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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse</title>
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		<dc:date>2025-03-21T23:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Freud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avant-propos par Sigmund Freud, &#233;t&#233; 1932. &lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re conf&#233;rence.	R&#233;vision de la science du r&#234;ve. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me conf&#233;rence.	R&#234;ve et occultisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;me conf&#233;rence.	Les diverses instances de la personnalit&#233; psychique &lt;br class='autobr' /&gt;
Quatri&#232;me conf&#233;rence.	L'angoisse et la vie instinctuelle &lt;br class='autobr' /&gt;
Cinqui&#232;me conf&#233;rence.	La f&#233;minit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sixi&#232;me conf&#233;rence.	&#201;claircissements, applications, orientations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Septi&#232;me conf&#233;rence.	D'une conception de l'univers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant-propos &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes premi&#232;res &#171; Conf&#233;rences sur la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique122" rel="directory"&gt;Introduction &#224; la psychanalyse, Sigmund Freud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot170" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avant-propos par Sigmund Freud, &#233;t&#233; 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re conf&#233;rence.	R&#233;vision de la science du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me conf&#233;rence.	R&#234;ve et occultisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me conf&#233;rence.	Les diverses instances de la personnalit&#233; psychique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me conf&#233;rence.	L'angoisse et la vie instinctuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me conf&#233;rence.	La f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sixi&#232;me conf&#233;rence.	&#201;claircissements, applications, orientations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septi&#232;me conf&#233;rence.	D'une conception de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant-propos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes premi&#232;res &#171; Conf&#233;rences sur la Psychanalyse &#187; ont &#233;t&#233; faites au cours des deux semestres d'hiver 1915-1916 et 1916-1917, dans un amphith&#233;&#226;tre de la clinique psychiatrique de Vienne, devant des auditeurs venus de toutes les facult&#233;s. Les conf&#233;rences de la premi&#232;re partie avaient &#233;t&#233; improvis&#233;es, puis imm&#233;diatement trans-crites. celles de la seconde, compos&#233;es durant un s&#233;jour estival &#224; Salzbourg, puis textuellement r&#233;p&#233;t&#233;es l'hiver suivant. A cette &#233;poque ma m&#233;moire &#233;tait encore d'une fid&#233;lit&#233; phonographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, ces nouvelles conf&#233;rences n'ont jamais &#233;t&#233; faites. Entre temps, mon &#226;ge &#233;tait venu me relever de mes obligations envers l'Universit&#233;, obligations &#224; la v&#233;rit&#233; peu serr&#233;es, mais qui m'obligeaient &#224; faire quelques cours. De plus, une inter&#172;vention chirurgicale m'avait rendu impossible de prendre la parole en public. Si donc je me replace, dans les conf&#233;rences qui vont suivre, au milieu d'un auditoire, ce n'est que par un jeu de mon imagination : peut-&#234;tre ce fantasme m'aidera-t-il, en approfon&#172;dissant mon sujet, &#224; ne pas omettre de tenir compte du lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouvelles conf&#233;rences ne visent pas du tout &#224; remplacer les premi&#232;res, dont elles ne peuvent nullement &#234;tre s&#233;par&#233;es ; elles ne forment pas un tout ind&#233;pendant et ne sont pas susceptibles d'int&#233;resser &#224; elles seules un certain nombre de lecteurs. Elles continuent et compl&#232;tent leurs devanci&#232;res et peuvent, par rapport &#224; celles-ci, se diviser en trois groupes. Dans le premier se rangent les th&#232;mes d&#233;j&#224; trait&#233;s il y a quinze ans, maintenant remani&#233;s, et qui, par suite de l'approfondissement de nos connaissances et des modifications de nos aper&#231;us, doivent aujourd'hui &#234;tre pr&#233;sent&#233;s sous un autre jour, c'est-&#224;-dire subir une r&#233;vision critique. Les deux autres groupes comprennent les progr&#232;s proprement dits en ce qu'ils traitent de choses qui, &#224; l'&#233;poque des premi&#232;res conf&#233;rences, n'existaient pas encore ou bien &#233;taient alors trop peu importantes pour qu'on leur consacr&#226;t un chapitre particulier. Quelques-unes de ces nouvelles conf&#233;rences, fait in&#233;vitable mais non point regrettable, r&#233;unissent les caract&#232;res des deux groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas plus que les pr&#233;c&#233;dentes, ces nouvelles conf&#233;rences ne s'adressent aux analys-tes de m&#233;tier, &#224; qui elles ne sauraient apprendre rien de nouveau. Elles sont destin&#233;es &#224; cette grande cat&#233;gorie de gens cultiv&#233;s qui t&#233;moignent, nous l'esp&#233;rons, aux particularit&#233;s et aux conqu&#234;tes de la jeune science un int&#233;r&#234;t bienveillant - encore que mod&#233;r&#233;. Cette fois encore, mon principal souci a &#233;t&#233; de ne rien sacrifier aux apparen-ces et d'&#233;viter de pr&#233;senter la psychanalyse comme une science simple, compl&#232;te et achev&#233;e ; je n'ai cherch&#233; ni &#224; en voiler les probl&#232;mes, ni &#224; en dissimuler les lacunes et les incertitudes. Dans aucun autre domaine scientifique on ne ressentirait le besoin de se vanter d'une semblable modestie, partout ailleurs elle semble aller de soi et le public ne s'attend &#224; rien d'autre de la part du savant. Nul lecteur d'un trait&#233; d'astro&#172;nomie ne s'aviserait d'&#234;tre d&#233;&#231;u ou de se sentir au-dessus de la science quand on lui montre les fronti&#232;res au-del&#224; desquelles notre connaissance se perd dans le n&#233;buleux. Il en va bien autrement de la psychologie. Ici l'inaptitude constitutionnelle de l'hom&#172;me &#224; l'investigation scientifique appara&#238;t dans toute son ampleur. On semble ne pas demander &#224; la psychologie un progr&#232;s de la connaissance, mais on ne sait quelles autres satisfactions. On lui fait un grief de chaque probl&#232;me non r&#233;solu et de chaque incertitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui aime vraiment la science du psychisme humain devra prendre son parti de cette injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vienne, &#233;t&#233; 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re conf&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;vision de la science du r&#234;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, vous ayant convoqu&#233;s de nouveau apr&#232;s une interruption de plus de quinze ans pour m'entretenir avec vous de ce que le temps ainsi &#233;coul&#233; a apport&#233; de neuf et peut-&#234;tre de meilleur &#224; la psychanalyse, je crois que, pour plus d'un motif, il serait. juste et &#233;quitable de tourner d'abord notre attention vers l'&#233;tat de la science du r&#234;ve. Celle-ci, qui occupe dans l'histoire de la psychanalyse une place particuli&#232;re, marque un tournant d&#233;cisif ; n'est-ce pas gr&#226;ce &#224; elle que l'analyse est pass&#233;e du rang de m&#233;thode psychoth&#233;rapeutique &#224; celui de psychologie des profon-deurs ? La jeune science n'a fourni aucune doctrine plus marquante, plus originale que celle des r&#234;ves, aucune m&#234;me qui puisse lui &#234;tre compar&#233;e. Elle est un morceau de terre inconnue gagn&#233; sur les croyances populaires et le mysticisme. La nouveaut&#233; des assertions qu'elle apportait lui a fait jouer le r&#244;le d'un schibboleth dont l'emploi d&#233;cidait de qui pouvait devenir adepte de la psychanalyse ou de qui devait renoncer &#224; la comprendre jamais. Elle m'offrit &#224; moi-m&#234;me un s&#251;r appui dans cette p&#233;riode difficile o&#249; les manifestations inconnues des n&#233;vroses venaient troubler mon juge&#172;ment encore mal affermi. Il m'arrivait parfois de douter de la justesse de mes connais&#172;sances incertaines, mais si je r&#233;ussissais alors &#224; convertir un r&#234;ve embrouill&#233;, insens&#233;, en un processus psychique correct et intelligible, je retrouvais ma conviction d'&#234;tre sur la bonne voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera ainsi particuli&#232;rement int&#233;ressant pour nous d'une part de suivre, justement d'apr&#232;s le cas de la science des r&#234;ves, l'&#233;volution de la psychanalyse dans cet inter-valle, d'autre part de constater les gains qu'elle a r&#233;alis&#233;s dans l'esprit du public quant &#224; la compr&#233;hension et &#224; l'appr&#233;ciation que celui-ci peut en avoir. Je vous pr&#233;viens par avance que vous allez &#234;tre d&#233;&#231;ue sur ces deux points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuilletons ensemble les num&#233;ros de La Revue Internationale de Psychanalyse (M&#233;dicale) dans lesquels se trouvent r&#233;unis, depuis 1913, les travaux d&#233;cisifs, de notre science. Dans les premiers volumes vous trouvez toujours une rubrique &#171; Inter-pr&#233;tation des r&#234;ves &#187; richement fournie et comprenant des &#233;tudes sur les diff&#233;rents points de la science des r&#234;ves ; mais plus vous avancez, moins ces travaux sont nombreux, et enfin la rubrique, autrefois permanente, finit par dispara&#238;tre tout &#224; fait. Les analystes se comportent comme s'ils n'avaient plus rien &#224; nous apprendre, comme si la science du r&#234;ve avait dit son dernier mot. Mais si vous nous demandez ce qu'ont retenu de cette science tous ceux qui ne sont pas nos adeptes directs : tous ces psychiatres et psychoth&#233;rapeutes qui font cuire leurs petits potages sur notre feu sans m&#234;me se montrer reconnaissants de notre hospitalit&#233;, ces soi-disant savants qui ont coutume de s'approprier les d&#233;couvertes int&#233;ressantes de la science, et les litt&#233;rateurs, et le grand publie, la r&#233;ponse sera peu satisfaisante. Certaines formules sont devenues c&#233;l&#232;bres, entre autres quelques-unes que nous n'avons jamais soutenues, par exemple que tous les r&#234;ves sont de nature sexuelle. Et justement les choses importantes paraissent &#234;tre rest&#233;es aussi &#233;trang&#232;res qu'il y a trente ans &#224; la conscience g&#233;n&#233;rale. On ignore, par exemple, la distinction fondamentale qu'il y a lieu de faire entre le contenu manifeste et les pens&#233;es latentes du r&#234;ve, la notion de non-contradiction entre le cauchemar et la fonction r&#233;alisatrice des d&#233;sirs du r&#234;ve, l'impossibilit&#233; d'interpr&#233;ter le songe quand le r&#234;veur ne fournit pas les associations qui en font partie et surtout le fait que l'essentiel du r&#234;ve est le processus de son &#233;laboration. J'ai le droit de parler ainsi, apr&#232;s avoir re&#231;u, au cours de ces ann&#233;es, un monceau de lettres dont les auteurs, apr&#232;s m'avoir racont&#233; leurs songes, me prient de les leur expliquer ou bien de leur fournir des renseignements sur la nature du r&#234;ve. Ils pr&#233;tendent avoir lu La Science des r&#234;ves et trahissent &#224; chaque ligne leur incompr&#233;hension de notre science. Cela ne saurait nous emp&#234;cher de traiter encore, dans son ensemble, la question du r&#234;ve. Vous vous souvenez que, la derni&#232;re fois, toute une s&#233;rie de conf&#233;rences fut consa&#172;cr&#233;e &#224; montrer comment l'on &#233;tait parvenu &#224; comprendre ce ph&#233;nom&#232;ne psychique jusqu'alors inexpliqu&#233;. Donc, quand au cours de l'analyse quelqu'un, l'un de nos patients par exemple, nous raconte l'un de ses r&#234;ves, nous admettons qu'il se confor-me, ce faisant, &#224; l'obligation de tout nous confier qu'il avait prise en se soumettant au traitement analytique. Car le r&#234;ve est une confidence, mais une confidence faite en termes impropres ; il ne constitue ni une manifestation sociale ni un moyen de se faire comprendre. Et nous ne parvenons d'ailleurs pas &#224; saisir ce que le patient voulait nous dire, lui-m&#234;me ne le sachant pas non plus. C'est ici qu'il nous faut prendre une d&#233;cision rapide : ou bien le r&#234;ve, comme le pr&#233;tendent les m&#233;decins non analystes, est un indice que le r&#234;veur a mal dormi, que les r&#233;gions de son cerveau n'ont pu toutes au m&#234;me degr&#233; parvenir au repos, que certaines d'entre elles ont persist&#233; &#224; vouloir fonctionner et n'y sont arriv&#233;es que de tr&#232;s imparfaite fa&#231;on. Et s'il en est r&#233;ellement ainsi, nous ferons bien de ne pas nous pr&#233;occuper plus longtemps du produit psychi-quement sans valeur d'un trouble nocturne. En effet, quel r&#233;sultat utile esp&#233;rerions-nous tirer de cette &#233;tude ? Ou bien... mais n'avons-nous pas de prime abord adopt&#233; cette seconde attitude ? Arbitrairement, il faut le reconna&#238;tre, nous avons suppos&#233;, postul&#233;, que ce r&#234;ve inintelligible devait &#234;tre aussi un acte psychique plein de valeur et de signification et que nous pourrions, comme toute autre confidence, l'utiliser dans l'analyse. Seule l'exp&#233;rience montrera si nous avons raison. Qu'il nous soit don&#172;n&#233; de r&#233;ussir &#224; transformer le r&#234;ve en une pr&#233;cieuse manifestation et nous aurons &#233;videmment la perspective d'apprendre du nouveau, de parvenir &#224; la connaissance de faits qui, sans cela, nous seraient demeur&#233;s imp&#233;n&#233;trables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est maintenant que nous nous trouvons face &#224; face avec les difficult&#233;s de notre t&#226;che et les &#233;nigmes de notre th&#232;me. Comment allons-nous parvenir &#224; transformer le r&#234;ve en confidence normale ? Comment expliquerons-nous qu'une partie des r&#233;v&#233;la-tions du malade se soit faite sous cette forme incompr&#233;hensible pour lui comme pour nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez, Mesdames, Messieurs, que je m'engage, cette fois, sur la voie d'un expos&#233; non pas g&#233;n&#233;tique, mais dogmatique. Nous &#233;tablirons tout d'abord notre position vis-&#224;-vis du probl&#232;me du r&#234;ve, en instituant deux nouvelles notions, deux nouvelles d&#233;nominations. Le r&#234;ve proprement dit, nous l'appellerons texte du r&#234;ve, r&#234;ve manifeste, et, ce que nous cherchons derri&#232;re lui, pour ainsi dire, les pens&#233;es latentes du r&#234;ve. Voici d&#232;s lors en quoi consistera notre t&#226;che : il nous faudra trans-former le r&#234;ve manifeste en r&#234;ve latent et expliquer comment a pu se produire, dans le psychisme du r&#234;veur, l'&#233;laboration inverse. Le premier travail est d'ordre pratique, il fait partie de l'interpr&#233;tation du r&#234;ve et se plie &#224; une certaine technique ; le second est d'ordre th&#233;orique et doit servir &#224; expliquer l'&#233;laboration du r&#234;ve, ne peut donc &#234;tre qu'une th&#233;orie. Technique de l'interpr&#233;tation du r&#234;ve et th&#233;orie de son &#233;laboration doivent toutes deux &#234;tre cr&#233;&#233;es de toutes pi&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant par quoi commencerons-nous ? Par la technique de l'interpr&#233;tation du r&#234;ve, ce me semble ; la mati&#232;re en est plus souple et vous donnera une impression plus vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons donc que le malade nous ait racont&#233; un r&#234;ve qu'il nous faille expliquer. Nous l'avons &#233;cout&#233; avec calme, en &#233;vitant de sp&#233;culer sur son r&#233;cit. Qu'allons-nous faire ensuite ? Nous d&#233;cidons de nous pr&#233;occuper le moins possible du r&#234;ve manifeste. Il va de soi que ce r&#234;ve manifeste pr&#233;sente toutes sortes de caract&#232;res qui ne nous laissent pas enti&#232;rement indiff&#233;rents. Il est soit coh&#233;rent, nettement compos&#233; &#224; la mani&#232;re d'un po&#232;me, soit confus, inintelligible, presque semblable &#224; un d&#233;lire ; il peut renfermer des &#233;l&#233;ments absurdes, ou bien, des pointes, des conclusions en apparence spirituelles. Le r&#234;veur le trouve clair et subtil ou n&#233;buleux et confus ; les images qu'il offre peuvent avoir l'intensit&#233; de perceptions sensorielles ou bien &#234;tre vagues comme une vapeur indistincte, et les caract&#232;res les plus vari&#233;s coexistent parfois dans un m&#234;me r&#234;ve, r&#233;partis en plusieurs endroits ; enfin le r&#234;ve est capable soit de ne susciter qu'indiff&#233;rence, soit d'&#234;tre accompagn&#233; des &#233;motions les plus joyeuses ou les plus p&#233;nibles. Ne croyez pas que nous tenions pour rien cette diversit&#233; infinie dans le r&#234;ve manifeste ; nous y pourrons glaner, au contraire, nombre d'&#233;l&#233;ments propres &#224; nous faciliter l'interpr&#233;tation. Mais, pour le moment, nous laisserons cette question de c&#244;t&#233;, quitte &#224; y revenir plus tard, et nous nous engagerons sur la voie principale, celle qui m&#232;ne &#224; l'interpr&#233;tation du r&#234;ve. C'est-&#224;-dire que nous inviterons le r&#234;veur &#224; n&#233;gliger, lui aussi, l'impression produite par le r&#234;ve manifeste et &#224; reporter son attention sur les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments du contenu du r&#234;ve et &#224; nous faire part, au fur et &#224; mesure qu'elles se pr&#233;senteront, des associations que ces fragments font na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas l&#224; une technique particuli&#232;re et qui diff&#232;re de la m&#233;thode dont on se sert g&#233;n&#233;ralement pour utiliser r&#233;v&#233;lations et confidences ? Vous devinez certainement que ce proc&#233;d&#233; masque certaines hypoth&#232;ses dont nous n'avons pas encore parl&#233;. Mais poursuivons. Dans quel ordre le patient devra-t-il examiner les fragments de son r&#234;ve ? Plusieurs voies s'offrent &#224; nous : nous pouvons simplement suivre l'ordre chronologique tel qu'il est apparu dans le r&#233;cit du r&#234;ve. C'est, pour ainsi dire, la m&#233;thode classique et la plus rigoureuse. Ou bien nous invitons le r&#234;veur &#224; choisir dans son r&#234;ve les r&#233;sidus de la journ&#233;e, car l'exp&#233;rience nous a appris que, dans presque chaque r&#234;ve, s'est gliss&#233; souvent quelque r&#233;sidu de souvenir ou bien quelque allusion &#224; un ou &#224; plusieurs faits arriv&#233;s le jour du r&#234;ve. Si nous fouillons cette association, nous d&#233;couvrons, parfois d'un seul coup, le rapport qu'il y avait entre le monde en apparence si lointain du songe et la vie r&#233;elle du patient. Nous pouvons encore dire &#224; ce dernier de parler d'abord des &#233;l&#233;ments de son r&#234;ve qui lui semblent les plus importants, du fait de leur nettet&#233; particuli&#232;re, de leur acuit&#233; sensorielle. Nous savons d'ailleurs que c'est de cette derni&#232;re fa&#231;on qu'il lui sera le plus facile de trouver des associations ; or l'important &#233;tant justement de les obtenir, peu importe la m&#233;thode employ&#233;e pour arriver &#224; ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que nous avons ces associations, nous voyons qu'elles nous fournissent les mat&#233;riaux les plus vari&#233;s : souvenirs de la veille, du jour o&#249; fut fait le r&#234;ve et d'&#233;poques depuis longtemps r&#233;volues, r&#233;flexions, discussions du pour et du, contre, aveux et questions. Tant&#244;t le patient parle avec volubilit&#233;, tant&#244;t il s'arr&#234;te un instant. La plupart des donn&#233;es ont quelque rapport avec l'un des &#233;l&#233;ments du r&#234;ve : rien d'&#233;tonnant &#224; cela puisqu'elles en d&#233;coulent. Mais il arrive parfois que l'analys&#233; les fasse pr&#233;c&#233;der de ces mots : &#171; Je le dis parce que cela me vient &#224; l'esprit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on porte son attention sur cette masse d'id&#233;es, l'on ne tarde pas &#224; remarquer qu'elles ont, avec le contenu du songe, d'autres points communs encore que le point de d&#233;part. Elles projettent une lumi&#232;re surprenante sur tous les fragments du r&#234;ve, comblent les lacunes qui subsistent entre eux et rendent compr&#233;hensible leur bizarre assemblage. Il faut arriver &#224; s'expliquer le rapport qui existe entre elles et le contenu du r&#234;ve. Ce dernier appara&#238;t comme le r&#233;sum&#233; de ces associations, r&#233;sum&#233; fait, il est vrai, suivant des r&#232;gles encore inconnues et dont les &#233;l&#233;ments semblent &#234;tre les repr&#233;-sentants &#233;lus d'une multitude. Sans aucun doute, nous sommes parvenus, gr&#226;ce &#224; notre technique, &#224; savoir ce que le r&#234;ve remplace, ce en quoi consiste sa valeur psy&#172;chique, maintenant que nous l'avons d&#233;pouill&#233; de ses particularit&#233;s &#233;tranges, de sa bizarrerie, de son d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, ne nous y m&#233;prenons pas ! Il ne faut pas confondre les associations provoqu&#233;es par le r&#234;ve avec les pens&#233;es latentes du r&#234;ve ; ces derni&#232;res sont conte&#172;nues dans les associations comme dans une lessive-m&#232;re, mais pas enti&#232;rement. Les associations nous fournissent d'une part bien plus d'&#233;l&#233;ments qu'il ne nous en faut pour formuler les pens&#233;es latentes du songe, c'est-&#224;-dire tous les d&#233;veloppements, transitions, rapporte que l'intellect du patient a d&#251; produire en se rapprochant des pens&#233;es du r&#234;ve. D'autre part, l'association s'est souvent arr&#234;t&#233;e au seuil des v&#233;ritables pens&#233;es du r&#234;ve, n'a fait apr&#232;s s'en &#234;tre approch&#233;e que les effleurer par des allusions. C'est ici que nous intervenons en compl&#233;tant les allusions, en tirant d'imp&#233;rieuses conclusions et en pr&#233;cisant ce que l'analys&#233; n'a fait que mentionner &#224; peine dans ses associations. Il semble alors que nous disposions &#224; notre gr&#233;, &#224; notre fantaisie, des mat&#233;riaux fournis par le r&#234;veur et que nous en abusions pour glisser dans ses assertions ce que celles-ci n'exprimaient pas. D'ailleurs, ce n'est point chose ais&#233;e que de l&#233;gitimer notre proc&#233;d&#233; en un expos&#233; abstrait. Mais pratiquez vous-m&#234;mes une analyse ou &#233;tudiez un exemple bien choisi parmi ceux qu'offre notre litt&#233;rature et vous vous convaincrez de la fa&#231;on dont peut s'imposer un pareil travail d'inter&#172;pr&#233;tation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans l'interpr&#233;tation des r&#234;ves nous d&#233;pendons g&#233;n&#233;ral et surtout des associa-tions du riveur, vis-&#224;-vis de certains &#233;l&#233;ments du contenu du r&#234;ve, nous nous comportons avec ind&#233;pendance, et cela parce que nous y sommes oblig&#233;s, du fait qu'en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale nous n'y trouvons pas d'associations. Nous avons vite remarqu&#233; que ce sont toujours les m&#234;mes contenus qui entrent en jeu dans ces cas ; ils ne sont pas tr&#232;s nombreux et une longue exp&#233;rience nous a, maintes fois, montr&#233; qu'ils doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme les symboles de quelque chose d'autre. Par compa&#172;raison avec lu autres &#233;l&#233;ments du r&#234;ve, on peut leur attribuer une signification fixe, mais qui n'est pas n&#233;cessairement unique, dont l'ampleur est d&#233;termin&#233;e par des r&#232;gles particuli&#232;res auxquelles nous ne sommes pas habitu&#233;s. Comme nous savons traduire ces symboles et le r&#234;veur, non, bien qu'il en ait lui-m&#234;me fait usage, il peut arriver que le sens d'un r&#234;ve nous apparaisse imm&#233;diatement avec clart&#233;, ayant d'avoir fait le moindre effort pour l'interpr&#233;ter et alors que le r&#234;veur lui-m&#234;me se trouve devant une &#233;nigme. Mais j'ai d&#233;j&#224; dit, dans mes pr&#233;c&#233;dentes conf&#233;rences, tant de choses sur le symbolisme, les connaissances que nous en avons, les probl&#232;mes qu'il nous offre, que je n'ai pas besoin, aujourd'hui, de revenir sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est donc notre m&#233;thode d'interpr&#233;tation des r&#234;ves ; mais, se demandera-t-on ensuite &#224; juste titre, pourra-t-elle servir &#224; interpr&#233;ter tous les r&#234;ves ? Non, r&#233;pondrons-nous, mais un nombre assez grand pour d&#233;montrer la valeur du proc&#233;d&#233; et en motiver l'emploi. Pourquoi pas tous ? En r&#233;pondant &#224; cette question, nous &#233;luciderons un point important et nous serons amen&#233;s &#224; parler des conditions psychiques de l'&#233;laboration du r&#234;ve, Le travail d'interpr&#233;tation se heurte, en effet, &#224; une r&#233;sistance plus ou moins grande, tant&#244;t infime, tant&#244;t insurmontable (tout au moins par les moyens dont nous disposons actuellement), tant&#244;t de force interm&#233;diaire. On ne saurait n&#233;gliger, durant le travail, les manifestations de cette r&#233;sistance. Quelquefois, le patient fournit sans h&#233;siter les associations et d&#232;s la premi&#232;re ou la seconde id&#233;e, l'explication surgit. D'autre fois, il s'arr&#234;te, tergiverse ; avant d'obtenir des donn&#233;es utiles &#224; la compr&#233;-hension du r&#234;ve, nous sommes contrainte de l'&#233;couter &#233;noncer toute une suite d'id&#233;es. Plus cette cha&#238;ne d'associations est longue, riche en d&#233;tours, plus la r&#233;sistance est forte ; c'est du moins ce que nous croyons et apparemment &#224; juste titre. L'oubli des r&#234;ves r&#233;sulte aussi de cette r&#233;sistance. Il arrive assez souvent que l'analys&#233;, malgr&#233; ses efforts, ne parvienne pas &#224; se souvenir d'un de ses r&#234;ves. Toutefois, quand au cours du travail analytique nous arrivons &#224; surmonter une difficult&#233; qui avait g&#234;n&#233; le patient par rapport &#224; l'analyse, le r&#234;ve oubli&#233; revient soudain &#224; la m&#233;moire. D'autres remar&#172;ques doivent &#233;galement trou&#172;ver place ici. Tr&#232;s fr&#233;quemment, un fragment de r&#234;ve d'abord omis est ajout&#233; ult&#233;rieurement. Ce fait doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une tentative d'oubli. L'exp&#233;rience montrant que le fragment en question est justement le plus significatif, nous admet&#172;tons qu'une r&#233;sistance particuli&#232;rement forte n'est oppos&#233;e &#224; sa r&#233;v&#233;lation. En outre, nous constatons souvent que le r&#234;veur, pour &#233;viter d'oublier ses r&#234;ves, les fixe par &#233;crit d&#232;s son r&#233;veil. Nous pouvons lui dire que c'est l&#224; une tentative vaine ; en effet, la r&#233;sistance &#224; laquelle il s'est oppos&#233; en inscrivant le texte du r&#234;ve se reporte ensuite sur les associations et rend impossible l'interpr&#233;tation du r&#234;ve manifeste. Dans ces conditions, nous ne nous &#233;tonnerons pas de constater qu'un nouvel accroissement de la r&#233;sistance supprime tout &#224; fait ces associations et fasse &#233;chouer l'interpr&#233;tation du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout ce qui pr&#233;c&#232;de nous conclurons que la r&#233;sistance qui s'oppose &#224; l'inter-pr&#233;tation du r&#234;ve doit &#233;galement jouer un r&#244;le dans la formation de ce dernier. Et de fait, tandis que l'&#233;laboration de certains r&#234;ves est g&#234;n&#233;e par une forte r&#233;sistance, pour d'autres cette r&#233;sistance s'av&#232;re faible. D'ailleurs l'intensit&#233; de la r&#233;sistance varie durant un m&#234;me r&#234;ve et c'est &#224; elle que sont attribuables les lacunes, les obscurit&#233;s, l'incoh&#233;rence qui peuvent troubler le cours du plus beau songe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quel r&#244;le est donc d&#233;volu &#224; la r&#233;sistance et contre quoi s'exerce-t-elle ? Voici : la r&#233;sistance est l'indice le plus s&#251;r d'un conflit. Deux forces antagonistes se trouvent en pr&#233;sence, dont l'une tend &#224; provoquer une r&#233;v&#233;lation &#224; laquelle s'oppose l'autre. Le r&#234;ve manifeste, tel qu'il se produit ensuite, embrasse, en les condensant, toutes les d&#233;cisions auxquelles aboutit cette lutte des deux tendances. A tel endroit du r&#234;ve, la force qui pousse &#224; la r&#233;v&#233;lation prend le dessus, &#224; tel autre, l'instance adverse parvient, soit &#224; supprimer totalement la r&#233;v&#233;lation, soit &#224; la remplacer de fa&#231;on que l'on n'en puisse plus du tout soup&#231;onner la nature r&#233;elle. Les cas les plus fr&#233;quents sont ceux o&#249; le conflit se r&#233;sout par un compromis : la r&#233;v&#233;lation vers laquelle tend l'une des deux forces se produit bien, mais elle est &#233;dulcor&#233;e, d&#233;plac&#233;e, rendue m&#233;connaissable. Quand le r&#234;ve ne reproduit pas fid&#232;lement les pens&#233;es du r&#234;ve, quand un travail d'interpr&#233;tation s'av&#232;re indispensable pour nous permettre de franchir l'ab&#238;me qui le s&#233;pare de ces pens&#233;es, c'est par suite de la victoire que remporte l'ins-tance contrariante, inhibante, limitante. La pr&#233;sence de cette instance nous est r&#233;v&#233;l&#233;e par la r&#233;sistance &#224; laquelle nous nous heurtons dans l'interpr&#233;tation du r&#234;ve. Tant que nous avons consid&#233;r&#233; le r&#234;ve comme un ph&#233;nom&#232;ne isol&#233;, ind&#233;pendant des forma&#172;tions psychiques apparent&#233;es, nous avons qualifi&#233; cette instance de censure des r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez depuis longtemps que cette censure ne s'applique pas exclusivement au r&#234;ve. Vous n'ignorez pas que notre vie spirituelle est enti&#232;rement domin&#233;e par le conflit de deux instances psychiques improprement d&#233;nomm&#233;es le refoul&#233; inconscient et le conscient, que la r&#233;sistance &#224; l'interpr&#233;tation du r&#234;ve, indice de la censure, n'est rien d'autre que la r&#233;sistance due au refoulement. C'est elle qui provoque la disjonc-tion des deux instances en question. Vous savez aussi que de ce conflit d'instances naissent, dans certaines conditions, d'autres formations psychiques qui, tel le r&#234;ve lui-m&#234;me, sont le r&#233;sultat d'un compromis ; vous n'exigerez donc pas que je r&#233;p&#232;te ici tout ce qui a &#233;t&#233; dit d&#233;j&#224; dans l'introduction &#224; la th&#233;orie des n&#233;vroses, tout ce qui a servi &#224; vous montrer ce que nous savons touchant les conditions de semblables compromis. Vous avez compris que le r&#234;ve est une production pathologique, le premier terme d'une s&#233;rie qui comprend le sympt&#244;me hyst&#233;rique, la repr&#233;sentation obs&#233;dante, l'id&#233;e d&#233;lirante, mais qu'il se distingue de ces manifestations morbides par sa. fugacit&#233; et son apparition dans les circonstances de la vie normale. Ce qu'Aristote a dit, nous -le r&#233;p&#233;tons : la vie du rive, c'est le travail qu'accomplit notre &#226;me durant le sommeil. En dormant nous nous d&#233;tournons du monde ext&#233;rieur r&#233;el et ainsi se trouve r&#233;alis&#233;e la condition n&#233;cessaire au d&#233;veloppement d'une psychose. L'&#233;tude la plus minutieuse des maladies mentales les plus graves ne saurait nous faire d&#233;couvrir de particularit&#233;s plus propres &#224; caract&#233;riser cet &#233;tat morbide. Mais dans la psychose, c'est de deux mani&#232;res diff&#233;rentes que le sujet se d&#233;tourne de la r&#233;alit&#233;, soit que le refoul&#233; incon-scient devienne trop puissant et &#233;crase le conscient attach&#233; &#224; la r&#233;alit&#233;, soit que devant une r&#233;alit&#233; trop p&#233;nible, insupportable, le moi menac&#233; se pr&#233;cipite par r&#233;volte dans les bras de la pulsion inconsciente. L'inoffensive psychose du r&#234;ve est un renoncement momentan&#233;, consciemment voulu, au monde ext&#233;rieur ; elle dispara&#238;t d&#232;s que les relations avec ce dernier sont renou&#233;es. Pendant cet isolement, une modification se produit dans la r&#233;partition de l'&#233;nergie psychique du dormeur. Une partie de la d&#233;pense en refoulement peut &#234;tre &#233;vit&#233;e, celle qui est, en g&#233;n&#233;ral, utilis&#233;e &#224; refr&#233;ner l'inconscient, car lorsque ce dernier cherche &#224; mettre &#224; profit sa relative libert&#233;, il trouve la voie de la motilit&#233; ferm&#233;e et est oblig&#233; de se contenter d'une satisfaction hallucinatoire. C'cet alors que peut se constituer un r&#234;ve ; l'existence d'une censure du r&#234;ve montre toutefois qu'il subsiste encore, m&#234;me pendant le sommeil, une certaine quantit&#233; de la r&#233;sistance due au refoulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve a-t-il une fonction, un r&#244;le utile ? Nous voil&#224; en mesure maintenant de r&#233;pondre &#224; cette question. Le repos complet que le sommeil tend &#224; procurer est menac&#233; de trois c&#244;t&#233;s diff&#233;rents ; d'abord, et ceci plus fortuitement, par les excitations venues du dehors, puis par les pr&#233;occupations de la journ&#233;e impossibles &#224; supprimer et enfin, in&#233;vitablement, par les pulsions insatisfaites, refoul&#233;es, qui guettent l'occa&#172;sion de se manifester. Par suite de la d&#233;croissance nocturne des refoulements, on pourra craindre que la paix du sommeil ne soit troubl&#233;e chaque fois qu'une excitation ext&#233;rieure ou int&#233;rieure parvient &#224; trouver son point de jonction avec l'une des sources pulsionnelles inconscientes. Gr&#226;ce au processus du r&#234;ve, le produit de cette action commune est d&#233;vers&#233; dans le r&#234;ve, ph&#233;nom&#232;ne hallucinatoire inoffensif, et la conti-nuation du sommeil est ainsi assur&#233;e. Parfois il arrive que le songe, provoquant un sentiment d'angoisse, r&#233;veille le dormeur ; mais ce fait n'est nullement en contradic&#172;tion avec la fonction du r&#234;ve. Il joue seulement le r&#244;le d'un signal destin&#233; &#224; indiquer que le surveillant trouve la situation trop dangereuse et ne pense plus pouvoir s'en rendre ma&#238;tre. Souvent, au cours m&#234;me du sommeil, ne nous arrive-t-il pas de conce&#172;voir cette id&#233;e rassurante, destin&#233;e &#224; &#233;viter le r&#233;veil &#171; Mais ce n'est qu'un r&#234;ve &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, Mesdames, Messieurs, ce que je tenais &#224; vous dire touchant l'interpr&#233;tation des r&#234;ves, interpr&#233;tation dont le but est de nous ramener du r&#234;ve manifeste aux pens&#233;es latentes du r&#234;ve. Ce but une fois atteint, le r&#234;ve perd g&#233;n&#233;ralement tout int&#233;r&#234;t pour l'analyse pratique. La confidence re&#231;ue sous la forme d'un songe est ajou-t&#233;e aux autres confidences et l'on poursuit l'analyse. Nous avons profit &#224; demeurer encore sur ce chapitre du r&#234;ve ; l'id&#233;e d'&#233;tudier le processus suivant lequel les pens&#233;es latentes du r&#234;ve ont &#233;t&#233; transform&#233;es en r&#234;ve manifeste nous s&#233;duit. Vous vous souvenez que dans mes pr&#233;c&#233;dentes conf&#233;rences j'ai d&#233;crit ce processus dans tous ses d&#233;tails ; c'est pourquoi il m'est aujourd'hui permis de m'en tenir &#224; un tr&#232;s bref expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de l'&#233;laboration du r&#234;ve nous semble quelque chose de tout &#224; fait nouveau, d'&#233;tranger, rien de semblable ne nous &#233;tait connu auparavant. Ce processus nous a permis de jeter un premier coup d'&#339;il sur les ph&#233;nom&#232;nes qui se jouent dans le syst&#232;me inconscient et nous a montr&#233; qu'ils sont tout diff&#233;rents de ce qu'a pu nous faire conna&#238;tre notre pens&#233;e consciente. C'est pour cette raison que cette derni&#232;re les juge n&#233;cessairement invraisemblables et erron&#233;s. La port&#233;e de cette d&#233;couverte s'est encore accrue quand nous avons constat&#233; que dans la formation des sympt&#244;mes n&#233;vrotiques comme dans la transformation des pens&#233;es latentes en r&#234;ves manifestes, ce sont les m&#234;mes m&#233;canismes - nous n'osons dire les m&#234;mes processus de pens&#233;e - qui ont agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant &#224; l'in&#233;vitable description sch&#233;matique. Imaginons qu'en un certain cas, nous puissions embrasser d'un seul regard toutes les pens&#233;es latentes &#224; plus ou moins forte charge affective qui, une fois le r&#234;ve expliqu&#233;, ont remplac&#233; le r&#234;ve manifeste. Nous observerons que le comportement du r&#234;veur ne sera pas tou&#172;jours le m&#234;me vis-&#224;-vis de toutes les pens&#233;es du r&#234;ve et cette observation aura une grande importance. Le r&#234;veur, en effet reconna&#238;t et identifie la plupart des pens&#233;es du r&#234;ve. Il admet avoir eu ou pu avoir, cette fois-l&#224; ou une autre, telle id&#233;e. Par contre, une seule pens&#233;e le r&#233;volte, lui semble &#233;trang&#232;re, voire repoussante, peut-&#234;tre m&#234;me l'&#233;cartera-t-il avec violence. Eh bien, ce sera la preuve de la moindre importance des autres id&#233;es qui ne sont que des fragments de la pens&#233;e consciente ou plut&#244;t pr&#233;&#172;consciente : ces id&#233;es-l&#224; auraient pu, tout aussi bien, surgir durant l'&#233;tat de veille, et d'ailleurs elles ont vraisemblablement &#233;t&#233; con&#231;ues pendant la journ&#233;e. Mais l'id&#233;e ou, plus justement, l'&#233;motion rejet&#233;e est l'enfant de la nuit, elle appartient &#224; l'inconscient du dormeur et c'est pour cette raison m&#234;me que celui-ci la renie et la rejette. C'est gr&#226;ce au laisser-aller nocturne que l'&#233;motion a pu se manifester nous une forme quelconque ; quoi qu'il en soit, l'expression nous en appara&#238;t affaiblie, d&#233;plac&#233;e, d&#233;guis&#233;e, et sans le travail d'interpr&#233;tation du r&#234;ve nous ne l'eussions pas per&#231;ue. Si cette &#233;motion inconsciente parvient &#224; se glisser au travers des mailles de la censure sous un d&#233;guisement qui la rend m&#233;connaissable, elle le doit au rapport qui l'unit aux autres pens&#233;es, incontestables celles-l&#224;, du r&#234;ve et c'est &#224; ce rapport que les pens&#233;es inconscientes du r&#234;ve sont redevables du pouvoir qu'elles ont d'occuper, m&#234;me pendant le sommeil, la vie psychique. Car un fait s'av&#232;re indubitable : cette &#233;motion inconsciente est la cr&#233;atrice v&#233;ritable du r&#234;ve et fournit l'&#233;nergie n&#233;cessaire &#224; son &#233;laboration ; comme toutes les autres puisions instinctuelles, elle ne peut tendre qu'&#224; sa propre satisfaction et L'habitude que nous avons d'interpr&#233;ter les r&#234;ves nous a appris aussi que chacun d'eux a pour but cette satisfaction. Dans tout songe, un d&#233;sir pulsionnel doit &#234;tre repr&#233;sent&#233; comme r&#233;alis&#233;. Or, comme le psychisme cherche pendant la nuit &#224; se d&#233;tourner de la r&#233;alit&#233;, comme il se produit une r&#233;gression vers les m&#233;canismes primitifs, il s'ensuit que cette r&#233;alisation des d&#233;sirs est v&#233;cue hallucinatoirement, &#224; la mani&#232;re d'un fait pr&#233;sent. A cause de cette m&#234;me r&#233;gression, lu id&#233;es sont, durant le r&#234;ve, transform&#233;es en images visuelles et les pens&#233;es latentes se trouvent ainsi dramatis&#233;es et illustr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie de l'&#233;laboration nous explique quelques-uns des caract&#232;res les plus manifestes et -lu plus particuliers du r&#234;ve. &#201;tudions &#224; nouveau sa formation et d'abord le pr&#233;lude : l'envie de dormir, la s&#233;paration voulue d'avec le monde ext&#233;rieur. Deux cons&#233;quences en d&#233;coulent : en premier lieu la possibilit&#233; pour l'appareil psychique de laisser agir en lui-m&#234;me des modes anciens et primitifs de travail, la r&#233;gression, en second lieu la diminution de la r&#233;sistance oppos&#233;e par le refoulement, lequel p&#232;se sur l'inconscient. C'est gr&#226;ce &#224; ce dernier ph&#233;nom&#232;ne que peut s'&#233;laborer le r&#234;ve et cette possibilit&#233; est utilis&#233;e par les excitations ext&#233;rieures et int&#233;rieures. Le r&#234;ve ainsi produit est d&#233;j&#224; un compromis &#224; double fonction : d'une part il est conforme au moi, puisqu'il favorise le d&#233;sir de dormir en supprimant les excitations propres &#224; troubler le sommeil, et, d'autre part, il offre &#224; la pulsion instinctuelle refoul&#233;e une occasion de se satisfaire en lui laissant prendre la forme de la r&#233;alisation hallucinatoire d'un d&#233;sir. N&#233;anmoins tout le processus autoris&#233; par le moi endormi reste r&#233;gi par la censure qu'exerce le reliquat toujours persistant du refoulement. Il m'est impossible de d&#233;crire plus simplement un processus qui n'est pas simple en soi. Mais il me sera permis maintenant de poursuivre la description de l'&#233;laboration du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons-en une fois encore aux pens&#233;es latentes du r&#234;ve ; leur &#233;l&#233;ment principal, c'est l'&#233;motion instinctuelle refoul&#233;e qui arrive &#224; se manifester sous une forme il est vrai adoucie et d&#233;guis&#233;e, en s'aidant des excitations fortuitement pr&#233;sentes et en utilisant les restes diurnes. Comme toute pulsion Instinctuelle, celle-ci tend &#224; se satisfaire par des actes, mais la motilit&#233; lui &#233;tant interdite par suite des conditions physiologiques du sommeil, elle se voit forc&#233;e de rebrousser chemin et de se con&#172;tenter d'une satisfaction hallucinatoire. Les pens&#233;es latentes du r&#234;ve sont ainsi transform&#233;es en une somme d'images sensorielles et de sc&#232;nes visuelles, et c'est alors que se produit en elles ce qui nous semble si nouveau et si &#233;trange. Tous les modes de langage propres &#224; traduire les formes les plus subtiles de la pens&#233;e : conjonctions, pr&#233;positions, changements de d&#233;clinaison et de conjugaison, tout cela est abandonn&#233;, faute de moyens d'expression, seuls les mat&#233;riaux bruts de la pens&#233;e peuvent encore s'exprimer comme dans une langue primitive, sans grammaire. L'abstrait est ramen&#233; &#224; sa base concr&#232;te. Ce qui reste ainsi peut facilement sembler incoh&#233;rent. Quand un grand nombre d'objets, de processus, sont repr&#233;sent&#233;s par des symboles devenus &#233;trangers &#224; la pens&#233;e consciente, ce fait est attribuable autant &#224; une r&#233;gression archa&#239;&#172;que dans l'appareil psychique qu'aux exigences de la censure. Mais d'autres modifica&#172;tions subies par les &#233;l&#233;ments des pens&#233;es du r&#234;ve sont pouss&#233;es bien plus loin encore. Les pens&#233;es qui offrent entre elles quelque point de contact, forment, par condensa&#172;tion, de nouvelles unit&#233;s et la transformation en images s'op&#232;re incontestablement de pr&#233;f&#233;rence sur celles d'entre elles pour lesquelles ce remaniement, cette compression s'av&#232;rent possibles ; tout se passe comme si quelque force tentait de soumettre le mat&#233;riel &#224; une compression, &#224; un resserrement. Il arrive que, par suite de la condensa-tion, un seul des &#233;l&#233;ments du r&#234;ve manifeste corresponde &#224; de nombreux &#233;l&#233;ments des pens&#233;es latentes du r&#234;ve ; par contre, un seul &#233;l&#233;ment de ces pens&#233;es peut &#234;tre remplac&#233;, dans le r&#234;ve, par plusieurs images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre ph&#233;nom&#232;ne nous semble plus curieux encore : le d&#233;placement ou trans&#172;fert de l'accent qui, dans la pens&#233;e consciente, n'est tenu. que pour une erreur de la pens&#233;e ou pour un moyen de faire de l'esprit. Les diverses repr&#233;sentations fournies par les pens&#233;es du r&#234;ve ne sont pas toutes &#233;quivalentes. Plus ou moins charg&#233;es d'affectivit&#233;, elles peuvent, de ce fait, &#234;tre estim&#233;es par le jugement comme plus ou moins importantes et dignes d'exciter l'int&#233;r&#234;t. Durant l'&#233;laboration du r&#234;ve, les repr&#233;sentations sont priv&#233;es de leur affect. Les affects se liquident isol&#233;ment ou bien ils peuvent soit &#234;tre d&#233;plac&#233;s sur d'autres id&#233;es, soit demeurer dans le statu quo, soit subir certaines transformations, soit enfin ne pas du tout appara&#238;tre dans le r&#234;ve. L'importance des repr&#233;sentations d&#233;pouill&#233;es de leur affect se manifeste, durant le songe, par la puissance sensorielle qu'elle conf&#232;re aux images r&#234;v&#233;es ; mais notons que l'accent est transf&#233;r&#233; des &#233;l&#233;ments significatifs aux &#233;l&#233;ments indiff&#233;rente : ainsi ce qui est mis au premier plan, dans le r&#234;ve, ne jouait dans les pens&#233;es du r&#234;ve qu'un r&#244;le secondaire et inversement l'essentiel des pens&#233;es du rive ne s'exprime plus qu'inci-demment et de fa&#231;on obscure au cours du r&#234;ve. Dans l'&#233;laboration du r&#234;ve, rien ne contribue autant &#224; rendre celui-ci &#233;trange et incompr&#233;hensible au dormeur. C'est avant tout le d&#233;placement, dont les pens&#233;es oniriques subissent l'effet sous l'influence de la censure, qui provoque la d&#233;formation du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pens&#233;es du rive &#233;tant ainsi modifi&#233;es, le r&#234;ve est presque achev&#233;. Cependant, un facteur assez inconstant intervient encore : l'&#233;laboration dite secondaire qui se produit apr&#232;s que le r&#234;ve a &#233;t&#233; per&#231;u par le conscient. Nous agissons vis-&#224;-vis de cette perception comme vis-&#224;-vis de toutes les autres, nous cherchons &#224; combler les lacunes qui s'y trouvent, &#224; ins&#233;rer des rapports et, ce faisant, nous risquons suez sou&#172;vent d'&#234;tre victimes de grossiers malentendus. Quand cette activit&#233; pour ainsi dire rationalisante s'exerce, elle donne au r&#234;ve, dans les cas les plus favorables, une fa&#231;ade nette qui ne s'harmonise pas avec son contenu r&#233;el, mais elle peut toutefois faire d&#233;faut nu ne se manifester que tr&#232;s faiblement. Dans ce cas le r&#234;ve se pr&#233;sente tel qu'il est, avec ses l&#233;zardes et ses fissures. D'autre part, n'oublions pas que l'&#233;labora&#172;tion du r&#234;ve ne s'effectue pas toujours avec la m&#234;me &#233;nergie ; il advient assez souvent qu'elle se limite &#224; certains fragments des pens&#233;es du r&#234;ve, taudis que d'autres fragments apparaissent tels quels, non modifi&#233;s durant le songe. Il semble alors qu'on ait accompli, dans le r&#234;ve, les op&#233;rations intellectuelles les plus d&#233;licates et les plus compliqu&#233;es, qu'on ait sp&#233;cul&#233;, fait des mots d'esprit, pris des d&#233;cisions, r&#233;solu des probl&#232;mes. Or tout cela n'est que le r&#233;sultat de notre activit&#233; psychique normale de la veille du r&#234;ve ou de la nuit et ne nous laisse rien entrevoir de caract&#233;ristique en ce qui touche le r&#234;ve. Il n'est pas inutile non plus de rappeler une fois encore la contradiction qui subsiste, au-dedans m&#234;me des pens&#233;es du r&#234;ve, entre la pulsion instinctuelle inconsciente et les restes diurnes. Alors que ces derniers t&#233;moignent de toute la diversit&#233; de nos actes spirituels, l'autre, moteur v&#233;ritable de l'&#233;laboration du r&#234;ve, tend r&#233;guli&#232;rement vers la r&#233;alisation du d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, j'aurais pu vous le dire il y a quinze ans d&#233;j&#224;. Et ne vous l'ai-je pas dit d'ailleurs ? Nous allons voir maintenant quelles rectifications ont &#233;t&#233; apport&#233;es &#224; notre th&#233;orie en ces derni&#232;res ann&#233;es et quelles vues nouvelles s'y sont ajout&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous ai pr&#233;venus que vous ne trouveriez pas ici grand-chose de nouveau et je crains que vous ne me reprochiez de me r&#233;p&#233;ter et de vous forcer &#224; m'en bl&#226;mer. Mais quinze ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es depuis et j'esp&#232;re pouvoir, de cette mani&#232;re, reprendre contact avec vous. D'ailleurs il s'agit de choses si essentielles, d'une si manifeste importance pour la compr&#233;hension de la psychanalyse, qu'il y a avantage &#224; les r&#233;en-tendre. Et puis le fait qu'elles subsistent depuis quinze ans sans avoir subi la moindre modification n'est-il pas d&#233;j&#224; int&#233;ressant en soi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la litt&#233;rature contemporaine, vous trouverez naturellement un grand nombre de confirmations, de descriptions d&#233;taill&#233;es dont je vous donnerai quelques &#233;chan-tillons. Je serai m&#234;me parfois contraint, ce faisant, de r&#233;p&#233;ter ce qui a &#233;t&#233; dit. Il s'agit, en g&#233;n&#233;ral, de la symbolique et des autres modes de repr&#233;sentations propres au r&#234;ve. Vous savez que r&#233;cemment les m&#233;decins d'une universit&#233; am&#233;ricaine ont d&#233;ni&#233; &#224; la psychanalyse le caract&#232;re d'une science en all&#233;guant qu'elle ne pouvait fournir, aucune preuve exp&#233;rimentale. Ils auraient alors tout aussi bien pu faire la m&#234;me objection &#224; l'astronomie, car les exp&#233;riences pratiqu&#233;es sur des corps c&#233;lestes sont particuli&#232;rement malais&#233;es. On en est r&#233;duit l&#224; &#224; l'observation. Quoi qu'il en soit, les chercheurs viennois ont d&#233;j&#224; tent&#233; d'&#233;tayer de preuves notre symbolique du r&#234;ve. Un certain docteur Schr&#246;tter a trouv&#233;, d&#232;s 1912, que lorsqu'on ordonne &#224; des personnes plong&#233;es dans un &#233;tat de profonde hypnose de r&#234;ver de ph&#233;nom&#232;nes sexuels, on constate que dans le r&#234;ve ainsi provoqu&#233; le mat&#233;riel sexuel se trouve remplac&#233; par les symboles qui nous sont familiers. Par exemple, il commande &#224; une femme de r&#234;ver de rapports sexuels avec l'une de ses amies. Dans le r&#234;ve, cette amie appara&#238;t, tenant un sac de voyage sur l'&#233;tiquette duquel sont grav&#233;s ces mots : &#171; Pour dames seules &#187;. Les exp&#233;riences de Betlheim et de Hartmann (1924) sont Plus impressionnantes encore. Ils ont op&#233;r&#233; sur des ali&#233;n&#233;s atteints de la maladie de Korsakow en leur racontant des histoires grossi&#232;rement sexuelles et en observant les d&#233;formations que ces malades apportaient aux dits r&#233;cits quand ils &#233;taient invit&#233;s &#224; les r&#233;p&#233;ter. Les symboles des organes, des rapports sexuels &#233;taient ceux-l&#224; m&#234;mes que nous connais&#172;sons, entre autres celui de l'escalier. Les auteurs disent avec raison que ce symbole n'aurait, en aucun cas, pu &#234;tre r&#233;alis&#233; par un d&#233;sir conscient de d&#233;formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une tr&#232;s int&#233;ressante s&#233;rie d'exp&#233;riences, V. Silberer a montr&#233; que l'on pouvait surprendre in flagranti l'&#233;laboration du r&#234;ve &#224; l'instant m&#234;me o&#249; elle transformait des pens&#233;es abstraites en images. Quand fatigu&#233;, ensommeill&#233;, il s'effor&#231;ait de continuer &#224; travailler, il lui arrivait de perdre. le fil de sa pens&#233;e, remplac&#233;e alors par une vision qui en &#233;tait certainement le substitut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donnons un exemple simple de ce ph&#233;nom&#232;ne a Je songe, dit Silberer, &#224; corriger dans un de mes articles un passage d&#233;fectueux. Vision : je me vois rabotant un morceau de bois &#187;. Souvent il arrivait au cours de ces exp&#233;riences que le contenu de la vision, pendant l'&#233;tat de fatigue, f&#251;t form&#233; non par la pens&#233;e qui devait &#234;tre rema&#172;ni&#233;e, mais par l'&#233;tat subjectif du chercheur - le subjectif au lieu de l'objectif, - ce que Silberer appelle &#171; le ph&#233;nom&#232;ne fonctionnel &#187;. Un exemple vous fera imm&#233;diatement comprendre ce m&#233;canisme : l'auteur s'efforce de mettre en parall&#232;le les id&#233;es de deux philosophes touchant un certain probl&#232;me, mais comme il est fatigu&#233;, sans cesse l'une de ces id&#233;es lui &#233;chappe et enfin il a une vision : il se voit demandant un renseigne-ment &#224; un secr&#233;taire maussade. Celui-ci, pench&#233; sur un bureau, ne lui pr&#234;te d'abord aucune attention, puis lui lance un regard m&#233;content comme s'il l'envoyait promener ; sans doute sont-ce les conditions m&#234;mes de l'exp&#233;rience qui font de la vision ainsi obtenue une cons&#233;quence de l'auto-observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'abandonnons pas encore la question des symboles. Nous avons cru comprendre certains d'entre eux, mais ce qui continue &#224; nous troubler c'est de ne pouvoir expli&#172;quer pourquoi toi sympt&#244;me a pris telle signification. En pareil cas, les confirmations doivent venir d'ailleurs et surtout de la linguistique, du folklore, de la mythologie, du rituel. Le symbole du manteau nous offre un exemple de cette esp&#232;ce. Nous avons dit que dans le r&#234;ve fait par une femme, manteau signifiait homme. J'esp&#232;re que vous allez maintenant &#234;tre impressionn&#233;s en apprenant par Th. Reik (1920) que a dans le c&#233;r&#233;monial de nom b&#233;douin le plus ancien le fianc&#233; rev&#234;t la fianc&#233;e d'un manteau sp&#233;cial appel&#233; &#171; aba &#187;, en pronon&#231;ant ces paroles rituelles : &#171; Que nul autre que moi ne te couvre jamais ! &#187; (d'apr&#232;s Robert Eisler : &#171; Atmosph&#232;re et vo&#251;te c&#233;leste &#187;). Nous avons nous-m&#234;mes trouv&#233; quelques nouveaux symboles dont je vous donnerai deux exemples au moins. D'apr&#232;s Abraham (1922), l'araign&#233;e est, dans le r&#234;ve, le symbole de la m&#232;re, mais de la m&#232;re phallique, celle qu'on redoute, de sorte que la peur des araign&#233;es traduit la crainte de l'inceste maternel, l'effroi ressenti devant les organes g&#233;nitaux f&#233;minins. Vous savez peut-&#234;tre que la figuration mythique de la t&#234;te de M&#233;duse est attribuable au m&#234;me motif, celui de la peur de la castration. L'autre symbole dont je veux parler est celui du pont ; Ferenczi l'a &#233;lucid&#233; en 1921-1922. Primitivement le pont symbolise le membre viril qui, pendant le rapport sexuel, unir le couple parental. Toutefois il acquiert d'autres significations d&#233;riv&#233;es de la pre&#172;mi&#232;re. Le pont devient te passage entre l'au-del&#224; (le n'&#234;tre pas n&#233; encore, le ventre maternel) et notre inonde (la vie), puisque c'est gr&#226;ce au membre viril que l'on na&#238;t des eaux de l'amnios. Mais comme d'autre part l'homme consid&#232;re la mort comme un retour au sein maternel (&#224; l'eau), le pont prend aussi la signification d'une avance vers la mort et, sens bien diff&#233;rent du sens primitif, celle d'un passage, d'un changement d'&#233;tat. En accord avec cette interpr&#233;tation, la femme qui n'est pas parvenue &#224; r&#233;primer son d&#233;sir d'&#234;tre un homme r&#234;ve souvent de ponts trop courts et qui ne permettent pas d'atteindre l'autre rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contenu manifeste des r&#234;ves, on retrouve fr&#233;quemment des images et des situations qui rappellent certains motifs connus des contes, l&#233;gendes et mythes. L'interpr&#233;tation de ces r&#234;ves nous permet de retrouver les fondements primitifs de ces motifs, sans pourtant qu'il nous soit permis d'oublier les modifications qu'a subies au cours des si&#232;cles la signification premi&#232;re de ce mat&#233;riel. Notre travail d'interpr&#233;&#172;ta&#172;tion fait pour ainsi dire d&#233;couvrir la mati&#232;re brute qui peut, assez souvent, &#234;tre qualifi&#233;e de sexuelle, dans la pleine acception du mot. Mais cette mati&#232;re a trouv&#233; dans les remaniements ult&#233;rieurs les utilisations les plus vari&#233;es. De semblables retours en arri&#232;re ne manquent pas de nous attirer les foudres des chercheurs non analystes, comme si notre intention &#233;tait de nier ou bien de d&#233;pr&#233;cier tout ce que d'ult&#233;rieurs d&#233;veloppements ont ajout&#233; au fait primitif. Il n'en reste pas moins vrai que de semblables recherches sont aussi f&#233;condes qu'int&#233;ressantes. Elles contribuent aussi &#224; nous faire comprendre certains sujets utilis&#233;s dans l'art plastique. C'est ainsi que B. J. Eisler (1919), guid&#233; par les r&#234;ves d'une de ses patientes, a pu expliquer analytiqu-ement l'Herm&#232;s de Praxit&#232;le, le jeune homme jouant avec un gar&#231;onnet. Ajoutons encore que tr&#232;s fr&#233;quemment les th&#232;mes mythologiques peuvent &#234;tre expliqu&#233;s par l'interpr&#233;tation des r&#234;ves. C'est ainsi que la fable du labyrinthe peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la repr&#233;sentation d'une naissance anale, les galeries tortueuses &#233;tant l'intestin et le fil d'Ariane, le cordon ombilical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modes selon lesquels s'effectue le travail du r&#234;ve, sujet palpitant et presque in&#233;puisable, nous deviennent de jour en jour plus familiers ; donnons-en quelques &#233;chantillons : le r&#234;ve, par exemple, repr&#233;sente par la multiplication des semblables la relation de la fr&#233;quence. Voici le r&#234;ve &#233;trange que fait une jeune fille : elle p&#233;n&#232;tre dans une vaste salle et y aper&#231;oit une personne assise sur une chaise ; puis elle voit 6, 8... personnes identiques, toutes &#224; l'image de son p&#232;re. Ce songe s'explique ais&#233;ment quand on apprend, gr&#226;ce &#224; certaines circonstances secondaires, que la salle repr&#233;sente le ventre maternel. Le r&#234;ve traduit un fantasme bien connu, celui de la jeune fille qui veut, d&#232;s son existence intra-ut&#233;rine, avoir rencontr&#233; son p&#232;re quand celui-ci p&#233;n&#233;&#172;trait, durant la grossesse, dans le corps maternel. Il n'y a rien de d&#233;concertant &#224; ce que la p&#233;n&#233;tration par le p&#232;re se fasse au cours du r&#234;ve, dans la personne de la r&#234;veuse elle-m&#234;me ; c'est le r&#233;sultat d'un d&#233;placement qui a d'ailleurs une signification sp&#233;ciale. La multiplication de la personne paternelle d&#233;montre seulement que le fait en question est cens&#233; s'&#234;tre produit plusieurs fois. A vrai dire nous sommes oblig&#233;s de reconna&#238;tre qu'en traduisant la fr&#233;quence par l'accumulation, le r&#234;ve ne s'arroge pas un droit exag&#233;r&#233;. Il n'a fait que redonner au mot sa conception primitive, car le terme fr&#233;quence signifie aujourd'hui r&#233;p&#233;tition dans le temps, alors qu'autrefois il avait le sens d'accumulation dans l'espace. Mais l'&#233;laboration du r&#234;ve, partout o&#249; elle se produit, transforme les rapports temporels en rapports spatiaux et les fait appara&#238;tre sous cette derni&#232;re forme. Supposons qu'au cours du r&#234;ve nous voyions se d&#233;rouler une sc&#232;ne entre deux personnes qui paraissent tr&#232;s petites et fort &#233;loign&#233;es, comme si elles &#233;taient observ&#233;es &#224; l'aide d'une jumelle de th&#233;&#226;tre tenue &#224; l'envers. La petitesse, l'&#233;loignement ont un sens identique, ils traduisent l'&#233;loignement dans le temps et nous comprenons qu'il s'agit l&#224; d'une sc&#232;ne appartenant &#224; un pass&#233; lointain. En outre, vous vous souvenez peut-&#234;tre que dans mes pr&#233;c&#233;dentes conf&#233;rences je vous ai dit et d&#233;montr&#233; &#224; titre d'exemples, que nous &#233;tions en mesure d'utiliser pour l'interpr&#233;tation les caract&#232;res purement formels du r&#234;ve manifeste, de les convertir en contenu des pens&#233;es latentes du r&#234;ve. Vous savez maintenant que tous les r&#234;ves d'une nuit font partie d'un m&#234;me ensemble. Il convient aussi de reconna&#238;tre, car la chose est d'impor-tance, si les r&#234;ves en question apparaissent aux r&#234;veurs sous une forme continue ou s'ils sont morcel&#233;s et en ce dernier cas quel est le nombre des fragments. Ce nombre correspond souvent &#224; autant de points centraux isol&#233;s de l'&#233;laboration des pens&#233;es dans les pens&#233;es latentes du r&#234;ve, ou &#224; des courants opposes dans la vie spirituelle du dormeur, et chacun de ces courants est d&#233;crit surtout, sinon exclusivement, dans un fragment particulier du r&#234;ve. Souvent un long r&#234;ve principal qui succ&#232;de &#224; un r&#234;ve plus court est par rapport &#224; celui-ci comme une r&#233;alisation est &#224; une condition. Vous pouvez en trouver un exemple probant dans mes premi&#232;res conf&#233;rences. Un r&#234;ve consid&#233;r&#233; par le r&#234;veur comme une interpolation correspond en effet &#224; une phage accessoire des pens&#233;es du r&#234;ve. Dans une &#233;tude sur les couples de r&#234;ves (1925), Franz Alexander a d&#233;montr&#233; que deux songes faits au tours d'une m&#234;me nuit arrivent fr&#233;quemment &#224; se partager le travail d&#233;volu au r&#234;ve de telle fa&#231;on qu'ils r&#233;alisent ensemble et en deux &#233;tapes le d&#233;sir ; un seul des deux r&#234;ves n'y serait pas parvenu. Supposons que le songe r&#233;v&#232;le le d&#233;sir de perp&#233;trer quelque acte interdit sur une personne d&#233;termin&#233;e, cette personne appara&#238;t dans le premier r&#234;ve, mais il n'y est fait qu'une timide allusion &#224; l'acte. Dans le second r&#234;ve, c'est l'inverse qui se produira. L'acte appara&#238;tra avec nettet&#233;, mais la personne sera soit rendue m&#233;connaissable, soit m&#234;me remplac&#233;e par une autre, indiff&#233;rente. Voil&#224; qui donne vraiment l'impression d'une ruse. Entre les deux parties d'une couple de r&#234;ves, on peut trouver encore une autre relation semblable, l'un des &#233;pisodes repr&#233;sentant la punition et l'autre la r&#233;alisation d'un d&#233;sir. Cela ne revient-il pas &#224; dire qu'on peut bien se permettre de r&#233;aliser l'acte d&#233;fendu &#224; condition d'accepter l'expiation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas retenir davantage votre attention sur ces menus faits et je ne m'attarderai pas non plus aux discussions concernant la fa&#231;on d'utiliser I'interpr&#233;-tation. Il vous tarde, je suppose, d'apprendre quelles modifications ont pu subir les premi&#232;res opinions relatives &#224; l'essence du r&#234;ve et &#224; sa signification. Mais ne vous attendez pas &#224; de grandes r&#233;v&#233;lations sur ces sujets. Le point sans doute le plus discut&#233; de ma doctrine fut l'affirmation que tous les r&#234;ves sont des r&#233;alisations de d&#233;sirs, encore que la question ait &#233;t&#233;, il y a longtemps d&#233;j&#224;, &#233;claircie par nous au cours de mes premi&#232;res conf&#233;rences. Les profanes ne se lassent jamais de m'objecter qu'il existe cependant un grand nombre de r&#234;ves angoissants. En divisant les r&#234;ves en trois groupes : r&#234;ves de d&#233;sir, d'angoisse et de punition, nous avons maintenu notre doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#234;ves de punition &#233;quivalent &#233;galement &#224; des r&#233;alisations de d&#233;sirs. Ce ne sont toutefois pas les puisions instinctuelles qui s'y trouvent satisfaites, mais bien cette instance de la vie spirituelle qui critique, censure et punit. Lorsqu'un r&#234;ve pur de punition nous est d&#233;crit., nous pouvons, gr&#226;ce &#224; une tr&#232;s simple op&#233;ration de l'esprit, r&#233;tablir le r&#234;ve de d&#233;sir contre lequel il r&#233;agit et qui a &#233;t&#233; remplac&#233; par le r&#234;ve mani-feste. Vous savez, Mesdames, Messieurs, que c'est l'&#233;tude des r&#234;ves qui nous a d'abord permis de comprendre les n&#233;vroses. Vous ne serez donc pas surpris de ce que notre connaissance des n&#233;vroses ait pu, par la suite, modifier notre conception du r&#234;ve. Vous verrez que nous avons &#233;t&#233; contraints d'admettre la pr&#233;sence dans la vie spirituelle d'une instance particuli&#232;re dont le r&#244;le est de critiquer et d'interdire. Nous appelons cette instance le surmoi. Apr&#232;s avoir constat&#233; que la censure du r&#234;ve est fonction de cette instance, nous avons &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; &#233;tudier plus minutieusement le r&#244;le que joue le surmoi dans la formation du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de l'&#233;quivalence du r&#234;ve avec la r&#233;alisation d'un d&#233;sir n'a &#224; faire face qu'&#224; deux difficult&#233;s vraiment s&#233;rieuses, dont la discussion m&#232;ne loin, mais qui n'ont encore ni l'une ni l'autre pu &#234;tre r&#233;solues de fa&#231;on satisfaisante. La premi&#232;re est due au fait que certaines personnes ayant subi un choc, un grave traumatisme psychique capables de provoquer une hyst&#233;rie traumatique, comme ce fut si souvent le cas pendant la guerre, se trouvent r&#233;guli&#232;rement dans leurs songes replac&#233;es dans la situation traumatique. &#201;tant donn&#233; nos opinions sur la fonction du r&#234;ve, il semble qu'il y ait l&#224; une contradiction. Quel d&#233;sir pourrait donc &#234;tre satisfait par un pareil retour &#224; quelque &#233;v&#233;nement p&#233;nible ? Voil&#224; une &#233;nigme difficile &#224; r&#233;soudre ! Quant &#224; la seconde difficult&#233;, nous la rencontrons presque journellement dans le travail analytique ; elle ne provoque d'ailleurs pas d'objection aussi s&#233;rieuse que la premi&#232;re. Vous savez que l'un des buts de la psychanalyse est de parvenir &#224; soulever le voile d'amn&#233;sie qui recouvre les premi&#232;res ann&#233;es de l'enfance, de rappeler au souvenir conscient les manifestations de la vie sexuelle de la premi&#232;re enfance. Or ces pre&#172;miers faits sexuels sont associ&#233;s &#224; des impressions p&#233;nibles : peur, sentiment d'inter&#172;diction, d&#233;ception, punition. On con&#231;oit qu'ils aient &#233;t&#233; refoul&#233;s, mais on comprend moins comment ils parviennent si ais&#233;ment &#224; avoir acc&#232;s dans la vie du r&#234;ve, &#224; servir de mod&#232;les &#224; tant de fantasmes oniriques. Pourquoi aussi les r&#234;ves sont-ils emplis de reproductions de ces sc&#232;nes infantiles, d'allusions &#224; ces derni&#232;res ? N'y a-t-il pas d&#233;saccord entre leur caract&#232;re d&#233;sagr&#233;able et la tendance vers la r&#233;alisation d'un d&#233;sir dont t&#233;moigne le r&#234;ve ? Saine doute nous exag&#233;rons-nous ces difficult&#233;s. A ces m&#234;mes &#233;v&#233;nements, en effet, demeurent associ&#233;s tous les imp&#233;rissables d&#233;sirs pul-sionnels irr&#233;alis&#233;s qui fournissent, durant la vie enti&#232;re, l'&#233;nergie n&#233;cessaire &#224; la formation du r&#234;ve. On peut ais&#233;ment se figurer que ces d&#233;sirs tendent, dans leur pouss&#233;e puissante, &#224; faire remonter aussi &#224; la surface ces &#233;v&#233;nements p&#233;nibles. D'autre part, la mani&#232;re dont ce mat&#233;riel est ramen&#233; au jour montre clairement les efforts de l'&#233;laboration du r&#234;ve qui tente, gr&#226;ce au d&#233;placement, de transformer en possibilit&#233; la d&#233;ception. Il en va autrement dans les n&#233;vroses traumatiques o&#249; les r&#234;ves provoquent toujours de l'angoisse. Avouons franchement que, dans ce cas, le r&#234;ve ne remplit pas sa fonction. Je ne veux pas m'en r&#233;f&#233;rer au proverbe qui dit que l'exception confirme la r&#232;gle, car la sagesse de ce dicton me para&#238;t probl&#233;matique. Toutefois il est certain que l'exception ne saurait infirmer la r&#232;gle. Quand, afin de l'&#233;tudier, on isole du rouage dont il fait partie un seul m&#233;canisme psychique, tel que le r&#234;ve, on peut ainsi arriver &#224; trouver les lois qui le r&#233;gissent. Quand on le replace dans le rouage, il faut s'attendre &#224; ce que ces donn&#233;es soient obscurcies ou influenc&#233;es par leurs chocs avec d'autres puissances. Nous disons que le r&#234;ve est la r&#233;alisation d'un d&#233;sir ; si cependant vous tenez compte des derni&#232;res objections cit&#233;es, vous devez en conclure que le r&#234;ve est une tentative de r&#233;alisation d'un d&#233;sir. Toute personne au courant du dynamisme psychique sait que cela revient au m&#234;me. Dans certaines conditions il arrive que le r&#234;ve n'impose que tr&#232;s imparfaitement son d&#233;sir. Parfois m&#234;me il doit y renoncer ; la fixation inconsciente &#224; quelque traumatisme para&#238;t &#234;tre le plus important de ces troubles de la fonction du r&#234;ve. Le dormeur r&#234;ve parce que la cessation nocturne du refoulement permet &#224; la pouss&#233;e traumatique de se manifester, la fonction de l'&#233;laboration du r&#234;ve qui devrait transformer les traces mn&#233;moniques de l'&#233;v&#233;nement traumatique venant &#224; faillir. Parfois, l'on peut, en pareilles conditions, perdre le sommeil, renoncer &#224; dormir par peur d'un &#233;chec &#233;ventuel de la fonction du r&#234;ve. C'est l&#224; un cas extr&#234;me pr&#233;sent&#233; par la n&#233;vrose traumatique. Mais il faut bien aussi accorder aux &#233;v&#233;nements de l'enfance leur caract&#232;re traumatique et ne pas s'&#233;tonner de retrouver, dans d'autres conditions encore, des troubles passagers de la fonction du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me conf&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#234;ve et occultisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, nous allons aujourd'hui nous engager dans un sentier &#233;troit qui nous m&#232;nera &#224; un point de vue magnifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas vous surprendre beaucoup en vous parlant des relations du r&#234;ve avec l'occultisme. Le r&#234;ve a souvent &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme la porte qui donne acc&#232;s au monde de la mystique et, aujourd'hui encore, beaucoup y voient un ph&#233;nom&#232;ne occulte. Nous-m&#234;mes, qui en faisons l'objet de nos recherches scientifiques, ne cherchons pas &#224; ruer qu'un ou plusieurs liens n'existent entre lui et ces faits obscurs. Mystique, occultisme, qu'entend-on par ces mots ? Ne vous attendez pas &#224; ce que j'essaie de grouper soue des d&#233;nominations pr&#233;cises ces conceptions mai d&#233;finies. Nous savons tour de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale et confuse ce qu'il faut entendre par l&#224;. Il s'agit d'un monde diff&#233;rent du monde compr&#233;hensible et r&#233;gi par des lois inexorables qu'a b&#226;ti pour nous la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occultisme affirme l'existence r&#233;elle de &#171; ces choses entre ciel et terre que notre philosophie est incapable d'imaginer &#187;. Eh bien, nous sommes fermement r&#233;solus &#224; ne pas nous en tenir aux vues &#233;troites de l'&#201;cole et nous nous d&#233;clarons pr&#234;t &#224; croire ce qui nous sera rendu plausible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons proc&#233;der comme nous avons accoutum&#233; de faire quand il s'agit de faits scientifiques. Nous verrons d'abord si les ph&#233;nom&#232;nes en question peuvent &#234;tre prouv&#233;s et ensuite, mais ensuite seulement, quand leur r&#233;alit&#233; aura &#233;t&#233; indiscuta-blement d&#233;montr&#233;e, nous nous efforcerons de les expliquer. Ne nous dissimulons pas que l'ex&#233;cution de ce programme nous est rendue malais&#233;e par des facteurs intellec-tuels, psychologiques et historiques. Le cas est diff&#233;rent de celui des autres recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'abord la difficult&#233; intellectuelle. Je me permettrai de vous faire com-prendre ce dont il s'agit &#224; l'aide d'une comparaison grossi&#232;re, mais palpable. Suppo-sons que nous cherchions &#224; conna&#238;tre la composition des profondeurs de la terre, question qui n'a pas encore &#233;t&#233; r&#233;solue avec certitude. Nous supposons que la terre est form&#233;e de m&#233;taux lourds incandescents. Imaginons maintenant que quelqu'un vienne nous affirmer que l'int&#233;rieur de la terre est form&#233; d'eau satur&#233;e de gaz carbonique, d'une sorte d'eau gazeuse. Nous dirons certainement que la chose est fort invraisem-blable, qu'elle va &#224; l'encontre de nos pr&#233;visions, qu'elle ne tient aucun compte du point d'appui scientifique qui nous a permis d'arriver &#224; l'hypoth&#232;se des m&#233;taux. N&#233;anmoins cette nouvelle affirmation n'est pas absurde en soi et nous suivrons sans r&#233;sistance quiconque nous fournira le moyen de v&#233;rifier l'hypoth&#232;se de l'eau carbo&#172;nat&#233;e. Maintenant supposons qu'une autre personne nous d&#233;clare s&#233;rieusement que le noyau terrestre est form&#233; de marmelade ! Notre comportement sera alors tout diff&#233;rent. Nous nous dirons que la marmelade ne se trouve pas dans la nature, qu'elle est un produit de la cuisine humaine ; en outre, l'existence de la confiture pr&#233;suppose la pr&#233;sence d'arbres fruitiers et de fruits et nous ne voyons pas comment il se pourrait faire qu'&#224; l'int&#233;rieur de la terre il y e&#251;t de la v&#233;g&#233;tation et des productions de l'art culinaire humain. Ces objections intellectuelles nous pousseront &#224; nous d&#233;sint&#233;resser de cette question et nous n'aurons pas l'id&#233;e de rechercher si le noyau terrestre est vraiment constitu&#233; par de la marmelade. Bien au contraire, nous serons tent&#233;s de nous demander quel homme fut capable d'avoir une pareille id&#233;e, peut-&#234;tre irons-nous m&#234;me jusqu'&#224; interroger sur l'origine de sa science le malheureux fondateur de la th&#233;orie de la marmelade qui, extr&#234;mement afflig&#233;, nous accusera de rejeter, sans en avoir objectivement tenu compte et sans doute par pr&#233;jug&#233; scientifique, ses affirma-tions. Mais cela sera vain. Nous sentons que les pr&#233;jug&#233;s ne sont pas toujours condamnables, qu'ils se peuvent parfois justifier, qu'ils s'av&#232;rent opportuns en nous dispensant d'un travail inutile. Ces pr&#233;jug&#233;s-l&#224; ne sont que les conclusions analogiques de jugements d&#233;j&#224; bien fond&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les donn&#233;es de l'occultisme beaucoup agissent sur nous &#224; la fa&#231;on de l'hypoth&#232;se de la marmelade, et c'est pourquoi nous nous croyons autoris&#233;s &#224; les rejeter sans les avoir au pr&#233;alable soumis &#224; l'examen. Toutefois, la chose est plus compliqu&#233;e qu'elle n'en a l'air. La comparaison dont je me suis servi n'est pas pro&#172;bante, ce qui est d'ailleurs le fait des comparaisons en g&#233;n&#233;ral. On peut se demander si elle s'applique au cas consid&#233;r&#233; et l'on devine qu'elle a justement &#233;t&#233; choisie de mani&#232;re qu'il soit possible de la rejeter avec m&#233;pris. Les id&#233;es pr&#233;con&#231;ues, parfois bien fond&#233;es et justifi&#233;es, peuvent aussi &#234;tre erron&#233;es et nuisibles et l'on ignore a priori si elles appartiennent &#224; l'une ou &#224; l'autre de ces cat&#233;gories, L'histoire des sciences abonde en exemples propres &#224; nous mettre en garde contre une condam&#172;nation trop h&#226;tive. Ainsi consid&#233;ra-t-on longtemps comme insens&#233;e l'id&#233;e de la provenance des pierres, aujourd'hui appel&#233;es m&#233;t&#233;orites, qui tombent des espaces atmosph&#233;riques sur la terre ; ainsi admit-on avec difficult&#233; le fait que les roches des montagnes qui renferment des fragments de coquillages eussent pu un jour constituer le fond des oc&#233;ans. Et n'en alla-t-il pas de m&#234;me d'ailleurs pour notre psychanalyse quand elle nous apprit &#224; conna&#238;tre l'inconscient ? Nous avons donc, nous autres analystes, des raisons particuli&#232;res d'&#234;tre tr&#232;s prudents en faisant usage du motif intellectuel pour rejeter de nouvelles donn&#233;es. Nous devons avouer que ce motif ne nous incite pas &#224; outrepasser l'aversion, le doute et l'incertitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant au second facteur, celui que j'ai qualifi&#233; de psychologique. Il s'agit l&#224; de la tendance humaine g&#233;n&#233;rale &#224; la superstition, &#224; la foi en des miracles. Toujours, quand la vie nous plie sous sa s&#233;v&#232;re discipline, nous sentons en nous une r&#233;sistance contre l'inexorabilit&#233;, la monotonie de la pens&#233;e, contre les exigences des &#233;preuves de la r&#233;alit&#233;. Parce qu'elle nous prive de multiples possibilit&#233;s de plaisir, la raison devient une ennemie au joug de laquelle nous nous arrachons avec joie, tout au moins temporairement, en nous abandonnant aux s&#233;ductions de la d&#233;raison. L'&#233;colier se pla&#238;t &#224; jouer sur les mots, le savant, apr&#232;s quelque congr&#232;s scientifique, blague sa propre activit&#233; et l'homme s&#233;rieux lui-m&#234;me appr&#233;cie les mots d'esprit. Une hostilit&#233; plus grave encore contre &#171; la raison, la science, cette force sup&#233;rieure de l'homme &#187; n'attend que l'occasion de se manifester ; c'est elle qui donne le pas au charlatan, au gu&#233;risseur, sur le m&#233;decin &#171; dipl&#244;m&#233; &#187;, elle qui va au-devant des affirmations de l'occultisme tant que les faite admis par cette derni&#232;re apparaissent comme des infractions &#224; la loi et &#224; la r&#232;gle, elle qui endort la critique, fausse les perceptions, extorque des t&#233;moignages et des approbations incontr&#244;lables. Quiconque a con&#172;science de cette tendance des hommes &#224; la superstition d&#233;nie justement toute valeur aux donn&#233;es fournies par la litt&#233;rature de l'occultisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai qualifi&#233; d'historique la troisi&#232;me objection. Ce faisant, j'attire l'attention sur ce fait qu'il ne se pane &#224; vrai dire rien de nouveau dans le monde de l'occultisme. On y retrouve tous les signes, miracles, proph&#233;ties, apparitions qui nous ont &#233;t&#233; annonc&#233;s aux &#233;poques anciennes et dans les vieux livres. Nous croyions nous &#234;tre depuis longtemps d&#233;barrass&#233;s de ces cr&#233;ations d'une imagination d&#233;brid&#233;e ou d'un tendan-cieux mensonge, de ces productions d'une &#233;poque o&#249; l'ignorance humaine &#233;tait encore tr&#232;s grande, o&#249; l'esprit scientifique ne faisait que balbutier. Si nous tenons pour vrais les faits que l'occultisme nous dit se manifester aujourd'hui encore, rien ne nous emp&#234;che non plus de tenir pour dignes de foi les r&#233;cits antiques. Rappelons-nous maintenant que les traditions, les livres sacr&#233;s des peuples sont bourr&#233;s de r&#233;cits miraculeux et que les religions s'appuient justement sur ces &#233;v&#233;nements extraordi&#172;naires et prodigieux pour revendiquer la foi qui leur est due. Elles trouvent dans lesdits &#233;v&#233;nements. les preuves de l'action des puissances supraterrestres. Mais n'y a-t-il pas identit&#233; entre l'int&#233;r&#234;t suscit&#233; par l'occultisme et l'int&#233;r&#234;t port&#233; aux choses religieuses ? Nous soup&#231;onnons, en effet, que l'un des buts secrets de l'occultisme est de porter secours &#224; la religion menac&#233;e par les progr&#232;s de la pens&#233;e scientifique. En d&#233;couvrant ce but, nous sentons cro&#238;tre notre m&#233;fiance, notre r&#233;pulsion &#224; nous livrer &#224; l'&#233;tude des pr&#233;tendus ph&#233;nom&#232;nes occultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il faut finalement surmonter notre r&#233;pulsion. Il s'agit de savoir si ce que les adeptes des sciences occultes racontent est vrai ou faux. L'observation, &#224; coup s&#251;r, nous le montrera. Au fond, nous devrions &#234;tre tr&#232;s reconnaissants aux fervents de l'occultisme. Les r&#233;cits d'anciens miracles &#233;chappent &#224; la v&#233;rification et quand nous pensons qu'ils sont incontr&#244;lables, nous sommes cependant contraints d'avouer qu'aucune r&#233;futation rigoureuse n'est possible. Mais les faits actuels dont nous pouvons &#234;tre t&#233;moins doivent, eux, nous permettre de nous faire une opinion certaine. Si nous parvenons &#224; nous convaincre que de semblables miracles ne se produisent plus de nos jours, nous ne craindrons plus de nous entendre objecter qu'ils se sont cependant r&#233;alis&#233;s nagu&#232;re. C'est plut&#244;t &#224; d'autres explications que nous recourrons. Abandonnant maintenant nos id&#233;es pr&#233;con&#231;ues, nous sommes pr&#234;ts &#224; nous associer aux travaux d'observation des ph&#233;nom&#232;nes occultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par malheur, nos loyaux desseins sont contrari&#233;s par les circonstances les plus d&#233;favorables. Les exp&#233;riences dont doit d&#233;pendre notre opinion sont pratiqu&#233;es dans des conditions qui sont propres &#224; rendre nos perceptions sensorielles incertaines et &#224; &#233;mousser notre attention, c'est-&#224;-dire dans l'obscurit&#233; ou bien sous une faible lumi&#232;re rouge et apr&#232;s une longue p&#233;riode de vaine attente. On nous pr&#233;vient que notre scepticisme, notre sens critique sont susceptibles, &#224; eux seuls d&#233;j&#224;, d'emp&#234;cher la production du ph&#233;nom&#232;ne attendu. La situation ainsi &#233;tablie est une v&#233;ritable carica-ture des conditions habituelles de nos recherches scientifiques. Les observations sont pratiqu&#233;es sur de soi-disant m&#233;diums, personnes auxquelles on attribue certaines facult&#233;s &#171; sensitives &#187;, mais qui ne se distinguent nullement par d'autres qualit&#233;s du caract&#232;re ou de l'esprit Elles ne sont pas mues non plus, comme les anciens faiseurs de miracles, par quelque grande id&#233;e, par quelque dessein s&#233;rieux. Bien au contraire, aux yeux m&#234;mes des gens qui croient en leur pouvoir myst&#233;rieux, elles passent pour n'&#234;tre pas dignes de confiance ; on a reconnu que la plupart d'entre les m&#233;diums &#233;taient des imposteurs, et nous pouvons nous attendre &#224; ce qu'il en soit de m&#234;me pour les autres. Leurs exp&#233;riences nous font l'effet de gamineries espi&#232;gles ou bien de tours de prestidigitation. Jamais, au cours de ces s&#233;ances, on n'a pu voir se produire un fait utilisable ni m&#234;me s'offrir une nouvelle source d'&#233;nergie. Certes, on ne s'attend pas &#224; ce que la colombophilie ait rien &#224; gagner du prestidigitateur qui fait sortir des pigeons de son haut-de-forme. Je puis facilement me mettre, par la pens&#233;e, &#224; la place d'un homme qui, d&#233;sireux de se conformer aux exigences de l'objectivit&#233;, d&#233;cide d'assister &#224; des s&#233;ances d'occultisme ; au bout d'un moment, fatigu&#233;, rebut&#233; par les &#233;tranges id&#233;es qu'on veut lui faire adopter, il revient, sans avoir pu s'instruire, &#224; ses anciennes pr&#233;ventions. On pourrait objecter &#224; cet homme qu'un pareil comportement ne se justifie pas et que quiconque a l'intention d'&#233;tudier certains ph&#233;nom&#232;nes ne doit pas d&#233;cider par avance de leur nature ou des conditions de leur apparition. Il convient au contraire de pers&#233;v&#233;rer, de tenir compte des mesures de contr&#244;le, des pr&#233;cautions &#224; l'aide desquelles on s'est r&#233;cemment efforc&#233; d'&#233;viter la duplicit&#233; des m&#233;diums. Malheureusement cette technique de contr&#244;le, moderne, a rendu moins ais&#233;es les observations des sciences occultes. L'occultisme devient une profession particuli&#232;re-ment difficile, une activit&#233; qu'on ne peut exercer de front avec d'autres diff&#233;rentes. Et jusqu'au moment o&#249; les chercheurs pr&#233;occup&#233;s de cette question auront abouti &#224; un r&#233;sultat, on en sera r&#233;duit &#224; douter et &#224; supposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s la plus vraisemblable de ces suppositions, il s'agirait dans l'occultisme d'un noyau r&#233;el de faite non encore reconnus, autour duquel l'imposture, l'imagination ont &#233;tendu un voile difficile &#224; d&#233;chirer. Mais comment approcher seulement de ce noyau ? Par quel endroit aborder le probl&#232;me ? Je pense que le r&#234;ve nous sera ici d'un grand secours, en nous incitant &#224; tirer de tout ce fatras le th&#232;me de la t&#233;l&#233;pathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez que nous appelons t&#233;l&#233;pathie ce fait pr&#233;tendu qu'un &#233;v&#233;nement surve-nu &#224; un moment d&#233;termin&#233; puisse &#234;tre connu, presque au m&#234;me instant, par une personne spatialement &#233;loign&#233;e, sans le concours des moyens d'information ordinai&#172;res. Condition tacite : l'&#233;v&#233;nement doit concerner une personne pour laquelle l'autre, la r&#233;ceptrice de la nouvelle, &#233;prouve un vif int&#233;r&#234;t &#233;motionnel. Exemple - la personne A est victime d'un accident nu bien elle meurt ; la personne B, tr&#232;s attach&#233;e &#224; A, m&#232;re, s&#339;ur, amante, apprend la mauvaise nouvelle, &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me instant, par une perception visuelle ou auditive ; dans ce dernier cas, tout se passe comme si B avait &#233;t&#233; t&#233;l&#233;phoniquement pr&#233;venue, ce qui ne s'est pas produit en r&#233;alit&#233;. On pourrait parler l&#224; d'une contrepartie psychique de la t&#233;l&#233;graphie sans fil. Point n'est besoin de vous dire combien de pareils ph&#233;nom&#232;nes semblent invraisemblables ; l'on est en droit de rejeter la plupart de ces informations, mais pour quelques-unes le rejet est moins ais&#233;. Permettez-moi maintenant de ne plus utiliser, dans la communication que je d&#233;-sire vous faire, ce petit mot de &#171; soi-disant &#187; et de poursuivre comme si je croyais &#224; la r&#233;alit&#233; objective du ph&#233;nom&#232;ne t&#233;l&#233;pathique. Soyez certains toutefois qu'il n'en est rien et que je n'ai &#224; cet &#233;gard acquis aucune conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai peu de choses &#224; vous apprendre, rien qu'un fait minuscule. Pour que vous n'attendiez pas trop de moi, je vous dis tout de suite que le r&#234;ve n'a en somme que peu de rapports avec la t&#233;l&#233;pathie. La t&#233;l&#233;pathie ne projette aucune lumi&#232;re sur l'essence du r&#234;ve et, inversement, le r&#234;ve ne fournit aucun t&#233;moignage direct de la r&#233;alit&#233; de la t&#233;l&#233;pathie. Le ph&#233;nom&#232;ne t&#233;l&#233;pathique n'est d'ailleurs pas du tout li&#233; au r&#234;ve, Il peut aussi se manifester en &#233;tat de veille. Le seul motif qui permette de faire un rapproche-ment entre le r&#234;ve et la t&#233;l&#233;pathie est d&#251; &#224; ce que le sommeil para&#238;t particuli&#232;rement favorable &#224; la r&#233;ception du message t&#233;l&#233;pathique. On obtient alors ce qu'on appelle un r&#234;ve t&#233;l&#233;pathique et en l'analysant on se convainc que la nouvelle t&#233;l&#233;pathique a jou&#233; le m&#234;me r&#244;le que tout autre reste diurne et que remani&#233;e, comme ce dernier, ses tendances ont &#233;t&#233; mises &#224; contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse d'un semblable r&#234;ve t&#233;l&#233;pathique me permit d'observer un fait qui, mal-gr&#233; son insignifiance, a servi de point de d&#233;part &#224; cette conf&#233;rence. C'est en 1922 que je fis ma premi&#232;re communication &#224; ce sujet. A ce moment, je ne pus nie servir que d'une seule observation. Depuis, d'autres vinrent s'y ajouter ; mais je m'en tiens &#224; ce premier exemple parce qu'il est plus facile &#224; d&#233;crire et je m'en vais tout de suite vous mettre in medias res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme d'une incontestable intelligence et qui, suivant ses propres paroles, n'est &#171; nullement ensorcel&#233; par l'occultisme &#187;, m'&#233;crit &#224; l'occasion d'un r&#234;ve qu'il trouve bizarre. Disons d'abord que cet homme a une fille qu'il aime tendrement et qui lui est tr&#232;s attach&#233;e. Elle est mari&#233;e au loin, enceinte, et sa d&#233;livrance doit se faire vers la mi-d&#233;cembre. Or dans la nuit du 16 au 17 novembre, il r&#234;ve que sa femme met au monde des jumeaux. Passons sur certains d&#233;tails inutiles, qui n'ont d'ailleurs pu &#234;tre &#233;lucid&#233;s. La femme qui, dans le r&#234;ve, accouche des jumeaux est sa seconde &#233;pouse, la belle-m&#232;re de sa fille. Il ne souhaite pas avoir d'enfants de cette femme, &#224; laquelle il d&#233;nie les qualit&#233;s d'une &#233;ducatrice et, &#224; l'&#233;poque du r&#234;ve, il a d'ailleurs cess&#233; depuis longtemps d'entretenir avec elle des rapports sexuels. S'il m'&#233;crit, ce n'est pas parce qu'il doute de la doctrine du r&#234;ve, et cependant ce doute serait justifi&#233; par le contenu du r&#234;ve manifeste. En effet, pourquoi le r&#234;ve permet-il que, contrai&#172;rement aux v&#339;ux du r&#234;veur, cette femme devienne m&#232;re ? Rien d'ailleurs, dit-il, ne saurait suscit&#233; la crainte que cet &#233;v&#233;nement ind&#233;sirable p&#251;t r&#233;ellement survenir. Ce qui l'a incit&#233; &#224; me raconter le r&#234;ve, c'est le fait d'avoir re&#231;u, le 18 novembre, au matin, un t&#233;l&#233;gramme lui apprenant que sa fille avait donn&#233; le jour &#224; des jumeaux. Le t&#233;l&#233;gramme avait &#233;t&#233; exp&#233;di&#233; dans la nuit du 16 au 17, c'est-&#224;-dire &#224; peu pr&#232;s &#224; l'heure o&#249; il r&#234;vait de l'accouchement de sa femme. Le r&#234;veur me demande si, &#224; mon avis, la co&#239;ncidence du r&#234;ve et du fait n'est que l'effet du hasard. Il n'ose qualifier ce r&#234;ve de t&#233;l&#233;pathique, car ce qui diff&#233;rencie le contenu du r&#234;ve de l'&#233;v&#233;nement r&#233;el est justement ce qui semble essentiel, c'est-&#224;-dire la personne de l'accouch&#233;e. Mais les remarques de mon correspondant permettent de penser qu'il n'e&#251;t pas &#233;t&#233; surpris d'avoir fait un v&#233;ritable r&#234;ve t&#233;l&#233;pathique. Sa fille, croit-il, a sans aucun doute &#171; pens&#233; particuli&#232;rement &#224; lui en ces heures douloureuses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, je suis certain que vous vous expliquez maintenant ce r&#234;ve et que vous comprenez aussi pourquoi je vous l'ai racont&#233;. Voil&#224; un homme m&#233;con&#172;tent de sa seconde femme ; il pr&#233;f&#233;rerait avoir une &#233;pouse comme la fille n&#233;e de son premier mariage. Bien entendu, dans l'inconscient ce &#171; comme &#187; est supprim&#233;. Or, notre homme re&#231;oit, pendant la nuit, un message t&#233;l&#233;pathique : sa fille a mis au monde des jumeaux. L'&#233;laboration du r&#234;ve se sert de cette nouvelle, fait agir sur elle le v&#339;u inconscient de voir la fille &#224; la place de la seconde femme, et ainsi se produit l'&#233;trange r&#234;ve manifeste qui masque le d&#233;sir et d&#233;forme le message. Disons que c'est l'interpr&#233;tation du r&#234;ve qui nous a d'abord montr&#233; qu'il s'agissait d'un r&#234;ve t&#233;l&#233;pa-thique ; la psychanalyse a d&#233;couvert un &#233;tat r&#233;el de choses que nous n'aurions pas trouv&#233; sans son concours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, ne vous y laissez pas prendre : malgr&#233; tout, l'interpr&#233;tation du r&#234;ve ne nous a rien appris touchant la v&#233;rit&#233; objective de l'&#233;tat de choses t&#233;l&#233;pathique. Peut-&#234;tre s'agit-il d'une apparence susceptible de s'expliquer autrement. Peut-&#234;tre les pens&#233;es latentes du r&#234;ve de cet homme ont-elles &#233;t&#233; les suivantes : C'est aujourd'hui que ma fille doit accoucher si, comme je le pense, elle s'est tromp&#233;e d'un mois dans ses calculs. La derni&#232;re fois que je l'ai vue, son aspect m'a port&#233; &#224; croire qu'elle aurait des jumeaux. Ma d&#233;funte femme aimait tant les enfants. Quelle joie lui aurait caus&#233;e la naissance de ces jumeaux ! (j'ajoute ceci d'apr&#232;s certaines associations fournies par le r&#234;veur et non encore rapport&#233;es ici). En pareil cas, le r&#234;ve se f&#251;t produit non du fait d'un message t&#233;l&#233;pathique, mais gr&#226;ce aux suppositions bien fond&#233;es du r&#234;veur ; le r&#233;sultat e&#251;t &#233;t&#233; le m&#234;me. Vous voyez que cette interpr&#233;tation du r&#234;ve ne nous dit pas non plus s'il y a lieu de conc&#233;der une r&#233;alit&#233; objective &#224; la t&#233;l&#233;pathie. La chose ne saurait &#234;tre d&#233;cid&#233;e qu'apr&#232;s une &#233;tude minutieuse des conditions du cas, ce que je n'ai pu faire ni dans cet exemple, ni dans les autres. Nous n'avons rien gagn&#233; en d&#233;clarant que de toutes les explications celle de la t&#233;l&#233;pathie &#233;tait la plus simple. En effet, l'explication la plus simple n'est pas forc&#233;ment la plus exacte, car il arrive fr&#233;quemment que la v&#233;rit&#233; soit compliqu&#233;e. Il est bon qu'avant de d&#233;cider nous ayons pu prendre toutes les pr&#233;cautions n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons maintenant abandonner le th&#232;me : r&#234;ve et t&#233;l&#233;pathie, ce sujet &#233;tant &#233;puis&#233;. Mais remarquez bien que ce n'est pas le r&#234;ve, mais l'interpr&#233;tation du r&#234;ve, le travail psychanalytique, qui a sembl&#233; nous apporter quelques aper&#231;us nouveaux sur la t&#233;l&#233;pathie. Voil&#224; pourquoi nous pouvons maintenant n&#233;gliger le r&#234;ve et rechercher si l'emploi de la psychanalyse pourra jeter la lumi&#232;re sur d'autres faits dits occultes. Consid&#233;rons, par exemple, le ph&#233;nom&#232;ne de l'induction ou transmission de la pens&#233;e, si voisin de la t&#233;l&#233;pathie qu'on pourrait presque le confondre avec elle. D'apr&#232;s ce ph&#233;nom&#232;ne, les processus psychiques qui se d&#233;roulent dans un &#234;tre : id&#233;es, &#233;motions, vell&#233;it&#233;s, peuvent &#224; travers le libre espace &#234;tre transmis &#224; une autre personne, sans qu'il soit besoin d'utiliser les moyens ordinaires, paroles ou signes. Vous comprenez l'&#233;tranget&#233; de ce ph&#233;nom&#232;ne et quelle importance pratique il pourrait avoir s'il se produisait r&#233;ellement. Disons, en passant, que c'est de lui justement que parlent le moins les vieux r&#233;cits de miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu l'impression en traitant psychanalytiquement certains clients que les pratiques des devins professionnels offrent une occasion favorable de faire des observations particuli&#232;rement probantes sur la transmission des pens&#233;es. Il s'agit de personnes insignifiantes ou m&#234;me de minus habentes exer&#231;ant quelque vague profes-sion : cartomanciens, chiromanciens, graphologues, qui se livrent &#224; des calculs astrologiques et qui pr&#233;disent ainsi l'avenir &#224; leurs clients apr&#232;s avoir montr&#233; &#224; ces derniers qu'ils &#233;taient au courant de certains faits de leur vie pass&#233;e ou pr&#233;sente. Les clients sortent en g&#233;n&#233;ral satisfaits de ces consultations et ne t&#233;moignent d'aucune rancune si les pr&#233;dictions ne se r&#233;alisent pas, par la suite. J'ai pu conna&#238;tre et &#233;tudier analytiquement un certain nombre de cas semblables ; je vous conterai tout de suite les plus remarquables. Malheureusement le secret professionnel m'oblige &#224; vous taire un grand nombre de faits, ce qui diminue la force convaincante de ces r&#233;cits. J'ai soigneusement &#233;vit&#233; d'alt&#233;rer la r&#233;alit&#233;. &#201;coutez donc l'histoire d'une de mes clientes et d'un devin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#238;n&#233;e d'une nombreuse famille, extr&#234;mement attach&#233;e depuis l'enfance &#224; son p&#232;re, elle s'&#233;tait mari&#233;e jeune ; le mariage la satisfit enti&#232;rement, mais une chose manquait &#224; son bonheur : l'enfant, sans lequel l'&#233;poux ch&#233;ri ne pouvait tout &#224; fait prendre la place du p&#232;re. Apr&#232;s plusieurs ann&#233;es de d&#233;ceptions, elle d&#233;cida de se soumettre &#224; une op&#233;ration gyn&#233;cologique. C'est alors que le mari avoua &#234;tre seul responsable, car une maladie ant&#233;rieure au mariage lui avait rendu la procr&#233;ation impossible. Elle supporta mal ce choc, la n&#233;vrose s'empara d'elle et il devint &#233;vident qu'elle souffrait d'angoisses dues &#224; des tentations. Pour la distraire, son mari l'emmena &#224; Paris, &#224; l'occasion d'un voyage d'affaires. L&#224;, un jour qu'ils &#233;taient assis dans le hall de l'h&#244;tel, elle remarqua parmi le personnel un va-et-vient inaccoutum&#233;, demanda ce qui se passait et apprit que &#171; Monsieur le Professeur &#187; venait d'arriver et qu'il donnait des consultations dans un bureau. Elle exprima le d&#233;sir de tenter aussi un essai ; son mari refusa, mais elle mit &#224; profit un moment d'inattention de celui-ci pour se glisser dans le cabinet de consultation et se trouva en pr&#233;sence du devin. Elle &#233;tait alors &#226;g&#233;e de vingt-sept ans, mais paraissait bien plus jeune ; elle avait &#244;t&#233; son alliance. Monsieur le Professeur lui fit poser la main sur une tasse remplie de cendres, &#233;tudia minutieu&#172;sement l'empreinte, lui parla ensuite de toutes sortes de luttes qu'elle serait forc&#233;e de soutenir et conclut par cette assertion consolante qu'elle se marierait et serait, &#224; 32 ans, m&#232;re de deux enfants. A l'&#233;poque o&#249; elle me raconta cette histoire, elle &#233;tait tr&#232;s malade, &#226;g&#233;e de 43 ans, et avait perdu tout espoir de maternit&#233;. La pr&#233;diction ne s'&#233;tait pas r&#233;alis&#233;e, mais elle en parlait sans aucune amertume, et tout au contraire avec une sorte de satisfaction, comme si elle se souvenait d'un fait agr&#233;able. Il &#233;tait ais&#233; de voir qu'elle ne soup&#231;onnait pas le moins du monde ce que pouvaient signifier les deux chiffres de la proph&#233;tie. Elle n'avait m&#234;me pas la notion qu'ils pussent signifier quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous trouverez que c'est l&#224; une sotte histoire, d&#233;nu&#233;e de tout int&#233;r&#234;t, et vous vous demanderez pour quelle raison je vous l'ai racont&#233;e. Je partagerais enti&#232;rement votre avis si - et c'est l&#224; maintenant le point crucial - l'analyse ne nous permettait pas d'&#233;lucider cette pr&#233;diction, convaincante justement par l'explication de ses d&#233;tails. Les deux chiffres annonces Jouent, en effet, un certain r&#244;le dans la vie de la m&#232;re de ma malade. Cette m&#232;re s'&#233;tait mari&#233;e sur le tard ; elle avait alors plus de 30 ans, et l'on r&#233;p&#233;tait souvent dans la famille qu'elle s'&#233;tait d&#233;p&#234;ch&#233;e de rattraper le temps perdu. Les deux premiers enfants - notre patiente d'abord - &#233;taient n&#233;s la m&#234;me ann&#233;e, l'intervalle entre leurs naissances respectives ayant &#233;t&#233; le plus court possible. A 32 ans, sa m&#232;re avait d&#233;j&#224; r&#233;ellement donn&#233; le jour &#224; deux enfants. Voil&#224; donc ce que Monsieur le Professeur avait dit &#224; ma malade : &#171; Consolez-vous, vous &#234;tes encore tr&#232;s jeune et aurez le m&#234;me destin que votre m&#232;re. Elle aussi n'a eu ses enfants qu'apr&#232;s une longue attente. A 32 ans vous serez m&#232;re de deux enfants. &#187; Avoir le m&#234;me sort que sa m&#232;re, la remplacer aupr&#232;s du p&#232;re, n'avait-elle pas ardemment souhait&#233; cela ? N'&#233;tait-ce pas la non-r&#233;alisation de ce v&#339;u qui commen&#231;ait maintenant &#224; la tourmenter ? La pr&#233;diction lui avait annonc&#233; que son souhait s'accomplirait mal&#172;gr&#233; tout ; comment alors ressentir pour le proph&#232;te autre chose que de la sympathie ? Mais vous pensez donc que Monsieur le Professeur &#233;tait au courant des dates de l'histoire familiale intime d'une cliente de passage ? Non, c'est impossible. Comment alors expliquer la notion qui lui permit d'exprimer dans sa proph&#233;tie, &#224; l'aide des deux chiffres, le d&#233;sir le plus ardent et le plus profond de la patiente ? Il y a deux Mani&#232;res d'expliquer la chose. Ou bien l'histoire, telle qu'elle me fut racont&#233;e, n'est pas exacte, elle se d&#233;roula autrement, ou bien il faut admettre que la transmission de la pens&#233;e est un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;el. On peut, il est vrai, penser aussi que la malade, apr&#232;s un intervalle de seize ans, a elle-m&#234;me gliss&#233; dans ce souvenir les deux chiffres en question tir&#233;s de son inconscient. Rien ne m'autorise &#224; faire pareille supposition, mais je ne puis la rejeter et je suppose que vous serez plus enclins &#224; l'admettre qu'&#224; croire en la r&#233;alit&#233; de la transmission de pens&#233;e. Si vous d&#233;cidez en faveur de cette derni&#232;re, n'oubliez pas que c'est l'analyse seule qui a cr&#233;&#233; l'&#233;tat de choses occulte, qui l'a d&#233;couvert l&#224; o&#249; il s'&#233;tait rendu m&#233;connaissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne disposait que d'un seul cas semblable &#224; celui de ma malade, il faudrait se contenter de passer outre en haussant les &#233;paules. Personne ne songera &#224; baser une croyance d'une si grande port&#233;e sur une unique observation Mais, croyez-en mon exp&#233;rience, ce n'est pas l&#224; un cas isol&#233;. J'ai rassembl&#233; une s&#233;rie de proph&#233;ties analo&#172;gues et toutes m'ont donn&#233; l'impression que le devin ne faisait qu'exprimer les pen&#172;s&#233;es et surtout les d&#233;sirs secrets des personnes qui l'interrogeaient. C'est donc &#224; juste titre qu'il faut analyser ces pr&#233;dictions, comme il s'agissait de productions subjectives, de fantasmes ou de r&#234;ves fournis par les patients eux-m&#234;mes. Naturellement, les r&#233;sultats ne sont pas toujours &#233;galement probants, &#224; n'est pas possible de tirer imm&#233;&#172;diatement de tous les ces des conclusions plus rationnelles, mais, dans l'ensemble, la balance semble pencher vers la v&#233;ritable transmission de la pens&#233;e. L'importance du sujet trait&#233; exigerait que je vous cite tous mes cas, mais cela est impossible, Parce que la description n&#233;cessaire m'entra&#238;nerait trop loin et aussi parce que les d&#233;tails que je serais contraint de fournir m'obligeraient &#224; enfreindre les r&#232;gles d'une obligatoire discr&#233;tion. J'essaie d'apaiser ma conscience autant que possible en vous donnant encore quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je re&#231;ois un jour la visite d'un jeune homme, &#233;tudiant fort intelligent, qui n'a plus &#224; subir que l'&#233;preuve du doctorat, mais qui ne se trouve pas en &#233;tat de le faire. Il se plaint, en effet, d'avoir perdu tout int&#233;r&#234;t pour ses &#233;tudes, toute facult&#233; de concen-tration, toute possibilit&#233; m&#234;me de rassembler ses souvenirs. Les faits qui ont proc&#233;d&#233; cette sorte de paralysie sont rapidement d&#233;voil&#233;s ; c'est apr&#232;s s'&#234;tre, &#224; grand-peine, vaincu lui-m&#234;me qu'il est tomb&#233; malade. Il a pour sa s&#339;ur un amour intense, mais toujours refr&#233;n&#233; ; elle lui rend sa tendresse. Tous deux aiment &#224; se dire entre eux : &#171; Quel dommage que nous ne puissions nous marier ! &#187; Un homme estimable s'&#233;prit de cette s&#339;ur et lui plat aussi, main les parents ne consentirent pas au mariage. Le couple malheureux fit alors appel au fr&#232;re qui ne refusa pas son appui. Il leur servit d'interm&#233;diaire pour la correspondance et, gr&#226;ce &#224; son influence, les parents finirent par c&#233;der. Il se produisit, pendant les fian&#231;ailles, un &#233;v&#233;nement dont la signification se devine ais&#233;ment. Notre jeune homme entreprit en compagnie de son futur beau-fr&#232;re une p&#233;rilleuse excursion en montagne. Non accompagn&#233;s d'un guide, les deux ascensionnistes s'&#233;gar&#232;rent et se trouv&#232;rent en danger de mort. Peu de temps apr&#232;s le mariage de sa s&#339;ur, il tomba dans l'&#233;tat d'&#233;puisement psychique dont nous avons parl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir, gr&#226;ce &#224; la psychanalyse, retrouv&#233; son activit&#233; normale, il me quitta pour aller passer avec succ&#232;s ses examens, mais, &#224; l'automne de cette m&#234;me ann&#233;e, il revint me trouver pour un temps assez court. Il me narra alors un bizarre incident qui s'&#233;tait pass&#233; avant l'&#233;t&#233;. Dans la ville universitaire o&#249; il se trouvait, il y avait une devineresse tr&#232;s en vogue. Les princes de la maison r&#233;gnante eux-m&#234;mes n'entrepre-naient jamais rien d'important sans l'avoir consult&#233;e. Sa mani&#232;re de proc&#233;der &#233;tait tr&#232;s simple : elle demandait la date de naissance d'une personne d&#233;termin&#233;e, sans s'enqu&#233;rir de quoi que ce f&#251;t d'autre &#224; son sujet, pas m&#234;me des noms ; ensuite elle consultait des trait&#233;s d'astrologie, faisait de longs calculs et finissait par proph&#233;tiser au sujet de la personne en question. Mon malade d&#233;cida de faire appel &#224; son art secret pour son beau-fr&#232;re. Il alla la voir et lui donna la date exig&#233;e. Apr&#232;s avoir fait ses calculs, la proph&#233;tesse pr&#233;dit que &#171; la personne en question mourrait en juillet ou en ao&#251;t des suites d'un empoisonnement caus&#233; par des &#233;crevisses ou par des hu&#238;tres &#187;. Mon patient termina son r&#233;cit en s'&#233;criant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et voil&#224; qui &#233;tait tout &#224; fait admirable ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; contrec&#339;ur que j'avais d'abord &#233;cout&#233; cette histoire, mais en entendant cette exclamation, je me permis de demander au malade : &#171; Que voyez-vous de si admirable dans cette pr&#233;diction ? L'automne touche &#224; sa fin, votre beau-fr&#232;re n'est pas mort, sans cela vous me l'auriez racont&#233; depuis longtemps. Donc la proph&#233;tie ne s'est pas r&#233;alis&#233;e &#187;. &#171; C'est vrai, me r&#233;pondit-il, mais ce qui est &#233;trange, c'est que mon beau-fr&#232;re adore les &#233;crevisses et les hu&#238;tres, et que, l'&#233;t&#233; dernier, il a &#233;t&#233; victime d'une intoxication par les hu&#238;tres. Il faillit m&#234;me en mourir. &#187; Quelle objection faire &#224; tout ceci ? Une seule chose m'irrita : ce fut de voir que ce jeune homme &#233;rudit et qui avait, en outre, subi une analyse couronn&#233;e de succ&#232;s, n'&#233;tait cependant pas parvenu &#224; mieux saisir ce rapport. Pour ma part, au lieu de croire qu'on peut, &#224; l'aide de tableaux astrologiques, pr&#233;voir la survenue d'une intoxication par les &#233;crevisses ou par les hu&#238;tres, je pr&#233;f&#232;re admettre que mon malade n'a pas encore surmont&#233; la haine, dont le refoulement l'avait nagu&#232;re rendu malade, contre son rival. J'aime mieux penser que l'astrologue avait formul&#233; une pr&#233;diction conforme aux d&#233;sirs du client. &#171; Mon beau-fr&#232;re ne renoncera pas &#224; son go&#251;t pour lei ; hu&#238;tres et un beau jour il en cr&#232;vera ! &#187; J'avoue ne pouvoir expliquer autrement ce cas, sauf si j'admets que mon malade ait voulu se moquer de moi. Mais il semblait prendre au s&#233;rieux ce qu'il disait et ne fit jamais rien, ni &#224; cette &#233;poque, ni plus tard, qui p&#251;t justifier pareil soup&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un autre cas : un jeune homme occupant une belle situation a une liaison avec une demi-mondaine ; cette liaison est contrari&#233;e par une &#233;trange obsession : de temps en temps il se sent oblig&#233; de torturer sa ma&#238;tresse en lui tenant d'ironiques et cruels propos jusqu'&#224; ce qu'elle tombe dans le d&#233;sespoir. A ce moment, il &#233;prouve une sorte de soulagement, se r&#233;concilie avec elle et lui fait des cadeaux. Mais maintenant, il voudrait bien se d&#233;barrasser d'elle, a peur de sa propre obsession et s'aper&#231;oit que cette liaison nuit &#224; son bon renom ; il d&#233;sire se marier, fonder une famille. Comme il n'a pas lui-m&#234;me le courage de rompre, il demande secours &#224; la psychanalyse. Apr&#232;s une dispute, pendant le traitement, il se fait adresser par sa ma&#238;tresse une petite carte qu'il porte chez un graphologue. C'est l&#224;, d&#233;clare celui-ci, l'&#233;criture d'une personne en proie au plus violent d&#233;sespoir et qui se suicidera certainement ces jours-ci. En r&#233;alit&#233;, le fait ne se produit pas, la dame continue &#224; vivre, mais l'analyse aide le jeune homme &#224; se lib&#233;rer. Il abandonne, cette ma&#238;tresse et courtise une jeune fille capable, esp&#232;re-t-il, de devenir pour lui une bonne &#233;pouse. Peu apr&#232;s, il fait un r&#234;ve propre &#224; montrer qu'il commence &#224; douter des m&#233;rites de la jeune fille. En possession d'un &#233;chantillon de l'&#233;criture de celle-ci, il le soumet &#224; la m&#234;me comp&#233;tence. Les r&#233;sultats de cet examen ayant confirm&#233; ses doutes, il renonce &#224; ce mariage. Pour &#234;tre &#224; m&#234;me d'appr&#233;cier ces examens graphologiques, surtout le premier, il faut apprendre &#224; conna&#238;tre certains points de l'histoire secr&#232;te de notre homme. Dans sa prime jeunesse, avec tout l'emportement de sa nature passionn&#233;e, il &#233;tait devenu amoureux fou d'une jeune femme, cependant plus &#226;g&#233;e que lui. &#201;vinc&#233; par elle, il avait tent&#233; de se suicider et rien ne permet de douter de la sinc&#233;rit&#233; de cette tentative. Peu s'en fallut qu'il ne mour&#251;t, et de longs soins furent n&#233;cessaires pour le remettre sur pied. Cependant, cet acte de d&#233;sespoir avait profond&#233;ment &#233;mu la bien-aim&#233;e, qui lui accorda ses faveurs. Il devint son amant et lui resta d&#232;s lors secr&#232;tement attach&#233;, la servant d'une mani&#232;re tout &#224; fait chevaleresque. Au bout de plus de vingt ans, quand tous deux eurent vieilli, la femme naturellement plus que lui, il sentit na&#238;tre le d&#233;sir de se d&#233;barrasser d'elle, de se lib&#233;rer, de reconqu&#233;rir son ind&#233;pendance, de fonder un foyer et une famille. En m&#234;me temps, se d&#233;veloppa en lui le besoin longtemps refoul&#233; de se venger de sa ma&#238;tresse. Celle-ci, par son d&#233;dain, l'avait. un jour pouss&#233; &#224; mourir, eh bien, il voulait maintenant avoir la satisfaction de la voir, &#224; son tour, chercher la mort parce qu'il l'abandonnait. Mais l'amour qu'il continuait &#224; lui porter &#233;tait encore trop fort pour que ce d&#233;sir p&#251;t devenir conscient ; en outre, le chagrin qu'elle aurait ne serait pas assez violent pour qu'elle se r&#233;fugie dans la mort. C'est dans cet &#233;tat d'&#226;me qu'il en vint &#224; se servir jusqu'&#224; un certain point de la demi-mondaine comme d'un souffre-douleur, afin de satisfaire in corpore vili, sa soif de vengeance. Il se permit de lui faire subir tous les tourments susceptibles d'aboutir au r&#233;sultat qu'il aurait voulu obtenir chez sa bien-aim&#233;e. Une seule circonstance r&#233;v&#233;lait que le d&#233;sir de vengeance &#233;tait bien dirig&#233; contre cette derni&#232;re : le fait qu'il l'avait prise pour confidente de sa nouvelle liaison et pour conseill&#232;re, au lieu de lui cacher sa trahison. La malheureuse, chue du rang de dispensatrice &#224; celui de r&#233;ceptrice, souffrait probablement plus de ces confidences que la demi-mondaine de sa brutalit&#233;. L'obsession dont il se plaignait, dont il &#233;tait la proie en face de la rempla&#231;ante et qui l'avait pouss&#233; &#224; se faire analyser, avait naturellement &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e de l'ancienne &#224; la nouvelle ma&#238;tresse ; c'est de cette derni&#232;re qu'il voulait, sans y parvenir, se d&#233;barras&#172;ser. Je ne suis pas graphologue et ne fais pas grand cas de l'art de deviner le caract&#232;re d'apr&#232;s l'&#233;criture. Quant &#224; la possibilit&#233; de pr&#233;dire par ce moyen l'avenir de la personne en question. j'y crois moins encore. N&#233;anmoins, vous le voyez, quelle que soit l'opinion qu'on se fasse de la valeur de la graphologie, une chose est ind&#233;niable : le graphologue, en pr&#233;disant que l'auteur de la lettre allait bient&#244;t se suicider, avait., mis en lumi&#232;re un ardent d&#233;sir secret du consultant. Quelque chose d'analogue se produisit lors de la seconde consultation : ici, pas de d&#233;sir inconscient en jeu, mais le doute naissant du consultant, son inqui&#233;tude, se trouv&#232;rent traduits dans la r&#233;ponse du graphologue. Gr&#226;ce &#224; l'analyse, mon malade r&#233;ussit d'ailleurs &#224; porter son choix amoureux en dehors du cercle magique o&#249; il se trouvait enferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, vous savez maintenant ce que l'interpr&#233;tation du r&#234;ve, la psychanalyse en g&#233;n&#233;ral, a fait pour l'occultisme. Des exemples vous ont montr&#233; que la psychanalyse permet de mettre en lumi&#232;re des faits occultes qui sans elle seraient demeur&#233;s inconnaissables. Mais convient-il de croire &#224; la r&#233;alit&#233; objective de ces faits ? Cette question vous semble, sans doute, des plus int&#233;ressantes. La psychanalyse ne peut y r&#233;pondre directement ; toutefois le mat&#233;riel qu'elle a permis de mettre au jour semble tout au moins nous pousser vers l'affirmative. Votre curiosit&#233; ne se bornera pas &#224; cela, vous voudrez savoir &#224; quelle conclusion nous a amen&#233;s ce mat&#233;&#172;riel plus ou moins abondant et o&#249; la psychanalyse ne joue aucun r&#244;le. Cependant, je ne vous suivrai pas sur ce terrain qui n'est pas le mien. La seule chose que je puisse faire encore, c'est de vous raconter quelques observations. Elles n'int&#233;ressent la psychanalyse que parce qu'elles ont &#233;t&#233; faites au cours du traitement, et que c'est peut-&#234;tre ce dernier seul qui a permis de les obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous donnerai un exemple, celui qui m'a le plus frapp&#233;, et vous fournirai quan-tit&#233; de d&#233;tails en vous demandant de porter votre attention sur un grand nombre de particularit&#233;s ; malgr&#233; tout, je me verrai forc&#233; de taire beaucoup de choses qui eussent cependant notablement augment&#233; la force convaincante de l'observation. C'est un exemple o&#249; l'&#233;tat des choses appara&#238;t tr&#232;s clairement et n'a pas besoin d'&#234;tre d&#233;ve&#172;lopp&#233; par l'analyse. En le discutant nous ne pourrons cependant &#233;viter de faire appel &#224; l'analyse. Je vous pr&#233;viens par avance que m&#234;me cet exemple de transmission de pens&#233;e dans la situation analytique n'est pas &#224; l'abri de toute critique et ne permet nullement de prendre parti pour la r&#233;alit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne occulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, &#233;coutez-moi. Un jour, durant l'automne 1919, vers 10 h. 3/4 environ, le docteur David Forsyth arrivant de Londres d&#233;pose chez moi sa carte, pendant que je travaille avec un malade. (Mon distingu&#233; coll&#232;gue londonien ne me consid&#233;rera pas comme un indiscret si je r&#233;v&#232;le ainsi que durant quelques mois il s'est fait initier, par mes soins, &#224; la technique psychanalytique). Je ne puis accorder &#224; ce confr&#232;re qu'une minute d'entretien et lui donne rendez-vous pour plus tard. Le docteur Forsyth a droit &#224; mon int&#233;r&#234;t ; il est, en le effet, premier &#233;tranger qui vienne &#224; moi apr&#232;s la guerre, au moment o&#249; l'on commence &#224; esp&#233;rer des temps meilleurs. Peu apr&#232;s cette visite, arrive un de mes malades, M. P., homme intelligent et aimable, fig&#233; de 45 ans envi&#172;ron, qui s'est soumis au traitement analytique &#224; la suite de d&#233;boires aupr&#232;s des femmes. Le pronostic du cas &#233;tant d&#233;favorable, j'avais depuis longtemps propos&#233; de cesser l'analyse, mais le malade tenait &#224; la continuer, certainement parce qu'ayant transf&#233;r&#233; sur moi les sentiments &#233;prouv&#233;s pour son p&#232;re, il se sentait dans une ambiance agr&#233;able. La question d'argent ne se posait m&#234;me pas alors, &#224; cause de la raret&#233; de ce m&#233;tal ; les moments que je passais avec ce patient &#233;taient int&#233;ressants, d&#233;lassants et c'est pourquoi, en d&#233;pit des r&#232;gles s&#233;v&#232;res du traitement m&#233;dical, l'effort psychanalytique fut continu&#233; jusqu'&#224; une date fix&#233;e d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, P. aborde de nouveau la question de ses essais pour reprendre avec les femmes des rapports amoureux. Il reparle d'une jeune fille jolie, piquante et pauvre aupr&#232;s de laquelle il e&#251;t certainement r&#233;ussi, si le fait qu'elle &#233;tait vierge n'e&#251;t emp&#234;&#172;ch&#233; toute s&#233;rieuse tentative de ce genre. Il m'avait souvent parl&#233; d'elle, mais aujourd'hui, pour la premi&#232;re fois, il raconte que, tout en ignorant bien entendu les motifs r&#233;els de son abstention et n'en ayant m&#234;me aucun soup&#231;on, elle l'avait surnomm&#233; M. de la Pr&#233;caution . Ce r&#233;cit me frappe ; j'ai &#224; port&#233;e de la main la carte du docteur Forsyth et je la lui montre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le fait. Je m'attends bien &#224; ce que vous le qualifiez de pi&#232;tre, mais poursui-vons et nous y d&#233;couvrirons autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. a, dans sa jeunesse, fait un s&#233;jour de plusieurs ann&#233;es en Angleterre ; il y a acquis un vif int&#233;r&#234;t pour la litt&#233;rature anglaise. Il poss&#232;de une riche biblioth&#232;que de livres anglais et a coutume d&#233; m'en pr&#234;ter. C'est &#224; lui que je dois d'avoir connu des auteurs tels que Bennett et Galsworthy, qui m'&#233;taient nagu&#232;re peu familiers. Un jour, il me pr&#234;ta un roman de Galsworthy, intitul&#233; The man of property et dont l'action se d&#233;roule dans une famille imaginaire, la famille Forsyte. Galsworthy s'est certaine&#172;ment &#233;pris lui-m&#234;me de sa cr&#233;ation car, dans des r&#233;cits post&#233;rieurs, il a souvent fait repara&#238;tre des membres de la m&#234;me famille et a fini par r&#233;unir toutes les &#339;uvres les concernant sous le nom de The Forsyte Saga. Peu de jours avant l'incident en question, P. m'avait apport&#233; un nouveau volume de cette s&#233;rie. Le nom de Forsyte et tous les traits typiques que l'auteur personnifiait avaient aussi jou&#233; un certain r&#244;le dans mes entretiens avec P. Ils constituaient une partie de ce langage fr&#233;quemment utilis&#233; entre deux personnes qui ont accoutum&#233; de se fr&#233;quenter r&#233;guli&#232;rement. Or le nom des h&#233;ros de ces romans : Forsyte, est &#224; peine diff&#233;rent, selon la prononciation allemande, du nom de mon visiteur : Forsyth, et le mot anglais significatif que nous prononcerions de la m&#234;me mani&#232;re serait foresight, c'est-&#224;-dire pr&#233;vision ou pr&#233;caution (Voraussicht ou Vorsicht). P. avait donc tir&#233; de ses propres rapports un nom qui justement me pr&#233;occupait &#224; ce moment-l&#224;, par suite de circonstances qu'il ignorait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, n'est-ce pas, qui devient plus int&#233;ressant. Mais je crois que ce fait remar-quable nous fera plus d'impression encore quand nous &#233;tudierons analytiquement deux autres associations fournies au cours de la m&#234;me s&#233;ance. Nous parviendrons peut-&#234;tre m&#234;me &#224; acqu&#233;rir quelque notion des conditions dans lesquelles ledit ph&#233;no-m&#232;ne s'est produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Certain jour de la semaine pr&#233;c&#233;dente, j'avais vainement attendu M. P. &#224; 11 h. Enfin, je sortis pour aller voir le docteur Antoine von Freund dans la pension de famille o&#249; il logeait. Je fus surpris d'apprendre que M. P. habitait dans cette m&#234;me maison, mais &#224; un autre &#233;tage. A ce sujet, je racontai plus tard &#224; P. que je lui avais pour ainsi dire rendu visite dans sa maison. Je me rappelle fort bien n'avoir pas nomm&#233; la personne que j'&#233;tais all&#233; voir. Or, imm&#233;diatement apr&#232;s avoir parl&#233; de son surnom de M. von Vorsicht (Pr&#233;caution), mon malade me demande : &#171; Est-ce que Mme Freud-Ottorega qui enseigne l'anglais &#224; l'Universit&#233; populaire n'est pas votre fille ? &#187; Et pour la premi&#232;re fois depuis que nous nous voyons, il d&#233;forme mon nom comme le font ordinairement les fonctionnaires, les employ&#233;s et les typographes, et prononce Freund au lieu de Freud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; A la fin de cette m&#234;me s&#233;ance, il me raconte un songe qui l'a r&#233;veill&#233; en lui laissant une impression d'angoisse, &#171; un vrai cauchemar &#187;, dit-il. Il ajoute-que r&#233;cem-ment il n'avait pu se souvenir du mot anglais qui signifie cauchemar et qu'il l'avait traduit pour quelqu'un par a mare's nest. Chose absurde puisque a mare's nest, c'est une histoire invraisemblable, une histoire de brigands et que cauchemar en anglais se dit night mare. Cette id&#233;e ne semble avoir comme point commun avec ce qui pr&#233;c&#232;de que cet &#233;l&#233;ment : l'anglais. Mais elle me rappelle un petit incident survenu un mois plus t&#244;t. P. se trouvait alors dans mon bureau. Survint &#224; l'improviste un autre visiteur depuis longtemps absent, un ami cher, le docteur Ernest Jones, de Londres, &#224; qui je fis signe d'aller attendre, dans une autre pi&#232;ce, la fin de mon entretien avec P. Celui-ci, cependant, reconnut mon ami d'apr&#232;s une photographie qui se trouvait dans mon salon d'attente et manifesta m&#234;me le d&#233;sir de lui &#234;tre pr&#233;sent&#233;. Or Jones est l'auteur d'une monographie sur le cauchemar - night mare ; j'ignorais si P. connaissait cette &#233;tude, car il &#233;vitait de lire des ouvrages psychanalytiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais &#224; vous montrer d'abord comment on peut interpr&#233;ter analytiquement les associations d'id&#233;es fournies par P. et trouver ce qui les motive. Vis-&#224;-vis du nom Forsyte ou Forsyth, P. se trouvait dans la m&#234;me situation que moi, et c'est &#224; lui, d'ailleurs, que je devais de conna&#238;tre les personnages de roman ainsi appel&#233;s ; ce qui me surprit, ce fut d'entendre mon malade &#233;noncer tout &#224; coup ce nom imm&#233;diatement apr&#232;s qu'un nouvel incident, l'arriv&#233;e du m&#233;decin londonien, me l'eut rendu int&#233;res&#172;sant &#224; un autre point de vue encore. Toutefois, la mani&#232;re dont le nom surgit au cours de cette s&#233;ance n'est pas moins int&#233;ressante que le fait m&#234;me de son apparition. P. ne s'&#233;cria pas, en effet : a Je pense au nom de Forsyte que le roman vous a fait conna&#238;-tre. &#187; Non, il sut le glisser dans sa propre histoire, sans avoir, au pr&#233;alable, &#233;tabli de rapport conscient avec la source en question. Et c'est ainsi qu'il le lan&#231;a dans le r&#233;cit cette fois-l&#224;, et alors que la chose ne s'&#233;tait jamais produite auparavant. Mais il ajouta : &#171; Moi aussi je suis un Forsyth, c'est ainsi que la jeune fille m'appelle. &#187; Comment ne pas discerner dans cette phrase le m&#233;lange de revendication jalouse et de d&#233;pr&#233;ciation m&#233;lancolique de soi-m&#234;me qui s'y trouve traduit ? L'on ne risquera pas de faire fausse route en la compl&#233;tant comme suit : &#171; Cela m'afflige que vous soyez aussi pr&#233;occup&#233; de l'arriv&#233;e de cet &#233;tranger. Revenez donc &#224; moi. Ne suis-je pas moi-m&#234;me un Forsyth ? mais seulement un sieur le Vorsicht, comme dit la jeune fille &#187;. Puis sa pens&#233;e se tourna, gr&#226;ce &#224; l'&#233;l&#233;ment anglais, vers deux circonstances pass&#233;es, propres elles aussi &#224; susciter la jalousie : &#171; Il y a quelques jours, vous &#234;tes venu dans ma maison, mais ce n'est malheureusement pas moi que vous vouliez voir. Vous alliez chez un certain M. de Freund &#187;. Et cette pens&#233;e lui fait alt&#233;rer le nom de Freud qu'il prononce Freund. S'il mentionne M- Freud-Oltorega, c'et parce que la qualit&#233; de professeur d'anglais de cette derni&#232;re permet l'association manifeste. A tout cela se rattache le souvenir d'un autre visiteur, venu quelques semaines auparavant et dont le malade a &#233;t&#233; &#233;galement jaloux, se sentant vis-&#224;-vis de lui en &#233;tat d'inf&#233;riorit&#233; ; le docteur Jones avait pu, en effet, &#233;crire une dissertation sur le cauchemar, tandis que P., lui, se sentait tout au plus capable de faire de semblables r&#234;ves. L'erreur qu'il dit avoir commise &#224; propos de a mare's nest fait partie de la m&#234;me association et en voici certainement le sens : &#171; Moi, je ne suis ni un v&#233;ritable Anglais, ni un v&#233;ritable Forsyth &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; sa jalousie, je ne puis la qualifier d'incompr&#233;hensible ou d'inopportune. Il avait &#233;t&#233; pr&#233;venu que son analyse et par cons&#233;quent nos relations cesseraient d&#232;s que des &#233;l&#232;ves &#233;trangers ou des malades arriveraient &#224; Vienne, et c'est ce qui ne tarda pas d'ailleurs &#224; se produire. Mais ce que nous avons fait jusqu'ici n'a &#233;t&#233; qu'un fragment de travail analytique ; nous avons donn&#233; l'explication de trois id&#233;es survenues dans une m&#234;me heure et d&#233;riv&#233;es du m&#234;me motif. Peu importe que ces id&#233;es soient ou ne soient pas d&#233;rivables sans transmission de pens&#233;e ; celle-ci se retrouve dans chacune des trois id&#233;es et peut ainsi provoquer trois questions diff&#233;rentes : P. pouvait-il savoir que le docteur Forsyth venait justement de me faire sa premi&#232;re visite ? Lui &#233;tait-il possible de conna&#238;tre le nom de la personne que j'&#233;tais all&#233; voir dans sa maison ? Savait-il que le docteur Jones &#233;tait l'auteur d'un travail sur le cauchemar ? - Ou bien &#233;tait-ce ma connaissance de ces choses qui se r&#233;v&#233;lait dans ses id&#233;es ? Toute conclu&#172;sion en faveur de la transmission de pens&#233;es ne saurait d&#233;pendre que de la r&#233;ponse faite &#224; ces trois questions diff&#233;rentes. Ne nous pr&#233;occupons pas, pour l'instant, de la premi&#232;re, les deux autres &#233;tant plus faciles &#224; traiter. Le cas de la visite &#224; la pension nous para&#238;t, au premier abord, particuli&#232;rement probant. Je suis certain de n'avoir nomm&#233; personne en racontant, incidemment et par plaisanterie, ma visite dans sa maison. Il est fort peu probable que P. se soit inform&#233; &#224; la pension de famille du nom de la personne en question. Je crois plut&#244;t qu'il a continu&#233; &#224; ignorer tout &#224; fait l'existence de cette derni&#232;re. Mais la force convaincante qui se d&#233;gage de ce cas est enti&#232;rement d&#233;truite par un hasard. L'homme auquel j'&#233;tais all&#233; rendre visite dans la pension ne s'appelait pas seulement Freund, il &#233;tait pour nous tous un v&#233;ritable ami . C'&#233;tait &#224; sa g&#233;n&#233;rosit&#233; que nous devions la fondation de notre maison d'&#233;dition. La mort pr&#233;matur&#233;e du docteur Antoine von Freund, comme aussi celle de Karl Abraham un peu plus tard, furent les plus grands malheurs que la cause de la psychanalyse e&#251;t jamais eu &#224; subir. Peut-&#234;tre ai-je alors dit &#224; P. que j'&#233;tais all&#233; voir un ami (Freund) dans sa pension. En ce cas, la seconde association perd tout int&#233;r&#234;t au point de vue de l'occultisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impression caus&#233;e par la troisi&#232;me id&#233;e se dissipe vite, elle aussi. P., qui ne lisait jamais d'ouvrages psychanalytiques, pouvait-il savoir que Jones avait publi&#233; un travail sur le cauchemar ? Oui, car il poss&#233;dait certains de nos livres et avait ainsi pu lire, sur les couvertures, les titres des nouvelles publications. Ce n'est donc pas de cette mani&#232;re que nous parviendrons &#224; nous faire une opinion. Je regrette que mon observation ait &#224; souffrir d'une erreur commune &#224; bien d'autres travaux analogues : elle a &#233;t&#233; &#233;crite trop tard et discut&#233;e &#224; une &#233;poque o&#249;, ayant perdu de vue M. P., il ne m'&#233;tait plus possible d'obtenir d'autres pr&#233;cisions touchant les faits en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc &#224; la premi&#232;re id&#233;e qui, m&#234;me lorsqu'on la consid&#232;re isol&#233;ment, parle en faveur du fait apparent de la transmission de pens&#233;e. P. pouvait-il savoir que le docteur Forsyth &#233;tait venu me voir un quart d'heure auparavant ? Lui &#233;tait-il m&#234;me possible de conna&#238;tre l'existence de ce m&#233;decin ou sa pr&#233;sence &#224; Vienne ? Il ne faut pas c&#233;der &#224; l'envie de r&#233;pondre &#224; ces deux questions par la n&#233;gative. Je vois un moyen de r&#233;pondre par une affirmative partielle. Peut-&#234;tre, en effet, avais-je racont&#233; &#224; M. P. que j'attendais un m&#233;decin anglais, la colombe du d&#233;luge, pour l'initier &#224; la pratique de l'analyse. Cela e&#251;t bien pu se produire durant l'&#233;t&#233; 1919, le docteur Forsyth s'&#233;tant, quelques mois avant son arriv&#233;e, entendu par lettres avec moi. Peut-&#234;tre m&#234;me m'&#233;tait-il arriv&#233; de prononcer son nom, encore que le fait me semble tr&#232;s invraisem&#172;blable. Si cela m'&#233;tait arriv&#233;, J'en aurais gard&#233; le souvenir, car, vu la signification multiple de ce nom propre, une conversation s'en serait suivie. Il peut donc se faire que la chose se soit produite et que je l'aie totalement oubli&#233;e, de telle sorte qu'en prenant connaissance de ce surnom de M. von Vorsicht au cours de la s&#233;ance, j'aie pu en &#234;tre surpris comme s'il s'agissait l&#224; de quelque miracle. Quand on se targue d'&#234;tre sceptique, il convient parfois de douter de son propre scepticisme. Peut-&#234;tre d'ailleurs y a-t-il en moi une secr&#232;te inclination pour le merveilleux, inclination qui m'incite &#224; accueillir avec faveur la production de ph&#233;nom&#232;nes occultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on a ainsi supprim&#233; une part du merveilleux, le travail n'est pas achev&#233;. Il reste une autre t&#226;che &#224; remplir et c'est la plus ardue de toutes. Admettons que M. P. ait su qu'il existait un docteur Forsyth dont la visite &#233;tait attendue &#224; Vienne, en automne, comment expliquer ensuite qu'il en ait eu la notion justement le jour de l'arriv&#233;e de ce docteur et imm&#233;diatement apr&#232;s la premi&#232;re visite de celui-ci. Certes, il est permis d'attribuer ce fait au hasard, c'est-&#224;-dire de n'en pas chercher l'explication ; mais pour bien marquer qu'il ne saurait &#234;tre question de hasard et pour vous montrer qu'il s'agissait r&#233;ellement de pens&#233;es, de jalousie concernant des gens qui venaient me voir et &#224; qui je rendais visite, j'ai cit&#233; deux autres id&#233;es encore de P. Pour ne n&#233;gliger aucune possibilit&#233;, on peut aussi essayer d'admettre que P. avait observ&#233; en moi une nervosit&#233; particuli&#232;re et qu'il en avait tir&#233; certaines d&#233;ductions. Il est encore permis d'imaginer qu'arriv&#233; un quart d'heure seulement apr&#232;s l'Anglais, il avait pu le croiser en route, le reconna&#238;tre &#224; cause de son type anglo-saxon caract&#233;ristique et penser du fait de sa jalousie : &#171; Le voil&#224; donc, ce docteur Forsyth dont l'arriv&#233;e va provoquer la fin de mon analyse. Il vient probablement de chez le Professeur. &#187; Je ne puis pour&#172;suivre plus avant ces conjectures rationalistes. Demeurons-en donc une fois de plus sur un non liquet, mais, avouons-le, &#224; mon avis la balance penche ici encore du c&#244;t&#233; de la transmission de la pens&#233;e. D'ailleurs, je ne suis certainement pas seul &#224; m'&#234;tre trouv&#233;, au cours d'analyses, en pr&#233;sence de faits semblables. H&#233;l&#232;ne Deutsch a publi&#233; en 1926 des observations analogues et &#233;tudi&#233; leur d&#233;termination au moyen des rapports du transfert entre patients et analystes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis persuad&#233; que mon attitude vis-&#224;-vis de ce probl&#232;me ne vous convaincra pas enti&#232;rement, pas plus qu'elle ne vous satisfera si vous &#234;tes pr&#234;ts &#224; vous laisser convaincre. Voil&#224;, direz-vous peut-&#234;tre, un cas bien connu, celui d'un homme qui ayant consacr&#233; honn&#234;tement toute sa vie aux sciences naturelles, devient, dans sa vieillesse, faible d'esprit, pieux et cr&#233;dule. Je sais que d'&#233;minents personnages sont tomb&#233;s dans cette cat&#233;gorie, mais vous n'avez pas le droit de m'y ranger. Tout au moins ne suis-je pas devenu pieux, ni cr&#233;dule non plus, je l'esp&#232;re. L'on ne garde, dans sa vieillesse, une &#233;chine vo&#251;t&#233;e qui plie devant les faits nouveaux que lorsqu'on s'est tenu courb&#233; durant sa vie pour &#233;viter les chocs douloureux avec la r&#233;alit&#233;. Sans doute pr&#233;f&#233;reriez-vous me voir m'en tenir &#224; un th&#233;isme mod&#233;r&#233; et rejeter inexorable&#172;ment toutes les donn&#233;es de l'occultisme. Mais je suis incapable de chercher &#224; plaire et je vous invite donc &#224; consid&#233;rer d'un &#339;il plus favorable la transmission de pens&#233;e et partant la t&#233;l&#233;pathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oubliez pas que nous n'avons trait&#233; ici de ce probl&#232;me que dans la mesure o&#249; il se rapproche de la psychanalyse. Quand, il y a de cela plus d&#233; dix ans, je vis surgir dans mon horizon ces ph&#233;nom&#232;nes occultes, je ressentis, moi aussi, la crainte qu'ils ne vinssent &#224; menacer notre conception scientifique du monde, qui aurait d&#251; c&#233;der la place au spiritisme ou &#224; la mystique si certaines donn&#233;es de l'occultisme s'&#233;taient confirm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, j'ai chang&#233; d'avis. C'est, &#224; mon sent, t&#233;moigner de peu de confiance envers la science que de la croire incapable d'assimiler et de remanier celles d'entre les donn&#233;es de l'occultisme qui seraient reconnues exactes. Et la transmission des pens&#233;es en particulier semble favoriser l'extension du mode de penser scientifique - les adversaires disent m&#233;canique - sur le monde spirituel si difficilement saisissable. Par le ph&#233;nom&#232;ne t&#233;l&#233;pathique, l'acte psychique accompli par une certaine personne doit provoquer la r&#233;alisation d'un acte semblable chez une autre. Ce qui se produit entre deux actes psychiques peut facilement &#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne physique &#224; point de d&#233;part et aboutissant psychiques. L'analogie avec d'autres transpositions, telles, par exemple, que l'&#233;mission et l'audition au t&#233;l&#233;phone, serait alors indiscutable, Et figurez-vous ce qui arriverait si l'on pouvait se rendre ma&#238;tre de cet &#233;quivalent physique de l'acte psychique. Je dirai m&#234;me que la psychanalyse nous a pr&#233;par&#233;s &#224; admettre des ph&#233;nom&#232;nes comme la t&#233;l&#233;pathie, en ins&#233;rant l'inconscient entre le physique et ce qu'on a appel&#233; jusqu'ici le psychique. Si l'on s'accoutume &#224; l'id&#233;e de la t&#233;l&#233;pathie, on peut ensuite utiliser celle-ci sur une grande &#233;chelle, mais actuellement en imagination seulement. Chacun sait qu'on ignore encore comment la volont&#233; collective vient &#224; s'imposer chez les insectes qui vivent group&#233;s. Peut-&#234;tre est-ce par le moyen d'une transmission psychique directe de ce genre. On est amen&#233; &#224; penser que ce fut l&#224; le mode primitif, archa&#239;que de communication entre les &#234;tres et qu'il c&#233;da ensuite la place &#224; la m&#233;thode par signes perceptibles &#224; l'aide des organes senso&#172;riels. Mais l'ancienne m&#233;thode peut continuer &#224; subsister &#224; l'arri&#232;re-plan et &#224; se manifester en certaines circonstances, par exemple dans les foules anim&#233;es de quelque passion. Tout cela est encore obscur, plein d'&#233;nigmes non r&#233;solues, mais il n'y a pas lieu de s'en &#233;pouvanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la t&#233;l&#233;pathie existe effectivement, on peut supposer, malgr&#233; les difficult&#233;s qu'il y a &#224; fournir des preuves de son existence, qu'elle doit constituer un ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s fr&#233;quent. Nous ne serions pas surpris de la d&#233;couvrir justement dans la vie spirituelle de l'enfant. L'enfant ne se figure-t-il pas fr&#233;quemment que les parents connaissent toutes ses pens&#233;es sans qu'il leur en ait fait part ? Et la croyance des adultes en l'omniscience de Dieu est peut-&#234;tre l'&#233;quivalent de cette id&#233;e enfantine dont elle d&#233;coule d'ailleurs sans doute. R&#233;cemment, une femme digne de confiance, Dorothy Burlingham, dans un article intitul&#233; &#171; L'analyse des enfants et la m&#232;re &#187;, a relat&#233; certaines observations qui, si elles se confirment, doivent ne plus laisser aucun doute sur la r&#233;alit&#233; de la transmission de la pens&#233;e. Dorothy Burlingham mit &#224; profit une situation qui n'est plus tr&#232;s rare actuellement : celle o&#249; l'enfant et la m&#232;re subissent, en m&#234;me temps, le traitement analytique. Elle nous raconte certains faits &#233;tranges, tel celui-ci par exemple : un jour, la m&#232;re vient &#224; parler, au cours d'une s&#233;ance, d'une pi&#232;ce d'or qui joue un certain r&#244;le dans une des sc&#232;nes de son enfance. A peine est-elle rentr&#233;e chez elle que son jeune fils, &#226;g&#233; de 10 ans environ, p&#233;n&#232;tre dans sa chambre et lui apporte une pi&#232;ce d'or afin qu'elle la mette de c&#244;t&#233; pour lui. &#201;tonn&#233;e, elle lui demande d'o&#249; lui vient cette pi&#232;ce. Il l'a re&#231;ue en cadeau pour son anni&#172;versaire. Cet anniversaire avait &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233; quelques mois auparavant, mais rien n'explique pourquoi l'enfant se souvient pr&#233;cis&#233;ment aujourd'hui de ce pr&#233;sent. La m&#232;re informe l'analyste de l'enfant de cette co&#239;ncidence et la prie de rechercher pourquoi l'enfant avait ainsi agi. Mais l'analyse ne r&#233;v&#232;le rien, l'acte s'&#233;tant ce jour-l&#224; introduit dans la vie du gar&#231;onnet &#224; la mani&#232;re d'un corps &#233;tranger. Quelques semai&#172;nes plus tard, la m&#232;re, assise &#224; son bureau, se pr&#233;pare, comme en le lui a demand&#233;, &#224; transcrire l'incident en question, quand le gar&#231;onnet survient et exige de sa m&#232;re qu'elle lui rende la pi&#232;ce d'or. Il veut, dit-il, l'emporter avec lui pour la montrer &#224; sa psychanalyste. Et l'analyse ne parvient pas, cette fois non plus, &#224; d&#233;couvrir le motif de ce d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons maintenant &#224; la psychanalyse, notre point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me conf&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diverses instances&lt;br class='autobr' /&gt;
de la personnalit&#233; psychique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, vous avez certainement pu vous rendre compte par vous-m&#234;mes de l'importance des points de d&#233;part, qu'il s'agisse de personnes ou bien de choses. C'est ce qu'a aussi reconnu la psychanalyse. Elle s'adressait au sympt&#244;me, ce corps &#233;tranger au moi, et ce fait eut une grande r&#233;percussion sur l'accueil qu'on fit &#224; la nouvelle science et sur le d&#233;veloppement qu'elle put prendre. Le sympt&#244;me provient de ce qui a &#233;t&#233; refoul&#233; et le repr&#233;sente, pour ainsi dire, devant le moi. Mais le refoul&#233; est pour le moi un pays &#233;tranger situ&#233; au-dedans de lui, de m&#234;me que la r&#233;alit&#233; est, si vous me permettez de me servir ici d'une expression inusit&#233;e, un pays &#233;tranger ext&#233;-rieur. A partir du sympt&#244;me nous f&#251;mes conduits vers l'inconscient, vers la vie pulsionnelle, vers la sexualit&#233;. C'est &#224; ce moment que la psychanalyse s'entendit spiri-tuellement objecter que l'homme n'&#233;tait pas seulement un &#234;tre sexuel, qu'il connaissait aussi de plus nobles et de plus hautes &#233;motions. N'aurait-on pu ajouter &#224; cela qu'anim&#233; par la conscience de ces &#233;motions &#233;lev&#233;es, il s'accordait souvent le droit de penser des sottises et de nier l'&#233;vidence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux que quiconque vous savez que d&#232;s le d&#233;but nous avons soutenu que l'homme souffrait d'un conflit entre les exigences de la vie pulsionnelle et la r&#233;sis&#172;tance qui s'opposait au-dedans de lui &#224; ces exigences. Pas un instant nous n'avons oubli&#233; l'existence de cette instance qui r&#233;siste, rejette et refoule et que nous nous figurions arm&#233;e de pouvoirs particuliers : les pulsions du moi. C'est elle qui, dans la psychologie populaire, se confond avec le moi. Mais les lente et p&#233;nibles progr&#232;s du travail scientifique ne permirent pas non plus &#224; la psychanalyse d'&#233;tudier simultan&#233;&#172;ment tous les probl&#232;mes et d'en donner en un clin d'&#339;il la solution. Enfin l'on put parvenir du refoul&#233; au refoulant et, certain de trouver ici encore des choses inatten&#172;dues, l'on se vit en pr&#233;sence de ce moi dont l'existence semblait si &#233;vidente ; mais il fut d'abord malais&#233; d'entreprendre cette &#233;tude et c'est de quoi je vais aujourd'hui vous entretenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, je dois vous pr&#233;venir que cet expos&#233; de ma psychologie du moi agira tout autrement sur vous, je le suppose du moins, que l'introduction dans les t&#233;n&#233;-breuses r&#233;gions psychiques qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;. Pourquoi en est-il ainsi ? C'est ce que je ne sais pas, mais peut-&#234;tre trouverez-vous surprenant qu'apr&#232;s vous avoir entretenus surtout de faite, de faits il est vrai &#233;tranges et bizarres, je m'en aille maintenant vous mettre au courant de conceptions, c'est-&#224;-dire de sp&#233;culations. Toutefois cet argument n'est pas concluant. Toute r&#233;flexion faite, je pr&#233;tends que la part du travail sp&#233;culatif dans la pens&#233;e du mat&#233;riel concret n'est pas beaucoup plus consid&#233;rable dans notre psychologie du moi qu'elle n'&#233;tait dans la psychologie des n&#233;vroses. Je me suis vu contraint de renoncer &#224; d'autres motivations encore qui me semblaient plausibles ; je crois &#224; pr&#233;sent que la faute en incombe, de quelque mani&#232;re, au caract&#232;re m&#234;me du sujet &#233;tudi&#233; et au peu d'habitude que nous en avons. Quoi qu'il en soit, je ne serais pas surpris de vous voir encore plus r&#233;serv&#233;s et plus prudents qu'auparavant dans votre jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation dans laquelle nous nous trouvons au d&#233;but de notre &#233;tude nous impose elle-m&#234;me la voie &#224; suivre. C'est notre moi que nous allons diss&#233;quer, notre moi le plus intime. Mais la chose est-elle possible ? Le moi, &#233;tant le sujet proprement dit, pourra-t-il devenir l'objet ? Eh bien, il n'y a pas &#224; en douter, le moi peut se prendre pour objet, se comporter vis-&#224;-vis de lui-m&#234;me comme vis-&#224;-vis d'autres objets, s'observer, se critiquer, etc., etc. En m&#234;me temps une partie du moi s'oppose &#224; l'autre. Le moi est donc susceptible de se scinder et il se scinde en effet, tout au moins temporairement. Les parties scind&#233;es peuvent ensuite s'assembler de nouveau. Dans tout cela, rien qui ne soit d&#233;j&#224; connu. Il s'agit simplement de souligner des faits patents. D'autre part, nous savons que la pathologie est capable, en amplifiant les manifestations, en les rendant pour ainsi dire plus grossi&#232;res, d'attirer notre attention sur des conditions normales qui, sans cela, seraient pass&#233;es inaper&#231;ues. L&#224; o&#249; la pathologie nous montre une br&#232;che ou une f&#234;lure, il y a peut-&#234;tre normalement un clivage. Jetons par terre un cristal, il se brisera, non pas n'importe comment, mais sui-vant ses lignes de clivage, en morceaux dont la d&#233;limitation, quoique invisible, &#233;tait cependant d&#233;termin&#233;e auparavant par la structure du cristal. Cette structure f&#234;l&#233;e est aussi celle des malades mentaux. Vis-&#224;-vis des d&#233;ments, nous conservons un peu de la crainte respectueuse qu'ils inspiraient aux peuples anciens. Ces malades se sont d&#233;tourn&#233;s de la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure et c'est pourquoi justement ils en savent plus long que nous sur la r&#233;alit&#233; int&#233;rieure et peuvent nous r&#233;v&#233;ler certaines choses qui, sans eux, seraient rest&#233;es imp&#233;n&#233;trables. Nous disons d'une cat&#233;gorie de ces malades qu'ils souffrent de la folie de la surveillance. Ils se plaignent d'&#234;tre sans cesse observ&#233;s par des puissances inconnues - qui ne sont, sans doute, apr&#232;s tout, que des personnes ; - ils s'imaginent entendre ces personnes &#233;noncer ce qu'elles observent : &#171; Il dira cela maintenant, voil&#224; qu'il s'habille pour sortir... etc. &#187; Cette surveillance, tout en n'&#233;tant pas encore de la pers&#233;cution, s'en rapproche beaucoup. Les malades ainsi observ&#233;s croient qu'on se m&#233;fie d'eux, qu'on s'attend &#224; les surprendre en train de commettre quelque mauvaise action pour laquelle ils devront &#234;tre ch&#226;ti&#233;s. Que se passerait-il si ces d&#233;lirants avaient raison, si chacun de nous poss&#233;dait dans son moi une semblable instance pour le surveiller et le menacer ? Une instance qui se serait nettement s&#233;par&#233;e du moi et qui, par erreur, aurait &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;e vers la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ignore s'il en sera pour vous comme pour moi. Impressionn&#233; par la maladie que je viens de d&#233;crire, l'id&#233;e m'est venue que, peut-&#234;tre, la s&#233;paration d'une instance observatrice d'avec le reste du moi &#233;tait, dans la structure du moi, une particularit&#233; habituelle. Depuis, cette id&#233;e ne m'a plus quitt&#233; et m'a incit&#233; &#224; rechercher les autres caract&#232;res, les autres relations, de l'instance ainsi isol&#233;e. Il n'est pas difficile de poursuivre. A lui seul le contenu de la folie de la surveillance nous indique que cette surveillance n'est qu'une pr&#233;paration au jugement et au ch&#226;timent et nous devinons qu'une autre fonction de cette m&#234;me instance doit s'exercer l&#224;, celle que nous appe&#172;lons notre conscience. C'est justement la conscience que nous isolons le plus fr&#233;&#172;quemment du moi et que nous lui opposons le plus facilement. J'ai envie d'accom&#172;plir tel acte propre &#224; me satisfaire, mais j'y renonce, par suite de l'opposition de ma con&#172;science. Ou bien encore, j'ai c&#233;d&#233; &#224; quelque grand d&#233;sir et pour &#233;prouver une certaine joie, j'ai commis un acte que r&#233;prouve ma conscience : une fois l'acte accompli, ma conscience provoque, par ses reproches, le repentir. L'instance particuli&#232;re que je commence &#224; discerner dans le moi, je pourrais dire simplement que c'est la conscien&#172;ce. Toutefois, il est plus prudent de penser que cette instance est ind&#233;pendante et d'admettre que la conscience n'est qu'une de ses fonctions. L'auto-observation, indispensable &#224; l'activit&#233; critique de la conscience, est alors une autre fonction. Et comme il convient, quand on veut indiquer qu'une chose existe en soi, de lui donner un nom propre, j'appellerai d&#233;sormais cette instance dans le moi : &#171; le surmoi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'attends bien &#224; ce que vous me demandiez ironiquement si notre psychologie du moi n'aboutirait pas, somme toute, qu'&#224; donner des noms &#224; des abstractions usuelles, qu'&#224; les grossir, qu'&#224; les transformer, d'id&#233;es qu'elles &#233;taient, en choses, toutes op&#233;rations sans int&#233;r&#234;t. Laissez-moi vous r&#233;pondre qu'il n'est gu&#232;re possible, dans la psychologie du moi, d'&#233;viter ce qui est d&#233;j&#224; g&#233;n&#233;ralement connu. Il ne s'agit pas de faire sans cesse de nouvelles d&#233;couvertes, mais d'arriver &#224; mieux comprendre, &#224; mieux classer les donn&#233;es d&#233;j&#224; existantes. Abstenez-vous donc, pour le moment, de ces d&#233;daigneuses critiques et attendez d'autres explications. Les faits de la pathologie nous fournissent un arri&#232;re-plan que vous chercheriez en vain pour la psychologie commune. Je poursuis donc. A peine sommes-nous familiaris&#233;s avec l'id&#233;e de ce surmoi qui jouit d'une certaine autonomie, poursuit son propre but, et reste, dans son cercle d'action, ind&#233;pendant du moi, que s'impose &#224; notre esprit l'id&#233;e d'une maladie propre &#224; faire nettement comprendre la cruaut&#233; de cette instance et les variations de ses rapports avec le moi : je veux parier de la m&#233;lancolie dont vous avez tous entendu parier, m&#234;me si vous n'&#234;tes pas psychiatres. Nous connaissons mal la motivation et le m&#233;canisme de ce trouble, mais ce qui nous frappe surtout en lui, c'est la mani&#232;re dont le surmoi - peut-&#234;tre penserez-vous : la conscience - traite le moi. En p&#233;riode norma&#172;le, le m&#233;lancolique est, comme toute autre personne, plus ou moins s&#233;v&#232;re envers lui-m&#234;me, tandis que, durant l'acc&#232;s m&#233;lancolique, le surmoi, devenu exag&#233;r&#233;ment rigoureux, admoneste, humilie, maltraite le pauvre moi, lui fait entrevoir les plus dures punitions, lui reproche. des actes accomplis nagu&#232;re d'un c&#339;ur l&#233;ger. Il semble que le surmoi ait entre-temps accumul&#233; les charges, qu'il ait attendu d'&#234;tre assez fort pour les utiliser et pour prononcer la condamnation. Le surmoi veut contraindre le moi sans d&#233;fense &#224; se plier aux r&#232;gles les plus s&#233;v&#232;res. Il se fait, en somme, le d&#233;fenseur de la moralit&#233; et nous voyons du premier coup d'&#339;il que notre sentiment moral de culpabilit&#233; est le r&#233;sultat d'une tension qui existe entre le moi et le surmoi. Chose &#233;trange, la moralit&#233;, qu'on dit &#234;tre un pr&#233;sent de Dieu et qui se trouve si profond&#233;ment ancr&#233;e en nous, est donc l&#224; un ph&#233;nom&#232;ne p&#233;riodique. En effet, au bout de quelques mois, toute cette agitation morale prend fin, la critique du surmoi se tait, le moi r&#233;habilit&#233; se retrouve, jusqu'&#224; la crise suivante, en possession de tous ses droits. Il y a mieux encore : dans certaines formes de la maladie, c'est un compor&#172;tement inverse qu'on observe pendant les p&#233;riodes interm&#233;diaires ; le moi se trouve dans un d&#233;licieux &#233;tat de griserie, il triomphe, comme si le surmoi avait perdu toute sa puissance ou comme s'il avait fusionn&#233; avec le moi. Et ce moi lib&#233;r&#233;, maniaque, se livre alors, sans nulle contrainte, &#224; la satisfaction de tous ses d&#233;sirs. Que de probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je vous aurai dit que nous avons appris bien des choses sur la formation du surmoi et le d&#233;veloppement de la conscience, vous exigerez de moi plus qu'une sim&#172;ple d&#233;monstration de mes dires. Le philosophe Kant a, comme on sait, &#233;mis l'opinion que rien ne d&#233;montrait mieux la grandeur de Dieu que le firmament &#233;toil&#233; et notre conscience morale. Les astres sont, certes, sublimes, mais en cr&#233;ant la conscience, Dieu n'a fait qu'un travail bien in&#233;gal et bien n&#233;glig&#233;, car la plupart des hommes ne poss&#232;dent qu'une faible dose de conscience, si faible que l'on en peut parfois &#224; peine parler. Qu'il y ait dans l'affirmation de l'origine divine de la con&#172;science une part de v&#233;rit&#233;, c'est ce que nous ne cherchons pas &#224; nier, mais il y a lieu d'interpr&#233;ter cette proposition. S'il y a en nous une conscience, elle n'est pas inn&#233;e, contrairement &#224; la sexualit&#233; qui, elle, existe d&#232;s le d&#233;but et qui n'est pas quelque chose de surajout&#233; apr&#232;s coup. Chacun sait que le petit enfant est amoral ; chez lui, aucune inhibition int&#233;rieure ne s'oppose aux impulsions qui tendent vers le plaisir. Le r&#244;le jou&#233; plus tard par le surmoi incombe d'abord &#224; une puissance ext&#233;rieure, &#224; l'autorit&#233; des parents. L'influence parentale s'exerce au moyen des t&#233;moignages de tendresse et des menaces de punition. Les punitions &#233;quivalent pour l'enfant &#224; un retrait d'amour et sont redout&#233;es en soi. Cette peur r&#233;elle est le pr&#233;curseur de la future crainte de la conscience et tant qu'elle domine, il n'y a pas lieu de parler de surmoi et de con-science. Plus tard, seulement, s'&#233;tablira la situation secondaire, celle que nous sommes trop enclins &#224; consid&#233;rer comme normale ; l'obstacle ext&#233;rieur une fois int&#233;rioris&#233;, le surmoi prend la place de l'instance parentale, ce surmoi qui surveille, dirige et menace comme autrefois les parents surveillaient, dirigeaient et mena&#231;aient l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surmoi, en prenant possession de la puissance, de l'activit&#233; qui caract&#233;risaient l'instance parentale, en utilisant m&#234;me les proc&#233;d&#233;s de cette derni&#232;re, n'est pas seule-ment son successeur, mais vraiment aussi son h&#233;ritier l&#233;gitime, naturel, il en provient directement et nous verrons bient&#244;t par quel processus. Cependant, il importe de faire ressortir une diff&#233;rence : le surmoi, par un choix unilat&#233;ral, semble n'avoir adopt&#233; que la duret&#233; et la s&#233;v&#233;rit&#233; des parents, leur r&#244;le prohibitif, r&#233;pressif, mais non leur tendre sollicitude. Nous avons tendance &#224; croire que le surmoi deviendra d'autant plus rigoureux que l'enfant aura re&#231;u une &#233;ducation plus s&#233;v&#232;re ; or, contre toute attente, l'exp&#233;rience nous montre que le surmoi peut &#234;tre d'une implacable s&#233;v&#233;rit&#233;, m&#234;me quand les &#233;ducateurs se sont montr&#233;s doux et bons et qu'ils ont &#233;vit&#233;, autant que faire se peut, menaces et punitions. Nous reviendrons plus tard sur cette contradiction en traitant des conversions des pulsions dans le d&#233;veloppement du surmoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis vous entretenir aussi longuement que je le voudrais de la transforma&#172;tion du rapport parental en surmoi, d'abord parce que ce processus est si compliqu&#233; qu'on ne parviendrait pas &#224; le faire entrer dans le cadre d'un expos&#233; tel que celui-ci, et ensuite parce que nous ne croyons pas nous-m&#234;mes avoir parfaitement compris le ph&#233;nom&#232;ne. Contentez-vous donc des indications suivantes : le fondement de ce processus est ce qu'on appelle une identification, c'est-&#224;-dire une assimilation du moi &#224; un moi &#233;tranger. Le premier moi se comporte, &#224; certains points de vue, comme l'autre, l'imite et se l'approprie partiellement. On a pu, &#224; juste titre, comparer l'identi&#172;fication &#224; l'incorporation orale, cannibale, de la personne &#233;trang&#232;re. L'identification est une tr&#232;s ancienne forme, peut-&#234;tre la plus importante, de l'attachement &#224; une autre personne. Il ne faut pas la confondre avec le choix objectai. Voici en quoi consiste la distinction : quand le gar&#231;onnet s'identifie &#224; son p&#232;re, c'est qu'il veut &#234;tre comme lui ; quand il porte sur le p&#232;re son choix objectai, il veut l'avoir, le poss&#233;der. Dans le premier cas, le moi du gar&#231;on se calque sur celui de son p&#232;re, dans le second ce n'est pas n&#233;cessaire. L'identification et le choix objectai sont en grande partie ind&#233;pendants l'un de l'autre , mais l'on peut aussi s'identifier &#224; la personne m&#234;me qu'on a pris pour objet sexuel et modifier son moi d'apr&#232;s elle. On dit que cette influence sur le moi de l'objet sexuel est particuli&#232;rement fr&#233;quent chez la femme, qu'il caract&#233;rise la f&#233;minit&#233;. Je vous ai certainement d&#233;j&#224; parl&#233; dans mes pr&#233;c&#233;dentes conf&#233;rences de cette relation entre l'identification et le choix objectai, relation qui est bien la plus instructive de toutes. On peut l'observer chez les enfants comme chez les adultes, chez les &#234;tres normaux comme chez les malades. Quand on a perdu l'objet, ou qu'on s'est vu forc&#233; d'y renoncer, il arrive assez souvent qu'on se d&#233;dommage en s'identifiant audit objet, en l'&#233;rigeant &#224; nouveau dans le moi, de sorte qu'ici le choix objectai r&#233;gresse vers l'identification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis gu&#232;re satisfait moi-m&#234;me de ces propos sur l'identification, mais conc&#233;dez-moi que l'&#233;tablissement du surmoi peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un cas d'identification r&#233;ussie avec l'instance parentale. Le fait saillant qui nous pr&#233;occupe est maintenant celui-ci : l'apparition dans le moi d'une instance plus puissante est intimement li&#233;e au sort du complexe d'Oedipe, de sorte que le surmoi appara&#238;t comme l'h&#233;ritier de cet ensemble de sentiments si importants pour l'enfance. Nous compre-nons qu'en abandonnant le complexe d'Oedipe, l'enfant s'est vu contraint de renoncer &#224; d'intenses investissements libidinaux qu'il avait r&#233;alis&#233;s sur ses parents. C'est en compensation de la perte subie que les anciennes identifications avec ses parents se trouvent ainsi renforc&#233;es dans son moi. De semblables identifications, r&#233;sidus d'anciens investissements objectaux, se r&#233;p&#233;teront assez souvent par la suite dans la vie de l'enfant. Mais ce premier cas de conversion a, sans aucun doute, une impor-tance sp&#233;ciale et occupe une place particuli&#232;re dans le moi, par suite de sa grande valeur sentimentale. Une recherche plus approfondie nous montre aussi que le surmoi s'affaiblit et d&#233;g&#233;n&#232;re quand le complexe d'Oedipe n'a pu &#234;tre surmont&#233;. Au cours du d&#233;veloppement, le surmoi fait sienne &#233;galement l'influence des personnes qui ont pu remplacer les parents : &#233;ducateurs, instituteurs, mod&#232;les id&#233;aux. Dans lu conditions normales, le surmoi tend &#224; s'&#233;carter toujours davantage des personnages parentaux primitifs et devient, pour ainsi dire, plus impersonnel. N'oublions pas non plus que, suivant son fige, l'enfant se fait une id&#233;e diff&#233;rente de ses parents. Au moment o&#249; le complexe d'Oedipe c&#232;de la place au surmoi, les parents sont consid&#233;r&#233;s comme des &#234;tres sublimes ; ult&#233;rieurement ils d&#233;choient beaucoup. Certes, l'identification avec les parents peut bien se produire par la suite encore et contribue m&#234;me fortement &#224; la formation de la personnalit&#233;, mais elle !n'influence que le moi et plus du tout le surmoi, celui-ci ayant d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par les toutes premi&#232;res images parentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez maintenant senti, j'esp&#232;re, que le surmoi ainsi &#233;tabli correspond bien &#224; une certaine structure et n'est pas une simple abstraction, comme la conscience. Il nous reste encore &#224; parler d'une autre fonction tr&#232;s importante : le surmoi, en effet, repr&#233;sente pour le moi un id&#233;al ; le moi tend &#224; se conformer &#224; cet id&#233;al, &#224; lui ressem-bler. En cherchant &#224; se perfectionner sans cesse, c'est aux exigences du surmoi que le moi ob&#233;it. C'est un fait certain que l'enfant nagu&#232;re admirait ses parents &#224; cause de la perfection qu'il leur attribuait et que l'id&#233;al du moi n'est que le r&#233;sidu de cette ancienne attitude. Vous avez, je le sais, souvent entendu parler du sentiment d'inf&#233;rio-rit&#233; qui est justement le fait du n&#233;vros&#233; et qui hante surtout ce qu'on appelle les belles-lettres. L'&#233;crivain qui utilise le mot de complexe d'inf&#233;riorit&#233; croit ainsi satis&#172;faire &#224; toutes les exigences de la psychanalyse et &#233;lever le niveau psychologique de son oeuvre. En r&#233;alit&#233;, le terme magique de complexe d'inf&#233;riorit&#233; est &#224; peine employ&#233; dans la psychanalyse. A nos yeux, ce complexe n'appara&#238;t pas du tout comme quelque chose de simple, d'&#233;l&#233;mentaire. C'est &#224; notre sens commettre une grossi&#232;re erreur que de l'attribuer, comme aiment &#224; le faire les soi-disant psycho&#172;logues de l'individu, &#224; l'autoperception de pr&#233;tendues d&#233;g&#233;n&#233;rescences organiques. Le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; a de vigoureuses racines &#233;rotiques. L'enfant se sent inf&#233;rieur quand il remarque qu'il n'est pas aim&#233; et il en va de m&#234;me pour l'adulte. Le seul organe vraiment consid&#233;r&#233; comme inf&#233;rieur, c'est le p&#233;nis inachev&#233;, le clitoris de la fillette. Mais c'est dans le rapport du moi avec le surmoi qu'il faut chercher la cause principale du sentiment d'inf&#233;riorit&#233;, ce dernier ne faisant, comme le sentiment de culpabilit&#233;, que traduire une tension entre eux deux. Il est d'ailleurs malais&#233; de distinguer le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; de celui de culpabilit&#233;. Peut-&#234;tre conviendrait-il de consid&#233;rer le sentiment d'inf&#233;riorit&#233; comme le compl&#233;ment &#233;rotique du sentiment d'inf&#233;riorit&#233; morale. Dans la psychanalyse, nous n'avons accord&#233; que peu d'attention &#224; ce probl&#232;me de la d&#233;limitation des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement &#224; cause de la popularit&#233; dont jouit le complexe d'inf&#233;riorit&#233; que je vais ici me permettre une courte digression. Un personnage historique contemporain, encore vivant, mais pour le moment pass&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan, a gard&#233; d'une l&#233;sion survenue lors de sa naissance un raccourcissement d'un de ses membres. Un &#233;crivain moderne qui se pla&#238;t &#224; &#233;crire la biographie de personnages illustres a racont&#233; la vie de l'homme en question. Le besoin de tenter une &#233;tude psychologique doit &#234;tre difficile &#224; r&#233;primer quand il s'agit de biographie. Notre auteur a donc essay&#233; d'attribuer le caract&#232;re du h&#233;ros au sentiment d'inf&#233;riorit&#233; que son d&#233;faut physique &#233;tait cens&#233; avoir provoqu&#233;. Ce faisant, l'&#233;crivain a omis un fait minime, mais non insignifiant. Or, quand le destin veut qu'une m&#232;re ait un enfant malade ou d&#233;savantag&#233; de quelque mani&#232;re, elle cherche habituellement &#224; d&#233;dommager l'enfant de cette injustice par un exc&#232;s d'amour. Dans le cas en question, la m&#232;re, orgueilleuse, se comporta autrement, elle refusa son amour &#224; l'enfant infirme. Celui-ci, devenu un homme influent, prouva nettement par ses actes qu'il n'avait jamais pardonn&#233; &#224; sa m&#232;re. En vous rappelant quelle signification a pour l'enfant l'amour de sa m&#232;re, vous corrigerez sans doute, par la pens&#233;e, la th&#233;orie de l'inf&#233;riorit&#233; &#233;mise par le biographe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons-en au surmoi. Nous lui avons attribu&#233; l'auto-observation, la conscience morale et la fonction de l'id&#233;al. Ce que nous avons dit de sa formation montre qu'il est conditionn&#233; par un fait biologique d'une immense port&#233;e et par un fait psychologique d&#233;cisif : par la longue d&#233;pendance o&#249; se trouve plac&#233; l'enfant vis-&#224;-vis de ses parents et par le complexe d'Oedipe, ces deux motifs se trouvant intimement li&#233;s. Le surmoi repr&#233;sente toutes les contraintes morales et aussi l'aspiration vers le perfectionnement, bref tout ce que nous concevons maintenant psychologiquement comme faisant partie de ce qu'il y a de plus haut dans la vie humaine. C'est en nous tournant vers les sour-ces d'o&#249; d&#233;coule le surmoi que nous parviendrons plus ais&#233;ment &#224; conna&#238;tre sa signification ; or nous savons que le surmoi d&#233;rive de l'influence exerc&#233;e par les parents, les &#233;ducateurs, etc. En g&#233;n&#233;ral, ces derniers se conforment, pour l'&#233;ducation des enfants, aux prescriptions de leur propre surmoi. Quelle qu'ait &#233;t&#233; la lutte men&#233;e entre leur surmoi et leur moi, ils se montrent s&#233;v&#232;res et exigeants vis-&#224;-vis de l'enfant. Ils ont oubli&#233; les difficult&#233;s de leur propre enfance et sont satisfaits de pouvoir maintenant s'identifier &#224; leurs parents &#224; eux, &#224; ceux qui leur avaient autrefois impos&#233; de dures restrictions. Le surmoi de l'enfant ne se forme donc pas &#224; l'image des parents, mais bien &#224; l'image du surmoi de ceux-ci ; il s'emplit du m&#234;me contenu, devient le repr&#233;sentant de la tradition, de tous les jugements de valeur qui subsistent ainsi &#224; travers les g&#233;n&#233;rations. Vous devinez facilement que, mis au courant du r&#244;le jou&#233; par le surmoi, nous pourrons plus ais&#233;ment comprendre le comportement social de l'homme, par exemple dans les cas de d&#233;linquance. Et nous serons peut-&#234;tre aussi mieux pr&#233;par&#233;s &#224; devenir de bons &#233;ducateurs. C'est vraisemblablement parce qu'elles n&#233;gligent ce facteur que les interpr&#233;tations historiques dites mat&#233;rialistes ne sont pas tout &#224; fait satisfaisantes. Elles l'&#233;cartent en pr&#233;tendant que les &#171; id&#233;ologies &#187; des hommes ne sont que les r&#233;sultats et les superstructures de leurs conditions &#233;cono-miques actuelles. C'est bien la v&#233;rit&#233;, mais non, sans doute, toute la v&#233;rit&#233;. L'humanit&#233; ne vit pas que dans le pr&#233;sent ; le pass&#233;, la tradition de la race et des peuples subsis-tent dans les id&#233;ologies du surmoi. Cette tradition ne subit que lentement l'influence du pr&#233;sent et des modifications, et tant qu'elle s'exerce au travers du surmoi, elle continue &#224; jouer dans la vie humaine un r&#244;le important, ind&#233;pendant des conditions &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1921, j'ai essay&#233; d'appliquer la diff&#233;renciation du moi d'avec le surmoi &#224; l'&#233;tude de la psychologie collective et suis arriv&#233; &#224; la conclusion suivante : une foule psychologique est une union d'individus divers qui ont install&#233; dans leur surmoi une m&#234;me personne. Gr&#226;ce &#224; ce point commun, ils se sont, dans leur moi, identifi&#233;s les uns aux autres. Cette formule n'est naturellement applicable qu'aux foules qui ont un chef. Si nous disposions d'un plus grand nombre d'exemples de cette sorte, la con&#172;ception du surmoi perdrait pour nous le reste de son &#233;tranget&#233;, de cette &#233;tranget&#233; qui nous surprend chaque fois que nous p&#233;n&#233;trons dans les couches &#233;lev&#233;es, sup&#233;rieures, de l'appareil psychique, nous qui sommes habitu&#233;s &#224; l'atmosph&#232;re des souterrains. &#201;videmment, nous ne croyons pas que le dernier mot de la psychologie du moi ait &#233;t&#233; dit, une fois le surmoi ainsi caract&#233;ris&#233;. Nous ne sommes l&#224; qu'au d&#233;but de notre &#233;tude ; dans le cas pr&#233;sent, ce n'est pas seulement le premier pas qui co&#251;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une autre t&#226;che nous reste &#224; remplir &#224; l'extr&#233;mit&#233; oppos&#233;e (s'il nous est per&#172;mis de nous exprimer ainsi) du moi. Cette &#233;tude nous est indiqu&#233;e par une observa&#172;tion faite durant le travail analytique, une observation qui, &#224; dire vrai, est d&#233;j&#224; tr&#232;s vieille. Ainsi qu'il arrive souvent, un temps tr&#232;s long s'est &#233;coul&#233; avant qu'on se soit d&#233;cid&#233; &#224; tenir compte du fait en question. Toute la th&#233;orie psychanalytique, vous le savez, est b&#226;tie sur la perception de la r&#233;sistance que nous oppose le patient quand nous tentons de lui rendre conscient son inconscient. La r&#233;sistance se traduit, chez le patient, soit objectivement par un manque d'id&#233;es ou par la survenance d'id&#233;es sans rapport avec le th&#232;me trait&#233;, soit subjectivement, par l'apparition de sentiments p&#233;nibles d&#232;s que le th&#232;me vient &#224; &#234;tre effleur&#233;. Mais ce dernier indice peut aussi faire d&#233;faut. Nous disons alors au patient que son comportement nous incite &#224; conclure qu'il y a r&#233;sistance. Le sujet r&#233;pond qu'il l'ignore totalement, ce qui montre que nous avions raison, mais que la r&#233;sistance &#233;tait, elle aussi, inconsciente, comme le refoul&#233; que nous tentons de supprimer. De quelle partie de la vie spirituelle provient donc cette r&#233;sistance inconsciente ? On aurait d&#251; depuis longtemps d&#233;j&#224; poser cette question et celui qui d&#233;bute dans la psychanalyse n'aurait pas manqu&#233; de r&#233;pondre qu'il s'agit justement de la r&#233;sistance de l'inconscient. R&#233;ponse ambigu&#235; et inutili&#172;sable ! Doit-on entendre par l&#224; que la r&#233;sistance d&#233;coule du refoul&#233; ? Certainement non. Nous attribuerons plut&#244;t au refoul&#233; une forte tension qui le pousse &#224; remonter vers le conscient. C'est le moi qui se manifeste dans la r&#233;sistance, le moi qui ayant nagu&#232;re men&#233; &#224; bien le refoulement, ne consent plus &#224; ce qu'il soit supprim&#233;. Telle fut toujours notre conception. Depuis que nous avons admis la pr&#233;sence, dans le moi, d'une instance particuli&#232;re, celle qui restreint, qui interdit : le surmoi, nous sommes en droit de dire que le refoulement est son oeuvre. Ce surmoi peut agir lui-m&#234;me ou bien charger le moi docile d'accomplir ses ordres. Il arrive que le patient n'ait pas la notion, durant l'analyse, de la r&#233;sistance qui s'exerce, soit parce que le surmoi et le moi travaillent, en certaines circonstances graves, sans que le sujet en ait conscience, soit, ce qui est plus important encore, parce que certaines parties du moi et du surmoi restent elles-m&#234;mes inconscientes. Dans les deux cas, nous constatons avec d&#233;plaisir que d'un c&#244;t&#233; le (sur)moi et le conscient, de l'autre le refoul&#233; et l'inconscient, ne co&#239;ncident nullement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, j'&#233;prouve le besoin de reprendre un peu haleine et m'en excuse aupr&#232;s de vous tout en pensant que vous ne manquerez pas d'&#234;tre, vous-m&#234;mes, satisfaits de cette pause. Je tiens &#224; compl&#233;ter cette introduction &#224; la psycha-nalyse commenc&#233;e il y a quinze ans et je suis oblig&#233; de me comporter comme si, durant tout le temps &#233;coul&#233;, vous vous &#233;tiez uniquement occup&#233;s de psychanalyse. C'est l&#224;, je le sais, une pr&#233;tention insoutenable, mais je ne puis malheureusement agir autrement, sans doute parce qu'il est tr&#232;s difficile de donner &#224; des profanes une id&#233;e de la psychanalyse. Nous ne voulons certes pas &#234;tre pris pour les adeptes de quelque science secr&#232;te, mais nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de reconna&#238;tre et de publier partout que nul n'a le droit de se m&#234;ler de psychanalyse sans avoir acquis auparavant les notions bien d&#233;termin&#233;es qu'une analyse personnelle est seule capable de fournir. Il y a quinze ans, j'ai cherch&#233;, dans mes conf&#233;rences, &#224; vous &#233;pargner certaines parties abstraites de notre th&#233;orie ; il se trouve que les nouvelles donn&#233;es dont je vais vous parler aujourd'hui se rattachent justement &#224; ces sp&#233;culations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens &#224; mon sujet. Le moi ci le surmoi ont-ils eux-m&#234;mes inconscients ou bien serait-ce seulement leurs produits qui le sont ? Telle &#233;tait l'alternative devant laquelle nous h&#233;sitions. Nous avons tranch&#233; la question en faveur de la premi&#232;re hypoth&#232;se. Oui, de grandes parties du moi et du surmoi peuvent rester et restent normalement inconscientes ; le sujet ignore tout de leur contenu et un grand effort est n&#233;cessaire pour les lui faire conna&#238;tre. Il arrive parfois que le moi et le conscient, le refoul&#233; et l'inconscient ne co&#239;ncident pas. Nous &#233;prouvons le besoin de r&#233;viser enti&#232;rement nos conceptions en ce qui touche le probl&#232;me conscient-inconscient. En premier lieu -nous sommes enclins &#224; rabaisser beaucoup la valeur du crit&#232;re de la conscience, crit&#232;re qui s'est av&#233;r&#233; bien incertain. Mais ce serait une erreur, il en va l&#224; comme de notre existence. La vie n'a pas grande valeur, mais nous n'avons qu'elle. Sans la lueur de notre conscience, nous serions perdus dans les t&#233;n&#232;bres de la psychologie abyssale ; n&#233;anmoins nous pouvons tenter de nous orienter autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il est convenu d'appeler l'&#233;tat conscient ne saurait plus donner lieu &#224; aucune discussion, nous n'en parlerons donc pas. La plus ancienne, la meilleure signification du moi a inconscient &#187; est la signification descriptive ; nous qualifions d'inconscient tout processus psychique dont l'existence nous est d&#233;montr&#233;e par ses manifestations, mais dont, par ailleurs, nous ignorons tout, bien qu'il se d&#233;roule en nous. Nous sommes vis-&#224;-vis de lui comme devant le ph&#233;nom&#232;ne psychique qui s'accomplit chez notre prochain. Si nous voulons &#234;tre plus pr&#233;cis encore, nous modifierons cette d&#233;finition en disant que nous appelons inconscient tout processus dont nous admet-tons qu'il est pr&#233;sentement activ&#233; sans que nous sachions, dans le m&#234;me moment, rien d'autre sur son compte. Cette restriction nous fait souvenir que la plupart des processus conscients ne sont vraiment conscients que pendant un temps tr&#232;s court ; ils deviennent rapidement latents, tout en &#233;tant susceptibles de redevenir conscients. Nous pourrions dire ainsi qu'ils sont devenue inconscients, si nous &#233;tions certains que, dans cet &#233;tat de latence, ils eussent conserv&#233; quelque chose de psychique. Jusqu'ici nous n'avons rien appris de nouveau et rien, non plus, ne nous autorise &#224; introduire, dans la psychologie, ce concept d'un inconscient. Mais d&#233;j&#224; les actes manqu&#233;s vont nous permettre de faire une nouvelle exp&#233;rience. Supposons, par exemple, qu'une personne commette un lapsus linguae, nous sommes forc&#233;s d'admet&#172;tre que cette erreur r&#233;v&#232;le une intention verbale et, sans risquer de nous tromper, nous pouvons deviner la nature de cette intention qui n'avait pas r&#233;ussi &#224; se manifester, qui &#233;tait donc inconsciente. Si nous la pr&#233;sentons ensuite au sujet, deux faits peuvent se produire : ou bien il la reconna&#238;t et nous en d&#233;duirons qu'elle n'&#233;tait que temporai&#172;rement inconsciente, ou bien il la renie et cela parce qu'elle &#233;tait durablement inconsciente. Cette exp&#233;rience nous permet de qualifier d'inconscient ce que nous avions d'abord qualifi&#233; de latent. En tenant compte de ces conditions dynamiques, nous distinguons deux sortes d'inconscient : l'un, susceptible tr&#232;s souvent de devenir conscient, l'autre qui ne subit qu'&#224; grand-peine, voire m&#234;me jamais, cette transfor&#172;mation. Afin d'&#233;chapper &#224; toute &#233;quivoque et d'indiquer avec pr&#233;cision s'il s'agit de l'un ou de l'autre inconscient et si nous donnons &#224; ce terme son sens dynamique ou son sens descriptif, nous nous servons d'un honn&#234;te et simple exp&#233;dient. Nous appelons &#171; pr&#233;conscient &#187; l'inconscient qui n'est que latent et nous r&#233;servons &#224; l'autre le nom d' &#171; inconscient &#187; Nous ne nous servons ainsi que de trois termes le conscient, le pr&#233;conscient et l'inconscient, et il, suffisent &#224; la description de tous les ph&#233;nom&#232;nes psychiques. R&#233;p&#233;tons-le : au point de vue purement descriptif, le pr&#233;conscient &#233;qui-vaut &#224; l'inconscient, mais nous ne l'appelons inconscient que dans des relations impr&#233;cises ou bien quand nous avons &#224; d&#233;fendre l'existence m&#234;me des processus inconscients dans la vie spirituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avouerez, j'esp&#232;re, que tout ceci n'est pas trop terrible et permet d'envisager nettement et commod&#233;ment la question. Malheureusement, la psychanalyse s'est vue contrainte d'utiliser dans un troisi&#232;me sens encore le mot inconscient, ce qui a pu, il faut le reconna&#238;tre, entra&#238;ner quelque confusion. Tr&#232;s impressionn&#233; en d&#233;couvrant qu'un grand et important domaine de la vie spirituelle &#233;chappait normalement &#224; la connaissance du moi et que les processus qui s'y d&#233;roulaient devaient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme inconscients au vrai sens dynamique de ce mot, nous avons &#233;galement pris le terme &#171; d'inconscient &#187; dans un sens syst&#233;matique. Nous avons parl&#233; d'un syst&#232;me du pr&#233;conscient et de l'inconscient, d'un conflit du moi avec le syst&#232;me inconscient, et ce mot traduit ainsi toujours davantage l'id&#233;e d'un domaine spirituel plut&#244;t que celle d'un caract&#232;re du psychisme. D'abord embarrass&#233;s en d&#233;couvrant que certaines parties du moi et du surmoi sont inconscientes, au sens dynamique, nous avons ensuite reconnu que cette d&#233;couverte facilite beaucoup les choses, qu'elle permet d'&#233;viter une com-plication. Nous constatons que nous n'avons pas le droit de qualifier d'inconscient le domaine spirituel &#233;tranger au moi, puisque l'inconscience n'est pas son caract&#232;re exclusif. Ainsi nous n'emploierons plus le mot inconscient au sens syst&#233;matique et nous donnerons &#224; ce qui &#233;tait ainsi d&#233;sign&#233; un nom mieux appropri&#233; et moins suscep-tible de provoquer des malentendus. En nous appuyant sur Nietzsche et &#224; la suite d'une observation de G. Groddeck, nous l'appellerons d&#233;sormais le &#231;a, ce pronom impersonnel paraissant particuli&#232;rement propre &#224; exprimer le caract&#232;re dominant de ce domaine spirituel si &#233;tranger au moi. Surmoi, moi et &#231;a, voil&#224; les trois empires, territoires, provinces, entre lesquels nous partageons l'appareil psychique de l'indi&#172;vidu, et nous allons maintenant nous pr&#233;occuper de leurs relations r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ouvrons d'abord une courte parenth&#232;se. Je vous suppose m&#233;contents de ce que les trois qualit&#233;s de la conscience et les trois provinces de l'appareil psychique n'arrivent pas &#224; former trois couples paisibles ; vous consid&#233;rez cela comme un point noir dans nos r&#233;sultats. Je crois cependant que nous n'avons rien &#224; regretter et j'ajoute que rien ne nous autorisait &#224; esp&#233;rer une disposition aussi simple. Permettez-moi de me servir d'une comparaison ; les comparaisons, si elles ne suffisent pas &#224; &#233;tablir la v&#233;rit&#233;, nous mettent parfois &#224; l'aise. J'imagine donc un pays dont le terrain pr&#233;sente une configuration vari&#233;e : il s'y trouve des collines, des plaines et des lacs. La population se compose d'Allemands, de Magyars et de Slovaques exer&#231;ant diverses activit&#233;s. Supposons encore que les Allemands, &#233;leveurs de bestiaux, vivent sur les collines, les Magyars, cultivateurs et vignerons, dans la plaine, et les Slovaques, p&#234;cheurs et tresseurs de roseaux, au bord des lacs. Si cette r&#233;partition &#233;tait nette et absolue, elle ferait la joie d'un Wilson ; la g&#233;ographie serait aussi plus facile &#224; enseigner. Mais il est vraisemblable qu'en visitant la r&#233;gion, vous y trouveriez moins d'ordre et plus de confusion. Allemands Magyars et Slovaques vivent parfois p&#234;le-m&#234;le, il peut y avoir des terres labour&#233;es sur les collines et, dans les plaines, des bestiaux. Naturellement, sur certains points, pas de d&#233;ception possible, car les poissons ne s'attrapent pas sur les montagnes et la vigne ne cro&#238;t pas dans l'eau. Certes, la description du pays, v&#233;ridique dans son ensemble, doit &#234;tre modifi&#233;e dans les d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'attendez pas que je vous donne sur le &#231;a beaucoup de d&#233;tails nouveaux, hormis son nom. C'est la partie obscure, imp&#233;n&#233;trable de notre personnalit&#233;, et le peu que nous en savons, nous l'avons appris en &#233;tudiant l'&#233;laboration du r&#234;ve et la formation du sympt&#244;me n&#233;vrotique. Ce peu a, en Outre, un caract&#232;re n&#233;gatif et ne se peut d&#233;crire que par contraste avec le moi. Seules certaines comparaisons nous permettent de nous faire une id&#233;e du &#231;a ; nous l'appelons : chaos, marmite pleine d'&#233;motions bouillonnantes. Nous nous le repr&#233;sentons d&#233;bouchant d'un c&#244;t&#233; dans le somatique et y recueillant les besoins pulsionnels qui trouvent en lui leur expression psychique, mais nous ne pouvons dire dans quel substratum. Il s'emplit d'&#233;nergie, &#224; partir des pulsions, mais sans t&#233;moigner d'aucune organisation, d'aucune volont&#233; g&#233;n&#233;rale ; il tend seulement &#224; satisfaire les besoins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. Les processus qui se d&#233;roulent dans le &#231;a n'ob&#233;issent pas aux lois logiques de la pens&#233;e ; pour eux, le principe de la contradiction est nul. Des &#233;motions contradic&#172;toires y subsistent sans se contrarier, sans se soustraire les unes des autres ; tout au plus peuvent-elles, sous la pression &#233;conomique qui domine, concourir &#224; d&#233;tourner l'&#233;nergie vers la formation de compromis. Dans le &#231;a, rien qui puisse &#234;tre compar&#233; &#224; la n&#233;gation ; on constate non sans surprise que le postulat, cher aux philosophes, suivant lequel l'espace et le temps sont des formes obligatoires de nos actes psychiques, se trouve l&#224; en d&#233;faut. Dans le &#231;a, rien qui corresponde au concept du temps, pas d'indice de l'&#233;coulement du temps et, chose extr&#234;mement surprenante, et qui demande &#224; &#234;tre &#233;tudi&#233;e au point de vue philosophique, pas de modification du processus psychique au cours du temps. Les d&#233;sirs qui n'ont jamais surgi hors du &#231;a, de m&#234;me que les impressions qui y sont rest&#233;es enfouies par suite du refoulement, sont virtuellement imp&#233;rissables et se retrouvent, tels qu'ils &#233;taient, au bout de longues ann&#233;es. Seul, le travail analytique, en les rendant conscients, peut parvenir &#224; les situer dans le pass&#233; et &#224; les priver de leur charge &#233;nerg&#233;tique ; c'est justement de ce r&#233;sultat que d&#233;pend, en partie, l'effet th&#233;rapeutique du traitement analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je persiste &#224; soutenir que nous n'avons pas assez mis en relief ce fait indubitable de l'immutabilit&#233; du refoul&#233;, au cours du temps. C'est l&#224; que semble s'offrir une voie de p&#233;n&#233;tration vers les connaissances les plus approfondies ; malheureusement je n'ai pu r&#233;ussir &#224; m'y introduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que le &#231;a ignore les jugements de valeur, le bien et le mal, la morale. Le facteur &#233;conomique ou, si vous pr&#233;f&#233;rez, quantitatif, intimement li&#233; au principe de plaisir, domine tous les processus. Les charges instinctuelles qui tendent &#224; se d&#233;verser se trouvent toutes, croyons-nous, dans le &#231;a. Il semble que l'&#233;tat m&#234;me de l'&#233;nergie propre &#224; ces pulsions instinctuelles soit diff&#233;rent de Celui de l'&#233;nergie dans les autres ressorts psychiques, c'est-&#224;-dire labile et plus ais&#233;ment d&#233;rivable ; comment expliquer sans cela, en effet, l'apparition de ces d&#233;placements et de ces condensations qui caract&#233;risent le &#231;a et qui s'av&#232;rent si ind&#233;pendants de la qualit&#233; de ce qui est investi (s'il s'agissait du, moi, nous parlerions d'une id&#233;e) ? Que ne donnerait-on pour arriver &#224; une meilleure compr&#233;hension de ces choses ! Au reste, vous constatez que nous ne sommes pas r&#233;duits &#224; nous contenter de dire que le &#231;a est inconscient, nous pouvons encore lui attribuer d'autres caract&#232;res ; vous entrevoyez qu'il y a peut-&#234;tre aussi, dans le moi et dans le surmoi, des parties inconscientes, mais non irrationnelles et primi&#172;tives comme celles dont nous venons de parler. En ce qui concerne les caract&#233;&#172;ristiques du moi proprement dit, et dans la mesure o&#249; il peut &#234;tre s&#233;par&#233; du &#231;a et du surmoi, c'est en &#233;tudiant ses rapports avec la partie la plus superficielle de l'appareil psychique, ce que nous appelons le syst&#232;me de la perception, que. nous parviendrons &#224; les concevoir. Ce syst&#232;me est tourn&#233; vers le monde ext&#233;rieur et transmet les impres&#172;sions re&#231;ues, c'est durant son fonctionnement que se produit le ph&#233;nom&#232;ne de la conscience. Il constitue l'organe sensoriel de tout l'appareil et per&#231;oit non seulement les excitations du dehors, mais aussi celles de l'int&#233;rieur, celles de la vie spirituelle. Est-il besoin d'expliquer que le moi est la partie du &#231;a modifi&#233;e par la proximit&#233; et l'influence du monde ext&#233;rieur, organis&#233;e pour percevoir les excitations et pour s'en d&#233;fendre, comparable ainsi &#224; la couche corticale dont s'entoure la parcelle de subs&#172;tance vivante ? Le rapport avec le monde ext&#233;rieur est devenu pour le moi d'une, importance capitale ; le moi a pour mission d'&#234;tre le repr&#233;sentant de ce monde aux yeux du &#231;a et pour le plus grand bien de ce dernier. En effet, sans le moi, le &#231;a, aspirant aveugl&#233;ment aux satisfactions instinctuelles, viendrait imprudemment se briser contre cette force ext&#233;rieure plus puissante que lui. Le moi, du fait de sa fonction, doit observer le monde ext&#233;rieur, s'en faire une image exacte et la d&#233;poser parmi ses quelques souvenirs de perception. Il lui faut encore, gr&#226;ce &#224; l'&#233;preuve du contact avec la r&#233;alit&#233;, tenir &#224; distance tout ce qui est susceptible, dans cette image du monde ext&#233;rieur, de venir grossir les sources int&#233;rieures d'excitation. Par ordre du &#231;a, le moi a la haute main sur l'acc&#232;s &#224; la motilit&#233;, mais il a intercal&#233; entre le besoin et l'action le d&#233;lai n&#233;cessaire &#224; l'&#233;laboration de la pens&#233;e, d&#233;lai durant lequel il met &#224; profit les souvenirs r&#233;siduels que lui a laiss&#233;s l'exp&#233;rience. Ainsi d&#233;tr&#244;ne-t-il le principe de plaisir qui, dans le &#231;a, domine de fa&#231;on absolue tout le processus. Il l'a remplac&#233; par le principe de r&#233;alit&#233; plus propre &#224; assurer s&#233;curit&#233; et r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, c'est gr&#226;ce au syst&#232;me de perception que s'&#233;tablit entre le moi et le temps ce rapport si difficile &#224; d&#233;crire ; c'est, &#224; n'en pas douter, le mode de travail de ce syst&#232;me qui donne naissance &#224; la notion du temps. Mais le moi se diff&#233;rencie tout particuli&#232;rement du &#231;a par une tendance &#224; synth&#233;tiser ses contenus, &#224; r&#233;sumer et &#224; uniformiser ses processus psychiques, toutes choses dont le &#231;a est absolument inca-pable. En traitant prochainement des pulsions dans la vie spirituelle, nous r&#233;ussirons, il faut l'esp&#233;rer, &#224; d&#233;couvrir l'origine de ce caract&#232;re essentiel du moi, caract&#232;re auquel on doit le haut degr&#233; d'organisation n&#233;cessaire &#224; ses meilleures manifestations. Le moi se d&#233;veloppe &#224; partir de la perception de l'instinct jusqu'&#224; la ma&#238;trise de celui-ci, mais ne parvient cette ma&#238;trise qu'une fois le repr&#233;sentant de l'instinct rang&#233; dans une plus grande association, englob&#233; dans un ensemble. En nous servant de termes populaires, nous dirons que, dans la vie psychique, le moi repr&#233;sente la raison, la prudence, et le &#231;a, les passions- d&#233;cha&#238;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous en sommes jusqu'ici laiss&#233; imposer par les pr&#233;rogatives et les aptitudes du moi, il est temps maintenant de penser au revers de la m&#233;daille ; le moi n'est, en effet, qu'une partie du &#231;a, opportun&#233;ment mena&#231;ant. Faible au point de vue dyna-mique, le moi a emprunt&#233; son &#233;nergie au &#231;a et nous savons &#224; peu pr&#232;s par quelles m&#233;thodes, nous dirions presque par quelles man&#339;uvres, il parvient encore &#224; enlever au &#231;a une certaine quantit&#233; de son &#233;nergie. Un des moyens employ&#233;s est, par exemple, l'identification avec des objets conserv&#233;s ou abandonn&#233;e. Les investisse&#172;ments objectaux sont dus aux exigences pulsionnelles du &#231;a : le moi n'a d'abord qu'&#224; les enregistrer, mais tandis qu'il s'identifie &#224; l'objet, il se pr&#233;sente &#224; la place de ce dernier devant le &#231;a et veut accaparer sa libido. Nous savons d&#233;j&#224; qu'au cours de l'existence, le moi s'empare ainsi d'un grand nombre de r&#233;sidus d'anciens investisse&#172;ments objectaux. En somme, le moi doit r&#233;aliser les intentions du &#231;a et c'est en parvenant &#224; d&#233;couvrir les circonstances favorables &#224; la r&#233;alisation desdites intentions qu'il accomplit le mieux sa t&#226;che. La relation du moi avec le &#231;a peut &#234;tre compar&#233;e &#224; celle du cavalier avec sa monture. Le cheval fournit l'&#233;nergie n&#233;cessaire &#224; la locomo&#172;tion, le cavalier a le privil&#232;ge de d&#233;signer le but &#224; atteindre et de guider les mouve&#172;ments du puissant animal. Toutefois, en ce qui 'concerne le moi et le &#231;a, le rapport est loin d'&#234;tre toujours id&#233;al et il arrive trop souvent que le cavalier soit oblig&#233; de se rendre l&#224; o&#249; il plait &#224; son cheval de le mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moi s'est s&#233;par&#233; d'une partie du &#231;a par les r&#233;sistances du refoulement ; mais le refoulement ne continue pas dans le &#231;a, le refoul&#233; se confond avec le reste de ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un adage nous d&#233;conseille de servir deux ma&#238;tres &#224; la fois. Pour le pauvre moi la chose est bien pire, il a &#224; servir trois ma&#238;tres s&#233;v&#232;res et s'efforce de mettre de l'harmonie dans leurs exigences. Celles-ci sont toujours contradictoires et il para&#238;t souvent impossible de les concilier ; rien d'&#233;tonnant d&#232;s lors &#224; ce que souvent le moi &#233;choue dans sa mission. Les trois despotes sont le monde ext&#233;rieur, le surmoi et le &#231;a. Quand on observe les efforts que tente le moi pour se montrer &#233;quitable envers les trois &#224; la fois, ou plut&#244;t pour leur ob&#233;ir, on ne regrette plus d'avoir personnifi&#233; le moi, de lui avoir donn&#233; une existence propre. Il se sent comprim&#233; de trois c&#244;t&#233;s, menac&#233; de trois p&#233;rils diff&#233;rents auxquels il r&#233;agit, en cas de d&#233;tresse, par la production d'angois-se. Tirant son origine des exp&#233;riences de la perception, il est destin&#233; &#224; repr&#233;senter les exigences du monde ext&#233;rieur, mais il tient cependant &#224; rester le fid&#232;le serviteur du &#231;a, &#224; demeurer avec lui sur le pied d'une bonne entente, &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; par lui comme un objet et &#224; s'attirer sa libido. En assurant le contact entre le &#231;a et la r&#233;alit&#233;, il se voit souvent contraint de rev&#234;tir de rationalisations pr&#233;conscientes les ordres inconscients donn&#233;s par le &#231;a, d'apaiser les conflits du &#231;a avec la r&#233;alit&#233; et, faisant preuve de fausset&#233; diplomatique, de para&#238;tre tenir compte de la r&#233;alit&#233; ; m&#234;me quand le &#231;a. demeure inflexible et intraitable. D'autre part, le surmoi s&#233;v&#232;re ne le perd pas de vue et, indiff&#233;rent aux difficult&#233;s oppos&#233;es par le &#231;a et le monde ext&#233;rieur, lui impose les r&#232;gles d&#233;termin&#233;es de son comportement. S'il vient &#224; d&#233;sob&#233;ir au surmoi, il en est puni par. de p&#233;nibles sentiments d'inf&#233;riorit&#233; et de culpabilit&#233;. Le moi ainsi press&#233; par le &#231;a, opprim&#233; par l&#233; surmoi, repouss&#233; par la r&#233;alit&#233;, lutte pour accomplir sa t&#226;che &#233;conomique, r&#233;tablir l'harmonie entre les diverses forces et influences qui agissent en et sur lui : nous comprenons ainsi pourquoi nous sommes souvent forc&#233;s de nous &#233;crier : &#171; Ah, la vie n'est pas facile ! &#187; Le moi, quand il est forc&#233; de reconna&#238;tre sa propre faiblesse, est saisi d'effroi : peur r&#233;elle devant le monde ext&#233;rieur, craintes de la conscience devant le surmoi, anxi&#233;t&#233; n&#233;vrotique devant la puissance qu'ont les passions dans le &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin de la page 107 montre la structure de la .personnalit&#233; psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous constatez ici que le surmoi plonge dans le &#231;a avec lequel il est forc&#233;, en tant qu'h&#233;ritier du complexe d'Oedipe, d'entretenir d'intimes relations. Il est plus &#233;loign&#233; que le moi du syst&#232;me de perception. Le &#231;a ne se trouve en rapport avec le monde ext&#233;rieur que par l'interm&#233;diaire du moi, tout au moins dans ce sch&#233;ma. Il est encore difficile aujourd'hui de dire si ce dessin correspond vraiment &#224; la r&#233;alit&#233;. Sur un point au moins, il est s&#251;rement faux, l'espace ,occup&#233; par le &#231;a devrait &#234;tre infiniment plus grand que celui occup&#233; par le moi ou par le pr&#233;conscient. .Corrigez, je vous prie, par la pens&#233;e, ce d&#233;faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, avant de mettre le point final &#224; ces explications certainement fatigantes et peut-&#234;tre abstruses, une recommandation encore ! Ne vous figurez pas que les diverses fractions de la personnalit&#233; soient aussi rigoureusement d&#233;limit&#233;es que le sont, artificiellement, en g&#233;ographie politique, les divers pays. Les contours lin&#233;aires, tels qu'on les voit dans les dessins ou la peinture primitive, ne peuvent nous faire saisir les particularit&#233;s du psychisme ; les couleurs fondues des peintres moder&#172;nes s'y pr&#234;teraient mieux. Apr&#232;s avoir disjoint les parties, nous sommes maintenant forc&#233;s de les r&#233;unir. J'ai tent&#233; de faire comprendre ce qu'&#233;tait ce psychisme si difficile &#224; saisir ; ne portez pas sur ce premier essai un jugement trop s&#233;v&#232;re. Il est fort vrai&#172;semblable que les divisions sont tr&#232;s variables chez les diff&#233;rents individus, qu'elles se modifient m&#234;me durant le fonctionnement et qu'elles peuvent momentan&#233;ment s'effacer. Cela est vrai particuli&#232;rement en ce qui concerne la derni&#232;re apparue phylog&#233;n&#233;tiquement, celle qui pr&#234;te le plus &#224; la controverse : la diff&#233;renciation du moi d'avec le surmoi. La maladie psychique peut, c'est certain, provoquer aussi des divisions semblables, et nous nous repr&#233;sentons ais&#233;ment que certaines pratiques mystiques arrivent &#224; bouleverser les relations normales entre les divers fiefs psychi&#172;ques, que la perception devient ainsi capable de saisir des rapports dans le moi profond et dans le &#231;a qui lui seraient sans cela rest&#233;s imp&#233;n&#233;trables. Pourra-t-on parvenir par cette voie jusqu'aux ultimes v&#233;rit&#233;s dont nous attendons notre salut ? Nous ne craignons pas d'en douter. N&#233;anmoins nous admettons que les efforts th&#233;rapeutiques de la psychanalyse s'appliquent justement &#224; ce point. Leur intention n'est-elle pas de renforcer le moi, de le rendre plus ind&#233;pendant vis-&#224;-vis du surmoi, d'&#233;largir son champ de perception et de transformer son organisation afin qu'il puisse s'approprier de nouveaux fragments du &#231;a ? Le moi doit d&#233;loger le &#231;a. C'est l&#224; une t&#226;che qui incombe &#224; la civilisation tout comme l'ass&#232;chement du Zuyderzee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me conf&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'angoisse&lt;br class='autobr' /&gt;
et la vie instinctuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, vous ne serez gu&#232;re surpris si je vous apprends que notre conception de l'angoisse et des instincts fondamentaux de la vie psychique a &#233;volu&#233; et s'est modifi&#233;e. Vous ne vous &#233;tonnerez pas non plus d'apprendre qu'aucune de ces nouvelles donn&#233;es ne suffit &#224; r&#233;soudre parfaitement le probl&#232;me. C'est &#224; dessein que j'emploie le mot de &#171; conception &#187;. Nulle t&#226;che n'est plus ardue que la n&#244;tre, non pas que nous disposions d'un nombre insuffisant d'observations, puisque ce sont juste-ment les ph&#233;nom&#232;nes les plus fr&#233;quents, les plus courants qui nous fournissent l'&#233;nigme &#224; r&#233;soudre, non pas qu'il s'agisse de sp&#233;culations abstraites, celles-ci ne jouant ici qu'un petit r&#244;le, mais il ne peut vraiment &#234;tre question que de conceptions. En effet, il s'agit de trouver les id&#233;es abstraites justes qui, appliqu&#233;&#171; &#224; la mati&#232;re brute de l'observation, y apporteront ordre et clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai consacr&#233; d&#233;j&#224; &#224; l'angoisse une de mes conf&#233;rences, la vingt-cinqui&#232;me, et je vous en donnerai ici le r&#233;sum&#233;. Nous avons dit que l'angoisse &#233;tait un &#233;tat affectif, c'est-&#224;-dire une combinaison de certains sentiments de la s&#233;rie plaisir-d&#233;plaisir avec les d&#233;charges qui leur correspondent. Leur perception cependant repr&#233;sente, sans doute par transmission h&#233;r&#233;ditaire, le r&#233;sidu de quelque &#233;v&#233;nement important. Cet &#233;tat est donc comparable &#224; l'acc&#232;s d'hyst&#233;rie individuellement acquis. Nous avons consi&#172;d&#233;r&#233; comme capable de laisser une pareille trace affective la naissance, acte durant lequel les ph&#233;nom&#232;nes cardiaques et respiratoires qui accompagnent la peur furent bien r&#233;els. La toute premi&#232;re angoisse serait donc d'origine toxique. Nous sommes ensuite partis d'une distinction entre l'angoisse r&#233;elle et l'angoisse n&#233;vrotique, la premi&#232;re &#233;tant une r&#233;action &#224; la perception d'un danger ext&#233;rieur, c'est-&#224;-dire &#224; quelque &#233;ven&#172;tuelle blessure, -la seconde restant tout &#224; fait myst&#233;rieuse et inutile. En analysant l'angoisse r&#233;elle nous l'avons r&#233;duite &#224; cet &#233;tat d'attention sensorielle et de tension motrice que nous appelons disposition &#224; l'angoisse. C'est de celle-ci que d&#233;coule la r&#233;action d'angoisse ; deux issues sont offertes &#224; cette r&#233;action : ou bien, en effet, la formation de l'angoisse, r&#233;p&#233;tition de l'ancien acte traumatique, n'est qu'un signal et, dans ce cas, le reste de la r&#233;action sert, soit par la fuite, soit par la d&#233;fense, &#224; faire face &#224; la nouvelle situation p&#233;rilleuse ; ou bien l'ancien acte traumatique conserve tout son pouvoir, l'angoisse constitue alors la totalit&#233; de la r&#233;action et par suite l'&#233;tat affectif paralysant s'av&#232;re inopportun dans les circonstances actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons ensuite &#233;tudi&#233; l'angoisse n&#233;vrotique et dit qu'elle se manifeste de trois mani&#232;res diff&#233;rentes : d'abord en tant qu'anxi&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale, angoisse flottante, pr&#234;te &#224; s'attacher &#224; toutes les repr&#233;sentations nouvelles capables de lui en fournir le pr&#233;texte : c'est l&#224; ce qu'on appelle l'anxi&#233;t&#233; d'attente comme, par exemple, dans la n&#233;vrose d'angoisse typique. Ensuite en tant qu'angoisse fortement li&#233;e &#224; des repr&#233;sentations d&#233;termin&#233;es, comme dans ce que nous appelons les phobies. Toutefois, nous pouvons trouver, l&#224; encore, un rapport avec quelque danger ext&#233;rieur, mais la crainte du danger en question nous semble extr&#234;mement exag&#233;r&#233;e. Enfin en tant qu'angoisse hyst&#233;rique ou accompagnant des n&#233;vroses graves. Tant&#244;t elle est li&#233;e &#224; d'autres symp&#172;t&#244;mes, tant&#244;t elle se produit ind&#233;pendamment, par acc&#232;s, tant&#244;t encore elle persiste longtemps et forme un &#233;tat stable, mais jamais en tous cas elle ne para&#238;t motiv&#233;e par un danger ext&#233;rieur. Nous nous sommes ensuite pos&#233; deux questions : de quoi l'anxieux a-t-il peur ? Quel rapport y a-t-il entre l'angoisse et la peur r&#233;elle des dangers ext&#233;rieurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos recherches ne sont pas demeur&#233;es infructueuses et nous avons pu obtenir quelques r&#233;sultats importants. En ce qui concerne l'attente anxieuse, l'exp&#233;rience clinique nous a montr&#233; qu'elle est toujours li&#233;e au contenu libidinal dans la vie sexuelle. La cause la plus fr&#233;quente de la n&#233;vrose d'angoisse est l'excitation fruste, l'excitation libidinale provoqu&#233;e, qui n'est ni satisfaite, ni utilis&#233;e. L'anxi&#233;t&#233; appara&#238;t alors &#224; la place de cette libido d&#233;tourn&#233;e de sa fonction. Je crois pouvoir dire que la libido insatisfaite se transforme directement en angoisse. Cette opinion para&#238;t &#234;tre confirm&#233;e par certaines phobies tr&#232;s courantes chez les petits enfants. Beaucoup de ces phobies nous semblent tout &#224; fait &#233;nigmatiques, d'autres, au contraire, telles que la crainte de la solitude, la peur des personnes &#233;trang&#232;res, s'expliquent tr&#232;s bien. La solitude, le visage inconnu, &#233;veillent chez l'enfant le d&#233;sir de revoir l&#232;s traits familiers de sa m&#232;re. Ne pouvant ni dominer cette excitation libidinale, ni la tenir en suspens, il la transforme en angoisse. Cette angoisse enfantine ne se range pas dans la cat&#233;gorie des angoisses r&#233;elles, mais bien dans celle des angoisses n&#233;vrotiques. Les phobies enfantines, tout comme l'attente anxieuse de la n&#233;vrose d'angoisse, nous offrent l'exemple de la formation d'une peur n&#233;vrotique par transformation directe de la libido. Nous allons maintenant apprendre &#224; conna&#238;tre un second m&#233;canisme assez proche du premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons d'abord que le grand responsable de l'angoisse et des autres n&#233;vroses, c'est, d'apr&#232;s nous, le processus du refoulement. Nous pensons pouvoir mieux qu'autrefois d&#233;crire ce processus en &#233;tudiant s&#233;par&#233;ment le sort de l'id&#233;e destin&#233;e &#224; &#234;tre refoul&#233;e et celui de la libido dont cette id&#233;e &#233;tait charg&#233;e. L'id&#233;e &#224; refouler peut &#234;tre d&#233;form&#233;e au point de devenir m&#233;connaissable, mais sa charge en affect, quelle qu'en soit la forme : agression ou amour, est infailliblement transform&#233;e en angoisse. Peu importe d&#232;s lors la raison pour laquelle la charge en libido est rendue inutilisable, que ce soit par suite de la faiblesse infantile du moi, comme dans les phobies d'enfants, par suite de processus somatiques dans la vie sexuelle, comme dans la n&#233;vrose d'angoisse, ou par suite de refoulement comme dans l'hyst&#233;rie. Les deux m&#233;canismes de la formation d'angoisse n&#233;vrotique co&#239;ncident donc, pour ainsi dire. Au cours de ces recherches, nous avons pu noter l'existence du rapport tr&#232;s important qui existe entre la produc-tion de l'angoisse et la formation du sympt&#244;me. On observe l&#224; une action r&#233;ciproque, les deux ph&#233;nom&#232;nes pouvant se remplacer mutuellement, se suppl&#233;er l'un l'autre. La maladie de l'agoraphobe, par exemple, d&#233;bute par un acc&#232;s d'angoisse dans la rue. Cet acc&#232;s se renouvellerait &#224; chaque sortie, mais la formation du sympt&#244;me, qu'on peut aussi consid&#233;rer comme une inhibition, comme un r&#233;tr&#233;cissement fonctionnel du moi, &#233;pargne l'acc&#232;s d'angoisse. C'est l'inverse qu'on constate lorsqu'on tente d'intervenir dans la formation du sympt&#244;me, dans les actes obs&#233;dants, par exemple. Si l'on emp&#234;-che le malade d'accomplir son c&#233;r&#233;monial de lavage, il tombe dans le tr&#232;s p&#233;nible &#233;tat d'anxi&#233;t&#233; dont &#233;videmment son sympt&#244;me le pr&#233;servait. A la v&#233;rit&#233;, il semble que la production d'angoisse ait pr&#233;c&#233;d&#233; la formation du sympt&#244;me, comme si les sympt&#244;-mes avaient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s pour emp&#234;cher l'apparition de l'&#233;tat anxieux. Autre confirmation : les premi&#232;res n&#233;vroses de l'enfance sont des phobies, des &#233;tats qui montrent avec &#233;vidence que la production initiale d'angoisse est arr&#234;t&#233;e par la formation ult&#233;rieure du sympt&#244;me ; on a l'impression que rien ne saurait mieux que ces relations nous faire comprendre l'angoisse n&#233;vrotique. En m&#234;me temps, nous avons r&#233;ussi &#224; savoir de quoi l'on a peur dans l'angoisse n&#233;vrotique et nous sommes ainsi parvenus &#224; &#233;tablir le rapport entre les angoisses n&#233;vrotiques et les angoisses r&#233;elles. Ce qu'on redoute, c'est &#233;videmment sa propre libido. La peur n&#233;vrotique diff&#232;re donc par deux points de la peur r&#233;elle : d'abord parce que le danger est int&#233;rieur et ensuite parce que la peur n&#233;vrotique ne devient pas conscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les phobies, l'on observe nettement que le danger int&#233;rieur s'est transform&#233; en danger ext&#233;rieur et que, par cons&#233;quent, la peur n&#233;vrotique s'est mu&#233;e en une peur en apparence r&#233;elle. Admettons, pour la commodit&#233; d'une explication difficile &#224; don-ner, qu'il s'agisse d'un agoraphobe tourment&#233; par la crainte des tentations. Certaines rencontres dans la rue peuvent r&#233;veiller ces tentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malade op&#232;re donc un d&#233;placement dans sa phobie et s'inqui&#232;te d'une situation ext&#233;rieure. Il pense certainement s'assurer ainsi une protection plus efficace. On peut &#233;chapper par la fuite au p&#233;ril ext&#233;rieur, mais c'est une entreprise malais&#233;e que de chercher &#224; fuir un danger int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je terminais ma pr&#233;c&#233;dente conf&#233;rence sur l'angoisse en avouant que les divers r&#233;sultats de nos recherches, s'ils n'&#233;taient pas contradictoires, ne concordaient cepen-dant pas enti&#232;rement. L'angoisse est, en tant qu'&#233;tat affectif, la reproduction d'un &#233;v&#233;nement pass&#233; et p&#233;rilleux ; elle reste au service de l'instinct de conservation et sert &#224; signaler les nouveaux dangers. Elle provient aussi d'une libido devenue en quelque sorte inutilisable et se produit dans le processus du refoulement. Remplac&#233;e par le sympt&#244;me, elle lui reste cependant psychiquement li&#233;e... L'on sent bien qu'il manque ici quelque chose pour rassembler en un seul bloc tous ces morceaux &#233;pars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, la division de la personnalit&#233; psychique en surmoi, moi et &#231;a, telle que je vous l'ai d&#233;crite dans ma derni&#232;re conf&#233;rence, nous a impos&#233; une nouvelle orientation dans ce probl&#232;me de l'angoisse. Nous avons admis que l'angoisse se produisait exclusivement dans le moi et que seul le moi &#233;tait capable de cr&#233;er et de ressentir l'angoisse : la position ainsi adopt&#233;e nous permet d'envisager la situation sous un angle nouveau. Et de fait, comment concevoir raisonnablement une &#171; angois&#172;se du &#231;a &#187; ? Comment attribuer au surmoi la possibilit&#233; de ressentir l'angoisse ? Par contre nous sommes satisfaits de constater que les trois modalit&#233;s principales de l'angoisse : l'angoisse r&#233;elle, l'angoisse n&#233;vrotique et l'angoisse de conscience peuvent facilement &#234;tre rapport&#233;es &#224; ces trois d&#233;pendances du moi : le monde ext&#233;rieur, le &#231;a et le surmoi. Cette nouvelle mani&#232;re d'envisager les choses nous permet de saisir l'importance du r&#244;le tenu par l'angoisse en tant que signal d'alarme, r&#244;le qui n'&#233;tait d'ailleurs pas ignor&#233; de nous auparavant. Mais nous ne nous demandons plus avec autant d'int&#233;r&#234;t de quoi est faite l'angoisse, et les relations entre l'angoisse r&#233;elle et l'angoisse n&#233;vrotique sont &#233;claircies maintenant. Notons, de plus, que les cas dits compliqu&#233;s semblent actuellement plus faciles &#224; expliquer que les cas r&#233;put&#233;s simples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons r&#233;cemment &#233;tudi&#233; l'apparition de l'angoisse dans certaines phobies que nous imputons &#224; l'hyst&#233;rie d'angoisse. Les cas choisis &#233;taient bien propres &#224; montrer le refoulement typique des &#233;mois issus du complexe d'Oedipe. A notre avis, l'investissement libidinal de l'objet maternel avait &#233;t&#233; transform&#233; en angoisse, puis, li&#233; au substitut qu'est le p&#232;re, s'&#233;tait manifest&#233; par le sympt&#244;me. Or, notre attente fut d&#233;&#231;ue : il m'est impossible de vous faire conna&#238;tre ici tous les d&#233;tails de notre &#233;tude ; sachez seulement qu'elle nous donna des r&#233;sultats surprenants et contraires &#224; ceux que nous escomptions. En effet, ce n'est pas le refoulement qui provoque l'angoisse, mais bien l'angoisse, apparue la premi&#232;re, qui provoque le refoulement ! Mais de quelle nature est donc cette angoisse ? Caus&#233;e par un danger ext&#233;rieur, elle est r&#233;elle. De fait, le gar&#231;onnet redoute les exigences de sa libido ; en l'occurrence, il s'effraye de l'amour qu'il ressent pour sa m&#232;re. C'est donc bien d'une angoisse n&#233;vrotique qu'il s'agit. Toutefois la menace int&#233;rieure per&#231;ue par le gar&#231;onnet n'est redout&#233;e de celui-ci que parce qu'elle est susceptible d'&#233;voquer un danger ext&#233;rieur auquel il faut &#233;chapper par le renoncement &#224; l'objet aim&#233;. Dans tous les cas &#233;tudi&#233;s nous obtenons un r&#233;sultat semblable. Avouons-le, nous ne nous attendions pas &#224; voir le danger instinctuel int&#233;rieur conditionner et pr&#233;parer le danger ext&#233;rieur r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce danger r&#233;el dont l'enfant se croit menac&#233; &#224; cause de l'amour qu'il ressent pour sa m&#232;re, quel est-il ? C'est la castration, la perte du membre. Vous m'objecterez naturellement qu'il ne s'agit pas l&#224; d'un danger r&#233;el. Nul ne songe &#224; ch&#226;trer nos gar&#231;onnets quand ils sont, durant la phase &#339;dipienne, amoureux de leur m&#232;re. Mais la chose est plus compliqu&#233;e qu'elle ne le semble au premier abord. Il ne s'agit pas de savoir si la castration est r&#233;ellement pratiqu&#233;e ; ce qui nous int&#233;resse, c'est que la menace vient du dehors et que l'enfant y croit &#224; juste titre d'ailleurs, car durant sa phase phallique, au moment de son onanisme pr&#233;coce, on l'a souvent menac&#233; de lui couper le membre et certaines allusions &#224; ce ch&#226;timent ont d&#251;, &#224; coup s&#251;r, se renforcer phylog&#233;n&#233;tiquement en lui. Nous croyons qu'aux &#233;poques primitives de l'humanit&#233;, la castration &#233;tait vraiment pratiqu&#233;e sur l'adolescent par un p&#232;re jaloux et cruel. Chez certains peuples primitifs, la circoncision fait tr&#232;s souvent partie des rites de la virilit&#233; et tire certainement son origine de l'ancienne castration. Nous savons que notre avis sur ce point s'&#233;carte de l'opinion g&#233;n&#233;rale, mais nous soutenons que la peur de la castration est l'un des moteurs les plus fr&#233;quente et les plus puissants du refoulement et par l&#224; de la formation des n&#233;vroses. Notre conviction s'est nettement renforc&#233;e lorsqu'il nous a &#233;t&#233; donn&#233; d'analyser des individus chez lesquels on avait pratiqu&#233; non pas, bien entendu, la castration, mais la circoncision, soit dans un but th&#233;rapeutique, soit pour punir la masturbation. Ce fait n'est pas rare du tout dans la soci&#233;t&#233; anglo-am&#233;ricaine. Bien que nous ayons grande envie d'&#233;tudier plus &#224; fond cette question, nous tenons &#224; ne pas nous &#233;loigner de notre sujet. La peur de la castration n'est assur&#233;ment pas le seul motif du refoulement et n'existe pas chez les femmes, qui sont toutefois susceptibles d'avoir un complexe de castration. La peur de la castration est remplac&#233;e, dans l'autre sexe, par la crainte de perdre l'amour, continuation de la peur qu'&#233;prouve le nourrisson en se voyant priv&#233; de sa m&#232;re. Vous le voyez, cette crainte correspond bien &#224; un danger r&#233;el. Quand la m&#232;re est absente ou qu'elle prive l'enfant de son amour, cet enfant n'est plus s&#251;r de voir ses besoins satisfaits, peut-&#234;tre m&#234;me est-il alors en proie &#224; de tr&#232;s p&#233;nibles sentiments de tension. Il nous est bien permis de croire que cette peur n'est, somme toute, que la reproduction de la peur primitive subie lors de la naissance, premi&#232;re s&#233;paration d'avec la m&#232;re. En adoptant le raisonnement de Ferenczi, vous rangerez la peur de la castration dans la m&#234;me cat&#233;gorie ; en effet, perdre le membre viril, c'est &#234;tre incapa&#172;ble d&#233;sormais de s'unir &#224; nouveau, par l'acte sexuel, &#224; sa m&#232;re ou &#224; la rempla&#231;ante de celle-ci. Disons incidemment que le fantasme tr&#232;s fr&#233;quent du retour dans le sein maternel est un substitut de ce d&#233;sir de co&#239;t. J'aurais l&#224;-dessus bien des choses int&#233;ressantes &#224; vous apprendre, mais il ne m'est pas permis de d&#233;passer les limites d'une simple introduction &#224; la psychanalyse. Je me contenterai seulement de vous faire observer qu'ici les recherches psychologiques nous m&#232;nent jusqu'aux faits biologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Otto Rank, &#224; qui la psychanalyse est redevable de tant de belles &#233;tudes, a eu le m&#233;rite de faire ressortir nettement l'importance de la naissance, de la s&#233;paration d'avec la m&#232;re. N&#233;anmoins nous rejetons tous, d'un commun accord, les cons&#233;quen&#172;ces qu'il tira de ce facteur au point de vue de la th&#233;orie des n&#233;vroses et m&#234;me de la th&#233;rapeutique psychanalytique. D'apr&#232;s lui, toutes les situations p&#233;rilleuses ult&#233;rieures sont calqu&#233;es sur cette premi&#232;re et terrible exp&#233;rience : la naissance. En &#233;tudiant les situations p&#233;rilleuses nous constatons qu'&#224; chaque p&#233;riode de l'&#233;volution correspond une angoisse qui lui est propre ; le danger de l'abandon psychique co&#239;ncide avec le tout premier &#233;veil du moi, le danger de perdre l'objet (ou l'amour), avec le manque d'ind&#233;pendance qui caract&#233;rise la premi&#232;re enfance, le danger de la castration, avec la phase phallique et enfin la peur du surmoi qui, elle, occupe une place particuli&#232;re, avec la p&#233;riode de latence. Les anciens motifs de crainte devraient dispara&#238;tre au cours de l'&#233;volution, puisque les situations p&#233;rilleuses correspondantes ont perdu de leur valeur gr&#226;ce au renforcement du moi ; mais ce n'est pas tout &#224; fait ainsi que les choses se passent dans la r&#233;alit&#233;. De nombreux individus ne parviennent jamais &#224; ma&#238;triser la peur de perdre l'amour, se sentir aim&#233;s &#233;tant pour eux un besoin insur&#172;montable ; ils persistent donc &#224; se comporter, &#224; ce point de vue, comme des enfants. Normalement, la crainte du surmoi ne cesse jamais, parce que la peur de la con&#172;science s'av&#232;re indispensable au maintien des rapports sociaux. L'individu, en effet, d&#233;pend toujours d'une collectivit&#233;, sauf exceptions rares. Certaines parmi les situa&#172;tions p&#233;rilleuses se maintiennent parfois jusqu'&#224; des &#233;poques tardives, les causes de la peur &#233;tant opportun&#233;ment modifi&#233;es. C'est ainsi que la peur de la castration peut appara&#238;tre sous le masque de la syphilophobie. L'adulte ne redoute certes plus d'&#234;tre ch&#226;tr&#233; parce qu'il s'est abandonn&#233; aux volupt&#233;s sexuelles, mais, en revanche, il a appris qu'il risquait, en se livrant &#224; ses instincts, d'attraper certaines maladies graves. Les personnes dites n&#233;vros&#233;es gardent incontestablement une attitude infantile devant le danger et ne parviennent pas &#224; surmonter leurs craintes surann&#233;es. C'est l&#224; d'ailleurs un des traits saillants du caract&#232;re des n&#233;vros&#233;s ; mais le pourquoi de cet &#233;tat de choses n'est pas facile &#224; trouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous n'avez pas oubli&#233;, j'esp&#232;re, que notre but est d'&#233;tudier les rapports existant entre l'angoisse et le refoulement. Deux faits nouveaux nous sont apparus : d'abord que l'angoisse cr&#233;e le refoulement, &#224; l'inverse de ce que nous supposions, et ensuite que la situation instinctuelle redout&#233;e est provoqu&#233;e, en fin de compte, par une situation ext&#233;rieure dangereuse. Nous allons chercher maintenant de quelle mani&#232;re se produit le refoulement sous l'influence de l'angoisse. Voici &#224; mon avis comment les choses se passent : le moi observe que la satisfaction d'une nouvelle exigence instinctuelle &#233;voque l'une des situations p&#233;rilleuses dont il a gard&#233; le souvenir. Il lui est donc n&#233;cessaire de r&#233;primer, d'&#233;touffer, de rendre impuissant cet investissement pulsionnel. Nous savons que le moi y parvient tr&#232;s bien quand il est fort et qu'il r&#233;ussit &#224; absorber dans son organisation la pulsion instinctuelle en question. Mais en cas de refoulement, cette pulsion appartient encore au &#231;a et le moi, conscient de sa propre faiblesse, utilise alors une technique identique, en somme, &#224; celle de la pens&#233;e normale. La pens&#233;e est une m&#233;thode d'essai pratiqu&#233;e &#224; l'aide de faibles quantit&#233;s d'&#233;nergie ; elle rappelle le proc&#233;d&#233; d'un g&#233;n&#233;ral qui, avant de donner &#224; l'ensemble de ses troupes l'ordre d'avancer, d&#233;place sur la carte du pays de petites figurines. Le moi devance donc la satisfaction accord&#233;e &#224; la pulsion instinctuelle inqui&#233;tante et permet aux sentiments de d&#233;plaisir de r&#233;appara&#238;tre au d&#233;but de la situation p&#233;rilleuse redout&#233;e. Ainsi se d&#233;clenche l'automatisme du principe de plaisir-d&#233;plaisir qui r&#233;alise ensuite le refoulement de la pulsion instinctuelle dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tez, vous &#233;crierez-vous, nous ne vous suivons plus ! Vous avez raison et pour que mes assertions vous paraissent plausibles, il faut que je les compl&#232;te par d'autres d&#233;tails. Tout d'abord, j'avoue avoir tent&#233; de traduire, dans le langage de notre pens&#233;e normale, un processus &#233;videmment non conscient ou pr&#233;conscient qui int&#233;resse, sans doute, les charges &#233;nerg&#233;tiques d'un substratum ind&#233;finissable. Cette difficult&#233;, impossible d'ailleurs &#224; &#233;viter, n'est pas insurmontable. L'importance est de bien discerner ce qui se passe, au cours du refoulement, d'une part dans le moi et d'autre part dans le &#231;a. Nous venons de d&#233;crire le comportement du moi qui se sert d'un investissement d'essai et met en branle, par le signal de l'angoisse, l'automatisme plaisir-d&#233;plaisir. Diverses r&#233;actions, parfois plus ou moins enchev&#234;tr&#233;es, peuvent alors se produire : ou bien l'acc&#232;s d'angoisse parvient &#224; son plein &#233;panouissement et le moi renonce alors &#224; jouer dans l'&#233;motion un r&#244;le quelconque, ou bien le moi institue en lieu et place de l'investissement exp&#233;rimental un contre-investissement ; ce dernier s'associe &#224; l'&#233;nergie de l'&#233;motion refoul&#233;e et peut, soit former le sympt&#244;me, soit, une fois capt&#233; par le moi, s'installer &#224; demeure, en tant que formation r&#233;actionnelle, certaines dispositions se trouvant alors renforc&#233;es. Plus la production d'angoisse aura &#233;t&#233; r&#233;duite au r&#244;le de simple signal, plus le moi devra utiliser de r&#233;actions de d&#233;fense afin de lier psychiquement ce qui a &#233;t&#233; refoul&#233; et plus aussi le processus se rappro-chera, sans l'atteindre toutefois, de l'&#233;laboration normale. Puisque nous voil&#224; sur ce chapitre, demeurons-y un moment encore. Il est certes difficile de donner une d&#233;fini-tion de ce qu'on est convenu d'appeler le caract&#232;re ; cependant vous avez pu voir par vous-m&#234;mes que ce dernier est uniquement attribuable au moi et nous avons appris &#224; conna&#238;tre quelques-uns des facteurs qui le d&#233;terminent : en premier lieu, la transfor-mation de l'ancienne instance parentale en surmoi, fait qui est bien le plus important et le plus d&#233;cisif de tous, plus tard l'identification aux parents ou &#224; d'autres Personnes influentes, puis d'autres identifications encore qui sont les r&#233;sidus de relations objectales abandonn&#233;es. A tout cela, ajoutons ces formations r&#233;actionnelles qui jouent toujours leur r&#244;le dans la formation du caract&#232;re et que le moi acquiert par des moyens plus normaux, d'abord dans ses refoulements et par la suite quand il rejette-les pulsions instinctuelles ind&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons maintenant en arri&#232;re et occupons-nous du &#231;a. Que devient la pulsion au cours du refoulement ? Voil&#224; un probl&#232;me bien ardu. Quel est surtout le sort r&#233;serv&#233; &#224; l'&#233;nergie, &#224; la charge libidinale de cet &#233;moi et de quelle mani&#232;re est-elle utilis&#233;e ? Nous cr&#251;mes longtemps, vous vous le rappelez, qu'elle &#233;tait transform&#233;e en angoisse par suite m&#234;me du refoulement. Nous n'osons plus l'affirmer aujourd'hui et, avec modestie, nous dirons que le sort r&#233;serv&#233; &#224; cette &#233;nergie n'est pas toujours identique &#224; lui-m&#234;me. Sans doute subsiste-t-il un accord intime, &#224; propos de la pul&#172;sion refoul&#233;e, entre les anciens processus dans le moi et dans le &#231;a, accord qui devait nous &#234;tre connu. En effet, apr&#232;s avoir mis en relief le r&#244;le que joue dans le refoule&#172;ment le principe de plaisir-d&#233;plaisir r&#233;veill&#233; par le signal de l'angoisse, nous pouvons modifier nos conceptions. Ce principe r&#233;git souverainement les processus dans le &#231;a et ne manque pas de provoquer, dans la pulsion instinctuelle en jeu, de tr&#232;s profondes modifications. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que les effets produits par le refoulement soient tr&#232;s variables et aient une plus ou moins grande r&#233;percussion. En certains cas, la pulsion instinctuelle refoul&#233;e conserve sa charge libidinale et demeure intacte dans le &#231;a malgr&#233; la pression exerc&#233;e par le moi. D'autres fois, elle semble avoir subi une destruction totale, auquel cas sa libido para&#238;t s'&#234;tre engag&#233;e dans d'autres voies. Je supposai que tout se passait ainsi lors de la liquidation normale du complexe d'Oedipe qui, dans ces cas favorables, n'est pas seulement refoul&#233;, mais aussi d&#233;truit dans le &#231;a. L'exp&#233;rience clinique nous a montr&#233;, en outre, qu'il se produit fr&#233;quem&#172;ment, au lieu du refoulement habituel, une diminution de la libido, une r&#233;gression de cette derni&#232;re vers un stade ant&#233;rieur. Tout ceci ne peut naturellement s'accomplir que dans le &#231;a et seulement sous l'influence du conflit qu'a d&#233;clanch&#233; le signal d'alarme. C'est la n&#233;vrose obsessionnelle qui offre le meilleur exemple de ce ph&#233;nom&#232;ne, car la r&#233;gression libidinale et le refoulement y agissent de concert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, je crains que cet expos&#233; ne vous paraisse bien obscur. Vous devinerez aussi qu'il n'est pas complet. Tout en &#233;tant navr&#233; de vous d&#233;cevoir, je r&#233;p&#232;te que mon seul dessein est de vous donner un aper&#231;u de la nature de nos recherches et des buts que nous poursuivons. A mesure que nous avan&#231;ons dans l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes psychiques, nous nous rendons mieux compte de leur richesse et de leur complexit&#233;. Certaines formules simples nous semblent d'abord conformes &#224; la v&#233;rit&#233;, plus tard elles s'av&#232;rent insuffisantes. Il convient de les modifier et de les perfectionner sans cesse. En vous parlant de la th&#233;orie du r&#234;ve, je vous ai fait p&#233;n&#233;trer dans un domaine ou &#224; peu pr&#232;s rien de nouveau n'a pu &#234;tre d&#233;couvert depuis quinze ans ; maintenant qu'il est question de l'angoisse, vous vous trouvez dans un milieu en pleine &#233;volution. Ces faits nouveaux n'ont d'ailleurs pas encore &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;s &#224; fond et c'est pour cela, sans doute, qu'ils sont si difficiles &#224; d&#233;crire. Prenez patience, nous pourrons bient&#244;t abandonner cette fatigante &#233;tude de l'angoisse sans avoir abouti, je l'avoue, &#224; une conclusion enti&#232;rement satisfaisante, mais heureux cependant d'avoir pu progresser de quelques pas. Nous avons, chemin faisant, glan&#233; quelques id&#233;es nouvelles ; c'est ainsi que l'&#233;tude de l'angoisse nous incite maintenant &#224; compl&#233;ter notre description du moi. Nous avons dit que le moi t&#233;moigne d'une grande faiblesse vis-&#224;-vis du &#231;a, dont il est le fid&#232;le serviteur et dont il s'empresse de satisfaire les exigences et d'ex&#233;cuter les ordres. Nous ne songeons nullement &#224; nous d&#233;dire, mais il faut reconna&#238;tre, d'autre part, que ce moi est mieux organis&#233; et mieux orient&#233; vers la r&#233;alit&#233;. Il n'y a lieu ni d'exag&#233;rer cette distinction, ni d'&#234;tre surpris si le moi, de son c&#244;t&#233;, exerce quelque influence sur les processus qui se d&#233;roulent dans le &#231;a. C'est ainsi, je pense, qu'il met en branle, au moyen du signal d'alarme, le principe presque tout puissant de plaisir-d&#233;plaisir. Reconnaissons cepen&#172;dant qu'aussit&#244;t apr&#232;s, il trahit &#224; nouveau sa faiblesse en renon&#231;ant, du fait du refoulement, &#224; une partie de son organisation d&#233;fensive et en se r&#233;signant &#224; toujours voir la pulsion instinctuelle &#224; l'abri de son influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque encore au sujet du probl&#232;me de l'angoisse. La peur n&#233;vrotique s'est, entre nos mains, transform&#233;e en peur r&#233;elle, en crainte de certains dangers ext&#233;rieurs. Nous ne pouvons en rester l&#224; et sommes oblig&#233;s de faire un pas, mais un pas en arri&#232;re. Nous nous demandons ce qui constitue vraiment le danger, la chose redout&#233;e, dans la situation alarmante en question. Ce n'est certainement pas la blessure : celle-ci objectivement consid&#233;r&#233;e peut n'avoir aucune importance au point de vue psychique. Ce qui est &#224; craindre, c'est plut&#244;t la modification que cette blessure est capable de provoquer dans la vie psychique. La naissance, par exemple, prototype &#224; nos yeux de l'&#233;tat d'angoisse, peut &#224; peine &#234;tre consid&#233;r&#233;e en soi comme un pr&#233;judice, malgr&#233; le risque toujours possible d'une blessure. L'essentiel dans la naissance, comme dans toute situation p&#233;rilleuse, est l'apparition dans le psychisme d'un &#233;tat de grande tension ressenti comme un d&#233;plaisir et dont on ne peut se lib&#233;rer par une d&#233;charge. Si nous qualifions de traumatique cet &#233;tat o&#249; les efforts du principe de plaisir &#233;chouent, nous parvenons, en consid&#233;rant la s&#233;rie angoisse n&#233;vrotique - angoisse r&#233;elle - situation p&#233;rilleuse, &#224; la conclusion simple que voici : la chose redout&#233;e, l'objet de l'angoisse, c'est toujours l'apparition d'un facteur traumatique qu'il est impossible d'&#233;carter suivant la norme du principe de plaisir. Nous concevons imm&#233;diatement que ce principe ne suffit pas &#224; nous pr&#233;server des dommages ext&#233;rieurs, mais seulement d'un certain pr&#233;judice dont notre &#233;conomie psychique peut &#234;tre victime. Il s'en faut de beaucoup que le principe de plaisir et l'instinct de conservation se pr&#234;tent, d&#232;s le d&#233;but, une aide mutuelle et il y a loin de l'un &#224; l'autre. Mais quelque chose va peut-&#234;tre nous donner la solution cherch&#233;e. En effet, nous voyons qu'il ne s'agit ici que de grandeurs relatives ; c'est la grandeur de la somme des &#233;motions exer&#231;ant une influence sur le facteur traumatique qui paralyse l'action du principe de plaisir, qui conf&#232;re &#224; la situation dangereuse sa gravit&#233;. Et s'il en est r&#233;ellement ainsi, si l'&#233;nigme peut &#234;tre r&#233;solue par une aussi simple proposition, pourquoi refuser &#224; de pareils facteurs la possibilit&#233; de se manifester m&#234;me en l'absence de tout situation p&#233;rilleuse ? L'angoisse en pareil cas ne serait plus un simple signal, mais surgirait comme une cr&#233;ation nouvelle et pour de nouveaux motifs. L'exp&#233;rience clinique nous enseigne que c'est bien ainsi que les choses se passent. Seuls les refoulements tardifs r&#233;v&#232;lent le m&#233;canisme ci-dessus d&#233;crit, o&#249; l'angoisse appara&#238;t comme le signal d'une ancienne situation dangereuse ; les tout premiers, les primitifs, se produisent directement lorsque le moi vient se heurter, par suite de facteurs traumatiques, &#224; une trop grande exigence libidinale, et ils recr&#233;ent leur angoisse, mais &#224; l'image de la naissance. Les choses se passent sans doute de la m&#234;me mani&#232;re lors de l'apparition de l'angoisse dans le cas d'une n&#233;vrose d'angoisse par trouble somatique de la fonction sexuelle. Nous ne pr&#233;tendons plus que la libido elle-m&#234;me soit transform&#233;e en angoisse, mais rien ne semble infirmer l'id&#233;e d'une double origine de cette derni&#232;re, qui peut soit provenir directement du facteur traumatique, soit &#234;tre le signal d'une nouvelle menace de sa part. Mesdames, Messieurs, sans doute vous r&#233;jouissez-vous d'en avoir fini avec l'angoisse ; cependant vous n'y aurez rien gagn&#233;, car le sujet que nous allons aborder est tout aussi ardu que celui qui le pr&#233;c&#232;de. Je me propose de vous faire conna&#238;tre aujourd'hui m&#234;me la th&#233;orie de la libido ou doctrine des instincts. Sur ce point aussi nos id&#233;es ont &#233;volu&#233;, mais sans que les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s m&#233;ritent qu'on tente n'importe quel effort pour en prendre connaissance. Sur ce terrain nous n'avan&#231;ons qu'&#224; t&#226;tons, cri cherchant &#224; nous orienter, &#224; d&#233;couvrir de nouvelles perspectives. Je veux seule&#172;ment faire de vous les t&#233;moins de nos tentatives. Ici encore je suis oblig&#233; de faire machine arri&#232;re. La doctrine de l'instinct est, pour ainsi dire, notre mythologie. Les instincts sont des &#234;tres mythiques &#224; la fois mai d&#233;finis et sublimes. Tout en ne pouvant jamais cesser d'en tenir compte au cours de notre travail, nous ne sommes pas certains de les bien concevoir. Vous savez de quelle mani&#232;re l'on se repr&#233;sente commun&#233;ment les instincts ; il en a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour r&#233;pondre &#224; tous les besoins : instincts d'orgueil, d'imitation, de jeu, instinct social et bien d'autres encore. On les &#233;tudie s&#233;par&#233;ment en pr&#234;tant &#224; chacun d'eux une attribution sp&#233;ciale, puis on cesse de s'en pr&#233;occuper. Nous sentions, depuis longtemps, que derri&#232;re cette multitude de petits instincts se dissimulait quelque chose de puissant, de s&#233;rieux, quelque chose dont il ne fallait s'approcher qu'avec pr&#233;caution. Timidement, nous tent&#226;mes un premier pas, pensant qu'il y avait peu de chances de se fourvoyer en distinguant d'apr&#232;s nos deux principaux besoins : la faim et l'amour, deux esp&#232;ces ou groupes d'instincts. Si jaloux que nous soyons en g&#233;n&#233;ral de l'ind&#233;pendance de la psychologie vis-&#224;-vis des autres sciences, nous sommes bien oblig&#233;s de reconna&#238;tre qu'elle se trouve ici influenc&#233;e par un ind&#233;niable fait biologique, &#224; savoir que l'&#234;tre vivant tend vers deux fins : la conservation de soi et la conservation de l'esp&#232;ce, et ces deux besoins semblent n'&#234;tre pas solidaires l'un de l'autre, ni avoir aucun trait commun ; bien plus encore, ils se contrarient souvent, dans la vie animale. Il convient donc de s'occuper ici de psychologie biologique et d'&#233;tudier les ph&#233;nom&#232;nes psychologiques qui accompagnent les processus biologiques. C'est justement parce qu'elles illustrent cette conception que les &#171; pulsions du moi &#187; et les &#171; pulsions sexuelles &#187; ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;es dans la psychanalyse. Parmi les premi&#232;res, nous avons rang&#233; tout ce qui concerne la conservation, la revendication, l'&#233;largissement de la personnalit&#233;. Aux secondes, nous avons attribu&#233; toute la richesse n&#233;cessaire &#224; la sexualit&#233; infantile et &#224; la sexualit&#233; perverse. Or, en &#233;tudiant les n&#233;vroses, nous avons appris que le moi est une puissance restrictive et refoulante et que les pulsions sexuelles sont l'objet de la restriction et du refoulement. Nous cr&#251;mes ainsi toucher du doigt non seulement la disparit&#233;, mais encore le conflit des deux groupes l'instincts. Nous nous pr&#233;occup&#226;mes d'abord uniquement des pulsions sexuelles et nous appel&#226;mes &#171; libido &#187; l'&#233;nergie dont elles sont charg&#233;es. C'est en les &#233;tudiant que nous tent&#226;mes de donner une id&#233;e nette de ce qu'est un instinct et de quoi il se montre capable. Telle est la position adopt&#233;e par la th&#233;orie de la libido.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pulsion se distingue donc de l'excitation en ce qu'elle tire son origine de sources d'excitation qui se trouvent dans le corps m&#234;me, en ce qu'elle agit comme une force constante et en ce que le sujet est dans l'impossibilit&#233; de la fuir, comme il pourrait le faire s'il s'agissait de quelque excitation ext&#233;rieure. En &#233;tudiant l'instinct, on distingue sa source, son objet et son but. La source, c'est l'&#233;tat d'excitation cor-porelle et le but, l'apaisement de cette excitation ; l'instinct devient psychiquement actif en allant de la source au but ; nous nous le figurons comme une certaine quantit&#233; d'&#233;nergie qui tend vers une direction d&#233;termin&#233;e et c'est cette pouss&#233;e qui lui a fait donner le nom de pulsion. On a accoutum&#233; de parler d'instincts actifs et d'instincts passifs : il serait pr&#233;f&#233;rable de dire que les instincts tendent vers des buts actifs ou passifs ; cependant un d&#233;ploiement d'activit&#233; est n&#233;cessaire m&#234;me quand il s'agit d'atteindre un but passif. Ce but, le sujet le trouve parfois sur son propre corps, mais, en g&#233;n&#233;ral, il y a intercalation d'un objet sur lequel l'instinct peut atteindre son but ext&#233;rieur. Quant au but int&#233;rieur, ce qui le constitue, c'est toujours la modification corporelle ressentie comme une satisfaction. L'instinct, du fait de ses relations avec la source somatique, acquiert-il une sp&#233;cificit&#233; ? De quelle nature est-elle alors ? Voil&#224; ce que nous ignorons. Nos exp&#233;riences analytiques nous ont montr&#233; que des pulsions instinctuelles provenant d'une source quelconque peuvent parfaitement s'unir aux pulsions qui d&#233;coulent d'une autre source pour ensuite partager le m&#234;me destin. Avouons cependant que tout cela n'est pas encore enti&#232;rement expliqu&#233;. Le rapport de l'instinct avec le but et l'objet est variable aussi, ces derniers &#233;tant rempla&#231;ables par d'autres, mais le rapport avec l'objet s'av&#232;re le plus ais&#233;ment modifiable. Nous donnons &#224; certaines modifications du but, &#224; certaines substitutions d'objets dans lesquelles la valeur sociale entre en ligne de compte, le nom de sublimation. Nous savons que certains instincts, g&#234;n&#233;s par des obstacles, ne parviennent pas &#224; atteindre leur but ; il s'agit l&#224; de ces pulsions instinctuelles d'origine connue, qui tendent vers un but d&#233;termin&#233;, mais qui ne peuvent arriver a se satisfaire, d'o&#249; l'instauration d'un investissement objectal permanent et d'une tendance durable. C'est dans cette cat&#233;gorie qu'il faut ranger, par exemple, ces tendres sentiments qui n'aboutissent jamais &#224; la satisfaction du besoin sexuel dont ils sont pourtant issus. Vous voyez que le sort et les caract&#232;res des instincts ne nous sont pas encore enti&#232;rement connus. N'oublions pas qu'il, convient de faire ressortir une autre distinction encore entre les pulsions sexuelles et les pulsions de conservation. Cette distinction aurait une grande port&#233;e si elle concernait tout le groupe : ce qui est remarquable dans les pulsions sexuelles, c'est leur plasticit&#233;, la facult&#233; qu'elles ont de modifier leur but, la facilit&#233; avec laquelle elles &#233;changent telle de leur satisfaction contre telle autre, et la temporisation dont elles sont capables, ainsi que nous l'avons vu dans le cas des pulsions entrav&#233;es. Nous serions tent&#233;s de d&#233;nier tous ces caract&#232;res aux instincts de conservation et de dire qu'ils sont in&#233;branlables, que leurs manifestations ne sauraient &#234;tre diff&#233;r&#233;es, qu'ils sont bien plus imp&#233;ratifs et que leur rapport tant avec, le refoulement qu'avec l'angoisse est de nature diff&#233;rente. Mais, &#224; la r&#233;flexion, nous voyons que cette disposition n'est pas commune &#224; tous les instincts du moi, qu'elle n'est le fait que de la faim et de la soif et qu'elle se fonde &#233;videmment sur une particularit&#233; des sources instinctuelles. Notre embarras provient aussi de ce que nous n'avons pas &#233;tudi&#233; s&#233;par&#233;ment les modifications subies par les pulsions instinctuelles primitivement attach&#233;es au &#231;a, sous l'influence du moi organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avan&#231;ons sur un terrain plus ferme quand nous &#233;tudions la mani&#232;re dont la vie pulsionnelle sert la fonction sexuelle. Nos opinions, que vous connaissez d&#233;j&#224;, sont bien arr&#234;t&#233;es sur ce point : il n'y a pas lieu de parler d'un unique instinct qui tendrait, d&#232;s l'origine, vers le but de la fonction, c'est-&#224;-dire vers l'union des deux cellules sexuelles. Au contraire nous observons une multitude de pulsions partielles qui, provenant des divers endroits et r&#233;gions du corps et assez ind&#233;pendantes les unes les autres, cherchent et trouvent leur satisfaction dans ce que nous pouvons appeler le plaisir organique. Les organes g&#233;nitaux sont, parmi les zones &#233;rog&#232;nes, les derniers apparus et il est impossible cette fois de ne pas qualifier de sexuel le plaisir organique qu'ils sont susceptibles de provoquer. Ces tendances au plaisir ne se trouvent pas toutes int&#233;gr&#233;es dans l'organisation d&#233;finitive de la fonction sexuelle : certaines d'entre elles, inutilisables, sont &#233;limin&#233;es, soit par le refoulement, soit de quelque autre mani&#232;re ; quelques-unes, d&#233;vi&#233;es de leur but suivant le mode bizarre que nous avons d&#233;crit, sont employ&#233;es &#224; renforcer d'autres tendances, enfin d'autres encore restent confin&#233;es dans des r&#244;les secondaires et servent &#224; l'ex&#233;cution d'actes pr&#233;para&#172;toires et &#224; la production de volupt&#233; pr&#233;liminaire. Vous avez oui dire qu'au cours de ce lent d&#233;veloppement, on pouvait observer plusieurs stades d'organisation provisoire et que cet historique de la fonction sexuelle permettait d'en expliquer les d&#233;viations et les &#233;tiolements. Nous appelons stade oral le premier en date de ces stades pr&#233;g&#233;&#172;nitaux, celui durant lequel, gr&#226;ce au mode d'alimentation du nourrisson, c'est la zone buccale &#233;rog&#232;ne qui pr&#233;domine dans ce qu'on peut appeler l'activit&#233; sexuelle de cette p&#233;riode de la vie. Au second stade, apparaissent les puisions sadiques et anales qui co&#239;ncident certainement avec la dentition, le d&#233;veloppement des muscles et la ma&#238;trise des fonctions du sphincter. D'int&#233;ressantes observations ont &#233;t&#233; faites tou&#172;chant cette surprenante p&#233;riode. Le troisi&#232;me stade est le phallique, celui durant lequel le membre viril, ou ce qui lui correspond chez la fillette, prend dans les deux sexes une importance qui ne saurait &#234;tre n&#233;glig&#233;e. Nous avons r&#233;serv&#233; &#224; l'organisation d&#233;finitive le nom de stade g&#233;nital ; c'est celui qui s'&#233;tablit apr&#232;s la pubert&#233; et o&#249; l'organe g&#233;nital f&#233;minin, longtemps apr&#232;s l'organe viril, s'affirme en fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela sans doute n'est qu'une redite, mais je me tais, cette fois, sur certaines conceptions qui n'en gardent pas moins leur valeur ; la r&#233;p&#233;tition &#233;tait n&#233;cessaire, car elle nous a permis de rattacher nos nouvelles donn&#233;es &#224; ces donn&#233;es anciennes. Nous nous flattons non seulement d'avoir appris bien des choses sur les organisations primitives de la libido, mais aussi d'&#234;tre mieux &#224; m&#234;me de comprendre les ph&#233;nom&#232;nes d&#233;j&#224; connus. C'est ce que je vais du moins tenter de vous prouver par quelques exemples. Abraham a montr&#233; en 1924 qu'on peut distinguer deux phases dans le stade sadique anal. Dans la plus ancienne, ce sont les tendances destructrices d'an&#233;antissement et de perte qui pr&#233;dominent, dans l'autre, au contraire, les tendances objective&#172;ment bienveillantes d'attachement et de possession. C'est donc au milieu de ce stade que les &#233;gards envers l'objet apparaissent, avant-coureurs d'un ult&#233;rieur investissement amoureux. Tout porte &#224; croire qu'on peut aussi admettre l'existence d'une sous-division semblable dans le stade oral. Durant le premier sous-stade, il ne peut &#234;tre question que d'une incorporation orale, toute ambivalence dans les relations avec l'objet (le sein maternel) &#233;tant absente. La seconde phase, caract&#233;ris&#233;e par la dentition, peut &#234;tre appel&#233;e phase orale sadique et l'ambivalence s'y manifeste pour la premi&#232;re fois. Les manifestations de cette derni&#232;re se pr&#233;cisent bien davantage dans le stade suivant, le sadique anal. L'utilit&#233; de ces nouvelles distinctions s'av&#232;re surtout quand on cherche, comme c'est le cas dans certaines n&#233;vroses - n&#233;vrose obsession-nelle, m&#233;lancolie -, les points de fixation pr&#233;dispositionnels dans le d&#233;veloppement de la libido. Rappelez-vous ce que nous avons appris touchant le rapport entre la fixation de la libido, la disposition et la r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre conception des phases de la libido a, en somme, quelque peu &#233;volu&#233;. Autre-fois nous pensions que chacune des phases faisait place nette &#224; la phase suivante. Nous consid&#233;rons maintenant que chaque phase laisse sa trace dans les formations ult&#233;rieures et que cette trace se retrouve toujours dans l'&#233;conomie de la libido et dans le caract&#232;re de la personne. D'autres &#233;tudes plus importantes encore nous ont montr&#233; que, dans certains cas pathologiques, il y a fr&#233;quemment r&#233;gression vers des phases ant&#233;rieures. C'est par les r&#233;gressions d'ailleurs qu'on caract&#233;rise certaines formes de maladies ; mais je ne puis traiter ici cette question qui est du domaine de la psychologie sp&#233;ciale des n&#233;vroses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l'&#233;rotisme anal, les excitations fournies par la zone &#233;rog&#232;ne anale qui nous ont surtout permis d'&#233;tudier les conversions de pulsions, ainsi que d'autres ph&#233;no-m&#232;nes analogues, et nous avons &#233;t&#233; surpris de voir quels emplois vari&#233;s incombaient &#224; ces &#233;mois pulsionnels. Le r&#244;le de la zone anale durant le d&#233;veloppement a toujours &#233;t&#233; d&#233;daign&#233; et il n'est, sans doute, pas facile d'oublier ce m&#233;pris. Rappelons-nous cependant qu'Abraham nous exhorte &#224; consid&#233;rer que l'anus correspond embryo-g&#233;n&#233;tiquement &#224; la bouche primitive, report&#233;e par la suite &#224; l'extr&#233;mit&#233; de l'intestin. Nous apprenons ensuite que la d&#233;pr&#233;ciation des f&#232;ces, des excr&#233;ments, provoque le d&#233;placement de cet int&#233;r&#234;t compulsionnel sur des objets susceptibles d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des cadeaux ; et cela &#224; juste titre, car les f&#232;ces constituent bien le premier cadeau que peut offrir, en gage d'amour, le nourrisson &#224; la personne qui le soigne. Plus tard, et gr&#226;ce &#224; un changement de signification qui rappelle celui dont le langage est l'objet, l'ancien int&#233;r&#234;t se reporte sur l'or et sur l'argent, tout en contribuant aussi &#224; l'investissement affectif de l'enfant et du p&#233;nis. Tous les enfants demeurent un long temps partisans de la th&#233;orie du cloaque et sont persuad&#233;s que le b&#233;b&#233;, comme les f&#232;ces, sort de l'anus. La d&#233;f&#233;cation est ainsi une figuration de la naissance. Mais le p&#233;nis lui-m&#234;me a un pr&#233;curseur et ce pr&#233;curseur c'est l'excr&#233;ment qui remplit et excite la muqueuse intestinale. Quand l'enfant apprend, assez &#224; contrec&#339;ur, que certaines cr&#233;atures humaines sont priv&#233;es de ce membre, il en vient &#224; consid&#233;rer le p&#233;nis comme un organe d&#233;tachable du reste du corps et par l&#224; tout &#224; fait analogue &#224; l'excr&#233;&#172;ment : premier fragment de soi auquel il a d&#251; renoncer. Une grande partie de l'&#233;rotis&#172;me anal est ainsi report&#233;e sur le p&#233;nis ; cependant l'int&#233;r&#234;t que suscite cet organe a, dans l'&#233;rotisme oral, une racine plus solide peut-&#234;tre que dans l'&#233;rotisme anal. En effet, une fois l'allaitement termin&#233;, le p&#233;nis h&#233;rite aussi des sentiments port&#233;s au mamelon de la m&#232;re. Si l'on ignore ces relations profondes, il est impossible de com&#172;prendre les fantasmes, les id&#233;es influenc&#233;es par l'inconscient et le langage sympto&#172;matique des hommes. F&#232;ces - argent - cadeau - enfant, pour nous ces termes sont &#233;quivalents et repr&#233;sent&#233;s par le m&#234;me symbole. N'oubliez pas que je n'ai pu traiter ce sujet que fort succinctement. J'ajouterai en quelques mots que l'int&#233;r&#234;t suscit&#233; plus tard seulement par le vagin a aussi et surtout une origine &#233;rotico-anale. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela puisque le vagin, selon une heureuse expression de Lou Andreas-Salom&#233;, est &#171; lou&#233; &#187; &#224; l'anus. Pour ceux qui n'ont pu traverser une certaine phase de d&#233;veloppement sexuel : les invertis, le vagin est remplac&#233; par l'anus. Il est souvent question dans les r&#234;ves d'une pi&#232;ce d'abord unique qui se trouve ensuite divis&#233;e en deux par une cloison, ou vice versa. C'est l&#224; une allusion au rapport du vagin avec l'intestin. Et nous observons nettement aussi comment chez la fillette le d&#233;sir antif&#233;minin de poss&#233;der un p&#233;nis arrive &#224; se muer en d&#233;sir de l'homme, possesseur du p&#233;nis et dispensateur de l'enfant. On voit ici encore comment une partie de l'int&#233;r&#234;t primitivement anal-&#233;rotique parvient &#224; s'ins&#233;rer dans l'organisation g&#233;nitale ult&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces &#233;tudes sur les phases pr&#233;g&#233;nitales de la libido, il nous a &#233;t&#233; donn&#233; de gagner quelques aper&#231;us nouveaux sur la formation du caract&#232;re. Nous avons pu reconna&#238;tre que trois qualit&#233;s &#233;taient ins&#233;parables les unes des autres : l'ordre, l'&#233;conomie et l'obstination. L'analyse des individus pourvus de ces qualit&#233;s a d&#233;mon-tr&#233; qu'elles d&#233;coulaient de l'&#233;rotisme anal en l'&#233;puisant. Leur pr&#233;sence simultan&#233;e nous permet de parler de caract&#232;re anal et ce dernier est, en quelque sorte, &#224; l'oppos&#233; de l'&#233;rotisme anal brut. Nous trouvons un rapport analogue et peut-&#234;tre plus &#233;troit encore entre l'ambition et l'&#233;rotisme ur&#233;tral. Certaine l&#233;gende fait audit rapport une singuli&#232;re allusion ; on raconte, en effet, qu'Alexandre le Grand naquit la nuit m&#234;me o&#249; fut incendi&#233; par un certain &#201;rostrate, m&#251; seulement par l'ambition, un monument tr&#232;s admir&#233;, le temple d'Art&#233;mis &#224; &#201;ph&#232;se. Ne croirait-on pas, &#224; ou&#239;r cette histoire, que les connexions dont nous venons de parler &#233;taient connues des Anciens. Vous savez que la miction et le feu ou l'extinction du feu ont quelque rapport. Tout nous incite &#224; croire que d'autres traits de caract&#232;re encore sont les r&#233;sidus ou les formations r&#233;actionnelles de certaines structures pr&#233;g&#233;nitales de la libido, mais nous ne sommes pas encore en mesure de le d&#233;montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps maintenant que nous revenions &#224; l'historique du sujet et au sujet lui-m&#234;me et que nous reprenions l'&#233;tude des probl&#232;mes les plus g&#233;n&#233;raux de la vie instinctuelle. Tout d'abord, notre th&#233;orie de la libido fut &#233;tablie sur le contraste des pulsions du moi et des pulsions sexuelles. Quand nous en v&#238;nmes ensuite &#224; &#233;tudier de plus pr&#232;s le moi lui-m&#234;me, quand nous e&#251;mes connaissance de ce qu'est le narcis&#172;sisme, cette distinction perdit de son int&#233;r&#234;t. Il arrive parfois, rarement, que le moi se prenne pour objet comme s'il &#233;tait amoureux de lui-m&#234;me, d'o&#249; ce nom emprunt&#233; &#224; )a fable : le narcissisme. Mais il ne s'agit l&#224;, en fin de compte, que de l'extr&#234;me exag&#233;&#172;ration d'un &#233;tat de choses normal. On finit par comprendre que le moi est toujours le r&#233;servoir principal de la libido et qu'il reste le point de d&#233;part et d'arriv&#233;e des inves&#172;tissements libidinaux objectaux, tandis que la majeure partie de cette libido elle-m&#234;me y demeure, elle, en permanence. La libido du moi ne cesse jamais de se trans&#172;former en libido objectale et vice versa. Mais ces deux libidos n'&#233;tant pas de nature diff&#233;rente, il est donc inutile de s&#233;parer leurs &#233;nergies respectives ; on peut ainsi soit abandonner enti&#232;rement ce terme de libido, soit ne l'utiliser que pour d&#233;signer l'&#233;nergie psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne tard&#226;mes pas non plus &#224; abandonner ce point de vue. La notion d'une discordance &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la vie instinctuelle s'imposa bient&#244;t plus nettement encore et de tout autre mani&#232;re. Je ne veux pas vous donner ici tous les d&#233;tails de ces d&#233;couvertes. Sachez seulement que notre nouvelle th&#233;orie des instincts est bas&#233;e sur des consid&#233;rations biologiques ; je vais vous mettre au courant des r&#233;sultats obtenus. Nous admettons qu'il y a deux sortes, essentiellement diff&#233;rentes, d'instincts : les instincts sexuels, le mot sexuel &#233;tant pris dans soir sens le plus large, l'&#201;ros, si vous pr&#233;f&#233;rez, et les instincts d'agression dont le but est de d&#233;truire. Vous trouverez qu'il n'y a l&#224; rien de nouveau et que je ne fais qu'essayer d'expliquer th&#233;oriquement l'oppo-sition entre la haine et l'amour, opposition qui se confond peut-&#234;tre avec cette autre : l'attirance et la r&#233;pulsion dont les sciences physiques admettent l'existence dans le inonde inorganique. Mais, chose &#233;trange, nombre de gens consid&#233;reront cet expos&#233; comme une dangereuse innovation qu'il convient de rejeter au plus vite. C'est, &#224; mon avis, l'influence d'un facteur affectif qui se manifeste dans ce rejet. Pourquoi avons-nous, nous-m&#234;mes, tant tard&#233; &#224; reconna&#238;tre l'existence d'un instinct d'agression ? Pourquoi n'avons-nous pas d&#233;j&#224; hardiment mis en lumi&#232;re, expliqu&#233; th&#233;oriquement des faits qui sautent aux yeux et que chacun conna&#238;t ? Saris doute la r&#233;sistance serait-elle moindre si pareil instinct n'&#233;tait pr&#234;t&#233; qu'&#224; l'animal. Mais admettre la pr&#233;sence de cet instinct dans la nature humaine, voil&#224; qui parait sacril&#232;ge, voil&#224; qui va &#224; l'encontre d'un trop grand nombre d'hypoth&#232;ses religieuse- et de conventions sociales. Non, il faut que l'homme soit bon ou tout au moins bienveillant. S'il se montre, &#224; l'occasion, brutal, violent et cruel, la faute en incombe &#224; certains troubles passagers de sa vie sentimentale, troubles provoqu&#233;s, pour la plupart, et dont est responsable, sans doute, la d&#233;fectueuse organisation sociale maintenue jusqu'&#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais h&#233;las tout ce que l'histoire nous enseigne, tout ce que nous pouvons nous-m&#234;mes observer d&#233;ment cette opinion et nous montre plut&#244;t que la foi en la &#171; bont&#233; &#187; de la nature humaine est une de ces d&#233;plorables illusions dont l'homme esp&#232;re qu'elles embelliront et faciliteront sa vie, tandis qu'elles sont seulement nuisibles. Abandonnons cependant cette controverse inutile : ce qui nous amena &#224; admettre la pr&#233;sence, chez l'homme, d'un instinct d'agression et de destruction, ce ne furent ni les enseignements de l'histoire, ni notre propre exp&#233;rience de la vie, mais bien certaines consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales sugg&#233;r&#233;es par l'observation de deux ph&#233;nom&#232;nes : le sadisme et le masochisme. Nous appelons sadisme la n&#233;cessit&#233;, pour obtenir une satisfaction sexuelle, de faire souffrir, de maltraiter, d'humilier l'objet sexuel, et ma&#172;sochisme, le besoin d'&#234;tre soi-m&#234;me ce souffre-douleur. Vous n'ignorez pas non plus que ces deux tendances jouent aussi leur r&#244;le dans les rapports sexuels normaux et qu'on les qualifie de perversions quand, apr&#232;s avoir &#233;limin&#233; les autres buts sexuels, elles parviennent &#224; les remplacer par leurs propres fins. Vous avez pu remarquer aussi que le sadisme est plus intimement li&#233; &#224; la virilit&#233; et le masochisme &#224; la f&#233;minit&#233;, comme s'il y avait l&#224; quelque affinit&#233; secr&#232;te ; ajoutons cependant sans plus tarder que nous n'avons pas avanc&#233; sur cette voie. Les deux tendances, sadisme et maso&#172;chisme, surtout le masochisme, restent tr&#232;s myst&#233;rieuses pour la th&#233;orie de la libido, et il est de r&#232;gle que ce qui a &#233;t&#233; la pierre d'achoppement d'une th&#233;orie devienne la pierre angulaire de la th&#233;orie suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sadisme et le masochisme nous offrent, croyons-nous, d'excellents exemples de l'intrication des deux sortes d'instincts, de l'&#201;ros avec l'agression, et nous admet&#172;tons que ces exemples sont typiques et que toutes les pulsions instinctuelles dont nous pourrions nous occuper pr&#233;sentent les m&#234;mes intrications, les m&#234;mes alliages des deux instincts. Naturellement les proportions du m&#233;lange sont variables. Les pulsions &#233;rotiques y apportent la multiplicit&#233; de leurs buts sexuels, tandis que les autres n'y fournissent que des att&#233;nuations, des d&#233;gradations de leurs tendances monotones. Ces donn&#233;es nous ont permis de poursuivre des recherches dont l'importance, en ce qui concerne la compr&#233;hension des processus pathologiques, pourra un jour &#234;tre consid&#233;rable. En effet, les intrications elles-m&#234;mes peuvent se d&#233;truire et tout nous permet de croire que ces d&#233;sintrications de pulsions ont pour la fonction les plus graves cons&#233;quences. Mais ces vues &#233;tant trop neuves, personne n'a encore tent&#233; de les utiliser pratiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tudions &#224; nouveau le probl&#232;me particulier du masochisme qui, si nous laissons provisoirement de c&#244;t&#233; ses composants &#233;rotiques, nous r&#233;v&#232;le l'existence d'une tendance &#224; la destruction de soi-m&#234;me. S'il est vrai, dans le cas de la pulsion. de destruction aussi, que le moi englobe tous les pulsions instinctuelles (nous croyons plut&#244;t que c'est ici le &#231;a, la personne enti&#232;re), il s'ensuit que le masochisme est plus ancien que le sadisme, mais que le sadisme est la pulsion de destruction dirig&#233;e vers le dehors et qui rev&#234;t ainsi un caract&#232;re agressif. Une certaine partie de l'instinct de destruction primitif doit persister int&#233;rieurement, mais il semble que nous ne le puissions percevoir que dans deux cas : lorsqu'il se transforme en masochisme, par union avec les pulsions &#233;rotiques, ou lorsque, sous forme d'agressivit&#233; et charg&#233; de plus ou moins d'&#233;rotisme il menace le monde ext&#233;rieur, Nous nous disons alors que si l'agressivit&#233; ne parvient pas &#224; se satisfaire dans le monde ext&#233;rieur, c'est peut-&#234;tre parce qu'elle s'y heurte &#224; des obstacles r&#233;els ; il est alors possible qu'elle renonce &#224; se manifester au-dehors et qu'elle vienne grossir la masse des pulsions d'autodestruction qui bouillonnent &#224; l'int&#233;rieur. Nous verrons bient&#244;t que les choses se passent r&#233;ellement ainsi et qu'il convient d'attribuer &#224; ce processus une tr&#232;s grande impor&#172;tance. Une agressivit&#233; contrari&#233;e devient tr&#232;s nuisible ; tout se passe comme si nous &#233;tions contraints pour ne pas c&#233;der &#224; la tendance d'autodestruction, pour &#233;viter notre propre destruction, de d&#233;truire gens et choses. Triste constatation pour le moraliste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le moraliste longtemps encore se consolera en se disant que nos sp&#233;culations ne sont que des hypoth&#232;ses. Instinct bizarre vraiment, qui tend &#224; d&#233;truire son propre habitat ! Certes, les po&#232;tes parlent parfois de choses semblables, mais chacun sait que les po&#232;tes sont irresponsables. N'ont-ils pas droit, eux seuls, &#224; la licence po&#233;tique ? La physiologie, sans doute, nous offre un exemple d'autodestruction : celui de la mu-queuse stomacale qui se dig&#232;re elle-m&#234;me. Il faut convenir que les preuves de l'existence de cet instinct s'av&#232;rent bien imparfaites. Ainsi il suffirait que la satis-faction sexuelle d&#233;pend&#238;t, chez quelques malheureux fous, de certaines conditions bizarres pour que l'on en v&#238;nt &#224; adopter une opinion aussi lourde de cons&#233;quences ! Je crois qu'une &#233;tude plus approfondie des instincts nous &#233;clairera l&#224;-dessus. Les instincts ne dominent pas seulement la vie psychique, mais aussi la vie v&#233;g&#233;tative. Ces instincts organiques m&#233;ritent sur un point surtout notre attention. Nous verrons plus tard que le point en question est commun &#224; toutes les pulsions. On d&#233;couvre, en effet, que ces derni&#232;res tendent toujours &#224; r&#233;tablir un &#233;tat de choses ancien ; nous admettons qu'&#224; partir du, moment o&#249; un &#233;tat de choses a &#233;t&#233; aboli, un instinct se forme qui tend &#224; le ressusciter, en provoquant ainsi ces ph&#233;nom&#232;nes appel&#233;s l'auto&#172;matisme de r&#233;p&#233;tition. L'embryologie n'est autre chose qu'un automatisme de r&#233;p&#233;tition ; tr&#232;s haut dans la s&#233;rie animale, on retrouve ce pouvoir de recr&#233;er les organes disparus. Nous devons &#224; l'instinct de conservation autant qu'&#224; la th&#233;rapeu&#172;tique un grand nombre de gu&#233;risons, mais cet instinct n'est peut-&#234;tre que le reliquat d'une facult&#233; tr&#232;s bien d&#233;velopp&#233;e chez les animaux inf&#233;rieurs. Les migrations des poissons, sans doute aussi celles des oiseaux, bref tout ce que nous appelons mani&#172;festations de l'instinct chez les animaux se produit gr&#226;ce &#224; l'automatisme de r&#233;p&#233;tition qui montre bien la nature conservatrice des instincts ; d'ailleurs nous la voyons aussi se r&#233;v&#233;ler, &#224; tout instant, dans le domaine spirituel. Nous avons remarqu&#233; que les &#233;v&#233;nements oubli&#233;s et refoul&#233;s de la premi&#232;re enfance se reproduisaient au cours du travail analytique sous forme de r&#234;ves et de r&#233;actions, surtout quand ces r&#234;ves et ces r&#233;actions concernaient le transfert ; et cependant la r&#233;apparition de ces &#233;v&#233;nements pass&#233;s semble aller &#224; l'encontre du principe de plaisir : c'est qu'alors l'automatisme de r&#233;p&#233;tition est pins fort que le principe de plaisir lui-m&#234;me. On petit d'ailleurs observer des faits analogues en dehors de l'analyse. Certains individus r&#233;p&#232;tent invariablement au cours de leur existence les m&#234;mes nuisibles r&#233;actions, ou bien ils semblent poursuivis par un destin implacable ; une observation plus minutieuse montre qu'ils sont les propres auteurs inconscients de leur malheur. Nous pr&#234;tons en pareil cas &#224; l'automatisme de r&#233;p&#233;tition un caract&#232;re d&#233;moniaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons appris que les instincts sont conservateurs ; en quoi cette notion contribuera-t-elle &#224; nous faire comprendre l'autodestruction ? A quel &#233;tat de choses ancien l'instinct conservateur voudrait-il revenir ? La r&#233;ponse est facile et nous ouvre de vastes horizons. S'il est vrai qu'un jour, en un temps imm&#233;morial, la vie surgit d'une fa&#231;on inimaginable de la mati&#232;re inanim&#233;e, il y eut aussi, suivant notre hypo&#172;th&#232;se, cr&#233;ation d'un instinct tendant &#224; supprimer la vie et &#224; r&#233;tablir l'&#233;tat inorganique. En reconnaissant dans cet instinct l'autodestruction dont parle notre th&#233;orie, nous devons le consid&#233;rer comme l'expression d'une pulsion de mort qui se manifeste, sans exception, dans tous les processus de la vie. Nous pouvons ainsi diviser les instincts dont nous avons admis l'existence en ces deux groupes : les pulsions &#233;rotiques qui tendent &#224; agglom&#233;rer toujours plus de substance vivante afin d'en faire de plus grandes unit&#233;s, et les pulsions de mort qui s'opposent &#224; cette tendance et ram&#232;nent la mati&#232;re vivante &#224; l'&#233;tat inorganique. C'est de leur concours et de leur opposition que d&#233;coulent les ph&#233;nom&#232;nes de la vie auxquels la mort met fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre allez-vous dire en haussant les &#233;paules : &#171; Mais c'est la philosophie de Schopenhauer que vous nous exposez l&#224; et non pas une th&#233;orie scientifique ! &#187; Et pourquoi donc, Mesdames, Messieurs, un penseur hardi n'aurait-il pas devin&#233; ce qu'ensuite l'observation p&#233;nible et s&#232;che confirmera ? D'ailleurs tout n'a-t-il pas &#233;t&#233; dit d&#233;j&#224;, et bien avant Schopenhauer n'a-t-on pas &#233;mis des id&#233;es semblables ? En outre, nos id&#233;es ne sont pas vraiment celles de Schopenhauer. Nous ne pr&#233;tendons pas que la mort soit le but unique de la vie et celle-ci ne nous para&#238;t pas n&#233;gligeable. Nous admettons l'existence de deux instincts fondamentaux, en laissant &#224; chacun d'eux son but propre. C'est aux travaux futurs qu'il appartiendra de d&#233;montrer comment ces deux instincts se confondent durant le processus de la vie, comment la pulsion de mort en vient, particuli&#232;rement dans les cas o&#249; elle se manifeste au-dehors sous forme d'agressivit&#233;, &#224; seconder les desseins de l'&#201;ros. Pour nous, nous nous contenterons d'avoir ouvert de nouveaux horizons et en resterons l&#224;. C'est ainsi que nous renon-cerons &#224; chercher si les pulsions &#233;rotiques, elles aussi, ne tendent pas &#224; ressusciter un &#233;tat de choses aboli et &#224; cr&#233;er, par la synth&#232;se de la mati&#232;re vivante, de plus grandes unit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici un peu loin de notre base et je vais vous dire, tardivement, que le point de d&#233;part de ces r&#233;flexions fut celui-l&#224; m&#234;me qui nous incita &#224; r&#233;viser les rapports entre le moi et l'inconscient, &#224; savoir la perception d'une r&#233;sistance que le patient oppose pendant le travail analytique et dont il est toujours totalement inconscient. Cependant les motifs de la r&#233;sistance, eux aussi, et non pas seulement la r&#233;sistance elle-m&#234;me, demeurent inconscients. Contraints de rechercher ce ou ces motifs, nous ses avons trouv&#233;s, &#224; notre grande surprise, dans un puissant besoin de punition qu'il nous a bien fallu ranger parmi les d&#233;sirs masochistes. L'importance pratique de cette d&#233;couverte n'est pas moindre que son importance th&#233;orique, car rien ne s'oppose davantage &#224; nos efforts th&#233;rapeutiques que le besoin de punition. Il trouve &#224; se satisfaire dans la souffrance li&#233;e &#224; la n&#233;vrose et c'est pourquoi il se cramponne &#224; la maladie. Ce facteur, le besoin inconscient de punition, joue, semble-t-il, un certain r&#244;le dans toutes les maladies n&#233;vrotiques. C'est ce que montrent, d'une fa&#231;on parti-culi&#232;rement probante, les cas o&#249; le trouble n&#233;vrotique est remplac&#233; par un trouble n&#233;vrotique d'esp&#232;ce diff&#233;rente. Je vous en donnerai un exemple : une demoiselle d'un certain &#226;ge &#233;tait afflig&#233;e d'un complexe de sympt&#244;mes qui, depuis quinze ans environ, la faisait beaucoup souffrir et l'emp&#234;chait de mener une vie normale. Je parvins &#224; faire dispara&#238;tre les sympt&#244;mes en question. Se sentant gu&#233;rie, la demoiselle mani&#172;festa une activit&#233; d&#233;bordante, chercha &#224; cultiver des dons d'ailleurs r&#233;els, voulut rattraper le temps perdu et conna&#238;tre enfin les succ&#232;s et la joie. Mais toutes ses tentatives &#233;chouaient : on lui faisait savoir ou bien elle constatait elle-m&#234;me qu'elle &#233;tait trop vieille pour r&#233;ussir. Il n'aurait pas sembl&#233; &#233;trange apr&#232;s tous ces d&#233;boires de la voir retomber dans sa maladie, mais cela n'&#233;tait plus possible. Par contre, apr&#232;s chacune de ses d&#233;ceptions il survenait quelque accident qui, tout en la faisant souffrir, l'emp&#234;chait, pendant un certain temps, de manifester son activit&#233; : chute, foulure du pied, blessure au genou, &#224; la main. Je lui fis observer qu'elle jouait peut-&#234;tre elle-m&#234;me un grand r&#244;le dans tous ces soi-disant hasards et elle changea alors, pour ainsi dire, de tactique. Les accidents furent remplac&#233;s, dans les m&#234;mes occasions, par de l&#233;g&#232;res indispositions : rhumes, angines, &#233;tats grippaux, enflure rhumatismale, jusqu'au moment o&#249; elle prit le parti de se r&#233;signer. Alors, toute cette agitation cessa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre avis, aucun doute n'est plus possible touchant l'origine du besoin incon-scient de punition. Il se comporte comme une partie de la conscience, comme le prolongement de la conscience dans l'inconscient et d&#233;coule sans doute de la m&#234;me source que celle-ci, c'est-&#224;-dire qu'il correspond &#224; une fraction int&#233;rioris&#233;e d'agressi-vit&#233;, fraction dont le surmoi s'est empar&#233;. On pourrait, si les mots ne juraient pas les uns avec les autres, parler d'un &#171; besoin inconscient de culpabilit&#233; &#187; et cette qualifi-cation se justifierait au point de vue pratique. Au point de vue th&#233;orique, nous restons encore dans le doute : devons-nous admettre, en effet, que toute l'agressivit&#233;, d&#233;tour-n&#233;e du monde ext&#233;rieur, soit accapar&#233;e par le surmoi et se dresse contre le moi ? Ou bien pouvons-nous consid&#233;rer qu'une partie de cette agressivit&#233; exerce aussi dans le moi et dans le &#231;a, sous la forme d'un instinct de destruction, son &#233;trange, inqui&#233;tante et muette activit&#233; ? L'hypoth&#232;se de la r&#233;partition nous semble &#234;tre la plus vraisem-blable, mais c'est tout ce que nous en pouvons dire. Lors de l'&#233;tablissement du surmoi, la partie de l'agressivit&#233; qui contribue certainement &#224; la formation de cette instance est celle, justement, qui, dirig&#233;e contre les parents, n'avait Pu se manifester au-dehors tant &#224; cause de la fixation libidinale de l'enfant que par suite des difficult&#233;s ext&#233;rieures. Voil&#224; pourquoi la rigueur du surmoi ne correspond pas n&#233;cessairement &#224; la duret&#233; de l'&#233;ducation. il est tr&#232;s possible qu'&#224; chaque occasion ult&#233;rieure de refouler l'agressivit&#233; la pulsion s'engage &#224; nouveau dans la voie qui lui a &#233;t&#233; ouverte &#224; ce moment d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes qui ont un sentiment inconscient de culpabilit&#233; tr&#232;s exag&#233;r&#233; pr&#233;sen-tent au cours du traitement analytique une r&#233;action th&#233;rapeutique n&#233;gative de bien mauvais augure. Quand on leur a fait part de l'&#233;lucidation d'un sympt&#244;me, il ne s'ensuit pas, comme il serait normal, une disparition m&#234;me temporaire de ce sympt&#244;-me, tout au contraire, c'est une aggravation momentan&#233;e et du sympt&#244;me et de la maladie qui se produit. Il suffit souvent de f&#233;liciter ces malades de leur comporte&#172;ment durant la cure ou de leur dire quelques paroles encourageantes au sujet des progr&#232;s de l'analyse pour voir leur &#233;tat empirer. Un profane dirait qu'il manque &#224; ces malades &#171; le d&#233;sir de gu&#233;rir &#187;. Aux yeux du psychanalyste, ce comportement d&#233;c&#232;le le sentiment inconscient de culpabilit&#233; que viennent satisfaire les souffrances de la maladie et les obstacles oppos&#233;s par celle-ci. Les probl&#232;mes que pose ce sentiment inconscient de culpabilit&#233;, son rapport avec la morale, la p&#233;dagogie, la criminologie, la d&#233;linquance, offrent actuellement au psychanalyste un champ d'&#233;tudes qu'il pr&#233;f&#232;re &#224; tous les autres. Voici qu'au sortir de l'enfer psychique, nous d&#233;bouchons inopin&#233;&#172;ment sur la place publique. Je ne vous m&#232;nerai pas plus loin, mais avant de vous quitter aujourd'hui, je vais vous communiquer une association d'id&#233;es : nous avons accoutum&#233; de dire que notre civilisation s'est fond&#233;e au d&#233;triment des tendances sexuelles. Certaines de ces tendances ont, en effet, subi le refoulement, d'autres ont &#233;t&#233; utilis&#233;es pour de nouvelles fins. Malgr&#233; toute la fiert&#233; que nous inspirent les progr&#232;s de la civilisation, nous avons avou&#233; qu'il &#233;tait bien difficile d'ob&#233;ir &#224; toutes ses exigences et de vivre &#224; l'aise dans son sein ; n'est-ce pas une lourde t&#226;che que de comprimer ses instincts ? Ce que nous avons dit des instincts sexuels s'applique mieux encore peut-&#234;tre aux instincts d'agression. Ces derniers rendent la vie en commun bien difficile et la menacent m&#234;me. Le premier et saris doute le plus p&#233;nible sacrifice que la soci&#233;t&#233; exige de l'individu, c'est celui de son agressivit&#233; qu'il est oblig&#233; de restreindre. Nous avons pu voir de quelle mani&#232;re ing&#233;nieuse s'effectuait cet &#233;crasement du rebelle. La formation du surmoi qui attire &#224; lui les dangereuses tendances agressives &#233;quivaut, pour ainsi dire, &#224; l'installation de troupes dans l'endroit o&#249; la s&#233;dition menace. Mais, d'autre part, au point de vue purement psychologique, il faut bien reconna&#238;tre que le moi n'est pas du tout &#224; l'aise quand il se voit ainsi sacrifi&#233; aux besoins de la soci&#233;t&#233;, quand il est contraint de se soumettre aux tendances des&#172;tructrices, &#224; cette agressivit&#233; qu'il e&#251;t voulu lui-m&#234;me utiliser contre autrui. C'est l&#224; une application &#224; la vie psychique de ce dilemme qui domine la vie organique : manger ou &#234;tre mang&#233;. Heureusement les pulsions agressives ne sont jamais isol&#233;es, mais toujours alli&#233;es aux pulsions &#233;rotiques, et c'est &#224; ces derni&#232;res qu'incombe, dans la civilisation cr&#233;&#233;e par les hommes, le r&#244;le de mod&#233;ratrices et. de protectrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me conf&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;minit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, tout en me pr&#233;parant &#224; vous parler, je ne cesse de lutter contre une difficult&#233; int&#233;rieure et je ne me sens, en quelque sorte, Pas S&#251;r de mon bon droit. La psychanalyse s'est, il est vrai, transform&#233;e et enrichie au cours de ces quinze ann&#233;es de travail et cependant une introduction &#224; la psychanalyse pouvait bien n'&#234;tre ni remani&#233;e, ni compl&#233;t&#233;e. Je me demande si mes conf&#233;rences ont r&#233;ellement quelque raison d'&#234;tre : en effet, je n'ai rien &#224; dire et encore moins &#224; apprendre aux psycha-nalystes, mais &#224; vous autres, je r&#233;v&#232;le trop de choses, des choses que vous n'&#234;tes Pas en &#233;tat de comprendre et qui ne sont pas faites pour vous. Afin de m'en excuser, j'ai invoqu&#233; pour chacune de mes conf&#233;rences un motif diff&#233;rent. La premi&#232;re traitait de la th&#233;orie du r&#234;ve et avait pour but de vous plonger d'un seul coup dans l'atmosph&#232;re analytique tout en vous montrant la solidit&#233; de nos conceptions. La seconde avait pour objet les rapports du r&#234;ve avec l'occultisme et elle me fournit l'occasion de vous parler librement de travaux &#224; propos desquels se livre aujourd'hui une lutte acharn&#233;e entre des partisans farcis de pr&#233;jug&#233;s et d'ardents adversaires. J'ai pu esp&#233;rer que vous me suivriez sur ce terrain, vous que l'exemple de la psychanalyse a rendus tol&#233;rants. La troisi&#232;me conf&#233;rence sur les diverses instances de la personnalit&#233; vous a sans doute co&#251;t&#233; les plus grands efforts, le sujet trait&#233; &#233;tant fort insolite. Il m'a cependant &#233;t&#233; impossible de vous &#233;pargner ce premier addendum &#224; une psychologie du moi et, si les donn&#233;es en avaient &#233;t&#233; connues il y a quinze ans, je vous en aurais parl&#233; d&#232;s cette &#233;poque. Enfin la derni&#232;re conf&#233;rence, tr&#232;s difficile &#224; suivre, je n'en doute pas, a apport&#233; de n&#233;cessaires rectifications et montr&#233; de quelle mani&#232;re on tentait mainte&#172;nant de r&#233;soudre les probl&#232;mes les plus importants. Mon introduction n'aurait servi qu'&#224; vous &#233;garer si je m'&#233;tais tu sur ce point. Vous le voyez, quand on essaie de s'excuser, on finit par s'apercevoir que rien de ce qu'on a fait n'&#233;tait &#233;vitable ; je vous demande d'en prendre votre parti comme je le fais moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conf&#233;rence ne devrait pas non plus trouver place dans une introduction, mais j'ai, pour vous la faire, plusieurs motifs valables : d'abord elle vous fournira un &#233;chantillon de travail analytique d&#233;taill&#233;, ensuite elle ne vous apportera que des faits d'observation o&#249; la sp&#233;culation n'a, pour ainsi dire, aucune part, enfin elle traitera d'un sujet qui, plus que tout autre, sans doute, est capable de vous int&#233;resser. Les hommes ont de tout temps m&#233;dit&#233; sur le probl&#232;me de la f&#233;minit&#233;. Heine (La Mer du Nord) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#234;tes &#224; bonnets couverts d'hi&#233;roglyphes,&lt;br class='autobr' /&gt;
T&#234;tes &#224; turbans ou bien &#224; barrettes noires,&lt;br class='autobr' /&gt;
T&#234;tes &#224; perruques ou mille autres encore,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pauvres t&#234;tes suantes des hommes ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la f&#233;minit&#233; vous pr&#233;occupe puis. que vous &#234;tes hommes. Pour les femmes qui se trouvent parmi vous, la question ne se pose pas puisqu'elles sont elles-m&#234;mes l'&#233;nigme dont nous parlons. En rencontrant un &#234;tre humain, vous voyez imm&#233;diatement s'il est homme ou femme, c'est m&#234;me la premi&#232;re chose qui vous frappe en lui et vous &#234;tes habitu&#233;s &#224; faire, avec une extr&#234;me assurance, cette distinc-tion. Or, la science anatomique ne se montre que sur un seul point aussi affirmative que vous. Ce qui est m&#226;le, nous enseigne-t-elle, c'est l'&#233;l&#233;ment sexuel m&#226;le, le sper-matozo&#239;de et son contenant ; ce qui est f&#233;minin, c'est l'ovule et l'organisme qui abrite celui-ci. Certains organes qui servent uniquement aux fonctions sexuelles se sont form&#233;s dans chacun des deux sexes, ils repr&#233;sentent probablement deux moda&#172;lit&#233;s diff&#233;rentes d'une seule disposition. En outre, les autres organes, la conformation du corps et des tissus sont influenc&#233;s par le sexe, mais ces caract&#232;res sexuels dits secon-daires sont inconstants, variables. Enfin la science vous apprend un fait inattendu et bien propre &#224; jeter la confusion dans vos sentiments. Elle vous fait observer que certaines parties de l'appareil sexuel m&#226;le se trouvent aussi chez la femme et inverse-ment. Elle voit dans ce fait la preuve d'une double sexualit&#233;, d'une bisexualit&#233;, comme si l'individu n'&#233;tait pas franchement m&#226;le ou femelle, mais bien les deux &#224; la fois, l'un des caract&#232;res pr&#233;valant toujours sur l'autre. Soyez persuad&#233;s que la propor&#172;tion de masculinit&#233; et de f&#233;minit&#233; est, chez chaque individu, &#233;minemment variable. N&#233;anmoins, sauf en quelques cas extr&#234;mement rares, il n'y a chez un &#234;tre qu'une seule sorte de produits sexuels : ovule ou sperme. Tout cela, certes, est bien embarrassant et vous allez &#234;tre amen&#233;s &#224; conclure que la virilit&#233; ou la f&#233;minit&#233; sont attribuables &#224; un caract&#232;re inconnu que l'anatomie ne parvient pas &#224; saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychologie alors sera-t-elle capable de r&#233;soudre ce probl&#232;me ? Nous sommes habitu&#233;s &#224; consid&#233;rer certaines particularit&#233;s psychiques comme viriles ou bien f&#233;minines en transf&#233;rant &#233;galement de la sorte, au domaine psychique, la bisexualit&#233;. Nous disons d'une personne, m&#226;le ou femelle, qu'elle s'est comport&#233;e virilement en telle circonstance, f&#233;mininement en telle autre ; mais vous reconna&#238;trez bient&#244;t que nous ne faisons ainsi que t&#233;moigner notre respect de l'anatomie et de la convention. La distinction &#233;tablie n'est pas d'ordre psychologique. En g&#233;n&#233;ral, vous employez le mot &#171; viril &#187; dans le sens d' &#171; actif &#187; et le mot &#171; f&#233;minin &#187; dans le sens de &#171; passif &#187;, non sans raison d'ailleurs. La cellule sexuelle m&#226;le est active, mobile, elle va au-devant de la cellule f&#233;minine, l'ovule immobile et passif. Du reste, le comportement des individus m&#226;le et femelle durant les rapports sexuels est calqu&#233; sur celui des organismes sexuels &#233;l&#233;mentaires. Le m&#226;le pourchasse la femelle qu'il convoite, il la saisit et p&#233;n&#232;tre en elle. Mais vous r&#233;duisez ainsi, au point de vue psychologique, le caract&#232;re de la masculinit&#233; au seul facteur de l'agression. Il n'est pas s&#251;r que vous ayez trouv&#233;, ce faisant, quelque chose d'essentiel : en effet, vous vous souviendrez de ce que, chez certains animaux, les femelles sont plus, fortes et plus agressives que les m&#226;les, ceux-ci ne se montrant actifs que durant le seul acte de l'union sexuelle. C'est ainsi que les choses se passent chez les araign&#233;es, par exemple. Et le fait de couver, de soigner les petits, fonctions qui nous paraissent sp&#233;cifiquement f&#233;minines, ne sont pas forc&#233;ment, chez les animaux, l'apanage du sexe f&#233;minin. Chez certains animaux sup&#233;rieurs, m&#226;les et femelles se partagent les soins &#224; donner aux petits, parfois m&#234;me c'est le m&#226;le seul qui s'y consacre. En ce qui concerne la vie sexuelle humaine, vous vous apercevez rapidement qu'il ne suffit pas de caract&#233;riser le comportement mascu-lin par l'activit&#233; et le comportement f&#233;minin par la passivit&#233;. La m&#232;re est, &#224; tous points de vue, active vis-&#224;-vis de l'enfant et quand vous parlez de l'allaitement, vous pouvez dire qu'elle fait t&#233;ter l'enfant ou bien que l'enfant la t&#232;te. D'ailleurs plus vous vous &#233;loignez du domaine sexuel proprement dit et mieux vous vous rendez compte de votre erreur de raisonnement analogique. Certaines femmes, avec lesquelles seuls des hommes capables de se montrer passivement dociles arrivent &#224; s'entendre, peuvent d&#233;ployer, en bien des domaines, une activit&#233; d&#233;bordante. Peut-&#234;tre me ferez-vous observer que ces faits prouvent justement la bisexualit&#233; psychique des hommes et des femmes. C'est qu'alors vous &#234;tes fermement convaincus de ce que la passivit&#233; co&#239;ncide avec la f&#233;minit&#233; et l'activit&#233; avec la virilit&#233; ; or, je crois que vous avez tort et que cette conception est erron&#233;e et inutile, car elle ne saurait rien nous apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre pourrait-on dire que la f&#233;minit&#233; se caract&#233;rise, au sens psychologique, par un penchant vers des buts passifs, ce qui n'est pas la m&#234;me chose que de parler de passivit&#233;. En effet, il est quelquefois n&#233;cessaire de d&#233;ployer une grande activit&#233; pour atteindre des buts passifs. Il est possible qu'il existe chez la femme, du fait de son r&#244;le dans la fonction sexuelle, une tendance plus marqu&#233;e aux comportements et aux buts passifs, tendance qui s'accentue ou s'att&#233;nue suivant que ce caract&#232;re exemplaire de la vie sexuelle est, dans chaque cas, plus ou moins &#233;tendu ou limit&#233;. Gardons-nous cependant de sous-estimer l'influence de l'organisation sociale qui, elle aussi, tend &#224; placer la femme dans des situations passives. Tout cela reste encore tr&#232;s obscur. Ne n&#233;gligeons pas non plus le rapport particuli&#232;rement constant qui existe entre la f&#233;mi-nit&#233; et la vie pulsionnelle. Les r&#232;gles sociales et sa constitution propre contraignent la femme &#224; refouler ses instincts agressifs, d'o&#249; formation de tendances fortement masochiques qui r&#233;ussissent &#224; &#233;rotiser les tendances destructrices dirig&#233;es vers le dedans. Le masochisme est donc bien, ainsi qu'on l'a dit, essentiellement f&#233;minin. Mais alors, quand vous rencontrerez des hommes masochiques (et il n'en manque gu&#232;re), vous en serez r&#233;duits &#224; d&#233;clarer qu'ils pr&#233;sentent dans leur caract&#232;re des c&#244;t&#233;s nettement f&#233;minins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi vous voil&#224; pr&#234;ts &#224; reconna&#238;tre que la psychologie elle-m&#234;me ne nous donne pas la cl&#233; du myst&#232;re de la f&#233;minit&#233;. Sans doute la lumi&#232;re nous viendra-t-elle d'ailleurs, mais seulement apr&#232;s que nous aurons appris comment se produit la diff&#233;renciation en deux sexes des &#234;tres vivants, processus dont nous ignorons tout. Et pourtant la dualit&#233; des sexes est un caract&#232;re fort surprenant de la vie organique, un caract&#232;re qui diff&#233;rencie nettement celle-ci de la nature inanim&#233;e. Cependant les individus qui, du fait de leurs organes g&#233;nitaux f&#233;minins, sont caract&#233;ris&#233;s par, leur f&#233;minit&#233; nous offrent d&#233;j&#224; un vaste champ d'&#233;tudes. Il appartient &#224; la psychanalyse non pas de d&#233;crire ce qu'est la femme - t&#226;che irr&#233;alisable, - mais de rechercher com-ment l'enfant &#224; tendances bisexuelles devient une femme. En ces derni&#232;res ann&#233;es, beaucoup de nos excellentes &#171; cons&#339;urs &#187; ont tent&#233; d'&#233;tudier cette question, au cours des analyses, ce qui nous a &#233;clair&#233;s sur plusieurs points. Gr&#226;ce &#224; la diff&#233;rence des sexes, nos discussions &#224; propos de la f&#233;minit&#233; furent assez piquantes, car chaque fois qu'un parall&#232;le semblait devoir &#234;tre d&#233;favorable &#224; leur sexe, ces dames nous soup&#231;onnaient, nous analystes m&#226;les, d'&#234;tre farcis de pr&#233;jug&#233;s profond&#233;ment ancr&#233;s qui nous emp&#234;chaient d'y voir clair et de nous montrer impartiaux en tout ce qui concerne la f&#233;minit&#233;. En revanche, nous pouvions facilement &#233;viter toute impolitesse en demeurant sur le terrain de la bi-sexualit&#233;. Nous n'avions qu'&#224; dire : &#171; Mais voyons ! cela ne vous concerne nullement. Vous savez bien qu'&#224; ce point de vue vous &#234;tes une exception, plus virile que f&#233;minine ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut nous attendre &#224; faire deux constatations dans notre &#233;tude de la sexualit&#233;. En premier lieu, nous observerons que la constitution, ici encore, ne se plie pas sans r&#233;sistance &#224; la fonction et en second lieu que les tournants d&#233;cisifs sont pr&#233;par&#233;s ou franchis d&#232;s avant la pubert&#233;. Voil&#224; ce qui confirme notre attente. En mettant en parall&#232;le les d&#233;veloppements du gar&#231;onnet et de la fillette, nous trouvons que cette derni&#232;re doit, pour devenir une femme normale, subir une &#233;volution plus p&#233;nible et plus compliqu&#233;e et surmonter deux difficult&#233;s qui n'ont pas leurs &#233;quivalents cher le gar&#231;on. Prenons les choses &#224; leur d&#233;but. Certes, nul besoin du concours de la psychanalyse pour trouver que le mat&#233;riel est diff&#233;rent chez le gar&#231;on et chez la fille. .La diff&#233;rence de conformation des organes g&#233;nitaux s'accompagne d'autres signes corporels distinctifs trop connus pour qu'il soit n&#233;cessaire de les citer ici. Dans la disposition pulsionnelle &#233;galement, certaines diff&#233;rences permettent de deviner ce que sera plus tard l'&#234;tre f&#233;minin. La petite fille s'av&#232;re, en g&#233;n&#233;ral, moins agressive, moins opini&#226;tre, moins infatu&#233;e d'elle-m&#234;me et aussi plus avide de tendresse, plus docile et plus d&#233;pendante que le petit gar&#231;on. On lui enseigne plus ais&#233;ment et plus vite &#224; ma&#238;triser ses fonctions excr&#233;mentielles, ce qui n'est, sans doute, qu'une cons&#233;&#172;quence de la docilit&#233; ; l'urine et les f&#232;ces sont les premiers cadeaux que fait l'enfant aux personnes qui le soignent : en apprenant &#224; l'enfant &#224; ma&#238;triser ses fonctions excr&#233;mentielles, c'est une premi&#232;re victoire qu'on remporte sur les pulsions infantiles. Il semble qu'&#224; &#226;ge &#233;gal la fillette soit plus intelligente, plus vive que le gar&#231;onnet, mieux dispos&#233;e aussi &#224; l'&#233;gard du monde ext&#233;rieur et qu'elle subisse, en m&#234;me temps, un plus fort investissement objectal. J'ignore si ces observations se sont trouv&#233;es confirm&#233;es par des d&#233;terminations pr&#233;cises, mais il reste, en tout cas, bien &#233;tabli que la fillette ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e, au point de vue intellectuel, comme une arri&#233;r&#233;e. Toutefois, ces diff&#233;rences sexuelles ne sont ici pas tr&#232;s importantes, elles peuvent &#234;tre effac&#233;es par des variations individuelles et nous sommes en droit de les n&#233;gliger en ce qui concerne le but imm&#233;diat que nous poursuivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus des deux sexes semblent traverser de la m&#234;me mani&#232;re les premiers stades de la libido. Contre toute attente, la petite fille, au stade sadique-anal, ne t&#233;moigne pas de moins d'agressivit&#233; que le petit gar&#231;on. L'analyse des jeux d'enfants a montr&#233; &#224; nos analystes femmes que les impulsions agressives de la fillette ne sont ni les moins vives ni les moins nombreuses. D&#232;s le d&#233;but de la phase phallique, les similitudes sont infiniment plus marqu&#233;es que les divergences. Nous devons admettre que la petite fille est alors un petit homme. Parvenu &#224; ce stade, on le sait, le gar&#231;onnet apprend &#224; se procurer, gr&#226;ce &#224; son petit p&#233;nis, de voluptueuses sensations et cette excitation est en rapport avec certaines repr&#233;sentations de rapports sexuels. La fillette se sert, dans le m&#234;me but, de son clitoris plus petit encore. Il semble que chez elle tous les actes masturbatoires int&#233;ressent cet &#233;quivalent du p&#233;nis et que, pour les deux sexes, le vagin, essentiellement f&#233;minin, ne soit pas encore d&#233;couvert. D'aucuns par-lent, il est vrai, de sensations vaginales pr&#233;coces, mais il semble assez malais&#233; de diff&#233;rencier celles-ci des sensations anales ou vestibulaires et elles ne sauraient, en nul cas, jouer un grand r&#244;le. Nous pouvons &#234;tre certains que, durant la phase phalli&#172;que, c'est bien le clitoris qui constitue la zone &#233;rog&#232;ne pr&#233;pond&#233;rante. Mais cet &#233;tat n'est pas stationnaire : &#224; mesure que se forme la f&#233;minit&#233;, le clitoris doit c&#233;der tout ou partie de sa sensibilit&#233; et par l&#224; de son importance, au vagin. C'est l&#224; justement une des deux difficult&#233;s que la femme est oblig&#233;e de surmonter pendant son &#233;volution, tandis que l'homme, plus favoris&#233;, n'a qu'&#224; continuer durant sa maturit&#233; sexuelle ce qu'il a &#233;bauch&#233; pendant la p&#233;riode de sa premi&#232;re &#233;closion sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons plus tard sur le r&#244;le du clitoris. Occupons-nous maintenant de la seconde difficult&#233; &#224; vaincre au cours de l'&#233;volution. Le premier objet d'amour du gar&#231;onnet, c'est sa m&#232;re &#224; laquelle il demeure fix&#233; pendant la formation du complexe d'Oedipe et, en somme, pendant toute la vie. Pour les filles aussi le premier objet, c'est la m&#232;re ou les personnes qui la remplacent : nourrice, bonne d'enfants, etc. Les premiers investissements objectaux d&#233;coulent de la satisfaction des besoins vitaux essentiels, les soins &#233;tant identiques pour les enfants des deux sexes. Toutefois, dans la situation &#339;dipienne, la fille reporte son amour sur son p&#232;re et elle doit, quand l'&#233;volution s'op&#232;re normalement, passer de l'objet paternel au choix objectal d&#233;finitif. Elle se voit ainsi contrainte de changer et de zone &#233;rog&#232;ne et d'objet. Demandons-nous d&#232;s lors comment s'effectue cette transformation, pourquoi la fille, primitive&#172;ment attach&#233;e &#224; sa m&#232;re, s'attache ensuite &#224; son p&#232;re, en d'autres termes, comment elle &#233;volue de la phase virile vers la phase f&#233;minine &#224; laquelle elle est biologiquement destin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout cela nous para&#238;trait simple si nous pouvions seulement admettre qu'&#224; partir d'un &#226;ge d&#233;termin&#233; l'attirance vers le sexe oppos&#233; se manifeste et qu'elle pousse la petite fille vers l'homme et, en vertu de la m&#234;me loi, le petit gar&#231;on vers sa m&#232;re ! On serait tent&#233; de croire que les enfants n'ont qu'&#224; suivre le chemin qui leur est trac&#233; par pr&#233;f&#233;rence sexuelle accord&#233;e aux parents. Mais la r&#233;alit&#233; n'est pas aussi simple et nous doutons m&#234;me de l'existence de cette force myst&#233;rieuse, ind&#233;composable analytiquement, dont les po&#232;tes parlent tant. De p&#233;nibles recherches nous ont fourni des donn&#233;es bien diff&#233;rentes pour lesquelles, heureusement, le mat&#233;riel n'est pas rare. Vous savez certainement qu'un grand nombre de femmes demeurent tr&#232;s longtemps tendrement attach&#233;es &#224; l'objet paternel, voire au p&#232;re lui-m&#234;me. En observant celles qui restent si intens&#233;ment et si durablement fix&#233;es, nous avons pu faire de bien surprenantes constatations. Nous savions qu'il y avait eu au d&#233;but une phase de fixation &#224; la m&#232;re, mais nous n'en soup&#231;onnions ni l'importance, ni la dur&#233;e, ni les cons&#233;quences : fixations, dispositions. Le p&#232;re n'est alors consid&#233;r&#233; que comme un rival g&#234;nant ; en certains cas, la fixation &#224; la m&#232;re persiste encore au-del&#224; de la quatri&#232;me ann&#233;e. Durant cette phase, tout ce qui se retrouvera plus tard dans la situation oedipienne existe d&#233;j&#224; et n'est ensuite que transf&#233;r&#233; &#224; la personne du p&#232;re. Bref, nous pouvons nous assurer qu'il est impossible de comprendre la femme si l'on n&#233;glige cette phase de fixation pr&#233;&#339;dipienne &#224; la m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voudrions maintenant savoir en quoi consistent ces sentiments libidinaux de la fille pour sa m&#232;re : ils sont multiples, persistent pendant les trois phases de la sexualit&#233; infantile et prennent les caract&#232;res de chacune d'elles en s'exprimant par des d&#233;sirs oraux, sadiques anaux et phalliques. Ces d&#233;sirs traduisent des &#233;motions actives ou passives et si l'on vient &#224; les rapporter &#224; la diff&#233;renciation ult&#233;rieure des sexes (ce qu'il convient d'ailleurs d'&#233;viter autant que possible), on est en droit de les qualifier soit de virils, soit de f&#233;minins. En outre, tr&#232;s ambivalents, ils sont &#224; la fois tendres et agressivement hostiles. Souvent les d&#233;sirs hostiles ne surgissent qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; transform&#233;s en repr&#233;sentations angoissantes. Il n'est pas toujours facile de formuler en quoi consistent ces d&#233;sirs sexuels. Celui d'entre eux qui est le plus nettement perceptible, c'est le d&#233;sir de faire un enfant &#224; sa m&#232;re et d'en avoir un d'elle ; ces deux d&#233;sirs datent de la p&#233;riode phallique et leur pr&#233;sence, toute surprenante qu'elle soit, nous est prouv&#233;e de fa&#231;on formelle par l'observation analytique. L'attrait de ces recherches est d&#251; &#224; la singularit&#233; des d&#233;couvertes qu'elles nous permettent de faire. On peut ainsi constater, par exemple, que la crainte d'&#234;tre assassin&#233; ou empoisonn&#233;, germe d'une maladie parano&#239;aque ult&#233;rieure, date de cette &#233;poque pr&#233;&#339;dipienne et se rapporte &#224; la m&#232;re. Citons un autre cas encore : souvenez-vous d'un int&#233;ressant &#233;piso-de tir&#233; de l'histoire de ces investigations psychanalytiques qui m'ont fait passer tant d'heures p&#233;nibles. &#192; l'&#233;poque o&#249; l'on s'attachait surtout &#224; d&#233;couvrir les traumatismes sexuels de l'enfance, presque toutes mes patientes me d&#233;claraient avoir &#233;t&#233; s&#233;duites par leur p&#232;re. J'en vins finalement &#224; conclure que ces all&#233;gations &#233;taient fausses et j'appris ainsi que les sympt&#244;mes hyst&#233;riques d&#233;coulaient non de faits r&#233;els, mais de fantasmes. Plus tard seulement, je me rendis compte que ce fantasme de s&#233;duction par le p&#232;re &#233;tait, chez la femme, l'expression du complexe d'Oedipe typique. Dans l'his-toire pr&#233;&#339;dipienne de la fillette on retrouve aussi ce fantasme de s&#233;duction, mais c'est alors la m&#232;re qui est la s&#233;ductrice. Ici le fantasme c&#244;toie la r&#233;alit&#233;, car ce fut vraiment la m&#232;re qui provoqua, &#233;veilla m&#234;me peut-&#234;tre, les premi&#232;res sensations g&#233;nitales voluptueuses, et cela en donnant aux enfants les soins corporels n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous allez s&#251;rement me taxer d'exag&#233;ration et penser que les liens qui unissent la petite fille &#224; sa m&#232;re ne sont ni aussi puissants ni aussi nombreux que je le pr&#233;tends. Vous direz que, tout en ayant eu maintes occasions de voir agir des fillettes, vous n'avez jamais constat&#233; rien de pareil. Votre objection n'est pas valable. N'oubliez pas, d'ailleurs, que l'enfant n'est capable ni d'exprimer pr&#233;consciemment ses id&#233;es, ni d'en faire part. Les sujets analys&#233;s chez qui ces processus de d&#233;veloppement ont &#233;t&#233; tr&#232;s marqu&#233;s ou m&#234;me exag&#233;r&#233;s nous permettent d'&#233;tudier justement les traces et les cons&#233;quences des sentiments en question. C'est gr&#226;ce &#224; la pathologie, qui isole et exag&#232;re certains rapports, que nous arrivons &#224; les saisir. Normaux, ils seraient demeu-r&#233;s inconnus. Nous avons le droit de consid&#233;rer comme exacts les r&#233;sultats de nos recherches, puisqu'elles n'ont pas &#233;t&#233; pratiqu&#233;es sur des sujets tr&#232;s anormaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que la forte fixation &#224; sa m&#232;re finit par dispara&#238;tre chez la fillette et nous allons voir comment se produit cette disparition et comment se produit la fixation au p&#232;re. Un fait nous donne la marche &#224; suivre : il ne s'agit pas ici, en effet, d'un simple changement d'objet, mais bien d'une v&#233;ritable transformation qui s'effec-tue sous le signe de l'hostilit&#233; ; l'attachement &#224; la m&#232;re se transformant en haine. Cette haine, parfois tr&#232;s forte, peut subsister toute la vie et &#234;tre, chez certaines, soigneuse-ment surcompens&#233;e. En g&#233;n&#233;ral, tandis qu'une partie de l'hostilit&#233; persiste, l'autre est surmont&#233;e, mais, naturellement, les &#233;v&#233;nements entrent pour beaucoup en ligne de compte. Nous nous contenterons de porter notre attention sur l'&#233;poque o&#249; se produit l'&#233;volution vers le P&#232;re et nous chercherons ce qui a bien pu motiver la haine contre la m&#232;re. Les patientes ne manquent jamais de nous donner une longue liste de r&#233;cri-minations et d'accusations contre leurs m&#232;res. Ces dol&#233;ances d'in&#233;gale valeur sont destin&#233;es &#224; justifier les sentiments hostiles de l'enfant et nous devons nous garder de les n&#233;gliger. Quelques-unes sont d'&#233;videntes rationalisations et la source v&#233;ritable de l'hostilit&#233; reste &#224; chercher. J'esp&#232;re vous int&#233;resser en vous guidant cette fois &#224; travers tous les m&#233;andres d'une investigation analytique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus ancien en date des m&#233;faits reproch&#233;s &#224; la m&#232;re c'est d'avoir donn&#233; trop peu de lait &#224; son enfant et montr&#233; ainsi qu'elle ne l'aimait pas assez. Ce grief, &#224; dire vrai, est assez souvent bien fond&#233; quand il s'agit de nos familles. Les m&#232;res, lorsqu'elles n'ont pas suffisamment de lait, ce qui n'est pas rare, se contentent d'allaiter l'enfant pendant peu de temps, six &#224; neuf mois. Chez les peuplades primitives, les enfants t&#232;tent le sein maternel jusqu'&#224; l'&#226;ge de deux ou trois ans. Le personnage de la nourrice se confond souvent avec celui de la m&#232;re ; dans le cas contraire, il est fait grief &#224; la m&#232;re d'avoir trop t&#244;t renvoy&#233; une nourrice qui allaitait volontiers l'enfant. Toutefois, ces reproches sont si fr&#233;quents que nous doutons qu'ils soient chaque fois m&#233;rit&#233;s. Nous sommes plut&#244;t enclins &#224; croire que l'enfant garde de son premier aliment une faim inapaisable et qu'il ne se console jamais de la perte du sein maternel. Nous avons dit que les femmes primitives continuaient &#224; allaiter leurs enfants alors que ceux-ci &#233;taient d&#233;j&#224; capables de marcher et de parler. Or, je crois que s'il m'arrivait d'analyser l'un de ces primitifs, je l'entendrais certainement formuler les m&#234;mes griefs. La crainte de l'empoisonnement est probablement en corr&#233;lation avec la priva&#172;tion du sein maternel. Le poison est un aliment qui rend malade. Peut-&#234;tre l'enfant attribue-t-il ses premi&#232;res maladies &#224; la privation dont nous venons de parler. En effet, croire au hasard, c'est t&#233;moigner d&#233;j&#224; d'un certain degr&#233; de culture ; aux yeux du primitif, de l'&#234;tre inculte, de l'enfant, tout ce qui advient est motiv&#233; ; ce motif, primitivement, devait &#234;tre d'ordre animiste. De nos jours encore, dans certaines classes de la population, les gens ne croient jamais &#224; la mort naturelle et c'est en g&#233;n&#233;ral le m&#233;decin qui est responsable. La r&#233;action n&#233;vrotique qui se produit toujours au d&#233;c&#232;s d'un proche n'est autre chose qu'une auto-accusation, le reproche qu'on adresse &#224; soi-m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; cause de cette mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La naissance d'un autre enfant, voil&#224; encore un motif de reproche, mais ce motif-l&#224; se confond souvent avec celui de la privation orale. La m&#232;re n'a plus voulu ou n'a plus &#233;t&#233; capable de nourrir son a&#238;n&#233; parce qu'elle avait besoin de cet aliment pour le dernier-n&#233;. Dans le cas o&#249; la lactation est compromise par une nouvelle grossesse, quand les deux enfants sont d'&#226;ge tr&#232;s rapproch&#233;, ce grief s'av&#232;re bien fond&#233; et, chose remarquable, l'enfant, m&#234;me quand il n'a que Il mois de plus que le nouveau-n&#233;, n'est pas trop jeune pour prendre conscience du fait. L'enfant voue ainsi &#224; l'intrus, au rival, une haine jalouse. Le nouveau venu n'a-t-il pas d&#233;tr&#244;n&#233;, vol&#233;, d&#233;poss&#233;d&#233; son a&#238;n&#233; ? Et la rancune est tenace aussi contre la m&#232;re infid&#232;le qui partage entre les deux enfants son lait et ses soins. Tous ces sentiments se traduisent bien souvent par une modifi-cation f&#226;cheuse du comportement. L'enfant devient &#171; m&#233;chant &#187;, grincheux, indocile, et fait marche arri&#232;re en ne ma&#238;trisant plus ses fonctions excr&#233;mentielles. Tout cela est connu et admis depuis longtemps d&#233;j&#224;, mais nous nous figurons mai l'intensit&#233; de ces &#233;motions jalouses et le r&#244;le immense qu'elles jouent dans l'&#233;volution ult&#233;rieure. Et s'il na&#238;t d'autres enfants, la jalousie est raviv&#233;e et l'&#233;motion se renouvelle chaque fois avec la m&#234;me intensit&#233;. Ce fait n'est gu&#232;re modifi&#233; quand l'enfant demeure le pr&#233;f&#233;r&#233; de sa m&#232;re, car l'amour du petit &#234;tre n'a pas de bornes, exige l'exclusivit&#233; et n'admet nul partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;sirs sexuels de l'enfant se modifient suivant les divers stades de la libido ; impossibles &#224; satisfaire, en g&#233;n&#233;ral, ils fournissent maints pr&#233;textes &#224; l'apparition d'hostilit&#233; vis-&#224;-vis de la m&#232;re. Le renoncement capital se produit &#224; la p&#233;riode phalli-que, quand la m&#232;re vient &#224; interdire la masturbation, source de volupt&#233; &#224; laquelle elle a elle-m&#234;me induit l'enfant. Cette interdiction s'accompagne souvent de tous les indices d'un vif m&#233;contentement et aussi de s&#233;v&#232;res menaces ; ces motifs suffisent, pensera-t-on, &#224; expliquer pourquoi la fillette se d&#233;tache de sa m&#232;re. La nature m&#234;me de la sexualit&#233; infantile, l'exc&#232;s des exigences amoureuses, l'impossibilit&#233; de satisfaire des d&#233;sirs sexuels, voil&#224; ce qui provoque in&#233;luctablement cette volte-face. Peut-&#234;tre pensera-t-on que ce lien est appel&#233; &#224; dispara&#238;tre du fait justement qu'il est le premier, car les investissements objectaux pr&#233;coces sont toujours extr&#234;mement ambivalents et l'amour puissant ne manque jamais de s'accompagner d'une forte tendance agressive. Les d&#233;ceptions amoureuses, les renoncements seront d'autant plus sensibles &#224; l'enfant qu'il aura aim&#233; avec plus de passion. Finalement, l'hostilit&#233; accumul&#233;e doit l'emporter sur l'amour. On peut aussi nier l'ambivalence primitive des investissements amoureux et d&#233;montrer que l'irr&#233;m&#233;diable disparition de l'amour infantile est due, justement, &#224; la nature particuli&#232;re du rapport m&#232;re-enfant, l'&#233;ducation la plus indulgente ne pou&#172;vant qu'exercer une contrainte et imposer certaines restrictions. Toute atteinte &#224; sa libert&#233; provoque chez l'enfant une r&#233;action qui se manifeste par la tendance &#224; la r&#233;volte et &#224; l'agression. Je crois que la discussion de ces &#233;ventualit&#233;s serait tr&#232;s int&#233;ressante si certaine objection ne nous venait alors &#224; l'esprit. En effet, les rejets, les d&#233;ceptions amoureuses, la jalousie, la s&#233;duction suivie de d&#233;fense, tout cela se retrouve aussi dans les relations du gar&#231;onnet avec sa m&#232;re sans qu'il s'ensuive pour cela d'abandon de l'objet maternel. C'est donc qu'il y a chez la fillette un facteur sp&#233;cifique qui se manifeste autrement ou qui ne se manifeste pas chez le gar&#231;on. Tant que nous ne connaissons pas la nature dudit facteur, nous ne comprenons pas com&#172;ment la fille arrive &#224; se d&#233;tacher de sa m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or je crois que nous avons d&#233;couvert ce facteur sp&#233;cifique l&#224; justement o&#249; nous nous attendions &#224; le trouver, mais sous une forme un peu surprenante. A l'endroit pr&#233;vu, c'est-&#224;-dire dans le complexe de castration. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce qu'une diff&#233;-rence anatomique ait des r&#233;percussions psychiques. Ce qui nous sembla &#233;trange, ce fut de constater que la fille en voulait &#224; sa m&#232;re de ne lui avoir pas donn&#233; de p&#233;nis et qu'elle l'en tenait pour responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez que nous attribuons &#224; la femme aussi un complexe de castration, naturellement diff&#233;rent de celui du gar&#231;on. Le complexe de castration du gar&#231;on appara&#238;t &#224; l'&#233;poque o&#249; ce dernier constate, en voyant des organes g&#233;nitaux f&#233;minins, que le membre viril, si pr&#233;cieux &#224; ses yeux, ne fait pas n&#233;cessairement partie du corps. Il se souvient alors des menaces qu'on lui fit quand on le surprit en flagrant d&#233;lit de masturbation et il commence &#224; redouter l'ex&#233;cution de ces menaces, subissant ainsi la peur de la castration qui devient d&#232;s lors le moteur le plus puissant de son &#233;volution ult&#233;rieure. Le complexe de castration de la fillette na&#238;t aussi &#224; la vue des organes g&#233;nitaux de l'autre sexe. Elle s'aper&#231;oit imm&#233;diatement de la diff&#233;rence et en comprend aussi, il faut l'avouer, toute l'importance. Tr&#232;s sensible au pr&#233;judice qui lui a &#233;t&#233; fait, elle voudrait bien, elle aussi, c avoir un machin comme &#231;a &#187;. L'envie du p&#233;nis s'empare d'elle, envie qui laissera dans son &#233;volution, dans la formation de son caract&#232;re, des traces ineffa&#231;ables. Dans les cas les plus favorables, cette convoitise ne peut &#234;tre r&#233;prim&#233;e sans le d&#233;ploiement d'un grand effort psychique. La fillette, quand elle d&#233;couvre son d&#233;savantage, ne se r&#233;signe pas facilement : au contraire, longtemps encore elle esp&#232;re se trouver un jour pourvue d'un p&#233;nis et cet espoir persiste parfois tr&#232;s tardivement. Quand enfin la connaissance de la r&#233;alit&#233; lui a fait perdre toute esp&#233;rance de voir se r&#233;aliser son d&#233;sir, l'analyse montre encore que ce dernier est demeur&#233; vivace dans l'inconscient et qu'il conserve toujours une charge &#233;nerg&#233;tique notable. Parmi les mobiles capables d'inciter la femme adulte &#224; se faire analyser, il faut compter le d&#233;sir de poss&#233;der enfin le p&#233;nis. Le bien qu'elle attend raisonnable&#172;ment du traitement, par exemple la possibilit&#233; d'exercer quelque profession intellec&#172;tuelle, n'est souvent qu'une forme sublim&#233;e de ce d&#233;sir refoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir du p&#233;nis a une ind&#233;niable importance. On cite quelquefois comme un exemple d'injustice masculine certain reproche adress&#233; &#224; la femme, &#224; savoir que l'envie et la jalousie jouent un r&#244;le plus consid&#233;rable dans la vie spirituelle de la femme que dans celle de l'homme. Certes, ces d&#233;fauts se manifestent aussi chez l'homme et peuvent &#234;tre provoqu&#233;s chez la femme par d'autres facteurs que le d&#233;sir du p&#233;nis, mais nous sommes enclins &#224; croire qu'il convient d'en attribuer l'exc&#233;dent &#224; l'influence de cette envie. Certains analystes cherchent &#224; diminuer l'importance qu'a, dans la phase phallique, la premi&#232;re pouss&#233;e du d&#233;sir du p&#233;nis. A leur avis, les reliquats de cette attitude, chez la femme, proviendraient principalement d'une forma&#172;tion secondaire et celle-ci, provoqu&#233;e par quelques conflits ult&#233;rieurs, serait due alors &#224; une r&#233;gression vers ces &#233;mois pr&#233;coces. C'est l&#224; un probl&#232;me d'ordre g&#233;n&#233;ral qu'offre la psychologie abyssale. Dans toutes les attitudes pulsionnelles pathologiques - ou seulement insolites, - par exemple dans toutes les perversions sexuelles, il y a lieu de se demander quels r&#244;les sont respectivement attribuables d'une part &#224; la puis&#172;sance des fixations infantiles pr&#233;coces et, d'autre part, &#224; l'influence des &#233;v&#233;nements et des &#233;volutions ult&#233;rieurs. Presque toujours, il s'agit l&#224; de ces s&#233;ries compl&#233;mentaires que nous a fait conna&#238;tre l'&#233;tiologie des n&#233;vroses. Chacun des deux facteurs ayant sa part de responsabilit&#233; dans l'apparition de la maladie, une diminution de l'un est compens&#233;e par une augmentation de l'autre. En tous cas, ce sont les &#233;mois infantiles qui donnent la directive et qui s'av&#232;rent m&#234;me parfois d&#233;cisifs. Et l'importance du facteur infantile est, j'en suis convaincu, pr&#233;pond&#233;rante en ce qui concerne justement l'envie du p&#233;nis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de la castration marque, dans l'&#233;volution de la fillette, un tournant d&#233;cisif. Trois voies s'offrent alors &#224; elle : la premi&#232;re aboutit &#224; l'inhibition sexuelle ou &#224; la n&#233;vrose, la seconde &#224; une modification du caract&#232;re, &#224; la formation d'un com&#172;plexe de virilit&#233;, la troisi&#232;me enfin, &#224; la f&#233;minit&#233; normale. Ces trois modes de r&#233;action nous sont maintenant assez bien connus. Dans le premier cas, la petite fille, qui avait jusqu'alors v&#233;cu comme un petit gar&#231;on, s'&#233;tait livr&#233;e &#224; la masturbation clitoridienne en associant la satisfaction qu'elle se procurait ainsi &#224; ses d&#233;sirs actifs, d&#233;sirs bien souvent centr&#233;s sur la m&#232;re. Sous l'influence de l'envie du p&#233;nis, elle cesse de trouver son plaisir dans la sexualit&#233; phallique. La comparaison avec le gar&#231;on, mieux partag&#233; qu'elle, blesse son amour-propre et, renon&#231;ant &#224; la jouissance masturbatoire clitori-dienne ainsi qu'&#224; l'amour pour sa m&#232;re, elle arrive souvent &#224; refouler une bonne partie de ses tendances sexuelles. Le d&#233;tachement de la m&#232;re ne se produit pas d'un seul coup, car la fillette consid&#232;re tout d'abord sa mutilation comme un malheur indi-viduel ; c'est plus tard seulement qu'elle s'aper&#231;oit finalement que d'autres &#234;tres f&#233;minins, et parmi eux sa propre m&#232;re, sont semblables &#224; elle-m&#234;me. Or, son amour s'adressait &#224; une m&#232;re phallique et non &#224; une m&#232;re ch&#226;tr&#233;e. Il devient d&#232;s lors possible de s'en d&#233;tourner et de laisser les sentiments hostiles, depuis longtemps accumul&#233;s, prendre le dessus. En r&#233;sum&#233;, le manque de phallus de la femme d&#233;valorise celle-ci aux yeux de la fillette comme &#224; ceux du gar&#231;on et, peut-&#234;tre m&#234;me plus tard, &#224; ceux de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul d'entre vous n'ignore l'importance que nos n&#233;vros&#233;s attachent &#224; leur onanis&#172;me, qu'ils rendent responsable de tous leurs maux ; et c'est &#224; grand-peine que nous parvenons &#224; leur prouver leur erreur. En toute justice nous devrions reconna&#238;tre qu'ils ont raison, car l'onanisme n'est que la manifestation de la sexualit&#233; infantile et c'est justement du fourvoiement de cette sexualit&#233; que les malades en question souffrent. Toutefois les n&#233;vros&#233;s ne mettent en cause que la masturbation de la pubert&#233; let ont totalement oubli&#233; la masturbation pr&#233;coce, seule responsable en r&#233;alit&#233;. Je voudrais pouvoir vous montrer un jour le retentissement que peuvent avoir sur l'&#233;closion d'une n&#233;vrose ult&#233;rieure, et sur la formation du caract&#232;re de chaque individu, la d&#233;couverte ou la non-d&#233;couverte de cette masturbation, la r&#233;action des parents ou leur tol&#233;rance, la r&#233;action du sujet lui-m&#234;me, qu'il parvienne ou non &#224; r&#233;primer son onanisme. Tout cela laisse des traces ind&#233;l&#233;biles. Mais, somme toute, je suis plut&#244;t satisfait de ce que ce long et p&#233;nible travail me soit &#233;pargn&#233;, car, en fin de compte, vous ne manqueriez pas de me plonger dans un cruel embarras en exigeant de moi des conseils d'ordre pratique, en me demandant quelle attitude il convient d'adopter en face de la masturbation des petits enfants, quand on est soit un de leurs parents, soit un de leurs &#233;ducateurs. L'&#233;volution, ici d&#233;crite, de la fillette vous donne un exemple des efforts souvent infructueux que fait l'enfant lui-m&#234;me pour &#233;chapper &#224; la masturbation. Lorsque l'envie du p&#233;nis a provoqu&#233; une vive r&#233;action contre l'onanisme, sans que celui-ci c&#232;de pourtant, la fillette est en proie &#224; une violente lutte int&#233;rieure ; s'attri-buant, pour ainsi dire, le r&#244;le de sa m&#232;re maintenant d&#233;tr&#244;n&#233;e, elle manifeste, par une r&#233;action contre le plaisir que le clitoris lui permet d'&#233;prouver, tout son m&#233;conten&#172;tement d'avoir un organe aussi m&#233;diocre. Bien des ann&#233;es plus tard, alors que l'activit&#233; masturbatoire s'est depuis longtemps &#233;teinte, on retrouve encore les vestiges de cette lutte contre une tentation toujours redout&#233;e : sympathie pour des personnes qu'on pressent &#234;tre en proie aux m&#234;mes difficult&#233;s, motifs auxquels on ob&#233;it en se mariant, choix m&#234;me du mari ou de l'amant. Renoncer &#224; la masturbation n'est vraiment pas un acte indiff&#233;rent ou n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cessant de se livrer &#224; la masturbation clitoridienne, la fillette renonce &#224; une partie de son activit&#233; phallique. La passivit&#233; prend le dessus, le penchant pour le p&#232;re, gr&#226;ce au concours des pulsions instinctuelles, devient pr&#233;dominant, l'activit&#233; phalli&#172;que est supprim&#233;e. Pareil changement survenu au cours de l'&#233;volution doit, vous le voyez, favoriser l'instauration de la f&#233;minit&#233;. Et celle-ci appara&#238;t normale quand le refoulement n'a pas &#233;t&#233; exag&#233;r&#233;. Le d&#233;sir qu'a la fille de son p&#232;re n'est sans doute &#224; l'origine que le d&#233;sir de poss&#233;der un phallus, ce phallus qui lui a &#233;t&#233; refus&#233; par sa m&#232;re et qu'elle esp&#232;re maintenant avoir de son p&#232;re. Toutefois, la situation ne s'&#233;tablit vraiment que lorsque le d&#233;sir du p&#233;nis est remplac&#233; par le d&#233;sir d'avoir un enfant, ce dernier, suivant une vieille &#233;quivalence symbolique, devenant le substitut du p&#233;nis. N'oublions pas que la fillette, d&#232;s la phase phallique encore introubl&#233;e, avait souhait&#233; poss&#233;der un enfant, ce que prouve sa pr&#233;dilection pour les poup&#233;es. Mais ce jeu n'est pas vraiment une manifestation de la f&#233;minit&#233;, il traduit plut&#244;t une identification &#224; la m&#232;re, dans le but de remplacer la passivit&#233; par de l'activit&#233;. La fillette jouait &#224; la poup&#233;e et la poup&#233;e, c'&#233;tait elle-m&#234;me. Elle pouvait faire &#224; l'enfant tout ce que sa m&#232;re lui faisait &#224; elle-m&#234;me. Ce n'est que lorsqu'appara&#238;t le d&#233;sir du p&#233;nis que l'enfant-poup&#233;e devient un enfant du p&#232;re et en arrive ainsi &#224; figurer le but le plus ardemment poursuivi. Quel bonheur quand ce d&#233;sir infantile plus tard se r&#233;alise, surtout si le nouveau-n&#233; est un petit gar&#231;on qui apporte le p&#233;nis tant convoit&#233; ! La femme, en d&#233;sirant avoir un enfant, pense plus souvent &#224; celui-ci qu'au p&#232;re, d&#232;s lors rel&#233;gu&#233; au second plan. Ainsi l'ancien d&#233;sir viril de poss&#233;der un p&#233;nis subsiste m&#234;me quand la f&#233;minit&#233; est le mieux &#233;tablie. Mais ne conviendrait-I pas plut&#244;t de consid&#233;rer ce d&#233;sir du p&#233;nis comme sp&#233;cifiquement f&#233;minin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reportant sur son p&#232;re son d&#233;sir de l'enfant-p&#233;nis, la fillette est parvenue &#224; la situation oedipienne. L'hostilit&#233; d&#233;j&#224; existante contre sa m&#232;re se trouve alors consi-d&#233;rablement renforc&#233;e. Sa m&#232;re devient une rivale, celle &#224; qui le p&#232;re accorde tout ce que la fillette voudrait qu'il lui donn&#226;t &#224; elle. Le complexe d'Oedipe f&#233;minin nous a longtemps dissimul&#233; l'attachement pr&#233;&#339;dipien de la fille &#224; sa m&#232;re, attache&#172;ment si important et qui laisse de si tenaces fixations ! Pour la fillette, la situation &#339;dipienne est l'aboutissement d'une longue et p&#233;nible &#233;volution, une sorte de solution provi&#172;soire, une position de tout repos qu'elle n'abandonnera plus de longtemps, d'autant que le d&#233;but de la p&#233;riode de latence n'est plus tr&#232;s &#233;loign&#233;. Et voil&#224; que nous nous apercevons que dans le rapport du complexe d'Oedipe avec celui de castration, il y a, suivant le sexe, une diff&#233;rence sans doute lourde de cons&#233;quences. Le complexe d'Oedipe qui pousse le gar&#231;on &#224; d&#233;sirer sa m&#232;re, &#224; vouloir &#233;vincer son rival : le p&#232;re, se d&#233;veloppe naturellement durant la phase phallique. Mais la menace de la castration contraint le petit m&#226;le &#224; abandonner cette attitude ; la peur de perdre son p&#233;nis pro-voque la disparition du complexe d'Oedipe qui, dans le cas le plus normal, est enti&#232;rement d&#233;truit. Un surmoi rigoureux lui succ&#232;de. Chez la fillette, c'est &#224; peu pr&#232;s le contraire qui se produit. Le complexe de castration, loin de d&#233;truire le complexe d'Oedipe, en favorise le maintien ; le d&#233;sir du p&#233;nis pousse la fillette &#224; se d&#233;tacher de sa m&#232;re et &#224; se r&#233;fugier dans la situation &#339;dipienne comme dans un port. Avec la peur de la castration dispara&#238;t aussi le motif capital qui avait forc&#233; le gar&#231;on &#224; surmonter le complexe d'Oedipe. La fillette conserve ce complexe pendant un temps ind&#233;termin&#233; et ne le surmonte que tardivement et de fa&#231;on incompl&#232;te. Le surmoi, dont la forma-tion est, dans ces conditions, compromise, ne peut parvenir ni &#224; la puissance, ni &#224; l'ind&#233;pendance qui lui sont, au point de vue culturel, n&#233;cessaires. Les f&#233;ministes n'aiment gu&#232;re que l'on fasse ressortir l'importance de ce facteur dans le caract&#232;re f&#233;minin en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons maintenant sur nos pas : nous avons dit que, suivant la seconde r&#233;action possible, il pouvait se former, apr&#232;s la d&#233;couverte de la castration f&#233;minine, un puissant complexe de virilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, la fillette refuse, pour ainsi dire, d'accepter la dure r&#233;alit&#233;, exag&#232;re opini&#226;trement son attitude virile, persiste dans son activit&#233; clitoridienne et cherche son salut dans une identification avec la m&#232;re phallique ou bien avec le p&#232;re. Qu'est-ce donc alors qui d&#233;cide du d&#233;nouement ? Sans doute un facteur constitutionnel, une activit&#233; plus grande, plus semblable &#224; celle du m&#226;le. L'essentiel dans ce processus, c'est le manque, &#224; ce stade du d&#233;veloppement, de la pouss&#233;e de passivit&#233; qui permet l'instauration de la f&#233;minit&#233;. Lorsque le choix objectal est influenc&#233; par une homo-sexualit&#233; manifeste, nous consid&#233;rons ce fait comme une cons&#233;quence extr&#234;me de ce complexe de virilit&#233;. Toutefois l'exp&#233;rience analytique nous enseigne que l'homo-sexualit&#233; f&#233;minine est rarement (ou n'est jamais) la prolongation en ligne droite de la virilit&#233; infantile. Il semble que ces fillettes aient, elles aussi, pendant un certain temps, pris leur p&#232;re pour objet et adopt&#233; l'attitude &#339;dipienne. Plus tard les in&#233;vita&#172;bles d&#233;ceptions qu'elles subissent du fait du p&#232;re les poussent &#224; r&#233;gresser vers l'ancien complexe de virilit&#233;. Il ne faut pas s'exag&#233;rer l'importance de ces d&#233;ceptions qui, &#233;tant aussi le lot des filles destin&#233;es &#224; la f&#233;minit&#233; normale, ne provoquent pas chez ces derni&#232;res pareilles r&#233;actions. Certes, le facteur constitutionnel joue l&#224;, c'est incontes-table, un r&#244;le de premier plan, mais les deux phases du d&#233;veloppement de l'homo-sexualit&#233; f&#233;minine se refl&#232;tent tr&#232;s bien dans le comportement des homosexuelles. Celles-ci jouent vis-&#224;-vis l'une de l'autre indiff&#233;remment le r&#244;le de la m&#232;re et de l'enfant ou du mari et de la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je viens de vous raconter n'est, pour ainsi dire, que la pr&#233;histoire de la femme. En ces toutes derni&#232;res ann&#233;es seulement, nous avons r&#233;ussi &#224; acqu&#233;rir ces nouvelles donn&#233;es et vous pouvez les consid&#233;rer comme un &#233;chantillon de minutieux travail analytique. Puisqu'il s'agit ici de la femme, je me permets, cette fois, de citer les noms de quelques femmes auxquelles l'on doit d'importants travaux touchant le sujet qui nous pr&#233;occupe. C'est la doctoresse Ruth Mach Brunswick qui, la premi&#232;re, a d&#233;crit un cas de n&#233;vrose attribuable &#224; une fixation pr&#233;&#339;dipienne, la situation oedipienne n'ayant jamais pu s'instaurer. Il s'agissait d'une parano&#239;a de jalousie &#224; pronostic favorable. La doctoresse Jeanne Lampl de Groot a &#233;tabli, &#224; l'aide d'indiscu-tables observations, l'incroyable activit&#233; phallique de la fillette. La doctoresse H&#233;l&#232;ne Deutsch a montr&#233; que les actes amoureux des femmes homosexuelles reproduisaient les rapports de m&#232;re &#224; enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas l'intention de d&#233;crire toute l'&#233;volution de la f&#233;minit&#233; &#224; travers la pubert&#233; jusqu'&#224; l'&#226;ge adulte. Nos donn&#233;es d'ailleurs n'y suffiraient pas. Je me contenterai de citer quelques d&#233;tails (voir plus loin). Pour continuer la pr&#233;histoire, disons seulement que l'instauration de la f&#233;minit&#233; reste &#224; la merci des troubles provoqu&#233;s par les manifestations r&#233;siduelles de la virilit&#233; primitive. La r&#233;gression aux fixations de cette phase pr&#233;&#339;dipienne est tr&#232;s fr&#233;quente. Dans certaines existences, on peut observer l'alternance r&#233;p&#233;t&#233;e d'&#233;poques o&#249; pr&#233;domine tant&#244;t la virilit&#233;, tant&#244;t la f&#233;minit&#233; ; ce que nous autres, les hommes, appelons &#171; l'&#233;nigme f&#233;minine &#187; rel&#232;ve peut-&#234;tre de cette bisexualit&#233; dans la vie f&#233;minine. Mais ces recherches nous ont permis de r&#233;soudre une autre question : nous avons donn&#233; &#224; la force pulsionnelle de la vie sexuelle le nom de libido. La vie sexuelle est domin&#233;e par la polarit&#233; : virilit&#233;-f&#233;minit&#233;, rien de plus naturel alors que d'&#233;tudier la situation de la libido par rapport &#224; cette opposition. Nous ne serions pas surpris qu'&#224; toute sexualit&#233; correspond&#238;t une libido particuli&#232;re de telle sorte que l'un des genres de libido vis&#226;t les buts de la sexualit&#233; virile et l'autre les buts de la sexualit&#233; f&#233;minine. Cependant tel n'est pas le cas. Il n'est qu'une seule libido, laquelle se trouve au service de la fonction sexuelle tant m&#226;le que femelle. Si, en nous fondant sur les rapprochements conventionnels faits entre la virilit&#233; et l'activit&#233;, nous la qualifions de virile, nous nous garderons d'oublier qu'elle repr&#233;sente &#233;galement des tendances &#224; buts passifs. Quoi qu'il en soit, l'accolement de ces mots &#171; libido f&#233;minine &#187; ne se peut justifier. De plus, il semble que la libido subisse une r&#233;pression plus grande quand elle est contrainte de se mettre au service de la fonction f&#233;minine et que, pour employer une expression t&#233;l&#233;ologique, la nature tienne moins compte de ses exigences que dans le cas de la virilit&#233;. La cause en peut-&#234;tre recher&#172;ch&#233;e dans le fait que la r&#233;alisation de l'objectif biologique : l'agression, se trouve confi&#233;e &#224; l'homme et demeure, jusqu'&#224; un certain point, ind&#233;pendante du consente&#172;ment de la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fr&#233;quence de la frigidit&#233; sexuelle chez la femme semble venir confirmer ce d&#233;savantage et constitue un ph&#233;nom&#232;ne encore mal expliqu&#233;. Cette frigidit&#233;, quand elle est psychog&#232;ne, peut &#234;tre trait&#233;e ; d'autres fois elle laisse supposer l'existence de quelque facteur constitutionnel, voire anatomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai promis de vous faire conna&#238;tre encore quelques particularit&#233;s de la f&#233;minit&#233;, telle qu'elle nous appara&#238;t, une fois achev&#233;e, &#224; la lumi&#232;re de la psychanalyse. Nous nous bornerons &#224; &#233;noncer ici des v&#233;rit&#233;s d'ordre g&#233;n&#233;ral. Par ailleurs, il n'est pas toujours facile de distinguer ce qui est attribuable, d'une part, &#224; la fonction sexuelle et, de l'autre, &#224; la discipline sociale. Nous imputons &#224; la f&#233;minit&#233; un narcissisme plus d&#233;velopp&#233; qui influence le choix objectal, d&#233; sorte que, chez la femme, le besoin d'&#234;tre aim&#233;e est plus grand que celui d'aimer. C'est encore l'envie du p&#233;nis qui provoque la vanit&#233; corporelle de la femme, celle-ci consid&#233;rant ses charmes comme un d&#233;dommagement tardif et d'autant plus pr&#233;cieux &#224; sa native inf&#233;riorit&#233; sexuelle. La pudeur, vertu qui passe pour &#234;tre sp&#233;cifiquement f&#233;minine et qui est, en r&#233;alit&#233;, bien plus conventionnelle qu'on pourrait croire, a eu pour but primitif, croyons-nous, de dissimuler la d&#233;fectuosit&#233; des organes g&#233;nitaux. Nous n'avons garde d'oublier que plus tard elle a assum&#233; d'autres fonctions encore. On pense que les femmes n'ont que faiblement contribu&#233; aux d&#233;couvertes et aux inventions de l'histoire de la civilisation. Peut-&#234;tre ont-elles cependant trouv&#233; une technique, celle du tissage, du tressage. S'il en est vraiment ainsi, on est tent&#233; de deviner le motif inconscient de cette invention. La nature elle-m&#234;me aurait fourni le mod&#232;le d'une semblable copie en faisant pousser sur les organes g&#233;nitaux les poils qui les masquent. Le progr&#232;s qui restait &#224; faire &#233;tait d'enlacer les fibres plant&#233;es dans la peau et qui ne formaient qu'une sorte de feutrage. Si vous qualifiez cette id&#233;e de fantaisiste, si vous pensez qu'en attribuant tant d'im-portance au r&#244;le que joue, dans la formation de la f&#233;minit&#233;, le manque de p&#233;nis, je suis la proie d'une id&#233;e fixe et alors je reste d&#233;sarm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports sociaux rendent bien souvent m&#233;connaissables les conditions du choix objectai fait par la femme. L&#224; o&#249; le choix est libre, il s'effectue fr&#233;quemment suivant l'id&#233;al narcissique, l'homme &#233;lu &#233;tant semblable &#224; celui que la fille avait en son temps d&#233;sire devenir ; si la jeune fille est rest&#233;e attach&#233;e &#224; son p&#232;re, c'est-&#224;-dire si elle n'a pas liquid&#233; son complexe d'Oedipe, elle choisit d'apr&#232;s le type paternel. Or, en se d&#233;tachant de sa m&#232;re pour se tourner vers son p&#232;re, elle n'a pas abdiqu&#233; l'hostilit&#233; envers celle-ci, hostilit&#233; inh&#233;rente aux rapports sentimentaux ambivalents ; ce choix devrait donc garantir le bonheur conjugal. Mais tr&#232;s souvent l'issue n'est pas aussi favorable, car la liquidation du conflit se produit rarement sans heurts. Le reliquat d'hostilit&#233; se reporte sur l'attachement positif et sur le nouvel objet. Le mari qui n'avait d'abord h&#233;rit&#233; que du p&#232;re devient, Par la suite, l'h&#233;ritier de la m&#232;re aussi. Il arrive facilement que la seconde partie de la vie d'une femme soit caract&#233;ris&#233;e par la lutte que celle-ci soutient contre son mari, alors que la premi&#232;re partie, plus courte, s'&#233;tait pass&#233;e en r&#233;bellions contre sa m&#232;re. Il est possible que, ente r&#233;action une fois achev&#233;e, une seconde union s'av&#232;re plus heureuse. En outre, sans que rien le fasse pr&#233;voir aux amoureux, la femme est susceptible de changer d'attitude apr&#232;s la naissance de son premier enfant, de s'identifier &#224; nouveau &#224; sa m&#232;re contre laquelle elle s'&#233;tait, jusqu'au mariage, dress&#233;e. Elle peut aussi utiliser pour cette identification toute la libido disponible, de telle sorte qu'il y ait, du fait de l'automatisme de r&#233;p&#233;&#172;tition, une reproduction du mariage malheureux des parents. Les r&#233;actions que subit une femme &#224; la naissance d'un fils ou d'une fille montrent que le mobile ancien : le manque de p&#233;nis, n'a rien perdu de sa puissance. Seuls les rapports de m&#232;re &#224; fils sont capables de donner &#224; la m&#232;re une pl&#233;nitude de satisfaction, car de toutes les relations humaines, ce sont les plus parfaites et les plus d&#233;nu&#233;es d'ambivalence. La m&#232;re peut reporter sur son fils tout l'orgueil qu'il ne lui a pas &#233;t&#233; permis d'avoir d'elle-m&#234;me et elle en attend la satisfaction de ce qu'exige encore le complexe de virilit&#233;. Le bonheur conjugal reste mal assur&#233; tant que la femme n'a pas r&#233;ussi &#224; faire de son &#233;poux son enfant, tant qu'elle ne se comporte pas maternellement envers lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identification de la femme avec sa m&#232;re comporte deux phases. Durant la pre-mi&#232;re, la pr&#233;&#339;dipienne, ce qui pr&#233;domine c'est l'attachement tendre &#224; la m&#232;re, la tendance &#224; prendre celle-ci comme mod&#232;le ; durant la seconde, l'&#339;dipienne, c'est le d&#233;sir de voir la m&#232;re dispara&#238;tre afin de la remplacer aupr&#232;s du p&#232;re. Les deux phases laissent de nombreuses traces dont on peut bien dire qu'elles ne s'effacent jamais suffisamment au cours de l'&#233;volution ult&#233;rieure. Toutefois, c'est la phase pr&#233;&#339;di&#172;pienne d'attachement tendre qui exerce sur l'avenir de la femme la plus grande influence. C'est alors, en effet, que la femme acquiert les qualit&#233;s gr&#226;ce auxquelles elle pourra plus tard exercer sa fonction sexuelle et remplir son r&#244;le social, dont l'importance est inestimable. En s'identifiant &#224; sa m&#232;re elle en arrive &#224; devenir un objet d'attrait pour l'homme, car la fixation oedipienne de ce dernier se d&#233;veloppe alors jusqu'&#224; devenir un &#233;tat amoureux. N&#233;anmoins c'est bien souvent le fils qui obtient ce que l'&#233;poux n'avait pu r&#233;ussir &#224; conqu&#233;rir. On a l'impression que l'amour de la femme et celui de l'homme sont &#233;cart&#233;s l'un de l'autre par une diff&#233;rence de phases psychologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme, il faut bien l'avouer, ne poss&#232;de pas &#224; un haut degr&#233; le sens de la justice, ce qui doit tenir, sans doute, &#224; la pr&#233;dominance de l'envie dans son psychis&#172;me. Le sentiment d'&#233;quit&#233;, en effet, d&#233;coule d'une &#233;laboration de l'envie et indique les conditions dans lesquelles il est permis que cette envie s'exerce. Nous disons aussi que les femmes ont moins d'int&#233;r&#234;ts sociaux que les hommes, et que chez elles la facult&#233; de sublimer les instincts reste plus faible. En ce qui concerne l'int&#233;r&#234;t social, l'inf&#233;riorit&#233; de la femme est due, sans doute, &#224; ce caract&#232;re asocial qui est le propre de toutes les relations sexuelles. Les amoureux se suffisent &#224; eux-m&#234;mes et la famille, &#233;galement, met obstacle &#224; ce que l'on abandonne un cercle &#233;troit pour un plus large. Quant au penchant &#224; la sublimation, il est soumis aux plus grandes variations indi-viduelles. Par contre, je ne puis passer sous silence une impression toujours &#224; nouveau ressentie au cours des analyses. Un homme &#226;g&#233; de trente ans environ est un &#234;tre jeune, inachev&#233;, susceptible d'&#233;voluer encore. Nous pouvons esp&#233;rer qu'il saura amplement se servir des possibilit&#233;s de d&#233;veloppement que lui offrira l'analyse. Une femme du m&#234;me &#226;ge, par contre, nous effraie par ce que nous trouvons chez elle de fixe, d'immuable ; sa libido ayant adopt&#233; des positions d&#233;finitives semble d&#233;sormais incapable d'en changer. L&#224;, aucun espoir de voir se r&#233;aliser une &#233;volution quelcon&#172;que ; tout se passe comme si le processus &#233;tait achev&#233;, &#224; l'abri de toute influence, comme si la p&#233;nible &#233;volution vers la f&#233;minit&#233; avait suffi &#224; &#233;puiser les possibilit&#233;s de l'individu. En tant que th&#233;rapeutes, nous d&#233;plorons cet &#233;tat de choses, m&#234;me quand nous parvenons &#224; terrasser la maladie en liquidant le conflit n&#233;vrotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; tout ce que j'avais &#224; vous dire touchant la f&#233;minit&#233;. Mon expos&#233; est certes incomplet, fragmentaire et parfois peu r&#233;jouissant. N'oubliez pas cependant que nous n'avons &#233;tudi&#233; la femme qu'en tant qu'&#234;tre d&#233;termin&#233; par sa fonction sexuelle. Le r&#244;le de cette fonction est vraiment consid&#233;rable, mais, individuellement, la femme peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une cr&#233;ature humaine. Si vous voulez en apprendre davantage sur la f&#233;minit&#233;, interrogez votre propre exp&#233;rience, adressez-vous aux po&#232;tes ou bien attendez que la science soit en &#233;tat de vous donner des renseignements plus appro-fondis et plus coordonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sixi&#232;me conf&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;claircissements, applications, orientations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, me sera-t-il maintenant permis, d&#233;laissant les sujets arides dont je suis quelque peu exc&#233;d&#233;, d'en aborder d'autres fort peu th&#233;oriques, &#224; la v&#233;rit&#233;, mais qui ne manqueront pas de vous int&#233;resser, vous qui &#234;tes favorables &#224; la psycha-nalyse. Supposons, par exemple, que vous profitiez d'un moment de loisir pour vous plonger dans la lecture de quelque roman anglais ou am&#233;ricain o&#249; vous pensez trouver une description de l'homme moderne et des conditions de son existence. Au bout de quelques pages, vous constatez que l'auteur fait allusion &#224; la psychanalyse ; un peu plus loin il en parle encore, m&#234;me si le sujet ne s'y pr&#234;te pas. Et ne croyez pas qu'il s'agisse l&#224; d'utiliser la psychologie abyssale afin de faire mieux comprendre les personnages du r&#233;cit et leur comportement. Certes, c'est l&#224; une chose qui a &#233;t&#233; tent&#233;e dans certaines &#339;uvres plus s&#233;rieuses ; mais ce qu'on trouve g&#233;n&#233;ralement, ce sont d'ironiques remarques, propres, selon l'auteur, &#224; d&#233;montrer son &#233;rudition et sa sup&#233;&#172;riorit&#233; intellectuelle. Parfois vous sentez que l'auteur n'est pas au courant de la question qu'il traite ainsi. Il peut arriver encore que vous alliez, pour vous distraire, dans quelque r&#233;union amicale (le fait peut m&#234;me se produire ailleurs qu'&#224; Vienne). Au bout d'un instant, la conversation tombe sur la psychanalyse et les personnes de toutes cat&#233;gories donnent alors leur avis, le plus souvent avec une assurance imperturbable. Le ton employ&#233; pour &#233;mettre ces opinions est, en g&#233;n&#233;ral, m&#233;prisant, souvent injurieux, ou tout au moins ironique. &#202;tes-vous alors assez imprudent pour montrer que vous avez quelque notion de ce dont on parle que vous voil&#224; attaqu&#233; de toutes parts, chacun exige des renseignements et des explications et vous vous convainquez bien vite que tous ces jugements s&#233;v&#232;res ont &#233;t&#233; port&#233;s a priori, sans que leurs auteurs se soient jamais inform&#233;s. Peut-&#234;tre est-il arriv&#233; &#224; l'un d'entre eux de tenir entre les mains une &#339;uvre psychanalytique, mais, en ce cas, il n'a pu, ce jour-l&#224;, surmonter les r&#233;sistances que provoqua ce premier contact avec un sujet jusqu'alors ignor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre vous attendez-vous &#224; ce qu'une introduction &#224; la psychanalyse vous fournisse des arguments capables de confondre nos adversaires, vous indique les lectures qu'il convient de leur conseiller ou m&#234;me les exemples emprunt&#233;s &#224; la litt&#233;ra-ture ou les cas observ&#233;s qu'il sied de leur citer. Eh bien, abstenez-vous, je vous prie de tenter d'inutiles efforts ; il vaut mieux dissimuler vos propres connaissances et, si la chose n'est pas possible, vous borner &#224; d&#233;clarer que, pour autant que vous en puissiez juger, la psychanalyse est une branche particuli&#232;re de la science fort difficile &#224; comprendre et &#224; appr&#233;cier, qu'elle traite de mati&#232;res tr&#232;s s&#233;rieuses et qu'il est inutile de badiner sur son compte. Ajoutez encore que d'autres amusettes parviendront bien mieux qu'elle &#224; distraire la soci&#233;t&#233;. Naturellement, n'essayez pas non plus d'expliquer leurs r&#234;ves aux imprudente qui vous les raconteraient et gardez-vous aussi, en cherchant &#224; gagner &#224; la psychanalyse de nouveaux partisans, de citer des cas de gu&#233;rison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, demanderez-vous, pourquoi donc les gens qui &#233;crivent ces livres ou qui tiennent ces propos ont-ils une attitude si incorrecte ? Vous inclinerez alors &#224; penser que ce fait tient non seulement aux gens, mais bien &#224; la psychanalyse elle-m&#234;me. Tel est &#233;galement mon avis. Le pr&#233;jug&#233; qui se manifeste ainsi dans la litt&#233;rature et dans le monde n'est qu'une cons&#233;quence tardive de l'ancien jugement que port&#232;rent sur la psychanalyse alors naissante les pontifes de la science officielle. M'&#233;tant d&#233;j&#224; plaint de ce fait dans un expos&#233; historique, je ne veux plus y revenir, d'autant que ma premi&#232;re r&#233;crimination fut peut-&#234;tre d&#233;j&#224; superflue. Mes adversaires scientifiques ne m'ont &#233;pargn&#233; aucun outrage, ils ont- bless&#233; aussi bien la logique que les biens&#233;ances et le bon go&#251;t. Au Moyen Age, le malfaiteur ou simplement l'ennemi politique &#233;tait mis au pilori et expos&#233; aux injures de la populace ; telle fut aussi ma situation. Vous ne vous figurez sans doute pas tout ce dont est capable, &#224; notre &#233;poque, la haine populaire, ni &#224; quels exc&#232;s peuvent se porter les hommes quand, faisant partie d'une foule, ils ne sentent plus peser sur eux de responsabilit&#233; personnelle. Au d&#233;but de cette p&#233;riode de mon existence, je me trouvais assez isol&#233; ; je m'aper&#231;us bient&#244;t qu'il &#233;tait tout aussi vain d'engager une pol&#233;mique que de r&#233;criminer ou d'en appeler au jugement de meilleurs esprits. En effet, &#224; quel tribunal aurais-je eu recours ? J'empruntai alors une autre voie : j'en vins &#224; consid&#233;rer le comportement de la foule comme l'une des manifestations de cette m&#234;me r&#233;sistance que j'avais &#224; vaincre chez mes divers patients, et ce fut l&#224; ma premi&#232;re utilisation de la psychanalyse. D&#232;s lors, je m'abstins de toute pol&#233;mique et persuadai mes partisans, dont le nombre augmen&#172;tait peu &#224; peu, d'adopter la m&#234;me attitude. Le proc&#233;d&#233; ne tarda pas &#224; porter ses fruits. L'anath&#232;me prononc&#233; contre la psychanalyse a &#233;t&#233; lev&#233; depuis, mais comme toute foi ancienne survit &#224; l'&#233;tat de superstition, comme toute th&#233;orie abandonn&#233;e par la science demeure sous la forme de croyance populaire, le m&#233;pris dont la psychanalyse fut autrefois l'objet dans les milieux scientifiques persiste encore chez les profanes, hommes de lettres ou causeurs mondains. Ne vous en &#233;tonnez point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la psychanalyse soit actuellement consid&#233;r&#233;e comme une science, bien qu'elle ait conquis sa place &#224; l'universit&#233;, les combats engag&#233;s autour d'elle ne sont pas encore termin&#233;s, mais c'est avec moins d'&#226;pret&#233; qu'ils se poursuivent. Et, fait nouveau, il s'est constitu&#233; dans le monde scientifique une sorte de milieu tampon entre l'analyse et ses adversaires. D'aucuns, en effet, admettent certaines donn&#233;es de l'analyse tout en y apportant de divertissantes restrictions ; ils en rejettent d'autres et le clament &#224; tout vent. On a peine &#224; deviner ce qui a pu dicter leur choix, mais c'est l&#224; vraisemblablement affaire de sympathie personnelle. L'un est choqu&#233; par la sexualit&#233;, l'autre par l'inconscient ; mais c'est le fait du symbolisme qui semble susciter une r&#233;pugnance toute particuli&#232;re. Ces &#233;clectiques se refusent &#224; admettre que, tout inache-v&#233;e qu'elle puisse encore &#234;tre, la psychanalyse forme un tout dont il est impossible de soustraire quelque &#233;l&#233;ment. Jamais je n'ai eu l'impression que le choix ou le rejet se fond&#226;t, chez ces partisans partiels, sur un examen s&#233;rieux. Ils consacrent leur temps et leur int&#233;r&#234;t &#224; d'autres branches de l'activit&#233;, celles o&#249; ils ont r&#233;ussi avec &#233;clat, et c'est l&#224; ce qui explique leur attitude. Mais alors pourquoi prendre parti avec tant d'assurance ? Ne devraient-ils pas plut&#244;t r&#233;server leur jugement ? Je parvins un jour &#224; convertir rapidement une de ces grandes personnalit&#233;s. Il s'agissait d'un critique universellement connu qui &#233;tudiait avec la compr&#233;hension la plus parfaite tous les courants spirituels de son &#233;poque et t&#233;moignait d'une vision proph&#233;tique. &#194;g&#233; de pr&#232;s de 80 ans quand je fis sa connaissance, il &#233;tait encore, un &#233;tincelant causeur. Vous devinerez sans peine le nom de cet homme c&#233;l&#232;bre. Sans y &#234;tre incit&#233; par moi, il vint un jour &#224; parler de psychanalyse. Tr&#232;s modestement il me dit : &#171; Je ne suis qu'un litt&#233;-rateur. Vous, vous &#234;tes un naturaliste, un inventeur. Cependant, il faut que je vous dise une chose, jamais je n'ai d&#233;sir&#233; sexuellement ma m&#232;re. - Mais r&#233;pondis-je, vous avez pu n'en rien savoir ; pour les adultes ce sont l&#224; des ph&#233;nom&#232;nes inconscients. - Ah, c'est donc ainsi que vous entendez la chose &#187;, dit-il avec soulagement et il me serra la main. Nous bavard&#226;mes encore avec la plus grande cordialit&#233; pendant plusieurs heures. J'appris par la suite que, durant les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, il s'&#233;tait exprim&#233; favorablement sur le compte de la psychanalyse et qu'il employait volontiers le terme, pour lui nouveau, de &#171; refoulement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dicton assure que &#171; nous avons beaucoup &#224; apprendre de nos ennemis &#187;. Je d&#233;clare que tel ne fut pas mon cas. Peut-&#234;tre devrais-je examiner ici toutes les objec-tions, tous les reproches qui furent adress&#233;s &#224; la psychanalyse et qui pourraient sans doute vous servir d'enseignement. Je devrais &#233;galement vous signaler toutes les injus-tices, toutes les erreurs de logique commises ; mais &#171; on second thoughts &#187;, je me dis que, loin d'&#234;tre int&#233;ressant, cet examen deviendrait p&#233;nible, fastidieux et serait contraire &#224; l'attitude que j'ai jusqu'ici adopt&#233;e. Veuillez donc m'excuser si je m'abs&#172;tiens et si je vous &#233;pargne ainsi les opinions de nos pseudo-savants adversaires. Presque toujours, il s'agit de personnes que rien n'autorise &#224; &#233;mettre leur avis, sinon toutefois leur parfaite inexp&#233;rience, qui est, sans doute, aux yeux de bien des gens, une garantie d'impartialit&#233;. Mais je sais bien que je n'en serai pas quitte &#224; si bon compte ; &#171; votre observation, me direz-vous, ne s'applique pas &#224; tous vos adversaires, dont quelques-uns ont acquis une certaine exp&#233;rience analytique et s'y sont peut-&#234;tre eux-m&#234;mes soumis. Plusieurs d'entre eux ont pu &#234;tre, un temps, vos collaborateurs. Ayant ensuite adopt&#233; d'autres conceptions, d'autres th&#233;ories, ces dissidents ont plus tard fond&#233; des &#233;coles psychanalytiques ind&#233;pendantes. Expliquez-nous donc le motif, la signification de ces dissidences si nombreuses au cours de l'histoire de la psy&#172;chanalyse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, c'est ce que je m'en vais tenter de faire, mais bri&#232;vement, car cette expli-cation est moins instructive que vous ne l'imaginez. Je sais que vous pensez surtout &#224; la psychologie individuelle d'Adler. Celle-ci, en Am&#233;rique par exemple, est mise sur le m&#234;me plan, cit&#233;e en m&#234;me temps que la psychanalyse. En r&#233;alit&#233;, les deux th&#233;ories ont tr&#232;s peu de points communs, mais celle d'Adler, par suite de certaines circons&#172;tances historiques, m&#232;ne aux d&#233;pens de l'autre une sorte d'existence parasitaire ; les conditions que nous avons admises pour ce genre d'adversaires ne paraissent s'appli-quer que fort peu au fondateur de ce groupe. Le nom m&#234;me donn&#233; &#224; cette th&#233;orie est impropre et semble n'avoir &#233;t&#233; adopt&#233; que par la difficult&#233; d'en trouver quelque autre. Pour nous, ce terme de psychologie individuelle ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; que comme le contraire de celui de psychologie collective. Ce que nous &#233;tudions nous-m&#234;mes, c'est presque toujours et partout la psychologie de l'individu humain. Je n'ai nullement l'intention de faire ici une critique objective de la psychologie individuelle d'Adler, critique qui ne trouverait pas place dans le plan de cette introduction. En outre, je n'ai rien &#224; modifier aux id&#233;es que j'ai ant&#233;rieurement &#233;mises &#224; ce sujet. Toutefois, j'illus-trerai l'impression qu'elle donne par une anecdote datant des ann&#233;es qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent l'apparition de l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A proximit&#233; du bourg morave o&#249; je suis n&#233; et que j'ai quitt&#233; &#224; l'&#226;ge de trois ans se trouve une modeste ville d'eaux, situ&#233;e au milieu d'une jolie campagne verdoyante. Durant mes ann&#233;es de lyc&#233;e, j'y passais souvent mes vacances. La maladie d'un proche parent m'offrit, quelque vingt ans plus tard, l'occasion de revoir cet endroit. Au cours d'un entretien que j'eus avec le m&#233;decin qui avait soign&#233; mon parent, je m'informai des rapports que ce praticien entretenait avec les paysans de la r&#233;gion, des Slovaques je crois, qui, en hiver, constituaient sa seule client&#232;le. Il me d&#233;crivit alors la fa&#231;on dont il exer&#231;ait son activit&#233; professionnelle. Les malades venus &#224; la consul&#172;tation se placent &#224; la queue leu leu dans son bureau. Ils passent l'un apr&#232;s l'autre et chacun d&#233;crit son mal : douleurs dans les reins, crampes d'estomac, fatigue dans les jambes, etc. Le m&#233;decin l'ausculte, s'oriente, formule un diagnostic, toujours le m&#234;me et qui se traduit &#224; peu pr&#232;s par le mot &#171; ensorcel&#233; &#187;. Mais, dis-je surpris, les paysans ne s'&#233;tonnent-ils pas que vous leur trouviez &#224; tous la m&#234;me maladie ? Oh non, r&#233;pondit-il, ils sont enchant&#233;s, car ils l'esp&#233;raient bien et chacun d'eux, en quittant la file, fait comprendre aux autres, par mimique et par gestes, que ce m&#233;decin &#171; est bien un type qui s'y conna&#238;t &#187;. A cette &#233;poque j'&#233;tais tr&#232;s loin de soup&#231;onner que je me trouverais un jour &#224; m&#234;me d'observer, dans d'autres conditions, une situation analogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse d'un homosexuel, d'un n&#233;crophile, d'un hyst&#233;rique anxieux, d'un n&#233;vros&#233; obsessionnel tr&#232;s renferm&#233; ou d'un d&#233;ment agit&#233;, l'adepte de la psychologie individuelle d'Adler expliquera la maladie en disant que le sujet tenait &#224; se faire valoir, &#224; surcompenser son inf&#233;riorit&#233;, &#224; planer, &#224; s'&#233;lever du niveau f&#233;minin au niveau masculin. Alors que, jeunes &#233;tudiants, nous travaillions &#224; la clinique, nous entendions des explications analogues lors de la pr&#233;sentation des cas d'hyst&#233;rie, tant il est vrai que les Vieux aphorismes ne p&#233;rissent jamais ! Les hyst&#233;riques, nous disait-on alors, fabriquent leurs sympt&#244;mes pour se rendre int&#233;ressants et attirer l'attention. Toutefois, d&#232;s cette &#233;poque, une psychologie aussi rudimentaire ne nous semblait pas suffire &#224; expliquer l'&#233;nigme de l'hyst&#233;rie. Pourquoi, nous demandions-nous par exemple, les malades se servent-ils de ce moyen et non d'un autre pour atteindre leur but ? Il y a naturellement dans cette doctrine des psychologues individualistes quel&#172;ques donn&#233;es exactes, une parcelle de v&#233;rit&#233; dans l'ensemble. L'instinct de conser&#172;vation tente de tirer parti de toute situation, le mi cherche aussi &#224; profiter de l'&#233;tat morbide. C'est ce qu'on appelle en psychanalyse &#171; le profit secondaire de la maladie &#187;. Mais que deviennent, dans la th&#233;orie d'Adler, le masochisme, le besoin inconscient de punition, le tort que se fait &#224; lui-m&#234;me le n&#233;vros&#233;, tous faite qui poussent &#224; admettre l'existence de pulsions instinctuelles allant &#224; l'encontre de l'instinct de conservation ? En y songeant on se prend &#224; douter du bien-fond&#233; de la v&#233;rit&#233; banale sur laquelle se base tout l'enseignement de la psychologie individuelle. N&#233;anmoins, une pareille doctrine doit naturellement satisfaire la plupart des gens, car elle &#233;vite les complications, exclut toute id&#233;e nouvelle et difficile &#224; saisir, ignore l'inconscient, supprime d'un seul coup le probl&#232;me de la sexualit&#233; si p&#233;nible &#224; tous, et se borne &#224; rechercher quel d&#233;tour il convient d'emprunter pour que la vie soit rendue plus facile. Car les hommes sont eux-m&#234;mes pour la plupart nonchalants, n'exigent pour expliquer les choses qu'un seul motif, ne tiennent pas &#224; ce que la science ait une grande port&#233;e. Ils recherchent les explications simples et aiment que les probl&#232;mes soient r&#233;solus. En constatant combien la psychologie individuelle r&#233;pond &#224; ces aspirations, l'on ne peut s'emp&#234;cher de se rem&#233;morer cette phrase de &#171; Wallenstein &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si cette pens&#233;e n'&#233;tait pas aussi diablement judicieuse, on serait tent&#233; de la qualifier de tout &#224; fait stupide &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques autoris&#233;s, si implacables envers la psychanalyse, ont en g&#233;n&#233;ral fait patte de velours &#224; la psychologie individuelle. Toutefois, en Am&#233;rique, un des psy-chiatres les plus r&#233;put&#233;s a, sous le titre de &#171; Enough &#187;, publi&#233; un article contre Adler. Il y exprimait en termes fort &#233;nergiques son d&#233;go&#251;t devant l'automatisme de r&#233;p&#233;tition de la psychologie individuelle. Si d'autres se sont comport&#233;s de fa&#231;on bien plus aimable, cela est sans doute d&#251;, en grande partie, &#224; leur aversion pour la psychanalyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas besoin d'en dire long sur d'autres doctrines dissidentes. Cette dissi-dence elle-m&#234;me ne prouve ni en faveur ni en d&#233;faveur de la psychanalyse. Pensez aux puissants facteurs affectifs qui rendent malais&#233; &#224; bien des gens d'adopter une doctrine et de s'y soumettre. Pensez aussi &#224; la difficult&#233; plus grande encore que traduit justement cet aphorisme : quot capita tot sensus. Quand les divergences d'opinion en vinrent &#224; d&#233;passer une certaine mesure, le mieux fut de se s&#233;parer et de suivre chacun sa voie, d'autant que ces d&#233;saccords th&#233;oriques entra&#238;naient une modification du traitement pratique. Supposez, par exemple, qu'un analyste nie l'influence des &#233;v&#233;ne&#172;ments passes et qu'il attribue les n&#233;vroses exclusivement aux facteurs actuels et &#224; l'attente des faits &#224; venir. Cet analyste n&#233;gligera l'analyse de l'enfance, se servira d'une technique diff&#233;rente et se verra forc&#233; de substituer aux &#233;v&#233;nements de l'enfance son influence, son enseignement ; en agissant de fa&#231;on plus directe, il devra alors nettement indiquer aux patients le but qu'il leur faut viser dans la vie. Peut-&#234;tre est-ce l&#224; une &#233;cole de la sagesse, mais non plus une psychanalyse. Tel autre pensera que le germe de toutes les maladies n&#233;vrotiques &#224; venir se trouve dans l'angoisse qu'a caus&#233;e la naissance et il lui semblera d&#232;s lors naturel de limiter l'analyse aux seuls effets de cette cause unique et de promettre que la gu&#233;rison surviendra au bout de 3 &#224; 4 mois de traitement. Notez bien que les hypoth&#232;ses sur lesquelles s'appuient les deux doctrines pr&#233;cit&#233;es sont diam&#233;tralement oppos&#233;es. Ce qui caract&#233;rise presque toujours ces mouvements de d&#233;fection. c'est que chacun d'eux a fait sienne l'une des donn&#233;es de la psychanalyse et que, fort de cette prise de possession, il pr&#233;tend ainsi &#224; l'ind&#233;&#172;pendance, qu'il s'agisse de l'instinct de puissance, du conflit moral, de la m&#232;re, de la g&#233;nitalit&#233;, etc. Peut-&#234;tre m'objecterez-vous que ces scissions sont d&#232;s maintenant plus fr&#233;quentes dans l'histoire de la psychanalyse que dans d'autres mouvements d'id&#233;es. J'ignore s'il en est r&#233;ellement ainsi, mais en ce cas il convient d'en rendre respon&#172;sables les rapports intimes qui relient, dans la psychanalyse, les vues th&#233;oriques au traitement th&#233;rapeutique. S'il ne s'agissait que de divergences d'opinions, elles seraient bien mieux support&#233;es. On aime &#224; nous reprocher, &#224; nous autres psycha&#172;nalystes, notre intol&#233;rance. Mais cet antipathique d&#233;faut, comment donc l'avons-nous manifest&#233; ? Simplement en nous s&#233;parant de ceux qui ne pensaient pas comme nous et qui ne furent d'ailleurs l'objet d'aucune autre repr&#233;saille. Au contraire, la chose tourna &#224; leur avantage, leur fut profitable. En s'&#233;loignant de nous, les dissidents se d&#233;bar&#172;rassent en g&#233;n&#233;ral d'un des fardeaux sous lesquels nous ployons : ils renoncent, par exemple, &#224; l'odieuse sexualit&#233; infantile ou bien au ridicule symbolisme. D&#232;s lors ils ont gard&#233; l'assiette au beurre, le monde les tient pour &#224; peu pr&#232;s honn&#234;tes, tandis que nous, les stationnaires, nous passons pour des charlatans. D'ailleurs, &#224; une seule et remarquable exception pr&#232;s, tous les dissidents se sont d'eux-m&#234;mes d&#233;tach&#233;s de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'exigerez-vous encore de nous- au nom de la tol&#233;rance ? Faut-il donc que nous disions &#224; celui qui &#233;met une opinion &#224; nos yeux radicalement fausse : &#171; Grand merci d'avoir soulev&#233; ce li&#232;vre. Vous nous pr&#233;servez du p&#233;ril de la suffisance et nous donnez l'occasion de prouver aux Am&#233;ricains que nous sommes aussi &#171; broad&#172;minded &#187; qu'ils le peuvent souhaiter. Nous ne croyons pas un mot de ce que vous dites, mais peu importe ! Sans doute avez-vous raison comme nous-m&#234;mes. Peut-on d'ailleurs savoir qui a raison ? Permettez donc que, malgr&#233; notre d&#233;saccord, nous soutenions votre opinion dans la litt&#233;rature. Nous esp&#233;rons qu'en revanche vous vous ferez les champions de notre doctrine, celle que vous rejetez. &#224; Telle sera sans doute dans l'avenir, quand on utilisera &#224; tort et &#224; travers la th&#233;orie relativiste d'Einstein, l'attitude scientifique ordinaire. Mais, pour le moment, nous n'en sommes pas encore l&#224;. Nous nous bornons, suivant la vieille m&#233;thode, &#224; d&#233;fendre nos propres convic&#172;tions, nous exposant ainsi, comme tout un chacun, &#224; tomber dans l'erreur. Nous rejetons ce qui nous semble choquant et usons grandement du droit de modifier nos propres opinions d&#232;s que nous croyons avoir trouve mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse nous permit de comprendre le pourquoi de l'hostilit&#233; que nous t&#233;moigna le monde &#224; cause de notre activit&#233; psychanalytique et ce fut l&#224; un de ses premiers, avantages. D'autres utilisations de nature objective peuvent avoir un int&#233;r&#234;t plus g&#233;n&#233;ral. Notre premi&#232;re intention fut d'&#233;tudier les troubles du psychisme humain, parce qu'une exp&#233;rience remarquable avait montr&#233; que les comprendre c'&#233;tait presque les gu&#233;rir, que la compr&#233;hension menait &#224; la gu&#233;rison. Longtemps nous ne poursuiv&#238;-mes que ce seul but, mais, par la suite, nous reconn&#251;mes les rapports &#233;troits, voire l'identit&#233; int&#233;rieure, qui existent entre les processus morbides et ceux qu'on dit &#234;tre normaux. C'est alors que la psychanalyse devint une psychologie abyssale. Or, comme rien de ce que l'homme fait ou cr&#233;e ne peut &#234;tre compris sans l'aide de la psychologie, l'emploi de la psychanalyse s'imposa bient&#244;t dans nombre de sciences, surtout dans celles de l'esprit, et suscita de nouveaux travaux, de nouvelles recher&#172;ches. Malheureusement, certaines difficult&#233;s, inh&#233;rentes &#224; l'&#233;tat m&#234;me des choses et qui subsistent encore &#224; l'heure actuelle, surgirent. L'emploi de l'analyse dans des domaines autres que celui de la th&#233;rapeutique pr&#233;suppose des connaissances techni&#172;ques que l'analyste ne poss&#232;de pas, tandis que les divers techniciens ignorent, volontairement parfois, la psychanalyse. Il en est r&#233;sult&#233; que certains analystes, plus ou. moins instruits de la science qu'ils voulaient explorer, se sont attaqu&#233;s, en dilettantes et souvent avec trop de h&#226;te, qui &#224; l'histoire de la civilisation, qui &#224; l'ethno&#172;logie, &#224; l'histoire des religions, etc. Les auteurs sp&#233;cialis&#233;s dans ces diverses recherches trait&#232;rent g&#233;n&#233;ralement ces nouveaux venus en intrus et rejet&#232;rent leurs m&#233;thodes et leurs r&#233;sultats, quand ces m&#233;thodes et ces r&#233;sultats avaient r&#233;ussi &#224; attirer leur attention. Mais la situation est maintenant plus favorable dans tous les domaines et le nombre va croissant de ceux qui &#233;tudient la psychanalyse afin de s'en servir dans la science &#224; laquelle ils se consacrent, semblables &#224; des colonisateurs qui viendraient relayer les pionniers. Une riche moisson d'id&#233;es neuves nous est ainsi promise. De plus les donn&#233;es de la psychanalyse se trouvent toujours confirm&#233;es par ses utilisa&#172;tions. D'ailleurs, plus un travail scientifique a d'applications pratiques et plus il est &#226;prement combattu, c'est l&#224; une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;prouve la grande tentation de vous montrer quels sont les multiples emplois de l'analyse dans les sciences de l'esprit, ce qui ne manquerait pas d'int&#233;resser tous ceux qui aiment &#224; cultiver leur intelligence. De plus quel d&#233;lassement m&#233;rit&#233; ce serait que d'&#233;chapper, pendant un moment, aux anomalies et aux maladies ! Mais il faut y renoncer, car un pareil expos&#233;, lui aussi, nous entra&#238;nerait trop loin et, &#224; franchement parler, je ne me sentirais pas &#224; la hauteur de ma t&#226;che. J'ai moi-m&#234;me, il est vrai, fait les premiers pas dans quelques-uns de ces domaines, mais aujourd'hui je ne saurais plus embrasser du regard l'&#233;tendue de ceux-ci et il me faudrait compl&#233;ter mes &#233;tudes, surmonter bien des difficult&#233;s pour me mettre au courant de tout ce qui a &#233;t&#233; fait depuis l'&#233;poque de mes d&#233;buts. Ceux d'entre vous que mon abstention d&#233;&#231;oit n'ont qu'&#224; s'en d&#233;dommager en lisant notre revue Imago, consacr&#233;e aux applications extra-m&#233;dicales de l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul th&#232;me cependant me retiendra un instant, non pas qu'il me soit tr&#232;s familier, ni que j'y aie moi-m&#234;me beaucoup travaill&#233; ; bien au contraire, &#224; peine m'en suis-je pr&#233;occup&#233; jusqu'ici, mais de tous les sujets &#233;tudi&#233;s par la psychanalyse, c'est celui qui nous semble avoir la plus grande importance, vu les magnifiques perspec&#172;tives qu'il offre pour l'avenir. Je veux parler de l'application de la psychanalyse &#224; la p&#233;dagogie, &#224; l'&#233;ducation de la g&#233;n&#233;ration &#224; venir. Je suis heureux tout au moins de vous dire que ma fille Anna Freud s'est vou&#233;e &#224; cette t&#226;che ; voil&#224; qui rach&#232;te ma propre abstention. Il est facile de voir comment nous avons pu parvenir &#224; comprendre l'importance p&#233;dagogique de l'analyse. Chaque fois qu'en traitant un n&#233;vros&#233; adulte nous parvenions &#224; pressentir la cause de ses sympt&#244;mes, nous nous trouvions infailli-blement ramen&#233;s &#224; l'&#233;poque de sa prime enfance. La connaissance de l'&#233;tiolo&#172;gie ult&#233;rieure ne suffisait ni &#224; comprendre le mal, ni &#224; le gu&#233;rir. C'est ainsi qu'oblig&#233;s de prendre connaissance des particularit&#233;s psychiques de l'enfance, nous appr&#238;mes une foule de choses que rien, hormis l'analyse, n'e&#251;t pu nous r&#233;v&#233;ler. Nous f&#251;mes aussi en mesure de rectifier nombre d'opinions courantes. Nous reconn&#251;mes que les premi&#232;res ann&#233;es de la vie (jusqu'&#224; la cinqui&#232;me environ) sont, pour plusieurs raisons, d'une importance capitale. C'est alors qu'a lieu la floraison pr&#233;coce de la sexualit&#233;, floraison qui d&#233;cide de la vie sexuelle de l'adulte. Ensuite, les impressions re&#231;ues &#224; cette &#233;po&#172;que agissent &#224; la mani&#232;re de traumatismes sur un moi encore faible et inachev&#233;. Ce moi n'arrive &#224; se d&#233;fendre contre les assauts affectifs que par le refoulement, et ainsi se cr&#233;ent, d&#232;s l'enfance, toutes les pr&#233;dispositions &#224; d'ult&#233;rieurs troubles fonctionnels, &#224; de futures maladies. Nous avons reconnu que l'enfance est une p&#233;riode de la vie difficile &#224; traverser parce que l'enfant y doit en peu de temps s'assimiler toute une civilisation qui a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e en des milliers d'ann&#233;es. Il doit apprendre ou commen&#172;cer d'apprendre &#224; dominer ses instincts et &#224; s'adapter au milieu social. L'enfant ne parvient pas de lui-m&#234;me &#224; se modifier ainsi ; il faut que l'&#233;ducation pour une grande part J'y contraigne. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que souvent cette t&#226;che ne soit qu'incompl&#232;&#172;tement r&#233;alis&#233;e. Chez bien des enfants, et &#224; coup sur chez tous les futurs malades, s'observent, d&#232;s l'enfance, avant l'&#233;poque de la pubert&#233;, certains troubles n&#233;vrotiques qui donnent bien du fil &#224; retordre aux parents et aux m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit dans les cas de sympt&#244;me n&#233;vrotique caract&#233;ris&#233;, soit dans ceux d'un mauvais d&#233;veloppement du caract&#232;re, nous n'avons pas h&#233;sit&#233; &#224; appliquer aux enfants le traitement analytique. Les adversaires de l'analyse n'ont pas manqu&#233; de d&#233;noncer le soi-disant p&#233;ril que celle-ci faisait courir aux enfants, mais cette crainte s'est av&#233;r&#233;e mal fond&#233;e. Gr&#226;ce &#224; ces analyses, nous avons pu parvenir &#224; confirmer par l'&#233;tude de l'objet vivant ce qui nous avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233;, pour ainsi dire, chez I'adulte, par des documents historiques. En outre, les r&#233;sultats obtenus furent tr&#232;s favorables aux enfants. On put constater que l'enfant se pr&#234;te tr&#232;s bien au traitement analytique ; le succ&#232;s est total et durable. Il convient, cela va sans dire, d'employer une technique notablement modifi&#233;e, car l'enfant est bien diff&#233;rent de l'adulte au point de vue psychologique : il ne poss&#232;de pas encore de surmoi, avec lui, la m&#233;thode des associa-tions libres ne peut fournir de grands r&#233;sultats, le transfert n'a pas le m&#234;me r&#244;le puisque les parents r&#233;els existent encore. Les r&#233;sistances int&#233;rieures contre lesquelles nous luttons chez les adultes sont, chez les enfants, remplac&#233;es par des difficult&#233;s ext&#233;rieures. Quand les parents se trouvent &#234;tre la cause de cette r&#233;sistance, l'objectif de l'analyse, sinon l'analyse elle-m&#234;me, est menac&#233; ; c'est pourquoi il convient, quand on analyse l'enfant, d'agir analytiquement, en m&#234;me temps, sur les parents. D'autre part, les divergences in&#233;vitables entre l'analyse des grandes personnes et celle des enfants sont att&#233;nu&#233;es du fait que, nombre de nos patients ayant conserv&#233; des c&#244;t&#233;s infantiles du caract&#232;re, l'analyste, contraint de s'adapter &#224; son sujet, ne peut faire autrement que de se servir pour eux de certaines des techniques de l'analyse des enfants. Tout naturellement, cette sorte d'analyse est devenue, et restera sans doute, l'apanage des analystes femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons compris que la plupart de nos enfants traversent, au cours de leur d&#233;veloppement, une phase n&#233;vrotique en vue de laquelle il devient donc n&#233;cessaire de prendre des mesures d'hygi&#232;ne. On aurait grand profit sans doute &#224; secourir l'enfant en pratiquant une analyse, m&#234;me quand il ne pr&#233;sente aucun sympt&#244;me. Ce serait l&#224; une mesure pr&#233;ventive analogue &#224; celle qu'on pratique aujourd'hui quand, sans atten-dre que la maladie se soit d&#233;clar&#233;e, on vaccine les enfants contre la dipht&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discuter cette question n'offre plus gu&#232;re aujourd'hui qu'un int&#233;r&#234;t acad&#233;mique ; toutefois je puis bien me permettre de vous en parier. La majeure partie de nos contemporains consid&#233;rerait ce projet comme un sacril&#232;ge inou&#239; et, vu l'attitude de la plupart des parents devant l'analyse, il faut, pour le moment, renoncer &#224; tout espoir de r&#233;aliser notre id&#233;e. D'ailleurs, cette prophylaxie du nervosisme, qui donnerait proba-blement de fort heureux r&#233;sultats, pr&#233;suppose une organisation sociale bien diff&#233;rente de celle qui existe. C'est sous un autre angle qu'il convient actuellement d'envisager l'emploi, dans la p&#233;dagogie, de l'analyse. Tout d'abord, consid&#233;rons que le but princi-pal de toute &#233;ducation est d'apprendre &#224; l'enfant &#224; ma&#238;triser ses instincts : impossible en effet de lui laisser une libert&#233; totale, de l'autoriser &#224; ob&#233;ir sans contrainte &#224; toutes ses impulsions. Cela pourrait, certes, fournir aux psychologues de l'enfance une exp&#233;rience tr&#232;s instructive, mais la vie des parents deviendrait impossible et le tort soit imm&#233;diat, soit &#224; venir, caus&#233; aux enfants serait consid&#233;rable. L'&#233;ducation doit donc inhiber, interdire, r&#233;primer et c'est &#224; quoi elle s'est de tout temps amplement appliqu&#233;e. Mais l'analyse nous a montr&#233; que cette r&#233;pression des instincts &#233;tait justement la cause des n&#233;vroses. Nous avons &#233;tudi&#233; dans tous ses d&#233;tails, vous vous en souvenez certainement, le m&#233;canisme de ce processus. L'&#233;ducation doit donc trouver sa voie entre le Scylla du laisser faire et le Charybde de l'interdiction. Si ce probl&#232;me n'est pas insoluble, il convient de chercher &#171; l'optimum &#187; de cette &#233;duca&#172;tion, c'est-&#224;-dire la mani&#232;re dont elle sera le plus profitable et le moins dangereuse. Il s'agira de d&#233;cider de ce qu'il faut interdire, et ensuite &#224; quel moment et par quel moyen doit intervenir cette interdiction. En outre, ne l'oublions pas, les divers sujets sur lesquels nous devons agir ont des pr&#233;dispositions constitutionnelles diff&#233;rentes et le comportement de l'&#233;ducateur ne doit pas &#234;tre le m&#234;me envers tous les enfants. L'observation montre que, jusqu'&#224; ce jour, l'&#233;ducation a rempli sa mission d'une mani&#232;re tr&#232;s d&#233;fectueuse, qu'elle a grandement nui aux en fants. Si son &#171; optimum &#187; peut &#234;tre d&#233;couvert, si elle parvient &#224; id&#233;alement r&#233;aliser son oeuvre, alors seulement elle pourra esp&#233;rer parvenir &#224; annuler l'effet d'un des facteurs de la maladie : l'action des traumatismes accidentels de l'enfance. En ce qui concerne l'autre facteur : les exigences d'une indocile constitution pulsionnelle, jamais, au grand jamais, l'&#233;duca&#172;tion n'arrivera &#224; le supprimer. Conna&#238;tre les particularit&#233;s constitutionnelles de l'enfant, savoir deviner, gr&#226;ce &#224; de petits indices, ce qui se passe dans son &#226;me encore inachev&#233;e, lui t&#233;moigner sans exc&#232;s l'amour qui lui est d&#251; tout en conservant l'autorit&#233; n&#233;cessaire, telle est la t&#226;che malais&#233;e qui s'impose &#224; l'&#233;ducateur, et en l'envisageant on se dit que seule l'&#233;tude approfondie de la psychanalyse est capable de constituer une pr&#233;paration suffisante &#224; l'exercice d'une pareille profession. Le mieux est que l'&#233;duca&#172;teur ait lui-m&#234;me subi une analyse, car, sans exp&#233;rience personnelle, il n'est pas possible de s'assimiler l'analyse. Plus encore que l'analyse des enfants, celle des ma&#238;tres, des &#233;ducateurs, semble devoir &#234;tre une mesure prophylactique efficace et sa r&#233;alisation pr&#233;sente aussi moins de difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons encore, en passant, comment l'&#233;ducation des enfants peut, d'autre mani&#232;re encore, tirer avantage de l'analyse, avantage qui ne cessera de grandir. Les parents qui se sont soumis &#224; un traitement analytique, qui en ont &#233;prouv&#233; les bienfaisants effets, ont pu prendre conscience des m&#233;faits de leur propre &#233;ducation. Ils feront d&#232;s lors preuve de plus de compr&#233;hension vis-&#224;-vis de leurs enfants et leur &#233;pargneront bien des &#233;preuves dont eux-m&#234;mes ont souffert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement aux efforts tent&#233;s par les analystes dans le domaine p&#233;dagogique, d'autres travaux ne poursuivent sur la gen&#232;se et la prophylaxie de la d&#233;linquance et de la criminalit&#233;, Ici encore, je me contenterai d'entreb&#226;iller la porte pour vous permettre d'apercevoir les appartements auxquels elle donne acc&#232;s, mais sans vous y laisser p&#233;n&#233;trer. Je sais que si vous continuez &#224; vous int&#233;resser &#224; la psychanalyse, vous pour-rez, touchant ces sujets, apprendre beaucoup de choses neuves et pr&#233;cieuses. N'aban-donnons cependant pas le chapitre de l'&#233;ducation sans avoir mentionn&#233; un point de vue particulier. On a pr&#233;tendu, et certainement &#224; juste titre, que toute &#233;ducation &#233;tait partiale, qu'elle tendait &#224; adapter l'enfant &#224; l'ordre social &#233;tabli, sans se pr&#233;occuper de savoir quelle valeur, quel avenir pouvait avoir ce dernier. Si l'on est convaincu des d&#233;fauts de nos organisations sociales actuelles, l'on ne peut se r&#233;soudre &#224; conformer une &#233;ducation faite suivant les donn&#233;es psychanalytiques aux institutions pr&#233;cit&#233;es Il convient de poursuivre, dam cette &#233;ducation, un but diff&#233;rent, plus &#233;lev&#233;, en dehors des conventions sociales pr&#233;valentes. Eh bien, je pense que cet argument ne se d&#233;fend pas et que ce r&#244;le-l&#224; D'est pas du ressort de la psychanalyse. Le m&#233;decin appel&#233; au chevet d'un malade atteint de pneumonie ne se pr&#233;occupe pas de savoir si son client est un brave homme, un suicid&#233; eu un malfaiteur, s'il m&#233;rite de conserver la vie ni s'il faut le lui souhaiter. L'&#233;ducation, en poursuivant le but nouveau qu'on voudrait ainsi lui assigner, resterait tout aussi partiale qu'elle est pr&#233;sentement et il n'appartient pas &#224; l'analyse de prendre parti. Je passe sous silence le fait qu'on r&#233;cuserait l'influence de la psychanalyse sur l'&#233;ducation si elle tendait &#224; des fins contraires &#224; l'ordre social &#233;tabli. L'&#233;ducation psychanalytique assumerait une responsabilit&#233; qui ne lui incombe pas en tendant &#224; faire de ceux qui la re&#231;oivent des r&#233;volutionnaires. Sa t&#226;che consiste &#224; rendre les enfants aussi sains et capables de travailler que possible. Et d'ailleurs le nombre de facteurs r&#233;volutionnaires que renferme la psychanalyse est assez grand d&#233;j&#224; pour qu'on puisse &#234;tre certain que l'enfant form&#233; par elle ne se rangera pas, plus tard, du c&#244;t&#233; de la r&#233;action eu de l'oppression. J'ajouterai encore qu'il est regrettable &#224; tous points de vue que des enfants soient r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, il me reste encore quelques mots &#224; vous dire touchant la psychanalyse en tant que traitement.. Il y a quinze ans, je vous en ai donn&#233; la th&#233;orie dont je ne modifierai pas l'expos&#233;. Parlons des exp&#233;riences faites depuis. Vous savez que la psychanalyse, d'abord consid&#233;r&#233;e comme un simple mode de traitement, a de beaucoup d&#233;pass&#233; son but initial tout en continuant &#224; demeurer sur le terrain qui l'a vue na&#238;tre, et que son d&#233;veloppement, son extension d&#233;pendent encore du traitement pratique des malades. Les multiples observations dont nous tirent nos th&#233;ories ne se peuvent obtenir autrement. Les &#233;checs th&#233;rapeutiques que nous subissons parfois nous incitent sans cesse &#224; pratiquer de nouvelles recherches et les exigences de la vie r&#233;elle emp&#234;chent que nous ne tombions dans la sp&#233;culation pure, danger qui nous guette &#224; chaque tournant. Nous avons dit, il y a longtemps d&#233;j&#224;, comment et par quels moyens la psychanalyse venait en aide aux malades. Examinons maintenant le r&#233;sultat qu'elle obtient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez peut-&#234;tre que je n'ai jamais &#233;t&#233; un th&#233;rapeute enthousiaste ; donc ne ne transformerai pas cette conf&#233;rence en pan&#233;gyrique. Je pr&#233;f&#232;re diminuer mes r&#233;sultats plut&#244;t que les amplifier. A l'&#233;poque o&#249; j'&#233;tais encore le seul analyste existant, certai&#172;nes personnes soi-disant bien dispos&#233;es envers mon &#339;uvre avaient coutume de me dire : &#171; Tout cela est tr&#232;s bien, tr&#232;s intelligent, mais montrez-moi donc un cas de gu&#233;rison par la psychanalyse. &#187; C'est l&#224; une de ces nombreuses formules qui, au cours des temps, ont servi, l'une apr&#232;s l'autre, &#224; repousser toute nouveaut&#233; g&#234;nante, et aujourd'hui elle semble aussi vieille que bien d'autres. Les lettres qui t&#233;moignent de la gratitude de malades gu&#233;ris remplissent aussi le portefeuille du psychanalyste. Mais l'analogie ne s'arr&#234;te pas l&#224; : la psychanalyse est v&#233;ritablement un traitement comme tant d'autres. Elle a ses victoires et ses d&#233;faites, ses difficult&#233;s, ses limites, ses indications. A un moment donn&#233;, le bruit courut que le traitement psychanalytique me pouvait &#234;tre pris au s&#233;rieux, car les psychanalystes ne se risquaient pas &#224; donner la statistique de leurs succ&#232;s. Depuis, le docteur Max Eitingon, fondateur de l'Institut psychanalytique de Berlin, a publi&#233; les r&#233;sultats obtenus par lui pendant 10 ann&#233;es de pratique. Il n'y a lieu ni de se glorifier ni de rougir du chiffre des gu&#233;risons. Toutefois ces statistiques n'ont pas grande valeur ; le mat&#233;riel de travail est si h&#233;t&#233;rog&#232;ne que, pour pouvoir tirer des chiffres un enseignement quelconque, il faudrait nous donner un nombre consid&#233;rable de r&#233;sultats. Il vaut mieux s'en tenir &#224; sa propre exp&#233;rience. Je pense d'ailleurs que nos r&#233;sultats ne peuvent se comparer &#224; ceux de Lourdes. Les gens qui croient aux miracles de la Sainte Vierge sont bien plus nombreux que ceux qui croient en l'existence de l'inconscient. Mais si nous n'envisageons que la con&#172;currence terrestre, nous aurons &#224; mettre le traitement psychanalytique en parall&#232;le avec les autres m&#233;thodes de psychoth&#233;rapie. A peine est-il besoin aujourd'hui de mentionner le traitement physico-organique appliqu&#233; aux &#233;tats n&#233;vrotiques. L'analy&#172;se, en tant que proc&#233;d&#233; th&#233;rapeutique, n'est pas en opposition avec les autres m&#233;tho&#172;des de psychoth&#233;rapie, elle ne les d&#233;pr&#233;cie ni ne les exclut. Th&#233;oriquement, rien n'emp&#234;che tel m&#233;decin qui se dit psychoth&#233;rapeute d'employer l'analyse &#224; c&#244;t&#233; d'au&#172;tres m&#233;thodes curatives, suivant les particularit&#233;s du cas et les conditions ext&#233;rieures favorables ou d&#233;favorables. Mais pratiquement, les n&#233;cessit&#233;s techniques contrai&#172;gnent le m&#233;decin &#224; se sp&#233;cialiser. C'est de la m&#234;me fa&#231;on que se scind&#232;rent la chirurgie et l'orthop&#233;die. Le travail psychanalytique est d&#233;licat et p&#233;nible ; impossible de s'en servir &#224; la mani&#232;re d'un lorgnon qu'on met pour lire et qu'on enl&#232;ve pour aller se promener. En g&#233;n&#233;ral, le m&#233;decin appartient tout &#224; fait ou pas du tout &#224; la psychanalyse. Les psychoth&#233;rapeutes qui se servent occasionnellement de l'analyse ne se trouvent pas, &#224; mon avis, sur un terrain bien ferme ; n'admettant pas tout de l'analyse, ils l'ont affadie, peut-&#234;tre m&#234;me &#171; d&#233;sintoxiqu&#233;e &#187;, et l'on ne peut les ranger parmi les analystes, ce qui est, d'apr&#232;s moi, regrettable : la collaboration au point de vue m&#233;dical d'un analyste et d'un psychoth&#233;rapeute qui n'utiliserait, dans le cadre de sa sp&#233;cialit&#233;, que les autres m&#233;thodes serait tout &#224; fait souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les proc&#233;d&#233;s dont se sert la psychoth&#233;rapie, la psychanalyse est, sans contredit, le plus puissant. Ce n'est d'ailleurs que justice, car il exige aussi le plus de temps et d'efforts, et on ne l'applique pas aux cas l&#233;gers. Les r&#233;sultats qu'obtient la psychanalyse dans certains cas appropri&#233;s : disparition de sympt&#244;mes, modification d'&#233;tat, sont tels qu'aux &#233;poques pr&#233;analytiques nul n'e&#251;t seulement os&#233; les esp&#233;rer. Toutefois, la psychanalyse a ses limites, bien nettement marqu&#233;es, limites que cer&#172;tains de nos adeptes, trop pr&#233;somptueux, se sont donn&#233; beaucoup de peine &#224; franchir, dans le dessein de parvenir &#224; gu&#233;rir toutes les maladies n&#233;vrotiques. Ils ont essay&#233; de raccourcir la dur&#233;e du travail analytique, de renforcer le transfert afin qu'il puisse parvenir &#224; surmonter toutes les r&#233;sistances, de soumettre leurs patients &#224; d'autres influences encore qu'&#224; celle de l'analyse, tout cela dans le but d'arracher, pour ainsi dire, la gu&#233;rison. Ces efforts sont louables, certes, mais je les crois vains. De plus, l'analyste risque ainsi lui-m&#234;me de ne pouvoir se maintenir dans les limites de l'ana&#172;lyse et de se livrer &#224; une exp&#233;rience hasardeuse. L'id&#233;e que toutes les n&#233;vroses sont gu&#233;rissables d&#233;coule, je le soup&#231;onne, d'une croyance tr&#232;s g&#233;n&#233;ralement r&#233;pandue parmi les profanes, &#224; savoir que ces n&#233;vroses sont quelque chose de totalement superflu qui n'a aucun droit d'exister. Il s'agit pourtant, en r&#233;alit&#233;, d'affections graves, fix&#233;es constitutionnellement, qui se limitent rarement &#224; quelques acc&#232;s, qui persistent le plus souvent pendant de longues ann&#233;es, parfois m&#234;me pendant toute la vie. Nous nous sommes rendu compte, gr&#226;ce &#224; l'analyse, que l'on pouvait agir sur elles quand on parvenait &#224; en d&#233;couvrir le motif historique et les causes accidentelles secondaires. Ainsi nous avons &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; n&#233;gliger, dans le traitement, le facteur constitutionnel sur lequel nous n'avons aucune prise, mais qu'il convient cependant, th&#233;oriquement, de ne jamais oublier. Le traitement analytique n'a g&#233;n&#233;ralement aucun effet sur les psychoses et ce fait seul doit nous engager &#224; nous en tenir aux n&#233;vroses, leurs proches parentes. L'action th&#233;rapeutique de la psychanalyse est entrav&#233;e par une s&#233;rie de facteurs importants et &#224; peu pr&#232;s inattaquables. Chez l'enfant, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; il est permis d'escompter les meilleurs r&#233;sultats, nous nous heurtons &#224; des difficult&#233;s ext&#233;rieures qui d&#233;coulent de la situation vis-&#224;-vis des parents et cependant ces difficult&#233;s sont inh&#233;rentes &#224; l'enfance m&#234;me. Chez l'adulte, deux facteurs pr&#233;valent : le degr&#233; de fixation psychique et le genre de la maladie, avec tout ce qu'elle dissimule de d&#233;terminations plus profondes. C'est bien &#224; tort que souvent l'on m&#233;sestime le premier de ces facteurs. Quelles que soient la plasticit&#233; de la vie spirituelle et la possibilit&#233; de raviver d'anciens &#233;tats, il faut se rappeler que tout ne r&#233;appara&#238;t pas. Certaines modifications semblent &#234;tre d&#233;finitives, paraissent correspondre &#224; des cicatrices laiss&#233;es par d'anciens processus. D'autres fais, la vie psychique para&#238;t s'&#234;tre fig&#233;e. Les processus psychiques qu'on pourrait diriger sur de nouvelles voies ne semblent plus capables de sortir des voies anciennes. Mais peut-&#234;tre rien n'a-t-il chang&#233; que la mani&#232;re de voir. Trop souvent, l'on croit sentir que ce qui manque &#224; la th&#233;rapeutique pour imposer quelque changement, c'est la force d'impulsion. Une d&#233;pendance d&#233;termin&#233;e, une certaine composante instinctuelle l'emportent sur les forces adverses que nous pouvons mettre en oeuvre. C'est ce qui se passe, la plupart du temps, dans les psychoses. Nous les connaissons assez pour savoir o&#249; il conviendrait de placer les leviers, mais ceux-ci ne pourraient jamais &#234;tre suffisam&#172;ment puissants pour soulever le fardeau. Disons maintenant que la connaissance des hormones et de leur mode d'action nous donne, pour l'avenir, un grand espoir. Vous savez de quoi il s'agit. Gr&#226;ce aux hormones nous serons peut-&#234;tre quelque jour en mesure de lutter victorieusement contre les facteurs quantitatifs de la maladie, mais ce jour n'est pas encore arriv&#233;. Je con&#231;ois fort bien que l'incertitude o&#249; nous demeu&#172;rons, touchant ces faits, puisse inciter les analystes &#224; sans cesse perfectionner leur technique et, en premier lieu, celle du transfert. L'analyste d&#233;butant surtout se deman&#172;dera, en cas d'&#233;chec, s'il faut en accuser sa propre maladresse dans l'application du traitement ou bien les particularit&#233;s du cas trait&#233;. Cependant, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, je crois qu'il ne faut pas se leurrer sur les r&#233;sultats des efforts tent&#233;s dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ d'action de la psychanalyse est, en second lieu, limit&#233; par la forme m&#234;me de la maladie. Vous savez que le traitement analytique est tout indiqu&#233; dans les n&#233;vroses de transfert, les phobies, les hyst&#233;ries, les n&#233;vroses obsessionnelles, ainsi que dans les anomalies de caract&#232;re qui se manifestent parfois en lieu et place de ces affections. Partout ailleurs, dans les &#233;tats narcissiques, psychotiques, etc., la psycha-nalyse est plus ou moins contre-indiqu&#233;e. Il serait donc l&#233;gitime d'&#233;viter un &#233;chec certain en &#233;liminant ces derniers cas. Toutefois il y a un mais : souvent nos diagnos&#172;tics ne peuvent &#234;tre port&#233;s qu'une fois l'analyse faite, rappelant ainsi l'histoire cont&#233;e par Victor Hugo, dit roi d'&#201;cosse et de la sorci&#232;re. Ce roi pr&#233;tend poss&#233;der une m&#233;thode infaillible pour reconna&#238;tre toute sorci&#232;re : il la fait &#233;bouillanter dans une cuve d'eau et, en go&#251;tant ensuite le bouillon, il d&#233;clare : &#171; Oui, c'&#233;tait bien une sor&#172;ci&#232;re ! &#187; ou &#171; Non, ce n'en &#233;tait pas une ! &#187; Il en va de m&#234;me dans notre cas, mais alors c'est nous qui sommes &#233;chaud&#233;s. Nous ne pouvons conna&#238;tre l'&#233;tat d'un malade ou celui d'un candidat psychanalyste qu'apr&#232;s l'avoir &#233;tudi&#233; analytiquement pendant quelques semaines ou quelques mois. Nous achetons vraiment le chat dans un sac. Tel patient se plaint, par exemple, de troubles vagues, g&#233;n&#233;ralis&#233;s, qui ne permettent pas d'&#233;tablir un diagnostic certain. Apr&#232;s une p&#233;riode d'essai, nous reconnaissons que ce cas ne se pr&#234;te pas &#224; une analyse ; s'il s'agit d'un candidat psychanalyste, nous le cong&#233;dions, s'il s'agit d'un malade nous tentons encore, en poursuivant quelque temps l'analyse, de nous mieux &#233;clairer sur son cas. Le patient se venge en venant augmen&#172;ter la liste de nos &#233;checs et l'aspirant psychanalyste parfois, s'il est parano&#239;aque, en &#233;crivant des livres psychanalytiques. Vous voyez l'inefficacit&#233; de nos pr&#233;cautions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crains de vous avoir lass&#233;s en vous donnant tous ces d&#233;tails, mais surtout ne vous figurez pas, ce qui me peinerait, que j'ai voulu d&#233;pr&#233;cier &#224; vos yeux la psycha-nalyse en tant que m&#233;thode curative. Si telle est votre impression. c'est que je me suis montr&#233; maladroit, mon intention &#233;tant justement de vous prouver que si l'analyse est contre-indiqu&#233;e dans certains cas, dans d'autres elle s'av&#232;re indispensable. C'est dans le m&#234;me but que je parlerai d'un autre reproche adress&#233; au traitement analytique : celui de son excessive longueur. R&#233;pondons &#224; cela que les modifications psychiques s'op&#232;rent lentement ; quand elles se produisent vite, soudainement, ce fait est d'un mauvais pr&#233;sage. Il est exact que le traitement d'une n&#233;vrose grave dure souvent plusieurs ann&#233;es, mais s'il vient &#224; r&#233;ussir, songez au temps qu'a persist&#233; la maladie, sans doute dix ann&#233;es pour une de traitement, ce qui revient &#224; dire que l'&#233;tat morbide n'aurait jamais cess&#233; de se manifester, chose fr&#233;quente dans les cas n&#233;glig&#233;s. Parfois il nous faut reprendre une analyse apr&#232;s plusieurs ann&#233;es d'interruption, quand les circonstances de la vie ont provoqu&#233; de nouvelles r&#233;actions morbides. Entre-temps le patient s'&#233;tait bien port&#233;. En pareil cas, la premi&#232;re analyse n'avait pas r&#233;ussi &#224; mettre tout &#224; fait en lumi&#232;re les dispositions pathologiques du patient et naturellement, la cure avait &#233;t&#233; interrompue, une fois le succ&#232;s obtenu. Certaines personnes, gravement atteintes, doivent, toute leur vie, demeurer sous la surveillance de l'analyste et recom-mencer de temps &#224; autre le traitement. Il faut ajouter que, sans cette assistance, les personnes en question seraient incapables de vivre ; il est donc fort heureux qu'elles puissent, gr&#226;ce &#224; cette cure fractionn&#233;e, r&#233;currente, se maintenir en bon &#233;tat. L'analyse des troubles du caract&#232;re exige aussi un temps tr&#232;s long, mais les r&#233;sultats en sont souvent tr&#232;s favorables. D'ailleurs, pourriez-vous me citer quelque autre proc&#233;d&#233; susceptible de permettre une semblable tentative ? Peut-&#234;tre ces indications ne satisferont-elles pas l'orgueil th&#233;rapeutique, mais l'exemple de la tuberculose et du lupus nous a appris que le succ&#232;s ne peut &#234;tre obtenu que par l'adaptation de la th&#233;ra-peutique &#224; la nature du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je vous l'ai dit, la psychanalyse, &#224; ses d&#233;buts, ne fut qu'une m&#233;thode th&#233;rapeutique, mais je voudrais que votre int&#233;r&#234;t ne se port&#226;t pas exclusivement sur cette utilisation, mais aussi sur les v&#233;rit&#233;s que renferme notre science, sur les conclu-sions qu'elle nous permet de tirer &#224; propos de ce qui touche l'homme de plus pr&#232;s : son propre &#234;tre, enfin sur les rapports qu'elle d&#233;couvre entre les formes les plus vari&#233;es de l'activit&#233; humaine. M&#233;thode th&#233;rapeutique parmi tant d'autres, il est vrai, mais prima inter pares. Sans valeur curative, elle n'aurait pas &#233;t&#233; trouv&#233;e gr&#226;ce au traitement des malades et son &#233;volution ne se serait pas poursuivie pendant plus de trente ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septi&#232;me conf&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une conception de l'univers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, lors de notre derni&#232;re r&#233;union nous avons parl&#233; de nos pr&#233;occupations journali&#232;res et mis, pour ainsi dire, de l'ordre dans notre modeste petite maison. Prenons maintenant un audacieux &#233;lan et essayons de r&#233;pondre &#224; tous ceux qui nous demandent si la psychanalyse nous conduit &#224; une conception particu-li&#232;re du monde et en ce cas &#224; laquelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conception de l'univers : id&#233;e sp&#233;cifiquement allemande et difficile &#224; traduire en une langue &#233;trang&#232;re ; toute d&#233;finition qu'on en donne semble maladroite. Je crois qu'une conception du monde est une construction intellectuelle, capable de r&#233;soudre d'apr&#232;s un unique principe tous les probl&#232;mes que pose notre existence. Elle r&#233;pond ainsi &#224; toutes les questions possibles et permet de ranger &#224; une place d&#233;termin&#233;e tout ce qui peut nous int&#233;resser. Il est bien naturel que les hommes tentent de se faire une semblable repr&#233;sentation du monde et ,que ce soit l&#224; un de leurs id&#233;aux. La foi qu'ils y ajoutent leur permet de se sentir plus &#224; l'aise dans la vie, de savoir vers quoi ils tendent et de quelle fa&#231;on ils peuvent le plus utilement placer leurs affects et leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est bien l&#224; ce qu'on entend par ces mots &#171; conception de l'univers &#187;, la r&#233;pon&#172;se sera facile en ce qui concerne la psychanalyse. En tant que science sp&#233;cialis&#233;e, rameau de la psychologie -psychologie abyssale ou psychologie de l'inconscient, - l'analyse n'est nullement capable de cr&#233;er une conception particuli&#232;re du monde, elle doit se conformer &#224; celle que lui offre la science. Mais d&#233;j&#224; la conception scientifique de l'univers diff&#232;re sensiblement de celle que nous venons de d&#233;finir. Elle admet bien, il est vrai, le principe d'unicit&#233; d'une explication du monde, mais comme s'il s'agissait d'un programme dont l'ex&#233;cution serait remise &#224; plus tard. Elle se distingue aussi par certains caract&#232;res n&#233;gatifs en se limitant &#224; ce qui est actuellement connaissable et en rejetant tous les &#233;l&#233;ments qui lui sont &#233;trangers. Elle pr&#233;tend que la connaissance de l'univers ne peut d&#233;couler que d'un travail intellectuel, d'observations soigneusement contr&#244;l&#233;es, de recherches rigoureuses, mais non d'une r&#233;v&#233;lation, d'une intuition ou d'une divination. Ce concept fut, semble-t-il, bien pr&#232;s d'&#234;tre g&#233;n&#233;ralement adopt&#233; aux si&#232;cles qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent le n&#244;tre. Il &#233;tait r&#233;serv&#233; &#224; nos contemporains de soulever une pr&#233;somptueuse objection en pr&#233;tendant qu'un pareil concept est aussi mesquin que d&#233;sesp&#233;rant et qu'il ne tient compte ni des exigences de l'esprit ni des besoins de l'&#226;me humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette objection ne saurait &#234;tre trop &#233;nergiquement r&#233;fut&#233;e ; elle est insoute-nable, car l'esprit et l'&#226;me peuvent devenir, aussi bien que toute chose &#233;trang&#232;re &#224; l'homme, objets d'investigation scientifique. La psychanalyse est particuli&#232;rement qualifi&#233;e pour &#234;tre le porte-parole de la conception scientifique de l'univers ; qui oserait, en effet, lui reprocher de n&#233;gliger le point de vue psychique dans le tableau du monde ? N'est-ce pas la psychanalyse qui a transport&#233; au domaine psychique les recherches scientifiques ? Sans une semblable psychologie la science serait fort in-compl&#232;te. Mais si l'on fait rentrer dans le cadre des sciences l'&#233;tude des fonctions intellectuelles et &#233;motives de l'homme (et des animaux), on est cependant oblig&#233; de constater que l'ensemble de la science ne s'en trouve en rien modifi&#233;, qu'il ne jaillit nulle source nouvelle de la connaissance et qu'il n'appara&#238;t aucune nouvelle m&#233;thode d'investigation. L'intuition, la divination, si elles existaient vraiment, seraient capa&#172;bles de nous ouvrir de nouveaux horizons, mais nous pouvons, sans h&#233;siter, les ranger dans la cat&#233;gorie des illusions et parmi les r&#233;alisations imaginaires d'un d&#233;sir. On reconna&#238;t facilement aussi que le besoin de se forger une conception du monde a une cause affective. La science observe que le psychisme humain t&#233;moigne de pareilles exigences et elle est pr&#234;te &#224; en rechercher l'origine, tout en n'ayant aucune raison de les consid&#233;rer comme bien fond&#233;es. Ce faisant, elle a soin d'&#233;carter de la science tout ce qui r&#233;sulte d'une semblable exigence affective et qui n'est qu'illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, nous ne pr&#233;tendons pas qu'il faille d&#233;daigneusement n&#233;gliger ces d&#233;sirs ou en m&#233;sestimer l'importance dans la vie humaine. Nous sommes tout pr&#234;ts &#224; reconna&#238;&#172;tre leur contribution aux r&#233;alisations artistiques. aux syst&#232;mes religieux et philoso&#172;phiques ; n&#233;anmoins, nous constatons qu'il serait ill&#233;gitime et inopportun au premier chef de permettre qu'on transf&#233;r&#226;t ces besoins sur le terrain de la connaissance scienti&#172;fique. Si l'on agissait de la sorte, on ouvrirait les voies qui m&#232;nent &#224; la psychose - individuelle ou collective - et l'on soustrairait aux tendances en question certaines aspirations pr&#233;cieuses toutes tourn&#233;es vers la r&#233;alit&#233; o&#249; elles satisfont d&#233;sirs et besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la science, comment ici ne pas critiquer, rejeter et d&#233;mentir ? Il est inadmissible de pr&#233;tendre que la science n'est que l'une des branches de l'acti&#172;vit&#233; psychique humaine et que la religion et la philosophie en sont d'autres, au moins aussi importantes, o&#249; la science n'a rien &#224; voir. De cette fa&#231;on, science, religion et philosophie auraient des droits &#233;gaux &#224; la v&#233;rit&#233; et tout homme pourrait librement &#233;tablir ses convictions et placer sa foi. C'est l&#224; une opinion jug&#233;e extr&#234;mement &#233;l&#233;gante, tol&#233;rante, large et d&#233;nu&#233;e de pr&#233;jug&#233;s mesquins ; malheureusement, elle s'av&#232;re insoutenable et c'est &#224; elle qu'incombent tous les m&#233;faits d'une repr&#233;sentation antiscientifique de l'univers, repr&#233;sentation dont elle se montre d'ailleurs, au point de vue pratique, l'&#233;quivalent. En effet, la v&#233;rit&#233; ne peut pas &#234;tre tol&#233;rante, elle ne doit admettre ni compromis ni restrictions. La science consid&#232;re comme siens tous les domaines o&#249; peut s'exercer l'activit&#233; humaine et devient inexorablement critique d&#232;s qu'une puissance tente d'en ali&#233;ner une partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trois puissances qui disputent &#224; la science ses droits et ses domaines, la seule dangereuse est la religion. L'art est presque toujours inoffensif et bienfaisant, ne pr&#233;tend &#224; &#234;tre qu'une illusion et ne tente jamais, hormis chez certaines personnes qui sont, comme on dit, &#171; poss&#233;d&#233;es &#187; par lui, l'assaut de la r&#233;alit&#233;. La philosophie ne s'oppose pas &#224; la science ; se comportant elle-m&#234;me comme une science, elle en em-prunte aussi parfois les m&#233;thodes, mais s'en &#233;loigne en se cramponnant &#224; des chim&#232;res, en pr&#233;tendant offrir un tableau coh&#233;rent et sans lacunes de l'univers, pr&#233;ten&#172;tion dont tout nouveau progr&#232;s de la connaissance nous permet de constater l'inanit&#233;. Au point de vue de la m&#233;thode, la philosophie s'&#233;gare en surestimant la valeur cognitive de nos op&#233;rations logiques et en admettant la r&#233;alit&#233; d'autres sources de la connaissance, telle que, par exemple, l'intuition. Assez souvent, l'on approuve la bou&#172;tade du po&#232;te (Henri Heine) qui a dit en parlant du philosophe : &#171; Avec ses bonnets de nuit et des lambeaux de sa robe de chambre, il bouche les trous de l'&#233;difice universel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la philosophie n'exerce aucune influence sur la masse et n'int&#233;resse qu'un nombre infime de personnes, m&#234;me parmi celles qui forment le petit clan des intellectuels. Pour les autres, elle reste lettre morte. Au contraire, la religion est une puissance formidable qui dispose &#224; son gr&#233; des plus fortes &#233;motions de l'homme. On sait qu'elle embrassait nagu&#232;re tout ce qui, au point de vue spirituel, joue quelque r&#244;le dans la vie humaine. Elle occupait la place de la science &#224; une &#233;poque o&#249; celle-ci &#233;tait, pour ainsi dire, inexistante et avait cr&#233;&#233; une conception du monde incompara&#172;blement logique et harmonieuse qui, tout en &#233;tant bien &#233;branl&#233;e, subsiste encore &#224; l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien se repr&#233;senter le r&#244;le immense de la religion, il faut envisager tout ce qu'elle entreprend de donner aux hommes : elle les &#233;claire sur l'origine et la formation de l'univers, leur assure, au milieu des vicissitudes de l'existence, la protection divine et la b&#233;atitude finale, enfin elle r&#232;gle leurs opinions et leurs actes en appuyant ses prescriptions de toute son autorit&#233;. Ainsi remplit-elle une triple fonction. En premier lieu, tout comme la science, mais par d'autres proc&#233;d&#233;s, elle satisfait la curiosit&#233; humaine et c'est d'ailleurs par l&#224; qu'elle entre en conflit avec la science. C'est sans doute &#224; sa seconde mission que la religion doit la plus grande partie de son influence. La science, en effet, ne peut rivaliser avec elle quand il s'agit d'apaiser la crainte 'de l'homme devant les dangers et les hasards de la vie, ou de lui apporter quelque conso-lation dans les &#233;preuves. La science enseigne, il est vrai, &#224; &#233;viter certains p&#233;rils, &#224; lutter victorieusement contre certains maux : impossible de nier l'aide qu'elle apporte aux humains, mais en bien des cas, elle ne peut supprimer la souffrance et doit se contenter de leur conseiller la r&#233;signation. C'est du fait de sa troisi&#232;me fonction, c'est-&#224;-dire quand elle formule des pr&#233;ceptes, des interdictions, des restrictions que la religion s'&#233;loigne le plus de la science ; celle-ci, en effet, se contente de rechercher et d'&#233;tablir les faits, tout en &#233;laborant des r&#232;gles de conduite analogues &#224; celles que donne la religion, mais autrement motiv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons concevoir avec clart&#233; la nature du lien qui rattache entre elles ces trois fonctions. Quel rapport peut-il bien y avoir entre le r&#233;cit de la cr&#233;ation du monde et la n&#233;cessit&#233; d'ob&#233;ir &#224; certaines r&#232;gles de morale ? Ces r&#232;gles sont plus &#233;troitement li&#233;es aux promesses de protection et de bonheur futur, puisque protection et bonheur devront justement r&#233;compenser l'ob&#233;issance aux lois &#233;thiques en ques&#172;tion : celui-l&#224; seul qui s'y conformera aura droit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;214 Nouvelles conf&#233;rences sur la psychanalyse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la f&#233;licit&#233; &#233;ternelle, le rebelle encourra un ch&#226;timent. D'ailleurs, la science nous offre bien quelque chose d'analogue : celui qui m&#233;prise ses applications, dit-elle, s'expose &#224; toutes sortes de maux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une analyse 'g&#233;n&#233;tique nous permet de comprendre l'&#233;trange assemblage, dans la religion, d'enseignements, de consolations et de pr&#233;ceptes. Cette analyse peut s'appliquer d'abord &#224; la partie la plus surprenante du syst&#232;me, a savoir : la mani&#232;re de concevoir la cr&#233;ation du monde. Pourquoi, en effet, la cosmogonie fait-elle n&#233;cessai-rement partie du syst&#232;me. religieux ? Mais voyous d'abord en quoi consiste cette doc-trine : l'univers a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par un ,&#234;tre semblable &#224; l'homme, mais en tout plus grand, plus puissant, plus sage, plus ardent que lui, bref par une sorte de surhomme id&#233;alis&#233;. Le fait que des animaux aient pu &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme cr&#233;ateurs du monde d&#233;c&#232;le l'influence du tot&#233;misme auquel nous ferons allusion plus loin. Fait &#224; noter : ce cr&#233;ateur du monde est toujours unique, m&#234;me en cas de polyth&#233;isme. De plus, il n'agit presque toujours d'un &#234;tre m&#226;le, encore que souvent il soit fait allusion &#224; quelque divinit&#233; f&#233;minine. Dans certaines mythologies, le dieu m&#226;le supplante une divinit&#233; femelle qui se trouve alors rabaiss&#233;e au rang de monstre. et ainsi d&#233;bute l'histoire du monde. Malheureusement, nous ne pouvons ici approfondir ces questions si int&#233;res&#172;santes. Un indice va nous permettre de trouver notre voie dans ces recherches : le dieu cr&#233;ateur est surnomm&#233; &#171; le P&#232;re &#187;. La psychanalyse en conclut qu'il s'agit bien l&#224; du p&#232;re majestueux, tel qu'il apparut autrefois au petit enfant. Le croyant se figure la cr&#233;ation du inonde &#224; l'image de sa propre naissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors le lien qui rattache &#224; la cosmogonie les promesses consolantes et les s&#233;v&#232;res exigences de la morale appara&#238;t. La personne m&#234;me &#224; qui l'enfant doit la vie, le p&#232;re (ou plus justement l'instance parentale form&#233;e par le p&#232;re et la m&#232;re), a veill&#233; sur l'enfant faible et ch&#233;tif, expos&#233; aux mille dangers de l'existence ; ainsi prot&#233;g&#233;, le petit &#234;tre s'est senti en s&#233;curit&#233;. Devenu adulte, l'homme est conscient de sa force accrue, mais aussi de tous les dangers auxquels la vie l'expose et il consid&#232;re, &#224; bon escient, qu'il est rest&#233; aussi faible, aussi mis&#233;rable que dans son enfance, et qu'en regard de l'univers il n'est toujours qu'un enfant. Il refuse donc de renoncer &#224; cette protection dont il a joui quand il &#233;tait petit. Toutefois, ayant t&#244;t reconnu que son p&#232;re n'avait qu'un pouvoir tr&#232;s restreint et n'&#233;tait pas l'&#234;tre en tout sup&#233;rieur d'abord imagin&#233;, il revient &#224; l'image ancienne du p&#232;re tant surestim&#233;, image qui est rest&#233;e grav&#233;e dans sa m&#233;moire, et il en fait une divinit&#233; qu'il situe dans le pr&#233;sent et dans la r&#233;alit&#233;. La puissance affective du souvenir, la soif de se sentir encore prot&#233;g&#233; motivent, de concert, la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me point cardinal du programme religieux, celui des r&#232;gles de l'&#233;thique, se rattache aussi &#224; cette situation infantile. Dans une phrase c&#233;l&#232;bre, le philosophe Kant a dit que la pr&#233;sence des &#233;toiles dans le ciel et celle des lois morales dans notre c&#339;ur &#233;taient les preuves les plus convaincantes de la grandeur de Dieu. Certes, ce rapprochement est pour le moins &#233;trange : quel rapport, d&#233;couvrir, en effet, entre les astres et le sentiment d'un homme envers l'un de ses semblables : amour ou haine meurtri&#232;re ? Cependant la proposition de Kant effleure une grande v&#233;rit&#233; psycho-logique. Ce p&#232;re (l'instance parentale) qui a donn&#233; le jour &#224; l'enfant, qui l'a pr&#233;serv&#233; de tous les p&#233;rils, lui a aussi appris &#224; distinguer les choses permises des choses interdites, lui a enseign&#233; &#224; ma&#238;triser ses instincts, lui a fait comprendre les &#233;gards qu'il devait &#224; ses parents, &#224; ses fr&#232;res et s&#339;urs, lui a montr&#233; enfin que s'il se conformait &#224; cet enseignement, il serait admis et estim&#233;, d'abord au sein de sa famille, puis dans un cercle plus large. L'enfant apprend, gr&#226;ce &#224; tout un syst&#232;me de r&#233;compenses et de punitions, ses devoirs sociaux ; on lui fait conna&#238;tre que sa propre s&#233;curit&#233; d&#233;pend de l'amour de ses parents, plus tard de celui des &#233;trangers et de la foi qu'on ajoutera &#224; son affection &#224; lui. Ult&#233;rieurement l'homme transf&#233;rera, sans les modifier, dans la religion toutes ces conditions. Les interdictions, les obligations impos&#233;es par ses parents subsisteront en lui sous la forme de la conscience morale. Dieu r&#233;git le monde &#224; l'aide du m&#234;me syst&#232;me de punitions et de primes : la protection et les satisfactions accor-d&#233;es &#224; chaque individu sont proportionn&#233;es &#224; l'ob&#233;issance dont t&#233;moigne ce dernier vis-&#224;-vis des lois morales. C'est l'amour &#233;prouv&#233; pour Dieu, la certitude d'&#234;tre aim&#233; de lui qui donnent &#224; l'homme la force de lutter contre les dangers dont le menacent ses semblables et la nature. Enfin la pri&#232;re conf&#232;re une influence directe sur la volont&#233; c&#233;leste et assure &#224; l'homme une part de la toute-puissance divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais que tandis que vous m'&#233;coutiez une foule de questions vous sont venues &#224; l'esprit. Ce n'est ni l'heure ni le lieu de satisfaire votre curiosit&#233;, mais une chose me semble certaine : aucune recherche, si minutieuse f&#251;t-elle, ne saurait &#233;branler la con-viction que notre conception religieuse du monde est d&#233;termin&#233;e par notre situation infantile. Il semble d'autant plus &#233;trange alors de d&#233;couvrir que cette situation, malgr&#233; son caract&#232;re infantile, ait &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une autre. Incontestablement, &#224; une certaine &#233;poque, il n'y eut ni dieux ni religions ; cette &#233;poque fut celle de l'animisme, le monde se trouvant alors peupl&#233; d'&#234;tres spirituels semblables &#224; l'homme : les d&#233;mons. Les objets du monde ext&#233;rieur en &#233;taient tous emplis ou bien m&#234;me se confondaient avec eux, mais on ne connaissait aucun cr&#233;ateur universel, aucune suprapuissance, aucun ma&#238;tre a qui demander aide et protection. Les d&#233;mons de l'animisme se montraient en g&#233;n&#233;ral hostiles &#224; l'homme ; n&#233;anmoins il semble que celui-ci ait alors fait preuve de plus de confiance que par la suite. Sans doute &#233;prouvait-il devant ces m&#233;chants esprits un effroi constant et terrible, mais il se d&#233;fendait par certains actes auxquels il attribuait un pouvoir de pr&#233;servation. D'ailleurs, il se consid&#233;rait lui-m&#234;me comme d&#233;tenteur d'une certaine puissance. S'agissait-il d'adresser quelque v&#339;u &#224; la nature : faire pleuvoir, par exemple, l'homme ne priait pas le dieu du temps, mais accom&#172;plissait quelque rite magique propre, d'apr&#232;s lui, &#224; influencer directement la nature : il produisait lui-m&#234;me quelque chose de semblable &#224; la pluie. Dans cette lutte contre les forces ext&#233;rieures, sa premi&#232;re arme &#233;tait la magie, devanci&#232;re la plus ancienne de notre technique actuelle. Nous croyons que la foi en la magie d&#233;coule d'une suresti-mation des op&#233;rations intellectuelles dont on est soi-m&#234;me capable, &#233;mane de cette croyance en la &#171; toute-puissance de la pens&#233;e &#187; que nous retrouvons d'ailleurs chez nos obs&#233;d&#233;s. Il nous est permis d'imaginer que les hommes de cette &#233;poque durent se sentir fiers de leurs progr&#232;s dans le langage, progr&#232;s qui facilit&#232;rent sans doute beau-coup la pens&#233;e. Ils pr&#234;t&#232;rent au mot un pouvoir magique que reconnut, plus tard, la religion. &#171; Et Dieu dit : Que la lumi&#232;re soit. Et la lumi&#232;re fut. &#187; En outre, les actes magiques montrent que l'animiste ne se fiait pas simplement &#224; la puissance de ses souhaits. C'est plut&#244;t de l'accomplissement d'un certain acte, propre &#224; inciter la nature &#224; une imitation, qu'il attendait la r&#233;alisation de ses d&#233;sirs. Quand il voulait la pluie, il r&#233;pandait lui-m&#234;me de l'eau, quand il souhaitait que le sol f&#251;t fertile, il donnait &#224; la nature, au milieu des champs, le spectacle de ses rapports sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez que tout ce qui a trouv&#233; un jour son expression psychique dispara&#238;t difficilement ; vous ne serez donc pas surpris d'apprendre qu'&#224; l'heure actuelle, nom-bre de manifestations animistes sont encore observables, surtout sous la forme de ce qu'on appelle les superstitions, &#224; c&#244;t&#233; et &#224; l'arri&#232;re-plan de la religion. Plus encore, notre philosophie, est-ce niable ? a conserv&#233; quelques traits essentiels du mode de penser animiste : la surestimation de la magie verbale, l'id&#233;e que notre pens&#233;e guide et r&#233;git les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;els. Il s'agit l&#224;, bien entendu, d'un animisme sans actes magiques. D'autre part, rien ne nous emp&#234;che de croire &#224; l'existence, d&#232;s cette &#233;po&#172;que, d'une certaine &#233;thique, de r&#232;glements d&#233;terminant les relations r&#233;ciproques des hommes, rien non plus n'indique que cette &#233;thique, ces r&#232;glements aient &#233;t&#233; plus intimement li&#233;s &#224; la croyance animiste. Sans doute r&#233;sultaient-elles de la proportion-nalit&#233; des forces et des besoins pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait tr&#232;s int&#233;ressant de pouvoir conna&#238;tre ce qui a incit&#233; l'homme &#224; passer de l'animisme &#224; la religion, mais, vous l'imaginez ais&#233;ment, une grande obscurit&#233; enveloppe encore ces &#233;poques primitives de l'histoire du psychisme humain. Il sem&#172;ble d&#233;montr&#233; que la religion prit d'abord l'&#233;trange forme de l'adoration des animaux : le tot&#233;misme, auquel succ&#233;d&#232;rent les premi&#232;res lois moral&#171; : les tabous. Nagu&#232;re, dans Totem et Tabou, j'ai postul&#233; que cette transformation &#233;tait due &#224; quelque boule-versement dans les relations de la famille humaine. Gr&#226;ce &#224; la religion, et c'est l&#224; son oeuvre capitale par rapport &#224; l'animisme, la peur des d&#233;mons se trouva psychique&#172;ment li&#233;e. Mais le mauvais esprit, survivant des &#233;poques primitives, a conserv&#233; sa place dans le syst&#232;me religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons que ce soit bien l&#224; la pr&#233;histoire de ta conception religieuse de l'uni&#172;vers et voyons maintenant ce qui s'est pass&#233; par la suite et ce qui se produit encore sous nos yeux. L'esprit scientifique, fortifi&#233; par l'observation des ph&#233;nom&#232;nes natu&#172;rels, a entrepris, au cours des si&#232;cles, de traiter la religion comme mie affaire humaine et de la soumettre &#224; un examen critique. La religion ne put y r&#233;sister. Ce furent, tout d'abord, les miracles qui suscit&#232;rent l'&#233;tonnement et l'incr&#233;dulit&#233; parce qu'ils allaient &#224; l'encontre de tout ce que peut nous faire conna&#238;tre la simple observation et aussi parce qu'ils portaient avec &#233;vidence le sceau de l'imagination humaine. Puis, se trouv&#232;rent d&#233;truits &#224; leur tour les dogmes touchant la cr&#233;ation du monde ; l'ignorance dont ils t&#233;moignaient &#233;tait, en effet, tout impr&#233;gn&#233;e de la na&#239;vet&#233; propre &#224; des &#233;poques r&#233;vo-lues. Gr&#226;ce &#224; une connaissance plus pouss&#233;e des lois naturelles, l'on se rendit compte que ce stade &#233;tait d&#233;pass&#233;. L'animisme primitif devint impossible du jour o&#249; s'imposa &#224; l'esprit la distinction qu'il y avait lieu d'&#233;tablir entre les &#234;tres vivants et anim&#233;s et la nature inanim&#233;e ; l'id&#233;e que le monde avait &#233;t&#233; produit par cr&#233;ation ou g&#233;n&#233;ration, comme sont les hommes eux-m&#234;mes, n'apparut plus comme une &#233;vidence. En outre, il ne faut pas l'oublier, l'&#233;tude compar&#233;e des divers syst&#232;mes religieux, l'impression caus&#233;e par leur exclusivisme et par leur intol&#233;rance r&#233;ciproque ne manqu&#232;rent pas non plus de jouer un certain r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit scientifique, raffermi par ces exercices pr&#233;liminaires, s'est enfin risqu&#233; &#224; affronter l'examen des parties les plus importantes et les plus pr&#233;cieuses, au point de vue affectif, de la conception religieuse : &#224; savoir, la protection et la f&#233;licit&#233; promises &#224; l'homme en &#233;change de son ob&#233;issance &#224; certaines lois &#233;thiques. L'invraisemblance de ces assurances donn&#233;es par la religion e&#251;t pu, de tout temps, &#234;tre reconnue, mais ce ne fut que tr&#232;s tard qu'on osa douter d'elles et le dire. Il semble inadmissible qu'il y ait, dans l'univers, une puissance pleine de sollicitude paternelle pour chacun et occu&#172;p&#233;e &#224; mener &#224; bonne fin tout ce qui le concerne. Il appara&#238;t plut&#244;t que l'id&#233;e d'une bont&#233; universelle, celle d'une justice immanente - celle-ci d'ailleurs en partie incom&#172;patible avec celle-l&#224; - soient inconciliables. Les tremblements de terre, les inonda&#172;tions, les incendies n'&#233;pargnent pas plus les gens vertueux et pieux que les m&#233;chants et les impies. Et l&#224; o&#249; n'intervient pas la nature inanim&#233;e, l&#224; o&#249; le sort d'un homme d&#233;pend de ses relations avec ses semblables, il n'est nullement de r&#232;gle que la vertu soit r&#233;compens&#233;e et la m&#233;chancet&#233; punie. Bien souvent l'individu violent, le finaud, celui qui est d&#233;nu&#233; de scrupules s'empare des biens terrestres tant convoit&#233;s, tandis que l'homme de bien reste les mains vides. Des puissances obscures, dures et insensi&#172;bles d&#233;terminent la destin&#233;e humaine ; le syst&#232;me de r&#233;compenses et de punitions qui, d'apr&#232;s la religion, r&#233;git le monde, semble bien ne pas exister. C'est l&#224; une raison de plus pour abandonner une partie de cette spiritualisation qui, de l'animisme, s'&#233;tait r&#233;fugi&#233;e dans la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse a fourni &#224; la critique de la conception religieuse du monde un dernier argument en montrant que la religion doit son origine &#224; la faiblesse de l'enfant et en attribuant son contenu aux d&#233;sirs et aux besoins infantiles encore subsistants &#224; l'&#226;ge adulte. Il ne s'agit pas l&#224;, &#224; proprement parler, d'une r&#233;futation de la religion, mais bien d'une mise au point n&#233;cessaire de nos connaissances en ce qui la concerne. Nous ne sommes en contradiction avec elle que lorsqu'elle se targue de son origine divine, ce en quoi d'ailleurs elle n'a pas tort si l'on admet notre explication de la divinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons maintenant le jugement que porte la science Sur la conception religieu&#172;se de l'univers : tandis que les diverses religions revendiquent chacune le monopole de la v&#233;rit&#233;, nous croyons, nous, qu'il convient de n&#233;gliger enti&#232;rement la part de v&#233;rit&#233; que peut contenir la religion. Celle-ci est un essai pour vaincre le monde physique au milieu duquel nous vivons, &#224; l'aide du monde de d&#233;sirs que des n&#233;cessi&#172;t&#233;s biologiques et psychologiques nous ont pouss&#233;s &#224; cr&#233;er en nous-m&#234;mes. Mais la religion &#233;choue dans cette tentative. Ses enseignements portent l'empreinte des &#233;poques auxquelles ils furent con&#231;us : p&#233;riodes d'enfance, d'ignorance de l'humanit&#233;. Les consolations qu'offre la religion ne m&#233;ritent pas cr&#233;ance et l'exp&#233;rience nous enseigne que le monde n'est pas une &#171; nursery &#187;. Si l'on tient &#224; conf&#233;rer aux r&#232;gles &#233;thiques la puissance que la religion voudrait leur donner, c'est d'une mani&#232;re toute diff&#233;rente qu'il convient de les motiver ; ces r&#232;gles, en effet, sont indispensables &#224; la soci&#233;t&#233; humaine et il est dangereux d'en associer l'observance &#224; la foi religieuse. La religion, quand on tente de d&#233;terminer sa place dans l'histoire de l'&#233;volution humaine, n'appara&#238;t pas comme une durable acquisition, mais comme le pendant de la n&#233;vrose par laquelle l'homme doit in&#233;vitablement passer sur la voie qui le m&#232;ne de l'enfance &#224; la maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes naturellement libres de critiquer l'expos&#233; que je viens de faire et je puis, moi-m&#234;me, vous fournir certains arguments. Ainsi je ne vous ai donn&#233; qu'un bref et incomplet r&#233;sum&#233; de l'effondrement de la conception religieuse du monde ; je n'ai pas indiqu&#233; avec exactitude l'ordre chronologique des divers processus, j'ai omis d'&#233;tudier la mani&#232;re dont les diff&#233;rentes forces ont coop&#233;r&#233; &#224; l'&#233;veil de l'esprit scientifique. J'ai &#233;galement n&#233;glig&#233; de parler des modifications qui se sont op&#233;r&#233;es dans la conception religieuse de l'univers, &#224; l'&#233;poque m&#234;me de sa domination incon&#172;test&#233;e, puis sous l'influence de l'esprit critique naissant. Enfin, je n'ai envisag&#233; qu'une seule forme de la religion : celle des peuples occidentaux. Vous pouvez donc me reprocher de m'&#234;tre, pour ainsi dire, forg&#233; de toutes pi&#232;ces une image susceptible de rendre ma d&#233;monstration aussi frappante et aussi rapide que possible. Laissons de c&#244;t&#233; la question de savoir si j'&#233;tais capable d'obtenir des r&#233;sultats meilleurs et plus complets. Je sais que tout ce que je vous ai dit, vous pouvez le voir ailleurs mieux expliqu&#233;, je sais que le vous ai fait part d'aucune id&#233;e neuve. Toutefois, permettez-moi de vous l'avouer, je suis convaincu que l'&#233;tude la plus minutieuse des probl&#232;mes religieux ne saurait infirmer la conclusion &#224; laquelle nous sommes parvenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez que la lutte men&#233;e par l'esprit scientifique contre la conception reli-gieuse du monde n'est pas termin&#233;e ; elle se poursuit sous nos yeux &#224; l'heure actuelle. Bien que la psychanalyse n'ait pas accoutum&#233; de faire usage de la pol&#233;mique, nous n'h&#233;siterons pas &#224; prendre parti dans cette querelle. Peut-&#234;tre, en agissant ainsi, r&#233;ussirons-nous &#224; &#233;claircir davantage encore notre situation, en ce qui concerne la conception de l'univers. Quelques-uns des arguments produits par les adeptes de la religion sont, vous le verrez, faciles &#224; r&#233;torquer, d'autres &#233;chappent cependant &#224; la r&#233;futation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'abord la premi&#232;re objection qu'on nous oppose : la science, dit-on, se montre fort pr&#233;somptueuse en prenant pour objet de ses recherches la religion. Cette derni&#232;re est quelque chose de souverain qui d&#233;passe les limites de l'enten&#172;dement humain et auquel la critique intellective n'a nul droit de s'attaquer. Eu d'autres termes, la science est incomp&#233;tente en mati&#232;re de religion. Certes, elle reste tout &#224; fait utile et pr&#233;cieuse &#224; condition de se cantonner dans ses propres domaines, mais com&#172;me la religion ne fait pas partie de ces derniers, la science doit renoncer &#224; l'explorer. - Si, sans tenir compte de ce rebut, l'on demande pourquoi la religion s'octroie ainsi une place exceptionnelle parmi toutes les choses humaines, l'on s'entend r&#233;pondre - si r&#233;ponse il y a - que la religion &#233;tant d'origine divine ne se toise pas &#224; l'aide de mesures humaines et qu'elle nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par un Esprit que l'intellect humain est incapable de concevoir. Bien, semble-t-il, ne devrait &#234;tre plus facilement r&#233;futable que cet argument o&#249; l'on trouve une &#233;vidente petitio principii (p&#233;tition de principe), un begging the question (aucune locution allemande ne peut rendre le sens de ces expressions). Ne s'agit-il pas justement de savoir s'il existe vraiment un Esprit divin, auteur d'une r&#233;v&#233;lation ? Est-ce r&#233;pondre que de d&#233;clarer, sous le pr&#233;texte de l'incontestabilit&#233; de la divinit&#233;, que cette question ne doit pas &#234;tre pos&#233;e ? Tout ceci nous fait songer &#224; un fait qui se produit parfois au cours du travail analytique, quand un patient, habituellement sens&#233;, vient &#224; repousser telle ou telle interpr&#233;tation en se fondant, pour motiver son rejet, sur des raisons particuli&#232;rement absurdes. Ce manque de logique atteste l'existence d'un motif de contradiction particuli&#232;rement fort qui ne peut &#234;tre que de nature affective ; il s'agit l&#224; sans doute de quelque lien sentimental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me motif est formellement avou&#233; dans une autre r&#233;ponse : la religion ne doit pas se soumettre &#224; la critique parce qu'elle constitue ce que l'esprit humain a con&#231;u de plus &#233;lev&#233;, de plus pr&#233;cieux et de plus sublime, parce qu'elle permet aux sentiments les plus profonds de s'exprimer et que, seule, elle est capable de rendre le monde supportable et de mettre la vie sur un plan digne de l'homme. Il est bien inutile de discuter cette appr&#233;ciation de la religion et c'est sur un autre terrain qu'il convient de porter la discussion : notons, en effet, que l'esprit scientifique ne cherche nulle&#172;ment &#224; empi&#233;ter sur les domaines de la religion, mais que, tout au contraire, c'est la religion qui envahit la sph&#232;re de la pens&#233;e scientifique. Quelles que soient par ailleurs la valeur et l'importance de la religion, elle ne saurait avoir le droit de limiter la pens&#233;e ou de pr&#233;tendre &#233;chapper au contr&#244;le de cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e scientifique ne diff&#232;re pas, dans son essence, de la pens&#233;e normale ordinaire, celle dont tous, croyants ou incroyants, nous nous servons dans les diverses circonstances de la vie. Elle ne se distingue que par quelques caract&#232;res particuliers, par exemple en s'appliquant &#224; l'&#233;tude d'objets sans utilit&#233; mat&#233;rielle et imm&#233;diate, en s'effor&#231;ant d'&#233;liminer avec soin tout facteur individuel et toute influence affective ; elle contr&#244;le la v&#233;ridicit&#233; des perceptions sensorielles d'o&#249; elle tire ses d&#233;ductions, se procure de nouvelles perceptions impossibles &#224; obtenir par les moyens ordinaires et &#233;tudie, dans des essais intentionnellement vari&#233;s, les conditions de ces nouvelles exp&#233;riences. Tous ses efforts tendent &#224; obtenir un accord avec la r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire avec ce qui est en dehors et ind&#233;pendant de nous, avec ce qui, ainsi que nous l'ensei-gne l'exp&#233;rience, d&#233;termine la r&#233;alisation ou l'&#233;chec de nos tendances. Cet accord avec le monde r&#233;el ext&#233;rieur, nous l'appelons v&#233;rit&#233; et c'est lui que recherche tout travail scientifique, m&#234;me d&#233;nu&#233; de valeur pratique. Quand donc la religion pr&#233;tend pouvoir se substituer &#224; la science et affirme qu'&#233;tant bienfaisante et consolante elle doit aussi, elle, la religion, &#234;tre vraie, c'est l&#224;, en fait, un empi&#233;tement inadmissible et contraire &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. L'homme a appris &#224; mener ses affaires habituelles en se conformant aux r&#232;gles que lui a fournies l'exp&#233;rience et en tenant compte de la r&#233;alit&#233;. La religion te montre donc par trop exigeante quand elle veut le contraindre &#224; sou&#172;mettre justement ses int&#233;r&#234;ts les plus intimes &#224; une instance qui pr&#233;tend avoir le privil&#232;ge d'&#233;chapper aux lois de la pens&#233;e rationnelle. En ce qui concerne la protec&#172;tion promise par la religion &#224; ses adeptes, je pense que nul d'entre nous ne consen&#172;tirait &#224; monter dans une automobile dont le chauffeur d&#233;clarerait ne pas vouloir &#234;tre g&#234;n&#233; par les &#233;dits r&#233;glant la circulation et n'ob&#233;ir qu'aux &#233;lans exaltants de sa fantaisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdiction de penser qu'&#233;met la religion, dans un but d'autoconservation, n'est inoffensive ni pour l'individu, ni pour la collectivit&#233; humaine. L'exp&#233;rience analytique nous a montr&#233; que cette interdiction, primitivement limit&#233;e &#224; un certain domaine, tendait &#224; prendre de l'extension, en devenant alors la cause de graves inhibitions dans le comportement de l'individu. Ce ph&#233;nom&#232;ne s'observe aussi chez les femmes &#224; qui il n'est pas, m&#234;me en imagination, permis de s'occuper de sexualit&#233;. La biographie de presque tous les personnages &#233;minents du pass&#233; montre le r&#244;le n&#233;faste dans leur existence de cette interdiction religieuse de penser. D'autre part, l'intellect - ou ce que nous appelons commun&#233;ment la raison - compte parmi ces forces dont nous pouvons esp&#233;rer qu'elles exerceront sur les hommes une influence conciliatrice, ces hommes si rarement unis et par l&#224; m&#234;me si difficilement gouvernables. Figurons-nous ce que serait la soci&#233;t&#233; humaine si chacun se servait d'une table de multiplication &#224; lui, ainsi que d'unit&#233;s de longueur et de poids particuli&#232;res. Puisse un jour l'intellect - l'esprit scientifique, la raison - acc&#233;der &#224; la dictature dans la vie psychique des humains ! tel est notre v&#339;u le plus ardent. La raison - sa nature m&#234;me nous en est garante - ne n&#233;gligera pas de donner aux sentiments humains et &#224; tout ce qu'ils d&#233;terminent la place qui leur est due. Cependant, oblig&#233;s de se soumettre au joug de la raison, les hommes reconna&#238;tront qu'elle constitue le plus puissant des liens, celui dont on sera en droit d'attendre d'autres conciliations encore. Tout ce qui s'oppose, comme le fait l'interdiction religieuse de penser, &#224; ce d&#233;veloppement est un p&#233;ril pour l'avenir de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, se demandera-t-on maintenant, pourquoi la religion ne met-elle pas fin &#224; cette st&#233;rile controverse en d&#233;clarant librement : &#171; C'est exact, je ne suis pas en &#233;tat de vous fournir ce qu'on appelle commun&#233;ment la v&#233;rit&#233; ; pour cela tenez-vous-en &#224; la science. Mais ce que je puis, moi, vous donner est infiniment plus beau, plus conso-lant, plus exaltant que tout ce que la science est capable de vous offrir. C'est pourquoi re que j'affirme est vrai, mais vrai dans un sens diff&#233;rent et plus noble. &#187; Eh bien, la r&#233;ponse est ais&#233;e : la religion, si elle faisait cet aveu, perdrait toute influence sur la masse. Le vulgaire ne conna&#238;t qu'une seule v&#233;rit&#233; au sens ordinaire du mot. Il lui est impossible de concevoir une v&#233;rit&#233; plus haute, plus sublime. A ses yeux, la v&#233;rit&#233;, non plus que la mort, ne semble susceptible d'&#233;l&#233;vation et il est incapable de franchir le pas qui s&#233;pare le beau du vrai. Peut-&#234;tre penserez-vous, comme moi, qu'il a raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte se poursuit encore et les partisans de la conception religieuse de l'univers agissent conform&#233;ment au vieux pr&#233;cepte &#171; le meilleur moyen de se d&#233;fendre, c'est d'attaquer &#187;. Ils nous demandent : &#171; De quel droit la science entreprend-elle de saper notre religion qui, au cours de milliers de si&#232;cles, a dispens&#233; &#224; des millions d'&#234;tres le bonheur et la consolation ? Quels sont-ils donc les exploits de cette science ? Que pouvons-nous attendre d'elle ? Elle-m&#234;me avoue &#234;tre impuissante &#224; nous consoler et &#224; nous ennoblir. Et si nous n&#233;gligeons le point de vue pr&#233;c&#233;dent, encore que la chose soit malais&#233;e, faites-nous part au moins de ses doctrines. Peut-elle nous renseigner sur la cr&#233;ation et l'avenir du monde, nous donner une image coh&#233;rente de l'univers, nous faire conna&#238;tre ce que sont les ph&#233;nom&#232;nes inexpliqu&#233;s de la vie, nous dire com&#172;ment les forces psychiques agissent sur la mati&#232;re inerte ? Si elle parvenait &#224; expliquer cela, certes nous ne lui refuserions pas notre estime. Mais elle n'a encore r&#233;solu aucun de ces probl&#232;mes et ce qu'elle nous offre ce sont des fragments de soi-disant connais-sances qu'elle n'est pas m&#234;me capable de coordonner. La science se contente de grouper les observations des ph&#233;nom&#232;nes qui accompagnent les &#233;v&#233;nements, d'en tirer des lois et de les soumettre ensuite &#224; d'audacieuses interpr&#233;tations. Et quelle in-certitude dans ses donn&#233;es ! Tous ses enseignements sont provisoires, la v&#233;rit&#233; d'aujourd'hui sera rejet&#233;e et remplac&#233;e par autre chose - momentan&#233;ment aussi - demain. Ainsi c'est la plus r&#233;cente erreur qui est appel&#233;e v&#233;rit&#233;. Et vous voudriez voir sacrifier &#224; une semblable v&#233;rit&#233; notre bien le plus pr&#233;cieux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, je suppose que, partisans de la conception scientifique du monde, vous ne serez pas troubl&#233;s outre mesure par cette critique. Je vous rappellerai ici une phrase, qui fut partout r&#233;p&#233;t&#233;e au temps de l'Autriche imp&#233;riale. Le vieux souverain, recevant les d&#233;l&#233;gu&#233;s d'un parti antigouvernemental, s'&#233;cria : &#171; Mais ce n'est plus une opposition ordinaire, c'est une opposition factieuse ! &#187; Le reproche qu'on adresse &#224; la science de n'avoir pas, jusqu'&#224; ce jour, r&#233;solu les &#233;nigmes de l'univers nous fait souvenir de cette phrase, et s'av&#232;re d'ailleurs injustement et haineusement exag&#233;r&#233;. La science n'a pas eu le temps de r&#233;aliser de telles prouesses ; tr&#232;s jeune encore, elle est, parmi les diverses activit&#233;s humaines, l'une des plus tardive&#172;ment d&#233;velopp&#233;es. Rappelons-nous, pour ne citer que quelques dates, que 300 ans environ se sont &#233;coul&#233;s depuis la d&#233;couverte par Kepler des lois du mouvement des astres. Newton, qui d&#233;composa la lumi&#232;re en ses &#233;l&#233;ments, mourut en 1727, c'est-&#224;-dire il y a deux cents ans &#224; peu pr&#232;s. Un peu avant la R&#233;volution fran&#231;aise, Lavoisier d&#233;couvrit l'oxyg&#232;ne. L'existence d'un homme semble bien courte quand on la compare &#224; la dur&#233;e du d&#233;veloppement de l'humanit&#233;. Je suis aujourd'hui tr&#232;s vieux, mais je vivais d&#233;j&#224; quand Ch. Darwin publia son oeuvre sur la formation des esp&#232;ces. La m&#234;me ann&#233;e, en 1859, naquit Pierre Curie qui d&#233;couvrit le radium. Et si vous remontez plus haut, aux d&#233;bute des sciences exactes, chez les Grecs, jusqu'&#224; Archim&#232;de, &#224; Aristarque de Samos (250 env. av. J.-C.), le pr&#233;curseur de Copernic, ou m&#234;me jusqu'aux premiers travaux astronomiques des Babyloniens, vous ne consi&#172;d&#233;rez qu'une bien faible fraction du temps qui, d'apr&#232;s l'anthropologie, fut n&#233;cessaire &#224; l'homme pour parvenir &#224; son &#233;tat actuel. Cette &#233;volution, &#224; partir de la forme simiesque primitive, a certainement demand&#233; plus de cent mille ans. Et au XIXe si&#232;cle, ne l'oublions pas, les d&#233;couvertes furent si nombreuses et l'acc&#233;l&#233;ration du progr&#232;s scientifique si rapide que nous avons bien le droit d'envisager avec confiance l'avenir de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les autres critiques, elles se justifient en partie. Oui, la science progresse lentement, p&#233;niblement, &#224; t&#226;tons, cela est ind&#233;niable et nous n'y pouvons rien. Quoi d'&#233;tonnant &#224; ce que Messieurs nos adversaires s'en montrent m&#233;contente ; ils sont trop g&#226;t&#233;s, car la r&#233;v&#233;lation leur a bien facilit&#233; les choses. Les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s dans un travail scientifique rappellent en tous points ceux qu'on fait dans une analyse. Les attentes du d&#233;but sont d&#233;&#231;ues, l'observation r&#233;v&#232;le par-ci par-l&#224; quelque chose de nouveau, mais ces d&#233;couvertes ne concordent pas. On fait des suppositions, on &#233;met des hypoth&#232;ses qu'on d&#233;molit quand elles ne se confirment pas, il faut &#234;tre pr&#234;t &#224; toutes les &#233;ventualit&#233;s, d&#233;ployer une grande patience, renoncer aux convictions pr&#233;-matur&#233;es afin qu'elles ne dissimulent pas les facteurs nouveaux et inattendus ; enfin l'effort finit par &#234;tre couronn&#233; de succ&#232;s, les donn&#233;es &#233;parses forment un tout, une partie enti&#232;re des processus psychiques appara&#238;t, le travail est termin&#233; et il n'y a plus qu'&#224; passer au suivant. Seulement, dans l'analyse, l'on est bien forc&#233; de renoncer &#224; l'aide que l'exp&#233;rimentation peut apporter &#224; la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette critique de la science nous trouvons encore une bonne part d'exag&#233;ra-tion. Il est faux que la science porte aveugl&#233;ment ses pas chancelante d'une exp&#233;rien&#172;ce &#224; une autre et qu'elle ait accoutum&#233; de troquer une erreur contre une autre erreur. En g&#233;n&#233;ral, elle travaille &#224; la mani&#232;re de l'artiste qui mod&#232;le la terre glaise et qui sans cesse retouche sa maquette : il enl&#232;ve, il ajoute, jusqu'&#224; ce qu'il obtienne la ressem-blance avec l'objet vu ou imagin&#233;. D'ailleurs, tout au moins en ce qui concerne les sciences les plus anciennes et les plus &#233;volu&#233;es, il y a une base stable qui peut &#234;tre modifi&#233;e et consolid&#233;e, mais non plus d&#233;molie. Les conditions de l'activit&#233; scienti-fique ne sont pas si pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais enfin, quel but poursuivent donc ces contempteurs passionn&#233;s de la science ? N'est-il pas &#233;vident que, malgr&#233; son imperfection actuelle, malgr&#233; les difficult&#233;s qui lui sont propres, elle demeure indispensable et irrempla&#231;able ? La science est suscep&#172;tible de perfectionnements impr&#233;visibles, la conception religieuse du monde, non ; cette conception, dans ses parties essentielles, reste immuable, et si elle fut erron&#233;e, elle le demeurera &#224; jamais. Quelque d&#233;nigrement qu'elle subisse, toujours la science tentera de tenir compte de notre d&#233;pendance vis-&#224;-vis du monde r&#233;el ext&#233;rieur, tandis que la religion est une illusion qui tire sa force du fait qu'elle va au-devant de nos d&#233;sirs instinctuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut maintenant que je vous parle d'autres conceptions de l'univers, &#233;galement contraires &#224; la conception scientifique ; je le fais sans enthousiasme car je sais n'&#234;tre pas comp&#233;tent en la mati&#232;re. Souvenez-vous de cet aveu en lisant les pages qui suivent, et si votre int&#233;r&#234;t s'&#233;veille, cherchez ailleurs &#224; compl&#233;ter vos connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il conviendrait de citer ici tout d'abord les divers syst&#232;mes philosophiques qui ont tent&#233; de d&#233;crire le monde tel qu'il se refl&#233;tait daine le cerveau du penseur, ce penseur en g&#233;n&#233;ral si &#233;loign&#233; de la r&#233;alit&#233;. J'ai essay&#233; d&#233;j&#224; de d&#233;crire le caract&#232;re g&#233;n&#233;ral de la philosophie et de ses m&#233;thodes. Peu de gens sont moins capables que moi d'appr&#233;cier chacun de ces syst&#232;mes. Examinons donc ensemble deux ph&#233;nom&#232;nes qui, aujourd'hui surtout, ne doivent pas &#233;chapper &#224; notre attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une de ces conceptions du monde constitue, pour ainsi dire, le pendant de l'anarchie politique dont elle n'est peut-&#234;tre qu'une &#233;manation. Autrefois d&#233;j&#224; il y eut des nihilistes intellectuels, mais actuellement, la th&#233;orie relativiste de la physique moderne semble leur &#234;tre mont&#233;e au cerveau. Tout en prenant la science pour point de d&#233;part, ils la poussent &#224; se d&#233;truire elle-m&#234;me, &#224; se suicider, en la contraignant &#224; renoncer &#224; ses propres revendications. On a souvent l'impression que ce nihilisme n'est qu'une attitude temporaire observ&#233;e jusqu'&#224; l'obtention d'un r&#233;sultat cherch&#233;. La science une fois &#233;limin&#233;e, on voit s'installer &#224; sa place quelque mysticisme ou bien encore la vieille conception religieuse. de l'univers. Suivant la doctrine anarchiste, il n'existe nulle v&#233;rit&#233;, nulle connaissance certaine du monde ext&#233;rieur. Ce que nous prenons pour la v&#233;rit&#233; scientifique n'est que le produit de nos besoins tels qu'ils se manifestent aux milieux des changeantes conditions ext&#233;rieures, donc une illusion. Somme toute, nous ne trouvons que ce qu'il nous est n&#233;cessaire de trouver, nous ne voyons que ce que nous voulons voir et nous ne pouvons faire autrement. Puisque le crit&#232;re de la v&#233;rit&#233; (la concordance avec le monde ext&#233;rieur) n'existe plus, il importe peu de savoir si nous nous rallions &#224; telle ou telle opinion, toutes &#233;tant &#233;galement justes et erron&#233;es. Nul n'a le droit de trouver fausses les id&#233;es de son prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute serait-il int&#233;ressant pour tout esprit curieux de recherches th&#233;oriques de savoir par quels d&#233;tours et &#224; l'aide de quels sophismes les anarchistes r&#233;ussissent &#224; arracher &#224; la science de pareilles conclusions. On se trouverait en pr&#233;sence de situations analogues &#224; celles que relate cet exemple c&#233;l&#232;bre : &#171; Un Cr&#233;tois dit que tous les Cr&#233;tois sont menteurs, etc. &#187; Mais je ne veux, ni ne puis demeurer plus long&#172;temps sur ce terrain. Contentons-nous de dire que la doctrine anarchiste para&#238;t sublime et pr&#233;&#233;minente tant qu'elle s'applique &#224; des sp&#233;culations abstraites, elle faillit d&#232;s qu'il s'agit de la vit pratique. Or ce sont les opinions let les connaissances qui d&#233;terminent les actes des hommes ; la m&#244;me pens&#233;e scientifique sp&#233;cule sur la struc&#172;ture de l'atome, l'origine de l'homme ou con&#231;oit le plan d'un pont solide. Si ce que nous pensons n'avait vraiment aucune importance, toutes celles de nos connaissances qui se distinguent par leur accord avec la r&#233;alit&#233; n'existeraient pas. Rien ne nous emp&#234;cherait en ce cas de construire non des ponts de pierre, mais des ponts de carton, d'administrer aux malades un d&#233;cigramme pu lieu d'un centigramme de morphine et de pratiquer l'anesth&#233;sie non &#224; l'&#233;ther mais au gaz lacrymog&#232;ne. Certes, les anar&#172;chistes eux-m&#234;mes repousseraient avec &#233;nergie une semblable utilisation pratique de leur th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le second de nos adversaires nous semble le plus redoutable, et c'est surtout en pensant &#224; lui que je d&#233;plore l'insuffisance de mes lumi&#232;res. Je suppose que vous en saurez plus long que moi sur ce sujet et que, depuis longtemps, vous avez pris parti pour ou contre le marxisme. Les travaux de Kart Marx traitant de la struc&#172;ture &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; et de l'influence des diverses formes de l'&#233;conomie politique sur toutes les activit&#233;s humaines font, la chose est ind&#233;niable, autorit&#233; &#224; notre &#233;poque. J'ignore naturellement quel est, pour chacun des points envisag&#233;s, le degr&#233; de justesse ou d'erreur. J'ai ou&#239; dire que d'aucuns, mieux document&#233;s que moi, n'arrivaient pas eux-m&#234;mes &#224; en d&#233;cider. Certaines id&#233;es m'ont d&#233;concert&#233;, par exemple celle relative &#224; l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s humaines, &#233;volution qui ob&#233;irait aux lois naturelles. Marx pr&#233;tend aussi que les transformations qui s'op&#232;rent dans les couches sociales d&#233;coulent les unes des autres par suite de processus dialectiques. Je ne suis pas du tout certain d'avoir bien compris ces assertions, qui ne paraissent pas &#171; mat&#233;rialistes &#187;, mais qui constituent plut&#244;t le r&#233;sidu de l'obscure philosophie h&#233;g&#233;&#172;lienne, Marx ayant d'ailleurs subi l'influence de cette &#233;cole. Je n'arrive pas &#224; me d&#233;barrasser de mon opinion de profane, habitu&#233; &#224; consid&#233;rer la formation des diverses classes de la soci&#233;t&#233; comme l'aboutissement de luttes engag&#233;es, depuis toujours, entre les diverses hordes humaines. Les in&#233;galit&#233;s, pensais-je, devaient primitivement &#234;tre des in&#233;galit&#233;s de tribus ou de races. Certains facteurs psychologiques, tels que le degr&#233; d'agressivit&#233; constitutionnelle et une meilleure organisation int&#233;rieure de la horde, certains facteurs mat&#233;riels, comme la possession d'armes plus efficaces, d&#233;cid&#232;rent de la victoire. En vivant sur le m&#234;me sol, les vainqueurs devinrent les ma&#238;&#172;tres, et les vaincus, les esclaves. Rien qui d&#233;c&#232;le l&#224; des lois naturelles ou l'&#233;volution de concepts. Par contre, le fait que l'homme devient toujours davantage ma&#238;tre des &#233;l&#233;ments a sur les rapports sociaux des r&#233;percussions croissantes. Les hommes mettent au service de leur besoin d'agression leurs nouvelles conqu&#234;tes scientifiques, dont ils se servent pour se combattre les uns les autres. La d&#233;couverte des m&#233;taux, du bronze, du fer a provoqu&#233; la fin de certaines '&#233;poques de la civilisation et la chute de leurs institutions sociales.. Je crois vraiment que la poudre et les armes &#224; feu ont tu&#233; la chevalerie et la noblesse et que le despotisme russe s'est trouv&#233; condamn&#233;, avant m&#234;me qu'&#233;clat&#226;t la guerre malheureuse, du fait qu'aucune endogamie entre membres de familles r&#233;gnantes d'Europe n'e&#251;t cependant pu engendrer une race de tsars capa&#172;bles de r&#233;sister &#224; la force explosive de la dynamite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre m&#234;me la crise actuelle qui a succ&#233;d&#233; &#224; la guerre est-elle une cons&#233;&#172;quence de notre derni&#232;re et magnifique victoire sur les &#233;l&#233;ments : la conqu&#234;te de l'air. Le fait ne para&#238;t pas &#233;vident de prime abord, mais les premiers termes tout au moins de cet encha&#238;nement sont nettement saisissables. L'Angleterre, confiante en la protec&#172;tion que lui assurait son isolement au milieu des mers, avait fond&#233; toute sa politique sur cet isolement. Du jour o&#249; Bl&#233;riot eut travers&#233; la Manche en a&#233;roplane, cette s&#233;curit&#233; sembla illusoire et quand, en pleine p&#233;riode de paix et sans autre but que celui de faire des essais, un zeppelin survola Londres, la guerre contre l'Allemagne devint fatale . N'oublions pas non plus la menace des sous-marins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;prouve quelque confusion &#224; traiter de fa&#231;on aussi sommaire, aussi incompl&#232;te, un sujet d'une telle port&#233;e et d'une telle complexit&#233; ; je sais aussi que je ne vous ai rien appris de nouveau ; mais mon but &#233;tait seulement de vous faire observer que si l'homme subjugue la nature, s'il lui emprunte les armes indispensables &#224; la lutte contre ses semblables, cette subjugation influence n&#233;cessairement les institutions &#233;conomiques. Nous voil&#224;, semble-t-il, fort &#233;loign&#233;s des probl&#232;mes de la repr&#233;senta&#172;tion de l'univers ; nous allons tout de suite y revenir. &#201;videmment, ce n'est ni &#224; sa conception de l'histoire ni aux pr&#233;visions d'avenir qu'il tire de cette conception que le marxisme doit sa puissance, mais bien &#224; son ing&#233;nieuse d&#233;monstration de l'influence coercitive qu'exerce la situation &#233;conomique sur l'activit&#233; intellectuelle, morale et artistique des hommes. Une s&#233;rie de rapports et d'encha&#238;nements, jusqu'alors presque ignor&#233;s, fut ainsi d&#233;couverte ; mais il est impossible d'admettre que les facteurs &#233;conomiques soient les seuls &#224; d&#233;terminer le comportement des hommes dans les soci&#233;t&#233;s. En effet, et c'est l&#224; un fait ind&#233;niable, les personnes, les races, les peuples divers plac&#233;s dans des conditions &#233;conomiques semblables ne se comportent pas de la m&#234;me fa&#231;on, ce qui suffit &#224; &#233;carter l'id&#233;e d'une pr&#233;tendue tyrannie exclusive des facteurs &#233;conomiques. Il est inadmissible de n&#233;gliger le r&#244;le des facteurs psycho-logiques quand il s'agit des r&#233;actions d'&#234;tres vivants humains. Non seulement ces facteurs participent &#224; l'&#233;tablissement des conditions &#233;conomiques, mais encore ils d&#233;terminent ensuite tous les actes des hommes, lesquels ne peuvent r&#233;agir que par leurs pulsions primitives, leur instinct de conservation, leur agressivit&#233;, leur soif d'amour, leur besoin de chercher le plaisir et de fuir le d&#233;plaisir. Dans une pr&#233;c&#233;dente &#233;tude, nous avons fait ressortir les exigences consid&#233;rables du surmoi, qui repr&#233;sente la tradition et les id&#233;aux du pass&#233; et qui, pendant un certain temps, r&#233;sistera aux impulsions d&#233;termin&#233;es par une nouvelle situation &#233;conomique. Enfin n'oublions pas qu'au-dessus de la collectivit&#233; humaine assujettie aux n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques, le processus de l'&#233;volution culturelle de, ce que d'aucuns appellent la civilisation se poursuit et que, tout en subissant l'influence de tous les autres facteurs, il ne leur doit nullement son origine. Cette &#233;volution est tr&#232;s comparable &#224; un processus organique et se trouve, pour sa part, &#233;galement capable d'exercer une action sur les autres facteurs. Me d&#233;place les buts auxquels les instincts tendaient et fait que les hommes s'insurgent contre ce qui, jusque-l&#224;, leur avait paru supportable ; en outre, le rafer&#172;missement progressif de l'esprit scientifique parait &#234;tre une de ses oeuvres essentielles. Celui qui tenterait de faire du marxisme une v&#233;ritable doctrine sociale devrait &#234;tre en &#233;tat de montrer en d&#233;tail le r&#244;le de chacun de ces divers facteurs ; il lui faudrait &#233;tudier la disposition constitutionnelle g&#233;n&#233;rale de l'homme, ses variations raciales, les modifications qu'elle subit du fait des conditions sociales, de l'activit&#233; professionnelle, de la possibilit&#233; de gains et observer comment s'inhibent ou se renforcent mutuellement tous ces facteurs. La sociologie qui &#233;tudie le comportement de l'homme au sein de la soci&#233;t&#233; ne saurait non &#201;lus &#234;tre autre chose que de la psychologie appliqu&#233;e. Rigoureusement parlant, il n'existe que deux sciences : la psychologie pure ou appliqu&#233;e et les sciences naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que l'on eut reconnu l'importance &#233;norme des conditions &#233;conomiques, l'on fut tent&#233; de ne pas abandonner leurs transformations &#224; l'&#233;volution naturelle, mais de les provoquer r&#233;volutionnairement. Mis en pratique dans le bolchevisme russe, le marxisme th&#233;orique a bien pris les caract&#232;res d'une conception du monde - l'&#233;nergie, la coh&#233;rence, l'exclusivisme et aussi une ressemblance &#233;trange avec ce qu'il combat. Lui qui devait son origine et sa r&#233;alisation &#224; la science, qui avait &#233;t&#233; b&#226;ti sur elle et d'apr&#232;s sa technique, a lanc&#233; une interdiction de penser aussi inexorable que le fut, en son temps, celle de la religion. Il est interdit de critiquer la th&#233;orie marxiste, et douter de son bien-fond&#233; est un crime passible de ch&#226;timent, comme autrefois l'h&#233;r&#233;sie aux yeux de l'&#201;glise catholique. Les oeuvres de Marx ont, en tant que sources de r&#233;v&#233;lation, remplac&#233; la Bible et le Coran, encore qu'elles offrent autant de contra&#172;dictions et d'obscurit&#233;s que ces vieux livres sacr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout en bannissant impitoyablement tous les syst&#232;mes id&#233;alistes et toutes les illusions, le marxisme, mis en pratique, a lui-m&#234;me cr&#233;&#233; de nouvelles chim&#232;res qui ne sont ni moins douteuses ni moins ind&#233;montrables que les anciennes. Il esp&#232;re pouvoir, en quelques g&#233;n&#233;rations, transformer la nature humaine de telle fa&#231;on que les hommes puissent vivre en commun au sein d'une nouvelle organisation sans plus se heurter et en accomplissant, sans y &#234;tre contraints, le travail n&#233;cessaire. Pour refr&#233;&#172;ner les instincts, ce qui est indispensable dans une soci&#233;t&#233; organis&#233;e, il les d&#233;place, dirige vers l'ext&#233;rieur les tendances agressives qui menacent toute collectivit&#233; humaine, s'appuie enfin sur l'hostilit&#233; des pauvres contre les riches et des petites gens d'antan contre les anciens d&#233;tenteurs du pouvoir. C'est vraisemblablement une t&#226;che irr&#233;alisable que de modifier ainsi la nature humaine ; l'enthousiasme que suscite actuellement dans la masse le mouvement bolcheviste, alors que cette nouvelle organisation est encore inachev&#233;e et se trouve menac&#233;e du dehors, ne nous permet pas de pr&#233;voir le moment o&#249; elle sera termin&#233;e et stable. Tout comme la religion, le bolchevisme fournit &#224; ses croyants, pour les d&#233;dommager de leurs souffrances, de leurs privations actuelles, la promesse d'un au-del&#224; meilleur o&#249; nul besoin ne restera insatisfait. Ce paradis est, il est vrai, situ&#233; sur la terre m&#234;me et c'est dans un avenir plus ou moins proche que les hommes y pourront p&#233;n&#233;trer ; mais souvenons-nous de ce que les Juifs eux-m&#234;mes, dont la religion ne conna&#238;t pas de vie future, ont attendu la venue du Messie sur la terre et que le Moyen Age chr&#233;tien a toujours cru que le royaume de Dieu &#233;tait proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons quelle sera la r&#233;ponse du bolchevisme. Tant que la nature des hommes n'aura pas &#233;t&#233; modifi&#233;e, dira-t-il, il faudra bien continuer &#224; se servir des moyens propres aujourd'hui &#224; agir sur eux ; il est impossible d'&#233;viter les rigueurs de l'&#233;ducation, l'interdiction de penser, l'emploi de la force, voire m&#234;me de la r&#233;pression sanglante, et si l'on n'&#233;veillait pas en eux d'illusions, il serait impossible de les soumettre &#224; cette contrainte. Apr&#232;s quoi, le bolcheviste nous inviterait poliment &#224; lui indiquer quelque autre m&#233;thode et nous serions contraints de nous avouer vaincus. Et quel conseil lui donner vraiment ? Je me verrais r&#233;duit &#224; conc&#233;der que les conditions d'une semblable exp&#233;rience m'eussent emp&#234;ch&#233;, moi et mes pareils, de me lancer dans cette entreprise, mais nous ne sommes pas les seuls &#224; en d&#233;cider. Il existe des hommes d'action &#224; convictions in&#233;branlables, inaccessibles au doute, insensibles aux souffrances d'autrui d&#232;s qu'il s'agit de r&#233;aliser leur dessein, et c'est &#224; ces hommes-l&#224; que nous devons l'imposante exp&#233;rience aujourd'hui tent&#233;e en Russie. A l'&#233;poque m&#234;me o&#249; de grandes nations d&#233;clarent n'attendre leur salut que de leur fid&#233;lit&#233; &#224; la foi chr&#233;tienne, le bouleversement qui s'est produit en Russie appara&#238;t -malgr&#233; tous ses &#233;pisodes p&#233;nibles - comme le pr&#233;sage d'un avenir meilleur. Malheureusement, ni notre propre scepticisme ni le fanatisme des autres ne nous permet d'entrevoir l'issue de cette tentative ; l'avenir en d&#233;cidera et montrera peut-&#234;tre que l'essai fut pr&#233;matur&#233;, qu'une transformation radicale de l'ordre &#233;tabli a peu de chance d'aboutir, tant que de nouvelles d&#233;couvertes ne seront pas venues accro&#238;tre notre pouvoir sur les forces naturelles et faciliter par l&#224; la satisfaction de nos besoins. Peut-&#234;tre deviendra-t-il possible de remanier l'organisation sociale, de supprimer la mis&#232;re mat&#233;rielle des masses tout en respectant les exigences culturelles de l'individu ; mais la nature humaine se plie difficilement &#224; tout genre de communaut&#233; sociale ; il semble donc que la lutte doive durer encore un temps impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, permettez-moi pour conclure de vous r&#233;sumer ce que j'avais &#224; dire sur les rapports de la psychanalyse avec la question d'une conception du monde. A mon avis, la psychanalyse n'est pas capable de se forger une repr&#233;sentation particuli&#232;re de l'univers. Elle n'en a nul besoin, car, &#233;tant une partie de la science, elle peut se rallier &#224; la conception scientifique. Celle-ci toutefois m&#233;rit&#233; &#224; peine sa quali-fication emphatique ; trop imparfaite encore, elle ne p&#233;n&#232;tre pas tous les myst&#232;res et n'est ni exclusiviste, ni syst&#233;matique. La pens&#233;e scientifique est trop neuve encore parmi les hommes et trop de vastes probl&#232;mes lui restent &#224; r&#233;soudre. Une conception scientifique du monde fond&#233;e sur la science ne se contente pas de mettre en valeur le monde ext&#233;rieur r&#233;el, elle se montre aussi essentiellement n&#233;gative en s'en tenant modestement &#224; la v&#233;rit&#233; et en rejetant les illusions. Si quelqu'un parmi nos contem-porains ressent quelque m&#233;contentement de cet &#233;tat de choses et exige davantage pour obtenir un apaisement imm&#233;diat, qu'il cherche ailleurs ce dernier, l&#224; o&#249; il le pourra trouver. Tout en ne lui gardant pas rigueur, nous ne pouvons ni lui venir en aide ni changer pour lui notre mani&#232;re de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/nouvelles_conferences/nouvelles_conferences.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/nouvelles_conferences/nouvelles_conferences.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un dialogue de Freud sur la psychanalyse</title>
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		<dc:date>2022-04-04T04:50:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Freud</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#8220; Psychanalyse et m&#233;decine &#8221; de Freud &lt;br class='autobr' /&gt;
(1925) &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce titre n'est pas compr&#233;hensible au premier abord. Je l'expliquerai donc : il s'agit ici des non-m&#233;decins et la question est celle-ci : doit-il dire permis aux non-m&#233;decins d'exercer l'analyse ? Cette question a ses conditions et de temps et de lieu. De temps : jusqu'&#224; pr&#233;sent personne ne s'&#233;tait souci&#233; de qui exerce ou non la psychanalyse. Bien plus, on ne s'en est que trop peu souci&#233;, on n'&#233;tait d'accord que sur un seul (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique122" rel="directory"&gt;Introduction &#224; la psychanalyse, Sigmund Freud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot170" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8220; Psychanalyse et m&#233;decine &#8221; de Freud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1925)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce titre n'est pas compr&#233;hensible au premier abord. Je l'expliquerai donc : il s'agit ici des non-m&#233;decins et la question est celle-ci : doit-il dire permis aux non-m&#233;decins d'exercer l'analyse ? Cette question a ses conditions et de temps et de lieu. De temps : jusqu'&#224; pr&#233;sent personne ne s'&#233;tait souci&#233; de qui exerce ou non la psychanalyse. Bien plus, on ne s'en est que trop peu souci&#233;, on n'&#233;tait d'accord que sur un seul point : personne ne devrait l'exercer, et ceci pour diverses raisons qu'on mettait en avant, et au fond desquelles se retrouvait toujours la m&#234;me antipathie. L'exigence que seuls les m&#233;decins aient le droit d'analyser r&#233;pond donc &#224; une attitude nouvelle, et en apparence plus amicale, envers l'analyse - si elle arrive toutefois &#224; &#233;chapper au soup&#231;on de n'&#234;tre qu'un rejeton plus ou moins d&#233;figur&#233; de l'attitude primitive. On admet maintenant qu'un traitement analytique doit dire entrepris dans certaines circonstances, mais alors seuls les m&#233;decins doivent l'entreprendre. Le pour&#172;quoi de cette limitation reste &#224; chercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, n'ayant pas dans tous les pays la m&#234;me port&#233;e, a aussi ses conditions de lieu. En Allemagne, en Am&#233;rique, la discussion n'en peut &#234;tre que th&#233;orique : dans ces pays, tout malade peut en effet se faire traiter comme et par qui lui pla&#238;t, n'importe qui peut s'instituer &#171; gu&#233;risseur &#187; et soigner des malades quelconques, si seulement il prend la responsabilit&#233; de ses actes. La loi n'intervient pas avant qu'on y ait lait appel en expiation d'un dommage caus&#233; au malade. Mais, en Autriche, pays o&#249; et pour lequel j'&#233;cris, la loi est pr&#233;ventive, elle interdit au non-m&#233;decin d'entreprendre le traitement des malades, et cela, sans en attendre 1'issue . Ici donc, elle a un sens pratique, cette question : les non-m&#233;decins doivent-ils pouvoir traiter des malades par la psychanalyse ? Mais cette question, aussit&#244;t pos&#233;e, semble tranch&#233;e par la lettre de la loi. Les &#171; nerveux &#187; sont des malades, les non-m&#233;decins ne sont pas m&#233;decins, la psychanalyse est une pratique dont le but est la gu&#233;rison ou l'am&#233;lioration des maladies nerveuses, tout traitement de ce genre est r&#233;serv&#233; aux m&#233;decins : donc il n'est pas permis que des non-m&#233;decins appliquent aux &#171; nerveux &#187; l'analyse, et si cela arrive quand m&#234;me, il faut s&#233;vir. Les choses &#233;tant aussi simples, on ose &#224; peine s'occuper encore de la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. Mais il y a ici quelques difficult&#233;s dont la loi ne se soucie pas, et qui m&#233;ritent pourtant d'&#234;tre prises en consid&#233;ration. Peut-&#234;tre appara&#238;tra-t-il que les malades, dans ce cas, ne sont pas des malades ordinaires, les non-m&#233;decins pas absolument des &#171; profanes &#187;, et les m&#233;decins pas tout &#224; lait ce qu'on peut attendre de m&#233;decins et sur quoi ils basent leurs pr&#233;tentions. Si nous pouvons le prouver, alors la loi - exigence justifi&#233;e - ne devra pas s'appliquer sans modifications au cas qui nous occupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la question sera tranch&#233;e par des personnes qui ne sont pas oblig&#233;es de conna&#238;tre les particularit&#233;s d'une cure analytique. Il est donc de notre devoir d'instruire ces personnes impartiales, suppos&#233;es actuellement encore dans l'ignorance. Nous regrettons de ne pouvoir les rendre t&#233;moins d'une cure analytique. La &#171; situation analytique &#187; n'admet pas de tiers. De plus, les diverses s&#233;ances sont de valeur tr&#232;s in&#233;gale, et un tel auditeur - forc&#233;ment incomp&#233;tent - admis &#224; l'une quelconque des s&#233;ances, n'en recevrait le plus souvent aucune impression valable ; il risquerait de ne rien comprendre &#224; ce qui se passe entre l'analyste et le patient, ou bien il s'ennuierait. Il lui faut donc, bon gr&#233;, mal gr&#233;, se contenter de nos dires, que nous rendrons le plus possible dignes de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malade peut souffrir de changements d'humeur qu'il n'arrive pas &#224; ma&#238;triser, ou de d&#233;couragements pusillanimes paralysant son &#233;nergie et lui &#244;tant toute confiance en lui-m&#234;me, ou bien d'une g&#232;ne angoiss&#233;e d&#232;s qu'il se trouve parmi des &#233;trangers. Il peut, sans comprendre pourquoi, ressentir que l'accomplissement de son travail professionnel lui devient difficile, et, de m&#234;me, toute d&#233;cision d'une certaine importance et toute entreprise. Il a un jour- sans savoir pourquoi -&#233;prouv&#233; une p&#233;nible crise d'angoisse, et, depuis, ne peut plus, sans un violent effort sur soi, traverser la rue ou aller en chemin de fer - peut-&#234;tre m&#234;me a-t-il d&#251; renoncer &#224; l'un comme &#224; l'autre. Ou bien, - chose bizarre, - ses pens&#233;es suivent leur propre chemin et ne se laissent pas guider par son vouloir. Elles poursuivent des probl&#232;mes &#224; lui-m&#234;me tr&#232;s indiff&#233;rents, et pourtant elles ne s'en laissent pas arracher ! Des t&#226;ches ridicules lui sont impos&#233;es, comme de compter le nombre des fen&#234;tres aux fa&#231;ades des maisons, et dans l'ex&#233;cution des choses les plus simples : jeter une lettre &#224; la poste, &#233;teindre un bec de gaz, il est saisi, au bout d'un instant, du doute de l'avoir vraiment fait. Cela peut n'&#234;tre qu'aga&#231;ant et importun. Mais l'&#233;tat devient insupportable si le malheureux soudain n'arrive pas &#224; se d&#233;fendre de l'id&#233;e qu'il a pouss&#233; un enfant sous les roues d'une voiture, ou jet&#233; un inconnu &#224; l'eau du haut d'un pont, ou s'il doit se demander : &#171; Ne serais-je pas l'assassin que la police recherche ? &#187; - auteur d'un crime d&#233;couvert le jour m&#234;me. Tout cela est &#233;videmment stupide, le malheureux le sait lui-m&#234;me, il n'a jamais fait de mal &#224; personne, mais le sentiment de culpabilit&#233; ne pourrait &#234;tre plus fort s'il &#233;tait vraiment le meurtrier qu'on recherche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien notre patient - disons cette fois notre patiente - souffre d'autre mani&#232;re et dans un domaine diff&#233;rent. Elle est pianiste, mais ses doigts sont saisis de crampes et lui refusent tout service. Doit-elle aller dans le monde, aussit&#244;t se fait sentir un besoin naturel dont la satisfaction est incompatible avec le fait d'&#234;tre en soci&#233;t&#233;. Elle a donc renonc&#233; &#224; fr&#233;quenter r&#233;unions, bals, th&#233;&#226;tres ou concerts. Aux moments les moins appropri&#233;s elle est prise de maux de t&#234;te ou d'autre sensations douloureuses. Parfois, elle doit rendre tous ses repas, ce qui &#224; la longue peut devenir dangereux. Enfin, chose d&#233;plorable, elle ne supporte aucune &#233;motion, et les &#233;motions sont dans la vie in&#233;vitables. Estelle &#233;mue, elle tombe dans des &#233;vanouissements, souvent accompagn&#233;s de crampes musculaires, rappelant les &#233;tats pathologiques les plus inqui&#233;tants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres malades sont atteints dans un domaine o&#249; la vie sentimentale est en rapport intime avec le corps. S'agit-il d'hommes, ils sont incapables de donner une expression corporelle aux plus tendres &#233;mois inspir&#233;s par l'autre sexe, tandis que toutes les r&#233;actions voulues sont &#224; leur disposition en pr&#233;sence de femmes qu'ils n'aiment pas. Ou leur sensualit&#233; les lie &#224; des femmes qu'ils m&#233;prisent et dont ils voudraient se d&#233;tacher. Ou encore cette sensualit&#233; leur impose des conditions &#224; remplir qui leur r&#233;pugnent &#224; eux-m&#234;mes. S'agit-il de femmes, l'angoisse, le d&#233;go&#251;t ou des entraves d'origine inconnue les emp&#234;chent de r&#233;pondre aux exigence de la vie sexuelle, ou bien - c&#232;dent-elles cependant &#224; l'amour - elles se trouvent leurr&#233;es de la jouissance que la nature offre en prime &#224; qui ob&#233;it &#224; ses lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces personnes s'avouent malades et recherchent les m&#233;decins, desquels on attend la d&#233;livrance de tels troubles nerveux. Ce sont aussi les m&#233;decins qui ont institu&#233; les cat&#233;gories dans lesquelles on classe ces maux. Ils les diagnostiquent et les nomment selon leur point de vue : neurasth&#233;nie, psychasth&#233;nie, phobies, obsessions, hyst&#233;rie. Ils soumettent &#224; un examen les organes qui manifestent les sympt&#244;mes : c&#339;ur, estomac, intestin, organes g&#233;nitaux et les trouvent sains. Ils conseillent une interruption des occupations habituelles du malade, des distractions, des traitements fortifiants, des m&#233;dicaments toniques, et obtiennent ainsi des am&#233;liorations passag&#232;res - ou bien rien du tout. Enfin les malades viennent &#224; apprendre qu'il existe des gens tout &#224; fait sp&#233;cialis&#233;s dans le traitement de tels maux et ils commencent chez ceux-ci une analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre auditeur impartial, que j'imagine pr&#233;sent, a montr&#233; des signes d'impatience pendant mon &#233;num&#233;ration des sympt&#244;mes des n&#233;vroses. Main&#172;tenant, il se fait attentif, il devient tout oreille : &#171; Enfin, dit-il, nous allons apprendre ce que l'analyste entreprend avec le malade &#224; qui le m&#233;decin ne put &#234;tre d'aucun secours ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne se passe entre eux rien d'autre que ceci : ils causent. L'analyse n'emploie pas d'instruments - pas m&#234;me pour l'examen du malade - et il n'ordonne pas de m&#233;dicaments. Chaque fois que cela est possible, il laisse m&#234;me le malade, pendant le traitement, dans son atmosph&#232;re et son entourage. Cela n'est bien entendu pas une condition du traitement et ne peut pas toujours &#234;tre r&#233;alis&#233;. L'analyste fait venir le malade &#224; une certaine heure de la journ&#233;e, le laisse parler, l'&#233;coute, puis lui parle et le malade l'&#233;coute &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre auditeur impartial manifeste alors un grand soulagement et une d&#233;tente &#233;vidente, mais aussi un certain et net d&#233;dain. Il semble vouloir dire : &#171; Rien que &#231;a ? Des mots, des mots et encore des mots &#187;, comme dit Hamlet ! Le discours ironique de M&#233;phisto lui passe aussi par l'esprit : que les mots se pr&#234;tent &#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi dit-il : &#171; C'est donc une sorte de magie ? Vous parlez et ainsi faites envoler les maux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s juste : ce serait de la magie, si cela agissait plus vite ! La magie r&#233;clame - attribut essentiel ! -la rapidit&#233;, on pourrait dire l'instantan&#233;it&#233; du succ&#232;s. Mais les cures analytiques exigent des mois, voire des ann&#233;es, et une magie aussi lente perd le caract&#232;re du merveilleux. D'ailleurs, ne m&#233;prisons pas le Verbe ! Il est un instrument de puissance, le moyen par lequel nous communiquons aux autres nos sentiments, le chemin par lequel nous acqu&#233;rons de l'influence sur les autres hommes. Des paroles peuvent faire un bien qu'on ne peut dire ou causer de terribles blessures. Certes, au commencement &#233;tait l'acte, le verbe ne vint qu'apr&#232;s ; ce lut sous bien des rapports un progr&#232;s de la civilisation quand l'acte put se mod&#233;rer jusqu'&#224; devenir le mot. Mais le mot fut cependant &#224; l'origine un sortil&#232;ge, un acte magique, et il a gard&#233; encore beaucoup de sa force antique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auditeur impartial poursuit : &#171; Supposons que le malade ne soit pas mieux pr&#233;par&#233; que moi &#224; l'intelligence de la cure analytique, comment voulez-vous l'amener &#224; croire &#224; la magie du mot ou du discours, qui doit le d&#233;livrer de ses maux ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien entendu le pr&#233;parer &#224; sa cure, et un moyen tr&#232;s simple s'offre pour cela. On l'invite &#224; &#234;tre absolument sinc&#232;re avec son analyste, &#224; ne rien lui dissimuler avec intention de ce qui lui passe par l'esprit, ensuite &#224; se mettre au-dessus de toutes les r&#233;ticences qui cherchent &#224; emp&#234;cher la communication de telle pens&#233;e ou de tel souvenir. Chacun sait receler en lui-m&#234;me des choses qu'il ne communiquerait aux autres que tr&#232;s &#224; contrec&#339;ur, davantage, dont la communication lui semble impossible. Ce sont ses &#171; intimit&#233;s &#187;. Il pressent aussi - ce qui est un grand progr&#232;s dans la connaissance de soi-m&#234;me - qu'il est d'autres choses que l'on ne voudrait pas s'avouer &#224; soi-m&#234;me, que l'on se dissimule volontiers, auxquelles on coupe court et que l'on chasse si elles surgissent pourtant dans la pens&#233;e. Peut-&#234;tre notre observateur remarque-t-il m&#234;me qu'un tr&#232;s curieux probl&#232;me psychologique est pos&#233; par ce fait qu'une de ses propres pens&#233;es doit &#234;tre gard&#233;e secr&#232;te par rapport &#224; son propre moi. On croirait que son moi n'a plus l'unit&#233; qu'il lui attribue toujours ; on penserait qu'il y a en lui encore autre chose qui peut s'opposer &#224; son moi. En soi il peut ainsi obscur&#233;ment pressentir comme une antith&#232;se entre le moi et une vie psychique au sens plus large. A-t-il accept&#233; la r&#232;gle fondamentale de l'ana&#172;lyse : tout dire, alors le malade deviendra ais&#233;ment accessible &#224; l'id&#233;e que des rapports et un &#233;change de pens&#233;es sous des conditions aussi peu communes puissent aussi amener des r&#233;actions toutes particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je comprends &#187;, repartit notre auditeur impartial, &#171; vous admettez que chaque &#171; nerveux &#187; a quelque chose qui l'oppresse, un secret. En l'engageant &#224; le dire, vous le d&#233;chargez de ce poids et lui faites du bien. C'est l&#224; le principe de la confession, dont l'&#201;glise catholique s'est servi de tout temps pour s'assurer la ma&#238;trise des &#226;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui et non, devrons-nous r&#233;pondre. La confession entre bien pour une part dans l'analyse, en quelque sorte comme introduction. Mais elle est tr&#232;s loin de se confondre avec l'essence de l'analyse ou de pouvoir expliquer son action. En confession, le p&#233;cheur dit ce qu'il sait ; en analyse, le n&#233;vropathe doit dire davantage. Aussi bien n'avons-nous jamais entendu pr&#233;tendre que la confession ait jamais eu le pouvoir de gu&#233;rir de vrais sympt&#244;mes pathologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors je ne comprends encore pas &#187;, nous est-il r&#233;pondu. &#171; Qu'est-ce que cela signifie : le malade doit dire plus qu'il ne sait ? Cependant je puis me repr&#233;senter qu'en tant qu'analyste vous obteniez une plus grande influence sur votre malade que le confesseur sur son p&#233;nitent. Vous vous occupez de lui plus longtemps, d'une mani&#232;re plus intense, plus personnelle, et vous pouvez employer cette influence accrue pour le d&#233;tourner de ses id&#233;es maladives, pour le dissuader de ses appr&#233;hensions, etc. Ce serait assez extraordinaire si, par ce moyen, des sympt&#244;mes rien que corporels : vomissements, diarrh&#233;es, contractures, pouvaient &#234;tre ma&#238;tris&#233;s, mais je le sais, une telle influence sur un &#234;tre humain est possible, si on le plonge en hypnose. Probablement obtenez-vous par vos efforts quelque relation hypnotique entre vous et le patient, qui se trouve li&#233; &#224; vous par la force de la suggestion, et cela, sans m&#234;me que vous le vouliez ; ainsi les miracles de votre th&#233;rapeutique ne seraient qu'effets de la suggestion hypnotique. Mais, autant que je sache, la cure hypnotique est autrement rapide que votre analyse, qui, comme vous le dites, s'&#233;tend sur des mois et des ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre auditeur impartial n'est ni si ignorant ni si embarrass&#233; que nous l'avions cru d'abord ! Il s'efforce incontestablement de saisir la psychanalyse &#224; l'aide de ses connaissances ant&#233;rieures, de la rattacher &#224; quelque chose qu'il sache d&#233;j&#224;. Reste &#224; lui faire comprendre - t&#226;che difficile ! - qu'il n'y saurait parvenir par ce moyen, que l'analyse est une m&#233;thode sui generis, une chose nouvelle, particuli&#232;re, qui ne peut &#234;tre saisie qu'au moyen de nouvelles vues - ou, si l'on veut, de nouvelles hypoth&#232;ses. Mais nous devons d'abord r&#233;pondre &#224; sa derni&#232;re remarque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que vous avez dit de l'influence personnelle de l'analyste est, certes, tr&#232;s int&#233;ressant. Une telle influence existe et joue dans l'analyse un grand r&#244;le. Mais pas le m&#234;me que dans l'hypnotisme, Il doit &#234;tre possible de vous d&#233;-montrer que les situations ici et l&#224; sont toutes diff&#233;rentes. Une remarque y pourra suffire : nous n'utilisons pas cette influence personnelle - le facteur &#171; suggestif &#187; - afin d'&#233;touffer les sympt&#244;mes pathologiques, ainsi qu'il advient dans la suggestion hypnotique. De plus, on aurait tort de croire que ce facteur soit absolument le support et le promoteur du traitement. Il l'est au d&#233;but, mais plus tard il vient &#224; l'encontre de nos intentions analytiques et nous contraint aux contre-mesures les plus rigoureuses. Je voudrais aussi vous montrer par un exemple combien la technique analytique s'&#233;carte de celles qui cherchent &#224; d&#233;tourner et &#224; dissuader. Notre patient est-il en proie &#224; un sentiment de culpabilit&#233; comme s'il e&#251;t perp&#233;tr&#233; un grand crime, nous ne lui conseillons pas de se mettre au-dessus de ses scrupules de conscience par l'assurance de son indubitable innocence : il l'a d&#233;j&#224; essay&#233; tout seul sans succ&#232;s. Mais nous l'avertissons qu'un sentiment aussi fort et aussi tenace doit pourtant &#234;tre fond&#233; sur quelque r&#233;alit&#233;, et que cette r&#233;alit&#233; pourra peut-&#234;tre se d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela m'&#233;tonnerait &#187;, reprend notre auditeur impartial, &#171; que vous parveniez &#224; apaiser le sentiment de culpabilit&#233; de votre malade en entrant ainsi dans ses vues. Mais quelles sont donc vos intentions analytiques et qu'entreprenez-vous avec votre patient ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je veux me faire comprendre, il me faut maintenant vous communiquer quelques fragments d'une doctrine psychologique qui, hors les cercles analytiques, n'est pas connue ou pas estim&#233;e. De cette th&#233;orie d&#233;coulera ais&#233;ment et ce que nous attendons du malade et par quels chemins nous parvenons &#224; notre but. Je vais vous l'exposer dogmatiquement, comme si elle &#233;tait d&#233;j&#224; un syst&#232;me achev&#233;. Mais n'allez pas croire qu'elle soit n&#233;e ainsi tout &#233;quip&#233;e, comme il advient aux syst&#232;mes philosophiques. Nous l'avons d&#233;velopp&#233;e lentement, peu &#224; peu, en avons d&#251; conqu&#233;rir p&#233;niblement chaque parcelle ; nous n'avons cess&#233; de la modifier au contact constant de l'observation jusqu'&#224; ce qu'elle ait enfin acquis la forme sous laquelle elle nous para&#238;t suffire &#224; nos desseins. J'aurais d&#251;, voici peu d'ann&#233;es, exprimer cette doctrine en d'autres termes. Je ne puis bien entendu vous affirmer que l'expression formelle de la doctrine &#224; l'heure qu'il est en demeurera la d&#233;finitive. Vous le savez, la science n'est pas une r&#233;v&#233;lation, il lui manque, longtemps encore apr&#232;s ses d&#233;buts, la certitude, l'immutabilit&#233;, l'infaillibilit&#233;, dont la pens&#233;e humaine est si avide. Mais telle qu'elle est, elle est pourtant tout ce que nous pouvons avoir. N'oubliez pas que notre science est tr&#232;s jeune - &#224; peine aussi vieille que le si&#232;cle ! - et qu'elle travaille avec la mati&#232;re peut-&#234;tre la plus ardue qui puisse s'offrir &#224; l'investigation humaine : ainsi vous pourrez vous mettre dans l'&#233;tat d'esprit n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension de ce que je vais vous dire. Cependant interrompez-moi chaque fois que vous ne pourrez me suivre ou que vous d&#233;sirerez de plus amples &#233;claircissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je vous interromps avant m&#234;me que vous ne commenciez. Vous dites vouloir m'exposer une nouvelle psychologie, mais il me semble que la psychologie n'est pas une science nouvelle. Il y en a assez, de psychologie et de psychologues, et j'ai entendu dire pendant mes &#233;tudes que de grandes choses dans ce domaine ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; accomplies. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et je n'entends pas discuter leur valeur. Mais y regardez-vous de plus pr&#232;s, vous serez contraint d'attribuer ces grands accomplissements plut&#244;t &#224; la physiologie des sensations. Car la science de la vie psychique ne pouvait se d&#233;velopper, entrav&#233;e qu'elle &#233;tait par une seule mais essentielle m&#233;connaissance. Qu'embrasse-t-elle aujourd'hui telle que l'enseigne l'&#201;cole ? En dehors de ces tr&#232;s int&#233;ressants points de vue physiologiques sur les sensations, rien qu'une liste de divisions et de d&#233;finitions de ce qui se passe dans notre &#226;me, divisions et d&#233;finitions qui, gr&#226;ce au langage usuel, sont devenues le bien commun de tous les lettr&#233;s. Cela ne suffit &#233;videmment pas pour comprendre notre vie psychique. Avez-vous remarqu&#233; que chaque philosophe, &#233;crivain, historien ou biographe s'arrange une psychologie &#224; lui, nous propose des hypoth&#232;ses &#224; lui sur les rapports et le but des actes psychiques, hypoth&#232;ses plus ou moins s&#233;duisantes mais toutes &#233;galement douteuses ? On manque &#233;videmment ici d'une base commune. De l&#224; d&#233;coule aussi qu'en psychologie on soit aussi irrespectueux et qu'on ne reconnaisse aucune autorit&#233;. Chacun peut ici &#171; braconner &#187; &#224; son aise. Mettez-vous une question de physique ou de chimie sur le tapis, tout le monde se taira qui ne se sache pas en possession de &#171; connaissances techniques &#187;. Mais avancez-vous une assertion psychologique, pr&#233;parez-vous &#224; &#234;tre jug&#233; et contredit par n'importe qui. Sans doute n'y a-t-il pas dans ce domaine de &#171; connaissances techniques &#187;. Chacun a sa vie psychique et c'est pourquoi chacun se tient pour un psychologue. Mais cela ne me semble pas un titre suffisant. On raconte qu'une personne se pr&#233;senta un jour comme &#171; bonne d'enfants &#187; ; on lui demanda si elle s'entendait &#224; &#233;lever les enfants. &#171; Bien s&#251;r, r&#233;pondit-elle, j'ai &#233;t&#233; moi-m&#234;me en mon temps petite enfant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et vous pr&#233;tendez avoir d&#233;couvert cette &#171; base commune &#187; de la vie de l'&#226;me, qui &#233;chappa &#224; tous les psychologues, en observant des malades ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne crois pas que cette origine &#244;te de leur valeur &#224; nos constatations. L'embryologie, par exemple, ne m&#233;riterait aucun cr&#233;dit, si elle ne pouvait sans peine &#233;clairer l'&#233;tiologie des malformations de naissance. Mais je vous ai parl&#233; de gens dont les pens&#233;es marchent toutes seules, de telle sorte qu'ils se voient contraints &#224; ruminer sans fin des probl&#232;mes qui leur sont terriblement indiff&#233;rents. Pensez-vous que la psychologie d'&#233;cole ait jamais fourni le moindre apport &#224; l'&#233;claircissement d'une semblable anomalie ? Et enfin il nous arrive &#224; tous que notre pens&#233;e, pendant la nuit, suive ses propres voies et cr&#233;e des choses qu'ensuite nous ne comprenons pas, qui nous semblent &#233;tranges et dou&#233;es d'une ressemblance suspecte avec certaines productions pathologiques. Je veux parler de nos r&#234;ves. Le peuple n'a jamais abandonn&#233; cette croyance que les r&#234;ves aient un sens, une valeur, signifient quelque chose. Ce sens des r&#234;ves, la psychologie de l'&#233;cole n'a jamais pu le fournir. Elle n'a su quoi faire du r&#234;ve ; les quelques explications qu'elle en hasarda furent non psychologiques : ramener le r&#234;ve &#224; des excitations sensorielles, ou bien &#224; un sommeil plus ou moins profond des diverses parties du cerveau, etc. Mais on est en droit de dire qu'une psychologie qui ne sait pas expliquer le r&#234;ve n'est pas utilisable pour l'intelligence de la vie psychique normale et ne peut pr&#233;tendre &#224; s'appeler une science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous devenez agressif : vous devez avoir touch&#233; un point sensible. J'ai en effet entendu dire que l'on attache, dans l'analyse, une grande importance aux r&#234;ves, qu'on les interpr&#232;te, qu'on d&#233;couvre en eux le souvenir d'&#233;v&#233;nements r&#233;els, etc. Mais aussi que l'interpr&#233;tation des r&#234;ves est livr&#233;e au bon plaisir de l'analyste et que les analystes eux-m&#234;mes n'en ont pas fini encore avec les diff&#233;rends sur la mani&#232;re d'interpr&#233;ter les r&#234;ves et le droit d'en tirer des conclusions. En est-il ainsi, vous feriez mieux de ne pas souligner d'un trait si &#233;pais la sup&#233;riorit&#233; de l'analyse sur la psychologie classique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous dites l&#224; des choses fort justes. Il est exact que l'interpr&#233;tation des r&#234;ves a acquis, dans la th&#233;orie comme dans la pratique de l'analyse, une importance incomparable. Et si je parais agressif, ce n'est que pour me d&#233;fendre. Mais quand je pense &#224; tout l'esclandre que certains analystes ont fait &#224; propos de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves, je pourrais d&#233;sesp&#233;rer et donner raison &#224; l'exclamation pessimiste du grand satirique Nestroy : &#171; Tout progr&#232;s n'est jamais qu'&#224; demi aussi grand qu'il parut d'abord ! &#187; Cependant avez-vous jamais vu les hommes faire autre chose qu'embrouiller et d&#233;figurer tout ce qui leur tombe en main ? Un peu de prudence et de ma&#238;trise de soi suffisent &#224; &#233;viter la plupart des dangers de l'interpr&#233;tation des r&#234;ves. Mais pensez-vous que nous arrivions jamais &#224; l'expos&#233; que j'ai &#224; vous faire, si nous nous laissons ainsi d&#233;tourner de notre sujet ? - &#171; Oui : vous voulez m'exposer les bases fondamentales de la nouvelle psychologie, si je vous ai bien compris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne voulais pas commencer par l&#224;. J'avais l'intention de vous faire voir quelle conception, au cours des &#233;tudes analytiques, nous nous sommes form&#233;e de la structure de l'appareil psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Puis-je demander ce que vous appelez &#171; appareil psychique &#187; et avec quoi il est construit ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous verrez bient&#244;t clairement ce qu'est l'appareil psychique. Mais ne demandez pas, je vous en prie, de quoi il est b&#226;ti ! Cela est sans int&#233;r&#234;t psycho-logique, et reste &#224; la psychologie aussi indiff&#233;rent qu'&#224; l'optique de savoir si les parois du t&#233;lescope sont en m&#233;tal ou en carton. Nous laisserons de c&#244;t&#233; &#171; l'essence &#187; des choses pour ne nous occuper que de leur situation dans &#171; l'espace &#187;. Nous nous repr&#233;sentons l'appareil inconnu qui sert &#224; accomplir les op&#233;rations de l'&#226;me en v&#233;rit&#233; comme un instrument, fait de l'ajustage de diverses parties - que nous d&#233;nommons &#171; instances &#187;. A chacune est attribu&#233;e une fonction particuli&#232;re, elles ont entre elles un rapport spatial constant, c'est-&#224;-dire le rapport spatial a en avant ou en arri&#232;re &#187; - &#171; superficiel ou pro&#172;fond &#187; n'exprime pour nous d'abord que la r&#233;guli&#232;re succession des fonctions. Me fais-je encore comprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Difficilement. Peut-&#234;tre comprendrai-je plus tard, mais voil&#224; certes une singuli&#232;re anatomie de l'&#226;me, dont l'&#233;quivalent ne se rencontre pas dans les sciences naturelles ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que voulez-vous, c'est une hypoth&#232;se comme il y en a tant dans les sciences. Les premi&#232;res de toutes ont toujours &#233;t&#233; assez grossi&#232;res. &#171; Open to revision &#187;, peut-on en dire. Je trouve superflu de me servir de la locution devenue si populaire &#171; comme si &#187;. La valeur d'une telle &#171; fiction &#187; - ainsi que l'appellerait le philosophe Vaihinger d&#233;pend de ce qu'on en peut faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je poursuis Restant sur le terrain de la sagesse courante, nous reconnaissons dans l'homme une organisation psychique intercal&#233;e entre, d'une part, ses excitations sensorielles et la perception de ses besoins corporels, d'autre part, ses actions motrices ; organisation servant d'interm&#233;diaire entre les deux en vue d'un but bien d&#233;fini. Nous appelons cette organisation son &#171; moi &#187;. Voil&#224; qui n'est pas nouveau, chacun de nous fait cette hypoth&#232;se sans &#234;tre philosophe, et quelques-uns m&#234;me bien qu'ils le soient. Mais nous ne croyons pas avoir ainsi &#233;puis&#233; la description de l'appareil psychique. En plus de ce &#171; moi &#187;, nous reconnaissons un autre territoire psychique plus &#233;tendu, plus vaste, plus obscur que le &#171; moi &#187;, et ce territoire nous l'appelons le &#171; &#231;a &#187;. La relation existant entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187; est ce qui va nous occuper d'abord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous allez sans doute trouver mauvais que nous ayons choisi, pour d&#233;signer nos deux instances ou provinces psychiques, des mots courants au lieu de vocables grecs sonores. Mais nous aimons, nous autres psychanalystes, rester en contact avec la fa&#231;on de penser populaire et pr&#233;f&#233;rons rendre utilisables pour la science les notions populaires que de les rejeter. Nous n'y avons aucun m&#233;rite, nous sommes contraints &#224; agir ainsi, parce que nos doctrines doivent &#234;tre comprises par nos malades, souvent tr&#232;s intelligents mais pas toujours vers&#233;s dans les humanit&#233;s. Le &#171; &#231;a &#187; impersonnel correspond directement &#224; certaines mani&#232;res de parler de l'homme normal. &#171; Cela m'a fait tressaillir, dit-on, quelque chose en moi, &#224; ce moment, &#233;tait plus fort que moi &#187;. &#171; C'&#233;tait plus fort que moi . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En psychologie, nous ne pouvons d&#233;crire qu'&#224; l'aide de comparaisons. Ce n'est pas sp&#233;cial &#224; la psychologie, il en est ainsi ailleurs. Mais nous devons sans cesse changer de comparaisons : aucune ne nous suffit longtemps. Si donc je veux vous rendre sensible la relation entre le moi et le &#231;a, je vous prierai de vous repr&#233;senter le &#171; moi &#187; comme une sorte de fa&#231;ade du &#171; &#231;a &#187;, un premier plan, - ou bien la couche externe, l'&#233;corce de celui-ci. Tenons-nous-en &#224; cette derni&#232;re comparaison. Nous le savons : les couches corticales en g&#233;n&#233;ral sont redevables de leurs qualit&#233;s sp&#233;ciales &#224; l'influence modificatrice du milieu ext&#233;rieur auquel elles sont contigu&#235;s. Repr&#233;sentons-nous les choses ainsi : le &#171; moi &#187; serait la couche, - modifi&#233;e par l'influence du monde ext&#233;rieur, de la r&#233;alit&#233; - de l'appareil psychique, du &#171; &#231;a &#187;. Vous voyez com&#172;bien, en psychanalyse, nous prenons au s&#233;rieux les notions spatiales. Pour nous le &#171; moi &#187; est vraiment le plus superficiel, le &#171; &#231;a &#187; le plus profond, bien entendu consid&#233;r&#233;s du dehors. Le &#171; moi &#187; a une situation interm&#233;diaire entre la r&#233;alit&#233; et le &#171; &#231;a &#187;, qui est proprement le psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne vous demande pas encore comment on peut savoir tout cela. Dites-moi d'abord &#224; quoi vous sert cette distinction entre un &#171; moi &#187; et un &#171; &#231;a &#187;, qu'est-ce qui vous y contraint ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Votre question me montre dans quelle direction poursuivre. Ce qu'il importe en effet avant tout de savoir, c'est que le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187; divergent fort et en bien des points l'un de l'autre ; d'autres r&#232;gles pr&#233;sident dans le &#171; moi &#187; ou dans le &#171; &#231;a &#187; aux actes psychiques ; le &#171; moi &#187; vise d'autres buts et par d'autres moyens. Il y aurait l&#224;-dessus beaucoup &#224; dire, mais vous contenterez-vous d'une nouvelle comparaison et d'un nouvel exemple ? Pensez aux diff&#233;rences existant entre le front et l'arri&#232;re, telles qu'elles s'&#233;taient &#233;tablies pendant la guerre. Alors nous ne nous &#233;tonnions pas qu'au front bien des choses se passassent autrement qu'&#224; l'arri&#232;re, et qu'&#224; l'arri&#232;re bien d'autres fussent permises qu'au front il fallait d&#233;fendre. L'influence d&#233;terminante &#233;tait naturellement la proximit&#233; de l'ennemi : pour la vie psychique, c'est la proximit&#233; du monde ext&#233;rieur. Dehors - &#233;tranger - ennemi, furent une fois synonymes. Maintenant venons-en &#224; l'exemple : dans le &#171; &#231;a &#187; pas de conflits ; les contradictions, les contraires voient leurs termes voisiner sans en &#234;tre troubl&#233;s, des compromis viennent souvent accommoder les choses. En de tels cas, le &#171; moi &#187; e&#251;t &#233;t&#233; en proie &#224; un conflit qu'il e&#251;t fallu r&#233;soudre, et la solution n'en peut &#234;tre que l'abandon d'une aspiration au profit d'une autre. Le &#171; moi &#187; est une organisation qui se distingue par une remarquable tendance &#224; l'unit&#233;, &#224; la synth&#232;se ; ce caract&#232;re manque au &#171; &#231;a &#187;, - celui-ci est, pour ainsi dire, incoh&#233;rent, d&#233;cousu, chacune de ses aspirations y poursuit son but propre et sans &#233;gard aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et s'il existe un &#171; hinterland &#187; psychique d'une telle importance, com-ment me ferez-vous croire qu'il passa inaper&#231;u jusqu'&#224; l'av&#232;nement de l'analyse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Voil&#224; que nous revenons &#224; l'une de vos questions pr&#233;c&#233;dentes. La psychologie s'&#233;tait ferm&#233; l'acc&#232;s au domaine du &#171; &#231;a &#187; en s'en tenant &#224; une hypoth&#232;se qui para&#238;t d'abord assez plausible mais qu'on ne peut pourtant soutenir. A savoir que tous les actes psychiques sont conscients, que la &#171; con-science &#187; est le signe distinctif du psychique, et que, y e&#251;t-il dans notre cerveau des op&#233;rations inconscientes, celles-ci ne m&#233;ritent pas le nom d'actes psychiques et n'ont rien &#224; voir avec la psychologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cela va de soi, &#187; me semble-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, c'est ce que pensent aussi les psychologues, mais il n'en est pas moins facile de montrer que c'est faux, qu'une telle op&#233;ration est tout &#224; fait impropre. La plus superficielle observation de soi-m&#234;me montre que l'on peut avoir des id&#233;es subites qui n'ont pu surgir sans que rien les pr&#233;pare. Mais, de ces &#233;tats pr&#233;paratoires de votre pens&#233;e, qui ont d&#251; pourtant &#234;tre aussi de nature psychique, vous ne percevez rien : seul le r&#233;sultat &#233;merge tout &#224; fait dans votre conscience. Ce n'est qu'apr&#232;s coup et en de rares occasions que ces stades pr&#233;paratoires de la pens&#233;e peuvent &#234;tre, par la conscience, comme &#171; reconstruits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Sans doute l'attention &#233;tait-elle d&#233;tourn&#233;e, ce qui emp&#234;cha de remarquer sur le moment ces stades pr&#233;paratoires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Faux-fuyant ! Vous n'y &#233;chapperez pas : c'est un fait qu'en vous peuvent se passer des actes d'ordre psychique, souvent fort compliqu&#233;s, desquels votre conscience ne per&#231;oit rien, desquels vous ne savez rien. Ou bien &#234;tez-vous pr&#234;t &#224; recourir &#224; l'hypoth&#232;se &#171; qu'un peu plus ou un peu moins &#187; de votre &#171; attention &#187; suffise pour changer un acte non psychique en un acte psychique ? D'ailleurs &#224; quoi bon cette discussion ? Il y a des exp&#233;riences d'hypnotisme qui d&#233;montrent l'existence de pareilles pens&#233;es inconscientes d'une mani&#232;re irr&#233;futable pour quiconque veut bien voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne veux pas vous contredire, mais je crois vous comprendre enfin. Ce que vous nommez le &#171; moi &#187;, c'est la conscience, et votre &#171; &#231;a &#187; est ce qu'on nomme le &#171; subconscient &#171; et qui fait en ce moment tant parler de lui ! Mais pourquoi la mascarade de ces noms nouveaux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce n'est pas une mascarade ; les autres noms sont inutilisables. Et n'essayez pas de m'offrir de la litt&#233;rature en place de science. Quelqu'un. parle-t-il de processus subconscients, je ne sais s'il les entend au sens topique ce qui r&#233;side dans l'&#226;me au-dessous du conscient, - ou bien au sens qualitatif : une autre conscience, souterraine pour ainsi dire. Sans doute mon interlocuteur n'y voit-il pas lui-m&#234;me tr&#232;s clair. La seule distinction admissible est celle entre &#171; conscient &#187; et &#171; inconscient &#187;. Mais on ferait une erreur grosse de cons&#233;quences si l'on croyait que cette division entre &#171; conscient &#187; et &#171; inconscient &#187; co&#239;ncid&#226;t avec celle entre &#171; moi &#187; et &#171; &#231;a &#187;. Sans doute, il serait merveilleux que ce f&#251;t aussi simple ; notre th&#233;orie aurait alors beau jeu. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Tout ce qui se passe dans le &#171; &#231;a &#187; est et demeure inconscient : voil&#224; qui seul est certain, et que les processus se d&#233;roulant dans le &#171; moi &#187; peuvent devenir conscients, et eux seuls. Mais ils ne le sont pas tous, pas toujours, pas n&#233;cessairement, et de grandes parties du &#171; moi &#187; peuvent durablement rester inconscientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s &#224; la conscience d'un processus psychique est une chose compliqu&#233;e. Je ne puis m'emp&#234;cher de vous exposer - &#224; nouveau sur le mode dogmatique - ce que nous en pensons. Vous vous le rappelez : le &#171; moi &#187; est la couche externe, p&#233;riph&#233;rique, du &#171; &#231;a &#187;. Or nous croyons qu'&#224; la surface la plus externe de ce &#171; moi &#187; se trouve une &#171; instance &#187; particuli&#232;re, directement tourn&#233;e vers le monde ext&#233;rieur, un syst&#232;me, un organe, par l'excitation exclusive duquel le ph&#233;nom&#232;ne appel&#233; conscience peut na&#238;tre, Cet organe peut aussi bien &#234;tre stimul&#233; du dehors, en recevant &#224; l'aide des organes sensoriels les excitations &#233;manant du monde ext&#233;rieur - que du dedans, en prenant connaissance, d'abord des sensations r&#233;sidant dans le &#171; &#231;a &#187; et ensuite des processus en cours dans le &#171; moi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cela devient de pire en pire, et je comprends de moins en moins. Vous m'avez donc invit&#233; &#224; une petite conf&#233;rence sur cette question : les non-m&#233;decins peuvent-ils entreprendre eux aussi des cures analytiques ? A quoi bon alors ce d&#233;coupage en quatre de th&#233;ories os&#233;es, obscures, de la justesse desquelles vous ne pouvez pas me convaincre ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je le sais, je ne peux pas vous convaincre. Cela est hors de ma possibilit&#233; et, par suite, de mon dessein. Quand nous donnons &#224; nos &#233;l&#232;ves un enseignement th&#233;orique en psychanalyse, nous pouvons observer combien celui-ci leur fait d'abord peu d'effet. Ils Recueillent les doctrines analytiques avec la m&#234;me froideur que les autres abstractions dont ils furent nourris. Quelques-uns voudraient peut-&#234;tre &#234;tre convaincus, mais rien n'indique qu'ils le soient. Aussi demandons-nous que quiconque veut exercer l'analyse sur d'autres, se soumette d'abord lui-m&#234;me &#224; une analyse. Ce n'est qu'au cours de cette auto-analyse (comme on l'appelle &#224; tort), et en &#233;prouvant r&#233;ellement sur leur propre corps - plus justement sur leur propre &#226;me, - les processus dont l'analyse sou-tient l'existence, que nos &#233;l&#232;ves acqui&#232;rent les convictions qui les guideront plus tard comme analystes. Comment puis-je alors m'attendre &#224; vous convaincre de la justesse de nos th&#233;ories, vous, l'auditeur impartial &#224; qui je ne puis pr&#233;senter qu'un expos&#233; incomplet, tronqu&#233;, par suite sans clart&#233;, et &#224; qui manque la confirmation de votre exp&#233;rience propre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je poursuis un autre but. La question n'est pas ici de discuter si l'analyse est chose intelligente ou absurde, si elle a raison dans ce qu'elle avance ou si elle tombe dans de grossi&#232;res erreurs. Je d&#233;roule nos th&#233;ories devant vous, parce que c'est le meilleur moyen de vous montrer quelles id&#233;es constituent le corps de l'analyse, de quelles pr&#233;misses elle part quand elle commence &#224; s'occuper d'un malade, et comment elle s'y prend. Ainsi une lumi&#232;re tr&#232;s vive sera projet&#233;e sur la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. Mais rassurez-vous ! Si vous m'avez suivi jusqu'ici, vous avez support&#233; le pire, ce qui suivra vous semblera facile. Mais laissez-moi maintenant reprendre haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'attends que vous me d&#233;duisiez, des th&#233;ories de la psychanalyse, com-ment se repr&#233;senter la gen&#232;se d'une affection nerveuse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je m'y essaierai. Il nous faut alors &#233;tudier notre &#171; moi &#187; et notre &#171; &#231;a &#187; d'un point de vue nouveau : le dynamique, c'est-&#224;-dire en ayant &#233;gard aux forces qui se jouent &#224; l'int&#233;rieur de ceux-ci et entre eux. Jusqu'&#224; pr&#233;sent nous nous sommes content&#233;s de d&#233;crire l'appareil psychique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Pourvu que cela ne redevienne pas aussi incompr&#233;hensible ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J'esp&#232;re que non. Vous vous y reconna&#238;trez bient&#244;t, Ainsi, nous admet-tons que les forces dont l'action met en mouvement l'appareil psychique sont engendr&#233;es par les organes du corps et expriment les grands besoins corporels. Vous vous souvenez des paroles de notre po&#232;te-philosophe : la faim et l'amour. Une couple d'ailleurs de forces imposantes ! Nous appelons ces be-soins corporels, en tant qu'ils sont incitations &#224; l'activit&#233; psychique &#171; Triebe &#187; (instincts ou pulsions), un mot que bien des langues modernes nous envient. Ces instincts emplissent le &#171; &#231;a &#187; ; toute l'&#233;nergie existant dans le &#171; &#231;a &#187;, dirons-nous en abr&#233;g&#233;, en &#233;mane. Les forces &#224; l'int&#233;rieur du &#171; moi &#187; n'ont pas non plus d'autre origine, elles d&#233;rivent de celles contenues dans le &#171; &#231;a &#187;. Et que veulent ces instincts ? La satisfaction, c'est-&#224;-dire que soient amen&#233;es des situations dans lesquelles les besoins corporels puissent s'&#233;teindre. La chute de la tension du d&#233;sir est ressentie, par l'organe de notre perception consciente, comme un plaisir ; une croissance de cette m&#234;me tension bient&#244;t comme un d&#233;plaisir. De ces oscillations na&#238;t la suite des sensations &#171; plaisir-d&#233;plaisir &#187; qui r&#232;gle l'activit&#233; de tout l'appareil psychique. Nous appelons cela &#171; la souverainet&#233; du principe de plaisir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tats insupportables prennent naissance quand les aspirations instinctives du &#171; &#231;a &#187; ne trouvent pas &#224; se satisfaire. L'exp&#233;rience montre bient&#244;t que de telles satisfactions ne peuvent &#234;tre obtenues qu'&#224; l'aide du monde ext&#233;rieur. C'est alors que la partie du &#171; &#231;a &#187; tourn&#233;e vers le monde ext&#233;rieur, le &#171; moi &#187; entre en fonction. Si toute la force motrice qui fait se mouvoir le vaisseau est fournie par le &#171; &#231;a &#187;, le &#171; moi &#187; est en quelque sorte celui qui assume la man&#339;uvre du gouvernail, sans laquelle aucun but ne peut &#234;tre atteint. Les instincts du &#171; &#231;a &#187; aspirent &#224; des satisfactions imm&#233;diates, brutales, et n'obtiennent ainsi rien, ou bien m&#234;me se causent un dommage sensible. Il &#233;choit maintenant pour t&#226;che au &#171; moi &#187; de parer &#224; ces &#233;checs, d'agir comme interm&#233;diaire entre les pr&#233;tentions du &#171; &#231;a &#187; et les oppositions que celui-ci rencontre de la part du monde r&#233;el ext&#233;rieur Le &#171; moi &#187; d&#233;ploie son activit&#233; dans deux directions. D'une part, il observe, gr&#226;ce aux organes des sens, du syst&#232;me de la conscience, le monde ext&#233;rieur, afin de saisir l'occasion propice &#224; une satisfaction exempte de p&#233;rils ; d'autre part, il agit sur le &#171; &#231;a &#187;, tient en bride les passions de celui-ci, incite les instincts &#224; ajourner leur satisfaction ; m&#234;me, quand cela est n&#233;cessaire, il leur fait modifier les buts auxquels ils tendent ou les abandonner contre des d&#233;dommagements. En imposant ce joug aux &#233;lans du &#171; &#231;a &#187;, le &#171; moi &#187; remplace le principe de plaisir, primitivement seul en vigueur, par le &#171; principe &#187; dit &#171; de r&#233;alit&#233; &#187; qui certes poursuit le m&#234;me but final, mais en tenant compte des conditions impos&#233;es par le monde ext&#233;rieur. Plus tard, le &#171; moi &#187; s'aper&#231;oit qu'il existe, pour s'assurer la satisfaction, un autre moyen que l'adaptation dont nous avons parl&#233;, au monde ext&#233;rieur. On peut en effet agir sur le monde ext&#233;rieur afin de le modifier, et y cr&#233;er expr&#232;s les conditions qui rendront la satisfaction possible. Cette sorte d'activit&#233; devient alors le supr&#234;me accomplissement du &#171; moi &#187; ; l'esprit de d&#233;cision qui permet de choisir quand il convient de dominer les passions et de s'incliner devant la r&#233;alit&#233;, ou bien quand il convient de prendre le parti des passions et de se dresser contre le monde ext&#233;rieur, cet esprit de d&#233;cision est tout l'art de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et comment le &#171; &#231;a &#187; se laisse-t-il ainsi commander par le &#171; moi &#187;, puisque, si je vous ai bien compris, il est, des deux, le plus fort ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, cela va bien, tant que le &#171; moi &#187; est en possession de son organisation totale, de toute sa puissance d'agir, tant qu'il a acc&#232;s &#224; toutes les r&#233;gions du &#171; &#231;a &#187; et y peut exercer son influence. Il n'existe en effet entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187; pas d'hostilit&#233; naturelle, ils font partie d'un m&#234;me tout et, dans l'&#233;tat de sant&#233;, il n'y a pas lieu pratiquement de les distinguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; J'entends. Mais je ne vois pas, dans cette relation id&#233;ale, la plus petite place pour un trouble maladif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez raison - tant que le &#171; moi &#187;, dans ses rapports avec le &#171; &#231;a &#187;, r&#233;pond &#224; ces exigences id&#233;ales, il n'y a aucun trouble nerveux. La porte d'entr&#233;e de la maladie se trouve l&#224; o&#249; on ne la soup&#231;onnerait pas, bien que quiconque conna&#238;t la pathologie g&#233;n&#233;rale ne puisse s'&#233;tonner de le voir confirmer ici : les &#233;volutions et les diff&#233;renciations les plus importantes sont justement celles qui portent en elles-m&#234;mes le germe du mal, de la carence de la fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous devenez trop savant, je ne comprends plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je dois reprendre d'un peu plus loin. Le petit &#234;tre qui vient de na&#238;tre est, n'est-ce pas, une tr&#232;s pauvre et impuissante petite chose au regard du monde ext&#233;rieur tout-puissant et plein d'actions destructrices. Un &#234;tre primitif, n'ayant pas encore d&#233;velopp&#233; un &#171; moi &#187; organis&#233;, est expos&#233; &#224; tous ces traumatismes. Il ne vit que pour la satisfaction &#171; aveugle &#187; de ses instincts, ce qui souvent cause sa perte. La diff&#233;renciation d'un &#171; moi &#187; est avant tout un progr&#232;s en faveur de la conservation vitale. Bien entendu, quand l'&#234;tre p&#233;rit, il ne tire aucun profit de son exp&#233;rience, mais, survit-il &#224; un traumatisme, il se tiendra en garde contre l'approche de situations analogues et signalera le danger par une r&#233;p&#233;tition abr&#233;g&#233;e des impressions v&#233;cues lors du premier traumatisme : par un &#171; affect &#187; d'angoisse. Cette r&#233;action au p&#233;ril am&#232;ne une tentation de fuite, condition de salut jusqu'au jour o&#249; l'&#234;tre, devenu assez fort, pourra faire face aux dangers &#233;pars dans le monde ext&#233;rieur de fa&#231;on active, peut-&#234;tre m&#234;me en prenant l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cela nous entra&#238;ne bien loin de ce que vous aviez promis de me dire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous ne vous doutez pas combien je suis pr&#232;s de tenir ma promesse. M&#234;me chez les &#234;tres qui auront plus tard un &#171; moi &#187; organis&#233; &#224; la hauteur de sa t&#226;che, le &#171; moi &#187; dans l'enfance, est faible et peu diff&#233;renci&#233; du &#171; &#231;a m. Maintenant figurez-vous ce qui arrivera quand ce &#171; moi &#187; sans force sera en butte &#224; une aspiration instinctive du &#171; &#231;a &#187;, &#224; laquelle il voudrait bien r&#233;sister, devinant que la satisfaction en serait dangereuse, capable d'amener une situation traumatique, un heurt avec le monde ext&#233;rieur, mais cela sans avoir encore la force de dominer cette aspiration instinctive. Le &#171; moi &#187; traite le p&#233;ril int&#233;rieur &#233;man&#233; de l'instinct comme s'il &#233;tait p&#233;ril ext&#233;rieur ; il tente de prendre la fuite, il se retire de cette r&#233;gion du &#171; &#231;a &#187; et l'abandonne &#224; son sort apr&#232;s lui avoir supprim&#233; tous les apports que d'ordinaire il met &#224; la disposition des &#233;mois de l'instinct. Nous disons alors que le &#171; moi &#187; entreprend un refoulement de cette aspiration instinctive. Ceci a pour r&#233;sultat imm&#233;diat de parer au danger, mais on ne confond pas impun&#233;ment ce qui est interne et ce qui est externe. On ne peut pas se fuir, En refoulant, le &#171; moi &#187; ob&#233;it au principe de plaisir, que sa t&#226;che habituelle est de modifier : il doit donc en porter la peine. La peine en sera que le &#171; moi &#187; aura ainsi durablement restreint son royaume. L'aspiration instinctive refoul&#233;e est maintenant isol&#233;e, abandonn&#233;e &#224; elle-m&#234;me, inaccessible, mais aussi impossible &#224; influencer. Elle suivra d&#233;sormais ses propres voies. Le &#171; moi &#187; ne pourra en g&#233;n&#233;ral plus, m&#234;me lorsqu'il se sera fortifi&#233;, lever le refoulement, sa synth&#232;se est d&#233;truite. une partie du &#171; &#231;a &#187; demeure au &#171; moi &#187; terrain d&#233;fendu. L'aspiration instinctive isol&#233;e, de son c&#244;t&#233;, ne reste pas non plus oisive, elle trouve &#224; se d&#233;dommager de la satisfaction normale qui lui est refus&#233;e, engendre des rejetons psychiques qui la repr&#233;sentent, elle se met en rapport avec d'autres processus psychiques qu'elle d&#233;robe &#224; leur tour au &#171; moi &#187; de par son influence, et enfin fait irruption dans le &#171; moi &#187; et dans la conscience sous une forme substitutive d&#233;form&#233;e et m&#233;connaissable, bref, &#233;labore ce qu'on appelle un &#171; sympt&#244;me &#187;. Nous embrassons maintenant d'un coup d'&#339;il ce qui constitue un trouble &#171; nerveux &#187; : d'une part, un &#171; moi &#187; entrav&#233; dans sa synth&#232;se, sans influence sur une partie du &#171; &#231;a &#187;, devant renoncer &#224; exercer une part de son activit&#233; afin d'&#233;viter un heurt nouveau avec ce qui est refoul&#233;, s'&#233;puisant dans un vain combat contre les sympt&#244;mes, rejetons des aspirations refoul&#233;es ; d'autre part, un &#171; &#231;a &#187;, au sein duquel des instincts isol&#233;s se sont rendus ind&#233;pendants, poursuivent leurs buts &#224; eux sans &#233;gard aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de l'&#234;tre, et n'ob&#233;issent plus qu'aux lois de la psychologie primitive qui commandent dans les profondeurs du &#171; &#231;a &#187;. Voyons-nous les choses de haut, alors la gen&#232;se des n&#233;vroses nous appara&#238;t sous cette formule simple : &#171; le moi &#187; a tent&#233; d'&#233;touffer certaines parties du &#171; &#231;a &#187; d'une mani&#232;re impropre, il y a &#233;chou&#233; et le &#171; &#231;a &#187; se venge. La n&#233;vrose est donc la cons&#233;quence d'un conflit entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187;, conflit auquel le &#171; moi &#187; prend part - un examen approfondi le d&#233;montre - parce qu'il ne peut absolument pas renoncer &#224; sa subordination aux r&#233;alit&#233;s du monde ext&#233;rieur. L'opposition est entre le monde ext&#233;rieur et le &#171; &#231;a &#187;, et puisque le &#171; moi &#187;, fid&#232;le en cela &#224; son essence intime, prend parti pour le monde ext&#233;rieur, il entre en conflit avec son &#171; &#231;a &#187;. Mais prenez-y bien garde : ce n'est pas le fait de ce conflit qui conditionne la maladie - de tels conflits entre r&#233;alit&#233; et &#171; &#231;a &#187; sont in&#233;vitables et l'un des devoirs constants du &#171; moi &#187; est de s'y entremettre - mais ce qui cause le mal est ceci : le &#171; moi &#187; se sert, pour r&#233;soudre le conflit, d'un moyen insuffisant, le refoulement. Cependant la cause en est que le &#171; moi &#187;, quand cette t&#226;che s'offrit &#224; lui, &#233;tait peu d&#233;velopp&#233; et sans force. Les refoulements d&#233;cisifs ont en effet tous lieu dans la premi&#232;re enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Quels curieux d&#233;tours ! Je suis votre conseil,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; je ne critique pas, vous voulez seulement me montrer ce que la psychanalyse pense de la gen&#232;se des n&#233;vroses, afin d'y rattacher ce qu'elle entreprend pour les gu&#233;rir. J'aurais plusieurs questions &#224; poser, j'en poserai quelques-unes plus tard. Je serais d'abord tent&#233; de suivre vos traces, de tenter &#224; mon tour une construction hypoth&#233;tique, une th&#233;orie. Vous avez expos&#233; la relation &#171; monde ext&#233;rieur - moi - &#231;a &#187; et &#233;tabli, comme condition essentielle des n&#233;vroses, ceci : le &#171; moi &#187; restant sous la d&#233;pendance du monde ext&#233;rieur, entre en conflit avec le &#171; &#231;a &#187;. Le cas contraire ne serait-il pas concevable dans un tel conflit, le &#171; moi &#187; se laissant entra&#238;ner par le &#171; &#231;a &#187; et renon&#231;ant &#224; toute consid&#233;ration envers le monde ext&#233;rieur ? Qu'arrive-t-il alors ? Je ne suis qu'un profane, mais d'apr&#232;s les id&#233;es que je me fais sur la nature d'une psychose, une telle d&#233;cision du &#171; moi &#187; en pourrait bien &#234;tre la condition. L'essentiel d'une maladie mentale semble donc &#234;tre qu'on se d&#233;tourne ainsi de la r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, j'y ai moi-m&#234;me pens&#233;, et je le crois juste, bien que la d&#233;monstration de cette id&#233;e exige la mise en discussion de rapports fort enchev&#234;tr&#233;s. N&#233;vrose et psychose sont &#233;videmment apparent&#233;es de tr&#232;s pr&#232;s et doivent cependant, en quelque point essentiel, diverger. Ce point pourrait bien &#234;tre le parti que prend le &#171; moi &#187; en un tel conflit. Et le &#171; &#231;a &#187;, dans les deux cas, garderait son caract&#232;re d'aveugle inflexibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Poursuivez, je vous en prie. Quelles indications donne votre th&#233;orie pour le traitement des n&#233;vroses &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Notre but th&#233;rapeutique est maintenant ais&#233; &#224; d&#233;terminer. Nous voulons reconstituer le &#171; moi &#187;, le d&#233;livrer de ses entraves, lui rendre la ma&#238;trise du &#171; &#231;a &#187;, perdue pour lui par suite de ses pr&#233;coces refoulements. Dans ce but seul nous faisons l'analyse, toute notre technique converge vers ce but. Il nous faut rechercher les refoulements anciens, incitant le &#171; moi &#187; &#224; les corriger, gr&#226;ce &#224; notre aide, et &#224; r&#233;soudre ses conflits autrement et mieux qu'en tentant de prendre devant eux la fuite. Comme ces refoulements ont eu lieu de tr&#232;s bonne heure dans l'enfance, le travail analytique nous ram&#232;ne &#224; ce temps. Les situations ayant amen&#233; ces tr&#232;s anciens conflits sont le plus souvent oubli&#233;es, le chemin nous y ramenant nous est montr&#233; par les sympt&#244;mes, r&#234;ves et associations libres du malade, que nous devons d'ailleurs d'abord interpr&#233;ter, traduire, ceci parce que, sous l'empire de la psychologie du &#171; &#231;a &#187;, elles ont rev&#234;tu des formes insolites, heurtant notre raison. Les id&#233;es subites, les pens&#233;es et souvenirs que le patient ne nous communique pas sans une lutte int&#233;rieure nous permettent de supposer qu'ils sont de quelque mani&#232;re apparent&#233;s au &#171; refoul&#233; &#187;, ou bien en sont des rejetons. Quand nous incitons le malade &#224; s'&#233;lever au-dessus de ses propres r&#233;sistances et &#224; tout nous communiquer, nous &#233;duquons son &#171; moi &#187; &#224; surmonter ses tendances &#224; prendre la fuite et lui apprenons &#224; supporter l'approche du &#171; refoul&#233; &#187;. Enfin, quand il est parvenu &#224; reproduire dans son souvenir la situation ayant donn&#233; lieu au refoulement, son ob&#233;issance est brillamment r&#233;compens&#233;e ! La diff&#233;rence des temps est toute en sa faveur : les choses devant lesquelles le &#171; moi &#187; infantile, &#233;pouvant&#233;, avait fui, apparaissent souvent au &#171; moi &#187; adulte et fortifi&#233; comme un simple jeu d'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout ce que vous m'avez cont&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent &#233;tait de la psychologie. C'&#233;tait souvent &#233;trange, rev&#234;che, obscur, mais du moins - comment dirai-je ? - c'&#233;tait toujours propre. Certes, je ne savais jusqu'&#224; ce jour presque rien de votre psychanalyse, mais la rumeur m'est cependant parvenue qu'elle s'occupe principalement de choses n'ayant aucun droit &#224; cette &#233;pith&#232;te. Or, vous n'avez touch&#233; &#224; rien de semblable jusqu'&#224; pr&#233;sent : cela me fait l'impression d'une r&#233;ticence voulue. Je ne puis r&#233;primer un autre doute. Les n&#233;vroses sont - vous le dites vous-m&#234;me - des perturbations de la vie psychique. Et des choses de l'importance de notre &#233;thique, de notre conscience, de nos id&#233;als, ne joueraient aucun r&#244;le dans ces perturbations profondes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous trouvez donc que deux sujets manquent jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; nos entretiens : ce qui touche aux choses les plus basses comme ce qui touche aux choses les plus hautes. Cela tient &#224; ce que nous n'avons pas encore du tout trait&#233; du contenu de la vie psychique. Laissez-moi maintenant jouer &#224; mon tour le r&#244;le d'interrupteur, et suspendre un moment le cours de notre entretien. Si je vous ai fait tant de psychologie, c'est que je d&#233;sirais vous donner l'impression que le travail analytique est une application de la psychologie, davantage, d'une psychologie qui, hors l'analyse, est inconnue. L'analyste doit avant tout avoir appris cette psychologie, la psychologie profonde ou psychologie de l'inconscient -du moins en avoir appris ce qui en est connu &#224; ce jour. Nous aurons besoin de ceci pour nos conclusions ult&#233;rieures. Mais dites-moi maintenant ce que vous entendiez par vos allusions &#224; la propret&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224;. On raconte partout que, dans l'analyse, les affaires les plus intimes, les plus vilaines, ayant trait &#224; la vie sexuelle, sont abord&#233;es dans tous leurs d&#233;tails. En est-il ainsi - je n'ai rien pu tirer de vos argumentations psychologiques me montrant qu'il en soit forc&#233;ment ainsi - alors ce serait un argument puissant pour n'autoriser que des m&#233;decins &#224; pratiquer de telles cures. Comment peut-on songer &#224; accorder d'aussi dangereuses libert&#233;s &#224; d'autres personnes dont la discr&#233;tion est incertaine et le caract&#232;re sans garantie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est vrai, les m&#233;decins poss&#232;dent, au domaine de la sexualit&#233;, quelques pr&#233;rogatives ; ils ont m&#234;me droit &#224; inspecter les organes g&#233;nitaux. Bien qu'en Orient ils ne le pussent pas ; de m&#234;me certains r&#233;formateurs de la morale - vous savez de qui je veux parler - leur ont contest&#233; ce droit. Mais vous voulez d'abord savoir s'il en est ainsi dans l'analyse et pourquoi il en doit &#234;tre ainsi ? -Je vous r&#233;pondrai : oui, il en est ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il en doit &#234;tre ainsi, en premier lieu, parce que l'analyse s'&#233;l&#232;ve sur cette base : l'absolue sinc&#233;rit&#233;. On y traite, par exemple, des questions p&#233;cuniaires avec la m&#234;me minutie et la m&#234;me franchise, on y fait des aveux qu'on ne ferait &#224; aucun de ses concitoyens, m&#234;me s'il n'est pas concurrent ou employ&#233; du fisc ! Que cette obligation d'&#234;tre sinc&#232;re impose une lourde responsabilit&#233; morale &#224; l'analyste lui-m&#234;me, cela je ne le contesterai pas, au contraire, j'attirerai l&#224;-dessus toute votre attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en doit &#234;tre ainsi, en second lieu, parce que, parmi les causes efficientes ou occasionnelles des maladies nerveuses, les facteurs de la vie sexuelle jouent un r&#244;le d'importance d&#233;mesur&#233;e, un r&#244;le dominant, peut-&#234;tre m&#234;me sp&#233;cifique. Que peut faire d'autre l'analyste que d'adapter son sujet &#224; celui que le malade lui apporte ? L'analyste n'attire jamais le patient sur le terrain sexuel, il ne lui dit pas d'avance : il va s'agir des intimit&#233;s de votre vie sexuelle ! Il le laisse commencer &#224; son gr&#233; et attend tranquillement que le patient lui-m&#234;me touche aux sujets sexuels. J'ai soin d'en avertir mes &#233;l&#232;ves : nos adversaires nous ont annonc&#233; que nous rencontrerions des cas o&#249; le facteur sexuel ne jouerait aucun r&#244;le ; gardons-nous donc de l'introduire nous-m&#234;mes dans l'analyse, ne nous g&#226;tons pas la chance de trouver un tel cas ! Mais jusqu'ici aucun de nous n'a eu ce bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le sais : notre reconnaissance de la sexualit&#233; est devenue le motif le plus fort - avou&#233; ou inavou&#233; - de l'hostilit&#233; du publie contre l'analyse. Cela doit-il nous troubler ? Non, mais nous faire voir combien n&#233;vrotique est toute notre civilisation, puisque les soi-disant normaux se comportent &#224; peu pr&#232;s comme les &#171; nerveux &#187;. Au temps o&#249;, dans les soci&#233;t&#233;s savantes d'Allemagne, on portait sur la psychanalyse des jugements solennels - aujourd'hui tout est sensiblement plus calme - un orateur pr&#233;tendait &#224; une autorit&#233; particuli&#232;re parce que, d'apr&#232;s lui, il laissait aussi les malades s'exprimer ! Sans doute dans un but diagnostique et afin d'&#233;prouver les assertions des analystes. Mais, ajoutait-il, d&#232;s qu'ils commencent &#224; parler de choses sexuelles, alors je leur ferme la bouche. Que pensez-vous d'une telle proc&#233;dure ? La soci&#233;t&#233; savante acclama l'orateur au lieu d'avoir honte pour lui comme il e&#251;t convenu. Seule, la triomphante certitude puis&#233;e dans la conscience de pr&#233;jug&#233;s communs peut expliquer le m&#233;pris de toute logique manifest&#233; par cet orateur. Quelques ann&#233;es plus tard quelques-uns de mes &#233;l&#232;ves d'alors c&#233;d&#232;rent au besoin de lib&#233;rer la soci&#233;t&#233; humaine de ce joug de la sexualit&#233; que la psychanalyse veut lui imposer. L'un d&#233;clara que le &#171; sexuel &#187; ne signifiait nullement la sexualit&#233;, mais quelque chose d'autre, d'abstrait, de mystique ; un second , que la vie sexuelle n'est que l'un des domaines o&#249; l'homme exerce son app&#233;tit instinctif de puissance et de domination. Ils ont &#233;t&#233; tr&#232;s applaudis - pour le moment du moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je me risque pourtant une fois &#224; prendre parti. Cela me semble tr&#232;s os&#233; de pr&#233;tendre que la sexualit&#233; ne soit pas un besoin naturel, primitif de l'&#234;tre, mais l'expression de quelque chose d'autre. Il suffit de s'en tenir &#224; l'exemple des animaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Peu importe. Point de mixture, si absurde f&#251;t-elle, que la soci&#233;t&#233; ne soit pr&#234;te &#224; avaler, si on la proclame antidote contre la toute-puissance de la sexualit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous l'avouerai d'ailleurs : l'aversion que vous m'avez laiss&#233; deviner en vous &#224; faire une aussi large place, dans la gen&#232;se des n&#233;vroses, au facteur sexuel, ne me semble pas tr&#232;s compatible avec votre devoir d'impartialit&#233;. Ne craignez-vous pas qu'une telle antipathie vous g&#234;ne pour porter un jugement impartial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je suis pein&#233; de vous entendre parler ainsi. Votre confiance en moi semble &#233;branl&#233;e. Pourquoi donc n'avez-vous pas choisi quelqu'un d'autre comme auditeur impartial ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Parce que l'autre n'e&#251;t pas pens&#233; autrement que vous. E&#251;t-il &#233;t&#233; d'avance pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre l'importance de la vie sexuelle, tout le monde se f&#251;t &#233;cri&#233; : Il n'est pas impartial, c'est un de vos adeptes ! Non, je n'abandonne pas l'espoir d'exercer sur vos opinions une influence. Mais je reconnais que ce cas ne se pr&#233;sente pas pour moi comme le pr&#233;c&#233;dent. Quand tout &#224; l'heure nous parlions psychologie, cela m'&#233;tait &#233;gal d'&#234;tre cru ou non, pourvu que vous ayez l'impression qu'il s'agisse l&#224; de purs probl&#232;mes psychologiques. Cette fois, pour la question sexuelle, je voudrais pourtant arriver &#224; vous faire comprendre ceci : votre plus puissant mobile de contradiction est l'hostilit&#233; avec laquelle vous abordez le d&#233;bat, et que vous partagez avec tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; L'exp&#233;rience, qui vous a donn&#233; votre in&#233;branlable certitude, me man&#172;que donc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je puis maintenant poursuivre. La vie sexuelle n'est pas qu'une grivoiserie, mais encore un s&#233;rieux probl&#232;me scientifique. Bien du nouveau restait &#224; d&#233;couvrir, bien de l'&#233;trange &#224; &#233;lucider. Je vous ai d&#233;j&#224; dit que l'analyse devait remonter jusqu'aux toutes premi&#232;res ann&#233;es de l'enfance du patient, parce que les refoulements d&#233;cisifs ont lieu &#224; cette &#233;poque, alors que le &#171; moi &#187; &#233;tait d&#233;bile. Mais l'enfant n'a certes pas de vie sexuelle, celle-ci ne commence qu'avec la pubert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, il nous restait &#224; le d&#233;couvrir : les aspirations sexuelles accompagnent la vie depuis le jour de la naissance, et c'est justement contre ces instincts que le &#171; moi &#187; infantile se met en d&#233;fense par le moyen du refoulement. Une curieuse co&#239;ncidence, n'est-ce pas ? Le petit enfant se d&#233;bat contre la force de la sexualit&#233; tout comme ensuite l'orateur dans la Soci&#233;t&#233; savante ou plus tard mes &#233;l&#232;ves se cr&#233;ant leurs propres th&#233;ories ? Comment cela se fait-il ? L'explication la plus g&#233;n&#233;rale serait que notre civilisation s'&#233;difie en somme aux d&#233;pens de la sexualit&#233;, mais il reste beaucoup &#224; dire l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de la sexualit&#233; infantile est de l'ordre de ces trouvailles dont il faut avoir honte. Quelques m&#233;decins d'enfants ne l'ont jamais ignor&#233;e, ainsi, semble-t-il, que quelques bonnes d'enfants. Des hommes distingu&#233;s, qui s'intitulent sp&#233;cialistes en psychologie infantile, ont alors parl&#233;, d'un ton r&#233;probateur, de &#171; profanation de l'enfance &#187;. Toujours des sentiments en place d'arguments ! Dans nos corps politiques de tels proc&#233;d&#233;s sont quotidiens. Un membre de l'opposition se l&#232;ve et d&#233;nonce une mauvaise gestion dans l'administration, l'arm&#233;e, la justice, ou ailleurs. L&#224;-dessus un autre d&#233;clare, de pr&#233;f&#233;rence un membre du gouvernement, que ces constatations attentent &#224; l'honneur de l'&#201;tat, de l'arm&#233;e, de la dynastie, voire de la patrie. Donc elles ne correspondent pas &#224; la v&#233;rit&#233; ! Car de tels sentiments ne supportent pas l'offense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie sexuelle de l'enfant diff&#232;re bien entendu de celle de l'adulte. La fonction sexuelle, de ses d&#233;buts jusqu'&#224; sa forme finale qui nous est bien connue, subit une &#233;volution compliqu&#233;e. Elle se constitue par l'agr&#233;gation de nombreux instincts partiels, chacun ayant ses buts sp&#233;ciaux, traverse plusieurs phases d'organisation, jusqu'&#224; ce qu'enfin elle se mette au service de la reproduction. Tous les instincts partiels ne sont pas &#233;galement utilisables en vue du but final, ils doivent &#234;tre d&#233;riv&#233;s, remodel&#233;s, en partie &#233;touff&#233;s. Une aussi ample &#233;volution n'est pas toujours accomplie irr&#233;prochablement, il peut se produire des arr&#234;ts de d&#233;veloppement, des &#171; fixations &#187; partielles &#224; des phases pr&#233;coces de l'&#233;volution ; alors, si plus tard l'exercice de la fonction sexuelle rencontre des obstacles, l'&#233;lan sexuel - la libido, comme nous l'appelons - retombe volontiers sur ses positions, ces fixations premi&#232;res. L'&#233;tude de la sexualit&#233; infantile et des transformations qu'elle subit jusqu'&#224; la maturit&#233; nous a aussi livr&#233; la clef de ce qu'on appelle les perversions sexuelles, que l'on d&#233;crivait bien avec tous les signes voulus d'horreur, mais sans rien pouvoir dire de leur gen&#232;se. Tout ceci est extraordinairement int&#233;ressant, mais il ne servirait pas &#224; grand-chose, vu le but que nous nous proposons, que je vous en dise davantage. Il faut, pour ici s'y reconna&#238;tre. bien entendu des connaissances anatomiques et physiologiques - qu'on ne peut malheureusement pas toutes acqu&#233;rir aux &#233;coles de m&#233;decine ! - mais il est tout aussi indispensable de se familiariser avec l'histoire de la civilisation et avec la mythologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne peux pas encore, apr&#232;s tout ce que vous m'avez dit, me repr&#233;senter la vie sexuelle de l'enfant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne vais donc pas encore quitter ce sujet, il m'est d'ailleurs difficile de m'en arracher. Faites-y bien attention, le plus curieux dans la vie sexuelle de l'enfant me para&#238;t &#234;tre ceci : il accomplit toute son &#233;volution, pourtant si ample, dans les cinq premi&#232;res ann&#233;es de sa vie ; de l&#224; jusqu'&#224; la pubert&#233; s'&#233;tend la p&#233;riode dite &#171; de latence &#187; pendant laquelle, si l'enfant est normal - la sexualit&#233; ne progresse plus, mais o&#249; tout au contraire les aspirations sexuelles perdent de leur force et o&#249; bien des choses, que l'enfant auparavant faisait ou savait, sont abandonn&#233;es et oubli&#233;es. Pendant cette p&#233;riode, apr&#232;s que la pr&#233;coce floraison de la vie sexuelle s'est fan&#233;e, se constituent ces r&#233;actions du &#171; moi &#187; qui - telles la pudeur, le d&#233;go&#251;t, la moralit&#233;, - sont destin&#233;es &#224; tenir t&#234;te aux ult&#233;rieurs orages de la pubert&#233; et &#224; endiguer l'aspiration sexuelle qui se r&#233;veille. Cette &#233;volution en deux temps de la vie sexuelle a sans doute un lien profond avec la gen&#232;se des maladies nerveuses. Une telle &#233;volution en deux temps ne semble se rencontrer que chez l'homme, peut-&#234;tre est-elle la condition de ce privil&#232;ge humain : la n&#233;vrose. La pr&#233;histoire de la vie sexuelle passa tout aussi inaper&#231;ue, avant la psychanalyse, que dans un autre domaine l' &#171; hinterland &#187; de la vie psychique consciente. Vous soup&#231;onnerez &#224; juste titre que ces deux choses sont en rapport intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers temps de la sexualit&#233;, chez l'enfant, comportent bien des concepts, des modes d'expression, des activit&#233;s, auxquelles on ne s'attendrait pas. Par exemple, vous serez s&#251;rement surpris d'apprendre que le petit gar&#231;on redoute, aussi souvent qu'il le fait, d'&#234;tre mang&#233; par son p&#232;re. (N'&#234;tes-vous pas non plus &#233;tonn&#233; de me voir ranger cette peur parmi les manifestations de la sexualit&#233; ?) Mais je n'ai qu'&#224; vous rappeler la mythologie que vous appreniez &#224; l'&#233;cole et n'avez peut-&#234;tre pas encore oubli&#233;e : le dieu Kronos ne d&#233;vorait-il pas ses enfants ? Ce mythe dut vous sembler bien &#233;trange, la premi&#232;re fois o&#249; vous l'entend&#238;tes conter ! Mais je crois qu'alors il ne donna &#224; aucun de nous beaucoup &#224; penser. Nous nous rappelons bien d'autres l&#233;gendes o&#249; un fauve, tel le loup, d&#233;vore quelqu'un, et nous y pouvons reconna&#238;tre une mani&#232;re d&#233;guis&#233;e de repr&#233;senter le p&#232;re. Je saisis cette occasion de vous le faire remarquer : mythologie et folklore ne peuvent &#234;tre compris que gr&#226;ce &#224; l'intelligence de la vie sexuelle infantile, et c'est l&#224; un gain accessoire des &#233;tudes analytiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne serez pas moins surpris d'entendre que le petit gar&#231;on tremble d'&#234;tre priv&#233;, par son p&#232;re, de son petit membre viril, et cela de telle sorte que cette peur de la castration exerce la plus forte influence sur la formation de son caract&#232;re et l'orientation de sa sexualit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Ici encore la mythologie vous encouragera &#224; croire &#224; la psychanalyse. Le m&#234;me Kronos, qui d&#233;vore ses enfants, a aussi ch&#226;tr&#233; son p&#232;re Ouranos, et est &#224; son tour ch&#226;tr&#233; par son fils Zeus, sauv&#233; lui-m&#234;me gr&#226;ce aux ruses de sa m&#232;re. Si vous &#234;tes enclin &#224; l'hypoth&#232;se que tout ce que la psychanalyse avance sur la pr&#233;coce sexualit&#233; des enfants n'est que cr&#233;ation de l'imagination d&#233;sordonn&#233;e des analystes, avouez du moins que cette imagination a engendr&#233; les m&#234;mes productions que l'imagination de l'humanit&#233; primitive, dont les mythes et les l&#233;gendes sont pour ainsi dire le pr&#233;cipit&#233;. L'autre hypoth&#232;se, plus propice &#224; notre th&#232;se et sans doute plus conforme aussi &#224; la r&#233;alit&#233;, serait celle-ci : on retrouverait dans l'&#226;me de l'enfant contemporain les m&#234;mes facteurs archa&#239;ques qui, aux temps primitifs de la civilisation, exer&#231;aient une ma&#238;trise g&#233;n&#233;rale. L'enfant, au cours de son d&#233;veloppement psychique, referait en abr&#233;g&#233; l'&#233;volution de l'esp&#232;ce, ainsi que l'embryologie nous l'a depuis long&#172;temps appris en ce qui regarde le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un caract&#232;re de la sexualit&#233; infantile primitive : les parties g&#233;nitales f&#233;minines proprement dites n'y jouent aucun r&#244;le, - l'enfant ne les a pas encore d&#233;couvertes. Tout l'accent porte sur le membre viril, tout l'int&#233;r&#234;t se concentre sur cette question : y est-il, ou n'y est-il pas ? Nous connaissons moins bien la vie sexuelle de la petite fille que celle du petit gar&#231;on. N'en ayons pas trop honte : la vie sexuelle de la femme adulte est encore un Continent noir (dark continent) pour la psychologie. Mais nous avons reconnu que l'absence d'un organe sexuel &#233;quivalent &#224; celui de l'homme est profond&#233;ment ressentie par la petite fille, qui s'en regarde comme inf&#233;rieure, et que cette &#171; envie du p&#233;nis &#187; donne naissance &#224; toute une s&#233;rie de r&#233;actions particuli&#232;res &#224; la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant a encore ceci de particulier : les deux besoins excr&#233;mentiels sont pour lui charg&#233;s d'int&#233;r&#234;t sexuel, L'&#233;ducation trace plus tard une ligne nette de d&#233;marcation : certains &#171; mots d'esprit &#187; l'effacent &#224; nouveau. Cela peut ne pas nous sembler app&#233;tissant, mais il faut du temps, on le sait, avant que l'enfant soit capable d'&#233;prouver du d&#233;go&#251;t. Ceux-l&#224; m&#234;me ne l'ont pas ni&#233;, qui prennent par ailleurs fait et cause pour la puret&#233; s&#233;raphique de l'&#226;me de l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucun fait ne m&#233;rite autant notre attention que celui-ci : l'enfant prend pour objet de ses d&#233;sirs sexuels, r&#233;guli&#232;rement, les personnes qui lui sont le plus proche apparent&#233;es, donc d'abord son p&#232;re et sa m&#232;re, puis ses fr&#232;res et s&#339;urs. Pour le gar&#231;on, la m&#232;re est le premier objet d'amour ; pour la fille le p&#232;re, autant qu'une disposition bisexuelle ne favorise pas en m&#234;me temps l'attitude oppos&#233;e. L'autre parent est consid&#233;r&#233; comme un rival g&#234;nant et devient souvent l'objet d'une franche hostilit&#233;. Comprenez-moi bien : je ne veux pas dire que l'enfant n'aspire, de la part du parent pr&#233;f&#233;r&#233;, qu'&#224; cette sorte de tendresse dans laquelle plus tard, devenus adultes, nous aimons &#224; voir l'essence des rapports entre parents et enfants. Non, l'analyse ne laisse subsister aucun doute : les d&#233;sirs de l'enfant, par-del&#224; cette tendresse, aspirent &#224; tout ce que nous entendons par satisfaction sensuelle, autant du moins que le pouvoir de repr&#233;sentation de l'enfant le permet. L'enfant - cela est facile &#224; comprendre - ne devine jamais la r&#233;alit&#233; de l'union des sexes, il lui substitue des repr&#233;sentations &#233;man&#233;es de sa propre exp&#233;rience et de ses propres sensations. D'ordinaire ses d&#233;sirs culminent dans ce dessein : mettre au monde un autre enfant, ou - d'une mani&#232;re ind&#233;terminable - l'engendrer. Le petit gar&#231;on, dans son ignorance, n'exclut pas de ses d&#233;sirs celui de mettre au monde lui-m&#234;me un enfant. Tout cet &#233;difice psychique, nous l'appelons, d'apr&#232;s la l&#233;gende grecque bien connue, le Complexe d'Oedipe. Le complexe doit &#234;tre normalement abandonn&#233; &#224; la fin de la premi&#232;re p&#233;riode sexuelle de l'enfance, il devrait alors &#234;tre de fond en comble d&#233;moli et transform&#233; ; les r&#233;sultats de cette m&#233;tamorphose sont marqu&#233;s pour de grandes destin&#233;es dans la vie psychique ult&#233;rieure. Mais le plus souvent les choses ne se passent pas assez compl&#232;tement et la pubert&#233; r&#233;veille le vieux complexe, ce qui peut avoir des suites graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tonne que vous gardiez le silence. Ce n'est sans doute pas une approbation. En soutenant que le premier objet d'amour de l'enfant soit choisi par lui sur le mode de l'inceste, pour employer le terme propre, l'analyse a de nouveau bless&#233; les sentiments les plus sacr&#233;s des hommes, et doit en cons&#233;quence s'attendre &#224; r&#233;colter en &#233;change incr&#233;dulit&#233;, contradiction et r&#233;quisitoires. Et telle fut en effet largement sa part. Rien ne lui a tant nui dans la faveur des contemporains que le complexe d'Oedipe et l'&#233;l&#233;vation de celui-ci &#224; la dignit&#233; d'une mani&#232;re d'&#234;tre g&#233;n&#233;ralement et fatalement humaine. Le mythe grec a d&#251; d'ailleurs avoir le m&#234;me sens, mais la majorit&#233; des hommes d'aujourd'hui, lettr&#233;s ou non, pr&#233;f&#232;re croire que la nature nous dota d'une horreur native de l'inceste comme protection contre celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire la premi&#232;re viendra &#224; notre secours. Quand Jules C&#233;sar p&#233;n&#233;tra en &#201;gypte, il y trouva la jeune reine Cl&#233;op&#226;tre, qui devait bient&#244;t jouer dans sa vie un tel r&#244;le, mari&#233;e &#224; son plus jeune fr&#232;re Ptol&#233;m&#233;e. Cela n'avait rien de surprenant dans la dynastie &#233;gyptienne ; les Ptol&#233;m&#233;es, originairement grecs, n'avaient fait que perp&#233;tuer la coutume que, depuis des mill&#233;naires, suivaient les anciens Pharaons, leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. Mais ce n'est l&#224; qu'inceste fraternel, de nos jours m&#234;me moins s&#233;v&#232;rement condamn&#233;. Tournons-nous vers la mythologie qui est notre t&#233;moin de la couronne d&#232;s qu'il s'agit des m&#339;urs des temps primitifs. Elle peut nous apprendre que les mythes de tous les peuples, et pas seulement des Grecs, sont plus que riches en amours entre p&#232;re et fille, m&#234;me entre fils et m&#232;re. La cosmologie comme la g&#233;n&#233;alogie des races royales est fond&#233;e sur l'inceste. Dans quel but, pensez-vous, ces fictions ? Pour stigmatiser les dieux et les rois, les assimiler &#224; des criminels, pour les livrer en ex&#233;cration aux hommes ? Bien plut&#244;t parce que les d&#233;sirs incestueux sont un h&#233;ritage humain primitif et n'ont jamais &#233;t&#233; tout &#224; fait surmont&#233;s : ainsi l'on accorde encore aux dieux et &#224; leurs descendants ce qui d&#233;j&#224; n'est plus permis au commun des mortels. C'est en parfait accord avec ces enseignements de l'histoire et de la mythologie que nous rencontrons le d&#233;sir de l'inceste, encore aujourd'hui pr&#233;sent et actif, dans l'enfance de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je pourrais vous en vouloir d'avoir cherch&#233; &#224; garder pour vous toutes ces choses concernant la sexualit&#233; infantile. Par ces rapports avec l'histoire primitive de l'humanit&#233;, elle semble justement tr&#232;s int&#233;ressante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je craignais d'&#234;tre entra&#238;n&#233; trop loin de notre sujet. Mais cela aura peut-&#234;tre pourtant ses avantages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Maintenant, dites-moi : quelle certitude poss&#232;dent vos conclusions analytiques sur la vie sexuelle des enfants ? Votre conviction ne repose-t-elle que sur la concordance avec la mythologie et l'histoire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En aucune fa&#231;on. Elle repose sur l'observation directe. Les choses se pass&#232;rent ainsi : nous avions d'abord d&#233;duit, de l'analyse des adultes, le conte-nu de la sexualit&#233; infantile, ceci vingt &#224; quarante ans apr&#232;s l'enfance &#233;coul&#233;e. Plus tard, nous avons entrepris des analyses directes d'enfants, et ce ne fut pas un mince triomphe que de voir alors se confirmer tout ce que nous avions d&#233;j&#224; devin&#233;, en d&#233;pit des stratifications et d&#233;formations du temps interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comment, vous avez analys&#233; des petits enfants, des enfants au-dessous de six ans ? D'abord, cela est-il possible ? Ensuite, n'est-ce pas, pour ces enfants, tr&#232;s mauvais ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cela r&#233;ussit tr&#232;s bien. Tout ce qui d&#233;j&#224; se passe chez un enfant de quatre &#224; cinq ans est presque incroyable ! Les enfants sont intellectuellement tr&#232;s &#233;veill&#233;s &#224; cet &#226;ge, la premi&#232;re p&#233;riode sexuelle est pour eux aussi un temps d'&#233;panouissement intellectuel. J'ai l'impression qu'&#224; l'av&#232;nement de la p&#233;riode de latence ils subissent aussi une inhibition intellectuelle, deviennent plus b&#234;tes. Beaucoup d'enfants, &#224; partir de ce moment, perdent aussi leur gr&#226;ce physique. Quant au dommage caus&#233; par une analyse pr&#233;coce, je puis vous dire que le premier enfant sur lequel - voici vingt ans environ - fut tent&#233;e cette exp&#233;rience, est aujourd'hui un jeune homme bien portant et actif, qui traversa sans encombre la crise de la pubert&#233;, en d&#233;pit de graves traumatismes psychiques. Il faut esp&#233;rer que les autres &#171; victimes &#187; de l'analyse pr&#233;coce ne s'en porteront pas plus mal. Ces analyses d'enfants sont int&#233;ressantes par plus d'un c&#244;t&#233;, elles acquerront dans l'avenir peut-&#234;tre encore plus d'importance. Leur valeur th&#233;orique est hors de discussion. Elles r&#233;pondent sans ambigu&#239;t&#233; &#224; des questions qui, dans les analyses d'adultes, demeurent en suspens, et pr&#233;servent ainsi l'analyste d'erreurs lourdes de cons&#233;quences. On saisit en effet l&#224; sur le vif les facteurs g&#233;n&#233;rateurs de la n&#233;vrose, on ne peut les m&#233;conna&#238;tre. L'influence analytique doit sans doute, dans l'int&#233;r&#234;t de l'enfant, s'allier &#224; des mesures &#233;ducatrices. Cette technique attend encore sa mise au point. Observation d'un grand int&#233;r&#234;t pratique : un tr&#232;s grand nombre de nos enfants traversent, au cours de leur d&#233;veloppement, une phase d&#233;cid&#233;ment n&#233;vrotique. Nous avons appris &#224; mieux voir et sommes maintenant tent&#233;s de consid&#233;rer la n&#233;vrose infantile non comme l'exception mais comme la r&#232;gle : il semblerait que, sur le chemin menant du plan primitif de l'enfant &#224; celui du civilis&#233; adapt&#233; &#224; la vie sociale, la n&#233;vrose soit pour ainsi dire in&#233;vitable. Dans la plupart des cas, cette crise n&#233;vrotique de l'enfance semble se dissiper spontan&#233;ment ; mais n'en reste-t-il pas toujours des vestiges m&#234;me chez ceux qui sont en moyenne bien portants ? Par contre, chez aucun n&#233;vropathe ult&#233;rieur ne fait d&#233;faut le lien avec la n&#233;vrose infantile, qui, en son temps, n'a pas eu besoin d'&#234;tre tr&#232;s apparente. D'une fa&#231;on, me semble-t-il, analogue, la pathologie pr&#233;tend aujourd'hui que tout le monde, dans l'enfance, a &#233;t&#233; touch&#233; par la tuberculose. Mais pour les n&#233;vroses le point de vue de la vaccination n'est pas en cause, rien que celui de la pr&#233;disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens maintenant &#224; votre question touchant la certitude de nos preuves. Nous nous sommes convaincus en g&#233;n&#233;ral, par l'observation analytique directe des enfants, que nous avions interpr&#233;t&#233; d'une fa&#231;on juste ce que les adultes nous rapportaient de leur enfance. Dans une s&#233;rie de cas, la confirmation nous a encore &#233;t&#233; possible par une autre voie. Nous avions reconstruit, gr&#226;ce au mat&#233;riel fourni par l'analyse, certaines circonstances ext&#233;rieures, certains &#233;v&#233;nements impressionnants de l'enfance, desquels le souvenir conscient du malade n'avait rien conserv&#233; : d'heureux hasards, des enqu&#234;tes aupr&#232;s de parents ou autres personnes ayant entour&#233; l'enfant nous ont alors apport&#233; la preuve irr&#233;futable que les &#233;v&#233;nements avaient bien &#233;t&#233; tels que nous les avions d&#233;duits. Nous n'e&#251;mes bien entendu pas tr&#232;s souvent cette chance, mais l&#224; o&#249; elle se rencontra, l'impression en fut toute-puissante. Il faut que vous le sachiez : la reconstruction juste d'&#233;v&#233;nements infantiles ainsi oubli&#233;s a toujours un grand effet th&#233;rapeutique, qu'elle admette ou non la confirmation ext&#233;rieure objective. L'importance de ces &#233;v&#233;nements est naturellement due &#224; ce qu'ils furent tellement pr&#233;coces et eurent lieu en un temps o&#249; ils pouvaient agir comme des traumatismes sur un &#171; moi &#187; d&#233;bile. - &#171; Et quelle peut bien &#234;tre la sorte d'&#233;v&#233;nements que l'analyse doive ainsi retrouver ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ils sont divers. En premier lieu, les impressions capables d'influencer durablement la vie sexuelle naissante de l'enfant : observations de rapports sexuels d'adultes, exp&#233;riences sexuelles personnelles avec un adulte ou un autre enfant - ce qui n'est pas si rare ! - ou bien encore conversations entendues par l'enfant et qu'il comprit alors, ou r&#233;trospectivement plus tard, croyant y trouver des informations sur des choses myst&#233;rieuses ou inqui&#233;tantes, enfin dires ou actions de l'enfant lui-m&#234;me, ayant manifest&#233; de sa part des sentiments significatifs, tendres ou hostiles, envers d'autres personnes. Il est particuli&#232;rement important, au cours de l'analyse, d'arriver &#224; ce que le malade se rappelle sa propre activit&#233; sexuelle infantile oubli&#233;e, ainsi que l'intervention des grandes personnes qui y mit fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; l'occasion de vous poser une question que j'ai depuis longtemps sur les l&#232;vres. En quoi consiste donc &#171; l'activit&#233; sexuelle &#187; de l'enfant pendant ce premier &#233;panouissement de sa sexualit&#233; qui, dites-vous, passa inaper&#231;u avant l'analyse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'ordinaire, l'essentiel de cette activit&#233; sexuelle n'avait pas - c'est curieux - pass&#233; inaper&#231;u ; c'est-&#224;-dire ce n'est pas curieux, car il &#233;tait impossible de ne pas voir ! Les &#233;mois sexuels de l'enfant trouvent leur expression principale dans la satisfaction solitaire, gr&#226;ce &#224; l'excitation de ses propres organes g&#233;nitaux, en r&#233;alit&#233; de la partie m&#226;le de ceux-ci (p&#233;nis et clitoris). L'extraordinaire diffusion de cette &#171; mauvaise habitude &#187; enfantine ne fut jamais ignor&#233;e des adultes, la &#171; mauvaise habitude &#187; elle-m&#234;me fut toujours consid&#233;r&#233;e comme un grave p&#233;ch&#233; et s&#233;v&#232;rement punie. Comment on parvient &#224; r&#233;concilier cette constatation des penchants immoraux des enfants - car les enfants font ceci, ainsi qu'ils l'avouent eux-m&#234;mes, parce que &#231;a leur fait plaisir - avec la th&#233;orie de leur puret&#233; native et de leur &#233;loignement de toute sensualit&#233;, ne me le demandez pas ! Faites-vous expliquer la chose par mes adversaires ! Un plus important probl&#232;me s'offre &#224; nous. Que devons-nous faire en pr&#233;sence de l'activit&#233; sexuelle de la premi&#232;re enfance ? Nous connais&#172;sons la responsabilit&#233; que nous encourons en l'&#233;touffant, et cependant n'osons pas la laisser s'&#233;panouir sans entraves. Les peuples de civilisation inf&#233;rieure et les couches sociales les plus basses des peuples civilis&#233;s semblent laisser toute libert&#233; &#224; la sexualit&#233; de leurs enfants. Ainsi se r&#233;alise sans doute une protection efficace contre la n&#233;vrose individuelle ult&#233;rieure, mais en m&#234;me temps quelle perte en aptitudes pour les oeuvres de la civilisation ! On a l'impression de se retrouver ici entre Charybde et Scylla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous laisse maintenant juge de cette question l'int&#233;r&#234;t &#233;veill&#233;, chez les n&#233;vropathes, par l'&#233;tude de la vie sexuelle, engendre-t-il une atmosph&#232;re favorable &#224; la lubricit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je crois comprendre vos intentions. Vous voulez me montrer quelles connaissances sont n&#233;cessaires pour exercer l'analyse, afin que je puisse juger si le m&#233;decin seul y doit pr&#233;tendre. Or, jusqu'ici je n'ai pas entendu grand-chose de m&#233;dical, mais beaucoup de psychologie et un peu de biologie ou de science sexuelle. Mais peut-&#234;tre ne sommes-nous pas encore au bout ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Certes non, il reste encore &#224; combler des lacunes. Puis-je vous adresser une pri&#232;re ? Voulez-vous me dire maintenant comment vous vous repr&#233;sentez une cure analytique ? D&#233;crivez-la comme si vous deviez vous-m&#234;me l'entre-prendre sur quelqu'un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Ce sera dr&#244;le ! Je n'ai certes pas l'intention de clore notre controverse au moyen d'une telle exp&#233;rience ! Mais je vais faire ce que vous d&#233;sirez : la responsabilit&#233; en retombe sur vous ! Je suppose donc que le malade arrive chez moi et se plaigne de ses maux. Je lui promets gu&#233;rison ou am&#233;lioration, s'il veut m'&#233;couter. Je l'invite alors &#224; me communiquer, en toute sinc&#233;rit&#233;, et ce qu'il sait et ce qui lui vient &#224; l'esprit, sans se laisser arr&#234;ter par rien dans ce dessein, pas m&#234;me quand une chose lui semblera d&#233;sagr&#233;able &#224; dire. N'ai-je pas bien saisi cette r&#232;gle ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui. Mais vous devriez ajouter : m&#234;me quand ce qui lui vient &#224; l'esprit lui para&#238;t sans importance ou absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Bien entendu. Alors, il commence &#224; parler, et j'&#233;coute. Et ensuite ? De ce qu'il dit j'inf&#232;re quelles impressions, quels &#233;v&#233;nements, quels &#233;mois, quels d&#233;sirs, il a refoul&#233;s, pour les avoir rencontr&#233;s en un temps o&#249; son &#171; moi &#187; &#233;tait faible encore et en eut peur, au lieu de les regarder en face. Quand je le lui ai appris, il se replace dans la situation d'alors et, gr&#226;ce &#224; mon aide, s'en tire beaucoup mieux. Les bornes dans lesquelles son &#171; moi &#187; avait &#233;t&#233; contraint de s'enfermer tombent, et il est gu&#233;ri. N'est-ce point ainsi ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bravo, bravo 1 Je vois que l'on va pouvoir &#224; nouveau me reprocher d'avoir form&#233; un analyste qui ne soit pas m&#233;decin ! Vous vous &#234;tes tr&#232;s bien assimil&#233; tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je n'ai fait que r&#233;p&#233;ter ce que je vous ai entendu dire, comme quand on r&#233;cite par c&#339;ur. Je ne puis pourtant pas me repr&#233;senter comment je m'y prendrais, et ne comprends pas du tout pourquoi un tel travail exige, pendant tant de mois, une heure par jour. Il n'est donc, en g&#233;n&#233;ral, pas arriv&#233; tant de choses &#224; un homme ordinaire, et quant &#224; ce qui fut refoul&#233; dans l'enfance, cela est sans doute chez tout le monde la m&#234;me chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; On apprend toute sorte de choses en exer&#231;ant r&#233;ellement l'analyse. Par exemple : vous ne trouveriez pas aussi simple que vous le croyez de d&#233;duire, d'apr&#232;s ce que le patient vous dit, quels &#233;v&#233;nements il a oubli&#233;s, quelles aspirations instinctives il refoula. Il vous dit des choses qui d'abord ont aussi peu de sens pour vous que pour lui. Il faut vous r&#233;soudre &#224; envisager d'une mani&#232;re toute particuli&#232;re les &#233;l&#233;ments que l'analys&#233; vous apporte en ob&#233;issance &#224; la r&#232;gle. C'est l&#224; une sorte de minerai dont le contenu en m&#233;tal pr&#233;cieux reste &#224; extraire par des proc&#233;d&#233;s sp&#233;ciaux. Vous devez alors &#234;tre pr&#234;t &#224; travailler bien des tonnes de minerai ne renfermant que bien peu du m&#233;tal pr&#233;cieux recherch&#233;. Voil&#224; la premi&#232;re raison de la dur&#233;e du traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comment travaille-t-on cette mati&#232;re brute, pour m'en tenir &#224; votre comparaison ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En faisant cette hypoth&#232;se : ce que le malade vous raconte, comme ce qui lui vient &#224; l'esprit, sont des d&#233;figurations de ce que vous cherchez, en quelque sorte des allusions derri&#232;re lesquelles il vous faut devinez ce qui se cache. Bref, il vous faut interpr&#233;ter ces &#233;l&#233;ments, qu'ils soient souvenirs, id&#233;es subites ou r&#234;ves. Gr&#226;ce &#224; vos connaissances techniques, vous vous cr&#233;ez, tout en &#233;coutant, certaines conceptions d'attente, qui vous dirigent dans ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Interpr&#233;ter ! le vilain mot ! Voil&#224; qui me d&#233;pla&#238;t. Vous m'enlevez par l&#224; toute certitude. Si tout d&#233;pend de mon interpr&#233;tation, qui me garantit que j'interpr&#232;te bien ? Tout est alors livr&#233; &#224; mon arbitraire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout doux ! Tout ne va pas aussi mal. Pourquoi voulez-vous que vos propres processus psychiques fassent exception aux lois que vous reconnaissez en ceux des autres ? Quand vous aurez acquis une certaine discipline sur vous-m&#234;me et serez en possession de connaissances appropri&#233;es, vos interpr&#233;tations resteront ind&#233;pendantes de vos particularit&#233;s personnelles et toucheront juste. Je ne dis pas que pour cette partie de la t&#226;che la personnalit&#233; de l'analyste soit indiff&#233;rente. Une certaine finesse d'oreille, pourrais-je dire, est n&#233;cessaire pour entendre le langage du refoul&#233; inconscient, et chacun ne la poss&#232;de pas au m&#234;me degr&#233;. Et avant tout s'impose ici &#224; l'analyste le devoir d'avoir &#233;t&#233; analys&#233; &#224; fond lui-m&#234;me, afin d'&#234;tre capable d'accueillir sans pr&#233;jug&#233;s les &#233;l&#233;ments analytiques que lui apportent les autres. Cependant il reste toujours l' &#171; &#233;quation personnelle &#187;, comme on dit dans les observations astronomiques, et ce facteur individuel jouera toujours dans la psychanalyse un plus grand r&#244;le qu'ailleurs. Un homme anormal peut devenir bon physicien ; mais ses propres anomalies l'emp&#234;cheront, s'il est analyste, de voir sans d&#233;formation les images de la vie psychique. Comme on ne peut convaincre personne qu'il soit anormal, le consentement universel en mati&#232;re de psychologie profonde sera particuli&#232;rement difficile &#224; obtenir. Plus d'un psychologue juge m&#234;me la situation comme &#233;tant sans espoir et pense que chaque sot &#224; le droit de donner pour sagesse sa sottise. J'avoue &#234;tre plus optimiste. Car notre exp&#233;rience nous a montr&#233; qu'en psychologie aussi on peut arriver &#224; un accord assez satisfaisant. Chaque domaine d'investigation pr&#233;sente ses difficult&#233;s sp&#233;ciales qu'il faut s'efforcer de vaincre. De plus, dans l'art d'interpr&#233;ter particulier &#224; l'analyse, bien des choses - tout comme en une autre science - peuvent s'apprendre : par exemple, tout ce qui touche l'&#233;trange repr&#233;sentation indirecte par des symboles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Maintenant je n'ai plus aucune envie - m&#234;me en imagination ! - d'entre-prendre sur quelqu'un un traitement analytique. Qui sait quelles surprises m'attendraient encore ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous faites bien d'abandonner un tel dessein. Vous commencez &#224; saisir combien il vous faudrait encore apprendre par la th&#233;orie et par la pratique. Et lorsque vous avez trouv&#233; l'interpr&#233;tation juste, vous voil&#224; en pr&#233;sence d'une autre t&#226;che. Vous devez attendre le moment propice pour faire part de votre interpr&#233;tation au malade, si vous voulez compter sur le succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A quoi reconna&#238;t-on le moment propice ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est affaire de tact, et ce tact peut s'affiner beaucoup par l'exp&#233;rience. Vous commettriez une lourde faute si, dans le d&#233;sir par exemple de raccourcir l'analyse, vous jetiez &#224; la t&#234;te du patient vos interpr&#233;tations aussit&#244;t que vous les avez trouv&#233;es. Vous obtenez ainsi de lui des manifestations de r&#233;sistance, de refus, d'indignation, mais vous n'obtenez pas que son &#171; moi &#187; prenne possession de ce qui est refoul&#233;. La r&#232;gle est d'attendre qu'il s'en soit approch&#233; tellement qu'il n'ait plus, guid&#233; par vous et votre interpr&#233;tation, que quelques pas &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je crois que je n'apprendrai jamais cela ! Et quand j'ai pris toutes ces pr&#233;cautions dans l'interpr&#233;tation, quoi alors ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Alors il vous reste &#224; faire une d&#233;couverte &#224; laquelle vous ne vous attendez pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Quelle d&#233;couverte ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que vous vous &#234;tes tromp&#233; en ce qui regarde votre malade. Que vous ne devez compter aucunement sur son concours ni sur sa docilit&#233;, qu'il est pr&#234;t &#224; mettre toute sorte de b&#226;tons dans les roues de votre travail commun, bref, qu'il ne veut pas du tout gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Non ! Voil&#224; la chose la plus folle que vous m'ayez encore cont&#233;e ! Je ne la crois d'ailleurs pas. Le malade, qui souffre tellement, qui se plaint de ses maux de fa&#231;on si path&#233;tique, qui fait de si grands sacrifices pour son traite-ment, le malade ne voudrait pas gu&#233;rir ! Ce n'est certes pas ce que vous voulez dire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Remettez-vous : c'est ce que j'entends. Ce que j'ai dit est la v&#233;rit&#233;, certes pas toute la v&#233;rit&#233;, mais un fragment tr&#232;s consid&#233;rable de celle-ci. Le malade veut assur&#233;ment gu&#233;rir, mais il veut aussi ne pas gu&#233;rir. Son &#171; moi &#187; a perdu l'unit&#233;, c'est pourquoi il ne peut &#233;difier un vouloir unique. Il ne serait pas un n&#233;vropathe, s'il &#233;tait autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si j'&#233;tais prudent, je ne serais pas Tell . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rejetons du refoul&#233; ont fait irruption dans le a moi &#187; et s'y affirment ; or, sur les aspirations ayant cette origine, le &#171; moi &#187; n'a pas plus de ma&#238;trise que sur le refoul&#233; lui-m&#234;me, et n'en comprend d'ordinaire pas non plus la nature. Car ces malades sont d'une sorte particuli&#232;re et nous cr&#233;ent des difficult&#233;s que nous n'avons pas l'habitude de faire entrer en ligne de compte. Toutes nos institutions sociales sont taill&#233;es sur la mesure d'individus ayant un &#171; moi &#187; normal unifi&#233;, &#171; moi &#187; que l'on qualifie de &#171; bon &#187; ou de &#171; mauvais &#187;, &#171; moi &#187; qui remplit sa fonction ou bien en est expuls&#233; par une influence toute-puissante. D'o&#249; l'alternative juridique : responsable ou irresponsable. Ces distinctions tranch&#233;es ne conviennent pas aux n&#233;vropathes. Il faut l'avouer : accorder les exigences sociales avec leur &#233;tat psychologique n'est pas chose ais&#233;e. On l'a vu sur une grande &#233;chelle pendant la derni&#232;re guerre. Les n&#233;vropathes qui se soustrayaient au service &#233;taient-ils des simulateurs ou non ? Ils l'&#233;taient et ne l'&#233;taient pas. Quand on les traitait en simulateurs, qu'on leur rendait l'&#233;tat de maladie tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able, ils gu&#233;rissaient ; mais renvoyait-on au front les soi-disant gu&#233;ris, ils effectuaient vite &#224; nouveau une &#171; fuite dans la maladie &#187;. On ne savait quoi en faire. Il en est de m&#234;me des nerveux de la vie civile. Ils g&#233;missent sur leur maladie, mais ils s'en servent jusqu'&#224; &#233;puisement des forces, et veut-on les en priver, ils la d&#233;fendent comme la lionne proverbiale ses petits. Et il n'y a pas lieu de leur faire un reproche d'une telle contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Mais alors le mieux ne serait-il point de ne pas du tout traiter ces gens difficiles, et de les abandonner &#224; eux-m&#234;mes ? Je ne puis croire que cela vaille la peine de se donner, pour chacun de ces malades, tout ce mal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne puis souscrire &#224; cette proposition. Il est certes plus juste d'accepter les complications de la vie que d'essayer de s'y d&#233;rober. Tous les n&#233;vropathes que nous traitons ne sont peut-&#234;tre pas dignes des efforts de l'analyse, mais il y a pourtant parmi eux des &#234;tres de grande valeur. Nous devons nous fixer ce but : r&#233;duire au minimum le nombre d'individus qui abordent, insuffisamment arm&#233;s contre elle, la vie civilis&#233;e, et c'est pourquoi nous devons recueillir un grand nombre d'observations, apprendre &#224; beaucoup comprendre. Chaque analyse peut &#234;tre instructive, nous apporter de nouveaux &#233;claircissements, en dehors m&#234;me de la valeur personnelle du malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Cependant, lorsque dans le &#171; moi &#187; du malade une volition s'est constitu&#233;e en vue de lui garder son mal, celle-ci doit se baser sur des fondements, des motifs, qui doivent par quelque c&#244;t&#233; pouvoir se justifier. On ne voit pourtant pas pourquoi quelqu'un voudrait &#234;tre malade, ce que cela lui rapporte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous n'avez pas &#224; chercher bien loin. Pensez aux n&#233;vroses de guerre, &#224; ces n&#233;vros&#233;s qui n'avaient plus &#224; servir aux arm&#233;es, parce qu'ils &#233;taient malades. Dans la vie civile, la maladie peut devenir un paravent derri&#232;re lequel abriter son inf&#233;riorit&#233; dans sa profession ou dans la concurrence avec ses rivaux ; elle peut, dans la famille, devenir un moyen de contraindre les autres au sacrifice et &#224; des marques d'amour, ou pour leur imposer son vouloir. Voil&#224; qui est encore tout pr&#232;s de la surface de l'inconscient, c'est ce que nous englobons sous ce terme : &#171; b&#233;n&#233;fice de la maladie &#187;. Il est cependant curieux que le malade, que son &#171; moi &#187; ignore pourtant tout de l'encha&#238;nement de tels mobiles avec ses propres actions, ces actions en d&#233;coulant de fa&#231;on si logique. On combat l'influence de ces aspirations en obligeant le &#171; moi &#187; &#224; en prendre connaissance. Mais il existe encore d'autres mobiles, plus profonds, pour tenir &#224; la maladie, mobiles dont il est plus difficile de venir &#224; bout. Cependant sans une nouvelle excursion au domaine de la th&#233;orie psychologique on ne peut comprendre la nature de ces autres mobiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Allez toujours ! Un peu plus ou un peu moins de th&#233;orie, qu'importe maintenant ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quand j'ai analys&#233; pour vous les relations existant entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187;, j'ai supprim&#233; une importante partie de notre doctrine de l'appareil psychique. Nous avons en effet &#233;t&#233; contraints d'admettre que dans le &#171; moi &#187; lui-m&#234;me une instance particuli&#232;re se soit diff&#233;renci&#233;e, que nous appelons le &#171; surmoi &#187;. Ce &#171; surmoi &#187; occupe une situation sp&#233;ciale entre le &#171; moi &#187; et le &#171; &#231;a &#187;. Il appartient au &#171; moi &#187;, a part &#224; sa haute organisation psychologique, mais est en rapport particuli&#232;rement intime avec le &#171; &#231;a &#187;. Il est en r&#233;alit&#233; le r&#233;sidu des premi&#232;res amours du &#171; &#231;a &#187;, l'h&#233;ritier de complexe d'Oedipe apr&#232;s l'abandon de celui-ci. Ce &#171; surmoi &#187; peut s'opposer au &#171; moi &#187;, le traiter comme un objet ext&#233;rieur et le traite en fait souvent fort durement. Il importe autant, pour le &#171; moi &#187;, de rester en accord avec le &#171; surmoi &#187; qu'avec le &#171; &#231;a &#187;. Des dissensions entre &#171; moi &#187; et &#171; sur moi &#187; sont d'une grande signification pour la vie psychique. Vous devinez d&#233;j&#224; que le &#171; surmoi &#187; est le d&#233;positaire du ph&#233;nom&#232;ne que nous nommons conscience morale. Il importe fort &#224; la sant&#233; psychique que le &#171; surmoi &#187; se soit d&#233;velopp&#233; normalement, c'est-&#224;-dire soit devenu suffisamment impersonnel. Ce n'est justement pas le cas chez le n&#233;vros&#233;, chez qui le complexe d'Oedipe n'a pas subi la m&#233;tamorphose voulue. Son &#171; surmoi &#187; est demeur&#233;, en face du &#171; moi &#187;, tel un p&#232;re s&#233;v&#232;re pour son enfant, et sa moralit&#233; s'exerce de cette fa&#231;on primitive : le &#171; moi &#187; doit se laisser punir par le &#171; surmoi &#187;. La maladie est utilis&#233;e comme moyen de r&#233;aliser cette &#171; autopunition &#187; ; le n&#233;vros&#233; doit se comporter comme s'il &#233;tait en proie &#224; un sentiment de culpabilit&#233; qui, pour &#234;tre apais&#233;, aurait besoin de la maladie comme ch&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui est vraiment myst&#233;rieux ! Le plus curieux de l'affaire est que cette force de la conscience morale du malade ne doive pas non plus lui devenir consciente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, nous commen&#231;ons seulement &#224; comprendre le sens de toutes ces importantes relations. C'est pourquoi mon expos&#233; dut passer par cette phase obscure. Je puis maintenant poursuivre. Nous appelons toutes les forces qui s'opposent au travail de gu&#233;rison les &#171; r&#233;sistances &#187; du malade. Le &#171; b&#233;n&#233;fice &#187; qu'il retire de sa maladie est la source d'une premi&#232;re r&#233;sistance, le &#171; sentiment inconscient de culpabilit&#233; &#187; repr&#233;sente la r&#233;sistance du &#171; sur&#172;moi &#187;, qui est le plus puissant facteur et, par nous, le plus redout&#233;. Nous rencontrons encore d'autres r&#233;sistances au cours du traitement. Quand le &#171; moi &#187;, dans la premi&#232;re enfance, a entrepris un refoulement par peur, cette peur subsiste et s'ext&#233;riorise en r&#233;sistance chaque fois o&#249; le &#171; moi &#187; doit s'approcher du refoul&#233;. Enfin songez que cela ne s'accomplit pas sans peine quand un processus instinctif, qui depuis des d&#233;cades suivait un certain chemin, doit tout &#224; coup en prendre un nouveau qu'on vient de lui ouvrir. On pourrait appeler ceci la r&#233;sistance du &#171; &#231;a &#187;. La lutte contre toutes ces r&#233;sistances est la t&#226;che principale de la cure analytique, celle des interpr&#233;tations p&#226;lit &#224; c&#244;t&#233;. Mais justement ce combat et le fait d'avoir surmont&#233; les r&#233;sistances modifient le &#171; moi &#187; du malade et le renforcent au point que nous pouvons, la cure termin&#233;e, envisager sans inqui&#233;tude sa conduite &#224; venir. Vous comprenez par ailleurs maintenant pourquoi le traitement est si long. La longueur du chemin &#224; parcourir et la richesse des &#233;l&#233;ments &#224; traiter n'en sont pas la cause d&#233;cisive. Le principal est que le chemin soit libre. Un parcours, en temps de paix, est accompli en deux heures de chemin de fer : une arm&#233;e, en temps de guerre, y peut &#234;tre retenue des semaines par la r&#233;sistance de l'ennemi. De telles luttes demandent du temps aussi au domaine psychique. Je dois malheureusement constater que tous les efforts tendant &#224; raccourcir sensiblement la cure analytique ont jusqu'ici &#233;chou&#233;. Le meilleur moyen de la raccourcir semble &#234;tre de l'accomplir correctement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Si j'avais eu la moindre envie d'entreprendre sur votre m&#233;tier et de tenter moi-m&#234;me d'analyser quelqu'un, votre expos&#233; des r&#233;sistances m'en e&#251;t gu&#233;ri. Mais qu'en est-il de l'influence personnelle de l'analyste, qui, vous l'avez accord&#233;, existe ? Ne vient-elle pas en compte contre les r&#233;sistances ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous faites bien d'en parler. Cette influence personnelle est notre plus puissante arme dynamique, elle est l'&#233;l&#233;ment nouveau que nous introduisons dans la situation, le vrai moteur de la cure. Le contenu intellectuel de nos &#233;claircissements n'en saurait tenir lieu, car le malade, qui partage tous les pr&#233;jug&#233;s ambiants, ne nous croirait pas davantage que ne le font nos critiques du monde scientifique. Le n&#233;vros&#233; s'attache &#224; son travail de par la foi qu'il a en l'analyste, et croit en celui-ci de par une attitude sentimentale particuli&#232;re qu'il acquiert envers lui. De m&#234;me l'enfant ne croit que les gens auxquels il est attach&#233;. Je vous ai d&#233;j&#224; dit dans quel sens nous utilisons cette tr&#232;s puissante influence &#171; suggestive &#187;. Nous ne l'employons pas comme moyen d'&#233;touffer les sympt&#244;mes - ce qui diff&#233;rencie l'analyse des autres m&#233;thodes psychoth&#233;rapiques - mais comme force motrice permettant au &#171; moi &#187; du malade de surmonter ses r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et quand cela r&#233;ussit, tout ne va-t-il pas alors au mieux ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, cela devrait &#234;tre. Mais surgit alors une complication inattendue. Ce fut peut-&#234;tre la plus grande des surprises pour l'analyste : le sentiment que le malade se met &#224; lui porter est d'une nature toute particuli&#232;re. Le premier m&#233;decin - ce n'&#233;tait pas moi - qui tenta une analyse se heurta d&#233;j&#224; &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne, et en fut d&#233;contenanc&#233;. Ce sentiment est, en effet, pour parler clair, de nature amoureuse. Voil&#224; qui est curieux, n'est-ce pas ? Surtout si vous pensez que l'analyste ne fait rien pour le provoquer, que tout au contraire il se tient personnellement &#233;loign&#233; du patient et s'entoure d'une certaine r&#233;serve. Et si de plus vous observez que cet &#233;trange sentiment ne tient aucun compte des conditions r&#233;elles qui d'ordinaire favorisent ou non l'amour : attrait personnel, &#226;ge, sexe, &#233;tat social. Cet amour se d&#233;roule enti&#232;rement sur le mode obsessionnel. Certes, ce caract&#232;re ne reste par ailleurs pas &#233;tranger aux autres amours, aux amours spontan&#233;es. Vous le savez, le contraire est fr&#233;quent, mais dans la situation analytique, cet amour &#224; forme obsessionnelle est de r&#232;gle, sans qu'on en puisse pourtant trouver une explication rationnelle. On pourrait le croire : les rapports du malade &#224; l'analyste ne devraient comporter qu'une certaine dose de respect, de confiance, de reconnaissance et de sympathie humaine Au lieu de cela, cet amour, qui lui-m&#234;me fait l'impression d'une manifestation maladive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais voil&#224; qui devrait &#234;tre favorable &#224; votre cure analytique ! Qui aime est docile et pr&#234;t &#224; tout par amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, il en est ainsi au d&#233;but, mais ensuite, quand cet amour s'est renforc&#233;, sa nature r&#233;elle appara&#238;t, et l'on voit alors par combien de c&#244;t&#233;s il est incompatible avec la t&#226;che de l'analyse. L'amour du patient ne se contente plus d'ob&#233;ir, il devient exigeant, demande des satisfactions et de tendresse et de sensualit&#233;, r&#233;clame l'exclusivit&#233;, se fait jaloux, montre de plus en plus son envers, l'hostilit&#233; et la vengeance couvant sous tout amour qui ne peut atteindre son objet. En m&#234;me temps, ainsi que tout amour, il prend la place de tout autre contenu que pourrait avoir l'&#226;me : il &#233;teint l'int&#233;r&#234;t port&#233; &#224; la cure et &#224; la gu&#233;rison, bref, nous n'en pouvons douter, cet amour s'est install&#233; au lieu de la n&#233;vrose et le r&#233;sultat de notre travail a &#233;t&#233; le remplacement d'une forme morbide par une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui semble d&#233;sesp&#233;r&#233; ! Que faire alors ? Abandonner l'analyse ? Mais comme, dites-vous, un tel r&#233;sultat est constant, on ne pourrait donc accomplir aucune analyse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Utilisons d'abord la situation en vue de notre enseignement. Ce qu'elle nous aura appris pourra nous aider &#224; la ma&#238;triser. N'est-il pas tr&#232;s remarquable qu'il nous soit loisible de transmuer n'importe quelle n&#233;vrose en un &#233;tat amoureux maladif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre conviction qu'&#224; la base des n&#233;vroses se retrouve toujours une part de vie amoureuse anormalement affect&#233;e doit, par cette observation, s'affermir, in&#233;branlable. Ainsi nous reprenons pied et nous osons prendre cet amour lui-m&#234;me comme objet de l'analyse. Nous pouvons remarquer encore autre chose. L'amour &#171; analytique &#187; ne se manifeste pas dans tous les cas aussi clair et net que j'ai tent&#233; de vous le d&#233;crire. Pourquoi ? On le comprend bient&#244;t. Dans la mesure m&#234;me o&#249; les tendances sensuelles et les tendances hostiles de son amour voudraient se manifester s'&#233;veille, chez le malade, une opposition contre celles-ci. Il lutte contre elles, il cherche, sous nos yeux, &#224; les refouler. Et maintenant nous comprenons ce qui se passe ! Le malade r&#233;p&#232;te, sous la forme de cet amour pour l'analyste, des &#233;v&#233;nements psychiques qu'il a d&#233;j&#224; une fois v&#233;cus - il a transf&#233;r&#233; sur l'analyste des attitudes psychiques qui &#233;taient d&#233;j&#224; pr&#234;tes en lui et sont en rapport intime avec sa n&#233;vrose. Et il r&#233;p&#232;te aussi sous nos yeux ses r&#233;actions de d&#233;fense d'alors ; il aimerait reproduire, dans ses rapports avec l'analyste, toutes les vicissitudes de cette p&#233;riode oubli&#233;e de sa vie. Ce qu'il nous montre est ainsi le noyau de son histoire intime, il la reproduit de fa&#231;on palpable, pr&#233;sente, au lieu de s'en souvenir. Cette &#233;nigme : l'amour de transfert, est ainsi r&#233;solue, et l'analyse peut se pour&#172;suivre justement gr&#226;ce &#224; l'aide de la nouvelle situation qui d'abord semblait la menacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui est subtil ! Et le malade vous croit-il ais&#233;ment quand vous lui affirmez qu'il est, non pas vraiment &#233;pris, mais seulement contraint de rejouer une vieille pi&#232;ce ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout en d&#233;pend, et la pleine habilet&#233; dans le maniement du transfert a pour but d'y arriver. Vous le voyez : les exigences de la technique analytique atteignent ici leur point culminant, Ici peuvent se commettre les fautes les plus lourdes comme s'obtenir les plus grands succ&#232;s. Une tentative d'&#233;touffer ou de n&#233;gliger le transfert, afin de s'&#233;pargner des difficult&#233;s, serait absurde ; quoi que l'on ait fait par ailleurs, ce proc&#233;d&#233; ne m&#233;riterait pas le nom d'analyse. Renvoyer le malade d&#232;s que les d&#233;sagr&#233;ments de sa n&#233;vrose de transfert se font jour n'aurait pas plus de sens. Ce serait, en outre, une l&#226;chet&#233; : on ressemblerait &#224; quelqu'un qui, ayant &#233;voqu&#233; les esprits, s'enfuirait d&#232;s qu'ils apparaissent. A la v&#233;rit&#233;, parfois on y est contraint : des cas se pr&#233;sentent o&#249; l'on ne peut se rendre ma&#238;tre du transfert, une fois celui-ci d&#233;cha&#238;n&#233;, et o&#249; l'on doit interrompre l'analyse, mais il faut du moins avoir lutt&#233; contre les mauvais esprits jusqu'au bout de ses forces. C&#233;der aux exigences que le transfert inspire au patient, satisfaire ses aspirations tendres ou sensuelles n'est pas seulement interdit par des consid&#233;rations morales justifi&#233;es, ruais serait aussi tout &#224; fait impropre comme moyen technique pour atteindre au but de l'analyse. Le n&#233;vros&#233; ne peut pas &#234;tre gu&#233;ri simplement parce qu'on lui permet la reproduction sans retouches d'un clich&#233; inconscient pr&#234;t en lui &#224; l'avance. Se laiss&#226;t-on entra&#238;ner &#224; des compromis, offr&#238;t-on au malade une satisfaction partielle en &#233;change de son ult&#233;rieure collaboration au travail analytique, il faudrait faire attention de ne pas se trouver dans la ridicule situation de l'eccl&#233;siastique qui devait convertir l'agent d'assurances malade. Le malade demeura m&#233;cr&#233;ant, mais le pr&#234;tre s'en retourna assur&#233;. La seule issue possible hors la situation du transfert est celle-ci : rapporter le tout au pass&#233; du malade, tel qu'il le v&#233;cut r&#233;ellement, ou tel qu'il l'&#233;difia dans son imagination, servante de ses propres d&#233;sirs. Et cette t&#226;che exige, de la part de l'analyste, beaucoup d'adresse, de patience, de calme et d'abn&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et o&#249; le n&#233;vros&#233; aurait-il d&#233;j&#224; v&#233;cu l'amour prototype de son amour de transfert ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dans l'enfance, en g&#233;n&#233;ral dans ses rapports &#224; l'un de ses parents. Vous vous rappelez quelle importance nous avons d&#251; attribuer &#224; ces toutes premi&#232;res relations affectives. Ainsi le cercle ici se ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Avez-vous enfin termin&#233; ? Je m'embrouille un peu dans tout ce que j'ai entendu. Mais dites-moi encore : o&#249; et comment apprend-on tout ce que l'on a besoin de savoir pour exercer l'analyse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il existe actuellement deux instituts o&#249; l'enseignement de la psychanalyse est profess&#233;. Le premier, celui de Berlin, a &#233;t&#233; organis&#233; par le docteur Max Eitingon, pour la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Berlin. Le second est entretenu par la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Vienne &#224; ses propres frais et gr&#226;ce &#224; des sacrifices consid&#233;rables. La participation des autorit&#233;s se borne pour l'instant aux nombreuses entraves apport&#233;es &#224; ces jeunes initiatives. Un troisi&#232;me institut didactique va s'ouvrir &#224; Londres, par les soins de la Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Londres, sous la direction du docteur E. Jones. Dans ces instituts, les candidats sont pris en analyse, re&#231;oivent un enseignement th&#233;orique dans des cours traitant de tous les sujets qui leur importent, et profitent de l'exp&#233;rience des analystes plus anciens quand, sous la surveillance de ceux-ci, ils entreprennent leurs premiers essais sur des cas faciles. Il faut environ deux ans pour former ainsi un analyste. Bien entendu n'est-on alors qu'un d&#233;butant, pas encore un ma&#238;tre. Ce qui fait encore d&#233;faut doit &#234;tre acquis par l'exercice de l'analyse et par la fr&#233;quentation des soci&#233;t&#233;s psychanalytiques o&#249; les jeunes membres rencontrent les plus &#226;g&#233;s qui &#233;changent avec eux leurs id&#233;es. La pr&#233;paration &#224; l'activit&#233; analytique n'est nullement simple et ais&#233;e, le travail est difficile, la responsabilit&#233; lourde. Mais qui subit une telle discipline, fut analys&#233;, comprit de la psychologie de l'inconscient ce qui se peut aujourd'hui enseigner, acquit des connaissances dans la science de la vie sexuelle, qui apprit la technique d&#233;licate de la psychanalyse, l'art de l'interpr&#233;tation, la lutte contre les r&#233;sistances et le maniement du transfert, n'est plus un profane au domaine de la psychanalyse. Il est devenu capable d'entreprendre le traitement des troubles n&#233;vrotiques, et pourra, avec le temps, y r&#233;aliser tout ce qu'on est en droit d'attendre de cette th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous avez fait un grand effort pour me montrer ce qu'est la psychanalyse et quelles connaissances sont n&#233;cessaires pour l'exercer avec des chances de succ&#232;s. Je n'ai pu rien perdre &#224; vous &#233;couter ! Mais je ne sais quelle influence sur mon jugement vous vous promettez de vos explications. Je vois l&#224; un cas qui n'a rien que d'ordinaire. Les n&#233;vroses sont une esp&#232;ce particuli&#232;re de maladie, l'analyse est une m&#233;thode particuli&#232;re pour les traiter, une sp&#233;cialit&#233; m&#233;dicale. Il est habituel qu'un m&#233;decin qui a choisi de se sp&#233;cialiser ne se contente pas des connaissances consacr&#233;es par son dipl&#244;me. Surtout s'il d&#233;sire s'&#233;tablir dans une grande ville qui seule peut nourrir un sp&#233;cialiste. Qui veut devenir chirurgien cherche &#224; s'employer quelques ann&#233;es dans une clinique chirurgicale ; de m&#234;me de l'oculiste, du laryngologiste, etc., surtout du psychiatre qui peut-&#234;tre m&#234;me ne ressortira jamais de l'asile ou du sanatorium. Il en sera de m&#234;me du psychanalyste ; qui choisit cette nouvelle sp&#233;cialit&#233; devra se r&#233;soudre, ses &#233;tudes m&#233;dicales achev&#233;es, &#224; passer encore &#224; l'institut didactique les deux ans dont vous parlez, s'il est vrai qu'un si long temps soit n&#233;cessaire ! Alors il s'apercevra bien qu'il a avantage &#224; rester en contact, dans une soci&#233;t&#233; psychanalytique, avec ses coll&#232;gues, et tout sera pour le mieux. Je ne comprends pas o&#249; peut se poser ici la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le m&#233;decin qui fait ce que vous avez promis en son nom nous sera &#224; tous le bienvenu. Les quatre cinqui&#232;mes de mes &#233;l&#232;ves sont d'ailleurs des m&#233;decins. Permettez-moi cependant de vous repr&#233;senter quels furent les vrais rapports des m&#233;decins en g&#233;n&#233;ral &#224; l'analyse et quelles pr&#233;visions ces rapports autorisent. Les m&#233;decins n'ont aucun droit historique au monopole de l'ana-lyse, davantage, ils ont jusqu'&#224; hier employ&#233; tous les moyens, des plus plates railleries aux plus lourdes calomnies, afin de lui nuire. Vous r&#233;pondrez que cela, c'est du pass&#233;, et n'a pas &#224; influer sur l'avenir. D'accord. Mais je crains que l'avenir ne soit autre que vous ne l'avez pr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de donner au mot &#171; charlatan &#187; le sens auquel il a droit au lieu de son sens l&#233;gal. Pour la loi est un &#171; charlatan &#187; quiconque soigne des malades sans pouvoir produire un dipl&#244;me m&#233;dical d'&#201;tat. Je pr&#233;f&#233;rerais une autre d&#233;finition : charlatan est celui qui entreprend un traitement sans poss&#233;der les connaissances et capacit&#233;s n&#233;cessaires. Me basant sur cette d&#233;finition, j'oserai pr&#233;tendre que - et ceci pas seulement en Europe - les m&#233;decins fournissent &#224; l'analyse un contingent consid&#233;rable de charlatans. Ils exercent souvent l'analyse sans l'avoir apprise et sans y rien comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'objecterez en vain qu'il y a l&#224; un manque de conscience impossible &#224; attribuer aux m&#233;decins. Un m&#233;decin sait qu'un dipl&#244;me m&#233;dical n'est pas une lettre de marque et que le malade n'est pas hors la loi. On doit donc penser que le m&#233;decin agit de bonne foi m&#234;me quand il est dans l'erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits demeurent - esp&#233;rons qu'ils n'aient pas d'autre explication que la v&#244;tre ! Je vais essayer de vous faire voir comment il se peut qu'un m&#233;decin, en mati&#232;re de psychanalyse, se comporte comme il &#233;viterait soigneusement de le faire en tout autre domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re ligne, il faut consid&#233;rer que le m&#233;decin, dans les facult&#233;s, re&#231;oit une instruction qui est &#224; peu pr&#232;s le contraire de ce qu'il faudrait comme pr&#233;paration &#224; la psychanalyse. Son attention y est dirig&#233;e vers des faits objectifs d&#233;montrables, d'ordre anatomique, physique, chimique, de la vraie compr&#233;hension et du juste maniement desquels le succ&#232;s de l'action m&#233;dicale d&#233;pend. Le probl&#232;me de la vie y est ramen&#233; &#224; ce point de vue, du moins autant qu'il est possible d'expliquer jusqu'&#224; ce jour ce probl&#232;me d'apr&#232;s le jeu des forces d&#233;montrables aussi dans la nature inorganique. Pour le c&#244;t&#233; psychique des ph&#233;nom&#232;nes vitaux, on n'&#233;veille pas l'int&#233;r&#234;t de l'&#233;tudiant, l'&#233;tude du fonctionnement sup&#233;rieur de l'&#226;me et de l'intelligence n'a rien &#224; voir avec la m&#233;decine, cette &#233;tude est du domaine d'une autre facult&#233;. La psychiatrie devrait seule s'occuper des troubles de la fonction psychique, mais on sait de quelle fa&#231;on et dans quel sens elle le fait. Elle recherche les conditions corporelles des troubles psychiques et les traite alors comme n'importe quelle autre condition &#233;tiologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychiatrie a raison et l'enseignement m&#233;dical est &#233;videmment excellent. Quand on reproche &#224; celui-ci d'&#234;tre unilat&#233;ral, il faut d'abord trouver le point de vue d'o&#249; ce caract&#232;re devienne un reproche. Toute science est en effet unilat&#233;rale et doit l'&#234;tre, puisqu'elle doit concentrer sa recherche sur des m&#233;thodes, des aspects, des faits particuliers. Ce serait un non-sens, que je ne voudrais pas faire mien, que de mettre en balance une science avec une autre. La physique n'enl&#232;ve rien de sa valeur &#224; la chimie, elle ne peut pas plus la remplacer que l'&#234;tre par elle. Et tout particuli&#232;rement unilat&#233;rale est certes la psychanalyse, science de l'inconscient psychique. Le droit &#224; l'unilat&#233;ralit&#233; ne doit donc pas &#234;tre contest&#233; aux sciences m&#233;dicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue que nous cherchons se trouve ailleurs, si, nous d&#233;tournant de la m&#233;decine scientifique, nous abordons l'art pratique de gu&#233;rir. Le malade est un &#234;tre compliqu&#233;, bien fait pour nous rappeler que les ph&#233;nom&#232;nes psychiques, si difficiles &#224; saisir, ne peuvent pas &#234;tre effac&#233;s &#224; notre gr&#233; du tableau vital. Le n&#233;vros&#233; est certes une complication peu souhaitable, un embarras autant pour la m&#233;decine que pour la justice ou pour l'arm&#233;e. Mais il existe et regarde particuli&#232;rement la m&#233;decine. Or, la m&#233;decine ne lui rend pas hommage, et ne fait pour lui rien, mais rien du tout. D'apr&#232;s l'intime rapport existant entre les choses que nous s&#233;parons en psychiques ou corporelles, on peut entrevoir le jour ou des chemins nouveaux s'ouvriront &#224; la connaissance et, souhaitons-le, aussi au traitement, chemins menant de la biologie des organes et de leur chimisme aux ph&#233;nom&#232;nes des n&#233;vroses. Ce jour semble encore &#233;loign&#233;, et ces &#233;tats maladifs actuellement inabordables par le c&#244;t&#233; m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci serait encore passable, si l'enseignement m&#233;dical ne faisait que fermer les m&#233;decins &#224; la compr&#233;hension des n&#233;vroses. Il fait plus : il leur en donne une id&#233;e fausse et nuisible. Les m&#233;decins, dont l'int&#233;r&#234;t pour les facteurs psychiques de la vie n'a pas &#233;t&#233; &#233;veill&#233;, ne sont que trop enclins &#224; les traiter avec d&#233;dain, et &#224; en plaisanter comme de choses peu scientifiques. C'est pourquoi ils ne peuvent rien prendre vraiment au s&#233;rieux de ce qui touche &#224; ces facteurs psychiques, et pourquoi ils ne ressentent pas les obligations qui pour eux en d&#233;rivent. Ainsi ils apprennent, profanes qu'ils sont, &#224; &#234;tre sans respect pour l'investigation psychologique, et prennent leurs devoirs &#224; la l&#233;g&#232;re. Ils doivent certes soigner les n&#233;vropathes, ce sont donc des malades qui s'adressent au m&#233;decin, et sur qui il convient sans cesse d'essayer de nouveaux traitements. Mais &#224; quoi bon se donner pour cela la peine d'une longue pr&#233;paration ? Cela ira tout seul ; qui sait d'ailleurs ce que vaut ce qu'on apprend dans les instituts analytiques ? Et moins ils comprennent, plus ils sont entreprenants. Seul le vrai savant est modeste, car il sait combien insuffisant est son savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison de la sp&#233;cialit&#233; analytique avec les autres sp&#233;cialit&#233;s m&#233;dicales, par laquelle vous vouliez me r&#233;duire au silence, n'est donc pas applicable. En chirurgie, oculistique, etc., l'&#201;cole elle-m&#234;me offre la possibilit&#233; d'une formation ult&#233;rieure. Les instituts psychanalytiques sont en petit nombre, je unes et sans autorit&#233;. Les &#233;coles de m&#233;decine ne les ont pas reconnus et ne s'en soucient pas. Le jeune m&#233;decin a d&#251;, en presque toutes choses, croire ses ma&#238;tres, il lui est par suite rest&#233; peu de loisir pour &#233;duquer son propre Jugement : il saisira donc volontiers une occasion, en un domaine o&#249; aucune autorit&#233; ne pr&#233;vaut encore, pour se comporter enfin en critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;decin est encore encourag&#233; par ailleurs &#224; se faire &#171; charlatan &#187; ana-lytique. Voudrait-il, sans pr&#233;paration suffisante, entreprendre des op&#233;rations sur l'&#339;il, l'insucc&#232;s de ses extractions de cataracte ou de ses iridectomies, et la fuite des malades de son cabinet mettraient vite fin &#224; sa t&#233;m&#233;rit&#233;. L'exercice de l'analyse est pour lui relativement inoffensif. Le publie est g&#226;t&#233; par le succ&#232;s habituel des interventions sur l'&#339;il et s'attend &#224; &#234;tre gu&#233;ri par l'op&#233;rateur. Mais quand le sp&#233;cialiste des maladies nerveuses ne gu&#233;rit pas son malade, personne n'en est surpris. On n'a pas &#233;t&#233; g&#226;t&#233; par le succ&#232;s en fait de traitements des &#171; nerveux &#187;, on s'en tire en disant que le m&#233;decin s'est du moins donn&#233; pour eux &#171; beaucoup de mal &#187;. Il n'y a donc pas grand-chose &#224; faire, la nature sera le meilleur rem&#232;de, ou bien le temps. Ainsi, chez la femme, d'abord la menstruation, puis le mariage, plus tard la m&#233;nopause. Enfin, le vrai rem&#232;de, en fin de compte, c'est la mort. De plus, ce que le m&#233;decin analyste fait avec son &#171; nerveux &#187; est si peu frappant qu'on n'y peut trouver mati&#232;re &#224; reproche. Il n'a employ&#233; ni instruments, ni m&#233;dicaments, n'a fait que parler avec son malade, qu'essayer de le persuader, ou de le dissuader d'une chose ou de l'autre. Cela ne peut donc nuire, surtout si on eut soin d'&#233;viter de toucher &#224; des sujets p&#233;nibles ou &#233;mouvants. Le m&#233;decin analyste qui s'est tenu &#224; l'&#233;cart de l'enseignement rigoureux de notre &#233;cole ne manquera pas d'essayer d'am&#233;liorer l'analyse, de lui arracher ses crocs venimeux, de la rendre acceptable aux malades. Et cela est heureux qu'il en reste l&#224;, car e&#251;t-il os&#233; &#233;veiller des r&#233;sistances sans savoir ensuite comment leur faire face, alors il e&#251;t pu vraiment se faire mal voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probit&#233; en exige l'aveu : pour le malade un analyste profane est moins dangereux qu'un op&#233;rateur malhabile. Le dommage possible se borne &#224; ceci : le malade a fourni un effort inutile et a perdu ou empir&#233; ses chances de gu&#233;rison. Encore : la renomm&#233;e de la th&#233;rapeutique analytique en est atteinte. Tout cela est peu d&#233;sirable, mais n'est pas &#224; mettre en balance avec le danger &#233;manant du bistouri d'un a charlatan &#187; en chirurgie. De grandes et durables aggravations de la maladie nerveuse de par une application malhabile de l'analyse ne sont d'apr&#232;s moi pas &#224; craindre. Les r&#233;actions d&#233;sagr&#233;ables s'&#233;teignent bient&#244;t. Aupr&#232;s des traumatismes de la vie, qui ont &#233;voqu&#233; le mal, le l&#233;ger dommage caus&#233; par le m&#233;decin ne p&#232;se presque d'aucun poids. L'essai th&#233;rapeutique manqu&#233; n'a simplement pas fait de bien au malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; J'ai &#233;cout&#233;, sans vous interrompre, votre expose du charlatanisme m&#233;dical en mati&#232;re d'analyse. Mais je n'ai pu m'emp&#234;cher d'avoir l'impression que vous &#234;tes domin&#233; par une hostilit&#233; contre le corps m&#233;dical, dont vous m'aviez indiqu&#233; vous-m&#234;me auparavant l'origine, comment dirai-je, biographique. Cependant je vous accorde une chose : s'il y a lieu de faire des analyses, il faut du moins qu'elles le soient par des gens qui s'y soient pr&#233;par&#233;s &#224; fond. Et vous ne croyez pas que les m&#233;decins qui vont &#224; l'analyse feront tout, avec le temps, pour s'assurer la formation voulue ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je crains que non. Tant que les rapports de l'&#201;cole officielle et de l'Institut analytique resteront les m&#234;mes, les m&#233;decins trouveront trop grande la tentation de se faciliter les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous semblez &#233;viter de vous exprimer ouvertement sur la question m&#234;me de l'analyse par les non-m&#233;decins. Cela est logique. A moi de le deviner : parce que les m&#233;decins qui veulent analyser sont soustraits &#224; tout contr&#244;le, vous proposez, en partie par vengeance, pour les punir, de leur enlever le monopole de l'analyse et de laisser acc&#233;der &#224; cette activit&#233; m&#233;dicale aussi les non-m&#233;decins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne sais pas si vous avez bien compris mes raisons. Peut-&#234;tre pourrai-je vous montrer plus tard que je ne suis pas aussi partial. Mais je ne saurais trop appuyer l&#224;-dessus : personne ne devrait exercer l'analyse qui n'y soit justifi&#233; de par une formation appropri&#233;e. Et qu'il s'agisse alors d'un m&#233;decin ou non, cela me semble secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Quelles propositions avez-vous &#224; ce sujet &#224; faire ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne suis pas arriv&#233; l&#224; encore, et ne sais si j'y arriverai ! Je voudrais discuter avec vous une autre question, mais auparavant encore toucher &#224; un point plus sp&#233;cial. On dit que nos autorit&#233;s comp&#233;tentes, &#224; l'instigation de notre corps m&#233;dical, voudraient interdire radicalement l'exercice de l'analyse aux non-m&#233;decins. Les membres non m&#233;decins de notre Soci&#233;t&#233; psychanalytique de Vienne, qui ont eu une excellente formation, tr&#232;s perfectionn&#233;e par un long exercice, seraient aussi frapp&#233;s par cette d&#233;fense. Cette interdiction viendrait-elle r&#233;ellement &#224; &#234;tre d&#233;cr&#233;t&#233;e, le cas suivant se pr&#233;sentera : certaines personnes seront emp&#234;ch&#233;es d'exercer une profession &#224; laquelle on peut &#234;tre assur&#233; qu'elles sont parfaitement aptes, tandis que d'autres, pour qui il ne peut &#234;tre question de la m&#234;me garantie, y auront libre acc&#232;s. Ce n'est pas l&#224; pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;sultat auquel une loi devrait atteindre. Cependant ce probl&#232;me particulier n'est ni tr&#232;s important ni tr&#232;s difficile &#224; r&#233;soudre. Il s'agit ici d'une poign&#233;e de gens &#224; qui on ne peut beaucoup nuire. Ils &#233;migreront sans doute en Allemagne, o&#249;, aucun d&#233;cret ne les g&#234;nant, leur capacit&#233; sera bient&#244;t reconnue. Veut-on leur &#233;pargner cela et adoucir pour eux la rigueur de la loi, on le peut ais&#233;ment en s'appuyant sur des pr&#233;c&#233;dents connus. En Autriche, du temps de la monarchie, en accorda plus d'une fois &#224; de notoires &#171; gu&#233;risseurs &#187; l'autorisation expresse, ad personam, d'exercer la m&#233;decine, de par la conviction qu'on avait de leur capacit&#233;. C'&#233;taient surtout des rebouteux de village, et la caution en &#233;tait chaque fois une des si nombreuses archiduchesses d'alors. Mais il en devrait pouvoir &#234;tre de m&#234;me dans les villes et pour d'autres motifs, avec une garantie d'ordre exclusivement technique. Plus grave serait l'effet d'une telle interdiction sur l'Institut analytique de Vienne, qui ne pourrait plus accueillir ni former de candidats pris hors des cercles m&#233;dicaux. Ainsi, en Autriche, on aurait &#224; nouveau &#233;touff&#233; une activit&#233; intellectuelle qui demeure autre part libre de s'&#233;panouir. Je suis le dernier &#224; me pr&#233;tendre comp&#233;tent en mati&#232;re de lois et de d&#233;crets. Mais je m'y entends assez pour voir qu'une application plus stricte de la loi autrichienne sur l'exercice ill&#233;gal de la m&#233;decine ne va pas dans le sens de notre tendance g&#233;n&#233;rale actuelle qui est de conformer les lois autrichiennes aux lois allemandes. Et je vois de plus que l'application &#224; la psychanalyse de la loi sur l'exercice ill&#233;gal de la m&#233;decine est une sorte d'anachronisme, car &#224; l'&#233;poque de sa promulgation il n'y avait pas encore d'analyse et la nature sp&#233;ciale des maladies nerveuses n'&#233;tait pas encore reconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en viens &#224; la question qu'il me semble plus important de discuter. L'exercice de la psychanalyse doit-il &#234;tre soumis &#224; l'intervention officielle, ou bien est-il pr&#233;f&#233;rable de l'abandonner &#224; son &#233;volution naturelle ? Je ne la r&#233;soudrai certes pas ici, mais je prends la libert&#233; de proposer ce probl&#232;me &#224; vos m&#233;ditations. En Autriche r&#233;gna de tout temps une vraie &#171; furor prohi&#172;bendi &#187;, une tendance &#224; maintenir en tutelle, &#224; intervenir, &#224; d&#233;fendre, qui, nous le savons tous, n'a pas port&#233; de tr&#232;s bons fruits. Il semblerait que dans l'Autriche nouvelle, l'Autriche r&#233;publicaine, presque rien de cela n'ait chang&#233;. Supposons qu'en la question qui nous occupe, la d&#233;cision &#224; prendre au sujet de la psychanalyse, vous ayez un conseil important &#224; offrir : je ne sais si vous aurez l'envie ou la possibilit&#233; de vous opposer aux tendances bureaucratiques. Je vais en tout cas vous exposer mon humble opinion. Je pense qu'un surcro&#238;t de d&#233;crets et d'interdictions nuit &#224; l'autorit&#233; de la loi. On le peut observer : o&#249; n'existent que peu d'interdictions, elles sont ob&#233;ies ; o&#249; l'on se heurte &#224; chaque pas &#224; des d&#233;fenses, la tentation de les enfreindre est vite ressentie. On n'a en outre pas besoin d'&#234;tre un anarchiste pour voir que les lois et les d&#233;crets, au regard de leur origine, ne jouissent d'un caract&#232;re ni sacr&#233; ni invuln&#233;rable. Souvent ils sont pauvres par le fond, insuffisants, blessants pour notre sens de la justice, ou le deviennent avec le temps, et alors, &#233;tant donn&#233; l'inertie g&#233;n&#233;rale des dirigeants, il ne reste d'autre moyen pour corriger ces lois p&#233;rim&#233;es que de les enfreindre de bon c&#339;ur ! De plus, il est sage, quand on veut maintenir le respect des lois et des d&#233;crets, de n'en pas &#233;dicter dont on ne puisse ais&#233;ment surveiller s'ils sont observ&#233;s ou enfreints. Plus d'un point que nous avons trait&#233; &#224; propos de l'analyse par les m&#233;decins pourrait &#234;tre repris ici au sujet de l'analyse par les non-m&#233;decins, que la loi voudrait &#233;touffer, L'analyse a une allure des plus modestes, elle n'emploie ni m&#233;dicaments ni instruments, elle consiste en conversations et &#233;changes d'id&#233;es : il sera malais&#233; de convaincre d'exercice ill&#233;gal de l'analyse une personne qui peut r&#233;pliquer qu'elle donne simplement des explications, des consolations, et cherche humainement &#224; exercer une influence bienfaisante sur des malheureux dont l'&#233;tat d'&#226;me le r&#233;clame. On ne peut pourtant pas interdire cela pour la seule raison qu'il arrive parfois au m&#233;decin d'en faire autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays de langue anglaise, les pratiques de la &#171; Christian Science &#187; ont pris une grande extension : c'est une sorte de n&#233;gation dialectique du &#171; mal &#187; par le moyen des doctrines du christianisme. Ce n'est pas ici le lieu de pr&#233;tendre qu'il y a l&#224; un regrettable errement de l'esprit humain, mais qui songerait, en Am&#233;rique ou en Angleterre, &#224; interdire ces pratiques et &#224; les frapper de sanctions ? L'autorit&#233; sup&#233;rieure est-elle donc chez nous si certaine de conna&#238;tre le vrai chemin de la f&#233;licit&#233; pour oser, comme elle veut le faire, emp&#234;cher chacun de prendre son bonheur o&#249; il le trouve ? Et en admettant que bien des hommes, laiss&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, se missent en p&#233;ril et vinssent &#224; mal, l'autorit&#233; ne ferait-elle pas mieux de soigneusement d&#233;limiter les domaines qui devraient vraiment rester inaccessibles, et, pour le reste, d'abandonner les humains, autant que possible, aux le&#231;ons de leur propre exp&#233;rience et de l'influence r&#233;ciproque qu'ils peuvent exercer les uns sur les autres ? La psychanalyse est quelque chose de si nouveau dans le monde, les masses la connaissent si peu, l'attitude de la science officielle est envers elle si h&#233;sitante, qu'il me semble pr&#233;matur&#233; de troubler son &#233;volution par des r&#232;glements l&#233;gaux. Laissons les malades eux-m&#234;mes faire la d&#233;couverte qu'il leur est dommageable de rechercher une assistance psychique aupr&#232;s de personnes qui n'ont pas appris comment l'offrir. &#201;clairons les malades, pr&#233;venons-les du danger : nous nous &#233;pargnerons ainsi de leur imposer des d&#233;fenses. Sur les grand-routes d'Italie les poteaux t&#233;l&#233;graphiques portent la courte et &#233;loquente inscription : &#171; Chi tocca muore. &#187; (Qui touche meurt.) Cela suffit amplement pour r&#233;glementer la conduite des passants envers les fils qui pourraient venir &#224; pendre. Les inscriptions allemandes correspondantes sont d'une prolixit&#233; superflue et presque blessante : &#171; Das Ber&#252;hren der Leitdr&#228;hte ist, weil lebensgef&#228;hrlich, strengstens verboten. &#187; (Il est formellement interdit de toucher aux fils parce que cela implique danger de mort.) Pourquoi imposer cette d&#233;fense ? Qui tient &#224; sa vie se la fait lui-m&#234;me, et qui a envie de se suicider ainsi n'en demande pas l'autorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Il est pourtant des cas que l'on pourrait invoquer dans ce d&#233;bat contre l'analyse par les non-m&#233;decins. Je veux parler de l'interdiction d'hypnotiser si l'on n'est pas m&#233;decin et, r&#233;cemment, de la d&#233;fense de tenir des s&#233;ances d'occultisme et de fonder des soci&#233;t&#233;s spirites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne puis vraiment pas admirer ces mesures, dont la derni&#232;re est une indiscutable atteinte de notre police &#224; la libert&#233; de pens&#233;e. On ne peut me soup&#231;onner d'avoir une grande foi aux ph&#233;nom&#232;nes spirites ou bien de ressentir un besoin immense de les voir reconnus. Mais de telles d&#233;fenses ne sauraient &#233;touffer l'attrait des hommes pour le myst&#232;re. Peut-&#234;tre a-t-on, au contraire, eu grand tort et barr&#233; la route &#224; la science impartiale, l'emp&#234;chant ainsi d'arriver, sur ces oppressantes possibilit&#233;s, &#224; un jugement lib&#233;rateur. Mais cela encore ne regarde que l'Autriche. En d'autres pays, l'investigation &#171; parapsychique &#187; ne se heurte &#224; aucun obstacle l&#233;gal. Le cas de l'hypnotisme se pr&#233;sente un peu autrement que celui de l'analyse. L'hypnose am&#232;ne un &#233;tat psychique anormal qui n'est plus employ&#233;, de nos jours, par les non-m&#233;decins que comme moyen d'exhibition. La th&#233;rapeutique par l'hypnose aurait-elle tenu ce qu'elle promettait au d&#233;but, les m&#234;mes questions se poseraient sans doute pour elle aujourd'hui que pour l'analyse. De moins, l'histoire de l'hypnotisme est-elle, en une autre direction, un pr&#233;c&#233;dent permettant de pr&#233;voir le sort de l'analyse. Quand j'&#233;tais jeune dozent en neuropathologie, les m&#233;decins fulminaient avec la derni&#232;re violence contre l'hypnotisme, le stigmatisaient &#171; charlatanerie &#187;, oeuvre du d&#233;mon et intervention des plus dangereuses. Aujourd'hui ils ont monopolis&#233; le m&#234;me hypnotisme, l'emploient sans crainte comme m&#233;thode d'exploration et bien des sp&#233;cialistes des nerfs voient encore en lui l'arme principale de leur arsenal th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous l'ai d&#233;j&#224; dit : je ne songe pas &#224; faire de propositions impliquant position d&#233;j&#224; prise dans la question : vaut-il mieux r&#233;glementer ou laisser faire en mati&#232;re d'analyse ? Je le sais, c'est l&#224; une question de principe, et les personnes appel&#233;es &#224; y r&#233;pondre le feront sans doute bien plus sous l'influence de leurs sentiments que d'apr&#232;s les arguments. J'ai d&#233;j&#224; expos&#233; ce qui me semble parler en faveur d'une politique du &#171; laissez. faire &#187;. Mais devrait-on se r&#233;soudre, au contraire, &#224; une politique d'intervention active, alors cette mesure boiteuse et injuste, l'interdiction radicale de l'analyse aux non-m&#233;decins, me semble tr&#232;s insuffisante. Il faut alors faire davantage, r&#233;glementer les conditions sous lesquelles l'exercice de l'analyse sera permis, et ceci, pour tous ceux sans exception qui veulent s'y consacrer ; il faut cr&#233;er un organe, une autorit&#233; qui puisse dire ce qu'est l'analyse, quelle pr&#233;paration elle exige, et offrir la possibilit&#233; de s'y instruire. Ainsi il faut ou ne se m&#234;ler en rien de la chose ou y apporter de l'ordre et de la clart&#233;, mais surtout ne pas intervenir &#224; l'aveuglette dans une situation embrouill&#233;e, en brandissant une interdiction isol&#233;e. Car celle-ci d&#233;rive, de fa&#231;on machinale, d'une prescription devenue inad&#233;quate dans ce cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui. Mais les m&#233;decins, les m&#233;decins ! Je ne puis vous amener &#224; entrer dans notre sujet. Vous me glissez sans cesse entre les doigts. Il s'agit de savoir si l'on doit accorder aux m&#233;decins seuls le droit d'exercer l'analyse, &#224; mon avis apr&#232;s qu'ils auraient rempli certaines conditions. Les m&#233;decins ne sont pas dans leur ensemble les charlatans de l'analyse que vous avez d&#233;peints. Vous le dites vous-m&#234;me : la tr&#232;s grande majorit&#233; de vos &#233;l&#232;ves et de vos disciples est constitu&#233;e par des m&#233;decins. Et on m'a laiss&#233; entendre que ceux-ci ne partagent en aucune fa&#231;on votre mani&#232;re de voir concernant la question de l'analyse par les non-m&#233;decins. Je dois bien entendu admettre que vos &#233;l&#232;ves se rallient &#224; vos exigences relatives &#224; la formation technique des analystes, etc., et cependant ces m&#234;mes &#233;l&#232;ves trouvent avec cela compatible de fermer l'acc&#232;s de l'analyse aux non-m&#233;decins. Ceci est-il exact ? Et alors, comment l'expliquez-vous ? &#187; - Je le vois, vous &#234;tes bien inform&#233;. Ceci est exact. Ce-pendant pas tous, mais un bon nombre de mes collaborateurs m&#233;dicaux ne me suit pas ici, et prend parti pour le droit exclusif des m&#233;decins &#224; l'analyse des n&#233;vropathes. Vous voyez par l&#224; que, m&#234;me dans notre camp, il peut y avoir des divergences d'opinion. Ma prise de parti est connue et l'opposition de nos points de vue, en cette mati&#232;re, ne trouble pas notre entente. Vous voulez que je vous explique cette attitude de mes &#233;l&#232;ves ? Je ne sais quoi vous en dire, je la crois due &#224; la force de l'esprit de corps. Ils ont &#233;volu&#233; sur d'autres lignes que moi-m&#234;me, ressentent comme un malaise l'isolement d'avec leurs coll&#232;gues, voudraient bien &#234;tre regard&#233;s comme pleinement autoris&#233;s par la profession &#224; laquelle ils appartiennent et sont pr&#234;ts, en &#233;change de la tol&#233;rance qu'ils esp&#232;rent, &#224; faire un sacrifice sur un point qui ne leur semble pas personnelle-ment vital. Peut-&#234;tre en est-il autrement. Supposer &#224; mes &#233;l&#232;ves des mobiles issus de la peur de la concurrence, ce serait non seulement les accuser d'avoir l'esprit assez bas, mais aussi leur attribuer une vue bien courte. Ils sont donc toujours pr&#234;ts &#224; former d'autres m&#233;decins &#224; la pratique analytique et qu'ils aient &#224; partager les malades disponibles avec des coll&#232;gues ou avec des non-m&#233;decins, cela ne peut rien changer &#224; leur situation mat&#233;rielle. Un autre facteur doit probablement &#234;tre mis en ligne de compte. Mes &#233;l&#232;ves sont sans doute influenc&#233;s par la pens&#233;e de certains facteurs qui assurent au m&#233;decin, dans la pratique analytique, un avantage indubitable sur le non-m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Nous y voil&#224; ! Un avantage indubitable ! Ainsi vous l'avouez enfin ! La question est par l&#224; tranch&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'aveu ne m'en sera pas difficile. Cela vous fera voir que je ne m'aveugle pas si compl&#232;tement que vous le supposez. J'avais recul&#233; la discussion de ce point, parce que cette discussion va exiger &#224; nouveau des consid&#233;rations th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Qu'entendez-vous par l&#224; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il y a d'abord la question de diagnostic. Quand on prend en analyse un malade qui souffre de d&#233;sordres dits nerveux, on veut auparavant acqu&#233;rir la certitude - autant du moins qu'on la peut avoir - que cette th&#233;rapeutique convient &#224; son cas, qu'on pourra lui faire ainsi du bien. Or il faut pour cela que sa maladie soit vraiment une n&#233;vrose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; J'aurais cru qu'on pouvait justement reconna&#238;tre la nature de son mal aux manifestations, aux sympt&#244;mes dont il se plaint. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et ici appara&#238;t une nouvelle complication. On ne peut pas toujours reconna&#238;tre la nature du mal avec une certitude enti&#232;re. Le malade peut offrir le tableau ext&#233;rieur d'une n&#233;vrose et pourtant couver autre chose : le d&#233;but d'une maladie mentale incurable, les prodromes d'un processus destructif du cerveau. Il n'est pas toujours ais&#233; de distinguer, de faire le diagnostic diff&#233;rentiel, et de le poser imm&#233;diatement &#224; chaque phase. La responsabilit&#233; d'un tel diagnostic ne peut bien entendu &#234;tre prise que par le m&#233;decin. T&#226;che, nous l'avons vu, pas toujours facile. La maladie peut garder longtemps une allure inoffensive, jusqu'&#224; ce que sa mauvaise nature &#233;clate tout &#224; coup. On rencontre donc r&#233;guli&#232;rement chez presque tous les n&#233;vropathes la peur de devenir fou. Le m&#233;decin m&#233;conna&#238;t-il un certain temps un cas pareil, ou bien ne peut-il d&#232;s l'abord porter un jugement, il importe peu : aucun mal ne peut &#234;tre accompli et rien n'arrivera qui ne d&#251;t arriver. Le traitement analytique n'aurait pas fait de mal &#224; ce malade, mais l'inutilit&#233; d'un tel effort appara&#238;trait. De plus, on trouvera certes assez de gens pour porter au compte de l'analyse ce f&#226;cheux succ&#232;s. Injustement &#224; coup s&#251;r, mais mieux vaut l'&#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Voil&#224; qui est d&#233;sesp&#233;rant. Tout ce que vous m'aviez expos&#233; sur la nature et l'origine des n&#233;vroses est, du coup, jet&#233; &#224; terre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nullement. Cela confirme simplement ce que je vous avais dit : les n&#233;vros&#233;s sont un ennui et un embarras pour tout le monde, m&#234;me pour les analystes. Peut. &#234;tre dissiperai-je votre trouble si je m'exprime plus correctement. Il serait plus juste de dire ainsi : les cas qui nous occupent en ce moment ont vraiment fait une n&#233;vrose, seulement cette n&#233;vrose, au lieu d'&#234;tre psychog&#232;ne, est somatog&#232;ne, a des causes, non pas psychiques, mais corporelles. Me comprenez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Oui, mais je ne puis concilier ce point de vue avec l'autre, le psycho-logique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est pourtant possible, si l'on tient compte des complications r&#233;gnant au sein de la substance vivante. Quelle est, avons-nous dit, l'essence d'une n&#233;vrose ? Le &#171; moi &#187;, cette organisation sup&#233;rieure de l'appareil psychique qui s'est d&#233;velopp&#233;e sous l'influence du monde ext&#233;rieur, n'y serait plus capable de remplir sa fonction m&#233;diatrice entre le &#171; &#231;a &#187; et la r&#233;alit&#233;, se retirerait, dans sa faiblesse, de toute une r&#233;gion du domaine instinctif du &#171; &#231;a &#187;, et devrait subir les cons&#233;quences de cette abdication sous forme de limitations &#224; son pouvoir, de sympt&#244;mes et de r&#233;actions qui n'arrivent jamais &#224; remplir leur but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tous, dans l'enfance, eu un &#171; moi &#187; ainsi d&#233;bile ; c'est pourquoi les premiers &#233;v&#233;nements de notre existence ont une si grande importance pour la vie ult&#233;rieure. La t&#226;che sous laquelle ploie notre enfance est &#233;crasante, nous devons, en peu d'ann&#233;es, parcourir l'&#233;volution, la distance &#233;norme qui s&#233;pare le primitif de l'&#226;ge de la pierre de l'homme civilis&#233; actuel, en particulier y parer aux aspirations sans frein encore de l'instinct sexuel infantile. C'est alors que notre &#171; moi &#187; recourt au refoulement et subit une n&#233;vrose infantile dont le r&#233;sidu, entra&#238;n&#233; jusqu'en la maturit&#233; de la vie, nous dispose aux maladies nerveuses ult&#233;rieures. Tout d&#233;pend alors de la mani&#232;re dont l'&#234;tre grandi sera trait&#233; par le destin. La vie lui est-elle trop dure, la distance trop grande entre les exigences de ses instincts et les obstacles qu'apporte &#224; leur satisfaction la r&#233;alit&#233;, le &#171; moi &#187; peut &#233;chouer dans ses efforts de m&#233;diation conciliatrice, et cela aura d'autant plus de chances d'arriver qu'il sera davantage entrav&#233; de par la disposition apport&#233;e d&#232;s l'enfance. Il reproduit alors son processus ancien de refoulement, les instincts s'arrachent &#224; la ma&#238;trise du &#171; moi &#187;, se cr&#233;ent, par la voie de la r&#233;gression, des satisfactions substitutives et le pauvre &#171; moi &#187; d&#233;sarm&#233; est devenu n&#233;vrotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne perdons pas de vue que le n&#339;ud et la charni&#232;re de toute la situation, c'est la force relative de l'organisation du &#171; moi &#187;. Il nous est alors ais&#233; de compl&#233;ter notre tableau d'ensemble &#233;tiologique. Nous connaissons d&#233;j&#224;, comme causes, pourrait-on dire, normales de la &#171; nervosit&#233; &#187;, la d&#233;bilit&#233; infantile du &#171; moi &#187;, la t&#226;che d'avoir &#224; ma&#238;triser les aspirations sexuelles pr&#233;coces, et l'action des &#233;v&#233;nements, plut&#244;t fils du hasard, de la premi&#232;re enfance. Mais n'est-il pas possible que jouent aussi leur r&#244;le d'autres facteurs, datant du temps qui pr&#233;c&#233;da l'enfance ? Par exemple, des instincts particuli&#232;rement forts et indomptables dans le &#171; &#231;a &#187;, imposant d&#232;s l'abord au &#171; moi &#187; des devoirs au-dessus de son pouvoir ? Ou bien, pour des raisons inconnues, une faible capacit&#233; de se d&#233;velopper du &#171; moi &#187; ? Naturellement de tels facteurs ont une importance &#233;tiologique, qui dans bien des cas peut &#234;tre d&#233;terminante. Nous devons toujours tenir compte de la puissance des instincts dans le &#171; &#231;a &#187; ; o&#249; elle est excessivement grande, le pronostic de notre th&#233;rapeutique est mauvais. Les causes faisant obstacle au d&#233;veloppement du &#171; moi &#187; nous &#233;chappent encore. Tels seraient les cas de n&#233;vrose &#224; base essentiellement constitutionnelle. D'ailleurs, sans quelque condition favorisante constitutionnelle, cong&#233;nitale, il est probable qu'aucune n&#233;vrose ne pourrait &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tant est qu'une d&#233;bilit&#233; relative du &#171; moi &#187; soit le facteur d&#233;cisif pour donner naissance aux n&#233;vroses, une maladie somatique ult&#233;rieure doit pouvoir aussi engendrer une n&#233;vrose en affaiblissant le &#171; moi &#187;. Et tel est aussi le cas dans une large mesure. Un d&#233;sordre dans l'&#233;conomie du corps peut int&#233;resser, dans le &#171; &#231;a &#187;, la vie des instincts, et exalter les forces instinctives au-del&#224; des limites dans lesquelles le &#171; moi &#187; les pouvait encore ma&#238;triser. Le prototype normal de tels processus nous est offert par les transformations profondes que subit la femme au moment de l'&#233;tablissement de la menstruation ou &#224; la m&#233;nopause. Ou bien une maladie g&#233;n&#233;rale du corps, particuli&#232;rement une l&#233;sion organique de l'appareil nerveux central, atteint &#224; sa source la nutrition de l'appareil psychique, l'oblige &#224; fonctionner sur un plan inf&#233;rieur et &#224; suspendre ses plus d&#233;licates fonctions, comme le maintien de l'organisation du &#171; moi &#187;. Dans tous ces cas, la n&#233;vrose pr&#233;sente &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me tableau ; la n&#233;vrose a toujours le m&#234;me m&#233;canisme psychologique, bien que l'&#233;tiologie en soit aussi diverse que compliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Vous me plaisez mieux maintenant. Vous parlez enfin en m&#233;decin. Et j'en attends de vous l'aveu : quelque chose d'aussi m&#233;dicalement compliqu&#233; qu'une n&#233;vrose ne peut donc &#234;tre trait&#233; que par un m&#233;decin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je crains que vous ne tiriez l&#224; par-dessus le but, Ce que nous venons de dire, c'est de la pathologie, et l'analyse n'est qu'une pratique th&#233;rapeutique. J'accorde, non, j'exige que le m&#233;decin, dans chaque cas o&#249; il pourrait s'agir d'une analyse, pose d'abord le diagnostic. La plupart des n&#233;vroses qui nous occupent sont heureusement nettement psychog&#232;nes et au-dessus de tout soup&#231;on du point de vue pathologique. Le m&#233;decin l'a-t-il une loir, constat&#233;, il peut en tout repos abandonner le traitement &#224; l'analyste non m&#233;decin. Il en lut toujours ainsi dans nos soci&#233;t&#233;s analytiques. Gr&#226;ce au contact intime existant entre les membres m&#233;decins et non m&#233;decins, les erreurs qu'on e&#251;t pu craindre ont &#233;t&#233; pour ainsi dire enti&#232;rement &#233;vit&#233;es. Un second cas peut encore se pr&#233;senter o&#249; l'analyste doive avoir recours au m&#233;decin. Au cours du traitement analytique peuvent appara&#238;tre des sympt&#244;mes - il s'agit ici des corporels - dont on peut douter s'ils sont en simple rapport avec la n&#233;vrose ou &#233;manent d'un d&#233;sordre organique ind&#233;pendant. Le m&#233;decin peut seul, &#224; nouveau, d&#233;cider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Ainsi, m&#234;me pendant J'analyse, l'analyste non m&#233;decin ne peut pas se passer du m&#233;decin ! Un argument de plus contre lui ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Non, ceci n'en est pas un. Car l'analyste m&#233;decin, dans ce cas, n'agirait pas autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Je ne comprends plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous avons en effet &#233;tabli cette r&#232;gle technique quand ces sympt&#244;mes &#233;quivoques apparaissent pendant le traitement, l'analyste ne doit pas les sou-mettre &#224; son propre jugement, mais faire examiner son patient par un m&#233;decin n'ayant rien &#224; voir avec l'analyse, m&#234;me s'il est lui-m&#234;me m&#233;decin et se fie encore &#224; ses connaissances m&#233;dicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Et pourquoi cette prescription, qui me semble vraiment superflue ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Elle n'est pas superflue, elle a m&#234;me plusieurs raisons. En premier lieu, il n'est pas ais&#233; de faire op&#233;rer un traitement organique et un traitement psychique &#224; la fois par une m&#234;me personne ; en second lieu, l'&#233;tat du transfert peut rendre peu recommandable un examen corporel du patient par l'analyste, troisi&#232;mement l'analyste est en droit de douter de sa propre impartialit&#233;, son int&#233;r&#234;t &#233;tant trop intens&#233;ment orient&#233; vers les facteurs psychiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Votre attitude envers les analystes non m&#233;decins me devient claire. Au fond, vous tenez &#224; ce qu'il y en ait. Mais ne pouvant nier leur insuffisance au regard de leur t&#226;che, vous m'apportez tout ce qui peut servir &#224; innocenter et faciliter leur existence. Quant &#224; moi, je ne parviens pas &#224; voir la n&#233;cessit&#233; qu'il y ait des analystes non m&#233;decins qui, apr&#232;s tout, ne peuvent &#234;tre que des th&#233;rapeutes de deuxi&#232;me classe. Je veux bien fermer les yeux sur l'activit&#233; des quelques non-m&#233;decins qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; form&#233;s comme analystes, mais on ne devrait plus en former d'autres et les instituts didactiques devraient s'engager &#224; ne plus ouvrir leurs portes qu'aux m&#233;decins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je serai d'accord avec vous si l'on peut me montrer qu'ainsi seraient servis tous les int&#233;r&#234;ts en jeu. Avouez avec moi que ces int&#233;r&#234;ts sont de trois sortes : ceux des malades, ceux des m&#233;decins et ceux - last not least - de la science, qui embrasse les int&#233;r&#234;ts de tous les malades &#224; venir. Voulez-vous que nous examinions ensemble ces trois points ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au malade, peu importe que son analyste soit m&#233;decin ou non, pour-vu que le danger d'une m&#233;connaissance de son &#233;tat soit &#233;cart&#233;, ce qu'assure l'examen m&#233;dical avant le d&#233;but du traitement et ceux que les incidents survenus en cours peuvent rendre n&#233;cessaires. Il importe pour lui bien davantage que l'analyste poss&#232;de des qualit&#233;s personnelles qui attirent et gardent la confiance, et que celui-ci ait acquis ces connaissances, ces vues et cette exp&#233;rience qui seules le rendent apte &#224; remplir sa t&#226;che. On pourrait croire qu'est &#233;branl&#233;e l'autorit&#233; d'un analyste dont le patient sait qu'il n'est pas m&#233;decin et doit recourir, en plus d'une situation, &#224; un m&#233;decin. Nous n'avons bien entendu jamais n&#233;glig&#233; de renseigner le patient sur la qualification de l'analyste, et avons pu nous convaincre que les pr&#233;jug&#233;s professionnels, restent sans &#233;cho en lui, qu'il est pr&#234;t &#224; accepter la gu&#233;rison de quelque part qu'elle lui soit offerte - ce que d'ailleurs le corps m&#233;dical, &#224; sa grande mortification, sait depuis longtemps. Les analystes non m&#233;decins qui exercent aujourd'hui l'analyse ne sont d'ailleurs pas les premiers venus, des individus ramass&#233;s n'importe o&#249;, mais des personnes ayant re&#231;u une instruction sup&#233;rieure, des docteurs en philosophie. des p&#233;dagogues, et quelques femmes ayant une grande exp&#233;rience de la vie et une personnalit&#233; &#233;minente, L'analyse &#224; laquelle tous les candidats d'un institut didactique doivent se soumettre eux-m&#234;mes est en m&#234;me temps le meilleur moyen de s'&#233;clairer sur leurs aptitudes personnelles &#224; exercer une profession qui exige d'eux tant de qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en &#224; l'int&#233;r&#234;t des m&#233;decins. Je ne puis croire que leur int&#233;r&#234;t professionnel serait servi par l'incorporation de la psychanalyse &#224; la m&#233;decine. Les &#233;tudes m&#233;dicales durent d&#233;j&#224; cinq ans, les derniers examens empi&#232;tent sur la sixi&#232;me ann&#233;e. Sans cesse s'imposent aux &#233;tudiants de nouvelles exigences qu'il faut remplir sous peine d'aborder l'avenir m&#233;dical avec un insuffisant bagage. L'acc&#232;s &#224; la profession m&#233;dicale est tr&#232;s difficile, l'exercice n'en est ni tr&#232;s satisfaisant ni tr&#232;s dangereux. Adopte-t-on le point de vue que le m&#233;decin doive encore se familiariser avec le c&#244;t&#233; psychique des maladies, ajoute-t-on au temps d&#233;j&#224; si long d'instruction m&#233;dicale encore le temps n&#233;cessaire &#224; apprendre l'analyse, cela &#233;quivaudra &#224; enfler encore la mati&#232;re &#224; absorber et &#224; allonger dans la m&#234;me proportion les ann&#233;es d'&#233;tudes. Je me demande si les m&#233;decins seront tr&#232;s satisfaits de cette cons&#233;quence d&#233;riv&#233;e de leur exclusive pr&#233;tention &#224; la psychanalyse. On ne peut pourtant y &#233;chapper. Et ceci en un temps o&#249; les conditions mat&#233;rielles de l'existence ont tellement empir&#233; justement pour les classes o&#249; se recrutent les m&#233;decins, en un temps o&#249; la jeune g&#233;n&#233;ration se voit contrainte &#224; se suffire au plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne voulez peut-&#234;tre pas surcharger les &#233;tudes m&#233;dicales de la p&#233;n&#233;tration &#224; la pratique analytique. Vous croyez peut-&#234;tre plus appropri&#233; que les futurs analystes ne se soucient de la formation sp&#233;ciale voulue qu'apr&#232;s avoir achev&#233; leur m&#233;decine. Vous pouvez dire que le temps ainsi perdu ne compte pratiquement pas, car un jeune homme de moins de trente ans n'obtiendra pas du malade cette confiance indispensable &#224; qui pr&#233;tend offrir une aide morale. On pourrait r&#233;pondre que le m&#233;decin frais &#233;moulu de l'&#233;cole n'a pas non plus, tout en ne soignant que leurs corps, &#224; compter sur un respect excessif de la part des malades, et que le jeune analyste pourrait tr&#232;s bien employer son temps &#224; travailler dans une clinique psychanalytique, sous le contr&#244;le de praticiens exp&#233;riment&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus important me semble ceci : vous vous prononcez en faveur d'un pro&#172;jet qui, vous suiv&#238;t-on, r&#233;aliserait un gaspillage de forces vraiment peu justifi&#233; du point de vue &#233;conomique, en notre &#233;poque si profond&#233;ment perturb&#233;e. La formation analytique vient certes recouper le cercle de l'enseignement m&#233;dical, mais ne le recouvre pas et n'est pas recouverte par lui. Si l'on avait -id&#233;e qui semble aujourd'hui fantastique ! - &#224; fonder une facult&#233; analytique, on y enseignerait certes bien des mati&#232;res que l'&#201;cole de m&#233;decine enseigne aussi : &#224; c&#244;t&#233; de la &#171; psychologie des profondeurs &#187;, celle de l'inconscient, qui reste&#172;rait toujours la pi&#232;ce de r&#233;sistance, il faudrait y apprendre, dans une mesure aussi large que possible, la science de la vie sexuelle, et y familiariser les &#233;l&#232;ves avec les tableaux cliniques de la psychiatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'enseignement analytique embrasserait aussi des branches fort &#233;trang&#232;res au m&#233;decin et dont il n'entrevoit pas m&#234;me l'ombre au cours de l'exercice de sa profession : l'histoire de la civilisation, la mythologie, la psychologie des religions, l'histoire et la critique litt&#233;raires. S'il n'est pas bien orient&#233; dans tous ces domaines, l'analyste demeure d&#233;sempar&#233; devant un grand nombre des ph&#233;nom&#232;nes qui s'offrent &#224; lui. Par contre, la part la plus consid&#233;rable de ce qu'enseigne l'&#201;cole de m&#233;decine ne peut lui servir de rien. Ni la connaissance des os du tarse, ni celle de la constitution des hydrates de carbone, ou du parcours des fibres nerveuses du cerveau, ni rien de ce que la m&#233;decine a mis au jour concernant les microbes, facteurs des maladies et la fa&#231;on de les combattre, ou bien les r&#233;actions s&#233;riques et les n&#233;oplasmes - quelque valeur qu'aient toutes ces d&#233;couvertes en soi - n'importe &#224; l'analyste, ne le regarde, ne l'aide directement &#224; comprendre et gu&#233;rir une n&#233;vrose, ni indirectement ne concourt &#224; aiguiser chez lui ces facult&#233;s intellectuelles qu'exige imp&#233;rieusement sa profession. Qu'on ne nous objecte pas que le cas serait analogue si le m&#233;decin se d&#233;cidait pour toute autre sp&#233;cialit&#233;, par exemple pour l'art dentaire. L&#224; aussi il peut n'avoir plus besoin d'un grand nombre des connaissances qui furent la mati&#232;re de ses examens, et doit apprendre apr&#232;s coup bien des choses que l'&#233;cole ne lui enseigna pas : cependant les deux cas ne sont pas comparables. Car, pour l'art dentaire, les grandes vues de la pathologie, les doctrines de l'inflammation, de la suppuration, de la n&#233;crose, de l'action r&#233;ciproque des organes les uns sur les autres, conservent leur valeur ; l'analyste au contraire est entra&#238;n&#233; par la mati&#232;re qu'il traite en un autre univers pr&#233;sentant d'autres ph&#233;nom&#232;nes et d'autres lois. De quelque fa&#231;on que la philosophie s'en tire pour jeter un pont entre le corporel et le psychique, aux yeux de notre exp&#233;rience l'ab&#238;me entre les deux subsiste et nos efforts pratiques sont forc&#233;s de le reconna&#238;tre en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est injuste, et contraire au but vis&#233;, de contraindre celui qui d&#233;sire lib&#233;rer son prochain du tourment d'une phobie ou d'une obsession &#224; faire d'abord l'immense d&#233;tour de toute la m&#233;decine. Et cela ne pourra d'ailleurs r&#233;ussir, &#224; moins qu'on ne parvienne &#224; &#233;touffer l'analyse elle-m&#234;me. Figurez-vous un paysage dans lequel deux chemins m&#232;nent &#224; un certain point de vue : l'un court et droit, l'autre long, indirect et tortueux. Vous aurez beau essayer d'interdire le plus court chemin par le moyen d'un &#233;criteau, peut-&#234;tre parce qu'il traverse quelques plates-bandes fleuries que vous voudriez voir &#233;pargner : votre interdiction n'aura de chance d'&#234;tre respect&#233;e que si le chemin le plus court est escarp&#233; et p&#233;nible, tandis que le plus long monte en pente douce. Mais en est-il autrement, le d&#233;tour est-il au contraire le plus fatigant des deux chemins, vous pouvez ais&#233;ment pr&#233;sumer et de l'efficacit&#233; de votre interdiction et du sort de vos plates-bandes. Je crains que vous ne puissiez pas plus forcer les analystes non m&#233;decins &#224; &#233;tudier la m&#233;decine que moi je ne parviendrai &#224; persuader les m&#233;decins d'apprendre l'analyse. Vous connaissez donc la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Mais si le traitement analytique ne peut &#234;tre entrepris sans formation appropri&#233;e, si les &#233;tudes m&#233;dicales ne sont pas &#224; m&#234;me de supporter la charge suppl&#233;mentaire d'une telle formation, si, de plus, les connaissances m&#233;dicales sont pour la plupart superflues &#224; l'analyste, si vous avez raison dans tout cela, alors qu'advient-il de la repr&#233;sentation id&#233;ale que nous &#233;tions accoutum&#233;s &#224; nous faire du m&#233;decin, du m&#233;decin qui devrait &#234;tre &#224; la hauteur de tous les devoirs de sa profession ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne puis pr&#233;voir quelle issue se trouvera &#224; toutes ces difficult&#233;s, je ne suis pas non plus appel&#233; &#224; en proposer une. Mais je ne vois que deux choses : primo, l'analyse est, pour vous, un embarras. Mieux vaudrait qu'elle n'exist&#226;t pas ! - certes le n&#233;vros&#233; aussi est un embarras ! - et, secundo, provisoirement, tous les int&#233;r&#234;ts seront servis si les m&#233;decins se r&#233;solvent &#224; tol&#233;rer une classe de th&#233;rapeutes qui les d&#233;charge du p&#233;nible traitement des n&#233;vroses psycho&#172;g&#232;nes si fr&#233;quentes, et, au grand avantage de ces malades, reste en contact constant avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Est-ce l&#224; votre dernier mot, ou avez-vous encore quelque chose &#224; ajouter ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Certes, je veux encore m'occuper du troisi&#232;me int&#233;r&#234;t en jeu : celui de la science. Ce que j'ai &#224; en dire vous touchera peu, mais ne m'en importe que plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne trouvons en effet pas du tout d&#233;sirable que la psychanalyse soit engloutie par la m&#233;decine, qu'elle trouve son dernier g&#238;te dans les trait&#233;s de psychiatrie, au chapitre &#171; Th&#233;rapeutique &#187;, entre la suggestion hypnotique, l'autosuggestion, la persuasion, ou autres pratiques n&#233;es de notre ignorance et qui ne doivent leurs effets &#224; court terme qu'&#224; l'inertie et &#224; la l&#226;chet&#233; des foules humaines. Elle m&#233;rite un meilleur destin et il faut esp&#233;rer qu'elle l'aura. En tant que &#171; psychologie des profondeurs &#187;, doctrine de l'inconscient psychique, elle peut devenir indispensable &#224; toutes les sciences traitant de la gen&#232;se de la civilisation humaine et de ses grandes institutions, telles qu'art, religion, ordre social. Je l'entends ainsi : la psychanalyse a d&#233;j&#224; notablement aid&#233; &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes que posent ces sciences, mais ce ne sont l&#224; que de faibles contributions au regard de ce qu'elle pourrait faire quand historiens de la civilisation, psychologues des religions, linguistes seront mis &#224; m&#234;me de se servir eux-m&#234;mes du nouvel outil d'investigation que l'analyse leur met en main. La th&#233;rapeutique des n&#233;vroses n'est qu'une des applications de l'analyse, peut-&#234;tre l'avenir montrera-t-il qu'elle n'en est pas la plus importante. En tout cas il serait injuste de sacrifier &#224; une application toutes les autres, simplement parce que le domaine de cette application touche au cercle des int&#233;r&#234;ts m&#233;dicaux professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ici les choses sont reli&#233;es entre elles par un encha&#238;nement que l'on ne saurait troubler sans causer de dommage. Si les repr&#233;sentants des diverses sciences psychologiques ont &#224; apprendre la psychanalyse, afin d'appliquer ses m&#233;thodes et ses points de vue aux questions qui les int&#233;ressent, il ne suffira pas qu'ils s'en tiennent aux r&#233;sultats consign&#233;s dans la litt&#233;rature analytique. Mais ils devront apprendre &#224; comprendre l'analyse par la seule voie qui pour cela s'ouvre : en se soumettant eux-m&#234;mes &#224; une analyse. Aux n&#233;vropathes ayant besoin de l'analyse s'adjoindrait ainsi une seconde cat&#233;gorie de personnes y recourant pour des raisons intellectuelles, mais qui profiteront volontiers de l'&#233;l&#233;vation potentielle de leur capacit&#233; de travail obtenue en surplus. Or il faudra, pour accomplir ces analyses, un contingent d'analystes pour qui des connaissances &#233;ventuelles en m&#233;decine seront de faible importance. Mais ces analystes, comment dirai-je, enseignants auront d&#251; recevoir une formation particuli&#232;rement soign&#233;e. Si l'on ne veut pas que cette formation soit insuffisante, il faut fournir &#224; ces analystes l'occasion d'observer des cas instructifs, d&#233;monstratifs, et comme les hommes bien portants, et ne ressentant pas la soif de conna&#238;tre, ne se soumettent pas &#224; l'analyse, ce ne peuvent &#234;tre que des n&#233;vropathes sur lesquels les analystes enseignants feront l'apprentissage - sous un contr&#244;le attentif - de leur activit&#233; future, non m&#233;dicale. Tout ceci n&#233;cessite une certaine libert&#233; de mouvement et ne saurait s'accommoder de r&#233;glementations mesquines. Peut-&#234;tre ne croyez-vous pas &#224; cet int&#233;r&#234;t purement th&#233;orique de la psychanalyse, ou ne voulez-vous pas lui permettre d'avoir son mot &#224; dire dans la question pratique de l'analyse par les non-m&#233;decins. Laissez-moi alors vous faire observer qu'il existe encore une autre application de la psychanalyse que la loi sur l'exercice ill&#233;gal de la m&#233;decine ne saurait atteindre, et que les m&#233;decins auront peine &#224; revendiquer. Je veux parler de son application &#224; la p&#233;dagogie. Quand un enfant commence &#224; pr&#233;senter les signes d'une &#233;volution f&#226;cheuse, devient maussade, r&#233;calcitrant et inattentif, alors ni le m&#233;decin d'enfants, ni le m&#233;decin de l'&#233;cole ne pourront rien pour lui, m&#234;me si l'enfant pr&#233;sente des manifestations nerveuses pr&#233;cises telles qu'angoisse, anorexie, vomissements, insomnie. Ces sympt&#244;mes nerveux et les modifications de caract&#232;re qui en d&#233;rivent peuvent &#234;tre du m&#234;me coup supprim&#233;s par un traitement alliant l'influence analytique &#224; des mesures &#233;ducatrices, traitement qui ne saurait &#234;tre entrepris que par des personnes ne d&#233;daignant pas de s'occuper des conditions r&#233;gnant dans le milieu o&#249; vit l'enfant, et sachant s'ouvrir un acc&#232;s jusqu'&#224; son &#226;me. Nous avons appris &#224; comprendre l'importance des n&#233;vroses infantiles, qui souvent passent inaper&#231;ues, comme facteur essentiel pr&#233;disposant aux n&#233;vroses graves de la vie adulte, ce qui d&#233;signe ces analyses d'enfants comme une excellente prophylaxie. Il existe encore incontestablement des ennemis de l'analyse ; je ne sais par quels moyens ils pourront emp&#234;cher ces analystes p&#233;dagogues ou p&#233;dagogues analystes d'exercer leur activit&#233;. Cela ne me semble pas devoir leur &#234;tre facile. Mais il ne faut jamais &#234;tre trop s&#251;r de rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, pour en revenir &#224; la question du traitement analytique des n&#233;vros&#233;s adultes, nous n'avons pas non plus ici &#233;puis&#233; tous les points de vue ! Notre civilisation exerce une pression presque intol&#233;rable sur nous, elle demande un correctif. Est-il insens&#233; d'attendre de la psychanalyse qu'elle soit appel&#233;e, malgr&#233; toutes les difficult&#233;s qu'elle pr&#233;sente, &#224; offrir un jour aux hommes un semblable correctif ? Peut-&#234;tre un Am&#233;ricain aura-t-il un jour l'id&#233;e d'employer une partie de ses milliards &#224; faire faire l'&#233;ducation analytique de ses &#171; social workers &#187; et d'en constituer une arm&#233;e pour la lutte contre les n&#233;vroses, filles de notre civilisation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ah ! ah ! une nouvelle sorte d'Arm&#233;e du Salut ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi pas ? Notre imagination ne peut donc jamais travailler que d'apr&#232;s des mod&#232;les. Le flot de pros&#233;lytes qui inonderait alors l'Europe devrait &#233;viter Vienne, o&#249; l'analyse aurait subi un traumatisme pr&#233;coce enrayant son &#233;volution. Vous souriez ? Je ne dis pas cela pour corrompre votre jugement, je ne le dis certes pas pour cela ! Je le sais : vous ne me croyez pas, je ne puis d'ailleurs pas vous garantir qu'il en sera ainsi ! Mais je sais une chose. La d&#233;cision qui sera prise dans la question de l'analyse par les non-m&#233;decins n'est pas d'une grande importance. Elle pourra avoir un effet local, Mais les possibilit&#233;s internes d'&#233;volution de l'analyse, qui seules sont en question, ne sauraient &#234;tre atteintes ni par des d&#233;fenses ni par des d&#233;crets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud, Ma vie et la psychanalyse. Psychanalyse et m&#233;decine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un souvenir d'enfance dans Fiction et V&#233;rit&#233;, de G&#339;the - Sigmund Freud (1917)</title>
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		<dc:date>2021-08-28T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Freud</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#8220; Un souvenir d'enfance dans Fiction et V&#233;rit&#233;, de G&#339;the &#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
(1917) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand on cherche &#224; se rappeler ce qui nous est arriv&#233; dans la toute premi&#232;re enfance, on est souvent amen&#233; &#224; confondre ce que d'autres nous ont racont&#233; avec ce que nous poss&#233;dons r&#233;ellement de par notre propre exp&#233;rience. &#187; C'est G&#339;the qui fait cette remarque &#224; l'une des premi&#232;res pages de la biographie qu'il commen&#231;a de r&#233;diger &#224; soixante ans. Elle n'est pr&#233;c&#233;d&#233;e que de quelques mots sur sa naissance survenue le &#171; 28 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique122" rel="directory"&gt;Introduction &#224; la psychanalyse, Sigmund Freud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot170" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8220; Un souvenir d'enfance dans Fiction et V&#233;rit&#233;, de G&#339;the &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1917)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on cherche &#224; se rappeler ce qui nous est arriv&#233; dans la toute premi&#232;re enfance, on est souvent amen&#233; &#224; confondre ce que d'autres nous ont racont&#233; avec ce que nous poss&#233;dons r&#233;ellement de par notre propre exp&#233;rience. &#187; C'est G&#339;the qui fait cette remarque &#224; l'une des premi&#232;res pages de la biographie qu'il commen&#231;a de r&#233;diger &#224; soixante ans. Elle n'est pr&#233;c&#233;d&#233;e que de quelques mots sur sa naissance survenue le &#171; 28 ao&#251;t 1749, aux douze coups de midi &#187;. La conjonction des astres lui &#233;tait favorable et contribua probablement &#224; sa conservation, car il vint au monde &#171; tenu pour mort &#187; et ce ne fut qu'&#224; grand-peine qu'on r&#233;ussit &#224; le rappeler &#224; la vie. Cette remarque est suivie d'une courte description de la maison et de l'endroit o&#249; les enfants - lui et sa jeune s&#339;ur - se tenaient le plus volontiers. Ensuite Goethe ne raconte de fait qu'un seul &#233;pisode que l'on puisse situer dans sa &#171; plus petite enfance &#187; (dans les quatre premi&#232;res ann&#233;es de sa vie ?) et dont il semble avoir conserv&#233; un souvenir personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce r&#233;cit : &#171; ... les trois fr&#232;res von Ochsenstein, fils du bourgmestre d&#233;c&#233;d&#233;, qui &#233;taient nos voisins, me prirent en amiti&#233; ; ils s'occupaient de moi et me taquinaient de toutes mani&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les miens racontaient volontiers toutes sortes d'espi&#232;gleries auxquelles ces hommes, d'ordinaire s&#233;rieux et solitaires, m'incitaient. Je ne rapporterai qu'un seul de ces tours. Il venait d'y avoir la foire &#224; la poterie et l'on avait non seulement pourvu la cuisine de tout ce genre d'ustensiles, mais encore achet&#233; de la petite vaisselle pour nous donner une occupation amusante. Par un bel apr&#232;s-midi, tandis que tout &#233;tait tranquille dans la maison, je menais mon train avec mes &#233;cuelles et mes pots dans l'en-droit d&#233;j&#224; mentionn&#233; du c&#244;t&#233; de la rue et appel&#233; Ger&#228;ms, mais comme il n'en r&#233;sultait rien d'amusant, je jetai une &#233;cuelle dans la rue, me r&#233;jouissant de la voir si gaiement se casser. Les jeunes Oebsenstein, voyant combien cela m'amusait et que je battais joyeusement des mains, me cri&#232;rent &#171; encore ! &#187;. Je ne manquai pas de jeter aussit&#244;t un petit pot, et, tandis qu'ils ne cessaient de crier &#171; encore ! &#187; de lancer sur le pav&#233; petits pots, petits plats et petites tasses. Mes voisins continuaient &#224; manifester leur approbation et j'&#233;tais ravi de leur faire plaisir. Mais mes r&#233;serves &#233;taient &#233;puis&#233;es qu'ils criaient toujours &#171; encore ! &#187;. Je me pr&#233;cipitai &#224; la cuisine et j'en tirai les assiettes de terre qui, certes, en se cassant, &#233;taient un spectacle encore plus gai, et je me mis &#224; aller et &#224; venir, apportant l'une apr&#232;s l'autre autant, que je pouvais atteindre des assiettes pos&#233;es &#224; la file sur le dressoir et, comme ils ne se montraient toujours pas satisfaits, je finis par pr&#233;cipiter dans une m&#234;me destruction tout ce que je pus attraper de vaisselle. Plus tard seulement, quelqu'un survint pour d&#233;fendre et emp&#234;&#172;cher. Le mal &#233;tait fait et, pour tant de vaisselle cass&#233;e, on eut du moins une joyeuse histoire &#224; conter, histoire dont les malins provocateurs se sont amus&#233;s jusqu'&#224; la fin de leurs jours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux temps pr&#233;analytiques on lisait cela sans s'y arr&#234;ter, sans s'en &#233;tonner. Mais plus tard la conscience analytique s'&#233;veilla. On s'&#233;tait alors forg&#233; sur les souvenirs de la petite enfance des opinions et des pr&#233;somptions d&#233;termin&#233;es auxquelles on pr&#233;tendait attribuer une valeur g&#233;n&#233;rale. Qu'un d&#233;tail de la vie infantile plut&#244;t qu'un autre se f&#251;t soustrait &#224; l'amn&#233;sie g&#233;n&#233;rale de l'enfance, voici qui n'&#233;tait ni indiff&#233;rent, ni sans importance. Bien plus, on pouvait pr&#233;sumer que ce qu'avait ainsi conserv&#233; la m&#233;moire &#233;tait ce qui se trouvait &#234;tre le plus important dans tout ce stade de la vie, et ceci, que cette importance ait d&#233;j&#224; exist&#233; d&#232;s ce temps, ou qu'elle ait &#233;t&#233; acquise apr&#232;s coup sous l'influence d'&#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, ce n'&#233;tait que dans des cas tr&#232;s rares que la haute valeur de semblables souvenirs d'enfance &#233;tait &#233;vidente. Le plus souvent ils paraissaient insignifiants, voire vains, et on ne comprenait pas que ce soient justement ces souvenirs-l&#224; qui fussent parvenus &#224; d&#233;fier l'amn&#233;sie ; de m&#234;me celui qui les avait conserv&#233;s pendant de longues ann&#233;es comme son patrimoine mn&#233;mique personnel ne savait-il gu&#232;re mieux les estimer que l'&#233;tranger auquel il les racontait. Pour cri reconna&#238;tre l'importance, un certain travail d'interpr&#233;tation &#233;tait n&#233;cessaire, soit pour indiquer comment leur contenu pouvait &#234;tre remplac&#233; par un autre, soit pour d&#233;montrer leurs relations avec d'autres &#233;v&#233;nements d'une importance ind&#233;niable auxquels ils s'&#233;taient substitu&#233;s sous forme de ce qu'on appelle souvenirs-&#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chaque &#233;tude psychanalytique de l'histoire d'une vie, on r&#233;ussit de cette mani&#232;re &#224; expliquer la signification des souvenirs infantiles les plus recul&#233;s. Or, il appara&#238;t, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, que c'est justement la r&#233;miniscence que l'analys&#233; expose en premier lieu, qu'il raconte d'abord, par laquelle il pr&#233;lude &#224; ses confessions biographiques, qui se montre ensuite &#234;tre la plus importante, celle qui renferme la clef des parties intimes de sa vie psychique. Mais dans le cas du petit &#233;pisode d'enfance racont&#233; dans Fiction et V&#233;rit&#233;, trop peu de chose r&#233;pond &#224; notre attente. Les moyens et les voies qui, aupr&#232;s de nos malades, nous conduisent &#224; l'interpr&#233;tation font naturellement d&#233;faut ici ; l'incident, lui-m&#234;me, ne semble pas se pr&#234;ter &#224; &#233;tablir un rapport discernable avec d'importantes impressions de la vie ult&#233;rieure. Un mauvais tour fait au pr&#233;judice du m&#233;nage, sous une inspiration &#233;trang&#232;re, n'est certes pas un en-t&#234;te convenant &#224; tout ce que G&#339;the va nous communiquer sur sa vie si riche et si pleine. Une impression d'absolue inanit&#233; et de manque de corr&#233;lation avec quoi que ce soit est celle que produit ce souvenir d'enfance et nous sommes pr&#234;ts &#224; nous laisser objecter qu'il ne faut pas exiger trop de la psychanalyse, ni vouloir l'appliquer o&#249; elle n'a que faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais donc depuis longtemps abandonn&#233; ce petit probl&#232;me, lorsque le hasard m'amena un malade qui pr&#233;sentait, dans un contexte plus transparent, un souvenir d'enfance analogue. C'&#233;tait un homme de vingt-sept ans, tr&#232;s cultiv&#233; et bien dou&#233;, qui &#233;tait absorb&#233; par un conflit actuel avec sa m&#232;re, conflit s'&#233;tendant &#224; peu pr&#232;s &#224; tous les int&#233;r&#234;ts de sa vie et qui avait gravement entrav&#233; le d&#233;veloppement de sa capacit&#233; d'amour et de son ind&#233;pendance dans la vie. Ce conflit datait de loin, de son enfance, on peut dire de sa quatri&#232;me ann&#233;e. Jusque-l&#224; il avait &#233;t&#233; un enfant de sant&#233; d&#233;licate, toujours maladif, et cependant ses souvenirs avaient transfigur&#233; en paradis cette triste &#233;poque, car il poss&#233;dait alors la tendresse sans limite de sa m&#232;re qu'il ne partageait avec personne. Lorsque naquit un fr&#232;re (qui vit encore) il n'avait pas quatre ans et, en r&#233;action &#224; ce changement, il devint un enfant ent&#234;t&#233;, insubordonn&#233;, provoquant sans cesse la s&#233;v&#233;rit&#233; de sa m&#232;re. Plus jamais il ne rentra dans le droit chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il vint chez moi en traitement (la raison la moindre n'en &#233;tait pas que sa m&#232;re, bigote, avait la psychanalyse en horreur), la jalousie envers son fr&#232;re pu&#238;n&#233;, qui s'&#233;tait manifest&#233;e en son temps jusque par un attentat sur le nourrisson au berceau, &#233;tait oubli&#233;e depuis longtemps. Il traitait &#224; pr&#233;sent son plus jeune fr&#232;re avec beaucoup d'&#233;gards, mais d'&#233;tranges actes fortuits, comme de faire subitement un mal cruel &#224; des animaux qu'il aimait cependant, tels son chien de chasse ou des oiseaux qu'il soignait avec amour, semblaient &#234;tre un &#233;cho de ces impulsions haineuses envers son petit fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce malade raconta qu'&#224; peu pr&#232;s au moment de l'attentat sur l'enfant d&#233;test&#233;, il avait jet&#233; tout ce qu'il avait pu atteindre de vaisselle par la fen&#234;tre de la maison de campagne, sur la route. Voil&#224; un acte tout &#224; fait analogue &#224; celui que Goethe rapporte sur son enfance dans Fiction et V&#233;rit&#233;. Je ferai observer que mon malade &#233;tait de nationalit&#233; &#233;trang&#232;re et n'avait re&#231;u aucune culture allemande ; jamais il n'avait lu le r&#233;cit de Goethe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette observation devait m'inciter &#224; tenter d'interpr&#233;ter le souvenir d'enfance de Goethe dans le sens que l'histoire de mon malade m'imposait. Mais &#233;tait-il possible de trouver dans l'enfance du po&#232;te les conditions requises pour une semblable interpr&#233;tation ? Goethe lui-m&#234;me rend responsable de son &#171; mauvais coup &#187; les Messieurs von Ochsenstein. Cependant, son r&#233;cit lui-m&#234;me laisse entrevoir que ses grands voisins ne firent que l'encourager &#224; poursuivre ce qu'il avait d&#233;j&#224; commenc&#233;. Il l'avait fait spontan&#233;ment et le mobile qu'il attribue &#224; son action : &#171; mais comme il n'en r&#233;sultait rien d'amusant &#187; (du jeu primitif), on peut sans contrainte l'interpr&#233;ter com&#172;me un aveu qu'au moment o&#249; Goethe &#233;crivait, pas plus qu'auparavant, un mobile plus d&#233;terminant de son acte ne lui &#233;tait connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que Joli. Wolfgang et sa s&#339;ur Corn&#233;lie &#233;taient les a&#238;n&#233;s et les survivants d'un grand nombre d'enfants fort d&#233;biles. Le docteur Hanns Sachs a eu l'amabilit&#233; de me fournir les dates se rapportant &#224; ces fr&#232;res et s&#339;urs de Goethe d&#233;c&#233;d&#233;s pr&#233;matur&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res et s&#339;urs de Goethe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Hermann-Jakob, baptis&#233; le lundi 27 novembre 1752, atteignit l'&#226;ge de six ans et six semaines et fut enterr&#233; le 13 janvier 1759.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Katharina-Elisabetha, baptis&#233;e le lundi 9 septembre 1754, enterr&#233;e le jeudi 22 d&#233;cembre 1755, &#224; l'&#226;ge d'un an et quatre mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Johanna-Maria, baptis&#233;e le mardi 29 mars 1757, et enterr&#233;e le samedi Il ao&#251;t 1759, &#224; l'&#226;ge de deux ans et quatre mois (c'&#233;tait certainement celle que son fr&#232;re c&#233;l&#233;bra comme &#233;tant une tr&#232;s jolie et charmante fille).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) Georg-Adolph, baptis&#233; le dimanche 15 juin 1760, enterr&#233; &#224; l'&#226;ge de huit mois, le mercredi 18 f&#233;vrier 1761.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cornelia-Friederica-Christiana, la s&#339;ur la plus proche par l'&#226;ge de Goethe, &#233;tait n&#233;e le 7 d&#233;cembre 1750, lorsqu'il avait quinze mois. Elle est, par suite de cette si petite diff&#233;rence d'&#226;ge, hors de cause comme objet de jalousie. On sait que les enfants, quand leurs passions s'&#233;veillent, n'&#233;prouvent jamais de r&#233;actions aussi violentes contre ceux qui sont d&#233;j&#224; l&#224;, mais que leur antipathie s'adresse surtout aux nouveaux venus. De plus, la sc&#232;ne que nous nous effor&#231;ons d'interpr&#233;ter est inconciliable avec le tendre &#226;ge de Goethe au moment de la naissance de Cornelia ou aussit&#244;t apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la naissance du premier des petits fr&#232;res de Goethe, Hermann-Jakob, Joh. Wolfgang avait trois ans et trois mois. Deux ans plus tard environ, alors qu'il avait &#224; peu pr&#232;s cinq ans, sa deuxi&#232;me s&#339;ur vint au monde. Les deux &#226;ges conviennent pour situer la date de l'&#233;pisode des vaisselles bris&#233;es. Le premier a droit peut-&#234;tre &#224; notre pr&#233;f&#233;rence et s'accorderait en outre mieux avec le cas de mon malade lequel, &#224; la naissance de son fr&#232;re, avait trois ans et neuf mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hermann-Jakob, le petit fr&#232;re vers lequel, de la sorte, s'oriente notre essai d'interpr&#233;tation, ne fut d'ailleurs pas chez les Goethe un h&#244;te aussi passager que les fr&#232;res et s&#339;urs qui le suivirent. On pourrait s'&#233;tonner que, dans l'histoire de la vie de son grand fr&#232;re, il ne soit rendu hommage &#224; son souvenir par aucun petit mot . Il atteignit l'&#226;ge de six ans et Joli. Wolfgang avait pr&#232;s de dix ans lorsqu'il mourut, Le docteur Ed. Hitschmann, qui a &#233;t&#233; assez aimable pour mettre &#224; ma disposition ses notes &#224; ce sujet, &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le petit G&#339;the, lui aussi, n'a pas vu sans satisfaction mourir son petit fr&#232;re. Du moins, sa m&#232;re, d'apr&#232;s le r&#233;cit de Bettina Brentano, rapporte-t-elle ce qui suit : &#171; Il sembla &#233;trange &#224; sa m&#232;re qu'&#224; la mort de son plus jeune fr&#232;re, qui &#233;tait son camarade de jeux, il n'ait pas r&#233;pandu de larmes, qu'il ait sembl&#233; plut&#244;t &#233;prouver une sorte d'irritation devant les lamentations de ses parents et de ses s&#339;urs ; quand, plus tard, la m&#232;re demanda au r&#233;calcitrant s'il n'avait pas eu d'affection pour son fr&#232;re, il courut &#224; sa chambre et sortit de dessous son lit un tas de papiers couverts de le&#231;ons et d'histoires qu'il avait &#233;crits, lui disant qu'il avait fait tout cela pour l'enseigner &#224; son fr&#232;re. &#187; Ainsi le fr&#232;re a&#238;n&#233; aurait du moins aim&#233; jouer au p&#232;re avec le plus jeune et lui montrer sa sup&#233;riorit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous serions ainsi en droit de penser que l'action de jeter la vaisselle &#233;tait un acte symbolique, ou, plus justement, un acte magique par lequel l'enfant (Goethe aussi bien que mon patient) exprimait avec force son d&#233;sir de voir &#233;carter le f&#226;cheux intrus. Nous n'avons pas besoin pour cela de contester le plaisir qu'&#233;prouve tout enfant &#224; fracasser des objets car, lorsqu'un acte fait par lui-m&#234;me plaisir, ce n'est pas un emp&#234;chement, mais plut&#244;t un app&#226;t &#224; le renouveler, f&#251;t-ce au service d'intentions diff&#233;rentes. Mais nous ne croyons pas que ce soit le plaisir du bruit ou de la des&#172;truction qui ait pu assurer une place durable, dans la m&#233;moire de l'adulte, &#224; semblable tour enfantin. Nous n'h&#233;siterons pas non plus &#224; compliquer la motivation de l'acte en attribuant &#224; celui-ci encore d'autres mobiles. L'enfant, en brisant la vaisselle, savait fort bien qu'il faisait quelque chose de mal, que les grandes personnes le gron&#172;deraient, et s'il ne se laissa pas arr&#234;ter par cette conviction, c'est qu'il avait sans doute &#224; satisfaire une rancune contre ses parents ; il voulait faire le m&#233;chant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour satisfaire au plaisir de briser et de fracasser, il aurait d'ailleurs suffi &#224; l'enfant de jeter tout simplement par terre les objets fragiles. Ce plaisir n'explique pas &#224; lui seul le besoin de tout jeter dans la rue, par la fen&#234;tre. Mais le &#171; lancer dehors &#187; semble tenir une place essentielle dans l'acte magique en question et d&#233;river de son sens cach&#233;. L'enfant nouveau venu doit &#234;tre remport&#233; par la fen&#234;tre si possible, car c'est par la fen&#234;tre qu'il est venu. Toute l'action serait donc &#233;quivalente &#224; cette r&#233;ponse textuelle d'un enfant, qui m'a &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233;e, lorsqu'on lui apprit que la cigogne lui avait apport&#233; un petit fr&#232;re. &#171; Elle n'a qu'&#224; le remporter &#187;, r&#233;pliqua-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous dissimulons pas, toutefois, combien c'est chose d&#233;licate - abstrac&#172;tion faite de toute incertitude inh&#233;rente au sujet - d'&#233;tablir, sur une seule analogie, l'interpr&#233;tation d'un acte infantile. Voil&#224; pourquoi j'avais gard&#233; pour moi, pendant des ann&#233;es, mon opinion sur la petite sc&#232;ne de Fiction et V&#233;rit&#233;. Mais un jour, je re&#231;us un malade qui commen&#231;a son analyse ainsi. Je reproduis textuellement ses termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis l'a&#238;n&#233; de huit ou neuf fr&#232;res et s&#339;urs . L'un de mes plus anciens souve-nirs est celui-ci notre p&#232;re, assis sur son lit en costume de nuit, me raconte en riant que je viens d'avoir un petit fr&#232;re. J'avais alors trois ans et neuf mois ; c'est l&#224; l'inter&#172;valle qui me s&#233;pare du plus proche de mes fr&#232;res. Je sais encore que peu de temps apr&#232;s cela (ou bien &#233;tait-ce une ann&#233;e avant ?) , je jetai par la fen&#234;tre, dans la rite, diff&#233;rents objets, des brosses - ou n'&#233;tait-ce qu'une seule brosse ? - des souliers et d'autres choses. J'ai aussi un souvenir plus ancien encore. J'avais deux ans lorsque je passai une nuit avec mes parents dans un h&#244;tel de Linz, en allant au pays de Salzbourg. Je fus si agit&#233; pendant la nuit et je poussai de tels cris que mon p&#232;re fut oblig&#233; de me battre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que j'eus entendu ceci, toutes mes h&#233;sitations tomb&#232;rent. Lorsque, dans une s&#233;ance d'analyse, deux choses sont &#233;nonc&#233;es imm&#233;diatement &#224; la suite l'une de l'autre, comme d'une seule haleine, nous devons comprendre ce rapprochement comme r&#233;v&#233;-lant une relation. C'&#233;tait comme si le malade avait dit : Parce que j'avais appris qu'il m'&#233;tait arriv&#233; un fr&#232;re, j'ai jet&#233;, quelque temps apr&#232;s, ces objets dans la rue. Ainsi c'est en r&#233;action, nous devons le reconna&#238;tre, &#224; la naissance de son fr&#232;re qu'il a lanc&#233; au-dehors brosses, chaussures, etc. C'est aussi fort heureux que, dans ce cas, les objets jet&#233;s n'aient pas &#233;t&#233; de la vaisselle, mais d'autres choses, probablement celles que l'enfant pouvait alors seules atteindre... Le fait de jeter au-dehors (par la fen&#234;tre, dans la rue) est par l&#224;, on le voit, l'essentiel de l'acte ; le plaisir de casser, de faire du bruit, la nature des objets sur lesquels &#171; a lieu l'ex&#233;cution &#187;, sont variables et accessoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation postul&#233;e s'applique naturellement encore au troisi&#232;me souvenir d'en-fance du malade, qui, quoique le premier en date, a &#233;t&#233; repouss&#233; &#224; la fin du r&#233;cit. Il est facile de la d&#233;gager. Nous le voyons : l'enfant de deux ans n'&#233;tait si inquiet que parce qu'il ne pouvait souffrir de voir son p&#232;re et sa m&#232;re dans le m&#234;me lit. Il n'y avait probablement pas moyen, en voyage, d'&#233;viter que l'enfant f&#251;t t&#233;moin de cette intimit&#233;. Il est d'ailleurs rest&#233;, chez le petit jaloux, des sentiments qu'il, &#233;prouva alors, une amertume contre la femme, amertume ayant occasionn&#233; un trouble durable de sa vie amoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, &#224; la suite de ces deux observations, j'exprimai &#224; la Soci&#233;t&#233; de Psycha-nalyse l'opinion que des faits de ce genre ne devaient pas &#234;tre rares dans la petite enfance, Mme le docteur Hug-Hellmuth me communiqua deux autres observations, que je rapporte ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers l'&#226;ge de trois ans et demi, le petit &#201;ric prit l'habitude de jeter par la fen&#234;tre tout ce qui ne lui convenait pas. Mais il le faisait aussi avec d'autres objets qui ne le g&#234;naient gu&#232;re et qui ne le concernaient en rien. Le jour m&#234;me de l'anniversaire de son p&#232;re - il avait alors trois ans et quatre mois et demi - il jeta dans la rue un lourd rouleau &#224; p&#226;te (qu'il venait de tra&#238;ner de la cuisine dans la chambre) par la fen&#234;tre de l'appartement situ&#233; au troisi&#232;me &#233;tage. Quelques jours apr&#232;s, il fit prendre le m&#234;me chemin au pilon d'un mortier, puis &#224; une lourde paire de souliers de montagne de son p&#232;re, qu'il alla d'abord chercher dans l'armoire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, sa m&#232;re fit, au septi&#232;me ou huiti&#232;me mois de sa grossesse, une fausse couche, apr&#232;s laquelle l'enfant fut &#171; comme transform&#233;, sage, tendre et calme &#187;. Au cinqui&#232;me ou sixi&#232;me mois, il aurait dit &#224; plusieurs reprises &#224; sa m&#232;re : &#171; Petite m&#232;re, je vais sauter sur ton ventre &#187;, ou bien : &#171; Petite m&#232;re, je vais t'enfoncer le ventre. &#187; Et peu de temps avant la fausse couche en octobre : &#171; Si vraiment je dois avoir un petit fr&#232;re, que ce soit seulement apr&#232;s No&#235;l. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une jeune femme de dix-neuf ans me donne spontan&#233;ment comme &#233;tant son premier souvenir d'enfance le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me vois tr&#232;s m&#233;chante, pr&#234;te &#224; ramper sous la table de la salle &#224; manger sous laquelle je suis assise. Sur la table se trouve ma tasse de caf&#233; an lait - je vois encore distinctement &#224; l'heure qu'il est, le dessin de la porcelaine - que je m&#233;dite de jeter par la fen&#234;tre comme grand-m&#232;re entre dans la chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut savoir que personne ne s'occupait de moi, et pendant ce temps s'&#233;tait form&#233; sur le caf&#233; au lait une &#8220; peau &#8221;, ce qui me semblait toujours terrible, et me l'est encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est ce jour-l&#224; que vint au monde mon fr&#232;re, de deux ans et demi plus jeune que moi, voil&#224; pourquoi personne n'avait de temps &#224; nie consacrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On m'a racont&#233; de toujours que j'&#233;tais ce jour-l&#224; insupportable ; &#224; midi, j'avais jet&#233; de la table le verre pr&#233;f&#233;r&#233; de papa, plusieurs fois tach&#233; ma robe, et du matin au soir &#233;t&#233; de la plus mauvaise humeur. J'avais aussi dans ma col&#232;re d&#233;truit une petite poup&#233;e baigneuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux cas ont &#224; peine besoin de commentaire. Ils confirment, sans autre effort d'analyse, ce fait que l'irritation caus&#233;e par la venue, attendue ou accomplie, d'un concurrent, s'exprime, chez l'enfant, en jetant des objets par la fen&#234;tre, ainsi que par d'autres actes de m&#233;chancet&#233; et par la soif de d&#233;truire. Dans la premi&#232;re observation, il semble que les &#171; objets lourds &#187; symbolisent la m&#232;re elle-m&#234;me contre laquelle se dresse la col&#232;re de l'enfant tant que le nouveau-n&#233; n'est pas encore l&#224;. L'enfant de trois ans et demi conna&#238;t la grossesse de sa m&#232;re et ne doute pas que celle-ci h&#233;berge dans son corps l'enfant. Ceci rappelle le &#171; Petit Hans &#187; et la peur sp&#233;ciale qu'il avait des voitures lourdement charg&#233;es . A noter, dans la seconde observation, le jeune &#226;ge de l'enfant - deux ans et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous en revenons maintenant au souvenir d'enfance de G&#339;the et que, dans Fiction et V&#233;rit&#233;, nous ins&#233;rions &#224; sa place ce que nous croyons avoir devin&#233; gr&#226;ce &#224; d'autres observations d'enfants, nous obtiendrons un ensemble impeccable que nous n'aurions pas d&#233;couvert sans cela. C'est alors comme si G&#339;the disait Je suis un enfant du bonheur, favoris&#233; du destin le sort m'a gard&#233; en vie bien que je fusse venu au mon-de tenu pour mort. Mais il a &#233;vinc&#233; mon fr&#232;re, de sorte que je n'ai pas eu &#224; partager avec lui l'amour de notre m&#232;re. Ensuite le fil de sa pens&#233;e va plus loin encore, &#224; celle qui mourut vers ce temps lointain, &#224; sa grand-m&#232;re qui se tenait dans une autre partie de l'habitation ainsi qu'un esprit bienveillant et paisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ailleurs d&#233;j&#224;, je l'ai d&#233;clar&#233; : quand on a &#233;t&#233; sans Contredit l'enfant de pr&#233;dilection de sa m&#232;re, on garde pour la vie ce sentiment conqu&#233;rant, cette assurance du succ&#232;s qui, en r&#233;alit&#233;, rarement reste sans l'amener. Et G&#339;the aurait pu, avec raison, mettre en &#233;pigraphe &#224; l'histoire de Sa vie une r&#233;flexion de ce genre : ma force a eu sa source dans mes rapports &#224; ma m&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Relire Freud aujourd'hui</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article6184</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article6184</guid>
		<dc:date>2019-02-28T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Freud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire &#233;galement : &lt;br class='autobr' /&gt; 2&#8211;I&#8211;1 Relire Freud aujourd'hui &lt;br class='autobr' /&gt;
2-I-2 Psychanalyse et physiologie &lt;br class='autobr' /&gt;
2&#8211;I-3 Les neurosciences peuvent-elles nous &#233;clairer sur la validit&#233; de la notion de l'inconscient freudien ? &lt;br class='autobr' /&gt;
2-I-4 Psychanalyse et dialectique &lt;br class='autobr' /&gt;
2-I-5 Psychisme et discontinuit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
2-I-6 Psychanalyse et chaos d&#233;terministe &lt;br class='autobr' /&gt;
2-I-7 Freud, la religion et l'id&#233;ologie sociale &lt;br class='autobr' /&gt;
2-I-8 Comment fonctionnent la conscience et l'inconscience ? &lt;br class='autobr' /&gt;
2-I-9 Psychanalyse et sociologie, d'apr&#232;s Malinovsky (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique122" rel="directory"&gt;Introduction &#224; la psychanalyse, Sigmund Freud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot170" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lire &#233;galement :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article187&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2&#8211;I&#8211;1 Relire Freud aujourd'hui&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article188&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2-I-2 Psychanalyse et physiologie&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article189&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2&#8211;I-3 Les neurosciences peuvent-elles nous &#233;clairer sur la validit&#233; de la notion de l'inconscient freudien ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article193&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2-I-4 Psychanalyse et dialectique&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article192&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2-I-5 Psychisme et discontinuit&#233;&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article191&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2-I-6 Psychanalyse et chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article206&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2-I-7 Freud, la religion et l'id&#233;ologie sociale&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article357&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2-I-8 Comment fonctionnent la conscience et l'inconscience ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article270&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2-I-9 Psychanalyse et sociologie, d'apr&#232;s Malinovsky&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article430&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2-1-10 Totem et tabou : psychanalyse et anthropologie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le m&#233;canisme de sublimation, et que la psychanalyse a mis en &#233;vidence, a pour objet de r&#233;tablir l'&#233;quilibre rompu entre le &#171; moi &#187; coh&#233;rent et les &#233;l&#233;ments refoul&#233;s. Ce r&#233;tablissement s'op&#232;re au profit de l' &#171; id&#233;al du moi &#187; qui dresse contre la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente, insupportable, les puissances du monde int&#233;rieur, du &#171; soi &#187;, communes &#224; tous les hommes et constamment en voie d'&#233;panouissement dans le devenir. Le besoin d'&#233;mancipation de l'esprit n'a qu'&#224; suivre son cours naturel pour &#234;tre amen&#233; &#224; se fondre et &#224; se retremper dans cette n&#233;cessit&#233; primordiale : le besoin d'&#233;mancipation de l'homme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;on Trotsky et Andr&#233; Breton dans le manifeste &#171; Pour un art ind&#233;pendant &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte porte sur la n&#233;cessit&#233; d'une relecture moderne des th&#232;ses de Freud. Celles-ci peuvent en effet &#234;tre r&#233;examin&#233;es &#224; la lumi&#232;re des nouvelles connaissances en neurologie. Comme chacun sait, ce domaine a fait des progr&#232;s spectaculaires qui ont pu &#234;tre utilis&#233;s par des psychologues et des psychanalystes et qui permettent de r&#233;&#233;valuer la validit&#233; des id&#233;es avanc&#233;es par Freud. Notre image du fonctionnement c&#233;r&#233;bral, consid&#233;rablement modifi&#233;e par les &#233;tudes des chercheurs en neurologie et par des techniques tr&#232;s performantes, modifient-elles nos id&#233;es sur la validit&#233; du traitement psychanalytique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le neurologue &lt;strong&gt;Lionel Naccache&lt;/strong&gt; pose cette question dans un r&#233;cent ouvrage intitul&#233; &#171; Le nouvel inconscient &#187; : &#171; L'imagerie c&#233;r&#233;brale fonctionnelle, qui utilise actuellement de nombreuses techniques compl&#233;mentaires, permet d'observer avec une r&#233;solution spatiale et une pr&#233;cision temporelle parfois tr&#232;s fines, un cerveau &#171; en action &#187;. Gr&#226;ce &#224; elle, il devient donc enfin possible de mettre en images notre inconscient cognitif ainsi que notre conscience. (&#8230;) Nous sommes maintenant pr&#234;ts &#224; aborder la question (&#8230;) : Freud avait-il raison ? Sa d&#233;finition de l'inconscient se superpose-t-elle ais&#233;ment avec celle qui est formul&#233;e aujourd'hui par les neurosciences ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Certains auteurs r&#233;pondent par l'affirmative. &#171; La physique et la biologie contemporains rejoignent spectaculairement certaines intuitions pr&#233;monitoires de Freud. &#187; soutient ainsi le psychanalyste &lt;strong&gt;Georges Pragier&lt;/strong&gt; dans son ouvrage &#171; Repenser la psychanalyse avec les sciences &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps diam&#233;tralement oppos&#233;s, les psychanalystes et les neuroscientifiques rel&#232;vent des convergences comme &lt;strong&gt;G&#233;rard Pommier&lt;/strong&gt; dans son livre intitul&#233; &#034;Comment les neurosciences d&#233;montrent la psychanalyse&#034; : &#034;Qu'est-ce que cet inconscient ? Il faut le pr&#233;ciser, car une fois &#233;limin&#233;s le pr&#233;conscient et le non-conscient, de nombreux neurophysiologistes estiment que &#034;leur&#034; inconscient ne diff&#232;re gu&#232;re de celui des psychanalystes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des neuroscientifiques rel&#232;vent de nombreuses d&#233;couvertes de m&#233;canismes donnant cr&#233;dit au r&#244;le de l'inconscient ou mettant en &#233;vidence des m&#233;canismes neuronaux permettant de rendre conscient ou de rendre inconscient des images ou des sentiments qui ne l'&#233;taient pas. Ainsi &lt;strong&gt;Joseph LeDoux&lt;/strong&gt; &#233;crit dans son article &#034;Aborder le cerveau par la porte de derri&#232;re&#034; de l'ouvrage collectif de Bear, Connors et Paraidso intitul&#233; &#034;Neurosciences, &#224; la d&#233;couverte du cerveau&#034; qui r&#233;capitule l'ensemble des d&#233;couvertes r&#233;centes de ce domaine :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#034;L'une des choses les plus int&#233;ressantes que j'ai d&#233;couverte est que l'apprentissage des &#233;motions implique des informations sensorielles se projetant sans passer par le cortex sur l'amygdale lat&#233;rale. La plupart des chercheurs pensaient que le traitement des informations au niveau cortical &#233;tait indispensable pour prendre conscience de ces processus intentionnels. J'ai pu montrer que les informations sensorielles trait&#233;es au niveau sous-cortical &#233;tait suffisant pour proposer que l'amygdale puisse &#234;tre le si&#232;ge d'une forme de m&#233;moire &#233;motionnelle de carract&#232;re inconscient. Ainsi, votre cerveau en sait probablement plus sur le monde qui nous entoure que vous ne l'imaginiez.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Nous avons montr&#233; que des m&#233;moires &#233;motionnelles peuvent &#234;tre supprim&#233;es en deux &#233;tapes par des m&#233;canismes neuronaux : d'abord la suppression du message par le gyrus frontal inf&#233;rieur droit agissant sur des r&#233;gions qui sont concern&#233;es par les comportements sensoriels de la repr&#233;sentation de la m&#233;moire (cortex visuel, thalamus) suivi par une deuxi&#232;me &#233;tape dans laquelle le gyrus frontal m&#233;dian droit contr&#244;le des r&#233;gions concernant le comportement &#233;motionnel de la repr&#233;sentation de la m&#233;moire (hippocampe, amygdale) (...)&#034;&lt;/i&gt; &#233;crivent les neuroscientifiques &lt;strong&gt;Brendan Depue, Tim Curran et Marie Banich&lt;/strong&gt; dans leur &#233;tude intitul&#233;e &#034;Les r&#233;gions pr&#233;frontales orchestrent la suppression de m&#233;moires &#233;motionnelles en deux phases&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, 120 ans apr&#232;s le d&#233;but des travaux de Freud, ses th&#232;ses restent contest&#233;es par d'autres auteurs. La psychanalyse a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e par Freud, entre 1884 et 1938, &#224; une &#233;poque o&#249; le fondement physiologique du fonctionnement psychique &#233;tait peu connu. A ses d&#233;buts, on d&#233;couvrait &#224; peine l'existence des neurones. Freud n'ignorait rien des connaissances scientifiques de son &#233;poque, puisqu'il &#233;tait lui-m&#234;me scientifique et neurologue de formation. Le processus physique du m&#233;canisme c&#233;r&#233;bral &#233;tait presque compl&#232;tement inconnu des scientifiques. Il en va tout autrement aujourd'hui. Les techniques actuelles permettent d'examiner des images du fonctionnement neuronal du cerveau. On est capable de mat&#233;rialiser des sentiments humains, comme la peur, la haine ou l'amour par des circuits neuronaux, par des &#233;changes de mol&#233;cules appel&#233;es des neurotransmetteurs, de mat&#233;rialiser la plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale par la m&#233;moire des terminaisons neuronales appel&#233;es les synapses. Nous sommes maintenant capables de concevoir le fonctionnement d'un neurone, d'un r&#233;seau de neurones, au point de concevoir qu'ils soient porteurs de processus de pens&#233;e. Nous pouvons d&#233;sormais suivre le passage de l'information c&#233;r&#233;brale dans ces circuits, par l'imagerie IRM ou la tomographie par &#233;mission de positons TEP. Nous disposons de l'imagerie en trois dimensions utilisant la r&#233;sonance magn&#233;tique nucl&#233;aire de haute r&#233;solution. Nous pouvons comparer le fonctionnement physiologique de personnes atteintes de pathologies nerveuses et de personnes saines. Nous pouvons examiner ce qui se passe quand nous refoulons des images et des sentiments. Ce sont des exp&#233;riences de psychologie cognitive assist&#233;e par des technologies de pointe. Ces connaissances en neurosciences ont profond&#233;ment modifi&#233; notre image du fonctionnement c&#233;r&#233;bral, de la conscience, de la m&#233;moire, des &#233;motions, etc&#8230; Ces connaissances peuvent &#234;tre utilis&#233;es pour analyser le cerveau de patients ayant des maladies nerveuses. Coupl&#233;es avec des exp&#233;riences de psychologie cognitive, nous allons voir qu'elles permettent de tenter de mettre en &#233;vidence l'existence et le fonctionnement de l'inconscient freudien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces exp&#233;riences confirment-elles que cet inconscient est capable de produire des n&#233;vroses ? Donnent-elles une base physiologique, neuronale, au m&#233;canisme de refoulement, ce processus capable d'inhiber la conscience de certaines informations, &#233;v&#233;nements, pens&#233;es ou images ? Donnent-elles un fondement scientifique &#224; l'id&#233;e th&#233;rapeutique principale de Freud et de la psychanalyse : rendre conscients ces refoulements inconscients pour soigner des maladies mentales qui ne sont pas dues &#224; une l&#233;sion ou &#224; une malformation physique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il convient d'abord de rappeler quelques id&#233;es fondamentales de Freud sur le psychisme humain, son point de vue sur le lien entre conscience et inconscience, entre univers fictionnel et r&#233;el, et aussi entre physiologie et psychologie. Freud avait une mani&#232;re bien particuli&#232;re de consid&#233;rer les maladies comme des irruptions brutales de l'inconscience dans le domaine conscient. Il supposait aussi qu'il &#233;tait possible de rendre conscients les refoulements inconscients afin de supprimer leur caract&#232;re pathologique. C'est le fondement de la th&#233;rapie psychanalytique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici quel sera le plan de l'expos&#233;. Apr&#232;s avoir rappel&#233; ces id&#233;es de Freud, il convient ensuite d'exposer les r&#233;sultats des nouvelles techniques en neurosciences et leur apport dans la question de l'inconscient, pour en venir finalement &#224; la question de la validit&#233; de la psychanalyse au vu de ces d&#233;couvertes scientifiques. On conclura cet examen sur la mani&#232;re dont nous pouvons envisager aujourd'hui le fonctionnement des univers psychiques, le conscient et l'inconscient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord, qu'est-ce que l'inconscient freudien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appelons &#171; inconscient &#187; tout sentiment, toute image, toute pens&#233;e, toute information qui parcourt notre cerveau et que nous affirmons cependant ignorer. Le terme &#171; inconscient &#187; a un peu un parfum de soufre, car cela semble &#233;nigmatique et m&#234;me irrationnel et, pour certains, cela touche au m&#233;taphysique. Cependant la notion n'a rien de non scientifique. En fait, il suffit que notre attention ne soit pas attir&#233;e sur un objet, une action, une id&#233;e ou qu'elle soit occup&#233;e ailleurs, pour que notre conscience ne soit pas activ&#233;e par cet &#233;l&#233;ment. Cela ne veut pas dire que notre cerveau n'a pas &#233;t&#233; activ&#233;. Par exemple, notre &#339;il et notre cerveau voient bien des choses que nous n'avons pas remarqu&#233;es. Certes Freud n'a pas &#224; proprement parler d&#233;couvert l'existence de l'inconscient. Avant lui, l'existence d'un psychisme inconscient avait &#233;t&#233; mis en &#233;vidence par bien des ph&#233;nom&#232;nes comme le somnambulisme, la m&#233;ditation, les r&#233;flexes, les hallucinations, les &#233;tats hypnotiques, les images subliminales, les r&#234;ves, les amn&#233;sies ou les lapsus.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intuition, l'invention et la cr&#233;ation &#233;taient &#233;galement des domaines dans lesquels le cerveau rationnel semblait ne pas &#234;tre le seul producteur de nos pens&#233;es et de nos sentiments. Le physicien Poincar&#233; &#233;crivait ainsi dans le chapitre &#171; L'invention math&#233;matique &#187; de son ouvrage intitul&#233; &#171; Science et m&#233;thode &#187; : &#171; Le moi inconscient ou, comme on dit, le moi subliminal, joue un r&#244;le capital dans l'invention math&#233;matique [...] le moi subliminal n'est nullement inf&#233;rieur au moi conscient ; il n'est pas purement automatique, il est capable de discernement, il a du tact, de la d&#233;licatesse ; il sait choisir, il sait deviner. ... les ph&#233;nom&#232;nes inconscients privil&#233;gi&#233;s, ceux qui sont susceptibles de devenir conscients, ce sont ceux qui, directement ou indirectement, affectent le plus profond&#233;ment notre sensibilit&#233;. On peut s'&#233;tonner de voir invoquer la sensibilit&#233; &#224; propos de d&#233;monstrations math&#233;matiques qui, semble-t-il, ne peuvent int&#233;resser que l'intelligence. Ce serait oublier le sentiment de la beaut&#233; math&#233;matique, de l'harmonie des nombres et des formes, de l'&#233;l&#233;gance g&#233;om&#233;trique. C'est un vrai sentiment esth&#233;tique que tous les vrais math&#233;maticiens connaissent. &#187; Voil&#224; comment parlait le math&#233;maticien Poincar&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le cerveau en sait plus que ne le r&#233;v&#232;le l'esprit conscient. &#187; confirme le neuroscientifique Antonio Damasio dans &#171; Le sentiment m&#234;me de soi &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sigmund Freud explique dans &#171; Notes sur l'inconscient en psychanalyse &#187; : &#171; Appelons &#171; consciente &#187; la repr&#233;sentation qui est pr&#233;sente &#224; notre conscience et dont nous nous avisons, et posons que c'est l&#224; la seule signification du terme conscient. Quant aux repr&#233;sentations latentes, si nous avons quelque raison de supposer qu'elles existent, elles seront d&#233;sign&#233;es par le terme &#171; inconscient &#187;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa conception de l'inconscient est bel et bien le principal apport de la psychanalyse de Freud, l'id&#233;e centrale de son &#233;tude du psychisme humain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Freud n'avait pas invent&#233; l'inconscient. Ce que cette notion avait de particulier chez lui, c'est que, pour lui, les r&#233;flexes, les sentiments, ou autres fonctions dites inf&#233;rieures, n'&#233;taient pas les seules pilot&#233;es inconsciemment, c'est-&#224;-dire sans que nous le sachions. Les fonctions cognitives les plus &#233;lev&#233;es avaient elles aussi une base inconsciente. C'est une id&#233;e qu'il a d&#233;velopp&#233;e tr&#232;s t&#244;t puisque d&#233;j&#224; en 1896 il parlait d' &#171; id&#233;ation inconsciente &#187; dans un article intitul&#233; &#171; L'h&#233;r&#233;dit&#233; et l'&#233;tiologie des n&#233;vroses &#187;. &#171; Nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s d'&#233;largir la notion de psychique et de reconna&#238;tre l'existence d'un psychique qui n'est pas conscient. &#187; &#233;crivait Freud dans son &#171; Initiation &#224; la psychanalyse &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La psychanalyse nous a enseign&#233; de surcro&#238;t que notre intelligence est une faible chose d&#233;pendante, un jouet et un instrument de nos impulsions et sentiments (&#8230;) &#187; expliquait-il dans une lettre dat&#233;e du 28 d&#233;cembre 1914 et adress&#233;e &#224; Frederik van Eeder. Il est difficile d'imaginer &#224; quel point il s'agissait d'un net renversement de point de vue, celui d'une &#233;poque o&#249; l'on croyait que notre intelligence pilote compl&#232;tement notre cerveau, nos id&#233;es et notre activit&#233;. L'&#234;tre humain moderne, l'homo sapiens, dispose d'un cerveau cognitif qui le distingue des autres animaux et probablement de ses pr&#233;d&#233;cesseurs humains ou pr&#233;-humains, y compris probablement des n&#233;andertaliens. Nous avons une pens&#233;e construite, ordonn&#233;e, permettant une transmission par le langage et des actions pr&#233;par&#233;es par avance. En privil&#233;giant cette pens&#233;e consciente, nous avons souvent tendance &#224; nous pr&#233;senter nous-m&#234;mes comme des &#234;tres enti&#232;rement conscients et bien des gens ont encore du mal &#224; admettre que nous ne soyons pas ma&#238;tres de nos pens&#233;es et de nos actes, sans pour autant que cette id&#233;e ait un rapport avec celle de spiritualit&#233; de type mystique ou religieux. Certes, tout notre fonctionnement corporel est ins&#233;parable de celui de notre cerveau. Cependant, cela ne signifie pas que notre conscience pilote notre fonctionnement physique. Il existe bien d'autres capacit&#233;s dans notre cerveau que celles dont nous sommes conscients. Par exemple, nous ne savons pas comment il faut r&#233;guler nos battements cardiaques, mais notre cerveau le fait, y compris pendant notre sommeil ou dans le cas d'un individu dans le coma. Ce pilotage de notre corps est inconscient. Et c'est loin d'&#234;tre le seul m&#233;canisme de notre cerveau qui ne soit pas conscient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seuls les adeptes des notions de spiritualit&#233; croyaient, du temps de Freud, que notre conscience n'est pas notre seul pilote. Les id&#233;es de Freud n'allaient pas du tout dans ce sens, puisque Freud pensait que chez tous les &#234;tres humains existait un fondement mat&#233;riel aussi bien au conscient qu'&#224; l'inconscient. En 1914, il &#233;crivait dans &#171; La naissance de la psychanalyse &#187; : &#171; Toutes nos conceptions provisoires, en psychologie, devront un jour &#234;tre plac&#233;es sur la base de supports organiques. &#187; Il ne confondait nullement les &#233;tats pathologiques des maladies nerveuses avec l'existence de pens&#233;es inconscientes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas, chez Freud, d'opposition diam&#233;trale entre conscience et inconscience. Ce sont des domaines connect&#233;s en permanence et interd&#233;pendants. Il pensait m&#234;me que la pens&#233;e inconsciente &#233;tait, chez tous les hommes, &#224; la base de la pens&#233;e consciente. Il &#233;crivait ainsi dans &#171; M&#233;tapsychologie &#187; : &#171; L'inconscience est une phase r&#233;guli&#232;re et in&#233;vitable des processus qui constituent notre activit&#233; psychique : tout acte psychique commence en tant qu'acte inconscient, et il peut soit le demeurer soit se d&#233;velopper jusqu'&#224; la conscience. &#187; Dans le sens inverse, le passage du conscient (ou du pr&#233;-conscient) &#224; l'inconscient s'appelle le refoulement. C'est un point fondamental de la conception freudienne. Freud &#233;crit en 1914 dans sa &#171; Contribution &#224; l'histoire du mouvement psychanalytique &#187; que &#171; Le refoulement est &#224; pr&#233;sent le pilier sur lequel repose l'&#233;difice de la psychanalyse. &#187; Il s'agit cette fois d'un m&#233;canisme pilot&#233; au stade pr&#233;conscient et qui renvoie dans l'inconscient des pens&#233;es ou des images d'un niveau inconscient ou pr&#233;-conscient qui auraient pu, sinon, acc&#233;der &#224; la conscience. Le refoul&#233; n'est pas d&#233;truit. Il peut m&#234;me &#234;tre ramen&#233; &#224; la conscience. Et ceci a une importance consid&#233;rable car, dans les maladies nerveuses, les fantasmes qui sont des pens&#233;es inconscientes cessent d'&#234;tre pathologiques s'ils deviennent conscients.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la psychanalyse, ce n'est pas &#224; proprement parler la d&#233;couverte de l'inconscient qui est originale mais la d&#233;couverte de la possibilit&#233; de soigner une maladie nerveuse par une m&#233;thode psychologique. Soigner une maladie nerveuse par simple discussion sans administration de m&#233;dicaments ou sans action physique comme la chirurgie est une attitude tout &#224; fait nouvelle devant la maladie. La psychanalyse entend y parvenir en rendant conscients des &#233;v&#233;nements pass&#233;s oubli&#233;s et des sentiments inconscients. De plus, il s'agit d'une auto-analyse. Le psychanalyste n'a pas pour but de d&#233;montrer au malade la cause de sa maladie. L'analyste n'est pas le m&#233;decin mais le malade lui-m&#234;me, car le proc&#233;d&#233; th&#233;rapeutique est un travail d'interpr&#233;tation au sein du cerveau du malade. Ce n'est pas la parole du psychanalyste qui soigne. Ce n'est pas non plus de parler au psychanalyste de ce que l'on sait de sa maladie. C'est d'apprendre ce qu'on croyait ne pas savoir parce que cela reposait au sein du cerveau dans un fonctionnement inconscient. En acc&#233;dant au conscient, Freud affirme que l'inconscient cesse d'&#234;tre pathologique. Dans son &#171; Introduction &#224; la psychanalyse &#187;, Il donne une d&#233;finition de ce domaine des sciences du cerveau et des comportements humains : &#171; La psychanalyse est un proc&#233;d&#233; de traitement de personnes atteintes de maladies nerveuses. (&#8230;) Nous sommes habitu&#233;s &#224; identifier le psychique et le conscient (&#8230;) La psychologie consiste pour nous dans l'&#233;tude des contenus de la conscience. La psychanalyse se doit de soulever des objections contre cette identit&#233; pr&#233;tendue entre le psychique et le conscient. (&#8230;) Elle se doit d'affirmer qu'il y a une pens&#233;e inconsciente et une volont&#233; inconsciente. (&#8230;) Les sympt&#244;mes n&#233;vrotiques, repr&#233;sentations et impulsions, nous am&#232;nent in&#233;vitablement &#224; la conviction de l'existence de l'inconscient psychique. (&#8230;) Le sens des sympt&#244;mes est inconnu des malades jusqu'&#224; ce que l'analyse r&#233;v&#232;le que ces sympt&#244;mes sont des produits inconscients qui peuvent, dans certaines conditions, &#234;tre rendus conscients (&#8230;) Les processus conscients n'engendrent pas de sympt&#244;mes n&#233;vrotiques ; et, d'autre part, d&#232;s que les processus inconscients deviennent conscients, les sympt&#244;mes disparaissent. (&#8230;) Des processus psychiques n'ayant pas pu se d&#233;velopper normalement, de fa&#231;on &#224; arriver jusqu'&#224; la conscience, ont donn&#233; lieu &#224; un sympt&#244;me n&#233;vrotique. &#187; L'inconscient d&#233;tiendrait la clef des sentiments qui torturent les personnes atteintes de maladies nerveuses incapables d'expliquer ce qui leur est arriv&#233;. Cela ne signifie pas que l'inconscient doive &#234;tre assimil&#233; au pathologique. Pour Freud, le m&#233;canisme inconscient est g&#233;n&#233;ral &#224; tous les individus. Il est indispensable au fonctionnement conscient qui d&#233;bute toujours par un m&#233;canisme inconscient. Ce message n'est pas toujours port&#233; &#224; la conscience. Pour passer &#224; la conscience, le message doit passer un seuil. Si cette limite n'est pas d&#233;pass&#233;e, le message est per&#231;u par le cerveau mais pas par la conscience. Cela signifie que nous r&#233;pondons &#224; toute question que nous ne savons pas. Dans ce cas, comment le psychanalyste pourrait-il nous faire trouver ce que nous ne savons pas ? Eh bien, r&#233;pond Freud, notre intelligence ne sait pas mais si nous laissons notre cerveau bavarder sans trop raisonner, il peut retrouver l'information enfouie dans notre cerveau, &#224; la mani&#232;re d'une personne qui ne se rappelle plus d'un nom et le retrouve sans le chercher.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre apport fondamental de Freud sur l'inconscient est d'avoir affirm&#233; que le point essentiel est dans la m&#233;moire de l'enfance. Dans &#171; L'introduction &#224; la psychanalyse &#187;, Freud &#233;crit : &#171; L'inconscient de la vie psychique est l'infantile. &#187; Il ne s'agit pas seulement des exp&#233;riences traumatisantes, ni m&#234;me des chocs r&#233;els de la vie de l'enfant, mais essentiellement des fantasmes de l'enfance. Car l'enfance est une partie de la vie o&#249; l'on est le moins capable de distinguer le r&#233;el de la fiction. Nous pensons souvent que notre conscience nous permet d'acc&#233;der directement au r&#233;el. C'est une illusion. Les informations ne sont jamais directes. Elles sont reconstitu&#233;es et trait&#233;es, avant d'&#234;tre interpr&#233;t&#233;es. Et cette interpr&#233;tation, fonction essentielle de notre conscience, agit par t&#226;tonnements, de fa&#231;on beaucoup plus d&#233;sordonn&#233;e qu'on ne le pensait. Le conscient est d'abord une fiction qui est progressivement corrig&#233;e. Chez le malade, la fiction peut l'emporter sur le r&#233;el. Le cauchemar peut sembler &#234;tre r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Freud souligne l'importance des &#233;vocations, des fantasmes, des r&#234;ves dans le fonctionnement du cerveau. Les actes ne sont pas les seuls &#224; compter. L'image, le virtuel, la repr&#233;sentation, le langage sont les &#233;l&#233;ments psychiques fondamentaux, explique Freud. Le fantasme est aussi important que le r&#233;el et est ins&#233;parable, dans le cerveau humain, du r&#233;el. La construction de certains comportements comme la sexualit&#233; ont autant de base dans le fonctionnement physique du corps et dans son d&#233;veloppement que dans des images virtuelles construites au cours de l'enfance, quand la sexualit&#233; reste virtuelle, imaginaire. Le non-conscient pour Freud n'est pas un irr&#233;el, ni un inconnaissable, ni un insensible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etudiant les souvenirs d'enfance, Freud &#233;crit : &#171; Le caract&#232;re le plus d&#233;concertant des processus inconscients, refoul&#233;s, (&#8230;) tient &#224; ce que l'examen de r&#233;alit&#233; ne vaut rien en ce qui les concerne, que la r&#233;alit&#233; de pens&#233;e est assimil&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; effective externe, le souhait assimil&#233; &#224; l'accomplissement, &#224; l'&#233;v&#233;nement (&#8230;) C'est pourquoi il est si difficile de diff&#233;rencier fantaisies inconscientes et souvenirs devenus inconscients. &#187; Dans son &#171; Introduction &#224; la psychanalyse &#187;, il rajoute : &#171; Dans le monde de la n&#233;vrose, c'est la r&#233;alit&#233; psychique qui est d&#233;terminante. &#187; Cependant, Freud ne plaide pas pour l'id&#233;e de deux mondes compl&#232;tement s&#233;par&#233;s, pour un dualisme. Au contraire, il affirme que le virtuel ne cesse d'intervenir dans le r&#233;el, et pas seulement dans le cas des pathologies, des n&#233;vroses, des hyst&#233;ries, mais chez tous les individus. Le r&#234;ve est indispensable, l'imaginaire tient une place au moins aussi grande que l'information sur le monde r&#233;el. Le fantasme construit au moins autant l'individu que sa vie r&#233;elle, physique. Et les deux sont ins&#233;parables, imbriqu&#233;s et en permanence en interaction. Cette conception modifie la compr&#233;hension du m&#233;canisme conscient qui appara&#238;t beaucoup plus erratique qu'on ne le croyait auparavant. La conscience n'est pas une prise de conscience directe du monde r&#233;el, mais un m&#233;canisme d'interpr&#233;tation non lin&#233;aire, en grande partie au hasard, par t&#226;tonnements successifs. Il n'y a pas de m&#233;canisme pr&#233;&#233;tabli mais une construction par bricolages plus ou moins rat&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes oblig&#233;s fr&#233;quemment de nous heurter &#224; notre inconscient. Nous ne pilotons pas par notre intelligence tous nos sentiments. Certains de nos actes nous semblent &#233;tranges. Parfois, nous nous apercevons que nous savions des choses que notre m&#233;moire ne nous rappelait pas. Nous ne savons pas pourquoi nous avons fait tel ou tel r&#234;ve, pourquoi tel &#233;v&#233;nement n'a pas &#233;t&#233; m&#233;moris&#233; alors qu'il a suscit&#233; un choc important pour nous, pourquoi nous ne pouvons plus retrouver l'origine de certains comportements n&#233;vrotiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas plus que la sexualit&#233; infantile, l'inconscient n'a &#233;t&#233; d&#233;couvert par Freud, mais il en a donn&#233; une interpr&#233;tation totalement nouvelle et qui, en partie, reste incomprise ou contest&#233;e. Ce n'est pas Freud qui a d&#233;couvert l'inconscient mais son originalit&#233; a &#233;t&#233; de proposer un m&#233;canisme de fonctionnement des relations entre conscient et inconscient. Pour Freud, l'inconscient ne correspond pas seulement &#224; des manifestations inconnues du cerveau : ce sont &#233;galement des ph&#233;nom&#232;nes qui auraient pu &#234;tre conscients, ou ont &#233;t&#233; conscients &#224; un moment et ont &#233;t&#233; inhib&#233;es. C'est l'hyst&#233;rie qui a mis Freud sur la voie de l'&#233;tude de l'inconscient. Si l'hyst&#233;rique est submerg&#233; par un affect dont la conscience semble tout ignorer, c'est parce qu'il existe un processus psychique non conscient. L'origine de l'hyst&#233;rie lui est apparue dans le refoulement des sentiments conscients. Freud &#233;crit dans son &#171; Introduction &#224; la psychanalyse &#187; : &#171; Le refoulement est le processus gr&#226;ce auquel un acte susceptible de devenir conscient, c'est-&#224;-dire faisant partie de la pr&#233;conscience, devient inconscient. Il y a encore refoulement lorsque l'acte psychique inconscient n'est m&#234;me pas admis dans le syst&#232;me pr&#233;conscient voisin, la censure l'arr&#234;tant au passage et lui faisant rebrousser chemin. Il n'existe aucun rapport particulier entre la notion de refoulement et celle de sexualit&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'inhibition de la conscience ou refoulement est un m&#233;canisme g&#233;n&#233;ral de fonctionnement du cerveau humain qui est l'une des principales d&#233;couvertes de Freud, au m&#234;me niveau que ses apports dans les domaines de la sexualit&#233; infantile, de la signification des r&#234;ves et du r&#244;le de la sexualit&#233; dans les maladies nerveuses. L'id&#233;e principale de la psychanalyse est qu'il est possible d'&#233;voquer consciemment des id&#233;es, des images, des &#233;v&#233;nements qui ont &#233;t&#233; enfouis dans l'inconscient. L'importance de cette possibilit&#233; provient du fait que le passage &#224; la conscience des &#233;v&#233;nements refoul&#233;s dans l'inconscient supprime les sympt&#244;mes n&#233;vrotiques, processus qui est le fondement de la th&#233;rapie psychanalytique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fondement de la psychanalyse, sa d&#233;finition m&#234;me, consiste &#224; d&#233;lier des impressions anciennes dans le cerveau qui ont &#233;t&#233; oubli&#233;es, cach&#233;es, inhib&#233;es, autocensur&#233;es, refoul&#233;es ou bloqu&#233;es, et &#224; les faire r&#233;appara&#238;tre gr&#226;ce &#224; la libre parole qui peut permettre &#224; l'inconscient de s'exprimer. Cette &#233;vocation d'impressions anciennes cach&#233;es permet au malade de sortir de son enfermement et d'en finir avec le blocage des m&#233;canismes c&#233;r&#233;braux engendr&#233;s par la crise psychologique. Freud se heurte en effet au probl&#232;me des hyst&#233;riques qui semblent tout ignorer des causes de leur mal. Les faits m&#234;mes qui sont &#224; l'origine du mal semblent inconnus du patient. La gageure que se propose la psychanalyse est de demander au patient de parler jusqu'&#224; parvenir par lui-m&#234;me &#224; la solution de cette &#233;nigme. &#171; Les pierres parlent &#187; disait Freud dans le texte intitul&#233; &#171; Sur l'&#233;tiologie de l'hyst&#233;rie &#187;. Comment peut-on d&#233;voiler soi-m&#234;me des causes que l'on ignore ? Beaucoup de penseurs s&#233;rieux pensent encore que la psychanalyse n'est rien d'autre qu'une arnaque ! La psychiatrie qui traite les malades &#224; l'aide de m&#233;dicaments leur semble g&#233;n&#233;ralement beaucoup plus s&#233;rieuse. Freud &#233;crit ainsi : &#171; Un profane trouvera sans doute qu'il est difficile de comprendre comment des troubles du corps et de l'&#226;me peuvent &#234;tre &#233;limin&#233;s par de &#171; simples &#187; mots. Il aura l'impression qu'on lui demande de croire en la magie &#187; dans l'&#233;tude intitul&#233;e &#171; Le traitement psychique &#187; (1905). Freud faisait remarquer, par exemple, que lorsque l'on ne trouve pas un mot ou un nom, la recherche syst&#233;matique ne donne rien. Par contre, laisser vagabonder son cerveau ou penser &#224; autre chose permet de retrouver le mot cherch&#233;. Le d&#233;sordre c&#233;r&#233;bral &#233;tait donc une base pour retrouver un message construit. Cela montre que le message ordonn&#233; de la conscience a besoin du d&#233;sordre inconscient sous-jacent.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'interpr&#233;tation de la conscience est, pour Freud, d&#233;pendante de l'imaginaire, du sentiment, du fantasme. Dans le cas des n&#233;vroses, le non-conscient bloqu&#233; qui fait souffrir l'individu car il refoule ses d&#233;sirs, finit par paralyser le conscient et m&#234;me le fonctionnel. La n&#233;vrose ou l'hyst&#233;rie peut mener &#224; des paralysies du cerveau et m&#234;me des paralysies de zones du corps. Ce qui ne se manifestait normalement que dans les r&#234;ves, dans les paroles non ma&#238;tris&#233;es, dans les lapsus, le non-conscient, finit par bloquer le conscient parce que l'inhibition a atteint un stade insupportable pour l'individu, menant &#224; une crise n&#233;vrotique. L'apparition du fantasme dans la vie consciente est une mani&#232;re de se lib&#233;rer des entraves r&#233;elles. Pour le malade n&#233;vrotique le fantasme est aussi vrai que s'il &#233;tait r&#233;el. Freud &#233;crit dans le livre intitul&#233; &#171; Cinq le&#231;ons sur la psychanalyse &#187; : &#171; Ces fantasmes poss&#232;dent une r&#233;alit&#233; psychique qui s'oppose &#224; la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, et nous apprenons peu &#224; peu &#224; comprendre que, dans le monde de la n&#233;vrose, c'est la r&#233;alit&#233; psychique qui est d&#233;terminante. &#187; Car le fantasme se distingue du r&#233;el parce qu'il ne poss&#232;de aucun crit&#232;re de v&#233;rification, parce qu'il est issu de l'inconscient. Tous les &#233;l&#233;ments de la vie d'un individu, ses relations avec les autres, son image de soi-m&#234;me, son histoire pass&#233;e sont des th&#232;mes qui ne connaissent pas seulement un d&#233;veloppement conscient mais aussi inconscient. L'homme emmagasine des informations mais aussi des interpr&#233;tations dont certaines seulement sont conscientes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains m&#233;canismes de l'inconscient acc&#232;dent &#224; la conscience, ce qui nous a permis de conna&#238;tre l'existence de l'inconscient, mais, comme le dit Freud, ce n'est que la partie immerg&#233;e de l'iceberg. Parfois, lorsque la situation prend un caract&#232;re pathologique, cette apparition de l'inconscient a un caract&#232;re bloquant pour la conscience, le m&#233;canisme conscient &#233;tant inhib&#233; par l'irruption de l'inconscient. Les interdits, les craintes, la peur de souffrir, les refus d'accepter une situation ont tellement pris le pas que le cerveau conscient est d&#233;rang&#233; dans son fonctionnement. C'est le cas des sympt&#244;mes hyst&#233;riques. Certaines personnes sont paralys&#233;es sans pour autant avoir de paralysie physique. Elles perdent la voix sans avoir la moindre l&#233;sion des organes de la parole. Elles ont subi une s&#233;rie de chocs psychologiques qui ont perturb&#233; la psychologie et s'expriment ainsi dans le domaine r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Examinons comment un neurologue d&#233;finit la condition d'une perception consciente en citant Antonio Damasio dans &#034;L'erreur de Descartes&#034; : &#034;Les images sur lesquelles nous raisonnons (images d'objets sp&#233;cifiques, sch&#233;mas d'action et diagrammes de relations, ainsi que leur traduction sous forme de mots) doivent non seulement occuper le centre du champ mental - ce qui est obtenu gr&#226;ce aux m&#233;canismes neuraux de l'attention - mais doivent &#234;tre maintenues plus ou moins longtemps - ce qui est obtenu gr&#226;ce aux m&#233;canismes d'une m&#233;moire de travail perfectionn&#233;e.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre cerveau voit, sait, comprend de nombreuses choses que nous ignorons. Il y a ainsi une m&#233;moire non consciente. Un amn&#233;sique semble avoir perdu compl&#232;tement la m&#233;moire de certaines choses et pourtant on peut l'aider &#224; les retrouver. Il y a bien une m&#233;moire non consciente. Les fantasmes seraient constitu&#233;s de fragments rapides tir&#233;s du r&#233;el et du virtuel dans un domaine interdisant toute distinction claire entre le r&#233;el et le virtuel. Pour Freud, la conscience poss&#232;de un syst&#232;me d'interpr&#233;tation par essais successifs qui est surveill&#233; par des m&#233;canismes de v&#233;rification. L'inconscient se diff&#233;rencie par le fait qu'aucune v&#233;rification n'est possible : il n'y a pas confrontation avec l'exp&#233;rience. C'est pour cela que le r&#234;ve, le fantasme, les obsessions, etc, ne peuvent &#234;tre supprim&#233;s de fa&#231;on rationnelle. Freud affirme que ces images doivent &#234;tre &#233;voqu&#233;es pour appara&#238;tre au niveau conscient pour cesser de perturber la personne atteinte d'une pathologie n&#233;vrotique. Il ne s'agit pas seulement de la sexualit&#233;, au sens des relations sexuelles ou de leur seule &#233;vocation, contrairement &#224; ce que certains ont pr&#234;t&#233; &#224; Freud. Il s'agit &#233;galement des relations avec les autres, de la vie sociale, des images fantasmagoriques de l'existence, des interdits de la vie sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; encore, la psychanalyse ne pr&#233;tend pas ramener le monde entier &#224; la sexualit&#233; ni au m&#233;canisme psychologique. Freud &#233;crit ainsi dans la pr&#233;face de l'&#233;dition des &#171; Essais &#187; en 1920 : &#171; Les gens sont all&#233;s jusqu'&#224; adresser &#224; la psychanalyse le reproche absurde de &#171; tout &#187; expliquer &#224; partir de la sexualit&#233;. &#187; Non pas que Freud renonce &#224; l'id&#233;e que la plupart des pens&#233;es et sentiments humains sont ins&#233;parables de la sexualit&#233; de l'enfance, de l'adolescence puis de l'&#226;ge adulte. Mais, pour Freud, il ne s'agit pas de la sexualit&#233; au seul sens physique mais au sens global, &#224; la fois r&#233;el et imaginaire, dans les sensations comme dans les sentiments. Il ne s'agit pas de consid&#233;rer que l'on tient l&#224; le m&#233;canisme unique du cerveau humain, bien entendu, mais de dire qu'aucun sentiment, aucune pens&#233;e n'est &#224; s&#233;parer compl&#232;tement de la sexualit&#233;. Freud &#233;crit dans son &#171; Introduction &#224; la psychanalyse &#187; : &#171; Toutes les fois que la psychanalyse envisageait tel ou tel &#233;v&#233;nement psychique comme un produit des tendances sexuelles, on lui objectait avec col&#232;re que l'homme ne se compose pas seulement de sexualit&#233;, qu'il existe dans la vie psychique d'autres tendances et int&#233;r&#234;ts que les tendances et int&#233;r&#234;ts de nature sexuelle, qu'on ne doit pas &#171; tout &#187; d&#233;river de la sexualit&#233;, etc. Eh bien, je ne connais rien de plus r&#233;confortant que le fait de se trouver pour une fois d'accord avec ses adversaires. La psychanalyse n'a jamais oubli&#233; qu'il existe des tendances non sexuelles, elle a &#233;lev&#233; tout son &#233;difice sur le principe de la s&#233;paration nette et tranch&#233;e entre tendances sexuelles et tendances se rapportant au &#171; moi &#187; et elle a affirm&#233;, sans attendre les objections, que les n&#233;vroses sont des produits, non de la sexualit&#233;, mais du conflit entre le &#171; moi &#187; et la sexualit&#233;. (&#8230;) De m&#234;me, il n'est pas exact de pr&#233;tendre que la psychanalyse ne s'int&#233;resse pas au c&#244;t&#233; non sexuel de la personnalit&#233;. C'est la s&#233;paration entre le &#171; moi &#187; et la sexualit&#233; qui a pr&#233;cis&#233;ment montr&#233; avec une clart&#233; particuli&#232;re que les tendances du &#171; moi &#187; subissent, elles aussi, un d&#233;veloppement significatif qui n'est ni totalement ind&#233;pendant de la libido, ni tout &#224; fait exempt de r&#233;action contre elle. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Travaux de Freud</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article3408</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article3408</guid>
		<dc:date>2013-05-22T02:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Psychanalyse</dc:subject>
		<dc:subject>Freud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Travaux de Freud &lt;br class='autobr' /&gt;
Inconscience, conscience : Freud et les derni&#232;res d&#233;couvertes en neurosciences &lt;br class='autobr' /&gt;
La psychanalyse, c'est d'abord et avant tout l'analyse des r&#234;ves par le r&#234;veur ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &#224; la psychanalyse &lt;br class='autobr' /&gt;
Cinq le&#231;ons sur la psychanalyse &lt;br class='autobr' /&gt;
Psychopathologie de la vie quotidienne &lt;br class='autobr' /&gt;
Malaise dans la civilisation &lt;br class='autobr' /&gt;
Le moi et le &#231;a &lt;br class='autobr' /&gt;
Lettre 52 de S. Freud &#224; W.Fliess &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;n&#233;gation &#8211; Freud &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur Freud &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques &#233;crits &lt;br class='autobr' /&gt;
Autres travaux &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire encore &lt;br class='autobr' /&gt;
Et toujours sur Freud &lt;br class='autobr' /&gt;
A nouveau (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique122" rel="directory"&gt;Introduction &#224; la psychanalyse, Sigmund Freud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot83" rel="tag"&gt;Psychanalyse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot170" rel="tag"&gt;Freud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Travaux de Freud&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique92&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Inconscience, conscience : Freud et les derni&#232;res d&#233;couvertes en neurosciences&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3283&#034;&gt;La psychanalyse, c'est d'abord et avant tout l'analyse des r&#234;ves par le r&#234;veur ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Introduction_%C3%A0_la_psychanalyse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Introduction &#224; la psychanalyse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Cinq_le%C3%A7ons_sur_la_psychanalyse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cinq le&#231;ons sur la psychanalyse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Psychopathologie_de_la_vie_quotidienne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Psychopathologie de la vie quotidienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://wikilivres.ca/wiki/Malaise_dans_la_civilisation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://wikilivres.ca/wiki/Le_Moi_et_le_%C3%87a&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le moi et le &#231;a&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://espace.freud.pagespro-orange.fr/topos/psycha/psysem/lettre52.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettre 52 &lt;br class='autobr' /&gt;
de S. Freud &#224; W.Fliess&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://espace.freud.pagespro-orange.fr/topos/psycha/psysem/vernein.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La d&#233;n&#233;gation &#8211; Freud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=freud+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur Freud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?mot170&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques &#233;crits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/freud.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Autres travaux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=freud+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=freud+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=#q=freud+site:http://www.matierevolution.fr+OR+site:http://www.matierevolution.org&amp;hl=fr&amp;ei=fV6OUY7sKIiX0AWnhIHoDg&amp;start=10&amp;sa=N&amp;bav=on.2,or.r_qf.&amp;bvm=bv.46340616,d.d2k&amp;fp=8a2d62e5507b5e8a&amp;biw=1024&amp;bih=629&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Et toujours sur Freud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=freud+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=#q=freud+site:http://www.matierevolution.fr+OR+site:http://www.matierevolution.org&amp;hl=fr&amp;ei=fV6OUY7sKIiX0AWnhIHoDg&amp;start=20&amp;sa=N&amp;bav=on.2,or.r_qf.&amp;bvm=bv.46340616,d.d2k&amp;fp=8a2d62e5507b5e8a&amp;biw=1024&amp;bih=629&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A nouveau sur Freud&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?mot83&amp;lang=fr&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Introduction &#224; la psychanalyse</title>
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&lt;p&gt;Lire ici - Read here&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique122" rel="directory"&gt;Introduction &#224; la psychanalyse, Sigmund Freud&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article493&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici - Read here&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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