisoara avait rendue sceptique. Il faudra, en ce mois d'août 1992, les images des camps serbes diffusés par les télévisions, les témoignages de réfugiés sur le « nettoyage ethnique » serbe, sur les viols de femmes bosniaques, pour que l'opinion occidentale commence à basculer. « Izetbegovic m'a dit qu'il avait donné la liste des camps à Mitterrand lors de son voyage à Sarajevo, affirme Bernard-Henri Lévy. Et Mitterrand a refusé de croire à ces camps. »</p>
<p>France Inter déclare :</p>
<p>« Oui, les serbe avaient hérité du gros de l'arsenal de l'armée Yougoslave. Mais François Mitterrand restait farouchement opposé, même à la levée de l'embargo sur les armes en ex-Yougoslavie qui aurait permis d'aider indirectement les bosniaques. Il disait qu'il ne fallait pas « ajouter la guerre à la guerre »… Cet argument raisonne étrangement aujourd'hui à propos de la Syrie. Pour le conflit des Balkans, François Mitterrand dira plus tard « moi vivant, jamais la France ne fera la guerre à la Serbie ». Pendant ces 27 et 28 juin 1992 François Mitterrand aura rencontré le président Izetbegovic…Mais aussi le général Mladic à l'aéroport avant de repartir… Ces deux hommes auront compris la vraie nature du voyage. Le siège pouvait continuer de plus bel. Ils avaient compris que François Mitterrand resterait fidèle à la tradition pro serbe de la France. »</p>
<p>« Le principal support de la Serbie était Mitterrand et son entourage, prisonniers d'une mythologie pro-serbe remontant à la Première Guerre mondiale. Paradoxalement, un des principaux contrepoids à Mitterrand était Nicolas Kovac, Ambassadeur de la République de Bosnie-Herzégovine, d'origine serbe... Parmi les pro-serbes notoires, on peut citer Jean-Pierre Chevènement, le général Pierre-Maris Gallois, Régis Debray, Peter Handke, Daniel Salvatore, Schiffer. »</p>
<p>Membre clandestin de l'OCI (pseudo trotskiste) avant de rejoindre le PS, il est élu député en 1981. Il occupe les fonctions de premier secrétaire du PS jusqu'en 1988, puis celles de ministre d'État, ministre de l'Éducation nationale, dans les gouvernements Rocard et Cresson, entre 1988 et 1992.</p>
<p>Désigné candidat à l'élection présidentielle de 1995 à l'issue d'une primaire – une première de ce type sous la Cinquième République – et de deux septennats Mitterrand, il est battu par Jacques Chirac, recueillant 47,4 % des voix au second tour. Il redevient dans la foulée premier secrétaire du Parti socialiste.</p>
<p>La victoire de la gauche aux élections législatives de 1997 lui permet de devenir Premier ministre pour une troisième cohabitation. À la tête d'une « majorité plurielle » pendant cinq ans, il contribue à la mise en place des 35 heures et des emplois-jeunes.</p>
<p>Mais sa politique est tellement populaire qu'il est éliminé dès le premier tour aux élections suivantes !</p>
<p>La gauche a fait ce que la droite n'avait pas osé : lever le tabou de la privatisation des services publics, en vendant de larges parts de France Telecom et d'Air France, cette dernière sous l'égide du ministre communiste Gayssot. Le gouvernement a d'ailleurs franchi une première étape, en faisant voter par l'assemblée, en février 1999, l'ouverture du marché de l'électricité. Le gouvernement Jospin a mis La Poste et la SNCF sur la même voie de « l'ouverture du marché » et de la rentabilisation par secteurs.</p>
<p>Le bradage passé de France Telecom et à venir d'EDF n'était pas simplement destiné à donner à des bourgeois français de nouvelles opportunités de profits, il doit aider à faire de ces groupes des géants capitalistes mondiaux. EDF, qui réalise déjà presque le quart de son chiffre d'affaires à l'étranger veut faire passer cette part à 50 % d'ici 2004/2005. Pour cela l'entreprise souhaite justement l'ouverture du marché européen pour conquérir de nouvelles positions à l'extérieur et l'ouverture de son capital pour mobiliser des fonds sur les marchés financiers et négocier des fusions-acquisitions. Sous la tutelle de la gauche, EDF et GDF n'ont pas attendu leur privatisation pour se lancer dans la spéculation sur le marché international de l'énergie. Elles ont monté leur propre filiale de trading (le métier d'Enron, la société américaine dont la faillite fait actuellement scandale), EDF-trading (en collaboration avec Vivendi) et Gaselys (avec la Société Générale). Mais pour grossir à l'étranger et devenir des numéros un mondiaux, ces entreprises doivent bien présenter la facture à quelqu'un. Ce sera leurs salariés, dont les conditions de travail se dégradent, et les usagers, qui ont vu le gouvernement augmenter plusieurs fois les tarifs du gaz et de l'électricité. L'avenir est programmé : comme France Telecom, EDF et GDF tenteront de plus en plus de se libérer des contraintes du service public, au profit de la rentabilité immédiate ...aux dépens des salariés comme des usagers. Tout en faisant passer au privé les secteurs les plus rentables du secteur public, il a soumis le reste à une diète de 5 ans. Dès 1997, il a proclamé le « gel de l'emploi public ». Le plan Juppé de 1995 a été prolongé. Les hôpitaux ont continué d'être rationnés en effectifs et en moyens. Dans la première moitié des années 1990, les dépenses du secteur hospitalier avaient augmenté de 7 % par an, ce qui était déjà insuffisant pour suivre le développement de l'activité. Mais entre 1995 et 2000, cette augmentation a été de 7 % au total ! Un lit sur 15 a été supprimé de 1994 à 1999. En 2002, alors que le passage aux 35 heures aurait nécessité la création d'au moins 80 000 postes, le gouvernement n'en promet que 40 000, et les hospitaliers exaspérés multiplient les grèves. Gel de l'embauche, surcharge de travail, pénurie de moyens : le même traitement a été réservé aux transports, à la poste ou encore à l'éducation nationale. Le gouvernement "de gauche" a continué d'étendre la précarité : sur 3,4 millions de salariés des trois fonctions publiques, il y a aujourd'hui 960 000 non titulaires et plus de 300 000 « contrats aidés » (CES, emplois-jeunes, contrats de ville…). De quoi donner envie de voir Jospin goûter à son tour à la précarité de l'emploi.</p>
<p>La gauche au gouvernement a bien sûr mis en place de nouvelles lois, comme les 35 heures, pris des mesures budgétaires, comme les emplois-jeunes, et avalisé des règles nouvelles, comme le PARE imposant aux chômeurs de nouvelles contraintes pour leur faire accepter n'importe quel travail à n'importe quel prix. Mais si ces mesures ont eu des conséquences certaines sur les conditions de vie de bon nombre de salariés, leurs effets réels sur l'emploi sont, eux, tout à fait incertains. Pour les 35 heures il n'a ainsi jamais été vraiment possible d'en évaluer les effets sur l'emploi. Le gouvernement a prétendu que l'application de la loi avait permis la création de plusieurs centaines de milliers de postes. Mais personne n'a jamais pu savoir quelle était dans ces chiffres la part des embauches en compensation de la réduction du temps de travail, et celle de « l'effet d'aubaine », permettant aux patrons de rafler les cadeaux en matière de charges sociales, pour des embauches qu'ils auraient de toutes façons été amenés à réaliser. Ce qui est par contre parfaitement palpable (surtout pour ceux qui les touchent), ce sont les milliards sous forme de baisses de charges sociales récupérées par le patronat au titre de la prétendue réduction du temps de travail. Et c'est aussi que cette loi concoctée et votée par la gauche, a ouvert la porte à une généralisation de la flexibilité et dans bien des cas détérioré les conditions de travail des salariés, en même temps que donné lieu à des réductions de salaires ou de primes. Autre certitude, l'application des 35 heures a provoqué de très nombreux mouvements de grève et protestations – jusqu'à aujourd'hui – révélateurs de l'appréciation des salariés concernés sur les prétendus bienfaits de la loi. Quant aux emplois-jeunes, la gauche qui en avait promis 700 000 n'en a réalisés sur la législature qu'un peu moins de la moitié, créés par les seuls secteurs public et associatif. Ces emplois ont certes été considérés comme un dépannage bienvenu par une partie des jeunes concernés, en fin de scolarité ou déjà au chômage, ou encore salariés depuis peu et saisissant l'occasion de changer de patron. Mais ces emplois, sous forme de contrats de cinq ans, financés à 80 % par l'Etat, ont inauguré une nouvelle forme de précarité et de salaire au rabais. Embauchés dans l'enseignement, dans la police, dans les transports en commun, dans les municipalités, etc., les jeunes en question se sont souvent retrouvés à boucher des trous dans des administrations qui ont ainsi pourvu les postes manquants en les payant en dessous du tarif.</p>
<p>Rien n'a été fait par ailleurs par le gouvernement de gauche contre la précarité en général. Sauf à considérer que la disposition de la dernière loi dite « de modernisation sociale », passant de 6 % à 10 % la prime de précarité des CDD pour l'aligner sur celle des intérimaires, puisse constituer une réelle pression sur les patrons. La progression de la précarité a au contraire accompagné la création des nouveaux emplois, avec pour corollaire l'insécurité au travail. Entre 1999 et 2000 le nombre d'accidents du travail a ainsi progressé de 4,6 % selon les chiffres du ministère de l'emploi qui précise que le secteur de l'intérim est particulièrement touché et que la précarité et la flexibilité des horaires en sont les principales causes. Quant aux licenciements collectifs pour motif dit économique, ils se sont mis à grimper à nouveau brutalement avec la rafale des plans sociaux au printemps dernier. En un an, de novembre 2000 à novembre 2001, leur nombre a progressé de 39,8 % pendant que le chômage lui progressait de 12,7 %. Pour faire croire qu'il se préoccupait des licenciements économiques, le gouvernement a proposé un dispositif, toujours dans le cadre de cette loi de « modernisation sociale », suscitant une longue discussion parlementaire. Le texte n'est finalement qu'une collection de dispositions légales déjà existantes et de vagues recommandations. Et de plus la définition du licenciement économique – fruit de concessions de Jospin au PCF mais qui ne pouvait tout au plus que permettre de retarder de quelques jours la mise en application des licenciements – a été retoquée par le Conseil Constitutionnel.</p>
<p>Conclusion : le point essentiel est que la gauche a fait passer dans le mouvement ouvrier l'idée de la réforme... idée reprise ensuite par Sarkozy pour casser tous les droits sociaux.</p>
<p>Et finalement c'est Hollande qui l'a fait…</p>
<p>Qui est François Hollande ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article1992" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article1992</a></p>
<p>Les « socialistes » Hollande-Valls lancent la « réforme » néo-libérale en France… Ce que la droite n'a pas osé faire jusque là.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2728" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2728</a></p>
<p>Ce sont les « socialistes » Hollande-Valls au gouvernement qui lancent « la France en guerre »…</p>
<p><a href="https://matierevolution.org/spip.php?article4591" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://matierevolution.org/spip.php?article4591</a></p>
<p>Et ce n'est pas juste un slogan !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2589" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2589</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve652" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve652</a></p>
<p>En 2013, le Front de Gauche promeut la guerre au Mali</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2613" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2613</a></p>
<p>La politique « socialiste » de Hollande, c'est simplement la défense de l'impérialisme français !</p>
<p><a href="https://matierevolution.fr/spip.php?article2332" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://matierevolution.fr/spip.php?article2332</a></p>
<p>Hollande est le dernier président de la françafrique.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve835" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve835</a></p>
<p>Hollande (aidé par Le Maire) a ruiné l'Etat français pour « sauver » les capitalistes !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3466" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3466</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6230" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6230</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article4063" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article4063</a></p>
<p>La trajectoire personnelle de Hollande décrit celle du parti dit « socialiste » :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article2313</a></p>
<p>Hollande-Valls poussent la France dans le sens raciste, fasciste, policier, anti-immigrés, anti-musulmans, anti-sans papiers, anti-étrangers, anti-Roms, etc.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve572" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve572</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve573" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve573</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3386" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3386</a></p>
<p>Et le but : Hollande-Valls s'attaquent à la classe ouvrière…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3188" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3188</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4037" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4037</a><br class='autobr' />
Et soutenir le patronat…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3640" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3640</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2428" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2428</a></p>
<p>Le mitterrandiste Mélenchon, une nouvelle version social-démocrate du courant « socialiste » en France…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8466" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8466</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4419" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4419</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7798" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7798</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3579" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3579</a></p>
<p>En 2012, ils ont fait le « front de gauche »…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2337" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2337</a></p>
<p>Les « socialistes » ont prétendu reconstituer le front populaire aux côtés des mélenchonistes, des écologistes et autres…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7817" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7817</a></p>
<p><a href="http://matierevolution.org/spip.php?article8871" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://matierevolution.org/spip.php?article8871</a></p>
<p>Mais cela n'a duré qu'une élection et ensuite, le parti socialiste s'est fait le meilleur défenseur de Macron et du gouvernement Lecornu. Sans le PS, les deux auraient chuté depuis longtemps.</p>
<p>Sources historiques :</p>
<p><a href="https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201707/9545/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-i" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201707/9545/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-i</a></p>
<p><a href="https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201711/9606/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-ii-chaoti" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.internationalism.org/revolution-internationale/201711/9606/histoire-du-parti-socialiste-france-1878-1920-partie-ii-chaoti</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_(France</a>)</p></div>
La transition du pouvoir aux travailleurs au socialisme
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8814
http://www.matierevolution.org/spip.php?article88142026-04-06T22:54:00Ztext/htmlfrRobert ParisTransition de phaseSocialisme - SocialismStalinisme
<p>Qu'est-ce que la société de transition, vers le socialisme ? Ni tout à fait capitaliste, ni socialiste… C'est le pouvoir aux travailleurs mais la dictature de l'ancienne économie et de l'ancienne société n'ont pas disparu par magie. <br class='autobr' />
NOVACK <br class='autobr' />
Le problème des formations de transition <br class='autobr' />
Le problème des formations transitionnelles revêt une immense importance méthodologique tant dans les sciences naturelles que dans les sciences sociales. Il revêt une importance théorique et politique (…)</p>
-
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
/
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot79" rel="tag">Transition de phase</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag">Stalinisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Qu'est-ce que la société de transition, vers le socialisme ? Ni tout à fait capitaliste, ni socialiste… C'est le pouvoir aux travailleurs mais la dictature de l'ancienne économie et de l'ancienne société n'ont pas disparu par magie.</h2>
<p>NOVACK</p>
<p>Le problème des formations de transition</p>
<p>Le problème des formations transitionnelles revêt une immense importance méthodologique tant dans les sciences naturelles que dans les sciences sociales. Il revêt une importance théorique et politique particulière pour les marxistes contemporains, car le XXe siècle est avant tout une époque de transition d'une formation socio-économique à une autre.</p>
<p>Chaque époque du progrès de l'humanité a sa forme dominante d'économie, de politique et de culture. Aux XVIIIe et XIXe siècles, c'était le système capitaliste dans ses phases d'expansion. La forme générale distinctive du XXe siècle est son caractère transitionnel . Il s'agit d'une période de mouvement rapide et convulsif depuis la domination du capitalisme mondial comme forme ultime de société de classes jusqu'à l'établissement d'États postcapitalistes orientés vers le socialisme, qui éradiqueront tous les vestiges de différenciations de classes.</p>
<p>« L'ancien qui survit dans le nouveau nous confronte à chaque étape de la vie, dans la nature comme dans la société », observait Lénine dans L'État et la Révolution . Il a écrit cela pendant la Première Guerre mondiale et la Révolution russe – les deux événements cataclysmiques qui ont marqué le début de la nouvelle époque de l'histoire. Bien que cette époque ait déjà 50 ans, elle est loin d'être mature et sa progéniture souffre de nombreuses maladies congénitales de l'enfance.</p>
<p>Le caractère fondamentalement transitionnel de cette période et la prédominance de traits manifestement contradictoires nécessitent de rechercher la nature essentielle de ce phénomène. La présence de formations, de types et de périodes de transition a été notée empiriquement et leurs caractéristiques concrètes analysées dans les écrits de nombreux marxistes, et pas seulement par eux. Mais le sujet a rarement été traité de manière systématique. Cette lacune théorique est regrettable, car une foule de problèmes sociologiques et politiques embarrassants pourraient être éclaircis par une compréhension correcte des particularités de cet aspect très répandu des choses.</p>
<p>La dualité exceptionnelle des États en transition</p>
<p>Dans le processus cosmique incessant du devenir et de l'être, toutes choses passent d'un état à un autre. Cela signifie que les états et les formes de transition se retrouvent partout dans le monde physique, dans la société, dans le développement intellectuel.</p>
<p>L'antithèse d'une formation transitionnelle est une antithèse fixe et stable avec des caractéristiques claires qui composent un modèle définitif. La distinction entre les deux est relative, puisque même l'entité la plus durable est sujette au changement et à la transformation en autre chose sur une période de temps suffisamment longue.</p>
<p>La polarité dynamique des formes physiques est illustrée par un liquide. Il s'agit d'un état plus ou moins stable de la matière sur terre, intermédiaire entre un solide et un gaz, étant en partie semblable à l'un et en partie à l'autre, mais essentiellement différent des deux. Un liquide a plus de cohésion qu'un gaz et plus de mobilité qu'un solide. Il ressemble à un solide par son volume défini mais en diffère et ressemble à un gaz par l'absence de forme définie.</p>
<p>Les transformations qualitatives de H2O et d'autres composés chimiques résultent de changements dans la constitution moléculaire. Un solide est constitué de molécules rigidement verrouillées. Lorsque celles-ci sont désagrégées par les changements de température et de pression, elles passent dans un état plus fluide dans lequel les molécules maintiennent une certaine proximité les unes avec les autres tout en acquérant plus de mobilité que dans un solide. Une fois que les molécules s'éloignent les unes des autres et sont complètement détachées de leurs liaisons mutuelles, elles deviennent gazeuses. L'état gazeux est l'état de la matière le plus différent du solide en ce qui concerne l'imbrication de ses constituants moléculaires.</p>
<p>Ainsi un liquide est défini négativement par ses relations à l'état solide sur l'une de ses frontières et à l'état gazeux sur l'autre. Il est positivement déterminé par son mélange particulier de cohésion et de mobilité. Si la capacité d'un liquide à se transformer en son contraire à chaque extrémité présente son caractère intermédiaire, la combinaison de propriétés contraires fait ressortir la dualité intrinsèque de son être.</p>
<p>Mais lorsqu'un liquide bout, ces polarités de volume défini et de forme variable s'accentuent jusqu'à l'extrême contradiction. À la fois, au sein du système dans son ensemble, il existe à la fois un volume défini et indéfini, ainsi qu'une forme indéfinie. Cette différence est répartie sur des parties du système, sur différentes molécules. Ainsi, l'eau et la vapeur cohabitent ; certaines molécules sont à l'état gazeux, d'autres à l'état liquide. Mais pour le système dans son ensemble, on ne peut dire ni qu'il est exclusivement gazeux, ni exclusivement liquide ; c'est en fait à la fois gazeux et liquide : c'est bouillant. C'est l'étape de transition entre le liquide et le gaz.</p>
<p>Toutes choses ont une double nature, comme le montre un exemple tiré de la géographie plutôt que de la chimie. Une plage est définie à la fois par l'eau et par la terre. Chacune de ces entités physiques opposées sont des éléments essentiels de sa composition. Enlevez l'un ou l'autre et la plage n'existe plus.</p>
<p>Mais les formations transitionnelles se distinguent des choses ordinaires par le caractère exacerbé de leur double constitution. Ils appartiennent à un type particulier de processus, d'événements et de formes dans la nature, la société et l'expérience individuelle qui présentent des traits contradictoires exceptionnellement prononcés, presque outrageusement. Ils poussent la coexistence des contraires dans un tout unique jusqu'aux limites les plus extrêmes et les plus anormales.</p>
<p>Ces phénomènes sont si contradictoires qu'ils peuvent incarner le passage d'une étape ou d'une forme d'existence à une autre. Puisque les principales caractéristiques des formations de transition appartiennent à des stades de développement consécutifs mais qualitativement différents, elles doivent représenter une combinaison de l'ancien et du nouveau.</p>
<p>Dans le processus de la vie, les premiers produits du développement ne sont nécessairement pas réalisés de manière adéquate selon leurs propres conditions. Ce qui est nouveau fait sa première apparition dans et à travers des formes sous-développées et affirme son existence émergente dans la coquille de l'ancien. Le nouveau devenir peine à dépasser son mode d'existence antérieur. Il passe d'une étape à l'autre mais n'est pas encore assez mature, puissant ou prédominant pour détruire et rejeter l'après-naissance de son état natal et se tenir pleinement et fermement sur ses propres pieds. Comme le fœtus, il reste dépendant des conditions de sa naissance ou, comme un nourrisson, dépendant de ses parents.</p>
<p>Dans un développement complet et normal, les formations transitionnelles passent par trois phases. 1. Une étape prénatale ou embryonnaire au cours de laquelle les fonctions, structures et caractéristiques de l'entité naissante se développent et s'agitent dans le cadre de la forme déjà établie. 2. La percée qualitative de sa période de naissance, lorsque l'ensemble des pouvoirs et des caractéristiques nouveaux réussit à briser l'ancienne forme et à avancer pour son propre compte. À ce stade, la nouvelle création continue de conserver de nombreux résidus appartenant à son état précédent. 3. La période de maturation pendant laquelle les caractéristiques résiduelles inadaptées à son propre mode d'existence sont largement éliminées et où la nouvelle entité se développe indubitablement, fermement et fortement sur ses fondements distinctifs.</p>
<p>Il faut du temps pour que les caractéristiques et fonctions uniques de quelque chose de nouveau manifestent leur potentiel, engendrent le type d'expression le plus approprié et se stabilisent dans une forme normale ou perfectionnée. Au début de leur carrière, ils sont entravés, souvent même défigurés, par l'héritage du passé.</p>
<p>Ces phénomènes limites sont si significatifs – et déroutants – parce qu'ils constituent le pont entre les étapes successives de l'évolution. Leur nature hybride, incarnant des caractéristiques appartenant à des phases de croissance antithétiques, éclaire à la fois l'ancien et le nouveau, le passé et le futur. Grâce à eux, il est possible de voir comment et où la carapace de l'ancien est brisée par des forces antagonistes qui s'efforcent d'établir les bases, les conditions de base, pour des formes d'existence supérieures.</p>
<p>Chaque tournant de l'évolution de la vie a donné naissance à des espèces aux caractéristiques contradictoires appartenant à des formes séquentielles différentes. Ceux-ci témoignent de leur statut de trait d'union entre deux espèces distinctes et successives.</p>
<p>Problèmes de classification</p>
<p>Le tournant le plus important de l'évolution organique fut le passage du singe à l'homme. Ici, les scientifiques ont trouvé des fossiles autrefois vivants présentant des caractéristiques opposées. Structurellement, l' Australopithèque sud-africain n'est pas tout à fait un singe ni tout à fait un homme ; c'est quelque chose entre les deux. Il se tenait habituellement debout et marchait droit aussi habilement que l'homme et son volume cérébral se rapproche de celui de l'homme. Le fait que ces êtres utilisaient des outils, et se livraient ainsi à une activité de travail pour obtenir leurs moyens d'existence, prouve qu'ils avaient franchi la frontière séparant le singe de l'homme et s'étaient lancés dans un nouveau mode d'existence, malgré les lourds vestiges du primate. passé, ils les ont supportés.</p>
<p>Précisément en raison de leurs traits hautement contradictoires et inachevés, les formes transitionnelles présentent des problèmes extrêmement épineux de définition et de classification précises aux scientifiques et aux universitaires. Ce sont les phénomènes les plus énigmatiques. Il est souvent difficile, voire impossible, de déterminer à quel côté de la frontière ils appartiennent.</p>
<p>La tâche consiste à distinguer ce qui est véritablement nouveau de ce qui est enraciné dans les conditions d'existence précédentes, puis à évaluer le poids relatif des traits et des tendances de développement contradictoires incorporés dans le spécimen. Les taxonomistes parmi les biologistes, les botanistes et les anthropologues physiques se sont engagés dans des controverses prolongées, âpres et parfois peu concluantes sur la question de savoir si un spécimen donné appartient correctement à une catégorie ou à une autre.</p>
<p>Qu'est-ce qui détermine le lieu de classification ? La simple possession de l'un ou l'autre trait d'un type supérieur ou inférieur n'est pas considérée comme une preuve concluante. La question est tranchée d'une manière ou d'une autre par l'ensemble des caractéristiques par rapport à ce qui s'est passé avant et à ce qui en est ressorti.</p>
<p>Par exemple, les restes fossiles de l'Archaeopteryx présentent de nombreuses caractéristiques que l'on ne retrouve désormais que chez les reptiles ou chez les embryons d'oiseaux : queue reptilienne, mâchoires avec des dents et ailes griffues. Pourtant c'est un véritable oiseau. Cette classification supérieure est justifiée par la présence de plumes et la structure des pattes et des ailes qui l'équipent pour le vol. L'Archéoptéryx avait franchi les limites de l'état de reptile pour devenir la première incarnation d'une forme supérieure de créature vivante.</p>
<p>Les difficultés de classification résultant des caractéristiques contradictoires des phénomènes de transition sont bien illustrées par la controverse actuelle parmi les autorités sur l'homme primitif à propos des nouvelles découvertes de fossiles dans les gorges d'Olduvai au Tanganyika. (Voir Current Anthropology , octobre 1965.) Ce site célèbre a fourni des preuves d'hominoïdes utilisant et fabriquant des outils à des niveaux remontant à plus de deux millions d'années - les plus anciens jamais découverts.</p>
<p>Le problème posé par les dernières découvertes concerne un groupe de restes fossiles nommé Homo habilis . Le Code international de nomenclature zoologique (1961) insistait sur la division des Hominidés en deux genres : Australopithèque et Homo . Il n'autorisait aucun groupe intergénérique ou ambigénérique.</p>
<p>Cependant, Homo habilis ne rentre dans aucune de ces catégories opposées. Il s'écartait de l'Australopithèque par son schéma morphologique plus humanisé (traits biologiques), mais plus significativement encore parce qu'il avait franchi le pas décisif de fabriquer des outils en pierre selon un schéma régulier et évolutif. Bien que l'Australopithèque utilisait et modifiait des outils et les ait peut-être même improvisés à des fins immédiates, il ne fabriquait pas d'outils selon un modèle établi. D'un autre côté, les traits biologiques et culturels d' Homo habilis étaient en deçà du statut d' Homo .</p>
<p>Le dilemme auquel sont confrontés les classificateurs a été formulé comme suit par Phillip V. Tobias, professeur d'anatomie à l'Université de Witwatersrand : « Le groupe habilis était à bien des égards intermédiaire entre l'Australopithèque et l'Homo . Devons-nous le considérer comme l'espèce d' Australopithèque la plus avancée ou comme l'espèce d' Homo la plus primitive ? » Aucune de ces solutions n'était satisfaisante. "Nous étions confrontés à une faiblesse fondamentale de la procédure taxonomique classique : nos systèmes de classification ne tiennent pas suffisamment compte des formes intermédiaires ou transitionnelles."</p>
<p>Comment le problème a-t-il été résolu ? Tobias et LBJ Leakey ont conclu que, sur la base des preuves concernant ces restes d'hominidés, il était nécessaire de reconnaître une nouvelle espèce d'homme primitif qu'ils ont désignée comme Homo habilis . Cette espèce d'hominidé était plus jeune et plus avancée que l'Australopithèque, mais plus âgée et moins mature qu'Homo .</p>
<p>La grande importance d' Homo habilis en tant que pont entre les Australopithèques et Homo est qu'il comble la dernière lacune restante dans la séquence de la phylogénie des hominidés du Pléistocène. La lignée de l'évolution humaine comprend désormais trois étapes distinctes : partiellement humanisée ( Australopithèque ) ; nettement humanisé ( Homo habilis ) ; et pleinement humanisé ( Homo ).</p>
<p>Le professeur Tobias conclut : « Il y aura toujours des débats sur les noms à donner aux formes transitionnelles (comme Homo habilis ) ; mais la reconnaissance de leur statut intermédiaire crucial est plus importante que le nom donné au taxon. Il semble que notre procédure de nomenclature ne soit pas équivalente à la désignation des « chaînons manquants » alors que les écarts se sont rétrécis jusqu'à atteindre des gradations aussi fines que celles qui existent aujourd'hui dans la séquence des hominidés du Pléistocène. »</p>
<p>Comme le fait remarquer Tobias en réponse aux objections de ses critiques : « Les formes intermédiaires (« chaînons manquants ») provoquent toujours des problèmes taxonomiques, même si elles ont un bon sens phylogénétique. » Une fois qu'il a été établi qu'Homo habilis n'appartenait pas correctement à l'un ou l'autre groupe, il fallait lui accorder un statut distinct. Ce que cela devrait être était déterminé par sa place spécifique dans l'ascension évolutive de l'homme.</p>
<p>Ce n'était pas un australopithèque car il avait atteint la capacité de fabriquer des outils à l'aide d'autres outils. Pourtant, il n'avait pas suffisamment progressé sur la voie de l'humanisation pour justifier son inclusion avec Homo . Il n'y avait pas d'autre alternative que de le reconnaître comme une espèce nouvelle et distincte du genre Homo .</p>
<p>Tobias suggère que le nouveau groupe d'hominidés aurait pu être désigné Australopithecus-Homo habilis . Le compromis consistant à en faire une sous-catégorie aurait fait ressortir sa position émergente mais pas sa nature distinctive ni son destin ultérieur. Il possède évidemment suffisamment d'attributs importants pour mériter un statut indépendant.</p>
<p>Comme toutes les formations transitionnelles, la différence qualitative de l'Homo habilis résidait dans sa combinaison particulière de caractéristiques, l'une ressemblant à son prédécesseur, l'autre anticipant son successeur. Le poids relatif de ces éléments contradictoires a changé au cours de son évolution. Il s'est éloigné et au-delà du genre antécédent à mesure qu'il s'est rapproché des premiers membres du stade supérieur suivant.</p>
<p>Hegel a fourni une clé pour comprendre les formations transitionnelles par les concepts d'être déterminé et de limite analysés dans la première section de La Logique . Toute chose est ce qu'elle est en vertu des négations qui fixent ses limites qualitatives. Ce dont il sort et ce dans quoi il passe sont des éléments essentiels de son être. Cet être est un processus perpétuel de devenir, de détermination et de redétermination continuelles à travers l'interaction des forces contradictoires en lui-même. Ceux-ci le poussent à devenir quelque chose d'autre qu'il a été ou qu'il est.</p>
<p>Ainsi Homo habilis doit être désigné comme un être déterminé, c'est-à-dire un groupement qualitativement distinct délimité d'un côté par l'Australopithèque et de l'autre par Homo . Cette espèce transitionnelle est délimitée par ses liens organiques avec les étapes antérieures et postérieures de l'évolution humaine. Son statut particulier dépend de ses différences qualitatives par rapport à ces déterminants opposés. Dans la mesure où ces différences s'effacent, elles passent et se confondent avec l'une ou l'autre.</p>
<p>La transition de la collecte alimentaire à la production alimentaire</p>
<p>Les transitions majeures au sein de l'évolution de la société présentent des traits contradictoires d'une manière aussi frappante que le passage du singe à l'homme. D'autres modifications de l'équipement physique de l'homme perdent de leur importance avec l'apparition de l' Homo sapiens . À partir de ce moment, les lois du développement social et historique, qui trouvent leur origine dans l'activité de travail et se fondent sur la croissance des forces productives, ont pris pleinement le contrôle de l'évolution de notre espèce.</p>
<p>Il serait possible de parcourir tout le cours de l'histoire sociale, dans la mesure où elle est connue, et de sélectionner pour l'étude une diversité de formes de transition dans lesquelles le nouveau se mêle à l'ancien et lutte pour le remplacer avec plus ou moins de succès. . Nous ne pouvons donner que quelques exemples marquants pour clarifier en termes généraux la nature intérieurement divisée des processus de transition.</p>
<p>Commençons par la structure du premier chapitre de l'existence humaine, l'âge de pierre, qui a duré des centaines de milliers d'années. Durant toute cette période, aucun changement fondamental ne s'est produit dans les activités économiques des hommes. Ils acquéraient leurs moyens de subsistance exclusivement par différents moyens de cueillette de nourriture : la chasse, la pêche (c'est-à-dire la chasse dans l'eau) et la recherche de racines, de noix, de fruits, d'insectes et de petit gibier.</p>
<p>Cet état primitif de sauvagerie prend fin et le niveau supérieur d'existence sociale, la barbarie, commence, avec le remplacement de la cueillette de nourriture par la production alimentaire. Cette nouvelle étape dans la création de richesses matérielles a été provoquée il y a 10 à 12 000 ans par la domestication des animaux et l'introduction des cultures céréalières.</p>
<p>Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les archéologues, en collaboration avec d'autres spécialistes scientifiques, étendent leurs investigations tant dans l'Ancien Monde que dans le Nouveau Monde pour comprendre comment, pourquoi et plus précisément quand et où s'est produit ce changement d'époque. a eu lieu. Ils ont mis au jour beaucoup plus de traces des origines de l'agriculture et de l'élevage qu'on n'en connaissait auparavant, de sorte qu'un aperçu précis des étapes de la grande révolution productrice de nourriture commence à se dessiner.</p>
<p>L'agriculture est peut-être née de manière indépendante dans plusieurs endroits de notre planète. Il est apparu presque simultanément aux extrémités opposées de la terre, au Moyen-Orient et au Mexique, vers 7 000 av. On en sait davantage sur l'origine et la diffusion de l'agriculture grâce aux sites archéologiques du Moyen-Orient qu'en Amérique centrale.</p>
<p>Dans le premier cas, il semble que la domestication des animaux ait précédé la culture des plantes. À Zarvi Chemi Shanidan, non loin au nord de Jarmo, dans les collines du nord de l'Irak, des archéologues de l'Université de Columbia ont trouvé des indications selon lesquelles, en passant de la vie troglodyte aux campements en plein air vers 9 000 avant JC, les habitants, qui chassaient autrefois de nombreuses chèvres sauvages et parfois des moutons sauvages, avaient apprivoisé des moutons.</p>
<p>Le type d'outils disponibles sur des sites ouverts similaires dans le nord de la Palestine, en Irak et en Iran a montré que les personnes qui vivaient dans ces camps, lorsqu'elles chassaient et ramassaient la plupart de leur nourriture, possédaient des faucilles et des mortiers. Si l'on y ajoute les nombreux ossements d'animaux capables de domestication, cela suggère qu'ils sont peut-être déjà devenus des producteurs réguliers de nourriture.</p>
<p>Le site le plus ancien encore découvert d'une communauté située à la frontière entre l'ancien et le nouvel âge de pierre se trouve à Jéricho en Palestine. Il y a neuf mille ans, les habitants de cette oasis du désert cultivaient des céréales et élevaient des moutons et des chèvres, en plus de chasser et collectionner. Cependant, ils ne fabriquaient pas encore de poterie ni n'utilisaient de haches en pierre broyée.</p>
<p>Il est donc difficile de savoir si les villageois de Jéricho I, la plus ancienne colonie, complétaient simplement leur alimentation par la production alimentaire, ou s'ils étaient allés jusqu'à faire de la production alimentaire le fondement de leur économie. Dans ce cas, ils auraient dépassé les frontières de la sauvagerie et seraient entrés dans la barbarie.</p>
<p>La situation est plus claire, mais pas encore indubitable, dans le cas du village le plus ancien, Jarmo, au Kurdistan, un village d'environ 30 maisons qui a été reconstruit 15 fois après sa fondation. Ses couches les plus profondes remontent à environ 6750 avant JC. Les habitants possédaient des chèvres et des moutons domestiqués. Non seulement ils cultivaient des céréales comme plantes cultivées, ce qui implique une histoire antérieure considérable, mais ils possédaient la plupart des équipements utilisés par les agriculteurs néolithiques ultérieurs pour transformer les céréales en pain. Ils avaient des lames de faucilles en silex, des mortiers ou des quernes pour casser le grain, des fours pour le dessécher et des bols en pierre pour manger leur bouillie. Dans les niveaux supérieurs, la poterie avait commencé à remplacer certains récipients en pierre.</p>
<p>Tout cela implique que les habitants de Jarmo avaient laissé derrière eux la collecte de nourriture et vivaient de ce qu'ils produisaient eux-mêmes. Ils étaient devenus des producteurs alimentaires à part entière, de véritables villageois et agriculteurs.</p>
<p>Un éclairage intéressant sur l'aspect botanique de ce processus de transformation a été fourni par les données accumulées par le botaniste archéologique Hans Helbaek du Musée national danois. Les changements successifs dans les détails des grains carbonisés et dans les empreintes des parties végétales peuvent en dire autant à un botaniste à l'œil perçant que les changements successifs dans les outils et les artefacts peuvent en dire à un archéologue. Les plantes et les animaux domestiqués sont des artefacts vivants, produits des modifications et des manipulations de l'homme.</p>
<p>Le botaniste danois a conclu que le blé et l'orge Jarmo étaient des variétés précoces cultivées depuis plusieurs générations. Leurs producteurs étaient à plusieurs pas des premiers agriculteurs qui auraient prélevé les graines de plantes à l'état sauvage. Qui étaient donc ces pionniers ? Les creuseurs ont récemment découvert des caches de céréales sauvages dans des villages de chasseurs et de ramasseurs de graines. Ils ont peut-être commencé à récolter des céréales sauvages avant de planter intentionnellement le premier blé et l'orge.</p>
<p>Ainsi, un village de chasseurs d'environ 200 petites maisons en pierre découvert à Mureybat, dans le nord de la Syrie, contenait des ossements d'animaux sauvages à chacun des 17 niveaux. Des graines d'orge sauvage et de blé sont apparues au cinquième niveau à partir du bas, ainsi que des lames de faucille, des mortiers, des dalles de pierre plates et de petits foyers surélevés remplis de gros cailloux et de cendres. Mauritz Van Loon, de l'Oriental Institute of Chicago, pense que les cailloux ont été chauffés et utilisés pour casser les graines sauvages.</p>
<p>Il a fallu environ 2 500 ans pour passer de la chasse à l'agriculture et arriver aux premiers villages agricoles. Selon les indications actuelles, la séquence d'étapes de cette révolution productrice d'aliments a commencé avec la domestication des animaux vers 10 000 avant JC, s'est poursuivie dans les hameaux de collecteurs de graines et a culminé avec l'émergence de communautés agricoles vers 7 500 avant JC.</p>
<p>Ce récit montre qu'avant de pouvoir se débarrasser de leur dépendance à l'égard de la cueillette de nourriture, les premiers domestiqués de plantes et d'animaux ont dû passer par des étapes intermédiaires au cours desquelles le mode primitif d'obtention des moyens de subsistance était combiné soit à la nourriture, soit à l'élevage, voire même à l'élevage. les deux. Dans la première phase, la production alimentaire est restée subordonnée et complémentaire à la chasse et à la recherche de nourriture jusqu'à ce que les nouvelles techniques et forces de production deviennent prédominantes. Juste avant ce tournant crucial, une période a dû arriver où les activités totales et le produit du travail communal étaient répartis à peu près également entre les deux, et il aurait été difficile de dire si le groupe appartenait à une catégorie ou à une autre.</p>
<p>Cette contradiction interne serait résolue par le développement ultérieur de nouvelles forces productives plus dynamiques. Ainsi, lorsque l'alimentation et l'élevage ont été introduits dans la culture européenne de l'âge de pierre, moins avancée, quelques milliers d'années plus tard, les habitants de Starcevo qui vivaient dans la péninsule balkanique ont appris à pratiquer un système de rotation des cultures et des pâturages qui rendait la chasse et la pêche moins difficiles. et moins vital pour leur économie.</p>
<p>Les ambiguïtés insurmontables de la frontière séparant les cueilleurs et les producteurs de nourriture ont été soulignées dans un récent récit de l'essor de la civilisation mésopotamienne. « Avec le matériel dont nous disposons, nous ne pouvons pas identifier le passage crucial d'une économie de collecte de nourriture à une économie de production alimentaire. On peut affirmer que les houes pourraient être utilisées aussi bien pour arracher que pour labourer, les faucilles pour récolter le blé naturel ou cultivé, les quernes et les mortiers pour broyer et piler les graines sauvages ou même les pigments minéraux ; et il n'est pas toujours facile de décider si les os de mouton ou de bétail appartenaient à des animaux sauvages ou à des animaux domestiques. Tout bien considéré, notre meilleur critère est peut-être la présence sur un site d'habitations permanentes, car l'agriculture lie l'homme à la terre. Mais là encore, il est parfois difficile de tracer une ligne nette entre les cabanes en pierre des chasseurs, pour qui l'agriculture était une activité occasionnelle, et les fermes des paysans pleinement sédentaires. » ( Irak ancien , Georges Roux, 1964. p. 54 .)</p>
<p>Village, ville et ville</p>
<p>L'agriculture est la base des établissements humains permanents qui ont fourni les principales forces motrices du progrès depuis l'époque sauvage. Le village, la ville et la cité sont les trois sortes de communautés qui jalonnent le chemin de la barbarie à la civilisation. L'évolution du village vers la ville met en évidence le caractère transitionnel et contradictoire de la ville, deuxième maillon de la séquence des habitations humaines.</p>
<p>L'agriculture a consolidé et proliféré, voire créé, le village. Ce type d'établissement durable constitue la cellule, l'unité de base de toutes les structures sociales enracinées dans l'agriculture. Il s'agit de formes de société qui s'étendent depuis la naissance de la barbarie jusqu'au capitalisme industriel.</p>
<p>Le problème des formations transitionnelles se pose avec le plus d'acuité après l'émergence de la communauté agricole par le développement du village en ville aux débuts de la civilisation. Basé sur l'agriculture ou la polyculture avec un artisanat familial, le village est commun à la fois à la barbarie et à la civilisation. Elle est peu nombreuse, autonome, avec une division rudimentaire du travail social.</p>
<p>La ville est un village agrandi né de l'expansion des forces productives. C'est une agglomération de résidents permanents située entre le village et la ville et transitoire entre eux. Il est difficile de tracer une frontière nette entre un village et une ville, mais il existe un point précis à partir duquel la ville se transforme en ville.</p>
<p>La ville n'est pas seulement quantitativement mais aussi qualitativement différente d'un village ou d'une ville car elle repose sur un fondement économique différent. C'est le résultat d'une division du travail bien plus avancée entre les habitants ruraux et urbains. Les rois, prêtres, fonctionnaires, soldats, artisans et marchands des villes ne produisent pas leur propre nourriture. Ils subsistent grâce au surplus de nourriture provenant de la production des producteurs directs, agriculteurs ou pêcheurs, qui peuvent dans certains cas habiter dans l'enceinte de la ville mais résident pour la plupart dans des communautés villageoises en dehors de ses murs ou de ses frontières.</p>
<p>La ville est l'expression organisée, l'incarnation visible d'une société hautement stratifiée basée sur la division entre les cultivateurs de la terre qui assurent la subsistance et les couches de consommateurs qui produisent d'autres biens et les administrateurs de diverses sortes qui remplissent des fonctions sociales supérieures. La ville en vient à dominer le pays et est la force qui civilise les barbares.</p>
<p>La ville est d'un côté un village envahi par la végétation et de l'autre une ville embryonnaire. Il présente des caractéristiques communes aux deux types d'habitat sans l'être ni l'un ni l'autre. Contrairement au village, il n'est pas entièrement rural mais est plus grand et plus complexe. En même temps, elle est plus petite, moins diversifiée, moins développée, moins centralisée et moins puissante que la ville.</p>
<p>Ni rurale ni urbaine, la ville a un caractère indéterminé et une connotation imprécise et fluctuante. Il n'est pas facile de dégager l'ensemble des traits positifs qui distinguent la ville du village dont elle est issue ou du statut de ville vers lequel elle pourrait tendre. Cette ambiguïté est inscrite dans sa constitution en tant que forme intermédiaire d'établissement permanent.</p>
<p>La ville illustre ainsi la fluidité congénitale d'une forme transitionnelle. Sa structure est amorphe ; ses frontières sont floues. Cette indétermination, inhérente à sa nature même, se reflète dans le concept de « ville », également assombri par un flou insurmontable.</p>
<p>LA TRANSITION DE L'ESCLAVAGE ROMAIN AU FÉUDALISME</p>
<p>Le passage de la cueillette à la production alimentaire, du village à la ville et de la propriété communale à la propriété privée sont des exemples majeurs de changements fondamentaux dans la vie de l'humanité sur la voie d'une société de classes. Alors que la société de classes passait de l'esclavage au capitalisme, de nombreuses formations hautement anormales sont nées du remplacement d'un mode de production fondamental par un autre. Un cas qui a suscité une controverse considérable tant parmi les historiens universitaires que parmi les universitaires marxistes concerne la nature de l'organisation sociale en Occident issue de la chute de l'Empire romain.</p>
<p>La société ouest-européenne du IVe au IXe siècle après J.-C. se situait entre la ruine de l'État esclavagiste romain et la naissance de la féodalité. Cette formation intermédiaire résultait du mélange d'éléments issus de la civilisation romaine décadente et de la barbarie germanique en désintégration – deux sociétés à des niveaux de développement très différents – en une configuration variée qui ne se conformait ni au mode de production esclavagiste antérieur ni à la forme féodale. qui en est sorti.</p>
<p>Le mouvement historique depuis l'Antiquité esclavagiste jusqu'au féodalisme européen a suivi un chemin plus complexe et plus détourné que le passage du féodalisme au capitalisme. L'organisation féodale n'est pas issue directement et immédiatement de son prédécesseur dans la séquence des sociétés de classes.</p>
<p>L'Empire romain ne contenait aucune force sociale capable de remplacer l'ordre d'exploitation obsolète par une économie plus productive. La population esclave s'est révoltée à plusieurs reprises mais n'a pas eu accès aux conditions économiques et sociales nécessaires à l'établissement d'un nouvel ordre. Le système esclavagiste a sombré dans une impasse qui ne laissait aucune issue à une révolution sociale et politique progressiste.</p>
<p>À partir du IVe siècle, la civilisation romaine décline. Le gouvernement impérial fit faillite ; les villes se sont délabrées ; le commerce tomba dans des proportions insignifiantes ; les propriétaires fonciers et les masses agraires végétaient dans l'isolement rural. Le désordre général et le déclin des forces productives ont marqué le début de l'âge des ténèbres.</p>
<p>Ces conditions de décomposition ont duré près de cinq siècles. Cependant, à cette époque, une lente revitalisation de la vie économique commençait à se manifester sous la stagnation superficielle. L'agriculture était au centre des processus de régénération. Pour jeter les bases d'une forme supérieure de production sociale, il fallait reconstituer deux classes. L'une était la force de travail des cultivateurs du sol ; l'autre était la classe des propriétaires fonciers.</p>
<p>Le noyau originel de la paysannerie soumise provenait des petits agriculteurs, ou coloni , mais pas comme ils l'étaient sous la domination romaine. Les colons passèrent de leur statut marginal de semi-serfs sous la domination romaine au statut d'agriculteurs libres organisés en communautés dispersées jusqu'à ce que, fuyant la faim, la détresse et le danger, ils tombèrent en nombre considérable sous la protection et donc sous la domination de la noblesse terrienne.</p>
<p>Leurs maîtres étaient également d'une nouvelle race. Ils étaient composés de la noblesse nouvellement créée, de la caste militaire et de la hiérarchie ecclésiale qui sont devenues une aristocratie agraire distincte et puissante de 500 à 1000 après JC.</p>
<p>Le siège principal de la féodalité occidentale n'était pas en Italie mais en France et en Allemagne. La transformation des conquérants germaniques de Rome de la barbarie au féodalisme fut plus déterminante pour l'avenir que leur conversion concomitante au christianisme en raison des contributions indispensables qu'ils apportèrent à l'organisation sociale post-impériale.</p>
<p>La dissolution des liens tribaux et claniques a conduit à des différenciations sociales prononcées entre les Francs et les autres peuples. De membres plus ou moins égalisés des groupements tribaux, la masse de la population agricole s'est transformée d'abord en paysans libres, puis en serfs à mesure qu'ils s'appauvrissaient et passaient à la soumission héréditaire à leur seigneur suzerain. Le servage semble s'être largement implanté à partir du IXe siècle.</p>
<p>Même si la féodalité reposait sur de grandes propriétés foncières comme forme de propriété, elle n'était pas enracinée dans une production à grande échelle. La culture du sol était assurée par de petits producteurs. Quelle que soit l'étendue du manoir ou du domaine du propriétaire, il était exploité par un groupe de familles de serfs ou de paysans. La transition économique de l'esclavage au féodalisme consistait donc dans le remplacement des latifundia esclaves des propriétaires romains et des ménages individuels des communautés germaniques par un type de petite agriculture plus productif.</p>
<p>Les envahisseurs ont fourni des ingrédients importants pour élever le niveau technique et social du régime féodal naissant. Ils introduisirent de nouvelles cultures comme le seigle, l'avoine, l'épeautre et le houblon, ainsi que le savon et le beurre. La charrue à lourdes roues a permis le développement du système de labour à trois champs dont dépendait le manoir médiéval. Grâce à l'étrier, au collier du cheval, au harnais tandem et au fer, les chevaux pouvaient être utilisés à la place des bœufs pour tirer la charrue ; ils avaient quatre fois la puissance de traction des animaux de trait antérieurs.</p>
<p>Une autre innovation clé était la roue hydraulique, connue depuis l'Antiquité mais utilisée uniquement sous sa forme la plus simple. Les moulins à eau médiévaux étaient des installations vastes et coûteuses qui appartenaient aux seigneurs féodaux, mais dans lesquelles leurs dépendants pouvaient apporter leur grain pour le moudre. La création d'une technologie agricole plus efficace au cours de l'âge des ténèbres a ouvert la voie à une augmentation de la productivité agricole en Europe du Nord à partir du IXe siècle. Comme le souligne le professeur Lynn White dans Technology and Invention in the Middle Ages : « En technologie, au moins, l'âge des ténèbres marque une avancée constante et ininterrompue sur l'Empire romain. »</p>
<p>Certaines caractéristiques héritées du collectivisme tribal ont également eu des conséquences importantes dans la préparation de l'avènement du nouvel ordre. Lorsque les terres conquises par les Allemands furent attribuées à des ménages individuels et que la hiérarchie des subordonnés et des supérieurs s'établit, les bois et les pâturages furent réservés à l'usage commun et de nombreuses autres coutumes d'activité collective furent conservées. Ces vestiges de possession commune incorporés à l'économie agraire renforçaient la solidarité communautaire, rendaient les serfs et les vilains moins dépendants de leurs maîtres et donnaient à la masse des travailleurs ruraux un certain contrôle sur leurs moyens de subsistance, ce qui atténuait leur servitude et augmentait leur marge. de liberté.</p>
<p>La société qui s'étendait des empires romains aux empires carolingiens était un conglomérat d'éléments englobant l'esclavage, la barbarie, l'agriculture paysanne et les relations féodales naissantes. La structure féodale s'est finalement cristallisée à partir de ce plasma bigarré lorsque les dépendants romains et les colons germaniques ont renoncé à leurs positions de paysans libres et sont entrés dans le servage.</p>
<p>Le cours contradictoire du développement qui a marqué la période prolongée de transition de l'esclavage romain à l'époque féodale invalide tout schéma rigide d'évolution historique fondé sur une ligne de succession indéviante d'une forme de production à la suivante. La population indigène du monde romano-germanique est tombée à un niveau inférieur de production et de culture avant de rassembler les conditions d'un mode d'existence supérieur. Cette discontinuité dans la croissance économique illustre la nature dialectique des processus concrets d'évolution sociale. Loin de suivre mécaniquement les voies prescrites, les peuples du passé ont souvent reculé avant de franchir l'étape suivante du progrès historique.</p>
<p>Fabrication : le tremplin de l'artisanat à l'industrie des machines</p>
<p>Le capitalisme a directement supplanté le féodalisme en Europe occidentale et, ce faisant, a engendré un ensemble de phénomènes économiques de transition. Parmi eux se trouvait l'industrie manufacturière qui, en tant que pont entre l'industrie médiévale et moderne, fut l'un des développements essentiels dans l'émergence de la société bourgeoise.</p>
<p>Dans les corporations artisanales urbaines, le maître artisan possédait tous les moyens de production, depuis les matières premières jusqu'à l'atelier qui abritait habituellement sa famille et sa main-d'œuvre composée d'apprentis et de compagnons. Il vendait le produit fini sur un marché local et réglementé et empochait les bénéfices. Cette simple production marchande à petite échelle était extrêmement restreinte, dispersée, routinière, statique et monopolistique.</p>
<p>Le système manufacturier a contourné, démantelé et remplacé les associations de corporations, allant au-delà de ce type d'industrie à d'importants égards. Contrairement au maître de guilde, qui était un petit producteur personnel, le fabricant rassemblait sous un même toit de nombreux travailleurs sans propriété, achetait leur force de travail contre salaire et les soumettait au contrôle du capital. Le travail est ainsi devenu social plutôt qu'individuel. Chaque élément des opérations de l'entrepreneur était à plus grande échelle : il lui fallait plus d'argent, de plus grandes quantités de matières premières, de vastes ateliers, de meilleurs outils, une subdivision détaillée du travail, une supervision intense, des calculs plus minutieux et une planification à plus long terme.</p>
<p>Cette croissance quantitative a généré de nombreuses améliorations qualitatives dans l'industrie. L'industrie capitaliste était bien plus productive, innovante et progressiste que le système des corporations. Pourtant, ses artisans, artisans et contremaîtres utilisaient essentiellement les mêmes méthodes techniques que leurs prédécesseurs médiévaux. Ils disposaient de peu ou pas de puissance mécanique et comptaient exclusivement sur un travail manuel utilisant des outils simples. Dans cette forme rudimentaire d'économie capitaliste, les relations de production avancées étaient liées à une technologie ancienne remontant à l'aube de la civilisation.</p>
<p>La contradiction interne de ce type transitoire d'activité capitaliste a été brisée et surmontée avec l'introduction des machines à vapeur dans l'industrie et les transports. L'industrie mécanique a façonné le prolétariat moderne ; elle a permis aux capitalistes d'exploiter au maximum le travail salarié en réduisant la valeur des marchandises et en augmentant ainsi la plus-value produite par les ouvriers et appropriée par les capitalistes. C'est sur cette base technique que le mode de production capitaliste a pour la première fois pu voler de ses propres ailes et s'est lancé à la conquête du globe. Mais elle n'aurait pu se lancer dans cette carrière que si l'industrie avait laissé derrière elle le système des corporations et préparé l'avènement de la technologie la mieux adaptée aux besoins de l'accumulation du capital.</p>
<p>Régimes et sociétés de transition au XXe siècle</p>
<p>Passons des débuts du capitalisme à sa phase finale et concentrons-nous sur les principaux problèmes posés par la transformation de la société au XXe siècle, qui voit à la fois l'agonie du capitalisme et les affres de l'accouchement du socialisme.</p>
<p>Le processus révolutionnaire contemporain vise à saper et à abolir le pouvoir et la propriété des propriétaires capitalistes et des classes privilégiées archaïques qui s'accrochent comme des parasites à leur domination. Le mécanisme politique de cette révolution sociale consiste dans le transfert du pouvoir d'État de ces classes possédantes vers les principaux producteurs de richesse, le prolétariat et ses alliés.</p>
<p>Les révolutionnaires du XXe siècle doivent opérer dans trois principaux types de situations transitionnelles. Considérons-les dans l'ordre de progression vers les objectifs ultimes de la révolution socialiste.</p>
<p>La première s'étend sur la période de préparation au renversement de l'ancien régime. Les masses laborieuses passent d'une condition non révolutionnaire, où les fondements sociaux et politiques de l'ordre établi sont stables et solides, à une période pré-révolutionnaire ou, au-delà, vers une confrontation directe avec les détenteurs du pouvoir. À ce stade, même si la classe dirigeante perd son emprise, les forces destinées à la déloger et à la remplacer ne sont pas encore prêtes ou capables de contester sa suprématie.</p>
<p>Le passage d'une situation moins révolutionnaire à une situation plus révolutionnaire nécessite une stratégie spéciale employant un ensemble de revendications qui, d'une part, sont adaptées aux conditions et à la conscience des masses et, d'autre part, les mèneront vers l'objectif. de la conquête du pouvoir. La reconnaissance des caractéristiques particulières de cette période intérimaire dans le développement de la lutte des classes – qui n'est ni totalement non révolutionnaire ni totalement révolutionnaire mais va dans cette direction – est la base objective des revendications transitionnelles incorporées dans le programme de la Quatrième Internationale. adoptée lors de sa fondation en 1938.</p>
<p>Le but avoué de ce programme est de promouvoir et de faciliter le passage du prolétariat du souci de ses besoins immédiats à la compréhension de la nécessité de diriger sa lutte toujours plus consciemment et énergiquement contre les bases du régime bourgeois. De cette manière, un État pré-révolutionnaire peut se transformer en un État révolutionnaire, à mesure que les masses passent des positions défensives à l'action offensive. Un tel pas a été franchi, par exemple, lors de la grève générale française de mai-juin 1968.</p>
<p>Le processus révolutionnaire de notre époque a un caractère permanent. Ainsi, une fois engagées dans une action révolutionnaire directe à grande échelle, les masses entrent dans une deuxième sorte de période de transition, plus élevée. La classe ascendante, destinée à exercer la souveraineté à la place des anciens dirigeants, ne peut pas concentrer tout le pouvoir entre ses mains du jour au lendemain. Il est encore moins capable de reconstruire en profondeur les relations sociales dans son propre pays en quelques décennies. Ainsi, après que l'alignement précédent des forces de classe a été radicalement bouleversé, il s'ensuit généralement un intervalle plus ou moins prolongé pendant lequel le régime capitaliste ou colonialiste a été brisé mais où un nouveau pouvoir gouvernemental stable, reposant carrément sur les forces de classe révolutionnaires, n'a pas encore été mis en place. être solidement établi.</p>
<p>Durant cette période de transition, où le pouvoir suprême est transféré des anciens dirigeants aux masses laborieuses, des formes de gouvernement peuvent apparaître qui sont extrêmement contradictoires, divisées intérieurement, instables et éphémères. Le premier exemple d'un tel interrègne avait un caractère classique. C'est le gouvernement provisoire qui a tenté en vain de gouverner la Russie entre les révolutions de février et d'octobre 1917.</p>
<p>Les partisans de ce régime paralysé cherchaient à imposer à une nation en pleine révolution une configuration politique intermédiaire entre le tsarisme et le bolchevisme, entre la domination obsolète de la monarchie et des propriétaires terriens et la domination des ouvriers et des paysans, entre Capitalisme féodal et socialisme. Ce fut une expérience désespérée et malheureuse car, dans les circonstances de la guerre mondiale et de la gravité des conflits de classes, aucun gouvernement hybride de ce type ne pouvait résoudre les problèmes urgents de la paix, du pain et de la terre. Le véritable choix était entre une dictature militaire contre-révolutionnaire ou la dictature des travailleurs soutenus par la paysannerie.</p>
<p>Le gouvernement provisoire et les soviets constituaient un double pouvoir dans lequel les camps de classes en conflit se compensaient. Pour sortir de l'impasse, il fallait écraser et éliminer l'un ou l'autre de ces opposants. Dans l'épreuve de force qui s'ensuivit, les soviets sortirent victorieux, grâce au type de leadership fourni par les bolcheviks.</p>
<p>Depuis 1917, des situations analogues de double pouvoir sont apparues dans de nombreuses révolutions avec des résultats variés. Cuba et l'Algérie ont fourni les exemples les plus récents et les plus dramatiques dans les pays coloniaux. À Cuba, grâce aux qualifications exceptionnelles de Castro et des dirigeants du 26 juillet, la période de transition du double pouvoir de 1959 à 1961 s'est soldée par l'éviction des conciliateurs procapitalistes, la consolidation du régime révolutionnaire et l'expropriation des autochtones et des autochtones. propriétaires étrangers.</p>
<p>En Algérie, en revanche, le processus révolutionnaire n'a pas encore abouti à une conclusion aussi heureuse. Après la conquête de l'indépendance nationale, la marche vers le socialisme a été interrompue par le coup d'État contre Ben Bella et a régressé sous Boumedienne. L'Algérie est le parfait exemple d'une révolution inachevée, stoppée à mi-chemin de sa progression du colonialisme et du capitalisme vers un État ouvrier.</p>
<p>Cela nous amène à la troisième et plus haute catégorie des périodes de transition de notre époque. Une fois que la question du pouvoir de classe a été résolue de manière décisive avec la victoire des ouvriers et des paysans et que les bases socio-économiques du nouvel ordre ont été posées par la dépossession des capitalistes et des propriétaires fonciers, une nouvelle formation sociale commence à prendre forme. L'État ouvrier a nécessairement un caractère transitoire. Même s'il s'est détaché des exploiteurs du travail et s'est engagé sur la voie du socialisme, il lui reste encore à développer les forces productives et à créer les relations humaines propres au nouveau système.</p>
<p>La tâche historique du pouvoir prolétarien est de réaliser les conditions préalables au socialisme sur la base des nouveaux rapports de production. Ce serait un travail ardu et prolongé dans les meilleures conditions. Malheureusement, le contexte historique mondial au cours des 50 premières années de l'actuelle période de transition du capitalisme vers le socialisme s'est révélé bien plus défavorable que ne l'avaient prévu les fondateurs du marxisme, car les premières révolutions anticapitalistes victorieuses ont eu lieu dans les pays les moins préparés au changement. de nouvelles méthodes de production et de politique.</p>
<p>Tous les peuples, de la Russie à Cuba, qui ont chassé les classes possédantes et établi un pouvoir d'État révolutionnaire de type socialiste, n'avaient pas connu auparavant de rénovation de leurs structures sociales et politiques selon des lignes démocratiques bourgeoises. Ils furent donc obligés d'entreprendre des tâches présocialistes telles que l'abolition de la féodalité, la réforme agraire, l'indépendance et l'unification nationales, la démocratisation de leur vie politique ainsi que le renversement de la domination impérialiste et des relations capitalistes. Ils étaient surchargés par la combinaison colossale de tâches présocialistes et socialistes à la fois. Leur construction d'un nouvel ordre social a été rendue encore plus compliquée et difficile par les pressions et les ingérences de l'impérialisme et par leur retard économique et culturel hérité.</p>
<p>En conséquence, ces régimes transitionnels ont été soumis à divers degrés de dégénérescence ou de déformation. Ils présentent d'étranges mélanges de caractéristiques progressistes et régressives, les premières appartenant à la nouvelle société en devenir, les secondes découlant des conditions passées et des pressions impérialistes.</p>
<p>Par exemple, l'Union soviétique regorge de contradictions à tous les niveaux de sa vie. Dans cet État ouvrier, les travailleurs n'ont aucun pouvoir politique et la liberté d'expression est sévèrement restreinte. Pour le transport, d'énormes avions à réaction filent à toute vitesse au-dessus des étendues sauvages sans pistes et des chemins de terre où les charrettes des paysans grincent dans des ornières bien usées, comme elles le font depuis des siècles. Un pays à l'avant-garde de la technologie, de la science et de l'industrie est faible dans les sciences sociales – économie politique, sociologie, histoire et philosophie – où son héritage marxiste devrait en faire le plus fort. Le public soviétique n'avait accès à aucune histoire fiable sur ses origines révolutionnaires à l'occasion du 50e anniversaire d'octobre. De telles anomalies sont la marque de la structure sociale soviétique, façonnée et déformée au cours de la première phase de la transition du capitalisme au socialisme. Cependant, les contradictions ne sont pas seulement des stigmates et des pierres d'achoppement, mais aussi des moteurs de discorde et de progrès. Les États ouvriers ne sont pas stagnants mais très mobiles. En dernière analyse, ils doivent soit revenir en arrière vers le capitalisme, soit avancer vers le socialisme. Jusqu'à présent, aucun des peuples qui ont aboli le capitalisme ne l'a rétabli. À cet égard, l'histoire du XXe siècle a été jusqu'à présent à sens unique. Ce fait témoigne de l'immense puissance et de la vitalité des nouvelles institutions ainsi que de la débilité et de la désintégration du capitalisme mondial.</p>
<p>Les gouvernements des États ouvriers sont également en mutation. Ils peuvent soit retomber dans le despotisme bureaucratique, soit progresser vers une plus grande démocratie. Les trois étapes de l'histoire politique de l'Union soviétique depuis 1917 démontrent cette dialectique. Après la démocratie bouillonnante des premières années révolutionnaires, le pays a été plongé dans les terribles ténèbres de la tyrannie de Staline pendant trois décennies. Depuis lors, trop lentement mais sûrement, on assiste à un tournant vers la démocratisation qui doit aboutir à une confrontation entre les bureaucrates et les travailleurs.</p>
<p>À Cuba, depuis le début, malgré la résistance et de brefs détours en cours de route, la tendance principale a été vers une prise de décision accrue par les masses. La rupture de la Tchécoslovaquie avec l'autoritarisme et sa marche vers la démocratisation en 1968 ont été stoppées et inversées par l'intervention militaire de Moscou.</p>
<p>Le programme de la Quatrième Internationale contient également une série de propositions transitoires pour la lutte contre le bureaucratisme au sein des États ouvriers dégénérés et déformés. Ces revendications sont conçues pour accélérer et achever le mouvement vers la démocratie ouvrière dans les pays postcapitalistes et l'adoption de politiques et de perspectives socialistes révolutionnaires qui peuvent atténuer les affres de l'enfantement de la nouvelle société et raccourcir l'intervalle entre l'abolition du pouvoir capitaliste et le mouvement privé. propriété et la création de relations harmonieuses et égales pour toute l'humanité.</p>
<p>Bien que les relations économiques postcapitalistes et leurs superstructures existent depuis un demi-siècle, elles n'en sont qu'au stade élémentaire de leur processus historique de formation et restent sujettes à toutes les infirmités de l'enfance. De plus, ils doivent encore être installés dans l'habitat le plus propice à leur croissance.</p>
<p>Lorsque la société bourgeoise est issue de l'Europe occidentale féodale, les relations capitalistes n'ont pas pris possession d'un seul coup de l'ensemble de la vie sociale. Ils ont d'abord préempté le domaine du commerce où s'accumulait la richesse monétaire. Pendant ce temps, la production de richesses matérielles soit se poursuivait selon les anciennes méthodes, soit, comme dans le cas de l'industrie, passait à une manufacture qui conservait les anciennes techniques artisanales. Les nouvelles lois du développement capitaliste n'ont pas dépassé toutes les limites, pris le contrôle total de la vie économique et sociale et déployé leur immense puissance jusqu'à la révolution industrielle du début du XIXe siècle, basée sur la machine à vapeur, la grande industrie et l'usine. système, a profondément transformé les méthodes de production.</p>
<p>Une incomplétude comparable a caractérisé, et même défiguré, la première période de la transition du capitalisme au socialisme. Depuis 1917, les lois du développement socio-économique liées au nouveau système de production doivent fonctionner dans les conditions les moins favorables et les plus restrictives. Alors qu'ils nécessitaient les forces productives les plus avancées pour fonctionner efficacement, ils étaient confinés aux pays les plus pauvres et les plus arriérés, où ils devaient faire face à des régimes nationaux incompétents et bureaucratisés ainsi qu'à l'encerclement et à l'hostilité impérialistes à l'échelle mondiale.</p>
<p>Même dans des circonstances historiques aussi défavorables, le nouveau mode de production basé sur la propriété nationalisée et le principe de planification a révélé son efficacité et enregistré des réalisations colossales.</p>
<p>Malgré ces succès, les méthodes de développement socialiste n'ont pas encore eu l'occasion de manifester leur véritable potentiel. Implantés dans un sol pauvre, ils n'ont pas bénéficié de la nutrition ni de l'atmosphère adéquates pour leur floraison. Comme Marx l'a souligné il y a longtemps, le socialisme a besoin d'une classe ouvrière prépondérante et hautement cultivée, d'une industrie puissante, d'une économie bien équilibrée et d'une base internationale. Aucune de ces conditions préalables au socialisme n'a prévalu au cours du premier demi-siècle de la révolution anticapitaliste internationale. Ils ont dû être créés en grande partie de toutes pièces, sous la pression de la conscription forcée et au prix de sacrifices intolérables de la part des masses laborieuses.</p>
<p>Par conséquent, les lois de la transition du capitalisme au socialisme ont jusqu'à présent reçu une expression mutilée et inadéquate. Heureusement, la configuration des conditions historiques responsables de cet écart n'a pas un caractère permanent mais temporaire. Les distorsions des États ouvriers sont le produit néfaste du confinement du pouvoir prolétarien dans les pays les moins développés et de l'emprise du capitalisme sur les économies les plus industrialisées. Ces handicaps peuvent – et seront – être affaiblis et supprimés une fois que les travailleurs renverseront le régime capitaliste dans une ou plusieurs puissances impérialistes. Cette avancée permettra aux nouvelles lois du développement social de trouver un espace bien plus approprié et un champ d'application plus large pour leur expression et leur réalisation.</p>
<p>La conjoncture historique actuelle présente ce caractère paradoxal. La période de transition du capitalisme au socialisme a elle-même été obligée, en raison des progrès inégaux de la révolution mondiale, de passer par une situation de transition angoissante dans laquelle les forces du système social naissant ont été parquées dans une zone la moins adaptée à leurs capacités. . Ces restrictions anormales et épisodiques à leur croissance peuvent être éliminées à condition que la révolution socialiste s'étende à l'Europe occidentale, au Japon et, surtout, à l'Amérique du Nord. Lorsque les nouvelles tendances du développement socialiste pourront s'opérer librement et pleinement dans un environnement favorable, l'humanité émancipée sera étonnée des résultats.</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/works/history/ch09.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/works/history/ch09.htm?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc</a></p>
<p>TROTSKY</p>
<p>LE REGIME TRANSITOIRE</p>
<p>Est-il vrai, comme l'affirment les autorités officielles, que le socialisme soit déjà réalisé en U.R.S.S.? Si la réponse est négative, les succès acquis garantissent-ils tout au moins la réalisation du socialisme dans des frontières nationales, indépendamment du cours des événements dans le reste du monde ? L'appréciation critique des principaux indices de l'économie soviétique doit nous donner un point de départ dans la recherche d'une réponse juste. Mais nous ne pouvons nous passer d'une remarque théorique préalable.</p>
<p>Le marxisme procède du développement de la technique, comme du ressort principal du progrès, et bâtit le programme communiste sur la dynamique des forces de production. A supposer qu'une catastrophe cosmique ravage dans un avenir plus ou moins rapproché notre planète, force nous serait de renoncer à la perspective du communisme comme à bien d'autres choses. Abstraction faite de ce danger, problématique pour le moment, nous n'avons pas la moindre raison scientifique d'assigner par avance des limites, quelles qu'elles soient, à nos possibilités techniques, industrielles et culturelles. Le marxisme est profondément pénétré de l'optimisme du progrès et cela suffit, soit dit en passant, à l'opposer irréductiblement à la religion.</p>
<p>La base matérielle du communisme doit consister en un développement de la puissance économique de l'homme tel que le travail productif, cessant d'être une charge et une peine, n'ait besoin d'aucun aiguillon et la répartition — comme aujourd'hui dans une famille aisée ou une pension "convenable" — d'autre contrôle que ceux de l'éducation, de l'habitude, de l'opinion publique. Il faut, pour parler franc, une forte dose de stupidité pour considérer comme utopique une perspective aussi modeste en définitive.</p>
<p>Le capitalisme a préparé les conditions et les forces de la révolution sociale : la technique, la science, le prolétariat. La société communiste ne peut pourtant pas succéder immédiatement à la société bourgeoise ; l'héritage matériel et culturel du passé est insuffisant. A ses débuts, l'Etat ouvrier ne peut encore ni permettre à chacun de travailler "selon ses capacités", en d'autres termes, tant qu'il pourra et voudra, ni récompenser chacun "selon ses besoins", indépendamment du travail fourni. L'intérêt de l'accroissement des forces productives oblige à recourir aux normes habituelles du salaire, c'est-à-dire à la répartition de biens d'après la quantité et la qualité du travail individuel.<br class='autobr' />
Marx appelait cette première étape de la société nouvelle "le stade inférieur du communisme", le distinguant du stade supérieur où disparaît, en même temps que le dernier spectre du besoin, l'inégalité matérielle. "Nous n'en sommes naturellement pas encore au communisme complet, dit la doctrine soviétique officielle d'aujourd'hui, mais nous avons déjà réalisé le socialisme, c'est-à-dire le stade inférieur du communisme." Et d'invoquer à l'appui de cette thèse, la suprématie des trusts d'Etat dans l'industrie, des kolkhozes dans l'agriculture, des entreprises étatisées et coopératives dans le commerce. A première vue, la concordance est totale avec le schéma a priori — et partant hypothétique — de Marx. Mais du point de vue du marxisme précisément, la question ne concerne pas les seules formes de la propriété, indépendamment du rendement obtenu du travail. Marx entendait en tout cas par "stade inférieur du communisme" celui d'une société dont le développement économique serait dès le début supérieur à celui du capitalisme avancé. En théorie, cette façon de poser la question est irréprochable, car le communisme, considéré à l'échelle mondiale, constitue, même dans son stade initial, à son point de départ, un degré supérieur par rapport à la société bourgeoise. Marx s'attendait d'ailleurs à ce que les Français commencent la révolution socialiste, que les Allemands auraient continuée et les Anglais achevée. Quant aux Russes, il restaient loin à l'arrière-garde. La réalité a été inverse. Et tenter d'appliquer mécaniquement au cas particulier de l'U.R.S.S., dans la phase actuelle de son évolution, la conception historique universelle de Marx, c'est tomber aussitôt dans d'inextricables contradictions.</p>
<p>La Russie n'était pas le chaînon le plus résistant mais bien le plus faible du capitalisme. L'U.R.S.S. actuelle ne dépasse pas le niveau de l'économie mondiale, elle ne fait que rattraper les pays capitalistes. Si la société qui devait se former sur la base de la socialisation des forces productives des pays les plus avancés du capitalisme à son époque représentait pour Marx le "stade inférieur du communisme", cette définition ne s'applique manifestement pas à l'U.R.S.S. qui reste à ce jour beaucoup plus pauvre, quant à la technique, aux biens et à la culture, que les pays capitalistes. Il est donc plus exact d'appeler le régime soviétique actuel, avec toutes ses contradictions, non point socialiste mais transitoire entre le capitalisme et le socialisme, ou préparatoire au socialisme.</p>
<p>Ce souci d'une juste terminologie n'implique aucun pédantisme. La force et la stabilité des régimes se définissent en dernier lieu par le rendement relatif du travail. Une économie socialisée en train de dépasser, techniquement, le capitalisme, serait réellement assurée d'un développement socialiste en quelque sorte automatique, ce que l'on ne peut malheureusement dire en aucune façon de l'économie soviétique.</p>
<p>La plupart des apologistes vulgaires de l'U.R.S.S. telle qu'elle est sont enclins à raisonner à peu près ainsi : même en reconnaissant que le régime soviétique actuel n'est pas encore socialiste, le développement ultérieur des forces productives, sur les bases actuelles, doit tôt ou tard amener le triomphe complet du socialisme. Seul le facteur temps est en ce cas discutable. Est-ce donc la peine de faire tant de bruit ? Si incontestable que paraisse ce raisonnement, il est en réalité très superficiel. Le temps n'est nullement un facteur secondaire quand il s'agit d'un processus historique : il est infiniment plus dangereux de confondre le présent et le futur en politique qu'en grammaire. Le développement ne consiste pas, comme se le représentent les évolutionnistes vulgaires du genre des Webb, en l'accumulation planifiée et "l'amélioration" constante de ce qui est. Il comporte des transformations de la quantité en qualité, des crises, des bonds en avant et des reculs. Précisément parce que l'U.R.S.S. n'en est pas encore au premier stade du socialisme, système équilibré de production et de consommation, le développement n'y est pas harmonieux, mais contradictoire. Les contradictions économiques font naître les antagonismes sociaux qui déploient leur propre logique sans attendre le développement des forces productives. Nous venons de le voir dans la question du koulak, qui n'a pas consenti à se laisser "assimiler" par le socialisme et a exigé une révolution complémentaire à laquelle les bureaucrates et leurs idéologues ne s'attendaient pas. La bureaucratie, entre les mains de laquelle se concentrent le pouvoir et la richesse, consentira-t-elle à se laisser assimiler par le socialisme ? Il est permis d'en douter. Il serait en tout cas imprudent de se fier à sa parole. Dans quel sens évoluera, au cours des trois, cinq, dix années à venir le dynamisme des contradictions économiques et des antagonismes sociaux de la société soviétique ? Il n'y a pas encore de réponse définitive et incontestable à cette question. L'issue dépend de la lutte des forces vives de la société et pas seulement à l'échelle nationale, mais aussi à l'échelle internationale.</p>
<p>Chaque nouvelle étape nous impose dès lors l'analyse concrète des tendances et des rapports réels, dans leur connexion et leur constante interdépendance. L'importance d'une analyse de ce genre va ressortir à nos yeux dans la question de l'Etat soviétique.<br class='autobr' />
PROGRAMME ET REALITE</p>
<p>Après Marx et Engels, Lénine voit le premier trait distinctif de la révolution en ce qu'expropriant les exploiteurs elle supprime la nécessité d'un appareil bureaucratique dominant la société, et avant tout de la police et de l'armée permanente. "Le prolétariat a besoin de l'Etat, tous les opportunistes le répètent", écrivait Lénine en 1917, deux ou trois mois avant la conquête du pouvoir, "mais ils oublient d'ajouter que le prolétariat n'a besoin que d'un Etat dépérissant, c'est-à-dire tel qu'il commence aussitôt à dépérir et ne puisse pas ne pas dépérir" (L'Etat et la révolution). Cette critique était en son temps dirigée contre les socialistes réformistes du type des mencheviks russes, des fabiens anglais, etc. ; aujourd'hui, elle se retourne avec une force doublée contre les idolâtres soviétiques et leur culte de l'Etat bureaucratique qui n'a pas la moindre intention de "dépérir".</p>
<p>La bureaucratie est socialement requise toutes les fois que d'âpres antagonismes sont en présence et qu'il faut les "atténuer", les "accommoder", les "régler" (toujours dans l'intérêt des privilégiés et des possédants et toujours à l'avantage de la bureaucratie elle-même). L'appareil bureaucratique s'affermit et se perfectionne à travers toutes les révolutions bourgeoises, si démocratiques soient-elles. "Le fonctionnariat et l'armée permanente, écrit Lénine, sont des "parasites" sur le corps de la société bourgeoise, des parasites engendrés par les contradictions internes qui déchirent cette société, mais précisément des parasites qui en bouchent les pores..."<br class='autobr' />
A partir de 1918, c'est-à-dire du moment où le parti dut considérer la prise du pouvoir comme un problème pratique, Lénine s'occupa sans cesse de l'élimination de ces "parasites". Après la subversion des classes d'exploiteurs, explique-t-il et démontre-t-il dans l'Etat et la révolution, le prolétariat brisera la vieille machine bureaucratique et formera son propre appareil d'ouvriers et d'employés, en prenant, pour les empêcher de devenir des bureaucrates, des "mesures étudiées en détail par Marx et Engels : 1° éligibilité et aussi révocabilité à tout moment ; 2° rétribution non supérieure au salaire de l'ouvrier ; 3° passage immédiat à un état de choses dans lequel tous s'acquitteront des fonctions de contrôle et de surveillance, dans lequel tous seront momentanément des "bureaucrates", personne ne pouvant pour cela même se bureaucratiser." On aurait tort de penser qu'il s'agit pour Lénine d'une oeuvre exigeant des dizaines d'années ; non, c'est un premier pas : "On peut et on doit commencer par là en faisant la révolution prolétarienne."</p>
<p>Les mêmes vues hardies sur l'Etat de la dictature du prolétariat trouvèrent, un an et demi après la prise du pouvoir, leur expression achevée dans le programme du parti bolchevique et notamment dans les paragraphes concernant l'armée. Un Etat fort, mais sans mandarins ; une force armée, mais sans samouraïs ! La bureaucratie militaire et civile ne résulte pas des besoins de la défense, mais d'un transfert de la division de la société en classes dans l'organisation de la défense. L'armée n'est qu'un produit des rapports sociaux. La lutte contre les périls extérieurs suppose, cela va de soi dans l'Etat ouvrier, une organisation militaire et technique spécialisée qui ne sera en aucun cas une caste privilégiée d'officiers. Le programme bolchevique exige le remplacement de l'armée permanente par la nation armée.</p>
<p>Dès sa formation, le régime de la dictature du prolétariat cesse de la sorte d'être celui d'un "Etat" au vieux sens du mot, c'est-à-dire d'une machine faite pour maintenir dans l'obéissance la majorité du peuple. Avec les armes, la force matérielle passe directement, immédiatement, aux organisations des travailleurs telles que les soviets. L'Etat, appareil bureaucratique, commence à dépérir dès le premier jour de la dictature du prolétariat. Telle est la voix du programme qui n'a pas été abrogé à ce jour. Chose étrange, on croirait une voix d'outre-tombe sortant du mausolée...<br class='autobr' />
Quelque interprétation que l'on donne de la nature de l'Etat soviétique, une chose est incontestable : à la fin de ses vingt premières années, il est loin d'avoir "dépéri", il n'a même pas commencé à "dépérir" ; pis, il est devenu un appareil de coercition sans précédent dans l'histoire ; la bureaucratie, loin de disparaître, est devenue une force incontrôlée dominant les masses ; l'armée, loin d'être remplacée par le peuple en armes, a formé une caste d'officiers privilégiés au sommet de laquelle sont apparus des maréchaux, tandis que le peuple, "exerçant en armes la dictature", s'est vu refuser en U.R.S.S. jusqu'à la possession d'une arme blanche. La fantaisie la plus exaltée concevrait difficilement contraste plus saisissant que celui qui existe entre le schéma de l'Etat ouvrier de Marx-Engels-Lénine et l'Etat à la tête duquel se trouve aujourd'hui Staline. Tout en continuant à réimprimer les oeuvres de Lénine (en les censurant et en les mutilant, il est vrai), les chefs actuels de l'U.R.S.S. et leurs représentants idéologiques ne se demandent même pas quelles sont les causes d'un écart aussi flagrant entre le programme et la réalité. Efforçons-nous de le faire à leur place.<br class='autobr' />
LE DOUBLE CARACTÈRE DE L'ETAT SOVIÉTIQUE</p>
<p>La dictature du prolétariat est un pont entre les sociétés bourgeoise et socialiste. Son essence même lui confère donc un caractère temporaire. L'Etat qui réalise la dictature a pour tâche dérivée, mais tout à fait primordiale, de préparer sa propre abolition. Le degré d'exécution de cette tâche "dérivée" vérifie en un certain sens avec quel succès s'accomplit l'idée maîtresse : la construction d'une société sans classes et sans contradictions matérielles. Le bureaucratisme et l'harmonie sociale sont en proportion inverse l'un de l'autre.</p>
<p>Engels écrivait dans sa célèbre polémique contre Dühring : "...Quand disparaîtront en même temps que la domination de classe et que la lutte pour l'existence individuelle, engendrée par l'anarchie actuelle de la production, les heurts et les excès qui découlent de cette lutte, il n'y aura plus rien à réprimer, le besoin d'une force spéciale de répression ne se fera plus sentir dans l'Etat." Le philistin croit à l'éternité du gendarme. En réalité le gendarme maîtrisera l'homme tant que l'homme n'aura pas suffisamment maîtrisé la nature. Il faut, pour que l'Etat disparaisse, que disparaissent "la domination de classe et la lutte pour l'existence individuelle". Engels réunit ces deux conditions en une seule : dans la perspective de la succession des régimes sociaux, quelques dizaines d'années ne comptent guère. Les générations qui portent la révolution sur leurs propres épaules se représentent autrement les choses. Il est exact que la lutte de tous contre tous naît de l'anarchie capitaliste. Mais la socialisation des moyens de production ne supprime pas automatiquement "la lutte pour l'existence individuelle". Et c'est le pivot de la question !</p>
<p>L'Etat socialiste, même en Amérique, sur les bases du capitalisme le plus avancé, ne pourrait pas donner à chacun tout ce qu'il lui faut et serait par conséquent obligé d'inciter tout le monde à produire le plus possible. La fonction d'excitateur lui revient naturellement dans ces conditions et il ne peut pas ne pas recourir, en les modifiant et en les adoucissant, aux méthodes de rétribution du travail élaborées par le capitalisme. En ce sens précis, Marx écrivait en 1875 que "le droit bourgeois... est inévitable dans la première phase de la société communiste sous la forme qu'il revêt en naissant de la société capitaliste après de longues douleurs d'enfantement. Le droit ne peut jamais s'élever au-dessus du régime économique et du développement culturel conditionné par ce régime ".</p>
<p>Lénine, commentant ces lignes remarquables, ajoute : "Le droit bourgeois en matiere de répartition des articles de consommation suppose naturellement l'Etat bourgeois, car le droit n'est rien sans un appareil de contrainte imposant ses normes. Il apparaît que le droit bourgeois subsiste pendant un certain temps au sein du communisme, et même que subsiste l'Etat bourgeois sans bourgeoisie !"<br class='autobr' />
Cette conclusion significative, tout à fait ignorée des théoriciens officiels d'aujourd'hui, a une importance décisive pour l'intelligence de la nature de l'Etat soviétique d'aujourd'hui, ou plus exactement pour une première approximation dans ce sens. L'Etat qui se donne pour tâche la transformation socialiste de la société, étant obligé de défendre par la contrainte l'inégalité, c'est-à-dire les privilèges de la minorité, demeure dans une certaine mesure un Etat "bourgeois", bien que sans bourgeoisie. Ces mots n'impliquent ni louange ni blâme ; ils appellent seulement les choses par leur nom.</p>
<p>Les normes bourgeoises de répartition, en hâtant la croissance de la puissance matérielle, doivent servir à des fins socialistes. Mais l'Etat acquiert immédiatement un double caractère : socialiste dans la mesure où il défend la propriété collective des moyens de production ; bourgeois dans la mesure où la répartition des biens a lieu d'après des étalons capitalistes de valeur, avec toutes les conséquences découlant de ce fait. Une définition aussi contradictoire épouvantera peut-être les dogmatiques et les scolastiques ; il ne nous restera qu'à leur en exprimer nos regrets.</p>
<p>La physionomie définitive de l'Etat ouvrier doit se définir par la modification du rapport entre ses tendances bourgeoises et socialistes. La victoire des dernières doit signifier la suppression irrévocable du gendarme, en d'autres termes la résorption de l'Etat dans une société s'administrant elle-même. Ce qui suffit à faire ressortir l'immense importance du problème de la bureaucratie soviétique, fait et symptôme.</p>
<p>C'est précisément parce qu'il donne, de par toute sa formation intellectuelle, à la conception de Marx sa forme la plus accentuée, que Lénine révèle la source des difficultés à venir, y compris les siennes propres, bien qu'il n'ait pas eu le temps de pousser son analyse à fond. "L'Etat bourgeois sans bourgeoisie" s'est révélé incompatible avec une democratie soviétique authentique. La dualité des fonctions de l'Etat ne pouvait manquer de se manifester dans sa structure. L'expérience a montré ce que la théorie n'avait pas su prévoir avec une netteté suffisante : si "l'Etat des ouvriers armés" répond pleinement à ses fins quand il s'agit de défendre la propriété socialisée contre la contre-révolution, il en va tout autrement quand il s'agit de régler l'inégalité dans la sphère de la consommation. Ceux qui sont privés de propriété ne sont pas enclins à créer des privilèges et à les défendre. La majorité ne peut pas se montrer soucieuse des privilèges de la minorité. Pour défendre le "droit bourgeois", l'Etat ouvrier se voit contraint de former un organe du type "bourgeois", bref de revenir au gendarme, tout en lui donnant un nouvel uniforme.</p>
<p>Nous avons fait de la sorte le premier pas vers l'intelligence de la contradiction fondamentale entre le programme bolchevique et la réalité soviétique. Si l'Etat, au lieu de dépérir, devient de plus en plus despotique ; si les mandataires de la classe ouvrière se bureaucratisent, tandis que la bureaucratie s'érige au-dessus de la société rénovée, ce n'est pas pour des raisons secondaires, telles que les survivances psychologiques du passé, etc., c'est en vertu de l'inflexible nécessité de former et d'entretenir une minorité privilégiée, tant qu'il n'est pas possible d'assurer l'égalité réelle.<br class='autobr' />
Les tendances bureaucratiques qui étouffent le mouvement ouvrier devront aussi se manifester partout après la révolution prolétarienne. Mais il est tout à fait évident que plus est pauvre la société née de la révolution et plus cette "loi" doit se manifester sévèrement, sans détour ; et plus le bureaucratisme doit revêtir des formes brutales ; et plus il peut devenir dangereux pour le développement du socialisme. Ce ne sont pas les "restes", impuissants en eux-mêmes, des classes autrefois dirigeantes qui empêchent, comme le déclare la doctrine purement policière de Staline, l'Etat soviétique de dépérir et même de se libérer de la bureaucratie parasitaire, ce sont des facteurs infiniment plus puissants, tels que l'indigence matérielle, le manque de culture générale et la domination du "droit bourgeois" qui en découle dans le domaine qui intéresse le plus directement et le plus vivement tout homme : celui de sa conservation personnelle.<br class='autobr' />
GENDARME ET "BESOIN SOCIALISE"</p>
<p>Le jeune Marx écrivait, deux ans avant le Manifeste communiste : "Le développement des forces productives est pratiquement la condition première absolument nécessaire [du communisme] pour cette raison encore que l'on socialiserait sans lui l'indigence et que l'indigence ferait recommencer la lutte pour le nécessaire et par conséquent ressusciter tout le vieux fatras..." Cette idée, Marx ne l'a développée nulle part, et ce n'est pas par hasard : il ne prévoyait pas la victoire de la révolution dans un pays arriéré. Lénine ne s'y est pas arrêté non plus, et ce n'est pas davantage par hasard : il ne prévoyait pas un si long isolement de l'Etat soviétique. Or, le texte que nous venons de citer n'étant chez Marx qu'une supposition abstraite, un argument par opposition, nous offre une clef théorique unique pour aborder les difficultés tout à fait concrètes et les maux du régime soviétique.<br class='autobr' />
Sur le terrain historique de la misère, aggravée par les dévastations des guerres impérialiste et civile, "la lutte pour l'existence individuelle", loin de disparaître au lendemain de la subversion de la bourgeoisie, loin de s'atténuer dans les années suivantes, a connu par moments un acharnement sans précédent : faut-il rappeler que des actes de cannibalisme se sont produits par deux fois dans certaines régions du pays ?</p>
<p>La distance qui sépare la Russie de l'Occident ne se mesure véritablement qu'à présent. Il faudrait à l'U.R.S.S., dans les conditions les plus favorables, c'est-à-dire en l'absence de convulsions intérieures et de catastrophes extérieures, plusieurs lustres pour assimiler complètement l'acquis économique et éducatif qui a été, pour les premiers nés de la civilisation capitaliste, le fruit des siècles. L'application des méthodes socialistes à des tâches pré-socialistes, tel est maintenant le fond du travail économique et culturel de l'U.R.S.S.</p>
<p>Il est vrai que l'U.R.S.S. dépasse aujourd'hui par ses forces productives les pays les plus avancés du temps de Marx. Mais, tout d'abord, dans la compétition historique de deux régimes, il s'agit bien moins de niveaux absolus que de niveaux relatifs : l'économie soviétique s'oppose au capitalisme de Hitler, de Baldwin et de Roosevelt et non à celui de Bismarck, de Palmerston et d'Abraham Lincoln ; en second lieu, l'ampleur même des besoins de l'homme se modifié radicalement avec la croissance de la technique mondiale : les contemporains de Marx ne connaissaient ni l'automobile, ni la T. S. F., ni l'avion. Or la société socialiste serait inconcevable de notre temps sans le libre usage de tous ces biens.</p>
<p>"Le stade inférieur du communisme", pour employer le terme de Marx, commence à un niveau dont le capitalisme le plus avancé s'est rapproché. Or le programme réel des prochaines périodes quinquennales des républiques soviétiques consiste à "rattraper l'Europe et l'Amérique". Pour créer un réseau de routes goudronnées et d'autoroutes dans les vastes espaces de l'U.R.S.S., il faut beaucoup plus de temps et de moyens que pour importer d'Amérique des fabriques d'automobiles toutes prêtes et même pour s'approprier leur technique. Combien d'années faudra-t-il pour donner à tout citoyen la possibilité d'user d'une automobile dans toutes les directions sans rencontrer de difficultés de ravitaillement en essence ? Dans la société barbare, le piéton et le cavalier formaient deux classes. L'auto ne différencie pas moins la société que le cheval de selle. Tant que la modeste Ford demeure le privilège d'une minorité, tous les rapports et toutes les habitudes propres à la société bourgeoise survivent. Avec eux subsiste l'Etat, gardien de l'inégalité.</p>
<p>Procédant uniquement de la théorie marxiste de la dictature du prolétariat, Lénine n'a pu, ni dans son ouvrage capital sur la question (L'Etat et la révolution), ni dans le programme du parti, faire, concernant le caractère de l'Etat, toutes les déductions imposées par la condition arriérée et l'isolement du pays. Expliquant les résurgences de la bureaucratie par l'inexpérience administrative des masses et les difficultés nées de la guerre, le programme du parti prescrit des mesures purement politiques pour surmonter les "déformations bureaucratiques" : éligibilité et révocabilité à tout moment de tous les mandataires, suppression des privilèges matériels, contrôle actif des masses. On pensait que, sur cette voie, le fonctionnaire cesserait d'être un chef pour devenir un simple agent technique, d'ailleurs provisoire, tandis que l'Etat quitterait peu à peu, sans bruit, la scène.</p>
<p>Cette sous-estimation manifeste des difficultés futures s'explique par le fait que le programme se fondait entièrement, sans réserves, sur une perspective internationale. "La révolution d'Octobre a réalisé en Russie la dictature du prolétariat... L'ère de la révolution prolétarienne communiste universelle s'est ouverte." Telles sont les premières lignes du programme. Les auteurs de ce document ne se donnaient pas uniquement pour but l'édification du "socialisme dans un seul pays" — cette idée ne venait alors à personne et à Staline moins qu'à tout autre — et ils ne se demandaient pas quel caractère prendrait l'Etat soviétique s'il lui fallait accomplir seul pendant vingt ans les tâches économiques et culturelles depuis longtemps accomplies par le capitalisme avancé.<br class='autobr' />
La crise révolutionnaire d'après-guerre n'a cependant pas amené la victoire du socialisme en Europe : la social-démocratie a sauvé la bourgeoisie. La période qui paraissait à Lénine et à ses compagnons d'armes devoir être une courte "trêve" est devenue toute une époque de l'histoire. La structure sociale contradictoire de l'U.R.S.S. et le caractère ultra-bureaucratique de l'Etat soviétique sont les conséquences directes de cette singulière "difficulté" historique imprévue, qui a en même temps amené les pays capitalistes au fascisme ou à la réaction préfasciste.<br class='autobr' />
Si la tentative du début — créer un Etat débarrassé du bureaucratisme — s'est avant tout heurtée à l'inexpérience des masses en matière d'auto-administration, au manque de travailleurs qualifiés dévoués au socialisme, etc., d'autres difficultés n'allaient pas tarder à se faire sentir. La réduction de l'Etat à des fonctions "de recensement et de contrôle", les fonctions de coercition s'amoindrissant sans cesse, comme l'exige le programme, supposait un certain bien-être. Cette condition nécessaire faisait défaut. Le secours de l'Occident n'arrivait pas. Le pouvoir des soviets démocratiques se révélait gênant et même intolérable quand il s'agissait de favoriser les groupes privilégiés les plus indispensables à la défense, à l'industrie, à la technique, à la science. Une puissante caste de spécialistes de la répartition se forma et se fortifia grâce à l'opération nullement socialiste qui consistait à prendre à dix personnes pour donner à une seule.</p>
<p>Comment et pourquoi les immenses succès économiques des derniers temps, au lieu d'amener un adoucissement de l'inégalité, l'ont-ils aggravée en accroissant encore la bureaucratie qui, de "déformation", est devenue système de gouvernement ? Avant de tenter de répondre à cette question, écoutons ce que les chefs les plus autorisés de la bureaucratie soviétique disent de leur propre régime.<br class='autobr' />
"LA VICTOIRE COMPLETE DU SOCIALISME<br class='autobr' />
ET "L'AFFERMISSEMENT DE LA DICTATURE"</p>
<p>La victoire complète du socialisme a plusieurs fois été annoncée en U.R.S.S., et sous une forme particulièrement catégorique à la suite de la "liquidation des koulaks en tant que classe". Le 30 janvier 1931, la Pravda, commentant un discours de Staline, écrivait : "Le deuxième plan quinquennal liquidera les derniers vestiges des éléments capitalistes de notre économie" (souligné par nous). De ce point de vue, l'Etat devrait disparaître sans retour dans le même laps de temps, car il n'a plus rien à faire là où les "derniers vestiges" du capitalisme sont liquidés. "Le pouvoir des soviets, déclare à ce sujet le programme du parti bolchevique, reconnaît hautement l'inéluctable caractère de classe de tout Etat, tant que n'a pas entièrement disparu la division de la société en classes et, avec elle, toute autorité gouvernementale." Mais sitôt que d'imprudents théoriciens moscovites eurent tenté de déduire de la liquidation des "derniers vestiges du capitalisme" — admise par eux comme une réalité — le dépérissement de l'Etat, la bureaucratie déclara leurs théories "contre-révolutionnaires".</p>
<p>L'erreur théorique de la bureaucratie est-elle donc dans la proposition principale ou dans la déduction ? Dans les deux. L'opposition objectait aux premières déclarations sur la "victoire totale" qu'on ne peut pas se borner à considérer les seules formes juridico-sociales des rapports, d'ailleurs encore contradictoires et manquant de maturité dans l'agriculture, en faisant abstraction du critère principal : le niveau atteint par le rendement du travail. Les formes juridiques elles-mêmes ont un contenu social qui varie profondément selon le degré de développement de la technique : "Le droit ne peut jamais s'élever au-dessus du régime économique et du développement culturel de la société conditionné par ce régime" (Marx). Les formes soviétiques de la propriété fondées sur les acquisitions les plus récentes de la technique américaine et étendues à toutes les branches de l'économie donneraient déjà le premier stade du socialisme. Les formes soviétiques, en présence du bas rendement du travail, ne signifient qu'un régime transitoire dont les destinées ne sont pas encore définitivement pesées par l'histoire.</p>
<p>"N'est-ce pas monstrueux — écrivions-nous en mars 1932 —, le pays ne sort pas de la pénurie de marchandises, le ravitaillement s'interrompt à chaque instant, les enfants manquent de lait et les oracles officiels proclament que "le pays est entre dans la période socialiste". Peut-on compromettre plus fâcheusement le socialisme ?" Karl Radek, aujourd'hui l'un des publicistes en vue des milieux soviétiques dirigeants, répliquait à cette objection dans un numéro spécial du Berliner Tageblatt consacré à l'U.R.S.S. (mai 1932) dans les termes suivants, dignes d'être conservés à la postérité : "Le lait est le produit de la vache et non du socialisme, et il faut vraiment confondre le socialisme avec l'image du pays où coulent des fleuves de lait pour ne pas comprendre qu'un pays peut s'élever à un degré supérieur de développement sans que, momentanément, la situation matérielle des masses populaires en soit sensiblement améliorée." Ces lignes ont été écrites à un moment où le pays était en proie à une terrible famine.</p>
<p>Le socialisme est le régime de la production planifiée pour la satisfaction la meilleure des besoins de l'homme, faute de quoi il ne mérite pas son nom. Si les vaches sont déclarées propriété collective, mais s'il y en a trop peu ou si leurs pis sont trop maigres, des conflits commencent par suite du manque de lait : entre la ville et les campagnes. entre les kolkhozes et les cultivateurs indépendants, entre les diverses couches du prolétariat, entre la bureaucratie et l'ensemble des travailleurs. C'est précisément la socialisation des vaches qui les fit abattre en masses par les paysans. Les conflits sociaux engendrés par l'indigence peuvent à leur tour amener le retour à "tout l'ancien fatras". Telle fut notre réponse.</p>
<p>Dans sa résolution du 20 août 1935, le VIIe congrès de l'Internationale communiste certifie solennellement que "la victoire définitive et irrévocable du socialisme et l'affermissement à tous égards de l'Etat de la dictature du prolétariat" sont en U.R.S.S. les résultats des succès de l'industrie nationalisée, de l'élimination des éléments capitalistes et de la liquidation des koulaks en tant que classe. En dépit de son apparence catégorique, l'attestation de l'Internationale communiste est profondément contradictoire : si le socialisme a vaincu "définitivement et irrévocablement", non comme principe, mais comme vivante organisation sociale, le nouvel "affermissement" de la dictature est une absurdité évidente. Et, inversement, si l'affermissement de la dictature répond aux besoins réels du régime, c'est que nous sommes encore loin de la victoire du socialisme. Tout politique réaliste, pour ne pas dire marxiste, doit comprendre que la nécessité même d'"affermir" la dictature, c'est-à-dire la contrainte gouvernementale, prouve non le triomphe d'une harmonie sociale sans classes, mais la croissance de nouveaux antagonismes sociaux. Quelle est leur base ? La pénurie des moyens d'existence, qui est le résultat du bas rendement du travail.</p>
<p>Lénine donna un jour du socialisme la définition suivante : "le pouvoir des soviets, plus l'électrification". Cette définition en forme d'épigramme, dont l'étroitesse répondait à des fins de propagande, supposait en tout cas, comme point de départ minimum, le niveau capitaliste de l'électrification. Mais aujourd'hui encore l'U.R.S.S. dispose, par tête d'habitant, de trois fois moins d'énergie électrique que les pays capitalistes avancés. Tenant compte du fait que les soviets ont entre-temps cédé la place à un appareil indépendant des masses, il ne reste à l'Internationale communiste qu'à proclamer que le socialisme c'est "le pouvoir de la bureaucratie, plus le tiers de l'électrification capitaliste". Cette définition sera d'une exactitude photographique, mais le socialisme y tiendra peu de place.</p>
<p>Dans son discours aux stakhanovistes, en novembre 1935, Staline, se conformant à la fin empirique de cette conférence, déclara brusquement : "Pourquoi le socialisme peut-il, doit-il vaincre et vaincra-t-il nécessairement le système capitaliste ? Parce qu'il peut et doit donner... un rendement plus élevé du travail." Réfutant incidemment la résolution de l'Internationale communiste adoptée trois mois auparavant, et aussi ses propres déclarations réitérées sur ce sujet, Staline parle cette fois de la "victoire" au futur : le socialisme vaincra le système capitaliste quand il le dépassera dans le rendement du travail. On le voit, les temps du verbe ne sont pas seuls à changer avec les circonstances, les critères sociaux évoluent aussi. Et il n'est assurément pas facile au citoyen soviétique de suivre la "ligne générale".</p>
<p>Le 1er mars 1936, enfin, dans son entretien avec M. Roy Howard, Staline donne une nouvelle définition du régime soviétique : "L'organisation sociale que nous avons créée peut être appelée soviétique, socialiste, elle n'est pas complètement achevée, mais elle est au fond une organisation socialiste de la société." Cette définition intentionnellement confuse renferme presque autant de contradictions que de mots. L'organisation sociale y est qualifiée "soviétique, socialiste". Mais les soviets représentent une forme d'Etat et le socialisme un régime social. Loin d'être identiques, ces termes, du point de vue qui nous occupe, sont opposés ; les soviets devraient disparaître dans la mesure où l organisation sociale deviendrait socialiste, comme les échafaudages sont enlevés quand la bâtisse est construite, Staline apporte un correctif : "Le socialisme n'est pas complètement achevé." Que veut dire ce "pas complètement" ? S'en faut-il de 5%, ou de 75% ? On ne nous le dit pas, de même qu'on s'abstient de nous dire ce qu'il faut entendre par le "fond" de l'organisation socialiste de la société ? Les formes de la propriété ou la technique ? L'obscurité même de cette définition signifie un recul par rapport aux formules infiniment plus catégoriques de 1931 et de 1935. Un pas de plus dans cette voie et il faudrait reconnaître que la racine de toute organisation sociale est dans les forces productives, et que la racine soviétique est précisément trop faible encore pour la plante socialiste et le bonheur humain qui en est le couronnement.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp3.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revtrahie/frodcp3.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/vers.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/vers.pdf</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221201a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/12/lt19221201a.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/11/lt19221114.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/11/lt19221114.htm</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5763" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5763</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3533" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3533</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran17.html</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1442" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1442</a></p>
<p>BOUKHARINE</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_prs.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_prs.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_04.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1920/boukh_trans_04.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/boukharine_19260000.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/00/boukharine_19260000.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/07/remarques.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1926/07/remarques.htm</a></p>
<p>LENINE</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er5.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er5.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/04/vil19210421.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/03/d10c/vil19210300-06c10.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/03/d10c/vil19210300-06c10.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/lt19251107.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1925/11/lt19251107.htm</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2936</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm</a></p>
<p>OPPOSITION DE GAUCHE</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390</a></p>
<p>CASTORIADIS</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/general/castoriadis/works/1952/chaulieu_19520700.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/general/castoriadis/works/1952/chaulieu_19520700.htm</a></p>
<p>LA VERSION DE STALINE</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article267" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article267</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3446</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423</a></p>
<p>Lire encore :</p>
<p><a href="http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37007" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37007</a></p>
<p><a href="https://books.openedition.org/editionsmsh/6255?lang=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://books.openedition.org/editionsmsh/6255?lang=fr</a></p>
<p><a href="https://www.contretemps.eu/lenine-trotsky-transition-socialisme/" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.contretemps.eu/lenine-trotsky-transition-socialisme/</a></p></div>
Mélenchon et Leclerc : l'union sacrée sociale-chauvine
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9514
http://www.matierevolution.org/spip.php?article95142026-03-25T23:46:00Ztext/htmlfrKarob, Robert ParisFranceGuerre WarSocialisme - Socialism
<p>MÉLENCHON ET LECLERC : L'UNION SACRÉE SOCIALE-CHAUVINE <br class='autobr' />
Macron baptise son porte-avions « France libre », en se donnant des airs gaullistes. Cela titille le nationaliste Mélenchon qui répond qu'il l'aurait plutôt appelé « Leclerc ». On apprend ainsi que Mélenchon est un adepte d'un maréchal gaulliste, un noble, né dans un château, colonialiste, d'extrême droite et monarchiste. Entre autres, c'est lui qui a rétabli le colonialisme français en Indochine alors qu'il était menacé par la (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>
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</div><h2 class="spip">MÉLENCHON ET LECLERC : L'UNION SACRÉE SOCIALE-CHAUVINE</h2>
<p>Macron baptise son porte-avions « France libre », en se donnant des airs gaullistes. Cela titille le nationaliste Mélenchon qui répond qu'il l'aurait plutôt appelé « Leclerc ». On apprend ainsi que Mélenchon est un adepte d'un maréchal gaulliste, un noble, né dans un château, colonialiste, d'extrême droite et monarchiste. Entre autres, c'est lui qui a rétabli le colonialisme français en Indochine alors qu'il était menacé par la révolution sociale en 1946 !</p>
<p>Pas de confusion possible : il ne s'agit pas, pour Mélenchon, du révolutionnaire Théophile Leclerc qui a été un des dirigeants révolutionnaires de 1793 aux côtés de Jacques Roux et de Jean Varlet et qu'on nommait « les enragés » !</p>
<p>Pas un mot de Mélenchon contre le porte-avions lui-même. Pas un mot contre les 10 milliards jetés dans la gueule de Naval Group pendant que les hôpitaux ferment et les cheminots crèvent à la tâche. Pas un mot contre la doctrine de projection de puissance qui fait de ce bâtiment l'instrument de demain de l'impérialisme français — le même qui couvre Israël en Méditerranée, maintient ses bases au Sahel, ravitaille les bombardiers américains à Istres.</p>
<p>Le chef de LFI entre dans le débat de « naming ». Il joue le jeu. Il valide la logique. Il nomme, il ne discute pas la fonction meurtrière du vaisseau qui est non seulement une dépense folle pour un Etat ruiné mais le plus grand porte-avion français à propulsion nucléaire…</p>
<h2 class="spip">Un impérialisme français aux abois</h2>
<p>Pour comprendre ce que signifie la déclaration de Mélenchon, il faut partir de la situation réelle de l'impérialisme français.</p>
<p>Le capital français est en crise de positions. Chassé du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad, il a perdu en quelques années l'essentiel de son pré carré africain — non pas sous les coups d'une révolution populaire victorieuse, mais sous la pression d'impérialismes concurrents qui ont su exploiter la haine accumulée par des décennies de Françafrique. La Russie de Wagner, la Chine, la Turquie ont avancé leurs pions là où le drapeau tricolore était brûlé.</p>
<p>Face à cet effondrement, l'impérialisme français cherche de nouveaux axes de projection. Il se tourne vers l'est européen, au nom de la défense de l'OTAN. Il lorgne vers le détroit d'Ormuz et les routes maritimes du Golfe, où la guerre menée par les États-Unis contre l'Iran recompose les équilibres et crée de nouvelles opportunités — mais aussi de nouvelles contradictions. Car Washington, présenté comme allié dans le cadre de l'OTAN, est simultanément un concurrent qui a contribué à affaiblir les positions françaises en Afrique et qui impose ses propres intérêts dans la région.</p>
<p>C'est dans ce contexte qu'il faut lire le « France libre » : un porte-avions nucléaire de 80 000 tonnes n'est pas un symbole. C'est un outil de reconquête de positions impériales perdues, un instrument pour peser dans des zones où le capital français tente de se réinsérer par la force là où il a été chassé par la concurrence.</p>
<h2 class="spip">Leclerc : l'extrême droite en uniforme</h2>
<p>Mélenchon se présente comme le principal adversaire de l'extrême droite en France. Soit. Regardons alors qui il propose de mettre sur la coque de cet instrument de guerre.</p>
<p>Philippe de Hauteclocque, dit « Leclerc » : un aristocrate sorti de Saint-Cyr, lecteur assidu de « L'Action française » — journal royaliste, nationaliste, antisémite, matrice idéologique de l'extrême droite française. Dès 1926, il demande à être envoyé au Maroc pour « pacifier » les populations rifaines soulevées contre l'ordre colonial. Il sert ensuite en Indochine. Il est, jusqu'à sa mort, un défenseur de l'empire français au moment même où les peuples colonisés entament leurs luttes de libération.</p>
<p>Mélenchon, mis au pied du mur, balaie ces crimes d'un revers de main : il n'y est passé « que le temps de dire que c'était une folie. »</p>
<p>Une folie. Pas un crime colonial. Pas une guerre d'extermination contre des peuples qui voulaient leur liberté. Une folie.</p>
<p>Voilà le héros que celui qui prétend combattre l'extrême droite propose aux classes populaires.</p>
<h2 class="spip">La Résistance et le CNR : une union sacrée de classe</h2>
<p>Mélenchon invoque le serment de Koufra, l'insoumission à Pétain, la Libération. Il reproduit le mythe résistancialiste sans l'interroger une seconde.</p>
<p>La Résistance et le CNR dans leur réalité de classe : une coalition allant du PCF stalinisé jusqu'aux franges les plus proches de l'Action française, unie non par un projet d'émancipation ouvrière, mais par la restauration de l'État français et la défense de l'empire colonial. Une union sacrée — exactement comme en 1914. Les travailleurs y ont fourni les corps, les fusillés, les déportés. La bourgeoisie y a fourni les généraux, les préfets, les administrateurs coloniaux — les mêmes qui ont ensuite conduit les guerres d'Indochine et d'Algérie, sous les mêmes drapeaux tricolores, avec les mêmes épaulettes.</p>
<p>Le CNR n'a pas libéré la classe ouvrière. Il a restauré l'État capitaliste français, son empire, ses intérêts. Et c'est précisément cet empire — aujourd'hui aux abois — que le *France libre* est censé ressusciter.</p>
<h2 class="spip">Le signal envoyé aux classes dirigeantes</h2>
<p>Mélenchon n'est pas naïf. Quand il propose « Leclerc » — homme de l'Action française, officier colonial, défenseur de l'empire jusqu'à la fin — il envoie un signal politique précis, dans un contexte précis.</p>
<p>Ce signal ne s'adresse pas aux classes populaires. Il s'adresse au grand capital français et à l'État impérial : « ne vous inquiétez pas. Là où le général Leclerc a défendu les positions de l'empire colonial français contre les peuples qui voulaient s'en libérer, je défendrai les intérêts de l'impérialisme français contre ceux qui menacent ses positions aujourd'hui. Je prétends combattre l'extrême droite, mais je ne toucherai pas à votre impérialisme. Vous pouvez compter sur moi. »</p>
<p>C'est le social-chauvinisme dans sa forme la plus accomplie : utiliser la rhétorique anti-extrême droite pour dissoudre toute conscience anti-impérialiste dans le bloc républicain, couvrir politiquement la reconquête des positions impériales perdues, et faire rentrer les exploités dans le rang au nom des « valeurs de la Résistance » — au moment précis où la bourgeoisie française cherche les moyens de sa revanche coloniale.</p>
<p>Ce n'est pas le front unique au sens marxiste — une action commune délimitée avec maintien strict de l'indépendance de classe. C'est son contraire : la capitulation devant sa propre bourgeoisie, habillée en résistance.</p>
<h2 class="spip">Ce que cache le débat sur le nom du porte-avions</h2>
<p>Le « France libre » pèsera 80 000 tonnes, sera propulsé au nucléaire, catapultera des Rafale fabriqués chez Dassault — dont Mélenchon a publiquement salué l'accélération des cadences. Il coûtera 10 milliards d'euros. Il naviguera pour défendre les intérêts français « sur les cinq continents » — formule que Mélenchon lui-même a reprise en mars 2025.</p>
<p>Ce bâtiment n'est pas construit pour la paix. Il est construit pour un impérialisme français qui a perdu ses positions en Afrique et cherche par les armes à en reconquérir, à peser au détroit d'Ormuz, à s'imposer dans des zones que ses concurrents — y compris son « allié » américain — lui disputent.</p>
<p>La question n'est pas de lui trouver un beau nom.</p>
<p>La question est : « contre qui naviguera-t-il, et qui paiera pour qu'il navigue ? »</p>
<h2 class="spip">Notre réponse : le nom « Jeanne Labourbe »</h2>
<p>Si l'on nous demandait un nom, nous en aurions un. Pas un général. Pas un aristocrate de l'Action française. Pas un défenseur de l'empire colonial.</p>
<p>Un nom ? Par exemple, Jeanne Labourbe !</p>
<p>Née en 1877 à Lapalisse, dans l'Allier, fille de paysans et de journaliers. Repasseuse. Militante bolchevique. En février 1919, elle se rend à Odessa — occupée par l'armée française envoyée par Clemenceau pour écraser la Révolution russe. Là, au péril de sa vie, elle mène l'agitation parmi les soldats et marins français de l'armée d'intervention. Elle ne pouvait supporter, disait-elle, « que les fils des communards de 1871, les descendants des révolutionnaires de 1793, viennent étouffer la grande révolution russe. » Son travail porte : les marins du cuirassé « Mirabeau » refusent d'obéir aux ordres.</p>
<p>Le 1er mars 1919, la contre-espionnage française et les gardes blancs font irruption dans son appartement. Elle est arrêtée, torturée, fusillée dans la nuit du 2 mars avec dix de ses camarades — sur ordre de l'armée française.</p>
<p>Lénine a écrit d'elle que son nom « est devenu connu de l'ensemble du prolétariat français et est devenu un mot d'ordre de la lutte contre l'impérialisme international »¹.</p>
<h2 class="spip">Le fil rouge du peuple travailleur : saisir le porte-avions</h2>
<p>Il y a une autre question que celle du nom. Une question de classe.</p>
<p>Le peuple travailleur a son propre fil rouge, qui ne passe pas par les généraux de l'Action française ni par les réunions du CNR. Ce fil commence en 1793, quand les sans-culottes arment la Révolution de leur sang et que la bourgeoisie s'empresse d'en confisquer les fruits. Il passe par la Commune de 1871 — 72 jours où le peuple de Paris a gouverné par lui-même, avant que Thiers et Versailles le noient dans le sang avec la bénédiction de Bismarck. Il passe par les tranchées de 1917, où les mutins des régiments français ont refusé de mourir pour les intérêts des actionnaires, où des soldats épuisés ont dressé leurs comités contre les généraux. Il passe par la mer Noire en 1919, où les marins du « Mirabeau » ont refusé de faire feu sur la Révolution russe — là où travaillait Jeanne Labourbe. Et il passe par la trahison de 1919 en France, quand les directions syndicales et le parti socialiste (SFIO) ont étouffé la vague révolutionnaire qui aurait pu faire basculer l'Europe.</p>
<p>À chaque fois, les classes dirigeantes ont proposé leur union sacrée. À chaque fois, une avant-garde ouvrière a refusé.</p>
<p>Nous ne demandons pas quel nom mettre sur le « France libre ». Nous posons une autre question : qui doit le contrôler, et à quelles fins ?</p>
<p>Notre réponse est celle du mouvement ouvrier révolutionnaire depuis 1793 : ce sont les comités de soldats et de marins, organisés avec le peuple travailleur, qui doivent se saisir des instruments de la puissance d'État — non pour défendre les positions d'un impérialisme aux abois, mais pour les retourner contre lui. Non pour ravitailler les bombardiers américains à Istres ou menacer les peuples du Golfe, mais pour défendre la révolution du peuple travailleur — celle qui a commencé en 1793, que la Commune a poursuivie, que les mutins de la mer Noire ont incarnée, et que les directions syndicales et politiques ont trahie à chaque tournant décisif.</p>
<p>C'est le drapeau de Jeanne Labourbe que nous reprenons. Pas celui de Leclerc.</p>
<h2 class="spip">Celui qui prétend combattre l'extrême droite et propose un homme de l'Action française et de l'empire colonial ne combat pas l'extrême droite. Il envoie au grand capital français un message rassurant : comme Leclerc hier, il défendra les intérêts de l'impérialisme français — contre les peuples qui osent lui résister.</h2>
<p>D'ailleurs, Mélenchon a dit lui-même « je veux envoyer aux généraux français un message rassurant » ! Beau programme ! Surtout quand ces généraux envoient, eux, comme message : « il faut avoir la force d'âme de sacrifier nos enfants »…</p>
<p>Ce sont les marins révoltés, mutinés, se constituant en soviet révolutionnaire, qui sauraient lui donner le seul nom qui vaille :</p>
<h2 class="spip">« À bas l'impérialisme français ! »</h2>
<p>¹ V.I. Lénine, « Œuvres complètes », t. 39, p. 391 (5e éd. russe). Traduction du texte anglais des OC : “[The name of Labourbe] has become well known to the whole French proletariat and has become a slogan of the struggle against international imperialism."</p>
<div class='spip_document_17401 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://www.matierevolution.org/IMG/jpg/1000019166-3ec3e.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000019166-3ec3e-dc087.jpg?1792885292' width='500' height='750' alt='' /></a>
</figure>
</div><div class='spip_document_17402 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://www.matierevolution.org/IMG/png/1000019169-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/1000019169-2-39f1a.jpg?1792885292' width='500' height='750' alt='' /></a>
</figure>
</div></div>
Comment les socialistes israéliens ont cautionné le fascisme en Israël
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9467
http://www.matierevolution.org/spip.php?article94672026-03-23T23:55:00Ztext/htmlfrRobert ParisSocialisme - SocialismIsraël
<p>Comment les socialistes israéliens ont cautionné le fascisme en Israël ? <br class='autobr' />
Aujourd'hui, l'extrême droite est incontestée sur le plan électoral même si elle l'est dans la rue. C'est le fasciste Nétanyahou qui dirige tout ! <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8190 <br class='autobr' />
Cette extrême droite nazie vient du… terrorisme… <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3559 <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4381 <br class='autobr' />
Il faut dire qu'à plusieurs reprises, la gauche a pactisé (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique48" rel="directory">12- Les Palestiniens, Israël et la révolution au Moyen-Orient</a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot122" rel="tag">Israël</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Comment les socialistes israéliens ont cautionné le fascisme en Israël ?</h2>
<p>Aujourd'hui, l'extrême droite est incontestée sur le plan électoral même si elle l'est dans la rue. C'est le fasciste Nétanyahou qui dirige tout !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8190" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8190</a></p>
<p>Cette extrême droite nazie vient du… terrorisme…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3559" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3559</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4381" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4381</a></p>
<p>Il faut dire qu'à plusieurs reprises, la gauche a pactisé avec l'extrême droite au pouvoir, la rendant encore plus crédible…</p>
<p>Il faut d'abord remarquer que la gauche israélienne s'est tellement sabordé qu'elle n'existe quasiment plus alors qu'à l'origine et pour de longues années elle a été hégémonique !</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_partis_politiques_en_Isra%C3%ABl" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_partis_politiques_en_Isra%C3%ABl</a></p>
<p>Jusqu'en 1977, tous les premiers ministres étaient « travaillistes ».</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_travailliste_isra%C3%A9lien" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_travailliste_isra%C3%A9lien</a></p>
<p>Voici comment le parti travailliste a participé à la montée de l'extrême droite qui a conduit au fasciste Nétanyahou…</p>
<p>Lors des élections législatives de 1977, le Parti travailliste passa pour la première fois dans l'opposition. Il échoua à reprendre le pouvoir quatre ans plus tard, mais après les élections de 1984, il fut capable de rejoindre le gouvernement d'union nationale avec le Likoud, le poste de Premier ministre tournant entre les deux partis.</p>
<p>Le rôle du Parti travailliste devint pour une grande part lié au controversé processus d'Oslo, basé sur le principe de la « terre pour la paix ». Les accords d'Oslo conduisirent à un vote de confiance devant la Knesset, que le gouvernement remporta avec 61 votes contre 50 (8 abstentions). De nombreux représentants à la Knesset issus des partis du gouvernement refusèrent de le soutenir, mais d'un autre côté, les partis arabes vinrent le soutenir. En raison de l'absence de constitution en Israël, le gouvernement put mettre en œuvre les accords avec une marge étroite.</p>
<p>La décision d'Yitzhak Rabin d'avancer les pourparlers de paix avec les Palestiniens jusqu'à signer les accords d'Oslo conduisit à son assassinat par Yigal Amir en 1995. Shimon Peres décida la tenue d'élections anticipées en 1996 pour obtenir un mandat lui permettant de faire avancer le processus de paix. Cependant, son projet échoua : bien que le Parti travailliste remportât une majorité de sièges lors de l'élection pour la Knesset, il perdit les élections pour le poste de Premier ministre face à Benyamin Netanyahou après une vague d'attentats-suicides par le Hamas. Benyamin Netanyahou et le Likoud purent ainsi former un gouvernement.</p>
<p>2001-2004 : la gauche perd les élections et cautionne l'extrême droite au pouvoir en y participant…</p>
<p>À la suite des émeutes d'octobre 2000 et de la seconde intifada, Ehud Barak démissionne de son mandat. Il perd ensuite l'élection extraordinaire du Premier ministre en 2001 face à Ariel Sharon du Likoud. Cependant, le Parti travailliste reste au sein de la coalition d'Ariel Sharon, ce dernier ayant formé un gouvernement d'unité nationale avec le Likoud, le Parti travailliste, le Shass, l'Yisrael Ba'aliyah et le Yahadut Hatorah, et obtient deux portefeuilles ministériels majeurs : Shimon Peres est nommé ministre des Affaires étrangères, et Binyamin Ben-Eliezer, ministre de la Défense. Le Parti travailliste soutient l'opération Rempart, menée en avril 2002 contre les Palestiniens en Cisjordanie. Après les critiques dures émises à l'encontre de Shimon Peres et Binyamin Ben-Eliezer, qualifiés de « marionnettes » d'Ariel Sharon et soupçonnés de ne pas soutenir le processus de paix, le Parti travailliste quitte le gouvernement en 2003.</p>
<p>Avant les élections législatives de 2003, Amram Mitzna remporte les primaires du parti, et conduit la liste lors de ce scrutin, avec une plate-forme électorale comprenant le retrait unilatéral de la bande de Gaza. Le parti subit une défaite, ne remportant que 19 sièges (son plus bas historique), tandis que le Likoud mené par Ariel Sharon en remporte 38 (puis passe à 40 après que l'Yisrael Ba'aliyah a fusionné au sein de son parti). En conséquence, en raison de l'opposition interne, Amram Mitzna démissionne de la présidence du parti et est remplacé peu après par Shimon Peres. Bien qu'il ne fait pas partie de la coalition de droite originelle, Ariel Sharon invite le Parti travailliste à rejoindre le gouvernement afin d'étayer le plan de désengagement (politique prônée par Amram Mitzna qu'il avait vilipendée auparavant) après que l'Union nationale et le Parti national religieux ont quitté le gouvernement.</p>
<p>Le 8 novembre 2005, Shimon Peres est remplacé à la tête du parti par le chef du syndicat de gauche Histadrout Amir Peretz lors d'un scrutin interne. Le Parti travailliste avait délaissé son héritage socialiste au fil des ans en faveur des élites économiques et financières. Cet héritage faisait alors partie de son passé, et le parti avait abandonné son rôle de défenseur des défavorisés aux partis de droite et religieux. Amir Peretz annonce son intention de recentrer le parti autour de ses valeurs traditionnelles et quitte la coalition gouvernementale, obligeant à Ariel Sharon à démissionner et à convoquer de nouvelles élections qui ont lieu en 2006. Juste avant ces élections, le paysage politique est redessiné : Ariel Sharon et la majorité des représentants à la Knesset du Likoud, avec une partie des représentants du Parti travailliste (y compris Shimon Peres), et d'autres provenant d'autres partis encore, forment un nouveau parti, Kadima. Le parti travailliste rejoint le gouvernement dirigé par Ehud Olmert de Kadima, Amir Peretz ayant le portefeuille de la Défense. La principale demande à la coalition et promesse de campagne du Parti travailliste est l'augmentation du salaire minimum.</p>
<p>Le 28 mai 2007, un scrutin interne pour la direction du parti voit Ehud Barak et Ami Ayalon battre Amir Peretz qui ne prend que la troisième place. Lors du deuxième tour (rendu nécessaire, puisque ni Ehud Barak ni Ami Ayalon n'obtiennent 40 % des suffrages), Ehud Barak est réélu président du parti. Malgré le fait qu'il ait indiqué qu'il retirerait le parti du gouvernement à moins qu'Ehud Olmert démissionne, Ehud Barak reste au gouvernement comme ministre de la Défense.</p>
<p>Avant les élections législatives de 2009, le Parti travailliste et le Meimad mettent un terme à leur alliance, le Meimad concourt finalement sur une liste commune avec le Mouvement vert (qui ne passe pas le seuil électoral). Plusieurs membres du parti le quittent, comme Ami Ayalon et Efraim Sneh (qui fonde Yisrael Hazaka). Le Parti travailliste est alors réduit à 13 sièges, en faisant le 4e parti derrière Kadima, le Likoud et Israel Beytenou.</p>
<p>Analysant la chute de ce qui fut le parti dominant de la politique israélienne, Efraim Inbar du Begin-Sadat Center for Strategic Studies en relève plusieurs facteurs. En délaissant son identification à la fondation et à la construction de l'État d'Israël, symbolisée par un soutien à la conscription et la colonisation de la Terre d'Israël, le Parti travailliste perd la majeure partie de son assise électorale. Abandonner le symbole sioniste que constitue Jérusalem en affichant la volonté d'en céder une partie aux Palestiniens est une erreur désastreuse. Lorsque les valeurs cosmopolites et individualistes font leur chemin au sein du parti, il s'éloigne de l'éthique collectiviste qui fut cruciale et qui reste largement répandue en Israël. Des facteurs démographiques jouent aussi contre le Parti travailliste, comme l'augmentation de la population séfarade, ainsi que l'arrivée des nouveaux immigrants russes juifs qui votent massivement pour d'autres partis. Essayer de capter les électeurs arabes israéliens nuisit à l'image du parti sans apporter de résultat concret.</p>
<p>Le 17 janvier 2011, le chef du parti, Ehud Barak, déçu des résultats de son soutien à la coalition, particulièrement sur le processus de paix, quitta le Parti travailliste avec 4 autres représentants à la Knesset afin de fonder un nouveau parti « centriste, sioniste et démocratique », Indépendance. Ce départ conduisit tous les ministres travaillistes du gouvernement à démissionner. Le 22 septembre, l'ancienne journaliste Shelly Yachimovich, qui fait de la question sociale sa priorité, est élue présidente du parti, avec 54 % des voix contre l'ancien dirigeant et ministre de la Défense, Amir Peretz. Elle est ainsi la première femme, depuis Golda Meir, à prendre la direction de la formation travailliste. Elle est battue en novembre 2013 par Isaac Herzog qui devient le nouveau président du parti.</p>
<p>En vue des élections législatives de 2015, le Parti travailliste s'allie avec Hatnuah et le Mouvement vert pour former une coalition de centre-gauche appelée Union sioniste. La coalition arrive en deuxième position avec 24 sièges.</p>
<p>Avi Gabbay est élu président du parti en 2017. Fin décembre 2018, le premier ministre annonce de la tenue d'élections législatives anticipées pour avril 2019. Quelques jours plus tard, Gabbay annonce la dissolution de l'Union sioniste.</p>
<p>Les élections législatives anticipées d'avril 2019 sont un échec pour le parti qui obtient 4,4 % des voix et 6 députés à la Knesset, le plus mauvais score de son histoire. Gabbay se met en retrait de la politique et ne se représente donc pas à l'élection pour la direction du parti de juillet 2019. Plusieurs personnalités du parti candidatent : Amir Peretz, déjà président du parti entre 2005 et 2007, Stav Shaffir et Itzik Shmuli, deux jeunes personnalités du parti. Peretz est élu avec 47 % des voix devant Shaffir (26,9 %) et Shmuli (26,3 %). Les élections législatives de septembre 2019 et de 2020 sont encore des échecs. Les travaillistes décident alors de participer au gouvernement d'union nationale dirigé par Netanyahou et Benny Gantz.</p>
<p>Les élections législatives de 2022 ne lui donnent que 7 députés.</p>
<p>En décembre 2023, Merav Michaeli annonce qu'elle ne se représente pas à la présidence du Parti travailliste lors de l'élection de 2024 et qu'elle va quitter la vie politique. Yaïr Golan, ancien député du Meretz lui succède le 28 mai 2024. Il s'engage à « unifier tous les partis de gauche en Israël » en un seul bloc.</p>
<p>Effectivement, la fusion de Meretz et de Avoda est annoncée le 30 juin 2024 puis validée le 12 juillet, le nouveau parti s'appelant « Les Démocrates » sous la direction de Yaïr Golan.</p>
<p>La gauche social-démocrate israélienne a disparu, autodissoute, cessant de se considérer même comme « de gauche »…</p>
<p>Le Parti travailliste (ou plutôt son prédécesseur) fut donc plus « faucon » dans les questions de sécurité et de défense qu'aujourd'hui. Durant les années où le mouvement travailliste fut aux affaires, Israël participa à la crise de Suez (ou guerre du Sinaï de 1956 pour les Israéliens), à la guerre des Six Jours et à la guerre du Kippour.</p>
<p>Jusqu'en 2005, le Parti travailliste est un parti centriste. Il n'était plus considéré comme socialiste ou social-démocrate (bien qu'il reste membre de l'Internationale socialiste) mais comme une plate-forme centriste, similaire à la Troisième voie du Parti travailliste britannique sous Tony Blair. La politique économique d'Israël étant âprement débattue même au sein des partis principaux, son application dépend plus des services publics que des idéologies politiques. Néanmoins, la politique économique menée par le Parti travailliste ne différa pas significativement de celle de son rival, le Likoud.</p>
<p>Concernant le conflit israélo-palestinien, le parti travailliste connaît des oppositions internes. Certains (comme Amram Mitzna, Avraham Burg, Yuli Tamir) soutiennent les négociations de paix avec les Palestiniens et prônent le démantèlement des colonies israéliennes dans les territoires occupés. Ils critiquent pour la plupart la tactique militaire actuelle utilisée contre les Palestiniens, principalement les « assassinats ciblés » des chefs terroristes. En 2003, le parti a d'ailleurs connu une scission lorsque ses anciens membres Yossi Beilin et Yael Dayan ont créé un nouveau et éphémère petit parti qui s'est associé par la suite au Meretz. Certains à l'instar de Shimon Peres et Binyamin Ben-Eliezer militent en faveur de négociations avec les Palestiniens à condition de l'arrêt du terrorisme et du remplacement de l'actuel gouvernement palestinien par un gouvernement « non-violent qui serait en faveur de la paix ». Ils soutiennent l'érection de la barrière de séparation israélienne dont l'objectif est d'empêcher les attentats en Israël, ainsi qu'un retrait unilatéral des territoires occupés par Israël. Ils sont néanmoins en faveur d'une « guerre contre le terrorisme », et donc en faveur des « assassinats ciblés ». Ils souhaitent la mise en place d'un gouvernement d'Union nationale avec le Likoud à la condition que le gouvernement promeuve le processus de paix et le retrait des colonies.</p>
<p>En novembre 2005, Amir Peretz, dirigeant de Une Nation qui avait fusionné dans le Parti travailliste, fut élu président du parti en battant Shimon Peres. Sous Amir Peretz, et spécialement lors de la campagne électorale de 2006, le parti prit un tournant idéologique, mettant les questions sociales et économiques en haut de ses préoccupations, et plaidant pour une approche sociale-démocrate modérée (comprenant une hausse du salaire minimum et des prestations sociales), en contraste net avec la politique néolibérale conduite par l'ancien ministre des Finances Benyamin Netanyahou.</p>
<p>En 2006, plusieurs membres du Parti travailliste quittèrent le parti pour rejoindre le groupe centriste Kadima, comme Shimon Peres, Haïm Ramon, et Dalia Itzik.</p>
<h2 class="spip">Comment l'extrême droite a pris le dessus…</h2>
<p>Le Likoud s'inspire très largement de l'idéologie du Parti révisionniste (créé en 1925 par Vladimir Jabotinsky) puis du Herout (créé en 1948 par Menahem Begin), dont il apparaît comme le successeur. Il est créé en 1973, sous la direction de Menahem Begin, jusqu'alors responsable du Herout. Il remporte les élections en 1977 et met ainsi fin à un demi-siècle de domination du Mapaï sur le Yichouv puis sur l'État d'Israël.</p>
<p>Il participe à tous les gouvernements israéliens de 1977 à la fin 2005, sauf entre 1992 et 1996, puis entre 1999 et 2001. Le Premier ministre de ces gouvernements a toujours appartenu au Likoud (sauf entre 1984 et 1986, où il participe au gouvernement de Shimon Peres). Ariel Sharon est la figure emblématique du Likoud jusqu'à ce qu'il fonde Kadima, fin 2005. À la suite de cette scission, le Likoud ne fait plus partie des trois partis politiques dominants en Israël, mais il revient sur le devant de la scène en 2009, avec la nomination de son chef, Benyamin Netanyahou, au poste de Premier ministre, fonction qu'il occupe jusqu'en 2021.</p>
<p>Lors du retour au pouvoir de Benyamin Netanyahou à la fin de l'année 2022, la coalition qu'il forme est qualifiée par de nombreux observateurs de « coalition la plus à droite de l'histoire d'Israël », en raison de l'alliance conclue avec plusieurs partis d'extrême droite israéliens.</p>
<p>Le Likoud est créé en 1973, quand le Gahal (Hérout + parti libéral) et le La'am décident de se rassembler pour les élections législatives. Le La'am regroupe 3 petits groupes relativement marginaux : le « Centre libre » (dissidents du Hérout), la « Liste d'État » (dissidents travaillistes) et le « mouvements pour le grand Israël » (dissidents travaillistes). le Likoud correspond donc surtout à l'ancien Gahal.</p>
<p>Ariel Sharon a joué un rôle important dans la création du nouveau parti, mais le quitte rapidement. Il le rejoindra en 1977.</p>
<p>Dès 1973, le nouveau responsable du parti est Menahem Begin, ancien chef de l'Irgoun et du Hérout. Le programme est celui des révisionnistes depuis 1925. Le grand Israël est toujours revendiqué, mais redéfini : la Jordanie n'est plus revendiquée. Ce sont les zones occupées par Israël après la guerre des Six Jours qui sont maintenant au cœur des revendications territoriales du Likoud.</p>
<p>Du fait des nombreuses factions que comportaient déjà les partis fondateurs, il faudra attendre 1988 pour que le Likoud devienne un véritable parti unitaire.</p>
<p>Dès 1973, le nouveau parti confirme sa percée, avec 30,2 % des suffrages.</p>
<p>Menahem Begin devient Premier ministre d'Israël en 1977, mettant fin à la domination des travaillistes qui datait de la période du Yichouv. Le Likoud a obtenu 33,4 % des suffrages et 43 sièges (sur 120). Il est immédiatement renforcé par la fusion avec le petit parti Shlomzion (deux sièges) de Ariel Sharon.</p>
<p>La victoire a été rendue possible par plusieurs phénomènes :</p>
<p>• l'image de parti de gouvernement crédible obtenue par la participation au gouvernement travailliste de 1967-1970 ;</p>
<p>• la crédibilité nouvelle du vieux projet de Grand Israël : après la guerre des Six Jours de 1967, il n'est plus question de conquérir des territoires jordaniens ou égyptiens, il suffit de conserver les terres déjà conquises ;</p>
<p>• le ralliement des sionistes religieux du PNR : traditionnellement, ceux-ci étaient des alliés des travaillistes. Après 1967, on voit apparaître une « faction des jeunes », qui considère que le « grand Israël » est un devoir religieux. En 1977, cette faction l'emporte : le PNR inverse les alliances et rallie le Likoud ;</p>
<p>• le ralliement des religieux non-sionistes : le parti des ultra-orthodoxes juifs est le parti Agoudat Israel. Il était dans l'opposition depuis 1952, mais avait toujours refusé de se lier à la droite nationaliste, entre autres par réticence face au sionisme et à son « culte » de l'État (perçu comme de l'idolâtrie). Menahem Begin va créer une alliance forte en acceptant de nombreuses lois de coercitions religieuses (sur le respect du Shabbat, par exemple), et en augmentant fortement les transferts de fonds étatiques vers les institutions religieuses Agoudat ;</p>
<p>• le ralliement de l'électorat séfarade : les juifs des pays arabes ont immigré en masse dans les années 1950 (voir les articles Alya et Réfugiés juifs des pays arabes). Ils ont mal vécu leur statut social défavorisé (lié à un niveau d'éducation « moderne » assez faible), mais aussi la dévalorisation de leurs traditions culturelles par l'establishment travailliste d'origine européenne et ashkénaze. Le danger d'« orientalisation » d'Israël a parfois été dénoncé en des termes particulièrement brutaux, et perçus comme humiliants par les intéressés. Dans les années 1970, le rejet des travaillistes devient très fort dans cette communauté ;</p>
<p>• Les conséquences de la guerre du Kippour de 1973 : l'armée israélienne a été prise par surprise par les armées égyptiennes et syriennes. La situation a été finalement rétablie, mais la responsabilité du gouvernement travailliste a été mise en cause ;</p>
<p>• l'usure du pouvoir : la gauche sioniste domine le Yichouv puis Israël depuis le début des années 1930. Un certain besoin de nouveauté se fait jour dans l'électorat. C'est ainsi qu'un parti recrutant plutôt à gauche, comme le Dash a choisi l'alliance avec le Likoud.</p>
<p>En 1978, le gouvernement israélien décide d'occuper le sud du Liban pour servir de zone tampon entre Israël et les zones dont l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) s'était emparée au Liban à la suite de la guerre civile commencée en 1975.</p>
<p>En 1982, une invasion de grande envergure est décidée au-delà de la zone contrôlée par Israël, et ce afin de détruire l'infrastructure de l'OLP dans la région, qui menait des attaques en Israël et contre l'armée israélienne. Menahem Begin souhaitait une opération relativement limitée. Mais Ariel Sharon, ministre de la Défense et membre du Likoud a un projet plus vaste : porter au pouvoir Bachir Gemayel et les phalanges chrétiennes, et faire du Liban un allié d'Israël.</p>
<p>Sans en référer à Begin, Ariel Sharon pousse l'Armée israélienne jusqu'à Beyrouth. L'OLP, l'armée libanaise et l'armée syrienne, qui tentent de s'y opposer, sont balayés.</p>
<p>Bechir Gemayel devient effectivement président, mais est assassiné presque tout de suite. Israël se retrouve à occuper un vaste territoire avec une forte opposition de certaines populations locales, sans perspective politique. Ariel Sharon démissionne en 1982, après les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila opérés par les phalanges chrétiennes avec la complicité de l'armée israélienne. En 1983, Menahem Begin, fatigué et malade, se retire.</p>
<p>La guerre du Liban n'a pas permis de bâtir une alliance avec le Liban. Elle a éliminé l'infrastructure militaire de l'OLP, mais celle-ci est remplacée par un mouvement armé plus actif encore : le Hezbollah chiite, proche de l'Iran et de la Syrie. Enfin, une partie de l'opinion publique israélienne se déclare contre la « sale guerre », qui fait plusieurs centaines de tués entre 1982 et 1985 au sein de Tsahal.</p>
<p>Après sa démission, Menahem Begin est remplacé par Yitzhak Shamir, autre membre du Likoud. Lors des élections législatives de 1984, les travaillistes et le Likoud font jeu égal, avec une très légère avance aux travaillistes. La crise économique et la guerre du Liban expliquent cette remontée travailliste, même si le Likoud a bien résisté, avec 31,9 % des voix.</p>
<p>Les deux partis sont obligés de s'entendre. Un accord de « rotation » est mis en place : les travaillistes et le Likoud gouverneront ensemble. Le premier ministre sera pendant deux ans Shimon Peres, puis pendant deux ans Yitzhak Shamir. Le gouvernement évacue la plus grande partie du Liban en 1985, sans avoir obtenu d'accord politique. L'occupation du Liban Sud est maintenue, occupation contre laquelle le Hezbollah ne va cesser de se battre, jusqu'au retrait israélien unilatéral de 2000.</p>
<p>La colonisation continue à se développer, mais des divergences existent entre les deux partis : les travaillistes souhaitent le renforcement des colonies israéliennes se trouvant dans des zones peu peuplées par les arabes palestiniens, zones qu'ils souhaitent annexer. Le Likoud souhaite conserver l'intégralité de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et donc développer des colonies en profondeur dans les zones peuplées palestiniennes. La différence n'est pas dans le principe des annexions, ni sur leur légitimité (pour les deux partis, tout Eretz Israël appartient de droit au peuple juif). La divergence porte sur la démographie arabe : pour les travaillistes, elle s'oppose à de larges annexions : Israël doit rester un pays avec une large majorité juive. Pour le Likoud, la présence d'une très forte minorité arabe (potentiellement majoritaire compte tenu de sa natalité) est acceptable : le projet du Likoud est d'accorder un certain degré d'autonomie (mal défini) aux populations arabes de Cisjordanie et de la bande de Gaza, mais de ne pas leur donner le droit de vote aux élections nationales. Ce qui est dénoncé comme de l'apartheid par les opposants à ce projet. Une grande immigration juive venue d'URSS ou des pays occidentaux est aussi espérée, immigration qui permettrait aux juifs de devenir définitivement majoritaires dans le « grand Israël ».</p>
<p>La tension entre ces deux stratégies fera échouer la tentative de rapprochement de Shimon Peres avec la Jordanie pour un compromis territorial, menée en 1985-1986.</p>
<p>À partir de décembre 1987 éclate la première intifada (le soulèvement des populations palestiniennes). Les élections de 1988 portent donc largement sur la pertinence d'un projet politique (le grand Israël) intégrant ces populations au sein d'un État juif. Le Likoud obtient un certain avantage, et Yitzhak Shamir reste Premier ministre. Faute de majorité claire, le gouvernement d'Union nationale est prolongé, mais les divergences stratégiques entre Likoud et travaillistes sur la question palestinienne augmentent. En 1990, c'est la rupture. Les travaillistes quittent la coalition.</p>
<p>Yitzhak Shamir était bien moins lié que Menahem Begin aux religieux. Contrairement à ce dernier, il ne montre aucun intérêt particulier pour la religion. Il parvient quand même, avec quelques difficultés, à maintenir l'alliance avec eux, et reste Premier ministre. Il relance fortement la colonisation, quelque peu freinée par les travaillistes (au moins dans les zones à majorité arabe, qui n'intéressent pas les travaillistes). Il y a 100 000 colons (en dehors de Jérusalem-Est) à la fin de son mandat, en 1992.</p>
<p>En 1991, soumis à de fortes pressions américaines, Shamir accepte de participer à la négociation de Madrid, qui devait préparer la paix au Moyen-Orient. Mais toujours partisan du grand Israël, il refuse de s'engager réellement dans des négociations, lesquelles mènent obligatoirement à des demandes de retrait de la Cisjordanie.</p>
<p>En 1992, il n'obtient que 24,9 % des voix, et est battu par les travaillistes. Ceux-ci signent les accords d'Oslo avec l'OLP en 1993.</p>
<p>Le Likoud rentre alors dans l'opposition. Très réticent aux accords d'Oslo, il entame un tournant vers un libéralisme économique plus marqué, sous l'influence de son nouveau leader à partir de 1993, Benyamin Netanyahou.</p>
<p>En 1996, Netanyahou devient Premier ministre d'Israël, et affiche clairement ses visées expansionnistes[32]. Il donne un coup d'arrêt au processus de paix. Les accords d'Oslo ne sont pas remis en cause, mais interprétés à minima. Les négociations sur le statut final des territoires palestiniens, qui devaient s'engager à l'été 1996, ne démarrent pas. La colonisation est relancée vigoureusement. Il y aura ainsi 200 000 colons juifs en 2000 dans les territoires palestiniens (surtout en Cisjordanie), hors Jérusalem-Est.</p>
<p>Parallèlement, Benyamin Netanyahou lance une politique économique d'inspiration anglo-saxonne, bien plus libérale que celles des précédents gouvernements Likoud. Cette politique heurte l'électorat populaire du parti (La droite israélienne a un double électorat : l'un est issu des classes moyennes et de la bourgeoisie ; il est libéral, aisé et plutôt ashkénaze. L'autre est un électorat plus pauvre, plus populaire, et plutôt sépharade. Ces deux électorats sont unis par leur nationalisme et leur attachement à la thématique du grand Israël. Mais la politique économique très libérale qu'impulse Benyamin Netanyahou est assez mal perçue dans ces milieux populaires).</p>
<p>En 1999, le travailliste Ehud Barak remporte les élections et devient Premier ministre. Avec 14,1 % de suffrages, le Likoud réalise le plus mauvais score de son histoire, abandonné par une partie de son électorat populaire. Benyamin Netanyahou doit démissionner, et le parti se choisit alors un nouveau leader, Ariel Sharon, considéré comme un « faucon » (favorable au recours à la guerre).</p>
<p>En 2000, Ehud Barak engage des négociations avec les Palestiniens. Celles-ci échouent : les Israéliens ont demandé l'annexion d'environ 10 % des territoires palestiniens et de Jérusalem-Est, demandes refusées par l'Autorité palestinienne. La seconde intifada éclate et en quelques semaines, il y a des dizaines de morts, dont 40 % d'enfants et d'adolescents.</p>
<p>Fin 2000, les organisations palestiniennes basculent dans le terrorisme. Des attentats commencent à être commis, en particulier contre des civils israéliens : c'est la seconde intifada.</p>
<p>Fragilisé, Ehud Barak convoque des élections au poste de Premier ministre (mais sans élections législatives), qu'il perd en janvier 2001.</p>
<p>Ariel Sharon devient Premier ministre. Rapidement, il montre une évolution importante par rapport aux principes qui fondent la droite sioniste depuis 1925.</p>
<p>Ariel Sharon évoque dès 2001 la possibilité d'un État palestinien sur une partie de la Cisjordanie et sur la bande de Gaza. Le territoire laissé aux Palestiniens serait inacceptable pour ceux-ci : il s'agit des zones A et B issues des accords d'Oslo, soit 42 % de la Cisjordanie et 60 % de la bande de Gaza. Mais il s'agit d'une rupture symbolique importante.</p>
<p>Rapidement aussi, Ariel Sharon commence la construction d'une « barrière de sécurité » rattachant de fait les grosses colonies de Cisjordanie au territoire israélien. Fin 2005, elle englobe 7,5 % du territoire palestinien. Proposée à l'origine par la gauche, critiquée par les palestiniens et par des extrémistes sionistes accusent Sharon de « diviser la terre d'Israël ».</p>
<p>En 2003, Ariel Sharon va plus loin. Considérant qu'une négociation avec Yasser Arafat n'est ni acceptable ni possible, il propose de tracer unilatéralement les frontières, et d'évacuer les territoires palestiniens les plus peuplés, en commençant par la bande de Gaza.</p>
<p>Le retrait suscite l'opposition de la majorité du parti qui refusent d'abandonner la bande de Gaza, et des nationalistes qui considèrent que l'abandon est acceptable, mais pas sans contreparties palestiniennes. Un référendum interne au Likoud rejette le plan, et la majorité de la direction du parti aussi.</p>
<p>Ariel Sharon passe outre, et réalise l'évacuation de la bande de Gaza en septembre 2005. Devant l'opposition grandissante du parti, il quitte celui-ci le 21 novembre 2005, pour fonder son propre parti, Kadima. La direction de ce nouveau parti est reprise par Ehud Olmert en janvier 2006, après l'accident vasculaire cérébral qui plonge Ariel Sharon dans le coma. <br class='autobr' />
Si elle est rejetée par le Likoud, l'idée d'une séparation radicale d'avec les palestiniens est devenue populaire dans le pays. L'idée du grand Israël est de plus en plus perçue comme créant de fait un État judéo-arabe dont la majorité ne veut plus. Les sondages sont donc favorables à Kadima.</p>
<p>L'homme fort du Likoud redevient Benyamin Netanyahou qui gagne les élections primaires du parti, le 19 décembre 2005. Prenant en compte l'évolution de l'opinion publique israélienne, il renonce de fait au grand Israël en proposant début 2006 un État palestinien réduit à 40 % de la Cisjordanie.</p>
<p>Les élections générales de la fin mars 2006 confirment les sondages. Le Likoud n'obtient que 9 % des voix, et s'installe dans l'opposition. Après les défaites de 1999 et celle de 2006, la direction de Benyamin Netanyahou devient très contestée au sein du parti.</p>
<p>Benyamin Netanyahou retrouve une grande part de sa popularité perdue. Fin septembre 2006, il caracole en tête des sondages, et le Likoud semble presque assuré de remporter d'éventuelles élections anticipées.</p>
<p>Consolidé par ces nouveaux sondages, Benyamin Netanyahou est réélu le 14 août 2007, à la présidence du parti. Son adversaire Moshe Feiglin, candidat de la droite dure religieuse, a obtenu 23 % des voix.</p>
<p>En juillet 2014, Israel Beytenou quitte l'alliance avec le Likoud, tout en restant dans la coalition gouvernementale ; les deux partis reprennent ainsi leur liberté de vote au Parlement.</p>
<p>En mars 2015, le parti crée la surprise en gagnant les élections avec 23,4 % des voix. Le parti bat donc son principal concurrent, l'Union sioniste qui gagne 18,7 % des voix. Son président Benyamin Netanyahou est reconduit au poste de premier ministre et construit une coalition avec les partis : Koulanou, Le Foyer juif, Judaïsme unifié de la Torah et Shas.</p>
<p>En 2016, l'ancien ministre de la Défense Moshe Ya'alon, déclare qu'« Il est regrettable que de dangereux éléments extrémistes contrôlent Israël et le Likoud. Ce n'est plus le parti auquel j'ai adhéré. ». Certains commentateurs politiques notifient une dérive vers l'extrême droite sous la direction de Netanyahou.</p>
<p>Après les élections législatives de novembre 2022, Benyamin Netanyahou forme un gouvernement de coalition réunissant son parti de droite, le Likoud, trois formations d'extrême droite — le Parti sioniste religieux, Force juive et Noam — et deux partis ultraorthodoxes — Shass et Judaïsme unifié de la Torah —, ce qui en fait, selon de nombreux observateurs, « la coalition la plus à droite de l'histoire d'Israël » , voire directement un gouvernement d'extrême droite.</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Likoud" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Likoud</a></p>
<p>L'extrême droite en Israël</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Extr%C3%AAme_droite_en_Isra%C3%ABl" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Extr%C3%AAme_droite_en_Isra%C3%ABl</a></p>
<p>La dernière horreur de Nétanyahou est bien entendu la « guerre de Gaza », un massacre contre un peuple désarmé…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8190" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8190</a></p>
<p>La contestation contre Nétanyahou va être sans cesse limitée à des protestations pacifiques par les travaillistes et autres réformistes « de gauche » au sein du mouvement.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7213" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7213</a></p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifestations_de_2023_en_Isra%C3%ABl" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifestations_de_2023_en_Isra%C3%ABl</a></p>
<p>Et aussi quand le « printemps arabe » gagnait les Israéliens en 2011…</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_isra%C3%A9lien_pour_des_logements_accessibles" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_isra%C3%A9lien_pour_des_logements_accessibles</a></p>
<p>En agressant violemment Gaza, Nétanyahou tente de protèger la sécurité de sa réelection et celle de ses classes dirigeantes… du mécontentement social des Israéliens appauvris, mais la gauche n'en a pas profité pour le renverser…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2519" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2519</a></p>
<p>Et aussi dans les manifestations israëliennes contre Nétanyahou pour le retour des otages</p>
<p><a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/27/israel-les-images-des-manifestations-d-ampleur-pour-un-accord-sur-les-otages_6636113_3210.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/27/israel-les-images-des-manifestations-d-ampleur-pour-un-accord-sur-les-otages_6636113_3210.html</a></p>
<p>Mais le moment le plus remarquable où la gauche réformiste israélienne a le plus agi pour empêcher les Israéliens d'en découdre avec leurs propres classes dirigeantes est le mouvement "la paix maintenant"...</p>
<p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Paix_maintenant" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Paix_maintenant</a></p>
<p>Pour conclure sur la question palestinienne et la question israélienne : Tant que les peuples ne mènent pas la lutte dans le sens d'une lutte de classe contre toutes les bourgeoisies de la région, il n'y aura que des désillusions.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3345" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3345</a></p></div>
Quand Labriola correspond avec Sorel
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8802
http://www.matierevolution.org/spip.php?article88022026-03-15T23:49:00Ztext/htmlfrRobert ParisMarxismeSocialisme - Socialism
<p>Antonio Labriola <br class='autobr' />
Socialisme et Philosophie <br class='autobr' />
I <br class='autobr' />
Rome, 20 avril 1897. <br class='autobr' />
Cher Monsieur Sorel ! <br class='autobr' />
Depuis quelque temps, j'ai l'intention d'avoir avec vous une conversation écrite. <br class='autobr' />
Ce sera la manière la meilleure et la plus appropriée d'exprimer ma gratitude pour votre préface à mes essais. Il va de soi que je ne pouvais pas accepter silencieusement les paroles courtoises que vous m'aviez adressées avec tant de profusion. Je ne pouvais que vous répondre immédiatement et reconnaître mon (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique81" rel="directory">4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas</a>
/
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag">Marxisme</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Antonio Labriola
<p>Socialisme et Philosophie</p>
</h2>
<p>I</p>
<p>Rome, 20 avril 1897.</p>
<p>Cher Monsieur Sorel !</p>
<p>Depuis quelque temps, j'ai l'intention d'avoir avec vous une conversation écrite.</p>
<p>Ce sera la manière la meilleure et la plus appropriée d'exprimer ma gratitude pour votre préface à mes essais. Il va de soi que je ne pouvais pas accepter silencieusement les paroles courtoises que vous m'aviez adressées avec tant de profusion. Je ne pouvais que vous répondre immédiatement et reconnaître mon obligation envers vous par une lettre privée. Et maintenant, nous n'avons plus besoin d'échanger de compliments, surtout dans les lettres que vous ou moi aurons peut-être l'occasion de publier ultérieurement. D'ailleurs, à quoi me servirait-il maintenant de protester modestement et de conjurer vos éloges puisque c'est entièrement grâce à vous que mes deux essais sur le matérialisme historique, qui ne sont que des ébauches, circulent en France sous forme de livre. Vous les avez présentés au public sous cette forme. Il ne m'a jamais été venu à l'idée d'écrire un livre standard, au sens où vous, Français, qui admirez et cultivez les méthodes classiques en littérature, utilisez ce terme. Je suis de ceux qui considèrent cette dévotion persistante au culte du style classique comme plutôt gênante pour ceux qui souhaitent exprimer les résultats d'une pensée strictement scientifique d'une manière originale, adéquate et facile. Pour moi, c'est aussi gênant qu'un manteau mal ajusté.</p>
<p>Laissant donc tout compliment, je m'exprimerai sur les points que vous avez soulignés dans votre préface. J'en discuterai franchement sans avoir en vue la rédaction d'une monographie. Je choisis la forme des lettres parce que les interruptions, les ruptures dans la continuité de la pensée et les sauts occasionnels, comme cela se produirait dans une conversation, ne semblent pas ici déplacés et incongrus. Je n'aurais vraiment pas écrit autant de thèses, de mémoires ou d'articles, si je n'avais pas envie de répondre aux nombreuses questions que vous posez dans les quelques pages de votre préface, comme si vous étiez plongé dans des pensées sceptiques. [1]</p>
<p>Mais pendant que j'écrirai les choses telles qu'elles me viennent à l'esprit, je n'ai pas l'intention de diminuer ma responsabilité pour tout ce que je peux dire ici, et je continuerai à le dire. Je souhaite simplement me débarrasser du fardeau de la prose rigide et formelle qui est habituel pour l'exposition scientifique. De nos jours, il n'y a pas de petit étudiant, aussi petit soit-il, qui n'imagine qu'il érige un monument de lui-même pour les générations contemporaines et futures chaque fois qu'il consacre un volume volumineux, ou une dissertation savante et complexe, à quelque pensée errante ou observation fortuite prise dans conversation animée ou inspirée par quelqu'un qui a un talent particulier pour l'enseignement. De telles impressions ont toujours un plus grand pouvoir suggestif par la force de leur expression naturelle, ce qui est un don de celui qui cherche la vérité par lui-même ou qui en parle aux autres pour la première fois.</p>
<p>Nous savons bien que ce siècle qui s'achève, qui n'est que affaires, tout argent, ne circule pas librement dans la pensée, à moins qu'elle ne soit également exprimée sous la forme commerciale vénérée et approuvée par elle, afin qu'elle ait pour compagnon convenable la facture de l'éditeur. et les publicités littéraires, des bouffées mousseuses aux éloges les plus sincères. Dans la société de demain, où nous vivons avec nos espérances, et plus encore avec bien des illusions qui ne sont pas toujours le fruit d'une imagination bien équilibrée, croîtront de manière démesurée, jusqu'à devenir légion, le nombre d'hommes qui sauront discuter avec cette joie divine de la recherche et ce courage héroïque de la vérité qu'on admire chez un Platon, un Bruno, un Galilée. Peut-être aussi multiplier à l'infini les individus qui, comme Diderot, seront capables d'écrire des choses profondes et séduisantes, comme Jacques le Fataliste, que nous imaginons aujourd'hui comme inégalé. Dans la société future, où les loisirs, raisonnablement accrus pour tous, donneront à tous les besoins de liberté, les moyens de culture et le droit à la paresse, cette heureuse découverte de notre Lafargue, il y en aura dans toutes les rues. coin, un génie perdant son temps, comme le vieux maître Socrate, à travailler avec acharnement à quelque tâche non payée en argent. Mais aujourd'hui, dans le monde actuel, où seuls les fous ont des visions millénaires, de nombreux oisifs exploitent l'appréciation du public par leur littérature sans valeur, comme s'ils avaient mérité le droit de le faire par un travail légitime. C'est ainsi que même le socialisme devra ouvrir son sein à une multitude discrète d'oisifs, d'escrocs et d'incapables.</p>
<p>Vous déplorez que les théories du matérialisme historique soient devenues si peu appréciées en France. Vous vous plaignez que la diffusion de ces théories soit empêchée par des préjugés dus à la vanité nationale, aux prétentions littéraires des uns, à l'aveuglement philosophique des autres, au désir maudit de se poser pour quelque chose qu'on n'est pas, et enfin à un développement intellectuel insuffisant. , sans parler des nombreuses lacunes constatées même parmi les socialistes. Mais toutes ces choses ne doivent pas être considérées comme de simples accidents ! La vanité, la fausse fierté, le désir de poser sans être vraiment, la manie de soi, l'auto-agrandissement, la volonté frénétique de briller, toutes ces passions et vertus, ainsi que d'autres, de l'homme civilisé ne sont en aucun cas sans importance dans la vie, mais peuvent plutôt constituer très souvent, sa substance et son objectif. On sait que l'Église n'a pas réussi dans la plupart des cas à rendre humble l'esprit chrétien, mais lui a au contraire donné un nouveau titre à une autre et plus grande prétention. Eh bien... ce matérialisme historique exige de ceux qui veulent le professer consciemment et franchement une certaine humilité étrange, c'est-à-dire dès que nous nous rendons compte que nous sommes liés au cours des événements humains et que nous en étudions les lignes compliquées. et les détours tortueux, il nous incombe non seulement d'être résignés et acquiesçants, mais de nous engager dans un travail conscient et rationnel. Mais là est la difficulté. Nous en arriverons à nous avouer que notre propre individualité, à laquelle nous sommes si étroitement attachés par une habitude évidente et génétique, n'est qu'une bien petite chose dans le réseau complexe du mécanisme social, aussi grand soit-il. ou nous apparaître, même s'il ne s'agit pas d'une simple néantité évanescente comme le prétendent certains théosophes farfelus. Nous devons nous adapter à la conviction que les intentions et les objectifs subjectifs de chacun d'entre nous luttent toujours contre la résistance des processus complexes de la vie, de sorte que nos projets ne laissent aucune trace d'eux-mêmes, ou laissent une trace tout à fait différente. de l'intention originale, car elle est altérée et transformée par les conditions qui l'accompagnent. Nous devons admettre, après cette affirmation, que l'histoire vit pour ainsi dire nos vies et que notre propre contribution à elle, bien qu'indispensable, n'est néanmoins qu'un facteur très infime dans le croisement des forces qui combinent, complètent et alternativement éliminent l'une. un autre. Mais toutes ces conceptions sont de véritables ennuis pour tous ceux qui ressentent le besoin d'enfermer l'univers dans le cadre de leur vision individuelle. C'est pourquoi le privilège des héros doit être préservé dans l'histoire, afin que les nains ne soient pas privés de la foi qu'ils sont capables de monter sur leurs propres épaules et de se faire remarquer. Et cela doit leur être accordé, même s'ils ne sont pas dignes, selon les mots de Jean Paul, de se mettre à genoux.</p>
<p>En fait, cela fait des siècles que les gens vont à l'école pour se faire dire que Jules César a fondé l'empire et que Charlemagne l'a reconstruit ? Que Socrate a inventé la logique et que Dante a créé la littérature italienne d'un trait de plume ? Il n'y a que très peu de temps que la conception mythologique de ces personnages en tant que créateurs de l'histoire a été progressivement remplacée, et pas toujours en termes précis, par la notion prosaïque d'un processus historique de société. La Révolution française n'a-t-elle pas été voulue et faite, selon diverses versions de l'invention littéraire, par les différents saints des légendes libérales, les saints de droite, les saints de gauche, les saints girondins, les saints jacobins ? Il en résulte que Paine a consacré une partie assez considérable de son intellect lourd à prouver, comme s'il était un correcteur d'épreuves d'histoire, que toutes ces perturbations auraient pu finalement ne pas se produire du tout. D'ailleurs, je n'ai jamais pu comprendre pourquoi un homme si peu sensible à la grossière nécessité des faits aurait pu se qualifier de positiviste. C'est la chance de la plupart de vos saints en France qui leur a permis tour à tour de s'honorer et de se couronner en temps voulu de leur diadème d'épines mérité. C'est pour cette raison que les règles de la tragédie classique restaient pour eux glorieusement en vigueur. S'il n'en était pas ainsi, qui sait combien d'imitateurs de Saint Juste (un grand homme vraiment) auraient fini entre les mains des sbires du canaille Fouché, et combien de complices de Danton (un grand homme qui avait raté sa place) auraient revêtu l'habit de criminel à Cambacérès, tandis que d'autres se seraient contentés de se mesurer à l'aventurier Drouet, ou à ce pitoyable acteur Tellien, pour les modestes galons de petit préfet.</p>
<p>Bref, lutter pour la première place est une question de foi et de dévotion pour tous ceux qui ont appris l'histoire du style antique et sont d'accord avec l'orateur Cicéron pour l'appeler la Maîtresse de la Vie. C'est pourquoi ils ressentent le besoin de « rendre le socialisme moral ». La morale ne nous a-t-elle pas appris depuis des siècles qu'il faut rendre à chacun ce qui lui est dû ? Ne vas-tu pas nous préserver juste un petit coin de paradis ? C'est ce qu'ils semblent me demander. Et s'il faut renoncer au paradis des fidèles et des théologiens, ne peut-on pas conserver en ce monde une petite apothéose païenne ? Ne jetez pas toute la morale de la récompense honnête. Gardez au moins un bon canapé, ou une place aux premiers rangs du théâtre de la vanité !</p>
<p>Et c'est la raison pour laquelle les révolutions, en dehors d'autres causes nécessaires et inévitables, sont utiles et souhaitables à ce point de vue. D'un coup de gros balai, ils débarrassent le sol de ceux qui l'ont occupé si longtemps, ou du moins ils rendent l'air plus respirable en lui donnant plus d'ozone, à la manière des tempêtes.</p>
<p>Ne prétendez-vous pas, à juste titre, que toute la question pratique du socialisme (et par pratique vous entendez sans doute une méthode guidée par les faits intellectuels d'une conscience éclairée basée sur la connaissance théorique) peut être réduite et résumée à On y aborde les trois points suivants : 1) Le prolétariat est-il parvenu à une conception claire de son existence en tant que classe à part ? 2) A-t-elle assez de force pour engager une lutte contre les autres classes ? 3) Est-il sur le point de renverser, avec l'organisation du capitalisme, tout le système de pensée traditionnelle !</p>
<p>Très bien !</p>
<p>Maintenant, que le prolétariat comprenne clairement ce qu'il peut accomplir, ou qu'il apprenne à vouloir ce qu'il peut accomplir. Que ce prolétariat se donne pour mission, dans le langage inepte des écrivains professionnels, de résoudre la soi-disant question sociale. Que ce prolétariat se donne pour tâche d'éliminer, entre autres formes d'exploitation de ses semblables, avec une fausse gloire, avec présomption et avec cette singulière compétition entre eux qui pousse certains d'entre eux à inscrire leur propre nom dans le livre d'or du mérite. au service de l'humanité. Qu'il fasse aussi un feu de joie de ce livre, ainsi que de tant d'autres qui portent le titre de Dette publique .</p>
<p>Pour le moment, ce serait une vaine entreprise que d'essayer de faire comprendre à tous ces gens ce principe franc de l'éthique communiste, un principe selon lequel la gratitude et l'admiration doivent provenir d'un don spontané de nos semblables. Beaucoup d'entre eux ne voudraient pas aspirer au progrès, s'ils étaient sûrs de se faire dire, selon les mots de Baruch Spinoza, que la vertu est sa propre récompense. En attendant, jusqu'à ce que seules les choses les plus dignes restent comme objets d'admiration dans une société meilleure que la nôtre, des objets comme les contours du Parthénon, les tableaux de Raphaël, les vers de Dante et de Goethe, et tant d'autres choses utiles et sûres. , et des dons définitivement acquis de la science, d'ici là, dis-je, il ne nous appartient pas de faire obstacle à ceux qui ont du souffle à dépenser, ou des cartes imprimées à faire circuler, et qui souhaitent se parader au nom de cela. beaucoup de belles choses, comme l'humanité, la justice sociale, etc., et même le socialisme, comme cela arrive fréquemment à ceux qui concourent pour la médaille du mérite et une place dans la légion d'honneur de la future révolution prolétarienne, même si cela peut être le cas. être encore loin. De tels hommes ne devraient-ils pas pressentir que le matérialisme historique est une satire de toutes leurs hypothèses chères et de leurs ambitions futiles ? Ne devraient-ils pas détester cette nouvelle espèce de panthéisme, d'où a disparu, si vous me permettez de le dire, c'est si prosaïque, même le nom vénéré de Dieu ?</p>
<p>Ici, nous devons mentionner une circonstance importante. Dans toutes les régions de l'Europe civilisée, les esprits, qu'ils soient vrais ou faux, ont de nombreuses occasions de travailler au service de l'État et dans tous les domaines du profit et de l'honneur que la classe capitaliste a à offrir. Et cette classe n'est pas aussi proche de sa fin que certains joyeux prophètes voudraient nous le faire croire. Il n'est donc pas étonnant qu'Engels ait écrit dans sa préface au troisième volume du Capital de Marx , le 4 octobre 1894 : « À notre époque agitée, comme au XVIe siècle, de simples théoriciens des affaires publiques ne se trouvent qu'à côté des réactionnaires. » Ces paroles, aussi claires que graves, devraient suffire à fermer la bouche à ceux qui se vantent que toutes les intelligences sont passées de notre côté et que la classe capitaliste va bientôt déposer les armes. C'est tout simplement l'inverse qui est vrai. Il y a une pénurie de forces intellectuelles dans nos rangs, d'autant plus que les véritables travailleurs, pour des raisons évidentes, protestent souvent contre les porte-parole et les écrivains du parti. Il n'y a donc aucune raison de s'étonner que le matérialisme historique ait fait si peu de progrès depuis sa première énonciation générale. Et même si l'on passe à ceux qui ont fait plus que simplement répéter ou singer les énoncés fondamentaux d'une manière qui se rapproche parfois du burlesque, il faut avouer que toutes les choses sérieuses, pertinentes et correctes qui ont été écrites ne font pas encore l'affaire. une théorie complète qui a dépassé le stade de la formation première. Aucun d'entre nous n'oserait faire la comparaison avec le darwinisme, qui en moins de 40 ans a connu un développement si intensif et étendu que sa théorie a déjà une histoire énorme, une surabondance de matériel, une multitude de points de contact avec d'autres. sciences, une grande quantité de corrections méthodiques et un grand éventail de critiques de la part des amis et des ennemis.</p>
<p>Tous ceux qui se situent en dehors du mouvement socialiste avaient et ont intérêt à combattre, à déformer ou à ignorer cette nouvelle théorie. Les socialistes, au contraire, n'ont pas eu le temps de se consacrer aux soins et aux études nécessaires pour que tout départ mental puisse gagner en ampleur de développement et en maturité savante, comme le caractérisent les sciences protégées, ou du moins pas combattues par le monde officiel, et qui grandissent et prospèrent grâce à la coopération de nombreux collaborateurs dévoués.</p>
<p>Le diagnostic d'une maladie n'est-il pas une demi-consolation ? Les médecins n'agissent-ils pas ainsi aujourd'hui avec les malades, puisqu'ils sont davantage inspirés dans leur pratique médicale par ce sentiment scientifique qui doit résoudre les problèmes de la vie ?</p>
<p>Après tout, seuls quelques-uns des divers résultats du matérialisme historique sont de nature à acquérir une popularité marquée. Il est certain que cette nouvelle méthode d'investigation permettra à certains d'entre nous d'écrire des ouvrages historiques plus concluants que ceux généralement écrits par des hommes de lettres qui n'exercent leur art qu'avec l'aide de la philologie et de l'érudition classique. Et outre les connaissances que les socialistes actifs peuvent tirer de l'analyse précise du domaine dans lequel ils évoluent, il ne fait aucun doute que le matérialisme historique a exercé, directement ou indirectement, une grande influence sur de nombreux penseurs de notre époque, et exercera une influence encore plus grande encore. influence dans la mesure où l'étude de l'histoire économique se développe et s'interprète pratiquement en mettant à nu les causes fondamentales et les raisons intimes de certains événements politiques. Mais il me semble que la théorie entière dans ses aspects les plus intimes, ou la théorie entière dans son intégralité, c'est-à-dire en tant que philosophie , ne pourra jamais devenir un des articles de la culture populaire universelle. Et quand je dis philosophie , je sais bien que je peux être mal compris. Et si je devais écrire en allemand, je dirais Lebens-und-Welt-Anschauung , une conception de la vie et de l'univers. Car pour se familiariser avec cette philosophie, il faut avoir une puissance mentale profonde et s'habituer aux difficultés de la combinaison mentale. Tenter de résoudre ce problème pourrait exposer les esprits superficiels, enclins à tirer des conclusions faciles, au danger de dire des bêtises relevant de la raison sacrée. Et nous ne voulons pas devenir responsables de la promotion d'un tel charlatanisme littéraire.<br class='autobr' />
II</p>
<p>Rome, 24 avril 1897.</p>
<p>Permettez-moi maintenant de passer à l'examen de certaines choses prosaïquement petites, qui cependant, comme c'est souvent le cas dans les grandes affaires du monde, ont un poids considérable dans notre discussion.</p>
<p>Pour parler des écrits de Marx et d'Engels, puisqu'ils sont particulièrement discutés, n'ont-ils jamais été lus dans leur intégralité par quiconque en dehors du cercle des amis et des disciples les plus proches, et en dehors du cercle des disciples et interprètes directs ? , de ces auteurs ? Ces écrits, dans leur ensemble, n'ont-ils jamais fait l'objet de commentaires et d'illustrations de la part de personnes extérieures au camp formé autour des traditions de la social-démocratie allemande ? Je fais référence en particulier à ceux qui ont fait le travail d'application et d'explication de ces écrits, et en particulier à la Neue Zeit , la revue qui a tenu le premier rang parmi les publications du parti. En bref, la question est de savoir si ces écrits ont rassemblé autour d'eux ce que les penseurs modernes appellent un environnement littéraire dans un autre pays que l'Allemagne, et si même dans ce pays un tel développement n'a été que partiel et réalisé par des moyens qui n'ont pas toujours été au-dessus des critiques.</p>
<p>Et comme beaucoup de ces écrits sont rares, et comme certains d'entre eux sont difficiles à trouver ! Y en a-t-il beaucoup qui, comme moi, ont eu la patience de chercher pendant des années un exemplaire de la Pauvreté de la Philosophie , qui n'a été rééditée que très récemment à Paris, ou de cet ouvrage singulier de La Sainte Famille ; ou qui serait prêt à endurer plus de difficultés pour obtenir un exemplaire de la Neue Rheinische Zeitung qu'un étudiant en philologie ou en histoire ne le ferait dans des conditions ordinaires pour lire et étudier tous les documents de l'Egypte ancienne ! J'ai la réputation d'être un homme expérimenté dans la recherche et la localisation de livres, mais je n'ai jamais rencontré autant de difficultés que dans la quête de ce journal. La lecture de tous les écrits des fondateurs du socialisme scientifique a été jusqu'ici en grande partie un privilège d'initiés ! [2]</p>
<p>Faut-il alors s'étonner qu'en dehors de l'Allemagne, par exemple en France, et particulièrement là-bas, de nombreux écrivains, notamment parmi les publicistes, aient été tentés de puiser les éléments nécessaires à la formation d'un marxisme de leur propre fabrication à partir des critiques de nos adversaires, à partir de citations fortuites, d'extraits hâtifs tirés d'articles spéciaux ou de vagues souvenirs ? Cela s'est produit d'autant plus facilement que la montée des partis socialistes en France et en Italie a donné plus ou moins la parole aux représentants du prétendu marxisme, même s'il serait à mon avis inexact de les appeler ainsi. Mais cela donnait aux hommes de lettres de tout bord l'excuse facile de croire, ou de faire croire, que chaque discours d'un agitateur ou d'un homme politique, chaque déclaration de principes, chaque article de journal et chaque action officielle d'un parti était une révélation authentique et orthodoxe. de la nouvelle doctrine dans une nouvelle église. La Chambre des députés française n'était-elle pas , il y a environ deux ans, sur le point de discuter de la théorie de la valeur de Marx ? Et que dire de tant de professeurs italiens qui ont cité et discuté pendant des années des livres et des ouvrages qui, notoirement, n'avaient jamais atteint notre latitude ? Peu de temps après, George Adler écrivit ses deux livres superficiels et peu concluants, [3] dans lequel il offrait des trésors faciles de bibliographie et de copieuses citations à tous ceux qui recherchaient un enseignement confortable et une chance de plagier. On pourrait vraiment dire qu'Adler avait beaucoup lu et beaucoup péché.</p>
<p>Le matérialisme historique est, dans un certain sens, tout ce qu'il y a dans le marxisme. Avant de s'entourer d'une littérature écrite par des penseurs compétents, capables de la développer et de la poursuivre, le marxisme a traversé parmi les peuples de langue néo-latine d'innombrables erreurs, contresens, altérations grotesques, travestissements étranges et inventions gratuites. Personne n'a le droit de placer ces choses dans le registre de l'histoire du socialisme. Mais ils ne pouvaient que causer beaucoup d'embarras à ceux qui étaient désireux de créer une culture socialiste, surtout s'ils appartenaient aux rangs des étudiants professionnels.</p>
<p>Vous connaissez l'histoire fantastique racontée par Croce dans Le Devenir Social de ce Marx blond qui est censé avoir fondé l'Internationale à Naples, en 1867. Je pourrais raconter d'autres histoires similaires. Je pourrais vous parler d'un étudiant qui est venu chez moi, il y a quelques années, pour jeter au moins un regard personnel sur la fameuse Pauvreté de la Philosophie . Il était assez déçu. "C'est un livre sérieux sur l'économie politique ?" il a dit. « Non seulement sérieux, dis-je, mais aussi difficile à lire et obscur sur bien des points. Il ne pouvait pas du tout comprendre. « Vous attendiez-vous, continuai-je, à un poème sur les héros du grenier, ou à un roman comme celui du pauvre jeune homme ?</p>
<p>Le titre farfelu de La Sainte Famille a donné à certains une excuse pour des contes étranges. C'est le sort singulier de ce cercle de Jeunes-Hégéliens, parmi lesquels se trouvait au moins un homme de marque, Bruno Bauer, qu'ils soient connus de la postérité par le ridicule que leur ont infligé deux jeunes écrivains. Et dire que ce livre, qui paraîtrait sec, difficile à comprendre et dur à la plupart des lecteurs français, n'est en réalité pas très remarquable, si ce n'est qu'il montre la manière dont Marx et Engels, après avoir dérouté le fardeau de la scolastique hégélienne, commençaient à s'extirper de l'humanitarisme de Feuerbach ! Et tandis qu'ils développaient ce qui devint plus tard leur propre théorie, ils étaient encore, dans une certaine mesure, imprégnés de ce véritable socialisme qu'ils ridiculisèrent eux-mêmes plus tard dans le Manifeste .</p>
<p>Mais à part les histoires ridicules qui ont circulé sur ces deux-là, il y en a une qui s'est développée en Italie, et il n'y a pas de quoi rire. C'est le cas de Loria. C'est d'autant plus triste que ces dernières années, malgré les grandes difficultés qui l'entourent, un parti socialiste est en train de se former en Italie, qui, dans son programme et dans ses intentions, représente les tendances du socialisme international jusqu'à présent. dans la mesure où les conditions de notre pays le permettent, et s'efforce d'accomplir son œuvre. Il est regrettable qu'à cette époque certains, étudiants ou anciens étudiants, se soient mis en tête de proclamer Loria, tantôt comme l'auteur authentique des théories du socialisme scientifique, tantôt comme le découvreur de l'économie. interprétation de l'histoire, tantôt comme ceci, tantôt comme cela, aussi contradictoire soit-elle. Loria a ainsi été acclamé, d'un seul coup, mais à son insu et sans son consentement, comme un champion de Marx, comme un ennemi de Marx, comme un substitut, un supérieur et un inférieur de Marx. Eh bien, ce malentendu appartient désormais au passé. Et la paix soit à sa mémoire. Depuis que les Problèmes sociaux de Loria ont été traduits en français, beaucoup de vos compatriotes se demanderont comment il a été possible qu'il ait pu être confondu, pas tant avec un socialiste quelconque - car cela aurait pu être considéré comme un signe ou une intention d'ingéniosité. – mais comme un homme qui a poursuivi et amélioré l'œuvre de Marx. L'idée même fait dresser les cheveux sur la tête.</p>
<p>Cependant, en ce qui concerne la France, vous pouvez être tranquille sur ces anecdotes d'intuition modèle. Car il est non seulement vrai que les péchés sont commis à l'extérieur et à l'intérieur des murs de Troie, mais c'est aussi un axiome que chacun acceptera qui n'appartient pas à la catégorie insensée des génies incompris, que personne n'arrive trop tard dans le monde. monde pour faire son devoir. Et dans le cas présent, il est d'autant moins trop tard, comme nous pouvons le dire avec vérité dans les paroles d'Engels, qui m'ont été écrites peu de temps avant sa mort : « Nous sommes encore au tout début des choses.</p>
<p>Et comme nous n'en sommes encore qu'aux premiers commencements, il me semble que le parti socialiste allemand devrait considérer comme de son devoir de publier une édition critique complète des œuvres de Marx et d'Engels, afin que les étudiants puissent s'occuper de ces théories avec une compréhension complète de leurs causes et en obtiennent la connaissance avec le moins d'inconvénients possible à partir des premières sources. Cette édition doit être fournie au cas par cas avec des préfaces contenant des exposés de faits, avec des notes de bas de page, des références et des explications. Ce serait à lui seul une œuvre méritoire que de priver les bouquinistes du privilège de faire des objets de spéculation indécente sur les exemplaires les plus rares d'écrits anciens. Je peux raconter une histoire ou deux à ce sujet. Les ouvrages déjà parus sous forme de livres ou de brochures doivent être complétés par des articles de journaux, des manifestes, des circulaires, des programmes et toutes ces lettres qui, bien qu'écrites à des particuliers, ont une valeur politique et scientifique parce qu'elles traitent de questions d'intérêt public et public. intérêt général.</p>
<p>Une telle entreprise ne peut être entreprise que par les socialistes germanophones. Non pas que Marx et Engels appartiennent uniquement à l'Allemagne, au sens patriotique et chauvin du terme, que beaucoup confondent avec la nationalité. La forme de leur cerveau, le cours de leurs productions, l'ordre logique de leur façon de voir les choses, leur esprit scientifique et leur philosophie étaient le fruit et l'aboutissement de la culture allemande. Mais l'essentiel de leur pensée et de leur enseignement concerne les conditions sociales qui, jusqu'à l'époque de leur maturité, se sont développées pour la plupart en dehors de l'Allemagne. Elle s'enracine particulièrement dans les conditions créées par cette grande révolution économique et politique qui, à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, a trouvé sa base et son développement en grande majorité en Angleterre et en France. Tous deux étaient à tous égards des esprits internationaux. Mais seuls les socialistes allemands, depuis le Club communiste jusqu'au programme d'Erfurt et jusqu'aux derniers articles du prudent et expérimenté Kautsky, ont cette continuité et cette persistance de la tradition, et ce secours d'une expérience constante, qui sont nécessaires pour qu'un l'édition critique de ces ouvrages pourra trouver dans les choses elles-mêmes et dans la mémoire des hommes les données nécessaires pour la rendre complète et fidèle à la vie. Et ce n'est pas une question de sélection. Toute l'activité scientifique et politique, toutes les productions littéraires des deux fondateurs du socialisme critique, même si elles ont été écrites pour l'occasion, doivent être rendues accessibles au lecteur. Il ne s'agit pas de rédiger un Corpus juris ou un Testamentum juxta canonem receptum (un code de lois ou un testament selon les canons reçus). Il s'agit de rassembler une série élaborée d'écrits, afin qu'ils puissent s'adresser directement à tous ceux qui souhaitent les lire. Ce n'est qu'ainsi que les étudiants des autres pays pourront disposer de toutes les sources. Ceux qui ont acquis leur savoir d'une autre manière, par le biais de reproductions peu fiables ou de vagues souvenirs, ont donné lieu à un phénomène étrange : jusqu'à une époque très récente, il n'y avait pas un seul ouvrage sur le marxisme en dehors de la langue allemande, écrit sur la base d'une critique documentaire. Et souvent, ces œuvres provenaient de la plume d'écrivains d'autres partis révolutionnaires ou d'autres écoles du socialisme. Un cas typique de ce genre est celui des écrivains anarchistes, pour lesquels, surtout en France et en Italie, le fondateur du marxisme semble généralement n'avoir pas existé du tout, à moins que ce ne soit comme l'homme qui fouetta Proudhon et s'opposa à Bakounine, ou comme chef de ce qui est à leurs yeux le plus grand crime, à savoir le représentant typique du socialisme politique et donc – quelle infamie ! – du socialisme parlementaire.</p>
<p>Tous ces écrits ont un fondement commun. Et c'est là le matérialisme historique, pris comme une triple théorie, à savoir comme méthode philosophique pour la compréhension générale de la vie et de l'univers, comme critique de l'économie politique réductible à certaines lois seulement parce qu'elle représente une certaine phase historique, et comme interprétation de la politique, surtout de ces mouvements politiques qui sont nécessaires et utiles à la marche de la classe ouvrière vers le socialisme. Ces trois aspects, que j'énumère abstraitement, comme c'est toujours l'usage en matière d'analyse, ne forment qu'une seule unité dans l'esprit des deux auteurs. C'est pour cette raison que leurs écrits, à l'exception de l' Anti-Dühring d'Engels et du premier volume du Capital , ne semblent jamais aux hommes de lettres de tradition classique avoir été écrits selon les canons de l'art de l'écriture du livre. Ces écrits sont en réalité des monographies et, dans la plupart des cas, ils sont le résultat d'occasions spéciales. Ce sont des fragments d'une science et d'une politique en processus de croissance continue. D'autres, qui ne sont évidemment pas de simples venus par hasard, doivent et peuvent poursuivre ce travail. Afin de les comprendre pleinement, ces écrits doivent être classés de manière biographique. Et dans une telle biographie nous retrouverons, pour ainsi dire, les traces et les empreintes, les marques et les reflets de la genèse du socialisme moderne. Ceux qui ne sont pas capables de suivre cette genèse chercheront dans ces fragments quelque chose qui n'y est pas et qui ne devrait pas y être, par exemple des réponses à toutes les questions que les sciences historiques et sociales peuvent toujours poser dans leur une expérience vaste et variée, ou une solution sommaire des problèmes pratiques de tous les temps et de tous les lieux. Pour illustrer, dans le débat sur la question orientale, où certains socialistes présentent le spectacle singulier d'une lutte entre idiotie et insouciance, on entend de toutes parts des références au marxisme ! [4] Les doctrinaires et théoriciens de tout poil, qui ont besoin d'idoles intellectuelles, les créateurs de systèmes classiques bons pour l'éternité, les rédacteurs de manuels et d'encyclopédies, chercheront en vain dans le marxisme ce qu'il n'a jamais offert à personne. Ces gens conçoivent la pensée et la connaissance comme des choses qui ont une existence matérielle , mais ils ne comprennent pas que la pensée et la connaissance sont des activités en cours de formation. Ce sont des métaphysiciens au sens où Engels utilisait ce terme, ce qui n'est bien entendu pas le seul sens possible. Dans le cas présent, je veux dire que ces hommes sont des métaphysiciens au sens où Engels leur appliquait ce terme en élargissant cette caractéristique que Hegel conférait à des ontologues comme Wolf et d'autres comme lui.</p>
<p>Mais Marx, bien qu'il soit un publiciste sans égal, a-t-il jamais prétendu se présenter comme un écrivain accompli en matière d'histoire, alors qu'il rédigeait de 1848 à 1860 ses essais sur l'histoire contemporaine et ses mémorables articles de journaux ? Et peut-être a-t-il échoué en cela, parce que ce n'était pas sa vocation et parce qu'il n'y avait aucune aptitude ? Ou bien Engels, lorsqu'il écrivait son Anti-Dühring , qui est à ce jour l'ouvrage le plus abouti du socialisme critique et contient en un mot toute la philosophie nécessaire aux penseurs du socialisme, rêvait-il d'épuiser les possibilités de l'univers connaissable dans son ouvrage court et exquis, ou de tracer à jamais les grandes lignes de la métaphysique, de la psychologie, de l'éthique, de la logique, et quels que soient les noms des autres sections de l'encyclopédie, qui ont été choisies soit pour des raisons intrinsèques de division objective, soit pour des raisons d'opportunité, de confort, de vanité, par ceux qui prétendent être des enseignants ? Ou bien le Capital de Marx est -il peut-être une autre de ces encyclopédies de toute la science économique, avec lesquelles les professeurs surtout, surtout en Allemagne, surapprovisionnent le marché ?</p>
<p>Cet ouvrage, composé de trois gros volumes répartis en quatre livres pas très petits, peut être assimilé à une monographie colossale, à la différence de tant de compilations encyclopédiques. Son objet principal est de démontrer l'origine et la production de la plus-value (dans le système capitaliste), puis de montrer la manière dont la plus-value est divisée par la combinaison de la production avec la circulation du capital. La base des analyses est la théorie de la valeur , qui est une perfection d'une élaboration faite par la science économique depuis un siècle et demi. Cette théorie ne représente pas un fait empirique tiré de l'induction vulgaire, ni une simple catégorie de logique, comme certains l'ont relaté. Il s'agit plutôt du postulat typique sans lequel tout le reste de l'œuvre est impensable. Les prémisses factuelles, à savoir la société précapitaliste et la genèse sociale du travail salarié, sont les points de départ de l'explication historique de l'origine du capitalisme actuel. Le mécanisme de la circulation, avec ses lois secondaires et mineures, et enfin les phénomènes de distribution, considérés sous leurs aspects antithétiques et relativement indépendants, constituent le moyen par lequel nous arrivons aux faits concrets tels qu'ils sont donnés par les mouvements évidents de la circulation. vie courante. Les faits et les processus sont généralement présentés sous leurs formes typiques, en supposant que toutes les conditions régulières de la production capitaliste sont pleinement en vigueur. Les autres modes de production ne sont discutés que dans la mesure où ils sont déjà dépassés et, pour montrer de quelle manière ils ont été dépassés ou, s'ils survivent encore, on prend en considération dans quelle mesure ils deviennent des obstacles à la production capitaliste. Marx cite donc fréquemment des illustrations de l'histoire descriptive, puis, après avoir exposé ses prémisses réelles, il donne une explication génétique de la manière dont ces prémisses suivent leur développement typique, une fois données les conditions de leur interrelation. La structure morphologique de la société capitaliste est ainsi mise à nu. L'œuvre de Marx n'est donc pas dogmatique, mais critique. Et elle est critique, non pas au sens subjectif du terme, mais parce qu'elle tire sa critique du caractère antithétique et contradictoire des choses elles-mêmes. Même lorsque Marx en vient aux parties descriptives des références historiques, il ne se perd jamais dans des conceptions vulgaires, dont le secret consiste à éviter de s'interroger sur les lois du développement et à simplement coller sur une simple énumération et description d'événements des étiquettes telles que "processus historique". , développement ou évolution". Le fil conducteur de l'enquête est la méthode dialectique. Et c'est là le point délicat qui jette dans la plus triste des confusions tous ces lecteurs du Capital.qui portent dans sa lecture les habitudes intellectuelles des empiristes, des métaphysiciens et des auteurs de définitions d'entités conçues pour l'éternité. Les questions épineuses soulevées par beaucoup concernant les prétendues contradictions entre le premier et le troisième tome [5] de cet ouvrage se révèlent, à y regarder de plus près, comme le résultat d'une mauvaise compréhension de la méthode dialectique de la part de ces critiques. Je me réfère ici simplement à l'esprit dans lequel le conflit a été mené, et non aux points particuliers qui ont été soulevés. Car c'est un fait que le troisième volume n'est en aucun cas une œuvre achevée et peut être critiquable même de la part de ceux qui sont d'accord avec ses principes généraux. Les contradictions relevées par les critiques ne sont pas des contradictions entre un livre et un autre, ne sont pas dues à un manquement de l'auteur à respecter ses prémisses et ses promesses, mais sont de véritables contradictions trouvées dans la production capitaliste elle-même. Exprimés sous forme de formules, ces phénomènes apparaissent à l'esprit pensant comme des contradictions. Un taux de profit moyen basé sur le capital total investi, quelle que soit sa composition organique, c'est-à-dire quelle que soit la proportion entre sa partie constante et sa partie variable ; des prix formés sur le marché au moyen de moyennes qui fluctuent largement autour de la valeur des marchandises ; les intérêts simples sur l'argent détenu en tant que tel et prêté à des tiers pour investir dans une entreprise ; la rente foncière, c'est-à-dire la rente sur quelque chose qui n'a été produit par le travail de personne : ces réfutations et d'autres de la soi-disant loi de la valeur sont de véritables contradictions inhérentes à la production capitaliste. D'ailleurs, ce terme de droit en confond beaucoup. Ces antithèses, aussi irrationnelles qu'elles puissent paraître, existent en réalité, à commencer par l' irrationalité fondamentale selon laquelle le travail du salarié devrait créer un produit supérieur à son coût (salaire) pour celui qui l'embauche. Ce vaste système de contradictions économiques (merci à Proudhon pour ce terme) apparaît dans son intégralité comme une somme d'injustices sociales à tous les socialistes sentimentaux, socialistes rationnels et à toutes les nuances de radicaux déclamateurs. Les réformateurs honnêtes souhaitent éliminer ces injustices au moyen d'efforts juridiques honnêtes. Quand on compare maintenant, cinquante ans plus tard, la présentation de ces antinomies, dans leurs détails concrets, comme le montre le troisième volume du Capital , avec les grandes lignes données dans La Pauvreté de la Philosophie., on reconnaît aisément la nature du fil dialectique qui relie ces analyses. Les antinomies, que Proudhon voulait résoudre abstraitement sous prétexte que l'esprit raisonnant les condamnait au nom de la justice (et cette erreur lui assigne une certaine place dans l'histoire), apparaissent désormais comme des contradictions dans la structure sociale elle-même, de sorte que la nature même du processus engendre des contradictions. Lorsque nous réalisons que les irrationalités naissent du processus historique lui-même, nous nous émancipons de la simplicité de la raison abstraite et comprenons que le pouvoir négatif de la révolution est relativement nécessaire dans le cycle du développement historique.</p>
<p>Quoi qu'on puisse dire de cette question grave et très complexe de l'interprétation historique, que je n'oserai pas traiter exhaustivement comme un incident de lettre, il n'en demeure pas moins que personne ne parviendra à séparer les prémisses, le processus méthodique, les inférences et conclusions de ces travaux, à partir du monde réel dans lequel ils se développent et des faits vivants auxquels ils se réfèrent. Personne ne pourra jamais réduire son enseignement à une simple Bible, ou à une recette pour l'interprétation de l'histoire d'un moment ou d'un lieu. Il n'y a pas de phrase plus insipide et ridicule que celle qui qualifie le Capital de Marx de Bible du socialisme. La Bible, qui est un recueil d'ouvrages religieux et d'essais théologiques, a été rédigée au cours des siècles. Et même si le Capital était notre Bible, la connaissance du socialisme ne suffirait pas à elle seule à rendre les socialistes omniscients.</p>
<p>Le marxisme n'est pas et ne sera pas confiné aux écrits de Marx et d'Engels. Le nom apparaît encore aujourd'hui comme le symbole et le recueil d'une tendance aux multiples facettes et d'une théorie complexe. Il reste encore beaucoup à faire avant que le marxisme puisse devenir une théorie pleine et entière de toutes les phases de l'histoire jusqu'ici rattachées à leurs formes respectives de production économique, une théorie qui régulerait le rythme du développement politique. Pour y parvenir, ceux qui veulent se consacrer à l'étude du passé du point de vue de cette nouvelle méthode de recherche historique doivent soumettre les sources originales à une épreuve nouvelle et précise, et ceux qui veulent l'appliquer à les questions pratiques de la politique actuelle doivent trouver des modes d'orientation particuliers. Cette théorie étant par essence critique, elle ne peut être poursuivie, appliquée et améliorée que si elle se critique elle-même. Puisqu'il s'agit d'éclairer et d'approfondir des processus déterminés, aucun catéchisme ne tiendra, aucune généralisation schématique ne servira. J'en ai reçu la preuve au cours de cette année où je me proposais de donner une conférence à l'université sur la situation économique de la Haute et de la Moyenne Italie à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle, dans le but principal d'expliquer la situation économique de la Haute et de la Moyenne Italie. l'origine du prolétariat agricole et urbain et trouver ainsi un moyen pratique de retracer la montée de certains mouvements communistes et de révéler, comme conclusion finale, les vicissitudes quelque peu obscures de la vie héroïque de Fra Dolcino. C'était certainement mon intention d'être et de rester marxiste. Mais je ne peux éviter d'assumer la responsabilité des choses que j'ai dites à mes risques et périls, car les sources sur lesquelles j'ai basé mes études étaient celles qui sont manipulées par tous les autres historiens, de toutes les autres écoles et tendances, et je ne pouvais pas demander Marx pour obtenir des conseils, car il n'avait rien à offrir sur ces faits particuliers.</p>
<p>Il me semble avoir donné une réponse satisfaisante à la question principale qui revient non seulement dans votre préface, à laquelle je me réfère particulièrement, mais aussi dans divers articles écrits par vous pour Le Devenir Social . Bien entendu, je devrai aborder encore d'autres questions. Mais votre question principale tournait autour de ce point : quelles sont les raisons qui expliquent que le matérialisme historique se soit jusqu'à présent si peu répandu et si mal développé ? Sans préjudice de ce que je dirai dans mes prochaines lettres – vous voyez que je vous menace de parler encore plus ennuyant – vous ne devriez pas éprouver de grandes difficultés à faire votre propre réponse à une autre question que vous avez posée notamment dans certains livres. critiques, et qui se résume comme suit (du moins c'est ainsi que je l'interprète) : Comment se fait-il que tant de personnes aient essayé de compléter cette compréhension et cette élaboration imparfaites du marxisme, tantôt avec l'aide de Spencer, tantôt avec le positivisme ? en général, tantôt avec Darwin, tantôt avec tout autre don des dieux, montrant une évidente inclination – que dirai-je – à Italianiser, Franciser, Russer ce matérialisme historique ? Pourquoi ont-ils oublié deux choses, à savoir que cette théorie porte en elle les conditions et les expressions de sa propre philosophie, et qu'elle est essentiellement internationale dans son origine et sa substance ?</p>
<p>Mais c'est aussi pour cette raison que je devrai continuer mes lettres.<br class='autobr' />
III</p>
<p>Rome, 10 mai 1897.</p>
<p>Pour parler encore une fois des deux fondateurs du socialisme scientifique, je dois avouer que j'utilise ce terme non sans appréhension, de peur que le faux usage qui en a été fait dans certains milieux n'ait pu le rendre presque ridicule, surtout lorsqu'il est censé représenter un une sorte de science universelle. Si ces deux hommes avaient été, sinon des saints du genre légendaire, du moins des créateurs de projets et de systèmes dont la forme classique et les contours nets auraient prêté facilement à l'admiration ! Mais non, monsieur ! Ils étaient des penseurs critiques et agressifs, non seulement dans leurs écrits, mais aussi dans leur façon de faire les choses. Et ils n'ont jamais exposé ni leur propre personnalité ni leurs propres idées comme exemples et modèles. Ils proclamaient certes le caractère révolutionnaire des choses dans les processus sociaux de l'histoire, mais pas dans l'esprit des hommes qui mesurent les grands événements historiques à l'aune de leur personnalité fantastique et impulsive. D'où le mépris du plus grand nombre ! S'ils avaient été au moins comme ces professeurs aimants qui descendent parfois de leur piédestal pour honorer de leurs conseils l'humanité pauvre et pécheresse et se pavaner parmi eux en protecteur et gardien de la question sociale ! Mais ils ont fait exactement l'inverse. Ils se sont identifiés à la cause du prolétariat et sont devenus inséparables de la conscience et de la science de la révolution prolétarienne. Même s'ils étaient à tous égards de véritables révolutionnaires (bien qu'ils ne soient ni passionnés ni émotifs), ils n'ont jamais suggéré de plans conspirateurs ou de projets politiques, mais ont expliqué la théorie de leur nouvelle politique et ont aidé à son application pratique, de la même manière que la classe ouvrière moderne. le mouvement indique et exige comme une nécessité actuelle de l'histoire. En d'autres termes, aussi incroyable que cela puisse paraître, ils étaient bien plus que de simples socialistes . Et en fait, beaucoup de ceux qui n'étaient que de simples socialistes , ou même de simples artisans de révolutions, les considéraient souvent, sinon avec suspicion, du moins avec mépris et aversion.</p>
<p>Je n'aurais jamais fini si j'essayais d'énumérer toutes les raisons qui ont retardé pendant de longues années une discussion objective sur le marxisme. Vous savez bien que certains écrivains de l'aile gauche des partis révolutionnaires en France traitent le matérialisme historique, non pas de la manière habituelle lorsqu'il s'agit des dons de l'esprit scientifique, certes critiquables comme toute la science, mais comme une thèse personnelle de ces deux auteurs, qui, si remarquables et si grands soient-ils, ne restent pour ces gens-là toujours que deux parmi les autres dirigeants du socialisme, c'est-à-dire deux parmi tant d'autres X de l'univers ! [6] Pour être clair, je dirai que seuls des arguments bons ou mauvais ont été avancés contre cette théorie, car ils constituent toujours des obstacles et des pierres d'achoppement sur le chemin des idées nouvelles, en particulier parmi les sages professionnels. Souvent, les objections provenaient aussi d'un motif très particulier. Les théories de Marx et d'Engels, notamment, étaient considérées comme des opinions de camarades et mesurées selon des critères de sympathie ou d'antipathie suscités par ces camarades. Les résultats bizarres d'une démocratie prématurée sont tels qu'il ne nous est pas permis d'exonérer quoi que ce soit du contrôle des incompétents, pas même la logique !</p>
<p>Mais il y a d'autres raisons. Lorsque le premier volume du Capital de Marx parut en 1867, il fut pour les professeurs et les écrivains universitaires, notamment allemands, comme un coup sur la tête. C'était alors une période de grande inactivité en science économique. L'école historique n'avait pas encore produit ces volumes volumineux et souvent utiles qui parurent plus tard en Allemagne. En France, en Italie et même en Allemagne, les productions très banales de cette économie vulgaire , qui avait effacé l'esprit critique des grands économistes classiques entre 1840 et 1860, menaient une existence précaire. L'Angleterre s'était attachée à John Stuart Mill, qui, bien que logicien de métier, était toujours suspendu entre le oui et le non dans les questions importantes, comme l'un des personnages bien connus de notre scène comique. Personne n'avait alors réfléchi à cette nouvelle économie que les hédonistes ont récemment produite. En Allemagne, où Marx aurait dû être lu le premier, pour des raisons évidentes, et où Rodbertus restait presque inconnu, les esprits médiocres régnaient sur la situation, au premier rang desquels ce célèbre écrivain de notes érudites et minutieuses, Roscher, qui aimait à encombrer des passages très clairs. avec des définitions nominales et souvent insensées. Le premier volume du Capital parut juste à temps pour désillusionner les esprits des professeurs et des académiciens. Eux, les érudits porteurs de titres, particulièrement privilégiés au pays dit des penseurs, étaient censés aller à l'école ! Soit ils s'étaient perdus dans les détails minutieux de l'érudition, soit ils avaient essayé de faire une école d'apologétique de l'économie politique, soit ils s'étaient donné la peine de trouver un moyen plausible d'appliquer à leur propre pays les conclusions d'une science développée dans le monde entier. conditions différentes d'un autre pays. Et ainsi tous ces professeurs du pays des savants par excellence avaient oublié l'art de l'analyse et de la critique. Le capital les a obligés à commencer leurs études par le bas. Il leur fallait une fondation entièrement nouvelle. Car cet ouvrage, tout en émanant de la plume d'un communiste extrémiste et déterminé, ne montrait aucune trace de protestation subjective ou d'intrigue, mais constituait une analyse strictement et rigoureusement objective du processus de production capitaliste. Il y avait évidemment quelque chose de plus terrible chez ce journaliste révolutionnaire de 1848 et exilé de 1849 qu'une simple continuation ou un complément de ce socialisme que la littérature bourgeoise de tous les pays rêvait d'avoir définitivement vaincu comme expression politique depuis la chute du chartisme et le triomphe de l'Occident. le sinistre chef du coup d'Étaten France. Il devint nécessaire d'étudier à nouveau l'économie. En d'autres termes, cette science a ouvert une fois de plus une période critique. Pour rendre justice au diable, il faut admettre que les professeurs allemands après cette date, c'est-à-dire à partir de 1870, et plus encore depuis 1880, entreprirent la révision critique de l'économie avec cette diligence, cette persévérance, cette bonne volonté et cette la pénibilité dont les savants de ce pays ont toujours fait preuve dans tous les domaines de la recherche. Bien que nous ne puissions presque jamais accepter pleinement tout ce qu'ils ont écrit, il n'en reste pas moins vrai que le domaine de l'économie a été nouvellement labouré par leurs travaux de la manière habituelle parmi les professeurs et les académiciens, et que maintenant cette science ne peut plus être envisagée. aussi facilement que la leçon de n'importe quel paresseux. Le nom de Marx est devenu si à la mode ces derniers temps qu'il est entendu dans les amphithéâtres des universités comme l'un des sujets privilégiés de critique, de polémique et de référence, et non plus seulement en termes de regret et d'invectives vulgaires. La littérature sociale allemande est désormais entièrement imprégnée de souvenirs de Marx.</p>
<p>Mais cela n'a pas pu avoir lieu en 1867. Le capital a fait son apparition au moment même où l'on commençait à parler de l' Internationale et à se faire craindre pendant un court moment, non seulement en raison de ce qu'elle représentait intrinsèquement et de ce qu'elle aurait pu devenir. Si la guerre franco-allemande et l'incident tragique de la Commune ne lui avaient pas porté des coups durs, mais aussi à cause des discours à glacer le sang de certains de ses membres et des stupides manœuvres révolutionnaires de certains intrus. N'était-il pas notoire que le discours inaugural de l'Association internationale des travailleurs (dont tout socialiste peut encore apprendre beaucoup) est sorti de la plume de Marx ? Et n'y avait-il pas de bonnes raisons de lui attribuer les actions et les résolutions les plus déterminées de l'Internationale ? Eh bien, si un révolutionnaire d'une loyauté et d'une perspicacité incontestables comme Mazzini n'a pas pu faire la distinction entre l' Internationale à laquelle Marx a consacré son travail et l' Alliance bakouniste , il est étonnant que les professeurs allemands aient été peu enclins à engager une discussion critique avec l'auteur. du capital ? Comment était-il possible de s'entendre avec un homme qui était pour ainsi dire pendu en effigie dans toutes les lois d'exception faites à l'usage de Favre et de ses consorts, et qui était tenu moralement responsable de tous les actes des révolutionnaires ? , même leurs erreurs et leurs extravagances, même s'il avait en même temps écrit une œuvre magistrale, comme un nouveau Ricardo, qui étudiait impassiblement les processus économiques à la manière des géomètres ? Ce fait est à l'origine de cette étrange méthode de polémique qui rendait les intentions de l'auteur responsables de ses conclusions. On prétendait que Marx avait conçu son analyse scientifique dans le but de renforcer certaines tendances. Cela a conduit pendant de nombreuses années à rédiger des articles à sensation plutôt que des analyses objectives. [7]</p>
<p>Mais le pire, c'est que les effets de cette critique grossièrement fausse se sont fait sentir même dans l'esprit des socialistes, en particulier dans celui des jeunes intellectuels qui ont adhéré à la cause du prolétariat entre 1870 et 1880. Nombre des ardents remodeleurs du prolétariat le monde a entrepris de se proclamer champion des théories marxistes, choisissant comme monnaie légale précisément le marxisme plus ou moins fallacieux de nos adversaires. Le cas est particulièrement répandu en Allemagne, où il a laissé des traces dans les débats du parti et dans sa petite littérature. Le point le plus paradoxal de toute cette erreur est le suivant : ceux qui penchent vers des déductions faciles, comme le font la plupart des nouveaux venus, pensaient que les théories de la valeur et de la plus-value, telles qu'habituellement présentées dans les exposés populaires, contenaient ici et maintenant les canons de l'activité pratique. , le moteur, la base éthique et juridique de tous les efforts prolétariens. N'est-ce pas une grande injustice que de priver des millions et des millions d'êtres humains du fruit de leur travail ! Cette affirmation est si simple et si poignante que toutes les Bastilles modernes devraient tomber au premier coup scientifique des nouvelles trompettes de Jéricho ! Cette simplicité facile a été renforcée par de nombreuses erreurs théoriques de Lassalle, comme celles qui étaient dues à son relatif manque de connaissances, par exemple la loi d'airain des salaires , une demi-vérité qui devient une erreur totale lorsqu'elle n'est pas entièrement expliquée, ou celles qui, dans son cas, peuvent être considérées comme des expédients d'agitation, par exemple ses fameuses coopératives aidées par l'État. Quiconque est enclin à limiter toute sa confession de foi socialiste à la plus simple déduction de l'exploitation reconnue à l'exigence de l'émancipation des exploités, qui n'est inévitable que parce qu'elle est juste, n'a qu'à faire un pas de plus sur le chemin glissant de la logique. afin de réduire toute l'histoire du genre humain à un cas de conscience morale et de considérer son développement successif dans la vie sociale comme autant de variations d'une erreur de calcul continue.</p>
<p>Entre 1870 et 1880, et un peu après, une sorte de nouvel utopisme s'est formé autour de cette vague conception d'un certain quelque chose qu'on appelle le socialisme scientifique et qui, comme des fruits hors de saison, était bien fade. Et qu'est-ce que l'utopisme sans le génie d'un Fourier et l'éloquence d'un Considérant, sinon un sujet de ridicule ? Ce nouvel utopisme, qui fleurit encore ici et là, a joué un certain rôle en France. Il a laissé son empreinte dans les luttes contre d'autres sectes et écoles menées par nos courageux amis du Parti travailliste révolutionnaire, qui, dès le début, se sont efforcés de développer le socialisme sur la base de la conscience de classe et de la conquête progressive du pouvoir politique par le prolétariat. Ce n'est que par l'expérience de cette épreuve pratique, seulement par l'étude quotidienne de la lutte des classes, seulement en testant et retestant les forces du prolétariat dans la mesure où elles sont déjà organisées et concentrées, que nous pouvons évaluer les chances du socialisme. . Ceux qui procèdent différemment sont et restent des utopistes, même au nom vénéré de Marx.</p>
<p>Contre ces nouveaux utopistes, contre les représentants dépassés des vieilles écoles, contre les diverses marges du socialisme contemporain, nos deux auteurs n'ont cessé d'appliquer les rayons de leur critique. Au cours de leur longue carrière, ils ont pris leur science comme guide pour leur travail pratique et, à partir de leur expérience pratique, ils ont sélectionné le matériel et reçu des instructions pour approfondir leur science. Ils n'ont jamais traité l'histoire comme si elle était une jument qu'ils pouvaient chevaucher et trotter, ni cherché des formules permettant d'entretenir des illusions momentanées. Ils furent ainsi contraints, par la nécessité des circonstances, de mesurer le fer dans des controverses amères, vives et incessantes avec tous ceux qu'ils considéraient comme des dangers pour le mouvement prolétarien. Qui ne se souvient, par exemple, des Proudhonistes, qui prétendaient détruire l'État en le réduisant furtivement, comme s'il fermait les yeux et faisait semblant de ne pas voir ? Ou les anciens blanquistes, qui voulaient s'emparer du pouvoir de l'État par la force et ensuite déclencher une révolution ? Ou Bakounine qui s'est infiltré subrepticement dans l'Internationale et a obligé les autres à l'expulser ? Ou bien ici et là les prétentions de tant d'écoles différentes du socialisme et la concurrence de tant de dirigeants ?</p>
<p>Depuis le moment où Marx a mis en déroute l'ingénu Weitling dans un débat personnel [8] Outre sa critique acerbe du programme Gotha (1875), qui ne fut publiée qu'en 1890, sa vie fut un combat continu, non seulement contre la bourgeoisie et la politique qu'elle représentait, mais aussi contre les différents courants révolutionnaires et réactionnaires. qui, à tort ou par méchanceté, a pris le nom de socialisme. Toutes ces luttes ont été menées au sein de l'Internationale, et je parle d'une Internationale aux records glorieux, qui a laissé son empreinte jusqu'à aujourd'hui sur toute l'activité actuelle du prolétariat, non de sa caricature ultérieure. La plus grande partie des controverses avec le marxisme, un marxisme que l'imagination de certains critiques a réduit à une simple variété d'école politique, est due aux traditions de ces révolutionnaires qui, surtout dans les pays latins, ont reconnu en Bakounine leur chef et leur maître. . Que répètent les anarchistes d'aujourd'hui, sinon les lamentations et les erreurs des jours passés ?</p>
<p>Il y a vingt ans, la majorité du public italien, à l'exception des scientifiques qui mâchaient sans cesse chez eux ce qu'ils avaient lu dans les livres, ne connaissait des deux fondateurs du socialisme scientifique que ce qui avait été conservé. à travers les souvenirs des invectives de Mazzini et de la méchanceté de Bakounine.</p>
<p>C'est ainsi que le communisme critique, qui a été si tardivement admis à l'honneur des débats dans les cercles de la science officielle, s'est heurté dans son propre camp à la pire des adversités, à l'inimitié de ses propres amis.</p>
<p>Toutes ces difficultés sont désormais surmontées ou, du moins, pour la plupart, sur le point de disparaître.</p>
<p>Non pas la vertu intrinsèque des idées, qui n'ont jamais eu de pieds pour marcher ni de mains pour saisir, mais le seul fait que les programmes des partis socialistes, partout où de tels partis sont apparus, ont adopté les mêmes tendances, ont incité les socialistes de tous les pays, à travers la suggestion impérieuse de conditions, pour se placer sous l'angle visuel du Manifeste Communiste. Ne pensez-vous pas que j'ai écrit mon essai en souvenir de ce manifeste à un moment opportun ? Les classes exploiteuses créent presque partout les mêmes conditions pour les classes exploitées. C'est pour cette raison que les représentants actifs de ces exploités parcourent partout le même chemin d'agitation et suivent les mêmes points de vue dans leur propagande et leur organisation. Beaucoup appellent cela le marxisme pratique . Qu'il en soit ainsi ! A quoi bon se disputer sur les mots ? Même si le marxisme se réduit pour beaucoup à de simples mots, ou au culte de l'image de Marx, de son buste de Paris en plâtre ou de ses traits sur un bouton (la police italienne montre fréquemment son profond sentiment pour de tels symboles innocents), il n'en demeure pas moins que cette unanimité symbolique est une preuve de l'unification naissante dans la réalité et de l'unité croissante de pensée et d'action dans tous les mouvements prolétariens du monde. En d'autres termes, la solidarité internationale se façonne à long terme en fonction des conditions matérielles. Ceux qui utilisent le langage des écrivains décadents de la bourgeoisie, prenant le symbole pour la chose, disent maintenant qu'il s'agit là d'un triomphe personnel de Marx. C'est comme si l'on avait dit que le christianisme était un triomphe personnel de Jésus de Nazareth (ou pourquoi ne pas dire carrément sa réussite ?), de Jésus qui s'est dépouillé de sa qualité de fils d'un dieu ayant pris forme humaine, et qui, dans le langage doux et faible de votre Renan, devenu un homme d'une divinité si enfantine qu'il semblait être un dieu.</p>
<p>Face à cette conception intuitive de la politique socialiste, qui équivaut à une politique prolétarienne, les divergences des vieilles écoles se sont effondrées. Certaines d'entre elles n'étaient en fait que des distinctions de lettre et de vaines distinctions, qui ont dû céder la place à des distinctions utiles qui surgissent spontanément à travers les différentes manières de traiter les problèmes pratiques. Dans la réalité concrète, dans le développement positif et prosaïque du socialisme, peu importe que tous ses chefs, dirigeants, orateurs et représentants se conforment à une théorie ou ne s'y conforment pas, qu'ils la professent ou non publiquement. Le socialisme n'est pas une église, ni une secte, qui doit avoir son dogme ou sa formule fixe. Si tant de gens parlent aujourd'hui du triomphe du marxisme, une expression aussi catégorique, formulée sous une forme grossièrement prosaïque, signifie simplement que désormais personne ne peut être socialiste s'il ne se demande à chaque instant : quelle est la bonne chose à penser ? dire, faire, dans les circonstances actuelles, pour le meilleur intérêt du prolétariat. Le temps est révolu pour des dialecticiens, ou plutôt des sophistes comme Proudhon, pour les inventeurs de systèmes sociaux personnels, pour les faiseurs de révolutions privées.L'indication pratique de ce qui est réalisable est donnée par la condition du prolétariat, et cela est appréciable et mesurable précisément parce que le marxisme (je veux dire la chose et non le symbole) nous fournit un étalon progressiste par sa théorie . Les deux choses, le mesurable et la mesure, ne font qu'une du point de vue du processus historique, surtout lorsqu'elles sont vues à une distance convenable.</p>
<p>Et vous pouvez effectivement constater qu'à mesure que les contours de la politique pratique du socialisme se précisent, toutes les vieilles idées poétiques et fantastiques se dispersent et ne laissent derrière elles que des traces phraséologiques. Dans le même temps, l'étude critique de la science économique s'est développée à tous égards dans le domaine de la recherche universitaire. L'exilé Marx s'est installé, après sa mort, dans les cercles de la science officielle, du moins en tant qu'adversaire qui ne se laisse pas tromper. Et tout comme les socialistes ont parcouru tant de chemins différents pour comprendre qu'une révolution ne peut pas être faite, mais se fait par un processus de croissance, de même s'est progressivement formé un public pour qui le matérialisme historique est une nécessité intellectuelle véritable et distincte. Vous avez vu que beaucoup ont mis le nez dans cette théorie ces dernières années, même si elle était mal faite ou avec de mauvaises intentions. Maintenant, si vous regardez bien, vous constaterez que nous n'avons pas reculé. Depuis ma jeunesse, j'ai souvent entendu raconter comment Hegel avait dit qu'un seul de ses élèves le comprenait. Cette anecdote ne peut être vérifiée, car ce disciple n'a jamais été identifié. Mais la même chose peut se répéter à l'infini, de système en système, d'école en école, car, en réalité, l'activité intellectuelle n'est pas due uniquement à la suggestion personnelle, et la pensée ne se communique pas mécaniquement de cerveau à cerveau en tant que telle. Les grands systèmes ne se diffusent pas non plus, à moins que des conditions sociales semblables n'y disposent et n'y inclinent plusieurs esprits en même temps. Le matérialisme historique sera élargi, diffusé, spécialisé et aura sa propre histoire. Sa couleur et son contour peuvent varier d'un pays à l'autre. Mais cela ne fera pas grand mal, aussi longtemps qu'il conservera ce noyau qui est, pour ainsi dire, toute sa philosophie . L'une de ses thèses fondamentales est la suivante : la nature de l'homme, sa construction historique, est un processus pratique. Et quand je dis pratique , cela implique l'élimination de la distinction vulgaire entre théorie et pratique. Car, en d'autres termes, l'histoire de l'homme est l'histoire du travail. Et le travail implique et inclut d'une part le développement relatif, proportionnel et proportionné des activités mentales et manuelles, et d'autre part le concept d'histoire du travail implique toujours la forme sociale du travail et ses variations. L'homme historique est toujours la société humaine, et la présomption d'un homme présocial ou suprasocial est une créature de l'imagination. Et nous y sommes.</p>
<p>Ici, je m'arrête, principalement pour éviter de me répéter, et pour vous éviter une répétition des choses que j'ai écrites dans mes deux essais. Vous ne ressentez certainement pas le besoin d'une telle répétition, et certainement pas moi.</p>
<p>REMARQUES</p>
<p>1. Pour une meilleure compréhension de mes lettres, je joins la préface (III) que Sorel a écrite pour l'édition française de mes deux essais (Paris 1897, Giard et Brière).</p>
<p>2. Tout récemment, Franz Mehring a entrepris de publier un recueil de tous les écrits moins connus de Marx et d'Engels de 1840 à 1850, parmi lesquels figurait également « La Sainte Famille ». "La pauvreté de la philosophie" est désormais publié en anglais par la Twentieth Century Press de Londres.</p>
<p>3. Je veux parler du « Geschichte der ersten sozialpolitischen Arbeiterbewegung in Deutschland » et du « Die GrundlaKen der Karl Marxischen Kritik », qui ont été pillés également en Italie par des critiques bon marché.</p>
<p>4. Pendant que je prépare la publication de ces lettres, fin septembre 1901 arrive à mon bureau "La Question d'Orient, de Karl Marx, Londres, édition Sonnenschein, pages XVI et 656, en grand in-8°, avec un copieux index et deux cartes géographiques. Il s'agit d'une reproduction soigneusement éditée, par Ealeanor Marx et Edward Aveling, des articles que Karl Marx a écrits de 1853 à 1856 sur la question orientale, principalement dans le New York Tribune. en passant, lorsque Marx écrivait des articles politiques , il ne se perdait pas dans un nuage de doctrinarisme et d'exposé de principes, mais cherchait à se faire comprendre et à comprendre.</p>
<p>5. Je pense notamment aux écrits polémiques de Böhm-Bawerk et de Kormorzynski. A ma grande surprise, l'ouvrage du premier nommé, intitulé "Karl Max et la fin de son système", a été traité avec beaucoup d'indulgence par Conrad Schmidt dans le supplément du "Vorwärts", 16 avril 1897, n° 85 .</p>
<p>6. J'invite ces X à une réunion commune.</p>
<p>7. "Marx part du principe... que la valeur des marchandises est exclusivement déterminée par la quantité de travail qu'elles contiennent. Or, s'il n'y a dans la valeur des marchandises que du travail, si une marchandise n'est rien d'autre mais du travail cristallisé, il est alors évident qu'il doit appartenir entièrement au travailleur et qu'aucune partie ne doit être appropriée par le capitaliste. Par conséquent, si le travailleur n'obtient qu'une partie de la valeur de son produit, cela ne peut être que la perte. résultat d'une usurpation. » Ainsi écrivait Loria à la page 462 de la « Nuova Antologia », en février 1895, dans l'article cité « L'œuvre posthume de Karl Marx ». Je cite ces mots, qui ne sont pas les seuls de ce genre écrits par Loria, simplement pour illustrer la manière dont peuvent être données des versions libres de Marx à la manière de Proudhon. Et c'est sur de telles versions libres que reposaient ces aléas mentaux des années 1870 à 1880 dont je parlerai plus tard.</p>
<p>8. Le Russe Annencoff fut un témoin personnel de ce débat et y fit référence plus tard, parmi de nombreux autres souvenirs de Marx, dans le "Vyestnik Yevropy", 1880. (Reproduit dans la "Neue Zeit", mai 1883.)</p>
<p>9. Ce que j'ai écrit en mai 1897 n'a certainement pas été démenti par les événements d'Italie de mai 1898. Ces événements n'étaient pas l'œuvre d'un parti particulier, mais un véritable cas d'anarchie spontanée.</p>
<p>Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.</p>
<p>IV</p>
<p>Rome, le 14 mai 1897.</p>
<p>Pour revenir à mon premier argument, il me semble que la question suivante est au premier plan dans votre esprit : par quels moyens et de quelle manière serait-il possible d'inaugurer une école de matérialisme historique en France ? Je ne sais pas si j'ai le droit de répondre à cette question, sans courir le risque de figurer parmi ces journalistes de la vieille école qui, avec une assurance imperturbable, ont donné de bons conseils à l'Europe au risque de n'être presque jamais écoutés. En fait, ils ne l'ont jamais été. Je vais essayer d'être modeste. En premier lieu, il ne devrait pas être si difficile de trouver en France des rédacteurs et des éditeurs disposés à publier et à diffuser les traductions exactes des œuvres de Marx, d'Engels et d'autres qui pourraient être souhaitées. Ce serait la meilleure façon de commencer. Je suis conscient que dans l'art de traduire, on se heurte à d'étranges difficultés. Je lis l'allemand depuis plus de trente-sept ans et j'ai toujours remarqué que nous, les gens de langue latine, nous engageons dans d'étranges détours linguistiques et littéraires chaque fois que nous essayons de traduire à partir de l'allemand. Ce qui semble vivant, clair, direct en allemand devient assez souvent, lorsqu'il est traduit en italien, un jargon froid, inutile et même carrément jargon. Dans les traductions courantes, l'effet convaincant se perd avec celui du sens. Dans un travail de vulgarisation aussi vaste que celui que j'ai en vue, il serait souhaitable, outre l'interprétation fidèle du texte original, de fournir dans les préfaces, notes de bas de page et commentaires des écrits traduits les matériaux pour cela. assimilation facile, déjà en cours ou préparée dans les écrits cultivés sur le sol natal.</p>
<p> Les langues ne sont pas des variations accidentelles du discours universel. Ils sont bien plus que de simples moyens de communication externes exprimant la pensée et l'esprit. Ce sont les conditions et les limites de notre activité interne, qui pour cette raison, entre autres, n'est pas redevable au hasard des différents modes et formes nationaux. S'il y a des internationalistes qui ignorent cela, il faudrait plutôt les qualifier de confusionnistes et d'ignorants de la forme. Parmi ceux-là, il y a ceux qui tirent leurs informations, non pas des anciennes apocalypses, mais de ce spécieux Bakounine qui a même proclamé l'égalisation des sexes. L'assimilation d'idées, de lignes de pensée, de tendances définies, de projets qui ont trouvé leur expression mûre dans la littérature d'une langue étrangère, est un cas assez difficile de pédagogie sociale.</p>
<p> Puisque cette dernière expression a glissé de ma plume, permettez-moi aussi d'avouer que ce n'est pas la croissance continue des succès électoraux qui me remplit plus que toute autre chose d'admiration et d'un vif espoir, lorsque j'examine de près l'histoire passée et la situation actuelle du pays. la social-démocratie allemande. Au lieu de spéculer sur le vote comme mesure de l'avenir, selon des calculs souvent erronés d'inférence et de combinaison statistique, j'éprouve une admiration particulière pour ce cas vraiment nouveau et imposant d'éducation sociale. C'est là le point important que chez un si grand nombre d'hommes, en particulier parmi les ouvriers et les petits bourgeois, une nouvelle conscience est en train de se former, à laquelle l'influence directe des conditions économiques qui les poussent à lutter et la propagande du socialisme en tant que moyen et objectif de développement, contribuent également. Cette digression me rappelle un souvenir. J'ai été soit le premier, soit certainement l'un des premiers, en Italie, à attirer l'attention de ceux de nos ouvriers qui étaient et sont capables d'avancer sur la ligne de la lutte de classe prolétarienne moderne, sur l'exemple de l'Allemagne. Mais il ne m'est jamais venu à l'esprit de supposer que l'imitation de l'Allemagne puisse nous soustraire en quoi que ce soit à l'action spontanée. Il ne m'est jamais venu à l'esprit de suivre l'exemple de ces moines et prêtres, qui furent pendant des siècles les éducateurs presque exclusifs d'une Italie déjà en décomposition, et qui enseignaient allègrement l'art de la poésie en ordonnant à leurs élèves d'apprendre par cœur l'art poétique d'Horace. Il serait étrange que toi, Bebel, avec tes mérites, ton activité et ta sagesse, tu sois introduit parmi nous sous le costume d'un autre Horace ! Cela surprendrait même mon ami Lombroso, qui déteste le latin plus que la fièvre de la famine.</p>
<p> Bref, il existe encore d'autres difficultés, plus vastes et plus lourdes. Même si des écrivains et des éditeurs compétents et expérimentés, non seulement en France, mais aussi dans les autres pays civilisés, entreprenaient de diffuser les traductions de tous les ouvrages sur le matérialisme historique, cela ne ferait que stimuler, mais non former et maintenir vivants dans les diverses nations ces des énergies créatrices qui produisent et nourrissent vigoureusement un certain mouvement intellectuel. Penser, c'est produire. Apprendre signifie produire par reproduction. Nous ne connaissons réellement et véritablement une chose que lorsque nous sommes capables de la produire nous-mêmes par la pensée, le travail, la preuve et la preuve renouvelée. Nous ne le faisons qu'en vertu de nos propres pouvoirs, dans notre groupe social et du point de vue que nous y occupons.</p>
<p> Et maintenant pensez à la France, avec sa grande histoire, avec sa littérature qui a été si dominante pendant des siècles, avec ses ambitions patriotiques et avec sa différenciation ethnologique et psychologique très particulière, qui se manifeste même dans les produits les plus abstraits de l'esprit ! Il ne conviendrait pas à moi, Italien, de me poser en défenseur de vos chauvins, sur lesquels vous jetez tant d'opprobre bien mérité. Mais rappelons-nous ce qui s'est passé au XVIIIe siècle. La pensée révolutionnaire venait de plus d'une partie du monde civilisé, d'Italie, d'Angleterre, d'Allemagne, mais elle n'était européenne que si elle prenait l'apparence de l'esprit français. Et la révolution européenne était, au fond, la révolution française. Cette gloire impérissable de votre nation pèse, comme toutes les gloires, sur le peuple. Cela vous accable d'un préjugé profondément enraciné. Mais les préjugés ne sont-ils pas également des forces, du moins des obstacles au progrès, au moins ? Paris ne sera plus le cerveau du monde, ne serait-ce que pour la simple raison que le monde n'a pas de cerveau, sauf dans l'imagination de quelques sociologues superficiels. [1] Paris n'est pas non plus aujourd'hui, et ne sera jamais dans l'avenir, cette Jérusalem sacrée des révolutionnaires de toutes les parties du monde qu'elle semblait être autrefois. En tout état de cause, la future révolution prolétarienne n'aura rien de commun avec un millénaire apocalyptique. Et de nos jours, les privilèges spéciaux sont voués à l'échec tant pour les nations que pour les individus. Ainsi Engels l'a observé avec raison. D'ailleurs, cela vaudrait la peine, vous Français, de lire ce qu'il écrivait en 1871 sur les blanquistes qui tentaient de fomenter une révolution violente, si peu de temps après la catastrophe de la Commune. [2] Mais en fin de compte, lorsqu'on tient compte des conditions particulières de l'agriculture et de l'industrie françaises, qui ont retardé si longtemps la concentration du mouvement ouvrier, et qu'on impute le blâme approprié aux divers petits dirigeants et dirigeants qui Si longtemps le socialisme français a été divisé et divisé, il reste toujours que le matérialisme historique ne fera aucun progrès chez vous, tant qu'il donnera l'impression d'être simplement une élaboration mentale de deux Allemands de grand génie. Par cette expression, Mazzini a intensifié le ressentiment national contre ces deux auteurs qui, étant communistes et matérialistes, semblaient faits pour mettre en échec la formule idéaliste du Patriotisme et de Dieu.</p>
<p> À cet égard, le sort des deux fondateurs du socialisme scientifique fut presque tragique. Ils étaient souvent considérés comme les deux Allemands par tant de chauvins même s'ils étaient révolutionnaires. Et Bakounine, dont l'esprit si fortement enclin à l'invention, c'est le moins qu'on puisse dire, les accusait d'être des champions du pangermanisme, bien que ces deux Allemands, qui ont quitté leur pays en exil dès l'époque de leur jeunesse, aient été reçus avec un silence étudié. par ces professeurs pour qui la servilité est un acte de patriotisme. En fait, ces professeurs se sont vengés. Car Le Capital, dont toute la présentation est enracinée dans les traditions de l'économie classique, sans exclure les écrivains ingénieux et souvent talentueux de l'Italie du XVIIIe siècle, ne parle qu'avec un mépris souverain d'hommes comme Roscher et d'autres comme lui. Engels, qui s'est consacré avec tant d'habileté à l'amplification et à la vulgarisation des résultats des recherches faites par l'Américain Morgan, avait la conviction bien établie que ce qu'il appelait à juste titre philosophie classique était parvenu à sa dissolution avec Feuerbach. Et lorsqu'il écrivit son Anti-Dühring, il montrait une franche insouciance à l'égard des philosophes de l'époque, du néocriticisme de ses compatriotes, une insouciance qui s'explique, sinon est excusable, dans son cas, mais qui est ridicule chez d'autres socialistes qui affecter de l'imiter. Leur destin tragique était pour ainsi dire inhérent à leur mission. Ils s'étaient donnés corps et âme à la cause du prolétariat de toutes les nations. Et c'est pour cette raison que leur travail scientifique ne trouve dans chaque nation que le public de lecteurs capables d'une semblable révolution intellectuelle. En Allemagne, où la social-démocratie se tient fermement en rangs serrés, en raison de conditions historiques, notamment du fait que la classe capitaliste n'a jamais pu rompre ses liens avec l'ancien régime (regardez cet empereur qui parle impunément dans le langage d'un vice-dieu et qui n'est qu'un Frédéric Barberousse agissant en voyageur de commerce pour les marchandises fabriquées en Allemagne), il était tout naturel que les idées du socialisme scientifique trouvent un terrain favorable à leur diffusion normale et progressive. Mais aucun des socialistes allemands – du moins je l'espère – ne songera jamais à considérer les idées de Marx et d'Engels du simple point de vue des droits et devoirs, des mérites et des démérites des camarades du parti. Voici ce qu'Engels écrivait il n'y a pas si longtemps : [3] "On remarquera que dans ces articles, je ne me qualifie pas de social-démocrate, mais de communiste. Je le fais parce que le nom de social-démocrate était alors donné à beaucoup de gens qui n'avaient pas écrit. sur leurs bannières l'exigence de la socialisation de tous les moyens de production. Par peuple social-démocrate, on entendait en France un démocrate républicain, qui avait des sympathies réelles, mais indéfinies, pour les ouvriers comme Ledru-Rollin en 1848, et comme les socialistes radicaux de 1874, teintés de Proudhonisme. En Allemagne, les Lasalliens se disaient sociaux-démocrates, bien que la grande majorité d'entre eux reconnaisse peu à peu la nécessité de la socialisation des moyens de production, pourtant un des points essentiels de leur opinion publique. Le programme est resté des associations productives avec l'aide de l'État. Il était donc tout à fait impossible pour Marx et moi-même de choisir un terme aussi élastique pour désigner notre point de vue spécifique. Aujourd'hui, c'est différent et ce terme peut être retenu. Néanmoins, cela sera toujours inadapté à un parti dont le programme n'est pas génériquement socialiste, mais directement communiste, et dont le but politique ultime est d'éliminer toute forme d'État, et donc aussi de démocratie. »</p>
<p> Il me semble que les patriotes – je n'utilise pas ce terme par dérision – ont de bonnes raisons de se consoler et de se réconforter. Car rien ne permet de conclure que le matérialisme historique est le patrimoine intellectuel d'une seule nation, ou qu'il devait devenir le privilège d'une clique, d'un cercle ou d'une secte. Ses origines objectives appartiennent également à la France, à l'Angleterre et à l'Allemagne. Je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit dans une autre lettre concernant la forme de la pensée qui s'est développée dans l'esprit de nos deux auteurs dans les conditions créées par la culture intellectuelle de l'Allemagne dans leur jeunesse, notamment par la philosophie, tandis que l'hégélianisme soit perdait elle s'est engagée dans les démarches d'une nouvelle scolastique, ou a cédé la place à une critique nouvelle et plus lourde. Mais en même temps existaient les grandes industries d'Angleterre avec toutes les misères qui les accompagnaient, avec le contrepoids idéologique d'Owen et le contrepoids pratique de l'agitation chartiste. Il y avait en outre les écoles du socialisme français et les traditions révolutionnaires de l'Occident, à partir desquelles se développaient à peine les formes d'un communisme véritablement prolétarien. Qu'est-ce que le Capital sinon la critique de cette économie politique qui, en tant que révolution pratique et expression théorique, n'avait atteint sa pleine maturité qu'en Angleterre, vers les années soixante, et qui venait à peine de commencer en Allemagne ? Qu'est-ce que le Manifeste communiste sinon la conclusion et l'explication de ce socialisme qui était soit latent, soit manifeste dans les mouvements ouvriers de France et d'Angleterre ? Toutes ces choses ont été continuées et portées à la critique, sans exclure la philosophie de Hegel, par le caractère critique immanent de l'avancée dialectique et de ses transformations. Tel est le processus de cette négation qui ne consiste pas dans la discussion contentieuse et oppositionnelle d'un concept avec un autre, d'une opinion avec une autre, mais qui vérifie plutôt les choses qu'elle nie parce que ce qu'elle rend négatif soit contient le matériel conditions ou prémisses intellectuelles pour la poursuite du processus. [4]</p>
<p> La France et l'Angleterre peuvent reprendre leur part dans l'élaboration du matérialisme historique sans paraître commettre un acte de simple imitation. Les Français ne devraient-ils jamais écrire des livres véritablement critiques sur Fourier et Saint Simon, montrant qu'ils furent, et dans quelle mesure, les précurseurs du socialisme contemporain. N'y a-t-il pas suffisamment d'occasions pour consacrer une œuvre littéraire aux événements de 1830 à 1848, pour que l'on puisse voir que la théorie du Manifeste communiste n'était pas leur négation, mais plutôt leur résultat et leur solution. N'y a-t-il pas besoin d'un ouvrage exhaustif sur le coup d'État de Louis Napoléon, en contrepartie du 18 brumaire de Marx, qui, bien qu'ouvrage d'un grand génie et d'une visée insurmontable, est néanmoins en grande partie un ouvrage de l'heure et coloré par des méthodes publicitaires ? La Commune n'attend-elle pas encore son dernier traitement critique ? La grande révolution du XVIIIe siècle, dont la littérature est colossale quant à son histoire générale, mais très petite quant aux détails, a-t-elle jamais été traitée de manière approfondie avec un aperçu des mouvements de classe qui la constituaient et comme un exemple typique ? illustration de l'histoire industrielle ? Pour être bref, toute l'histoire moderne de la France et de l'Angleterre n'offre-t-elle pas aux étudiants de ces pays un champ bien plus grand pour illustrer le matérialisme historique que celui offert jusqu'à récemment par la situation de l'Allemagne ? Les conditions de l'Allemagne étaient, depuis la guerre de Trente Ans, grandement compliquées par les obstacles au progrès et restaient presque toujours enveloppées dans les brumes de diverses spéculations dans la tête de ceux qui vivaient sous elles et les observaient. Les chroniqueurs florentins du XIVe siècle seraient émus de joie par ces idées brumeuses.</p>
<p> J'ai insisté sur ces détails, non pour prendre les airs d'un conseiller de la France, mais pour conclure en disant que, dans l'état actuel des esprits latins, il n'est pas chose facile de les imprégner de des idées nouvelles, si l'on entreprend de les aborder simplement avec des formes de pensée abstraites. Mais ils assimileront rapidement et efficacement les nouvelles idées lorsqu'elles leur seront proposées sous la forme d'histoires ou d'essais contenant certains éléments de l'art.</p>
<p> Je reviens un instant à la question de la traduction. L'Anti-Dühring d'Engels est l'ouvrage qui, avant tout autre, devrait bénéficier d'une diffusion internationale. Je connais peu de livres qui lui égalent en termes de compacité de pensée, de multiplicité de points de vue et d'efficacité à faire comprendre ses arguments. Cela peut devenir un remède mental pour les jeunes penseurs, qui se tournent généralement avec un toucher vague et incertain vers des livres censés traiter d'un socialisme quelconque. C'est ce qui s'est passé lors de la parution de ce livre, comme l'écrivait Bernstein il y a environ trois ans dans la Neue Zeit, dans un article commémorant l'événement. Cet ouvrage d'Engels reste le livre inégalé dans la littérature du socialisme.</p>
<p> Or, ce livre n'a pas été écrit pour une thèse, mais plutôt pour une antithèse. A l'exception de quelques parties détachables qui ont été transformées en livre par elles-mêmes et qui ont fait sous cette forme le tour du monde (Socialisme, Utopie et Scientifique), ce livre a pour fil conducteur la critique d'Eugène Dühring, qui avait inventé une philosophie et un socialisme qui lui est propre. Mais quelle personne, en dehors du cercle des scientifiques de profession, et combien de lecteurs de nationalité autre que allemande devraient s'intéresser à M. Dühring ? Eh bien, malheureusement, chaque nation a trop de Dühring. Qui sait quel livre contre un autre je-sais-tout un Engels d'une autre nationalité aurait pu écrire, ou pourrait encore écrire ? L'effet de ce travail sur les socialistes des autres pays devrait être, à mon avis, de leur fournir les aptitudes critiques qui sont nécessaires pour écrire tous les autres Anti-Quelque chose nécessaires pour réfuter ceux qui tentent de contrecarrer ou d'infester le mouvement socialiste. au nom de tant de notions confuses en sociologie. Les armes et les méthodes de critique varieront bien entendu d'un pays à l'autre en fonction des exigences de l'adaptation locale. Le but est de guérir le patient et non la maladie. C'est la méthode de la médecine moderne.</p>
<p> Essayer d'agir différemment reviendrait à subir le sort des hégéliens qui se sont imposés en Italie de 1840 à 1880, notamment dans le Sud, par exemple à Naples. La plupart d'entre eux n'étaient que de simples adeptes, mais quelques-uns étaient de fervents penseurs. Dans l'ensemble, ils représentaient un courant révolutionnaire d'une grande importance, en raison de leur scolastique traditionnelle, de leur esprit français et de leur philosophie du soi-disant bon sens. Ce mouvement est devenu quelque peu connu en France. Car c'est l'un de ces hégéliens, nommé Véra, et non le plus profond et le plus fort d'entre eux, qui a fourni à la France les traductions les plus lisibles de quelques-unes des œuvres fondamentales de Hegel et les a accompagnées de copieux commentaires. [5] Aujourd'hui, toute trace et même le souvenir de ce mouvement ont disparu parmi nous au bout de quelques années seulement. Les écrits de ces penseurs ne se trouvent nulle part ailleurs que chez les antiquaires et les libraires de second ordre. Cette dissolution dans le néant de toute une école scientifique sans importance n'est pas due uniquement aux vicissitudes souvent méchantes et peu louables de la vie universitaire, ni à la propagation épidémique d'un positivisme qui rassemble ici et là les fruits d'une science assez demi-mondaine. mais à des causes plus profondes. Ces hégéliens écrivaient, enseignaient et discutaient entre eux, comme s'ils vivaient simplement à Berlin ou dans l'Utopie, au lieu de Naples. Ils eurent une conversation mentale avec leurs camarades allemands. [6] Ils ne répondaient de leur chaire ou dans leurs écrits qu'aux critiques qu'ils faisaient eux-mêmes, de sorte qu'ils entretenaient un dialogue qui apparaissait comme un monologue à leur auditoire et à leurs lecteurs. Ils ne réussirent pas à transformer leurs traités et leur dialectique en livres qui ressemblaient à de nouvelles conquêtes intellectuelles de la nation. Ce souvenir désagréable et peu attrayant m'est venu à l'esprit lorsque j'ai commencé à écrire le premier de mes deux essais sur le matérialisme historique, et il n'y a désormais aucune raison pour que je ne les donne pas suite à d'autres. Mais ensuite je me suis souvent demandé : comment dois-je procéder pour dire des choses qui ne paraissent pas dures, étrangères et étranges aux lecteurs italiens ? Vous me dites que j'ai réussi, et c'est peut-être le cas. Ne serait-ce pas un singulier manque de courtoisie si je devais être mon propre juge et discuter des éloges que vous me faites ?</p>
<p> Il y a environ cinq ans, j'écrivais à Engels : « En lisant la Sainte Famille, je me suis souvenu des hégéliens de Naples, parmi lesquels j'ai vécu dans ma première jeunesse, et il me semble que j'ai compris et apprécié ce livre plus que d'autres qui ne le sont pas. Je connaissais bien les faits intérieurs particuliers de cette drôle de satire. Il me semblait avoir personnellement vu de près ce cercle pittoresque de Charlottenburg, que vous et Marx avez si drôlement satirisé, j'ai vu devant mon esprit, plus que quiconque. un certain professeur d'esthétique, homme très original et talentueux, qui expliqua les romans de Balzac par déduction, fit construire la coupole de l'église Saint-Pierre, et arrangea les instruments de musique en série génétique et qui peu à peu, de négation en négation, par la négation de la négation, nous sommes finalement arrivés à la métaphysique de l'inconnaissable que lui, bien que peu familier avec Spencer, mais en quelque sorte lui-même un Spencer non glorifié, appelait l'innommable. Moi aussi, j'ai vécu dans ma jeunesse. jours, pour ainsi dire, dans une telle salle d'entraînement, et je n'en suis pas désolé. Pendant des années, mon esprit a été partagé entre Hegel et Spinoza. Avec une ingéniosité juvénile, j'ai défendu la dialectique du premier contre Zeller, le fondateur du néo-kantisme. Je connaissais par cœur les écrits de Spinoza et, avec une compréhension aimante, j'exposais sa théorie des affections et des passions. Mais maintenant, toutes ces choses semblent aussi lointaines dans mes souvenirs que l'histoire primitive. Aurai-je moi aussi à présent ma négation de la négation ? Vous m'encouragez à écrire sur le communisme. Mais j'ai toujours des réticences à l'idée de faire des choses qui dépassent mes forces et qui ont peu d'effet en Italie. »</p>
<p> Sur quoi il répondit... Mais je ferai ici un point. Il semble presque impoli de reproduire les lettres privées d'un homme, surtout si peu de temps après sa mort, à moins que l'intérêt public ne l'exige de toute urgence. En tout état de cause, comparées aux écrits destinés à être publiés, les citations de lettres privées ont peu de conviction et peu de poids, même si elles se réfèrent à des sujets d'actualité et se limitent à des questions de théorie et de science. Avec l'intérêt croissant pour le matérialisme historique, et en l'absence d'une littérature qui l'illustrerait de manière générale et spécifique, il arriva qu'Engels, au cours des dernières années de sa vie, fut interrogé, et même tourmenté par des questions sans fin, par beaucoup se sont inscrits comme étudiants volontaires et libres dans l'université aventureuse et interdite du socialisme, dont Engels était professeur sans chaire. Cela explique ses lettres publiées et beaucoup d'entre elles qui n'ont pas été publiées. De ces trois lettres, récemment reproduites par Le Devenir Social d'une revue berlinoise et d'un journal de Leipzig, il ressort qu'il craignait quelque peu que le marxisme ne se transforme à présent en une sorte de doctrinarisme bon marché.</p>
<p> Pour beaucoup de ceux qui prétendent être des scientifiques, non pas dans l'université aventureuse des peuples à venir, mais dans celle de la société officielle actuelle, il arrive qu'ils soient pris au vol par des étudiants et des chercheurs d'informations et que, un pied levé , ils répondent à chaque question comme s'ils avaient l'explication de tout gravée dans leur cerveau. Les professeurs les plus prétentieux, ne voulant pas priver la science de sa sainteté sacerdotale et prétendant qu'elle consiste entièrement en un savoir matérialisé au lieu d'être principalement une compétence visant à diriger la formation du savoir, donnent des réponses désinvoltes et réussissent ainsi fréquemment à se moquer d'eux-mêmes, après à la manière de ce délicieux Méphistophélès sous les traits d'un maître des quatre facultés. Rares sont ceux qui ont la résignation socratique pour répondre : je ne sais pas, mais je sais que je ne sais pas, et je sais ce que l'on pourrait savoir et ce que je pourrais savoir si j'avais fait ces efforts ou accompli ces travaux. qui sont nécessaires pour savoir ; et si vous me donnez un nombre infini d'années et une capacité infinie de travail méthodique, je pourrais étendre mes connaissances presque indéfiniment.</p>
<p> C'est là l'essence de la révolution mentale pratique de la théorie de la compréhension qu'implique le matérialisme historique.</p>
<p> Tout acte de penser est un effort, c'est-à-dire un nouveau travail. Pour le réaliser, nous avons avant tout besoin du matériel d'une expérience mûre et d'instruments méthodiques, rendus familiers et efficaces par un long maniement. Il ne fait aucun doute qu'une tâche accomplie ou une pensée achevée facilite la production d'une nouvelle pensée par de nouvelles forces. Il en est ainsi, premièrement, parce que les produits d'hier restent incorporés dans les écrits et autres arts représentatifs d'aujourd'hui, et, deuxièmement, parce que les énergies accumulées par nous pénètrent intérieurement et dotent le travail, entretenant ainsi un mouvement rythmique. Et c'est précisément ce processus rythmique qui constitue la méthode de mémoire, de raisonnement, d'expression, de communication. et ainsi de suite. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous deviendrons un jour des machines pensantes. Chaque fois que nous entreprenons de produire une pensée nouvelle, nous avons besoin non seulement des matériaux et des impulsions externes de l'expérience réelle, mais aussi d'un effort adéquat pour passer des étapes les plus primitives de la vie mentale à cette étape supérieure, dérivée et complexe appelée pensée, dans laquelle nous ne pouvons nous maintenir que si nous exerçons notre volonté, qui a une certaine intensité et une certaine durée au-delà de laquelle elle ne peut être exercée.</p>
<p> Tout acte de penser est un effort, c'est-à-dire un nouveau travail. Pour le réaliser, nous avons avant tout besoin du matériel d'une expérience mûre et d'instruments méthodiques, rendus familiers et efficaces par un long maniement. Il ne fait aucun doute qu'une tâche accomplie ou une pensée achevée facilite la production d'une nouvelle pensée par de nouvelles forces. Il en est ainsi, premièrement, parce que les produits d'hier restent incorporés dans les écrits et autres arts représentatifs d'aujourd'hui, et, deuxièmement, parce que les énergies accumulées par nous pénètrent intérieurement et dotent le travail, entretenant ainsi un mouvement rythmique. Et c'est précisément ce processus rythmique qui constitue la méthode de mémoire, de raisonnement, d'expression, de communication. et ainsi de suite. Mais cela ne veut pas dire pour autant que nous deviendrons un jour des machines pensantes. Chaque fois que nous entreprenons de produire une pensée nouvelle, nous avons besoin non seulement des matériaux et des impulsions externes de l'expérience réelle, mais aussi d'un effort adéquat pour passer des étapes les plus primitives de la vie mentale à cette étape supérieure, dérivée et complexe appelée pensée, dans laquelle nous ne pouvons nous maintenir que si nous exerçons notre volonté, qui a une certaine intensité et une certaine durée au-delà de laquelle elle ne peut être exercée.</p>
<p> Nous voici donc arrivés une fois de plus à la philosophie de la pratique, qui est la voie du matérialisme historique. C'est la philosophie immanente des choses sur laquelle les gens philosophent. Le processus réaliste mène d'abord de la vie à la pensée, et non de la pensée à la vie. Cela mène du travail, du travail de cognition, à la compréhension en tant que théorie abstraite, et non de la théorie à la cognition. Cela mène des désirs, et donc des divers sentiments de bien-être ou de maladie résultant de la satisfaction ou de la négligence de ces désirs, à la création du mythe poétique des forces surnaturelles, et non l'inverse. Dans ces déclarations réside le secret d'une phrase utilisée par Marx, qui a été la cause de bien des soucis chez certains. Il a dit qu'il avait remis à l'endroit la dialectique de Hegel. Cela signifie en termes clairs que le mouvement rythmique de l'idée elle-même (la génération spontanée de la pensée !) a été mis de côté et que les mouvements rythmiques des choses réelles ont été adoptés, mouvement qui en fin de compte produit la pensée.</p>
<p> Le matérialisme historique, ou philosophie de la pratique, prend donc en compte l'homme en tant qu'être social et historique. Elle porte le coup final à toutes les formes d'idéalisme qui considèrent les choses réellement existantes comme de simples réflexes, reproductions, imitations, illustrations, résultats de la pensée dite a priori, pensée avant le fait. Elle marque aussi la fin du matérialisme naturaliste, prenant ce terme dans le sens qu'il avait encore il y a quelques années. La révolution intellectuelle, qui en est venue à considérer les processus de l'histoire humaine comme absolument objectifs, s'accompagne simultanément de cette révolution intellectuelle qui considère l'esprit philosophique lui-même comme un produit de l'histoire. Cet esprit n'est plus pour tout homme pensant un fait qui n'a jamais été en train de se produire, un événement qui n'a eu aucune cause, une entité éternelle qui ne change pas, et encore moins la créature d'un seul acte. Il s'agit plutôt d'un processus de création à perpétuité.</p>
<p>V</p>
<p>Rome, le 24 mai 1897.</p>
<p>Reprenant mon fil au point où je l'avais laissé tomber l'autre jour, je tiens à dire que je pense que vous avez parfaitement raison de placer le problème de la philosophie générale à l'ordre du jour. Je me réfère à cet égard non seulement à votre préface, dont j'essaie d'accroître l'effet par ma longue conversation écrite, mais aussi à certains de vos articles dans Le Devenir Social et à quelques-unes des lettres privées que vous avez eu la gentillesse de à m'adresser. Vous avez l'idée que le matérialisme historique peut paraître suspendu en l'air tant qu'il a pour adversaires d'autres philosophies qui ne s'harmonisent pas avec lui, et tant qu'il ne trouve pas les moyens de développer sa propre philosophie, comme c'est le cas aujourd'hui. inhérente et irrémanente dans ses faits et prémisses fondamentaux.</p>
<p> Ai-je bien compris votre sens ?</p>
<p> Vous faites explicitement référence à la psychologie, à l'éthique et à la métaphysique. Par ce dernier terme, vous entendez exprimer ce que j'appellerais, en raison d'autres habitudes mentales et d'autres méthodes d'enseignement, soit la théorie générale de la cognition , soit la théorie générale des formes fondamentales de la pensée . Je préfère ces termes, ou des termes similaires, en partie par très grande prudence, en partie par crainte d'être mal compris, et aussi pour ne pas me heurter à certains préjugés. Cependant, je passe sous silence ces termes auxiliaires. Car dans le domaine scientifique, nous ne sommes pas tenus de nous en tenir servilement à la signification que les termes ont dans l'expérience ordinaire et dans les esprits ordinaires, à moins qu'il ne s'agisse de termes de la vie quotidienne que la science utilise de la même manière que tout le monde, lorsqu'elle appelle pain : pain. Mais ces autres termes ont été choisis par nous-mêmes, lorsque nous avons fixé et développé certains concepts que nous souhaitions formuler de manière globale au moyen de mots pratiques. Il serait absurde de vouloir déduire de l'étymologie de ce mot le sens et l'essence d'une science, par exemple la chimie. Car nous serions face à face avec l'Egypte la plus ancienne, au lieu du nom qui signifie la terre jaune des deux côtés du Nil, depuis son embouchure jusqu'aux montagnes !</p>
<p> Je vous laisserai jouir en paix de la compagnie du mot métaphysique , s'il vous convient de vous en contenter. Fini ces frivolités ! Si quelqu'un qui voulait élargir son catalogue devait saisir les Premiers Principes du désormais indispensable Spencer sous le titre de métaphysique , il ne ferait ni plus ni moins que le bibliothécaire de Troie, à savoir coller autant d'étiquettes sur les différents essais traitant des premiers principes de la philosophie (Aristote utilisait les mêmes termes pour les désigner), et aucun commentaire des écrivains anciens, ni aucune critique des écrivains modernes, n'ont jamais réussi à les amener à la clarté et à la cohérence d'un livre parfait. Qui sait, mais beaucoup seraient maintenant heureux de découvrir qu'après tout, l'ancien Stagirite, qui a imprimé ses idées dans l'esprit de l'humanité pendant tant de siècles et dont le nom a été porté comme une bannière dans tant de batailles de l'esprit, n'était qu'un autre Spencer d'autrefois, qui. uniquement à cause du temps, a écrit en grec au lieu d'anglais, et pas très bien en grec non plus.</p>
<p> La tradition ne doit pas nous peser comme un cauchemar. Il ne doit pas être un empêchement, un obstacle, un objet de culte ou de révérence stupide. Nous sommes assez bien d'accord là-dessus. Mais d'un autre côté, la tradition est ce qui nous lie à l'histoire, je veux dire, c'est ce qui nous unit aux étapes péniblement acquises, qui facilitent le travail et font progresser davantage. Cela nous distingue des brutes. Ce ne sont que de longs siècles de travail qui différencient notre histoire de celle des animaux. En réalité, quiconque se consacre à quelque étude, fût-elle concrète, empirique, particulière, minutieuse et détaillée, quelque part dans la vie réelle, ne peut manquer d'admettre qu'il y a un certain point où il éprouve le besoin pressant de tout reconsidérer. concepts généraux (catégories) récurrents dans des actes particuliers de pensée, tels que l'unité, la multiplicité, la totalité, la condition, la fin, la raison de tout, la cause, l'effet, la progression, le fini, l'infini, etc. Or, même si nous ne nous arrêtons pas très longtemps à considérer ces aspects nouveaux et curieux, nous sommes impressionnés par les problèmes universels de la cognition. Ces problèmes nous paraissent nécessairement existants. C'est cette suggestion de la fatalité qui est la source et le siège de ce que vous appelez métaphysique, et qu'on peut aussi appeler autrement.</p>
<p> Toute la question est de savoir comment nous traitons ces données nécessaires. La marque caractéristique de la pensée classique, en général, par exemple de la pensée grecque, est une certaine ingénuité dans l'usage et le maniement de tels concepts. D'autre part, la marque caractéristique de la philosophie moderne, toujours d'une manière générale, est un doute méthodique, une attitude critique qui accompagne l'usage de ces concepts comme une garde méfiante et prudente et les scrute intérieurement comme extérieurement, dans leurs portées plus larges. . Le facteur décisif dans le passage de l'ingénuité à l'analyse critique est l'observation méthodique (dont la portée et les moyens étaient limités chez les anciens), et plus encore que l'observation, c'est l'expérience minutieuse et techniquement précise (qui était presque entièrement inconnue chez les anciens). . Par l'expérience, nous devenons des collaborateurs de la nature. Nous produisons artificiellement des choses que la nature produit d'elle-même. Grâce à l'art de l'expérimentation, les choses cessent d'être de simples objets de vision rigides, car elles sont générées sous notre direction. Et la pensée cesse d'être une hypothèse, ou un précurseur énigmatique des choses, et devient une chose concrète, parce qu'elle grandit avec les choses, et continue de croître avec elles dans la mesure où nous apprenons à les comprendre.</p>
<p> L'art de l'expérimentation méthodique nous conduit finalement à accepter la simple vérité suivante : Même avant l'avènement de la science, et chez tous les êtres humains qui n'ont jamais adopté la science, les activités internes, y compris la réflexion naturelle, constituent un processus de croissance qui prend place en nous pendant que nous poursuivons la satisfaction de nos besoins, et qui implique la création successive de nouvelles conditions.[7] De ce point de vue également, le matérialisme historique est le résultat d'un long développement. Il explique l'essor historique du savoir scientifique, en montrant que ce savoir correspond en dualité, et est proportionnel en quantité, à la productivité du travail. En d'autres termes, la science dépend de nos besoins.</p>
<p> Maintenant, je me tourne vers vous et j'approuve le coup de pied que vous donnez à l'agnosticisme . Car ce n'est que le pendant anglais du néokantisme allemand. Il n'y a qu'une différence appréciable. Le néokantisme ne représente en fin de compte qu'une certaine ligne de pensée académique, qui nous a fourni une meilleure connaissance de Kant et une littérature utile de gens instruits. L'agnosticisme, au contraire, du fait de sa diffusion parmi le peuple, est un véritable symptôme de la condition actuelle de certaines classes sociales. Les socialistes auraient de bonnes raisons de croire que ce symptôme est une des manifestations de la décadence de la bourgeoisie. Cela contraste certainement avec le dévouement héroïque à la vérité manifesté par la pensée des précurseurs de l'histoire moderne, tels que Bruno et Spinoza, ou avec cette affirmation de soi conventionnelle, typique des penseurs du XVIIIe siècle, jusqu'à l'époque classique allemande. la philosophie entre progressivement en scène. Cela est encore plus en contradiction avec la précision des moyens de recherche modernes, qui, à notre époque, ont tellement accru la domination de la pensée humaine sur la nature. Il lui manque cette caractéristique qui, selon Hegel, est essentielle à toute philosophie, à savoir le courage de la vérité. Cela donne l'impression d'une lâche résignation. Certains de ces marxistes, qui passent par un raccourci des conditions économiques aux réflexions mentales, comme s'il s'agissait simplement d'interpréter des signes sténographiques, pourraient dire que cet inconnaissable , si sacré pour un grand nombre de quiétistes du domaine, de la raison, est une preuve que l'esprit de l'époque bourgeoise n'est plus capable de voir clairement à travers l'organisation du monde, parce que le capitalisme, dont il reçoit ses orientations, est déjà dans un état de désintégration. En d'autres termes, la bourgeoisie pressent instinctivement sa ruine imminente et se livre donc à une sorte de religion de l'imbécillité. Une telle affirmation pourrait même paraître ingénieuse et belle, même si elle ne peut être démontrée. Pourtant, cela ressemble un peu au grand nombre d'absurdités qui ont été dites par beaucoup au nom de l'interprétation économique de l'histoire. [8]</p>
<p> En revanche, je dis que cet agnosticisme nous rend un grand service. En répétant sans cesse qu'il ne nous est pas donné de connaître la chose elle-même, la nature intime des choses, la cause finale et la raison fondamentale des phénomènes, les agnostiques arrivent à leur manière, par un autre chemin, à savoir en regrettant l'impossibilité de connaître ce prétendu mystère, au même résultat que nous le faisons, seulement nous ne regrettons pas, mais cherchons plutôt la connaissance sans l'aide de l'imagination. Ce résultat est que nous ne pouvons penser que des choses dont nous faisons l'expérience nous-mêmes, en prenant ce mot dans son sens le plus large.</p>
<p> Il suffit de voir ce qui s'est passé dans le domaine de la psychologie. D'un côté, l'illusion selon laquelle les faits psychiques pouvaient s'expliquer par l'hypothèse d'une entité surnaturelle s'est dispersée. De l'autre côté, on a abandonné l'idée vulgaire et plus matérielle que matérialiste selon laquelle la pensée est une sécrétion du cerveau. Il a été démontré que les faits psychiques sont couplés à un organisme spécifique, que cet organisme lui-même était dans un processus constant de formation, que les faits psychiques sont accompagnés de processus nerveux internes, dans la mesure où ces processus font partie de la conscience. L'hypothèse grossière du matérialisme mécanique a été rejetée, selon laquelle il était possible d'observer l'activité interne, son maintien et ses complications en fonction de la conscience, par des moyens externes, simplement parce que l'on peut découvrir de jour en jour l'état correspondant dans le nerf. centres. Nous sommes ainsi arrivés à la science psychique. Il est inexact, pour ne pas dire erroné, d'appeler cette science une psychologie sans âme. Il faudrait plutôt l'appeler la science des produits psychiques sans le mythe de la substance spirituelle.</p>
<p> Quand Engels, dans son Anti-Dühring , utilisait le terme métaphysique de manière dépréciative, il entendait précisément se référer à cette façon de penser, de concevoir, de déduire, d'exposer qui est à l'opposé d'une considération génétique, et donc dialectique, des choses. La pensée métaphysique présente les caractéristiques suivantes : elle considère en premier lieu comme des choses indépendantes les unes des autres, les modes de pensée qui ne sont en réalité des modes que dans la mesure où ils représentent des points de corrélation. et transition dans un processus ; en deuxième lieu, elle considère ces modes de pensée comme existant avant le fait, comme préexistants, comme types ou prototypes de la réalité faible et obscure des perceptions sensorielles. Du premier point de vue, par exemple, des pensées telles que la cause et l'effet, les moyens et la fin, l'origine et la réalité, etc., apparaissent simplement comme des terminaisons distinctes de types différents, et parfois opposés. Certaines d'entre elles semblent n'être que des causes, d'autres seulement des effets, et ainsi de suite. Dans le second cas, le monde de l'expérience semble se désintégrer et s'effondrer sous nos yeux, se séparant en substance et attribut, chose en soi et phénomène, possibilité et réalité évidente. La critique d'Engels exige de manière substantielle et réaliste que la pensée terminale ne soit pas considérée comme une entité fixe, mais comme une fonction. Car de tels concepts terminaux n'ont de valeur que dans la mesure où ils nous aident à penser maintenant, alors que nous sommes activement engagés dans la poursuite d'une nouvelle pensée.</p>
<p> Cette critique d'Engels, qui peut être améliorée à bien des égards par des affirmations plus spécifiques et plus précises, notamment en ce qui concerne l'origine de la pensée métaphysique, répète à sa manière la distinction hégélienne entre l'entendement , qui définit les contraires comme tels, et la raison. , qui dispose ces contraires en série ascendante (Bruno dirait : L'art divin de concilier les contraires , et Spinoza disait : Toute détermination est une négation ).</p>
<p> La pensée métaphysique, vue à distance, a certains points communs avec l'origine des mythes. Elle est enracinée dans la théologie, qui tente de rendre les articles de foi (que l'auto-illusion présente comme des faits objectifs, alors qu'ils sont des hypothèses subjectives) plausibles pour la raison logique. Combien de miracles ce mythe de la Parole a-t-il accompli ! De telles pensées métaphysiques, utilisant ce terme dans un sens dépréciatif, comme désignant un certain stade de la pensée qui interfère avec la formation d'une nouvelle pensée, se retrouvent dans toutes les branches de la connaissance humaine. Quelle énergie énorme a dû être dépensée par la réflexion doctrinaire dans le domaine de l'étude des langues, avant que l'illusion schématique des formes grammaticales ne soit remplacée par leur genèse ! Cette genèse est désormais recherchée et localisée dans les différentes étapes de la composition du langage, qui est un processus de travail et de production et non un simple fait. La métaphysique dans ce sens ironique existe, et existera peut-être toujours, dans les mots et la phraséologie dérivés de l'expression de la pensée. Car le langage, sans lequel nous ne pourrions ni saisir précisément la pensée ni formuler son expression, change la chose qu'il exprime en même temps qu'il la prononce. C'est pour cette raison que le langage a peut-être presque un germe mythique. On aura beau perfectionner la théorie générale des vibrations, on dira toujours : La lumière produit tel ou tel effet ; la chaleur fonctionne comme ça. Il existe toujours la tentation (ou du moins le danger) de personnifier un processus ou ses points terminaux. Au moyen d'une projection illusoire, les relations deviennent des choses, et en cogitant plus loin sur elles, ces choses deviennent des sujets opératoires. Si nous prêtons attention à ces fréquentes chutes de notre esprit dans le mode pré-scientifique d'utilisation des mots, nous découvrirons en nous-mêmes les données psychologiques permettant d'expliquer la manière dont les formes de pensée se sont transformées en entités objectives, dans des circonstances et des situations différentes. en d'autres temps. Les idées platoniciennes sont typiques de ce cas. Je l'appelle typique, car c'est le plus plastique. Toute l'histoire est pleine de telles métaphysiques, qui témoignent d'un esprit immature qui n'est pas encore aiguisé par l'autocritique ni renforcé par l'expérience. Les mêmes raisons, entre autres, mettent dans la même classe des choses telles que la superstition, la mythologie, la religion, la poésie, un culte fanatique des mots, un culte des formes vides. Cette métaphysique laisse également ses traces dans ce domaine de la pensée que nous appelons aujourd'hui, avec vanité, science.</p>
<p> Un tel mode de pensée métaphysique n'obscurcit-il pas le domaine de l'économie politique ? L'argent, qui n'est à l'origine qu'un moyen d'échange et se transforme en capital uniquement parce qu'il est combiné à un processus de travail productif, ne devient-il pas dans l'imagination de certains économistes un capital auto-généré, qui sécrète des intérêts par une puissance inhérente ? C'est pour cette raison que le chapitre du Capital de Marx , qui parle du fétichisme du capital, est très important. [9] La science économique regorge de tels fétiches. Le caractère de marchandise, que le produit du travail humain ne revêt que dans certaines conditions historiques, dans lesquelles vivent les êtres humains lorsqu'il existe un système défini d'interrelations sociales, est considéré par certains comme une dualité intrinsèque du produit de toute éternité. Le salaire, qui ne peut être conçu que si certains sont dans la nécessité de s'offrir à d'autres êtres humains, est considéré comme une catégorie absolue, c'est-à-dire comme un élément de tout gain, de sorte qu'en fin de compte l'intrigant capitaliste se pare de avec le titre d'un homme qui gagne par son propre mérite les salaires les plus élevés. Et qu'en est-il du loyer de la terre – de la terre , remarquez. Je n'en aurais jamais fini si je voulais énumérer toutes ces transformations métaphoriques de conditions relatives en attributs éternels des hommes et des choses.</p>
<p> Qu'ont pensé les interprètes grossiers du darwinisme de la lutte pour l'existence ? Un impératif, un commandement, un destin, un tyran. Ils ont oublié les circonstances matérielles entourant la souris et le chat, la chauve-souris et l'insecte, le bourdon et le trèfle. Le processus d'évolution, qui est une expression mutuellement équilibrée de mouvements infinis donnant lieu à de nombreux problèmes complexes et non à un seul théorème, se transforme soudainement en une évolution fantastique . Par conséquent, les vulgarisateurs de la sociologie marxiste transforment les conditions, les relations et les interconnexions de la vie économique commune en une sorte de quelque chose de fantastique qui nous domine, souvent parce que ces interprètes du marxisme manquent de capacités littéraires. Tout cela donne l'impression qu'il y a encore d'autres questions à considérer, mais simplement les éléments naturels du problème, tels que les personnes et les personnes, les locataires et les propriétaires de maisons, les propriétaires fonciers et les ouvriers agricoles, les capitalistes et les salariés, les messieurs et les domestiques. , exploités et exploiteurs, en un mot, des êtres humains vivant dans des conditions de temps et de lieu déterminées, dans des degrés divers de dépendance mutuelle en raison de la manière particulière de posséder et d'utiliser les moyens sociaux de production.</p>
<p> La récurrence incontestable du vice métaphysique , qui coïncide parfois directement avec la mythologie, devrait nous rendre indulgents envers les causes et les conditions, soit directement psychiques, soit plus généralement sociales, qui ont retardé dans le passé l'avènement de la pensée critique, consciemment expérimentale. et se méfie prudemment du verbalisme. Il ne sert à rien de revenir aux trois époques de Comte. Bien entendu, la question de la prédominance quantitative des formes théologiques et métaphysiques dans les différentes époques de l'histoire humaine doit être discutée. Mais il ne faut pas l'envisager à la lumière d'une différence exclusivement qualitative par rapport à l'époque dite scientifique. Les êtres humains n'ont jamais été exclusivement théologiques ou métaphysiques, et ils ne seront jamais exclusivement scientifiques. Le moindre sauvage, qui a peur de son fétiche, sait qu'il coûte moins de peine de descendre avec la rivière que de nager à contre-courant, et l'accomplissement de ses travaux les plus élémentaires implique une certaine somme d'expérience et de science. D'un autre côté, nous avons aujourd'hui des scientifiques dont l'esprit est obscurci par les mythologies. La métaphysique, à l'opposé de l'exactitude scientifique, n'est pas encore devenue un fait préhistorique au point d'être au même niveau que le tatouage et le cannibalisme.</p>
<p> Personne, je l'espère, ne mettrait entièrement au crédit du matérialisme historique la victoire définitive sur la métaphysique, du moins sur la métaphysique telle qu'elle était comprise jusqu'à présent, selon Engels. Cette victoire constitue plutôt un cas particulier dans le développement de la pensée anti-métaphysique. Cela ne serait pas arrivé si la pensée critique ne s'était pas développée depuis longtemps. Nous devons confronter les comptes en la matière avec toute l'histoire de la science moderne. Lorsque Don Ferrante des Promessi Sposi (au XVIIe siècle, remarquez bien) mourut de la peste en niant son existence, parce qu'elle n'était pas mentionnée dans les dix catégories d'Aristote, la scolastique avait déjà reçu les premiers coups durs et décisifs. Il fut le dernier scolastique convaincu, et j'espère que Léon XIII ne s'opposera pas à cette affirmation car elle interfère avec ses affaires. Et depuis lors jusqu'à aujourd'hui, j'ai une longue histoire de conquêtes positives de la pensée, par lesquelles l'essence de la philosophie indépendante, qui la distinguait de la science, à savoir la théorie de la cognition, a été soit absorbée, soit éliminée, soit réduite et assimilée d'une autre manière. Sur cette voie de la pensée scientifique, nous rencontrons des sujets tels que la psychologie empirique, l'étude des langues, le darwinisme, l'histoire des institutions et la critique proprement dite. J'ajouterais aussi le positivisme, si je ne craignais pas d'être incompris. En fait, si l'on considère le positivisme dans son ensemble et sommairement, il a été l'une des nombreuses formes par lesquelles la pensée de l'humanité s'est rapprochée d'une conception de la philosophie, qui ne raisonne pas avant le fait, mais est le résultat de l'immanent nature des choses. Nous ne devons pas être surpris, à ce propos, si la similitude générique du matérialisme historique avec tant d'autres produits de la pensée et du savoir contemporains a conduit beaucoup de ceux qui traitent de la science à la manière des hommes de lettres ou des lecteurs de magazines, à commettre l'erreur d'agir sous des impressions superficielles, de suivre les impulsions d'une curiosité érudite, et de se flatter de pouvoir rendre la théorie marxiste plus complète par tel ou tel ajout. Nous devrons supporter de tels bricolages pendant un certain temps. Beaucoup sont induits à cette erreur par l'habitude, aujourd'hui commune dans toutes les branches de la science moderne, de tout considérer du point de vue de l'évolution et de la croissance. Puisque tout le monde parle d'évolution, les inexpérimentés et les superficiels pensent que tout le monde veut dire la même chose. Vous avez très justement attiré votre attention sur les différents points de différenciation du matérialisme historique, qui, permettez-moi d'ajouter, sont caractéristiques d'une science fondée sur la dialectique et le communisme révolutionnaire. Vous n'avez pas proposé de trancher la question de savoir si Marx pourrait aller bras dessus bras dessous avec tel ou tel autre philosophe, mais vous vous efforcez plutôt de déterminer quelle sorte de philosophie est le résultat logique et nécessaire de la théorie marxiste.</p>
<p> C'est pour ces raisons que je ne me suis pas opposé, et je ne m'oppose pas encore, à l'usage de votre part d'un langage métaphysique, en prenant ce terme dans un sens qui n'est pas dénigrant. Le marxisme traite fondamentalement de problèmes généraux. Et celles-ci se réfèrent, d'une part, aux limites et aux formes de la cognition, et d'autre part, aux relations de l'humanité avec le reste de l'univers connaissable et connu. N'est-ce pas ce que vous comptez transmettre ? C'est précisément pour cette raison que j'ai consacré mon attention aux questions les plus générales dans le deuxième de mes essais. Mais j'ai traité le sujet de telle manière que mon intention restait cachée.</p>
<p> Quiconque considère le matérialisme historique dans toute sa signification constatera qu'il présente trois axes d'étude. La première correspond aux exigences pratiques des partis socialistes, exige l'acquisition d'une connaissance adéquate des conditions spécifiques du prolétariat dans chaque pays et adapte l'activité socialiste aux causes, aux perspectives et aux dangers d'une politique complexe. La seconde peut conduire, et conduira certainement, à une révision des méthodes d'écriture de l'histoire, car elle tend à ancrer cet art sur le terrain des luttes de classes et des relations sociales qui en découlent, à partir de la structure économique correspondante, que tout historien doit désormais connaître et comprendre. La troisième consiste dans le traitement des principes directeurs. Pour les comprendre et les suivre, il faut nécessairement se laisser guider par les points de vue généraux que vous indiquez.</p>
<p> Or, il me semble – et j'en ai fourni la preuve par écrit – que l'adhésion aux principes généraux en tant que tels n'implique pas nécessairement un retour à une scolastique formelle, ni un mépris des choses dont ces principes généraux sont déduits, tant que nous ne retombons pas dans l'erreur ancienne de croire que les idées sont une sorte d'agent surnaturel placé au-dessus des choses, tout en admettant l'inévitable division du travail. Il est certain que ces trois axes d'études se sont combinés en un seul dans l'esprit de Marx, et non seulement dans son esprit, mais aussi dans ses œuvres. Sa politique était, d'une certaine manière, l'application pratique de son matérialisme historique, et sa philosophie était incorporée dans sa critique de l'économie politique, car c'était sa méthode pour aborder l'histoire. Mais en admettant qu'une telle compréhension universelle soit la marque caractéristique d'un génie qui inaugure une nouvelle ligne de pensée, le fait est que Marx lui-même n'a mené sa théorie jusqu'à sa pleine conclusion que dans un cas, celui du Capital .</p>
<p> L'identification parfaite de la philosophie, ou de la pensée critique et consciente, avec le matériel de la connaissance, en d'autres termes, l'élimination complète de la distinction traditionnelle entre philosophie et science, est une tendance de notre époque. Mais c'est une tendance qui reste pour l'essentiel au stade du simple désir. C'est précisément à cette tendance à laquelle se réfèrent certains lorsqu'ils prétendent que la métaphysique est complètement dépassée. D'autres encore, plus exacts, supposent qu'une science dans son état parfait aura absorbé la philosophie. La même tendance justifie l'utilisation du terme de philosophie scientifique , qui serait autrement ridiculement absurde. Si cette expression peut un jour avoir sa vérification pratique par l'évidence, ce sera précisément au moyen du matérialisme historique, comme c'était le cas dans l'esprit et dans les écrits de Marx. Là, la philosophie est tellement dans les choses elles-mêmes, et tellement imprégnée d'elles, que le lecteur de cet ouvrage en ressent l'effet, comme si philosopher était une fonction naturelle de la méthode scientifique.</p>
<p> Dois-je m'arrêter ici et faire des aveux ? Ou dois-je seulement me limiter à une discussion objective avec vous sur les points sur lesquels nous pouvons nous rapprocher dans nos objectifs ? Si je devais me contenter des expressions aphoristiques typiques d'une confession, je dirais : a) L'idéal de la connaissance doit être celui dans lequel l'antagonisme entre science et philosophie prend fin ; b) Cependant, la science (empirique) est dans un processus de croissance continue, se multiplie en matériel et en départements, et différencie en même temps les instruments utilisés dans les diverses lignes, tandis que d'autre part la masse de connaissances méthodiques et formelles s'accumule continuellement. sous le nom de philosophie ; c) C'est pour cette raison que la distinction entre science et philosophie sera toujours maintenue comme élément provisoire, afin d'indiquer que la science est toujours en processus de croissance et que cette croissance s'accompagne largement d'autocritique.</p>
<p> Il suffit de regarder Darwin pour comprendre avec quelle prudence il faut être prudent en affirmant que la science implique désormais par elle-même la fin de la philosophie. Darwin a certainement révolutionné le domaine de la science des organismes, et avec lui toute la conception de la nature. Mais Darwin lui-même n'avait pas pleinement compris la portée de ses découvertes. Il n'était pas le philosophe de sa science. Le darwinisme en tant que nouvelle vision de la vie et de la nature dépasse la personnalité et les intentions de Darwin lui-même. D'un autre côté, certains interprètes vulgaires du marxisme ont dépouillé cette théorie de sa philosophie immanente et l'ont réduite à une simple manière de déduire des changements dans les conditions historiques à partir de changements dans les conditions économiques. Des observations aussi simples suffisent à nous convaincre que, même si nous pouvons affirmer qu'une science parfaite est une philosophie parfaite, ou qu'une telle philosophie ne signifie que le plus haut degré d'élaboration de concepts (Herbart), nous ne devons autoriser personne à faire une telle affirmation , pour parler de manière désobligeante de ce que nous pourrions appeler philosophie en tant que question de différenciation. Nous ne devrions pas non plus croire tout scientifique qui prétend, quel que soit le niveau de développement mental auquel il peut s'arrêter, qu'il a triomphé de cette bagatelle qu'est la philosophie ou qu'il en est devenu l'héritier. C'est pourquoi vous ne posez pas une question vaine lorsque vous demandez en substance : quel sera l'esprit dans lequel les partisans du matérialisme historique considéreront les philosophies restantes ?</p>
<p>VI</p>
<p>Rome, le 28 mai 1897.</p>
<p>Dans la biographie scientifique de nos deux grands auteurs, il y a un blanc. Une de leurs œuvres parvint chez l'imprimeur en 1847. Mais pour des raisons fortuites, elle resta inédite. [10] Dans cet ouvrage, resté sous forme de manuscrit, et qui, à ma connaissance, n'a jamais été revu depuis par aucun autre auteur extérieur, [11] ils ont réglé leurs comptes avec leur propre conscience en parvenant à s'entendre sur leur position à l'égard des autres courants de la philosophie contemporaine. Il ne fait aucun doute que ce récit a été clôturé principalement par les conclusions hégéliennes et leur contrepartie matérialiste dans les théories de Feuerbach. Outre les raisons générales liées au mouvement philosophique de l'époque, cette opinion est encore renforcée par divers passages d'articles de magazines et de journaux récemment publiés par Struve dans la Neue Zeit , comme souvenirs d'anciennes controverses de Marx. Mais quelle était la situation mentale totale de ces deux écrivains ? Jusqu'où s'étendait leur horizon bibliographique ? Quelle attitude adoptaient-ils à l'égard des autres luttes scientifiques, qui se sont ensuite transformées en tant de révolutions, tant dans le domaine de la philosophie naturelle que dans celui de la philosophie historique, et qu'en savaient-ils ? Nous n'avons pas de réponses satisfaisantes à ces questions. Bien sûr, on comprend qu'on puisse regretter d'avoir publié dans ses jeunes années des écrits qu'on écrirait tout autrement dans ses années avancées. Mais il nous est d'autant plus difficile d'y avoir accès lorsque nous souhaitons étudier ces auteurs. Engels lui-même estimait que cet ouvrage avait produit l'effet escompté, dans la mesure où il avait clarifié la question pour ceux qui l'avaient écrit.</p>
<p> Par la suite, après que les auteurs eurent suivi leur propre voie, ils n'écrivirent plus sur des questions de philosophie au sens strict du terme. [12] Non seulement leur activité d'agitateurs pratiques, d'écrivains publicistes, de fidèles du mouvement prolétarien les a influencés à cet égard, mais aussi leurs propres inclinations mentales ont eu tendance à les éloigner de l'occupation de philosophes professionnels. Ce serait donc une vaine entreprise que de rechercher étape par étape les opinions personnelles qu'ils ont nourries dans leurs études et dans la lecture de nouvelles conclusions scientifiques, si celles-ci étaient conformes à leur nouvelle méthode de recherche historique ou s'y opposaient. Il est certain qu'il faut reconnaître comme auxiliaires et comme cas analogues à la montée du matérialisme historique, la psychologie récemment développée, la critique acerbe de la philosophie professionnelle, l'école de l'histoire industrielle, le darwinisme dans son sens strict et large, la tendance croissante dans l'histoire, la reconnaissance des phénomènes naturels, la découverte des institutions des temps préhistoriques et la tendance toujours croissante à combiner philosophie et science. Mais il serait ridicule d'appliquer à Marx et à Engels l'étalon d'un éditeur de quelque Revue critique , à l'aune duquel il mesure les nouveaux livres, ou d'un professeur qui présente à ses élèves les impressions successives de ses propres lectures. Ce n'est pas ainsi qu'on peut évaluer le travail qu'ont pu faire, ou ont fait effectivement, les deux penseurs pour assimiler les fruits de la science contemporaine, ces penseurs qui regardaient les choses de leur point de vue spécifique et spécifié et utilisaient leur matérialisme historique comme un instrument individualisé de recherche et d'analyse. C'est essentiellement la marque de l'originalité. Utiliser ce terme sans de telles restrictions serait absurde. Mais alors qu'ils abandonnaient l'écriture philosophique au sens strictement professionnel du terme, ils devinrent les types les plus parfaits de scientifiques philosophiques . Cette philosophie scientifique n'est pour beaucoup qu'un désir inaccessible, tandis que d'autres en font un moyen de dire la pure vérité sur des faits évidents de l'expérience scientifique dans un nouveau style d'affectation phraséologique. Il s'agit parfois d'une forme générale de rationalisme, et après tout il n'est pas possible de le saisir, à moins de se familiariser avec les particularités de la vie réelle de la manière pénétrante qui convient à une méthode génétique issue de la nature des choses. . Engels écrivait récemment dans son Anti-Dühring : « Dès que chaque science individuelle est confrontée à la nécessité de parvenir à une compréhension claire de sa position dans la relation générale des choses et dans la connaissance des choses, toute science particulière de la relation générale devient aucune partie de toute la philosophie des temps antérieurs ne restera alors indépendante, sauf la théorie de la cognition et de ses lois, c'est-à-dire la logique formelle et la dialectique. Tout le reste sera absorbé par la science positive de la nature et de l'histoire. ".</p>
<p> Tout est possible pour les érudits, les chercheurs de sujets de thèse, les diplômés en herbe. Ils ont fait un ragoût de l'éthique d'Hérodote, de la psychologie de Pindare, de la géologie de Dante, de l'entomologie de Shakespeare et de la pédagogie de Schopenhauer. Pour des raisons plus fortes et meilleures, ils peuvent parler de la logique du Capital et construire un système de philosophie de Marx, dûment spécifié et classé selon les canons sacramentels de la science professionnelle. C'est une question de goût. Pour ma part, je préfère la naïveté d'Hérodote et le style pesant de Pindare à cette érudition qui en extrait leurs propriétés spécifiques à l'aide d'une analyse posthume. Je préfère laisser intacte l'individualité du Capital , auquel ont contribué, comme à un organisme, toutes les idées et connaissances qui se distinguent sous le nom de logique, psychologie, sociologie, droit et histoire, dans leur sens strict. C'est aussi à cela qu'ont contribué cette rare souplesse et cette douceur de pensée qui forment l'esthétique de la méthode dialectique.</p>
<p> Bien entendu, ce livre fait et fera toujours l'objet d'une analyse particulière, malgré cela. Mais elle ne sera jamais réfutée dans son ensemble par les simples expérimentateurs, les scolastiques qui aiment les belles définitions qui ne sont pas assimilées par le courant de la pensée, les penseurs utopistes de toutes nuances, notamment les utopistes critiques et les libertaires, qui sont plus ou moins réfutés. anarchistes sans le savoir. C'est une difficulté presque insurmontable pour certains intellectuels que de se fondre dans la réalité des interrelations sociales et historiques. Au lieu de considérer la société dans son ensemble, dans laquelle certaines lois sont engendrées par un processus naturel et deviennent les relations mutuelles de mouvements, beaucoup ressentent le besoin de considérer les choses comme fixes, par exemple l'égoïsme par-ci, l'altruisme par-là, etc. Un cas typique de ce genre est celui des hédonistes modernes. Ils ne se contentent pas d'étudier la combinaison sociale vue du point de vue de l'interprétation économique, mais recourent à l'expédient de l'évaluation comme prémisse psychologique logique de l'économie. Cet expédient leur fournit une échelle, et ils étudient ses degrés comme s'ils étaient l'expression théorique de types définis. Autant étudier l'esthétique formelle en étudiant uniquement les degrés de plaisir. Au moyen de cette échelle, avec ses degrés d'estimation des besoins, ils mesurent les choses qu'ils appellent bonnes. Ils examinent les relations des choses aux différents degrés de cette échelle, en tenant compte de leurs quantités disponibles et obtenables, et déterminent ainsi la qualité de leurs valeurs, les limites de leurs valeurs et leur valeur finale. Après avoir ainsi constitué l'économie politique sur la base de généralités abstraites, indifférentes aux choses que la nature donne librement ainsi qu'à celles qui sont produites à la sueur du front humain (et par le travail ingrat de l'histoire), ils transformer la production pauvre, évidente et simple, avec sa vie commune familière, que les auteurs théoriques de l'économie classique et du socialisme critique ont analysée, en un cas particulier d'algèbre universelle. Le travail, qui est à nos yeux le nerf même de la vie, parce qu'il est l'homme en devenir, devient à leurs yeux un moyen d'éviter la douleur ou de sélectionner la moindre douleur. Au milieu de cette atomisation abstraite de forces, d'estimations et de degrés de plaisir, l'homme perd de vue l'histoire et le progrès se résout en une simple ombre.</p>
<p> Si je devais en donner une sorte d'esquisse, il ne serait pas déplacé de dire que la philosophie qu'implique le matérialisme historique est la tendance au monisme . Et j'insiste particulièrement sur le mot tendance. Je dis tendance, et j'ajoute une tendance formelle et critique . Chez nous, il ne s'agit pas de s'appuyer sur une connaissance théosophique ou métaphysique intuitive de l'univers, en supposant que nous sommes parvenus sans autre cérémonie à une vision globale de la substance fondamentale de tous les phénomènes et processus par un acte de cognition transcendantale. Le mot tendance exprime précisément que notre esprit s'est adapté à la conviction que tout peut être conçu comme en devenir, que même le concevable n'est qu'en devenir, et que le processus de croissance a un caractère similaire à celui de la continuité. Ce qui différencie cette conception du processus génétique des vagues imaginations transcendantales d'hommes comme Schelling, c'est le discernement critique. Cela implique une spécialisation de la recherche et une adhésion à des méthodes empiriques pour suivre les mouvements internes du processus. Cela signifie renoncer à la prétention de tenir dans la main un schéma universel de toutes choses. C'est ainsi que procèdent les évolutionnistes vulgaires. Une fois qu'ils se sont emparés de l'idée abstraite de croissance (évolution), ils attrapent tout avec elle, depuis la concentration d'une nébuleuse jusqu'à leur propre fatuité. Il en était de même des imitateurs de Hegel, avec leur rythme éternel de thèse, d'antithèse et de synthèse. Le principe principal de la cognition critique, par lequel le matérialisme historique corrige le monisme, est le suivant : il s'écarte de la pratique des choses, du développement du processus de travail, tout comme il est la théorie de l'homme au travail, il considère également la science elle-même en tant que travail. Cela impressionne définitivement les sciences empiriques par la compréhension implicite que nous accomplissons les choses par l'expérience, et nous amène à prendre conscience du fait que les choses sont elles-mêmes en train de se fabriquer.</p>
<p> Le passage d'Engels que j'ai cité tout à l'heure pourrait peut-être donner lieu à quelques résultats curieux. Certaines personnes vous prennent toute la main lorsque vous leur tendez un petit doigt. Si l'on admet que la logique et la dialectique continuent d'exister comme lignes de pensée indépendantes, n'est-ce pas une belle opportunité pour reconstruire toute l'encyclopédie de la philosophie ? En reprenant, pièce par pièce, ou dans chaque science individuelle, le travail d'abstraction des éléments formels qu'ils contiennent, des systèmes logiques vastes et complets peuvent être écrits, tels que ceux de Sigwart et Wundt. Ce sont en effet de véritables encyclopédies de la doctrine des principes de la compréhension. Eh bien, si c'est tout ce que veulent les professeurs, ils peuvent être assurés que leurs chaires ne seront pas abolies. La division du travail dans le domaine intellectuel permet de nombreuses combinaisons pratiques. Si un homme veut faire une compilation et une esquisse schématique de principes, par lesquels nous nous rendons compte d'un groupe défini de faits, par exemple d'un certain cours de droit, rien ne l'empêche d'appeler son ouvrage la science générale de la science. le droit, ou, s'il préfère, la philosophie du droit, tant qu'il garde à l'esprit qu'il organise simplement de manière provisoire une certaine catégorie de faits historiques, ou qu'il rassemble une certaine série de faits historiques qui sont des produits du développement historique.</p>
<p> Une tendance formelle et critique au monisme d'un côté, une capacité experte à garder la tête froide dans des recherches spécialisées, de l'autre, tel est le résultat. Si un homme s'écarte un peu de cette ligne, soit il retombe dans le simple empirisme (sans philosophie), soit il s'élève vers le domaine transcendantal de l'hyper-philosophie avec la prétention qu'un homme peut saisir le processus du monde dans son ensemble par une simple intuition intellectuelle. .</p>
<p> Si vous n'avez pas lu la conférence de Häckel sur le monisme , faites-moi la faveur de la lire. Il a été introduit en France par un darwinien enthousiaste en sociologie sous le titre Le Monisme lien entre la Religion et la Science (traduction de G. Vacher de Lapouge, Paris, 1897.) Häckel réunit dans sa personnalité trois facultés différentes : Une merveilleuse capacité pour des recherches et des expositions spécialisées, pour une systématisation profonde de faits particuliers et pour une intuition poétique de l'univers qui, tout en étant purement imagination, prend parfois l'aspect de la philosophie. Mais, mon illustre Häckel, cela surpasse même la force de votre excellent esprit pour expliquer l'univers tout entier, depuis les vibrations de l'éther jusqu'à la formation de votre cerveau ! Mais pourquoi est-ce que je m'arrête à ton cerveau ? Plus loin, depuis les origines des nations et des États et l'éthique jusqu'à nos jours, en passant par les principes protecteurs de votre université d'Iéna, à laquelle vous rendez hommage sur seulement 47 pages in-8 ! Ne vous souvenez-vous pas de toutes les énigmes que l'univers présente, même à notre science avancée ? Ou avez-vous chez vous une grande armurerie pleine de ces bonnets de nuit, dont Heine disait que les Hégéliens se servaient pour dissimuler ces énigmes ? Ou ne vous souvenez-vous pas de ce cas qui devrait vous intéresser plus directement, le cas de ce Bathybius auquel Huxley a donné votre nom et qui s'est avéré plus tard être une erreur ?</p>
<p> Bref, cette tendance au monisme doit s'accompagner d'une reconnaissance claire de la spécialisation de toute recherche. C'est une tendance à combiner science et philosophie, mais en même temps aussi un examen continu de la pensée concrète que nous utilisons et de sa portée. Cette pensée concrète peut très bien être détachée de son objet concret, comme cela arrive dans la logique proprement dite et dans la théorie générale de la cognition, que vous appelez métaphysique. Nous pouvons penser concrètement, tout en réfléchissant de manière abstraite sur les matériaux et les conditions des choses pensables. La philosophie existe et ce n'est pas le cas. [13] Pour quiconque n'est pas parvenu à cette compréhension, c'est quelque chose qui dépasse la science. Et pour celui qui y arrive, c'est une science perfectionnée.</p>
<p> Aujourd'hui, comme autrefois, nous pouvons écrire des traités sur les aspects abstraits de certaines expériences particulières, par exemple sur l'éthique ou la politique, et nous pouvons imprimer dans notre travail toute la clarté d'un système. Mais nous devons également garder à l'esprit que les prémisses fondamentales de notre traité sont le produit d'une interrelation génétique. Nous ne devons pas tomber dans l'illusion métaphysique selon laquelle les principes sont des diagrammes éternels ou des choses surnaturelles extérieures à l'expérience humaine.</p>
<p> En ce qui concerne cela, il n'y a aucune raison pour que nous ne prononcions pas une formule comme celle-ci : tout ce qui est connaissable peut être connu ; et tout ce qui est connaissable sera connu dans un temps infini ; et pour le connaissable réfléchissant sur lui-même, pour nous, dans le domaine de la cognition, il n'y a rien de plus important. Une telle affirmation générale se réduit pratiquement à dire : la connaissance a de la valeur dans la mesure où nous pouvons réellement connaître les choses. C'est un simple jeu de fantaisie que de supposer que notre esprit reconnaît comme un fait une différence absolue entre les limites du connaissable et de l'absolument inconnaissable. C'est ce que vous, von Hartmann, faites depuis de nombreuses années en hantant les régions de l' Inconscient , que vous voyez si consciemment à l'œuvre, et vous, M. Spencer, qui opérez continuellement avec la connaissance de l' Inconnaissable , dont vous au fond, savez quelque chose, pendant que vous définissez les limites de la cognition. Derrière ces phrases de Spencer se cache le Dieu du catéchisme. Elle n'est après tout que la relique d'une hyper-philosophie qui se voue, comme la religion, au culte d'un inconnu , qui est pourtant à la fois déclaré connu et transformé en objet de culte. Dans cet état d'esprit, la philosophie est réduite à une étude des phénomènes (l'apparence des choses), et le concept d'évolution n'implique pas du tout que les choses réelles soient en train de croître.</p>
<p> Contrairement à ce mode de pensée, le matérialisme historique, le processus de formation, ou d'évolution, est réel et traite de la réalité elle-même. De même, le travail est réel, c'est-à-dire le développement personnel de l'homme, qui s'élève de la simple vie (l'animalité) à la liberté parfaite (dans le communisme). Par cette inversion pratique du problème de la cognition, nous nous remettons entièrement entre les mains de la science, qui est notre œuvre. Encore une victoire sur le fétichisme ! La connaissance est pour nous une nécessité. Il est produit naturellement, raffiné, perfectionné, renforcé par les matériaux et la technique, comme tout autre besoin humain. Nous apprenons peu à peu les choses que nous devons savoir. L'expérience expérimentale est un processus de croissance. Ce que nous appelons le progrès de l'esprit est une accumulation d'énergies de travail. C'est ce processus prosaïque dans lequel se résout le prétendu caractère absolu de la conscience, cette conscience qui était pour l'idéaliste un postulat de la raison, ou une entité ontologique. [14]</p>
<p>Une chose étrange (cette soi-disant chose en soi ), que nous ne connaissons ni aujourd'hui ni demain, que nous ne connaîtrons jamais, et dont nous savons néanmoins que nous ne pouvons pas la connaître. Cette chose ne peut pas appartenir au domaine de la connaissance, car elle ne nous donne aucune information sur l'inconnaissable. Si de telles idées entrent dans le champ de la philosophie, c'est parce que la conscience du philosophe n'est pas tout à fait scientifique, mais qu'elle abrite encore de nombreux autres éléments, tels que des sentiments et des émotions, qui génèrent des combinaisons psychiques sous l'influence de la peur. ou à travers la fantaisie et les mythes. Ces combinaisons ont entravé le développement de la compréhension rationnelle dans le passé et jettent encore leur ombre sur le champ de la pensée étudiée et prosaïque. Nous pensons à la mort. Théoriquement, c'est immanent à la vie. La mort, qui apparaît si tragique chez les individus complexes, qui semblent être les organismes véritables et légitimes à l'intuition commune, est immanente aux éléments primitifs de la substance organique, en raison de l'instabilité et de la légère plasticité du protoplasme. Mais la peur de la mort est tout autre. C'est l'égoïsme de la vie. Et il en va de même pour tous les autres sentiments et émotions. Leurs antécédents mythiques, poétiques et religieux ont jeté, jettent et jetteront plus ou moins leur ombre sur le champ de la conscience. La philosophie d'un penseur purement théorique, qui envisage toutes choses du point de vue des choses en elles-mêmes, appartient à la même classe que la tentative d'appliquer la pensée abstraite à l'ensemble du champ de la conscience sans rencontrer de détours ni d'arrêts. Regardez Baruch Spinoza, ce véritable héros de la pensée, qui a étudié dans sa propre personne la manière dont les émotions et les passions, comme expressions de son mécanisme interne, se transforment pour lui en objets d'analyse géométrique !</p>
<p> En attendant, jusqu'à ce que l'héroïsme de Baruch Spinoza devienne la vertu concrète de la vie quotidienne dans l'humanité plus développée du futur, et jusqu'à ce que les mythes, la poésie, la métaphysique et la religion n'éclipsent plus le champ de la conscience, que soyons heureux que jusqu'à présent et jusqu'à présent, la philosophie, dans son sens différencié et amélioré, ait servi et serve d'instrument critique et aide la science à garder claires ses méthodes formelles et ses processus logiques ; qu'il nous aide dans nos vies à réduire les obstacles que les projections fantastiques des émotions, des passions, des peurs et des espoirs s'opposent à la libre pensée ; qu'elle aide et sert, comme dirait Spinoza lui-même, à vaincre imaginationem et ignorantiam .</p>
<p>REMARQUES</p>
<p>1. Bien avant que le symbolisme et les analogies avec les organismes ne deviennent la mode en sociologie, j'ai eu l'occasion de critiquer cette curieuse tendance dans un article passant en revue la « Psychologie sociale » de Lindner (dans « Nuova Antologia », décembre 1872, pages 971-989).</p>
<p>2. Dans un article intitulé "Program der blanquistischen Kommune Fluchtlinge", publié dans le "Volksstaat", n° 73, et reproduit plus tard aux pages 40-46 de la brochure "Internationales aus dem Volksstaat", Berlin, 1894.</p>
<p>3. A la page 6 de la préface du pamphlet « Internationales aus dem Volksstaat », qui contient des articles écrits par Engels entre 1871 et 1875. Cette préface, remarquez bien, porte la date du 3 janvier 1894.</p>
<p>4. C'est pour cette raison que Hegel et les Hégéliens, qui utilisaient si souvent des symboles verbaux, employaient le terme « aufheben », qui peut signifier à la fois éloigner et élever.</p>
<p>5. Vera a écrit en 1870 encore une « Philosophie de l'histoire » dans le style hégélien le plus strict, pour laquelle je l'ai rôti dans une revue écrite pour la « Zeitschrift für exacte Philosophie », vol. X, pages 79, suiv., 1872.</p>
<p>6. En fait, Rosenkranz, l'un des chefs de file parmi les derniers disciples de Hegel, a écrit un ouvrage spécial sur « Hegel's Naturphilosophie und die Bearbeitung derselben durch den italienischen Philosophen A. Vera », Berlin, 1865. Je cite quelques passages de cet ouvrage. ouvrage qui illustre mon propos : "Il est intéressant d'observer la manière dont l'allemand de Hegel revit dans la langue italienne. Messieurs....(voici suit une liste de noms)....et d'autres ont rendu le pensées de Hegel avec une précision et une facilité qui auraient semblé impossibles en Allemagne il y a dix ans. » (Page 3.) "Vera est la systématisatrice la plus stricte que Hegel ait jamais trouvée et qui suit son maître pas à pas avec le plus grand dévouement." (Page 5.) « Si après cela quelqu'un s'excuse de la difficulté de comprendre Hegel en allemand, on lui conseillera de le lire dans la traduction italienne de Vera. Il comprendra cela, en supposant toujours qu'il a assez d'intelligence pour comprendre toute philosophie » (Page 9.)</p>
<p>7. « Les jeux de l'enfance – je le dis sincèrement – sont les premiers commencements et le premier fondement de toutes les choses sérieuses de la vie. Ils permettent la décharge et l'expression immédiates des activités internes, stimulent les actes d'observation successifs et favorisent une transition progressive. d'une forme de connaissance à une autre. Au sommet de ce processus surgit l'illusion que le contrôle acquis (de nous-mêmes sur nous-mêmes) est un pouvoir indépendant et la cause constante de ces effets visibles, que nous et les autres percevons objectivement dans nos actions. " Vous le trouverez aux pages 13-14 de mon ouvrage, Le concept de liberté. Une étude psychologique . Rome, 1878. Il a été écrit pendant la phase aiguë de la crise psychologique.</p>
<p>8. Certaines de ces absurdités ont été savamment illustrées par B. Croce. Voir Les théories historiques du professeur Loria (Naples, 1897) ; et Concernant le communisme de Tommaso Campanella .</p>
<p>9. Aujourd'hui, les hédonistes, opérant avec la raison de leur temps, expliquent l'intérêt en tant que tel (l'argent qui produit de l'argent) au moyen de la valeur différentielle entre le bien du présent et le bien de l'avenir. Ils élaborent un concept psychologique de la prise en charge du risque et d'autres considérations liées aux pratiques commerciales factuelles. Et puis ils opèrent sur ces questions à l'aide de processus mathématiques qui sont souvent factices et fictifs.</p>
<p>10. Voir Marx, « Critique de l'économie politique », préface de l'auteur, page 13. Aussi Engels, « Feuerbach », préface de l'auteur, page 33.</p>
<p>11. J'ai demandé un jour à Engels de montrer ce manuscrit, non pas à moi, mais à l'anarchiste Mackay, qui s'intéressait beaucoup à Stirner. Mais Engels m'a répondu que le manuscrit avait été trop rongé par les souris.</p>
<p>12. Bien entendu, nous excluons de cette affirmation les premiers chapitres de l' Anti-Dühring , qui sont par ailleurs d'un caractère controversé, et le "Feuerbach" d'Engel, qui n'est en substance qu'une critique approfondie d'un certain livre, entrecoupée de quelques rétrospectives. et observations personnelles de l'auteur.</p>
<p>13. En disant cela, je pense à un drôle de livre, de XXIII et 539 pages en grande octave, écrit par le professeur R. Whale, de l'Université de Czernowitz. Je ne reproduis pas son titre, très diffus et argumentatif. Le livre est publié chez Braumuller, Vienne, 1896. Son objet est de démontrer que la philosophie a atteint sa fin. C'est dommage que le livre soit philosophique d'un bout à l'autre. Cela montre que la philosophie, pour accomplir sa propre négation, doit s'affirmer !</p>
<p>14. Le postulat d'absolu était impliqué dans les preuves de l'existence de Dieu, en particulier dans l'argument ontologique. En moi, être fini et imparfait, avec une connaissance limitée, existe la capacité de penser à l'être infini et absolument parfait, qui sait tout. C'est pourquoi je suis... aussi parfait ! C'est ainsi que Cartesius commet un faux pas singulier en dialectique, qui pour lui restait cependant un simple doute (et que les critiques ont évidemment négligé) : « Mais peut-être puis-je être quelque chose de plus que ce que j'imagine, et toutes les perfections, que j'attribue à la nature d'un Dieu, peuvent être en quelque sorte emmagasinés en moi, bien qu'ils ne se manifestent pas encore et ne se manifestent par aucune action. En fait, j'éprouve déjà que ma connaissance grandit. et se perfectionne par degrés et je ne vois aucune raison pour laquelle elle ne continuerait pas à croître ainsi infiniment, ni pourquoi, ayant ainsi grandi et perfectionné, je n'acquerrais pas par ce moyen toutes les autres perfections de la nature divine, ni enfin pourquoi le pouvoir que j'ai pour acquérir ces perfections, s'il est vrai qu'un tel pouvoir est maintenant en moi, ne devrait pas être suffisant pour produire les idées correspondantes. (« Œuvres de Descartes », édition de V. Cousin, I, pages 282-83.)</p>
<p>Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.</p>
<p>VII</p>
<p>Rome, 16 juin 1897.</p>
<p>J'ai eu une belle expérience. Avant d'arriver à la fin de ces lettres, j'ai dû discuter du même sujet, qui est le sujet de ma conversation avec vous, dans un autre endroit, sous une autre forme, et pas tout à fait aussi agréablement.</p>
<p>Dans un des numéros récents de la Critica Sociale est apparu une sorte de message, lancé par M. Antonino De Bella, sociologue de Calabre, contre ces socialistes exclusifs qui, selon lui, prennent la parole de Marx pour tout dans chaque question. De Bella a oublié de nous dire si le Marx, auquel font appel ceux qu'il ratisse sur les braises, est le véritable spécimen, ou un autre fait sur commande, pour ainsi dire, inventé exprès, un Marx blond, ou un autre. Il m'a estimé digne d'une place parmi ces obstinés, à qui il adresse ses remontrances et ses conseils, afin qu'ils se perfectionnent au moyen d'une culture plus large en sociologie et en histoire naturelle. Mais il ne mentionne que mon nom, sans nous dire à quel livre, parole ou action particulière il fait référence. Puis il ajoute un peu du charabia habituel de la sociologie avec un soupçon de darwinisme et l'inévitable longue liste de noms d'auteurs.</p>
<p>J'ai pensé qu'il était opportun de répondre. Je voulais d'abord lui dire sèchement que le socialisme scientifique n'était pas en si mauvais état qu'il aurait besoin de ses conseils. Ensuite, j'ai voulu montrer que ses suggestions renvoyaient soit à des choses comprises, soit à des choses contraires au marxisme. Et surtout, comme je venais d'engager avec vous une conversation au sujet du socialisme et de la philosophie, j'ai cru opportun de recourir à une illustration vivante pour rapporter quelques-unes des observations critiques que j'échange avec vous dans ce livre un peu bizarre. manière.</p>
<p>Je joins ma réponse, telle qu'elle est parue dans la Critica Sociale d'hier . C'est aussi une lettre. Et bien qu'il ne vous soit pas adressé, vous pouvez néanmoins le classer avec les autres, comme s'il s'agissait de leur suite. Il complète et résume les autres, avec quelques légères et excusables répétitions.</p>
<p>Cette lettre spéciale, que j'ai envoyée au rédacteur en chef de la Critica Sociale , n'est pas particulièrement douce. Je ne l'ai pas écrit exactement avec l'intention de rendre service à M. De Bella. C'est de la mauvaise humeur par endroits. Peut-être cette amertume dans ma critique est-elle due au fait que, profondément préoccupé par l'étude de ce grave problème des relations du matérialisme historique avec l'autre pensée scientifique de mon temps, j'ai estimé que l'avis de M. De Bella était plutôt inopportun, du moins en ce qui me concerne, ne serait-ce que parce que je ne l'avais pas demandé. Bien sûr, je n'avais pas l'intention qu'il voie ce que je vous écrivais.</p>
<p>Rome, 5 juin 1897.</p>
<p>Cher Turati !</p>
<p>Je ne suis pas sûr que De Bella parle vraiment de moi lorsqu'il mentionne mon nom. J'ai plutôt tendance à penser qu'il s'adresse à un homme de paille de sa propre initiative, sur le dos duquel il a collé mon nom parce que c'était pratique. Quoi qu'il en soit, dès qu'il mêle mon nom dans ses méditations, je ne puis m'empêcher d'ajouter un post-scriptum à votre réponse.</p>
<p>Il est bien connu que je me suis allié explicitement et publiquement à la pensée socialiste il y a dix ans. [1] Dix ans, ce n'est pas une très longue période de mon existence physique, puisque j'en compte quatre de plus qu'un demi-cent. Mais ils ne représentent certainement qu'une courte période de ma vie intellectuelle. Avant de devenir socialiste, j'avais eu l'envie, le loisir, le temps, l'opportunité et l'obligation de mettre mes comptes en balance avec le darwinisme, le positivisme, le néokantisme et tant d'autres questions scientifiques qui se sont développées autour de moi et m'ont donné l'occasion de me développer parmi mes contemporains. . Car je suis titulaire de la chaire de philosophie dans mon université depuis 1871, et auparavant j'avais étudié les choses qui sont nécessaires pour un philosophe. Quand je me suis tourné vers le socialisme, je n'ai pas cherché chez Marx un ABC du savoir. Je n'ai cherché dans le marxisme que ce qu'il contient réellement, à savoir sa critique déterminée de l'économie politique, ses contours du matérialisme historique et la politique prolétarienne qu'il proclame ou implique. Je n'ai pas non plus cherché dans le marxisme une connaissance de cette philosophie, qui en est la prémisse et qu'il continue en quelque sorte après avoir inversé la dialectique de cette philosophie. Je veux parler de l'hégélianisme, qui a fleuri en Italie dans ma jeunesse et dans lequel j'avais pour ainsi dire été élevé. Je ne le dis pas dans une intention malveillante, mais ma première composition en philosophie, datée de mai 1862, est une défense de la dialectique de Hegel contre le retour à Kant initié par Ed. Zeller ! C'est pourquoi je n'ai pas eu besoin de me familiariser d'abord avec le mode de pensée dialectique, ni avec la méthode évolutionniste ou génétique, peu importe comment vous voulez l'appeler, avant de pouvoir comprendre le socialisme scientifique, car j'avais vécu dans ce cercle d'idées dès le début de mon existence. commencé à réfléchir consciemment. J'ajoute cependant que si le marxisme ne m'a posé aucune difficulté quant aux contours intrinsèques et formels de sa conception et de sa méthode, je n'ai acquis son contenu économique qu'à force de travail acharné. Et même si j'ai acquis ces connaissances de la meilleure façon possible, je n'ai été ni obligé ni autorisé à confondre la ligne de développement propre au matérialisme historique, en d'autres termes, à confondre le sens de l'évolution dans ce cas concret avec cet état presque maladif. du cerveau de certaines personnes, notamment en Italie, ce qui les amène à parler d'une Madona Evolution et à l'adorer.</p>
<p>Qu'est-ce que De Bella veut de moi ? Que je devrais retourner à l'école comme un étudiant de première année plumé et recommencer mes cours ? Ou veut-il que je sois rebaptisé par Darwin, reconfirmé par Spencer, que je récite ensuite ma confession générale devant mes camarades et que je me prépare à recevoir de lui l'extrême-onction ? Par souci de paix, je devrais être prêt à rejeter toutes les autres choses. Mais je proteste fermement contre un appel à la conscience de mes camarades. J'admets qu'il y a des raisons de faire preuve de rigueur et souvent de tyrannie de la part de mes camarades en matière de politique partisane, dans une certaine mesure et sous certaines conditions. Mais que mes camarades aient le pouvoir de parler de manière arbitraire en matière de science, simplement parce qu'ils sont camarades... Partez, la science ne sera jamais soumise à un vote test, même dans la soi-disant société du futur !</p>
<p>Ou veut-il quelque chose de moins présomptueux que ça ? Dois-je affirmer et jurer que le marxisme n'est pas la science universelle et que les choses qu'il étudie ne sont pas l'univers ? Très bien, je l'accorde tout de suite. Et je défie l'idée selon laquelle je ne peux pas l'accorder. Je n'ai qu'à me souvenir du plan d'études à l'université et des nombreux cours qu'il comprend. J'accorde même plus que cela. La voici : "Cette doctrine elle-même n'en est qu'à ses débuts et a encore besoin de nombreux développements ". ( Matérialisme historique , I, page 97.) [2]</p>
<p>En fait, ce qui tourmente De Bella et d'autres comme lui, c'est précisément la poursuite de cette philosophie universelle , dans laquelle le socialisme pourrait s'insérer comme le point central de tout. Allez-y ! Le journal est patient » , disent les rédacteurs allemands aux écrivains en herbe. Mais je ne peux m'empêcher de faire deux remarques. La première est qu'aucun sage ne parviendra jamais à nous donner une idée de cette philosophie universelle dans deux colonnes de la Critica Sociale . La seconde est personnelle. Depuis vingt ans, j'ai détesté la philosophie systématique. Cette attitude de mon esprit m'a rendu non seulement plus enclin à accepter le marxisme, qui est l'une des façons par lesquelles l'esprit scientifique s'est libéré de la philosophie en tant que telle, mais a également fait de moi un opposant invétéré au philosophe Spencer, qui a donné nous encore un autre diagramme de l'univers dans ses Premiers Principes . Et maintenant je dois citer mes propres écrits : « Je ne suis pas venu dans cette université, il y a vingt-trois ans, comme représentant d'une quelconque philosophie orthodoxe, ni dans le but d'élaborer un nouveau système. Au cours de ma vie, j'ai fait mes études sous l'influence directe et directe de deux grands systèmes, qui ont marqué la fin de cette philosophie, que nous pouvons maintenant appeler classique, je veux dire les systèmes d'Herbart et de Hegel, qui ont porté à son point culminant l'antithèse du réalisme. et idéalisme, entre pluralisme et monisme, entre psychologie scientifique et phrénologie de l'esprit, entre spécialisation des méthodes et anticipation de chaque méthode par une dialectique omnisciente. La philosophie de Hegel s'était déjà épanouie dans le matérialisme historique de Karl Marx, et cela. de Herbart à la psychologie empirique, qui, dans certaines conditions et dans certaines limites, est aussi expérimentale, comparative, historique et sociale. Ce furent les années où l'application intensive et étendue du principe de l'énergie, de la théorie atomique, fut développée. Le darwinisme et la redécouverte des formes et conditions précises de la philosophie générale ont révolutionné sous nos yeux toute notre conception de la nature. Et à cette époque, l'étude comparée des institutions, aidée par l'étude comparée des langues et de la mythologie, puis de la préhistoire et enfin de l'histoire industrielle, bouleversa la plupart des positions et hypothèses réelles sur lesquelles et par lesquelles on avait jusqu'alors philosophé concernant le droit, la morale et la société. Les ferments de la pensée, ces ferments qu'impliquent les sciences nouvelles ou renouvelées, ne se rapprochaient pas encore, et ne se rapprochent pas non plus, d'un nouveau développement de la philosophie systématique, qui devrait contenir et dominer tout le champ de l'expérience.. Je laisse de côté les philosophies à usage privé et d'invention privée, comme celles de Nietzsche et de von Hartmann, et je me garde de toute critique de ces prétendus retours aux philosophes d'autrefois. [3] qui produisent une philologie au lieu d'une philosophie, comme ce fut le cas pour les Néokantiens."</p>
<p>"Je m'arrête ici pour attirer l'attention sur l'erreur presque incroyable par laquelle beaucoup, surtout en Italie, confondent sans autre cérémonie le positivisme, en tant que certaine philosophie, avec les acquisitions positives faites par l'expérience incessante de la nature et de la société. il arrive, par exemple, qu'ils ne puissent pas distinguer le mérite incontestable de Spencer, à savoir celui d'avoir contribué à la formulation d'une philosophie générale, de son incapacité à expliquer un seul fait historique au moyen de sa sociologie entièrement schématique. incapable de séparer ce qui appartient au scientifique Spencer de ce qui appartient au philosophe Spencer. Ce dernier est également un ancien numéro, car il se bat avec des catégories telles que l'homogène, l'hétérogène, l'indistinct, le différencié, le connu. et l'Inconnu. Autrement dit, il est tour à tour un kantien sans le savoir et une caricature de Hegel.</p>
<p>"Le plan de cours de l'université doit refléter clairement l'état actuel de la philosophie, qui exige actuellement l'insistance de la pensée sur des choses réellement connues. En d'autres termes, il exige exactement le contraire de toutes les théories préconçues concernant la cognition au moyen de méthodes théologiques ou métaphysiques. réflexion." ( L'Universita e la Liberta della scienza , Rome 1897, pages 15, 16 et 17.) [4]</p>
<p>En fin de compte, cette soi-disant philosophie défendue par De Bella n'est au fond qu'une autre édition de cette trinité Darwin-Spencer-Marx, qu'Enrico Ferri a mise en circulation il y a environ trois ans avec une éloquence si suggestive, mais avec si peu de chance. . [5] Eh bien, cher Turati, je souhaite honnêtement assumer le rôle de l'avocat du diable et admettre qu'il y a un germe de vérité, une exigence de satisfaction d'un besoin réel, dans ces vagues aspirations à une philosophie du socialisme, et dans les nombreuses bêtises dites à ce sujet (et certains en sont presque arrivés à croire que cela devrait être une sorte de philosophie à l'usage privé des seuls socialistes). Beaucoup de ceux qui adhèrent au socialisme, et pas seulement en tant que simples agitateurs, conférenciers et candidats, estiment qu'il est impossible de l'accepter comme une conviction scientifique, à moins qu'il ne puisse être combiné d'une manière ou d'une autre avec le reste de cette conception génétique des choses. qui se situe plus ou moins au bas de toutes les autres sciences. Cela explique la manie de beaucoup de faire entrer dans le cadre du socialisme tout le reste de la science dont ils disposent. Cela conduit à de nombreuses erreurs et ingéniosités, toutes explicables. Mais cela comporte aussi un danger. Beaucoup de ces intellectuels oublient peut-être que le socialisme trouve sa véritable base dans les conditions actuelles de la société capitaliste et dans les objectifs et actions possibles du prolétariat et des autres pauvres. Marx peut devenir un personnage mythique grâce au travail des intellectuels. Et tandis qu'ils discutent de toute l'échelle de l'évolution de haut en bas, de bas en haut, les camarades pourront soumettre au vote, lors d'un de leurs prochains congrès, la thèse philosophique suivante : Le premier fondement du socialisme se trouve dans les vibrations de l'éther. [6]</p>
<p>Je m'explique ainsi l'ingéniosité de De Bella. Si Marx était encore en vie ! Tu ne vois pas ? Il est né le 5 mai 1818 et est décédé le 14 mars 1883. Il est donc peut-être encore en vie, selon la mesure de la vie humaine. Et s'il était vivant, devrais-je continuer, il aurait pu terminer le tome III du Capital , si déconnecté et si obscur. Non monsieur ! dit De Bella, il serait devenu matérialiste ! Mais grâce à moi ! C'est ce qu'il était depuis 1845, et c'est à cause de cela qu'il s'est brouillé avec les idéologues radicaux qu'il connaissait. Et il serait non seulement devenu un matérialiste, selon De Bella, mais aussi un positiviste ! Positivisme ! Dans la chronologie vulgaire, ce terme désigne la philosophie de Comte et de ses disciples. Idéalement, il avait rendu l'âme avant même la mort physique de Marx. Quel beau spectacle ! Matérialisme – Positivisme – Dialectique, une sainte trinité ! Et encore un beau spectacle ! La papauté scientifique de Comte s'est réconciliée avec le processus infini du matérialisme historique, qui résout le problème de la cognition différemment de toutes les autres philosophies et déclare : Il n'y a pas de limites fixes, ni a priori ni a posteriori , à la cognition, car les êtres humains apprennent tout cela. ils doivent connaître par un processus infini de travail, qui est l'expérience, et d'expérience, qui est le travail. [7]</p>
<p>Comte, au contraire, proclamait que le cycle de la physique et de l'astronomie était à jamais clos, au moment même où l'on trouvait l'équivalent mécanique de la chaleur, et quelques années avant la brillante découverte de l'analyse spectrale. Et en 1845, il déclara absurde la recherche sur l'origine des espèces !</p>
<p>Mais, poursuit De Bella, le matérialisme historique doit étudier la société préhistorique. Et c'est précisément là que le diable joue sa plaisanterie. Ancient Society , de Lewis H. Morgan, qui fut publié en Amérique et parvint en Europe en quelques exemplaires par l'intermédiaire de la maison Macmillan de Londres (1877), fut presque tué par le silence impitoyable des ethnographes anglais, envieux ou envieux. effrayé. Mais les résultats des recherches de Morgan ont fait le tour du monde précisément parce qu'Engels les a sauvés grâce à son livre L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'État (première édition 1884, quatrième édition 1891). Ce livre est à la fois une revue, une exposition et un supplément de celui de Morgan. C'est une combinaison de Morgan et de Marx. Et que dit Engels de Morgan ? Qu'il avait "d'une certaine manière redécouvert la conception matérialiste de l'histoire, issue de Marx..." et, "en comparant la barbarie et la civilisation, il était arrivé, pour l'essentiel, aux mêmes résultats que Marx". Et pourquoi Engels a-t-il écrit son livre ? Parce qu'il souhaitait utiliser les notes et commentaires laissés par Marx.</p>
<p>Là ! La chronologie ordinaire est d'une grande importance, même pour les socialistes.</p>
<p>Et maintenant tournons-nous vers l'inévitable Spencer. Y a-t-il quelqu'un en dehors de l'Italie qui l'a jamais considéré comme un socialiste ? Spencer est-il peut-être un philosophe de l'autre monde ? On peut le lire, et à son sujet, dans toutes les langues, sans exclure celle du Japon modernisé. Il ne pèche pas par manque de clarté. De mon point de vue, qui aime la brièveté, il souffre plutôt de prolixité et de vulgarisation excessive. Le premier de ses écrits connus porte la date de 1843. C'est l'époque où le chartisme est à son apogée. Cet ouvrage s'intitule La sphère propre du gouvernement . Spencer était aux yeux du monde entier en tant que collaborateur admiré de la Westminster Review , de l' Economist et de l' Endinburgh Review . Et notez encore une fois les dates de ses contributions, notamment de 1848 à 1859. Quelqu'un s'est-il jamais trompé en Angleterre sur le sens et la valeur de son œuvre sociale et politique ? Sa Statique Sociale parut en 1551, sa Psychologie (première édition) en 1855, son Éducation en 1861, la première édition des Premiers Principes en 1862, sa Classification des Sciences en 1864, sa Biologie de 1564 à 1867, sans oublier ses petits essais. , parmi les plus remarquables d'entre eux son Hypothèse du développement (1852), sa Genèse de la science (1854) et son Progrès et sa loi (1857). Je terminerai ici cette énumération en m'arrêtant aux ouvrages parus avant la sortie du premier volume du Capital (25 juillet 1867). Il n'a sûrement pas fallu le génie d'un Marx pour découvrir ce que j'avais réalisé en tant que simple étudiant en philosophie, à savoir que les écrits de Spencer et la doctrine de l'évolution qui y est énoncée sont schématiques et non empiriques, que l'évolution de Spencer est l'un des phénomènes, et non des choses réelles, qui derrière lui se dresse le spectre de la chose de Kant en soi , qu'il a adoré dès le début dans tous ses essais comme Dieu ou Divinité ( Statique , édition de 1851), et qu'il a ensuite circonscrit avec le nom vénéré de l' Inconnaissable .</p>
<p>Si Marx avait jamais revu les travaux de Spencer entre 1860 et 1870, je parierais qu'il l'aurait fait dans le style suivant : « Nous avons ici la dernière avancée de l'ombre projetée par le déisme anglais du XVIIe siècle ; nous avons la dernière tentative de l'hypocrisie anglaise pour combattre la philosophie de Hobbes et de Spinoza ; nous avons ici la dernière projection du transcendantalisme dans le domaine de la science positive ; nous avons ici le dernier mélange du crétinisme égoïste de Bentham avec le crétinisme altruiste du rabbin ; de Nazareth ; nous avons ici la dernière tentative de l'intellect bourgeois pour sauver, au moyen de la libre recherche et de la libre concurrence dans ce monde, un lambeau énigmatique de foi dans l'autre monde. Seul le triomphe du prolétariat peut assurer à l'esprit scientifique. les conditions pleines et parfaites de son existence, car l'intellect ne peut être clair tant que les conditions dans lesquelles il travaille ne sont pas rendues transparentes. » Ce Marx l'aurait écrit, ou aurait pu l'écrire. Mais il était occupé à s'occuper de l'Internationale et Spencer n'avait pas le temps de prêter attention à cette association.</p>
<p>Le 17 mars 1883, Engels prit la parole au cimetière de Highgate à la mémoire de son ami Marx, décédé trois jours auparavant, et commença son discours par ces mots : « Tout comme Darwin a découvert les lois du développement dans la nature organique, de même Marx a découvert les lois du développement de l'histoire humaine. [8] De Bella ne devrait-il pas se sentir mortifié en lisant ceci ?</p>
<p>Et ce n'est pas tout. Dans son Anti-Dühring (première édition 1878, troisième édition 1894), le même Engels avait déjà acquis toutes les idées fondamentales du darwinisme, nécessaires à l'orientation générale d'un socialiste scientifique. Il lui avait fallu une dizaine d'années pour acquérir cette nouvelle formation en sciences naturelles, et il déclarait franchement qu'il y était plus à l'aise que Marx, tandis que Marx était plus versé en mathématiques. Ce n'est même pas tout. La première édition du Capital contient une note caractéristique et très originale concernant le nouveau monde découvert par Darwin. Comprenez bien que ces deux modestes mortels, qui n'ont jamais fait de portions surnaturelles de l'univers, ne faisaient toujours référence à aucun autre darwinisme que celui prosaïque de l' Origine des espèces (1859), qui consiste en une série d'observations et d'expériences sur le domaine limité. domaine de la réalité, une réalité qui s'étend au-delà des origines de la vie et précède de loin l'histoire humaine. Ils ne pouvaient s'empêcher de percevoir que les théories darwiniennes présentaient un cas analogue à leur conception épigénétique de l'histoire, qu'ils avaient en partie définie, en partie tout juste commencée à étudier. [9] Ils n'ont jamais entendu parler de ce darwinisme, que De Bella appelle le découvreur des lois de l'humanité entière , de ce darwinisme, qui est censé être bon pour tout, qui est une invention gratuite des publicistes scientifiques et des décadents philosophiques. Leur ami Heine ne leur a-t-il pas dit que l'univers est plein de trous, et que le professeur allemand de l'école de Hegel bouche ces trous avec son dernier verre ?</p>
<p>Mais laissons de côté l'univers et ses trous, cher Turati, et faisons tous notre devoir. Je me souviens toujours de cette forte invective lancée il y a environ 30 ans par l'hégélien B. Spaventa : « Chez nous, on étudie l'histoire de la philosophie dans la géographie de l'Arioste et on cite comme égaux Platon et l'abbé Fornari, Torquato Tasso et Totonno. Tasse." [dix]<br class='autobr' />
VIII</p>
<p>Rome, 20 juin 1897.</p>
<p>Il me faut écrire une sorte de post-scriptum, qui complétera ma lettre précédant la dernière, si pleine de questions difficiles.</p>
<p>Très naturellement, je classe parmi les produits de nos émotions, par lesquels l'esprit scientifique est obscurci, aussi ces sensations complexes, que nous appelons ordinairement respectivement optimisme et pessimisme, et qui représentent certaines inclinations, tendances, évaluations et préjugés.</p>
<p>Personne ne peut trouver dans ces modes d'expression qui oscillent entre poésie et passion et frappent toujours cette note incertaine et inréductible à des termes précis, ni une tendance, ni une promesse d'interprétation rationnelle des choses. Prises dans leur ensemble, ces émotions sont des combinaisons et des expressions de sentiments individuels infinis, qui peuvent avoir leur siège, comme c'est évidemment le cas du pessimisme, soit dans le tempérament spécifique de quelque personnalité individuelle (comme Leopardi), soit dans les conditions communes. de grandes multitudes (par exemple, l'origine du bouddhisme). En bref, l'optimisme et le pessimisme sont essentiellement des généralisations d'émotions résultant d'une expérience ou d'une condition sociale particulière, qui sont projetées si loin en dehors de notre environnement immédiat qu'elles en font, pour ainsi dire, l'axe, le point d'appui ou la finalité de notre vie. l'univers. Par ce moyen, les catégories du bien et du mal, qui n'ont en réalité qu'un rapport modeste avec nos besoins pratiques, deviennent finalement des normes selon lesquelles le monde entier est jugé, le réduisant à des dimensions si petites qu'il en fait une simple base et une simple condition de jugement. notre bonheur ou notre malheur. Quel que soit le point de vue, le monde semble n'avoir d'autre sens que celui du bien ou du mal, et le résultat final semble dépendre de la prédominance ou du triomphe de l'un sur l'autre.</p>
<p>Au fond, cette façon de voir les choses, c'est toujours la poésie primitive qui ne se sépare jamais du mythe. Et de tels modes de conception constituent toujours le caractère concret et le pouvoir suggestif des systèmes religieux, depuis l'optimisme grossier du mahométanisme jusqu'au pessimisme raffiné du bouddhisme. Et c'est très naturel. La religion est un besoin précisément pour la raison, et seulement pour la raison, qu'elle représente la transfiguration de tant de peurs, d'espoirs, de douleurs, d'expériences amères de la vie quotidienne en croyances et jugements prédéterminés. De cette manière, les soi-disant luttes de ce monde se transforment en antagonismes transcendantaux de l'univers, tels que Dieu et le Diable, le péché et la rédemption, la création et la renaissance, l'échelle des expiations et le Nirvana. Cet optimisme et ce pessimisme, qui prennent forme de pensée et s'entourent d'une certaine philosophie, ne sont que des survivances plus ou moins conscientes de la religion sous une autre forme, ou de cette anti-religion qui, dans un transport d'incrédulité passionnée, ressemble à foi. L'optimisme de Leibniz, par exemple, n'est certainement pas une fonction philosophique de son étude du calcul différentiel, ni de sa critique de l'action à distance, ni de sa théorie métaphysique des monades, ni de sa découverte du déterminisme interne. Son optimisme est sa religion. C'est cette religion qui lui apparaît comme la religion perpétuelle et durable. C'est pour lui le christianisme qui réconcilie toutes les croyances chrétiennes, une providence justifiée par l'idée que ce monde est le meilleur qui puisse jamais exister et continuer. Cette poésie théologique a son pendant humoristique, et donc dialectique, dans le Candide de Voltaire. De même, le pessimisme de Schopenhauer n'est pas un résultat nécessaire de sa critique de la critique kantienne, ni une fonction directe de ses recherches exquises en logique. C'est plutôt l'expression de son âme petite-bourgeoise, malheureuse, mécontente, maussade, cherchant sa satisfaction dans la contemplation métaphysique des forces aveugles de l'inconnaissable (ou l'effort aveugle pour exister). En d'autres termes, il recherche sa satisfaction dans une forme de religion à laquelle on prête peu d'attention, la religion de l'athéisme. [11]</p>
<p>Si l'on part des configurations et complications secondaires et dérivées de la religion ou de la philosophie théologique, auxquelles appartiennent l'optimisme et le pessimisme, jusqu'à l'origine de ces créations mentales elles-mêmes, nous nous trouvons en présence d'un fait aussi évident que simple. . C'est que tout être humain, du fait de sa condition physique et de son environnement social, est amené à faire une sorte de calcul hédoniste, c'est-à-dire à mesurer ses besoins et les moyens de les satisfaire. Le résultat est une appréciation plus ou moins colorée des conditions d'existence et de la vie elle-même dans ses interrelations. Aujourd'hui, lorsque l'intelligence a progressé jusqu'à vaincre les incantations de l'imagination et de l'ignorance, qui lient la pauvreté prosaïque de la vie ordinaire aux forces transcendantales fantastiques, alors les suggestions créatrices de l'optimisme et du pessimisme ne peuvent plus s'exercer. L'esprit se tourne vers l'étude prosaïque des moyens par lesquels on peut atteindre, non pas cette entité fabuleuse qu'on appelle le bonheur, mais le développement normal des facultés humaines. Dans des conditions naturelles et sociales favorables, ces facultés trouvent dans la vie elle-même les raisons de son existence et une explication de ses causes. C'est le début de cette sagesse qui seule donne à l'homme le droit au nom d'homo sapiens.</p>
<p>Le matérialisme historique, étant une philosophie de la vie, au lieu de ses simples phénomènes intellectuels, surmonte l'antithèse entre l'optimisme et le pessimisme, parce qu'il dépasse leurs limites et les comprend.</p>
<p>L'Histoire est en effet une interminable succession de luttes douloureuses. Le travail, qui est la marque distinctive de la vie humaine, a été le moyen d'opprimer la grande majorité. Le travail, qui est la condition préalable de tout progrès, a mis les souffrances, les privations, le travail et les maux de la multitude au service du confort d'un petit nombre. L'histoire est comme un enfer. On pourrait le présenter comme un drame sombre, intitulé La tragédie du travail.</p>
<p>Mais cette même sombre histoire a produit, à partir de cet état même des choses, presque à l'insu des hommes, et certainement pas par la providence de qui que ce soit, les moyens nécessaires à la perfection relative, d'abord de très peu, puis de quelques-uns. , puis de plusieurs. Et maintenant, cela semble fonctionner pour tous. La grande tragédie était inévitable. Cela n'était pas dû à la faute ou au péché de quelqu'un, ni à l'aberration ou à la dégénérescence de quelqu'un, ni à l'égarement capricieux et pécheur de quelqu'un du droit chemin. Cela était dû à une nécessité immanente du mécanisme de la vie sociale et à son processus rythmique. Ce mécanisme opère sur les moyens de subsistance, qui sont le produit du travail humain et de la coopération dans des conditions naturelles plus ou moins favorables. Aujourd'hui, alors que s'ouvre devant nos yeux la perspective d'organiser la société de manière à donner à chacun les moyens de se perfectionner, nous voyons clairement le bien-fondé de cette vision, car la productivité croissante du travail fournit toutes les conditions nécessaires au perfectionnement de soi. une culture supérieure à tous. C'est sur ce fait que le socialisme scientifique fonde son droit à l'existence, au lieu de compter sur le triomphe d'une bonté universelle, que les socialistes utopistes et sentimentaux ont découverte dans le cœur de tous et proclamée comme justice éternelle. Le socialisme scientifique compte sur le développement des moyens matériels qui favoriseront les conditions dans lesquelles tous les êtres humains auront le loisir de se développer en toute liberté. En d'autres termes, les causes de l'injustice (pour reprendre ce terme des idéologues) seront supprimées, comme la domination de classe, le bossisme, l'oppression de l'homme par l'homme. Les injustices qui résultent de ces causes sont précisément les conditions indispensables de ce misérable fait matériel qu'est l'exploitation économique de la classe ouvrière.</p>
<p>Ce n'est que dans une société communiste que le travail ne sera plus exploité mais mesuré rationnellement. Ce n'est que dans une société communiste qu'un calcul hédoniste deviendra réalisable, sans être entravé par l'exploitation privée des forces sociales. Une fois écartés les obstacles au libre développement de tous, ces obstacles qui divisent désormais les classes et les individus jusqu'à ce qu'ils soient séparés au-delà de toute reconnaissance, chacun trouvera à portée de main le moyen par lequel les facultés et les besoins de chacun pourront être mesurés par l'opinion publique. exigences de la société. S'adapter au réalisable et le faire sans aucune contrainte extérieure, telle est la norme de la liberté, qui équivaut à la sagesse. Car il ne peut y avoir de véritable morale sans une conscience du déterminisme. Dans une société communiste, l'apparent antagonisme entre optimisme et pessimisme s'effondre. Car dans cette société, il n'y a plus de contradiction entre la nécessité de travailler au service de la collectivité et l'épanouissement de la personnalité. Cette nécessité et cette liberté personnelle seront comprises comme ne faisant qu'une. L'éthique de cette société abolira la contradiction entre droits et devoirs, car cette contradiction est essentiellement l'élaboration théorique des conditions sociales antagonistes actuelles, dans lesquelles les uns ont le droit de commander et les autres ont le devoir d'obéir. Dans une société où la bonté ne signifie pas la charité, il ne semblera pas utopique d'exiger que chacun donne selon ses facultés et chacun prenne selon ses besoins. Dans une telle société, l'éducation préventive éliminera dans une large mesure les sources de la criminalité, et l'éducation pratique à la vie et au travail coopératifs réduira au minimum la nécessité de la répression. Bref, la punition apparaîtra comme une simple sauvegarde d'un certain ordre et perdra tout caractère de justice surnaturelle, qu'il faut justifier ou établir. Dans une telle société, il ne sera plus nécessaire de chercher une explication transcendantale du destin pratique de l'homme.</p>
<p>Cette critique des causes motrices de l'histoire, des raisons de l'existence de la société actuelle et d'une vision rationnellement mesurable et mesurée de la société du futur, montre pourquoi l'optimisme, le pessimisme et tant d'autres tissus imaginaires ont dû servir. , et doivent continuer à servir, d'expressions d'émotions qui agitent les esprits sous l'influence des luttes de la vie sociale. Si c'est ce que veulent dire les penseurs transcendantaux, auxquels vous faites allusion, et s'ils entendent être les collectionneurs posthumes des soupirs et des larmes de l'humanité au cours des siècles, qu'il en soit ainsi. La licence poétique n'est pas interdite, même aux socialistes. Ils ne parviendront cependant pas à remettre sur pied le mythe de la justice éternelle et à l'envoyer lutter contre le règne des ténèbres. Cette grande et bienfaisante dame ne déplacera jamais une seule pierre de la structure capitaliste. Ce que les penseurs métaphysiques socialistes appellent le mal, contre lequel le bien lutte, n'est pas une négation abstraite, mais un système dur et solide de faits pratiques. C'est une pauvreté organisée pour produire de la richesse. Or, les matérialistes historiques ont si peu de tendresse de cœur qu'ils prétendent que ce mal est en réalité le berceau du bien futur. La liberté viendra de la révolution des opprimés, et non de la bonté des oppresseurs.</p>
<p>Une rechute facile dans une métaphysique de type offensant est souvent le sort même des études qui, selon leurs auteurs, représentent la quintessence de la procédure positive et scientifique. C'est le cas, par exemple, de nombreux tenants de l'anthropologie criminelle, très discutée et controversée.</p>
<p>Dans ses objectifs et ses tendances, cette science représente un facteur notable dans cette critique salutaire du droit pénal, qui a réussi peu à peu à renverser les fondements des idées philosophiques, et surtout éthiques, concernant un fait aussi simple que l'expérience qu'il doit y avoir une punition pour cela. tant qu'il y aura une société. Cependant, dans sa méthode, elle dépasse rarement le domaine de la compilation statistique, ou au-delà de cette masse de probabilités qui constituent les diverses nuances d'étude embrassées par le terme général d'anthropologie. Elle n'atteint presque jamais le degré de précision qui a permis à des études analogues comme la recherche psychique, grâce aux merveilleux progrès de l'anatomie du système nerveux central et de tous les départements de la médecine, de contribuer en quelques années encore au développement du système nerveux central. de psychologie que n'ont apporté vingt siècles de controverses sur le texte d'Aristote, ou sur l'hypothèse du spiritualisme, ou sur celle du matérialisme purement rationnel.</p>
<p>Mais ce n'est pas ce que je veux souligner.</p>
<p>Cette doctrine entraîne une tendance à considérer la récidive de la criminalité comme le résultat d'une prédisposition innée d'individus présentant certaines caractéristiques. Cependant, ces repères ne sont pas dans tous les cas objectivement étudiés ni bien fixés. Pourtant, il n'y a rien de mal à cela.</p>
<p>La théorie qui est à la base du droit pénal des pays où les effets de la révolution bourgeoise se sont étendus partage les mérites et les défauts de ce principe égalitaire de tout soi-disant libéralisme qui ne peut être que formel et abstrait, compte tenu des conséquences naturelles. et les inégalités sociales des hommes. Bien entendu, cette théorie constituait un progrès sur la justice corporelle et sur les privilèges du clergé et de l'aristocratie. Et c'est pour cette raison qu'une victoire historique est proclamée par ces mots : La loi est égale pour tous. Cependant, cette théorie réduit la fonction de punition à une simple défense du système actuel au moyen de lois établies. Il se contente de punir uniquement les violations de cet ordre, sans pénétrer dans le problème de la conscience. Il a été dépouillé de tout caractère religieux et ne concerne plus l'esprit ni l'âme. Ce n'est plus l'instrument d'une église, d'un credo, d'une superstition. Ce droit pénal est prosaïque, tout aussi prosaïque que toute la société capitaliste. Et c'est là un autre triomphe de la libre pensée, si l'on laisse de côté quelques légères incohérences. Bref, c'est l'acte qui est puni, pas l'homme. C'est le perturbateur de cet ordre qui est puni par la loi qui le défend. La punition ne vise pas la conscience d'un homme, qu'elle soit irréligieuse, hérétique, athée ou autre. Pour arriver à ce résultat, cette théorie devait construire une égalité typique de responsabilité pour tous les êtres humains, sur la base d'un libre arbitre, excluant seulement les cas extrêmes de manque de contrôle mental et de liberté d'action. [12] C'est par là même que la justice vantée et célébrée, par l'ironie du sort, transforme le principe de l'égalité devant la loi en la plus grossière injustice. Car les êtres humains sont en réalité socialement et naturellement inégaux devant la loi.</p>
<p>Cette dialectique a été récemment discutée par des sociologues, des socialistes et des critiques de toutes sortes. Ils ont construit une longue série d'arguments contre le droit existant, allant du paradoxe mystique et coloré selon lequel la société punit les crimes qu'elle engendre jusqu'à l'exigence humanitaire selon laquelle l'égalité dans l'éducation devrait justifier le principe de l'égalité devant la loi en créant les conditions réelles de son application. praticabilité. Le point saillant de toutes ces critiques est mis en évidence par les socialistes cohérents, qui se rendent compte que les luttes de classes sont une partie essentielle de la société actuelle et qui n'espèrent pas obtenir une justice égale pour tous, ni par le droit de punir, ni par tout autre droit existant. loi. Car agir autrement équivaudrait à chercher une société improbable, dans laquelle les divisions seraient causes de concorde et d'union. Cette loi d'une justice médiocre, en conflit constant avec elle-même, est le produit d'une société où l'exigence d'égalité est toujours en guerre contre elle-même. Le mensonge devient très clair dans cette belle découverte des apologistes du capitalisme selon laquelle les salariés sont après tout des citoyens libres, qui acceptent volontairement la servitude en concluant des contrats à conditions égales avec leurs égaux, les capitalistes. Pourtant, nous, socialistes, ne souhaitons pas abandonner ce principe contradictoire pour nous jeter dans les bras des réactionnaires, qui le combattent pour d'autres raisons et voudraient l'abolir d'une autre manière. Nous la considérons plutôt comme l'un des facteurs négatifs inhérents à la société bourgeoise, comme l'un des moyens historiques par lesquels elle se mine elle-même.</p>
<p>L'anthropologie criminelle est arrivée à point nommé pour étayer, par ses études spécialisées, l'affirmation critique selon laquelle la loi n'est pas égale pour tous. Dans cette mesure, c'est une science progressiste. Aux différences sociales, qui rendent absurde l'exigence d'une égale responsabilité de tous, à mesure que varie la forme typique du libre arbitre dans les esprits sains, cette science a ajouté l'étude des différences présociales, qui sont les limites tracées autour de notre volonté par notre nature animale et qui opposent une résistance invincible à toute tentative de s'adapter aux exigences de l'éducation. Ce n'est pas le lieu de rechercher si cette science a exagéré l'étendue de cette nature animale, si elle a interprété imparfaitement les cas qu'elle voulait étudier, et si elle a généralisé de façon fantastique les résultats d'observations partielles et peu exactes. L'essentiel est que certaines de ses méthodes le rejettent inconsciemment dans la métaphysique qu'il déteste. Dans ses efforts légitimes pour combattre la conception de la justice et de la responsabilité en tant qu'entités, il commet l'erreur d'attribuer trop d'importance à des faits naturels tels que la disposition à commettre un crime, et de les désigner et de les définir de manière à détourner l'attention de ces catégories de faits. la protection sociale, qui découle des conditions d'existence auxquelles les hommes se sont habitués après leur naissance. Pour être plus explicite, c'est à la nature animale qu'il faut attribuer la licence excessive et effrénée, mais certainement pas l'adultère, qui est très clairement un produit social. La rapacité doit être classée dans la nature animale, mais pas le vol dans ses aspects économiques, y compris la falsification de chèques. Le tempérament sanguinaire appartient à la catégorie des animaux, mais pas le meurtre des rois, etc. Il ne faut pas dire que ce ne sont que des distinctions verbales. Ils touchent le fond des choses. Ils concernent la compréhension claire des limites méthodiques. Ils montrent combien il est important de rappeler que la métaphysique est un mal atavique, auquel n'échappent pas même ceux qui crient continuellement : A bas la métaphysique ! La même chose s'est produite depuis longtemps dans d'autres sciences, par exemple en psychologie générale ou dans l'étude spéciale des esprits malades. Beaucoup ont tenté de localiser les phénomènes psychiques dans le cerveau, au lieu de s'en tenir aux faits les plus élémentaires, qui, il est vrai, n'ont été constatés que récemment. Ils ont essayé de localiser la faculté de l'âme, par exemple le célèbre physiologiste Ludwig. En d'autres termes, ils essayaient de déterminer le siège local des concepts rationalistes, de choses qui n'existaient pas dans la réalité. L'anthropologie criminelle doit encore séparer ses catégories et les déterminer de manière critique. Elle doit surmonter l'erreur de considérer comme des faits innés et naturels les catégories simples que le droit pénal a fixées et définies pour des raisons pratiques afin de les appliquer à l'expérience de simples conditions sociales.</p>
<p>IX</p>
<p>Rome, le 2 juillet 1897.</p>
<p>Vous faites référence à ces critiques de caractère et de nature différents, qui soutiennent, pour des raisons diverses, que le christianisme recule devant une interprétation matérialiste de l'histoire, et qui pensent avoir ainsi soulevé une objection insurmontable.</p>
<p>Dois-je entrer dans ces bois qui, s'ils ne sont peut-être pas impénétrables et sauvages, sont certainement très sombres pour moi ? Vous savez à quel point tous les systèmes durs et rapides me répugnent. Je ne suis pas d'avis – et il serait stupide de penser le contraire – qu'une théorie de l'histoire soit jamais si bonne et excellente en elle-même qu'elle constituera une clé pour comprendre chaque phase particulière de l'histoire, sans d'abord s'y consacrer à des recherches spéciales dans de tels cas. Or, je n'ai pas encore fait d'étude particulière sur l'histoire de l'Église chrétienne et je ne suis donc pas en mesure d'aborder le sujet avec aisance. Les objecteurs ordinaires parlent de ce sujet sur la base d'impressions générales. Dans ma jeunesse, j'ai lu Strauss et les principaux écrits de l'école de Tübingen, comme tous ceux qui étudiaient la philosophie classique allemande. Et je pourrais m'écrier avec bien d'autres, en variant légèrement le cri de Faust : « Moi aussi, j'ai malheureusement étudié la théologie.</p>
<p>Mais plus tard, je ne me suis plus occupé de ces questions. Néanmoins, j'ai adhéré à la conviction que l'école de Tübingen fut la première à entreprendre définitivement et sérieusement cette étude du christianisme qui seule peut prétendre au terme d'histoire, et que les progrès récents dans cette direction, autant qu'il y ait eu de progrès, ont été réalisés. accompli ou est en train de s'accomplir, consiste principalement en des corrections et des suppléments des résultats de cette école. La principale correction devrait être à mon avis la suivante : les savants de Tübingen se sont consacrés principalement, mais non exclusivement, à l'étude de l'origine et du développement des croyances et des dogmes , alors qu'il est devenu plus tard nécessaire, et est encore nécessaire, d'étudier les formation et développement d' associations chrétiennes . Dans la mesure où nous abordons cette méthode d'examen de la question, que j'appellerai par souci de brièveté méthode sociologique, nous nous rapprocherons d'une recherche objective. Car comprendre le comment et le pourquoi de l'origine et du développement des associations nous donnera les moyens de comprendre, pour quelles raisons et de quelle manière, les âmes, les imaginations, les intellects, les désirs, les peurs, les espoirs. , les aspirations des membres de ces associations devaient chercher à s'exprimer à travers certains credo, adopter certains symboles et parvenir à la formulation de certains dogmes ; en d'autres termes, comment se fait-il que ces associés aient dû reconstituer tout un monde de doctrines et de concepts imaginaires. Une fois ce pas franchi, nous sommes sur la voie qui mène directement au matérialisme historique. Car nous sommes alors parvenus à l'affirmation générale selon laquelle les idées doivent être considérées comme des produits, et non comme des causes, de certaines structures sociales.</p>
<p>Si je me trompe – car, comme je l'ai dit, je comprends relativement peu ces arguments – les études récentes sur le christianisme ancien ont principalement suivi cette ligne réaliste. Et il me semble que des écrivains comme Harnack sont aux premiers rangs de cette étude. Je fais d'ailleurs référence à l'ouvrage très remarquable de l'Anglais Hatch, que j'ai lu. Il démontre avec la plus grande lucidité et à l'aide de preuves documentaires que l'association chrétienne, à partir d'un certain point après ses premières origines, s'est développée et consolidée grâce à l'adaptation aux diverses formes de droit corporatif qui fleurissaient dans les différentes régions de l'époque romaine. Empire. En d'autres termes, le mouvement s'est adapté aux conditions propres au droit romain, ou aux coutumes locales et nationales, notamment aux institutions grecques et hellénistes. J'espère que nos évêques ne le prendront pas mal. Le Saint-Esprit sera intervenu en élevant les évêques au-dessus de la masse restante des fidèles, dans la mesure où l'organisation démocratique originelle s'est transformée en hiérarchie par la différenciation entre clergé et laïcs (ou peuple). Le nom indique certainement que l'organisation chrétienne était calquée sur les corps de bateliers, marchands de poisson, boulangers et autres, qui avaient leur épiscopi et reliqua (surveillants et autres personnes).</p>
<p>À ce stade, nous devons faire un autre pas en avant. Nous devons abandonner le concept abstrait d'une histoire uniforme de tout le christianisme et aborder l'histoire particulière, dans le temps et dans l'espace, des associations chrétiennes . Ces associations faisaient d'abord partie de cette grande société civilisée, semi-civilisée ou directement barbare, dans laquelle elles se développèrent au cours des trois premiers siècles. Il semble alors qu'ils aient absorbé et façonné toutes les relations complexes de cette société semi-civilisée ou semi-barbare, comme ce fut le cas, par exemple, dans l'Occident latin pendant ce qu'on appelle le Moyen Âge. Et finalement, lorsque l'unité du catholicisme fut brisée par le protestantisme, la liberté de conscience fut reconnue, surtout après la Grande Révolution . Les associations chrétiennes sont alors devenues un élément incontournable de la vie politique et sociale, jouant ici un rôle prédominant, là mineur, ou restant insignifiantes ailleurs, selon les cas. C'est dans cette direction qu'il faut aborder le problème des relations entre l'État et l'Église, car il s'agit là d'une question de relations historiques et non de formules théoriques.</p>
<p>Cette méthode est de plus en plus appliquée à l'étude et à l'explication des conditions matérielles par lesquelles les associations chrétiennes ont été créées, perpétuées et portées à leur dissolution partielle ou locale, tout comme l'étaient d'autres formes de vie commune. Toutes les causes et raisons de ces différents changements deviennent facilement évidentes par ce moyen. Et puis il est entendu que les croyances, les dogmes, les symboles, les légendes, les liturgies et autres choses de même nature sont des questions de considération secondaire, au même titre que toute autre superstructure d'idées.</p>
<p>Continuer à écrire l'histoire du christianisme en tant qu'entité signifie multiplier les erreurs des hommes de lettres et des sages qui commettent l'erreur méthodique d'écrire des histoires de la littérature ou de la philosophie comme s'il s'agissait d'entités indépendantes. Dans ces œuvres de sagesse fabriquée, il semble que les poètes, les orateurs et les philosophes des différentes époques, isolés de l'autre vie de leurs époques respectives, se tenaient la main à travers les siècles pour former une chaîne de célébrités ; ou comme s'ils n'avaient pas réussi à tirer des conditions et du stade d'évolution de leur époque la matière et l'occasion de rédiger des poèmes et des essais philosophiques et avaient donc essayé de s'en aller seuls dans un coin. C'est la marque étudiée des compilations savantes. Bien entendu, il est très pratique d'avoir sous la main un manuel contenant toutes les informations sur ce que nous appelons la littérature française, depuis par exemple La Chanson de Roland jusqu'aux romans de Zola. Mais la chronologie de milliers d'années ne s'étend pas simplement d'une chose à une autre, et le don de la poésie ne varie pas non plus simplement d'un cas à l'autre. Il s'agit plutôt de transformations dans l'ensemble des relations de la vie dans toutes ses grandes lignes. Mais les expressions littéraires ne sont que des indices relatifs, des sédiments spécifiques, des cas particuliers, parmi cette masse de transmutations sociales. Il est très commode, surtout au vu du bachotage artificiel courant dans nos universités, de réduire à un recueil tout ce que nous entendons historiquement par le terme philosophie. Mais qui peut dire, après une telle instruction, comment il se fait que les philosophes individuels en soient arrivés à avoir des opinions si différentes et souvent contradictoires ? Comment peut-on faire de la philosophie antique, qui jusqu'à Platon constituait à peu près toute la science, une seule ligne de progrès indépendant, puis de la scolastique transformée par la théologie avec une absence presque complète de science, puis de cette la philosophie du XVIIe siècle qui était une sorte d'exploration mentale parallèle à la nouvelle science contemporaine basée sur l'expérimentation et l'observation, et enfin issue de cette nouvelle critique qui tend à faire de la philosophie un simple résumé des connaissances particulières des sciences individuelles, qui sont devenus si largement différenciés ?</p>
<p>En bref, il est absurde de continuer à écrire des histoires universelles du christianisme, sauf pour des raisons de commodité académique. Je ne fais pas référence à ceux qui pensent avec l'esprit des croyants. Ceux-ci pensent que le fil conducteur de ces histoires universelles consiste en la mission providentielle de l'Église à travers les âges. Nous n'avons rien à dire, ni à suggérer, à ceux qui pensent ainsi et qui considèrent cet idéal et cette histoire éternelle comme une sorte de révélation immanente ou continue. Ils se trouvent en dehors de notre champ. Je fais référence à ces critiques qui écrivent des histoires universelles du christianisme comme s'il s'agissait d'un tout homogène, bien qu'ils sachent et admettent que ce matériel entre leurs mains fait partie des conditions successives variables et plus ou moins nécessaires de la vie humaine. Comment se fait-il qu'ils ne voient pas que leur ligne continue et droite de présentation repose sur un fil très ténu de tradition et reflète une image schématique et vague de choses difficilement conciliables ?</p>
<p>L'origine, la croissance, la diffusion, l'organisation, voire la disparition (dans certaines parties du monde, comme en Asie Mineure et en Afrique du Nord) des associations chrétiennes, les diverses attitudes qu'elles assument à l'égard du reste de la vie pratique, les nombreux liens qui les unissent les reliait à d'autres corps et pouvoirs politiques et sociaux : toutes ces choses, qui constituent une histoire vraie et réaliste, ne peuvent être comprises que si l'on s'écarte des conditions complexes de chaque pays individuel, dans lequel les adeptes du christianisme étaient peu nombreux. , ou plusieurs, ou dont tous les habitants et citoyens étaient chrétiens, soit membres de quelque secte modeste, soit d'un catholicisme impérieux, persécutés ou tolérés, ou eux-mêmes intolérants et persécutant les autres. Ce n'est qu'ainsi que nous mettrons le pied sur un terrain solide et que nous serons en mesure d'évaluer objectivement les prétentions historiques des choses. Et de cette position à celle du matérialisme historique, nous avançons sans plus d'efforts que n'importe quelle autre branche de notre connaissance du passé.</p>
<p>En bref, l'histoire de la vie réelle est une histoire de l'Église ou des différentes Églises , c'est-à-dire une histoire d'une société qui a une certaine base économique, ce qui signifie un arrangement défini de son économie et un mode d'acquisition, de production, de distribution et de consommation des biens (qui repose sur le contrôle de la terre – Malheur à moi !). D'autres peuvent continuer à entendre par christianisme exclusivement un simple complexe de croyances et d'opinions concernant le destin de l'humanité. Mais, pour ne citer qu'un exemple, ces croyances diffèrent autant que le libre arbitre du catholicisme après le concile de Trente de la prédestination absolue de Calvin. Et il est temps que ces écrivains se réconcilient à comprendre que cet ensemble de points de vue et de tendances est apparu et s'est développé dans le cercle d'associations définies, qui différaient continuellement à divers égards et qui étaient toujours plus ou moins entourées d'un ensemble vaste et complexe. environnement historique , pour reprendre un terme favori des écrivains modernes.</p>
<p>Il y a encore une autre chose à considérer. Dans ce quart d'heure de prose scientifique dans lequel nous vivons actuellement, aucun homme sensé ne croira plus que la grande masse des croyants de ces associations de chrétiens ait eu une compréhension exacte des différents dogmes, ou des subtiles discussions. des savants et des professeurs. Nous ne savons rien de bien précis sur les passions, les intérêts, les conditions de vie quotidienne, l'état d'esprit naturel et habituel des peuples d'Antioche, d'Alexandrie, de Constantinople et autres, rassemblés autour des bannières d'Arius et d'Athanase. Nous ne pouvons pas décrire ces choses avec autant de précision que dans le cas de Naples ou de Londres d'aujourd'hui. Mais nous ne serons jamais assez crédules pour croire que ces foules aient compris un seul mot de la dispute menée sur la question de savoir si la substance du Fils était identique à celle du Père, ou seulement semblable à elle. On ne mesurera pas non plus la différence réelle entre les artisans de Genève et ceux de l'Italie du XVIe siècle par les différences théoriques entre Calvin et Bellarmino. À cet égard, l'histoire du christianisme reste très obscure, car elle s'est transmise dans une enveloppe de concepts idéologiques, qui furent le réflexe dogmatique et littéraire du développement sous-jacent du mouvement. Dans ces circonstances, nous savons relativement peu de choses sur la vie pratique du mouvement chrétien, et ce peu diminue au fur et à mesure que l'on s'approche des premiers siècles.</p>
<p>En outre, la masse des associés gardait toujours dans leur cœur et portait dans leurs croyances les plus intimes et dans leurs légendes beaucoup de superstitions et la plupart des mythes qui étaient les leurs avant leur conversion, et ils durent les utiliser, et en créer d'autres, afin de rendre les doctrines métaphysiques et abstraites du christianisme plausibles pour elles-mêmes. Cela s'est produit de manière très visible dans la seconde moitié du IIe siècle, lorsque la société chrétienne avait perdu un peu de son caractère démocratique de camarades attendant l'avènement d'un Royaume des Cieux , des camarades tous remplis de l'Esprit Saint, et commençait à prendre la forme d'un catholicisme organisé, non seulement dans le sens orthodoxe du terme, mais aussi dans le sens d'une hiérarchie semi-politique d'une multitude composée non plus de saints, mais de simples êtres humains. Puis se développa ce transfert de superstitions locales, nationales et ethnologiques, qui accompagna la transformation progressive du christianisme en une Église officielle et territoriale, à tel point que les penseurs capables furent sélectionnés avec zèle et scrupule et séparés de la grande masse de ceux qui il suffisait de croire et de se conformer à des rites et à des formalités toutes faites. Peu à peu, l'empire d'Occident se désintégra, tandis que les barbares des tribus germaniques et slaves se convertirent de force et que, proportionnellement, le pouvoir de ces croyances, qui devinrent la nourriture quotidienne des masses, fut contraint d'adopter des symboles et des idées qui étaient aussi loin que possible. au-delà de leur horizon mental, tout comme ces composés de nombreuses semi-philosophies différentes. Toutes ces populations chrétiennes vivaient et continuaient de vivre selon leurs multiples croyances. C'est pour cette raison qu'ils ont effectivement transformé les éléments communs du christianisme en voies et moyens pour des mythologies nouvelles et spécieuses. En face de cette vie barbare indépendante, les définitions des savants et les décisions des conciles restaient suspendues en l'air, devenaient des conceptions intangibles pour la multitude et prenaient l'habit de doctrines utopiques.</p>
<p>Quelles étaient donc les raisons et les causes, les buts et les moyens qui maintenaient les chrétiens unis à cette époque où la religion est censée avoir été le seul pivot et l'âme de toute vie ? Je ne discuterai pas des insultes et des agressions violentes, qui forment un de ces chapitres épineux auxquels recourent habituellement les adversaires passionnés du christianisme. Je laisserai de côté ce chapitre, qui déroule sous nos yeux une histoire de la tyrannie la plus odieuse, des persécutions les plus féroces et les plus inhumaines, et de l'hypocrisie la plus raffinée. Tantum religio potuit suadere malorum ! Tant de maux pourraient engendrer la religion ! Le point que je souhaite particulièrement souligner est que la principale force de cohésion se trouve précisément dans ces moyens matériels méprisés , dont l'utilisation, la gestion et le contrôle ont favorisé la croissance de l'association en une organisation économique puissante, avec ses propres bureaux. sa propre hiérarchie, sa propre loi, ses propres serviteurs, esclaves, dépendants, colons, ministres, protégés et bénéficiaires. La propriété ecclésiastique représente de nombreuses étapes de variation, depuis l'obole du semi-communisme jusqu'à la corporation légale, et de là à la concentration des serfs, jusqu'à la constitution des complexes territoriaux en domaines latifundiaires, puis la féodalité avec ses dîmes et son commerce des biens. âmes, jusqu'aux tentatives de colonisation industrielle les plus modernes (les Jésuites), etc. Les pauvres étaient alors, comme ils le sont en grande partie aujourd'hui, soudés par les dons de charité, l'assistance aux malades, aux indigents, aux orphelins, aux veuves, etc., par la gestion systématique des champs, le défrichement des terres nouvellement acquises et leur culture. Ce sont ces moyens qui ont fait de l'association chrétienne une chose vitale, comme de toute autre collectivité humaine. Ils ont permis à une poignée de doctrinaires, surtout au Moyen Âge, de mettre une vaste association économique au service d'objectifs relativement plus élevés, plus nobles, plus altruistes et plus progressistes que ceux qui relevaient de la propriété strictement féodale entre les mains de maîtres chanteurs souverains. des voleurs et des pirates. La bourgeoisie, à ses différentes étapes, a ensuite mis fin à cette économie du peuple chrétien par des mesures plus ou moins rapides et révolutionnaires. Elle intègre cette propriété de diverses manières dans sa propriété privée et la fluidifie sous le système capitaliste. Partout où la propriété ecclésiastique a partiellement résisté, ou résiste encore, aux coups de cet âge progressiste, elle l'a fait, et le fait, parce qu'elle a encore rendu quelque service utile, que d'autres organisations et l'État qui les représente n'ont pas pris soin de rendre. sur eux-mêmes, ou autorisés à rester entre les mains de l'Église par voie de compétition.</p>
<p>L'histoire de cette économie est l'essence de cette interprétation des changements dans le christianisme, qu'une critique ultérieure devra élaborer. Nul autre que Gregorious Magnus, qui a si tôt eu la conviction que l'évêque de Rome était destiné à régner sur l'empire désintégré d'Occident, et qui est généralement connu des personnes cultivées par ses visions, par son amour de la musique et par son l'apostolat de son délégué Augustin en Anglia dictait les lois économiques par lesquelles les latifundia ecclésiastiques étaient administrées. Après quelques siècles, à travers toutes les adversités des États imparfaits et des communautés semi-politiques qui se sont développées dans les limites de l'empire occidental toujours instable et mal reconstruit, c'est cette vaste propriété ecclésiastique qui, par sa diffusion universelle et pénétration, a donné naissance à cette diplomatie, qui depuis Grégoire VII. à Boniface VIII visait à faire du successeur de Pierre un héritier d'Auguste. Cette diplomatie n'était pas ce qu'elle était parce que sa théorie avait été réfléchie par des moines dans leurs cellules, ou parce que Grégoire VII et Innocent III étaient d'excellents hommes – bien sûr, ils l'étaient – mais parce que les possibilités d'un grand projet d'organisation n'étaient offertes que par ce vaste système économique. Mais ce système fut combattu non seulement par les autres dirigeants plus ou moins puissants de l'époque, mais aussi par certaines parties de la population plébéienne et de la bourgeoisie en développement, dans les régions industrielles et commerciales plus développées (par exemple en Flandre, Provence, Italie du Nord), pour diverses raisons, comme l'ascèse monastique, ou la liberté civile des chrétiens. En fait, l'humiliation infligée à Boniface VIII dans Anagni n'indique que le point culminant de la politique de Philippe le Bel, qui, très tôt annonciateur des princes révolutionnaires du XVIe siècle, eut pour la première fois l'audace de mettre la main sur la substance du peuple chrétien.</p>
<p>Et c'est là que je voudrais m'arrêter dans ma digression. Car cette histoire économique n'est pas encore écrite, et je ne suis pas enclin à la commencer par ces allusions passagères.</p>
<p>Cependant, il me semble que les objecteurs habituels diront : Mais tout le reste sera-t-il clair une fois que cette histoire économique aura été écrite ? Nous retrouvons ici le cas ordinaire de ceux qui construisent un château de cartes pour avoir le plaisir de le faire sauter. Expliquer un processus signifie généralement le résoudre dans ses conditions les plus élémentaires, dans la mesure où l'on peut discerner et suivre leurs phases successives (de la limite la plus basse à la limite la plus élevée), en passant de la cause à l'effet.</p>
<p>Personne ne songerait à prétendre, par exemple, que si l'on connaît parfaitement la structure économique de la ville d'Athènes entre la fin du Ve et le début du IVe siècle avant Jésus-Christ, on peut alors passer directement à une compréhension de tout le contenu idéologique de chaque dialogue de Platon, sans autre cérémonie, c'est-à-dire sans l'aide critique des éléments intellectuels rassemblés par la tradition. Il faut avant tout pouvoir expliquer Platon, l'homme, ses dispositions esthétiques et mentales, son pessimisme, sa fuite hors du monde, son idéalisme et son utopisme. Toutes ces choses sont le produit de conditions qui se sont développées dans l'esprit de Platon individuel comme elles l'ont fait également chez tant d'autres de ses contemporains, qui autrement n'auraient pas pu le comprendre, l'admirer et le suivre au point de créer autour de lui une secte. , qui a survécu pendant des siècles avec tant de modifications. Si quelqu'un essayait de séparer cette formation idéologique du milieu dans lequel elle est née en tant que premier précurseur du christianisme, il la rendrait inintelligible, ou presque absurde.</p>
<p>Cela s'applique encore plus aux dispositions et aux inclinations à la pensée fantastique ou réfléchie, qui ont donné lieu au besoin de tant de croyances, de symboles, de dogmes, de légendes dans une association aussi vaste que l'était le chrétien, avec ses nombreuses fonctions et ses différentes relations. Il est assurément plus facile de comprendre les relations qui conduisent d'une manière générale de certaines conditions matérielles déterminées de la vie commune à toutes ces idées, que d'expliquer le contenu particulier de chaque idée individuelle. Cette difficulté d'une explication adéquate est due au fait que nous avons affaire à des temps de catastrophes terribles, de confusion indescriptible, de décadence des aptitudes pour une science correcte ; des temps, en bref, où les témoignages, les critiques et l'opinion publique sans préjugés font presque toujours défaut, et où les esprits les plus forts, isolés de la vie, penchent vers l'abstrus, le subtil, le verbal.</p>
<p>C'est en effet la difficulté d'expliquer précisément la manière dont les idées naissent des conditions matérielles de la vie qui donne de la force à l'argumentation de ceux qui nient la possibilité d'expliquer clairement la genèse du christianisme. En général, il est vrai que la phénoménologie ou la psychologie de la religion, quel que soit le nom qu'on lui donne, présente de grandes difficultés et porte en elle des points assez obscurs. Il n'est pas toujours facile de comprendre pleinement comment les faits vécus de la nature et de la vie sociale se transforment, à certains moments déterminés et dans certaines conditions ethnologiques déterminées, et après avoir traversé le creuset de quelque fantaisie particulière, en personnes, en dieux, anges, démons, puis en attributs, émanations et ornements de ces mêmes personnifications, et enfin en entités abstraites et métaphysiques comme le Logos, la Bonté infinie, la Justice suprême, etc. Sur ce domaine de production psychique dérivée et compliquée, nous sommes encore très éloigné des conditions les plus élémentaires nécessaires pour permettre par l'observation et l'expérience de suivre la montée et le développement des premières sensations d'un extrême à l'autre, c'est-à-dire depuis l'appareil périphérique jusqu'aux centres cérébraux où se produisent les irritations et les vibrations. sont convertis en aperception consciente, en conscience.</p>
<p>Mais cette difficulté psychologique est-elle un privilège des croyances chrétiennes ? N'est-ce pas caractéristique de la genèse de toutes les croyances, de toutes les imaginations mythiques et religieuses ? Les créations très originales du bouddhisme le plus primitif, ou les collections plus brocantes du mahométanisme, sont-elles peut-être plus claires ? Ou bien, au-delà de ces grands systèmes religieux, les processus fantastiques dans la création des mythes les plus élémentaires de nos ancêtres aryens sont-ils peut-être plus clairs et plus transparents à première vue ? Est-il peut-être facile de rendre compte de chaque détail de toutes les transitions de la fantaisie au cours des siècles et des générations depuis le pramantha , c'est-à-dire le bâton utilisé pour faire du feu en le frottant et en le frottant contre un autre morceau de bois, jusqu'au ascension progressive du héros Prométhée ? C'est pourtant le mythe le plus connu de la mythologie indo-européenne. Nous disposons de plus de données permettant de suivre ses phases embryonnaires successives, depuis les hymnes védiques les plus anciens en l'honneur du Dieu Agni (le feu) jusqu'à la création de la tragédie éthique et religieuse d'Eschyle, que de tout autre mythe.</p>
<p>En outre, de telles productions psychiques des hommes des siècles passés présentent à notre compréhension des difficultés très particulières. Nous ne pouvons pas facilement reproduire en nous-mêmes les conditions nécessaires par lesquelles nous pourrions nous rapprocher de leur état d'esprit concernant ces productions. Il faut une longue formation avant d'acquérir cette aptitude d'interprétation qui caractérise le connaisseur des langues, le philologue, le critique, l'étudiant en préhistoire, ou l'attitude mentale d'un homme qui, par une longue formation et des essais répétés, a acquis une conscience artificielle, pour ainsi dire, qui est conforme et en accord avec l'objet d'étude.</p>
<p>Dans ces circonstances, le christianisme (et j'entends ici le credo, la doctrine, le mythe, le symbole, la légende, et non seulement l'association dans son oikonomika ) nous devient plus facilement intelligible dans la mesure où il se rapproche de notre époque. Nous en sommes entourés et nous devons sans cesse considérer ses conséquences et son influence sur la littérature et les diverses philosophies qui nous sont familières. Nous pouvons observer chaque jour que la multitude combine grossièrement les superstitions anciennes et modernes avec une acceptation générale plus ou moins indistincte du principe sous-jacent, commun à toutes les confessions, à savoir le principe de rédemption. Nous pouvons voir le christianisme à l'œuvre et observer ses réalisations et ses luttes. Et nous sommes en mesure de tirer des conclusions du présent quant au passé par analogie, ce qui nous met en mesure d'entreprendre l'interprétation de croyances plus lointaines. Nous assistons aussi à la création de nouveaux dogmes, de nouveaux saints, de nouveaux miracles, de nouveaux pèlerinages. Et en comparant cela avec le passé, on peut s'exclamer dans la plupart des cas : Tout comme chez nous ! Exactement ce que nous voyons aujourd'hui ! En d'autres termes, nous disposons d'une réserve d'observations et d'expériences en psychologie qui nous permet de faire revivre le passé avec moins d'effort qu'il n'en faut pour l'analyse purement documentaire des conditions de la plus haute antiquité. Depuis combien de temps comprenons-nous quelque chose de précis sur : l'origine du langage ? Cela date du moment même où nous avons compris que nous n'avions pas de meilleur moyen d'expérimenter à cet égard que d'étudier la manière dont les enfants apprennent encore à parler.</p>
<p>Le problème de l'origine du christianisme est en outre obscurci pour beaucoup par un autre préjugé. Ils s'imaginent qu'elle est due à des causes premières qui l'ont créée, pour ainsi dire, à partir de rien. Ces gens oublient que ceux qui sont devenus chrétiens l'ont fait en renonçant à d'autres religions ; et que le problème de l'origine du christianisme se réduit avant tout à la tâche prosaïque d'étudier la manière dont les éléments des époques antérieures ont pris des formes nouvelles dans l'environnement de cette association, qui constituait le noyau même de la nouvelle organisation. Cet événement a eu lieu à des époques historiques. Et parmi les religions qui l'ont précédée, la plus connue est celle du judaïsme avancé, dont les grandes masses attendaient la venue d'un nouveau Messie, tandis que ses doctrinaires coupaient les cheveux en quatre. Nous connaissons également assez bien les cultes, les superstitions et les croyances des diverses religions païennes de l'empire romain, ainsi que les inclinations religieuses de nombreux penseurs de cette époque, tout comme nous connaissons les tendances des multitudes de cette période. qui étaient toujours prêts à accepter de nouvelles croyances, de nouvelles promesses et de bonnes nouvelles .</p>
<p>Il ne s'agit donc pas de création, mais de transformation, et nous poursuivons notre enquête sur le même terrain que celui de toute autre histoire. La question est, par exemple, (pour donner quelques indications générales), comment Jésus est devenu le Messie des Juifs (une forme primitive de développement), comment le Messie des Juifs est devenu le Rédempteur de toute l'humanité du péché (Paul), et enfin, comment la Parole s'est combinée avec le néoplatonisme de Philon (quatrième évangile). C'est là l'esquisse de l'évolution idéologique. Et d'autre part, nous devons découvrir comment l'association communiste primitive (un communisme de consommation) de camarades attendant la fin imminente du monde et la catastrophe finale (l'Apocalypse) est devenue une congrégation (une église) qui a reporté la venue du monde. du millénaire indéfiniment (la deuxième épître de Pierre) et est devenue une organisation qui a développé sa propre économie et a progressivement assumé des attributs et des fonctions plus complexes. Dans ce passage d'une secte à une église, d'une attente naïve à une doctrine compliquée, réside tout le problème de l'origine du christianisme. L'expansion de l'association s'accompagna en temps voulu d'une adaptation aux formes dominantes du droit, et les exigences de la doctrine s'adaptèrent à la diffusion du platonisme décadent. Bien entendu, nous ne pourrons jamais nous rapprocher de ces choses avec notre vision et notre observation par un mode de chronique intuitif. On ne verra jamais Philippe, Matthieu, Pierre, Jacques et leurs prochains successeurs, en conversation, etc., comme on peut observer Camille Desmoulins dans un café du Palais Royal, à 15 heures, le dimanche 12 juillet. ., 1789. Nous ne pourrons pas suivre la genèse et l'établissement de ces dogmes comme nous pouvons suivre la compilation des articles de l' Encyclopédie. Car nous avons affaire à des temps d'impressions vagues et de fermentations telles qu'on n'en a jamais vu depuis. De grandes épidémies morales envahissent les âmes des hommes. Les relations les plus élémentaires de la vie approchent d'une période de crise aiguë. Sous la surface de cette civilisation des pays méditerranéens, qui combinait le pouvoir politique et administratif de l'empire avec tout ce qu'il y avait de plus utile et de plus raffiné dans l'hellénisme, végétaient mille formes de barbarie locale et de produits purulents et pourris de la décadence. Il suffit de rappeler que le christianisme, en tant que chose en soi, a pris naissance, en fait et en nom, à Antioche, ce cloaque de tous les vices, et que Paul adressait ses subtiles méditations, qui nous le montrent dans la lumière d'un de ces Juifs, qui compila plus tard le Talmud, aux Galates, c'est-à-dire aux Juifs dispersés dans un pays de véritables barbares. Le christianisme s'est répandu parmi les humbles, les exclus, les plébéiens, les esclaves, les multitudes désespérées de ces grandes villes, dont la vie vicieuse est dans une certaine mesure révélée par les satires de Pétrone et de Juvénal, les contes voltairiens de Lucien ou les horribles écrits d'Apulée. Connaissons-nous quelque chose de précis sur la condition des Juifs de la ville de Rome, parmi lesquels cette nouvelle et triste superstition, comme l'appelait Tacite, s'est développée pour la première fois, cette superstition qui, au cours des siècles, est devenue l'organisme social le plus puissant jamais créé ? connu dans l'histoire ? Nous ne pouvons pas reconstituer ces premières origines par des descriptions intuitives, mais nous devons recourir à des conjectures et à des combinaisons. C'est la raison principale de l'interminable littérature sur ce sujet. Et cela s'applique particulièrement aux érudits d'Allemagne, qui ont l'habitude de qualifier de théologique une telle littérature critique et érudite , même s'ils ne sont pas eux-mêmes croyants.</p>
<p>L'obscurité relative des premières origines du christianisme fait naître dans l'esprit de beaucoup la croyance étrange en un vrai christianisme, qui est censé avoir été tout à fait différent de celui qui prit plus tard le nom de chrétien. Ce soi-disant vrai christianisme, ou christianisme originel, qui est à son tour si obscur que chacun peut l'interpréter à sa manière, sert souvent de motif aux polémiques de ces rationalistes qui lancent des invectives contre cette Église historique, qui nous connaissons par expérience, puis vantons avec un grand débit oratoire cette église idéale, qui est censée avoir été la première communion des saints . Ceci n'est qu'un mythe historique, au même titre que la Sparte des orateurs athéniens, la Rome antique des Gibelins décadents du XIVe siècle, et toutes les autres créations fantastiques d'un paradis perdu ou d'un paradis futur qui n'est pas encore sorti. notre portée. Ce mythe historique a pris diverses formes. Les sectaires, qui se sont révoltés contre le catholicisme à ses débuts ou à ses débuts, ces sectaires, dont l'égalité démocratique dans des conditions historiques définies, des montanistes aux anabaptistes, errait en rébellion contre l'Église profane, mondaine et hiérarchiquement orthodoxe, ont ressenti le besoin de reconstruire. dans leur imagination le vrai christianisme, c'est-à-dire la simple vie primitive des premiers évangélistes. En même temps, ils se plaignaient de la décadence, des aberrations, des œuvres de Satan et des autres choses qui se sont produites après cette époque. C'est ce christianisme le plus vrai des vrais, qui a souvent été invoqué par les communistes naïfs, qui ont dessiné des tableaux de leurs propres aspirations en l'absence de toute autre idée adéquate concernant la manière de vivre dans ces conditions honteuses d'inégalité dans ce monde injuste. Et ces images pourraient trouver inspiration et couleur dans la poésie évangélique et dans tant d'autres récits vrais ou fantastiques. Cela est également arrivé à Weitling, qui, de son côté, a composé un Évangile d'un pauvre pécheur . Et pourquoi ne devrais-je pas mentionner ces disciples de Saint-Simon, qui ont fabulé sur un christianisme plus vrai pour l'avenir, dans lequel ils ont projeté toutes les aspirations de leur imagination enflammée.</p>
<p>Pour toutes ces raisons et d'autres encore, l'image d'un christianisme ultra-parfait est suspendue dans l'air, dans l'imagination fantastique de beaucoup, qui sera différente, ou absolument différente, de celle que l'histoire vulgaire connaît et dépeint. un christianisme qui a lapidé Étienne, qui a institué la Sainte Inquisition, qui a envoyé tant de multitudes d'infidèles dans l'autre monde ; depuis le pêcheur aux pieds nus Pierre, qui jouait le rôle d'un Sancho Panza par ses lâches dénégations, jusqu'au pape Pie, qui se consolait de la perte de son pouvoir temporel en assumant l'infaillibilité ; depuis l' agape spontanée des pauvres visités par le consolateur jusqu'aux Jésuites qui arment des escadrons et contractent des emprunts commerciaux, comme d'audacieux précurseurs de la politique coloniale du monde bourgeois ; depuis le rabbin de Nazareth, qui dit que son royaume n'est pas de ce monde, jusqu'aux évêques et autres prélats qui occupent en son nom d'un cinquième au tiers du pays, selon les divers pays, et qui gouvernent en tant que souverains et propriétaires, bénéficiant même du jus primae noctus . Quiconque croit en ce soi-disant vrai christianisme, pour une raison ou une autre, ne serait-ce que par hypocrisie littéraire pure et simple, se trouve naturellement confronté à l'obligation d'expliquer d'où est venu plus tard l'autre christianisme moins vrai, si différent du vrai christianisme. celui que nous connaissons. Et il est évident que ce vrai christianisme doit devenir un miracle, sinon de révélation, du moins d'idéologie humaine. Nous ne sommes pas obligés de fournir une explication de ce miracle, ni au nom du matérialisme, ni au nom de toute autre théorie, pour la même raison qu'aucune mécanique rationnelle n'est obligée d'expliquer ni la fuite d'Icare ni l'hippogriffe de L'Arioste.</p>
<p>Néanmoins, nous ne devons pas oublier que ce vrai christianisme, cet antagoniste idéal du christianisme positif et réalistement humain, que nous connaissons et qui s'est développé dans des conditions accessibles à nos recherches, a également rempli une fonction historique et sert aujourd'hui entre nos mains de une clé par laquelle nous pouvons entrer dans l'état d'esprit et les conditions de vie des chrétiens primitifs. Car ce vrai christianisme n'est qu'un symbole des diverses révolutions du prolétariat, de la plébéie, des petits, des affranchis, des serfs, des exploités, jusqu'au XVIe siècle.</p>
<p>J'ai eu l'occasion, comme je l'ai déjà dit dans une autre lettre, de m'occuper longuement, dans mes cours académiques, de Fra Dolcino, qui marque le point culminant et le déclin imminent de la secte apostolique. Après avoir décrit les conditions générales du développement économique et politique de l'Italie du Nord et du Moyen-Italie, ainsi que celles du milieu particulier (ou des classes sociales) dans lequel la secte apostolique est née et s'est développée, j'ai dû expliquer, à un moment donné, , la doctrine par laquelle Dolcino a maintenu ensemble les rangs de ses partisans, qui ont été des combattants intrépides et tenaces jusqu'au bout et ont travaillé comme des héros, des martyrs et des précurseurs d'un nouvel ordre de la vie humaine. Sa doctrine était également un de ces retours apocalyptiques à un christianisme purement évangélique. C'était une négation de tout ce que la hiérarchie avait établi depuis le pape Sylvestre (du moins le légendaire), et cette négation était renforcée par une ardeur apostolique, que l'esprit de bataille transformait en devoir de combattre. Il est naturel que la première explication de ces idées , comme diraient les hommes de lettres, soit recherchée dans des mouvements de rébellion similaires, immédiatement antérieurs, contre la hiérarchie. D'un petit pas nous arrivons aux Albigeois, et d'un autre pas à ces mouvements populaires confus et multicolores connus sous le nom commun de mouvements pataréniens . Et d'autre part il faut essayer de comprendre l'agitation mystique et ascétique, qui a souvent failli bouleverser l'empire papal, depuis le communisme théorique de Joaquín de Flore jusqu'à la résistance active des frères. Si l'on franchit un pas de plus dans cette enquête, il n'est pas difficile de voir que derrière ce voile mystique de l'ascèse et derrière la passion exaltée du vraiDans le christianisme, se cachaient ces conditions matérielles et ces incitations matérielles qui rassemblaient autour de certains symboles de révolte les moines modestes, les paysans des pays où la féodalité était encore vivante, les paysans des autres pays qui, libérés de la féodalité, étaient prolétarisés de force par la formation rapide de communes libres, les pauvres de ces communes impitoyablement corporatives eux-mêmes, et enfin, comme toujours, les idéalistes qui ont fait sienne la cause des opprimés : en d'autres termes, tous les éléments de la révolution sociale. De cette analyse approfondie, nous passons à une analyse plus générale ou, devrais-je dire, typique. Le mouvement de Dolcino est un maillon de cette longue chaîne de soulèvements du peuple chrétien, qui s'est révolté contre la hiérarchie avec plus ou moins de chance et dans des conditions compliquées et qui, dans les crises les plus aiguës, est arrivé à la conclusion logique d'épouser le communisme. L'exemple classique, qui fut le plus vigoureux, en ce qui concerne les circonstances de temps, d'extension et de durée, est certainement le soulèvement des anabaptistes. Cependant, la révolte des Dolciniens n'était pas une mince affaire, d'autant plus que la vallée du Pô, au début du XIVe siècle, était précocement moderne dans ses conditions économiques.</p>
<p>Or, l'instinct d'affinité tournait l'esprit des représentants et des chefs des peuples révoltés vers l'image, ou vers le souvenir confus, ou vers une reproduction approximative dans l'imagination, de ce christianisme primitif, qui n'était composé que de pauvres gens, d'affligés et de pauvres. l'humanité souffrante espérant la rédemption des misères de ce monde pécheur. Le vrai christianisme, vers lequel ces rebelles zélés se tournaient avec tant d'ardeur de foi et de fantaisie, par sympathie née de conditions similaires, était une réalité. C'était un fait, non pas dans le sens d'un idéal ou d'un type dont la pauvre et faible humanité s'était éloignée à cause d'erreurs ou de mauvaise volonté, mais dans le sens d'une réalité historique sobre. Le christianisme primitif était, compte tenu des différences historiques, beaucoup plus proche dans son ensemble, dans ses aspects et ses motivations, de celui que Montano, Dolcino ou Thomas Münzer voulaient rétablir à des époques inopportunes, que de tous les dogmes , liturgies, rangs hiérarchiques, dominations et domaines, luttes politiques, suprématies, inquisitions et autres vanités, autour desquelles tourne l'histoire sobre et profane de l'Église. Dans ces tentatives des rebelles médiévaux, nous voyons comme une reproduction d'une expérience du passé, nous reconnaissons ce qui a dû être, approximativement, la forme originelle du christianisme comme secte de saints parfaits, c'est-à-dire d'égaux parfaits. , sans aucune différence entre clercs et laïcs, tous également participants de l'esprit saint, révolutionnaires et fidèles en un seul, tous au même niveau.</p>
<p>Le problème le plus difficile et le plus épineux de toute l'histoire du christianisme est précisément celui-ci : comprendre par quels moyens une secte d'égaux parfaits s'est transformée, au cours de seulement deux siècles, en une association divisée en rangs hiérarchiques, de sorte que nous avons d'un côté la masse des croyants, de l'autre le clergé investi de pouvoirs sacrés. Cette division hiérarchique est complétée par un dogme, c'est-à-dire par des réglementations qui suppriment la spontanéité de la croyance comme fait de pratique personnelle de la part des croyants individuels. Une hiérarchie signifie une règle par les prêtres, une administration des choses et un gouvernement des personnes par le clergé. Cela donne lieu à des politiques politiques. Et l'enquête sur ces politiques constitue le cœur de l'histoire du troisième siècle. La réunion. La formation de l'Église et de l'État au IVe siècle n'est que le résultat de l'entremêlement de deux politiques, dans lequel la religion et la gestion des affaires publiques se confondent finalement en une seule. Ce passage d'une association libre à un semi-État organisé, qui est responsable du fait que l'Église s'est depuis lors mêlée à la politique, soit pour soutenir l'État, soit contre l'État, soit elle-même en tant qu'État, ne vérifie que le la vérité de l'affirmation selon laquelle toute organisation qui a des choses à administrer et des bureaux à remplir devient nécessairement un gouvernement. L'Église a reproduit en son sein les mêmes antagonismes que n'importe quel autre État, c'est-à-dire les antagonismes entre riches et pauvres, protecteurs et protégés, patrons et clients, propriétaires et exploités, princes et sujets, souverains et opprimés. C'est pourquoi elle a eu dans ses rangs des luttes de classes qui lui sont propres, par exemple des luttes entre une hiérarchie patricienne et un sacerdoce plébéien, entre le haut et le bas clergé, entre le catholicisme et les sectes. Les sectes furent largement inspirées, jusqu'au XVIe siècle, par l'idée d'un retour au christianisme primitif, et c'est pour cette raison qu'elles colorèrent souvent leurs conceptions sur les conditions existantes d'inspirations idéologiques proche de l'utopisme. L'Église, en revanche, telle qu'elle est devenue, a suivi les méthodes utilisées par l'État profane et est devenue une congrégation hiérarchique d'inégaux, au lieu d'égaux à l'esprit saint, et a exercé les droits des privilégiés au moyen de l'oppression. et la violence, comme un empire parfait, dont certaines parties seraient cédées à d'autres dirigeants, avec un contrôle surajouté des âmes, qui doit aller de pair avec un gouvernement des choses, car les âmes ne peuvent exister sans les choses matérielles. Ces caractéristiques humaines, qui, dès lors qu'il existe une condition d'inégalité économique entre les hommes, rendent toute association religieuse semblable à tout autre gouvernement des choses dans ce monde, montrent d'un coup d'oeil qu'une association de saints ne peut jamais avoir eu d'autre qu'une vision utopique. forme, et d'autre part ils nous montrent une tendance constante à l'intolérance et au catholicisme sous ses diverses formes, dans la mesure où cette association,l'oubli du simple martyr de Nazareth, dont la forme est restée pathétiquement suspendue à la croix sur les autels, a fait de ce monde son royaume.</p>
<p>Pour m'en tenir à une illustration qui me est familière grâce à des études récentes, la papauté super-impériale tomba dans la personne de Boniface VIII, comme l'avait prophétisé Dolcino, qui lui survécut trois ans. Mais il n'est pas tombé pour laisser place à l'apocalypse. Il est vrai que l'humiliation de l'exil d'Avignon a été infligée à la papauté, mais non pour céder la place à un nouvel empire césarien, conformément à l'utopie de Dante. Les indications de l'époque moderne, les pressentiments du règne bourgeois étaient déjà manifestes. Philippe le Bel, qui recherchait depuis longtemps ce pouvoir civil sous lequel la bourgeoisie traversa deux siècles plus tard la première étape de sa domination politique sur la société, condamna les Templiers à mort, comme s'il voulait dire que le poème héroïque des croisades s'est terminé par les mains des chrétiens eux-mêmes. Et pour qu'on retrouve la morale de la situation même dans l'anecdote, qui expose et démasque toujours les passages stridents sur l'ironie de l'histoire, l'agent du Sire de France, qui prépara l'humiliation d'Anagni, n'était pas un capitaine. des bandes féodales, mais un civil, qui négociait l'argent nécessaire pour couvrir une lettre de change remise à un banquier de Florence.</p>
<p>Ces légistes, ces princes usurpant les droits historiques et ces banquiers accumulant de l'argent qui devint plus tard du capital, furent les initiateurs de l'histoire moderne, si transparente dans la structure prosaïque de ses objectifs et de ses moyens. Sur les ruines de la société corporative et féodale ainsi que sur les ruines du patrimoine de l'ecclésiastique s'est installée cette cruelle bourgeoisie qui, méfiante à l'égard des forces mystérieuses, a inauguré l'ère de la libre pensée et de la libre recherche. Et maintenant, la bourgeoisie attend d'être détrônée. Mais assurément, cela ne sera pas le cas du vrai christianisme, ni du plus vrai des vrais.</p>
<p>Que les peuples de l'avenir, dont nous, socialistes, avons souvent des idées si exaltées, produiront encore ou non une religion, je ne peux ni l'affirmer ni le nier. Et je leur laisse le soin d'arranger leur vie, ce qui ne sera pas facile, je l'espère, afin qu'ils ne deviennent pas des imbéciles dans la béatitude paradisiaque. Mais je le vois bien : le christianisme, qui dans son ensemble est jusqu'à présent la religion des nations les plus avancées, ne laissera de place à aucune autre religion après lui. Celui qui ne sera pas chrétien sera désormais sans religion. Et en deuxième lieu, je note que les socialistes ont eu la sagesse d'écrire dans leurs programmes : La religion est une affaire privée. J'espère que personne n'interprétera cette affirmation dans le sens d'un point de vue théorique qui pourrait conduire à l'élaboration d'une philosophie de la religion. Cette déclaration tout à fait pratique signifie simplement que pour le moment les socialistes sont trop occupés à des travaux plus utiles et plus sérieux que ceux qui les compareraient à ces hébertistes, blanquistes, bakounistes et autres, qui ont décrété l'abolition de la divinité et décapité Dieu en effigie. . Les matérialistes historiques pensent cependant, de leur côté et en dehors de toute appréciation subjective, que les hommes du futur se passeront très probablement de toute explication transcendantale des problèmes pratiques de la vie quotidienne. Primus à Orbe Deos Focit Timor ! La peur a été la première au monde à créer des dieux. La déclaration est très ancienne. Mais c'est précieux, et c'est pourquoi je le perpétue.<br class='autobr' />
X</p>
<p>Resina (Naples), 15 septembre 1597.</p>
<p>Cher Sorel ! En relisant, en révisant, en retouchant les lettres que je vous ai adressées d'avril à juillet de cette année – j'ai l'intention de les publier – je trouve qu'elles constituent une sorte de série et traitent dans l'ensemble du même sujet. Bien sûr, si j'avais l'intention d'écrire un livre digne d'un titre retentissant comme Socialisme et science ou Matérialisme historique et conception du monde , ou autre, je devrais examiner à nouveau cette question par une méditation élaborée. Et puis les pensées auxquelles je n'ai fait ici qu'esquisser, les affirmations que je n'ai fait qu'esquisser, les observations qui sont souvent faites incidemment, et les critiques bizarres éparses çà et là, enfin toutes ces choses qui me sont venues à l'esprit en écrivant. avec une plume fluide prendrait une forme tout à fait différente et serait disposée différemment. Mais comme, en conversant avec vous à distance, j'ai fait usage des libertés particulières à la conversation, je vais maintenant, en faisant de ces lettres éphémères un petit volume, le mettre en tête du titre modeste et approprié : Discours sur le socialisme et Philosophie, Lettres à G. Sorel.</p>
<p>C'est la faute des conseils insistants de mon ami Benedetto Croce si je commets ce nouveau péché littéraire. Cet ami béni est devenu pour moi un tourment et une croix. Après avoir lu ces lettres, il ne m'a laissé aucun répit jusqu'à ce que je lui promette que je les publierais sous forme de livre. Si je le suivais, je deviendrais dans mes vieux jours un producteur continu et perpétuel d'imprimés. Dans le passé, j'ai toujours préféré laisser dormir tranquillement dans mon bureau les manuscrits épars que j'ai accumulés au fil des années en ma qualité d'enseignant et de passionné de littérature. Mais dans le cas présent, Croce continuait à plaider qu'il était de mon devoir, maintenant que le socialisme se répandait en Italie, de participer, de la manière et par les moyens qui convenaient à mes inclinations, à la vie du parti qui grandissait. et gagner en force. Et c'est peut-être le cas. Il reste encore à voir si les socialistes ressentent le besoin et le désir de mon aide et de ma participation.</p>
<p>A vrai dire, je n'ai jamais eu un grand penchant pour l'écriture publique, et je n'ai jamais acquis l'art d'écrire en prose. J'ai toujours écrit les choses telles qu'elles me venaient. J'ai toujours été et je suis toujours passionné par l'art de l'enseignement oral sous toutes ses formes. Et en m'occupant de ce travail avec une grande intensité, j'ai perdu depuis longtemps le don de répéter par écrit les choses que j'exprimais spontanément, dans un langage prêt et souple, selon les circonstances, gros d'enjeux secondaires et plein de références. Et qui peut vraiment répéter de telles choses de mémoire ? Plus tard, lorsque je suis né de nouveau spirituellement et que j'ai accepté le socialisme, je suis devenu plus désireux de communiquer avec le public au moyen de brochures, de lettres occasionnelles, d'articles et de conférences, et ceux-ci ont grandi avec le temps presque sans que je m'en rende compte. Ne sont-ce pas là les devoirs et les charges du professionnel ? C'est à ce moment-là, il y a environ deux ans, que mon bienheureux M. Croce est arrivé à une heure opportune et m'a conseillé de publier des essais sur le socialisme scientifique, afin de donner une base plus solide à mon activité de socialiste. Et comme les choses s'enchaînent, ces lettres fortuites peuvent également être considérées comme un essai subsidiaire et complémentaire sur le matérialisme historique.</p>
<p>Il est évident, cher Sorel, que ce discours ne vous regarde pas, mais seulement moi. Car je cherche, pour ainsi dire, un prétexte pour publier un nouveau livre, écrit par un Italien vivant en Italie. Si ces lettres devaient être lues par d'autres que vous en France, ces lecteurs diront probablement que je ne les ai pas gagnés au matérialisme historique, et peut-être répéteront-ils à juste titre l'observation de certains critiques de mes essais selon laquelle les humeurs intellectuelles d'une nation ne sont pas modifiés par des traductions à partir d'une langue étrangère. [13]</p>
<p>Alors que j'écris ceci dans le but de conclure ces lettres, j'ai quelques doutes quant à la possibilité de ne pas vouloir les poursuivre. Les lettres ne peuvent-elles pas se multiplier indéfiniment, comme les fables et les récits ? Heureusement, j'avais décidé, dès mes débuts, de reprendre d'une manière générale les problèmes que vous souleviez dans votre préface en abordant des questions si difficiles. L'une des raisons qui nous amène à conclure est donnée par les grandes lignes de votre propre article, auquel j'ai fait référence de temps en temps. Si je m'abandonnais au cours de la conversation, qui sait où je m'arrêterais ! Les lettres pourraient devenir une littérature. Vous ne me remercieriez pas du tout pour ça. Mais cela plairait à M. Croce, qui voudrait combler tout le monde de son instinct de prolixité littéraire. À cet égard, il forme un contraste étrange avec les habitudes tranquilles de la tranquille Naples, où les hommes, comme les Mangeurs de Lotus, qui dédaignaient toute autre nourriture, vivent dans la douce jouissance du présent et pensent se moquer de la philosophie de l'histoire à la vue de l'heure. statue de GB Vico.</p>
<p>Mais je souhaite vraiment conclure et je dois donc formuler quelques brèves remarques supplémentaires.</p>
<p>Il me semble tout d'abord que vous demandez, non pas par curiosité personnelle, mais parce que vous vous placez astucieusement à la place de vos lecteurs : existe-t-il un moyen de nous expliquer d'une manière simple et claire En quoi consiste cette dialectique si souvent invoquée pour élucider l'essentiel du matérialisme historique ? Et je pense que vous pourriez ajouter que la conception de cette dialectique reste obscure pour les scientifiques purement empiriques, pour les métaphysiciens encore survivants et pour ces évolutionnistes populaires, qui s'abandonnent si volontiers à une impression générale de ce qui est et se passe, apparaît et disparaît, naît et meurt, et qui entendent par évolution en dernier ressort l'inconnaissable, et non le processus de compréhension. En fait, par dialectique, nous entendons ce mouvement rythmique de la compréhension qui tente de reproduire les grandes lignes de la réalité en devenir.</p>
<p>Pour ma part – si ces lettres n'étaient pas trop longues pour rendre une telle chose improbable – si jamais j'avais envie de reprendre cette affaire, je devrais, avant de répondre à des questions si difficiles, me souvenir de ce poète grec, qui, interrogé par le tyran de Syracuse : « Que sont les dieux ? demanda d'abord un jour de répit, puis un deuxième, puis un troisième, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Et pourtant les poètes qui créent, inventent, louent et célèbrent les dieux, devraient les connaître mieux que je ne pourrais l'être avec la dialectique, si un homme me tenait dans une position étroite et exigeait impérieusement que je lui réponde. Je prendrais mon temps, méthode de procédure qui n'est pas en harmonie avec la pensée dialectique, et je dirais en tant de mots (et cette réponse est implicite) : Nous ne pouvons nous rendre compte de façon adéquate de la pensée que si ce n'est par un acte de réflexion. pensée. Il faut s'habituer aux diverses manières d'appliquer la pensée par efforts successifs. Et il est toujours dangereux de sauter à deux pieds de l'application concrète d'un certain concept à la formulation de sa définition générale. Et si j'étais pressé de répondre, je recommanderais, pour épargner à celui qui pose la question la peine d'une étude longue, ardue et compliquée, la lecture de l' Anti-Dühring , en particulier du chapitre intitulé « La négation de la négation ». "</p>
<p>On y verra, et tout au long du livre, qu'Engels a non seulement fait de grands efforts pour expliquer ce qu'il enseignait, mais qu'il s'est également efforcé de lutter contre l'utilisation erronée des processus mentaux, comme c'est le cas par des gens qui, au contraire, d'arriver à des pensées concrètes dans lesquelles la faculté mentale se montre vivante et fraîche, ont tendance à tomber dans des schémas a priori ou dans la scolastique. Et qu'il soit dit, sans préjudice pour les ignorants, que la scolastique n'était en aucun cas exclusivement réservée aux savants du Moyen Âge et qu'elle ne se porte pas simplement comme une robe sacerdotale. La scolastique peut s'appuyer sur n'importe quelle théorie. Aristote lui-même fut le premier scolastique. Il était en effet bien d'autres choses, et surtout un génie scientifique. La scolastique se présente même au nom de Marx. Le fait est que la plus grande difficulté dans la compréhension et l'élaboration ultérieure du matérialisme historique n'est pas la compréhension des aspects formels du marxisme, mais la possession des faits auxquels ces formes sont immanentes. Marx possédait certains de ces faits et les a élaborés, et il en reste bien d'autres que nous devons découvrir et élaborer par nous-mêmes.</p>
<p>Au cours des nombreuses années que j'ai passées dans l'éducation, j'ai acquis la ferme conviction du grand tort causé aux jeunes esprits en les imprégnant sans avertissement de formules, de diagrammes et de définitions comme s'ils étaient les précurseurs de choses réelles, au lieu de les guider vers l'avenir. par étapes graduelles et bien pesées à travers un département choisi de la réalité et d'abord en observant, comparant et expérimentant des objets réels avant de formuler des théories. Bref, une définition placée au début d'une étude n'a aucun sens. Les définitions ne prennent un sens que lorsqu'elles sont génétiquement développées. Au cours de la construction, on constate souvent à quel point de simples définitions sont préjudiciables. L'interprétation commune donnée par des esprits incultes à certains passages du droit romain est tout à fait différente du sens réel. L'enseignement n'est pas une activité qui produit un simple effet au moyen d'objets nus. Il s'agit plutôt d'une activité qui engendre une autre activité. En enseignant, nous apprenons à comprendre que le premier germe de toute pensée philosophique est toujours planté par la méthode socratique, c'est-à-dire par le talent accompli de générer des idées. [14]</p>
<p>En recommandant l'Anti-Dühring et le chapitre cité, je n'entends pas faire un catéchisme de ces choses, mais seulement m'y référer comme une illustration de la capacité d'enseigner. Les armes et les instruments ne remplissent leur fonction que tant qu'ils sont utilisés, et non lorsqu'ils sont accrochés aux murs des musées.</p>
<p>A propos, s'il ne fallait pas terminer, je voudrais m'arrêter un instant sur ce passage où vous dites que l'Italie mérite l'hommage de tous, parce qu'elle est le berceau commun de toutes les civilisations. Ces paroles peuvent sembler un peu ronflantes, étant donné que vous parlez d'un socialisme qui, en réalité, n'a pas une grande dette envers l'Italie. Cependant, s'il est vrai que le socialisme est le résultat d'une civilisation avancée, alors les hommes mûrs et avancés des autres pays feraient bien de tourner de temps en temps leurs regards vers ce berceau. En pensant de temps en temps à l'Italie, qui a fait pendant des siècles la plus grande partie de l'histoire universelle, chacun pourra toujours apprendre quelque chose de nous. Et alors ils s'apercevront qu'ils avaient déjà cette Italie chez eux comme précurseur de celle qu'ils sont maintenant. Certains Français ont estimé que l'Italie, du berceau de la civilisation, était devenue un tombeau. Et comme un tombeau, il doit apparaître à tous les étrangers qui le visitent comme s'il s'agissait d'un musée, mais qui ignorent notre histoire actuelle. Et en cela ils ont tort, et, si érudits que soient ces visiteurs, ils restent dans cette mesure ignorants de la vie réelle de notre pays, une vie qui semble être celle d'un ressuscité des morts. Et cela, au moins, mérite d'être souligné.</p>
<p>En quoi consiste réellement cette renaissance de l'Italie et quelles perspectives offre-t-elle à ceux qui regardent le progrès général de l'humanité sans préjugés ni idées préconçues ? [15] Je ne parlerai pas des grandes difficultés qui doivent être surmontées dans le traitement de l'histoire réelle de chaque pays d'un point de vue objectif, qui ne permettra pas aux opinions personnelles d'influencer la recherche scientifique. Dans le cas particulier de l'Italie, il faudrait remonter au XVIe siècle, lorsque les premiers débuts de l'ère capitaliste furent inaugurés par les pays méditerranéens, où le capitalisme avait alors son siège principal. Il faudrait atteindre les prémisses positives et négatives, internes et externes, de la situation actuelle de l'Italie à travers l'histoire des décadences successives. Il n'est pas nécessaire que je dise que mes pouvoirs ne seraient pas à la hauteur de la tâche. Je ne ressens pas la moindre tentation de l'entreprendre comme un incident dans un discours occasionnel et familier comme celui d'aujourd'hui. Celui qui peut résumer une telle étude dans un livre pourrait prétendre avoir apporté une contribution à l'expression mentale de la situation réelle et de la vie de pensée réelle des Italiens. [16] Ici, nous avons souvent parmi nous des optimistes aveugles ou des pessimistes aveugles, dans le sens dans lequel les gens non philosophiques utilisent ces termes. Car en Italie, il existe non seulement une grande ignorance concernant la situation réelle des autres pays, mais aussi une évaluation de la situation intérieure selon une norme tout à fait idéale, hypothétique et souvent utopique, au lieu d'être comparative et pratique. Il est en effet singulier qu'ici, dans notre pays, où les sciences consacrées à l'observation de la nature, sciences réellement cultivées pour des raisons particularistes et anti-philosophiques, aient connu un tel essor, nous rencontrions si peu de compréhension positive des problèmes sociaux actuels. conditions, alors qu'en même temps nous avons un très grand nombre de sociologues qui fournissent des définitions aux chercheurs de vérité. Mais il est bien connu que les sociologues de tous les pays éprouvent une étrange antipathie à l'égard de l'étude de l'histoire. Et pourtant, cette même histoire est, aux yeux des profanes, ce par quoi la société s'est développée.</p>
<p>Enfin, rares sont ceux qui voient clairement que la bourgeoisie italienne, qui est déjà l'objet du mépris et de la haine de la part des petits, des esclaves affranchis et exploités, comme dans tous les autres pays, et d'autre part est poussée et peuplée de petits commerçants, est instable, agitée et méfiante dans ses propres rangs, parce qu'elle ne peut pas rivaliser sur un pied d'égalité avec les capitalistes des autres pays. Pour cette raison, et pour l'autre qu'ils ont le Pape, [17] Avec ses marchandises encore marchandes que seuls les théoriciens de l'utopisme libéral proclament comme étant à jamais dépassées, cette bourgeoisie, qui doit encore se développer, est intrinsèquement révolutionnaire, comme le dirait le Manifeste. Et comme ils n'ont pas eu la chance d'être jacobins, comme ils auraient tant aimé l'être, ils se sont habitués à la formule d'un roi par la grâce de Dieu et de la nation, tout à la fois. Puisque cette bourgeoisie ne pouvait compter sur un développement rapide et à grande échelle de l'industrie, qui est en fait lent à venir, ni, par conséquent, sur une conquête rapide des marchés étrangers, en raison du progrès lent et incertain de l'économie nationale, en grande partie agricoles, ils pratiquent la politique médiocre de l'opportunisme et dépensent tous leurs talents en adroitité. C'est le rôle joué depuis quelques mois par notre marine en Orient. Il joue le rôle du renard dans la fable, qui déclarait que les raisins étaient aigres, parce qu'il ne pouvait pas les atteindre. Mais ce renard se retrouve parmi d'autres renards, qui gardent les raisins ou s'apprêtent à les saisir. Et puis le renard devient idéaliste, faute de positif. Cette bourgeoisie italienne se sent dans le rôle de la nation tout entière, en partie à cause de l'abstention réactionnaire ou démagogique des cléricaux de l'activité politique, en partie à cause du très lent développement d'une opposition prolétarienne. En l'absence de divisions partisanes dans la société, la bourgeoisie donnait le nom de partis aux factions qui se rassemblaient autour de capitaines ou de proconsuls, de dirigeants entreprenants ou aventureux. La première apparition du socialisme les frappa comme la foudre.</p>
<p>D'un autre côté, se trompent ceux qui croient que toute agitation de la multitude dans ce pays, comme nous en avons été témoins à plusieurs reprises en divers endroits de l'Italie, est l'indice d'un mouvement prolétarien, qui a pour base concrète la lutte économique. et oriente plus ou moins explicitement ses aspirations vers le socialisme des autres pays. Le plus souvent, ces troubles ressemblent à des révoltes de forces élémentaires contre un état de choses dans lequel ces forces ne trouvent pas cette discipline de contrôle typique d'un régime bourgeois tendant à former le prolétariat en escouades. Regardez, par exemple, le phénomène aggravé de l'émigration qui, à quelques exceptions près, emporte des hommes capables d'offrir à l'exploitation capitaliste à l'étranger des armes puissantes, un zèle incomparable et des estomacs capables de toutes les privations. Ce sont, en un mot, des ouvriers des champs superflus, ou des artisans de métiers en déclin, que le règne de l'éducation capitaliste regrouperait dans des escadrons de travail en usine, si l'industrie à grande échelle était prête à développer ce genre de choses, ou que notre capitale inviterait dans nos colonies natales, si nous en avions, et si nous n'avions pas été saisis par la folie de fonder des colonies dans des endroits où il est presque impossible de le faire. [18]</p>
<p>L'Italie est devenue ces dernières années, pour des raisons tout à fait naturelles, la terre promise des décadents, des autoglorifiants, des critiques superficiels, des sceptiques exigeants et posés. La partie saine et véridique du mouvement socialiste (qui n'a pour l'instant d'autre devoir à accomplir dans les circonstances actuelles que de préparer la petite classe moyenne à l'éducation démocratique) contient donc des mélanges d'éléments qui devraient l'admettre s'ils ils voulaient être honnêtes avec eux-mêmes, qu'ils sont décadents, qu'ils ne sont pas poussés à s'agiter par une forte volonté de vivre, mais par une vague satiété du présent. Ce ne sont que des bohèmes rassasiés et ennuyés.</p>
<p>Mais il faut vraiment que je termine. Il me semble cependant entendre une petite voix de protestation venant de ces camarades toujours si prêts à élever des objections. Et cette voix dit : « Tout cela n'est que sophisme et doctrinarisme. Ce dont nous avons besoin, c'est de pratique. Certes, je suis d'accord avec toi, tu as raison. Le socialisme a été si longtemps utopique, intrigant, désinvolte et visionnaire, qu'il est bon de répéter sans cesse aujourd'hui que ce dont nous avons besoin, c'est de la pratique. Car l'esprit de ceux qui adoptent le socialisme ne doit jamais être déconnecté des choses du monde réel et doit continuellement étudier leur domaine dans lequel ils sont obligés de travailler dur pour tracer une voie claire. Mais mon soi-disant critique devrait se garder de devenir lui-même un doctrinaire. Car ce terme désigne, pour celui qui le comprend, une certaine disposition mentale à se perdre dans les abstractions et à prétendre que les idées déclarées excellentes en elles-mêmes et les fruits recueillis par l'expérience en différents temps et lieux peuvent s'appliquer directement à cas concrets et conviennent à tous les temps et à tous les lieux. La pratique des partis socialistes dans leurs relations avec les autres politiques s'est jusqu'à présent exercée plutôt en conformité avec des exigences rationnelles qu'avec la science. C'est le résultat d'une observation constante, d'une adaptation incessante à des conditions nouvelles. C'est le fruit éprouvé de la lutte pour un alignement des tendances souvent différentes et antagonistes du prolétariat dans la même direction. C'est l'effort visant à réaliser des projets pratiques à l'aide d'une compréhension claire de toutes les interrelations compliquées et complexes qui unissent le monde dans lequel nous vivons. S'il n'en était pas ainsi, de quel droit et de quelle prétention pourrions-nous parler d'un marxisme tant vanté ? Si le matérialisme historique ne tient pas, cela signifie que les perspectives de l'avènement du socialisme sont douteuses et que notre conception d'une société future est un rêve utopique.</p>
<p>Il est trop souvent vrai que tout notre socialisme contemporain contient encore en lui-même les germes latents d'un nouvel utopisme. [19]</p>
<p>C'est le cas de ceux qui ne cessent de ressasser le dogme de la nécessité de l'évolution, qu'ils confondent avec un certain droit à une condition meilleure. Et ils disent que la future société de production économique collectiviste, avec toutes ses conséquences techniques et pédagogiques, viendra parce qu'elle DEVRAIT venir . Ils semblent oublier que cette société future doit être produite par les êtres humains eux-mêmes en réponse aux exigences des conditions dans lesquelles ils vivent actuellement et par le développement de leurs propres aptitudes. Bienheureux ceux qui mesurent l'avenir de l'histoire et le droit au progrès à l'aune d'une police d'assurance-vie !</p>
<p>Ces dogmatiques des idées bon marché oublient plusieurs choses. En premier lieu, ils oublient que le futur, justement parce qu'il est un futur qui sera un présent alors que nous appartenons au passé, ne peut pas être utilisé comme critère pratique pour nos actions présentes. Ce sera la chose à laquelle nous souhaitons arriver, mais non le chemin par lequel y parvenir. En deuxième lieu, l'expérience de ces cinquante dernières années devrait convaincre ceux qui savent penser de manière critique de la vérité suivante : dans la mesure où la capacité d'organisation dans un parti de classe grandira parmi les prolétaires et les petits commerçants, le processus de ce mouvement compliqué fournira lui-même la preuve que le développement de la nouvelle ère devra être mesuré selon un étalon de temps considérablement plus lent que celui initialement supposé par les premiers socialistes qui étaient encore entachés de souvenirs jacobins. Il est évident que nous ne pouvons pas envisager des périodes aussi longues avec une très grande certitude. Nous devons prendre en compte l'énorme complexité de la vie moderne et la vaste expansion du capitalisme ou de la société bourgeoise. [20] Qui ne voit que le Pacifique remplace désormais l'océan Atlantique, tout comme l'Atlantique a autrefois remplacé la mer Méditerranée ? Enfin, en troisième lieu, la science pratique du socialisme consiste à observer clairement tous les processus compliqués du monde économique et à étudier simultanément les conditions dans lesquelles vit le prolétariat, devenu capable de se concentrer dans un parti de classe. et apporte dans cette concentration successive l'esprit dont il a besoin dans la lutte économique qui façonne sa propre politique particulière. Sur la base de ces données actuelles, nous pouvons fonder des calculs suffisamment clairs pour nos prévisions et établir un lien avec le point où le prolétariat devient dominant et façonne la politique politique de l'État. Ce point doit coïncider avec celui où le capitalisme devient inapte à gouverner. Et à partir de ce point, que personne ne peut très bien imaginer être une bagarre bruyante, nous aurons le début de ce que beaucoup, avec une obstination ennuyeuse, appellent la révolution sociale par excellence . l'histoire est une série de révolutions sociales. Aller au-delà de ce point dans notre raisonnement serait le prendre pour un tissu de notre imagination.</p>
<p>Le temps des prophètes est révolu. Heureux toi, Fra Dolcino, qui dans tes trois lettres [21] n'a pas su transfigurer les incidents passagers de la politique (comme le pape Célestin et le pape Boniface VIII, les champions d'Anjou et d'Aragon, les Guelfes et les Gibelins, la plèbe pauvre et les patriciens des communes, etc.) en types qui avaient déjà été symbolisés par les prophètes et l'Apocalypse, mesurant les périodes de providence par corrections successives selon les années, les mois et les jours. Mais tu étais un héros. Et cela prouve que ces fantasmes n'étaient pas la cause de tes luttes, mais plutôt leur enveloppe idéologique, au moyen de laquelle tu te rendais compte, comme beaucoup d'autres l'ont fait, pendant tout un siècle avant toi et François de Assise, du mouvement désespéré de la plèbe contre la hiérarchie papale, contre la bourgeoisie croissante dans les communes et contre la monarchie naissante. Mais toutes ces enveloppes ont été déchirées, y compris la religion des idées, comme diraient certains qui emploient un jargon hypocrite par respect superstitieux pour la religion des autres. Aujourd'hui, seuls les imbéciles sont autorisés à rester des utopistes. L'utopie des imbéciles est soit une chose ridicule, soit une idée chère aux hommes de lettres qui visitent ce phalanstère d'enfants que Bellamy a construit. Notre humble Marx, en revanche, un homme de science tout à fait prosaïque, s'est efforcé de recueillir modestement dans la société actuelle les indications de sa transition vers la société à venir, par exemple l'essor des coopératives (les vraies !) en Angleterre et des choses similaires, et c'est à lui qu'incombe la tâche (surtout grâce au travail consacré à l'Internationale) d'être l'accoucheur de l'avenir, ce qui n'est pas tout à fait la même chose que d'en être le bâtisseur fantaisiste. Lui et Engels parlaient de la société du futur, considérant la dictature du prolétariat comme un fait, non pas du point de vue intuitif de celui qui croit la voir devant lui, mais du point de vue d'un principe de formation. de la structure économique qui devrait se développer en opposition à la société actuelle. [22]</p>
<p>Au reste, si quelqu'un éprouve le besoin de vivre dans l'avenir comme s'il pouvait le ressentir et l'essayer sur sa peau, et s'il balbutie au nom de telles idées et veut investir de son sens les membres de la société future, droits et devoirs, qu'il aille de l'avant. J'espère qu'il me permettra, moi qui ai aussi une sorte de droit d'envoyer sa carte de visite à la postérité, d'exprimer le sentiment que les hommes de l'avenir ne renonceront pas à leur nature humaine au point de ne plus être comparables à nous du présent, et qu'ils auront assez de la joie dialectique du rire pour plaisanter sur les prophètes d'aujourd'hui.</p>
<p>Maintenant, je ferme pour de bon. Et c'est à vous de recommencer, si jamais vous le désirez.</p>
<p>REMARQUES</p>
<p>1. « Depuis 1873, j'ai écrit contre les principes fondamentaux du système libéral et, en 1879, j'ai commencé à marcher sur le chemin de ma nouvelle foi intellectuelle, à laquelle je tiens toujours et qui a été confirmée par des études et des observations plus approfondies au cours des dernières années. trois ans." C'est ainsi que j'ai écrit à la page 23 de ma conférence « Sur le socialisme », Rome, 1889. Cette conférence, qui était en quelque sorte une confession de foi dans un style populaire, a été complétée par moi avec le pamphlet « Prolétaires et radicaux », Rome, 1890.</p>
<p>2. "Je ne fais pas le vœu de m'enfermer dans un système comme dans une prison." C'est ainsi que je l'ai écrit il y a 24 ans dans la préface de mon ouvrage De la liberté morale (Naples, 1873). Et je peux le répéter maintenant. Ce livre contient un exposé détaillé du déterminisme, et a ensuite été complété par un autre de mes travaux, intitulé « Moralité et religion » (Napes, 1873).</p>
<p>3. Un retour à d'autres philosophies est aujourd'hui également suggéré par certains socialistes. On veut revenir à Spinoza, c'est-à-dire à une philosophie dans laquelle le développement historique n'a aucune place. Un autre se contenterait du matérialisme mécanique du XVIIIe siècle, c'est-à-dire du rejet de toute histoire. D'autres encore pensent à faire revivre Kant. Cela implique-t-il aussi la renaissance de son antinomie insoluble entre raison pratique et raison théorique ? Cela signifie-t-il un retour à ses catégories fixes et à ses facultés fixes de l'âme, dont Herbart semblait n'avoir fait qu'une bouchée ? Cela inclut-il son impératif catégorique, dans lequel Schopenhauer avait découvert les commandements chrétiens sous le déguisement d'un principe métaphysique ? S'agit-il de la théorie des droits naturels, que même le Pape ne se soucie plus de soutenir ? Pourquoi ne laissent-ils pas les morts enterrer les morts ?</p>
<p>Vous n'avez que le choix entre deux alternatives logiques. Soit vous acceptez ces autres philosophies dans leur intégralité, telles qu'elles étaient à leur époque, et dans ce cas vous devez dire adieu au matérialisme historique. Ou bien vous en choisissez ce qui vous convient et vous adaptez vos arguments à votre choix, et dans ce cas vous vous chargez d'un travail inutile, car l'histoire de la pensée est ainsi constituée que rien n'est perdu des choses qui étaient dans le passé. les conditions et les préparatifs de nos conceptions actuelles.</p>
<p>Il existe finalement une troisième possibilité, à savoir celle de tomber dans le syncrétisme et la confusion. Une bonne illustration de ce type est L. Woltmann (« System des moralischen Bewusstseins », Düsseldorf, 1898), qui réconcilie les lois éternelles de la morale avec le darwinisme, et Marx avec le christianisme.</p>
<p>4. Je recommanderais au lecteur ma conférence sur "La Laurea in Filosofia" (Le Doctorat en Philosophie), qui est annexée à l'ouvrage ci-dessus. Mon ami Lombroso appelait cela en plaisantant « la décapitation de la métaphysique ».</p>
<p>>5. Le manque de chance a été démontré par de nombreux articles écrits contre cette conception, à commencer par celui fortement poivré et salé de Kautsky dans "Die Neue Zeit", XIII, Vol. I, pages 709-716, à celle de David dans « Le Devenir Social », décembre 1896, pages 1059-65, sans parler des autres. Ferri dit d'ailleurs dans une note de bas de page de son annexe à l'édition française de son ouvrage « Darwin, Spencer, Marx », Paris, 1897 : « Le professeur Labriola a récemment répété, sans preuve, l'affirmation selon laquelle le socialisme n'est pas conciliable avec le darwinisme (en son article sur « Le Manifeste de Marx et Engels », dans « Le Devenir Social », juin 1895. » Or il est vrai que je conteste, dans mon essai « En mémoire du Manifeste communiste », ceux qui « cherchent dans cette doctrine un dérivé du darwinisme, qui n'est une théorie analogue que d'un certain point de vue et dans un sens très large. » (page 10) – Mais il me semble que nier sa dérivation et admettre son analogie ne signifie pas Je veux dire nier qu'il puisse être réconcilié avec le darwinisme. Veuillez consulter mon essai sur le « Matérialisme historique », chapitre iv</p>
<p>6. Cette thèse philosophique est en quelque sorte annoncée par les mots suivants de Ferri, qui concluent la note susmentionnée : « Le transformisme biologique est évidemment fondé sur le transformisme universel, et en même temps il est la base du transformisme économique et social. " Dans ces circonstances, Spencer est à la fois un génie et un idiot, car il est le prince de l'évolution et pourtant il n'a jamais pu comprendre le socialisme !</p>
<p>7. Ensuite, j'attends un Socrate-Marx à deux étoiles. Car Socrate fut le premier à découvrir que la compréhension est un processus de travail et que l'homme ne connaît bien que les choses qu'il peut faire. Un de mes livres sur "La Dottrina di Socrate" porte la date de 1871, Naples.</p>
<p>8. Voir « Zuricher Socialdemokrat », 22 mars 1883, page 1. Je remarque au passage que Darwin, décédé l'année précédente, est né en 1809. Engels est né en 1820, comme Spencer. Ils étaient tous de vrais contemporains, à peu près du même âge et vivant dans le même environnement.</p>
<p>9. J'ai expliqué ce que j'entends par « conception épigénétique » dans un ouvrage intitulé « Les problèmes de la philosophie de l'histoire », Rome, 1887. Cet ouvrage est en partie basé sur un de mes travaux plus anciens intitulé « L'enseignement de l'histoire », Rome, 1876.</p>
<p>10. Ce dernier était un chanteur de music-hall et, selon sa propre estimation, un précurseur d'Oscar Wilde.</p>
<p>11. J'exceptionne le philosophe Teichmüller, qui a étudié et décrit uniquement cette forme d'athéisme actif, qui est une religion et une foi. D'autre part, l'absence de toute religion, qui caractérise les sciences purement expérimentales, correspond à l'indifférence de l'esprit à l'égard de toute croyance ou croyance. L'athéisme, en tant que croyance active, est à l'origine de ce cercle d'écrivains parisiens dont les principaux fondateurs furent l'ingénu Chaumette et l'ambigu Hébert.</p>
<p>12. "....Les juristes n'y prêtent généralement aucune attention. La responsabilité au sens psychologique du terme signifie qu'une action est attribuée à une personne (à la volonté d'une personne), dans la mesure où cette personne est consciente. de son action et la veut. Mais comme une responsabilité au sens psychologique implique une responsabilité au sens moral, il faut comparer la volonté, qui est le principe de l'action, avec cette somme d'idées qui forment la conscience morale de l'homme. personne qui agit. Et une telle comparaison doit clairement révéler le fait que la responsabilité morale de chacun se réduit à une différenciation infinitésimale d'individu à individu. Voir page 124 de mon ouvrage sur la « Liberté morale », Naples, 1873. Cela pourra être vérifié au fur et à mesure.</p>
<p>13. Dans ce petit volume, j'avais l'intention de résoudre exclusivement les problèmes que soulevaient dans mon esprit de diverses manières les questions et les objections de Sorel. Le lecteur ne peut donc trouver dans ce livre aucune réponse, directe ou indirecte, aux diverses critiques adressées à mes essais. Laissant de côté les simples critiques moqueuses et laissant de côté les polémiques incidentes et les impertinences gratuites de quelques écrivains grossiers, je remercie sincèrement Messieurs Andler, Durkheim, Gide, Seignobos, Xenopol, Bourdeau, Bernheim, Pareto, Petrone, Croce, Gentile et les éditeurs de " Année Sociologique" et "Novoie Slovo", pour les longues critiques dont ils m'ont fait l'honneur. Je ne peux m'empêcher de remarquer que j'ai été l'objet d'observations aussi opposées que celles-ci : « Vous êtes trop marxiste » et « Vous n'êtes plus marxiste ». Les deux affirmations sont également infondées. La vérité est simplement que j'ai d'abord accepté la théorie du matérialisme historique, puis je l'ai traitée du point de vue de la science moderne et – selon mon propre tempérament intellectuel.</p>
<p>14. Je renvoie le lecteur à mon ouvrage sur La Doctrine de Socrate , Naples, 1871, notamment aux pages 56 à 72, où je discute de sa méthode. Je cite quelques passages de cet ouvrage, histoire de montrer « l'élément socratique » dans toute forme de pensée.</p>
<p>« L'état primitif de la conscience humaine, bien que typique de l'époque primitive du développement social, continue et se perpétue dans les périodes historiques ultérieures, parce qu'il acquiert un certain degré de pouvoir durable par l'habitude et fixe son expression dans les mythes et la poésie primitive. l'essor successif et le lent développement de la réflexion... ne parviennent pas entièrement à surmonter les diverses manifestations de l'esprit primitif et irraisonné. La transformation des éléments anciens en concepts consciemment compris et exprimés ne s'opère qu'au terme d'un long processus, d'un travail assidu et assidu. lutte incessante à travers les siècles. Ce processus de transformation ne s'opère pas simplement grâce à ces motivations internes de critique et de recherche que l'on peut qualifier de théoriques. Il est plutôt le résultat nécessaire des « collisions pratiques entre la volonté de l'individu et celle de l'individu ». opinions traditionnelles exprimées par les coutumes. » Plus tard encore, elle revêt le caractère d'« une lutte sociale entre classe et classe, entre individu et individu ». Dans l'histoire de cette lutte, l'un des éléments de la vie primitive qui offre le plus de matière à contrastes. ... est le langage... qui prend dans les périodes ultérieures l'apparence d'une règle à laquelle tous les individus doivent nécessairement et inévitablement se conformer. Mais quand les hommes ne s'accordent plus instinctivement pour appeler les mêmes choses justes, vertueuses, honnêtes, etc., quand ils ont perdu confiance dans ces types abstraits de légendes et de mythes, dans lesquels l'esprit primitif avait déposé et exprimé des points communs. accord... alors surgit... chez l'individu le besoin de retrouver cette certitude, qui est venue de l'accord sur un critère naturel et commun et il demande : Qu'est-ce que c'est ? Cette question manifeste l'intérêt logique de Socrate. Car nous sommes d'abord envahis par l'illusion que les mêmes mots expriment le même sens, mais à la longue nous acquérons la conviction de la grande différence entre nos concepts et ceux des autres. La première illusion devient ainsi d'autant plus évidente et finalement elle est entièrement dissipée. » (Page 62.) - « La question : Qu'est-ce que c'est ? comprend toute l'enquête sur la valeur d'un concept, depuis ses limites évidentes et déterminables jusqu'à l'idée que nous nous en faisons. Le contenu d'un concept, qui semble à première vue exprimé par sa simple dénomination, doit être en réalité constaté, dans son essence et son identité. Et cela ne peut pas se faire en allant du haut vers le bas. ou, comme on dit, de manière déductive, parce qu'il nous manque encore la conviction de l'existence d'une valeur logique inconditionnelle et absolue." (Page 65.) - "Le point de départ, c'est-à-direle nom qui dans sa simple unité phonétique fut d'abord le centre de la recherche, devient finalement la limite extrême de la pensée, qui se place au terme de la recherche en en faisant consciemment l'expression d'un contenu dû à une pensée délibérée. Alors les images concrètes, qui s'organisaient d'abord de manière douteuse autour d'une dénomination vague, ne dominent plus la nouvelle synthèse et sont contraintes de se dissoudre et de chercher un nouvel emplacement. Et seulement l'élément nouveau qui est le fruit de la recherche. ou le contenu constant de l'objet d'enquête trouvé par induction, peut déterminer la coordination et la subordination dans lesquelles les images doivent exister côte à côte. " (Pages 66-67.)</p>
<p>15. Lorsque j'ai écrit pour la première fois ces aperçus hâtifs de la situation actuelle en Italie, je les ai rédigés plutôt longuement. Plus tard, lorsque j'ai préparé ces lettres pour l'imprimeur, j'ai décidé de raccourcir ce plan. Car dans un avenir pas très lointain, j'ai l'intention de publier un autre essai, dans lequel j'aurai l'occasion de parler assez longuement des causes lointaines et des raisons immédiates de la situation actuelle de notre pays.</p>
<p>16. J'ai fait cette analyse, au moins de façon sommaire, au début de mon cours d'académie de 1897-98, consacré à la chute de « l'Ancien Régime ». Afin d'expliquer l'évolution catastrophique de la société capitaliste en France, il m'est venu à l'esprit de le faire précéder d'une description générale de ce que nous appelons la société moderne. Mais le développement entravé ou retardé de la vie italienne prive de nombreux Italiens d'une vision claire du monde capitaliste, et c'est pourquoi il m'a convenu de donner un exposé précis des causes, des raisons et de la manière dont se sont développées les conditions actuelles en Italie. De nombreux socialistes italiens n'ont pas compris jusqu'à récemment que les obstacles au développement capitaliste sont autant d'obstacles à la formation d'une société prolétarienne capable d'action politique. Dans cette mesure, ils étaient et restaient des utopistes, qu'ils le veuillent ou non. A cette époque, en décembre 1897, je ne pouvais pas prévoir l'ouragan qui s'est déchaîné en Italie en mai 1898. Mais cet ouragan m'a trouvé au moins préparé – à le comprendre. Et que puis-je faire d'autre dans certaines circonstances que comprendre ?</p>
<p>17. J'ai eu à plusieurs reprises, depuis 1887 jusqu'à nos jours, l'occasion de combattre par la parole et par l'écrit les tentatives de réconciliation de l'Italie et du Vatican. Mais je n'ai jamais fait appel dans mes polémiques ni au matérialisme, ni à l'athéisme, etc., comme le font généralement les idéologues. J'ai toujours fait appel aux intérêts pratiques de notre bourgeoisie, qui, pour le dire en deux mots, ne peut se passer de deux choses à la fois, à savoir l'hymne de Garibaldi et la marche royale. L'impossibilité pratique d'un véritable parti conservateur est l'un des traits caractéristiques de notre pays. Car pour conserver, il faudrait ici détruire. En outre, nos prêtres, aussi prosaïques que les autres Italiens, travaillent toujours pour un Royaume des Cieux sur terre, gèrent des affaires comme des humanitaires tardifs et importent la théologie, l'instruction sacrée, la démocratie chrétienne et les trésors confessionnels comme articles de luxe d'Allemagne et d'Autriche.</p>
<p>18. « L'Italie a besoin de progrès matériel, moral et intellectuel. J'espère que vous verrez une Italie dans laquelle la gestion arriérée de l'agriculture sera supplantée par la machinerie et la chimie à grande échelle ; puissance de l'électricité, qui seule peut suppléer à notre manque de charbon, attelée aux cours supérieurs des rivières, ou peut-être aux vagues de la mer et aux vents. J'attends le temps où vous ne verrez plus d'analphabètes. en Italie, et donc plus d'hommes qui ne sont pas des citoyens et de foules qui ne sont pas des gens. Vous serez peut-être témoin et participerez à une politique qui sera dirigée conformément à une compréhension d'une culture croissante et d'un pouvoir économique croissant, au lieu de cela. des alliances basses et des entreprises fantastiquement aventureuses qui se terminent par des actes de prudence qui semblent vils. – C'est ainsi que j'ai parlé l'année dernière, dans mon discours inaugural à l'Université de Rome, le 14 novembre, en m'adressant aux étudiants. Ce sont précisément ces paroles qui ont fait tant de bruit. Voir « L'Université et la liberté de la science », Rome, 1897, page 50.)</p>
<p>19. Bernstein a récemment écrit avec une grande habileté quelques articles ingénieux dans le NEUE ZEIT sur l'utopisme latent chez certains marxistes. Et beaucoup de ceux à qui cette chaussure convenait se sont peut-être demandés : « Est-ce que cela me concerne ? (Quand j'écrivais ceci en 1897, je n'aurais jamais imaginé que ce Bernstein, dont je louais la critique simplement dans la mesure où c'était une critique, serait porté dans le monde entier comme le plus grand exemple de réformiste, par les vendeurs de la « crise ». du marxisme." – Note à la nouvelle édition.)</p>
<p>20. La multiplication des centres de production et la complexité des interrelations qui en résulte ont également conduit à une évolution des crises commerciales. A la place des spasmes périodiques qui, à l'époque de Marx, survenaient tous les dix ans dans l'exemple typique de l'Angleterre, nous avons aujourd'hui un état de dépression diffus et chronique. Cela a été transformé en un argument de poids par ceux qui combattent l'idée des catastrophes. En bref, ils tentent de faire du marxisme une théorie responsable des erreurs de prévision et de calcul que Marx était susceptible de commettre parce qu'il vivait dans un certain environnement limité par l'espace, le temps et les circonstances.</p>
<p>21. D'une de ces lettres nous n'avons que des fragments par indirection.</p>
<p>22. Pour plus d'informations sur ce point, voir les citations à la fin de mon essai sur le « Matérialisme historique ».</p>
<p>Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.</p>
<p>ANNEXE I</p>
<p>POST-SCRIPT DE L'AUTEUR À L'ÉDITION FRANÇAISE.</p>
<p>Frascati (Rome), 10 septembre 1898.</p>
<p>Même si Sorel n'a donné aucun signe de reprise jusqu'à présent, il se peut qu'il le fasse encore. Cependant, j'ai de bonnes raisons de craindre qu'il prenne une route tout autre que celle à laquelle je m'attendais s'il recommençait, puisqu'il parle maintenant de sa crise du socialisme scientifique (voir son article dans Critica Sociale , 1er mai 1898, pages 134-138), qu'il écrit en référence aux mêmes publications de Merlino, qu'il avait si sévèrement critiquées l'année précédente, dans Le Devenir Social (octobre 1897, pages 854-858).</p>
<p>Mais qu'il reprenne ou non la discussion des problèmes généraux que j'ai traités dans les lettres qui lui précèdent, je me sens obligé de préciser ici, afin d'éviter tout malentendu et de préserver le lecteur des erreurs, que je ne le ferai pas. suivez-le dans ses élucubrations immatures et prématurées sur la théorie de la valeur (dans le Journal des Economistes , Paris, 15 mai 1897 ; Sozialistische Monatatshefte , Berlin, août 1897, Giornale degli Economisti , Rome, juillet 1898). Sans entrer dans le mérite de ces élucubrations, ce qui ne peut se faire en passant ou comme passe-temps, je tiens à dire que je n'ai pas envie de partager la compagnie indéfinie de Sorel simplement pour le plaisir d'être cité parmi les exemples. pour une crise du marxisme (Voir Th. Masarky, Die Krise des Marxismus , Vienne, 1898, traduction française dans la Revue de Sociologie , juillet 1898, où Sorel est cité à l'appui de cette précieuse découverte littéraire). À mon avis, il y a beaucoup de personnages dramatiques dans cette prétendue crise, qui soit n'ont pas très bien appris leurs répliques, soit ont peur de les apprendre, soit les récitent misérablement.</p>
<p>La même réserve que je dois faire aussi à l'égard de Croce, et je la fais avec une certaine insistance, en ce qui concerne son mémoire sur L'interprétation et la critique de quelques concepts du marxisme , publié à Naples, en 1897, et reproduit dans Le Devenir Sociale , tome IV, février et mars 1898.</p>
<p>Bien que cet ouvrage soit censé être une revue libre de mon Socialisme et philosophie (comme le dit l'auteur lui-même à la page 3), le fait est qu'outre quelques observations utiles sur les méthodes historiques et quelques remarques sagaces sur la tactique politique, il contient des énoncés théoriques. , qui n'ont rien à voir avec mes publications et mes opinions, mais qui leur sont plutôt diamétralement opposées . Dois-je maintenant m'engager officiellement dans une polémique explicite contre l'ensemble de cette thèse, qui mérite d'être lue pour tant d'autres raisons ? Mais pourquoi devrais-je le faire ? A quoi cela servirait-il ? Je laisse volontiers au libre critique jouir de sa liberté d'opinion, pourvu qu'elle ne passe pas aux yeux du lecteur pour un complément de ma part, et en outre comme un complément approuvé par moi-même.</p>
<p>Cependant, je ne peux me limiter à la réserve générale, qui suffit dans le cas de Sorel. Je dois plutôt aborder quelques points de critique généraux.</p>
<p>Je passe sans plus attendre sur les distinctions subtiles et scolastiques sur lesquelles Croce insiste, comme celle entre science pure et science appliquée , homme économique et homme moral , égoïsme et utilité , ce que nous sommes et ce que nous devrions être , etc., parce qu'un la tolérance à l'égard de la scolastique traditionnelle fait largement partie de ma profession. Cette scolastique peut servir à donner à la candeur de la jeunesse sa première formation, mais elle n'est jamais une science complète et concrète. Comment l'astronome pourra-t-il jamais empêcher les gens de dire que le soleil se lève et se couche ? Je pourrais me référer à un autre cas similaire en logique et à peu près conforme à celui-ci, traité dans les chapitres VI et VIII de mon essai sur le matérialisme historique . J'y ai montré étape par étape que les éléments indispensables comme matériau pour la cognition expérimentale et directe se transforment à un moment donné en aspects ou en parties d'une combinaison mentale complexe, selon le cas. Mais, pour plus de clarté, comment un homme dont l'esprit est encore plongé dans une logique si étroite de première cognition expérimentale peut-il entreprendre de s'attaquer au problème du marxisme, qui se situe au-dessus de distinctions aussi vulgaires, ou, pour être poli envers nos adversaires, prétend se tenir au-dessus d'eux ? N'est-ce pas un combat à armes trop inégales ? Je voudrais inviter Croce à essayer son art de la critique dans un autre domaine, à lire de manière critique certains traités sur l'Energitica , par exemple le récent de Helm, à laisser Helmholtz, R. Mayer et d'autres hommes aller au diable, et restaurer l'honneur et l'adoration du bon sens pour lequel la lumière brille toujours et la chaleur est toujours chaude.</p>
<p>Mais d'où Croce vient-il l'idée – et cela lorsqu'il s'agit de Marx – qu'en dehors des différentes économies qui se sont succédées dans l'histoire, dont l'économie de l'industrie capitaliste est un cas particulier (mais, bien entendu, le seul cas qui ait autant d'importance) ? jusqu'ici produit sa théorie, représentée par de nombreuses écoles et écoles d'écoles), il existe une économie pure , qui éclaire d'elle-même et explique tous ces cas, ou disons, toutes ces formes d'expérience prosaïque ? Un animal en soi , en dehors des animaux visibles et palpables ? Et quel est le contenu de cette économie de l'homme surhistorique et sursocial, qui devient plus gênant que tous les surhommes de la littérature et de la philosophie ? S'agit-il peut-être d'une doctrine nue des besoins et des appétits, basée uniquement sur l'environnement naturel, mais sans aucune expérience du travail, sans outils et sans interrelations précises entre la vie commune et la société ? Cette conjecture pourrait probablement passer pour une explication de la psychologie de la vie préhistorique. Mais non, cette économie de l'homme en lui-même est censée être perpétuelle et toujours existante. Et c'est ici que je me perds. Par exemple, il nous dit à la page 19 : « Je m'en tiens fermement à la construction économique du principe hédoniste, à l'utilité marginale , à l'utilité finale, et enfin à l'explication économique du profit sur le capital comme découlant de différents degrés d'utilité du présent. et l'avenir . Mais cela ne supprime pas la nécessité d'une explication sociologique des profits sur le capital. Et cette explication, avec d'autres de même nature, ne peut être trouvée autrement que par celle dans laquelle Marx la cherchait. » Mon ami Croce est un garçon assez insatiable, et pour cette raison il peut paraître plutôt capricieux à ceux qui ne le connaissent pas. Il avale en un mois tout un système d'économie, un système qui prétend embrasser toutes les connaissances économiques. Ce système est d'ailleurs assez connu en Italie, où il a des représentants éminents, et même quelques-uns qui l'ont continué et perfectionné, comme Barone, qui, prétend-on, a élaboré la théorie de la répartition . En affirmant sa confession de foi, qui ne peut qu'être pleine de joie, puisqu'elle est hédoniste, il lance un appel particulier à l'admiration en déclarant qu'il accepte l' explication économique.(il ne pourrait pas s'agir d'autre chose qu'économique) du « profit sur le capital résultant de différents degrés d'utilité des biens présents et futurs ». Et maintenant, autant dire que Marx était ignorant et perdait son temps, alors qu'il consacrait tant d'efforts à ses recherches sur l'origine, la production et la répartition de la plus-value, qu'il regardait dans une tout autre direction que Croce. Car c'est là, en dernière analyse, la contribution essentielle et spécifique de Marx à l'économie en tant que critique et innovateur. La formule bénie du MM', c'est-à-dire de l'argent rendu avec plus d'argent, était pour ainsi dire l'idée fixe dans l'esprit de l'explorateur Marx, le pivot de toute sa recherche. Or Croce, après avoir fait sa confession de foi en hédoniste convaincu, se comporte comme un homme qui a mangé et bu à sa faim et qui veut manger et boire encore en se tournant vers Marx à la recherche d'une théorie sociologique qui devrait compléter l'autre. celui-là, que Croce accepte de manière si ferme et décisive. Bien sûr, Marx ne peut pas lui dire autre chose que ceci : "Poursuivez au diable votre viande hédoniste. Ne me posez pas de questions sur de telles absurdités. Je ne peux vous proposer que le contraire." En fait, Croce est obligé d'inventer un Marx plus ou moins différent du vrai, pour avoir un Marx dont les principes semblent conciliables avec ceux indiscutables de l'hédonisme. En parlant de la manière dont Marx « pourrait réussir à découvrir et à définir l'origine sociale du profit, ou plus-value », il écrit la phrase suivante : « La plus-value, dans l'économie pure, est un terme dénué de sens, car le Le terme lui-même le montre, puisque la plus-value est une extra-valeur et sort du domaine de l'économie. Mais elle a un sens, et n'est pas absurde, en tant que concept de distinction faite en comparant une société avec une autre, un fait avec un autre. ou deux hypothèses l'une avec l'autre." Et puis il ajoute dans une note : « Je répare une erreur que j'ai commise dans un de mes précédents essais, dans lequel, tout en disant avec raison que la plus-value n'est pas un concept purement économique, je la définissais en outre de manière inexacte comme une notion morale. Et j'aurais plutôt dû dire, comme je le dis maintenant, que la plus-value est un concept de différence entre la sociologie économique et l'économie appliquée, et non la morale pure, qui n'a rien à voir avec cela et n'a aucun rôle. dans toute l'analyse de Marx. » Je conseillerais à Croce, lorsqu'il rédigera son troisième mémoire, d'avouer qu'il pourrait réparer sa première erreur, car il s'agissait au moins d'une généralisation d'une opinion communément défendue par le socialisme vulgaire, à savoir que la plus-value est la chose, contre quoi les exploités protestent ; mais qu'il n'a aucune excuse pour sa seconde erreur, car il n'est plus capable de déchiffrer ses propres pensées. Et cela n'est pas seulement vrai parce qu'il confond continuellement le profit. les intérêts et la plus-value,mais parce qu'il suppose à plus d'un endroit qu'il existe une chose telle queune société de travail comme forme en soi . (peut-être par différence avec une société de saints au paradis ? Et il dit : « Marx comparait la société capitaliste à une de ses parties, isolée et élevée à une existence indépendante ; en d'autres termes, il comparait la société capitaliste à une société économique en elle-même. » (mais seulement dans la mesure où il s'agit d'une société de travail). » Et il continue : « L'économie marxiste est celle qui étudie la société de travail abstraite. »</p>
<p>Si quelqu'un ressentait le besoin de se libérer du maudit bacille métaphysique, responsable de tels arguments, je lui recommanderais comme remède de lire, non pas les polémiques des économistes, pas même celles de l'Allemagne, mais qui ont écrit leurs critiques sur les œuvres de Dietzel, car celles-ci peuvent paraître douteuses, mais sur la Logique de Wundt (Vol. II, Partie II, pages 499-533). Dans cette Logique , vous constaterez d'ailleurs, sur d'autres pages que celles qui viennent d'être citées, que la plus-value est justement utilisée comme illustration d'un cas typique de loi sociale. Le croiriez-vous ! Et Wundt n'est particulièrement tendre ni envers les sociologues, ni envers les soi-disant lois sociales.</p>
<p>Enfin, cette économie dite pure, comme on l'appelle en Italie, qui est toujours le pays de l'accent ou de l'exagération, ou cette méthode de recherche et de systématisation, qui s'est développée sur les bases faibles, inconnues ou oubliées posées par Gossen. , Walrass et Jevons, et est maintenant vulgairement connue sous le nom d'école autrichienne, n'est qu'une variété d'interprétations théoriques des mêmes faits empiriques de la vie économique moderne qui ont toujours été l'objet d'étude de tant d'autres écoles. Elle se distingue de l'école classique (qui n'était pas si anti-historique que certains voudraient nous le faire croire, et comme le montre R. Schüler dans son ouvrage Die klassische Nationalökonomie , Berlin, 1895) par une plus grande tendance à l'abstraction et à la généralisation. Il s'efforce de rendre plus évidentes les étapes psychologiques qui accompagnent les processus et les relations économiques. Il utilise et abuse des expédients mathématiques. Il n'est pas entièrement superhistorique, même s'il met souvent en scène des personnages comme Robinson Crusoé, qu'il tente ensuite de cacher sous le couvert d'une subtile psychologie individualiste. En fait, elle est si peu surhistorique qu'elle présuppose de l'histoire réelle deux concepts et les façonne dans des extrêmes théoriques, à savoir la liberté de travailler et la liberté de concurrence, qui ont été poussées à leur maximum comme hypothèses. C'est pour cela qu'elle est palpable, compréhensible et discutable sur les points qu'elle cherche à faire valoir, car elle peut se confronter aux expériences dont elle est souvent une interprétation forcée et unilatérale. Le grand public français a désormais l'occasion de lire une explication claire et complète de la théorie de la valeur de cette école dans le livre d'E. Petit, Etude critique des différentes théories de la valeur , Paris, 1897.</p>
<p>Pour en revenir à Croce, je ne sais comment cacher mon étonnement devant son ridicule à l'égard d'Engels, qui parle de la science économique comme étant historique dans un endroit et comme théorique dans un autre. Pour ceux qui s'accrochent aux mots, il suffira de dire que l' historique , tel qu'appliqué dans ce cas, est à l'opposé de l'idée fixe et immuable de la nature (telles que les fameuses lois naturelles de l'économie vulgaire), et que le théorique est utilisé comme à l'opposé de la méthode de connaissance grossièrement descriptive et empirique. Mais ce n'est pas tout. Toute théorie n'est qu'une présentation plus ou moins parfaite des conditions relatives de certains faits, qui apparaissent homogènes, conciliables et liés dans n'importe quel domaine de la connaissance. Mais tous ces différents groupes sont des éléments d'un processus de développement. Or, si un physiologiste, après avoir expliqué la théorie physique et mécanique de la respiration pulmonaire, devait conclure en disant que la respiration ne dépend pas exclusivement des poumons, et que les poumons eux-mêmes ne sont qu'un produit particulier dans l'histoire générale de la croissance des organismes, voudriez-vous traîner ce physiologiste comme accusé devant le tribunal d'une autre science pure , par exemple devant le tribunal de la physiologie la plus pure , qui étudie l'entité métaphysique La vie au lieu des êtres vivants ?</p>
<p>En fait, Croce reproche à plusieurs reprises à Marx de ne pas avoir établi de points de relation entre sa méthode et les concepts de l'économie pure, afin de montrer « par un exposé méthodique que les faits apparemment les plus différents du monde économique sont en fin de compte gouvernée par la même loi, ou, ce qui revient au même, que cette loi se manifeste de différentes manières en passant par différentes organisations sans aucun changement de sa part, car autrement le mode et le critère de l'explication elle-même manqueraient. Si Marx était en mesure de répondre à cela, il ne saurait que dire. Cela dépasse Marx. Il ne s'agit même plus de généralisations abstraites de l'école hédoniste, telles qu'elles sont couramment utilisées dans les processus légitimes d'abstraction et d'isolement de toutes les sciences qui cherchent à dériver des principes à partir d'une base empirique. Nous nous trouvons ici en présence d'une loi économique qui prend pour ainsi dire l'apparence d'une entité et traverse mystérieusement les différentes phases de l'histoire, pour qu'elles n'aient pas à se séparer. C'est le pur possible , qui s'avère en réalité être : le véritable impossible . Dühring est un arrière, même s'il est parfois défendu par Croce. Il s'agit ici de retrouver des difficultés dans la conception préliminaire de tout problème scientifique qui excluent de la compréhension non seulement Marx, mais les trois quarts de la pensée contemporaine. La logique formelle de la mémoire bénie devient l'arbitre de la connaissance. Rappelons cependant que Port-Royal « Logic » avait autrefois une vente étendue dans toute la France. Vous partez d'un concept de plus grande extension et de plus petit contenu, et au moyen de notations mécaniquement augmentées, vous arrivez à un concept de plus petite extension et de plus grand contenu. Alors, si nous sommes confrontés à un processus réel, tel que le passage des invertébrés aux vertébrés, ou du communisme primitif à la propriété privée de la terre, ou des racines de mots indifférenciées aux verbes et noms différenciés dans les groupes aryen et sémitique, nous ne considérons ces faits comme le résultat d'un processus lent et réel de développement réel, mais nous recourons à un concept agréable et préconçu et écrivons par une méthode facile de notation d'abord un a, puis un a', puis un a'', et un a''' puis un a'''' et ainsi de suite, et tout sera beau. Je pense que cela fera l'affaire sur ce point.</p>
<p>On retrouve ainsi les affirmations quelque peu bizarres suivantes : La société étudiée par Marx dans Le Capital « est une société idéale et schématique, déduite de quelques hypothèses, qui n'auraient peut-être finalement pas été réalisées au cours de l'histoire » (page 2). ). Marx devient ici l'illustrateur théorique d'une sorte d'utopie. Puis nous lisons à la page 4 que « Marx a assumé en dehors du camp de la théorie économique pure une proposition qui revient à la fameuse égalité de la valeur et du travail ». En effet, où l'a-t-il obtenu ? L'a-t-il trouvé, peut-être, comme certains le disent, en « poussant jusqu'à ses dernières conséquences une conception assez malheureuse de Ricardo ? Ce Ricardo devrait être rapidement exclu de l'histoire des sciences, car il n'a pas trouvé un terme plus heureux. A un autre endroit (page 20, note de bas de page), Croce conteste Pantaleoni, car cet écrivain « combat Böhm-Bawerk et lui demande où l'emprunteur de capitaux obtient l'argent pour payer les intérêts ». Pantaleoni dit en effet à la page 301 de ses Principii di Economia Politica : « La cause génératrice de l'intérêt se trouve dans la productivité du capital en sa qualité de facteur supplémentaire dans un processus technique lucratif exigeant un certain temps, et non dans la vertu du temps. qui laisserait les choses telles qu'elles les ont trouvées. » Ici, et tout au long d'un chapitre entier, Pantaleoni répète, à la manière propre à son école et dans son propre style, cette explication de l'intérêt par la productivité du capital (argent) , qui sortit vainqueur dès le XVIIe siècle des controverses avec les moralistes et les canonistes et prend pour la première fois sa forme économique élémentaire à Barbon et Massey. C'est la seule explication que l'économiste puisse donner, jusqu'à ce que la productivité du capital, qui apparaît évidente à première vue, soit elle-même devenue un objet d'analyse. C'est ce que Marx a ensuite transposé dans la formule plus générale et le principe génétique de la plus-value. Dans ce même chapitre, Pantaleoni s'engage dans une polémique habile contre Böhm-Bawerk, qui, s'adressant à Croce, « donne une explication ( économique ) du profit sur le capital comme découlant des différents degrés d'utilité des biens présents et futurs ». [1]</p>
<p>Réaliseriez-vous pour votre passe-temps la farce idéologique suivante : supposer d'un côté l'attente légitime du créancier et de l'autre la promesse honnête du débiteur ? Mettez en évidence ces deux attributs psychologiques, qui parlent si bien de l'excellence de leur esprit. Supposons alors que le créancier et le débiteur soient tous deux des hommes économiques aussi parfaits qu'on doit le présumer après être nés avec la marque de Gossen gravée sur leur cerveau. [2] Ajoutez ensuite la notion de temps abstrait .</p>
<p>Après avoir ainsi constitué la Sainte Trinité de l'attente, de la promesse et du temps, attribuez-lui le pouvoir de se convertir en ce plus de valeur qui doit être contenu, par exemple, dans les bottes produites avec l'argent emprunté. Car l'emprunteur, s'il veut payer sa dette avec intérêts, doit mourir de faim, à moins qu'il ne puisse lui-même gagner quelque chose grâce à la transaction. Mais cela met un frein à la science. En réalité, le temps, en économie comme dans la nature, n'est qu'une mesure d'un processus. En économie notamment, c'est une mesure des processus de production et de circulation (en d'autres termes, et en dernière analyse, une mesure du travail). Et le temps n'est aussi une mesure intéressante que dans la mesure où il entre ainsi dans l'économie. Un temps qui agit comme une cause réelle comme le temps en soi est une créature de la mythologie. (Sur les survivances mythiques dans la représentation du temps, lire Zeit und Weile dans Ideale Fragen of Lazarus, Berlin, 1878, pages 161-232). Si nous devons revenir à la mythologie, plaçons alors ce très ancien Kronos , que le peuple grec ordinaire confondait avec chronos (le temps), sur son trône céleste au-dessus du mont Olympe. Et si les attentes, les promesses et les espoirs sont à eux seuls les véritables causes des faits économiques, alors adonnons-nous sans réserve à la magie.</p>
<p>Soit par inadvertance, soit au moyen d'une forme littéraire bizarre, il semble que Croce se heurte à la magie lorsqu'il écrit à la page 16 : « Et si dans l'hypothèse de Marx les marchandises apparaissent comme de la gelée de travail ou du travail cristallisé, pourquoi ne pourraient-elles pas ils apparaissent dans une autre hypothèse comme une gelée de besoins, comme des quantités de besoins cristallisés ? Dieux sacrés ! Marx n'était pas exactement un modèle de ce que l'on pourrait appeler la diction classique, notamment en ce qui concerne la plasticité, la transparence et la continuité de ses illustrations. Marx était un scientifique. Mais ses illustrations, bien que souvent bizarres, ne sont jamais fantaisistes ou facétieuses, et elles disent toujours quelque chose de profondément réaliste. Si vous répétez cette illustration de la gelée, ou de la pâte, qui d'ailleurs n'a rien de sacramentel ni d'obligatoire, au premier cordonnier que vous rencontrerez, il vous dira aussitôt qu'il la comprend, et il pourra vous référer à ses mains calleuses, courbées en arrière et au front en sueur et affirme que les bottes qu'il produit contiennent une partie de lui-même, son énergie mécanique dirigée par sa volonté selon un plan préconçu, que son activité cérébrale exécute pendant qu'il est occupé à son travail. travail. Mais jusqu'à présent, seuls les sorciers ont cru, ou ont fait semblant de croire, que nous pouvons transférer une partie de nous-mêmes vers une marchandise par de simples souhaits, que cette marchandise soit produite ou non.</p>
<p>La psychologie ne supportera aucune bagatelle. Je n'entreprendrais pas de dire en termes simples quelle part de cela devrait entrer dans les hypothèses de l'économie politique. Mais je suis au moins certain que la plupart des concepts psychologiques que les hédonistes et d'autres recherchent en économie ont un air d'êtres là exprès pour aveugler les imprudents, un certain air d'être pensés, pas réellement découverts, un certain air d'avoir été pensés et non réellement découverts. été importé d'une terminologie vulgaire, sans évolution critique. C'est un autre cas où l'on répète que l'artisan doit se tourner vers ses outils. Et je sais en outre que toute la gamme de la psychologie humaine s'étend du désir au travail, comme dans le cas particulier de la soif, qui est un désir de boire, qu'un bébé n'associe pas encore à l'idée de l'eau, sans parler des mouvements nécessaires pour se le procurer, tandis qu'un travailleur prévoyant doté d'une volonté et d'un intellect mûrs, une volonté dans laquelle l'expérience et l'imagination, l'imitation et l'invention se combinent, creuse un puits ou ouvre une source. C'était le défaut de la psychologie vulgaire d'avoir tenté de réduire cette formation vivante à un squelette sec, et pourtant les économistes de nos jours montrent encore une grande préférence pour la même chose dans leurs élucubrations particulières. La psychologie du travail , qui serait le couronnement du déterminisme, reste à écrire.</p>
<p>À quoi servira ce post-scriptum ? se demanderont peut-être certains lecteurs. Juste ceci : je ne suis pas le porteur du bouclier de Marx, je suis ouvert à toutes les critiques, je suis moi-même critique dans tout ce que je dis, et donc je n'oublie pas la phrase selon laquelle comprendre signifie surmonter . Mais je suis disposé à ajouter que pour vaincre, il faut avoir compris .<br class='autobr' />
PRÉFACE DE L'AUTEUR À L'ÉDITION FRANÇAISE</p>
<p>Rome, 31 décembre 1898.</p>
<p>Ce petit livret, comme le montre également le post-scriptum, devait paraître à Paris en septembre de cette année. Des causes accidentelles ont retardé sa publication.</p>
<p>Entre-temps Sorel s'est livré corps et âme à la crise du marxisme , la traite, l'expose, la commente avec enthousiasme partout où il en a l'occasion, par exemple dans la Revue Parlementaire du 10 décembre, pages 597-612 (où il transforme cette crise en crise du socialisme ) et dans la Rivista Critica del Socialismo , Rome, numéro I, pages 9-21. Et il l'établit et le canonise encore davantage dans sa préface aux Formes et Essence du Socialisme de Merlino . Nous sommes finalement menacés d'un congrès de sécessionnistes réfléchis.</p>
<p>Voilà évidemment une guerre de la Fronde devant nous !</p>
<p>Que devais-je faire ? Tout recommencer ? Écrire un anti-Sorel après avoir écrit un avec-Sorel ? Je n'ai pas cédé à la tentation. Il est vrai que j'avais nommé ma composition d'un maquillage un peu insolite Discours. Mais l'homme parle quand il en a envie, et non quand on le lui commande.</p>
<p>Je demande simplement au lecteur de regarder les dates de ces lettres, ou de ces petites monographies en style libre, que j'ai adressées à Sorel. Ces dates vont du 20 avril au 15 septembre 1897. J'écrivais à ce Sorel. pas à ce nouveau. Je m'adressais au vieux Sorel, que j'avais connu dans les pages du Devinir Social , qui m'avait présenté aux lecteurs français en qualité de marxiste, qui m'avait envoyé des lettres pleines de belles observations et d'intéressantes réflexions critiques. Il est vrai qu'il était plein de doutes et semblait parfois imprégné d'un esprit de frondeur , mais lorsque j'écrivais avec un esprit tourné vers lui, je ne pensais pas, en 1897, qu'il deviendrait si prochainement le héraut de une guerre de sécession . Oh, comme cela fera plaisir aux petites lumières de l'intellectualisme, ou à ceux qui ont besoin d'un témoignage pour prouver qu'ils ne sont pas des lâches ! Sorel nous laisse au moins une petite lueur d'espoir lorsqu'il écrit : « Moi et quelques amis nous efforcerons d'exploiter les trésors de réflexion et d'hypothèses rassemblés par Marx dans ses livres. une œuvre de génie restée inachevée." ( Revue Parlementaire , même numéro, page 612). Eh bien, il y a donc bien des augures pour la nouvelle année, qui commence demain, dans cette œuvre de sauvetage bénigne et pitoyable, dont d'ailleurs ni moi ni bon nombre d'autres comme moi n'avons besoin.</p>
<p>Je n'éprouve aucune rancune, mais je ne peux certainement pas m'empêcher d'éprouver une certaine mortification. En proposant ces pages d'une composition peu conventionnelle au public de lecture français, je crains que des lecteurs intelligents – et la France en compte plus en abondance que tout autre pays – ne me disent : Vous êtes un causeur assez supportable, mais un très mauvais professeur. . Vous ouvrez votre dialogue didactique avec un ami comme un érudit, et voilà que cet ami court de l'autre côté !</p>
<p>N'est-ce pas, monsieur Sorel ? Eh bien, accommodons tous les partis. Ce dialogue n'a été qu'un monologue. J'aurais aimé qu'il en soit autrement.</p>
<p>PRÉFACE DE G. SOREL</p>
<p>AUX ESSAIS SUR LA CONCEPTION MATÉRIALISTE DE L'HISTOIRE,</p>
<p>Par Antonio Labriola, Traduction française, Paris, Giard et Brière 1897.</p>
<p>Le socialisme contemporain présente un caractère d'originalité qui a frappé tous les économistes. Il doit ce caractère au fait qu'il s'inspire des idées énoncées par Karl Marx sur le matérialisme historique . Partout où ces idées ont profondément pénétré la conscience des gens, le Parti Socialiste est fort et vivant, sinon il est faible et divisé en sectes.</p>
<p>Les thèses marxistes ont généralement été mal comprises en France par les écrivains qui s'occupent des questions sociales. M. Bourguin, professeur à l'université de Lille, écrivait en 1892 [3] : « Les penseurs de nos socialistes n'acceptent pas la doctrine dévastatrice de leur maître, d'où l'idée de Droit et de Justice est si rigoureusement bannie, sans réserve. C'est un vêtement étrange, qu'ils portent avec peu d'aisance et qu'ils ils y retoucheront sans doute un jour pour mieux l'adapter à leur silhouette." L'écrivain faisait référence à un essai publié en 1887 par M. Rouanet, dans la Revue Socialiste , sous le titre : Le matérialisme économique de Marx et le socialisme français .</p>
<p>Presque tous ceux qui parlent du matérialisme historique connaissent cette doctrine uniquement à travers cet essai de M. Rouanet. Cet écrivain a occupé pendant longtemps une place importante dans les partis avancés de France. Il informait ses lecteurs qu'il avait fait une étude approfondie de Marx et qu'il s'était consacré à des recherches approfondies pour comprendre Hegel. On pourrait naturellement le croire bien informé. [4]</p>
<p>Avant de commencer la lecture de l'exposé que M. Labriola donne dans des termes excellents, mais très concis, de matérialisme historique, le lecteur français devrait se garder des préjugés largement répandus. C'est pourquoi je crois nécessaire de montrer ici combien sont fausses et futiles les grandes objections contre la doctrine marxiste. Il faut donc s'arrêter sur les idées énoncées par M. Rouanet en 1887.</p>
<p>Les préjugés qui existent parmi nous ont dans une large mesure une origine sentimentale. M. Rouanet s'est donné beaucoup de mal pour montrer que les doctrines marxistes vont à l'encontre du génie français . Ce reproche nous est répété chaque jour. En quoi consiste cet antagonisme ?</p>
<p>Le problème du développement moderne, considéré du point de vue matérialiste, repose sur trois questions : 1) Le prolétariat a-t-il acquis une conscience claire de son existence en tant que classe indivisible ? 2) A-t-elle assez de force pour commencer la lutte contre les autres classes ? 3) Est-il en mesure de renverser, avec l'organisation capitaliste, tout le système des idéologies traditionnelles ? C'est à la sociologie de répondre.</p>
<p>Si un homme adopte les principes de Marx, il peut dire qu'il n'y a plus de question sociale. Il peut même dire que le socialisme (au sens ordinaire et historique du terme) est dépassé. En fait, la recherche ne porte plus sur ce que devrait être la société , mais sur ce que le prolétariat peut accomplir dans la lutte de classes actuelle.</p>
<p>Cette manière de voir les choses ne convient pas au génie français , du moins pas à ceux qui ont la prétention de prétendre le représenter. Dans notre pays, les partis progressistes renferment un nombre effroyable d'hommes de génie, dont le talent actuel de la société est l'incompréhension, qui ont dans le cœur un oracle infaillible de justice, qui ont consacré leur vie à l'élaboration de plans merveilleux pour assurer le bonheur du peuple. humanité. Ces messieurs ne souhaitent pas descendre de leurs trépieds fastidieux et se mêler à la foule. Ils sont faits pour diriger, pas pour devenir coopérateurs dans une tâche prolétarienne . Ils entendent défendre les droits de l'intelligence contre les audacieux qui manquent de respect à l'Olympe libéral et qui ne tiennent pas suffisamment compte des mentalités .</p>
<p>Ajoutez à cela que ces esprits rares ont une foi naïve dans la suprématie française, dans le rôle moteur de la France. [5] , qu'ils ont la superstition de la phraséologie révolutionnaire, et qu'ils pratiquent avec dévotion le culte des grands hommes. Ils ne peuvent pardonner à Marx, Engels et surtout à Lafargue leur manque de respect envers leurs propres idoles vénérées.</p>
<p>Je ne fais pas partie de ceux qui ont une grande admiration pour le génie français ainsi entendu. J'ai d'ailleurs des raisons de croire que ce genre de génie français n'est pas celui que possèdent ceux de mes compatriotes qui se consacrent à la recherche scientifique et n'éprouvent pas le besoin de se poser en chefs spirituels du peuple.</p>
<p>Le grand reproche adressé à la doctrine de Marx d'un point de vue scientifique est celui de conduire au fatalisme. Selon Rouanet, il est très proche de l'idéalisme hégélien, dépouillé de son « nébuleux transcendantalisme ». [6] Il y a « la même succession fatale d'événements, qui sont des phases nécessaires d'un processus non éclairé par la volonté humaine, et même un culte de la force, ce sombre dieu de fer, qui est l'instrument aveugle des lois du grand Destin voué à s'accomplir malgré tout." On pourrait faire de nombreuses objections à l'idée que cet auteur français se fait de la philosophie de Hegel. Mais une lecture superficielle du Capital suffit à montrer que Marx n'a jamais pensé à l'apocalypse évolutionniste qu'on lui prête si généreusement.</p>
<p>Le déterminisme suppose que les changements sont automatiquement liés les uns aux autres, que les phénomènes simultanés forment une masse compacte ayant une structure déterminée, qu'il existe des lois d'airain assurant un ordre nécessaire entre toutes choses. On ne trouve rien de tel dans la doctrine de Marx. Les événements sont considérés d'un point de vue empirique. C'est leur interconnexion qui aboutit à la loi historique qui détermine le mode temporaire de leur génération. Il ne s'agit plus de reconnaître dans le monde social un système analogue au monde astronomique. Il nous est seulement demandé de reconnaître que l'entremêlement des causes produit des périodes suffisamment régulières et caractéristiques pour qu'elles puissent devenir objets d'une compréhension intelligente des faits.</p>
<p>Marx donne une très bonne idée de la multiplicité des causes qui ont produit le capitalisme moderne. Rien ne prouve que ces causes doivent apparaître ensemble à une date déterminée. Leur coexistence fortuite engendre la transformation de l'industrie et change tous les rapports sociaux.</p>
<p>Mais certains insistent et disent que, selon Marx, tous les phénomènes politiques, moraux, esthétiques sont déterminés (au sens strict du terme) par des phénomènes économiques. Que peut signifier une telle formule ? Dire qu'une chose est déterminée par une autre, sans donner en même temps une description précise de la manière dont elles s'unissent, c'est prononcer une de ces absurdités qui ont rendu si ridicules les vulgarisateurs du matérialisme vulgaire.</p>
<p>Marx n'est pas responsable de cette caricature de son matérialisme historique. Le fait que toutes les manifestations sociologiques, pour être claires, doivent être placées sur leur base économique n'implique pas que la compréhension de la base évite la compréhension de la superstructure. Les liens entre le fondement économique et les produits qui en dépendent sont très variables et ne peuvent être traduits par une quelconque formule générale. Cela ne peut pas être appelé déterminisme, puisqu'il n'y a rien à déterminer.</p>
<p>M. Rouanet se forme une conception très singulière de la doctrine marxiste. Il suppose que les moyens de production, l'organisation économique et les relations sociales sont des êtres qui se succèdent comme des espèces paléontologiques par la voie mystérieuse de l'évolution, et que toute l'histoire de l'humanité en est déduite par des lois qu'il n'en sait pas plus que moi, et que Marx n'a jamais divulgué. Le matérialisme historique aurait ainsi un fondement idéaliste, à savoir la succession fatale des formes de production ! Ce serait certainement une conception très singulière.</p>
<p>Un professeur distingué, M. Petrone [7] , est d'accord avec M. Rouanet pour soutenir que le matérialisme historique échoue lorsqu'il est appliqué à la Révolution chrétienne. Je crois au contraire que les théories de Marx jettent un certain éclairage sur cette question, en montrant les raisons qui empêchent l'historien de comprendre pleinement ce qui s'est passé. Nous ne pouvons pas discuter scientifiquement du problème, car nous manquons des éléments nécessaires pour l'éclaircir. L'auteur italien se place du point de vue catholique. M. Rouanet invente une histoire fantastique. Les savants devraient rester tranquilles et attendre que les monuments nous aient révélé les conditions économiques de l'église primitive.</p>
<p>M. Bourguin veut savoir [8] Ne faut-il pas compter parmi les forces actives « la conscience plus ou moins développée chez les travailleurs d'être objets d'une prétendue exploitation » ? Mais le développement de la conscience de classe n'est-il pas le pivot de la question sociale, aux yeux de Marx ? Il suffit d'avoir une connaissance médiocre des œuvres du grand philosophe socialiste pour le savoir.</p>
<p>Peut-on accuser Marx d'avoir trop peu prêté attention à la mentalité humaine, lui qui a montré l'importance des moindres créations du génie inventif ? Nulle part l'intelligence n'apparaît avec autant de relief que dans la technologie, dont le rôle historique est placé au premier rang de manière frappante, dans le Capital . Je sais bien que les représentants du génie français ont peu d'estime pour les constructeurs de machines, incapables de déclamer de formidables cantates sur les Droits de l'Homme du haut de l'estrade. Mais les simples mortels croient avec M. Bourdeau [9] que la machine à vapeur « a exercé plus d'influence sur l'organisation sociale que tous les systèmes philosophiques ».</p>
<p>Cela signifie-t-il que les produits intellectuels et moraux sont sans efficacité historique, comme certains prétendent qu'ils sont le résultat du matérialisme historique ? Pas du tout. De tels produits possèdent la faculté de se détacher de leur berceau naturel et de prendre une forme mystique, « comme s'ils étaient des êtres indépendants capables de communiquer avec les hommes et entre eux ». [10] Après s'être ainsi libérés, ils sont susceptibles d'entrer dans les combinaisons imaginaires les plus diverses. Aucune grande révolution n'a jamais eu lieu sans produire de nombreuses illusions insistantes. C'est encore Marx qui nous le dit. Mais cette affirmation va à contre-courant de nos hommes de progrès. Ils n'aiment pas l'idée d'avoir attribué au fantasme ce qu'ils attribuent à la raison. Car cela signifie manquer de respect à tous les Titans du présent et du passé.</p>
<p>Dans l'introduction de sa traduction des œuvres choisies de Vico, Michelet écrivait : « Le mot de la science nouvelle est que l'humanité est elle-même construite... La science sociale date du jour où cette grande idée fut exprimée pour l'humanité. Pour la première fois, l'humanité pensait qu'elle devait son progrès aux aléas du génie individuel … L'histoire était un spectacle stérile, tout au plus une fantasmagorie. »</p>
<p>Comment se fait l'histoire ? Engels nous dit dans le passage suivant : « Les conflits innombrables des volontés individuelles et des agents individuels dans le domaine de l'histoire aboutissent à une conclusion qui est dans l'ensemble analogue à celle du domaine de la nature, qui est sans but défini. les actions sont intentionnelles, mais les résultats qui en découlent ne sont pas intentionnels, ou dans la mesure où ils semblent correspondre au but souhaité, leurs résultats finaux sont tout à fait différents de la conclusion souhaitée. [11] Cette thèse est admise sans aucune difficulté par les scientifiques. Mais c'est plein de désespoir pour les grands hommes dont le génie déborde. Leurs plans ne peuvent pas être réalisés tels qu'ils les ont conçus ! Et pourtant ces plans sont si bien faits, qu'on ne peut y toucher sans nuire à leur efficacité et attaquer la Justice, dont ces messieurs sont les délégués autorisés.</p>
<p>Mais laissons de côté toutes ces objections vulgaires et abordons ce qui constitue à mes yeux la partie vulnérable de la doctrine, cette partie que les critiques français n'ont pas encore examinée.</p>
<p>De nombreux scientifiques sont disposés à admettre la valeur du matérialisme historique en tant que formation de l'esprit et à reconnaître que les thèses marxistes fournissent des indications utiles à l'historien des institutions. [12] Mais il reste à découvrir quelle est la base métaphysique de cette théorie. Il ne sert à rien de dire que cette recherche est superflue, pour que l'on puisse suivre la même méthode qui a eu tant de succès en psychologie après l'abandon de la discussion sur l'âme. Mais où est le métaphysicien qui reste totalement indifférent au problème métaphysique ? Chacun a sa propre hypothèse. Et ces hypothèses, souvent adroitement dissimulées, distinguent les différentes écoles. De nombreuses erreurs ont été commises par une application hâtive du matérialisme historique. Presque toutes ces erreurs peuvent être attribuées à l'agnosticisme, que professaient les auteurs et qui cachait en réalité des hypothèses de travail imparfaitement élaborées.</p>
<p>D'un autre côté, si l'on examine les applications faites par Marx, on constate qu'il a employé un grand nombre de principes psychologiques, qui n'ont généralement pas été énoncés sous une forme scientifique. Au fur et à mesure que nous avancerons, nous verrons la nécessité de sortir de cette position provisoire et de couper du bois solide pour soutenir les relations historiques.</p>
<p>Voici donc deux grands blancs. Les disciples de Marx devraient s'efforcer d'achever l'œuvre de leur maître. Ce maître semble n'avoir rien craint tant que l'idée de laisser derrière lui un système trop rigide et trop ferme. Il a compris qu'une théorie est à la fin de sa carrière, lorsqu'elle est achevée, et que la condition de toute science métaphysique est de laisser une large porte à un développement ultérieur. La prudence de Marx était extrême. Il n'a pas essayé de mettre fin à une seule théorie. Des discussions récentes montrent qu'il n'a pas dit son dernier mot sur la valeur et la plus-value. Combien sont donc aveugles les critiques qui accusent les disciples de Marx de vouloir enfermer la pensée humaine dans une enceinte construite par leur maître !</p>
<p>Dans cette œuvre de perfection, nous devons suivre l'exemple donné par Marx et être prudents. Le moment n'est pas venu d'énoncer la métaphysique et de définir la psychologie du matérialisme historique, tant que ses fondements n'ont été étudiés que de manière limitée.</p>
<p>Les hommes de grand cœur disent que l'esprit ne peut se contenter de cet état d'attente, lorsqu'il s'agit de moralité et de droit. Les critiques superficiels ne tardent pas à dénoncer l'absence d'idéaux, sans se demander si une théorie raisonnable de l'éthique peut être indépendante de la métaphysique, et si celle-ci vaut quelque chose sans fondement scientifique. On peut admettre la valeur historique et sociale de l'enseignement moral [13] sans avoir la prétention de lui imposer des règles, des lois et des postulats sortis de l'imagination. Il semble plutôt qu'en donnant à l'éthique un fondement de métaphores, de théories psychologiques insuffisantes ou de déclamations sur la Nature , l'effet de cet enseignement se trouve considérablement amoindri. Ramener la morale sur terre, la débarrasser de toute fantaisie, ce n'est pas la nier. Cela signifie au contraire le traiter avec le respect dû au travail de la raison. Est-ce un déni de la science que de laisser de côté les spéculations sur l'essence des choses et de s'en tenir aux réalités ?</p>
<p>Le capital est plein d'appréciation pour la moralité. Il est donc assez paradoxal de reprocher à Marx d'avoir soigneusement évité toute considération sur la Justice. Chacun a sa propre interprétation de ce mot. M. Bourguin, dans le passage cité ci-dessus, s'appuie sur l'ancienne théorie du sens moral . Mais cette théorie est dépassée. M. Rouanet prend la parole [14] d'« une justice naturelle, conforme à la loi du développement social, qui est la libre solidarité des divers partis constituant l'humanité dans son ensemble et se rapprochant de plus en plus ». C'est évidemment ce que Marx appelait « le charabia de l'idéologie juridique chère aux démocrates et socialistes français ». [15] Le fait que les deux auteurs précités soient d'accord pour attribuer un certain caractère moral à la doctrine de Marx prouve seulement qu'ils ne trouvent pas dans le Capital une expression de leurs théories personnelles sur la morale, qui d'ailleurs n'ont aucune valeur.</p>
<p>C'est au nom de la métaphysique de la morale que Jaurès prend part à ce débat et propose de concilier les points de vue matérialiste et idéaliste. Rien ne lui paraissait plus facile. Il affirme tout d'abord que les disciples de Marx reconnaissent l'existence d'une « direction dans le mouvement économique et humain ». Il demande qu'on lui accorde comme axiome incontestable qu'il y a dans l'histoire non seulement « une évolution nécessaire, mais une direction appréciable et un sens idéal ». Admettre ces prémisses reviendrait à expliquer l'histoire au moyen de l'idéalisme, et seulement de l'idéalisme. Ce serait un rejet de la doctrine de Marx. Mais si tel est le cas, comment peut-il les concilier ? Très simple. Si nous condamnons toutes les idées de Marx, nous proclamons l'auteur comme un grand homme, aussi grand que ses disciples peuvent le désirer. [16]</p>
<p>Si l'on admet tout ce que réclame le célèbre orateur, nous serons convaincus que « le mot Justice a un sens même dans la conception matérialiste de l'histoire ! » Cette conclusion est vraie, seulement elle a un sens différent de celui de M. Jaurès. « L'humanité se cherche, dit-il, et s'affirme, si différent que soit son environnement... C'est le même soupir de souffrance et d'espérance qui sort de la bouche de l'esclave, du serf et du prolétaire. . C'est le souffle immortel de l'humanité, qui est l'âme de ce que nous appelons le Droit. » Marx n'y avait certainement jamais pensé !</p>
<p>J'en ai dit assez pour montrer que le matérialisme historique est presque inconnu en France. Le livre de M. Labriola met les lecteurs français en contact avec des régions nouvelles, à travers lesquelles le savant professeur italien nous conduit avec une grande habileté.</p>
<p>La publication de cet ouvrage marque une date dans l'histoire du socialisme. C'est en effet la première fois qu'un auteur de langue latine étudie de manière originale et approfondie l'un des fondements philosophiques sur lesquels repose le socialisme contemporain. L'œuvre de M. Labriola occupe une place marquée dans les bibliothèques, aux côtés des livres classiques de Marx et d'Engels. Il s'agit d'une élucidation et d'un développement méthodiques d'une théorie que les maîtres de la nouvelle pensée socialiste n'ont jamais traitée de manière didactique. Son livre est donc indispensable pour ceux qui souhaitent comprendre les idées prolétariennes.</p>
<p>Plus que les œuvres de Marx et d'Engels, le présent ouvrage s'adresse à un public étranger ayant un goût pour les problèmes sociaux. L'historien trouvera dans ces pages des indications substantielles et précieuses pour l'étude de la genèse et de la transformation des institutions.</p>
<p>G.SOREL.</p>
<p>Paris, décembre 1896.</p>
<p>Annexe 4</p>
<p>CONCERNANT LA CRISE DU MARXISME</p>
<p>Un article publié par Antonio Labriola dans la Rivista Italiana Di Sociologia, Volume III, 1899.</p>
<p>Je fais ici référence à un livre, ni bref, ni facile à lire, écrit par Th. G. Masaryk, professeur à l'Université de Bohême de Prague, et publié tout récemment. Son volume est visible au bas de cette page. [17] , où je donne son titre au complet. Je n'ai cependant pas l'intention d'écrire une simple critique de ce livre. Et s'il fallait dire que l'expression d'une opinion personnelle sur un livre nécessite sa révision, je répondrais que celui-ci devrait prendre les proportions et la composition d'un article.</p>
<p>Mon nom et le titre de mon article pourraient laisser penser que j'étais sur le point de m'engager dans une polémique de parti. Le lecteur peut reposer en paix. Je ne confondrai pas les pages de la Rivista Italiana di Sociologia avec les chroniques d'un quotidien politique.</p>
<p>Je dirai simplement en passant que le grand tumulte suscité, assez curieusement, par la presse politique italienne, qu'elle soit quotidienne ou périodique, à propos de la prétendue mort du socialisme à cause d'une soi-disant crise du marxisme, m'apparaît comme une preuve supplémentaire de cette nature organique. vice national qu'on pourrait appeler le droit à l'ignorance . Pas un de ces fossoyeurs du socialisme, qui mélangeaient indistinctement les écrivains les plus incompatibles pour rassembler les foules autour de leur crise, n'a pensé à se poser ces questions simples et honnêtes : Que la critique soulevée dans d'autres pays en matière de marxisme ait quelque une incidence directe sur l'Italie ? Cette théorie avait-elle ou a-t-elle eu une base solide et une diffusion établie dans notre pays ? Et enfin, le Parti Socialiste Italien a-t-il suffisamment de force et suffisamment d'adhérents parmi les masses, et porte-t-il en lui un développement, des conditions complexes et des objectifs politiques qui révèlent les marques précises et claires d'une organisation prolétarienne stable et durable, pour qu'un une discussion approfondie de la théorie équivaudra à une discussion des choses plutôt que des mots ? Et pour aller plus au fond des choses, quelqu'un peut-il dire si tout le chemin épineux du développement économique a déjà été parcouru, qui a conduit à l'établissement du soi-disant système capitaliste dans d'autres pays, et dont le marxisme est le protagoniste critique. réflexe ?</p>
<p>Quiconque aurait posé ces questions et d'autres similaires serait parvenu à la conclusion honnête qu'il ne peut y avoir de crise d'une chose... qui n'existe pas encore.</p>
<p>Il se peut, ou plutôt il est certain, qu'aucun de ces nécrologues du socialisme ne savait que l'expression de crise du marxisme avait été inventée et mise en circulation par le professeur Masaryk, à qui elle appartenait (à son insu, comme cela arrive souvent étrangers aux affaires concernant l'Italie) pour apporter à notre pays une contribution nouvelle et inattendue à la fortune des mots . Mais c'est un fait. L'expression – Crise du marxisme – a été inventée par Masaryk dans les numéros 177 à 179 du Zeit de Vienne, en février 1898, et ses articles furent ensuite rassemblés dans un seul pamphlet. [18] et publié sous la date du 10 mars. Et bien, l'auteur de cette découverte littéraire n'avait pas l'intention de déclarer que le socialisme était en train de mourir, mais simplement qu'il lui semblait observer une crise au sein du marxisme. En fait, il concluait ainsi : « J'exhorte les ennemis du socialisme à ne pas nourrir de vains espoirs pour leurs propres partis en raison de cette crise du marxisme, qui pourrait plutôt renforcer considérablement le socialisme, si ses dirigeants critiquent franchement ses principes fondamentaux et surmonter leurs défauts, comme tout autre parti de réforme sociale, le socialisme trouve sa source de vie dans les imperfections manifestes de l'ordre social actuel, dans son injustice, son immoralité et surtout dans la misère matérielle, morale et intellectuelle des grandes masses. toutes les nations. » [19]</p>
<p>Sur ces 24 pages, trop peu nombreuses pour l'importance du sujet, les données concernant la crise – dans la mesure où elles concernaient la social-démocratie allemande et avec quelques références à la littérature française et anglaise – étaient rassemblées, énumérées, défini, de manière un peu hâtive... Mais à quoi bon parler du petit ouvrage du 10 mars 1898, puisque ces 24 pages sont devenues 600 dans le livre du 27 mars 1899, 600, remarquez, ce qui est à son tour « trop assez », comme dirait un Napolitain, tant en ce qui concerne le fond du sujet traité que la patience du lecteur moyen ?</p>
<p>Le professeur Masaryk est un positiviste. Ce terme a en Italie une signification extrêmement large et élastique, mais pour lui, en tant que philosophe de profession, cela signifie en termes concrets qu'il se tient sur la ligne qui mène de Comte à Spencer... ou à Masaryk lui-même. Je ne suis pas en mesure de lui accorder toute l'admiration qui lui est peut-être due. Car il a l'habitude d'écrire en bohème, ce qui me gêne assez. Jusqu'à présent, je n'avais rien lu de lui, sauf sa Logique concrète dans sa traduction allemande. Je ne dirais pas non plus le sens subtil de ses expressions, car ce livre a été traduit par M. Kalandra dans un allemand plutôt bureaucratique. L'œuvre dans son ensemble, comme le dit l'auteur lui-même dans sa préface, ne doit pas être considérée sous l'aspect de la composition et du style. Il s'agit d'une production ultra-académique, avec la division habituelle en introduction et sections. Il y en a cinq, suivis d'une récapitulation, et ils sont subdivisés en chapitres, avec des sous-titres A, B, C, et ainsi de suite, jusqu'à une division des subdivisions en 162 paragraphes, avec diverses bibliographies sous forme libre et libre. dans un ordre concentré, et avec un index vraiment merveilleux, qui fait penser à beaucoup de choses qu'on ne trouve pas dans le livre en s'y tournant, et avec l'inévitable table des matières. En bref, c'est un livre de leçons complètes et instructives, au ton équilibré, avec quelques touches de légèreté occasionnelles, et il est édité sur le modèle d'une encyclopédie. Cependant, tous les cours ne peuvent pas être référés à la même date. Tandis que ce livre, initialement écrit en langue bohémienne et annoncé dans le petit livret de l'année précédente qui peut le remplacer pour ceux qui n'aiment pas lire 600 pages, était imprimé en langue allemande, le désormais célèbre livre de Bernstein (cité dans une note de bas de page à la page 590 du livre de Masaryk) est apparu, et l'auteur a ressenti le besoin d'en héberger ses amis dans un autre endroit. [20]</p>
<p>La réussite de Masaryk est véritablement dans une classe à part. Il n'est pas socialiste, il a une connaissance approfondie de la littérature socialiste, il n'est pas un adversaire professionnel du socialisme, il le juge d'en haut, au nom de la Science . Il était membre du Reichsrath de Cisleithanie, mais il est en même temps nationaliste et progressiste, ce qui, à ma connaissance, ne se retrouve jamais dans une combinaison chez les Jeunes Tchèques. Il me semble qu'à l'heure actuelle, il se tient à l'écart de la politique. Il publie une revue qui ressemble un peu à notre Nuova Antologia . C'est un scientifique de profession, c'est-à-dire un grand lecteur et un rapporteur précis de ce qu'il lit, jusqu'aux moindres détails de la plus petite particule. Et c'est là le premier et principal défaut de son livre. Le livre aborde une infinité de choses, mais ne va jamais à l'essentiel. C'est comme si le regard de l'auteur était obstrué par les imprimés et obscurci par les ombres des écrivains, à travers lesquels il chemine avec tant d'obséquiosité pour tous, comme un homme dont les yeux ont perdu tout sens de perspective. N'est-il pas le devoir principal de celui qui entreprend d'étudier les fondements du marxisme d'être en mesure de répondre à la question suivante, sur la base d'une étude des conditions réelles : « Croyez-vous ou non dans la possibilité d'une transformation des sociétés des pays les plus avancés, qui ferait disparaître les causes et les effets des luttes de classes ? Face à ce problème général, la question du mode de transition vers la société future souhaitée ou prévue est une question d'importance secondaire. Car ce mode de transition n'est pas soumis à notre jugement et ne dépend assurément pas de nos définitions. En ce qui concerne cette proposition générale, il est, je ne dirai pas indifférent, mais certainement de valeur secondaire, de savoir quelle partie de la pensée et des opinions (beaucoup confondent malheureusement ces deux-là) de Marx et de ses collaborateurs directs les adeptes et les interprètes sont d'accord ou non avec les conditions présentes et futures du mouvement prolétarien. Il n'est pas nécessaire qu'on soit un partisan passionné du matérialisme historique pour comprendre que les théories ont une valeur en tant que théories, c'est-à-dire dans la mesure où elles éclairent un certain ordre de faits, mais qu'en tant que simples théories elles ne sont la cause de rien .</p>
<p>Mais M. Masaryk est aussi un doctrinaire, c'est-à-dire un croyant au pouvoir des idées, en d'autres termes, un penseur académique, pour qui tout consiste en une lutte pour une conception générale du monde. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il rejette avec un mépris souverain l'expression d' instinct de masse . Cette critique, qui tire de la Science toute son hypothèse d'un jugement impartial sur les luttes pratiques de la vie, et qui ignore l'orientation de la pensée par le cours naturel de l'histoire, est et reste essentiellement fallacieuse, car elle continue de tourner autour du marxisme, sans jamais toucher son point culminant, qui est la conception générale du développement historique du point de vue de la révolution prolétarienne.</p>
<p>En m'arrêtant pour définir la réalisation particulière de Masaryk, je pense que je lui paierai avec la courtoisie italienne son ignorance de mes écrits relatifs à son argument. S'il les avait un jour lus, il comprendrait peut-être que l'on peut encore aujourd'hui être un partisan du matérialisme historique, en tenant bien entendu compte des nouvelles expériences historiques et sociales vécues entre-temps et en révisant des concepts tels que suit naturellement le développement de la pensée. Et cela sans tomber dans une controverse sur des points infimes et sans en venir aux mains avec la presse du parti, et sans se proclamer découvreur ou auteur d'une crise du marxisme. Les théories en voie de développement et de progrès ne se prêtent pas au traitement érudit et philologique, comme on peut l'accorder aux formes de pensée passées et aux choses qui nous sont transmises par la tradition et appelées antiques. Mais les tempéraments intellectuels des hommes diffèrent tellement les uns des autres ! Certains – et ils sont peu nombreux – présentent au public le résultat de leur propre travail et ne se sentent pas obligés d'y joindre l'histoire intime de leurs lectures jusqu'au portrait de la plume qu'ils ont utilisée. D'autres – et ils sont majoritaires – ressentent le besoin impérieux d'imprimer tout le fruit de leurs lectures. Ils sont des gardiens minutieux de leurs notes et ne laisseront pas perdre la moindre partie de leur travail, que ce soit pour le présent ou pour l'avenir. Le professeur Masaryk, qui étend la discussion d'une proposition momentanée sur 600 pages, est l'un d'entre eux. La proposition est simplement la suivante : que peut penser un étranger du marxisme à l'heure actuelle, étant donné qu'il est discuté au sein du parti ? Le professeur Masaryk, qui a tant lu, ne peut s'empêcher de considérer également le marxisme selon les formules sacramentelles de la philosophie, de la religion, de l'éthique et de la politique. et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Et ce qui est curieux, c'est que lui, qui a tant de déférence pour la bureaucratie des universités et pour les casiers du fétichisme scientifique, déclare finalement que le marxisme est un système syncrétique (d'ailleurs tout au long de son livre, et explicitement à la page 587). ) ! Il m'avait semblé que cette théorie était exactement à l'opposé de la syncrétisme, et qu'elle était si nettement unitaire qu'elle tendait non seulement à surmonter l'antagonisme doctrinaire entre science et philosophie, mais aussi l'antagonisme plus évident entre théorie et pratique. Mais M. Masaryk est ce qu'il est. Alors suivons-le à travers ses casiers.</p>
<p>Nous laissons volontiers à d'autres le soin de s'occuper du socialisme en tant que tendance aux réformes juridiques à la manière de A. Menger. Il déclare qu'il n'intervient pas directement dans les questions d'économie (dans lesquelles, en fait, il semble boiteux des deux pieds). Il se limite à discuter surtout de la philosophie de Marx, qui existe même si elle a n'a pas été exposée dans un ouvrage spécial écrit à cet effet. Et il étudie sur 600 pages la crise dans la mesure où elle est strictement « scientifique et philosophique ». (Page 5.) Ne vous attendez donc pas à ce que notre auteur vous donne un examen concret des conditions réelles du monde économique à partir d'une étude de première main, ni un manuel pratique et complet de législation sociale. Que la prolétarisation des masses se poursuive ou non, que la théorie de la valeur de Marx soit exacte ou non, ces questions et d'autres encore, bien que de la plus haute importance, ne l'intéressent pas en tant que philosophe. (Page 4.) Le résultat pratique de ses études est simplement de conseiller aux socialistes de s'en tenir au programme d'Engels de 1895, c'est-à-dire à la tactique parlementaire. C'est ce qu'ils font effectivement partout dans le monde, et, à mon humble avis, pour la simple raison qu'ils ne peuvent rien faire d'autre sans se révéler fous ou insensés. Cependant, Masaryk renforce son conseil en avertissant que les socialistes devraient également abandonner les idéologies marxistes ! Une fois de plus, ce n'est donc pas le cours naturel des changements politiques de l'Europe civilisée qui a poussé les socialistes à changer de tactique (l'auteur ne saurait nous dire combien de temps la tactique actuelle durera ou pourra durer), mais c'est les idées qui changent et doivent changer. Tout se confond dans la lutte pour la Weltanschauung (conception du monde) – voir notamment pages 586 à 592 – comme cela est naturel chez un écrivain si attaché aux concepts sacramentels de la classification scientifique (page 4) et à la position suréminente de philosophie.</p>
<p>Le philistin, dans sa sous-espèce professorale, se révèle ici pleinement dans sa vraie nature. Connaître intimement la littérature socialiste, tout en ignorant l'âme et le sens les plus profonds du socialisme ! Si cette signification est une fois comprise, il va de soi qu'elle change complètement l'orientation scientifique et change également la position de la science dans l'économie de nos intérêts. Mais Masaryk n'arrive jamais aussi loin, car il lui faudrait pour cela sortir des limites des définitions. Pour cette raison, son livre, bien que rempli d'informations consciencieuses et exempt de mépris professionnel à l'égard du socialisme, équivaut en intention et en effet à un énorme plaidoyer du positivisme contre le marxisme !</p>
<p>Deux observations me viennent à l'esprit à ce stade. L'affirmation qui précède semblera étrange à beaucoup en Italie, où il est d'usage de désigner tout et n'importe quoi par le terme de positivisme. D'un autre côté, j'ai souvent dit que cette manière de concevoir la vie et le monde, que l'on entend sous le nom de matérialisme historique, n'a pas atteint la perfection dans les écrits de Marx, d'Engels et de leurs successeurs immédiats. Et je déclare maintenant avec plus de précision que le développement de cette théorie avance encore lentement et qu'il se poursuivra peut-être au même rythme pendant un bon moment.</p>
<p>Mais des livres comme celui de Masaryk ne servent à rien. Il s'agit bien d'une accumulation d'objections au nom du positivisme, mais non au nom d'une révision authentique et directe des problèmes de la science historique, ni au nom de questions politiques réelles. La soi-disant crise ne fait pas l'objet d'un examen publiciste, ni d'une étude sociologique, mais est plutôt un espace vide, ou une pause, dans lequel l'auteur dépose ou récite ses protestations philosophiques.</p>
<p>Un essai, ni inutile ni dénué d'intérêt, est consacré à la première formation de la pensée de Marx (pages 17-89). Mais le résultat est plutôt maigre. "Marx a finalement trouvé dans la mutation continue de la structure sociale la raison historique du communisme, quelque chose qui impose son emprise sur sa propre nécessité. – Selon Marx, la philosophie est la copie naturelle du processus mondial. – Le communisme découle de l'histoire elle-même. – Le matérialisme de Marx est un matérialisme historique. – » De telles propositions, qui reproduisent d'un seul trait de plume la pensée fondamentale de l'auteur en question, devraient inciter notre critique, me semble-t-il, à examiner les fondements de ces conceptions, afin de les renverser, s'il le peut. Et que fait M. Masaryk à la place ? Quelques lignes plus loin, il écrit : « Sa philosophie, ainsi que celle d'Engels, portent l'empreinte de l'éclectisme. » Et là-dessus, il nous traite sous la lettre D du titre II d'une salade russe d'opinions controversées de Bax, K. Schmidt, Stern, Bernstein, Plekanoff, Mehring, dans la mesure où ils ont discuté de la question de savoir si cette philosophie, d'un point de vue marxiste, est, ou non, conciliable avec un retour à Kant, Spinoza ou autres. Et il ne se souvient jamais du poète qui était présent à la fondation de l'université de Prague, pour s'écrier avec lui : Tu vas pauvre et nue, philosophie !</p>
<p>Le traitement accordé par l'auteur au matérialisme historique (pages 92-168) est quelque peu déconnecté. Il parle d'abord des différentes définitions et de leur choc, pour finalement aboutir à une critique fondée sur ce vieil ennui qu'est la doctrine des facteurs, qu'il cache plus ou moins sous une phraséologie sociologique et psychologique assez douteuse et incertaine. Enfin, l'idée d'une conception objectivement unitaire de l'histoire répugne à notre auteur, et il arrive fréquemment qu'il confonde l'explication des effets de masse historiques principalement par le biais de changements dans les fondements économiques avec l'explication brève et grossière de tel ou tel fait historique. en fonction de conditions économiques particulières et concrètes. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner quand on voit qu'il considère Marx comme une sorte de Comte détérioré, qui devient un disciple inconscient de Schopenhauer et accepte la primauté de la volonté, doctrine qui contredit cependant la trinité sacrée de l'intellect, du sentiment et de la volonté. Il est probable que le pauvre Marx ne savait pas que l'homme avait non seulement un intellect, mais aussi un foie, ce qui est d'autant plus surprenant qu'il souffrait lui-même d'une maladie du foie ! C'est peut-être une bonne raison pour laquelle il n'a pas vu que la plus-value est un concept éminemment éthique !</p>
<p>Un professeur d'université qui traite sa matière comme il traite sa profession, peut facilement être tenté de soumettre un certain auteur à l'épreuve de toutes les diverses doctrines qu'il a, en tant que critique, l'habitude d'étudier et de manipuler. Et puis il arrive, par une étrange illusion de l'érudit, que les termes de comparaison, qui sont dans l'esprit subjectif du critique, deviennent subrepticement des termes de dérivation réelle. Cela est également arrivé à Masaryk. Nous le trouvons ici, au beau milieu de ses tentatives de comparaison, se contredire par la déclaration sentencieuse (page 166) : « En fait, Marx a moulé dans une formule quelque chose qui était dans l'air, comme on dit : et c'est pour cette raison que je n'ai pas attribué beaucoup de poids à des influences particulières sur son développement mental." Par conséquent, je dirais qu'il faut tout recommencer et essayer le chemin inverse. Chez l'auteur que vous critiquez, ce processus inverse s'est produit, car il est passé d'une critique de l'économie et du fait de la lutte des classes à une nouvelle conception de l'histoire et, par là même, à une nouvelle orientation sur les problèmes généraux de la cognition. (et, remarquez, pas par une modification de ce que l'on appelle techniquement la recherche historique). Mais vous faites violence aux faits. Vous les renversez et vous suivez une voie qui n'est pas celle choisie par l'objet de votre critique. Mais bien sûr, vous, philosophe professionnel, descendez de l'altitude des définitions jusqu'à ce qu'on appelle le matérialisme historique. Et malgré tout le respect dû à la bureaucratie, on arrive ainsi à la théorie de la lutte des classes comme on arrive à un corollaire en logique.</p>
<p>Dans ce cas également, la fidélité à l'exposé matériel rend d'autant plus visible l'incapacité d'une compréhension intime et vivante. On rencontre ici et là quelques remarques utiles sur l'insuffisance de précision de termes tels que bourgeoisie, prolétariat, etc., et d'autres plus précieuses sur l'impossibilité de réduire toute la société actuelle à ces deux fameuses classes, puisqu'elle est d'une composition plus complexe et différenciée. Malgré tout cela, il montre une singulière inaptitude à saisir une idée aussi simple que celle-ci : étant donné que la vie sociale est si complexe, les intentions de tel individu peuvent toutes être erronées. Ce fait amène notre auteur à dire que le marxisme réduit la conscience individuelle à une pure illusion. Cela va à son encontre de croire que les lois économiques devraient être soumises à un processus naturel de développement. Eh bien, qu'il prouve que la succession des événements historiques peut être modifiée par des actes arbitraires. Après avoir revendiqué une spontanéité (qu'est-ce que c'est ?) des forces qui animent l'histoire, et proclamé l'aristocratie de l'esprit philosophique, l'auteur nous dit que le déterminisme marxiste s'identifie au fatalisme, puis il avoue (page 234) : "J'explique le monde et l'histoire de manière théiste." Dieu merci !</p>
<p>Nous arrivons enfin à la question principale, à savoir l'explication du monde capitaliste (pages 235-313) et la critique du communisme et du développement de la civilisation (pages 313-386). C'est là le point essentiel pour les socialistes, et ils ne peuvent être combattus sur aucun autre terrain. Mais l'auteur est descendu des hauteurs, et qu'il en soit ainsi. Je ne peux nier – pour commencer par ses conclusions – qu'il y ait une certaine justification dans ses remarques sur notre primitivité et notre simplicité excessives, notamment en ce qui concerne la tentative d'Engels de décrire brièvement les principales phases de l'histoire de la civilisation. L'origine de l'État, ou de la société de classes, au moyen de la domination et de l'autorité, en supposant la présence de la propriété privée et de la famille monogamique, a connu divers modes de développement, dans des cas historiques particuliers et concrets, et aucune explication facile ne tiendra dans le contexte actuel. tenter de rendre plausibles des schémas trop simples. Il peut arriver que les socialistes, dans leurs débats quotidiens, voient habituellement les subtilités de l'histoire sous un jour trop simple et les réduisent trop en taille. Cela les amène à trop uniformiser les subtilités de la société actuelle pour les rapprocher de la même manière, de manière arbitraire. Il est certain aussi qu'il ne convient pas de se référer continuellement à la négation de la négation , car celle-ci n'est pas un instrument de recherche, mais seulement une formule globale, valable certes, mais post factum . Il est en outre certain que le communisme, c'est-à-dire une approche plus ou moins lointaine de la société actuelle vers une nouvelle forme de production, ne sera pas le fruit mental d'une dialectique subjective. C'est pour cette raison que je crois – pour être courtois dans l'usage des armes contre mes adversaires – qu'il n'y a qu'un seul moyen de combattre sérieusement le socialisme, et c'est de prouver que le système capitaliste, du moins pour le moment, a suffisamment de capacité d'adaptation pour réduire, pour un temps indéfini, tous les mouvements prolétariens de fond à une agitation fulgurante, sans jamais aboutir à un processus ascendant qui éliminerait finalement la domination de classe avec l'esclavage salarié. C'est l'essentiel des efforts critiques d'écoles telles que celle de Brentano et de ses disciples. Mais cela ne semble pas être le genre de pain qui convient aux dents de M. Masaryk, qui révèle toute son inaptitude à saisir le lien économique de son sujet, notamment dans le chapitre qu'il consacre à une critique du surplus. valeur. (Pages 250 à 313.)</p>
<p>Après avoir parcouru une multitude de références concernant la question épineuse de la prétendue différence fondamentale entre le premier et le troisième volume du Capital , Masaryk rejette la théorie de la plus-value comme étant inexacte, puis il affirme que Marx ne pouvait pas s'écarter de la théorie de la plus-value. notion d'utilité, car son extrême objectivité l'empêchait de prendre en compte les considérations psychologiques ! Il donne ensuite sa propre opinion sur la place que devrait occuper l'économie politique parmi les sciences, en la supposant dépendante des prémisses de la sociologie générale. Il rejette l'idée selon laquelle l'économie politique est une science historique et réaffirme sa croyance en une prétendue science économique qui, sans se confondre avec l'éthique, embrasserait l'homme tout entier, et pas seulement l'homme en tant que travailleur. Il avance quelques sophismes sur l'impossibilité de trouver une mesure du travail, dans la mesure où celui-ci, à son tour, doit servir de mesure de la valeur, et considère la plus-value comme un concept mental dérivé de l'hypothèse de deux classes engagées dans une activité économique. une lutte mutuelle. Au moyen de nombreux subterfuges, il écrit une apologie du capitaliste dans la mesure où il est entreprenant, c'est-à-dire ouvrier et dirigeant. Et tandis qu'il fulmine contre la classe parasitaire et contre le commerce malhonnête, il réclame une éthique qui enseigne à chacun son devoir et sa place. Il a la gentillesse d'admettre que Marx a découvert l'importance des petits travailleurs, même s'il aurait commis de petites erreurs comme le note Masaryk, par exemple, la réduction du travail complexe au travail simple, et surtout la croyance en un travail simple. lutte des classes alors qu'il n'y a en réalité qu'une lutte entre individus.</p>
<p>Mais s'il est si facile de réduire en poudre le matérialisme historique, si les luttes de classes en tant que dynamique de l'histoire ne sont qu'une généralisation erronée de faits mal compris, si les attentes des faits, si les attentes du communisme sont pratiquement utopiques, si les Les théories du capital sont si manifestement fausses, et si tous les fondements du marxisme ont maintenant été détruits, pourquoi Masaryk prend-il la peine d'écrire encore deux cents pages sur les droits, l'éthique, la religion, etc., c'est-à-dire sur les systèmes qui sont appelés idéologiques ? Pour ma part, j'aurais dû me contenter des affirmations faites, par exemple, aux pages 509-519, qui comblent une sorte de blanc s'intercalant entre le réseau des paragraphes. Là, il essaie de parvenir à un résumé final, mais en raison de défauts de style, la pensée est trop peu concentrée et le résumé manque de concision. Cette tentative de synthèse donne une sorte de tour d'horizon des caractéristiques du marxisme et met ainsi en relief la thèse de l'auteur.</p>
<p>Marx – c'est l'essentiel de ce résumé – marque la limite extrême de la réaction contre le subjectivisme, dans la mesure où il considère la nature comme la chose première et la conscience comme la chose résultante. Il s'agit donc d'un objectivisme positif absolu. Pour lui, l'histoire est l'antécédent et l'individu le conséquent. Sa conception équivaut donc à une négation absolue de l'individualisme. La question de la compréhension est purement pratique. Entre la nature de l'homme et l'histoire humaine, il existe un accord parfait. Il n'existe aucune autre source de conscience humaine en dehors de celle offerte par l'histoire. L'homme est entièrement constitué de ce qu'il fait. D'où le fondement économique de tout le reste. D'où le travail comme fil conducteur de l'histoire. D'où la conviction que les diverses formes sociales ne sont que des formes différentes d'organisation du travail. D'où le point de vue du socialisme, non plus comme simple aspiration ou attente. D'où la conception du communisme, non pas comme un simple schéma de relations économiques, mais comme une nouvelle conscience dépassant les limites de toutes les illusions actuelles et comme une application d'un humanisme positif. Mais cet objectivisme extrême est aujourd'hui en train de se briser par un retour à Kant, c'est-à-dire à la critique. L'œuvre de Marx était incomplète. Il ne parvint pas à vaincre Hegel, il ne trouva pas d'expression adéquate à ses tendances, il retomba dans le romantisme de Rousseau, il tenta en vain de s'extirper de Ricardo et de Smith qu'il tentait de critiquer, et il resta l'auteur d'un système incomplet. . Il personnifie en quelque sorte une tragédie philosophique. Il a mis de vieilles idées au service de nouveaux idéaux, il n'a trouvé d'autre motivation pour le travail révolutionnaire qu'une impulsion vers l'hédonisme, et c'est pourquoi il est resté aristocratique et absolutiste dans sa passion révolutionnaire.</p>
<p>Jusqu'à présent, la caractéristique de Masaryk. Je laisse à quelqu'un possédant une faculté d'expression adéquate le soin de donner de la couleur à cette ébauche. Cela est certainement de nature à attirer notre attention sur la grande tragédie du travail , qui traverse toute l'histoire. [21] Mais tout cela laisse notre auteur de marbre dans son pédantisme académique. Il n'oppose pas une conception à une autre dans son rapide survol d'une nouvelle interprétation des destinées humaines, mais s'y oppose simplement au nom « de la mission de notre temps de trouver une nouvelle synthèse des sciences » (page 513). Puis il fait appel une fois de plus à Hume et à Kant et pose la question : qu'est-ce que la vérité ? Vient ensuite une discussion sur la nouvelle néo-éthique , qui doit descendre pour nous donner une critique scientifique de la société. La nouvelle philosophie doit résoudre le problème de la religion, que Marx croyait avoir résolu, la qualifiant de forme d'illusion. Le pessimisme est la note dominante de notre époque. Schopenhauer s'est quelque peu rapproché de la vérité en faisant de la volonté la racine du monde. Marx était pour lui un pendant avec sa théorie unilatérale du travail. Le marxisme a le défaut d'être resté négatif. « Le capital n'est que la transcription économique de Méphistophélès par Faust » (c'est ce qu'il dit à la page 516, et si vous ne me croyez pas, allez voir par vous-mêmes !). Et enfin on apprend – si je l'ai bien compris – que la crise consiste essentiellement dans un retour à Kant et un penchant de l'esprit révolutionnaire vers le parlementarisme. Ceci marque donc le début de l'époque Masaryk dans l'histoire du monde.</p>
<p>Kant et le parlement, qu'il en soit ainsi ! Mais quel Kant ? Veut-il parler du Kant de la vie philistine la plus privée de Königsberg ? Ou bien s'agit-il de l'auteur révolutionnaire d'écrits subversifs, qui apparaissait à Heine comme l'un des héros de la Grande Révolution ? Et quel parlement de composition ordinaire et coutumière est destiné à transformer l'histoire ? Eh bien, disons Kant et la Convention. Mais la Convention a suivi la révolution, c'est-à-dire après la chute de tout un système social, la ruine de tout un ordre politique, le déchaînement de toutes les passions de classe... et cela suffira. M. Masaryk, en tant que sociologue universitaire professionnel, a le droit d'ignorer cette histoire vivante, agitée, impulsive et passionnée, qui plaît aux autres êtres humains qui ont un sentiment de sympathie pour les réalités humaines. Il peut donc se reposer confortablement sur la persuasion que la période des révolutions est révolue pour toujours et que nous sommes définitivement entrés dans la période de lente évolution, l'idylle de la raison tranquille et résignée.</p>
<p>Tournons-nous néanmoins vers ses casiers.</p>
<p>Le cours de théorie de l'État et du droit (pages 387-426) combat principalement le point de vue selon lequel ceci ou cela est une forme secondaire ou dérivée par rapport à la société en général. L'État existe dès le début de l'évolution, et il existera toujours parce que la raison et la morale l'approuvent (page 405) ; et l'homme, « par sa disposition naturelle, n'aime pas seulement commander, mais aussi être commandé et obéir volontairement ». Les inégalités naturelles justifient la hiérarchie (page 406). Et c'est réglé ! Mais si cela est vrai, pourquoi se donner tant de mal pour démontrer que le droit ne peut pas découler de la situation économique ? Pourquoi perdre du temps à combattre les théories égalitaires d'Engels ? Dans quel but fait-il appel à l'autorité redoutable de Bernstein (page 409), qui aurait remis l'État à l'honneur (imaginez, dans un article de la Neue Zeit !! ), déclarant que c'est une chose que les socialistes ne veut plus abolir, mais seulement réformer ? Il lui est assez facile de se mettre en accord avec l'esprit ordinaire, qui n'hésite pas à admettre, tout comme M. Masaryk, qu'il existe des inégalités justes, et parmi elles des inégalités. J'aimerais qu'il nous dise sa mesure de ce qui est juste !</p>
<p>Je passe sous silence le chapitre intitulé Nationalité et internationalité (pages 426-565), dans lequel l'auteur, outre qu'il manifeste son indignation face à la Slavophobja de Marx, fait quelques observations utiles sur les obstacles à l'internationalisme qui naissent naturellement des particularités de l'esprit national. , et je me suis arrêté une minute pour considérer les remarquables paradoxes qu'il expose à propos de la religion (pages 455-481). Il se révèle ici comme un véritable décadent. Le catholicisme et le protestantisme sont encore pour lui les faits fondamentaux de la vie et ont une importance prépondérante. influence sur les destinées du monde ! Nous sommes tous soit l'un, soit l'autre. En effet, toute philosophie moderne est protestante, et il n'y a de philosophie catholique que par défaut (et votre Comte en contient-il un élément ?). du catholicisme, non seulement parce qu'il a adopté le socialisme français, qui est catholique et répugnant à l'esprit protestant, mais parce qu'il était autoritaire, ennemi de l'individualité, internationaliste et champion de l'objectivisme absolu (page 476). Tout comme la Révolution française était en grande partie un mouvement religieux, de même tout socialisme contemporain porte en lui un élément religieux. Ici et là, il aborde l'idée selon laquelle catholicisme et protestantisme se complètent. Et il est fort probable que l'auteur pense que la religion du futur est en train d'être préparée par le socialisme, considérant que "la foi est le plus haut objectivisme de l'homme normal, et par là même social... Mais l'objectivisme de Marx est trop bilieux". (Page 480.)</p>
<p>Si la religion est pérenne, si l'État est immortel, si la loi est naturelle, reste à savoir si l'éthique (pages 482 à 500) ne doit pas être suréternelle. L'auteur revendique pour la conscience morale le privilège d'un fait incontestable et direct. Je n'ai pas besoin de déclarer qu'il n'est pas nécessaire d'être un matérialiste historique, ni même un simple matérialiste, pour attribuer à une opinion aussi infantile une place parmi les contes de fées. Et c'est pour cette raison que je remercie l'auteur pour sa citation d'articles de revues dans lesquels un Bernstein, un Schmidt et des socialistes comme eux auraient avancé des raisons éthiques contre l'indifférence de Marx à l'égard de la morale (page 497).</p>
<p>Aux pages 500 à 508, nous trouvons les défauts du socialisme en matière d'art.</p>
<p>Toutes ces raisons ainsi que les déclarations de l'auteur dans la section V concernant la politique pratique du socialisme, qui sont traitées sous deux titres, l'un intitulé Révolution et réforme , l'autre marxisme et parlementarisme , nous font connaître un ouvrage doctrinaire de l'époque. le meilleur type de verbalisme. On sait assez que le socialisme s'est développé, au cours de ces cinquante dernières années, d'une secte à un parti. On sait également que le communisme impératif et catégorique, tel qu'il fut autrefois conçu, est devenu la social-démocratie. Le fait que les partis socialistes soient actuellement engagés dans un travail pratique varié et différencié n'est pas seulement un fait historique, mais aussi une façon de faire l'histoire de leur part. Que dans toutes ces choses des erreurs soient commises et des incertitudes pratiques rencontrées, c'est inévitable pour les êtres humains. Mais il est également vrai que, pour comprendre ces choses, il faut vivre parmi elles et les étudier avec l'œil et l'intellect de l'observateur historique.</p>
<p>Et que fait M. Masaryk ? Il ne voit que des divisions en catégories. Il en vient ainsi à l'idée d'un passage d'un révolutionnisme systématique à une négation de la possibilité de toute révolution, du romantisme à l'expérience, de l'aristocratie révolutionnaire à l'éthique démocratique, d'un impératif catégorique aux méthodes empiriques, de l'objectivisme absolu à l'autocritique. des conceptions titanesques à je ne sais quoi, mais on sait seulement que « Faust-Marx devient électeur » (page 562). Vous, heureux électeurs socialistes, qui achèvez l'œuvre de Goethe !</p>
<p>Et puis regardez la méthode spécieuse de l'auteur. Il suppose que la personnalité de Marx (dont il prétend ignorer la biographie pour une raison quelconque, à la page 517) se prolonge indéfiniment, pour ainsi dire, à travers toutes les actions et expressions des partis socialistes et de la presse socialiste, et il place le les paroles et les actes de tous les autres au récit du marxisme de Marx, comme s'il s'agissait de ses propres modifications et révisions. Mais il semble que le Némésis l'ait rattrapé, parce qu'il voulait être trop à la fois, ce Marx, à savoir un philosophe allemand et un révolutionnaire latin, un protestant et un catholique – et la revanche du protestantisme l'a rattrapé (page 566), de sorte que nous avons ici le véritable dispositif de la crise, le sens clair du nouveau 9 Thermidor de Maximilien Carl Robespierre Marx.</p>
<p>Cela ne vaut pas la peine de suivre l'auteur dans ses divagations à travers toute la presse socialiste et les documents du parti, dans sa tentative de rassembler les preuves de la dissolution du marxisme par l'œuvre des marxistes eux-mêmes, qui sont une sorte de Marx prolongé. Sa thèse est que le socialisme devient constitutionnel . Tout est bon pour prouver cette thèse, même l'appel au témoignage d'Enrico Ferri, qui aurait dit, je ne sais vraiment où, qu'une république est dans l'intérêt privé des partis bourgeois. Donc à bas la république ! Et tel est l'espoir de l'auteur : « Que le socialisme perdra les marques aiguës de l'athéisme, du matérialisme et du révolutionnisme, et se développera finalement en une véritable démocratie, qui acquerra les proportions d'une conception universelle de la vie et du monde, d'une politique sub specie aeternitatis », avec une vision de l'éternité (page 858). En ce qui me concerne, je dois avouer que je ne comprends pas cela.</p>
<p>J'ai lu les 600 pages de M. Masaryk avec un soin et une patience inhabituels, considérant que la nature de mes occupations m'empêche de parcourir un seul et même livre en une seule fois. J'ai eu une grande curiosité de le voir dès son annonce. On avait tant dit et bavardé sur une crise du marxisme par un si grand nombre de personnes médiocres et peu cultivées, ce qui d'ailleurs était presque toujours incongru, que j'ai cru pouvoir apprendre beaucoup du chef-d'œuvre de l'auteur de la nouvelle expression en sciences sociales. J'ai été complètement déçu par les choses que j'ai mentionnées ci-dessus.</p>
<p>M. Masaryk n'a assurément rien de commun avec les diverses sortes d'ignorance professionnelle et d'affirmation de soi audacieuse, qui ont produit en si peu de temps tant de critiques définitives du socialisme dans notre heureux pays, où fleurissent toutes sortes d'anarchismes moraux et intellectuels. L'auteur dont je me suis occupé ne partage rien avec la soi-disant crise du marxisme en Italie que l'étiquette extérieure, et cette étiquette nous est parvenue sans aucun doute par la presse française.</p>
<p>L'intention honnête et modeste de Masaryk était simplement de prêcher les funérailles du marxisme au nom d'une autre philosophie. Il a rassemblé le matériel de sa critique dans des notes patiemment et minutieusement élaborées. Il ressort clairement de l'ensemble de son contexte et de la sérénité de son ton tout au long de l'œuvre, au nom et dans quel but il a écrit cette critique. La question sociale est un fait, le socialisme est un autre fait, le socialisme et le marxisme ne font qu'un (l'auteur le répète plusieurs fois et il me semble qu'il commet une grave erreur), mais le problème social doit être résolu d'une manière différente de celle celui attendu par le socialisme marxiste. Retouchons donc, révisons et renversons la Weltanshauung sur laquelle repose le marxisme, et puisque les marxistes eux-mêmes discutent justement de cette question, intervenons entre eux dans cette crise en tant qu'arbitre.</p>
<p>Ce que Masaryk souhaite personnellement dans la pratique, nous le saurons probablement mieux une autre fois. Et j'avoue que je ne suis pas rongé par le désir de le savoir. Mais la lecture de son livre m'a fait penser à tout un siècle d'histoire de la pensée.</p>
<p>Le positivisme a depuis ses débuts marché sur les traces du socialisme. Quant aux idées, les deux choses sont nées à peu près en même temps dans l'esprit vague du génie Saint-Simon. Ils étaient en quelque sorte les compléments inverses des principes de la Révolution. L'antagonisme entre ces deux choses s'est développé dans la suite bigarrée de Saint-Simon. Et à un moment donné, Comte devient le représentant de la réaction (la réaction aristocratique, comme dirait Masaryk), qui assigne aux hommes leur position et leur destination selon le schéma fixe du système, au nom d'une science classificatrice et omnisciente. Dans la mesure où le socialisme est devenu la conscience de la lutte des classes dans l'orbite de la production capitaliste, et dans la mesure où la sociologie, souvent mal expérimentée, s'est ralliée au matérialisme historique, le positivisme, héritier infidèle de l'esprit de la révolution, s'est retiré dans l'orgueil suréminent de la classification scientifique, qui déprécie la conception matérialiste de la science elle-même, selon laquelle elle serait une chose changeante soumise à la transformation des conditions naturelles, en d'autres termes soumise au travail. Masaryk est un homme trop modeste pour imiter l'infaillibilité scientifique de Comte, mais il est assez professeur pour s'accrocher à l'idée que la Weltanschauung est quelque chose au-dessus de la question sociale des humbles travailleurs. Tournez-le comme vous voulez, il y a toujours quelque chose de curé chez un professeur. Il crée le Dieu qu'il adore, qu'il soit fétiche ou hostie sacrée.</p>
<p>Et maintenant nous pouvons dire que nous comprenons.</p>
<p>Je pourrais être tenté de citer quelques passages de mes écrits qui montreraient clairement la distinction entre critique et crise . Mais il me semble que je suis allé assez loin.</p>
<p>Puisque la politique ne peut être autre chose qu'une interprétation pratique et opérationnelle d'un certain moment historique, le socialisme est aujourd'hui confronté – d'une manière générale et sans tenir compte des différences locales des différents pays – au problème difficile et complexe suivant : il doit se méfier des se perdant dans de vaines tentatives de reproduction romantique du révolutionnisme traditionnel (ou, comme dirait Masaryk, il doit fuir l'idéologie), et pourtant il doit en même temps veiller à ne pas tomber dans une attitude d'acquiescement et de bonne volonté qui entraînerait sa disparition dans le mécanisme élastique du monde bourgeois au moyen du compromis. Certains nourrissent le désir, l'attente, l'espoir d'un tel acquiescement au socialisme, et ces apologistes de l'ordre actuel de la société ont attribué un grand poids aux controverses littéraires ouvertes au sein du parti et au modeste livre de Bernstein qui a été publié. élevée d'un seul coup à l'honneur d'une œuvre historique. [22] Ce fait caractérise et condamne ce livre ainsi que tant d'expressions similaires. Mais tout cela n'a rien à voir avec Masaryk. Masaryk, en tant que professeur dans l'exercice de sa profession, a exposé la philologie au moyen de caractères.</p>
<p>ANTONIO LABRIOLA.</p>
<p>Rome, 18 juin 1899.</p>
<p>REMARQUES</p>
<p>1. En révisant les épreuves, il me vient à l'esprit que le lecteur pourrait avoir des doutes sur le caractère de cet écrivain. Pantaleoni, que je défends ici, est lui-même un représentant de cet hédonisme que Croce, employant l'illustration bien connue des deux foyers d'une ellipse, voudrait concilier avec le marxisme. Il est même un représentant extrême de cette école. Pantaleoni est si extrême dans son esprit partisan que, dans son introduction à son cours à Genève, ce semestre (voir son "Prolusione", reproduit dans le numéro de novembre du "Giornale Degli Economisti", pages 407-431), il expulse le nom de Marx de l'histoire des sciences – qui ne peut enregistrer aucune erreur ! – (Voir page 427.) Il a une très mauvaise opinion des socialistes, notamment ceux d'Italie, et les considère comme des imbéciles, des apôtres de la violence, et pire encore (voir sa lettre du 12 août de cette année, pages 101-110). de l'ouvrage du professeur Pareto sur "La Liberté économique et les événements d'Italie", Lausanne, 1898, notamment pages 103 et suivantes).</p>
<p>2. Je me plais à faire référence pour cette marque à la critique virulente du très sagace Lexis dans son article sur l'utilité marginale dans le volume supplémentaire du "Handwerterbuch" de Conrad.</p>
<p>3. Des rapports entre Proudhon et K. Marx, page 29.</p>
<p>4. Je constate au passage que M. Rouanet n'avait lu de Marx que le « Manifeste communiste » et le « Capital ». Il n'avait d'ailleurs qu'une idée assez imparfaite des théories économiques contenues dans ce dernier ouvrage.</p>
<p>5. Un seul pays me semble avoir le droit de revendiquer une place exceptionnelle dans notre civilisation moderne : l'Italie, patrie commune des esprits libres et cultivés.</p>
<p>6. Revue Socialiste, mai 1887, p. 400.</p>
<p>7. M. Petrone est chargé de cours gratuit à l'université de Rome. Il a rédigé un rapport critique très intéressant sur le livre de M. Labriola dans la "Rivista internationale di science sociali e discipline ausiliarie", quatrième année, tome XI, pages 551-560.</p>
<p>8. Des rapports entre Proudhon et K. Marx, page 25.</p>
<p>9. Journal des Débats, 1er mai 1896.</p>
<p>10. Le Capital, traduction française, page 28. Marx dit cela de la marchandise.</p>
<p>11. Feuerbach, « Les racines de la philosophie socialiste », pages 104-105.</p>
<p>12. M. Petrone l'admet sans aucune difficulté. Tandis que M. Bourdeau dit que les thèses de Marx jettent un nouvel éclairage sur l'histoire. (Débats, 13 octobre 1896.)</p>
<p>13. Sur la grande importance de la morale dans les philosophies socialistes, lire les belles observations de M. B. Croce dans sa Sulla concezionematerialistica della storia, publiée dans les Atti della Accademia Pontaniana, vol. XXVI, 1896.</p>
<p>14. Revue socialiste, juin 1887, page 591.</p>
<p>15. Lettre sur le programme Gotha, publiée dans Revue d'économie politique, 1894, page 758. Le texte allemand a paru dans la Neue Zeit , neuvième année, vol. I, numéro 18, pages 560-575.</p>
<p>16. Ce paradoxe a été publié dans la Jeunesse socialiste, de janvier 1895, sous le titre d'Idéalisme de l'histoire. Lisez la réponse pleine d'entrain de M. Lafargue dans le numéro de février.</p>
<p>17. Die Philosophischen und sociologischen Grundlagen du Marxismus – Studien zur sozialen Frage, von Th. G. Masaryk. Professeur an der böhmischen Universität Prag, Wien, C. Konegen, pages XV et 600, en grand in-8°.</p>
<p>18. Die wissenschaftliche und philosophische Krise innerhalb of gegenwärtigen Marxismus. Vienne, 1898, 24 pages.</p>
<p>19. Ibidem , page 24. La même déclaration est maintenant amplement répétée dans le présent livre vers sa fin, en particulier aux pages 59-92. Pour citer encore une petite illustration de la fortune d'un mot, j'observe que la crise du marxisme est devenue la crise du marxisme dans la traduction française de cet ouvrage de Bugiel, Paris, 1898, (extrait de la Revue internationale de sociologie , numéro de juillet ).</p>
<p>20. C'est ce qui a été fait dans les numéros 239 et 240 du 20 avril et du 6 mai du "Zeit" de Vienne. Il avait fait de même en octobre de l'année dernière avec le message de Bernstein au congrès national de Stuttgart. <br class='autobr' />
21. Voir lettre IX du Socialisme et de la Philosophie</p>
<p>22. En référence au livre de Bernstein voir mon article dans Le Mouvement Socialiste , mai 1899.</p>
<p>Transcrit pour les archives Internet Marx/Engels en 1997 par Rob Ryan.</p>
<p>Source : <a href="https://www-marxists-org.translate.goog/archive/labriola/index.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/archive/labriola/index.htm?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr</a></p></div>
Le socialisme et la guerre inter-impérialiste...
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9375
http://www.matierevolution.org/spip.php?article93752025-12-12T23:18:00Ztext/htmlfrKarobGuerre WarSocialisme - Socialism
<p>Le socialisme et la guerre inter-impérialiste : briser la machine militaire de l'État bourgeois <br class='autobr' />
Le chef d'état-major français nous explique qu'il faudra « accepter de perdre ses enfants » et « souffrir économiquement » pour la défense. <br class='autobr' />
En langage bolchevique, ça veut dire : la bourgeoisie prépare sa guerre, et elle veut que le prolétariat la finance, la fasse et la subisse. <br class='autobr' />
La seule réponse digne de notre classe, ce n'est pas le pacifisme moral : <br class='autobr' />
c'est la lutte pour enlever à l'État (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique99" rel="directory">08- LUTTE DES CLASSES - CLASS STRUGGLE </a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag">Guerre War</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot97" rel="tag">Socialisme - Socialism</a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://www.matierevolution.org/IMG/png/appel_aux_soldats_2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/appel_aux_soldats_2-fc73d.jpg?1792885292' width='500' height='750' alt='' /></a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://www.matierevolution.org/IMG/png/economie_de_guerre.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/economie_de_guerre-6c7ed.jpg?1792885294' width='500' height='750' alt='' /></a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://www.matierevolution.org/IMG/png/envoyer_une_generation_a_la_mort.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/envoyer_une_generation_a_la_mort-84236.jpg?1792885294' width='500' height='750' alt='' /></a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://www.matierevolution.org/IMG/png/macron_cimetiere.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/macron_cimetiere-b0f70.jpg?1792885294' width='500' height='750' alt='' /></a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://www.matierevolution.org/IMG/png/ogre.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/ogre-d6560.jpg?1792885294' width='500' height='750' alt='' /></a>
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<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://www.matierevolution.org/IMG/png/pourquoi_on_marche_a_la_guerre.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/pourquoi_on_marche_a_la_guerre-9a271.jpg?1792885294' width='500' height='750' alt='' /></a>
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</div><div class='spip_document_16952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'>
<figure class="spip_doc_inner"> <a href='http://www.matierevolution.org/IMG/png/sortir_de_l_union_sacree.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png"> <img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH750/sortir_de_l_union_sacree-53175.jpg?1792885295' width='500' height='750' alt='' /></a>
</figure>
</div><h2 class="spip">Le socialisme et la guerre inter-impérialiste : briser la machine militaire de l'État bourgeois</h2>
<p>Le chef d'état-major français nous explique qu'il faudra « accepter de perdre ses enfants » et « souffrir économiquement » pour la défense.</p>
<p>En langage bolchevique, ça veut dire : la bourgeoisie prépare sa guerre, et elle veut que le prolétariat la finance, la fasse et la subisse.</p>
<p>La seule réponse digne de notre classe, ce n'est pas le pacifisme moral :</p>
<p>c'est la lutte pour enlever à l'État et à la hiérarchie militaire le contrôle des armes, des soldats et de la production.</p>
<hr class="spip" />
<p>Avant-propos : ce que révèle vraiment le discours du général Mandon</p>
<p>Quand le chef d'état-major explique aux maires qu'il faudra « accepter de nous faire mal », « accepter de perdre ses enfants » et « souffrir économiquement » pour « protéger ce que l'on est », il ne fait pas un dérapage.</p>
<p>Il expose à voix haute la ligne réelle de la bourgeoisie française en phase de réarmement et de préparation à la guerre.</p>
<p>Traduction de classe de son discours</p>
<p>Derrière les mots « force d'âme », « nation », « lien avec le pays », il faut lire :<br class='autobr' />
• le capital français se prépare à une confrontation majeure (avec la Russie, dans le cadre de l'OTAN et de l'UE) ;</p>
<p>• il a besoin que le prolétariat accepte :</p>
<p>o de financer l'armement (austérité, coupes sociales, inflation),<br class='autobr' />
o de fournir la chair à canon (nos enfants, nos frères, nos sœurs),<br class='autobr' />
o de se taire quand l'État utilisera la guerre pour écraser toute contestation intérieure.</p>
<p>Quand Mandon dit : « Si notre pays flanche, parce qu'il n'est pas prêt à accepter de perdre ses enfants… on est en risque », il pose un ultimatum à notre classe :<br class='autobr' />
ou bien vous acceptez morts et sacrifices, ou bien vous serez désignés comme traîtres à la nation.</p>
<p>Militarisation de la société et rôle des maires</p>
<p>Le général ne parle pas seulement aux maires pour les « informer ». Il les enrôle :</p>
<p>• les maires doivent relayer la propagande de guerre,<br class='autobr' />
• « préparer la population » aux morts et aux privations,<br class='autobr' />
• servir d'interface entre l'armée, les réservistes et les habitants.<br class='autobr' />
En même temps, l'état-major annonce :<br class='autobr' />
• doublement des réserves,<br class='autobr' />
• multiplication des liens entre communes et armée,<br class='autobr' />
• « pédagogie » auprès des citoyens pour faire accepter l'économie de guerre.</p>
<p>Autrement dit : on transforme l'échelon local de l'État en courroie de transmission de la machine militaire.</p>
<p>Ce que le général ne dit jamais</p>
<p>Il ne dira pas :</p>
<p>• que les milliards pour l'armement sortent des poches des travailleurs, pas de celles des actionnaires ;<br class='autobr' />
• que les enfants appelés à mourir seront massivement issus des classes populaires ;<br class='autobr' />
• que la « défense de la patrie » signifie en réalité la défense :<br class='autobr' />
o des contrats de Dassault, Thales, Safran, Total,<br class='autobr' />
o du rang de l'impérialisme français dans l'OTAN, l'UE et le système mondial.<br class='autobr' />
Il ne dira jamais que l'ennemi principal des travailleurs de France n'est pas en Russie, mais dans les conseils d'administration du CAC 40 et dans l'appareil d'État qui les protège.</p>
<p>Conclusion politique de cette séquence</p>
<p>Le discours de Mandon n'est pas une erreur :</p>
<p>• c'est le langage brut de la classe dominante qui se sent suffisamment sûre d'elle pour dire :<br class='autobr' />
« préparez-vous à mourir et à vous appauvrir pour notre guerre ».<br class='autobr' />
• c'est un appel explicite à une nouvelle Union sacrée où tous – droite, gauche institutionnelle, élus locaux – doivent « faire bloc » derrière l'État et son armée.</p>
<p>Face à ça, la seule réponse à la hauteur n'est ni le pacifisme moral, ni la demande de « mieux expliquer la guerre aux citoyens ».</p>
<p>La seule réponse à la hauteur est bolchevique : organiser la classe ouvrière pour briser la machine militaire de l'État bourgeois et transformer la guerre des États en guerre des exploités contre leurs exploiteurs.</p>
<hr class="spip" />
<p>La vérité bolchevique : la guerre impérialiste n'est pas « la défense de la patrie »</p>
<p>La bourgeoisie française parle de « nation », de « valeurs », de « civilisation » pour masquer ce fait simple :</p>
<p>les guerres modernes sont des guerres pour les marchés, les matières premières, les sphères d'influence, les routes commerciales et les profits.</p>
<p>La « patrie » qu'on nous demande de défendre, ce sont :</p>
<p>• les contrats de Dassault, Thales, Safran, Total, les banques,<br class='autobr' />
• le siège de la France dans l'OTAN, à l'ONU, dans l'UE,<br class='autobr' />
• la capacité de l'impérialisme français à peser dans le monde.<br class='autobr' />
Quand un général demande de « se préparer à perdre ses enfants », ce n'est pas pour défendre un hôpital de campagne ou une école de village.</p>
<p>C'est pour défendre la propriété privée des grands capitalistes français.</p>
<hr class="spip" />
<p>Position bolchevique : transformer la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire</p>
<p>Lénine l'a formulé sans fioritures pendant 1914–18 :<br class='autobr' />
la tâche des révolutionnaires dans une guerre impérialiste n'est pas de « sauver la patrie », mais de transformer la guerre entre États en guerre des travailleurs contre leur propre bourgeoisie.</p>
<p>Appliqué à aujourd'hui, ça donne :</p>
<p>• Refus total de l'Union sacrée<br class='autobr' />
Pas un homme, pas une femme, pas un euro pour la guerre impérialiste française.<br class='autobr' />
• Refus de “choisir un camp” entre blocs impérialistes<br class='autobr' />
Ni OTAN, ni Moscou, ni Pékin.<br class='autobr' />
Notre camp, c'est le camp des travailleurs de tous les pays.<br class='autobr' />
• Objectif stratégique<br class='autobr' />
Désorganiser la machine de guerre de « notre » État,<br class='autobr' />
par la lutte des classes, la grève, la désobéissance, la révolte dans les casernes, la prise de contrôle de la production.</p>
<hr class="spip" />
<p>Anti-militarisme révolutionnaire : pas le pacifisme, la destruction de la hiérarchie militaire</p>
<p>L'anti-militarisme bolchevique n'est pas un « non à la violence » abstrait.</p>
<p>C'est un non à la violence de classe organisée par l'État bourgeois.</p>
<p>1. Contre l'armée permanente de l'État bourgeois<br class='autobr' />
• L'armée permanente est l'instrument central de la domination de classe.<br class='autobr' />
• Tant qu'elle existe sous contrôle du capital, toute contestation radicale sera écrasée par elle.<br class='autobr' />
2. Pour l'armement du peuple travailleur et l'élection des chefs militaires<br class='autobr' />
• Le but n'est pas un monde de moutons désarmés gardés par des loups.<br class='autobr' />
• Le but est une société où ceux qui travaillent décident aussi, collectivement, de l'usage de la force.<br class='autobr' />
• Chefs élus, révocables, rotation des mandats, disparition des castes d'officiers.<br class='autobr' />
3. Dissolution de la hiérarchie militaire bourgeoise<br class='autobr' />
• Pas de salut révolutionnaire sans briser le corps des officiers, fusionné à la bourgeoisie par la formation, la carrière, l'idéologie.<br class='autobr' />
• Les soldats ne doivent « obéir » qu'à des organes élus de leur classe, pas à une corporation séparée.</p>
<hr class="spip" />
<p>Les comités de soldats : casser l'obéissance aveugle, reconstruire la fraternité de classe</p>
<p>Face à un État qui veut transformer des jeunes travailleurs en chair à canon, la réponse n'est pas seulement de dire « n'y allez pas ».</p>
<p>Car certains y vont déjà, pour des raisons matérielles : salaire, logement, papiers, stabilité, fuite de la misère.</p>
<p>Il faut donc organiser la lutte à l'intérieur même de l'institution militaire.</p>
<p>a) Comités de soldats<br class='autobr' />
• Assemblées régulières de soldats, par caserne, par unité.<br class='autobr' />
• Élus par les soldats eux-mêmes, révocables à tout moment.</p>
<p>Tâches :<br class='autobr' />
• défendre les soldats contre les abus des officiers ;<br class='autobr' />
• refuser les missions de répression contre la population ;<br class='autobr' />
• établir des liens avec les travailleurs en lutte à l'extérieur ;<br class='autobr' />
• préparer le refus d'obéissance dans les conflits impérialistes.</p>
<p>b) Briser la séparation soldats / civils<br class='autobr' />
• Contacts organisés entre comités de soldats et comités de travailleurs, de chômeurs, de jeunes.<br class='autobr' />
• Informations sur les véritables buts des opérations militaires.<br class='autobr' />
• Refus de tirer sur les grévistes, manifestants, quartiers populaires.</p>
<p>Slogan bolchevique : les fusils ne doivent jamais pointer sur le peuple.</p>
<p>c) Droit politique plein et entier pour les soldats</p>
<p>• Libre expression politique, syndicale, associative dans les rangs.<br class='autobr' />
• Fin de la censure militaire.<br class='autobr' />
• Refus de toute justice militaire séparée pour écraser la dissidence.<br class='autobr' />
Ces comités de soldats sont les embryons de l'armée révolutionnaire, fruit de la rupture de classe au sein même de l'appareil militaire.</p>
<hr class="spip" />
<p>Contrôle ouvrier sur la production : enlever les armes des mains du capital</p>
<p>La machine de guerre ne fonctionne pas seulement avec des soldats et des officiers :<br class='autobr' />
elle fonctionne avec des usines, des chantiers, des bureaux, des laboratoires, des milliers de travailleurs.</p>
<p>Bolcheviquement, ça donne :</p>
<p>a) Comités d'usine dans l'armement<br class='autobr' />
• Dans chaque entreprise de l'armement : élection de comités de travailleurs.<br class='autobr' />
• Pouvoir de contrôle sur :<br class='autobr' />
o les commandes,<br class='autobr' />
o les destinations,<br class='autobr' />
o les quantités,<br class='autobr' />
o les conditions de travail.</p>
<p>b) Droit de veto des travailleurs sur la production<br class='autobr' />
• Refus de produire pour certaines guerres, certains États, certaines opérations.<br class='autobr' />
• Possibilité de saboter la machine de guerre par la grève, le blocage, la réorientation de la production.</p>
<p>c) Expropriation sans indemnité, sous contrôle ouvrier<br class='autobr' />
• Les grands groupes de l'armement doivent être retirés des mains des capitalistes.<br class='autobr' />
• Propriété collective, contrôle par les travailleurs, planification :<br class='autobr' />
o réorientation de la production vers les besoins sociaux (transport, énergie, matériels civils),<br class='autobr' />
o réduction massive du secteur militaire,<br class='autobr' />
o maintien des compétences, mais au service de la vie, pas de la mort.</p>
<hr class="spip" />
<p>Enlever le pouvoir à l'État bourgeois : soviets, insurrection, pouvoir des travailleurs</p>
<p>On ne désarme pas vraiment une bourgeoisie avec des pétitions.<br class='autobr' />
Un État bâti pour la guerre et la répression ne se « réforme » pas gentiment.</p>
<p>La perspective bolchevique, c'est :</p>
<p>1. Organes de pouvoir parallèles : comités, soviets, assemblées<br class='autobr' />
• Comités de grève, comités de quartier, assemblées de travailleurs, comités de soldats.<br class='autobr' />
• Coordination locale, régionale, nationale.<br class='autobr' />
• Ces organes ne sont pas « consultatifs », mais se posent comme pouvoir concurrent à l'État.</p>
<p>2. Crise révolutionnaire : dualité de pouvoir<br class='autobr' />
À un moment, deux pouvoirs coexistent :<br class='autobr' />
• l'État bourgeois, avec son armée, sa police, ses tribunaux,<br class='autobr' />
• les organes de la classe ouvrière, avec leur contrôle sur la production, les rues, les casernes.<br class='autobr' />
La question n'est alors plus « réformer la République », mais : qui commande ? qui décide ?</p>
<p>3. Insurrection et destruction de l'État bourgeois<br class='autobr' />
• Le pouvoir ouvrier ne peut pas cohabiter indéfiniment avec l'appareil d'État bourgeois.<br class='autobr' />
• Il doit le désarmer, le dissoudre, le remplacer :<br class='autobr' />
o dissolution de l'armée permanente,<br class='autobr' />
o dissolution des corps d'officiers et de la police telle qu'on les connaît,<br class='autobr' />
o destruction des tribunaux de classe,<br class='autobr' />
o remplacement par des organes élus, révocables, sous contrôle direct de la population travailleuse.</p>
<p>4. Socialisme réel : abolition du salariat, planification, fin de la guerre comme mode de régulation<br class='autobr' />
• Tant que le salariat existe, la guerre est toujours une option pour résoudre les crises du capital.<br class='autobr' />
• Abolir le salariat, c'est abolir le marché du travail, la production pour le profit, la concurrence entre capitaux.<br class='autobr' />
• Une économie planifiée démocratiquement, contrôlée par les travailleurs eux-mêmes, supprime les causes matérielles des guerres impérialistes.</p>
<hr class="spip" />
<p>Qui protège vraiment la machine de guerre française ? Réponses politiques à Mandon<br class='autobr' />
Quand le général Mandon explique qu'il faudra « accepter de perdre nos enfants » et « souffrir économiquement », les directions des organisations dites « d'extrême gauche » se sentent obligées de réagir. Mais la façon dont elles le font en dit long sur leur fonction réelle dans l'appareil idéologique de l'État.</p>
<p>Révolution Permanente : bon diagnostic, débouché flou</p>
<p>Révolution Permanente voit juste sur un point central : le discours de Mandon au Congrès des maires n'est pas un dérapage individuel, mais l'expression assumée de la ligne de la bourgeoisie française en phase de réarmement. Dans son article « Accepter de perdre nos enfants : la propagande de guerre du général Mandon n'est pas un dérapage », RP rappelle que le chef d'état-major appelle les maires à devenir les relais de la propagande militaire, à « préparer » la population à voir ses enfants mourir et à accepter les sacrifices économiques.</p>
<p>Le texte replace les propos dans la continuité de l'augmentation massive du budget de la Défense, du projet de service national pour la jeunesse, du plan de militarisation des hôpitaux, des bases de l'OTAN inaugurées par Macron. Le diagnostic est donc largement correct : Mandon dit tout haut ce que les classes dominantes pensent tout bas.</p>
<p>Mais une fois ce cadre posé, tout s'arrête. La conclusion se limite à expliquer qu'il faut « prendre au sérieux ces plans », que seuls « les travailleurs, la jeunesse et les classes populaires » peuvent stopper cette course à la militarisation et qu'il faudra « s'organiser et renverser le système ».</p>
<p>Formellement, on parle de renversement. Concrètement, aucun instrument n'est proposé pour :<br class='autobr' />
• organiser des comités de soldats dans les casernes ;<br class='autobr' />
• construire des comités de travailleurs dans les usines d'armement ;<br class='autobr' />
• rompre publiquement avec les confédérations syndicales social-patriotes ;<br class='autobr' />
• poser la dualité de pouvoir et l'insurrection contre l'État bourgeois comme horizon stratégique.</p>
<p>RP dit donc clairement que Mandon est la voix de la classe dominante en marche vers la guerre, mais laisse les travailleurs sur le terrain habituel : indignation organisée, campagnes, fronts, manifestations – sans rupture matérielle avec la machine militaire.</p>
<p>NPA-R : « en finir avec le capitalisme », mais à travers un courant syndical</p>
<p>Le NPA-Révolutionnaires, dans son éditorial « “Perdre nos enfants” pour leurs guerres et profits impérialistes, c'est non ! », souligne lui aussi que Mandon condense la politique réelle du gouvernement :<br class='autobr' />
d'un côté, explosion des dépenses militaires et des aides au patronat ;<br class='autobr' />
de l'autre, attaque sur le niveau de vie par les coupes dans la santé, l'éducation, le logement, les transports, les salaires et les retraites.</p>
<p>Le texte rappelle le rôle de l'armée française au Tchad, en RDC, en Afghanistan, pour sécuriser les profits de Total, EDF, Bolloré, Bouygues, Lafarge, CMA CGM ; il insiste sur la responsabilité de l'impérialisme français, aux côtés des autres puissances, dans les guerres qui ravagent l'Afrique. Il affirme même que, pour empêcher la guerre, il faut « en finir avec la société capitaliste ».</p>
<p>Mais, une fois encore, quand on regarde comment cette conclusion est traduite politiquement, on retombe sur la même mécanique :</p>
<p>• construction d'un « courant antiguerre » dans les syndicats existants ;<br class='autobr' />
• dénonciation verbale de Macron, de la droite, de l'extrême droite, du PS, de Mélenchon ;<br class='autobr' />
• mise en avant de la participation à des manifestations, ici la manif nationale contre la complicité de l'impérialisme français avec la guerre d'Israël contre le peuple palestinien, présentée comme une réponse à Mandon.</p>
<p>Autrement dit, le NPA-R utilise un langage plus tranché – « guerre à la guerre », « en finir avec le capitalisme » – mais laisse intact le cadre : pression dans les appareils syndicaux, fronts unitaires, grandes manifestations citoyennes. Rien sur :</p>
<p>• des comités de soldats capables de refuser l'obéissance ;<br class='autobr' />
• des comités d'usine dans l'armement capables de bloquer la production ;<br class='autobr' />
• une stratégie offensive de rupture avec les directions syndicales social-patriotes ;<br class='autobr' />
• la construction d'organes de pouvoir concurrents de l'État.<br class='autobr' />
Le défaitisme révolutionnaire est proclamé, mais il est prisonnier d'une pratique de courant syndical radical.</p>
<p>Lutte Ouvrière : défaitisme dans les mots, syndicalisme dans les faits</p>
<p>Lutte Ouvrière publie l'article « Pas question de sacrifier nos enfants pour de sales guerres capitalistes ! ».</p>
<p>On y retrouve toute une série de vérités :</p>
<p>• Mandon prépare la population à un « choc militaire avec la Russie » dans trois ou quatre ans ;<br class='autobr' />
• les hôpitaux sont sommés de se préparer à soigner des centaines de milliers de blessés de guerre ;<br class='autobr' />
• l'industrie est reconvertie pour les marchands de canons : Rafale, canons Caesar, reconversion de la Fonderie de Bretagne pour produire des obus, etc. ;<br class='autobr' />
• la guerre sert les profits de TotalEnergies, Orano, Dassault, Thales, BNP, Crédit Agricole ;<br class='autobr' />
• l'impérialisme français est dénoncé en Afrique, au Moyen-Orient, en Ukraine ;<br class='autobr' />
• LO cite Rosa Luxemburg pour rappeler que la « défense de la patrie » est une légende de guerre ;<br class='autobr' />
• la seule guerre juste serait la guerre du monde du travail contre la classe capitaliste.<br class='autobr' />
Sur le plan de la dénonciation, le tableau est donc juste et efficace. Mais, comme pour RP et le NPA-R, tout se bloque au moment où il faudrait passer de la dénonciation à l'organisation.<br class='autobr' />
Rien n'est avancé pour :<br class='autobr' />
• organiser des comités de soldats dans les casernes, avec droit de regard sur les ordres et possibilité de refus ;<br class='autobr' />
• construire des comités d'usine dans l'armement, avec droit de veto sur les commandes, les destinations, les quantités produites ;<br class='autobr' />
• revendiquer l'expropriation sans indemnité des groupes d'armement (Dassault, Thales, Safran, Nexter, etc.) sous contrôle ouvrier ;<br class='autobr' />
• inscrire la question de la dissolution de l'armée permanente et du corps des officiers comme tâche politique centrale.</p>
<p>Dans les entreprises de l'armement où LO est implantée, la ligne qui domine reste celle du syndicalisme classique : défense de l'emploi, des salaires, négociation de primes, plutôt que lutte pour empêcher la production de guerre et arracher les usines aux capitalistes.</p>
<p>Bilan : un même verrou stratégique</p>
<p>Si l'on met bout à bout ces trois réactions à Mandon, on obtient une structure commune :</p>
<p>• Un diagnostic globalement correct :<br class='autobr' />
o le discours de Mandon exprime la ligne de la classe dominante en économie de guerre ;<br class='autobr' />
o l'armée française est un instrument impérialiste ;<br class='autobr' />
o les classes populaires sont désignées pour payer, en vies et en niveau de vie.<br class='autobr' />
• Un radicalisme verbal réel :<br class='autobr' />
o on parle de « propagande de guerre », de « renverser le système », d'« en finir avec le capitalisme », de « nos balles pour nos généraux », de « guerre à la guerre » ;<br class='autobr' />
• Mais une pratique encadrée :<br class='autobr' />
o campagnes, fronts, courants dans les syndicats, manifestations, sans construction d'organes de pouvoir de classe.<br class='autobr' />
Ce qui manque partout, c'est exactement ce que la perspective bolchevique met au centre :<br class='autobr' />
• comités de soldats dans les casernes, pour casser l'obéissance aveugle et préparer la rupture de classe au sein de l'appareil militaire ;<br class='autobr' />
• comités d'usine, en particulier dans l'armement, avec droit de veto sur la production et possibilité de blocage ;<br class='autobr' />
• revendication de l'expropriation des groupes d'armement et du contrôle ouvrier sur la production ;<br class='autobr' />
• perspective assumée de dualité de pouvoir, d'insurrection et de destruction de l'État bourgeois.<br class='autobr' />
RP, NPA-R et LO disent, chacun à leur manière, que la bourgeoisie prépare la guerre et que Mandon l'avoue. Mais ils laissent les travailleurs désarmés politiquement face à cette offensive : pas d'organes à construire, pas de stratégie de prise de pouvoir, pas de plan pour désorganiser matériellement la machine de guerre.</p>
<p>De ce point de vue, leurs réactions jouent un rôle objectif de ceinture de sécurité autour de l'économie de guerre : elles canalisent l'indignation de classe dans des formes inoffensives pour l'État et la détournent de ce qui pourrait vraiment faire peur à Mandon et aux siens : des comités de soldats, des comités d'usine de l'armement, une stratégie explicite de destruction de l'appareil militaire de l'État bourgeois.</p>
<hr class="spip" />
<p>CGT, FO, Solidaires, CFDT : pacifisme républicain, social-patriotisme concret</p>
<p>Les fédérations et syndicats CGT ont réagi avec indignation.</p>
<p>La fédération des travailleurs de l'État (FNTE-CGT) publie un tract « Halte à la rhétorique guerrière ! », où les propos de Mandon sont qualifiés de « dangereux », de « provocation », et où l'on dénonce les milliards pour l'armement au détriment des services publics.</p>
<p>Le syndicat CGT de l'hôpital Cochin explique que la bourgeoisie n'a jamais hésité à sacrifier les classes populaires pour ses guerres.</p>
<p>Mais la solution défendue reste strictement républicaine :<br class='autobr' />
• « refuser l'économie de guerre »,<br class='autobr' />
• « défendre les services publics »,<br class='autobr' />
• « exiger la paix ».</p>
<p>On ne parle ni de dissolution de l'armée permanente, ni de comités de soldats,<br class='autobr' />
ni de droit de veto des travailleurs de l'armement sur la production, ni de fraternisation de classe avec les travailleurs des pays ennemis.</p>
<p>FO, dans ses communiqués contre « l'économie de guerre », se dit « indignée » par la phrase sur « la perte de nos enfants » et dénonce le budget de guerre Macron–Lecornu.<br class='autobr' />
Mais la conclusion est claire : mobiliser… pour défendre les revendications et les budgets sociaux, sans jamais poser la question de la destruction de l'appareil militaire et de l'État qui le commande.<br class='autobr' />
Solidaires, de son côté, apparaît dans les appels intersyndicaux contre l'austérité et le budget 2026.</p>
<p>Dans d'autres textes, notamment sur la guerre en Ukraine, l'union syndicale met en avant la « solidarité avec la résistance ukrainienne », ce qui la place de fait dans le camp politique de l'OTAN, même si elle affirme le critiquer.</p>
<p>Les courants se revendiquant révolutionnaires présents dans Solidaires ne mènent pas une bataille publique systématique contre cette orientation social-patriote : ils la recouvrent d'un vernis « radical » tout en la laissant intacte.</p>
<p>Quant à la CFDT, son rôle dans l'intersyndicale – et dans la gestion « responsable » des politiques publiques, y compris militaires – reste celui d'un pilier de l'Union sacrée sociale autour de l'État.<br class='autobr' />
Au total, ces confédérations prennent position contre la phrase de Mandon, mais pas contre la machine de guerre qui la rend possible.</p>
<p>Elles s'opposent à la manière dont l'État parle de la guerre, pas à la fonction de cet État dans l'impérialisme français.</p>
<hr class="spip" />
<p>Centrismes et appareils : comment on neutralise la colère</p>
<p>Le point commun de tous ces textes – partis « d'extrême gauche » et syndicats confédérés – c'est qu'ils déplacent systématiquement le terrain :</p>
<p>• de la lutte de classes vers le citoyennisme (on parle de « population », « habitants », « services publics », « maires ») ;<br class='autobr' />
• de la destruction de l'appareil d'État vers sa réorientation (« pas l'économie de guerre, mais des budgets sociaux », « une autre politique de défense ») ;<br class='autobr' />
• de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire vers la pression démocratique sur les institutions.</p>
<p>La fonction politique réelle de ces organisations, dans une séquence comme Mandon, est double :</p>
<p>1. Canaliser l'indignation dans des formes inoffensives pour l'État : communiqués, tracts, pétitions, journées d'action sans perspective de rupture.<br class='autobr' />
2. Préserver la légitimité de l'État républicain : on attaque une « provocation », une « rhétorique guerrière », une « mauvaise politique », mais jamais la nature de classe de l'appareil militaire et de l'État qui le dirige.</p>
<p>Ainsi, Révolution Permanente, NPA-R, LO, CGT, FO, Solidaires, CFDT composent, chacune à leur niveau, une ceinture de sécurité politique autour de l'économie de guerre :<br class='autobr' />
elles permettent aux travailleurs de « protester » tout en restant à l'intérieur de l'Union sacrée.</p>
<hr class="spip" />
<p>Ligne bolchevique : rompre avec l'Union sacrée, briser la machine</p>
<p>À l'inverse, la ligne défendue ici part d'une autre prémisse :</p>
<p>• la guerre impérialiste n'est pas une erreur de trajectoire :<br class='autobr' />
c'est un mode normal de régulation d'un capitalisme en crise, qui cherche à défendre ses marchés, ses sphères d'influence, ses profits.</p>
<p>En conséquence :</p>
<p>1. L'ennemi principal des travailleurs de France n'est pas à Moscou ou à Pékin, mais ici même :<br class='autobr' />
dans les conseils d'administration de Dassault, Thales, Safran, Total, des banques,<br class='autobr' />
et dans l'appareil d'État – gouvernement, état-major, hauts fonctionnaires – qui protège leurs intérêts.<br class='autobr' />
2. La tâche n'est pas de “réorienter” l'armée, mais de la dissoudre comme institution de classe :<br class='autobr' />
suppression de l'armée permanente, élection et révocabilité des chefs, dislocation des corps d'officiers,<br class='autobr' />
armement du peuple travailleur sous son propre contrôle.<br class='autobr' />
3. La lutte contre la guerre ne peut pas se limiter à “plus de moyens pour les hôpitaux” :<br class='autobr' />
elle exige des organes de pouvoir parallèles – comités de soldats, comités de travailleurs de l'armement, comités de quartier, soviets – capables de prendre le contrôle de la production, des casernes, des rues.<br class='autobr' />
4. Le but n'est pas une “bonne République sociale” mais la destruction de l'État bourgeois :<br class='autobr' />
dualité de pouvoir, insurrection, remplacement des institutions existantes par des organes élus et révocables de la population travailleuse,<br class='autobr' />
expropriation des groupes d'armement et planification de la production en fonction des besoins sociaux.</p>
<p>En clair :</p>
<p>• les réactions de RP, NPA-R, LO et des confédérations syndicales montrent les limites du réformisme et du centrisme face à la guerre ;<br class='autobr' />
• la perspective bolchevique-léniniste – comités de soldats, contrôle ouvrier, expropriation de l'armement, destruction de l'État bourgeois – est la seule cohérente avec la phrase de Lénine :<br class='autobr' />
transformer la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire.</p>
<hr class="spip" />
<p>Conclusion : ou bien les travailleurs désarment l'État, ou bien l'État les enverra se faire tuer</p>
<p>Le discours du général français n'est pas un accident de langage.</p>
<p>C'est un signal : la bourgeoisie se prépare à la guerre et veut ligoter la population dans une nouvelle Union sacrée.</p>
<p>Face à ça, la ligne bolchevique est limpide :</p>
<p>• Pas de confiance dans l'État bourgeois.<br class='autobr' />
• Pas de respect pour la hiérarchie militaire qui prépare le massacre.<br class='autobr' />
• Organisation de comités de travailleurs, de chômeurs, de jeunes, de soldats.<br class='autobr' />
• Contrôle ouvrier sur la production, surtout militaire.<br class='autobr' />
• Rupture avec tous les partis qui appellent à « faire bloc » derrière la nation.<br class='autobr' />
• Préparation consciente de la crise révolutionnaire : que la prochaine grande guerre du capital devienne sa dernière –<br class='autobr' />
parce qu'elle se changera en guerre civile révolutionnaire victorieuse.</p></div>