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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Sur le mat&#233;rialisme historique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Sur le mat&#233;rialisme historique &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme historique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3414 &lt;br class='autobr' /&gt;
Franz Mehring &lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde bourgeois d'aujourd'hui consid&#232;re le mat&#233;rialisme historique comme il le faisait il y a une &#233;ternit&#233; pour le darwinisme, et pour le socialisme il y a une demi-vie. Il l'insulte sans le comprendre. Finalement, et avec beaucoup de difficult&#233;, la bourgeoisie a commenc&#233; &#224; comprendre que le darwinisme &#233;tait en r&#233;alit&#233; autre chose qu'une &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Chapter 11 : Matter depends on history - La mati&#232;re est historique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur le mat&#233;rialisme historique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3414&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3414&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franz Mehring&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde bourgeois d'aujourd'hui consid&#232;re le mat&#233;rialisme historique comme il le faisait il y a une &#233;ternit&#233; pour le darwinisme, et pour le socialisme il y a une demi-vie. Il l'insulte sans le comprendre. Finalement, et avec beaucoup de difficult&#233;, la bourgeoisie a commenc&#233; &#224; comprendre que le darwinisme &#233;tait en r&#233;alit&#233; autre chose qu'une &#171; th&#233;orie du singe &#187; et que le socialisme n'&#233;tait pas une question de &#171; partage &#187; ou de &#171; mise main sur tous les fruits &#187;. de mille ans de culture &#187;. Mais le mat&#233;rialisme historique reste encore quelque chose sur lequel ils d&#233;versent des phrases aussi stupides que bon march&#233;, le d&#233;crivant, par exemple, comme le &#171; fantasme &#187; de quelques &#171; d&#233;magogues talentueux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'&#233;tude mat&#233;rialiste de l'histoire est &#233;videmment soumise aux lois m&#234;mes du mouvement historique qu'elle &#233;tablit elle-m&#234;me. C'est le produit du d&#233;veloppement historique ; cela n'aurait pas pu &#234;tre imagin&#233; &#224; une &#233;poque ant&#233;rieure, m&#234;me par l'esprit le plus brillant. Le secret de l'histoire, de l'humanit&#233;, ne pourra &#234;tre d&#233;voil&#233; que lorsqu'un certain niveau historique aura &#233;t&#233; atteint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors que dans toutes les p&#233;riodes ant&#233;rieures, l'investigation de ces causes motrices de l'histoire &#233;tait presque impossible &#8211; en raison des interconnexions compliqu&#233;es et cach&#233;es entre elles et leurs effets &#8211; notre p&#233;riode actuelle a tellement simplifi&#233; ces interconnexions que l'&#233;nigme a pu &#234;tre r&#233;solue. Depuis l'&#233;tablissement de la grande industrie, c'est-&#224;-dire au moins depuis la paix europ&#233;enne de 1815, ce n'est plus un secret pour personne en Angleterre que toute la lutte politique reposait sur les pr&#233;tentions &#224; la supr&#233;matie de deux classes : la l'aristocratie fonci&#232;re et la bourgeoisie (classe moyenne). En France, avec le retour des Bourbons, le m&#234;me fait s'aper&#231;oit ; les historiens de la Restauration, de Thierry &#224; Guizot, Mignet et Thiers, en parlent partout comme de la cl&#233; de la compr&#233;hension de toute l'histoire de France depuis le Moyen &#194;ge. Et depuis 1830, la classe ouvri&#232;re, le prol&#233;tariat, est reconnue dans les deux pays comme un troisi&#232;me concurrent pour le pouvoir. Les conditions &#233;taient devenues tellement simplifi&#233;es qu'il aurait fallu d&#233;lib&#233;r&#233;ment fermer les yeux pour ne pas voir dans la lutte de ces trois grandes classes et dans le conflit de leurs int&#233;r&#234;ts le moteur de l'histoire moderne &#8211; du moins dans les deux pays les plus avanc&#233;s. &#187; [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#233;crivait Engels &#224; propos du point culminant du d&#233;veloppement historique qui a pour la premi&#232;re fois &#233;veill&#233; chez lui et chez Marx une compr&#233;hension de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. La fa&#231;on dont cette compr&#233;hension a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e peut &#234;tre lue dans les &#339;uvres d'Engels elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Marx et d'Engels est enti&#232;rement bas&#233;e sur le mat&#233;rialisme historique ; tous leurs &#233;crits sont fond&#233;s sur cela. C'est simplement une ruse des pseudo-sciences bourgeoises que de pr&#233;tendre qu'elles n'ont fait que des incursions occasionnelles dans la science de l'histoire afin de trouver un support &#224; une th&#233;orie de l'histoire qu'elles avaient &#171; aspir&#233;e de leurs pouces &#187;. Le Capital , comme Kautsky l'a d&#233;j&#224; soulign&#233;, est avant tout une &#339;uvre historique et, en effet, par rapport &#224; l'histoire, c'est une mine de tr&#233;sors seulement partiellement explor&#233;s. Et de la m&#234;me mani&#232;re, on peut dire que les &#233;crits d'Engels sont incomparablement plus riches en contenu qu'en port&#233;e, et qu'ils englobent infiniment plus de mat&#233;riel historique que ne le r&#234;vent les universitaires, qui prennent au premier abord quelques phrases partiellement comprises ou d&#233;lib&#233;r&#233;ment mal comprises. valeur, puis pensent qu'ils ont fait quelque chose de merveilleux en d&#233;couvrant une &#171; contradiction &#187; ou quelque chose du genre en eux. Ce serait une t&#226;che tr&#232;s utile de rassembler de mani&#232;re syst&#233;matique la richesse des vues historiques qui sont dispers&#233;es dans les &#339;uvres de Marx et d'Engels, et cette t&#226;che sera certainement r&#233;alis&#233;e &#224; un moment donn&#233;. Mais il faut pour l'instant se contenter d'une indication g&#233;n&#233;rale, car mon propos est ici de tracer seulement les grandes lignes essentielles du mat&#233;rialisme historique, et ce de mani&#232;re n&#233;gative plut&#244;t que positive, en r&#233;futant les objections les plus courantes qui sont les plus r&#233;pandues. soulev&#233; contre cela. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx lui-m&#234;me a r&#233;sum&#233; le mat&#233;rialisme historique de mani&#232;re br&#232;ve et convaincante dans son avant-propos de la Critique de l'&#233;conomie politique , publi&#233;e en 1859. Il y dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La conclusion g&#233;n&#233;rale &#224; laquelle je suis arriv&#233; et qui, une fois r&#233;alis&#233;e, est devenue le principe directeur de mes &#233;tudes peut &#234;tre r&#233;sum&#233;e comme suit. Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent in&#233;vitablement dans des relations d&#233;finies, ind&#233;pendantes de leur volont&#233;, &#224; savoir des relations de production appropri&#233;es &#224; un stade donn&#233; du d&#233;veloppement de leurs forces mat&#233;rielles de production. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, le fondement r&#233;el sur lequel s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes d&#233;termin&#233;es de conscience sociale. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus g&#233;n&#233;ral de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur existence, mais leur existence sociale qui d&#233;termine leur conscience. A un certain stade de d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en conflit avec les rapports de production existants ou &#8211; cela exprime simplement la m&#234;me chose en termes juridiques &#8211; avec les rapports de propri&#233;t&#233; dans le cadre desquels elles op&#233;raient jusqu'&#224; pr&#233;sent. De formes de d&#233;veloppement des forces productives, ces relations deviennent leurs entraves. Commence alors une &#232;re de r&#233;volution sociale. Les changements dans les fondements &#233;conomiques conduisent t&#244;t ou tard &#224; la transformation de toute l'immense superstructure. En &#233;tudiant de telles transformations, il faut toujours distinguer entre la transformation mat&#233;rielle des conditions &#233;conomiques de production, qui peuvent &#234;tre d&#233;termin&#233;es avec la pr&#233;cision des sciences naturelles, et les transformations juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques &#8211; en bref, les formes id&#233;ologiques en lesquels les hommes prennent conscience de ce conflit et le combattent. De m&#234;me qu'on ne juge pas un individu par ce qu'il pense de lui-m&#234;me, de m&#234;me on ne peut pas juger une telle p&#233;riode de transformation par sa conscience, mais, au contraire, cette conscience doit s'expliquer &#224; partir des contradictions de la vie mat&#233;rielle, du conflit existant. entre les forces sociales de production et les rapports de production. Aucun ordre social n'est jamais d&#233;truit avant que toutes les forces productives pour lesquelles il suffit n'aient &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es, et de nouveaux rapports de production sup&#233;rieurs ne remplacent jamais les anciens avant que les conditions mat&#233;rielles de leur existence n'aient m&#251;ri dans le cadre de l'ancienne soci&#233;t&#233;. L'humanit&#233; ne se fixe donc in&#233;vitablement que les t&#226;ches qu'elle est capable de r&#233;soudre, car un examen plus attentif montrera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne se pose que lorsque les conditions mat&#233;rielles de sa solution sont d&#233;j&#224; r&#233;unies ou du moins en cours de formation. Dans ses grandes lignes, les modes de production asiatiques, anciens, f&#233;odaux et bourgeois modernes peuvent &#234;tre d&#233;sign&#233;s comme des &#233;poques marquant le progr&#232;s du d&#233;veloppement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;.Le mode de production bourgeois est la derni&#232;re forme antagoniste du processus de production social &#8211; antagoniste non pas dans le sens d'un antagonisme individuel mais d'un antagonisme qui &#233;mane des conditions sociales d'existence des individus &#8211; mais les forces productives qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise cr&#233;ent &#233;galement les conditions mat&#233;rielles d'une solution &#224; cet antagonisme. La pr&#233;histoire de la soci&#233;t&#233; se termine donc avec cette formation sociale. &#187;[3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces quelques mots, la loi du mouvement de l'histoire humaine est pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re exhaustive avec une profonde clart&#233; et une lucidit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent dans aucun autre &#233;crit. Et il faut vraiment un professeur de philosophie de la belle ville lacustre de Leipzig pour y trouver, comme le fait M. Paul Barth, &#171; des mots et des images vagues &#187;, des formulations tr&#232;s vagues de statiques et de dynamiques sociales reconstitu&#233;es &#224; partir d'images. Mais dans la mesure o&#249; les &#234;tres humains sont les porteurs du d&#233;veloppement historique, Marx et Engels les avaient d&#233;j&#224; d&#233;crits comme tels onze ans plus t&#244;t dans le Manifeste du Parti Communiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire de toute soci&#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent est l'histoire des luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et pl&#233;b&#233;ien, seigneur et serf, ma&#238;tre de guilde et compagnon, en un mot oppresseur et opprim&#233;, s'opposaient constamment, menaient une lutte ininterrompue, tant&#244;t cach&#233;e, tant&#244;t ouverte, qui se terminait chaque fois soit par dans une reconstitution r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, ou dans la ruine commune des classes en conflit. Dans les premi&#232;res &#233;poques de l'histoire, nous constatons presque partout une organisation complexe de la soci&#233;t&#233; en divers ordres, une gradation multiple des rangs sociaux. Dans la Rome antique, nous avons des patriciens, des chevaliers, des pl&#233;b&#233;iens, des esclaves ; au Moyen &#194;ge, seigneurs f&#233;odaux, vassaux, ma&#238;tres de guilde, compagnons, apprentis, serfs ; dans presque tous ces cas encore, des gradations subordonn&#233;es. La soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, n&#233;e des ruines de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, n'a pas supprim&#233; les antagonismes de classe. Elle n'a fait qu'&#233;tablir de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte &#224; la place des anciennes. Notre &#233;poque, l'&#233;poque de la bourgeoisie, poss&#232;de cependant ce trait distinctif : elle a simplifi&#233; les antagonismes de classes. La soci&#233;t&#233; dans son ensemble se divise de plus en plus en deux grands camps hostiles, en deux grandes classes directement oppos&#233;es : la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. &#187; [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite la c&#233;l&#232;bre description de la mani&#232;re dont la bourgeoisie d'un c&#244;t&#233; et le prol&#233;tariat de l'autre doivent se d&#233;velopper selon les conditions de leur existence historique, description qui a r&#233;sist&#233; &#224; l'&#233;preuve de pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle de bouleversements sans pr&#233;c&#233;dent. brillamment ; elle est suivie par la preuve du pourquoi et du comment le prol&#233;tariat sera victorieux sur la bourgeoisie. Avec le renversement des anciennes conditions de production, le prol&#233;tariat niera les oppositions de classe, les classes elles-m&#234;mes, et avec elles sa propre domination en tant que classe. &#171; A la place de la vieille soci&#233;t&#233; bourgeoise, avec ses classes et ses oppos&#233;s de classe, vient une association dans laquelle le libre d&#233;veloppement de chacun sera la condition du libre d&#233;veloppement de tous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous devrions ajouter ici quelques-unes des choses qu'Engels a dites sur la tombe de son ami :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout comme Darwin a d&#233;couvert la loi du d&#233;veloppement de la nature organique, Marx a d&#233;couvert la loi du d&#233;veloppement de l'histoire humaine : le simple fait, jusqu'ici masqu&#233; par une id&#233;ologie excessive, que l'humanit&#233; doit avant tout manger, boire, avoir un abri et des v&#234;tements, avant de pouvoir poursuivre des activit&#233;s politiques, scientifiques, artistiques, religieuses, etc. ; que donc la production des moyens mat&#233;riels imm&#233;diats de subsistance et par cons&#233;quent le degr&#233; de d&#233;veloppement &#233;conomique atteint par un peuple donn&#233; ou &#224; une &#233;poque donn&#233;e constituent le fondement sur lequel les institutions &#233;tatiques, les conceptions juridiques, les id&#233;es sur l'art et m&#234;me sur la religion , des personnes concern&#233;es ont &#233;volu&#233; et &#224; la lumi&#232;re de laquelle il faut donc les expliquer, et non l'inverse, comme cela a &#233;t&#233; le cas jusqu'&#224; pr&#233;sent. &#187; [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fait simple en effet &#8211; dans l'esprit de Ludwig Feuerbach, qui disait &#224; ce sujet : &#171; C'est une marque sp&#233;cifique d'un philosophe qu'il ne soit pas professeur de philosophie. Les v&#233;rit&#233;s les plus simples sont celles que les hommes mettent le plus de temps &#224; atteindre. Feuerbach &#233;tait le lien entre Hegel et Marx, mais il fut arr&#234;t&#233; &#224; mi-chemin par les circonstances mis&#233;rables qui pr&#233;dominaient alors en Allemagne ; il consid&#233;rait encore &#171; l'arriv&#233;e &#224; la V&#233;rit&#233; &#187; comme un processus purement id&#233;ologique. Mais Marx et Engels ne sont pas &#171; parvenus &#187; au mat&#233;rialisme historique de cette mani&#232;re, et dire dans leurs &#233;loges qu'ils l'ont sorti de leur t&#234;te serait une insulte &#224; leur &#233;gard. Car m&#234;me avec les meilleures intentions du monde, cela reviendrait &#224; d&#233;clarer que toute la conception mat&#233;rialiste de l'histoire est une invention sortie d'une fantaisie vide de sens. Bien plut&#244;t, la v&#233;ritable renomm&#233;e de Marx et d'Engels consiste &#224; avoir donn&#233;, avec le mat&#233;rialisme historique lui-m&#234;me, la preuve la plus &#233;clatante de sa justesse. Ils connaissaient non seulement, comme Feuerbach, la philosophie allemande, mais aussi la R&#233;volution fran&#231;aise et l'industrie britannique. Ils ont r&#233;solu l'&#233;nigme de l'histoire humaine alors que cette t&#226;che venait tout juste de se pr&#233;senter &#224; l'humanit&#233;, alors que les &#171; conditions mat&#233;rielles &#187; de sa solution &#233;taient encore tr&#232;s impliqu&#233;es &#171; dans le processus de leur devenir &#187;. Et ils se sont r&#233;v&#233;l&#233;s &#234;tre des penseurs de premier ordre lorsqu'ils ont reconnu, il y a pr&#232;s de cinquante ans, &#224; partir de signes relativement faibles, ce que les scientifiques bourgeois de tous les pays, malgr&#233; la richesse incommensurable de preuves tr&#232;s claires, ne sont m&#234;me pas capables de saisir aujourd'hui, et dont ils n'ont tout au plus qu'une id&#233;e occasionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais donner un exemple tr&#232;s remarquable du peu de r&#233;sultats obtenus en &#233;laborant une proposition th&#233;orique &#233;trange &#224; des fins pol&#233;miques, m&#234;me si elle peut para&#238;tre extraordinairement &#233;clairante, s'accorder parfaitement dans son expression et son contenu avec la connaissance scientifique et r&#233;sulter d'une &#233;tude approfondie des connaissances historiques du d&#233;veloppement. Nous devons remercier la bont&#233; de M. le professeur Lujo Brentano pour la r&#233;f&#233;rence au fait que l'&#233;cole historique du romantisme se rapprochait tr&#232;s pr&#232;s d'une conception mat&#233;rialiste de l'histoire, notamment en relation avec un passage de Lavergne-Peguilhen, qui se lit comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Peut-&#234;tre les sciences sociales en tant que telles ont-elles fait si peu de progr&#232;s, parce que les formes &#233;conomiques elles-m&#234;mes n'ont pas &#233;t&#233; suffisamment diff&#233;renci&#233;es, parce qu'on n'a pas compris qu'elles constituent la base m&#234;me des organisations sociales et &#233;tatiques. On ne consid&#232;re pas que la production et la distribution des produits, la culture et sa diffusion, la l&#233;gislation &#233;tatique et la forme de l'&#201;tat doivent tirer leur contenu et leur d&#233;veloppement enti&#232;rement des formes &#233;conomiques ; que ces facteurs importants dans la soci&#233;t&#233; historique d&#233;coulent tout aussi in&#233;vitablement des formes &#233;conomiques et de leur application appropri&#233;e, que du produit de l'interaction cr&#233;atrice des forces productives, et que l&#224; o&#249; il y a des maux sociaux, ceux-ci trouvent g&#233;n&#233;ralement leur source dans la contradiction entre les formes de soci&#233;t&#233; et les formes d'&#201;tat. &#187; [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a &#233;t&#233; &#233;crit en 1838 par un repr&#233;sentant renomm&#233; de cette &#233;cole romantique historique, la m&#234;me &#233;cole &#224; laquelle Marx a soumis des critiques si destructrices dans son Deutsch-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher. Et pourtant, si l'on fait abstraction du fait que Marx n'a pas fait d&#233;river la production et la distribution des formes &#233;conomiques, mais qu'il a au contraire fait d&#233;river les formes &#233;conomiques de la production et de la distribution, il semble &#224; premi&#232;re vue avoir copi&#233; Lavergne-Peguilhen dans la pens&#233;e mat&#233;rialiste, th&#233;orie de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui compte, c'est &#171; l'utilisation appropri&#233;e &#187;. L'&#233;cole romantique historique &#233;tait une r&#233;action contre l'&#233;conomie politique bourgeoise classique, qui d&#233;clarait que les formes de production des classes bourgeoises &#233;taient la seule forme naturelle et que les formes &#233;conomiques de ces classes &#233;taient des lois &#233;ternelles de la nature. Contre ces exag&#233;rations, le romantisme historique s'est tourn&#233;, dans l'int&#233;r&#234;t des Junkers, vers la glorification patriarcale des relations &#233;conomiques d&#233;pendantes des propri&#233;taires fonciers et des esclaves ; &#224; l'exigence de libert&#233; politique de l'&#233;cole lib&#233;rale s'opposait la proposition selon laquelle la v&#233;ritable constitution d'un peuple ne r&#233;sidait pas dans quelques pages de lois et de statuts, mais dans les relations de pouvoir &#233;conomiques, c'est-&#224;-dire dans le cas pr&#233;sent, le ma&#238;tre et le serviteur. des relations h&#233;rit&#233;es de la p&#233;riode f&#233;odale. La lutte th&#233;orique entre l'&#233;conomie politique bourgeoise et le romantisme historique &#233;tait le reflet id&#233;ologique de la lutte des classes entre la bourgeoisie et les Junkers. Chacune des deux tendances d&#233;clarait que la forme de production et d'&#233;conomie qui convenait &#224; sa propre classe &#233;tait une loi &#233;ternelle, naturelle et immuable ; le fait que les &#233;conomistes lib&#233;raux et vulgaires utilisaient des illusions abstraites, que les romantiques historiques s'appuyaient sur des faits brutaux, que les uns aient une apparence plus id&#233;aliste, les autres une apparence mat&#233;rialiste, ne venait que de la diff&#233;rence entre le d&#233;veloppement historique des classes en lutte . La bourgeoisie s'effor&#231;ait toujours de devenir la classe dirigeante et d&#233;crivait ainsi sa prochaine p&#233;riode de gouvernement comme un &#233;tat de bonheur g&#233;n&#233;ral ; les Junkers constituaient la classe dirigeante et devaient se contenter d'id&#233;aliser de mani&#232;re romantique les relations de d&#233;pendance &#233;conomique sur lesquelles reposait leur pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration de Lavergne-P&#233;guilhen n'est elle aussi qu'une telle glorification. Il essaie simplement de dire : les formes f&#233;odales de la soci&#233;t&#233; doivent &#234;tre la base de toute l'organisation sociale et &#233;tatique ; la forme de l'&#201;tat et l'&#233;laboration des lois doivent en d&#233;couler ; s'ils s'en &#233;loignent, alors la soci&#233;t&#233; devient malade. Lavergne-P&#233;guilhen, dans l'expos&#233; qu'il tire de sa proposition, ne cache pas ses intentions. Il distingue trois formes d'organisation &#233;conomique qui se succ&#232;dent et d&#233;sormais &#171; s'entrem&#234;lent &#187; : une &#233;conomie de force, une &#233;conomie &#171; partag&#233;e &#187; et une &#233;conomie mon&#233;taire, qui correspondent aux formes &#233;tatiques du despotisme, de l'aristocratie et de la monarchie ; et les sentiments moraux de peur, d'amour et d'&#233;go&#239;sme. Ce qu'il appelle l'&#233;conomie &#171; partag&#233;e &#187;, l'aristocratie ou, pour appeler la chose par son vrai nom, la f&#233;odalit&#233;, c'est l'amour. &#171; L'&#233;change mat&#233;riel de services mutuels &#187;, &#233;crit mot pour mot Lavergne-P&#233;guilhen, &#171; est partout, source d'amour et de d&#233;vouement &#187;. Mais comme l'histoire a eu l'id&#233;e erron&#233;e d'obscurcir ces sources et de &#171; m&#233;langer &#187; les formes &#233;conomiques, ainsi Lavergne-Peguilhen veut &#171; m&#233;langer &#187; les formes de l'&#201;tat, avec bien s&#251;r une &#171; utilisation appropri&#233;e &#187;. L'aristocratie doit gouverner dans le &#171; syst&#232;me de gouvernement local &#187;, &#171; avec le pouvoir que les membres les plus riches et les plus instruits de la communaut&#233; doivent exercer &#224; la fois en tant que l&#233;gislateurs communautaires et en tant qu'administrateurs sur la grande masse de leurs prot&#233;g&#233;s priv&#233;s de leurs droits dans la communaut&#233; &#187;. Parall&#232;lement, il subsiste une part de despotisme qui, &#171; m&#234;me dans sa forme la plus extr&#234;me, ne d&#233;truit gu&#232;re les forces sociales autant que la 'tyrannie du droit' &#187; ; et aussi une partie de la monarchie, mais sans &#171; int&#233;r&#234;t personnel &#187;, et au contraire &#171; englobant tous les int&#233;r&#234;ts avec le m&#234;me amour, de son point de vue sublime &#187;. On comprend alors ce que vise Lavergne-Peguilhen : la restauration du pouvoir des seigneurs f&#233;odaux, et &#171; le Roi absolu, s'il ex&#233;cute leur volont&#233; &#187;. Son &#339;uvre est d&#233;j&#224; critiqu&#233;e dans le Manifeste du Parti Communiste , dans son jugement sur le &#171; socialisme f&#233;odal &#187; : qui &#171; &#8230; frappe parfois la bourgeoisie au c&#339;ur, par un jugement amer et plein d'esprit, qui appara&#238;t dr&#244;le par sa totale incapacit&#233; &#224; comprendre le cours de la vie &#187;. histoire moderne.&#034; Seule la deuxi&#232;me partie de ce jugement sur les romantiques allemands est encore plus pertinente que la premi&#232;re. Leur d&#233;faite face &#224; la bourgeoisie avait d&#233;j&#224; eu lieu et avait aiguis&#233; l'esprit des socialistes f&#233;odaux en France et en Angleterre. Cela leur avait donn&#233; une vague indication que &#171; les vieilles phrases de la p&#233;riode de restauration &#233;taient devenues impossibles &#187; ; tandis que la f&#233;odalit&#233; allemande et particuli&#232;rement prussienne &#233;tait encore heureusement au pouvoir et pouvait, contre les empi&#232;tements sur ses pr&#233;rogatives de la l&#233;gislation Stein-Hardenberg, qui n'&#233;tait en aucun cas d&#233;cisive, inscrire sur son &#233;tendard une f&#233;odalit&#233; m&#233;di&#233;vale d&#233;guis&#233;e : dans des lieux communs moralisateurs mais autrement intacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement cette incapacit&#233; &#224; comprendre, m&#234;me de mani&#232;re superficielle ; forme &#233;conomique autre que la f&#233;odale qui caract&#233;rise l'&#233;cole romantique historique, mais parce que, dans leurs int&#233;r&#234;ts de classe &#233;troits, ils ont cherch&#233; &#224; impr&#233;gner toutes les relations juridiques, &#233;tatiques, religieuses ou autres sur le ciel et sur la terre avec cette seule forme &#233;conomique, ils ont donc parfois frapp&#233; sur des phrases qui, de loin, ressemblent &#224; du mat&#233;rialisme dialectique, m&#234;me si elles en sont en r&#233;alit&#233; aussi &#233;loign&#233;es que : l'int&#233;r&#234;t de classe &#233;go&#239;ste par rapport &#224; la connaissance scientifique. Lavergne-P&#233;guilhen entretenait avec Marx et Engels une relation similaire &#224; celle de Gerlach et Stahl envers Lassalle vingt ans plus tard. Au S&#233;nat prussien ( Landratskammer ), Gerlach a assez souvent soutenu, &#224; sa mani&#232;re particuli&#232;re, la th&#233;orie constitutionnelle ult&#233;rieure de Lassalle contre l'opposition lib&#233;rale. Mais Lassalle lui-m&#234;me, dans son Syst&#232;me des droits acquis , avait port&#233; le coup de gr&#226;ce scientifique &#224; ces derniers rejetons du romantisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cole n'a donc rien &#224; voir avec le mat&#233;rialisme historique &#8211; ou, pour aller plus loin, elle aurait pu l'&#234;tre dans la mesure o&#249; son id&#233;ologie de classe flagrante faisait partie du ferment par lequel Marx et Engels sont parvenus &#224; la th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me cela n'a pas &#233;t&#233; le cas. Avant d'avoir pu voir l'int&#233;gralit&#233; de son &#339;uvre aujourd'hui &#224; juste titre oubli&#233;e, j'ai trouv&#233; la proposition de Lavergne-Peguilhen suffisamment frappante pour m&#233;riter d'&#234;tre adress&#233;e &#224; Engels en lui demandant si lui ou Marx avaient connu les &#233;crivains de l'&#233;cole romantique historique - Marwitz. , Adam Mueller, Haller, Lavergne-Peguilhen, etc. &#8211; et ont &#233;t&#233; influenc&#233;s par eux. Engels eut la grande gentillesse de r&#233;pondre le 28 septembre [1892 &#8211; NDLR ] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai moi-m&#234;me l'H&#233;ritage de Marwitz et j'ai lu le livre il y a quelques ann&#233;es mais je n'y ai rien d&#233;couvert &#224; part des choses superbes sur la cavalerie et une croyance in&#233;branlable dans le pouvoir miraculeux de cinq coups de fouet administr&#233;s par un noble &#224; un pl&#233;b&#233;ien. Pour le reste, je suis rest&#233; totalement &#233;tranger &#224; cette litt&#233;rature depuis 1841-42 &#8211; je n'y pr&#234;te que l'attention la plus superficielle &#8211; et je ne lui dois certainement absolument rien dans le domaine en question. Marx s'&#233;tait familiaris&#233;, &#224; l'&#233;poque de Bonn et de Berlin, avec la Restauration d'Adam Mueller et de Herr von Haller , etc. ; il ne parlait qu'avec un m&#233;pris consid&#233;rable de cette imitation insipide, grandiloquente et verbeuse des romantiques fran&#231;ais Joseph de Maistre et du cardinal Bonald. Mais m&#234;me s'il avait crois&#233; des passages comme celui cit&#233; de Lavergne-P&#233;guilhen, ils n'auraient pas pu lui faire la moindre impression &#224; ce moment-l&#224; s'il comprenait un tant soit peu ce que ces gens voulaient dire. Marx &#233;tait alors un h&#233;g&#233;lien et ce passage &#233;tait pour lui une pure h&#233;r&#233;sie. Il ne connaissait rien &#224; l'&#233;conomie politique et ne pouvait avoir aucune id&#233;e de la signification d'un terme comme Wirtschaftsform (forme &#233;conomique). Ainsi le passage en question, m&#234;me s'il l'avait connu, serait entr&#233; par une oreille et ressortirait par l'autre sans laisser de trace perceptible dans sa m&#233;moire. Mais je doute fort que des traces de telles opinions aient pu &#234;tre trouv&#233;es dans les travaux des historiens romantiques que Marx a lus entre 1837 et 1842.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage est bien s&#251;r extr&#234;mement remarquable mais j'aimerais que la citation soit v&#233;rifi&#233;e. Je ne connais pas le livre, mais son auteur m'est familier en tant qu'adh&#233;rent de &#171; l'&#233;cole historique &#187;. Le passage s'&#233;carte sur deux points de la conception moderne : 1) en d&#233;duisant la production et la distribution de la forme d'&#233;conomie au lieu, &#224; l'inverse, de d&#233;duire la forme d'&#233;conomie de la production ; et 2) dans le r&#244;le qu'il assigne &#224; &#171; l'utilisation appropri&#233;e &#187; de la forme d'&#233;conomie, ce que l'on peut consid&#233;rer comme signifiant tout ce qui est imaginable jusqu'&#224; ce que l'on apprenne du livre lui-m&#234;me ce que l'auteur a en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus &#233;trange est que la conception correcte de l'histoire se trouve in abstracto chez ceux-l&#224; m&#234;mes qui ont le plus d&#233;form&#233; l'histoire in concreto , tant th&#233;oriquement que pratiquement. Ces gens ont peut-&#234;tre vu dans le cas de la f&#233;odalit&#233; comment ici la forme de l'&#201;tat &#233;volue &#224; partir de la forme de l'&#233;conomie, car les choses ici sont claires et &#233;videntes, comme si elles &#233;taient pour ainsi dire pos&#233;es sur la paume de la main. Je dis qu'ils &#171; auraient pu &#187; parce qu'&#224; part le passage non v&#233;rifi&#233; ci-dessus &#8211; vous dites vous-m&#234;me qu'il vous a &#233;t&#233; donn&#233; &#8211; je n'ai jamais pu en d&#233;couvrir davantage que le fait qu'&#233;videmment les th&#233;oriciens de la f&#233;odalit&#233; sont moins abstraits que les lib&#233;raux bourgeois. Si l'un d'entre eux va plus loin et g&#233;n&#233;ralise cette conception de l'interconnexion entre la diffusion de la culture et la forme de l'&#201;tat, d'une part, et la forme de l'&#233;conomie au sein de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, d'autre part, en l'&#233;tendant &#224; toutes les formes d'&#233;conomie et d'&#201;tat, Comment expliquer ensuite l'aveuglement total du m&#234;me romantique d&#232;s qu'il s'agit d' autres formes d'&#233;conomie, par exemple la forme d'&#233;conomie bourgeoise et les formes d'&#201;tat correspondant &#224; ses diff&#233;rentes &#233;tapes de d&#233;veloppement : commune de corporation m&#233;di&#233;vale, monarchie absolue. , monarchie constitutionnelle, r&#233;publique ? Il est difficile de faire tenir tout cela ensemble. Et celui qui consid&#232;re la forme d'&#233;conomie comme la base de toute l'organisation sociale et gouvernementale appartient &#224; une &#233;cole pour laquelle la monarchie absolue des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles signifie d&#233;j&#224; la chute de l'homme, une trahison de la v&#233;ritable doctrine de l'&#233;conomie. &#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'il dit en outre que la forme de l'&#201;tat se produit de la m&#234;me mani&#232;re ; in&#233;vitablement par la forme de l'&#233;conomie et son utilisation appropri&#233;e, car l'enfant na&#238;t de l'union sexuelle de l'homme et de la femme. Compte tenu de la doctrine mondialement connue de l'&#233;cole &#224; laquelle appartient l'auteur, je ne peux expliquer cela que ainsi : La v&#233;ritable forme d'&#233;conomie est la forme f&#233;odale. Mais dans la mesure o&#249; la m&#233;chancet&#233; de l'homme conspire contre elle, elle doit &#234;tre &#171; utilis&#233;e de mani&#232;re appropri&#233;e &#187; de telle mani&#232;re que son existence soit &#224; l'abri de ces attaques et pr&#233;serv&#233;e pour toute l'&#233;ternit&#233; et que la &#171; forme d'&#201;tat &#187;, etc. ; peut y correspondre &#224; jamais, c'est-&#224;-dire qu'il doit &#234;tre r&#233;trojet&#233; si possible au XIIIe ou au XIVe si&#232;cle. Alors le meilleur des mondes et la plus belle des th&#233;ories historiques se r&#233;aliseraient &#233;galement et la g&#233;n&#233;ralisation lavergne-perguilh&#233;nienne serait ramen&#233;e &#224; son v&#233;ritable contenu : la soci&#233;t&#233; f&#233;odale engendre un syst&#232;me politique f&#233;odal. &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#233;crivait Engels. Et comme nous avons v&#233;rifi&#233; la citation selon ses souhaits, et fouill&#233; le livre de Lavergne-Peguilhen pour retrouver la relation expliqu&#233;e ci-dessus, nous n'avons pu que le remercier pour son explication instructive, selon laquelle &#224; partir d'un seul os, il avait correctement reconstitu&#233; tout le mastodonte f&#233;odal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devrions maintenant aborder deux des objections les plus courantes associ&#233;es au nom de mat&#233;rialisme historique. L'id&#233;alisme et le mat&#233;rialisme sont les r&#233;ponses oppos&#233;es &#224; la grande question philosophique fondamentale de la relation entre la pens&#233;e et l'&#234;tre, la question de savoir si l'esprit ou la nature est venu en premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En eux-m&#234;mes et pour eux-m&#234;mes, ils n'ont rien &#224; voir avec des id&#233;aux moraux. De tels id&#233;aux peuvent &#234;tre ch&#233;ris par le mat&#233;rialiste philosophique au plus haut et au plus pur degr&#233;, alors que l'id&#233;aliste philosophique n'a pas le moins besoin de les poss&#233;der. Mais apr&#232;s les longues ann&#233;es d'anticl&#233;ricalisme, le mot mat&#233;rialisme a pris un autre sens, insinuant l'immoralit&#233; et tendant fr&#233;quemment &#224; se glisser dans les travaux de la science bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par le mot mat&#233;rialisme, le philistin entend la gourmandise, l'ivresse, la convoitise des yeux, la convoitise de la chair, l'arrogance, la cupidit&#233;, l'avarice, la convoitise, la recherche du profit et l'escroquerie boursi&#232;re - bref, tous les vices ignobles auxquels il se livre lui-m&#234;me. priv&#233;. Par le mot id&#233;alisme, il entend la croyance en la vertu, la philanthropie universelle et, en g&#233;n&#233;ral, un &#171; monde meilleur &#187; dont il se vante devant les autres mais auquel lui-m&#234;me ne croit tout au plus que tant qu'il souffre de la gueule de bois ou de la faillite. cons&#233;quence de ses exc&#232;s &#171; mat&#233;rialistes &#187; habituels. C'est alors qu'il chante sa chanson pr&#233;f&#233;r&#233;e : &#171; Qu'est-ce que l'homme ? &#8211; Mi-b&#234;te, mi-ange &#187;. &#187; [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut utiliser ces mots dans ce sens m&#233;taphorique, il faut dire qu'aujourd'hui la profession de mat&#233;rialisme historique exige un id&#233;alisme moral &#233;lev&#233;, car elle entra&#238;ne invariablement la pauvret&#233;, la pers&#233;cution et la calomnie, alors que tout carri&#233;riste fait de l'id&#233;alisme historique sa cause. , puisqu'il offre les attentes les plus riches de tous les biens terrestres, de bonheur, de grosses sin&#233;cures, de toutes les d&#233;corations possibles de m&#233;rite, de titres et d'honneurs. Nous ne disons en aucun cas que tous les historiens id&#233;alistes sont motiv&#233;s par des raisons sordides, mais nous devrions &#234;tre autoris&#233;s &#224; rejeter toute tache immorale attach&#233;e au mat&#233;rialisme historique, comme une calomnie stupide et impudente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion entre le mat&#233;rialisme historique et le mat&#233;rialisme des sciences naturelles est plus facile &#224; comprendre, m&#234;me si elle constitue &#233;galement une erreur grossi&#232;re. Cette derni&#232;re n&#233;glige le fait que l'homme ne vit pas seulement dans la nature, mais aussi en soci&#233;t&#233;, qu'il n'existe pas seulement des sciences naturelles mais aussi des sciences sociales. Le mat&#233;rialisme historique englobe le mat&#233;rialisme des sciences naturelles, mais pas l'inverse. Le mat&#233;rialisme des sciences naturelles consid&#232;re l'homme comme une cr&#233;ation de la nature agissant consciemment, mais n'&#233;tudie pas comment la conscience de l'homme est d&#233;termin&#233;e au sein de la soci&#233;t&#233; humaine. Ainsi, lorsqu'il s'aventure sur le terrain de l'histoire, il se transforme en son contraire le plus aigu, en l'id&#233;alisme le plus extr&#234;me. Il croit &#224; la force magique et spirituelle des grands hommes qui font l'histoire ; nous nous souvenons de l'adulation de Buechner pour Friedrich II et de l'idol&#226;trie de Haeckel pour Bismarck, qui s'accompagnaient de la haine la plus absurde pour les socialistes. Elle ne conna&#238;t que les forces motrices id&#233;ales au sein de la soci&#233;t&#233; humaine. Un v&#233;ritable mod&#232;le pour cette esp&#232;ce est l'Histoire de la culture de Hellwald . Son auteur ne voit pas que la r&#233;forme religieuse du XVIe si&#232;cle n'&#233;tait que le reflet id&#233;ologique d'un mouvement &#233;conomique, mais plut&#244;t : &#171; La r&#233;forme a eu une influence extraordinaire sur les changements &#233;conomiques &#187;. Il ne remarque pas que les exigences du commerce ont conduit &#224; des arm&#233;es permanentes et &#224; des guerres commerciales, mais plut&#244;t : &#171; La recherche croissante de la paix a &#233;t&#233; la cause des arm&#233;es permanentes et a ensuite indirectement provoqu&#233; de nouvelles guerres. &#187; Il ne comprend pas la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique d'une monarchie absolue aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles, mais plut&#244;t : &#171; Il faut dire que le despotisme de Louis XIV, le r&#233;gime des serviteurs et des ma&#238;tresses de cour n'auraient jamais &#233;t&#233; possibles, si le peuple avait ont utilis&#233; leur veto contre cela, car en derni&#232;re instance, tout le pouvoir leur appartient. &#187; [9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi de suite ind&#233;finiment. Sur presque chacune de ses 800 pages, Hellwald commet des erreurs similaires, voire pires. Face &#224; ce genre ; En mati&#232;re d'&#233;criture &#171; mat&#233;rialiste &#187; de l'histoire, les historiens id&#233;alistes ont, bien s&#251;r, un jeu facile. Mais ils ne devraient pas rendre le mat&#233;rialisme historique responsable de Hellwald et de ses camarades. Le mat&#233;rialisme des sciences naturelles arrive alors au plus grand illogisme &#224; travers ce qui appara&#238;t comme la plus grande coh&#233;rence logique. En consid&#233;rant l'homme uniquement comme un animal agissant consciemment, il fait de l'histoire un patchwork insens&#233; de motivations et de buts id&#233;aux ; parce qu'elle consid&#232;re &#224; tort l'homme agissant consciemment comme une cr&#233;ation isol&#233;e de la nature, elle atteint le spectre id&#233;aliste d'une histoire de l'humanit&#233; qui se pr&#233;cipite comme une folle danse d'ombres &#224; travers les relations mat&#233;rielles de la nature &#233;ternelle. Le mat&#233;rialisme historique part plut&#244;t du fait scientifique que l'homme n'est pas simplement un animal isol&#233;, mais plut&#244;t un animal social, qu'il n'atteint la conscience que dans la communaut&#233; des groupements sociaux (tribu, gens, classe) et ne peut y vivre que comme un &#234;tre conscient. l'&#234;tre humain, de sorte que la base mat&#233;rielle de ces groupements d&#233;termine sa conscience id&#233;ale et que leur d&#233;veloppement progressif repr&#233;sente les forces motrices de l'histoire humaine. [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour ce qui a &#233;t&#233; greff&#233; sur le mat&#233;rialisme historique, abusant de sa r&#233;putation. Cela &#233;puise une grande partie des objections qui ont &#233;t&#233; soulev&#233;es. Quant &#224; une critique objective de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &#8211; hormis une tentative que je vais &#233;voquer &#8211; la science bourgeoise ne l'a jamais r&#233;alis&#233;e. Avec quels discours insens&#233;s les repr&#233;sentants les plus &#171; exemplaires &#187; de cette science cherchent &#224; franchir l'obstacle inconfortable que constituent leurs propres id&#233;alisations et embellissements destin&#233;s &#224; rassurer la conscience de classe bourgeoise ! On peut en &#234;tre convaincu &#224; maintes reprises dans la conf&#233;rence dans laquelle M. Adolf Wagner, &#171; le plus grand professeur d'&#233;conomie sociale dans les meilleures universit&#233;s allemandes &#187;, a &#233;clair&#233; davantage les hommes d&#233;j&#224; &#233;clair&#233;s du Congr&#232;s social protestant en 1892. . [11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que nous ne placions en aucune mani&#232;re tous les repr&#233;sentants de la science bourgeoise au m&#234;me niveau que ce sophiste et courtisans professionnel, nous n'avons, malgr&#233; des ann&#233;es d'observation de la critique du mat&#233;rialisme historique, rien d&#233;couvert en eux, sinon des phrases g&#233;n&#233;rales, qui sont des critiques moins objectives que des reproches moraux. Ils disent, plus ou moins, que le mat&#233;rialisme historique est une construction arbitraire de l'histoire qui r&#233;duit la vie inhabituellement diversifi&#233;e de l'humanit&#233; en une simple formule : qu'il nie toutes les forces id&#233;ales, qu'il fait de l'humanit&#233; le jouet impuissant d'un d&#233;veloppement m&#233;canique, et qu'il nie toutes les forces id&#233;ales. qu'il rejette toutes les normes morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout cela, c'est exactement le contraire qui est vrai. Le mat&#233;rialisme historique ach&#232;ve toute construction arbitraire de l'histoire ; il &#233;limine toutes les formules simples, qui tentent de traiter de la m&#234;me mani&#232;re la vie vari&#233;e de l'humanit&#233;. &#034;La m&#233;thode mat&#233;rialiste se transforme en son contraire si elle n'est pas utilis&#233;e comme guide dans les &#233;tudes historiques, mais plut&#244;t comme un mod&#232;le fini auquel on coupe les &#233;v&#233;nements historiques&#034;. [12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Engels, tout comme Kautsky, protestaient contre toute tentative visant &#224; rendre le mat&#233;rialisme historique superficiel, comme s'il n'y avait que deux camps, deux classes en conflit mutuel, des masses homog&#232;nes, la masse r&#233;volutionnaire et la masse r&#233;actionnaire. &#171; Si tel &#233;tait effectivement le cas, alors &#233;crire l'histoire serait une chose assez facile. Mais en r&#233;alit&#233;, les relations ne sont pas si faciles. La soci&#233;t&#233; est et deviendra encore plus un organisme incroyablement compliqu&#233;, avec les classes les plus diverses et les int&#233;r&#234;ts de classe les plus diff&#233;rents, qui, selon la forme des choses, peuvent se regrouper dans les partis les plus diff&#233;rents. [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique aborde chaque pan de l'histoire sans aucun pr&#233;jug&#233; ; elle l'examine simplement depuis sa base jusqu'&#224; son point culminant, depuis sa structure &#233;conomique jusqu'&#224; ses conceptions spirituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dit-on, il s'agit pr&#233;cis&#233;ment d'une &#171; construction historique arbitraire &#187;. Comment savez-vous que l'&#233;conomie est la base du d&#233;veloppement historique, et non la philosophie ? Or, nous savons par l&#224; que les hommes doivent d'abord &#234;tre capables de manger, de boire, de vivre et de s'habiller avant de pouvoir penser et &#233;crire de la po&#233;sie, que l'homme n'atteint la conscience que par ses relations sociales avec les autres hommes et que, par cons&#233;quent, son la conscience est d&#233;termin&#233;e par son &#234;tre social, et non l'inverse, son &#234;tre social par sa conscience. L'hypoth&#232;se selon laquelle les hommes ne viennent que de la pens&#233;e pour manger, boire et vivre, et qu'ils ne viennent &#224; l'&#233;conomie que de la philosophie, est pr&#233;cis&#233;ment l'hypoth&#232;se la plus manifestement &#171; arbitraire &#187;, et par cons&#233;quent l'id&#233;alisme historique conduit aux &#171; constructions historiques &#187; les plus &#233;tonnantes. Encore plus &#233;trange &#8211; ou peut-&#234;tre pas si &#233;trange &#8211; les &#233;pigones modernes de l'id&#233;alisme historique l'admettent dans un certain sens, dans la mesure o&#249; ils ne se lassent jamais de se moquer des &#171; constructions historiques &#187; de son plus grand repr&#233;sentant, Hegel. Mais ce n'est pas la &#171; construction historique &#187; de Hegel, dans laquelle ils le surpassent mille fois, qui les irrite, mais plut&#244;t la conception scientifique de Hegel de l'histoire comme processus de d&#233;veloppement humain, dont il faut escalader progressivement tous les d&#233;tours et tous les chemins confus. suivi, et dont les lois int&#233;rieures doivent &#234;tre prouv&#233;es &#224; travers toutes les contingences apparentes. Cette grande pens&#233;e, fruit le plus m&#251;r de notre philosophie classique, renaissance de la vieille dialectique grecque, a &#233;t&#233; reprise par Marx et Engels de Hegel : &#171; Nous, socialistes allemands, sommes fiers de ne pas seulement venir de Saint-Simon, de Fourier. et Owen, mais aussi de Kant et Hegel. [14] Mais ils reconnaissaient que Hegel, malgr&#233; de nombreux aper&#231;us brillants du cours du d&#233;veloppement historique, n'&#233;tait parvenu qu'&#224; des &#171; constructions arbitraires de l'histoire &#187;, parce qu'il consid&#233;rait l'effet comme la cause, les choses comme le reflet d'id&#233;es et les id&#233;es ne sont pas, comme c'est le cas en r&#233;alit&#233;, le reflet des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Hegel, cette conception &#233;tait tout &#224; fait naturelle, puisque les classes bourgeoises en Allemagne n'avaient en aucune fa&#231;on atteint une v&#233;ritable vie propre ; pour assurer une existence ind&#233;pendante, ils ont d&#251; fuir vers les hauteurs &#233;th&#233;r&#233;es des id&#233;es, et ils ont men&#233; ici leurs batailles r&#233;volutionnaires sous des formes qui n'&#233;taient pas r&#233;pr&#233;hensibles pour la r&#233;action absolutiste-f&#233;odale, ou seulement aussi l&#233;g&#232;rement irritantes que possible. La m&#233;thode dialectique de Hegel, qui pr&#233;sente l'ensemble du monde naturel, historique et spirituel comme un processus, pris dans un mouvement et un d&#233;veloppement constants, et tente de prouver les relations internes de ce mouvement et de ce d&#233;veloppement, aboutit n&#233;anmoins &#224; un syst&#232;me qui d&#233;couvre l'id&#233;e absolue dans la monarchie successorale, un id&#233;alisme chez les hussards bleus, une condition n&#233;cessaire chez les seigneurs f&#233;odaux, une signification profonde dans le p&#233;ch&#233; originel, une cat&#233;gorie chez les princes h&#233;ritiers, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s qu'une nouvelle classe est n&#233;e de la bourgeoisie allemande au cours du d&#233;veloppement &#233;conomique et est entr&#233;e dans la lutte des classes, &#224; savoir le prol&#233;tariat, il &#233;tait alors naturel que cette nouvelle classe essaie &#224; nouveau de lutter les pieds sur terre. et qu'elle abordait donc son h&#233;ritage maternel avec une certaine r&#233;serve, prenant le contenu r&#233;volutionnaire de la philosophie bourgeoise, mais rejetant sa forme r&#233;actionnaire. Nous avons d&#233;j&#224; vu que les pionniers spirituels du prol&#233;tariat ont mis la dialectique de Hegel sur pied, au lieu de la laisser sur la t&#234;te. &#171; Pour Hegel, le processus de pens&#233;e du cerveau humain, qu'il transforme m&#234;me sous le nom d'&#171; Id&#233;e &#187; en un sujet ind&#233;pendant, est le d&#233;miurge du monde r&#233;el, et le monde r&#233;el n'est que l'ext&#233;rieur, le ph&#233;nom&#233;nal. forme de &#171; l'Id&#233;e &#187;. Pour moi, au contraire, l'id&#233;al n'est rien d'autre que le monde mat&#233;riel refl&#233;t&#233; par l'esprit humain et traduit en formes de pens&#233;e. &#187; [15] Mais en cela Hegel en avait aussi fini avec le monde bourgeois qui avait pu all&#232;grement oublier le contenu r&#233;volutionnaire de sa dialectique gr&#226;ce &#224; sa forme r&#233;actionnaire. &#171; Sous sa forme mystifi&#233;e, la dialectique est devenue &#224; la mode en Allemagne, parce qu'elle semblait transfigurer et glorifier l'&#233;tat de choses existant. Dans sa forme rationnelle, c'est un scandale et une abomination pour la bourgeoisie et ses professeurs doctrinaires, car elle inclut dans sa compr&#233;hension et sa reconnaissance affirmative de l'&#233;tat de choses existant, en m&#234;me temps aussi la reconnaissance de la n&#233;gation de cet &#233;tat, de sa rupture in&#233;vitable ; parce qu'il consid&#232;re toute forme sociale historiquement d&#233;velopp&#233;e dans un mouvement fluide et prend donc en compte sa nature &#233;ph&#233;m&#232;re tout autant que son existence momentan&#233;e ; parce qu'il ne se laisse imposer par rien et qu'il est par essence critique et r&#233;volutionnaire. Et Hegel est en fait devenu une vexation et une abomination pour la bourgeoisie allemande, non pas &#224; cause de sa faiblesse, mais plut&#244;t &#224; cause de sa force, non pas &#224; cause de ses &#171; constructions historiques arbitraires &#187;, mais &#224; cause de sa m&#233;thode dialectique. Car seul ce dernier danse la danse de la mort pour la bourgeoisie, mais pas le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leur fallait donc faire table rase de tout Hegel, et le plus grand philosophe de la petite-bourgeoisie allemande a &#233;galement tir&#233; cette conclusion. Schopenhauer rejetait tout le &#171; charlatan &#187; Hegel ; il rejetait surtout la philosophie de l'histoire de Hegel. Il n'a vu aucun processus progressif de d&#233;veloppement dans l'histoire de l'humanit&#233; ; il n'y voyait qu'une histoire d'individus ; le petit-bourgeois allemand, dont il &#233;tait le proph&#232;te, est le m&#234;me qu'il &#233;tait d&#232;s le d&#233;but et sera le m&#234;me &#224; l'avenir. La philosophie de Schopenhauer atteint son point culminant dans &#171; la conviction qu'&#224; tout moment, la m&#234;me chose &#233;tait, est et sera &#187;. Il &#233;crit : &#171; L'histoire ne montre de tous c&#244;t&#233;s que la m&#234;me chose, sauf sous des formes diff&#233;rentes : les chapitres de l'histoire de l'humanit&#233; ne diff&#232;rent au fond que par le nom et les dates ; le contenu r&#233;ellement essentiel est le m&#234;me partout... le mat&#233;riau de l'histoire est l'individu dans sa solitude et son hasard, ce qui est toujours, et n'est plus, pour toujours, l'entrelacement &#233;ph&#233;m&#232;re comme les nuages dans le vent de l'humanit&#233; en mouvement, qui si souvent peut &#234;tre compl&#232;tement transform&#233;, &#224; la moindre chance. L'id&#233;alisme philosophique de Schopenhauer se rapproche tellement du mat&#233;rialisme m&#233;canique dans sa conception de l'histoire. En fait, ils sont les p&#244;les oppos&#233;s d'une m&#234;me vision &#233;troite. Et quand Schopenhauer disait sombrement du mat&#233;rialisme des sciences naturelles : &#171; Il faut enseigner &#224; ces messieurs du creuset que la simple chimie rend capable d'&#234;tre chimiste mais pas philosophe &#187;, de m&#234;me il faut lui apprendre que la simple philosophie rend capable de se faufiler, mais pas d'enqu&#234;te historique. Mais Schopenhauer &#233;tait coh&#233;rent &#224; sa mani&#232;re, et d&#232;s qu'il avait rejet&#233; la m&#233;thode dialectique de Hegel, il devait &#233;galement rejeter avec elle les constructions historiques de Hegel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre-temps, plus la petite bourgeoisie allemande se d&#233;veloppait : en une grande bourgeoisie industrielle, plus cette bourgeoisie, dans la lutte des classes, renon&#231;ait &#224; ses propres id&#233;aux et se replongeait dans l'&#233;conomie ; l'ombre de l'absolutisme f&#233;odal, plus leur besoin de prouver la raison historique de ce progr&#232;s &#233;trange et crabe s'est accru. Et comme la dialectique de Hegel devait &#234;tre pour eux une contrari&#233;t&#233; et une abomination pour les raisons &#233;voqu&#233;es par Marx, il ne leur restait plus que les constructions historiques de Hegel. Leurs historiens ont d&#233;couvert l'id&#233;e absolue dans le Reich allemand, un id&#233;al dans le militarisme, une signification profonde dans l'exploitation du prol&#233;tariat par la bourgeoisie, une condition n&#233;cessaire dans le taux d'escompte, une cat&#233;gorie dans la dynastie des Hohenzollern, etc. Et &#224; sa mani&#232;re stupide et rus&#233;e de commer&#231;ants, la bourgeoisie pr&#233;tend r&#233;aliser l'id&#233;alisme bourgeois, tout en lan&#231;ant des accusations de &#171; construction historique arbitraire &#187; contre le v&#233;ritable sauveur de ce qu'il y avait de significatif et de grand dans son id&#233;alisme. Alors les Gracques d&#233;plorent encore une fois le tumulte, et quel genre de Gracques ils sont !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie allemande classique , Marx/Engels : &#338;uvres s&#233;lectionn&#233;es , p.614 [&#201;dition en un volume, Lawrence et Wishart, 1968, ci-apr&#232;s MESW ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pour &#234;tre juste, nous devons souligner explicitement que quelques chercheurs en histoire bourgeois tentent d'adopter une attitude moins biais&#233;e &#224; l'&#233;gard de la th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'histoire. Ainsi, les Jahresberichte der Geschichtswissenschaft ( Annales de la science historique ) publi&#233;es par Jastrow enregistrent le deuxi&#232;me volume du Capital comme un ouvrage tr&#232;s important en particulier pour la science historique, et dans l' Historische Zeitschrift , n&#176; 68, p. 450, Paul Hinneberg dit dans un des critiques &#171; qui frappent de mani&#232;re audible aux portes de la science des &#339;uvres comme l'Ancient Society de Morgan et le Mutterrecht de Bachofen &#187;. Mais le r&#233;dacteur en chef, M. Max Lehmann, professeur d'histoire &#224; Leipzig, ajoute &#224; cela cette note pleine d'esprit : &#171; Nous regrettons qu'ici et l&#224; un coll&#232;gue &#233;coute ces coups ; c'est-&#224;-dire que nous laissons Herr Morgan dehors. Qu'il fournisse &#224; Herren Engels et Bebel la part de pr&#233;tendue connaissance qu'ils estiment indispensable pour fonder leurs th&#233;ories. &#187; C'est, &#224; notre connaissance, la seule mention du mat&#233;rialisme historique dans plus de soixante-dix volumes de l' Historische Zeitschrift , l'organe principal de la science historique bourgeoise ! [Note de Mehring]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Marx, Pr&#233;face &#224; Une contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique , MESW , p.182.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Marx et Engels, Manifeste du Parti Communiste , MESW , pp.35-36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. MESW , p.429.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Lavergne-Peghuilen, Die Bewegungs- und Produktionsgesetze , p.225&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Engels &#224; Mehring, septembre 1892. Marx-Engels, Correspondance choisie , pp.449-450.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Engels, Ludwig Feuerbach , MESW , pages 600-601.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Hellwald, Kulturgeschichte in ihrer nat&#252;rlichen Entwicklung , p.688, 689f.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Des sociologues bourgeois comme Herbert Spencer affirment tr&#232;s s&#233;rieusement, comme nous le savons, que l'homme est bien une cr&#233;ation isol&#233;e de la nature. Ils parlent de son &#171; activit&#233; individuelle dans sa condition primitive &#187;. Mais ce que nous avons ici n'est qu'une r&#233;&#233;dition darwiniste et embellie de la doctrine du contrat social, qu'aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles les id&#233;ologues de la bourgeoisie naissante, de Hobbes &#224; Rousseau, ont transf&#233;r&#233;e de l'av&#232;nement de l'&#201;tat moderne &#224; partir des trait&#233;s. conclu entre les princes et les villes pour vaincre l'anarchie f&#233;odale, jusqu'&#224; l'essor de la soci&#233;t&#233; humaine. Voir &#224; ce sujet Kautsky, Die sozialen Triebe in der Menschenwelt , Neue Zeit , 2e ann&#233;e, p.13ff. [Note de Mehring].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Adolf Wagner, Das neue sozialdemokratische Programm , p.9f. Nous avons pris la libert&#233; de d&#233;cortiquer un peu les absurdit&#233;s de M. Wagner dans Neue Zeit , 10e ann&#233;e, vol. 2, p.577 et suiv. [Note de Mehring].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Vorw&#228;rts , 5 octobre 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Kautsky, Die Klassengegens&#228;tze von 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Engels, Pr&#233;face &#224; l'&#233;dition allemande du Socialisme, utopique et scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Marx, Le Capital , Postface &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition allemande , Moscou, 1961, p.29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/01.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/01.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/02.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/02.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/03.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/03.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6320&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6320&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/app.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/app.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herbert Marcuse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5544&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5544&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pannekoek&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1117&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1117&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6381&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6381&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2436&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2436&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3667&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3667&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment le pass&#233; agit sur le pr&#233;sent et le futur&#8230;</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article7168</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article7168</guid>
		<dc:date>2021-05-31T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Temps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jean-Claude Ameisen dans &#034;La sculpture du vivant&#034; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'&#233;volution est une succession infinie d'accidents, construisant, d&#233;construisant, et reconstruisant sans cesse, faisant na&#238;tre de la nouveaut&#233;.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Un ch&#226;teau, patchwork de toutes les &#233;poques &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment le pass&#233; agit sur le pr&#233;sent et le futur&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse nous semble la suivante : des structures ont une certaine t&#233;nacit&#233; ou durabilit&#233; et se conservent malgr&#233; l'&#233;coulement du temps et malgr&#233; certains changements des conditions ext&#233;rieures. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Chapter 11 : Matter depends on history - La mati&#232;re est historique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot77" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jean-Claude Ameisen dans &#034;La sculpture du vivant&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'&#233;volution est une succession infinie d'accidents, construisant, d&#233;construisant, et reconstruisant sans cesse, faisant na&#238;tre de la nouveaut&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_14790 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L350xH249/chateau_rup-13b2-fe89d.jpg?1776317660' width='350' height='249' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un ch&#226;teau, patchwork de toutes les &#233;poques&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment le pass&#233; agit sur le pr&#233;sent et le futur&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse nous semble la suivante : des structures ont une certaine t&#233;nacit&#233; ou durabilit&#233; et se conservent malgr&#233; l'&#233;coulement du temps et malgr&#233; certains changements des conditions ext&#233;rieures. Plus ces structures sont durables, plus elles interviennent sur des temps plus &#233;loign&#233;s et ainsi, &#224; toute &#233;poque, on trouve des structures tr&#232;s anciennes qui c&#244;toient d'autres moins anciennes et d'autres encore tr&#232;s r&#233;centes. Une situation ne d&#233;pend pas ainsi du seul moment pr&#233;sent mais de toutes les &#233;poques pass&#233;es, y compris les plus anciennes, en fait de toute l'histoire, non seulement celle de cette structure mais aussi celle des structures qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; et sont &#224; son origine. Chacun sait que le pr&#233;sent d&#233;pend du pass&#233; mais cela ne signifie pas qu'il d&#233;pende seulement du pass&#233; le plus r&#233;cent. La situation &#224; un instant donn&#233; n'est pas issue de la situation &#224; l'instant juste pr&#233;c&#233;dant ou tr&#232;s proche mais parfois directement de situations tr&#232;s lointaines dans le temps. Attention, un &#233;tat pr&#233;sent ne d&#233;pend nullement de tous les &#233;tats qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, car la plupart des structures anciennes ont disparu sans laisser de trace et sans avoir d'influence dans le futur !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va ainsi des anciennes soci&#233;t&#233;s humaines dont certaines ont une grande influence sur nous, y compris pour des soci&#233;t&#233;s tr&#232;s anciennes mais la plupart des soci&#233;t&#233;s anciennes ont disparu sans laisser de trace ou du moins sans nous influencer nullement&#8230; Si on examine ainsi la soci&#233;t&#233;, on y trouve des traces importantes de tr&#232;s nombreuses &#233;poques, m&#234;me si, tr&#232;s souvent, on en a peu conscience. Ces traces ont chacune une date d'origine et notre soci&#233;t&#233; n'h&#233;rite pas seulement ainsi de ses propres origines mais aussi des origines de multiples soci&#233;t&#233;s plus anciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation, c'est-&#224;-dire un monde historique marqu&#233; par des changements radicaux, &#224; savoir l'&#233;mergence de nouveaut&#233; structurelle brutale, ne concerne pas seulement les soci&#233;t&#233;s humaines, loin de l&#224;. Elle concerne l'Univers entier, des &#233;toiles, galaxies et autres ph&#233;nom&#232;nes de l'Espace au Vivant, en passant par la soci&#233;t&#233; humaine et sa pens&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, une image classique du corps humain, avec des attributs divers, &#171; invent&#233;s &#187; &#224; diverses &#233;poques par des esp&#232;ces diverses, est celui d'un ch&#226;teau patchwork de toutes &#233;poques et tous styles, construit au Moyen-&#226;ge ancien puis r&#233;nov&#233; au Moyen-&#226;ge r&#233;cent, puis &#224; la renaissance, puis dans la p&#233;riode classique, et qui aurait, suivant les fa&#231;ades, des bouts et des morceaux, des structures et des styles de toutes les &#233;poques, suivant les rafistolage et adaptations r&#233;alis&#233;es par leurs divers propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de constater que l'homme est un produit de l'histoire et pas seulement de l'histoire de son cerveau. En effet, tous les &#233;l&#233;ments qui caract&#233;risent notre physiologie sont n&#233;s &#224; des &#233;poques diverses (apparus chez divers anc&#234;tres de l'homme). Prenons simplement quelques &#233;l&#233;ments de son squelette :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a &#8211; la formule dentaire de base il y a 3,5 millions d'ann&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b &#8211; le bassin il y a 3,5 millions d'ann&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c &#8211; l'extr&#233;mit&#233; du scrotum il y a 2,5 millions d'ann&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d &#8211; le genou et le pied il y a 1,8 millions d'ann&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e &#8211; le coude il y a 1,5 millions d'ann&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;f &#8211; la position du cr&#226;ne par rapport &#224; la colonne il y a 250.000 ans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;g &#8211; le poignet et la forme sph&#233;rique du cr&#226;ne il y a 100.000 ans qui est la derni&#232;re &#233;volution importante du squelette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons plus en d&#233;tails ce patchwork historique qu'est un homme issu d'une succession de r&#233;volutions qui n'ont rien d'une progression continue ni lin&#233;aire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 milliards d'ann&#233;es, les particules qui constituent notre corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3,5 milliards d'ann&#233;es, la vie, les prot&#233;ines, l'ARN et l'ADN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2,8 milliards d'ann&#233;es, la vie utilisant l'oxyg&#232;ne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2,2 milliards d'ann&#233;es, notre noyau cellulaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 milliard d'ann&#233;es, la sexualit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;670 millions, notre fonctionnement pluricellulaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;500 millions d'ann&#233;es, la vie hors de l'eau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;450 millions d'ann&#233;es, les d&#233;buts de notre syst&#232;me vert&#233;bral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;400 millions d'ann&#233;es, notre vie terrestre et formation de la m&#226;choire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;200 millions d'ann&#233;es, notre fonctionnement de mammif&#232;res avec notamment l'invention de la mamelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;100 millions d'ann&#233;es, le placenta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60 millions d'ann&#233;es, vision trichromatique des primates&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;environ 10 millions d'ann&#233;es, anc&#234;tre commun des primates et des hominid&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 millions d'ann&#233;es, notre apparition en Afrique en tant qu'&#234;tre ressemblant &#224; l'homme (australopith&#232;que)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 millions d'ann&#233;es, notre bip&#233;die&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3,8 millions d'ann&#233;es, notre vo&#251;te plantaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3,5 millions d'ann&#233;es, notre formule dentaire de base et notre bassin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 millions d'ann&#233;es, notre utilisation des outils&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2,5 millions d'ann&#233;es, notre scrotum&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 millions d'ann&#233;es, notre fonctionnement chromosomique et la grande phase de c&#233;phalisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;environ 2 millions d'ann&#233;es, notre pharynx notre larynx et nos zones du cerveau permettant le pr&#233;langage (lallation) puis le langage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1,8 millions d'ann&#233;es, de nouvelles &#233;tapes vers notre configuration actuelle : face plus aplatie, front relev&#233;, incisives et canines plus d&#233;velopp&#233;es, molaires et pr&#233;molaires plus petites, bourrelet au dessus des yeux disparu, agrandissement du cerveau (homo habilis)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;plus d'un million d'ann&#233;es, lib&#233;ration du front des muscles qui retenaient le cr&#226;ne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1,8 millions d'ann&#233;es, nos os du pied et notre genou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1,5 millions d'ann&#233;es, notre coude&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;400.000 ans, notre os sph&#233;no&#239;de du cr&#226;ne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;338.000 ans, une g&#233;n&#233;tique tr&#232;s proche de celle de l'homme actuel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;250.000 ans, notre trou occipital dans le prolongement de la colonne vert&#233;brale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;200.000 ans, le premier homo sapiens en Afrique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;100.000 ans, la forme sph&#233;rique du cr&#226;ne et le poignet ; c'est-&#224;-dire homo sapiens sapiens (moderne)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.000 ans, l'homme agriculteur Les datations pr&#233;c&#233;dentes sont indiqu&#233;es &#224; titre tout &#224; fait indicatif et seulement pour montrer combien l'homme est fait de briques de toutes &#233;poques&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie &#224; la fois que l'Histoire a transform&#233; fondamentalement et brutalement les structures mais aussi qu'elle a conserv&#233; en partie par la suite ces transformations radicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, si on prend le domaine du Vivant, on trouve des restes de tr&#232;s nombreuses esp&#232;ces n&#233;es &#224; des &#233;poques tr&#232;s diverses. On trouve des restes de l'apparition des virus, des restes de l'apparition des bact&#233;ries et des restes de l'apparition des pluricellulaires. Ce qui en est rest&#233; coexiste et interagit. Et chaque reste est n&#233; &#224; une &#233;poque diff&#233;rente. Notre pr&#233;sent n'est pas h&#233;ritier d'une seule &#233;poque du pass&#233; mais de plusieurs et, par contre, certaines p&#233;riodes du pass&#233; ou certaines structures de celui-ci sont compl&#232;tement effac&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e humaine est elle aussi fond&#233;e sur des id&#233;es r&#233;centes, un peu anciennes et tr&#232;s anciennes. Certains modes de pens&#233;e ont compl&#232;tement disparu et d'autres nous ont marqu&#233; et sont influentes encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pass&#233; influe sur le pr&#233;sent et sur l'avenir mais de mani&#232;re inattendue et in&#233;gale. Parfois, les restes du pass&#233; sont effac&#233;s ou sans influence, parfois ils ont une influence immense. Parfois cette derni&#232;re est cach&#233;e, semble inexistante et elle r&#233;&#233;merge brutalement dans des circonstances particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps agit ainsi de mani&#232;re discontinue, non-lin&#233;aire, &#233;mergente, dialectique, r&#233;volutionnaire, souvent inattendue ou difficile &#224; pr&#233;dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour la mati&#232;re dite inerte : on y trouve des effets de temps r&#233;cents, de temps plus lointains et m&#234;me tr&#232;s tr&#232;s anciens qui se retrouvent m&#234;l&#233;s. Les particules mat&#233;rielles et lumineuses (dites fermions et bosons) ont des dates d'origines tr&#232;s diverses et, au travers d'elles, le pass&#233; parfois tr&#232;s lointain se m&#234;le au pr&#233;sent. Ce n'est pas leur mati&#232;re qui s'est conserv&#233;e, c'est seulement leur structure, leurs propri&#233;t&#233;s, leur fonctionnement. On se souvient de la comparaison de cette conservation avec celle d'une tr&#232;s vieille barque en bois de p&#234;cheur dont toutes les planches auraient d&#251; &#234;tre remplac&#233;es mais qui conserverait intacte la structure d'ensemble de la vieille barque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le mode de conservation de la mati&#232;re, qu'il s'agisse de mati&#232;re inerte ou vivante. C'est &#233;galement le mode de conservation de certaines caract&#233;ristiques d'anciennes structures sociales. Les membres qui y participent ont chang&#233; mais la structure de conserve sur certains plans au moins et agit ainsi sur des &#233;poques bien plus &#233;loign&#233;es que celle de la fin de ces structures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi on remarque que ce qui influence notre cerveau n'est pas seulement la mani&#232;re dont nous vivons mais aussi la mani&#232;re dont d'autres hommes d'un pass&#233; tr&#232;s lointain ont v&#233;cu. Notre cerveau fonctionne aussi parfois comme un organe des chasseurs-cueilleurs et pas seulement des premiers agriculteurs, alors que notre soci&#233;t&#233; s'est d&#233;tourn&#233;e depuis belle lurette m&#234;me de l'agriculture !!! Ces diff&#233;rentes sortes d'hommes, radicalement diff&#233;rentes, sont m&#234;l&#233;es en nous&#8230; Nous trouvons souvent dans l'homme actuel des restes de r&#233;actions, d'&#233;motions, de gestes, de sentiments, de pens&#233;es qui ont des origines de toutes &#233;poques, du pr&#233;sent au pass&#233; le plus ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me de nos mots, de nos expressions, de nos phrases, de nos moyens de communication qui m&#234;lent toutes sortes d'&#233;poques et de situations tr&#232;s diverses&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre m&#233;moire &#233;galement, il n'y a pas de s&#233;paration herm&#233;tique entre pass&#233; lointain, pass&#233; proche et pr&#233;sent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a parl&#233; souvent de &#171; d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; &#187; de la soci&#233;t&#233; humaine. Eh bien, en fait cela d&#233;passe largement la soci&#233;t&#233; humaine et cela concerne toutes les formes du d&#233;veloppement, de celui des esp&#232;ces &#224; celui de la mati&#232;re inerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que des formes anciennes peuvent subsister, que leur conservation peut durer, pour finalement mener &#224; un saut dans l'&#233;volution, le pr&#233;sent apportant un changement radical, longtemps retard&#233; et que des formes et des structures de toutes &#233;poques d'origine coexistent et interagissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le ciel est plein de photons issus de mondes datant d'&#233;poques diverses (d'autant plus anciennes que les photons viennent de plus loin). Ces photons du pass&#233; lointain se m&#234;lent &#224; ceux du pass&#233; proche et du pr&#233;sent de la m&#234;me mani&#232;re que les traits anciens du corps de l'&#234;tre vivant se m&#234;lent aux traits plus r&#233;cents dans l'&#233;volution, ou encore comme les traits sociaux tr&#232;s anciens se m&#234;lent aux traits plus r&#233;cents ou actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il n'y a pas que les photons qui viennent du pass&#233;. Tout ensemble de particules est plein de structures issues de multiples &#233;poques, comme tout b&#226;timent, tout langage, toute soci&#233;t&#233;, toute esp&#232;ce vivante, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pass&#233; ancien, le pass&#233; r&#233;cent, le pr&#233;sent ne repr&#233;sentent pas une succession de faits se suivant de mani&#232;re lin&#233;aire, continue, progressive, sans rupture, sans retour en arri&#232;re, sans interaction directe du pass&#233; le plus lointain sur le pr&#233;sent. Les temps sont bien plus imbriqu&#233;s que cela. Le passage du pass&#233; au pr&#233;sent et au futur est plein de contradictions dialectiques. L'opposition entre pass&#233; et pr&#233;sent est elle-m&#234;me dialectique. L'&#233;coulement du temps est beaucoup plus discontinu et contradictoire que le param&#232;tre temps math&#233;matique peut le laisser croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article31&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mati&#232;re est historique, comme la soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2911&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'esp&#232;ce humaine, comme produit du d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; de la vie animale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2355&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un monde historique, qu'est-ce que cela implique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3945&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'histoire de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article27&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le fonctionnement r&#233;volutionnaire du vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3908&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme, une esp&#232;ce r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4884&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment le Vivant mesure le Temps&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2761&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le r&#233;el n'est pas la succession temporelle, lin&#233;aire, logique et graduelle des &#233;tats actuels&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3165&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique de l'instant et de la dur&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4861&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps est-il r&#233;el (c'est-&#224;-dire physique) ou subjectif ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article598&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que le temps ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Quelques questions sur le temps en Physique&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4332&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4332&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La raison dialectique dans l'Histoire</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article5952</link>
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		<dc:date>2018-06-30T22:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La raison dialectique dans l'Histoire &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-on d&#233;crire le point de vue inverse &#224; celui de la dialectique, celui de la logique non dialectique dans l'Histoire ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est celle des oppositions diam&#233;trales. Ou bien l'histoire ob&#233;it &#224; un d&#233;terminisme (&#224; un ordre), ou bien elle ob&#233;it au pur hasard (&#224; un d&#233;sordre). Ou bien l'individu agit dans l'histoire ou bien ce sont les groupes humains (classes sociales ou autres). Ou bien, l'homme change sa propre histoire ou bien il ne la change pas. Ou (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Chapter 11 : Matter depends on history - La mati&#232;re est historique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La raison dialectique dans l'Histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-on d&#233;crire le point de vue inverse &#224; celui de la dialectique, celui de la logique non dialectique dans l'Histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est celle des oppositions diam&#233;trales. Ou bien l'histoire ob&#233;it &#224; un d&#233;terminisme (&#224; un ordre), ou bien elle ob&#233;it au pur hasard (&#224; un d&#233;sordre). Ou bien l'individu agit dans l'histoire ou bien ce sont les groupes humains (classes sociales ou autres). Ou bien, l'homme change sa propre histoire ou bien il ne la change pas. Ou bien, les id&#233;es de l'homme sont d&#233;terminantes, ou bien elles n'agissent pas sur la r&#233;alit&#233;. Ou bien, les &#233;tapes historiques se succ&#232;dent en un progr&#232;s, ou bien il n'y a pas d'&#233;tapes de l'Histoire. Ou bien l'appartenance de classe est d&#233;terminante ou elle ne d&#233;termine rien dans l'individu. Ou l'homme est libre ou il est encha&#238;n&#233;. Ou le hasard ou la loi. Ou la libert&#233; ou la n&#233;cessit&#233;. Ou le d&#233;terminisme ou l'ind&#233;terminisme. Ou l'absolu ou le relatif. Ou le continu ou le discontinu. Ou le progr&#232;s ou l'absence totale de progression. Ou une classe sociale est progressive ou elle est r&#233;gressive. Ou on est dans une p&#233;riode d'agitation ou on est dans une p&#233;riode de calme. Et, dans une p&#233;riode de crise, ou on est dans une r&#233;volution ou on est dans une contre-r&#233;volution. Ou on est dans une d&#233;mocratie ou on est dans une dictature. L'Histoire ob&#233;it &#224; la loi de cause &#224; effet, ou elle n'y ob&#233;it pas. L'Histoire des hommes suit une logique ou elle subit des contradictions. Ou bien l'homme est d'abord une pens&#233;e, ou bien il est d'abord une action. Ou bien l'homme fait sa propre histoire ou bien il est domin&#233; par elle. Ou bien l'homme domine la nature ou bien la nature domine l'homme. Ou bien l'homme est un animal ou bien il ne l'est pas. L'esp&#232;ce est ou bien conservation ou bien transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2975&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir ici la conception dichotomique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4089&#034;&gt;Contradictions diam&#233;trales et contradictions dialectiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conceptions oppos&#233;es &#224; la raison dialectique, tous ces &#171; ou &#187; sont exclusifs (deux propositions oppos&#233;es ne peuvent &#234;tre vraies toutes les deux) et il n'existe pas une troisi&#232;me possibilit&#233; qui puisse &#234;tre vraie (tiers exclus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une situation ne peut pas, dans une raison non dialectique, se changer en son inverse. Une situation r&#233;volutionnaire ne peut pas se changer en contre-r&#233;volution, ni l'inverse. L'ordre ne peut pas se changer en d&#233;sordre, ni l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1561&#034;&gt;Voir ici la dialectique de l'ordre et du d&#233;sordre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison non dialectique, c'est celle dans laquelle le tout est la somme des parties. La soci&#233;t&#233; est la somme de ses classes sociales et chacune de ses individus. La classe sociale ne fait qu'additionner les propri&#233;t&#233;s des individus qui y appartiennent. La ville est la somme de ses citoyens. L'Etat est la somme de ses fonctions. L'&#233;conomie est la somme de l'action &#233;conomique des individus. L'Histoire est la succession des &#233;v&#233;nements. Le temps est le d&#233;roulement des instants. Le vivant est la somme des cellules. La g&#233;n&#233;tique est le produit de la somme des g&#232;nes. La mati&#232;re est somme de masses et de charges. La d&#233;finition (ou le contenu du concept) est la somme des propri&#233;t&#233;s caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2346&#034;&gt;Le tout est-il la somme des parties ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1399&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Logique formelle et logique dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3702&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelle est la philosophie dialectique de l'Histoire de Friedrich Hegel ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3165&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique de l'instant et de la dur&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2970&#034;&gt;La dialectique du concept&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3777&#034;&gt;La dialectique, un simple mode de pens&#233;e ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5222&#034;&gt;Pourquoi parler de dialectique de la nature ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4437&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Evolution des esp&#232;ces et contradictions dialectiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4293&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les contradictions dialectiques de la connaissance humaine du monde&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3152&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Histoire a-t-elle un sens ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3945&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'histoire de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article31&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mati&#232;re est historique, comme la soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mat&#233;rialisme et R&#233;volution </title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article5565</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article5565</guid>
		<dc:date>2017-08-08T23:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Le point de vue de l'ancien mat&#233;rialisme est la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Le point de vue du nouveau mat&#233;rialisme, c'est la soci&#233;t&#233; humaine, ou l'humanit&#233; socialis&#233;e. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#232;ses sur Feuerbach (1845) de Karl Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment se pose la question du mat&#233;rialisme pour les militants r&#233;volutionnaires ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mat&#233;rialisme dont nous parlons ici n'est pas le mode de pens&#233;e dit &#171; terre &#224; terre &#187; ou de l'int&#233;r&#234;t purement mat&#233;riel et oppos&#233; &#224; la pens&#233;e. C'est la conception philosophique &#8211; conception de tout un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Chapter 11 : Matter depends on history - La mati&#232;re est historique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le point de vue de l'ancien mat&#233;rialisme est la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Le point de vue du nouveau mat&#233;rialisme, c'est la soci&#233;t&#233; humaine, ou l'humanit&#233; socialis&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach (1845) de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Comment se pose la question du mat&#233;rialisme pour les militants r&#233;volutionnaires ?&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme dont nous parlons ici n'est pas le mode de pens&#233;e dit &#171; terre &#224; terre &#187; ou de l'int&#233;r&#234;t purement mat&#233;riel et oppos&#233; &#224; la pens&#233;e. C'est la conception philosophique &#8211; conception de tout un chacun et pas seulement des philosophes et &#171; penseurs &#187; - qui consid&#232;re que la conscience humaine est le plus souvent en retard sur la r&#233;alit&#233; et qu'elle ne transforme vraiment la r&#233;alit&#233; qu'en la suivant et non en la pr&#233;c&#233;dant. C'est la r&#233;alit&#233; qu'il faut transformer et pas seulement la pens&#233;e sur cette r&#233;alit&#233;. C'est la r&#233;alit&#233; qu'il faut &#233;tudier et pas seulement l'opinion. L'opinion publique peut non seulement &#234;tre en retard sur la r&#233;alit&#233; mais m&#234;me compl&#232;tement a contrario de la r&#233;alit&#233;. Le plus souvent l'opinion publique, c'est ce que la classe dirigeante souhaite qu'on pense et ce n'est m&#234;me pas ce que cette classe poss&#233;dante pense elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e la plus courante est que la soci&#233;t&#233; suit l'opinion publique et non l'inverse. Ce n'est pas la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e la plus courante, c'est que c'est la majorit&#233; qui d&#233;termine le cours des choses dans les soci&#233;t&#233;s dites d&#233;mocratiques. Ce n'est pas la n&#244;tre. C'est l'infime minorit&#233; des possesseurs de capitaux &#224; la seule exception pr&#232;s des p&#233;riodes dites r&#233;volutionnaires, qui sont des p&#233;riodes relativement courtes et rares dans l'Histoire, les exploit&#233;s &#233;tant le plus souvent aussi opprim&#233;s sur le plan de leur conscience, de leur organisation et de leur capacit&#233; &#224; se diriger eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e la plus courante, c'est que les hommes p&#234;chent d'abord par leur conscience et non par leur situation objective. Ce n'est pas la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e la plus courante, c'est qu'il faudrait d'abord changer l'&#233;ducation des hommes et on changera ainsi l'&#233;tat social et politique. Ce n'est encore pas la n&#244;tre. Les &#233;ducateurs eux-m&#234;mes sont d'abord &#233;duqu&#233;s par l'&#233;tat social et pas par la p&#233;dagogie ou l'&#233;cole. La soci&#233;t&#233; et le syst&#232;me qu'elle suppose sont la premi&#232;re &#233;ducation de tous les hommes et elle les p&#233;n&#232;tre &#224; peu pr&#232;s compl&#232;tement au point que le syst&#232;me social peut les r&#233;volter mais pas les &#233;tonner !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre d&#233;marche est tout autre. Elle ne part pas de ce que les hommes pensent du monde mais sur ce que l'on peut savoir d'objectif sur le monde. Quand elle cherche les id&#233;es des hommes, ce sont directement les id&#233;es de la classe dirigeante, des exploiteurs, de ceux qui dictent leur loi au monde. Pas la peine de s'attarder de trop sur les pr&#233;tendus d&#233;mocrates, sur les faiseurs de discours apaisants et trompeurs&#8230;. Pas la peine de suivre les discours des r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne partons pas non plus des revendications populaires, non que nous les m&#233;prisions ou les n&#233;gligions mais parce que la pens&#233;e r&#233;volutionnaire ne suit pas la revendication ouvri&#232;re ou populaire, elle cherche simplement &#224; &#233;clairer son chemin en d&#233;signant des &#233;l&#233;ments qui ne sont pas &#233;vidents au regard du plus grand nombre. C'est en cela qu'elle est scientifique alors que la d&#233;marche des opprim&#233;s ne l'est g&#233;n&#233;ralement pas. La d&#233;marche des militants r&#233;volutionnaires qui veulent transformer la r&#233;alit&#233; doit s'attacher &#224; la r&#233;alit&#233; sans se laisser d&#233;tourner, f&#251;t-ce par l'opinion ouvri&#232;re ou populaire, trop souvent influenc&#233;e par les affolements, les illusions et les errements des petit-bourgeois ou par les discours des m&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le guide conducteur de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire n'est pas la souffrance des masses exploit&#233;es et opprim&#233;es mais la capacit&#233; des classes exploiteuses et oppresseuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le r&#233;volutionnaire de 1914 ne se laisse pas polariser par le fait que les classes dirigeantes soient parvenues &#224; lancer les peuples violemment les uns contre les autres sans grande r&#233;action antiguerre mais il &#233;tudie le fait que les classes poss&#233;dantes soient contraintes &#224; la guerre mondiale par crainte de la r&#233;volution sociale et il examine le fait que la menace r&#233;volutionnaire ayant produit la guerre, la guerre peut aussi produire la r&#233;volution, par un m&#233;canisme dialectique plus fort que la conscience des hommes. D'un seul coup, les haines mont&#233;es entre les peuples peuvent se transformer en entente r&#233;volutionnaire contre les classes dirigeantes. Et l'Histoire montre que ce n'est pas un faux espoir id&#233;aliste mais une analyse mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui doit guider le militant r&#233;volutionnaire, c'est d'abord l'&#233;tat de la crise de la domination capitaliste et pas d'abord la crise de la conscience ou de l'organisation prol&#233;tarienne, m&#234;me si celle-ci ne doit pas &#234;tre n&#233;glig&#233;e. Car ce qui peut renverser la situation, c'est d'abord la crise des classes dirigeantes. C'est seulement ensuite que la question de la conscience et de l'organisation prol&#233;tarienne deviennent d&#233;terminantes, en pleine situation r&#233;volutionnaire ou, au moins, pr&#233;-r&#233;volutionnaire. Mais la d&#233;finition de la situation r&#233;volutionnaire n&#233;cessite d'abord une crise objective de la domination de la classe poss&#233;dante ce qui provient d'une crise &#233;conomique profonde touchant aux fondements m&#234;me du syst&#232;me, &#224; l'&#233;chelle mondiale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui estiment que la situation r&#233;volutionnaire est d'abord d&#233;termin&#233;e par la conscience se trompent eux-m&#234;mes et trompent les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifierait que les r&#233;volutions sociales et prol&#233;tariennes ne se produiraient jamais ou ne se produiraient que dans la continuit&#233; d'une avanc&#233;e de la conscience et de l'organisation, ce qui est presque le contraire de ce que l'Histoire nous enseigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat du syst&#232;me capitaliste, sa capacit&#233; ou non &#224; se d&#233;velopper, &#224; cro&#238;tre, &#224; investir sa plus-value en cr&#233;ant de nouvelles richesses, voil&#224; la locomotive du capitalisme. Quand celle-ci est, momentan&#233;ment ou durablement, en panne, les classes dirigeantes savent que le facteur qu'il faudra prendre en compte dor&#233;navant c'est la r&#233;volution sociale. Car le syst&#232;me est fond&#233; non sur une seule classe, la classe capitaliste, mais sur une lutte de classes, comprenant trois classes importantes (bourgeoise, petite-bourgeoise, prol&#233;tarienne) plus quelques couches importantes (pauvres, ch&#244;meurs, minorit&#233;s nationales ou religieuses, femmes, jeunesse&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, dans cette lutte de classe, c'est la r&#233;alit&#233; qui prime sur la pens&#233;e, c'est la situation objective des classes qui l'emporte sur l'image qu'elles ont d'elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite bourgeoisie, la jeunesse, les pauvres, les minorit&#233;s nationales ou religieuses peuvent avoir le sentiment de primer sur les masses prol&#233;tariennes. C'est ce que leur dit leur conscience sociale mais ce n'est pas la r&#233;alit&#233;. Cette derni&#232;re nous dit qu'il y a deux classes principales : classe capitaliste et classe prol&#233;tarienne. Aucun grand &#233;v&#233;nement historique ne nous a d&#233;montr&#233; le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une illusion des militants communistes r&#233;volutionnaires, que de penser le r&#244;le dirigeant du prol&#233;tariat dans les luttes r&#233;volutionnaires. C'est une illusion, au contraire, de penser le r&#244;le dirigeant des couches d&#233;mocratiques et petites bourgeoises. On vient de le voir amplement ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une illusion de penser que l'avenir de l'humanit&#233; est communiste, c'est-&#224;-dire fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production. La crise capitaliste elle-m&#234;me le d&#233;montre pleinement par le fait que le capitalisme n'a pu se soutenir, emp&#234;cher sa chute imm&#233;diate, que par l'intervention collective des Etats et institutions centrales et non par l'intervention des individus capitalistes, intervention qui, au contraire, m&#232;ne sans cesse &#224; faire chuter le syst&#232;me, intervient de mani&#232;re n&#233;crophile et destructive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, l'opinion publique, &#224; la suite de la chute du stalinisme, cro&#238;t que le communisme est mort. Mais cette opinion l'a cru de nombreuses fois. D'ailleurs, le fait que la classe dirigeante estime toujours n&#233;cessaire de maintenir la pression pour le faire croire montre l'inverse. Le fait, surtout, que les Etats et classes poss&#233;dantes d&#233;veloppent de plus en plus une politique contre-r&#233;volutionnaire (dictature, guerre, violence, fascisme&#8230;) montre qu'elles estiment que la r&#233;volution sociale est une menace r&#233;elle, malgr&#233; le niveau peu &#233;lev&#233; de la conscience et de l'organisation des masses prol&#233;tariennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode, o&#249; les classes dirigeantes t&#226;chent de d&#233;boussoler les travailleurs, de les d&#233;go&#251;ter de leur propre politique de classe, de leur propre organisation de classe, la mani&#232;re d'avoir une politique fond&#233;e sur une boussole de classe n'est ni le moralisme prol&#233;tarien, ni le renfermement sur les revendications corporatives, ni l'opportunisme &#224; l'&#233;gard des organisations r&#233;formistes politiques et syndicales, ni l'isolement pessimiste, c'est justement une attitude mat&#233;rialiste qui s'attache &#224; l'&#233;tude de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique, sociale et politique et pas seulement &#224; l'opinion publique&#8230;, f&#251;t-ce celle des prol&#233;taire eux-m&#234;mes ! Dans cette situation, le suivisme vis-&#224;-vis des prol&#233;taires n'est nullement un bon guide pour une politique prol&#233;tarienne communiste. Les p&#233;riodes dans lesquelles les classes dirigeantes sont objectivement d&#233;stabilis&#233;es sont celles ou l'opinion passe ais&#233;ment et rapidement d'un extr&#234;me &#224; l'autre&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La physique qui n'est pas pure math&#233;matique</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article5556</link>
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		<dc:date>2017-07-31T23:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Les ouvrages de physique sont remplis de formules math&#233;matiques compliqu&#233;es. Mais c'est la pens&#233;e, ce sont les id&#233;es qui sont &#224; l'origine de toute th&#233;orie physique. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Albert Einstein et Leopold Infeld dans &#171; L'&#233;volution des id&#233;es en physique &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Albert Einstein, &#171; La g&#233;om&#233;trie et l'exp&#233;rience &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Ici surgit une &#233;nigme qui, de tout temps, a fortement troubl&#233; les chercheurs. Comment est-il possible que les math&#233;matiques, qui sont issues de la pens&#233;e humaine ind&#233;pendamment de toute (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Chapter 11 : Matter depends on history - La mati&#232;re est historique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les ouvrages de physique sont remplis de formules math&#233;matiques compliqu&#233;es. Mais c'est la pens&#233;e, ce sont les id&#233;es qui sont &#224; l'origine de toute th&#233;orie physique. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Albert Einstein et Leopold Infeld dans &#171; L'&#233;volution des id&#233;es en physique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-3862.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH235/-3862-f7113.jpg?1776317660' width='500' height='235' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_G%C3%A9om%C3%A9trie_et_l%E2%80%99Exp%C3%A9rience&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Albert Einstein, &#171; La g&#233;om&#233;trie et l'exp&#233;rience &#187; :&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Ici surgit une &#233;nigme qui, de tout temps, a fortement troubl&#233; les chercheurs. Comment est-il possible que les math&#233;matiques, qui sont issues de la pens&#233;e humaine ind&#233;pendamment de toute exp&#233;rience, s'appliquent si parfaitement aux objets de la r&#233;alit&#233; ? La raison humaine ne peut-elle donc, sans l'aide de l'exp&#233;rience, par sa seule activit&#233; pensante, d&#233;couvrir les propri&#233;t&#233;s des choses r&#233;elles ? Il me semble qu'&#224; cela on ne peut r&#233;pondre qu'une seule chose : pour autant que les propositions math&#233;matiques se rapportent &#224; la r&#233;alit&#233;, elles ne sont pas certaines, et, pour autant qu'elles sont certaines, elles ne se rapportent pas &#224; la r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=_2elBQAAQBAJ&amp;pg=PP6&amp;dq=la+physique+n%27est+pas+des+math%C3%A9matiques&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjJn5XYtpfUAhWHWBoKHYYfCl04FBDoAQgtMAI#v=onepage&amp;q=la%20physique%20n%27est%20pas%20des%20math%C3%A9matiques&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Michel Soutif dans &#171; Naissance et diffusion de la Physique &#187; :&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il ressort clairement que c'est la Physique qui d&#233;tourne en priorit&#233; les lyc&#233;ens des &#233;tudes scientifiques. La plupart de ceux-ci reprochent &#224; cette mati&#232;re d'appara&#238;tre comme une succession de lois arbitraires dont la logique est absente et sur laquelle on se borne &#224; quelques applications num&#233;riques. Or la logique de la physique n'est pas dans des hypoth&#232;ses math&#233;matiques ni dans le vote d'un parlement d&#233;mocratique&#8230; Il me semble que l'&#233;tude d'un ph&#233;nom&#232;ne physique devrait certes commencer par sa description exp&#233;rimentale, mais ensuite par l'histoire de son interpr&#233;tation, pour arriver in fine &#224; son expression math&#233;matique. C'est d'ailleurs la m&#233;thode pr&#233;conis&#233;e &#224; Oxford en 1250 par Roger Bacon avant qu'il ne finisse en prison. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CROYEZ-VOUS QUE C'EST SEULEMENT CELA LA PHYSIQUE ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH359/-3684-2435d.jpg?1776317660' width='400' height='359' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_9317 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L429xH200/-3685-b4559.jpg?1776317660' width='429' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_9315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L400xH288/-3683-c2c36.jpg?1776317660' width='400' height='288' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction &#224; la physique qui n'est pas une sous-discipline des math&#233;matiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous ne r&#233;sistons pas au plaisir de vous lire quelques extraits de l'introduction d'un ouvrage relativement r&#233;cent de Physique, &#233;dit&#233; au Canada en 2007. En effet, ce texte d&#233;veloppe une conception qui rompt avec le parti-pris courant, pauvre historiquement, conceptuellement et philosophiquement, et qui ne favorise que l'outil math&#233;matique aux d&#233;pens m&#234;me de la compr&#233;hension proprement physique. Il n'est bien entendu pas question de revenir sur les avanc&#233;es scientifiques obtenues gr&#226;ce &#224; l'outil math&#233;matique mais seulement de se rappeler que ce n'est qu'un outil, que la nature n'ob&#233;it pas aux math&#233;matiques, que la th&#233;orie scientifique elle-m&#234;me n'y ob&#233;it pas mais qu'elle s&#233;lectionne le type de math&#233;matiques qui lui convient dans chaque situation. Ce n'est pas les math&#233;matiques qui disent s'il faut employer des vecteurs, des matrices, des champs ou d'autres instruments math&#233;matiques : ce sont les physiciens. Des sortes de math&#233;matiques, il y en a des quantit&#233;s. Certes, les math&#233;matiques ont une logique globale mais ce n'est pas cette logique qui d&#233;cide comment se comporte la mati&#232;re. Et, quand on a trouv&#233; le type de math&#233;matiques ad&#233;quat, cela ne signifie pas que l'on ait expos&#233; les concepts physiques concern&#233;s. Ce n'est pas la logique math&#233;matique qui indique si l'&#233;nergie, si la quantit&#233; de mouvement, si le potentiel, si le champ sont le concept ad&#233;quat pour d&#233;crire un ph&#233;nom&#232;ne. Le contenu physique des concepts physiques n'est pas math&#233;matique. Il n&#233;cessite des explications, des descriptions, des observations, des discussions, des hypoth&#232;ses et leur confrontation, toutes m&#233;thodes qui ne sont pas strictement math&#233;matiques. Certes, la physique ne peut plus se passer des math&#233;matiques mais elle n'est pas une science qui serait en dessous logiquement, philosophiquement, des math&#233;matiques. Le &#171; tout math&#233;matiques &#187; peut m&#234;me &#234;tre une d&#233;rive non seulement de l'enseignement mais de l'&#233;tude de la nature. On en vient parfois &#224; des situations des sciences physiques o&#249; les chercheurs s'enferment dans des discussions purement math&#233;matiques qui n'ont m&#234;me plus acc&#232;s &#224; des v&#233;rifications par exp&#233;rience comme pour les supercordes et actuellement parfois pour les isolants topologiques. La technosicence s'accomode parfaitement du &#171; tout math&#233;matiques &#187; puisqu'elle se d&#233;tourne de toute consid&#233;ration descriptive de la nature, &#233;pist&#233;mologique, historique, pour ne pas dire philosophique. Mais la science peut &#234;tre entra&#238;n&#233;e dans des impasses par ce &#171; tout profit &#187; auquel la convient la science pour l'entreprise, la science pour le profit, la science pour des r&#233;sultats imm&#233;diats, la science pour des mat&#233;riaux nouveaux, etc&#8230;. Les concepts fondamentaux de la physique ont &#233;t&#233; tir&#233;s des exp&#233;riences et pas directement des calculs. On ne peut pas les pr&#233;senter comme issus de la math&#233;matique pour la physique, et faire comme si la nature ob&#233;issait aux &#233;quations. On en arrive m&#234;me &#224; des auteurs qui consid&#232;rent que seules existent les &#233;quations et que l'apparence physique n'est qu'un sous-produit de la pens&#233;e math&#233;matique de l'homme, un parfait id&#233;alisme philosophique en somme !!!! Ces auteurs en reviennent &#224; la conception selon laquelle dieu a cr&#233;&#233; les math&#233;matiques qui, elles-m&#234;mes, ont cr&#233;&#233; l'image de la mati&#232;re !!! Beau renversement philosophique !!! Pour ces auteurs, l'homme n'a qu'&#224; &#233;tudier sa propre pens&#233;e alors qu'il s'agit, pour la science, d'&#233;tudier un univers qui existe objectivement, ind&#233;pendamment de la pens&#233;e et de l'action humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la physique est un domaine d'&#233;tude de l'homme et n'est pas identique &#224; la nature, &#224; la mati&#232;re et elle n'en est que l'&#233;tude. Mais on ne peut pas la ramener &#224; la seule logique math&#233;matique car le fonctionnement naturel n'est pas produit par cette logique formelle. L'&#233;tude de la physique n&#233;cessite certainement les math&#233;matiques mais cela ne signifie pas que la physique doive &#234;tre mise sous la d&#233;pendance des math&#233;matiques. C'est faux historiquement, c'est faux dans la d&#233;marche, c'est faux philosophiquement, et c'est faux pour ceux qui &#233;tudient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des gens pensent que les concepts de physique contemporaine ont largement &#233;t&#233; diffus&#233;s dans le grand public, parmi les lyc&#233;ens et les &#233;tudiants et dans les revues de vulgarisation et c'est faux !!! La philosophie mat&#233;rialiste dynamique et contradictoire qui d&#233;coule de la physique contemporaine, la liaison de la mati&#232;re et du vide quantique, le lien entre mati&#232;re et lumi&#232;re, le caract&#232;re contradictoire de la stabilit&#233; de la mati&#232;re durable, le caract&#232;re non fig&#233; et sans cesse changeant du corpuscule, la signification de l'ins&#233;parabilit&#233; de l'onde et du corpuscule, la signification mat&#233;rielle du vide et la base &#171; vide &#187; de la mati&#232;re sont absolument inconnus du public, y compris de bien des universitaires ou enseignants. Des notions fondamentales de la physique contemporaine comme la brisure de sym&#233;trie, l'auto-organisation, l'&#233;mergence de structure, les structures dissipatives, les transitions de phase, le chaos d&#233;terministe, la relativit&#233;, l'arborescence fractale auto-organis&#233;e, l'&#233;tat granulaire, le vide quantique et bien d'autres th&#232;mes fondamentaux de la Physique sont quasi inconnues du grand public, et m&#234;me des scientifiques et des &#233;tudiants, ou diffus&#233;s de mani&#232;re tronqu&#233;e, sans d&#233;velopper les concepts et id&#233;es philosophiques attenantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les points qui sont soulign&#233;s dans cette introduction &#224; la physique de Eugene Hecht pour les d&#233;ditions canadiennes De Boeck ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; maintes fois comment&#233;s sur notre site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La physique est l'&#233;tude de l'Univers mat&#233;riel, de tout ce qui &#171; est &#187;. C'est un audacieux et merveilleux programme. Les myst&#232;res de l'Univers inspirent une irr&#233;sistible attirance et une crainte m&#234;l&#233;e de respect. Et leur compr&#233;hension n'en est qu'&#224; ses balbutiements. Mais aussi incompl&#232;te soit-elle trois mille ans apr&#232;s ses d&#233;buts, la physique demeure l'une des plus grandes cr&#233;ations du g&#233;nie humain&#8230; Ce livre se veut un cours d'introduction &#224; la physique o&#249; le calcul n'est qu'un indispensable outil&#8230; Partant du constat que les trait&#233;s actuels sont trop math&#233;matiques et de niveau trop &#233;lev&#233;, je consid&#232;re qu'il est temps de revenir aux bases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant le contre-pied des ouvrages habituels, ce travail&#8230; laisse de c&#244;t&#233; les sujets herm&#233;tiques ou trop pointus et s'efforce en priorit&#233; de faire sentir en profondeur les concepts fondamentaux de la physique moderne&#8230; Les math&#233;matiques ne sont d&#233;velopp&#233;es qu'au fur et &#224; mesure des besoins&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, les cours de physique de premi&#232;re et deuxi&#232;me ann&#233;es universitaires et les textes qui les v&#233;hiculent ont &#233;volu&#233; de fa&#231;on dramatique. Avant la seconde guerre mondiale, un cours d'introduction &#224; la physique se contentait de pr&#233;senter les concepts et principes fondamentaux. Il y avait relativement peu d'&#233;quations, pas beaucoup de calculs et un nombre limit&#233; d'exercices d'application&#8230; Les math&#233;matiques utilis&#233;es se limitaient essentiellement &#224; l'alg&#232;bre et &#224; un peu de trigonom&#233;trie. Ni calcul diff&#233;rentiel et int&#233;gral, ni calcul vectoriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a donn&#233; &#224; la physique une place &#233;minente dans la soci&#233;t&#233;. Le conflit n'&#233;tait pas encore achev&#233; que l'analyse s'&#233;tait d&#233;j&#224; fray&#233; un chemin dans les cours d'introduction &#224; la physique&#8230; Les cours universitaires sont devenus de plus en plus math&#233;matiques, tout en restant d'une certaine na&#239;vet&#233; sur le plan philosophique et en ne d&#233;veloppant que tr&#232;s sommairement les concepts&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trait&#233;s d'aujourd'hui sont le fruit de cette course au formalisme sans frein ni contr&#244;le qui pr&#233;valait dans les ann&#233;es 1970-1980&#8230; Il existe pourtant une alternative r&#233;aliste, moderne, philosophiquement m&#251;re et p&#233;dagogiquement efficace&#8230; Partout o&#249; cela se justifie, nous r&#233;duisons l'usage des math&#233;matiques au strict n&#233;cessaire pour nous concentrer sur les concepts essentiels. Les outils que sont l'analyse et le calcul vectoriel sont forg&#233;s au fur et &#224; mesure des besoins&#8230; S'appuyant sur une vision globale des acquis du vingti&#232;me si&#232;cle et guid&#233; par le souci de donner une vue d'ensemble de la discipline, ce livre est un retour aux fondements de la physique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tudiant est muni des outils math&#233;matiques en m&#234;me temps que s'est d&#233;velopp&#233; son sens physique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la physique n'appara&#238;t que sporadiquement dans les trait&#233;s classiques et quand elle appara&#238;t, c'est plus comme ornement que comme partie int&#233;grante du texte. Cet ouvrage utilise, au contraire, l'Histoire des Sciences comme mat&#233;riel p&#233;dagogique&#8230; Dans la m&#234;me approche, ce livre s'attache &#224; mettre en lumi&#232;re l'apport &#233;minent des femmes &#224; la physique. En particulier, l'auteur met en avant les travaux d&#233;cisifs de savantes du vingti&#232;me si&#232;cle parmi lesquelles Amalie Noether, Maria Goeppert Mayer, Marie Curie et Lise Meitner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus important encore, ce texte prend le parti d'une approche historique chaque fois qu'elle permet d'aborder un ph&#233;nom&#232;ne de fa&#231;on plus claire. L'ouvrage raconte l'&#233;volution des id&#233;es, les erreurs, les t&#226;tonnements, les d&#233;couvertes finales, ce qui rend ces id&#233;es plus imm&#233;diatement accessibles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal titre de gloire de la physique du vingti&#232;me si&#232;cle est d'avoir d&#233;couvert que la nature poss&#232;de une unit&#233; interne que r&#233;v&#232;le la simplicit&#233; de ses structures de base : il semble bien &#233;tabli, m&#234;me si nos moyens actuels ne permettent pas de l'expliquer en profondeur, que toute mati&#232;re est faite de myriades de clones de seulement douze briques &#233;l&#233;mentaires. On peut comprendre tout ph&#233;nom&#232;ne physique dans ce contexte. Traiter alors &#224; la mani&#232;re d'une encyclop&#233;die les diff&#233;rentes disciplines de la physique comme si elles n'avaient aucune relation revient &#224; ignorer cet acquis fondamental du vingti&#232;me si&#232;cle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re palpable est faite d'atomes et, pour appr&#233;hender vraiment ses diff&#233;rents comportements, m&#233;caniques, thermiques, &#233;lectriques, magn&#233;tiques, acoustiques, optiques, nous devons d&#233;terminer le r&#244;le des atomes dans la production des ph&#233;nom&#232;nes de tous les jours. Ce livre pr&#233;sente une grande vari&#233;t&#233; de concepts physiques examin&#233;s &#224; l'&#233;chelle atomique (par exemple, le frottement, l'&#233;lasticit&#233;, la chaleur). Ce choix conduit &#224; aborder l'optique via la diffusion des atomes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;couvertes des cent derni&#232;res ann&#233;es ont radicalement modifi&#233; notre perception de l'univers. Malgr&#233; cela, on continue d'enseigner la physique comme si les acquis de ce si&#232;cle n'avaient aucun effet sur notre pens&#233;e. Ce n'est &#233;videmment pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des avanc&#233;es les plus profondes de la physique du vingti&#232;me si&#232;cle est l'importance th&#233;orique de la relation entre sym&#233;trie et lois de conservation&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1828&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qui fait que la physique fondamentale contemporaine est purement math&#233;matique et n'est plus conceptuelle ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4174&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La physique n'est pas seulement un calcul mais une pens&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1134&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie des math&#233;matiques et celle des sciences&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve253&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A nouveau sur la philosophie des math&#233;matiques et celle des sciences&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3099&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'univers ob&#233;it-il &#224; la loi des nombres ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2008&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les math&#233;matiques sont-elles exemptes des paradoxes et contradictions de la physique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Faut-il une philosophie en sciences ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2024&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nombres et r&#233;alit&#233; - la th&#233;orie des nombres refl&#232;te-t-elle les propri&#233;t&#233;s observ&#233;es de la mati&#232;re ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4071&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Math&#233;matiques et r&#233;alit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article538&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution moderne dans les sciences de la nature et l'id&#233;alisme philosophique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3352&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le monde mat&#233;riel existe-t-il objectivement, en dehors de nos pens&#233;es ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3379&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Univers, un calculateur g&#233;ant ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4247&#034;&gt;Quels probl&#232;mes posent &#224; la physique la continuit&#233;, les infinis du calcul infinit&#233;simal des diff&#233;rentielles et des int&#233;grales&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-rue-descartes-2012-2-page-62.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les math&#233;matiques de/dans la physique - Entretien avec L&#233;vy-Leblond&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://images.math.cnrs.fr/La-Mathematique-n-est-pas-une.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La math&#233;matique n'est pas une science&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2121&#034;&gt;Les math&#233;matiques sont exactes mais y a-t-il des sciences exactes ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2251&#034;&gt;La science n'est pas qu'exp&#233;rience, mesure et calcul et qu'elle est d'abord philosophie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=einstein+philosophe+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie d'Einstein&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4295&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi l'Education nationale, l'Universit&#233; et l'Acad&#233;mie ne font pas &#233;tudier &#224; leurs &#233;l&#232;ves les textes principaux des grands auteurs scientifiques qui ont r&#233;volutionn&#233; la physique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=physique+mati%C3%A8re+%C3%A9quations+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl#hl=fr&amp;q=mati%C3%A8re+et+mat%C3%A9rialisme+site:http://www.matierevolution.fr+OR+site:http://www.matierevolution.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mati&#232;re et mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=-e3TwztfHt8C&amp;pg=PA49&amp;lpg=PA49&amp;dq=la+physique+sous+mati%C3%A8re+des+math%C3%A9matiques+?&amp;source=bl&amp;ots=S_0yQ0EwsO&amp;sig=rBK4c5ZN1TLnFI-qQAxL1smZj90&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwit98zOtJfUAhUDfxoKHZFTALcQ6AEIWjAI#v=onepage&amp;q=la%20physique%20sous%20mati%C3%A8re%20des%20math%C3%A9matiques%20%3F&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un exemple de philosophie qui ne consid&#232;re pas la physique comme la science de la mati&#232;re mais comme la science de la pens&#233;e sur la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=PhlW-Fg-8dgC&amp;pg=PA111&amp;dq=math%C3%A9matiques+et+r%C3%A9alit%C3%A9+physique&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwji7NWGtZfUAhWJ5xoKHbovA94Q6AEILzAC#v=onepage&amp;q=math%C3%A9matiques%20et%20r%C3%A9alit%C3%A9%20physique&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'espace physique, entre math&#233;matiques et philosophie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=doltCQAAQBAJ&amp;pg=PT9&amp;dq=math%C3%A9matiques+et+r%C3%A9alit%C3%A9+physique+felden&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjw-ZG5tZfUAhXDSxoKHTj0C8AQ6AEIJjAA#v=onepage&amp;q=math%C3%A9matiques%20et%20r%C3%A9alit%C3%A9%20physique%20felden&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La physique et l'&#233;nigme du r&#233;el&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=X-JvDgAAQBAJ&amp;pg=PT81&amp;dq=la+physique+n%27est+pas+des+math%C3%A9matiques&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiin_WetpfUAhWDtxoKHQg9BZ44ChDoAQgrMAI#v=onepage&amp;q=la%20physique%20n%27est%20pas%20des%20math%C3%A9matiques&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Math&#233;matiques et Exp&#233;rience&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=xAsLCwAAQBAJ&amp;pg=PT157&amp;dq=la+physique+n%27est+pas+des+math%C3%A9matiques&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiir4n1tZfUAhXM7hoKHXWnC6AQ6AEIQzAF#v=onepage&amp;q=la%20physique%20n%27est%20pas%20des%20math%C3%A9matiques&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'unit&#233; de la Physique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=_2elBQAAQBAJ&amp;pg=PP6&amp;dq=la+physique+n%27est+pas+des+math%C3%A9matiques&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjJn5XYtpfUAhWHWBoKHYYfCl04FBDoAQgtMAI#v=onepage&amp;q=la%20physique%20n%27est%20pas%20des%20math%C3%A9matiques&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Naissance et diffusion de la Physique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les math&#233;matiques sont la seule science o&#249; on ne sait pas de quoi on parle ni si ce qu'on dit est vrai. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le math&#233;maticien Bertrand Russell&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les math&#233;matiques sont un jeu qu'on exerce selon des r&#232;gles simples en manipulant des symboles et des concepts qui n'ont en soi, aucune importance particuli&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le math&#233;maticien David Hilbert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La math&#233;matique est l'art de donner le m&#234;me nom &#224; des choses diff&#233;rentes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le math&#233;maticien Henri Poincar&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans de nombreux cas, les math&#233;matiques sont une fuite de la r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le math&#233;maticien Stanislas Ulan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour celui qui n'est pas accoutum&#233; &#224; l'application des math&#233;matiques &#224; la physique, il peut sembler surprenant qu'une analyse bien conduite puisse mener &#224; des r&#233;sultats ambigu&#235;s. L'image populaire (imm&#233;rit&#233;e) de la physique est d'&#234;tre une science math&#233;matiquement rigoureuse qui impliquerait qu'une fois donn&#233;es les &#233;quations du mouvement d'un syst&#232;me, on pourrait toujours en principe (pas forc&#233;ment facilement) permettre de les r&#233;soudre &#8211; et, que si les &#233;quations &#233;taient correctes, alors leurs solutions permettraient de d&#233;crire pr&#233;cis&#233;ment le syst&#232;me. Et pas deux possibilit&#233;s pour celui-ci ! Malheureusement, la situation est rarement aussi simple. Les &#233;quations qui gouvernent les syst&#232;mes physiques &#8211; et qui sont g&#233;n&#233;ralement des &#233;quations diff&#233;rentielles mettant en relation les rythmes temporels et spatiaux de changement de la dynamique quantitative &#8211; donnent g&#233;n&#233;ralement plus d'une solution, peut-&#234;tre une infinit&#233; de solution, qui se distinguent par le choix des conditions initiales (en sp&#233;cifiant un &#233;tat du syst&#232;me &#224; un moment donn&#233;) ou des conditions restrictives (en sp&#233;cifiant un &#233;tat du syst&#232;me &#224; un endroit donn&#233;). &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le physicien Mark Silverman dans &#171; And yet it moves &#187; (Et pourtant il bouge)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qui compte ne peut pas toujours &#234;tre compt&#233;, et ce qui peut &#234;tre compt&#233; ne compte pas forc&#233;ment. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le physicien Albert Einstein&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Histoire a-t-elle un sens ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article4145</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article4145</guid>
		<dc:date>2017-04-02T23:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; La raison ne peut penser et agir dans le monde que parce que le monde n'est pas un pur chaos. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Hegel &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le premier reproche qu'on adresse &#224; la philosophie, c'est d'aborder l'histoire avec des id&#233;es et de la consid&#233;rer selon des id&#233;es. Mais la seule id&#233;e qu'apporte la philosophie est la simple id&#233;e de la Raison &#8211; l'id&#233;e que la Raison gouverne le monde et que, par cons&#233;quent, l'histoire universelle s'est elle aussi d&#233;roul&#233;e rationnellement. Cette conviction, cette id&#233;e est une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Chapter 11 : Matter depends on history - La mati&#232;re est historique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La raison ne peut penser et agir dans le monde que parce que le monde n'est pas un pur chaos. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Hegel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le premier reproche qu'on adresse &#224; la philosophie, c'est d'aborder l'histoire avec des id&#233;es et de la consid&#233;rer selon des id&#233;es. Mais la seule id&#233;e qu'apporte la philosophie est la simple id&#233;e de la Raison &#8211; l'id&#233;e que la Raison gouverne le monde et que, par cons&#233;quent, l'histoire universelle s'est elle aussi d&#233;roul&#233;e rationnellement. Cette conviction, cette id&#233;e est une pr&#233;somption par rapport &#224; l'histoire comme telle. Ce n'en est pas une pour la philosophie&#8230; La r&#233;flexion philosophique n'a d'autre but que d'&#233;liminer le hasard. La contingence est la m&#234;me chose que la n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure : une n&#233;cessit&#233; qui se ram&#232;ne &#224; des causes qui elles - m&#234;mes ne sont que des circonstances externes. Nous devons chercher dans l'histoire un but universel, le but final du monde &#8211; non un but particulier de l'esprit subjectif ou du sentiment particulier. Nous devons le saisir avec la raison car la raison ne peut trouver de l'int&#233;r&#234;t dans aucun but fini particulier, mais seulement dans le but absolu. Ce but est un contenu qui t&#233;moigne lui - m&#234;me de lui-m&#234;me : tout ce qui peut retenir l'int&#233;r&#234;t de l'homme trouve son fondement en lui. Le rationne l est ce qui existe de soi et pour soi &#8211; ce dont provient tout ce qui a une valeur. Il se donne des formes diff&#233;rentes ; mais sa nature, qui est d'&#234;tre but, se manifeste et s'explicite avec plus de clart&#233; dans ces figures multiformes que nous nommons les Peuples. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Hegel dans &#171; La raison dans l'Histoire &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Histoire a-t-elle un sens ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sommes-nous sur Terre pour r&#233;aliser un projet, nous les &#234;tres humains ? Il est clair que ceux qui pensent cela croient en un &#234;tre sup&#233;rieur qui aurait con&#231;u un tel projet ou en une force supraterrestre qui le piloterait. Car d'o&#249; viendrait un tel but qui serait ext&#233;rieur &#224; l'action et aux pens&#233;es des &#234;tres humains eux-m&#234;mes ? Il est clair qu'un tel projet de l'activit&#233; humaine ne cr&#232;ve pas les yeux. Les groupes humains qui semblent momentan&#233;ment port&#233;s au succ&#232;s, &#224; la victoire, &#224; la domination c&#232;dent successivement la place &#224; d'autres groupes pour peu qu'on &#233;tudie cette histoire des hommes sur des dur&#233;es assez importantes et rien ne montre clairement en quoi leur victoire puis leur d&#233;faite et m&#234;me leur effacement complet parfois ait pu faire avancer une cause quelle qu'elle soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire des hommes a bien plus l'apparence d'un d&#233;sordre, d'un pur hasard que d'un ph&#233;nom&#232;ne ob&#233;issant &#224; des lois, suivant un cours r&#233;gulier, menant &#224; des r&#233;sultats de mani&#232;re consciente ou aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la th&#232;se que nous allons d&#233;fendre ici est celle de lois issues de ce d&#233;sordre, de ce hasard lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que l'histoire des soci&#233;t&#233;s humaines n'est nullement un processus de d&#233;veloppement continu mais une s&#233;rie de constructions audacieuses suivies de destructions impressionnantes et de reculs tout aussi remarquables. Il est certain que les constructions les plus avanc&#233;es de la civilisation humaine n'ont &#233;t&#233; que le pr&#233;lude de reculs aussi profonds que l'avaient &#233;t&#233; la marche en avant. Les soubresauts de cette aventure incroyables semblent parfaitement impr&#233;dictibles, tant ils d&#233;pendent des hasards m&#234;me de la vie de quelques individus ou m&#234;me d'un individu parfois et ils sont tr&#232;s loin d'&#234;tre ais&#233;ment int&#233;grables dans un quelconque plan de construction de la soci&#233;t&#233; humaine qui serait pr&#233;&#233;tabli on ne sait trop o&#249;. Une nation, une id&#233;e, un peuple, une civilisation, un mode de domination, un empire semblent gagner progressivement en force, donner un tel sens &#224; l'Histoire, mais la suite est faite de chute, d'effondrements, d'effacement m&#234;me de toute trace et de tout sens des efforts pr&#233;c&#233;dents. On a du mal &#224; trouver dans des &#233;v&#233;nements allant dans des sens aussi oppos&#233;s une ligne de direction, un but, une logique, un cours r&#233;gulier, c'est-&#224;-dire finalement un sens d'ensemble de l'Histoire. Que l'on l'examine &#224; l'&#233;chelle des individus, des groupes, des classes, des pays, des r&#233;gions, &#224; l'&#233;chelle des jours, des mois, des ann&#233;es ou des d&#233;cennies et m&#234;me plus, on retrouve le hasard, le d&#233;sordre, des changements brutaux du cours des choses, des retournements de situation, des bifurcations absolument impr&#233;dictibles entra&#238;nant des changements brutaux et dramatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seules id&#233;ologies qui ne sont pas g&#234;n&#233;es par ces consid&#233;rations pour affirmer le &#171; sens de l'Histoire &#187; sont celles des religions fatalistes et cr&#233;ationnistes. Celles-l&#224; pr&#233;tendent que tous les malheurs et tous les succ&#232;s des soci&#233;t&#233;s humaines sont juste l&#224; pour &#233;prouver la cr&#233;ature humaine cr&#233;&#233;e par dieu, la &#171; vraie vie &#187; n'&#233;tant pas de ce monde&#8230; Mais nier l'importance de la vie terrestre, ce n'est pas l'expliquer. Comme l'explique le Juif dans l'Ancien Testament, lui-m&#234;me ne comprend nullement pourquoi ce dieu fait-il r&#233;ussir les peuples qui n'ont pas &#233;t&#233; &#233;lus par dieu et frappent les individus qui sont parfaitement respectueux de son enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se produit a &#233;t&#233; voulu par une puissance sup&#233;rieure et quand c'est le contraire qui se produit, c'est encore cette puissance sup&#233;rieure qui l'a voulu, disent certainement id&#233;ologies religieuses. Les religions polyth&#233;istes, elles, consid&#232;rent que les affrontements terrestres entre &#234;tres humains sont le r&#233;sultat d'affrontements entre les dieux. Quant aux religions animistes, elles m&#234;lent des forces mystiques avec des forces naturelles pour expliquer les &#233;v&#233;nements, l'homme &#233;tant au confluent de l'Esprit et de la Mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune religion ni aucune philosophie mystique ou fataliste ne parvient cependant &#224; formuler de lois qui explique v&#233;ritablement le d&#233;roulement des faits historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus typique est celui d'&#233;v&#233;nements historiques brutaux, cataclysmiques et ayant des effets &#224; grande &#233;chelle sur le long terme comme l'apparition du r&#233;gime de Pharaons d'Egypte, la p&#233;riode sombre de la Gr&#232;ce antique, l'immense bain de sang de l'Empire chinois contre sa propre population ou la disparition de l'Empire romain. Donner une analyse de tels &#233;v&#233;nements qui donne un cadre d'interpr&#233;tation g&#233;n&#233;ral &#224; d'autres &#233;v&#233;nements du m&#234;me type, ce serait v&#233;ritablement trouver un sens de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais l'Histoire, ce n'est pas seulement ce type d'&#233;v&#233;nements. C'est aussi l'apparition et le d&#233;veloppement de l'urbanisation, l'apparition et le d&#233;veloppement de l'utilisation du feu ou des outils en pierre, l'apparition et le d&#233;veloppement des tribus et des relations tribales, l'apparition de la chasse ou de la domestication des animaux, l'apparition du matriarcat ou du patriarcat, l'apparition de l'Etat, l'apparition du grand commerce, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les religions ne sont pas forc&#233;ment capables de trouver dans ces faits un fil conducteur les reliant &#224; une conception globale. Le fait de consid&#233;rer que dieu a donn&#233; une r&#232;gle de conduite une fois pour toutes ne permet pas ais&#233;ment de comprendre comment les soci&#233;t&#233;s, les r&#232;gles, les morales, les lois peuvent changer de mani&#232;re radicale. Comment concevoir, par exemple, que l'Ancien Testament consid&#232;re comme normal l'esclavage, la soumission des femmes (par exemple leur lapidation), la sexualit&#233; entre le p&#232;re et ses enfants, le massacre des populations d'une autre ethnie tout en diffusant des r&#232;gles morales strictes du genre &#171; tu ne tueras pas &#187;, &#171; tu ne voleras pas &#187;, &#171; tu n'opprimeras pas &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fatalisme ne d&#233;brouille pas l'&#233;cheveau emm&#234;l&#233; des &#233;v&#233;nements historiques. L'adage &#171; dieu l'a voulu &#187; ne suffit pas &#224; dire pourquoi il l'aurait voulu et les consid&#233;rations morales qui justifient les choix de dieu sont souvent mitig&#233;es par un &#171; les desseins de dieu sont imp&#233;n&#233;trables &#187; tant les religieux eux-m&#234;mes sont conscients de ne pas avoir lev&#233; le voile des forces &#224; l'&#339;uvre dans les &#233;v&#233;nements historiques. Pourquoi avoir construit de tels monuments de l'&#339;uvre humaine ou divine sur Terre pour finalement consid&#233;rer que ceux-ci doivent &#234;tre impitoyablement d&#233;truits et balay&#233;s au point que les g&#233;n&#233;rations suivantes n'en aient quasiment pas la connaissance ? Pourquoi les hommes ont trouv&#233; &#224; un moment la force de telles constructions impressionnantes et, ensuite, n'aient pas trouv&#233; la force de les d&#233;fendre ? Les religions ne donnent pas l'ombre d'une compr&#233;hension de ce type de ph&#233;nom&#232;ne, de ces soci&#233;t&#233;s qui s'effondrent en &#233;tant arriv&#233;es au sommet de leur succ&#232;s. L'argument punitif contre l'homme pr&#233;tentieux ne suffit pas &#224; expliquer les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre &#233;cole de pens&#233;e historique affirme se contenter d'examiner les faits sans leur donner de contenu g&#233;n&#233;ral, sans pr&#233;tendre que l'ensemble de l'Histoire ob&#233;isse &#224; des lois g&#233;n&#233;rales. Cette Histoire ne fait que rapporter les faits, les relations entre les forces existantes &#224; chaque &#233;poque et elle pr&#233;tend se d&#233;tacher de toute conception philosophique g&#233;n&#233;rale, d&#233;non&#231;ant toute globalisation conceptuelle comme id&#233;ologie de type &#171; la main de dieu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se des &#171; faits objectifs &#187; s'opposant &#224; celle des &#171; conceptions globales &#187;, cette pr&#233;tendue opposition entre pragmatisme et dogmatisme, est m&#234;me la pens&#233;e dominante actuellement, en termes d'histoire comme de sciences. Malheureusement, elle consiste surtout &#224; renoncer &#224; toute interpr&#233;tation g&#233;n&#233;rale de l'histoire des hommes et des soci&#233;t&#233;s humaines. Examiner seulement la politique au jour le jour, la chronologie des faits, l'examen des politiques sans aucun sens d'ensemble est appauvrissant au possible. Cette examine seulement ce qu'ont fait les hommes &#224; telle ou telle &#233;poque sans expliquer pourquoi il leur a &#233;t&#233; possible de le faire ni pourquoi ils ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; le faire, comme s'il y avait juste besoin de dire qu'ils ont eu l'id&#233;e de le faire et comme si l'id&#233;e n'exprimait pas aussi un besoin objectif qui s'&#233;tait exprim&#233; au travers de la collectivit&#233; et de l'histoire pass&#233;e. Cela am&#232;ne &#224; ignorer les stades de transformation de la soci&#233;t&#233;, li&#233;s aux stades de transformation des capacit&#233;s de l'homme sur la nature, en relation &#233;galement avec les stades dans la transformation des relations entre hommes dans le travail et aux stades de transformation de la conscience sociale humaine. Pourtant, il ne suffit pas de dire que des hommes ont souhait&#233; faire ceci ou cela. Pour que ces transformations puissent prendre corps, il faut que le groupe social appuie de telles transformations et il faut donc qu'elles soient devenues n&#233;cessaires au grand nombre, qu'elles soient devenues un n&#233;cessit&#233; objective. Il faut que la maturation ait &#233;t&#233; atteinte ce qui n&#233;cessite de parvenir &#224; un certain stade. Ce n'est nullement un hasard si c'est &#224; un moment donn&#233; que les hommes d&#233;veloppent s&#233;dentarit&#233; et vie urbaine. L'apparition des classes sociales n'est pas davantage un effet du hasard. Ce n'est nullement un hasard si, &#224; un stade donn&#233;, appara&#238;t l'Etat. Les stades d'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; humaine ne peuvent appara&#238;tre dans n'importe quel ordre et la soci&#233;t&#233; ne peut sauter des &#233;tapes que si, &#224; proximit&#233;, une autre soci&#233;t&#233; est pass&#233;e, elle, par ces &#233;tapes&#8230;. Le d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; ne va pas &#224; l'encontre de l'existence de lois du d&#233;veloppement et ne suppose pas la possibilit&#233; de sauter de n'importe quelle &#233;tape &#224; n'importe quelle autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer les ph&#233;nom&#232;nes sociaux et historiques, on ne peut se contenter de faire appel aux id&#233;ologies d'une &#233;poque (c'est mettre la charrue avant les b&#339;ufs) ou se contenter de faire appel &#224; la volont&#233; et aux capacit&#233;s des grands hommes (qui ne sont grands, y compris au sens de grands barbares, que dans la mesure o&#249; ils expriment mieux la n&#233;cessit&#233; de leur &#233;poque). Et cela n'explique pas d'o&#249; vient que la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;poque ne soit plus la m&#234;me que celle de l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente, remarque qu'il est facile de faire en examinant le cours de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, il n'aurait pas suffi qu'un ou quelques hommes cavernes pensent au capitalisme pour qu'ils soient capables de le lancer. Plus exactement, il n'a &#233;t&#233; possible de penser &#224; propos du fonctionnement du capitalisme que lorsque celui-ci avait commenc&#233; &#224; fonctionner depuis quelques dizaines d'ann&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication par la &#171; nature humaine &#187; est encore moins une mani&#232;re acceptable de donner un sens &#224; l'Histoire car cette &#171; nature &#187; signifierait qu'il y ait une constante de type psychologique ce qui n'expliquerait pas sp&#233;cialement les changements sociaux et politiques. Parler de &#171; tendance naturelle &#224; la domination &#187; pour expliquer les diverses phase de l'exploitation de l'homme par l'homme est tr&#232;s contradictoire. De m&#234;me, ceux qui interpr&#232;tent les relations entre hommes et femmes, et notamment l'oppression sp&#233;cifique des femmes, par une &#171; tendance naturelle des hommes &#187; &#224; dominer les femmes nous laisserait plut&#244;t &#224; penser qu'il aurait d&#251; exister des soci&#233;t&#233;s primitives qui ont commenc&#233; par &#234;tre patriarcales avant d'&#234;tre matriarcales, ce qui est le contraire de ce que montre l'Histoire. Le &#171; sens &#187; de l'Histoire est clairement celui de soci&#233;t&#233;s matriarcales pr&#233;c&#233;dant les soci&#233;t&#233;s patriarcales, de m&#234;me qu'il est celui des soci&#233;t&#233;s de chasseurs-cueilleurs pr&#233;c&#233;dant celles des &#233;leveurs et cultivateurs, de m&#234;me encore que celle des manufactures a pr&#233;c&#233;d&#233; celle du capitalisme industriel et jamais le contraire. Cela ne signifie pas qu'il y ait une marche in&#233;luctable, lin&#233;aire, directe, progressive, continue ou graduelle. Cela signifie par contre que l'histoire des modes de production a un sens qui n'est pas inversable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes bien entendu en train de discuter d'une des th&#232;ses fondamentales du marxisme qui est certainement fond&#233; sur une philosophie de l'Histoire qui attribue un sens &#224; celle-ci : la philosophie de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre d'auteurs consid&#232;rent la th&#232;se de Marx comme celle de la domination du niveau technologique sur tous les autres niveaux &#233;conomiques, sociaux, politique, culturel, juridique, soci&#233;tal, psychologique, etc&#8230; C'est une simplification abusive de leurs id&#233;es que Marx et Engels ont combattu en leur temps. Il n'a pas suffi de la d&#233;couverte de la grue par Archim&#232;de &#224; Syracuse pour que le secteur du B&#226;timent y soit devenu capitaliste. Comme il n'a pas suffi de l'apparition de la monnaie, de la finance, de la sp&#233;culation pour qu'une finance capitaliste apparaisse. La soci&#233;t&#233; n'est pas que technique. Sans la machine &#224; filer et sans le chemin de fer, le capitalisme ne serait pas apparu mais le contraire n'est pas vrai : il n'aurait pas suffi de d&#233;couvrir &#224; n'importe quelle &#233;tape de la soci&#233;t&#233; ces technique pour que la soci&#233;t&#233; correspondante naisse. L'environnement social et &#233;conomique est d&#233;terminant dans le fait que la graine technologique pousse dans le bon terreau et &#224; la bonne saison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont certes soulign&#233; l'importance du stade de d&#233;veloppement des forces productives mais ils ont tout de suite montr&#233; que ce stade &#233;tait lui-m&#234;me directement en r&#233;troaction avec le stade de d&#233;veloppement des rapports de production, rapports entre classes sociales aux int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s. Il a ensuite montr&#233; que se b&#226;tissent en permanence autour des rapports politiques, dont l'Etat, des rapports juridiques, des rapports &#233;conomiques, sociaux, financiers, id&#233;ologiques, etc&#8230; L&#224; encore, il y a r&#233;troaction, ce qui signifie que ce n'est pas l'un qui se d&#233;veloppe seul puis l'autre, puis le troisi&#232;me. M&#234;me si la base est clairement dans la production des biens et seulement ensuite dans leur r&#233;partition, d'abord dans les relations &#233;conomiques et ensuite dans les autres domaines, d'abord selon les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante, etc, cela ne signifie pas que le sens inverse n'agisse pas du tout. Et surtout, il convient de ne jamais oublier que ces multiples r&#233;troactions n'ont pas lieu une bonne fois pour toutes mais en permanence et surtout qu'elles ont un caract&#232;re dialectique, ce qui est du chinois pour nombre d'auteurs&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour beaucoup d'historiens, les interactions se pensent en termes de &#171; facteurs positifs et facteurs n&#233;gatifs &#187;, en termes de &#171; progr&#232;s et r&#233;gression &#187;, en termes de &#171; favorable ou d&#233;favorable &#187;, c'est-&#224;-dire en termes d'oppositions diam&#233;trales et pas du tout de contradictions dialectiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces auteurs, ou bien le prol&#233;tariat est oppos&#233; au capitalisme ou bien il lui est int&#233;gr&#233;, ou bien la finance favorise le d&#233;veloppement du capitalisme industriel ou bien elle lui nuit, ou bien l'investissement se porte au niveau des placements les plus rentables imm&#233;diatement ou bien il ne le fait pas, ou bien le capital investit dans les moyens de production ou il investit dans les biens de consommation, ou bien le taux de profit est en train d'augmenter ou bien il est en train de baisser, ou bien le capitalisme d&#233;veloppe sans cesse les forces productives ou bien il ne le fait pas, ou bien&#8230; ou bien exclusivement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que deux ph&#233;nom&#232;nes oppos&#233;s puissent avoir lieu conjointement, ins&#233;parablement l'un de l'autre, alors qu'ils agissent en sens oppos&#233;, semble absurde &#224; une grande majorit&#233; d'auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique que, pour ces auteurs, s'il y a un sens de l'Histoire, on ne peut jamais revenir en arri&#232;re puisque, selon eux, tout va toujours dans le m&#234;me sens. Ils d&#233;finissent le sens positif et l'autre est le sens n&#233;gatif mais ils n'imaginent pas que le n&#233;gatif se change en positif, qu'un recul ou un retard puisse faire avancer plus vite, ce qui est pourtant la r&#232;gle en Histoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des forces oppos&#233;es, ils ne connaissent que celles qui se d&#233;truisent mutuellement ou bien celles qui se combattent mais dont une l'emporte d&#233;finitivement et pas des forces qui sont sans cesse en train de lutter et dont l'&#233;quilibre des forces est sans cesse en train de chercher un niveau d'&#233;quilibre momentan&#233;, pouvant aussi sans cesse &#234;tre remis en question. En somme, les situations dynamiques leur &#233;chappent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, on peut se demander si l'&#233;conomie romaine avait ou pas int&#233;r&#234;t dans la conqu&#234;te de vastes territoires par l'empire romain et, pour eux, on r&#233;pondra par oui ou par non alors que l'Histoire a fait de cette conqu&#234;te un facteur consid&#233;rable de richesse de la soci&#233;t&#233; romaine avant que ce m&#234;me facteur devienne le principal facteur de d&#233;clin et m&#234;me d'effondrement de la soci&#233;t&#233; romaine...&lt;br class='autobr' /&gt;
La contradiction dialectique n'est pas le seul point qui n'est pas compris des non dialecticiens. Il y a aussi l'automouvement, la construction et la transformation de la r&#233;alit&#233; par elle-m&#234;me et non pas une force ext&#233;rieure ou sup&#233;rieure. Pour les non dialecticiens, quand quelque chose de nouveau appara&#238;t au sein d'une structure ou d'un syst&#232;me, il faut n&#233;cessairement qu'il soit venu d'ailleurs, d'un autre ph&#233;nom&#232;ne ou d'un autre syst&#232;me alors que la dialectique se propose au contraire de montrer que les forces du changement sont internes et qu'elles sont seulement favoris&#233;es ou d&#233;favoris&#233;es par l'environnement. L'absence de dialectique contraint &#233;galement &#224; choisir en ph&#233;nom&#232;nes et &#233;piph&#233;nom&#232;nes, entre le fond et la forme, entre l'instant et la dur&#233;e, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la question de la dialectique, en philosophie de l'Histoire, se pose celle du mat&#233;rialisme. En effet, nombre d'auteurs placent en premier les id&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A les croire, avant que le capitalisme naisse, il aurait fallu que certains acteurs &#233;conomiques aient &#171; l'id&#233;e du capitalisme &#187; et cherchent &#224; la traduire dans les actes, soit sur le terrain &#233;conomique soit sur le terrain politique, en cherchant par exemple le soutien des gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A les croire, l'esclavage est n&#233; de l'id&#233;e de prendre un homme en esclavage comme la station debout serait n&#233;e de l'id&#233;e de cette posture humaine et, on pourrait presque &#233;tendre cette proposition &#224; celle de l' &#171; id&#233;e de graviter &#187; qui serait venue &#224; la mati&#232;re&#8230; Certains poussent d'ailleurs l'id&#233;alisme &#224; croire que la mati&#232;re n'existe que parce que l'homme en a l'id&#233;e&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de l'Histoire, un grand nombre d'auteurs consid&#232;rent que le premier acteur serait l'opinion publique et ce serait m&#234;me le moteur de l'Histoire, presque un sens de celle-ci car, lorsque l'opinion changerait, le monde basculerait aussi vers le changement. Mais qui piloterait donc cette opinion publique pour qu'elle soit &#224; certaines p&#233;riodes le principal facteur de conservatisme et &#224; d'autres le principal facteur du changement. Sur cette question c'est motus et bouche cousue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'il y a une r&#233;troaction entre l'&#233;volution des questions sociales et les id&#233;es qui se portent sur elles et les hommes ne font pas ce qu'ils veulent ni sur le terrain &#233;conomique, ni sur le terrain social, ni sur le terrain politique, ni dans les m&#339;urs, les modes de vie, les modes production ou de r&#233;partition. Ils font au mieux ce que les potentialit&#233;s r&#233;elles permettent et ces potentialit&#233;s, pour &#234;tre virtuelles, ne sont pas imaginaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands changements sociaux ne sont pas simplement des changements de mentalit&#233; des dirigeants ni des populations. Ce sont aussi et d'abord des changements des possibilit&#233;s physiques r&#233;elles, changements qui, pour appara&#238;tre n&#233;cessaires et m&#234;me indispensables au grand nombre ou &#224; une classe sociale, doivent avoir suffisamment muri dans les conditions de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Chine est pass&#233;e du pr&#233;tendu communisme de Mao au &#171; communisme de march&#233; &#187; de Deng Xiaoping et au capitalisme actuel, ce n'est nullement l'opinion publique qui a &#233;t&#233; d&#233;terminante ni m&#234;me seulement les &#171; id&#233;es &#187; des dirigeants ou des classes dirigeantes, mais c'est gr&#226;ce &#224; un besoin r&#233;el, &#233;conomique et politique, du capitalisme mondial lui-m&#234;me de trouver en Chine de nouvelles places o&#249; investir dans la production de mani&#232;re tr&#232;s rentable rajout&#233;e &#224; la n&#233;cessit&#233; pour l'imp&#233;rialisme dominant de sortir de la politique des blocs (et de l'imposer aux bureaucrates de l'Est). C'est seulement dans ce cadre que les politiques de dirigeants am&#233;ricains et chinois ont pu ouvrir un chemin. L'id&#233;e seule ne fait rien. Encore faut-il qu'elle corresponde &#224; une r&#233;alit&#233;, &#224; un besoin objectif. Encore une fois, ce n'est pas une id&#233;e du capitalisme qui a fond&#233; ce syst&#232;me pas plus que l'empire romain n'est n&#233; d'une id&#233;e ni le f&#233;odalisme de l'occident europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe des n&#233;cessit&#233;s objectives, mat&#233;rielles, &#233;conomiques, sociales et politiques qui sont d&#233;terminantes pour que des id&#233;es puissent avoir un poids sur les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'opinion publique, elle ne fait que suivre les besoins des classes dirigeantes. Par exemple, en ce moment les opinions publiques sont hostiles &#224; la venue des &#233;trangers et cela fait beaucoup causer dans les m&#233;dia. Quand la bourgeoisie fran&#231;aise, par exemple, avait un grand besoin de main d'&#339;uvre immigr&#233;e dans les ann&#233;es 60-70, elle se gardait bien de monter une opinion publique hostile &#224; cette immigration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'explication des grands changements &#233;conomiques, sociaux et politiques par des changements de l'opinion publique, c'est vraiment mettre la charrue avant les b&#339;ufs : s'il avait fallu que l'opinion publique soit pour le capitalisme avant qu'il apparaisse, ce ne serait pas encore arriv&#233; et aucun autre grand changement non plus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les questions du mat&#233;rialisme et celle de la dialectique, c'est la question du d&#233;terminisme qui se pose en Histoire. Et justement, la position classique consiste &#224; opposer diam&#233;tralement et non dialectiquement d&#233;terminisme et hasard. Voir un exemple frappant dans &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_de_l%27histoire#cite_note-3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;wikipedia.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de consid&#233;rer qu'il y a deux &#233;coles de pens&#233;e, l'une enti&#232;rement d&#233;terministe et l'autre enti&#232;rement ind&#233;terministe r&#233;cuse celle qui int&#232;gre les deux au sein de &#171; la dialectique du hasard et de la n&#233;cessit&#233; &#187; qui est justement celle de Hegel ou de Marx&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que wikipedia reconna&#238;t le caract&#232;re non-lin&#233;aire de la dialectique de Hegel et Marx, le site fait de la th&#232;se de Marx une d&#233;pendance de celle de Saint-Simon du progr&#232;s lin&#233;aire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes Marx insiste sur le d&#233;terminisme car le hasard est, comme on l'a dit au d&#233;but, ce qui se manifeste en premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#233;crit dans &#171; L'Id&#233;ologie allemande &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; La fa&#231;on dont les hommes produisent leurs moyens d'existence, d&#233;pend d'abord de la nature des moyens d'existence d&#233;j&#224; donn&#233;s et qu'il leur faut reproduire. Il ne faut pas consid&#233;rer ce mode de production de ce seul point de vue, &#224; savoir qu'il est la reproduction de l'existence physique des individus. Il repr&#233;sente au contraire d&#233;j&#224; un mode d&#233;termin&#233; de l'activit&#233; de ces individus, une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e de manifester leur vie, un mode de vie d&#233;termin&#233;. La fa&#231;on dont les individus manifestent leur vie refl&#232;te tr&#232;s exactement ce qu'ils sont. Ce qu'ils sont co&#239;ncide donc avec leur production, aussi bien avec ce qu'ils produisent qu'avec la fa&#231;on dont ils le produisent. Ce que sont les individus d&#233;pend donc des conditions mat&#233;rielles de leur production. (&#8230;)La division du travail &#224; l'int&#233;rieur d'une nation entra&#238;ne d'abord la s&#233;paration du travail industriel et commercial, d'une part, et du travail agricole, d'autre part ; et, de ce fait, la s&#233;paration de la ville et de la campagne et l'opposition de leurs int&#233;r&#234;ts. Son d&#233;veloppement ult&#233;rieur conduit &#224; la s&#233;paration du travail commercial et du travail industriel. En m&#234;me temps, du fait de la division du travail &#224; l'int&#233;rieur des diff&#233;rentes branches, on voit se d&#233;velopper &#224; leur tour diff&#233;rentes subdivisions parmi les individus coop&#233;rant &#224; des travaux d&#233;termin&#233;s. La position de ces subdivisions particuli&#232;res les unes par rapport aux autres est conditionn&#233;e par le mode d'exploitation du travail agricole, industriel et commercial (patriarcat, esclavage, ordres et classes). Les m&#234;mes rapports apparaissent quand les &#233;changes sont plus d&#233;velopp&#233;s dans les relations des diverses nations entre elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les divers stades de d&#233;veloppement de la division du travail repr&#233;sentent autant de formes diff&#233;rentes de la propri&#233;t&#233; ; autrement dit, chaque nouveau stade de la division du travail d&#233;termine &#233;galement les rapports des individus entre eux pour ce qui est de la mati&#232;re, des instruments et des produits du travail. (&#8230;) Voici donc les faits : des individus d&#233;termin&#233;s qui ont une activit&#233; productive selon un mode d&#233;termin&#233; entrent dans des rapports sociaux et politiques d&#233;termin&#233;s. Il faut que dans chaque cas isol&#233;, l'observation empirique montre dans les faits, et sans aucune sp&#233;culation ni mystification, le lien entre la structure sociale et politique et la production. La structure sociale et l'&#201;tat r&#233;sultent constamment du processus vital d'individus d&#233;termin&#233;s ; mais de ces individus non point tels qu'ils peuvent s'appara&#238;tre dans leur propre repr&#233;sentation ou appara&#238;tre dans celle d'autrui, mais tels qu'ils sont en r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire, tels qu'ils &#339;uvrent et produisent mat&#233;riellement ; donc tels qu'ils agissent sur des bases et dans des conditions et limites mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es et ind&#233;pendantes de leur volont&#233;. Les repr&#233;sentations que se font ces individus sont des id&#233;es soit sur leurs rapports avec la nature, soit sur leurs rapports entre eux, soit sur leur propre nature. Il est &#233;vident que, dans tous ces cas, ces repr&#233;sentations sont l'expression consciente r&#233;elle ou imaginaire de leurs rapports et de leur activit&#233; r&#233;els, de leur production, de leur commerce, de leur organisation politique et sociale. Il n'est possible d'&#233;mettre l'hypoth&#232;se inverse que si l'on suppose en dehors de l'esprit des individus r&#233;els, conditionn&#233;s mat&#233;riellement, un autre esprit encore, un esprit particulier. Si l'expression consciente des conditions de vie r&#233;elles de ces individus est imaginaire, si, dans leurs repr&#233;sentations, ils mettent la r&#233;alit&#233; la t&#234;te en bas, ce ph&#233;nom&#232;ne est encore une cons&#233;quence de leur mode d'activit&#233; mat&#233;riel born&#233; et des rapports sociaux &#233;triqu&#233;s qui en r&#233;sultent. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx d&#233;truit dans ce texte la conception id&#233;aliste de l'Histoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Toute l'illusion qui consiste &#224; croire que la domination d'une classe d&#233;termin&#233;e est uniquement la domination de certaines id&#233;es, cesse naturellement d'elle-m&#234;me, d&#232;s que la domination de quelque classe que ce soit cesse d'&#234;tre la forme du r&#233;gime social, c'est-&#224;-dire qu'il n'est plus n&#233;cessaire de repr&#233;senter un int&#233;r&#234;t particulier comme &#233;tant l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ou de repr&#233;senter &#034;l'universel&#034; comme dominant. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour wikipedia (texte cit&#233; pr&#233;c&#233;demment) comme pour bien des lecteurs de Marx, ce dernier aurait assign&#233; un but &#224; l'Histoire et ce but serait le communisme, c'est-&#224;-dire la suppression des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette conception est erron&#233;e. Le point de vue de Marx n'est pas celui d'un but qui guide l'action. Il &#233;crit dans le m&#234;me texte pr&#233;c&#233;demment cit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le communisme n'est pour nous ni un &#233;tat qui doit &#234;tre cr&#233;&#233;, ni un id&#233;al sur lequel la r&#233;alit&#233; devra se r&#233;gler. Nous appelons communisme le mouvement r&#233;el qui abolit l'&#233;tat actuel. Les conditions de ce mouvement r&#233;sultent des pr&#233;misses actuellement existantes. (&#8230;) En r&#233;alit&#233; pour le mat&#233;rialiste pratique, c'est-&#224;-dire pour le communiste, il s'agit de r&#233;volutionner le monde existant, d'attaquer et de transformer pratiquement l'&#233;tat de choses qu'il a trouv&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception de l'Histoire de Marx est celle de l'automouvement car c'est une conception dialectique et mat&#233;rialiste. Ce n'est pas l'id&#233;e du communisme qui guide et ce n'est pas le but qui dirige. Ce sont les contradictions h&#233;rit&#233;es du pass&#233; qui sont les locomotives de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#233;crit dans sa pr&#233;face de la Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique (1859) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#192; un certain degr&#233; de d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de production et d'&#233;change existants, ou &#8212; ce qui n'en est que l'expression juridique &#8212; avec les rapports de propri&#233;t&#233; au sein desquels elles &#233;voluaient jusqu'ici. De formes de d&#233;veloppement qu'ils &#233;taient, ces rapports deviennent des entraves au d&#233;veloppement des forces productives. Alors s'ouvre une &#233;poque de r&#233;volution sociale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Avec le changement de la base &#233;conomique, toute l'&#233;norme superstructure est plus ou moins rapidement boulevers&#233;e. Quand on consid&#232;re de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement des conditions &#233;conomiques de la production &#8212; qu'on peut constater d'une mani&#232;re scientifiquement rigoureuse [donc pr&#233;vision possible de la crise et de la r&#233;volution] &#8212; et les formes juridiques, politiques religieuses, artistiques ou philosophiques [il s'agit d'une gradation], bref, les formes &#224; travers lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le M&#200;NENT JUSQU'AU BOUT. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Marx ne produit pas une nouvelle religion qui serait celle de l'Histoire. Lui-m&#234;me se d&#233;marque de ce type de conception. par exemple ici dans &#034;La sainte famille&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'Histoire ne fait rien, elle ne poss&#232;de pas &#171; de richesse immense &#187;, elle &#171; ne livre point de combats &#187; ! C'est plut&#244;t l'homme, l'homme r&#233;el et vivant, qui fait tout cela, qui poss&#232;de et combat. Ce n'est certes pas l'&#171; Histoire &#187; qui se sert de l'homme comme moyen pour &#339;uvrer et parvenir &#8211; comme si elle &#233;tait un personnage &#224; part &#8211; &#224; ses propres fins ; au contraire, elle n'est rien d'autre que l'activit&#233; de l'homme poursuivant ses fins. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Extrait de &#171; La Sainte Famille &#187;, Karl Marx, Friedrich Engels&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Popper contre la conception historique d'Hegel</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article5206</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article5206</guid>
		<dc:date>2016-10-17T23:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Karl Popper contre Hegel &lt;br class='autobr' /&gt;
Citation de Karl Popper sur Hegel dans &#171; La Soci&#233;t&#233; ouverte et ses ennemis &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le succ&#232;s de Hegel marqua le d&#233;but de &#171; l'&#226;ge de la malhonn&#234;tet&#233; &#187; (ainsi que Schopenhauer d&#233;crivait la p&#233;riode de l'id&#233;alisme allemand) et de &#171; l'&#226;ge de l'irresponsabilit&#233; &#187; (ainsi que K. Heiden qualifiait l'&#226;ge du totalitarisme moderne) ; d'une irresponsabilit&#233; d'abord intellectuelle puis, ce fut l'une de ses cons&#233;quences, d'une irresponsabilit&#233; morale ; d'un nouvel &#226;ge r&#233;gi par (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Chapter 11 : Matter depends on history - La mati&#232;re est historique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_7779 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L300xH340/-2585-80a31.jpg?1776314467' width='300' height='340' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Popper contre Hegel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Citation de Karl Popper sur Hegel dans &#171; La Soci&#233;t&#233; ouverte et ses ennemis &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le succ&#232;s de Hegel marqua le d&#233;but de &#171; l'&#226;ge de la malhonn&#234;tet&#233; &#187; (ainsi que Schopenhauer d&#233;crivait la p&#233;riode de l'id&#233;alisme allemand) et de &#171; l'&#226;ge de l'irresponsabilit&#233; &#187; (ainsi que K. Heiden qualifiait l'&#226;ge du totalitarisme moderne) ; d'une irresponsabilit&#233; d'abord intellectuelle puis, ce fut l'une de ses cons&#233;quences, d'une irresponsabilit&#233; morale ; d'un nouvel &#226;ge r&#233;gi par les magie des mots &#233;clatants et par le pouvoir du jargon. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'historicisme [..] est un d&#233;riv&#233; de la th&#233;orie du complot. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si tous les Popper du monde se donnaient la main, ils ne parviendraient pas &#224; enfermer les sciences de la nature et de l'histoire dans leur pens&#233;e formaliste qui nie le r&#244;le de l'histoire. La logique formelle a eu son heure de gloire. Elle a &#233;t&#233; d'un apport important pour les sciences &#224; leur stade classificatoire. C'&#233;tait un progr&#232;s immense de la connaissance de reconna&#238;tre les divers &#233;l&#233;ments de la nature et leurs propri&#233;t&#233;s. La classification de Linn&#233; et Buffon, le rangement des objets c&#233;lestes en &#233;toiles et plan&#232;tes, la classification des &#233;l&#233;ments chimiques en types d'atomes par Mendele&#239;ev, l'&#233;tude de la mati&#232;re comme corpuscules et de la lumi&#232;re comme onde, la d&#233;composition des mol&#233;cules en atomes, des atomes en noyau et &#233;lectrons, des noyaux en protons et neutrons, les d&#233;marcations entre inerte et vivant, inn&#233; et acquis, homme et animal, ou encore la classification des &#233;l&#233;ments biochimiques du g&#233;nome ont &#233;t&#233; de grands progr&#232;s. Cependant, selon un processus dialectique, l'&#233;tape suivante qui proc&#232;de &#224; l'inverse est tout aussi indispensable. Elle se doit de casser les rangements fig&#233;s que l'on avait p&#233;niblement &#233;tablis en les croyant d&#233;finitifs et immuables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popper ne rejette pas que l'historicisme, il rejette la dialectique, le mat&#233;rialisme et le monisme. Il est dualiste au sens de Descartes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Popper &#233;crit ainsi dans &#171; La connaissance objective &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je propose donc, comme Descartes, l'adoption d'un point de vue dualiste bien que je ne pr&#233;conise pas bien entendu de parler de deux sortes de substances en interaction. Mais je crois qu'il est utile et l&#233;gitime de distinguer deux sortes d'&#233;tats (ou d'&#233;v&#233;nements) en interaction : des &#233;tats physico-chimiques et des &#233;tats mentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le neurologue John Eccles, collaborateur de Karl Popper, th&#233;orise la m&#234;me s&#233;paration cerveau/conscience dans &#171; Comment la conscience contr&#244;le le cerveau &#187; : &#171; Le pr&#233;sent ouvrage a pour objectif de d&#233;fier et de nier le mat&#233;rialisme afin de r&#233;affirmer la domination de l'&#234;tre spirituel sur le cerveau. (...) Cette conclusion a une port&#233;e th&#233;ologique inestimable. Elle renforce puissamment notre foi en une &#226;me humaine d'origine divine. Cela va dans le sens d'un dieu transcendant, cr&#233;ateur de l'univers. Il rappelle un autre livre que j'&#233;crivis en compagnie de Popper : &#171; La Conscience et son cerveau &#187; (1977). (...) La transmission synaptique chimique constitue donc le fondement de notre monde conscient et de sa cr&#233;ativit&#233; transcendantale. &#187; Au c&#339;ur de cette m&#233;taphysique popp&#233;rienne, on trouve &#171; la th&#233;orie des Mondes 1, 2 et 3 &#187; : &#8226; Le &#171; Monde 1 &#187; est celui des ph&#233;nom&#232;nes physico-chimiques. &#171; Par &#171; Monde 1 &#187;, j'entends ce qui, d'habitude, est appel&#233; le monde de la physique, des pierres, des arbres et des champs physiques des forces. J'entends &#233;galement y inclure les mondes de la chimie et de la biologie. &#8226; Le &#171; Monde 2 &#187; est celui de la conscience, de l'activit&#233; psychique essentiellement subjective. &#171; Par &#171; Monde 2 &#187; j'entends le monde psychologique, qui d'habitude, est &#233;tudi&#233; par les psychologues d'animaux aussi bien que par ceux qui s'occupent des hommes, c'est-&#224;-dire le monde des sentiments, de la crainte et de l'espoir, des dispositions &#224; agir et de toutes sortes d'exp&#233;riences subjectives, y compris les exp&#233;riences subconscientes et inconscientes. &#187; &#8226; Le &#171; Monde 3 &#187; est celui de la connaissance objective (des &#171; contenus de pens&#233;e &#187; ou &#171; id&#233;es &#187;). &#171; Par &#171; Monde 3 &#187;, j'entends le monde des productions de l'esprit humain. Quoique j'y inclue les &#339;uvres d'art ainsi que les valeurs &#233;thiques et les institutions sociales (et donc, autant dire les soci&#233;t&#233;s), je me limiterai en grande partie au monde des biblioth&#232;ques scientifiques, des livres, des probl&#232;mes scientifiques et des th&#233;ories, y compris les fausses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1959, le philosophe Walter Kaufmann a fortement critiqu&#233; les passages de cet ouvrage concernant Hegel. Il &#233;crit notamment que le livre de Popper &#171; contient plus d'id&#233;es fausses au sujet de Hegel que n'importe quel autre ouvrage &#187; et que les m&#233;thodes de Popper &#171; sont malheureusement semblables &#224; celles des &#171; universitaires totalitaires &#187;. Kaufmann accuse Popper d'ignorer &#171; qui a influenc&#233; qui &#187; en mati&#232;re de philosophie, de trahir les principes scientifiques qu'il pr&#233;tend pourtant d&#233;fendre, et de ne pas bien conna&#238;tre les textes de Hegel &#8211; s'&#233;tant bas&#233; sur &#171; une petite anthologie pour &#233;tudiants ne contenant pas un seul texte complet &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarques de Peter-Anton von Arnim :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Un des d&#233;tracteurs les plus violents de Hegel, le philosophe Karl Popper, accuse celui-ci dans son livre &#034;La soci&#233;t&#233; ouverte et ses ennemis&#034; avec un calembour &#224; bon march&#233; d'&#234;tre le porte-parole d'un &#034;historicisme hyst&#233;rique&#034;. Or, dans la pr&#233;face &#224; son livre &#034;Das Elend des Historizismus&#034; (&#034;La pauvret&#233; de l'historicisme&#034;) il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Je me suis efforc&#233; de pr&#233;senter l'historicisme comme une philosophie coh&#233;rente et diff&#233;renci&#233;e. Ce faisant je n'ai pas h&#233;sit&#233; &#224; construire une suite d'id&#233;es qui &#224; ma connaissance n'ont jamais &#233;t&#233; prononc&#233;es par les historicistes eux-m&#234;mes. J'esp&#232;re avoir r&#233;ussi ainsi &#224; construire un point de vue qu'il vaut la peine d'attaquer.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voil&#224; un expos&#233; qui ne saurait &#234;tre plus clair de la m&#233;thode qu'il faut &#233;viter &#224; tout prix en philosophie, si l'on ne veut pas aboutir &#224; des conclusions gratuites ou m&#234;me &#224; des jugements de mauvaise foi. C'est pourtant en effet cette m&#233;thode indigne d'un philosophe que Popper emploie pr&#233;cis&#233;ment dans ses diatribes contre Hegel. C'est &#224; dire qu'il n'attaque pas son adversaire &#224; partir de ce qu'il a dit, il n'essaye pas &#224; r&#233;futer ses positions avec lesquelles il n'est pas d'accord, mais il le condamne pour ce que celui-ci n'a jamais dit, c'est-&#224;-dire pour un point de vue qu'il a construit soi-m&#234;me ! C'est en effet la m&#233;thode que le procureur g&#233;n&#233;ral de Staline dans les proc&#232;s inf&#226;mes dits de Moscou (1936-1939), Andrej Vychinsky, a employ&#233; quand il voulait 'prouver' que les anciens camarades de L&#233;nine et co-dirigeants de la r&#233;volution d'octobre en Russie, &#233;taient tous des espions et des collaborateurs du nazisme. Pour donner plus de cr&#233;dibilit&#233; &#224; ces accusations, il les mettait sur un m&#234;me banc d'accusation avec de vrais criminels dont on pr&#233;tendait qu'ils &#233;taient leurs complices. Ce proc&#233;d&#233; sournois &#233;tait connu sous le nom d'amalgame. La cons&#233;quence dans leur cas &#233;tait fatale, c'&#233;tait l'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Muni d'une telle m&#233;thode, il n'est pas &#233;tonnant de voir Popper nous construire un Hegel qui co&#251;te que co&#251;te est condamn&#233; &#224; figurer comme le ma&#238;tre-penseur du nazisme, et ceci de la fa&#231;on suivante : On n'a qu'&#224; remplacer dans les textes de Hegel (dit Popper en page 79 de l'&#233;dition allemande de sa &#034;Soci&#233;t&#233; ouverte&#034;) la notion d'esprit (&#034;Geist&#034;) par la notion du sang (&#034;Blut&#034;, &#233;quivalent ici &#224; la notion de &#034;race&#034;), et nous voil&#224;, par un tour de passe-passe vertigineux, devant un Hegel qui de cette fa&#231;on l&#224; est devenu l'id&#233;ologue achev&#233; du nazisme. Qu'adviendrait &#224; un docteur qui dans un h&#244;pital allait appliquer une dose de sang l&#224; o&#249; il aurait d&#251; employer de l'alcool (&#034;esprit&#034;) ? Non seulement on allait le mettre &#224; la porte, on lui faisait le proc&#232;s pour incomp&#233;tence totale ! Mais est-ce qu'en philosophie au contraire tout est donc permis ? Est-ce que les concepts n'ont pas une valeur intrins&#232;que, est-ce qu'on a le droit de les &#233;changer &#224; sa guise ? Et c'est Popper qui accuse Hegel de charlatanerie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popper allait suivre le m&#234;me type de cheminement du positivisme logique dans &#171; Conjectures et r&#233;futations &#187;, parlant de &#171; revenir &#224; notre v&#233;ritable probl&#232;me, celui de la logique de la Science. &#187; Et il va se pencher particuli&#232;rement sur sa question f&#233;tiche : quand est-ce que l'on peut attribuer &#224; une th&#233;orie le statut de science ? Bien entendu, c'est un processus de logique formelle par lequel il entend y r&#233;pondre : la falsifiabilit&#233;. La d&#233;marche intellectuelle permettant d'y parvenir peut &#234;tre tr&#232;s vari&#233;e. Contrairement &#224; Popper, on peut penser que de nombreuses sortes de d&#233;marches peuvent mener &#224; faire progresser la connaissance scientifique. Le crit&#232;re de Popper n'est m&#234;me pas un moyen de savoir ce qu'il faut admettre ou ne pas admettre en sciences. Le &#171; v&#233;ritable probl&#232;me &#187; de la science n'est-il pas de chercher la logique &#8230; de la nature et non la logique de la pens&#233;e humaine pour y parvenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons donc quels sont les r&#233;sultats produits par sa fameuse &#233;pist&#233;mologie par rapport aux africains. Dans une interview avec l'hebdomadaire allemand 'Der Spiegel' (No 13 de 1992) on peut trouver les propos suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spiegel : Mais vous n'allez quand'm&#234;me pas d&#233;nier que dans une grande partie du Tiers Monde il y a le paup&#233;risme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popper : Non. Mais il faut attribuer cela avant tout &#224; la b&#234;tise politique des dirigeants dans les &#233;tats de famine diff&#233;rents. Nous avons lib&#233;r&#233; ces &#233;tats trop vite et de fa&#231;on trop primitive. Ce ne sont pas encore des &#233;tats fond&#233;s sur le droit. La m&#234;me chose allait se produire si on abandonnait un jardin d'enfants &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les critiques les plus v&#233;h&#233;ments de la possibilit&#233; d'une science de la soci&#233;t&#233; capable de faire des pr&#233;dictions d'avenir significatives se trouvait le philosophe austro-anglais Karl Popper. Il rejetait ce qu'il appelait l'&#171; historicisme &#187;, ce par quoi il entendait &#171; une approche des sciences sociales qui suppose que la pr&#233;diction historique est leur principal objectif et qui suppose que ce but peut &#234;tre atteint en d&#233;couvrant les &#034;rythmes&#034; ou les &#034;mod&#232;les&#034;, les &#034;lois&#034; ou les &#034;tendances&#034; qui sous-tendent l'&#233;volution de l'histoire. &#187; Popper &#233;crivit qu'il &#233;tait &#171; convaincu que de telles doctrines ou m&#233;thodes historicistes sont au fond responsables de l'&#233;tat insatisfaisant de la th&#233;orie des sciences sociales... &#187; [1] Popper affirmait avoir d&#233;montr&#233; que la pr&#233;diction historique &#233;tait impossible, une conclusion qu'il basait sur l'interrelation entre les axiomes suivants : &#171; Le cours de l'histoire humaine est fortement influenc&#233; par la croissance de la connaissance humaine. &#171; Nous ne pouvons pr&#233;dire, par des m&#233;thodes rationnelles ou scientifiques, la croissance future de nos connaissances scientifiques. &#171; Nous ne pouvons de ce fait, pr&#233;dire le cours futur de l'histoire humaine. Cela signifie que nous devons rejeter la possibilit&#233; d'une histoire th&#233;orique ; c'est-&#224;-dire d'une science sociale historique qui correspondrait &#224; la physique th&#233;orique. Il ne peut pas y avoir de th&#233;orie scientifique du d&#233;veloppement historique qui serve de base &#224; la pr&#233;diction historique. &#171; Le but fondamental des m&#233;thodes historicistes est de ce fait une erreur de conception et l'historicisme s'effondre &#187; [2] La critique de Popper est id&#233;aliste de part en part : la base du d&#233;veloppement historique, argumente-t-il, est la pens&#233;e et la connaissance ; et puisque nous ne pouvons pas savoir aujourd'hui ce que nous saurons dans une semaine, un mois, un an ou m&#234;me davantage, la pr&#233;diction historique est impossible. La conception id&#233;aliste de l'histoire de Popper &#233;choue &#224; prendre en compte la question des origines historiques de la pens&#233;e et de la connaissance. La tentative de Popper d'invoquer les limites de la connaissance comme une barri&#232;re absolue pour une histoire scientifique &#233;choue dans la mesure o&#249; l'on peut montrer que la croissance de la connaissance humaine est elle-m&#234;me un produit du d&#233;veloppement historique et qu'elle est soumise &#224; ses lois. Le fondement de l'histoire humaine se trouve non pas dans l'accroissement de la connaissance, mais dans le d&#233;veloppement du travail &#8212; l'essentielle et premi&#232;re cat&#233;gorie ontologique de l'&#234;tre social. J'entends cela dans le sens indiqu&#233; par Engels &#8212; que l'apparition de l'esp&#232;ce humaine, la croissance du cerveau humain, et le d&#233;veloppement de formes de conscience sp&#233;cifiquement humaines sont le r&#233;sultat de l'&#233;volution du travail. L'&#233;tablissement de la primaut&#233; ontologique du travail a servi dans l'&#339;uvre de Marx de fondation &#224; la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, qui fournit une explication du processus de transformation sociale qui n'est pas d&#233;pendant de la conscience &#8212; sans, bien s&#251;r, en &#234;tre jamais absolument ind&#233;pendant. On peut montrer que son identification de l'interaction des rapports de production (dans lesquels les hommes entrent ind&#233;pendamment de leur conscience) et des forces de production mat&#233;rielles conserve sa validit&#233; sur une dur&#233;e significative de temps historique pendant lequel, on peut le pr&#233;sumer sans risque, la connaissance humaine s'est d&#233;velopp&#233;e. Ce qui fournit l'impulsion essentielle du changement historique, ce n'est pas l'ampleur ni le niveau de la connaissance en elle-m&#234;me, mais les interactions dialectiques des forces productives et des rapports sociaux de production, qui constituent, dans leur unit&#233; et leur conflictualit&#233;, les fondations &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233;. Pour revenir &#224; Popper, ce qu'il veut dire, quand il d&#233;clare que la pr&#233;diction historique est impossible parce que nous ne savons pas ce que nous saurons demain, n'est pas clair. Une interpr&#233;tation de cet axiome est que l'acquisition de quelque forme ou type de connaissance nouveau pourrait modifier la condition humaine de fa&#231;on si radicale qu'elle pourrait placer l'humanit&#233; sur une trajectoire nouvelle et jamais imagin&#233;e jusque-l&#224; de d&#233;veloppement social, invalidant par l&#224; toutes les pr&#233;dictions. Mais qu'est-ce que cela pourrait &#234;tre ? Imaginons quelque chose de vraiment exceptionnel, la d&#233;couverte soudaine d'une technologie qui multiplierait du jour au lendemain la productivit&#233; de l'humanit&#233; par 1000. Pourtant, m&#234;me dans un cas aussi extraordinaire, l'ossature th&#233;orique du marxisme ne serait pas r&#233;duite &#224; n&#233;ant. Cette croissance jusque-l&#224; inimaginable du pouvoir des forces productives aurait un impact &#233;norme sur les rapports de propri&#233;t&#233; existants. De plus, comme toujours sous le capitalisme, l'usage et l'impact des avanc&#233;es de la connaissance et de la technique seraient d&#233;termin&#233;s par les besoins et les int&#233;r&#234;ts du march&#233; capitaliste. Envisageons une autre signification possible de l'axiome de Popper : une connaissance nouvelle viendrait invalider le mat&#233;rialisme historique en tant que th&#233;orie du d&#233;veloppement socio-&#233;conomique de l'homme. Si nous admettons la possibilit&#233; que le d&#233;veloppement &#224; venir de la connaissance vienne d&#233;montrer le caract&#232;re inad&#233;quat du mat&#233;rialisme historique, cela impliquerait qu'il a &#233;t&#233; remplac&#233; par une th&#233;orie qui rendrait possible une compr&#233;hension plus profonde de la nature du d&#233;veloppement historique. Si cette nouvelle th&#233;orie venait d&#233;montrer que l'accent mis par Marx sur les fondations socio-&#233;conomique &#233;tait inad&#233;quat ou incorrect, elle ferait cela en mettant &#224; jour une autre impulsion, pr&#233;alablement non d&#233;couverte, du d&#233;veloppement historique. En d'autres mots, l'expansion de la connaissance ne rendrait pas la pr&#233;diction historique impossible, elle rendrait bien plut&#244;t possible des pr&#233;dictions de nature plus profonde, plus exhaustive et plus pr&#233;cise. Il est bien plus facile de retourner contre Popper lui-m&#234;me la croissance de la connaissance, dont il fait la pierre d'angle de son proc&#232;s contre Marx Au cours de son argumentation, Popper est oblig&#233; de reconna&#238;tre que &#171; l'historicisme &#187;, c'est-&#224;-dire le marxisme, &#233;tablit bien qu'il existe &#171; des directions ou tendances &#187; dans le changement social dont &#171; l'existence peut difficilement &#234;tre contest&#233;e... &#187; Mais, insiste-t-il &#171; les tendances ne sont pas des lois. &#187; Une loi est intemporelle, universellement valable pour toutes &#233;poques et conditions. Une direction ou une tendance, d'un autre c&#244;t&#233;, bien qu'elle puisse avoir persist&#233; &#171; pendant des centaines ou des milliers d'ann&#233;es peut changer en une d&#233;cennie, ou m&#234;me plus rapidement que cela... Il est important de faire remarquer que lois et tendances sont des choses radicalement diff&#233;rentes. &#187; [3] Sur la base d'un tel raisonnement il serait possible &#224; Popper d'argumenter que l'unit&#233; et le conflit entre les forces productives et les relations sociales, bien qu'ils persistent depuis des milliers d'ann&#233;es dans l'histoire humaine ne sont qu'une tendance. La m&#234;me chose pourrait &#234;tre dite de la lutte des classes en g&#233;n&#233;ral. Que la lutte des classes ait jou&#233; un r&#244;le cl&#233; dans l'histoire depuis cinq mille ans est bien possible, mais cela pourrait ne plus &#234;tre vrai &#224; l'avenir et par cons&#233;quent la lutte des classes est seulement une tendance. Le postulat d'une distinction absolue entre loi et tendance est un exercice de logique m&#233;taphysique, qui viole la nature d'une r&#233;alit&#233; sociale complexe. La vaste h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du ph&#233;nom&#232;ne social, dans lequel des millions d'individus poursuivent consciemment ce qu'ils per&#231;oivent, de fa&#231;on correcte ou incorrecte, comme &#233;tant leurs int&#233;r&#234;ts, produit une situation dans laquelle les lois &#171; peuvent seulement s'accomplir elles-m&#234;mes dans le monde r&#233;el en tant que tendances et en tant que n&#233;cessit&#233;s seulement dans l'enchev&#234;trement de force en opposition, seulement dans une m&#233;diation se faisant par l'interm&#233;diaire d'accidents sans fin. &#187; [4] La base ultime du rejet du marxisme par Popper (qui, avec toutes sortes de variations mineures, est largement partag&#233;) est la conception qu'il y a tout simplement trop de facteurs, trop d'interactions, trop de variables impr&#233;vues dans la conduite humaine. Comment une vision d&#233;terministe de la soci&#233;t&#233; humaine peut-elle &#234;tre r&#233;concili&#233;e avec le fait social ind&#233;niable que des &#233;v&#232;nements insens&#233;s, qui semblent provenir de nulle part, se produisent ? Il y a juste trop de Texas Book Depositories et de Dealey Plazas (respectivement l'immeuble d'o&#249; furent tir&#233;s les coups de feu lors de l'assassinat de J.F. Kennedy, le 22 novembre 1963 et l'endroit o&#249; se trouvait alors la voiture du pr&#233;sident am&#233;ricain, N.D.T) dans le monde pour nous autoriser &#224; faire des pr&#233;dictions avec le degr&#233; de certitude exig&#233; par la science v&#233;ritable. C'est pourquoi, pour parler comme feu Sir Popper &#171; Les sciences sociales ne semblent pas avoir jusqu'&#224; pr&#233;sent trouv&#233; leur Galil&#233;e. &#187;[5] En laissant de c&#244;t&#233; pour une autre fois les probl&#232;mes complexes des relations entre hasard et n&#233;cessit&#233;, il faut dire que l'histoire partage avec beaucoup d'autres sciences l'impossibilit&#233; de faire des pr&#233;dictions absolues &#224; propos des &#233;v&#232;nements futurs. La m&#233;t&#233;orologie est une science, mais les m&#233;t&#233;orologues ne peuvent garantir la justesse de leur pr&#233;vision pour le lendemain sans m&#234;me parler de la semaine suivante. Bien qu'il soit probable que leurs capacit&#233;s de pr&#233;vision continueront &#224; s'am&#233;liorer, il est peu probable que les m&#233;t&#233;orologues atteignent une pr&#233;dictibilit&#233; absolue. N&#233;anmoins, m&#234;me s'ils ne peuvent pas pr&#233;dire si le barbecue que nous avons pr&#233;vu de faire dans notre jardin la semaine prochaine aura lieu, comme souhait&#233;, sous des cieux sans nuages, leur capacit&#233; &#224; analyser des mod&#232;les m&#233;t&#233;orologiques et de pr&#233;voir des tendances climatiques joue un r&#244;le d&#233;terminant et indispensable dans d'innombrables aspects de la vie socio-&#233;conomique. La pr&#233;dictibilit&#233; rencontre tout aussi bien des limites dans les sciences biologiques, l'astronomie et la g&#233;ologie. Comme l'explique le physicien prix Nobel Steven Weinberg : &#171; M&#234;me un syst&#232;me tr&#232;s simple peut pr&#233;senter un ph&#233;nom&#232;ne connu sous la d&#233;nomination de chaos et qui fait &#233;chouer nos efforts pour pr&#233;dire l'avenir de ce syst&#232;me. La caract&#233;ristique d'un syst&#232;me chaotique est qu'&#224; partir de conditions initiales similaires, il peut aboutir, apr&#232;s un certain temps, &#224; des r&#233;sultats enti&#232;rement diff&#233;rents. La possibilit&#233; du chaos dans des syst&#232;mes simples est en fait connue depuis le d&#233;but du si&#232;cle ; le math&#233;maticien et physicien Henri Poincar&#233; a montr&#233; &#224; cette &#233;poque que le chaos peut se d&#233;velopper m&#234;me dans un syst&#232;me aussi simple qu'un syst&#232;me solaire avec seulement deux plan&#232;tes. On a compris pendant des ann&#233;es les espaces sombres entre les anneaux de Saturne comme se produisant pr&#233;cis&#233;ment aux endroits de l'anneau d'o&#249; toute particule en orbite serait &#233;ject&#233;e par son mouvement chaotique. Ce qui est nouveau et excitant &#224; propos de l'&#233;tude du chaos, ce n'est pas que le chaos existe, mais que certaines formes de chaos montrent des propri&#233;t&#233;s quasi universelles qui peuvent &#234;tre analys&#233;es math&#233;matiquement. &#171; L'existence du chaos ne signifie pas que le comportement d'un syst&#232;me comme les anneaux de Saturne ne soit pas, de quelque fa&#231;on, compl&#232;tement d&#233;termin&#233; par les lois du mouvement et de la gravitation et par ses conditions initiales, mais signifie seulement que, de fa&#231;on pratique, nous ne pouvons pas calculer comment certaines choses (comme l'orbite des particules dans les espaces sombres entre les anneaux de Saturne) &#233;voluent. Pour &#234;tre un peu plus pr&#233;cis : la pr&#233;sence du chaos dans un syst&#232;me signifie que pour n'importe quelle pr&#233;cision donn&#233;e avec laquelle nous d&#233;crivons les conditions initiales, il arrivera finalement un moment o&#249; nous perdrons la capacit&#233; de pr&#233;dire comment le syst&#232;me se comportera... En d'autres mots, la d&#233;couverte du chaos n'abolit pas le d&#233;terminisme de la physique pr&#233;-quantique, mais il nous force &#224; &#234;tre un peu plus prudent lorsque nous disons ce que nous entendons par ce d&#233;terminisme. La m&#233;canique quantique n'est pas d&#233;terministe dans le m&#234;me sens que la m&#233;canique de Newton ; le principe d'incertitude de Heisenberg nous avertit de ce que nous ne pouvons pas mesurer pr&#233;cis&#233;ment en m&#234;me temps la position et la v&#233;locit&#233; d'une particule, et, m&#234;me si nous effectuons toutes les mesures qui sont possibles &#224; un moment donn&#233;, nous ne pouvons &#233;mettre que des probabilit&#233;s pour ce qui est des r&#233;sultats d'exp&#233;riences &#224; tout autre moment futur. N&#233;anmoins, nous verrons que m&#234;me dans la physique quantique, il y a toujours un sens dans lequel le comportement de n'importe quel syst&#232;me physique est enti&#232;rement d&#233;termin&#233; par les conditions initiales et les lois de la nature. &#187; [6] Le caract&#232;re scientifique du marxisme ne d&#233;pend pas de sa capacit&#233; &#224; pr&#233;dire les manchettes sur la premi&#232;re page du New York Times de demain. Ceux qui recherchent ce type de pr&#233;diction devraient consulter un astrologue. Le marxisme, en tant que m&#233;thode d'analyse et conception mat&#233;rialiste du monde, a bien plut&#244;t mis &#224; jour les lois qui gouvernent les processus sociaux-&#233;conomiques et politiques. La connaissance de ces lois d&#233;voile des directions et des tendances sur la base desquelles peuvent &#234;tre fond&#233;es des &#171; pr&#233;dictions &#187; historiques solides et qui donnent la possibilit&#233; d'intervenir consciemment, de fa&#231;on &#224; pouvoir atteindre un r&#233;sultat favorable &#224; la classe ouvri&#232;re. L'attaque de Popper sur la l&#233;gitimit&#233; du marxisme et son rejet de la possibilit&#233; d'une pr&#233;diction historique manque dans ce sens le test le plus crucial de tous : celui de l'exp&#233;rience historique concr&#232;te. Le d&#233;veloppement du mat&#233;rialisme historique a repr&#233;sent&#233; un bond majeur dans la compr&#233;hension de la soci&#233;t&#233; humaine, une avanc&#233;e de la th&#233;orie sociale scientifique qui donnait &#224; la pratique sociale humaine, en tout premier lieu dans la sph&#232;re politique, un degr&#233; de prise de conscience historique de soi sans pr&#233;c&#233;dent. A un degr&#233; qui ne pouvait pas &#234;tre atteint auparavant, la r&#233;v&#233;lation des lois du d&#233;veloppement socio-&#233;conomique a permis &#224; l'homme de situer sa propre pratique dans un processus objectif de causalit&#233; historique. La proph&#233;tie a &#233;t&#233; remplac&#233;e par la science de la perspective politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Traduit de l'anglais : &#8220;Historicism,&#8221; in Popper, Selections, ed. David Miller (Princeton : Princeton University Press, 1985), p. 290.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Traduit de l'anglais : The Poverty of Historicism (London and New York : Routledge, 2002), pp. xi-xii.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Traduit de l'anglais : The Poverty of Historicism, p. 106.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Traduit de l'anglais : Georg Luk&#225;cs, The Ontology of Social Being, Volume 2 : Marx (London : Merlin Press, 1978), p. 103.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Traduit de l'anglais : The Poverty of Historicism, p. 1.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Traduit de l'anglais : Dreams of a Final Theory : The Scientist's Search for the Ultimate Laws of Nature (New York : Vintage, 1994), pp. 36-37.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1606&#034;&gt;La science est-elle popperisable ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://archive.org/details/arxiv-1202.4792&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Problems with Popper&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://archive.org/details/arxiv-physics0207115&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The dangerous misconceptions of Sir Karl Raimund Popper&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1606&#034;&gt;Quand Popper entend d&#233;finir le crit&#232;re de toute science&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://matiereapenser.free.fr/philo/Corentin%20de%20salle/popper%202_societe%20ouverte_hegel_marx.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Popper contre Hegel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.catallaxia.org/wiki/Karl_Popper:La_soci%C3%A9t%C3%A9_ouverte_et_ses_ennemis#Hegel_et_le_n.C3.A9o-tribalisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hegel, un ennemi de Popper&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.catallaxia.org/wiki/Karl_Popper:La_soci%C3%A9t%C3%A9_ouverte_et_ses_ennemis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La soci&#233;t&#233; &#171; ouverte &#187; de Popper ne l'est pas &#224; Hegel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que la conception mat&#233;rialiste de l'Histoire ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article2638</link>
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		<dc:date>2016-08-21T23:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extraits de &lt;br class='autobr' /&gt;
Anti-D&#252;hring &lt;br class='autobr' /&gt; F. ENGELS &lt;br class='autobr' /&gt;
La conception mat&#233;rialiste de l'histoire part de la th&#232;se que la production, et apr&#232;s la production, l'&#233;change de ses produits, constitue le fondement de tout r&#233;gime social, que dans toute soci&#233;t&#233; qui appara&#238;t dans l'histoire, la r&#233;partition des produits, et, avec elle, l'articulation sociale en classes ou en ordres se r&#232;gle sur ce qui est produit et sur la fa&#231;on dont cela est produit ainsi que sur la fa&#231;on dont on &#233;change les choses produites. En (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Chapter 11 : Matter depends on history - La mati&#232;re est historique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Extraits de&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Anti-D&#252;hring&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F. ENGELS &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception mat&#233;rialiste de l'histoire part de la th&#232;se que la production, et apr&#232;s la production, l'&#233;change de ses produits, constitue le fondement de tout r&#233;gime social, que dans toute soci&#233;t&#233; qui appara&#238;t dans l'histoire, la r&#233;partition des produits, et, avec elle, l'articulation sociale en classes ou en ordres se r&#232;gle sur ce qui est produit et sur la fa&#231;on dont cela est produit ainsi que sur la fa&#231;on dont on &#233;change les choses produites. En cons&#233;quence, ce n'est pas dans la t&#234;te des hommes, dans leur compr&#233;hension croissante de la v&#233;rit&#233; et de la justice &#233;ternelles, mais dans les modifications du mode de production et d'&#233;change qu'il faut chercher les causes derni&#232;res de toutes les modifications sociales et de tous les bouleversements politiques ; il faut les chercher non dans la philosophie, mais dans l'&#233;conomie de l'&#233;poque int&#233;ress&#233;e. Si l'on s'&#233;veille &#224; la compr&#233;hension que les institutions sociales existantes sont d&#233;raisonnables et injustes, que la raison est devenue sottise et le bienfait fl&#233;au, ce n'est l&#224; qu'un indice qu'il s'est op&#233;r&#233; en secret dans les m&#233;thodes de production et les formes d'&#233;change des transformations avec lesquelles ne cadre plus le r&#233;gime social adapt&#233; &#224; des conditions &#233;conomiques plus anciennes. Cela signifie, en m&#234;me temps, que les moyens d'&#233;liminer les anomalies d&#233;couvertes existent forc&#233;ment, eux aussi, - &#224; l'&#233;tat plus ou moins d&#233;velopp&#233;, - dans les rapports de production modifi&#233;s. Il faut donc non pas inventer ces moyens dans son cerveau, mais les d&#233;couvrir &#224; l'aide de son cerveau dans les faits mat&#233;riels de production qui sont l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est en cons&#233;quence la position du socialisme moderne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime social existant, - ceci est assez g&#233;n&#233;ralement admis, - a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par la classe actuellement dominante, la bourgeoisie. Le mode de production propre &#224; la bourgeoisie, appel&#233; depuis Marx mode de production capitaliste, &#233;tait incompatible avec les privil&#232;ges des localit&#233;s et des ordres, de m&#234;me qu'avec les liens personnels r&#233;ciproques du r&#233;gime f&#233;odal. La bourgeoisie a mis en pi&#232;ces le r&#233;gime f&#233;odal et &#233;difi&#233; sur ses ruines la constitution bourgeoise de la soci&#233;t&#233;, empire de la libre concurrence, de la libert&#233; d'aller et venir, de l'&#233;galit&#233; juridique des possesseurs de marchandises et autres splendeurs bourgeoises. Le mode de production capitaliste pouvait maintenant se d&#233;ployer librement. Les forces productives &#233;labor&#233;es sous la direction de la bourgeoisie se sont d&#233;velopp&#233;es, depuis que la vapeur et le nouveau machinisme ont transform&#233; la vieille manufacture en grande industrie, avec une rapidit&#233; et une ampleur inou&#239;es jusque-l&#224;. Mais de m&#234;me que, en leur temps, la manufacture et l'artisanat d&#233;velopp&#233;s sous son influence &#233;taient entr&#233;s en conflit avec les entraves f&#233;odales des corporations, de m&#234;me la grande industrie, une fois d&#233;velopp&#233;e plus compl&#232;tement, entre en conflit avec les barri&#232;res dans lesquelles le mode de production capitaliste la tient enserr&#233;e. Les forces de production nouvelles ont d&#233;j&#224; d&#233;bord&#233; la forme bourgeoise de leur emploi ; et ce conflit entre les forces productives et le mode de production n'est pas un conflit n&#233; dans la t&#234;te des hommes comme, par exemple, celui du p&#233;ch&#233; originel et de la justice divine : il est l&#224;, dans les faits, objectivement, en dehors de nous, ind&#233;pendamment de la volont&#233; ou de l'activit&#233; m&#234;me de ceux des hommes qui l'ont provoqu&#233;. Le socialisme moderne n'est rien d'autre que le reflet dans la pens&#233;e de ce conflit effectif, sa r&#233;flexion, sous forme d'id&#233;es, tout d'abord dans les cerveaux de la classe qui en souffre directement, la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en quoi consiste ce conflit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la production capitaliste, donc au moyen &#226;ge, on &#233;tait en pr&#233;sence partout de la petite production, que fondait la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des travailleurs sur leurs moyens de production : agriculture des petits paysans libres ou serfs, artisanat des villes. Les moyens de travail, - terre, instruments aratoires, atelier, outils de l'artisan, - &#233;taient des moyens de travail de l'individu, calcul&#233;s seulement pour l'usage individuel ; ils &#233;taient donc n&#233;cessairement mesquins, minuscules, limit&#233;s. Mais, pour cette raison m&#234;me, ils appartenaient normalement au producteur m&#234;me. Concentrer, &#233;largir ces moyens de production dispers&#233;s et &#233;triqu&#233;s, en faire les leviers puissants de la production actuelle, tel fut pr&#233;cis&#233;ment le r&#244;le historique du mode de production capitaliste et de la classe qui en est le support, la bourgeoisie. Dans la quatri&#232;me section du Capital, Marx a d&#233;crit dans le d&#233;tail comment elle a men&#233; cette &#339;uvre, &#224; bonne fin depuis le XV&#176; si&#232;cle, aux trois stades de la coop&#233;ration simple, de la manufacture et de la grande industrie. Mais, comme il le prouve &#233;galement au m&#234;me endroit, la bourgeoisie ne pouvait pas transformer ces moyens de production limit&#233;s en puissantes forces productives sans transformer les moyens de production de l'individu en moyens de production sociaux, utilisables seulement par un ensemble d'hommes. Au lieu du rouet, du m&#233;tier de tisserand &#224; la main, du marteau de forgeron ont apparu la machine &#224; filer, le m&#233;tier m&#233;canique, le marteau &#224; vapeur ; au lieu de l'atelier individuel, la fabrique qui commande la coop&#233;ration de centaines et de milliers d'hommes. Et de m&#234;me que les moyens de production, la production elle-m&#234;me se transforme d'une s&#233;rie d'actes individuels en une s&#233;rie d'actes sociaux et les produits, de produits d'individus, en produits sociaux. Le fil, le tissu, la quincaillerie qui sortaient maintenant de la fabrique &#233;taient le produit collectif de nombreux ouvriers, par les mains desquels ils passaient forc&#233;ment tour &#224; tour avant d'&#234;tre finis. Pas un individu qui puisse dire d'eux : c'est moi qui ai fait cela, c'est mon produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; o&#249; la division naturelle du travail &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; est la forme fondamentale de la production, elle imprime aux produits la forme de marchandises, dont l'&#233;change r&#233;ciproque, l'achat et la vente mettent les producteurs individuels en &#233;tat de satisfaire leurs multiples besoins. Et c'&#233;tait le cas au moyen &#226;ge. Le paysan, par exemple, vendait &#224; l'artisan des produits des champs et lui achetait en compensation des produits de l'artisanat. C'est dans cette soci&#233;t&#233; de producteurs individuels, de producteurs de marchandises, que s'est donc infiltr&#233; le mode de production nouveau. On l'a vu introduire au beau milieu de cette division du travail naturelle, sans m&#233;thode, qui r&#233;gnait dans toute la soci&#233;t&#233;, la division m&#233;thodique du travail telle qu'elle &#233;tait organis&#233;e dans la fabrique individuelle ; &#224; c&#244;t&#233; de la production individuelle apparut la production sociale. Les produits de l'une et de l'autre se vendaient sur le m&#234;me march&#233;, donc &#224; des prix &#233;gaux au moins approximativement. Mais l'organisation m&#233;thodique &#233;tait plus puissante que la division du travail naturelle ; les fabriques travaillant socialement produisaient &#224; meilleur march&#233; que les petits producteurs isol&#233;s. La production individuelle succomba dans un domaine apr&#232;s l'autre, la production sociale r&#233;volutionna tout le vieux mode de production. Mais ce caract&#232;re r&#233;volutionnaire, qui lui est propre, fut si peu reconnu qu'on l'introduisit, au contraire, comme moyen d'&#233;lever et de favoriser la production marchande. Elle naquit en se rattachant directement &#224; certains leviers d&#233;j&#224; existants de la production marchande et de l'&#233;change des marchandises : capital commercial, artisanat, travail salari&#233;. Du fait qu'elle se pr&#233;sentait elle-m&#234;me comme une forme nouvelle de production marchande, les formes d'appropriation de la production marchande rest&#232;rent en pleine vigueur pour elle aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la production marchande telle qu'elle s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e au moyen &#226;ge, la question ne pouvait m&#234;me pas se poser de savoir &#224; qui devait appartenir le produit du travail. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le producteur individuel l'avait fabriqu&#233; avec des mati&#232;res premi&#232;res qui lui appartenaient et qu'il produisait souvent lui-m&#234;me, &#224; l'aide de ses propres moyens de travail et de son travail manuel personnel ou de celui de sa famille. Le produit n'avait nullement besoin d'&#234;tre appropri&#233; d'abord par lui, il lui appartenait de lui-m&#234;me. La propri&#233;t&#233; des produits reposait donc sur le travail personnel. M&#234;me l&#224; o&#249; l'on utilisait l'aide d'autrui, celle-ci restait en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale accessoire et, en plus du salaire, elle recevait fr&#233;quemment une autre r&#233;mun&#233;ration : l'apprenti ou le compagnon de la corporation travaillaient moins pour la nourriture et le salaire que pour leur propre pr&#233;paration &#224; la ma&#238;trise. C'est alors que vint la concentration des moyens de production dans de grands ateliers et des manufactures, leur transformation en moyens de production effectivement sociaux. Mais les moyens de production et les produits sociaux furent trait&#233;s comme si, maintenant encore, ils &#233;taient rest&#233;s les moyens de production et les produits d'individus. Si, jusqu'alors, le possesseur des moyens de travail s'&#233;tait appropri&#233; le produit parce que, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, il &#233;tait son propre produit et que l'appoint du travail d'autrui &#233;tait l'exception, le possesseur des moyens de travail continua maintenant &#224; s'approprier le produit bien qu'il ne f&#251;t plus son produit, mais exclusivement le produit du travail d'autrui. Ainsi, les produits d&#233;sormais cr&#233;&#233;s socialement ne furent pas appropri&#233;s par ceux qui avaient mis r&#233;ellement en oeuvre les moyens de production et avaient r&#233;ellement fabriqu&#233; les produits, mais par le capitaliste. Moyens de production et production sont devenus essentiellement sociaux ; mais on les assujettit &#224; une forme d'appropriation qui pr&#233;suppose la production priv&#233;e d'individus, dans laquelle donc chacun poss&#232;de et porte au march&#233; son propre produit. On assujettit le mode de production &#224; cette forme d'appropriation bien qu'il en supprime la condition pr&#233;alable [1]. Dans cette contradiction qui conf&#232;re au nouveau mode de production son caract&#232;re capitaliste g&#238;t d&#233;j&#224; en germe toute la grande collision du pr&#233;sent. A mesure que le nouveau mode de production arrivait &#224; dominer dans tous les secteurs d&#233;cisifs de la production et dans tous les pays &#233;conomiquement d&#233;cisifs, et par suite &#233;vin&#231;ait la production individuelle jusqu'&#224; la r&#233;duire &#224; des restes insignifiants, on voyait forc&#233;ment appara&#238;tre d'autant plus cr&#251;ment l'incompatibilit&#233; de la production sociale et de 'appropriation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons dit, les premiers capitalistes trouv&#232;rent d&#233;j&#224; toute pr&#234;te la forme du travail salari&#233;. Mais ils la trouv&#232;rent comme exception, occupation accessoire, ressource provisoire, situation transitoire. Le travailleur rural qui, de temps &#224; autre, allait travailler &#224; la journ&#233;e,, avait ses quelques arpents de terre qu'il poss&#233;dait en propre et dont &#224; la rigueur il pouvait vivre. Les r&#232;glements des corporations veillaient &#224; ce que le compagnon d'aujourd'hui dev&#238;nt le ma&#238;tre de demain. Mais d&#232;s que les moyens de production se furent transform&#233;s en moyens sociaux et furent concentr&#233;s entre les mains de capitalistes, tout changea. Le moyen de production ainsi que le produit du petit producteur individuel se d&#233;pr&#233;ci&#232;rent de plus en plus ; il ne lui resta plus qu'&#224; aller travailler pour un salaire chez le capitaliste. Le travail salari&#233;, autrefois exception et ressource provisoire, devint la r&#232;gle et la forme fondamentale de toute la production ; autrefois occupation accessoire, il devint maintenant l'activit&#233; exclusive du travailleur. Le salari&#233; &#224; temps se transforma en salari&#233; &#224; vie. La foule des salari&#233;s &#224; vie fut, de plus, &#233;norm&#233;ment accrue par l'effondrement simultan&#233; du r&#233;gime f&#233;odal, la dissolution des suites des seigneurs f&#233;odaux, l'expulsion des paysans hors de leurs fermes, etc. La s&#233;paration &#233;tait accomplie entre les moyens de production concentr&#233;s dans les mains des capitalistes d'un c&#244;t&#233;, et les producteurs r&#233;duits &#224; ne poss&#233;der que leur force de travail de l'autre. La contradiction entre production sociale et appropriation capitaliste se manifeste comme l'antagonisme du prol&#233;tariat et de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que le mode de production capitaliste s'est infiltr&#233; dans une soci&#233;t&#233; de producteurs de marchandises, producteurs individuels dont la coh&#233;sion sociale avait pour moyen l'&#233;change de leurs produits. Mais toute soci&#233;t&#233; reposant sur la production marchande a ceci de particulier que les producteurs y ont perdu la domination sur leurs propres relations sociales. Chacun produit pour soi, avec ses moyens de production dus au hasard et pour son besoin individuel d'&#233;change. Nul ne sait quelle quantit&#233; de son article parviendra sur le march&#233; ni m&#234;me quelle quantit&#233; il en faudra ; nul ne sait si son produit individuel trouvera &#224; son arriv&#233;e un besoin r&#233;el, s'il retirera ses frais ou m&#234;me s'il pourra vendre. C'est le r&#232;gne de l'anarchie de la production sociale. Mais la production marchande comme toute autre forme de production a ses lois originales, immanentes, ins&#233;parables d'elle ; et ces lois s'imposent malgr&#233; l'anarchie, en elle, par elle. Elles se manifestent dans la seule forme qui subsiste de lien social, dans l'&#233;change, et elles pr&#233;valent en face des producteurs individuels comme lois coercitives de la concurrence. Elles sont donc, au d&#233;but, inconnues &#224; ces producteurs eux-m&#234;mes et il faut d'abord qu'ils les d&#233;couvrent peu &#224; peu par une longue exp&#233;rience. Elles s'imposent donc sans les producteurs et contre les producteurs comme lois naturelles de leur forme de production, lois &#224; l'action aveugle. Le produit domine les producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; du moyen &#226;ge, notamment dans les premiers si&#232;cles, la production &#233;tait essentiellement orient&#233;e vers la consommation personnelle. Elle ne satisfaisait, en ordre principal, que les besoins du producteur et de sa famille. L&#224; o&#249;, comme &#224; la campagne, existaient des rapports personnels de d&#233;pendance, elle contribuait aussi &#224; satisfaire les besoins du seigneur f&#233;odal. Il ne se produisait donc l&#224; aucun &#233;change, et par suite, les produits ne prenaient pas non plus le caract&#232;re de marchandise. La famille du paysan produisait presque tout ce dont elle avait besoin, aussi bien outils et v&#234;tements que vivres. C'est seulement lorsqu'elle en vint &#224; produire un exc&#233;dent au-del&#224; de ses propres besoins et des redevances en nature dues au seigneur f&#233;odal qu'elle produisit aussi des marchandises ; cet exc&#233;dent jet&#233; dans l'&#233;change social, mis en vente, devint marchandise. Les artisans des villes ont &#233;t&#233; certes forc&#233;s de produire d&#232;s le d&#233;but pour l'&#233;change. Mais, eux aussi, couvraient par leur travail la plus grande partie de leurs propres besoins ; ils avaient des jardins et de petits champs ; ils envoyaient leur b&#233;tail dans la for&#234;t communale, qui leur donnait en outre du bois de construction et du combustible ; les femmes filaient le lin, la laine, etc. La production en vue de l'&#233;change, la production marchande n'&#233;tait qu'&#224; ses d&#233;buts. D'o&#249; &#233;change limit&#233;, march&#233; limit&#233;, mode de production stable, isolement local du c&#244;t&#233; de l'ext&#233;rieur, association locale du c&#244;t&#233; de l'int&#233;rieur : la Mark (communaut&#233; agraire) dans la campagne, la corporation dans la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avec l'extension de la production marchande et surtout l'av&#232;nement du mode de production capitaliste, les lois de la production marchande, qui sommeillaient jusque-l&#224;, entr&#232;rent aussi en action d'une mani&#232;re plus ouverte et plus puissante. Les cadres anciens se rel&#226;ch&#232;rent, les vieilles barri&#232;res d'isolement furent perc&#233;es, les producteurs transform&#233;s de plus en plus en producteurs de marchandises ind&#233;pendants et isol&#233;s. L'anarchie de la production sociale vint au jour et fut de plus en plus pouss&#233;e &#224; son comble. Mais l'instrument principal avec lequel le mode de production capitaliste accrut cette anarchie dans la production sociale &#233;tait cependant juste le contraire de l'anarchie : l'organisation croissante de la production en tant que production sociale dans chaque &#233;tablissement de production isol&#233;. C'est avec ce levier qu'il mit fin &#224; la paisible stabilit&#233; d'autrefois. L&#224; o&#249; il fut introduit dans une branche d'industrie, il ne souffrit &#224; c&#244;t&#233; de lui aucune m&#233;thode d'exploitation plus ancienne. L&#224; o&#249; il s'empara de l'artisanat, il an&#233;antit le vieil artisanat. Le champ du travail devint un terrain de bataille. Les grandes d&#233;couvertes g&#233;ographiques et les entreprises de colonisation qui les suivirent multipli&#232;rent les d&#233;bouch&#233;s et acc&#233;l&#233;r&#232;rent la transformation de l'artisanat en manufactures. La lutte n'&#233;clata pas seulement entre les producteurs locaux individuels ; les luttes locales grandirent de leur c&#244;t&#233; jusqu'&#224; devenir des luttes nationales : les guerres commerciales du XVIle et du XVIII&#176; si&#232;cle. La grande industrie, enfin, et l'&#233;tablissement du march&#233; mondial ont universalis&#233; la lutte et lui ont donn&#233; en m&#234;me temps une violence inou&#239;e. Entre capitalistes isol&#233;s, de m&#234;me qu'entre industries enti&#232;res et pays entiers, ce sont les conditions naturelles ou artificielles de la production qui, selon qu'elles sont plus ou moins favorables, d&#233;cident de l'existence. Le vaincu est &#233;limin&#233; sans m&#233;nagement. C'est la lutte darwinienne pour l'existence de l'individu transpos&#233;e de la nature dans la soci&#233;t&#233; avec une rage d&#233;cupl&#233;e. La condition de l'animal dans la nature appara&#238;t comme l'apog&#233;e du d&#233;veloppement humain. La contradiction entre production sociale et appropriation capitaliste se reproduit comme antagonisme entre l'organisation de la production dans la fabrique individuelle et l'anarchie de la production dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces deux formes de pr&#233;sentation de la contradiction immanente au mode de production capitaliste de par son origine que se meut ce mode de production, en d&#233;crivant sans pouvoir en sortir ce &#8220; cercle vicieux &#8221; que Fourier d&#233;couvrait d&#233;j&#224; en lui. Toutefois, ce que Fourier ne pouvait encore voir de son temps, c'est que ce cercle se r&#233;tr&#233;cit peu &#224; peu, que le mouvement repr&#233;sente plut&#244;t une spirale, laquelle, comme celle des plan&#232;tes, doit atteindre sa fin en entrant en collision avec le centre. C'est la force motrice de l'anarchie sociale de la production qui transforme de plus en plus la grande majorit&#233; des hommes en prol&#233;taires et ce sont &#224; leur tour les masses prol&#233;tariennes qui finiront par mettre un terme &#224; l'anarchie de la production. C'est la force motrice de l'anarchie sociale de la production qui transforme la perfectibilit&#233; infinie des machines de la grande industrie en une loi imp&#233;rative pour chaque capitaliste industriel pris &#224; part, en l'obligeant &#224; perfectionner de plus en plus son machinisme sous peine de ruine. Mais perfectionner les machines, cela signifie rendre du travail humain superflu. Si introduction et accroissement des machines signifient &#233;viction de millions de travailleurs &#224; la main par un petit nombre de travailleurs &#224; la machine, am&#233;lioration du machinisme signifie &#233;viction de travailleurs &#224; la machine de plus en plus nombreux et, en derni&#232;re analyse, production d'un nombre de salari&#233;s disponibles qui d&#233;passe le besoin d'emploi moyen du capital, d'une arm&#233;e de r&#233;serve industrielle compl&#232;te, selon la d&#233;nomination que j'ai employ&#233;e d&#232;s 1845 [2], arm&#233;e disponible pour les p&#233;riodes o&#249; l'industrie travaille &#224; haute pression, jet&#233;e sur le pav&#233; par le krach qui suit n&#233;cessairement, boulet que la classe ouvri&#232;re tra&#238;ne aux pieds en tout temps dans sa lutte pour l'existence contre le capital, r&#233;gulateur qui maintient le salaire au bas niveau correspondant au besoin capitaliste. C'est ainsi que le machinisme devient, pour parier comme Marx, l'arme la plus puissante du capital contre la classe ouvri&#232;re, que le moyen de travail arrache sans cesse le moyen de subsistance des mains de l'ouvrier, que le propre produit de l'ouvrier se transforme en un instrument d'asservissement de l'ouvrier. C'est ainsi que d'embl&#233;e, l'&#233;conomie des moyens de travail devient, en m&#234;me temps, la dilapidation la plus brutale de la force de travail, un vol sur les conditions normales de la fonction du travail ; que le machinisme, le moyen le plus puissant de r&#233;duire le temps de travail, se convertit en le plus infaillible moyen de transformer l'enti&#232;re dur&#233;e de la vie de l'ouvrier et de sa famille en temps de travail disponible pour faire valoir le capital ; c'est ainsi que le surmenage des uns d&#233;termine le ch&#244;mage des autres et que la grande industrie, qui va &#224; la chasse, par tout le globe, du consommateur nouveau, limite &#224; domicile la consommation des masses &#224; un minimum de famine et sape ainsi son propre march&#233; int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La loi qui toujours &#233;quilibre le progr&#232;s de l'accumulation du capital et celui de la surpopulation relative ou de l'arm&#233;e de r&#233;serve industrielle rive le travailleur au capital plus solidement que les coins de Vulcain ne rivaient Prom&#233;th&#233;e &#224; son rocher. C'est cette loi qui &#233;tablit une corr&#233;lation fatale entre l'accumulation du capital et l'accumulation de la mis&#232;re, de telle sorte qu'accumulation de richesse &#224; un p&#244;le &#233;gale accumulation de pauvret&#233;, de souffrance, d'ignorance, d'abrutissement, de d&#233;gradation morale, d'esclavage au p&#244;le oppos&#233;, du c&#244;t&#233; de la classe qui produit le capital m&#234;me&#8221;. (Marx : Le Capital, p. 671 [3].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; attendre du mode de production capitaliste une autre r&#233;partition des produits, ce serait demander aux &#233;lectrodes d'une batterie qu'elles ne d&#233;composent pas l'eau et qu'elles ne d&#233;veloppent pas de l'oxyg&#232;ne au p&#244;le positif et de l'hydrog&#232;ne au p&#244;le n&#233;gatif alors qu'elles sont branch&#233;es sur la batterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu comment la perfectibilit&#233; pouss&#233;e au maximum du machinisme moderne se transforme, par l'effet de l'anarchie de la production dans la soci&#233;t&#233;, en une loi imp&#233;rative pour le capitaliste industriel isol&#233;, en l'obligeant &#224; am&#233;liorer sans cesse son machinisme, &#224; accro&#238;tre sans cesse sa force de production. La simple possibilit&#233; de fait d'agrandir le domaine de sa production se transforme pour lui en une autre loi tout aussi imp&#233;rative. L'&#233;norme force d'expansion de la grande industrie, &#224; c&#244;t&#233; de laquelle celle des gaz est un v&#233;ritable jeu d'enfant, se manifeste &#224; nous maintenant comme un besoin d'expansion qualitatif et quantitatif, qui se rit de toute contre-pression. La contre-pression est constitu&#233;e par la consommation, le d&#233;bouch&#233;, les march&#233;s pour les produits de la grande industrie. Mais la possibilit&#233; d'expansion des march&#233;s, extensive aussi bien qu'intensive, est domin&#233;e en premier lieu par des lois toutes diff&#233;rentes, dont l'action est beaucoup moins &#233;nergique. L'expansion des march&#233;s ne peut pas aller de pair avec l'expansion de la production. La collision est in&#233;luctable et comme elle ne peut pas engendrer de solution tant qu'elle ne fait pas &#233;clater le mode de production capitaliste lui-m&#234;me, elle devient p&#233;riodique. La production capitaliste engendre un nouveau &#8220; cercle vicieux &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, depuis 1825, date o&#249; &#233;clata la premi&#232;re crise g&#233;n&#233;rale, la totalit&#233; du monde industriel et commercial, la production et l'&#233;change de l'ensemble des peuples civilis&#233;s et de leurs satellites plus ou moins barbares se d&#233;traquent environ une fois tous les dix ans. Le commerce s'arr&#234;te, les march&#233;s sont encombr&#233;s, les produits sont l&#224; aussi en quantit&#233;s aussi massives qu'ils sont invendables, l'argent comptant devient invisible, le cr&#233;dit dispara&#238;t, les fabriques s'arr&#234;tent, les masses travailleuses manquent de moyens de subsistance pour avoir produit trop de moyens de subsistance, les faillites succ&#232;dent aux faillites, les ventes forc&#233;es aux ventes forc&#233;es. L'engorgement dure des ann&#233;es, forces productives et produits sont dilapid&#233;s et d&#233;truits en masse jusqu'&#224; ce que les masses de marchandises accumul&#233;es s'&#233;coulent enfin avec une d&#233;pr&#233;ciation plus ou moins forte, jusqu'&#224; ce que production et &#233;change reprennent peu &#224; peu leur marche. Progressivement, l'allure s'acc&#233;l&#232;re, passe au trot, le trot industriel se fait galop et ce galop augmente &#224; son tour jusqu'au ventre &#224; terre d'un steeple chase complet de l'industrie, du commerce, du cr&#233;dit et de la sp&#233;culation, pour finir, apr&#232;s les sauts les plus p&#233;rilleux, par se retrouver... dans le foss&#233; du krach [4]. Et toujours la m&#234;me r&#233;p&#233;tition. Voil&#224; ce que nous n'avons pas v&#233;cu moins de cinq fois d&#233;j&#224; depuis 1825, et ce que nous vivons en cet instant (1877) pour la sixi&#232;me fois. Et le caract&#232;re de ces crises est si nettement marqu&#233; que Fourier a mis le doigt sur toutes en qualifiant la premi&#232;re de crise pl&#233;thorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit, dans les crises, la contradiction entre production sociale et appropriation capitaliste arriver &#224; l'explosion violente. La circulation des marchandises est momentan&#233;ment an&#233;antie ; le moyen de circulation, l'argent, devient obstacle &#224; la circulation ; toutes les lois de la production et de la circulation des marchandises sont mises sens dessus sens dessous. La collision &#233;conomique atteint son maximum : le mode de production se rebelle contre le mode d'&#233;change, les forces productives se rebellent contre le mode de production pour lequel elles sont devenues trop grandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que l'organisation sociale de la production &#224; l'int&#233;rieur de la fabrique s'est d&#233;velopp&#233;e jusqu'au point o&#249; elle est devenue incompatible avec l'anarchie de la production dans la soci&#233;t&#233;, qui subsiste &#224; c&#244;t&#233; d'elle et au-dessus d'elle - ce fait est rendu palpable aux capitalistes eux-m&#234;mes par la puissante concentration des capitaux qui s'accomplit pendant les crises au prix de la ruine d'un nombre &#233;lev&#233; de grands capitalistes et d'un nombre plus &#233;lev&#233; encore de petits capitalistes. L'ensemble du m&#233;canisme du mode de production capitaliste refuse le service sous la pression des forces productives qu'il a lui-m&#234;me engendr&#233;es. Le mode de production ne peut plus transformer cette masse de moyens de production tout enti&#232;re en capital ; ils ch&#244;ment, et c'est pourquoi l'arm&#233;e de r&#233;serve industrielle doit ch&#244;mer aussi. Moyens de production, moyens de subsistance, travailleurs disponibles, tous les &#233;l&#233;ments de la production et de la richesse g&#233;n&#233;rale existent en exc&#233;dent. Mais &#8220; la pl&#233;thore devient la source de la p&#233;nurie et de la mis&#232;re &#8221; [5] (Fourier), car c'est elle pr&#233;cis&#233;ment qui emp&#234;che la transformation des moyens de production et de subsistance en capital. Car, dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, les moyens de production ne peuvent entrer en activit&#233; &#224; moins qu'ils ne se soient auparavant transform&#233;s en capital, en moyens pour l'exploitation de la force de travail humaine. La n&#233;cessit&#233; pour les moyens de production et de subsistance de prendre la qualit&#233; de capital se dresse comme un spectre entre eux et les ouvriers. C'est elle seule qui emp&#234;che la conjonction des leviers mat&#233;riels et personnels de la production ; c'est elle seule qui interdit aux moyens de production de fonctionner, aux ouvriers de travailler et de vivre. D'une part, donc, le mode de production capitaliste est convaincu de sa propre incapacit&#233; de continuer &#224; administrer ces forces productives. D'autre part, ces forces productives elles-m&#234;mes poussent avec une puissance croissante &#224; la suppression de la contradiction, &#224; leur affranchissement de leur qualit&#233; de capital, &#224; la reconnaissance effective de leur caract&#232;re de forces productives sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette r&#233;action des forces productives en puissante croissance contre leur qualit&#233; de capital, c'est cette n&#233;cessit&#233; grandissante o&#249; l'on est de reconna&#238;tre leur nature sociale, qui obligent la classe des capitalistes elle-m&#234;me &#224; les traiter de plus en plus, dans la mesure tout au moins o&#249; c'est possible &#224; l'int&#233;rieur du rapport capitaliste, comme des forces de production sociales. La p&#233;riode industrielle de haute pression, avec son gonflement illimit&#233; du cr&#233;dit, aussi bien que le krach lui-m&#234;me, par l'effondrement de grands &#233;tablissements capitalistes, poussent &#224; cette forme de socialisation de masses consid&#233;rables de moyens de production qui se pr&#233;sente &#224; nous dans les diff&#233;rents genres de soci&#233;t&#233;s par actions. Beaucoup de ces moyens de production et de communication sont, d'embl&#233;e, si colossaux qu'ils excluent, comme les chemins de fer, toute autre forme d'exploitation capitaliste. Mais, &#224; un certain degr&#233; de d&#233;veloppement, cette forme elle-m&#234;me ne suffit plus ; les gros producteurs nationaux d'une seule et m&#234;me branche industrielle s'unissent en un &#8220; trust &#8221;, union qui a pour but la r&#233;glementation de la production ; ils d&#233;terminent la quantit&#233; totale &#224; produire, la r&#233;partissent entre eux et arrachent ainsi le prix de vente fix&#233; &#224; l'avance. Mais comme ces trusts, en g&#233;n&#233;ral, se disloquent &#224; la premi&#232;re p&#233;riode de mauvaises affaires, ils poussent pr&#233;cis&#233;ment par l&#224; &#224; une socialisation encore plus concentr&#233;e : toute la branche industrielle se transforme en une seule grande soci&#233;t&#233; par actions, la concurrence int&#233;rieure fait place au monopole int&#233;rieur de cette soci&#233;t&#233; unique ; c'est ce qui est arriv&#233; encore en 1890 avec la production anglaise de l'alcali qui, apr&#232;s fusion des 48 grandes usines sans exception, est maintenant dans les mains d'une seule soci&#233;t&#233; &#224; direction unique, avec un capital de 120 millions de marks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les trusts, la libre concurrence se convertit en monopole, la production sans plan de la soci&#233;t&#233; capitaliste capitule devant la production planifi&#233;e de la soci&#233;t&#233; socialiste qui s'approche. Tout d'abord, certes, pour le plus grand bien des capitalistes. Mais, ici, l'exploitation devient si palpable qu'il faut qu'elle s'effondre. Pas un peuple ne supporterait une production dirig&#233;e par des trusts, une exploitation &#224; ce point cynique de l'ensemble par une petite bande d'encaisseurs de coupons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, avec trusts ou sans trusts, il faut finalement que le repr&#233;sentant officiel de la soci&#233;t&#233; capitaliste, l'&#201;tat, en Prenne la direction [6]. La n&#233;cessit&#233; de la transformation en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat appara&#238;t d'abord dans les grands organismes de communication : postes, t&#233;l&#233;graphes, chemins de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les crises ont fait appara&#238;tre l'incapacit&#233; de la bourgeoisie &#224; continuer &#224; g&#233;rer les forces productives modernes, la transformation des grands organismes de production et de communication en soci&#233;t&#233;s par actions et en propri&#233;t&#233;s d'&#201;tat montre combien on peut se passer de la bourgeoisie pour cette fin. Toutes les fonctions sociales du capitaliste sont maintenant assur&#233;es par des employ&#233;s r&#233;mun&#233;r&#233;s. Le capitaliste n'a plus aucune activit&#233; sociale hormis celle d'empocher les revenus, de d&#233;tacher les coupons et de jouer &#224; la Bourse, o&#249; les divers capitalistes se d&#233;pouillent mutuellement de leur capital. Le mode de production capitaliste, qui a commenc&#233; par &#233;vincer des ouvriers, &#233;vince maintenant les capitalistes et, tout comme les ouvriers, il les rel&#232;gue dans la population superflue, sinon d&#232;s l'abord dans l'arm&#233;e industrielle de r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ni la transformation en soci&#233;t&#233;s par actions, ni la transformation en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat ne supprime la qualit&#233; de capital des forces productives. Pour les soci&#233;t&#233;s par actions, cela est &#233;vident. Et l'&#201;tat moderne n'est &#224; son tour que l'organisation que la soci&#233;t&#233; bourgeoise se donne pour maintenir les conditions ext&#233;rieures g&#233;n&#233;rales du mode de production capitaliste contre des empi&#232;tements venant des ouvriers comme des capitalistes isol&#233;s. L'&#201;tat moderne, quelle qu'en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste : l'&#201;tat des capitalistes, le capitaliste collectif en id&#233;e. Plus il fait passer de forces productives dans sa propri&#233;t&#233;, et plus il devient capitaliste collectif en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salari&#233;s, des prol&#233;taires. Le rapport capitaliste n'est pas supprim&#233;, il est au contraire pouss&#233; &#224; son comble. Mais, arriv&#233; &#224; ce comble, il se renverse. La propri&#233;t&#233; d'&#201;tat sur les forces productives n'est pas la solution du conflit, mais elle renferme en elle le moyen formel, la fa&#231;on d'accrocher la solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette solution peut consister seulement dans le fait que la nature sociale des forces productives modernes est effectivement reconnue, que donc le mode de production, d'appropriation et d'&#233;change est mis en harmonie avec le caract&#232;re social des moyens de production. Et cela ne peut se produire que si la soci&#233;t&#233; prend possession ouvertement et sans d&#233;tours des forces productives qui sont devenues trop grandes pour toute autre direction que la sienne. Ainsi, les producteurs font pr&#233;valoir en pleine conscience le caract&#232;re social des moyens de production et des produits, qui se tourne aujourd'hui contre les producteurs eux-m&#234;mes, qui fait &#233;clater p&#233;riodiquement le mode de production et d'&#233;change et ne s'impose que dans la violence et la destruction comme une loi de la nature &#224; l'action aveugle ; d&#232;s lors, de cause de trouble et d'effondrement p&#233;riodique qu'il &#233;tait, il se transforme en un levier puissant entre tous de la production elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces socialement agissantes agissent tout &#224; fait comme les forces de la nature : aveugles, violentes, destructrices tant que nous ne les connaissons pas et ne comptons pas avec elles. Mais une fois que nous les avons reconnues, que nous en avons saisi l'activit&#233;, la direction, les effets, il ne d&#233;pend plus que de nous de les soumettre de plus en plus &#224; notre volont&#233; et d'atteindre nos buts gr&#226;ce &#224; elles. Et cela est particuli&#232;rement vrai des &#233;normes forces productives actuelles. Tant que nous nous refusons obstin&#233;ment &#224; en comprendre la nature et le caract&#232;re, - et c'est contre cette compr&#233;hension que regimbent le mode de production capitaliste et ses d&#233;fenseurs, - ces forces produisent tout leur effet malgr&#233; nous, contre nous, elles nous dominent, comme nous l'avons expos&#233; dans le d&#233;tail. Mais une fois saisies dans leur nature, elles peuvent, dans les mains des producteurs associ&#233;s, se transformer de ma&#238;tresses d&#233;moniaques en servantes dociles. C'est l&#224; la diff&#233;rence qu'il y a entre la force destructrice de l'&#233;lectricit&#233; dans l'&#233;clair de l'orage et l'&#233;lectricit&#233; dompt&#233;e du t&#233;l&#233;graphe et de l'arc &#233;lectrique, la diff&#233;rence entre l'incendie et le feu agissant au service de l'homme. En traitant de la m&#234;me fa&#231;on les forces productives actuelles apr&#232;s avoir enfin reconnu leur nature, on voit l'anarchie sociale de la production remplac&#233;e par une r&#233;glementation socialement planifi&#233;e de la production, selon les besoins de la communaut&#233; comme de chaque individu ; ainsi, le mode capitaliste d'appropriation, dans lequel le produit asservit d'abord le producteur, puis l'appropriateur lui-m&#234;me, est remplac&#233; par le mode d'appropriation des produits fond&#233; sur la nature des moyens modernes de production eux-m&#234;mes : d'une part appropriation sociale directe comme moyen d'entretenir et de d&#233;velopper la production, d'autre part appropriation individuelle directe comme moyen d'existence et de jouissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En transformant de plus en plus la grande majorit&#233; de la population en prol&#233;taires, le mode de production capitaliste cr&#233;e la puissance qui, sous peine de p&#233;rir, est oblig&#233;e d'accomplir ce bouleversement. En poussant de plus en plus &#224; la transformation des grands moyens de production socialis&#233;s en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat, il montre lui-m&#234;me la voie &#224; suivre pour accomplir ce bouleversement. Le prol&#233;tariat s'empare du pouvoir d'&#201;tat et transforme les moyens de production d'abord en propri&#233;t&#233; d'&#201;tat. Mais par l&#224;, il se supprime lui-m&#234;me en tant que prol&#233;tariat, il supprime toutes les diff&#233;rences de classe et oppositions de classes et &#233;galement l'&#201;tat en tant qu'&#201;tat. La soci&#233;t&#233; ant&#233;rieure, &#233;voluant dans des oppositions de classes, avait besoin de l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire, dans chaque cas, d'une organisation de la classe exploiteuse pour maintenir ses conditions de production ext&#233;rieures, donc surtout pour maintenir par la force la classe exploit&#233;e dans les conditions d'oppression donn&#233;es par le mode de production existant (esclavage, servage, salariat). L'&#201;tat &#233;tait le repr&#233;sentant officiel de toute la soci&#233;t&#233;, sa synth&#232;se en un corps visible, mais cela il ne l'&#233;tait que dans la mesure o&#249; il &#233;tait l'&#201;tat de la classe qui, pour son temps, repr&#233;sentait elle-m&#234;me toute la soci&#233;t&#233; : dans l'antiquit&#233;, &#201;tat des citoyens propri&#233;taires d'esclaves ; au moyen &#226;ge, de la noblesse f&#233;odale ; &#224; notre &#233;poque, de la bourgeoisie. Quand il finit par devenir effectivement le repr&#233;sentant de toute la soci&#233;t&#233;, il se rend lui-m&#234;me superflu. D&#232;s qu'il n'y a plus de classe sociale &#224; tenir dans l'oppression ; d&#232;s que, avec la domination de classe et la lutte pour l'existence individuelle motiv&#233;e par l'anarchie ant&#233;rieure de la production, sont &#233;limin&#233;s &#233;galement les collisions et les exc&#232;s qui en r&#233;sultent, il n'y a plus rien &#224; r&#233;primer qui rende n&#233;cessaire un pouvoir de r&#233;pression, un &#201;tat. Le premier acte dans lequel l'&#201;tat appara&#238;t r&#233;ellement comme repr&#233;sentant de toute la soci&#233;t&#233;, - la prise de possession des moyens de production au nom de la soci&#233;t&#233;, - est en m&#234;me temps son dernier acte propre en tant qu'&#201;tat. L'intervention d'un pouvoir d'&#201;tat dans des rapports sociaux devient superflue dans un domaine apr&#232;s l'autre, et entre alors naturellement en sommeil. Le gouvernement des personnes fait place &#224; l'administration des choses et &#224; la direction des op&#233;rations de production. L'&#201;tat n'est pas &#8220; aboli &#8221;, il s'&#233;teint. Voil&#224; qui permet de juger la phrase creuse sur l' &#8220; &#201;tat populaire libre [7] &#8221;, tant du point de vue de sa justification temporaire comme moyen d'agitation que du point de vue de son insuffisance d&#233;finitive comme id&#233;e scientifique ; de juger &#233;galement la revendication de ceux qu'on appelle les anarchistes, d'apr&#232;s laquelle l'&#201;tat doit &#234;tre aboli du jour au lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'apparition historique du mode de production capitaliste, la prise de possession de l'ensemble des moyens de production par la soci&#233;t&#233; a bien souvent flott&#233; plus ou moins vaguement devant les yeux tant d'individus que de sectes enti&#232;res, comme id&#233;al d'avenir. Mais elle ne pouvait devenir possible, devenir une n&#233;cessit&#233; historique qu'une fois donn&#233;es les conditions mat&#233;rielles de sa r&#233;alisation. Comme tout autre progr&#232;s social, elle devient praticable non par la compr&#233;hension acquise du fait que J'existence des classes contredit &#224; la justice, &#224; l'&#233;galit&#233;, etc., non par la simple volont&#233; d'abolir ces classes, mais par certaines conditions &#233;conomiques nouvelles. La scission de la soci&#233;t&#233; en une classe exploiteuse et une classe exploit&#233;e, en une classe dominante et une classe opprim&#233;e &#233;tait une cons&#233;quence n&#233;cessaire du faible d&#233;veloppement de la production dans le pass&#233;. Tant que le travail total de la soci&#233;t&#233; ne fournit qu'un rendement exc&#233;dant &#224; peine ce qui est n&#233;cessaire pour assurer strictement l'existence de tous, tant que le travail r&#233;clame donc tout ou presque tout le temps de la grande majorit&#233; des membres de la soci&#233;t&#233;, celle-ci se divise n&#233;cessairement en classes. A c&#244;t&#233; de cette grande majorit&#233;, exclusivement vou&#233;e &#224; la corv&#233;e du travail, il se forme une classe lib&#233;r&#233;e du travail directement productif, qui se charge des affaires communes de la soci&#233;t&#233; : direction du travail, affaires politiques, justice, science, beaux-arts, etc. C'est donc la loi de la division du travail qui est &#224; la base de la division en classes. Cela n'emp&#234;che pas d'ailleurs que cette division en classes n'ait &#233;t&#233; accomplie par la violence et le vol, la ruse et la fraude, et que la classe dominante, une fois mise en selle, n'ait jamais manqu&#233; de consolider sa domination aux d&#233;pens de la classe travailleuse et de transformer la direction sociale en exploitation des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si, d'apr&#232;s cela, la division en classes a une certaine l&#233;gitimit&#233; historique, elle ne l'a pourtant que pour un temps donn&#233;, pour des conditions sociales donn&#233;es. Elle se fondait sur l'insuffisance de la production ; elle sera balay&#233;e par le plein d&#233;ploiement des forces productives modernes. Et effet, l'abolition des classes sociales suppose un degr&#233; de d&#233;veloppement historique o&#249; l'existence non seulement de telle ou telle classe dominante d&#233;termin&#233;e, mais d'une classe dominante en g&#233;n&#233;ral, donc de la distinction des classes elle-m&#234;me, est devenue un anachronisme, une vieillerie. Elle suppose donc un degr&#233; d'&#233;l&#233;vation du d&#233;veloppement de la production o&#249; l'appropriation des moyens de production et des produits, et par suite, de la domination politique, du monopole de la culture et de la direction intellectuelle par une classe sociale particuli&#232;re est devenue non seulement une superf&#233;tation, mais aussi, au point de vue &#233;conomique, politique et intellectuel, un obstacle au d&#233;veloppement. Ce point est maintenant atteint. Si la faillite politique et intellectuelle de la bourgeoisie n'est plus gu&#232;re un secret pour elle-m&#234;me, sa faillite &#233;conomique se r&#233;p&#232;te r&#233;guli&#232;rement tous les dix ans. Dans chaque crise, la soci&#233;t&#233; &#233;touffe sous le faix de ses propres forces productives et de ses propres produits inutilisables pour elle, et elle se heurte impuissante &#224; cette contradiction absurde : les producteurs n'ont rien &#224; consommer, parce qu'on manque de consommateurs. La force d'expansion des moyens de production fait sauter les cha&#238;nes dont le mode de production capitaliste l'avait charg&#233;e. Sa lib&#233;ration de ces cha&#238;nes est la seule condition requise pour un d&#233;veloppement des forces productives ininterrompu, progressant &#224; un rythme toujours plus rapide, et par suite, pour un accroissement pratiquement sans bornes de la production elle-m&#234;me. Ce n'est pas tout. L'appropriation sociale des moyens de production &#233;limine non seulement l'inhibition artificielle de la production qui existe maintenant, mais aussi le gaspillage et la destruction effectifs de forces productives et de produits, qui sont actuellement les corollaires in&#233;luctables de la production et atteignent leur paroxysme dans les crises. En outre, elle lib&#232;re une masse de moyens de production et de produits pour la collectivit&#233; en &#233;liminant la dilapidation stupide que repr&#233;sente le luxe des classes actuellement dominantes et de leurs repr&#233;sentants politiques. La possibilit&#233; d'assurer, au moyen de la production sociale, &#224; tous les membres de la soci&#233;t&#233; une existence non seulement parfaitement suffisante au point de vue mat&#233;riel et s'enrichissant de jour en jour, mais leur garantissant aussi l'&#233;panouissement et l'exercice libres et complets de leurs dispositions physiques et intellectuelles, cette possibilit&#233; existe aujourd'hui pour la premi&#232;re fois, mais elle existe [8] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la prise de possession des moyens de production par la soci&#233;t&#233;, la production marchande est &#233;limin&#233;e, et par suite, la domination du produit sur le producteur. L'anarchie &#224; l'int&#233;rieur de la production sociale est remplac&#233;e par l'organisation planifi&#233;e consciente. La lutte pour l'existence individuelle cesse. Par l&#224;, pour la premi&#232;re fois, l'homme se s&#233;pare, dans un certain sens, d&#233;finitivement du r&#232;gne animal, passe de conditions animales d'existence &#224; des conditions r&#233;ellement humaines. Le cercle des conditions de vie entourant l'homme, qui jusqu'ici dominait l'homme, passe maintenant sous la domination et le contr&#244;le des hommes qui, pour la premi&#232;re fois, deviennent des ma&#238;tres r&#233;els et conscients de la nature, parce que et en tant que ma&#238;tres de leur propre vie en soci&#233;t&#233;. Les lois de leur propre pratique sociale qui, jusqu'ici, se dressaient devant eux comme des lois naturelles, &#233;trang&#232;res et dominatrices, sont d&#232;s lors appliqu&#233;es par les hommes en pleine connaissance de cause, et par l&#224; domin&#233;es. La vie en soci&#233;t&#233; propre aux hommes qui, jusqu'ici, se dressait devant eux comme octroy&#233;e par la nature et l'histoire, devient maintenant leur acte propre et libre. Les puissances &#233;trang&#232;res, objectives qui, jusqu'ici, dominaient l'histoire, passent sous le contr&#244;le des hommes eux-m&#234;mes. Ce n'est qu'&#224; partir de ce moment que les hommes feront eux-m&#234;mes leur histoire en pleine conscience ; ce n'est qu'&#224; partir de ce moment que les causes sociales mises par eux en mouvement auront aussi d'une fa&#231;on pr&#233;pond&#233;rante, et dans une mesure toujours croissante, les effets voulus par eux. C'est le bond de l'humanit&#233; du r&#232;gne de la n&#233;cessit&#233; dans le r&#232;gne de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, r&#233;sumons bri&#232;vement la marche de notre d&#233;veloppement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. - SOCI&#201;T&#201; M&#201;DI&#201;VALE. - Petite production individuelle. Moyens de production adapt&#233;s &#224; l'usage individuel, donc d'une lourdeur primitive, mesquins, d'effet minuscule. Production pour la consommation imm&#233;diate, soit du producteur lui-m&#234;me, soit de son seigneur f&#233;odal. L&#224; seulement o&#249; on rencontre un exc&#233;dent de production sur cette consommation, cet exc&#233;dent est offert en vente et tombe dans l'&#233;change : production marchande seulement &#224; l'&#233;tat naissant, mais elle contient d&#233;j&#224; en germe l'anarchie dans la production sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. - R&#201;VOLUTION CAPITALISTE. - Transformation de l'industrie, d'abord au moyen de la coop&#233;ration simple et de la manufacture. Concentration des moyens de production jusque-l&#224; dispers&#233;s en de grands ateliers, par suite transformation des moyens de production de l'individu en moyens sociaux, - transformation qui ne touche pas &#224; la forme de l'&#233;change dans son ensemble. Les anciennes formes d'appropriation restent en vigueur. Le capitaliste appara&#238;t : en sa qualit&#233; de propri&#233;taire des moyens de production, il s'approprie aussi les produits et en fait des marchandises. La production est devenue un acte social ; l'&#233;change et avec lui l'appropriation restent des actes individuels, actes de l'homme singulier : le produit social est appropri&#233; par le capitaliste individuel. Contradiction fondamentale, d'o&#249; jaillissent toutes les contradictions dans lesquelles se meut la soci&#233;t&#233; actuelle et que la grande industrie fait appara&#238;tre en pleine lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. - S&#233;paration du producteur d'avec les moyens de production. Condamnation de l'ouvrier au salariat &#224; vie. Opposition du prol&#233;tariat et de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. - Manifestation de plus en plus nette et efficacit&#233; croissante des lois qui dominent la production des marchandises. Lutte de concurrence effr&#233;n&#233;e. Contradiction de l'organisation sociale dans chaque fabrique et de l'anarchie sociale dans l'ensemble de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. - D'un c&#244;t&#233;, perfectionnement du machinisme, dont la concurrence fait une loi imp&#233;rative pour tout fabricant et qui &#233;quivaut &#224; une &#233;limination toujours croissante d'ouvriers : arm&#233;e industrielle de r&#233;serve. - De l'autre c&#244;t&#233;, extension sans limite de la production, &#233;galement loi imp&#233;rative de la concurrence pour chaque fabricant. - Des deux c&#244;t&#233;s, d&#233;veloppement inou&#239; des forces productives, exc&#233;dent de l'offre sur la demande, surproduction, encombrement des march&#233;s, crises d&#233;cennales, cercle vicieux : exc&#233;dent, ici, de moyens de production et de produits -exc&#233;dent, l&#224;, d'ouvriers sans emploi et sans moyens d'existence ; mais ces deux rouages de la production et du bien-&#234;tre social ne peuvent s'engrener, du fait que la forme capitaliste de la production interdit aux forces productives d'agir, aux produits de circuler, &#224; moins qu'ils ne se soient pr&#233;c&#233;demment transform&#233;s en capital : ce que leur surabondance m&#234;me emp&#234;che. La contradiction s'est intensifi&#233;e en contre-raison : le mode de production se rebelle contre la forme d'&#233;change. La bourgeoisie est convaincue d'incapacit&#233; &#224; diriger davantage ses propres forces productives sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. - Reconnaissance partielle du caract&#232;re social des forces productives s'imposant aux capitalistes eux-m&#234;mes. Appropriation des grands organismes de production et de communication, d'abord par des soci&#233;t&#233;s par actions, puis par des trusts, ensuite par l'&#201;tat. La bourgeoisie s'av&#232;re comme une classe superflue ; toutes ses fonctions sociales sont maintenant remplies par des employ&#233;s r&#233;mun&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. - R&#201;VOLUTION PROL&#201;TARIENNE. - R&#233;solution des contradictions : le prol&#233;tariat s'empare du pouvoir public et, en vertu de ce pouvoir, transforme les moyens de production sociaux qui &#233;chappent des mains de la bourgeoisie en propri&#233;t&#233; publique. Par cet acte, il lib&#232;re les moyens de production de leur qualit&#233; ant&#233;rieure de capital et donne &#224; leur caract&#232;re social pleine libert&#233; de s'imposer. Une production sociale suivant un plan pr&#233;d&#233;termin&#233; est d&#233;sormais possible. Le d&#233;veloppement de la production fait de l'existence ult&#233;rieure de classes sociales diff&#233;rentes un anachronisme. Dans la mesure o&#249; l'anarchie de la production sociale dispara&#238;t, l'autorit&#233; politique de l'&#201;tat entre en sommeil. Les hommes, enfin ma&#238;tres de leur propre mode de vie en soci&#233;t&#233;, deviennent aussi Par l&#224; m&#234;me, ma&#238;tres de la nature, ma&#238;tres d'eux-m&#234;mes, libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accomplir cet acte lib&#233;rateur du monde, voil&#224; la mission historique du prol&#233;tariat moderne. En approfondir les conditions historiques et par l&#224;, la nature m&#234;me, et ainsi donner &#224; la classe qui a mission d'agir, classe aujourd'hui opprim&#233;e, la conscience des conditions et de la nature de sa propre action, voil&#224; la t&#226;che du socialisme scientifique, expression th&#233;orique du mouvement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il est inutile d'expliquer ici que m&#234;me si la forme de l'appropriation reste la m&#234;me, le caract&#232;re de l'appropriation n'est pas moins r&#233;volutionn&#233; que la production par le processus d&#233;crit ci-dessus. Que je m'approprie mon propre produit ou le produit d'autrui, cela fait naturellement deux genres tr&#232;s diff&#233;rents d'appropriation. Ajoutons en passant ceci : le travail salari&#233; dans lequel est d&#233;j&#224; en germe tout le mode de production capitaliste est tr&#232;s ancien ; &#224; l'&#233;tat sporadique et diss&#233;min&#233;, il a coexist&#233; pendant des si&#232;cles avec l'esclavage Mais ce germe n'a pu se d&#233;velopper pour devenir le mode de production capitaliste que le jour o&#249; les conditions historiques pr&#233;alables ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es. (F. E.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, &#201;ditions sociales, 1961, P. 128 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le Capital, livre I ; tome III, p. 88, E. S., 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Quant &#224; la d&#233;vastation de moyens de production et de produits dans les crises, le II&#176; congr&#232;s des industriels allemands &#224; Berlin, le 21 f&#233;vrier 1878, a estim&#233; la perte totale rien que pour l'industrie sid&#233;rurgique allemande au cours du dernier krach, &#224; 455 millions de marks. (F. E.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Charles FOURIER : Oeuvres compl&#232;tes, tome 6, Paris, 1845, pp. 393-394.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Je dis : il faut. Car ce n'est que dans le cas o&#249; les moyens de production et de communication sont r&#233;ellement trop grands pour &#234;tre dirig&#233;s par les soci&#233;t&#233;s par actions, o&#249; donc l'&#233;tatisation est devenue une n&#233;cessit&#233; &#233;conomique, c'est seulement en ce cas qu'elle signifie un progr&#232;s &#233;conomique, m&#234;me si c'est l'&#201;tat actuel qui l'accomplit ; qu'elle signifie qu'on atteint &#224; un nouveau stade, pr&#233;alable &#224; la prise de possession de toutes les forces productives par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. Mais on a vu r&#233;cemment, depuis que Bismarck s'est lanc&#233; dans les &#233;tatisations, appara&#238;tre certain faux socialisme qui m&#234;me, &#231;&#224; et l&#224;, a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en quelque servilit&#233;, et qui proclame socialiste sans autre forme de proc&#232;s, toute &#233;tatisation, m&#234;me celle de Bismarck. &#201;videmment, si l'&#233;tatisation du tabac &#233;tait socialiste, Napol&#233;on et Metternich compteraient parmi les fondateurs du socialisme. Si l'&#201;tat belge, pour des raisons politiques et financi&#232;res tr&#232;s terre &#224; terre, a construit lui-m&#234;me ses chemins de fer principaux ; si Bismarck, sans aucune n&#233;cessit&#233; &#233;conomique, a &#233;tatis&#233; les principales lignes de chemins de fer de la Prusse, simplement pour pouvoir mieux les organiser et les utiliser en temps de guerre, pour faire des employ&#233;s de chemins de fer un b&#233;tail &#233;lectoral au service du gouvernement et surtout pour se donner une nouvelle source de revenus ind&#233;pendante des d&#233;cisions du Parlement, - ce n'&#233;tait nullement l&#224; des mesures socialistes, directes ou indirectes, conscientes ou inconscientes. Autrement ce seraient des institutions socialistes que la Soci&#233;t&#233; royale de commerce maritime *, la Manufacture royale de porcelaine et m&#234;me, dans la troupe, le tailleur de compagnie, voire l'&#233;tatisation propos&#233;e avec le plus grand s&#233;rieux, vers les ann&#233;es 30, sous Fr&#233;d&#233;ric-Guillaume III, par un gros malin, - celle des bordels. (F. E.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*	La Soci&#233;t&#233; royale de commerce maritime fut fond&#233;e en 1772 par Fr&#233;d&#233;ric Il et pourvue d'importants privil&#232;ges d'&#201;tat. Elle a servi pratiquement de banquier au gouvernement prussien, devint en 1820 l'Institut financier et commercial du gouvernement prussien et se transforma en 1904 en banque d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] L'&#201;tat populaire libre, revendication inspir&#233;e de Lassalle et adopt&#233;e au congr&#232;s d'unification de Gotha, a fait l'objet d'une critique fondamentale de Marx dans Critique du programme de Gotha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Quelques chiffres pourront donner une id&#233;e approximative de l'&#233;norme force d'expansion des moyens de production modernes, m&#234;me sous la pression capitaliste. D'apr&#232;s les derniers calculs de Giffen *, la richesse totale de l'Angleterre et de l'Irlande atteignait en chiffres ronds :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour les ann&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1814&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1865&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1875&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En millions de livres respectivement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2200&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6100&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8500&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En milliards de marks respectivement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;122&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;170&lt;br class='autobr' /&gt;
* Les chiffres cit&#233;s ici sont tir&#233;s de la conf&#233;rence de Robert GIFFEN : &#8220; Recent accumulations of capital in the United Kingdom &#8221;, le 15 janvier 1878 &#224; la Statistical Society et publi&#233;e en mars 1878 &#224; Londres dans le Journal of the Statistical Society. (F. E.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
La conception mat&#233;rialiste de l'histoire
&lt;p&gt;Gheorgi Plekhanov&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'historien, j'entends un de ceux qui ne se sont pas priv&#233;s du don de g&#233;n&#233;ralisation, embrasse par la pens&#233;e le pass&#233; et le pr&#233;sent du genre humain, il voit se d&#233;rouler un spectacle grandiose et mer&#173;veilleux. En effet, vous savez sans doute que la science moderne suppose que l'homme existe sur notre globe depuis l'ancien quaternaire, c'est-&#224;-dire de&#173;puis au moins 200 000 ans. Mais si nous faisons abs&#173;traction de ces calculs toujours hypoth&#233;tiques, si nous admettons, comme on admettait dans le bon vieux temps, que l'homme a paru sur terre environ 4 000 ans avant l'&#232;re chr&#233;tienne, nous avons quelque chose com&#173;me 200 g&#233;n&#233;rations qui sont venues l'une apr&#232;s l'au&#173;tre pour dispara&#238;tre comme disparaissent les feuilles dans la for&#234;t &#224; l'approche de l'automne. Chacune de ces g&#233;n&#233;rations, que dis-je, presque chaque individu faisant partie de chaque g&#233;n&#233;ration a poursuivi ses propres buts, chacun a lutt&#233; pour sa propre existen&#173;ce ou pour l'existence de ses proches et pourtant il y a eu un mouvement d'ensemble, il y a ce que nous appelons l'histoire du genre humain, nous rappelons &#224; notre m&#233;moire l'&#233;tat de nos anc&#234;tres, si nous nous repr&#233;sentons, par exemple, la vie des hom&#173;mes de cette race qui peuplait les habitations dites lacustres, et si nous comparons cette vie a celle des Suisses de nos jours, nous apercevons une &#233;norme diff&#233;rence. La distance qui s&#233;pare l'homme de ses pa&#173;rents plus ou moins anthropomorphes s'est agrandie, le pouvoir de l'homme sur la nature s'est augment&#233;. Il est donc tr&#232;s naturel, je dirai plus, il est in&#233;&#173;vitable de se demander quelles ont &#233;t&#233; les causes de ce mouvement et de ce progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, la grande question des causes du mouvement historique et du progr&#232;s du genre humain est celle qui constitue l'objet de ce qu'on appelait autrefois la philosophie de l'histoire et qu'on fe&#173;rait, me semble-t-il, mieux de d&#233;signer du nom de conception de l'histoire, c'est-&#224;-dire de l'histoire consid&#233;r&#233;e comme science, ne se contentant pas d'ap&#173;prendre comment les choses se sont pass&#233;es, mais, voulant savoir pourquoi elles se sont pass&#233;es d'une telle mani&#232;re et non pas d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute chose, la philosophie de l'histoire a eu son histoire &#224; elle, je veux dire qu'&#224; diff&#233;&#173;rentes &#233;poques les hommes qui s'occupaient de la question du pourquoi du mouvement historique ont r&#233;pondu d'une fa&#231;on diff&#233;rente &#224; cette grande question. Chaque &#233;poque avait sa philosophie de l'histoire &#224; elle. Vous m'objecterez peut-&#234;tre que souvent &#224; une m&#234;me &#233;poque historique il n'y avait pas seulement une mais plusieurs &#233;coles de philosophie de l'histoire. J'en tombe d'accord, mais je vous prie de consid&#233;rer que les diff&#233;rentes &#233;coles philosophiques propres &#224; une p&#233;riode donn&#233;e de l'histoire ont toujours entre elles quelque chose de commun qui permet de les envisager comme diff&#233;rentes esp&#232;ces d'un m&#234;me genre, il y a naturellement aussi des survivances. Nous pouvons donc dire, pour simplifier le probl&#232;me, que chaque p&#233;riode historique a sa propre philosophie de l'his&#173;toire. Nous allons en &#233;tudier quelques-unes unes. Je commence par la philosophie ou conception th&#233;ologique de l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception th&#233;ologique de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l&#224; philosophie ou conception th&#233;ologique de l'histoire ? Cette conception est la plus primitive, elle est intimement li&#233;e aux premiers efforts faits par la pens&#233;e humaine pour se rendre compte du monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la conception la plus simple que l'homme puisse se faire de la nature, c'est d'y voir non pas des ph&#233;nom&#232;nes d&#233;pendant les uns des autres et contr&#244;l&#233;s par des lois invariables, mais des &#233;v&#233;nements produits par l'action d'une ou de plusieurs volont&#233;s semblable &#224; la sienne. Le philosophe fran&#231;ais Guyau dit dans un de ses livres, qu'un enfant en sa pr&#233;sence traitait la lune de m&#233;chante parce qu'elle ne voulait pas se montrer, cet enfant consid&#233;rait la lune comme un &#234;tre anim&#233;, et, comme cet enfant, l'homme primitif anime toute la nature. L'animisme, la premi&#232;re phase du d&#233;veloppement de la pens&#233;e religieuse, et le premier pas de la science, c'est l'explication animiste des &#233;v&#233;nements de la nature et de les concevoir comme des ph&#233;nom&#232;nes soumis &#224; des lois. Tandis qu'un enfant croit que la lune ne se montre pas parce qu'elle est m&#233;chante, un as&#173;tronome nous explique l'ensemble des conditions natu&#173;relles qui, &#224; un moment donn&#233;, nous permettent ou nous emp&#234;chent de voir tel ou tel astre. Or, tandis que dans l'explication de la nature, les progr&#232;s de la science ont &#233;t&#233; relativement rapides, la science de la soci&#233;t&#233; humaine et de son histoire n'avan&#231;ait qu'avec beaucoup plus de lenteur. On admettait, l'ex&#173;plication animiste des &#233;v&#233;nements historiques &#224; des &#233;poques o&#249; l'on se moquait d&#233;j&#224; de l'explication ani&#173;miste des ph&#233;nom&#232;nes de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des soci&#233;t&#233;s souvent tr&#232;s civilis&#233;es, on trouvait tout &#224; fait permis d'expliquer le mouvement historique de l'humanit&#233; comme la manifestation de la volont&#233; d'une ou de plusieurs divinit&#233;s. Cette expli&#173;cation de l'histoire par l'action de la divinit&#233; constitue ce que nous appelons la conception th&#233;olo&#173;gique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous donner deux exemples de cette concep&#173;tion, je vais caract&#233;riser ici la philosophie histo&#173;rique de deux hommes c&#233;l&#232;bres : Saint Augustin, &#233;v&#234;&#173;que d'Hippone et Bossuet, &#233;v&#234;&#173;que de Meaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Augustin envisage les &#233;v&#233;nements histori&#173;ques comme soumis &#224; la Providence divine et, qui plus est, il est persuad&#233; qu'on ne peut les envisager au&#173;trement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Consid&#233;rez ce Dieu souverain et v&#233;ritable, dit-il, ce Dieu unique et tout-puissant, auteur et cr&#233;a&#173;teur de toutes les &#226;mes et de tous les corps... qui a fait de l'homme un animal raisonnable compos&#233; de corps et d'&#226;me, ce Dieu, principe de toute r&#232;gle, de toute beaut&#233;, de tout ordre qui donne &#224; tout le nom&#173;bre, le poids et la mesure, de qui d&#233;rive toute pro&#173;duction naturelle, quels qu'en soient le genre et le prix, je demande s'il est croyable que ce Dieu ait souffert que les empires de la terre, leur domination et leur servitude restassent &#233;trangers aux lois de, la Providence&#034; (Cit&#233; de Dieu, traduction Emile Saisset, livre V, chap. XI, pp. 292-293).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point de vue g&#233;n&#233;ral, Saint Augustin ne le quitte dans aucune de ses explications historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'expliquer la grandeur des Romains, l' &#233;v&#234;&#173;que d'Hippone nous raconte avec beaucoup de d&#233;&#173;tails comme quoi elle entrait dans les vues de la Di&#173;vinit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Apr&#232;s que les royaumes d'Orient eurent brill&#233; sur la terre pendant une longue suite d'ann&#233;es, Dieu voulut que l'empire d'Occident, qui &#233;tait le dernier dans l'ordre des temps, devint le premier de tous par sa grandeur et son &#233;tendue, et comme il avait &#224; des&#173;sein de se servir de cet empire pour ch&#226;tier un grand nombre de nations, il le confia &#224; des hommes passionn&#233;s pour la louange et l'honneur, qui mettaient la gloire dans celle de la patrie et &#233;taient toujours pr&#234;ts &#224; se sacrifier pour son salut, triomphant ainsi de leur cupidit&#233; et de tous les autres vices par ce vice unique : l'amour de la gloire. Car, il ne faut pas se le dissimuler, l'amour de la gloire est un vi&#173;ce... etc.&#034; (p. 301).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'expliquer la prosp&#233;rit&#233; du premier empereur chr&#233;tien Constantin, la volont&#233; divine l&#232;ve toute difficult&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le bon Dieu, nous dit saint Augustin, voulant emp&#234;cher ceux qui l'adorent... de se persuader qu'il est impossible d'obtenir les royaumes et les gran&#173;deurs de la terre sans la faveur toute-puissante des d&#233;mons, a voulu favoriser l'empereur Constantin, qui, loin d'avoir recours aux fausses divinit&#233;s, n'adorait que la v&#233;ritable, et de le combler de plus de biens qu'un autre n'en e&#251;t seulement os&#233; souhaiter&#034; (t. I, pp. 328-329 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il enfin de savoir pourquoi une guerre durait plus longtemps qu'une autre, saint Augustin nous dira que Dieu l'avait voulu ainsi : &#034;De m&#234;me qu'il d&#233;pend de Dieu d'affliger ou de consoler les hommes, selon les conseils de la justice et de sa mi&#173;s&#233;ricorde, c'est lui, aussi qui r&#232;gle les temps des guerres, qui les abr&#232;ge ou les prolonge &#224; son gr&#233; &#034; (p. 323, tome I).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le voyez, saint Augustin reste toujours fi&#173;d&#232;le &#224; son principe fondamental. Malheureusement, il ne suffit pas d'&#234;tre fid&#232;le &#224; un principe donn&#233; pour trouver la Juste explication des ph&#233;nom&#232;nes. Il faut avant tout que le philosophe de l'histoire &#233;tudie soigneusement tous les faits qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et ac&#173;compagn&#233; le ph&#233;nom&#232;ne qu'il cherche &#224; expliquer. Le principe, fondamental ne peut et ne doit jamais servir que de fil conducteur dans l'analyse de la r&#233;alit&#233; historique. Or la th&#233;orie de saint Augustin est in&#173;suffisante sous les deux rapports indiqu&#233;s. Comme m&#233;&#173;thode d'analyse de la r&#233;alit&#233; historique, elle est nulle. Et quant &#224; son principe fondamental, je vous prie d'observer ceci. Saint Augustin parle de ce qu'il appelle les lois de la providence avec tant de conviction et avec tant de d&#233;tails, qu'on se demande, en le lisant, s'il n'a pas &#233;t&#233; le confident intime de son dieu. Et le m&#234;me auteur, avec la m&#234;me conviction, avec la m&#234;me fid&#233;lit&#233; &#224; son principe fondamental, et dans le m&#234;me ouvrage, nous dit que les voies du Sei&#173;gneur sont insondables. Mais s'il en est ainsi, pour&#173;quoi entreprendre la t&#226;che n&#233;cessairement ingrate et st&#233;rile de les sonder ? Et pourquoi nous indiquer ces insondables voies comme uns explication des &#233;v&#233;ne&#173;ments de la vie humaine ? La contradiction est palpa&#173;ble, et puisqu'elle est palpable, on a beau avoir la foi fervente et in&#233;branlable, on est forc&#233; de renon&#173;cer &#224; l'interpr&#233;tation th&#233;ologique de l'histoire si l'on tient tant soit peu &#224; la logique et si l'on ne veut pas pr&#233;tendre que l'insondable, c'est-&#224;-dire l'inexplicable, explique et fait comprendre toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; Bossuet. Comme Saint Augustin, Bos&#173;sue t, dans sa conception de l'histoire, se place au point de vue th&#233;ologique. Il est persuad&#233; que les destin&#233;es historiques des peuples, ou, comme il s'ex&#173;prime, les r&#233;volutions des empires sont r&#233;gl&#233;es par la Providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ces empires dit-il dans son Discours sur l'his&#173;toire universelle, ont une liaison n&#233;cessaire avec l'histoire du peuple de Dieu. Dieu s'est servi des Assyriens et des Babyloniens pour ch&#226;tier ce peuple, des Perses, pour le r&#233;tablir, d'Alexandre et de ses premiers successeurs, pour le prot&#233;ger d'Antochius l'Illustre et de ses successeurs, pour l'exercer ; des Romains, pour soutenir sa libert&#233; contre les rois de Syrie, qui ne songeaient qu'&#224; la d&#233;truire. Les Juifs ont dur&#233; jusqu'&#224; J&#233;sus-Christ sous la puissance des m&#234;mes Romains. Quand ils l'ont m&#233;connu et cruci&#173;fi&#233;, ces m&#234;mes Romains ont pr&#234;t&#233; leurs mains sans y penser, &#224; la vengeance divine et ont extermin&#233; ce peuple ingrat&#034; (Discours, &#233;d. Garnier fr&#232;res, p.334).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, tous les peuples et tous les grands empires oui, l'un apr&#232;s l'autre apparurent sur la sc&#232;ne historique ont concouru par divers moyens au m&#234;me but : au bien de la religion chr&#233;tienne et &#224; la gloire de Dieu. Bossuet d&#233;couvre &#224; son &#233;l&#232;ve les se&#173;crets jugements de Dieu sur l'empire romain et sur Rome m&#234;me, en se basant sur la r&#233;v&#233;lation que le Saint Esprit a faite &#224; saint Jean et que celui-ci a expliqu&#233;e dans l'Apocalypse. Il parle, lui-aussi, comme si les voies du Seigneur avaient cess&#233; d'&#234;tre insondables, et, chose bien digne d'attention, le spectacle du mouvement historique ne lui inspire que le sentiment de la vanit&#233; des choses humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ainsi, dit-il, quand vous voyez passer comme en un instant devant vos yeux, je ne dis pas les rois et les empereurs, mais ces grands empires qui ont fait trembler tout l'univers et quand vous voyez les Assy&#173;riens anciens et nouveaux, les M&#232;des, les Perses, les Grecs, les Romains, se pr&#233;senter successivement, et tomber, pour ainsi dire, les uns sur les autres, ce fracas effroyable vous fait sentir qu'il n'y a rien de solide parmi les hommes, et que l'inconstance et l'agitation est le&#171; propre partage des choses humai&#173;nes. &#187; (Discours, p. 339).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pessimisme est un des traits les plus remar&#173;quables de la philosophie historique de Bossuet. Et, tout bien consid&#233;r&#233;, il faut avouer que ce trait rend fid&#232;lement le caract&#232;re essentiel du christianisme. Le christianisme promet &#224; ses fid&#232;les de la consolation, beaucoup de consolation ! Mais comment les console-t-il ? En les d&#233;tachant des choses d'ici-bas, en les persuadant que tout est vanit&#233; sur la terre et que le bonheur n'est possible pour les humains qu'a&#173;pr&#232;s la mort. Je vous prie de retenir ce trait dans votre m&#233;moire s il vous donnera dans la suite un ter&#173;me de comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre trait remarquable de la philosophie historique de Bossuet, c'est que, dans l'interpr&#233;ta&#173;tion des &#233;v&#233;nements historiques, il ne se contente pas, comme Saint Augustin, d'en appeler &#224; la volont&#233; du bon Dieu, mais porte d&#233;j&#224; son attention vers ce qu'il appelle les causes particuli&#232;res des r&#233;volu&#173;tions des empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Car ce m&#234;me dieu - dit-il - qui a fait l'en&#173;cha&#238;nement de l'univers, et qui, tout-puissant par lui-m&#234;me, a voulu aussi que le cours des choses hu&#173;maines e&#251;t sa suite et ses proportions &#187; Je veux dire que les hommes et les nations ont eu les qualit&#233;s, proportionnelles &#224; l'&#233;l&#233;vation &#224; laquelle ils &#233;taient destin&#233;s, et qu'&#224; la r&#233;serve de certains coups ex&#173;traordinaires, o&#249; Dieu voulait que sa main par&#251;t tou&#173;te seule, il n'est point arriv&#233; de grand changement qui n'ait eu ses causes dans les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents. Et comme, dans toutes les affaires, il y a ce qui les pr&#233;pare, ce qui d&#233;termine &#224; les entreprendre, et ce qui les fait r&#233;ussir, la Vraie science de l'histoire est de remarquer dans chaque temps ces secr&#232;tes dis&#173;positions qui ont pr&#233;par&#233; les grands changements et les conjonctures importantes qui les ont fait arri&#173;ver.&#034; (Discours, pp. 339-340).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d'apr&#232;s Bossuet, il arrive bien dans l'histoire des &#233;v&#233;nements o&#249; la main de Dieu para&#238;t toute seule, o&#249;, en d'autres termes Dieu agit d'une fa&#231;on imm&#233;diate. Ces &#233;v&#233;nements-l&#224;, ce sont, pour ainsi dire, des miracles historiques. Mais, pour la plupart des cas et dans la marche ordinaire des cho&#173;ses, les changements qui ont lieu &#224; une &#233;poque donn&#233;e ont leurs causes dans les &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes. La t&#226;&#173;che de la vraie science est d'&#233;tudier ces causes qui n'ont rien de surnaturel, puisqu'elles ne tiennent qu'&#224; la nature des hommes et des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa conception th&#233;ologique de l'histoire, Bossuet fait donc une large place &#224; l'explication naturelle des &#233;v&#233;nements historiques. Il est vrai que cette explication naturelle est, chez lui, intimement li&#233;e &#224; l'id&#233;e th&#233;ologique ; c'est toujours le bon Dieu qui donne aux hommes et aux nations des qualit&#233;s proportionnelles &#224; l'&#233;l&#233;vation &#224; laquelle il les des&#173;tine. Mais, une fois donn&#233;es, ces qualit&#233;s agissent toutes seules, et tant qu'elles agissent, nous avons non seulement le droit mais le devoir, Bossuet le dit cat&#233;goriquement, de chercher l'explication naturelle de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie historique de Bossuet a, sur cel&#173;le de Saint Augustin, le grand avantage d'insister sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tudier les causes particuli&#232;res des &#233;v&#233;nements. Mais cet avantage n'est, au fond, qu'un aveu, inconscient et involontaire sans doute, de 1'impuissance et de la st&#233;rilit&#233; de la conception th&#233;ologique proprement dite, c'est &#224; dire de la m&#233;&#173;thode qui consiste &#224; expliquer les ph&#233;nom&#232;nes par l'action d'un ou de plusieurs agents surnaturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aveu, les ennemis de la th&#233;ologie en surent bien tirer parti au si&#232;cle suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus redoutable parmi ces ennemis, le pa&#173;triarche de Ferney, Voltaire, dit tr&#232;s malicieusement dans son c&#233;l&#232;bre Essai sur les m&#339;urs des Nations : &#034;Rien n'est plus digne de notre curiosit&#233; que la ma&#173;ni&#232;re dont Dieu voulut que l'Eglise s'&#233;tablit en faisant concourir les causes secondes &#224; ses d&#233;crets &#233;ternels. Laissons respectueusement ce qui est divin &#224; ceux qui en sont les d&#233;positaires, et attachons-nous uniquement &#224; l'historique .&#034; ( Essai, &#233;dition de Beuchot, t. I, p. 346 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception id&#233;aliste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception th&#233;ologique de l'histoire est donc mise respectueusement de c&#244;t&#233;. Voltaire s'attache &#224; l'historique, il s'efforce d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes par leurs causes secondes, c'est-&#224;-dire naturelles. Mais en quoi consiste la science, si ce n'est dans l'explication naturelle des ph&#233;nom&#232;nes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie historique de Voltaire est un es&#173;sai d'interpr&#233;tation scientifique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons cet essai d'un peu plus pr&#232;s. Voyons par exemple, quelles ont &#233;t&#233;, d'apr&#232;s Voltaire, les causes de la chute de l'empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cadence romaine a &#233;t&#233; longue et lente, mais parmi les fl&#233;aux qui ont caus&#233; la chute du colossal empire. Voltaire fait ressortir surtout les deux sui&#173;vants : 1&#176; les Barbares, 2&#176; les disputes de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Barbares ont d&#233;truit l'empire romain. Mais pourquoi, demande Voltaire, les Romains ne les exter&#173;min&#232;rent-ils pas, comme Marius avait extermin&#233; les Cimbres ? C'est qu'il ne se trouvait point de Marius. Et pourquoi ne se trouvait-il pas de Marius ? Parce que les m&#339;urs des Romains avaient chang&#233;. La sympt&#244;&#173;me le plus &#233;clatant de ce changement dans les m&#339;urs, c'est que l'empire romain avait alors plus de moines que de soldats. &#034;Ces moines couraient en troupe de ville en ville pour soutenir ou pour d&#233;truire la consubstantialit&#233; du Verbe... &#034; (Ibid., t. I, p. 377).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Comme les descendants de Scipion &#233;taient deve&#173;nus des controversistes, comme la consid&#233;ration per&#173;sonnelle &#233;tait pass&#233;e des Hortensius et des Cic&#233;ron aux Cyrille, aux Gr&#233;goire, aux Amboise, tout fut per&#173;du et si l'on doit s'&#233;tonner de quelque chose, c'est que l'empire romain ait subsist&#233; encore un peu de temps.&#034; (Ibid., t. I, p. 377).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez bien ici quelle &#233;tait, d'apr&#232;s Vol&#173;taire, la cause principale de la chute de Rome. Cette cause, c'est le triomphe du christianisme. D'ailleurs Voltaire le dit lui-m&#234;me avec son ironie mordante : &#034;Le christianisme ouvrait le ciel, mais il perdait l'empire &#034; (Ibid., t. I, p. 337).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-t-il eu raison, a-t-il eu tort ? C'est ce qui ne nous regarde pas maintenant. Ce qui nous importe, c'est de nous rendre compte exactement des id&#233;es his&#173;toriques de Voltaire. L'examen critique de ces id&#233;es ne viendra qu'ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, nous voyons que, selon Voltaire, le chris&#173;tianisme a perdu l'empire romain, Humainement par&#173;lant, il est permis sans doute de demander pourquoi le christianisme a triomph&#233; de Rome ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Voltaire, le principal instrument de la Victoire des chr&#233;tiens fut Constantin, qu'il nous re&#173;pr&#233;sente conform&#233;ment &#224; la v&#233;rit&#233; historique. Mais un homme, f&#251;t-il empereur, et f&#251;t-il tr&#232;s m&#233;chant et tr&#232;s superstitieux, serait-il jamais capable d'assu&#173;rer le triomphe d'une religion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voltaire croyait que oui. Et, pour le croire, il n'&#233;tait pas le seul de son si&#232;cle. Tous les philoso&#173;phes le croyaient aussi. Comme exemple, je vous cite&#173;rai les consid&#233;rations d'un autre &#233;crivain sur l'ori&#173;gine du peuple juif et sur le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la conception th&#233;ologique de l'histoire con&#173;siste &#224; expliquer l'&#233;volution historique par la vo&#173;lont&#233; et l'action, directe ou indirecte, d'un ou de plusieurs agents surnaturels, la conception id&#233;aliste - dont Voltaire et ses amis &#233;taient les partisans convaincus - consiste &#224; expliquer cette m&#234;me &#233;volu&#173;tion par l'&#233;volution des m&#339;urs et des id&#233;es, ou de l'opinion, comme on s'exprimait au XVIII&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;J'entends par opinion, dit Suard, le r&#233;sultat de la masse de v&#233;rit&#233;s et d'erreurs r&#233;pandues dans une nation, r&#233;sultat qui d&#233;termine ses jugements d'estime ou de m&#233;pris, d'amour ou de haine, qui forme ses penchants et ses habitudes, ses id&#233;es et ses ver&#173;tus, en un mot, ses m&#339;urs.&#034; (Suard, M&#233;langes de Lit&#173;t&#233;rature, III, p. 400).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque c'est l'opinion qui gouverne le monde, il est &#233;vident que l'opinion est la cause fondamenta&#173;le, la cause la plus profonde, du mouvement histori&#173;que, et il n'y a pas lieu de s'&#233;tonner qu'un histo&#173;rien en appelle &#224; l'opinion comme &#224; une force qui produit en derni&#232;re instance les &#233;v&#233;nements de telle ou telle &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si l'opinion en g&#233;n&#233;ral explique les &#233;v&#233;ne&#173;ments historiques, il est tout naturel de chercher dans l'opinion religieuse (dans le christianisme par exemple), la cause la plus profonde de la prosp&#233;rit&#233; ou de la d&#233;cadence d'un empire (par exemple de l'em&#173;pire de Rome). Voltaire &#233;tait donc fid&#232;le &#224; la philo&#173;sophie historique de son temps en disant que le christianisme a caus&#233; la ruine de l'empire de Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parmi les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle, il y en avait plusieurs qui sont connus comme des mat&#233;&#173;rialistes. Tels &#233;taient, par exemple, Holbach, l'au&#173;teur du c&#233;l&#232;bre Syst&#232;me de la nature , et Helv&#233;tius, l'auteur du livre non moins c&#233;l&#232;bre De l'Esprit . Il est tr&#232;s naturel de supposer qu'au moins ces philoso&#173;phes-l&#224; n'approuvaient pas la conception id&#233;aliste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! Cette supposition, toute naturelle qu'elle paraisse, est erron&#233;e : Holbach et Helv&#233;tius, mat&#233;rialistes dans leur conception de la nature &#233;taient id&#233;alistes en ce qui concerne l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle, comme toute la &#034; s&#233;quelle des Encyclop&#233;distes &#034;, les mat&#233;ria&#173;listes de ce temps-l&#224; croyaient que l'opinion gouver&#173;ne le monde et que l'&#233;volution de l'opinion explique en derni&#232;re analyse toute l'&#233;volution historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'ignorance, l'erreur, le pr&#233;jug&#233;, le d&#233;faut d'exp&#233;rience, de r&#233;flexion et de pr&#233;voyance, voil&#224; les vraies sources du mal moral. Les hommes ne se nuisent &#224; eux-m&#234;mes et ne blessent leurs associ&#233;s, que parce qu'ils n'ont point d'id&#233;es de leurs vrais int&#233;r&#234;ts.&#034; (Syst&#232;me social, t. II, chap. I, p. 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre endroit du m&#234;me ouvrage, nous li&#173;sons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'histoire nous prouve qu'en mati&#232;re de gouver&#173;nement, les nations furent de tout temps le jouet de leur ignorance, de leur imprudence, de leur cr&#233;dulit&#233; de leurs terreurs paniques, et surtout des passions de ceux qui surent prendre de l'ascendant sur la mul&#173;titude. Semblables &#224; des malades qui s'agitent sans cesse dans leur lit, sans y trouver de position con&#173;venable, les peuples ont souvent chang&#233; la forme de leurs gouvernements mais ils n'ont jamais eu ni le pouvoir, ni la capacit&#233; de r&#233;former le fond, de re&#173;monter &#224; la vraie source de leurs maux ; ils se vi&#173;rent sans cesse ballott&#233;s par des passions aveugles.&#034; (Ibid., II, p. 27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces citations vous montrent que, d'apr&#232;s le ma&#173;t&#233;rialiste Holbach, l'ignorance fut la cause du mal moral et politique. Si les peuples sont m&#233;chants, c'est gr&#226;ce &#224; leur ignorance, si leurs gouvernements sont absurdes, c'est parce qu'ils n'ont pas su d&#233;cou&#173;vrir les vrais principes de l'organisation sociale et politique, si les r&#233;volutions faites par les peuples n'ont pas d&#233;racin&#233; le mal moral et social, c'est par&#173;ce qu'ils n'ont pas eu assez de lumi&#232;res. Mais qu'est ce que l'ignorance ? Qu'est-ce que l'erreur ? Qu'est-ce que le pr&#233;jug&#233; ? L'ignorance, l'erreur, le pr&#233;jug&#233;, tout cela, ce n'est que de l'opinion erron&#233;e. Et si l'ignorance, l'erreur et le pr&#233;jug&#233; ont emp&#234;ch&#233; les hommes de d&#233;couvrir les vraies bases de l'organi&#173;sation politique et sociale, il est clair que c'est l'opinion erron&#233;e qui a gouvern&#233; le monde. Holbach est donc, l&#224;-dessus, du m&#234;me avis que la plupart des philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Helv&#233;tius, je ne citerai que son opinion sur le syst&#232;me f&#233;odal. Dans une lettre &#224; Saurin sur l'Esprit des Lois de Montesquieu, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Mais que diable veut-il nous apprendre par son Trait&#233; des Fiefs ? Est-ce une mati&#232;re que devait chercher &#224; d&#233;brouiller un esprit sage et raisonnable ? Quelle l&#233;gislation peut r&#233;sulter de ce chaos barbare de lois que la force a &#233;tablies, que l'ignorance a respect&#233;es, et qui s'opposeront toujours &#224; un bon or&#173;dre de choses ? &#034; (&#338;uvres, III, p. 266).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre endroit, il dit &#034;Montesquieu est trop f&#233;odaliste, et le gouvernement f&#233;odal est le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; &#034;. (&#338;uvres, III, p.314).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Helv&#233;tius trouve que le f&#233;odalisme, c'est &#224; dire tout un syst&#232;me d'institutions sociales et po&#173;litiques, &#233;tait le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; et, par cons&#233;quent, devait son origine &#224; l'ignorance ou, en d'autres termes, &#224; une opinion erron&#233;e. C'est donc toujours l'opinion qui, en bien ou en mal, a gouvern&#233; le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit qu'il nous importait non pas de criti&#173;quer cette th&#233;orie, mais de bien la conna&#238;tre et de bien saisir sa nature. Maintenant que nous la con&#173;naissons, il nous est non seulement permis, mais n&#233;&#173;cessaire de l'analyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, cette th&#233;orie est-elle vraie ou est-elle fausse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, oui ou non, que les hommes qui ne comprennent pas en quoi consistent leurs int&#233;r&#234;ts ne pouvaient les servir de fa&#231;on raisonnable ? Cela est vrai sans contredit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, oui ou non, que l'ignorance a caus&#233; beaucoup de maux &#224; l'humanit&#233; et qu'un syst&#232;me social et politique bas&#233; sur la soumission et sur l'exploi&#173;tation de l'homme par l'homme, tel que fut le f&#233;odalisme, n'est possible que dans un temps d'ignorance et de pr&#233;jug&#233;s profond&#233;ment enracin&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est bien vrai, et je ne vois pas comment on pourrait contester une v&#233;rit&#233; aussi indubitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, est-il faux, en un mot, que l'opi&#173;nion, dans le sens d&#233;termin&#233; par Suard, a une grande influence sur la conduite des hommes ? Quiconque con&#173;na&#238;t les hommes dira que cela aussi est indubitable et indiscutable.&lt;br class='autobr' /&gt;
La force des id&#233;es &#8230; et leur origine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception id&#233;aliste de l'histoire est-elle donc bas&#233;e sur la v&#233;rit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;ponds oui et non. Et voici ce que j'entends par-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception id&#233;aliste de l'histoire est vraie dans ce sens qu'il y a du vrai en elle. Oui, il y a du vrai. L'opinion &#224; une tr&#232;s grande influence sur les hommes. Nous avons donc le droit de dire qu'elle gouverne le monde. Mais nous avons bien le droit de nous demander si cette opinion qui gouverne le monde n'est gouvern&#233;e par rien du tout ? Autrement dit, nous pouvons et nous devons nous demander si les opi&#173;nions et les sentiments des hommes sont une chose soumise au hasard. Poser cette question, c'est la r&#233;&#173;soudre aussit&#244;t dans le sens n&#233;gatif. Non, les opi&#173;nions et les sentiments des hommes ne sont point sou&#173;mis au hasard. Leur g&#233;n&#233;ration comme leur &#233;volution est soumise &#224; des lois que nous devons &#233;tudier. D&#232;s que vous admettez ceci - et le moyen de ne pas l'ad&#173;mettre ? - vous &#234;tes forc&#233;s de reconna&#238;tre que si l'opinion gouverne le monde, elle ne le gouverne pas en souverain absolu, qu'elle est gouvern&#233;e &#224; son tour et que, par cons&#233;quent, celui qui en appelle &#224; l'opi&#173;nion est loin de nous indiquer la cause fondamentale, la cause la plus profonde du mouvement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc de la v&#233;rit&#233; dans la conception id&#233;aliste de l'histoire. Mais il n'y a pas toute la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conna&#238;tre toute la v&#233;rit&#233;, il nous faut re&#173;prendre la recherche justement l&#224; o&#249; la conception id&#233;aliste l'abandonne. Il nous faut t&#226;cher de nous rendre un compte exact des causes de la g&#233;n&#233;ration et de l'&#233;volution de l'opinion des hommes vivant en so&#173;ci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faciliter notre t&#226;che, proc&#233;dons avec m&#233;&#173;thode, et, avant tout, voyons si l'opinion, c'est &#224; dire, conform&#233;ment &#224; la d&#233;finition donn&#233;e par Suard, la masse de v&#233;rit&#233;s et d'erreurs r&#233;pandue parmi les hommes leur est inn&#233;e, si elle na&#238;t avec eux pour ne dispara&#238;tre qu'avec eux. Cela revient &#224; nous demander s'il y a des id&#233;es inn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; l'on &#233;tait fermement convain&#173;cu que les id&#233;es, au moins en partie, sont inn&#233;es. En admettant l'existence des id&#233;es inn&#233;es, on admettait en m&#234;me temps que ces id&#233;es-l&#224; constituent un fonds commun &#224; l'humanit&#233; toute enti&#232;re, un fonds qui est toujours le m&#234;me dans tous les temps et tous les cli&#173;mats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette opinion, tr&#232;s r&#233;pandus autrefois, fut vic&#173;torieusement combattue par un philosophe anglais de grand m&#233;rite, John Locke. Dans son c&#233;l&#232;bre livre in&#173;titul&#233; : Essai sur l'entendement humain , John Locke a prouv&#233; qu'il n'y a point d'id&#233;es, de principes ou de nations inn&#233;es dans l'esprit de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es ou les principes des hommes leur vien&#173;nent de l'exp&#233;rience, et c'est &#233;galement vrai en ce qui concerne les principes sp&#233;culatifs, comme les principes pratiques ou principes de morale. Les prin&#173;cipes de morale, varient selon les temps et les lieux. Quand les hommes condamnent une action, c'est parce qu'elle leur est nuisible. Quand ils la louent, c'est qu'elle leur est utile. L'int&#233;r&#234;t (non pas l'int&#233;r&#234;t personnel, mais l'int&#233;r&#234;t social) d&#233;termine donc les jugements des hommes dans le domaine de la vie socia&#173;le. Telle &#233;tait la doctrine de Locke, dont tous les philosophes fran&#231;ais du XVIII&#176; si&#232;cle &#233;taient des partisans convaincus. Nous avons donc le droit de prendre cette doctrine pour point de d&#233;part de notre critique de leur conception de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe point d'id&#233;es inn&#233;es dans l'esprit des hommes ; c'est l'exp&#233;rience qui d&#233;termine les Id&#233;es sp&#233;culatives et c'est l'int&#233;r&#234;t social qui d&#233;&#173;termine les &#034;id&#233;es pratiques&#034;. Admettons ce principe et voyons quelles cons&#233;quences en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;action apr&#232;s la R&#233;volution Fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand &#233;v&#233;nement historique s&#233;pare le XVIII&#176; si&#232;cle du XIX&#176; : la R&#233;volution Fran&#231;aise, qui comme un ouragan a pass&#233; sur la France en d&#233;truisant l'an&#173;cien r&#233;gime et en balayant ses d&#233;bris. Elle a eu une profonde influence sur la vie &#233;conomique, sociale, politique et intellectuelle non seulement de la Fran&#173;ce, mais de l'Europe enti&#232;re. Elle n'a pas pu rester sans influence sur la philosophie de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle a &#233;t&#233; cette influence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! Son r&#233;sultat le plus imm&#233;diat a &#233;t&#233; un sentiment d'immense lassitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand effort fait par les gens de ce temps-l&#224; a provoqu&#233; un besoin imp&#233;rieux de repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce sentiment de lassitude, in&#233;vitable apr&#232;s toute grande d&#233;pense d'&#233;nergie, il y a eu aussi un certain scepticisme. Le XVIII&#176; si&#232;cle croyait fer&#173;mement au triomphe de la raison. La raison finit tou&#173;jours par avoir raison, disait Voltaire. Les &#233;v&#233;ne&#173;ments de la R&#233;volution ont bris&#233; cette foi. On a vu tant d'&#233;v&#233;nements inattendus, on a vu triompher tant de choses qui semblaient tout &#224; fait impossibles et absolument d&#233;raisonnables, on a vu tant de calculs les plus sages renvers&#233;s par la brutale logique des faits, qu'on s'est dit que la raison ne finira proba&#173;blement jamais par avoir raison. Nous avons l&#224;-dessus le pr&#233;cieux t&#233;moignage d'une femme d'esprit, qui sa&#173;vait observer ce qui se passait autour d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La plupart des hommes, dit Mme de Sta&#235;l, &#233;pou&#173;vant&#233;s des vicissitudes effroyables, dont les &#233;v&#233;ne&#173;ments politiques nous ont offert l'exemple, ont perdu maintenant tout int&#233;r&#234;t au perfectionnement d'eux-m&#234;&#173;mes et sont trop frapp&#233;s de la puissance du hasard pour croire &#224; l'ascendant les facult&#233;s intellectuel&#173;les&#034; (De la litt&#233;rature, Pr&#233;face, p. XVIII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait donc &#233;pouvant&#233; par la puissance du ha&#173;sard. Mais qu'est-ce que le hasard ? Et qu'est-ce que le hasard dans la vie des soci&#233;t&#233;s ? Il y a mati&#232;re &#224; discussion philosophique l&#224;-dedans. Mais sans entrer dans cette discussion, nous pouvons dire que trop souvent les hommes attribuent au hasard ce dont les causes leur restent inconnues. Aussi quand le hasard leur fait trop et trop longtemps sentir sa puissance, ils finissent par essayer d'expliquer et de d&#233;couvrir les causes des ph&#233;nom&#232;nes qu'ils consid&#233;raient auparavant comme fortuits. Et c'est justement ce que nous voyons dans le domaine de la science historique au commencement du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philosophie de l'histoire de Saint-Simon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Simon, une des t&#234;tes les plus encyclop&#233;di&#173;ques et les moins m&#233;thodiques de la premi&#232;re moiti&#233; de ce si&#232;cle, s'efforce de poser les bases d'une science sociale. La science sociale, la science de la soci&#233;t&#233; humaine, la physique sociale, comme il l'ap&#173;pelle parfois, peut et doit, selon lui, devenir une science aussi exacte que les sciences naturelles. Nous devons &#233;tudier les faits relatifs &#224; la vie pas&#173;s&#233;e de l'humanit&#233; pour d&#233;couvrir les lois de son pro&#173;gr&#232;s. Nous ne pourrons pr&#233;voir l'avenir, que lorsque nous aurons compris le pass&#233;. Et pour le comprendre, pour expliquer le pass&#233;, Saint-Simon &#233;tudie surtout l'histoire de l'Europe occidentale depuis la chute de l'empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit dans cette histoire, la lutte des indus&#173;triels (ou du Tiers Etat, comme on disait au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent) contre l'aristocratie. Les industriels se sont ligu&#233;s avec la royaut&#233;, et, par l'appui qu'ils ont donn&#233; aux rois, ils leur ont fourni les moyens de s'emparer du pouvoir politique, qui se trouvait aupa&#173;ravant dans les mains des seigneurs f&#233;odaux. En &#233;change de leurs services la royaut&#233; leur a donn&#233; sa protection, au moyen de laquelle ils ont pu remporter beaucoup d'importantes victoires sur leurs ennemis. Peu &#224; peu, le travail et l'organisation aidant, les industriels sont parvenus &#224; poss&#233;der une force socia&#173;le imposante, bien sup&#233;rieure &#224; celle de l'aristocra&#173;tie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution Fran&#231;aise n'&#233;tait, pour Saint-Si&#173;mon, qu'un &#233;pisode de la grande lutte, plusieurs fois s&#233;culaire, entre les industriels et les nobles. Et toutes ses propositions pratiques se r&#233;duisaient &#224; des projets, des mesures qu'il fallait, selon lui, prendre pour compl&#233;ter et consolider la victoire des industriels et la d&#233;faite des nobles. Or, la lutte des industriels contre la noblesse &#233;tait la lutte de deux int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s. Et si cette lutte a, comme le dit Saint-Simon, rempli toute l'histoire de l'Europe occidentale depuis le XV&#176; si&#232;cle, nous pouvons dire que c'est la lutte des grands int&#233;r&#234;ts sociaux, qui &#233;tait la cause du mouvement historique dans la p&#233;rio&#173;de indiqu&#233;e. Nous voici donc assez loin de la concep&#173;tion historique du dix-huiti&#232;me si&#232;cle : ce n'est pas l'opinion, c'est l'int&#233;r&#234;t social ou pour mieux dire, l'int&#233;r&#234;t des grands &#233;l&#233;ments constructifs de la so&#173;ci&#233;t&#233;, 1'int&#233;r&#234;t des classes et la lutte sociale pro&#173;voqu&#233;e par l'opposition de ces int&#233;r&#234;ts, qui gouver&#173;nent le monde et qui d&#233;terminent la marche de l'his&#173;toire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses id&#233;es historiques, Saint-Simon a eu une influence d&#233;cisive sur un des plus grands historiens fran&#231;ais : Augustin Thierry. Et comme Augustin Thierry a fait une v&#233;ritable r&#233;volution dans la science his&#173;torique de son pays, il nous sera bien utile d'analy&#173;ser ses id&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conceptions d'Augustin Thierry et de Mignet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous rappelez, je suppose, ce que je vous ai dit d'Holbach et qui concernait l'histoire du peu&#173;ple juif. Cette histoire &#233;tait, pour Holbach, l'&#339;u&#173;vre d'un seul homme. Mo&#239;se, qui a fa&#231;onn&#233; le caract&#232;&#173;re des Juifs et qui leur a donn&#233; leur constitution sociale et politique, ainsi que leur religion. Et chaque peuple, ajoutait Holbach, a eu son Mo&#239;se. La philosophie historique du -dix-huiti&#232;me si&#232;cle ne con&#173;naissait que l'individu, les grands hommes. La masse, le peuple comme tel, n'existait presque point pour elle. La philosophie historique d'Augustin Thierry est, sous ce rapport, juste le contraire de ce qu'&#233;tait celle du dix-huiti&#232;me si&#232;cle. &#034;C'est une chose bien simple, dit-il, dans ses Lettres sur l'histoire de France, que l'obstination des historiens &#224; n'at&#173;tribuer jamais aucune spontan&#233;it&#233;, aucune conception aux masses d'hommes. Si tout un peuple &#233;migre et se fait un nouveau domicile, c'est, au dire des annalis&#173;tes et des po&#232;tes, quelque h&#233;ros, qui pour son nom s'avise de fonder un empire, si des nouvel&#173;les coutumes s'&#233;tablissent, c'est quelque l&#233;gislateur qui les imagine et les impose, si une cit&#233; s'organi&#173;se, c'est quelque prince qui lui donne l'&#234;tre, et toujours le peuple et les citoyens sont de l'&#233;toffe pour la pens&#233;e d'un seul homme. &#034; (Dix ans, p. 346).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution a &#233;t&#233; l'&#339;uvre des masses populai&#173;res et cette r&#233;volution dont le souvenir &#233;tait si frais au temps de la Restauration ne permettait plus d'envisager le mouvement historique comme l'&#339;uvre d'individus plus ou moins sages et plus ou moins ver&#173;tueux. Au lieu de s'occuper des faits et gestes des grands hommes, les historiens voulaient dor&#233;navant s'occuper de 1'histoire des peuples. C'est d&#233;j&#224; tr&#232;s important et cela vaut bien la peine d'&#234;tre retenu dans la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons plus loin. Ce sont les grandes masses qui font l'histoire. Soit. Mais pourquoi la font-elles ? En d'autres termes, quand les masses agissent, dans quel but agissent-elles ? Dans le but de garantir leurs int&#233;r&#234;ts, r&#233;pond Augustin Thierry. &#034; Voulez-vous dit-il, savoir au juste qui a cr&#233;&#233; cette institution, qui a con&#231;u une entreprise sociale ? Cherchez quels sont ceux qui en ont v&#233;ritablement besoin, &#224; ceux-l&#224; doit appartenir la pens&#233;e premi&#232;re, la volont&#233; d'agir et tout au moins la plus grande part dans l'ex&#233;cu&#173;tion, is fecit cui prodest : l'axiome vaut en his&#173;toire comme en droit. &#034; (Dix ans , p. 348).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse agit donc dans son int&#233;r&#234;t, l'int&#233;r&#234;t est la source, le mobile de toute cr&#233;ation sociale. Il est donc facile de comprendre que lorsqu'une ins&#173;titution devient oppos&#233;e &#224; l'int&#233;r&#234;t de la masse, la masse commence une lutte contre cette institution. Et comme uns institution nuisible &#224; la masse du peuple est souvent utile &#224; la classe privil&#233;gi&#233;e, la lutte contre cette institution devient une lutte contre la classe privil&#233;gi&#233;e. La lutte de classes d'hommes et d'int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s joue un grand r&#244;le dans la philo&#173;sophie historique d'Augustin Thierry. Cette lutte a rempli, par exemple, l'histoire de l'Angleterre de&#173;puis la conqu&#234;te normande jusqu'&#224; la r&#233;volution qui renversa la dynastie des Stuarts. Dans la r&#233;volution anglaise du XVII&#176; si&#232;cle luttaient deux classes d'hommes : les vainqueurs (la noblesse), les vaincus (la masse du peuple, bourgeoisie comprise). &#034;Chaque personnage, dit notre historien, dont les a&#239;eux s'&#233;&#173;taient trouv&#233;s enr&#244;l&#233;s dans la grande arm&#233;e d'inva&#173;sion, quittait son ch&#226;teau pour aller dans le camp royal prendre le commandement que son titre lui assi&#173;gnait. Les habitants des villes et des ports se ren&#173;daient en foule au camp oppos&#233;. On pouvait dire que le cri de ralliement des deux arm&#233;es &#233;tait, d'un c&#244;t&#233; oisivet&#233; et pouvoir, de l'autre travail et libert&#233; ; car les d&#233;s&#339;uvr&#233;s, les gens qui ns voulaient d'autre occupation dans la vie que celle de jouir sans peine, de quelque caste qu'ils fussent, s'enr&#244;laient dans les troupes royales o&#249; ils allaient d&#233;fendre des in&#173;t&#233;r&#234;ts conformes aux leurs, tandis que les familles de la caste des anciens vainqueurs, que l'industrie avait gagn&#233;s, s'unissaient au parti des Communes. &#034; (Ibid., p. 543).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lutte des deux classes, ce n'est pas seu&#173;lement dans le domaine social et politique qu'elle d&#233;terminait le mouvement. On voit son influence dans le domaine des id&#233;es. Les opinions religieuses des Anglais du XVII&#176; si&#232;cle &#233;taient, suivant Thierry, fa&#173;&#231;onn&#233;es par leur position sociale . &#034;C'&#233;tait pour des int&#233;r&#234;ts positifs que la guerre se soutenait de part et d'autre. Le reste n'&#233;tait qu'apparence ou pr&#233;tex&#173;te. Ceux qui s'engageaient dans la cause des sujets, &#233;taient, pour la plupart, presbyt&#233;riens, c'est &#224; dire que, m&#234;me en religion, ils ne voulaient aucun joug. Ceux qui soutenaient la cause contraire &#233;taient &#233;piscopaux ou papistes, c'est &#224; dire qu'ils aimaient &#224; trouver, jusque dans les formes du culte, du pouvoir &#224; exercer, des imp&#244;ts &#224; lever sur les hommes .&#034; (Ibid., p. 54).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici encore plus loin de la philosophie historique du XVIII&#176; si&#232;cle. Au XVIII&#176; si&#232;cle, l'opi&#173;nion gouverne le monde. Ici, l'opinion, dans le domaine de la religion, est d&#233;termin&#233;e, gouvern&#233;e, par la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et notez bien que l'historien dont je viens de parler n'est pas le seul &#224; croire ainsi. Sa philoso&#173;phie historique est celle de tous les historiens re&#173;marquables du temps de la Restauration. Un contempo&#173;rain d'Augustin Thierry, Mignet se tient au m&#234;me point de vue. Dans son remarquable ouvrage De la f&#233;o&#173;dalit&#233;, il envisage l'&#233;volution sociale de la fa&#231;on suivante : &#034;Les int&#233;r&#234;ts qui dominent d&#233;cident du mouvement social. Ce mouvement arrive &#224; son but &#224; travers des oppositions, cesse quand il l'a atteint, est remplac&#233; par un autre, qui ne s'aper&#231;oit pas lorsqu'il commence, et qui ne se fait conna&#238;tre que lorsqu'il est le plus fort. Telle a &#233;t&#233; la marche de la f&#233;odalit&#233;. Elle &#233;tait dans les besoins avant d'&#234;tre dans le fait, premi&#232;re &#233;poque, et elle a &#233;t&#233; ensuite dans le fait en cessant d'&#234;tre dans les be&#173;soins, seconde &#233;poque, ce qui a fini par la faire sortir du fait .&#034; (La F&#233;odalit&#233; , pp. 77-78).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici nous nous trouvons de nouveau tr&#232;s loin de la philosophie du XVIII&#176; si&#232;cle. Helv&#233;tius reprochait &#224; Montesquieu d'&#233;tudier avec trop d'attention les lois f&#233;odales. Le syst&#232;me f&#233;odal &#233;tait pour lui le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; et comme tel, ne valait pas la peine d'&#234;tre &#233;tudi&#233;. Mignet admet au contraire qu'il fut un temps, le Moyen-Age, o&#249; le syst&#232;me f&#233;o&#173;dal &#233;tait dans les besoins, o&#249; il &#233;tait donc utile &#224; la soci&#233;t&#233;, il dit que c'est justement cette utilit&#233; qui l'a fait na&#238;tre. Mignet r&#233;p&#232;te souvent que ce ne sont pas les hommes qui m&#232;nent les choses, mais les choses qui m&#232;nent les hommes. Et c'est de ce point de vue-l&#224; qu'il consid&#232;re les &#233;v&#233;nements dans son His&#173;toire de la R&#233;volution Fran&#231;aise. En parlant de l'As&#173;sembl&#233;e Constituante, il dit : &#034;Les classes aristo&#173;cratiques avaient les int&#233;r&#234;ts contraires &#224; ceux du parti national. Aussi la noblesse et le haut clerg&#233;, qui form&#232;rent la droite de l'Assembl&#233;e, furent en op&#173;position constante avec lui, except&#233; dans certains jours d'entra&#238;nement. Ces m&#233;contents de la r&#233;volution qui ne surent ni l'emp&#234;cher par leurs sacrifices, ni l'arr&#234;ter par leur adh&#233;sion, combattirent d'une ma&#173;ni&#232;re syst&#233;matique toutes ses r&#233;formes .&#034; (Histoire de la R&#233;v. Franc ., Vol. I, p. 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les groupements politiques sont d&#233;termin&#233;s par les int&#233;r&#234;ts de classes. Et ce sont les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts qui donnent naissance &#224; des consid&#233;rations po&#173;litiques. Mignet nous dit que la Constitution de 1791 &#034;&#233;tait l'&#339;uvre de la classe moyenne, qui se trouvait alors la plus forte, car, comme on le sait, la force qui domine s'empare toujours des institutions&#034;. &#034;La journ&#233;e du Dix Ao&#251;t fut l'insurrection de la multitu&#173;de contre la classe moyenne et contre le tr&#244;ne constitutionnel, comme le 14 Juillet avait &#233;t&#233; l'insur&#173;rection de la classe moyenne contre les classes pri&#173;vil&#233;gi&#233;es et le pouvoir, absolu de la couronne.&#034; (Ibid., p. 210 ; p. 290).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Thierry, Mignet est le repr&#233;sentant con&#173;vaincu de la classe moyenne. Tant qu'il s'agit de ju&#173;ger l'action politique de cette classe, Mignet va jusqu'&#224; pr&#233;coniser les moyens violents, &#034;On n'ob&#173;tient le droit que par la force&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Guizot nous retrouvons les m&#234;mes tendances, les m&#234;mes sympathies et le m&#234;me point de vue. Mais, chez lui, ces tendances et ces sympathies sont plus prononc&#233;es et ce point de vue est mieux pr&#233;cis&#233;. D&#233;j&#224; dans ses Essais sur l'Histoire de France , qui paru&#173;rent en 1821, il dit avec beaucoup de clart&#233; quelle est, selon lui, la base de l'&#233;difice social. &#034;C'est par l'&#233;tude des institutions politiques que la plu&#173;part des &#233;crivains, &#233;rudits historiens ou publicistes ont cherch&#233; &#224; conna&#238;tre l'&#233;tat de la Soci&#233;t&#233;, le de&#173;gr&#233; ou le genre de sa civilisation. Il e&#251;t &#233;t&#233; plus sage d'&#233;tudier d'abord la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pour con&#173;na&#238;tre et comprendre ses institutions politiques. Avant de devenir cause, les institutions sont effet, la soci&#233;t&#233; les produit avant d'en &#234;tre modifi&#233;e, et au lieu de chercher dans le syst&#232;me ou les formes du gouvernement quel a &#233;t&#233; l'&#233;tat du peuple, c'est l'&#233;tat du peuple qu'il faut examiner avant tout pour savoir quel a d&#251;, quel a pu &#234;tre le gouvernement &#034;. (Essais sur l'Histoire de France , 12&#176; &#233;dition, p. 73.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait trouver des textes de m&#234;me sens dans les ouvrages de Guizot , d'Armand Carrel et de Tocqueville . Aussi je crois bien avoir le droit de dire qu'au commence&#173;ment du XIX&#176; si&#232;cle, les sociologues, les historiens et les critiques nous renvoient tous &#224; l'&#233;tat social comme &#224; la base la plus profonde des ph&#233;nom&#232;nes de la soci&#233;t&#233; humaine. Nous savons ce que c'est que cet &#233;tat, c'est &#034;l'&#233;tat des personnes &#034; comme dit Guizot, c'est l'&#233;tat des pro&#173;pri&#233;t&#233;s . Mais d'o&#249; vient-il cet &#233;tat, duquel tout d&#233;pend dans la soci&#233;t&#233; ? D&#232;s que nous aurons une r&#233;ponse nette et pr&#233;cise &#224; cette question, nous pourrons nous expliquer le mouvement historique et le progr&#232;s du genre humain. Mais cette grande question, cette question des questions, les historiens la laissent sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous sommes devant cette contradiction : les id&#233;es, les sentiments, l'opinion sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat social, et l'&#233;tat social est d&#233;termin&#233; par l'opinion. A est la cause de B, et B est la cause de A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, en parlant de l'&#233;volution de la philosophie de l'histoire, j'ai consid&#233;r&#233; surtout la France. A l'exception de Saint Augustin et d'Holbach, tous les auteurs, dont J'ai expos&#233; devant vous les id&#233;es historiques, &#233;taient des Fran&#231;ais. Maintenant nous allons traverser la fronti&#232;re pour mettre le pied sur le sol germanique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie de l'histoire de Schelling&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne de la premi&#232;re moiti&#233; du dix-neuvi&#232;&#173;me si&#232;cle &#233;tait le pays classique de la philosophie. Fichte, Schelling, Hegel et tant d'autres, moins c&#233;&#173;l&#232;bres, mais non moins attach&#233;s &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;, vinrent approfondir les questions philosophi&#173;ques, cas redoutables questions qui sont si vieilles d&#233;j&#224; et qui restent pourtant toujours nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces grandes questions, la philosophie de l'histoire occupe une place des plus importantes. Il ne sera donc pas inutile de voir comment les philoso&#173;phes allemands r&#233;pondaient &#224; la question de savoir quelles sont les causes du mouvement historique et du progr&#232;s du genre humain. Mais comme nous n'avons pas assez de temps pour analyser en d&#233;tail la philosophie de l'histoire propre &#224; chacun d'eux, force nous est de nous contenter d'interroger les deux principaux : Schelling et Hegel, et encore ne pourrions-nous qu'effleurer leurs id&#233;es historiques. Ainsi, en ce qui concerne Schelling, nous ne parlerons que de sa no&#173;tion de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution historique est une suite de ph&#233;nom&#232;&#173;nes soumis &#224; des lois. Les ph&#233;nom&#232;nes soumis &#224; des lois sont des ph&#233;nom&#232;nes n&#233;cessaires. Exemple : la pluie. La pluie est un ph&#233;nom&#232;ne soumis &#224; des lois. Cela veut dire que dans des circonstances donn&#233;es, des gouttes d'eau tombent n&#233;cessairement sur la ter&#173;re. Cela se comprend tr&#232;s facilement lorsqu'il s'agit de gouttes d'eau qui n'ont ni conscience ni volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les ph&#233;nom&#232;nes historiques, ce ne sont pas des choses inanim&#233;es, ce sont des hommes qui agissent, et les hommes sont dou&#233;s de conscience et de volont&#233;. On peut donc tr&#232;s l&#233;gitimement se deman&#173;der si la notion de la n&#233;cessit&#233; - hors de laquelle il n'y a pas de conception scientifique - des ph&#233;no&#173;m&#232;nes, en histoire comme dans la science de la natu&#173;re, n'exclut pas celle de la libert&#233; humaine. Formu&#173;l&#233;e en d'autres termes, la question se pose ainsi : Y a-t-il moyen de concilier la libre action des hommes avec la n&#233;cessit&#233; historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier abord, il semble que non, que la n&#233;&#173;cessit&#233; exclut la libert&#233;, et vice-versa. Mais il n'en est ainsi que pour celui dont le regard s'arr&#234;te &#224; la surface des choses, &#224; l'&#233;corce des ph&#233;nom&#232;nes. En r&#233;alit&#233;, cette fameuse contradiction, cette pr&#233;tendue antinomie de la libert&#233; et de la n&#233;cessit&#233;, n'existe pas. Loin d'exclure la libert&#233;, la n&#233;cessit&#233; en est la condition et le fondement. C'est justement ce que Schelling s'attachait &#224; prouver dans un des chapitres de son Syst&#232;me de l'id&#233;alisme transcendental .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Schelling, la libert&#233; est impossible sans la n&#233;cessit&#233;. Si en agissant, je ne puis compter que sur la libert&#233; des autres hommes, il m'est impossible de pr&#233;voir les cons&#233;quences de mes actions, puisque &#224; chaque instant, mon calcul le plus parfait pourrait &#234;tre compl&#232;tement d&#233;jou&#233; par la libert&#233; d'autrui, et par cons&#233;quent il pourrait r&#233;sulter de mes actions, tout autre chose que ce que j'avais pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma libert&#233; serait donc nulle, ma vie serait sou&#173;mise au hasard. Je ne saurais &#234;tre s&#251;r des cons&#233;quen&#173;ces de mes actions que dans les cas o&#249; je pourrais pr&#233;voir les actions de mes prochains, et pour que je puisse les pr&#233;voir, il faut qu'elles soient soumises &#224; des lois, c'est &#224; dire qu'il faut qu'elles soient d&#233;termin&#233;es, qu'elles soient n&#233;cessaires. La n&#233;cessi&#173;t&#233; des actions des autres est donc la premi&#232;re condi&#173;tion de la libert&#233; de mes actions. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, en agissant de fa&#231;on n&#233;cessaire, les hommes peuvent en m&#234;me temps conserver la pleine libert&#233; de leurs actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une action n&#233;cessaire ? C'est une action qu'il est impossible &#224; un individu donn&#233; de ne pas faire dans des circonstances donn&#233;es. Et d'o&#249; vient l'impossibilit&#233; de ne pas faire cette action ? Elle vient de la nature de cet homme, fa&#231;onn&#233;e par son h&#233;r&#233;dit&#233; et par son &#233;volution ant&#233;rieure. La na&#173;ture de cet homme est telle qu'il ne peut pas ne pas agir d'une fa&#231;on donn&#233;e dans des circonstances don&#173;n&#233;es. C'est clair, n'est-ce-pas ? Eh bien ! ajoutez &#224; cela que la nature de cet homme est telle, qu'il ne peut pas ne pas avoir certaines volitions, et vous aurez concili&#233; la notion de la libert&#233; avec celle de la n&#233;cessit&#233;. Je suis libre quand je peux agir comme je veux. Et ma libre action est en m&#234;me temps n&#233;ces&#173;saire, puisque ma volition est d&#233;termin&#233;e par mon or&#173;ganisation et par les circonstances donn&#233;es. La n&#233;&#173;cessit&#233; n'exclut donc pas la libert&#233;. Ma n&#233;cessit&#233; c'est la libert&#233; m&#234;me, mais seulement consid&#233;r&#233;e d'un autre c&#244;t&#233; ou d'un autre point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir attir&#233; votre attention sur la r&#233;pon&#173;se que Schelling donnait &#224; la grande question de la n&#233;cessit&#233; et de la libert&#233;. Je passe &#224; son contempo&#173;rain, son camarade et rival, Hegel.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie de l'histoire de Hegel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie de Hegel &#233;tait, comme celle de Schelling, une philosophie id&#233;aliste. Pour lui, c'est l'Esprit ou l'Id&#233;e qui constitue le fond et comme l'&#226;me de tout ce qui existe. La mati&#232;re elle-m&#234;me n'est qu'une mani&#232;re d'&#234;tre de l'Esprit ou de l'Id&#233;e. Cela est-il possible ? La mati&#232;re ne serait-elle vraiment qu'une mani&#232;re d'&#234;tre de l'esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une question qui a une importance capi&#173;tale au point de vue philosophique, mais dont nous n'avons pas &#224; nous occuper maintenant. Ce qu'il nous faut, c'est &#233;tudier les id&#233;es historiques qui s'&#233;le&#173;vaient sur cette base id&#233;aliste dans le syst&#232;me de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ce grand penseur, l'histoire n'est que le d&#233;veloppement de l'Esprit universel dans le temps. La philosophie de l'histoire, c'est l'histoire consid&#233;&#173;r&#233;e avec intelligence. Elle prend les faits tels qu'ils sont, et la seule pens&#233;e qu'elle y apporte, c'est la pens&#233;e que la raison gouverne le monde. Cela vous rappelle sans doute la philosophie fran&#231;aise du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, selon laquelle c'est l'opinion ou la raison qui gouverne le monde. Mais Hegel entendait cette pens&#233;e d'une fa&#231;on particuli&#232;re. C'est Anaxagore, dit-il dans ses Le&#231;ons sur la Philosophie de l'Histoire, qui le premier reconnut philosophiquement que la raison gouverne le monde, en entendant par-l&#224; non une Intelligence ayant conscience d'elle-m&#234;me, non un esprit comme tel, mais des lois g&#233;n&#233;rales. Le mouvement du syst&#232;me plan&#233;taire s'effectue par des lois immuables et ces lois en sont la raison, mais ni le soleil, ni les plan&#232;tes qui se meuvent selon ces lois, n'en ont conscience. La raison qui gouverne 1'histoire est donc, selon Hegel, uns raison incons&#173;ciente, ce n'est que l'ensemble des lois qui d&#233;termi&#173;ne le mouvement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'opinion des hommes, l'opinion que les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle consid&#233;raient comme ressort du mouvement historique, Hegel l'envisageait pour la plupart des cas par la mani&#232;re de vivre, ou en d'autres termes, par l'&#233;tat social. Il dit par exemple dans sa Philosophie de l'Histoire, que la cause de la d&#233;ca&#173;dence de Sparte &#233;tait la diff&#233;rence extr&#234;me des for&#173;tunes. Il dit que l'Etat, comme organisation politique, doit son origine &#224; l'in&#233;galit&#233; des fortu&#173;nes et &#224; la lutte des pauvres contre les riches. Et ce n'est pas tout. Les origines de la famille sont intimement li&#233;es, selon lui, &#224; l'&#233;volution &#233;co&#173;nomique des peuples primitifs. Bref, tout id&#233;aliste qu'il f&#251;t, Hegel, comme les historiens fran&#231;ais dont il a &#233;t&#233; question plus haut, en appelle &#224; l'&#233;tat so&#173;cial comme &#224; la base la plus profonde de la vie des peuples. En cela, il n'a pas &#233;t&#233; en arri&#232;re de son temps, mais il ne l'a pas devanc&#233; non plus, il reste impuissant &#224; expliquer les origines de l'&#233;tat social puisque ce n'est rien expliquer que de dire, comme il dit, qu'&#224; une &#233;poque donn&#233;e, l'&#233;tat social d'un peuple d&#233;pend, comme son &#233;tat politique, religieux, es&#173;th&#233;tique, moral et intellectuel de l'esprit du temps. En sa qualit&#233; d'id&#233;aliste, Hegel en appelle &#224; 1'esprit comme dernier ressort du mouvement historique. Lorsqu'un peuple passe d'un degr&#233; de son &#233;volution &#224; un autre, c'est que l'Esprit Absolu (ou universel) dont ce peuple n'est que l'agent, s'&#233;l&#232;ve &#224; une phase sup&#233;rieure de son d&#233;veloppement. Comme de pareilles explications n'expliquent rien du tout, Hegel s'est trouv&#233; dans le m&#234;me cercle vicieux que les historiens et les sociologues fran&#231;ais : ils expliquaient l'&#233;tat social par l'&#233;tat des id&#233;es et l'&#233;tat des id&#233;es par l'&#233;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons que de tous les c&#244;t&#233;s, du c&#244;t&#233; de la philosophie comme du c&#244;t&#233; de l'histoire proprement dite et de la litt&#233;rature, l'&#233;volution de la science sociale dans ses diverses branches aboutissait au m&#234;&#173;me probl&#232;me : expliquer les origines de l'&#233;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que ce probl&#232;me n'&#233;tait pas r&#233;solu, la science continuait &#224; tourner dans un cercle vicieux, en d&#233;&#173;clarant que B est la cause de A, et en d&#233;signant A comme la cause de B. En revanche, tout promettait de s'&#233;claircir une fois r&#233;solue la question des origines de l'&#233;tat social.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception marxiste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la solution de ce probl&#232;me qu'&#224; poursuivie Marx en &#233;laborant sa conception mat&#233;rialiste. Dans la pr&#233;face d'une de ses &#339;uvres : Critique de l'&#233;conomie politique , Marx raconte lui-m&#234;me comment ses &#233;tudes l'amen&#232;rent &#224; cette conception :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Mes recherches aboutirent &#224; ce r&#233;sultat : que les rapports juridiques, ainsi que les formes de l'E&#173;tat, ne peuvent s'expliquer ni par eux-m&#234;mes, ni par la soi-disant &#233;volution g&#233;n&#233;rale de l'esprit humain ; qu'ils prennent leurs racines plut&#244;t dans les condi&#173;tions d'existence mat&#233;rielles que Hegel, &#224; l'exemple des Anglais et des Fran&#231;ais du XVIII&#176; si&#232;cle, compre&#173;nait sous le nom de &#034;soci&#233;t&#233; civile&#034;. (Contribution &#224; la Critique de l'Economie Politi&#173;que, par Karl Marx, traduction fran&#231;aise par Laura Lafargue, p. 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous le voyez, c'est le m&#234;me r&#233;sultat au&#173;quel nous avons vu aboutir les historiens, les socio&#173;logues et les critiques fran&#231;ais, de m&#234;me que les philosophes id&#233;alistes allemands. Mais Marx va plus loin. Il demande quelles sont les causes d&#233;terminan&#173;tes de la soci&#233;t&#233; civile, et il r&#233;pond que c'est dans l'&#233;conomie politique qu'il faut chercher l'anatomie de la soci&#233;t&#233; civile. Ainsi c'est l'&#233;tat &#233;conomique d'un peuple qui d&#233;termine son &#233;tat social, et l'&#233;tat social d'un peuple d&#233;termine &#224; son tour son &#233;tat po&#173;litique, religieux et ainsi de suite. Mais, demanderez-vous, l'&#233;tat &#233;conomique n'est pas sans cause non plus ? Sans doute, comme toutes choses ici-bas, il a sa cause &#232; lui, et cette cause, cause fondamentale de toute l'&#233;volution sociale et partant de tout mouve&#173;ment historique, c'est la lutte que l'homme m&#232;ne avec la nature pour son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux vous lire ce que Marx dit l&#224;-dessus : &#034;Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;ces&#173;saires, ind&#233;pendants de leur volont&#233; ; ces rapports de production correspondent &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppe&#173;ment donn&#233; de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base r&#233;elle, sur quoi s'&#233;l&#232;ve superstructure juridique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociale d&#233;termin&#233;es. Le mode de produc&#173;tion de la vie mat&#233;rielle conditionne le proc&#232;s de vie social, politique et intellectuel en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des homme qui d&#233;termine la r&#233;alit&#233; c'est au contraire la r&#233;alit&#233; sociale qui d&#233;termine leur conscience. A un certain stade de leur d&#233;veloppement les forces productives de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de produc&#173;tion existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propri&#233;t&#233; &#224; l'int&#233;&#173;rieur desquels elles s'&#233;taient mues jusqu'alors. De formes &#233;volutives des forces productives qu'ils &#233;taient, ces rapports deviennent des entraves de ces forces. Alors s'ouvre une &#232;re de r&#233;volution sociale. Le changement qui s'est produit dans la base &#233;conomi&#173;que bouleverse plus ou moins lentement ou rapidement toute la colossale superstructure. Lorsqu'on consi&#173;d&#232;re de tels bouleversements, il importe de distinguer toujours entre le bouleversement mat&#233;riel des condi&#173;tions de production &#233;conomique - qu'on doit constater fid&#232;lement &#224; l'aide des sciences physiques et natu&#173;relles - et les formes juridiques, politiques, reli&#173;gieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes de&#173;viennent conscients de ce conflit et le m&#232;nent &#224; bout. De m&#234;me qu'on ne juge pas un individu sur l'i&#173;d&#233;e qu'il se fait de lui, de m&#234;me on ne peut juger une telle &#233;poque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette cons&#173;cience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit qui existe entre les forces producti&#173;ves sociales et les rapports de production. Une so&#173;ci&#233;t&#233; ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velop&#173;p&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, et jamais de nouveaux et sup&#233;&#173;rieurs rapports de production ne se substituent &#224; elle avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports aient &#233;t&#233; couv&#233;es dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que les probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;sou&#173;dre, car, &#224; regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne se pr&#233;sente que lorsque les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent ou du moins sont en voie de devenir .&#034; (Ibid ., pages 4, 5, 6, 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comprends bien que ce langage, tout net et pr&#233;cis qu'il soit, peut para&#238;tre assez obscur. Aussi je me h&#226;te de commenter la pens&#233;e fondamentale de la conception mat&#233;rielle de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e fondamentale de Marx se r&#233;duit &#224; ceci : les rapports de production d&#233;terminent tous les au&#173;tres rapports qui existent entre les hommes dans leur vie sociale. Les rapports de production sont &#224; leur tour d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce d'abord que les forces producti&#173;ves ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les animaux, l'homme est forc&#233; de lutter pour son existence. Chaque lutte supposa une certaine d&#233;pense de forces. L'&#233;tat des forces d&#233;ter&#173;mine le r&#233;sultat de la lutte. Chez les animaux, ces forces d&#233;pendent de la structure m&#234;me de l'organisme : les forces d'un cheval sauvage sont bien diff&#233;rentes de celles d'un lion, et la cause de cette diff&#233;rence est dans la diff&#233;rence de l'organisation. L'organisation physique de l'homme a naturellement aussi, une influence d&#233;cisive sur sa mani&#232;re de lutter pour l'existence et sur les r&#233;sultats de cette lutte. Ainsi, par exemple, l'homme est pourvu de la main. Il est vrai que ses voisins, les quadrumanes (les singes), ont aussi des mains, mais les mains des quadrumanes sont moins parfaitement adapt&#233;es &#224; divers travaux. La main est le premier instrument dont s'est servi l'homme dans sa lutte pour l'existence, ainsi que nous le montre Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main, avec le bras, est le premier instrument le premier outil dont se sert l'homme. Les muscles du bras servent de ressort qui frappe ou qui jette. Mais peu &#224; peu la machine s'ext&#233;riorise. La pierre avait d'abord servi par son poids, par sa masse. Dans la suite, cette masse est fix&#233;e &#224; un manche, et nous avons la hache, le marteau. La main, est le premier instrument de l'homme, lui sert ainsi &#224; en produire d'autres, &#224; fa&#231;onner la mati&#232;re pour lutter contre la nature, c'est &#224; dire contre le reste de la mati&#232;re ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus se perfectionne cette mati&#232;re asservie, plus se d&#233;veloppe l'usage des outils, des instruments et, plus augmente aussi la force de l'homme vis-&#224;-vis de la nature, plus augmente son pouvoir sur la natu&#173;re. On a d&#233;fini l'homme : un animal qui fait des ou&#173;tils. Cette d&#233;finition est plus profonde qu'on ne le pense d'abord. En effet, d&#232;s que l'homme a acquis la facult&#233; d'asservir et de fa&#231;onner une partie de la mati&#232;re pour lutter contre le reste de la mati&#232;&#173;re, la s&#233;lection naturelle et les autres causes analogues ont d&#251; exercer une influence bien secondaire sur les modifications corporelles de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont plus ses organes qui changent, ce sont ses outils et les choses qu'il adapte &#224; son usage avec l'aide de ses outils : ce n'est pas sa peau qui change avec le changement de climat, c'est son v&#234;tement. La transformation corporelle de l'hom&#173;me cesse (ou devient insignifiante) pour c&#233;der la place &#224; son &#233;volution technique ; et l'&#233;volution technique c'est l'&#233;volution des forces productives et l'&#233;volution des forces productives a une influence d&#233;cisive sur le groupement des hommes, sur l'&#233;tat de leur culture. La science, de nos jours, distingue plusieurs types sociaux : 1) Type chasseur ; 2) Type pasteur ; 3) Type agriculteur s&#233;dentaire ; 4) Type industriel et commercial. Chacun de ces types est caract&#233;ris&#233; par certains rapports entre les hommes, rapports qui ne d&#233;pendent pas de leur volont&#233; et qui sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, prenons pour exemple les rapports de la propri&#233;t&#233;. Le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; d&#233;pend du mode de production, car la r&#233;partition et la consommation des richesses sont &#233;troitement li&#233;es &#224; la fa&#231;on de se les procurer. Chez les peuples chasseurs primi&#173;tifs, on est oblig&#233; souvent de se mettre &#224; plusieurs pour attraper le gros gibier ; ainsi, les Austra&#173;liens chassent le Kangourou par bandes de plusieurs dizaines d'individus ; les Esquimaux r&#233;unissent tou&#173;te une flottille de canots pour la p&#234;che &#224; la baleine. Les Kangourous captur&#233;s, les baleines ramen&#233;es au rivage sont consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; commune ; chacun en mange selon son app&#233;tit. Le territoire de chaque tribu, chez les Australiens aussi bien que chez tous les peuples chasseurs, est consid&#233;r&#233; comme propri&#233;t&#233; collective ; chacun y chasse &#224; sa guise, avec la seule obligation de ne pas empi&#233;ter sur le terrain des tribus voisines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au milieu de cette propri&#233;t&#233; commune, cer&#173;tains objets servant uniquement &#224; l'individu : ses v&#234;tements, ses armes, sont consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; individuelle, tandis que la tente et son mobilier sont &#224; la famille. De m&#234;me, le canot qui sert &#224; des groupes compos&#233;s de cinq &#224; six hommes, est &#224; ces per&#173;sonnes en commun. Ce qui d&#233;cide de la propri&#233;t&#233; c'est le mode de travail, le mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai taill&#233; une hache de silex de mes mains, elle est &#224; moi ; avec ma femme et mes enfants, nous avons b&#226;ti la hutte, elle est &#224; ma famille ; J'ai chass&#233; avec les gens de ma tribu, les b&#234;tes abattues sont &#224; nous en commun. Les animaux que j'ai tu&#233;s tout seul sur le territoire de la tribu sont &#224; moi, et si par hasard l'animal bless&#233; par moi est achev&#233; par un autre, il est &#224; nous deux et la peau est &#224; celui qui a donn&#233; le coup de gr&#226;ce. A cette fin, chaque fl&#232;che porte la marque du propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose vraiment remarquable : chez les Peaux-Rou&#173;ges de l'Am&#233;rique du Nord, avant l'introduction des armes &#224; feu, la chasse au bison &#233;tait jadis r&#233;glemen&#173;t&#233;e tr&#232;s rigoureusement : si plusieurs fl&#232;ches avaient p&#233;n&#233;tr&#233; dans le corps du bison, leur position r&#233;ci&#173;proque d&#233;cidait &#224; qui appartenait telle ou telle partie de l'animal abattu ; ainsi la peau &#233;tait &#224; celui dont la fl&#232;che avait p&#233;n&#233;tr&#233; le plus pr&#232;s du c&#339;ur. Mais depuis l'introduction des armes &#224; feu, comme les balles ne portent pas de marques distinctives, la r&#233;partition des bisons abattus se fait par partage &#233;gal ; ils sont donc consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; commune. Cet exemple montre avec &#233;vidence le lien &#233;troit qui existe entre la production et le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les rapports des hommes entre eux dans la production d&#233;cident des rapports de la propri&#233;t&#233;, de l'&#233;tat de la propri&#233;t&#233;, comme disait Guizot. Mais une fois que l'&#233;tat de la propri&#233;t&#233; est donn&#233;, il est facile de comprendre la constitution de la soci&#233;t&#233;, elle se moule sur celle de la propri&#233;t&#233;. C'est ainsi que la th&#233;orie de Marx r&#233;sout le probl&#232;me que ne pou&#173;vaient pas r&#233;soudre les historiens et les philosophes de la premi&#232;re moiti&#233; du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Augustin Thierry et la conception mat&#233;rialiste de l'histoire
&lt;p&gt;Gheorgi Plekhanov&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Novembre 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin Thierry appartient &#224; ce remarquable groupe de savants distingu&#233;s qui, sous la Restauration, renouvel&#232;rent en France les &#233;tudes historiques. Dans ce groupe, il n'y avait pas de ma&#238;tre et de disciples. Il n'en forme pas moins une v&#233;ritable &#233;cole dont il est tr&#232;s utile d'examiner les conceptions fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chateaubriand [1] d&#233;signa cette &#233;cole sous le nom de l' &#233;cole politique . Cela est inexact. En effet, les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle, fermement convaincus que, dans l'&#233;tat d'un peuple, la l&#233;gislation fait tout , ne savaient rattacher la &#171; l&#233;gislation &#187; qu'&#224; l'action pr&#233;m&#233;dit&#233;e du l&#233;gislateur [2] . C'est l&#224; le point de vue politique par excellence. Il s'ensuit naturellement que les lois civiles de chaque peuple donn&#233; doivent leur origine &#224; sa constitution politique , &#224; son gouvernement . Les philosophes ne se lassaient pas de le r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Guizot, c'est le contraire qui est vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est par l'&#233;tude des institutions politiques, dit-il, que la plupart des &#233;crivains, historiens ou publicistes, ont cherch&#233; &#224; conna&#238;tre l'&#233;tat de soci&#233;t&#233;, le degr&#233; ou le genre de sa civilisation. Il e&#251;t &#233;t&#233; plus sage d'&#233;tudier d'abord la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pour conna&#238;tre et comprendre ses institutions politiques. Avant de devenir causes, les institutions sont effet ; la soci&#233;t&#233; les produit avant d'en &#234;tre modifi&#233;e ; et au lieu de chercher dans le syst&#232;me ou les formes du gouvernement quel a &#233;t&#233; l'&#233;tat du peuple, c'est l'&#233;tat du peuple qu'il faut examiner avant tout pour savoir quel a d&#251;, quel a pu &#234;tre le gouvernement &#187; [3] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, Mignet est tout &#224; fait d'accord avec Guizot. Pour lui aussi, les institutions politiques sont effet avant de devenir cause . Les int&#233;r&#234;ts dominants d&#233;cident du mouvement social, et c'est ce mouvement qui d&#233;termine la forme du gouvernement. Quand le gouvernement ne correspond plus &#224; l'&#233;tat du peuple, il dispara&#238;t. Ainsi, la f&#233;odalit&#233; a &#233;t&#233; dans les besoins avant d'&#234;tre dans le fait ; ensuite elle a &#233;t&#233; dans le fait en cessant d'&#234;tre dans les besoins, ce qui la fit sortir du fait. L'affranchissement des communes a chang&#233; toutes les relations int&#233;rieures et ext&#233;rieures des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes. Il donna une nouvelle direction &#224; l'&#233;volution politique de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La d&#233;mocratie, la monarchie absolue et le syst&#232;me repr&#233;sentatif en ont r&#233;sult&#233; : la d&#233;mocratie, l&#224; o&#249; les communes ont domin&#233; seules ; la monarchie absolue, l&#224; o&#249; elles se sont ligu&#233;es avec les rois qu'elles n'ont pas pu contenir ; le syst&#232;me repr&#233;sentatif l&#224; o&#249; les feudataires se sont servi d'elle pour limiter la royaut&#233; &#187; [4] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin Thierry n'est pas moins &#233;loign&#233; du point de vue des philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle. Les Constitutions sont le v&#234;tement de la soci&#233;t&#233; , dit-il. La vieille &#233;cole a port&#233; trop d'attention sur la g&#233;n&#233;alogie des rois . Elle n'a jamais attribu&#233; aucune spontan&#233;it&#233; aux masses d'hommes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si tout un peuple &#233;migre et se fait un nouveau domicile, c'est, au dire des annalistes et des po&#232;tes, quelque h&#233;ros qui, pour illustrer son nom, s'avise de fonder un Empire ; si de nouvelles coutumes s'&#233;tablissent, c'est quelque l&#233;gislateur qui les imagine et les impose ; si une cit&#233; s'organise, c'est quelque prince qui lui donne l'&#234;tre : et toujours le peuple et les citoyens sont de l'&#233;toffe pour la pens&#233;e d'un seul homme &#187; [5] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le r&#233;cit de chaque &#233;poque devenait le r&#233;cit de la naissance et de l'&#233;ducation, de la vie et de la mort d'un l&#233;gislateur. Cette mani&#232;re d'&#233;crire l'histoire &#233;tait naturelle pour les moines du moyen &#226;ge : les &#233;crivains monastiques eurent des pr&#233;f&#233;rences exclusives pour les hommes qui faisaient le plus de dons aux &#233;glises et aux monast&#232;res. Mais elle n'est pas digne des historiens modernes. Ce qu'il faut &#224; pr&#233;sent, c'est la vraie histoire du pays, l'histoire du peuple, l'histoire des citoyens ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette histoire nous pr&#233;senterait en m&#234;me temps des exemples de conduite et cet int&#233;r&#234;t de sympathie que nous cherchons vainement dans les aventures de ce petit nombre de personnages privil&#233;gi&#233;s qui occupent seuls la sc&#232;ne historique. Nos &#226;mes s'attacheraient &#224; la destin&#233;e des masses d'hommes qui ont v&#233;cu et senti comme nous, bien mieux qu'&#224; la fortune des grands et des princes, la seule qu'on nous raconte et la seule o&#249; il n'y ait point de le&#231;ons &#224; notre usage : le progr&#232;s des masses populaires vers la libert&#233; et le bien-&#234;tre nous semblerait plus imposant que la marche des faiseurs de conqu&#234;tes, et leurs mis&#232;res plus touchantes que celles des rois d&#233;poss&#233;d&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est le peuple, c'est la nation tout enti&#232;re qui doit &#234;tre le h&#233;ros de l'histoire. Augustin Thierry ne parle qu'avec une sourde col&#232;re de ces m&#234;mes l&#233;gislateurs (faiseurs de conqu&#234;tes) auxquels en appelait sans cesse l'&#233;cole historique du XVIII&#176; si&#232;cle. Ce n'est pas tout. Dans la masse des &#171; citoyens &#187; il y a des privil&#233;gi&#233;s et des d&#233;sh&#233;rit&#233;s, des oppresseurs et des opprim&#233;s. C'est la vie de ces derniers qui, avant tout, doit attirer l'attention des historiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous qui sommes leurs descendants, croyons qu'ils ont valu quelque chose, et que la partie la plus nombreuse et la plus oubli&#233;e de la nation m&#233;rite de revivre dans l'histoire. Si la noblesse peut revendiquer dans le pass&#233; les hauts faits d'armes, et le renom militaire, il y a aussi une gloire pour la roture, celle de l'industrie et du talent. C'&#233;tait un roturier qui &#233;levait le cheval de guerre du gentilhomme, en joignant les plaques d'acier de son armure. Ceux qui &#233;gayaient les f&#234;tes des ch&#226;teaux par la po&#233;sie et la musique, &#233;taient aussi des roturiers : enfin la langue que nous parlons aujourd'hui est celle de la roture ; elle la cr&#233;a dans un temps o&#249; la cour et les donjons retentissaient des sons rudes et gutturaux d'un dialecte germanique &#187; [6] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'une fois Augustin Thierry rappelle avec orgueil qu'il est un roturier, un fils du tiers &#233;tat. Et il l'est sous tous les rapports. Il &#233;pouse toutes les querelles de cet &#233;tat. Son point de vue, c'est le point de vue de la lutte de la roture contre la noblesse, le point de vue de la lutte des classes . Cela &#233;tonnera, peut-&#234;tre, plus d'un lecteur. On croit g&#233;n&#233;ralement que ce soit les socialistes de l'&#233;cole de Marx qui ont, les premiers, introduit cette conception dans la science historique, et l'on se trompe. Elle y a &#233;t&#233; introduite avant Marx ; elle dominait dans cette &#233;cole historique fran&#231;aise que Chateaubriand appelait improprement l'&#233;cole politique et &#224; laquelle appartenait Augustin Thierry. Pour Guizot, toute l'histoire de la France est dans la lutte, dans la guerre des classes. Depuis plus de treize si&#232;cles, la France contenait deux peuples, un peuple vainqueur, la noblesse , un peuple vaincu, le tiers &#233;tat , et depuis plus de treize si&#232;cles le peuple vaincu luttait pour secouer le joug du peuple vainqueur. La lutte a continu&#233; sous toutes les formes et avec toutes les armes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsqu'en 1789, les d&#233;put&#233;s de la France enti&#232;re ont &#233;t&#233; r&#233;unis dans une seule assembl&#233;e, les deux peuples se sont h&#226;t&#233;s de reprendre leur vieille querelle. Le jour de la vider &#233;tait enfin venu. La R&#233;volution changea la situation r&#233;ciproque des deux peuples, l'ancien peuple vaincu devint le peuple vainqueur, il a conquis la France &#224; son tour. La Restauration elle-m&#234;me a &#233;t&#233; forc&#233;e d'accepter ce fait accompli. La Charte proclama que ce fait &#233;tait de droit et, en signant la Charte, Louis XVIII se fit le chef des conqu&#233;rants nouveaux. Mais le peuple nouvellement vaincu, l'ancien peuple vainqueur, ne se r&#233;signa pas &#224; sa d&#233;faite. Il continue la vieille lutte treize fois s&#233;culaire, et, dans les d&#233;bats de la Chambre, la question se pose, comme elle se posait avant, entre l'&#233;galit&#233; et le privil&#232;ge, entre la classe moyenne et l'aristocratie. Aucune paix n'est possible entre elles. Les concilier est un dessein chim&#233;rique. Les rajuster ensemble ne le serait gu&#232;re moins &#187; [7] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne manque ni de clart&#233; ni de pr&#233;cision. Mais Guizot savait, parlait avec plus de clart&#233; et plus de pr&#233;cision encore. Quand, apr&#232;s la publication du travail que nous venons de citer, ses ennemis politiques lui reproch&#232;rent de fomenter la guerre sociale, il r&#233;pondit qu'en exprimant le fait historique de la lutte des classes, il ne disait rien de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne voulais, &#233;crivit-il, que r&#233;sumer l'histoire politique de la France. La lutte des ordres remplit ou plut&#244;t fait toute cette histoire (sic !). On savait et on disait cela bien des si&#232;cles avant la r&#233;volution. On le savait et on le disait en 1789, on le savait et on le disait il y a trois mois. Bien qu'on m'accuse maintenant pour l'avoir dit, je ne pense que personne l'ait oubli&#233;. Les faits ne s'&#233;vanouissent point selon le bon plaisir et pour la commodit&#233; momentan&#233;e des minist&#232;res et des partis. Que dirait M. de Boulainvilliers si, revenu parmi nous, il entendait nier que le tiers &#233;tat ait fait la guerre &#224; la noblesse, qu'il ait lutt&#233; constamment pour lui enlever ses privil&#232;ges et devenir son &#233;gal ? Que diraient tant de bourgeois courageux envoy&#233;s aux Etats g&#233;n&#233;raux pour conqu&#233;rir ou d&#233;fendre les droits de leur ordre, s'ils ressuscitaient pour apprendre que la noblesse n'a pas fait la guerre au tiers &#233;tat, qu'elle ne s'est pas alarm&#233;e de le voir grandir, qu'elle ne s'est pas toujours oppos&#233;e &#224; ses progr&#232;s dans la soci&#233;t&#233; et dans le pouvoir ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette lutte,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ce n'est point l&#224; une th&#233;orie, ni une hypoth&#232;se ; c'est le fait lui-m&#234;me dans toute sa simplicit&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et ce fait,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; loin qu'il y ait quelque m&#233;rite &#224; le voir, il est presque ridicule de le contester &#187; [8] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si certains partisans de la noblesse voulaient le faire oublier, c'est qu'ils n'estimaient plus leur ordre assez fort pour soutenir une lutte ouverte, c'est qu'en le voyant faiblir, ils s'effor&#231;aient de tromper la classe moyenne. Et Guizot les apostrophait avec la v&#233;h&#233;mence d'un tribun indign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Descendants d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s de cette race qui a domin&#233; un grand pays et fait trembler de grands rois, s'&#233;criait-il, quoi ! vous reniez vos anc&#234;tres et votre histoire ! Parce que vous vous sentez d&#233;chus, vous protestez contre votre splendeur pass&#233;e ! Parce que nous vous demandons de n'&#234;tre plus que nos &#233;gaux, vous vous d&#233;fendez d'avoir &#233;t&#233; nos ma&#238;tres... J'&#233;prouverais quelque honte, je l'avoue, &#224; &#234;tre oblig&#233; de reprendre ici l'histoire de France, et de prouver, moi bourgeois, aux adversaires de l'&#233;galit&#233; constitutionnelle, qu'ils sont trop humbles dans leurs souvenirs, etc. &#187; [9] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Artiste plut&#244;t que lutteur, Augustin Thierry n'a jamais pr&#234;ch&#233; la guerre des classes avec autant de force et autant de col&#232;re que Guizot, un des plus remarquables champions politiques de la bourgeoisie fran&#231;aise. Il n'en comprenait pas moins toute la signification historique de la guerre que la classe moyenne d'alors faisait &#224; la noblesse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La noblesse actuelle , &#233;crivait-il en 1820 &#224; propos de l'ouvrage de Warden sur les Etats-Unis de l'Am&#233;rique du Nord, se rattache par ses pr&#233;tentions aux hommes &#224; privil&#232;ges du XVI&#176; si&#232;cle ; ceux-l&#224; se disaient issus des possesseurs d'hommes du XIII&#176;, qui se rattachaient aux Francks de Charles le Grand, qui remontaient jusqu'aux Sicambres de Chlodowig. On ne peut contester ici que la filiation naturelle, la descendance politique est &#233;vidente. Donnons-la donc &#224; ceux qui la revendiquent : et nous, revendiquons la descendance contraire. Nous sommes les fils des hommes du tiers &#233;tat ; le tiers &#233;tat sortit des communes ; les communes furent l'asile des serfs ; les serfs &#233;taient les vaincus de la conqu&#234;te. Ainsi, de formule en formule, &#224; travers l'intervalle de quinze si&#232;cles, nous sommes conduits au terme extr&#234;me d'une conqu&#234;te qu'il s'agit d'effacer. Dieu veuille que cette conqu&#234;te s'abjure elle-m&#234;me jusque dans ses derni&#232;res traces, et que l'heure du combat n'ait pas besoin de sonner. Mais sans cette abjuration formelle, n'esp&#233;rons ni libert&#233; ni repos ; n'esp&#233;rons rien de ce qui rend le s&#233;jour de l'Am&#233;rique si heureux et si digne d'envie ; les fruits que porte cette terre ne cro&#238;tront jamais sur un sol o&#249; resteraient empreints des vestiges d'envahissement &#187; [10] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d'une fa&#231;on ou d'une autre, par les moyens pacifiques ou par le &#171; combat &#187;, la bourgeoisie doit d&#233;truire les privil&#232;ges de la noblesse ou, comme Guizot et avant lui Siey&#232;s, le peuple vaincu doit devenir conqu&#233;rant &#224; son tour. Nous pourrions facilement trouver dans les &#339;uvres de Mignet et dans celles de Thiers des pages semblables &#224; celles que nous venons de citer. Cela est inutile. Il est maintenant d&#233;montr&#233; que lorsque les marxistes parlent de la lutte des classes, ils ne font que suivre en cela l'exemple des th&#233;oriciens et des historiens les plus distingu&#233;s du tiers &#233;tat. Il y a plus. Guizot n'exag&#233;rait rien en disant que les repr&#233;sentants de la noblesse la pr&#234;chaient aussi bien que ceux du tiers &#233;tat. Dans les Consid&#233;rations sur l'histoire de France d'Augustin Thierry, qui pr&#233;c&#232;dent ses R&#233;cits des temps m&#233;rovingiens , le lecteur trouvera une analyse assez d&#233;taill&#233;e des syst&#232;mes historiques d'avant 1789, qui fait bien voir jusqu'&#224; quel point la lutte des classes, qui composaient la vieille soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, influait sur les vues des historiens, partisans de l'une ou de l'autre de ces classes. La langue d'un Boulainvilliers ou d'un Montlosier est souvent aussi nette et aussi &#233;nergique que celle d'un Guizot ou d'un agitateur marxiste de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue la lutte des classes pr&#234;ch&#233;e par les historiens fran&#231;ais du temps de la Restauration de celle qui est pr&#233;conis&#233;e par les socialistes de nos jours, c'est, avant tout, la position sociale de la classe &#224; laquelle s'adressent les th&#233;oriciens de la guerre sociale. Les historiens du temps de la Restauration avaient beau parler du peuple , de la nation , de la masse des citoyens , du tiers &#233;tat tout entier, ce qu'ils d&#233;fendaient en r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait les int&#233;r&#234;ts d'une petite partie de la nation, les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie . Guizot le savait tr&#232;s bien et le disait sans d&#233;tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je sais ... que la r&#233;volution, livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me, libre de crainte, s&#251;re du triomphe, produira naturellement et n&#233;cessairement sa propre aristocratie qui prendra la t&#234;te de la soci&#233;t&#233;, &#233;crivait-il ; mais cette aristocratie sera d'une autre sorte et tout autrement constitu&#233;e que celle dont nous voyons les d&#233;bris &#187; [11] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas vrai que, comme l'assurait le m&#234;me Guizot, la lutte du tiers &#233;tat contre la noblesse signifiait la lutte de l' &#233;galit&#233; contre le privil&#232;ge . Il ne s'agissait, au fond, que du triomphe d'un nouveau privil&#232;ge, d'un privil&#232;ge autrement constitu&#233; que celui dont Guizot et ses amis combattaient les vestiges. Augustin Thierry ne le comprenait probablement pas d'une fa&#231;on aussi claire que le futur ministre de Louis-Philippe. Mais son id&#233;al ne surpassait pas non plus le triomphe de la classe moyenne . Voici, par exemple, comment il r&#233;sume l'&#339;uvre de la grande r&#233;volution fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A la place des anciens ordres, des classes in&#233;gales en droit et en condition (sic !), il n'y eut plus qu'une soci&#233;t&#233; homog&#232;ne : il y eut 25 millions d'&#226;mes, formant une seule classe de citoyens, vivant sous la m&#234;me loi, le m&#234;me r&#232;glement, le m&#234;me ordre &#187; [12] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que restait-il donc &#224; faire ? Rien que garantir la nouvelle soci&#233;t&#233; contre les attaques des partisans de l'ancien r&#233;gime, les conqu&#234;tes de la bourgeoisie contre les rancunes de la noblesse, vaincue dans la grande guerre des classes. Il est vrai que, m&#234;me apr&#232;s 1830, quand la victoire de la bourgeoisie est consomm&#233;e, Augustin Thierry, ancien &#233;l&#232;ve et &#171; fils adoptif &#187; de Saint-Simon, n'est pas enti&#232;rement avec les satisfaits, comme l'est Guizot, ennemi haineux de tout mouvement de la classe ouvri&#232;re. L'auteur des Consid&#233;rants sur l'histoire de France semble ne pas compl&#232;tement d&#233;sapprouver les nouvelles tendances politiques et sociales qui commencent &#224; se faire jour d&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es du r&#232;gne de Louis-Philippe. Mais il est loin de comprendre ces tendances, il d&#233;sire la paix sociale , la fusion des classes , lui qui, sous la Restauration, pr&#234;chait leur guerre . Or, la paix sociale, dans les conditions actuelles, n'est et ne pourrait &#234;tre autre chose que la r&#233;conciliation du prol&#233;tariat avec le joug qui lui impose la &#171; nouvelle aristocratie &#187; [13] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, il sera juste de se rappeler que, sous la Restauration et sous Louis-Philippe, m&#234;me les th&#233;oriciens de la classe ouvri&#232;re, les socialistes et communistes, ne comprenaient pas encore que le prol&#233;tariat a sa guerre sociale &#224; faire et sa victoire politique &#224; remporter. A tr&#232;s peu d'exceptions pr&#232;s, ils &#233;taient, quant &#224; la question ouvri&#232;re, aussi pour la fusion , plus ou moins compl&#232;te, des classes et non pas pour leur lutte . Saint-Simon, &#224; qui Augustin Thierry devait toutes ses id&#233;es historiques, &#233;tait un des plus chauds partisans de la guerre des abeilles contre les frelons. Mais, une abeille pour Saint-Simon, c'&#233;tait aussi bien un fabricant ou un banquier qu'un ouvrier. M&#234;me chose pour les saint-simoniens. Enfantin comprenait tr&#232;s bien que la rente fonci&#232;re et l' int&#233;r&#234;t du capital sont le produit d'un travail non pay&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les propri&#233;taires qui afferment leurs terres pr&#233;l&#232;vent, dit-il, par le moyen du fermage, une portion des produits cr&#233;&#233;s par le travail des hommes laborieux ; tel est, en effet, le r&#233;sultat de la location des capitaux, et cela revient &#224; dire, que les travailleurs payent certaines gens pour qu'ils se reposent et pour qu'ils laissent &#224; leur disposition les mat&#233;riaux de la production &#187; [14] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien parler. Mais qu'est-ce que le revenu d'un entrepreneur qui emploie un capital emprunt&#233; ? N'est-il pas, lui aussi, produit de l'exploitation des ouvriers ? Non, r&#233;pond Enfantin, l'entrepreneur doit son b&#233;n&#233;fice &#224; son propre travail. B&#233;n&#233;fice et salaire, c'est tout un pour Enfantin, et c'est &#224; ce point qu'il se montre tout &#224; fait incapable de comprendre Ricardo quand l'&#233;conomiste anglais dit : there can be no rise in the value of labour without a fall in profits [15] . Cela explique parfaitement pourquoi les saint-simoniens ne voulaient pas entendre parler de la lutte de classes : ils &#233;taient profond&#233;ment convaincus que les patrons et les ouvriers ne font qu'une seule classe et que leurs int&#233;r&#234;ts sont tout &#224; fait solidaires. Les saint-simoniens ne pouvaient combattre que la &#171; classe &#187; des &#171; hommes de guerre et des parasites &#187;, et m&#234;me pour celle-ci, ils auraient mieux aim&#233; la toucher et la convertir [16] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle tonnaient contre le &#171; privil&#232;ge &#187;, ils ne combattaient au fond que la propri&#233;t&#233; f&#233;odale . Un propri&#233;taire &#233;tait bien, &#224; leurs yeux, un exploiteur effront&#233; du travail d'autrui, presque un bandit. La propri&#233;t&#233; bourgeoise leur apparaissait, au contraire, sous un jour tout &#224; fait favorable. Le profit industriel et commercial leur semblait &#234;tre le produit du travail du commer&#231;ant et du fabricant : le myst&#232;re de la plus-value restait imp&#233;n&#233;trable pour eux . Les th&#233;oriciens de la bourgeoisie du XIX&#176; si&#232;cle ont, tr&#232;s &#224; propos, h&#233;rit&#233; cette faute th&#233;orique de leurs devanciers. Si le revenu d'un ouvrier est loin d'&#234;tre aussi grand que celui d'un capitaliste, c'est que l'ouvrier ne travaille pas ou n'a pas travaill&#233; autant que le capitaliste. En identifiant le b&#233;n&#233;fice de l'entrepreneur avec le salaire de l'ouvrier, Saint-Simon et les saint-simoniens ne faisaient donc que r&#233;p&#233;ter la faute des repr&#233;sentants intellectuels de la bourgeoisie. En th&#233;orie, la situation de l'ouvrier envers son patron et, par cons&#233;quent, du prol&#233;tariat envers la bourgeoisie ne devint claire et exempte de toute aberration que depuis le temps o&#249; la science &#233;conomique put enfin expliquer la nature de l'origine de la plus-value . Cette d&#233;couverte, faite par Karl Marx, mit fin &#224; toutes les erreurs des socialistes quant &#224; la lutte des classes . Les socialistes de nos jours accepteront volontiers le projet, si cher jadis aux socialistes utopistes, de &#171; convertir &#187; et de &#171; toucher &#187; les &#171; classes &#233;lev&#233;es &#187;, mais &#224; condition de les convertir et de les toucher apr&#232;s les avoir expropri&#233;es . Quiconque conna&#238;t la &#171; nature humaine &#187; conviendra qu'elles se convertiront alors plus facilement que maintenant [17] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes de nos jours savent bien que lorsqu'il s'agit de combattre une aristocratie de quelque sorte qu'elle soit, il ne peut y avoir ni paix, ni repos tant qu'elle n'est pas vaincue et d&#233;sarm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bourgeois de nos jours accusent les socialistes de fomenter la guerre l&#224; o&#249; il faut pacifier et r&#233;concilier. Ils pr&#233;tendent que la bourgeoisie n'a jamais agi de la sorte. Nous leur r&#233;pondrons comme Guizot r&#233;pondait jadis &#224; la noblesse : race d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e, l'histoire est l&#224; pour vous confondre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; la contre-r&#233;volution... a toujours fort bien compris que, pour arriver &#224; son but, son premier soin devait &#234;tre de saisir partout le pouvoir, pour l'employer et le constituer ensuite &#224; son int&#233;r&#234;t. Que le parti national sache &#224; son tour que ce qui lui importe, ce n'est pas de d&#233;molir le pouvoir, mais de le poss&#233;der . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'&#233;crivait Guizot, en 1820. Tant que les socialistes confondaient ensemble les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des prol&#233;taires et des bourgeois, ils ne pouvaient avoir qu'une notion erron&#233;e du devoir politique de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quant aux droits dits politiques, &#233;crivait un saint-simonien en 1830, nous ne voyons pas ce qu'ils ont de commun avec le bien-&#234;tre des masses &#187; [18] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes de nos jours, qui ne se trompent plus sur l'antagonisme irr&#233;conciliable des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat et de la bourgeoisie, voient tr&#232;s bien en quoi &#171; les droits dits politiques &#187; tiennent au bien-&#234;tre des masses. Ils comprennent que chaque lutte des classes est une lutte politique , et ils t&#226;chent, eux aussi, non pas de d&#233;molir le pouvoir politique, comme le voudraient les &#171; compagnons anarchistes &#187;, mais de le poss&#233;der .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes fait toute l'histoire des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es. Les historiens fran&#231;ais du temps de la Restauration le savaient on ne peut mieux et ne l'oubli&#232;rent que lorsque le fossoyeur de la bourgeoisie, le prol&#233;tariat moderne , apparut sur la sc&#232;ne politique. Mais ces historiens, comment s'expliquaient-ils ce processus historique qui engendre l'antagonisme des int&#233;r&#234;ts dans une soci&#233;t&#233; primitivement homog&#232;ne ? Le lecteur a d&#233;j&#224; vu qu'ils rattachaient, en France, la lutte du tiers &#233;tat contre la noblesse &#224; la conqu&#234;te des Gaulois par les Francs. La conqu&#234;te joue, en g&#233;n&#233;ral, un grand r&#244;le dans leur philosophie de l'histoire des peuples modernes. Augustin Thierry raconte qu'un jour, en lisant quelques chapitres de Hume, &#171; pour &#233;tayer &#187; ses opinions politiques, il fut frapp&#233; d'une id&#233;e qui lui parut un trait de lumi&#232;re et qu'il s'&#233;cria en fermant le livre : &#171; Tout cela date d'une conqu&#234;te ; il y a une conqu&#234;te l&#224;-dessous &#187;, et sur-le-champ, il con&#231;ut le projet de refaire, de ce nouveau point de vue, l'histoire des r&#233;volutions en Angleterre [19] . Ce fut, en 1817 ; depuis ce temps-l&#224;, la nouvelle id&#233;e de notre auteur lui a servi de base dans beaucoup d'autres recherches historiques, mais ses Vues des r&#233;volutions d'Angleterre , publi&#233;es dans la quatri&#232;me volume du Censeur europ&#233;en , de 1817, font d&#233;j&#224; bien voir toute la valeur, comme tout le c&#244;t&#233; faible de son point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque personnage dont les a&#239;eux s'&#233;taient trouv&#233;s enr&#244;l&#233;s dans l'arm&#233;e d'invasion quittait son ch&#226;teau pour aller dans le camp royal prendre le commandement que son titre lui assignait. Les habitants des villes et des ports se rendaient en foule au camp oppos&#233;. On pouvait dire que le cri de ralliement des deux arm&#233;es &#233;tait, d'un c&#244;t&#233;, oisivet&#233; et pouvoir , de l'autre, travail et libert&#233; : car les d&#233;s&#339;uvr&#233;s, les gens qui ne voulaient d'autre occupation dans la vie que celle de jouir sans peine, de quelque caste qu'ils fussent, s'enr&#244;laient dans les troupes royales, o&#249; ils allaient d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts conformes aux leurs ; tandis que les familles de la caste des anciens vainqueurs, que l'industrie avait gagn&#233;es, s'unissaient au parti des communes &#187; [20] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc ce que c'&#233;tait que le mouvement r&#233;volutionnaire en Angleterre au XVII&#176; si&#232;cle. Une r&#233;action violente des anciens vaincus contre les anciens vainqueurs. Au premier abord, cela para&#238;t tr&#232;s plausible. Mais, en relisant le morceau cit&#233;, le doute vient. Il y avait des descendants des anciens conqu&#233;rants qui, gagn&#233;s &#224; l'industrie , s'unissaient au parti &#171; du travail et de la libert&#233; &#187;. De l'autre c&#244;t&#233;, le camp royal se peuplait de tous ceux qui ne voulaient que &#171; jouir sans peine &#187;, et, parmi ceux-l&#224;, se trouvaient toujours, au dire de notre historien, des hommes de toutes les &#171; castes &#187;. Il y avait donc la divergence des int&#233;r&#234;ts dans laquelle &#233;tait pour beaucoup de chose le mouvement &#233;conomique caus&#233; par le progr&#232;s de l' &#171; industrie &#187;. D'ailleurs, Augustin Thierry le dit lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; c'&#233;tait pour ces int&#233;r&#234;ts positifs que la guerre se soutenait de part et d'autre. Le reste n'&#233;tait qu'apparence ou pr&#233;texte. Ceux qui s'engageaient dans la cause des sujets &#233;taient pour la plupart presbyt&#233;riens, c'est-&#224;-dire que, m&#234;me en religion, ils ne voulaient aucun joug. Ceux qui soutenaient la cause contraire &#233;taient &#233;piscopaux ou papistes, c'est qu'ils aimaient &#224; trouver, jusque dans les formes du culte, du pouvoir &#224; exercer et des imp&#244;ts &#224; lever sur les hommes &#187; [21] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est donc parfaitement claire. La guerre se faisait pour les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des partis, et le pouvoir lui-m&#234;me n'&#233;tait, au fond, qu'un moyen dont ces partis s'effor&#231;aient de s'emparer pour faire triompher leurs int&#233;r&#234;ts. Augustin Thierry le comprenait aussi bien que Guizot [22] . Et ce n'est pas tout. Il comprenait aussi qu'en envahissant l'Angleterre, les Normands avaient, devant eux, un but &#233;conomique nettement marqu&#233; : ils voulaient gaagnier , comme il dit, en reproduisant l'expression d'un vieux narrateur. Il cite le discours prononc&#233; par Guillaume le Conqu&#233;rant, avant la bataille de Hastings, qui nous montre ce qui se cache au-dessous d'une conqu&#234;te [23] . Qu'avait-il donc besoin d'en appeler &#224; elle, l&#224; o&#249; la conqu&#234;te, loin de donner une explication d&#233;finitive des &#233;v&#233;nements, ne s'explique &#224; son tour, dans son but et surtout dans ses r&#233;sultats , que par l'&#233;tat social des vainqueurs et des vaincus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'&#233;cole &#224; laquelle appartenait Augustin Thierry avait des id&#233;es tr&#232;s confuses quant &#224; l' histoire &#233;conomique de l'humanit&#233;. Ainsi que les &#233;conomistes bourgeois, ils consid&#233;raient la soci&#233;t&#233; capitaliste comme la seule conforme &#224; la nature humaine et &#224; la volont&#233; de la Providence . Toute organisation sociale qui ne se basait pas sur le capitalisme leur semblait contre nature ou au moins bizarre [24] . Ils pouvaient tr&#232;s bien s'expliquer la lutte des bourgeois au moyen &#226;ge contre les seigneurs f&#233;odaux ; c'&#233;tait un mouvement naturel puisqu'il devait ramener la structure des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes au type donn&#233; par la nature. Mais, quant &#224; la f&#233;odalit&#233; elle-m&#234;me, ils ne pouvaient voir en elle qu'une d&#233;viation du mouvement historique de sa tendance normale. Or, l'explication la plus plausible d'une pareille d&#233;viation se trouvait dans la violence des conqu&#233;rants. La violence et la m&#233;chancet&#233; sont aussi un peu dans la &#171; nature de l'homme &#187;. En y cherchant la base d'une organisation sociale donn&#233;e, nous ne quittons donc pas le point de vue de la nature humaine, et, d'un seul coup, nous tuons deux li&#232;vres : par le bon c&#244;t&#233; de la nature de l'homme nous expliquons le syst&#232;me capitaliste et tout mouvement qui tend &#224; l'&#233;tablir, par le mauvais c&#244;t&#233; de cette m&#234;me nature nous expliquons l'origine de la f&#233;odalit&#233; et de toute autre organisation sociale plus ou moins &#171; bizarre &#187; aux yeux d'un bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin Thierry, tout comme Guizot et Mignet, croyait s'&#233;lever au-dessus des vues historiques des philosophes du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent qui ne voyaient dans le moyen &#226;ge qu'un triomphe long et interrompu de la sottise humaine. Il pr&#233;tendait &#234;tre beaucoup plus juste envers cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y voyait, en v&#233;rit&#233;, plus clair que les philosophes. Mais ce qu'il voyait, c'&#233;taient surtout les tendances &#233;mancipatrices des citadins d'alors, &#171; la formation et les progr&#232;s du tiers &#233;tat &#187;, et non pas la &#171; nature &#187; du syst&#232;me f&#233;odale tout entier. Il comprenait la f&#233;odalit&#233; dans sa dissolution et non dans ses origines . Quant &#224; celles-l&#224;, la &#171; conqu&#234;te &#187; n'a pas cess&#233; d'&#234;tre pour lui le mot de l'&#233;nigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit plus haut qu'Augustin Thierry devait &#224; Saint-Simon toutes ses id&#233;es historiques. Saint-Simon &#233;tait d'avis que Guizot aussi lui devait les siennes. Quoi qu'il en f&#251;t, il est incontestable que celui qui aura attentivement lu les &#339;uvres de Saint-Simon ne trouvera, dans les &#339;uvres de Guizot, rien de nouveau en fait de philosophie de l'histoire. Or, Saint-Simon qui insistait sur la sup&#233;riorit&#233; du syst&#232;me d'organisation sociale du moyen &#226;ge sur celui des peuples de l'antiquit&#233;, n'appr&#233;ciait ces avantages que du point de vue de la facilit&#233; qu'ils donnaient &#224; l'&#233;volution du r&#233;gime &#171; industriel &#187; moderne. La f&#233;odalit&#233; n'en est pas moins pour lui un syst&#232;me bas&#233; uniquement sur le droit du plus fort et domin&#233; par l'esprit du conqu&#234;te [25] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est incontestable que la raison d'&#234;tre historique des seigneurs f&#233;odaux &#233;tait, avant tout, dans leur fonction militaire. Dans ce sens, on peut parler de la nature militaire de leur propri&#233;t&#233;. Mais il ne faut pas oublier que ce n'est qu'une fa&#231;on de parler. Pourquoi le service militaire, dans l'Europe d'aujourd'hui, se fait-il autrement qu'il ne se faisait au moyen &#226;ge ? Pourquoi a-t-il chang&#233; de &#171; nature &#187; ? Parce que la structure &#233;conomique des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes n'est plus ce qu'elle a &#233;t&#233; alors. Le mode de production dominant dans une soci&#233;t&#233; d&#233;termine, en derni&#232;re analyse, le mode de satisfaction des besoins sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens de l'&#233;cole dont nous parlons dans cette &#233;tude avaient beau r&#233;p&#233;ter avec Mignet, que la f&#233;odalit&#233; &#233;tait dans les besoins avant d'&#234;tre dans le fait, ils comprenaient sa &#171; nature &#187; aussi peu que l'origine des besoins de l'homme social dans les diverses phases de son &#233;volution. Leur philosophie historique se r&#233;duisait &#224; ceci : avant d'&#234;tre cause , les constitutions politiques sont effet ; leur racine plonge dans l'&#233;tat social des peuples ; l'&#233;tat social est d&#233;termin&#233; par l'&#233;tat des propri&#233;t&#233;s, et, chez les peuples modernes particuli&#232;rement par celui de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re [26] ; enfin, quant &#224; l'&#233;tat des propri&#233;t&#233;s, il s'explique par la nature de l'homme ou par l'&#233;cart plus ou moins violent de cette nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de l'homme qui, d&#233;j&#224; au XVIII&#176; si&#232;cle, avait jou&#233; un si grand r&#244;le dans les th&#233;ories politiques et sociales des philosophes, et dont A. Comte, le pr&#233;tendu ennemi de la m&#233;taphysique, a fait une v&#233;ritable entit&#233; m&#233;taphysique dans sa pr&#233;tendue &#171; sociologie &#187;, n'est qu'une figure de rh&#233;torique. La nature humaine est-elle invariable ? Alors, ce n'est pas elle qui nous expliquera les changements qui se produisent dans les relations sociales et dont l'ensemble constitue ce que nous appelons le processus historique. Varie-t-elle &#224; son tour ? Alors, il faut trouver la cause de ses variations. Dans les deux cas, la &#171; nature de l'homme &#187; est &#233;galement loin d'expliquer quoi que ce soit dans le mouvement historique de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; relations de propri&#233;t&#233; &#187; chez les tribus australiennes ne sont pas celles qui existent &#224; pr&#233;sent chez les peuples de l'Europe occidentale. A quoi cela tient-il ? Les Australiens seraient-ils d'une autre nature que les Europ&#233;ens ou seraient-ils rebelles &#224; la voix de leur nature ? Ni l'un, ni l'autre. Leurs relations de propri&#233;t&#233; sont ce qu'elles doivent &#234;tre dans l'&#233;tat actuel de leurs forces productives . Elles sont naturelles autant qu'elles restent conformes &#224; cet &#233;tat ; elles seront contre nature , lorsque les forces productives des tribus australiennes arriveront &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour exister, l'homme doit agir sur la nature ext&#233;rieure, il doit produire . L'action de l'homme sur la nature ext&#233;rieure est, &#224; chaque moment donn&#233;, d&#233;termin&#233;e par ses moyens de production, par l'&#233;tat de ses forces productives : plus grandes sont ces forces, et plus productive est cette action. Mais le d&#233;veloppement des forces productives am&#232;ne n&#233;cessairement certains changements dans les relations r&#233;ciproques des producteurs, dans le processus social de production. Ce sont ces changements qui, transcrits en langue juridique, s'appellent changements dans l'&#233;tat de propri&#233;t&#233; . Or, comme ces changements dans l'&#233;tat de propri&#233;t&#233; aboutissement &#224; des changements dans la structure sociale tour enti&#232;re, on peut dire que le d&#233;veloppement des forces productives change la &#171; nature &#187; de la soci&#233;t&#233;, et comme, d'autre part, l'homme est le produit de son milieu social ambiant, il est &#233;vident que le d&#233;veloppement des forces productives, en changeant la &#171; nature &#187; du milieu social, change la &#171; nature &#187; de l'homme. La nature humaine n'est pas cause , elle n'est qu' effet .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si , de ce point de vue, qui est le point de vue de la philosophie mat&#233;rialiste de l'histoire , on voulait juger les conceptions historiques fondamentales de Guizot, de Mignet et d'Augustin Thierry, on devrait dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est parfaitement vrai qu'avant d'&#234;tre cause, les constitutions politiques sont effet ; il est &#233;galement vrai que, pour comprendre les institutions politiques, il faut conna&#238;tre les diverses conditions sociales et leurs rapports ; il est tr&#232;s juste aussi que, pour comprendre les diverses conditions sociales, il faut conna&#238;tre la nature et les relations de propri&#233;t&#233;. Mais l'importance sociale de l'&#233;tat des propri&#233;t&#233;s est beaucoup plus grande que le croyaient nos historiens. Elle se fait sentir partout, et non seulement chez les peuples modernes ; il est injuste aussi de dire que c'est particuli&#232;rement &#224; la nature de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re que tient le caract&#232;re des institutions politiques : l'influence de ce qu'on appelle la propri&#233;t&#233; mobili&#232;re n'est pas moins importante. Si, au moyen &#226;ge, les grands propri&#233;taires fonciers constituaient la classe dominante dans la soci&#233;t&#233;, cela venait de l'&#233;tat des forces productives dans ce temps-l&#224;. Enfin, c'est dans le d&#233;veloppement de ces forces et non pas dans la nature de l'homme qu'il faut chercher la cause de l'&#233;volution historique des formes de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons ainsi &#224; un r&#233;sultat qui para&#238;tra peut-&#234;tre assez inattendu &#224; maint lecteur pr&#233;venu contre la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. Ce r&#233;sultat, le voici : le mat&#233;rialisme historique de Karl Marx ne condamne point en bloc et sans discernement les id&#233;es historiques des &#233;coles pr&#233;c&#233;dentes ; il ne fait que d&#233;barrasser ces id&#233;es d'une contradiction fatale, gr&#226;ce &#224; laquelle ces id&#233;es ne pouvaient sortir d'un cercle vicieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre r&#233;sultat qui nous para&#238;t pas moins digne d'attention, c'est que, s'il est faux de dire que Marx fut le premier qui s'avisa de parler de la lutte des classes, il est hors de doute que c'est lui qui, le premier, d&#233;voila la v&#233;ritable cause du mouvement historique de l'humanit&#233; et, par cela m&#234;me, la &#171; nature &#187; des diverses classes qui, l'une apr&#232;s l'autre, apparaissent sur la sc&#232;ne du monde. Esp&#233;rons que le prol&#233;tariat saura faire bon usage de cette pr&#233;cieuse d&#233;couverte du grand penseur socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Chateaubriand : Etudes historiques, pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir, entre mille autres exemples, les Observations de Mably sur l'histoire des Grecs et des Romains, ainsi que les &#339;uvres d'Helv&#233;tius et d'Holbach. &#171; La religion d'Abraham para&#238;t avoir &#233;t&#233;, dans l'origine, un th&#233;isme imagin&#233; pour r&#233;former les superstitions des Chald&#233;ens ; le th&#233;isme d'Abraham fut corrompu par Mo&#239;se, qui s'en servit pour former la superstition juda&#239;que. &#187; (Syst&#232;me de la nature, Londres, 1781, seconde partie, p. 186.) &#171; Pour que Sparte ne jou&#238;t pas d'une r&#233;forme passag&#232;re, il [Lycurgue] descendit, pour ainsi dire, jusque dans le fond du c&#339;ur des citoyens, et y &#233;touffa le germe de l'amour des richesses. &#187; (&#338;uvres compl&#232;tes de Mably, Londres, 1789, t. quatri&#232;me, p. 20.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Guizot : Essais sur l'histoire de France, dixi&#232;me &#233;dition, Paris, 1860, p. 73 (quatri&#232;me essai) ; la premi&#232;re &#233;dition de ces Essais parut en 1823.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] De la f&#233;odalit&#233; des institutions de Saint-Louis, etc., Paris, 1822, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Sur l'affranchissement des communes. Cette &#233;tude, la premi&#232;re &#233;bauche du travail sur l'histoire du tiers &#233;tat, a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le Courrier fran&#231;ais du 13 octobre 1820.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Premi&#232;re lettre sur l'histoire de France publi&#233;e dans le Courrier fran&#231;ais du 13 juillet 1820, et in &#338;uvres, Paris, 1859, t. III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ibid., p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Dans le suppl&#233;ment aux deux premi&#232;res &#233;ditions de l'ouvrage cit&#233;. (Avant-propos de la troisi&#232;me), p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Ibid., p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Dans le Censeur europ&#233;en du 2 avril 1820.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Du gouvernement de la France, etc. p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Consid&#233;rations sur l'histoire de France, qui pr&#233;c&#232;dent les R&#233;cits des temps m&#233;rovingiens, Paris, 1840, p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] La &#171; paix sociale &#187; devint aussi le v&#339;u de Guizot. Si, apr&#232;s 1848, il &#233;tait contre la R&#233;publique, c'est que la R&#233;publique ne pouvait pas garantir cette fameuse paix. &#171; C'est &#233;videmment dans le chaos de la guerre sociale que la R&#233;publique d&#233;mocratique, d&#232;s ses premiers actes, est pr&#232;s de se plonger et de nous plonger &#187;, disait-il en janvier 1849 (De la d&#233;mocratie en France, p. 42). Tempora mutantur ! Que ce langage est diff&#233;rent de celui que Guizot tenait en 1820 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Le Producteur, 1&#176; vol., Paris, 1825, art. &#171; Consid&#233;rations sur la baisse progressive du loyer des objets mobiliers et immobiliers &#187;, p. 242-243.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] &#171; Ricardo, remarque na&#239;vement Enfantin, entend toujours par profits la rente du capitaliste [Enfantin veut dire : du pr&#234;teur du capital] et il dit que la hausse du prix du travail diminue la part de l'homme qui ne travaille pas. &#187; (Ibid., p. 545.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] &#171; Il n'y aura de paix et de bonheur pour aucune classe que lorsque la lutte entre les classes aura cess&#233;, que lorsque toutes auront &#233;t&#233; converties et touch&#233;es, car toutes ont besoin d'&#234;tre touch&#233;es et converties. &#187; (Le Globe, n&#176; 183.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] &#171; Les uns, par leur intelligence et la bonne conduite, se cr&#233;ent un capital et entrent dans la voie de l'aisance et du progr&#232;s. Les autres, ou born&#233;s ou paresseux, ou d&#233;r&#233;gl&#233;s, restent dans la condition &#233;troite et pr&#233;caire des existences fond&#233;es uniquement sur le salaire. &#187; (Guizot : De la d&#233;mocratie en France, p. 76.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le Globe, n&#176; 183.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dix Ans d'&#233;tudes historiques, t. III des &#338;uvres compl&#232;tes d'Aug. Thierry, pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Vues des r&#233;volutions, etc. &#338;uvres compl&#232;tes d'Augustin Thierry, t. VI, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Ibid., m&#234;me page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Guizot : Histoire de la r&#233;volution d'Angleterre. Dans la pr&#233;face, avec une grande sagacit&#233;, l'auteur d&#233;clare superficielle et l&#233;g&#232;re l'opinion suivant laquelle la r&#233;volution d'Angleterre &#233;tait plut&#244;t politique tandis que celle de France a voulu changer et le gouvernement et la soci&#233;t&#233; : &#171; La tendance, dit-il, &#233;tait la m&#234;me comme l'origine. &#187; La r&#233;volution anglaise vint des changements survenus dans &#171; l'&#233;tat social et les m&#339;urs du peuple anglais. &#187; Conf. les pages 11-12 du premier tome de l'&#233;dition de 1841 et le Discours sur l'histoire de la r&#233;volution d'Angleterre, Berlin, 1850.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] &#171; Pensez &#224; bien combattre, s'&#233;cria-t-il en s'adressant &#224; ses compagnons, et mettez tout &#224; mort, car si nous les vainquons, nous serons tous riches. Ce que je gagnerai, vous le gagnerez ; si je prends la terre, vous l'aurez. &#187; (Histoire de la conqu&#234;te de l'Angleterre par les Normands, Paris, 1838, t. I, p. 352.) De leur c&#244;t&#233;, ceux qu'on attaquait se disaient entre eux : &#171; Nous devons combattre quel qu'en soit pour nous le danger ; car il ne s'agit pas ici d'un nouveau seigneur &#224; recevoir, il s'agit de bien autre chose. Le duc de Normandie a donn&#233; nos terres &#224; ses barons, &#224; ses chevaliers, &#224; tous ses gens, et la plus grande partie lui en ont d&#233;j&#224; fait hommage ; ils voudront tous avoir leur don ; le duc devient notre roi, et lui-m&#234;me sera tenu de leur livrer nos biens &#187;, etc. Ibid., p. 347.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] C'est ainsi qu'Augustin Thierry qualifie la gens des anciennes tribus bretonnes. D'apr&#232;s Guizot, il y a eu toujours et partout, il y aura partout et toujours des rentiers, des entrepreneurs et des salari&#233;s. Ces diversit&#233;s &#171; ne sont point des faits accidentels ou sp&#233;ciaux &#224; tel un tel pays ; ce sont des faits universels qui se produisent naturellement dans toute soci&#233;t&#233; humaine... Et plus on y regardera de pr&#232;s, plus on se convaincra que ces faits sont dans une intime liaison et dans une profonde harmonie d'une part avec la nature de l'homme qu'il nous appartient de conna&#238;tre, de l'autre avec les myst&#232;res de sa destin&#233;e qu'il nous est donn&#233; seulement d'entrevoir. &#187; (De la d&#233;mocratie en France, p. 77-78.) Marx n'avait-il pas raison de dire que les &#233;conomistes bourgeois (comme tous les th&#233;oriciens de cette classe, d'ailleurs) ne connaissent que deux sortes d'institutions, celles de l'art et celles de la nature, et qu'ils ressemblent en cela aux th&#233;ologiens qui, eux aussi, &#233;tablissent deux sortes de religions ; toute religion qui n'est pas la leur est une invention des hommes, tandis que leur propre religion est une &#233;manation de Dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] &#171; L'unique point important sur lequel les historiens modernes de toutes les nations se sont g&#233;n&#233;ralement accord&#233;s, est une erreur ... Ils ont tous appel&#233; les si&#232;cles qui se sont &#233;coul&#233;s, depuis le IX&#176; jusqu'au XV&#176;, des si&#232;cles de barbarie, et la v&#233;rit&#233; est que ce sont ceux pendant lesquels se sont &#233;tablies toutes les institutions de d&#233;tail qui ont donn&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne une sup&#233;riorit&#233; politique d&#233;cid&#233;e sur toutes celles qui l'avaient pr&#233;c&#233;d&#233;e ! &#187; M&#233;moire sur la gravitation universelle, dans les &#338;uvres de Saint-Simon et d'Enfantin. Le moyen &#226;ge, c'est l'&#233;poque &#171; o&#249; la guerre &#233;tait et devait &#234;tre regard&#233;e comme le premier moyen de prosp&#233;rit&#233; pour les nations &#187; et o&#249; &#171; la propri&#233;t&#233; territoriale &#8230; &#233;tait purement d'origine et de nature militaire &#187;, l'Organisateur, &#338;uvres, t. XX, p. 81 et 83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Mignet : De la f&#233;odalit&#233;, p. 35 et surtout Guizot : Essais sur l'histoire de France : &#171; L'&#233;tude de l'&#233;tat des terres doit donc pr&#233;c&#233;der celle de l'&#233;tat des personnes. Pour comprendre les institutions politiques, il faut conna&#238;tre les diverses conditions sociales et leurs rapports. Pour comprendre les diverses conditions sociales, il faut conna&#238;tre la nature et les relations des propri&#233;t&#233;s &#187; (p. 75-76, dixi&#232;me &#233;dition). Comparez Saint-Simon : &#171; La loi qui constitue la propri&#233;t&#233; est la plus importante de toutes ; c'est celle qui sert de base &#224; l'&#233;difice social. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/kautsky/1903/xx/histmat.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;In English&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Histoire de la mati&#232;re</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article5012</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Atome</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'histoire de la mati&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
La conf&#233;rence de Gilles Cohen-Tannoudji &lt;br class='autobr' /&gt;
L'odyss&#233;e de la mati&#232;re (conf&#233;rence) &lt;br class='autobr' /&gt;
La mati&#232;re dans le cosmos (conf&#233;rence) &lt;br class='autobr' /&gt;
La longue histoire de la mati&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Une br&#232;ve histoire de la mati&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Raconter l'histoire de la mati&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Histoire s'invite en la Mati&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles r&#233;volutions de la mati&#232;re ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La mati&#232;re est historique, comme la soci&#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Un monde historique, qu'est-ce que cela implique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Histoire des climats &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire de l'atmosph&#232;re terrestre &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Chapter 11 : Matter depends on history - La mati&#232;re est historique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot64" rel="tag"&gt;Atome&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_7223 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.org/IMG/jpg/-2129.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH377/-2129-297e5.jpg?1776317660' width='500' height='377' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'histoire de la mati&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/cerimes/une_breve_histoire_de_la_matiere.9485&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La conf&#233;rence de Gilles Cohen-Tannoudji&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/cpge_jean_zay/l_odyssee_de_la_matiere_par_jacques_livage.16063&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'odyss&#233;e de la mati&#232;re (conf&#233;rence)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/sur_les_traces_de_la_matiere_dans_le_cosmos.1395&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mati&#232;re dans le cosmos (conf&#233;rence)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=KpZjCwAAQBAJ&amp;pg=PT8&amp;dq=%C3%A9mergence+ou+r%C3%A9ductionnisme&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=%C3%A9mergence%20ou%20r%C3%A9ductionnisme&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La longue histoire de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.astronomes.com/divers/une-breve-histoire-de-la-matiere/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une br&#232;ve histoire de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.futura-sciences.com/magazines/matiere/infos/dossiers/d/physique-histoire-matiere-big-bang-planetes-506/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Raconter l'histoire de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique16&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Histoire s'invite en la Mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2624&#034;&gt;Quelles r&#233;volutions de la mati&#232;re ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article31&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mati&#232;re est historique, comme la soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2407&#034;&gt;Un monde historique, qu'est-ce que cela implique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1774&#034;&gt;Histoire des climats&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4200&#034;&gt;L'histoire de l'atmosph&#232;re terrestre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3324&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ce que nous apprennent les anciens climats de la Terre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3942&#034;&gt;Histoire de la mati&#232;re vivante&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2972&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qui caract&#233;rise finalement la vie et son &#233;volution ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4204&#034;&gt;La mati&#232;re, &#233;mergence de structure au sein du vide&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=jmUUR4jG3To&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Origine de la mati&#232;re (conf&#233;rence film&#233;e)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-histoire-de-la-matiere-et-de-lantimatiere&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de la mati&#232;re et de l'antimati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=1t4t-0Vk_bMC&amp;pg=PA397&amp;dq=mati%C3%A8re+quarks+atomes+histoire&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=mati%C3%A8re%20quarks%20atomes%20histoire&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au c&#339;ur de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=-pIrXWhipqUC&amp;pg=PA369&amp;dq=demain+la+physique&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwju7aSI1MXKAhUCQxoKHZpIAm4Q6AEIJjAA#v=onepage&amp;q=demain%20la%20physique&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Physique de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=2TOar9aag-4C&amp;printsec=frontcover&amp;dq=naissance+de+l%27univers&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjUzP-b1MXKAhWIChoKHex5DAUQ6AEIITAB#v=onepage&amp;q=naissance%20de%20l%27univers&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Naissance de l'univers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=AToaAQAAQBAJ&amp;pg=PA7&amp;dq=naissance+de+l%27univers&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjUzP-b1MXKAhWIChoKHex5DAUQ6AEINzAF#v=onepage&amp;q=naissance%20de%20l%27univers&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le d&#233;but de l'Univers, la structure des particules&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=rD_iRC2X124C&amp;pg=PA381&amp;dq=naissance+de+l%27univers&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiimKTT1MXKAhUDfRoKHeuSANc4ChDoAQgtMAM#v=onepage&amp;q=naissance%20de%20l%27univers&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Forme et origine de l'Univers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=KRz11aMKkOgC&amp;pg=PT16&amp;dq=naissance+de+l%27univers&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiimKTT1MXKAhUDfRoKHeuSANc4ChDoAQg-MAY#v=onepage&amp;q=naissance%20de%20l%27univers&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Discours sur l'origine de l'univers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=3UxcUjUhphYC&amp;pg=PA18&amp;dq=histoire+de+la+mati%C3%A8re+atome&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=histoire%20de%20la%20mati%C3%A8re%20atome&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de l'atome&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=V4cjDScQrdUC&amp;pg=PR23&amp;dq=histoire+de+la+mati%C3%A8re+atome&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=histoire%20de%20la%20mati%C3%A8re%20atome&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de la mol&#233;cule&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=PXGWGnPPo0gC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=history+of+matter&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=history%20of%20matter&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Supernovae et nucl&#233;osynth&#232;se, une investigation sur l'histoire de la mati&#232;re (en anglais)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=XLLNMibvy4sC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=history+of+matter&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=history%20of%20matter&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mat&#233;riels, mati&#232;re et particule, une br&#232;ve histoire (en anglais)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=Ba9cCgAAQBAJ&amp;pg=PT116&amp;dq=history+of+matter&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=history%20of%20matter&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'histoire interdite de la science (en anglais)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=WboPReSZ668C&amp;pg=PA499&amp;dq=history+of+matter&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=history%20of%20matter&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les questions critiques de l'histoire de la science&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/sciences/2014/05/08/01008-20140508ARTFIG00147-une-simulation-retrace-en-deux-minutes-13-milliards-d-annees-d-histoire-de-l-univers.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Certains essaient m&#234;me de mod&#233;liser l'histoire de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l'Univers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de l'Univers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Quel lien entre philosophie et politique r&#233;volutionnaire ?</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article4923</link>
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		<dc:date>2015-12-18T00:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Dialectic - Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Le signe distinctif de l'opportunisme, c'est d'abord l'hostilit&#233; &#224; la &#034; th&#233;orie &#034;. C'est tout naturel, puisque notre &#034; th&#233;orie &#034; - c'est-&#224;-dire les principes du socialisme scientifique - pose des limites tr&#232;s fermes &#224; l'action pratique &#224; la fois quant aux objectifs vis&#233;s, aux moyens de lutte, et enfin au mode de lutte lui-m&#234;me. Aussi ceux qui ne recherchent que les succ&#232;s pratiques ont-ils tout naturellement tendance &#224; r&#233;clamer la libert&#233; de man&#339;uvre, c'est-&#224;-dire &#224; s&#233;parer la pratique de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Chapter 11 : Matter depends on history - La mati&#232;re est historique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectic - Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot149" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le signe distinctif de l'opportunisme, c'est d'abord l'hostilit&#233; &#224; la &#034; th&#233;orie &#034;. C'est tout naturel, puisque notre &#034; th&#233;orie &#034; - c'est-&#224;-dire les principes du socialisme scientifique - pose des limites tr&#232;s fermes &#224; l'action pratique &#224; la fois quant aux objectifs vis&#233;s, aux moyens de lutte, et enfin au mode de lutte lui-m&#234;me. Aussi ceux qui ne recherchent que les succ&#232;s pratiques ont-ils tout naturellement tendance &#224; r&#233;clamer la libert&#233; de man&#339;uvre, c'est-&#224;-dire &#224; s&#233;parer la pratique de la &#034; th&#233;orie &#034;, &#224; s'en rendre ind&#233;pendants. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg, &#171; R&#233;forme sociale ou R&#233;volution &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel lien entre philosophie et politique r&#233;volutionnaire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3617&#034;&gt;Que vient faire la philosophie dialectique dans la politique des r&#233;volutionnaires ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3309&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le marxisme n'est-il pas la fin de la philosophie ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2809&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marxisme et philosophie, d'apr&#232;s Korsch&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3163&#034;&gt;Qu'est-ce qu'&#234;tre militant r&#233;volutionnaire, y compris quand la r&#233;volution n'est pas encore l&#224; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://ahrf.revues.org/10805&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Philosophie et R&#233;volution de Kant &#224; Marx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Portail:Philosophie_politique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Philosophie politique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.nonfiction.fr/article-7632-philosophie__marx__comment_etre_materialiste_et_revolutionnaire_a_la_fois_.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marx : Comment &#234;tre mat&#233;rialiste et r&#233;volutionnaire &#224; la fois ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1913/03/19130300.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie politique du marxisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_1961_num_11_2_392623&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marxisme et philosophie politique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3535&#034;&gt;La politique r&#233;volutionnaire a absolument besoin de la philosophie dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3094&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le combat philosophique fait-il partie int&#233;grante du combat politique &#224; mener aujourd'hui ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3048&#034;&gt;Quel travail th&#233;orique pour les militants r&#233;volutionnaires ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4708&#034;&gt;D&#233;fendre le mat&#233;rialisme en philosophie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1485&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'&#233;tait le mat&#233;rialisme en philosophie et qu'est-il aujourd'hui ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1485&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On peut penser en r&#233;volutionnaire tout en pensant l'univers comme un mat&#233;rialiste car la mati&#232;re est en r&#233;volutions&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3255&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quel lien entre Histoire, Sciences et Politique ? Quelle philosophie commune ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3414&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mat&#233;rialisme historique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2407&#034;&gt;Un monde historique, qu'est-ce que cela implique ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=KPgaUb5tzd0C&amp;pg=PA20&amp;dq=Quel+lien+entre+philosophie+et+politique+r%C3%A9volutionnaire&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=Quel%20lien%20entre%20philosophie%20et%20politique%20r%C3%A9volutionnaire&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hegel et la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=fSlCAAAAcAAJ&amp;pg=PA26&amp;dq=Quel+lien+entre+philosophie+et+politique+r%C3%A9volutionnaire&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=Quel%20lien%20entre%20philosophie%20et%20politique%20r%C3%A9volutionnaire&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Consid&#233;rations philosophiques et politiques sur la r&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=fSlCAAAAcAAJ&amp;pg=PA26&amp;dq=Quel+lien+entre+philosophie+et+politique+r%C3%A9volutionnaire&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=Quel%20lien%20entre%20philosophie%20et%20politique%20r%C3%A9volutionnaire&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire politique et philosophique de la r&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=ufHgJ963_Z0C&amp;pg=PA143&amp;dq=Quel+lien+entre+philosophie+et+politique+r%C3%A9volutionnaire&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=Quel%20lien%20entre%20philosophie%20et%20politique%20r%C3%A9volutionnaire&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie et la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=M8t04NX1vzIC&amp;pg=PA181&amp;dq=Quel+lien+entre+philosophie+et+politique+r%C3%A9volutionnaire&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=Quel%20lien%20entre%20philosophie%20et%20politique%20r%C3%A9volutionnaire&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les philosophies politiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=PoCdAgAAQBAJ&amp;pg=PT437&amp;dq=Quel+lien+entre+philosophie+et+politique+r%C3%A9volutionnaire&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=Quel%20lien%20entre%20philosophie%20et%20politique%20r%C3%A9volutionnaire&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de la philosophie politique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=bxwn5raJJ_UC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=philosophie+politique+de+platon&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0CEQQ6AEwBGoVChMI_eSzgqb-yAIVxMUUCh0wlALN#v=onepage&amp;q=philosophie%20politique%20de%20platon&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie politique de Platon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=3b8NAAAAYAAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=Les+politiques+d%27Aristote&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0CCwQ6AEwAWoVChMIlcXfr6b-yAIVBsAUCh3WBAor#v=onepage&amp;q=Les%20politiques%20d%27Aristote&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie politique d'Aristote&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=mMMinVwerUkC&amp;pg=PA130&amp;dq=la+philosophie+politique+de+marx&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=la%20philosophie%20politique%20de%20marx&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie politique de Hegel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=W_xWBAAAQBAJ&amp;pg=PT171&amp;dq=la+philosophie+politique+de+karl+marx+et+engels&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=la%20philosophie%20politique%20de%20karl%20marx%20et%20engels&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie politique de Marx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1047&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La philosophie politique de L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/interventions/%C3%A9tincelle-s%E2%80%99allume-dans-action-philosophie-praxis-dans-pens%C3%A9e-rosa-luxemburg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;orie et pratique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi m&#234;ler politique, philosophie et sciences ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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