Matière et Révolution
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Contribution au débat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la matière, de la vie, de l'homme et de la société
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69144Quatrième partie du programme révolutionnaire : nos engagements pour le futur gouvernement révolutionnaire des soviets du peuple travailleur
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http://www.matierevolution.org/spip.php?article94822026-03-12T23:10:00Ztext/htmlfrAbacar, Alex, Bianco, charlie, DD, Ephraïm, F. Kletz, Faber Sperber, Karim, Karob, Max, Mélissa, Ramata, Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed, Waraa
<p>Quatrième partie du programme révolutionnaire : nos engagements pour le futur gouvernement révolutionnaire des soviets du peuple travailleur <br class='autobr' />
Aussi étonnant que cela puisse paraitre au premier abord, ce texte proclame nos engagements dans le nouveau type de pouvoir que constituera l'Etat des conseils du peuple travailleur des villes et des campagnes. Ce n'est pas du futurisme mais un engagement pour notre action politique et sociale dès maintenant. Et on remarquera que la plupart des (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique187" rel="directory">10 - Textes programmatiques de La Voix des Travailleurs</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Quatrième partie du programme révolutionnaire : nos engagements pour le futur gouvernement révolutionnaire des soviets du peuple travailleur</h2>
<p>Aussi étonnant que cela puisse paraitre au premier abord, ce texte proclame nos engagements dans le nouveau type de pouvoir que constituera l'Etat des conseils du peuple travailleur des villes et des campagnes. Ce n'est pas du futurisme mais un engagement pour notre action politique et sociale dès maintenant. Et on remarquera que la plupart des organisations, même quand elles se disent révolutionnaires, se gardent bien de prendre des engagements sur ce qu'elles feraient en cas de révolution, sur le type de pouvoir qu'elles soutiendraient et sur la politique qu'elles y mèneraient. Elles se cachent derrière un prétendu réalisme pour ne s'engager à rien, pour ne pas rompre avec les bureaucraties syndicales, avec l'appareil politique, institutionnel, administratif, policier, militaire, carcéral et bien sûr financier et économique de l'Etat capitaliste, pour ne pas s'engager à le démolir pierre après pierre… Elles ne s'engagent pas plus à démolir l'appareil militaire que l'appareil policier, pas plus l'appareil financier que celui des trusts, pas plus l'appareil administratif que judiciaire, etc. Elles ne s'engagent même pas à ne gouverner que par des soviets de travailleurs !</p>
<p>Même les organisations qui proclament « une seule solution, la révolution », « une seule voie, celle du socialisme », « un seul but, le parti révolutionnaire » sont faussement révolutionnaires si elles n'annoncent pas dès maintenant qu'elles rompent avec toutes les forces contre-révolutionnaires, qu'elles soient réformistes politiques ou syndicales et qu'elles ne les laisseront pas diriger lors de la prochaine vague révolutionnaire. Ces organisations veulent des chèques en blanc, qu'on leur fasse confiance sans engagement, sans programme d'avenir, sans rupture complète et publique avec le monde d'hier. Une telle rupture nécessite d'exposer dès maintenant quels seront leurs objectifs et comment elles souhaitent procéder pour y parvenir. Sinon, nous n'avons aucune raison de leur faire confiance…</p>
<p>Pour notre part, nous prenons ici et aujourd'hui des engagements pour la révolution de demain qui devra, pour réussir, mettre en place des soviets et leur donner la totalité du pouvoir et des richesses, les travailleurs, tous ceux qui ne vivent que de leur travail sans exploiter personne, étant les seuls à avoir le droit de gouverner, de diriger, de décider dans le nouvel Etat et à profiter des richesses produites par la collectivité.</p>
<p>Nous nous engageons donc, en premier, à lutter pour que la totalité des décisions gouvernementales, dès les débuts du nouveau pouvoir, soient exclusivement l'émanation de conseils de travailleurs élus et révocables issus d'assemblées décisionnelles et souveraines (en somme des soviets) totalement indépendants de l'ancien pouvoir capitaliste et de ses défenseurs et profiteurs, qu'ils œuvreront exclusivement pour le bien-être de ceux qui vivent de leur travail, que celui-ci leur permette d'en vivre correctement en ayant les moyens (eux et leurs familles) de se loger, de se nourrir, de se soigner, de bénéficier de la sécurité, d'avoir droit aux loisirs, de profiter d'une bonne éducation, de participer démocratiquement à toutes les décisions. Et surtout que jamais leur travail ne bénéficie à des profiteurs et des exploiteurs, que le bénéfice de leurs efforts n'enrichisse pas des spéculateurs, des financiers, des exploiteurs.</p>
<p>Nous nous engageons à ne jamais tenir compte, dans les décisions du nouveau pouvoir, des intérêts du grand capital que ce soit celui du pays ou d'un autre pays, et toujours prendre les décisions dans le sens des intérêts du peuple travailleur qui va des salariés, des chômeurs, des retraités aux jeunes, aux femmes, aux petits paysans, aux petits pêcheurs, aux petits artisans, aux petits commerçants, aux petits camionneurs, aux taxis individuels, aux petits auto-entrepreneurs, aux petits professions libérales, aux nationalités et religions opprimées, à tous les opprimés du monde. Nous nous engageons à toujours agir pour les unir et défendre leurs intérêts contre ceux du grand capital. Nous nous engageons à ce que le nouveau pouvoir ne défende pas les intérêts d'un peuple ou d'une nation mais de tous et cherche par tous les moyens à les unir pour détruire définitivement et mondialement le capitalisme et l'impérialisme. Un Etat victorieux dans un pays ou dans une région ne devra avoir de cesse que d'en finir avec les autres Etats capitalistes et impérialistes et à faire tous les sacrifices qui seront nécessaires pour y parvenir. Nous nous engageons à ne jamais défendre un intérêt national contre l'intérêt international des exploités et opprimés.</p>
<p>Nous nous engageons à abolir toutes les lois, les règles, les mesures capitalistes dressées contre les travailleurs : code du travail, justice sociale, durée du travail, chômage, retraites, licenciements, conditions de travail, risques professionnels, horaires, pressions de l'encadrement, hiérarchie, salaires, accidents du travail, santé au travail, fautes professionnelles, etc… Nous nous engageons que les nouvelles règles ne servent qu'à renforcer collectivement le monde du travail sans accepter aucune des « lois » du grand capital. Personne n'aura plus le droit d'empêcher quiconque d'avoir les moyens de vivre et de faire vivre une famille.</p>
<p>Nous nous engageons que la guerre soit combattue à la racine par le nouveau pouvoir, en désarmant complètement la classe capitaliste, en retirant toute autorité sur les soldats à la hiérarchie militaire, en permettant aux petits soldats d'élire leurs propres conseils qui prendront les décisions aux côtés des soviets du peuple travailleur, en plaçant l'industrie d'armement, les stocks d'armes, les armes spéciales (nucléaires, chimiques, bactériologiques, etc) sous le contrôle des soviets de travailleurs et de soldats, en rendant criminelle toute liaison entre appareil militaire et intérêts capitalistes. Et, dès maintenant, cela suppose de militer pour tisser des liens entre la lutte des travailleurs et les petits soldats (et aussi les petits policiers qui refusent de participer à la répression des luttes et aux violences policières). Cela suppose de militer au sein des travailleurs en faveur des droits des petits soldats et petits policiers de s'auto-organiser, de refuser des ordres violents contre la population, etc.</p>
<p>Cela suppose de s'engager à défendre individuellement tous les petits soldats et petits policiers qui refuseront d'obéir à des ordres de violences contre la population. Cela suppose de dénoncer publiquement les organisations politiques et syndicales qui s'y refuseront. Tout comme les autres points soulevés précédemment supposent de dénoncer les organisations qui refusent d'unir toutes les nationalités, en défendant le nationalisme, qui refusent de se solidariser avec les révoltes et révolutions partout dans le monde, qui refusent de combattre leur propre impérialisme, qui défendent les intérêts d'une aristocratie ouvrière fondée sur les travailleurs les plus favorisés, etc. Dans tous les domaines, des engagements d'avenir ont une signification sur les engagements immédiats.</p>
<p>Nous nous engageons que cet Etat des soviets soit fondé sur la démolition des forces armées du grand capital et sur l'armement du peuple travailleur ! Les travailleurs devront, avant même l'avènement du nouvel Etat, être organisés partout où cela sera possible, en milices, en gardes révolutionnaires, en bataillons, en armée, etc. Nous nous engageons dès aujourd'hui à défendre auprès des travailleurs l'importance de s'armer et de s'organiser en milices ouvrières. Nous nous engageons aussi à dénoncer et démasquer toutes les organisations politiques et syndicales qui se refusent à détruire l'armement du grand capital et à favoriser l'armement du prolétariat.</p>
<p>Nous nous engageons à prendre toutes les mesures, à chaque étape de la révolution permanente, de la formation de soviets révolutionnaires à la fondation du pouvoir aux travailleurs, de la victoire de la bourgeoisie d'un pays au renversement mondial du capitalisme, au socialisme et au communisme, d'œuvrer toujours non seulement pour défendre les victoires acquises mais pour porter la lutte au-delà, pour ne pas se contenter de défendre le statu quo avec les forces ennemies encore en place, mais à chercher toujours à pousser plus loin la révolution. Nous engageons à dénoncer les partis et syndicats, qui, en période révolutionnaire, feraient semblant de vouloir la révolution, pour la diriger, la freiner, la dévoyer, la limiter, la bureaucratiser, la conserver dans des limites sociales et politiques, dans des frontières nationales, compatibles avec les forces qui subsisteraient du capitalisme.</p>
<p>Nous nous engageons à combattre toutes les formes de bureaucratisme syndical, politique, étatique, économique et autres. Cela suppose de le faire dès aujourd'hui. Les organisations qui prétendent qu'elles le feront demain sans le faire aujourd'hui ne méritent pas notre confiance. Fondamentalement, combattre le bureaucratisme, c'est toujours porter au maximum les capacités autonomes des travailleurs, toujours prendre les décisions collectivement, toujours doter la classe exploitée d'organismes fondés directement par elle pour prendre les décisions. Et la doter également des moyens de démettre ces organismes, si cela est nécessaire. Là encore, il ne faut pas dire qu'on le fera demain si on ne le fait pas aujourd'hui !</p>
<p>Bien sûr, la révolution ne peut pas toujours aller de l'avant, parfois il faut même reculer momentanément. Nous nous engageons à dire à chaque étape la vérité aux travailleurs, à ne pas camoufler des reculs, à ne pas les présenter comme des victoires, à ne pas enlever aux travailleurs les moyens d'analyser les forces en présence, les stratégies, les tactiques nécessaires. En somme, nous nous engageons à ne jamais traiter le prolétariat comme des moutons devant suivre des bergers (même si ceux-ci se disent révolutionnaires) !</p>
<p>Nous nous engageons à construire un Etat des soviets qui ne remplace pas les soviets, qui ne supprime pas l'auto-organisation des travailleurs et qui soit un Etat visant à… sa propre suppression. Car le but de la révolution n'est pas la prise du pouvoir mais le socialisme et le communisme. Et dès lors, la révolution vise finalement à la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme, la suppression des classes sociales et de l'Etat… Cela se voit dès aujourd'hui, dans le comportement des organisations politiques et syndicales, quand elles ne s'orientent pas du tout dans cette direction. Toute organisation prête à diriger une lutte par les appareils bureaucratiques et sans auto-organisation des travailleurs, n'est pas de notre côté et doit être dénoncée publiquement.</p>
<p>Les engagements d'un tel gouvernement prolétarien révolutionnaires sont multiples et j'en cite en vrac quelques unes sous forme de ce qui sera inadmissible pour ce pouvoir : interdiction de remettre les enfants mineurs entre les mains des prêtres de toutes religions, interdiction de toutes les formes du patriarcat, interdiction de payer les dettes des capitalistes, interdiction de laisser des armes à quiconque n'obéit pas au pouvoir des travailleurs, interdiction de diffuser le racisme, la xénophobie, le nationalisme, la division des êtres humains sous toutes ses formes, interdiction de tout pouvoir d'anciens capitalistes, interdiction de licencier, d'expulser, d'emprisonner pour dettes personnelles, interdiction de soumettre de force des enfants, interdiction d'emprisonner des enfants, interdiction d'exploiter des enfants, interdiction de fanatiser des enfants, etc.</p>
<h2 class="spip">Nous engageons que toutes les richesses appartiennent au peuple travailleur !</h2>
<p>Tout est à nous ! Rien n'est à eux ! Tout ce qu'ils ont, ils nous l'ont volé ! Capital, entreprises, biens, et même leurs armes, même leur pouvoir !</p>
<p>Ceux qui travaillent nous habiller doivent pouvoir s'habiller, ceux qui se chargent de nos enfants doivent avoir les moyens de se charger de leurs enfants, ceux qui produisent notre nourriture doivent pouvoir se nourrir, ceux qui nous transportent doivent avoir les moyens de se transporter, ceux qui nous soignent dans les hôpitaux et les EPHAD doivent pouvoir protéger leur santé, ceux qui s'occupent de nos enfants dans les crèches, écoles et chez les nounous doivent pouvoir s'occuper de leurs enfants, ceux qui fabriquent des automobiles doivent en voir une, ceux qui fabriquent des logements doivent en avoir un, ceux qui font des routes ne doivent pas être à la rue, ceux qui travaillent dans les banques doivent avoir des sous en banque, ceux qui travaillent doivent vivre de leur travail et pas seulement enrichir ceux qui ne travaillent pas… Ceux qui produisent toutes les richesses ne doivent pas être les seuls à ne pas en bénéficier. En fait, ceux qui produisent n'ont pas d'autre solution pour ne pas devenir des esclaves que de prendre collectivement la totalité du pouvoir et des richesses et de n'en avoir aucune.</p>
<p>Ceux qui produisent des biens doivent posséder collectivement ces richesses, ils doivent posséder collectivement le pouvoir, ils doivent s'organiser pour cela en classe dirigeante, ils doivent refuser tout pouvoir et toute mainmise sur les richesses aux exploiteurs.</p>
<p>« Les aides sociales, coûtent un pognon de dingues », qu'il disent les gouvernants pourris !!!</p>
<p>Pour nous qui ne vivons que de notre travail, et de plus en plus durement, le grand capital nous coûte un pognon de dingues !!!</p>
<p>Tout est à nous ! Tout ce qu'ils ont dans leurs coffre-forts, ils nous l'ont volé !</p>
<p>La seule manière de combattre à la fois l'effondrement de la confiance des prolétaires en leur propre force liée à la perte des emplois, la perte de boussole liée au désaveu de la démocratie capitaliste et à la montée de l'extrême droite et aux dévastations de la misère, de la peur, de la guerre, de la haine qui montent dans le monde capitaliste est d'affirmer la perspective socialiste liée à l'auto-organisation du peuple travailleur. La principale force du peuple travailleur, c'est d'être la seule classe sociale porteuse d'une nouvelle société débarrassée de toutes les tares du système d'exploitation aujourd'hui historiquement dépassé avant même d'avoir été renversé de manière révolutionnaire.</p>
<p>Voilà l'orientation qui peut diriger demain un nouveau mouvement des gilets jaunes afin d'en finir avec l'Etat des milliardaires, la loi des milliardaires, la justice des milliardaires et l'économie des milliardaires et instaurer l'ordre et la démocratie de tous ceux qui ne vivent que de leur travail, tout un programme !!!</p>
<p>L'avenir de l'humanité passe inéluctablement par la mise en place mondiale de soviets de travailleurs et par leur prise de la totalité du pouvoir et des richesses...</p>
<p>TOUT EST A NOUS ! NOUS VOULONS TOUT !</p>
<p>NOUS NE LAISSERONS RIEN AUX MILLIARDAIRES ET A LEURS COPAINS DU POUVOIR !</p>
<p>Blanqui disait déjà : « qui fait la soupe doit la manger » !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4305" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4305</a></p>
<p>Marx a dit la raison de la soumission des salariés</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-2G.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-2G.htm</a></p>
<p>Nous ne sommes rien, soyons tout !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5180" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5180</a></p>
<p>Rien en effet dans ce système social parvenu à une impasse historique, incapable de faire autre chose que déchirer le consensus social de la démocratie bourgeoise, de faire reculer tous les acquis sociaux, d'abandonner tous les progrès du niveau de vie de la population, tous les droits sociaux et démocratiques.</p>
<p>Rien effectivement pour le prolétariat : rien comme part du profit, rien comme part de la propriété capitaliste, rien comme part du pouvoir dans l'entreprise et hors de l'entreprise, rien comme droit politique, rien comme droit d'expression, au travail comme hors du travail, aucune représentations parlementaire, gouvernementale, institutionnelle, administrative, dans les conseils d'administration, chez les boursicoteurs, chez les spéculateurs, chez les banquiers, dans les trusts. Dans tout ce qui compte en règne capitaliste, le prolétariat ne représente rien qu'un poids lourd, une gêne, une menace, un coût, un risque social et politique. C'est parce que le prolétariat est redevenu « une classe dangereuse » à leurs yeux qu'ils veulent la frapper, démontrer qu'ils sont capables de la battre, qu'ils veulent en découdre, qu'ils provoquent, mènent des attaques multiples, lancent des déclarations accusatrices et menaçantes.</p>
<p>Rien non plus au sein de l'entreprise : pas le droit d'y prendre la parole, de s'y réunir, d'y rédiger et distribuer des tracts, rien pour y élire des délégués, les réunir, les coordonner entre les secteurs et les entreprises (les appareils syndicaux reconnus par patronat et gouvernement en ont le monopole), rien pour discuter de leurs points de vue, pour échanger des avis sur la situation et la manière d'y faire face.</p>
<p>Les prolétaires ne sont rien ! Rien dans le gouvernement, rien dans les trusts, rien dans les banques, rien dans la part de richesse, rien dans le capital, rien dans les décisions, rien dans le pouvoir !</p>
<p>Dans tous les mouvements, la principale tromperie a toujours été de mise chez les prétendus représentants politiques et syndicaux du peuple : cacher le vrai but des exploités, des opprimés, de tous les pauvres. Et cet objectif, sans cesse occulté, aujourd'hui comme hier est celui-ci : nous voulons gouverner par nous-mêmes, gérer les biens que nous produisons par nous-mêmes et ne laisser aucun pouvoir aux bandits qui nous dirigent et nous ont dirigé ou encore qui prétendent à nous diriger à l'avenir et qui ne veulent nullement renverser l'ancien système tout pourri et décrépi.</p>
<p>Eh oui, ce sont des balivernes parce que, devant l'animal féroce, sauvage et affamé, il ne sert à rien de se modérer : c'est ou lui ou nous. Le capitalisme parvenu à son terme est pire qu'un animal sauvage. On ne le convaincra pas de renoncer à sa proie, c'est ou lui ou nous.</p>
<p>Et surtout, tous ces faux amis affirment que le peuple ne peut pas gouverner par lui-même, décider par lui-même ni même s'organiser par lui-même pour mener à une nouvelle société où le peuple possèdera lui-même toutes les richesses qu'il a produites ! Ces faux amis, qui ne se sont jamais soumis aux suffrages réels et directs du peuple travailleur, qui sont par contre soumis au pouvoir des milliardaires, même s'ils le critiquent pour le réformer prétendent-ils, affirment que nous n'avons pas besoin d'assemblées souveraines, pas besoin de comités, de conseils, d'élus directs du peuple travailleur car leurs partis et syndicats seraient largement suffisants pour nous représenter ! Tous disent que leurs programmes répondent à nos aspirations mais aucun n'introduit nos objectifs dans leurs programmes.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4835" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4835</a></p>
<p>Et, tout d'abord, nous devons avoir notre propre politique, notre propre grève, notre propre lutte sociale, organisée et dirigée par nous-mêmes !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1034" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1034</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6105" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6105</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5192" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5192</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1733" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1733</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article413" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article413</a></p>
<p>Et nos propres élus, nos propres délégués, pas ceux des élections bourgeoises et des appareils syndicaux !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5827" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5827</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5351" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5351</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2210" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2210</a></p>
<p>Partager les richesses ? Avec les exploiteurs ? Tromperie !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7365" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7365</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1390" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1390</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article137" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article137</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4267" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4267</a></p>
<p>Notre revendication la plus modeste : nous voulons TOUT !!!</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5222" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5222</a></p>
<p>Pas seulement changer la répartition mais le mode de production…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4267" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4267</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8434" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8434</a></p>
<p>Et aussi prendre la totalité du pouvoir !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3988" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3988</a></p>
<p>Pour se protéger contre toutes les attaques politiques, sociales, fascistes et guerrières, le monde du travail doit gouverner lui-même !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004</a></p>
<p>Détruire le pouvoir du capital ou détruire la classe ouvrière, il n'y a pas d'autre choix</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3988" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3988</a></p>
<p>N'ayons pas peur de le dire : ce qu'il nous faut c'est la totalité du pouvoir : la direction de toute la société par les soviets et la dictature du prolétariat !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6870" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6870</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8277" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8277</a></p>
<p>TRAVAILLEURS ! C'EST A NOUS DE GOUVERNER MAINTENANT !</p>
<p>La seule réponse à la crise mondiale économique, sociale, sanitaire, politique et militaire du système capitaliste est celle-ci : le gouvernement des travailleurs !</p>
<p>Face à l'effondrement généralisé qui frappe violemment toute la société dans tous les pays, dans tous les domaines, à tous les niveaux, on nous bassine partout avec des réponses sur ce que nous devrions souhaiter que fassent les gouvernants, que ce soient en termes économiques ou sociaux ou en termes sanitaires. Chacun y va de ses propositions au pouvoir en place, c'est-à-dire au règne des capitalistes et de leurs servants politiciens. Nous avons déjà de multiples réponses à l'œuvre dans le monde puisque les gouvernants des différents pays se sont gardés de donner exactement les mêmes réponses, que ce soit face à la pandémie ou face à la chute économique et sociale. Cependant, toutes ces réponses restent dans le même cadre : celui du maintien à tout prix du système en place, du capitalisme et de ses conséquences qui aujourd'hui sont la chute inexorable du mode de production comme du mode de vie qui lui était attaché, la chute violente de la santé publique en faisant clairement partie.</p>
<p>En plus des politiques des gouvernants, parmi les propositions qui leur sont faites, on peut citer celles des partis de gauche, des écologistes, des syndicalistes, des autres démocrates, de nombreux associatifs, etc., en somme de tous les réformistes, qui divergent sur presque tout sauf sur le fait qu'il n'est nullement question actuellement de se débarrasser du vieux système d'exploitation et qu'il faut, au contraire, défendre l'économie, tout en prétendant défendre ainsi les intérêts de la population !</p>
<p>Nos mesures économiques et sociales ont un sens très simple : fini l'intérêt des seuls possesseurs de capitaux et vive la défense des intérêts du monde du travail !</p>
<p>Le type de mesures qui en découlent n'a rien de sorcier : interdit de licencier, interdit de jeter à la rue, interdit de couper l'électricité, le gaz, le téléphone, interdit de fermer le compte en banque, interdit de contraindre un petit indépendant à la faillite, interdit de saisir les biens des démunis, interdit de refuser la nourriture, la santé, l'éducation aux plus démunis, etc.</p>
<p>Comment nous financerons de telles mesures ? Ce n'est pas un mystère ! Finis les cadeaux sur fonds publics aux capitalistes, aux financiers, aux banquiers, aux boursicoteurs, aux spéculateurs, aux assureurs, à tous les possesseurs de capitaux, aux propriétaires actuels des usines, des bureaux et des capitaux. L'argent de tous ces gens-là a été volé au peuple travailleur et retourne au peuple travailleur ! Voilà de grands moyens pour des grandes mesures publiques comme la mise en place d'un vrai service public de santé, avec multiplication des moyens et d'abord des effectifs en personnels de santé. Voilà les moyens financiers d'une lutte massive contre la pandémie ! Cela signifie des embauches massives pour des ouvertures massives de lits d'hôpitaux et des augmentations conséquentes des salaires ! Assez par contre de l'argent de l'hôpital public pour nourrir les trusts pharmaceutiques, de matière médical ou la santé privée…</p>
<p>Quant aux consignes de sécurité au travail, elles doivent être mises en place par des comités de travailleurs et pas par des directions aux mains des capitalistes ! Et les mesures nationales elles-mêmes doivent être décidées par des délégués élus de ces comités à un échelon plus élevé et les décisions mises en œuvre sous le contrôle des comités locaux.</p>
<p>Non aux mesures antisociales et antidémocratiques sous prétexte de covid ! Les armées permanentes et polices répressives de la bourgeoisie sont dissoutes et font place au peuple en armes ! Non à l'armement des militaires et paramilitaires, oui à l'armement des travailleurs !</p>
<p>Les médias aux mains des capitalistes, c'est fini : le peuple travailleur a toute liberté d'expression !</p>
<p>Oui aux mesures de « barrière sociale » mais cette fois entre le Capital et le Travail !</p>
<p>Non aux masques qui cachent la politique du capital derrière un soi-disant intérêt national ! Oui aux masques qui protègent du virus, et financés sur fonds publics !</p>
<p>Oui au confinement de tous les profiteurs privés dans une île déserte : ils sont nuisibles même en quarantaine ! Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !</p>
<p>Oui à l'action politique de ceux qui ne vivent que de leur travail ! Non à la magouille démagogique des politiciens capitalistes, de gauche, de droite et d'extrême droite !</p>
<p>Non à l'hypocrisie qui se cache derrière la pandémie pour imposer des mesures liberticides ! Oui à la liberté des exploités et opprimés défendue par eux-mêmes !</p>
<p>Tous ceux qui le veulent et le peuvent du point de vue de leur santé et de leurs charges familiales doivent trouver du travail ! Tous ceux qui travaillent doivent avoir les moyens corrects de vivre et faire vivre leur famille mais qui ne travaille pas n'a pas à recevoir des revenus de son oisiveté dorée de paresseux milliardaire !</p>
<p>Non aux prétendus sauveurs ! Travailleurs, sauvons nous nous-mêmes !</p>
<p>Oui à l'auto-organisation du monde du travail, seule habilitée à décider par elle-même ce qui devra être fait !</p>
<p>A bas le pouvoir capitaliste mais vive le pouvoir aux travailleurs !</p>
<p>La santé, la sécurité, le bien-être, la paix, la vie de la population travailleuse ne sont plus du tout compatibles avec le capitalisme finissant et il faut donc en finir rapidement avec lui ! Vive le socialisme par le pouvoir aux travailleurs ! Vive le gouvernement du peuple travailleur par lui-même à l'échelle mondiale !!!</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5314" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5314</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2962" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2962</a></p>
<h2 class="spip">En avant vers le gouvernement ouvrier révolutionnaire !</h2>
<p>Et servons-nous de cette perspective pour démasquer dès à présent tous nos faux amis !</p></div>
3e partie de Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ?
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9411
http://www.matierevolution.org/spip.php?article94112026-03-07T23:28:00Ztext/htmlfrAbacar, Alex, Bianco, charlie, DD, Ephraïm, F. Kletz, Faber Sperber, Karim, Karob, Max, Mélissa, Ramata, Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed, WaraaParti révolutionnaire - Revolutionnary party
<p>« Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? » <br class='autobr' /> (Troisième partie du programme de La Voix des Travailleurs) <br class='autobr' />
Ne croyez jamais sur parole, demandez le programme et vérifiez qu'il est traduit en actes politiques et syndicaux ! <br class='autobr' />
Sommaire de la troisième partie <br class='autobr' />
1- L'humanité se relèvera, le capitalisme jamais ! <br class='autobr' /> 2- Quelles sont les bases communes des communistes révolutionnaires ? <br class='autobr' />
3- Mais il ne s'agit pas de faire de la particularité des communistes révolutionnaires un (…)</p>
-
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique187" rel="directory">10 - Textes programmatiques de La Voix des Travailleurs</a>
/
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag">Parti révolutionnaire - Revolutionnary party</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">« Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? »
<p> (Troisième partie du programme de La Voix des Travailleurs)</p>
</h2>
<p>Ne croyez jamais sur parole, demandez le programme et vérifiez qu'il est traduit en actes politiques et syndicaux !</p>
<h2 class="spip">Sommaire de la troisième partie</h2>
<p>1- L'humanité se relèvera, le capitalisme jamais !</p>
<p> 2- Quelles sont les bases communes des communistes révolutionnaires ?</p>
<p>3- Mais il ne s'agit pas de faire de la particularité des communistes révolutionnaires un moyen de nous placer au-dessus ni à l'écart au sein du prolétariat.</p>
<p> 4- La question de la révolution permanente</p>
<p> 5- La question du fascisme</p>
<p>6- La question de la guerre</p>
<p> 7- La question du programme révolutionnaire</p>
<p> 8- La question de l'Etat</p>
<p>9- La question de la religion</p>
<p>10- La question des paysans</p>
<p>11- La question des femmes</p>
<p>12- La question de la science</p>
<p>13- La question de la théorie et de la philosophie</p>
<p>14- La question syndicale</p>
<p>15- La question des soviets</p>
<p>16- La question de l'internationale</p>
<p>17- La question nationale</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article9128" class="spip_out" rel="external">Lire ici la première partie de « Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? »</a></p>
<h2 class="spip">Sommaire de la première partie</h2>
<p>1- LES BASES PHILOSOPHIQUES ET THEORIQUES DU PROGRAMME COMMUNISTE ET DE LA REVOLUTION SOCIALISTE</p>
<p>2- LA POLITIQUE ET LE PROGRAMME DES COMMUNISTES REVOLUTIONNAIRES</p>
<p>3- L'ACTUALITÉ INTERNATIONALE DE LA RÉVOLUTION ! POURQUOI LA RÉVOLUTION SOCIALISTE NE PEUT ÊTRE QUE MONDIALE ?</p>
<p>4- UN PROGRAMME D'ACTION LIANT REVENDICATIONS IMMEDIATES ET LA PERSPECTIVE DE REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE A LA PRISE DU POUVOIR PAR LE PROLETARIAT ALLIÉ AU PEUPLE TRAVAILLEUR !</p>
<p>5- UN PROGRAMME D'ACTION CONTRE LA VIE CHERE, LA MISERE ET LA GUERRE !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article9204" class="spip_out" rel="external">Lire ici la deuxième partie de « Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? »</a></p>
<h2 class="spip">Sommaire de la deuxième partie</h2>
<p>1- A L'EPOQUE IMPERIALISTE, UN PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE DOIT NECESSAIREMENT ETRE INTERNATIONAL ET NON NATIONAL</p>
<p>2- LA LUTTE ANTI IMPERIALISTE ET ANTI COLONIALE CONTRE L'IMPERIALISME ET LE COLONIALISME : LA QUESTION DU DROIT A L'AUTO-DETERMINATION ET LA QUESTION NATIONALE</p>
<p>3- LA LUTTE CONTRE L'IMPÉRIALISME ET LA GUERRE SUPPOSE LA LUTTE CONTRE LE RÉFORMISME BOURGEOIS ISSU DE RÉFORMISME OUVRIER ET QUI GANGRÈNE ENCORE LE PROLÉTARIAT !</p>
<p>4- LE PARTI COMMUNISTE RÉVOLUTIONNAIRE OU LE PARTI MONDIAL DE LA RÉVOLUTION SOCIALISTE</p>
<p>TROISIEME PARTIE DU PROGRAMME</p>
<h2 class="spip">L'humanité se relèvera, le capitalisme jamais !</h2><h2 class="spip">Les travailleurs révolutionnaires, les femmes, les jeunes, les petits paysans pêcheurs artisans commerçants et auto-entrepreneurs, l'humanité, le communisme, tous se relèveront ensemble, mais le capitalisme, lui, ne se relèvera jamais ! Il a atteint des limites indépassables, non seulement du point de vue des exploités et des opprimés mais aussi du point de vue de son propre système. </h2>
<p>Yémen, Gaza, Soudan, Mali, Ukraine, Zaïre, Rwanda, Afghanistan, Pakistan, Sahel, Burkina Faso, Syrie, Liban, Cisjordanie, rien que des massacres voulus, approuvés, organisés, armés par les grandes puissances impérialistes ! Et il n'y pas que les guerres et les guerres civiles ! Il y a les dictatures, les fascismes qui s'étendent partout ! De même que les révoltes et révolutions s'étendent partout, en Asie, en Afrique, en Amérique du sud, en Europe…</p>
<p>La plupart des pays du monde ont connu des révoltes et révolutions depuis 2010, suite à l'effondrement économique capitaliste de 2007-2008. La pandémie covid-19, encore une horreur mondiale due au capitalisme, a partiellement étouffé la révolte à partir de 2019. Et les politiques dictatoriales soi-disant anti-covid ont fait le reste.</p>
<p>Pendant que les horreurs dues aux Etats capitalistes s'aggravent sans cesse, les révoltes et révolutions témoignent des capacités de courage, de dévouement, de solidarité, de spontanéité, d'auto-organisation des jeunes, des femmes, des travailleurs des villes et des campagnes, et montrent d'où viendra l'avenir de l'humanité : du peuple travailleur révolutionnaire.</p>
<p>Ce caractère mondial des révolutions et des contre-révolutions démontre que c'est bien les fondements du monde qui sont ébranlés et non tel ou tel régime (Moubarak ou Ben Ali), telle ou telle région (monde arabe ou Afrique), tel ou tel gouvernement, telle ou telle situation particulière (des femmes, des jeunes, des plus démunis, etc.), telle ou telle usure du pouvoir, telle ou telle situation politique ou économique particulière qui sont en cause. Cela touche aussi bien les pays riches que les pays pauvres, les pays occidentaux que orientaux, du nord et du sud, de l'est et de l'ouest, les dictatures que les prétendues démocraties.</p>
<p>Une telle situation mondiale a une cause qui est fondamentalement économique (la saturation en capitaux par rapport aux capacités limitées des investissements productifs) et c'est le résultat inévitable de la chute historique, elle aussi mondiale, du système de domination capitaliste (de son mode de production) qui a atteint ses limites et ne peut plus se relancer. En effet, ce qui a causé la chute mondiale des marchés capitalistes en 2007 et qui continue de saper l'économie capitaliste n'est ni une récession, ni l'inflation, ni la démondialisation de Trump, ni les effondrements des monnaies, ni les bulles boursières, ni les problèmes de l'énergie, ni la faillite des Etats et des banques centrales, tout cela n'étant que des conséquences.</p>
<p>On ne peut pas prédire de quoi l'avenir sera fait (à quel moment, à quel rythme, pour quelle raison occasionnelle, cette chute se produira, avec quel point de départ, avec quelle conséquence), mais on peut être certains d'une chose : le système à l'agonie nous menace tous de mort, de barbarie, de violences de masse, quel que soit notre pays, notre région, nos situations, nos origines, etc.</p>
<p>Ce qui est certain aussi, c'est que la cause principale n'est pas ce que l'on nous en dit : crise climatique, crise migratoire, crise écologique, crise démographique, crise pandémique, crise des dépenses de l'Etat, crise énergétique, crise générationnelle, crise interethnique, interreligieuse, inter-civilisationnelle, crise est-ouest, crise djihadiste et terroriste, crise des bitcoins, crise de l'IA, crise guerrière, crise de la mondialisation ou de la financiarisation, crise de la robotisation, etc. La cause n'est même pas la misère des plus démunis et le grand écart entre riches et pauvres, ni la révolte des peuples. La cause est économique et pourtant, ce n'est même pas une crise classique du capitalisme.</p>
<p>Le capitalisme pourrait parfaitement se remettre de n'importe laquelle des crises que nous venons de citer et même de toutes mais pas du problème crucial et fondamental qui le mine depuis le début des années 2000 : la saturation complète de l'accumulation des capitaux. La quantité mondiale du capital a augmenté de manière folle toutes les dernières décennies et on pourrait se dire que c'est un grand succès pour le grand capital. Seulement c'est un succès qui dépasse ses capacités… Où placer tous ces capitaux ? Dans la sphère des investissements productifs s'investit une part sans cesse plus faible du capital total qui peut s'investir. Du coup, il devient vital que les Etats et les banques centrales comme les particuliers détenteurs de capitaux inventent des investissements non productifs nouveaux et en quantité. En s'aidant des spéculations, des dettes publiques et privées, des bitcoins, de l'intelligence artificielle et autres, on peut sans cesse créer des faux investissements et qui rapportent vraiment de l'argent. Mais toutes ces méthodes artificielles pour offrir des profits aux capitaux ont un défaut majeur : elles accroissent follement la masse des capitaux qui ne se tournent pas vers l'investissement productif et la part de ces capitaux dans le capital total grandit sans cesse, contribuant à serrer le nœud qui étouffe le système capitaliste. Car la spéculation permet à un capitaliste de s'enrichir mais pas au système tout entier de s'enrichir. La richesse du capitalisme est toujours fondamentalement provenue de l'exploitation du travail humain (la plus-value accroissant le capital par son réinvestissement productif), même si les capitalistes ont toujours entretenu l'illusion que ce seraient eux, le Capital et non le Travail, qui créeraient de la richesse. Or ce système n'a jamais été capable de vivre sans accroitre sans cesse le capital. Seules de brèves chutes des profits (les crises capitalistes) étaient tolérables et la destruction de capital qu'elles engendraient était compensée par le fait que ces crises épuraient le capitalisme de ses canards boiteux, lui permettant de repartir de plus belle. Dans la situation actuelle, une telle crise n'est plus tolérable pour le capitalisme car il la juge « systémique », ce qui signifie qu'une simple crise de régulation menacerait de mort le système tout en entier !</p>
<p>Nous ne pouvons pas empêcher le capitalisme de s'effondrer n'en déplaise à tous les fans des « solutions » réformistes. Nous ne pouvons que nous saisir de la situation et tenter de transformer chaque faiblesse du système en armes des prolétaires révolutionnaires.</p>
<p>En somme, nous n'avons ni à rire ni à pleurer sur la fin du capitalisme. C'est lui-même qui est la cause de cette autodestruction et qui annonce sa mort en sonnant le glas par maints symptômes plus atroces les uns que les autres. Aucune raison de regretter le vieux système d'exploitation et d'oppression, mais pas de raison de se réjouir non plus car rien n'est réglé et seule l'intervention directe du prolétariat révolutionnaire peut nous permettre de tourner la page de l'Histoire de l'humanité.</p>
<p>Et plus les classes possédantes se convainquent que leur avenir est bouché, plus ils manipulent le racisme, le machisme, le fascisme, toutes les haines, toutes les peurs, toutes les divisions, tous les fantasmes, toutes les inepties, tous les appétits sales, horribles, toutes les brutes galonnées sanguinaires, tous les meurtriers, tous les terroristes du monde entier. La barbarie ne meurt pas en même temps que le capitalisme, elle s'accroit jusqu'au triomphe de la révolution sociale !</p>
<p>Les révoltes et révolutions ont agi dans le sens diamétralement opposé à cette montée de la barbarie dans les actes et dans les esprits. Là où les peuples sont le plus durement divisés en ethnies, en clans, en couleurs de peaux, en origines diverses, en religions, en régions, entre nationaux et migrants, entre hommes et femmes, entre riches et pauvres, ces mouvements de masse ont justement mis en avant tous les opprimés et tous les exploités, tous unis, reniant souvent le poids oppressif de tout un vieux passé (les femmes en tête en Iran comme en Tunisie, en Algérie, en Egypte ou au Soudan, les ethnies et clans balayés au Liban, par exemple).</p>
<p>Mais les Etats, ces pouvoirs du grand capital, sont plus présents que jamais, disent les sceptiques en ce qui concerne la mort du capitalisme. Oui, mais le système ne peut se contenter des aides étatiques pour survivre. Son fonctionnement économique est bien plus important. Plus il fait appel au soutien des Etats et des banques centrales plus sa chute s'aggrave car la part des capitaux non issus du secteur productif grandit d'autant plus et la plus-value n'est plus à la base du profit. Un capitaliste individuel se moque d'où vient l'argent pourvu qu'il remplisse sans cesse davantage les coffres mais le système tout entier ne peut pas s'en moquer ! Et le capitalisme accumule des capitaux sans accroitre la richesse réelle. Le gouffre grandit qui sépare la richesse fictive de la richesse réelle. Au point que ce gouffre fait peur aux classes dirigeantes elles-mêmes et les pousse dans les voies folles de la marche à la guerre mondiale, au fascisme mondial, à la dictature et aux massacres de masse menaçant toute l'humanité… Tout cela vaut mieux aux yeux des classes possédantes que les risques mortels de la révolution sociale renversant définitivement le pouvoir économique et politique de la classe capitaliste !</p>
<h2 class="spip">Pour le peuple travailleur, la révolution socialiste demandera de grands efforts mais elle nous coutera moins cher que les souffrances que les classes dirigeantes nous préparent !</h2>
<p>La crise du capitalisme et les perspectives pour les révolutionnaires</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1135" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1135</a></p>
<p>Le système capitaliste a-t-il déjà chuté de lui-même ou ne pourra-t-il chuter que par la révolution ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5988" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5988</a></p>
<p>La situation actuelle du capitalisme, est-ce une crise classique ou quoi d'autre ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1794" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1794</a></p>
<p>Le point de vue de l'économiste François Chesnais sur la fin du capitalisme</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/chesnais/limites_infranchissables.pdf</a></p>
<p>Crise grave, crise systémique ou bout du monde pour le capitalisme ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2431" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2431</a></p>
<p>Capitalisme : de la construction à la destruction</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5939" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5939</a></p>
<p>L'humanité est frappée mortellement mais c'est le grand capital qui est en soins palliatifs</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6106" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6106</a></p>
<p>Comment nous allons vivre l'effondrement du capitalisme</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6960" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6960</a></p>
<p>Les théories de l'effondrement capitaliste, adeptes et détracteurs</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7441" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7441</a></p>
<p>Le capitalisme à l'agonie</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4518" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4518</a></p>
<p>Le capitalisme meurt d'avoir... trop bien réussi à accumuler du capital</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7478</a></p>
<p>Agir contre ses propres principes en s'autodétruisant, personne n'imagine le capitalisme faire cela et pourtant…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7556" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7556</a></p>
<p>Crise ou mort du capitalisme ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1976" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1976</a></p>
<p>Quand les gouvernants en sont réduits à la seule violence directe, c'est que la dynamique capitaliste est morte</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6174" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6174</a></p>
<p>Quel avenir pour le capitalisme ? ou quand la bourgeoisie mondiale serre les fesses…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4084" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4084</a></p>
<p>Pourquoi la dynamique du capitalisme se heurte à ses propres limites : son succès lui-même étouffe dans les limites de la propriété privée des moyens de production</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3250" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3250</a></p>
<p>Les crises « classiques » ne sont plus possibles pour le système (trop dangereuses) et pourtant elles permettaient de le réguler</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3771" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3771</a></p>
<p>Le système de cavalerie financière à la Madoff, une survie illusoire d'un capitalisme mondial en bout de course</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4561" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4561</a></p>
<p>Capitalisme : chronique d'une mort annoncée</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4686" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4686</a></p>
<p>Le capitalisme est-il mort ou vivant ? - Sur quels critères se fonder ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1975" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1975</a></p>
<p>Le capitalisme déliquescent et sous perfusion, plus antisocial et sanglant que jamais, est encore plus incompatible avec la liberté des femmes…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7743" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7743</a></p>
<p>Et si l'humanité changeait... de mode de production</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8434" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8434</a></p>
<p>Le grand capital a encore peur... du communisme !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7912" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7912</a></p>
<p>Quel avenir : la barbarie de masse…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7694" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7694</a></p>
<p>… ou l'humanité maitresse d'elle-même ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073</a></p>
<h2 class="spip">Quelles sont les bases communes des communistes révolutionnaires ?</h2>
<p>1°) Ce qui caractérise les communistes révolutionnaires, c'est qu'ils ne défendent pas « leur » pays, « leur » entreprise, ni « leur » ville, ni « leur » département, ni « leur » région, ni « leur » département, ni « leur » Etat, car ils savent que rien ne sera vraiment à eux tant que les capitalistes auront capital et pouvoir et que rien ne sera à eux de manière individuelle mais collectivement. Ils n'appellent aucun patron, aucun Etat à les sauver, ils ne comptent sur aucune institution de la bourgeoisie, ils ne sèment aucune illusion sur aucun système politique bourgeois, pas plus la démocratie que la dictature ou le fascisme, car ils savent que la guerre et le fascisme sont d'abord des politiques bourgeoises qu'aucune entente avec les forces bourgeoises ne peut résoudre.</p>
<p>Aujourd'hui, alors que le système capitaliste est à l'agonie, suite à l'effondrement de 2007-2008 et pour des raisons qui n'ont rien d'accidentel et qui touchent aux fondements même du système (l'accumulation du capital est définitivement en panne), alors que le prolétariat ne dispose nulle part de partis révolutionnaires, qu'aucun courant révolutionnaire n'est en état de relever le parti du prolétariat, il est d'autant plus urgent que les révolutionnaires unissent leurs forces au sein des luttes sociales et politiques sur les bases communes indiquées plus haut et qui ne se résument nullement à une fausse unité, à un programme purement revendicatif même radical, à un simple activisme commun et qui nécessite de poursuivre en même temps le débat politique sur les divergences, sans jamais succomber aux tendances sectaires ni aux tendances opportunistes, et sans réaliser des ententes sans principes.</p>
<p>Cela nécessite de cesser de considérer que le capitalisme va une fois encore s'en sortir, qu'il va renaître de sa crise, qu'il va repartir. Il faut prendre en compte la nouvelle situation : désormais le capitalisme est du passé, même si, dans la transition actuelle où toutes les forces du capital sont bandées pour faire durer la situation d'agonie, où tous les soins palliatifs sont mobilisés pour détourner les risques révolutionnaires, le prolétariat ne manifeste pas une volonté ferme de prendre la tête de ses propres luttes sociales ou politiques et encore moins de prendre la tête de l'humanité en supprimant la propriété privée par une infime minorité des moyens de production et des capitaux.</p>
<p>C'est cependant cette perspective qui doit être défendue par les militants communistes révolutionnaires et ils ne doivent pas le faire dans des cénacles, à l'écart de la lutte des classes quotidienne, mais au contraire au sein des combats de classe, grands et petits, qui seuls peuvent permettre à la classe ouvrière de mesurer ses amis et ses ennemis, et distinguer les vraies perspectives des fausses.</p>
<p>2°) Les communistes révolutionnaires participent à la politique, à la lutte sociale, au combat d'idées, mais ce qui les distingue d'abord c'est qu'ils n'ont pas d'intérêts individuels et « pas d'intérêts d'organisation à défendre » comme le rappelait Marx dans « Le Manifeste communiste ». Ils ne luttent pas seulement pour construire un parti ou un syndicat, pour réussir telle ou telle lutte, ni seulement pour défendre des aspirations des travailleurs. Ils luttent avec et pour l'humanité, une humanité libérée de ses entraves, de ses chaînes, de ses bourreaux et aussi de ses trompeurs.</p>
<p>3°) Se revendiquer du communisme, du socialisme révolutionnaire, du léninisme, du trotskisme, de la révolution russe, etc., ne doit pas être comme un amour platonique, un joli ornement d'une réalité qui n'aurait rien à voir. Les organisations et les militants qui s'en réclament doivent aussi démontrer que cela change complètement leur politique dès maintenant et que cela les engage de manière précise sur l'avenir. Ceux qui, au nom du réalisme, du retard de la révolution, du recul du communisme et autres prétextes malhonnêtes, affirment qu'ils appliqueront ces idées quand la situation changera ne sont que des vendeurs de rêves qui distribuent une marchandise trompeuse. On a bien connu la social-démocratie qui était révolutionnaire pour l'avenir mais pas pour le présent et qui, quand l'heure de la révolution a sonné, s'est retrouvé dans le camp de la contre-révolution aux côtés des gouvernants, de l'état-major, des fascistes et des impérialismes… Il faut faire ses preuves en termes de politique dans la classe ouvrière, dans ses luttes, dans son travail politique parmi les travailleurs, de syndicalisme révolutionnaire, de propagande révolutionnaire dans les élections bourgeoises, d'efforts réels d'auto-organisation du prolétariat, de lutte réelle contre l'impérialisme, de combat pour la démoralisation de l'armée, d'efforts pour que les travailleurs se sentent directement concernés par les révoltes et révolutions partout dans le monde. Il ne suffit pas de rajouter au bout d'un programme qu'un jour peut-être on fera la révolution sociale et qu'on lui est favorable. Il faut que ses analyses, sa stratégie, sa tactique, sa politique, son intervention, tout soit centré sur la révolution de demain. Sinon, ce n'est qu'un drapeau pour… se draper dedans !</p>
<p>4°) Il faut que ces organisations et ces militants qui se veulent révolutionnaires fondent leur politique sur une théorie révolutionnaire bien définie menant à un programme politique indiquant clairement les perspectives, les moyens et les buts, la stratégie de sorte que celle-ci soit dans la lignée de celles de Marx, Engels, Lénine, Rosa Luxemburg et Trotsky. Tout refus d'étudier sérieusement la théorie, la philosophie, la science et l'histoire revient à retomber dans l'activisme qui éloigne de toute politique révolutionnaire. On n'est pas obligés de choisir d'être révolutionnaire mais, quand on le fait, il faut s'en donner les moyens.</p>
<p>5°) Ils doivent ne pas se contenter de la critique du capitalisme, du gouvernement, des classes possédantes, des dérives guerrières, fascistes, dictatoriales, anti-démocratiques, anti-écologiques, anti-sociales, anti-femmes, etc. Il faut défendre un programme clair de transformation révolutionnaire, que ce soit dans la presse, dans l'action politique, dans les entreprises, dans les syndicats, dans la jeunesse, parmi les femmes, dans les milieux populaires. Ce programme doit relier les objectifs, aspirations et revendications immédiates aux buts plus avancés, donc être ce que l'on appelle « un programme de transition ». Cela signifie qu'il ne se contente pas de considérations futuristes sur le socialisme et le communisme mais aussi qu'il ne se contente pas des revendications politiques démocratiques et des revendications syndicales, économiques et sociales. Au contraire, il doit montrer que les communistes révolutionnaires entendent transformer chaque aspiration sociale, économique, politique, démocratique en arme révolutionnaire et explique par écrit pourquoi et comment cela est indispensable. Ceux qui répètent à longueur d'articles qu'on est dans une période de réaction et que la révolution n'est donc pas à l'ordre du jour ou que les prolétaires sont très loin d'une telle conscience ne risquent pas de développer de telles conceptions. Ils se contentent de dire qu'ils se revendiquent du « programme de transition » de Trotsky parce ce que cela donne une certaine image dans les milieux politisés. Le drapeau trotskyste peut servir de camouflage et de publicité mensongère comme la revendication d'un héritage de Marx et Lénine a pu servir à des partis en réalité contre-révolutionnaires.</p>
<p>6°) Il faut examiner leur politique sur un point crucial, qui est comme pierre de touche de ceux qui se disent révolutionnaires. Le critère numéro un d'un révolutionnaire, c'est qu'il ne se contente pas des organes et institutions qui ont existé dans la période calme et fait appel, propose, organise, suscite, provoque la formation de comités, de conseils, d'assemblées souveraines, de toutes les formes d'organisation directe des masses, organisations de masse indépendantes, auto-organisées, sans lien de sujétion avec l'Etat, le pouvoir, les partis politiciens, les bureaucraties syndicales, les associations réformistes, etc. Les masses choisissent directement parmi elles des délégués qui forment des comités et se fédèrent. Ces comités sont directement dépendants de la base qui décide de tout, des buts et des moyens, des méthodes et des objectifs des luttes, des revendications et des perspectives d'action, des buts de la société future et de la forme du pouvoir, qui agit en même temps pour imposer ses vues. Après une phase inévitable de double pouvoir, ils fonderont le futur pouvoir après le renversement de l'ancien. Cela suppose qu'il soit clairement affirmé dès maintenant que notre but n'est pas le remplacement à la tête du pouvoir des gouvernants capitalistes par des gouvernants « ouvriers » liés aux organisations prétendument du « mouvement ouvrier » comme les appareils syndicaux et partis réformistes. Et surtout que tout l'appareil d'état capitaliste sera démoli par le prolétariat en armes, que les travailleurs organisés en soviets prendront les armes, organiseront les petits soldats et détruiront la vieille machine d'oppression, fondant la république des soviets. De vrais révolutionnaires doivent dès maintenant non seulement défendre l'idée des soviets dans les syndicats comme perspective d'avenir mais aussi agir concrètement pour l'auto-organisation des luttes ce qui nécessite d'abord de démasquer toutes les manœuvres des appareils syndicaux, d'opposer à chaque fois des assemblées décisionnelles qui élisent des délégués et constituent des conseils et comité de travailleurs, se fédérant, allant d'entreprises en entreprises, dirigeant les luttes, se mêlant de tout, contrôlant tout, dirigeant tout, se liant aux petits soldats et petits policiers, etc…</p>
<p>7°) Dans chaque lutte, même petite, même défensive, même partielle, même localisée, dans chaque période qu'elle soit favorable ou défavorable, que nos ennemis soient déstabilisés ou pas, que le prolétariat soit offensif ou pas, ce qui distingue leur politique est qu'elle mène toujours et partout au pouvoir des soviets et que c'est cela qui les distingue des autres partis et syndicats… Cela change tout : leur manière de voir les buts, les moyens, les méthodes, les modes d'organisation des travailleurs dans toutes les circonstances, même les plus banales. Leur conception de la solidarité ouvrière, leur manière de voir une grève, une manifestation, une action de contestation, une propagande de dénonciation est particulière aux révolutionnaires communistes. En même temps, ils ne veulent qu'une chose : participer à la vie et aux luttes des travailleurs sans se placer dans une position supérieure, sans se croire plus malins que les autres, sans oublier que c'est l'ensemble de leur classe qui est révolutionnaire par rapport à la société et pas telle ou telle fraction soi-disant plus radicale ou plus avancée ou plus organisée de celle-ci. Lénine rappelait que ce ne sont pas les révolutionnaires communistes qui décident du sort des révolutions communistes mais l'ensemble des travailleurs.</p>
<p>8°) Ce qui distingue les révolutionnaires communistes, c'est qu'ils tentent de transformer chaque faiblesse, chaque contradiction, chaque crise, chaque difficulté, chaque division, chaque recul de nos ennemis en arme de combat politique des travailleurs contre le système global de domination capitaliste, contre l'impérialisme, y compris quand ce qui nuit au capitalisme n'œuvre pas directement en faveur des salariés, des peuples, du socialisme. Ce n'est pas seulement en mettant en avant les aspirations sociales et socialistes des salariés que le prolétariat peut gagner son combat mais aussi en isolant nos ennemis de leurs soutiens mondiaux et de leurs soutiens parmi les petits artisans, paysans, commerçants, auto-entrepreneurs, jeunes, chômeurs, retraités, parmi les peuples opprimés, parmi les femmes opprimées, parmi les peuples menacés, violentés, saignés… La lutte révolutionnaire des salariés ne doit pas être isolée de toutes les autres luttes sociales et politiques ni le prolétariat des autres classes et couches sociales qui subissent le système. La pureté de classe, ce n'est pas l'isolement sectaire.</p>
<p>9°) L'activité politique révolutionnaire n'a rien à voir avec l'activisme politique et syndical. Et d'abord parce qu'elle se fonde sur une vraie étude théorique de la société, sur une philosophie dialectique scientifique. Celui qui méprise la théorie ou s'en détourne par incompétence désarme le prolétariat. On ne peut pas transformer le monde sans le repenser. Sans idéologie et philosophie révolutionnaire pas de théorie, pas d'analyse sérieuse de l'état de la société et des classes, pas de stratégie, pas d'armement théorique du prolétariat. Tout cela sous prétexte de réalisme, de niveau de conscience et de préoccupations des travailleurs. Ceux qui affirment que, de Marx à Trotsky, les révolutionnaires communistes dédiaient une grande part de leur temps à la théorie et qu'aujourd'hui ce ne serait pas la première des nécessités, que nous ne sommes pas des théoriciens et qu'ainsi nous sommes plus prêts de la base des travailleurs, rompent avec le marxisme révolutionnaire et donc avec la révolution prolétarienne !</p>
<p>10°) Rompre avec le réformisme, tous ceux qui se disent révolutionnaires l'affirment, mais le font-ils réellement dans leur analyse et de leur action politique ? Porter des revendications immédiates qui ne prétendent pas remettre en cause les fondements de la société capitaliste n'a rien de scandaleux pour des révolutionnaires, bien entendu. Mais encore faut-il que l'on veuille porter le plus loin possible la lutte, ses objectifs, ses revendications, ses méthodes, ses modes d'action et surtout son mode d'organisation et on en est souvent très loin de la part de militants qui se disent révolutionnaires et couvrent les manœuvres des appareils réformistes contre l'auto-organisation des travailleurs. Ces militants-là trouvent parfaitement naturel que les luttes soient dirigées par les bureaucraties puisqu'elles leur laissent une petite place en leur sein… Du coup, leur politique se modifie en fonction de leurs liens avec ces bureaucraties… Et le réformisme n'est pas que syndical, il est aussi politique, social, écologique, démocratique, etc… On ne peut pas faire qu'attendre le « grand jour » nous disent-ils, il faut agir au quotidien et sous se prétexte ils se mettent (et mettent les travailleurs) sous la coup d'organisations liées au grand capital et à son Etat, y compris des syndicats qui autrefois se disaient eux-mêmes révolutionnaires mais ont mis beaucoup d'eau dans leur piquette ! On ne peut pas combattre le réformisme sans proposer au quotidien une politique révolutionnaire, que ce soit dans les luttes, dans les syndicats, dans les manifestations, dans les rassemblements et cette politique commence par l'organisation des travailleurs par eux-mêmes à la base sans se mettre derrière personne, ni parti, ni syndicat. Ces derniers peuvent, de manière ouverte et non cachée, soumettre leurs propositions aux assemblées souveraines et aux comités, conseils ou soviets qui se constituent dans la lutte. Tel devrait être la manière de procéder que doivent défendre des communistes révolutionnaires dans toutes les luttes. Ils ne sont pas obligés d'y parvenir mais ils ne doivent jamais accepter de diriger des luttes en bureaucrates syndicaux. Dès qu'un problème se pose aux travailleurs, loin de courir le mettre aux mains des bureaucrates, ils doivent réunir les travailleurs, leur soumettre la question, leur faire des propositions, leur faire voter la décision, si possible leur faire élire un petit nombre de travailleurs pour se concerter et faire des propositions à l'assemblée, rédiger ensemble des tracts et se donner les moyens de les tirer, etc. La plupart des organisations qui se disent révolutionnaires ne font rien de tout cela et cela montre qu'il s'agit une fois encore d'une étiquette mensongère.</p>
<p>11°) Nombre de militants révolutionnaires se donnent comme objectif ce qu'ils appellent « construire le parti révolutionnaire ». Nous aussi, nous estimons qu'il faut un parti révolutionnaire à la classe ouvrière pour gagner. Mais un parti, c'est un peu comme des généraux. Les troupes, ce n'est pas le parti, c'est le prolétariat. On ne peut pas construire le parti sans liaison avec la masse des travailleurs, en particulier en période révolutionnaire. Quelle est la liaison ? Ce sont les soviets, ces organisations de masse, dans lesquelles les travailleurs s'organisent eux-mêmes, se dirigent eux-mêmes et auxquels les partis et syndicats soumettent leurs propositions, les communistes révolutionnaires comme les autres. Et la première des particularités des vrais militants communistes révolutionnaires, c'est qu'ils n'ont cessé de militer pour l'existence de ces soviets, pour qu'ils soient indépendants des appareils liés au système, liés à l'Etat, liés à la société capitaliste, liés aux patrons, qui négociaient avec eux, qui se réunissaient avec eux, pour qu'ils prennent par eux-mêmes toutes les décisions, pour qu'ils aillent plus loin, qu'ils contrôlent la société, qu'ils se dotent de pouvoirs d'Etat, qu'ils cassent l'ancien pouvoir, qu'ils mettent en place le pouvoir des soviets. Considérer la construction du parti révolutionnaire comme séparée d'un tel travail n'est ni marxiste, ni léniniste, ni trotskyste et n'est pas du tout révolutionnaire.</p>
<p>12°) S'interroger sur la vraie valeur pour le communisme révolutionnaire des organisations, des groupes, des partis, des syndicats que nous connaissons, c'est se poser les questions suivantes :</p>
<p>Cette organisation appelle-t-elle à refuser les crédits militaires, la défense nationale, à dénoncer l'industrie d'armements, à faire savoir toutes les entreprises contre-révolutionnaires et meurtrières contre les peuples qui sont menées avec ce armes, appelle-t-elle les soldats du rang à désobéir à leur hiérarchie, dénonce-t-elle publiquement et le plus fort possible tous les crimes commis, en particulier ceux de « notre » propre impérialisme, démolit-elle publiquement les prétextes des interventions armées de cet impérialisme dans le monde, fait-elle connaitre les profits réalisés ainsi sur le sang des peuples, en particulier ceux des pays anciennement colonisés ?</p>
<p>Est-ce que cette organisation dénonce les liens entre les partis et syndicats, y compris de gauche, avec l'Etat et les classes possédantes, notamment les liens d'argent, publics ou camouflés ? Est-ce qu'elle souligne toutes les compromissions, tous les arrangements en sous-main, toutes les négociations dans le dos des travailleurs et des peuples ? Est-ce qu'elle cherche à impliquer les travailleurs dans ces dénonciations ? Est-ce qu'elle fait en sorte que les travailleurs du rang puissent rendre publique leur désapprobation des politiques des organisations corrompues, compromises, coupables de collusion avec nos ennemis ?</p>
<p>Est-ce que cette organisation s'engage, si les travailleurs lui font confiance, s'ils la choisissent pour diriger leurs luttes et pour diriger la société, à faire en sorte que les soviets et eux seuls prennent les décisions sur les orientations, que la classe capitaliste et elle seule soit privée de droits et de biens, que le patriarcat soit aboli, que les femmes jouent un rôle dirigeant dans la société sans que les hommes ne subissent une oppression symétrique de celle du patriarcat, que les petits artisans, commerçants, paysans, pêcheurs, auto-entrepreneurs ne soient pas victimes des crises, de la misère, que les locataires en difficulté ne soient pas expulsés, que les salariés des entreprises en difficulté ne soient pas licenciés, que les habitants ne soient pas sans logis, que les femmes et les enfants soient défendus contre les violences ? Est-ce qu'elle s'engage à ne jamais participer à un pouvoir qui n'irait pas dans ce sens, à ne jamais gérer la société capitaliste, à ne jamais accepter de responsabilités si ce ne sont pas les conseils ouvriers qui les lui ont données ? Est-ce qu'elle s'engage à œuvrer pour la suppression de la propriété privée des grandes entreprises et du grand capital ? Est-ce qu'elle s'engage à lutter pour la destruction du pouvoir d'Etat capitaliste, et en particulier son armée, sa police, son administration, ses services spéciaux, sa gendarmerie, ses espions, ses forces pénitentiaires, ses institutions parlementaires, ses chefs religieux, etc. Est-ce qu'elle s'engage à dénoncer publiquement et à combattre réellement toute tentative impérialiste de frapper une révolte ou une révolution dans tous les pays du monde ? Est-ce qu'elle s'engage à mobiliser les travailleurs des pays impérialistes en faveur des révoltes et révolutions quand ces pays aident les dictatures à écraser les luttes et les contestations ? Est-ce qu'elle s'engage non seulement à désarmer la bourgeoisie capitaliste (armée et police) mais à armer les travailleurs, à tisser des liens avec les petits soldats et petits policiers pour détruire l'Etat capitaliste ? Est-ce qu'elle s'engage à placer en premier l'intérêt mondial du prolétariat et de la révolution et pas ce que les nationalistes appellent l'intérêt national ? Est-ce qu'elle s'engage à démasquer toutes les organisations qui, ouvertement ou de manière cachée, pratiquent l'union nationale en faveur de la politique du grand capital ?</p>
<p>Voilà où se place la boussole des communistes révolutionnaires !</p>
<p>Mais il ne s'agit pas de faire de la particularité des communistes révolutionnaires un moyen de nous placer au-dessus ni à l'écart au sein du prolétariat.</p>
<p>Lénine dans "Le matérialisme militant" :<br class='autobr' />
« Une des erreurs les plus grandes et les plus dangereuses que commettent les communistes (comme, d'ailleurs, les révolutionnaires en général qui ont mené à bien le début d'une grande révolution), c'est de se figurer que la révolution peut être accomplie par les mains des seuls révolutionnaires. Or, pour assurer le succès de toute action révolutionnaire sérieuse, il faut comprendre et savoir appliquer pratiquement l'idée que les révolutionnaires ne peuvent jouer un rôle que comme avant garde de la classe réellement avancée et viable. L'avant garde ne remplit sa mission que lorsqu'elle sait ne pas se détacher de la masse qu'elle dirige, lorsqu'elle sait véritablement faire progresser toute la masse. Sans l'alliance avec les non communistes dans les domaines d'activité les plus divers, il ne saurait être question d'aucun succès en matière de construction de la société communiste. »</p>
<p>Karl Marx exposait ainsi dans « Le Manifeste du Parti communiste » de 1848 :<br class='autobr' />
« Les communistes n'ont point d'intérêts qui les séparent de l'ensemble du prolétariat… Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat et, dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans son ensemble. Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule la marche en avant des ouvriers ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarient. Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat… La première étape de la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie. Le prolétariat se servira de la suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l'Etat ouvrier, c'est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter au plus vite la quantité des forces productives. Cela ne pourra se faire, au début, que par une violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production, c'est-à-dire par des mesures qui, économiquement, paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables pour bouleverser le mode de production tout entier… Les communistes combattent pour les intérêts et les buts immédiats de la classe ouvrière ; mais dans le mouvement présent, ils défendent et représentent en même temps l'avenir du mouvement…. A aucun moment, le parti communiste ne néglige d'éveiller chez les ouvriers une conscience claire et nette de l'antagonisme violent entre la bourgeoisie et le prolétariat, afin que, l'heure venue, les ouvriers sachent convertir les conditions politiques et sociales créées par le régime bourgeois, en autant d'armes contre la bourgeoisie… En somme, les communistes appuient dans tous les pays tout mouvement révolutionnaire contre l'ordre social et politique existant. Dans tous les mouvements, ils font de la question de la propriété, à quelque degré d'évolution qu'elle ait pu arriver, la question fondamentale du mouvement… Les communistes ne s'abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l'ordre social passé. Puissent les classes dirigeantes trembler à l'idée d'une révolution communiste ! Les prolétaires n'ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »</p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DE LA REVOLUTION PERMANENTE</h2>
<p>La notion de révolution permanente s'oppose à celle de révolution par étapes. Cette dernière laisse entendre qu'il va d'abord falloir obtenir la démocratie ou d'abord l'indépendance, d'abord la naissance d'un Etat ou d'abord telle ou telle revendication de tel ou tel groupe social. Pour l'étapisme, on posera plus tard les autres problèmes. La révolution permanente suppose au contraire que toutes les questions sont liées, qu'elles le seront concrètement au sein d'une même révolution ayant une perspective socialiste et dirigée par le prolétariat révolutionnaire.<br class='autobr' />
Historiquement, la « révolution permanente » est connue comme la thèse de Trotsky qui s'opposait à celle de Staline de « révolution dans un seul pays » renonçant à la révolution mondiale, à la thèse stalinienne d' « intégration du koulak et du nepman au socialisme » et de « progrès à pas de tortue vers le socialisme », qui allaient être suivies par des thèses comme « la coexistence avec le capitalisme », « la voie pacifique vers le socialisme », entre autres expressions qui cachaient non seulement la renonciation aux perspectives d'octobre 1917 mais la haine virulente de la révolution qui animait la bureaucratie stalinienne. Celle-ci a usurpé le pouvoir du prolétariat, en profitant d'un recul de la révolution européenne et a craint tout réveil de la révolution en Europe qui risquait de remettre en cause le statu quo avec la bourgeoisie impérialiste, statu quo qui lui permettait de survivre. C'est bien la « révolution permanente » initiée en 1917 qui a échoué.</p>
<p>Et, effectivement, la révolution de 1917 en Russie était permanente, au sens où elle marquait le début d'une révolution ouvrière en Europe et qu'elle ne pouvait triompher que si celle-ci l'emportait. Car son caractère n'était pas celui d'une révolution nationale visant à supprimer les restes russes du féodalisme. La révolution qui a renversé le tsarisme ne pouvait s'en tenir à la mise en place d'une démocratie bourgeoise. La locomotive de la révolution était, malgré sa faiblesse numérique, le prolétariat industriel. Lorsque celui-ci prenait des mesures démocratiques révolutionnaires, son caractère de classe marquait ces mesures.</p>
<p>Lénine, lui-même, n'avait pas envisagé les choses ainsi. Jusqu'en mars 1917, il s'opposait à la thèse de Trotsky de la révolution permanente.</p>
<p>Avant 1917, Lénine était victime d'une conception bien peu dialectique du cours de l'histoire, conception que nous pouvons appeler « progressisme » ou « révolution par étapes ». Le tournant de la pensée politique, stratégique, de Lénine a pris un caractère public dans ce que l'on a appelé les « thèses d'avril ». Lénine, tout juste rentré en Russie suite au renversement du tsar, défendait les anciennes thèses de Trotsky au sein de son propre parti. Non sans difficulté. Les thèses opposées affirmaient que la Russie n'était pas mûre pour le socialisme, que l'on devait appuyer l'aile révolutionnaire de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie qui voulait porter la démocratie bourgeoise à son terme en Russie. Il s'agissait d' « une étape démocratique » à distinguer de l' « étape socialiste et prolétarienne » qui, selon ses adeptes, n'était pas à l'ordre du jour vu le faible développement de l'économie et du prolétariat.</p>
<p>La révolution russe, elle-même, a tranché le débat en donnant le pouvoir au prolétariat et en marquant le début de la révolution prolétarienne en Europe, menaçant même l'impérialisme mondial.</p>
<p>La révolution permanente est notre philosophie permanente</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8008" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8008</a></p>
<p>Léon Trotsky, dans « La révolution permanente » :</p>
<p>« La théorie de la révolution permanente (...) démontrait qu'à notre époque l'accomplissement des tâches démocratiques, que se proposent les pays bourgeois arriérés, les mène directement à la dictature du prolétariat, et que celle-ci met les tâches socialistes à l'ordre du jour. (...) »</p>
<p>« C'est ce que Lénine appelait la transformation de la révolution démocratique en révolution socialiste. Ce n'est pas le pouvoir bourgeois qui se transforme par hypertrophie en pouvoir ouvrier et paysans et, ensuite, prolétarien : non, le pouvoir d'une classe ne se « transforme » pas en pouvoir d'une autre classe, mais on l'arrache l'arme à la main. »</p>
<p>« A propos du saut par-dessus les étapes historiques</p>
<p>« Savoir distinguer entre la révolution bourgeoise et la révolution prolétarienne, c'est l'abc politique. Mais, après avoir appris l'alphabet, on apprend les syllabes qui sont formées de lettres. L'histoire a réuni les lettres les plus importantes de l'alphabet bourgeois et les premières lettres de l'alphabet socialiste. (...) Il est absurde de dire qu'on ne peut jamais sauter par-dessus les étapes. Le cours vivant des événements historiques saute toujours par-dessus les étapes qui sont le résultat d'une division théorique de l'évolution prise dans sa totalité, c'est-à-dire dans son ampleur maximale et, aux moments critiques, il exige le même souci dans la politique révolutionnaire. On peut dire que la capacité de reconnaître et d'utiliser ces moments distingue avant tout le révolutionnaire de l'évolutionniste vulgaire. »</p>
<p>Lénine, Lettre d'adieu aux ouvriers suisses, juste avant de quitter la Suisse pour la Russie (avril 1917) :</p>
<p>« C'est au prolétariat russe qu'est échu le grand honneur d'inaugurer la série des révolutions engendrées avec une nécessité objective par la guerre impérialiste. Mais l'idée de considérer le prolétariat russe comme un prolétariat révolutionnaire élu par rapport aux ouvriers des autres pays nous est absolument étrangère. Nous savons parfaitement que le prolétariat de Russie est moins organisé, préparé, conscient que les ouvriers d'autres pays. Ce ne sont pas des qualités particulières, mais uniquement les conditions historiques particulières qui ont fait du prolétariat russe, pour un certain temps, peut-être très court, le chef de file du prolétariat révolutionnaire du monde entier.<br class='autobr' />
La Russie est un pays paysan, l'un des pays les plus arriérés d'Europe. Le socialisme ne peut y vaincre tout de suite et spontanément. Mais le caractère paysan du pays peut, sur la base de l'expérience de 1905 et étant donné l'énorme superficie des terres restées aux mains de l'aristocratie foncière, donner une formidable ampleur à la révolution démocratique bourgeoise en Russie et faire de notre révolution le prologue de la révolution socialiste mondiale, une étape vers celle-ci. »</p>
<p>Marx et la tactique dans la révolution permanente</p>
<p>Tandis que les petits bourgeois démocratiques veulent terminer la révolution au plus vite (...), il est de notre intérêt et de notre devoir de rendre la révolution permanente, jusqu'à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été écartées du pouvoir, que le prolétariat ait conquis le pouvoir et que non seulement dans un pays, mais dans tous les pays régnants du monde l'association des prolétaires ait fait assez de progrès pour faire cesser dans ces pays la concurrence des prolétaires et concentrer dans leurs mains au moins les forces productives décisives. Il ne peut s'agir pour nous de transformer la propriété privée, mais Seulement de 1'anéantir ; ni de masquer les antagonismes de classes, mais d'abolir les classes ; ni d'améliorer la société existante, mais d'en fonder une nouvelle. (...) « Leurs efforts doivent tendre à ce que l'effervescence révolutionnaire directe ne soit pas une nouvelle fois réprimée aussitôt après la victoire. Il faut, au contraire, qu'ils la maintiennent le plus longtemps possible. Bien loin de s'opposer aux prétendus excès, aux exemples de vengeance populaire contre des individus haïs ou des édifices publics auxquels ne se rattachent que des souvenirs odieux, il faut non seulement tolérer ces exemples, mais encore en assumer soi-même la direction. Pendant et après la lutte, les ouvriers doivent en toute occasion formuler leurs propres revendications à côté de celles des démocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les ouvriers, dès que les bourgeois démocratiques se disposent à prendre le gouvernement en main. Il faut au besoin qu'ils obtiennent ces garanties de haute lutte et s'arrangent en somme pour obliger les nouveaux gouvernants à toutes les concessions et promesses possibles ; c'est le plus sûr moyen de les compromettre. Il faut qu'ils s'efforcent, par tous les moyens et autant que faire se peut, de contenir la jubilation suscitée par le nouvel état de choses et l'état d'ivresse, conséquence de toute victoire remportée dans une bataille de rue, en jugeant avec calme et sang-froid la situation et en affectant à l'égard du nouveau gouvernement une méfiance non déguisée. Il faut qu'à côté des nouveaux gouvernements officiels ils établissent aussitôt leurs propres gouvernements ouvriers révolutionnaires, soit sous forme d'autonomies administratives locales ou de conseils municipaux, soit sous forme de clubs ou comités ouvriers, de façon que les gouvernements démocratiques bourgeois non seulement s'aliènent aussitôt l'appui des ouvriers, mais se voient, dès le début, surveillés et menacés par des autorités qui ont derrière elles toute la masse des ouvriers. En un mot, dès les premiers instants de la victoire, on ne doit plus tant se défier des partis réactionnaires vaincus que des anciens alliés des ouvriers, que du parti qui cherche à exploiter la victoire pour lui seul. (...) » « Les ouvriers doivent se placer non sous la tutelle de l'autorité de l'Etat mais sous celle des conseils révolutionnaires de communautés que les ouvriers auront pu faire adopter. Les armes et les munitions ne devront être rendues sous aucun prétexte. (...) » « Ils doivent pousser à l'extrême les propositions des démocrates qui, en tout cas, ne se montreront pas révolutionnaires, mais simplement réformistes, et transformer ces propositions en attaques directes contre la propriété privée. Si, par exemple, les petits bourgeois proposent de racheter les chemins de fer et les usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement et sans indemnité confisqués par l'Etat en tant que propriété de réactionnaires. Si les démocrates proposent l'impôt proportionnel, les ouvriers réclament l'impôt progressif. Si les démocrates proposent eux-mêmes un impôt progressif modéré, les ouvriers exigent un impôt dont les échelons montent assez vite pour que le gros capital s'en trouve compromis. Si les démocrates réclament la régularisation de la dette publique, les ouvriers réclament la faillite de l'Etat. Les revendications des ouvriers devront donc se régler partout sur les concessions et les mesures des démocrates. » « Ils (les ouvriers) contribueront eux-mêmes à leur victoire définitive bien plus par le fait qu'ils prendront conscience de leurs intérêts de classe, se poseront dès que possible en parti indépendant et ne se laisseront pas un instant détourner—par les phrases hypocrites des petits bourgeois démocratiques—de l'organisation autonome du parti du prolétariat. Leur cri de guerre doit être : La révolution en permanence ! »<br class='autobr' />
Karl Marx et Friedrich Engels dans « Adresse du Comité Central à la Ligue des communistes » (1850)</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7198" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7198</a></p>
<p>La révolution permanente de Lénine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1458" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1458</a></p>
<p>Qu'est-ce que la révolution permanente</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article600" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article600</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2976" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2976</a></p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DU FASCISME</h2>
<p>LES FAUSSES INTERPRETATIONS DU FASCISME ET LA VRAIE</p>
<p>0°) Il y a une tendance erronée à considérer un phénomène social et politique comme le fascisme comme on considère à tort un phénomène physique, c'est-à-dire comme un objet inerte, sans dynamique, sans dialectique des contraires, sans changement brutal, en somme comme une chose inerte qui peut seulement casser mais pas réellement se transformer ou transformer le monde. Le fascisme n'est pas une chose mais un phénomène émergent et dynamique qui ne peut pas être combattu simplement en disant qu'on est contre mais en développant une autre dynamique réelle. Le fascisme ne peut pas exister (la formation d'une masse de gens révoltés, paupérisés et militarisés sous la domination des fascistes écrasant le prolétariat) sans la dynamique capable d'être extraordinairement agitée et porteuse de changements radicaux potentiels de la lutte des classes, tout comme le nuage ne peut pas exister (des tonnes d'eau ne tiendraient pas en l'air) sans la dynamique capable d'être extraordinairement agitée et porteuse de changements radicaux potentiels de l'agitation moléculaire et que l'atome (et même la particule matérielle) ne peut pas exister (une somme de particules positives qui se repoussent restant collées) ne peut pas exister sans la dynamique capable d'être extraordinairement agitée et porteuse de changements radicaux potentiels du vide quantique. La vision figée sans dynamique et sans dialectique ne permet pas de combattre le fascisme.</p>
<p>1°) Et ce n'est pas non plus un simple discours. Le fascisme n'est pas un courant d'opinion (la mise en place d'un pouvoir fasciste n'est pas une décision de l'opinion publique et on ne combat pas le fascisme simplement en combattant des idées, des préjugés, des mensonges) : c'est un type de pouvoir d'Etat qui est le produit d'une situation extrême, complètement déstabilisée pour la classe exploiteuse. Il ne doit surtout pas être séparé de la lutte des classes. Le fascisme est le produit d'un combat entre les classes arrivées à un stade ultime où la seule alternative est révolution sociale ou contre-révolution fasciste.</p>
<p>2°) Ce type particulier d'Etat (qui n'est pas une simple dictature) provient du fait qu'en plus des forces de répression classiques (notamment armée et police ou même milices d'Etat), il associe provisoirement un mouvement organisé de masses appelées les « troupes fascistes » et prises dans les classes moyennes et les milieux populaires.</p>
<p>3°) Cette situation particulière concerne les trois classes sociales essentielles de toute société : classe exploiteuse, classe moyenne et classe exploitée. Ce qui caractérise cet état critique de l'ordre social et politique est le fait qu'il y a un risque que la classe exploitée s'unisse à la classe moyenne (ou à une fraction notable de celle-ci) pour mettre en place un pouvoir révolutionnaire. C'est ce risque social menaçant qui justifie aux yeux de la classe exploiteuse de mettre en avant (de façon momentanée) une fraction violente de la classe moyenne et aussi des milieux populaires ou paupérisés, ceux que l'on appellera « les fascistes », de les organiser et de les jeter dans l'action violente.</p>
<p>4°) L'un des risques d'erreur politique et sociale consiste à prendre ces « troupes fascistes » pour une vraie force sociale, pour une véritable arme de guerre alors que ce n'est qu'une bande sans foi ni loi mais aussi sans but réel ni perspective politique ou sociale propre. Ces troupes ne défendent que les intérêts des gros exploiteurs mais n'en ont pas conscience. La classe dominante ne fait que les utiliser mais elle s'en méfie et les dissoudra dès que le véritable danger révolutionnaire, celui des exploités et de leur capacité en prenant la tête de tous les opprimés de renverser le pouvoir d'Etat des exploiteurs, sera éradiqué. La vraie réponse au fascisme consiste à unir de manière révolutionnaire les exploités aux opprimés de la classe moyenne et d'autres couches populaires, afin de constituer une force capable de renverser la classe dominante. Cela n'est possible que si la classe exploitée s'auto-organise et développe ses propres perspectives en démontrant qu'elle veut renverser la classe exploiteuse et s'adresse aux autres opprimés, notamment ceux des classes moyennes.</p>
<p>5°) Si on veut comprendre le fascisme, le premier point est de ne pas se fixer sur le seul exemple du nazisme en Allemagne ou du fascisme en Italie. Non seulement il y a bien d'autres exemples mais on risque de croire que les caractéristiques spécifiques de ces fascismes particuliers seraient générales. Par exemple, nulle nécessité pour un pouvoir fasciste d'être antisémite. Ni de pratiquer un génocide des Juifs. Même le racisme n'est pas une caractéristique indispensable. Le fascisme n'est pas un mouvement européen, ni spécifiquement lié à la phase impérialiste du grand capital (Karl Marx l'a reconnu en France avec le mouvement bonapartiste de Louis Bonaparte qui allait devenir Napoléon III), ni même à l'époque du capitalisme (on l'a vu dans des sociétés bourgeoises pré-capitalistes et dans des sociétés esclavagistes comme l'empire romain).</p>
<p>6°) Il y a une autre erreur classique d'interprétation du fascisme que les « démocrates anti-fascistes », ou prétendus tels, aiment particulièrement développer comme tromperie et qui consiste à attribuer le caractère fasciste aux seuls mouvements politiques et sociaux d'extrême droite, ce qui blanchirait le centre et la gauche de tout risque d'être des éléments favorables, à un moment donné, à la montée fasciste. En fait, quand il y a une montée fasciste, cela se produit avec la complicité à de multiples niveaux de tous les partis, syndicats et associations liés à l'Etat des exploiteurs et à leur ordre social et politique, notamment toute la gauche et tous les réformistes et opportunistes (jusqu'à la fausse extrême gauche). Les dirigeants fascistes peuvent parfaitement provenir de la gauche (comme Mussolini ou Laval), ou être soutenus par elle (comme celle de Pétain soutenu de la plupart des dirigeants politiques et syndicaux du front populaire en France). Ceux qui lient pieds et poings de la classe exploitée sont surtout des éléments de la gauche.</p>
<p>7°) Il ne faut pas attribuer la décision du fascisme à tel ou tel dirigeant populiste, démagogue, soi-disant génial ou fou. Il ne faut pas attribuer le choix du fascisme à la seule décision d'un appareil politique (de l'Etat ou d'un parti). C'est le choix d'une classe sociale exploiteuse (à notre époque, du capitalisme et de la fraction du grand capital). C'est dans une situation d'un pays que le fascisme se développe mais il le fait sur une décision qui n'est pas propre au pays mais à la classe capitaliste dans son ensemble.</p>
<p>8°) Quelles que soient les circonstances diverses de son avènement, le fascisme est toujours une attaque brutale, violente, sanglante, terroriste et totalement destructrice contre tout ce qui représente une fraction organisée, consciente (même très partiellement, même de manière réformiste et démocrate) des exploités. La classe capitaliste doit absolument annihiler tout sentiment de classe et transformer les exploités capables de faire la révolution en esclaves obéissants, apeurés et rampants.</p>
<p>9°) Sur le plan idéologique, le fascisme n'a pas nécessairement de rapport avec l'antisémitisme ou même le racisme mais il en a toujours avec le nationalisme exacerbé et violent, la haine des autres peuples, l'attirance pour la guerre contre les autres peuples, la haine contre l'internationalisme. Et, là non plus, il ne s'agit pas d'idéologie en dehors des classes : ce que le fascisme hait, c'est le caractère international du prolétariat révolutionnaire et de la perspective de société qu'il porte.</p>
<p>10°) Le fascisme a un soutien populaire de masse mais ce mouvement populaire n'a pas le caractère d'une révolution, non seulement parce que dans ses buts il est contre-révolutionnaire, est chargé de sauver de la révolution sociale la classe dirigeante et possédante mais surtout parce que ce mouvement n'a pas de force autonome socialement et politiquement. Ces masses de gens fascisés ne sont pas une vraie force. Ils ne savent même pas le rôle qu'ils jouent et, dès qu'ils ont annihilé le prolétariat, ils sont renvoyés au néant de leur inexistence, désarmés et désorganisés, pour laisser place à la dictature classique d'Etat. Ces masses fascisées n'ont aucune perspective sociale et politique propre. Tout ce qu'elles peuvent, c'est clamer leur amour du nationalisme à une époque où le respect des nations n'a plus aucun sens.</p>
<p>11°) Le moralisme n'a aucune force face au fascisme. Si on le considère seulement comme un mal moral, on ne peut pas combattre le fascisme. Le moralisme antifasciste est une espèce de pacifisme qui désarme les prolétaires et ne sert que les fascistes. Le moralisme dénonce mais il ne combat pas, il refuse le combat au nom de… la morale !</p>
<p>12°) Il n'y a pas un programme particulier pour combattre le fascisme, ni un pour combattre la guerre, ni un pour le combat économique, il y a un seul programme qui vise à la révolution socialiste prolétarienne internationale. Le pire est de croire que devant la menace fasciste, il faut abandonner la révolution sociale et se contenter de… lutter contre le fascisme, pour mieux s'unir, pour mieux l'entraver, pour mieux l'isoler, pour assurer l'avenir. C'est abandonner la barque parce qu'il y a une inondation…</p>
<p>CELUI QUI RECULE DEVANT LA TACHE DE CONSTRUIRE DES CONSEILS DU PEUPLE TRAVAILLEUR ET DE LEUR DONNER LA TOTALITE DU POUVOIR EST INAPTE A COMBATTRE LE FASCISME ;</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&recherche=fascisme" class="spip_out" rel="external">La suite</a></p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DE LA GUERRE</h2>
<p>Face à la guerre mondiale inter-impérialiste, quelles sont nos armes, nous prolétaires ?<br class='autobr' />
Imaginons un peu. Demain, il y a la nouvelle grande boucherie guerrière entre les grandes puissances et qu'est-ce qu'on peut dans ces conditions effroyables espérer, tenter, sur quoi fonder nos luttes, quelles sont nos forces, nos faiblesses, notre politique ? Comment nous battre sur nos propres bases de prolétaires avant, pendant et après le déclenchement guerrier ? Comment ne pas tomber dans les pièges ? Comment ne pas nous trouver liés par la logique guerrière et ne pas nous solidariser avec nos propres exploiteurs ? Pourquoi peut-on penser que le prolétariat, absolument désarmé actuellement (sans organisation autonome, sans indépendance de classe, sans idéologie et programme de classe, sans armes, sans alliances avec des couches opprimées et exploitées) a cependant une force potentielle déterminante qui peut lui permettre de devenir le pôle autour duquel une alternative au système capitaliste se bâtira ?</p>
<p>Tout d'abord, sachant que la guerre mondiale entre les grandes puissances impérialistes ne se déclenchera qu'à partir du moment où l'effondrement de l'économie capitaliste s'avèrera ingérable, il certain qu'à ce moment-là, quand les banques seront fermées, quand les épargnes seront ponctionnées, quand les salaires et retraites ne seront plus versées, quand les Etats seront déclarés en faillite en même temps que les trusts, les banques et les bourses, alors, oui, il serait clair pour tous les prolétaires qu'il faut un nouveau système social, un nouveau mode de production.</p>
<p>Et alors, sera déterminant le fait que le prolétariat est la seule classe qui n'est pas objectivement dépendante historiquement du vieux système d'exploitation, même si elle a longtemps été subjectivement dépendante parce les organisations les plus importantes en son sein sont réformistes, c'est-à-dire tout à fait dépendantes du système, de ses institutions, de son Etat et de sa classe possédante. Cela signifie que la conscience des prolétaires de devoir offrir une alternative a toutes les chances de remonter en même temps que la colère face à la guerre et ses horreurs, la misère, la dictature, dès lors qu'il sera patent que le capitalisme n'offre plus aucun avenir à l'humanité. C'est pour cela que, dès ce moment, les grandes puissances se lanceront dans la guerre générale et globale, afin de s'en servir pour museler la colère, pour détourner la prise de conscience révolutionnaire prolétarienne en plongeant le monde dans le bain de sang et s'appuieront sur l'état de guerre pour museler les classes laborieuses et les masses populaires.</p>
<p>La guerre n'est rien d'autre que l'une des armes de la contre-révolution et la révolution est seulement le produit de l'effondrement du capitalisme. C'est l'incapacité du grand capital à aller de l'avant, en investissant ses profits dans la production, qui contraint les prolétaires à redevenir un potentiel révolutionnaire. Le grand capital a beau avoir son plus grand succès en termes de masse totale des capitaux, elle a atteint son plus grand échec en termes de masse des investissements productifs par rapport au total des capitaux. Or l'investissement productif est la source de la plus-value et donc la vraie origine de tout profit, malgré la masse des profits fictifs car purement spéculatifs en hausse spectaculaire.</p>
<p>Dès que la marche à la guerre générale sera annoncée, on nous dira : « quoique vous pensiez de la justesse de l'entrée en guerre, vous n'avez plus le choix, il faut défendre le camp de « notre » pays, de « notre » Etat, il faut viser à la victoire de « notre » armée. » Et cela viendra de la part non seulement des va-t-en guerre mais des prétendus pacifistes, les réformistes, la gauche, les syndicats et une certaine extrême gauche opportuniste. Ils diront : « Nous avons tout fait pour éviter la guerre et maintenant nous devons tout faire pour que « notre » peuple, « notre » pays (assimilés à tort à notre ville, notre maison, notre foyer, notre famille) ne subisse pas des conséquences trop graves de cette guerre. » Et c'est faux ! En cas de guerre entre les impérialismes, les peuples travailleurs de chacun de ces pays ont un seul intérêt : QUE LEUR PROPRE PAYS IMPERIALISTE SOIT VAINCU ! Cela s'appelle le défaitisme révolutionnaire. Parce que c'est de cette défaite que peut naître la victoire du prolétariat. Parce que souhaiter cette défaite, c'est la seule manière pour le prolétariat de relever le défit de la guerre à la classe dirigeante. Parce que tout autre politique est une trahison des intérêts du peuple travailleur. Cette « trahison nationale » est la seule vraie dénonciation du nationalisme guerrier impérialiste et toute autre position n'est que mensonges pacifistes, pacifiques seulement à l'égard des possédants. Seule la défaite militaire de l'impérialisme provoquée et organisée par les exploités peut arrêter la guerre en mettant en avant le pouvoir des travailleurs. Les diverses formes du patriotisme mêlé de pacifisme ne sont que mensonges sanglants. Ne pas désarmer et détruire l'armée de la bourgeoisie impérialiste, c'est la laisser tourner ses armes contre le peuple travailleur. N'oublions pas que dans tous les épisodes historiques connus, l'armée impérialiste a fait suivre la guerre entre impérialismes, d'une guerre civile sanglante dans laquelle l'armée a fait tirer sur le peuple !</p>
<p>Jamais aucun impérialisme n'a mené de guerre pour sauver un peuple de la guerre, de la dictature, du fascisme, du massacre ou même du génocide. Les prétendues démocraties, leurs « démocrates », leurs gauches, leurs syndicats, leurs médias qui prétendent le contraire sont des fieffés menteurs qui veulent à nouveau nous tromper demain. Aucun impérialisme ne mène une guerre pour soutenir le peuple de son pays, pas plus qu'il n'exploite la planète dans ce but. L'impérialisme, même soi-disant tempéré de démocratie électorale et de constitution légale, n'est rien d'autre que le pouvoir du grand capital, c'est-à-dire d'une infime minorité qui exploite l'immense majorité, y compris celle du pays impérialiste. Ce n'est pas pour enrichir le peuple des pays riches que les pays pauvres sont mis en coupe réglée par l'impérialisme. Certes, cela a permis longtemps de retarder les révolutions dans les pays riches mais cela n'est plus vrai. L'effondrement du capitalisme sonne le glas aussi de cette tromperie-là. Plus que jamais, l'impérialisme signifie le bain de sang des travailleurs, quelle que soit leur nationalité, leur origine, leur race, leur religion, leur couleur de peau. <br class='autobr' />
PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSEZ VOUS POUR ABATTRE L'IMPERIALISME MONDIAL !<br class='autobr' />
La défaite, la chute de l'impérialisme, et même le début de la révolte prolétarienne contre l'impérialisme c'est le début de la révolution sociale, le début de la fin de l'impérialisme, le début de la république des soviets ! Ce qui s'oppose à l'impérialisme, c'est le prolétariat organisé en soviets, c'est-à-dire en conseils de délégués élus et révocables par les assemblées générales prolétariennes révolutionnaires qui décident de tout et dirigent tout. Sans le pouvoir de soviets, on ne peut pas en finir avec l'impérialisme ! <br class='autobr' />
CEUX QUI DENONCENT L'IMPERIALISME SANS APPELER AU POUVOIR DES SOVIETS SONT DES COMPLICES CAMOUFLES DE NOS ENNEMIS !<br class='autobr' />
Le premier pas dans le sens de la défaite de l'impérialisme consiste à casser le moral de l'armée. A casser aussi la crédibilité du patriotisme. A dévoiler et casser les buts prétendus de l'impérialisme. A dénoncer et démasquer les amis cachés de l'impérialisme et surtout ceux qui ont du crédit parmi les travailleurs. A dénoncer les crimes de l'impérialisme et à montrer qu'ils n'ont pas été commis pour défendre la population contre les crimes d'autres impérialismes mais pour des buts bien plus intéressés et qui « intéressent » une part infime de la population, les plus riches et les oppresseurs et exploiteurs du monde, gens qui n'appartiennent pas au même monde que nous. Tant que le moral de l'armée est haut, que le soldat suit aveuglément sa hiérarchie, aucune révolution ne peut triompher. Tant que le petit soldat ne sent pas qu'il a des buts différents voire opposés à ceux de ses chefs, la révolution prolétarienne se heurte à un mur infranchissable. Mais, avec la guerre, le soldat voit tous les jours les mensonges, les exactions, les crimes des chefs militaires et la démoralisation peut être très rapide. Le soldat est chair à canons comme le prolétaire est chair à travail, exploité, trompé, exposé et sacrifié en premier. Encore faut-il que le petit soldat soit attiré par un prolétariat combatif qui exprime une solidarité avec lui et qui affirme que tout soldat qui prend parti pour la révolution sera protégé par elle. Car un soldat révolté en temps de guerre est très vite éliminé physiquement par la répression militaire. Dès lors que l'armée se fissure, le pouvoir des classes possédantes tient à un fil, qu'il est possible de briser pour peu que les travailleurs s'auto-organisent en soviets dans ce but et combattent les forces réformistes en leur sein, forces qui ne veulent surtout pas de la déstabilisation de l'Etat. Il est alors possible que les soviets de travailleurs se lient aux comités de soldats. C'est le signal que la révolution est mure pour préparer un nouveau pouvoir face à l'ancien, pour commencer à contester, puis renverser le pouvoir des possédants. <br class='autobr' />
LA GUERRE N'EST PAS LA FIN DE LA LUTTE DE CLASSE MAIS SON EXACERBATION.<br class='autobr' />
La défaite militaire est la meilleure arme des prolétaires qui veulent agir dans le sens des intérêts historiques de leur classe, c'est-à-dire vers le pouvoir des conseils de travailleurs en armes. Inversement, la réussite du lancement de la guerre démolit momentanément le moral des travailleurs, leur sens de classe, leur confiance dans leurs propres forces. La guerre apparaît toujours comme une victoire du nationalisme exacerbé, renforce la haine des autres peuples, donne la parole aux pires bellicistes, étouffe la voix des internationalistes et de tous ceux qui se revendiquent du prolétariat. Bien sûr, la guerre ne favorise nullement le moral et la conscience des travailleurs, ni leur organisation, ni leurs luttes, ni leurs liens entre prolétaires. L'accablement, le désespoir, le fatalisme, la méfiance, la peur, le soupçon, le nationalisme, le racisme, le fascisme, les sentiments les plus bas ne peuvent que sortir favorisés dans un premier temps par l'entrée en guerre. La propagande y rajoute la dénonciation des exactions réelles ou imaginaires de l'impérialisme ennemi et le camouflage des crimes de son propre impérialisme. Bien entendu, tout cela n'est pas fait pour favoriser la montée de la révolution, bien au contraire, celle de la contre-révolution. Redisons-le, la guerre n'est pas seulement le produit des rivalités inter-impérialistes mais de la lutte des classes, qui, en période de crise aigue du système dominant, nécessite des moyens violents, sanglants, pour éradiquer les risques révolutionnaires. Et la méfiance a des fondements bien réels : la guerre permet d'autoriser la répression systématique et l'élimination individuelle et collective des « ennemis » par le pouvoir, les ennemis de classe étant considérés comme des ennemis de guerre.</p>
<p>QUAND ILS FONT LA GUERRE, IL FAUT NOUS DIRE QUE C'EST A NOUS, PEUPLE TRAVAILLEUR, QU'ILS FONT LA GUERRE.<br class='autobr' />
La perte de moral du prolétariat dans cette première phase provient non seulement de la peur des horreurs qui démarrent ou qui peuvent suivre mais aussi de l'effondrement des illusions qui l'avaient précédé sur la possibilité de bien vivre au sein du système, malgré ses défauts. Bien des prolétaires ont longtemps cru que l'ordre social n'était pas parfait mais qu'on pouvait s'y faire sa place. Ces illusions ont été bien organisées et planifiées par l'ordre établi et par toutes les organisations installées au sein du système, y compris la gauche, les syndicats et la fausse extrême gauche. Ces derniers n'ont cessé de faire croire que l'on pouvait défendre ses intérêts de classe au sein des institutions et qu'on devait compter pour s'exprimer et lutter sur les élections bourgeoises et sur les bureaucraties syndicales liées aux classes possédantes à l'Etat capitaliste. Toutes ces tromperies ont lié pieds et poings les travailleurs à leurs pires ennemis et les ont menés à croire que l'armée de leur impérialisme était « leur » armée, chargée de les protéger, eux et leur famille ! Ce sont eux qui ont fait croire qu'on pouvait faire confiance aux classes dirigeantes si le sort du pays était en jeu ! Comme si les exploiteurs voulaient sauver un seul peuple ! Ce sont eux qui refusent aux exploités et aux opprimés de s'unir au sein des conseils du peuple travailleur, seule organisation de masse capable d'offrir une alternative à la société d'exploitation. Aujourd'hui, à la veille du conflit général, ils ne lèvent pas le petit doigt pour permettre aux exploités et aux opprimés de s'unir dans la lutte pour préparer un autre avenir que cette immense boucherie. Et pourtant certains d'entre eux se disent opposés à la guerre et pour certains opposés aux exploiteurs ou opposés au système capitaliste. Mais ils sont liés entre eux, ils se tiennent les coudes, même s'ils se critiquent mutuellement. Les illusions sur le système que toutes ces organisations ont cultivé vont nous coûter extrêmement cher car elles nous ont empêché de nous préparer, elles vous nous contraindre de le faire sous le feu, dans les pires conditions, mais nous devrons cependant le faire, nous le pouvons et nous pouvons gagner. Les classes possédantes le savent. Elles l'ont appris des guerres impérialistes précédentes dans lesquelles des révoltes et des révolutions ont éclaté. De la dernière vague des révoltes et révolutions débutée en 2010-2011 qui a suivi l'effondrement économique et social de 2007-2008, elles ont tiré la leçon que la révolution sociale mondiale menace de revenir sur le devant de la scéne de l'Histoire et elles comptent bien pratiquer un bain de sang de masse pour éviter que la prochaine vague révolutionnaire internationale ne tire les leçons de la précédente et ne mène au pouvoir des soviets.</p>
<p>ILS SONT EN GUERRE PARCE QU'ILS CRAIGNENT NOTRE REVOLUTION.<br class='autobr' />
La guerre se charge de détruire les potentialités révolutionnaires mais elle va nécessairement détruire en même temps les illusions réformistes qui enchainaient et baillonnaient le prolétariat révolutionnaire. Elle va détruire, torturer, terroriser et démolir la vie de millions d'êtres humains mais aussi les libérer de leurs réserves, de leurs réticences, de leurs timidités à agir révolutionnairement à l'égard des exploiteurs et oppresseurs, de leurs craintes de semer la violence face à une société qui, elle, n'a pourtant jamais craint de semer la violence, leurs retenues devant la nécessité de terroriser ceux qui nous terrorisent.<br class='autobr' />
Bien sûr, les travailleurs et les peuples n'ont pas voulu de la lutte au couteau pas plus qu'ils n'ont voulu de la guerre civile et de la révolution. Ce sont les exploiteurs et les oppresseurs qui les y contraignent. Et ils nous contraignent de prendre les armes pour tuer le peuple d'en face qui est comme nous contraint de prendre les armes pour massacrer ses frères du pays voisin. Alors, il est légitime d'employer les armes pour renverser les bouchers qui nous donnent de tels ordres. Il n'y aucune morale à accepter, à céder, à se soumettre aux hiérarchies militaires et aux pouvoirs civils qui nous donnent ces ordres. Notre devoir, la défense de nos familles, notre dignité d'hommes et de femmes nous imposent l'inverse : le droit à refuser, de nous révolter, de renverser le pouvoir assassin.<br class='autobr' />
Toute cette tromperie qui se finit dans la barbarie sanglante provient d'un mensonge : faire croire que cet Etat est celui du peuple travailleur, l'émanation de sa propre volonté. Eh bien, la seule réponse valable est de mettre en place réellement l'Etat qui est le produit des décisions du peuple travailleur, l'Etat des conseils révolutionnaires de travailleurs, élus et révocables par eux. Et cela nécessite de désarmer, de dissoudre, de désorganiser, de démoraliser l'armée permanente de la bourgeoisie capitaliste dans tous les pays à commencer par celle des plus grandes puissances, des impérialismes qui dominent et terrorisent le monde. C'est la guerre qui peut nous permettre d'y parvenir mais cela nécessite que les travailleurs agissent en révolutionnaires et se donnent comme objectif de détruire le mensonge de cet Etat capitaliste qu'on leur a présenté comme leur propre Etat.</p>
<p>LE PREMIER PAS DES TRAVAILLEURS REVOLUTIONNAIRES EST DE CESSER D'ETRE LES DUPES DE L'ETAT DES CAPITALISTES QUI SE DIT ETAT DU PEUPLE TOUT ENTIER ET DE PROCLAMER QUE SA DEFAITE EST LE DEBUT DE NOTRE VICTOIRE !<br class='autobr' />
Quelles sont nos armes ? La première et principale arme du prolétariat révolutionnaire est de ne pas se lier au pouvoir capitaliste, de ne pas se lier à la défense de son système d'exploitation, de ne pas croire aux organisations qui l'y enchainent. La seconde est de ne pas être enchaînés aux institutions même celles dites démocratiques, ne pas être enchaînés à la propriété privée des capitaux et des moyens de production, ne pas être à sa hiérarchie, à sa légalité, à ses forces de répression, à son ordre social, à sa morale, à son idéologie, à sa philosophie, à son prétendu pacifisme, à sa prétendue morale. La troisième arme des prolétaires est l'auto-organisation en comités du peuple travailleur s'emparant, avec l'aide des comités de soldats qui refusent l'obéissance à leur hiérarchie et au pouvoir capitaliste, de tout le pouvoir de décision, de tous les pouvoirs réels et notamment du capital tout entier et de la totalité des armes. Tous les organisations qui se disent du côté des travailleurs mais refusent tout cela ne sont que des traitres aux intérêts prolétariens !<br class='autobr' />
Ceux qui, craintifs, se disent que leurs camarades de travail sont encore loin d'avoir conscience de tout cela et pensent que ces remarques sont hors de propos, ont tort : si la guerre mondiale approche, c'est que l'effondrement économique et social est déjà inéluctablement réalisé. Alors, cela signifie que la perspective révolutionnaire socialiste n'est pas pour après-demain. Il est donc plus que temps de se préparer, camarades, de préparer nos idées, nos programmes, nos conseils de travailleurs et notre parti révolutionnaire afin de préparer un avenir socialiste à la société humaine mondiale !</p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DU PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE</h2>
<p>Demandez le programme des communistes révolutionnaires…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8532" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8532</a></p>
<p> Le programme de Lutte ouvrière (le petit article qui en tient lieu) ne parle de l'Etat ouvrier que pour faire référence à sa dégénérescence et pas pour parler de l'avenir, du pouvoir des soviets !</p>
<p>Il ne parle que de détruire des rapports sociaux, pas de détruire l'Etat bourgeois !</p>
<p>Il ne dit rien de ce qu'il faut faire de l'armée capitaliste, de la police capitaliste, des prisons capitalistes, de l'administration capitaliste, etc…</p>
<p>Sur l'état actuel du système capitaliste, il ne va pas au-delà des termes de « nouvelle crise grave »…</p>
<p>La tâche qu'elle se donne est très passive : « Transmettre fidèlement les idées marxistes aux nouvelles génération. »</p>
<p>La référence au grand communiste révolutionnaire Barta est effacée : « Le courant politique incarné aujourd'hui par Lutte ouvrière est né, pendant la Deuxième Guerre mondiale. » C'est tout.</p>
<p>Pourtant il cite le rapport de 1943 de Barta sans nommer son auteur !</p>
<p><a href="https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-12-09-construire-un-parti-communiste-revolutionnaire_100246.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/2017-12-09-construire-un-parti-communiste-revolutionnaire_100246.html</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm" class="spip_out" rel="external">1847</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1875/05/18750500.htm" class="spip_out" rel="external">1875</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1892/00/kautsky_18920000.htm" class="spip_out" rel="external">1892</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1899/10/vil00101899.pdf" class="spip_out" rel="external">1899</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008.htm" class="spip_out" rel="external">1917</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/luxembur/spartakus/rl19181231.htm" class="spip_out" rel="external">1918</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/06/programme.htm" class="spip_out" rel="external">1922</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical212.html" class="spip_out" rel="external">1928</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/4int/prewar/1934/prog34.htm" class="spip_out" rel="external">1934</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran.htm" class="spip_out" rel="external">1938</a></p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DE L'ETAT</h2>
<p>La plus "démocratique" des républiques n'est rien d'autre que la dictature du grand capital défendue jusqu'à la mort par ses forces armées<br class='autobr' />
L'Etat est la principale tromperie politique qui induit en erreur les masses laborieuses dans le monde entier. Il est présenté partout comme le principal outil de progrès social et de développement de la société alors qu'il est le principal outil des classes dirigeantes en vue de la conservation d'un ordre social fondé sur l'exploitation et l'oppression. Les peuples et les classes ouvrières dénoncent souvent les hommes politiques, les chefs militaires éventuellement, parfois même les chefs religieux mais ils ne cessent jamais de croire que l'Etat "devrait" être au service du peuple. C'est là l'illusion suprême et la plus grave des tromperies.<br class='autobr' />
"Certes, il est beaucoup plus facile de s'exclamer, d'injurier, de pousser les hauts cris, que d'essayer de raconter, d'expliquer, de rappeler la façon dont Marx et Engels ont analysé en 1871, 1872, 1875 l'expérience de la Commune de Paris et ce qu'ils ont dit de la nature de l'Etat qui est nécessaire au prolétariat."<br class='autobr' />
Lénine dans les thèses d'avril 1917<br class='autobr' />
« Etant donné que l'Etat est la forme par laquelle les individus d'une classe dominante font valoir leurs intérêts communs, la forme dans laquelle l'ensemble de la société civile d'une époque se résume, il s'ensuit que toues les institutions communes sont médiatisées par l'Etat, reçoivent une forme politique. D'où l'illusion que la loi repose sur la volonté libre, détachée de sa base réelle. »<br class='autobr' />
Karl Marx dans « Feuerbach »<br class='autobr' />
"On se rend compte immédiatement que, dans un pays comme la France, où le pouvoir exécutif dispose d'une armée de fonctionnaires de plus d'un demi-million de personnes et tient, par conséquent, constamment sous sa dépendance la plus absolue une quantité énorme d'intérêts et d'existences, où l'Etat enserre, contrôle, réglemente, surveille et tient en tutelle la société civile, depuis ses manifestations d'existence les plus vastes jusqu'à ses mouvements les plus infimes, de ses modes d'existence les plus généraux jusqu'à la vie privée des individus, où ce corps parasite, grâce à la centralisation la plus extraordinaire, acquiert une omniprésence, une omniscience, une capacité de mouvement et un ressort accru, qui n'a d'analogue que l'état de dépendance absolue, la difformité incohérente du corps social, on comprend donc que, dans un tel pays, l'Assemblée nationale, en perdant le droit de disposer des postes ministériels, perdait également toute influence réelle, si elle ne simplifiait pas en même temps l'administration de l'Etat, ne réduisait pas le plus possible l'armée de fonctionnaires et ne permettait pas, enfin, à la société civile et à l'opinion publique de créer leurs propres organes, indépendants du pouvoir gouvernemental. Mais l'intérêt matériel de la bourgeoisie française est précisément lié de façon très intime au maintien de cette machine gouvernementale vaste et compliquée. C'est là qu'elle case sa population superflue et complète sous forme d'appointements ce qu'elle ne peut encaisser sous forme de profits, d'intérêts, de rentes et d'honoraires. D'autre part, son intérêt politique l'obligeait à aggraver de jour en jour la répression, et, par conséquent, à augmenter les moyens et le personnel du pouvoir gouvernemental, tandis qu'en même temps il lui fallait mener une guerre ininterrompue contre l'opinion publique, mutiler et paralyser jalousement les organes moteurs indépendants de la société, là où elle ne réussissait pas à les amputer complètement. C'est ainsi que la bourgeoisie française était obligée, par sa situation de classe, d'une part, d'anéantir les conditions d'existence de tout pouvoir parlementaire et, par conséquent aussi, du sien même, et, d'autre part, de donner une force irrésistible au pouvoir exécutif qui lui était hostile."<br class='autobr' />
Karl Marx dans "Le 18 brumaire de Louis Bonaparte"<br class='autobr' />
𝐂𝐎𝐌𝐌𝐄𝐍𝐓 𝐋𝐄 𝐏𝐄𝐔𝐏𝐋𝐄 𝐓𝐑𝐀𝐕𝐀𝐈𝐋𝐋𝐄𝐔𝐑 𝐏𝐄𝐔𝐓-𝐈𝐋 𝐀𝐒𝐒𝐔𝐑𝐄𝐑 𝐒𝐀 𝐏𝐑𝐎𝐏𝐑𝐄 𝐒𝐄𝐂𝐔𝐑𝐈𝐓𝐄 𝐄𝐓 𝐈𝐍𝐓𝐄𝐆𝐑𝐈𝐓𝐄 𝐏𝐇𝐘𝐒𝐈𝐐𝐔𝐄 𝐄𝐓 𝐌𝐎𝐑𝐀𝐋𝐄 𝐄𝐍 𝐒𝐄 𝐃𝐄𝐁𝐀𝐑𝐑𝐀𝐒𝐒𝐀𝐍𝐓 𝐃𝐄𝐒 𝐅𝐎𝐑𝐂𝐄𝐒 𝐃𝐄 𝐋'𝐎𝐑𝐃𝐑𝐄 𝐂𝐀𝐏𝐈𝐓𝐀𝐋𝐈𝐒𝐓𝐄 <br class='autobr' />
On nous présente tous les jours l'existence de la police, de la gendarmerie ou de l'armée comme une chose allant de soi, comme une chose qui ne se discute même pas. Leur vocation serait de protéger le peuple ! On nous l'apprend depuis que nous sommes enfants, comme on nous apprend l'existence du divin et le respect et la soumission que nous devrions aux deux ! La police (et l'État) au travers des différentes formes qu'elle a pu prendre dans les sociétés humaines, comme la religion, a toujours eu la vocation d'aider à maintenir de toutes les manières les sociétés de classes au profit exclusif d'une seule classe, une petite minorité qui, ellémême a changé au fil des temps, allant du patricien au seigneur avant de laisser la place aux bourgeois capitalistes !<br class='autobr' />
Les classes dirigeantes, pour asseoir leur pouvoir, se sont toujours appuyées sur des bandes d'hommes en armes pour lesquelles elles avaient besoin de légitimer le port exclusif des armes et de la violence qu'elles nomment justice divine ou républicaine tout en excluant le peuple de cet exercice politique !<br class='autobr' />
En effet, depuis notre enfance, on nous explique que les forces de l'ordre nous protègeraient des délinquants et de la racaille ! Que nous ne pouvons pas vivre sans elles ! Que c'est un mal nécessaire ! Que nous sommes bien contents quand des CRS sauvent des vies sur les plages l'été…. La liste est longue ! <br class='autobr' />
Pourtant où sont-elles quand on est licencié, expulsé ? Où sont-elles quand on meurt aux urgences, victime de la destruction de l'hôpital public ? Où sont-elles quand on ne fait qu'un repas par jour, quand on ne peut rien offrir à ses enfants que misère, pauvreté, chômage, SNU, guerres... Où sont-elles quand les gouvernants foulent aux pieds le droit des peuples ? Où sont-elles quand le peuple se révolte contre cette situation intolérable ? Elles sont là, matraque à la main, nous gazant, nous tirant dessus à l'arme de guerre (LBD), nous jetant des grenades qui nous mutilent et nous tuent, pour protéger soi-disant la république du Peuple mais certainement pas pour protéger le peuple de la république capitaliste, de ses gouvernements et de son État qui jettent de plus en plus d'entre nous dans la misère ! Les forces de l'ordre capitalistes ne sont et ne seront jamais du côté du peuple mais du côté de l'État et des gouvernements qui eux-mêmes sont au service des classes dirigeantes : c'est-à-dire les grandes fortunes. Voilà où sont les forces de l'ordre capitaliste ! <br class='autobr' />
Oui mais, nous diront certains, malgré cela la police nous protège quand même de la racaille et des gangs tant bien que mal ! Faux et archifaux, la police ne pourra jamais lutter efficacement non plus contre la délinquance ou même contre les gangs qui leur servent de faire valoir à leur propre existence ! Oui, contrairement à tout ce qui est dit, la police ne peut pas nous protéger de la délinquance et de la racaille, ni la faire disparaître, car l'existence même de la petite délinquance et de l'économie parallèle est intimement liée aux sociétés de classes ! Petite délinquance, gang, mafia et Cie ne sont rien d'autres que les produits du capitalisme qui n'offre pas à certaines populations la possibilité de travailler ou de vivre de leur travail, poussant ainsi à l'émergence d'une économie parallèle, souterraine, mafieuse, qui, au final, est tout aussi capitaliste que tout le reste de l'économie dont elle irrigue de son argent dit sale comme s'il y avait de l'argent propre non issu de l'exploitation du travail sous le capitalisme ! La police ne peut d'autant plus rien contre l'économie illégale car celle-ci est vitale au bon fonctionnement du capitalisme tout entier et dont les plus grands trafiquants sont à la tête des grandes entreprises capitalistes mondiales et des États protégés par cette même police qui leur obéit et qui jamais ne s'en prend à eux ! <br class='autobr' />
La Françafrique dont la France bourgeoise et l'Élysée ne sont-elles pas à la tête d'une des plus grandes entreprises mafieuses basées sur le trafic d'armes, de drogues et l'esclavage salarial des peuples par le biais de dictatures soutenues par l'armée française qui n'hésitent pas à massacrer les peuples voire à soutenir et aider à l'organisation de génocides comme au Rwanda en 1994 ? Si !<br class='autobr' />
N'est-ce pas les mêmes raisons qui prévalent à Mayotte ? Si !<br class='autobr' />
N'est-ce pas les mêmes raisons qui prévalent en Ukraine ? Si !<br class='autobr' />
Ce sont celles du brigandage et du vol faites sur le corps et le sang des prolétaires et des peuples ! Et que fait la police contre les brigands à la tête de l'État et des gouvernements ? Rien ! Elle les protège sous couvert de défendre la république et la démocratie ! Jamais un groupe de mercenaires n'a défendu la démocratie ! Le pendant de cette politique mafieuse extérieure est le maintien de l'ordre bourgeois par la police et la gendarmerie en France par tous les moyens nécessaires pour maintenir l'exploitation légale en France !<br class='autobr' />
Bien des prolétaires et une majorité du peuple travailleur ont oublié ce qu'était la police et l'armée même républicaines ! Ils ont oublié comment ces derniers ont assassiné des grévistes ou massacré des soulèvements comme la Commune de Paris ! La raison de cet oubli mémoriel est simple ! L'exploitation du reste du monde a permis aux classes dirigeantes en France de maintenir une certaine paix sociale pendant de nombreuses années grâce aux CDI et à l'emploi à vie jusqu'à la retraite, l'accession aux études des enfants de la petite bourgeoisie mais aussi ouvrière (au moins jusqu'au BAC), l'accession à la propriété ! Mais cette période même de calme relatif dans un pays comme la France n'empêchait nullement la police de quadriller les quartiers les plus populaires et les plus pauvres pour maintenir la paix civile bourgeoise pour tous ceux qui étaient exclus du « miracle économique des 30 glorieuses » ! Seule la fraction la plus pauvre (notamment issue de l'immigration) a continué de subir pendant de nombreuses décennies les violences policières et les meurtres commis par la police ! Afin de maintenir cette séparation entre le prolétariat autochtone et celui issu des colonies ou des anciennes colonies, le racisme républicain à gauche comme à droite a permis de faire de la fraction du prolétariat la plus précaire et issue de l'immigration une nouvelle « classe dangereuse » qu'il fallait rendre sulfureuse pour mieux défendre auprès de la classe ouvrière autochtone les violences à son encontre afin d'obtenir leur soutien à la police capitaliste ! Mais ce qui fût vrai pendant tout un temps est de plus en plus remis en cause ces dernières années ! De nouvelles fractions du prolétariat et du peuple travailleur se trouvent de plus en plus confrontées à la réalité policière de la république capitaliste et de ses violences !<br class='autobr' />
En effet, avec l'effondrement économique de 2008, l'ensemble des économies capitalistes ne peuvent plus maintenir la paix sociale comme avant ! Et un pays impérialiste comme la France ne fait pas exception, provoquant un recul sans précédent des conditions de vie et de travail ! Cette situation a poussé et pousse encore inéluctablement à une lutte de classe toujours plus exacerbée entre la bourgeoisie et le peuple travailleur ! Et les Gilets Jaunes comme les émeutes de ces derniers jours sont l'expression de cette lutte de classe qui s'exacerbe ! Et face à ces menaces, l'État montre son vrai visage, celui d'une bande de mercenaires assermentés défendant avant les intérêts des classes dirigeantes capitalistes ! Et les Gilets Jaunes ont montré pour la première fois depuis très longtemps que lorsqu'on se montrait dangereux politiquement pour les classes dirigeantes, elles utilisaient les mêmes politiques de répression que celles utilisées contre les populations des quartiers les plus populaires ! Les « fascistes, antisémites, homophobes » Gilets Jaunes remplaçant alors la « racaille, les délinquants » des quartiers populaires à forte concentration de population d'origine arabe ou africaine qu'est la jeunesse ouvrière, ces nouveaux gavroches des temps modernes jetés à la vindicte populaire ! <br class='autobr' />
Quant à l'État, il réapparait pour un très grand nombre de travailleurs pour ce qu'il n'a jamais cessé d'être, c'est-à-dire une bande d'assassins couverts de la légalité capitaliste qui n'a strictement rien à voir avec le mythe de la police républicaine défendue par la gauche bourgeoise du PCF au PS en passant par la LFI qui n'ont rien à voir avec le réformisme ouvrier d'un Jaurès. Jaurès qui sur cette question est bien plus à gauche que tous ces partis qui, aujourd'hui, défendent non seulement la police capitaliste mais sa république comme horizon indépassable, là où même un Jaurès défendait l'horizon du socialisme cad l'abolition de la propriété privée des moyens de production et du salariat ! Il n'en est plus rien pour ces partis du socialisme comme de l'abolition de la police et de l'armée que le socialisme défendait encore jusqu'en 1914 comme le faisait alors le POF de Jules Guesde et Lafargue ou encore le syndicalisme révolutionnaire de la CGT avant de tous rejoindre l'Union Sacrée avec leur bourgeoisie et de ne plus en sortir depuis ! Programme politique que d'ailleurs l'ensemble de nos extrêmes gauches LO, NPA(s), UCL, Révolution Permanente, CNT et syndicats ont complètement jeté aux orties dénonçant seulement les violences policières et demandant soit une police de proximité pour certains comme LO ou une démocratisation impossible de la police pour d'autres ! <br class='autobr' />
Mais alors par quoi remplacer la police, la gendarmerie et l'armée ? Qui doit assurer la sécurité et la sureté du peuple travailleur ? Dans les sociétés de classes dominées par une petite minorité dirigeante, l'exercice de la violence et le maintien de la société de classe se fait par le biais d'un organisme autonome et indépendant du peuple qui a l'usage exclusif de la violence. Violence qu'il exerce contre ce même peuple quand celui-ci n'accepte plus son sort dans la société de classe comme sous le capitalisme ! Dans sa lutte contre la société de classe, le peuple travailleur ne peut prendre en ses mains l'appareil d'État et la police et les faire fonctionner pour ses besoins comme le prétendent les réformistes bourgeois qui sont à la direction actuelle du mouvement ouvrier (de collaboration de classe) ! Le peuple travailleur doit détruire L'État Bourgeois et sa police et construire un appareil d'État et une police qui n'ont rien à voir cad un État et une police qui ne lui sont pas extérieure, pas au-dessus de lui, mais qui émane de lui-même et de son organisation ! Le peuple travailleur devient l'État, il est l'ÉTAT et il assure lui-même, en mandatant des personnes qui sont responsables et révocables devant lui, sa propre sécurité c.-à-d. un qu'il exerce lui-même les fonctions de police par le biais d'un corps social qui ne lui est pas extérieur mais bien au contraire qui émane directement de lui et de son auto-organisation. Le peuple travailleur se constitue ainsi en ÉTAT MAIS UN ETAT QUI N'A RIEN DE COMPARABLE À CELUI DES CLASSES DIRIGEANTES CAR C'EST UN ETAT QUI REPOSE SUR L'ARMEMENT GÉNÉRAL DU PEUPLE !<br class='autobr' />
Le peuple ne peut en réalité défendre son intégrité physique et morale qu'en assurant lui-même sa propre défense ! Et cela s'appelle l'armement général du peuple, l'armement du prolétariat avec la constitution de milices qui seront responsables devant des comités du peuple ! L'armement du peuple va de pair avec la lutte contre la présidence et les parlements bourgeois ! A la police bourgeoise et à son État, nous y opposons L'État ouvrier issu de la fédération des comités du peuple travailleur et l'armement du peuple ! A la privatisation de la violence, nous opposons un exercice public de la violence par le peuple lui-même ! Pour cela le peuple doit s'organiser ! D'ailleurs le chant de l'armée du Rhin avant de devenir un chant récupéré par les nationalistes, les réactionnaires et la bourgeoisie était un chant révolutionnaire mettant en avant l'armement du peuple : « Citoyens aux armes, formez vos bataillons » ! Mais cet armement du peuple ne peut -être indépendant de la lutte contre l'appareil d'État et le capitalisme et de la lutte pour le socialisme, une société basée sur la propriété collective des moyens de production et l'auto gouvernement du peuple, jetant par la même les bases du communisme !<br class='autobr' />
Face à la police et aux gangs ! <br class='autobr' />
Peuple travailleur, organise toi, forme tes milices et prend les armes ! <br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6275" class="spip_out" rel="external">Lire ensuite</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462" class="spip_out" rel="external">Lire enfin</a></p>
<p>Qu'est ce que l'État ?<br class='autobr' />
<a href="http://matierevolution.fr/spip.php?article1362" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://matierevolution.fr/spip.php?article1362</a></p>
<p>L'Etat ou le monopole des armes imposé par la classe possédante</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7362" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7362</a></p>
<p>Le prolétariat peut-il se passer des forces de l'ordre capitaliste ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7317" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7317</a></p>
<p>La compréhension de l'Etat</p>
<p><a href="http://matierevolution.fr/spip.php?article477" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://matierevolution.fr/spip.php?article477</a></p>
<p>L'Etat et la révolution de Lénine</p>
<p><a href="http://matierevolution.fr/spip.php?article140" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://matierevolution.fr/spip.php?article140</a></p>
<p>"L'Etat, une bande d'hommes en armes"<br class='autobr' />
Friedrich Engels</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5338" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5338</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5302" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5302</a></p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DE LA RELIGION</h2>
<p>Nos thèses sur Révolutionnaires et Religions</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8526" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8526</a></p>
<p>Références</p>
<p><a href="https://www-marxists-org.translate.goog/subject/religion/index.html?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc#trotskyism" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www-marxists-org.translate.goog/subject/religion/index.html?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc#trotskyism</a></p>
<p>Toutes les religions sont au service des classes dirigeantes</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5076" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5076</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7591" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7591</a></p>
<p>Les religions se battent d'abord contre la révolution sociale</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6077" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6077</a></p>
<p>La religion, ce n'est jamais seulement… religieux...</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8084" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8084</a></p>
<p>Le combat à mener contre les religions et, en particulier, celle qui domine dans un pays…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7764" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7764</a></p>
<p>LES COMMUNISTES, LA LAICITÉ ET LA LUTTE CONTE LA RELIGION, LES « EGLISES » ET LES CLERGÉS<br class='autobr' /> Qu'est-ce que la religion et le rôle de la religion dans les sociétés de classe<br class='autobr' /> Croyances et religion<br class='autobr' /> Les nouvelles guerres de religion (islamo-gauchisme et anti-islamo gauchisme ou islamophobie)<br class='autobr' />
Le confusionnisme pseudo d'extrême gauche antiraciste tombe dans l'islamophilie…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1114" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1114</a></p>
<p>Anti-islamophobie : un bourbier réactionnaire où s'enlisent des "trotskistes" du NPA</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3737" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3737</a></p>
<p>Ni islamophobie, ni islamophilie :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2876" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2876</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6052" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6052</a></p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DES PAYSANS</h2>
<p>La mort programmée des petits paysans<br class='autobr' />
Vont-ils finir d'exterminer les petits paysans des campagnes ?<br class='autobr' />
<a href="https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-mouvement-citoyen-terre-de-liens-alerte-40-000-fermes-de-petite-taille-ont-disparu-en-trois-ans-4328795" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-mouvement-citoyen-terre-de-liens-alerte-40-000-fermes-de-petite-taille-ont-disparu-en-trois-ans-4328795</a><br class='autobr' />
<a href="https://rmc.bfmtv.com/actualites/economie/travail/la-disparition-des-petites-fermes-francaises-s-accelere-plus-de-40-000-en-trois-ans_AV-202511180748.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://rmc.bfmtv.com/actualites/economie/travail/la-disparition-des-petites-fermes-francaises-s-accelere-plus-de-40-000-en-trois-ans_AV-202511180748.html</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.lemonde.fr/planete/video/2025/02/27/ne-pas-publier-les-agriculteurs-vont-ils-disparaitre_6567365_3244.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lemonde.fr/planete/video/2025/02/27/ne-pas-publier-les-agriculteurs-vont-ils-disparaitre_6567365_3244.html</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.youtube.com/watch?v=Pzd-SoSXxq4" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=Pzd-SoSXxq4</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/en-2050-y-aura-t-il-encore-des-agriculteurs-en-france-7900545449" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/en-2050-y-aura-t-il-encore-des-agriculteurs-en-france-7900545449</a><br class='autobr' />
<a href="https://basta.media/De-moins-en-moins-de-fermes-de-plus-en-plus-grandes-et-le-Mercosur-n-arrange-rien" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://basta.media/De-moins-en-moins-de-fermes-de-plus-en-plus-grandes-et-le-Mercosur-n-arrange-rien</a><br class='autobr' />
Les grandes exploitations progressent (+ 3,4 %) entre 2010 et 2020, constituant désormais 1 exploitation sur 5.<br class='autobr' />
<a href="https://www.inrae.fr/dossiers/quels-agriculteurs-quelles-agricultures-demain/renouveler-generations" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.inrae.fr/dossiers/quels-agriculteurs-quelles-agricultures-demain/renouveler-generations</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.reussir.fr/des-fermes-toujours-plus-grandes-des-elevages-en-baisse-recours-accru-des-salaries-quelle-est-la" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.reussir.fr/des-fermes-toujours-plus-grandes-des-elevages-en-baisse-recours-accru-des-salaries-quelle-est-la</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.courrierinternational.com/grand-format/infographie-en-europe-les-grosses-exploitations-agricoles-se-taillent-la-part-du-lion" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.courrierinternational.com/grand-format/infographie-en-europe-les-grosses-exploitations-agricoles-se-taillent-la-part-du-lion</a><br class='autobr' />
En 1997, déjà, on se demandait si les petits paysans allaient disparaitre…<br class='autobr' />
<a href="https://www.youtube.com/watch?v=VpDIvo9HCus" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.youtube.com/watch?v=VpDIvo9HCus</a><br class='autobr' />
L'expropriation de la population campagnarde, première étape du capitalisme en Angleterre<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article7620" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7620</a><br class='autobr' />
La répression des révolutions paysannes<br class='autobr' />
<a href="https://www.lalsace.fr/societe/2025/10/11/comment-l-armee-du-duc-antoine-a-etouffe-la-guerre-des-paysans-dans-un-bain-de-sang" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lalsace.fr/societe/2025/10/11/comment-l-armee-du-duc-antoine-a-etouffe-la-guerre-des-paysans-dans-un-bain-de-sang</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850.htm</a><br class='autobr' />
Les paysans sont victimes de l'industrie agroalimentaire, des grandes surfaces, des banques et de l'industrie chimique !<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3754" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3754</a><br class='autobr' />
Quelles perspectives pour les petits paysans ? S'allier aux prolétaires et au peuple travailleur des villes contre le grand capital des villes et des campagnes !<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8024" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8024</a><br class='autobr' />
Le prolétariat et les paysans, selon Marx<br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum9.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum9.htm</a><br class='autobr' />
Le prolétariat et les paysans, selon Lénine<br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/01/3-co-so/vil19180101.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/01/3-co-so/vil19180101.htm</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171118.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171118.htm</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171105b.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/vil19171105b.htm</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/coexsodp/vil19171103.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/11/coexsodp/vil19171103.htm</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/01/vil19200104.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/01/vil19200104.htm</a><br class='autobr' />
Le Prolétariat et les paysans, selon Trotsky<br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr03.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr03.htm</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/04/lt19220422.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1922/04/lt19220422.htm</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr03.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr03.htm</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr39.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr39.htm</a><br class='autobr' />
Le prolétariat et les paysans selon Zinoviev<br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1925/03/paysans%201925.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1925/03/paysans%201925.pdf</a><br class='autobr' />
Le prolétariat et les paysans, aujourd'hui<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7628" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7628</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8024" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8024</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3754" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3754</a><br class='autobr' />
La question agricole et les communautés agricole : la collectivisation de la terre !<br class='autobr' />
L'alliance des ouvriers et des paysans<br class='autobr' />
L'ouvrier agricole est, au village, le frère d'armes et l'équivalent de l'ouvrier de l'industrie. Ils constituent deux parties d'une seule et même classe. Leurs intérêts sont inséparables. Le programme des revendications transitoires des ouvriers industriels est aussi, avec tels ou tels changements, le programme du prolétariat agricole.<br class='autobr' />
Les paysans (fermiers) représentent une autre classe : c'est la petite bourgeoisie du village. La petite bourgeoisie se compose de couches diverses, depuis les semi-prolétaires jusqu'aux exploiteurs. C'est pourquoi la tâche politique du prolétariat industriel consiste à faire pénétrer la lutte des classes au village : c'est seulement ainsi qu'il pourra séparer ses alliés de ses ennemis.<br class='autobr' />
Les particularités du développement national de chaque pays trouvent leur expression la plus aiguë dans la situation des paysans et partiellement de la petite bourgeoisie citadine (artisans et commerçants), car ces classes, pour nombreux que soient ceux qui y appartiennent, représentent au fond des survivances de formes pré-capitalistes de production. Les sections de la IV° Internationale doivent, sous la forme la plus concrète possible, élaborer des programmes de revendications transitoires pour les paysans (fermiers) et la petite bourgeoisie citadine, correspondant aux conditions de chaque pays. Les ouvriers avancés doivent apprendre à donner des réponses claires et concrètes aux questions de leurs futurs alliés.<br class='autobr' />
Tant que le paysan reste un petit producteur "indépendant", il a besoin de crédit à bon marché, de prix accessibles pour les machines agricoles et les engrais, de conditions favorables de transport et d'une organisation honnête d'écoulement des produits agricoles. Cependant, les banques, les trusts, les négociants pillent le paysan de tous côtés. Seuls, les paysans eux-mêmes peuvent réprimer ce pillage, avec l'aide des ouvriers. Il est nécessaire qu'entrent en scène des COMITÉS DE PETITS FERMIERS qui, en commun avec les comités ouvriers et les comités d'employés de banque, doivent prendre en main le contrôle des opérations de transport, de crédit et de commerce qui intéressent l'agriculture.</p>
<p>Le programme de NATIONALISATION DE LA TERRE et de COLLECTIVISATION DE L'AGRICULTURE doit être élaboré de façon à exclure radicalement l'idée de l'expropriation des petits paysans ou de leur collectivisation forcée. Le paysan restera le propriétaire de son lot de terre tant qu'il le trouvera lui-même nécessaire et possible. Pour réhabiliter aux yeux des paysans le programme socialiste, il faut dénoncer impitoyablement les méthodes staliniennes de collectivisation, dictées par les intérêts de la bureaucratie et non par les intérêts des paysans et des ouvriers.</p>
<p>L'expropriation des expropriateurs ne signifie pas non plus la confiscation forcée de la propriété des PETITS ARTISANS et des PETITS BOUTIQUIERS. Au contraire, le contrôle ouvrier sur les banques et les trusts, à plus forte raison la nationalisation de ces entreprises, peut créer pour la petite bourgeoisie citadine des conditions de crédit, d'achat et de vente incomparablement plus favorables que sous la domination illimitée des monopoles. La dépendance envers le capital privé fera place à la dépendance envers l'État, qui sera d'autant plus attentif pour ses petits collaborateurs et agents que les travailleurs eux-mêmes tiendront plus fermement l'État dans leurs mains.</p>
<p>La participation pratique des paysans exploités au contrôle des divers domaines de l'économie permettra aux paysans eux-mêmes de décider sur la question de savoir s'il convient ou non de passer au travail collectif de la terre, dans quels délais et à quelle échelle. Les ouvriers de l'industrie s'engagent à apporter dans cette voie toute leur collaboration aux paysans : par l'intermédiaire des syndicats, des comités d'usine et, surtout, du gouvernement ouvrier et paysan.</p>
<p>L'alliance que le prolétariat propose, non pas aux "classes moyennes" en général, mais aux couches exploitées de la ville et du village, contre tous les exploiteurs, y compris les exploiteurs "moyens", ne peut être fondée sur la contrainte, mais seulement sur un accord volontaire, qui doit être consolidé dans un "pacte" spécial. Ce "pacte", c'est précisément le programme des revendications transitoires, librement accepté par les deux parties.</p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DES FEMMES</h2>
<p>Aux femmes qui en ont marre…</p>
<p>… marre d'être traitées comme des soumises sexuelles</p>
<p>… marre d'une société où elles doivent toujours se placer en dessous</p>
<p>… marre d'une société où la femme est désignée du doigt comme un objet</p>
<p>… marre de risquer la violence des hommes, y compris celle de leur conjoint</p>
<p>… marre d'être menacées par des guerres et des guerres civiles, par des fascismes et des dictatures, par les exactions des armées</p>
<p>… marre qu'on leur annonce que leurs enfants devront être sacrifiés dans les prochaines guerres et qu'elles devront en être… satisfaites ou du moins soumises encore une fois<br class='autobr' />
… marre que leurs enfants subissent des maladies liées au capitalisme et à son stade d'effondrement (mort à l'accouchement, mort de maladies respiratoires, de cancers dus à l'industrie agroalimentaire, aux pesticides et aux engrais, dus à l'industrie chimique, nucléaire, métallurgique, etc…)</p>
<p>… marre de ce monde politique et social où les femmes sont encore plus esclaves que les exploités car doublement opprimées et exploitées</p>
<p>Et aux hommes qui en ont marre de jouer un tel rôle ou d'être considérés comme tels et qui ne veulent pas soutenir le capitalisme patriarcal !</p>
<p>Deux jours avant une manifestation des femmes le 22 novembre, quatre féminicides ont eu lieu en France dans la seule journée de jeudi 20 novembre, dans quatre endroits très différents, des femmes de tous âges et toutes origines. Toutes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.</p>
<p>Quatre en un jour dans un seul pays, la France, cela témoigne que la vague de violences anti-femmes enfle dans ce pays pourtant démocratique et riche comme dans le monde entier. Et bien plus que ne le disent les statistiques, des femmes sont fréquemment menacées de mort, violentées, violées, subissent des sévices, et des jeunes femmes sont victimes de crimes. Bien des violences ont lieu dans le cadre de la famille et ne sont même pas dues à des milieux extérieurs, même si la propagande que l'on entend souvent attribue mensongèrement ces violences à l'immigration !</p>
<p>Selon les chiffres de l'ONU, une femme ou une fille est tuée toutes les 10 minutes par son partenaire intime ou un autre membre de sa famille.</p>
<p>En effet, 85 000 femmes et filles ont été tuées intentionnellement dans le monde en 2023, et 60 % de ces crimes, soit 51 000, ont été commis par un partenaire intime ou un autre membre de la famille. Chaque jour, 140 femmes ou filles meurent sous les coups ou agissements de leur partenaire ou d'un parent proche.</p>
<p>Il y a bien sûr d'autres types de violences, notamment celles à proximité des lieux de guerre, où les femmes sont considérées comme du butin de guerre et les violences contre elles des manières de punir la population du camp adverse.</p>
<p>Il y a aussi les enlévements réalisés par des armées en guerre, que ce soient des armées officielles comme au Soudan ou des armées terroristes comme au Nigéria.</p>
<p>Ce n'est pas un effet du hasard si au même moment on nous dit qu'il faut s'y faire : on doit accepter de mourir… à la guerre.</p>
<p>Car c'est aussi une guerre qui est actuellement entreprise contre les femmes.</p>
<p>Il ne faut pas oublier que les femmes sont bien plus antimilitaristes et antirépression que les hommes, que ce soit parmi les jeunes ou les moins jeunes. Il faut donc les terroriser pour les faire taire et leur faire admettre de se taire en craignant les violences que la société peut leur faire subir.</p>
<p>Il s'agit aussi, au travers de la montée des violences des hommes contre les femmes, de faire monter un climat guerrier où de jeunes hommes soient fiers de participer à une boucherie comme l'a, si joliment et avec des mots bien choisis, exprimé le chef d'état-major Mandon devant les députés puis devant les maires (pas les mères !)…</p>
<p>Plus la montée vers la guerre généralisée devient officielle, plus on sait que la société va basculer dans la pire violence, plus la recherche de boucs émissaires devient cruciale pour les classes dirigeantes qui ne veulent pas être accusées de cette boucherie. Bien entendu, on accuse le camp d'en face : Russie et Chine bien sûr mais aussi Iran, Corée du Nord. Mais il faut y rajouter l'immigration, les sans papiers, les chômeurs, les révoltés du type Gilets jaunes, les prétendus complotistes, les « bloquons tout ». Et à tous ces boucs émissaires, on ne manque pas de rajouter les femmes. Elles sont accusées de ne pas comprendre les bienfaits du nationalisme guerrier, les nécessités de la course au profit fût-ce aux dépens de la famille, les besoins de l'homme guerrier et de son fameux repos…</p>
<p>Il est remarquable qu'au même moment que la société est officielllement en train de lutter contre les violences et discrimiantions contre les femmes celles-ci se multiplient sans que la société dominante ne fasse rien pour les empêcher.</p>
<p>A toutes ces femmes (et ces hommes) qui en ont marre, nous disons : ROMPEZ AVEC LES CAPITALISTES, LEUR SYSTEME, LEURS ETATS, LEUR SOCIETE, LEURS INSTITUTIONS ET JOIGNEZ-VOUS AU PROLETARIAT REVOLUTIONNAIRE POUR RENVERSER LE COUPLE INFERNAL PATRIARCAT-CAPITALISME</p>
<h2 class="spip">La révolution permanente et la fin de l'oppression des femmes</h2>
<p>La « révolution permanente » est une orientation politique développée par Marx, Engels, Lénine et Trotsky. Cela n'a rien de commun avec l'organisation de France qui a repris ce nom sans même soutenir une partie de la politique qu'elle exprime.</p>
<p>Quelle est donc cette « stratégie de la révolution permanente » ? La révolution permanente s'oppose au réformisme, et même à la révolution graduelle, par étapes, aux objectifs prétendument réalistes, tenant compte des préjugés réels ou supposés des prolétaires, craignant le radicalisme, opposant d'un côté le programme immédiat réformiste et, de l'autre, le programme à long terme communiste. Elle vise à transformer en armes révolutionnaires à retourner avec le maximum de force et de détermination contre le système tout ce que l'ancienne société réactionnaire fait subir d'exactions, de souffrances, d'oppression aux peuples. Pour cela, le prolétariat révolutionnaire doit se faire le porte-parole de tous ceux qui les subissent, le plus radical de leurs défenseurs, le seul qui souhaite, sans la moindre réticence, en finir définitivement et sans retour avec ces maux et leurs causes profondes attachées au système lui-même.</p>
<p>Et, utilisée ainsi, l'oppression des femmes est un potentiel de bombe explosive incroyable que le prolétariat peut envoyer à la figure du monde capitaliste et de la domination impérialiste sur le monde.</p>
<p>Avec la « révolution permanente », il s'agit de diriger la révolution sociale du prolétariat de manière qu'elle ne se contente pas d'une seule de ses étapes, d'un seul de ses objectifs, d'une seule de ses revendications, mais les combinent toutes, les enchainent indissociablement, afin qu'elles se renforcent les unes les autres, qu'elles détruisent de fond en comble l'ancien ordre social et politique, qu'elles servent à construire le nouvel ordre, à bâtir le socialisme et le communisme.</p>
<p>En ce qui concerne l'oppression des femmes, il ne s'agit pas de faire l'éloge des féministes bourgeois et petit-bourgeois, ni de mettre les mouvements sociaux des travailleurs à la remorque de tels dirigeants, bien entendu. D'une manière plus générale, il n'est pas question que le prolétariat se mette à la remorque d'aspirations bourgeoises, petites bourgeoises au changement d'un ordre devenu insupportable pour tous, mais, au contraire, que le prolétariat prenne la tête de toutes les luttes et en fassent des armes pour renverser en totalité l'ancien ordre économique et social.</p>
<p>L'objectif de la révolution permanente ne se contente pas de réduire les inégalités, ni même de prôner l'égalité (égalité entre capitalistes et exploités, ça veut dire quoi ?) ni seulement de raccourcir l'immense gouffre entre riches et pauvres, d'obtenir un peu plus de démocratie, un peu plus de considération de la part des gouvernants, un peu plus de paix, un peu moins de guerre, un peu plus de richesses distribuées à l'ensemble de la population et un peu moins aux plus riches, supprimer les dictatures les plus ouvertes et barbares, et autres objectifs illusoires et soi-disant progressistes. D'autant plus illusoires que nous avons atteint la phase d'effondrement du capitalisme où la réforme est plus illusoire que jamais, même les contre-réformes ne sont plus suffisantes et la grande bourgeoisie capitaliste a besoin d'une contre-révolution ultra-radicale et violente !</p>
<p>Non, la révolution sociale doit être permanente, c'est-à-dire qu'elle ne doit s'arrêter devant aucun obstacle, ne pas se contenter d'aucune demi-mesure, mais toujours aller plus loin, passant de la démolition de l'ancien ordre médiéval et féodal qui subsiste un peu partout, notamment au travers des religions, des Etats, des royautés et même des républiques bourgeoises, supprimer les dictatures militaires de fond en comble en désarmant complètement les anciennes classes dirigeantes et bien sûr la bourgeoisie capitaliste, en supprimant la totalité de ses forces armées, en libérant les nationalités opprimées, les ethnies opprimées, les religions opprimées, les femmes opprimées, les jeunes opprimés, les couches moyennes paupérisées, etc.</p>
<p>Nous avons montré sur ce site Matière et Révolution que les femmes avaient autrefois été maitresses d'elles-mêmes et non seulement n'étaient pas dominées mais avaient eu un rôle dirigeant dans la société. C'est ce que l'on a appelé le matriarcat et qui n'est pas le symétrique du patriarcat en ce qu'il ne suppose nullement l'oppression des hommes. Il s'agit de la phase de l'humanité appelée communisme primitif et qui a existé partout dans le monde jusqu'au Néolithique et parfois jusqu'à l'Age de Bronze, donc avant le grand développement de l'agriculture, de la sédentarité et l'apparition des classes sociales et de l'Etat, mais aussi l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est-à-dire jusqu'à la mise en place du patriarcat sur presque toute la planète.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8499" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8499</a></p>
<p>Mais il ne s'agit pas seulement pour nous, en défendant la thèse d'un matriarcat ancien, de réhabiliter le passé des femmes des premières sociétés. Certes, cette position idéologique doit être conquise mais c'est dans un but actuel et pas seulement scientifique (préhistorique et historique). Défendre l'idée d'un matriarcat qui a dominé le monde de l'époque du communisme primitif au néolithique ou à l'Age de Bronze n'est pas qu'une correction d'une erreur scientifique, c'est aussi un drapeau vers l'avenir. Ce matriarcat a signifié que les femmes ont longtemps eu un pouvoir un peu plus grand que les hommes, même si ce n'était pas un pouvoir de type étatique, fondé sur des lois, sur des moyens répressifs, sur l'oppression ou l'exploitation des hommes (des mâles en somme) comme le patriarcat, lui, est fondé sur l'exploitation et l'oppression des femmes avec l'aide de l'Etat et pour le plus grand profit de la classe exploiteuse. Sous le matriarcat, l'exploitation de l'homme par l'homme n'existait pas encore ou était à peine embryonnaire du fait de la faible capacité de travail de chaque être humain. La division du travail entre les êtres humains n'était pas réalisée.</p>
<p>Et le patriarcat a ensuite dominé jusqu'à aujourd'hui presque partout, sauf là où la révolution sociale a triomphé, comme dans la Commune de Paris de 1871 et dans la révolution russe de 1917 ou encore dans la révolution espagnole de 1936. L'Histoire a démontré depuis belle lurette le lien entre révolution sociale et libération des femmes.</p>
<p>Comment la révolution permanente entend œuvrer à la libération des femmes et comment il compte faire de cet objectif un moyen de renforcer considérablement la force de la révolution, voilà la question qu'il faut maintenant développer. L'oppression des femmes est un reste antique des anciens système d'oppression pré-capitalistes que le capitalisme a repris et exploité à fond à son propre profit. Même quand la société capitaliste a été à son apogée, il n'a jamais renoncé à cette horreur. Maintenant que le système capitalisme est à l'agonie, il ressent encore plus le besoin d'aggraver l'oppresion des femmes pour s'en servir afin de conserver son pouvoir sur le monde.</p>
<p>La meilleure définition de la révolution permanente consiste à dire qu'il s'agit de transformer toutes les formes d'oppression et d'exploitation de la vieille société toute pourrie en armes de combat de prolétariat pour renverser définitivement capitalisme et impérialisme ainsi que toutes les formes d'oppresion plus antiques comme l'oppression religieuse ou l'oppression patriacale des femmes.</p>
<p>Le capitalisme a choisi le patriarcat comme moyen de domination pour assurer la stabilité de sa société d'exploitation du travail des prolétaires. Eh bien, pour se libérer, il faut que ces derniers, qui sont la principale force révolutionnaire de l'ancienne société, n'aient aucune crainte ni aucune réticence à transformer en armes de combat les aspirations des femmes à la libération, qu'il en prenne même la tête, qu'il mette cette lutte en tête de son drapeau de combat, qu'il n'attende même pas l'heure de la révolution pour proclamer dans les entreprises et les quartiers cet objectif, pour le porter dans les syndicats comme dans les comités du peuple travailleur, pour dénoncer tous les partis et syndicats qui y sont réticents ou qui font seulement semblant de soutenir les droits des femmes et prétendent que le capitalisme et ses Etats oeuvrent à l'égalité hommes-femmes.</p>
<p>Nous avons déjà montré dans des articles du site Matière et Révolution que le capitalisme aggrave sans cesse la situation des femmes dans le monde :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2545" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2545</a></p>
<p>Nous y avons montré que la libération des femmes n'est jamais venue et ne viendra jamais des institutions de la bourgeoisie :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2931" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2931</a></p>
<p>Nous avons montré que le capitalisme déliquescent et sous perfusion, plus antisocial et sanglant que jamais, est encore plus incompatible avec la liberté des femmes :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7743" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7743</a></p>
<p>Nous avons montré que capitalisme et patriarcat se renforcent mutuellement et que, pour en finir avec le capitalisme, il faut aussi en finir avec le patriarcat :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4397" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4397</a></p>
<p>Nous avons montré que le patriarcat est un instrument de guerre du grand capital contre les femmes et contre les peuples :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5352" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5352</a></p>
<p>Nous avons montré que femmes opprimées et travailleurs exploités, peuvent lutter ensemble pour le renversement du capitalisme :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6903" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6903</a></p>
<p>Il nous reste à montrer comment transformer l'horreur sociale de l'oppression des femmes en véritable bombe que le prolétariat révolutionnaire et les femmes révoltées peuvent jeter directement dans la gueule du système d'exploitation et d'oppression qui a longtemps dominé le monde.</p>
<p>Nous le redisons, la politique de la révolution permanente consiste à retourner les armes du système capitaliste contre lui. L'oppression des femmes doit, dans la stratégie révolutionnaire du prolétariat, être un canon dirigé directement et violemment contre le système tout entier.</p>
<p>Et c'est d'abord l'objectif de la révolution socialiste et prolétarienne qui doit être clairement établi et affiché, à savoir revenir au… matriarcat ! On nous dira : « mais, ce serait opprimer les hommes (au sens masculin) ! » Pas du tout, l'ancien matriarcat n'était pas un système d'oppression et d'exploitation. Il ne servait pas à soutenir une société d'oppression et d'exploitation, puisque celle-ci n'existait pas encore. Le communisme primitif ne connaissait ni la propriété privée, ni l'exploitation de l'homme. Et comme le socialisme veut remettre en question ces deux bases de l'arriération des sociétés humaines actuelle, il est logique de se poser la question de revenir aux relations entre hommes et femmes que l'on connaissait alors. Cela ne peut faire peur qu'aux timorés et ne faire rire que les idiots. Ceux-là vous diront : « Les hommes prolétaires n'en sont pas capables, il n'y a pas plus misogynes ! » C'est là que l'on voit à quel point réformistes et opportunistes méprisent les capacités du prolétariat, dès qu'il se décide à rompre de manière révolutionnaire avec le vieux fatras du monde.</p>
<p>C'est en affirmant cet objectif radical, le plus radical qui existe en la matière, que les prolétaires peuvent prendre la tête du combat des femmes pour leur libération. Et ils ne feront pas que tuer le patriarcat. Ils affirmeront aussi qu'il faut tuer définitivement d'autres ennemis mortels des femmes : tuer l'armée permanente de la bourgeoisie, cause de guerres dont les femmes et les enfants sont les premières victimes, tuer la fausse domination machiste et misogyne qui rend les femmes victimes de violences sexistes permanentes et mortelles, tuer l'exploitation sexuelle et pédophile en libérant complètement les femmes et en leur donnant un véritable pouvoir.</p>
<p>Et nous avons montré dans notre site Matière et Révolution que l'ancien matriarcat était un pouvoir des femmes un peu supérieur à celui des hommes. Mais, nous dirons les sceptiques et les modérés en tout, « il suffit de revendiquer l'égalité entre hommes et femmes. » On voit que ces gens-là craignent surtout de trop en faire, d'être trop radicaux, d'avoir trop de mal à convaincre, mais ne craignent pas d'affaiblir le camp prolétarien dans la guerre à mort qui se prépare contre le capitalisme et l'impérialisme. Aucun canon super puissant ne sera en trop dans cette lutte féroce qui se prépare ! « On va se couper des masses qui n'en sont pas là » est le leitmotiv de ces gens-là, y compris ceux qui se disent révolutionnaires, dès que l'on propose d'aller à la racine du mal pour le couper radicalement. Ils répètent que « cela va faire trop mal, ce sera trop difficile », comme des passagers pour l'espace qui ne veulent pas que la poussée de la fusée soit trop forte pour ne pas incommoder les passagers et qui ne craignent pas, par contre, que la fusée retombe…</p>
<p>Ce sont les mêmes pseudo radicaux, qu'ils se disent ou pas d'extrême gauche, qui ne veulent pas mettre en avant la dictature des conseils de travailleurs, en somme les soviets ! Cela ferait fuir les salariés modérés (ou plutôt l'aristocratie ouvrière des appareils syndicaux) ! Ils ne veulent pas davantage mettre en avant la destruction de l'appareil répressif armée/police/prisons/gendarmerie/forces spéciales ! Et pas davantage l'armement du prolétariat… Mais pas non plus la liaison entre prolétaires et tous les opprimés, tous les exploités, toutes les victimes du système (petits bourgeois, pauvres, femmes, jeunes, chômeurs, sans logis, pêcheurs, paysans, sans papiers, etc.) Là encore il s'agit de ne pas effaroucher les appareils syndicaux qui hébergent ces soi-disant radicaux !</p>
<p>Alors, vous pensez, clamer sur tous les toits qu'on va revenir au matriarcat, c'est beaucoup trop, même si ces gens-là écrivent de temps en temps qu'ils veulent, un jour, en finir avec le capitalisme et donc construire le socialisme et le communisme. Mais c'est loin… un jour…</p>
<p>Mais le matriarcat, même si ce n'est pas l'oppression directe de l'homme par la femme, ni son exploitation, c'est quand même la primauté des femmes, leur pouvoir en premier. C'est inégal, disent certains. Eux, ils veulent « l'égalité ».</p>
<p>Mais, alors, pour nos radicaux en herbe, le pouvoir des travailleurs, c'est plus de pouvoir pour les travailleurs que pour… les autres ! C'est inégal, non ? En fait, ils veulent juste un peu plus de démocratie, en somme, ces fameux « radicaux ».</p>
<p>Comme le disait Karl Marx, être vraiment radical, c'est attaquer le mal à la racine ! C'est pour cela qu'il se disait non seulement pour la révolution mais pour la révolution permanente, celle qui ne cesse de creuser, de s'approfondir, d'aller au fond des choses, de s'attaquer au plus profond du mal, de l'ancienne société et la déraciner complètement.</p>
<p>Voilà ce que nous allons faire avec le patriarcat. Et cela signifie aussi déraciner l'armée capitaliste. Déraciner également les religions qui culpabilisent les femmes (dans tous les jardins d'Eden), qui enferment les femmes (et les hommes) dans un piège idéologique anti-féminin. Déraciner l'éducation bourgeoise, scolaire et extra-scolaire. Déraciner la misogynie et le machisme des médias, des sciences, de la philosophie, de l'art, etc.</p>
<p>Certains radicaux se satisfont de voir les femmes à la tête des révoltes, que ce soit celle débutée en 2010-2011 au Maghreb, dans le monde arabe puis dans le monde entier, y compris le début du mouvement des Gilets jaunes. Mais ils n'en tirent pas les conclusions vraiment radicales qui s'imposent. Les femmes seront à la tête de la lutte car elles subissent une double oppression, en tant qu'explotées et en tant que femmes. Alors, elles devront aussi avoir la primauté dans la société qui se construira.</p>
<p>Mais, non, dirons nos critiques, elles auront l'égalité. Eh bien, mes critiques, vous comprendrez que pour détordre un bâton, il faille le tordre dans l'autre sens. C'est ce qui se produit avec la dictature du prolétariat et il faut même retirer des droits démocratiques aux anciens exploiteurs, aux anciens chefs politiques ou militaires. On ne passe pas du tordu au droit de façon directe. Il faut, dirait Hegel, passer par la négation de la négation pour atteindre l'affirmation ! Le patriarcat a nié le matriarcat. Il faut que le matriarcat nie le patriarcat ! Et c'est la négation de la négation qui va libérer à la fois les femmes et les hommes.</p>
<p>Oui, les hommes ont besoin de se libérer de leur fausse supériorité, de leurs faux besoins : de mépriser, de dominer, de frapper, de soumettre, de décider seuls, de se croire supérieurs, de satisfaire leurs besoins sexuels et psychologiques aux dépens de l'autre sexe, d'être attirés par des relations interdites et forcées, toutes sortes de faux besoins que le système capitaliste et patriarcal, utilisant tous les médias et technologies modernes, a implanté dans leurs têtes.</p>
<p>Le radicalisme de ces faux radicaux s'en tient à quelques modifications de vocabulaire, permettant aux femmes d'accéder (verbalement) à des professions que la linguistique n'attribue qu'aux hommes (masculins).</p>
<p>Cette linguisitique soi-disant féministe ne change pas la réalité de la vie des femmes.</p>
<p>Et surtout pas dans une phase de la société où la classe dominante s'emploie à généraliser la guerre, le fascisme, la dictature, écraser les révoltes, opprimer, appauvrir, teroriser plus que jamais, toutes choses dont les femmes sont les premières victimes.</p>
<p>Non, il ne suffit pas du féminisme bourgeois et petit-bourgeois qui est trop timoré pour critiquer même sérieusement le système dominant et reconnaitre que celui-ci est à l'agonie. Qu'il en faudra un autre et qu'on ne le mettra pas en place juste avec… des mots !</p>
<p>Fondamentalement, il va falloir détruire l'Etat capitaliste (y comrpis celui des prétendues démocraties) et l'impérialisme et les femmes, pour cela, ont absolument besoin de s'unir aux prolétaires révolutionnaires et l'inverse est vrai également.</p>
<p>Les fameuses démocraties n'ont pas levé le petit doigt quand on a écrasé les révoltes dans le monde, frappant en premier les femmes. Oh que non ! Elles l'ont levé pour soutenir les dictatures. Y compris dans le monde arabe. Y compris en Arabie saoudite. Y compris en Afghanistan. Y compris en Iran. Y compris en Algérie. Dans la révolte des Gilets jaunes comme dans celle aux USA, les forces de répression de la « démocratie » ont frappé en premier… les femmes !</p>
<p>Alors, vous qui combattez le capitalisme, vous ne voulez toujours pas placer les femmes en premier dans la société future ?</p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DE LA SCIENCE</h2>
<p>Le marxisme a-t-il raison de se prétendre scientifique ?</p>
<p>S'il est une revendication clairement affirmée de Marx concernant l'ensemble de sa pensée, et de celle de Engels, c'est bien l'attribution à ce travail du qualificatif de « science ». Car cela n'est pas une médaille en chocolat que souhaite s'attribuer ainsi Marx mais c'est un choix de méthode de travail, un choix de buts, de conceptions, d'étude, de recherche.<br class='autobr' />
Marx récuse l'idée que le domaine politique, juridique, social, économique ou philosophique devrait être exclu du domaine des sciences. Il combat l'idée que dans ces domaines, chacun développe les perspectives qui lui chantent et qu'il n'y aurait aucune loi, aucune nécessité objective mais seulement des propositions qui n'auraient qu'à recueillir ou pas les suffrages des hommes, individuellement ou collectivement. Chacun pourrait proposer la politique économique qui lui chante, chacun pourrait proposer les changements sociaux qui lui plaisent, chacun pourrait imaginer les changements de société que lui permettent son imagination. Pas de loi en politique ? Pas de loi en économie ? Pas de loi de l'évolution sociale des sociétés humaines ? Pas de loi au sens où on parle de loi de la physique, de la chimie ou de la biologie ?<br class='autobr' />
Bien entendu, parler de démarche scientifique dans l'œuvre de Marx nécessite de ne pas réserver cette catégorie à l'étude de la matière et de ne pas la récuser concernant la société humaine. La signification de la démarche scientifique postule l'étude des conditions objectives de la réalité, conditions qui sont liées à chaque époque historique et pas créées pour l'éternité, conditions qui sont aussi celles des changements radicaux pour sauter d'un état à un autre, et ceci aussi qu'il s'agisse de la matière, inerte ou vivante, que de la société humaine.<br class='autobr' />
Cependant, il importe de rejeter toute conception selon laquelle la science serait séparée de la pensée humaine, serait infaillible, indiscutable, imbattable, séparable de la philosophie. Parler de « conception scientifique » ne signifie pas en faire un domaine réservé à des spécialistes, seuls aptes à trancher.<br class='autobr' />
Les sciences, même celles dites « dures, ont besoin d'être discutées, remises en question, car elles continuent d'évoluer, de se transformer, d'entrer en contradiction. Elles ne mènent pas à un déterminisme strict dans lequel le hasard n'aurait pas droit de cité, dans lequel il n'y aurait pas un spectre des possibles, dans lequel il n'y aurait pas plusieurs solutions et des sauts qualitatifs entre ces solutions. L'existence de la liberté humaine n'exclue pas les lois pas plus que l'agitation des éléments de la matière n'exclue l'ordre ni que la production permanente de diversité dans le vivant n'exclue pas l'ordre génétique.<br class='autobr' />
L'idée d'un « marxisme scientifique » ou d'un « socialisme scientifique » a été critiquée de divers bords et les critiques ont été amplifiées depuis le stalinisme du fait de la caricature qu'a représenté ce prétendu « marxisme dialectique » stalinien ou maoïste.<br class='autobr' />
Certains auteurs y voient une manière d'imposer des conclusions absurdes à la science à la Lyssenko de la même manière qu'il s'agit d'imposer par la dictature une évolution absurde et antidémocratique à la société. D'autres affirment que le marxisme a ainsi un désir de se transformer en dogme indiscutable paré du titre glorieux et respectable de la science. D'autres enfin considèrent comme inacceptable d'appeler science tout domaine concernant la société humaine, du fait de la liberté humaine, du fait de l'imprédictibilité de l'action humaine, du fait du choix humain, du fait de la conscience de l'homme sur lui-même, tout cela empêchant selon eux toute objectivité de l'étude, l'acteur se confondant avec l'observateur.<br class='autobr' />
La discussion de cette question nécessite bien entendu de se mettre d'accord sur ce que signifie une science, ce qu'on lui attribue comme critère, comme méthode, comme moyen de vérification, comme outils de recherche, comme qualités, comme mode de transformation, comme potentialités, comme domaine d'efficacité, etc…<br class='autobr' />
Or cette question même est déjà très controversée, et bien au-delà de la question du statut du marxisme elle-même.<br class='autobr' />
Les uns affirment qu'il n'y a de science qu'au travers de lois mathématiques. Les autres prétendent qu'il n'y a de science que prédictive. Les suivants, les poppériens, prétendent que toute science doit être falsifiable.<br class='autobr' />
Cependant, les définitions restrictives précédentes sont loin de n'exclure que le marxisme. Elles rejettent hors du domaine de la science le darwinisme, l'évo-développement, l'étude des animaux, la psychanalyse et même la médecine, sans parler de la psychiatrie, de l'économie, de la sociologie ou de l'anthropologie.<br class='autobr' />
Bien des données de la physique elle-même, pourtant science « dure » par excellence, ne sont pas intégrées par de telles définitions comme la climatologie, la géologie, l'astrophysique ou la cosmologie, ces sciences étant historiques et l'homme ne pouvant reproduire deux fois le même climat ni deux fois la formation d'une étoile, d'une galaxie, d'un trou noir ou la formation de l'univers.<br class='autobr' />
Ce n'est pas parce qu'un critère unique de la science fait défaut qu'on ne saurait pas dire ce qu'est la démarche scientifique. Cette démarche n'est pas un résultat définitif, fondé de manière éternelle, mais est au contraire, le produit sans cesse remis en question d'un développement historique et contradictoire, avec des avancées et des reculs. La science n'est pas un domaine à part, isolé dans une bulle de verre, mais, au contraire liée sans cesse aux développements économiques, sociaux, techniques de la société humaine dont elle est le produit, y compris quand il s'agit des sciences physiques, chimiques ou biologiques. Toutes ces sciences sont historiques, aucune n'est poppérisable. Aucune n'est prédictive. Aucune n'est fondée sur l'action directe, linéaire et formelle « de cause à effet ». Toutes sont du domaine des rétroactions en cascade qui produisent des lois émergentes intégrant le désordre au sein des lois statistiques, un ordre supérieur étant le produit des agitations à l'ordre inférieur. La non-linéarité, la sensibilité aux conditions initiales, l'émergence de structure entraînent la formation de lois ne sont pas prédictives mais produisent un petit nombre d'évolutions possibles.<br class='autobr' />
L'existence d'une « nécessité objective » ne signifie nullement que les lois soient du type « A entraîne B », de la causalité directe, linéaire, unidirectionnelle et strictement prédictive. Ces « causalités » linéaires et formelles ont été considérées à tort comme le paradigme de la science.<br class='autobr' />
La science exprime l'intégration au sein d'un couple dialectique de l'aspiration vers la nouveauté et des interdits de la nécessité. Ainsi, les hommes auraient volontiers affirmé autrefois que l'homme n'était pas fait pour voler, que l'homme ne pouvait pas lui-même produire du vivant, que les astres étaient le domaine des dieux, inatteignables aux véhicules produits par l'homme, que l'homme ne peut pas intervenir artificiellement dans la production d'enfants, etc…<br class='autobr' />
Bien des affirmations actuelles de la science auraient été traitées de pure fiction par les générations précédentes de scientifiques, et de sorcellerie par les vieilles sociétés.<br class='autobr' />
L'utopie a bel et bien un caractère actif au sein des sciences. Il ne s'agit nullement de « se contenter d'observer ce que l'on voit ». L'expérimentation elle-même doit être pensée et elle ne consiste pas seulement à regarder la réalité. Quant à la théorie, elle est loin de se fonder seulement sur l'observation mais a un besoin absolu de la théorie. Cette dernière, elle-même nécessite des conceptions philosophiques ayant évolué de manière rétroactive avec les sciences.<br class='autobr' />
Une science qui se serait développée indépendamment des aspirations, des utopies humaines, n'a jamais existé et n'existera jamais.<br class='autobr' />
Par contre, une prétendue science qui se contenterait de ces aspirations sans chercher de fondement logique, de cadre théorique, de lien avec les autres théories et connaissances ne serait qu'un dogme indiscutable.<br class='autobr' />
L'un des buts fondamentaux de Marx a été de tirer le socialisme de son impasse utopiste. L'utopisme socialiste est issu notamment de la déception provoquée dans la petite bourgeoisie et dans les milieux populaires par les résultats sociaux et politiques de la révolution française. Une révolution pour la liberté, pour le bien-être du peuple, pour l'égalité a donné naissance à la dictature de classe de la bourgeoisie, à une plus grande mainmise des richesses et du pouvoir par une minorité, à de plus grandes inégalités, à une division de classe encore plus marquée. Faut-il répondre à ce constat par des projets utopiques de société, ces projets prétendant permettre la construction de nouvelles sociétés ou étudier la nouvelle société capitaliste issue de la révolution bourgeoise, en tirer les lois économiques et les lois d'évolution pour en déduire les évolutions historiques possibles ? C'est deux démarches opposées : socialisme utopique et socialisme scientifique, expliquent Marx et Engels…<br class='autobr' />
« Sur le terrain de l'économie politique la libre et scientifique recherche rencontre bien plus d'ennemis que dans ses autres champs d'exploration… Tout jugement inspiré par une critique vraiment scientifique est pour moi le bienvenu. Vis à vis des préjugés de ce qu'on appelle l'opinion publique à laquelle je n'ai jamais fait de concessions, j'ai pour devise, après comme avant, la parole du grand Florentin : « Suis ton chemin et laisse dire les gens ! »<br class='autobr' />
Karl Marx, Le Capital, Livre I<br class='autobr' />
Marx expose le plan de son travail dans « Le Capital » :<br class='autobr' />
« L'exposé, je veux dire la manière, est tout à fait scientifique, donc ne contrevient pas aux règlements de police au sens habituel. » <br class='autobr' />
Il écrit à Lassalle sur son oeuvre :<br class='autobr' />
« Elle représente pour la première fois d'une façon scientifique une importante manière de voir les rapports sociaux. »<br class='autobr' />
Dans Die Zukunft du 11 août 1869, Engels écrit à propos du « Capital » : « Cet ouvrage contient le résultat des études de toute une vie. C'est l'économie politique de la classe laborieuse réduite à son expression scientifique. »<br class='autobr' />
Marx lui-même considérait « Le Capital » comme une véritable arme de guerre : « C'est certainement le plus terrible missile qui ait encore jamais été lancé à la face des bourgeois (y compris les propriétaires fonciers). » (Marx à J.-B. Becker, 17 avril 1867.)<br class='autobr' />
« La critique de l'économie politique, pierre angulaire du socialisme scientifique, a été pendant presque toute sa vie une des préoccupations dominantes de Karl Marx et le thème essentiel de ses recherches… En étudiant l'économie classique, il est arrivé à un certain nombre de conclusions qui mettent en lumière les contradictions fondamentales du régime bourgeois et les impasses auxquelles aboutit l'œuvre de ses théoriciens. La classe ouvrière peut disposer maintenant d'une base scientifique pour fonder son action révolutionnaire. »<br class='autobr' />
Emile Botigelli, Introduction à la « Critique de l'Economie politique » de Karl Marx<br class='autobr' />
« L'instinct de classe des prolétaires est fait du pressentiment de la société communautaire et collectiviste, rationnellement organisée par les producteurs associés pour l'épanouissement matériel et intellectuel de l'humanité, tout autant que de la réaction d'hostilité aux conditions de vie et de travail créées par la production capitaliste. Les utopistes furent les premiers porte-parole des masses laborieuses, en quelque sorte les théoriciens de leurs aspirations, à un moment ou les conditions historiques ne fournissaient pas encore au prolétariat les moyens matériels et politiques de son émancipation. Cependant, à l'aube de la société capitaliste, ils connaissaient déjà les méfaits de la production capitaliste, et ce n'est pas par hasard qu'un Owen, par exemple, fut aussi bien un chantre de la société future qu'un réformateur hardi, de sa propre fabrique, où il introduisit le travail associé et diminua de manière draconienne les heures de travail. Marx et Engels ne renient ni l'instinct profond des masses ni la vision du futur des utopistes. Ils les dépouillent de leurs éléments idéalistes et fantastiques, en leur donnant une assise critique et scientifique, sans tomber en conséquence dans l'objectivisme agnostique de ceux pour qui la science ne s'applique qu'aux objets inertes et aux faits « constatables » du passé et du présent… Marx-Engels ne purent établir leur théorie moderne du communisme, fondée sur le matérialisme économique et historique, qu'en s'appuyant sur des développements sociaux du capitalisme. La théorie « allemande » dut pour cela s'appuyer sur les données politiques de la France et économiques de l'Angleterre, où la bourgeoisie était enfin parvenue au pouvoir en 1830. Si l'économie anglaise montre aux autres nations du continent quelle sera « l'image de leur proche avenir » (préface allemande du Capital), c'est le parti chartiste qui fournit le modèle de l'organisation du prolétariat moderne (cf. le dernier chapitre de Misère de la philosophie), où Marx expose l'évolution du parti chartiste, solidement relié à la classe ouvrière par l'intermédiaire des syndicats et des luttes revendicatives. C'est pourquoi, le Manifeste a pu affirmer que « les conceptions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées ou des principes découverts ou inventés par tel ou tel réformateur du monde. Elles ne sont que l'expression théorique des conditions réelles de la lutte des classes. » Le socialisme scientifique ou programme communiste du prolétariat moderne n'a donc pu être élaboré qu'au contact avec la classe ouvrière allemande, française et surtout anglaise, et n'a pu surgir qu'en liaison avec la création d'une organisation internationale que Marx-Engels s'efforcèrent de fonder avec les Démocrates fraternels, c'est-à-dire les chartistes de gauche qui étaient partisans de la violence révolutionnaire. …. Pour déchiffrer l'histoire afin d'en appliquer les enseignements aux batailles non plus critiques, mais violentes et armées entre les classes, il faut avant tout dégager une connaissance précise des rapports sociaux qui, d'une forme de production à l'autre, s'établissent dans la base économique et assurent le passage révolutionnaire du capitalisme au socialisme … En fait « Le Capital » est la démonstration du caractère éminemment transitoire de la forme de production capitaliste, c'est sa nécrologie, non l'étude de la vie et du fonctionnement du capital. »<br class='autobr' />
R. Dangeville dans son introduction à « Le parti de classe » de Marx-Engels<br class='autobr' />
« L'homme de science était loin d'être en lui la moitié de l'homme. La science était pour Marx une force révolutionnaire, historiquement déterminante. Marx était par-dessus tout un révolutionnaire. Coopérer d'une manière ou de l'autre au bouleversement de la société capitaliste et des institutions politiques crées par elle, contribuer à la libération du prolétariat moderne, auquel il a, le premier, donné la conscience de sa situation propre et de ses besoins, la conscience des conditions de son émancipation... telle était sa vraie vocation. »<br class='autobr' />
Hommage funèbre de Friedrich Engels à son camarade et ami Karl Marx, dans "Der Sozialdemokrat" du 22 mars 1883<br class='autobr' />
« Karl Marx, histoire de sa vie » par Franz Mehring :<br class='autobr' />
« La science était pour Marx une force qui actionnait l'histoire, une force révolutionnaire. Si pure que fut la joie qu'il pouvait avoir à une découverte dans une science théorique quelconque dont il peut être impossible d'envisager l'application pratique, sa joie était tout autre lorsqu'il s'agissait d'une découverte d'une portée révolutionnaire immédiate pour l'industrie ou, en général, pour le développement historique. (…) Car Marx était avant tout un révolutionnaire. Contribuer, d'une façon ou d'une autre, au renversement de la société capitaliste et des institutions d'Etat qu'elle a créées, collaborer à l'affranchissement du prolétariat moderne, auquel il avait donné le premier la conscience de sa propre situation et de ses besoins, la conscience des conditions de son émancipation, telle était sa véritable vocation. »<br class='autobr' />
Marx discute ainsi de sa méthode scientifique en citant un de ses critiques dans « Le Capital », Livre premier :<br class='autobr' />
« Le Messager européen, revue russe, publiée à Saint-Pétersbourg, dans un article entièrement consacré à la méthode du Capital, déclare que mon procédé d'investigation est rigoureusement réaliste, mais que ma méthode d'exposition est malheureusement dans la manière dialectique. « A première vue, dit-il, si l'on juge d'après la forme extérieure de l'exposition, Marx est un idéaliste renforcé, et cela dans le sens allemand, c'est-à-dire dans le mauvais sens du mot. En fait, il est infiniment plus réaliste qu'aucun de ceux qui l'ont précédé dans le champ de l'économie critique... On ne peut en aucune façon l'appeler idéaliste. »<br class='autobr' />
L'auteur continue ainsi :<br class='autobr' />
« Une seule chose préoccupe Marx : trouver la loi des phénomènes qu'il étudie ; non seulement la loi qui les régit sous leur forme arrêtée et dans leur liaison observable pendant une période de temps donnée. Non, ce qui lui importe, par-dessus tout, c'est la loi de leur changement, de leur développement, c'est-à-dire la loi de leur passage d'une forme à l'autre, d'un ordre de liaison dans un autre. Une fois qu'il a découvert cette loi, il examine en détail les effets par lesquels elle se manifeste dans la vie sociale... Ainsi donc, Marx ne s'inquiète que d'une chose ; démontrer par une recherche rigoureusement scientifique, la nécessité d'ordres déterminés de rapports sociaux, et, autant que possible, vérifier les faits qui lui ont servi de point de départ et de point d'appui. Pour cela il suffit qu'il démontre, en même temps que la nécessité de l'organisation actuelle, la nécessité d'une autre organisation dans laquelle la première doit inévitablement passer, que l'humanité y croie ou non, qu'elle en ait ou non conscience. Il envisage le mouvement social comme un enchaînement naturel de phénomènes historiques, enchaînement soumis à des lois qui, non seulement sont indépendantes de la volonté, de la conscience et des desseins de l'homme, mais qui, au contraire, déterminent sa volonté, sa conscience et ses desseins... Si l'élément conscient joue un rôle aussi secondaire dans l'histoire de la civilisation, il va de soi que la critique, dont l'objet est la civilisation même, ne peut avoir pour base aucune forme de la conscience ni aucun fait de la conscience. Ce n'est pas l'idée, mais seulement le phénomène extérieur qui peut lui servir de point de départ. La critique se borne à comparer, à confronter un fait, non avec l'idée, mais avec un autre fait ; seulement elle exige que les deux faits aient été observés aussi exactement que possible, et que dans la réalité ils constituent vis-à-vis l'un de l'autre deux phases de développement différentes ; par-dessus tout elle exige que la série des phénomènes, l'ordre dans lequel ils apparaissent comme phases d'évolution successives, soient étudiés avec non moins de rigueur. Mais, dira-t-on, les lois générales de la vie économique sont unes, toujours les mêmes, qu'elles s'appliquent au présent ou au passé. C'est précisément ce que Marx conteste ; pour lui ces lois abstraites n'existent pas... Dès que la vie s'est retirée d'une période de développement donnée, dès qu'elle passe d'une phase dans une autre, elle commence aussi à être régie par d'autres lois. En un mot, la vie économique présente dans son développement historique les mêmes phénomènes que l'on rencontre en d'autres branches de la biologie... Les vieux économistes se trompaient sur la nature des lois économiques, lorsqu'ils les comparaient aux lois de la physique et de la chimie. Une analyse plus approfondie des phénomènes a montré que les organismes sociaux se distinguent autant les uns des autres que les organismes animaux et végétaux. Bien plus, un seul et même phénomène obéit à des lois absolument différentes, lorsque la structure totale de ces organismes diffère, lorsque leurs organes particuliers viennent à varier, lorsque les conditions dans lesquelles ils fonctionnent viennent à changer, etc. Marx nie, par exemple, que la loi de la population soit la même en tout temps et en tout lieu. Il affirme, au contraire, que chaque époque économique a sa loi de population propre... Avec différents développements de la force productive, les rapports sociaux changent de même que leurs lois régulatrices... En se plaçant à ce point de vue pour examiner l'ordre économique capitaliste, Marx ne fait que formuler d'une façon rigoureusement scientifique la tâche imposée à toute étude exacte de la vie économique. La valeur scientifique particulière d'une telle étude, c'est de mettre en lumière les lois qui régissent la naissance, la vie, la croissance et la mort d'un organisme social donné, et son remplacement par un autre supérieur ; c'est cette valeur-là que possède l'ouvrage de Marx. »<br class='autobr' />
En définissant ce qu'il appelle ma méthode d'investigation avec tant de justesse, et en ce qui concerne l'application que j'en ai faite, tant de bienveillance, qu'est-ce donc que l'auteur a défini, si ce n'est la méthode dialectique ? Certes, le procédé d'exposition doit se distinguer formellement du procédé d'investigation. A l'investigation de faire la matière sienne dans tous ses détails, d'en analyser les diverses formes de développement, et de découvrir leur lien intime. Une fois cette tâche accomplie, mais seulement alors, le mouvement réel peut être exposé dans son ensemble. Si l'on y réussit, de sorte que la vie de la matière se réfléchisse dans sa reproduction idéale, ce mirage peut faire croire à une construction a priori.<br class='autobr' />
Ma méthode dialectique, non seulement diffère par la base de la méthode hégélienne, mais elle en est même l'exact opposé. Pour Hegel le mouvement de la pensée, qu'il personnifie sous le nom de l'idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n'est que la forme phénoménale de l'idée. Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n'est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l'homme.<br class='autobr' />
J'ai critiqué le côté mystique de la dialectique hégélienne il y a près de trente ans, à une époque où elle était encore à la mode... Mais bien que, grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ce n'en est pas moins lui qui en a le premier exposé le mouvement d'ensemble. Chez lui elle marche sur la tête ; il suffit de la remettre sur les pieds pour lui trouver la physionomie tout à fait raisonnable. Sous son aspect mystique, la dialectique devint une mode en Allemagne, parce qu'elle semblait glorifier les choses existantes. Sous son aspect rationnel, elle est un scandale et une abomination pour les classes dirigeantes, et leurs idéologues doctrinaires, parce que dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup l'intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire ; parce que saisissant le mouvement même, dont toute forme faite n'est qu'une configuration transitoire, rien ne saurait lui imposer ; qu'elle est essentiellement critique et révolutionnaire.<br class='autobr' />
Le mouvement contradictoire de la société capitaliste se fait sentir au bourgeois pratique de la façon la plus frappante, par les vicissitudes de l'industrie moderne à travers son cycle périodique, dont le point culminant est la crise générale. Déjà nous apercevons le retour de ses prodromes ; elle approche de nouveau ; par l'universalité de son champ d'action et l'intensité de ses effets, elle va faire entrer la dialectique dans la tête même aux tripoteurs qui ont poussé comme champignons dans le nouveau Saint-Empire prusso-allemand. »<br class='autobr' />
L'analyse scientifique démontre que la production capitaliste est d'une nature spéciale, qu'elle est déterminée historiquement et que, de même que tout autre système de production, elle a comme condition un stade déterminé du développement et de la morphologie des forces productives, condition qui est le résultat historique et le produit d'un processus antérieur, base déterminée du processus nouveau. Cette analyse établit encore que les rapports de production adéquats à ce système déterminé historiquement - rapports que les hommes observent dans leur vie sociale - ont un caractère spécifique, historique et transitoire, et que les rapports de la répartition sont essentiellement identiques à ceux de la production, dont elles représentent la seconde face, si bien qu'elles ont tous les deux le même caractère historique et transitoire.<br class='autobr' />
Dans l'observation des conditions de la répartition, on part de ce prétendu fait que le produit annuel se subdivise en salaire, profit et rente, fait inexact lorsqu'il est présenté sous cette forme. Le produit se divise en capital et en revenus. L'un de ceux-ci, le salaire, ne prend la forme de revenu des ouvriers, qu'après avoir été opposé à ces mêmes ouvriers sous forme de capital. L'opposition comme capital des moyens de production et des produits du travail en général aux producteurs immédiats implique d'avance que les conditions matérielles du travail se présentent à l'égard des ouvriers avec un caractère social déterminé, et que dans la production même il existe un rapport donné entre eux et les propriétaires des moyens de travail. De son côté la conversion de ceux-ci en capital implique que les producteurs immédiats sont expropriés du sol et du sous-sol, et que la propriété foncière prend une forme déterminée.</p>
<p>Si l'une des parties du produit ne se convertissait pas en capital, l'autre ne se transformerait pas en salaire, profit et rente. D'autre part, la production capitaliste, par ce fait qu'elle suppose que les conditions de la production ont tel caractère social déterminé, les reproduit continuellement avec la même caractéristique. Elle engendre non seulement les produits matériels, mais reproduit continuellement les conditions de production dans lesquelles ceux-ci sont obtenus ; elle reproduit en même temps les conditions de répartition qui y correspondent.<br class='autobr' />
D'une manière générale on peut dire que le capital, avec la propriété foncière qui en est le corollaire, implique par lui-même une répartition : l'expropriation des travailleurs des moyens de travail, la concentration de ceux-ci aux mains d'une minorité d'individus et l'appropriation exclusive du sol et du sous-sol au profit de quelques autres, en un mot les rapports que nous avons exposés dans le livre I, chap. XXV, en parlant de l'accumulation primitive. Mais cette répartition est absolument différente de celle dont on entend parler quand on dit que les rapports de la répartition ont un caractère historique comme les rapports de la production et qui fixe les droits des individus à la part du produit destinée à leur consommation individuelle. Ces conditions de la production sont la base de fonctions sociales spéciales, qui dans la production même sont assignées à des agents déterminés de celle-ci, distincts des producteurs immédiats. Elles communiquent aux conditions et aux représentants de la production une qualité sociale spécifique et déterminent entièrement le caractère et le mouvement de la production.</p>
<p>Karl Marx dans « Le Capital », Livre III, Les rapports de distribution et les rapports de production</p>
<p>« J'ai étudié naguère avec beaucoup de soin le premier fascicule paru à Berlin : la Contribution à la critique de l'économie politique, et j'avoue qu'aucun livre, si volumineux fût-il, ne m'a jamais apporté autant d'enseignements, autant de notions neuves et positives que cet opuscule. Aussi en ai je attendu la suite avec beaucoup d'impatience. Vous exprimez pour la première fois sous une forme claire, irréfutable, scientifique, ce qui désormais constituera la tendance consciente de l'évolution historique : subordonner à la conscience humaine le processus social de production qui, jusqu'à présent, n'était qu'une force aveugle de la nature. Votre oeuvre immortelle, Monsieur, c'est d'avoir fourni un fondement rationnel à cette tendance, d'avoir fait comprendre que notre production est anarchique. Notre époque vous doit, pour cette découverte, une reconnaissance éternelle. »</p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DE LA THEORIE ET DE LA PHILOSOPHIE</h2>
<p>Lénine dans « La portée du matérialisme militant » :<br class='autobr' />
"Nous devons comprendre qu'à défaut d'un solide fondement philosophique, il n'est point de science de la valeur, point de matérialisme qui pussent soutenir la lutte contre les pressions des idées bourgeoises et la restauration de la conception bourgeoise du monde. Pour soutenir cette lutte et la mener à terme avec un entier succès, le spécialiste des sciences de la nature doit être un matérialiste moderne, un partisan conscient du matérialisme tel que l'a présenté Marx, c'est-à-dire que son matérialisme doit être dialectique. (...) Nous pouvons et devons élaborer cette dialectique dans tous ses aspects, publier des extraits des principales œuvres de Hegel, les interpréter dans un esprit matérialiste. (...) Les spécialistes modernes des sciences de la nature trouveront (s'ils cherchent et si nous apprenons à les aider) dans la dialectique de Hegel interprétée de manière matérialiste un bon nombre de réponses aux questions philosophiques que pose la révolution dans la science. Faute de cela, les grands savants seront aussi souvent que par le passé impuissants dans leurs conclusions et généralisations philosophiques. Car les sciences de la nature progressent si vite, traversent une période de bouleversements révolutionnaires dans tous les domaines si profonde, qu'elles ne pourront se passer en aucun cas de conclusions philosophiques."</p>
<p>Rosa Luxemburg, « Réforme sociale ou Révolution » :</p>
<p>« Le signe distinctif de l'opportunisme, c'est d'abord l'hostilité à la " théorie ". C'est tout naturel, puisque notre " théorie " - c'est-à-dire les principes du socialisme scientifique - pose des limites très fermes à l'action pratique à la fois quant aux objectifs visés, aux moyens de lutte, et enfin au mode de lutte lui-même. Aussi ceux qui ne recherchent que les succès pratiques ont-ils tout naturellement tendance à réclamer la liberté de manœuvre, c'est-à-dire à séparer la pratique de la " théorie ", à s'en rendre indépendants. »</p>
<p>Pour nombre de militants révolutionnaires, la théorie est d'une importance très secondaire et certains considèrent même qu'elle ne sert que d'ornement et mène à des absurdités qu'il faudrait éviter, nous disent-ils, en restant proches des gens, proches des réalités. En somme, dans le domaine de l'activité des révolutionnaires, on en est encore bien souvent à opposer action et théorie. Cette situation est bien particulière puisque dans nombre d'activités, cette attitude a été dépassée, au moins partiellement. Personne n'imagine un bon avocat ou un bon chirurgien qui n'ait pas étudié à fond la théorie. Par contre, certains bons militants de la classe ouvrière, qu'ils soient ouvriers ou pas, considèrent que la théorie est à respecter en gardant ses distances. De temps en temps, la théorie mérite un petit stage pour avoir quelques connaissances mais l'activité n'est pas directement liée à la théorie… Et le militant ne se considère pas comme en train de construire lui aussi … la théorie. Elle n'est pas vivante. C'est celle de Marx, Lénine ou Trotsky. Certains y ajoutent tel ou tel penseur plus récent mais peu considèrent qu'il faut toujours la faire évoluer en connexion avec la réalité.<br class='autobr' />
Il s'y rajoute aussi un facteur social. Dans la société capitaliste, la séparation des tâches, des rôles sociaux, des pouvoirs, des classes amène à penser que tout ce qui est lié à la classe ouvrière ne serait pas du domaine de l'étude théorique mais pratique. Les milieux syndicalistes jouent un grand rôle dans cette déformation de la pensée politique et ils ont une grande influence dans la mesure où la plupart des militants révolutionnaires ont une importante activité syndicale qui leur prend une grande partie de leur temps et de leurs préoccupations, pour ne pas dire la plus grande partie de leur temps et de leurs préoccupations. La théorie passe pour être « en chambre », « en labo », réalisée par des « savants cosinus » qui planent au-dessus de la réalité et dont les véritables militants auraient intérêt à se défier. Ce genre de situation existe mais ce n'est pas une raison pour se détourner de la théorie. Il y a certes bien des faux docteurs mais cela ne suffit pas à penser que le médecin ne doit apprendre la théorie de son domaine… Il y a aussi de pragmatistes, des activistes qui envoient les luttes dans le mur, et même les révolutions, parce qu'ils ont refusé de prendre le soin d'étudier la théorie, l'histoire mais aussi la philosophie…<br class='autobr' />
La base de toute intervention militante révolutionnaire devrait être :<br class='autobr' /> pour transformer le monde, il faut le comprendre car cette transformation, pour réussir devra être consciente et cette conscience ne devra pas seulement être une révolte, un sens de classe, mais aussi un sens des nécessités objectives, un sens de la dynamique de l'Histoire, un sens des intérêts aussi des classes adverses. <br class='autobr' /> la volonté individuelle et collective n'est pas seule en cause : il y a des lois du réel qui ne sont pas visibles à l'œil nu et qui nécessitent, pour être appréhendées, d'un matériel théorique perfectionné aussi développé que dans d'autres types d'activité.<br class='autobr' />
Le stalinisme et le réformisme ont certes leur responsabilité dans le fait que les travailleurs et les militants se détournent des théories. Ces dernières ont trop servi à tromper, à justifier l'injustifiable. Mais, pas plus que les dérives de certains courants néo-darwiniens ne doivent détourner de Darwin et donc empêcher de développer un darwinisme moderne, les dérives de prétendus adeptes de Marx ne doivent détourner du marxisme, c'est-à-dire détourner de bâtir un édifice conceptuel pour répondre au monde tel que nous le comprenons à notre époque.<br class='autobr' />
Il ne peut suffire de référer à Marx et encore moins de le révérer. Il n'y a que trop de militants qui le lisent mais ne veulent pas faire le même travail que lui. Et je ne cite là Marx qu'à titre d'exemple parmi d'autres. Il existe de nombreux groupes d'extrême-gauche qui se revendiquent pleinement des Marx, Engels, Lénine, Trotsky ou Rosa Luxemburg mais se détournent de la philosophie de Hegel alors que tous ces auteurs et militants pensaient qu'on devait absolument, de manière vitale, étudier Hegel et se pénétrer de sa dialectique.<br class='autobr' />
Bien sûr, rien n'oblige à faire exactement comme les « maîtres » et nous sommes les premiers à penser que quiconque pense par lui-même s'autorise à se détacher de toute appréciation des anciens qui ne lui semblerait plus fondée. Mais encore faut-il le justifier. Encore faut-il le dire même, ce que ces militants et ces courants ne font nullement. Bien des dirigeants de groupes ont affirmé : « nous ne sommes pas des théoriciens et il nous suffit d'étudier et d'appliquer la théorie marxiste ». Mais peut-on étudier la théorie marxiste comme des textes anciens sans se poser la question d'écrire nous-mêmes théoriquement ce que le monde nous paraît être aujourd'hui. Le simple fait d'étudier Marx comme s'il écrivait pour aujourd'hui me semble un parfait non-sens. C'est une manière d'en faire une icône et donc de le rendre inoffensif, de le transformer en pensée morte.<br class='autobr' />
Non, nous ne disposons pas de la théorie de Marx (ou d'autres) comme d'un point de vue sur le monde actuel et il ne peut nous suffire de produire des textes d'actualité, de dénonciation, de prises de position, d'intervention politique et sociale. Inversement, il ne peut nous suffire de prises de positions théoriques, la théorie ne pouvant être séparée de la pratique, de l'expérience des masses, de l'intervention parmi elles, de la confrontation avec la réalité actuelle des classes en lutte, des actes et intérêts des classes dirigeantes en particulier. Or l'essentiel des groupes font l'un ou l'autre mais pas les deux…<br class='autobr' />
Marx n'a pas analysé une fois pour toutes les crises du capitalisme. Il a aussi étudié chaque crise, une par une, montré ses spécificités, approfondi dans chacune ses points de vue, contredit ses idées précédentes, etc… La théorie ainsi conçue est dynamique. Elle ne peut consister en une attitude de révérence envers le marxisme, sensé expliquer le monde, sans changement, jusqu'à nos jours !<br class='autobr' />
Ceux qui ont peur du changement en théorie sont aussi dangereux que ceux qui ont peur du changement en pratique. Il n'y a pas de voie assurée pour les militants révolutionnaires. Ceux qui veulent absolument des chemins tranquilles risquent fort de se détourner du bon…<br class='autobr' />
Quant à la conscience de classe, elle ne peut s'extraire des luttes de classe actuelles que si on parvient en même temps à transmettre la compréhension des enjeux, les buts des classes dirigeantes et la situation de leur système. Sans quoi, les travailleurs se battront mais avec un bandeau sur les yeux...<br class='autobr' />
Contre la conception religieuse de l'idéologie des révolutionnaires, de leur activité militante et de leur conception de l'organisation<br class='autobr' />
Et tout d'abord qu'appelle-t-on conception religieuse ? C'est une vision noir et blanc fondée sur un moralisme qui distingue, dans ce qui se passe dans le monde, le bien du mal, le progrès et la réaction, et les oppose diamétralement, qui considère que l'idéologie a un rôle premier, qui houspille la pingrerie des riches, qui dénonce les injustices et promeut la justice, qui pleure sur les pauvres, qui se penche sur les opprimés, qui commisère sans cesse, qui oppose sans cesse une norme morale au monde réel sans jamais vouloir chercher la base matérielle et politique des faits dénoncés. La religion peut très bien dénoncer la cupidité des classes dirigeantes et livrer leur amoralisme à la vindicte publique. Elle ne veut pas en décrypter les buts sociaux et politiques. Elle peut dénoncer l'exploitation mais jamais elle ne montre où sont les forces et les faiblesses des opprimés.<br class='autobr' />
L'idéologie religieuse assimile l'émancipation au recrutement des émancipateurs et évangélistes et non à l'action autonome des opprimés qu'il s'agirait d'étudier afin de permettre aux opprimés de connaître leur propre histoire, les leçons de ses échecs et victoires, la stratégie de leurs adversaires.<br class='autobr' />
Un autre point est à souligner : la distance grandissante entre discours sur le futur et pratique dans l'immédiat. Par exemple, le discours religieux des révolutionnaires consistera à dire qu'au jour du jugement dernier, les prolétaires se dirigeront eux-mêmes par des soviets mais ce n'est nullement d'actualité puisque, pour le moment, le plus important est d'être nombreux à la promenade organisée par des bureaucraties syndicales dont on se garde de dire à quel point elles sont liées à nos pires adversaires…<br class='autobr' />
Remplacer l'arme de la critique par celle de la dénonciation morale, ériger la théorie en dogme, former les nouveaux à l'obéissance aveugle, considérer la discussion critique comme une opposition stérile, refuser l'étude systématique de la philosophie, prétendre que l'activisme est la base de activité du révolutionnaire, oublier l'existence du travail théorique, prétendre que le travail essentiel est le recrutement de nouveaux missionnaires, présenter le communisme comme une société future qu'il s'agit d'annoncer comme le messie, parler du parti comme d'un but fantasmagorique, refuser de dénoncer les illusions des masses sous prétexte que ce n'est pas possible vu le niveau actuel de conscience de celles-ci, tenir un double discours intérieur et extérieur et présenter l'activité des révolutionnaires comme un élitisme qui nous place au dessus des masses, voilà quelques unes des caractéristiques de la conception religieuse de l'activité révolutionnaire.<br class='autobr' />
L'inverse de la conception religieuse des révolutionnaires :<br class='autobr' /> l'étude théorique et philosophique est à la base de l'activité militante des révolutionnaires. En 1908, au plus bas de l'activité des militants ouvriers révolutionnaires suite à la défaite de la révolution de 1905, Lénine estimait que la tâche numéro un était de réarmer en étudiant la philosophie de la matière liée aux crises de la physique, en écrivant « Matérialisme et empiriocriticisme », un ouvrage que les adeptes de la conception religieuse de l'activité révolutionnaire détestent comme ils détestent « La dialectique de la nature » d'Engels et comme ils prétendent aimer « Le capital » de Marx qu'ils présentent comme un ouvrage d'économie alors que son auteur affirmait que c'était de la dialectique de Hegel à toutes les pages…<br class='autobr' /> jamais de double langage<br class='autobr' /> ne jamais présenter des victoires quand ce sont des défaites<br class='autobr' /> ne jamais cultiver ce qui nuit à l'auto-organisation des masses, à leurs possibilités de prendre en compte leur propre rôle dans les événements<br class='autobr' /> ne jamais présenter des ennemis comme des alliés, à commencer par les directions syndicales<br class='autobr' /> ne jamais effacer le caractère de classe de l'Etat ni « oublier » d'insister sur le fait que nous ne pourrons pas le laisser en place et que nous, prolétaires révolutionnaires, devront le détruire de fond en comble. Nous ne lui reprochons par exemple jamais de manière morale de ne pas œuvrer pour l'intérêt général….</p>
<p>On ne peut pas révolutionner le monde sans repenser l'ensemble de la réalité</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537</a></p>
<p>Que vient faire la philosophie dialectique dans la politique des révolutionnaires ?</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article3617" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article3617</a></p>
<h2 class="spip">LA QUESTION SYNDICALE</h2>
<p>Le syndicalisme est par nature réformiste et l'était déjà du temps de Marx.</p>
<p>Marx n'avait pas d'illusions dans la signification du syndicalisme en termes de lutte des classes qui était cependant très loin de ce qu'elle est devenue avec l'époque impérialiste. Il affirmait le 17 août 1869 au conseil général de l'Association internationale de travailleur, l'AIT :<br class='autobr' />
« Aussi longtemps que la société est divisée en classes opposées – d'un côté les capitalistes qui monopolisent l'ensemble des moyens de production ; de l'autre, les ouvriers qui travaillent et sont privés de toute propriété sur leurs moyens de production, et ne disposent que de leur force de travail – et que subsiste cette organisation sociale, la loi du salaire restera toute-puissante et resserrera chaque jour davantage les chaînes qui rendent le travailleur esclave du produit de ses propres mains, produit que monopolise le capitaliste. Depuis près de soixante ans, les syndicats anglais ont lutté contre cette loi capitaliste. Or, quel en a été le résultat ? Ont-ils réussi à libérer la classe ouvrière anglaise de l'esclavage dans lequel la tient le capital, qui n'est pourtant que le produit du travail des ouvriers ? Ont-ils permis, ne serait-ce qu'à une petite fraction de la classe ouvrière, de s'élever au-dessus de sa condition d'esclave salarié, en devenant propriétaire des moyens de production, matières premières, instruments et machines nécessaires à son industrie, et en conséquence aussi du produit de son propre travail ? Il est de notoriété publique que, non seulement ils n'ont jamais atteint ce but, mais qu'ils ne l'ont jamais poursuivi. Nous ne voulons absolument pas prétendre par là que les syndicats ne sont d'aucune utilité, parce qu'ils ne l'ont pas fait. Au contraire, les syndicats – aussi bien en Angleterre que dans tout autre pays industriel – sont indispensables à la classe ouvrière pour lutter contre le capital…. Le grand mérite des syndicats, dans leur lutte pour le maintien de ce taux de salaire et la diminution des heures de travail, est qu'ils s'efforcent d'augmenter ce standard de vie… Cependant la lutte des syndicats n'enfreint pas la loi du salaire ; au contraire, elle ne fait que l'appliquer. Sans l'arme syndicale de résistance, l'ouvrier ne recevrait même pas ce qui lui est dû conformément au statut du salariat… Ainsi donc, les syndicats n'attaquent pas le système salarial lui-même. Or, la dégradation économique de la classe ouvrière n'est pas due au niveau, bas ou élevé, des salaires, mais au fait qu'au lieu de percevoir le produit intégral de son travail, la classe ouvrière doit se satisfaire d'une fraction de ce produit, celle que l'on appelle salaire. »</p>
<p>En 1866, Marx fit adopter par le Conseil Central de l'Internationale une résolution qui critiquait les syndicats ainsi :<br class='autobr' />
« Les syndicats s'occupent trop exclusivement des luttes immédiates. Ils n'ont pas assez compris leur pouvoir d ‘action contre le système capitaliste lui-même... A part leur œuvre immédiate de réaction contre les manœuvres tracassières du capital, ils doivent maintenant agir sciemment comme foyers organisateurs de la classe ouvrière dans le grand but de son émancipation radicale. Ils doivent aider tout mouvement social et politique tendant dans cette direction. »</p>
<p>Karl Marx, dans un rapport sur les syndicats pour le Conseil Général de la Première Internationale :<br class='autobr' />
« Ils (les syndicats) ne doivent pas oublier qu'ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu'ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction, qu'ils n'appliquent que des palliatifs, mais sans guérir le mal. Ils ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par les escarmouches inévitables que font naître sans cesse les empiétements ininterrompus du capital ou les variations du marché. (…) Au lieu du mot d'ordre conservateur : « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable », ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat »... Les syndicats, utiles comme centres de résistance aux exagérations du capital, sont impuissants dans la mesure où ils se contentent de ne faire qu'une guerre de partisans à l'ordre capitaliste. Sans renoncer à cette action quotidienne ils doivent travailler à la transformation de la société capitaliste, faire de leur force organisée un levier de l'émancipation définitive de la classe ouvrière, c'est-à-dire de l'abolition du salariat... En plus de leurs buts initiaux, ils doivent maintenant apprendre à agir délibérément en tant que centres organisationnels de la classe ouvrière pour réaliser le but plus large de l'émanciper complètement. Ils doivent aider chacun des mouvements sociaux et politiques qui va dans ce sens. Se considérant eux-mêmes comme les champions et les représentants de toute la classe ouvrière, et agissant comme tels, ils ne peuvent échouer à enrôler les hommes qui n'en sont pas membres. Ils doivent s'occuper avec grand soin des intérêts des moins bien payés, comme les travailleurs agricoles, rendus impuissants par des circonstances exceptionnelles. Ils doivent convaincre le monde dans son ensemble que leurs efforts, loin d'être mesquins et égoïstes, visent à émanciper les millions d'opprimés. »</p>
<p>D'organe de résistance ouvrière, les syndicats sont devenu des institutions du capital et des soutiens du pouvoir jusqu'à faire élire Macron ! Leurs financements par l'État et leur intégration aux institutions en font des agents de la bourgeoisie au sein du peuple ! Ils servent de leur légitimité reconnue par le pouvoir pour exercer une tutelle sur nos luttes ! Et ce n'est certainement pas sur la gauche parlementaire et gouvernementale, à la tête également de ces directions syndicales, que nous pourrons compter également ! Qu'ont-ils fait au pouvoir ? Poser la question c'est déjà y répondre ! Nous ne pouvons faire confiance à un<br class='autobr' />
"État-major des luttes" qui n'est pas sous le contrôle d'assemblées auto-organisées où il serait responsable et révocable et qui maintient le pouvoir capitaliste en luttant contre toute politique révolutionnaire et la prise du pouvoir par le peuple travailleur ! Nous ne voulons pas de cette tutelle !</p>
<p>Retrouver le syndicalisme d'Action Directe ! Rompre avec la parlementarisation du syndicalisme ! <br class='autobr' />
L'intersyndicale soutenue par tous les syndicats, sections syndicales et leurs alliés de gauche et d'extrême gauche, n'a cessé d'interpeller le président, le gouvernement, les parlementaires ! Pourtant pour les syndicalistes de la CGT avant 1914, le syndicalisme c'était l'action directe : « l'Action Directe (…) signifie que la Classe Ouvrière (…) n'attend rien des hommes, des puissances ou des forces extérieures à elle, mais qu'elle crée ses propres conditions de lutte et puise en soi ses moyens d'action. » (Pouget, l'action directe,1910). Par l'action directe, l'ouvrier crée lui-même sa lutte. C'est lui qui la conduit, décidé à ne pas s'en rapporter à d'autres qu'à Iui-même du soin de le Iibérer. L'action ouvrière pour nous n'est donc qu'une manifestation continue de nos efforts (qui) se transformera en (…) grève générale, et qui sera la révolution sociale. (Victor Griffuelhes, l'action syndicaliste,1908). L'action directe était le moyen du prolétariat pour s'émanciper du capitalisme et aller au communisme abolissant propriété privée de moyens de production et salariat ! Telle n'est plus l'ambition des appareils syndicaux qui sont la négation du syndicalisme de la CGT avant 1914 qui était un communisme au sens politique du terme !</p>
<p>Le syndicalisme réformiste contre la lutte de classe et la révolution</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3786" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3786</a></p>
<p>Oui, nous sommes syndicalistes révolutionnaires !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7645" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7645</a></p>
<p>Conscience syndicaliste réformiste et conscience politique prolétarienne de classe</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4236" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4236</a></p>
<p>Déboulonner les dirigeants réformistes dans les appareils syndicaux comme dans les partis politiques…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7257" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7257</a></p>
<p>L'extrême gauche de France d'origine trotskiste agit en aile gauche des bureaucraties syndicales inféodées à la bourgeoisie et à l'Etat</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2233" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2233</a></p>
<p>Tous ceux qui sont liés aux appareils syndicaux nuisent aux mouvements de la base. Ils divisent les participants, veulent limiter le blocage, rejettent le boycott, la contestation du système, des possédants, des institutions et du pouvoir, l'auto-organisation du mouvement !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8380" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8380</a></p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DES SOVIETS</h2>
<p>L'objectif numéro un des travailleurs révolutionnaires : les soviets et leur prise du pouvoir.</p>
<p>Pas d'autre perspective pour le monde que le pouvoir révolutionnaire des travailleurs organisés en soviets (qui nécessite la destruction du pouvoir d'Etat capitaliste)<br class='autobr' />
N'en déplaise aux valets du capitalisme, aux réactionnaires, aux réformistes, aux pessimistes, aux sceptiques, aux anti-communistes, aux anti-bolchevistes, aux anti-trotskistes, aux faux trotskistes, aux opportunistes, aux gauchistes et aux anarchistes, la seule issue pour le peuple travailleur du monde est de s'organiser en soviets en vue de la prise du pouvoir d'Etat et la destruction de tous les pouvoirs d'Etat du monde, à commencer par ceux des puissances impérialistes.<br class='autobr' />
Certains diront que la révolution n'est pas encore d'actualité et que cette question n'est pas d'une brulante urgence. Pour eux, inutile de proférer des sentences ultra-radicales, bien trop avancées par rapport à la situation et incomprises des travailleurs et ils se trompent (et nous trompent) lourdement et gravement. Au contraire, ce qui doit sans cesse guider notre activité politique, syndicale et sociale quotidienne comme notre action, c'est de guider la classe ouvrière vers sa principale tâche : prendre le pouvoir d'Etat. Comment concevoir que cela soit d'actualité alors que les luttes ouvrières ne sont pas du tout insurrectionnelles et que les appareils syndicaux n'ont même pas de mal à les controler ? Eh bien, même les simples grèves, manifestations ou rassemblements, mais même tout problème dans l'entreprise doit être l'occasion de réunions même informelles de salariés, même la rédaction d'un tract des salariés peut être l'occasion de dscussions et décisions collectives. Or, comme l'expliquait Pierre Bois, militant trotskiste du groupe Barta, ouvrier de Renault Billancourt et organisateur du comité de grève de 1947 qui a alors battu la bureaucratie stalinienne française au plus haut niveau de sa puissance, « tout travailleur révolutionnaire doit considérer chaque réunion de travailleurs comme un soviet et le soviet n'est rien d'autre que l'embryon de l'Etat ouvrier ». C'est exactement ce que l'on ne comprend plus du tout et que l'on ne défend plus dans les fausses extrêmes gauches opportunistes (y compris celle faussement héritière de Pierre Bois, liées aux appareils syndicaux (qui leur laissent une petite place et un petit rôle) et aux élections bourgeoises (qui permettent à l'Etat bourgeois de les financer et à eux de faire croire à l'expression démocratique sous le capitalisme !) En conclusin, il n'est nul besoin de situations insurrectionnelles pour militer en permanence pour l'auto-organisation des travailleurs, cela doit au contraire être la boussole du quotidien du militant ouvrier, celle qui distingue en premier le révolutionnaire du réformiste et de l'opportuniste, le militant ouvrier du bureaucrate ou caution des bureaucrates : pas de tract sans discussion entre travailleurs, pas de grève sans décision des travailleurs organisés à la base, pas de manifestation ou autre action sans décision collective le plus organisée possible des travailleurs sur les buts, les méthodes, les slogans, les revendications, aucun soutien à la bureaucratie, aucune caution aux négociateurs. Ceux qui passent leur temps en réunion avec nos ennemis ne sont pas nos amis. Ceux qui se passent du point de vue et de la décision collective des travailleurs sont nos faux amis. Les stratégies de conquête des appareils syndicaux par les petits groupes soi-disant révolutionnaires sont des camouflages de l'opportunisme (défini par Engels comme la trahison des buts révolutionnaires du fait de la tentative de réussir plus vite que ne le permet le progrès de la classe exploitée).<br class='autobr' />
On remarquera que les pseudo-révolutionnaires opportunistes parlent beaucoup de la dénonciation générale du capitalisme, de la révolution à faire (en restant vagues sur les conséquences dans l'activité militante, du communisme pour des jours lointains, de la nécessité de renverser le capitalisme à date ultérieure, du parti révolutionnaire à construire dès maintenant et, sur tout cela, ils n'ont pas de contradiction directe avec les appareils syndicaux et étatiques. Ils se gardent de raisonner comme nous le faisons plus haut : centrer leur boussole sur le Nord (le rôle des conseils de travailleurs comme dirigeants futurs de l'Etat ouvrier).<br class='autobr' />
Ce qui caractérise aussi les hommes politiques bourgeois, de droite comme de gauche ou de gauche de la gauche, ou les dirigeants syndicaux ou associatifs, c'est leur attachement à l'appareil de l'Etat : pas plus étatiste que Mélenchon ! Et aucun d'entre eux n'envisage nullement l'objectif de renversement de l'Etat bourgeois, sans parler de son remplacement par l'Etat des soviets ouvriers (ils préfèrent faire semblant que défendre cela, ce serait du stalinisme et qu'eux y sont hostiles parce que ce sont des démocrates !).<br class='autobr' />
Et curieusement, il se trouve que sur un point, des plus réactionnaires aux plus « gauches », ils se trouve qu'ils convergent avec les faux révolutionnaires… C'est sur la question, fondamentale entre toutes, de l'Etat ouvrier. Les extrêmes gauches en sont eux aussi les adversaires, en fait plus encore qu'en théorie. Pour eux, l'Etat a forcément le caractère d'une puissance en dehors de la classe ouvrière et, s'ils tentent d'y prendre le pouvoir, amenée à se retourner contre elle, comme cela a été le cas avec le stalinisme. La bureaucratisation leur semble découler naturellement de la constitution des soviets en base de l'Etat. C'est le cas qu'il s'agisse d'hommes politiques bourgeois, d'anarchistes, de gauches communistes, de conseillistes, de luxemburgistes, de bordiguistes, de partisans de Pannekoek ou Korsch, etc… En tout cas, tous appellent les travailleurs à se détourner de tout objetif d'Etat ouvrier. D'autres comme les faux trotskistes se disent favorables mais affirment qu'il n'est pas temps de parler ni d'Etat des soviets ni de soviets, qu'il faut parler d'un parti révolutionnaire qui milite pour renverser le capitalisme, sans parler de construire des soviets, sans parler de casser l'Etat capitaliste, sans parler de donner le pouvoir aux conseils ouvriers, en laissant entendre qu'un parti qui dirige les syndicats arrivant à saisir les rênes de l'Etat, cela pourrait parfaitement aller. L'organisation française Lutte Ouvrière, faussement trotskyste, navigue, par exemple, dans ce type d'eaux vaseuses.<br class='autobr' />
Bien sûr, être favorable à l'Etat des soviets ne garantit pas contre tous les problèmes et notamment contre les risques de bureaucratisation. Il n'y a aucune formule magique qui prémunisse contre les problèmes réels, notamment l'isolement de la révolution prolétarienne dans un pays des plus retardataires du monde capitaliste.<br class='autobr' />
Bien entendu, le pouvoir d'Etat aux mains des travailleurs, cela signifie qu'on est encore dans la barbarie, que les classes sociales exploiteuses existent toujours et qu'il faut encore mener une guerre de classe contre elles et que l'Etat ouvrier est l'instrument de ce combat. Mais pour dépasser les stades barbares, il ne faut pas refuser les seules armes dont le prolétariat puisse disposer, le pouvoir d'Etat. Il n'empêche que, nous marxistes révolutionnaires, avons toujours été d'accord sur un point avec les anarchistes : l'existence de l'Etat, même l'Etat ouvrier, c'est encore la barbarie et l'objectif final est la disparition totale de l'Etat. C'est pour le stalinisme que l'Etat ouvrier n'est pas, comme pour Lénine, un Etat en voie de disparition, que l'Etat « socialiste » est le nec plus ultra, que le communisme se conjongue avec le renforcement du pouvoir de l'Etat et non avec son affaiblissement avec l'objectif non dissimulé de sa disparition, comme l'a expliqué plus que clairement Lénine dans « L'Etat et la révolution ». Et l'Etat ouvrier est une « dictature du prolétariat » et non une dictature contre le prolétariat. Il n'est dictature que contre l'infime minorité de capitalistes et de leurs soutiens en armes.<br class='autobr' />
Les anarchistes, les gauches communistes de toutes les sortes et autres puristes socialistes ne nous expliquent pas comment combattre victorieusement les forces armées de l'impérialisme et du capitalisme sans nous doter de l'arme de l'Etat, comment faire triompher les soviets sans l'Etat des soviets.</p>
<p>Trotsky (1906) : « Le conseil organisait les masses, dirigeait les grèves politiques et les manifestations, armait les ouvriers... Si le prolétariat, tout comme la presse réactionnaire, appelait le conseil « le gouvernement ouvrier », dans les faits, le conseil représentait réellement un embryon de gouvernement révolutionnaire. Le conseil réalisait le pouvoir dans la mesure où il se trouvait déjà dans ses mains ; il luttait directement pour le pouvoir dans la mesure ou il se concentrait encore dans les mains de l'Etat militaro-policier. Avant le conseil, il y avait déjà au sein du prolétariat industriel des organisations révolutionnaires, la plupart des organisations social-démocrates. Mais c'était des organisations évoluant au sein du prolétariat ; leur lutte avait pour but immédiat de conquérir une influence sur les masses. Le conseil, lui, est l'organisation du prolétariat son but — c'est la lutte pour le pouvoir révolutionnaire.<br class='autobr' />
Mais, simultanément, le conseil était et demeurait l'expression organisée de la volonté de classe du prolétariat. Dans la lutte pour le pouvoir, il appliquait les méthodes que tout naturellement impliquait le fait que le prolétariat est une classe : son rôle dans la production, son nombre, son homogénéité sociale. Plus : il liait la lutte pour le pouvoir à la direction immédiate de toute l'activité sociale autonome des masses ouvrières ; souvent même il se chargea de régler des conflits entre des représentants individuels du capital et le travail.<br class='autobr' />
Si le conseil a conduit à la victoire diverses grèves, s'il a réglé avec succès divers conflits entre ouvriers et patrons, ce n'est absolument pas qu'il existât tout exprès dans ce but au contraire, là où existait un syndicat puissant, celui-ci se montra bien plus à même que le conseil de diriger la lutte syndicale ; l'intervention du conseil n'avait du poids qu'en raison de l'autorité universelle dont il jouissait. Et cette autorité était due au fait qu'il accomplissait ses tâches fondamentales, les tâches de la révolution, qui allaient bien au-delà des limites de chaque métier et de chaque ville et assignaient au prolétariat comme classe une place dans les premiers rangs des combattants.<br class='autobr' />
L'instrument principal du conseil a été la grève politique de masse. La vertu d'une grève de ce type est de désorganiser le pouvoir d'Etat. Et plus l' « anarchie » qui en résulte est grande, plus la grève approche son but. Mais cela n'est exact que si ce n'est pas par des moyens anarchistes qu'on arrive à cette anarchie. La classe qui jour après jour met en oeuvre l'appareil de production et simultanément celui du pouvoir, la classe qui, en cessant le travail en bloc, paralyse non seulement l'industrie mais aussi toute la machine étatique, doit être suffisamment organisée pour ne pas être la première victime de l'anarchie qu'elle a créée. Plus la grève suspend l'organisation d'Etat existante sur une large échelle, plus l'organisation de la grève doit assumer les fonctions de l'Etat.<br class='autobr' />
Le conseil des députés ouvriers a réalisé la liberté de la presse. Il a organisé des patrouilles de rue pour garantir la sécurité des citoyens. Il s'est plus ou moins rendu maître de la poste, du télégraphe et des chemins de fer. Il a tenté d'instaurer la journée de travail de huit heures obligatoire. En paralysant par le mouvement gréviste l'Etat absolutiste, il introduit son propre ordre démocratique dans la vie des classes laborieuses des villes. »</p>
<p>Trotsky (1909) : « Qu'était ce donc que le soviet ?<br class='autobr' />
Le conseil des députés ouvriers fut formé pour répondre à un besoin pratique, suscité par les conjonctures d'alors : il fallait avoir une organisation jouissant d'une autorité indiscutable, libre de toute tradition, qui grouperait du premier coup les multitudes disséminées et dépourvues de liaison ; cette organisation devait être un confluent pour tous les courants révolutionnaires à l'intérieur du prolétariat ; elle devait être capable d'initiative et se contrôler elle même d'une manière automatique ; l'essentiel enfin, c'était de pouvoir la faire surgir dans les vingt quatre heures. Le parti social démocrate qui unissait étroitement, dans ses retraites clandestines, plusieurs centaines, et, par la circulation des idées, plusieurs milliers d'ouvriers à Pétersbourg, était en mesure de donner aux masses un mot d'ordre qui éclairerait leur expérience naturelle à la lumière fulgurante de la pensée politique ; mais ce parti n'aurait pas été capable d'unifier par un lien vivant, dans une seule organisation, les milliers et les milliers d'hommes dont se composait la masse : en effet, il avait toujours accompli l'essentiel de son travail dans des laboratoires secrets, dans les antres de la conspiration que les masses ignoraient. Le parti des socialistes révolutionnaires souffrait des mêmes maladies de la vie souterraine, aggravées encore par son impuissance et son instabilité. Les difficultés qui existaient entre les deux fractions également fortes de la social démocratie d'une part, et leur lutte avec les socialistes révolutionnaires de l'autre, rendaient absolument indispensable la création d'une organisation impartiale. Pour avoir de l'autorité sur les masses, le lendemain même de sa formation, elle devait être instituée sur la base d'une très large représentation. Quel principe devait on adopter ? La réponse venait toute seule. Comme le seul lien qui existât entre les masses prolétaires, dépourvues d'organisation, était le processus de la production, il ne restait qu'à attribuer le droit de représentations aux entreprises et aux usines . On avait comme exemple et comme précédent la commission du sénateur Chidlovsky. Une des deux organisations social démocrates de Pétersbourg prit l'initiative de créer une administration autonome révolutionnaire ouvrière, le 10 octobre, au moment où la plus grande des grèves s'annonçait. Le 13 au soir, dans les bâtiments de l'Institut technologique, eut lieu la première séance du futur soviet. Il n'y avait pas plus de trente à quarante délégués. On décida d'appeler immédiatement le prolétariat de la capitale à la grève politique générale et à l'élection des délégués. " La classe ouvrière, disait l'appel rédigé à la première séance, a dû recourir à l'ultime mesure dont dispose le mouvement ouvrier mondial et qui fait sa puissance : à la grève générale... Dans quelques jours, des événements décisifs doivent s'accomplir en Russie. Ils détermineront pour de nombreuses années le sort de la classe ouvrière ; nous devons donc aller au devant des faits avec toutes nos forces disponibles, unifiées sous l'égide de notre commun soviet... "<br class='autobr' />
Cette décision d'une importance incalculable fut adoptée à l'unanimité ; il n'y eut même pas de débat sur le principe de la grève générale, sur les méthodes qui convenaient, sur les fins et les possibilités que l'on pouvait envisager ; et ce sont pourtant ces questions qui soulevèrent, peu de temps après, une lutte idéologique passionnée dans les rangs de notre parti allemand. Ce serait un non sens que d'expliquer ce fait par les différences psychologiques entre nationalités ; bien au contraire, c'est plutôt à nous autres, Russes, que l'on pourrait reprocher une prédilection maladive pour les finasseries de tactique et l'abus des subtilités dans le détail. La raison véritable de la conduite que l'on adopta alors, on la trouve dans le caractère révolutionnaire de l'époque. Le soviet, depuis l'heure où il fut institué jusqu'à celle de sa perte, resta sous la puissante pression de l'élément révolutionnaire qui, sans s'embarrasser de vaines considérations, devança le travail de l'intelligence politique.<br class='autobr' />
Chacune des démarches de la représentation ouvrière était prédéterminée, la " tactique " à suivre s'imposait d'une manière évidente. On n'avait pas à examiner les méthodes de lutte, on avait à peine le temps de les formuler... »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_8.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/1905/1905_8.htm</a></p>
<p>Lénine (juin 1917) : « Les Soviets sont une institution qui n'existe dans aucun Etat parlementaire bourgeois du type ordinaire, et qui ne peut exister à côté d'un gouvernement bourgeois. C'est cet Etat de type nouveau, plus démocratique, que nous avons appelé dans les résolutions de notre Parti république démocratique du prolétariat et de la paysannerie, et où le pouvoir n'appartient qu'aux Soviets des députés ouvriers et soldats. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/1-co-so/vil19170601.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/1-co-so/vil19170601.htm</a></p>
<p>Lénine (octobre 1917) : « Que signifie cette révolution ouvrière et paysanne ? Avant tout, le sens de cette révolution, c'est que nous aurons un gouvernement des Soviets, notre pouvoir à nous, sans la moindre participation de la bourgeoisie. Les masses opprimées créeront elles-mêmes le pouvoir. Le vieil appareil d'Etat sera radicalement détruit et il sera créé un nouvel appareil de direction dans la personne des organisations des Soviets. »</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1583" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1583</a></p>
<p>Lénine (1919) : « Les masses ouvrières de tous les pays ont saisi d'instinct l'importance des Soviets comme arme de lutte du prolétariat et ferme de l'Etat prolétarien. Mais les « chefs » corrompus par l'opportunisme ont continué, et continuent de vouer un culte à la démocratie bourgeoise en l'appelant « démocratie » en général. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/04/vil19190415.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/04/vil19190415.htm</a></p>
<p>Internationale communiste (1920) : « les communistes peuvent et doivent propager systématiquement et opiniâtrement l'idée des Soviets, la vulgariser dans les masse, démontrer aux plus profondes couches de la population que les Soviets constituent la seule forme gouvernementale correspondant aux besoins de la période de transition au communisme intégral. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/ic2_19200700e2.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/inter_com/1920/ic2_19200700e2.htm</a></p>
<p>Trotsky (1924) : « dans la majorité des cas, les soviets se créeront sur l'appel des communistes et seront par suite des organes directs de l'insurrection prolé¬tarienne. Il n'est pas impossible, évidemment, que la désorga¬nisation de' l'appareil étatique bourgeois devienne très forte avant que le prolétariat puisse s'emparer du pouvoir, ce qui permettrait de créer des soviets comme organes déclarés de la prépara¬tion de l'insurrection. Mais il y a bien peu de chance pour que cela soit la règle générale. Dans le cas le plus fréquent, on ne parviendra à créer les soviets qu'aux derniers jours, comme organes directs de la masse prête à s'insurger. Enfin, il est très possible également que les soviets surgissent après le moment critique de l'insurrection et même après sa victoire comme organes du nouveau pouvoir. Il faut avoir constamment devant les yeux toutes ces éventualités pour ne pas tomber dans le fétichisme d'organisation et ne pas transformer les soviets, de forme souple, vitale de lutte, en "principe " d'organisation, introduit de l'extérieur dans le mouvement et entravant son développement régulier. »</p>
<p><a href="http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915h.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915h.htm</a></p>
<p>Trotsky (1938) : « Dans certaines périodes, les soviets peuvent être remplacés par les comités d'usine, de l'échelle locale à l'échelle nationale. On ne peut le dire à l'avance, mais notre orientation stratégique pour la prochaine période, c'est l'orientation vers les soviets. L'ensemble du programme de transition doit combler les trous entre les conditions d'aujourd'hui et les soviets de demain. »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/03/lt19380323.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/03/lt19380323.htm</a></p>
<p>Comment les travailleurs peuvent s'organiser par eux-mêmes et décider de l'avenir de toute la société</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7443" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7443</a></p>
<p>« La classe exploitée et opprimée (le prolétariat) ne peut plus se libérer de la classe qui l'exploite et l'opprime (la bourgeoisie), sans libérer en même temps et à tout jamais la société entière de l'exploitation, de l'oppression et des luttes de classes ; cette idée maîtresse appartient uniquement et exclusivement à Marx », écrit Engels.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/06/fe18830628.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/06/fe18830628.htm</a></p>
<p>La mission historique du prolétariat : prendre le pouvoir d'Etat pas pour le conserver mais pour aller au socialisme en allant vers la suppression des classes sociales et des Etats</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/loriot/works/1928/04/loriot_19280401.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/loriot/works/1928/04/loriot_19280401.htm</a></p>
<p>Prendre le pouvoir en instaurant la dictature du prolétariat</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf</a></p>
<p>Une seule armée digne d'être construite : l'armée rouge internationale des travailleurs</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7602" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7602</a></p>
<p>Le monde du travail doit gouverner lui-même !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6004</a></p>
<p>Le pouvoir aux travailleurs et le socialisme sont des nécessités vitales pour l'humanité</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073</a></p>
<p>L'Etat que veut mettre en place l'organisation Lutte ouvrière n'est pas le pouvoir des soviets de travailleurs</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7513" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7513</a></p>
<p>Pourquoi rejeter dos à dos Etat ouvrier et Etat bourgeois revient à… soutenir ce dernier</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7492" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7492</a></p>
<p>Notre principale divergence avec l'extrême gauche française : ils ne sont pas clairs vis-à-vis de la nature de l'Etat capitaliste !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462</a></p>
<p>La question du pouvoir est certainement la question la plus importante de toute révolution.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5189" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5189</a></p>
<p>Refuser l'Etat ouvrier désarme même la plus dynamique des révolutions prolétariennes</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2430" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2430</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4795" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4795</a></p>
<p>La révolution est une épreuve de force ouverte entre les forces sociales en lutte pour le pouvoir. L'Etat n'est pas une fin en soi. C'est seulement une machine entre les mains des forces sociales dominantes.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1434" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1434</a></p>
<p>L'Etat et la révolution, de Lénine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article140" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article140</a></p>
<p>Le pouvoir aux travailleurs après Octobre</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6453" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6453</a></p>
<p>La seule démocratie possible, en période de crise aïgue de la domination capitaliste, est d'arracher à la bourgeoisie ses instruments de domination</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6420" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6420</a></p>
<p>Face à l'effondrement actuel du capitalisme, la politique de classe du prolétariat le mène à prendre la tête du peuple travailleur afin de prendre le pouvoir d'Etat</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5907" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5907</a></p>
<p>Cela ne signifie pas que le socialisme soit un étatisme</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article373" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article373</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148</a></p>
<h2 class="spip">LA QUESTION DE L'INTERNATIONALE</h2>
<p>L'internationalisme n'est pas juste une jolie proclamation des militants communistes révolutionnaires. C'est une politique qui se constate sans cesse dans les écrits comme dans les actes des groupes. Il ne s'agit pas seulement d'être une organisation nationale qui est solidaire de la lutte des autres. Il ne s'agit pas d'être très internationalistes en déclaration mais totalement inactifs quand il s'agit de soutenir une lutte. Or, l'essentiel des groupes qui se disent révolutionnaires se gardent bien de s'impliquer quand il s'agit de luttes où leur impérialisme est actif. Ainsi, les groupes français qui manifestaient volontiers contre l'impérialisme américain ne le faisaient pas contre l'impérialisme français !</p>
<p>On ne voit qu'un nombre minime de révolutionnaires qui considèrent de la responsabilité du prolétariat de prendre en charge la solidarité internationale et qui se chargent d'en rendre conscients les travailleurs autour d'eux, notamment dans les syndicats…</p>
<h2 class="spip">II° Congrès de l'I.C. (l'internationale de Lénine et de Trotsky)
<p>Juillet 1920<br class='autobr' />
Conditions d'admission des Partis dans l'Internationale Communiste</p>
</h2>
<p>Le premier Congrès constituant de l'Internationale Communiste n'a pas élaboré les conditions précises de l'admission des Partis dans la III° Internationale. Au moment où eut lieu son premier Congrès, il n'y avait dans la plupart des pays que des tendances et des groupes communistes.</p>
<p>Le deuxième Congrès de l'Internationale Communiste se réunit dans de tout autres conditions. Dans la plupart des pays il y a désormais, au lieu des tendances et des groupes, des Partis et des organisations communistes.</p>
<p>De plus en plus souvent, des Partis et des groupes qui, récemment encore, appartenaient à la II° Internationale et qui voudraient maintenant adhérer à l'Internationale Communiste s'adressent à elle, sans pour cela être devenus véritablement communistes. La II° Internationale est irrémédiablement défaite. Les Partis intermédiaires et les groupes du « centre » voyant leur situation désespérée, s'efforcent de s'appuyer sur l'Internationale Communiste, tous les jours plus forte, en espérant conserver cependant une « autonomie » qui leur permettrait de poursuivre leur ancienne politique opportuniste ou « centriste ». L'Internationale Communiste est, d'une certaine façon, à la mode.<br class='autobr' />
Le désir de certains groupes dirigeants du « centre » d'adhérer à la III° Internationale nous confirme indirectement que l'Internationale Communiste a conquis les sympathies de la grande majorité des travailleurs conscients du monde entier et constitue une puissance qui croît de jour en jour.<br class='autobr' />
L'Internationale Communiste est menacée de l'envahissement de groupes indécis et hésitants qui n'ont pas encore pu rompre avec l'idéologie de la II° Internationale.</p>
<p>En outre, certains Partis importants (italien, suédois), dont la majorité se place au point de vue communiste, conservent encore en leur sein de nombreux éléments réformistes et social-pacifistes qui n'attendent que l'occasion pour relever la tête, saboter activement la révolution prolétarienne, en venant ainsi en aide à la bourgeoisie et à la II° Internationale.</p>
<p>Aucun communiste ne doit oublier les leçons de la République des soviets hongroise. L'union des communistes hongrois avec les réformistes a coûté cher au prolétariat hongrois.<br class='autobr' />
C'est pourquoi le 2° Congrès international croit devoir fixer de façon tout à fait précise les conditions d'admission des nouveaux Partis et indiquer par la même occasion aux Partis déjà affiliés les obligations qui leur incombent.</p>
<p>Le 2° Congrès de l'Internationale Communiste décide que les conditions d'admission dans l'Internationale sont les suivantes :</p>
<p>1. La propagande et l'agitation quotidiennes doivent avoir un caractère effectivement communiste et se conformer au programme et aux décisions de la III° Internationale. Tous les organes de la presse du Parti doivent être rédigés par des communistes sûrs, ayant prouvé leur dévouement à la cause du prolétariat. Il ne convient pas de parler de dictature prolétarienne comme d'une formule apprise et courante ; la propagande doit être faite de manière à ce que la nécessité en ressorte pour tout travailleur, pour toute ouvrière, pour tout soldat, pour tout paysan, des faits mêmes de la vie quotidienne, systématiquement notés par notre presse. La presse périodique ou autre et tous les services d'éditions doivent être entièrement soumis au Comité Central du Parti, que ce dernier soit légal ou illégal. Il est inadmissible que les organes de publicité mésusent de l'autonomie pour mener une politique non conforme à celle du Parti. Dans les colonnes de la presse, dans les réunions publiques, dans les syndicats, dans les coopératives, partout où les partisans de la III° Internationale auront accès, ils auront à flétrir systématiquement et impitoyablement non seulement la bourgeoisie, mais aussi ses complices, réformistes de toutes nuances.</p>
<p>2. Toute organisation désireuse d'adhérer à l'Internationale Communiste doit régulièrement et systématiquement écarter des postes impliquant tant soit peu de responsabilité dans le mouvement ouvrier (organisations de Parti, rédactions, syndicats, fractions parlementaires, coopératives, municipalités) les réformistes et les « centristes » et les remplacer par des communistes éprouvés, - sans craindre d'avoir à remplacer, surtout au début, des militants expérimentés, par des travailleurs sortis du rang.</p>
<p>3. Dans presque tous les pays de l'Europe et de l'Amérique la lutte de classes entre dans la période de guerre civile. Les communistes ne peuvent, dans ces conditions, se fier à la légalité bourgeoise. Il est de leur devoir de créer partout, parallèlement à l'organisation légale, un organisme clandestin, capable de remplir au moment décisif, son devoir envers la révolution. Dans tous les pays où, par suite de l'état de siège ou de lois d'exception, les communistes n'ont pas la possibilité de développer légalement toute leur action, la concomitance de l'action légale et de l'action illégale est indubitablement nécessaire.</p>
<p>4. Le devoir de propager les idées communistes implique la nécessité absolue de mener une propagande et une agitation systématique et persévérante parmi les troupes. Là, où la propagande ouverte est difficile par suite de lois d'exception, elle doit être menée illégalement ; s'y refuser serait une trahison à l'égard du devoir révolutionnaire et par conséquent incompatible avec l'affiliation à la III° internationale.</p>
<p>5. Une agitation rationnelle et systématique dans les campagnes est nécessaire. La classe ouvrière ne peut vaincre si elle n'est pas soutenue tout au moins par une partie des travailleurs des campagnes (journaliers agricoles et paysans les plus pauvres) et si elle n'a pas neutralisé par sa politique tout au moins une partie de la campagne arriérée. L'action communiste dans les campagnes acquiert en ce moment une importance capitale. Elle doit être principalement le fait des ouvriers communistes en contact avec la campagne. Se refuser à l'accomplir ou la confier à des demi-réformistes douteux c'est renoncer à la révolution prolétarienne.</p>
<p>6. Tout Parti désireux d'appartenir à la III° Internationale, a pour devoir de dénoncer autant que le social-patriotisme avoué le social-pacifisme hypocrite et faux ; il s'agit de démontrer systématiquement aux travailleurs que, sans le renversement révolutionnaire du capitalisme, nul tribunal arbitral international, nul débat sur la réduction des armements, nulle réorganisation « démocratique » de la Ligue des Nations ne peuvent préserver l'humanité des guerres impérialistes.</p>
<p>7. Les Partis désireux d'appartenir à l'Internationale Communiste ont pour devoir de reconnaître la nécessité d'une rupture complète et définitive avec le réformisme et la politique du centre et de préconiser cette rupture parmi les membres des organisations. L'action communiste conséquente n'est possible qu'à ce prix.<br class='autobr' />
L'Internationale Communiste exige impérativement et sans discussion cette rupture qui doit être consommée dans le plus bref délai. L'Internationale Communiste ne peut admettre que des réformistes avérés, tels que Turati, Kautsky, Hilferding, Longuet, Mac Donald, Modigliani et autres, aient le droit de se considérer comme des membres de la III° Internationale, et qu'ils y soient représentés. Un pareil état de choses ferait ressembler par trop la III° Internationale à la II°.</p>
<p>8. Dans la question des colonies et des nationalités opprimées, les Partis des pays dont la bourgeoisie possède des colonies ou opprime des nations, doivent avoir une ligne de conduite particulièrement claire et nette. Tout Parti appartenant à la III° Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de « ses » impérialistes aux colonies, de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d'émancipation dans les colonies, d'exiger l'expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimés et d'entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux.</p>
<p>9. Tout Parti désireux d'appartenir à l'Internationale Communiste doit poursuivre une propagande persévérante et systématique au sein des syndicats, coopératives et autres organisations des masses ouvrières. Des noyaux communistes doivent être formés, dont le travail opiniâtre et constant conquerra les syndicats au communisme. Leur devoir sera de révéler à tout instant la trahison des social-patriotes et les hésitations du « centre ». Ces noyaux communistes doivent être complètement subordonnés à l'ensemble du Parti.</p>
<p>10. Tout Parti appartenant à l'Internationale Communiste a pour devoir de combattre avec énergie et ténacité l'« Internationale » des syndicats jaunes fondée à Amsterdam. Il doit répandre avec ténacité au sein des syndicats ouvriers l'idée de la nécessité de la rupture avec l'Internationale Jaune d'Amsterdam. Il doit par contre concourir de tout son pouvoir à l'union internationale des syndicats rouges adhérant à l'Internationale Communiste.</p>
<p>11. Les Partis désireux d'appartenir à l'Internationale Communiste ont pour devoir de réviser la composition de leurs fractions parlementaires, d'en écarter les éléments douteux, de les soumettre, non en paroles mais en fait, au Comité Central du Parti, d'exiger de tout député communiste la subordination de toute son activité aux intérêts véritables de la propagande révolutionnaire et de l'agitation.</p>
<p>12. Les Partis appartenant à l'Internationale Communiste doivent être édifiés sur le principe de la centralisation démocratique. A l'époque actuelle de guerre civile acharnée, le Parti Communiste ne pourra remplir son rôle que s'il est organisé de la façon la plus centralisée, si une discipline de fer confinant à la discipline militaire y est admise et si son organisme central est muni de larges pouvoirs, exerce une autorité incontestée, bénéficie de la confiance unanime des militants.</p>
<p>13. Les Partis Communistes des pays où les communistes militent légalement doivent procéder à des épurations périodiques de leurs organisations, afin d'en écarter les éléments intéressés et petit-bourgeois.</p>
<p>14. Les Partis désireux d'appartenir à l'Internationale Communiste doivent soutenir sans réserves toutes les républiques soviétiques dans leurs luttes avec la contre-révolution. Ils doivent préconiser inlassablement le refus des travailleurs de transporter les munitions et les équipements destinés aux ennemis des républiques soviétiques, et poursuivre, soit légalement soit illégalement, la propagande parmi les troupes envoyées contre les républiques soviétiques.</p>
<p>15. Les Partis qui conservent jusqu'à ce jour les anciens programmes social-démocrates ont pour devoir de les réviser sans retard et d'élaborer un nouveau programme communiste adapté aux conditions spéciales de leur pays et conçu dans l'esprit de l'Internationale Communiste. Il est de règle que les programmes des Partis affiliés à l'Internationale Communiste soient confirmés par le Congrès International ou par le Comité Exécutif. Au cas où ce dernier refuserait sa sanction à un Parti, celui-ci aurait le droit d'en appeler au Congrès de l'Internationale Communiste.</p>
<p>16. Toute les décisions des Congrès de l'Internationale Communiste, de même que celles du Comité Exécutif, sont obligatoires pour tous les Partis affiliés à l'Internationale Communiste. Agissant en période de guerre civile acharnée, l'Internationale Communiste et son Comité Exécutif doivent tenir compte des conditions de lutte si variées dans les différents pays et n'adopter de résolutions générales et obligatoires que dans les questions où elles sont possibles.</p>
<p>17. Conformément à tout ce qui précède, tous les Partis adhérant à l'Internationale Communiste doivent modifier leur appellation. Tout Parti désireux d'adhérer à l'Internationale Communiste doit s'intituler Parti Communiste de... (section de la III° Internationale Communiste). Cette question d'appellation n'est pas une simple formalité ; elle a aussi une importance politique considérable. L'Internationale Communiste a déclaré une guerre sans merci au vieux monde bourgeois tout entier et à tous les vieux Partis social-démocrates jaunes. Il importe que la différence entre les Partis Communistes et les vieux Partis « social-démocrates » ou « socialistes » officiels qui ont vendu le drapeau de la classe ouvrière soit plus nette aux yeux de tout travailleur.</p>
<p>18. Tous les organes dirigeants de la presse des Partis de tous les pays sont obligés d'imprimer tous les documents officiels importants du Comité Exécutif de l'Internationale Communiste.</p>
<p>19. Tous les Partis appartenant à l'Internationale Communiste ou sollicitant leur adhésion sont obligés de convoquer (aussi vite que possible), dans un délai de 4 mois après le 2° Congrès de l'Internationale Communiste, au plus tard, un Congrès extraordinaire afin de se prononcer sur ces conditions. Les Comités Centraux doivent veiller à ce que les décisions du 2° Congrès de l'Internationale Communiste soient connues de toutes les organisations locales.</p>
<p>20. Les Partis qui voudraient maintenant adhérer à la III° Internationale, mais qui n'ont pas encore modifié radicalement leur ancienne tactique, doivent préalablement veiller à ce que les 2/3 des membres de leur Comité Central et des Institutions centrales les plus importantes soient composés de camarades, qui déjà avant le 2° Congrès s'étaient ouvertement prononcés pour l'adhésion du Parti à la III° Internationale. Des exceptions peuvent être faites avec l'approbation du Comité Exécutif de l'Internationale Communiste. Le Comité Exécutif se réserve le droit de faire des exceptions pour les représentants de la tendance centriste mentionnés dans le paragraphe 7.</p>
<p>21. Les adhérents au Parti qui rejettent les conditions et les thèses établies par l'Internationale Communiste doivent être exclus du Parti. Il en est de même des délégués au Congrès extraordinaire.</p>
<p>Principaux textes de l'Internationale communiste de Lénine et de Trotsky</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article261" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article261</a></p>
<p>Juin 1921 : thèses de l'Internationale Communiste</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1234" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1234</a></p>
<p>Quand l'internationale communiste a été stalinisée</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8184" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8184</a></p>
<p>Qu'est-ce que la Quatrième Internationale ? Celle de Léon Trotsky !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6247" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6247</a></p>
<p>TEXTE DE BARTA EN 1943</p>
<p>DE LA PREMIERE INTERNATIONALE A LA QUATRIEME</p>
<p>Que la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie prenne nécessairement une forme nationale, son contenu n'en reste pas moins essentiellement international. Il est évident que pour pouvoir lutter, la classe ouvrière doit s'organiser en tant que classe et que le théâtre immédiat de sa lutte est l'intérieur du pays. Mais "le cadre de l'Etat national", remarquait Marx déjà au milieu du XIXème siècle, plusieurs décades d'années avant la phase impérialiste actuelle du capitalisme, "entre lui-même à son tour économiquement dans le cadre du marché mondial, politiquement dans le cadre du système des Etats". Par conséquent l'internationalisme de la classe ouvrière n'est pas l'expression de la "fraternité" sentimentale des prolétaires de tous les pays soumis à la même exploitation capitaliste, mais l'expression de l'unité organique de leur lutte contre un régime social international par sa nature.<br class='autobr' />
Le capitalisme s'est développé historiquement en formant un système international qui a fondu progressivement les différents pays du monde en un bloc organique, la lutte du prolétariat mondial est devenue elle aussi nécessairement internationale. En 1847, à Londres, fut fondée la Ligue des Communistes, première association internationale prolétarienne avec la participation active de Marx et d'Engels, qui rédigèrent aussi son programme historique "Le Manifeste Communiste". En 1852 la Ligue des Communistes sombra dans la vague de la réaction, dont la défaite des ouvriers parisiens en juin 1848 marqua le début. "Quand la classe ouvrière européenne eut repris suffisamment de forces" écrit Engels, "pour un nouvel assaut contre la puissance des classes, se constitua l'Association Internationale des travailleurs", la Première Internationale. C'était de nouveau à Londres, en 1864. Marx, qui rédigea l'Adresse inaugurale de l'Internationale et ses statuts, définissait ainsi son rôle principal : "créer un centre de communication et de coopération entre les associations ouvrières des différents pays aspirant au même but, à savoir : le concours mutuel, le progrès et le complet affranchissement de la classe ouvrière", et cela par "la conquête du pouvoir politique qui est devenue le premier devoir de la classe ouvrière".</p>
<p>L'idée fondamentale qui inspirait toute l'activité de Marx dans la première Internationale était que les ouvriers doivent créer partout des organisations syndicales et politiques, sur la base "des circonstances réelles", qui à son époque variaient encore considérablement d'un pays à l'autre, afin de préparer les masses prolétariennes à la conquête du pouvoir politique.</p>
<p>La première Internationale ne vécut elle-même que neuf années, du 28 septembre 1864 jusqu'en 1874. Elle se brisa elle aussi sous les coups de la réaction, soulevée après la sanglante défaite de la Commune de Paris en 1871 et minée intérieurement par l'action liquidatrice des anarchistes bakouniniens et par l'incompréhension théorique des blanquistes.</p>
<p>Elle fut cependant au cours de son existence éphémère le puissant levier de l'organisation syndicale et dans une certaine mesure aussi politique, de larges couches prolétariennes en Europe et en Amérique, et surtout un étonnant "prophète de l'avenir", comme l'a justement caractérisée 45 ans plus tard le Manifeste Inaugural de la IIIème Internationale.</p>
<p>A partir de 1880 le mouvement ouvrier mondial eut à nouveau un essor prodigieux. En Europe l'organisation syndicale et politique du prolétariat allemand, français, anglais, italien, suisse, etc... remporte d'éclatants succès. En 1889, à l'occasion de l'exposition universelle de Paris, un Congrès convoqué par les "Guesdistes" fonda la IIème Internationale ouvrière.</p>
<p>Pendant vingt ans, à peu près jusqu'à la veille de la première guerre mondiale de 1914, la IIème Internationale fut la grande "organisatrice des millions" d'ouvriers dans tous les pays capitalistes du monde. Cependant, malgré ses progrès, la IIème Internationale resta entre 1904-1914 une Fédération mal consolidée aux tendances et à l'organisation discordantes. Son aile réformiste et opportuniste, issue du développement organique de ce capitalisme industriel qui dure à peu près jusqu'à la fin du XIXème siècle, croyait à l'éternité de cette période de prospérité et niait la nécessité de l'action révolutionnaire des masses. Son aile prolétarienne au contraire, représentée surtout par le parti bolchévique de Lénine, par Trotsky, par Liebknecht et Rosa Luxembourg, basait sa politique sur l'analyse exacte de la nouvelle phase impérialiste du capitalisme et l'approche inévitable de la guerre. Cette perspective se montra bientôt parfaitement juste. En août 1914 éclate la première guerre mondiale impérialiste et quelques semaines après les chefs ouvriers et socialistes de la plupart des pays belligérants décommandent aux masses la lutte de classe et se jettent sans réserve dans le social patriotisme.</p>
<p>Pour une seconde fois l'organisation internationale du prolétariat se disloquait.</p>
<p>Mais tandis que la première Internationale de Marx tombait victime de la réaction après une lutte héroïque couronnée par l'immortelle Commune de Paris, la IIème Internationale de Scheidemann, d'Ebert, de Noske de Renaudel, d'Albert Thomas, etc... périssait dans la honte du social-chauvinisme après avoir trahi les intérêts de la classe ouvrière. Seule une petite minorité, et à sa tête Lénine, Trotsky, Liebknecht et R. Luxembourg, restèrent fidèles à la doctrine de Marx et se dressèrent contre la guerre dans tous les pays, "démocratiques" ou "autoritaires", "agresseurs" ou "victimes de l'agression", en se basant sur la tactique du défaitisme révolutionnaire valable pour l'ensemble des pays impérialistes. Cette minorité révolutionnaire déclarait déjà en 1915 qu'il était nécessaire de former une nouvelle Internationale, puisque la IIème Internationale, par son attitude social-patriotique avait cessé d'exister.</p>
<p>Mais la IIIème Internationale ne devint une réalité qu'en mars 1919, après le triomphe de la Révolution Russe en 1917. C'est à Moscou qu'a eu lieu le 1er Congrès de la nouvelle "Internationale de l'action", comme l'ont qualifiée ses fondateurs dans leur premier "Manifeste aux prolétaires de tous les pays".</p>
<p>La IIIème Internationale considérait sa politique comme la continuation naturelle de la doctrine révolutionnaire marxiste telle qu'elle avait été définie pour la première fois, 72 ans auparavant, dans le "Manifeste Communiste", et de toutes les traditions vraiment révolutionnaires du prolétariat mondial. Sa tâche principale était d'autre part le renversement immédiat du capitalisme dans le monde, renversement dont la première étape fut la victorieuse Révolution Russe.</p>
<p>Dans la pensée de Lénine et de Trotsky, les principaux organisateurs de la nouvelle Internationale, on ne pouvait mener cette action révolutionnaire des masses sans avoir un programme international qui corresponde au caractère de l'époque impérialiste, c'est-à-dire l'époque où le capital financier dirige l'économie et la politique mondiales. A ce programme international correspond d'autre part nécessairement une organisation internationale des différents partis politiques du prolétariat, une sorte d'Etat-major international des masses en lutte sur l'ensemble du terrain mondial.<br class='autobr' />
A l'époque impérialiste, infiniment plus qu'à l'époque du capitalisme industriel du XIXème siècle, aucun parti prolétarien ne peut établir son programme en se basant seulement ou principalement sur les conditions et les tendances de l'évolution de son pays. Au contraire "le sens dans lequel se dirige le prolétariat au point de vue national doit se déduire et ne peut se déduire que de la direction prise dans le domaine international et non pas vice-versa" (Trotsky). C'est en cela d'ailleurs que consiste la différence fondamentale qui sépare l'internationalisme communiste de toutes les autres tendances du mouvement ouvrier.</p>
<p>Et cependant, devant l'isolement de la révolution russe, consécutive aux défaites successives du prolétariat mondial entre 1917 et 1923, devant la fatigue des ouvriers russes et la stabilisation éphémère du capitalisme, la direction stalinienne de la IIIème Internationale substitua après la mort de Lénine, vers la fin de 1924, à son programme jusqu'alors entièrement basé sur la révolution internationale, une théorie "consolatrice", celle du "socialisme dans un seul pays". Mais en fait il s'agissait d'une orientation politique nouvelle, dont il faut chercher les racines dans une conception social-patriotique du rôle de l'URSS dans la révolution mondiale. En 1924, quand Staline lança pour la première fois cette formule, devenue depuis la base de toute sa politique intérieure et extérieure, les conditions objectives ne permettaient pas encore à la grande masse de militants révolutionnaires du monde d'apprécier toutes les conséquences inévitables d'une telle orientation. Et l'opposition soulevée par Trotsky au sein de la IIIème Internationale contre le "socialisme dans un seul pays" n'a paru alors qu'une injustifiable tentative de scission et de discorde, trop "théorique" pour avoir un résultat pratique appréciable. Mais Trotsky, qui était capable de manier le marxisme non pas comme une doctrine empirique de "manœuvres" et de "combines" politiques, mais comme une science, avait vu parfaitement juste.</p>
<p>La théorie du "socialisme dans un seul pays" était la négation de toute action et de toute organisation internationales du prolétariat. Elle ne pouvait nécessairement aboutir qu'à la liquidation du mouvement international. Qu'on compare après 25 ans ce qu'écrivait Trotsky en 1928 sur la signification réelle de la théorie stalinienne du "socialisme dans un seul pays" avec la dissolution récente de la IIIème Internationale survenue le 16 mai 1943 en pleine guerre impérialiste, à la veille de sa phase décisive, au moment où des millions d'ouvriers, de paysans, d'exploités et d'opprimés sur toute la planète gardent encore un suprême espoir : la délivrance de la barbarie impérialiste par la révolution mondiale.</p>
<p>"Le marxisme a toujours enseigné aux ouvriers, que même la lutte pour les salaires et la limitation de la journée de travail ne peut avoir de succès que si elle est menée en tant que lutte internationale. Et voilà qu'à présent, tout d'un coup, il se trouve que l'idéal de la société socialiste peut être réalisé par les seules forces d'une nation. C'est un coup mortel porté à l'Internationale. La conviction inébranlable que le but fondamental de classe ne peut pas être atteint, encore bien moins que les objectifs partiels, par des moyens nationaux ou dans le cadre d'une nation, constitue la moelle de l'internationalisme révolutionnaire. Si l'on peut arriver au but final à l'intérieur des frontières nationales par les efforts du prolétariat d'une nation, alors l'épine dorsale de l'internationalisme est brisée. ...Le Parti Communiste de n'importe quel pays capitaliste, après s'être pénétré de l'idée qu'il y a au sein de son Etat toutes les prémices "nécessaires et suffisantes" pour construire par ses propres forces "la société socialiste intégrale", ne se distinguera au fond en rien de la social-démocratie révolutionnaire, qui elle non plus n'avait pas commencé par Noske mais qui a définitivement trébuché sur cette question le 4 août 1914".</p>
<p>Paroles prophétiques ! Méditez-les, camarades qui combattez pour le triomphe du socialisme. Méditez-les vous particulièrement, camarades de la IIIème Internationale dissoute, comme vous devez méditer par ailleurs toute la lutte idéologique qui a abouti à l'exclusion de l'aile révolutionnaire de la IIIème dirigée par Trotsky et à la formation depuis 1934 du mouvement pour la IVème Internationale. Faites à la lumière des événements actuels, à la lumière de la pratique vivante, l'autocritique nécessaire, l'examen minutieux de vos armes idéologiques, des idées qui ont servi jusqu'à maintenant de base à votre action. Faites le bilan de cette dernière. Passez en revue toute la politique de vos dirigeants dans les dernières années et pendant cette guerre impérialiste. Et vous arriverez alors sûrement à comprendre pourquoi le prolétariat mondial encore une fois trahi, est obligé par l'histoire de forger de nouvelles armes : les nouveaux partis, la nouvelle Internationale.</p>
<p>La tâche est immense ; mais d'une nécessité impérieuse. Reculer devant cette tâche, se décourager, abandonner la lutte, cela équivaut à accepter passivement votre sort d'esclaves dans le régime capitaliste. Les pires conditions économiques et politiques vous attendraient dans la période d'après-guerre.</p>
<p>Comme les damnés de l'enfer, aucun espoir ne vous est permis dans ce régime de misère croissante, d'esclavage politique et de guerres perpétuelles.</p>
<p>Plus que jamais dans le passé, une seule voie de salut reste ouverte aux prolétaires et à toute l'humanité agonisante : le triomphe du socialisme par la révolution prolétarienne mondiale.<br class='autobr' />
De nouveaux partis, une nouvelle Internationale, sont pour cela absolument nécessaires. Le comprendre et agir fermement dans cette direction, c'est accomplir le devoir suprême que nous impose le moment historique actuel.</p>
<p>A LA NOUVELLE VICTOIRE POLITIQUE DE L'IMPERIALISME ANGLO-SAXON :</p>
<p>LA DISSOLUTION DE LA TROISIEME INTERNATIONALE,</p>
<p>LE PROLETARIAT REPONDRA PAR LA LUTTE REVOLUTIONNAIRE</p>
<p>SOUS LE DRAPEAU DE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !</p>
<p>Au moment où la guerre impérialiste mondiale entre dans sa phase décisive, une "nouvelle sensationnelle" diffusée depuis 48 heures par toutes les radios et dans toute la presse du globe y compris les radios et la presse de l'URSS, remplit de stupéfaction et d'embarras les prolétariats de tous les pays : Staline dissout l'Internationale Communiste et recommande à ses membres de subordonner leur action à l'action des Gouvernements "alliés" dans la lutte contre Hitler !<br class='autobr' />
Et tandis que la propagande de l'Axe s'empresse de qualifier la nouvelle de "bluff" et de "manœuvre grotesque", la propagande "alliée" exalte "l'importance historique" de l'événement.</p>
<p>DE QUOI DONC S'AGIT-IL ? PRESSION ET VICTOIRE DE L'IMPERIALISME ANGLO-AMERICAIN.<br class='autobr' />
Staline dissout l'Internationale de Lénine cédant ainsi à la pression de l'impérialisme américain et anglais. La nouvelle de la dissolution du Komintern a été annoncée tout de suite après la visite du représentant de Roosevelt, Davies, à Staline, et avant la fin des travaux de la conférence politico-militaire des Anglo-Américains à Washington.</p>
<p>La guerre impérialiste étant arrivée à sa phase décisive, et le rapport de forces des belligérants s'étant profondément modifié au cours de la dernière année en faveur du camp anglo-américain à la suite des défaites de l'Axe en Russie, en Afrique et dans les airs, l'impérialisme anglo-américain est aujourd'hui sur le point de fixer ses plans définitifs pour la liquidation de la guerre. Mais avant d'agir sur le terrain militaire en Europe, ayant tiré l'expérience amère de la crise révolutionnaire qui a suivi la fin de la guerre de 14-18 et qui a menacé jusqu'aux tréfonds l'édifice capitaliste, il veut s'assurer d'avance la liquidation capitaliste et sans risques pour le régime des classes possédantes, de cette guerre. L'impérialisme subordonne ainsi l'action militaire immédiate aux considérations politiques qui visent à créer le climat nécessaire en Europe, dans lequel aucune crise révolutionnaire sérieuse ne serait possible.</p>
<p>C'est pour cette raison que l'impérialisme anglo-américain neutralise d'abord la IIIème Internationale qui, malgré sa dégénérescence bureaucratique croissante pendant toutes ces dernières années, représentait encore grâce à ses traditions et sa liaison avec l'URSS un cadre dans lequel se canalisait l'activité révolutionnaire spontanée des masses.</p>
<p>POURQUOI STALINE CEDE-T-IL ?</p>
<p>Staline a cédé à la pression des impérialistes "alliés" parce que, malgré les dernières victoires de l'Armée Rouge, malgré la défaite en perspective de l'Axe, l'URSS est sur le plan mondial plus faible que jamais. Faible d'abord parce que la guerre a consommé et détruit une masse énorme de richesses naturelles du pays, de réalisations techniques, de matériel et d'hommes. Faible ensuite parce que la force principale de l'URSS en tant que pays qui voulait ériger une société socialiste basée sur un système d'économie planifiée et sans les entraves du régime capitaliste de la propriété privée, réside dans le soutien actif du prolétariat mondial, dans le progrès de son mouvement révolutionnaire et dans l'élargissement de la révolution socialiste commencée il y a 25 ans en URSS.<br class='autobr' />
Ni matériellement en fait, ni politiquement, l'URSS ne pouvait soutenir longtemps la lutte avec son entourage capitaliste. Mais le mouvement révolutionnaire sous la direction stalinienne n'a accumulé jusqu'à maintenant que des défaites, qui ont rendu la situation de l'URSS à la longue, et surtout pendant la guerre actuelle, extrêmement précaire et à la merci des pressions et des chantages de l'impérialisme mondial.</p>
<p>MAIS S'IL NE S'AGIT QUE D'UNE MANŒUVRE ?</p>
<p>La propagande de l'Axe qui par le succès politique de l'impérialisme anglo-saxon a perdu un atout d'argumentation en faveur de la croisade "anti-communiste", dénonce la liquidation du Komintern comme une "manœuvre", et les bureaucrates qui dirigent les partis communistes, embarrassés par l'ampleur et la vitesse de la décision du Kremlin, ne tarderont pas de donner aux ouvriers la même explication facile.</p>
<p>Mais c'est une série de telles manœuvres qui pendant toutes ces dernières années ont amené la liquidation pratique du mouvement communiste, et dont l'aboutissement nécessaire est la liquidation aussi du Komintern. C'est la "manœuvre" du Front Populaire qui a éliminé de la scène politique la physionomie indépendante des partis communistes et qui a favorisé ainsi la préparation idéologique de la guerre par la "sainte alliance" des partis bourgeois et "ouvriers". C'est la "manœuvre" de la subordination du mouvement ouvrier pendant la présente guerre aux mouvements bourgeois nationaux des différents De Gaulle et Giraud dans les camps des pays "alliés" qui fait évoluer jusqu'à maintenant la guerre selon les désirs de l'impérialisme mondial et qui prépare sa victoire accompagnée de l'étouffement de toute crise révolutionnaire et de l'écrasement de ce qui reste encore vivant de la révolution d'Octobre en URSS. Ce n'est pas la bourgeoisie qui a été trompée par ces "manœuvres", c'est le prolétariat au contraire qui a servi d'instrument docile aux buts réactionnaires. Il n'y a que des bureaucrates pourris, des coquins ou des imbéciles qui peuvent faire vanter au prolétariat les avantages d'une "ingénieuse" politique de manœuvre et lui déformer ainsi son critère de classe.</p>
<p>La politique prolétarienne, pour qu'elle soit vraiment révolutionnaire, c'est-à-dire pour qu'elle fasse avancer la conscience, l'éducation politique et l'organisation des masses laborieuses, doit être telle qu'elle a toujours été définie par Marx, par Lénine et par Trotsky : franche, audacieuse, avec son propre drapeau, expliquant toujours ce qui est et ce qu'elle veut, au lieu de s'adapter misérablement aux dispositions de telle ou telle bourgeoisie "amie" ou "alliée" de l'URSS. Parce que c'est précisément la politique extérieure de l'URSS qui conditionne et qui explique toute la politique opportuniste des partis communistes pendant les dernières années.<br class='autobr' />
La IIIème Internationale était devenue aux mains de la bureaucratie stalinienne un simple accessoire de sa politique extérieure, qui au lieu d'être appuyée sur l'action révolutionnaire des masses, les seuls alliés naturels de l'URSS, a été orientée exclusivement dans la voie des "combines" et des "manœuvres" avec les différents pays impérialistes.</p>
<p>Et la bande de bureaucrates qui d'une main aussi légère, sur un geste des maîtres du Kremlin, dissout maintenant en pleine guerre impérialiste l'organisation suprême du prolétariat mondial, montre pour une dernière fois le misérable sort que le stalinisme a réservé à l'Internationale de Lénine : devenir un simple moyen de marchandage avec les bandits impérialistes internationaux.</p>
<p>LA CONCESSION DE STALINE NE SERA PAS LA DERNIERE.<br class='autobr' />
Plus on prive le prolétariat de ses armes idéologiques et organisationnelles pour sa lutte de classe contre la bourgeoisie, plus la position internationale de cette dernière se renforce et plus elle devient insatiable et agressive.</p>
<p>La liquidation du Komintern par Staline ne peut pas être la dernière de ses concessions à l'impérialisme armé des "alliés". Sur la voie d'une désorganisation et d'une passivité progressive du prolétariat mondial, l'existence de l'URSS avec tout ce qui reste encore debout de la Révolution d'octobre dans ce pays, nationalisation de la propriété, économie planifiée, commerce extérieur étatisé, ne pourra pas subsister encore pour longtemps. Le rapport des forces changera chaque jour davantage en faveur du capitalisme, aussi bien à l'intérieur de l'URSS que sur l'échelle mondiale et provoquera l'effondrement brusque de toutes les conquêtes socialistes qui subsistent encore en URSS.<br class='autobr' />
L'impérialisme international, d'accord avec les tendances réactionnaires renforcées dans certains milieux de la bureaucratie soviétique, exercera pendant cette guerre tout son pouvoir pour arracher d'autres concessions substantielles dans le domaine de l'économie planifiée de l'URSS pour la ramener finalement dans le cycle de l'économie anarchique du capitalisme.</p>
<p>SURPRISE ? NON, SUITE LOGIQUE DE TOUTE LA POLITIQUE STALINIENNE.</p>
<p>Pour nous marxistes, nourris de la pensée et de l'œuvre pratique de Marx, de Lénine, de Trotsky, un fait est l'aboutissement nécessaire de son évolution antérieure. Que Staline dissolve le Komintern, arme suprême du prolétariat combattant, à la veille de la phase décisive de la guerre impérialiste mondiale, ne nous surprend pas. Il y a en fait 15 ans que nous avons commencé à prouver aux militants de l'avant-garde révolutionnaire que la politique stalinienne conduisait pratiquement à la liquidation du mouvement communiste. Et il y a plus de 9 ans qu'ayant tiré de l'expérience pratique la certitude qu'aucune réforme ne serait plus possible à l'intérieur de la IIIème Internationale, nous avons proclamé devant le prolétariat mondial, dans la mesure de nos forces, la nécessité historique de la IVème Internationale.</p>
<p>Nous ne verserons pas de larmes inutiles devant la dépouille de celle qui fut jadis l'Internationale héroïque de Lénine et de Trotsky. Nous ne perdrons pas non plus notre courage devant les difficultés immenses de notre œuvre et notre foi inébranlable dans la justice prolétarienne et le triomphe certain de notre cause. Nous savons avec Marx que les succès faciles ne sont pas propres à la révolution prolétarienne.</p>
<p>Nous savons au contraire que "les révolutions prolétariennes se critiquent elles-mêmes constamment, interrompent à chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà être accompli, pour le recommencer à nouveau, raillent impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de leurs premières tentatives, paraissent n'abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et se redresser à nouveau formidable en face d'elles, reculent constamment à nouveau devant l'immensité infinie de leurs propres buts, jusqu'à ce que soit enfin créée la situation qui rende impossible tout retour en arrière, et que les circonstances elles-mêmes crient : ...c'est ici qu'il faut sauter !"</p>
<p>Prolétaires ! Camarades !</p>
<p>Laissons les morts enterrer leurs morts. Aussi pénible que cela puisse être pour des milliers d'entre vous de constater que l'Internationale sous le drapeau de laquelle d'innombrables militants de notre cause ont trouvé la mort et ont souffert dans les geôles de la bourgeoisie les pires martyrs moyenâgeux, vous abandonne au moment le plus critique de la lutte contre l'impérialisme qui, une fois de plus, a plongé l'humanité entière dans une mer immense de sang, de détresse et de souffrance, ne vous découragez pas !</p>
<p>Le capitalisme européen sortira de cette guerre mortellement affaibli. Dans une série de pays tels que l'Allemagne, l'Italie, la Roumanie, etc... l'effondrement risque d'être total et le chaos économique et politique indescriptible. Dans les autres pays la guerre n'a pas fait moins de ravages et le désordre général qui accompagnera sa fin provoquera des explosions gigantesques.</p>
<p>Une ère de guerres civiles et de révolutions commencera.</p>
<p>Mais la désorganisation et la confusion dans les rangs des révolutionnaires peuvent permettre de nouveau une stabilisation éphémère du capitalisme. Dans ce cas la misère atroce et l'esclavage politique seraient pour une certaine période notre sort.</p>
<p>Le capitalisme européen ne peut en fait se survivre après cette guerre qu'en rabaissant le niveau de vie à ses extrêmes limites et en instaurant un ordre politique dictatorial. Crises économiques plus longues et plus profondes que toutes celles que nous avons jusqu'à maintenant connues, chômage massif et permanent, salaires bas, vie chère, esclavage politique, voilà les perspectives d'après-guerre si nous accordons au capitalisme encore un délai d'existence.</p>
<p>Forgeons dès maintenant dans la lutte nos armes nouvelles : les nouveaux partis révolutionnaires, la nouvelle Internationale.</p>
<p>Que la pensée de Marx, de Lénine et de Trotsky soit notre guide et notre drapeau.</p>
<p>POUR LE TRIOMPHE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE !</p>
<p>POUR LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE !</p>
<p>Pour le gouvernement révolutionnaire des Comités ouvriers et paysans !<br class='autobr' />
Pour la défense des conquêtes socialistes de l'URSS contre les nouveaux assauts de l'impérialisme !<br class='autobr' />
Pour la paix, le pain et la liberté !</p>
<p>VIVE LA QUATRIEME INTERNATIONALE !</p>
<p>Barta</p>
<h2 class="spip">La question nationale</h2>
<p>Aux quatre coins du monde, des peuples se voient refuser toute reconnaissance d'identité nationale, qu'il s'agisse des Kurdes, des Palestiniens, des Cachemiris, des Tamouls, des Touarègues, des Tziganes, des Ouighours, des peuples des anciennes colonies comme les Antillais, les Kanaks, les Réunionnais, etc.</p>
<p>Bien sûr, l'existence d'un Etat ne prouve pas que le peuple ne soit pas opprimé et ne soit pas exploité. Loin de là ! Mais l'inverse est une raison de plus de subir tous les mauvais traitements imaginables et d'être traités en citoyens de seconde zone, sans cesse désignés du doigt et frappés.</p>
<p>Nombre de révolutionnaires pensent soit qu'il faut juste soutenir les nationalismes des peuples opprimés et d'autres juste qu'il faut s'en démarquer. Pourtant, la politique de révolution permanente de Léon Trotsky et la politique de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes de Lénine ne consistaient en cela ni l'une ni l'autre ! Ces deux dernières consistaient toujours à faire de la « question nationale » une arme de combat du prolétariat révolutionnaire international contre l'impérialisme. <br class='autobr' />
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<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7230" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7230</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6259" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6259</a></p>
<p>La question nationale a tellement été une arme aux mains du prolétariat révolutionnaire de Russie que l'armée rouge a été une armée fondée sur trois forces : ouvriers, paysans, nationalités opprimées. Et ces trois forces ont été déterminantes dans la victoire prolétarienne face aux armées blanches et impérialistes !</p>
<p>Barta :</p>
<p>La question nationale surgit du développement inégal de l'histoire (voir 4ème tome de la Révolution Russe de Léon Trotsky).</p>
<p>Développement d'une partie de l'humanité vers l'État national comme forme supérieure de production par rapport à l'ancienne forme de production morcelée, d'autre part la transformation des États avancés en États impérialistes qui ont trouvé une issue temporaire à leurs contradictions en soumettant à leur exploitation les pays arriérés, en les empêchant par là-même de se constituer en État national, en les maintenant dans un état économique et social arriéré.</p>
<p>Le premier but stratégique des droits des peuples c'est d'enlever à l'impérialisme une source de puissance, tant que ces États auront les colonies la révolution sera impossible dans les pays impérialistes. Cela signifie-t-il que ce mot d'ordre devient superflu sinon nuisible (Rosa Luxembourg) ? Une fois la révolution sociale accomplie il est donc inutile puisqu'il n'est réalisable que précisément quand il devient contre-révolutionnaire. La question ainsi posée l'est d'une façon mécanique et non dialectique. Les socialistes dans leur programme vis-à-vis de la paysannerie moyenne et pauvre spécifient que le passage à la société socialiste, dont le début c'est l'insurrection armée du prolétariat contre la bourgeoisie, ne peut se faire que par l'affirmation pratique de la supériorité de l'économie socialiste sur la production isolée. Intégration donc de larges couches paysannes dans le socialisme par la voie pacifique suivant leur propre gré. Il en est de même a propos de la question nationale. Entre le prolétariat de la nation dominante et les couches populaires de la nation opprimée il y a le fossé historique de l'oppression, la responsabilité en retombe, aux yeux de la nation opprimée, aussi sur le prolétariat de la nation dominante. Il n'est donc pas possible d'attirer les couches populaires de la nation opprimée dans une collaboration pacifique socialiste avec la nation anciennement oppresseuse si cette collaboration n'a pour base l'égalité complète des droits. Cette égalité des droits est détruite si le droit de libre disposition à n'importe quel moment de la nation opprimée n'est pas reconnu.</p>
<p>Dans ce cas il arrive comme le disait Lénine en Avril 1917, confirmé par la révolution russe : si les Ukrainiens voient que nous avons une République des Soviets ils ne se sépareront pas, mais si nous avons une république de Milioukov ils se sépareront. République des soviets, ceci est incompatible avec quelque contrainte que ce soit imposée à la nation anciennement opprimée sous prétexte de socialisme. Le droit des nationalités nous ne le mettons pas au dessus de la révolution socialiste. Si on enlève la moindre parcelle de la liberté, ce n'est plus la liberté. Quand il s'agit de construction socialiste c'est un droit inviolable fondamental. Mais quand il s'agit de situation stratégique de guerre déterminée (la Pologne est maintenant opprimée mais le capitalisme anglais et américain pourrait s'en servir pour lutter contre la révolution allemande, le prolétariat allemand sera obligé de détruire par les armes la contre-révolution là-bas). Si l'Etat anciennement opprimé se trouve dans un entourage capitaliste il aura de lui-même intérêt à faire partie d'une Union soviétique. Cela n'implique pas que les partis communistes des nations opprimées mènent eux une politique séparatiste. Mais ce droit est reconnu par le parti de la nation oppresseuse. En Europe cette question concerne les nationalités opprimées, Pologne, Tchécoslovaquie, Albanie, etc. Si l'Allemagne reste impérialiste et qu'elle est battue elles se sépareront, mais si l'Europe est socialiste elles ne se sépareront pas. Ne pas recourir à la contrainte cela fait partie de la qualité de l'État socialiste.<br class='autobr' />
L'essentiel du mot d'ordre : le prolétariat de la nation dominante affirmant ce droit inaugure une politique tout à fait nouvelle par rapport à celle de la bourgeoisie, il se présente sous un autre visage à l'égard des peuples opprimés. Non pas en les traitant en enfants mineurs, le socialisme doit surgir des cœurs et de l'effort intellectuel et économique de toute l'humanité.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/barta/1943/12/note_123043.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/barta/1943/12/note_123043.htm</a></p>
<p>L'exemple de Mayotte, colonie française</p>
<p>Syndicats, gauche et extrême gauche : entre soutien ouvert et implicite au colonialisme français ! Mayotte aux Comoriens ! Troupes coloniales françaises, hors de Mayotte !<br class='autobr' />
Aucun des partis ou syndicats se réclamant du mouvement ouvrier ou de la révolution socialiste qui nous appellent à manifester le 6 juin pour soutenir le groupe LIOT ne réclame : « Mayotte aux comoriens ! Droit de libre circulation entre les « quatre iles soeurs » (expression du temps des colonies) des Comores ». LFI, le PC depuis 1935, le PS et la CGT depuis 1914, forment une gauche (bourgeoise) qui a de longues traditions coloniales ! Le NPA et LO sont de nouveaux venus. N. Arthaud pour LO déclare ainsi à propos de Mayotte : « À Mayotte comme ici, à bas la guerre faite aux migrants ! En montrant du doigt les étrangers, Le Pen et Darmanin cherchent à dresser des pauvres contre d'autres pauvres, comme ils tentent d'opposer des travailleurs à d'autres travailleurs. (...) à la lutte contre les migrants, opposons la lutte des travailleurs contre leurs seuls ennemis de classe, et pour leurs véritables intérêts. » Mais les comoriens ne sont pas des « étrangers », des « migrants », ils sont chez eux à Mayotte ! On ne peut pas passer sous silence la dimension coloniale de la question, sous prétexte de défendre les intérêts des travailleurs et des « migrants ». Pas d'anticolonialisme, pas de parti révolutionnaire ! Pour nous les problèmes centraux des pays coloniaux et semi-coloniaux sont : la liquidation de l'héritage féodal et l'indépendance nationale. Il est impossible de rejeter purement et simplement le programme démocratique. (Trotsky, 1938).</p>
<p>Du droit des nations à disposer d'elles-mêmes<br class='autobr' />
de Lénine</p>
<p>I. L'impérialisme, le socialisme et la libération des nations opprimées</p>
<p>L'impérialisme est le stade suprême de développement du capitalisme. Dans les pays avancés, le capital a débordé le cadre des Etats nationaux et substitué le monopole à la concurrence, en créant toutes les prémisses objectives pour la réalisation du socialisme. Voilà pourquoi, en Europe occidentale et aux Etats-Unis, s'inscrit à l'ordre du jour la lutte révolutionnaire du prolétariat pour le renversement des gouvernements capitalistes, pour l'expropriation de la bourgeoisie. L'impérialisme pousse les masses à cette lutte, en exacerbant dans de vastes proportions les contradictions de classes, en aggravant la situation de ces masses aussi bien sous le rapport économique - trusts, vie chère - que sous le rapport politique : développement du militarisme, multiplication des guerres, renforcement de la réaction, affermissement et extension du joug national et du pillage des colonies. Le socialisme victorieux doit nécessairement instaurer une démocratie intégrale et, par conséquent, non seulement instaurer une égalité totale en droits des nations, mais aussi mettre en application le droit des nations opprimées à disposer d'elles-mêmes, c'est-à-dire le droit à la libre séparation politique. Les partis socialistes qui ne prouveraient pas par toute leur activité maintenant, pendant la révolution et après sa victoire, qu'ils affranchiront les nations asservies et établiront leurs rapports avec elles sur la base d'une alliance libre - et l'alliance libre est une formule mensongère si elle n'implique pas la liberté de séparation - ces partis trahiraient le socialisme.</p>
<p>Certes, la démocratie est aussi une forme d'Etat, qui devra disparaître quand celui-ci disparaîtra lui-même, mais cela n'arrivera que lors du passage du socialisme définitivement victorieux et affermi au communisme intégral.</p>
<p>II. La révolution socialiste et la lutte pour la démocratie</p>
<p>La révolution socialiste, ce n'est pas un acte unique, une bataille unique sur un seul front, c'est toute une époque de conflits de classes aigus, une longue succession de batailles sur tous les fronts, c'est-à-dire sur toutes les questions d'économie et de politique, batailles qui ne peuvent finir que par l'expropriation de la bourgeoisie. Ce serait une erreur capitale de croire que la lutte pour la démocratie est susceptible de détourner le prolétariat de la révolution socialiste ou d'éclipser celle-ci, de l'estomper, etc. Au contraire, de même qu'il est impossible de concevoir un socialisme victorieux qui ne réaliserait pas la démocratie intégrale, de même le prolétariat ne peut se préparer à la victoire sur la bourgeoisie s'il ne mène pas une lutte générale, systématique et révolutionnaire pour la démocratie.</p>
<p>Une erreur non moins grave serait de supprimer un des paragraphes du programme démocratique, par exemple celui concernant le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, sous prétexte que ce droit serait "irréalisable" ou "illusoire" à l'époque de l'impérialisme. <br class='autobr' />
L'affirmation selon laquelle le droit des nations à disposer d'elles-mêmes est irréalisable dans le cadre du capitalisme peut être prise soit dans un sens absolu, économique, soit dans un sens relatif, politique.</p>
<p>Dans le premier cas, cette affirmation est foncièrement erronée au point de vue théorique. Premièrement, sont irréalisables dans ce sens, en régime capitaliste, par exemple la monnaie de travail ou la suppression des crises, etc. Mais il est absolument faux que le droit des nations à disposer d'elles-mêmes soit également irréalisable. Deuxièmement, l'exemple de la séparation de la Norvège d'avec la Suède, en 1905, suffit à lui seul pour réfuter ce "caractère irréalisable" compris dans ce sens. Troisièmement, il serait ridicule de nier qu'un petit changement du rapport des forces politiques et stratégiques, par exemple entre l'Allemagne et l'Angleterre, rendrait parfaitement "réalisable" aujourd'hui ou demain la formation de nouveaux Etats : polonais, indien, etc. Quatrièmement, le capital financier, dans sa tendance à l'expansion, achètera et soudoiera "librement" le gouvernement démocratique et républicain le plus libre et les fonctionnaires élus de n'importe quel pays, fût-il "indépendant". La domination du capital financier, comme celle du capital en général, ne saurait être éliminée par quelque transformation que ce soit dans le domaine de la démocratie politique ; or, l'autodétermination se rapporte entièrement et exclusivement à ce domaine. Mais cette domination du capital financier n'abolit nullement l'importance de la démocratie politique en tant que forme plus libre, plus large et plus claire de l'oppression de classe et de la lutte des classes. C'est pourquoi tous les raisonnements présentant comme "irréalisable", du point de vue économique, l'une des revendications de la démocratie politique en régime capitaliste procèdent d'une définition théoriquement fausse des rapports généraux et fondamentaux du capitalisme et de la démocratie politique en général.</p>
<p>Dans le second cas, cette affirmation est incomplète et inexacte. Car ce n'est pas seulement le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, mais toutes les revendications fondamentales de la démocratie politique qui, à l'époque de l'impérialisme, ne sont "réalisables" qu'incomplètement, sous un aspect tronqué et à titre tout à fait exceptionnel (par exemple, la séparation de la Norvège d'avec la Suède, en 1905). La revendication de l'affranchissement immédiat des colonies, formulée par tous les social-démocrates révolutionnaires, est elle aussi "irréalisable" en régime capitaliste sans toute une série de révolutions. Cependant, cela n'entraîne nullement la renonciation de la social-démocratie à la lutte immédiate et la plus résolue pour toutes ces revendications - cette renonciation ferait tout simplement le jeu de la bourgeoisie et de la réaction - tout au contraire, il en découle la nécessité de formuler toutes ces revendications et de les faire aboutir non pas en réformistes, mais en révolutionnaires ; non pas en restant dans le cadre de la légalité bourgeoise, mais en le brisant ; non pas en se contentant d'interventions parlementaires et de protestations verbales, mais en entraînant les masses à l'action, en élargissant et en attisant la lutte autour de chaque revendication démocratique, fondamentale jusqu'à l'assaut direct du prolétariat contre la bourgeoisie, c'est-à-dire jusqu'à la révolution socialiste qui exproprie la bourgeoisie. La révolution socialiste peut éclater non seulement à la suite d'une grande grève ou d'une manifestation de rue, ou d'une émeute de la faim, ou d'une mutinerie des troupes, ou d'une révolte coloniale, mais aussi à la suite d'une quelconque crise politique du genre de l'affaire Dreyfus ou de l'incident de Saverne [1] ou à la faveur d'un référendum à propos de la séparation d'une nation opprimée, etc.</p>
<p>Le renforcement de l'oppression nationale à l'époque de l'impérialisme commande à la social-démocratie, non pas de renoncer à la lutte "utopique", comme le prétend la bourgeoisie, pour la liberté de séparation des nations, mais, au contraire, d'utiliser au mieux les conflits qui surgissent également sur ce terrain, comme prétexte à une action de masse et à des manifestations révolutionnaires contre la bourgeoisie.</p>
<p>II. La signification du droit des nations à disposer d'elles-mêmes et son rapport avec la fédération</p>
<p>Le droit des nations à disposer d'elles-mêmes signifie exclusivement leur droit à l'indépendance politique, à la libre séparation politique d'avec la nation qui les opprime. Concrètement, cette revendication de la démocratie politique signifie l'entière liberté de propagande en faveur de la séparation et la solution de ce problème par la voie d'un référendum au sein de la nation qui se sépare. Ainsi, cette revendication n'a pas du tout le même sens que celle de la séparation, du morcellement, de la formation de petits Etats. Elle n'est que l'expression conséquente de la lutte contre toute oppression nationale. Plus le régime démocratique d'un Etat est proche de l'entière liberté de séparation, plus seront rares et faibles, en pratique, les tendances à la séparation, car les avantages des grands Etats, au point de vue aussi bien du progrès économique que des intérêts de la masse, sont indubitables, et ils augmentent sans cesse avec le développement du capitalisme. Reconnaître le droit d'autodétermination n'équivaut pas à reconnaître le principe de la fédération. On peut être un adversaire résolu de ce principe et être partisan du centralisme démocratique, mais préférer la fédération à l'inégalité nationale, comme la seule voie menant au centralisme démocratique intégral. C'est précisément de ce point de vue que Marx, tout en étant centraliste, préférait même la fédération de l'Irlande avec l'Angleterre à l'assujettissement forcé de l'Irlande par les Anglais.</p>
<p>Le socialisme a pour but, non seulement de mettre fin au morcellement de l'humanité en petits Etats et à tout particularisme des nations, non seulement de rapprocher les nations, mais aussi de réaliser leur fusion. Et, précisément pour atteindre ce but, nous devons, d'une part, expliquer aux masses le caractère réactionnaire de l'idée de Renner et de O. Bauer sur ce qu'ils appellent l'"autonomie nationale culturelle [2]" et, d'autre part, revendiquer la libération des nations opprimées, non pas en alignant des phrases vagues et générales, des déclamations vides de sens, non pas en "ajournant" la question jusqu'à l'avènement du socialisme, mais en proposant un programme politique clairement et exactement formulé, qui tienne tout particulièrement compte de l'hypocrisie et de la lâcheté des socialistes des nations oppressives. De même que l'humanité ne peut aboutir à l'abolition des classes qu'en passant par la période de transition de la dictature de la classe opprimée, de même elle ne peut aboutir à la fusion inévitable des nations qu'en passant par la période de transition de la libération complète de toutes les nations opprimées, c'est-à-dire de la liberté pour elles de se séparer.</p>
<p>III. Comment le prolétariat révolutionnaire doit poser le problème du droit des nations à disposer d'elles-mêmes</p>
<p>Ce n'est pas seulement la revendication du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, mais tous les points de notre programme-minimum démocratique qui ont été autrefois, dès le XVII° et le XVIII° siècle, formulés par la petite bourgeoisie. Et la petite bourgeoisie continue à les formuler tous d'une façon utopique, sans voir la lutte des classes et son aggravation à l'époque de la démocratie, et en croyant au capitalisme "pacifique".</p>
<p>Telle est précisément l'utopie d'une union pacifique de nations égales en droit à l'époque de l'impérialisme, utopie qui trompe le peuple et que prônent les partisans de Kautsky. A l'opposé de cette utopie petite bourgeoise et opportuniste, le programme de la social-démocratie doit mettre au premier plan, comme un fait fondamental, essentiel et inévitable à l'époque de l'impérialisme, la division des nations en nations oppressives et nations opprimées. Le prolétariat des nations oppressives ne peut se contenter de phrases générales, stéréotypées, rabâchées par tous les bourgeois pacifistes, contre les annexions et pour l'égalité en droits des nations en général. Il ne peut passer sous silence le problème, particulièrement "désagréable" pour la bourgeoisie impérialiste, des frontières des Etats fondés sur l'oppression nationale. Il ne peut pas ne pas lutter contre le maintien par la force des nations opprimées dans les frontières de ces Etats ; autrement dit, il doit lutter pour le droit d'autodétermination. Il doit revendiquer la liberté de séparation politique pour les colonies et les nations opprimées par "sa" nation. Sinon, l'internationalisme du prolétariat demeure vide de sens et verbal ; ni la confiance, ni la solidarité de classe entre les ouvriers de la nation opprimée et de celle qui opprime ne sont possibles ; et l'hypocrisie des défenseurs réformistes et kautskistes de l'autodétermination, qui ne disent rien des nations opprimées par "leur propre" nation et maintenues de force au sein de "leur propre" Etat, n'est pas démasquée.</p>
<p>D'autre part, les socialistes des nations opprimées doivent s'attacher à promouvoir et à réaliser l'unité complète et absolue, y compris sur le plan de l'organisation, des ouvriers de la nation opprimée avec ceux de la nation oppressive. Sans cela, il est impossible de sauvegarder une politique indépendante du prolétariat et sa solidarité de classe avec le prolétariat des autres pays, devant les manœuvres de toutes sortes, les trahisons et les tripotages de la bourgeoisie. Car la bourgeoisie des nations opprimées convertit constamment les mots d'ordre de libération nationale en une mystification des ouvriers : en politique intérieure, elle exploite ces mots d'ordre pour conclure des accords réactionnaires avec la bourgeoisie des nations dominantes (voir l'exemple des Polonais en Autriche et en Russie, qui concluent des marchés avec la réaction pour opprimer les Juifs et les Ukrainiens) ; en politique extérieure, elle cherche à pactiser avec une des puissances impérialistes rivales pour réaliser ses buts de rapine (politique des petits Etats dans les Balkans, etc.).</p>
<p>Le fait que la lutte contre une puissance impérialiste pour la liberté nationale peut, dans certaines conditions, être exploitée par une autre "grande" puissance dans ses propres buts également impérialistes, ne peut pas plus obliger la social-démocratie à renoncer au droit des nations à disposer d'elles-mêmes, que les nombreux exemples d'utilisation par la bourgeoisie des mots d'ordre républicains dans un but de duperie politique et de pillage financier, par exemple dans les pays latins, ne peuvent obliger les social-démocrates à renier leur républicanisme [3].</p>
<p>V. Le marxisme et le proudhonisme dans la question nationale</p>
<p>A l'opposé des démocrates petits-bourgeois, Marx voyait dans toutes les revendications démocratiques sans exception non pas un absolu, mais l'expression historique de la lutte des masses populaires, dirigées par la bourgeoisie, contre le régime féodal. Il n'est pas une seule de ces revendications qui, dans certaines circonstances, ne puisse servir et n'ait servi à la bourgeoisie à tromper les ouvriers. Il est radicalement faux, du point de vue théorique, de monter en épingle, à cet égard, l'une des revendications de la démocratie politique, à savoir le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, et de l'opposer à toutes les autres. Dans la pratique, le prolétariat ne peut conserver son indépendance qu'en subordonnant sa lutte pour toutes les revendications démocratiques, sans en excepter la république, à sa lutte révolutionnaire pour le renversement de la bourgeoisie.</p>
<p>D'autre part, à l'opposé des proudhoniens, qui "niaient" la question nationale "au nom de la révolution sociale", Marx mettait au premier plan, en considérant par-dessus tout les intérêts de la lutte de classe du prolétariat des pays avancés, le principe fondamental de l'internationalisme et du socialisme : un peuple qui en opprime d'autres ne saurait être libre. C'est du point de vue des intérêts du mouvement révolutionnaire des ouvriers allemands que Marx réclamait en 1848 que la démocratie victorieuse d'Allemagne proclamât et accordât la liberté aux peuples opprimés par les Allemands. C'est du point de vue de la lutte révolutionnaire des ouvriers anglais que Marx réclamait, en 1869, la séparation de l'Irlande d'avec l'Angleterre. Et il ajoutait : "Dût-on, après la séparation, aboutir à la fédération". Ce n'est qu'en formulant cette revendication que Marx éduquait véritablement les ouvriers anglais dans un esprit internationaliste. C'est ainsi seulement qu'il pouvait opposer une solution révolutionnaire de ce problème historique aux opportunistes et au réformisme bourgeois, qui, jusqu'à présent, après un demi-siècle, n'a toujours pas réalisé la "réforme" irlandaise. C'est ainsi seulement qu'il pouvait, à l'encontre des apologistes du capital qui criaient à l'utopisme et à l'impossibilité de réaliser pour les petites nations le droit à la séparation, et proclamaient le caractère progressiste de la concentration non seulement économique, mais aussi politique, défendre le caractère progressiste de cette concentration opérée d'une manière non impérialiste, et défendre le rapprochement des nations basé non pas sur la violence, mais sur la libre union des prolétaires de tous les pays. C'est ainsi seulement qu'il pouvait opposer à la reconnaissance verbale, et souvent hypocrite, de l'égalité des nations et de leur droit à disposer d'elles-mêmes l'action révolutionnaire des masses également en ce qui concerne la solution des problèmes nationaux. La guerre impérialiste de 1914-1916 et les écuries d'Augias de l'hypocrisie opportuniste et kautskiste qu'elle a révélé ont nettement confirmé la justesse de cette politique de Marx, qui doit servir de modèle à tous les pays avancés, puisque chacun d'eux opprime actuellement des nations étrangères [4].</p>
<p>VI. Trois types de pays par rapport au droit des nations à disposer d'elles-mêmes</p>
<p>Il faut, sous ce rapport, distinguer trois principaux types de pays.<br class='autobr' />
Premièrement, les pays capitalistes avancés de l'Europe occidentale et les Etats-Unis. Les mouvements nationaux progressistes bourgeois y ont depuis longtemps pris fin. Chacune de ces "grandes" nations opprime d'autres nations dans les colonies et à l'intérieur de ses frontières. Les tâches du prolétariat des nations dominantes y sont précisément celles du prolétariat de l'Angleterre, au XIX° siècle, à l'égard de l'Irlande [5].</p>
<p>Deuxièmement, l'Est de l'Europe : l'Autriche, les Balkans et surtout la Russie. C'est au XX° siècle que s'y sont particulièrement développés les mouvements nationaux démocratiques bourgeois et que la lutte nationale y a pris un caractère particulièrement aigu. Dans ces pays, les tâches du prolétariat, tant pour achever la transformation démocratique bourgeoise que pour aider la révolution socialiste dans les autres pays, ne peuvent pas être menées à bien s'il n'y défend pas le droit des nations à disposer d'elles-mêmes. Particulièrement difficile et particulièrement importante y est la tâche consistant à fusionner la lutte de classe des ouvriers des nations oppressives et des ouvriers des nations opprimées.</p>
<p>Troisièmement, les pays semi-coloniaux comme la Chine, la Perse, la Turquie, et toutes les colonies totalisent environ 1000 millions d'habitants. Là, les mouvements démocratiques bourgeois ou bien commencent à peine, ou bien sont loin d'être à leur terme. Les socialistes ne doivent pas seulement revendiquer la libération immédiate, sans condition et sans rachat, des colonies (et cette revendication, dans son expression politique, n'est pas autre chose que la reconnaissance du droit des nations à disposer d'elles-mêmes ; les socialistes doivent soutenir de la façon la plus résolue les éléments les plus révolutionnaires des mouvements démocratiques bourgeois de libération nationale de ces pays et aider à leur insurrection (ou, le cas échéant, à leur guerre révolutionnaire) contre les puissances impérialistes qui les oppriment.</p>
<p>VII. Le social-chauvinisme et le droit des nations à disposer d'elles-mêmes</p>
<p>L'époque impérialiste et la guerre de 1914-1916 ont mis particulièrement en relief la nécessité de lutter contre le chauvinisme et le nationalisme dans les pays avancés. En ce qui concerne le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, il existe deux nuances principales parmi les social-chauvins, c'est-à-dire les opportunistes et les kautskistes, qui maquillent et idéalisent la guerre impérialiste, réactionnaire, en lui appliquant la notion de "défense de la patrie".</p>
<p>D'une part, nous voyons les serviteurs déclarés de la bourgeoisie, qui défendent les annexions sous prétexte que l'impérialisme et la concentration politique sont progressistes, et qui nient le droit d'autodétermination en le déclarant utopique, illusoire, petit-bourgeois, etc. Ce groupe comprend : Cunow, Parvus et les ultra-opportunistes en Allemagne, une partie des fabiens et des chefs des trade-unions en Angleterre, les opportunistes en Russie : Semkovski, Liebmann, Iourkévitch, etc.</p>
<p>D'autre part, nous voyons les kautskistes, auxquels se rattachent également Vandervelde, Renaudel et beaucoup de pacifistes d'Angleterre et de France, etc. Ils sont pour l'unité avec les premiers et, en fait, ils les rejoignent pleinement en défendant d'une façon purement verbale et hypocrite le droit d'autodétermination : ils estiment "exagérée" ("zu viel verlangt" : Kautsky dans la Neue Zeit du 21 mai 1915) la revendication du droit de séparation politique ; ils n'affirment pas la nécessité d'une tactique révolutionnaire des socialistes des nations oppressives, mais estompent au contraire leurs obligations révolutionnaires, justifient leur opportunisme, les aident à mystifier le peuple, éludent comme par hasard la question des frontières des Etats qui maintiennent de force dans leur sein des nations lésées dans leurs droits, etc.</p>
<p>Les uns comme les autres sont des opportunistes qui prostituent le marxisme parce qu'ils ont perdu toute faculté de comprendre la portée théorique et l'importance pratique capitale de la tactique de Marx, explicitée par lui-même à propos de l'Irlande.</p>
<p>En ce qui concerne plus particulièrement les annexions, ce problème a acquis une actualité toute spéciale du fait de la guerre. Mais qu'est-ce qu'une annexion ? Il est aisé de se convaincre que l'opposition aux annexions se ramène à la reconnaissance du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, ou bien elle repose sur une phraséologie pacifiste qui défend le statu quo et est hostile à toute violence, même révolutionnaire. Une telle position est foncièrement fausse et inconciliable avec le marxisme.</p>
<p>VIII. Les tâches concrètes du prolétariat dans le proche avenir</p>
<p>La révolution socialiste peut débuter dans le plus proche avenir. Dès lors, le prolétariat se trouvera placé devant les tâches immédiates que voici : conquête du pouvoir, expropriation des banques et réalisation d'autres mesures dictatoriales. La bourgeoisie - et surtout les intellectuels du type des fabiens et des kautskistes - s'efforcera à ce moment de morceler et de freiner la révolution en lui imposant des buts limités, démocratiques. Si toutes les revendications purement démocratiques sont susceptibles, dans le cas où l'assaut des prolétaires a déjà commencé contre les fondements du pouvoir de la bourgeoisie, de constituer en un sens un obstacle pour la révolution, la nécessité de proclamer et de réaliser la liberté de tous les peuples opprimés (c'est-à-dire leur droit à l'autodétermination) sera tout aussi essentielle pour la révolution socialiste qu'elle l'a été pour la victoire de la révolution démocratique bourgeoise, par exemple dans l'Allemagne de 1848 ou dans la Russie de 1905.</p>
<p>Il est possible, toutefois, qu'il s'écoule cinq ans, dix ans, voire davantage, avant le début de la révolution socialiste. A l'ordre du jour s'inscrira l'éducation révolutionnaire des masses dans un esprit qui rendrait impossibles l'appartenance des socialistes chauvins et opportunistes au parti ouvrier, ainsi que la répétition de leur victoire de 1914-1916. Les socialistes devront expliquer aux masses que les socialistes anglais qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour les colonies et l'Irlande, - que les socialistes allemands qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour les, colonies, les alsaciens, les danois et les polonais, et qui n'étendent pas la propagande révolutionnaire et l'action de masse révolutionnaire jusque dans le domaine de la lutte contre le joug national, qui n'utilisent pas les incidents comme celui de Saverne pour développer une très large propagande illégale parmi le prolétariat de la nation oppressive, pour organiser des manifestations de rue et des actions révolutionnaires de masse, - que les socialistes russes qui ne revendiquent pas la liberté de séparation pour la Finlande, la Pologne, l'Ukraine, etc., etc., - que ces socialistes agissent en chauvins, en laquais des monarchies impérialistes et de la bourgeoisie impérialiste qui se sont couvertes de sang et de boue.</p>
<p>IX. L'attitude de la social-démocratie russe et polonaise et de la II° Internationale envers le droit des nations à disposer d'elles-mêmes</p>
<p>Les divergences de vue qui existent entre les social-démocrates révolutionnaires de Russie et les social-démocrates polonais en ce qui concerne l'autodétermination se sont manifestées dès 1903, au congrès qui a adopté le programme du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie, et qui, malgré la protestation de la délégation des social-démocrates polonais, y a inclus le §9, qui reconnaît le droit des nations à disposer d'elles-mêmes. Depuis cette date, les social-démocrates polonais n'ont jamais repris, au nom de leur parti, leur proposition d'éliminer ce §9 du programme de notre parti ou de lui substituer une autre formule quelconque.</p>
<p>En Russie, où 57 pour cent au moins de la population, plus de 100 millions d'habitants, appartiennent aux nations opprimées, - où ces nations peuplent principalement les régions périphériques, - où une partie de ces nations est plus cultivée que les Grands-Russes, où le régime politique est particulièrement barbare et médiéval, - où la révolution démocratique bourgeoise n'est pas encore achevée, - en Russie donc, la reconnaissance du droit de libre séparation d'avec la Russie des nations opprimées par le tsarisme est absolument obligatoire pour les social-démocrates, au nom de leurs objectifs démocratiques et socialistes. Notre parti, reconstitué en janvier 1912, a adopté en 1913 une résolution [6] qui confirme le droit d'autodétermination et l'explique précisément dans le sens concret indiqué plus haut. Le déchaînement du chauvinisme grand-russe en 1914-1916, tant au sein de la bourgeoisie que parmi les socialistes opportunistes (Roubanovitch, Plekhanov, Naché Diélo, etc.) nous donne une raison supplémentaire d'insister sur cette revendication et de considérer que ceux qui la rejettent soutiennent pratiquement le chauvinisme grand-russe et le tsarisme. Notre parti déclare qu'il décline de la façon la plus résolue toute responsabilité pour cette levée de boucliers contre le droit d'autodétermination.</p>
<p>Telle qu'elle a été récemment formulée, la position de la social-démocratie polonaise dans la question nationale (déclaration de la social-démocratie polonaise à la conférence de Zimmerwald) renferme les idées suivantes :</p>
<p>Cette déclaration stigmatise les gouvernements allemands et autres qui considèrent les "régions polonaises" comme un gage dans le futur jeu des compensations, "en privant le peuple polonais de la possibilité de décider lui-même de son sort". "La social-démocratie polonaise proteste résolument et solennellement contre le découpage et le démembrement de tout un pays"... Elle flétrit les socialistes qui s'en rapportent aux Hohenzollern... pour "la libération des peuples opprimés". Elle exprime sa conviction que seule la participation à la lutte imminente du prolétariat révolutionnaire international, à la lutte pour le socialisme, "brisera les chaînes de l'oppression nationale, anéantira toutes les formes de domination étrangère, et garantira au peuple polonais la possibilité d'un libre et ample développement en qualité de membre égal de l'union des peuples". La déclaration indique que la guerre est "doublement fratricides pour les polonais". (Bulletin de la Commission socialiste internationale N°2, 27. IX. 1915, p. 15 ; traduction russe dans le recueil L'Internationale et la guerre, p. 97.)</p>
<p>Ces thèses ne se différencient en rien, pour l'essentiel, de la reconnaissance du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, mais leurs formules politiques sont encore plus imprécises et plus vagues que la plupart des programmes et résolutions de la II° Internationale. Toute tentative d'exprimer ces idées dans des formules politiques nettement définies et de préciser dans quelle mesure elles sont applicables au régime capitaliste ou seulement au régime socialiste ne pourra que faire ressortir l'erreur que commettent les social-démocrates polonais en niant le droit des nations à disposer d'elles-mêmes.</p>
<p>La décision du Congrès socialiste international de Londres de 1896, qui reconnaissait le droit des nations à disposer d'elles-mêmes, doit être complétée sur la base des thèses exposées ci-dessus, par des indications soulignant :</p>
<p>1.l'urgence particulière de cette revendication à l'époque de l'impérialisme ;</p>
<p>2.la nature politique conditionnelle et le contenu de classe de toutes les revendications de la démocratie politique, y compris celle-ci ;</p>
<p>3.la nécessité de distinguer entre les tâches concrètes des social-démocrates des nations oppressives et celles des social-démocrates des nations opprimées ;</p>
<p>4.la reconnaissance inconséquente, purement verbale et, par cela même, hypocrite quant à sa signification politique, du droit d'autodétermination par les opportunistes et les kautskistes ;</p>
<p>5.le fait que la position des social-démocrates, particulièrement ceux des nations dominatrices (grands-russes, anglo-américains, allemands, français, italiens, japonais, etc.), qui ne défendent pas la liberté de séparation pour les colonies et les nations opprimées par "leurs" nations, est pratiquement identique à celle des chauvins ;</p>
<p>6.la nécessité de subordonner la lutte pour cette revendication, comme pour toutes les revendications fondamentales de la démocratie politique, à la lutte révolutionnaire de masse directement orientée vers le renversement des gouvernements bourgeois et la réalisation du socialisme.</p>
<p>Reprendre le point de vue de certaines petites nations et surtout des social-démocrates polonais, que leur lutte avec la bourgeoisie polonaise dont les mots d'ordre nationalistes trompent le peuple a conduit jusqu'au rejet erroné du droit d'autodétermination, serait, pour l'Internationale, commettre une faute théorique, substituer le proudhonisme au marxisme et, en pratique, soutenir involontairement le chauvinisme et l'opportunisme hautement dangereux des nations impérialistes.</p>
<p>Boukharine et Préobrajensky :</p>
<p>L'oppression nationale est une des formes de l'oppression de l'homme par l'homme.</p>
<p>La haine nationale sciemment exploitée et dirigée par la bourgeoisie est un moyen éprouvé pour berner le prolétariat et obscurcir sa conscience de classe.<br class='autobr' />
Examinons comment un prolétaire conscient doit aborder le problème national pour le résoudre dans l'intérêt de la victoire la plus rapide du communisme.</p>
<p>Une nation est un groupe d'hommes unis par une langue commune et habitant un territoire déterminé.</p>
<p>Telles sont les principales caractéristiques de la nation.</p>
<p>Les Juifs, par exemple, avaient jadis un territoire à eux et une langue commune ; à présent ils n'ont pas de territoire et ne savent pas tous l'hébreu. Les Tsiganes ont une langue à eux, mais ne possèdent pas de territoire particulier. Les Toungouses en Sibérie ont leur territoire mais ont oublié leur langue.</p>
<p>Les exemples suivants illustreront très bien ce que c'est que l'oppression nationale. Le gouvernement tsariste persécutait les Juifs, leur défendant d'habiter certaines régions de la Russie, leur refusant toute fonction dans l'administration ; il limitait l'accès de leurs enfants dans les écoles, organisait contre eux des pogromes, etc... Ce même gouvernement interdisait aux Ukrainiens l'enseignement secondaire et la publication de journaux dans leur langue maternelle.</p>
<p>Le gouvernement allemand fermait les écoles polonaises ; celui d'Autriche imposait aux Tchèques la langue allemande par la violence. La bourgeoisie anglaise opprimait et opprime encore les naturels d'Afrique et d'Asie ; elle subjugue les peuples incultes, les exploite et les fait fusiller à chaque tentative d'indépendance.</p>
<p>En résumé, lorsque dans un État quelconque une nationalité à tous les droits et qu'une autre n'en possède qu'une partie, lorsqu'une nation faible est annexée par une autre plus forte, qu'une langue et des mœurs étrangères lui sont imposées et qu'il ne lui est pas permis de vivre à sa guise, il y a oppression et inégalité nationales.</p>
<p>L'unité du Prolétariat</p>
<p>Nous devons tout d'abord examiner et résoudre la question principale : un ouvrier ou un paysan russe peut-il considérer comme ses ennemis un Allemand, un Français, un Anglais, un Juif, un Chinois ou un Tartare, indépendamment de leur classe ? Peut-il se défier d'un représentant d'une autre nation pour la seule raison qu'il parle une autre langue, qu'il a la peau jaune ou noire ou qu'il a d'autres mœurs et d'autres habitudes. Certes, il ne le peut ni ne le doit. L'ouvrier de France, d'Allemagne ou l'ouvrier nègre sont des prolétaires, tout comme l'ouvrier russe. Quelle que soit leur langue, ils sont tous exploités par le capitalisme rapace. Ils sont tous camarades de misère, d'oppression et d'injustice.<br class='autobr' />
L'ouvrier russe peut-il aimer davantage un capitaliste russe uniquement parce que celui-ci l'insulte dans sa langue maternelle, qu'il lui donne des coups de poing à la manière russe ou qu'il fouette les grévistes avec un knout authentiquement russe ?</p>
<p>Il ne le peut certes pas plus que l'ouvrier allemand ne peut préférer son capitaliste pour la seule raison qu'il le maltraite en langue allemande, à la manière allemande. Les ouvriers de tous les pays sont frères de classe et ennemis des capitalistes de tous les pays.</p>
<p>On peut en dire autant des paysans pauvres de tous les pays. Le paysan russe, pauvre ou moyen, se sent plus près du prolétaire hongrois ou du pauvre paysan de Sicile ou de Belgique que du paysan aisé russe et, à plus forte raison, du gros propriétaire foncier, exploiteur de son propre pays.</p>
<p>Il ne suffit pas que les ouvriers du monde entier se reconnaissent frères de classe. Il ne leur suffit pas de pester chacun dans sa langue et de lutter chacun dans son pays. Frères dans l'oppression et dans l'esclavage, ils doivent être frères aussi dans une union internationale pour la lutte contre le capital.<br class='autobr' />
C'est par cette union internationale seulement qu'ils peuvent vaincre le capital mondial. C'est pourquoi il y a plus de soixante-dix ans, les fondateurs du Communisme, Marx et Engels, ont proclamé dans leur glorieux Manifeste Communiste la grande devise : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »<br class='autobr' />
Il faut que la classe ouvrière triomphe de tous les préjugés nationaux, de toutes les inimitiés nationales, non seulement dans l'intérêt de l'offensive universelle contre le capital, mais encore pour l'organisation mondiale de la production. De même que la Russie des Soviets ne peut vivre sans le bassin minier du Don, sans le pétrole de Bakou, sans le coton du Turkestan, l'Europe entière ne peut pas non plus se passer du bois, du chanvre, du lin, du platine provenant de la Russie ou du blé qui lui vient de l'Amérique. L'Italie ne pourrait se passer du charbon anglais, l'Angleterre, du coton de l'Égypte, etc., etc. La bourgeoisie n'est pas capable d'organiser la production mondiale et c'est pour cela qu'elle doit périr.</p>
<p>Une telle production ne peut être organisée que par le prolétariat, et pour cela il doit avoir comme devise : L'univers et toutes ses richesses appartiennent au monde des travailleurs.<br class='autobr' />
Mais cette devise signifie la renonciation de chaque prolétariat à ses richesses nationales.<br class='autobr' />
Partout où les préjugés nationaux, où la rapacité nationale barre le chemin à l'internationalisation de l'industrie et de l'agriculture, il faut les combattre et s'en débarrasser.</p>
<p>Causes des haines nationales</p>
<p>Déclarer la guerre à l'oppression nationale, aux préjugés nationaux, proclamer l'union internationale pour la lutte contre le capital et l'union économique universelle du prolétariat victorieux, tout cela ne peut suffire aux travailleurs. Ils doivent aussi rechercher les moyens efficaces pour faire disparaître le plus rapidement possible dans les masses ouvrières tout égoïsme et tout chauvinisme, toute mesquinerie et toute méfiance nationale, ainsi que tout orgueil patriotique.</p>
<p>Les querelles, les hostilités nationales ont une origine très ancienne. Il fut un temps où les différentes tribus luttaient l'une contre l'autre, non seulement pour s'approprier des terres et des forêts, mais encore pour faire des prisonniers qu'ils dévoraient. Les vestiges de cette défiance bestiale, de la haine entre peuples et entre races subsistent encore aujourd'hui chez les ouvriers et chez les paysans du monde entier. Ils disparaissent peu à peu au fur et à mesure du développement de l'échange mondial, des relations économiques, de l'émigration, de la fusion des diverses nationalités habitant le même territoire et surtout grâce au développement de la lutte de classe organisée par les ouvriers de tous les pays. Néanmoins, ils se raniment parfois d'une vigueur nouvelle lorsque viennent s'ajouter à la haine nationale les antagonismes de classes.</p>
<p>La bourgeoisie de chaque pays opprime son prolétariat. Mais elle fait tous ses efforts pour prouver au prolétariat que ce n'est pas elle et que ce sont les peuples qui l'entourent qui sont ses ennemis.<br class='autobr' />
La bourgeoisie d'Allemagne excite le prolétariat de ce pays contre les Français et contre les Anglais ; la bourgeoisie anglaise crie à son tour : « Sus aux Allemands ! »</p>
<p>Ces derniers temps, les bourgeoisies de tous les pays ont excité les ouvriers contre les Juifs.<br class='autobr' />
Tout cela dans le but de faire dégénérer la lutte de classe du prolétariat en une lutte nationale.<br class='autobr' />
La bourgeoisie ne se contente pas d'exciter à la haine nationale afin de détourner les ouvriers de leur lutte pour le socialisme. Elle essaye de les intéresser matériellement à l'oppression des autres peuples.</p>
<p>Lorsque, au cours de la dernière guerre mondiale, les bourgeois allemands chantaient en cœur :<br class='autobr' />
« L'Allemagne au-dessus de tout ! », les économistes bourgeois allemands expliquaient aux ouvriers allemands ce qu'ils gagneraient par la victoire, c'est-à-dire par l'exploitation et l'oppression du prolétariat des pays vaincus. Avant la guerre, la bourgeoisie corrompait effectivement les chefs de la classe ouvrière avec les bénéfices qu'elle retirait du pillage des colonies et de l'oppression des peuples faibles et arriérés. Les ouvriers des pays cultivés d'Europe se sont laissés entrainer par la provocation des capitalistes et se sont laissés convaincre par leurs social-patriotes qu'ils avaient, eux aussi, une patrie, puisqu'ils participaient au pillage des colonies et à l'exploitation des pays de faible développement économique. L'ouvrier qui, en régime capitaliste, se montre patriote, vend pour un denier sa vraie patrie, le socialisme, et se fait le complice de l'oppression des peuples faibles et arriérés.</p>
<p>L'égalité des nations et le droit des peuples de disposer d'eux-mêmes.</p>
<p>La confédération</p>
<p>Le Parti communiste, en déclarant la guerre à toute oppression de l'homme par l'homme, se dresse de la façon la plus résolue contre l'oppression nationale inévitable en régime bourgeois. Il lutte encore plus impitoyablement contre la moindre participation de la classe ouvrière à cette oppression.<br class='autobr' />
Mais il ne suffit pas que les prolétaires des grands et puissants États se refusent à toute tentative d'oppression d'autres peuples. Il faut aussi que le prolétariat des peuples opprimés ne nourrisse pas de méfiance à l'égard de ses camarades appartenant aux pays oppresseurs. Lorsque la Bohême fut écrasée par la bourgeoisie austro-allemande, l'ouvrier tchèque considérait tous les Allemands comme ses ennemis.</p>
<p>Bien que les Polonais n'aient été opprimés que par le tsarisme, la population polonaise a gardé sa méfiance envers tous les Russes, et pas seulement envers le tsar, les capitalistes et les propriétaires fonciers. Pour extirper toute méfiance des ouvriers des pays opprimés à l'égard du prolétariat du pays oppresseur, il est nécessaire non seulement de proclamer, mais de réaliser l'égalité nationale.<br class='autobr' />
Cette égalité doit être complète entre les langues, les écoles, les religions, etc. Bien plus, le prolétariat doit être prêt à donner le droit de libre disposition nationale, c'est-à-dire laisser à la majorité des travailleurs de n'importe quelle nation la possibilité de continuer à faire partie intégrante de l'État auquel elle appartenait, ou de s'en séparer complètement, ou de constituer avec lui un État confédéré (Confédération).</p>
<p>— Permettez, va dire le lecteur, un communiste peut-il être partisan de la séparation des nations ?<br class='autobr' />
Comment concilier cela avec l'idéal communiste de l'État prolétarien universel ? Il semble qu'il y ait là contradiction.</p>
<p>— Il n'y a point de contradiction, répondrons-nous. Pour atteindre le plus rapidement l'unité complète de tout le monde du travail, il faut parfois consentir à une séparation temporaire entre deux nations.<br class='autobr' />
Examinons tous les cas qui peuvent se produire.</p>
<p>Admettons que la Bavière, qui fait partie de l'Allemagne confédérée, proclame la République des Soviets, tandis qu'à Berlin continue à régner la dictature bourgeoise de Noske et de Scheidemann. Les communistes bavarois doivent-ils en ce cas chercher à obtenir l'indépendance de la Bavière ?</p>
<p>Non seulement les communistes bavarois, mais aussi les communistes du reste de l'Allemagne doivent saluer la séparation de la Bavière socialiste de l'Empire, parce qu'elle sera en même temps la libération du prolétariat bavarois du joug de la bourgeoisie allemande au pouvoir. Prenons le cas contraire. Toute l'Allemagne, à l'exception de la Bavière, proclame la République des Soviets. La bourgeoisie de la Bavière se prononce pour la séparation de l'Allemagne ; son prolétariat est pour l'union.</p>
<p>Quelle devra être la conduite des communistes allemands ? Ils auront à soutenir les ouvriers bavarois et à réprimer, les armes à la main, les tentatives de séparation de la bourgeoisie bavaroise.</p>
<p>Admettons maintenant que la République des Soviets soit proclamée simultanément en Angleterre et en Irlande, c'est-à-dire dans le pays oppresseur et dans le pays opprimé. Admettons encore que les ouvriers irlandais n'aient pas confiance dans les ouvriers anglais, car l'Angleterre les opprime depuis plusieurs siècles. Les voilà qui demandent leur séparation complète de l'Angleterre. Cette séparation est nuisible économiquement. Quelle sera la ligne de conduite des communistes anglais ? lls ne devront aucunement s'opposer, par la force, aux aspirations des Irlandais comme le faisait la bourgeoisie anglaise. Et voici pourquoi :</p>
<p>Premièrement, pour prouver une fois pour toutes, aux ouvriers irlandais que ce n'est pas la classe ouvrière, mais la bourgeoisie anglaise qui opprimait l'Irlande et pour conserver ainsi la confiance des Irlandais.</p>
<p>Deuxièmement, pour que les ouvriers irlandais se rendent compte que l'existence indépendante de leur petit État n'offre point d'avantages ; pour qu'ils voient clairement que la production en Irlande ne peut être bien organisée que par une étroite union politique et économique avec l'Angleterre prolétarienne et les autres États prolétariens.</p>
<p>Admettons encore qu'une nation en régime bourgeois veuille se séparer d'une nation en régime prolétarien et que la majorité de la classe ouvrière du pays désireux de se séparer soit pour cette séparation parce qu'elle garde encore sa méfiance non seulement envers la bourgeoisie, tuais envers le prolétariat du pays qui l'opprimait jadis, et qu'aussi elle veuille se séparer. Dans ce cas, également, il serait préférable de ne pas s'opposer à cette séparation. Il faut laisser le prolétariat de ce pays seul à seul avec sa bourgeoisie, afin que cette dernière ne puisse plus lui répéter tous les jours que ce n'est pas elle, mais tel ou tel pays qui l'opprime. Le prolétariat aura vite fait de s'apercevoir que la bourgeoisie réclamait l'indépendance du pays afin de pouvoir librement écorcher son prolétariat. Il se rendra compte également que le prolétariat de l'État socialiste voisin l'appelle à l'union non pour l'exploiter ou pour l'opprimer, mais pour faire l'effort commun de libération.</p>
<p>Ainsi les communistes, tout en étant contre la division du prolétariat en pays différents, surtout lorsque ces pays sont liés économiquement, peuvent admettre toutefois une séparation temporaire. De même, la mère laisse son enfant toucher au feu, afin qu'il en perde le désir pour toujours.<br class='autobr' />
Qui exprime la volonté nationale ?</p>
<p>Le Parti Communiste reconnaît à toute nation le droit de libre disposition jusqu'à la séparation complète. Mais il considère que la volonté du peuple ne petit être exprimée que par la majorité laborieuse de la nation et non par la bourgeoisie.</p>
<p>Par conséquent, il serait plus juste de dire que nous reconnaissons le droit de disposer d'elle-même non pas à une nation en général, mais seulement à sa majorité laborieuse. En ce qui concerne la bourgeoisie, après l'avoir privée de tous droits civiques dans la période de guerre civile, nous la privons également du droit de suffrage dans les questions nationales.</p>
<p>Nous allons examiner maintenant comment étendre le droit de libre disposition et le droit à l'indépendance même aux pays de culture tout à fait inférieure. Comment devons-nous agir envers les peuples qui n'ont pas encore de prolétariat ni de bourgeoisie ou qui n'en possèdent qu'un embryon rudimentaire ?</p>
<p>Prenons, par exemple, nos Toungouses, nos Kalmouks, etc., ou d'autres peuples coloniaux.</p>
<p>Que devons-nous faire si ces nations réclament leur séparation complète de peuples plus cultivés et même de nations qui ont déjà réalisé le socialisme ? Dire oui, n'est-ce pas renforcer la barbarie aux dépens de la civilisation ? Nous croyons que le socialisme, une fois réalisé dans les pays les plus avancés du monde, les peuples les plus primitifs eux-mêmes entreront volontairement dans l'union Universelle des peuples. La bourgeoisie impérialiste qui pillait les colonies et les annexait par la violence, avait des raisons de craindre la séparation des colonies. Le prolétariat, qui n'a pas l'intention de voler les peuples coloniaux et qui pourra recevoir d'eux les matières nécessaires par voie d'échanges, laisseront les peuples des colonies organiser leur vie nationale à leur guise.<br class='autobr' />
Le Parti communiste pose le principe de la libre disposition des peuples pour en finir une fois pour toutes avec les formes d'inégalité et d'oppression. Le prolétariat espère ainsi porter le dernier coup au nationalisme et amener tous les peuples de plein gré à l'union fédérative. Et si finalement l'union fédérative n'était point suffisante pour l'organisation de la production mondiale et si la grande majorité, une fois l'expérience faite, en reconnaissait l'insuffisance, on instaurerait la République socialiste mondiale.</p>
<p>[Si nous examinons de plus près comment la bourgeoisie posait et résolvait (ou plutôt embrouillait) la question nationale, nous allons voir qu'elle la réglait au début de son règne autrement qu'à l'époque de son déclin.</p>
<p>Lorsque la bourgeoisie était une classe opprimée et que le pouvoir se trouvait aux mains de la noblesse avec un roi à la tête, lorsque les tsars et les rois donnaient des peuples tout entiers en dot à leurs filles, à cette époque la bourgeoisie ne proclamait pas seulement en paroles la liberté des nations, elle essayait aussi de la réaliser, au moins dans son propre pays. C'est ainsi qu'à l'époque de l'assujettissement de l'Italie à la monarchie autrichienne la bourgeoisie italienne se mit à la tête du mouvement d'émancipation de son pays, et réalisa la libération de l'Italie du joug étranger et son unification. À l'époque où l'Allemagne était divisée en de nombreuses petites principautés et qu'elle gémissait sous la botte de Napoléon, la bourgeoisie allemande luttait pour l'unification de l'Allemagne et pour son émancipation. Lorsque la France, après avoir détruit la monarchie absolue de Louis XVI, fut attaquée par les États monarchistes du reste de l'Europe, ce fut la bourgeoisie radicale française qui dirigea la défense de son pays et qui créa la Marseillaise. En résumé, dans tous les pays opprimés,<br class='autobr' />
ce fut la bourgeoisie qui se mit à la tête de la lutte pour la libération. Elle créa une riche littérature nationale qui eut ses écrivains, ses peintres, ses poètes et ses philosophes de génie. C'est ainsi qu'agit la bourgeoisie lorsqu'elle était elle-même opprimée.</p>
<p>Pourquoi la bourgeoisie des pays opprimés luttait-elle pour la libération de son pays ? À lire ses poètes et ses écrivains, on peut croire qu'elle menait ces luttes au nom du droit des peuples de disposer librement d'eux-mêmes et parce qu'elle s'opposait à toute oppression, fut-elle exercée contre la nation la plus petite. Mais en réalité elle voulait secouer le joug étranger afin de créer son propre État bourgeois et de pouvoir elle-même, sans concurrents, dévaliser son propre prolétariat et encaisser elle-même toute la plus-value créée par le travail des ouvriers et des paysans de ce pays.<br class='autobr' />
L'histoire de tous les pays capitalistes est là qui le prouve. Chaque fois que la bourgeoisie est opprimée en même temps que le reste du peuple, elle revendique hautement la liberté des peuples en général, et déclare inadmissible toute oppression nationale. Mais dès que la classe capitaliste arrive au pouvoir et qu'elle a chassé le conquérant étranger, que ce soit la noblesse ou la bourgeoisie étrangère, elle tend à son tour à soumettre les peuples plus faibles dont l'oppression lui est profitable. La bourgeoisie révolutionnaire française, personnifiée par Danton, Robespierre et les autres grands chefs de la première Révolution, appelait tous les peuples du monde à la libération de toutes les tyrannies. La Marseillaise de Rouget de L'Isle que chantaient les soldats de la Révolution est chère et sympathique à tous les peuples opprimés. Mais cette même bourgeoisie française, commandée par Napoléon et aux accents de cette même Marseillaise, opprima les peuples d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne, d'Autriche et les pilla durant toute l'époque napoléonienne. La bourgeoisie allemande opprimée exaltait dans Guillaume Tell, de Schiller, la lutte des peuples contre la tyrannie étrangère ; mais cette même bourgeoisie, avec Bismarck et de Moltke, déroba à la France les provinces d'Alsace et de Lorraine, annexa le SchIesvig danois, opprima les Polonais en Posnanie, etc. Après sa libération du joug autrichien la bourgeoisie italienne fusilla les Bédouins vaincus en Tripolitaine, les Albanais et les Dalmates sur le littoral de l'Adriatique et les Turcs en Anatolie.]</p>
<p>Pourquoi cela ? Pour quel motifs la bourgeoisie, après avoir partout et toujours proclamé le principe de la liberté nationale, ne l'a-t-elle réalisé nulle part et jamais ?</p>
<p>Parce que chaque État bourgeois, après sa libération du joug national étranger, tend inévitablement à son expansion.</p>
<p>La bourgeoisie de n'importe quel pays capitaliste ne se contente jamais de l'exploitation de son propre prolétariat. Elle a besoin de matières premières et cherche à acquérir des colonies où, après avoir soumis les indigènes, elle puisse se procurer facilement les matières premières nécessaires à ses usines. Elle a besoin de débouchés pour ses marchandises et elle les cherche dans les pays arriérés sans s'occuper des intérêts véritables de la population. Elle a besoin de pays où exporter le surplus de ses capitaux, pour y établir des entreprises et exploiter aussi le prolétariat indigène, et ainsi elle opprime ces pays en s'y établissant comme chez elle. Si la bourgeoisie puissante d'un autre pays ayant les mêmes visées s'oppose à ses entreprises mondiales, une guerre s'ensuit fatalement, comme la guerre mondiale qui vient d'ensanglanter toute l'Europe. En somme, les colonies et les pays arriérés sont restés opprimés, seul l'oppresseur a changé. De plus, dans la catégorie des pays opprimés sont entrés les pays vaincus récemment : l'Allemagne, l'Autriche, la Bulgarie, etc. qui, avant la guerre, étaient des pays libres. Ainsi le développement du régime bourgeois, loin de diminuer le nombre des pays opprimés, l'accroît, et la domination bourgeoise conduit à l'oppression nationale universelle.<br class='autobr' />
L'univers entier est courbé sous le knout du groupe d'États capitalistes victorieux.</p>
<p>L'antisémitisme et le prolétariat</p>
<p>L'antisémitisme, c'est-à-dire la haine de la race sémitique à laquelle appartiennent les Juifs (de même que les Arabes) est une des formes les plus dangereuses de la persécution nationale. Le tsarisme autocrate persécutait les Juifs afin de se sauver de la révolution ouvrière et paysanne. Il affirmait à la classe ouvrière qu'elle était pauvre parce qu'elle était pillée par les Juifs et il tâchait de diriger l'indignation des ouvriers et des paysans opprimés non pas contre la bourgeoisie, ni contre les propriétaires ruraux, mais contre le peuple juif en entier. Or, ce peuple, tout comme les autres, se divise en classes différentes et seule la bourgeoisie juive, d'accord avec celle d'autres peuples, pille le monde ouvrier. Mais les ouvriers et les artisans juifs vivaient, dans les régions où leur séjour était autorisé, souvent encore plus misérablement que les ouvriers du reste de la Russie.</p>
<p>La bourgeoisie russe excitait la population contre les Juifs non seulement pour détourner d'elle la colère des travailleurs exploités, mais encore pour se débarrasser de la concurrence juive dans le commerce et dans l'industrie.</p>
<p>On assiste actuellement, dans presque tous les pays, à une recrudescence des persécutions contre les Juifs. La bourgeoisie lutte ainsi contre ses concurrents dans l'œuvre de détroussement du prolétariat et se défend en même temps contre la révolution imminente à la manière de Nicolas II.<br class='autobr' />
Récemment encore l'antisémitisme était très peu développé en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis.</p>
<p>Actuellement les ministres anglais font des discours antisémites. C'est le premier signe précurseur de l'effondrement du régime bourgeois en Occident. Il pense se sauver en sacrifiant à la Révolution ouvrière les Rothschild et les Mendelsohn. En Russie, l'antisémitisme avait diminué d'intensité au cours de la Révolution de février, mais il reprit avec d'autant plus d'intensité que les tentatives bourgeoises devenaient plus désespérées au cours de la lutte de la bourgeoisie contre le prolétariat.<br class='autobr' />
Tout cela prouve que l'antisémitisme n'est qu'une forme de lutte contre le socialisme, et gare à l'ouvrier ou au paysan qui se laissera ainsi rouler par son ennemi de classe !</p>
<p>Nikolaï Boukharine et Evgueni Préobrajensky, dans « L'ABC du communisme »</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/preobrajensky/works/1919/10/ABC.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/preobrajensky/works/1919/10/ABC.pdf</a></p></div>
Notre courant Voix des Travailleurs
http://www.matierevolution.org/spip.php?article8955
http://www.matierevolution.org/spip.php?article89552026-02-14T23:19:00Ztext/htmlfrRobert ParisParti révolutionnaire - Revolutionnary partyTrotskisme
<p>Notre courant, c'est Lénine, Trotsky, l'opposition de gauche russe, Natalia Sedova, Munis, Péret, Breton, Barta, Bucholtz, Louise, Pierre Bois et Bénard qui l'ont fondé… <br class='autobr' />
Nous ne nous contentons pas de suivre des prophètes, des leaders idéalisés, de nous cacher derrière nos prédecesseurs et ne défendons pas une religion inchangeable. <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328 <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3330 <br class='autobr' />
Nous sommes issus du courant marxiste (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique187" rel="directory">10 - Textes programmatiques de La Voix des Travailleurs</a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot173" rel="tag">Parti révolutionnaire - Revolutionnary party</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot283" rel="tag">Trotskisme</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Notre courant, c'est Lénine, Trotsky, l'opposition de gauche russe, Natalia Sedova, Munis, Péret, Breton, Barta, Bucholtz, Louise, Pierre Bois et Bénard qui l'ont fondé…</h2>
<p>Nous ne nous contentons pas de suivre des prophètes, des leaders idéalisés, de nous cacher derrière nos prédecesseurs et ne défendons pas une religion inchangeable.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3330" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3330</a></p>
<p>Nous sommes issus du courant marxiste révolutionnaire socialiste, léniniste et trotskiste de Barta, un grand dirigeant trotskiste d'origine roumaine ayant milité en France à l'époque de la guerre et de l'après deuxième guerre mondiale.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7541" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7541</a></p>
<p>Comment nous caractérisons notre courant</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1368" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1368</a></p>
<p>Nous sommes communistes au sens de Marx et Engels</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4408" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4408</a></p>
<p>Nous sommes des révolutionnaires qui veulent raisonner dialectiquement</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7848" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7848</a></p>
<p>Nous avons confiance dans les capacités révolutionnaires du prolétariat</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4897" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4897</a></p>
<p>Nous combattons l'opportunisme de nombre de groupes qui se disent révolutionnaires</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3946" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3946</a></p>
<p>Ce qui nous caractérise : nous sommes les enfants de la révolution sociale et, en même temps, nous sommes les combattants de la philosophie</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537</a></p>
<p>Nous sommes les partisans à la fois de l'auto-organisation et du pouvoir des conseils ouvriers ainsi que de la fondation d'un (ou plusieurs) parti mondial de la révolution.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1464" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1464</a></p>
<p>Nous ne nous cachons pas que le système a atteint ses limites et acceptons la responsabilité que cela signifie</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4257" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4257</a></p>
<p>Nous voulons abattre les Etats capitalistes, la propriété privée du grand capital et des grandes entreprises,</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3692" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3692</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7134" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7134</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159</a></p>
<p>Pour nous, les travailleurs conscients, ce n'est pas l'aristocratie ouvrière</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7465</a></p>
<p>Un de nos rôles essentiels, nous révolutionnaires, comprendre la révolution sociale</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6846" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6846</a></p>
<p>Et d'abord comprendre que le monde est déterminé non par la stabilité et l'ordre établi, mais par la révolution et la contre-révolution</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4595</a></p>
<p>Lénine</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5715" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5715</a></p>
<p>Trotsky</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4724" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4724</a></p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?article49890" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?article49890</a></p>
<p>L'opposition de gauche russe puis internationale</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6390</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4804" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4804</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135</a></p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?page=recherche_avanc&swishe_type1=and1&swishe_from1=full1&lang=fr&choix=2&typetri=triP&swishe_exp1=opposition+de+gauche&OK=OK" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?page=recherche_avanc&swishe_type1=and1&swishe_from1=full1&lang=fr&choix=2&typetri=triP&swishe_exp1=opposition+de+gauche&OK=OK</a></p>
<p>Natalia Sedova</p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?article175133" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?article175133</a></p>
<p>Munis</p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?article24043" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?article24043</a></p>
<p>Péret</p>
<p><a href="https://maitron.fr/spip.php?article125530" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://maitron.fr/spip.php?article125530</a></p>
<p>Breton</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3952" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3952</a></p>
<p>Barta</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576</a></p>
<p>Bucholtz</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article7452" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article7452</a></p>
<p>Louise</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article5580" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.org/spip.php?article5580</a></p>
<p>Pierre Bois</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2203" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2203</a></p>
<p>Daniel Bénard</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve280" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve280</a></p></div>
Deuxième partie de : Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9204
http://www.matierevolution.org/spip.php?article92042025-08-16T22:56:00Ztext/htmlfrAbacar, Alex, Bianco, charlie, DD, Ephraïm, F. Kletz, Faber Sperber, Karob, Max, Mélissa, Ramata, Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed, WaraaRévolutionGilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles, Soviet
<p>Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? (Deuxième partie) <br class='autobr' />
Lire ici la première partie de « Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? » <br class='autobr' />
DEUXIEME PARTIE <br class='autobr' />
A L'EPOQUE IMPERIALISTE, UN PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE DOIT NECESSAIREMENT ETRE INTERNATIONAL ET NON NATIONAL <br class='autobr' />
Les gens qui ne raisonnent pas dialectiquement confondent les vagues nationalistes avec un recul de la perspective d'union des prolétaires du monde et du socialisme mondial, comme ils confondent (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique187" rel="directory">10 - Textes programmatiques de La Voix des Travailleurs</a>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag">Révolution</a>,
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag">Gilets jaunes, Auto-organisation, Comités, Conseils ouvriers, Coordinations, Assemblées interprofessionnelles, Soviet</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? (Deuxième partie)</h2>
<p><a href="https://www.matierevolution.org/spip.php?article9128" class="spip_out" rel="external">Lire ici la première partie de « Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme ? »</a></p>
<p>DEUXIEME PARTIE</p>
<p>A L'EPOQUE IMPERIALISTE, UN PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE DOIT NECESSAIREMENT ETRE INTERNATIONAL ET NON NATIONAL</p>
<p>Les gens qui ne raisonnent pas dialectiquement confondent les vagues nationalistes avec un recul de la perspective d'union des prolétaires du monde et du socialisme mondial, comme ils confondent les périodes où les luttes réformistes politiques et syndicales échouent avec l'impossibilité de triomphe des luttes révolutionnaires. De même, ils croient que les périodes contre-révolutionnaires ne sont pas aussi des périodes où naissent les révolutions.</p>
<p>Le nationalisme est plus exacerbé que jamais dans les phases où le capitalisme n'a plus de perspective, à la fois parce qu'il est alors une manière inégalable de détourner la colère et les craintes des exploités et un moyen de renforcer l'Etat national des exploiteurs, une justification du fascisme et de la guerre. Mais cela ne signifie pas que le capitalisme soir réellement alors « national », même quand sa propagande l'est. Malgré les divisions des bourgeoisies, malgré leur concurrence, malgré leurs guerres, malgré les oppositions bien réelles des Etats capitalistes et des impérialismes, le capitalisme ne peut être qu'un système mondial et le combat contre lui ne peut qu'être mondial ou ne pas être. Les partis de gauche, de la social-démocratie au stalinisme, de gauche de la gauche et de la pseudo extrême gauche opportuniste ont un point commun : ils ne développent en réalité que des programmes nationaux. Les syndicats font de même. Les travailleurs ne sont jamais informés du fait qu'ils sont porteurs d'un programme international de transformation sociale. Ils ne savent pas que ce simple fait dénote le lien entre ces organisations et la classe possédante, que cela démontre leur trahison pure et simple de tous les intérêts historiques des prolétaires. Pour ces derniers, les frontières nationales, loin d'être une protection et une sauvegarde, sont des murs de prison. Et c'est encore plus vrai dans les pays impérialistes ! Depuis la première guerre mondiale, l'appel à la défense de l'intérêt national dans les pays les plus riches n'est rien d'autre que le tocsin des peuples qui sonne leur mise à mort en masse…</p>
<p>Le programme international socialiste du prolétariat n'a aucun caractère national. Il n'est même pas la somme des programmes nationaux des partis des travailleurs… On ne peut en effet concevoir un parti révolutionnaire qui ne soit pas une partie d'une organisation internationale, fût-elle encore à construire. Pas plus que le pouvoir aux travailleurs sur le monde ne peut être la somme de plusieurs « socialisme dans un seul pays » (selon l'expression criminelle et contre-révolutionnaire de Staline-Boukharine).</p>
<p>L'internationalisme n'est nullement un petit coup de chapeau aux prolétaires des autres pays mais la conscience que notre destin est un et un seul. Le nationalisme n'est pas seulement une tendance dangereuse, un sentiment condamnable qui gêne le développement de la conscience de classe, c'est le principal piège de l'ennemi de classe. Le nationalisme signifie tout simplement la trahison du prolétariat.</p>
<p>Il est parfaitement inconcevable de « faire le socialisme » dans un seul pays car on ne peut pas dépasser le mode de production capitaliste qui a atteint le niveau mondial sans la coopération des prolétaires des plus grands pays.</p>
<p>Il n'y a pas de perspective socialiste qui ne soit l'aboutissement de la chute du mode de production capitaliste mondial.</p>
<p>Il n'y a pas de programme socialiste et communiste qui ne soit énoncé comme une perspective mondiale.</p>
<p>Trotsky écrivait dans « La révolution permanente » :</p>
<p><i>« La théorie du socialisme dans un seul pays, qui a germé sur le fumier de la réaction contre Octobre, est la seule théorie qui s'oppose d'une manière profonde et conséquente à la théorie de la révolution permanente. »<br class='autobr' />
« A notre époque, qui est l'époque de l'impérialisme, c'est-à-dire de l'économie mondiale et de la politique mondiale dirigées par le capitalisme, pas un seul Parti communiste ne peut élaborer son programme en tenant essentiellement compte, à un plus ou moins haut degré, des conditions et tendances de son développement national. Cette constatation est aussi pleinement valable pour le parti exerçant le pouvoir dans les limites de l'U.R.S.S. Le 4 août 1914 sonna et pour toujours le glas de tous les programmes nationaux. Le parti révolutionnaire du prolétariat ne peut se fonder que sur un programme international correspondant au caractère de l'époque actuelle, l'époque de l'apogée et de l'effondrement du capitalisme. Un programme international communiste n'est en aucun cas une addition de programmes nationaux ou encore un amalgame de leurs caractères communs.<br class='autobr' />
Le programme international doit procéder directement d'une analyse des conditions et des tendances de l'économie mondiale et du système politique mondial dans leur ensemble dans tous ses rapports et dans toutes ses contradictions, c'est-à-dire avec l'interdépendance antagoniste de ses différentes parties. A l'époque actuelle, bien plus que par le passé, l'orientation nationale du prolétariat ne doit et ne peut que découler/provenir de l'orientation mondiale et non l'inverse. C'est en cela que réside la différence fondamentale et primaire entre l'internationalisme communiste et toutes les variétés de socialisme national… »<br class='autobr' />
Il poursuit ainsi : « En reliant entre eux des pays et des continents qui se trouvent à des étapes différentes de développement par un système de dépendance et d'oppositions, en rapprochant ces divers niveaux de développement, en dressant impitoyablement les pays les uns contre les autres, l'économie est devenue une puissante réalité qui domine les réalités diverses des pays et des continents. A lui seul, ce fait fondamental confère un caractère très réaliste à l'idée même d'un Parti communiste mondial. »</i></p>
<p>Léon Trotsky écrivait en juin 1929 dans sa critique du projet de programme de l'internationale stalinienne :</p>
<p><i>« L'heure de la disparition des programmes nationaux a définitivement sonné le 4 août 1914. Pour les communistes, la date du 4 août 1914 marque la fin de la IIe Internationale (sa « faillite »). La fraction du S.P.D. au Reichstag avait en effet voté les crédits de guerre et accepté la Burgfriede (paix civile) alors que les députés socialistes français faisaient de même et s'engageaient dans l'union sacrée. Le Bureau socialiste international s'ajourna sine die : Lénine ironisait sans douceur mais pas sans douleur sur le fait que « ces gens-là » n'avaient plus besoin d'une Internationale en temps de guerre. Le parti révolutionnaire du prolétariat ne peut se baser que sur un programme international correspondant au caractère de l'époque actuelle, celle du couronnement et de l'écroulement du capitalisme. Un programme communiste international n'est nullement une somme de programmes nationaux ou un amalgame de leurs traits communs. Il doit prendre directement pour point de départ l'analyse des conditions et des tendances de l'économie et de l'état politique du monde, prises comme un tout, avec leurs liens et leurs contradictions, c'est-à-dire avec la dépendance mutuelle opposant ses composantes entre elles. A l'époque actuelle, infiniment plus que pendant la précédente, le sens dans lequel se dirige le prolétariat au point de vue national doit et ne peut se déduire que de la direction prise dans le domaine international, et non pas vice versa. C'est en cela que consiste la différence fondamentale qui sépare au point de départ l'Internationale communiste des diverses variétés de socialisme national. »</i></p>
<h2 class="spip">Quelle est donc « l'analyse des conditions et des tendances de l'économie et de l'état politique du monde » à l'époque actuelle ? </strong>
<p>La première brique de construction du parti révolutionnaire prolétarien mondial est l'analyse de la situation du capitalisme mondial actuel (et pas celle d'un seul pays).</p>
<p>Le système capitaliste, une fois mondialisé, a atteint puis dépassé ses propres limites, non pas en devenant pérenne mais en devenant son propre destructeur. La masse de ses capitaux accumulés a dépassé les capacités d'absorption des marchés financiers. La part des capitaux incapables de trouver des investissements rentables n'a cessé de croitre. En 2007-2008, à la suite du plus grand effondrement financier, bancaire, boursier et industriel de l'Histoire, il a admis qu'il ne se relèverait plus, décidant de ne plus prendre que des mesures destinées à gagner du temps mais plus jamais à relancer l'économie réelle, celle des investissements productifs du capital privé. Depuis, il a montré que des dépenses massives de capitaux publiques permettaient de faire durer, mais aussi qu'elles ne faisaient qu'aggraver la chute des investissements productifs privés. Le rapport entre la masse phénoménale des capitaux privés et les investissements productifs insuffisants ne cesse de grandir, agrandissant par la même occasion le gouffre dans lequel plonge le système d'exploitation mondial. En effet, la chute relative des investissements productifs entraine celle de la plus-value extraite du travail humain, et la perte des profits réels, remplacés par des profits fictifs de la spéculation et des aides des Etats et des banques centrales (elles-mêmes de plus en plus ruinées). Dans ces conditions, tous les plans de relance nationaux et toutes les prétendues politiques nationales pour « aider le pays », pour « soutenir l'économie » ne sont que poudre aux yeux.</p>
<p>Il va de soi qu'on ne peut fonder un programme révolutionnaire sans prendre en compte le fait que le capitalisme est à l'agonie. C'est pourtant exactement à cette opération d'auto-aveuglement que se livrent tous les réformistes politiques et syndicaux et toutes les fausses extrêmes gauches opportunistes.</p>
<p>Et ce n'est pas tout. Le déroulement des luttes, des révoltes et des révolutions est effectivement marqué en premier par celui des effondrements du système. A preuve la vague de révoltes et de révolutions qui a parcouru le monde à la suite de la chute du système capitaliste en 2007-2008. Et elle n'a pas diminuer en force qu'à la faveur de la pandémie covid !</p>
<p>C'est le signe que la vieille civilisation capitaliste s'éteint, retournant à la barbarie, pendant qu'une nouvelle civilisation nait dans les douleurs.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8166" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8166</a></p>
<p>Cette nouvelle civilisation, portée par le prolétariat révolutionnaire, ne pourra vraiment marquer l'Histoire qu'en développant les perspectives propres du peuple travailleur, à savoir les conseils révolutionnaires autrement appelés soviets (même si ce terme a été ensuite dévoyé par le stalinisme). Là encore la perspective des soviets et de leur prise de pouvoir n'a rien de national, rien de russe, rien non plus de vieillot. C'est bel et bien la seule perspective politique et sociale moderne, le sens même que l'histoire des luttes prolétariennes, qui peut seule permettre de sortir de l'ornière où nous jette le monde fini du capitalisme. Et cette perspective historique nécessite d'être celle de toutes les luttes, grandes comme petites, y compris de simples grèves à buts économiques ou sociaux.</p>
<p>On ne peut pas prétendre vouloir construire le parti ouvrier révolutionnaire, sans répondre aux conditions suivantes :</p>
<p>1°) Avoir une confiance profonde dans les capacités révolutionnaires auto-organisées de la masse du prolétariat et ne pas croire en sa seule avant-garde.</p>
<p>2°) Avoir une ferme conscience socialiste et ne développer la critique du monde capitaliste que d'un point de vue de l'avenir, c'est-à-dire du socialisme et jamais du démocratisme petit-bourgeois.</p>
<p>3°) Ne pas défendre des intérêts d'organisation, sous prétexte d'aller plus vite au parti, mais défendre seulement les intérêts du prolétariat. Ne pas se contenter de la défense des intérêts économiques immédiats mais favoriser toujours, chaque fois où c'est possible, l'intervention politique des prolétaires.</p>
<p>4°) Dans toute question locale, voir l'intérêt général des travailleurs et dans toute question à l'échelle nationale voir toujours l'intérêt international du prolétariat. Dans toutes les questions revendicatives, ne pas se contenter de revendications réformistes et poser toujours la question de manière à montrer comment la lutte mène à celle pour renverser le système capitaliste (revendications transitoires).</p>
<p>5°) Dans les interventions syndicales ou électorales, ne jamais considérer d'abord les intérêts de groupe mais les intérêts généraux des travailleurs. Toujours se préoccuper d'abord de défendre la conscience socialiste des travailleurs. Ne pas craindre de critiquer publiquement et virulemment les directions réformistes politiques et syndicales et démasquer toutes leurs tromperies et trahisons, critiques qui seront précieuses quand ces organisations, lors de la montée révolutionnaire, voudront se faire passer pour radicales afin de chevaucher la montée des luttes et de détourner la révolution sociale. Ne pas craindre de dénoncer les fausses extrêmes gauches opportunistes qui peuvent, dans des circonstances révolutionnaires, jouer un rôle extrêmement négatif.</p>
<p>6°) Ne jamais limiter son combat à la défense d'un peuple, d'une nation, d'une religion, d'une culture. Les travailleurs révolutionnaires n'ont pas de patrie, pas de nation, pas de religion, pas de communauté autre que la communauté humaine. Mais ils se battent contre toutes les formes d'oppression. Ne jamais craindre de se heurter aux préjugés nationalistes, racistes, corporatistes et autres qui trainent dans la classe ouvrière.</p>
<p>7°) Ne jamais isoler socialement et politiquement le prolétariat de toutes les couches sociales (artisans, petits commerçants, paysans, petits pêcheurs, petites professions libérales, jeunes, chômeurs, femmes, nationalités et religions opprimées) qui commencent à se révolter et qu'il est appelé à diriger pour gagner la révolution. Construire au contraire le programme du prolétariat pour que celui-ci prenne la tête de toutes ces couches et les sépare du grand capital.</p>
<p>8°) Ambitionner d'abord les meilleures idées pour les plus grandes avancées du prolétariat et pas seulement les meilleures avancées de son organisation.</p>
<p>9°) Ne pas s'adresser en priorité aux militants syndicalistes ou politiques de gauche ni à l'aristocratie ouvrière qui les fréquente et qui se croit adaptée au capitalisme.</p>
<p>10°) Développer une analyse de la situation des classes exploiteuses et pas d'abord des souffrances des exploités ! C'est cette situation qui détermine la politique des classes dirigeantes capitalistes et, du coup, la politique qui est nécessaire au prolétariat. La base d'une telle analyse est l'étude de l'effondrement historique du système mondial initiée en 2007-2008 et dont les conséquences sont encore en plein développement (vague des révolutions, pandémie, fascismes, guerres et montée de la guerre mondiale). Sans une telle analyse, pas question de parti révolutionnaire et la classe ouvrière se bat les yeux bandés !</p>
<p>LA LUTTE ANTI IMPERIALISTE ET ANTI COLONIALE CONTRE L'IMPERIALISME ET LE COLONIALISME : LA QUESTION DU DROIT A L'AUTO-DETERMINATION ET LA QUESTION NATIONALE</p>
<p>La « question nationale » est elle aussi une question dialectique. Ainsi, c'est le prolétariat qui, bien qu'il ne soit pas une classe nationale, est le seul capable de poser jusqu'au bout une question nationale.</p>
<p>Aspirer à disposer de son propre pays c'est-à-dire un Etat qui nous protègerait, est comme aspirer à être propriétaire, aspirer à disposer d'un petit capital, aspirer à un emploi fixe et bien payé, ce sont des aspirations petites-bourgeoises, illusoires dans une phase cataclysmique du capitalisme déliquescent. Cela ne signifie pas qu'on réprouve ces aspirations mais qu'on affirme que jamais la société aux mains du grand capital ne pourra vous assurer de tels buts. La seule perspective réelle pour toutes les aspirations qui ne soient pas celles de l'infime minorité de capitalistes est la révolution socialiste et elle ne peut réussir que si elle est dirigée par le prolétariat révolutionnaire. Les partis et les syndicats réformistes ne développent des revendications ouvrières que sur le mode des aspirations petites bourgeoises qui ne mènent nullement au renversement de la dictature des possesseurs de capitaux. Ce qu'il faut c'st l'inverse : que toutes les aspirations populaires, y compris petites bourgeoises, mènent à passer sous la direction du prolétariat révolutionnaire. Tel est l'un des buts du programme révolutionnaire : non à mépriser les aspirations non révolutionnaires mais à vouloir les diriger dans le sens de la révolution et du socialisme, c'est-à-dire de la mainmise du peuple travailleur sur la totalité du capital et de ses Etats.</p>
<p>Rejeter radicalement le nationalisme ne signifie nullement refuser tout droit national aux peuples opprimés et n'accorder aucun soutien aux luttes des peuples opprimés. Par contre, cela signifie mettre le prolétariat international à la tête des luttes de tous les opprimés. Cela signifie aussi refuser toute entente avec l'impérialisme, fût-ce soi-disant pour permettre à un peuple opprimé d'obtenir satisfaction. On ne doit jamais placer la lutte du prolétariat en second mais en premier ! C'est au prolétariat de diriger l'ensemble des luttes contre le grand capital et il doit diriger ces luttes vers la suppression mondiale du capitalisme. Toute alliance avec une couche sociale opprimée ne peut être qu'à ces conditions. A ces conditions, la lutte nationale des peuples peut participer largement au combat contre l'impérialisme et pour sa suppression totale et définitive sur toute la planète. L'exemple de la révolution russe, qui n'a triomphé qu'en étant une révolution ouvrière autant que paysanne et des nationalités, le prouve pleinement.</p>
<p><strong>Qu'est-ce que l'impérialisme ? </strong></p>
<p>Quand on pense à l'impérialisme, on pense souvent, à tort, aux seuls USA et surtout aux agressions guerrières et le fondement économique est oublié. Mais surtout, ce qui est omis, c'est le fondement en termes de luttes de classes de la société actuelle qui donne naissance à cet impérialisme. Car ce dernier est la forme prise par la domination d'une classe exploiteuse sur une classe exploitée et son avenir ne dépend pas des aspirations à la paix et à la démocratie mais de la capacité révolutionnaire de la classe exploitée de s'organiser en vue de la destruction planétaire et définitive du capitalisme.<br class='autobr' />
En développant des métropoles où sont stockées les masses de capital tirées du monde entier, l'impérialisme a pu entretenir l'illusion que les peuples travailleurs des pays riches avaient intérêt à protéger le système. C'est l'une des plus dangereuses illusions réformistes qu'il faut démolir. Le prolétariat des pays riches n'a pas moins intérêt à la destruction de l'impérialisme que celui des pays pauvres. Le sort du prolétariat allemand sous Hitler en donne une cuisante démonstration.<br class='autobr' />
Certains courants proposent d'affaiblir, de mettre dans sa poche même, la lutte des classes, afin de mieux - disent-ils - unir tous ceux que révolte l'impérialisme. C'est ôter au combat sa perspective communiste de destruction du système capitaliste. C'est faire croire qu'il y a une voix anti-impérialiste qui serait autre que l'action communiste du prolétariat. Cette dénonciation des crimes de l'impérialisme sans perspective de sa destruction, même quand elle est honnête, ne mène que dans le mur les luttes. Elle permet à des leaders, comme les nationaliste bourgeois et petits bourgeois, qui veulent seulement aménager à leur profit l'impérialisme, de prendre la direction des luttes prolétariennes à vocation révolutionnaire et de les amener dans une impasse.<br class='autobr' />
Les prolétaires communistes révolutionnaires n'ont pas à nier ni à rejeter les aspirations nationales démocratiques et anti-impérialistes des masses populaires car cela reviendrait à rejeter ces masses entre les mains de leurs ennemis bourgeois et petits bourgeois. Ils doivent prendre la tête de ces luttes et donner une perspective communiste au combat contre l'impérialisme : la destruction de l'ordre capitaliste.<br class='autobr' />
N'oublions pas que le peuple de Paris en 1871 était dirigé par des aspirations démocratiques et nationales et que c'est parce qu'il s'est organisé de manière autonome sur des bases de classe qu'il a donné à la la Commune de 1871 ce caractère de premier pouvoir prolétarien au monde...<br class='autobr' />
La définition la plus couramment donnée, et tout à fait fausse, est la suivante : <br class='autobr' />
<i>"L'impérialisme est une stratégie politique de conquête visant la formation d'empires. Ce terme est parfois employé pour désigner plus particulièrement le néo-colonialisme. Par extension, impérialisme désigne tout rapport de domination établi par une nation ou une confédération sur un autre pays."</i><br class='autobr' />
Une stratégie de conquête menant à des empires ne décrirait certainement pas l'impérialisme que nous connaissons qui est l'impérialisme du capitalisme bien différent de celui de l'empire d'Égypte, de l'empire romain ou de l''empire arabe. L'impérialisme capitaliste n'est pas (ou pas seulement) la formation par conquête militaire d'un empire.<br class='autobr' />
Le but n'est pas des territoires mais des investissements de capitaux.<br class='autobr' />
Il ne s'agit pas d'une stratégie mais d'une phase historique du système. Dire que c'est une stratégie sous-entend que l'on pourrait changer de stratégie et avoir un capitalisme moins guerrier ou moins conquérant.<br class='autobr' />
L'impérialisme n'est pas "une politique d'expansion" :<br class='autobr' />
<i>"L'impérialisme est une immense accumulation de capital-argent dans un petit nombre de pays."</i> Lénine dans "L'impérialisme, stade ultime du capitalisme" (1916)</p>
<p>Dans son ouvrage « L'impérialisme, stade suprême du capitalisme », Lénine décrit l'impérialisme en 5 points :<br class='autobr' />
1) concentration de la production et du capital parvenue à un degré de développement si élevé qu'elle a créé les monopoles, dont le rôle est décisif dans la vie économique ;<br class='autobr' />
2) fusion du capital bancaire et du capital industriel, et création, sur la base de ce "capital financier", d'une oligarchie financière ;<br class='autobr' />
3) l'exportation des capitaux, à la différence de l'exportation des marchandises, prend une importance toute particulière ;<br class='autobr' />
4) formation d'unions internationales monopolistes de capitalistes se partageant le monde, et<br class='autobr' />
5) fin du partage territorial du globe entre les plus grandes puissances capitalistes.</p>
<p>Il le qualifie de « stade suprême » et aujourd'hui, l'impérialisme a atteint son stade pourrissant !</p>
<p>Meurtrier pour les peuples, destructeur de la santé publique, pandémique, et en route vers la chute mondiale, économique, immobilière, industrielle, financière, bancaire, inflationniste et guerrière, c'est le stade de la barbarie fasciste de destruction massive, du massacre et de la terreur généralisée.<br class='autobr' />
Les média et les gouvernements eux-mêmes sont obligés de reconnaitre que le monde tourne à l'horreur et que ceux qui n'y sont pas plongés eux-mêmes sont horrifiés… Ce n'est pas des jeux, ce n'est pas des films pour se faire peur, c'est l'actualité des répressions, des dictatures, des guerres et guerres civiles de la planète entière.<br class='autobr' />
Des régions entières de la planète baignent dans le sang, des peuples entiers sont déplacés, apeurés, décimés, parqués dans des camps, violés, massacrés…<br class='autobr' />
Le reste du monde assiste à ces scènes d'horreur, justifie généralement l'un des camps en guerre, le soutient, l'arme, le pousse à la guerre même, alors qu'il pratique aussi bien que son adversaire le massacre des civils, des milliers de gens désarmés, innocents, pris entre deux feux. Tout est fait pour faire croire que le seul choix est de soutenir l'un des camps, ou encore de se contenter d'appeler à la paix (ou même seulement au cessez-le-feu humanitaire), de manière plaintive, sans remettre en question le pouvoir de ceux qui s'en servent pour jeter la planète dans le sang et la mort.<br class='autobr' />
Quand les gouvernants en sont réduits à la seule violence directe, c'est que la dynamique capitaliste est morte.</p>
<p><strong>La politique révolutionnaire du prolétariat dans la question nationale, un produit de l'analyse de l'impérialisme</strong></p>
<p>L'impérialisme prétend justifier ses interventions sanglantes partout dans le monde par la nécessité de lutter pour sauvergarder les peuples contre le terrorisme, la dictature, les pouvoirs guerriers, massacreurs et oppressifs, etc. Il affirme agir aussi pour défendre la paix et la sécurité de tous les peuples, à commencer par celui de son pays. Ce sont de grossiers mensonges et il serait aisé de les démasquer mais les gauches et les syndicats s'en gardent bien. Il est remarquable que les réformistes et les opportunistes qui ont du poids au sein de la classe ouvrière contribuent à faire croire à ces justifications mensongères.</p>
<p>On pourrait s'imaginer que les extrêmes gauches opportunistes n'auraient quand même aucun mal à se démarquer sur la question de l'impérialisme mais ce serait faire une grossière erreur. Certes, ils n'économisent pas les reproches moraux à l'égard de certains pays impérialistes, mais pas tous et pas en premier le leur quand ils militant dans un pays impérialiste. Et ils se gardent de s'attaquer publiquement à leur propre impérialisme. Ils sont trop attachés aux appareils syndicaux et à l'aristocratie ouvrière qui est pleine d'illusions petites bourgeoises pour être capables de porter une politique révolutionnaire contre l'impérialisme. Et justement cette pseudo extrême gauche se garde bien d'utiliser ses deux principales interventions publiques (les élections bourgeoises et les syndicats) pour combattre les positions impérialistes au sein du prolétariat et du grand public.</p>
<p>Quant aux gauchistes (gauche communiste), ils rejettent toute notion d'impérialisme, considérant que toutes les nations, tous les Etats sont bourgeois, que toute aspiration contre une oppression nationale est bourgeoise et que la petite bourgeoisie est identique à la grande, capitaliste, et affirmant que les pays pauvres sont aussi pourris que les pays riches, confondant ainsi la réprobation morale et la politique révolutionnaire. Bien entendu, nous ne prétons aucune qualité ni socialiste ni révolutionnaire ni rien aux bourgeoisie nationales des pays pauvres et opprimés par l'impérialisme. Mais, suivant ainsi la politique exprimée dans la théorie de l'impérialisme de Lénine et dans la théorie de la révolution permanente de Trotsky, nous estimons que ce serait désarmer le prolétariat révolutionnaire mondial que de lui ôter une bombe explosive pour détruire définitivement et mondialement l'impérialisme. Lénine comme Trotsky ont toujours eu à cœur que le prolétariat révolutionnaire prenne la tête des opprimés, y compris ceux victimes d'une oppression nationale, raciale ou religieuse, estimant que les couches petites-bourgeoises, seules, sont incapables de nuire fondamentalement au capitalisme et à l'iméprialisme mais que le prolétariat révolutionnaire, se portant à la tête de ces luttes, est parfaitement capable d'ne faire une arme révolutionnaire en vue du socialisme mondial. C'est l'un des points essentiels qui découlent de l'analyse de l'impérialisme et un point que les gauches communistes (gauchistes) récusent et que les extrêmes gauches opportunistes se gardent de se rappeler, ne voulant pas rompre avec leurs amis bureaucrates syndicaux et membres de l'aristocratie ouvrière.</p>
<p><strong>Le prolétariat doit-il se battre aux côtés de la petite bourgeoisie révoltée, de la jeunesse, des femmes et autres couches sociales victimes du capitalisme ?</strong></p>
<p>Dans toute l'extrême gauche, on trouve sous diverses formes des réticences à considérer que les luttes populaires avec une participation de la petite bourgeoisie ne concernent pas le prolétariat et n'ont rien à voir avec la lutte révolutionnaire pour le pouvoir aux travailleurs et le socialisme et on trouve également des prises de positions qui attribuent à l'inverse des capacités révolutionnaires aux directions petites bourgeoises. Les deux positions, apparemment inverses, s'éloignent tout autant de la vraie politique révolutionnaire prolétarienne. Les deux laissent les petits bourgeois révoltés sous une direction qui ne peut que les conduire dans l'impasse.</p>
<p>Ainsi, en France, l'extrême gauche (par exemple LO et NPA) s'est tenue en grande partie à l'écart de la lutte des Gilets jaunes et s'est gardé de combattre l'hostilité violente des appareils syndicaux à l'égard de ce mouvement. Elle a prétexté que des petits patrons (souvent en réalité des petits auto-entrepreneurs c'est-à-dire des travailleurs auto-exploités) y participaient. Et la France n'est pas une exception : bien des groupes d'extrême gauche ont considéré que le prolétariat n'était pas la direction politique des mouvements débutés avec la « vague des printemps » de 2010-2011.</p>
<p>La politique révolutionnaire du prolétariat est aux antipodes de telles prises de position. Ainsi, Trotsky comme Lénine n'ont cessé d'attribuer au prolétariat le rôle de direction des luttes de la petite bourgeoisie et notamment de la paysannerie. Et c'est en se portant à la tête de toutes les classes et couches sociales révoltées que le prolétariat devient non seulement capable de porter des coups au capitalisme et à l'impérialisme mais de prendre la tête de toute la société, de prendre le pouvoir et de le garder. Et c'est seulement ainsi que ces luttes participent de la lutte pour le socialisme.</p>
<p>Tous les exemples historiques sont clairs : il n'y a jamais eu de « pureté de classe » dans les révolutions prolétariennes ! Qui peut ignorer la participation directe de la petite bourgeoisie aux côtés du prolétariat dans les révolutions en France en 1848, en 1871, dans le pouvoir de la Commune de Paris, dans les révolutions de 1905 et 1917 (février et octobre) en Russie, dans la révolution espagnole, pour ne citer que celles-là !<br class='autobr' />
Bien entendu, si ce discours, qui est actuellement tenu par certains anarchistes, certains gauches communistes, certains syndicalistes, certains anti-racistes et anti-fascistes, voulait dire que, dans les entreprises et les quartiers, les travailleurs doivent eux-mêmes mettre en place des comités de mobilisation au sein du mouvement, pas de problème !<br class='autobr' />
Mais se tenir à l'écart et pousser les travailleurs à s'en désolidariser sous prétexte qu'il y a des petits bourgeois, ou même qu'il y a dedans des racistes ou des fascistes, c'est carrément catastrophique ! N'y avait-il aucun raciste dans les révolutions prolétariennes du passé ?!!! Suffit-il qu'un raciste ou qu'un fasciste participe à une grève ou une manifestation pour que nous refusions d'y participer ?!!!<br class='autobr' />
A ce rythme là, personne ne risque de participer demain ni à une manifestation, ni à un piquet, ni à un rassemblement et encore moins à une révolution !!!!<br class='autobr' />
La révolution prolétarienne n'a rien de pure socialement !!! Ceux qui l'ignorent n'ont jamais rien lu sur les révolutions !<br class='autobr' />
Au lieu de pureté, ce dont le prolétariat a urgemment besoin c'est d'organisation, c'est de comités dans les quartiers et les entreprises !!! Les soviets qui étaient à leur naissance des organisations de quartier (et pas d'entreprises) mêlaient ouvriers et petits bourgeois !<br class='autobr' />
Ce dont la classe ouvrière a besoin, c'est aussi d'objectifs de classe, qui ne soient pas des objectifs réformistes, qui ne craignent pas de s'attaquer au sacrosaint Etat bourgeois et à la sacrosainte propriété privée des capitaux et des moyens de production. C'est en défendant son programme de classe au sein du mouvement social que le prolétariat peut y jouer un rôle dirigeant.<br class='autobr' />
Mais certainement pas en rejetant en bloc tous les « petits bourgeois » et en les poussant ainsi dans les bras de la grande bourgeoisie et des fascistes !!!</p>
<p><strong>Les syndicats dirigés par la gauche : une politique constante de soutien ouvert ou caché à l'impérialisme national défendue au sein du prolétariat </strong></p>
<p>Léon Trotsky écrit dans « Les syndicats à l'époque de la décadence impérialiste » :</p>
<p><i>« Il y a un aspect commun dans le développement ou, plus exactement, dans la dégénérescence des organisations syndicales modernes dans le monde entier : c'est leur rapprochement et leur intégration au pouvoir d'État. Ce processus est également caractéristique pour les syndicats neutres, sociaux-démocrates, communistes et anarchistes. Ce fait seul indique que la tendance à s'intégrer à l'État n'est pas inhérente à telle ou telle doctrine, mais résulte des conditions sociales communes pour tous les syndicats. Le capitalisme monopolisateur n'est pas basé sur la concurrence et sur l'initiative privée, mais sur un commandement central. Les cliques capitalistes, à la tête de trusts puissants, des syndicats, des consortiums bancaires, etc., contrôlent la vie économique au même niveau que le pouvoir d'État et, à chaque instant, elles ont recours à la collaboration de ce dernier. A leur tour les syndicats, dans les branches les plus importantes de l'industrie, se trouvent privés de la possibilité de profiter de la concurrence entre les diverses entreprises. Ils doivent affronter un adversaire capitaliste centralisé, intimement lié au pouvoir de l'État. De là découle pour les syndicats, dans la mesure où ils restent sur des positions réformistes - c'est à dire sur des positions basées sur l'adaptation à la propriété privée - la nécessité de s'adapter à l'État capitaliste et de tenter de coopérer avec lui. (…)</p>
<p>Le mot d'ordre essentiel dans cette lutte est : indépendance complète et inconditionnelle des syndicats vis-à-vis de l'État capitaliste. Cela signifie : lutte pour transformer les syndicats en organes des masses exploitées et non en organes d'une aristocratie ouvrière. Le second mot d'ordre est : démocratie dans Ies syndicats. Ce second mot d'ordre découle directement du premier et présuppose pour sa réalisation la complète liberté des syndicats vis-à-vis de l'État impérialiste ou colonial. En d'autres termes, à l'époque actuelle, les syndicats ne peuvent pas être de simples organes de la démocratie comme à l'époque du capitalisme librÉchangiste, et ils ne peuvent pas rester plus longtemps politiquement neutres, c'est-à-dire se limiter à la défense des intérêts quotidiens de la classe ouvrière. Ils ne peuvent pas être plus longtemps anarchistes, c'est-à-dire ignorer l'influence décisive de l'État sur la vie des peuples et des classes. Ils ne peuvent pas être plus longtemps réformistes, parce que les conditions objectives ne permettent plus de réformes sérieuses et durables. Les syndicats de notre époque peuvent ou bien servir comme instruments secondaires du capitalisme impérialiste pour subordonner et discipliner les travailleurs et empêcher la révolution, ou bien au contraire devenir les instruments du mouvement révolutionnaire du prolétariat. La neutralité des syndicats est complètement et irrémédiablement chose passée et morte avec la libre démocratie bourgeoise…</p>
<p>Tout comme il est impossible de revenir à l'Etat démocratique bourgeois, il est impossible de revenir à la vieille démocratie ouvrière. Le sort de l'un reflète le sort de l'autre. Il est un fait certain que l'indépendance des syndicats, dans un sens de classe, dans leur rapport avec l'Etat bourgeois, ne peut être assurée, dans les conditions actuelles, que par une direction complètement révolutionnaire »</i></p>
<p>La lutte contre les appareils bureaucratiques ne consiste pas seulement à militer contre la bureaucratie à l'intérieur des syndicats mais, d'abord et avant tout, à se battre pour la construction de conseils de travailleurs, indépendants des appareils et formés de délégués des assemblées prolétariennes élus et révocables, se fédérant, développant et diffusant le programme révolutionnaire, devenant progressivement le véritable pouvoir d'Etat des travailleurs en armes.</p>
<p><strong>La « révolution permanente », seule théorie qui assume le caractère dialectique de la révolution prolétarienne</strong></p>
<p>La « révolution en permanence » (encore appelée révolution permanente) est une philosophie du marxisme qui s'oppose à l'étapisme, au gradualisme, au progressisme, au réformisme et à l'opportunisme, depuis Marx et jusqu'à Trotsky, et pas une analyse conjoncturelle d'une situation exceptionnelle et surtout pas un moyen d'attribuer un caractère fondamentalement révolutionnaire à des forces sociales qui n'en possèdent pas.<br class='autobr' />
L'Histoire ne progresse pas graduellement en suivant une par une les marches d'un escalier vers le ciel… Elle subit des régressions brutales et violentes autant que des progressions qui peuvent même sauter des étapes de la gradation historique. Des sociétés retardataires, des situations réactionnaires et même des régressions peuvent provoquer de brutales progressions révolutionnaires.<br class='autobr' />
Le développement économique, social et politique est sujet au développement inégal et combiné (au sens que des morceaux avancés se combinent avec d'autres très en retard). <br class='autobr' />
Le monde ne progresse pas ensemble ni au même rythme et les inégalités de développement peuvent rendre certains maillons de la chaîne de domination des classes possédantes mondiales plus fragiles que d'autres et la rupture de la chaîne en un point peut fragiliser mortellement l'ensemble.<br class='autobr' />
Les contradictions qui découlent du développement inégal et combiné doivent être comprises et utilisées à fond par les révolutionnaires. Elles ont comme conséquences que la question nationale ne peut pas être résolue dans le cadre du capitalisme et doit être exploitée par le prolétariat. Elles ont pour conséquence que la lutte révolutionnaire doit pénétrer la lutte pour des réformes et s'en servir comme transition. Elles ont aussi pour conséquence que c'est le prolétariat qui est le seul à pouvoir réaliser des objectifs démocratiques, pacifiques, libérateurs pour les peuples opprimés, pour toutes les couches sociales non capitalistes, pour tous les opprimés. Et le programme révolutionnaire du prolétariat doit clairement mettre en avant ces objectifs. L'intervention des révolutionnaires doit se guider sur un programme de transition qui mène des luttes nationales aux luttes internationales, des luttes pour des réformes aux luttes pour le socialisme, des luttes pour la paix à la guerre révolutionnaire, etc…<br class='autobr' />
Les communistes révolutionnaires ne doivent pas se tenir à l'écart ni appeler les prolétaires à se tenir à l'écart des luttes réformistes, sans sombrer eux-mêmes dans le réformisme, des luttes nationales, sans sombrer dans le nationalisme, des luttes petites bourgeoises, sans oublier le caractère prolétarien de leur combat, ils doivent allier les différents aspects contradictoires dans une seule lutte de classes révolutionnaire contre la classe capitaliste.<br class='autobr' />
De nombreux points programmatiques, sociaux et politiques découlent de cette vision de la marche de la révolution sociale : programme de transition au lieu de la traditionnelle opposition entre programme révolutionnaire et programme réformiste, alliances possibles avec des couches petites bourgeoises et des peuples opprimés, front unique ouvrier, etc…</p>
<p><strong>Le pseudo et faux anti-impérialisme de l'extrême gauche : un moralisme à vomir ! </strong></p>
<p>Au lieu de voir dans les crimes actuels du capitalisme et de l'impérialisme des moyens d'entrainer le prolétariat vers la conscience de ses tâches de transformation radicale, les fausses extrêmes gauches diffusent de la réprobation morale à pleine dose…</p>
<p>Les extrêmes gauches opportunistes ont abandonné la notion d'impérialisme de Lénine. Loin d'y voir une évolution objective du capitalisme liée aux limites de ce mode de production, ils dénoncent des politiques individuelles, celle de Nétanyahou, celle de Biden ou de Trump, celle de Poutine, etc.</p>
<p>Depuis que la guerre mondiale s'étend de la Syrie à l'Ukraine et de l'Arménie à la Palestine, les politiques pro-impérialistes se cachent sous la prétendue défense des peuples et sous le couvert de l'indignation morale.</p>
<p>Les moralistes, bien ou mal intentionnés, y compris d'extrême gauche ou prétendus tels, ne nous aident en rien à nous y retrouver dans les embrouillaminis de la situation mondiale ni à éviter les pièges impérialistes et capitalistes contre le peuple travailleur du monde et pour détruire ses potentialités révolutionnaires.</p>
<p>Les moralistes dénoncent tout ce qui leur déplaît mais n'expliquent rien, ne comprennent rien, n'arment en rien les travailleurs et les peuples, qu'ils dénoncent les violences d'un camp ou d'un autre ou des deux, les guerres, les fascismes, les dictatures et même éventuellement les classes possédantes et les gouvernants.</p>
<p>La morale n'explique rien, ni l'effondrement du capitalisme, ni les oppositions violentes entre impérialismes, ni les révolutions, ni les contrérévolutions dont les fascismes et les guerres. Elle ne permet rien, n'ouvre de perspective sur rien et surtout pas de perspective révolutionnaire prolétarienne qui libère l'humanité du cauchemar où le capitalisme déliquescent prétend l'engloutir,</p>
<p>Les moralistes, y compris l'extrême gauche opportuniste, demandent aux gouvernements de faire ce qui n'est pas l'intérêt du grand capital, une absurdité en somme. Ils refusent la politique révolutionnaire face à l'impérialisme : prôner la défaite de notre impérialisme y compris dans la guerre, appeler les travailleurs à détruire l'Etat capitaliste, y compris et surtout son armée et sa police, rappeler que les travailleurs vont devoir s'armer eux-mêmes et dénoncer le pacifisme qui désarme avant tout les travailleurs.</p>
<p>Contre l'Union sacrée ouverte de la CGT, hypocrite de l'extrême gauche électorale (LO, NPA), le programme de Zimmerwald des révolutionnaires contre la première guerre mondiale et le capitalisme reprend toute son actualité :</p>
<p><i>« La guerre impérialiste inaugure l'ère de la révolution sociale. Toutes les conditions objectives de l'époque actuelle mettent à l'ordre du jour la lutte révolutionnaire de masse du prolétariat. Les socialistes ont pour devoir, sans renoncer à aucun des moyens de lutte légale de la classe ouvrière, de les subordonner tous à cette tâche pressante et essentielle, de développer la conscience révolutionnaire des ouvriers, de les unir dans la lutte révolutionnaire internationale, de soutenir et de faire progresser toute action révolutionnaire, de chercher à transformer la guerre impérialiste entre les peuples en une guerre civile des classes opprimées contre leurs op-presseurs, en une guerre pour l'expropriation de la classe des capitalistes, pour la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, pour la réalisation du socialisme. »</i></p>
<p><strong>Les revendications et les tâches des communistes révolutionnaires et du prolétariat contre les puissances coloniales et impérialistes</strong></p>
<p>Seul le prolétariat révolutionnaire est capable de combattre l'impérialisme et d'abattre le capitalisme, même si d'autres comme les terroristes se revendiquant de l'islam prétendent le contraire. Les révolutionnaires et les travailleurs ne doivent pas combattre davantage tel ou tel impérialisme et leur principale tâche est de combattre l'impérialisme de leur pays. Et cela passe par un programme anti-impérialiste dans les métropoles impérialistes :</p>
<p>Dénonciation des superprofits impérialistes sur le dos des peuples</p>
<p>Contrôle des capitaux qui pillent les pays dominés par l'impérialisme</p>
<p>Expropriation et réquisition des entreprises impérialistes</p>
<p>Droit à l'auto-détermination et la question nationale !</p>
<p>Suppression de toute opposition entre nationaux et étrangers</p>
<p>Union des peuples contre la domination impérialiste, les peuples des pays impérialistes soutenant tout effort des pays opprimés de se libérer</p>
<p>Suppression de l'exploitation des pays opprimés par l'impérialisme et les grands trusts et en rendre les richesses aux peuples</p>
<p>Suppression de toutes les législations fascistes qui suscitent la haine entre les peuples et qui autorisent les pays riches à faire mourir des migrants à leurs frontières</p>
<p>Suppression de tout profit sur le dos des exploités</p>
<p>Suppression des oppressions nationales, raciales, ethniques et religieuses</p>
<p>Suppression des restrictions nationales : quiconque vit de son travail a le droit de vivre dans le pays de son choix.</p>
<p><strong>Les tâches des communistes révolutionnaires et du prolétariat dans les colonies et les pays dominés par l'impérialisme</strong></p>
<p>Démasquer les buts impérialistes des grandes puissances :</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6673" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6673</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6406" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6406</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5969" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5969</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve231" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve231</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve482" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve482</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3811" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3811</a></p>
<p>Démontrer que toute défaite de « notre » impérialisme est une victoire des travailleurs</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2597" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2597</a></p>
<p>Démontrer qu'il n'y aura pas pour les pays opprimés de solution autre que le socialisme.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3668" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3668</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3812" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3812</a></p>
<p>Unir les prolétaires et les peuples opprimés du monde dans le but clair et affiché d'abattre définitivement l'impérialisme !</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7091" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7091</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6278" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6278</a></p>
<p>Unir travailleurs « nationaux » et immigrés et développer la prise de conscience internationaliste du prolétariat</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article262" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article262</a></p>
<p><strong>Le prétendu antifascisme bourgeois ou réformiste, c'est la lutte contre la révolution socialiste ! </strong></p>
<p>Quand l'extrême gauche opportuniste a soutenu les ennemis du prolétariat sous prétexte de lutte contre le fascisme</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7014" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7014</a></p>
<p>La politique des communistes et du prolétariat révolutionnaire face à la guerre ce n'est pas le pacifisme ni bourgeois ni anarchiste : <br class='autobr' /> <br class='autobr' /> <br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7509" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7509</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3400" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3400</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1107" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1107</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1927" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1927</a></p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article620" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article620</a></p>
<p><strong>Défaitisme révolutionnaire, antimilitarisme et armement du prolétariat : le programme militaire de la révolution socialiste</strong></p>
<p>Soit le prolétariat mondial met fin au capitalisme, soit le capitalisme met fin à l'humanité ! Quiconque rejette cette alternative dictature du prolétariat ou massacre mondial généralisé, rejette également toute chance d'avenir à la société humaine. La IV ème internationale sera celle du relèvera le drapeau du prolétariat révolutionnaire (le nombre quatre n'est pas un fétiche bien entendu et on peut aussi bien l'appeler 5ème internationale).<br class='autobr' />
Toute la situation mondiale et, par conséquent, aussi la vie politique intérieure des divers pays, se trouve sous la menace de la guerre mondiale. La catastrophe imminente pénètre déjà d'angoisse les masses les plus profondes de l'humanité.<br class='autobr' />
Partis de gauche, syndicats et leurs soutiens d'extrême gauche répètent la politique de trahison qui avait été celle de la première guerre mondiale de 1914 avec d'autant plus d'assurance qu'aucune organisation conséquente ne combat actuellement le chauvinisme et l'impérialisme, toutes se fondant d'abord sur l'aristocratie ouvrière et l'Etat capitaliste. Dès que le danger de guerre a pris un aspect concret, les staliniens, distançant de loin les pacifistes bourgeois et petits-bourgeois sont devenus les champions de la prétendue "défense nationale". Ils ne font d'exception que pour les pays fascistes, c'est-à-dire pour ceux où ils ne jouent eux-mêmes aucun rôle. La lutte révolutionnaire contre la guerre retombe ainsi entièrement sur les épaules de la IV° Internationale.<br class='autobr' />
Le succès du prolétariat révolutionnaire dans la prochaine période (celle de la révolution et de la contrérévolution) dépendra, avant tout, de sa politique dans la question de la guerre. Une politique correcte comprend deux éléments : une attitude intransigeante envers l'impérialisme et ses guerres, et l'aptitude à s'appuyer sur l'expérience des masses elles-mêmes.<br class='autobr' />
Dans la question de la guerre, plus que dans toute autre question, la bourgeoisie et ses agents trompent le peuple par des abstractions, des formules générales, des phrases pathétiques : "neutralité", "sécurité collective", "armement pour la défense de la paix", "défense nationale", "lutte contre le fascisme", etc. Toutes ces formules se réduisent, en fin de compte, à ce que la question de la guerre, c'est-à-dire du sort des peuples, doit rester dans les mains des impérialistes, de leurs gouvernements, de leur diplomatie, de leurs états-majors, avec toutes leurs intrigues et tous leurs complots contre les peuples.<br class='autobr' />
La IV° Internationale rejette avec indignation toutes les abstractions qui jouent chez les démocrates le même rôle que, chez les fascistes, l' "honneur", le "sang", la "race". Mais l'indignation ne suffit pas. Il faut aider les masses, à l'aide de critères, de mots d'ordre et de revendications transitoires, propres à leur permettre de vérifier, de distinguer la réalité concrète de ces abstractions frauduleuses.<br class='autobr' />
"DÉSARMEMENT" ? Mais toute la question est de savoir qui désarmera et qui sera désarmé. Le seul désarmement qui puisse prévenir ou arrêter la guerre, c'est le désarmement de la bourgeoisie par les ouvriers. Mais, pour désarmer la bourgeoisie, il faut que les ouvriers eux-mêmes soient armés.<br class='autobr' />
"NEUTRALITÉ" ? Mais le prolétariat n'est nullement neutre dans une guerre entre le Japon et la Chine, ou entre l'Allemagne et l'URSS. Cela signifiét-il la défense de la Chine et de l'URSS ? Evidemment, mais pas par l'intermédiaire des impérialistes, qui étrangleront la Chine et l'URSS.<br class='autobr' />
"DÉFENSE DE LA PATRIE" ? Mais, par cette abstraction, la bourgeoisie entend la défense de ses profits et de ses pillages. Nous sommes prêts à défendre la patrie contre les capitalistes étrangers, si nous garrotons tout d'abord nos propres capitalistes, et les empêchons de s'attaquer à la patrie d'autrui ; si les ouvriers et les paysans de notre pays deviennent ses véritables maîtres ; si les richesses du pays passent des mains d'une infime minorité dans les mains du peuple ; si l'armée, d'instrument des exploiteurs, devient l'instrument des exploités.<br class='autobr' />
Il faut savoir traduire ces idées fondamentales en idées plus particulières et plus concrètes, selon la marche des événements et l'orientation de l'état d'esprit des masses. Il faut, en outre, distinguer rigoureusement entre le pacifisme du diplomate, du professeur, du journaliste et le pacifisme du charpentier, de l'ouvrier agricole ou de la blanchisseuse. Dans le premier de ces cas, le pacifisme est la couverture de l'impérialisme. Dans le second, l'expression confuse de la défiance envers l'impérialisme.<br class='autobr' />
Quand le petit paysan ou l'ouvrier parlent de la défense de la patrie, ils se représentent la défense de leur maison, de leur famille et de la famille d'autrui contre l'invasion, contre les bombes, contre les gaz asphyxiants. Le capitaliste et son journaliste entendent par défense de la patrie la conquête de colonies et de marchés, l'extension par le pillage de la part "nationale" dans le revenu mondial. Le pacifisme et le patriotisme bourgeois sont des mensonges complets. Dans le pacifisme et même dans le patriotisme des opprimés, il y a un noyau progressiste qu'il faut savoir saisir pour en tirer les conclusions révolutionnaires nécessaires. Il faut savoir dresser l'une contre l'autre ces deux formes de pacifisme et de patriotisme.<br class='autobr' />
Partant de ces considérations, la IV° Internationale appuie toute revendication, même insuffisante, si elle est capable d'entraîner les masses, même à un faible degré, dans la politique active, d'éveiller leur critique et de renforcer leur contrôle sur les machinations de la bourgeoisie.<br class='autobr' />
La guerre est une gigantesque entreprise commerciale, surtout pour l'industrie de guerre. C'est pourquoi les "200 familles" sont les premiers patriotes et les principaux provocateurs de guerre. Le contrôle ouvrier sur l'industrie de guerre est le premier pas dans la lutte contre les fabricants de guerre.<br class='autobr' />
Au mot d'ordre des réformistes : impôt sur les bénéfices de guerre, nous opposons les mots d'ordre : CONFISCATION DES BÉNÉFICES DE GUERRE et EXPROPRIATION DES ENTREPRISES TRAVAILLANT POUR LA GUERRE. Là où l'industrie de guerre est "nationalisée", comme en France, le mot d'ordre du contrôle ouvrier conserve toute sa valeur : le prolétariat fait aussi peu confiance à l'État de la bourgeoisie qu'au bourgeois individuel.
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Pas un homme, pas un sou pour le gouvernement bourgeois !
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Pas de programme d'armements, mais un programme de travaux d'utilité publique !
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Indépendance complète des organisations ouvrières à l'égard du contrôle militaire et policier !<br class='autobr' />
Il faut arracher, une fois pour toutes, la libre disposition du destin des peuples des mains des cliques impérialistes avides et impitoyables qui agissent derrière le dos des peuples. En accord avec cela, nous revendiquons :<br class='autobr' />
– Abolition complète de la diplomatie secrète ; tous les traités et accords doivent être accessibles à chaque ouvrier et paysan.
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Instruction militaire et armement des ouvriers et des paysans sous le contrôle immédiat des comités ouvriers et paysans.
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Création d'écoles militaires pour la formation d'officiers venus des rangs des travailleurs, choisis par les organisations ouvrières.
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Substitution à l'armée permanente, c'est-à-dire de caserne, d'une milice populaire en liaison indissoluble avec les usines, les mines, les fermes, etc.<br class='autobr' />
La guerre impérialiste est la continuation et l'exacerbation de la politique de pillage de la bourgeoisie ; la lutte du prolétariat contre la guerre est la continuation et l'exacerbation de sa lutte de classe. L'apparition de la guerre change la situation et partiellement les procédés de lutte entre les classes, mais ne change ni les buts ni la direction fondamentale de celléci.<br class='autobr' />
La bourgeoisie impérialiste domine le monde. C'est pourquoi la prochaine guerre, par son caractère fondamental, sera une guerre impérialiste. Le contenu fondamental de la politique du prolétariat international sera, par conséquent, la lutte contre l'impérialisme et sa guerre. Le principe fondamental de cette lutte sera :<br class='autobr' />
"L'ennemi principal est dans notre PROPRE PAYS", ou :<br class='autobr' />
"La défaite de notre propre gouvernement (impérialiste) est le moindre mal".<br class='autobr' />
Mais tous les pays du monde ne sont pas des pays impérialistes. Au contraire, la majorité des pays sont les victimes de l'impérialisme. Certains pays coloniaux ou semi-coloniaux tenteront, sans aucun doute, d'utiliser la guerre pour rejeter le joug de l'esclavage. De leur part, la guerre ne sera pas impérialiste, mais émancipatrice. Le devoir du prolétariat international sera d'aider les pays opprimés en guerre contre les oppresseurs. <br class='autobr' />
Les ouvriers d'un pays impérialiste ne peuvent cependant pas aider un pays anti-impérialiste par l'intermédiaire de leur gouvernement, quelles que soient, à un moment donné, les relations diplomatiques et militaires entre les deux pays. Si les gouvernements se trouvent en alliance temporaire, et au fond incertaine, le prolétariat du pays impérialiste continue à rester en opposition de classe à son gouvernement et apporte un appui à l' "allié" non impérialiste de celui-ci par ses propres méthodes, c'est-à-dire par les méthodes de la lutte de classe internationale (agitation en faveur de l'État ouvrier et du pays colonial, non seulement contre ses ennemis, mais aussi contre ses alliés perfides : boycott et grève dans certains cas, renoncement au boycott et à la grève dans d'autres, etc.).<br class='autobr' />
Au début de la guerre, les sections de la IV° Internationale se sentiront inévitablement isolées : chaque guerre prend les masses populaires à l'improviste et les pousse du côté de l'appareil gouvernemental. Les internationalistes devront nager contre le courant. Cependant, les dévastations et les maux de la nouvelle guerre qui, dès les premiers mois, laisseront loin en arrière les horreurs sanglantes de 1914-1918 auront tôt fait de dégriser les masses. Le mécontentement et la révolte de celles-ci croîtront par bonds. Les sections de la IV° Internationale se trouveront à la tête du flux révolutionnaire. Le programme des revendications transitoires prendra une actualité brûlante. Le problème de la conquête du pouvoir par le prolétariat se dressera de toute sa hauteur.<br class='autobr' />
Avant d'étouffer ou de noyer dans le sang l'humanité, le capitalisme empoisonne l'atmosphère mondiale par les vapeurs délétères de la haine nationale et raciale. L'antisémitisme est aujourd'hui l'une des convulsions les plus malignes de l'agonie du capitalisme.<br class='autobr' />
La dénonciation intransigeante des préjugés de race et de toutes les formes et nuances de l'arrogance et du chauvinisme nationaux, en particulier de l'antisémitisme, doit entrer dans le travail quotidien de toutes les sections de la IV° Internationale comme le principal travail d'éducation dans la lutte contre l'impérialisme et la guerre. Notre mot d'ordre fondamental reste :<br class='autobr' />
Face à la guerre mondiale qui vient le prolétariat révolutionnaire doit défendre un programme militaire socialiste qui s'appuie sur les points suivants : <br class='autobr' />
Défaitisme révolutionnaire<br class='autobr' />
Le défaitisme est la politique du prolétariat des pays impérialistes qui souhaitent la défaite de leur impérialisme et l'utilisation de celléci pour renverser définitivement l'impérialisme.<br class='autobr' />
Il n'y a pas de vrai défaitisme révolutionnaire qui ne mène pas à la prise de pouvoir par les travailleurs en armes !<br class='autobr' />
Nous ne sommes pas antimilitaristes en général mais anti-armement de la bourgeoisie et pro-armement du prolétariat et du peuple travailleur auto-organisé !<br class='autobr' />
Une des erreurs des pacifistes de gauche est de considérer la guerre en soi comme l'ennemi et pas l'ensemble des politiques contrérévolutionnaires de la bourgeoisie capitaliste.<br class='autobr' />
En employant cette politique, Marx dévoile ici le « secret » de l'efficacité suprême de l'art militaire du prolétariat révolutionnaire qui s'exprime en premier lieu dans le défaitisme qui désagrège l'appareil militaire adverse et le rend inopérant en face de la révolution. Le principe en est qu'en sabotant le militarisme dans son pays, celui où s'effectue la révolution, on sabote en même temps le militarisme adverse. La politique militaire du prolétariat parvenu au pouvoir dans un pays, si elle vise naturellement à la défense de la révolution victorieuse, continue d'appliquer la méthode qui consiste à agir sur les arrières des pays bourgeois, en y stimulant l'activité révolutionnaire des masses.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7509" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7509</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3400" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3400</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7390" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7390</a></p>
<p>Antimilitarisme révolutionnaire</p>
<p>ORGANISER DES COMITES LOCAUX ANTI-GUERRE ANTI-IMPERIALISTE ET CONTRE LA GUERRE CIVILE MENEE PAR LES GOUVERNEMENTS CONTRE LE PEUPLE TRAVAILLEUR SUR UN PROGRAMME D'ACTION ANTI-IMPERIALISTE ET ANTI-GUERRE DONT LES MOTS D'ORDRE ET LES MOYENS DE LUTTE SERAIENT :<br class='autobr' />
Le retrait des troupes impérialistes de toutes leurs zones d'occupation (néo-coloniales ou pas) et de toutes leurs bases dans le monde<br class='autobr' />
Pas un homme, pas un sou pour les sales guerres de l'impérialisme français f<br class='autobr' />
A bas le budget de guerre sociale ! A bas toutes les contréréformes anti-ouvrières <br class='autobr' />
L'organisation d'arrêts de travail de solidarité !<br class='autobr' />
Le sabotage de l'effort de guerre impérialiste et le blocage de l'envoi de troupes ou de matériel <br class='autobr' />
L'organisation de manifestations devant les casernes<br class='autobr' />
L'interpellation des soldats appelés à ne pas mourir pour les banquiers, les marchands de canons f soldats français, ne soyez pas la chair à canon des capitalistes ! refusez de faire une guerre dont le peuple ne veut pas<br class='autobr' />
L'appel aux soldats à former des comités de soldats f à élire leurs délégués responsables et révocables et à retourner leurs armes contre les fauteurs de guerre <br class='autobr' />
La mise en place de comités de grève et d'action anti-impérialistes dans les entreprises et leurs équivalents, dans les quartiers populaires et de leurs fédérations sur tout le pays !<br class='autobr' />
L'abolition de l'armée permanente et l'armement général du peuple pour se protéger du gouvernement meurtrier et de guerre sociale des gouvernants et des capitalistes !</p>
<p> <strong>Reconstruire la quatrième internationale sur les bases de Trotsky</strong></p>
<p>Depuis la mort de Lénine et la victoire de Staline contre la révolution en Russie nous sommes en lutte pour la nouvelle (quatrième) Internationale du prolétariat qui devra remporter et assurer la victoire. Nous forgeons le nouveau parti international de la révolution prolétarienne mondiale. Nous savons que seul le nouvel essor révolutionnaire couronnera nos efforts de succès. Nous savons aussi que ce nouvel essor révolutionnaire resterait sans résultat si nos efforts subjectifs d'aujourd'hui et de toujours ne préparaient pas l'arme de la victoire et de cette façon la victoire même.</p>
<p>L'Internationale révolutionnaire est un seul parti international, un parti mondial ; les partis nationaux sont des sections de l'Internationale révolutionnaire. Le prolétariat est une seule classe internationale. <br class='autobr' />
Il nous faut savoir sur quelles bases Trotsky entendait reconstruire l'internationale communiste révolutionnaire :<br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/10/331001a.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/10/331001a.htm</a><br class='autobr' />
Il nous faut savoir pourquoi l'internationale de Trotsky a échoué :<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470627.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470627.htm</a><br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/4int/urss/natalia.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/4int/urss/natalia.htm</a><br class='autobr' />
L'internationale à construire ne se fondera pas sur un rassemblement sans principes mais sur les bases minimales suivantes :
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> L'objectif reconnu publiquement dans toute la propagande de l'élimination mondiale du capitalisme et de l'impérialisme
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Le combat contre le principal trompeur : le réformisme (et son cousin l'opportunisme), qu'il soit syndical, politique ou associatif
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Le refus du sectarisme et de l'isolement des prolétaires à l'égard des autres fractions du peuple travailleur
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Les principes des quatre premiers congrès de l'Internationale de Lénine et Trotsky
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Le programme de transition de Trotsky
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> La reconnaissance de la nécessité et la lutte pour un parti mondial de la révolution</p>
<p><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> L'objectif du pouvoir aux travailleurs et de la dictature des soviets à l'échelle mondiale et la dictature du prolétariat <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> Contre l'impérialisme et la guerre, le défaitisme révolutionnaire et l'armement du prolétariat <br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> La défense permanente et publique de l'auto-organisation et des comités/ conseils/ soviets comme organes de classe du prolétariat et du peuple travailleur et comme mode futur d'organisation de l'Etat ouvrier</p>
<p>L'EFFONDREMENT MONDIAL DU CAPITALISME ET LA LUTTE CONTRE LA 3ÈME GRANDE GUERRE MONDIALE INTER-IMPÉRIALISTE ET LA LUTTE POUR LA RÉVOLUTION SOCIALISTE !</p>
<p>Travailleurs, femmes et jeunes du monde, lançons un message clair et net : nous n'acceptons pas d'être la chair à canons de la prochaine boucherie mondiale d'un système d'exploitation en bout de course !</p>
<p>La puissance américaine, elle, a lancé un message clair : le « monde occidental » (cela n'a pas d'autre signification que les alliés des USA puisque cela englobe le Japon, l'Australie ou le Canada comme l''Europe et l'Angleterre) est sommé de préparer la guerre mondiale à toute allure et tous les États qui font partie de cette alliance internationale s'alignent les uns après les autres et engagent leurs armées dans la course aux armements les plus sophistiqués et les plus meurtriers.</p>
<p>La concurrence économique exacerbée et les guerres qui se multiplient (de la Syrie au Yémen, de l'Ukraine à l'Arménie et à Israël) sont le prétexte invoqué. Le monde, autrefois unifié, est désormais divisé en deux économies capitalistes (l'une autour des USA et l'autre autour du bloc Chine/Russie). La guerre économique, financière et monétaire est engagée et la guerre tout court s'annonce. Dans tous les conflits actuels, un bloc est dans un camp et l'autre dans le camp adverse. La barbarie de ces guerres est sans cesse croissante comme le montrent tous les jours l'Ukraine et Gaza.</p>
<p>Cette division meurtrière du monde est un choix et pas une évolution involontaire de la part des grandes puissances qui dominent non seulement l'économie mais toute la vie de l'humanité. Ce choix est directement lié à l'état dans lequel est le système économique capitaliste depuis son effondrement de 2007-2008. Certes, le capitalisme n'a jamais rimé avec pacifisme mais, depuis sa chute historique de 2007 et depuis la vague des révolutions qui a débuté dans le monde entier en 2011, le bain de sang a été la nouvelle réponse des classes exploiteuses, l'un de ces massacres étant la pandémie covid avec ses millions de morts et de blessés. Car, contrairement au discours dominant, les classes dirigeantes n'ont rien fait pour combattre la maladie, bien au contraire, trop satisfaits qu'ils étaient qu'elle frappe les peuples en pleine vague des révolutions.</p>
<p>C'est seulement une crise comme le système capitaliste y est habitué, nous disent tous les menteurs du monde. Et c'est faux : dans une crise les trusts, banques et établissements financiers en rouge font faillite et ferment et, en 2008, c'est le choix inverse qu'a fait le système mondial. Tous ont été sauvés par l'intervention financière massive des États et des banques centrales. Et depuis, toutes les crises ont été traitées de même : renflouées sur fonds publics. Ils ont estimé alors que chaque trust ou banque, ou assurance et autre établissement financier de grande taille qui chuterait serait « systémique » c'est-à-dire qu'elle ferait chuter tout l'ensemble du capitalisme mondial ! Mais la dette des États et des banques centrales, due au sauvetage des capitalistes « quoiqu'il en coûte », selon leur propre expression, est devenue un véritable gouffre qui va engloutir le système tout entier. Et c'est cette perspective qui les affole adjointe à celle de la vague des révolutions qui amène les classes possédantes à orienter le monde vers des dictatures, des fascismes, des guerres civiles et des guerres tout court, voire la guerre mondiale, bien que celléci ne puisse amener que la destruction de l'humanité ellémême.</p>
<p>Il n'y a pas de solution à cette catastrophe si on reste au sein du système capitaliste. Dire non à la guerre généralisée, c'est dire non au capitalisme et à l'impérialisme (ce système de domination de quelques grandes puissances liées aux trusts et aux banques sur le monde entier et écrasant la majorité de la population du globe). La lutte contre la guerre n'est autre que la lutte pour le socialisme, c'est-à-dire pour en finir avec l'exploitation de l'homme par le capital et pour mettre en place un nouveau mode de production débarrassé de la propriété privée des capitaux et des entreprises. Il est mensonger que le libéralisme économique ait été synonyme de liberté au sein de la société et de liberté politique. Les peuples n'ont sous le capitalisme que le choix entre des politiciens interchangeables et aussi menteurs les uns que les autres mais ils n'ont aucun choix sur la politique que ceux-ci mènent une fois au gouvernement. Démocratie et possession des richesses par une infime minorité sont antinomiques. Il est caractéristique que les peuples n'ont jamais eu le droit de décider de ce qu'il fallait faire face aux crises économiques, face aux guerres ou face aux pandémies. Plus que jamais, en phase d'effondrement historique du capitalisme, il n'est pas question de démocratie, nulle part au monde, ni dans les pays riches ni dans les pays pauvres (et il n'y a jamais et autant de pauvres dans les pays riches). Partout, les fascismes et les dictatures reviennent pour servir de béquille à un système en chute. La violence de la répression grandit partout, y compris dans les métropoles les plus riches.</p>
<p>C'est au peuple travailleur, aux femmes et aux jeunes de donner une réponse claire à la barbarie qui monte : la lutte contre la guerre et pour le socialisme mené par des comités issus de la mobilisation élisant des délégués révocables et contrôlés par des assemblées générales ayant pouvoir de décision, voilà d'où viendra la véritable démocratie sur laquelle fonder une société nouvelle, qui ne soit pas soumise aux possesseurs du grand capital.</p>
<p>Au moment où tous les gouvernants n'ont à la bouche que les mots de réarmement, de mobilisation, de service militaire, où ils proclament avoir des joujoux de mort de plus en plus sophistiqués et les vendent partout sur la planète, en particulier dans les zones de guerre, au moment où même les États qui ne sont pas officiellement en guerre soutiennent les guerres des quatre coins du monde, il importe que nous, travailleurs, femmes et jeunes, nous nous engagions dans la lutte pour en finir avec ce système finissant et sanglant. Il n'est pas question pour nous de soutenir l'un des camps contre l'autre, pas question de soutenir des trusts et des banques « nationaux » contre leurs adversaires, pas question de s'attaquer à des peuples en soutenant nos propres exploiteurs et les gouvernants à leur botte. Nous devons être pour la défaite de toutes les grandes puissances et la victoire de tous les peuples qui cherchent à s'en libérer. <br class='autobr' />
Aucun gouvernement au monde capitaliste ne nous apportera ce que nous voulons car les États, qu'ils se disent ou pas démocratiques, sont directement liés au grand capital et tous les partis, de gauche, de droite ou d'extrême droite sont en fait attachés au système capitaliste et le défendent plus ou moins ouvertement. Il nous faut un gouvernement issu des comités de base du peuple travailleur, des femmes et des jeunes comme il en est apparu par ci par là au cours de la dernière vague des révolutions dite des printemps. Il nous faut le gouvernement du peuple par le peuple, la démocratie directe auto-organisée et indépendante de toutes les institutions de la vieille société toute pourrie. On ne bâtira pas l'avenir avec les structures mises en place par ses ennemis directs. Ceux qui prétendent qu'il suffit d'élire de bons gouvernements nous trompent. Ceux qui font croire qu'on peut gagner des luttes sociales sans prétendre prendre le pouvoir politique nous mentent aussi. Ces réformistes ne réforment rien du tout et moins que jamais on ne réformera pas les tueurs du capitalisme, il faut les désarmer et armer le peuple travailleur. <br class='autobr' />
En finir avec les guerres, c'est faire chuter les États et c'est organiser et armer le peuple ! Ne pas nous laisser envahir par la barbarie et la guerre généralisée, c'est bâtir le socialisme ! Il n'y a pas d'autre issue !</p>
<p>Le monde entier marche à la guerre…</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6783" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6783</a></p>
<p>Nos ennemis de classe s'arment massivement...</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7588" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7588</a></p>
<p> <br class='autobr' />
LA LUTTE CONTRE L'IMPÉRIALISME ET LA GUERRE SUPPOSE LA LUTTE CONTRE LE RÉFORMISME BOURGEOIS ISSU DE RÉFORMISME OUVRIER ET QUI GANGRÈNE ENCORE LE PROLÉTARIAT !</p>
<p> 1914 : la mort du réformisme ouvrier !<br class='autobr' />
1/ la naissance de la gauche ou l'antithèse du socialisme (le cas millerand en France)<br class='autobr' />
2/ La première guerre mondiale couronne la politique bourgeoise d'intégration des appareils politiques et syndicaux : de la collaboration de classe à la gouvernance de classe. De la lutte des classes contre la bourgeoisie a la lutte des classes contre le prolétariat : les faux amis du prolétariat !<br class='autobr' />
Construire des fractions communistes dans les syndicats réactionnaires et impérialistes dirigées par les agents non déclarés de la bourgeoisie comme Binet et cie<br class='autobr' />
3/ Du socialisme à la politique bourgeoise des organisations se réclamant de la classe ouvrière !<br class='autobr' />
4/ le stalinisme ou la contre révolution fasciste sous les oripeaux du bolchevisme et l'élimination des révolutionnaires<br class='autobr' />
5/ le rôle de l'aristocratie ouvrière : base sociale du réformisme et de la collaboration de classe !</p>
<p> Réformisme bourgeois et pseudo progressisme : un véritable anticommunisme dans la phase d'effondrement du capitalisme !</p>
<p>La remise en cause des lumières et de l'universalisme<br class='autobr' />
Le wokisme<br class='autobr' /> Le féminisme bourgeois contre les femmes prolétaires<br class='autobr' /> La théorie critique de la race, un nouveau racisme et le communautarisme<br class='autobr' />
La lutte contre l'opportunisme de l'extreme gauche electoraliste et syndicaliste (npa-lo-rp-ucl-cnt)<br class='autobr' /> Le cas français : LO, NPA, RP, Fraction, CNT, Alternatives libertaires….</p>
<p>Réquisition des entreprises qui s'engraisse de près de ou de loin par la guerre<br class='autobr' /> Dissolution des armées permanentes et armement du prolétariat (PIQUET DE GRÈVE, MILICE OUVRIÈRE)<br class='autobr' />
Pas un homme pas un sou pour l'armée du capital<br class='autobr' />
Réquisition des toutes les entreprises travaillant de près ou loin pour l'armement ou profitant de la guerre par des comités de travailleurs !<br class='autobr' />
A la bande d'hommes en armes qui détient le monopole de la violence et des armes dans l'intérêt privée des classes dirigeantes, nous opposons l'armement du peuple travailleur ! Appeler à former des comités de policiers et de soldats qui seront responsable devant le peuple !</p>
<p>Pour conclure : Pour abattre le capitalisme qui nous mène à la guerre mondiale, il nous faut abattre l'impérialisme et son agent réformiste au sein de la classe ouvrière</p>
<p>Nous sommes à une époque où le monde entier est sous la domination d'un petit nombre de pays allant des USA à l'Europe, du Japon à la Russie, de la Chine au Canada, en passant par l'Inde et l'Angleterre, des pays que l'on appelle impérialistes, non pas parce qu'ils seraient plus méchants que les autres mais parce qu'ils concentrent entre leurs mains la quasi-totalité des capitaux et des armes de guerre. De nobreuses nations sont opprimées par les impérialismes, par des moyens économiques et financiers aussi bien que par la guerre directe. Bien sur, les autres États sont aussi des ennemis des prolétaires et du peuple travailleur, mais ils sont bien moins puissants et déterminants. Il faut dire aussi que le prolétariat est nombreux dans les pays impérialistes et qu'il est le seul à pouvoir à casser la chaîne de l'oppression impérialiste, même si dans ces pays, l'impérialisme a pu développer une aristocratie ouvrière qui donne un fondement à tous les réformistes. L'effondrement du capitalisme sera aussi celui de l'impérialisme et celui de l'aristocratie ouvrière comme des illusions réformistes mais, en attendant, ils conservent tous un point considérable dans l'opinion ouvrière et trompent encore les travailleurs. Il est indispensable que ces derniers soient instruits dans leur tâche : abattre leur impérialisme entièrement et définitivement, en particulier désarmer les États impérialistes. C'est une tâche vitale car ces États se préparent activement à nous massacrer en masse dans une nouvelle guerre impérialiste. L'un des pires crimes du réformisme et de l'opportunisme consiste à cacher que les États impérialistes sont nos ennemis mortels. Le faux anti-impérialisme démocrate, de gauche ou de fausse extrême gauche, dénonce les gouvernants sans dire que les travailleurs devront abattre les États impérialistes et construire l'état des conseils ouvriers et des comités du peuple travailleur.</p>
<p>LE PARTI COMMUNISTE RÉVOLUTIONNAIRE OU LE PARTI MONDIAL DE LA RÉVOLUTION SOCIALISTE</p>
<p>Classe, avant-garde et parti :</p>
<p>Nous tenons en premier lieu à dire ce que n'est pas un parti révolutionnaire ! Il n'est pas une organisation au-dessus du prolétariat, au-dessus de la société comme le fut le parti stalinien ! il n'est pas non plus l'image déformée que le stalinisme et ses débris prétendument d'extrême gauche donnent du bolchevisme aujourd'hui ! Il n'a bien sûr rien à voir non plus avec les partis et les syndicats réformistes et opportunistes.</p>
<p>Léon Trotsky :<br class='autobr' />
"Toute l'histoire moderne atteste que le prolétariat n'est rien sans ses organisations de classe. En même temps, l'expérience démontre que des organisations ouvrières deviennent souvent un frein pour la lutte révolutionnaire. C'est plus d'une fois que le mouvement prolétarien s'est brisé contre cette contradiction. L'exemple le plus tragique en est la catastrophe allemande, dans laquelle les organisations ouvrières dirigeantes, chacune à sa manière, ont paralysé le prolétariat par en-haut et l'ont livré désarmé au fascisme."<br class='autobr' />
A/ quel type de parti révolutionnaire faut-il à la classe ouvrière ?<br class='autobr' />
Ce qui semble remarquable au premier abord c'est qu'il n'existe actuellement aucun parti au monde digne du nom de parti ouvrier ou de parti révolutionnaire au point que certains commentateurs s'imaginent qu'il n'y en aura plus. Mais c'est un peu comme certains commentateurs pensent qu'il n'y aura plus de révolution prolétarienne…<br class='autobr' />
En fait, c'est très loin d'être la première période de l'histoire qui soit dans cette situation depuis que le capitalisme et le prolétariat industriel existent.<br class='autobr' />
Voir ici : <a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328</a><br class='autobr' />
A la suite des grandes défaites prolétariennes, il y a eu à chaque fois de longues périodes où la classe ouvrière ne disposait plus de partis révolutionnaires, le capitalisme soit repartant pour une phase de croissance, soit l'humanité subissant un recul violent, les classes possédantes lui imposant un assassinat en masse et les masses retombaient dans le silence politique et parfois social. Il existe même des pays où les travailleurs n'ont jamais disposé d'un parti politique ouvrier. Il n'y a aucun mécanisme automatique qui définisse d'avance les progrès et les reculs de la conscience politique ni de l'organisation politique du prolétariat.<br class='autobr' />
Les aléas de l'histoire sont aussi imprédictibles en la matière qu'en ce qui concerne les luttes de classes elles-mêmes. Des pays comme le Portugal, l'Italie, la France ou les USA ont connu à certains moments des explosions du nombre de gens qui voulaient militer en révolutionnaires, explosions que rien ne prédisait auparavant. Et du coup, des occasions brutales de construire des partis révolutionnaires. Mais pas forcément de véritables politiques révolutionnaires pour appuyer ces efforts…<br class='autobr' />
Le combat d'idées sur le parti révolutionnaire a ses lois. Les trahir ne mène pas au succès. Les petits et les grands manipulateurs d'organisations ne conduisent pas le prolétariat révolutionnaire vers des victoires mais vers des impasses piteuses.<br class='autobr' />
L'une de ces lois incontournables est celle de la connaissance des leçons du passé. Rappelons-nous que la Révolution française a été aussi loin parce qu'elle était amrée des leçons historiques des révolutions anglaises et américaines. Le prolétariat devra en être armé de cette connaissance quand il repartira à l'assaut. C'est l'une des tâches essentielles du parti révolutionnaire. Sans lui, les travailleurs ne peuvent avoir de telles connaissances. Ils n'ont aucun moyen d'emmagasiner les leçons des luttes passées et leur analyse à l'aide d'une méthode scientifique et révolutionnaire qu'ils n'ont jamais eu l'occasion d'étudier. Ils ont encore moins la possibilité de continuer à construire scientifiquement cette méthode, le marxisme. C'est la tâche numéro un des révolutionnaires : relier les lutes présentes aux leçons des luttes du passé, non seulement de celles des époques de Marx à Lénine et à Trotsky mais aussi des révolutions qui ont suivi, de la révolution vietnamienne à la hongroise et aux vagues révolutionnaires débutées en 2011 jusqu'à aujourd'hui. Leur analyse scientifique est un fondement indispensable des politiques des classes dirigeantes (c'est en tenant compte de ses leçons que celles-ci programment actuellement guerre mondiale, fascisme, dictature et guerres civiles intercommunautaires) et doit l'être aussi pour les exploités, pour contrer les pièges des exploiteurs.<br class='autobr' />
La connaissance intime de tout le passé historique des luttes de classes (y compris celles des révolutions bourgeoises et même les révolutions de l'antiquité), c'est la première chose qui distingue l'avant-garde révolutionnaire de la masse du prolétariat, qu'elle soit ou pas influencée par les réformistes politiques et syndicaux. Et il ne s'agit pas seulement de la connaissance des faits mais aussi de la liaison de ceux-ci avec une analyse scientifique de classe de toute l'Histoire, reliée de manière dynamique à une méthode scientifique et philosophique. Nous voulons bien entendu parler du marxisme, celui de Marx et Engels, enrichi par Rosa Luxemburg, Trotsky, Lénine et quelques autres. Là encore, il ne s'agit pas de faire une courbette aux anciens grands révolutionnaires, une citation par ci par là, et un compliment joliment tourné. Non, il faut que nos études actuelles prennent la suite de ces grands auteurs, même si tout le monde nous dira qu'on n'en est pas capables, qu'on n'a pas le génie de ceux-là, qu'on n'a pas leur expérience des révolutions, etc. Et c'est vrai mais necessité fait loi… La science vivante des révolutionnaires (science des révolutions mais aussi des contrérévolutions) ne peut pas se contenter de vivre d'évocations du passé et elle doit pénétrer le présent et l'avenir sous peine d'être dépassée par celle des ennemis du prolétariat. Elle doit s'emparer des meilleurs résultats des sciences et de la philosophie sous peine d'être dominée par des idées fausses (issues de l'idéalisme et de la pensée non-dialectique par exemple) qui la bloqueraient dans ses raisonnements. Les idées ne sont pas un domaine secondaire pour les révolutionnaires mais l'organisation sans la théorie révolutionnaire c'est un peu comme l'arbre sans la sève : elle est morte, tout en pouvant conserver toutes les apparences du vivant. L'organisation sans théorie révolutionnaire ne fait plus que figer des formes passées sans avoir le moindre rôle dynamique de transformation du monde.<br class='autobr' />
La classe ouvrière, sans avant-garde éclairée et formée, est contrainte de retomber dans toutes les erreurs et illusions qui l'ont amené précédemment dans des impasses, de refaire les fautes déjà connues et d'en faire d'autres en plus. C'est un rôle majeur du parti révolutionnaire. Il ne dépend pas du nombre de ses militants, même si celui-ci joue un rôle dans la diffusion des idées. Encore faut-il que ces idées ne s'en tiennent pas à répéter que la société est malade du capitalisme et qu'il faudra le renverser un beau jour. Et à répéter aussi qu'il faudra alors disposer d'un grand parti révolutionnaire prolétarien. Car il y manque l'essentiel, à savoir comment le prolétariat pourra-t-il disposer de la force de réaliser ce tour de force alors que les luttes réformistes qui échouent sans cesse lui font penser qu'il ne serait même pas capable de préserver ses acquis…<br class='autobr' />
Il ne suffit pas d'être révolté par la situation présente pour comprendre ce qui est extraordinaire (non magique mais seulement hors de l'ordinaire) dans les révolutions sociales dans lesquelles des masses exploitées qui se sont tues politiquement pendant des décennies se mettent à faire par elles-mêmes de la politique, à se donner les moyens et la force d'affirmer et d'imposer leur loi, des organisations de masse à la base qui pénètrent partout, se mêlent de tout et veulent décider de tout. Nous voulons parler des conseils ouvriers révolutionnaires, autrement appelés les soviets parce que c'est la révolution russe (ou plutôt les deux révolutions de février et octobre 1917) qui leur a donné la première manifestation éclatante de capacité, de courage, de force et de dynamisme.<br class='autobr' />
Cette dernière remarque impose que les révolutionnaires qui souhaitent construire le parti révolutionnaire de demain soient des militants, dès aujourd'hui et même dans une phase non révolutionnaire ou pré-révolutionnaire, de l'idée soviétique, des défenseurs permanents et inébranlables de l'auto-organisation des travailleurs en masse et à la base, qui soit une organisation politique sur des bases de classe et avec des buts ouvertement révolutionnaires (lesquels nécessitent à la fois les objectifs suivants : l'organisation économique et social de toute la société au service exclusif du plus grand nombre sans aucun respect pour les intérêts des plus riches, la fin du sacro-saint droit de propriété privée sur les capitaux et les entreprises du grand capital, l'armement du prolétariat organisée en milices révolutionnaires et le désarmement des capitalistes et de leurs Etats, la suppression de tous les organismes d'Etat et le renvoi de tous les hauts fonctionnaires, généraux compris, la suppression des lois mises en place par le grand capital contre les travailleurs et l'union des conseils ouvriers avec tous ceux qui, au sein du peuple travailleur, sont des professions libérales qui n'exploitent personne et ne veulent pas défendre le grand capital). Quiconque ne ferait pas sans relâche de la propagande pour ces buts, en public comme au sein des organisations ouvrières syndicales et politiques ne serait nullement habilité à construire demain le parti révolutionnaire qui est si nécessaire à la classe ouvrière pour jouer son rôle historique de transformation de la société humaine, de sa phase exploiteuse à celle débarrassée des barbaries du passé.<br class='autobr' />
Les organisations qui, dans la phase non révolutionnaire ou pré-révolutionnaire, montraient de l'opportunisme envers les partis et syndicats réformistes doivent, au contraire, être marqués d'un signe de défiance aux yeux du prolétariat car ce seront les pires ennemis de la révolution, les plus sûrs moyens de la tromper !<br class='autobr' />
Ceux qui répètent sans cesse que leur but unique est la construction du parti révolutionnaire ne sont pas les plus habilités à réussir cette tâche :<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4923" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4923</a></p>
<p>Diverses conceptions du parti révolutionnaire :<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3919" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3919</a><br class='autobr' />
Karl Marx et les buts de l'organisation du prolétariat (1850) dans « Adresse du Comité Central à la Ligue des communistes » (1850) :<br class='autobr' />
« Les ouvriers contribueront eux-mêmes à leur victoire définitive bien plus par le fait qu'ils prendront conscience de leurs intérêts de classe, se poseront dès que possible en parti indépendant et ne se laisseront pas un instant détourner - par les phrases hypocrites des petits bourgeois démocratiques - de l'organisation autonome du parti du prolétariat. Leur cri de guerre doit être : La révolution en permanence ! »<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7325" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7325</a><br class='autobr' />
Rosa Luxemburg : le rôle du Parti prolétarien dans la grève de masse (1906) :<br class='autobr' />
« S'il est donc vrai que c'est à la période révolutionnaire que revient la direction de la grève au sens de l'initiative de son déclenchement et de la prise en charge des frais, il n'est pas moins vrai qu'en un tout autre sens la direction dans les grèves de masse revient à la social-démocratie et à ses organismes directeurs. Au lieu de se poser le problème de la technique et du mécanisme de la grève de masse, la social-démocratie est appelée, dans une période révolutionnaire, à en prendre la direction politique. La tâche la plus importante de « direction » dans la période de la grève de masse, consiste à donner le mot d'ordre de la lutte, à l'orienter, à régler la tactique de la lutte politique de telle manière qu'à chaque phase et à chaque instant du combat, est réalisée et mise en activité la totalité de la puissance du prolétariat déjà engagé et lancé dans la bataille et que cette puissance s'exprime par la position du Parti dans la lutte ; il faut que la tactique de la social-démocratie ne se trouve jamais, quant à l'énergie et à la précision, au dessous du niveau du rapport des forces en présence, mais qu'au contraire elle dépasse ce niveau ; alors cette direction politique se transformera automatiquement en une certaine mesure en direction technique. Une tactique socialiste conséquente, résolue, allant de l'avant, provoque dans masse un sentiment de sécurité, de confiance, de combativité ; une tactique hésitante, faible, fondée sur une sous-estimation des forces du prolétariat, paralyse et désoriente la masse. Dans le premier cas les grèves de masse éclatent « spontanément » et toujours « en temps opportun » ; dans le deuxième cas la direction du Parti a beau appeler directement à la grève - c'est en vain. La révolution nous offre des exemples parlants de l'un et l'autre cas. »<br class='autobr' />
<a href="https://www.marxists.org/francais/luxembur/gr_p_s/greve4.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/luxembur/gr_p_s/greve4.htm</a><br class='autobr' />
Lénine écrit dans La Maladie infantile du communisme (1920) :<br class='autobr' />
« Qu'est-ce qui cimente la discipline du parti révolutionnaire du prolétariat ? » , « Qu'est-ce qui la contrôle ? Qu'est-ce qui l'étaye ? C'est d'abord, la conscience de l'avant garde prolétarienne et son dévouement à la révolution, sa fermeté, son esprit de sacrifice, son héroïsme. C'est, ensuite, son aptitude à se lier, à se rapprocher et, si vous voulez, à se fondre jusqu'à un certain point avec la masse la plus large des travailleurs, au premier chef avec la masse prolétarienne, mais aussi la masse des travailleurs non prolétarienne. Troisièmement, c'est la justesse de sa stratégie et de sa tactique politiques, à condition que les grandes masses se convainquent de cette justesse par leur propre expérience. A défaut de ces conditions, dans un parti révolutionnaire réellement capable d'être le parti de la classe d'avant-garde appelé à renverser la bourgeoisie et à transformer la société, la discipline est irréalisable. Ces conditions faisant défaut, toute tentative de créer cette discipline se réduit inéluctablement à des phrases creuses, à des mots, à des simagrées. Mais, d'autre part, ces conditions ne peuvent pas surgir d'emblée. Elles ne s'élaborent qu'au prix d'un long travail, d'une dure expérience ; leur élaboration est facilitée par une théorie révolutionnaire juste qui n'est pas un dogme, et qui ne se forme définitivement qu'en liaison étroite avec la pratique d'un mouvement réellement massif et réellement révolutionnaire ».<br class='autobr' />
« L'histoire en général, et plus particulièrement l'histoire des révolutions, est toujours plus riche de contenu, plus variée, plus multiforme, plus vivante, "plus ingénieuse" que ne le pensent les meilleurs partis, les avant-gardes les plus conscientes des classes les plus avancées. Et cela se conçoit, puisque les meilleures avant-gardes expriment la conscience, la volonté, la passion, l'imagination de dizaines de mille hommes, tandis que la révolution est, - en des moments d'exaltation et de tension particulières de toutes les facultés humaines, - l'œuvre de la conscience, de la volonté, de la passion, de l'imagination de dizaines de millions d'hommes aiguillonnés par la plus âpre lutte des classes. De là deux conclusions pratiques d'une grande importance : la première, c'est que la classe révolutionnaire, pour remplir sa tâche, doit savoir prendre possession de toutes les formes et de tous les côtés, sans la moindre exception, de l'activité sociale (quitte à compléter, après la conquête du pouvoir politique et parfois au prix d'un grand risque et d'un danger énorme, ce qu'elle n'aura pas terminé avant cette conquête) ; la seconde, c'est que la classe révolutionnaire doit se tenir prête à remplacer vite et brusquement une forme par une autre. »<br class='autobr' />
Lénine dans « Le matérialisme militant » (1922) :<br class='autobr' />
« Une des erreurs les plus grandes et les plus dangereuses que commettent les communistes (comme, d'ailleurs, les révolutionnaires en général qui ont mené à bien le début d'une grande révolution), c'est de se figurer que la révolution peut être accomplie par les mains des seuls révolutionnaires. Or, pour assurer le succès de toute action révolutionnaire sérieuse, il faut comprendre et savoir appliquer pratiquement l'idée que les révolutionnaires ne peuvent jouer un rôle que comme avant garde de la classe réellement avancée et viable. L'avant garde ne remplit sa mission que lorsqu'elle sait ne pas se détacher de la masse qu'elle dirige, lorsqu'elle sait véritablement faire progresser toute la masse. Sans l'alliance avec les non communistes dans les domaines d'activité les plus divers, il ne saurait être question d'aucun succès en matière de construction de la société communiste. »<br class='autobr' />
Trotsky sur l'organisation révolutionnaire en 1923 :<br class='autobr' />
« Si nous prenons maintenant notre Parti bolchevik dans son passé révolutionnaire et dans la période qui suit octobre, on reconnaîtra que sa qualité tactique fondamentale la plus précieuse est sa capacité inégalée à s'orienter rapidement, à changer rapidement de tactique, à renouveler son armement et à appliquer de nouvelles méthodes, en un mot, pour effectuer des virages brusques. Des conditions historiques orageuses ont rendu cette tactique nécessaire. Le génie de Lénine lui a donné une forme supérieure. Cela ne veut pas dire, naturellement, que notre parti est complètement libéré d'un certain traditionalisme conservateur : un parti de masse ne peut pas être idéalement libre. Mais sa force et sa puissance se sont manifestées dans le fait que l'inertie, le traditionalisme, la routine, ont été réduits au minimum par une initiative tactique clairvoyante, profondément révolutionnaire, à la fois audacieuse et réaliste.<br class='autobr' />
C'est en cela que consiste et doit consister la véritable tradition du parti. La bureaucratisation relativement forte de l'appareil du parti s'accompagne inévitablement du développement du traditionalisme conservateur avec tous ses effets. Il vaut mieux exagérer ce danger que le sous-estimer. Le fait indéniable que les éléments les plus conservateurs de l'appareil sont enclins à identifier leurs opinions, leurs méthodes et leurs erreurs avec le « vieux bolchevisme », et cherchent à identifier la critique du bureaucratisme avec la destruction de la tradition, ce fait, dis-je. , est déjà à lui seul l'expression incontestable d'une certaine pétrification idéologique.<br class='autobr' />
Le marxisme est une méthode d'analyse historique, d'orientation politique, et non une masse de décisions préparées d'avance. Le léninisme est l'application de cette méthode dans les conditions d'une époque historique exceptionnelle. C'est précisément cette union des particularités de l'époque et de la méthode qui détermine cette politique courageuse et assurée de virages brusques dont Lénine nous a donné les plus beaux modèles, et qu'il a plus d'une fois éclairé théoriquement et généralisé. »<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6309" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6309</a><br class='autobr' />
Trotsky dans « Leçons d'octobre » (1924) :<br class='autobr' />
« Considérée à la lumière de notre propre expérience, l'expérience des batailles des dernières années en Europe et principalement en Allemagne, nous montre qu'il y a deux catégories de chefs enclins à tirer le Parti en arrière au moment où il lui faut accomplir le plus grand saut en avant. Les uns sont portés à voir principalement les difficultés, les obstacles et à apprécier chaque situation avec le parti pris, inconscient parfois, de se dérober à l'action. Chez eux, le marxisme devient une méthode servant à motiver l'impossibilité de l'action révolutionnaire. Les mencheviks russes représentaient les spécimens les plus caractéristiques de ce type de chefs. Mais ce type ne se limite pas au menchevisme et, au moment le plus critique, se révèle dans le parti le plus révolutionnaire, chez les militants occupant les plus hauts postes. Les représentants de l'autre catégorie sont des agitateurs superficiels. Ils ne voient pas les obstacles tant qu'ils ne s'y heurtent pas de front. Leur coutume d'éluder les difficultés réelles en jonglant sur les mots, leur optimisme extrême dans toutes les questions se transforment inévitablement en impuissance et en pessimisme quand vient le moment de l'action décisive. Pour le premier type, pour le révolutionnaire mesquin, gagnépetit, les difficultés de la prise du pouvoir ne sont que l'accumulation et la multiplication de toutes les difficultés qu'il est habitué à voir sur son chemin. Pour le second type, pour l'optimiste superficiel, les difficultés de l'action révolutionnaire surgissent toujours soudainement. Dans la période de préparation, ces deux hommes ont une conduite différente l'un apparaît comme un sceptique sur lequel il est impossible de compter fermement au point de vue révolutionnaire ; l'autre, par contre, peut sembler un révolutionnaire ardent. Mais, au moment décisif, tous deux marchent la main dans la main, s'élèvent contre l'insurrection. Pourtant, tout le travail de préparation n'a de valeur que dans la mesure où il rend le Parti, et surtout ses organes dirigeants, capables de déterminer le moment de l'insurrection et de la diriger. Car la tâche du Parti communiste est de s'emparer du pouvoir afin de procéder à la refonte de la société. »<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1461" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1461</a><br class='autobr' />
Trotsky dans « Les questions du régime intérieur du parti » (1928) :<br class='autobr' />
« Lénine et nous avec lui, nous redoutions, avant tout, que le Parti communiste russe, disposant des puissantes ressources d'un État, n'exerçât une influence excessive, écrasante, sur les jeunes partis d'Occident qui venaient de s'organiser. Lénine, sans se lasser, multipliait les mises en garde contre un accroissement prématuré du centralisme, contre toute avance exagérée du Comité exécutif et du Présidium dans cette voie, et surtout contre des formes et méthodes d'assistance qui se transformeraient en commandement direct, n'admettant aucun recours en appel.<br class='autobr' />
La rupture se produisit en 1924, sous le nom de " bolchevisation ". Si l'on entend, par bolchevisation, l'épuration du parti par l'élimination d'éléments et d'habitudes hétérogènes, celle des fonctionnaires sociaux-démocrates accrochés à leurs postes, des francs-maçons, des démocrates-pacifistes, des confusionnistes spiritualistes, etc., alors cette besogne s'accomplit dès le premier jour de l'existence de l'Internationale communiste ; lors du IVe Congrès, elle prit des formes très actives à l'égard du Parti communiste français. Mais cette bolchevisation véritable se liait indissolublement, autrefois, à l'expérience propre des sections nationales de l'Internationale communiste et s'étendait à partir de cette expérience ; elle avait comme pierre de touche les questions de politique nationale, qui s'élevaient jusqu'à devenir des problèmes internationaux. La " bolchevisation " de 1924 ne fut qu'une caricature ; on mit le revolver sur la tempe des organisations dirigeantes des partis communistes, en exigeant d'elles que, sans informations ni débats, elles prissent immédiatement et définitivement position sur les divergences internes du Parti communiste de l'U.R.S.S. ; elles savaient d'avance que les positions prises détermineraient leur maintien dans l'Internationale communiste ou leur rejet hors de ses rangs.<br class='autobr' />
Pourtant, en 1924, les partis communistes européens n'avaient pas les moyens de résoudre les problèmes qui étaient posés dans la discussion russe, où s'ébauchaient à peine dans la nouvelle étape de la dictature du prolétariat deux tendances de principe. Il est évident qu'après 1924, le travail d'épuration demeurait indispensable, et, dans de nombreuses sections, des éléments hétérogènes furent éliminés à juste titre. Mais, considérée dans son ensemble, la " bolchevisation " consistait chaque fois à désorganiser les directions qui se formaient dans les partis communistes occidentaux, en utilisant comme un coin les différends russes que l'appareil d'État enfonçait à coups de marteau. Tout cela se dissimulait sous l'étendard de la lutte contre l'esprit de fraction.<br class='autobr' />
Quand, au sein du parti de l'avant-garde prolétarienne, des fractions viennent à se cristalliser, menaçant de le rendre pour longtemps inapte au combat, il est évident que le parti est dans la nécessité de prendre une décision : faut-il laisser au temps la possibilité d'opérer une vérification supplémentaire, ou bien faut-il reconnaître immédiatement que la scission est inévitable ? Un parti de combat ne peut être une somme de fractions tirant à hue et à dia. Sous sa forme générale cette idée est incontestable. Mais user de la scission comme d'un moyen préventif contre les divergences de vues, amputer tout groupe ou groupement qui fait entendre la voix de la critique, c'est transformer la vie intérieure du parti en une succession d'avortements dans l'organisation. De telles, méthodes, loin de contribuer à la perpétuation et au développement de l'espèce, ne font qu'épuiser l'organisme générateur, c'est-à-dire le parti. La lutte contre l'esprit de fraction devient plus dangereuse que cet esprit lui-même.<br class='autobr' />
A l'heure actuelle, les premiers fondateurs de presque tous les partis communistes du monde ont été mis en dehors de l'Internationale, sans excepter son ex-président. Dans presque tous les partis, les groupes qui en guidèrent le développement pendant deux périodes consécutives sont exclus ou mis à l'écart. En Allemagne, le groupe Brandler n'a maintenant qu'un pied dans le parti ; le groupe Maslow n'a pas franchi son seuil. En France, les anciens groupes de Rosmer-Monatte, Loriot, Souvarine, ont été exclus ; il en va de même pour le groupe Girault-Treint, qui occupa la direction pendant la période suivante. En Belgique, on a exclu le groupe de Van Overstraeten. Si le groupe de Bordiga, qui donna naissance au Parti communiste italien, n'est qu'à moitié exclu, cela s'explique par les conditions du régime fasciste. En Tchécoslovaquie, en Suède, en Norvège, aux États-Unis, en un mot dans presque tous les partis du monde, des événements plus ou moins analogues se sont produits depuis la mort de Lénine. »<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6671" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6671</a><br class='autobr' />
Le parti révolutionnaire, vu par Trotsky en 1931 :<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1461" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1461</a><br class='autobr' />
Trotsky dans "Réponse à des questions concernant les Etats Unis" (1940) :<br class='autobr' />
« Avant tout, qu'est ce qui caractérise un parti prolétarien ? Personne n'est obligé de militer dans un parti révolutionnaire, mais, s'il le fait, il prend son parti au sérieux. Quand on ose appeler le peuple à un changement révolutionnaire de société, on porte une énorme responsabilité qu'il faut prendre très au sérieux. Et qu'est-ce que notre théorie, sinon, simplement l'outil de notre action ? Cet outil, c'est la théorie, marxiste, parce que, jusqu'à présent, nous n'en avons pas trouvé de meilleur. Un ouvrier ne se livre à aucune fantaisie avec ses outils : si ce sont les meilleurs outils qu'il puisse avoir, il en prend grand soin ; il ne les abandonne pas et n'exige pas des outils fantaisistes, qui n'existent pas »</p>
<p>Nombre de militants révolutionnaires croient résumer la pensée de Lénine en disant : il nous faut un parti révolutionnaire et la pensée de Trotsky en disant que la crise de la société se résume à l'absence d'une direction révolutionnaire.<br class='autobr' />
Bien entendu, le parti est une question cruciale. Mais quel cuisinier dirait que la question de la gastronomie se résume à mettre beaucoup de sel ?<br class='autobr' />
Bien entendu, nous sommes ici victimes de la version stalinienne de la révolution d'octobre et du bolchevisme.<br class='autobr' />
Nous allons ici essayer de montrer que nos glorieux prédécesseurs ne voyaient pas les choses ainsi. Ils étaient pour que la classe ouvrière intervienne sur le terrain politique, contrairement aux anarchistes, brigue le pouvoir politique par la révolution. Mais ils n'isolaient pas cette question du parti d'une autre question cruciale : le lien avec l'action autonome des masses.<br class='autobr' />
Bien des militants révolutionnaires oublient que les révolutionnaires communistes voyaient dans le prolétariat la classe révolutionnaire et non dans ses organisations, qu'elles soient révolutionnaires ou syndicales.<br class='autobr' />
Le parti ou le syndicat ne remplacent pas la classe. Les militant du parti ou du syndicat qui estime que son organisation doit décider ... en lieu et place des travailleurs n'est pas révolutionnaire, même si honnêtement il ne le sait pas ...<br class='autobr' />
Nous ne voulons pas développer une thèse selon laquelle la spontanéité des masses suffirait à régler tous les problèmes. Nous sommes partisans de la construction d'un parti révolutionnaire mais nous estimons que la signification de celui-ci est complètement perdue lorsque les militants estiment que l'organisation révolutionnaire est un but en soi.<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article843" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article843</a><br class='autobr' />
Léon Trotsky dans « La France à un tournant » (mars 1936) :<br class='autobr' />
« Comprendre clairement la nature sociale de la société moderne, de son Etat, de son droit, de son idéologie constitue le fondement théorique de la politique révolutionnaire. La bourgeoisie opère par abstraction (« nation », « patrie », « démocratie ») pour camoufler l'exploitation qui est à la base de sa domination. (…) Le premier acte de la politique révolutionnaire consiste à démasquer les fictions bourgeoises qui intoxiquent les masses populaires. Ces fictions deviennent particulièrement malfaisantes quand elles s'amalgament avec les idées de « socialisme » et de « révolution ». Aujourd'hui plus qu'à n'importe quel moment, ce sont les fabricants de ce genre d'amalgames qui donnent le ton dans les organisations ouvrières françaises. »<br class='autobr' />
Léon Trotsky dans « L'étape décisive » (juin 1936) :<br class='autobr' />
« Le mot d'ordre de comités ne peut être abordé que par une véritable organisation révolutionnaire, absolument dévouée aux masses, à leur cause, à leur lutte. Les ouvriers français viennent de montrer de nouveau qu'ils sont dignes de leur réputation historique. Il faut leur faire confiance. Les soviets sont toujours nés des grèves. La grève de masse est l'élément naturel de la révolution prolétarienne. D'atelier en atelier, d'usine en usine, de quartier en quartier, de ville en ville, les comités d'action doivent établir entre eux une liaison étroite, se réunir en conférences par villes, par branches de production, par arrondissements, afin de couronner le tout par un congrès de tous les comités d'action de France. »<br class='autobr' />
Un point à ne jamais oublier : ni le parti communiste révolutionnaire ni l'Etat ouvrier ne peuvent se substituer au prolétariat révolutionnaire<br class='autobr' />
<a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4731" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4731</a><br class='autobr' />
Léon Trotsky dans « La France à un tournant » (28 mars 1936) :<br class='autobr' />
"L'émancipation des ouvriers ne peut être l'oeuvre que des ouvriers eux-mêmes. Il n'y a donc pas de plus grand crime que de tromper les masses, de faire passer des défaites pour des victoires, des amis pour des ennemis, d'acheter des chefs, de fabriquer des légendes, de monter des procès d'imposture, — de faire en un mot ce que font les staliniens. Ces moyens ne peuvent servir qu'à une fin : prolonger la domination d'une coterie déjà condamnée par l'histoire. Ils ne peuvent pas servir à l'émancipation des masses. Voilà pourquoi la IVe Internationale soutient contre le stalinisme une lutte à mort.<br class='autobr' />
Il va sans dire que les masses ne sont pas sans péché. Nous ne sommes pas enclins à les idéaliser. Nous les avons vues en des circonstances variées, à diverses étapes, au milieu des plus grands bouleversements. Nous avons observé leurs faiblesses et leurs qualités. Leurs qualités : la décision, l'abnégation, l'héroïsme trouvaient toujours leur plus haute expression dans les périodes d'essor de la révolution. A ces moments, les bolcheviks furent à la tête des masses. Un autre chapitre de l'histoire s'ouvrit ensuite, quand se révélèrent les faiblesses des opprimés : hétérogénéité, insuffisance de culture, manque d'horizon. Fatiguées, déçues, les masses s'affaissèrent, perdirent la foi en elles-mêmes et cédèrent la place à une nouvelle aristocratie. Dans cette période les bolcheviks (les "trotskistes") se trouvèrent isolés des masses. Nous avons pratiquement parcouru deux cycles semblables : 1897-1905, années de flux ; 1907-1913, années de reflux ; 1917-1923, années marquées par un essor sans précédent dans l'histoire ; puis une nouvelle période de réaction qui n'est pas encore finie. Grâce à ces événements, les "trotskistes" ont appris à connaître le rythme de l'histoire, en d'autres termes la dialectique de la lutte des classes. Ils ont appris et, me semblét-il, réussi à subordonner à ce rythme objectif leurs desseins subjectifs et leurs programmes. Ils ont appris à ne point désespérer parce que les lois de l'histoire ne dépendent pas de nos goûts individuels ou de nos critériums moraux. Ils ont appris à subordonner leurs goûts individuels à ces lois. Ils ont appris à ne point craindre les ennemis les plus puissants, si la puissance de ces ennemis est en contradiction avec les exigences du développement historique. Ils savent remonter le courant avec la conviction profonde que l'afflux historique d'une puissance nouvelle les portera jusqu'à l'autre rive. Pas tous ; beaucoup se noieront en chemin. Mais participer au mouvement les yeux ouverts, avec une volonté tendue, telle est bien la satisfaction morale par excellence qui puisse être donnée à un être pensant !"<br class='autobr' />
Léon Trotsky dans "Leur morale et la nôtre" :<br class='autobr' />
"Lénine expliquait aux amateurs de "problèmes politiques concrets" que notre politique n'est pas de caractère conjoncturel mais principiel ; que la tactique est subordonnée à la stratégie ; que, pour nous, le sens fondamental de chaque campagne politique est de mener les travailleurs des questions particulières aux problèmes généraux, c'est-à-dire de les amener à la compréhension de la société moderne et du caractère de ses forces fondamentales."<br class='autobr' />
Léon Trotsky dans "Défense du marxisme" dans le paragraphe "contre le pseudo "réalisme" politique" :<br class='autobr' />
"Les époques réactionnaires comme la nôtre non seulement désagrègent et affaiblissent la classe ouvrière en isolant son avant-garde, mais aussi abaissent le niveau idéologique général du mouvement en rejetant la pensée politique loin en arrière, à des étapes dépassées depuis longtemps. Dans ces conditions, la tâche de l'avant-garde est avant tout de ne pas se laisser entraîner par le reflux général. Il faut aller contre le courant. Si le rapport défavorable des forces ne permet pas de conserver les positions politiques précédemment occupées, il faut se maintenir au moins sur les positions idéologiques, car c'est en elles qu'est concentrée l'expérience chèrement payée du passé. Une telle politique apparaît aux yeux des sots comme du "sectarisme". En réalité elle ne fait que préparer un nouveau bond gigantesque en avant, avec la vague de la prochaine montée historique."<br class='autobr' />
Léon Trotsky dans "Bolchevisme contre stalinisme" :<br class='autobr' />
« La situation politique mondiale dans son ensemble se caractérise avant tout par la crise historique de la direction du prolétariat. »<br class='autobr' />
Léon Trotsky dans "Le programme de transition" :<br class='autobr' />
« Engels a écrit un jour que Marx et lui-même étaient restés toute leur vie en minorité et qu'ils s'en étaient toujours " bien trouvés ". Les périodes où le mouvement des classes opprimées s'élève au niveau des tâches générales de la révolution représentent les très rares exceptions de l'histoire. »<br class='autobr' />
Léon Trotsky dans "Moralistes et sycophantes contre le Marxisme" (1939) :<br class='autobr' />
« Le parti révolutionnaire du fait qu'il représente les intérêts permanents de la classe ouvrière est obligé, pendant la plus longue période de son existence peut-être, de lutter contre le courant, contre les conceptions petitébourgeoises. Il y a des moments plus courts dans l'existence du parti où le groupement qui a su lutter contre le courant va avec le courant, les évènements viennent donner une confirmation éclatante à ses conceptions antérieures. »<br class='autobr' />
Barta dans un texte de début août 1944 :<br class='autobr' />
« Le parti, ce n'est pas d'abord un appareil de militants ni une masse d'adhérents, ce n'est pas d'abord des structures organisationnelles. Ce n'est pas seulement une direction mais surtout une orientation, des analyses, des perspectives et une politique. Ces dernières ne doivent pas avoir comme critère la sauvegarde du groupe, mais d'abord les intérêts de classe. Les communistes n'ont pas d'intérêts particuliers de leur groupe à défendre, disait Marx dans « Le Manifeste Communiste ». Etre communiste, ce n'est s'isoler du reste du mouvement ouvrier mais ce n'est pas non plus mettre son drapeau dans sa poche dès qu'il y a des affrontements entre perspectives opposées. La perspective communiste est celle qui n'oublie jamais la perspective du renversement total, mondial et définitif du capitalisme, même dans une période où ce changement pourrait sembler très éloigné, même si les travailleurs eux-mêmes semblent loin d'être sensibles à cette perspective. Les communistes révolutionnaires ne se servent pas de leur particularité pour se détourner du mouvement ouvrier réel et se mettre en retrait. Mais ils ne pratiquent pas non plus l'opportunisme consistant à s'adapter pour avoir plus de succès. En somme, ni sectarisme, ni opportunisme : le chemin est étroit. La confiance en l'avenir communiste ne résulte pas de la confiance dans des leaders suprêmes mais dans les capacités que les prolétaires ont déjà montré dans l'Histoire et dans la connaissance des lois de la lutte des classes.<br class='autobr' />
Dans le passé, ce sont les groupes et partis révolutionnaires qui se sont souvent fait bien plus de mal que la bourgeoisie ne leur en a fait. Ce n'est pas dans les prisons, dans les tortures, face aux pelotons d'exécutions que des groupes révolutionnaires ont théorisé leurs reculs, leurs capitulations, leurs dérives ou leurs renoncements. Au contraire, c'est au plus haut sommet de leurs succès qu'ils ont cédé à la pression de la réussite. Même le parti bolchevique. C'est lorsqu'ils étaient en situation de jouer un rôle important et même décisif que les groupes communistes révolutionnaires (en tout cas qui se revendiquaient de cette perspective) ont reculé politiquement. Il ne suffit pas de dénoncer ces renonciations. Il faut aussi les analyser. Elles ne concernent pas que leurs auteurs mais tous les militants révolutionnaires. Sur ce terrain aussi, qui ne tire pas des leçons du passé sera rattrapé par lui. La première des leçons est que le sectarisme et l'opportunisme sont des frères jumeaux. La deuxième est que ceux qui placent l'organisation (ou sa direction) au dessus des perspectives, ceux qui renoncent à l'analyse théorique, se préparent des lendemains difficiles. Il ne suffit pas de prétendre faire d'un groupe un corps homogène, prétendument imperméable aux influences extérieures (surtout celle des autres groupes révolutionnaires) pour bâtir une cohésion politique. Il faut étudier, d'abord étudier et encore étudier… Etudier les luttes passées, les conditions des révolutions, les modes de fonctionnement de la société et de la nature. Celui qui continue à apprendre du monde en changement permanent n'est pas sujet à la maladie de l'auto-centrage. Le monde ne tourne pas autour de notre nombril. Le fixer avec admiration ou avec fascination ne peut pas être une politique. Se gargariser du mot de construction du parti n'est en rien une recette pour le construire. S'approprier la conscience des fonctionnements du monde y rapproche bien plus et permet bien plus aussi de rejoindre un jour un autre mouvement de la conscience : celui d'un prolétariat qui tirera les leçons de ses propres expériences. Les autres raccourcis ou prétendus tels mènent dans le mur… »</p></div>
Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme politique et social ?
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9128
http://www.matierevolution.org/spip.php?article91282025-04-19T22:32:00Ztext/htmlfrAbacar, Alex, Bianco, DD, Ephraïm, F. Kletz, Faber Sperber, Karim, Karob, Max, Mélissa, Ramata, Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed, Waraa
<p>Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme politique et social ? <br class='autobr' />
PREMIERE PARTIE <br class='autobr' />
LES BASES PHILOSOPHIQUES ET THEORIQUES DU PROGRAMME COMMUNISTE ET DE LA REVOLUTION SOCIALISTE <br class='autobr' />
Ceci n'est pas un catalogue de recettes, de règles de conduite, de solutions toutes faites pour réussir la révolution. Cela n'existe pas. L'utilisation des leçons du passé n'est pas la répétition de consignes toutes faites. Sans théorie révolutionnaire pas de politique révolutionnaire ; sans politique (…)</p>
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<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique187" rel="directory">10 - Textes programmatiques de La Voix des Travailleurs</a>
<div class='rss_texte'><p>Travailleurs révolutionnaires, quel est votre programme politique et social ?</p>
<p>PREMIERE PARTIE</p>
<h2 class="spip">LES BASES PHILOSOPHIQUES ET THEORIQUES DU PROGRAMME COMMUNISTE ET DE LA REVOLUTION SOCIALISTE</h2>
<p>Ceci n'est pas un catalogue de recettes, de règles de conduite, de solutions toutes faites pour réussir la révolution. Cela n'existe pas. L'utilisation des leçons du passé n'est pas la répétition de consignes toutes faites. Sans théorie révolutionnaire pas de politique révolutionnaire ; sans politique révolutionnaire pas d'organisation révolutionnaire et sans organisation politique révolutionnaire pas de succès de l'activité révolutionnaire des travailleurs et des peuples. Avec une pensée figée, non dialectique, on ne peut que se tromper, en comptant trop ou pas assez sur les soviets, sur le parti, sur l'État ouvrier, sur la spontanéité des masses et sur l'avant-garde. Trop de pragmatisme ou pas assez, trop de spontanéité ou pas assez, trop d'activisme ou pas assez, trop d'ouvriérisme ou pas assez, trop d'ouverture ou pas assez, trop d'opportunisme ou trop de sectarisme, trop d'organisation et pas assez de spontanéité, on tombe vite d'un travers dans l'autre…<br class='autobr' />
Il faut tirer des leçons de l'histoire, mais on ne peut pas se passer d'étudier scientifiquement le présent et de refaire les raisonnements. On ne peut pas faire de politique fiction, mais sans perspective d'avenir on ne va nulle part.</p>
<p>Il n'y a pas pire crime que d'ôter aux travailleurs les moyens théoriques de comprendre le monde pour le transformer.</p>
<p>1/ Il ne suffit pas de regarder le monde pour le comprendre, il y faut une philosophie et une théorie politique et sociale. L'une des bases théoriques indispensables aux militants révolutionnaires est le matérialisme philosophique et dialectique du mouvement expurgé des mensonges staliniens et appliqué aux sociétés humaines comme au monde matériel et vivant. Toute philosophie ignorante ou ignorée ne peut qu'entacher d'erreur la perspective politique des révolutionnaires. Les prétendues crises climatiques, démographiques ou pandémiques ne font que rendre encore plus indispensables la formation scientifique des révolutionnaires face aux tromperies pseudo-scientifiques des capitalistes. Les militants révolutionnaires doivent étudier scientifiquement le monde s'ils veulent le transformer. Ils ne peuvent pas se contenter de s'incliner respectueusement devant le travail des grands auteurs marxistes du passé et devant les travaux scientifiques récents ou anciens. Enseigner un marxisme mort comme un objet de conservation, c'est tuer le marxisme et en faire une religion, ce qu'il n'est nullement. La science sur laquelle fonder les conceptions théoriques est la science actuelle en mouvement, pas celle de l'époque des anciens théoriciens du marxisme. Le marxisme lui-même se doit de progresser à la lumière de tous les faits et toutes les conceptions nouvelles. Tous ceux qui prétendent s'y refuser par modestie ou par conscience prétendue de leurs propres limites ne font que se refuser à ces tâches primordiales et indispensables. Ils sont comme des chirurgiens qui prétendaient vouloir opérer la société mais sans se doter des bistouris du praticien et de la connaissance de la physiologie.</p>
<p>2/ L'une des bases théoriques fondamentales est la compréhension du rôle respectif et des interactions des trois classes sociales fondamentales sous le capitalisme : prolétariat, petite bourgeoisie et grande bourgeoisie ou comment le grand capital peut diriger toute la société en ne représentant nullement l'intérêt général et en ne représentant qu'une infime fraction de la population ? Pourquoi le prolétariat est la seule classe révolutionnaire ? Et pourquoi le prolétariat ne doit pas rester isolé mais prendre la tête de toutes les couches sociales menacées ou opprimées, femmes, religions, nations, et y compris des fractions importantes de la petite bourgeoisie ? Séparer le prolétariat ne peut être le fait que d'opportunistes qui veulent faire du prolétariat révolutionnaire une classe seulement revendicative sur le terrain économique ou de puristes sectaires (et souvent à la fois opportunistes et sectaires) qui veulent croire à une révolution à l'état pur qui n'a jamais existé dans l'histoire mais seulement dans leur imagination. Seule la classe capitaliste a intérêt que le prolétariat ne se porte pas à la tête de tous les opprimés, des pauvres et des exploités et en particulier des femmes, des jeunes, des chômeurs, des petits artisans, commerçants et paysans ainsi que des fausses professions libérales qui s'auto-exploitent.</p>
<p>3/ Un point essentiel pour la compréhension du monde actuel et de sa dérive ultra-violente est le fait que sa dynamique capitaliste est morte, l'accumulation du capital ayant atteint ses limites et les investissements productifs incapables de suivre la trop grande masse du capital accumulé. C'est un fait historique incontournable qui nécessite une analyse scientifique détaillée et une étude sérieuse des conséquences car elle change toute la perspective. Il en découle que les classes dirigeantes doivent à tout prix préparer un affrontement à mort avec le peuple travailleur. La classe capitaliste en est consciente et s'y prépare activement, mais l'immense majorité des organisations et donc des militants préfère fermer les yeux, y compris à l'extrême gauche, laissant croire que le capitalisme a encore de grandes perspectives devant lui.</p>
<p>4/ Le capitalisme est un système social voué à disparaître comme les autres systèmes sociaux avant lui, et, depuis 2007, il pose pour la première fois la nécessité immédiate de le remplacer en même temps que la possibilité de dépasser les sociétés divisées en classes sociales basées sur la production de marchandises, sur l'exploitation du travail humain. Le capitalisme n'a pas fait qu'atteindre ses limites en 2007, c'est un an après en 2008 qu'a débuté une vague mondiale des révolutions sociales appelée celle des « printemps » qui a explosé mondialement à partir de 2011. Paradoxalement, c'est à ce moment crucial, à ce tournant historique que la plupart des militants se réclamant de la classe ouvrière se détournent de cette perspective et sont engagés dans des activités électoralistes et syndicalistes opportunistes qu'ils présentent comme le moyen de construire le parti révolutionnaire mais qui les attachent à la vieille société dépassée !</p>
<p>5/ Avec l'effondrement du capitalisme et la reprise de la révolution socialiste, le rôle du prolétariat en tant que sujet historique conscient et auto-organisé redevient d'une actualité brulante ! La seule perspective, non seulement pour les travailleurs mais pour toute l'humanité, est à nouveau celle du pouvoir des soviets. Ces organisations de masse, politiques et pas seulement revendicatives mais révolutionnaires, sont le fondement indispensable du pouvoir aux travailleurs. Ils permettent de passer de la conscience de lutte de classes à la conscience révolutionnaire. Ils permettent d'allier le prolétariat aux autres couches sociales du peuple travailleur. Quiconque ne défend pas en permanence cette perspective, dans la propagande comme dans les luttes sociales et politiques, n'est et ne sera qu'un adversaire du prolétariat révolutionnaire.</p>
<p>6/ La révolution sociale est une phase rare de l'histoire de l'humanité, un des moments cruciaux de celle-ci car elle en change radicalement le cours et c'est le seul moment où la masse des exploités et des opprimés décide elle-même de son sort, fait de la politique et s'organise en masse. C'est pour de tels moments que les révolutionnaires doivent se préparer. La phase la plus cruciale est celle de la prise du pouvoir par les travailleurs organisés et en armes. L'insurrection est un art, rappellent tous les révolutionnaires et cet art doit être étudié de tous les militants qui veulent préparer leur classe révolutionnaire à sa tâche historique.</p>
<h2 class="spip">LA POLITIQUE ET LE PROGRAMME DES COMMUNISTES REVOLUTIONNAIRES </h2>
<p>A- Un programme qui prétend tout diriger ?</p>
<p>Il faut se méfier des organisations qui entendent tout régenter et imposer aux travailleurs leurs points de vue, mais il faut encore plus se méfier de celles qui refusent de dire ce qu'elles vont faire si on les suit, celles qui refusent d'indiquer leurs perspectives dans un programme, c'est-à-dire l'essentiel des organisations qui se réclament des travailleurs…</p>
<p>Il ne s'agit nullement pour nous d'un programme qui entend s'imposer aux travailleurs en lutte ou en révolution sociale mais, au contraire, être soumis aux travailleurs, amendé éventuellement, corrigé, modifier, et servir ainsi de boussole pour s'orienter, de guide, de référence, de proposition à faire aux assemblées, aux comités, aux conseils, aux délégués élus et révocables par ces organisations absolument indépendantes de l'État capitaliste, des classes possédantes, des organisations qui leur sont liées. Le but de ce programme est justement de passer des luttes revendicatives aux luttes révolutionnaires, de faire en sorte que les premières préparent les secondes, les fassent réussir en donnant aux travailleurs les moyens politiques et organisationnels de se diriger eux-mêmes avant de diriger toute la société, de fonder une nouvelle sorte d'État du type de la Commune de Paris de 1871 ou du pouvoir des Soviets avant qu'il ne soit détruit par le stalinisme. Ce qui distingue ce type de programme de tous les programmes réformistes et opportunistes, c'est qu'il montre que chaque question sociale et politique est directement reliée à la nécessité de la révolution sociale et que chaque lutte, chaque combat des travailleurs doit mener au pouvoir aux travailleurs et au socialisme.</p>
<p>B- Quelle révolution voulons-nous ?</p>
<p>Le mot « révolution » est employé par tellement de gens, dans des sens tellement opposés au nôtre le plus souvent (de la « révolution » des lessives ou des cosmétiques ou de l'intelligence artificielle, à la prétendue « révolution libérale », de Macron à Javier Milei, sans parler des « révolutions nationales » des extrême-droites aux staliniens et des révolutions politiques de tous les nationalistes bourgeois) qu'il convient de préciser le sens que nous donnons à la révolution prolétarienne.</p>
<p>La révolution est un moment très particulier de l'histoire d'une société, un moment où rien ne se produit plus comme d'habitude et, en particulier, quand les opprimés et les exploités ne se laissent plus dicter leur conduite et agissent collectivement, en masse en s'organisant par eux-mêmes et en prenant les décisions sans en référer à une quelconque autorité supérieure.</p>
<p>Contrairement à ce que l'on peut imaginer, bien des groupes politiques qui se réclament de la révolution sociale peuvent ne pas la reconnaitre tout en s'imaginant qu'ils sont très révolutionnaires. Elle peut tout à fait prendre des formes qui les dérange. Cela est arrivé bien des fois dans le passé. Se revendiquer des révolutions du passé n'est pas une garantie d'avenir. Seuls les militants qui continuent à développer des perspectives politiques et sociales autonomes du prolétariat en combattant publiquement les réformistes et bureaucrates au sein de la classe ouvrière et notamment en défendant la perspective des soviets, peuvent espérer jouer un rôle à l'avenir.</p>
<p> C- Les exploités ont spontanément une conscience réformiste</p>
<p>En période « normale », les exploités subissent, non seulement leur situation matérielle mais aussi les bobards diffusés par leurs ennemis. Ils n'ont ni l'occasion ni la volonté de contredire les mensonges de leurs exploiteurs, ni de remettre en question l'ordre établi. Ils ignorent du coup être porteurs d'un programme prolétarien pour l'ensemble de la société et croient ce que leur disent les réformistes : qu'ils veulent juste la satisfaction de quelques revendications, généralement juste la remise en cause de la dernière réforme des gouvernants, comme si les précédentes étaient acquises et si le système tout entier n'était pas en cause, comme si les prolétaires n'avaient pas des perspectives plus vastes (le pouvoir aux aux travailleurs en vue du changement complet du mode de production, de la suppression de la propriété du grand capital, de la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme et de la suppression de l'Etat). En particulier, cette manière de limiter les luttes sociales a pour effet d'ôter au prolétariat son rôle en direction de toutes les couches sociales opprimées et de les laisser subir aussi la domination du grand capital et devenir ainsi la proie des fascistes si leur révolte se radicalise. En tout cas, les prolétaires ne se donnent pas, dans les circonstances habituelles, les moyens de développer leur propre programme économique, social et politique et en ignorent la force et l'importance. Ils estiment généralement que, si on ne parvient pas à empêcher une contre-réforme d'un gouvernement, il est sans doute inutile de rêver à transformer toute la société, on n'en a sans doute pas la force. Ce faux raisonnement leur est dicté par les réformistes et les opportunistes (notamment de la fausse extrême gauche). La réalité est inverse : si on ne peut pas réformer la société, elle a besoin de révolution sociale.</p>
<p>Quant aux autres questions politiques et sociales posées à l'ensemble de la société, les exploités y pensent de manière personnelle mais pas collectivement. Ils ne s'expriment pas collectivement de manière publique sur ces questions. Ils n'ont donc jamais l'occasion d'imaginer leur propre programme politique et n'envisagent « la politique » que comme le choix entre des politiciens qui sont tous des ennemis des travailleurs. Les élections organisées par l'État capitaliste sont présentées comme le seul moyen de « faire de la politique ». Mais cela n'a rien à voir avec une politique des travailleurs révolutionnaires, même quand de prétendus révolutionnaires se présentent aux élections bourgeoises.</p>
<p>D- Action directe et organisation de classe : le chemin vers la lutte de classe et la conscience de classe</p>
<p>Sans s'occuper de la comédie électorale, les travailleurs peuvent parfaitement faire de la politique par l'action directe de classe, même si actuellement ils l'ignorent. C'est là aussi l'objet du programme du prolétariat révolutionnaire. Ils peuvent remettre en cause la politique de leur impérialisme, contester ses guerres, dénoncer ses ententes avec les dictatures de la planète, entraver ses exactions, défaire l'entente entre grand capital et petite bourgeoisie, etc. Mais, tant qu'ils ne se réunissent pas régulièrement pour discuter de toutes ces questions, ils ne peuvent pas avoir l'expérience de leur propre capacité politique ni mesurer l'impact de leurs propres perspectives sur leur classe ni sur les autres classes sociales.</p>
<p>Tout cela nous donne la définition de la révolution qui est justement le moment où les exploités et les opprimés s'unissent au sein d'organisations de masse pour prendre collectivement des décisions concernant toute la société et se donner les moyens de les faire appliquer.</p>
<p>E- Comment préparer la révolution sociale dans la période qui la précède ?</p>
<p>C'est dans les luttes actuelles, d'une période pré-révolutionnaire que l'on prépare les révolutions et c'est notamment dans les grèves. Même si les révolutions sont toujours surprenantes, toutes différentes les unes des autres et imprédictibles, on peut s'y préparer de multiples façons du moment qu'on en a la volonté et la conscience. Les trois principales manières sont l'expérience des luttes, la conscience de classe et la connaissance du passé.</p>
<p>Prendre prétexte des limites des luttes actuelles pour ne pas les mener avec une politique révolutionnaire et socialiste, c'est les trahir.</p>
<p>E- Les luttes et leur auto-organisation</p>
<p>Les luttes, même hors période révolutionnaire, préparent aux luttes révolutionnaires, du moment que les travailleurs s'y organisent par eux-mêmes, prennent des décisions concernant leur propre lutte et peuvent ainsi vérifier les résultats de leur compréhension des rapports de forces, des objectifs et des méthodes d'action. L'expérience permet de vérifier ses opinions sur les diverses classes sociales, sur leurs relations, sur l'appareil d'État répressif et sur les organisations réformistes politiques et syndicales. Avoir des idées claires par avance (avant la révolution) sur tout cela est extrêmement utile en période de révolution. Voir les réformistes (et les opportunistes) à l'œuvre et à la manœuvre permet de décrypter leurs discours, leurs astuces, leurs mensonges, les buts de leurs modes d'organisation, leurs faux prétextes pour abandonner sans cesse le terrain de la lutte des classes et pour suivre celui de la collaboration de classes. C'est de cette manière que syndicats et partis réformistes amènent la lutte sur le terrain de fausses négociations et d'ententes avec nos ennemis de classe.</p>
<p>Les comités de grève : de la grève dirigée par les grévistes à la société dirigée par les travailleurs</p>
<p>Pour exercer sa souveraineté politique future et se gouverner par lui-même et pour lui-même, le peuple travailleur doit faire l'expérience de ses capacités à diriger en le faisant directement dans ses grèves et ses luttes. Les comités de grève, conçus ainsi, sont des embryons d'un futur gouvernement du peuple travailleur. Fédérés à l'échelle d'une ville ou d'une région, ils deviennent la colonne vertébrale de futures communes révolutionnaires. La fédération de ses communes sera alors l'expression de la volonté du peuple sur sa propre destinée. Être contre, c'est laisser le pouvoir aux grandes fortunes. Tout ennemi de l'auto-organisation des luttes est également ennemi de la perspective du pouvoir aux travailleurs. C'est pour cela que même une simple grève catégorielle a besoin d'une perspective révolutionnaire pour être conduite de manière efficace et victorieuse et que toute direction réformiste des luttes mène dans le mur, même quand ces luttes ne visent que des objectifs limités qui ne comprennent nullement la perspective du renversement du système.</p>
<p>Une organisation démocratique associant tous les travailleurs</p>
<p>Le comité de grève permet d'associer tout le monde dans l'entreprise aux décisions et à l'organisation du mouvement. Des collègues, qui, hier se désintéressaient de la lutte, se sentent aujourd'hui concernés par son organisation et ont envie d'y prendre une part active. Il n'y a pas de raison que dans la grève certains grévistes aient moins de droits que d'autres (notamment ceux appartenant à des appareils syndicaux). La démocratie n'est pas seulement un idéal, c'est aussi un gage de confiance, de conscience et de force.<br class='autobr' />
Quelques règles et conceptions sont indispensables pour cela :<br class='autobr' />
Respecter et faire respecter la liberté d'opinion et de critique qui doit être totale ! Reconnaitre à chaque membre de ce comité, la liberté de défendre son point de vue et de le faire connaitre par tous les moyens qui lui convient ! Reconnaitre à chaque organisation la liberté la plus totale de défendre également son point de vue mais aussi la liberté des travailleurs de ne pas adopter ses points de vue ou consignes !<br class='autobr' />
La démocratie n'est pas un formalisme mais la conscience que les travailleurs ne peuvent gagner que par eux-mêmes. Elle ne s'enferme pas dans l'entreprise et ouvre ses assemblées générales aux travailleurs d'autres entreprises. Elle ne s'interdit nullement d'intervenir dans d'autres entreprises et en dehors des entreprises. Le comité de grève peut s'octroyer les moyens d'intervenir au-delà de la grève, dans des actions sociales et politiques décidées par les travailleurs eux-mêmes.</p>
<p>Comité de grève : pas de représentants inamovibles</p>
<p>La direction de la grève doit être élue, responsable et révocable devant l'Assemblée Générale Souveraine des travailleurs. Rompons avec les méthodes politiques de la bourgeoisie. Si nous n'avons aucun contrôle sur les politiciens au service des grandes fortunes, contrôlons ceux que nous élisons dans nos assemblées. L'assemblée pour être souveraine et se diriger doit contrôler ses élus, ses mandatés et pouvoir les révoquer à tout instant.</p>
<p>Les assemblées générales et le comité de grève</p>
<p>L'assemblée générale décidant démocratiquement en donnant la parole à tous ne suffit pas. La classe dirigeante a des assemblées mais aussi des organes de décision et d'exécution. L'AG doit être un lieu d'information, de discussions mais aussi un lieu de préparation d'une stratégie, d'une tactique. L'AG locale doit avoir des liens avec les autres AG locales mais aussi tisser des liens régionaux et nationaux. L'AG locale doit être informée de ce qui se fait ailleurs et s'y décide, de qui fait grève, manifeste, bloque où et quand. Nous devons savoir ce que les autres AG discutent et décident Sans comité de grève, on n'a pas des gens mandatés pour recevoir les infos des autres AG via les autres comités de grèves. Elle n'est pas que là pour palabrer mais pour décider des actions et celles-ci doivent être organisées et mis en place par un groupe plus restreint et démocratiquement contrôlé qui peut être révoqué à tout moment.</p>
<p>Les grands capitalistes ont leur Assemblée Nationale et le gouvernement comme exécutif. Nos AG doivent en avoir un aussi. Mais pas du même ordre. Notre exécutif de la lutte est élu, responsable et révocable devant l'AG souveraine. La grève doit être dirigée par les grévistes eux-mêmes, par des assemblées démocratiques élisant des comités de grève locaux, élisant un comité de grève central et se coordonnant régionalement et nationalement ! C'est plus démocratique ! C'est plus efficace ! C'est plus affolant pour nos adversaires ! Cela donne un avenir à la lutte ! C'est le signe d'une mobilisation sans délégation de pouvoir ! C'est un gage de succès !</p>
<p>Le comité de grève : élire un exécutif responsable et révocable devant l'Assemblée générale</p>
<p>Tous les membres sans exception d'un tel comité sont élus par leur assemblée. Aucun ne s'y trouve de droit, en fonction de tel ou tel titre (membre ou élu d'une organisation syndicale ou politique), sans que les grévistes aient le droit de l'y maintenir ou de l'en révoquer. <br class='autobr' />
Chaque personne qui le voudrait doit pouvoir se porter candidat, qu'il soit syndiqué ou non. C'est à l'assemblée générale de désigner ceux qu'elle veut voir figurer dans ce comité. <br class='autobr' />
Le comité de grève doit être le plus large possible car ainsi le plus représentatif. Il est évidemment préférable que chaque secteur en grève ou en lutte soit représenté au sein d'un tel comité. <br class='autobr' />
L'élection se fait à main levée, au su et au vu de tout le monde. Ainsi, l'engagement de chacun, pour ou contre, est clair ; Cela permet la transparence.<br class='autobr' />
Le comité de grève représente tout le monde. Il ne représente pas une catégorie de personnel au sein d'une entreprise ou une branche professionnelle en particulier dans la cadre d'une lutte interprofessionnelle et inter-catégorielle. Le mouvement est un et le comité de grève à charge de le mener pour tous. Aucun de ses membres n'est là pour défendre les seuls intérêts de tel ou tel secteur. Il faut que cela soit clair et pour les membres du comité et pour tous les grévistes.</p>
<p>Les comités d'usine et les soviets : embryons du pouvoir du prolétariat et du peuple travailleur</p>
<p>Dans les luttes organisées par les bureaucraties syndicales, aucune coordination d'assemblées générales souveraines n'est mise en place et aucune occupation des usines, aucun élargissement du mouvement organisé par la base n'est proposé, ce qui signifie que jamais ces « luttes » ne contestent le pouvoir bourgeois, celui des patrons et celui de l'Etat. Pourtant « Toute grève avec occupation pose dans la pratique la question de savoir qui est le maître dans l'usine : le capitalisme ou les ouvriers. (Si elle) soulève cette question épisodiquement, le comité d'usine donne à cette même question une expression organisée. Il est élu par tous les ouvriers et employés de l'entreprise. Les bureaucrates des syndicats s'opposeront, en règle générale, à la création des comités d'usine (pour éviter cette dualité de pouvoir même embryonnaire ! NDLR). Il est nécessaire d'ouvrir à temps une campagne en faveur des comités d'usine pour ne pas se trouver pris à l'improviste. » (Trotsky, 1938) !</p>
<p>La conscience de classe</p>
<p>Le rôle du programme des révolutionnaires est de mener à la conscience de la nécessité pour les travailleurs de prendre l'intégralité du pouvoir d'État par le biais de ses conseils révolutionnaires sans laisser la moindre miette de pouvoir aux anciennes classes dirigeantes. En développant leurs explications, ils se heurtent évidemment à toutes les formes d'illusions politiques et sociales dans la démocratie bourgeoise, dans l'électoralisme, dans l'État au service des citoyens et dans le syndicalisme de négociation et accord avec les patrons et l'État. Les partis de gauche, de la gauche de la gauche ou de l'extrême gauche opportuniste sont inévitablement des adversaires résolus d'un tel programme.</p>
<p>F- La connaissance du passé</p>
<p>On ne conçoit pas la révolution de la même manière avant et après la Commune de Paris, avant et après les révolutions russe, finlandaise, allemande, hongroise, espagnole, chinoise, etc… Ni après comme avant les contre-révolutions fascistes ou les guerres mondiales… Ignorer les manœuvres et les attaques des ennemis de classe, ou les tromperies, les erreurs du passé, c'est se condamner à les reproduire. Inversement, dévoiler les leçons du passé, c'est se donner les clés de la prison. Il y a bien sûr l'histoire des révolutions prolétariennes et des contre-révolutions qui leur ont été opposées. Mais même les révolutions bourgeoises et celles de l'antiquité nous apprennent beaucoup sur la manière dont la société humaine peut avancer et se transformer. La difficulté, c'est que les classes possédantes sont maitresses de l'histoire officielle comme de la science et de l'idéologie officielle et que les révolutionnaires ont donc comme tâche de se donner une image indépendante de toutes ces disciplines, ce qui est loin d'être aisé. Bien des gens croient que les mensonges des classes possédantes ne concernent que l'époque actuelle mais cela est faux : les révolutions, les contre-révolutions, les guerres et les guerres civiles sont occultées par eux pour que le peuple travailleur ne puisse pas comprendre l'histoire dans laquelle il est un participant si essentiel.</p>
<p>G- Qu'est-ce que la lutte des classes et qu'est-ce qui lui est contraire ?</p>
<p>La société est divisée en grandes classes sociales qui sont déterminées non pas en fonction du salaire, ni de la fonction professionnelle, ni de la catégorie d'activité, ni du pays, ni du statut, ni de la nationalité, ni des origines, ni de la couleur de peau, ni des convictions religieuses ou pas, ni du type de quartier d'habitation, ni des opinions personnelles, ni d'autres critères sociologiques mais de la position par rapport à la propriété des grands capitaux et des moyens de production.</p>
<p>On peut ainsi distinguer trois classes sociales fondamentales : grande bourgeoisie, petite bourgeoisie et prolétariat. Bien sûr, la plupart des gens ne se divisent pas eux-mêmes selon ces catégories et en ignorent même l'existence mais ce sont elles dont dépendent les révolutions sociales. Si les deux premières s'unissent contre la troisième, la révolution ne peut pas vaincre. Si la troisième parvient à s'unir avec une fraction de la deuxième et à la diriger, la classe capitaliste peut être renversée.</p>
<p>En période normale (ni révolutionnaire, ni pré-révolutionnaire), la petite bourgeoisie (même celle qui est misérabilisée et prolétarisée) n'aura aucune envie de s'unir au prolétariat. Il faut une grave crise économique et sociale, et aussi politique, pour que les illusions de la petite bourgeoisie soient suffisamment atteintes et que le prolétariat puisse, à l'aide d'une politique juste, attirer à elle cette fraction de la classe dite moyenne et diriger sa colère contre la classe capitaliste et son État. La première politique juste du prolétariat consiste à démontrer que les travailleurs ne veulent pas faire de concessions au grand capital mais comprennent les revendications de la petite bourgeoisie paupérisée, celle qui n'exploite personne et ne parvient pas à survivre même en se surexploitant soi-même (petits commerçants, paysans, pêcheurs, fausses professions libérales, livreurs, auto-entrepreneurs et autres). Il s'agit aussi d'autres couches sociales comme les femmes pauvres, les chômeurs, les jeunes, les sans-logis, les sans-papiers, tous ceux que la société méprise et opprime. Le prolétariat ne doit donc pas se contenter de s'unir au sein de sa propre classe sociale mais doit s'adresser à d'autres couches, comprendre comment elles raisonnent, comment elles se battent et combien il est important de les dissocier de la classe capitaliste afin d'isoler celle-ci et de la battre.</p>
<p>Les politiques des gauches réformistes politiques et syndicales et des organisations opportunistes (notamment de pseudo extrême gauche) visent l'objectif inverse : la soi-disant pureté de classe des travailleurs qui les isole des luttes des autres fractions du peuple travailleur (formé de tous ceux qui souffrent du capitalisme, vivent essentiellement de leur travail et n'exploitent personne, qu'ils soient salariés ou pas). Notamment les réformistes prétendent unir salariés et patrons dans la défense des « intérêts du pays », des « intérêts de l'entreprise », des « intérêts de la profession », des « intérêts du secteur », des « intérêts de l'emploi », des « intérêts de l'industrie », et affirment que le pouvoir d'État capitaliste, s'il était bien dirigé, aurait pour charge de les y aider. Ces réformistes, qui n'ont que dégoût envers une alliance avec les petits bourgeois ruinés ou paupérisés, ne dédaignent nullement s'unir avec les capitalistes et leurs États ! Les réformistes ne veulent bien s'unir avec les petits bourgeois que dans « l'intérêt national », c'est-à-dire dans l'intérêt des capitalistes et derrière leurs représentants, essentiellement quand il s'agit de transformer les peuples en chair à canons !</p>
<p>La lutte des classes a donc comme sommet non pas l'isolement des prolétaires, bêtement dressés contre toutes les couches intermédiaires, mais l'isolement des capitalistes…</p>
<p>H- Qu'est-ce qui oppose le plus les réformistes et les révolutionnaires ? La question de l'État et la lutte pour le détruire !</p>
<p>C'est la question de la nature de l'État qui la plus division la plus déterminante entre réformistes et révolutionnaires, la meilleure manière aussi de distinguer les faux révolutionnaires, qui ne sont révolutionnaires que dans l'étiquette.</p>
<p>Les réformistes affirment que ce qui serait déterminant dans l'État, ce serait la couleur politique du parti qui gouverne, ou encore le caractère démocratique ou pas de la constitution, ou enfin la corruption ou pas des membres du gouvernement et des institutions étatiques, le respect ou pas des droits élémentaires des citoyens et autres. Les révolutionnaires veulent renverser et démolir l'État des capitalistes, les réformistes veulent le « conquérir », c'est-à-dire être invités à le diriger et à y participer. Les révolutionnaires veulent l'armement du prolétariat et le désarmement des capitalistes et de leurs forces armées. Les réformistes veulent l'inverse.</p>
<p>Les réformistes demandent à l'État capitaliste des mesures pour satisfaire les couches populaires et les travailleurs. Les révolutionnaires affirment que la satisfaction des aspirations populaires nécessite le renversement de l'État.</p>
<p>Les réformistes affirment que le changement doit absolument passer par un changement électoral au travers des élections mises en place par la bourgeoisie. Les révolutionnaires, qu'ils participent ou pas à ces élections, affirment que la bourgeoisie ne pourrait pas reconnaître un vote qui irait dans le sens contraire de ses intérêts fondamentaux.</p>
<p>Les réformistes appellent les travailleurs, par leurs luttes et par leurs votes, à exprimer leur mécontentement pour « se faire entendre » des capitalistes et de leurs gouvernants. Les révolutionnaires appellent les travailleurs à constituer les embryons de leur futur État qui renversera l'État capitaliste, ses élections comme ses institutions élues ou non élues.</p>
<p>Les réformistes parlent de recrédibiliser le pouvoir d'État sous prétexte que cela améliore la démocratie. Les révolutionnaires affirment qu'il n'y aura pas de vraie démocratie tant que les travailleurs n'auront pas renversé le pouvoir d'État et ne l'auront pas remplacé par le leur propre.</p>
<p>Les réformistes appellent « démocratiques » les modes d'action qui ne remettent pas en cause l'État capitaliste. Les révolutionnaires font l'inverse. Il n'y a pas plus démocratique que le pouvoir direct des exploités, au travers des soviets, c'est-à-dire des comités de grève ou de lutte, des conseils révolutionnaires du peuple travailleur et de ses assemblées décisionnelles et mettant directement en pratique ses décisions.</p>
<p>Les organisations politiques ou syndicales sont de deux sortes : celles qui appellent à la formation d'un gouvernement des soviets et ceux qui ne le font pas. Les premiers sont les seuls à défendre véritablement les intérêts des travailleurs. Ceux qui ne parlent pas systématiquement de cette perspective ne peuvent nullement être qualifiés de socialistes, de communistes ni de révolutionnaires. Les organisations opportunistes essaient de camoufler cette division et se contentent de parler d'une manière vague d' « organisations ouvrières » en mettant dans le même sac des amis et des ennemis. Ils savent parfaitement que ce n'est pas du tout pareil mais ils font le choix de pactiser avec des ennemis pour renforcer leurs groupes.</p>
<p>Bien sûr, les pires ennemis du pouvoir des conseils ouvriers vont, dès que les travailleurs révolutionnaires eux-mêmes constitueront ces conseils, faire semblant d'y être favorables afin de les manipuler et les empêcher de jouer leur rôle et de devenir le nouveau pouvoir d'État, celui des travailleurs. C'est pour cela qu'il convient que le maximum de travailleurs soient conscients par avance des organisations qui ne sont pas favorables au pouvoir des conseils ouvriers et se refusent à militer en leur faveur.</p>
<h2 class="spip">L'ACTUALITÉ INTERNATIONALE DE LA RÉVOLUTION ! POURQUOI LA RÉVOLUTION SOCIALISTE NE PEUT ÊTRE QUE MONDIALE ?</h2>
<p>A- La situation internationale : guerre et révolution</p>
<p> L'effondrement final du capitalisme date de 2008, même s'il est parvenu à se maintenir au pouvoir jusqu'à aujourd'hui, parce que sa dynamique est définitivement morte. En aidant massivement les capitalistes pour que le système ne chute pas immédiatement, les banques centrales ont inondé une économie déjà étouffée par l'excès de capitaux. La maladie mortelle du système est en effet celle de la suraccumulation, qui fait qu'il y a trop de capitaux prêts à s'investir par rapport aux investissements productifs rentables, ce qui rend inévitable la création d'une masse sans cesse croissante de capitaux qui ne s'investissent que dans des spéculations sans cesse plus douteuses que les banques centrales doivent périodiquement racheter.</p>
<p> Avec la pandémie COVID, le système capitaliste n'a pas choisi d'intervenir pour bloquer le virus en interrompant les communications internationales et il a quand même été contraint finalement de pratiquer un arrêt de l'économie mondiale. L'état de mort différée du système a été visible par tous. La pandémie a été utilisée par le capitalisme mondial pour arrêter et, là aussi différer, une situation révolutionnaire qui s'était développée en 2011 à la suite de la chute mondiale de 2007-2008 et elle a été détournée grâce aux mesures dictatoriales soi-disant sanitaires ou écrasée dans le sang comme en Syrie ou au Yémen et en Ukraine. Et plus récemment en Palestine…</p>
<p>Mais cela ne suffit pas : ce ne sont, comme sur le plan économique, que des moyens palliatifs. La marche à la guerre mondiale est la vraie réponse des classes dirigeantes au danger révolutionnaire. Tous les pays s'arment pour cette conflagration mondiale, pour une véritable boucherie. Les économies de guerre sont lancées dans tous les pays, à commencer par les « grandes démocraties » qui n'ont démocratiquement consulté personne pour se lancer dans la seule aventure moderne dont ce système mortifère est capable !</p>
<p>Oui, le monde capitaliste est condamné mais pas pour les raisons qui sont fréquemment invoquées, pas à cause du climat et du gaz carbonique, pas à cause de la grande migration des peuples des pays pauvres et opprimés par l'impérialisme, pas à cause des musulmans ou de la Corée du Nord, ni à cause de l'intelligence artificielle ou des robots, mais parce que son économie a atteint ses limites et que l'un des principes même du capitalisme est de ne pas pouvoir se limiter ! La crise climatique n'est qu'un leurre pour tromper les peuples. Il n'y a pas plus de tendance claire au réchauffement qu'à la glaciation et ce n'est pas quelques pointes dans un sens ou dans l'autre à notre échelle qui indiquent le sens général du climat.</p>
<p>La démondialisation (fin de l'économie-monde) est une réalité, la perte de domination des USA, l'aggravation de la concurrence mondiale aussi, mais ils ne prennent l'allure d'une guerre entre les deux blocs, l'un autour de la Chine et de la Russie et l'autre autour des USA, un tour de guerre à coups d'armes et pas seulement de guerre économique, parce que le système mondial est inexorablement mort dans sa dynamique.</p>
<p>En fait, le signal le plus inquiétant pour le capitalisme est bel et bien la vague des révolutions, des printemps, débutée en Tunisie, en Égypte, en Algérie, en Syrie, au Yémen et qui a parcouru le monde, des mouvements atteignant aussi les pays impérialistes comme les USA et la France (avec les Gilets jaunes).</p>
<p>B- Les États capitalistes s'enfoncent dans la dictature mais le communisme n'est-il pas le contraire de la liberté ?<br class='autobr' />
Non, le communisme n'est pas le contraire de la liberté en général mais seulement de la liberté des capitalistes ! La liberté d'exploiter, de terroriser, de tuer, de détruire, d'opprimer, oui, nous voulons la démolir définitivement et nous ne voyons aucun intérêt de le cacher. Il faut au contraire le proclamer et tous ceux qui ne le font pas ne sont pas des gens qui « tiennent compte du rapport de forces » comme ils le prétendent mais des militants qui ne veulent nullement préparer les travailleurs à leur tâche d'avenir.</p>
<p>La démocratie capitaliste n'est que la « liberté » de choisir parmi des politiciens bourgeois celui qui nous gouvernera ce qui n'est pas un choix ni de société, ni de fonctionnement économique ou politique, qui n'est qu'une tromperie grossière. A chaque fois que les travailleurs voient leur candidat soi-disant « préféré » gouverner, ils sont évidemment cruellement déçus et il leur faut de nombreuses années de gouvernement de droite ou d'extrême droite pour recommencer à espérer dans un gouvernement de gauche qui va à nouveau les décevoir. Pour que les intérêts des travailleurs, même les plus élémentaires soient défendus au gouvernement, il faut que ce soient les travailleurs eux-mêmes qui gouvernent ; C'est le seul moyen d'avoir un gouvernement vraiment démocratique.</p>
<p>Aucun gouvernement ne peut à la fois accorder à la fois la liberté aux capitalistes et aux travailleurs. Il n'y en a jamais eu aucun dans le passé et il n'y en aura jamais aucun dans l'avenir.</p>
<p>De toutes les manières, la plupart des fonctions d'État ne sont pas éligibles mais nommées et les travailleurs ne participent pas à leur choix : généraux et autres officiers, chefs de la police et des forces spéciales, chefs des services de renseignement et de l'espionnage et du contre-espionnage, chefs de la gendarmerie, des prisons, de la justice, des administrations, des services publics, des sociétés semi-publiques, des sociétés privées et notamment des trusts, des institutions financières, des ministères, de la presse, des religions, de la diplomatie, des média, de la science et de la recherche, de l'enseignement à tous les niveaux, etc. Tous ces gens-là sont du même bord et ce n'est pas du nôtre. Ce sont des défenseurs acharnés du monde capitaliste, de ses intérêts et de ses lois. Ce sont nos ennemis directs et prétendre qu'il faudrait souhaiter qu'ils prennent des mesures en notre faveur, c'est demander à un bouc de donner du lait ou à une girafe d'avoir un cou de lapin. C'est contre-nature !</p>
<p>Avec tous ces pouvoirs entre leurs mains, même une élection au suffrage universel d'un président ne pas être démocratique, les travailleurs n'ayant sur leur lieu de travail aucun droit politique, aucun droit de se réunir, de faire des tracts, de lancer des discussions, des programmes, etc. S'ils le font, ils sont licenciables sur le champ au nom de la propriété privée des moyens de production. Les travailleurs sont des sans droits dans les entreprises et pas des citoyens libres comme on nous les présente.</p>
<p>C- Le capitalisme n'est-il pas le seul mode de fonctionnement possible ? Le communisme n'a-t-il pas échoué en URSS ?</p>
<p>Le capitalisme serait-il éternel ? Il a survécu aux crises internationales catastrophiques et aux guerres mondiales ! Et aussi aux vagues révolutionnaires des révolutions !</p>
<p>Il a tenu le coup face aux mécontentements violents des peuples en répondant par une violence d'État accrue sous toutes ses formes (dictatures militaires, fascismes, extermination de peuples, guerre mondiale), mais il y a une autre limite au capitalisme que les efforts des travailleurs et de peuples pour se débarrasser du système d'exploitation le plus puissant de l'Histoire. Et ce sont les limites que ce système s'impose à lui-même car il est pétri de contradictions.</p>
<p>En effet, le système veut accumuler toujours plus de capital, il veut toujours réinvestir ce capital pour extraire ces nouveaux capitaux du travail productif humain, mais les investissements productifs qu'il recherche doivent aussi être toujours plus rentables, exploiter plus efficacement le travail humain, et tout cela n'est pas éternellement compatible. Il arrive un moment où la masse des capitaux s'accroît relativement aux capacités de nouveaux investissements et, dès lors, cette situation ne peut qu'aller en s'aggravant.</p>
<p>Et c'est cette situation qui s'est manifestée de manière catastrophique en 2007-2008 et dont le capitalisme ne peut plus se sortir. Les interventions des États et des institutions financières peuvent retarder l'échéance de la chute mais en aggravant la taille du problème, en accroissant la masse des capitaux sans accroître les investissements productifs rentables !</p>
<p>Le système capitaliste, comme les autres systèmes socio-économiques qui l'ont précédé (collectivisme antique, esclavagisme antique, féodalisme, servage, travail forcé colonial, artisanat et commerce bourgeois) ont eux aussi atteints leurs limites et ont disparu sous le poids de leurs contradictions. C'est lorsque ces systèmes étaient démolis ou déstabilisés par ces contradictions internes, ces modes de production ayant atteint leurs limites, que les luttes des opprimés et des exploités et les guerres les ont renversés. C'est ce stade où le système est complètement déstabilisé par ses propres contradictions qui est actuellement atteint par le capitalisme. Les limites du système ne proviennent pas seulement du fait que les riches sont trop riches et les pauvres trop pauvres au point que le fossé entre eux devient un gouffre et que les contradictions entre riches et pauvres explosent. On en est au point où l'excès de richesse des capitalistes plombe directement le capitalisme lui-même. Il y a trop d'argent pour que ces capitaux trouvent à s'investir de manière rentable ! La limite de l'accumulation du grand capital est atteinte. Le système capitaliste n'est pas seulement remis en cause par le peuple travailleur mais par le capital lui-même et ses lois de fonctionnement. Le développement capitaliste a dépassé les limites du fonctionnement capitaliste. La production de richesses nouvelles, indispensable à la formation de nouveaux capitaux, est en valeur relative de moins en moins assurée puisqu'une fraction croissante ne produit rien et ne fait que spéculer. Le système capitaliste est dès lors en train de se suicider progressivement, en s'empêchant sans cesse davantage de créer des richesses nouvelles qui puissent être la base réelle de capitaux nouveaux. Les aides des États et des banques centrales retardent la chute mais font durer la situation, augmentant la part de capitaux qui ne sont pas fondés sur des profits productifs réels, et donc accroissent l'ampleur de la déstabilisation. Les réformistes se gardent bien de pointer cette situation, d'en avertir les travailleurs, de préparer ceux-ci au changement profond dans le type de luttes qui est nécessité par cet effondrement capitaliste. Et pour cause : cette situation historique du capitalisme est critique pour le système mais aussi pour le réformisme lui-même.</p>
<p>Quant à l'idée que le capitalisme serait le seul mode moderne de fonctionnement de la société car le communisme a échoué, elle est fondée sur un immense mensonge historique qu'est le stalinisme. Tout d'abord, il convient de rappeler que tous les dirigeants communistes de Russie sans exception, qui ont dirigé le parti communiste russe de 1917 à 1922, n'ont jamais prétendu que la révolution russe d'Octobre 1917 avait inauguré le communisme en Russie et pas même qu'elle pouvait le faire dans les décennies à venir. Ils affirmaient au contraire qu'elle était le premier pas de la révolution mondiale qui, seule, pourrait mener au socialisme. La prétention de la construction du socialisme en Russie n'a été inventée qu'à l'époque de la dictature stalinienne, justement quand la politique de la bureaucratie tournait le dos au socialisme. Les révolutionnaires russes avaient toujours affirmé que la lutte pour le socialisme ne pouvait qu'être internationale, allant complètement à l'encontre des mensonges staliniens du « socialisme dans un seul pays ».</p>
<p>Le stalinisme a d'autant plus fort proclamé être le premier pays communiste qu'il était un mouvement contre-révolutionnaire et l'impérialisme a trouvé son propre intérêt à diffuser ce bobard de l'URSS prétendument communiste ce qui fait que le monde entier a entendu ce mensonge pourtant énorme.</p>
<p>Pour Lénine, Trotsky et leurs camarades, la société russe aux mains des soviets, déjà arriérée, dévastée par la guerre et la guerre civile ne pouvait certainement pas passer directement au socialisme et, malgré ses efforts gigantesques, elle ne pouvait juste espérer de tenir face aux impérialismes menaçants que si la révolution triomphait dans quelques pays plus développés qu'elle. Elle ne pouvait aller vers le socialisme qu'en étant le premier pas révolutionnaire du prolétariat mondial, ce qui était exactement la politique du parti communiste jusqu'en 1922. La révolution russe, isolée par la défaite des révolutions due essentiellement à la trahison des partis sociaux-démocrates et des syndicats réformistes, ne pouvait qu'être défaite et pas à cause de « l'échec du communisme » mais parce que le socialisme ne peut être qu'un mouvement révolutionnaire international.</p>
<p>Ce n'est pas l'inexistence de la révolution internationale qui a tué la révolution russe ou l'a condamnée, mais sa trahison. La révolution mondiale a bien commencé à se développer après la révolution russe mais elle a été détournée, trompée, dévoyée, réprimée par les réformistes et les fascistes. Ce n'est donc pas une rêverie généreuse sans fondement mais un véritable mouvement du prolétariat qui ne peut qu'être international et ne peut que triompher aussi de manière internationale ou périr.</p>
<p>Et la dernière vague révolutionnaire débutée par les « printemps » arabes et qui a parcouru le monde rappelle ce caractère international des grandes vagues révolutionnaires. La seule perspective révolutionnaire est inévitablement internationale car notre force et notre ennemi le sont tous les deux.</p>
<p>D- Pourquoi la révolution serait-elle encore plus d'actualité aujourd'hui qu'à d'autres époques ?</p>
<p>Parce que nous sommes au bord du gouffre, proches d'une immense catastrophe qui n'est annoncée qu'aux capitalistes et pas aux travailleurs et pourtant menace mortellement ces derniers. Et contre cette catastrophe historique, il n'y a qu'un seul remède : que l'humanité fasse un nouveau pas en avant, prenant elle-même son propre sort en mains.</p>
<p>Qu'est-ce qui prouve que cette situation critique est toute proche de nous ?</p>
<p>Il y a d'abord les signaux économiques qui ont commencé en 2007-2008 avec ce que l'on a appelé la « crise des subprimes » et qui est en fait la tendance générale du grand capital vers une spéculation folle par manque croissant d'investissements productifs par rapport à la masse de plus en plus excessive de capitaux. Le capitalisme a dès lors cessé d'être un système fondé sur des alternances croissance/récession ponctué par des faillites et a dès lors considéré que toute chute d'un trust était « systémique », c'est-à-dire menaçait l'édifice mondial tout entier ! Cela signifie qu'États et banques centrales ont mis tous leurs moyens pour « sauver » les capitalistes quand ils étaient menacés par la faillite. La dernière opération de ce type a été celle pour sauver les banques, américaines et suisses notamment. Cette situation dans laquelle le système est sans cesse au bord du gouffre est tout à fait nouvelle dans l'histoire du capitalisme et montre que le mode de production capitaliste a atteint une limite qu'il ne peut pas franchir, qu'il a tellement réussi que son succès dépasse ce que permet son fonctionnement. Cela signifie qu'une part croissante des capitaux ne peut plus produire de nouveaux profits réels, fondés sur l'exploitation du travail humain. Ces capitaux, dont la masse croit sans cesse, deviennent « nocifs » et doivent périodiquement être rachetés par les États et instituions financières publiques. Ce fonctionnement en sauvetage permanent grâce aux fonds publics est une marque de la nouvelle morbidité du capitalisme.</p>
<p>La crise du covid, l'attaque massive de la population qu'elle a causé avec morts, blessés, orphelins, le coup de frein à toute l'économie aussi et l'accroissement du chômage et de la misère, enfin la propension des gouvernements à en profiter pour accroître partout la dictature sociale, tout cela a montré que le système mondial était au bout du rouleau. L'incapacité ou plutôt le refus des gouvernements de combattre la pandémie a souligné que l'on était sorti de la phase dynamique du système pour entrer dans celle de sa nécrose.</p>
<p>Peu d'années avant le début des vagues pandémiques, une vague de révoltes et de révolutions a parcouru le monde, débutée en 2011. Les situations révolutionnaires ont été écrasées dans le sang et transformées en guerres et en guerres civiles ou en dictatures sanglantes. En Syrie, la révolution a non seulement été transformée en guerre civile, elle a été aussi transformée en guerre mondiale au sens où les grandes puissances impérialistes y sont intervenues concurremment choisissant chacune un camp de la guerre civile et s'affrontant de plus en plus violemment. Ces puissances ont commencé dès lors à mener une telle politique dans chaque conflit, poussant ainsi à une nouvelle guerre, celle d'Ukraine qui a suivi la transformation de la révolution ukrainienne en guerre civile et cette guerre continue jusqu'à nos jours. Et la situation en Israël/Palestine est encore du même type. Au début, il y a eu la montée des révoltes et révolutions, côté palestinien conne israélien, aussi bien contre les classes dirigeantes israéliennes que palestiniennes, puis il y a eu l'action armées des classes possédantes et de leurs alliés pour transformer cette situation en affrontement militaire qui devient de plus en plus barbare et n'a plus cessé.</p>
<p>Le monde est à nouveau divisé en deux blocs impérialistes, l'un autour des USA et l'autre autour de Russie/Chine et ces deux ensembles menacent dans chaque région du monde de transformer tout soulèvement local en affrontement militaire massif avec des massacres de plus en plus barbares.</p>
<p>Le système mondial est entré dans une économie de guerre où des fonds de plus en plus importants sont consacrés à la production d'armes de destruction massive, chaque camp s'ingéniant à créer des machines de destruction plus terrifiantes les unes que les autres.</p>
<p>Les classes possédantes, loin de reconnaître que tout cela n'était que le produit du stade nécrophile de leur système sont ^rets à accuser n'importe quelle autre cause et notamment l'islamisme d'un côté et… le gaz carbonique CO² de l'autre ! Mais ni l'un ni l'autre n'ont causé l'effondrement économique mondial de 2007 ni la pandémie ni la division de toute la planète en deux blocs impérialistes. Aucun des deux camps ne se réclame de l'islam. Aucun des deux ne soutient la croissance du gaz carbonique. Ce n'est que du baratin pour cacher que le système a atteint ses limites et qu'il ne pourra plus désormais que nous jeter d'une horreur dans une autre. Il n'y a pas davantage de crise terroriste que de crise sanitaire ou de crise climatique ni encore de crise migratoire mais une seule crise définitive, celle qui signale les derniers temps du capitalisme finissant.</p>
<p>Pour le prolétariat révolutionnaire, il n'est pas question de tomber dans tous ces pièges. Les organisations réformistes complètement liées au système et aux États capitalistes (et leurs suiveurs opportunistes) se refusent complètement à répondre aux situations créées par la chute du système. Elles se gardent d'en donner une interprétation autre que celle des classes possédantes. Elles poussent ainsi les travailleurs dans le piège qui leur est tendu. Pas question pour elles d'unir les travailleurs, nationaux avec immigrés, pas question de combattre l'économie de guerre et l'investissement politique et financier dans les guerres en cours, pas question de dénoncer les prétendues « aides à l'économie » et autres « sauvetages » sur fonds publics et la destruction des services publics qui en découle (notamment celle de la santé publique). Encore moins question de relier toutes ces attaques entre elles pour permettre une réplique prolétarienne.</p>
<p>Les organisations réformistes (suivis de leurs toutous opportunistes, du type faux écologistes ou fausses extrêmes gauches) se sont bien gardées de soutenir la vague des révoltes et révolutions qui a parcouru le monde, d'en profiter pour reconstruire l'internationalisme prolétarien, montrant qu'un même combat concerne tous les peuples travailleurs du monde, cassant les propagandes des adversaires directs de ces soulèvements, les gouvernants impérialistes. Ils se sont bien gardés de démasquer les vrais responsables de ces tueries comme de dénoncer à la fois les anti-islamistes et les terroristes se couvrant de l'islam. Ils se gardent bien de dénoncer également les deux camps impérialistes. Tout comme ils se gardent de relier tous ces événements totalement nouveaux dans l'Histoire à une phase mortifère du capitalisme. Ils parlent seulement de « crise grave », comme s'ils se contentaient du terme de « maladie grave » au chevet d'une personne au stade ultime et en soins palliatifs.</p>
<p>E- Mais ne s'occuper que d'une révolution future, c'est ne rien faire en attendant qu'elle arrive ?</p>
<p>Pas du tout ! C'est s'occuper de nos luttes actuelles mais différemment des réformistes, quasi en sens inverse. Quand les réformistes refusent de poser des revendications politiques, les révolutionnaires militent pour. Quand les réformistes refusent de mettre en avant des objectifs permettant d'étendre la lutte, les révolutionnaires le font. Quand les réformistes combattent mortellement toute forme d'auto-organisation des travailleurs, les révolutionnaires les défendent toutes, sans en rejeter aucune, car ils n'ont pas de religion des soviets ni des conseils d'usine ni d'aucune autre forme d'organisation du moment qu'elle permet aux travailleurs en masse de décider eux-mêmes sans faire les toutous des réformistes.</p>
<p>Les communistes révolutionnaires ne disent à personne d'attendre ni un quelconque « grand soir », ni « un jour J », ni « une heure H ». Ils ne dénigrent pas les luttes actuelles au nom de la grandeur future des luttes révolutionnaires à venir.</p>
<p>Ils disent au contraire que ce sont les luttes actuelles qui préparent dès maintenant les luttes révolutionnaires de demain et la capacité des travailleurs à s'organiser par eux-mêmes pour devenir capables demain de diriger toute la société.</p>
<p>Pour en arriver là, il est indispensable dès maintenant qu'une fraction la plus large possible (mais mieux vaut d'infimes minorités que rien) soit instruite des perspectives révolutionnaires du prolétariat et sachent comment les défendre dès maintenant dans les luttes, en bâtissant des réseaux militants, en remettant en question la domination des appareils bureaucratiques des réformistes et des opportunistes à leurs crochets, en proposant dans les luttes et grèves petites et grandes des comités, des conseils, des assemblées décisionnelles, des élections de délégués élus et révocables, proposent de les former et de les fédérer à tous les niveaux, élèvent partout le niveau de conscience des travailleurs, combattant l'état d'esprit réformiste, pro-impérialiste, conciliateur, de collaboration, et amènent les travailleurs à remettre en cause la soumission à l'État capitaliste et à la loi de classe du système d'exploitation.</p>
<p>Cela nécessite que les militants révolutionnaires avancent au cours de la lutte des revendications qui rompent avec le réformisme sans se détacher des aspirations des travailleurs au niveau où elles en sont.</p>
<p>Ces revendications qui préparent à la situation révolutionnaire, tout en tenant compte du fait qu'on n'y est pas encore, sont appelées des revendications transitoires, en transition entre calme social et révolution.</p>
<p>F- Il faudrait une révolution socialiste qui agisse en même temps à l'échelle internationale, ce qui est impossible</p>
<p> C'est justement l'un des produits de l'influence des réformistes au sein de la classe ouvrière et de ceux qui croient militer à ses côtés que d'avoir implanté le gros mensonge selon lequel les attaques antisociales qui frappent à l'échelle nationale ne sont pas le produit de la situation internationale des capitalistes, de l'état du système mondial, mais de l'action nuisible de tel ou tel gouvernement national que ces réformistes dénoncent, histoire de faire croire que si eux gouvernaient tout ces malheurs n'arriveraient pas. Ils veulent nous faire croire à une réalité politique et sociale nationale qui ne dépendrait pas directement de la réalité mondiale du système capitaliste ! Une imbécillité qui ne mériterait même pas d'être combattue tant elle est ridicule, s'ils n'en avaient pas fait la thèse de tous les syndicats et tous les partis de gauche, nullement combattue par les opportunistes de la fausse extrême gauche qui ne se mobilisent qu'au nom de tel ou tel gouvernant accusé de tous les maux, en attendant d'en faire autant avec son successeur. Leur refrain est tout est de la faute… et il suffit de compléter les pointillés par les noms de Macron, de Biden, de Modi ou de tel ou tel gouvernant. Cela permet d'empêcher la lutte de classes de se battre sur des objectifs sociaux fondamentaux et aussi de prendre son caractère naturel… c'est-à-dire international !</p>
<p>Cette volonté de ne pas chercher à comprendre, et à laisser la classe ouvrière comprendre, les problèmes des capitalistes, de leur système économique et aussi des États capitalistes, amène les travailleurs à penser en termes de revendications purement économiques et aussi à ne pas connaître du tout l'analyse de l'état du système qui est pourtant le fondement de toute lutte de classes réfléchie, pensée et menant du coup à des méthodes d'action, des objectifs et des perspectives pouvant aller à des succès et même à la victoire.</p>
<p>Pour le programme des travailleurs révolutionnaires, le point de départ de toute politique prolétarienne doit être l'analyse de la crise du capitalisme car ses conséquences sont déterminantes sur les luttes de la classe ouvrière et sur ses potentialités et aussi sur les méthodes qui ne mènent que… dans le mur !</p>
<p>L'effondrement du système capitaliste mène dans le mur toute lutte réformiste et c'est bien ce que veulent cacher les réformistes, ces faux amis des travailleurs… Cela explique qu'en période critique pour le capitalisme, les réformistes lui sont plus que jamais attachés et combattent plus violemment que jamais les révolutionnaires, leur faisant la chasse dans les organisations syndicales et politiques, les traitant de tous les noms, depuis fous à ignorants, barbares, complotistes et fascistes.</p>
<p>Quant à une vision internationaliste de la crise sociale et conséquemment de la lutte des classes, il ne faut certainement pas l'attendre des réformistes et de leurs suiveurs réformistes, y compris pseudo extrême gauche.</p>
<p>Eh bien, oui, ce n'est pas la révolution prolétarienne internationale qui est une utopie, c'est le maintien au pouvoir du capitalisme mondial !</p>
<h2 class="spip">UN PROGRAMME D'ACTION LIANT REVENDICATIONS IMMEDIATES ET LA PERSPECTIVE DE REVOLUTION SOCIALISTE MONDIALE A LA PRISE DU POUVOIR PAR LE PROLETARIAT ALLIÉ AU PEUPLE TRAVAILLEUR ! </h2>
<p>Citation de Léon Trotsky, dans « Programme d'action de la Ligue Communiste (Trotskyste) » :</p>
<p>« Notre programme d'action veut être celui du prolétariat entraînant les autres couches laborieuses de la nation depuis la lutte pour leurs revendications immédiates jusqu'à celles pour l'établissement du pouvoir des ouvriers et des paysans. Il contient de grands mots d'ordre généraux pour la réalisation desquels peut et doit s'effectuer la mobilisation des travailleurs des villes et des campagnes : le contrôle ouvrier et paysan, les grandes nationalisations, des mesures pour la défense de la paysannerie pauvre, les droits des soldats, etc... Mais pour chacune de ces revendications, il donne les moyens de lutter pour leur réalisation : l'organisation des couches intéressées dans des comités (comités d'usines, comités de paysans, comités de soldats...) dans lesquels serait suscitée et développée l'initiative des travailleurs en lutte. Il ne peut s'agir seulement de travailleurs inscrits dans les partis et syndicats, mais des plus larges masses, constituant ainsi, par l'Alliance ouvrière, dans un vaste réseau de comités, la représentation véritable des travailleurs n'attendant pas la manne d'en haut, mais réalisant leurs exigences. Nous ne disons pas aux travailleurs : voici un plan excellent, faites-nous confiance ; nous leur disons : voici des solutions pour sortir du bourbier ; voici les méthodes sur lesquelles vous devez vous unir et que vous devez employer pour y parvenir. Car la situation présente ne peut offrir d'issue favorable aux travailleurs que si ceux-ci prennent en mains leur cause, leurs intérêts et les défendent ardemment… Au travail pour constituer un comité d'usine dans mon entreprise. »</p>
<p>Citation de Léon Trotsky dans son « Programme de transition » :</p>
<p>« La tâche stratégique de la prochaine période - période pré-révolutionnaire d'agitation, de propagande et d'organisation - consiste à surmonter la contradiction entre la maturité des conditions objectives de la révolution et la non-maturité du prolétariat et de son avant-garde (désarroi et découragement de la vieille génération, manque d'expérience de la jeune). Il faut aider les masses, dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de REVENDICATIONS TRANSITOIRES, partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat. »</p>
<p>Loin de laisser la lutte revendicative aux mains des réformistes, le programme communiste, à l'aide de ses revendications transitoires, vise à amener celle-ci sur le terrain politique révolutionnaire en faisant sans cesse le lien entre les nécessités économiques, sociales et politiques du moment et la nécessité de plus en plus pressante de la mise en place des organes de pouvoir prolétarien, les soviets, et leur prise de pouvoir sur l'État et toute la société en expulsant les exploiteurs…</p>
<p>Le programme d'action que les communistes révolutionnaires doivent proposer à la classe ouvrière a un but extrêmement simple et déterminant : casser la loi à laquelle obéit la société actuelle qui est la loi du profit fondé sur l'exploitation du travail humain et la propriété privée des moyens de production et que l'on nomme aussi capitalisme. Cette loi n'est ni une loi de la nature, ni une loi humaine, ni une loi fondée sur l'accord commun des habitants. Elle est présentée comme une loi générale de toute économie, comme une loi de la nation, comme une loi de la République, comme une loi de tous les citoyens, comme un intérêt collectif de toute la population. Cette loi décrète que la propriété privée des capitaux, des usines, des banques, des assurances, de la finance est intouchable quels que soient les crimes commis par ses possesseurs. Et cette loi permet de piétiner les droits de l'immense majorité de la population, dans un pays comme au dehors. Un capitaliste fait ce qu'il veut de ses capitaux. Il a le droit de les retirer d'une entreprise pour la fermer. Il a le droit de réclamer que les salariés travaillent plus en les payant moins sous peine d'être licenciés. Il a le droit de vendre l'entreprise à qui il veut et quand il veut. Il a le droit de détruire la vie de ses salariés, en exerçant des pressions morales folles par le biais de son encadrement, de les déplacer, de les menacer, de les licencier. Il a le droit ainsi de briser des familles entières, des régions, des secteurs d'activité en jetant les salariés à la rue, en les ruinant, en leur faisant ainsi perdre logement, santé, éducation des enfants, accès au gaz, à l'électricité, au téléphone, au compte en banque, etc… Il peut détruire intégralement la vie de millions de familles de prolétaires. Aux USA même, des familles qui n'étaient pas misérables au départ ont ainsi perdu leur logement et se sont retrouvées à la rue. En Grèce, on a vu jusqu'où cela peut aller, jusqu'à détruire entièrement la société, supprimant toute sécurité pour des personnes qui avaient nationalité, qualification et emploi. L'illusion selon laquelle la société capitaliste allait continuer éternellement à développer économie et bien-être s'effondre irrémédiablement.</p>
<p>Le but du programme d'action proposé par les militants communistes révolutionnaires doit être de rendre consciemment indispensable la destruction complète de cette loi qui fonde le capitalisme. Il ne peut être évidemment question d'en convaincre quiconque est attaché par ses intérêts à l'ordre bourgeois, partis bourgeois, partis réformistes, syndicats bourgeois, syndicats réformistes, y compris la gauche de la gauche bourgeoise et même pas les organisations d'extrême gauche qui considéreraient que leurs intérêts sont attachés aux élections et aux appareils syndicaux, eux-mêmes attachés immanquablement à l'ordre bourgeois.</p>
<p>Le but du programme d'action de la classe ouvrière doit être de partir des besoins immédiats de la classe ouvrière et de les relier par des liens indestructibles à la destruction de la loi du capital. Il s'agit donc à la fois de montrer la nécessité de briser la loi du capital, d'en montrer la possibilité, d'en démontrer l'inévitabilité et le caractère vital pour la classe ouvrière. Ne pas détruire la loi du capital, dans les circonstances actuelles, c'est la laisser non seulement nous exploiter, nous voler, mais nous détruire moralement et physiquement, en commençant par démolir notre moral, au niveau individuel comme collectif.</p>
<p>A- Détruire la loi bourgeoise autrement dit la loi du Capital du travail !</p>
<p>Il se fonde sur un constat : l'État, la République, la nation, les institutions, la justice, l'impôt, la police, les forces armées, l'administration ne sont nullement au service de la collectivité, ne sont en rien des produits de la décision démocratique de la population mais au service exclusif du grand capital. Il suffit pour s'en convaincre de voir que l'État a été capable depuis la crise de 2007 de sortir de ses caisses des centaines de milliards d'euros pour aider les banques, les trusts, les assurances, les financiers et les bourses et, par contre, il n'a plus même des centimes pour les retraites, la sécurité sociale, les chômeurs, la santé, l'éducation, les transports, les services publics…</p>
<p>Pour la loi du capital, le travailleur ne compte pas, le chômeur ne compte pas, le retraité ne compte pas, le petit artisan, le petit pêcheur, le petit paysan, le tout petit rentier ne comptent pas non plus. On peut les jeter à la rue. On peut les liquider. On peut fermer leurs comptes en banque. S'ils protestent, on leur envoie les forces de l'ordre. On peut leur enlever le droit de se loger, de loger leur famille, de les nourrir, d'éduquer leurs enfants. On peut les réduire à la mendicité. Et cela à l'échelle de peuples entiers. Ceux qui n'en sont pas encore convaincus vont s'en convaincre très vite. S'ils protestent, ils verront alors que toute protestation est considérée comme une atteinte à la loi. On pourra les frapper, les matraquer, les arrêter, les accuser de tous les crimes. Toute revendication aussi minime soit-elle s'attaque donc inévitablement à la loi du capital.</p>
<p>Quant au capital lui-même, il est religieusement protégé par la loi. Y compris s'il a commis tous les crimes possibles et imaginables, y compris des crimes contre l'État bourgeois, contre la monnaie, contre la stabilité systémique, y compris des crimes contre la viabilité et l'avenir même du capitalisme. Nous venons de le voir avec la crise de 2007-2008. Tous les financiers dont les opérations hasardeuses ont mis par terre le système n'ont subi aucune enquête sérieuse et n'ont pas eu à le payer. Non seulement, ils n'ont pas été inquiétés mais ils ont été sauvés des conséquences de leurs actes. Ils ont spéculé de manière folle et ils n'ont pas eu à le payer. Et cela parce qu'une loi a été édictée durant la crise : « tout grand capital ne peut pas chuter ». Au prix de milliers de milliards de dollars, toutes les grandes entreprises, toutes les grandes banques, toutes les grandes assurances ont été sauvées de la faillite et ce sont les Etats et les banques centrales qui ont payé la facture, qui ont couvert les trous, qui ont empêché les faillites, au nom de la sauvegarde du système mondial. Ils ont racheté des entreprises, fourni gratuitement des masses de capitaux, non seulement prêtés mais donnés. Et ils ont fait cela au risque de se ruiner complètement, de désarmer l'État bourgeois lui-même. Ils ont également racheté les titres pourris produits par les possesseurs privés de capitaux et ils continuent à les racheter. Et le grand capital continue à en produire à un rythme élevé. Nous ne voulons pas ici nous plaindre d'une dérive de l'État, d'un détournement de la loi, de la nation ou de la République mais, au contraire, en souligner le fonctionnement inévitable en régime capitaliste.</p>
<p>Pour le capitalisme, n'est criminel au nom de la loi au pouvoir que le travailleur qui prétend conserver son emploi quand le patron le licencie, qui prétend rester dans son entreprise quand le patron la ferme, qui prétend garder son logement quand il est expulsé, qui prétend garder son compte en banque quand la banque le ferme, qui prétend avoir le droit de se soigner quand il ne peut se le payer, le chômeur qui prétend manger, ne pas coucher à la rue, se soigner, étudier, le retraité qui prétend vivre ou survivre, etc…</p>
<p>Nous ne pouvons pas faire appel à la même loi que les capitalistes ! Nous ne pouvons pas faire appel au même État que les capitalistes ! Nous ne pouvons pas faire appel à la même justice que les capitalistes !</p>
<p>Nous ne pouvons pas continuer à croire que les capitalistes vont finir par sauver nos emplois, par sauver les entreprises, par sauver l'économie, par sauver la société, par sauver les pays, par sauver les peuples. Il faut enfin nous convaincre qu'ils vont au contraire tenter de nous passer à la moulinette. Ils s'y prennent certes progressivement en faisant semblant de chercher à nous protéger, à nous éviter le chômage et la misère. Mais ils avancent sans cesse dans le sens de cet objectif et surtout dans celui de détruire notre capacité physique et morale, sociale et politique, de réagir dans un sens de classe.</p>
<p>B- La politique de classe du prolétariat est l'opposée des politiques de collaboration de classe de la gauche politique et gouvernementale, syndicale et d'extrême gauche !</p>
<p>Une réaction de classe du prolétariat signifie plusieurs choses :</p>
<p>Pas de négociation avec la bourgeoisie, pas de recherche d'accords, pas de tentatives de « solutions » avec des repreneurs, des sacrifices en échange de garanties d'emploi, pas de tentative de marchandage pour diminuer, soi-disant les sacrifices</p>
<p>Pas de recherche d'ententes salariés-patron-État qui profite soi-disant à l'emploi et à l'entreprise</p>
<p>Pas de solution soi-disant nationale, c'est-à-dire où patrons et ouvriers d'un même pays prétendraient avoir les mêmes intérêts</p>
<p>Pas de plans économiques : la question qui se pose aux travailleurs n'est pas de résoudre les problèmes économiques. Si la bourgeoisie est incapable de faire marcher son système, nous non plus ! Si la bourgeoisie n'est capable que de remplir ses coffres, crise ou pas crise, à nous d'en faire autant et de ne défendre que nos salaires… <br class='autobr' />
Pas d'appel à intervention de l'État et du gouvernement qui en fasse un prétendu intermédiaire neutre entre les classes <br class='autobr' />
Pas de revendications purement économiques, des objectifs politiques</p>
<p>Pas de mise en avant d'intérêts séparés des travailleurs en fonction des professions, de secteurs d'activité, des divisions voulues par la bourgeoisie (par nation, par catégorie professionnelles, entre homme et femmes, jeunes et vieux, entre salariés et chômeurs, entre nationaux et immigrés, avec ou sans papiers, etc…)</p>
<p>Une politique de classe est internationaliste, sur des bases luttes de classe, sans tentative de trouver une entente entre les classes opposées…</p>
<p>C- Le prolétariat doit se mettre à la tête de l'ensemble des luttes du peuple travailleur et devenir l'aile dirigeante de la révolution socialiste !</p>
<p>Mais une politique prolétarienne ne signifie nullement que les travailleurs ne revendiquent que pour eux-mêmes. Elle signifie que les travailleurs se portent candidats à donner des solutions pour toute la population, pour l'ensemble de la société. Ils affirment que le droit social doit remplacer le droit du capital, complètement et dans tous les domaines de la vie sociale. Cela concerne tous les milieux populaires et pas seulement la classe ouvrière. C'est un programme qui s'adresse aussi aux couches sociales moyennes menacées ou frappées par la crise. A toutes ces couches, le prolétariat affirme qu'il les défendra face au grand capital, face aux banques, face aux trusts, face aux usuriers, face aux dettes, face à l'État bourgeois. Mais, pour cela, il faut que les classes moyennes choisissent de rompre avec la société bourgeoise, basculent dans le camp du prolétariat.</p>
<p>Pour cela, le prolétariat doit montrer qu'il est le chef de file de la contestation de la société bourgeoise, en rompant avec toutes les politiques syndicales qui affirment le contraire. Même quand les syndicats parlent de lutte, ils réclament l'aide de l'État, l'aide du gouvernement, pour trouver de bons patrons, pour sauver l'industrie, pour sauver le pays, pour sauver l'emploi. Ainsi, ils développent un programme diamétralement opposé au programme d'action qui est nécessaire à la classe ouvrière pour devenir le pôle de contestation du système. Ils développent un discours économique comme s'il fallait seulement trouver des bonnes solutions économiques pour résoudre les problèmes du système. Ils contribuent à faire croire que le système va s'en tirer et que c'est la condition pour que les prolétaires et les peuples s'en sortent. Ils développent également un discours nationaliste qui est criminel dans la situation car il livre les travailleurs aux nationalistes extrêmes, les fascistes…</p>
<p>Plus question d'admettre qu'un patron déclare que les caisses de l'entreprise sont vides. Il faut prendre sur ses revenus et biens personnels. Plus question d'admettre qu'un patron nous dise qu'il n'y a plus de travail. Du boulot ou pas, c'est une question de choix du grand capital en fonction de la rentabilité. Ce n'est pas notre problème. Nous exigeons, dans tous les cas, d'être payés. Plus question d'allocations chômage impayées. Plus question d'électricité coupée, de téléphone coupé, de crédits coupés, de compte fermé, d'emplois supprimés. Quand un capitaliste, un banquier, une assurance sont en difficulté, la société trouve des milliards pour le sauver. Imposons qu'il en soit de même quand il s'agit des travailleurs.</p>
<p>Il faut aussi en finir avec la logique des directions des centrales syndicales qui quémandent des petits accommodements, signent des contre-réformes, divisent les luttes, les lâchent en cours de route et organisent des journées d'action sans lendemain.</p>
<p>Il faut unir les travailleurs précaires, les chômeurs et ceux qui ont un emploi, les travailleurs du public et du privé, les travailleurs de l'Automobile et ceux de l'Audiovisuel, ceux de la Recherche et ceux de la Construction, ceux de l'Enseignement et ceux des grands magasins. C'est à nous de défendre notre avenir. Personne ne le fera à notre place ! Il ne s'agit pas de défendre chacun notre entreprise mais de défendre collectivement le sort de la classe ouvrière.</p>
<p>D- La direction des luttes : prolétariat et peuple travailleur doivent diriger eux-mêmes leurs luttes sans les confier à des appareils politiques et syndicaux lies aux États et aux exploiteurs !</p>
<p>Les travailleurs, s'ils ne veulent pas subir de plein fouet le chômage, la misère, et aussi les dictatures et les guerres, conséquences inévitables de la crise, comme le fascisme et la guerre mondiale ont été des conséquences de la crise de 1929, doivent diriger eux-mêmes leurs luttes aujourd'hui et devront diriger demain la société. Tant qu'ils se laissent diriger par les centrales syndicales, ils ne peuvent pas apparaître pour la force sociale capable de supplanter le système capitaliste car les centrales, elles, sont des institutions qui font partie du système même quand les militants de ces centrales n'en ont pas conscience ou ne le souhaitent pas. Bien entendu, nous ne considérons pas les militants syndicalistes comme des ennemis mais comme des travailleurs comme les autres, à convaincre comme les autres, aussi réformistes que les autres travailleurs, aussi marqués par la loi du système que les autres travailleurs. Tant que les travailleurs ne commenceront pas à casser la chaîne morale qui les attache au capitalisme, nous révolutionnaires n'entraînerons pas la majorité des militants syndicalistes. Casser la chaîne du capitalisme nécessite en premier que les travailleurs estiment que la catastrophe imminente implique qu'ils soient prêts à se réunir, à s'assembler pour se parler de la situation, pour échanger librement des avis sur celle-ci, sur les moyens d'y faire face, pour lutter, sur les revendications comme sur les moyens d'action. Les revendications et les moyens d'actions que proposent les révolutionnaires ont vocation d'être proposés d'abord et avant tout dans ces assemblées ouvrières et pas seulement dans les syndicats où tout l'appareil syndical a vocation de les torpiller d'avance, de les empêcher même d'être diffusées et discutées. Même dans les assemblées, l'appareil bureaucratique cherchera à faire taire la voix des militants révolutionnaires mais l'assemblée peut décider qu'elle veut quand même les écouter et peut l'imposer aux bureaucrates.</p>
<p>Mettre en place partout où la colère monte dans le peuple travailleur des assemblées se dotant de pouvoir de décision, élisant des délégués et les réunissant en comités et conseils pour élaborer programmes, stratégies, méthodes d'action, rédigeant tracts, prises de parole, affiches, sites internet et autres moyens de propagande et d'intervention et dès que possible, fédérant ces organisations du peuple travailleur de base et, si possible, les liant à celles d'autres pays. Faire en sorte que chaque lutte sur une question particulière permette de se lier à d'autres luttes et à mettre en avant le programme d'ensemble.</p>
<p>E- Certains diront : nous, travailleurs, ne pourrons jamais gouverner toute la société par nous-mêmes</p>
<p>C'est ce que l'on entend fréquemment dire dans la classe ouvrière : « Nous n'avons pas la compétence, nous ne savons pas faire fonctionner l'ensemble de l'économie et de la société. » Ceux qui disent cela sont victimes de l'absence d'occasion pour les travailleurs de discuter et de décider collectivement pour des questions concernant des questions fondamentales de la société, même dans des sociétés qui se disent démocratiques.</p>
<p>Les capitalistes et tous leurs soutiens politiques et sociaux, gouvernementaux ou médiatiques n'ont bien entendu nulle envie que les travailleurs discutent et décident politiquement. Au contraire, ils font tout pour faire penser aux travailleurs que, dans chaque question politique ou sociale générale, ils n'y comprennent rien. En n'ayant aucun élément réel d'information et de discussion collective, les travailleurs ne risquent pas de développer leurs propres idées et de les confronter à la réalité. Un autre élément fondamental joue contre les travailleurs, les empêchant de prendre conscience de leurs capacités : le fait que les organisations qui dirigent les luttes ne veulent surtout pas que les travailleurs organisent des assemblées décisionnelles (elles votent toute orientation de leurs grèves et manifestations, mots d'ordre, méthode d'action, perspectives), élisant des comités de grève élus et révocables, indépendants des appareils syndicaux et politiques, indépendants du patronat et du gouvernement capitaliste. Les réformistes combattent en premier contre ces tentatives d'auto-organisation des travailleurs et contre les militants qui essaient de les défendre dans les grèves et autres luttes.</p>
<p>Cependant, diront bien de travailleurs, il faut des compétences pour diriger la société ?</p>
<p>Effectivement et justement ce sont les capitalistes qui n'ont pas ces compétences, pas les travailleurs ! Ces compétences, ce sont des salariés qui les ont, dans chaque domaine. Tant qu'ils n'agissent pas collectivement, en se dirigeant eux-mêmes, les salariés n'ont pas l'impression d'avoir ces connaissances mais collectivement, ce sont eux qui les détiennent. Les classes dirigeantes n'en disposent que parce que les travailleurs leur obéissent. Mais même un président qui affirme disposer de l'arme atomique ne sait même pas si sa valise atomique est connectée ni comment. Les ministres qui passent de l'Éducation à la Santé n'y connaissent souvent pas plus dans un domaine que dans l'autre. Les généraux dirigent des armées mais les moyens techniques de ces armées, ils ne les connaissant souvent même pas. Ce sont les travailleurs, de l'ouvrier au technicien et à l'ingénieur qui disposent des connaissances techniques et scientifiques, en comptant aussi les chercheurs qui sont aussi des salariés. La classe capitaliste n'est pas sélectionnée par ses compétences intellectuelles mais par la possession des capitaux et des moyens de production, héritée des parents et des grands parents, ou des fortunes rapides constituées par des investissements spéculatifs ou même productifs, mais cela nécessite davantage de compétences financières que scientifiques et techniques.</p>
<p>Quant aux choix sociaux que la direction d'ensemble de la société exige, les capitalistes ont des compétences pour imposer leurs intérêts particuliers qui sont diamétralement opposés à ceux de l'immense majorité de la population et pour faire croire le contraire mais ils sont incompétents pour se préoccuper des besoins de la population.</p>
<p>En ce qui concerne les choix politiques, les réformistes présentent la démocratie capitaliste, dans laquelle cette infime minorité des possesseurs du grand capital dicte sa loi, comme le nec plus ultra de la démocratie et affirment que le refus de cet ordre politique inadmissible serait antidémocratique, que ce serait une « dictature communiste » ! Mais ils oublient de dire que, sous la démocratie capitaliste, leur prétention démocratique ne va pas jusqu'à faire élire par la population les principales fonctions de la société : les patrons et dirigeants des institutions principales de la société. La seule fonction qui est éligible est celle de président de la République. Et les seuls qui peuvent y postuler sont d'abord triés par la société bourgeoise. Les seuls qui ont accès aux grands médias aussi. Pas étonnant, ce sont les grands groupes capitalistes qui détiennent les médias comme ils détiennent les liens avec les grandes institutions de la société, la banque nationale, les banques privées, les entreprises privées, publiques et semi-privées.</p>
<p>Dirigeants de gauche et des syndicats cachent tout cela et font comme si de « bonnes élections » pourraient changer cet ordre social et c'est un mensonge complet. Seule la mise en place d'élections des délégués des travailleurs au sein d'assemblées dans lesquelles les travailleurs imposent leurs propres décisions et ne se laissent pas manipuler par les réformistes politiques et syndicaux peuvent parvenir à mettre en place une véritable démocratie et l'imposer au sein d'un État qui soit un pouvoir des travailleurs. Certes, ce ne serait pas une démocratie pour les capitalistes mais ces derniers sont moins d'un pourcent de la société et n'agissent pas du tout dans le sens des intérêts de l'humanité !</p>
<p>Comités de grève, Comités d'Usines, Soviets (Communes révolutionnaire) et gouvernement ouvrier : A la dictature du capital sur la société imposons la dictature du travail du prolétariat révolutionnaire</p>
<p>F- La question du pouvoir a été posée dès le départ par le mouvement révolutionnaire et socialiste</p>
<p>L'émancipation intégrale c'est se gouverner soi-même directement. Mais pour se gouverner dans l'avenir, le peuple doit commencer par gouverner directement ses luttes et cela commence par la mise en place de comités de grève dans les entreprises et sur ses lieux de vie. Ces comités sont des embryons du futur autogouvernement du peuple en élisant une direction de la lutte responsable et révocable devant les assemblées de lutte du peuple. Leur coordination sera alors la prémisse de nouvelles Communes Révolutionnaires à l'Image des Communes de Paris, Marseille, Lyon et Bordeaux en 1871, dernière grande insurrection révolutionnaire du Peuple en France et 1er gouvernement des pauvres, des opprimés et des exploités. Et comme Fernand Pelloutier, fondateur des Bourses du travail, nous pensons que la tâche du syndicalisme est « d'habituer (le peuple travailleur) à se passer de gouvernant. (il) doit donc conseiller, instruire, mais non diriger ».<br class='autobr' />
Le prolétariat ne passera pas par miracle de son adaptation au système d'exploitation à son rôle révolutionnaire et communiste. Il lui faut des pas en avant. La formation de soviets est une étape mais elle ne signifie pas que les idées révolutionnaires ont nécessairement triomphé jusqu'au bout. Mais les soviets, ou toute forme d'auto-organisation politique de masse, sont un élément indispensable. C'est à partir de ces conseils de travailleurs que la classe ouvrière peut commencer à contrôler non seulement l'économie mais aussi tisser des liens parmi les couches petites bourgeoises, contester le monopole des forces d'État. Ce sont ces soviets qui peuvent bâtir un embryon d'État qui se développe face à l'État bourgeois, avant d'avoir consciemment le but de le renverser et de le détruire de fond en comble en plaçant le prolétariat révolutionnaire comme seule force détenant le pouvoir d'État. Tant que cette perspective n'est pas tracée, toute révolution peut se retourner contre ses auteurs et le rôle révolutionnaire du prolétariat aboutir à un échec.</p>
<h2 class="spip">UN PROGRAMME D'ACTION CONTRE LA VIE CHERE, LA MISERE ET LA GUERRE !</h2>
<p>Ce dont nous ne voulons plus : l'intérêt privé au détriment de l'intérêt public et toute l'organisation sociale tournée en faveur de l'infime minorité des possesseurs du grand capital</p>
<p>1°) Nous refusons la pauvreté, les inégalités, les emplois précaires à peine payés, les fins de mois difficiles, de ne pas pouvoir manger à sa faim alors que des tonnes de nourritures sont détruites, se soigner, se loger, se voir couper l'électricité ou le gaz si ce n'est expulsé ... !</p>
<p>2°) Nous ne voulons plus de la propriété privée des moyens de production (capitaux et entreprises) qui autorise le propriétaire à fermer une usine, à licencier un comme mille salariés, à imposer ses salaires, ses conditions de travail, ses charges de travail, ses milles et unes volontés ainsi que celles de l'encadrement qu'il impose et ses choix de développement.</p>
<p>3°) Nous ne voulons plus de l'État des grandes fortunes au service exclusif de ces possesseurs de capitaux, via la corruption des hommes politiques et des dirigeants administratifs. Nous ne voulons plus que les grandes fortunes détiennent la totalité des grands médias, le pouvoir idéologique, religieux, moral, d'information, d'éducation de la jeunesse, le pouvoir militaire, policier, judiciaire, administratif ou sur les services publics comme le pouvoir sur toute l'économie.</p>
<p>4°) Nous ne voulons plus que l'argent public serve des intérêts privés. Il doit être interdit de distribuer des fonds publics aux banques et aux trusts, aux grandes entreprises privées et aux assurances, aux bourses et aux financiers, etc.</p>
<p>5°) Nous ne voulons plus de l'ordre capitaliste qui repose sur l'ordre patriarcale et l'oppression des femmes</p>
<p>6°) Nous ne voulons plus des lois et constitutions qui favorisent les capitalistes contre le peuple travailleur, faisant régner l'injustice en défendant la propriété privée des moyens de production des grandes fortunes (la terre, les entreprises, les usines, les logements,....)</p>
<p>7°) Nous voulons donc que l'intégralité des richesses appartienne au peuple travailleur et que la totalité du pouvoir d'État soit soumis au peuple travailleur organisé en comités et assemblées.</p>
<p>Ce que nous voulons : privilégier l'intérêt public de tous à l'intérêt privé d'une minorité d'ultra-riches possesseurs des capitaux, des moyens de production, de la terre, de l'énergie…</p>
<p>Contre le grand capital :</p>
<p>L'expropriation des milliardaires et des 10% les plus riches !</p>
<p>La suppression de tout lien entre les exploiteurs et l'État</p>
<p>La qualification de toute corruption des personnels d'État par des possesseurs de capitaux est considérée comme un crime.</p>
<p>La mise sous le contrôle direct et sous la direction permanente des conseils de travailleurs de toute grande entreprise, toute banque et tout établissement financier.</p>
<p>Contre la fraude des plus riches et des grandes entreprises :</p>
<p>La fraude fiscale est érigée en institution par les grandes fortunes et leurs serviteurs. C'est toute leur économie qui est basée sur l'exploitation légalisée et la fraude généralisée. Pour cacher la fraude aux yeux du peuple, les grandes fortunes et les grands groupes se cachent derrière le secret commercial, bancaire et les paradis fiscaux.</p>
<p>Les 30 milliards d'évasion fiscale sont cachés derrière le secret commercial ! L'économie capitaliste est basée sur la fraude généralisée et l'exploitation légalisée au bénéfice d'une poignée et de leurs larbins.</p>
<p>Imposons :</p>
<p>L'abolition du secret commercial</p>
<p>L'ouverture des livres de compte des entreprises et banques pour empêcher toute évasion fiscale sous contrôle de comités de travailleurs du secteur</p>
<p>La collectivisation du système bancaire pour contrôler ce qui est fait de l'argent !</p>
<p>L'annulation de la dette (les travailleurs n'ont pas à la payer) et de la dette des ménages et petits patrons !</p>
<p>Les mesures économiques :</p>
<p>L'ouverture des livres de compte<br class='autobr' />
L'abolition du secret commercial<br class='autobr' />
Pour des services publics sous contrôle ouvrier !<br class='autobr' />
Expropriation des banques, des sociétés de crédits, des grands groupes<br class='autobr' />
La collectivisation de l'économie</p>
<p>Contre la vie chère et la misère :</p>
<p>La collectivité assure à tous ceux qui vivent de leur travail (ouvriers, paysans, artisans, petits commerçants, jeunes, femmes, etc.) ou sont au chômage ou à la retraite au minimum un revenu suffisant pour vivre indexée sur l'inflation <br class='autobr' />
Augmentation immédiate de tous les salaires de 300 euros net ! Pas un salaire et pas un revenu inférieur à 2000 euros/net par mois ! Indexation sur l'inflation !<br class='autobr' />
Abolition des impôts sur les salaires (CSG, CRDS...) et de tous les impôts indirects<br class='autobr' />
Impôt progressif sur le revenu à partir de 4000 euros net/mois<br class='autobr' />
Impôt sur la fortune, le patrimoine (à partir de 400.000 euros)<br class='autobr' />
Échelle mobile des salaires et échelle mobile des heures de travail ! <br class='autobr' />
Égalité salariale des deux sexes. <br class='autobr' />
Echelle mobile des salaires et comités de surveillance des prix</p>
<p>Mais cela ne saurait suffire à défendre l'ensemble du peuple travailleur</p>
<p>« Le paysan, l'artisan, le petit commerçant, à la différence de l'ouvrier, de l'employé, du petit fonctionnaire, ne peut revendiquer une augmentation de salaire parallèle à l'augmentation des prix. La lutte bureaucratique officielle contre la vie chère ne sert qu'à tromper les masses. Les paysans, les artisans, les commerçants doivent cependant, en tant que consommateurs, s'immiscer activement, la main dans la main avec les ouvriers, dans la politique des prix. Aux lamentations des capitalistes sur les frais de production, de transport et de commerce, les consommateurs répondront : "Montrez-nous vos livres ; nous exigeons le contrôle sur la politique des prix." Les organes de ce contrôle doivent être des COMITÉS DE SURVEILLANCE DES PRIX, formés de délégués d'usines, de syndicats, de coopératives, d'organisations de fermiers, de " petites gens " des villes, de ménagères, etc. Dans cette voie, les ouvriers sauront montrer aux paysans que la cause des prix élevés ne réside pas dans de hauts salaires, mais dans les profits démesurés des capitalistes et dans les faux frais de l'anarchie capitaliste. » (Léon Trotsky, « Le programme de transition »)</p>
<p>Contre le chômage : Bureau d'embauche Ouvrier</p>
<p>Nous ne tolérons pas la transformation d'une partie croissante du peuple en chômeurs ou en miséreux vivant des miettes d'une société en décomposition. Le travail disponible doit être réparti entre tous les travailleurs existants, et cette répartition doit déterminer la longueur de la semaine de travail. Le salaire moyen de chaque travailleur reste le même qu'avec l'ancienne semaine de travail !<br class='autobr' />
Nous devons :</p>
<p>Imposer le contrôle ouvrier sur la production au travers de comités ! <br class='autobr' />
Contrôler l'embauche immédiate de personnel dans le privé comme le public <br class='autobr' />
Réduction du temps de travail jusqu'à extinction du chômage et suppression des travaux inutiles (ou nuisibles) ! <br class='autobr' />
Contrôler les livres de comptes des grandes entreprises, des banques, des instituts financiers et de l'État <br class='autobr' />
Contrôler les coûts de production</p>
<p>Sur la question des retraites : Contrôlons et dirigeons nos caisses de retraites ! A bas la cogestion des caisses ! A bas les fonds de pensions même publics dirigées par les syndicats !</p>
<p>Qu'il s'agisse des retraites par capitalisation ou par répartition, les travailleurs doivent cotiser bien souvent malgré des salaires de plus en plus faibles. Et cela est inacceptable ! Voici comment le mouvement ouvrier et socialiste posait la question des retraites sous un angle révolutionnaire !</p>
<p>JULES GUESDE ET LAFARGUE CONTRE LA COTISATION OUVRIERE</p>
<p>Une partie du courant socialiste et syndical au moment du vote de la loi pour les retraites en 1910 dénonçait « le prélèvement sur les salaires ouvriers » :</p>
<p>Il « aggrave la misère ouvrière, rend plus pénible aux travailleurs le poids du jour et réduit les ressources familiales déjà insuffisantes. » Le prélèvement ouvrier constitue « un prolongement et une aggravation de l'exploitation patronale. L'employeur prélève sur le produit du travail ouvrier le plus qu'il peut, (un maximum de bénéfice, de dividendes, de profits), et (les) pouvoirs publics (ajoutent) une nouvelle prise à la prise déjà opérée : (doublant) le vol patronal d'un vol législatif. (…) Le socialisme consiste essentiellement à mettre fin au prélèvement opéré sur le produit du travail de chaque jour par le patronat (…). Accepter que des retenues sur les salaires soient demandées comme le moyen de parer aux maladies et à la vieillesse (…), ne saurait être admis par un socialiste. Le salaire suffit à peine aux besoins de chaque jour du salarié, le contraindre pour ne pas manquer de tout à un âge qu'il n'est pas moins sûr d'atteindre, le contraindre à se priver durant sa vie active et à priver les siens du strict nécessaire, n'est pas améliorer sa condition, mais l'aggraver. »</p>
<p>Jules Guesde (membre du Parti Ouvrier Français) à la chambre des députés, séance du 31 mars 1910.</p>
<p>Le même Jules Guesde écrivait : « C'est à l'employeur, à celui qui profite du travail, qu'incombe l'obligation de prévoir les mauvais et les vieux jours des travailleurs et d'y pourvoir. »</p>
<p>« Le financement des retraites devait être prélevé sur l'héritage des capitalistes qui à l'époque déjà possédaient « plus de la moitié de la richesse nationale, que leurs membres ont acquis en mangeant, paillardant et dormant. L'impôt sur les héritages ne frapperait que des parasites aussi nuisibles qu'inutiles. » (Paul Lafargue (socialiste français du Parti Ouvrier Français, 1842-1911).</p>
<p>Pour les retraites comme pour la sécurité sociale ou les services publics par exemple, ce n'est pas au peuple travailleur de payer par l'impôt, le prélèvement ou des cotisations pour financer ses besoins alors que c'est nous qui produisons toutes les richesses mais aux capitalistes qui volent le fruit de notre travail.</p>
<p>Le financement des retraites doit peser exclusivement sur les profits et sur les richesses issues de l'exploitation du travail !</p>
<p>L'exclusion de toutes les caisses (retraites, maladie, chômage) des représentants du patronat et de l'État ! C'est notre argent ! c'est à nous de le gérer directement !</p>
<p>Les syndicats doivent sortir du COR mais également de toutes les institutions du capital comme le CESE à l'origine de nombreux rapport notamment contre la SNCF</p>
<p>Le contrôle ouvrier sur la production par le biais de comités responsable devant des AG de travailleurs.</p>
<p>Sur la question de la santé :</p>
<p> Fin de l'hôpital privé et des professions en libérales !<br class='autobr' /> Ouverture de lits et d'hôpitaux publics<br class='autobr' /> Une sécurité sociale qui rembourse tout à 100% ! fin des mutuelles privées<br class='autobr' /> Mise en formation de personnels de santés ! prise en charge de la formation par la collectivité<br class='autobr' /> Expropriation des laboratoires pharmaceutiques ! contrôle ouvrier !<br class='autobr' /> <br class='autobr' />
Sur la question du logement :</p>
<p>Interdiction de refuser à quiconque le droit au logement décent et à un prix décent<br class='autobr' />
Non aux expulsions !<br class='autobr' />
Les logements vides doivent être mis à la disposition des sans-logis sous le contrôle des conseils de travailleurs.<br class='autobr' />
Réquisition et Collectivisation du logement non résidentiel (maximum une résidence secondaire)<br class='autobr' />
Sur la question de l'école :</p>
<p>Des comités d'enseignants, d'élèves et de parents contrôlent le bon fonctionnement de l'enseignement aux côtés des comités de travailleurs et des conseils du peuple travailleur <br class='autobr' />
Le contenu de l'enseignement ne doit plus servir à justifier les inégalités, l'exploitation, l'impérialisme, les dictatures, les guerres et autres crimes sociaux.<br class='autobr' />
L'école comme tous les services publics sont mis sous le contrôle des comités de travailleurs de la branche et comités du peuple travailleur !</p>
<p>Sur la question de l'immigration :</p>
<p>Combattre publiquement la haine des immigrés et tous ceux qui la diffusent<br class='autobr' />
Supprimer toute opposition entre nationaux et étrangers <br class='autobr' /> Unir les peuples contre la domination impérialiste, les peuples des pays impérialistes soutenant tout effort des pays opprimés de se libérer <br class='autobr' />
Supprimer l'exploitation des pays opprimés par l'impérialisme et les grands trusts et en rendre les richesses aux peuples <br class='autobr' />
Supprimer toutes les législations fascistes qui suscitent la haine entre les peuples et qui autorisent les pays riches à faire mourir des migrants à leurs frontières <br class='autobr' />
Quiconque vit de son travail a le droit de vivre dans le pays de son choix.</p>
<p>Contre la guerre et la fascisation de la société :</p>
<p>Le désarmement de la classe capitaliste et l'armement du prolétariat <br class='autobr' />
Le rejet et la dénonciation des extrêmes droites, qu'elles soient pro ou anti-islamistes, qu'elles soient religieuses ou prétendument laïques <br class='autobr' />
Le rejet des deux blocs impérialistes et de leurs prétextes de guerre <br class='autobr' />
L'union internationale des prolétaires <br class='autobr' />
Plus que jamais, prolétaires, nous n'avons pas de patrie capitaliste à défendre, pas d'économie capitaliste à protéger, que des chaînes à rompre et à faire chuter !</p>
<p>La planification économique pour répondre au besoin du peuple</p>
<p>Le peuple doit diriger l'économie et la production selon ses besoins élémentaires. Cette direction impose le contrôle du peuple sur la production. Dans tous les secteurs d'activité, nous devrons constituer des comités à tous les niveaux de la production. Ce contrôle doit nous préparer à diriger directement l'économie nationalisée par les comités de travailleurs dans les entreprises et les usines instaurant la propriété collective du peuple sur les moyens de production. La planification en répondant aux besoins des populations évitera le pillage des ressources naturelles et la surproduction aveugle de marchandises lié à la concurrence et à l'anarchie de la production capitaliste conduisant parfois à des guerres. Le développement de l'économie n'aura plus pour objectif le profit mais le bien-être du peuple.</p>
<p>L'expropriation des grands groupes capitalistes</p>
<p>Nous devons exproprier tous les grands groupes voleurs des aides publics au nom de la défense de l'emploi alors qu'ils ont licenciés ou supprimés des centaines de milliers postes. De même pour les pollueurs !<br class='autobr' />
L'expropriation et la nationalisation ne peuvent se faire qu'à ces conditions :<br class='autobr' />
Nous refusons le rachat<br class='autobr' />
Nous relions le problème de l'expropriation à celui du pouvoir du pouvoir du peuple travailleur.<br class='autobr' />
L'expropriation des banques privées et la collectivisation du système de crédit<br class='autobr' />
Dans notre société, le capital financier domine. Les banques concentrent dans leurs mains le commandement réel de l'économie. Impossible de faire un seul pas sérieux dans la lutte contre le despotisme des monopoles si on laisse les leviers de commande des banques dans les mains des capitalistes.<br class='autobr' />
Pour réaliser un système unique d'investissement et de crédit répondant aux intérêts du peuple tout entier, il faut fusionner toutes les banques dans une institution nationale unique. Seules, l'expropriation des banques privées mettra à notre disposition l'investissement et moyens nécessaires pour organiser la vie économique selon nos besoins.<br class='autobr' />
L'expropriation des banques ne signifie en aucun cas l'expropriation des petits dépôts bancaires. Au contraire : pour les petits déposants, LA BANQUE COLLECTIVISÉE pourra créer des conditions plus favorables pour les agriculteurs, les artisans et les petits commerçants des conditions de crédit privilégiées, c'est-à-dire à bon marché.<br class='autobr' />
Cependant, la COLLECTIVISATION BANCAIRE ne donnera ces résultats favorables que si le pouvoir d'État lui-même passe entièrement des mains des exploiteurs aux mains du peuple.<br class='autobr' />
En conclusion <br class='autobr' />
Les grandes fortunes et leurs avocats (gouvernement, État, médias) démontreront« l'impossibilité de réaliser » nos revendications. Les capitalistes de moindre taille, surtout ceux qui marchent à la ruine, invoqueront, en outre, leur livre de comptes. Nous rejetterons catégoriquement ces arguments et ces références. Il s'agit de préserver le peuple de la déchéance, de la démoralisation et de la ruine. <br class='autobr' />
Il s'agit de la vie et de la mort du peuple et par la même de l'avenir de l'humanité. Si le capitalisme est incapable de satisfaire nos revendications qui surgissent infailliblement des maux qu'il a lui-même engendrés, qu'il périsse ! La « possibilité » ou « l'impossibilité » de réaliser les revendications est, dans le cas présent, une question de rapport des forces, qui ne peut être résolue que par la lutte. Sur la base de cette lutte, quels que soient nos succès pratiques immédiats, le peuple comprendra mieux que toute la nécessité de liquider l'esclavage capitaliste.</p>
<h2 class="spip">LA MESURE QUI EST LE GAGE DE TOUTES LES PRECEDENTES EST LA LUTTE POUR LA FORMATION, LA FEDERATION, ET LA PRISE DE CONSCIENCE DE LEUR ROLE HISTORIQUE DES CONSEILS D'USINE ET DES SOVIETS ET L'ALLIANCE DU PEUPLE TRAVAILLEUR (ENTRE LE PROLÉTARIAT ET LA PETITE BOURGEOISIE QUI VIT DE SON TRAVAIL).</h2></div>
La révolution permanente est notre philosophie permanente...
http://www.matierevolution.org/spip.php?article9048
http://www.matierevolution.org/spip.php?article90482024-12-15T23:38:00Ztext/htmlfrRobert Paris
<p>La révolution permanente est notre philosophie politique du développement révolutionnaire <br class='autobr' />
La théorie de la révolution permanente, ses ennemis déclarés et ses faux amis, voilà l'essentiel de ce qui oppose les vrais révolutionnaires aux réformistes, aux extrêmes gauches opportunistes, aux extrêmes gauches sectaires, aux révolutionnaires dans l'erreur et à tous les faux amis du prolétariat. <br class='autobr' />
https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot317 <br class='autobr' /> Par exemple, Tony Cliff rejette ce qu'il ne (…)</p>
-
<a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique187" rel="directory">10 - Textes programmatiques de La Voix des Travailleurs</a>
<div class='rss_texte'><h2 class="spip">La révolution permanente est notre philosophie politique du développement révolutionnaire</h2>
<p>La théorie de la révolution permanente, ses ennemis déclarés et ses faux amis, voilà l'essentiel de ce qui oppose les vrais révolutionnaires aux réformistes, aux extrêmes gauches opportunistes, aux extrêmes gauches sectaires, aux révolutionnaires dans l'erreur et à tous les faux amis du prolétariat.</p>
<p><a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot317" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot317</a></p>
<p>Par exemple, Tony Cliff rejette ce qu'il ne comprend pas de la révolution permanente ou ce qu'il attribue au trotskysme parce que de faux trotskystes interprètent ainsi la révolution permanente…</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/cliff/1963/00/cliff_19630000.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/cliff/1963/00/cliff_19630000.htm</a></p>
<p>Des faux trotskystes et la révolution permanente…</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/just/ddt2/sj_ddt2_5_04.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/just/ddt2/sj_ddt2_5_04.htm</a></p>
<p><a href="https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-1978-1986-article-la-revolution-permanente-telle-que.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-1978-1986-article-la-revolution-permanente-telle-que.html</a></p>
<p><a href="https://wikirouge.net/D%C3%A9bats_sur_la_R%C3%A9volution_permanente" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/D%C3%A9bats_sur_la_R%C3%A9volution_permanente</a></p>
<p><a href="https://www.revolutionpermanente.fr/La-methode-de-Trotsky-pour-analyser-la-situation-mondiale" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.revolutionpermanente.fr/La-methode-de-Trotsky-pour-analyser-la-situation-mondiale</a></p>
<p><a href="https://lanticapitaliste.org/actualite/strategie/la-theorie-de-la-revolution-permanente-et-son-actualite" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://lanticapitaliste.org/actualite/strategie/la-theorie-de-la-revolution-permanente-et-son-actualite</a></p>
<p><a href="https://www.wsws.org/fr/articles/2023/10/31/kjko-o31.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.wsws.org/fr/articles/2023/10/31/kjko-o31.html</a></p>
<p><a href="https://mensuel.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-1967-1968-article-la-theorie-de-la-revolution.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://mensuel.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-1967-1968-article-la-theorie-de-la-revolution.html</a></p>
<p>En quoi « la révolution en permanence » (encore appelée révolution permanente) est une philosophie du marxisme qui s'oppose à l'étapisme, au gradualisme, au progressisme, au réformisme et à l'opportunisme, depuis Marx et jusqu'à Trotsky, et pas une analyse conjoncturelle d'une situation exceptionnelle et surtout pas un moyen d'attribuer un caractère fondamentalement révolutionnaire à des forces sociales qui n'en possèdent pas.</p>
<p>L'Histoire ne progresse pas graduellement en suivant une par une les marches d'un escalier vers le ciel… Elle subit des régressions brutales et violentes autant que des progressions qui peuvent même sauter des étapes de la gradation historique. Des sociétés retardataires, des situations réactionnaires et même des régressions peuvent provoquer de brutales progressions révolutionnaires.</p>
<p>Le développement économique, social et politique est sujet au développement inégal et combiné (au sens que des morceaux avancés se combinent avec d'autres très en retard). <br class='autobr' />
Le monde ne progresse pas ensemble ni au même rythme et les inégalités de développement peuvent rendre certains maillons de la chaîne de domination des classes possédantes mondiales plus fragiles que d'autres et la rupture de la chaîne en un point peut fragiliser mortellement l'ensemble.</p>
<p>Les contradictions qui découlent du développement inégal et combiné doivent être comprises et utilisées à fond par les révolutionnaires. Elles ont comme conséquences que la question nationale ne peut pas être résolue dans le cadre du capitalisme et doit être exploitée par le prolétariat. Elles ont pour conséquence que la lutte révolutionnaire doit pénétrer la lutte pour des réformes et s'en servir comme transition. Elles ont aussi pour conséquence que c'est le prolétariat qui est le seul à pouvoir réaliser des objectifs démocratiques, pacifiques, libérateurs pour les peuples opprimés, pour toutes les couches sociales non capitalistes, pour tous les opprimés. Et le programme révolutionnaire du prolétariat doit clairement mettre en avant ces objectifs. L'intervention des révolutionnaires doit se guider sur un programme de transition qui mène des luttes nationales aux luttes internationales, des luttes pour des réformes aux luttes pour le socialisme, des luttes pour la paix à la guerre révolutionnaire, etc…</p>
<p>Les communistes révolutionnaires ne doivent pas se tenir à l'écart ni appeler les prolétaires à se tenir à l'écart des luttes réformistes, sans sombrer eux-mêmes dans le réformisme, des luttes nationales, sans sombrer dans le nationalisme, des luttes petites bourgeoises, sans oublier le caractère prolétarien de leur combat, ils doivent allier les différents aspects contradictoires dans une seule lutte de classes révolutionnaire contre la classe capitaliste.</p>
<p> De nombreux points programmatiques, sociaux et politiques découlent de cette vision de la marche de la révolution sociale : programme de transition au lieu de la traditionnelle opposition entre programme révolutionnaire et programme réformiste, alliances possibles avec des couches petites bourgeoises et des peuples opprimés, front unique ouvrier, etc…</p>
<p>Marx et Engels utilisaient déjà le terme de « permanence de la révolution » pour décrire les révolutions comme la Révolution française, qui maintiennent la dictature révolutionnaire d'une classe jusqu'à la transformation de toute la structure sociale, ou pour définir leur orientation dans les révolutions de 1848.[6] <br class='autobr' />
Au moment des débats sur la révolution russe de 1905, la question de la nature de la révolution à venir est très débattue. L'immense majorité des socialistes pensent qu'elle sera démocratique-bourgeoise, mais : <br class='autobr' />
• certains, essentiellement la droite des menchéviks, insiste sur le fait que la révolution sera menée par la bourgeoisie, qu'elle risque de ne pas avoir lieu si l'aile socialiste fait le jeu de la réaction, et que la révolution socialiste n'arriverait que dans un futur lointain ;<br class='autobr' />
• d'autres insistaient sur la nécessité d'un rôle décisif des masses populaires, ouvriers et paysans, et sur le fait que la dynamique révolutionnaire ne devait pas être stoppée, pouvant aller plus loin que prévu, notamment en cas de synchronisation avec une révolution mondiale. Luxemburg[7] puis Kautsky[8] emploient alors l'expression de « révolution en permanence ». Lénine dit « Nous sommes pour la révolution ininterrompue. »[9]<br class='autobr' />
De son côté, Trotski s'est basé essentiellement sur son expérience de la révolution russe de 1905, puis sur la confirmation de sa théorie sur la base de la révolution de 1917 et sur l'échec de la révolution chinoise de 1925-1927. Cela le conduira à réaffirmer et expliciter en 1932 sa théorie de la Révolution permanente dans son livre éponyme.[3]</p>
<p><a href="https://wikirouge.net/R%C3%A9volution_permanente" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/R%C3%A9volution_permanente</a></p>
<p>Dans la première Adresse du Comité central de la Ligue communiste à ses membres en Allemagne, en mars 1850, Marx écrivait :</p>
<p>« Tandis que les petits bourgeois démocrates veulent terminer la révolution au plus vite et après avoir tout au plus réalisé les revendications ci-dessus, il est de notre intérêt et de notre devoir de rendre la révolution permanente, jusqu'à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été écartées du pouvoir, que le prolétariat ait conquis le pouvoir et que non seulement dans un pays, mais dans tous les pays régnants du monde l'association des prolétaires ait fait assez de progrès pour faire cesser dans ces pays la concurrence des prolétaires et concentrer dans leurs mains au moins les forces productives décisives... Mais ils (les ouvriers allemands - S.N. T.) contribueront eux-mêmes à leur victoire définitive bien plus par le fait qu'ils prendront conscience de leurs intérêts de classe, se poseront dès que possible en parti indépendant et ne se laisseront pas un instant détourner — par les phrases hypocrites des petits bourgeois démocratiques — de l'organisation autonome du parti du prolétariat. Leur cri de guerre doit être : La révolution en permanence ! »</p>
<p><a href="https://wikirouge.net/texts/fr/Adresse_du_Comit%C3%A9_Central_%C3%A0_la_Ligue_des_communistes,_Mars_1850" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/texts/fr/Adresse_du_Comit%C3%A9_Central_%C3%A0_la_Ligue_des_communistes,_Mars_1850</a></p>
<p>Trotsky écrivait, résumant sa position de 1905-1906 dans « Bilan et Perspectives » :</p>
<p>« Une fois au pouvoir, celui-ci (le prolétariat russe qui renversera le tsrarisme) non seulement ne voudra pas, mais ne pourra pas se limiter à l'exécution d'un programme démocratique bourgeois. Il ne pourra mener la révolution à son terme que si la révolution russe se transforme en une révolution du prolétariat européen. Le programme démocratique bourgeois de la révolution sera alors dépassé, en même temps que ses limitations nationales, et la domination politique temporaire de la classe ouvrière russe se développera en une dictature socialiste prolongée. Mais, si l'Europe reste immobile, la contre-révolution bourgeoise ne tolérera pas le gouvernement des masses exploitées en Russie, et rejettera le pays loin en arrière d'une république démocratique ouvrière et paysanne. Donc, une fois qu'il aura pris le pouvoir, le prolétariat ne pourra rester dans les limites de la démocratie bourgeoise. Il devra développer la tactique de la révolution permanente, c'est-à-dire renverser les barrières entre le programme minimum et le programme maximum de la social-démocratie, réaliser des réformes sociales toujours plus profondes, et rechercher un appui direct et immédiat dans la révolution en Europe occidentale. »</p>
<p> <a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bilanp/bilan_persp_0.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bilanp/bilan_persp_0.html</a></p>
<p>Lire aussi :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/revperm/rp.html</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/tagore/revolution_permanente.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/tagore/revolution_permanente.htm</a></p>
<p>PROJET DE PROGRAMME DE L'INTERNATIONALE :</p>
<p>CRITIQUE DES THÈSES FONDAMENTALES (1)</p>
<p>(28 juin 1928)</p>
<p>A la mémoire de ma fille Nina, morte à son poste à 26 ans. (0)</p>
<p>Le projet de programme, c'est-à-dire le document fondamental qui doit définir toute l'activité de l'Internationale communiste pour de nombreuses années, a été publié quelques semaines seulement avant la convocation du congrès, lequel se tient quatre années après le Ve congrès (2). Ce retard dans la publication ne peut se justifier par le fait que le premier projet a été publié dès avant le précédent congrès, car il s'est écoulé plusieurs années depuis. Le second projet diffère du premier par l'ensemble de sa structure et s'efforce de dresser le bilan des développements des dernières années. Rien ne pourrait être plus imprudent ni plus irréfléchi que de se précipiter pour adopter ce projet au vie congrès, un travail qui porte les traces de la précipitation et même de la négligence, sans qu'il y ait eu préalablement dans la presse une critique sérieuse et sans qu'il ait été largement discuté dans tous les partis de l'Internationale communiste.</p>
<p>Dans les quelques jours dont nous avons pu disposer entre la réception du document et l'envoi de cette lettre, nous n'avons pu traiter que quelques-unes des questions fondamentales qui doivent être traitées dans le programme.</p>
<p>Faute de temps, il nous a fallu laisser complètement de côté sans les examiner toute une série de questions très importantes abordées dans ce projet, qui ne sont peut-être pas d'une actualité brûlante, mais qui peuvent revêtir demain une importance exceptionnelle. Cela ne signifie nullement qu'il soit moins nécessaire de les critiquer que celles des parties de ce projet auxquelles ce travail est consacré.</p>
<p>Il faut ajouter que nous avons dû travailler sur ce nouveau projet dans des conditions qui ne nous ont pas donné la possibilité d'obtenir les informations les plus indispensables. Il nous suffira d'indiquer que nous n'avons même pas pu nous procurer le premier projet et que nous avons donc dû, en ce qui concerne deux ou trois autres circonstances, nous fier à notre seule mémoire. Il va de soi que toutes les citations sont faites à partir des textes originaux et qu'elles ont été soigneusement vérifiées.</p>
<p>1. PROGRAMME DE LA RÉVOLUTION INTERNATIONALE<br class='autobr' />
OU PROGRAMME DU SOCIALISME DANS UN SEUL PAYS ?</p>
<p>La question la plus importante à l'ordre du jour du VIe Congrès est l'adoption du programme. Son caractère peut définir et fixer pour longtemps la physionomie de l'Internationale. L'importance d'un programme ne consiste pas tant en ce qu'il formule des conceptions théoriques générales (ceci se réduit, en fin de compte, à de la « codification », c'est-à-dire à un exposé serré de vérités et de généralisations solidement et définitivement acquises) ; il s'agit beaucoup plus de dresser le bilan de l'expérience mondiale économique et politique de la dernière période, en particulier des luttes révolutionnaires des cinq dernières années, si riches en événements et en erreurs.</p>
<p>C'est de la manière dont le programme comprendra et jugera ces événements, ces fautes et ces divergences, que dépend, au sens littéral du terme, le sort de l'Internationale communiste dans les années qui viennent.</p>
<p>1. Structure générale du programme</p>
<p>A notre époque, qui est celle de l'impérialisme, c'est-à-dire de l'économie et de la politique mondiales dirigées par le capital financier, il n'est pas un seul parti communiste qui puisse établir son programme en prenant seulement ou principalement comme point de départ les conditions ou les tendances de l'évolution de son pays. Cela s'applique également et pleinement au parti exerçant le pouvoir dans les limites de l'U.R.S.S.</p>
<p>L'heure de la disparition des programmes nationaux a définitivement sonné le 4 août 1914. (3) Le parti révolutionnaire du prolétariat ne peut se baser que sur un programme international correspondant au caractère de l'époque actuelle, celle du couronnement et de l'écroulement du capitalisme. Un programme communiste international n'est nullement une somme de programmes nationaux ou un amalgame de leurs traits communs. Il doit prendre directement pour point de départ l'analyse des conditions et des tendances de l'économie et de l'état politique du monde, prises comme un tout, avec leurs liens et leurs contradictions, c'est-à-dire avec la dépendance mutuelle opposant ses composantes entre elles. A l'époque actuelle, infiniment plus que pendant la précédente, le sens dans lequel se dirige le prolétariat au point de vue national doit et ne peut se déduire que de la direction prise dans le domaine international, et non pas vice versa. C'est en cela que consiste la différence fondamentale qui sépare au point de départ l'Internationale communiste des diverses variétés de socialisme national.</p>
<p>C'est en partant de ces considérations que nous écrivions en janvier de cette année :</p>
<p>« Il faut nous mettre à l'élaboration du programme de l'Internationale Communiste (celui de Boukharine n'est qu'un mauvais programme de section nationale de l'Internationale Communiste, non celui d'un parti communiste mondial). » (4)</p>
<p>Nous n'avons cessé d'insister sur ces considérations depuis 1923-1924, quand la question des Etats-Unis d'Amérique se posa dans toute son ampleur, en tant que problème de la politique mondiale et de la politique européenne, dans le sens le plus direct de ce mot.</p>
<p>Soutenant le nouveau projet, la Pravda écrivait que le programme communiste, « diffère radicalement du programme de la social-démocratie internationale, non seulement sur le fond, dans ses thèses fondamentales, mais aussi par l'internationalisme caractéristique de sa structure » (5)</p>
<p>Cette formule un peu vague exprime évidemment l'idée<br class='autobr' />
même que nous venons d'exposer et qu'on repoussait autrefois<br class='autobr' />
avec obstination. On ne peut qu'approuver la rupture avec le<br class='autobr' />
premier projet présenté par Boukharine et qui ne donna d'ail-<br class='autobr' />
leurs pas lieu à un sérieux échange de vues en raison même de<br class='autobr' />
son inconsistance. S'il présentait un tableau aride, schématique,<br class='autobr' />
de l'évolution d'un pays abstrait, vers le socialisme, en revanche<br class='autobr' />
le nouveau projet tente (malheureusement sans succès et sans<br class='autobr' />
esprit de suite, comme nous le verrons) de partir de l'économie<br class='autobr' />
mondiale dans son ensemble pour déterminer le sort de ses<br class='autobr' />
différentes parties.</p>
<p>En reliant entre eux pays et continents ayant atteint des<br class='autobr' />
degrés différents du développement en un système de dépen-<br class='autobr' />
dances et d'oppositions, en rapprochant les divers niveaux de<br class='autobr' />
leur développement et en les éloignant immédiatement après, en<br class='autobr' />
opposant impitoyablement tous les pays entre eux, l'économie<br class='autobr' />
mondiale est devenue une puissante réalité qui domine la vie<br class='autobr' />
économique des divers pays et continents. Ce fait fondamental à<br class='autobr' />
lui seul donne un caractère très réaliste à l'idée même de parti<br class='autobr' />
communiste mondial. C'est en amenant l'économie mondiale en<br class='autobr' />
bloc au plus haut niveau de développement qu'elle puisse<br class='autobr' />
atteindre sous le régime de la propriété privée, que l'impéria-<br class='autobr' />
lisme, comme le dit justement le projet dans son introduction,<br class='autobr' />
« avive à l'extrême la contradiction entre la croissance des forces<br class='autobr' />
productives de l'économie mondiale et les cloisons qui séparent<br class='autobr' />
nations et Etats ».</p>
<p>Il n'est pas possible d'avancer d'un seul pas dans la solution<br class='autobr' />
des grands problèmes de la politique mondiale et de la lutte<br class='autobr' />
révolutionnaire si l'on ne comprend pas cette donnée qui apparut <br class='autobr' />
pour la première fois dans toute sa clarté au cours de la dernière<br class='autobr' />
guerre impérialiste.</p>
<p>On ne pourrait qu'approuver le déplacement radical de l'axe<br class='autobr' />
même du programme, dans le nouveau projet, si en cherchant à<br class='autobr' />
concilier cette position qui est la seule juste avec des tendances<br class='autobr' />
diamétralement opposées on n'avait introduit dans ce projet les<br class='autobr' />
contradictions les plus fâcheuses, enlevant ainsi toute significa-<br class='autobr' />
tion de principe à la nouvelle manière d'aborder la question dans<br class='autobr' />
son fond.</p>
<p>2. Les États-Unis et l'Europe</p>
<p>Pour caractériser le premier projet, heureusement aban-<br class='autobr' />
donné depuis, il suffira de dire que, pour autant que nous<br class='autobr' />
puissions nous souvenir, il ne mentionnait même pas les Etats-<br class='autobr' />
Unis de l'Amérique du Nord. Les problèmes essentiels de<br class='autobr' />
l'époque impérialiste, en raison même de son caractère, ne<br class='autobr' />
peuvent pas être envisagés seulement sous l'angle de l'abstraction<br class='autobr' />
et de la théorie, mais aussi dans leur contenu matériel et<br class='autobr' />
historique ; or, dans le premier projet, ils se perdaient dans le<br class='autobr' />
schéma inerte d'un pays capitaliste considéré « en général ». Le<br class='autobr' />
nouveau projet (et c'est bien entendu un sérieux pas en avant)<br class='autobr' />
parle déjà du « déplacement du centre économique du monde vers<br class='autobr' />
les Etats-Unis de l'Amérique », de la « transformation de la<br class='autobr' />
République du dollar en exploiteur mondial », du fait que les<br class='autobr' />
Etats-Unis « ont déjà conquis l'hégémonie mondiale », et dit<br class='autobr' />
enfin que la rivalité (le projet emploie l'expression malheureuse<br class='autobr' />
de« conflit ») entre les Etats-Unis et le capitalisme européen, le<br class='autobr' />
capitalisme britannique en premier lieu, devient l'axe des conflits<br class='autobr' />
mondiaux. Il est devenu tout à fait évident à présent qu'un<br class='autobr' />
programme qui ne définirait pas clairement et avec précision ces<br class='autobr' />
faits et facteurs fondamentaux de la situation dans le monde<br class='autobr' />
n'aurait rien de commun avec le programme du parti de la<br class='autobr' />
révolution internationale.</p>
<p>Malheureusement, les faits et tendances essentiels du déve-<br class='autobr' />
loppement mondial au cours de l'époque moderne, qui viennent<br class='autobr' />
d'être signalés, sont simplement désignés par leurs noms, inclus<br class='autobr' />
dans le texte du projet, cités par un tour de passe-passe<br class='autobr' />
théorique, sans être intimement liés à toute la structure du<br class='autobr' />
programme, sans qu'on en tire de conclusions quant aux perspec-<br class='autobr' />
tives et à la stratégie.</p>
<p>Le nouveau rôle de l' Amérique en Europe depuis la<br class='autobr' />
capitulation du parti communiste allemand 6 et la défaite du<br class='autobr' />
prolétariat allemand en 1923 ne sont l'objet d'aucune analyse. Il<br class='autobr' />
n'est nullement expliqué que la période de « stabilisation », de<br class='autobr' />
« normalisation » et de « pacification » de l'Europe, ainsi que de<br class='autobr' />
la « régénération » de la social-démocratie, s'est déroulée en<br class='autobr' />
étroite corrélation matérielle et intellectuelle avec les premiers<br class='autobr' />
pas de l'intervention américaine dans les affaires européennes.</p>
<p>En outre on ne montre pas que l'évolution inévitable dans<br class='autobr' />
l'avenir de l'expansion américaine, le rétrécissement des marchés<br class='autobr' />
du capital européen, y compris en Europe même, entraînera les<br class='autobr' />
plus grandes secousses militaires, économiques et révolution-<br class='autobr' />
naires qu'on ait jamais vus.</p>
<p>Il n'est pas non plus précisé que les Etats-Unis continuant<br class='autobr' />
inexorablement à faire pression sur l'Europe capitaliste, rédui-<br class='autobr' />
ront de plus en plus sa part de l'économie mondiale, ce qui<br class='autobr' />
signifie évidemment que les rapports entre les Etats européens,<br class='autobr' />
non seulement ne s'amélioreront pas, mais au contraire se<br class='autobr' />
tendront à l'extrême avec des accès violents débouchant sur des<br class='autobr' />
guerres : il en résulte que les Etats, comme les classes, s'affron-<br class='autobr' />
tent avec plus de fureur encore qu'aux temps de l'abondance et<br class='autobr' />
de la croissance lorsqu'il ne reste à se disputer qu'une maigre,<br class='autobr' />
toujours plus maigre, ration.</p>
<p>Le projet n'explique pas que le chaos interne des antago-<br class='autobr' />
nismes entre les Etats d'Europe enlève à cette dernière tout<br class='autobr' />
espoir de résister un peu sérieusement et avec succès à la<br class='autobr' />
République nord-américaine dont la centralisation ne cesse de<br class='autobr' />
grandir. Surmonter le chaos européen par les Etats-Unis soviéti-<br class='autobr' />
ques d'Europe, c'est là une des premières tâches de la révolution<br class='autobr' />
prolétarienne, infiniment plus proche en Europe qu'en Améri-<br class='autobr' />
que (une des raisons et non des moindres tant précisément<br class='autobr' />
l'existence des barrières entre Etats) ; elle aura donc, très<br class='autobr' />
probablement, à se défendre contre la bourgeoisie nord-améri-<br class='autobr' />
caine.</p>
<p>D'autre part, il n'a pas montré (et c'est un aspect tout aussi<br class='autobr' />
important du même problème mondial) que, précisément, la<br class='autobr' />
puissance des Etats-Unis dans le monde et l'expansion irrésistible<br class='autobr' />
qui en découle, les oblige à introduire dans les fondations de leur<br class='autobr' />
édifice les explosifs de l'univers entier : tous les antagonismes de <br class='autobr' />
l'Occident et de l'Orient, les luttes de classes de la vieille Europe,<br class='autobr' />
les insurrections des peuples coloniaux, toutes les guerres et<br class='autobr' />
toutes les révolutions. D'un côté, cela fait du capitalisme de<br class='autobr' />
l' Amérique du Nord, au cours de l'époque nouvelle, la force<br class='autobr' />
fondamentale de la contre-révolution, de plus en plus intéressée<br class='autobr' />
au maintien de « l'ordre »dans tous les coins du globe terrestre ;<br class='autobr' />
d'un autre côté c'est par là que se prépare l'immense explosion<br class='autobr' />
révolutionnaire de cette puissance impérialiste mondiale déjà<br class='autobr' />
dominante et toujours grandissant. La logique des rapports<br class='autobr' />
mondiaux indique que cette déflagration ne pourrait tarder bien<br class='autobr' />
longtemps après le déclenchement de la révolution prolétarienne<br class='autobr' />
en Europe.</p>
<p>Pour avoir expliqué la dialectique des rapports mutuels liant<br class='autobr' />
l'Europe et l' Amérique, nous avons vu lancer contre nous les<br class='autobr' />
accusations les plus diverses : on nous a traités de pacifistes niant<br class='autobr' />
les contradictions existant en Europe, acceptant la théorie du<br class='autobr' />
super-impérialisme de Kautsky, et de bien d'autres péchés. Il n'y<br class='autobr' />
a aucune raison de s'arrêter ici à ces« accusations », qui, dans le<br class='autobr' />
meilleur des cas, sont dues à une ignorance complète des<br class='autobr' />
processus réels, ainsi que de notre attitude envers eux. Toutefois,<br class='autobr' />
on ne peut manquer de faire remarquer qu'il serait difficile de<br class='autobr' />
dépenser plus d'efforts pour embrouiller et obscurcir cette<br class='autobr' />
question mondiale de la plus haute importance que ne le firent,<br class='autobr' />
entre autres, les auteurs du projet de programme, dans leur lutte<br class='autobr' />
mesquine contre notre formulation. C'est pourtant celle-ci qui est<br class='autobr' />
entièrement confirmée par le cours des événements.<br class='autobr' />
Ces derniers temps, dans les organes principaux de la presse<br class='autobr' />
communiste, on s'est efforcé de minimiser sur le papier l'impor-<br class='autobr' />
tance de l'hégémonie américaine en s'appuyant, pour cela, sur<br class='autobr' />
l'approche de la crise commerciale et industrielle aux Etats-Unis.</p>
<p>Nous ne pouvons nous arrêter ici à l'examen de la question de la<br class='autobr' />
durée de la crise américaine et de la profondeur qu'elle pourrait<br class='autobr' />
atteindre éventuellement. C'est un problème de conjoncture, pas<br class='autobr' />
de programme. Nous ne doutons pas, bien entendu, que la crise<br class='autobr' />
soit inévitable ; nous ne nions pas du tout qu'il est possible que<br class='autobr' />
déjà celle qui va se produire prochainement soit très âpre et très<br class='autobr' />
profonde, en rapport avec l'envergure mondiale qu'a atteinte à<br class='autobr' />
présent le capitalisme américain. Mais tenter d'en déduire que<br class='autobr' />
l'hégémonie des Etats-Unis décroît ou faiblit ne correspond<br class='autobr' />
vraiment à rien et ne peut que mener à de grossières erreurs<br class='autobr' />
d'ordre stratégique, car c'est justement le contraire qui est vrai.</p>
<p>Pendant la crise, l'hégémonie des Etats-Unis se fera sentir plus<br class='autobr' />
complètement, plus ouvertement, avec plus d'acuité et d'impla-<br class='autobr' />
cable détermination que pendant la période de croissance. Les<br class='autobr' />
Etats-Unis chercheront à liquider et à surmonter leurs difficultés<br class='autobr' />
et leurs troubles avant tout au détriment de l'Europe, que cela<br class='autobr' />
soit en Asie, au Canada, en Amérique du Sud ou en Europe<br class='autobr' />
même, que cela se fasse par la voie « pacifique » ou militaire.<br class='autobr' />
Il faut comprendre clairement que, si la première période de<br class='autobr' />
l'intervention américaine a entraîné pour l'Europe une stabilisa-<br class='autobr' />
tion et une pacification, qui durent encore dans une large mesure<br class='autobr' />
et peuvent même épisodiquement renaître et se renforcer,<br class='autobr' />
(surtout en cas de nouvelles défaites du prolétariat), la ligne<br class='autobr' />
générale de la politique des Etats-Unis, surtout si l'économie de<br class='autobr' />
ceux-ci se heurte à des difficultés et à des crises, provoquera en<br class='autobr' />
Europe et dans le monde entier, de profondes secousses.<br class='autobr' />
Une conclusion de la plus grande importance s'impose : les<br class='autobr' />
situations révolutionnaires ne manqueront pas pendant la décen-<br class='autobr' />
nie prochaine comme elles n'ont pas manqué dans celle qui vient<br class='autobr' />
de s'écouler. Il importe d'autant plus de comprendre correcte-<br class='autobr' />
ment les ressorts fondamentaux du déroulement des événements,<br class='autobr' />
pour ne pas être pris à l'improviste par leur action. Si, pendant la<br class='autobr' />
décennie écoulée, la source principale des situations révolution-<br class='autobr' />
naires résidait dans les conséquences immédiates de la guerre<br class='autobr' />
impérialiste, en revanche, au cours de la nouvelle décennie<br class='autobr' />
d'après-guerre de telles situations surgiront surtout des rapports<br class='autobr' />
mutuels de l'Europe et de l'Amérique. Une grande crise aux<br class='autobr' />
Etats-Unis sonnerait à nouveau le tocsin des guerres et des<br class='autobr' />
révolutions. Nous le répétons : les situations révolutionnaires ne<br class='autobr' />
manqueront pas. Leur issue dépend du parti international du<br class='autobr' />
prolétariat, de la maturité et de la capacité de lutte de l'Interna-<br class='autobr' />
tionale communiste, de la justesse de sa position stratégique et de<br class='autobr' />
ses méthodes tactiques.</p>
<p>Cette ligne de pensée n'est pas exprimée du tout dans le<br class='autobr' />
projet de programme de l'Internationale communiste. Un fait<br class='autobr' />
aussi important, semble-t-il, que « le déplacement du centre<br class='autobr' />
économique du monde vers les Etats-Unis » n'est signalé au<br class='autobr' />
passage, que par une simple remarque journalistique ; rien de<br class='autobr' />
plus. Il est tout à fait impossible de le justifier par le manque de<br class='autobr' />
place : en effet est-ce que ce ne sont pas les questions fondamen-<br class='autobr' />
tales qui doivent justement être traitées dans un programme ? A<br class='autobr' />
ce propos il faut signaler que le projet s'étend beaucoup trop sur<br class='autobr' />
les problèmes de second et de troisième ordre, même si on laisse<br class='autobr' />
de côté son style négligé et ses nombreuses redites ; en les<br class='autobr' />
supprimant, on pourrait réduire le programme au moins d'un<br class='autobr' />
tiers.</p>
<p>3. Le mot d'ordre des Etats-Unis soviétiques d'Europe</p>
<p>Rien ne peut justifier la suppression, dans le nouveau projet<br class='autobr' />
de programme, du mot d'ordre des Etats-Unis soviétiques<br class='autobr' />
d'Europe, déjà adopté par l'Internationale communiste en 1923,<br class='autobr' />
après une assez longue discussion intérieure. Ou bien peut-être<br class='autobr' />
que justement dans cette question-là, les auteurs veulent<br class='autobr' />
« revenir » à l'attitude de Lénine en 1915 ? Encore faut-il bien la<br class='autobr' />
comprendre.</p>
<p>Comme on le sait, pendant la première période de la guerre,<br class='autobr' />
Lénine hésita au sujet de ce mot d'ordre, d'abord introduit dans<br class='autobr' />
les thèses du Social-demokrat (l'organe central du parti de<br class='autobr' />
l'époque), puis rejeté par Lénine. Cela montre qu'il ne s'agissait<br class='autobr' />
pas de le repousser a priori pour des raisons de principe : il fallait<br class='autobr' />
le juger strictement au point de vue tactique, en peser les côtés<br class='autobr' />
positifs et négatifs en référence à l'étape donnée. Il est superflu<br class='autobr' />
de préciser que Lénine rejetait la possibilité que soient réalisés<br class='autobr' />
les Etats-Unis de l'Europe capitaliste. J'envisageais les choses de<br class='autobr' />
la même façon quand j'avançai le mot d'ordre des Etats-Unis<br class='autobr' />
exclusivement en tant que perspective, comme forme d'Etat de la<br class='autobr' />
dictature du prolétariat en Europe.</p>
<p>J'écrivais :</p>
<p>« Une union économique de l'Europe plus ou moins<br class='autobr' />
complète par en haut, faisant suite à une entente entre<br class='autobr' />
gouvernements capitalistes, est une utopie. En cela les<br class='autobr' />
choses ne peuvent pas aller plus loin que des compromis<br class='autobr' />
partiels et des demi-mesures. Par-là même l'union écono-<br class='autobr' />
mique de l'Europe, promettant d'énormes avantages au<br class='autobr' />
producteur et au consommateur, ainsi qu'en général à tout<br class='autobr' />
le développement de la culture, devient la tâche révolution-<br class='autobr' />
naire du prolétariat européen luttant contre le protection-<br class='autobr' />
nisme impérialiste et son instrument le militarisme. » (7)</p>
<p>Et plus loin :</p>
<p>« Les Etats-Unis d'Europe constituent avant tout une<br class='autobr' />
forme, l'unique forme que l'on puisse concevoir, de la<br class='autobr' />
dictature du prolétariat européen. » (8)</p>
<p>Mais à cette époque Lénine voyait certains dangers à<br class='autobr' />
présenter la question même de cette façon-là. Etant donné<br class='autobr' />
qu'aucune expérience de la dictature du prolétariat dans un seul<br class='autobr' />
pays n'avait été faite, en raison aussi du manque de clarté du<br class='autobr' />
point de vue théorique sur ce problème, même dans l'aile gauche<br class='autobr' />
de la social-démocratie d'alors, le mot d'ordre des Etats-Unis<br class='autobr' />
d'Europe pouvait donner naissance à une conception suivant<br class='autobr' />
laquelle la révolution prolétarienne devrait commencer simulta-<br class='autobr' />
nément, au moins sur tout le continent européen. C'est précisé-<br class='autobr' />
ment contre ce danger que Lénine mettait en garde. Mais sur<br class='autobr' />
cette question je n'avais même pas l'ombre d'un désaccord avec<br class='autobr' />
Lénine. J'écrivais alors :</p>
<p>« Qu'aucun pays ne doive« attendre » les autres dans<br class='autobr' />
sa lutte, c'est là une idée élémentaire, qu'il est utile et<br class='autobr' />
nécessaire de répéter pour qu'on ne puisse substituer à<br class='autobr' />
l'idée de l'action internationale parallèle celle de l'inaction<br class='autobr' />
internationale dans l'attente. Sans attendre les autres, nous<br class='autobr' />
commençons à lutter et nous continuons à lutter sur le<br class='autobr' />
terrain national en ayant la parfaite certitude que notre<br class='autobr' />
initiative donnera un élan à la lutte dans les autres pays. » (9)</p>
<p>Ensuite vient une phrase de moi, celle-là même que Staline,<br class='autobr' />
lors du VIIe plénum du comité exécutif de l'Internationale<br class='autobr' />
communiste, a citée comme l'expression la plus dangereuse du<br class='autobr' />
« trotskysme »,c'est-à-dire du« manque de confiance dans » les<br class='autobr' />
forces internes de la révolution et l'espoir de recevoir un secours<br class='autobr' />
du dehors.</p>
<p>« Et si cela (l'extension de la révolution à d'autres<br class='autobr' />
pays. L. T.) ne se produisait pas, il n'y aurait aucun espoir<br class='autobr' />
permettant de croire (comme en témoignent l'expérience<br class='autobr' />
historique et les considérations théoriques) qu'une Russie<br class='autobr' />
révolutionnaire pourrait résister face à une Europe conser-<br class='autobr' />
vatrice, ou qu'une Allemagne socialiste pourrait se mainte-<br class='autobr' />
nir isolée dans le monde capitaliste. » (10)</p>
<p>C'est sur cette citation et sur deux ou trois autres du même<br class='autobr' />
genre que se fonde la condamnation prononcée par le vue plé-<br class='autobr' /> num contre le « trotskysme », qui aurait dans cette « question<br class='autobr' />
fondamentale » une attitude « n'ayant rien de commun avec le<br class='autobr' />
léninisme ». Arrêtons-nous donc un instant pour écouter Lénine<br class='autobr' />
lui-même.</p>
<p>Le 7 mars 1918 il dit à propos de la paix de Brest-Litovsk :<br class='autobr' />
« C'est une leçon, car il est absolument vrai que sans<br class='autobr' />
révolution allemande nous périrons. » (11).</p>
<p>Une semaine plus tard :</p>
<p>« L'impérialisme universel et, à côté de lui, la marche<br class='autobr' />
triomphale de la révolution sociale ne peuvent coexis-<br class='autobr' />
ter. » (12)</p>
<p>Quelques semaines après, Lénine disait :</p>
<p>« Le fait que nous sommes retardataires nous a poussé<br class='autobr' />
en avant, nous périrons si nous ne savons pas tenir jusqu'au<br class='autobr' />
moment où nous rencontrerons le puissant appui des<br class='autobr' />
ouvriers insurgés des autres pays. » (13)</p>
<p>Mais peut-être disait-il cela particulièrement sous la pression<br class='autobr' />
de la crise de Brest-Litovsk ? Non, en mars 1919, Lénine répète<br class='autobr' />
de nouveau :</p>
<p>« Nous vivons, non seulement dans un Etat, mais dans<br class='autobr' />
un système d'Etats ; on ne peut concevoir qu'une Républi-<br class='autobr' />
que Soviétique se maintienne pendant un long temps à côté<br class='autobr' />
d'Etats impérialistes. En fin de compte l'un ou l'autre<br class='autobr' />
vaincra. » (14)</p>
<p>Un an après, le 7 avril 1920, Lénine rappelait encore :<br class='autobr' />
« Le capitalisme, si on le considère à l'échelle mon-<br class='autobr' />
diale, continue à être plus fort que le pouvoir des Soviets,<br class='autobr' />
non seulement militairement mais aussi économiquement.</p>
<p>C'est de cette considération fondamentale qu'il nous faut<br class='autobr' />
partir et ne jamais l'oublier. » (15)</p>
<p>Le 27 novembre 1920, à propos du problème des conces-<br class='autobr' />
sions, Lénine dit :</p>
<p>« A présent nous sommes passés de la guerre à la paix,<br class='autobr' />
mais nous n'avons pas oublié que la guerre reviendra.<br class='autobr' />
Aussi longtemps que subsistent le capitalisme et le socia-<br class='autobr' />
lisme, nous ne pouvons vivre en paix : en fin de compte,<br class='autobr' />
l'un ou l'autre vaincra ; on chantera le Requiem, soit de la<br class='autobr' />
République soviétique, soit du capitalisme mondial. C'est<br class='autobr' />
un ajournement de la guerre. » (16)</p>
<p>Mais peut-être la survie de la République soviétique a-t-elle<br class='autobr' />
incité Lénine à « reconnaître son erreur », à renoncer à « la<br class='autobr' />
méfiance envers les forces intérieures » de la révolution d'Octo-<br class='autobr' />
bre ?</p>
<p>Au IIIe Congrès de l'Internationale communiste, c'est-à-dire<br class='autobr' />
en juillet 1921, Lénine affirmait que :</p>
<p>« Il s'est créé un équilibre extrêmement fragile, extrê-<br class='autobr' />
mement instable, mais enfin un équilibre qui permet à la<br class='autobr' />
République Socialiste d'exister, certes pas bien longtemps,<br class='autobr' />
dans un entourage capitaliste. » (17)</p>
<p>Mais il y a plus, le 5 juillet 1921, Lénine déclara directement<br class='autobr' />
lors d'une séance du congrès :</p>
<p>« Pour nous, il était clair que, sans le soutien de la<br class='autobr' />
révolution internationale mondiale, la victoire de la révolu-<br class='autobr' />
tion prolétarienne était impossible. Avant comme après la<br class='autobr' />
révolution, nous pensions qu'ou bien la révolution éclate-<br class='autobr' />
rait très vite dans les pays capitalistes les plus évolués, ou<br class='autobr' />
bien, dans le cas contraire nous péririons. Malgré cette<br class='autobr' />
conviction nous avons fait en toutes circonstances tout ce<br class='autobr' />
que nous pouvions pour sauver le système soviétique, car<br class='autobr' />
nous savions que nous ne travaillions pas pour nous-<br class='autobr' />
mêmes, mais aussi pour la révolution internationale. » (18)</p>
<p>Combien ces paroles, grandes dans leur simplicité, entière-<br class='autobr' />
ment pénétrées de l'esprit d'internationalisme, sont éloignées des<br class='autobr' />
trouvailles actuelles des épigones satisfaits d'eux-mêmes !<br class='autobr' />
En tout cas nous avons le droit de demander : en quoi toutes<br class='autobr' />
ces déclarations de Lénine diffèrent-elles de la conviction que<br class='autobr' />
j'exprimais en 1915, que la révolution qui venait en Russie ou la<br class='autobr' />
future Allemagne socialiste ne pourraient pas tenir « isolées dans<br class='autobr' />
un monde capitaliste » ? Les délais ont dépassé les prévisions,<br class='autobr' />
non seulement les miennes mais aussi celles de Lénine ; mais<br class='autobr' />
l'idée sous-jacente conserve toute sa vigueur, peut-être à présent<br class='autobr' />
plus que jamais. Au lieu de la condamner comme le fit le vue<br class='autobr' />
plénum sur la base d'un rapport incompétent et malveillant, il est<br class='autobr' />
indispensable de l'introduire dans le programme de l'Internatio-<br class='autobr' />
nale communiste.</p>
<p>En défense du mot d'ordre des Etats-Unis soviétiques<br class='autobr' />
d'Europe nous avions souligné en 1915 que la loi du développe-<br class='autobr' />
ment inégal ne constitue pas en soi un argument contre ce mot<br class='autobr' />
d'ordre ; en effet l'inégalité du développement historique est à<br class='autobr' />
son tour inégale par rapport à divers Etats et continents : les pays<br class='autobr' />
de l'Europe se développent inégalement les uns par rapport aux<br class='autobr' />
autres. Néanmoins on peut dire avec une certitude historique<br class='autobr' />
absolue qu'il n'est donné, tout au moins au cours de la période<br class='autobr' />
historique considérée, à aucun de ces pays de prendre sur les<br class='autobr' />
autres l'avance que l'Amérique a prise sur l'Europe. Il y a une<br class='autobr' />
échelle d'inégalité pour l'Amérique et une autre pour l'Europe.<br class='autobr' />
Les conditions d'histoire et de géographie ont déterminé<br class='autobr' />
d'avance entre les pays d'Europe une liaison organique si étroite<br class='autobr' />
qu'ils ne peuvent absolument pas s'en dégager. Les gouverne-<br class='autobr' />
ments européens bourgeois actuels sont comme des assassins<br class='autobr' />
enchaînés à la même chaîne. Comme il a déjà été dit, la<br class='autobr' />
révolution en Europe aura également en dernière analyse une<br class='autobr' />
importance décisive pour l'Amérique. Mais dans l'immédiat, à<br class='autobr' />
court terme, la révolution en Allemagne aura beaucoup plus<br class='autobr' />
d'importance pour la France que pour les Etats-Unis d'Amérique<br class='autobr' />
du Nord. C'est de ce rapport historique que se déduit la validité<br class='autobr' />
politique du mot d'ordre de fédération soviétique d'Europe.</p>
<p>Nous parlons de validité relative, car il va de soi que cette<br class='autobr' />
fédération s'élargira en direction de l'Asie à travers le gigantes-<br class='autobr' />
que pont de l'Union soviétique pour arriver à l'union des<br class='autobr' />
républiques socialistes mondiales. Mais ce sera déjà la deuxième<br class='autobr' />
époque, ou le chapitre suivant de la période impérialiste et,<br class='autobr' />
quand nous y serons, nous trouverons les formules adéquates.</p>
<p>On peut démontrer au moyen d'autres citations que le désaccord<br class='autobr' />
en 1915 avec Lénine relevait strictement du domaine de la<br class='autobr' />
tactique et n'avait par essence qu'un caractère provisoire. Mais la<br class='autobr' />
meilleure preuve en est encore le cours qu'ont suivi les événe-<br class='autobr' />
ments : en 1923, l'Internationale communiste adopta ce mot<br class='autobr' />
d'ordre litigieux. S'il avait été vrai qu'on ne pouvait accepter en<br class='autobr' />
1915 le mot d'ordre des Etats-Unis d'Europe pour des questions<br class='autobr' />
de principe comme essaient maintenant de l'affirmer les auteurs<br class='autobr' />
du projet de programme, l'Internationale communiste n'aurait<br class='autobr' />
pas pu l'adopter huit années plus tard. Il faut croire que la loi du<br class='autobr' />
développement inégal n'a pas cessé d'être effective pendant ces<br class='autobr' />
années.</p>
<p>Toute la problématique que je viens d'exposer, découle de la<br class='autobr' />
dynamique du processus révolutionnaire pris dans son ensemble.<br class='autobr' />
La révolution internationale est considérée comme un processus<br class='autobr' />
englobant un ensemble de rapports mutuels qu'on ne peut<br class='autobr' />
prédire sous ses formes concrètes et, pour ainsi dire, dans leur<br class='autobr' />
succession, mais qui est parfaitement clair dans sa physionomie<br class='autobr' />
historique générale. Si l'on ne le comprend pas, il est exclu que<br class='autobr' />
l'on puisse avoir une orientation politique correcte.<br class='autobr' />
Cependant les choses changent radicalement d'aspect quand<br class='autobr' />
on part de l'idée d'un développement socialiste en cours de<br class='autobr' />
réalisation et même en voie d'achèvement dans un seul pays. Il<br class='autobr' />
existe maintenant une « théorie » qui enseigne qu'il est possible<br class='autobr' />
de construire le socialisme intégral dans un seul pays, et que les<br class='autobr' />
relations entre lui et le monde capitaliste peuvent reposer sur une<br class='autobr' />
« neutralisation » de la bourgeoisie mondiale (Staline). Dans<br class='autobr' />
cette optique au fond réformiste et pas révolutionnaire et<br class='autobr' />
internationaliste la nécessité du mot d'ordre des Etats-Unis<br class='autobr' />
d'Europe disparaît, ou tout au moins s'atténue. Mais justement il<br class='autobr' />
nous apparaît d'une importance et d'une nécessité vitales parce<br class='autobr' />
qu'il contient la condamnation de l'idée d'une évolution socialiste<br class='autobr' />
isolée dans un seul pays. Pour le prolétariat de chaque pays<br class='autobr' />
européen, bien plus encore que pour !'U.R.S.S. (ce n'est<br class='autobr' />
pourtant qu'une différence de degré), l'extension de la révolution<br class='autobr' />
aux pays voisins, le soutien armé qu'ils donneront aux insurrec-<br class='autobr' />
tions, est de la plus urgente nécessité ; non pas pour des<br class='autobr' />
considérations de solidarité internationale abstraite, qui, par elle-<br class='autobr' />
même, n'est pas en état de faire mouvoir les classes, mais en<br class='autobr' />
raison d'un argument formulé des centaines de fois par Lénine :<br class='autobr' />
nous ne pourrons nous maintenir si la révolution internationale<br class='autobr' />
ne nous aide pas à temps. Le mot d'ordre des Etats-unis<br class='autobr' />
soviétiques répond à cette dynamique de la révolution prolétarienne ; <br class='autobr' />
elle ne surgit pas simultanément dans tous les pays, mais<br class='autobr' />
s'étend de l'un à l'autre ; elle exige une liaison très étroite entre<br class='autobr' />
eux, tout d'abord sur l'arène de l'Europe, aussi bien pour se<br class='autobr' />
défendre contre ses très puissants ennemis extérieurs que pour<br class='autobr' />
des nécessités de construction économique.</p>
<p>Il est vrai que l'on pourra tenter d'objecter qu'après la crise<br class='autobr' />
de la Ruhr (19) , qui fut précisément la dernière poussée tendant à<br class='autobr' />
faire adopter ce mot d'ordre, celui-ci ne joua plus un rôle<br class='autobr' />
important dans l'agitation des partis communistes d'Europe et ne<br class='autobr' />
put, en quelque sorte, prendre racine. Mais il en est absolument<br class='autobr' />
de même pour les mots d'ordre du gouvernement ouvrier, des<br class='autobr' />
Soviets, etc., autrement dit pour tous les mots d'ordre de la<br class='autobr' />
période qui précède directement la révolution. Cela s'explique par<br class='autobr' />
le fait, que contrairement au jugement erroné au point de vue<br class='autobr' />
politique du Ve Congrès, le mouvement révolutionnaire n'a cessé<br class='autobr' />
de s'affaiblir depuis la fin de 1923 sur le continent européen. Mais<br class='autobr' />
c'est justement pour cela qu'il serait dangereux d'élaborer un<br class='autobr' />
programme, ou certaines de ses parties, en se référant seulement<br class='autobr' />
à cette période. Ce n'est pas par hasard que le mot d'ordre des<br class='autobr' />
Etats-Unis soviétiques d'Europe a été adopté, malgré toutes les<br class='autobr' />
préventions, justement en 1923 quand on s'attendait à ce que la<br class='autobr' />
révolution éclate en Allemagne (20) et que les problèmes des<br class='autobr' />
rapports entre Etats en Europe avaient acquis une âpreté<br class='autobr' />
particulière. Toute nouvelle aggravation de la crise interne de<br class='autobr' />
l'Europe, et à plus forte raison de la crise mondiale, si· elle est<br class='autobr' />
assez profonde pour reposer les problèmes fondamentaux de la<br class='autobr' />
politique, créera immanquablement des conditions favorables à<br class='autobr' />
l'adoption du mot d'ordre des Etats-Unis soviétiques d'Europe.</p>
<p>C'est donc une erreur radicale de le passer sous silence dans le<br class='autobr' />
programme, sans pour autant le rejeter, autrement dit de le<br class='autobr' />
garder en quelque sorte en réserve, « à tout hasard ». Dans les<br class='autobr' />
questions de principes la politique des réserves est sans intérêt.</p>
<p>4. Le critère de l'internationalisme</p>
<p>Comme nous le savons déjà, le projet s'efforce, ce qu'on<br class='autobr' />
doit saluer, de prendre comme point de départ l'économie<br class='autobr' />
mondiale et ses tendances internes. La Pravda a parfaitement<br class='autobr' />
raison de dire que c'est en cela que nous nous distinguons<br class='autobr' />
fondamentalement de la social-démocratie national-patriote. Ce<br class='autobr' />
n'est qu'en partant de l'économie mondiale (un tout qui domine<br class='autobr' />
ses parties) que l'on peut élaborer le programme du parti<br class='autobr' />
international du prolétariat. Mais justement en analysant les<br class='autobr' />
tendances essentielles de l'évolution du monde, le projet non<br class='autobr' />
seulement révèle des lacunes qui en affaiblissent la portée, ce qui<br class='autobr' />
a été montré plus haut, mais manifeste par endroit des concep-<br class='autobr' />
tions grossièrement tronquées, ce qui l'entraîne à des erreurs<br class='autobr' />
grossières.</p>
<p>A plusieurs reprises, et pas toujours à propos, le projet se<br class='autobr' />
réfère à la loi du développement inégal du capitalisme, comme la<br class='autobr' />
loi fondamentale déterminant à peu près tout. Une série d'er-<br class='autobr' />
reurs du projet, et parmi elles une erreur capitale du point de vue<br class='autobr' />
théorique, reposant sur une conception tronquée et erronée, ni<br class='autobr' />
marxiste ni léniniste de la loi du développement inégal.</p>
<p>Dans son premier chapitre le projet dit :</p>
<p>« L'inégalité du développement économique et politi-<br class='autobr' />
que est une loi absolue du capitalisme. Cette inégalité<br class='autobr' />
augmente et s'accentue encore à l'époque de l'impéria-<br class='autobr' />
lisme. »</p>
<p>C'est juste. Cette formule condamne la façon dont Staline<br class='autobr' />
posa récemment la question en affirmant que la loi du développe-<br class='autobr' />
ment inégal était inconnue de Marx et d'Engels, et qu'elle aurait<br class='autobr' />
été découverte par Lénine. Le 15 septembre 1925, Staline<br class='autobr' />
écrivait que Trotsky n'est nullement fondé à faire référence à<br class='autobr' />
Engels qui écrivait à une époque « où il ne pouvait même pas être<br class='autobr' />
question(!!) de la loi de l'évolution inégale des pays capitalistes ».<br class='autobr' />
Bien que ces affirmations paraissent invraisemblables, néan-<br class='autobr' />
moins Staline, un des auteurs du projet, les a à plusieurs fois<br class='autobr' />
reprises : le texte du projet fait, sur ce point, comme nous le<br class='autobr' />
voyons, un pas en avant. Si pourtant on laisse de côté cette<br class='autobr' />
correction d'une faute élémentaire, il reste que ce qu'il dit de la<br class='autobr' />
loi du développement inégal est au fond unilatéral et insuffisant.<br class='autobr' />
Tout d'abord, il serait plus juste de dire que toute l'histoire<br class='autobr' />
de l'humanité se déroule sous le signe du développement inégal.</p>
<p>Le capitalisme trouve déjà les différentes parties de l'humanité à<br class='autobr' />
des degrés différents de développement, avec chacun de pro-<br class='autobr' />
fondes contradictions internes. L'extrême variété des niveaux<br class='autobr' />
atteints et l'inégalité extraordinaire de l'allure du développement<br class='autobr' />
de diverses parties de l'humanité au cours de différentes périodes<br class='autobr' />
constituent la position de départ du capitalisme. Ce n'est que<br class='autobr' />
graduellement qu'il maîtrise l'inégalité dont il a hérité, la réfracte<br class='autobr' />
et la modifie par ses propres méthodes et en suivant ses propres<br class='autobr' />
voies. Se distinguant en cela des systèmes économiques qui l'ont<br class='autobr' />
précédé, le capitalisme a la propriété de chercher toujours<br class='autobr' />
l'expansion économique, pénétrer dans des régions nouvelles,<br class='autobr' />
triompher des différences économiques, transformer les écono-<br class='autobr' />
mies provinciales et nationales, fermées sur elles-mêmes, en un<br class='autobr' />
système de vases communicants, de rapprocher ainsi, d'égaliser<br class='autobr' />
les niveaux économiques et culturels des pays les plus avancés et<br class='autobr' />
les plus arriérés. Sans ce processus fondamental, on ne peut<br class='autobr' />
concevoir le nivellement relatif d'abord de l'Europe et de<br class='autobr' />
l'Angleterre, ensuite de l'Amérique et de l'Europe, l'industriali-<br class='autobr' />
sation des colonies, qui diminue l'écart entre les Indes et la<br class='autobr' />
Grande-Bretagne, ainsi que les conséquences des processus<br class='autobr' />
énumérés, sur lesquels se fonde non seulement le programme de<br class='autobr' />
l'Internationale communiste, mais son existence même.</p>
<p>Mais en rapprochant les pays et en égalisant les niveaux de<br class='autobr' />
leur développement, le capitalisme agit avec ses méthodes<br class='autobr' />
propres, c'est-à-dire avec des méthodes anarchiques, qui sapent<br class='autobr' />
continuellement son propre travail en opposant un pays et une<br class='autobr' />
branche de la production à une autre, favorisant le développe-<br class='autobr' />
ment de certaines parties de l'économie mondiale, freinant et<br class='autobr' />
rejetant en arrière celui d'autres parties. Seule la combinaison de<br class='autobr' />
ces deux tendances fondamentales, centripète et centrifuge,<br class='autobr' />
nivellement et inégalité, toutes deux conséquences de la nature<br class='autobr' />
même du capitalisme, nous explique le tissu vivant du processus<br class='autobr' />
historique.</p>
<p>Du fait de l'universalité, de la mobilité, du rythme accéléré<br class='autobr' />
de la diffusion du capital financier, du fait de sa propre force<br class='autobr' />
vive, l'impérialisme accentue encore ces deux tendances. A un<br class='autobr' />
rythme et une profondeur jusqu'alors inconnus, l'impérialisme<br class='autobr' />
relie en un tout unifié les divers ensembles nationaux et<br class='autobr' />
continentaux, les plaçant dans une interdépendance étroite et<br class='autobr' />
vitale les uns par rapport aux autres et rapprochant leurs<br class='autobr' />
méthodes économiques, leurs formes sociales et leurs niveaux de<br class='autobr' />
développement. En même temps l'impérialisme poursuit ce<br class='autobr' />
« but » qui est le sien par des procédés tellement antagonistes, en<br class='autobr' />
faisant de tels bonds, en se livrant à de telles razzias sur les pays<br class='autobr' />
et régions retardataires que l'unification et le nivellement de<br class='autobr' />
l'économie mondiale qu'il réalise s'accomplissent avec plus de<br class='autobr' />
violence et de convulsions qu'au cours des périodes précédentes.</p>
<p>Seule, cette conception dialectique et non abstraite et mécanique<br class='autobr' />
de la loi du développement inégal, permet d'éviter l'erreur<br class='autobr' />
radicale à laquelle n'a pu échapper le projet de programme<br class='autobr' />
proposé au VIe Congrès.</p>
<p>Immédiatement après avoir caractérisé cette loi de façon<br class='autobr' />
tronquée comme nous l'avons vu, le projet dit :</p>
<p>« Il en découle que la révolution internationale du<br class='autobr' />
prolétariat ne peut être envisagée comme un acte unique,<br class='autobr' />
simultané, universel. Il en résulte que la victoire du<br class='autobr' />
socialisme est possible d'abord dans quelques pays peu<br class='autobr' />
nombreux et même dans un seul pays capitaliste isolé. »<br class='autobr' />
Il va de soi que personne ne peut contester qu'il est<br class='autobr' />
impossible que la révolution internationale du prolétariat soit un<br class='autobr' />
« acte simultané », surtout après l'expérience de la révolution<br class='autobr' />
d'Octobre accomplie par la classe ouvrière d'un pays arriéré sous<br class='autobr' />
la pression de la nécessité historique, sans attendre que le<br class='autobr' />
prolétariat des pays avancés ait « rectifié le front ». Il est tout à<br class='autobr' />
fait juste et opportun d'avoir recours à la loi du développement<br class='autobr' />
inégal dans ces limites. mais il en va tout autrement de la seconde<br class='autobr' />
moitié de la conclusion, de l'affirmation sans fondement, que la<br class='autobr' />
victoire du socialisme est possible dans « un seul pays capitaliste,<br class='autobr' />
pris isolément ». Pour le démontrer, le projet dit simplement :<br class='autobr' />
« il en découle » ; autrement dit, cette possibilité se déduirait de<br class='autobr' />
la loi du développement inégal. Or il n'en est rien. Il en<br class='autobr' />
« découle » exactement le contraire. Si le processus historique<br class='autobr' />
consistait en ce que les divers pays évoluent non seulement de<br class='autobr' />
façon inégale, mais encore indépendamment les uns des autres, en<br class='autobr' />
demeurant isolés les uns des autres, alors sans doute il faudrait<br class='autobr' />
déduire de la loi du développement inégal la possibilité de<br class='autobr' />
construire le socialisme dans un seul pays capitaliste pris isolé-<br class='autobr' />
ment : tout d'abord dans le plus avancé, puis dans les plus<br class='autobr' />
arriérés, au fur et à mesure qu'ils arriveraient à maturité. C'était<br class='autobr' />
la conception habituelle, en quelque sorte moyenne, du passage<br class='autobr' />
au socialisme dans la social-démocratie d'avant-guerre. C'était<br class='autobr' />
précisément la consécration théorique du social-patriotisme. Le<br class='autobr' />
projet n'adopte certes pas ce point de vue, mais il y glisse.</p>
<p>Son erreur théorique est de tenter de tirer de la loi du<br class='autobr' />
développement inégal ce qu'elle ne contient pas et ne peut<br class='autobr' />
contenir. L'inégalité, ou la marche saccadée de l'évolution des<br class='autobr' />
divers pays, porte continuellement atteinte à leurs liens et à leur<br class='autobr' />
interdépendance économiques croissants, mais elle ne les sup-<br class='autobr' />
prime nullement : au lendemain d'une boucherie infernale qui<br class='autobr' />
dura quatre ans, ces pays sont obligés d'échanger du charbon, du<br class='autobr' />
blé, du pétrole, de la poudre et des bretelles. Sur ce point<br class='autobr' />
fondamental, le projet présente les choses comme si l'évolution<br class='autobr' />
historique s'accomplissait par bonds ; mais le terrain économique<br class='autobr' />
qui les provoque et sur lequel ils se produisent sort complètement<br class='autobr' />
du champ visuel des auteurs du projet ou bien ils l'écartent<br class='autobr' />
arbitrairement. Ils agissent ainsi avec l'objectif unique de défen-<br class='autobr' />
dre l'indéfendable théorie du socialisme dans un seul pays.</p>
<p>Après ce qui a été dit, il n'est pas difficile de comprendre<br class='autobr' />
que la seule façon juste de poser la question serait la suivante :<br class='autobr' />
déjà à l'époque pré-impérialiste, Marx et Engels en étaient venus<br class='autobr' />
à conclure que, d'une part l'irrégularité, c'est-à-dire les saccades<br class='autobr' />
de l'évolution historique, étendent la révolution prolétarienne à<br class='autobr' />
toute une époque au cours de laquelle les nations entreront dans<br class='autobr' />
le torrent révolutionnaire les unes après les autres ; mais que<br class='autobr' />
d'autre part l'interdépendance organique des divers pays qui est<br class='autobr' />
devenue une division internationale du travail, exclut la possibi-<br class='autobr' />
lité de construire le socialisme dans un seul pays ; maintenant<br class='autobr' />
plus que jamais, alors que l'impérialisme a étendu, approfondi et<br class='autobr' />
avivé ces deux tendances antagonistes, la doctrine marxiste,<br class='autobr' />
enseignant qu'on ne peut commencer la révolution socialiste que<br class='autobr' />
sur une base nationale, mais qu'on ne peut construire la société<br class='autobr' />
socialiste dans les cadres d'une nation, est deux et trois fois plus<br class='autobr' />
vraie. Dans cette question, Lénine n'a fait qu'élargir et rendre<br class='autobr' />
plus concrètes la façon dont Marx posa la question et la solution<br class='autobr' />
qu'il lui donna.</p>
<p>Le programme de notre parti part de l'idée que la révolution<br class='autobr' />
d'Octobre et la construction du socialisme sont conditionnées par<br class='autobr' />
la situation internationale. Pour le démontrer il suffirait de<br class='autobr' />
simplement recopier toute la partie théorique de notre pro-<br class='autobr' />
gramme. Rappelons seulement ici que lorsqu'au VIIIe Congrès<br class='autobr' />
du parti le défunt Podbielsky (21) suspecta certaines formules du<br class='autobr' />
programme de ne se rapporter qu'à la révolution en Russie,<br class='autobr' />
Lénine lui répondit ce qui suit dans son discours de clôture à<br class='autobr' />
propos de cette question (19 mars 1919) :</p>
<p>« Podbielsky a attaqué un des paragraphes parlant de<br class='autobr' />
la révolution sociale en préparation... Manifestement cet<br class='autobr' />
argument n'est pas fondé car notre programme évoque une<br class='autobr' />
révolution sociale d'une portée mondiale. » (22)</p>
<p>Il n'est pas superflu de mentionner qu'à peu près à cette<br class='autobr' />
époque Lénine proposa d'appeler notre parti, non pas parti<br class='autobr' />
communiste russe, mais bien parti communiste, pour mieux<br class='autobr' />
souligner encore qu'il est le parti de la révolution internationale.<br class='autobr' />
Au comité central, Lénine n'eut que ma voix en faveur de cette<br class='autobr' />
proposition. Toutefois il ne porta pas la question devant le<br class='autobr' />
congrès, étant donné qu'à ce moment-là s'organisait la Ille Inter-<br class='autobr' />
nationale. Cette position est bien la preuve qu'il ne pouvait être<br class='autobr' />
question alors de l'idée même du socialisme dans un seul pays.</p>
<p>C'est la seule raison qui fait que le programme du parti ne<br class='autobr' />
condamne pas cette théorie mais l'exclut simplement.<br class='autobr' />
Mais, dans le programme des Jeunesses communistes adopté<br class='autobr' />
deux ans plus tard, il y avait déjà, pour éduquer les jeunes dans<br class='autobr' />
l'esprit de l'internationalisme, une mise en garde directe contre<br class='autobr' />
les illusions nationales et l'étroitesse d'esprit nationale dans la<br class='autobr' />
question de la révolution prolétarienne. Nous en parlerons plus<br class='autobr' />
longuement plus loin.</p>
<p>Il en va tout autrement avec le nouveau projet de pro-<br class='autobr' />
gramme de l'Internationale communiste. Conformément à l'évo-<br class='autobr' />
lution révisionniste de ses auteurs après 1924, il s'engage comme<br class='autobr' />
nous le voyons dans une direction tout à fait opposée. Pourtant la<br class='autobr' />
réponse donnée à la question du socialisme dans un seul pays<br class='autobr' />
détermine la valeur du projet tout entier, c'est-à-dire son carac-<br class='autobr' />
tère de document marxiste ou révisionniste.</p>
<p>Bien entendu, ce projet explique soigneusement, obstiné-<br class='autobr' />
ment, à diverses reprises, met en évidence, souligne, les diffé-<br class='autobr' />
rences entre la façon communiste et la façon réformiste de poser<br class='autobr' />
les questions. Mais ces assurances ne résolvent pas le problème.</p>
<p>C'est comme si l'on était dans un bateau pourvu de nombreux<br class='autobr' />
appareils et mécanismes marxistes, avec les voiles ouvertes à tous<br class='autobr' />
les vents révisionnistes et réformistes. Celui qui, grâce à l'expé-<br class='autobr' />
rience acquise pendant les trois dernières décennies et surtout<br class='autobr' />
l'expérience exceptionnelle de la Chine au cours des dernières<br class='autobr' />
années, a appris à comprendre l'interdépendance dialectique<br class='autobr' />
puissante existant entre la lutte des classes et les programmes des<br class='autobr' />
partis, celui-là nous comprendra quand nous disons que la<br class='autobr' />
nouvelle voilure révisionniste peut anéantir tout le fonctionne-<br class='autobr' />
ment des appareils de sécurité et de sauvetage du marxisme et du<br class='autobr' />
léninisme. Voilà pourquoi nous sommes obligés de nous étendre<br class='autobr' />
plus en détail sur cette question capitale qui déterminera pour<br class='autobr' />
longtemps le développement et la destinée de l'Internationale<br class='autobr' />
communiste.</p>
<p>5. La tradition théorique du parti</p>
<p>Le projet de programme dans la citation ci-dessus emploie<br class='autobr' />
manifestement intentionnellement l'expression « victoire du<br class='autobr' />
socialisme dans un seul pays » pour arriver à une similitude<br class='autobr' />
superficielle, purement verbale, avec l'article de Lénine de 1915 ;<br class='autobr' />
on a abusé de lui cruellement, pour ne pas dire de façon<br class='autobr' />
criminelle, au cours des discussions autour de la construction de<br class='autobr' />
la société socialiste dans un seul pays. Le projet a recours au<br class='autobr' />
même procédé dans un autre cas, quand « il fait allusion » aux<br class='autobr' />
paroles de Lénine pour consolider sa position. Telle est sa<br class='autobr' />
« méthodologie » scientifique.</p>
<p>De toute la riche littérature marxiste et du trésor des travaux<br class='autobr' />
de Lénine, ignorant délibérément tout ce que Lénine a écrit, dit<br class='autobr' />
et fait, passant outre aux programmes du parti et des Jeunesses<br class='autobr' />
communistes, négligeant tout ce que les militants dirigeants du<br class='autobr' />
parti sans exception avaient exprimé à l'époque de la révolution<br class='autobr' />
d'Octobre lorsque la question se posa nettement (et combien<br class='autobr' />
nettement), passant outre à ce que les auteurs du projet, Staline<br class='autobr' />
et Boukharine eux-mêmes, avaient dit jusqu'en 1924 inclus, on<br class='autobr' />
ne retient, en tout et pour tout, pour défendre la théorie du<br class='autobr' />
socialisme national qui naquit fin 1924 ou début 1925 des<br class='autobr' />
nécessités de la lutte contre le prétendu« trotskysme », que deux<br class='autobr' />
citations de Lénine, l'une extraite de l'article sur les Etats-Unis<br class='autobr' />
d'Europe, écrit en 1915 ; l'autre de son ouvrage posthume<br class='autobr' />
inachevé sur la coopération. Tout ce qui contredit ces deux<br class='autobr' />
citations de quelques lignes, tout le marxisme, tout le léninisme,<br class='autobr' />
sont simplement mis de côté. Quant aux deux citations artificiel-<br class='autobr' />
lement isolées du contexte, interprétées par les épigones en<br class='autobr' />
commettant de grossières erreurs, elles servent de base à une<br class='autobr' />
nouvelle théorie, purement révisionniste, dont on ne peut encore<br class='autobr' />
entrevoir la portée politique. Ainsi, sous nos yeux, tente-t-on, en<br class='autobr' />
recourant à des méthodes scolastiques et sophistes, de greffer sur<br class='autobr' />
le tronc marxiste une branche d'une tout autre espèce : si cette<br class='autobr' />
greffe réussit elle infectera et étouffera l'arbre tout entier.</p>
<p>Au cours du plénum, Staline a déclaré (et ce n'était pas la<br class='autobr' />
première fois) :</p>
<p>« La question de la construction de l'économie socia-<br class='autobr' />
liste dans un seul pays fut pour la première fois posée dans<br class='autobr' />
le parti par Lénine, déjà en 1915. » (23)</p>
<p>On admet donc ici qu'avant 1915, il n'était pas question du<br class='autobr' />
socialisme dans un seul pays. Staline et Boukharine ne peuvent<br class='autobr' />
donc pas prétendre être dans toute la tradition antérieure du<br class='autobr' />
marxisme et du parti sur le problème du caractère international<br class='autobr' />
de la révolution prolétarienne. Notons-le.</p>
<p>Pourtant, qu'a donc déclaré Lénine« pour la première fois »<br class='autobr' />
en 1915, contredisant ce que Marx, Engels et Lénine lui-même<br class='autobr' />
avaient dit jusqu'à cette date ?</p>
<p>En 1915 Lénine écrivait :</p>
<p>« L'inégalité du développement économique et politi-<br class='autobr' />
que est une loi absolue du capitalisme. Il en résulte que la<br class='autobr' />
victoire du socialisme est possible au début dans quelques<br class='autobr' />
pays peu nombreux et même dans un seul pays capitaliste<br class='autobr' />
isolé. Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir<br class='autobr' />
exproprié les capitalistes et organisé chez lui la production<br class='autobr' />
socialiste, se dresserait contre le reste du monde capitaliste<br class='autobr' />
en attirant à lui les classes opprimées des autres contrées,<br class='autobr' />
en les poussant à s'insurger contre les capitalistes, en<br class='autobr' />
intervenant même en cas de nécessité par la force militaire<br class='autobr' />
contre les classes exploiteuses et leurs Etats. » (24)</p>
<p>Que voulait dire Lénine quand il écrivait cela ? Simplement,<br class='autobr' />
que la victoire du socialisme, dans le sens de l'établissement de la<br class='autobr' />
dictature du prolétariat, est possible d'abord dans un seul pays,<br class='autobr' />
qui se trouvera ainsi en opposition avec le monde capitaliste.<br class='autobr' />
L'Etat prolétarien, pour repousser les assauts et passer lui-même<br class='autobr' />
à l'offensive révolutionnaire, devra au préalable« organiser chez<br class='autobr' />
lui la production socialiste », c'est-à-dire diriger lui-même le<br class='autobr' />
travail dans les usines enlevées aux capitalistes. C'est tout. On le<br class='autobr' />
sait, une « victoire du socialisme » de ce genre fut pour la<br class='autobr' />
première fois remportée en Russie ; le premier Etat ouvrier, pour<br class='autobr' />
repousser l'intervention mondiale, dut d'abord« organiser chez<br class='autobr' />
lui la production socialiste » ou bien des « trusts du type<br class='autobr' />
socialiste conséquent ». Lénine entendait donc par victoire du<br class='autobr' />
socialisme dans un seul pays non pas la fantasmagorie d'une<br class='autobr' />
société socialiste se suffisant à elle-même - surtout dans un pays<br class='autobr' />
retardataire - mais quelque chose de bien plus réaliste, à<br class='autobr' />
savoir : ce que la révolution d'Octobre a réalisé chez nous dès la<br class='autobr' />
première période de son existence.</p>
<p>Peut-être faut-il encore apporter des preuves pour le démon-<br class='autobr' />
trer ? Il y en a tant qu'il est difficile de choisir.</p>
<p>Dans ses thèses sur la guerre et la paix (7 janvier 1918),<br class='autobr' />
Lénine évoquait la nécessité « en Russie d'un certain laps de<br class='autobr' />
temps, au moins quelques mois, pour le succès du socia-<br class='autobr' />
lisme » ... (25)</p>
<p>Au début de la même année 1918, dans un article dirigé<br class='autobr' />
contre Boukharine et intitulé : « De l'enfantillage gauchiste et de<br class='autobr' />
la petite bourgeoisie », Lénine écrivait :</p>
<p>« Si, dans moins de six mois par exemple, nous avions<br class='autobr' />
instauré chez nous le capitalisme d'Etat, ce serait un succès<br class='autobr' />
et la plus sûre des garanties que d'ici un an le socialisme se<br class='autobr' />
consoliderait définitivement chez nous et deviendrait invin-<br class='autobr' />
cible. » (26)</p>
<p>Comment Lénine pouvait-il fixer un délai aussi bref pour<br class='autobr' />
« consolider définitivement » le socialisme ? Quel sens matériel,<br class='autobr' />
productif, social, donnait-il à ces mots ?</p>
<p>Cette question apparaîtra sous un tout autre jour si l'on<br class='autobr' />
rappelle que le 19 avril de la même année 1918, Lénine disait<br class='autobr' />
dans son rapport au comité exécutif central panrusse des<br class='autobr' />
Soviets :</p>
<p>« Il est douteux que la génération qui nous suit<br class='autobr' />
immédiatement et qui sera plus développée passera entiè-<br class='autobr' />
rement au socialisme. »</p>
<p>Le 3 décembre 1919, au congrès des artels et des exploita-<br class='autobr' />
tions collectives, Lénine s'exprima avec plus de vigueur encore :<br class='autobr' />
« Nous savons que nous ne pouvons pas introduire dès<br class='autobr' />
maintenant l'ordre socialiste ; plaise à Dieu, qu'il s'éta-<br class='autobr' />
blisse chez nous du vivant de nos enfants, peut-être même<br class='autobr' />
de nos petits-enfants ... » (28)</p>
<p>Dans lequel de ces deux cas Lénine avait-il donc raison :<br class='autobr' />
quand il fixait douze mois de délai pour « consolider définitive-<br class='autobr' />
ment le socialisme », ou bien quand il chargeait non pas nos<br class='autobr' />
enfants, mais nos petits-enfants, d'édifier l'ordre socialiste ?<br class='autobr' />
Lénine avait raison dans les deux cas, car il avait ainsi en vue<br class='autobr' />
des étapes différentes, sans commune mesure, de la construction<br class='autobr' />
du socialisme.</p>
<p>Dans le premier cas, Lénine entendait par « consolidation<br class='autobr' />
définitive du socialisme » non pas la construction de la société<br class='autobr' />
socialiste dans le délai d'un an ou même en« quelques mois »,<br class='autobr' />
c'est-à-dire non pas la suppression des classes, non pas le<br class='autobr' />
dépassement des oppositions entre la ville et la campagne, mais<br class='autobr' />
la remise en marche des fabriques et des usines aux mains de l'Etat<br class='autobr' />
prolétarien, garantissant ainsi la possibilité de l'échange des<br class='autobr' />
produits entre les villes et les villages. La brièveté même du délai<br class='autobr' />
donne la clef qui permet de comprendre sans erreur la perspec-<br class='autobr' />
tive tout entière.</p>
<p>Certes, même pour cette tâche très élémentaire, le délai<br class='autobr' />
prévu au début de 1918 était trop court. C'est de cette« bévue »<br class='autobr' />
purement pratique que Lénine se moquait au IVe congrès de<br class='autobr' />
l'Internationale communiste en disant : « Nous étions plus stu-<br class='autobr' />
pides que maintenant. » Mais « nous » avions vu juste quant à la<br class='autobr' />
perspective générale, sans croire le moins du monde qu'on puisse<br class='autobr' />
en douze mois ériger intégralement« l'ordre socialiste », et, qui<br class='autobr' />
plus est, dans un pays arriéré. Lénine comptait pour atteindre le<br class='autobr' />
but fondamental et final sur trois générations, sur nous-mêmes,<br class='autobr' />
sur nos enfants et sur nos petits-enfants.</p>
<p>N'est-il pas clair que, dans son article de 1915, Lénine<br class='autobr' />
entend par « organisation de la production socialiste » non pas la<br class='autobr' />
création d'une société socialiste, mais une tâche infiniment plus<br class='autobr' />
simple, déjà accomplie par nous en U.R.S.S.? Autrement il<br class='autobr' />
faudrait arriver à la conclusion absurde que, selon Lénine, le<br class='autobr' />
parti prolétarien, après avoir conquis le pouvoir, « ajourne » la<br class='autobr' />
guerre révolutionnaire jusqu'à la troisième génération.</p>
<p>Voilà la triste situation du bastion fondamental de la<br class='autobr' />
nouvelle théorie : la citation de 1915. Mais ce qui est encore plus<br class='autobr' />
triste c'est que, pour Lénine, cette citation ne s'appliquait<br class='autobr' />
nullement à la Russie. Il parlait de l'Europe en opposition à la<br class='autobr' />
Russie. Cela découle non seulement du contenu de l'article cité,<br class='autobr' />
consacré aux Etats-Unis d'Europe, mais de toute l'attitude de<br class='autobr' />
Lénine à l'époque. Quelques mois plus tard, le 20 novembre<br class='autobr' />
1915, Lénine écrivait spécialement sur la Russie :</p>
<p>« De cette situation de fait découle de toute évidence<br class='autobr' />
la tâche du prolétariat. Lutte révolutionnaire audacieuse,<br class='autobr' />
sans hésitation, contre la monarchie (mots d'ordre de la<br class='autobr' />
conférence de janvier 1912, " les trois baleines " (29), lutte<br class='autobr' />
qui entraînerait toutes les masses démocratiques, c'est-à-<br class='autobr' />
dire surtout la paysannerie. Et en même temps lutte<br class='autobr' />
impitoyable contre le chauvinisme, lutte pour la révolution<br class='autobr' />
socialiste d'Europe en alliance avec son prolétariat... La<br class='autobr' />
crise militaire a renforcé les facteurs économiques et<br class='autobr' />
politiques qui la (la petite bourgeoisie) poussent, ainsi que<br class='autobr' />
la paysannerie, vers la gauche. C'est en cela que consiste la<br class='autobr' />
base objective qui rend parfaitement possible la victoire de<br class='autobr' />
la révolution démocratique en Russie. Nous n'avons pas<br class='autobr' />
besoin de démontrer ici que les conditions objectives de la<br class='autobr' />
révolution socialiste sont complètement mûres en Europe<br class='autobr' />
occidentale ; tous les socialistes influents, dans tous les pays<br class='autobr' />
avancés, admettaient cela avant la guerre. » (30)</p>
<p>Ainsi en 1915, Lénine parlait nettement de la révolution<br class='autobr' />
démocratique en Russie et de la révolution socialiste en Europe<br class='autobr' />
occidentale. En passant, il signalait comme quelque chose qui<br class='autobr' />
allait de soi, qu'en Europe occidentale, à la différence de la<br class='autobr' />
29. Les trois mots d'ordre principaux de l'agitation bolchevique sous le<br class='autobr' />
tsarisme étaient « république démocratique », « journée de 8 heures », « confis-<br class='autobr' />
cation des terres au bénéfice des paysans ». On les appelait« les trois colonnes »<br class='autobr' />
ou encore « les trois baleines » - par allusion au vieux mythe selon lequel le<br class='autobr' />
monde reposerait sur trois baleines- du bolchevisme. C'est entre autres sur ces<br class='autobr' />
trois mots d'ordre que les bolcheviks s'affrontaient aux liquidateurs dont les<br class='autobr' />
revendications démocratiques étaient étudiées pour pouvoir être concédées par le<br class='autobr' />
tsarisme.</p>
<p>Russie, par opposition à la Russie, les conditions de la révolution<br class='autobr' />
socialiste « étaient tout à fait mûres ». Mais les auteurs de la<br class='autobr' />
nouvelle théorie, qui sont aussi ceux du programme, négligent<br class='autobr' />
simplement cette citation (une parmi beaucoup d'autres), qui se<br class='autobr' />
rapporte directement à la Russie ; ils agissent de même pour des<br class='autobr' />
centaines d'autres, pour les œuvres complètes de Lénine. En<br class='autobr' />
revanche, comme nous l'avons vu, ils s'emparent d'une autre<br class='autobr' />
citation qui se rapporte à l'Europe occidentale et lui attribuent un<br class='autobr' />
sens qu'elle ne peut et ne cherche pas à avoir ; ils accrochent ce<br class='autobr' />
sens arbitraire à la Russie que la citation ne vise pas ; et sur cette<br class='autobr' />
« fondation » ils érigent leur théorie nouvelle.</p>
<p>Comment Lénine envisageait-il cette question pendant la<br class='autobr' />
période qui précéda immédiatement Octobre ? En quittant la<br class='autobr' />
Suisse après la révolution de Février, Lénine s'adressa aux<br class='autobr' />
ouvriers suisses dans une lettre où il expliquait :</p>
<p>« La Russie est un pays paysan, un des pays les plus<br class='autobr' />
arriérés de l'Europe. Le socialisme ne peut pas y triompher<br class='autobr' />
directement tout de suite. Mais le caractère paysan du pays,<br class='autobr' />
étant donné l'immense fonds agraire qui est conservé par<br class='autobr' />
les nobles, propriétaires fonciers, peut en se basant sur<br class='autobr' />
l'expérience de 1905, donner à la révolution bourgeoise et<br class='autobr' />
démocratique en Russie une envergure immense ; il peut<br class='autobr' />
faire de notre révolution le prologue de la révolution<br class='autobr' />
socialiste mondiale, constituant une étape qui conduira<br class='autobr' />
vers elle ... Le prolétariat russe ne peut pas par ses seules<br class='autobr' />
forces achever victorieusement la révolution socialiste. Mais<br class='autobr' />
il peut donner à la révolution russe une envergure telle,<br class='autobr' />
qu'il créera les meilleures conditions pour la révolution<br class='autobr' />
socialiste, il la commencera en quelque sorte. Il peut rendre<br class='autobr' />
la situation plus favorable à l'entrée, dans les batailles<br class='autobr' />
décisives, de son collaborateur principal, le plus sûr, du<br class='autobr' />
prolétariat socialiste européen et américain. » (31)</p>
<p>Ces lignes contiennent tous les éléments de la question. Si<br class='autobr' />
Lénine, comme on essaie de nous le faire croire, estimait en<br class='autobr' />
1915, pendant une période de guerre et de réaction, que le<br class='autobr' />
prolétariat de Russie pouvait à lui seul construire le socialisme et<br class='autobr' />
ensuite, après avoir accompli cette besogne, déclarer la guerre<br class='autobr' />
aux Etats bourgeois, comment alors Lénine au début de 1917,<br class='autobr' />
alors que la révolution de Février avait déjà eu lieu, pouvait-il se<br class='autobr' />
prononcer aussi catégoriquement sur l'impossibilité pour la<br class='autobr' />
Russie paysanne d'édifier le socialisme par ses propres forces ? Il<br class='autobr' />
faudrait être au moins un peu logique et, disons-le franchement,<br class='autobr' />
respecter quelque peu Lénine.</p>
<p>Il serait superflu de multiplier les citations. Un exposé suivi<br class='autobr' />
des vues de Lénine sur le caractère économique et politique de la<br class='autobr' />
révolution sociale, conditionné par son extension internationale,<br class='autobr' />
exigerait une étude spéciale ; elle comprendrait bien des thèmes,<br class='autobr' />
sauf celui de la construction dans un seul pays d'une société<br class='autobr' />
socialiste se suffisant à elle-même, parce que Lénine ne connais-<br class='autobr' />
sait pas ce sujet.</p>
<p>Il nous faut pourtant nous arrêter encore sur un autre article<br class='autobr' />
de Lénine ; en effet le projet de programme semble citer l'article<br class='autobr' />
posthume de Lénine : « De la coopération », en utilisant une<br class='autobr' />
expression isolée du contexte sans rapport avec l'objet de<br class='autobr' />
l'article. Nous avons en vue le chapitre V du projet de pro-<br class='autobr' />
gramme disant que les ouvriers des républiques soviétiques<br class='autobr' />
« possèdent, dans le pays, les prémisses matérielles, nécessaires<br class='autobr' />
et suffisantes ... pour construire le socialisme intégral ». (32)</p>
<p>Si cet article, dicté par Lénine pendant sa maladie et publié<br class='autobr' />
seulement après sa mort, disait effectivement que l'Etat soviéti-<br class='autobr' />
que possède les prémisses matérielles, c'est-à-dire tout d'abord de<br class='autobr' />
production, nécessaires et suffisantes pour construire à lui seul le<br class='autobr' />
socialisme intégral, il ne resterait plus qu'à supposer que c'était là<br class='autobr' />
ou bien un lapsus de Lénine pendant la dictée, ou une erreur de<br class='autobr' />
déchiffrage du sténographe. L'un et l'autre sont en tout cas plus<br class='autobr' />
probables que l'abandon par Lénine, en deux lignes quelcon-<br class='autobr' />
ques, du marxisme et de tout ce qu'il avait enseigné lui-même<br class='autobr' />
durant sa vie. Heureusement il est inutile de recourir à cette<br class='autobr' />
explication. L'article remarquable, quoique inachevé, « De la<br class='autobr' />
coopération », est relié par une unité de pensée à d'autres, non<br class='autobr' />
moins remarquables, parus pendant la dernière période de la vie<br class='autobr' />
de Lénine ; ils forment en quelque sorte les chapitres d'un livre<br class='autobr' />
inachevé, traitant de la place de la révolution d' Octobre dans la<br class='autobr' />
chaîne des révolutions d'Occident et d'Orient ; l'article « De la<br class='autobr' />
coopération » ne dit pas du tout ce que lui attribuent avec tant de<br class='autobr' />
légèreté les révisionnistes du léninisme.</p>
<p>Lénine y explique que la coopération « mercantile » peut et<br class='autobr' />
doit modifier complètement son rôle social dans l'Etat ouvrier ;<br class='autobr' />
grâce à une politique juste, elle peut orienter la combinaison de<br class='autobr' />
l'intérêt particulier du paysan et de l'intérêt général de l'Etat<br class='autobr' />
dans la voie socialiste. Lénine expose dans les lignes suivantes les<br class='autobr' />
fondements de cette idée indiscutable :</p>
<p>« En effet, le pouvoir de l'Etat sur les principaux<br class='autobr' />
moyens de production, le pouvoir de l'Etat aux mains du<br class='autobr' />
prolétariat, l'alliance de ce prolétariat avec les millions de<br class='autobr' />
petits paysans, la direction de la paysannerie assurée par ce<br class='autobr' />
prolétariat, etc., n'est-ce pas là tout ce qu'il faut pour<br class='autobr' />
pouvoir, à partir de la coopération, de la coopération à elle<br class='autobr' />
seule, que nous traitions autrefois de mercantile, et que<br class='autobr' />
nous avons encore jusqu'à un certain point le droit de<br class='autobr' />
traiter ainsi, maintenant que nous avons la Nep, n'est-ce<br class='autobr' />
pas tout ce qui est nécessaire pour construire la société<br class='autobr' />
socialiste intégrale ? Ce n'est pas encore la construction de<br class='autobr' />
la société socialiste, mais c'est tout ce qui est nécessaire et<br class='autobr' />
suffisant à cet effet. » (33)</p>
<p>Le texte seul de la citation, contenant la phrase inachevée<br class='autobr' />
(« de la coopération à elle seule ») prouve indiscutablement que<br class='autobr' />
nous sommes en présence d'un essai non corrigé et qui a été en<br class='autobr' />
outre dicté et non pas écrit de la main de son auteur. Aussi n'en<br class='autobr' />
est-il que plus impardonnable de s'accrocher à des phrases<br class='autobr' />
coupées du texte au lieu de réfléchir sur le sens général de<br class='autobr' />
l'article. Fort heureusement cependant, la lettre même de cette<br class='autobr' />
citation et pas seulement son esprit démontrent qu'on n'a pas le<br class='autobr' />
droit d'en faire l'utilisation abusive qu'en font les auteurs du<br class='autobr' />
projet. Quand il parle des « conditions nécessaires et suffi-<br class='autobr' />
santes », Lénine délimite rigoureusement son sujet dans cet<br class='autobr' />
article. Il y examine seulement la question de savoir par quelles<br class='autobr' />
méthodes, par quels procédés nous parviendrons au socialisme<br class='autobr' />
sans nouveaux affrontements de classes à partir d'exploitations<br class='autobr' />
paysannes dispersées et émiettées, grâce à l'existence des bases<br class='autobr' />
du régime soviétique. L'article est entièrement consacré aux<br class='autobr' />
formes sociales d'organisation de la transition entre la petite<br class='autobr' />
économie privée et l'économie collective, et nullement aux<br class='autobr' />
conditions matérielles de production pendant cette période. Si<br class='autobr' />
aujourd'hui le prolétariat européen l'emportait et nous apportait<br class='autobr' />
l'aide de sa technique, la question de la coopération posée par<br class='autobr' />
Lénine - en tant que méthode sociale d'organisation combinant<br class='autobr' />
l'intérêt privé avec celui de la collectivité, conserverait toute son<br class='autobr' />
importance. La coopération montre la voie suivant laquelle les<br class='autobr' />
progrès de la technique (particulièrement l'électrification) peu-<br class='autobr' />
vent réorganiser et unir des millions d'exploitations paysannes du<br class='autobr' />
fait de l'existence du régime soviétique ; mais la coopération ne<br class='autobr' />
se substitue pas à cette nouvelle technique et ne la crée pas en son<br class='autobr' />
sein. Comme nous l'avons vu, Lénine parle simplement des<br class='autobr' />
conditions « nécessaires et suffisantes » en général et les énu-<br class='autobr' />
mère avec précision. Ce sont : 1) « Le pouvoir de l'Etat<br class='autobr' />
s'étendant à tous les moyens de production » (le texte porte<br class='autobr' />
s'appliquant et n'est évidemment pas corrigé). 2) « Le pouvoir de<br class='autobr' />
l'Etat entre les mains du prolétariat » ; 3) l'alliance du prolétariat<br class='autobr' />
et de nombreux millions de paysans ; 4) « la garantie que le<br class='autobr' />
prolétariat conservera l'hégémonie par rapport à la paysanne-<br class='autobr' />
rie »... Et ce n'est qu'après avoir énuméré ces conditions<br class='autobr' />
purement politiques (il n'est même pas question ici des conditions<br class='autobr' />
matérielles) que Lénine tire sa conclusion : C'est (c'est-à-dire<br class='autobr' />
toutes les conditions énumérées) là tout ce qui est « nécessaire et<br class='autobr' />
suffisant » pour construire la société socialiste. « Tout ce qui est<br class='autobr' />
nécessaire et suffisant » sur le plan politique - rien de plus. Mais<br class='autobr' />
ajoute aussi Lénine, pour cette raison, « ce n'est pas encore la<br class='autobr' />
construction de la société socialiste ». Pourquoi ? Parce que les<br class='autobr' />
conditions politiques seules, même si elles sont suffisantes, ne<br class='autobr' />
résolvent pas le problème tout entier. Il reste encore la question<br class='autobr' />
de la culture. « Rien que » cela - dit Lénine ; il souligne les mots<br class='autobr' />
« rien que » et les enferme entre guillemets pour montrer<br class='autobr' />
l'énorme importance de ce qui manque. Lénine savait aussi bien<br class='autobr' />
que nous que la culture est liée à la technique : « pour être<br class='autobr' />
cultivés - dit-il, en faisant redescendre les révisionnistes sur<br class='autobr' />
terre - il faut qu'il y ait une certaine base matérielle » (34). Il suffit<br class='autobr' />
de se référer au problème de l'électrification que Lénine reliait,<br class='autobr' />
soit dit en passant, à la question de la révolution socialiste<br class='autobr' />
internationale. La lutte pour la culture, [dans le cadre des<br class='autobr' />
conditions]« nécessaires et suffisantes » politiques (mais non pas<br class='autobr' />
matérielles), accaparerait tous nos efforts s'il n'y avait pas le<br class='autobr' />
problème de la lutte permanente et implacable, économique,<br class='autobr' />
politique, militaire, culturelle, de la société socialiste s'édifiant<br class='autobr' />
sur une base arriérée, et du capitalisme mondial qui décline mais<br class='autobr' />
reste puissant par sa technique.</p>
<p>« Je dirais bien - souligne Lénine, vers la fin du<br class='autobr' />
même article - que pour nous le centre de gravité se<br class='autobr' />
déplace vers le travail culturel, n'étaient les relations<br class='autobr' />
internationales, le devoir que nous avons de défendre notre<br class='autobr' />
position dans le domaine international. » (35)</p>
<p>Telle est la véritable pensée de Lénine, même si l'on<br class='autobr' />
considère l'article sur la coopération en l'isolant de toutes ses<br class='autobr' />
autres œuvres. Comment donc qualifier autrement que' de<br class='autobr' />
falsification la formule des auteurs du projet de programme, qui,<br class='autobr' />
empruntant sciemment à Lénine les mots concernant l'existence<br class='autobr' />
chez nous de conditions « nécessaires et suffisantes », y ajoutent<br class='autobr' />
pour leur part la condition fondamentale, c'est-à-dire la condi-<br class='autobr' />
tion matérielle, tandis que Lénine montrait nettement qu'elle<br class='autobr' />
manquait précisément chez nous, qu'elle devait encore être<br class='autobr' />
conquise en liaison avec la lutte « pour nos positions dans le<br class='autobr' />
domaine international », c'est-à-dire avec la révolution proléta-<br class='autobr' />
rienne internationale. Voilà ce qui reste du deuxième et dernier<br class='autobr' />
point d'appui de cette théorie.</p>
<p>C'est consciemment que nous ne reprenons pas ici les<br class='autobr' />
innombrables articles et discours, depuis 1905 jusqu'en 1923,<br class='autobr' />
dans lesquels Lénine affirme et répète de la façon la plus<br class='autobr' />
catégorique que sans la révolution mondiale triomphante nous<br class='autobr' />
sommes menacés de périr ; qu'on ne peut triompher de la<br class='autobr' />
bourgeoisie au point de vue économique dans un seul pays, et<br class='autobr' />
surtout dans un pays arriéré ; que la construction de la société<br class='autobr' />
socialiste est une tâche internationale par son essence même ;<br class='autobr' />
Lénine en tire des conclusions qui apparaîtront peut-être comme<br class='autobr' />
« pessimistes » aux créateurs de la nouvelle utopie nationale et<br class='autobr' />
réactionnaire ; mais elles sont suffisamment optimistes si on les<br class='autobr' />
considère du point de vue de l'internationalisme révolutionnaire.</p>
<p>Nous ne nous arrêtons ici que sur les citations choisies par les<br class='autobr' />
auteurs du projet eux-mêmes, pour créer les prémisses« néces-<br class='autobr' />
saires et suffisantes » de leur utopie. Et nous voyons que tout<br class='autobr' />
leur édifice s'écroule dès qu'on le touche.</p>
<p>Nous croyons néanmoins qu'il est logique de citer ici ne<br class='autobr' />
serait-ce qu'un seul des témoignages directs de Lénine sur la<br class='autobr' />
question litigieuse, qui n'a pas besoin d'être expliqué et ne<br class='autobr' />
saurait être faussement interprété.</p>
<p>« Nous avons souligné dans toute une série d'ouvrages,<br class='autobr' />
dans toutes nos interventions, dans toute la presse, qu'il n'en<br class='autobr' />
va pas en Russie comme dans les pays capitalistes : nous<br class='autobr' />
avons une minorité d'ouvriers occupés dans l'industrie et<br class='autobr' />
une majorité énorme de petits cultivateurs. Dans un pareil<br class='autobr' />
pays la révolution sociale ne peut triompher définitivement<br class='autobr' />
qu'à deux conditions : premièrement, qu'elle soit soutenue<br class='autobr' />
en temps voulu par la révolution sociale d'un ou de<br class='autobr' />
plusieurs pays avancés... L'autre condition est l'accord<br class='autobr' />
entre le prolétariat exerçant sa dictature ou détenant entre<br class='autobr' />
ses mains le pouvoir de l'Etat et la majorité de la<br class='autobr' />
population paysanne ... Nous savons que c'est seulement<br class='autobr' />
avec l'accord de la paysannerie que l'on peut sauver la<br class='autobr' />
révolution socialiste en Russie aussi longtemps que la<br class='autobr' />
révolution ne se produira pas dans d'autres pays... » (36)</p>
<p>Nous espérons que ce passage est suffisamment édifiant :<br class='autobr' />
premièrement, Lénine lui-même y souligne que les idées qu'il<br class='autobr' />
expose ont été développées par lui « dans toute une série<br class='autobr' />
d'ouvrages, dans toutes nos interventions, dans toute la presse » ;<br class='autobr' />
deuxièmement la perspective signalée fut établie par Lénine non<br class='autobr' />
pas en 1915, deux ans avant Octobre, mais en 1921, quatre ans<br class='autobr' />
après.</p>
<p>Nous osons croire qu'en ce qui concerne Lénine la question<br class='autobr' />
est suffisamment claire. II reste à se demander comment les<br class='autobr' />
auteurs du projet de programme eux-mêmes l'envisageaient<br class='autobr' />
autrefois.</p>
<p>Staline disait à ce sujet en novembre 1926 :</p>
<p>« Le parti admit toujours comme point de départ que<br class='autobr' />
la victoire du socialisme dans un seul pays (est) la possibi-<br class='autobr' />
lité d'y construire le socialisme, et que cette tâche peut être<br class='autobr' />
accomplie par les forces d'un seul pays. » (37)</p>
<p>Nous savons déjà que le parti n'admit jamais cela comme<br class='autobr' />
point de départ. Au contraire, dans « toute une série d'ouvrages,<br class='autobr' />
dans toutes nos interventions, dans toute la presse », comme dit<br class='autobr' />
Lénine, le parti se basa sur une position contraire qui trouva<br class='autobr' />
justement son expression fondamentale dans le programme du<br class='autobr' /> parti communiste de l'U .R.S.S. Mais il faut espérer que Staline<br class='autobr' />
lui-même, tout au moins, est« toujours » parti de la fausse idée<br class='autobr' />
que « le socialisme peut être construit par les forces d'un seul<br class='autobr' />
pays ». Voyons cela.</p>
<p>Nous ignorons tout à fait comment Staline envisageait cette<br class='autobr' />
question en 1905 ou 1915, car nous manquons totalement de<br class='autobr' />
documents là-dessus. Mais, en 1924, Staline exposa en ces termes<br class='autobr' />
les vues de Lénine sur la construction du socialisme :</p>
<p>« Renverser le pouvoir de la bourgeoisie et installer le<br class='autobr' />
pouvoir du prolétariat dans un seul pays, ce n'est pas<br class='autobr' />
encore assurer la pleine victoire du socialisme. La princi-<br class='autobr' />
pale tâche du socialisme - l'organisation de la production<br class='autobr' />
socialiste- reste encore à accomplir. Peut-on résoudre ce<br class='autobr' />
problème, peut-on obtenir la victoire définitive du socia-<br class='autobr' />
lisme dans un seul pays sans les efforts conjugués des<br class='autobr' />
prolétaires de plusieurs pays avancés ? Non, c'est impos-<br class='autobr' />
sible. Pour renverser la bourgeoisie, il suffit des efforts d'un<br class='autobr' />
seul pays, l'histoire de notre révolution en témoigne. Pour<br class='autobr' />
la victoire définitive du socialisme, pour l'organisation de la<br class='autobr' />
production socialiste, les efforts d'un seul pays, surtout d'un<br class='autobr' />
pays paysan comme la Russie, ne suffisent plus ; il faut les<br class='autobr' />
efforts des prolétaires de plusieurs pays avancés( ... ) Tels<br class='autobr' />
sont en général les traits caractéristiques de la théorie<br class='autobr' />
léniniste de la révolution prolétarienne. » (38)</p>
<p>Il faut bien l'admettre : « les traits caractéristiques de la<br class='autobr' />
théorie léniniste » sont bien exposés ici avec assez d'exactitude.</p>
<p>Dans les éditions ultérieures pourtant du livre de Staline, ce<br class='autobr' />
passage fut remanié dans un sens directement contraire et « les<br class='autobr' />
traits caractéristiques de la théorie léniniste » ont été une année<br class='autobr' />
plus tard dénoncés comme ... du trotskysme. Le vue plénum du<br class='autobr' />
comité exécutif de l'Internationale communiste a adopté sa<br class='autobr' />
résolution en se conformant non à l'édition de 1924 mais à celle<br class='autobr' />
de 1926.</p>
<p>Telle est la situation de Staline. Elle ne saurait être plus<br class='autobr' />
mauvaise. Il est vrai que l'on pourrait encore s'en consoler si le<br class='autobr' />
vue plénum du comité exécutif de l'Internationale communiste<br class='autobr' />
ne se trouvait pas, lui aussi, dans une situation tout aussi<br class='autobr' />
lamentable.</p>
<p>Il reste un dernier espoir : c'est qu'au moins Boukharine, le<br class='autobr' />
véritable auteur du projet de programme, « ait toujours admis<br class='autobr' />
comme point de départ » la possibilité de réaliser le socialisme<br class='autobr' />
dans un seul pays. Vérifions.</p>
<p>Voici ce que Boukharine écrivait à ce sujet en 1917 :</p>
<p>« Les révolutions sont les locomotives de l'histoire.<br class='autobr' />
Seul le prolétariat, même dans la Russie arriérée, peut être<br class='autobr' />
l'irremplaçable mécanicien de cette locomotive. Mais le<br class='autobr' />
prolétariat ne peut déjà plus rester dans les limites des<br class='autobr' />
rapports de propriété de la société bourgeoise. Il marche<br class='autobr' />
vers le pouvoir et vers le socialisme. Pourtant cette tâche<br class='autobr' />
qui, en Russie aussi, " s'inscrit à l'ordre du jour " ne peut<br class='autobr' />
pas être réalisée " à l'intérieur des frontières nationales ".<br class='autobr' />
Ici la classe ouvrière se heurte à un mur infranchissable<br class='autobr' />
(remarquez-le bien : un mur infranchissable. L. T.) qui ne<br class='autobr' />
peut être battu en brèche que par le bélier de la révolution<br class='autobr' />
ouvrière internationale. » (39)</p>
<p>On ne saurait s'exprimer plus clairement. Telle était l'opi-<br class='autobr' />
nion de Boukharine en 1917, deux ans après le prétendu<br class='autobr' />
« revirement » de Lénine en 1915. Pourtant, la révolution<br class='autobr' />
d'Octobre n'aurait-elle rien appris de nouveau à Boukharine ?</p>
<p>Vérifions cela.</p>
<p>En 1919, Boukharine écrivait au sujet de « La dictature du<br class='autobr' />
prolétariat en Russie et la révolution mondiale », dans l'organe<br class='autobr' />
théorique de l'Internationale communiste :</p>
<p>« Etant donnée l'existence de l'économie mondiale et<br class='autobr' />
les relations entre ses parties, étant donnée l'interdépen-<br class='autobr' />
dance des divers groupes bourgeois organisés en Etats, il va<br class='autobr' />
de soi (souligné par nous) que la lutte dans un pays isolé ne<br class='autobr' />
peut s'achever sans qu'une victoire décisive ait été rempor-<br class='autobr' />
tée par une de ces parties dans plusieurs pays civilisés. »</p>
<p>A cette époque cela allait même « de soi ». Plus loin :</p>
<p>« La littérature marxiste ou proche du marxisme<br class='autobr' />
d'avant-guerre posa plus d'une fois la question de savoir si<br class='autobr' />
la victoire du socialisme était possible dans un seul pays. La<br class='autobr' />
majorité des auteurs y répondait négativement (et Lénine<br class='autobr' />
alors en 1915 ? L. T.), ce dont il n'est pas possible de<br class='autobr' />
déduire qu'il soit impossible ou inadmissible de commencer<br class='autobr' />
la révolution et de s'emparer du pouvoir dans un pays<br class='autobr' />
isolé. »</p>
<p>Précisément !</p>
<p>Le même article disait plus loin :</p>
<p>« La période de progression des forces productives ne<br class='autobr' />
peut venir qu'avec la victoire du prolétariat dans plusieurs<br class='autobr' />
pays importants ... D'où l'on conclut : il est nécessaire de<br class='autobr' />
développer par tous les moyens la révolution mondiale et<br class='autobr' />
de former un bloc économique solide entre les pays<br class='autobr' />
industriels et la Russie soviétique. » (40)</p>
<p>L'affirmation de Boukharine que l'essor des forces produc-<br class='autobr' />
tives, c'est-à-dire le véritable essor du socialisme ne s'instaurera<br class='autobr' />
chez nous qu'après la victoire du prolétariat des pays avancés<br class='autobr' />
d'Europe, c'est précisément la phrase qui est à la base de tous les<br class='autobr' />
actes d'accusation dressés contre le« trotskysme », entre autres<br class='autobr' />
lors du VIIe plénum du comité exécutif de l'Internationale<br class='autobr' />
communiste. Seulement, ce qui est curieux, c'est que Boukha-<br class='autobr' />
rine, qui doit son salut à sa courte mémoire, intervienne comme<br class='autobr' />
accusateur. A côté de cet aspect comique, il en est un autre<br class='autobr' />
tragique : c'est Lénine qui est sur la sellette, lui qui a exprimé<br class='autobr' />
cette même pensée élémentaire des dizaines de fois.<br class='autobr' />
Enfin, en 1921, six ans après le prétendu revirement de<br class='autobr' />
Lénine de 1915, quatre ans après Octobre, le comité central,<br class='autobr' />
Lénine en tête, approuva le programme des Jeunesses commu-<br class='autobr' />
nistes établi par une commission sous la direction de Boukharine.</p>
<p>Le paragraphe 4 de ce programme déclare :</p>
<p>« En U.R.S.S., le pouvoir d'Etat se trouve déjà entre<br class='autobr' />
les mains de la classe ouvrière. Pendant trois ans de lutte<br class='autobr' />
héroïque contre le capital mondial, le prolétariat a main-<br class='autobr' />
tenu et renforcé le pouvoir soviétique. Quoique la Russie<br class='autobr' />
possède d'immenses richesses naturelles, elle est néan-<br class='autobr' />
moins au point de vue industriel un pays arriéré où<br class='autobr' />
prédomine une population petite-bourgeoise. Elle ne peut<br class='autobr' />
parvenir au socialisme qu'à travers la révolution proléta-<br class='autobr' />
rienne mondiale, dans l'ère de développement dans<br class='autobr' />
laquelle nous sommes entrés. »</p>
<p>Ce paragraphe à lui seul du programme des Jeunesses<br class='autobr' />
communistes (non d'un article occasionnel, mais d'un pro-<br class='autobr' />
gramme !) fait apparaître comme ridicules et vraiment indignes<br class='autobr' />
les tentatives des auteurs du projet pour démontrer que le parti a<br class='autobr' />
« toujours »considéré comme possible l'édification du socialisme<br class='autobr' />
dans un seul pays, et de plus précisément en Russie. S'il en fut<br class='autobr' />
« toujours » ainsi, pourquoi Boukharine formula-t-il de cette<br class='autobr' />
façon ce paragraphe du programme des Jeunesses communistes ?</p>
<p>Où Staline avait-il à ce moment les yeux ? Comment Lénine et<br class='autobr' />
tout le comité central ont-ils pu approuver une pareille hérésie ?<br class='autobr' />
Comment personne dans le parti n'a-t-il remarquer ce« détail »<br class='autobr' />
et n'a posé de question à ce sujet ? Tout ceci ne ressemble-t-il pas<br class='autobr' />
trop à une mauvaise plaisanterie dans laquelle on ridiculise de<br class='autobr' />
plus en plus le parti, son histoire, l'Internationale communiste ?</p>
<p>N'est-il pas temps d'en finir ? N'est-il pas temps de dire aux<br class='autobr' />
révisionnistes : ne vous permettez plus de vous dissimuler<br class='autobr' />
derrière Lénine et derrière la tradition théorique du parti !<br class='autobr' />
Lors du vue plénum du comité exécutif de l'Internationale<br class='autobr' />
communiste, Boukharine, qui se sauve grâce à sa courte<br class='autobr' />
mémoire, argumentant en faveur de la résolution condamnant le<br class='autobr' />
« trotskysme », déclara :</p>
<p>« La théorie de la révolution permanente du camarade<br class='autobr' />
Trotsky (or le camarade Trotsky professe encore mainte-<br class='autobr' />
nant cette théorie) dit aussi qu'en raison de notre situation<br class='autobr' />
économique arriérée, nous périrons inévitablement sans la<br class='autobr' />
révolution mondiale. » (41)</p>
<p>J'avais parlé au vue plénum des lacunes dans la théorie de la<br class='autobr' />
révolution permanente telle que je l'avais formulée en 1905-1906.</p>
<p>Mais il va de soi que je n'avais même pas songé à renoncer à ce<br class='autobr' />
qu'elle avait de fondamental, à ce qui me rapprochait et me<br class='autobr' />
rapprocha de Lénine, ce qui à présent ne me permet pas<br class='autobr' />
d'admettre la révision du léninisme.</p>
<p>Il y avait deux idées fondamentales dans la théorie de la<br class='autobr' />
révolution permanente.</p>
<p>Premièrement : en dépit du retard historique de la Russie, la<br class='autobr' />
révolution peut remettre le pouvoir au prolétariat russe avant de<br class='autobr' />
le donner à celui des pays avancés. Deuxièmement : pour<br class='autobr' />
surmonter les contradictions auxquelles se heurtera la dictature<br class='autobr' />
du prolétariat dans un pays arriéré, encerclé par un monde<br class='autobr' />
d'ennemis capitalistes, il faudra passer dans l'arène de la<br class='autobr' />
révolution mondiale. La première de ces idées est basée sur une<br class='autobr' />
juste conception de la loi du développement inégal. La seconde<br class='autobr' />
sur une compréhension exacte de l'indissolubilité des liens<br class='autobr' />
économiques et politiques reliant les pays capitalistes. Boukha-<br class='autobr' />
rine a raison quand il dit que je continue à professer encore<br class='autobr' />
aujourd'hui ces deux thèses fondamentales de la théorie de la<br class='autobr' />
révolution permanente. Maintenant plus que jamais. Car je les<br class='autobr' />
considère comme entièrement vérifiées et démontrées, sur le<br class='autobr' />
plan théorique, par les œuvres complètes de Marx et de Lénine,<br class='autobr' />
et sur le plan pratique, par l'expérience de la révolution<br class='autobr' />
d'Octobre.</p>
<p>6. Où est donc la « déviation social-démocrate » ?</p>
<p>Les citations et ces rappels sont plus que suffisants pour<br class='autobr' />
caractériser la position théorique de Staline et de Boukharine,<br class='autobr' />
hier et aujourd'hui. Mais pour caractériser leurs procédés<br class='autobr' />
politiques, il faut rappeler qu'après avoir glané dans les écrits de<br class='autobr' />
l'Opposition 42 des déclarations tout à fait analogues à celles<br class='autobr' />
qu'ils firent eux-mêmes jusqu'en 1925, (à ce moment-là en<br class='autobr' />
parfaite concordance avec Lénine), Staline et Boukharine ont, en<br class='autobr' />
s'appuyant sur ces citations, bâti la théorie de notre « déviation<br class='autobr' />
social-démocrate ». Voici que, sur le problème essentiel des<br class='autobr' />
rapports entre Octobre et la révolution internationale, l'Opposi-<br class='autobr' />
tion penserait comme Otto Bauer 43 , qui nie la possibilité de la<br class='autobr' />
construction du socialisme en Russie. On pourrait vraiment<br class='autobr' />
croire que l'imprimerie ne fut inventée qu'en 1924 et que tout ce<br class='autobr' />
qui précède est voué à l'oubli. On compte sur la mémoire courte.</p>
<p>Pourtant, déjà au IVe Congrès, sur le caractère de la<br class='autobr' />
révolution d'Octobre, l'Internationale communiste a réglé leur<br class='autobr' />
compte à Otto Bauer et autres philistins de la IIe Internationale.<br class='autobr' />
Le rapport que je présentai au nom du comité central, sur la<br class='autobr' />
Nep et les perspectives de la révolution mondiale, portait un<br class='autobr' />
jugement sur l'attitude d'Otto Bauer qui exprimait les vues de<br class='autobr' />
notre comité central d'alors ; il ne se heurta à aucune objection<br class='autobr' />
au congrès et j'estime qu'il a intégralement conservé toute sa<br class='autobr' />
force jusqu'à aujourd'hui. Quant à Boukharine il renonça à<br class='autobr' />
clarifier l'aspect politique du problème puisque « beaucoup de<br class='autobr' />
camarades, parmi lesquels Lénine et Trotsky » en avaient déjà<br class='autobr' />
parlé ; en d'autres termes Boukharine se solidarisa alors avec<br class='autobr' />
mon rapport. Voilà ce que j'avais dit à propos d'Otto Bauer au<br class='autobr' />
IVe Congrès :</p>
<p>« Les théoriciens social-démocrates qui, d'une part<br class='autobr' />
admettent dans leurs articles du dimanche que le capita-<br class='autobr' />
lisme, surtout en Europe, se survit et qu'il est devenu un<br class='autobr' />
frein de l'évolution historique, et d'un autre côté expriment<br class='autobr' />
la certitude que l'évolution de la Russie soviétique la<br class='autobr' />
conduit inévitablement à la victoire de la démocratie<br class='autobr' />
bourgeoise, versent ainsi dans la contradiction la plus<br class='autobr' />
pitoyablement banale, bien digne de ces confusionnistes<br class='autobr' />
obtus et vantards. La Nep est calculée pour des conditions<br class='autobr' />
de temps et d'espace déterminés : c'est une manœuvre de<br class='autobr' />
l'Etat ouvrier vivant encore dans un entourage capitaliste et<br class='autobr' />
comptant fermement sur le développement révolutionnaire</p>
<p>de l'Europe. On ne peut, dans les calculs politiques,<br class='autobr' />
négliger un facteur comme le temps. Si l'on admet en effet<br class='autobr' />
que le capitalisme durera encore en Europe un siècle ou un<br class='autobr' />
demi-siècle, et que la Russie soviétique, dans sa politique<br class='autobr' />
économique, devra s'y adapter, alors la question se résout<br class='autobr' />
d'elle-même, car, dans cette hypothèse, nous supposons a<br class='autobr' />
priori que la révolution prolétarienne en Europe échouera<br class='autobr' />
et qu'une nouvelle époque de renaissance capitaliste com-<br class='autobr' />
mencera. Sur quoi nous baserions-nous pour admettre<br class='autobr' />
cette hypothèse ? Si Otto Bauer a découvert dans la vie de<br class='autobr' />
l'Autriche d'aujourd'hui des symptômes miraculeux de la<br class='autobr' />
résurrection capitaliste, alors le sort de la Russie soviétique<br class='autobr' />
est fixé d'avance. Mais en attendant, nous ne voyons pas de<br class='autobr' />
miracles, et nous n'y croyons pas. A notre point de vue, si<br class='autobr' />
la bourgeoisie européenne s'assurait le pouvoir pour plu-<br class='autobr' />
sieurs décennies dans les conditions actuelles du monde,<br class='autobr' />
cela aboutirait non à une nouvelle floraison du capitalisme,<br class='autobr' />
mais à la décomposition économique et à la désagrégation<br class='autobr' />
culturelle de l'Europe. De façon générale, il est indéniable<br class='autobr' />
qu'un tel processus pourrait également entraîner dans<br class='autobr' />
l'abîme la Russie soviétique. Passerait-elle par le stade de<br class='autobr' />
la« démocratie » ou sa décomposition prendrait-elle d'au-<br class='autobr' />
tres formes ? Ce n'est déjà plus là qu'une question secon-<br class='autobr' />
daire. Mais nous ne voyons aucune raison pour adhérer à la<br class='autobr' />
philosophie de Spengler 45 • Nous comptons fermement sur<br class='autobr' />
le développement révolutionnaire de l'Europe. La nouvelle<br class='autobr' />
politique économique n'est qu'une adaptation à l'allure de ce<br class='autobr' />
développement. » (46)</p>
<p>Cette façon de poser la question nous ramène au point par<br class='autobr' />
lequel nous avons commencé à juger le projet de programme : à<br class='autobr' />
l'époque de l'impérialisme, on ne peut considérer le destin d'un<br class='autobr' />
pays isolé qu'en partant des tendances de l'évolution mondiale,<br class='autobr' />
qui est un tout dans lequel ce pays, avec ses particularités<br class='autobr' />
nationales, est inclus, et dont il dépend. Les théoriciens de la<br class='autobr' />
IIe Internationale isolent !'U.R.S.S. de l'ensemble du monde et<br class='autobr' />
de l'époque impérialiste ; ils appliquent à !'U.R.S.S. en tant que<br class='autobr' />
pays isolé le critère aride de la « maturité » économique ; ils<br class='autobr' />
établissent que !'U.R.S.S. n'est pas capable de construire le<br class='autobr' />
socialisme par ses seules forces, et en déduisent l'inéluctabilité de<br class='autobr' />
la dégénérescence capitaliste de l'Etat ouvrier.<br class='autobr' />
Les auteurs du projet de programme se placent sur le même<br class='autobr' />
terrain théorique ; ils acceptent entièrement la méthodologie<br class='autobr' />
métaphysique des théoriciens social-démocrates : exactement<br class='autobr' />
comme eux, ils « font abstraction »de l'ensemble du monde et de<br class='autobr' />
l'époque impérialiste ; ils prennent comme point de départ la<br class='autobr' />
fiction du développement isolé ; ils appliquent à l'étape nationale<br class='autobr' />
de la révolution mondiale l'aride critère économique ; par contre<br class='autobr' />
leur « sentence » est inverse de la leur. Le « gauchisme » des<br class='autobr' />
auteurs du projet consiste en ce qu'ils reproduisent à rebours le<br class='autobr' />
jugement social-démocrate. Pourtant, quelle que soit la manière<br class='autobr' />
dont les théoriciens de la IIe Internationale posent la question,<br class='autobr' />
elle ne vaut rien. Il faut suivre Lénine qui écarte le jugement et le<br class='autobr' />
diagnostic de Bauer comme des exercices dignes d'un élève de<br class='autobr' />
cours préparatoire.</p>
<p>Voilà ce qu'il en est de la « déviation social-démocrate ». Ce<br class='autobr' />
n'est pas nous mais les auteurs du projet qu'il faudra classer<br class='autobr' />
parmi les parents de Bauer.</p>
<p>7. La dépendance de l'U.R.S.S. de l'économie mondiale</p>
<p>C'est Vollmar (47) lui-même qui fut le précurseur des prédica-<br class='autobr' />
teurs de la société socialiste nationale. En dessinant, dans [son]<br class='autobr' />
article intitulé « L'Etat socialiste isolé » (48), la perspective de la<br class='autobr' />
construction du socialisme en Allemagne par les forces propres<br class='autobr' />
du prolétariat de ce pays (qui avait dépassé de loin l'Angleterre<br class='autobr' />
avancée), Vollmar, en 1878, se référait avec une clarté et une<br class='autobr' />
précision absolue, à la loi du développement inégal, qui, selon<br class='autobr' />
Staline, aurait été inconnue de Marx et d'Engels. Vollmar déduit<br class='autobr' />
(en 1878) de cette loi la conclusion incontestable qui suit :</p>
<p>« Dans les conditions qui prévalent actuellement, et<br class='autobr' />
qui conserveront leur force pendant toute la période à venir<br class='autobr' />
prévisible, l'hypothèse d'une victoire simultanée du socia-<br class='autobr' />
lisme dans tous les pays civilisés est absolument exclue... »</p>
<p>Développant cette pensée par la suite, Vollmar dit :</p>
<p>« Nous en arrivons ainsi à l'Etat socialiste isolé, au<br class='autobr' />
sujet duquel j'espère avoir démontré que s'il n'est pas le<br class='autobr' />
seul possible, il est tout au moins le plus vraisemblable ... »<br class='autobr' />
Dans la mesure où l'on peut comprendre ici par Etat isolé<br class='autobr' />
uniquement un Etat de dictature prolétarienne, Vollmar expose<br class='autobr' />
une pensée indiscutable qui était celle de Marx et d'Engels et que<br class='autobr' />
Lénine exprima dans l'article de 1915 cité plus haut.</p>
<p>Mais ensuite viennent des trouvailles faites par Vollmar lui-<br class='autobr' />
même, d'ailleurs formulées d'une manière moins aussi unilaté-<br class='autobr' />
rale et erronée que celle de nos théoriciens du socialisme dans un<br class='autobr' />
seul pays. Pour construire son argumentation, Vollmar part de la<br class='autobr' />
considération que l'Allemagne socialiste entretiendrait des rela-<br class='autobr' />
tions économiques suivies avec l'économie capitaliste mondiale,<br class='autobr' />
tout en disposant des avantages d'une technique supérieurement<br class='autobr' />
développée et de faibles frais de production. Une pareille<br class='autobr' />
construction repose sur la perspective de la coexistence pacifique<br class='autobr' />
des systèmes socialiste et capitaliste. Or, le socialisme, plus on<br class='autobr' />
avancera, manifestera ses énormes avantages au point de vue de<br class='autobr' />
la production et la nécessité de la révolution mondiale disparaîtra<br class='autobr' />
d'elle-même : le socialisme triomphera du capitalisme à travers le<br class='autobr' />
marché, par l'intervention des bas prix.</p>
<p>Boukharine, auteur du premier projet de programme et co-<br class='autobr' />
auteur du second projet, fonde entièrement sa construction du<br class='autobr' />
socialisme dans un seul pays sur l'idée de l'économie isolée<br class='autobr' />
repliée sur elle-même. Dans l'article de Boukharine intitulé :</p>
<p>« Du caractère de notre révolution et de la possibilité de la<br class='autobr' />
construction victorieuse du socialisme en U.R.S.S. » (49) , qui<br class='autobr' />
constitue le produit suprême de la scolastique, multipliée par la<br class='autobr' />
sophistique, tout le raisonnement se déroulant dans le cadre<br class='autobr' />
d'une économie isolée, l'argument principal et unique est le<br class='autobr' />
suivant :</p>
<p>« Puisque nous avons tout ce qui est nécessaire et<br class='autobr' />
suffisant pour construire le socialisme, par conséquent,<br class='autobr' />
dans le processus même de cette construction, il n'existe<br class='autobr' />
aucun moment à partir duquel cette construction devienne<br class='autobr' />
impossible. Si nous avons à l'intérieur de notre pays une<br class='autobr' />
combinaison de forces telle que, par rapport à chaque<br class='autobr' />
année, la prépondérance du secteur socialiste de notre<br class='autobr' />
économie s'affirme, si les secteurs socialisés de notre<br class='autobr' />
économie croissent plus rapidement que ceux du capita-<br class='autobr' />
lisme privé, nous entamons chaque année nouvelle avec<br class='autobr' />
des forces accrues. » (49)</p>
<p>C'est un raisonnement irréfutable : « Puisque nous avons<br class='autobr' />
tout ce qui est nécessaire et suffisant » alors ... nous l'avons.<br class='autobr' />
Prenant comme point de départ les résultats de la démonstration,<br class='autobr' />
Boukharine érige un système parachevé d'économie socialiste<br class='autobr' />
close, sans entrées ni sorties sur l'extérieur. Boukharine, de<br class='autobr' />
même que Staline, ne se souvient de l'ambiance extérieure, c'est-<br class='autobr' />
à-dire du monde entier, que pour le voir sous l'angle de<br class='autobr' />
l'intervention militaire. Lorsque Boukharine parle dans cet<br class='autobr' />
article de la nécessité de « faire abstraction » du facteur interna-<br class='autobr' />
tional, il a en vue l'intervention militaire et non le marché<br class='autobr' />
mondial. Il n'a pas besoin de s'en abstraire car dans toute sa<br class='autobr' />
construction il l'oublie simplement. Selon ce schéma, Boukha-<br class='autobr' />
rine a défendu au XIVe Congrès l'idée que, si une intervention ne<br class='autobr' />
venait pas y faire obstacle, nous construirions le socialisme<br class='autobr' />
« même au pas de la tortue ». La lutte incessante entre deux<br class='autobr' />
systèmes, le fait que le socialisme ne peut reposer que sur des<br class='autobr' />
forces productives supérieures, en un mot la dynamique marxiste<br class='autobr' />
de la substitution d'une formation sociale à une autre, basée sur<br class='autobr' />
la croissance des forces productives, tout cela fut totalement jeté<br class='autobr' />
au rebut. La dialectique révolutionnaire et historique fut rempla-<br class='autobr' />
cée par l'utopie réactionnaire du grignotage d'un socialisme<br class='autobr' />
fermé sur lui-même, s'édifiant sur une base technique inférieure,<br class='autobr' />
évoluant« au pas de la tortue », dans des limites nationales, et<br class='autobr' />
n'ayant comme rapport avec le monde extérieur que la crainte de<br class='autobr' />
l'intervention. Le fait de ne pas accepter cette piteuse caricature<br class='autobr' />
de la doctrine de Marx et de Lénine a été qualifié de « déviation<br class='autobr' />
social-démocrate ». C'est dans l'article de Boukharine auquel<br class='autobr' />
nous nous référons que, pour la première fois, on mit en<br class='autobr' />
évidence, avec « argumentation » à l'appui, cette façon de<br class='autobr' />
caractériser nos opinions. L'histoire enregistrera que nous fûmes<br class='autobr' />
condamnés pour « déviation social-démocrate » parce que nous<br class='autobr' />
n'avions pas voulu accepter un renversement de la théorie de<br class='autobr' />
Vollmar du socialisme dans un seul pays, qui la rendait pire<br class='autobr' />
encore.</p>
<p>Le prolétariat de la Russie tsariste ne se serait pas emparé du<br class='autobr' />
pouvoir en Octobre, si la Russie n'avait pas été un chaînon, le<br class='autobr' />
plus faible, mais chaînon quand même, de la chaîne de l'écono-<br class='autobr' />
mie mondiale. La conquête du pouvoir par le prolétariat n'a<br class='autobr' />
nullement isolé la République des soviets de la division interna-<br class='autobr' />
tionale du travail créée par le capitalisme.</p>
<p>De même que la sage chouette ne s'envole qu'au crépuscule,<br class='autobr' />
de même la théorie du socialisme dans un seul pays surgit à un<br class='autobr' />
moment où notre industrie, épuisant de plus en plus l'ancien<br class='autobr' />
capital de base qui cristallisait les deux tiers de la dépendance de<br class='autobr' />
notre industrie à celle du monde, avait un urgent besoin de<br class='autobr' />
renouveler et d'étendre ses liens avec le monde extérieur, et au<br class='autobr' />
moment où les problèmes du commerce extérieur se posaient<br class='autobr' />
nettement devant la direction de l'économie.</p>
<p>Lors du XIe Congrès, c'est-à-dire du dernier congrès où<br class='autobr' />
Lénine put s'exprimer, il prévint, en temps voulu, le parti que<br class='autobr' />
celui-ci aurait à subir un nouvel examen, « un examen qu'organi-<br class='autobr' />
seraient le marché russe et le marché mondial, auquel nous<br class='autobr' />
sommes subordonnés, avec lequel nous sommes liés, et dont nul ne<br class='autobr' />
peut s'arracher. » (50)</p>
<p>Rien ne frappe aussi cruellement la théorie du « socialisme<br class='autobr' />
intégral » isolé que ce simple fait que les chiffres de notre<br class='autobr' />
commerce extérieur sont devenus, au cours des toutes dernières<br class='autobr' />
années, la pierre angulaire de nos plans économiques.« La partie<br class='autobr' />
la plus faible » de toute notre économie, y compris notre<br class='autobr' />
industrie, est l'importation, qui dépend entièrement de l'exporta-<br class='autobr' />
tion. Or la résistance d'une chaîne dépendant du chaînon le plus<br class='autobr' />
faible, les proportions de nos plans économiques sont adaptées à<br class='autobr' />
celles de l'importation.</p>
<p>Nous lisons dans un article consacré au système de/'établisse-<br class='autobr' />
ment du plan, paru dans la revue du Plan d'Etat :</p>
<p>« En établissant les chiffres de contrôle de l'année<br class='autobr' />
courante nous avons dû, par méthodologie, prendre<br class='autobr' />
comme point de départ, les plans de notre exportation et<br class='autobr' />
ceux de notre importation, s'orienter d'après eux pour<br class='autobr' />
établir toute une série de plans de diverses branches de<br class='autobr' />
l'industrie, et par conséquent tout le plan industriel géné-<br class='autobr' />
ral, faire concorder en particulier_ avec eux la construction<br class='autobr' />
des usines nouvelles, etc. » (51)</p>
<p>Cette façon d'aborder la question selon la méthode du Plan<br class='autobr' />
d'Etat signifie sans aucun doute que les chiffres de contrôle<br class='autobr' />
déterminent la direction et l'allure de notre évolution économi-<br class='autobr' />
que, mais que le contrôle de ces chiffres s'est déjà déplacé vers<br class='autobr' />
l'économie mondiale : il en est ainsi, non pas parce que nous<br class='autobr' />
sommes devenus plus faibles, mais parce que, devenant plus<br class='autobr' />
forts, nous nous sommes arrachés au cercle vicieux de l'isole-<br class='autobr' />
ment.</p>
<p>Par les chiffres des exportations et des importations, le<br class='autobr' />
monde capitaliste nous montre qu'il a d'autres moyens pour<br class='autobr' />
réagir que l'intervention militaire. La productivité du travail et<br class='autobr' />
du système social dans son ensemble étant mesurée dans les<br class='autobr' />
conditions du marché par le rapport des prix, l'économie<br class='autobr' />
soviétique est plutôt menacée par une intervention de marchan-<br class='autobr' />
dises capitalistes à bon marché que par une intervention mili-<br class='autobr' />
taire. Rien que pour cette raison, il ne s'agit nullement de<br class='autobr' />
remporter économiquement un triomphe isolé sur sa « propre »<br class='autobr' />
bourgeoisie.« La révolution socialiste qui s'avance sur le monde<br class='autobr' />
entier ne consistera pas seulement en ce que le prolétariat de<br class='autobr' />
chaque pays triomphera de sa bourgeoisie » (52). Il s'agit d'un<br class='autobr' />
match, d'une lutte à mort, entre deux systèmes sociaux, dont l'un<br class='autobr' />
a commencé à se construire en s'appuyant sur des forces<br class='autobr' />
productives arriérées tandis que l'autre repose encore aujour-<br class='autobr' />
d'hui sur des forces productives d'une puissance infiniment plus<br class='autobr' />
grande.</p>
<p>Celui qui taxe de « pessimisme » le fait de reconnaître que<br class='autobr' />
nous dépendons du marché mondial (Lénine disait franchement<br class='autobr' />
que nous lui sommes subordonnés), trahit toute sa pusillanimité<br class='autobr' />
de petit bourgeois provincial devant le marché mondial et le<br class='autobr' />
caractère minable de son optimisme local, qui espère échapper à<br class='autobr' />
ce marché en se dissimulant sous les buissons, en se tirant<br class='autobr' />
d'affaire par ses propres moyens.</p>
<p>La nouvelle théorie considère comme une question d'hon-<br class='autobr' />
neur l'idée bizarre que !'U.R.S.S. peut périr à la suite d'une<br class='autobr' />
intervention militaire, mais en aucun cas par suite de son retard<br class='autobr' />
dans le domaine économique. Mais puisque, dans une société<br class='autobr' />
socialiste, les masses travailleuses doivent être bien plus dispo-<br class='autobr' />
sées à défendre le pays que les esclaves du capital à l'attaquer, on<br class='autobr' />
se demande : comme pourrions-nous périr à la suite d'une<br class='autobr' />
intervention militaire ? Parce que l'ennemi est infiniment plus<br class='autobr' />
fort au point de vue technique. Boukharine n'admet la supériorité<br class='autobr' />
des forces productives que dans leur aspect militaire technique. Il<br class='autobr' />
ne veut pas comprendre que le tracteur Ford est tout aussi<br class='autobr' />
dangereux que le canon du Creusot, avec la différence que ce<br class='autobr' />
dernier ne peut agir que de temps à autre, tandis que le premier<br class='autobr' />
nous presse continuellement. En outre le tracteur sait qu'il a<br class='autobr' />
derrière lui le canon comme ultime réserve.</p>
<p>Nous, premier Etat ouvrier, nous sommes une partie du<br class='autobr' />
prolétariat mondial et, avec lui, nous dépendons du capitalisme<br class='autobr' />
mondial. Indifférent, neutre, châtré par les bureaucrates, ce bon<br class='autobr' />
petit mot de« liens » n'est mis en circulation que pour dissimuler<br class='autobr' />
le caractère, extrêmement pénible et dangereux pour nous, de<br class='autobr' />
ces « liens ». Si nous produisions aux prix du marché mondial,<br class='autobr' />
notre dépendance vis-à-vis de celui-ci, tout en restant une<br class='autobr' />
dépendance, serait infiniment moins rigoureuse qu'à présent.</p>
<p>Malheureusement, il n'en est pas ainsi. Le monopole du com-<br class='autobr' />
merce extérieur témoigne lui-même du caractère cruel et dange-<br class='autobr' />
reux de notre dépendance. L'importance décisive qu'à ce mono-<br class='autobr' />
pole pour notre construction du socialisme se déduit précisément<br class='autobr' />
d'un rapport des forces défavorables pour nous. Mais on ne peut<br class='autobr' />
oublier un seul instant que le monopole du commerce extérieur<br class='autobr' />
ne fait que régulariser notre dépendance du marché mondial,<br class='autobr' />
mais qu'il ne la supprime pas.</p>
<p>« Aussi longtemps que notre république des soviets -<br class='autobr' />
écrits Lénine - demeure une marche, isolée de tout le<br class='autobr' />
monde capitaliste, croire à notre indépendance économi-<br class='autobr' />
que complète, à la disparition de certains dangers, serait<br class='autobr' />
faire preuve d'esprit fantasque et d'utopisme. » (53)</p>
<p>Les dangers essentiels sont la conséquence de la situation<br class='autobr' />
objective de l'U.R.S.S., « marche isolée » de l'économie capita-<br class='autobr' />
liste hostile. Toutefois ces périls peuvent grandir ou décroître.<br class='autobr' />
Cela dépend de l'action de deux facteurs : notre construction<br class='autobr' />
socialiste d'une part et l'évolution de l'économie capitaliste<br class='autobr' />
d'autre part. Certainement, en dernière analyse, c'est le second<br class='autobr' />
facteur, c'est-à-dire le sort de l'ensemble de l'économie mondiale<br class='autobr' />
qui a une importance décisive.</p>
<p>Peut-il arriver, et dans quel cas précis, que la productivité de<br class='autobr' />
notre système social retarde de plus en plus sur celle du<br class='autobr' />
capitalisme ? Car, en fin de compte, cela amènerait inévitable-<br class='autobr' />
ment l'écroulement de la république socialiste. Si nous dirigeons<br class='autobr' />
scientifiquement notre économie pendant cette nouvelle phase,<br class='autobr' />
au cours de laquelle nous devons créer par nous-mêmes la base<br class='autobr' />
de l'industrie, ce qui exige de bien plus grandes qualités de la part<br class='autobr' />
de la direction, la productivité de notre travail grandira. Peut-on<br class='autobr' />
cependant avancer l'hypothèse que la productivité du travail des<br class='autobr' />
pays capitalistes, ou, pour parler plus précisément, des pays<br class='autobr' />
capitalistes prédominants, croîtra plus rapidement que la nôtre ?</p>
<p>Si l'on ne donne pas à cette question une réponse qui tienne<br class='autobr' />
compte des perspectives, les affirmations vantardes d'après<br class='autobr' />
lesquelles notre allure serait « par elle-même » suffisante (sans<br class='autobr' />
parler de la philosophie ridicule de « l'allure de tortue ») ne<br class='autobr' />
signifient rien. Mais la seule tentative de répondre au problème<br class='autobr' />
de la compétition entre les deux systèmes nous entraîne sur<br class='autobr' />
l'arène de l'économie et de la politique mondiales ; sur cette<br class='autobr' />
arène c'est l'Internationale révolutionnaire, comprenant la répu-<br class='autobr' />
blique des soviets, qui agit et qui décide, et nullement une<br class='autobr' />
république soviétique vivant pour elle-même et recourant de<br class='autobr' />
temps à autres à l'aide de l'Internationale.</p>
<p>Le projet de programme dit au sujet de l'économie étatisée<br class='autobr' />
de l'U.R.S.S. qu'elle« développe la grosse industrie à une allure<br class='autobr' />
dépassant celle de l'évolution qui s'effectue dans les pays<br class='autobr' />
capitalistes ».Dans cet essai de confrontation des deux allures, il<br class='autobr' />
faut reconnaître qu'on fait un pas en avant dans le domaine des<br class='autobr' />
principes, par rapport à la période où les auteurs du programme<br class='autobr' />
niaient catégoriquement la nécessité d'un coefficient de compa-<br class='autobr' />
raison entre notre évolution et celle du monde. Il est inutile « de<br class='autobr' />
mêler à ces problèmes le facteur international » disait Staline.<br class='autobr' />
Nous construirons le socialisme « même à une allure de tortue »<br class='autobr' />
annonçait Boukharine. C'est justement sur la base de cette ligne<br class='autobr' />
que se déroulèrent les discussions de principe au cours de<br class='autobr' />
plusieurs années. Au point de vue formel - cette ligne a<br class='autobr' />
triomphé. Mais si l'on ne se borne pas à insérer dans le texte une<br class='autobr' />
comparaison entre les différentes allures de l'évolution économi-<br class='autobr' />
que, et si l'on se pénètre de ce que le problème a d'essentiel on<br class='autobr' />
verra que l'on ne peut parler dans un autre chapitre du projet<br class='autobr' />
d' « un minimum suffisant de l'industrie, en ne se basant que sur<br class='autobr' />
des rapports intérieurs, sans relation avec le monde capitaliste ;<br class='autobr' />
on ne peut non seulement résoudre a priori, mais même poser la<br class='autobr' />
question de savoir s'il est « possible » ou « impossible » au<br class='autobr' />
prolétariat du pays envisagé de construire le socialisme par ses<br class='autobr' />
propres forces. La question se résoud par la dynamique de la<br class='autobr' />
lutte de deux systèmes, de deux classes mondiales ; malgré les<br class='autobr' />
coefficients élevés de notre croissance au cours de la période de<br class='autobr' />
reconstitution, il demeure un fait essentiel et indiscutable :</p>
<p>« Le capital, si on le considère dans le monde entier,<br class='autobr' />
continue à présent encore à être plus fort que le pouvoir<br class='autobr' />
des soviets, non seulement militairement, mais aussi écono-<br class='autobr' />
miquement. C'est cette thèse fondamentale qu'il faut<br class='autobr' />
prendre comme point de départ et ne jamais oublier. » 54<br class='autobr' />
Le problème du rapport des différentes allures entre elles<br class='autobr' />
n'est pas résolu. Il ne dépend pas seulement de notre savoir-faire<br class='autobr' />
pour aborder la smytchka (55) réelle, assurer le stockage des blés,<br class='autobr' />
intensifier les exportations et les importations ; autrement dit, il<br class='autobr' />
ne tient pas uniquement à nos succès à l'intérieur, qui sont certes<br class='autobr' />
un facteur d'importance exceptionnelle dans cette lutte ; mais il<br class='autobr' />
est encore lié à la marche de l'économie et de la révolution<br class='autobr' />
mondiales. Par conséquent la question sera tranchée non pas<br class='autobr' />
dans les limites d'une nation, mais sur l'arène de la lutte<br class='autobr' />
économique et politique à l'échelle mondiale.</p>
<p>C'est ainsi que presque sur chaque point du projet de<br class='autobr' />
programme, nous voyons une concession directe ou camouflée<br class='autobr' />
faite à la critique de l'Opposition. Cette « concession » se<br class='autobr' />
manifeste par un rapprochement avec Marx et Lénine dans le<br class='autobr' />
domaine théorique ; mais les conclusions révisionnistes demeu-<br class='autobr' />
rent tout à fait indépendantes des thèses révolutionnaires.</p>
<p>8. La contradiction entre forces productives et frontières natio-<br class='autobr' />
nales, cause du caractère utopique et réactionnaire de la théorie du<br class='autobr' />
socialisme dans un seul pays.</p>
<p>L'argumentation de la théorie du socialisme dans un seul<br class='autobr' />
pays se réduit, comme nous l'avons vu, d'une part à interpréter<br class='autobr' />
en sophiste quelques lignes de Lénine, et d'autre part à expliquer<br class='autobr' />
en scolastique « la loi du développement inégal ». En interpré-<br class='autobr' />
tant judicieusement aussi bien cette loi historique que les<br class='autobr' />
citations en question, nous arrivons à une conclusion directement<br class='autobr' />
opposée, celle que tiraient Marx, Engels, Lénine et nous tous, y<br class='autobr' />
compris Staline et Boukharine jusqu'en 1925.</p>
<p>Du développement inégal et saccadé du capitalisme découle<br class='autobr' />
le caractère inégal, saccadé, de la révolution socialiste ; tandis<br class='autobr' />
que de l'interdépendance mutuelle des divers pays, poussée à un<br class='autobr' />
degré très avancé, découle l'impossibilité non seulement politi-<br class='autobr' />
que, mais aussi économique, de construire le socialisme dans un<br class='autobr' />
seul pays.</p>
<p>Examinons une fois de plus sous cet angle, et de plus près, le<br class='autobr' />
texte du programme. Nous avons déjà lu dans l'introduction :</p>
<p>« L'impérialisme... avive jusqu'à les amener à une<br class='autobr' />
tension extrême les contradictions existant entre la crois-<br class='autobr' />
sance des forces de production de l'économie nationale et<br class='autobr' />
les cloisons séparant nations et Etats. »</p>
<p>Nous avons déjà dit que cette thèse était, ou plutôt devrait<br class='autobr' />
être la pierre angulaire d'un programme international. Mais elle<br class='autobr' />
exclut, réfute et balaie précisément a priori la théorie du<br class='autobr' />
socialisme dans un seul pays comme une théorie réactionnaire,<br class='autobr' />
parce qu'en contradiction irréductible non seulement avec la<br class='autobr' />
tendance fondamentale de l'évolution des forces productives,<br class='autobr' />
mais aussi avec les résultats matériels que ce développement a<br class='autobr' />
déjà acquis. Les forces productives sont incompatibles avec les<br class='autobr' />
cadres nationaux. C'est ce fait qui commande non seulement le<br class='autobr' />
commerce extérieur, l'exportation d'hommes et de capitaux, la<br class='autobr' />
conquête de territoires, la politique coloniale, la dernière guerre<br class='autobr' />
impérialiste, mais aussi l'impossibilité au point de vue économi-<br class='autobr' />
que, pour un Etat socialiste, de vivre en vase clos. Les forces<br class='autobr' />
productives des pays capitalistes sont depuis longtemps à l'étroit à<br class='autobr' />
l'intérieur des limites de l'Etat national. Quant à la société<br class='autobr' />
socialiste, elle ne peut être construite que sur la base des forces<br class='autobr' />
productives les plus progressistes, l'électrification, la « chimisa-<br class='autobr' />
tion » des processus de la production, y compris l'agriculture, la<br class='autobr' />
combinaison, la généralisation, des éléments supérieurs de la<br class='autobr' />
technique contemporaine la plus développée. Depuis Marx, nous<br class='autobr' />
ne cessons de répéter que le capitalisme est incapable de<br class='autobr' />
maîtriser l'esprit de la technique nouvelle qu'il a lui-même fait<br class='autobr' />
naître ; esprit qui fait exploser non seulement l'enveloppe de la<br class='autobr' />
propriété bourgeoise privée au point de vue juridique, mais qui<br class='autobr' />
brise aussi, comme l'a montré la guerre de 1914, le cadre national<br class='autobr' />
de l'Etat bourgeois. Quant au socialisme, non seulement il doit<br class='autobr' />
reprendre au capitalisme les forces productives les plus dévelop-<br class='autobr' />
pées, mais immédiatement les mener plus loin, les élever, en les<br class='autobr' />
développant à un point qui n'avait jamais été possible sous le<br class='autobr' />
capitalisme. Comment alors, se demandera-t-on, le socialisme<br class='autobr' />
rejettera-t-il en arrière les forces productives pour les faire entrer<br class='autobr' />
dans les limites de l'Etat national dont elles cherchaient déjà à<br class='autobr' />
s'arracher avec rage sous le capitalisme ? Ou peut-être faut-il que<br class='autobr' />
nous renoncions aux forces productives « indomptables » qui<br class='autobr' />
sont à l'étroit dans le cadre national, et par conséquent aussi dans<br class='autobr' />
celui de la théorie du socialisme dans un seul pays ? Faut-il que<br class='autobr' />
nous nous bornions aux forces productives en quelque sorte<br class='autobr' />
domestiquées, autrement dit à une technique d'économie retar-<br class='autobr' />
dataire ? Mais alors nous devons, dès à présent, dans toute une<br class='autobr' />
série de branches, ne plus monter, mais descendre au-dessous<br class='autobr' />
même du pitoyable niveau technique actuel, qui a su lier<br class='autobr' />
indissolublement la Russie bourgeoise à l'économie mondiale et<br class='autobr' />
l'amener à participer à la guerre impérialiste, c'est-à-dire à une<br class='autobr' />
guerre pour agrandir son territoire à la mesure des for ces<br class='autobr' />
productives qui ont débordé le cadre de l'Etat national.</p>
<p>L'Etat ouvrier héritant de ces forces, après les avoir<br class='autobr' />
reconstituées, est forcé d'exporter et d'importer.<br class='autobr' />
Le malheur est que le projet de programme ne fait qu'intro-<br class='autobr' />
duire mécaniquement dans son texte la thèse de l'incompatibilité<br class='autobr' />
de la technique capitaliste actuelle et des cadres nationaux ;<br class='autobr' />
ensuite il raisonne comme s'il n'était nullement question de cette<br class='autobr' />
incompatibilité. Au fond tout ce projet n'est qu'une combinaison<br class='autobr' />
de thèses révolutionnaires toutes faites de Marx et de Lénine et<br class='autobr' />
de conclusions opportunistes ou centristes absolument inconcilia-<br class='autobr' />
bles avec ces thèses. Voilà pourquoi il est nécessaire sans se<br class='autobr' />
laisser séduire par quelques formules révolutionnaires isolées du<br class='autobr' />
projet, de bien voir dans quelle direction se dirigent ses tendances<br class='autobr' />
essentielles.</p>
<p>Nous avons déjà cité le passage du chapitre premier, parlant<br class='autobr' />
de la possibilité du triomphe du socialisme dans « un seul pays<br class='autobr' />
capitaliste, pris isolément ». Cette idée est exprimée plus nette-<br class='autobr' />
ment et plus brutalement dans le quatrième chapitre où il est dit<br class='autobr' />
que :</p>
<p>« La dictature (?) du prolétariat mondial... ne peut<br class='autobr' />
être réalisée qu'après la victoire du socialisme (?) dans<br class='autobr' />
divers pays, quand les républiques prolétariennes nouvelle-<br class='autobr' />
ment constituées se fédèrent avec celles existant déjà. »</p>
<p>Si l'on interprète les mots « victoire du socialisme » simple-<br class='autobr' />
ment comme une autre dénomination de la dictature du proléta-<br class='autobr' />
riat, alors il ne s'agit que d'un lieu commun indiscutable et qui<br class='autobr' />
aurait dû seulement être mieux formulé dans le programme pour<br class='autobr' />
éviter une interprétation à double sens. Mais ce n'est pas là la<br class='autobr' />
pensée des auteurs du projet. Ils entendent par victoire du<br class='autobr' />
socialisme non pas simplement la conquête du pouvoir et la<br class='autobr' />
nationalisation des moyens de production, mais la construction<br class='autobr' />
de la société socialiste dans un seul pays. Si nous admettons cette<br class='autobr' />
interprétation, nous sommes en présence non d'une économie<br class='autobr' />
socialiste mondiale basée sur une division internationale du<br class='autobr' />
travail, mais d'une fédération de communes socialistes ayant<br class='autobr' />
chacune comme but leur existence propre, dans le genre du<br class='autobr' />
bienheureux anarchisme, en élargissant seulement les limites de<br class='autobr' />
ces communes jusqu'à celles de l'Etat national.</p>
<p>Le projet de programme, dans son désir inquiet de dissimu-<br class='autobr' />
ler avec éclectisme la nouvelle façon d'aborder la question par<br class='autobr' />
d'anciennes formules dont on a l'habitude, recourt à la thèse<br class='autobr' />
suivante : « Ce n'est qu'après la victoire complète du prolétariat<br class='autobr' />
dans le monde, après que son pouvoir mondial se sera consolidé,<br class='autobr' />
que viendra une époque durable de construction intense de<br class='autobr' />
l'économie socialiste mondiale. » (Chap. IV).</p>
<p>Cette thèse, destinée à servir de camouflage théorique,<br class='autobr' />
révèle en réalité la contradiction essentielle. Si, dans la thèse<br class='autobr' />
considérée, on veut dire que l'époque de la véritable construction<br class='autobr' />
socialiste ne pourra commencer qu'après la victoire du proléta-<br class='autobr' />
riat dans au moins plusieurs pays avancés, alors on renonce<br class='autobr' />
simplement à la théorie de la construction du socialisme dans un<br class='autobr' />
seul pays, et l'on fait sienne la position de Marx et de Lénine.</p>
<p>Mais si l'on prend comme point de départ la nouvelle théorie de<br class='autobr' />
Staline-Boukharine qui a pris racine dans diverses parties du<br class='autobr' />
programme, on a comme perspective une réalisation du socia-<br class='autobr' />
lisme intégral dans plusieurs pays différents avant la victoire<br class='autobr' />
mondiale et totale du prolétariat ; et c'est avec ces pays socialistes<br class='autobr' />
que sera construite l'économie socialiste mondiale, exactement<br class='autobr' />
de la façon dont les enfants construisent leur maison avec des<br class='autobr' />
cubes tout prêts. En réalité, l'économie socialiste mondiale ne<br class='autobr' />
sera nullement la somme des économies socialistes nationales.</p>
<p>Elle ne pourra se constituer, dans ses traits essentiels, que sur la<br class='autobr' />
base même de la division mondiale du travail créée par tout le<br class='autobr' />
développement antérieur du capitalisme. Dans ses fondements<br class='autobr' />
elle se formera et se rebâtira non pas après la construction du<br class='autobr' />
« socialisme intégral » dans une série de pays, mais dans les<br class='autobr' />
ouragans et les tempêtes de la révolution prolétarienne mondiale<br class='autobr' />
qui occuperont plusieurs décennies. Les succès économiques<br class='autobr' />
remportés par les premiers pays de la dictature prolétarienne ne<br class='autobr' />
se mesureront pas au degré dont ils se rapprochent du « socia-<br class='autobr' />
lisme intégral » clos sur lui-même, mais bien à la stabilité<br class='autobr' />
politique de la dictature elle-même et aux succès obtenus dans la<br class='autobr' />
préparation des éléments de l'économie socialiste mondiale à<br class='autobr' />
venir.</p>
<p>La pensée révisionniste s'exprime avec plus de précision, et<br class='autobr' />
par conséquent, avec plus de brutalité encore, si possible, dans le<br class='autobr' />
cinquième chapitre ; s'abritant derrière une ligne et demie de<br class='autobr' />
l'article posthume de Lénine qu'ils déforment, les auteurs du<br class='autobr' />
projet de programme affirment que l'U .R.S.S. « possède dans le<br class='autobr' />
pays les bases matérielles nécessaires et suffisantes, non seule-<br class='autobr' />
ment pour abattre les propriétaires fonciers et la bourgeoisie,<br class='autobr' />
mais aussi pour construire le socialisme intégral ».</p>
<p>Grâce à quelles circonstances avons-nous donc hérité de<br class='autobr' />
privilèges historiques aussi exceptionnels ? Nous lisons à ce sujet<br class='autobr' />
dans le second chapitre du projet :</p>
<p>« Le front impérialiste fut rompu (par la révolution de<br class='autobr' />
1917) dans son chaînon le plus faible, la Russie tsariste »<br class='autobr' />
(souligné par nous).</p>
<p>C'est une formule magnifique de Lénine. Au fond elle<br class='autobr' />
signifie que la Russie était l'Etat impérialiste le plus arriéré et le<br class='autobr' />
plus faible au point de vue économique. C'est justement pour<br class='autobr' />
cela que les classes dominantes de Russie s'écroulèrent les<br class='autobr' />
premières pour avoir chargé les forces productives insuffisantes<br class='autobr' />
du pays d'un fardeau insupportable. Le développement inégal,<br class='autobr' />
saccadé, obligea le prolétariat de la puissance impérialiste la plus<br class='autobr' />
arriérée à s'emparer le premier du pouvoir. Autrefois on nous<br class='autobr' />
enseignait que, précisément pour cette raison, la classe ouvrière<br class='autobr' />
du « chaînon le plus faible » rencontrera de plus grandes<br class='autobr' />
difficultés dans l'accès au socialisme que le prolétariat des pays<br class='autobr' />
avancés ; il aura plus de difficulté à s'emparer du pouvoir, mais<br class='autobr' />
l'ayant conquis bien longtemps avant que nous n'ayons comblé<br class='autobr' />
notre retard, non seulement il nous dépassera, mais il nous<br class='autobr' />
prendra en remorque pour nous entraîner dans la véritable<br class='autobr' />
construction du socialisme basée sur une technique mondiale<br class='autobr' />
supérieure et sur la division internationale du travail. Voilà la<br class='autobr' />
conception avec laquelle nous sommes entrés dans la révolution<br class='autobr' />
d'Octobre, une conception que le parti formula des dizaines et<br class='autobr' />
des centaines de milliers de fois dans la presse et dans les<br class='autobr' />
réunions, mais à laquelle on tente, depuis 1925, de substituer une<br class='autobr' />
idée diamétralement opposée. Maintenant on constate que le fait<br class='autobr' />
que l'ancienne Russie tsariste était « le chaînon le plus faible »,<br class='autobr' />
met entre les mains du prolétariat de l'U .R.S.S. la Russie tsariste<br class='autobr' />
et de ses faiblesses en héritage, un avantage inappréciable, celui<br class='autobr' />
de posséder ses propres bases nationales pour « construire le<br class='autobr' />
socialisme intégral ».</p>
<p>La malheureuse Angleterre ne dispose pas d'un tel privilège,<br class='autobr' />
en raison d'un développement excessif de ses forces productives<br class='autobr' />
qui ont presque besoin du monde entier pour se procurer des<br class='autobr' />
matières premières et écouler leurs produits. Si les forces<br class='autobr' />
productives de l'Angleterre étaient plus « modérées », mainte-<br class='autobr' />
nant un équilibre relatif entre l'industrie et l'agriculture, alors<br class='autobr' />
sans doute, le prolétariat anglais pourrait construire le socialisme<br class='autobr' />
intégral sur son île « considérée isolément », protégée par sa<br class='autobr' />
flotte contre une intervention étrangère.</p>
<p>Le projet de programme, dans son quatrième chapitre,<br class='autobr' />
partage les Etats capitalistes en trois groupes : 1° « Les pays de<br class='autobr' />
capitalisme avancé (Etats-Unis, Allemagne, Angleterre, etc.) » ;<br class='autobr' />
2° « Les pays où le capitalisme a atteint un niveau de développe-<br class='autobr' />
ment moyen (en Russie avant 1917, Pologne, etc.) » ; 3° « Les<br class='autobr' />
pays coloniaux et semi-coloniaux (Chine, Indes, etc.) ».<br class='autobr' />
Bien que la « Russie avant 1917 » soit infiniment plus proche<br class='autobr' />
de la Chine actuelle que des Etats-Unis de maintenant, on<br class='autobr' />
pourrait ne pas élever d'objections spéciales à cette répartition<br class='autobr' />
schématique si elle ne devenait, en liaison avec d'autres parties<br class='autobr' />
du projet, une cause de déductions fausses. Etant donné que le<br class='autobr' />
projet estime que les pays « de développement moyen » dispo-<br class='autobr' />
sent « d'un minimum d'industrie suffisant » pour construire par<br class='autobr' />
leurs propres forces le socialisme, ce doit être à plus forte raison<br class='autobr' />
vrai pour les pays de capitalisme supérieur. Il se trouve que, seuls<br class='autobr' />
les pays coloniaux et semi-coloniaux ont besoin de l'aide du<br class='autobr' />
dehors ; c'est précisément en cela que le projet de programme,<br class='autobr' />
comme nous le verrons dans un autre chapitre, voit leur trait<br class='autobr' />
distinctif.</p>
<p>Pourtant, si nous abordons les problèmes de la construction<br class='autobr' />
du socialisme avec cet unique critère, en faisant abstraction des<br class='autobr' />
richesses naturelles du pays, des rapports intérieurs entre l'indus-<br class='autobr' />
trie et l'agriculture, de sa place dans le système mondial de<br class='autobr' />
l'économie, nous tomberons dans de nouvelles erreurs et contra-<br class='autobr' />
dictions, non moins grossières. Nous venons de parler de<br class='autobr' />
l'Angleterre. Elle est indiscutablement un pays de capitalisme<br class='autobr' />
supérieur, et c'est précisément pour cela qu'elle n'a aucune<br class='autobr' />
chance de construire avec succès le socialisme dans le cadre de<br class='autobr' />
ses frontières insulaires. L'Angleterre victime d'un blocus étouf-<br class='autobr' />
ferait au bout de quelques mois.</p>
<p>Des forces de production supérieures, toutes autres condi-<br class='autobr' />
tions restant égales, présentent certes un avantage énorme pour<br class='autobr' />
la construction du socialisme. Elles imprègnent l'économie d'une<br class='autobr' />
souplesse exceptionnelle, même quand celle-ci se trouve isolée<br class='autobr' />
par le blocus ; cela s'est manifesté dans l'Allemagne bourgeoise<br class='autobr' />
au cours de la guerre. Mais pour ces pays avancés la construction<br class='autobr' />
du socialisme sur des bases nationales correspondrait à une baisse<br class='autobr' />
générale, à une diminution globale des forces productives, c'est-<br class='autobr' />
à-dire irait directement à l'encontre des tâches du socialisme.<br class='autobr' />
Le projet de programme néglige la thèse fondamentale sur<br class='autobr' />
l'incompatibilité des forces productives actuelles et des frontières<br class='autobr' />
nationales : il en découle que des forces productives supérieures<br class='autobr' />
ne sont pas un obstacle moindre à la construction du socialisme<br class='autobr' />
dans un seul pays que des forces peu développées, bien que pour<br class='autobr' />
des raisons inverses : si ces dernières sont insuffisantes pour leur<br class='autobr' />
base, c'est en revanche leur base qui est trop restreinte (dans le<br class='autobr' />
pays) pour les premières. On oublie la loi du développement<br class='autobr' />
inégal précisément quand on en a le plus besoin et quand elle a le<br class='autobr' />
plus d'importance.</p>
<p>Le problème de la construction du socialisme ne se règle pas<br class='autobr' />
simplement par la « maturité » ou la « non-maturité » indus-<br class='autobr' />
trielle du pays. Cette non-maturité est elle-même inégale. Ainsi,<br class='autobr' />
en U.R.S.S., où certaines branches de l'industrie et d'abord la<br class='autobr' />
construction de machines, sont très insuffisantes pour les besoins<br class='autobr' />
les plus élémentaires, il en est d'autres en revanche qui ne<br class='autobr' />
peuvent pas, dans les circonstances données, se développer sans<br class='autobr' />
d'importantes exportations grandissant sans cesse. Parmi ces<br class='autobr' />
dernières, il en est d'une importance primordiale comme les<br class='autobr' />
exploitations forestières, l'extraction pétrolière et l'extraction du<br class='autobr' />
manganèse, pour ne pas parler de l'agriculture. Par ailleurs, les<br class='autobr' />
branches « insuffisantes » ne pourront plus se développer sérieu-<br class='autobr' />
sement si les branches qui produisent « en surabondance »<br class='autobr' />
(relative) ne peuvent pas exporter. L'impossibilité de construire<br class='autobr' />
une société socialiste isolée - non pas en Utopie ou dans<br class='autobr' />
l'Atlantide 56, mais dans les conditions concrètes, géographiques<br class='autobr' />
et historiques de notre économie terrestre - est déterminée dans<br class='autobr' />
divers pays à des degrés divers, autant par le développement<br class='autobr' />
insuffisant de certaines branches que par le développement<br class='autobr' />
« excessif » de certaines autres. Dans l'ensemble, cela signifie<br class='autobr' />
justement que les forces productives contemporaines sont incom-<br class='autobr' />
patibles avec les cadres nationaux.</p>
<p>« Que fut la guerre impérialiste ? Une révolte des<br class='autobr' />
forces productives, non seulement contre les formes bour-<br class='autobr' />
geoises de la propriété, mais aussi contre les cadres des<br class='autobr' />
Etats capitalistes. La guerre impérialiste signifiait en fait<br class='autobr' />
que les forces productives se trouvaient insupportablement<br class='autobr' />
à l'étroit dans les limites des Etats nationaux. Nous avons<br class='autobr' />
toujours affirmé que le capitalisme n'est pas en état de<br class='autobr' />
maîtriser les forces productives qu'il a développées, que<br class='autobr' />
seul le socialisme est capable de les incorporer, quand,<br class='autobr' />
après leur croissance, elles dépassent le cadre des Etats<br class='autobr' />
nationaux, en un ensemble économique supérieur. Il n'y a<br class='autobr' />
plus de voies qui conduisent en arrière vers un Etat<br class='autobr' />
isolé ... » (57)</p>
<p>En tentant de justifier la théorie du socialisme dans un seul<br class='autobr' />
pays, le projet de programme commet une erreur double, triple,<br class='autobr' />
quadruple : il exagère le niveau des forces productives en<br class='autobr' />
U.R.S.S. ; il ferme les yeux sur la loi du développement inégal<br class='autobr' />
des diverses branches de l'industrie ; il néglige la division<br class='autobr' />
mondiale du travail ; et enfin, il oublie la contradiction fonda-<br class='autobr' />
mentale existant entre les forces productives et les barrières<br class='autobr' />
nationales à l'époque impérialiste.</p>
<p>Pour ne pas laisser en dehors de notre examen un seul<br class='autobr' />
argument, il nous reste à rappeler encore une considération, la<br class='autobr' />
plus générale d'ailleurs, émanant de Boukharine dans sa défense<br class='autobr' />
de la théorie nouvelle.</p>
<p>Dans l'ensemble du monde, dit Boukharine, le rapport entre<br class='autobr' />
le prolétariat et la paysannerie n'est pas plus favorable qu'en<br class='autobr' /> U.R.S.S. Donc, si, pour des raisons de retard dans le développe-<br class='autobr' />
ment, l'on n'a pas pu construire le socialisme en U.R.S.S. celui-ci<br class='autobr' />
est également irréalisable à l'échelle de l'économie mondiale.</p>
<p>Cet argument devrait être introduit dans tous les manuels de<br class='autobr' />
dialectique comme exemple classique de procédé de réflexion<br class='autobr' />
scolastique.</p>
<p>Premièrement, s'il est très probable que le rapport entre le<br class='autobr' />
prolétariat et la paysannerie dans l'ensemble du monde ne diffère<br class='autobr' />
. pas tellement de celui qui existe en U.R.S.S., la révolution<br class='autobr' />
mondiale, comme d'ailleurs la révolution dans un pays, ne se<br class='autobr' />
réalise nullement selon la méthode de la moyenne arithmétique.</p>
<p>Ainsi la révolution d'Octobre s'est produite et affirmée avant<br class='autobr' />
tout dans le Petrograd prolétarien, sans choisir une région où le<br class='autobr' />
rapport entre ouvriers et paysans corresponde à la moyenne de<br class='autobr' />
toute la Russie. Après que Petrograd et, plus tard, Moscou<br class='autobr' />
eurent créé le pouvoir et l'armée révolutionnaires, ils durent<br class='autobr' />
pourtant combattre pendant plusieurs années pour abattre la<br class='autobr' />
bourgeoisie à travers le pays ; ce n'est qu'à la suite de ce<br class='autobr' />
processus, qui s'appelle révolution, que s'est établi, dans les<br class='autobr' />
limites de l'U .R.S.S., le rapport actuel entre le prolétariat et la<br class='autobr' />
paysannerie. La révolution ne s'accomplit pas selon la méthode<br class='autobr' />
de la moyenne arithmétique. Elle peut même commencer dans<br class='autobr' />
un secteur moins favorable ; mais aussi longtemps qu'elle ne s'est<br class='autobr' />
pas affermie dans les secteurs les plus décisifs aussi bien du front<br class='autobr' />
national que du front mondial, on ne peut parler de sa victoire<br class='autobr' />
définitive.</p>
<p>Deuxièmement : le rapport entre le prolétariat et la paysan-<br class='autobr' />
nerie dans le cadre d'un niveau « moyen » de la technique, n'est<br class='autobr' />
pas l'unique facteur déterminant. Il existe encore la lutte de<br class='autobr' />
classe entre le prolétariat et la bourgeoisie. L'U.R.S.S. est<br class='autobr' />
entourée non pas par un monde ouvrier et paysan mais par un<br class='autobr' />
univers capitaliste. Si la bourgeoisie était renversée dans le<br class='autobr' />
monde entier, il va de soi que ce fait en lui-même ne modifierait<br class='autobr' />
encore ni le rapport entre le prolétariat et la paysannerie, ni le<br class='autobr' />
niveau moyen de la technique en U.R.S.S. et dans le monde<br class='autobr' />
entier. Néanmoins la construction du socialisme en U.R.S.S.<br class='autobr' />
verrait immédiatement s'ouvrir devant elle d'autres possibilités et<br class='autobr' />
prendrait une envergure autre, absolument sans aucune mesure<br class='autobr' />
avec celle d'à présent.</p>
<p>Troisièmement : si les forces productrices de chaque pays<br class='autobr' />
avancé ont dépassé à un degré quelconque les frontières natio-<br class='autobr' />
nales, il faudrait en conclure d'après Boukharine, que les forces<br class='autobr' />
productives, pour tous les pays, ont dépassé les limites du globe<br class='autobr' />
terrestre et, par conséquent, que le socialisme ne doit être<br class='autobr' />
construit qu'à l'échelle de l'ensemble du système solaire.<br class='autobr' />
Nous le répétons : l'argument boukharinien fondé sur la<br class='autobr' />
proportion moyenne des ouvriers et des paysans devrait être<br class='autobr' />
introduit dans les abécédaires de la politique, non pas, comme<br class='autobr' />
cela se fait probablement actuellement, pour défendre la théorie<br class='autobr' />
du socialisme dans un seul pays, mais en tant que preuve de<br class='autobr' />
l'incompatibilité totale entre la casuistique et la dialectique<br class='autobr' />
marxiste.</p>
<p>9. La question ne peut être tranchée que sur l'arène de la<br class='autobr' />
révolution mondiale</p>
<p>La nouvelle doctrine dit : le socialisme peut être construit<br class='autobr' />
sur la base d'un Etat national, pourvu qu'il ne se produise pas<br class='autobr' />
d'intervention. De là peut et doit découler malgré toutes les<br class='autobr' />
déclarations solennelles du projet de programme, une politique<br class='autobr' />
de collaboration avec la bourgeoisie des autres pays. Le but est<br class='autobr' />
d'éviter l'intervention : en effet, cela assurera la construction du<br class='autobr' />
socialisme et ainsi le problème historique fondamental se trou-<br class='autobr' />
vera résolu. La tâche des partis de l'Internationale communiste<br class='autobr' />
prend alors un caractère secondaire : protéger l'U .R.S.S. des<br class='autobr' />
interventions, et non pas lutter pour la conquête du pouvoir. Il ne<br class='autobr' />
s'agit évidemment pas d'intentions subjectives, mais de la logique<br class='autobr' />
objective de la pensée politique.</p>
<p>« La divergence - dit Staline - consiste en ce que le<br class='autobr' />
parti considère que ces contradictions (internes) et conflits<br class='autobr' />
éventuels sont parfaitement surmontables sur la base des<br class='autobr' />
propres forces de notre révolution, tandis que le camarade<br class='autobr' />
Trotsky et l'Opposition estiment qu'on ne peut en triom-<br class='autobr' />
pher qu'à l'échelle internationale, sur l'arène de la révolu-<br class='autobr' />
tion mondiale du prolétariat. » (58)</p>
<p>Oui, la divergence s'exprime précisément en ces termes. On<br class='autobr' />
ne saurait formuler avec plus de précision la contradiction qui<br class='autobr' />
existe entre le national-réformisme et l'internationalisme révolu-<br class='autobr' />
tionnaire. Si nos difficultés, obstacles, contradictions internes,<br class='autobr' />
qui ne sont que la réfraction des contradictions mondiales,<br class='autobr' />
peuvent être résolues simplement par « les propres forces de<br class='autobr' />
notre révolution », sans sortir « sur l'arène de la révolution<br class='autobr' />
mondiale », alors l'Internationale est une institution mi-auxi-<br class='autobr' />
liaire, mi-décorative dont on peut convoquer les congrès tous les<br class='autobr' />
quatre ans, tous les dix ans ou même pas du tout. Si l'on ajoute<br class='autobr' />
aussi que le prolétariat des autres pays doit protéger notre<br class='autobr' />
construction contre une intervention militaire, l'Internationale<br class='autobr' />
devrait, selon ce schéma, jouer le rôle d'outil du pacifisme. Son<br class='autobr' />
rôle fondamental, celui d'outil de la révolution mondiale, passe<br class='autobr' />
inévitablement à l'arrière-plan. Et, nous le répétons, cela se<br class='autobr' />
produit non selon des intentions conscientes (au contraire toute<br class='autobr' />
une série de passages du programme témoignent des meilleures<br class='autobr' />
intentions des auteurs) mais comme conséquence de la logique<br class='autobr' />
interne de la nouvelle théorie ; ce qui est mille fois plus<br class='autobr' />
dangereux que les pires intentions subjectives.</p>
<p>Déjà en effet en vue du plénum du comité exécutif de<br class='autobr' />
l'Internationale communiste Staline avait osé développer et<br class='autobr' />
démontrer l'idée suivante :</p>
<p>« Notre parti n'a pas le droit de tromper (!) la classe<br class='autobr' />
ouvrière ; il aurait dû dire franchement que le manque de<br class='autobr' />
certitude (!) sur la possibilité de construire le socialisme<br class='autobr' />
dans notre pays mène à l'abandon du pouvoir, à la<br class='autobr' />
transformation de notre parti de parti gouvernemental en<br class='autobr' />
parti d'opposition. » (59)</p>
<p>Cela signifie : « tu as seulement le droit d'espérer dans les<br class='autobr' />
maigres ressources de l'économie nationale ; tu ne peux pas<br class='autobr' />
espérer quelque chose des ressources inépuisables du prolétariat<br class='autobr' />
international. Si tu ne peux te passer de la révolution internatio-<br class='autobr' />
nale, cède le pouvoir, ce pouvoir d'Octobre que nous avons<br class='autobr' />
conquis dans l'intérêt de la révolution internationale ». Voilà à<br class='autobr' />
quelle déchéance on peut arriver, dans le domaine des idées,<br class='autobr' />
quand on part d'une façon radicalement fausse de poser la<br class='autobr' />
question !</p>
<p>Le projet développe une pensée incontestable quand il dit<br class='autobr' />
que les succès économiques de !'U.R.S.S. sont indissolublement<br class='autobr' />
liés à la révolution prolétarienne mondiale. Mais le danger<br class='autobr' />
politique de la théorie nouvelle réside dans la comparaison<br class='autobr' />
erronée des deux leviers de commande du socialisme mondial :<br class='autobr' />
nos réalisations économiques et la révolution prolétarienne<br class='autobr' />
mondiale. Sans la victoire de cette dernière, nous ne construirons<br class='autobr' />
pas le socialisme. Les ouvriers d'Europe et du monde entier<br class='autobr' />
doivent clairement le comprendre. Le levier de la construction<br class='autobr' />
économique a une importance énorme. Si la direction se trompe,<br class='autobr' />
la dictature du prolétariat s'affaiblit ; la chute de cette dictature<br class='autobr' />
porterait un tel coup à la révolution mondiale que celle-ci n'en<br class='autobr' />
guérirait pas pendant de longues années. Mais la solution du<br class='autobr' />
procès fondamental de l'histoire en balance entre le monde du<br class='autobr' />
socialisme et celui du capitalisme dépend du second levier, c'est-<br class='autobr' />
à-dire de la révolution prolétarienne mondiale. L'énorme impor-<br class='autobr' />
tance de l'Union soviétique vient de ce qu'elle constitue la base<br class='autobr' />
sur laquelle s'appuie la révolution mondiale et nullement de sa<br class='autobr' />
capacité à construire le socialisme indépendamment de la révolu-<br class='autobr' />
tion mondiale.</p>
<p>Sur un ton de supériorité que rien ne justifie, Boukharine<br class='autobr' />
nous a demandé à plusieurs reprises :</p>
<p>« S'il existe déjà des prémisses, ces points de départ,<br class='autobr' />
une base suffisante et même certains succès dans l' œuvre de<br class='autobr' />
la construction du socialisme, où est alors la limite, l'arête à<br class='autobr' />
partir de laquelle " tout se fait en sens inverse » ? Il n'y en a<br class='autobr' />
pas. » (60)</p>
<p>C'est là de la mauvaise géométrie, pas de la dialectique<br class='autobr' />
historique. Il peut exister semblable arête. Il peut en exister dans<br class='autobr' />
les domaines intérieur, international, politique, économique et<br class='autobr' />
militaire. La plus importante, la plus menaçante, serait une<br class='autobr' />
consolidation sérieuse et durable du capitalisme mondial, une<br class='autobr' />
nouvelle montée de ce dernier. La question économique et<br class='autobr' />
politique débouche donc sur l'arène mondiale. La bourgeoisie<br class='autobr' />
peut-elle s'assurer une nouvelle époque de croissance capita-<br class='autobr' />
liste ? Nier une telle éventualité, miser sur la situation « sans<br class='autobr' />
issue » du capitalisme ne serait que du verbalisme révolution-<br class='autobr' />
naire. « Il n'existe pas de situations totalement sans issue »<br class='autobr' />
(Lénine). L'état actuel d'équilibre instable entre les classes en<br class='autobr' />
Europe ne peut durer indéfiniment, précisément parce qu'il est<br class='autobr' />
instable.</p>
<p>Quand Staline et Boukharine démontrent que !'U.R.S.S.<br class='autobr' />
peut, en tant qu'Etat (c'est-à-dire dans ses rapports avec la<br class='autobr' />
bourgeoisie mondiale) se passer de l'aide du prolétariat étranger,<br class='autobr' />
ils font preuve du même aveuglement que dans les autres<br class='autobr' />
conséquences de leurs erreurs fondamentales, car l'actuelle<br class='autobr' />
sympathie active des masses ouvrières nous protège contre une<br class='autobr' />
intervention.</p>
<p>Il est tout à fait incontestable qu'après le sabotage par la<br class='autobr' />
social-démocratie de l'insurrection d'après-guerre du prolétariat<br class='autobr' />
européen contre la bourgeoisie, l'active sympathie des masses<br class='autobr' />
ouvrières a sauvé la République soviétique. Au cours de ces<br class='autobr' />
années, la bourgeoisie européenne n'a pas pu trouver les forces<br class='autobr' />
suffisantes pour faire une grande guerre contre l'Etat ouvrier.</p>
<p>Croire cependant qu'un tel rapport de forces peut se maintenir<br class='autobr' />
pendant des années, par exemple jusqu'à la construction du<br class='autobr' />
socialisme en U.R.S.S., serait faire preuve du plus grand<br class='autobr' />
aveuglement et juger de toute une courbe en fonction d'un tout<br class='autobr' />
petit segment. Une situation aussi instable où le prolétariat ne<br class='autobr' />
peut pas prendre le pouvoir tandis que la bourgeoisie ne se sent<br class='autobr' />
pas solidement maîtresse chez elle, doit, tôt ou tard, à une année<br class='autobr' />
près, se décider brutalement dans un sens ou dans l'autre, celui<br class='autobr' />
de la dictature du prolétariat ou celui d'une consolidation<br class='autobr' />
sérieuse et durable de la bourgeoisie sur le dos des masses<br class='autobr' />
populaires, sur les ossements des peuples coloniaux et qui sait ...<br class='autobr' />
sur les nôtres. « Il n'existe pas de situations absolument sans<br class='autobr' />
issue. » La bourgeoisie peut échapper durablement à ses contra-<br class='autobr' />
dictions les plus pénibles, uniquement en suivant la voie ouverte<br class='autobr' />
par les défaites du prolétariat et les erreurs de la direction<br class='autobr' />
révolutionnaire. Mais la réciproque est également vraie. Il n'y<br class='autobr' />
aura plus de nouvelle montée du capitalisme mondial (la<br class='autobr' />
perspective d'une nouvelle époque de grands bouleversements) si<br class='autobr' />
le prolétariat sait trouver une issue révolutionnaire à l'équilibre<br class='autobr' />
instable actuel.</p>
<p>« Il faut démontrer maintenant par le travail pratique<br class='autobr' />
des partis révolutionnaires - disait Lénine, le 19 juillet<br class='autobr' />
1920, au second congrès - qu'ils ont suffisamment de<br class='autobr' />
conscience, d'esprit d'organisation, de liaison avec les<br class='autobr' />
masses exploitées, de résolution, de savoir, pour utiliser<br class='autobr' />
cette crise au profit d'une révolution triomphante, aboutis-<br class='autobr' />
sant au succès. » (61)</p>
<p>Quant à nos contradictions internes, qui dépendent directe-<br class='autobr' />
ment de la marche de la lutte en Europe et dans le monde, elles<br class='autobr' />
peuvent être intelligemment régularisées et atténuées par une<br class='autobr' />
politique intérieure juste, basée sur une prévision marxiste ; mais<br class='autobr' />
on ne pourra en triompher qu'en éliminant les contradictions de<br class='autobr' />
classes, ce dont il ne peut être question avant que ne se produise<br class='autobr' />
et que triomphe la révolution européenne. Staline a raison : il y a<br class='autobr' />
divergence justement sur ce point et c'est la divergence fonda-<br class='autobr' />
mentale qui existe entre le nationalisme réformiste et l'interna-<br class='autobr' />
tionalisme révolutionnaire.</p>
<p>10. La théorie du socialisme dans un seul pays en tant que source<br class='autobr' />
d'errements social-patriotiques inévitables</p>
<p>La théorie du socialisme dans un seul pays conduit inélucta-<br class='autobr' />
blement à sous-estimer les difficultés dont il faut triompher et<br class='autobr' />
exagérer les réalisations acquises. On ne saurait trouver d'asser-<br class='autobr' />
tion plus anti-socialiste et anti-révolutionnaire que la déclaration<br class='autobr' />
de Staline affirmant que les 90 % du socialisme sont réalisés chez<br class='autobr' />
nous. Cela semble spécialement calculé pour le bureaucrate<br class='autobr' />
suffisant. On peut de cette façon compromettre irrémédiable-<br class='autobr' />
ment l'idée de la société socialiste aux yeux des masses travail-<br class='autobr' />
leuses. Les succès du prolétariat soviétique sont grandioses si l'on<br class='autobr' />
considère les conditions dans lesquelles ils ont été obtenus et le<br class='autobr' />
faible niveau de l'héritage culturel. Mais ces réalisations pèsent<br class='autobr' />
peu sur la balance de l'idéal socialiste. Pour ne pas condamner au<br class='autobr' />
découragement l'ouvrier, le journalier agricole, le paysan pau-<br class='autobr' />
vre, qui, en l'an XI de la révolution, voient autour d'eux la<br class='autobr' />
misère, la pauvreté, le chômage, les queues devant les boulange-<br class='autobr' />
ries, l'analphabétisme, les enfants vagabonds, l'ivrognerie, la<br class='autobr' />
prostitution, il faut dire la vérité si cruelle soit-elle et non un<br class='autobr' />
agréable mensonge. Au lieu de leur mentir en assurant que 90 %<br class='autobr' />
du socialisme seraient déjà réalisés, il faut leur dire qu'actuelle-<br class='autobr' />
ment notre niveau économique, nos conditions de vie quoti-<br class='autobr' />
dienne et de culture, nous situent bien plus près du capitalisme,<br class='autobr' />
et par-dessus le marché d'un capitalisme arriéré et inculte, que de<br class='autobr' />
la société socialiste. Il faut leur dire que nous ne nous achemi-<br class='autobr' />
nons vers la voie de la véritable construction du socialisme<br class='autobr' />
qu'après la conquête du pouvoir par le prolétariat des pays les<br class='autobr' />
plus avancés ; qu'il faut travailler à cette construction sans<br class='autobr' />
relâche et en se servant de deux leviers, l'un court, celui de nos<br class='autobr' />
efforts économiques à l'intérieur, l'autre long, celui de la lutte<br class='autobr' />
internationale du prolétariat.</p>
<p>Bref, au lieu des phrases de Staline sur les 90 % du<br class='autobr' />
socialisme déjà réalisé il faut leur citer ces paroles de Lénine :</p>
<p>« La Russie (indigente) ne deviendra telle (abon-<br class='autobr' />
dante) que si elle rejette tout découragement et toute<br class='autobr' />
phraséologie, que si, serrant les dents, elle recueille toutes<br class='autobr' />
ses forces et tende chaque nerf et chaque muscle, que si elle<br class='autobr' />
comprend que le salut est possible seulement dans la voie<br class='autobr' />
de la révolution socialiste internationale, dans laquelle<br class='autobr' />
nous sommes entrés. » (62)</p>
<p>On a même entendu avancer par des militants en vue de<br class='autobr' />
l'Internationale communiste l'argument suivant : évidemment, la<br class='autobr' />
théorie du socialisme dans un seul pays n'a pas de consistance,<br class='autobr' />
mais elle offre une perspective, dans des conditions difficiles, aux<br class='autobr' />
ouvriers russes, et de ce fait leur donne du courage. Il est difficile<br class='autobr' />
de mesurer la profondeur de la chute, au point de vue théorique,<br class='autobr' />
de ceux qui ne cherchent pas dans un programme un moyen de<br class='autobr' />
s'orienter, un moyen de classe, ayant une base scientifique, mais<br class='autobr' />
une consolation morale. Les théories consolatrices contredisant<br class='autobr' />
les faits relèvent de la religion et non pas de la science. Or, « la<br class='autobr' />
religion est l'opium du peuple » (63).</p>
<p>Notre parti a traversé sa période héroïque avec un pro-<br class='autobr' />
gramme entièrement axé sur la révolution internationale, et non<br class='autobr' />
pas sur le socialisme dans un seul pays. La Jeunesse communiste,<br class='autobr' />
portant un étendard qui disait que la Russie arriérée ne construi-<br class='autobr' />
rait pas le socialisme par ses seules forces, a traversé les années<br class='autobr' />
les plus dures de la guerre civile, la famine, le froid, les pénibles<br class='autobr' />
samedis et dimanches communistes, les épidémies, les études le<br class='autobr' />
ventre creux, les victimes innombrables qui marquaient chaque<br class='autobr' />
mouvement en avant. Les membres du parti et des Jeunesses<br class='autobr' />
communistes ont combattu sur tous les fronts, traîné des poutres<br class='autobr' />
dans les gares, non parce qu'ils espéraient construire avec elles<br class='autobr' />
l'édifice du socialisme national, mais parce qu'ils servaient la<br class='autobr' />
révolution internationale, qui exige que la forteresse soviétique<br class='autobr' />
tienne bon ; et, pour la forteresse soviétique, chaque nouvelle<br class='autobr' />
poutre a son importance. Voilà comment nous abordions la<br class='autobr' />
question. Les délais ont changé, se sont déplacés (d'ailleurs, pas<br class='autobr' />
tant que cela) ; mais la manière d'envisager le problème sous<br class='autobr' />
l'angle des principes conserve encore toute sa vigueur. Le<br class='autobr' />
prolétaire, le paysan pauvre partisan, le jeune communiste, ont<br class='autobr' />
démontré d'avance, par toute leur conduite avant 1925, époque à<br class='autobr' />
laquelle le nouvel évangile fut prêché pour la première fois, qu'ils<br class='autobr' />
n'en avaient pas besoin. Mais il était nécessaire au fonctionnaire<br class='autobr' />
qui regarde la masse de haut en bas, à l'administrateur qui lutte<br class='autobr' />
pour des miettes et ne veut pas être inquiété, à l'homme de<br class='autobr' />
l'appareil qui cherche à commander en se dissimulant derrière la<br class='autobr' />
forme salutaire et consolatrice. Ce sont eux qui croient que le<br class='autobr' />
peuple obscur a besoin d'une« bonne nouvelle », qu'on ne peut<br class='autobr' />
maîtriser le peuple sans doctrines de consolation. Ce sont<br class='autobr' />
justement eux qui se saisissent des paroles mensongères sur les<br class='autobr' />
« 90 % du socialisme », car cette formule consacre leur position<br class='autobr' />
privilégiée, leur droit à l'ordre, au commandement, leur désir de<br class='autobr' />
se libérer de la critique des « hommes de peu de foi » et des<br class='autobr' />
« sceptiques ».</p>
<p>Les plaintes et les accusations selon lesquelles la remise en<br class='autobr' />
cause de la possibilité de construire le socialisme dans un seul<br class='autobr' />
pays éteindrait l'esprit et tuerait l'énergie ressemblent, malgré<br class='autobr' />
des conditions différentes, aux accusations que les réformistes<br class='autobr' />
ont toujours lancées contre les révolutionnaires.« Vous dites aux<br class='autobr' />
ouvriers qu'ils ne peuvent obtenir d'amélioration sensible de leur<br class='autobr' />
situation dans les limites de la société capitaliste - voilà ce<br class='autobr' />
qu'objectaient les réformistes - de ce fait, vous tuez en eux<br class='autobr' />
l'énergie de la lutte. » En réalité ce n'est que sous la direction des<br class='autobr' />
révolutionnaires que les ouvriers ont vraiment lutté pour des<br class='autobr' />
conquêtes économiques et des réformes parlementaires.<br class='autobr' />
L'ouvrier qui comprend qu'on ne peut construire le paradis<br class='autobr' />
socialiste comme une oasis dans l'enfer du capitalisme mondial,<br class='autobr' />
et que la destinée de la république soviétique et par conséquent<br class='autobr' />
la sienne propre, dépendent entièrement de la révolution inter-<br class='autobr' />
nationale, accomplira son devoir envers l'U .R.S.S. avec beau-<br class='autobr' />
coup plus d'énergie que l'ouvrier auquel on aurait dit que ce qui<br class='autobr' />
existe serait déjà 90 % du socialisme.« Cela vaut-il donc la peine<br class='autobr' />
de tendre vers le socialisme ? » La manière réformiste d'aborder<br class='autobr' />
la question, ici comme partout, frappe non seulement la révolu-<br class='autobr' />
tion, mais aussi la réforme.</p>
<p>Dans l'article de 1915 déjà cité ci-dessus, consacré au mot<br class='autobr' />
d'ordre des Etats-Unis d'Europe, nous écrivions :<br class='autobr' />
« Examiner les perspectives de la révolution sociale<br class='autobr' />
dans le cadre national signifierait être victime du même<br class='autobr' />
esprit borné national qui constitue le fond du social-<br class='autobr' />
patriotisme. Jusqu'à la fin de ses jours, Vaillant (64) crut que<br class='autobr' />
la France était la terre promise de la révolution sociale ;<br class='autobr' />
c'est précisément de ce point de vue qu'il voulait la<br class='autobr' />
défendre jusqu'au bout. Lensch (65) et consorts (les uns<br class='autobr' />
hypocritement, les autres sincèrement) estimaient que la<br class='autobr' />
défaite de l'Allemagne signifierait d'abord la destruction de<br class='autobr' />
la base de la révolution sociale ... Dans l'ensemble, il ne<br class='autobr' />
faut pas oublier qu'à côté du réformisme le plus vulgaire il<br class='autobr' />
existe encore dans le social-patriotisme un messianisme<br class='autobr' />
révolutionnaire qui chante les exploits de son Etat national<br class='autobr' />
parce qu'il considère que sa situation industrielle, sa forme<br class='autobr' />
« démocratique » ou ses conquêtes révolutionnaires, l'ap-<br class='autobr' />
pellent à amener l'humanité au socialisme ou à la « démo-<br class='autobr' />
cratie ». Si la révolution victorieuse pouvait réellement se<br class='autobr' />
concevoir dans les limites d'une nation mieux préparée, ce<br class='autobr' />
messianisme, lié au programme de la défense nationale,<br class='autobr' />
aurait en sa faveur une relative justification historique.</p>
<p>Mais en réalité il n'en a pas. Lutter pour conserver la base<br class='autobr' />
nationale de la révolution par des méthodes qui sapent les<br class='autobr' />
liaisons internationales du prolétariat, c'est en fait saper la<br class='autobr' />
révolution ; celle-ci ne peut commencer autrement que sur<br class='autobr' />
une base nationale, puisqu'elle ne peut être achevée sur<br class='autobr' />
cette base, du fait de l'interdépendance économique,<br class='autobr' />
politique et militaire des Etats européens, qui ne s'est<br class='autobr' />
jamais manifestée avec autant de force qu'au cours de la<br class='autobr' />
guerre actuelle. Précisément cette interdépendance, qui<br class='autobr' />
conditionnera directement et immédiatement la coordina-<br class='autobr' />
tion des actes du prolétariat européen au cours de la<br class='autobr' />
révolution, est exprimée par le mot d'ordre des Etats-Unis<br class='autobr' />
d'Europe. » (66)</p>
<p>Partant de l'interprétation fausse qu'il donnait de la polémi-<br class='autobr' />
que de 1915, Staline a essayé plus d'une fois de présenter les<br class='autobr' />
choses comme si la mention de l' « esprit national » borné visait<br class='autobr' />
Lénine. Il est difficile d'imaginer plus absurde. Quand je dus<br class='autobr' />
polémiquer contre Lénine, je le fis toujours ouvertement,<br class='autobr' />
toujours guidé seulement par des considérations d'idées. L'arti-<br class='autobr' />
cle appelle par leur nom ceux qu'il accuse : Vaillant, Lensch, etc.<br class='autobr' />
Il faut se rappeler que 1915 a été l'année de l'orgie social-<br class='autobr' />
patriotique, alors que notre lutte contre elle battait son plein.</p>
<p>C'était la pierre de touche de toutes les questions. La question<br class='autobr' />
fondamentale contenue dans la citation ci-dessus est posée<br class='autobr' />
correctement : se préparer à construire le socialisme dans un seul<br class='autobr' />
pays est un procédé social-patriotique.</p>
<p>Le patriotisme des social-démocrates allemands a commencé<br class='autobr' />
par être un patriotisme tout à fait légitime de parti, leur parti, le<br class='autobr' />
plus puissant de la IIe Internationale. La social-démocratie<br class='autobr' />
allemande voulait construire « sa » société socialiste sur la base<br class='autobr' />
de la haute technique allemande et des qualités supérieures<br class='autobr' />
d'organisation du peuple allemand. Si on laisse de côté les<br class='autobr' />
bureaucrates endurcis, les arrivistes, les mercantis parlemen-<br class='autobr' />
taires et les escrocs politiques en général, le social-patriotisme du<br class='autobr' />
social-démocrate du rang découlait précisément de l'espoir de<br class='autobr' />
construire le socialisme allemand. On ne peut tout de même pas<br class='autobr' />
penser que des centaines de milliers de militants formant des<br class='autobr' />
cadres social-démocrates (sans parler des millions d'ouvriers du<br class='autobr' />
rang) cherchaient à défendre les Hohenzollern ou la bourgeoisie.<br class='autobr' />
Non, ils voulaient protéger l'industrie allemande, les routes et les<br class='autobr' />
chemins de fer allemands, la technique et la culture allemandes,<br class='autobr' />
et surtout les organisations de la classe ouvrière allemande, en<br class='autobr' />
tant que prémisses nationales « nécessaires et suffisantes » du<br class='autobr' />
socialisme.</p>
<p>En France aussi se déroulait un processus du même ordre.<br class='autobr' />
Guesde, Vaillant et avec eux des milliers parmi les meilleurs<br class='autobr' />
militants des cadres du parti, des centaines de milliers de simples<br class='autobr' />
ouvriers, voyaient justement dans la France, avec ses traditions<br class='autobr' />
de révolte, son prolétariat héroïque, sa population souple, douée<br class='autobr' />
et hautement cultivée, la terre promise du socialisme. Ce ne sont<br class='autobr' />
ni les banquiers, ni les rentiers que défendait le vieux Guesde 67 ,<br class='autobr' />
Vaillant le communard, et avec eux des milliers et des centaines<br class='autobr' />
de milliers d'honnêtes ouvriers. Ils croyaient sincèrement défen-<br class='autobr' />
dre la base et la force créatrice de la société socialiste future. Ils<br class='autobr' />
adoptaient entièrement, au départ, la théorie du socialisme dans<br class='autobr' />
un seul pays ; ils sacrifiaient« provisoirement », croyaient-ils, la<br class='autobr' />
solidarité internationale à cette idée (68).</p>
<p>Cette comparaison avec les social-patriotes appelle, bien<br class='autobr' />
entendu, la réponse suivante : par rapport à l'Etat des soviets, le<br class='autobr' />
patriotisme est un devoir révolutionnaire, tandis qu'envers l'Etat<br class='autobr' />
bourgeois il constitue une trahison. C'est très vrai. Des révolu-<br class='autobr' />
tionnaires adultes peuvent-ils même discuter une pareille ques-<br class='autobr' />
tion ? Mais, plus on avance et plus une thèse indiscutable sert<br class='autobr' />
d'écran scolastique à un point de vue dont on sait qu'il est une<br class='autobr' />
falsification délibérée.</p>
<p>Le patriotisme révolutionnaire ne peut avoir qu'un caractère<br class='autobr' />
de classe. Il commence par être le patriotisme de parti, de<br class='autobr' />
syndicat et s'élève jusqu'à devenir patriotisme d'Etat quand le<br class='autobr' />
prolétariat s'empare du pouvoir. Là où celui-ci est entre les mains<br class='autobr' />
des ouvriers, le patriotisme est un devoir révolutionnaire. Mais<br class='autobr' />
ce patriotisme doit être partie intégrante de l'internationalisme<br class='autobr' />
révolutionnaire. Le marxisme a toujours enseigné aux ouvriers<br class='autobr' />
que même la lutte pour les salaires et la limitation de la journée<br class='autobr' />
de travail ne peut vaincre que si elle est conduite comme lutte<br class='autobr' />
internationale. Et voilà qu'à présent, tout d'un coup, il se trouve<br class='autobr' />
que l'idéal de la société socialiste peut être réalisé par les seules<br class='autobr' />
forces d'une nation. C'est un coup mortel porté à l'Internatio-<br class='autobr' />
nale. La conviction inébranlable que le but fondamental de classe<br class='autobr' />
ne peut être atteint, encore bien moins que les objectifs partiels,<br class='autobr' />
par des moyens nationaux ou dans le cadre d'une nation, est au<br class='autobr' />
cœur de l'internationalisme révolutionnaire. Si l'on peut arriver<br class='autobr' />
au but final à l'intérieur des frontières nationales par les efforts<br class='autobr' />
du prolétariat d'une nation, alors l'épine dorsale de l'internatio-<br class='autobr' />
nalisme est brisée. La théorie de la possibilité de réaliser le<br class='autobr' />
socialisme dans un seul pays brise le lien interne entre le<br class='autobr' />
patriotisme du prolétariat vainqueur et le défaitisme du proléta-<br class='autobr' />
riat des pays bourgeois. Jusqu'à présent, le prolétariat des pays<br class='autobr' />
capitalistes avancés ne fait encore qu'avancer vers le pouvoir.<br class='autobr' />
Comment marchera-t-il vers celui-ci, quelles voies suivra-t-il dans<br class='autobr' />
sa marche, tout cela dépendra complètement et entièrement de la<br class='autobr' />
réponse qu'il donnera à la question de savoir s'il considère la<br class='autobr' />
tâche de la construction de la société socialiste comme un<br class='autobr' />
problème national ou international.</p>
<p>S'il est possible du point du vue des principes de réaliser le<br class='autobr' />
socialisme dans un seul pays, on peut admettre cette théorie non<br class='autobr' />
seulement après la conquête du pouvoir, mais aussi avant. Si le<br class='autobr' />
socialisme est réalisable, dans le cadre national de l'U .R.S.S.<br class='autobr' />
arriérée il l'est d'autant plus dans l'Allemagne avancée. Demain,<br class='autobr' />
les dirigeants du parti communiste allemand développeront cette<br class='autobr' />
théorie. Le projet de programme leur en donne le droit. Après-<br class='autobr' />
demain viendra le tour du parti communiste français. Ce sera le<br class='autobr' />
début de la désagrégation de l'Internationale communiste suivant<br class='autobr' />
la ligne du social-patriotisme. Le parti communiste de n'importe<br class='autobr' />
quel pays capitaliste, convaincu qu'il y a au sein de son Etat tous<br class='autobr' />
les fondements « nécessaires et suffisants » pour construire par<br class='autobr' />
ses propres forces « la société socialiste intégrale », ne se<br class='autobr' />
distinguera au fond en rien de la social-démocratie révolution-<br class='autobr' />
naire, qui elle non plus n'avait pas commencé par Noske (69), mais<br class='autobr' />
qui a définitivement sombré sur cette question le 4 août 1914.</p>
<p>Quand on dit que le fait même de l'existence de !'U.R.S.S.<br class='autobr' />
est une garantie contre le social-patriotisme, car le patriotisme<br class='autobr' />
envers la république ouvrière est un devoir révolutionnaire, on<br class='autobr' />
exprime justement l'esprit national borné à travers cette utilisa-<br class='autobr' />
tion unilatérale d'une idée juste : on n'a en vue que l'U .R.S.S. et<br class='autobr' />
l'on ferme les yeux sur tout le prolétariat mondial. On ne peut<br class='autobr' />
aiguiller celui-ci sur la voie du défaitisme envers l'Etat bourgeois,<br class='autobr' />
qu'en abordant dans le programme le problème essentiel du<br class='autobr' />
point de vue international, en réfutant impitoyablement la<br class='autobr' />
contrebande social-patriote qui, pour l'instant se camoufle<br class='autobr' />
encore en s'infiltrant dans le domaine théorique du programme<br class='autobr' />
de l'Internationale léniniste.</p>
<p>Il n'est pas trop tard encore pour revenir dans la voie de<br class='autobr' />
Marx et de Lénine. Ce retour nécessaire ouvrira l'unique chemin<br class='autobr' />
qui puisse mener en avant. C'est pour faciliter ce redressement<br class='autobr' />
salutaire que nous présentons au VIe Congrès de l'Internationale<br class='autobr' />
communiste cette critique du projet de programme.</p>
<p>II. LA STRATÉGIE ET LA TACTIQUE DE L'ÉPOQUE IMPÉRIALISTE</p>
<p>1. La totale inconsistance du chapitre principal du projet</p>
<p>Le projet de programme comporte un chapitre consacré aux<br class='autobr' />
problèmes de la stratégie révolutionnaire. On ne saurait faire<br class='autobr' />
moins que de reconnaître une bonne intention, conforme aux<br class='autobr' />
buts et à l'esprit d'un programme international du prolétariat à<br class='autobr' />
l'époque impérialiste.</p>
<p>L'idée d'une stratégie révolutionnaire ne s'est imposée que<br class='autobr' />
dans l'après-guerre, au début certainement sous l'influence de la<br class='autobr' />
terminologie militaire. Mais ce n'est pas par hasard qu'elle s'est<br class='autobr' />
affirmée. Avant la guerre, nous ne parlions que de la tactique du<br class='autobr' />
parti prolétarien : cette conception correspondait exactement<br class='autobr' />
aux méthodes parlementaires et syndicales qui prévalaient alors<br class='autobr' />
et ne dépassaient pas le cadre des revendications et tâches<br class='autobr' />
courantes. La tactique n'est qu'un système de mesures concer-<br class='autobr' />
nant un problème particulier qui vient à l'ordre du jour, ou bien<br class='autobr' />
un domaine à part de la lutte des classes. La stratégie révolution-<br class='autobr' />
naire recouvre tout un système d'actions qui, dans leur liaison et<br class='autobr' />
leur succession, dans leur développement, doivent mener le<br class='autobr' />
prolétariat à la conquête du pouvoir.</p>
<p>Il va de soi que les principes fondamentaux de la stratégie<br class='autobr' />
révolutionnaire ont été formulés depuis que le marxisme a posé<br class='autobr' />
aux partis révolutionnaires du prolétariat le problème de la<br class='autobr' />
conquête du pouvoir sur la base de la lutte de classes. Mais au<br class='autobr' />
fond, la 1re Internationale 70 n'a réussi qu'à formuler de façon<br class='autobr' />
théorique ces principes et à les vérifier partiellement grâce à<br class='autobr' />
l'expérience des divers pays. L'époque de la IIe Internationale (71)<br class='autobr' />
a fait naître des méthodes et des conceptions comme, plus tard,<br class='autobr' />
celle pour laquelle, suivant la fameuse expression de Bernstein (72) ,<br class='autobr' />
« le mouvement est tout et l'objectif n'est rien ». En d'autres<br class='autobr' />
termes, la tâche stratégique était réduite à néant, dissoute dans le<br class='autobr' />
« mouvement » quotidien avec ses mots d'ordre de tactique.<br class='autobr' />
C'est seulement la IIe Internationale (73) qui restaura les droits de<br class='autobr' />
la stratégie révolutionnaire en lui subordonnant complètement<br class='autobr' />
les méthodes de la tactique. Grâce à l'expérience inappréciable<br class='autobr' />
des deux premières Internationales, sur les épaules desquelles se<br class='autobr' />
dresse la IIIe, grâce au caractère révolutionnaire de l'époque<br class='autobr' />
actuelle et à l'immense expérience historique de la révolution<br class='autobr' />
d'Octobre, la stratégie de la 3e Internationale a tout de suite<br class='autobr' />
manifesté une combativité bouillonnante de sève et une expé-<br class='autobr' />
rience historique énorme. Mais la première décennie de la<br class='autobr' />
nouvelle Internationale déroule sous nos yeux un panorama où il<br class='autobr' />
n'y a pas seulement de gigantesques batailles, mais aussi de<br class='autobr' />
cruelles défaites prolétariennes depuis 1918. Voilà pourquoi les<br class='autobr' />
problèmes de stratégie et de tactique doivent de toute évidence<br class='autobr' />
se trouver au centre du programme de l'Internationale commu-<br class='autobr' />
niste. Or, en fait, le chapitre du projet consacré à la stratégie et à<br class='autobr' />
la tactique de l'Internationale communiste - qui porte comme<br class='autobr' />
sous-titre « La voie vers la dictature du prolétariat » - est le<br class='autobr' />
chapitre le plus faible, presque inconsistant ; quant à la partie qui<br class='autobr' />
concerne l'Orient, elle consiste en une généralisation des erreurs<br class='autobr' />
déjà commises et la préparation de nouvelles.</p>
<p>La partie qui sert d'introduction à ce chapitre s'attache à la<br class='autobr' />
critique de l'anarchisme, du syndicalisme révolutionnaire, du<br class='autobr' />
socialisme constructif, du socialisme des guildes (74) , etc. Il s'agit là<br class='autobr' />
d'une simple imitation littéraire du Manifeste du Parti commu-<br class='autobr' />
niste de 1847 qui ouvrit l'ère d'une politique prolétarienne basée<br class='autobr' />
sur la science par une critique serrée géniale des diverses variétés<br class='autobr' />
du socialisme utopique. S'occuper, à l'occasion du 10c anniver-<br class='autobr' />
saire de l'Internationale communiste, de critiquer à la hâte et<br class='autobr' />
sommairement les théories de Cornelissen, Arturo Labriola,<br class='autobr' />
Bernard Shaw (75) , ou de « guildistes » guère connus, ce n'est pas<br class='autobr' />
répondre à un besoin politique, mais être victime d'un pédan-<br class='autobr' />
tisme strictement littéraire. On peut hardiment rejeter du<br class='autobr' />
programme ce poids mort et l'envoyer dans le domaine de la<br class='autobr' />
littérature de propagande.</p>
<p>Sur les problèmes stratégiques proprement dits, le projet se<br class='autobr' />
borne ensuite à proposer des modèles bons pour les écoles<br class='autobr' />
primaires :</p>
<p>« Gagner de l'influence sur la majorité des membres<br class='autobr' />
de sa propre classe ... Gagner de l'influence sur les larges<br class='autobr' />
milieux de travailleurs en général... Le travail quotidien<br class='autobr' />
pour la conquête des syndicats est particulièrement impor-<br class='autobr' />
tant ... La conquête de larges secteurs de paysans pauvres a<br class='autobr' />
aussi(?) une importance énorme »...</p>
<p>Toutes ces vérités élémentaires, indiscutables en elles-<br class='autobr' />
mêmes, sont simplement énumérées les unes après les autres,<br class='autobr' />
c'est-à-dire sans être reliées au caractère de l'époque historique ;<br class='autobr' />
sous la forme scolaire et abstraite qu'elles revêtent actuellement,<br class='autobr' />
elles pourraient prendre place sans difficulté dans une résolution<br class='autobr' />
de la IIe Internationale.</p>
<p>Le problème de fond du programme, la stratégie du coup<br class='autobr' />
d'Etat révolutionnaire (conditions et méthodes pour aborder<br class='autobr' />
l'insurrection proprement dite, la conquête du pouvoir) est<br class='autobr' />
examinée de façon aride et sèche dans un extrait schématique,<br class='autobr' />
plus court que celui qui est consacré au socialisme « constructif »<br class='autobr' />
et « des guildes » : cet examen est fait de façon abstraite et<br class='autobr' />
pédante sans référence à l'expérience vivante de notre époque.</p>
<p>Il n'est fait mention ni des grandes batailles du prolétariat en<br class='autobr' />
Finlande, en Allemagne, en Autriche, ni de la République des<br class='autobr' />
soviets de Hongrie, des journées de septembre (1920) en Italie,<br class='autobr' />
des événements de 1923 en Allemagne, de la grève générale (de<br class='autobr' />
1926) en Angleterre, sauf dans une énumération chronologique<br class='autobr' />
aride, pas dans le chapitre VI qui traite de la stratégie du<br class='autobr' />
prolétariat, mais dans le chapitre II qui expose « la crise du<br class='autobr' />
capitalisme et la première phase de la révolution mondiale ». En<br class='autobr' />
d'autres termes, les grands combats prolétariens ne sont consi-<br class='autobr' />
dérés que comme des événements objectifs, expression de la<br class='autobr' />
« crise générale du capitalisme » et non comme l'expérience<br class='autobr' />
stratégique du prolétariat. Il suffira d'indiquer que la condamna-<br class='autobr' />
tion de l'esprit d'aventure révolutionnaire (« putschiste »), qui<br class='autobr' />
est en soi un devoir, est formulée dans le projet sans qu'il soit<br class='autobr' />
même tenté de répondre à la question de savoir si, par exemple,<br class='autobr' />
le soulèvement en Esthonie, l'attentat dans la cathédrale de Sofia<br class='autobr' />
en 1924 ou la dernière insurrection de Canton 76 ont été des<br class='autobr' />
manifestations héroïques de l'esprit d'aventure révolutionnaire<br class='autobr' />
ou au contraire des actions méthodiques entrant dans la stratégie<br class='autobr' />
révolutionnaire du prolétariat. Un projet qui, sur le problème du<br class='autobr' />
« putschisme », ne répond pas à cette question urgente, n'est<br class='autobr' />
qu'une dérobade diplomatique de chancellerie, pas un document<br class='autobr' />
de stratégie communiste.</p>
<p>Il est évident que, dans le projet considéré, la façon abstraite<br class='autobr' />
de poser les problèmes de la lutte révolutionnaire du prolétariat<br class='autobr' />
en se plaçant au-dessus de !'Histoire, n'est pas due au hasard. De<br class='autobr' />
cette façon littéraire, pédantesque, raisonneuse, boukhari-<br class='autobr' />
nienne, de poser les problèmes sans se placer au point de vue de<br class='autobr' />
l'action révolutionnaire, il existe encore une autre cause : pour<br class='autobr' />
des raisons qui ne sont que trop compréhensibles, les auteurs du<br class='autobr' />
projet préfèrent, de façon générale, ne pas toucher de trop près<br class='autobr' />
aux leçons stratégiques des cinq dernières années.</p>
<p>On ne peut cependant pas imaginer un programme d'action<br class='autobr' />
révolutionnaire comme un simple recueil de thèses abstraites,<br class='autobr' />
indépendantes de ce qui s'est passé pendant ces années histori-<br class='autobr' />
ques. Un programme ne peut évidemment pas raconter tout ce<br class='autobr' />
qui s'est produit, mais il doit en faire son point de départ et<br class='autobr' />
d'appui, embrasser tous les événements, s'y référer. Il faut que le<br class='autobr' />
programme permette de saisir, à travers ses thèses, tous les<br class='autobr' />
grands événements de la lutte du prolétariat et tous les faits<br class='autobr' />
importants de la lutte d'idées au sein de l'Internationale commu-<br class='autobr' />
niste. Si c'est vrai pour l'ensemble du programme, ce l'est encore<br class='autobr' />
plus pour sa partie consacrée aux questions de stratégie et de<br class='autobr' />
tactique. Il faut ici, suivant l'expression de Lénine, enregistrer ce<br class='autobr' />
qu'on a conquis aussi bien que ce qu'on a laissé échapper et qui<br class='autobr' />
pourra devenir une « conquête » si on le comprend et l'assimile<br class='autobr' />
parfaitement. L'avant-garde prolétarienne n'a pas besoin d'un<br class='autobr' />
catalogue de lieux communs, mais d'un manuel d'action. C'est<br class='autobr' />
pourquoi nous examinerons les problèmes du chapitre « straté-<br class='autobr' />
gie » en les liant étroitement à l'expérience de la lutte d'après-<br class='autobr' />
guerre, surtout des cinq dernières années, durant lesquelles la<br class='autobr' />
direction a commis des erreurs tragiques.</p>
<p>2. Particularités essentielles de la stratégie au cours de l'époque<br class='autobr' />
révolutionnaire et le rôle du parti</p>
<p>L'époque impérialiste est l'époque des révolutions proléta-<br class='autobr' />
riennes, mais le chapitre du programme sur la stratégie et la<br class='autobr' />
tactique ne se livre, de façon quelque peu cohérente, à aucune<br class='autobr' />
comparaison du point de vue de la stratégie entre la période<br class='autobr' />
actuelle et celle de l'avant-guerre.</p>
<p>Il est vrai que, dans le premier chapitre, il caractérise la<br class='autobr' />
période du capitalisme industriel dans son ensemble comme<br class='autobr' />
« une période d'évolution relativement continue de propagation<br class='autobr' />
du capitalisme sur l'ensemble du globe terrestre grâce au partage<br class='autobr' />
des colonies non encore occupées qui s'est opéré les armes à la<br class='autobr' />
main ».</p>
<p>Il est vrai aussi que cette façon d'apprécier est assez<br class='autobr' />
contradictoire, néanmoins elle embellit incontestablement l'épo-<br class='autobr' />
que du capitalisme industriel qui a été celle de bouleversements<br class='autobr' />
grandioses, de guerres et de révolutions, dépassant en violence<br class='autobr' />
tout le passé de l'humanité. Mais n'aurait-il pas fallu la caractéri-<br class='autobr' />
ser comme absolument idyllique, au moins pour justifier un peu<br class='autobr' />
la burlesque affirmation récente des auteurs du projet selon<br class='autobr' />
lesquels,« à l'époque de Marx et d'Engels »,il n'avait même pu<br class='autobr' />
être question de la loi du développement inégal. Cependant, s'il<br class='autobr' />
est faux de caractériser l'ensemble de l'histoire du capitalisme<br class='autobr' />
industriel comme une « évolution continue », il est juste de<br class='autobr' />
souligner ce fait : alors que l'époque vécue par l'Europe entre<br class='autobr' />
1871 et 1914 ou tout au moins 1905, a vu s'accumuler les<br class='autobr' />
contradictions, les rapports entre les classes sont restés dans le<br class='autobr' />
cadre de la légalité et ceux entre les Etats dans celui de la paix<br class='autobr' />
armée. C'est à cette époque qu'a surgi, puis s'est pétrifiée la<br class='autobr' />
IIe Internationale dont le rôle historique progressiste se termine<br class='autobr' />
au début de la guerre impérialiste.</p>
<p>La politique en tant que force historique de masse retarde<br class='autobr' />
toujours sur l'économie. Si le règne du capital financier et des<br class='autobr' />
monopoles des trusts commence déjà à la fin du x1xe, la nouvelle<br class='autobr' />
époque qui reflète ce fait dans la vie politique mondiale<br class='autobr' />
commence avec la guerre impérialiste, avec la révolution d'Octo-<br class='autobr' />
bre et la fondation de la IIIe Internationale.</p>
<p>A la base du caractère explosif de la nouvelle époque, de<br class='autobr' />
l'alternance brusque de flux et de reflux politiques, des spasmes<br class='autobr' />
continuels de la lutte de classes entre le fascisme et le commu-<br class='autobr' />
nisme, se trouve le fait qu'au point de vue de l'histoire le système<br class='autobr' />
capitalisme mondial est épuisé, qu'il n'est plus capable de<br class='autobr' />
progresser en bloc. Cela ne signifie pas que certaines branches<br class='autobr' />
industrielles ou certains pays ne grandissent et ne grandiront pas<br class='autobr' />
encore. Mais ce développement se réalise et se réalisera au<br class='autobr' />
détriment de la croissance d'autres branches et d'autres pays. Les<br class='autobr' />
frais de production du système capitaliste mondial dévorent de<br class='autobr' />
plus en plus le revenu mondial qu'il produit. Or l'Europe,<br class='autobr' />
habituée à dominer le monde en raison de la vitesse acquise par<br class='autobr' />
sa rapide croissance d'avant-guerre et se poursuivant alors de<br class='autobr' />
façon ininterrompue, s'est heurtée plus brutalement que toutes<br class='autobr' />
les autres parties du monde au nouveau rapport des forces, à la<br class='autobr' />
nouvelle répartition du marché mondial, à des contradictions<br class='autobr' />
aggravées : aussi est-ce précisément elle qui subit la plus brutale<br class='autobr' />
transition de l'époque« organique » de développement d'avant-<br class='autobr' />
guerre à celle des révolutions.</p>
<p>Théoriquement, on ne peut pas dire qu'on ne puisse avoir<br class='autobr' />
encore un nouveau chapitre de progrès capitaliste général dans<br class='autobr' />
les pays capitalistes les plus avancés, ceux qui dominent et<br class='autobr' />
animent. Mais, pour cela, il faudrait d'abord que le capitalisme<br class='autobr' />
saute par-dessus des barrières élevées dans le domaine des classes<br class='autobr' />
et des rapports entre Etats : il lui faudrait écraser pour longtemps<br class='autobr' />
la révolution prolétarienne, réduire définitivement la Chine en<br class='autobr' />
esclavage, renverser la République des soviets, etc. On en est<br class='autobr' />
bien loin. Une éventualité théorique est loin d'être une probabi-<br class='autobr' />
lité politique. Il va de soi que des choses dépendent de nous,<br class='autobr' />
c'est-à-dire de la stratégie révolutionnaire de l'Internationale<br class='autobr' />
communiste. Et, en dernière analyse, cette question sera tran-<br class='autobr' />
chée à l'échelle mondiale. Mais, à l'époque actuelle, pour<br class='autobr' />
laquelle précisément est établi ce programme, le développement<br class='autobr' />
général du capitalisme se heurte à des barrières infranchissables<br class='autobr' />
faites de contradictions qui le secouent dans de furieux remous.</p>
<p>C'est justement ce qui donne à cette époque un caractère<br class='autobr' />
révolutionnaire et à la révolution un caractère permanent.</p>
<p>Le caractère révolutionnaire de l'époque ne consiste pas en<br class='autobr' />
ce qu'elle permet de faire la révolution (c'est-à-dire de s'emparer<br class='autobr' />
du pouvoir) à chaque instant. Il est constitué par des oscillations<br class='autobr' />
brusques et amples : on passe d'une situation directement<br class='autobr' />
révolutionnaire, celle où le parti communiste peut prétendre<br class='autobr' />
s'emparer du pouvoir, à la victoire d'une contre-révolution<br class='autobr' />
fasciste ou semi-fasciste, de cette dernière à un régime provisoire<br class='autobr' />
de juste milieu (« bloc des gauches », entrée de la social-<br class='autobr' />
démocratie dans la coalition au pouvoir en Allemagne, arrivée au<br class='autobr' />
pouvoir du parti de MacDonald (77) etc.) pour que de nouveau les<br class='autobr' />
contradictions deviennent tranchantes comme un rasoir et que se<br class='autobr' />
pose à nouveau la question du pouvoir.</p>
<p>Qu'avons-vous vu en Europe dans les dernières décennies<br class='autobr' />
d'avant-guerre ? Sur le plan économique, une puissante montée<br class='autobr' />
des forces productives à travers des oscillations « normales » de<br class='autobr' />
la conjoncture. Sur le plan politique : croissance de la social-<br class='autobr' />
démocratie, avec des zigzags secondaires, au détriment du<br class='autobr' />
libéralisme et de la « démocratie ». En d'autres termes : un<br class='autobr' />
processus méthodique dans lequel s'aggravaient les contradic-<br class='autobr' />
tions économiques et politiques : en ce sens, on assistait à<br class='autobr' />
l'apparition des prémisses de la révolution prolétarienne.</p>
<p>Devant quoi nous trouvons-nous en Europe après-guerre ?</p>
<p>En matière économique, des contractions et des détentes irrégu-<br class='autobr' />
lières, convulsives, de la production, gravitant en général, malgré<br class='autobr' />
de grands progrès de la technique dans certaines branches,<br class='autobr' />
autour du niveau d'avant-guerre. Dans le domaine politique, de<br class='autobr' />
furieuses oscillations de la situation politique à gauche et à<br class='autobr' />
droite. Il est tout à fait clair que les tournants brusques au cours<br class='autobr' />
des deux ou trois dernières années ne sont pas déterminés par des<br class='autobr' />
modifications des facteurs économiques fondamentaux, mais par<br class='autobr' />
des causes, des poussées qui proviennent strictement du domaine<br class='autobr' />
des superstructures, symbolisant l'extrême instabilité de l'ensem-<br class='autobr' />
ble du système dont les fondations sont rongées par d'insurmon-<br class='autobr' />
tables contradictions.</p>
<p>C'est seulement de ce caractère que se déduit intégralement<br class='autobr' />
la pleine signification de la stratégie révolutionnaire par opposi-<br class='autobr' />
tion à la tactique. C'est de là que découle également la<br class='autobr' />
signification nouvelle du parti et de sa direction.</p>
<p>Le projet se borne à donner une définition formelle du parti<br class='autobr' />
(avant-garde, théorie du marxisme, incarnation de l'expérience,<br class='autobr' />
etc.) qui ne produirait aucune dissonance dans le programme de<br class='autobr' />
la social-démocratie de gauche d'avant-guerre. A présent, c'est<br class='autobr' />
tout à fait insuffisant.</p>
<p>Face à un capitalisme en expansion, la meilleure des<br class='autobr' />
directions du parti ne pouvait qu'accélérer la formation du parti<br class='autobr' />
ouvrier. En revanche, ses erreurs ne pouvaient que retarder cette<br class='autobr' />
formation. Les prémisses-objectives de la révolution mûrissaient<br class='autobr' />
lentement et le travail du parti conservait son caractère prépara-<br class='autobr' />
toire.</p>
<p>A présent, toute nouvelle variation brusque de la situation<br class='autobr' />
politique vers la gauche remet la décision entre les mains du parti<br class='autobr' />
révolutionnaire. S'il laisse échapper le moment critique où la<br class='autobr' />
situation change, elle se transforme en son contraire. Dans de<br class='autobr' />
telles conditions, le rôle de la direction prend une exceptionnelle<br class='autobr' />
importance. L'affirmation de Lénine que deux ou trois jours<br class='autobr' />
peuvent décider du sort de la révolution internationale n'aurait<br class='autobr' />
pas pu être comprise à l'époque de la IIe Internationale. A notre<br class='autobr' />
époque, au contraire, elle n'a que trop été confirmée négative-<br class='autobr' />
ment, à l'exception d'Octobre. C'est l'ensemble de ces conditions<br class='autobr' />
qui explique la place tout à fait exceptionnelle que l'I.C. et sa<br class='autobr' />
direction occupent dans le mécanisme général de l'époque<br class='autobr' />
historique actuelle.</p>
<p>Il faut bien comprendre que la cause première et fondamen-<br class='autobr' />
tale de la prétendue « stabilisation » est la contradiction entre<br class='autobr' />
l'ébranlement général qu'a subi toute l'ambiance économique et<br class='autobr' />
sociale de l'Europe capitaliste et de l'Orient colonial d'une part,<br class='autobr' />
et la faiblesse, l'impréparation, l'irrésolution des partis commu-<br class='autobr' />
nistes et les cruelles erreurs de leur direction, de l'autre.</p>
<p>Ce n'est pas une stabilisation venue d'on ne sait où qui a<br class='autobr' />
arrêté le développement de la situation révolutionnaire des<br class='autobr' />
années 1918, 1919 ou de celles qui ont suivi, mais cette situation,<br class='autobr' />
qu'on n'avait pas su mettre à profit, et qui se transformait en son<br class='autobr' />
contraire, donnant à la bourgeoisie la possibilité de lutter avec un<br class='autobr' />
relatif succès pour la stabilisation. Les contradictions de plus en<br class='autobr' />
plus aiguës de cette lutte de « stabilisation », ou, pour mieux<br class='autobr' />
dire, de cette lutte pour la survie et la perpétuation du capita-<br class='autobr' />
lisme, préparent à chaque étape nouvelle les conditions de<br class='autobr' />
nouvelles explosions des classes et des rapports internationaux,<br class='autobr' />
c'est-à-dire de nouvelles situations révolutionnaires dont le<br class='autobr' />
développement dépend totalement du parti prolétarien.</p>
<p>Le rôle du facteur subjectif peut rester parfaitement secon-<br class='autobr' />
daire dans une époque de lente évolution organique où apparais-<br class='autobr' />
sent les proverbes du gradualisme : « Qui va lentement va<br class='autobr' />
sûrement »,« A l'impossible, nul n'est tenu » etc., qui résument<br class='autobr' />
la sagesse de la tactique de l'époque organique, laquelle ne peut<br class='autobr' />
« sauter par-dessus les étapes ». Quand les prémisses objectives<br class='autobr' />
sont mûres, alors la clé de tout le processus historique passe au<br class='autobr' />
facteur subjectif, à savoir le parti. L'opportunisme, qui vit,<br class='autobr' />
consciemment ou non, sous le poids du passé, est toujours enclin<br class='autobr' />
à sous-évaluer le facteur subjectif, c'est-à-dire l'importance du<br class='autobr' />
parti et de sa direction révolutionnaire. Le phénomène s'est<br class='autobr' />
manifesté dans toute son ampleur au cours des discussions sur<br class='autobr' /> !'Octobre allemand, le comité anglo-russe et la révolution<br class='autobr' />
chinoise. Dans ces circonstances comme dans d'autres moins<br class='autobr' />
importantes, la tendance opportuniste est intervenue en fonction<br class='autobr' />
d'une ligne qui comptait directement sur les « masses » et<br class='autobr' />
négligeait par conséquent les problèmes du « sommet » de la<br class='autobr' />
direction révolutionnaire. Cette façon d'aborder la question,<br class='autobr' />
fausse sur le plan théorique, apparaît particulièrement funeste à<br class='autobr' />
l'époque impérialiste.</p>
<p>La révolution d'Octobre a été le résultat d'un rapport spécial<br class='autobr' />
des forces de classes en Russie et dans le monde et du<br class='autobr' />
développement particulier qui fut le leur pendant la guerre<br class='autobr' />
impérialiste. C'est l'A B C pour un marxiste. On ne contredit<br class='autobr' />
néanmoins pas le marxisme en posant, par exemple, la question :</p>
<p>« Aurions-nous pris le pouvoir en Octobre, si Lénine n'avait pu<br class='autobr' />
arriver en Russie à temps ? » Bien des signes indiquent que nous<br class='autobr' />
aurions pu échouer. La résistance fut énorme, même Lénine une<br class='autobr' />
fois arrivé, dans les sphères supérieures du parti (qui, soit dit en<br class='autobr' />
passant, étaient dans une large mesure les mêmes que celles qui<br class='autobr' />
déterminent la politique actuelle). Elle aurait été infiniment plus<br class='autobr' />
forte si Lénine n'avait pas été là. Le parti aurait pu ne pas réussir<br class='autobr' />
à prendre en temps voulu le cours nécessaire. Or le temps était<br class='autobr' />
compté. En de telles périodes, quelques jours sont parfois<br class='autobr' />
décisifs. Les masses ouvrières auraient exercé leur pression d'en<br class='autobr' />
bas, avec beaucoup d'héroïsme, mais sans une direction mar-<br class='autobr' />
chant consciemment et fermement vers le but. Il est peu probable<br class='autobr' />
que nous eussions vaincu. Entre-temps, après avoir cédé Petro-<br class='autobr' />
grad aux Allemands, écrasé les insurrections prolétariennes<br class='autobr' />
dispersées, la bourgeoisie aurait pu consolider son pouvoir,<br class='autobr' />
probablement sous une forme bonapartiste, en concluant avec<br class='autobr' />
l'Allemagne une paix séparée et en prenant d'autres mesures.</p>
<p>Toute la marche des événements aurait pu suivre un cours tout<br class='autobr' />
autre pendant des années.</p>
<p>Dans la révolution allemande de 1918, dans la révolution<br class='autobr' />
hongroise de 1919, dans le mouvement du prolétariat italien en<br class='autobr' />
septembre 1920, dans la grève générale anglaise de 1926, dans<br class='autobr' />
l'insurrection de Vienne en 1927, pendant la révolution chinoise<br class='autobr' />
de 1926-27 (78), à des degrés différents, sous des formes diverses,<br class='autobr' />
c'est toujours la même contradiction politique qui s'exprime<br class='autobr' />
devant une situation révolutionnaire arrivée à maturité non<br class='autobr' />
seulement par ses bases sociales, mais souvent aussi par la<br class='autobr' />
combativité des masses. Il manque le facteur subjectif, c'est-à-<br class='autobr' />
dire un parti révolutionnaire de masse, ou bien ce parti n'a pas de<br class='autobr' />
direction perspicace et courageuse.</p>
<p>Il va de soi que la faiblesse des partis communistes et de leur<br class='autobr' />
direction n'est pas tombée du ciel, mais qu'elle est un produit de<br class='autobr' />
tout le passé de l'Europe. Du fait de la maturité actuelle des<br class='autobr' />
contradictions révolutionnaires objectives, les partis révolution-<br class='autobr' />
naires pourraient se développer sur un rythme rapide si la<br class='autobr' />
direction de l'I.C. agissait judicieusement, accélérant le proces-<br class='autobr' />
sus de maturation au lieu de le freiner. Si la contradiction<br class='autobr' />
constitue de façon générale la principale source de progrès, alors<br class='autobr' />
une claire compréhension de la contradiction entre une maturité<br class='autobr' />
révolutionnaire générale de la situation objective (en dépit de<br class='autobr' />
flux et reflux) et l'immaturité du parti international du prolétariat<br class='autobr' />
doit être la source de la marche en avant de l'I.C., au moins de<br class='autobr' />
ses sections européennes.</p>
<p>Si l'on ne comprend pas dialectiquement, de façon large et<br class='autobr' />
généralisée, que l'époque actuelle est celle des tournants brus-<br class='autobr' />
ques, il est impossible d'éduquer réellement les jeunes partis,<br class='autobr' />
d'assurer une direction juste stratégique de la lutte de classes, de<br class='autobr' />
combiner correctement les tactiques, ni surtout de se réarmer<br class='autobr' />
très vite, courageusement et de façon décisive à chaque tournant<br class='autobr' />
de la situation. Et c'est précisément un tel tournant de deux ou<br class='autobr' />
trois jours qui décide parfois du sort de la révolution internatio-<br class='autobr' />
nale pour des années.</p>
<p>Le chapitre du projet de programme consacré à la stratégie<br class='autobr' />
et à la tactique parle de la lutte du parti pour le prolétariat en<br class='autobr' />
général, de la grève générale et de l'insurrection armée en<br class='autobr' />
général. Mais il n'analyse pas le caractère particulier et le rythme<br class='autobr' />
interne de l'époque actuelle. Si on ne les comprend pas théori-<br class='autobr' />
quement, si on ne les « sent » pas politiquement, il n'est pas<br class='autobr' />
possible d'avoir une direction révolutionnaire.</p>
<p>Voilà pourquoi ce chapitre est aussi pédant, aussi mince,<br class='autobr' />
aussi inconsistant, du début à la fin.</p>
<p>3. Le Ille congrès et la question de la permanence du processus<br class='autobr' />
révolutionnaire selon Lénine et selon Boukharine</p>
<p>Dans le développement politique de l'Europe après la<br class='autobr' />
guerre, on peut distinguer trois périodes : la première de 1917 à<br class='autobr' />
1921, la seconde de mars 1921 à octobre 1923 et la troisième<br class='autobr' />
d'octobre 1923 à la grève générale anglaise, voire jusqu'à<br class='autobr' />
aujourd'hui.</p>
<p>Le mouvement révolutionnaire des masses d'après la guerre<br class='autobr' />
était tout à fait suffisant pour renverser la bourgeoisie. Mais il n'y<br class='autobr' />
avait personne pour le faire. La social-démocratie, qui était à la<br class='autobr' />
tête des vieilles organisations de la classe ouvrière, rassembla<br class='autobr' />
toutes ses forces pour sauver le régime bourgeois. Comme nous<br class='autobr' />
nous attendions, pendant cette période, à ce que le prolétariat<br class='autobr' />
prît le pouvoir, nous escomptions que le parti révolutionnaire<br class='autobr' />
mûrirait rapidement dans le feu de la guerre civile. Mais les délais<br class='autobr' />
n'ont pas coïncidé. La vague d'après-guerre a reflué avant que les<br class='autobr' />
partis communistes en lutte contre la social-démocratie aient<br class='autobr' />
grandi et se soient suffisamment renforcés pour diriger l'insurrec-<br class='autobr' />
tion.</p>
<p>En mars 1921, le parti communiste allemand fait une<br class='autobr' />
tentative pour utiliser la vague qui reflue et abattre d'un coup<br class='autobr' />
l'Etat bourgeois. L'idée qui inspirait le comité central allemand<br class='autobr' />
était de sauver la république des soviets (la théorie du socialisme<br class='autobr' />
dans un seul pays n'avait pas encore été proclamée) (79). Il se<br class='autobr' />
trouva pourtant que la résolution de la direction et le méconten-<br class='autobr' />
tement des masses n'étaient pas suffisants pour vaincre : il fallait<br class='autobr' />
bien d'autres conditions et surtout un lien étroit entre la direction<br class='autobr' />
et les masses, ainsi que la confiance de ces dernières dans leur<br class='autobr' />
direction. Cette condition manquait.</p>
<p>Le Ille congrès de l'Internationale communiste est le jalon<br class='autobr' />
qui sépare la première et la deuxième période- ; il constata que les<br class='autobr' />
ressources politiques et d'organisation des partis communistes<br class='autobr' />
n'étaient pas suffisantes pour conquérir le pouvoir, il lança le mot<br class='autobr' />
d'ordre « Vers les masses », c'est-à-dire vers la conquête du<br class='autobr' />
pouvoir par la conquête préalable des masses dans leur lutte et<br class='autobr' />
leur vie quotidiennes. Car, même dans les conditions d'une<br class='autobr' />
époque révolutionnaire, les masses vivent la vie de tous les jours,<br class='autobr' />
bien qu'elles la vivent différemment.</p>
<p>Cette façon d'aborder le problème se heurta au congrès à<br class='autobr' />
une résistance acharnée dont l'inspirateur sur le plan théorique<br class='autobr' />
était Boukharine. Il se plaçait alors du point de vue de sa<br class='autobr' />
révolution permanente et non de celle de Marx : puisque le<br class='autobr' />
capitalisme est fini, alors il faut mener sans relâche l'offensive<br class='autobr' />
révolutionnaire pour la victoire. La position de Boukharine se<br class='autobr' />
ramène toujours à des syllogismes de ce genre.<br class='autobr' />
Il va de soi que je n'ai jamais partagé la théorie de<br class='autobr' />
Boukharine sur « la révolution permanente », laquelle ne peut<br class='autobr' />
concevoir dans le processus révolutionnaire aucune disconti-<br class='autobr' />
nuité, des périodes de stagnation, de recul, des revendications<br class='autobr' />
transitoires, etc. Au contraire, dès les premiers jours d'Octobre,<br class='autobr' />
j'ai combattu cette caricature de la révolution permanente.</p>
<p>Quand je parlais, comme Lénine, de l'incompatibilité entre<br class='autobr' />
la Russie soviétique et le monde impérialiste, j'avais en vue la<br class='autobr' />
grande courbe de la stratégie, non ses sinuosités tactiques. En<br class='autobr' />
revanche, Boukharine, avant de se transformer en son contraire,<br class='autobr' />
a invariablement développé sa caricature scolastique de la<br class='autobr' />
conception marxiste de la révolution en permanence. Pendant<br class='autobr' />
toute l'époque du « communisme de gauche », Boukharine<br class='autobr' />
estimait que la révolution n'admettait ni retraites, ni compromis<br class='autobr' />
provisoires avec l'ennemi. Très longtemps après Brest-Litovsk,<br class='autobr' />
où mon attitude n'eut rien de commun avec celle de Boukha-<br class='autobr' />
rine (80), ce dernier, avec toute l'aile ultra-gauchiste de l'Internatio-<br class='autobr' />
nale communiste d'alors, adopta la ligne des journées de mars<br class='autobr' />
1921 en Allemagne, estimant que si l'on n' « électrisait » pas le<br class='autobr' />
prolétariat européen, s'il ne se produisait pas encore et toujours<br class='autobr' />
de nouvelles explosions révolutionnaires, le pouvoir des soviets<br class='autobr' />
irait inévitablement à sa perte. Bien que j'eusse conscience des<br class='autobr' />
incontestables dangers qui menaçaient ce pouvoir, cela ne<br class='autobr' />
m'empêcha pas de lutter, la main dans la main avec Lénine, au<br class='autobr' />
Ille congrès, contre cette parodie putschiste de la conception<br class='autobr' />
marxiste de la révolution permanente (81). Nous avons répété des<br class='autobr' />
dizaines de fois pendant ce congrès en nous adressant aux<br class='autobr' />
gauchistes impatients (82) : « Ne vous hâtez pas de nous sauver,<br class='autobr' />
vous ne feriez que vous perdre et par conséquent nous avec :<br class='autobr' />
suivez la voie de la lutte systématique pour la conquête des<br class='autobr' />
masses en vue de la conquête du pouvoir. C'est de votre victoire<br class='autobr' />
que nous avons besoin et pas que vous soyez prêts à vous battre<br class='autobr' />
pour nous dans des conditions défavorables. Nous autres, en<br class='autobr' />
Russie soviétique, nous maintiendrons nos positions sur la base<br class='autobr' />
de la Nep et nous avancerons un peu : vous, vous aurez encore le<br class='autobr' />
temps de venir à notre aide au moment opportun en préparant<br class='autobr' />
vos forces et en mettant à profit une situation favorable.</p>
<p>Bien que ce fût après le 10e congrès qui avait interdit la<br class='autobr' />
formation de fractions, Lénine prit l'initiative de créer le noyau<br class='autobr' />
d'une fraction pour lutter contre l'ultra-gauchisme. Dans nos<br class='autobr' />
réunions restreintes, il posait nettement la question des voies à<br class='autobr' />
suivre ultérieurement si le IIIe congrès en venait à adopter la<br class='autobr' />
position de Boukharine. Notre« fraction » de l'époque n'eut pas<br class='autobr' />
à s'élargir parce que nos adversaires, dès le congrès, « rétréci-<br class='autobr' />
rent » beaucoup leur front.</p>
<p>Naturellement, Boukharine s'écartait du marxisme sur sa<br class='autobr' />
gauche, plus que les autres. A ce même Ille congrès et après, il<br class='autobr' />
combattit une idée que je développais : celle de l'inéluctabilité<br class='autobr' />
d'un redressement de la conjoncture économique en Europe. Je<br class='autobr' />
m'attendais pour ma part à ce qu'après une série de défaites du<br class='autobr' />
prolétariat, ce redressement, loin de porter un coup à la<br class='autobr' />
révolution, déclenchât au contraire une nouvelle poussée de la<br class='autobr' />
lutte révolutionnaire. Boukharine qui s'en tenait à son idée<br class='autobr' />
scolastique de la permanence non seulement de la crise économi-<br class='autobr' />
que, mais de la révolution dans son ensemble, me combattit<br class='autobr' />
longuement en fonction de cette idée, jusqu'à ce que les faits<br class='autobr' />
l'obligent à reconnaître, comme toujours avec beaucoup de<br class='autobr' />
retard, qu'il s'était trompé.</p>
<p>Aux Ille et IVe congrès, Boukharine combattit la politique<br class='autobr' />
du front unique et des revendications transitoires à partir de sa<br class='autobr' />
conception mécanique de la permanence du processus révolu-<br class='autobr' />
tionnaire.</p>
<p>On pourrait suivre la lutte de ces deux tendances, celle de la<br class='autobr' />
conception marxiste, synthétique, du caractère continu de la<br class='autobr' />
révolution prolétarienne, et d'autre part celle de la parodie du<br class='autobr' />
marxisme qui n'est nullement une particularité personnelle de<br class='autobr' />
Boukharine, dans toute une série d'autres questions de détail<br class='autobr' />
comme de première importance. Mais c'est inutile : au fond,<br class='autobr' />
l'attitude actuelle de Boukharine est sa même scolastique ultra-<br class='autobr' />
gauche de « la révolution permanente », mais à rebours. Par<br class='autobr' />
exemple, alors que, jusqu'en 1923, Boukharine estimait que,<br class='autobr' />
sans crise économique et guerre civile permanentes en Europe, la<br class='autobr' />
République des soviets périrait, il a maintenant découvert une<br class='autobr' />
recette qui permet de se passer de révolution internationale pour<br class='autobr' />
construire le socialisme. La continuité boukharinienne retournée<br class='autobr' />
n'en est pas devenue meilleure, d'autant que, trop souvent, les<br class='autobr' />
actuels dirigeants de l'I.C. combinent l'opportunisme de leur<br class='autobr' />
attitude présente avec l'esprit aventuriste qui les inspirait hier, et<br class='autobr' />
vice versa.</p>
<p>Le Ille congrès a constitué un jalon de grande importance.<br class='autobr' />
Ses enseignements demeurent vivants et féconds aujourd'hui. Le<br class='autobr' />
IVe congrès n'a fait que les concrétiser. Le mot d'ordre du<br class='autobr' />
Ille congrès ne disait pas seulement « Vers les masses ! », mais<br class='autobr' />
« Vers le pouvoir par la conquête préalable des masses ! ».Après<br class='autobr' />
que la fraction dirigée par Lénine - il l'appelait significative-<br class='autobr' />
ment « la droite » - eut vigoureusement rappelé le congrès à<br class='autobr' />
plus de réserve, Lénine, à la fin, convoqua une petite conférence<br class='autobr' />
au cours de laquelle il lança cet avertissement prophétique :<br class='autobr' />
« Souvenez-vous qu'il importe simplement de bien prendre l'élan<br class='autobr' />
pour faire le saut révolutionnaire ; la lutte pour les masses, c'est<br class='autobr' />
la lutte pour le pouvoir. »</p>
<p>Les événements de 1923 ont montré que non seulement les<br class='autobr' />
« dirigés », mais nombre de dirigeants n'avaient pas accepté cette<br class='autobr' />
conception de Lénine.</p>
<p>4. Les événements de 1923 en Allemagne et les Leçons d'Octobre</p>
<p>La nouvelle période du développement de l'Internationale<br class='autobr' />
communiste s'ouvre avec les événements de 1923 en Allemagne.<br class='autobr' />
L'occupation de la Ruhr par les troupes françaises (au début de<br class='autobr' />
1923) signifiait une rechute de l'Europe dans le chaos guerrier.</p>
<p>Bien que ce second accès de la maladie fut incomparablement<br class='autobr' />
plus bénin que le premier, du fait qu'il s'abattait sur l'organisme<br class='autobr' />
profondément épuisé de l'Allemagne, il fallait s'attendre dès le<br class='autobr' />
début à des conséquences révolutionnaires sérieuses. La direc-<br class='autobr' />
tion de l'I.C. n'en tint pas compte à temps. Le parti communiste<br class='autobr' />
allemand continua à suivre les consignes du Ille congrès qui<br class='autobr' />
l'avaient fermement éloigné du putschisme, mais qu'il avait<br class='autobr' />
assimilé de façon unilatérale. Nous avons déjà dit qu'à notre<br class='autobr' />
époque de tournants brusques, le plus difficile, pour une<br class='autobr' />
direction révolutionnaire, est de savoir au moment propice tâter<br class='autobr' />
le pouls de la situation politique, percevoir son changement<br class='autobr' />
brusque et donner à temps un ferme coup de barre. Semblables<br class='autobr' />
qualités de direction révolutionnaire ne s'acquièrent pas seule-<br class='autobr' />
ment en prêtant serment à la dernière circulaire de l'I.C. ; leur<br class='autobr' />
acquisition exige, outre des bases théoriques indispensables,<br class='autobr' />
l'expérience personnelle et la pratique de l'autocritique véritable.</p>
<p>Ce n'est pas sans mal que fut opéré le tournant brusque de la<br class='autobr' />
tactique des journées de mars 1921 à une activité révolutionnaire<br class='autobr' />
systématique dans la presse, les réunions, les syndicats, au<br class='autobr' />
Parlement. Quand la crise due au tournant fut surmontée, on vit<br class='autobr' />
grandir le danger du développement d'une nouvelle déviation<br class='autobr' />
unilatérale de caractère opposé. La lutte quotidienne pour la<br class='autobr' />
conquête des masses absorbe toute l'attention : elle élabore sa<br class='autobr' />
propre routine dans la tactique, elle empêche de voir les<br class='autobr' />
problèmes stratégiques qui découlent des modifications de la<br class='autobr' />
situation objective.</p>
<p>A l'été 1923, la situation intérieure allemande tourna à la<br class='autobr' />
catastrophe surtout en raison de la faillite de la tactique de la<br class='autobr' />
résistance passive. Il devint tout à fait clair que la bourgeoisie<br class='autobr' />
allemande ne parviendrait à sortir de cette situation « sans<br class='autobr' />
issue » que si le parti communiste ne comprenait pas clairement<br class='autobr' />
ce fait et n'en tirait pas pour son compte les conclusions<br class='autobr' />
révolutionnaires nécessaires. Mais le parti communiste, qui avait<br class='autobr' />
la clé entre les mains, s'en servit pour ouvrir les portes à la<br class='autobr' />
bourgeoisie.</p>
<p>Pourquoi la révolution allemande n'est-elle pas parvenue à<br class='autobr' />
vaincre ? Les causes de cet échec tiennent entièrement à la<br class='autobr' />
tactique suivie et non à des conditions de hasard. Nous avons là<br class='autobr' />
un exemple classique de situation révolutionnaire manquée. Le<br class='autobr' />
prolétariat allemand aurait marché au combat s'il avait été<br class='autobr' />
convaincu que, cette fois, ·1e problème de la révolution était<br class='autobr' />
clairement posé, que le parti communiste était prêt à aller à la<br class='autobr' />
bataille, qu'il était capable d'assurer le triomphe. Mais le parti<br class='autobr' />
communiste effectua son tournant sans conviction et avec un<br class='autobr' />
retard considérable. Non seulement les droitiers mais également<br class='autobr' />
les gauchistes (83) , en dépit de la lutte acharnée à laquelle ils se<br class='autobr' />
livraient, continuèrent à envisager jusqu'en septembre-octobre<br class='autobr' />
avec un grand fatalisme le processus du développement de la<br class='autobr' />
révolution.</p>
<p>Mais ce serait l'attitude d'un pédant, non d'un révolution-<br class='autobr' />
naire, d'analyser à présent, après coup, la question de savoir dans<br class='autobr' />
quelle mesure la conquête du pouvoir aurait été « garantie » avec<br class='autobr' />
une politique juste. Contentons-nous de citer à ce sujet le<br class='autobr' />
magnifique témoignage de la Pravda - un témoignage dû<br class='autobr' />
pourtant exclusivement au hasard puisqu'il resta isolé et fut<br class='autobr' />
contredit par toutes les autres appréciations portées par ce<br class='autobr' />
journal :</p>
<p>« Si, en mai 1924, devant une certaine stabilisation du<br class='autobr' />
mark, une certaine consolidation de la bourgeoisie, le<br class='autobr' />
passage des couches moyennes et de la petite bourgeoisie<br class='autobr' />
aux nationalistes, après une crise profonde du parti, après<br class='autobr' />
une cruelle défaite du prolétariat, si, après tout cela, les<br class='autobr' />
communistes ont réussi à recueillir 3 700 000 voix, il est clair<br class='autobr' />
qu'en octobre 1923, en face d'une crise sans exemple de<br class='autobr' />
l'économie, de la désagrégation complète des classes<br class='autobr' />
moyennes, de la confusion la plus grande régnant dans les<br class='autobr' />
rangs de la social-démocratie sur un fond de contradictions<br class='autobr' />
puissantes et brutales au sein même de la bourgeoisie et<br class='autobr' />
d'un état d'esprit combattif inouï des masses prolétariennes<br class='autobr' />
dans les centres industriels, le parti communiste avait avec<br class='autobr' />
lui la majorité de la population : il aurait pu et dû<br class='autobr' />
combattre, il avait toutes les chances de réussir. » (84)</p>
<p>Citons encore les paroles d'un délégué allemand, dont le<br class='autobr' />
nom nous est inconnu, parlant au Ve Congrès :</p>
<p>« Il n'existe pas en Allemagne un seul ouvrier cons-<br class='autobr' />
cient qui ne sache que le parti aurait dû alors entrer dans la<br class='autobr' />
bataille au lieu de l'éviter. Les dirigeants du parti commu-<br class='autobr' />
niste allemand ont oublié que le rôle du parti est d'avoir sa<br class='autobr' />
valeur propre : c'est là une des causes principales de la<br class='autobr' />
défaite d'Octobre. » (85)</p>
<p>On a raconté, pendant les discussions, bien des choses sur ce<br class='autobr' />
qui s'est passé dans le courant de 1923, et surtout dans la<br class='autobr' />
deuxième moitié de l'année, dans les sphères supérieures du parti<br class='autobr' />
communiste allemand et de l'I.C. Ce qu'on en a dit est pourtant<br class='autobr' />
souvent loin de correspondre à ce qui s'est effectivement passé.</p>
<p>C'est avant tout Kuusinen qui a créé la confusion dans ces<br class='autobr' />
questions ; en 1924-1926, sa tâche était de démontrer que la<br class='autobr' />
direction Zinoviev avait été salutaire, et puis, à partir d'un<br class='autobr' />
certain moment en 1926, il se mit à essayer de démontrer qu'elle<br class='autobr' />
avait été funeste. L'autorité nécessaire à la formulation responsa-<br class='autobr' />
ble de tels jugements est conférée à Kuusinen par le fait que lui-<br class='autobr' />
même, en 1918, fit tout ce qui était à la mesure de ses modestes<br class='autobr' />
forces pour mener à sa perte la révolution du prolétariat de<br class='autobr' />
Finlande (86)</p>
<p>On a plus d'une fois essayé de m'attribuer après coup une<br class='autobr' />
solidarité avec la ligne de Brandler (87). En U.R.S.S. cela se faisait<br class='autobr' />
à mots couverts, car ceux qui savaient comment cela s'était passé<br class='autobr' />
étaient trop nombreux. En Allemagne, on y allait carrément, car<br class='autobr' />
personne ne savait rien. C'est tout à fait par hasard que j'eus<br class='autobr' />
entre les mains un témoignage fragmentaire sur la lutte d'idées<br class='autobr' />
intense qui se déroula dans notre comité central sur la question<br class='autobr' />
des problèmes de la révolution allemande. Dans les documents<br class='autobr' />
concernant la conférence de janvier 1924, je suis nettement<br class='autobr' />
accusé par le bureau politique d'avoir eu une attitude de<br class='autobr' />
méfiance et d'hostilité à l'égard du C.C. du parti communiste<br class='autobr' />
allemand dans la période qui précéda sa capitulation. Voilà ce<br class='autobr' />
qu'il y est dit :</p>
<p>« Le camarade Trotsky, avant de quitter la séance du<br class='autobr' />
C.C. (plénum de septembre 1923), prononça un discours<br class='autobr' />
qui troubla tous les membres du C.C. profondément et<br class='autobr' />
dans lequel il prétendait que la direction du K.P.D. ne<br class='autobr' />
valait rien, que le C.C. de ce parti était imprégné de<br class='autobr' />
fatalisme, de mollesse. Le camarade Trotsky déclara donc<br class='autobr' />
que la révolution allemande était vouée à la défaite. Ce<br class='autobr' />
discours déprima profondément tous les assistants. Mais<br class='autobr' />
l'énorme majorité des camarades estima que cette philippi-<br class='autobr' />
que était liée à un épisode (?!) sans rapport avec la<br class='autobr' />
révolution allemande qui s'était produit lors du plénum du<br class='autobr' />
C.C. et que ce discours ne correspondait pas à la situation<br class='autobr' />
objective. » (88)</p>
<p>De quelque façon que les membres du C.C. aient interprété<br class='autobr' />
ma mise en garde, qui n'était pas la première, celle-ci n'était<br class='autobr' />
dictée que par les soucis que m'inspirait le sort de la révolution<br class='autobr' />
allemande. Malheureusement la suite des événements me donna<br class='autobr' />
entièrement raison : entre autres, parce que la majorité du C.C.<br class='autobr' />
de notre parti dirigeant n'avait, de son propre aveu, pas compris<br class='autobr' />
à temps que mon avertissement « correspondait » parfaitement à<br class='autobr' />
la« situation objective ».Je n'ai certes pas proposé de remplacer<br class='autobr' />
précipitamment le C.C. brandlérien par quelque autre (pareille<br class='autobr' />
substitution opérée à la veille d'événements décisifs aurait été<br class='autobr' />
une initiative proprement aventuriste) ; j'avais proposé, dès l'été<br class='autobr' />
de 1923, une façon plus opportune et plus décisive d'aborder la<br class='autobr' />
question du passage à l'insurrection et par conséquent de la<br class='autobr' />
mobilisation de nos forces pour aider le comité central du parti<br class='autobr' />
allemand. La tentative de m'attribuer une solidarité avec la ligne<br class='autobr' />
du C.C. brandlérien, dont les erreurs n'étaient que le reflet des<br class='autobr' />
erreurs générales de la direction de l'I.C., est due avant tout à ce<br class='autobr' />
que, après la capitulation du parti allemand, je me suis opposé à<br class='autobr' />
ce qu'on fasse de Brandler un bouc émissaire bien que - ou<br class='autobr' />
plutôt parce que je jugeais la défaite allemande infiniment plus<br class='autobr' />
sérieuse que ne le faisait la majorité du C.C. Dans ce cas comme<br class='autobr' />
d'autres, je me suis dressé contre un système inadmissible qui, à<br class='autobr' />
titre de rançon de l'infaillibilité de la direction centrale, détrône<br class='autobr' />
périodiquement les directions nationales, qui sont alors sauvage-<br class='autobr' />
ment persécutées et même chassées du parti.</p>
<p>Dans les Leçons d'Octobre écrites sous l'influence de la<br class='autobr' />
capitulation du C.C. allemand, j'ai développé l'idée que, dans les<br class='autobr' />
conditions actuelles, une situation révolutionnaire peut en quel-<br class='autobr' />
ques jours être perdue pour plusieurs années. C'est difficile à<br class='autobr' />
croire, mais cette opinion a été qualifiée de « blanquiste » et<br class='autobr' />
d' « individualiste ». Les innombrables articles écrits contre<br class='autobr' />
Leçons d'Octobre ont démontré à quel point l'expérience de<br class='autobr' />
l'insurrection d'Octobre avait été oubliée et combien ses ensei-<br class='autobr' />
gnements avaient peu pénétré dans les consciences. Reporter sur<br class='autobr' />
les « masses » la responsabilité des erreurs de la direction ou<br class='autobr' />
amoindrir la signification de la direction en général pour minimi-<br class='autobr' />
ser ainsi sa culpabilité, est une attitude typiquement menche-<br class='autobr' />
vique qui découle d'une incapacité à comprendre de façon<br class='autobr' />
dialectique la superstructure en général, la superstructure de la<br class='autobr' />
classe qu'est le parti, la superstructure du parti sous la forme de<br class='autobr' />
sa direction centrale. II y a des époques où même Marx et Engels<br class='autobr' />
ne peuvent faire gagner un seul pouce au développement<br class='autobr' />
historique ; il en est d'autres où des hommes de moindre stature,<br class='autobr' />
tenant la barre, peuvent retarder le développement de la<br class='autobr' />
révolution internationale pour plusieurs années.</p>
<p>Les tentatives récentes pour expliquer que j'aurais répudié<br class='autobr' />
les Leçons d'Octobre sont parfaitement absurdes. Bien sûr, j'ai<br class='autobr' />
« reconnu » une erreur secondaire : quand j'ai écrit mes Leçons<br class='autobr' />
d'Octobre, c'est-à-dire à l'été 1924, il me semblait que Staline<br class='autobr' />
avait eu une position plus à gauche - c'est-à-dire centriste de<br class='autobr' />
gauche - que Zinoviev à l'automne 1923. Je n'étais pas très bien<br class='autobr' />
informé de la vie interne du groupe qui jouait le rôle de centre<br class='autobr' />
secret de l'appareil de la fraction de la majorité. Les documents<br class='autobr' />
publiés après la scission de ce groupement fractionnel, en<br class='autobr' />
particulier la lettre purement brandlérienne de Staline à Zinoviev<br class='autobr' />
et Boukharine (89) m'ont convaincu de mon erreur dans l'apprécia-<br class='autobr' />
tion de ces groupements de personnes, ceci n'ayant rien à voir<br class='autobr' />
avec le fond des problèmes posés. D'ailleurs cette erreur sur les<br class='autobr' />
personnes ne fut pas si grave. C'est vrai que le centrisme est tout<br class='autobr' />
à fait capable de faire des zigzags à gauche, mais, comme l'a une<br class='autobr' />
fois de plus démontré l' « évolution » de Zinoviev, il est tout à<br class='autobr' />
fait incapable de mener une ligne révolutionnaire tant soit peu<br class='autobr' />
systématique.</p>
<p>Les idées que j'ai développées dans Leçons d'Octobre<br class='autobr' />
conservent leur pleine force aujourd'hui. Mieux, elles ont été<br class='autobr' />
confirmées encore et encore depuis 1924.</p>
<p>Parmi les nombreuses difficultés de la révolution proléta-<br class='autobr' />
rienne, il en est une tout à fait précise, concrète et spécifique :<br class='autobr' />
eIIe découle de la situation et des tâches de la direction<br class='autobr' />
révolutionnaire du parti, lors d'un brusque tournant des événe-<br class='autobr' />
ments. Même les partis révolutionnaires courent le risque d'être<br class='autobr' />
dépassés et d'opposer mots d'ordre et moyens de lutte d'hier aux<br class='autobr' />
tâches et exigences nouvelles. Et de façon générale il n'est pas de<br class='autobr' />
tournant plus aigu des événements que celui qui crée la nécessité<br class='autobr' />
d'une insurrection armée du prolétariat. Et c'est là que surgit le<br class='autobr' />
danger que la direction du parti, la politique du parti dans son<br class='autobr' />
ensemble, ne correspondent pas à l'état d'esprit de la classe et<br class='autobr' />
aux exigences de la situation. Quand la vie politique se développe<br class='autobr' />
sur un rythme relativement lent, de pareilles discordances<br class='autobr' />
finissent par se résorber : elles provoquent des dommages, pas<br class='autobr' />
des catastrophes. Mais dans des périodes de crise révolutionnaire<br class='autobr' />
aiguë, c'est précisément le temps qui manque pour surmonter le<br class='autobr' />
déséquilibre et rectifier en quelque sorte le front sous le feu. Les<br class='autobr' />
périodes pendant lesquelles la crise révolutionnaire atteint son<br class='autobr' />
acuité maximale ont, de par leur nature même, un rythme rapide.</p>
<p>La discordance entre une direction révolutionnaire (hésitation,<br class='autobr' />
oscillation, temporisation devant les assauts furieux de la bour-<br class='autobr' />
geoisie) et les tâches objectives, peut conduire en quelques<br class='autobr' />
semaines et même en quelques jours à une catastrophe et à la<br class='autobr' />
perte de ce qu'il a fallu des années de travail pour préparer.</p>
<p>Il est évident que la discordance entre la direction et le parti,<br class='autobr' />
voire entre le parti et la classe, peut être aussi inverse, à savoir<br class='autobr' />
lorsque la direction devance le développement de la révolution en<br class='autobr' />
confondant le cinquième mois de la grossesse avec le neuvième.</p>
<p>C'est en Allemagne en mars 1921 qu'on a pu en voir l'exemple le<br class='autobr' />
plus éclatant. Nous avions là dans le parti une manifestation<br class='autobr' />
extrême de la « maladie infantile du gauchisme » et sa consé-<br class='autobr' />
quence - le putschisme (l'aventurisme révolutionnaire) (90). Ce<br class='autobr' />
danger est une réalité, pour l'avenir également. C'est pourquoi<br class='autobr' />
les enseignements du Ille Congrès conservent toute leur vigueur.</p>
<p>Mais l'expérience allemande de 1923 nous a cruellement présenté<br class='autobr' />
en vraie grandeur le danger opposé : la situation est mûre, la<br class='autobr' />
direction est en retard. Au moment où la direction réussit à<br class='autobr' />
s'aligner sur la situation, cette dernière a déjà changé : les masses<br class='autobr' />
battent en retraite et le rapport des forces devient brusquement<br class='autobr' />
défavorable.</p>
<p>Dans la défaite allemande de 1923, il y eut évidemment<br class='autobr' />
beaucoup de particularités nationales mais aussi des traits<br class='autobr' />
profondément caractéristiques d'un danger général. On pourrait<br class='autobr' />
dire que ce dernier est la crise de la direction révolutionnaire à la<br class='autobr' />
veille du passage à l'insurrection. La base du parti prolétarien, par<br class='autobr' />
sa nature même, n'est guère encline à subir la pression de<br class='autobr' />
l'opinion publique bourgeoise. Mais, c'est bien connu, certains<br class='autobr' />
éléments des couches supérieures et moyennes du parti subissent<br class='autobr' />
inévitablement, plus ou moins, l'influence de la terreur maté-<br class='autobr' />
rielle et intellectuelle exercée par la bourgeoisie au moment<br class='autobr' />
décisif. Il est impossible de fermer les yeux sur ce danger. Sans<br class='autobr' />
doute n'existe-t-il contre lui aucune recette salutaire valable dans<br class='autobr' />
tous les cas. Mais le premier pas dans la lutte contre un danger est<br class='autobr' />
d'en comprendre la source et la nature. L'apparition, inévitable,<br class='autobr' />
et le développement d'un groupe de droite dans chaque parti<br class='autobr' />
communiste au cours de la période de l' « avant-Octobre »,<br class='autobr' />
reflètent d'une part les difficultés objectives immenses et les<br class='autobr' />
dangers du « saut » et, d'autre part, la furieuse pression de<br class='autobr' />
l'opinion publique bourgeoise. C'est là le fondement et la<br class='autobr' />
signification d'un groupe de droite·. C'est précisément pour cela<br class='autobr' />
que surgissent au sein des partis communistes, au moment le plus<br class='autobr' />
dangereux, hésitations et réticences. Chez nous, en 1917, l'hési-<br class='autobr' />
tation s'empara d'une minorité dans les couches supérieures, et<br class='autobr' />
elle ne fut vaincue que grâce à la sévère énergie de Lénine. En<br class='autobr' />
Allemagne, la direction dans son ensemble hésita : son hésitation<br class='autobr' />
se transmit au parti et, à travers lui, à la classe : on laissa<br class='autobr' />
échapper une situation révolutionnaire. En Chine, les ouvriers et<br class='autobr' />
les paysans pauvres se battaient pour qu'on prenne le pouvoir : la<br class='autobr' />
direction centrale les combattit. Ce ne sont pas là évidemment les<br class='autobr' />
dernières crises de direction à des moments historiques décisifs.</p>
<p>Réduire au minimum ces crises inévitables, c'est l'une des tâches<br class='autobr' />
les plus importantes de chaque parti communiste et de l'Interna-<br class='autobr' />
tionale communiste dans son ensemble. On ne peut y arriver que<br class='autobr' />
si l'on a compris l'expérience d'Octobre 1917 et le fondement<br class='autobr' />
politique de l'Opposition de droite qui existait alors dans notre<br class='autobr' />
parti 9 en les confrontant avec l'expérience du parti allemand en<br class='autobr' />
1923.</p>
<p>C'est précisément là le sens des Leçons d'Octobre.</p>
<p>5. L'Erreur stratégique radicale du Ve congrès</p>
<p>A partir de la fin de 1923, nous avons eu une série de<br class='autobr' />
documents de l'I.C. et une série de déclarations de ses dirigeants<br class='autobr' />
au sujet de l' « erreur sur les délais » qu'ils auraient commise en<br class='autobr' />
automne 1923, faisant inévitablement référence à Marx qui se<br class='autobr' />
serait trompé, lui aussi, en fixant des délais. En même temps,<br class='autobr' />
délibérément, on ne précisait pas si« l'erreur sur les délais » de<br class='autobr' />
l'Internationale communiste serait d'avoir sous-estimé ou au<br class='autobr' />
contraire surévalué la proximité du moment critique de la prise<br class='autobr' />
du pouvoir. Conformément au régime de la comptabilité en<br class='autobr' />
partie double qui a fini par devenir, ces dernières années, une<br class='autobr' />
tradition de la direction, on a laissé place pour l'une ou l'autre de<br class='autobr' />
ces deux interprétations.</p>
<p>Il n'est pourtant pas difficile de conclure de toute la politique<br class='autobr' />
de l'I.C. de cette période qu'en 1924 et une bonne partie de 1925,<br class='autobr' />
la direction de l'I.C. avait estimé qu'on n'avait pas encore atteint<br class='autobr' />
le point culminant de la crise allemande. Il ne convenait donc pas<br class='autobr' />
de se référer à Marx. S'il est arrivé parfois à Marx de voir la<br class='autobr' />
révolution plus proche qu'elle ne l'était en réalité, on ne<br class='autobr' />
trouverait aucun exemple où il n'ait pas reconnu le visage de la<br class='autobr' />
révolution à son approche, ou bien où il se soit obstiné à<br class='autobr' />
prétendre que la situation demeurait révolutionnaire alors qu'elle<br class='autobr' />
avait nettement évolué.</p>
<p>Lors de la XIe conférence du parti communiste russe,<br class='autobr' />
Zinoviev assura, tout en lançant la formule à double sens de<br class='autobr' />
l' « erreur sur les délais » :</p>
<p>« Le comité central et l'Internationale communiste<br class='autobr' />
doivent vous dire que, si semblables événements devaient<br class='autobr' />
se renouveler dans la même situation, il nous faudrait faire<br class='autobr' />
la même chose » (92).</p>
<p>Cette déclaration sonnait comme une menace.</p>
<p>Le 2 février 1924, à la conférence du Secours rouge<br class='autobr' />
international, Zinoviev a déclaré que la situation en Europe était<br class='autobr' />
la suivante :</p>
<p>« L'on ne peut s'attendre à voir là-bas s'établir, fût-ce<br class='autobr' />
temporairement, la tranquillité, la paix, même apparente.</p>
<p>L'Europe entre dans une phase d'événements décisifs ...<br class='autobr' />
L'Allemagne, va, semble-t-il, vers une guerre civile<br class='autobr' />
aiguë » (93).</p>
<p>Au début de février 1924, le présidium du comité exécutif de<br class='autobr' />
l'I.C., dans une résolution sur les enseignements des événements<br class='autobr' />
d'Allemagne, déclarait :</p>
<p>« Le parti communiste allemand ne doit pas enlever de<br class='autobr' />
l'ordre du jour la question de l'insurrection et de la<br class='autobr' />
conquête du pouvoir. Au contraire(!), cette question doit<br class='autobr' />
être posée devant nous concrètement et dans toute son<br class='autobr' />
urgence » (94).</p>
<p>Le 26 mars 1924, le comité exécutif de l'I.C. écrivait dans<br class='autobr' />
son message au K.P .D. :</p>
<p>« L'erreur dans l'évaluation du rythme des événe-<br class='autobr' />
ments (quelle erreur ? L. T.) commise en octobre 1923, à<br class='autobr' />
cause de grosses difficultés à notre parti. Mais elle n'est<br class='autobr' />
qu'un épisode. L'évaluation fondamentale demeure » (95).</p>
<p>Le C.E. de l'I.C. tire de tout ceci la conclusion suivante :</p>
<p>« Le K.P.D. doit, comme auparavant, continuer de<br class='autobr' />
toutes ses forces son travail d'armement de la classe<br class='autobr' />
ouvrière » (96).</p>
<p>Le grand drame historique de 1923, l'abandon sans combat<br class='autobr' />
d'une grandiose position révolutionnaire, était considérée, six<br class='autobr' />
mois après, comme un épisode, seulement un épisode. L'Europe<br class='autobr' />
continue à subir les conséquences extrêmement pénibles de cet<br class='autobr' />
« épisode ». Le fait que l'Internationale communiste ait pu,<br class='autobr' />
pendant quatre ans, ne pas convoquer son congrès, de même que<br class='autobr' />
les défaites successives de la gauche dans l'I.C. elle-même,<br class='autobr' />
constituent également un résultat de l' « épisode » de 1923.</p>
<p>Le Ve congrès se réunit huit mois après la défaite du<br class='autobr' />
prolétariat allemand, alors que toutes les conséquences de la<br class='autobr' />
catastrophe étaient déjà manifestes. On avait alors moins besoin<br class='autobr' />
de prévoir l'avenir que d'étudier le présent. Les tâches essen-<br class='autobr' />
tielles du Ve congrès auraient dû consister d'abord à désigner<br class='autobr' />
clairement et impitoyablement la défaite par son nom et en<br class='autobr' />
mettre à nu la cause « subjective », en ne permettant à personne<br class='autobr' />
de se dissimuler derrière les conditions« objectives » ; deuxième-<br class='autobr' />
ment, à établir que commençait une nouvelle étape au cours de<br class='autobr' />
laquelle les masses allaient refluer, la social-démocratie grandir,<br class='autobr' />
le P .C. perdre de son influence ; troisièmement, à préparer<br class='autobr' />
l'I.C. pour qu'elle ne soit pas prise à l'improviste, à l'armer des<br class='autobr' />
méthodes nécessaires aux batailles défensives et à consolider son<br class='autobr' />
organisation jusqu'au nouveau tournant de la situation.</p>
<p>Sur toutes ces questions, le congrès prit l'attitude opposée.<br class='autobr' />
Zinoviev définit au congrès le sens de ce qui s'était passé en<br class='autobr' />
Allemagne :</p>
<p>« Nous attendions la révolution allemande, et elle<br class='autobr' />
n'est pas venue ».</p>
<p>En réalité, la révolution était en droit de leur répondre :</p>
<p>« Moi, je suis venue, mais, vous, messieurs, vous étiez en retard<br class='autobr' />
au rendez-vous. »</p>
<p>Les dirigeants du congrès, de même que Brandler, esti-<br class='autobr' />
maient que nous avions« surévalué » la situation, tandis qu'en<br class='autobr' />
réalité nous lui avions attribué, trop tard, un faible prix. Zinoviev<br class='autobr' />
se consolait aisément de sa « surévaluation » prétendue : le mal<br class='autobr' />
principal, il le voyait ailleurs :</p>
<p>« La surestimation de la situation n'était pas le pire.<br class='autobr' />
Le pire, comme l'a montré l'exemple de la Saxe, c'est le fait<br class='autobr' />
qu'il se soit trouvé dans les rangs de notre parti bien des<br class='autobr' />
survivances de la social-démocratie » (98)</p>
<p>Zinoviev ne voyait pas la catastrophe et n'était pas le seul.</p>
<p>Avec lui, tout le Ve congrès passa à côté de la plus grande défaite<br class='autobr' />
de la révolution mondiale. Les événements d'Allemagne furent<br class='autobr' />
essentiellement analysés sous l'angle de la politique des commu-<br class='autobr' />
nistes... au Landtag de Saxe. Dans sa résolution, le congrès<br class='autobr' />
approuva le C.E. de l'I.C. d'avoir « condamné l'attitude opportuniste du C.C. allemand et<br class='autobr' />
surtout la déviation de la tactique du front unique, qui s'est<br class='autobr' />
produite pendant l'expérience gouvernementale en<br class='autobr' />
Saxe » (99)</p>
<p>C'est à peu près la même chose que de condamner un<br class='autobr' />
assassin « surtout » pour n'avoir pas quitté son chapeau en<br class='autobr' />
entrant dans la maison de la victime. Et Zinoviev insistait :</p>
<p>« L'expérience de Saxe a créé une situation nouvelle.<br class='autobr' />
Elle menaçait d'ouvrir la liquidation de la tactique révolu-<br class='autobr' />
tionnaire de l'I.C. » (100)</p>
<p>Puisque « l'expérience de Saxe » était condamnée, Brandler<br class='autobr' />
destitué, il ne restait plus qu'à passer à l'ordre du jour :</p>
<p>« Les perspectives politiques générales, assura Zino-<br class='autobr' />
viev et le congrès avec lui, demeurent essentiellement<br class='autobr' />
celles d'autrefois. La situation porte en elle la révolution.<br class='autobr' />
De nouvelles batailles de classe sont déjà de nouveau en<br class='autobr' />
cours ; une lutte gigantesque se déroule- », etc. (101)</p>
<p>Combien pareil « gauchisme » est fragile et mal assuré, qui<br class='autobr' />
retient des moustiques dans son tamis et laisse passer des<br class='autobr' />
chameaux ! Ceux qui savaient voir de leurs yeux la situation, qui<br class='autobr' />
soulignaient l'importance de la défaite d'Octobre, qui démon-<br class='autobr' />
traient qu'une longue période de reflux révolutionnaire et d'une<br class='autobr' />
consolidation provisoire (« stabilisation ») du capitalisme, avec<br class='autobr' />
toutes les conséquences politiques qui en découlent, étaient<br class='autobr' />
inévitables, ceux-là, les dirigeants du Ve congrès essayaient de les<br class='autobr' />
flétrir comme opportunistes et liquidateurs de la révolution. Tel<br class='autobr' />
était l'objectif principal de Zinoviev et de Boukharine. Ruth<br class='autobr' />
Fischer, qui sous-estimait comme eux la défaite de l'année<br class='autobr' />
précédente, relevait chez l'Opposition russe<br class='autobr' />
« la perte de la perspective de la révolution mondiale,<br class='autobr' />
l'absence de foi en la proximité des révolutions allemande et<br class='autobr' />
européenne, un pessimisme sans espoir, la liquidation de la<br class='autobr' />
révolution européenne, etc. » (102)</p>
<p>Il est inutile d'expliquer que les fauteurs les plus directs des<br class='autobr' />
défaites étaient les plus ardents à crier contre les« liquidateurs »,<br class='autobr' />
c'est-à-dire contre ceux qui ne voulaient pas appeler les défaites<br class='autobr' />
des victoires. Ainsi Kolarov (103) tonnait-il contre Radek qui avait<br class='autobr' />
osé considérer comme décisive la défaite du parti bulgare :</p>
<p>« Ni en juin, ni en septembre, la défaite du parti ne fut<br class='autobr' />
décisive. Le P.C. de Bulgarie est solide et se prépare à de<br class='autobr' />
nouvelles batailles » (au Ve congrès).</p>
<p>Au lieu d'une analyse marxiste des défaites, c'est une<br class='autobr' />
fanfaronnade bureaucratique irresponsable triomphant sur toute<br class='autobr' />
la ligne. Pourtant, la stratégie bolchevique n'est pas compatible<br class='autobr' />
avec la « kolarovtchina » suffisante et passive.</p>
<p>Il y a eu bien des choses justes et indispensables dans les<br class='autobr' />
travaux du Ve congrès. La lutte contre les tendances de droite qui<br class='autobr' />
tentaient de redresser la tête ne pouvait absolument pas être<br class='autobr' />
différée. Mais elle se fourvoyait dans la confusion, s'égarait du<br class='autobr' />
fait du jugement radicalement faux porté sur la situation : toutes<br class='autobr' />
les cartes étaient brouillées. On classait dans le camp de la droite<br class='autobr' />
ceux qui comprenaient simplement mieux ou plus clairement la<br class='autobr' />
journée d'hier, d'aujourd'hui ou du lendemain. Si, au Ille con-<br class='autobr' />
grès, les gauchistes de l'époque avaient triomphé, Lénine, pour<br class='autobr' />
les mêmes raisons, aurait été classé dans la droite avec (Paul)<br class='autobr' />
Levi, Clara Zetkin (104) et autres. La confusion dans les idées que<br class='autobr' />
créa l'orientation politique erronée du Ve congrès devint par la<br class='autobr' />
suite une source de nouveaux et grands malheurs.</p>
<p>Le jugement politique formulé par le congrès fut entière-<br class='autobr' />
ment appliqué aussi dans le domaine de l'économie. Les symp-<br class='autobr' />
tômes de la consolidation économique de la bourgeoisie alle-<br class='autobr' />
mande, qui avaient déjà eu le temps de se manifester, étaient niés<br class='autobr' />
ou considérés comme quantités négligeables. Varga (105) , qui<br class='autobr' />
présente toujours les faits économiques en les adaptant à la<br class='autobr' />
tendance politique dominante du jour, signalait cette fois encore<br class='autobr' />
dans son rapport :</p>
<p>« Il n'existe pas de perspective d'assainissement du<br class='autobr' />
capitalisme » (106)</p>
<p>Un an plus tard, quand l'assainissement fut, avec un peu de<br class='autobr' />
retard, rebaptisé« stabilisation », Varga le découvrit avec zèle ...<br class='autobr' />
après coup. Entre-temps, !'Opposition avait déjà été accusée de<br class='autobr' />
ne pas reconnaître la stabilisation, puisqu'elle avait eu l'audace<br class='autobr' />
de la voir commencer depuis un an et demi et puisque, dès 1925,<br class='autobr' />
elle signalait les tendances qui la rongeaient (107)</p>
<p>Le Ve congrès voyait les processus politiques fondamentaux<br class='autobr' />
et les groupements d'idées dans le miroir. incurvé de son<br class='autobr' />
orientation fausse : c'est de là qu'est née sa résolution qualifiant<br class='autobr' /> !'Opposition russe de« déviation petite-bourgeoise ». L'histoire,<br class='autobr' />
à sa façon, a corrigé cette erreur deux années plus tard en<br class='autobr' />
obligeant Zinoviev, qui avait été l'accusateur public au Ve con-<br class='autobr' />
grès, à reconnaître publiquement que le noyau de !'Opposition<br class='autobr' />
de 1923 avait eu raison dans les questions fondamentales<br class='autobr' />
soulevées par la lutte (108)</p>
<p>L'erreur stratégique du Ve congrès a entraîné l'incompré-<br class='autobr' />
hension des processus qui se déroulaient dans la social-démocra-<br class='autobr' />
tie allemande et internationale. Au congrès, on ne parla que de<br class='autobr' />
son déclin, de sa désagrégation, de son écroulement. Faisant<br class='autobr' />
référence aux résultats des élections au Reichstag qui donnèrent<br class='autobr' />
3 700 000 voix au parti communiste, Zinoviev assurait :</p>
<p>« Si nous avons en Allemagne au parlement la propor-<br class='autobr' />
tion de 62 communistes pour 100 social-démocrates, cela<br class='autobr' />
doit servir à prouver à chacun à quel point nous sommes<br class='autobr' />
près de conquérir la majorité de la classe ouvrière alle-<br class='autobr' />
mande ». (109)</p>
<p>Zinoviev ne comprenait absolument pas la dynamique de ce<br class='autobr' />
processus : au cours de cette année-là et de celles qui ont suivi,<br class='autobr' />
l'influence du parti communiste n'a pas grandi, mais décliné : ses<br class='autobr' />
3700000 voix n'étaient que le reste imposant de l'influence<br class='autobr' />
décisive que ce parti avait eu à la fin de 1923 sur la majorité du<br class='autobr' />
prolétariat allemand : lors des échéances ultérieures, ce chiffre<br class='autobr' />
devait inévitablement diminuer.</p>
<p>Tandis que la social-démocratie, en 1923, s'effilochait<br class='autobr' />
comme une natte pourrie, elle se redressa au contraire, après la<br class='autobr' />
défaite de la révolution, et se développa en grande partie au<br class='autobr' />
détriment du communisme. Comme nous l'avions prévu - com-<br class='autobr' />
ment ne pas le prévoir ? - on attribua notre prescience à notre<br class='autobr' />
« pessimisme ». Faut-il encore, après les dernières élections de<br class='autobr' />
mai 1928, auxquelles la social-démocratie a recueilli plus de<br class='autobr' />
9 millions de voix, démontrer que nous avions raison quand nous<br class='autobr' />
disions au début de 1924 et écrivions que la renaissance de la<br class='autobr' />
social-démocratie était inéluctable pour une certaine période, et<br class='autobr' />
que les « optimistes » se trompaient grossièrement en lui chan-<br class='autobr' />
tant des Requiem. Ce fut surtout le Ve congrès qui commit une<br class='autobr' />
erreur grossière.</p>
<p>La deuxième jeunesse de la social-démocratie, avec tous les<br class='autobr' />
traits de l'été de la Saint-Martin, n'est évidemment pas éternelle.<br class='autobr' />
la mort de la social-démocratie est inéluctable. Mais son<br class='autobr' />
échéance n'est établie nulle part. Elle dépend également de nous.<br class='autobr' />
Pour en réduire les délais, il faut savoir regarder en face les faits,<br class='autobr' />
distinguer à temps les modifications de la situation politique,<br class='autobr' />
appeler défaite une défaite, apprendre à prévoir le lendemain.</p>
<p>Si la social-démocratie allemande constitue aujourd'hui<br class='autobr' />
encore une force de plusieurs millions, particulièrement dans la<br class='autobr' />
classe ouvrière, cela tient à deux causes immédiates : première-<br class='autobr' />
ment la défaite capitularde du K.P.D. à l'automne 1923, deuxiè-<br class='autobr' />
mement, l'orientation stratégique erronée du Ve congrès.<br class='autobr' />
Tandis qu'en janvier 1924, le rapport entre électeurs com-<br class='autobr' />
munistes et social-démocrates était presque de 2 à 3, quatre ans<br class='autobr' />
après, cette proposition s'est aggravée et n'est plus que de 1à3.</p>
<p>Autrement dit, pendant cette période prise dans son ensemble,<br class='autobr' />
nous ne nous sommes pas rapprochés, mais éloignés de la<br class='autobr' />
conquête de la majorité de la classe ouvrière. Et cela malgré le<br class='autobr' />
renforcement incontestable de notre parti au cours de l'année<br class='autobr' />
dernière qui peut et doit, avec une politique juste, devenir le<br class='autobr' />
point de départ de la véritable conquête de la majorité.</p>
<p>Nous reviendrons plus loin sur les conséquences politiques<br class='autobr' />
de l'attitude du Ve congrès. Mais n'est-il pas clair dès à présent<br class='autobr' />
qu'on ne peut sérieusement parler de stratégie bolchevique si l'on<br class='autobr' />
ne sait embrasser du regard tant la courbe fondamentale de notre<br class='autobr' />
époque dans son ensemble que ses différentes sinuosités à tout<br class='autobr' />
moment, lesquelles ont pour la direction du parti la même<br class='autobr' />
importance que les virages d'une voie ferrée pour le mécanicien<br class='autobr' />
de la locomotive : aller à toute allure en plein tournant conduit<br class='autobr' />
directement sur le talus.</p>
<p>Ce n'est pourtant qu'il y a quelques mois que la Pravda a<br class='autobr' />
reconnu plus ou moins nettement l'exactitude du jugement que<br class='autobr' />
nous avions émis précisément dès la fin de 1923. Le 28 janvier<br class='autobr' />
dernier, elle écrivait :</p>
<p>« La phase de relative (!) apathie et dépression qui<br class='autobr' />
débuta après la défaite de 1923 et qui permit au capital<br class='autobr' />
allemand de consolider ses positions, commence à pas-<br class='autobr' />
ser » (110).</p>
<p>La « relative » dépression qui commença à l'automne 1923<br class='autobr' />
ne commence à passer qu'en 1928. Cette constatation, avec plus<br class='autobr' />
de quatre ans de retard, constitue une condamnation impitoyable<br class='autobr' />
de l'orientation erronée du Ve congrès comme du système de<br class='autobr' />
direction qui, loin de divulguer, de mettre en lumière les erreurs<br class='autobr' />
commises, les couvre, aggravant ainsi la confusion dans les idées.</p>
<p>Un projet de programme qui ne porte de jugement ni sur les<br class='autobr' />
événements de 1923 ni sur la faute fondamentale du Ve congrès,<br class='autobr' />
ne fait que tourner le dos aux véritables problèmes de la stratégie<br class='autobr' />
révolutionnaire du prolétariat pendant l'époque impérialiste.</p>
<p>6. « L'ère démocratico-pacifiste » et le fascisme</p>
<p>La capitulation du K.P.D. à l'automne 1923, la disparition<br class='autobr' />
de la gigantesque menace prolétarienne ont affaibli inévitable-<br class='autobr' />
ment les positions du parti communiste, mais aussi celles du<br class='autobr' />
fascisme (111). Une guerre civile, même si le capitalisme l'emporte,<br class='autobr' />
sape les conditions dans lesquelles s'exerce l'exploitation capita-<br class='autobr' />
liste. Dès cette époque, dès la fin de 1923, nous nous étions<br class='autobr' />
élevés contre la surestimation des forces du fascisme allemand et<br class='autobr' />
du danger qu'il représentait et nous avions souligné que le<br class='autobr' />
fascisme allait être relégué au second plan, tandis que le devant<br class='autobr' />
de la scène allait être occupé dans toute l'Europe pendant un<br class='autobr' />
certain temps par les groupements démocratiques et pacifistes<br class='autobr' />
(Bloc des Gauches, en France, Labour Party, en Angleterre),<br class='autobr' />
dont le renforcement, à son tour, ferait grandir la social-<br class='autobr' />
démocratie allemande. Au lieu de comprendre ce processus<br class='autobr' />
inévitable et d'organiser la lutte suivant une ligne de front<br class='autobr' />
nouvelle, la direction officielle a continué à identifier fascisme et<br class='autobr' />
social-démocratie et à prophétiser leur mort à tous les deux dans<br class='autobr' />
le cours de la guerre civile proche.</p>
<p>La question des rapports Etats-Unis/Europe était étroite-<br class='autobr' />
ment liée à la question de la social-démocratie et du fascisme.</p>
<p>C'est la défaite de la révolution allemande en 1923 qui a permis<br class='autobr' />
au capitalisme américain d'aborder la réalisation de ses plans<br class='autobr' />
pour réduire au servage l'Europe, « de façon pacifique »... en<br class='autobr' />
attendant. Dans ces conditions, il fallait poser le problème<br class='autobr' />
américain dans toute son ampleur. Pourtant la direction du<br class='autobr' />
congrès est simplement passée à côté. Elle a considéré la<br class='autobr' />
situation à l'intérieur de l'Europe sans relever qu'un ajourne-<br class='autobr' />
ment prolongé de la révolution européenne avait déplacé d'un<br class='autobr' />
coup l'axe des rapports mondiaux vers une offensive de l'Améri-<br class='autobr' />
que contre l'Europe. Cette offensive prenait le caractère d'une<br class='autobr' />
« consolidation » économique de l'Europe, de sa normalisation,<br class='autobr' />
de sa pacification et de l' « assainissement » des principes<br class='autobr' />
démocratiques. Ce n'étaient pas seulement le petit-bourgeois<br class='autobr' />
ruiné, mais aussi l'ouvrier du rang qui se disaient : « Si le P.C.<br class='autobr' />
n'a pu triompher, peut-être la social-démocratie nous donnera-<br class='autobr' />
t-elle non pas la victoire - on ne l'attend pas d'elle-, mais un<br class='autobr' />
morceau de pain, en ranimant l'industrie grâce à l'or américain.<br class='autobr' />
Il aurait fallu comprendre que l'infâme fiction du pacifisme<br class='autobr' />
américain, doublé de dollars (après la défaite de la révolution<br class='autobr' />
allemande), devait devenir et était en train de devenir le facteur<br class='autobr' />
politique le plus important de la vie de l'Europe. La social-<br class='autobr' />
démocratie allemande s'est gonflée grâce à ce levain, mais c'est<br class='autobr' />
aussi de son fait, dans une large mesure, que radicaux français et<br class='autobr' />
Labour Party ont progressé.</p>
<p>Pour faire face à ce nouveau front ennemi, il aurait fallu<br class='autobr' />
montrer que l'Europe bourgeoise ne pouvait vivre et subsister<br class='autobr' />
qu'en tant que vassale financière des Etats-Unis, que le pacifisme<br class='autobr' />
de ces derniers reflétait leur aspiration à imposer à l'Europe un<br class='autobr' />
rationnement de famine. Mais, au lieu de prendre précisément<br class='autobr' />
cette perspective comme point de départ de la lutte contre la<br class='autobr' />
social-démocratie avec son nouveau culte de l'américanisme, la<br class='autobr' />
direction de l'Internationale communiste a tourné la pointe de<br class='autobr' />
son arme dans le sens opposé : on nous a attribué une médiocre<br class='autobr' />
et stupide théorie sur l'impérialisme normalisé, sans guerre ni<br class='autobr' />
révolutions, reposant sur le rationnement américain.</p>
<p>Au cours de la même séance de février où le présidium du<br class='autobr' />
comité exécutif de l'Internationale communiste, quatre mois<br class='autobr' />
avant ·Je congrès, mettait à l'ordre du jour du parti allemand<br class='autobr' />
l'insurrection« dans toute son urgence concrète »,ce présidium<br class='autobr' />
appréciait la situation en France, où précisément approchaient<br class='autobr' />
alors des élections parlementaires « à gauche », de la façon<br class='autobr' />
suivante :</p>
<p>« Cette animation pré-électorale touche aussi les partis<br class='autobr' />
les plus médiocres et les plus insignifiants et même les<br class='autobr' />
groupements politiques morts. Le parti socialiste, sous les<br class='autobr' />
rayons des élections prochaines, se ranime et s'étale. » 112</p>
<p>Alors qu'en France se préparait manifestement une vague de<br class='autobr' />
« gauche » pacifiste petite-bourgeoise qui, entraînant aussi de<br class='autobr' />
larges secteurs ouvriers, affaiblissait simultanément aussi bien le<br class='autobr' />
parti du prolétariat que les détachements fascistes du Capital,<br class='autobr' />
tandis qu'en un mot, approchait la victoire du « Bloc des<br class='autobr' />
Gauches », la direction de l'I.C. partait d'une perspective<br class='autobr' />
directement opposée et niait catégoriquement la possibilité d'une<br class='autobr' />
phase de pacifisme ; à la veille des élections de mai 1924, elle<br class='autobr' />
parlait du parti socialiste français, c'est-à-dire du défenseur de<br class='autobr' />
l'aile gauche du pacifisme petit-bourgeois, comme d'un« groupe-<br class='autobr' />
ment politique déjà mort ». Nous avions protesté alors dans une<br class='autobr' />
lettre spéciale adressée à la délégation du parti communiste<br class='autobr' />
(bolchevik) de l'U .R.S.S. contre ce jugement porté à la légère<br class='autobr' />
sur le parti social-patriote. En vain ! La direction de l'I.C.<br class='autobr' />
considérait avec obstination que c'était à gauche de fermer les<br class='autobr' />
yeux pour ne pas voir les faits. Telle fut l'origine de la polémique<br class='autobr' />
sur le pacifisme démocratique, politique défigurée, dévoyée et<br class='autobr' />
encrassée, comme toujours au cours des dernières années, qui<br class='autobr' />
apporta tant de trouble dans la conscience des partis de 1'1.C. Les<br class='autobr' />
représentants de l'Opposition étaient accusés d'avoir des pré-<br class='autobr' />
jugés réformistes, simplement parce que nous ne partagions pas<br class='autobr' />
ceux de la direction de l'I.C. et que nous avions prévu à temps<br class='autobr' />
que la défaite sans combat du prolétariat allemand amènerait<br class='autobr' />
inévitablement sur la scène (après une brève intensification des<br class='autobr' />
tendances fascistes) les partis petits-bourgeois et renforcerait la<br class='autobr' />
social-démocratie.</p>
<p>On a déjà signalé plus haut qu'à la conférence du S.R.I.,<br class='autobr' />
trois ou quatre mois avant la victoire du Labour Party et du Bloc<br class='autobr' />
des Gauches en France, Zinoviev, polémiquant visiblement<br class='autobr' />
contre moi, déclara :</p>
<p>« Dans presque toute l'Europe, la situation est telle<br class='autobr' />
qu'on ne peut s'attendre à voir là-bas s'établir, fût-ce<br class='autobr' />
temporairement, la tranquillité, la paix, même apparente ...<br class='autobr' />
L'Europe entre dans une phase d'événements décisifs .. .<br class='autobr' />
L'Allemagne va, semble-t-il, vers une guerre civile<br class='autobr' />
aiguë. » 113</p>
<p>Zinoviev semble avoir complètement oublié que, lors du<br class='autobr' />
IVe congrès, en 1922 déjà, j'avais réussi en commission, contre la<br class='autobr' />
résistance plutôt obstinée de Zinoviev lui-même et de Boukha-<br class='autobr' />
rine, à introduire un amendement (assez édulcoré, il est vrai)<br class='autobr' />
dans la résolution du congrès ; il parlait de l'instauration pro-<br class='autobr' />
chaine d'une « ère pacifiste et démocratique », étape probable<br class='autobr' />
dans la voie du déclin politique de l'Etat bourgeois en tant<br class='autobr' />
qu'antichambre de la domination du communisme ou... du<br class='autobr' />
fascisme.</p>
<p>Au Ve congrès, qui se tint après l'apparition des gouverne-<br class='autobr' />
ments « de gauche » en Angleterre et en France, Zinoviev se<br class='autobr' />
souvint très à propos de mon amendement qu'il lut à haute voix :</p>
<p>« La situation politique internationale actuelle est<br class='autobr' />
caractérisée par le fascisme, l'état de siège et la vague de<br class='autobr' />
terreur blanche qui grandit contre le prolétariat. Mais ceci<br class='autobr' />
n'exclut pas la possibilité que, dans un avenir proche, dans<br class='autobr' />
les pays les plus importants, se substitue à la réaction<br class='autobr' />
bourgeoise ouverte« une ère démocratique et pacifiste » ...</p>
<p>Il ajouta avec satisfaction :</p>
<p>« Ce fut dit en 1922. Ainsi, l'ère démocratico-pacifiste<br class='autobr' />
fut nettement prédite par l'Internationale communiste il y a<br class='autobr' />
de cela un an et demi. » 114</p>
<p>La vérité est la vérité. La prévision dont on me fit longtemps<br class='autobr' />
grief comme d'une déviation « pacifiste » (qui serait la mienne,<br class='autobr' />
pas celle du cours des événements) arriva à point au VC congrès<br class='autobr' />
pendant la lune de miel des ministères MacDonald et Herriot 115 •</p>
<p>Il en va malheureusement ainsi en général des prévisions.</p>
<p>Il faut ajouter à cela que Zinoviev et la majorité du<br class='autobr' />
Ve congrès ont trop pris à la lettre l'ancienne perspective de<br class='autobr' />
« l'ère pacifiste et démocratique » comme étape de la désagréga-<br class='autobr' />
tion du capitalisme. C'est bien ce que Zinoviev a prêché au<br class='autobr' />
Ve congrès : « l'ère démocratico-pacifiste »est un symptôme de<br class='autobr' />
la désagrégation du capitalisme. Il le dit de nouveau dans son<br class='autobr' />
discours de clôture :</p>
<p>« Je répète que précisément l'ère démocratico-paci-<br class='autobr' />
fiste est un symptôme de la désagrégation du capitalisme et<br class='autobr' />
de sa crise incurable. » 116</p>
<p>Cela aurait été vrai s'il n'y avait pas eu la crise de la Ruhr, si<br class='autobr' />
le développement s'était fait de façon plus régulière, sans ce<br class='autobr' />
« saut » de l'histoire. Et ç'aurait été doublement et triplement<br class='autobr' />
vrai, si le prolétariat allemand avait triomphé en 1923. Dans ce<br class='autobr' />
cas, les régimes de MacDonald et de Herriot n'auraient eu que la<br class='autobr' />
signification de « kerenskysmes » anglais et français. Mais la<br class='autobr' />
crise de la Ruhr a éclaté, posant nettement la question de savoir<br class='autobr' />
qui serait le maître dans la maison. Ce n'est pas une victoire que<br class='autobr' />
le prolétariat allemand remporta, mais bien une défaite décisive<br class='autobr' />
qu'il subit et sous une forme telle qu'elle devait encourager et<br class='autobr' />
renforcer au plus haut point la bourgeoisie allemande. La foi<br class='autobr' />
dans la révolution était sapée dans toute l'Europe pour plusieurs<br class='autobr' />
années. Dans ces conditions, les gouvernements MacDonald et<br class='autobr' />
Herriot n'avaient nullement la signification de kerenskysme, ni<br class='autobr' />
en général de désagrégation de la bourgeoisie : ils pouvaient et<br class='autobr' />
devraient simplement devenir les éphémères précurseurs de<br class='autobr' />
gouvernements bourgeois plus sérieux et plus solides, plus sûrs<br class='autobr' />
d'eux-mêmes. Le Ve congrès ne le comprit pas : en effet, n'ayant<br class='autobr' />
pas estimé à leur juste mesure les proportions de la catastrophe<br class='autobr' />
allemande, en réduisant celle-ci à la simple question de la<br class='autobr' />
comédie au Landtag de Saxe 117 ; il ne se rendit pas compte que le<br class='autobr' />
prolétariat d'Europe, sur tout le front, battait déjà politiquement<br class='autobr' />
en retraite, que la tâche n'était pas l'insurrection, mais une<br class='autobr' />
nouvelle orientation, des batailles d'arrière-garde, la consolida-<br class='autobr' />
tion, surtout dans les syndicats, des positions d'organisation du<br class='autobr' />
parti.</p>
<p>C'est en rapport avec cette question de « l'ère » que s'est<br class='autobr' />
développée une polémique sur le fascisme, non moins déformée<br class='autobr' />
et désaxée. L'Opposition expliquait que la bourgeoisie n'avance<br class='autobr' />
son instrument fasciste qu'à l'instant où un péril révolutionnaire<br class='autobr' />
immédiat menace les bases même de son régime, lorsque les<br class='autobr' />
organes normaux de l'Etat bourgeois se révèlent insuffisants. En<br class='autobr' />
ce sens, le fascisme actif correspond à un état de guerre civile de<br class='autobr' />
la part de la société capitaliste contre le prolétariat insurgé. En<br class='autobr' />
revanche, la bourgeoisie est obligée de mettre en avant son<br class='autobr' />
instrument de gauche, social-démocrate, ou bien, avant la guerre<br class='autobr' />
civile, pour tromper, démobiliser et désagréger le prolétariat, ou<br class='autobr' />
bien, après avoir sérieusement battu les larges masses populaires,<br class='autobr' />
quand, pour rétablir le régime normal, on est forcé de les<br class='autobr' />
mobiliser dans la vie parlementaire et, avec elles, les ouvriers qui<br class='autobr' />
n'ont plus confiance dans la révolution. Pour contre-balancer<br class='autobr' />
cette analyse absolument indiscutable au point de vue théorique,<br class='autobr' />
justifiée par tout le cours de la lutte, la direction de l'I.C. a<br class='autobr' />
avancé une affirmation absurdement simpliste sur l'identité de la<br class='autobr' />
social-démocratie et du fascisme. Partant du fait incontestable<br class='autobr' />
que la social-démocratie est tout aussi attachée aux bases<br class='autobr' />
fondamentales de la société que le fascisme, qu'elle est toujours<br class='autobr' />
prête, au moment du danger, à faire avancer ses Noske, la<br class='autobr' />
direction de l'I.C. a biffé d'un trait et de façon générale toute<br class='autobr' />
différence politique entre social-démocratie et fascisme, et, en<br class='autobr' />
même temps, la distinction entre la période de guerre civile se<br class='autobr' />
déroulant ouvertement et celle de la « normalisation » de la lutte<br class='autobr' />
de classes. En un mot, tout a été culbuté, embrouillé, mélangé<br class='autobr' />
pour préserver l'apparence d'une orientation vers le développe-<br class='autobr' />
ment immédiat de la guerre civile, comme si rien ne s'était passé<br class='autobr' />
de spécial en automne 1923 en Allemagne et en Europe : rien<br class='autobr' />
qu'un épisode.</p>
<p>Pour montrer l'orientation et le niveau de cette politique, il<br class='autobr' />
faut citer l'article de Staline « A Propos de la situation internatio-<br class='autobr' />
nale » 118 • Polémiquant contre moi, il écrit :</p>
<p>« Certains pensent que la bourgeoisie est venue au<br class='autobr' />
« pacifisme » et à la« démocratie », non pas par nécessité,<br class='autobr' />
mais de sa propre volonté, par l'effet de son libre arbitre. »<br class='autobr' />
Cette thèse fondamentale historique et philosophique sur<br class='autobr' />
laquelle il serait humiliant d'insister, était suivie de deux conclu-<br class='autobr' />
sions politiques essentielles :</p>
<p>« Premièrement, il est faux que le fascisme ne soit<br class='autobr' />
qu'une organisation de combat de la bourgeoisie. Le<br class='autobr' />
fascisme n'est pas seulement une catégorie (?) militaire et<br class='autobr' />
technique. »</p>
<p>Il est difficile de comprendre pourquoi une organisation de<br class='autobr' />
combat de la société bourgeoise doit être considérée comme une<br class='autobr' />
« catégorie » technique et pas politique ! Mais qu'est donc le<br class='autobr' />
fascisme ? Il y a à cette question une réponse indirecte :</p>
<p>« La social-démocratie est objectivement l'aile modé-<br class='autobr' />
rée du fascisme. »</p>
<p>On peut dire que la social-démocratie est l'aile gauche de la<br class='autobr' />
société bourgeoise : cette définition est tout à fait juste, à<br class='autobr' />
condition seulement qu'on ne la comprenne pas de façon trop<br class='autobr' />
simpliste. Il ne faut pas oublier que la social-démocratie continue<br class='autobr' />
à entraîner des millions d'ouvriers ; elle est obligée de compter,<br class='autobr' />
dans certaines limites, non seulement avec la volonté de ses<br class='autobr' />
patrons bourgeois, mais aussi avec les intérêts de ses mandants<br class='autobr' />
prolétariens qu'elle escroque. Mais il serait absurde de la définir<br class='autobr' />
comme« l'aile modérée du fascisme ». Où est donc là-dedans la<br class='autobr' />
démocratie bourgeoise ? Pour s'orienter, même de la façon la<br class='autobr' />
plus élémentaire, en politique, il ne faut pas tout entasser pêle-<br class='autobr' />
mêle, mais distinguer et voir que social-démocratie et fascisme<br class='autobr' />
constituent les pôles du front bourgeois, unis au moment du<br class='autobr' />
danger, mais pôles quand même. Faut-il insister là-dessus aujour-<br class='autobr' />
d'hui, après les élections de mai 1928, caractérisées à la fois par le<br class='autobr' />
déclin du fascisme et la croissance de la social-démocratie 119 , à<br class='autobr' />
laquelle, soit dit en passant, le parti communiste proposait cette<br class='autobr' />
fois encore de faire le front unique de la classe ouvrière ?</p>
<p>L'article poursuit :</p>
<p>« Deuxièmement, il est faux que les batailles décisives<br class='autobr' />
soient déjà passées, que le prolétariat y ait été battu et que,<br class='autobr' />
par conséquent, la bourgeoisie se soit consolidée. Il n'y a<br class='autobr' />
pas encore eu de combats décisifs, ne serait-ce que (?!)<br class='autobr' />
parce qu'il n'y a pas encore eu de partis bolcheviques de<br class='autobr' />
masse. »</p>
<p>La bourgeoisie n'aurait pas pu se consolider, parce qu'il n'y<br class='autobr' />
avait pas eu de bataille. Or il n'y a pas et de batailles« ne serait-<br class='autobr' />
ce » que parce qu'il n'y avait pas de parti bolchevique. Ainsi, ce<br class='autobr' />
qui empêche la bourgeoisie de se renforcer, c'est ... l'absence<br class='autobr' />
d'un parti bolchevique. En réalité, c'est précisément parce qu'il<br class='autobr' />
n'y avait pas, non pas de parti, mais plutôt de direction<br class='autobr' />
bolchevique, que la bourgeoisie a pu consolider sa position. Si<br class='autobr' />
une armée, dans une situation critique, capitule sans combat<br class='autobr' />
devant l'ennemi, cela remplace parfaitement une « bataille<br class='autobr' />
décisive », dans la politique comme à la guerre. En 1850 déjà,<br class='autobr' />
Engels enseignait qu'un parti qui laisse échapper une situation<br class='autobr' />
révolutionnaire disparaît pour longtemps de la scène. Mais qui<br class='autobr' />
ignore donc encore qu'Engels, qui vécut « avant l'impéria-<br class='autobr' />
lisme », est aujourd'hui périmé ? C'est bien ce que Staline écrit :</p>
<p>« Il est impossible sous l'impérialisme que soient livrés<br class='autobr' />
des combats pour la dictature s'il n'existe pas de semblables<br class='autobr' />
partis (bolcheviques) »</p>
<p>On en est réduit à croire que ces batailles étaient possibles à<br class='autobr' />
l'époque d'Engels, quand la loi de l'évolution inégale n'avait pas<br class='autobr' />
encore été découverte.</p>
<p>Tout cet enchaînement de dissertations est couronné,<br class='autobr' />
comme il sied, par un pronostic politique :</p>
<p>« Enfin, il est faux aussi. .. que le « pacifisme » puisse<br class='autobr' />
consolider le pouvoir de la bourgeoisie et ajourner la<br class='autobr' />
révolution pour un temps indéterminé. »</p>
<p>Néanmoins, il y a bien eu un ajournement, non pas<br class='autobr' />
conformément aux idées de Staline, mais à celles d'Engels. Un an<br class='autobr' />
plus tard, quand il fut clair même pour des aveugles, que la<br class='autobr' />
position de la bourgeoisie s'était renforcée et que la révolution<br class='autobr' />
avait reculé pour une période indéterminée, Staline se mit à nous<br class='autobr' />
accuser de ... nier la stabilisation. Cette accusation se fit particu-<br class='autobr' />
lièrement pressante pendant la période où la « stabilisation »<br class='autobr' />
commençait à nouveau à se fissurer, lorsque en Angleterre et en<br class='autobr' />
Chine, grossissait un nouveau flot révolutionnaire. Et toute cette<br class='autobr' />
désespérante confusion tenait lieu de ligne directrice ! Il faut<br class='autobr' />
signaler que la définition du fascisme et de ses rapports avec la<br class='autobr' />
social-démocratie donnée dans le Projet au chapitre Il, malgré<br class='autobr' />
les ambiguïtés sciemment tolérées pour garder un lien avec le<br class='autobr' />
passé, est bien plus raisonnable et plus juste que le schéma<br class='autobr' />
stalinien cité plus haut qui était au fond celui du Ve Congrès.</p>
<p>Mais ce léger progrès ne tranche pas la question. Un programme<br class='autobr' />
de l'Internationale communiste ne peut pas, après l'expérience<br class='autobr' />
de la décennie écoulée, se dispenser de caractériser ce qu'est une<br class='autobr' />
situation révolutionnaire, comment elle se forme et comment elle<br class='autobr' />
disparaît, de signaler les erreurs classiques commises dans<br class='autobr' />
l'analyse de cette situation, d'expliquer comment le mécanicien<br class='autobr' />
doit conduire dans les virages - d'inculquer aux partis cette<br class='autobr' />
vérité qu'il est des situations où le succès de la révolution<br class='autobr' />
mondiale dépend de deux ou trois jours de lutte.</p>
<p>7. Politique ultra-gauche et levain de droite</p>
<p>Après la période du flux turbulent de 1923 a commencé celle<br class='autobr' />
du long reflux qui signifiait dans la langue de la stratégie : retraite<br class='autobr' />
en bon ordre, batailles d'arrière-garde, retranchement dans les<br class='autobr' />
organisations de masse, revue de détail pour fourbir et aiguiser<br class='autobr' />
armes théoriques et politiques. On qualifia cette position de<br class='autobr' />
« liquidatrice ». Ces dernières années, on a grossièrement abusé<br class='autobr' />
de cette notion comme d'autres du vocabulaire bolchevique : on<br class='autobr' />
n'enseignait pas, on n'éduquait pas, on semait le trouble et on<br class='autobr' />
induisait en erreur. L'esprit de liquidation, c'est le renoncement<br class='autobr' />
à la révolution, c'est la substitution des méthodes du réformisme<br class='autobr' />
à ses voies et à ses méthodes. La politique léniniste n'a rien de<br class='autobr' />
commun avec cet esprit, mais elle n'a rien à voir non plus avec<br class='autobr' />
cette façon de négliger les modifications de la situation objective,<br class='autobr' />
de maintenir verbalement le cours vers l'insurrection alors que la<br class='autobr' />
situation lui tourne déjà le dos, alors qu'il faut à nouveau prendre<br class='autobr' />
le chemin du travail dans les masses, long, tenace, systématique,<br class='autobr' />
minutieux, pour préparer le parti à une nouvelle révolution.</p>
<p>L'homme a besoin d'un certain type de mouvement quand il<br class='autobr' />
monte un escalier, d'un autre quand il le descend. La position la<br class='autobr' />
plus dangereuse est celle dans laquelle l'homme, après avoir<br class='autobr' />
soufflé sa bougie, se prépare à lever le pied devant des escaliers<br class='autobr' />
qui descendent. Chutes, bosses, luxations sont alors inévitables.</p>
<p>La direction de l'Internationale communiste a tout fait en 1924<br class='autobr' />
pour éteindre la critique de l'expérience de !'Octobre allemand<br class='autobr' />
et, de façon générale, toute critique. Quant à elle, elle répétait<br class='autobr' />
obstinément : « L'escalier va vers le haut. » Rien d'étonnant<br class='autobr' />
donc que les directives du Ve congrès appliquées dans le contexte<br class='autobr' />
d'un reflux aient provoqué de cruelles chutes et des luxations<br class='autobr' />
politiques.</p>
<p>Le numéro 5-6 du Mitteilungsblatt (Linke Opposition der<br class='autobr' />
K.P.D.) 120 du 1er mars, assurait :</p>
<p>« La plus grosse erreur de la Gauche à ce congrès du<br class='autobr' />
parti, (celui de Francfort, au printemps 1924, au cours<br class='autobr' />
duquel la Gauche prit la direction) consiste en ce qu'elle ne<br class='autobr' />
répéta pas inlassablement au parti la gravité de la défaite de<br class='autobr' />
1923, qu'elle n'en tira pas les conclusions nécessaires, qu'elle<br class='autobr' />
n'expliqua pas au parti avec sang-froid et sans rien enjoliver,<br class='autobr' />
les tendances de la stabilisation relative du capital et, par<br class='autobr' />
suite, ne formula pas le programme ni les mots d'ordre de la<br class='autobr' />
période qui s'ouvrait ; il était parfaitement possible de le<br class='autobr' />
faire tout en mettant l'accent, avec la rigueur indispensa-<br class='autobr' />
ble, sur les thèses du programme : voilà ce qu'il aurait été<br class='autobr' />
juste de faire » (souligné par moi. L. T.)</p>
<p>Ces lignes avaient montré qu'une partie de la Gauche<br class='autobr' />
allemande qui, au Ve congrès, avait pris part à la lutte contre<br class='autobr' />
notre prétendu « esprit liquidateur », avait bien compris les<br class='autobr' />
enseignements de 1923-1924. C'est ce qui rendit possible par la<br class='autobr' />
suite un rapprochement entre nous sur une base principielle.</p>
<p>C'est 1924 qui marque un tournant dans la situation. Pour-<br class='autobr' />
tant, ce n'est qu'un an et demi plus tard qu'on reconnut cette<br class='autobr' />
variation brusque (« stabilisation »). Il n'y a donc pas lieu de<br class='autobr' />
s'étonner que 1924-1925 aient été des années d'erreurs<br class='autobr' />
« gauche » et d'expériences putschistes. L'aventure terroriste<br class='autobr' />
bulgare, ainsi que la tragi2ue histoire de l'insurrection estho-<br class='autobr' />
nienne de décembre 1924 11 ont été des explosions de désespoir<br class='autobr' />
consécutives à une orientation fausse. Le fait que ces tentatives<br class='autobr' />
de violer le processus historique en suivant la voie du putschisme<br class='autobr' />
n'aient pas été passées au crible de la critique provoqua une<br class='autobr' />
rechute de ce mal à Canton à la fin de 1927. En politique, même<br class='autobr' />
de légères erreurs ne demeurent pas impunies : c'est plus vrai<br class='autobr' />
encore pour de grosses erreurs. Mais la pire est de dissimuler ses<br class='autobr' />
erreurs, de contrecarrer la critique et d'empêcher de formuler à<br class='autobr' />
leur égard un jugement marxiste judicieux.</p>
<p>Ce n'est pas l'histoire de l'Internationale communiste pen-<br class='autobr' />
dant ces cinq dernières années que nous écrivons. Nous ne<br class='autobr' />
faisons qu'illustrer par des faits, à l'occasion des étapes fonda-<br class='autobr' />
mentales de cette période, les deux lignes stratégiques. Nous<br class='autobr' />
soulignons ainsi en même temps l'inanité d'un programme pour<br class='autobr' />
lequel toutes ces questions n'existent pas. Nous ne pouvons donc<br class='autobr' />
décrire ici, même en nous contentant d'en présenter les traits<br class='autobr' />
essentiels, le tableau des contradictions dans lesquelles se débat-<br class='autobr' />
taient les partis de l'Internationale communiste, pris entre les<br class='autobr' />
directives du Ve congrès d'une part, la réalité politique de l'autre.<br class='autobr' />
On n'est certes pas sorti partout de ces contradictions par des<br class='autobr' />
convulsions aussi funestes qu'en Bulgarie et en Esthonie en 1924.</p>
<p>Mais partout les partis se sentaient réduits à l'impuissance, ne<br class='autobr' />
répondaient pas aux aspirations des masses, s'affublaient d'œil·<br class='autobr' />
lères, perdaient le pas. Dans l'agitation et la propagande de parti,<br class='autobr' />
dans l'activité syndicale, à la tribune parlementaire, partout, les<br class='autobr' />
communistes traînaient avec eux le boulet de la position erronée<br class='autobr' />
prise par le Ve congrès. Chaque parti était plus ou moins victime<br class='autobr' />
de la fausse orientation de départ, pourchassait des fantômes,<br class='autobr' />
négligeait les processus réels, transformait les mots d'ordre<br class='autobr' />
révolutionnaires en phrases ronflantes, se compromettait aux<br class='autobr' />
yeux des masses et perdait pied. Pour comble de malheur, la<br class='autobr' />
presse de l'I.C., alors comme aujourd'hui, ne pouvait réunir et<br class='autobr' />
publier faits et chiffres concernant l'activité des partis commu·<br class='autobr' />
nistes au cours de ces dernières années. Après les défaites, les<br class='autobr' />
fautes et les insuccès, la direction des épigones préfère battre en<br class='autobr' />
retraite et punir aveuglément.</p>
<p>Comme les faits réels la démentaient chaque jour avec plus<br class='autobr' />
de cruauté, la direction devait de plus en plus brandir des facteurs<br class='autobr' />
imaginaires. Perdant pied un peu plus chaque jour, le C.E. de<br class='autobr' />
l'I.C. était obligé de découvrir des forces et des jaillissements<br class='autobr' />
révolutionnaires là où n'y en avait nulle trace et devait se<br class='autobr' />
cramponner à des cordages pourris afin de garder l'équilibre.</p>
<p>Comme il y avait manifestement dans le prolétariat des<br class='autobr' />
déplacements vers la droite, l'Internationale communiste entra<br class='autobr' />
dans une phase d'idéalisation de la paysannerie, grossissant sans<br class='autobr' />
les passer au crible les symptômes de sa « rupture » avec la<br class='autobr' />
société bourgeoise, prêtant des couleurs vives à toutes sortes<br class='autobr' />
d'organisations paysannes éphémères et adulant les démagogues<br class='autobr' />
« paysans ».</p>
<p>A la tâche de l'avant-garde prolétarienne qui consiste à lutter<br class='autobr' />
longuement et avec ténacité contre la bourgeoisie et la démago·<br class='autobr' />
gie pseudo-paysanne pour influencer les couches les plus déshéri·<br class='autobr' />
tées du village, on substituait de plus en plus l'espoir que la<br class='autobr' />
paysannerie allait jouer un rôle révolutionnaire direct et indépen-<br class='autobr' />
dant à l'échelle nationale et internationale.</p>
<p>Au cours de 1924, c'est-à-dire pendant l'année de la<br class='autobr' />
« stabilisation »,la presse communiste fut pleine de données tout<br class='autobr' />
à fait fantaisistes sur la puissance de l'Internationale paysanne<br class='autobr' />
qui venait juste d'étre fondée 121 •</p>
<p>Son représentant, Dombal 122 , disait dans un rapport que, six mois après sa fondation, elle<br class='autobr' />
comptait déjà plusieurs millions de membres.</p>
<p>C'est alors qu'éclata le scandale Radié 123 , le chef du parti<br class='autobr' />
« paysan » croate qui, pour accroître ses chances de devenir<br class='autobr' />
ministre dans Belgrade la blanche, fit passer sa route de Zagreb<br class='autobr' />
la verte par Moscou la rouge. Le 9 juillet 1924, Zinoviev<br class='autobr' />
racontait sa nouvelle « victoire » dans un bilan du V : congrès<br class='autobr' />
devant les militants de Leningrad :</p>
<p>« Actuellement, il se produit dans la paysannerie<br class='autobr' />
d'importants déplacements. Vous avez certainement tous<br class='autobr' />
entendu parler du parti paysan croate de Radié. Radié<br class='autobr' />
séjourne en ce moment à Moscou. C'est un véritable chef<br class='autobr' />
populaire [... ] Il est suivi unanimement par tous les paysans<br class='autobr' />
pauvres et moyens de Croatie [... ] Radié a décidé d'adhérer<br class='autobr' />
au nom de son parti à l'Internationale. Nous estimons que<br class='autobr' />
cet événement est très important. La fondation de l'Inter-<br class='autobr' />
nationale paysanne est un fait de la plus haute importance.<br class='autobr' />
Certains camarades ne voulaient pas croire qu'il en sortirait<br class='autobr' />
une grande organisation [... ] Aujourd'hui, une grande<br class='autobr' />
masse auxiliaire marche vers nous : la paysannerie. » 124<br class='autobr' />
Et ainsi de suite, sur le même mode.</p>
<p>Pour faire pendant à Radié, le « vrai chef populaire », il y<br class='autobr' />
avait de l'autre côté de l'Océan le « chef » La Follette 125 • Pour<br class='autobr' />
faire avancer plus vite la « masse auxiliaire » des fermiers<br class='autobr' />
américains, Pepper 126 , le délégué de l'Internationale commu-<br class='autobr' />
niste 127 , entraîna le jeune et faible parti communiste américain<br class='autobr' />
dans une aventure absurde et honteuse en constituant autour de<br class='autobr' />
La Follette le Workers and Farmers' Party afin de renverser plus<br class='autobr' />
rapidement le capitalisme américain 128 •</p>
<p>La bonne nouvelle de l'approche d'une révolution aux Etats-<br class='autobr' />
Unis appuyée sur les fermiers imprégnait à l'époque tous les<br class='autobr' />
discours et articles des dirigeants officiels du comité exécutif de<br class='autobr' />
l'Internationale communiste. Dans son rapport au 5e congrès,<br class='autobr' />
Kolarov assurait :</p>
<p>« Aux Etats-Unis, les petits fermiers ont formé un<br class='autobr' />
parti de fermiers et de paysans qui se radicalise de plus en<br class='autobr' />
plus, se rapproche des communistes et se pénètre de l'idée<br class='autobr' />
de la création aux Etats-Unis d'un gouvernement ouvrier et<br class='autobr' />
paysan » 129 •</p>
<p>Ni plus ni moins !</p>
<p>Un membre de l'organisation de La Follette, Green, du<br class='autobr' />
Nebraska, se rendit au congrès paysan de Moscou ; lui aussi, il<br class='autobr' />
adhéra à quelque chose, puis, comme de coutume, lors de la<br class='autobr' />
conférence de Saint-Paul 130, il contribua à faire échec au parti<br class='autobr' />
communiste quand celui-ci essaya, sans trop de vigueur de<br class='autobr' />
commencer à réaliser les intentions grandioses de Pepper, le<br class='autobr' />
conseiller du comte Karolyi 131 , l'ultra-gauchiste du Ve congrès, le<br class='autobr' />
réformateur du marxisme, l'un des égorgeurs de la révolution en<br class='autobr' />
Hongrie 132 •</p>
<p>Dans son numéro du 29 août 1924, la Pravda se lamentait :</p>
<p>« Dans sa masse, le prolétariat américain ne s'est pas<br class='autobr' />
encore élevé jusqu'à la compréhension de la nécessité d'un<br class='autobr' />
parti, même aussi collaborationniste que l'est le Labour<br class='autobr' />
Party anglais. » 133</p>
<p>Or, un mois environ auparavant, dans son rapport aux<br class='autobr' />
militants de Léningrad, Zinoviev assurait :</p>
<p>« Plusieurs millions de fermiers, bon gré mal gré (!),<br class='autobr' />
sont durement poussés vers la classe ouvrière par la crise<br class='autobr' />
agraire. » 134</p>
<p>« Et directement vers le gouvernement ouvrier et paysan ! »,<br class='autobr' />
ajouta Kolarov.</p>
<p>La presse ressassait qu'il se créerait bientôt en Amérique un<br class='autobr' />
« Workers and Farmers' Party » qui ne serait pas un parti<br class='autobr' />
purement prolétarien mais tout de même un parti de classe<br class='autobr' />
« pour renverser le capital ». Ce que signifie un parti pas<br class='autobr' />
purement prolétarien tout en ayant un caractère de classe, il<br class='autobr' />
n'existe aucun astrologue ni de ce côté de l'océan, ni de l'autre,<br class='autobr' />
pour nous l'expliquer. Il ne s'agissait en fin de compte que de<br class='autobr' />
l'édition pepperisée des« partis ouvriers et paysans biclassistes »<br class='autobr' />
dont nous parlerons plus longuement à propos de la révolution<br class='autobr' />
chinoise. Il nous suffira de signaler ici que l'idée réactionnaire de<br class='autobr' />
partis non prolétariens qui seraient quand même des partis de<br class='autobr' />
classe s'est développée en se fondant entièrement sur la préten-<br class='autobr' />
due politique « de gauche » de 1924 qui, pour dissimuler ses<br class='autobr' />
échecs, s'accrochait à Radié, à LaFollette et aux chiffres gonflés<br class='autobr' />
de l'Internationale paysanne.</p>
<p>« Nous assistons à présent - déclare Milioutine 135 ,<br class='autobr' />
académicien des lieux communs - au processus extrême-<br class='autobr' />
ment significatif et important de la scission des masses<br class='autobr' />
paysannes, qui se séparent de la bourgeoisie, de l'interven-<br class='autobr' />
tion de la paysannerie contre le capitalisme et du renforce-<br class='autobr' />
ment toujours plus grand du front unique de la paysannerie<br class='autobr' />
et de la classe ouvrière luttant dans les pays capitalistes<br class='autobr' />
contre le système capitaliste » 136 •</p>
<p>Pendant toute l'année 1924, la presse de l'Internationale<br class='autobr' />
communiste ne se lassait pas de parler de la « radicalisation »<br class='autobr' />
générale des « masses paysannes ». Comme si l'on pouvait<br class='autobr' />
attendre un résultat valable de cette radicalisation des paysans, la<br class='autobr' />
plupart du temps imaginaire, dans une période où, manifeste-<br class='autobr' />
ment, les ouvriers vont à droite, où la social-démocratie se<br class='autobr' />
renforce et où la bourgeoisie se consolide !</p>
<p>Nous retrouverons la même erreur de vision politique à la fin<br class='autobr' />
de 1927 et au début de 1928 à propos de la Chine. Après toute<br class='autobr' />
grande et profonde crise révolutionnaire, quand le prolétariat a<br class='autobr' />
subi une défaite décisive, dont les conséquences sont durables,<br class='autobr' />
pendant longtemps encore, des sursauts d'indignation explosent<br class='autobr' />
dans les masses arriérées, semi-prolétariennes, des villes et des<br class='autobr' />
campagnes, comme des ondes circulaires se dessinent après la<br class='autobr' />
chute d'un rocher dans l'eau. Si la direction accorde à ces ondes<br class='autobr' />
une valeur propre et les interprète sans tenir compte des<br class='autobr' />
processus en cours dans la classe ouvrière, comme des signes de<br class='autobr' />
l'approche de la révolution, sachez bien que c'est un symptôme<br class='autobr' />
qui annonce sans aucun doute que la direction va vers des<br class='autobr' />
aventures du genre de celles d'Esthonie et de Bulgarie en 1924 ou<br class='autobr' />
de Canton en 1927.</p>
<p>Pendant cette même période d'ultra-gauchisme, le P.C.<br class='autobr' />
chinois a été harcelé jusqu'à ce qu'il entre pour quelques années<br class='autobr' />
dans le Guomindang 137 , que le Ve congrès proclama « parti<br class='autobr' />
sympathisant » 138 , sans tenter sérieusement de définir son carac-<br class='autobr' />
tère de classe. Plus on va et plus se développe l'idéalisation de la<br class='autobr' />
« bourgeoisie nationale révolutionnaire ». C'est ainsi également,<br class='autobr' />
qu'en Orient, le cours prétendu de gauche qui ferme les yeux sur<br class='autobr' />
la réalité et brûle d'impatience, jette les bases de l'opportunisme<br class='autobr' />
qui lui succède. C'est déjà à Martynov 139 , que l'on fit appel pour<br class='autobr' />
le codifier : Martynov était, pour le prolétariat chinois, un<br class='autobr' />
conseiller d'autant plus sûr que lui-même, au cours des trois<br class='autobr' />
révolutions russes, trottina derrière la petite bourgeoisie.</p>
<p>En· cherchant à raccourcir artificiellement les délais, on se<br class='autobr' />
raccrochait non seulement à Radié, à LaFollette, aux millions de<br class='autobr' />
paysans de Dombal et Pepper, mais on élaborait aussi pour<br class='autobr' />
l'Angleterre une perspective radicalement fausse. La faiblesse du<br class='autobr' />
parti communiste anglais fit surgir alors le besoin de lui substituer<br class='autobr' />
au plus vite quelque force plus impressionnante. C'est alors que<br class='autobr' />
se manifesta une appréciation erronée des tendances du trade-<br class='autobr' />
unionisme anglais. Zinoviev laissa entendre qu'il pensait que la<br class='autobr' />
révolution viendrait, non à travers la porte étroite du parti<br class='autobr' />
communiste anglais, mais en passant par la large barrière des<br class='autobr' />
trade-unions. On substitua à la lutte, par l'intermédiaire du parti<br class='autobr' />
communiste pour conquérir les masses organisées par les trade-<br class='autobr' />
unions, l'espoir d'utiliser au plus vite dans des objectifs révolu-<br class='autobr' />
tionnaires l'appareil tout fait de ces syndicats. C'est à partir de<br class='autobr' />
cette façon de voir que se développa la politique du comité anglo-<br class='autobr' />
russe 140 qui porta un coup aussi bien à l'Union soviétique qu'à la<br class='autobr' />
classe ouvrière anglaise, qui ne le céda sous cet angle qu'à la<br class='autobr' />
défaite de Chine ...</p>
<p>Les Leçons d'Octobre, écrites dès l'été 1924, réfutent cette<br class='autobr' />
idée qui consiste à hâter la marche des événements en recourant<br class='autobr' />
à l'amitié de Purcell et de Cook 141 , comme le démontra le<br class='autobr' />
développement ultérieur de cette idée :</p>
<p>« La révolution prolétarienne ne peut triompher sans<br class='autobr' />
parti, en dehors du parti, à côté du parti, par un succédané<br class='autobr' />
de parti. C'est là le principal enseignement de la dernière<br class='autobr' />
décennie. Il est vrai que les syndicats anglais peuvent<br class='autobr' />
devenir un levier puissant de la révolution prolétarienne :<br class='autobr' />
dans certaines conditions et pour une certaine période, ils<br class='autobr' />
peuvent même remplacer les soviets ouvriers. Mais ils ne<br class='autobr' />
peuvent jouer ce rôle en dehors du parti communiste et à<br class='autobr' />
plus forte raison contre lui : ils ne peuvent le jouer qu'à la<br class='autobr' />
condition que l'influence communiste devienne détermi-<br class='autobr' />
nante dans les syndicats : Nous avons payé trop cher pour<br class='autobr' />
arriver à cette conclusion sur le rôle et l'importance du parti<br class='autobr' />
dans la révolution prolétarienne pour y renoncer aussi<br class='autobr' />
aisément ou simplement l'atténuer » 142 •</p>
<p>Le même problème est posé de façon plus large dans « Où va<br class='autobr' />
l'Angleterre ? » qui, de la première à la dernière page, est consacré<br class='autobr' />
à démontrer l'idée que la révolution anglaise ne saurait passer,<br class='autobr' />
elle aussi, que par la porte communiste. Avec une politique juste, <br class='autobr' />
courageuse, intransigeante, sans illusion sur les raccourcis, le<br class='autobr' />
parti communiste anglais peut grandir et mûrir par bonds et<br class='autobr' />
s'élever en quelques années au niveau de ses tâches.</p>
<p>Les illusions gauchistes de 1924 ont prospéré à partir d'un<br class='autobr' />
levain de droite. Pour dissimuler aux autres et à soi-même<br class='autobr' />
l'importance des erreurs et des défaites de 1923, il a fallu nier<br class='autobr' />
l'orientation vers la droite qui s'opérait dans le prolétariat et<br class='autobr' />
exagérer de façon systématiquement optimiste les processus<br class='autobr' />
révolutionnaires en cours dans les autres classes. Ce fut le début<br class='autobr' />
du glissement qui a conduit de la ligne prolétarienne à la ligne du<br class='autobr' />
centrisme, c'est-à-dire celle de la petite bourgeoisie. Avec la<br class='autobr' />
consolidation de la stabilisation, elle devait ultérieurement jeter<br class='autobr' />
son masque ultra-gauchiste et se révéler grossièrement collabora-<br class='autobr' />
tionniste, en U.R.S.S., en Chine, en Angleterre, en Allemagne<br class='autobr' />
et partout.</p>
<p>8. Période de glissement centre-droite</p>
<p>La politique des partis communistes les plus importants,<br class='autobr' />
établie d'après l'orientation décidée au Ve congrès, manifesta<br class='autobr' />
rapidement sa totale inefficacité. Les fautes du pseudo « gau-<br class='autobr' />
chisme », qui retardèrent le développement des partis commu-<br class='autobr' />
nistes, déterminèrent ensuite un nouveau zigzag empirique, à<br class='autobr' />
savoir un glissement accéléré vers la droite. Chat échaudé craint<br class='autobr' />
l'eau froide. Les comités centraux « de gauche » de toute une<br class='autobr' />
série de partis furent détrônés de façon aussi abusive qu'ils<br class='autobr' />
avaient été installés avant le Ve congrès. Le gauchisme des<br class='autobr' />
aventuriers faisait place à un opportunisme ouvertement affiché,<br class='autobr' />
du type centre-droite. Pour comprendre le caractère et l'allure du<br class='autobr' />
tournant à droite dans l'organisation, il faut rappeler qu'en<br class='autobr' />
septembre 1924 encore, Staline, qui présidait à ce tournant,<br class='autobr' />
jugeait que le passage de la direction du parti aux mains de<br class='autobr' />
Maslow, Ruth Fischer, Treint, Suzanne Girault, etc. était<br class='autobr' />
l'expression de la bolchevisation des partis, répondant aux<br class='autobr' />
revendications des ouvriers bolcheviques qui vont vers la révolu-<br class='autobr' />
tion et « veulent avoir des chefs révolutionnaires » 143 •</p>
<p>« Le dernier semestre, écrivait Staline, est remarqua-<br class='autobr' />
ble en ce qu'il présente une cassure totale des partis<br class='autobr' />
communistes d'Occident dans le sens de la liquidation<br class='autobr' />
résolue des survivances social-démocrates, de la bolchevi-<br class='autobr' />
sation des cadres du parti, de l'isolement des éléments<br class='autobr' />
opportunistes » 144 •</p>
<p>Environ dix mois après, les « bolcheviks - » authentiques, les<br class='autobr' />
« chefs révolutionnaires », étaient qualifiés de social-démocrates<br class='autobr' />
et de renégats, écartés de la direction et chassés du parti.</p>
<p>En dépit du caractère de panique de ce changement des<br class='autobr' />
dirigeants et du recours fréquent à des mesures mécaniques,<br class='autobr' />
grossières et déloyales de l'appareil, il est impossible de tracer<br class='autobr' />
une ligne de démarcation rigoureuse dans les idées entre la phase<br class='autobr' />
de la politique d'ultra-gauche et la politique de glissement<br class='autobr' />
opportuniste qui la suivit.</p>
<p>Dans les problèmes de l'industrie et de la paysannerie en<br class='autobr' />
U.R.S.S., de la bourgeoisie coloniale, des partis « paysans »<br class='autobr' />
dans les pays capitalistes, du socialisme dans un seul pays, du rôle<br class='autobr' />
du parti dans la révolution prolétarienne, les tendances révision-<br class='autobr' />
nistes étaient en plein épanouissement en 1924-1925 : dissimulées<br class='autobr' />
sous l'étendard de la lutte contre le« trotskysme »,ces tendances<br class='autobr' />
ont trouvé une expression opportuniste éclatante dans les résolu-<br class='autobr' />
tions de la conférence du P.C. (b) de l'U .R.S.S. en avril 1925.</p>
<p>Le cours de droite, pris dans son ensemble, a été une<br class='autobr' />
tentative d'adaptation à demi aveugle, purement empiriste et<br class='autobr' />
tardive, au retard subi par le développement de la révolution du<br class='autobr' />
fait de la défaite de 1923. Boukharine, dans un premier temps, a<br class='autobr' />
abordé la question en considérant le développement « perma-<br class='autobr' />
nent » de la révolution au sens le plus direct et le plus mécanique<br class='autobr' />
du mot. Boukharine n'admettait aucune « pause », ni interrup-<br class='autobr' />
tion, ni retraite : il considérait comme un devoir révolutionnaire<br class='autobr' />
de poursuivre « l'offensive » dans n'importe quelles conditions.</p>
<p>L'article de Staline cité plus haut, « De la situation internatio-<br class='autobr' />
nale », qui constitue une sorte de programme (ce fut la première<br class='autobr' />
intervention de Staline sur des problèmes internationaux) montre<br class='autobr' />
que le deuxième auteur du projet se força lui aussi, dans la<br class='autobr' />
première période de la lutte contre le« trotskysme », à admettre<br class='autobr' />
la même conception mécanique « de gauche » pour laquelle il<br class='autobr' />
n'existait jamais et invariablement que« la désagrégation » de la<br class='autobr' />
social-démocratie, la « radicalisation des ouvriers », la « crois-<br class='autobr' />
sance » des partis communistes, la révolution « qui approche ».</p>
<p>Quant à celui qui regarde autour de lui et opère des distinctions,<br class='autobr' />
c'est un« liquidateur ».</p>
<p>Après le tournant de la situation européenne en 1923, il a<br class='autobr' />
fallu un an et demi pour que cette « tendance » ressente quelque<br class='autobr' />
chose de nouveau et, en pleine panique se transforme radicale-<br class='autobr' />
ment. Dépourvue de toute compréhension synthétique de notre<br class='autobr' />
époque et des tendances qu'elle renferme, la direction s'oriente à<br class='autobr' />
tâtons (Staline) en complétant les fragments de conclusions ainsi<br class='autobr' />
obtenus par des schémas scolastiques qu'elle renouvelait chaque<br class='autobr' />
fois (Boukharine). C'est pourquoi, dans l'ensemble, sa ligne<br class='autobr' />
politique constitue un enchaînement de zigzags. Sa ligne idéolo-<br class='autobr' />
gique est un kaléidoscope de schémas qui tendent à pousser à<br class='autobr' />
l'absurde chaque élément des zigzags staliniens.</p>
<p>Le VIe congrès agirait sagement s'il décidait la création<br class='autobr' />
d'une commission spéciale chargée de réunir en un ensemble<br class='autobr' />
unique toutes les théories de Boukharine pour servir de base à<br class='autobr' />
son argumentation, par exemple pour chaque étape du comité<br class='autobr' />
anglo-russe : il faudrait les disposer chronologiquement, les<br class='autobr' />
arranger en système pour tenter de tracer le diagramme fébrile<br class='autobr' />
de la pensée qu'elles contiennent. Ce serait un diagramme<br class='autobr' />
stratégique fécond en enseignements. Il en va de même pour la<br class='autobr' />
révolution chinoise, le développement économique de l'U .R.S.S.<br class='autobr' />
et toutes les autres questions de moindre importance. Un<br class='autobr' />
empirisme aveugle démultiplié par la scolastique, telle est cette<br class='autobr' />
orientation qui n'a pas encore été impitoyablement condamnée.</p>
<p>Cet empirisme a eu des conséquences fatales dans les trois<br class='autobr' />
questions capitales : la politique intérieure de l'U .R.S.S., la<br class='autobr' />
révolution chinoise et le comité anglo-russe. Il s'est également<br class='autobr' />
manifesté dans le même sens mais d'une manière moins funeste<br class='autobr' />
quant aux conséquences immédiates dans toutes les questions de<br class='autobr' />
la politique de l'Internationale communiste.</p>
<p>Dans les problèmes intérieurs de !'U.R.S.S., la politique de<br class='autobr' />
glissement a été caractérisée de façon suffisamment complète<br class='autobr' />
dans la Plate-forme des bolcheviks-léninistes (Opposition) 145 •</p>
<p>Nous sommes obligés de nous borner ici à y faire référence. La<br class='autobr' />
Plate-forme reçoit aujourd'hui une sorte de confirmation des plus<br class='autobr' />
inattendues ; toutes les tentatives de la direction actuelle du<br class='autobr' />
V.K.P. (b) pour échapper aux conséquences de la politique de<br class='autobr' />
1923-1928 sont basées sur des citations presque textuelles puisées<br class='autobr' />
dans la Plate-forme dont les auteurs et les partisans sont dispersés<br class='autobr' />
dans les prisons et les lieux d'exil. Le fait que les dirigeants<br class='autobr' />
actuels aient recours à la Plate-forme par fragments sans mettre<br class='autobr' />
aucun esprit de suite dans leurs actes, rend le nouveau revire-<br class='autobr' />
ment à gauche extrêmement instable. Mais en même temps il<br class='autobr' />
valorise d'autant plus la Plate<i>orme qui exprime dans son<br class='autobr' />
ensemble la position de Lénine.</p>
<p>Quant à la question chinoise, nous sommes obligés de la<br class='autobr' />
soumettre à une analyse plus minutieuse dans un chapitre spécial<br class='autobr' />
(le troisième), étant donné son importance décisive pour l'Inter-<br class='autobr' />
nationale communiste et parce que, dans la Plate-/orme, il est<br class='autobr' />
présentée sous un jour insuffisant, incomplet et parfois même<br class='autobr' />
d'une façon vraiment inexacte due à Zinoviev 146 •</p>
<p>En ce qui concerne le comité anglo-russe, troisième question<br class='autobr' />
par ordre d'importance dans l'expérience stratégique acquise par<br class='autobr' />
l'I.C. au cours des dernières années, après tout ce qui a été dit<br class='autobr' />
par l'Opposition dans une série d'articles, de discours, de thèses,<br class='autobr' />
il ne nous reste plus qu'à dresser ici un court bilan.</p>
<p>Le point de départ du comité anglo-russe fut, comme nous<br class='autobr' />
l'avons déjà vu, une aspiration impatiente à passer par-dessus le<br class='autobr' />
jeune parti communiste qui se développait trop lentement. Cela a<br class='autobr' />
donné à toute l'expérience, dès avant la grève générale, un<br class='autobr' />
caractère erroné.</p>
<p>On considérait le comité anglo-russe non comme une<br class='autobr' />
coalition conjoncturelle au sommet qui était appelée à être brisée<br class='autobr' />
et le serait spectaculairement à la première épreuve sérieuse, afin<br class='autobr' />
de compromettre le Conseil général ; non, on l'envisageait- et<br class='autobr' />
pas seulement Staline, Boukharine, Tomsky, etc., mais aussi<br class='autobr' />
Zinoviev - comme un « bloc amical » de longue durée, un<br class='autobr' />
instrument destiné à révolutionner systématiquement les masses<br class='autobr' />
ouvrières anglaises ; on voyait dans ce comité, sinon la porte, du<br class='autobr' />
moins le seuil par où devrait passer la révolution du prolétariat<br class='autobr' />
anglais. De plus en plus, le comité anglo-russe, qui était une<br class='autobr' />
entente conjoncturelle, devenait un organisme intangible, au-<br class='autobr' />
dessus de la lutte des classes. On le vit clairement pendant la<br class='autobr' />
grève générale.</p>
<p>Le mouvement des masses, entrant ouvertement dans une<br class='autobr' />
phase révolutionnaire, rejeta dans le camp de la réaction<br class='autobr' />
bourgeoise les politiciens travaillistes libéraux qui étaient allés un<br class='autobr' />
peu à gauche. C'est sciemment et ouvertement qu'ils trahirent la<br class='autobr' />
grève générale ; puis ils sabotèrent et trahirent la grève des<br class='autobr' />
mineurs. Le réformisme renferme toujours la possibilité d'une<br class='autobr' />
trahison. Mais cela ne signifie pas encore que réformisme et<br class='autobr' />
trahison s'identifient à tout moment. Il peut y avoir des accords<br class='autobr' />
provisoires avec les réformistes quand ils font un pas en avant.</p>
<p>Mais lorsque, effrayés par le mouvement des masses, ils le<br class='autobr' />
trahissent, le maintien de la coalition avec eux revient à tolérer<br class='autobr' />
les traîtres et dissimuler leur trahison, ce qui est un crime.</p>
<p>La grève générale avait pour objectif d'exercer, par la force<br class='autobr' />
de cinq millions d'ouvriers, une pression unie contre les indus-<br class='autobr' />
triels et l'Etat, la question de l'industrie du charbon étant le<br class='autobr' />
problème le plus important de la politique de l'Etat. Par la<br class='autobr' />
trahison de la direction, la grève fut sabotée dès la première<br class='autobr' />
étape. C'était une énorme illusion, après cela, que de croire que<br class='autobr' />
la grève économique des mineurs, désormais seule, isolée,<br class='autobr' />
obtiendrait ce que la grève générale n'avait pas obtenu. C'est en<br class='autobr' />
cela que résidait la force du conseil général. Par un froid calcul, il<br class='autobr' />
a mené les mineurs à la défaite pour que d'importantes couches<br class='autobr' />
d'ouvriers se convainquent ainsi que les directives des Judas du<br class='autobr' />
Conseil général étaient « justes » et « raisonnables ».</p>
<p>Le maintien de la coalition amicale avec celui-ci, l'aide<br class='autobr' />
apportée en même temps à la grève économique des mineurs<br class='autobr' />
isolée et se prolongeant, et que le conseil général combattait,<br class='autobr' />
semblaient des manœuvres calculées d'avance pour permettre<br class='autobr' />
aux dirigeants des trade-unions de se tirer avec un minimum de<br class='autobr' />
pertes de ces épreuves terribles.</p>
<p>Les syndicats russes ont joué du point de vue révolutionnaire<br class='autobr' />
un rôle tout à fait négatif et particulièrement piteux. Il va de soi<br class='autobr' />
qu'il fallait aider la grève économique, même quand elle fut<br class='autobr' />
isolée : entre révolutionnaires, il ne peut pas y avoir divergence<br class='autobr' />
sur ce point. Mais ce secours ne devait pas avoir seulement un<br class='autobr' />
caractère financier, mais aussi un caractère révolutionnaire,<br class='autobr' />
politique. Les syndicats russes devaient dire ouvertement à la<br class='autobr' />
fédération des mineurs et à la classe ouvrière anglaise tout<br class='autobr' />
entière que la grève des mineurs n'avait de chance sérieuse de<br class='autobr' />
réussir qu'au cas où, par son obstination, sa ténacité, son<br class='autobr' />
envergure, elle était prête à frayer la voie à une nouvelle<br class='autobr' />
explosion de la grève générale. On ne pouvait y arriver qu'en<br class='autobr' />
luttant directement et ouvertement contre lC ? Conseil général,<br class='autobr' />
agence du gouvernement et des patrons de l'industrie charbon-<br class='autobr' />
nière. La lutte pour transformer la grève économique en grève<br class='autobr' />
politique aurait dû signifier une guerre furieuse, politique et<br class='autobr' />
d'organisation, contre le Conseil général ; le premier pas sur cette<br class='autobr' />
voie aurait dû être la rupture du comité anglo-russe, devenu un<br class='autobr' />
obstacle réactionnaire, un boulet aux pieds.</p>
<p>Aucun révolutionnaire qui pèse ses paroles n'affirmera<br class='autobr' />
qu'en marchant dans cette direction la victoire était assurée. Mais<br class='autobr' />
il n'était possible d'y arriver qu'en suivant cette voie. Une<br class='autobr' />
éventuelle défaite aurait été subie sur un chemin qui pouvait par<br class='autobr' />
la suite mener à la victoire. Une telle défaite instruit, c'est-à-dire<br class='autobr' />
qu'elle renforce les idées révolutionnaires dans la classe ouvrière.</p>
<p>Au contraire, en ne soutenant que financièrement une grève<br class='autobr' />
corporative qui traînait en longueur et finit par apparaître comme<br class='autobr' />
sans issue - corporative par ses méthodes, révolutionnaire et<br class='autobr' />
politique par ses buts - on ne faisait qu'amener de l'eau au<br class='autobr' />
moulin du conseil général qui attendait tranquillement la fin de la<br class='autobr' />
grève par épuisement pour prouver qu'il« avait raison ». Il va de<br class='autobr' />
soi qu'il n'était pas facile d'attendre plusieurs mois en faisant<br class='autobr' />
ouvertement le jaune. C'est précisément dans cette période<br class='autobr' />
critique que le Conseil général avait besoin d'un camouflage<br class='autobr' />
politique devant les masses : ce fut le comité anglo-russe. Ainsi<br class='autobr' />
les questions de lutte de classes à mort entre le capital et le<br class='autobr' />
prolétariat anglais, entre le Conseil général et les mineurs,<br class='autobr' />
semblaient se convertir en problèmes relevant de la discussion<br class='autobr' />
amicale entre alliés d'une même coalition, conseil général et<br class='autobr' />
direction syndicale russe, sur la voie la meilleure à suivre dans le<br class='autobr' />
moment présent : celle de l'accord ou celle de la lutte économi-<br class='autobr' />
que isolée. La grève se termina inévitablement par un accord,<br class='autobr' />
c'est-à-dire qu'elle trancha tragiquement la « discussion » ami-<br class='autobr' />
cale en faveur du Conseil général.</p>
<p>Toute la politique du comité anglo-russe, en raison de son<br class='autobr' />
orientation fausse, a été, du début à la fin, celle de l'appui au<br class='autobr' />
Conseil général, du soutien au Conseil général, du renforcement<br class='autobr' />
du Conseil général. Même le fait que la grève fut très longtemps<br class='autobr' />
soutenue financièrement grâce à l'esprit de sacrifice des ouvriers<br class='autobr' />
russes, ne servit ni les mineurs ni le parti communiste anglais,<br class='autobr' />
mais toujours ce même Conseil général. A la suite du plus grand<br class='autobr' />
mouvement révolutionnaire que l'Angleterre ait connu depuis le<br class='autobr' />
chartisme 147 , le parti communiste anglais n'a guère progressé,<br class='autobr' />
tandis que le Conseil général est plus solidement établi qu'avant<br class='autobr' />
la grève générale.</p>
<p>Tels sont les résultats de cette « manœuvre stratégique »<br class='autobr' />
unique en son genre.</p>
<p>Pour expliquer l'entêtement dont on fit preuve pour mainte-<br class='autobr' />
nir la coalition avec le Conseil général - qui alla même jusqu'à<br class='autobr' />
ramper devant lui lors de la honteuse conférence de Berlin en<br class='autobr' />
avril 1927, on eut recours encore et toujours à la« stabilisation ».</p>
<p>Si la révolution tarde à venir, on doit se cramponner même à<br class='autobr' />
Purcell. Cet argument, qui paraît extraordinairement profond à<br class='autobr' />
un fonctionnaire soviétique ou à un trade-unioniste du type de<br class='autobr' />
Melnitchansky 148 , constitue en réalité un échantillon parfait<br class='autobr' />
d'empirisme aveugle, aggravé au surplus par la scolastique. Que<br class='autobr' />
signifie la « stabilisation » appliquée à l'économie et à la politi-<br class='autobr' />
que anglaise, surtout en 1926-1927 ? Développement des forces<br class='autobr' />
de production ? Amélioration de la situation économique ?</p>
<p>Espoirs accrus pour l'avenir ? Aisance relative et calme des<br class='autobr' />
masses ouvrières ? Absolument pas. La prétendue stabilisation<br class='autobr' />
du capitalisme britannique repose entièrement sur la force<br class='autobr' />
conservatrice des vieilles organisations ouvrières, dans toutes<br class='autobr' />
leurs tendances et nuances, face à la faiblesse et à l'indécision du<br class='autobr' />
parti communiste anglais. La révolution est complètement mûre<br class='autobr' />
sur le plan des rapports économiques et sociaux en Angleterre.</p>
<p>La question se pose uniquement au point de vue politique. Les<br class='autobr' />
principales assises de la stabilisation sont constituées par l es<br class='autobr' />
sommets du Labour Party et des trade-unions qui, en Angleterre,<br class='autobr' />
forment un tout mais pratiquent la division du travail. Compte<br class='autobr' />
tenu de l'état d'esprit des masses ouvrières pendant la grève<br class='autobr' />
générale, le rôle principal dans le mécanisme de la stabilisation<br class='autobr' />
capitaliste a été joué, non plus par MacDonald et Thomas 149 ,<br class='autobr' />
mais par Pugh 150 , Purcell, Cook et Cie. Ils agissent et Thomas<br class='autobr' />
complète. Sans Purcell, Thomas perd tout point d'appui et<br class='autobr' />
Baldwin 151 en même temps que Thomas. Le « gauchisme » de<br class='autobr' />
Purcell, faux, diplomatique, de mascarade, qui fraternise tour à<br class='autobr' />
tour ou simultanément avec les gens d'Eglise et avec les<br class='autobr' />
bolcheviks, qui est toujours prêt non seulement à battre en<br class='autobr' />
retraite, mais encore à trahir, voilà qui constitue le principal frein<br class='autobr' />
à la révolution en Angleterre. La stabilisation, c'est le purcel-<br class='autobr' />
lisme. On saisit par là l'absurdité théorique de l'opportunisme<br class='autobr' />
aveugle quand il justifie par une illusoire « stabilisation » son<br class='autobr' />
bloc politique avec Purcell. Mais, pour ébranler la stabilisation, il<br class='autobr' />
fallait d'abord battre en brèche le purcellisme. Dans ces condi-<br class='autobr' />
tions, conserver devant les masses ouvrières ne fût-ce que<br class='autobr' />
l'ombre d'une solidarité avec le Conseil général, c'était le plus<br class='autobr' />
grand des crimes, la pire des hontes.</p>
<p>Même la stratégie la plus juste n'amène pas toujours la<br class='autobr' />
victoire. Pour savoir si un projet stratégique est juste, on vérifie<br class='autobr' />
s'il suit exactement la ligne de progression des forces de classes,<br class='autobr' />
s'il apprécie de façon réaliste les éléments de cette progression.<br class='autobr' />
La défaite la plus pénible, la plus honteuse et la plus funeste pour<br class='autobr' />
un mouvement - la défaite typiquement menchevique - est<br class='autobr' />
celle qui est due à une fausse analyse des classes, une sous-<br class='autobr' />
estimation des facteurs révolutionnaires, une idéalisation des<br class='autobr' />
forces ennemies. Nos défaites en Chine et en Angleterre ont été<br class='autobr' />
de ce genre.</p>
<p>Qu'attendait-on du comité anglo-russe, pour l'U .R.S.S. ?</p>
<p>En juillet 1926, Staline nous enseignait au plénum du comité<br class='autobr' />
central et de la commission centrale de contrôle réunis :</p>
<p>« La tâche de ce bloc - le comité anglo-russe -<br class='autobr' />
consiste à organiser un vaste mouvement de la classe<br class='autobr' />
ouvrière contre de nouvelles guerres impérialistes et en<br class='autobr' />
général contre toute intervention contre notre pays venant<br class='autobr' />
plus particulièrement d'une des plus fortes puissances<br class='autobr' />
impérialistes d'Europe, l'Angleterre. »</p>
<p>Et tout en nous enseignant à nous, oppositionnels, qu'il faut<br class='autobr' />
avoir « le souci de défendre la première République ouvrière du<br class='autobr' />
monde contre l'intervention » - naturellement nous ne le<br class='autobr' />
savions pas-, Staline ajoutait :</p>
<p>« Si les syndicats réactionnaires anglais sont prêts à<br class='autobr' />
former avec les syndicats révolutionnaires de notre pays<br class='autobr' />
une coalition contre les impérialistes contre-révolution-<br class='autobr' />
naires du leur, pourquoi n'approuverait-on pas ce bloc ? »</p>
<p>Si des « syndicats réactionnaires » étaient capables de lutter<br class='autobr' />
contre leurs impérialistes, ils ne seraient pas réactionnaires.</p>
<p>Staline ne distingue plus la ligne de démarcation qui sépare les<br class='autobr' />
notions de réactionnaire et de révolutionnaire. Par routine, il<br class='autobr' />
qualifie les syndicats d'Angleterre de « réactionnaires », en<br class='autobr' />
réalité il nourrit au sujet de leur « esprit révolutionnaire » de<br class='autobr' />
piteuses illusions.</p>
<p>A la suite de Staline, le comité de Moscou de notre parti<br class='autobr' />
faisait la leçon aux ouvriers de notre ville :</p>
<p>« Le comité anglo-russe peut et doit jouer, et sans<br class='autobr' />
aucun doute jouera un rôle énorme dans la lutte contre<br class='autobr' />
toutes sortes d'interventions dirigées contre !'U.R.S.S. Il<br class='autobr' />
devient le centre d'organisation des forces internationales<br class='autobr' />
du prolétariat, luttant contre les tentatives en tout genre de<br class='autobr' />
la bourgeoisie internationale pour provoquer une nouvelle<br class='autobr' />
guerre » 152 •</p>
<p>Que répondait !'Opposition ?</p>
<p>« Plus la situation internationale se tendra, et plus le<br class='autobr' />
comité anglo-russe se transformera en instrument de<br class='autobr' />
l'impérialisme britannique et international. »</p>
<p>Au même plénum, Staline qualifia de« passage du léninisme<br class='autobr' />
au trotskysme » cette critique des espoirs staliniens placés en<br class='autobr' />
Purcell, considéré comme l'ange gardien de l'Etat ouvrier.</p>
<p>« Vorochilov 153 : C'est juste.</p>
<p>Une voix : Vorochilov a mis son sceau.</p>
<p>Trotsky : Heureusement qu'on retrouvera tout ça dans<br class='autobr' />
le compte rendu sténographique. »</p>
<p>Oui, tout cela se trouve dans le compte rendu sténographi-<br class='autobr' />
que du plénum de juillet où des opportunistes aveugles, grossiers<br class='autobr' />
et déloyaux ont eu l'audace d'accuser !'Opposition de « défai-<br class='autobr' />
tisme ».</p>
<p>Ce dialogue, que je suis obligé de citer d'après mon ancien<br class='autobr' />
article « A quoi s'attendait-on et qu'a-t-on obtenu ? », offre une<br class='autobr' />
leçon de stratégie infiniment plus riche d'enseignements que le<br class='autobr' />
texte pour séminaires concernant la stratégie qui est dans le<br class='autobr' />
« Projet de programme ». La question A quoi s'attendait-on et<br class='autobr' />
qu'a-t-on obtenu ? est en général le principal critère en matière de<br class='autobr' />
stratégie. Il faut au vie congrès l'appliquer à toutes les questions<br class='autobr' />
qui ont figuré à l'ordre du jour ces dernières années. On verra<br class='autobr' />
alors de façon indiscutable que la stratégie du comité exécutif<br class='autobr' />
l'Internationale communiste surtout à partir de 1926, est celle des<br class='autobr' />
quantités imaginaires, des calculs faux, les illusions sur l'ennemi,<br class='autobr' />
de la persécution des militants les plus purs et les plus fermes,<br class='autobr' />
c'est, en un mot, la stratégie du centrisme pourri.</p>
<p>9. Du Caractère de manœuvre de la stratégie révolutionnaire</p>
<p>Il est à première vue impossible de comprendre pourquoi le<br class='autobr' />
projet de programme passe totalement sous silence le problème<br class='autobr' />
de la manœuvre et de la « souplesse » dans la stratégie bolchevi-<br class='autobr' />
que. De toute cette question immense, un seul point est<br class='autobr' />
examiné : les accords avec la bourgeoisie indigène des colonies.<br class='autobr' />
Cependant, pendant la dernière période, l'opportunisme,<br class='autobr' />
qui décrivait des zigzags de plus en plus marqués vers la droite,<br class='autobr' />
est surtout intervenu sous le couvert de l'étendard de la<br class='autobr' />
manœuvre dans la stratégie. Le refus de tout compromis sans<br class='autobr' />
principe fut qualifié de manque de « souplesse ». La majorité<br class='autobr' />
proclamait que son principe fondamental était la manœuvre.<br class='autobr' />
Zinoviev, dès 1925, manœuvrait avec Radié et LaFollette. Staline<br class='autobr' />
et Boukharine manœuvrèrent ensuite avec Tchiang Kaï-chek,<br class='autobr' />
avec Purcell, avec le koulak. L'appareil a manœuvré sans cesse<br class='autobr' />
avec le parti. Zinoviev et Kamenev manœuvrent maintenant avec<br class='autobr' />
l'appareil.</p>
<p>Dans la routine quotidienne du bureaucratisme a surgi tout<br class='autobr' />
un corps de spécialistes de la manœuvre, composé d'hommes qui<br class='autobr' />
ne furent jamais des militants révolutionnaires et qui s'inclinent à<br class='autobr' />
présent devant la révolution avec d'autant plus d'enthousiasme<br class='autobr' />
après qu'elle ait pris le pouvoir. Borodine manœuvre à Canton,<br class='autobr' />
Rafès à Pékin, D. Petrovsky autour de la Manche 154 , Pepper aux<br class='autobr' />
Etats-Unis, mais on peut le faire aussi en Polynésie. Martynov<br class='autobr' />
manœuvre à distance mais peut le faire dans toutes les parties du<br class='autobr' />
monde. On a formé des équipes entières de jeunes académiciens<br class='autobr' />
de la manœuvre qui, par souplesse bolchevique, entendent<br class='autobr' />
l'élasticité de leur propre échine. La tâche de cette école<br class='autobr' />
stratégique consiste à obtenir par la manœuvre tout ce qui ne<br class='autobr' />
peut être conquis que par la force révolutionnaire de la classe. De<br class='autobr' />
même que chaque alchimiste du Moyen âge, malgré les échecs de<br class='autobr' />
tous les autres, espérait fabriquer de l'or, de même, les stratèges<br class='autobr' />
actuels de la manœuvre, chacun à son poste, espèrent tromper<br class='autobr' />
l'histoire. Il va de soi qu'il ne s'agit pas au fond de stratèges, mais<br class='autobr' />
de combinards bureaucratiques de toutes tailles, sauf la grande.</p>
<p>Certains d'entre eux, après avoir épié la façon dont le maître<br class='autobr' />
tranche des petites questions se sont imaginés qu'ils possèdent<br class='autobr' />
tous les secrets de la stratégie. Au fond, c'est en cela que réside<br class='autobr' />
toute la doctrine des épigones. D'autres, après avoir appris de<br class='autobr' />
seconde ou de troisième main les secrets des combines, après<br class='autobr' />
s'être convaincus dans les petites choses qu'elles peuvent faire de<br class='autobr' />
grands miracles, ont conclu qu'elles convenaient d'autant mieux<br class='autobr' />
pour les grandes entreprises. Toutes les tentatives cependant<br class='autobr' />
pour appliquer la méthode bureaucratique des combines à la<br class='autobr' />
solution des grandes questions, sous prétexte qu'elle est incom-<br class='autobr' />
parablement plus « économique » que celle de la lutte révolu-<br class='autobr' />
tionnaire, n'ont pas manqué de provoquer de honteuses faillites :<br class='autobr' />
la doctrine des combines, appliquée par l'appareil du parti et de<br class='autobr' />
l'Etat a brisé l'échine des jeunes partis et des jeunes révolutions.<br class='autobr' />
Tchiang Kaï-chek, Wang Jingwei, Purcell, le koulak, tous sont<br class='autobr' />
jusqu'à présent sortis vainqueurs de toutes les tentatives de la<br class='autobr' />
réduire par des « manœuvres ».</p>
<p>Cela ne veut pas dire qu'en général toute manœuvre est<br class='autobr' />
inadmissible, c'est-à-dire incompatible avec la stratégie révolu-<br class='autobr' />
tionnaire de la classe ouvrière. Mais il faut bien comprendre la<br class='autobr' />
valeur auxiliaire, subordonnée, des manœuvres, à utiliser stricte-<br class='autobr' />
ment en tant que moyens, par rapport aux méthodes de la lutte<br class='autobr' />
révolutionnaire. Il faut comprendre une fois pour toutes qu'une<br class='autobr' />
manœuvre ne peut jamais décider d'une grande cause. Si les<br class='autobr' />
combinaisons semblent réussir avantageusement dans les petites<br class='autobr' />
affaires, c'est toujours au détriment de celles qui sont impor-<br class='autobr' />
tantes. Une juste manœuvre ne fait qu'aider la solution soit en<br class='autobr' />
permettant de gagner du temps, soit en obtenant plus au prix<br class='autobr' />
d'efforts moindres. Mais il est impossible d'esquiver par une<br class='autobr' />
manœuvre les difficultés fondamentales.</p>
<p>La contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie est une<br class='autobr' />
contradiction fondamentale. Voilà pourquoi essayer de brider la<br class='autobr' />
bourgeoisie chinoise en recourant à des manœuvres personnelles<br class='autobr' />
ou d'organisation, l'obliger à se soumettre à des plans prévus<br class='autobr' />
dans des combinaisons, ce n'est pas procéder à une manœuvre,<br class='autobr' />
mais c'est se leurrer soi-même de façon méprisable, bien qu'il<br class='autobr' />
s'agisse d'une opération d'envergure. On ne peut pas tromper les<br class='autobr' />
classes. C'est vrai pour toutes les classes si on considère les<br class='autobr' />
choses sous l'angle historique le plus large, mais c'est vrai tout<br class='autobr' />
particulièrement pour les classes dominantes, possédantes,<br class='autobr' />
exploiteuses, instruites. Leur expérience du monde est si grande,<br class='autobr' />
leur instinct de classe si exercé, leurs moyens d'espionnage si<br class='autobr' />
divers, qu'en tentant de les tromper, en feignant d'être ce que<br class='autobr' />
l'on n'est pas, on arrive en réalité à attirer dans le piège non ses<br class='autobr' />
ennemis mais ses amis.</p>
<p>La contradiction entre l'U.R.S.S. et le monde capitaliste est<br class='autobr' />
une contradiction fondamentale qu'on ne saurait esquiver par des<br class='autobr' />
manœuvres. Par des concessions claires et ouvertement formu-<br class='autobr' />
lées, au Capital, en exploitant les contradictions entre ses<br class='autobr' />
différents secteurs, on peut prolonger une pause, gagner du<br class='autobr' />
temps, dans des conditions bien déterminées et pas à tout<br class='autobr' />
moment. Croire qu'il est possible de « neutraliser » la bourgeoi-<br class='autobr' />
sie mondiale avant de construire le socialisme - c'est-à-dire<br class='autobr' />
échapper, par quelques manœuvres, aux contradictions fonda-<br class='autobr' />
mentales-, c'est se leurrer lourdement, c'est risquer la tête de la<br class='autobr' />
République soviétique. Seule la révolution internationale peut<br class='autobr' />
nous affranchir des contradictions fondamentales.</p>
<p>Une manœuvre de notre part peut consister, soit à faire une<br class='autobr' />
concession à l'ennemi, soit à conclure un accord avec un allié<br class='autobr' />
provisoire et toujours douteux, soit à effectuer en temps voulu<br class='autobr' />
une retraite calculée afin de ne pas permettre à l'adversaire de<br class='autobr' />
nous écraser la poitrine, soit à faire alterner revendications<br class='autobr' />
partielles et mots d'ordre destinés à provoquer la scission dans le<br class='autobr' />
camp adverse. Telles sont les principales formes de la manœuvre.</p>
<p>On peut encore en citer d'autres, qui sont secondaires. Mais<br class='autobr' />
toute manœuvre n'est par nature qu'un simple épisode en rapport<br class='autobr' />
à la ligne stratégique fondamentale de la lutte. Or, dans les<br class='autobr' />
manœuvres autour du Guomindang et du comité anglo-russe (il<br class='autobr' />
faut toujours les avoir sous les yeux comme échantillons achevés<br class='autobr' />
de manœuvres mencheviques, non bolcheviques</i>, c'est précisé-<br class='autobr' />
ment le contraire qui s'est produit : ce qui n'aurait dû être qu'un<br class='autobr' />
épisode de tactique s'est enflé jusqu'à devenir la ligne stratégique<br class='autobr' />
(lutte contre la bourgeoisie et les réformistes</i>, s'est émietté en<br class='autobr' />
une série d'épisodes restreints et secondaires de tactique, à<br class='autobr' />
caractère surtout décoratif.</p>
<p>Quand on opère une manœuvre, il faut toujours partir de<br class='autobr' />
l'hypothèse la moins favorable aussi bien en ce qui concerne<br class='autobr' />
l'ennemi auquel on fait des concessions que l'allié peu sûr avec<br class='autobr' />
qui on conclut un accord. Il ne faut jamais oublier que l'allié peut<br class='autobr' />
dès le lendemain devenir un ennemi. C'est vrai même pour un<br class='autobr' />
allié comme la paysannerie :</p>
<p>« Se méfier de la paysannerie, s'organiser indépen-<br class='autobr' />
damment d'elle, être prêt à lutter contre elle, dans la<br class='autobr' />
mesure où elle intervient sur une position réactionnaire ou<br class='autobr' />
contre-révolutionnaire. » 155</p>
<p>Ce n'est nullement en contradiction avec la grande tâche<br class='autobr' />
stratégique du prolétariat que Lénine, le premier, a étudiée en<br class='autobr' />
théorie et réalisée en profondeur avec tant de géniale profon-<br class='autobr' />
arracher les couches inférieures des paysans exploités à<br class='autobr' />
l'influence de la bourgeoisie et les entraîner avec le prolétariat.</p>
<p>Mais l'histoire ne présente pas l'alliance du prolétariat et de la<br class='autobr' />
paysannerie sous une forme achevée ; elle ne peut se créer par de<br class='autobr' />
doucereuses manœuvres, de triviales coquetteries ou de pathéti-<br class='autobr' />
ques déclarations. L'alliance du prolétariat et de la paysannerie<br class='autobr' />
est une question de rapport des forces politiques et exige par<br class='autobr' />
conséquent l'indépendance du prolétariat par rapport à toutes les<br class='autobr' />
classes. Un allié doit d'abord être éduqué. On peut y arriver en<br class='autobr' />
témoignant d'abord une attention profonde à tous ses besoins<br class='autobr' />
historiques, progressistes, et ensuite une défiance systématique à<br class='autobr' />
son égard, une lutte inlassable et implacable contre toutes ses<br class='autobr' />
tendances anti-prolétariennes.</p>
<p>Le sens et les limites de la manœuvre doivent toujours être<br class='autobr' />
nettement médités et soulignés. Une concession doit s'appeler<br class='autobr' />
une concession et une retraite une retraite. Il est beaucoup moins<br class='autobr' />
dangereux d'exagérer les concessions et retraites auxquelles on<br class='autobr' />
est obligé que de les sous-estimer. Il faut maintenir la vigilance de<br class='autobr' />
classe et la défiance systématique de son propre camp et non les<br class='autobr' />
endormir.</p>
<p>L'instrument essentiel d'une manœuvre, comme en général<br class='autobr' />
de toute action historique de la classe ouvrière est le parti. Mais il<br class='autobr' />
n'est pas simplement un instrument docile entre les mains de<br class='autobr' />
« maîtres » de la manœuvre. C'est un outil conscient, agissant<br class='autobr' />
par lui-même. De façon générale, il est l'expression suprême de<br class='autobr' />
l'action propre du prolétariat. Chaque manœuvre doit donc être<br class='autobr' />
bien comprise par le parti dans le cours de son élaboration et de<br class='autobr' />
son exécution. Il ne s'agit évidemment pas de secrets diplomati-<br class='autobr' />
ques, militaires ou conspiratifs, c'est-à-dire de la technique de la<br class='autobr' />
lutte de l'Etat prolétarien ou du parti prolétarien sous le régime<br class='autobr' />
capitaliste. Il s'agit du fond politique de la manœuvre. Les<br class='autobr' />
explications que l'on chuchote pour assurer que le cours de 1924-<br class='autobr' />
1928 fut une grande manœuvre avec le koulak sont donc absurdes<br class='autobr' />
et criminelles. On ne trompera pas le koulak. Il juge non d'après<br class='autobr' />
les paroles, mais selon les actes, les impôts, les prix ; il calcule en<br class='autobr' />
espèces. Mais la classe ouvrière, mais son propre parti, on peut<br class='autobr' />
les tromper. Rien ne ronge aussi profondément l'esprit révolu-<br class='autobr' />
tionnaire du parti prolétarien que les combinaisons sans principe<br class='autobr' />
au cours de manœuvres réalisées dans son dos.</p>
<p>La règle la plus importante, inébranlable et invariable, à<br class='autobr' />
appliquer dans toute manœuvre, est la suivante : ne te permets<br class='autobr' />
jamais de fondre, de confondre ou d'entrelacer ton organisation<br class='autobr' />
de parti avec celle d'un autre, si « amicale » soit-elle pour le<br class='autobr' />
moment. Ne te permets jamais des démarches qui, directement<br class='autobr' />
ou indirectement, ouvertement ou en secret, subordonnent ton<br class='autobr' />
parti à d'autres partis ou aux organisations d'autres classes, qui<br class='autobr' />
réduisent ta liberté d'action ou qui te rendent, même partielle-<br class='autobr' />
ment, responsable de la ligne politique d'un autre parti. Ne te<br class='autobr' />
permets jamais de confondre ton drapeau avec les leurs, et, à<br class='autobr' />
plus forte raison, cela va sans dire, de t'agenouiller devant le<br class='autobr' />
drapeau des autres.</p>
<p>La pire et la plus dangereuse des manœuvres, c'est celle que<br class='autobr' />
commande l'impatience opportuniste et le désir de devancer le<br class='autobr' />
développement de son propre parti, de sauter par-dessus les<br class='autobr' />
étapes inévitables de son développement - c'est justement le cas<br class='autobr' />
où il ne faut pas sauter par-dessus les étapes-, et qu'on exécute<br class='autobr' />
en liant de façon superficielle, hypocrite, diplomatique, combi-<br class='autobr' />
narde, en escrocs, des organisations et des éléments qui tirent à<br class='autobr' />
hue et à dia. Pareilles expériences, toujours dangereuses, sont<br class='autobr' />
fatales aux partis jeunes et faibles.</p>
<p>Dans la manœuvre comme dans la bataille, ce n'est pas la<br class='autobr' />
sagesse stratégique - et moins encore la ruse des combinaisons
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> qui décide du résultat : c'est le rapport des forces. De façon<br class='autobr' />
générale, une manœuvre, même bien menée, fait courir à un<br class='autobr' />
parti révolutionnaire un danger d'autant plus grand qu'il est<br class='autobr' />
jeune et faible par rapport à ses ennemis, alliés ou semi-alliés.<br class='autobr' />
Voilà pourquoi- et nous abordons ici le point le plus important<br class='autobr' />
pour l'Internationale communiste - le parti bolchevique, loin de<br class='autobr' />
commencer par des manœuvres, qu'il ne considérait pas comme<br class='autobr' />
des panacées, n'y eut recours que quand il fut assez grand pour<br class='autobr' />
les exécuter parce qu'il enfonçait alors profondément ses racines<br class='autobr' />
dans la classe ouvrière, s'était renforcé, avait atteint la maturité<br class='autobr' />
politique des idées. '</p>
<p>Là où le bât blesse, c'est que les épigones de la stratégie<br class='autobr' />
bolchevique présentent aux jeunes partis communistes l'esprit de<br class='autobr' />
manœuvre et la souplesse comme la quintessence de cette<br class='autobr' />
stratégie en les coupant de leur axe historique et de leurs<br class='autobr' />
principes de base, réalisant ainsi des combinaisons qui ressem-<br class='autobr' />
blent trop souvent à la course de l'écureuil dans sa roue. Ce n'est<br class='autobr' />
pas la souplesse qui constitua - et qui d'ailleurs maintenant aussi<br class='autobr' />
ne doit pas constituer - le caractère fondamental du bolche-<br class='autobr' />
visme, mais sa fermeté d'airain. C'est précisément de cette<br class='autobr' />
qualité, qu'il possédait et que les ennemis et adversaires lui<br class='autobr' />
reprochaient, que le bolchevisme était à juste titre fier. Non pas<br class='autobr' />
« optimisme » béat, mais intransigeance, vigilance, défiance<br class='autobr' />
révolutionnaire, lutte pour chaque pouce de son indépendance :<br class='autobr' />
voilà les traits essentiels du bolchevisme. C'est par là que doivent<br class='autobr' />
commencer les partis communistes d'Orient et d'Occident. Ils<br class='autobr' />
ont encore à conquérir le droit aux grandes manœuvres, en<br class='autobr' />
préparant d'abord la possibilité matérielle et politique de leur<br class='autobr' />
réalisation, à savoir la force, la solidité et la sévérité dans le choix<br class='autobr' />
des moyens qu'utilise leur propre organisation.</p>
<p>Les manœuvres mencheviques menées autour du Guomin-<br class='autobr' />
dang et du Conseil général sont dix fois criminelles parce qu'elles<br class='autobr' />
se sont abattues sur les épaules encore fragiles des communistes<br class='autobr' />
de Chine et d'Angleterre. Elles ont non seulement entraîné la<br class='autobr' />
défaite de la révolution et de la classe ouvrière, mais elles ont<br class='autobr' />
écrasé, affaibli, sapé l'instrument essentiel de la lutte future, les<br class='autobr' />
jeunes partis communistes. En même temps, elles introduisaient<br class='autobr' />
des éléments de démoralisation dans le plus vieux parti de<br class='autobr' />
l'Internationale communiste : le parti communiste de !'U.R.S.S.<br class='autobr' />
(bolchevique).</p>
<p>Le chapitre du projet qui parle de la stratégie est absolument<br class='autobr' />
muet au sujet de la manœuvre, c'est-à-dire du cheval de bataille<br class='autobr' />
qui a été enfourché avec prédilection au cours des dernières<br class='autobr' />
années. Des critiques indulgents diront que ce silence, c'est déjà<br class='autobr' />
bien. Mais ce serait commettre une grosse erreur que de<br class='autobr' />
raisonner ainsi. Comme nous l'avons déjà montré par une série<br class='autobr' />
d'exemples et comme nous allons bientôt le démontrer, le projet<br class='autobr' />
de programme a malheureusement lui aussi un caractère de<br class='autobr' />
manœuvre, au mauvais sens du terme, autrement dit dans le sens<br class='autobr' />
combinard du terme. Le projet se livre à des manœuvres autour<br class='autobr' />
du parti. Il camoufle certains de ses points faibles « derrière<br class='autobr' />
Lénine » et passe les autres sous silence. C'est ainsi qu'il<br class='autobr' />
escamote la question de la stratégie des manœuvres. Il n'est pas<br class='autobr' />
possible actuellement d'aborder ce sujet sans toucher l'expé-<br class='autobr' />
rience récente de la Chine et de l'Angleterre. La simple mention<br class='autobr' />
de l'esprit de manœuvre évoque les images de Tchiang Kai-chek<br class='autobr' />
et de Purcell. C'est ce que les auteurs ne veulent pas. Ils<br class='autobr' />
préfèrent se taire sur leur thème favori et laisser les mains libres à<br class='autobr' />
la direction de l'I.C. Mais c'est intolérable. Il faut lier les mains<br class='autobr' />
des combinards et des candidats combinards. C'est à cela que le<br class='autobr' />
programme doit servir. Sinon il est inutile.</p>
<p>Il faut que le chapitre sur la stratégie expose les règles<br class='autobr' />
fondamentales qui définissent et délimitent la manœuvre, c'est-à-<br class='autobr' />
dire le procédé auxiliaire employé contre l'ennemi de classe dans<br class='autobr' />
la lutte révolutionnaire, qui ne peut être qu'une lutte à mort. On<br class='autobr' />
peut formuler de façon plus concise et plus précise les règles<br class='autobr' />
ébauchées ci-dessus qui reposent sur l'enseignement de Marx et<br class='autobr' />
de Lénine. Mais il faut à tout prix les inclure dans le programme<br class='autobr' />
de l'Internationale communiste.</p>
<p>10. La stratégie de la guerre civile</p>
<p>Le projet de programme passe rapidement sur la question de<br class='autobr' />
l'insurrection :</p>
<p>« Cette lutte est soumise aux règles de l'art de la<br class='autobr' />
guerre : elle présuppose un plan militaire, le caractère<br class='autobr' />
offensif des opérations de combat, le dévouement sans<br class='autobr' />
réserve et l'héroïsme du prolétariat. »</p>
<p>Ici le projet se borne à répéter en les résumant quelques<br class='autobr' />
observations de Marx. Nous avons pourtant d'une part l'expé-<br class='autobr' />
rience de la révolution d'Octobre et, de l'autre, celle des défaites<br class='autobr' />
des révolutions hongroise et bavaroise, de la lutte en Italie en<br class='autobr' />
1920, de l'insurrection en Bulgarie en septembre 1923, du<br class='autobr' />
mouvement de 1923 en Allemagne, de 1924 en Esthonie, de la<br class='autobr' />
grève générale anglaise en 1926, de l'insurrection des ouvriers de<br class='autobr' />
Vienne en 1927, de la deuxième révolution chinoise en 1925-<br class='autobr' />
1927. Le programme de l'I.C. doit caractériser de façon tout<br class='autobr' />
aussi concrète et précise les préalables sociaux et politiques de<br class='autobr' />
l'insurrection que les conditions et les méthodes stratégiques et<br class='autobr' />
militaires propres à en assurer le succès. Rien ne dénonce mieux<br class='autobr' />
le caractère superficiel et littéraire du document que le fait que le<br class='autobr' />
chapitre consacré à la stratégie révolutionnaire évoque Comelis-<br class='autobr' />
sen et certains guildistes (Orage, Hobson, G.D.H. Cole) 156 en<br class='autobr' />
désignant tous par leurs noms, mais ne donne pas une caractéri-<br class='autobr' />
sation générale de la stratégie du prolétariat à l'époque impéria-<br class='autobr' />
liste et ne définit pas non plus les méthodes de lutte pour la<br class='autobr' />
conquête du pouvoir sur la base de références historiques<br class='autobr' />
vivantes.</p>
<p>En 1924, après l'expérience tragique de l'Allemagne, nous<br class='autobr' />
avons de nouveau soulevé la question en demandant que l'I.C.<br class='autobr' />
inscrive à l'ordre du jour et examine les problèmes de la stratégie<br class='autobr' />
et de la tactique de l'insurrection et de la guerre civile en général.</p>
<p>« Il faut reconnaître que la question du moment de<br class='autobr' />
l'insurrection est considérée comme sans importance par<br class='autobr' />
beaucoup de communistes occidentaux qui ne se sont<br class='autobr' />
toujours pas débarrassés de leur manière fataliste et passive<br class='autobr' />
d'aborder les principaux problèmes de la révolution. Rosa<br class='autobr' />
Luxemburg en est encore le type le plus représentatif et le<br class='autobr' />
plus talentueux. Psychologiquement, cela se comprend<br class='autobr' />
bien. Elle s'était pour ainsi dire formée dans la lutte contre<br class='autobr' />
l'appareil bureaucratique de la social-démocratie et des<br class='autobr' />
syndicats allemands. Inlassablement, elle avait démontré<br class='autobr' />
que cet appareil étouffait l'initiative du prolétariat. Elle ne<br class='autobr' />
voyait salut et issue que dans une irrésistible poussée des<br class='autobr' />
masses balayant toutes les barrières et défenses édifiées par<br class='autobr' />
la bureaucratie social-démocrate. La grève générale révo-<br class='autobr' />
lutionnaire débordant toutes les rives de la société bour-<br class='autobr' />
geoise était devenue pour Rosa Luxemburg synonyme de la<br class='autobr' />
révolution prolétarienne. Cependant, quelle que soit sa<br class='autobr' />
puissance, la grève générale ne résout pas le problème du<br class='autobr' />
pouvoir, elle ne fait que le poser. Pour s'emparer du<br class='autobr' />
pouvoir, il faut, prenant appui sur la grève générale,<br class='autobr' />
organiser l'insurrection. Toute l'évolution de Rosa Luxem-<br class='autobr' />
burg fait penser qu'elle aurait fini par l'admettre. Mais<br class='autobr' />
quand elle quitta la scène, elle n'avait pas encore dit son<br class='autobr' />
dernier mot, ni son avant-dernier. Cependant il existait<br class='autobr' />
encore récemment dans le K.P.D. un très fort courant vers<br class='autobr' />
le fatalisme révolutionnaire. La révolution approche,<br class='autobr' />
disait-on, elle apportera l'insurrection et nous donnera le<br class='autobr' />
pouvoir. Quant au parti, son rôle est, dans ce moment, de<br class='autobr' />
faire de l'agitation révolutionnaire et d'en attendre les<br class='autobr' />
effets. Dans de telles conditions, poser carrément la<br class='autobr' />
question de l'insurrection, c'est arracher le parti à la<br class='autobr' />
passivité et au fatalisme, c'est le confronter aux principaux<br class='autobr' />
problèmes de la révolution, notamment l'organisation<br class='autobr' />
consciente de l'insurrection pour chasser l'ennemi du<br class='autobr' />
pouvoir.</p>
<p>Nous consacrons beaucoup de temps et d'efforts dans<br class='autobr' />
le domaine théorique à la Commune de Paris de 1871 et<br class='autobr' />
nous laissons tout à fait de côté la lutte du prolétariat<br class='autobr' />
allemand qui a déjà acquis une précieuse expérience de la<br class='autobr' />
guerre civile ; nous ne nous occupons par exemple presque<br class='autobr' />
pas de l'expérience de l'insurrection bulgare du mois de<br class='autobr' />
septembre dernier, et enfin, ce qui est le plus étonnant,<br class='autobr' />
nous avons en quelque sorte remisé aux archives l'expé-<br class='autobr' />
rience d'Octobre. [... )</p>
<p>Il faut étudier de la façon la plus minutieuse l'expé-<br class='autobr' />
rience de la révolution d'Octobre, la seule révolution du<br class='autobr' />
prolétariat qui ait triomphé jusqu'à présent. Il faut établir<br class='autobr' />
un calendrier stratégique et tactique d'Octobre. Il faut<br class='autobr' />
montrer comment les événements grandissaient vague par<br class='autobr' />
vague, quelle répercussion ils avaient dans le parti, dans les<br class='autobr' />
soviets, au comité central, dans l'organisation militaire.</p>
<p>Quelle signification avaient les hésitations qui se manifes-<br class='autobr' />
taient au sein du parti ? Quelle était leur importance<br class='autobr' />
relative dans l'envergure générale des événements ? Quel<br class='autobr' />
était le rôle de l'organisation militaire ? Voilà un travail<br class='autobr' />
d'une importance inappréciable. Ce serait un véritable<br class='autobr' />
crime que de le remettre à plus tard. [... )</p>
<p>En quoi consiste donc cette tâche ? Il s'agit de compo-<br class='autobr' />
ser un formulaire universel, ou un guide, un manuel, voire<br class='autobr' />
une instruction concernant les questions de la guerre civile<br class='autobr' />
et donc, en premier lieu, de l'insurrection armée, moment<br class='autobr' />
capital de la révolution. Il faut faire le bilan de l'expérience<br class='autobr' />
acquise, analyser le contexte, étudier les erreurs, mettre en<br class='autobr' />
évidence les opérations les plus judicieuses, tirer les<br class='autobr' />
conclusions nécessaires. Enrichirons-nous ainsi la science,<br class='autobr' />
c'est-à-dire la connaissance des lois du développement<br class='autobr' />
historique ou l'art comme ensemble des règles d'action<br class='autobr' />
déduites de l'expérience ? Je pense que les deux en<br class='autobr' />
profiteront. Mais notre but est strictement pratique ; il<br class='autobr' />
s'agit d'enrichir l'art militaire révolutionnaire.</p>
<p>Nécessairement, une instruction de ce type aura une<br class='autobr' />
architecture très complexe. Il faut, avant tout, présenter les<br class='autobr' />
traits caractéristiques des préalables fondamentaux de la<br class='autobr' />
conquête du pouvoir par le prolétariat. Nous sommes<br class='autobr' />
encore ici dans le domaine de la politique révolutionnaire :<br class='autobr' />
l'insurrection est bien la continuation de la politique, mais<br class='autobr' />
par d'autres moyens. L'analyse des préalables de l'insurrec-<br class='autobr' />
tion doit tenir compte des divers types de pays. Il en existe<br class='autobr' />
certains où la population est à majorité prolétarienne et<br class='autobr' />
d'autres où le prolétariat est une insignifiante minorité et<br class='autobr' />
où la paysannerie a une prédominance absolue. Entre ces<br class='autobr' />
deux pôles se situent des pays d'un type intermédiaire. Il<br class='autobr' />
faudrait donc poser à la base d'une étude de ce genre au<br class='autobr' />
moins trois " types " de pays : industriel, agraire et inter-<br class='autobr' />
médiaire. L'introduction (qui traite des conditions préala-<br class='autobr' />
bles de la révolution) doit justement caractériser les<br class='autobr' />
particularités de chacun de ces types envisagés sous l'angle<br class='autobr' />
de la guerre civile. Nous considérons l'insurrection d'un<br class='autobr' />
double point de vue : d'une part comme une étape bien<br class='autobr' />
définie du processus historique, comme une réfraction bien<br class='autobr' />
déterminée des lois objectives de la lutte des classes, de<br class='autobr' />
l'autre d'un point de vue subjectif ou actif : comment<br class='autobr' />
préparer et réaliser l'insurrection pour assurer la victoire<br class='autobr' />
avec le maximum de certitude ? » 157</p>
<p>Un important groupe de personnes réunies autour de la<br class='autobr' />
société des sciences militaires entreprit en 1924 un travail collectif<br class='autobr' />
pour élaborer des directives pour la guerre civile, à savoir un<br class='autobr' />
guide marxiste sur les problèmes de heurt direct entre classes et<br class='autobr' />
de lutte armée pour la dictature. Ce travail se heurta cependant<br class='autobr' />
très vite à une résistance de l'I.C. -partie intégrante du système<br class='autobr' />
général de la lutte contre le prétendu trotskysme ; puis cette<br class='autobr' />
activité fut complètement interrompue. Il serait difficile de<br class='autobr' />
concevoir démarche plus légère et plus criminelle. A l'époque<br class='autobr' />
des tournants brusques, les règles de la guerre civile, comprises<br class='autobr' />
au sens exposé plus haut, doivent faire partie de l'inventaire<br class='autobr' />
connu de tout cadre révolutionnaire, et, cela va sans dire, des<br class='autobr' />
dirigeants des partis. Il faut sans cesse que tous étudient et<br class='autobr' />
complètent ces statuts et chacun doit les confronter à l'expérience<br class='autobr' />
récente acquise dans son propre pays. Ce n'est que grâce à une<br class='autobr' />
étude de cette sorte que l'on peut obtenir une certaine garantie,<br class='autobr' />
aussi bien contre des mouvements de panique et de capitulation,<br class='autobr' />
dans des moments qui exigent du courage, et une grande<br class='autobr' />
résolution, que contre des cabrioles d'aventuriers dans des<br class='autobr' />
périodes qui exigent prudence et circonspection.</p>
<p>Si de telles règles figuraient dans les livres qu'un communiste<br class='autobr' />
doit étudier sérieusement, de même qu'il doit connaître les idées<br class='autobr' />
fondamentales de Marx, d'Engels et de Lénine, des défaites<br class='autobr' />
comme celles qui sont survenues au cours des dernières années et<br class='autobr' />
qui n'étaient nullement inévitables, en particulier le coup d'Etat<br class='autobr' />
de Canton, exécuté avec une légèreté d'esprit puérile, ne se<br class='autobr' />
seraient pas produites. Le « Projet de programme » traite ces<br class='autobr' />
questions en quelques lignes, avec presque autant de parcimonie<br class='autobr' />
que le gandhisme aux Indes. Il va de soi qu'un programme ne<br class='autobr' />
peut entrer dans les détails. Mais il doit poser le problème<br class='autobr' />
nettement, en présenter les données fondamentales et faire<br class='autobr' />
référence aux succès et aux erreurs les plus importants.<br class='autobr' />
Indépendamment de cette tâche, à notre avis, le Vic congrès<br class='autobr' />
doit, dans une résolution spéciale, charger le comité exécutif<br class='autobr' />
d'élaborer des règles de la guerre civile, en forme de directives,<br class='autobr' />
de l'expérience passée des victoires et des défaites.</p>
<p>11. Les problèmes du régime intérieur du parti</p>
<p>Les problèmes d'organisation du bolchevisme sont indissolu-<br class='autobr' />
blement liés à ceux du programme et de la tactique. Le projet<br class='autobr' />
n'effleure ce sujet qu'en passant, en exprimant la nécessité « de<br class='autobr' />
l'ordre révolutionnaire le plus strict dans le centralisme démocra-<br class='autobr' />
tique ». C'est l'unique formule qui définisse le régime intérieur<br class='autobr' />
du parti, et en outre elle est tout à fait nouvelle. Nous savions que<br class='autobr' />
le régime était basé sur les principes du centralisme démocrati-<br class='autobr' />
que. Il assurait au parti théoriquement - et il en fut d'ailleurs<br class='autobr' />
ainsi en pratique - la possibilité complète de discuter, de<br class='autobr' />
critiquer, d'exprimer son mécontentement, d'élire, de destituer,<br class='autobr' />
en même temps qu'il permettait une discipline d'airain dans<br class='autobr' />
l'action dirigée par des organes de direction élus et révocables. Si<br class='autobr' />
l'on entend par démocratie la souveraineté du parti sur tous ses<br class='autobr' />
organes, le centralisme correspond à une discipline consciente,<br class='autobr' />
judicieusement établie, garantissant la combativité du parti.</p>
<p>Maintenant, au-dessus de cette formule du régime intérieur<br class='autobr' />
justifiée par tout le passé, une adjonction : « L'ordre révolution-<br class='autobr' />
naire le plus strict. » Ainsi le parti a besoin non pas seulement de<br class='autobr' />
centralisme démocratique mais d'un certain ordre révolutionnaire<br class='autobr' />
dans ce dernier. Cette formulation attribue à l'idée nouvelle une<br class='autobr' />
valeur propre et la place au-dessus du centralisme démocratique,<br class='autobr' />
c'est-à-dire au-dessus du parti.</p>
<p>Que signifie donc cet ordre révolutionnaire - et « le plus<br class='autobr' />
strict » - dominant démocratie et centralisme ? Il correspond à<br class='autobr' />
un appareil du parti, indépendant ou tendant à être indépendant<br class='autobr' />
du parti, à une bureaucratie trouvant sa fin dans sa propre<br class='autobr' />
existence, qui veille à l' « ordre »sans s'occuper de la masse du<br class='autobr' />
parti, qui abolit la volonté du parti et lui porte atteinte si<br class='autobr' />
l' « ordre » l'exige, qui foule aux pieds les statuts, ajourne les<br class='autobr' />
congrès, en fait des fictions.</p>
<p>Depuis longtemps et par des voies diverses, la pensée de<br class='autobr' />
l'appareil s'est orientée vers cette formule de l' « ordre révolu-<br class='autobr' />
tionnaire ». Au cours des deux dernières années, nous avons vu<br class='autobr' />
les représentants les plus responsables de la direction du parti<br class='autobr' />
offrir bien des définitions nouvelles de la démocratie dans le<br class='autobr' />
parti, qui se réduisent au fond à dire que démocratie ainsi que<br class='autobr' />
centralisme signifient simplement soumission aux organes hiérar-<br class='autobr' />
chiques supérieurs. Toute la pratique s'est fortement développée<br class='autobr' />
en ce sens. Mais un centralisme avec une démocratie étranglée et<br class='autobr' />
vide est un centralisme bureaucratique. Un« ordre » de ce genre<br class='autobr' />
est évidemment obligé de se dissimuler derrière les formes et les<br class='autobr' />
rites de la démocratie, il la fouaille par d'innombrables circulaires<br class='autobr' />
d'en haut, lui ordonne l'autocritique sous la menace de l'arti-<br class='autobr' />
cle 58 (158) , il lui démontre que les atteintes à la démocratie<br class='autobr' />
émanent, non du centre directeur, mais des prétendus « exécu-<br class='autobr' />
tants ». Or il est impossible d'exiger quoi que ce soit d'eux pour<br class='autobr' />
la bonne raison que chaque « exécutant »- se trouve être le<br class='autobr' />
dirigeant de tous ceux qui sont ses subordonnés ?</p>
<p>Ainsi la nouvelle formule, absolument inconsistante sur le<br class='autobr' />
plan théorique, démontre par sa nouveauté et son incohérence<br class='autobr' />
qu'elle a pour fonction de satisfaire certaines aspirations déjà<br class='autobr' />
mûres. Elle consacre l'appareil bureaucratique qui l'a engendrée.</p>
<p>Cette question est indissolublement liée à celle des fractions<br class='autobr' />
et des groupements. Quand un problème prête à discussion,<br class='autobr' />
quand il y a divergence de vues, la direction et la presse officielle<br class='autobr' />
non seulement du V.K.P. (b), mais aussi de l'I.C. et de toutes ses<br class='autobr' />
sections, font immédiatement dévier le débat sur le plan du<br class='autobr' />
problème des fractions et des groupements. La vie des idées dans<br class='autobr' />
le parti ne saurait se concevoir sans groupements provisoires sur le<br class='autobr' />
terrain idéologique.</p>
<p>Naturellement, les groupements sont un« mal », autant que<br class='autobr' />
les divergences. Mais ce mal constitue une composante aussi<br class='autobr' />
nécessaire de la dialectique de l'évolution du parti que les toxines<br class='autobr' />
pour la vie de l'organisme humain.</p>
<p>La transformation des groupements en fractions organisées<br class='autobr' />
et surtout fermées sur elles-mêmes est un mal plus grand encore.<br class='autobr' />
L'art de diriger le parti consiste précisément à prévenir cette<br class='autobr' />
transformation.</p>
<p>Au Xe congrès, alors que grondaient l'insurrection de<br class='autobr' />
Cronstadt et les révoltes de koulaks, Lénine fit adopter une<br class='autobr' />
résolution qui interdisait fractions et groupements. On entendait<br class='autobr' />
par groupements non les tendances éphémères qui se constituent<br class='autobr' />
inévitablement au cours du processus de la vie du parti, mais ces<br class='autobr' />
mêmes fractions se faisant passer pour des groupements. La<br class='autobr' />
masse du parti comprit clairement le danger mortel du moment :<br class='autobr' />
elle soutint son chef en adoptant une résolution rude et implaca-<br class='autobr' />
ble dans sa forme : interdiction des fractions et groupements 159 •<br class='autobr' />
Mais le parti savait bien que c'était le comité central dirigé par<br class='autobr' />
Lénine qui aurait à interpréter cette formule, qu'il n'y aurait pas<br class='autobr' />
d'interprétation brutale et déloyale ni, à plus forte raison, d'abus<br class='autobr' />
de pouvoir (voir à ce sujet le Testament de Lénine 160). Le parti<br class='autobr' />
savait qu'un an plus tard, voire un mois, si le tiers du parti le<br class='autobr' />
demandait, au congrès suivant, le parti vérifierait l'expérience<br class='autobr' />
acquise et apporterait les rectifications nécessaires. La décision<br class='autobr' />
du Xe congrès fut une mesure tranchante, due à la situation<br class='autobr' />
critique du parti gouvernemental, alors qu'il effectuait un virage<br class='autobr' />
dangereux, passant du communisme de guerre à la Nep. Cette<br class='autobr' />
mesure tranchante fut entièrement justifiée par la suite, car elle<br class='autobr' />
ne faisait que compléter une politique juste et perspicace qui<br class='autobr' />
enleva toute base solide aux groupements constitués avant le<br class='autobr' />
passage à la Nep 161 •</p>
<p>Mais la résolution du Xe congrès sur les fractions et les<br class='autobr' />
groupements, qui exigeait déjà alors d'être interprétée et appli-<br class='autobr' />
quée de façon judicieuse, ne constitue nullement un principe<br class='autobr' />
absolu qui dominerait tous les autres besoins de développement<br class='autobr' />
du parti, indépendamment du pays, de la situation et de<br class='autobr' />
l'époque.</p>
<p>Après la disparition de Lénine, la direction du parti,<br class='autobr' />
s'appuyant formellement sur la résolution du Xe congrès sur les<br class='autobr' />
fractions et groupements, afin de se défendre contre toute<br class='autobr' />
critique, étrangla de plus en plus la démocratie du parti et perdit<br class='autobr' />
de vue en même temps, de plus en plus, le but immédiat, à savoir<br class='autobr' />
la suppression de l'esprit fractionnel. La tâche n'est pas en effet<br class='autobr' />
d'interdire les fractions, mais bien de faire en sorte qu'elles<br class='autobr' />
n'existent plus. Pourtant, l'esprit de fraction n'a jamais encore<br class='autobr' />
autant ravagé le parti, autant morcelé son unité que depuis que<br class='autobr' />
Lénine a quitté la barre. Jamais comme à présent n'a régné, en<br class='autobr' />
dehors même de ce morcellement, le faux monolithisme à 100 %<br class='autobr' />
qui sert tout simplement à camoufler les méthodes d'étrangle-<br class='autobr' />
ment de la vie du parti.</p>
<p>La fraction de l'appareil qui se dissimule aux yeux du parti<br class='autobr' />
s'est formée dans le P.C. (b) dès avant le XIIe congrès.<br class='autobr' />
Ultérieurement, elle adopta un type d'organisation à la carbo-<br class='autobr' />
nari 162 , avec son comité central illégal (la « bande des sept ») 163 ,<br class='autobr' />
ses circulaires, ses agents, son langage chiffré, etc. L'appareil du<br class='autobr' />
parti choisit en son sein un ordre fermé sur lui-même et<br class='autobr' />
incontrôlable, disposant des ressources exceptionnelles de l'ap-<br class='autobr' />
pareil, non seulement du parti, mais aussi de l'Etat, transformant<br class='autobr' />
un parti de masse en instrument de camouflage et faisant de<br class='autobr' />
celui-ci un outil subalterne, utilisé dans des manœuvres d'intri-<br class='autobr' />
gants.</p>
<p>Mais, plus cette fraction de l'appareil fermée sur elle-même<br class='autobr' />
échappe résolument au contrôle de la masse du parti - toujours<br class='autobr' />
plus diluée grâce à toutes sortes de « levées » et de « promo-<br class='autobr' />
tions » 164, plus le processus d'émiettement en fractions, non<br class='autobr' />
seulement à la base, mais au sein même de l'appareil, devient<br class='autobr' />
âpre et profond. Etant donné la domination complète et illimitée<br class='autobr' />
de l'appareil sur le parti, déjà réalisée à l'époque du XIIIe<br class='autobr' />
congrès, les divergences qui apparaissent au sein de l'appareil lui-<br class='autobr' />
même ne trouvent pas d'issue : appeler le parti à fournir la<br class='autobr' />
véritable solution, ce serait de nouveau lui subordonner l'appa-<br class='autobr' />
reil, trancher la question litigieuse en recourant aux méthodes de<br class='autobr' />
la démocratie de l'appareil, c'est-à-dire en interrogeant les<br class='autobr' />
membres de la fraction secrète : seul le groupement qui est<br class='autobr' />
certain d'avance d'avoir la majorité dans l'appareil est enclin à<br class='autobr' />
adopter cette solution. Comme corollaire, il arrive que de<br class='autobr' />
nouvelles fractions se forment dans la fraction dominante de<br class='autobr' />
l'appareil et qu'elles s'efforcent non pas tant d'obtenir la majorité<br class='autobr' />
au sein de la fraction commune, mais de trouver des points<br class='autobr' />
d'appui dans les institutions de l'appareil d'Etat. La majorité du<br class='autobr' />
congrès du parti, on se l'assure automatiquement puisque l'on<br class='autobr' />
peut convoquer le congrès au moment le plus propice et le<br class='autobr' />
préparer comme on l'entend. C'est ainsi que se développe<br class='autobr' />
l'usurpation du pouvoir par l'appareil, laquelle constitue le plus<br class='autobr' />
terrible des dangers aussi bien pour le parti que pour la dictatur <br class='autobr' />
du prolétariat.</p>
<p>Après que la première campagne « anti-trotskyste » de<br class='autobr' />
1923-1924 eût été menée jusqu'au bout au moyen des fractions et<br class='autobr' />
de l'appareil, il s'est dessiné une profonde fêlure dans la fraction<br class='autobr' />
secrète dirigée par la« bande des sept ». La cause fondamentale<br class='autobr' />
s'en trouvait dans le mécontentement de classe de l'avant-garde<br class='autobr' />
prolétarienne de Léningrad devant le glissement qui commençait<br class='autobr' />
à se manifester aussi bien à l'égard des problèmes de la vie<br class='autobr' />
intérieure du pays que des problèmes internationaux. Les<br class='autobr' />
ouvriers avancés de Léningrad continuaient en 1925 l'œuvre<br class='autobr' />
commencée par les prolétaires d'avant-garde de Moscou en<br class='autobr' />
1923 (165) • Mais ces profondes tendances de classe ne purent se<br class='autobr' />
manifester ouvertement dans le parti : elles se reflétèrent seule-<br class='autobr' />
ment dans la lutte sourde qui se déroula au sein de la fraction de<br class='autobr' />
l'appareil (166) •</p>
<p>En avril 1925, le comité central diffusa à travers tout le parti<br class='autobr' />
une circulaire qui démentait les bruits prétendument répandus<br class='autobr' />
par les « trotskystes »(!!) assurant qu'il existait, au sein du noyau<br class='autobr' />
des « léninistes » - la « bande des sept » - certaines diver-<br class='autobr' />
gences de vue sur la paysannerie. Ce n'est que par cette circulaire<br class='autobr' />
que de plus nombreux cadres du parti apprirent l'existence réelle<br class='autobr' />
de semblables divergences, ce qui ne les empêcha nullement de<br class='autobr' />
continuer à tromper le parti en affirmant que l'Opposition portait<br class='autobr' />
atteinte au monolithisme de la « garde de Lénine ». Cette<br class='autobr' />
propagande battait son plein quand le XIVe congrès précipita sur<br class='autobr' />
le parti les différends existant entre les deux tronçons de la<br class='autobr' />
fraction régnante, informes et confus, mais profonds du fait de<br class='autobr' />
leurs sources de classe. Les organisations de Moscou et de<br class='autobr' />
Leningrad, c'est-à-dire les principales forteresses du parti, adop-<br class='autobr' />
tèrent à leurs conférences à la veille du congrès des résolutions<br class='autobr' />
diamétralement opposées. L'une comme l'autre le firent évidem-<br class='autobr' />
ment à l'unanimité. Moscou expliquait ce miracle de l' « ordre<br class='autobr' />
révolutionnaire » par l'oppression exercée à Leningrad par<br class='autobr' />
l'appareil, tandis que celui-ci retournait l'accusation contre<br class='autobr' />
Moscou. Comme s'il avait existé une cloison étanche entre les<br class='autobr' />
organisations de ces deux villes ! Dans les deux cas, l'appareil<br class='autobr' />
décidait, démontrant par son monolithisme à 100 % que le parti<br class='autobr' />
était absent au moment où l'on tranchait les questions fondamen-<br class='autobr' />
tales de sa propre existence. Le XIVe congrès fut donc obligé de<br class='autobr' />
fournir une solution aux nouvelles divergences surgies de pro-<br class='autobr' />
blèmes essentiels et de recomposer la direction dans le dos du<br class='autobr' />
parti qui n'avait pas été consulté. Le congrès ne put faire<br class='autobr' />
autrement que d'abandonner immédiatement le soin de trouver<br class='autobr' />
cette solution à une hiérarchie soigneusement sélectionnée de<br class='autobr' />
secrétaires du parti. Le XIVe congrès a posé un nouveau jalon<br class='autobr' />
dans la voie de la liquidation de la démocratie du parti par les<br class='autobr' />
méthodes de l'« ordre », c'est-à-dire du bon plaisir de la fraction<br class='autobr' />
camouflée de l'appareil. L'étape suivante s'est déroulée récem-<br class='autobr' />
ment. L'art de la fraction régnante consiste à placer chaque fois<br class='autobr' />
le parti en présence d'une résolution déjà adoptée, d'une<br class='autobr' />
situation irréparable, d'un fait accompli.</p>
<p>Cependant, cette phase nouvelle, plus élevée, « de l'ordre<br class='autobr' />
révolutionnaire » n'a nullement signifié la liquidation des frac-<br class='autobr' />
tions et des groupements. Au contraire, ils se sont développés de<br class='autobr' />
façon extraordinaire, leurs rapports se sont aggravés, aussi bien<br class='autobr' />
dans la masse du parti que dans l'appareil lui-même. En ce qui<br class='autobr' />
concerne le parti, le châtiment bureaucratique infligé aux grou-<br class='autobr' />
pements est devenu de plus en plus sévère et, signe d'impuis-<br class='autobr' />
sance, il alla jusqu'à s'abaisser dans l'infamie de l'affaire de<br class='autobr' />
l'officier de Wrangel 167 et de l'article 58. Simultanément, le<br class='autobr' />
processus d'un nouvel émiettement de la fraction régnante elle-<br class='autobr' />
même se poursuivait et se développe encore à présent. On ne<br class='autobr' />
manque certes pas aujourd'hui non plus de fausses manifesta-<br class='autobr' />
tions de monolithisme et de circulaires témoignant de l'unanimité<br class='autobr' />
complète des sphères dirigeantes. En réalité, la lutte sourde,<br class='autobr' />
acharnée, parce que sans issue, qui se déroulait dans les appareils<br class='autobr' />
fermés des fractions, a pris, à en juger par tous les symptômes, un<br class='autobr' />
caractère extrêmement tendu et mène le parti vers on ne sait<br class='autobr' />
quelle explosion nouvelle.</p>
<p>Telles sont la théorie et la pratique de l' « ordre révolution-<br class='autobr' />
naire » qui, inévitablement, se transforment en théorie et prati-<br class='autobr' />
que de l'usurpation.</p>
<p>Depuis longtemps toutefois, ces choses ne se limitent pas à<br class='autobr' />
l'Union soviétique. En 1923, la campagne dirigée contre l'esprit<br class='autobr' />
de fraction reposait avant tout sur l'argument selon lequel les<br class='autobr' />
fractions sont des embryons de parti. Or, dans un pays où la<br class='autobr' />
paysannerie a la majorité écrasante et qui est encerclé par les<br class='autobr' />
capitalistes, la dictature du prolétariat n'admet pas la liberté des<br class='autobr' />
partis 168 • En soi, cette thèse est absolument juste. Mais elle exige<br class='autobr' />
aussi une politique juste et un régime approprié. Il est clair<br class='autobr' />
pourtant qu'en posant ainsi la question, l'on renonçait à étendre<br class='autobr' />
les résolutions du Xe congrès du P.C. (b), parti gouvernemental,<br class='autobr' />
aux P.C. des Etats bourgeois. Mais le régime bureaucratique a sa<br class='autobr' />
logique qui le dévore lui-même. S'il n'admet pas de contrôle<br class='autobr' />
bureaucratique dans le parti soviétique, il ne le tolère pas<br class='autobr' />
davantage dans l'I.C. qui, du point de vue formel, domine le P.C.<br class='autobr' />
(b). Voilà pourquoi la direction a transformé en principe<br class='autobr' />
universel son interprétation et son application brutale et déloyale<br class='autobr' />
de la résolution du xe congrès, qui correspondait aux conditions<br class='autobr' />
précisément déterminées de l'U.R.S.S. au moment considéré :<br class='autobr' />
elle l'a étendue à toutes les organisations du globe terrestre.</p>
<p>Le bolchevisme a toujours été fort parce qu'il était concret<br class='autobr' />
au point de vue historique lorsqu'il élaborait ses formes d'organi-<br class='autobr' />
sation. Pas de schémas arides. En passant d'une étape à l'autre,<br class='autobr' />
les bolcheviks modifiaient radicalement la structure de leur<br class='autobr' />
organisation. Pourtant, à présent, le seul et même principe de<br class='autobr' />
l' « ordre révolutionnaire » est appliqué à la fois au puissant parti<br class='autobr' />
de la dictature du prolétariat, au K.P.D. qui constitue une force<br class='autobr' />
politique sérieuse, au parti chinois qui est brusquement entraîné<br class='autobr' />
dans le tourbillon de la lutte révolutionnaire, au petit groupe<br class='autobr' />
propagandiste qu'est le parti aux Etats-Unis. Il suffit qu'il<br class='autobr' />
surgisse dans ce dernier des doutes quant à la justesse des<br class='autobr' />
méthodes imposées par le Pepper du moment pour que des<br class='autobr' />
châtiments frappent les sceptiques pour esprit fractionnel. Un<br class='autobr' />
jeune parti, qui est un organisme politique tout à fait embryon-<br class='autobr' />
naire, sans liaison véritable avec les masses, sans expérience de<br class='autobr' />
direction révolutionnaire, sans entraînement théorique, est déjà<br class='autobr' />
entièrement affublé de tous les attributs de l' « ordre révolution-<br class='autobr' />
naire »qui lui vont comme l'armure du père à son fils de six ans.</p>
<p>Le parti communiste de l'U.R.S.S. a une expérience révolu-<br class='autobr' />
tionnaire des plus riches dans le domaine des idées. Mais, comme<br class='autobr' />
l'ont montré les dernières années, lui non plus ne peut pas vivre<br class='autobr' />
un seul jour impunément en se bornant à consommer les intérêts<br class='autobr' />
de son capital : il doit constamment le reconstituer et l'augmen-<br class='autobr' />
ter : ce n'est possible que par le travail théorique collectif du<br class='autobr' />
parti. Que dire alors des P.C. étrangers, nés il y a seulement<br class='autobr' />
quelques années, qui ne font encore que traverser leur période<br class='autobr' />
primaire d'accumulation des connaissances théoriques et des<br class='autobr' />
méthodes d'action ? Sans liberté véritable dans la vie du parti,<br class='autobr' />
sans liberté de discussion, sans liberté d'élaborer collectivement,<br class='autobr' />
y compris au sein de groupements de la voie à suivre, ces partis<br class='autobr' />
ne deviendront jamais une force révolutionnaire décisive.</p>
<p>Avant le Xe congrès, où a été décidée l'interdiction des<br class='autobr' />
fractions, le parti communiste de l'U.R.S.S. a vécu deux décennies<br class='autobr' />
sans connaître cette interdiction. Ce sont justement ces deux<br class='autobr' />
décennies qui l'ont éduqué de telle sorte que, devant un<br class='autobr' />
revirement des plus difficiles, il sut accepter et supporter les<br class='autobr' />
sévères résolutions du xe congrès. Or les partis communistes<br class='autobr' />
occidentaux commencent directement par là.</p>
<p>Lénine, et nous avec lui, redoutions avant tout que le parti<br class='autobr' />
communiste russe, disposant de puissantes ressources d'Etat,<br class='autobr' />
exerce une influence excessive, écrasante, sur les jeunes partis<br class='autobr' />
d'Occident qui venaient de s'organiser. Inlassablement, Lénine a<br class='autobr' />
mis en garde contre un accroissement prématuré du centralisme<br class='autobr' />
lisme contre des gestes exagérés du comité exécutif et de son<br class='autobr' />
présidium en ce sens, et surtout contre des formes et méthodes<br class='autobr' />
d'assistance qui se transformeraient en pure et simple prise de<br class='autobr' />
commandement, n'admettant aucun appel.</p>
<p>La rupture s'est produite en 1924 sous le vocable de<br class='autobr' />
« bolchevisation ». Si l'on entend par bolchevisation l'épuration<br class='autobr' />
du parti par l'élimination des éléments et des habitudes étran-<br class='autobr' />
gères, celle des fonctionnaires social-démocrates accrochés à leur<br class='autobr' />
poste, des francs-maçons, des démocrates pacifistes, des confu-<br class='autobr' />
sionistes spiritualistes, etc., alors cette besogne a été réalisée<br class='autobr' />
dès le premier jour d'existence de l'Internationale communiste :<br class='autobr' />
au IVe congrès, elle revêtit des formes particulièrement actives à<br class='autobr' />
l'égard du parti communiste français. Mais cette bolchevisation<br class='autobr' />
véritable était autrefois indissolublement liée à l'expérience<br class='autobr' />
propre des sections nationales de l'I.C. et s'étendait à partir de<br class='autobr' />
cette expérience : elle avait pour pierre de touche les questions<br class='autobr' />
de politique nationale qui s'élevaient jusqu'à devenir des pro-<br class='autobr' />
blèmes internationaux. La « bolchevisation » de 1924 ne fut<br class='autobr' />
qu'une caricature. On mit le revolver sur la tempe des organisa-<br class='autobr' />
tions dirigeantes des partis communistes en exigeant d'elles que,<br class='autobr' />
sans information ni débat, elles prennent position tout de suite et<br class='autobr' />
de façon définitive sur les divergences à l'intérieur du P.C. de<br class='autobr' />
l'U.R.S.S. Elles savaient d'avance que, selon la position qu'elles<br class='autobr' />
prendraient, elles resteraient dans l'I.C. ou en seraient chassées.</p>
<p>En 1924 pourtant, les P.C. européens n'étaient pas suffisam-<br class='autobr' />
ment armés pour résoudre aussi vite les problèmes posés dans la<br class='autobr' />
discussion russe où s'ébauchaient à peine, dans la nouvelle étape<br class='autobr' />
de la dictature du prolétariat, deux tendances de principe.</p>
<p>Naturellement, après 1924, le travail d'épuration continuait à<br class='autobr' />
être nécessaire et dans de nombreuses sections, des éléments<br class='autobr' />
étrangers ont été à juste titre éliminés. Mais, considérée dans son<br class='autobr' />
ensemble, la « bolchevisation » consistait à désorganiser chaque<br class='autobr' />
fois les directions en train de se former dans les P.C. d'Occident<br class='autobr' />
en utilisant comme un coin les différends entre Russes que<br class='autobr' />
l'appareil d'Etat y enfonçait à coups de marteau. Tout cela se<br class='autobr' />
dissimulait sous le drapeau de la lutte contre l'esprit de fraction.</p>
<p>S'il venait à se cristalliser au sein du parti de l'avant-garde<br class='autobr' />
prolétarienne des fractions menaçant de le rendre pour long-<br class='autobr' />
temps inapte au combat, il est bien évident que le parti serait<br class='autobr' />
placé devant la nécessité de prendre une décision : faut-il laisser<br class='autobr' />
au temps la possibilité d'opérer une vérification supplémentaire<br class='autobr' />
ou bien faut-il reconnaître tout de suite que la scission est<br class='autobr' />
inévitable ? Un parti de combat ne peut pas être une somme de<br class='autobr' />
fractions tirant à hue et à dia. C'est là une vérité incontestable<br class='autobr' />
sous cette forme générale. Mais utiliser la scission comme moyen<br class='autobr' />
préventif contre les divergences, s'amputer de tout groupe ou<br class='autobr' />
groupement qui fait entendre la voix de la critique, revient à la<br class='autobr' />
transformation de la vie intérieure du parti en une succession<br class='autobr' />
d'avortements. De telles méthodes, loin de contribuer à la<br class='autobr' />
perpétuation et au développement de l'espèce, ne font qu'épuiser<br class='autobr' />
l'organisme générateur, à savoir le parti. La lutte contre l'esprit<br class='autobr' />
de fraction devient plus dangereuse que cet esprit lui-même.</p>
<p>Dans la situation présente, tous les pionniers et fondateurs<br class='autobr' />
de presque tous les partis communistes du monde sont exclus de<br class='autobr' />
l'Internationale, sans compter son ancien président 169 • Dans<br class='autobr' />
presque tous les partis, les groupes qui en ont guidé le développe-<br class='autobr' />
ment pendant deux périodes consécutives sont exclus ou écartés.</p>
<p>En Allemagne, le groupe Brandler n'a plus maintenant qu'un<br class='autobr' />
pied dans le parti ; le groupe Maslow est de l'autre côté du seuil.<br class='autobr' />
En France, les anciens groupes de Rosmer-Monatte, Loriot,<br class='autobr' />
Souvarine 170 , sont exclus ; il en est de même pour le groupe<br class='autobr' />
Girault-Treint qui fut à la direction pendant la période suivante.<br class='autobr' />
En Belgique, on a exclu le groupe essentiel de van Overstrae-<br class='autobr' />
ten 171 • Si le groupe Bordiga 172 qui a donné naissance au P.C.<br class='autobr' />
italien, n'est qu'à moitié exclu, cela s'explique par les conditions<br class='autobr' />
du régime fasciste. En Tchécoslovaquie, en Suède, en Norvège,<br class='autobr' />
aux Etats-Unis, en un mot dans presque tous les partis du monde,<br class='autobr' />
des événements à peu près du même ordre se sont produits<br class='autobr' />
depuis la mort de Lénine 173 •</p>
<p>Il est incontestable que nombre d'exclus avaient commis des<br class='autobr' />
fautes énormes : nous n'avons pas été les derniers à le signaler.<br class='autobr' />
On ne peut pas davantage nier que nombre d'exclus, après avoir<br class='autobr' />
été mis en dehors de l'I.C., sont dans une large mesure revenus à<br class='autobr' />
leurs positions de départ, à la social-démocratie de gauche ou au<br class='autobr' />
syndicalisme 174 • Mais la tâche de la direction de l'I.C. ne consiste<br class='autobr' />
nullement à acculer automatiquement à une impasse les jeunes<br class='autobr' />
dirigeants des partis nationaux et à vouer ainsi certains de ceux<br class='autobr' />
qui les représentent à la dégénérescence idéologique. « L'ordre<br class='autobr' />
révolutionnaire » de la direction bureaucratique est devenu un<br class='autobr' />
terrible obstacle sur la voie du développement de tous les partis<br class='autobr' />
de l'Internationale.</p>
<p>Les questions d'organisation sont inséparables de celles du<br class='autobr' />
programme et de la tactique. Il faut bien comprendre qu'une des<br class='autobr' />
sources les plus importantes de l'opportunisme dans l'I.C. est le<br class='autobr' />
régime bureaucratique de son appareil et celui de son parti<br class='autobr' />
dirigeant. Après l'expérience des années 1923-1928, personne ne<br class='autobr' />
peut plus nier qu'en Union soviétique, la bureaucratie est<br class='autobr' />
l'expression et l'instrument de la pression que des classes non<br class='autobr' />
prolétariennes exercent sur le prolétariat. A ce sujet, le « Projet<br class='autobr' />
de programme » de l'Internationale communiste donne une<br class='autobr' />
formule juste quand il dit que les dépravations bureaucratiques<br class='autobr' />
« surgissent inévitablement sur le terrain d'un manque de culture<br class='autobr' />
des masses et d'influences de classe étrangères au prolétariat ».</p>
<p>C'est là que se trouve la clef qui permet de comprendre non<br class='autobr' />
seulement la bureaucratie en général, mais son extraordinaire<br class='autobr' />
accroissement au cours des cinq dernières années. Le degré de<br class='autobr' />
culture des masses, tout en demeurant insuffisant, a grandi<br class='autobr' />
pendant cette période, ce n'est pas douteux. On ne peut donc<br class='autobr' />
chercher la cause de la progression de la bureaucratie que dans<br class='autobr' />
l'accroissement des influences de classe étrangères au prolétariat.</p>
<p>Les P.C. d'Europe, c'est-à-dire essentiellement leurs noyaux<br class='autobr' />
dirigeants alignent leurs organisations sur les poussées et les<br class='autobr' />
regroupements qui se produisent dans le P.C. de !'U.R.S.S.</p>
<p>Aussi la bureaucratie des P.C.- étrangers n'est-elle dans une large<br class='autobr' />
mesure que le reflet et le complément de celle du P.C. de<br class='autobr' /> !'U.R.S.S.</p>
<p>La sélection des dirigeants des P.C. étrangers s'est opérée et<br class='autobr' />
s'opère encore d'après leurs aptitudes à accepter et approuver le<br class='autobr' />
groupement le plus récent dans l'appareil du P.C. de !'U.R.S.S.</p>
<p>Ceux qui avaient le plus d'indépendance et de sens des responsa-<br class='autobr' />
bilités, ceux qui n'acceptaient pas de se soumettre à des<br class='autobr' />
changements effectués de façon strictement administrative, ont<br class='autobr' />
été exclus du parti ou acculés à rejoindre la droite - souvent<br class='autobr' />
prétendue droite - ou bien ont adhéré à !'Opposition de gauche.</p>
<p>C'est ainsi que le processus organique de la sélection, qui permet<br class='autobr' />
la cohésion des cadres révolutionnaires sur la base de la lutte<br class='autobr' />
prolétarienne, est interrompu, modifié, défiguré sous la direction<br class='autobr' />
de l'Internationale communiste et parfois remplacé directement<br class='autobr' />
par un tri administratif et bureaucratique d'en haut. Il est normal<br class='autobr' />
que les dirigeants communistes les plus disposés à accepter des<br class='autobr' />
décisions prises d'avance et à signer n'importe quelles résolu-<br class='autobr' />
tions, l'aient fréquemment emporté sur des éléments ayant plus<br class='autobr' />
l'esprit de parti et plus pénétrés du sentiment de la responsabilité<br class='autobr' />
révolutionnaire. Le plus souvent, au lieu de choisir des révolu-<br class='autobr' />
tionnaires stoïques et rigoureux, on a sélectionné ceux qui, en<br class='autobr' />
bons bureaucrates, savaient s'adapter.</p>
<p>Tous les problèmes de la politique intérieure et internatio-<br class='autobr' />
nale nous ramènent invariablement aux questions du régime<br class='autobr' />
intérieur du parti. Il va de soi que les déviations qui nous ont<br class='autobr' />
écartés de la ligne de classe dans les problèmes de la révolution<br class='autobr' />
chinoise, du mouvement ouvrier anglais, de l'économie de<br class='autobr' /> !'U.R.S.S., des salaires, des impôts, etc., constituent en elles-<br class='autobr' />
mêmes un danger des plus sérieux. Mais ce danger est décuplé<br class='autobr' />
par l'impossibilité dans laquelle le parti, pieds et poings liés par le<br class='autobr' />
régime bureaucratique, se trouve dans l'impossibilité de redres-<br class='autobr' />
ser par des voies normales la ligne décidée au sommet. On peut<br class='autobr' />
en dire autant de l'Internationale communiste. La résolution du<br class='autobr' />
XIVe congrès du P.C. de !'U.R.S.S. sur la nécessité d'une<br class='autobr' />
direction plus démocratique et plus collective de l'Internationale<br class='autobr' />
communiste a été transformée en son contraire dans la pratique.<br class='autobr' />
Le changement du régime intérieur de l'Internationale commu-<br class='autobr' />
niste devient une question de vie ou de mort pour le mouvement<br class='autobr' />
révolutionnaire international. Ce changement peut être atteint<br class='autobr' />
de deux façons : ou bien parallèlement à un changement du<br class='autobr' />
régime interne du P.C. de l'U.R.S.S. ou bien en luttant contre le<br class='autobr' />
rôle dirigeant du P.C. de l'U.R.S.S. dans l'I.C. Il nous faut<br class='autobr' />
tendre toutes nos forces pour faire prévaloir la première voie. La<br class='autobr' />
lutte pour un changement du régime du P.C. de l'U.R.S.S. est<br class='autobr' />
une lutte pour l'assainissement du régime de l'Internationale<br class='autobr' />
communiste ; elle se propose aussi d'assurer la sauvegarde de nos<br class='autobr' />
idées dans la direction de notre parti.</p>
<p>Il faut donc chasser impitoyablement du programme l'idée<br class='autobr' />
même que les partis vivants et actifs puissent être subordonnés au<br class='autobr' />
contrôle de « l'ordre révolutionnaire » d'une bureaucratie ina-<br class='autobr' />
movible de parti et d'Etat. Il faut rendre au parti lui-même ses<br class='autobr' />
propres droits. Il faut que le parti redevienne un parti. Il faut<br class='autobr' />
l'affirmer dans le programme d'une façon qui ne laisse aucune<br class='autobr' />
place à une justification théorique de la bureaucratie et des<br class='autobr' />
tendances à l'usurpation.</p>
<p>12. Les causes des défaites de l'Opposition et les perspectives</p>
<p>A partir de l'automne 1923, l'aile gauche prolétarienne du<br class='autobr' />
parti, qui a exposé ses vues dans toute une série de documents<br class='autobr' />
dont le principal est la Plate- !orme des bolcheviks-léninistes<br class='autobr' />
(Opposition) a été systématiquement détruite en tant qu'organi-<br class='autobr' />
sation. Les procédés de répression étaient déterminés par le<br class='autobr' />
caractère du régime interne du parti, de plus en plus bureaucrati-<br class='autobr' />
que au fur et à mesure qu'augmentait la pression exercée par les<br class='autobr' />
classes non prolétariennes contre le prolétariat. Le caractère<br class='autobr' />
général de la période a permis la réussite de ces méthodes :<br class='autobr' />
c'était l'époque où le prolétariat subissait de graves défaites et où<br class='autobr' />
la social-démocratie reprenait vie tandis qu'au sein des partis<br class='autobr' />
communistes se renforçaient les tendances centristes et opportu-<br class='autobr' />
nistes, alors que, jusqu'aux tout derniers mois, le centrisme<br class='autobr' />
glissait systématiquement vers la droite. La première répression<br class='autobr' />
contre l'Opposition a été menée immédiatement après la défaite<br class='autobr' />
de la révolution allemande dont elle fut en quelque sorte le<br class='autobr' />
complément. Elle eût été impossible si le prolétariat allemand<br class='autobr' />
avait triomphé, et ainsi renforcé de façon extraordinaire la<br class='autobr' />
confiance de classe du prolétariat de l'U .R.S.S. et par consé-<br class='autobr' />
quent sa capacité de résistance à la pression des classes bour-<br class='autobr' />
geoises de l'intérieur et de l'extérieur et à la bureaucratie du parti<br class='autobr' />
qui est leur courroie de transmission.</p>
<p>Pour éclairer le sens général des regroupements qui se sont<br class='autobr' />
opérés dans l'Internationale communiste depuis la fin de 1923, il<br class='autobr' />
serait de la plus haute importance d'examiner comment le groupe<br class='autobr' />
dirigeant, aux différentes étapes de son glissement, expliquait ses<br class='autobr' />
victoires d' « organisation » sur !'Opposition. Il ne nous est pas<br class='autobr' />
possible de faire ce travail dans le cadre de la critique du projet<br class='autobr' />
de programme. Mais, pour atteindre notre but, il nous suffira<br class='autobr' />
d'examiner comment fut comprise la première« victoire » rem-<br class='autobr' />
portée contre !'Opposition en septembre 1924 d'après l'article où<br class='autobr' />
Staline faisait ses débuts dans le champ des questions de politique<br class='autobr' />
internationale :</p>
<p>« Il faut considérer la victoire décisive remportée dans<br class='autobr' />
les partis communistes par l'aile révolutionnaire comme le<br class='autobr' />
symptôme le plus sûr - écrivait Staline - des processus<br class='autobr' />
révolutionnaires très importants qui ont lieu dans les profon-<br class='autobr' />
deurs de la classe ouvrière. »</p>
<p>Et plus loin dans le même article :</p>
<p>« Si l'on ajoute à cela l'isolement total de la tendance<br class='autobr' />
opportuniste au sein du P.C. russe, le tableau obtenu sera<br class='autobr' />
complètement achevé. Le Ve congrès de l'I.C. n'a fait que<br class='autobr' />
consolider la victoire de l'aile révolutionnaire dans les<br class='autobr' />
sections fondamentales de l'I.C. 175 • »</p>
<p>Ainsi, la défaite de !'Opposition du parti communiste russe a<br class='autobr' />
été présentée comme le résultat du fait que le prolétariat allait<br class='autobr' />
vers la gauche, directement à la révolution, et, dans toutes les<br class='autobr' />
sections, prend le dessus sur la droite. A présent, cinq années<br class='autobr' />
après la plus grande des défaites du prolétariat international à<br class='autobr' />
l'automne 1923, la Pravda est obligée de reconnaître que c'est<br class='autobr' />
seulement maintenant qu'on commence à « remonter du creux<br class='autobr' />
de la vague, l'apathie et la dépression qui commencèrent après la<br class='autobr' />
défaite de 1923 et ont permis au capitalisme allemand de<br class='autobr' />
renforcer ses positions » 17 •</p>
<p>Mais alors une question se pose, qui est nouvelle pour les<br class='autobr' />
actuels dirigeants de l'I.C., sinon pour nous : il faut donc<br class='autobr' />
expliquer l'échec de !'Opposition en 1923 et dans les années<br class='autobr' />
suivantes par un déplacement de la classe ouvrière vers la droite<br class='autobr' />
et non vers la gauche ? La réponse à cette question décide de<br class='autobr' />
tout.</p>
<p>Celle qui a été donnée au Ve congrès de l'I.C. et plus tard<br class='autobr' />
dans des discours et articles, était nette et catégorique : ce furent<br class='autobr' />
le renforcement des éléments révolutionnaires du mouvement<br class='autobr' />
ouvrier en Europe, le nouveau flot montant, l'approche de la<br class='autobr' />
révolution prolétarienne, qui furent cause de la « débâcle » de<br class='autobr' /> !'Opposition de gauche.</p>
<p>Mais aujourd'hui, la cassure politique durable, brutale, qui<br class='autobr' />
s'opéra vers la droite en 1923, et non vers la gauche, est un fait<br class='autobr' />
établi, admis de tous, incontestable. Par conséquent, il est clair<br class='autobr' />
que le déchaînement de la lutte contre l'Opposition et son<br class='autobr' />
aggravation, avec les exclusions et déportations, est intimement<br class='autobr' />
lié au processus politique de stabilisation de la bourgeoisie. Il est<br class='autobr' />
vrai que ce processus a été interrompu au cours des quatre<br class='autobr' />
dernières années par d'importants événements révolutionnaires.</p>
<p>Mais de nouvelles erreurs de la direction, plus cruelles encore<br class='autobr' />
qu'en 1923 en Allemagne, ont chaque fois donné la victoire à<br class='autobr' />
l'ennemi dans les pires conditions pour le prolétariat et le parti<br class='autobr' />
communiste et créé ainsi de nouveaux facteurs de la stabilisation<br class='autobr' />
bourgeoise. Le mouvement révolutionnaire international a subi<br class='autobr' />
des défaites, et avec lui l'aile gauche prolétarienne du P.C. de<br class='autobr' />
l'U .R.S.S. (bolchevik) et l'Internationale communiste ont essuyé<br class='autobr' />
des échecs.</p>
<p>L'explication serait incomplète si nous n'ajoutions pas les<br class='autobr' />
processus internes de l'économie et de la politique de l'U.R.S.S.<br class='autobr' />
qui, partis de la Nep, se sont aggravés du fait que la direction ne<br class='autobr' />
comprenait pas les problèmes de la « smytchka » entre villes et<br class='autobr' />
campagnes, le déséquilibre de l'industrialisation et l'importance<br class='autobr' />
de son approche sur la base d'une économie planifiée, etc.</p>
<p>L'augmentation de la pression économique et politique des<br class='autobr' />
milieux petits-bourgeois et bureaucratiques dans le pays sur fond<br class='autobr' />
de défaites de la révolution prolétarienne en Europe et en Asie,<br class='autobr' />
voilà l'enchaînement historique qui, pendant ces quatre années,<br class='autobr' />
s'est resserré comme un nœud coulant autour de la gorge de<br class='autobr' />
l'Opposition. Celui qui ne le comprend pas ne comprend rien.</p>
<p>Nous avons dû, dans cet exposé, confronter presque à<br class='autobr' />
chaque étape, la ligne appliquée et celle qui fut écartée sous le<br class='autobr' />
nom de « trotskysme ». Le sens de cette lutte, son aspect<br class='autobr' />
général, apparaissent tout à fait nettement aux yeux d'un<br class='autobr' />
marxiste. Si les accusations partielles de « trotskysme »,<br class='autobr' />
appuyées par une accumulation de citations réelles et imagi-<br class='autobr' />
naires, s'étendant sur une période de 25 ans, pouvaient dérouter,<br class='autobr' />
en revanche, un jugement cohérent et généralisé de la lutte dans<br class='autobr' />
le domaine des idées livrée au cours des cinq dernières années,<br class='autobr' />
montre que deux lignes se sont affirmées. L'une était consciente<br class='autobr' />
et méthodique. Elle prolongeait et développait des principes<br class='autobr' />
stratégiques léninistes dans leur application aux problèmes<br class='autobr' />
intérieurs de !'U.R.S.S. et de la révolution mondiale. C'est celle<br class='autobr' />
de l'Opposition. L'autre, inconsciente, contradictoire, hésitante,<br class='autobr' />
glissant en zigzags, déviant du léninisme sous la pression des<br class='autobr' />
forces de classe ennemies dans une période de reflux politique<br class='autobr' />
international : c'est celle de la direction officielle. Quand les<br class='autobr' />
hommes varient, ils abandonnent plus souvent, plus facilement,<br class='autobr' />
des conceptions que des mots auxquels ils sont habitués. C'est la<br class='autobr' />
loi générale des mutations dans le domaine des idées. Au fond, la<br class='autobr' />
direction a révisé Lénine dans presque toutes les questions<br class='autobr' />
fondamentales, mais elle faisait passer cette révision pour un<br class='autobr' />
développement du léninisme et qualifiait de « trotskysme » ce<br class='autobr' />
qui est son essence révolutionnaire, internationale, afin de se<br class='autobr' />
camoufler non seulement en apparence mais même en son for<br class='autobr' />
intérieur, afin de mieux s'adapter au processus de son propre<br class='autobr' />
glissement.</p>
<p>Qui voudra comprendre cela ne nous fera pas le reproche<br class='autobr' />
ridicule d'avoir lié la critique du projet de programme à la mise à<br class='autobr' />
nu de la légende du trotskysme. Le présent projet a mûri dans<br class='autobr' />
une époque imprégnée de cette légende. Ce sont avant tout ses<br class='autobr' />
auteurs qui l'ont alimentée, l'ont prise comme point de départ,<br class='autobr' />
jugeant tout à sa lumière. Aussi cette époque se reflète-t-elle<br class='autobr' />
dans le projet.</p>
<p>Un nouveau chapitre extraordinairement instructif vient de<br class='autobr' />
s'ajouter à l'histoire de la politique. On peut dire qu'il prouve la<br class='autobr' />
force que peut avoir la création des mythes, ou, pour parler plus<br class='autobr' />
simplement, la calomnie utilisée comme arme politique dans le<br class='autobr' />
domaine des idées. L'expérience démontre qu'on ne doit pas<br class='autobr' />
sous-estimer sa valeur. Nous sommes encore loin d'avoir accom-<br class='autobr' />
pli « le saut qui fera passer du règne de la nécessité dans celui de<br class='autobr' />
la liberté ». Nous vivons dans une société de classe qu'il est<br class='autobr' />
impossible de concevoir sans obscurantisme, sans préjugés et<br class='autobr' />
sans superstitions. Un mythe, qui correspond à certains intérêts<br class='autobr' />
ou habitudes traditionnelles, peut toujours, dans une société<br class='autobr' />
divisée en classes, acquérir une grande puissance. Néanmoins, en<br class='autobr' />
se basant seulement sur un mythe, même planifié et disposant de<br class='autobr' />
toutes les ressources de l'Etat, il est impossible de bâtir une<br class='autobr' />
politique large, une politique révolutionnaire surtout, et plus<br class='autobr' />
particulièrement à notre époque de ruptures brusques. La<br class='autobr' />
création de mythes s'empêtre inévitablement dans ses propres<br class='autobr' />
contradictions. Nous n'en avons cité qu'une petite partie, quoi-<br class='autobr' />
que ce soit peut-être la plus importante. Tout à fait indépendam-<br class='autobr' />
ment de savoir si les circonstances extérieures nous permettront<br class='autobr' />
de mener jusqu'au bout notre analyse, nous comptons ferme-<br class='autobr' />
ment que l'analyse objective des événements viendra étayer<br class='autobr' />
l'analyse subjective.</p>
<p>La radicalisation des masses ouvrières d'Europe est un fait<br class='autobr' />
indiscutable qui s'est manifesté au cours des dernières élections<br class='autobr' />
parlementaires. Mais elle ne fait que traverser sa phase élémen-<br class='autobr' />
taire. Elle est contrecarrée par des facteurs comme la défaite<br class='autobr' />
récente de la révolution chinoise qui font le lit de la social-<br class='autobr' />
démocratie. Nous n'avons pas l'intention de prédire ici la vitesse<br class='autobr' />
à laquelle elle se fera. Il est clair en tout cas qu'elle ne deviendra<br class='autobr' />
le signe précurseur d'une situation révolutionnaire nouvelle qu'à<br class='autobr' />
partir du moment où l'attraction du parti communiste s'exercera<br class='autobr' />
de plus en plus au détriment des grandes réserves de la social-<br class='autobr' />
démocratie. Nous n'en sommes pas là. Mais nous y viendrons car<br class='autobr' />
cela résulte d'une rigoureuse nécessité.</p>
<p>L'orientation incertaine actuellement suivie par la direction<br class='autobr' />
de l'I.C. qui s'efforce de donner un coup de barre à gauche ne<br class='autobr' />
concorde pas avec la politique menée à l'intérieur de l'U .R.S.S.<br class='autobr' />
Or l'on ne voit pas se modifier le régime ni mettre un terme à la<br class='autobr' />
lutte contre les éléments révolutionnaires qui ont résisté à toutes<br class='autobr' />
les épreuves. Ce caractère contradictoire résulte non seulement<br class='autobr' />
des difficultés intérieures de l'U .R.S.S. - ce qui confirme<br class='autobr' />
entièrement l'opinion de !'Opposition - mais correspond aussi<br class='autobr' />
tout à fait à la première phase de la radicalisation des masses<br class='autobr' />
ouvrières d'Europe. L'éclectisme de la politique de la direction<br class='autobr' />
de l'I.C., l'éclectisme du projet de programme, constituent en<br class='autobr' />
quelque sorte un instantané de l'état actuel de la classe ouvrière<br class='autobr' />
internationale poussée à gauche par les événements mais qui n'a<br class='autobr' />
pas encore déterminé sa voie et qui a accordé plus de 9 millions<br class='autobr' />
de suffrages à la social-démocratie allemande.</p>
<p>La future progression révolutionnaire correspondra à un<br class='autobr' />
immense regroupement qui s'opèrera au sein de la classe<br class='autobr' />
ouvrière et dans toutes ses organisations, y compris l'Internatio-<br class='autobr' />
nale communiste. On ne voit pas encore clairement l'allure de ce<br class='autobr' />
processus mais les voies de son évolution concrète sont nettes.<br class='autobr' />
Les masses ouvrières, couche par couche, passeront de la social-<br class='autobr' />
démocratie au communisme. L'axe de la politique communiste se<br class='autobr' />
déplacera de la droite vers la gauche. La ligne bolchevique<br class='autobr' />
conséquente au groupe qui a, depuis 1923, depuis la défaite du<br class='autobr' />
prolétariat allemand, su remonter le courant sous une grêle<br class='autobr' />
d'accusations et de persécutions, recueillera une sympathie<br class='autobr' />
croissante.</p>
<p>Les méthodes d'organisation grâce auxquelles triompheront<br class='autobr' />
dans l'Internationale communiste et par conséquent dans<br class='autobr' />
l'ensemble du prolétariat international, les idées du léninisme<br class='autobr' />
véritable qu'on ne peut contrefaire, dépendent pour une très<br class='autobr' />
large part de la direction actuelle de l'Internationale communiste<br class='autobr' />
et par conséquent directement du Vic congrès.</p>
<p>Cependant, quelles que soient les décisions de ce congrès -<br class='autobr' />
nous sommes prêts au pire -, le jugement général qui résulte de<br class='autobr' />
l'époque présente et de ses tendances internes, dont la cause a<br class='autobr' />
été instruite en particulier par l'expérience des cinq dernières<br class='autobr' />
années, nous dit que les idées de !'Opposition n'ont pas besoin de<br class='autobr' />
se frayer un chemin en dehors de l'Internationale communiste.<br class='autobr' />
Personne ne nous en fera dévier. Les idées que nous défendons<br class='autobr' />
deviendront ses idées et elles trouveront leur expression dans le<br class='autobr' />
programme de l'Internationale communiste.</p>
<p>III. BILAN ET PERSPECTIVES DE LA RÉVOLUTION CHINOISE :</p>
<p>SES ENSEIGNEMENTS POUR LES PAYS D'ORIENT</p>
<p>ET POUR L'INTERNATIONALE COMMUNISTE TOUT ENTIÈRE</p>
<p>C'est en analysant l'expérience, les erreurs et les tendances<br class='autobr' />
de la révolution de 1905 que se sont définitivement constituées le<br class='autobr' />
bolchevisme, le menchevisme et l'aile gauche de la social-<br class='autobr' />
démocratie allemande et internationale. L'analyse de l'expé-<br class='autobr' />
rience de la révolution chinoise a aujourd'hui la même impor-<br class='autobr' />
tance pour le prolétariat international.</p>
<p>Pourtant cette analyse, loin d'être commencée, est interdite.</p>
<p>La littérature officielle s'occupe d'ajuster rapidement les faits aux<br class='autobr' />
résolutions du comité exécutif de l'I.C. dont l'inconsistance s'est<br class='autobr' />
pleinement manifestée. Le projet de programme arrondit autant<br class='autobr' />
que possible les angles vifs du problème chinois, mais, pour<br class='autobr' />
l'essentiel, il avalise la politique funeste suivie par le C.E. de<br class='autobr' />
l'I.C. On substitue à l'analyse d'un des plus grands processus de<br class='autobr' />
l'histoire une plaidoirie littéraire en faveur de schémas qui ont<br class='autobr' />
fait faillite.</p>
<p>1. La nature de la bourgeoisie coloniale</p>
<p>Le Projet de programme dit :</p>
<p>« Des accords provisoires (avec la bourgeoisie indi-<br class='autobr' />
gène des pays coloniaux ne sont admissibles que dans la<br class='autobr' />
mesure où elle ne fait pas obstacle à l'organisation révolu-<br class='autobr' />
tionnaire des ouvriers et des paysans et mène une lutte<br class='autobr' />
effective contre l'impérialisme ? »</p>
<p>Cette formule, bien que délibérément intercalée dans une<br class='autobr' />
proposition subordonnée, est une des thèses fondamentales du<br class='autobr' />
projet, au moins pour les pays d'Orient. La proposition princi-<br class='autobr' />
pale parle évidemment de « la libération (des ouvriers et des<br class='autobr' />
paysans) de l'influence de la bourgeoisie indigène ». Cependant<br class='autobr' />
nous ne jugeons pas en grammairien, mais en homme politique :<br class='autobr' />
utilisant notre expérience propre, nous disons donc : « La<br class='autobr' />
proposition principale n'a ici qu'une valeur secondaire, tandis<br class='autobr' />
que la proposition subordonnée contient l'essentiel. Quant à la<br class='autobr' />
formule dans son ensemble, c'est le nœud courant menchevique<br class='autobr' />
passé autour du cou des prolétaires d'Orient. »</p>
<p>De quels accords provisoires parle-t-on ? En politique, de<br class='autobr' />
même que dans la nature, tout est « provisoire ». Peut-être<br class='autobr' />
s'agit-il d'ententes circonstancielles strictement pratiques ? Il va<br class='autobr' />
de soi que nous ne pouvons pour l'avenir renoncer à de tels<br class='autobr' />
accords rigoureusement délimités, portant sur des mesures<br class='autobr' />
précises, servant chaque fois un but bien défini. Il en est ainsi par<br class='autobr' />
exemple quand il s'agit de s'entendre avec des étudiants du<br class='autobr' />
Guomindang pour organiser une manifestation anti-impérialiste<br class='autobr' />
ou bien de secours versés par des marchands chinois aux grévistes<br class='autobr' />
d'une concession étrangère. De pareils cas ne sont nullement<br class='autobr' />
exclus à l'avenir, même en Chine. Mais alors, que viennent donc<br class='autobr' />
faire ici des conditions politiques d'ordre général : « Pour autant<br class='autobr' />
qu'elle (la bourgeoisie) ne s'oppose pas à l'organisation révolu-<br class='autobr' />
tionnaire des ouvriers et des paysans et mène une lutte effective<br class='autobr' />
(!) contre l'impérialisme ? »</p>
<p>L'unique « condition » de tout accord avec la bourgeoisie,<br class='autobr' />
accord séparé, pratique, limité à des mesures à prendre, adapté à<br class='autobr' />
chaque cas envisagé, consiste à ne pas mélanger les organisations<br class='autobr' />
et les drapeaux, ni directement, ni indirectement, ni pour un<br class='autobr' />
jour, ni pour une heure, à distinguer le rouge du bleu 177 , et ne<br class='autobr' />
croire en aucune façon que la bourgeoisie soit capable - voire<br class='autobr' />
disposée-de mener une lutte réelle contre l'impérialisme et à ne<br class='autobr' />
pas faire obstacle aux ouvriers et aux paysans. L'autre condition<br class='autobr' />
nous est absolument inutile pour des accords pratiques, portant<br class='autobr' />
sur des mesures à prendre. Au contraire, elle ne pourrait que<br class='autobr' />
nous être nuisible, brisant la ligne générale de notre lutte contre<br class='autobr' />
la bourgeoisie, lutte qui ne s'arrête pas, même pendant la brève<br class='autobr' />
période de l' « accord ». On a dit depuis longtemps que des<br class='autobr' />
ententes strictement pratiques, qui ne nous lient d'aucune façon,<br class='autobr' />
qui ne nous obligent à rien du point de vue politique, peuvent, si<br class='autobr' />
elles sont avantageuses à un moment donné, être conclues avec le<br class='autobr' />
diable en personne. Mais il est absurde d'exiger en même temps<br class='autobr' />
qu'à cette occasion le diable se convertisse totalement au christia-<br class='autobr' />
nisme et se serve de ses cornes non contre les ouvriers et les<br class='autobr' />
paysans, mais exclusivement pour des œuvres pieuses. En<br class='autobr' />
présentant de telles conditions, nous agirions déjà, au fond,<br class='autobr' />
comme les avocats du diable, et nous lui offririons de devenir ses<br class='autobr' />
parrains.</p>
<p>En posant ces conditions absurdes, en embellissant d'avance<br class='autobr' />
la bourgeoisie, le Projet de programme dut très clairement et<br class='autobr' />
nettement - malgré le caractère diplomatiquement subordonné<br class='autobr' />
de la proposition - qu'il s'agit précisément de coalitions<br class='autobr' />
politiques de longue durée et non d'accords occasionnels conclus<br class='autobr' />
pour des raisons pratiques en vue de mesures immédiates. Mais<br class='autobr' />
que signifie dans ce cas exiger que la bourgeoisie lutte« effective-<br class='autobr' />
ment » et « ne fasse pas obstacle » ? Formulons-nous ces condi-<br class='autobr' />
tions à la bourgeoisie elle-même et exigeons-nous qu'elle fasse<br class='autobr' />
publiquement une promesse ? Elle en fera autant qu'on voudra !</p>
<p>Elle enverra même ses délégués à Moscou, adhérera à l'Interna-<br class='autobr' />
tionale paysanne, se joindra en tant que sympathisante à<br class='autobr' />
l'Internationale communiste 178 , lancera des œillades à l'interna-<br class='autobr' />
tionale syndicale rouge, en un mot promettra tout ce qui lui<br class='autobr' />
permettra - avec notre aide - de mieux tromper, plus<br class='autobr' />
facilement, plus complètement, ses ouvriers et ses paysans, en<br class='autobr' />
leur jetant de la poudre aux yeux ... jusqu'à la première occasion,<br class='autobr' />
comme celle qui leur a été offerte à Shanghai 179 •</p>
<p>Peut-être ne s'agit-il pas ici de promesses politiques de la<br class='autobr' />
part de la bourgeoisie qui, répétons-le, en fera immédiatement,<br class='autobr' />
s'assurant de la sorte notre garantie devant les masses ouvrières ?<br class='autobr' />
Peut-être d'un jugement « objectif », « scientifique », porté sur<br class='autobr' />
la bourgeoisie indigène, d'une expertise en quelque sorte« socio-<br class='autobr' />
logique », des aptitudes de cette bourgeoisie à combattre et à<br class='autobr' />
« ne pas faire obstacle » ? Hélas, comme en témoigne l'expé-<br class='autobr' />
rience la plus récente, de pareilles expertises font habituellement<br class='autobr' />
passer les experts pour des imbéciles. Ce ne serait rien s'il ne<br class='autobr' />
s'agissait que des experts.</p>
<p>Aucun doute ne peut subsister : il est précisément question<br class='autobr' />
dans le texte de politiques de longue durée. Il serait superflu<br class='autobr' />
d'inclure la question des accords pratiques, circonstanciels, dans<br class='autobr' />
le programme, il suffisait d'une révolution de tactique « sur le<br class='autobr' />
moment actuel » traitant des mesures à adopter. Mais il s'agit de<br class='autobr' />
justifier et de consacrer dans le programme l'orientation, suivie<br class='autobr' />
hier, envers le Guomindang, qui mena à l'écrasement la seconde<br class='autobr' />
Révolution chinoise et est capable d'en mener encore plus d'une<br class='autobr' />
à sa perte 180 •</p>
<p>Conformément à la pensée de Boukharine, véritable auteur<br class='autobr' />
du projet, on mise précisément sur une appréciation générale de<br class='autobr' />
la bourgeoisie coloniale dont les aptitudes à combattre et à ne pas<br class='autobr' />
faire obstacle doivent être prouvées non pas par son propre<br class='autobr' />
serment, mais par un schéma strictement « sociologique », c'est-<br class='autobr' />
à-dire le 1001ème schéma scolastique adapté à cette œuvre opportu-<br class='autobr' />
niste.</p>
<p>Pour que la démonstration soit plus claire, citons ici le<br class='autobr' />
jugement porté par Boukharine sur la bourgeoisie coloniale.</p>
<p>Après une référence au « fond anti-impérialiste » des révolutions<br class='autobr' />
coloniales et à Lénine (tout à fait hors de propos), Boukharine<br class='autobr' />
déclare :</p>
<p>« La bourgeoisie libérale a joué en Chine, pendant<br class='autobr' />
nombre d'années et non pas seulement de mois, un rôle<br class='autobr' />
objectivement révolutionnaire, puis s'est épuisée. Ce ne fut<br class='autobr' />
nullement une « journée glorieuse » comparable à la<br class='autobr' />
révolution libérale russe de 1905. »</p>
<p>Tout est faux ici du début à la fin. Lénine enseignait en effet<br class='autobr' />
qu'il faut distinguer rigoureusement la nation bourgeoise oppri-<br class='autobr' />
mée de celle qui opprime. Il en découle des déductions d'une<br class='autobr' />
exceptionnelle importance, par exemple dans le cas d'une guerre<br class='autobr' />
entre pays impérialiste et colonial. Pour un pacifiste, cette guerre<br class='autobr' />
ressemble à n'importe quelle autre ; pour un communiste, la<br class='autobr' />
guerre d'une nation coloniale contre une nation impérialiste est<br class='autobr' />
une guerre bourgeoise-révolutionnaire. Lénine plaçait les mou-<br class='autobr' />
vements de libération nationale, les insurrections coloniales et les<br class='autobr' />
guerres des nations opprimées au niveau des révolutions démo-<br class='autobr' />
cratiques bourgeoises en particulier du 1905 russe. Mais Lénine<br class='autobr' />
ne mettait pas du tout, comme actuellement Boukharine après<br class='autobr' />
son revirement à 180°, les guerres de libération nationale au-<br class='autobr' />
dessus des révolutions bourgeoises démocratiques. Lénine exi-<br class='autobr' />
geait la distinction entre la bourgeoisie du pays opprimé et celle<br class='autobr' />
du pays oppresseur. Mais il n'a nulle part présenté ce problème
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> et n'aurait pas pu le faire - en affirmant que la bourgeoisie<br class='autobr' />
d'un pays non colonial à l'époque de la lutte pour la libération<br class='autobr' />
nationale devait être plus progressiste et plus révolutionnaire que<br class='autobr' />
la bourgeoisie d'un pays non colonial pendant une période de<br class='autobr' />
révolution démocratique. Sur le plan théorique, rien ne l'exige.<br class='autobr' />
L'histoire ne le confirme pas. Si pitoyable que soit le libéralisme<br class='autobr' />
russe, bien que sa moitié de gauche - la démocratie petite-<br class='autobr' />
bourgeoise, les s.r. et les mencheviks - fasse figure d'avorton, il<br class='autobr' />
n'est guère possible d'affirmer que le libéralisme et la démocratie<br class='autobr' />
bourgeoise en Chine aient montré plus d'élévation et de capacité<br class='autobr' />
révolutionnaire que leurs homologues russes.</p>
<p>Présenter les choses comme si le joug colonial donnait<br class='autobr' />
nécessairement un caractère révolutionnaire à la bourgeoisie<br class='autobr' />
nationale, c'est reproduire à l'envers l'erreur fondamentale du<br class='autobr' />
menchevisme, lequel estimait que la nature révolutionnaire de la<br class='autobr' />
bourgeoisie russe avait absolument découler de l'oppression<br class='autobr' />
absolutiste et féodale.</p>
<p>La question de la nature et de la politique de la bourgeoisie<br class='autobr' />
est tranchée par toute la structure interne de classe de la nation<br class='autobr' />
qui mène la lutte révolutionnaire, par l'époque historique à<br class='autobr' />
laquelle se déroule cette lutte, par le degré de dépendance<br class='autobr' />
économique, politique et militaire qui lie la bourgeoisie indigène<br class='autobr' />
à l'impérialisme mondial dans son ensemble ou à une partie<br class='autobr' />
déterminée de celui-ci, enfin - et c'est là l'essentiel - par le<br class='autobr' />
degré d'activité de classe du prolétariat indigène et par l'état de<br class='autobr' />
ses liens avec le mouvement révolutionnaire international.</p>
<p>Une révolution démocratique ou la libération nationale<br class='autobr' />
peuvent permettre à la bourgeoisie d'approfondir et d'étendre les<br class='autobr' />
possibilités d'exploitation. L'intervention autonome du proléta-<br class='autobr' />
riat sur l'arène révolutionnaire menace de les lui enlever complè-<br class='autobr' />
tement.</p>
<p>Voyons les choses de plus près. Les animateurs actuels de<br class='autobr' />
l'I.C. répètent inlassablement que Tchiang Kaï-chek a fait la<br class='autobr' />
guerre à l'impérialisme tandis que Kerensky (181) a marché la main<br class='autobr' />
dans la main avec les impérialistes. Conclusion : il fallait mener<br class='autobr' />
contre Kerensky une lutte implacable, alors qu'il fallait appuyer<br class='autobr' />
Tchiang Kai-chek.</p>
<p>La liaison entre le kerenskysme et l'impérialisme est incon-<br class='autobr' />
testable. On peut remonter en arrière et souligner que la<br class='autobr' />
bourgeoisie russe « détrôna » Nicolas II (182) avec la bénédiction<br class='autobr' />
des impérialistes anglais et français. Non seulement Milioukov-<br class='autobr' />
Kerensky (183) soutinrent la guerre de Lloyd George-Poincaré (184) ,<br class='autobr' />
mais aussi Lloyd George et Poincaré appuyèrent la révolution de<br class='autobr' />
Milioukov-Kerensky d'abord contre le tsar, ensuite contre les<br class='autobr' />
ouvriers et les paysans. Cela ne fait absolument aucun doute.</p>
<p>Mais comment les choses se passèrent-elles sur ce point, en<br class='autobr' />
Chine ? La révolution de « février » s'accomplit en Chine en<br class='autobr' />
1911. Ce fut un grand événement progressiste, bien qu'elle se soit<br class='autobr' />
effectuée avec la participation la plus directe des impérialistes.</p>
<p>Sun Yat-sen (185) raconte dans ses Mémoires comment son organi-<br class='autobr' />
sation, dans toute son activité, fut soutenue par l' « aide » des<br class='autobr' />
pays impérialistes, tantôt du Japon, tantôt de la France, tantôt<br class='autobr' />
des Etats-Unis (186). Si en 1917, Kerensky continuait à participer à<br class='autobr' />
la guerre impérialiste, la bourgeoisie chinoise, elle aussi, elle qui<br class='autobr' />
était « nationale », « révolutionnaire », etc. appuya l'interven-<br class='autobr' />
tion de Wilson (187) dans la guerre, espérant que l'Entente aiderait<br class='autobr' />
à libérer la Chine. En 1918, Sun Yat-sen s'adressa aux gouverne-<br class='autobr' />
ments de l'Entente (188) avec ses projets de relèvement économique<br class='autobr' />
et de libération politique de la Chine. Il n'existe aucune raison<br class='autobr' />
permettant d'affirmer que la bourgeoisie chinoise, dans sa lutte<br class='autobr' />
contre la dynastie mandchoue, a fait preuve de plus de qualités<br class='autobr' />
révolutionnaires que la bourgeoisie russe combattant le tsarisme,<br class='autobr' />
ou bien qu'il y aurait une différence de principe entre l'attitude<br class='autobr' />
adoptée à l'égard de l'impérialisme par Tchiang Kai-chek et par<br class='autobr' />
Kerensky.</p>
<p>Mais, affirme le comité exécutif de l'I.C., Tchiang Kai-chek<br class='autobr' />
a tout de même fait la guerre à l'impérialisme. Présenter les<br class='autobr' />
choses de cette façon, c'est travestir grossièrement la réalité.<br class='autobr' />
Tchiang Kai-chek a fait la guerre aux seigneurs de la guerre<br class='autobr' />
chinois, agents de l'un des Etats impérialistes. Ce n'est pas du<br class='autobr' />
tout la même chose que de faire la guerre à l'impérialisme. Même<br class='autobr' />
Tan Pingshan le comprenait (189). Dans le rapport qu'il a présenté<br class='autobr' />
au vue plénum de l'exécutif de l'I.C., fin 1926, il caractérisait de<br class='autobr' />
la façon suivante la politique du centre du Guomindang qui avait<br class='autobr' />
à sa tête Tchiang Kai-chek :</p>
<p>« Il a, dans le domaine de la politique internationale,<br class='autobr' />
une attitude passive, dans le sens complet du terme ... Il est<br class='autobr' />
enclin à ne lutter que contre l'impérialisme anglais ; quant<br class='autobr' />
aux impérialistes japonais, dans certaines conditions, il est<br class='autobr' />
prêt à admettre avec eux un compromis. » (190)</p>
<p>L'attitude du Guomindang à l'égard de l'impérialisme fut,<br class='autobr' />
dès le début, non pas révolutionnaire mais toute de collabora-<br class='autobr' />
tion : il tendait à battre et repousser les agents de certaines<br class='autobr' />
puissances impérialistes pour commencer à marchander avec ces<br class='autobr' />
puissances ou d'autres à des conditions plus avantageuses. Tout<br class='autobr' />
simplement.</p>
<p>Toute cette façon d'aborder le problème est fausse. Ce qu'il<br class='autobr' />
faut considérer, ce n'est pas l'attitude de chaque bourgeoisie<br class='autobr' />
indigène à l'égard de l'impérialisme « en général », mais sa<br class='autobr' />
position face aux tâches historiques révolutionnaires à l'ordre du<br class='autobr' />
jour dans son pays. La bourgeoisie russe a été celle d'un Etat<br class='autobr' />
impérialiste oppresseur. La bourgeoisie chinoise est celle d'un<br class='autobr' />
pays colonial opprimé. Le renversement du tsarisme féodal a été<br class='autobr' />
une tâche progressiste dans l'ancienne Russie. Renverser le joug<br class='autobr' />
impérialiste est en Chine une tâche historique progressiste. Mais<br class='autobr' />
la conduite de la bourgeoisie chinoise par rapport à l'impéria-<br class='autobr' />
lisme, au prolétariat et à la paysannerie non seulement n'est pas<br class='autobr' />
plus révolutionnaire que l'attitude de la bourgeoisie russe à<br class='autobr' />
l'égard du tsarisme, et les classes révolutionnaires de Russie,<br class='autobr' />
mais elle est peut-être plus réactionnaire et plus lâche encore.</p>
<p>Voilà la seule façon de poser la question.</p>
<p>La bourgeoisie chinoise est suffisamment réaliste et elle<br class='autobr' />
connaît d'assez près le visage de l'impérialisme mondial pour<br class='autobr' />
comprendre qu'une lutte vraiment sérieuse contre lui exige une<br class='autobr' />
poussée des masses révolutionnaires tellement forte que, dès le<br class='autobr' />
début, c'est elle, la bourgeoisie, qui sera menacée. Si la lutte<br class='autobr' />
contre la dynastie mandchoue fut une tâche d'envergure histori-<br class='autobr' />
que moindre que le renversement du tsarisme, en revanche, la<br class='autobr' />
lutte contre l'impérialisme mondial est historiquement un pro-<br class='autobr' />
blème plus vaste. Et si, dès nos premiers pas, nous avons appris<br class='autobr' />
aux ouvriers de Russie à ne pas croire que le libéralisme soit<br class='autobr' />
disposé et que la démocratie petite bourgeoise soit capable de<br class='autobr' />
culbuter le tsarisme et d'abolir le féodalisme, nous aurions dû,<br class='autobr' />
avec autant de force, inoculer dès le début aux ouvriers chinois ce<br class='autobr' />
sentiment de défiance. Au fond, la nouvelle théorie de Staline-<br class='autobr' />
Boukharine, tout à fait fausse, sur « l'immanence » de l'esprit<br class='autobr' />
révolutionnaire de la bourgeoisie coloniale n'est que du menche-<br class='autobr' />
visme traduit dans le langage de la politique chinoise. Elle sert<br class='autobr' />
simplement à faire de· la situation opprimée de la Chine une<br class='autobr' />
prime politique au profit de la bourgeoisie chinoise : elle jette sur<br class='autobr' />
le plateau de la balance, du côté de la bourgeoisie, un supplé-<br class='autobr' />
ment de poids qui contrebalance le plateau du prolétariat chinois<br class='autobr' />
triplement opprimé.</p>
<p>Mais, nous disent Staline et Boukharine, les auteurs du<br class='autobr' />
Projet de programme, la campagne du Nord de Tchiang Kai-<br class='autobr' />
chek (191) a provoqué un puissant réveil des masses ouvrières et<br class='autobr' />
paysannes. C'est incontestable. Mais le fait que Goutchkov et<br class='autobr' />
Choulguine (192) apportèrent avec eux à Petrograd l'acte d'abdica-<br class='autobr' />
tion de Nicolas II ne joua pas un rôle révolutionnaire, ne réveilla<br class='autobr' />
donc pas les couches populaires les plus écrasées, les plus<br class='autobr' />
fatiguées, les plus timides. Mais le fait qu'hier le « travail-<br class='autobr' />
liste » (193) Kerensky devint président du conseil des ministres et<br class='autobr' />
commandant en chef des armées, n'éveilla donc pas la masse des<br class='autobr' />
soldats, ne la poussa pas vers les meetings, ne dressa pas les<br class='autobr' />
villages contre les hobereaux ?</p>
<p>On peut aussi poser la question de façon plus large. Est-ce<br class='autobr' />
que, de façon générale, toute l'activité du capitalisme n'éveille<br class='autobr' />
pas les masses, ne les arrache pas, suivant l'expression du<br class='autobr' />
Manifeste du Parti communiste, à la stupidité de la vie des<br class='autobr' />
campagnes, ne lance pas dans la lutte les bataillons prolétariens ?</p>
<p>Mais on ne peut substituer un jugement historique sur le rôle<br class='autobr' />
objectif du capitalisme dans son ensemble ou de certaines actions<br class='autobr' />
de la bourgeoisie en particulier à notre attitude active, de classe,<br class='autobr' />
révolutionnaire, à l'égard du capitalisme et l'activité de la<br class='autobr' />
bourgeoisie ? La politique opportuniste s'est toujours fondée sur<br class='autobr' />
un « objectivisme » de ce genre, non dialectique, conservateur,<br class='autobr' />
suiviste. Le marxisme a toujours enseigné que les conséquences<br class='autobr' />
révolutionnaires de certains actes que la bourgeoisie est obligée<br class='autobr' />
d'accomplir en raison de sa situation, seront d'autant plus<br class='autobr' />
décisives, incontestables et durables que l'avant-garde proléta-<br class='autobr' />
rienne sera plus indépendante de la bourgeoisie, et moins encline<br class='autobr' />
à se laisser prendre les doigts dans l'engrenage bourgeois, à se<br class='autobr' />
laisser éblouir par la bourgeoisie, en surestimer l'esprit révolu-<br class='autobr' />
tionnaire et l'aptitude à établir « le front unique » et la lutte<br class='autobr' />
contre l'impérialisme.</p>
<p>Le jugement de Boukharine sur la bourgeoisie coloniale ne<br class='autobr' />
résiste pas plus à la critique dans le domaine théorique, histori-<br class='autobr' />
que et politique. Pourtant, c'est précisément ce jugement que le<br class='autobr' />
Projet de programme, comme nous l'avons vu, tente de consa-<br class='autobr' />
crer.</p>
<p>Une faute non reconnue et non condamnée en entraîne<br class='autobr' />
toujours une autre tout de suite après ou la prépare.</p>
<p>Si, hier, la bourgeoisie chinoise était incorporée au front<br class='autobr' />
unique révolutionnaire, aujourd'hui on proclame qu' « elle est<br class='autobr' />
passée définitivement dans le camp de la contre-révolution ».</p>
<p>Mais il n'est pas difficile de découvrir à quel point ces enrôle-<br class='autobr' />
ments et ces transferts effectués de façon tout administrative,<br class='autobr' />
sans analyse marxiste un tant soit peu sérieuse, manquent de<br class='autobr' />
fondement.</p>
<p>Il est tout à fait évident que la bourgeoisie ne rejoint pas les<br class='autobr' />
révolutionnaires par hasard, à la légère, mais parce qu'elle subit<br class='autobr' />
la pression de ses intérêts de classe. Par crainte des masses, elle<br class='autobr' />
abandonne ensuite la révolution ou manifeste ouvertement<br class='autobr' />
contre elle une haine jusque-là dissimulée. Mais elle ne peut<br class='autobr' />
passer définitivement dans le camp de la contre-révolution, c'est-<br class='autobr' />
à-dire se libérer de la nécessité de « soutenir » de nouveau la<br class='autobr' />
révolution ou tout au moins de flirter avec elle, que lorsque, par<br class='autobr' />
des méthodes révolutionnaires ou autres - celles de Bis-<br class='autobr' />
marck (194) , par exemple - elle réussit à satisfaire ses aspirations<br class='autobr' />
de classe fondamentales. Rappelons l'histoire des années 1848 et<br class='autobr' />
1871. Rappelons que la bourgeoisie russe n'a pu tourner aussi<br class='autobr' />
résolument le dos à la révolution que parce qu'elle avait reçu<br class='autobr' />
d'elle la Douma d'Etat, à savoir le moyen d'agir directement sur<br class='autobr' />
la bureaucratie et se livrer à des tractations avec elle. Néanmoins,<br class='autobr' />
quand la guerre de 1914-1917 eut révélé que le régime« rénové »<br class='autobr' />
était incapable d'assurer la satisfaction des intérêts principaux de<br class='autobr' />
la bourgeoisie, celle-ci se retourna de nouveau du côté de la<br class='autobr' />
révolution et son revirement fut plus brutal qu'en 1905.</p>
<p>Peut-on dire que la révolution de 1925-27 en Chine ait donné<br class='autobr' />
satisfaction au moins partielle aux intérêts fondamentaux du<br class='autobr' />
capitalisme chinois ? Non, la Chine est actuellement aussi éloi-<br class='autobr' />
gnée d'une véritable unité nationale et de son indépendance<br class='autobr' />
qu'avant 1925 (195) • Pourtant, pour la bourgeoisie chinoise, la<br class='autobr' />
création d'un marché intérieur unique, sa protection contre des<br class='autobr' />
marchandises étrangères à meilleur marché, constituent presque<br class='autobr' />
une question de vie ou de mort, la seconde par ordre d'impor-<br class='autobr' />
tance, après celle du maintien des bases de sa domination de<br class='autobr' />
classe sur le prolétariat et les paysans pauvres. Mais pour les<br class='autobr' />
bourgeoisies anglaise et française, le maintien de la Chine à l'état<br class='autobr' />
de colonie n'a pas moins d'importance que pour la bourgeoisie<br class='autobr' />
chinoise l'autonomie économique. Voilà pourquoi il y aura<br class='autobr' />
encore de nombreux zigzags vers la gauche dans la politique de la<br class='autobr' />
bourgeoisie chinoise. Il ne manquera pas à l'avenir de tentations<br class='autobr' />
pour les amateurs de front unique national. Dire aujourd'hui aux<br class='autobr' />
communistes chinois : « Votre coalition avec la bourgeoisie a été<br class='autobr' />
juste de 1924 à la fin 1927, mais maintenant elle ne vaut plus rien,<br class='autobr' />
parce que la bourgeoisie est passée définitivement du côté de la<br class='autobr' />
contre-révolution », c'est désarmer de nouveau les communistes<br class='autobr' />
chinois dans les revirements objectifs qui vont s'opérer dans la<br class='autobr' />
situation et devant les zigzags à gauche que la bourgeoisie<br class='autobr' />
chinoise va inévitablement décrire. Déjà la guerre de Tchiang<br class='autobr' />
Kai-chek contre le Nord est en train de culbuter complètement le<br class='autobr' />
schéma mécanique des auteurs du projet de programme.</p>
<p>Mais l'erreur de principe commise dans la manière officielle<br class='autobr' />
de poser la question apparaîtra sans doute de la façon la plus<br class='autobr' />
éclatante, la plus convaincante et la plus indiscutable si nous<br class='autobr' />
rappelons ce fait, tout récent et d'une grande importance, que la<br class='autobr' />
Russie tsariste fut une combinaison de nations oppresseuses et de<br class='autobr' />
nations opprimées, c'est-à-dire de Grands Russes et d' « allo-<br class='autobr' />
gènes » dont beaucoup se trouvaient totalement dans la situation<br class='autobr' />
de colonies ou de semi-colonies. Lénine, non seulement exigeait<br class='autobr' />
la plus grande attention à la question nationale des peuples de la<br class='autobr' />
Russie tsariste, mais il proclama contre Boukharine et consorts<br class='autobr' />
que le devoir élémentaire du prolétariat de la nation dominante<br class='autobr' />
était d'appuyer la lutte des nations opprimées pour leur droit à<br class='autobr' />
disposer d'elles-mêmes allant jusqu'à la séparation. Mais le parti<br class='autobr' />
en a-t-il tiré la conclusion que la bourgeoisie des nationalités<br class='autobr' />
opprimées par le tsarisme (Polonais, Ukrainiens, Tatars, Juifs,<br class='autobr' />
Arméniens, etc.) était plus progressiste, radicale, révolutionnaire<br class='autobr' />
que la bourgeoisie russe ? L'expérience de l'histoire témoigne<br class='autobr' />
que la bourgeoisie polonaise, bien que le joug absolutiste se<br class='autobr' />
combinât avec le joug nationaliste, fut plus réactionnaire que la<br class='autobr' />
bourgeoisie russe : dans les Doumas, elle sentit l'attrait non des<br class='autobr' />
cadets mais bien des octobristes (196). Il en fut de même de la<br class='autobr' />
bourgeoisie tatar. La privation inouïe de droits frappant les Juifs<br class='autobr' />
n'a pas empêché la bourgeoisie juive d'être plus couarde encore,<br class='autobr' />
plus réactionnaire et plus lâche que celle de Russie. Ou bien les<br class='autobr' />
bourgeois esthoniens, lettons, géorgiens ou arméniens furent-ils<br class='autobr' />
plus révolutionnaires que ceux de Grande-Russie ? Comment<br class='autobr' />
peut-on donc oublier pareils enseignements de !'Histoire ! Mais<br class='autobr' />
peut-être doit-on à présent reconnaître après coup que le<br class='autobr' />
bolchevisme se trompait quand, contrairement au Bund, aux<br class='autobr' />
dachnaks, aux membres du parti socialiste polonais, aux menche-<br class='autobr' />
viks géorgiens et autres 197 , il exhortait, dès l'aube de la révolu-<br class='autobr' />
tion bourgeoise démocratique, les ouvriers de toutes les nations<br class='autobr' />
opprimées, de tous les peuples coloniaux de la Russie tsariste à se<br class='autobr' />
regrouper dans une organisation autonome de classe, à rompre<br class='autobr' />
tout lien d'organisation non seulement avec les partis libéraux<br class='autobr' />
bourgeois, mais aussi avec les partis révolutionnaires de la petite<br class='autobr' />
bourgeoisie, à conquérir la classe ouvrière dans la lutte contre ces<br class='autobr' />
derniers et, par l'intermédiaire des ouvriers, lutter contre eux<br class='autobr' />
pour influencer les paysans ? N'avons-nous pas commis ici une<br class='autobr' />
erreur « trotskyste » ? N'avons-nous pas sauté, en ce qui<br class='autobr' />
concerne ces nations opprimées, y compris certaines, très arrié-<br class='autobr' />
riées, par-dessus la phase de développement correspondant au<br class='autobr' />
Guomindang ? Comme il est aisé en effet d'édifier une théorie<br class='autobr' />
suivant laquelle le P.P.S., le Danchak-Tsoutioun, le Bund, etc.,<br class='autobr' />
furent des formes « particulières » d'une collaboration nécessaire<br class='autobr' />
entre classes diverses luttant contre l'absolutisme et le joug<br class='autobr' />
national ! Peut-on oublier de telles leçons de l'Histoire ?</p>
<p>Dès avant les événements de Chine de ces trois dernières<br class='autobr' />
années, il était clair pour un marxiste (et cela doit paraître clair à<br class='autobr' />
présent, même pour un aveugle) que l'impérialisme étranger, en<br class='autobr' />
tant que facteur direct de la vie intérieure de la Chine, rend les<br class='autobr' />
Milioukov et les Kérensky chinois plus lâches en dernière analyse<br class='autobr' />
que leurs prototypes russes. Ce n'est pas pour rien que le premier<br class='autobr' />
Manifeste de notre parti avait proclamé que, plus on allait vers<br class='autobr' />
l'Orient et plus la bourgeoisie devenait mesquine et lâche, plus<br class='autobr' />
les tâches du prolétariat devenaient importantes. Cette « loi »<br class='autobr' />
historique s'applique aussi intégralement à la Chine (198).</p>
<p>« Notre révolution est bourgeoise ; c'est pour cela que<br class='autobr' />
les ouvriers doivent soutenir la bourgeoisie, disent les<br class='autobr' />
politiciens dépourvus de toute clairvoyance venant du<br class='autobr' />
camp des liquidateurs. Notre révolution est bourgeoise,<br class='autobr' />
disons-nous, nous, marxistes ; c'est pour cela que les<br class='autobr' />
ouvriers doivent ouvrir les yeux au peuple en lui faisant<br class='autobr' />
voir les tromperies des politiciens bourgeois, lui enseigner à<br class='autobr' />
ne pas ajouter foi aux mots, à ne compter que sur ses<br class='autobr' />
forces, son organisation, son union, son armement. » (199)</p>
<p>Cette thèse de Lénine conserve toute sa validité pour<br class='autobr' />
l'Orient tout entier : il faut à tout prix qu'elle ait sa place dans le<br class='autobr' />
programme de l'Internationale communiste.</p>
<p>2. Les étapes de la révolution chinoise</p>
<p>Pour le Guomindang, la première étape a été une période de<br class='autobr' />
domination de la bourgeoisie indigène sous l'enseigne apologéti-<br class='autobr' />
que du « bloc des quatre classes » (200). La deuxième période,<br class='autobr' />
après le coup d'Etat de Tchiang Kaï-chek, a été celle de<br class='autobr' />
l'expérience de la domination parallèle et « autonome » du<br class='autobr' />
kerenskysme chinois. Si les populistes (201) russes et les mencheviks<br class='autobr' />
donnèrent à leur « dictature » éphémère ouvertement la forme<br class='autobr' />
d'une dualité de pouvoirs, en revanche, la « démocratie révolu-<br class='autobr' />
tionnaire » chinoise n'avait pas suffisamment grandi pour attein-<br class='autobr' />
dre même ce niveau. Comme l'histoire, de façon générale, ne<br class='autobr' />
travaille pas sur commande, il ne reste plus qu'à comprendre<br class='autobr' />
qu'il n'y a pas et qu'il n'y aura pas d'autre dictature « démocrati-<br class='autobr' />
que » que celle que le Guomindang a exercée depuis 1925. Cela<br class='autobr' />
reste vrai, indépendamment du fait que la semi-unité de la Chine<br class='autobr' />
obtenue par le Guomindang se maintienne dans l'avenir immé-<br class='autobr' />
diat ou que le pays soit à nouveau démembré. Mais précisément<br class='autobr' />
lorsque la dialectique de classe de la révolution, après avoir<br class='autobr' />
épuisé toutes ses autres ressources, mit à l'ordre du jour la<br class='autobr' />
dictature du prolétariat entraînant des millions et des millions<br class='autobr' />
d'opprimés et de déshérités des villes et des campagnes, le comité<br class='autobr' />
exécutif de l'Internationale communiste mit au premier plan le<br class='autobr' />
mot d'ordre de la dictature démocratique (c'est-à-dire bourgeoise<br class='autobr' />
et démocratique) des ouvriers et des paysans. La réponse à cette<br class='autobr' />
formule fut l'insurrection de Canton, qui, bien qu'elle ait été<br class='autobr' />
prématurée, et malgré sa direction aventuriste, lève le voile sur<br class='autobr' />
l'étape nouvelle ou, plus exactement, la future révolution chi-<br class='autobr' />
noise, la troisième (202). Il est nécessaire d'insister là-dessus.<br class='autobr' />
En cherchant une assurance contre les péchés du passé, la<br class='autobr' />
direction, vers la fin de l'année passée, imprima de façon<br class='autobr' />
criminelle à la marche des événements une allure forcée qui<br class='autobr' />
aboutit à l'avortement de Canton. Mais même un avortement<br class='autobr' />
peut nous apprendre beaucoup sur l'état de la mère et sur le<br class='autobr' />
processus de l'accouchement. L'énorme importance, véritable-<br class='autobr' />
ment décisive au point de vue théorique, que les événements de<br class='autobr' />
Canton ont par rapport aux problèmes essentiels de la révolution<br class='autobr' />
chinoise, est justement conditionnée par le fait que nous sommes<br class='autobr' />
ici en présence de ce qui arrive si rarement en histoire et en<br class='autobr' />
politique ; une expérience de laboratoire à une échelle gigantesque.</p>
<p>Nous l'avons payée cher ; mais cela nous oblige d'autant plus à en<br class='autobr' />
assimiler bien les enseignements (203).</p>
<p>Un des mots d'ordre de combat du coup d'Etat de Canton,<br class='autobr' />
d'après ce qu'écrit la Pravda (n° 31) fut le cri d' « A bas le<br class='autobr' />
Guomindang ! ». Or, déjà au lendemain de la « trahison » de<br class='autobr' />
Tchiang Kai-chek et après celle de Wang Jingwei 197 (trahison,<br class='autobr' />
non de classe, mais de nos ... illusions), le C.E de l'I.C. fit des<br class='autobr' />
promesses solennelles : « Nous n'abandonnerons pas le drapeau<br class='autobr' />
du Guomindang » (204). Les ouvriers de Canton interdirent le<br class='autobr' />
Guomindang en mettant hors la loi toutes ses tendances. Cela<br class='autobr' />
signifie que, pour accomplir les tâches nationales fondamentales<br class='autobr' />
de la bourgeoisie, non seulement la grande bourgeoisie, mais<br class='autobr' />
aussi la petite, n'ont point présenté de force politique, de parti,<br class='autobr' />
de fraction, à côté desquels le parti du prolétariat aurait pu<br class='autobr' />
résoudre les problèmes de la révolution bourgeoise-démocrati-<br class='autobr' />
que. Précisément, la clef qui permet d'entrer dans la position<br class='autobr' />
consiste en ce que le problème de la conquête du mouvement des<br class='autobr' />
paysans incombe déjà entièrement au prolétariat, directement au<br class='autobr' />
parti communiste ; pour aborder la véritable solution des pro-<br class='autobr' />
blèmes bourgeois-démocratiques de la révolution, il faudrait que<br class='autobr' />
le pouvoir soit tout entier concentré dans les mains du proléta- <br class='autobr' />
riat.</p>
<p>La Pravda communique au sujet de l'éphémère pouvoir<br class='autobr' />
soviétique de Canton :</p>
<p>« Les décrets du soviet de Canton ont décidé dans<br class='autobr' />
l'intérêt des ouvriers [... ] contrôle sur la production par les<br class='autobr' />
ouvriers, réalisant ce contrôle par les comités d'usines [... ]<br class='autobr' />
nationalisation de la grande industrie, des transports et des<br class='autobr' />
banques. »</p>
<p>Plus loin, on cite des mesures de ce genre :</p>
<p>« Confiscation de tous les appartements de la grande<br class='autobr' />
bourgeoisie au profit des travailleurs. » (205)</p>
<p>Ainsi, c'étaient les ouvriers de Canton qui étaient au<br class='autobr' />
pouvoir. En outre, le pouvoir appartenait en fait au parti<br class='autobr' />
communiste. Le programme du pouvoir nouveau ne comprenait<br class='autobr' />
pas seulement la confiscation des terres des hobereaux pour<br class='autobr' />
autant que celles-ci existent dans le Guangdong, le contrôle<br class='autobr' />
ouvrier sur la production, mais aussi la nationalisation de la<br class='autobr' />
grande industrie, des banques, des transports et même la<br class='autobr' />
confiscation des appartements de la bourgeoisie et de tous ses<br class='autobr' />
biens au profit des travailleurs. Si ce sont là les méthodes de la<br class='autobr' />
révolution bourgeoise, on se demande à quoi peut bien ressem-<br class='autobr' />
bler la révolution prolétarienne en Chine ?</p>
<p>Bien que les directives du C.E. de l'I.C. n'aient rien dit de la<br class='autobr' />
dictature prolétarienne et des mesures socialistes, bien que<br class='autobr' />
Canton se distingue par son caractère petit-bourgeois, Shanghai,<br class='autobr' />
Hankou et autres centres industriels du pays, le coup d'Etat<br class='autobr' />
révolutionnaire mené contre le Guomindang, a abouti automati-<br class='autobr' />
quement à la dictature du prolétariat qui, dès ses premiers pas,<br class='autobr' />
fut obligée, en raison de l'ensemble de la situation, d'appliquer<br class='autobr' />
des mesures plus radicales que celles par lesquelles débuta la<br class='autobr' />
révolution d'Octobre. Et ce fait, malgré son apparence para-<br class='autobr' />
doxale, découle normalement tant des rapports sociaux en Chine<br class='autobr' />
que de tout le développement de la révolution.</p>
<p>La propriété foncière, grande et moyenne, telle qu'on la<br class='autobr' />
trouve en Chine, s'entrelace de la façon la plus intime avec le<br class='autobr' />
capitalisme des villes, capital étranger compris (206). II n'existe pas<br class='autobr' />
en Chine de caste de hobereaux s'opposant à la bourgeoisie.</p>
<p>L'exploiteur le plus répandu, le plus commun et le plus haï dans<br class='autobr' />
les campagnes, est le koulak-usurier, agent du capital financier<br class='autobr' />
des villes. Ainsi la révolution agraire a-t-elle tout autant un<br class='autobr' />
caractère anti-féodal qu'anti-bourgeois. II n'y aura pas, ou<br class='autobr' />
presque pas, en Chine, d'étape semblable à la première étape de<br class='autobr' />
notre révolution d'Octobre pendant laquelle le koulak marchait<br class='autobr' />
avec les paysans pauvres et moyens, souvent à leur tête, contre le<br class='autobr' />
propriétaire foncier. La révolution agraire dans ce pays signifie et<br class='autobr' />
signifiera désormais insurrection non seulement contre hobe-<br class='autobr' />
reaux et bureaucrates véritables, à vrai dire peu nombreux, mais<br class='autobr' />
aussi contre le koulak et l'usurier. Si, chez nous, les comités de<br class='autobr' />
paysans pauvres ne sont intervenus qu'à la seconde étape de la<br class='autobr' />
révolution d'Octobre, vers le milieu de 1918, en revanche, en<br class='autobr' />
Chine, sous quelque aspect que ce soit, ils entreront en scène dès<br class='autobr' />
que renaîtra le mouvement agraire. La « dékoulakisation » sera<br class='autobr' />
en Chine le premier pas et non le second de l'Octobre chinois.</p>
<p>La révolution agraire ne constitue cependant pas à elle seule<br class='autobr' />
le fond unique de la lutte historique qui se déroule actuellement<br class='autobr' />
en Chine. La révolution agraire la plus radicale, le partage des<br class='autobr' />
terres - il va de soi que le P.C. l'appuiera jusqu'au bout- ne<br class='autobr' />
permettra pas à lui seul de sortir de l'impasse économique. La<br class='autobr' />
Chine a tout autant besoin de son unité nationale, de sa<br class='autobr' />
souveraineté économique, c'est-à-dire de l'autonomie douanière<br class='autobr' />
ou plus exactement du monopole du commerce extérieur ; or cela<br class='autobr' />
exige qu'elle se libère de l'impérialisme mondial. Pour ce dernier,<br class='autobr' />
la Chine ne demeure pas seulement la source la plus importante<br class='autobr' />
d'enrichissement : elle garantit aussi son existence en constituant<br class='autobr' />
une soupape de sûreté pour les explosions qui se produisent<br class='autobr' />
aujourd'hui à l'intérieur du capitalisme européen et se produi-<br class='autobr' />
ront demain à l'intérieur du marché américain.</p>
<p>C'est ce qui détermine d'avance l'immense envergure et la<br class='autobr' />
monstrueuse âpreté de la lutte par laquelle les masses populaires<br class='autobr' />
chinoises devront passer, tous les acteurs de ce combat ont déjà<br class='autobr' />
l'occasion d'en prendre la mesure.</p>
<p>Le rôle énorme du capital étranger dans l'industrie chinoise<br class='autobr' />
et l'habitude qu'il a prise, pour défendre ses appétits, de<br class='autobr' />
s'appuyer directement sur des baïonnettes« nationales » rendent<br class='autobr' />
le programme du contrôle ouvrier encore moins réalisable en<br class='autobr' />
Chine qu'il ne le fut chez nous (207). L'expropriation directe des<br class='autobr' />
entreprises capitalistes étrangères d'abord, chinoises ensuite,<br class='autobr' />
sera très vraisemblablement imposée par le cours de la lutte au<br class='autobr' />
lendemain de l'insurrection victorieuse.</p>
<p>Les mêmes causes objectives, sociales et historiques, qui ont<br class='autobr' />
déterminé l'issue d' « Octobre » dans la révolution russe, se<br class='autobr' />
présentent en Chine sous un aspect plus âpre encore. Les pôles<br class='autobr' />
bourgeois et prolétarien de la nation chinoise s'opposent avec<br class='autobr' />
plus d'intransigeance encore, si possible, qu'en Russie, étant<br class='autobr' />
donné que, d'une part, la bourgeoisie chinoise est directement<br class='autobr' />
liée avec l'impérialisme étranger et son appareil militaire et que,<br class='autobr' />
d'autre part, le prolétariat chinois a pris dès le début contact avec<br class='autobr' />
l'Internationale communiste et l'Union soviétique. Numérique-<br class='autobr' />
ment, la paysannerie chinoise est une masse plus prédominante<br class='autobr' />
encore que la paysannerie russe (208) ; mais serrée dans l'étau des<br class='autobr' />
contradictions mondiales, de leur résolution desquelles, dans<br class='autobr' />
quelque sens que ce soit, dépend son destin, la paysannerie<br class='autobr' />
chinoise est plus encore que la paysannerie russe incapable de<br class='autobr' />
jouer un rôle dirigeant. A présent, ce n'est plus une prévision<br class='autobr' />
théorique, mais un fait vérifié jusqu'au bout et sous tous ses<br class='autobr' />
aspects.</p>
<p>Ces préalables sociaux et politiques fondamentaux et indis-<br class='autobr' />
cutables de la troisième révolution chinoise montrent non<br class='autobr' />
seulement que la formule de la dictature démocratique est<br class='autobr' />
périmée sans aucun espoir de retour, mais aussi que la troisième<br class='autobr' />
révolution chinoise, malgré le grand retard de la Chine, ou plutôt<br class='autobr' />
à cause de ce retard par rapport à la Russie, ne verra pas de<br class='autobr' />
période« démocratique »,ne serait-ce que pour six mois, comme<br class='autobr' />
ce fut le cas lors de la révolution d'Octobre de novembre 1917 à<br class='autobr' />
juillet 1918 : elle sera forcée, dès le début, d'opérer le grand<br class='autobr' />
bouleversement et la suppression de la propriété privée dans les<br class='autobr' />
villes et les campagnes.</p>
<p>II est vrai que cette perspective ne correspond pas à la<br class='autobr' />
conception pédante et schématique des rapports entre économie<br class='autobr' />
et politique. Mais la responsabilité de cette discordance qui<br class='autobr' />
ébranle les préjugés à nouveau enracinés, bien qu'Octobre leur<br class='autobr' />
ait pourtant déjà porté un coup sérieux, incombe non pas au<br class='autobr' />
« trotskysme » mais à la loi du développement inégal. Dans ce<br class='autobr' />
cas, elle est justement applicable.</p>
<p>Ce serait faire preuve de pédantisme que d'affirmer que, si<br class='autobr' />
une politique bolchevique avait été menée pendant la révolution<br class='autobr' />
de 1925-1927, le parti communiste se serait à coup sûr emparé du<br class='autobr' />
pouvoir. Mais affirmer que cette possibilité était complètement<br class='autobr' />
exclue serait du philistinisme, honteux. Le mouvement de masse<br class='autobr' />
des ouvriers et des paysans était tout à fait suffisant 2œ, de même<br class='autobr' />
que la désagrégation des classes dominantes. La bourgeoisie<br class='autobr' />
indigène envoyait ses Tchiang Kai-chek et ses Wang Jingwei à<br class='autobr' />
Moscou ; par l'intermédiaire de ses Hu Hanmin 210 , elle frappait<br class='autobr' />
aux portes de l'I.C. précisément parce qu'en face des masses<br class='autobr' />
révolutionnaires, elle se sentait faible au dernier degré : elle<br class='autobr' />
comprenait sa faiblesse et cherchait à se protéger d'avance. Les<br class='autobr' />
ouvriers et les paysans n'auraient pas suivi la bourgeoisie<br class='autobr' />
indigène si nous ne les avions pas entraînés après elle, pris au<br class='autobr' />
lasso. Si la politique de l'I.C. avait été un tant soit peu juste,<br class='autobr' />
l'issue de la lutte du P.C. pour conquérir les masses était décidée<br class='autobr' />
d'avance : le prolétariat chinois aurait soutenu les communistes<br class='autobr' />
et la guerre paysanne aurait appuyé le prolétariat révolution-<br class='autobr' />
naire.</p>
<p>Si, dès le début de la campagne du Nord, nous avions<br class='autobr' />
commencé à établir des soviets dans les régions « libérées » - les<br class='autobr' />
masses y tendaient spontanément de toutes leurs forces - nous<br class='autobr' />
aurions gagné la base et l'élément révolutionnaire nécessaires,<br class='autobr' />
nous aurions concentré autour de nous les insurrections agraires,<br class='autobr' />
nous aurions créé notre armée, nous aurions désagrégé celle des<br class='autobr' />
ennemis ; malgré sa jeunesse, le P.C. chinois aurait pu mûri<br class='autobr' />
grâce à une direction judicieuse de l'I.C. au cours de ces années<br class='autobr' />
exceptionnelles, et arriver au pouvoir, sinon dans toute la Chine,<br class='autobr' />
d'un seul coup, du moins dans une partie considérable de son<br class='autobr' />
territoire. Et surtout, nous aurions eu un parti.</p>
<p>Mais c'est précisément dans le domaine de la direction qu'il<br class='autobr' />
s'est produit une chose absolument monstrueuse, une véritable<br class='autobr' />
catastrophe historique : l'autorité de l'Union soviétique, du parti<br class='autobr' />
des bolcheviks, de l'Internationale communiste, a servi entière-<br class='autobr' />
ment et avant tout à soutenir Tchiang Kai-chek contre la<br class='autobr' />
politique propre du parti communiste, ensuite à appuyer Wang<br class='autobr' />
Jingwei comme dirigeant de la révolution agraire. Après avoir<br class='autobr' />
piétiné la base même de la politique léniniste et brisé les os du<br class='autobr' />
jeune P.C. chinois, le C.E. de l'I.C. détermina d'avance la<br class='autobr' />
victoire du kerenskysme chinois sur le bolchevisme, des Miliou-<br class='autobr' />
kov chinois sur les Kerensky, de l'impérialisme anglo-japonais<br class='autobr' />
sur les Milioukov chinois.</p>
<p>Voilà la signification - l'unique signification - de ce qui<br class='autobr' />
s'est passé en Chine en 1925-1927.</p>
<p>3. Dictature démocratique ou dictature du prolétariat ?</p>
<p>Comment le dernier plénum du C.E. de l.'I.C. a-t-il donc<br class='autobr' />
jugé l'expérience acquise dans la révolution chinoise, y compris<br class='autobr' />
celle qu'a fournie l'insurrection de Canton ? Quelles sont les<br class='autobr' />
perspectives d'avenir qu'elle a ébauchées ? La résolution du<br class='autobr' />
plénum de février 1928, clef qui permet d'aborder les parties du<br class='autobr' />
Projet de programme consacrées à ce sujet, dit à propos de la<br class='autobr' />
révolution chinoise :</p>
<p>« Il n'est pas exact de la caractériser comme une<br class='autobr' />
« révolution permanente ») (la position du représentant du<br class='autobr' />
C.E. de l'I.C.). La tendance à sauter(?) par-dessus l'étape<br class='autobr' />
bourgeoise et démocratique de la révolution tout en<br class='autobr' />
estimant en même temps (?) que cette révolution est<br class='autobr' />
« permanente » est une erreur analogue à celle de Trotsky<br class='autobr' />
en 1905. »</p>
<p>Depuis que Lénine a quitté la direction, c'est-à-dire depuis<br class='autobr' />
1923, la vie de l'Internationale communiste consiste essentielle-<br class='autobr' />
ment à lutter contre le prétendu « trotskysme » et plus particuliè-<br class='autobr' />
rement contre la « révolution permanente ». Comment a-t-il<br class='autobr' />
donc été possible que, sur le problème fondamental de la<br class='autobr' />
révolution chinoise, non seulement le C.C. du P.C.C., mais aussi<br class='autobr' />
le délégué officiel de l'I.C., - c'est-à-dire un dirigeant qui avait<br class='autobr' />
reçu des instructions spéciales - commettent justement l' « er-<br class='autobr' />
reur » pour laquelle des centaines d'hommes sont en Sibérie et en<br class='autobr' />
prison ? La lutte autour de la question chinoise dure déjà depuis<br class='autobr' />
deux ans et demi. Quand l'Opposition dit que l'ancien comité<br class='autobr' />
central (Chen Duxiu) (211) , subissant l'influence des directives<br class='autobr' />
erronées de l'I.C., pratiquait une politique opportuniste, ce<br class='autobr' />
jugement fut qualifié de « calomnie ». La direction du P.C.<br class='autobr' />
chinois fut considérée comme irréprochable. Le célèbre Tan<br class='autobr' />
Pingshan, avec l'approbation de tout le VIIe plénum du C.E. de<br class='autobr' />
l'I.C., jurait :</p>
<p>« Dès que surgit le trotskysme, le parti et les J.C.<br class='autobr' />
chinoises adoptèrent immédiatement, à l'unanimité, une<br class='autobr' />
résolution contre lui » (212).</p>
<p>Or, quand, malgré toutes ces « conquêtes » les événements<br class='autobr' />
développèrent leur tragique logique, qui aboutit d'abord à la<br class='autobr' />
première débâcle de la révolution, puis à la seconde, plus<br class='autobr' />
épouvantable encore la direction du parti chinois fut en 24 heures<br class='autobr' />
débaptisée, qualifiée de menchevique et destituée (213). Mais dès<br class='autobr' />
qu'arriva une nouvelle étape sérieuse, le nouveau C.C. du P.C.<br class='autobr' />
chinois fut accusé d'être passé (comme nous l'avons déjà vu non<br class='autobr' />
pas en paroles mais en actes) à une attitude de soi-disant<br class='autobr' />
« révolution permanente ». Le délégué de l'I.C. entra dans la<br class='autobr' />
même voie. Ce fait frappant, réellement inconcevable, ne peut<br class='autobr' />
s'expliquer que par les ciseaux « béants » qui séparent les<br class='autobr' />
directives du C.E. de l'I.C. de la véritable dynamique de la<br class='autobr' />
révolution.</p>
<p>Nous n'insisterons pas ici sur le mythe de la « révolution<br class='autobr' />
permanente » de 1905 qui fut mis en circulation en 1924 pour<br class='autobr' />
semer le trouble et dérouter. Bornons-nous à examiner comment<br class='autobr' />
ce mythe s'est réfracté dans le problème de la révolution<br class='autobr' />
chinoise.</p>
<p>Le premier paragraphe de la résolution de février auquel a<br class='autobr' />
été empruntée la citation présentée plus haut, justifie ainsi son<br class='autobr' />
appréciation négative à l'égard de la prétendue « révolution<br class='autobr' />
permanente » :</p>
<p>« La période actuelle de la révolution chinoise est celle<br class='autobr' />
de la révolution bourgeoise et démocratique qui n'est<br class='autobr' />
achevée ni du point de vue de l'économie (le bouleverse-<br class='autobr' />
ment agraire et l'abolition des rapports féodaux) ni de celui<br class='autobr' />
de la lutte contre l'impérialisme (unité de la Chine et<br class='autobr' />
indépendance nationale), ni du point de vue du caractère<br class='autobr' />
de classe du pouvoir (dictature du prolétariat et de la<br class='autobr' />
paysannerie) ... »</p>
<p>Cet exposé des motifs est un enchaînement ininterrompu<br class='autobr' />
d'erreurs et de contradictions.</p>
<p>Le C.E. de l'I.C. enseignait que la révolution chinoise doit<br class='autobr' />
assurer à la Chine la possibilité de se développer dans la voie du<br class='autobr' />
socialisme. On ne peut atteindre ce but que si la révolution ne<br class='autobr' />
s'arrête pas simplement à la réalisation des tâches bourgeoises<br class='autobr' />
démocratiques, mais si, en grandissant, en passant d'une phase à<br class='autobr' />
l'autre, c'est-à-dire en se développant sans interruption - ou<br class='autobr' />
d'une façon permanente - elle conduit la Chine vers un<br class='autobr' />
développement socialiste. C'est justement cela que Marx enten-<br class='autobr' />
dait par révolution permanente. Comment parler alors, d'une<br class='autobr' />
part, de la voie non capitaliste suivie par le développement de la<br class='autobr' />
Chine, et, de l'autre, nier le caractère permanent de la révolution<br class='autobr' />
en général ?</p>
<p>Mais, réplique la résolution du C.E. de l'I.C., la révolution<br class='autobr' />
n'est achevée ni du point de vue du bouleversement agraire, ni du<br class='autobr' />
point de vue de la lutte nationale contre l'impérialisme. On en<br class='autobr' />
déduit le caractère démocratique bourgeois de la révolution<br class='autobr' />
chinoise dans la période actuelle. En réalité, la période actuelle<br class='autobr' />
est celle de la contre-révolution. Sans doute le C.E. de l'I.C.<br class='autobr' />
veut-il dire que la nouvelle marée de la révolution chinoise, ou<br class='autobr' />
plus exactement la troisième révolution chinoise aura un caractère<br class='autobr' />
bourgeois démocratique, étant donné que la deuxième révolution<br class='autobr' />
chinoise de 1925-1927 n'a résolu ni la question agraire, ni le<br class='autobr' />
problème national. Toutefois, même sous cette forme amendée,<br class='autobr' />
ce raisonnement repose sur une incompréhension totale de<br class='autobr' />
l'expérience et des enseignements tant de la révolution chinoise<br class='autobr' />
que de la révolution russe.</p>
<p>La révolution de février 1917 avait laissé sans solution en<br class='autobr' />
Russie tous les problèmes intérieurs et internationaux qui y<br class='autobr' />
avaient abouti : le féodalisme dans les campagnes, l'ancienne<br class='autobr' />
bureaucratie, la guerre et la débâcle économique. C'est en<br class='autobr' />
parlant de cette situation que non seulement les socialistes<br class='autobr' />
révolutionnaires et les mencheviks, mais aussi nombre de chefs<br class='autobr' />
de notre propre parti démontraient à Lénine que « la période<br class='autobr' />
actuelle de la révolution est celle d'une révolution bourgeoise<br class='autobr' />
démocratique ». Dans cette considération essentielle, la résolu-<br class='autobr' />
tion du C.E. de I'I.C. ne fait que reproduire les objections des<br class='autobr' />
opportunistes contre Lénine et la lutte pour la dictature du<br class='autobr' />
prolétariat en 1917.</p>
<p>On dit plus loin que la révolution démocratique bourgeoise<br class='autobr' />
est inachevée non seulement du point de vue économique et<br class='autobr' />
national, mais également« du point de vue de la nature de classe<br class='autobr' />
du pouvoir (dictature du prolétariat et des paysans pauvres) ».<br class='autobr' />
Cela ne peut signifier qu'une chose : il est interdit au prolétariat<br class='autobr' />
chinois de lutter pour la conquête du pouvoir aussi longtemps<br class='autobr' />
qu'il n'y aura pas à la tête de la Chine un « véritable »<br class='autobr' />
gouvernement démocratique. Malheureusement, on n'indique<br class='autobr' />
pas où le prendre. -</p>
<p>La confusion grandit encore du fait que le mot d'ordre des<br class='autobr' />
soviets pour la Chine a été repoussé ces deux dernières années<br class='autobr' />
parce que, nous disait-on, la création de soviets n'est admissible<br class='autobr' />
que quand on passe à la révolution prolétarienne (théorie de<br class='autobr' />
Staline) (214). Or, quand l'insurrection eut lieu, quand ceux qui y<br class='autobr' />
participèrent tirèrent la conclusion que c'était justement là le<br class='autobr' />
passage à la révolution prolétarienne, on les accusa de « trots-<br class='autobr' />
kysme ». Peut-on avec de telles méthodes éduquer le parti et<br class='autobr' />
l'aider à réaliser les plus grandes tâches ?</p>
<p>Pour sauver une position désespérée, la résolution du C.E.<br class='autobr' />
de l'I.C. (rompant avec tout le cours des autres idées) met en<br class='autobr' />
avant en toute hâte son ultime argument : elle invoque l'impéria-<br class='autobr' />
lisme. Il se trouve que la tendance à sauter par-dessus l'étape<br class='autobr' />
bourgeoise-démocratique « est d'autant plus nuisible qu'en posant ainsi la question,<br class='autobr' />
on élimine (?) la particularité nationale la plus importante<br class='autobr' />
de la révolution chinoise qui est une révolution semi-<br class='autobr' />
coloniale ».</p>
<p>L'unique signification éventuelle de ces phrases absurdes est<br class='autobr' />
l'idée que le joug impérialiste sera renversé par une sorte de<br class='autobr' />
dictature non prolétarienne. Autant dire que l'on invoque « la<br class='autobr' />
particularité nationale la plus importante », au tout dernier<br class='autobr' />
moment, pour embellir soit la bourgeoisie chinoise indigène, soit<br class='autobr' />
la « démocratie » petite-bourgeoise chinoise. Cet argument ne<br class='autobr' />
peut avoir d'autre sens. Mais nous avons déjà examiné d'une<br class='autobr' />
façon suffisamment détaillée cette conception dans le chapitre<br class='autobr' />
qui traite « de la nature de la bourgeoisie coloniale ». Inutile d'y<br class='autobr' />
revenir.</p>
<p>Il faut que la Chine connaisse encore une lutte gigantesque,<br class='autobr' />
acharnée, sanglante, longue, pour des conquêtes aussi élémen-<br class='autobr' />
taires que la liquidation des formes les plus « asiatiques » de<br class='autobr' />
servitude, la libération et l'unité du pays. Mais, comme l'a<br class='autobr' />
montré le cours des événements, c'est justement de là que<br class='autobr' />
découle pour l'avenir l'impossibilité de l'existence d'une direc-<br class='autobr' />
tion et même d'une semi-direction bourgeoise de la révolution.<br class='autobr' />
L'unité et l'émancipation de la Chine constituent aujourd'hui un<br class='autobr' />
problème international, comme l'existence de l'U .R.S.S. On ne<br class='autobr' />
peut le résoudre qu'en suivant la voie de la lutte acharnée des<br class='autobr' />
masses populaires, écrasées, affamées, persécutées, sous la<br class='autobr' />
direction directe de l'avant-garde prolétarienne, lutte non seule-<br class='autobr' />
ment contre l'impérialisme mondial, mais aussi contre ses agents<br class='autobr' />
économiques et politiques, en Chine, contre la bourgeoisie, y<br class='autobr' />
compris la bourgeoisie« indigène »,contre toute sa valetaille. Or<br class='autobr' />
c'est cela la voie de la dictature du prolétariat.</p>
<p>A partir d'avril 1917, Lénine expliquait à ses adversaires qui<br class='autobr' />
l'accusaient de se mettre à « défendre la révolution perma-<br class='autobr' />
nente », que la dictature du prolétariat et de la paysannerie<br class='autobr' />
s'était déjà en partie réalisée au cours de la période de dualité de<br class='autobr' />
pouvoirs. Il précisa plus tard que cette dictature avait trouvé son<br class='autobr' />
prolongement pendant la première période du pouvoir des<br class='autobr' />
soviets, quand la paysannerie tout entière faisait la révolution<br class='autobr' />
agraire avec les ouvriers tandis que la classe ouvrière ne<br class='autobr' />
procédait pas encore à la confiscation des fabriques et des usines<br class='autobr' />
et faisait l'expérience du contrôle ouvrier. En ce qui concerne la<br class='autobr' />
« nature de classe du pouvoir », la« dictature » socialiste révolu-<br class='autobr' />
tionnaire et menchevique donna ce qu'elle pouvait donner :<br class='autobr' />
l'avorton de la dualité de pouvoirs. Quant à la révolution agraire,<br class='autobr' />
elle mit au monde un bébé tout à fait sain et robuste, mais ce fut<br class='autobr' />
déjà la dictature du prolétariat qui fut son accoucheuse. En<br class='autobr' />
d'autres termes, tout ce que la formule théorique de la dictature<br class='autobr' />
du prolétariat et de la paysannerie cherchait à unir se trouva<br class='autobr' />
décomposé en différents facteurs par le cours de la lutte de<br class='autobr' />
classes. L'école vide du demi-pouvoir fut provisoirement trans-<br class='autobr' />
mise à Milioukov-Tsereteli, tandis que le véritable noyau de la<br class='autobr' />
révolution agraire et démocratique était l'apanage de la classe<br class='autobr' />
ouvrière victorieuse. Telle fut la dissociation dialectique de la<br class='autobr' />
dictature démocratique que les dirigeants du C.E. de l'I.C. n'ont<br class='autobr' />
pas comprise. Ils s'enfoncèrent dans l'impasse politique, condam-<br class='autobr' />
nant mécaniquement le procédé qui consiste à « sauter par-<br class='autobr' />
dessus les étapes bourgeoises et démocratiques » et en tentant de<br class='autobr' />
diriger un processus historique à coup de circulaires. Si l'on<br class='autobr' />
entend par étape bourgeoise et démocratique l'accomplissement de<br class='autobr' />
la révolution agraire en suivant la voie de la dictature « démocrati-<br class='autobr' />
que », alors c'est la révolution d'Octobre qui sauta audacieuse-<br class='autobr' />
ment« par-dessus » l'étape bourgeoise et démocratique. Faut-il la<br class='autobr' />
condamner pour autant ?</p>
<p>Comment, dans ces conditions, ce qui fut historiquement<br class='autobr' />
inéluctable en Russie, ce qui y fut l'expression suprême du<br class='autobr' />
bolchevisme, se trouve-t-il être du « trotskysme » en Chine ?<br class='autobr' />
Sans doute en vertu de la même logique qui proclame que la<br class='autobr' />
théorie des Martynov, flétrie pendant vingt ans en Russie par le<br class='autobr' />
bolchevisme, convient à la Chine.</p>
<p>Mais peut-on d'une façon générale admettre sur ce sujet une<br class='autobr' />
analogie avec la Russie ? Nous répondons que le mot d'ordre de<br class='autobr' />
la dictature du prolétariat et de la paysannerie est formulé par les<br class='autobr' />
dirigeants du C.E. de l'I.C. exclusivement et entièrement selon la<br class='autobr' />
méthode des analogies, mais des analogies littéraires, formelles<br class='autobr' />
et non d'après la méthode du matérialisme historique. On peut<br class='autobr' />
parfaitement admettre une analogie entre la Chine et la Russie si<br class='autobr' />
on aborde correctement la comparaison. Lénine le fit superbe-<br class='autobr' />
ment. En outre, ce ne fut pas après coup mais par anticipation,<br class='autobr' />
prévoyant en quelque sorte les erreurs à venir des épigones.<br class='autobr' />
Lénine eut à défendre des centaines de fois la révolution<br class='autobr' />
prolétarienne d'Octobre, qui eut l'audace de conquérir le pou-<br class='autobr' />
voir bien que les problèmes bourgeois et démocratiques n'eus-<br class='autobr' />
sent pas encore reçu de solution. Lénine répondait : c'est<br class='autobr' />
précisément pour cette raison, et c'est justement pour leur donner<br class='autobr' />
une solution.</p>
<p>Le 16 janvier 1923, Lénine écrivait à l'adresse des pédants<br class='autobr' />
qui se prononçaient contre la conquête du pouvoir, se référant à<br class='autobr' />
un argument « incontestable » 215 ; le fait que la Russie n'était pas<br class='autobr' />
mûre pour le socialisme :</p>
<p>« Il ne leur vient même pas à l'idée, par exemple, que<br class='autobr' />
la Russie, qui se trouve à la limite des pays civilisés et des<br class='autobr' />
pays que la guerre entraîne pour la première fois définitive-<br class='autobr' />
ment vers la civilisation, des pays de tout l'Orient, des pays<br class='autobr' />
situés hors d'Europe, que, justement pour cette raison, la<br class='autobr' />
Russie devait manifester certaines particularités, qui sont<br class='autobr' />
évidemment disposées dans la ligne générale de l'évolution<br class='autobr' />
du monde, mais qui font que sa révolution se distingue de<br class='autobr' />
toutes celles qui l'ont précédée dans les pays de l'Europe<br class='autobr' />
occidentale et qui apportent certaines innovations par-<br class='autobr' />
tielles au cours de la transition qui conduit aux pays<br class='autobr' />
orientaux. » (216)</p>
<p>Pour Lénine, la « particularité » qui rapprochait précisé-<br class='autobr' />
ment la Russie des pays de l'Orient, c'était que, dès l'aube du<br class='autobr' />
mouvement, le jeune prolétariat devait, pour se frayer la voie<br class='autobr' />
vers le socialisme, balayer lui-même la barbarie féodale et toutes<br class='autobr' />
les autres vieilleries.</p>
<p>Par conséquent, si l'on part de l'analogie relevée par Lénine<br class='autobr' />
entre la Chine et la Russie, il y a lieu de dire : du point de vue de<br class='autobr' />
la nature politique du pouvoir, tout ce qui pouvait être obtenu en<br class='autobr' />
tant que dictature démocratique a été tenté en Chine, d'abord<br class='autobr' />
dans le Canton de Sun Yat-sen, ensuite dans la marche de<br class='autobr' />
Canton à Shanghai, puis à Wuhan 217 , où le Guomindang de<br class='autobr' />
gauche apparut sous sa forme chimiquement pure, c'est-à-dire,<br class='autobr' />
selon les directives du C.E. de l'I.C., comme l'organisateur de la<br class='autobr' />
révolution agraire et en réalité comme son bourreau. Quant aux<br class='autobr' />
tâches de la révolution bourgeoise et démocratique, elles devront<br class='autobr' />
remplir la première période de la future dictature du prolétariat<br class='autobr' />
et des paysans pauvres chinois. Alors que non seulement le rôle<br class='autobr' />
de la bourgeoisie chinoise, mais aussi celui de la« démocratie »,<br class='autobr' />
a pu se révéler, alors qu'il est devenu absolument incontestable<br class='autobr' />
que, dans les futures batailles, la « démocratie » exercera ses<br class='autobr' />
fonctions de bourreau plus encore que dans le passé, lancer<br class='autobr' />
maintenant le mot d'ordre de dictature démocratique du proléta-<br class='autobr' />
riat et de la paysannerie, c'est permettre simplement de dissimu-<br class='autobr' />
ler de nouvelles variétés du Guomindang et de tendre un piège au<br class='autobr' />
prolétariat.</p>
<p>Pour être complet, rappelons ce que Lénine dit brièvement<br class='autobr' />
des bolcheviks qui continuaient à opposer à l'expérience S.R. et<br class='autobr' />
menchevique le mot d'ordre d'une « véritable » dictature démo-<br class='autobr' />
cratique :</p>
<p>« Celui qui ne parle que de " la dictature révolution-<br class='autobr' />
naire démocratique du prolétariat et de la paysannerie ",<br class='autobr' />
celui-là retarde sur la vie, celui-là en fait est passé du côté<br class='autobr' />
de la petite bourgeoisie contre la lutte -de classes proléta-<br class='autobr' />
rienne, celui-là doit être relégué aux archives des raretés<br class='autobr' />
" bolcheviques " d'avant la révolution (on pourrait dire :<br class='autobr' />
les archives des « vieux » bolcheviks. ») (218)</p>
<p>Ces paroles sonnent aujourd'hui comme si elles étaient<br class='autobr' />
actuelles.</p>
<p>Il va de soi qu'il ne s'agit nullement, à présent, d'exhorter le<br class='autobr' />
P.C. chinois à se soulever immédiatement pour conquérir le<br class='autobr' />
pouvoir. L'allure à suivre dépend uniquement des circonstances.<br class='autobr' />
On ne peut supprimer les conséquences d'une défaite en révisant<br class='autobr' />
simplement la tactique. Actuellement, la révolution est en train<br class='autobr' />
de refluer. Les verbiages, à moitié dissimulés par la résolution du<br class='autobr' />
C.E. de l'I.C., assurant que la révolution est placée devant une<br class='autobr' />
nouvelle montée parce qu'il y a en Chine d'innombrables<br class='autobr' />
traductions françaises antérieures portent Ou-chang ou Wuchang au lieu de<br class='autobr' />
Wuhan, un véritable non-sens puisque Trotsky emploie Wuhan au sens de<br class='autobr' />
« gouvernement de Wuhan ».</p>
<p>Signalons à ce propos que toutes les exécutions et une cruelle <br class='autobr' />
crise commerciale et industrielle, témoignent d'une criminelle <br class='autobr' />
légèreté et de rien d'autre. Après trois défaites considérables, <br class='autobr' />
une crise économique n'excite pas,<br class='autobr' />
au contraire, elle déprime le prolétariat, déjà épuisé. Les<br class='autobr' />
exécutions détruisent le parti, politiquement affaibli 219 • Nous<br class='autobr' />
sommes entrés en Chine dans une période de reflux, donc<br class='autobr' />
d'approfondissement dans le domaine de la théorie, d'auto-<br class='autobr' />
éducation critique du parti, de création et de renforcement de<br class='autobr' />
points d'appui solides dans tous les domaines du mouvement<br class='autobr' />
ouvrier, de constitution de cellules dans les villages, de direction<br class='autobr' />
et d'unification des combats partiels, d'abord défensifs et ensuite<br class='autobr' />
offensifs, des ouvriers et des paysans pauvres.</p>
<p>Par où commencera le nouveau flux des masses ? Quelles<br class='autobr' />
sont les circonstances qui donneront à l'avant-garde proléta-<br class='autobr' />
rienne, placée à la tête de millions de prolétaires, l'élan<br class='autobr' />
révolutionnaire nécessaire ? On ne peut le prédire. C'est l'avenir<br class='autobr' />
qui montrera si les processus internes y suffisent ou si c'est un<br class='autobr' />
choc venant de l'extérieur qui y aidera.</p>
<p>Il existe des raisons suffisantes de penser que la débâcle de la<br class='autobr' />
révolution chinoise, étroitement conditionnée par une direction<br class='autobr' />
fourvoyée, permettra aux bourgeoisies chinoise et étrangère de<br class='autobr' />
triompher dans une certaine mesure de l'effroyable crise écono-<br class='autobr' />
mique qui ravage actuellement le pays : il va de soi que cela se<br class='autobr' />
fera sur le dos des ouvriers et des paysans. Cette phase de<br class='autobr' />
« stabilisation » groupera de nouveau les ouvriers, leur donnera<br class='autobr' />
de la cohésion, leur rendra leur confiance de classe en eux-<br class='autobr' />
mêmes, pour les opposer ensuite, de nouveau, plus brutalement,<br class='autobr' />
à l'ennemi, mais à une étape historique plus élevée. Ce n'est que<br class='autobr' />
quand se lèvera une nouvelle vague de l'offensive du mouvement<br class='autobr' />
prolétarien que l'on pourra évoquer sérieusement la perspective<br class='autobr' />
d'une révolution agraire.</p>
<p>Il n'est pas exclu que la première étape de cette troisième<br class='autobr' />
révolution future reproduise sous une forme très abrégée et<br class='autobr' />
modifiée les étapes déjà traversées, en présentant, par exemple,<br class='autobr' />
quelque nouvelle parodie de« front national uni ». Mais c'est à<br class='autobr' />
peine si cette première étape suffira pour permettre au P.C. de<br class='autobr' />
mettre en avant et de proclamer devant les masses populaires ses<br class='autobr' /> « thèses d'avril », c'est-à-dire son programme et sa tactique de<br class='autobr' />
conquête du pouvoir.</p>
<p>Or que dit à ce sujet le Projet de Programme ?</p>
<p>« Ici (en Chine), la transition vers la dictature du<br class='autobr' />
prolétariat n'est possible qu'à travers toute une série de<br class='autobr' />
degrés préparatoires(?), qu'à la suite de toute une période<br class='autobr' />
de transformation pendant la croissance (?) de la révolu-<br class='autobr' />
tion bourgeoise démocratique en révolution socialiste. »</p>
<p>Autrement dit, tous les « degrés » passés ne comptent pas,<br class='autobr' />
le Projet de programme voit devant ce qui se trouve derrière.</p>
<p>C'est une manière suiviste d'aborder la question. C'est ouvrir<br class='autobr' />
grand la porte à de nouvelles expériences dans le genre de<br class='autobr' />
l'orientation de Guomindang. C'est ainsi qu'en dissimulant des<br class='autobr' />
fautes anciennes, on prépare inévitablement la voie à des erreurs<br class='autobr' />
nouvelles.</p>
<p>Si nous abordons la nouvelle montée, qui se développera<br class='autobr' />
inévitablement à une allure incomparablement plus rapide que<br class='autobr' />
les précédentes, en conservant le schéma périmé de « dictature<br class='autobr' />
démocratique », on peut être certain que la troisième révolution,<br class='autobr' />
comme la deuxième, ira à sa perte.</p>
<p>4. L'Aventurisme, conséquence de l'opportunisme</p>
<p>Le deuxième paragraphe de la même résolution du plénum<br class='autobr' />
de février du C.E. de l'I.C. dit :</p>
<p>« La première vague du vaste mouvement révolution-<br class='autobr' />
naire des ouvriers et des paysans, qui marcha, pour<br class='autobr' />
l'essentiel, sous les mots d'ordre et pour une grande part,<br class='autobr' />
sous la direction du parti communiste, est passée. Elle se<br class='autobr' />
terminera dans toute une série de centres du mouvement<br class='autobr' />
révolutionnaire par les plus cruelles défaites des ouvriers et<br class='autobr' />
des paysans, par la destruction matérielle des communistes,<br class='autobr' />
et en général des cadres révolutionnaires du mouvement<br class='autobr' />
ouvrier et paysan » (Souligné par nous. L. T.)</p>
<p>Quand « la vague » montait, le C.E. de l'I.C. disait que tout<br class='autobr' />
le mouvement marchait derrière le drapeau bleu et de la<br class='autobr' />
direction du Guomindang, qui se substituait même aux soviets.</p>
<p>C'est précisément pour cela que le P.C. était subordonné au<br class='autobr' />
Guomindang. Mais c'est aussi justement pour cette raison que le<br class='autobr' />
mouvement révolutionnaire s'est terminé par « les plus cruelles<br class='autobr' />
défaites ». A présent que ces défaites sont reconnues, on tente<br class='autobr' />
d'effacer complètement le Guomindang, de faire comme s'il<br class='autobr' />
n'avait pas existé, comme si le C.E. de l'I.C. n'avait pas proclamé<br class='autobr' />
que le drapeau bleu était aussi son étendard (220).</p>
<p>Autrefois, on nous disait qu'il n'y avait pas eu une seule<br class='autobr' />
défaite, ni à Shanghai ni à Wuhan : il n'y avait que des étapes de<br class='autobr' />
la révolution qui allait vers un stade plus élevé ». C'est ce qu'on<br class='autobr' />
nous enseignait. A présent, on proclame brusquement que la<br class='autobr' />
somme de toutes ces étapes constitue « les plus cruelles<br class='autobr' />
défaites ». Toutefois, pour camoufler dans une certaine mesure<br class='autobr' />
cette faillite inouïe dans la prévision et l'appréciation, le para-<br class='autobr' />
graphe de conclusion relève :</p>
<p>« Le C.E. de l'I.C. prescrit comme un devoir à toutes<br class='autobr' />
les sections de l'I.C. de lutter contre la calomnie de la<br class='autobr' />
social-démocratie et des trotskystes affirmant que la révo-<br class='autobr' />
lution chinoise est liquidée (?). »</p>
<p>On nous disait dans le premier paragraphe de la résolution<br class='autobr' />
que le « trotskysme » consistait à estimer que la révolution<br class='autobr' />
chinoise était permanente, c'est-à-dire qu'elle se transformait au<br class='autobr' />
cours de sa croissance, passant précisément maintenant de la<br class='autobr' />
phase bourgeoise à la phase socialiste. D'après le dernier<br class='autobr' />
paragraphe, nous apprenons que, suivant la conception des<br class='autobr' />
« trotskystes »,« la révolution chinoise est liquidée ».Comment<br class='autobr' />
une révolution liquidée peut-elle être permanente ? C'est du<br class='autobr' />
Boukharine tout pur. Il faut être d'une légèreté irresponsable<br class='autobr' />
pour se permettre d'avancer pareilles contradictions qui sapent à<br class='autobr' />
sa racine toute pensée révolutionnaire.</p>
<p>Si, par « liquidation » de la révolution, on entend le fait que<br class='autobr' />
l'offensive des ouvriers et des paysans a été repoussée et noyée<br class='autobr' />
dans le sang, que les masses sont en recul et en reflux, qu'avant<br class='autobr' />
une nouvelle poussée, il doit encore se produire, outre les autres<br class='autobr' />
circonstances, dans les masses elles-mêmes, des processus molé-<br class='autobr' />
culaires qui exigent un temps impossible à évaluer d'avance. Si<br class='autobr' />
c'est cela qu'on entend, par« liquidation », elle ne se distingue<br class='autobr' />
en rien des « plus cruelles défaites » que le C.E. de l'I.C. a<br class='autobr' />
finalement dû reconnaître.</p>
<p>Ou bien faut-il comprendre littéralement le mot « liquida-<br class='autobr' />
tion » comme l'anéantissement de la révolution chinoise, c'est-à-<br class='autobr' />
dire de toute possibilité, de toute éventualité de renaissance lors<br class='autobr' />
d'une nouvelle étape ? On ne pourrait parler sérieusement d'une<br class='autobr' />
telle perspective autrement que pour semer la confusion, que<br class='autobr' />
dans deux cas : si la Chine était vouée au démembrement et à la<br class='autobr' />
disparition totale, mais il n'y a pas la moindre raison pour cette<br class='autobr' />
hypothèse ou bien si la bourgeoisie chinoise se montrait capable<br class='autobr' />
de résoudre les problèmes fondamentaux de la vie chinoise par<br class='autobr' />
ses propres moyens non révolutionnaires. N'est-ce pas cette<br class='autobr' />
dernière variante que cherchent à nous attribuer à présent les<br class='autobr' />
théoriciens du « bloc des quatre classes » qui ont fait ployer le<br class='autobr' />
P.C. sous le joug de la bourgeoisie ?</p>
<p>L'histoire se répète. Les aveugles, qui,-pendant un an et<br class='autobr' />
demi, n'ont pas compris l'ampleur de la défaite de 1923, nous ont<br class='autobr' />
accusés, à propos de la révolution allemande, d'être des « liqui-<br class='autobr' />
dateurs ». Mais même cette leçon, qui coûta assez cher à<br class='autobr' />
l'Internationale, ne leur a pas profité. Actuellement, reprenant<br class='autobr' />
leurs vieilles formules, ils les appliquent non plus à l'Allemagne,<br class='autobr' />
mais à la Chine. Il est vrai qu'ils éprouvent, avec plus d'urgence<br class='autobr' />
qu'il y a quatre ans, le besoin de trouver des« liquidateurs » ;en<br class='autobr' />
effet, maintenant, il est trop patent que, s'il y eut vraiment<br class='autobr' />
quelqu'un qui « liquida » la seconde révolution chinoise, ce sont<br class='autobr' />
bien les auteurs du cours en direction du Guomindang.</p>
<p>La force du marxisme réside dans sa capacité de prévision.<br class='autobr' />
En ce sens, l'Opposition peut invoquer la confirmation complète<br class='autobr' />
de ses prévisions par l'expérience : d'abord sur le Guomindang<br class='autobr' />
dans son ensemble, ensuite à propos du Guomindang « de<br class='autobr' />
gauche » et du gouvernement de Wuhan et enfin en ce qui<br class='autobr' />
concerne l' « acompte »pris sur la troisième révolution, c'est-à-<br class='autobr' />
dire le soulèvement de Canton. Peut-il exister meilleure confir-<br class='autobr' />
mation de la justesse de nos vues dans le domaine théorique ?<br class='autobr' />
La même ligne opportuniste qui, à travers une politique de<br class='autobr' />
capitulations devant la bourgeoisie, provoqua déjà au cours de la<br class='autobr' />
révolution, lors des deux premières étapes, les plus cruelles<br class='autobr' />
défaites, « s'est transformée en s'aggravant » pendant la troi-<br class='autobr' />
sième étape jusqu'à devenir une politique de raids aventuristes<br class='autobr' />
contre la bourgeoisie, parachevant ainsi l'échec.</p>
<p>Si la direction ne s'était pas tellement hâtée hier d'oublier les<br class='autobr' />
défaites qu'elle avait elle-même provoquées, elle aurait com-<br class='autobr' />
mencé par expliquer au P.C. chinois qu'on n'obtient pas la<br class='autobr' />
victoire en un tournemain, qu'il y a dans la voie qui conduit à<br class='autobr' />
l'insurrection encore toute une période de luttes tendues, inlassa-<br class='autobr' />
bles, furieuses, pour la conquête politique des ouvriers et des<br class='autobr' />
paysans.</p>
<p>Le 27 septembre 1927, nous disions au présidium du C.E. de<br class='autobr' />
l'I.C. :</p>
<p>« Les journaux d'aujourd'hui annoncent que l'armée<br class='autobr' />
révolutionnaire a pris Shantou. Voici déjà quelques<br class='autobr' />
semaines que les armées de He Long et Ye Ting 221<br class='autobr' />
avancent. La Pravda les qualifie de révolutionnaires. Mais<br class='autobr' />
moi je vous demande : quelles sont les perspectives qui<br class='autobr' />
s'ouvrent à la révolution chinoise à la suite du mouvement<br class='autobr' />
de l'armée révolutionnaire qui s'est emparée de Shantou ?<br class='autobr' />
Quels sont les mots d'ordre du mouvement ? Quel en est le<br class='autobr' />
programme ? Quelles doivent en être les formes d'organisa-<br class='autobr' />
tion ? Où est allé se fourrer le mot d'ordre des soviets<br class='autobr' />
chinois soudain mis en avant - pour un jour - par la<br class='autobr' />
Pravda en juillet ? »</p>
<p>Sans opposer, au préalable le P.C. au Guomindang dans son<br class='autobr' />
ensemble, sans agitation de ce parti dans les masses en faveur des<br class='autobr' />
soviets et du pouvoir des soviets, sans mobilisation propre des<br class='autobr' />
masses sous les mots d'ordre de la révolution agraire et de la<br class='autobr' />
libération nationale, sans la création, l'extension, le renforce-<br class='autobr' />
ment sur place des soviets de députés, des ouvriers, des paysans<br class='autobr' />
et des soldats, l'insurrection de He Long et Ye Ting, indépen-<br class='autobr' />
damment même de l'opportunisme de leur politique, ne pouvait<br class='autobr' />
être qu'une aventure révolutionnaire, du makhnovisme (222)<br class='autobr' />
pseudo-communiste. Elle ne pouvait que se briser contre son<br class='autobr' />
propre isolement, et elle se brisa (223).</p>
<p>Le soulèvement de Canton fut une reproduction, à plus<br class='autobr' />
grande échelle et en plus grave, de l'aventure de He Long et Ye<br class='autobr' />
Ting, avec des conséquences infiniment plus tragiques.</p>
<p>La résolution de février de C.E. à l'I.C. combat l'état<br class='autobr' />
d'esprit putschiste dans le P.C. chinois, c'est-à-dire la tendance à<br class='autobr' />
organiser des engagements armés. Elle ne dit pas toutefois que<br class='autobr' />
ces tendances constituent une réaction contre toute la politique<br class='autobr' />
opportuniste de 1925-1927 et la conséquence inévitable de l'ordre<br class='autobr' />
strictement militaire, venu d'en haut, de « changer d'allure »<br class='autobr' />
sans qu'on ait porté un jugement sur tout ce qui a été fait, sans<br class='autobr' />
révision ouverte des bases de la tactique, sans une vue claire de<br class='autobr' />
l'avenir. La campagne de He Long et le soulèvement de Canton<br class='autobr' />
ont été - et dans ces conditions, il ne pouvait en être autrement,<br class='autobr' />
des explosions de putschisme.</p>
<p>On ne peut pas élaborer de véritable contrepoison contre le<br class='autobr' />
putschisme et l'opportunisme si on ne comprend pas parfaite-<br class='autobr' />
ment cette vérité : la direction de l'insurrection des ouvriers et<br class='autobr' />
des paysans pauvres, la conquête du pouvoir et l'instauration de<br class='autobr' />
la dictature révolutionnaire reposent dorénavant de tout leur<br class='autobr' />
poids sur le P.C. chinois. Si ce dernier se pénètre entièrement de<br class='autobr' />
cette perspective, il sera tout aussi peu enclin à improviser des<br class='autobr' />
raids militaires contre les villes ou des insurrections-pièges que de<br class='autobr' />
courir servilement derrière l'étendard de l'ennemi.</p>
<p>La résolution du C.E. de l'I.C. se condamne elle-même à la<br class='autobr' />
stérilité, ne serait-ce que parce qu'elle disserte de façon tout à fait<br class='autobr' />
abstraite sur le caractère inadmissible du saut par-dessus les<br class='autobr' />
étapes, sur la nocivité du putschisme, et qu'elle passe complète-<br class='autobr' />
ment sous silence le fond de classe du soulèvement de Canton et<br class='autobr' />
de l'éphémère régime soviétique auquel il a donné naissance.<br class='autobr' />
Nous oppositionnels, nous savons que ce soulèvement fut une<br class='autobr' />
aventure tentée par la direction pour sauver son « prestige ».</p>
<p>Mais il est clair pour nous que même une aventure se déroule<br class='autobr' />
d'après des lois déterminées par les structures du milieu social.<br class='autobr' />
Voilà pourquoi nous cherchons à découvrir dans l'insurrection de<br class='autobr' />
Canton les traits de la future étape de la révolution chinoise. Ces<br class='autobr' />
traits coïncident entièrement avec l'analyse historique que nous<br class='autobr' />
avions établie avant cette insurrection. Mais il est tout autant du<br class='autobr' />
devoir du C.E. de l'I.C., qui considère que le soulèvement de<br class='autobr' />
Canton fut une étape juste et normale de l'enchaînement de la<br class='autobr' />
lutte, de le caractériser nettement du point de vue de classe.</p>
<p>Pourtant, la résolution du C.E. de l'I.C. ne dit pas un mot là-<br class='autobr' />
dessus, quoique le plénum ait siégé tout de suite après les<br class='autobr' />
événements de Canton ? N'est-ce pas là la preuve la plus<br class='autobr' />
convaincante que la direction actuelle de l'I.C., en s'entêtant à<br class='autobr' />
suivre une ligne fausse, est obligée de se contenter de parler de<br class='autobr' />
prétendues erreurs commises en 1905 ou à un autre moment,<br class='autobr' />
mais n'ose pas aborder l'insurrection de Canton de 1927 dont la<br class='autobr' />
signification met par terre le schéma de la révolution en Orient<br class='autobr' />
tel que l'établit le Projet de programme.</p>
<p>5. Les soviets et la révolution</p>
<p>La résolution de février du C.E. de l'I.C. rend« le camarade<br class='autobr' />
N[eumann] 224 et d'autres » responsables du fait qu'il « n'y eut<br class='autobr' />
point à Canton de soviet élu » comme organe de l'insurrection<br class='autobr' />
(souligné dans le texte de la résolution (225). Cette accusation recèle<br class='autobr' />
en réalité un étonnant aveu.</p>
<p>Le rapport de la Pravda (n° 31), établi sur la base d'une<br class='autobr' />
documentation directe, annonçait que le pouvoir des soviets était<br class='autobr' />
instauré à Canton. Mais il ne comportait pas un seul mot<br class='autobr' />
indiquant que le soviet cantonais n'était pas élu, c'est-à-dire<br class='autobr' />
n'était pas un soviet (car comment un soviet ne serait-il pas élu ?).</p>
<p>Nous avons appris cela par une résolution. Méditons-le un peu.<br class='autobr' />
Le C.E. de l'I.C. enseigne à présent qu'on a besoin d'un soviet<br class='autobr' />
pour faire l'insurrection, mais qu'on n'en a pas besoin avant. Or<br class='autobr' />
voilà que, quand l'insurrection est décidée, il n'existe pas de<br class='autobr' />
soviet ! Ce n'est pas chose simple que de créer un soviet élu : il<br class='autobr' />
faut que les masses sachent par expérience ce que c'est, qu'elles<br class='autobr' />
le comprennent, que leur passé les ait habituées à une organisa-<br class='autobr' />
tion soviétique élue. Il n'en fut même pas question en Chine,<br class='autobr' />
parce que le mot d'ordre des soviets fut qualifié de trotskyste<br class='autobr' />
précisément au cours de la période où il aurait dû devenir le nerf<br class='autobr' />
de tout le mouvement. Quand, en toute hâte, on décréta<br class='autobr' />
l'insurrection pour faire oublier ses propres défaites, il fallut<br class='autobr' />
simultanément désigner aussi un soviet par voie de commande-<br class='autobr' />
ment. Si l'on ne met pas à nu jusqu'au bout les racines de cette<br class='autobr' />
erreur, on peut transformer même le mot d'ordre des soviets en<br class='autobr' />
nœud coulant pour étrangler la révolution.</p>
<p>Lénine a expliqué en son temps aux mencheviks que la tâche<br class='autobr' />
historique fondamentale des soviets est d'organiser ou d'aider à<br class='autobr' />
organiser la conquête du pouvoir pour devenir, au lendemain de<br class='autobr' />
la victoire, l'appareil de ce pouvoir. Les épigones - et non les<br class='autobr' />
disciples - en tirent comme conclusion qu'on ne peut organiser<br class='autobr' />
des soviets qu'à la douzième heure. Ils transforment après coup<br class='autobr' />
la généralisation de Lénine en une courte petite recette qui, loin<br class='autobr' />
de servir la révolution, la met en danger.</p>
<p>Avant la prise du pouvoir, en octobre 1917, par les soviets<br class='autobr' />
bolcheviques, il y avait eu pendant neuf mois des soviets s.r. et<br class='autobr' />
mencheviques. Douze ans auparavant, les premiers soviets<br class='autobr' />
révolutionnaires avaient existé à Saint-Pétersbourg, à Moscou et<br class='autobr' />
dans plusieurs dizaines d'autres villes. Avant que le soviet de<br class='autobr' />
1905 ne s'étendît aux usines et aux fabriques de la capitale, il<br class='autobr' />
s'était créé à Moscou pendant la grève un soviet de députés des<br class='autobr' />
ouvriers de l'imprimerie. Quelques mois auparavant, en mai<br class='autobr' />
1905, la grève d'lvanovo-Voznessensk avait fait surgir un orga-<br class='autobr' />
nisme dirigeant qui présentait déjà les traits essentiels d'un soviet<br class='autobr' />
de députés ouvriers. Plus de douze ans se sont écoulés entre le<br class='autobr' />
premier essai de création d'un soviet de députés ouvriers et la<br class='autobr' />
gigantesque expérience de l'établissement du pouvoir des soviets.</p>
<p>Evidemment, ce terme ne s'applique pas du tout obligatoirement<br class='autobr' />
aux autres pays, entre autres à la Chine. Mais s'imaginer que les<br class='autobr' />
ouvriers chinois seront capables d'ériger des soviets en se servant<br class='autobr' />
d'une courte recette ne substituant à la généralisation de Lénine,<br class='autobr' />
c'est remplacer la dialectique de l'action révolutionnaire pour<br class='autobr' />
une ordonnance impuissante et ennuyeuse de pédant. Ce n'est<br class='autobr' />
pas à la veille de l'insurrection, avec le mot d'ordre de la<br class='autobr' />
conquête immédiate du pouvoir, qu'il faut établir des soviets ; en<br class='autobr' />
effet, si les choses en sont arrivées à la conquête du pouvoir, si les<br class='autobr' />
masses sont prêtes pour l'insurrection, sans qu'il existe de soviets,<br class='autobr' />
c'est qu'il y a eu alors d'autres formes et d'autres méthodes<br class='autobr' />
d'organisation qui ont permis d'effectuer la besogne de prépara-<br class='autobr' />
tion assurant le succès de l'insurrection ; alors la question des<br class='autobr' />
soviets n'a plus qu'une importance secondaire, se réduit à un<br class='autobr' />
problème d'organisation ou, moins encore, à une question de<br class='autobr' />
vocabulaire. La tâche des soviets ne consiste pas simplement à<br class='autobr' />
exhorter les masses à l'insurrection ou à réaliser celle-ci, mais<br class='autobr' />
bien à amener les masses au soulèvement à travers les étapes<br class='autobr' />
nécessaires. Au début, le soviet ne gagne pas du tout les masses<br class='autobr' />
par le mot d'ordre d'insurrection, mais grâce à d'autres mots<br class='autobr' />
d'ordre partiels. Ce n'est que par la suite, pas à pas, qu'il amène<br class='autobr' />
les masses à ce mot d'ordre, sans les éparpiller en cours de route,<br class='autobr' />
empêchant l'avant-garde de se couper de l'ensemble de la classe.</p>
<p>Le plus souvent et surtout, le soviet se constitue sur la base de la<br class='autobr' />
lutte gréviste, qui a devant elle une perspective de développe-<br class='autobr' />
ment révolutionnaire, mais qui, au moment considéré, se limite à<br class='autobr' />
des revendications économiques. Dans l'action, la masse doit<br class='autobr' />
sentir et comprendre que le soviet est son organisation à elle,<br class='autobr' />
qu'il groupe ses forces pour la lutte, pour la résistance, pour<br class='autobr' />
l'autoprotection et pour l'offensive. Ce n'est pas dans l'action<br class='autobr' />
d'un seul jour, ni en général dans une action faite en un seul<br class='autobr' />
coup, qu'elle peut le sentir et le comprendre, mais bien grâce à<br class='autobr' />
l'expérience acquise pendant plusieurs semaines, mois, voire<br class='autobr' />
années, avec ou sans discontinuité. Voilà pourquoi seule une<br class='autobr' />
direction d'épigones et de bureaucrates peut retenir une masse<br class='autobr' />
qui se réveille et qui se dresse pour créer des soviets, alors que le<br class='autobr' />
pays traverse une époque de secousses révolutionnaires que la<br class='autobr' />
classe ouvrière et les paysans pauvres dans les campagnes voient<br class='autobr' />
s'ouvrir devant eux la perspective de la conquête du pouvoir, ne<br class='autobr' />
serait-ce que dans une étape ultérieure et même si dans l'étape<br class='autobr' />
envisagée cette perspective n'est accessible qu'à une minorité.</p>
<p>Voilà la conception que nous avons toujours eue des soviets.<br class='autobr' />
Nous les avions appréciés en tant que forme d'organisation large<br class='autobr' />
et souple ouverte à des masses qui ne font que s'éveiller, dès les<br class='autobr' />
premiers pas de leur montée révolutionnaire, et capable d'unir la<br class='autobr' />
classe ouvrière dans son ensemble, quel que soit le nombre de<br class='autobr' />
tous ceux qui, dans son sein, sont assez développés pour<br class='autobr' />
comprendre les problèmes de la conquête du pouvoir.</p>
<p>Faut-il encore citer à ce sujet des témoignages écrits ? Voilà<br class='autobr' />
ce qu'écrivait Lénine au sujet des soviets à l'époque de la<br class='autobr' />
première révolution :</p>
<p>« Le parti ouvrier social-démocrate russe n'a jamais<br class='autobr' />
renoncé à utiliser, lors d'une montée révolutionnaire plus ou<br class='autobr' />
moins forte, certaines organisations sans-parti, dans le<br class='autobr' />
genre de soviets de députés ouvriers, afin d'augmenter<br class='autobr' />
l'influence des social-démocrates sur la classe ouvrière et<br class='autobr' />
consolider le mouvement ouvrier social-démocrate. » (226)</p>
<p>Les témoignages littéraires et historiques de ce genre que<br class='autobr' />
nous pourrions citer sont innombrables. Mais il semble que la<br class='autobr' />
question est déjà claire sans cela.</p>
<p>Prenant le contre-pied de cette manière de voir, les épigones<br class='autobr' />
ont transformé les soviets en uniforme de parade dont le parti<br class='autobr' />
revêt simplement le prolétariat à la veille de la conquête du<br class='autobr' />
pouvoir. Mais c'est justement alors qu'il apparaît qu'on ne peut<br class='autobr' />
pas improviser des soviets en 24 heures, sur commande, directe-<br class='autobr' />
ment dans le but de déclencher l'insurrection. Des expériences de<br class='autobr' />
ce genre revêtent inévitablement le caractère d'une fiction,<br class='autobr' />
destinée à masquer, par l'apparence rituelle du système soviéti-<br class='autobr' />
que, l'absence des conditions nécessaires à la conquête du<br class='autobr' />
pouvoir. C'est ce qui s'est produit à Canton où le soviet a<br class='autobr' />
simplement été désigné sur ordre pour respecter le rituel. Voilà<br class='autobr' />
où mène la façon dont les épigones posent la question.</p>
<p>Lors de la polémique qui s'est déroulée au sujet des<br class='autobr' />
événements de Chine, !'Opposition a été accusée d'une contra-<br class='autobr' />
diction, paraît-il, flagrante : tandis qu'à partir de 1926 !'Opposi-<br class='autobr' />
tion a proposé le mot d'ordre des soviets en Chine, ses<br class='autobr' />
représentants s'étaient prononcés contre en Allemagne à l'au-<br class='autobr' />
tomne 1923. Jamais peut-être l'esprit de scolastique politique ne<br class='autobr' />
s'est manifesté de façon aussi éclatante que dans cette accusation.<br class='autobr' />
Oui, nous exigions qu'on aborde en Chine la création de soviets<br class='autobr' />
en tant qu'organisations des ouvriers et des paysans ayant leur<br class='autobr' />
valeur propre en temps voulu, quand le flot montait. Le sens<br class='autobr' />
principal des soviets aurait dû consister à opposer les ouvriers et<br class='autobr' />
les paysans à la bourgeoisie du Guomindang et à son agence, sa<br class='autobr' />
gauche. Le mot d'ordre des soviets en Chine signifiait en premier<br class='autobr' />
lieu qu'il fallait rompre le honteux « bloc des quatre classes » qui<br class='autobr' />
conduisait au suicide et faire sortir le P.C. du Guomindang. Le<br class='autobr' />
centre de gravité ne se trouvait donc pas dans une forme abstraite<br class='autobr' />
d'organisation, mais une ligne de classe. En revanche, en<br class='autobr' />
Allemagne, à l'automne 1923, il ne s'agissait que d'une forme<br class='autobr' />
d'organisation. Par suite de la passivité extrême, du retard, de la<br class='autobr' />
lenteur de la direction de l'Internationale communiste et du<br class='autobr' />
K.P.D., on avait laissé passer le moment pour appeler les<br class='autobr' />
ouvriers à former des soviets : les comités d'usine, d'eux-mêmes,<br class='autobr' />
sous la pression de la base, occupaient dans le mouvement<br class='autobr' />
ouvrier allemand en automne 1923 la place qu'auraient prise les<br class='autobr' />
soviets, certainement avec beaucoup plus de succès, si le parti<br class='autobr' />
communiste avait pratiqué une politique juste et audacieuse.</p>
<p>Pendant ce temps, la situation était très grave. Perdre encore du<br class='autobr' />
temps, c'était laisser échapper définitivement une situation<br class='autobr' />
révolutionnaire. L'insurrection fut finalement mise à l'ordre du<br class='autobr' />
jour et en outre son déclenchement prévu dans les délais les plus<br class='autobr' />
brefs. Lancer dans de pareilles circonstances le mot d'ordre des<br class='autobr' />
soviets aurait été la plus grande bêtise théorique concevable. Le<br class='autobr' />
soviet n'est pas un talisman contenant un pouvoir miraculeux.</p>
<p>Dans la situation d'alors, des soviets créés à la hâte n'auraient été<br class='autobr' />
que des doublures des comités d'usine. Il aurait fallu enlever à<br class='autobr' />
ces derniers leurs dernières fonctions révolutionnaires et les<br class='autobr' />
transférer aux soviets nouvellement créés, sans autorités encore<br class='autobr' />
et jusqu'à quand ? Dans des conditions où chaque jour comptait.</p>
<p>On aurait substitué à l'action révolutionnaire le jeu le plus<br class='autobr' />
néfaste, celui qui consiste à jouer avec des vétilles dans le<br class='autobr' />
domaine de l'organisation.</p>
<p>Il est incontestable que la forme d'organisation soviétique<br class='autobr' />
peut avoir une énorme importance, mais seulement quand elle<br class='autobr' />
traduit en temps voulu une ligne politique juste. En revanche,<br class='autobr' />
elle peut revêtir une signification négative, d'une portée aussi<br class='autobr' />
considérable lorsqu'elle devient une fiction, un fétiche, une<br class='autobr' />
coquille vide. Des soviets allemands créés au tout dernier<br class='autobr' />
moment à l'automne 1923 n'auraient rien apporté de nouveau<br class='autobr' />
politiquement, mais ils auraient introduit beaucoup de confusion<br class='autobr' />
dans le domaine de l'organisation. A Canton, ce fut pire encore.</p>
<p>Le soviet, créé à la hâte pour observer les rites, n'a servi qu'à<br class='autobr' />
camoufler un putsch aventuriste. C'est pourquoi nous avons<br class='autobr' />
appris après coup que le soviet de Canton était comme un vieux<br class='autobr' />
dragon chinois, simplement dessiné sur le papier. La politique<br class='autobr' />
des marionnettes et des dragons de papier n'est pas la nôtre.</p>
<p>Nous nous opposions à ce qu'on improvise en Allemagne des<br class='autobr' />
soviets par télégraphe, en septembre 1923. Nous étions pour<br class='autobr' />
créer des soviets en Chine en 1926. Nous aurions été opposés à la<br class='autobr' />
création d'un soviet de carnaval à Canton en décembre 1927. Il<br class='autobr' />
n'y a pas là de contradiction. Au contraire, il y a une ·profonde<br class='autobr' />
unité dans la conception de la dynamique du mouvement<br class='autobr' />
révolutionnaire et de ses formes d'organisation.</p>
<p>Le problème du rôle et de la signification des soviets qui a<br class='autobr' />
été défiguré, embrouillé et obscurci par la théorie et la pratique<br class='autobr' />
appliquées au cours des dernières années, n'a nullement été<br class='autobr' />
éclairé dans le Projet de programme.</p>
<p>6. Le problème du caractère de la future révolution chinoise</p>
<p>Le mot d'ordre de la dictature du prolétariat entraînant<br class='autobr' />
derrière lui les paysans pauvres est indissolublement lié au<br class='autobr' />
problème du caractère socialiste de la future, de la troisième<br class='autobr' />
révolution en Chine. Or, comme il n'y a pas que l'histoire qui se<br class='autobr' />
répète et que les erreurs opposées par les hommes à ses exigences<br class='autobr' />
se renouvellent aussi, nous entendons déjà formuler l'objection<br class='autobr' />
suivante : la Chine n'est pas encore mûre pour la révolution<br class='autobr' />
socialiste. Mais c'est là une façon abstraite et morte de poser la<br class='autobr' />
question. La Russie, prise isolément, était mûre pour le socia-<br class='autobr' />
lisme ? D'après Lénine, non. Elle l'était pour la dictature du<br class='autobr' />
prolétariat, l'unique méthode pour résoudre les problèmes<br class='autobr' />
nationaux urgents. Or la destinée de la dictature dans son<br class='autobr' />
ensemble est déterminée en dernière analyse par la marche de<br class='autobr' />
l'évolution mondiale, ce qui n'exclut pas, mais, au contraire,<br class='autobr' />
présuppose évidemment une politique juste de la dictature<br class='autobr' />
prolétarienne, la consolidation et le développement de l'alliance<br class='autobr' />
des ouvriers et des paysans, le recours à toutes les mesures<br class='autobr' />
favorisant l'adaptation d'une part aux conditions nationales et,<br class='autobr' />
de l'autre, à la marche de l'évolution mondiale. C'est également<br class='autobr' />
entièrement vrai pour la Chine.</p>
<p>Dans le même article, « sur notre révolution », (16 janvier<br class='autobr' />
1923), dans lequel Lénine établit que les traits originaux de la<br class='autobr' />
Russie reproduisent dans leur développement les particularités<br class='autobr' />
de l'évolution des pays de l'Orient, il qualifie d' « infiniment<br class='autobr' />
banal » l'argument de la social-démocratie européenne qui<br class='autobr' />
affirme que « nous ne sommes pas assez grands pour atteindre le<br class='autobr' />
socialisme, que nous n'avons pas, suivant l'expression de toutes<br class='autobr' />
sortes de « savants » messieurs de chez eux, les prémisses<br class='autobr' />
économiques objectives du socialisme ». Mais si Lénine se<br class='autobr' />
moque des « savants » messieurs, ce n'est pas parce qu'il<br class='autobr' />
reconnaît lui-même l'existence des fondements économiques du<br class='autobr' />
socialisme en Russie, permettant de construire le socialisme par<br class='autobr' />
ses propres forces, mais parce qu'il ne découle nullement de leur<br class='autobr' />
absence - qu'il faille renoncer à la conquête du pouvoir comme<br class='autobr' />
le pensaient et continuent à le penser encore les pédants et les<br class='autobr' />
philistins. Dans cet article, Lénine répond pour la cent unième ou<br class='autobr' />
la mille et unième fois aux sophismes des héros de la ne Interna-<br class='autobr' />
tionale : « Cette thèse incontestable (que la Russie n'était pas<br class='autobr' />
mûre pour le socialisme) n'est pas décisive pour juger notre<br class='autobr' />
révolution. » (227) Voilà ce que ne veulent ni ne peuvent compren-<br class='autobr' />
dre les auteurs du Projet de programme. En elle-même, la thèse<br class='autobr' />
du défaut de maturité économique et culturelle, aussi bien de la<br class='autobr' />
Russie que de la Chine - et évidemment plus encore de la Chine<br class='autobr' />
que de la Russie - ne peut être contestée. Mais on ne peut<br class='autobr' />
nullement en déduire que le prolétariat doive renoncer au<br class='autobr' />
pouvoir quand cette conquête est dictée par toute l'ambiance<br class='autobr' />
historique et par une situation révolutionnaire dans le pays.</p>
<p>La question historique concrète, politique, actuelle se réduit<br class='autobr' />
à savoir non pas si la Chine est économiquement mûre pour<br class='autobr' />
établir son propre socialisme, mais bien de savoir si, dans le<br class='autobr' />
domaine politique, elle est mûre pour la dictature du prolétariat.</p>
<p>Ces deux questions ne sont nullement identiques. Elles le<br class='autobr' />
seraient s'il n'existait dans le monde une loi du développement<br class='autobr' />
inégal. Dans le cas présent, cette loi, qui s'étend entièrement aux<br class='autobr' />
rapports réciproques de l'économie et de la politique, est<br class='autobr' />
parfaitement applicable. La Chine est-elle donc mûre pour la<br class='autobr' />
dictature du prolétariat ? Seule l'expérience de la lutte peut<br class='autobr' />
répondre d'une façon incontestable à cette question. Pour cette<br class='autobr' />
raison même, la lutte seule peut décider quand et dans quelles<br class='autobr' />
conditions s'effectuera l'unification, la libération et la renais-<br class='autobr' />
sance de la Chine. Qui dit que la Chine n'est même pas mûre<br class='autobr' />
pour la dictature du prolétariat affirme par là même que la<br class='autobr' />
troisième révolution chinoise est ajournée pour de nombreuses<br class='autobr' />
années.</p>
<p>Il ne resterait certainement guère d'espoir si les survivances<br class='autobr' />
du féodalisme étaient réellement dominantes dans l'économie<br class='autobr' />
chinoise comme l'affirment les dirigeants du C.E. de l'I.C. Mais<br class='autobr' />
heureusement,· des survivances, de façon générale, ne peuvent<br class='autobr' />
pas dominer. Sur ce point-là non plus, le Projet de programme ne<br class='autobr' />
répare pas les erreurs commises, mais au contraire les réaffirme<br class='autobr' />
de façon détournée et nébuleuse. Le projet parle de « la<br class='autobr' />
prédominance des rapports féodaux moyenâgeux aussi bien dans<br class='autobr' />
l'économie du pays que dans sa superstructure politique ». C'est<br class='autobr' />
radicalement faux. Que signifie prédominance ? S'agit-il du<br class='autobr' />
nombre de personnes concernées ? Ou du rôle dominant et<br class='autobr' />
dirigeant qu'elles jouent dans l'économie du pays ? Une crois-<br class='autobr' />
sance interne extrêmement rapide de l'industrie fondée sur<br class='autobr' />
l'importance du capital commercial et bancaire et sur sa conquête<br class='autobr' />
du pays, la dépendance complète dans laquelle se trouvent les<br class='autobr' />
régions paysannes les plus importantes par rapport au marché, le<br class='autobr' />
rôle énorme et grandissant du commerce extérieur, la subordina-<br class='autobr' />
tion totale aux villes des campagnes chinoises, tous ces faits<br class='autobr' />
affirment la prédominance totale, la domination directe des<br class='autobr' />
rapports capitalistes en Chine. Les rapports sociaux de servage et<br class='autobr' />
de demi-servage sont certes très importants. Ils remontent en<br class='autobr' />
partie à l'époque féodale, mais ils sont pour une autre part des<br class='autobr' />
formations nouvelles, des résurgences du passé dues au retard du<br class='autobr' />
développement des forces productives, à la surpopulation<br class='autobr' />
agraire, à l'action du capital commercial et usuraire, etc. Mais ce<br class='autobr' />
qui domine, ce ne sont pas les rapports « féodaux » (ou plus<br class='autobr' />
exactement le servage et en général les rapports précapitalistes),<br class='autobr' />
mais bien les rapports capitalistes. C'est seulement ce rôle<br class='autobr' />
prédominant des rapports capitalistes qui permet d'ailleurs<br class='autobr' />
d'envisager sérieusement la perspective de l'hégémonie du prolé-<br class='autobr' />
tariat dans la révolution nationale. Autrement, les extrêmes ne se<br class='autobr' />
rejoindraient pas.</p>
<p>« La force du prolétariat dans n'importe quel pays<br class='autobr' />
capitaliste est infiniment plus grande que la proportion du<br class='autobr' />
prolétariat dans la population totale. Cela parce que le<br class='autobr' />
prolétariat commande économiquement le centre et les<br class='autobr' />
nerfs de tout le système de l'économie capitaliste et aussi<br class='autobr' />
parce que, dans le domaine économique et politique, le<br class='autobr' />
prolétariat exprime sous la domination capitaliste les<br class='autobr' />
intérêts réels de l'énorme majorité des travailleurs.<br class='autobr' />
Aussi le prolétariat, même lorsqu'il constitue une<br class='autobr' />
minorité dans la population (ou quand c'est l'avant-garde<br class='autobr' />
du prolétariat, consciente et vraiment révolutionnaire, qui<br class='autobr' />
constitue cette minorité), est capable de renverser la<br class='autobr' />
bourgeoisie et d'entraîner à ses côtés de nombreux alliés<br class='autobr' />
venus de la masse des semi-prolétaires et des petits-<br class='autobr' />
bourgeois, masse qui ne se prononcera jamais à l'avance<br class='autobr' />
pour la domination du prolétariat, qui ne comprendra pas<br class='autobr' />
les conditions et les tâches de cette domination, mais se<br class='autobr' />
convaincra seulement par son expérience ultérieure, de<br class='autobr' />
l'inéluctabilité, de la justice, de la légitimité de la dictature<br class='autobr' />
prolétarienne. » (228)</p>
<p>Le rôle du prolétariat chinois dans la production est déjà<br class='autobr' />
considérable. Il ne fera que grandir au cours des années qui<br class='autobr' />
viennent. Comme l'ont montré les événements, son rôle politi-<br class='autobr' />
que aurait pu être grandiose. Mais toute la ligne de conduite de la<br class='autobr' />
direction a été orientée contre la possibilité offerte au prolétariat<br class='autobr' />
de s'assurer du rôle dirigeant.</p>
<p>Le projet de programme dit que la construction du socia-<br class='autobr' />
lisme en Chine ne pourra réussir qu'« à condition d'être directe-<br class='autobr' />
ment appuyée par les pays de dictature prolétarienne ». Ainsi<br class='autobr' />
reconnaît-on ici à propos de la Chine ce que le parti a toujours<br class='autobr' />
admis en ce qui concerne la Russie. Mais s'il n'existe pas en<br class='autobr' />
Chine des forces internes suffisantes pour construire par elles-<br class='autobr' />
mêmes la société socialiste, alors, conformément à la théorie<br class='autobr' />
Staline-Boukharine, le prolétariat chinois ne devrait pas prendre<br class='autobr' />
le pouvoir, à aucune étape de la révolution. Ou bien le fait que<br class='autobr' /> !'U.R.S.S. existe résout-il la question en sens inverse ? Alors, il<br class='autobr' />
se trouve que notre technique serait suffisante pour construire la<br class='autobr' />
société socialiste non seulement chez nous en U.R.S.S. mais<br class='autobr' />
aussi en Chine, c'est-à-dire dans deux grands pays les plus<br class='autobr' />
arriérés au point de vue économique avec une population de<br class='autobr' />
600 millions d'habitants. Ou bien peut-on admettre en Chine le<br class='autobr' />
caractère inéluctable de la dictature du prolétariat parce que cette<br class='autobr' />
dictature sera introduite dans le circuit de la révolution socialiste<br class='autobr' />
mondiale et deviendra non seulement un chaînon de celle-ci mais<br class='autobr' />
aussi une de ses forces motrices ? Mais c'est précisément de cette<br class='autobr' />
façon que Lénine posait le problème de la révolution d'Octobre,<br class='autobr' />
dont l' « originalité » consiste précisément dans un développe-<br class='autobr' />
ment analogue à celui des pays d'Orient. Nous voyons ainsi<br class='autobr' />
comment la théorie révisionniste du socialisme dans un seul pays,<br class='autobr' />
créée en 1925 pour combattre le« trotskysme », sème le trouble<br class='autobr' />
et la confusion chaque fois qu'est abordé un problème révolu-<br class='autobr' />
tionnaire important et nouveau.</p>
<p>Le Projet de programme va plus loin encore dans cette voie.<br class='autobr' />
Il oppose à la Chine et à l'Inde « la Russie d'avant 1917 », la<br class='autobr' />
Pologne (« etc. ») comme des pays « disposant d'un certain<br class='autobr' />
minimum d'industrie suffisant pour construire triomphalement le<br class='autobr' />
socialisme », ou bien (comme on le dit d'une façon plus précise et<br class='autobr' />
plus erronée ailleurs) comme des pays qui ont « les bases<br class='autobr' />
matérielles nécessaires et suffisantes pour construire le socialisme<br class='autobr' />
intégral ». Il s'agit ici, comme nous le savons déjà, d'un véritable<br class='autobr' />
jeu de mots au sujet de l'expression de Lénine sur les bases<br class='autobr' />
« nécessaires et suffisantes ». Il s'agit là d'une tricherie inadmissi-<br class='autobr' />
ble, car Lénine énumère avec précision les bases politiques et<br class='autobr' />
d'organisation, y compris celles de la technique, de la culture et<br class='autobr' />
du rôle international. Mais l'essentiel demeure le problème de<br class='autobr' />
savoir comment on peut déterminer a priori le minimum d'indus-<br class='autobr' />
trie suffisant pour construire le socialisme complet, alors qu'il<br class='autobr' />
s'agit d'une lutte mondiale entre deux systèmes économiques,<br class='autobr' />
entre deux régimes sociaux, et qu'en outre notre base économi-<br class='autobr' />
que dans cette lutte est infiniment plus faible ?</p>
<p>Si l'on ne considère que le levier économique, il est clair que<br class='autobr' />
le nôtre, celui de l'U.R.S.S. et à plus forte raison celui de la<br class='autobr' />
Chine et de l'Inde, est infiniment moins puissant que celui du<br class='autobr' />
capitalisme mondial. Mais le problème tout entier sera résolu par<br class='autobr' />
la lutte révolutionnaire entre deux systèmes, lutte d'envergure<br class='autobr' />
mondiale. Dans la lutte politique, le levier le plus puissant est de<br class='autobr' />
notre côté, ou, pour parler plus exactement, peut et doit, si l'on<br class='autobr' />
pratique une politique juste, tomber entre nos mains.</p>
<p>Toujours dans le même article « Sur notre révolution »,<br class='autobr' />
après les mots « pour créer le socialisme il faut un certain niveau<br class='autobr' />
culturel », Lénine fait remarquer :« Quoique personne ne puisse<br class='autobr' />
dire quel est ce niveau. » Pourquoi personne ne peut-il le dire ?<br class='autobr' />
Parce que cette question est résolue par la lutte, par l'émulation<br class='autobr' />
d'envergure mondiale entre deux systèmes sociaux et deux<br class='autobr' />
cultures. Rompant complètement avec cette pensée de Lénine,<br class='autobr' />
qui se déduit du fond même du problème, le projet de pro-<br class='autobr' />
gramme affirme que la Russie d'avant 1917 possédait précisé-<br class='autobr' />
ment ce « minimum de technique » et par conséquent aussi de<br class='autobr' />
culture, nécessaire pour construire le socialisme dans un seul<br class='autobr' />
pays. Les auteurs du projet tentent de dire dans le programme<br class='autobr' />
qu'a priori, « personne ne peut dire » ...</p>
<p>Il est impossible, il est absurde de chercher le critère d'un<br class='autobr' />
« minimum suffisant » dans une statistique nationale (« Russie<br class='autobr' />
d'avant 1917 ») alors que tout le problème se résout par la<br class='autobr' />
dynamique révolutionnaire. C'est sur ce critère mensonger,<br class='autobr' />
arbitraire, isolé au point de vue national, que repose précisément<br class='autobr' />
la base théorique de l'esprit national borné en politique qui est la<br class='autobr' />
source d'inévitables errements nationaux-réformistes et sociaux-<br class='autobr' />
patriotes dans l'avenir.</p>
<p>7. De l'idée réactionnaire des « partis ouvriers et paysans biclas-<br class='autobr' />
sistes » pour l'Orient.</p>
<p>Les leçons de la seconde révolution chinoise sont des<br class='autobr' />
enseignements pour toute l'Internationale communiste, mais<br class='autobr' />
avant tout les pays d'Orient.</p>
<p>Tous les arguments présentés pour défendre la ligne men-<br class='autobr' />
chevique dans la révolution chinoise devraient avoir, si on les<br class='autobr' />
prenait au sérieux trois fois plus de force appliquée à l'Inde. Le<br class='autobr' />
joug de l'impérialisme a là-bas, dans cette colonie classique, des<br class='autobr' />
formes infiniment plus directes et concrètes qu'en Chine. Les<br class='autobr' />
survivances des rapports féodaux, c'est-à-dire du servage, sont<br class='autobr' />
dans l'Inde incomparablement plus profondes et considérables.</p>
<p>Néanmoins (et pour parler plus exactement, précisément pour<br class='autobr' />
cette raison), les méthodes appliquées en Chine et qui ont ruiné<br class='autobr' />
la révolution, auront aux Indes des conséquences encore plus<br class='autobr' />
funestes. Seul un mouvement immense et indomptable des<br class='autobr' />
masses populaires qui, en raison même de son envergure et de<br class='autobr' />
son caractère indomptable, de ses buts et de ses liens internatio-<br class='autobr' />
naux, ne peut tolérer dans sa direction aucune demi-mesure,<br class='autobr' />
aucune compromission, aucun opportunisme, ne pourra renver-<br class='autobr' />
ser les hobereaux indiens, la bureaucratie anglo-saxonne et<br class='autobr' />
l'impérialisme britannique.</p>
<p>La direction de l'Internationale communiste a déjà fait aux<br class='autobr' />
Indes pas mal de fautes. Les circonstances n'ont pas encore<br class='autobr' />
permis à ces erreurs de se manifester sur une échelle aussi vaste<br class='autobr' />
qu'en Chine. On peut donc espérer que les enseignements des<br class='autobr' />
événements chinois permettront de mieux redresser à temps la<br class='autobr' />
ligne politique de la direction en Inde et dans les autres pays<br class='autobr' />
d'Orient.</p>
<p>Pour nous, la question cardinale est ici, comme partout et<br class='autobr' />
toujours, celle du P.C., de son indépendance complète, de son<br class='autobr' />
caractère de classe intransigeant. Dans cette voie, le plus grand<br class='autobr' />
danger est celui de la création de soi-disant partis « ouvriers et<br class='autobr' />
paysans » dans les pays orientaux.</p>
<p>A partir de 1924, qui comptera comme l'année de la révision<br class='autobr' />
ouverte de toute une série des thèses fondamentales de Marx et<br class='autobr' />
de Lénine, Staline a mis en avant la formule « des partis ouvriers<br class='autobr' />
et paysans biclassistes pour les pays de l'Orient ». Elle était<br class='autobr' />
encore basée sur ce même joug national qui servit en Orient de<br class='autobr' />
camouflage à l'opportunisme au même titre que la « stabilisa-<br class='autobr' />
tion » en Occident. Les télégrammes d'Inde, ainsi que du Japon,<br class='autobr' />
où il n'y a pas d'oppression nationale, ont souvent annoncé au<br class='autobr' />
cours de la dernière période des interventions de « partis ouvriers<br class='autobr' />
et paysans » provinciaux, elles en parlent toutes comme d'organi-<br class='autobr' />
sations proches, amies de l'I.C., presque comme d'organisations<br class='autobr' />
« siennes », sans toutefois dessiner concrètement leur silhouette<br class='autobr' />
politique, en un mot de la façon dont on parlait et écrivait encore<br class='autobr' />
très récemment à propos du Guomindang.</p>
<p>Déjà la Pravda assurait en 1924 :</p>
<p>« Certains indices montrent que le mouvement de<br class='autobr' />
libération nationale en Corée, prend graduellement forme<br class='autobr' />
au point de vue organisation, adoptant celle de la création<br class='autobr' />
d'un parti ouvrier et paysan. » 229</p>
<p>Entre-temps, Staline enseignait aux communistes de<br class='autobr' />
l'Orient :</p>
<p>« Les communistes doivent passer de la politique du<br class='autobr' />
front unique national [... ] à celle du bloc révolutionnaire<br class='autobr' />
des ouvriers et de la petite bourgeoisie. Dans de tels pays,<br class='autobr' />
ce bloc peut prendre la forme d'un parti unique, parti<br class='autobr' />
ouvrier et paysan, dans le genre du Guomindang. » (230)</p>
<p>Les petites « réserves » qui suivaient au sujet de l'autonomie<br class='autobr' />
des partis communistes (sans doute conforme à l' « autonomie »<br class='autobr' />
du prophète Jonas dans le ventre de la baleine) ne servaient que<br class='autobr' />
de camouflage. Nous sommes profondément convaincus que le<br class='autobr' />
Vie congrès devrait dire que, dans ce domaine, la moindre<br class='autobr' />
équivoque est funeste et sera repoussée. Il s'agit là d'une façon<br class='autobr' />
tout à fait nouvelle, complètement fausse, entièrement anti-<br class='autobr' />
marxiste, de poser la question fondamentale du parti, de ses<br class='autobr' />
rapports avec la classe et les classes.</p>
<p>On a défendu la nécessité pour le parti d'entrer dans le<br class='autobr' />
Guomindang en assurant que ce dernier, par sa composition<br class='autobr' />
sociale, était un parti des ouvriers et des paysans, que les 9/10 du<br class='autobr' />
Guomindang - ce chiffre fut répété des dizaines de fois -<br class='autobr' />
appartenaient à la tendance révolutionnaire et étaient prêts à<br class='autobr' />
marcher la main dans la main avec le parti communiste.</p>
<p>Pourtant, au moment des coups d'Etat de Shanghai et Wuhan et<br class='autobr' />
après, ces révolutionnaires du Guomindang, ces 9/10, disparu-<br class='autobr' />
rent comme s'ils étaient tombés à l'eau. Personne n'en a retrouvé<br class='autobr' />
les traces. Et les théoriciens de la collaboration des classes en<br class='autobr' />
Chine, Staline, Boukharine, etc., ne se sont même pas donnés la<br class='autobr' />
peine d'expliquer où étaient allés se loger les 9/10 des membres<br class='autobr' />
du Guomindang, les 9/10 d'ouvriers et paysans, révolutionnaires,<br class='autobr' />
sympathisants, tout à fait « siens » ? Pourtant la réponse qu'ap-<br class='autobr' />
pelle cette question a une importance décisive pour comprendre<br class='autobr' />
le destin de tous ces partis « biclassistes » prêchés par Staline et<br class='autobr' />
pour en concevoir plus clairement l'idée même, laquelle nous<br class='autobr' />
rejette très loin en arrière non seulement du programme du<br class='autobr' />
V.K.P. (b) de 1919, mais même du Manifeste du parti commu-<br class='autobr' />
niste de 1847.</p>
<p>La question de savoir où ont disparu les fameux 9/10 ne nous<br class='autobr' />
apparaîtra clairement que si nous comprenons l'impossibilité,<br class='autobr' />
1° de l'existence d'un parti biclassiste, c'est-à-dire d'un parti de<br class='autobr' />
deux classes exprimant simultanément deux lignes historiques qui<br class='autobr' />
s'excluent mutuellement, celle du prolétariat et celle de la petite<br class='autobr' />
bourgeoisie, 2° qu'on ne peut fonder dans la société capitaliste un<br class='autobr' />
parti paysan jouant un rôle indépendant, c'est-à-dire exprimant<br class='autobr' />
les intérêts de la paysannerie en même temps qu'indépendant du<br class='autobr' />
prolétariat et de la bourgeoisie.</p>
<p>Le marxisme a toujours enseigné, et le bolchevisme a repris,<br class='autobr' />
que le prolétariat et la paysannerie sont des classes différentes,<br class='autobr' />
qu'il est faux d'identifier de quelque façon que ce soit, leurs<br class='autobr' />
intérêts dans la société capitaliste, qu'un paysan ne peut adhérer<br class='autobr' />
au parti communiste que pour autant qu'il passe du point de vue<br class='autobr' />
du propriétaire à celui du prolétariat. Sous la dictature du<br class='autobr' />
prolétariat, l'alliance des ouvriers et des paysans n'infirme pas<br class='autobr' />
cette thèse, mais, dans une situation différente, elle la confirme<br class='autobr' />
par d'autres voies. S'il n'y avait pas des classes diverses ayant des<br class='autobr' />
intérêts différents, il ne serait non plus pas question d'alliance.</p>
<p>Celle-ci n'est compatible avec la révolution socialiste que pour<br class='autobr' />
autant qu'on l'introduise dans le cadre de fer de la dictature<br class='autobr' />
prolétarienne. On ne peut concilier chez nous l'existence de cette<br class='autobr' />
dictature avec celle d'une Ligue soi-disant paysanne, précisément<br class='autobr' />
parce que toute organisation paysanne « ayant sa valeur pro-<br class='autobr' />
pre »,prétendant résoudre les problèmes politiques qui se posent<br class='autobr' />
à toute la nation, finira inévitablement en devenant un instru-<br class='autobr' />
ment entre les mains de la bourgeoisie.</p>
<p>Les organisations qui, dans les pays capitalistes, s'intitulent<br class='autobr' />
partis paysans constituent en réalité une variété des partis<br class='autobr' />
bourgeois. Tout paysan qui n'adopte pas l'attitude du prolétaire<br class='autobr' />
en abandonnant le point de vue du propriétaire sera inévitable-<br class='autobr' />
ment entraîné par la bourgeoisie dans les questions fondamen-<br class='autobr' />
tales de la politique. II va de soi que tout parti bourgeois, qui<br class='autobr' />
s'appuie ou qui veut s'appuyer sur les paysans et, si c'est possible,<br class='autobr' />
sur les ouvriers, est obligé de se camoufler, c'est-à-dire de se vêtir<br class='autobr' />
de teintes combinant plusieurs couleurs. La fameuse idée des<br class='autobr' />
partis « ouvriers et paysans » semble être conçue spécialement<br class='autobr' />
pour camoufler les partis bourgeois obligés de chercher un appui<br class='autobr' />
chez les paysans, mais disposés à englober aussi dans leurs rangs<br class='autobr' />
des ouvriers. Désormais le Guomindang est entré pour toujours<br class='autobr' />
dans l'histoire comme type classique d'un parti de ce genre.</p>
<p>Comme on le sait, la société bourgeoise est construite de<br class='autobr' />
façon à ce que les masses non possédantes, mécontentes et<br class='autobr' />
trompées, se trouvent en bas tandis que les escrocs satisfaits sont<br class='autobr' />
en haut. C'est suivant ce principe qu'est également établi tout<br class='autobr' />
parti bourgeois s'il est vraiment un parti, c'est-à-dire s'il<br class='autobr' />
embrasse la masse dans des proportions assez considérables. II<br class='autobr' />
n'y a dans la société divisée en classes qu'une minorité d'exploi-<br class='autobr' />
teurs, d'escrocs et de profiteurs. Aussi tout parti capitaliste est-il<br class='autobr' />
obligé de reproduire et de refléter d'une façon ou de l'autre dans<br class='autobr' />
ses rapports internes les rapports qui existent dans la société<br class='autobr' />
bourgeoise en général. Dans tout parti bourgeois de masse, la<br class='autobr' />
base est plus démocratique, plus « à gauche » que le sommet.</p>
<p>C'est vrai pour le Zentrum allemand, pour les radicaux français<br class='autobr' />
et d'autant plus pour la social-démocratie. C'est pour cela que les<br class='autobr' />
jérémiades inlassables de Staline-Boukharine, etc., se plaignant<br class='autobr' />
de ce que la base « gauche » du Guomindang, les sommets, sont<br class='autobr' />
tellement naïves et sans excuses. Ce que l'on présente dans ces<br class='autobr' />
bizarres jérémiades comme un malentendu éphémère, gênant et<br class='autobr' />
qu'il fallait éliminer par des mesures d'organisation, des instruc-<br class='autobr' />
tions et des circulaires, est en réalité le trait caractéristique<br class='autobr' />
essentiel d'un parti bourgeois, surtout au cours d'une époque<br class='autobr' />
révolutionnaire.</p>
<p>C'est bien sous cet angle qu'il faut juger l'argument fonda-<br class='autobr' />
mental des auteurs du Projet de programme défendant tous les<br class='autobr' />
blocs opportunistes en général, tant en Angleterre qu'en Chine.<br class='autobr' />
Selon eux, la fraternisation avec les sommets se fait exclusive-<br class='autobr' />
ment dans l'intérêt de la base. Comme on le sait, l'Opposition<br class='autobr' />
exigeait que le parti sortît du Guomindang. « On se demande<br class='autobr' />
pourquoi, dit Boukharine. Parce qu'en haut les chefs du Guo-<br class='autobr' />
mindang hésitent (?). Et la masse du Guomindang, n'est-ce que<br class='autobr' />
du bétail ? Depuis quand décide-t-on de l'attitude envers une<br class='autobr' />
organisation de masse d'après ce qui se passe dans sa« sphère la<br class='autobr' />
plus élevée (231) » ?</p>
<p>Il semble invraisemblable qu'un argument pareil puisse être<br class='autobr' />
avancé dans un parti révolutionnaire. « Et la masse du Guomin-<br class='autobr' />
dang, n'est-ce que du bétail ? » demande Boukharine. Certaine-<br class='autobr' />
ment, c'est du cheptel. Dans tout parti bourgeois, la masse est<br class='autobr' />
toujours un cheptel, quoiqu'elle le soit à des degrés divers. Mais<br class='autobr' />
enfin, pour nous, ce n'est pas un cheptel ? En effet, mais,<br class='autobr' />
précisément, c'est pour cela qu'il nous est interdit de la pousser<br class='autobr' />
dans les bras de la bourgeoisie en camouflant celle-ci sous le nom<br class='autobr' />
de parti ouvrier et paysan. C'est justement pour cela qu'il nous est<br class='autobr' />
interdit de subordonner le parti du prolétariat à celui de la<br class='autobr' />
bourgeoisie, mais qu'au contraire nous devons à chaque pas les<br class='autobr' />
opposer l'un à l'autre. Le sommet du Guomindang, dont<br class='autobr' />
Boukharine parle avec ironie comme de quelque chose de<br class='autobr' />
secondaire, est en réalité l'âme du Guomindang, son essence<br class='autobr' />
sociale.</p>
<p>La bourgeoisie n'est certes dans le parti qu'un « sommet »<br class='autobr' />
comme elle l'est aussi dans la société. Mais ce sommet est<br class='autobr' />
puissant par son capital, ses connaissances, ses relations, la<br class='autobr' />
possibilité qu'il a toujours de s'appuyer sur les impérialistes et<br class='autobr' />
surtout par son pouvoir de fait dans l'Etat et dans l'armée, qui se<br class='autobr' />
confond intimement avec la direction du Guomindang lui-même.</p>
<p>C'est lui justement qui a rédigé les lois contre les grèves, étouffé<br class='autobr' />
les interventions des paysans, refoulé les communistes dans<br class='autobr' />
l'ombre, leur permettant dans le meilleur des cas, de ne<br class='autobr' />
constituer que le tiers de leur parti, leur faisait jurer de placer le<br class='autobr' />
sun yatsénisme petit-bourgeois au-dessus du marxisme 232 • La<br class='autobr' />
base se rapprochait de ce sommet et lui servait, comme Moscou,<br class='autobr' />
de point d'appui « à gauche » tandis que les généraux, les<br class='autobr' />
compradores, les impérialistes, l'appuyaient sur sa droite. Consi-<br class='autobr' />
dérer le Guomindang non comme un parti bourgeois, mais<br class='autobr' />
comme une arène neutre dans laquelle on lutte pour avoir les<br class='autobr' />
masses avec soi, lancer comme un atout les 9/10 de « base de<br class='autobr' />
gauche » pour masquer la question de savoir qui est maître dans<br class='autobr' />
la maison, signifiait consolider la puissance et le pouvoir du<br class='autobr' />
« sommet » : c'était l'aider à transformer les masses de plus en<br class='autobr' />
plus nombreuses en « cheptel » et préparer, dans les conditions<br class='autobr' />
les plus favorables dans ce sommet, le coup d'Etat de Shanghai.</p>
<p>Se fondant sur l'idée réactionnaire du« parti biclassiste », Staline<br class='autobr' />
et Boukharine s'imaginaient que les communistes obtiendraient<br class='autobr' />
avec les « gauches » la majorité dans le Guomindang et par là le<br class='autobr' />
pouvoir dans le pays, puisqu'en Chine le pouvoir est aux mains<br class='autobr' />
du Guomindang. En d'autres termes, ils s'imaginaient que, par<br class='autobr' />
de simples réélections dans les congrès du Guomindang, le<br class='autobr' />
pouvoir passerait des mains de la bourgeoisie à celles du proléta-<br class='autobr' />
riat. Peut-on concevoir dévotion plus attendrissante, plus idéa-<br class='autobr' />
liste à l'égard de la « démocratie du parti »... quand c'est d'un<br class='autobr' />
parti bourgeois qu'il s'agit ? Car l'armée, la bureaucratie, la<br class='autobr' />
presse, les capitaux sont entre les mains de la bourgeoisie. C'est<br class='autobr' />
justement pour cette raison aussi qu'elle tient le gouvernail du<br class='autobr' />
parti au pouvoir. Le« sommet » bourgeois ne tolère ou n'a toléré<br class='autobr' />
« 9/10 » de « gauches » (et de gauches de cette sorte) que dans la<br class='autobr' />
mesure où ils ne portent pas atteinte à l'armée, à la bureaucratie,<br class='autobr' />
à la presse, aux capitaux. Grâce à ces puissants moyens, le som-<br class='autobr' />
met bourgeois maintient dans la soumission non seulement 9/10<br class='autobr' />
des membres « de gauche » du parti, mais les masses populaires<br class='autobr' />
dans leur ensemble. Or la théorie du bloc des classes, la théorie<br class='autobr' />
du Guomindang comme parti ouvrier et paysan aide de son<br class='autobr' />
mieux la bourgeoisie. En revanche, quand la bourgeoisie se<br class='autobr' />
heurte ensuite en ennemie aux masses et les mitraille, dans cette<br class='autobr' />
collision entre deux forces réelles, la bourgeoisie et le prolétariat,<br class='autobr' />
on n'entend même pas bêler les fameux 9/10. La pitoyable fiction<br class='autobr' />
démocratique disparaît sans laisser de traces devant la sanglante<br class='autobr' />
réalité de la lutte des classes.</p>
<p>Voilà, le mécanisme politique véritable, l'unique possible<br class='autobr' />
des « partis ouvriers et paysans biclassistes en Orient ». Il n'en<br class='autobr' />
existe et n'en existera pas d'autres.</p>
<p>Quoique l'idée des partis biclassistes cite dans l'exposé des<br class='autobr' />
motifs l'oppression nationale qui abroge prétendument la doc-<br class='autobr' />
trine de Marx sur les classes, nous connaissons déjà des avortons<br class='autobr' />
« ouvriers et paysans » au Japon où il n'existe pas de joug<br class='autobr' />
national. Mais cela ne suffit pas : l'affaire ne se borne pas au seul<br class='autobr' />
Orient. L'idée « biclassiste » essaie de s'universaliser. Dans ce<br class='autobr' />
domaine, la tentative qui fut la plus caricaturale, fut celle,<br class='autobr' />
mentionnée plus haut, que fit le C.P.A. en soutenant la<br class='autobr' />
candidature présidentielle du sénateur bourgeois « anti-trust »<br class='autobr' />
LaFollette, afin d'amener ainsi les farmers américains à la<br class='autobr' />
révolution sociale. Pepper, le théoricien de la manœuvre, un de<br class='autobr' />
ceux qui assassinèrent la révolution hongroise parce qu'il n'avait<br class='autobr' />
pas remarqué la paysannerie magyare 233 , fit en Amérique, sans<br class='autobr' />
doute par désir de compenser, un gros effort pour détruire le<br class='autobr' />
P.C.A. en le dissolvant parmi les farmers. La théorie de Pepper<br class='autobr' />
consistait en ce que la super-plus-value du Capital américain<br class='autobr' />
transforme le prolétariat d'Amérique en aristocratie ouvrière<br class='autobr' />
mondiale ; en revanche, la crise agraire ruinerait les farmers et les<br class='autobr' />
pousserait dans la voie de la révolution socialiste. Le parti,<br class='autobr' />
comptant quelques milliers de membres, surtout des immigrés,<br class='autobr' />
aurait dû, selon la conception de Pepper, s'emboîter avec les<br class='autobr' />
farmers, par l'intermédiaire d'un parti bourgeois et, après avoir<br class='autobr' />
formé un parti « biclassiste », assurer la révolution socialiste<br class='autobr' />
devant la passivité ou la neutralité d'un prolétariat corrompu par<br class='autobr' />
la super-plus-value. Cette idée délirante a eu des partisans et des<br class='autobr' />
semi-partisans dans les sphères supérieures de l'I.C. Pendant<br class='autobr' />
plusieurs semaines, la balance a oscillé tantôt d'un côté, tantôt de<br class='autobr' />
l'autre jusqu'à ce qu'on fit enfin une concession à l'A B C du<br class='autobr' />
marxisme - on disait en coulisses « aux préjugés du trots-<br class='autobr' />
kysme » - Il fallut attraper au lasso le C.P .A. des mains du parti<br class='autobr' />
de LaFollette (234), lequel mourut avant son fondateur.</p>
<p>Tout ce que le nouveau révisionnisme invente d'abord pour<br class='autobr' />
l'Orient est ensuite transporté en Occident. Si Pepper tenta de<br class='autobr' />
l'autre côté de l'Océan de violer l'histoire avec son parti<br class='autobr' />
biclassiste, les derniers renseignements reçus montrent que<br class='autobr' />
l'entreprise menée avec le Guomindang a trouvé des imitateurs<br class='autobr' />
en Italie où l'on tente, paraît-il, d'imposer à notre parti le mot<br class='autobr' />
d'ordre monstrueux d'une « assemblée républicaine (?) s'ap-<br class='autobr' />
puyant (?!) sur des comités ouvriers et paysans. » 235 Dans ce mot<br class='autobr' />
d'ordre, l'esprit de Tchiang Kaï-chek donne l'accolade à celui de<br class='autobr' />
Hilferding (236). Vraiment, en arriverons-nous là ?</p>
<p>Pour conclure, il nous reste encore à rappeler que l'idée d'un<br class='autobr' />
parti « ouvrier et paysan » rejette de l'histoire du bolchevisme<br class='autobr' />
toute la lutte contre les populistes, sans laquelle il n'y aurait pas<br class='autobr' />
de parti bolchevique. Quelle était la signification de cette lutte<br class='autobr' />
historique ? Lénine écrivait en 1900 sur les socialistes révolution-<br class='autobr' />
naires :</p>
<p>« L'idée fondamentale de leur programme n'était<br class='autobr' />
nullement qu'il fallait une « alliance des forces » entre le<br class='autobr' />
prolétariat et la paysannerie ; mais qu'il n'y avait pas un<br class='autobr' />
abîme de classe entre l'un et l'autre, qu'il ne fallait pas<br class='autobr' />
tracer une ligne de démarcation de classe entre eux ; que la<br class='autobr' />
conception social-démocrate du caractère petit-bourgeois<br class='autobr' />
de la paysannerie, la distinguant du prolétariat, était<br class='autobr' />
radicalement fausse » (237).</p>
<p>En d'autres termes, le parti biclassiste, ouvrier et paysan, est<br class='autobr' />
l'idée cardinale du populisme russe. Ce n'est qu'en luttant contre<br class='autobr' />
elle que le parti d'avant-garde prolétarienne dans la Russie<br class='autobr' />
paysanne a pu se développer.</p>
<p>Lénine répéta, avec ténacité, inlassablement, à l'époque de<br class='autobr' />
la révolution de 1905 :</p>
<p>« Se méfier de la paysannerie, s'organiser indépen-<br class='autobr' />
damment d'elle, être prêt à lutter contre elle, pour autant<br class='autobr' />
qu'elle intervienne d'une façon réactionnaire ou anti-<br class='autobr' />
prolétarienne » (238)</p>
<p>Lénine écrivait en 1906 :</p>
<p>« Un dernier conseil : prolétaires et semi-prolétaires<br class='autobr' />
des villes et des campagnes, organisez-vous séparément.<br class='autobr' />
Ne faites confiance à aucun petit propriétaire, même petit,<br class='autobr' />
même « travailleur » [... ] Nous soutenons entièrement le<br class='autobr' />
mouvement paysan, mais nous devons nous souvenir que<br class='autobr' />
c'est le mouvement d'une autre classe, pas de celle qui peut<br class='autobr' />
accomplir et qui accomplira le bouleversement socia-<br class='autobr' />
liste » (9)</p>
<p>Peut-on condamner de façon plus cinglante, plus impitoya-<br class='autobr' />
ble, plus meurtrière, l'idée même d'un parti ouvrier et paysan ?</p>
<p>Quant à Staline, il enseigne :</p>
<p>« Le bloc révolutionnaire, anti-impérialiste [... ] peut<br class='autobr' />
prendre, mais ne doit pas toujours (!) obligatoirement (!)<br class='autobr' />
prendre la forme d'un parti ouvrier et paysan unique, lié au<br class='autobr' />
point de vue de sa forme par une plate-forme unique » 240 •<br class='autobr' />
Lénine enseignait que l'alliance des ouvriers et des paysans<br class='autobr' />
ne devait en aucun cas et à aucun moment, conduire à l'unification<br class='autobr' />
des partis. Staline, lui, ne fait à Lénine qu'une concession :<br class='autobr' />
d'après lui, le bloc des classes doit prendre« la forme d'un parti<br class='autobr' />
unique, d'un parti ouvrier et paysan, dans le genre du Guomin-<br class='autobr' />
dang », cela n'est pas toujours obligatoire. Merci tout au moins<br class='autobr' />
pour cette restriction.</p>
<p>C'est avec la même intransigeance que Lénine pose la<br class='autobr' />
question à l'époque de la révolution d'Octobre. Généralisant<br class='autobr' />
l'expérience des trois révolutions russes, Lénine, à partir de 1918,<br class='autobr' />
ne laisse échapper aucune occasion de répéter que, dans une<br class='autobr' />
société où prédominent les rapports capitalistes, il y a deux forces<br class='autobr' />
qui décident : la bourgeoisie et le prolétariat.<br class='autobr' />
« Si le paysan ne suit pas les ouvriers, il marche à la<br class='autobr' />
remorque de la bourgeoisie ; il n'y a pas et ne peut y avoir<br class='autobr' />
de milieu » (241)</p>
<p>Pourtant un « parti ouvrier et paysan » représente précisé-<br class='autobr' />
ment une tentative de donner une solution moyenne.<br class='autobr' />
Si l'avant-garde du prolétariat russe ne s'était pas opposée à<br class='autobr' />
la paysannerie, si elle n'avait pas mené une lutte sans merci<br class='autobr' />
contre la confusion petite-bourgeoise de cette paysannerie, elle<br class='autobr' />
se serait inévitablement dissoute elle-même dans les éléments<br class='autobr' />
petits-bourgeois, par l'intermédiaire du parti s.r. ou de quelque<br class='autobr' />
autre « parti biclassiste », lequel, à son tour, l'aurait inévitable-<br class='autobr' />
ment soumise à la direction de la bourgeoisie. Pour arriver à<br class='autobr' />
l'alliance révolutionnaire avec la paysannerie - et ce n'est pas<br class='autobr' />
sans peine qu'on y arrive- il faut au préalable que l'avant-garde<br class='autobr' />
prolétarienne et, par elle, la classe ouvrière dans son ensemble,<br class='autobr' />
s'affranchisse des masses populaires petites-bourgeoises ; cela ne<br class='autobr' />
se peut qu'en éduquant le parti prolétarien dans un esprit<br class='autobr' />
d'intransigeance de classe bien trempé.</p>
<p>Plus le prolétariat est jeune, plus ses « liens » de parenté<br class='autobr' />
avec la paysannerie sont récents et intimes, plus la proportion de<br class='autobr' />
la population qu'elle constitue est grande et plus la lutte contre<br class='autobr' />
toute alchimie politique « biclassiste » revêt d'importance. En<br class='autobr' />
Occident, l'idée du parti ouvrier et paysan est simplement<br class='autobr' />
ridicule. En Orient, elle est funeste. En Chine, aux Indes, au<br class='autobr' />
Japon, elle est l'ennemie mortelle, non seulement de l'hégémo-<br class='autobr' />
nie du prolétariat dans la révolution, mais aussi de l'autonomie la<br class='autobr' />
plus élémentaire de l'avant-garde prolétarienne. Le parti ouvrier<br class='autobr' />
et paysan ne peut être qu'une base, un écran, un tremplin pour la<br class='autobr' />
bourgeoisie.</p>
<p>Fatalement, dans cette question essentielle pour tout<br class='autobr' />
l'Orient, le révisionnisme actuel ne fait aussi que répéter les<br class='autobr' />
erreurs de l'ancien opportunisme social-démocrate d'avant la<br class='autobr' />
révolution. La majorité des chefs de la social-démocratie euro-<br class='autobr' />
péenne considérait comme une erreur notre lutte contre les s.r. et<br class='autobr' />
recommandait avec insistance la fusion des deux partis, pensant<br class='autobr' />
que pour l' « Orient » russe, le parti ouvrier et paysan viendrait à<br class='autobr' />
point. Si nous avions écouté ces conseils, nous n'aurions jamais<br class='autobr' />
réalisé ni l'alliance des ouvriers et des paysans, ni la dictature du<br class='autobr' />
prolétariat. Le parti ouvrier et paysan « biclassiste » des s.r.<br class='autobr' />
devint chez nous, et il ne pouvait pas en être autrement, une<br class='autobr' />
agence de la bourgeoisie impérialiste ; autrement dit, il tenta<br class='autobr' />
vainement de jouer le rôle historique que, de façon différente,<br class='autobr' />
« originale »,à la manière chinoise et grâce aux révisionnistes du<br class='autobr' />
bolchevisme, le Guomindang joua avec succès. Sans condamna-<br class='autobr' />
tion impitoyable de l'idée même des partis ouvriers et paysans en<br class='autobr' />
Orient, il n'y a pas et il ne peut y avoir de programme de<br class='autobr' />
l'Internationale communiste.</p>
<p>8. Il faut vérifier ce qu'a donné l'Internationale paysanne</p>
<p>Une des principales, sinon la plus importante des accusa-<br class='autobr' />
tions lancées contre l'Opposition, fut d'avoir « sous-estimé » la<br class='autobr' />
paysannerie. Sur ce point aussi la vie a apporté sa leçon tant à<br class='autobr' />
l'intérieur du pays que sur le plan international. Les dirigeants<br class='autobr' />
officiels ont été coupables sur toute la ligne de sous-estimer le rôle<br class='autobr' />
et l'importance du prolétariat par rapport à la paysannerie. On<br class='autobr' />
peut envisager sur ce point les erreurs les plus graves dans le<br class='autobr' />
domaine économique, politique, international.</p>
<p>Il y a là la base de toutes les fautes commises à l'intérieur en<br class='autobr' />
1923, une sous-estimation de l'importance, par rapport à<br class='autobr' />
l'ensemble de l'économie nationale et à l'alliance avec la<br class='autobr' />
paysannerie, de l'industrie d'Etat sous l'autorité du prolétariat<br class='autobr' />
qui la gère. En Chine, la révolution a été perdue du fait de<br class='autobr' />
l'incompréhension du rôle dirigeant décisif du prolétariat dans la<br class='autobr' />
révolution agraire. C'est du même point de vue qu'il faut vérifier<br class='autobr' />
et apprécier l'activité de l'Internationale paysanne qui ne fut<br class='autobr' />
depuis le début qu'une simple expérience exigeant en outre la<br class='autobr' />
plus grande circonspection et beaucoup de rigueur dans le choix<br class='autobr' />
des moyens et leur conformité aux principes : il n'est pas difficile<br class='autobr' />
de comprendre pourquoi.</p>
<p>La paysannerie, du fait de son histoire et de ses conditions<br class='autobr' />
de vie, est la moins internationale de toutes les classes. Ce que<br class='autobr' />
l'on appelle l'originalité nationale a précisément sa source<br class='autobr' />
principale dans la paysannerie. On ne peut l'entraîner - et<br class='autobr' />
encore seulement ses masses semi-prolétariennes - dans la voie<br class='autobr' />
internationale que sous la direction du prolétariat. Ce n'est que<br class='autobr' />
dans la mesure où la paysannerie indigène s'arrache, grâce au<br class='autobr' />
prolétariat, à l'influence de la bourgeoisie indigène, et apprend<br class='autobr' />
ainsi à voir en lui non seulement son allié mais son guide, qu'il est<br class='autobr' />
possible de l'entraîner sur le chemin de la politique internatio-<br class='autobr' />
nale. Quant aux tentatives de grouper la paysannerie des<br class='autobr' />
différents pays en une organisation internationale par-dessus la<br class='autobr' />
tête du prolétariat et en dehors des partis communistes natio-<br class='autobr' />
naux, elles sont vouées d'avance à l'échec et ne peuvent, en<br class='autobr' />
dernière analyse, que nuire à la lutte du prolétariat indigène pour<br class='autobr' />
gagner de l'influence chez les ouvriers agricoles et les paysans<br class='autobr' />
pauvres.</p>
<p>Dans le cours des révolutions bourgeoises comme des<br class='autobr' />
contre-révolutions, à partir des guerres paysannes du xv1c siècle<br class='autobr' />
et même avant 242 , la paysannerie représentée par ses couches<br class='autobr' />
diverses, a joué un rôle considérable et parfois décisif. Mais elle<br class='autobr' />
n'a jamais joué un rôle indépendant. Directement ou non, la<br class='autobr' />
paysannerie a toujours soutenu une force politique contre une<br class='autobr' />
autre. Mais elle n'a jamais été elle-même une force en elle-même<br class='autobr' />
capable de résoudre les problèmes politiques nationaux. A<br class='autobr' />
l'époque du capital financier, la polarisation de la société<br class='autobr' />
capitaliste s'est considérablement aggravée par rapport aux<br class='autobr' />
phases précédentes de l'évolution capitaliste. Cela signifie qu'au<br class='autobr' />
lieu de grandir, le poids spécifique de la paysannerie a diminué.</p>
<p>En tout cas, à l'époque de l'impérialisme, la paysannerie est<br class='autobr' />
encore moins capable de suivre une ligne politique indépendante,<br class='autobr' />
même à l'échelle nationale, sans parler de l'échelle internatio-<br class='autobr' />
nale, qu'à l'époque du capitalisme industriel. Aux Etats-Unis<br class='autobr' />
actuellement, les farmers sont infiniment moins capables de jouer<br class='autobr' />
un rôle politique indépendant qu'il y a quarante ou cinquante<br class='autobr' />
ans, comme en témoigne l'expérience du mouvement popu-<br class='autobr' />
liste 243 , où ils n'ont pas pu créer un parti à l'échelle nationale.</p>
<p>La brève mais sérieuse secousse qui a touché l'agriculture, à<br class='autobr' />
la suite du déclin économique provoqué par la guerre, a, pendant<br class='autobr' />
un moment, entretenu des illusions sur le rôle que pouvaient<br class='autobr' />
jouer des partis « paysans », c'est-à-dire des partis bourgeois<br class='autobr' />
« pseudo-paysans » s'opposant de façon démagogique aux partis<br class='autobr' />
bourgeois. Si l'on pouvait, dans la période de tumultueuse<br class='autobr' />
agitation paysanne des années d'après-guerre, prendre le risque<br class='autobr' />
de tenter l'expérience risquée de l'Internationale paysanne pour<br class='autobr' />
expérimenter les nouveaux rapports entre prolétariat et paysan-<br class='autobr' />
nerie, entre paysannerie et bourgeoisie, il est grand temps<br class='autobr' />
désormais de dresser le bilan de l'expérience de cinq ans<br class='autobr' />
d'internationale paysanne, d'en dévoiler les côtés cruellement<br class='autobr' />
négatifs, d'essayer d'en voir les aspects positifs.</p>
<p>Une conclusion en tout cas est indiscutable. L'expérience<br class='autobr' />
des partis « paysans » de Bulgarie, de Pologne, de Roumanie, de<br class='autobr' />
Yougoslavie (c'est-à-dire de tous les pays arriérés), l'expérience<br class='autobr' />
ancienne de nos socialistes-révolutionnaires et l'expérience<br class='autobr' />
récente (le sang est encore chaud) du Guomindang, les expé-<br class='autobr' />
riences épisodiques dans les pays capitalistes avancés, particuliè-<br class='autobr' />
rement l'expérience LaFollette-Pepper aux Etats-Unis- toutes<br class='autobr' />
ont démontré sans discussion qu'à l'époque du déclin du capita-<br class='autobr' />
lisme il y a encore moins de raison qu'à celle de son ascension<br class='autobr' />
d'espérer voir apparaître des partis paysans indépendants, révolu-<br class='autobr' />
tionnaires, anti-bourgeois.</p>
<p>« La ville ne peut être l'égale de la campagne. La<br class='autobr' />
campagne ne peut être l'égale de la ville, dans les condi-<br class='autobr' />
tions historiques de cette époque. Inévitablement, la ville<br class='autobr' />
entraîne derrière elle la campagne. Inéluctablement, la<br class='autobr' />
campagne suit la ville. La question est de savoir quelle<br class='autobr' />
classe de " celles de la ville " saura entraîner avec elle la<br class='autobr' />
campagne. » (244)</p>
<p>La paysannerie jouera encore un rôle décisif dans les<br class='autobr' />
révolutions d'Orient. Mais ce rôle ne sera pas dirigeant et n'aura<br class='autobr' />
pas de valeur propre. Les paysans pauvres, du Hubei, du<br class='autobr' />
Guangdong ou du Bengale peuvent jouer un rôle d'envergure<br class='autobr' />
non seulement nationale mais internationale. Ils n'y parviendront<br class='autobr' />
qu'à condition d'appuyer les ouvriers de Shanghai, de Hankou,<br class='autobr' />
de Canton et de Calcutta. C'est l'unique issue qui permet à la<br class='autobr' />
paysannerie révolutionnaire de déboucher dans la voie internatio-<br class='autobr' />
nale. La tentative d'unir directement le paysan du Hubei à celui<br class='autobr' />
de la Galicie ou de la Dobroudja, le fellah égyptien au farmer du<br class='autobr' />
Far West américain, est sans espoir.</p>
<p>Mais il est dans la nature de la politique que tout ce qui ne<br class='autobr' />
sert pas directement les intérêts d'une classe devient inévitable-<br class='autobr' />
ment un instrument utilisé pour d'autres fins, souvent totalement<br class='autobr' />
opposées. N'existe-t-il pas d'exemples de partis bourgeois,<br class='autobr' />
appuyés sur la paysannerie ou y aspirant, jugeant de leur intérêt<br class='autobr' />
de contracter une assurance auprès de l'Internationale paysanne,<br class='autobr' />
s'ils ne pouvaient le faire auprès de l'I.C., contre les coups portés<br class='autobr' />
par le P.C. de leur pays (245) , de même que Purcell, dans le<br class='autobr' />
domaine syndical, se protégeait par l'intermédiaire du comité<br class='autobr' />
anglo-russe ? Si LaFollette n'a pas cherché à se faire inscrire à<br class='autobr' />
l'Internationale paysanne, cela tient à l'extrême faiblesse du<br class='autobr' />
C.P.A., d'autant que son leader de l'époque, Pepper, avec un<br class='autobr' />
total désintéressement et sans qu'on le lui ait demandé, ouvrait<br class='autobr' />
quand même les bras à LaFollette. Déjà Radié, le dirigeant-<br class='autobr' />
banquier des koulaks croates, avait éprouvé le besoin, sur le<br class='autobr' />
chemin qui le conduisait à un portefeuille ministériel, de déposer<br class='autobr' />
sa carte de visite à l'Internationale paysanne. Le Guomindang est<br class='autobr' />
allé bien plus loin : après avoir réservé sa place dans l'Internatio-<br class='autobr' />
nale paysanne et la Ligue anti-impérialiste, il alla frapper aussi à<br class='autobr' />
la porte de l'Internationale communiste et reçut la bénédiction<br class='autobr' />
pour cela du bureau politique du parti communiste de<br class='autobr' /> !'U.R.S.S., à l'exception d'une voix.</p>
<p>Il est particulièrement caractéristique de la politique des<br class='autobr' />
dirigeants ces dernières années que, tandis que les tendances à la<br class='autobr' />
liquidation de l'Internationale syndicale rouge étaient très fortes
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> son nom même fut rayé des statuts des syndicats soviéti-<br class='autobr' />
ques -, si nous avons bonne mémoire, on n'a jamais soulevé<br class='autobr' />
dans la presse officielle la question de savoir en quoi consistaient<br class='autobr' />
exactement les conquêtes de l'Internationale paysanne.</p>
<p>Il faut que le VIe congrès contrôle sérieusement l'activité de<br class='autobr' />
l' « Internationale » paysanne sous l'angle de l'internationalisme<br class='autobr' />
prolétarien. Il serait temps d'établir le bilan marxiste de l'expé-<br class='autobr' />
rience, qui continue. Il faut sous une forme ou sous une autre,<br class='autobr' />
l'introduire dans le programme de l'Internationale communiste ;<br class='autobr' />
le projet actuel ne souffle mot ni des « millions » d'adhérents de<br class='autobr' />
l'Internationale paysanne ni même de son existence.</p>
<p>9. Conclusion</p>
<p>Nous avons présenté une critique de certaines thèses fonda-<br class='autobr' />
mentales du projet de programme et nous sommes loin d'avoir<br class='autobr' />
présenté nos critiques de toutes les thèses, notre temps étant<br class='autobr' />
limité puisque, pour l'ensemble de ce travail, nous ne disposions<br class='autobr' />
que de deux semaines. Nous nous sommes trouvés dans l'obliga-<br class='autobr' />
tion de nous en tenir aux problèmes les plus actuels, les plus<br class='autobr' />
étroitement liés à la lutte révolutionnaire et à la lutte qui s'est<br class='autobr' />
déroulée dans le parti au cours de la période récente.</p>
<p>L'expérience des prétendues « discussions » antérieures<br class='autobr' />
nous avait enseigné à l'avance que des phrases extraites sans<br class='autobr' />
ménagement de leur contexte, voire des erreurs de plume,<br class='autobr' />
peuvent devenir la source bouillonnante de nouvelles théories<br class='autobr' />
qui « écrabouillent le trotskysme ». Toute une période a été<br class='autobr' />
pleine de clameurs triomphantes de ce genre. Nous considérons<br class='autobr' />
avec un calme absolu les médiocrités théoriques qui vont une fois<br class='autobr' />
de plus s'abattre sur nous.</p>
<p>Il est toutefois infiniment probable que les auteurs du projet<br class='autobr' />
de programme préféreront ne pas utiliser, pour nous accuser<br class='autobr' />
encore, des articles trop révélateurs de critique, mais vont<br class='autobr' />
simplement procéder à une extension du vieil article 58. Inutile<br class='autobr' />
de dire que cet « argument » nous paraît moins convaincant<br class='autobr' />
encore.</p>
<p>Le VIe congrès doit adopter un programme. Nous nous<br class='autobr' />
sommes efforcés de montrer par l'ensemble de notre travail qu'il<br class='autobr' />
n'existait pas la moindre possibilité de prendre le projet élaboré<br class='autobr' />
par Staline et Boukharine comme base du programme.</p>
<p>Le moment présent est un tournant dans la vie du P.C.U.S.<br class='autobr' />
et de l'I.C. tout entière. Toutes les décisions et démarches<br class='autobr' />
récentes du comité central de notre parti, du plénum de février<br class='autobr' />
du comité exécutif de l'Internationale communiste, en témoi-<br class='autobr' />
gnent. Ces mesures sont tout à fait insuffisantes, les résolutions<br class='autobr' />
sont contradictoires et certaines, comme la résolution du plénum<br class='autobr' />
de février du comité exécutif de l'I.C. sur la révolution chinoise<br class='autobr' />
sont radicalement fausses. A travers elles se dessine néanmoins<br class='autobr' />
une tendance à un tournant à gauche. Nous n'avons aucune<br class='autobr' />
raison de la surestimer, d'autant qu'elle se dessine à un moment<br class='autobr' />
où on écrase l'aile révolutionnaire, tout en protégeant la droite.</p>
<p>Nous ne songeons pourtant pas un instant à négliger le fait que<br class='autobr' />
cette tendance à gauche est imposée par l'impasse dans laquelle a<br class='autobr' />
conduit le cours ancien. Tout révolutionnaire authentique fera<br class='autobr' />
tout son possible, à son poste, pour que le zigzag de gauche qui<br class='autobr' />
s'ébauche se transforme, avec le moins possible de difficultés et<br class='autobr' />
de heurts pour le parti, en une véritable orientation léniniste<br class='autobr' />
révolutionnaire. Mais nous en sommes encore loin aujourd'hui.<br class='autobr' />
L'Internationale communiste est peut-être en train de traverser<br class='autobr' />
aujourd'hui la période la plus difficile de son histoire, celle où le<br class='autobr' />
cours antérieur est loin d'avoir été totalement abandonné cepen-<br class='autobr' />
dant que le cours nouveau fait irruption en introduisant des<br class='autobr' />
éléments étrangers. Le projet de programme reflète dans son<br class='autobr' />
ensemble comme dans ses détails cet état de transition. Or de<br class='autobr' />
pareilles périodes, par leur nature même, sont les moins propices<br class='autobr' />
à l'élaboration de documents qui doivent déterminer l'activité de<br class='autobr' />
notre parti international pour nombre d'années à venir. Aussi<br class='autobr' />
pénible que ce doive être, il nous faudra attendre encore, après<br class='autobr' />
avoir pourtant déjà perdu tant de temps. Il faut permettre aux<br class='autobr' />
eaux troubles de se décanter, à la confusion de se dissiper, aux<br class='autobr' />
contradictions de disparaître et au nouveau tournant de prendre<br class='autobr' />
définitivement forme.</p>
<p>Le congrès ne s'est pas réuni depuis quatre ans. L'Interna-<br class='autobr' />
tionale communiste a vécu neuf ans sans un programme établi. Il<br class='autobr' />
n'y a aujourd'hui qu'une seule façon d'aborder cette question :<br class='autobr' />
décider que le vue congrès aura lieu l'année prochaine, en finir<br class='autobr' />
une fois pour toutes avec les tentatives d'usurpation des droits<br class='autobr' />
suprêmes de l'I.C. dans son ensemble, rétablir, dans tous les<br class='autobr' />
partis et par conséquent dans l'I.C. tout entière, un régime<br class='autobr' />
normal rendant possible une discussion véritable du projet de<br class='autobr' />
programme et nous permettant d'opposer à ce sujet éclectique un<br class='autobr' />
autre projet, marxiste, léniniste. Pour l'Internationale commu-<br class='autobr' />
niste, pour les réunions et conférences de ses sections, pour sa<br class='autobr' />
presse, il ne doit pas y avoir de questions interdites. Il faut,<br class='autobr' />
pendant cette année, labourer profondément, avec la charrue du<br class='autobr' />
marxisme, le champ tout entier. Ce n'est que par un tel travail<br class='autobr' />
que le parti international du prolétariat pourra se doter d'un<br class='autobr' />
programme, c'est-à-dire d'un grand phare qui jettera sur le passé<br class='autobr' />
une lumière exacte et en projettera les rayons très loin dans<br class='autobr' />
l'avenir.</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome_I.pdf" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome_I.pdf</a></p>
<h2 class="spip">Notes</i></h2>
<p>0. Trotsky : " En 1928, ma fille cadette, Nina, dont le mari avait été incarcéré dans " un isolateur " par Staline et qui s'y trouve depuis cinq ans, s'alita, bientôt après sa déportation à Alma-Ata, dans un hôpital. On diagnostiqua en elle la phtisie galopante. Une lettre toute personnelle d'elle à moi, sans aucun rapport avec la politique, vous l'avez retenue soixante-trois jours, de sorte que ma réponse ne lui est pas arrivée de son vivant. Elle mourut à vingt-six ans... Je me borne à ce communiqué, sans en tirer d'autres déductions. Pour les déductions, le temps viendra. "</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/12/lt19331204.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/12/lt19331204.htm</a></p>
<p>1. Article de discussion (T3117)</p>
<p>2. Au IVe congrès de l'I.C. (novembre-décembre 1922), plusieurs « projets de programme » avaient été soumis, par Boukharine, Thalheimer et Kabaktchiev notamment. Aucun n'avait été retenu et le congrès avait décidé de continuer le travail. En juin 1924, le Ve congrès (celui de la « bolchevisation ») avait créé une « commission du programme » et renvoyé la décision au VIe congrès. Pour le VIe congrès, il n'y avait plus qu'un nouveau projet de Boukharine, présenté avec Staline, dont Trotsky critique ici le texte.</p>
<p>3. Pour les communistes, la date du 4 août 1914 marque la fin de la IIe Internationale (sa « faillite »). La fraction du S.P.D. au Reichstag avait en effet voté les crédits de guerre et accepté la Burgfriede (paix civile) alors que les députés socialistes français faisaient de même et s'engageaient dans l'union sacrée. Le Bureau socialiste international s'ajourna sine die : Lénine ironisait sans douceur mais pas sans douleur sur le fait que « ces gens-là » n'avaient plus besoin d'une Internationale en temps de guerre.</p>
<p>4. Pravda, 15 janvier 1928.</p>
<p>S. Pravda, 29 mai 1928</p>
<p>6. C'est en 1924 que Trotsky, pour la première fois, avait souligné le rôle<br class='autobr' />
mondial nouveau des Etats-Unis, notamment dans des articles reproduits dans<br class='autobr' />
Europe et Amérique.</p>
<p>7. L. Trotsky ; Programme de la Paix, t. III, 1, p. 85.</p>
<p>8. Ibidem, p. 92.</p>
<p>9. Ibidem, p. 90.</p>
<p>10. Ibidem.</p>
<p>11. Lénine, Œuvres, XXVII, p. 95.</p>
<p>12. Ibidem, p. 239.</p>
<p>13. Ibidem, XVI, 102.</p>
<p>14. Ibidem, XXX, 518.</p>
<p>15. Ibidem, XXXII, 484.</p>
<p>16. Ibidem, XXXII, 511.</p>
<p>17. « Thèses sur la tactique du P.C.R.., ibidem.</p>
<p>18. Lénine, Œuvres, XXXII, p. 511.</p>
<p>19. La « crise de la Ruhr » fut marquée par l'occupation en janvier 1923 par<br class='autobr' />
les troupes françaises et belges, du bassin de la Ruhr, « saisie de gage productif »<br class='autobr' />
pour obliger au paiement des réparations allemandes : elle marqua le début de la<br class='autobr' />
crise allemande de cette année-là et un réalignement international.</p>
<p>20. La date de l'insurrection en Allemagne fut déterminée en septembre par<br class='autobr' />
une réunion de l'exécutif et des dirigeants russes.</p>
<p>21. Vadim M. Podbielsky (1887-1920), bolchevik en 1920, dirigeait alors à<br class='autobr' />
Moscou le Social-demokrat.</p>
<p>22. Lénine, Œuvres XXIX, p. 186.</p>
<p>23. Compte rendu sténographique, p. 14.</p>
<p>24. Œuvres XXI, p. 354.</p>
<p>25. Ibidem, XXVII, p. 349.</p>
<p>26. Ibidem, p. 312.</p>
<p>27. Ibidem, ib.</p>
<p>28. Ibidem, XXX, 205.</p>
<p>29. Les trois mots d'ordre principaux de l'agitation bolchevique sous le<br class='autobr' />
tsarisme étaient « république démocratique », « journée de 8 heures », « confis-<br class='autobr' />
cation des terres au bénéfice des paysans ». On les appelait « les trois colonnes »<br class='autobr' />
ou encore « les trois baleines » - par allusion au vieux mythe selon lequel le<br class='autobr' />
monde reposerait sur trois baleines- du bolchevisme. C'est entre autres sur ces<br class='autobr' />
trois mots d'ordre que les bolcheviks s'affrontaient aux liquidateurs dont les<br class='autobr' />
revendications démocratiques étaient étudiées pour pouvoir être concédées par le<br class='autobr' />
tsarisme.</p>
<p>30. Lénine, Œuvres, XXI, 434.</p>
<p>31. Ibidem, XXIII, 400.</p>
<p>32. Ibidem, XXXIII, 481.</p>
<p>33. Ibidem.</p>
<p>34. Ibidem, XVIII, 488.</p>
<p>35. Ibidem, XVIII, p. 486.</p>
<p>36. Ibidem, 8, XXXIII.</p>
<p>37. Pravda, 12 novembre 1926.</p>
<p>38. La traduction renvoie à J. Staline, De Lénine et du léninisme, Gosizdat,<br class='autobr' />
Moscou, 1924, pp. 40-41. La traduction française parue en 1947 aux Editions<br class='autobr' />
sociales liées au P.C.F. et « soigneusement revue » selon l'éditeur, assure dès la<br class='autobr' />
seconde phrase : « Ayant consolidé son pouvoir et entraîné la paysannerie à sa<br class='autobr' />
suite, le prolétariat du pays victorieux peut et doit édifier la société socialiste. » <br class='autobr' />
En revanche, la seconde phrase du texte ci-dessus a disparu.</p>
<p>39. N. Boukharine, Klassovaja bor'ba i revoljucija v Rossii, (La Lutte des<br class='autobr' />
classes et la révolution en Russie), 1917, pp. 3-4.</p>
<p>40. N. Boukharine, « La Dictature du prolétariat en Russie et la révolution<br class='autobr' />
mondiale », Kommunistitcheskij International, n° 5, sept. 1919, p. 614.</p>
<p>41. C.r. sténo, p. 115.</p>
<p>42. L'Opposition de gauche (ou « opposition de 1923 », « bolcheviks-<br class='autobr' />
léninistes »appelés« trotskyste par ses adversaires) était née à Moscou en 1923<br class='autobr' />
sur la double question de la démocratie dans le parti et du rôle de la planification<br class='autobr' />
industrielle. La lettre de Trotsky du 8 octobre 1923 sur le« cours nouveau »avait<br class='autobr' />
donné le signal de l'apparition au grand jour d'un conflit jusqu'alors cantonné au<br class='autobr' />
bureau politique. Le 15 octobre 1923, Trotsky avait reçu l'appui des« 46 »vieux<br class='autobr' />
bolcheviks (parmi lesquels, Piatakov, Préobrajensky, Sérébriakov, 1. N. Smir-<br class='autobr' />
nov, Antonov-Ovseenko, Boubnov, T. V. Sapronov, V. M. Smirnov, L. S.<br class='autobr' />
Bogouslavsky, Rafail, Varvara Iakovleva, V. V. Kossior, A. G. Beloborodov,<br class='autobr' />
Alsky, N. I. Mouralov, Sosnovsky, Voronsky, Drobnis, B. M. Eltsine, etc.)<br class='autobr' />
Rakovsky et Krestinsky n'avaient pas signé parce qu'en poste à l'étranger. En<br class='autobr' />
1926, I' « opposition de 1923 » avait fusionné avec la« nouvelle opposition »dite<br class='autobr' />
aussi « de Léningrad » et formé I' « opposition unifiée » dont les membres<br class='autobr' />
avaient été exclus en décembre 1927.</p>
<p>43. Otto Bauer (1881-1938), fils de riche famille juive, après des études de<br class='autobr' />
droit et d'économie et une collaboration avec Kautsky, était devenu le principal<br class='autobr' />
dirigeant social-démocrate autrichien. Prisonnier de guerre en Russie, puis chef<br class='autobr' />
de file de l'austro-marxisme après l'échec de la révolution.</p>
<p>44. La Nep désigne la nouvelle politique économique adoptée en 1921 et<br class='autobr' />
visant à ranimer l'économie à partir du marché des produits alimentaires.</p>
<p>45. Oswald Spengler (1882-1936), auteur d'un ouvrage sur le Déclin de<br class='autobr' />
l'Occident, incarnait le pessimisme weimarien.</p>
<p>46. Pjat let Kominterna (Les cinq premières années de l'I.C.), pp. 491-492.</p>
<p>47. Georg Heinrich von Vollmar (1850-1922), dirigeant du S.P.D. en<br class='autobr' />
Bavière, est généralement considéré comme l'ancêtre de sa droite révisionniste,<br class='autobr' />
donc du réformisme et en tout cas de l'alliance électorale avec les partis bourgeois<br class='autobr' />
démocrates.</p>
<p>48. G. Vollmar, « Die isolierte Sozialistische Staat » (L'Etat socialiste<br class='autobr' />
isolé), Jahrbuch für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik, Zürich, 1979, pp. 54-75.</p>
<p>49. « 0 karakter nachei revoljutsii u Vochmojnosti pobedonosnogo socialis-<br class='autobr' />
titcheskogo stroitel'stav v SSSR » (Du Caractère de notre révolution et de la<br class='autobr' />
possibilité de la construction victorieuse du socialisme en U.R.S.S.), Bolchevik,<br class='autobr' />
n° 19/20, 1926, pp. 28-59.</p>
<p>50. Lénine, Œuvres, XXXIII, p. 231.</p>
<p>51. « Le système de l'établissement du Plan », Planovoie Khoziastvo<br class='autobr' />
(L'Economie planifiée), janvier 1927, p. 27.</p>
<p>52. « Lénine, 1919 »est la seule référence donnée ici par Trotsky.</p>
<p>53. Lénine, Sotchinenija, XVII, p. 409.</p>
<p>54. Ibidem, XVII, p. 102.</p>
<p>55. La smytchka (liaison) est le mot qui, dans le code bolchevique, sert à<br class='autobr' />
désigner l'alliance entre travailleurs des villes et des campagnes.</p>
<p>56. L'Utopie est le pays imaginaire où règne un gouvernement idéal, cérit<br class='autobr' />
par Thomas More (1478-1535), chancelier, humaniste et martyr de la foi<br class='autobr' />
catholique, et l'Atlantide le royaume disparu redécouvert dans le roman paru en<br class='autobr' />
1919 sous ce titre écrit par Pierre Benoît (1886-1962).</p>
<p>57. Compte rendu sténographique du Vir plénum du C.E. de l'I.C.<br class='autobr' />
(Trotsky), p. 100.</p>
<p>58. Pravda, 12 novembre 1926.</p>
<p>59. Compte rendu sténographique, II, 10.</p>
<p>60. Ibidem, II, p. 116.</p>
<p>61. Lénine, Œuvres, XVII, p. 264.</p>
<p>62. Ibidem, XV, p. 165.</p>
<p>63. « La religion est l'opium du peuple » est la phrase souvent citée d'un<br class='autobr' />
texte qui mérite d'être plus longuement rappelé : « La religion est le soupir de la<br class='autobr' />
créature opprimée, la chaleur d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit de<br class='autobr' />
conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple » (Intro-<br class='autobr' />
duction de Marx à la Critique du Droit politique hégélien, éditions sociales,<br class='autobr' />
pp. 198 sq).</p>
<p>64. Edouard Vaillant (1840-1915), ancien communard, leader des blan-<br class='autobr' />
quistes après Blanqui, se rallia en 1915 à l'union sacrée et traqua, dans le parti<br class='autobr' />
socialiste, les minoritaires de gauche.</p>
<p>65. Paul Lensch, (1873-1926), après des études d'économie, journaliste au<br class='autobr' />
Leipziger Volkszeitung, était un des porte-parole de la gauche avant la guerre.<br class='autobr' />
Député, il vota en 1914 pour le refus des crédits de guerre à la fraction puis<br class='autobr' />
retourna brusquement sa veste et quitta le S.P.D., passant au journal des gens de<br class='autobr' />
l'industrie lourde, la Deutsche Allgemeine Zeitung.</p>
<p>66. Trotsky, Sotchinenija, Ill, pp. 90-91. Traduction française dans La<br class='autobr' />
Guerre et la Révolution, Il, p. 322.</p>
<p>67. Jules Basile, dit Jules Guesde (1845-1922), Communard, introduisit le<br class='autobr' />
marxisme dans le mouvement ouvrier français fondant le P.O.F. en 1879. Il se<br class='autobr' />
rallia en 1914 à l'union sacrée, devenant ministre d'Etat.</p>
<p>68. Trotsky explique ici une orientation politique qui lui répugne, sans<br class='autobr' />
attaquer personnellement l'homme qui en était porteur, une attitude fréquente<br class='autobr' />
chez lui, mais contraire à sa « légende ,., d'où la liberté que nous prenons de le<br class='autobr' />
signaler.</p>
<p>69. Gustav Noske (1868-1946), un ancien bûcheron, avait été ministre de la<br class='autobr' />
Reichswehr ; organisateur des Corps francs, il les avait lancés contre les conseils<br class='autobr' />
d'ouvriers. C'est alors qu'il était ministre que Rosa Luxemburg et Karl<br class='autobr' />
Liebknecht furent assassinés par les subordonnés de ce social-démocrate.</p>
<p>70. La 1re Internationale ou association internationale des travailleurs, était<br class='autobr' />
née à St-Martin's Hall à Londres le 24 septembre 1864 avec des représentants des<br class='autobr' />
syndicats britanniques et des délégués français et italiens, des observateurs<br class='autobr' />
individuels d'Allemagne et de Pologne. Karl Marx fut élu à son premier conseil<br class='autobr' />
général. Elle mourut pratiquement du conflit avec Bakounine, remporté par les<br class='autobr' />
marxistes qui transférèrent le siège aux E. U. où le dernier congrès eut lieu à<br class='autobr' />
Philadelphie le 15 juillet 1976.</p>
<p>71. La IIème Internationale était née à Paris en 1889 d'un congrès convoqué par<br class='autobr' />
des militants allemands et français. Elle était une organisation assez lâche de<br class='autobr' />
formations nationales avec plus un échange d'opinions qu'une véritable disci-<br class='autobr' />
pline. Elle prit cependant des décisions importantes comme lors du congrès<br class='autobr' />
d'Amsterdam où elle condamna le révisionnisme bernsteinien et le ministéria-<br class='autobr' />
lisme et fut le principal agent de l'unification des socialistes français. Elle avait<br class='autobr' />
volé en éclats de fait en 1914 et fut en quelque sorte restaurée par sa fusion en<br class='autobr' />
1923 à Hamburg avec l'Internationale 2 112, l'union des partis socialistes<br class='autobr' />
qu'animaient les socialistes autrichiens.</p>
<p>72. Eduard Bernstein (1850-1932), un autodidacte devenu proche collabora-<br class='autobr' />
teur d'Engels, souleva à partir de 1896 dans Die neue Zeit où il publia la série<br class='autobr' />
« Problèmes du socialisme » les thèses du « révisionnisme ». Il avait dès le début<br class='autobr' />
lancé cette célèbre formule faisant du socialisme une sorte de nécessité morale<br class='autobr' />
( « Dieses Ziel ... ist mir gar nichts, die Bewegung alles » - qui sonnait la charge<br class='autobr' />
contre le socialisme de Marx qu'il ne croyait pas « scientifique ».</p>
<p>73. La IIIe Internationale était née en mars 1919 à Moscou d'une conférence<br class='autobr' />
internationale convoquée par le parti bolchevique. Elle avait l'ambition d'être le<br class='autobr' />
« parti mondial de la révolution socialiste » et attira avec elle la majorité de<br class='autobr' />
nombreux partis socialistes et des militants et courants jusque-là inspirés par<br class='autobr' />
l'anarchisme ou le syndicalisme.</p>
<p>74. Le socialisme « constructif » se proposait l'imprégnation de l'appareil<br class='autobr' />
d'Etat par le socialisme ; celui des guildes, rarement appelé « guildiste » voulait<br class='autobr' />
faire de l'Etat représentant les consommateurs (dans les guildes) le propriétaire<br class='autobr' />
des moyens de production, l'industrie étant dirigée par les syndicats.</p>
<p>75. Le Hollandais Christian Comelissen (1864-1942), marqué par l'influence<br class='autobr' />
libertaire, l'Italien Arturo Labriola (1875-1959), le Britannique George Bernard<br class='autobr' />
Shaw (1856-1950), théoricien du« gradualisme »de la Fabian Society, pouvaient<br class='autobr' />
certes être considérés comme les « utopistes » du XXC, mais ils n'avaient pas<br class='autobr' />
l'envergure d'un Owen ou d'un Fourier...</p>
<p>76. Les trois épisodes mentionnés ici mériteraient en effet une étude<br class='autobr' />
exhaustive. En ce qui concerne l'insurrection bulgare, le fait que l'initiative en<br class='autobr' />
était bel et bien revenue au P.C. bulgare, longtemps nié, a été en définitive<br class='autobr' />
confirmé par Georgi Dimitrov au 5c congrès du P.C.B. (G. Dimitrov, Selected<br class='autobr' />
Speeches and Articles (London, Lawrence & Wishart), pp. 202-203. A son procès,<br class='autobr' />
il avait assuré que c'était la police qui avait posé la bombe à la cathédrale de<br class='autobr' />
Sofia, tuant 150 personnes, blessant le roi et ses ministres, faisant plus de 500<br class='autobr' />
blessés ... La bombe avait été posée par des militants communistes agissant sur<br class='autobr' />
instructions du parti. L'insurrection d'Esthonie, ou encore insurrection de Reval,<br class='autobr' />
se déroula dans la seule journée du 1cr décembre 1924 et est relatée en détail dans<br class='autobr' />
Neuberg, L'insurrection armée, pp. 60-79. Sur l'insurrection de Canton, au<br class='autobr' />
caractère différent, mais où la répression fut énorme, cf. pp. 89-93.</p>
<p>77. En mai 1924, avec la victoire électorale du Cartel des gauches formé<br class='autobr' />
essentiellement du parti radical et du parti socialiste, un gouvernement « de<br class='autobr' />
gauche » arrivait au pouvoir pour la première fois depuis la fin de la guerre. La<br class='autobr' />
même année, le parti travailliste (Labour Party) devenait le premier parti à la<br class='autobr' />
Chambre des Communes et James Ramsay MacDonald devenait premier<br class='autobr' />
ministre d'un gouvernement de coalition, avec les libéraux, qui n'allait durer que<br class='autobr' />
quelques mois.</p>
<p>78. La « révolution de novembre » en Allemagne avait été liquidée politi-<br class='autobr' />
quement au congrès des conseils ouvriers pan-allemand, avant de l'être militaire-<br class='autobr' />
ment par les Corps Francs de Noske. La politique opportuniste des révolution-<br class='autobr' />
naires hongrois (la fusion du P.S. et du P.C.), selon Lénine, et aussi l'opposition<br class='autobr' />
farouche de la paysannerie, avaient pavé la voie de l'intervention alliée en sous-<br class='autobr' />
main qui avait abattu le gouvernement de Béla Kun. Le gouvernement italien<br class='autobr' />
avait accordé le « contrôle ouvrier » - qu'il était décidé à vider de son contenu
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> devant des métallos qui occupaient les usines et voulaient s'en emparer : ce<br class='autobr' />
répit laissa le passage au fascisme. La grève générale britannique, mal préparée,<br class='autobr' />
fut abandonnée au bout de quelques jours et les mineurs laissés livrés à eux-<br class='autobr' />
mêmes pour une longue et vaine lutte où ils durent finalement capituler.<br class='autobr' />
L'insurrection des ouvriers de Vienne contre un verdict de classe le 15 juillet<br class='autobr' />
1927, fut réprimé par une violence brutale et ouvrit la crise finale de la social-<br class='autobr' />
démocratie autrichienne. Enfin, la révolution chinoise s'était terminée tragique-<br class='autobr' />
ment avec le coup de Tchiang Kai-chek en avril 1927 et la fuite des communistes<br class='autobr' />
dans les campagnes, que certains interprètent toujours comme« un tournant vers<br class='autobr' />
les paysans ».</p>
<p>79. Notons que Trotsky rejette la responsabilité de I' « action de mars » 1921<br class='autobr' />
sur la direction du K.P.D. Or il semble bien que l'I.C. avait une responsabilité<br class='autobr' />
directe. Béla Kun se trouvait à Berlin et Lénine allait forger l'expression<br class='autobr' />
« bélakunerie » pour caractériser sa politique à cette époque. Il semble bien que<br class='autobr' />
l'inspiration apportée par Béla Kun en Allemagne ait été alors celle de Zinoviev.<br class='autobr' />
Elle était aussi celle des partisans de la fameuse« théorie de l'offensive », avec<br class='autobr' />
Boukharine en tête, dont les cibles étaient Lénine et Trotsky.</p>
<p>80. Boukharine était opposé à la signature du traité de paix de Brest-<br class='autobr' />
Litovsk, un diktat imposé par l'état-major allemand. Trotsky préconisait la<br class='autobr' />
formule « ni paix ni guerre ». Il commença par faire bloc au C.C. avec<br class='autobr' />
Boukharine qui soutint sa position : les Russes ne signaient pas, mais arrêtaient<br class='autobr' />
unilatéralement la guerre. Avec l'offensive allemande et l'effondrement des<br class='autobr' />
unités russes, Trotsky fut obligé de rallier précipitamment la position de Lénine et<br class='autobr' />
d'approuver la signature du traité à des conditions aggravées.</p>
<p>81. La théorie de l'offensive était inspirée par la théorie boukharinienne, les<br class='autobr' />
militants de la Gauche allemande la poussaient jusqu'au bout ; ainsi Maslow pour<br class='autobr' />
qui on était bolchevik quand on attaquait et menchevik quand on se contentait de<br class='autobr' />
se défendre.</p>
<p>82. Les principaux porte-parole de ce courant qui fut sérieusement malmené<br class='autobr' />
par Lénine et Trotsky furent notamment l'italien Terraccini et l' Allemand<br class='autobr' />
Thalmann. Les « gauchistes » russes se taisaient, Lénine et Trotsky s'étant<br class='autobr' />
assurés la majorité chez les Russes, par la cooptation de Kamenev.</p>
<p>83. La majorité du comité central était dirigée par les « droitiers,. à la tête<br class='autobr' />
desquelles se trouvait le président du K.P.D., Heinrich Brandler, avec son<br class='autobr' />
conseiller Thalheimer. La Gauche, qu'animaient Ruth Fischer et Maslow, sembla<br class='autobr' />
à plusieurs reprises sur le point de scissionner (Cf. Pierre Broué, Révolution en<br class='autobr' />
Allemagne, 1918-1923).</p>
<p>84. Pravda, 25 mai 1924.</p>
<p>85. Pravda, 24 juin 1924.</p>
<p>86. Nous ignorons si Kuusinen eut une responsabilité particulière dans la<br class='autobr' />
défaite de la révolution de Finlande, mais il semble que Trotsky avait son opinion<br class='autobr' />
là-dessus. Otto W. Kuusinen (1881-1964), professeur de philosophie était<br class='autobr' />
rédacteur en chef du journal du parti social-démocrate depuis 1907, député en<br class='autobr' />
1908. En janvier 1918, il fut commissaire du peuple à l'éducation, puis se réfugia<br class='autobr' />
en Russie soviétique où il fut l'un des fondateurs du P.C. en août de la même<br class='autobr' />
année. Il était membre du présidium de l'I.C. et servit Zinoviev, puis Boukha-<br class='autobr' />
rine.</p>
<p>87. Heinrich Brandler (1881-1967), ouvrier maçon, avait pris la tête du parti<br class='autobr' />
au lendemain de l'action de mars 1921 sur la ligne de« conquête des masses »et y<br class='autobr' />
resta. Il avait beaucoup d'admiration pour Trotsky qui semble-t-il, réussit un<br class='autobr' />
instant à le convaincre en 1923 que la victoire révolutionnaire était possible. Mais<br class='autobr' />
il se rangea très vite du côté de ceux qui le calomniaient, ne réussissant cependant<br class='autobr' />
pas à se racheter par cette « trahison » aux yeux des adversaires de Trotsky.</p>
<p>88. Matériaux pour la conférence du parti russe, janvier 1924, p. 14.</p>
<p>89. Dans cette lettre que Trotsky date à tort du 7 août 1923, Staline<br class='autobr' />
déconseillait aux dirigeants de l'I.C. de laisser le K.P.D. passer outre à<br class='autobr' />
l'interdiction de sa manifestation antifasciste du 25 juillet : « On doit retenir les<br class='autobr' />
Allemands et non les stimuler. »</p>
<p>90. En qualifiant de « putsch » l'action de mars-ou certains de ses aspects,<br class='autobr' />
Trotsky va plus loin que le congrès. C'est en effet Paul Levi qui avait<br class='autobr' />
publiquement dénoncé l'action de mars comme un putsch. La décision du congrès<br class='autobr' />
avait été de condamner Levi pour « indiscipline » et pour avoir faussement<br class='autobr' />
caractérisé l'action ; en revanche, la porte devait rester ouverte devant lui et la<br class='autobr' />
« théorie de l'offensive » était condamnée. En fait, bien des éléments connus<br class='autobr' />
depuis le congrès démontrait qu'il s'agissait bien d'un putsch pour lequel avaient<br class='autobr' />
été utilisées des méthodes de provocation.</p>
<p>91. L'opposition à l'insurrection d'Octobre unissait Zinoviev et Kamenev à<br class='autobr' />
Rykov. C'étaient les deux premiers qui devaient aller le plus loin en prenant<br class='autobr' />
publiquement position contre l'insurrection dans le journal de Gorky. C'est à<br class='autobr' />
cette occasion que Lénine les avait traités de « jaunes ».</p>
<p>92. Pravda, 25 janvier 1924.</p>
<p>93. Pravda, 2 février 1924.</p>
<p>94. Ibidem, 7 février 1924.</p>
<p>95. Ibidem, 20 avril 1924.</p>
<p>96. Ibidem, 19 avril 1924.</p>
<p>97. Ibidem, 24 juin 1924.</p>
<p>98. Ibidem.</p>
<p>99. Ibidem, 29 juin 1924.</p>
<p>100. Ibidem, 24 juin 1924.</p>
<p>101. Ibidem.</p>
<p>102. Ibidem, 26 juin 1924.</p>
<p>103. Vassil Kolarov (1877-1950), social-démocrate en 1899, appartint à la<br class='autobr' />
fraction des tesnjaki proche des bolcheviks et fut secrétaire du C.C. du parti<br class='autobr' />
bulgare à sa fondation en 1919. En 1921 il était devenu membre du présidium, du<br class='autobr' />
secrétariat et du bureau d'organisation de l'I.C. dont il était l'un des hommes-<br class='autobr' />
clés.</p>
<p>104. Paul Levi (1883-1930), avocat de Rosa Luxemburg, avait rejoint le<br class='autobr' />
noyau internationaliste pendant la guerre puis était devenu le dirigeant du K.P.D.<br class='autobr' />
en 1919 et l'avait épuré de ses « putschistes » d'alors. Il avait publiquement<br class='autobr' />
qualifié de « putsch » l'action de mars et avait été exclu de l'I.C. Nous avons<br class='autobr' />
expliqué (cf. La Révolution allemande 1918-1923) que, selon nous, sa divergence<br class='autobr' />
avec Lénine et Trotsky portait sur la discipline qu'il avait cru possible d'enfrein-<br class='autobr' />
dre publiquement, mais, sur la question politique, il disait que ce qu'ils pensaient.<br class='autobr' />
Clara Zetkin (1857-1933) défendit à l'époque Paul Levi et négocia les conditions<br class='autobr' />
de son éventuelle réintégration. Vétéran de la gauche social-démocrate liée à<br class='autobr' />
Rosa Luxemburg, organisatrice des femmes socialistes et dirigeante de masse,<br class='autobr' />
elle n'avait jamais eu de faiblesse pour le « gauchisme ».</p>
<p>105. Jenô Varga (1879-1964), ancien commissaire du peuple dans le gouver-<br class='autobr' />
nement de Béla Kun, alors qu'il était professeur d'économie à Budapest était<br class='autobr' />
devenu le« spécialiste » des questions économiques dans l'I.C. Il avait présenté<br class='autobr' />
des thèses sur la situation économique avec Trotsky au Ille congrès.</p>
<p>106. Pravda, 28 juin 1924.</p>
<p>107. Trotsky fait allusion ici à son livre Où va l'Angleterre ? datant de mai<br class='autobr' />
1926, montrant la stabilisation et les limites de celle-ci, donc les possibilités d'un<br class='autobr' />
développement révolutionnaire juste à la veille de la grève générale.</p>
<p>108. Zinoviev avait déclaré au comité central de juillet 1926 : « On ne peut<br class='autobr' />
plus maintenant douter que le noyau fondamental de !'Opposition de 1923,<br class='autobr' />
comme l'a démontré l'évolution de la fraction actuellement dirigeante, a<br class='autobr' />
justement mis en garde contre les dangers de dévier de la ligne prolétarienne et<br class='autobr' />
celui de la croissance menaçante du régime d'appareil ... Oui, dans la question de<br class='autobr' />
l'oppression appareil-bureaucratique, Trotsky a eu raison contre nous. ,. (Compte<br class='autobr' />
rendu sténographique du plénum du C.C., IV, p. 33).</p>
<p>109. Pravda, 22 juin 1924.</p>
<p>110. Ibidem, 28 janvier 1928.</p>
<p>111. Le parti nazi de Hitler s'effondra au lendemain de son échec à Munich<br class='autobr' />
et de la condamnation de son chef. Le parti n'allait remonter que peu à peu la<br class='autobr' />
pente et ne s'engager vraiment dans la voie du succès qu'avec les conséquences<br class='autobr' />
sociales de la crise mondiale de 1929.</p>
<p>112. Pravda, 7 février 1924.</p>
<p>113. Ibidem, 2 février 1924.</p>
<p>114. Ibidem, 22 juin 1924.</p>
<p>115. Edouard Herriot (1872-1957) maire de Lyon, dirigeant du parti radical,<br class='autobr' />
devint le premier président du conseil des ministres du gouvernement du « cartel<br class='autobr' />
des gauches » en 1924.</p>
<p>116. Ibidem, 1er juillet 1924.</p>
<p>117. Le 12 octobre 1923, le socialiste de gauche Zeigner, chef du gouverne-<br class='autobr' />
ment de Land de Saxe avait élargi son cabinet en le transformant en « gouverne-<br class='autobr' />
ment ouvrier »par l'entrée de trois ministres communistes, Paul Bôttcher, Heinrich<br class='autobr' />
Brandler et Fritz Heckert. L'I.C. avait télégraphié au K.P.D. pour presser cette<br class='autobr' />
opération : il s'agissait en principe de faciliter l'armement des ouvriers pour faire<br class='autobr' />
de la Saxe (et de la Thuringe) un bastion dans l'insurrection qu'on préparait. La<br class='autobr' />
Reichswehr prépara immédiatement la contre-offensive, couverte par le gouver-<br class='autobr' />
nement central : lors de son entrée, quelques militaires conduits par un sous-<br class='autobr' />
officier portèrent de force les « ministres ouvriers » devant la porte de leurs<br class='autobr' />
ministères.</p>
<p>118. Pravda, 20 septembre 1924.</p>
<p>119. Les élections, qui avaient été avancées au mois de mai 1928 se tinrent le<br class='autobr' />
20. Les nazis eurent 810000 voix contre 903000 en 1925, 12 députés au lieu de 13.<br class='autobr' />
Les social-démocrates, avec 9153 000 voix, dépassaient leur score de 1919, frôlant<br class='autobr' />
les 30 %, tandis que le K.P.D. obtenait 3265000 voix, 10,6 %.</p>
<p>120. La Mitteilungsblatt avait été lancée au début de 1927 par les anciens<br class='autobr' />
dirigeants du C.C. du K.P.D. exclus quelques mois auparavant Ruth Fischer,<br class='autobr' />
Arkadi Maslow, Werner Scholem, Hugo Urbahns, etc. Il allait devenir Die Fahne<br class='autobr' />
des Kommunismus.</p>
<p>121. L'Internationale paysanne (Krestintern) avait été fondée en octobre<br class='autobr' />
1923 au cours d'une conférence à Moscou. Elle s'était dotée d'un« conseil paysan<br class='autobr' />
international ».</p>
<p>122. Tomasz Dombal (1890-1937), fils de paysan, ancien« légionnaire » de<br class='autobr' />
Pilsudski, avait organisé en 1918 les paysans galiciens et adhéré au P.C. polonais<br class='autobr' />
en 1919. Condamné à la prison en 21, échangé et envoyé à Moscou en 1923 il avait<br class='autobr' />
été effectivement l'un des organisateurs de la première conférence du Krestin-<br class='autobr' />
tern.</p>
<p>123. Stjepan Radié (1871-1928), avait organisé en 1904 le parti paysan croate<br class='autobr' />
d'opposition nationaliste à l'Empire austro-hongrois. Il était hostile à la constitu-<br class='autobr' />
tion de la Yougoslavie initialement, mais se rallia finalement au régime et fut<br class='autobr' />
ministre d'Alexandre avant d'être assassiné (il mourut des suites d'un attentat<br class='autobr' />
commis le 20 juin 1928). Il sortait de prison quand il choisit de jouer le jeu du<br class='autobr' />
Krestintern - qu'il ne joua pas longtemps.</p>
<p>124. Pravda, 22 juillet 1924.</p>
<p>125. Il s'agit de Robert M. LaFollette Jr (1895-1953), sénateur progressiste<br class='autobr' />
du Wisconsin.</p>
<p>126. Pepper était le pseudonyme du Hongrois Jozef Pogany (1886-1937)<br class='autobr' />
journaliste, avait été le signataire socialiste de la fusion des socialistes et<br class='autobr' />
communistes hongrois, commissaire du peuple dans le gouvernement Béla Kun.<br class='autobr' />
Il s'était réfugié à Moscou et travaillait pour l'I.C.</p>
<p>127. En fait, Pepper avait été envoyé aux Etats-Unis comme bien d'autres<br class='autobr' />
délégués de l'I.C., pour s'en débarrasser, mais son prestige et son bagoût le<br class='autobr' />
rendirent capable de parler avec l'autorité de la Russie soviétique tout entière !</p>
<p>128. C'est au congrès de Chicago en juillet 1923 que plusieurs Labor et<br class='autobr' />
Farmer partis des Etats-Unis s'étaient fédérés en Federated Workers and Labor<br class='autobr' />
Party qui allait devenir le principal soutien de LaFollette dans son aventure<br class='autobr' />
présidentielle.</p>
<p>129. Pravda, 6 juillet 1924.</p>
<p>130. La conférence de Saint Paul du F.W.F.P. en juin 1924 marqua la fin de<br class='autobr' />
l'alliance des communistes, mais non celle de l'aventure.</p>
<p>131. Le comte Mihaly Karolyi (1875-1955) était le chef du premier gouver-<br class='autobr' />
nement de la république populaire hongrois depuis le 16 novembre 1918 et son<br class='autobr' />
seul appui matériel, jusqu'à sa chute le 12 mars 1919 était la force armée du<br class='autobr' />
conseil de soldats de la capitale dont Pogany fut longtemps l'inspirateur.</p>
<p>132. Nous ne connaissons aucun épisode particulier qui explique ce juge-<br class='autobr' />
ment en ce qui concerne Pogany personnellement, mais nous savons que pour<br class='autobr' />
Trotsky c'est la politique du P.C. hongrois tout entière qui vaut ce qualificatif à sa<br class='autobr' />
direction.</p>
<p>133. Pravda, 29 août 1924.</p>
<p>134. Ibidem, 22 juillet 1922.</p>
<p>135. Vladimir P. Milioutine (1884-1938), membre du P.C. en 1910, « droi-<br class='autobr' />
tier » en 1917, était membre de l'Académie communiste et l'un des éditeurs de la<br class='autobr' />
Grande encyclopédie soviétique.</p>
<p>136. Pravda, 21 juillet 1924.</p>
<p>137. La proposition de faire entrer les communistes dans le Guomindang<br class='autobr' />
avait été faite en 1921 par le délégué de l'I.C. en Chine, le Hollandais Henk<br class='autobr' />
Sneevliet, dit Maring. La direction du P.C. chinois autour de Chen Duxiu avait<br class='autobr' />
résisté, mais la décision avait été finalement prise en août 1922.</p>
<p>138. Pravda, 25 juin 1924.</p>
<p>139. Aleksandr S. Piker dit Martynov (1865-1935) était un ancien menche-<br class='autobr' />
vik, « économiste » puis « liquidateur », qui n'avait rejoint les bolcheviks qu'en<br class='autobr' />
1923 après avoir combattu sa politique à tous les moments décisifs. Il avait<br class='autobr' />
défendu dans les colonnes de la revue de l'I.C. au sujet de la Chine sa position de<br class='autobr' />
toujours sur « la révolution par étapes ».</p>
<p>140. A la suite d'un séjour à Moscou en novembre 1924 d'une délégation du<br class='autobr' />
Trade-Union Congress conduite par A. A. Purcell, une délégation soviétique<br class='autobr' />
syndicale, conduite par Tomsky avait été reçue au congrès de Hull. Le 14 mai<br class='autobr' />
1925 avait été signé un protocole d'accord constituant un « comité syndical anglo-<br class='autobr' />
russe » avec représentation paritaire des syndicats de ces deux pays et comme<br class='autobr' />
objectifs la réunification syndicale à l'échelle mondiale, la lutte contre la réaction,<br class='autobr' />
la lutte contre la guerre. Le comité n'avait pas été remis en question du côté russe<br class='autobr' />
même à l'époque de l'abandon par le T.U.C. des mineurs en grève.</p>
<p>141. Arthur J. Cook (1894-1931) secrétaire de la Fédération des mineurs et<br class='autobr' />
membre influent du Mouvement national minoritaire (N.M.M.) était un« com-<br class='autobr' />
pagnon de route » du P.C., un meneur d'hommes mais pas un dirigeant<br class='autobr' />
révolutionnaire - et en tout cas pas le « Lénine britannique » de sa légende.</p>
<p>142. Trotsky, Sotchinenija, III, p. 9.</p>
<p>143. Avant le Ve congrès, la direction Souvarine-Monatte-Rosmer avait été<br class='autobr' />
écartée en France au profit de celle de Treint-S. Girault ; en Allemagne,<br class='autobr' />
Brandler-Thalheimer avaient laissé la place à Ruth Fischer-Maslow ; en Pologne,<br class='autobr' />
la vieille garde Warski-Kostrzewa avait été éliminée au profit de Lenski. Moins<br class='autobr' />
de deux ans plus tard, Warski-Kostrzewa avaient repris leur place, Thalmann-<br class='autobr' />
Neumann ayant écarté Fischer-Maslow et Sémard-Thorez-Doriot la direction<br class='autobr' />
Treint-Girault.</p>
<p>144, Pravda, 20 septembre 1924.</p>
<p>145. La Plate·forme de l'Opposition avait été rédigée au cours de l'été dans<br class='autobr' />
le cours d'un travail collectif auquel avaient pris part selon Trotsky des dizaines<br class='autobr' />
de militants. Sa publication dans la presse du parti avait été refusée - un fait sans<br class='autobr' />
précédent - et la publication clandestine du texte par les dirigeants de<br class='autobr' />
l'Opposition avait vu se développer contre elle la provocation policière connue<br class='autobr' />
sous le nom de « l'affaire de l'officier de Wrangel ».</p>
<p>146. Zinoviev s'était refusé évidemment à approuver- donc à inclure dans<br class='autobr' />
la plate-forme commune - la théorie de la révolution permanente ; en outre les<br class='autobr' />
zinqviévistes refusaient la proposition de Trotsky de sortie des militants du<br class='autobr' />
P.C.C. du Guomindang.</p>
<p>147. Le Chartisme, organisé en 1838 autour de la Charte du Peuple,<br class='autobr' />
revendiquait l'égalité politique. II fut la première organisation de masse de la<br class='autobr' />
classe ouvrière britannique à l'époque de la révolution industrielle et de ses<br class='autobr' />
conséquences sociales sauvages : selon E. Dolléans, c'est « un mouvement qui<br class='autobr' />
tend à réaliser la démocratie sociale par les voies de la démocratie politique ». Le<br class='autobr' />
Chartisme a été aussi l'école où Engels a appris la lutte des classes.</p>
<p>148. Grigori N. Melnitchansky (1886-1937), métallo, ancien du Potemkine,<br class='autobr' />
émigré aux E.-U. de 1910 à 1917, président de la fédération du textile, partisan de<br class='autobr' />
Tomsky jusque-là, préparait son ralliement à Staline.</p>
<p>149. James Henry Thomas (1874-1949), dirigeant des cheminots, incarnait la<br class='autobr' />
droite, ouvertement bourgeoise, du mouvement syndical ; il avait été secrétaire<br class='autobr' />
d'Etat aux colonies en 1924.</p>
<p>150. Arthur Pugh (1876-1955) avait travaillé dans une aciérie dès 1894 et prit<br class='autobr' />
ses premières responsabilités syndicales importantes.</p>
<p>151. Stanley Baldwin (1867-1947), industriel sidérurgiste, leader conserva-<br class='autobr' />
teur, premier ministre en 1923-1924, puis à nouveau à la fin de 1924.</p>
<p>152. Thèses du comité de Moscou.</p>
<p>153. Vorochilov était proche des droitiers qu'il allait abandonner.</p>
<p>154. Moisei G. Rafès (1883-1938) était un ancien militant du Bund, d'abord<br class='autobr' />
hostile aux bolcheviks, puis venu au P.C. par le Kombund. Mikhail M. Grosen-<br class='autobr' />
berg dit Borodine (1884-1951), ancien du Bund, émigré aux E.-U., en était<br class='autobr' />
revenu en 1917 et avait été chargé de mission au Mexique, puis en Espagne. Il est<br class='autobr' />
surtout connu pour sa mission en Chine en septembre 1923 comme représentant<br class='autobr' />
soviétique auprès du Guomindang. David Lipec était né en Ukraine, il était<br class='autobr' />
devenu Max Goldfarb aux Etats-Unis, était dit Bennett, D. Petrovsky, Humbold,<br class='autobr' />
etc. Emigré enfant, il était en 1917 journaliste au Daily Forward, journal juif de<br class='autobr' />
New York et anti-bolchevik. Il se convertit pourtant à l'issue d'un voyage en<br class='autobr' />
Russie soviétique, s'engagea dans l'Armée rouge puis fut embauché par le<br class='autobr' />
Comintern. Trotsky énumère ici des hommes qui avaient combattu la révolution<br class='autobr' />
en 1917 et la représentaient maintenant !</p>
<p>155. Lénine, Œuvres, VI, p. 113.</p>
<p>156. S. O. Hobson (1864-1940) et A. R. Orage (1873-1914) ont collaboré<br class='autobr' />
ensemble à New Age puis à la National Guilds League et collaboré aussi au livre<br class='autobr' />
National Guilds. Ils n'ont pas la notoriété de leur ami et compagnon d'idées,<br class='autobr' />
l'historien George Douglas Howard Cole (1889-1959).</p>
<p>157. Trotsky, discours prononcé le 29 juillet 1924 à la Société des Sciences<br class='autobr' />
militaires, Pravda, 6 septembre 1924.</p>
<p>158. L'article 58 du Code pénal soviétique autorisait la déportation, à savoir<br class='autobr' />
l'exil intérieur pour les personnes engagées dans une activité antisoviétique. Bien<br class='autobr' />
entendu, personne n'avait imaginé qu'il pût être appliqué pour des divergences<br class='autobr' />
dans le parti.</p>
<p>159. L'interdiction des fractions fut proposée par Lénine au moment où le<br class='autobr' />
parti, du fait de son monopole, risquait de devenir le champ clos des fractions,<br class='autobr' />
donc de forces sociales derrière elles. Il ne s'accompagnait pas d'une proscription<br class='autobr' />
des discussions, du droit d'opposer ligne à ligne, préservait l'élection du C.C. sur<br class='autobr' />
des programmes concurrents, etc. Mais cette interdiction allait devenir aux mains<br class='autobr' />
de l'appareil un instrument de choc contre la démocratie ouvrière.</p>
<p>160. Le « Testament » de Lénine est une lettre au congrès écrite le<br class='autobr' />
25 décembre 1922, suivi d'un post-scriptum du 4 janvier 1923. C'est là qu'il<br class='autobr' />
recommande d'écarter Staline du secrétariat général à cause de sa grossièreté et<br class='autobr' />
de sa brutalité.</p>
<p>161. Trotsky fait allusion notamment à !'Opposition ouvrière de Chliapni-<br class='autobr' />
kov et Kollontai et probablement aux « décistes » de V. M. Smirnov et Sapronov.</p>
<p>162. Historiquement, les carbonari étaient les membres d'une société<br class='autobr' />
secrète italienne du début du x1XC, luttant pour l'unité italienne et un régime<br class='autobr' />
libéral. Le terme est ici synonyme de « membre d'un réseau secret ».</p>
<p>163. Le « septiumvirat », traduction littérale et traditionnelle à laquelle<br class='autobr' />
nous avons préféré « bande des sept », était, comme l'avaient révélé Zinoviev et<br class='autobr' />
Kamenev au plénum de juillet 1926, la réunion fractionnelle - hors de la<br class='autobr' />
présence de Trotsky et en se cachant de lui - des six autres membres du bureau<br class='autobr' />
politique (Zinoviev, Kamenev, Staline, Boukharine, Kalinine et Vorochilov) et<br class='autobr' />
du président de la commission de contrôle, V. V. Kouibychev.</p>
<p>164. La mort de Lénine avait été suivi d'un recrutement massif d'ouvriers au<br class='autobr' />
parti, la « Levée Lénine ».</p>
<p>165. Les ouvriers communistes avaient fourni les cadres de l'Opposition de<br class='autobr' />
gauche pendant la discussion de 1923. Au moment où Trotsky écrivait, ils étaient<br class='autobr' />
nombreux à être déportés (Klementiev, Tamarkine, Stoukolkine, Novikov et<br class='autobr' />
autres).</p>
<p>166. A la XIVe conférence, la délégation de Leningrad s'opposa au rapport.<br class='autobr' />
Elle était dirigée par Zinoviev et Kamenev, avec Sokolnikov, Sarkis, Lachévitch,<br class='autobr' />
Vuyovic et Kroupskaia, la veuve de Lénine, tous hiérarques du parti.</p>
<p>167. Après la« découverte,. par le G.P.U. de I' « imprimerie clandestine,.<br class='autobr' />
sur laquelle avait été imprimée la Plate-forme de /'Opposition, les staliniens<br class='autobr' />
accusèrent !'Opposition d'avoir utilisé les services d'un ancien officier de<br class='autobr' />
Wrangel. Le chef du G.P.U., le vieux bolchevik Menjinsky, dut cependant<br class='autobr' />
admettre que cet ancien officier blanc était en fait un agent du G.P.U. envoyé<br class='autobr' />
comme provocateur dans les rangs de !'Opposition. Il avait refusé de donner son<br class='autobr' />
nom, invoquant les services qu'il avait rendus au pays. L'homme se faisait appeler<br class='autobr' />
Stroilov, mais les services secrets polonais pensaient qu'il s'agissait du célèbre<br class='autobr' />
Oupeninch plus connu sous le nom d'Opperput. Ce dernier était l'agent qui avait<br class='autobr' />
construit pour le G.P.U. le« Trust », fausse organisation blanche en U.R.S.S., la<br class='autobr' />
plus grosse opération de provocation jamais réalisée au détriment des Blancs et<br class='autobr' />
réussi à attirer et capturer Boris Savinkov et l'as de l'intelligence Service Sidney<br class='autobr' />
Reilly.</p>
<p>168. Zinoviev avait été président de l'I.C. de mars 1919 à novembre 1926.<br class='autobr' />
Trotsky avait approuvé l'interdiction des autres partis au début de la Nep et ne<br class='autobr' />
pensait pas possible d'autoriser un parti qui pourrait être celui des koulaks. Ce<br class='autobr' />
n'est qu'en exil qu'il se prononcera pour la« pluralité des partis soviétiques »,<br class='autobr' />
précisant que seuls les électeurs auraient à dire quels partis étaient « soviéti-<br class='autobr' />
ques ».</p>
<p>169. Zinoviev avait été président de l'I.C. de mars 1919 à novembre 1926.</p>
<p>170. Fernand Loriot (1870-1932), syndicaliste enseignant et socialiste, était<br class='autobr' />
devenu minoritaire en 1915 et avait été secrétaire du comité pour la reprise des<br class='autobr' />
relations internationales (C.R.R.I.). Il était en 1919 secrétaire du comité de la<br class='autobr' />
me Internationale et trésorier de la S.F.I.O. Sérieusement malade à partir de<br class='autobr' />
1922, il avait quitté le P.C. en 1926 et s'était lié à l'opposition animée par Maurice<br class='autobr' />
Paz.</p>
<p>171. War van Overstraeten <i>1891-1981), secrétaire général du P.C. belge,<br class='autobr' />
avait obtenu de cet organisme un vote condamnant la répression en U.R.S.S.<br class='autobr' />
contre !'Opposition de gauche ; à égalité dans un vote sur les perspectives<br class='autobr' />
quelques semaines plus tard, il avait été mis en minorité à la conférence<br class='autobr' />
nationale.</p>
<p>172. Amadeo Bordiga (1899-1970), ingénieur, avait été le leader de l'aile<br class='autobr' />
« abstentionniste » (gauchiste, partisan du boycottage des élections) du P.S.<br class='autobr' />
italien, puis le véritable fondateur du P.C. d'I. au congrès de Livourne. Ecarté de<br class='autobr' />
la direction en 1926, lors du congrès de Lyon, en mars, il avait été arrêté en Italie<br class='autobr' />
à la fin de l'année. Il était encore en prison et pas encore exclu du P.C. d'I.</p>
<p>173. En fait le gros des exclusions était encore à venir : Trotsky les<br class='autobr' />
prévoyait.</p>
<p>174. Monatte et Loriot étaient revenus finalement au syndicalisme, d'autres<br class='autobr' />
étaient alors en transition vers la social-démocratie, qu'ils allaient d'ailleurs<br class='autobr' />
colorer de gauche et rendre attrayante pour des éléments jeunes.</p>
<p>175. Pravda, 20 septembre 1924, souligné par L. T.</p>
<p>176. Ibidem, 28 janvier 1928.</p>
<p>177. Le bleu était la couleur du drapeau du Guomindang.</p>
<p>178. Le Guomindang fut admis comme « parti sympathisant » dans l'I.C. au<br class='autobr' />
début 1926, avec un vote favorable du bureau politique du P.C.U.S. (Trotsky<br class='autobr' />
étant le seul à voter contre). Hu Hanmin délégué fraternel au vie plénum de<br class='autobr' />
l'I.C. était également membre de l'Internationale paysanne : homme à poigne, il<br class='autobr' />
était l'un des hommes forts de la droite du Guomindang. Tchiang Kaï-chek lui-<br class='autobr' />
même était « membre d'honneur » du présidium de l'I.C.</p>
<p>179. Tchiang Kai-chek avait frappé son premier coup avec ce qu'on a appelé<br class='autobr' />
le « petit coup d'Etat de Canton » et avait alors interdit tout recrutement aux<br class='autobr' />
communistes dans le Guomindang. Entré à Shanghai après avoir laissé écraser<br class='autobr' />
l'insurrection locale par les troupes du seigneur de la guerre, Tchiang avait<br class='autobr' />
soigneusement préparé son attaque pendant trois semaines et s'attaqua le 12 avril<br class='autobr' />
1927 à Shanghai à des ouvriers qui, sur ordre du parti et des syndicats avaient livré<br class='autobr' />
ou enterré leurs armes.</p>
<p>180. La première révolution chinoise, en 1911 avait renversé la dynastie<br class='autobr' />
mandchou et résisté à deux tentatives de restauration. La guerre avait accéléré le<br class='autobr' />
développement industriel et vu le développement d'un mouvement intellectuel,<br class='autobr' />
dont l' « un des inspirateurs était le professeur Chen Duxiu qui avait débouché<br class='autobr' />
sur un mouvement de masse contre les traités de paix le 4 mai 1919. Les grèves de<br class='autobr' />
solidarité avec les étudiants avaient marqué alors la naissance du mouvement<br class='autobr' />
ouvrier contemporain.</p>
<p>181. Aleksandr F. Kerensky, avocat socialiste, avait été le dernier chef du<br class='autobr' />
gouvernement provisoire renversé par l'insurrection d'octobre 1917</p>
<p>182. Nicolas II Aleksandrovitch Romanov (1868-1918), fils d'Alexandre III<br class='autobr' />
avait succédé à son père en 1894 et avait été exécuté avec toute sa famille au cours<br class='autobr' />
de la guerre civile.</p>
<p>183. Pavel N. Milioukov avait été ministre des affaires étrangères du<br class='autobr' />
premier gouvernement provisoire.</p>
<p>184. David Lloyd George (1863-1945), politicien libéral devenu le chef du<br class='autobr' />
gouvernement d'union sacrée pendant la Première Guerre mondiale et Raymond<br class='autobr' />
Poincaré (1860-1934), président de la République française symbolisent ici les<br class='autobr' />
puissances du camp impérialiste vainqueur de la guerre.</p>
<p>185. Sun Yat-sen est la graphie coutumière en France de Su Zhongshan<br class='autobr' />
(1866-1925) père du nationalisme chinois.</p>
<p>186. Dans “Memoirs of a Chinese Revolutionary”, Londres 1927, p. 173, Sun<br class='autobr' />
raconte qu'il avait préparé un plan détaillé pour une collaboration des puissances<br class='autobr' />
à un plan de développement de la Chine, qui fut publié en 1922.</p>
<p>187. Les « onze points » de paix de Woodrow Wilson (1856-1924), 28e prési-<br class='autobr' />
dent des Etats-Unis, devenus des buts de guerre avec l'entrée en guerre des E.U.<br class='autobr' />
promettaient le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ; il semble qu'il y ait eu<br class='autobr' />
des dirigeants chinois pour croire que la Chine se verrait reconnaître l'égalité des<br class='autobr' />
droits en vertu de ce texte.</p>
<p>188. L'Entente, ce sont les Alliés occidentaux. Sun se présentait -et c'était<br class='autobr' />
largement vrai - comme un Chinois « occidentaliste ».</p>
<p>189. Tan Pingshan (1887-1956), vétéran nationaliste et disciple de Sun avait<br class='autobr' />
rejoint le P.C. chinois à sa fondation. Il avait été ministre en 1927 dans le<br class='autobr' />
gouvernement du « Guomindang de gauche » de Wuhan et avait lutté contre le<br class='autobr' />
mouvement paysan d'occupation et de mise en culture des terres. Devenu bouc<br class='autobr' />
émissaire de cette politique désastreuse, il avait été exclu et avait ensuite fondé<br class='autobr' />
avec le Guomindanguiste de gauche Deng Yenda le« tiers-parti ».</p>
<p>190. Compte rendu sténographique du VIe plénum de l'J.C., 1, p. 406.</p>
<p>191. Ayant concentré entre ses mains tous les pouvoirs après le« petit coup<br class='autobr' />
d'Etat de Canton » le 20 mars 1926, Tchiang commença en juillet la conquête,<br class='autobr' />
dite « campagne du Nord » du reste de la Chine avec conseillers et armes<br class='autobr' />
soviétiques et un programme promettant des lois sociales et une réduction des<br class='autobr' />
fermages de 25 % . Cela fut suffisant pour provoquer un soulèvement des ouvriers<br class='autobr' />
et des paysans qui fit de sa campagne une marche triomphante et l'obligea bientôt<br class='autobr' />
à ralentir à l'approche des villes pour laisser œuvrer la répression des seigneurs de<br class='autobr' />
la guerre qu'il combattait en principe : il devait par exemple intégrer dans son<br class='autobr' />
armée le gouverneur de Shanghai qui avait réprimé l'insurrection ouvrière.</p>
<p>192. Aleksandr 1. Goutchkov (1862-1936) était le président du parti octo-<br class='autobr' />
briste (libéral de droite), ministre de la guerre et de la marine dans le premier<br class='autobr' />
gouvernement provisoire. Vassilij V. Choulguine (1878- ?) journaliste d'extrême<br class='autobr' />
droite fut dans les années 20 la célèbre victime du Trust d'Opperput.</p>
<p>193. Le nom exact est« trudoviki » (travailleurs) : c'était le second groupe<br class='autobr' />
en importance dans la Douma impériale, représentant la petite bourgeoisie,<br class='autobr' />
notamment rurale qui, après avoir collaboré avec les cadets s'étaient alliés aux<br class='autobr' />
social-démocrates, mencheviks.</p>
<p>194. Otto von Bismarck-Schönhausen (1815-1898) réalisa l'unité allemande<br class='autobr' />
autour du roi de Prusse par les méthodes militaires et autocratiques en prenant<br class='autobr' />
soin de ne pas laisser un pouce de terrain à la démocratie.</p>
<p>195. Depuis le traité sino-britannique de Nankin de 1842, les droits de<br class='autobr' />
douane des Chinois étaient limités à 5 % ad valorem. Toutes les puissances<br class='autobr' />
bénéficiaient en outre de la clause de la « nation la plus favorisée ». Les<br class='autobr' />
puissances n'avaient pas accédé à la demande chinoise de revoir les tarifs lors de<br class='autobr' />
la conférence de la paix. La conférence des neuf puissances en décembre 1925<br class='autobr' />
proposa de restituer l'autonomie douanière à la Chine le 1°' janvier 1929 : la<br class='autobr' />
révolution grondait dans les rues. L'autonomie douanière, avec bien des<br class='autobr' />
restrictions, ne fut finalement concédée à la Chine qu'en 1931.</p>
<p>196. Les cadets ou K.O. (constitutionnels démocrates) peuvent être définis<br class='autobr' />
comme des libéraux « de gauche » et les « octobristes » comme des libéraux « de<br class='autobr' />
droite ».</p>
<p>197. Le P.P.S. (parti socialiste polonais), le Daschnak -Tsoutioun et le<br class='autobr' />
Bund étaient respectivement des organisations nationalistes « de gauche » et<br class='autobr' />
même socialisantes, petites-bourgeoises, de Pologne, des provinces arméniennes<br class='autobr' />
et des habitants juifs de l'Empire. Le Bund avait quelque temps été membre du<br class='autobr' />
P.O.S.D.R.</p>
<p>198. Dans son étude intitulée Problèmes de la révolution chinoise, Boukha-<br class='autobr' />
rine définit le Guomindang comme un « parti intermédiaire » entre un parti<br class='autobr' />
politique et des soviets (Paris, 1927, p. 50). Au VIIIe plénum, Staline le qualifie<br class='autobr' />
de« parlement révolutionnaire » et Martynov, dans la Pravda du 10 avril 1927<br class='autobr' />
écrit que le Guomindang est lui-même un « bloc de quatre classes ». La<br class='autobr' />
possibilité pour le Guomindang de prendre révolutionnairement le pouvoir était<br class='autobr' />
ouverte dans ses définitions.</p>
<p>199. Lénine, Œuvres, XIV, 1, p. 11.</p>
<p>200. Le 6e plénum de l'I.C. en mars 1926 avait défini le Guomindang comme<br class='autobr' />
« un bloc révolutionnaire des ouvriers, des paysans, des intellectuels et de la<br class='autobr' />
démocratie urbaine sur la base de la communauté de leurs intérêts dans la lutte<br class='autobr' />
contre les impérialistes et l'ordre militaro-féodal ». C'était là la première<br class='autobr' />
énumération des« quatre classes », la« démocratie urbaine » étant un pseudo-<br class='autobr' />
nyme, parfois levé, de la« bourgeoisie nationale ».</p>
<p>201. Les « populistes » (narodniki) étaient un mouvement d'intellectuels de<br class='autobr' />
la fin du XIXe- XXe, violemment antimonarchistes, convaincus du rôle révolutionnaire<br class='autobr' />
de la paysannerie et de la valeur exemplaire des actes terroristes des minorités<br class='autobr' />
agissantes. Ils avaient fondé l'organisation La Volonté du Peuple (Narodnaia<br class='autobr' />
Volia) ; le courant populiste s'était divisé, l'une de ses branches, avec Plékhanov<br class='autobr' />
et Véra Zassoulitch s'orientant vers les marxistes et les autres fondant le parti<br class='autobr' />
socialiste révolutionnaire.</p>
<p>202. La première révolution avait commencé en 1911, la seconde en 1925.</p>
<p>203. Le soulèvement de Canton commença le 11 décembre 1927 et fut écrasé<br class='autobr' />
50 heures plus tard avec 5 700 insurgés tués : on l'appelle parfois « Commune de<br class='autobr' />
Canton ». Selon Ye Ting, chef militaire de l'insurrection, les insurgés n'étaient<br class='autobr' />
pourtant au départ que 4200, dont 1200 élèves-officiers et 3000 ouvriers face à<br class='autobr' />
50000 hommes de troupe. Aucun mouvement de masse n'avait porté ni même<br class='autobr' />
soutenu ce mouvement qui, pour tenir, lança des mots d'ordre de contenu<br class='autobr' />
« socialiste ».</p>
<p>204. Boukharine, dans sa brochure citée n. 183, Stetsky dans lnpreko", et la<br class='autobr' />
résolution même du plénum de juin 1927 ont martelé cette affirmation qu'il<br class='autobr' />
ne fallait pas « laisser aux traîtres » le « drapeau du Guomindang ».</p>
<p>205. Pravda, 31 janvier 1928.</p>
<p>206. Une évaluation du total des investissements en Chine reproduite dans<br class='autobr' />
les notes de l'édition américaine mentionne ici trois milliards de dollars<br class='autobr' />
d'investissement, dont 78,l % dans des entreprises industrielles ou commer-<br class='autobr' />
ciales, et 21,9 % dans des prêts au gouvernement. Le capital étranger dominait<br class='autobr' />
en 1931 (c'est donc pour 1928 un ordre d'idées valable) la moitié de l'industrie du<br class='autobr' />
coton, le tiers des chemins de fer, sans compter les hypothèques, etc. En 1927,<br class='autobr' />
compte non tenu de la police des concessions, des bateaux de guerre, grands et<br class='autobr' />
petits, avec leurs équipages, dans les ports ou au large des côtes, il y avait en<br class='autobr' />
Chine 11800 soldats et marins nord-américains et européens.</p>
<p>207. Le « contrôle ouvrier fut de brève durée et l'expropriation rapide.</p>
<p>208. Nous manquons de statistiques précises. Une évaluation du prolétariat<br class='autobr' />
et demi-prolétariat donne 15 millions d'individus. La paysannerie comprenait<br class='autobr' />
74 % de paysans pauvres.</p>
<p>209. Il y avait en 1923 230000 syndiqués, un chiffre porté aux environs de<br class='autobr' />
trois millions en 1927. Le mouvement paysan du Hunan mobilisa environ dix<br class='autobr' />
millions d'individus.</p>
<p>210. Hu Hanmin <i>1879-1936) était le troisième homme de la Chine et le vrai<br class='autobr' />
patron de l'appareil du Guomindang, chef de file de la réaction.</p>
<p>211. Chen Duxiu (1878-1942) était de très loin l'intellectuel le plus éminent<br class='autobr' />
et le plus prestigieux de la Chine du xXC, animateur de la fameuse revue La<br class='autobr' />
Nouvelle Jeunesse et maître à penser de la génération du 4( mouvement du 4 mai<br class='autobr' />
1919 ». Il avait été l'un des fondateurs du parti communiste de Chine et son<br class='autobr' />
secrétaire général jusqu'en 1927.</p>
<p>212. Compte rendu sténographique du VIIIe plénum, p. 205.</p>
<p>213. Chen Duxiu avait démissionné de la direction du P.C. chinois quand le<br class='autobr' />
gouvernement du Wuhan avait commencé à frapper le mouvement ouvrier et<br class='autobr' />
paysan et quand l'I.C. avait réitéré ses instructions au P.C. de demeurer dans le<br class='autobr' />
Guomindang. La conférence d'août mit en place une nouvelle direction avec Qu<br class='autobr' />
Qiu Bai, Li Lisan, Zhou Enlai et Zhang Guotao, qui se targuait d'avoir 4( arraché<br class='autobr' />
la déviation de droite » de Chen, mis en accusation pour avoir appliqué la<br class='autobr' />
politique dictée par Moscou.</p>
<p>214. Au sujet de la« théorie de Staline »,on ne trouvera rien dans le recueil<br class='autobr' />
Les Problèmes du Léninisme. En revanche le compte rendu du plénum de<br class='autobr' />
l'exécutif de l'I.C. reproduit, pp. 66 sq., son intervention sur la question chinoise.<br class='autobr' />
assure en effet qu'on ne peut comparer la situation en Russie en 1917 en Chine en<br class='autobr' />
1927, « non seulement parce que la Russie était alors à la veille de la révolution<br class='autobr' />
prolétarienne tandis que la Chine est devant la révolution bourgeoise démocrati-<br class='autobr' />
que, mais aussi parce que le gouvernement provisoire en Russie à cette époque<br class='autobr' />
était un gouvernement contre-révolutionnaire tandis que celui de Hankou<br class='autobr' />
(Wuhan) est un gouvernement révolutionnaire au sens bourgeois-démocratique<br class='autobr' />
du terme ». Son aventure dans le domaine théorique l'emporte d'ailleurs puisqu'il<br class='autobr' />
assure : « Il est possible qu'il n'y aurait pas eu de soviets formés en Russie s'il y<br class='autobr' />
avait existé à l'époque une large organisation révolutionnaire du type de l'actuel<br class='autobr' />
Guomindang de gauche. »</p>
<p>215. Lénine, Œuvres, XVIII, 2, p. 119.</p>
<p>216. Ibidem, p. 118.</p>
<p>217. Le Guomindang était arrivé au pouvoir pour la première fois à Canton<br class='autobr' />
au début des années 20, avec Sun Yat-sen. Après la mort de ce dernier, il s'était<br class='autobr' />
divisé : en 27 s'opposaient le pouvoir de l'armée avec Tchiang à Shanghai et celui<br class='autobr' />
du 4e gouvernement » de Wang à Wuhan.</p>
<p>218. Lénine, Sotch., XVIII, 1, 19.</p>
<p>219. Au Ve congrès du P.C. chinois, Chen Duxiu avait indiqué que le parti<br class='autobr' />
comptait en 1927 57967 membres dont 53,8 % d'ouvriers et 18,7 % de paysans.<br class='autobr' />
Au Ve congrès, Zhou Enlai donnait la proportion de 10 % d'ouvriers.</p>
<p>220. Après l'échec de la collaboration avec le gouvernement de Wuhan,<br class='autobr' />
l'I.C. tourna brutalement à gauche. La Pravda du 25 juillet 1927 parlait d'appeler<br class='autobr' />
les masses à bâtir leurs soviets. La conférence d'août avait pour instructions<br class='autobr' />
« d'organiser des soulèvements d'ouvriers et de paysans sous le drapeau de la<br class='autobr' />
gauche révolutionnaire du Guomindang. Ce fut le signal du soulèvement de<br class='autobr' />
Nanchang (1er août) sous les chefs militaires He Long et Ye Ting et de celui « de<br class='autobr' />
la moisson d'automne », tous écrasés. Le 30 septembre, la Pravda parlait des<br class='autobr' />
soviets comme d'un mot d'ordre d'action. Le plénum du P.C.C. de novembre<br class='autobr' />
parlait de « la faillite du Guomindang de gauche » et affirmait que le drapeau<br class='autobr' />
bleu était « le drapeau de la terreur blanche » : pour lui il existait dans toute la<br class='autobr' />
Chine une situation directement révolutionnaire. Le plénum de février du C.E.<br class='autobr' />
de l'I.C. assignait au P.C.C. la tâche« d'organiser et mener à bien l'insurrection<br class='autobr' />
armée des masses »… tout en critiquant le « putschisme » du P.C.C.</p>
<p>221. He Long (1896-1969), ancien « bandit » devenu officier dans une armée<br class='autobr' />
de seigneur de la guerre, passé au Guomindang en 1925 et proche du P.C., et Ye<br class='autobr' />
Ting (1897-1946), officier de carrière, membre du Guomindang en 1922, élève à<br class='autobr' />
Moscou où il avait adhéré au P.C., commandant de division, furent, avec Zhou<br class='autobr' />
Enlai les personnages principaux du soulèvement de Nanchang. Ce dernier fut<br class='autobr' />
conduit sous le drapeau d'un « comité révolutionnaire se réclamant du Guomin-<br class='autobr' />
dang avec Deng Yenda (déjà sur la route de l'exil), Song Qingling, la veuve de<br class='autobr' />
Sun Yatsen et Eugene Chen, sans doute pas informés. Sur place, on promettait de<br class='autobr' />
confisquer les terres des très grands propriétaires. Cette armée échoua devant<br class='autobr' />
Swatou et une partie des hommes forma le noyau des armées rouges du Jiangxi.</p>
<p>222. Nestor Makhno (1889-1935) avait mené la guérilla tantôt contre les<br class='autobr' />
Blancs alliés aux Rouges, tantôt sur deux fronts, entre 1919 et 1920. II subissait<br class='autobr' />
l'influence anarchiste et aussi celle du milieu rural (antisémitisme, par exemple)<br class='autobr' />
et refusa d'être intégré dans une armée centralisée. En fait l'affaire de Nanchang<br class='autobr' />
sema des grains qui germèrent.</p>
<p>223. Les groupes armés de He Long et Ye Ting formèrent à long terme les<br class='autobr' />
noyaux des « armées rouges chinoises ».</p>
<p>224. L'initiale N. désigne l'Allemand Heinz Neumann (1902-1937), un<br class='autobr' />
homme de Staline dans le K.P.D. où il était entré en 1920, représentant à Moscou<br class='autobr' />
en 1925, suppléant du C.C. en 1927. Il avait été envoyé en mission en Chine avec<br class='autobr' />
son ami Lominadzé fin 1927.</p>
<p>225. Le Conseil des délégués des Ouvriers, Paysans et Soldats de Canton,<br class='autobr' />
qui prit le pouvoir le 11 décembre 1927 au petit matin comprenait onze membres<br class='autobr' />
qui avaient été choisis secrètement dans une réunion secrète des organisateurs du<br class='autobr' />
soulèvement quatre jours auparavant : neuf d'entre eux étaient censés représen-<br class='autobr' />
ter les ouvriers communistes du port, trois le régiment d'élèves-officiers et trois<br class='autobr' />
les paysans, mais deux de ces derniers n'arrivèrent qu'après la bataille.</p>
<p>226. Lénine, Œuvres, VII, p. 215.</p>
<p>227. Ibidem, Il, pp. 118-119.</p>
<p>228. Ibidem, XVI, p. 458.</p>
<p>229. Pravda, 2 mars 1924.</p>
<p>230. Staline, Les Questions du Léninisme (1928), p. 264.</p>
<p>231. Boukharine, La situation actuelle dans la révolution chinoise.</p>
<p>232. Au lendemain du « petit coup d'Etat de Canton », l'événement fut<br class='autobr' />
caché par la presse de l'I.C. Tchiang avait fait adopter par l'exécutif du<br class='autobr' />
Guomindang la décision d'interdire toute réserve sur Sun Yat-sen ou « ses<br class='autobr' />
principes », d'exiger du P.C. la remise d'une liste de ses adhérents membres du<br class='autobr' />
Guomindang, d'interdire aux membres du P.C. d'occuper certaines responsabi-<br class='autobr' />
lités : en outre, ils ne devaient pas constituer plus d'un tiers du total des membres<br class='autobr' />
des comités municipaux, provinciaux et du comité central : tout recrutement leur<br class='autobr' />
était en outre interdit dans le Guomindang. Ces conditions furent acceptées par le<br class='autobr' />
délégué de Moscou, Borodine, et les dirigeants du P.C.C. protestèrent en vain.</p>
<p>233. L'accusation portée ici par Trotsky contre Pepper démontre que les<br class='autobr' />
reproches politiques qu'il lui faisait s'adressaient non à lui personnellement mais<br class='autobr' />
aux dirigeants dont il était, qui avaient dressé en Hongrie la paysannerie contre le<br class='autobr' />
pouvoir des conseils. Il n'y avait pas eu en Hongrie de confiscation suivie de<br class='autobr' />
partage des terres ; sans tenir compte des aspirations paysannes, les communistes<br class='autobr' />
avaient décidé la socialisation de toutes les terres et leur mise en exploitation<br class='autobr' />
collective sans transition, ce qui parut aux paysans pauvres et moyens une pure et<br class='autobr' />
simple spoliation et les amena à soutenir les grands propriétaires qui étaient l'âme<br class='autobr' />
de la contre-révolution. Lénine critiqua vigoureusement cette politique opposée à<br class='autobr' />
la sienne.</p>
<p>234. Dans American Communism and Soviet Russia, l'historien du P.C.<br class='autobr' />
américain Theodore Draper écrit, p. 75, que le Federated Farmer-Labor Party<br class='autobr' />
(F.F.-L.P.) était venu au monde « mort-né i.. L'entreprise de LaFollette, la<br class='autobr' />
création d'un « troisième parti », se poursuivit jusqu'à la candidature de sénateur<br class='autobr' />
progressiste aux présidentielles de novembre 1924 auxquelles il obtint<br class='autobr' />
4 825 000 voix (contre 15 720 000 au républicain Coolidge, 8 380 000 au démocrate<br class='autobr' />
Davis, 33300 à W. Z. Foster, candidat d'un P.C. désormais déchaîné contre<br class='autobr' />
LaFollette « instrument du grand capital », « candidat des gangsters de la<br class='autobr' />
politique », « ennemi du mouvement ouvrier », etc.</p>
<p>235. Le mot d'ordre d' « assemblée républicaine sur la base des comités<br class='autobr' />
ouvriers et paysans » avait été lancé par le P.C. italien en juin 1925 comme<br class='autobr' />
réponse à « l'Aventin » - la réunion des députés opposés au fascisme qui avaient<br class='autobr' />
quitté l'assemblée en signe de protestation au cours de la crise qui avait suivi le<br class='autobr' />
meurtre de Matteotti. Il était une combinaison curieuse de préoccupations et<br class='autobr' />
orientations contradictoires : appel unitaire aux partis ouvriers pour une action<br class='autobr' />
sur une base démocratique, mais aussi front unique « à la base », Il avait été<br class='autobr' />
réaffirmé et placé au premier plan par la conférence de Basilea en janvier de 1928
<br /><span class="spip-puce ltr"><b>–</b></span> à propos de laquelle Trotsky avait sans doute été informé.</p>
<p>236. Rudolf Hilferding (1877-1941), d'origine autrichienne, médecin et<br class='autobr' />
économiste (auteur de Finanzkapitaf), dirigeant social-démocrate allemand, avait<br class='autobr' />
appartenu à l'U.S.P.D. (social-démocrates indépendants) et défendu avec sa<br class='autobr' />
majorité l'idée d'une combinaison entre le pouvoir d'une assemblée élue au<br class='autobr' />
suffrage universel et celui des conseils ouvriers.</p>
<p>237. Lénine, Œuvres, XI, p. 198.</p>
<p>238. Ibidem, VI, p. 113.</p>
<p>239. Ibidem, IX, p. 410.</p>
<p>240. Staline, Les Questions du Léninisme, 1928, p. 265.</p>
<p>241. Lénine, Œuvres, XVI, « 1919 », p. 219.</p>
<p>242. En Allemagne, avec « la guerre des paysans » en 1525, en Russie, avec<br class='autobr' />
le « temps des troubles », de façon générale, dans l'Europe entière, avec le<br class='autobr' />
développement des groupes armés que l'on appelait les « brigands », le XVIe est<br class='autobr' />
en effet un siècle de « guerres et insurrections paysannes », mais seulement leur<br class='autobr' />
début.</p>
<p>243. Le Populist Party fut fondé en 1891 et incarna quelque temps le<br class='autobr' />
mécontentement des ruraux au lendemain de la Guerre de Sécession. Ce « tiers<br class='autobr' />
parti » comptait dans ses rangs des fermiers, des ouvriers, des petits artisans ou<br class='autobr' />
entrepreneurs et généralement des gens de l'Ouest. Il revendiquait la frappe libre<br class='autobr' />
et sans limite de l'argent, l'abolition de la National Bank, la nationalisation des<br class='autobr' />
chemins de fer, des lignes de vapeurs, du téléphone et du télégraphe, l'élection<br class='autobr' />
directe des sénateurs et un impôt sur le revenu progressif. Son candidat en 1892<br class='autobr' />
aux présidentielles obtint un peu plus d'un million de suffrages ; en 1894, le parti<br class='autobr' />
eut 1400 000 voix élisant 6 sénateurs et 6 représentants. Il devait se rallier aux<br class='autobr' />
démocrates.</p>
<p>244. Lénine, Œuvres, XVI, « 1919 », p. 442.</p>
<p>245. Trotsky fait probablement allusion - au moins - à la Yougoslavie et<br class='autobr' />
au parti paysan croate de Radié.</p>
<p>Sur la crise de l'internationale communiste en 1928 :</p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1928/07/lt19280712.htm" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1928/07/lt19280712.htm</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical1.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical1.html</a></p>
<p><a href="https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical212.html" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical212.html</a></p>
<p><a href="https://wikirouge.net/texts/fr/L%27Internationale_Communiste_apr%C3%A8s_L%C3%A9nine" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/texts/fr/L%27Internationale_Communiste_apr%C3%A8s_L%C3%A9nine</a></p>
<p><a href="https://wikirouge.net/texts/fr/La_prosp%C3%A9rit%C3%A9_de_Molotov_en_science" class="spip_url spip_out auto" rel="nofollow external">https://wikirouge.net/texts/fr/La_prosp%C3%A9rit%C3%A9_de_Molotov_en_science</a></p></div>