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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;
Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.fr/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Question nationale en Catalogne et r&#233;volution prol&#233;tarienne en Espagne</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
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&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
17 mai 1931 &lt;br class='autobr' /&gt;
Parlons de ce qu'on dit &#234;tre le &#171; nationalisme &#187; de la F&#233;d&#233;ration Catalane. C'est une question tr&#232;s importante, tr&#232;s grave. Les erreurs commises sur ce point peuvent avoir des cons&#233;quences fatales. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution a r&#233;veill&#233; en Espagne, plus puissamment que jamais, toutes les questions, dont celle des nationalit&#233;s. Les tendances et les illusions nationales sont repr&#233;sent&#233;es principalement par les intellectuels petits bourgeois, qui s'efforcent de trouver un appui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 mai 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons de ce qu'on dit &#234;tre le &#171; nationalisme &#187; de la F&#233;d&#233;ration Catalane. C'est une question tr&#232;s importante, tr&#232;s grave. Les erreurs commises sur ce point peuvent avoir des cons&#233;quences fatales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution a r&#233;veill&#233; en Espagne, plus puissamment que jamais, toutes les questions, dont celle des nationalit&#233;s. Les tendances et les illusions nationales sont repr&#233;sent&#233;es principalement par les intellectuels petits bourgeois, qui s'efforcent de trouver un appui chez les paysans contre le r&#244;le d&#233;nationalisateur du gros capital et contre la bureaucratie d'Etat. Le r&#244;le dirigeant - pour la phase actuelle - de la petite bourgeoisie dans le mouvement d'&#233;mancipation nationale, comme en g&#233;n&#233;ral dans tout le mouvement d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire, introduit in&#233;vitablement dans ce dernier nombre de pr&#233;jug&#233;s de toute sorte. Venant de ce milieu, les illusions nationales s'infiltrent &#233;galement parmi les ouvriers. Telle est, vraisemblablement, dans l'ensemble, la situation en Catalogne, et peut-&#234;tre jusqu'&#224; un certain point dans la F&#233;d&#233;ration Catalane. Mais ce que je viens de dire n'att&#233;nue nullement le caract&#232;re progressiste, r&#233;volutionnaire-d&#233;mocratique de la lutte nationale catalane contre la suzerainet&#233; espagnole, l'imp&#233;rialisme bourgeois et le centralisme bureaucratique. Pas un instant l'on ne doit perdre de vue que l'Espagne tout enti&#232;re et la Catalogne, comme partie constituante de ce pays, sont gouvern&#233;es actuellement non point par des nationaux-d&#233;mocrates catalans, mais par des bourgeois imp&#233;rialistes espagnols, alli&#233;s &#224; de gros propri&#233;taires fonciers, &#224; de vieux bureaucrates et des g&#233;n&#233;raux, avec l'appui des nationaux-socialistes. Toute cette confr&#233;rie est d'avis de maintenir, d'une part, les servitudes des colonies espagnoles et d'assurer, d'autre part, le maximum de centralisation bureaucratique de la m&#233;tropole ; c'est-&#224;-dire qu'elle veut l'&#233;crasement des Catalans, des Basques et des autres nationalit&#233;s par la bourgeoisie espagnole. Dans la phase actuelle, &#233;tant donn&#233; les combinaisons pr&#233;sentes de forces de classes, le nationalisme catalan est un facteur r&#233;volutionnaire progressiste. Le nationalisme espagnol est un facteur imp&#233;rialiste r&#233;actionnaire. Le communiste espagnol qui ne comprend pas cette distinction, qui affecte de l'ignorer, qui ne la met pas en valeur au premier plan, qui s'efforce au contraire d'en att&#233;nuer l'importance, risque de devenir un agent inconscient de la bourgeoisie espagnole et d'&#234;tre &#224; tout jamais perdu pour la cause de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. O&#249; est le danger des illusions nationales petites bourgeoises ? En ceci qu'elles peuvent diviser le prol&#233;tariat d'Espagne en secteurs nationaux. Le danger est tr&#232;s s&#233;rieux. Les communistes espagnols peuvent le combattre avec succ&#232;s, mais d'une seule mani&#232;re : en d&#233;non&#231;ant implacablement les violences commises par la bourgeoisie de la nation suzeraine et en gagnant ainsi la confiance du prol&#233;tariat des nationalit&#233;s opprim&#233;es. Toute autre politique reviendrait &#224; soutenir le nationalisme r&#233;actionnaire de la bourgeoisie imp&#233;rialiste qui est ma&#238;tresse du pays, contra le nationalisme r&#233;volutionnaire-d&#233;mocratique de la petite bourgeoisie d'une nation opprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question nationale en Catalogne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 juillet 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore au sujet des questions actuelles de la r&#233;volution espagnole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi Maurin, le &#034;chef&#034; du Bloc ouvrier et paysan, partage le point de vue du s&#233;paratisme. Apr&#232;s quelques h&#233;sitations, il s'est d&#233;termine en tant qu'aile gauche du nationalisme petit-bourgeois. J'ai d&#233;j&#224; &#233;crit que le nationalisme petit-bourgeois catalan est, au stade actuel, progressif. Mais &#224; une condition : qu'il d&#233;veloppe son activit&#233; hors des rangs du communisme, et qu'il se trouve toujours ainsi sous les coups de la critique des communistes. Au contraire, permettre au nationalisme petit-bourgeois de se manifester sous le masque communiste signifie en m&#234;me temps porter un coup perfide &#224; l'avant-garde prol&#233;tarienne et tuer la signification progressive du nationalisme petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que signifie le programme du s&#233;paratisme ? Le d&#233;membrement &#233;conomique et politique de l'Espagne ou, en d'autres termes, la transformation de la p&#233;ninsule ib&#233;rique en une sorte de p&#233;ninsule balkanique, avec des Etats ind&#233;pendants, divis&#233;s par des barri&#232;res douani&#232;res, ayant des arm&#233;es ind&#233;pendantes et menant des guerres hispaniques &#034;ind&#233;pendantes&#034;. Bien entendu, le sage Maurin dira que ce n'est pas cela qu'il veut. Mais les programmes ont leur logique, ce dont manque Maurin...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les ouvriers et les paysans des diff&#233;rentes parties de l'Espagne sont-ils int&#233;ress&#233;s au d&#233;membrement &#233;conomique du pays ? En aucun cas. C'est pourquoi identifier la lutte d&#233;cisive pour le droit &#224; l'autod&#233;termination avec la propagande pour le s&#233;paratisme constitue un travail n&#233;faste. Notre programme est la F&#233;d&#233;ration hispanique avec le maintien indispensable de l'unit&#233; &#233;conomique. Nous n'avons pas l'intention d'imposer ce programme aux nationalit&#233;s opprim&#233;es de la p&#233;ninsule &#224; l'aide des armes de la bourgeoisie. En ce sens, nous sommes sinc&#232;rement pour le droit &#224; l'autod&#233;termination [2]. Si la Catalogne se s&#233;parait du reste de l'Espagne, la minorit&#233; communiste de Catalogne, comme celle d'Espagne, devrait combattre pour une F&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans les Balkans, c'est encore la vieille social-d&#233;mocratie d'avant guerre qui a mis en avant le mot d'ordre de F&#233;d&#233;ration balkanique d&#233;mocratique, comme issue &#224; la situation de fous cr&#233;&#233;e par le morcellement des Etats. Aujourd'hui, le mot d'ordre communiste dans les Balkans est celui de la F&#233;d&#233;ration balkanique des soviets (&#224; propos, l'I.C. a adopt&#233; le mot d'ordre de la F&#233;d&#233;ration sovi&#233;tique balkanique, mais a rejet&#233; en m&#234;me temps ce mot d'ordre pour l'Europe !). Pouvons-nous, dans ces conditions, faire n&#244;tre le mot d'ordre de la balkanisation de la p&#233;ninsule ib&#233;rique ? N'est-ce pas monstrueux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les syndicalistes - tout au moins certains de leurs chefs - ont d&#233;clar&#233; qu'ils lutteront contre le s&#233;paratisme, au besoin les armes &#224; la main. Dans ce cas, communistes et syndicalistes se trouveraient chacun d'un c&#244;t&#233; de la barricade, parce que, sans partager les illusions s&#233;paratistes et tout en les critiquant au contraire, les communistes doivent s'opposer impitoyablement aux bourreaux de l'imp&#233;rialisme et &#224; ses laquais syndicalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la petite bourgeoisie en arrivait - contre les conseils et la critique des communistes - &#224; d&#233;membrer l'Espagne, les r&#233;sultats n&#233;gatifs d'un tel r&#233;gime ne tarderaient pas &#224; se manifester. Les ouvriers et les paysans des diff&#233;rentes parties de la p&#233;ninsule arriveraient vite &#224; cette conclusion : oui, les communistes avaient raison. Mais cela signifie pr&#233;cis&#233;ment que nous ne devons pas assumer la moindre parcelle de responsabilit&#233; dans le programme de Maurin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Monatte esp&#232;re que les syndicalistes espagnols cr&#233;eront un nouvel Etat syndicaliste [3]. Au lieu de cela, les amis espagnols de Monatte s'int&#232;grent avec succ&#232;s dans l'Etat bourgeois [4]. C'est l'histoire de cette malheureuse poule qui couve des oeufs de cane ! Aujourd'hui, il est tr&#232;s important de suivre de pr&#232;s tout ce que disent et font les syndicalistes espagnols. Cela ouvrira &#224; l'opposition de gauche en France des possibilit&#233;s pour porter un bon coup &#224; l'anarcho-syndicalisme fran&#231;ais. On ne peut douter un seul instant que, dans les conditions de la r&#233;volution, les anarcho-syndicalistes se compromettront &#224; chaque pas.&lt;br class='autobr' /&gt; L'id&#233;e g&#233;niale des syndicalistes consiste &#224; contr&#244;ler les Cort&#232;s sans y participer ! Employer la violence r&#233;volutionnaire, lutter pour le pouvoir, s'emparer du pouvoir, rien de cela n'est permis. A la place, on recommande de &#034;contr&#244;ler&#034; la bourgeoisie au pouvoir. Magnifique tableau : la bourgeoisie prend son petit d&#233;jeuner, elle d&#233;jeune, elle d&#238;ne et le prol&#233;tariat dirig&#233; par les syndicalistes, le ventre creux, contr&#244;le les op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lettre au Secr&#233;tariat International.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky d&#233;veloppe ici la position d&#233;fendue par Lenine et le parti bolchevique &#224; l'&#233;gard des diverses nationalit&#233;s de l'empire des tsars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Dans La R&#233;volution prol&#233;tarienne n0 117, 5 mai 1931, Pierre Monatte s'&#233;tonnait de l'orientation r&#233;formiste des dirigeants de la C. N. T. Il appelait les anarchistes et les anarcho-syndicalistes espagnols &#224; se mettre &#224; l'&#233;cole de la r&#233;alit&#233; et &#224; accepter la n&#233;cessit&#233; d'une &#034;dictature du prol&#233;tariat&#034; qui ne soit pas, comme en Russie, celle d'un parti ; il sugg&#233;rait que cette &#034;dictature&#034; pourrait, &#233;tant donn&#233; les conditions espagnoles, etre assur&#233;e par les syndicats, qui donneraient ainsi naissance &#224; un nouvel &#034;Etat ouvrier&#034; et &#224; une forme &#034;syndicale&#034; de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Allusion au noyau dirigeant de la C. N. T., avec Angel Pestana, Juan Peiro, etc., qui se compromettait alors ouvertement avec les dirigeants r&#233;publicains et s'orientait vers un plat r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le confusionnisme de Maurin et la question catalane&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 juillet 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus nuisible, le plus dangereux et m&#234;me le plus n&#233;faste, serait que dans l'esprit des ouvriers de Catalogne, d'Espagne et du monde entier, se renforce l'id&#233;e que nous sommes solidaires de la politique de la F&#233;d&#233;ration catalane, que nous en portons la responsabilit&#233;, ou, du moins, que nous sommes plus proches d'elle que du groupe centriste [2]. Les staliniens s'emploient de toutes leurs forces &#224; pr&#233;senter les choses de cette fa&#231;on. Jusqu'&#224; maintenant, nous n'avons pas combattu l&#224;-dessus avec assez de vigueur. Il est d'autant plus urgent et important de dissiper ce malentendu qu'il nous compromettrait terriblement et entraverait le succ&#232;s des ouvriers catalans et espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, c'est d'abord &#224; nos partisans en Catalogne m&#234;me qu'il revient de d&#233;noncer la F&#233;d&#233;ration catalane. Ils doivent se manifester par une critique claire, ouverte, pr&#233;cise, une critique qui ne taise rien sur la politique de Maurin, ce m&#233;lange de pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois, d'ignorance, de &#034;science&#034; provinciale et de coquinerie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#233;lections aux Cort&#232;s, la F&#233;d&#233;ration a recueilli pr&#232;s de 10 000 voix. Ce n'est pas beaucoup, mais, au cours d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, une organisation v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire est capable de grandir vite. Il y a pourtant une circonstance qui amoindrit consid&#233;rablement le poids de ces 10 000 voix : la F&#233;d&#233;ration catalane a obtenu moins de voix aux &#233;lections aux Cort&#232;s qu'aux &#233;lections municipales &#224; Barcelone, le centre le plus important. Ce fait, &#224; premi&#232;re vue mineur, a en tant que sympt&#244;me une signification &#233;norme. Il d&#233;montre que, pendant que se manifeste encore dans les coins les plus retir&#233;s du pays un afflux, d'ailleurs faible, des ouvriers vers la F&#233;d&#233;ration, &#224; Barcelone, la confusion de Maurin n'attire pas les ouvriers, mais au contraire les &#233;loigne. Bien entendu, la faillite in&#233;vitable de Macia peut b&#233;n&#233;ficier &#224; Maurin en tant que failli de seconde zone. Mais l'impuissance m&#234;me de l'actuelle direction de la F&#233;d&#233;ration est totalement d&#233;montr&#233;e par les &#233;lections aux Cort&#232;s : il faut vraiment un talent particulier pour parvenir &#224; ne pas accro&#238;tre son influence &#224; Barcelone pendant les trois premiers mois de la r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que repr&#233;sente la F&#233;d&#233;ration dans le langage de la politique r&#233;volutionnaire ? Est-ce une organisation communiste ? Et quelle organisation communiste : de droite, de gauche, ou du centre ? Il est hors de doute que ce sont des ouvriers r&#233;volutionnaires, des communistes en puissance, qui votent pour la F&#233;d&#233;ration. Mais ils n'ont dans la t&#234;te aucune clart&#233;. D'o&#249; leur viendrait-elle, puisqu'ils sont dirig&#233;s par des confusionnistes ? Dans ces conditions, les ouvriers les plus hardis, les plus d&#233;cid&#233;s, les plus cons&#233;quents, ne peuvent, in&#233;vitablement, que se pr&#233;cipiter du c&#244;t&#233; du parti officiel. Ce dernier n'a obtenu &#224; Barcelone que 170 voix et un peu moins de 1 000 pour l'ensemble de la Catalogne. Mais il ne faut pas croire que ce sont les plus mauvais &#233;l&#233;ments. Au contraire, la plupart pourraient &#234;tre avec nous, et le seront quand nous d&#233;ploierons notre drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de la r&#233;volution de 1917, la majorit&#233; des organisations social-d&#233;mocrates russes &#233;taient encore communes et comprenaient dans leurs rangs bolcheviks, mencheviks, conciliateurs, etc [3]. La tendance &#224; l'unification &#233;tait si forte qu'&#224; la conf&#233;rence du parti bolchevique, fin mars, Staline, quelques jours avant l'arriv&#233;e de L&#233;nine, se pronon&#231;a pour l'unification avec les mencheviks [4]. Certaines organisations de province rest&#232;rent communes jusqu'&#224; la r&#233;volution d'Octobre. Je me figure la F&#233;d&#233;ration catalane comme une sorte d'organisation commune de ce type, une organisation non d&#233;limit&#233;e, qui comprend de futurs bolcheviks et de futurs mencheviks. Cela justifie une politique qui cherche &#224; provoquer une diff&#233;renciation politique dans les rangs de la F&#233;d&#233;ration. Le premier pas dans cette voie doit &#234;tre la d&#233;nonciation de la vulgarit&#233; politique du maurinisme. Ici, il faut &#234;tre sans piti&#233;. Pourtant, la comparaison entre cette F&#233;d&#233;ration et les organisations unifi&#233;es de Russie exige d'importantes r&#233;serves. Les organisations unifi&#233;es n'excluaient aucun groupement social-d&#233;mocrate existant. Tous avaient le droit de lutter pour leurs opinions &#224; l'int&#233;rieur de l'organisation unifi&#233;e. Il en va tout autrement &#224; l'int&#233;rieur de la F&#233;d&#233;ration catalane. L&#224;, le &#034;trotskisme&#034; est mis &#224; l'index. N'importe quel confusionniste a le droit d'y d&#233;fendre sa confusion, mais le bolchevik-l&#233;niniste ne peut y &#233;lever ouvertement la voix [5]. Ainsi, d&#232;s le d&#233;but, cette organisation unifi&#233;e &#233;clectique se coupe de l'aile gauche. Mais, par cela m&#234;me, elle devient un bloc chaotique de tendances centristes et droiti&#232;res. Le centrisme peut se d&#233;velopper soit &#224; gauche, soit &#224; droite. Le centrisme de la F&#233;d&#233;ration catalane, qui se s&#233;pare de l'aile gauche pendant la r&#233;volution, est vou&#233; &#224; une destruction honteuse. La t&#226;che de l'opposition de gauche consiste &#224; pr&#233;cipiter cette destruction par une critique impitoyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe une autre circonstance &#224; laquelle il faut accorder une importance exceptionnelle. Officiellement, la F&#233;d&#233;ration catalane est en faveur de l'unification de toutes les organisations et groupements communistes. Il est certain que ses membres, &#224; la base, veulent sinc&#232;rement et loyalement cette unit&#233;, bien qu'ils attachent &#224; ce mot d'ordre toutes sortes d'illusions. Nous sommes tout &#224; fait &#233;trangers &#224; ces illusions. Nous luttons pour l'unit&#233; parce que, dans les cadres d'un parti unifi&#233;, nous esp&#233;rons effectuer avec succ&#232;s un travail progressif de d&#233;limitation id&#233;ologique sur la base des questions et des t&#226;ches, non pas impos&#233;es du dehors, mais d&#233;coulant du d&#233;veloppement de la r&#233;volution espagnole m&#234;me. De toute fa&#231;on, nous soutenons la lutte pour l'unification des communistes. La condition fondamentale de cette unification est pour nous le droit &#224; la possibilit&#233; de lutter pour nos mots d'ordre, pour nos points de vue, dans les cadres de l'organisation unifi&#233;e. Nous pouvons et nous devons promettre une totale loyaut&#233; dans cette lutte, mais cette condition fondamentale est refus&#233;e d&#232;s le d&#233;but par la F&#233;d&#233;ration elle-m&#234;me tout en luttant sous le drapeau de l'unit&#233;, elle bannit les bolcheviks-l&#233;ninistes de ses propres rangs. Dans ces conditions, conf&#233;rer un r&#244;le dirigeant &#224; la F&#233;d&#233;ration catalane dans la lutte pour l'unit&#233; du P.C. constituerait de notre part la pire ineptie. Au congr&#232;s d'unification, Maurin s'appr&#234;te &#224; jouer les premiers violons. Pouvons-nous tol&#233;rer en silence cette d&#233;go&#251;tante hypocrisie ? En luttant contre l'opposition de gauche, Maurin imite la bureaucratie stalinienne afin de gagner ses faveurs. En r&#233;alit&#233;, il dit aux staliniens : &#034;Donnez-moi votre b&#233;n&#233;diction et avant tout vos subsides, et je vous promets de lutter contre les bolcheviks-l&#233;ninistes, non pas par crainte, mais pour des raisons id&#233;ologiques.&#034; L'activit&#233; de Maurin en faveur de l'unification n'est qu'une forme de chantage vis-&#224;-vis des staliniens. Si nous nous taisions l&#224;-dessus, nous ne serions pas des r&#233;volutionnaires, mais les auxiliaires passifs d'un chantage politique. Nous devons d&#233;noncer sans rel&#226;che le r&#244;le de Maurin, c'est-&#224;-dire son charlatanisme &#034;unificateur&#034;, sans affaiblir un seul instant notre effort en faveur de l'unification r&#233;elle des rangs communistes, sans affaiblir notre lutte pour que les rangs communistes se rangent sous notre drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de la gauche internationale doit &#234;tre aujourd'hui concentr&#233; pour les neuf dixi&#232;mes sur l'Espagne. Il faut restreindre toutes les d&#233;penses pour avoir la possibilit&#233; de mettre sur pied un hebdomadaire en espagnol avec des &#233;ditions r&#233;guli&#232;res en catalan, tout en distribuant en m&#234;me temps des tracts en quantit&#233; consid&#233;rable. Il faut envisager de restreindre toutes les autres d&#233;penses, sans exception, afin de donner &#224; l'Opposition espagnole l'aide la plus grande possible [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Secr&#233;tariat International doit, &#224; mon avis, consacrer les neuf dixi&#232;mes de ses forces aux questions de la r&#233;volution espagnole. Il faut tout simplement oublier qu'il existe de par le monde toutes sortes de Landau. Il faut tourner le dos &#224; toutes leurs querelles, &#224; toutes les intrigues et &#224; tous les intrigants, sans leur consacrer d&#233;sormais une minute de plus. La r&#233;volution espagnole est &#224; l'ordre du jour. Il faut sans retard traduire les documents les plus importants et les soumettre &#224; la critique n&#233;cessaire. Le prochain num&#233;ro du Bulletin international doit &#234;tre enti&#232;rement consacr&#233; &#224; la r&#233;volution espagnole. Il faut &#233;galement prendre toute une s&#233;rie de mesures d'organisation. Pour cela, il faut des hommes et des moyens. Il faut trouver les uns et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas, et il ne peut y avoir de crime plus grand que de perdre du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Lettre au Secr&#233;tariat International. Il semble, et Pierre Naville le confirmera, que les positions de Trotsky vis-&#224;-vis de Maurin, et de la F&#233;d&#233;ration catalane n'&#233;taient pas comprises par tous, et pas seulement dans les rangs de l'Opposition espagnole,.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le &#034; groupe centriste &#034; d&#233;signe ici l'&#233;quipe stalinienne qui dirige le P. C. E. C'est seulement &#224; partir de 1933 que Trotsky r&#233;servera l'&#233;pith&#232;te de &#034;centriste&#034; aux groupes se trouvant entre les II&#176; et III&#176; Internationale d'une part et le mouvement pour la IV&#176; de l'autre : Maurin deviendra alors &#224; ses yeux un &#034;centriste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La plupart des organisations social-d&#233;mocrates russes qui s'&#233;taient reconstitu&#233;es avant 1917 l'avaient &#233;t&#233; sur une base &#034;unitaire&#034;. Nombreuses &#233;taient encore celles qui adh&#233;raient sous cette forme au parti bolchevique au mois d'ao&#251;t de cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Pour faciliter la fusion, Staline proposait le 1&#176; avril que les bolcheviques ne pr&#233;sentent aucune plate-forme politique propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Il semble - tant par la lecture de la presse contemporaine que selon le t&#233;moignage de Joaquin Maurin lui-m&#234;me - que la F&#233;d&#233;ration catalane ait plut&#244;t employ&#233; la dissuasion que l'exclusion. En tout cas, les amis politiques de Nin qui y avaient adh&#233;r&#233; ne devaient y rester que quelques mois ; ce fut le cas notamment de Molins y Fabrega, Franciso De Cabo et Carlotta Duran. Reste que Nin, de son c&#244;t&#233;, parle bien d' &#034;exclusions&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Raymond Molinier, dirigeant et &#034;financier&#034; de la Ligue fran&#231;aise, se rendra peu apr&#232;s en Espagne pour r&#233;gler la question de l'hebdomadaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le conflit catalan et les t&#226;ches du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#233;t&#233; 1934)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'appr&#233;ciation du conflit catalan et des possibilit&#233;s en r&#233;sultant doit partir du fait que la Catalogne repr&#233;sente aujourd'hui indubitablement la plus forte position des forces d&#233;fensives dirig&#233;es contre la r&#233;action espagnole et contre les dangers du fascisme. Si cette position tombe, la r&#233;action aura remport&#233; une victoire d&#233;cisive et pour longtemps. Avec une politique juste de l'avant-garde prol&#233;tarienne il est possible de faire de cette position d&#233;fensive la plus forte, la position de d&#233;part d'une nouvelle offensive de la r&#233;volution espagnole. Telle doit &#234;tre notre perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ce d&#233;veloppement n'est possible que si le prol&#233;tariat catalan r&#233;ussit &#224; s'emparer lui de la direction de la lutte d&#233;fensive contre le gouvernement central r&#233;actionnaire de Madrid. Mais cela n'est possible que si le prol&#233;tariat catalan ne promet pas seulement de soutenir cette lutte, au cas qu'elle soit d&#233;clench&#233;e, - soit par l'intransigeance du gouvernement de Madrid, soit par l'agressivit&#233; de la petite-bourgeoisie catalane (cette politique de suivisme est pr&#233;conis&#233;e par nos camarades dans l'Alliance Ouvri&#232;re de Catalogne et r&#233;alis&#233;e contre Maurin) [a] -, mais s'il se met d&#232;s le d&#233;but &#224; la t&#234;te de la r&#233;sistance, s'il dessine des perspectives, lance des mots d'ordre plus hardis et d&#232;s le commencement m&#232;ne la lutte non seulement en paroles, mais en actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Une r&#233;sistance victorieuse n'est concevable que si non seulement elle mobilise toutes les forces de masse de la Catalogne (toutes les conditions en sont actuellement donn&#233;es), mais pousse de plus vers l'offensive. C'est pourquoi il est d'une importance d&#233;cisive que l'avant-garde prol&#233;tarienne sache expliquer d&#232;s maintenant aux masses ouvri&#232;res et paysannes du reste de l'Espagne que par la victoire ou la d&#233;faite de la r&#233;sistance catalane se d&#233;cidera aussi leur victoire ou leur d&#233;faite. La mobilisation de ces alli&#233;s de l'Espagne toute enti&#232;re doit &#234;tre faite d&#232;s maintenant et non pas au moment o&#249; l'offensive r&#233;actionnaire contre la Catalogne sera devenu un fait (ce qui est la position de nos camarades et de la majorit&#233; de l'A.O.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La Catalogne peut &#234;tre pour longtemps le pivot d&#233;cisif de la r&#233;volution espagnole. La conqu&#234;te de la direction en Catalogne doit &#234;tre le centre de notre politique en Espagne. La politique de nos camarades le [b] rend compl&#232;tement impossible. Cette politique doit &#234;tre rapidement chang&#233;e si l'on ne veut qu'une situation d&#233;cisive aboutisse, par notre faute, &#224; une nouvelle d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole qui serait d&#233;cisive pour longtemps. On ne doit pas se celer que la politique de nos camarades dans cette question jusqu'&#224; maintenant a fortement nui au prestige non seulement de notre propre organisation et de l'Alliance Ouvri&#232;re, mais &#224; celui du prol&#233;tariat lui-m&#234;me, ce qui ne saurait &#234;tre r&#233;par&#233; que par un tournant radical et convaincant par les faits. La position de nos camarades et de ceux de l'A.O. ne peut &#234;tre comprise par les masses travailleuses non-prol&#233;tariennes que comme suit : le prol&#233;tariat s'engage par la voix de ces organisations &#224; participer si les autres commencent ; mais m&#234;me pour cela il demande son prix (les conditions pos&#233;es par l'A.O. &#224; l'Esquerra petite-bourgeoise, ignorent compl&#232;tement l'int&#233;r&#234;t particulier des paysans et des petits-bourgeois citadins) ; et cherchera - aussit&#244;t que la possibilit&#233; s'y pr&#234;tera - &#224; donner &#224; la lutte une direction dans les sens de ses propres buts de classe, la dictature du prol&#233;tariat. Au lieu d'appara&#238;tre comme le dirigeant de toutes les couches opprim&#233;es de la nation, comme le leader de la lib&#233;ration nationale, le prol&#233;tariat appara&#238;t ici purement comme un partenaire des autres classes, voire un partenaire tr&#232;s &#233;go&#239;ste, auquel il faut donner ou plut&#244;t promettre sa part parce que et pour aussi longtemps qu'on a besoin de lui. La petite-bourgeoisie catalane et la grande bourgeoisie et la r&#233;action se fondant sur la carence de cette petite-bourgeoisie ne pourraient demander rien de mieux qu'un prol&#233;tariat dans cette position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le tournant de nos camarades, doit consister tout d'abord en ceci : ils doivent propager (par notre propre organisation et par l'A.O.) la proclamation de la R&#233;publique Catalane Ind&#233;pendante et doivent demander pour l'assurer l'armement imm&#233;diat de tout le peuple. Ils ne doivent pas, pour cet armement, attendre le gouvernement, mais commencer imm&#233;diatement &#224; former des milices ouvri&#232;res, qui, elles, doivent alors non seulement revendiquer un meilleur armement de la part du gouvernement, mais doivent s'en procurer un elles-m&#234;mes par le d&#233;sarmement des r&#233;actionnaires et des fascistes. Le prol&#233;tariat doit prouver par les faits aux masses catalanes qu'il prend un int&#233;r&#234;t sacr&#233; &#224; la d&#233;fense de l'ind&#233;pendance catalane. Dans cela consistera le pas d&#233;cisif vers la conqu&#234;te de la direction de la lutte de toutes les couches pr&#234;tes &#224; la d&#233;fense de la ville et de la campagne. L'armement du peuple doit devenir le centre de notre agitation des prochaines semaines sous les mots d'ordre de : continuation du paiement de tous les salaires ; gouvernement et les employeurs doivent se partager le co&#251;t de l'armement et de l'approvisionnement ; les forces de combat existantes (police, etc.) seront encadr&#233;es comme instructeurs dans la formation des milices ; les officiers seront &#233;lus par les membres de la Milice ; la base des milices est l'usine, ou bien le rayon d'habitation ; les ouvriers des grandes entreprises, des chemins de fer, etc. et de toutes entreprises publiques feront automatiquement partie de la milice ; de plus tous les citoyens sont invit&#233;s &#224; s'enr&#244;ler ; toute formation &#233;lit son comit&#233;, qui, de son c&#244;t&#233;, envoie son repr&#233;sentant (sans doute par des instances interm&#233;diaires) au Comit&#233; central de toutes les formations de milice de Catalogne. Ce comit&#233; central (c.&#224;.d. le Soviet central) remplit la t&#226;che d'un &#233;tat-major politique, mais tout d'abord celle du contr&#244;le, plus tard, de la direction centrale de l'approvisionnement en armes et en vivres, etc. En r&#233;alisant cette t&#226;che, il sera oblig&#233; de devenir, d'un organe &#224; c&#244;t&#233; du gouvernement proprement dit, ce gouvernement lui-m&#234;me. Cela est la forme et le chemin concrets des soviets dans la situation donn&#233;e en Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#201;tant donn&#233; l'extr&#234;me division du prol&#233;tariat catalan, qui ne permet pas &#224; son h&#233;g&#233;monie de se faire jour en Catalogne, le prol&#233;tariat dans la situation actuelle ne peut proclamer lui-m&#234;me l'ind&#233;pendance catalane. Mais il peut et il doit en appeler la proclamation de toute sa force et l'exiger de l'Esquerra petite-bourgeoise actuellement gouvernante. Il doit r&#233;pondre &#224; son retardement par la revendication de nouvelles &#233;lections imm&#233;diates : &#034;Nous avons besoin d'un gouvernement qui repr&#233;sente et dirige la volont&#233; r&#233;elle de lutte des masses populaires&#034;. Les comit&#233;s des formations de milice doivent devenir le moyen principal de la r&#233;alisation et de la pr&#233;paration de ces &#233;lections. Autrement dit : dans la mesure o&#249; les deux c&#244;t&#233;s de la chose - proclamation de l'ind&#233;pendance et armement du peuple - peuvent &#234;tre s&#233;par&#233; l'un de l'autre, c'est le dernier par lequel il faut commencer le travail pratique et par le moyen duquel il faut imposer le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Non seulement le prol&#233;tariat doit mettre en avant des revendications d&#233;mocratiques g&#233;n&#233;rales (la libert&#233; de la presse, etc., un Etat qui ne soit pas couteux, le nivellement des salaires des fonctionnaires, une &#233;conomie d&#233;mocratique - plus d'imp&#244;ts indirects, la taxation &#233;lev&#233;e directe des poss&#233;dants pour le financement de la r&#233;sistance, etc.) ; non seulement il doit faire siennes - en dehors de ses propres revendications de classe - toutes les revendications sp&#233;ciales aux paysans et aux petits-bourgeois citadins et m&#234;me d&#233;passer les revendications mises en avant jusqu'alors (il manque ici la connaissance des d&#233;tails, surtout dans la question agraire) ; mais avant tout le prol&#233;tariat doit d&#232;s maintenant et de sa propre initiative jeter les revendications comme mots d'ordre dans les masses et appeler celles-ci &#224; lutter pour eux, - mais non pas poser ces revendications &#224; l'Esquerra gouvernante comme &#034;conditions&#034;, sous lesquelles on serait pr&#234;t &#224; participer &#224; la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Plus haut on parle toujours vaguement de &#034;le prol&#233;tariat doit...&#034;. La raison en est que malheureusement on ne peut pas parler du &#034;Parti du prol&#233;tariat&#034;. Notre organisation qui - avec une politique juste - pourrait prendre sur elle le r&#244;le du parti, para&#238;t s'&#234;tre plus ou moins dissoute dans la masse molle d'unit&#233; de l'&#034;Alliance&#034;. Dans quelle mesure ici serait possible un tournant rapide qui corresponde &#224; la pouss&#233;e de l'heure actuelle, il n'est assur&#233;ment pas possible de le fixer hors du lieu-m&#234;me. Comme dans la situation actuelle le sort de la R&#233;volution espagnole et de notre organisation en Espagne peut &#234;tre d&#233;cid&#233; pour une longue p&#233;riode (naturellement il y a aussi la possibilit&#233; de r&#233;soudre le conflit - mais m&#234;me dans ce cas l'influence de notre organisation, si elle continue la politique actuelle, devrait subir parmi les masses pr&#234;tes &#224; lutter un dommage extraordinaire capable de la pousser enti&#232;rement hors de l'ar&#232;ne politique). L'envoi d'un d&#233;l&#233;gu&#233; du S.I. est n&#233;cessaire. Son voyage devrait &#234;tre pr&#233;par&#233; par une lettre du S.I. &#224; &#233;crire imm&#233;diatement et qui exposerait notre position dans la question.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Crise de la Generalitat ou crise nationale ?
&lt;p&gt;G. Munis&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;janvier 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune organisation n'a expliqu&#233; la v&#233;ritable signification et la v&#233;ritable port&#233;e de la crise du gouvernement de la Catalogne ; pas m&#234;me le POUM, qui en a &#233;t&#233; expuls&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle crise ne peut &#234;tre analys&#233;e comme un &#233;v&#233;nement isol&#233;, ayant des causes sp&#233;cifiques &#224; la Catalogne. De nombreuses mesures et de nombreux &#233;v&#233;nements, qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et suivi cette crise, permettent de prouver, documents &#224; l'appui, que nous sommes en pr&#233;sence de la premi&#232;re attaque de la bourgeoisie nationale et internationale contre la r&#233;volution sociale et le prol&#233;tariat en armes, une menace tr&#232;s inqui&#233;tante pour les exploit&#233;s de tous les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du gouvernement de la Catalogne, dont l'objectif imm&#233;diat &#233;tait d'exclure le POUM, fait partie d'une s&#233;rie de mesures qui a d&#233;but&#233; avec la cr&#233;ation du gouvernement de Largo Caballero. Les instigateurs de ces mesures, les partis socialiste et stalinien, se proposent de d&#233;vier notre guerre civile dans une direction imp&#233;rialiste et de mater l'esprit r&#233;volutionnaire des masses, en les contraignant &#224; accepter la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que les attaques gouvernementales contre la r&#233;volution sociale ont commenc&#233; d&#232;s le 19 juillet [1936], mais elles n'ont pu acqu&#233;rir une force organis&#233;e et avoir des effets pratiques que lorsque les dirigeants socialistes et staliniens se sont empar&#233;s du pouvoir. Dans un premier temps, le triomphe du prol&#233;tariat en armes et ses initiatives rudimentaires, mais d&#233;termin&#233;es, ont totalement paralys&#233; les gouvernements du Front populaire, qui sont les uniques responsables directs du d&#233;clenchement du soul&#232;vement fasciste. Ces gouvernements n'&#233;taient que des parodies de gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir r&#233;el, sous tous ses aspects &#8211; politiques, judiciaires, militaires, &#233;conomiques &#8211; se trouvait r&#233;parti entre tous les prol&#233;taires espagnols. Chaque organisation politique ou syndicale, chaque comit&#233; ouvrier, d&#233;tenait un peu de pouvoir, qu'il exer&#231;ait sans le contr&#244;le des directions politiques et syndicales et souvent contre elles. &#192; ce moment-l&#224;, les staliniens n'ont pas os&#233; invoquer [la d&#233;fense de] la patrie ou [de] l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re r&#233;publicaine, mais, soutenus par les socialistes, ils ont pr&#233;par&#233; le terrain au niveau international, tout en veillant [au niveau national] &#224; prot&#233;ger la propri&#233;t&#233;, les banques, le Parlement, la bureaucratie bourgeoise et les d&#233;bris de l'ancienne arm&#233;e nationale. Si toutes les formes capitalistes sont encore debout, c'est gr&#226;ce aux efforts des socialistes et des staliniens. La collectivisation de l'industrie catalane se caract&#233;rise par le corporatisme syndical, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, elle est compl&#232;tement neutralis&#233;e par la banque, qui a gard&#233; toute sa libert&#233; d'action, et par le caract&#232;re petit-bourgeois du pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit &#224; petit, la d&#233;sorganisation des milices a provoqu&#233; des d&#233;faites militaires, et le chaos de l'&#233;conomie a aggrav&#233; les probl&#232;mes d'approvisionnement ; le gouvernement a donc pr&#233;par&#233; son offensive pour la &#171; d&#233;fense de la R&#233;publique &#187; et a essay&#233; d'&#234;tre accept&#233;, &#224; tout prix, par les gouvernements de la France, de la Grande-Bretagne et de la Russie. Ces Etats, partisans de la non-intervention, sont rest&#233;s neutres, favorisant ainsi Franco [illisible] si les masses allaient, rompre ou non, la camisole de force d&#233;mocrate socialiste et stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ce que se constitue le fameux &#171; gouvernement de la victoire &#187;. L'histoire a connu peu de chantages politiques aussi monstrueux que celui-ci. Malgr&#233; une situation totalement r&#233;volutionnaire, un prol&#233;tariat en armes, des usines et [des] ateliers aux mains des travailleurs, des terres occup&#233;es par les paysans, une justice exerc&#233;e par des travailleurs, et une situation sociale en Europe qui pouvait facilement se transformer en r&#233;volution, le &#171; gouvernement de la victoire &#187; s'est, d&#232;s sa cr&#233;ation, fix&#233; pour but d'interrompre le d&#233;veloppement de la r&#233;volution, de sauver la bourgeoisie qui avait disparu de la sc&#232;ne espagnole, et de donner &#224; la France, &#224; la Grande-Bretagne et &#224; la Russie, l'assurance que ces Etats pouvaient s'associer avec un gouvernement qui n'avait rien de bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milices, qui ont &#233;t&#233; fond&#233;es dans un esprit prol&#233;tarien, sont une institution qui d&#233;pla&#238;t souverainement aux bourgeoisies fran&#231;aise et britannique, et repr&#233;sente un danger gravissime pour la bourgeoisie nationale. La militarisation des milices fut l'un des premiers d&#233;crets pris par le gouvernement Caballero afin de rassurer cette bourgeoisie. Ce gouvernement ne voulait pas des militants rouges, mais des soldats de la R&#233;publique. Pour s&#233;duire les autres pays et montrer que le gouvernement [espagnol] &#233;tait suffisamment fort pour emp&#234;cher le triomphe de la r&#233;volution sociale, celui-ci cr&#233;a des tribunaux &#171; populaires &#187;, pr&#233;sid&#233;s par des avocats qui jugeaient selon des lois con&#231;ues pour servir la bourgeoisie ; il renfor&#231;a les forces arm&#233;es &#224; la structure bourgeoise ; il dissout le Comit&#233; central des milices de Catalogne ; il mena campagne en faveur de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re et du commandement unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organe du parti stalinien catalan l'avoua dans son num&#233;ro du 10 janvier : &#171; Nous devons d&#233;montrer aux Etats non fascistes que nous sommes capables de r&#233;soudre d&#233;mocratiquement les probl&#232;mes de demain &#187;, d&#233;clara-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, les bavardages de la SDN [la Soci&#233;t&#233; des Nations] permirent &#224; Alvarez del Vayo de persuader les puissances imp&#233;rialistes d&#233;mocratiques que le volet civil de notre guerre n'&#233;tait qu'une apparence cachant un complot italo-allemand contre l'h&#233;g&#233;monie franco-britannique en M&#233;diterran&#233;e. Les ministres se mirent &#224; diffuser cette version de la guerre dans toute l'Espagne. Ce ne sont pas, pr&#233;tendaient-ils, les int&#233;r&#234;ts d'une classe r&#233;volutionnaire qui sont en jeu, mais &#171; la paix de l'Europe &#187;, c'est-&#224;-dire la domination de tel ou tel imp&#233;rialisme. En effet, la France, la Grande-Bretagne et la Russie elle-m&#234;me &#233;taient impatientes que les objectifs r&#233;publicains de nos gouvernants se transforment en r&#233;alit&#233;s. La bourgeoisie espagnole serait sauv&#233;e, et, avec elle, la domination coloniale de ces pays sur l'Espagne. Sans doute, la France et la Grande-Bretagne craignent-elles les cons&#233;quences &#233;conomiques et militaires du triomphe de Franco. La non-intervention n'aurait jamais exist&#233; si le dilemme fascisme-ou-d&#233;mocratie &#233;tait une r&#233;alit&#233; sociale et non un leurre, une trahison. Mais face &#224; une r&#233;volution socialiste, la France et la Grande-Bretagne ne pouvaient qu'adopter une position de classe, favorisant les fascistes, tout en encourageant la trahison des socialistes et des staliniens. Dans le num&#233;ro susmentionn&#233; de Treball, ceux-ci avouent que le retrait des &#171; d&#233;mocraties &#187; ob&#233;it fondamentalement &#224; &#171; certaines attitudes observ&#233;es en Espagne &#187;. Ces &#171; attitudes &#187; ne sont rien d'autre que les mesures r&#233;volutionnaires prises par les masses. Ainsi, les staliniens et les socialistes, ob&#233;issant aux ordres de la bourgeoisie europ&#233;enne, recourent &#224; toutes sortes de basses man&#339;uvres, pour discr&#233;diter les r&#233;volutionnaires, et r&#233;organiser la soci&#233;t&#233; bourgeoise en menant campagne contre les comit&#233;s, les &#171; &#233;l&#233;ments incontr&#244;l&#233;s &#187; (la bourgeoisie a toujours coll&#233; cette &#233;tiquette aux r&#233;volutionnaires), la cr&#233;ation de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re r&#233;publicaine et l'imposition du commandement unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces man&#339;uvres, la Russie a jou&#233; un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant et d&#233;cisif en orientant le cours des &#233;v&#233;nements. Sa solidarit&#233; active avec le prol&#233;tariat espagnol et avec la r&#233;volution sociale espagnole aurait rapidement d&#233;cid&#233; de l'&#233;volution de la guerre en notre faveur et aurait peut-&#234;tre ouvert les portes &#224; la r&#233;volution europ&#233;enne. Mais en Russie l'&#201;tat est monopolis&#233; par une caste bureaucratique qui ne survivrait pas longtemps &#224; la victoire d'une r&#233;volution socialiste dans n'importe quel pays. Le fascisme (&#224; sa droite) et le prol&#233;tariat (&#224; sa gauche) menacent ses privil&#232;ges, la for&#231;ant &#224; se battre sur ses deux flancs, &#224; trahir la r&#233;volution dans tous les pays pour sauver les alliances militaires qu'elle a conclues contre l'Allemagne. En Espagne, la bureaucratie sovi&#233;tique ne voit pas d'autre alli&#233; que la France. Mais la France ne peut &#234;tre l'alli&#233; d'une Espagne socialiste, et pour emp&#234;cher cette transformation [sociale], les dirigeants staliniens sont de fervents partisans d'une r&#233;publique d&#233;mocratique [bourgeoise].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre, tous leurs efforts tendent vers ce but. L'exclusion du POUM par le gouvernement de la Generalitat constitue une &#233;tape suppl&#233;mentaire dans cette &#233;volution r&#233;gressive. Il faut dire que si le POUM &#233;tait un v&#233;ritable parti r&#233;volutionnaire, il n'aurait jamais collabor&#233; &#224; un gouvernement dont la constitution visait &#224; gagner du temps jusqu'&#224; ce que le pouvoir puisse enclencher la marche arri&#232;re. Par sa pr&#233;sence le POUM a couvert les tra&#238;tres et s'est lui-m&#234;me ferm&#233; l'acc&#232;s aux masses. Le m&#234;me processus s'est produit avec la CNT, de fa&#231;on plus accentu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de la Catalogne a consolid&#233; l'autorit&#233; du gouvernement [r&#233;gional] face &#224; la bourgeoisie europ&#233;enne. [Anthony] Eden, lui-m&#234;me, a d&#233;clar&#233; &#224; la Chambre des communes que ce &#171; serait une calomnie de consid&#233;rer le gouvernement de Valence comme un gouvernement communiste &#187;. De nouveaux accords commerciaux vont &#234;tre conclus avec la Grande-Bretagne et la France, et notre presse reproduit les &#233;loges de la presse capitaliste europ&#233;enne &#224; propos du discours d'Alvarez del Vayo. Et en &#233;change de quelques promesses, le gouvernement a lanc&#233; une vaste offensive contre le prol&#233;tariat. Il appelle &#224; d&#233;fendre la patrie, il supprime les postes de contr&#244;le des ouvriers sur les routes, il dissout les milices de l'arri&#232;re ; et les rues, les banques et les institutions sont de nouveau surveill&#233;es par les forces [de r&#233;pression] bourgeoises, qui portent l'uniforme bien commode de la Garde nationale de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne contre les comit&#233;s, vigoureusement men&#233;e par les socialistes et les staliniens, vise &#224; &#233;liminer compl&#232;tement l'intervention des travailleurs, pour assurer &#224; la France, la Grande-Bretagne et la Russie qu'il existe d&#233;sormais un gouvernement fort, aussi fort que celui de Blum, qui interdit les gr&#232;ves spontan&#233;es, ou [celui] du r&#233;actionnaire Baldwin. Dans cette campagne, le pouvoir mobilise tous les artifices et toute la perfidie dont il dispose puisque son existence d&#233;pend du soutien des masses et qu'en m&#234;me temps il ne peut gouverner sans les trahir. L'anarchie &#233;conomique, provoqu&#233;e par la dissolution des rapports bourgeois et exacerb&#233;e par les besoins de la guerre, est utilis&#233;e pour maintenir en place les rapports bourgeois eux-m&#234;mes. Ce ne sont pas les comit&#233;s qui cr&#233;ent l'anarchie, mais le gouvernement qui les emp&#234;che d'&#233;tablir un contr&#244;le absolu sur l'&#233;conomie, d'exercer le pouvoir politique et d'organiser la soci&#233;t&#233; dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de Catalogne et celui de Valence opposent l'ordre d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire bourgeois &#224; l'ordre r&#233;volutionnaire, socialiste, des comit&#233;s. Ils dissolvent ces comit&#233;s et s'arrogent les m&#234;mes pouvoirs que n'importe quel gouvernement capitaliste. La crise de la Generalitat marque le moment o&#249; les questions militaires et les probl&#232;mes d'approvisionnement, qui n'ont pas pu &#234;tre r&#233;solus en raison de l'absence d'un pouvoir r&#233;volutionnaire, &#233;puisent suffisamment la population pour faire reculer la r&#233;volution sans produire de bouleversements dramatiques. Le temps de l'offensive bourgeoise contre le prol&#233;tariat est venu, offensive dont les troupes de choc sont fournies par les partis socialiste et stalinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus cette offensive r&#233;ussit, plus l'attitude de la France et de la Grande-Bretagne devient favorable envers l'Espagne. La bourgeoisie mondiale, aid&#233;e efficacement par la bureaucratie sovi&#233;tique, s'appuie sur les partis socialiste et stalinien pour sauver la bourgeoisie espagnole et transformer la guerre civile en guerre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat ne balaie pas les tra&#238;tres qui le gouvernent, il viendra un moment o&#249; les mots d'ordre en faveur de la d&#233;fense de la patrie serviront &#224; accueillir dans notre camp les bourgeois et les banquiers qui se sont enfuis, mais sont suffisamment patriotes pour comprendre que, derri&#232;re les &#171; rouges &#187;, il n'y a rien d'autre qu'une politique blanche et un c&#339;ur blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, le prol&#233;tariat est politiquement impuissant. Des organisations comme la CNT, la FAI et le POUM ne veulent pas trahir les masses, mais il leur manque les principes n&#233;cessaires pour les guider vers la r&#233;volution. La CNT aujourd'hui reprend le mot de d&#233;fense de la patrie. Elle d&#233;nonce bruyamment les politiciens, mais se laisse entra&#238;ner dans une politique de capitulation, de concessions &#224; la bourgeoisie et de sabotage g&#233;n&#233;ral de la r&#233;volution. Le terrible manque d'un parti r&#233;volutionnaire repr&#233;sente la plus grave menace pour la r&#233;volution. En son absence, les socialistes, les staliniens et la bourgeoisie mondiale r&#233;ussiront &#224; r&#233;aliser l'union sacr&#233;e qui est leur objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux efforts d&#233;ploy&#233;s pour dissoudre les comit&#233;s, le prol&#233;tariat doit opposer la multiplication de ces comit&#233;s, en organisant des &#233;lections libres parmi les travailleurs [...] ; &#224; la collaboration de la CNT et du POUM au gouvernement [...], le prol&#233;tariat doit opposer une rupture absolue et la remise du pouvoir aux repr&#233;sentants &#233;lus par ces comit&#233;s. Ce n'est que lorsque le pouvoir politique appartiendra aux organismes des travailleurs qu'ils pourront &#233;tablir une politique r&#233;volutionnaire en mati&#232;re d'approvisionnement, cr&#233;er une arm&#233;e rouge, forte et disciplin&#233;e, balayer toutes les formes &#233;conomiques et politiques bourgeoises et ouvrir l'&#232;re de la r&#233;volution sociale en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G.M. [Munis]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Felix Morrow&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les journ&#233;es de Mai : barricades &#224; Barcelone&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Catalogne &#233;tait, plus encore qu'avant la guerre civile, le centre &#233;conomique principal de l'Espagne. Et cette puissance &#233;conomique &#233;tait maintenant entre les mains des ouvriers et des paysans (du moins le pensaient-ils). L'industrie textile espagnole dans sa totalit&#233; &#233;tait concentr&#233;e. Ses ouvriers produisaient maintenant des v&#234;tements et des couvertures pour l'arm&#233;e et la population civile, et des marchandises d'une n&#233;cessit&#233; vitale pour l'exportation. Comme le fer et les aci&#233;ries de Bilbao &#233;taient virtuellement coup&#233;s du reste de l'Espagne, les travailleurs de la m&#233;tallurgie et de l'industrie chimique de Catalogne avaient cr&#233;&#233; avec la rapidit&#233; la plus h&#233;ro&#239;que une vaste industrie de guerre pour &#233;quiper les arm&#233;es antifascistes. Les collectivit&#233;s agricoles, qui avaient r&#233;alis&#233; les plus grandes r&#233;coltes de toute l'histoire espagnole, nourrissaient l'arm&#233;e et les villes et fournissaient des agrumes pour l'exportation. Les marins de la C.N.T. transportaient les produits export&#233;s qui procuraient &#224; l'Espagne des cr&#233;dits &#233;trangers, et ramenaient de pr&#233;cieuses cargaisons pour la lutte contre Franco. Les masses de la C.N.T. tenaient les fronts de l'Aragon et de Teruel ; elles avaient envoy&#233; Durruti et leurs meilleures milices sauver Madrid juste &#224; temps. En un mot, le prol&#233;tariat catalan constituait la colonne vert&#233;brale des forces antifascistes, et le savait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, apr&#232;s le 19 juillet, son pouvoir avait &#233;t&#233; reconnu par Companys lui-m&#234;me. Le pr&#233;sident catalan, s'adressant pendant les journ&#233;es de juillet &#224; la C.N.T.-F.A.I., avait dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Vous avez toujours &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement pers&#233;cut&#233;s, et moi-m&#234;me, avec beaucoup de peine mais contraint par les r&#233;alit&#233;s politiques, moi-m&#234;me, jadis &#224; vos c&#244;t&#233;s, je me suis vu plus tard oblig&#233; de m'opposer &#224; vous et de vous poursuivre. Aujourd'hui vous &#234;tes les ma&#238;tres de la ville et de la Catalogne, parce vous seuls avez vaincu les soldats fascistes. J'esp&#232;re que vous ne trouverez pas d&#233;plac&#233; que je puisse vous rappeler maintenant que l'aide des hommes de mon parti et de la Garde, plus ou moins nombreux, ne vous a pas manqu&#233; [... ] Vous avez vaincu, et tout est en votre pouvoir. Si vous n'&#233;prouvez pas le besoin ou le d&#233;sir que je sois pr&#233;sident, dites-le maintenant, et je deviendrai un soldat de plus dans la lutte antifasciste. Si, au contraire, vous me croyez quand je dis que je n'abandonnerai ce poste au fascisme victorieux que transform&#233; en, cadavre, je pourrai peut-&#234;tre, de mon nom et de mon prestige, vous servir avec mes camarades du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crainte et la rage des masses catalanes devant les empi&#233;tements de la contre-r&#233;volution &#233;taient par cons&#233;quent des sentiments d'hommes lib&#233;r&#233;s et ma&#238;tres de leur destin en danger de redevenir esclaves. Il &#233;tait hors de question de se soumettre sans combattre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 avril &#8211; au lendemain du ralliement des ministres de la C.N.T. &#224; la Generalidad &#8211; un r&#233;giment de carabiniers arriva &#224; Puigcerda et demanda aux patrouilles ouvri&#232;res de la C.N.T. de rendre le contr&#244;le des douanes. Tandis que les dirigeants les plus en vue de la C.N.T. se h&#226;taient vers Puigcerda pour n&#233;gocier une solution pacifique &#8211; c'est-&#224;-dire pour persuader les travailleurs de c&#233;der le contr&#244;le de la fronti&#232;re &#8211; on envoyait les Gardes civiles et d'assaut &#224; Figueras et dans d'autres villes de province pour arracher le contr&#244;le policier aux organisations ouvri&#232;res. En m&#234;me temps, &#224; Barcelone, les gardes d'assaut proc&#233;daient au d&#233;sarmement &#224; vue des travailleurs dans les rues. Durant les derni&#232;res semaines d'avril, ils rapport&#232;rent qu'ils en avaient d&#233;sarm&#233; trois cents de cette mani&#232;re. La nuit, des heurts se produisaient entre ouvriers et Gardes. Des camions de gardes d&#233;sarmaient les travailleurs isol&#233;s. Les travailleurs usaient de repr&#233;sailles. Ceux qui refusaient de se soumettre &#233;taient fusill&#233;s. En retour, des gardes &#233;taient abattus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 avril, Roldan Cortada, dirigeant du syndicat du P.S.U.C., fut assassin&#233; &#224; Molins de Llobregat. On ne sait toujours pas qui l'a tu&#233;. La C.N.T. d&#233;non&#231;a ce meurtre et demanda une enqu&#234;te. Le P.O.U.M. fit remarquer avec bon sens que Cortada avait soutenu Caballero avant la fusion et qu'il &#233;tait connu pour d&#233;sapprouver l'esprit de pogrom engendr&#233; par les staliniens. Mais le P.S.U.C. profita de cette occasion pour d&#233;noncer les &#034; agents fascistes cach&#233;s &#034;, &#034; incontr&#244;lables &#034;, etc. Le 27 avril, des repr&#233;sentants de la C.N.T. et du P.O.U.M. parurent aux fun&#233;railles de Cortada, ils y trouv&#232;rent une manifestation des forces de la contre-r&#233;volution. Pendant trois heures et. demie, &#034; l'enterrement &#034; &#8211; les soldats et la police du P.S.U.C. et du gouvernement, rameut&#233;s de partout et arm&#233;s jusqu'aux dents &#8211; d&#233;fila dans les quartiers ouvriers de Barcelone. C'&#233;tait un d&#233;fi, et les masses de la C.N.T. le prirent comme tel. Le jour suivant, le gouvernement envoya une exp&#233;dition punitive &#224; Molins de Llobregat qui interpella les dirigeants anarchistes locaux et les ramena menottes aux mains &#224; Barcelone. Cette nuit-l&#224; et les suivantes, les groupes de la C.N.T. et des gardes d'assaut du P.S.U.C. se d&#233;sarm&#232;rent mutuellement dans les rues. Les premi&#232;res barricades surgirent dans les quartiers ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les carabiniers, renforc&#233;s et rejoints par les forces locales du P.S.U.C., attaqu&#232;rent les patrouilles ouvri&#232;res &#224; Puigcerda. Antonio Martin, maire et dirigeant de la C.N.T., populaire dans toute la Catalogue, fut tu&#233; par balles par les staliniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mai, la plus ancienne et la plus ch&#232;re des journ&#233;es ouvri&#232;res, le gouvernement interdit tout meeting et manifestation dans toute l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces derni&#232;res journ&#233;es d'avril, les travailleurs de Barcelone apprirent pour la premi&#232;re fois, dans les pages de Solidaridad obrera, ce qu'il &#233;tait advenu de leurs camarades de Madrid et de Murcia aux mains de la G.P.U. stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Telefonica, principal centre t&#233;l&#233;phonique de Barcelone qui dominait sa place publique la plus affair&#233;e, avait &#233;t&#233; occup&#233;e par les troupes fascistes le 19 juillet, les gardes d'assaut envoy&#233;s par le gouvernement la leur ayant rendue. Les travailleurs de la C.N.T. avaient perdu beaucoup des leurs pour le reconqu&#233;rir. Ils ne tenaient que plus &#224; le conserver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 19 juillet, le centre t&#233;l&#233;phonique avait &#233;t&#233; dirig&#233; par un comit&#233; U.G.T.-C.N.T., avec une d&#233;l&#233;gation gouvernementale install&#233;e dans l'immeuble. L'&#233;quipe de travailleurs appartenait presque int&#233;gralement &#224; la C.N.T., de m&#234;me que les gardes arm&#233;s qui d&#233;fendaient le b&#226;timent contre les incursions fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;le de la Telefonica &#233;tait une instance concr&#232;te de double pouvoir. La C.N.T. &#233;tait en mesure d'&#233;couter les appels gouvernementaux. Tant qu'il serait possible aux travailleurs de contr&#244;ler les contacts t&#233;l&#233;phoniques des forces gouvernementales, le bloc bourgeois-stalinien ne serait jamais ma&#238;tre de la Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 3 mai, &#224; 3 heures de l'apr&#232;s-midi, trois camions de gardes d'assaut sous le commandement personnel de Salas, commissaire &#224; l'ordre public, membre du P.S.U.C. [1] , arriv&#232;rent &#224; la Telefonica. Surpris, les gardes des &#233;tages inf&#233;rieurs furent d&#233;sarm&#233;s. Mais une mitrailleuse emp&#234;cha les gardes d'assaut d'occuper les &#233;tages sup&#233;rieurs. Salas appela des gardes en renfort. Les dirigeants anarchistes lui demand&#232;rent de quitter l'immeuble. Il refusa. La nouvelle se r&#233;pandit comme une tra&#238;n&#233;e de poudre aux usines et aux faubourgs ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux heures apr&#232;s, &#224; 17 heures, les travailleurs se pr&#233;cipitaient dans les centres locaux de la C.N.T.-F.A.I. et du P.O.U.M., s'armaient et dressaient des barricades. Depuis les cachots de la dictature de Rivera jusqu'&#224; aujourd'hui, la C.N.T.-F.A.I. avait toujours organis&#233; des comit&#233;s de d&#233;fense locaux, avec une tradition d'initiative locale. Ces comit&#233;s de d&#233;fense assur&#232;rent la direction dans la semaine qui s'ouvrait, pour autant qu'il y en ait eu une. On ne tira presque pas la premi&#232;re nuit, car les travailleurs &#233;taient incomparablement plus forts que les forces gouvernementales. Dans les faubourgs ouvriers, beaucoup de membres de la police gouvernementale, qui n'avaient pas assez d'estomac pour lutter, rendirent pacifiquement leurs armes. Lo&#239;s Orr, t&#233;moin, &#233;crivit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Le matin suivant (mardi 4 mai), les travailleurs arm&#233;s contr&#244;laient la plus grande partie de Barcelone. Les anarchistes tenaient le port tout entier, et avec lui la forteresse de Montjuich, qui domine la ville et le port de ses canons ; tous les faubourgs de la ville &#233;taient entre leurs mains. Et les forces gouvernementales, &#224; l'exception de quelques barricades isol&#233;es, &#233;taient compl&#232;tement d&#233;bord&#233;es par le nombre et concentr&#233;es au centre de la ville, dans le quartier bourgeois, o&#249; elles pouvaient facilement &#234;tre encercl&#233;es de tous c&#244;t&#233;s comme les rebelles le furent au 19 juillet 1936. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits de la C.N.T., du P.O.U.M. et d'autres confirment cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Lerida, les gardes civils rendirent leurs armes aux travailleurs la nuit du lundi, de m&#234;me qu'&#224; Hostafranchs. Les militants du P.O.U.M. et de la C.N.T. s'empar&#232;rent des quartiers g&#233;n&#233;raux du P.S.U.C. et de l'Etat Catala &#224; Tarragone et &#224; Gerone en tant que &#034; mesure pr&#233;ventive &#034;. Ces premiers pas manifestes n'&#233;taient qu'un d&#233;but, car les masses catalanes s'&#233;taient rang&#233;es, &#224; une &#233;crasante majorit&#233;, derri&#232;re les banni&#232;res de la C.N.T. La prise officielle de Barcelone, la constitution d'un gouvernement r&#233;volutionnaire auraient conduit, dans la nuit, au pouvoir ouvrier. Ni les dirigeants de la C.N.T. ni le P.O.U.M. ne contestent s&#233;rieusement que telle en aurait &#233;t&#233; l'issue [2] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'aile gauche de la C.N.T. et du P.O.U.M., des sections de la Jeunesse libertaire, les Amis de Durruti et les bolclieviks-l&#233;ninistes appel&#232;rent &#224; la prise du pouvoir par les travailleurs au travers du d&#233;veloppement d'organes d&#233;mocratiques de d&#233;fense (soviets). Le 4 mai, les bolcheviks-l&#233;ninistes publi&#232;rent le tract suivant, distribu&#233; sur les barricades :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; VIVE L'OFFENSIVE REVOLUTIONNAIRE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aucun compromis ! D&#233;sarmement de la Garde nationale r&#233;publicaine et des gardes d'assaut r&#233;actionnaires. C'est le moment d&#233;cisif. Plus tard il sera trop tard. Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans toutes les usines, sauf celles qui sont li&#233;es &#224; la poursuite de la guerre, jusqu'&#224; la d&#233;mission du gouvernement r&#233;actionnaire. Seul le pouvoir ouvrier peut assurer la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Armement total de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vive l'unit&#233; d'action C.N.T.-F.A.I.-P.O.U.M. ! Vive le front r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat ! Comit&#233;s de d&#233;fense r&#233;volutionnaires dans les ateliers, les usines et les districts ! Section bolchevik&#8212;l&#233;niniste d'Espagne (pour la IV&#232;me Internationale). &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tracts des Amis de Durruti, qui appelaient &#224; une &#034; Junte r&#233;volutionnaire &#034;, au complet d&#233;sarmement des gardes d'assaut et de la Garde nationale r&#233;publicaine, qui saluaient le P.O.U.M. pour avoir rejoint les travailleurs sur les barricades appr&#233;ci&#232;rent la situation de la m&#234;me mani&#232;re que les bolcheviks-l&#233;ninistes. En adh&#233;rant toutefois &#224; la discipline de leurs organisations, et sans publier de propagande autonome, la gauche du P.O.U.M. et de la C.N.T., la Jeunesse libertaire avaient la m&#234;me perspective que les bolcheviks-l&#233;ninistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient sans aucun doute raison. Aucun apologiste de la direction du P.O.U.M. et de la C.N.T. n'a avanc&#233; contre la prise du pouvoir un quelconque argument qui r&#233;siste &#224; l'analyse. Aucun d'eux n'ose nier que les travailleurs auraient pu ais&#233;ment prendre le pouvoir en Catalogne. Ils apportent trois arguments principaux pour d&#233;fendre la capitulation : La r&#233;volution aurait &#233;t&#233; isol&#233;e, limit&#233;e &#224; la Catalogne, et d&#233;faite de l'ext&#233;rieur ; les fascistes auraient pu, dans cette conjoncture, faire irruption et vaincre ; l'Angleterre et la France auraient &#233;cras&#233; la r&#233;volution par une intervention directe. Examinons successivement ces trois arguments .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'isolement de la r&#233;volution : la forme la plus plausible. la plus radicale donn&#233;e &#224; cet argument, est fond&#233;e sur une analogie avec la &#034; manifestation arm&#233;e &#034; de juillet 1917 &#224; P&#233;trograd. &#034;En juillet 1917, m&#234;me les bolcheviks ne d&#233;cid&#232;rent pas de prendre le pouvoir, et se limit&#232;rent &#224; la d&#233;fensive, dirigeant les masses hors de la ligne de feu avec le moins de victimes possible.&#034; Curieusement, le P.O.U.M., l'I.L.P., les pivertistes [3] et autres apologistes qui utilisent cet argument sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui ont toujours rappel&#233; aux &#034; trotskystes sectaires &#034; que &#034; l'Espagne n'&#233;tait pas la Russie &#034;, et que, par l&#224; m&#234;me, la politique bolchevique n'&#233;tait pas applicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse trotskyste, c'est-&#224;-dire bolchevique, de la r&#233;volution espagnole s'est toujours fond&#233;e sur la situation concr&#232;te en Espagne. En 1931, nous avons averti que le rythme rapide des &#233;v&#233;nements russes de 1917 ne se r&#233;p&#233;terait pas en Espagne. Au contraire, nous faisions alors l'analogie avec la grande R&#233;volution fran&#231;aise, qui, commenc&#233;e en 1789, franchit une s&#233;rie d'&#233;tapes avant d'atteindre son point culminant en 1793. Justement parce que nous, trotskystes, ne sch&#233;matisons pas les &#233;v&#233;nements historiques, nous ne pouvons prendre au s&#233;rieux l'analogie avec juillet 1917 [4] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petrograd, la manifestation arm&#233;e &#233;clata quatre mois seulement apr&#232;s la r&#233;volution de F&#233;vrier, trois mois apr&#232;s que les th&#232;ses d'Avril de L&#233;nine aient fix&#233; une perspective r&#233;volutionnaire au parti bolchevique. &#034; La masse &#233;crasante de la population de ce pays gigantesque commen&#231;ait tout juste &#224; &#233;merger des illusions de F&#233;vrier. Il y avait au front une arm&#233;e de douze millions d'hommes qui venaient &#224; peine d'&#234;tre touch&#233;s par les premi&#232;res rumeurs concernant les bolcheviks. Dans ces conditions, l'insurrection isol&#233;e du prol&#233;tariat de Petrograd aurait &#233;t&#233; in&#233;vitablement &#233;cras&#233;e. Il fallait gagner du temps. Telles furent les circonstances qui d&#233;termin&#232;rent la tactique des bolcheviks.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, en Espagne, mai 1937 survenait apr&#232;s six ann&#233;es de r&#233;volution pendant lesquelles les masses avaient acquis une exp&#233;rience gigantesque dans tout le pays. Les illusions d&#233;mocratiques de 1931 avaient &#233;t&#233; d&#233;truites. Nous pouvons citer le t&#233;moignage des dirigeants de la C.N.T., du P.O.U.M., de socialistes, selon lesquels les illusions d&#233;mocratiques redor&#233;es du Front populaire n'eurent aucune influence sur les masses. En f&#233;vrier 1936, elles ne vot&#232;rent pas pour le Front populaire, mais contre Gil Robles, et pour la lib&#233;ration des prisonniers politiques. Les masses avaient montr&#233; maintes et maintes fois qu'elles &#233;taient pr&#234;tes &#224; aller jusqu'au bout : les nombreuses luttes arm&#233;es dirig&#233;es par les anarchistes, les prises de terres pendant six ans, la r&#233;volte d'octobre 1934, la Commune des Asturies, la prise des usines et de la terre apr&#232;s le 19 juillet ! L'analogie avec juillet 1917 est infantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1917, douze millions de soldats russes &#224; peine touch&#233;s par la propagande bolchevique pouvaient &#234;tre envoy&#233;s contre P&#233;tersbourg. Mais en Espagne la C.N.T. dirigeait plus d'un tiers des forces arm&#233;es, un autre tiers ou presque &#233;tait dirig&#233; par l'U.G.T. dont la plupart des membres &#233;taient socialistes de gauche ou sous leur influence. M&#234;me si l'on accorde que la r&#233;volution n'aurait pas gagn&#233; imm&#233;diatement Madrid ou Valence. Cela ne revient aucunement &#224; affirmer que le gouvernement de Valence aurait trouv&#233; des troupes pour &#233;craser la r&#233;publique ouvri&#232;re de Catalogne ! Tout de suite apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de mai, les masses de l'U.G.T. firent la preuve de leur hostilit&#233; d&#233;termin&#233;e &#224; l'&#233;gard de mesures r&#233;pressives contre le prol&#233;tariat catalan. C'est une des raisons pour lesquelles Caballero dut quitter le gouvernement. Elles auraient encore moins pu &#234;tre utilis&#233;es contre une r&#233;publique ouvri&#232;re victorieuse. M&#234;me les rangs staliniens n'auraient pas fourni une telle arm&#233;e massive : c'est une chose que d'amener les travailleurs et les paysans arri&#233;r&#233;s &#224; limiter leur lutte &#224; un combat pour une r&#233;publique d&#233;mocratique ; c'en est une autre enti&#232;rement diff&#233;rente que de les amener &#224; &#233;craser une r&#233;publique ouvri&#232;re. Toute tentative du bloc bourgeois-stalinien de rassembler des forces prol&#233;tariennes n'aurait pu que pr&#233;cipiter l'extension de l'Etat ouvrier &#224; toute l'Espagne loyaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons dire plus : l'exemple de la Catalogne aurait &#233;t&#233; suivi imm&#233;diatement ailleurs. La preuve ? Le bloc stalinien-bourgeois, alors qu'il cherchait &#224; consolider la r&#233;publique bourgeoise, &#233;tait toutefois pouss&#233; par l'atmosph&#232;re r&#233;volutionnaire &#224; avancer le mot d'ordre : &#034; Finissons-en d'abord avec Franco, nous ferons la r&#233;volution apr&#232;s. &gt; C'&#233;tait un mot d'ordre habile,. bien propre &#224; faire attendre les masses. Mais le fait m&#234;me que la contre-r&#233;volution ait eu besoin de ce mot d'ordre d&#233;montre qu'elle fondait ses espoirs de victoire sur la r&#233;volution, non sur l'accord des masses, mais sur leur tol&#233;rance impatiente. Grin&#231;ant des dents, les masses disaient : &#034; Nous devons attendre d'en finir avec Franco, puis nous en finirons avec la bourgeoisie et ses laquais. &#034; Ce sentiment sans aucun doute, rarement r&#233;pandu se serait &#233;vanoui devant l'exemple de la r&#233;volution catalane, celle-ci aurait mis un terme &#224; ce : &#034; Nous devons attendre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la Catalogne n'aurait pas touch&#233; la seule Espagne loyaliste. Car une Espagne ouvri&#232;re se serait lanc&#233;e dans une guerre r&#233;volutionnaire contre le fascisme qui aurait d&#233;sint&#233;gr&#233; les rangs franquistes, par les armes politiques plus que par les armes militaires. Toutes les armes politiques contre le fascisme dont le Front populaire n'avait pas autoris&#233; l'utilisation, et dont seule une r&#233;publique ouvri&#232;re pouvait user, auraient &#233;t&#233; d&#233;sormais dirig&#233;es contre Franco. Peu apr&#232;s le 19 juillet, Trotsky &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Comme chacun sait, une guerre civile ne se m&#232;ne pas seulement avec des armes militaires, mais aussi avec des armes politiques. D'un point de vue strictement militaire, la r&#233;volution espagnole est beaucoup plus faible que son ennemi. Sa force r&#233;side dans sa capacit&#233; &#224; jeter les larges masses dans l'action. Elle peut m&#234;me arracher l'arm&#233;e [de Franco] &#224; ses officiers r&#233;actionnaires. Pour ce faire, le programme de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut proclamer qu'&#224; partir de maintenant, la terre, les usines, les ateliers passeront des capitalistes aux mains du peuple. Il faut se diriger imm&#233;diatement vers la r&#233;alisation de ce programme dans les provinces o&#249; les travailleurs sont au pouvoir. L'arm&#233;e fasciste ne pourrait pas r&#233;sister &#224; l'influence d'un tel programme. Les soldats lieraient les pieds et les mains de leurs officiers et les livreraient aux quartiers g&#233;n&#233;raux des milices ouvri&#232;res. les plus proches. Mais les ministres bourgeois ne peuvent accepter un tel programme. En freinant la r&#233;volution sociale, ils poussent les ouvriers et les paysans &#224; r&#233;pandre dix fois plus de leur propre sang qu'il n'en faut dans la guerre civile. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de Trotsky ne s'est av&#233;r&#233;e que trop vraie. Craignant la r&#233;volution plus que Franco, le gouvernement de Front populaire ne fit aucune propagande en direction des paysans des forces franquistes, et derri&#232;re leurs lignes. Le gouvernement refusa absolument de promettre la terre &#224; ces paysans, et cette promesse n'aurait eu aucun impact tant que le gouvernement n'aurait pas d&#233;cr&#233;t&#233; effectivement la remise des terres aux comit&#233;s paysans dans ses propres zones, &#224; partir desquelles les nouvelles se seraient r&#233;pandues, par des milliers de canaux, jusqu'aux paysans du reste de l'Espagne. Craignant la r&#233;volution plus que Franco, le gouvernement avait rejet&#233; tout projet (y compris celui d'Abd El Krim et d'autres Maures) de provoquer la r&#233;volution au Maroc par une d&#233;claration d'ind&#233;pendance. Craignant la r&#233;volution plus que Franco, le gouvernement appela le prol&#233;tariat international &#224; pousser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; ses &#034; Gouvernements &#224; aider l'Espagne &#8211; mais il ne fit jamais directement appel au prol&#233;tariat international en d&#233;pit et contre ses gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas des doctrinaires. Nous ne proclamons pas la r&#233;volution tous les ' jours. Nous jugeons &#224; partir de notre analyse concr&#232;te de la situation espagnole en mai 1937 : si la r&#233;publique ouvri&#232;re avait &#233;t&#233; instaur&#233;e en Catalogne, elle n'aurait pas &#233;t&#233; isol&#233;e ou &#233;cras&#233;e. Elle se serait rapidement &#233;tendue au reste de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Les fascistes seraient imm&#233;diatement intervenus. La deuxi&#232;me justification de l'inopportunit&#233; de la prise du pouvoir en Catalogne recoupe la premi&#232;re, dans la mesure o&#249; elle nie implicitement l'impact de la prise du pouvoir sur les forces franquistes [5] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettant qu'une r&#233;volution prol&#233;tarienne en mai se soit &#233;tendue dans toute l'Espagne loyaliste, les dirigeants de la C.N.T. expliquent :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il est &#233;vident que, si nous l'avions voulu, le mouvement de d&#233;fense se serait transform&#233; en un mouvement purement libertaire. C'est tr&#232;s bien, mais... les fascistes auraient sans aucun doute profit&#233; des circonstances pour briser toutes les lignes de r&#233;sistance .&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Garcia Olivier) [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il traite ostensiblement de la situation sp&#233;cifique de la Catalogne en mai, ce raisonnement est, en fait, beaucoup plus fondamental : &#034; C'est un argument contre la prise du pouvoir par la classe ouvri&#232;re au cours de la guerre civile. &#034; C'&#233;tait &#233;galement la ligne du P.O.U.M. Son comit&#233; central soutint que, dans le cas o&#249; le gouvernement refuserait de signer son propre arr&#234;t de mort en convoquant une assembl&#233;e constituante (congr&#232;s de d&#233;l&#233;gu&#233;s des soldats, des paysans et des d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux), ce serait une erreur que de lui arracher le pouvoir par la force :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il [le P.O.U.M] croyait que les ouvriers protesteraient &#224; temps contre la contre-r&#233;volution &#224; laquelle le gouvernement proc&#233;dait, et que la revendication d'une telle assembl&#233;e constituante deviendrait si forte que le gouvernement serait oblig&#233; de se soumettre. Il soutenait qu'une insurrection serait erron&#233;e et peu opportune tant que les fascistes ne seraient pas d&#233;faits, et m&#234;me sur la question de d&#233;clencher ou non l'insurrection &#224; ce moment l&#224;, les opinions divergeaient en son sein [7] .&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la C.N.T. et le P.O.U.M. appelaient au socialisme par le biais du gouvernement. Mais si le gouvernement ne donnait pas son accord, alors il fallait attendre au moins jusqu'&#224; la fin de la guerre. Cela revenait en pratique &#224; s'adapter de fa&#231;on camoufl&#233;e au mot d'ordre bourgeois-stalinien : &#034; Finissons-en avec Franco, nous ferons la r&#233;volution apr&#232;s. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique du P.O.U.M. et de la C.N.T. &#8211; attendre d'en avoir fini avec Franco &#8211; signifiait concr&#232;tement la condamnation de la r&#233;volution. Car, comme nous l'avons d&#233;j&#224; fait remarquer, le mot d'ordre bourgeois-stalinien d' &#034; attente &#034; &#233;tait destin&#233; &#224; neutraliser les masses jusqu'&#224; ce que l'Etat bourgeois soit r&#233;tabli. Pour cette raison pr&#233;cise, le bloc bourgeois stalinien et ses alli&#233;s anglo-fran&#231;ais n'avaient pas l'intention d'en finir avec Franco, ou (plus vraisemblablement) de faire la paix avec lui, tant que la contre-r&#233;volution n'avait pas consolid&#233; son pouvoir en Espagne loyaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons comment&#233; l'incapacit&#233; du Front populaire et de son Gouvernement &#224; faire de la propagande r&#233;volutionnaire pour d&#233;sint&#233;grer les forces franquistes. Mais le gouvernement ne r&#233;ussit pas plus &#224; combattre Franco avec succ&#232;s sur le plan militaire. Plus pr&#233;cis&#233;ment, dans la guerre civile, il n'y a pas de s&#233;paration entre t&#226;ches politiques et t&#226;ches militaires. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement concentrait d'&#233;normes forces de soldats d'&#233;lite et de police dans les villes, d&#233;tournant par l&#224; m&#234;me des hommes et des armes n&#233;cessaires au front. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement poursuivait une strat&#233;gie de guerre dilatoire, qui ne pouvait donner aucun r&#233;sultat d&#233;cisif, tant qu'il proc&#233;dait &#224; la contre-r&#233;volution. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement &#233;tait en train de subordonner les travailleurs basques et asturiens au commandement de la bourgeoisie basque tra&#238;tre qui allait bient&#244;t capituler sur le front Nord. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le Gouvernement &#233;tait en train de saboter directement les fronts de l'Aragon et du Levant tenus par la C.N.T. Craignant la r&#233;volution plus qu'il ne craignait Franco, le gouvernement donnait aux agents fascistes (Asensio, Villalba, etc.) la possibilit&#233; de livrer des forteresses loyalistes &#224; Franco (Badajoz, Irun, Malaga) [8] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution portait des coups terribles au moral des troupes antifascistes. &#034; Pourquoi mourrions-nous en combattant Franco quand nos camarades sont fusill&#233;s par le gouvernement ? &#034; Cet &#233;tat d'esprit si dommageable &#224; la lutte contre le fascisme pr&#233;dominait apr&#232;s la journ&#233;e de mai et &#233;tait tr&#232;s difficile &#224; combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, par tous ces moyens, la politique gouvernementale facilitait les incursions militaires de Franco. L'instauration d'une r&#233;publique ouvri&#232;re aurait mis fin &#224; la tromperie, au sabotage, &#224; la d&#233;moralisation. Dot&#233;e de l'instrument de la planification &#233;tatique, la r&#233;publique ouvri&#232;re aurait pu utiliser comme aucun r&#233;gime capitaliste l'int&#233;gralit&#233; des ressources mat&#233;rielles et morales de l'Espagne loyaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de permettre aux troupes fascistes de percer, seul le pouvoir ouvrier pouvait conduire &#224; la victoire sur Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) La menace d'intervention : La C.N.T. se r&#233;f&#232;re confus&#233;ment aux navires de guerre anglais et fran&#231;ais apparus dans le port le 3 mai, et &#224; des plans de d&#233;barquement de troupes anglo-fran&#231;aises. &#034; Dans l'&#233;ventualit&#233; d'un triomphe du communisme libertaire, il aurait &#233;t&#233; &#233;cras&#233; un peu plus tard par l'intervention des puissances capitalistes et d&#233;mocratiques. &#034; (Garcia Oliver)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;f&#233;rences de la C.N.T. &#224; des navires de guerre pr&#233;cis, &#224; un complot pr&#233;cis, obscurcit d&#233;lib&#233;r&#233;ment le caract&#232;re fondamental du probl&#232;me . Toute r&#233;volution sociale doit affronter le danger de l'intervention capitaliste. La r&#233;volution russe dut survivre tant &#224; la guerre civile financ&#233;e par les capitalistes qu'&#224; l'intervention imp&#233;rialiste directe. La r&#233;volution hongroise fut &#233;cras&#233;e par l'intervention aussi bien que par ses propres erreurs. N&#233;anmoins, quand les sociaux-d&#233;mocrates allemands et autrichiens justifi&#232;rent la stabilisation de leurs r&#233;publiques bourgeoises par le fait que les puissances alli&#233;es pourraient intervenir contre les Etats socialistes, les socialistes r&#233;volutionnaires et les communistes du monde entier &#8211; comme les anarchistes &#8211; d&#233;nonc&#232;rent les Kautsky et les Bauer comme des tra&#238;tres, et ils eurent raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat autrichien et allemand, disaient alors les r&#233;volutionnaires, doit compter avec la possibilit&#233; d'une d&#233;faite due &#224; l'intervention anglo-fran&#231;aise, parce que les r&#233;volutions courent toujours ce danger, mais attendre le moment hypoth&#233;tique o&#249; les Alli&#233;s seraient trop pr&#233;occup&#233;s pour intervenir, c'&#233;tait manquer la conjoncture favorable &#224; la r&#233;volution. Mais les sociaux-d&#233;mocrates l'emport&#232;rent... et finirent dans les camps de concentration de Hitler et Schuschnigg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni les cercles de la C.N.T. ni ceux du P.0,U.M. n'os&#232;rent avancer qu'il existait une quelconque situation conjoncturelle sp&#233;cifique qui rendait en mai 1937 l'intervention capitaliste plus mena&#231;ante qu'&#224; un autre moment. Les d&#233;fenseurs de cette th&#232;se se r&#233;f&#232;rent simplement au danger d'intervention, sans y ajouter d'analyse sp&#233;cifique. Nous posons la question l'intervention &#233;tait-elle plus dangereuse en mai 1937 qu'au moment de la r&#233;volution d'avril 1931 par exemple ? En mai 1937, les travailleurs avaient tous les avantages. En 1931, le prol&#233;tariat europ&#233;en &#233;tait prostr&#233; au fond du puits de la crise mondiale. Les travailleurs allemands n'avaient pas encore &#233;t&#233; livr&#233;s &#224; Hitler par leurs dirigeants &#8211; sans combat &#8211; mais le prol&#233;tariat fran&#231;ais &#233;tait aussi assoupi que s'il &#233;tait accabl&#233; par un dictateur. La situation en France, pays limitrophe, est d&#233;cisive pour l'Espagne. Et, en mai 1937, le prol&#233;tariat fran&#231;ais entamait la deuxi&#232;me ann&#233;e du soul&#232;vement ouvert par les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires de juin 1936. Il est inconcevable que les millions de travailleurs socialistes et communistes de France, d&#233;j&#224; irrit&#233;s par la neutralit&#233;, et maintenus dans cette ligne avec les plus grandes difficult&#233;s, par leurs dirigeants, aient permis l'intervention capitaliste en Espagne, qu'elle soit le fait de la bourgeoisie fran&#231;aise ou d'une autre. La transformation de la lutte en Espagne, de combat pour la sauvegarde d'une r&#233;publique bourgeoise, en combat pour la r&#233;volution socialiste, aurait enflamm&#233; les prol&#233;tariats fran&#231;ais, belge et anglais, bien plus que ne le fit la r&#233;volution russe, car cette fois la r&#233;volution aurait &#233;t&#233; &#224; leur porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un prol&#233;tariat vigilant, qu'aurait pu faire la bourgeoisie ? La bourgeoisie fran&#231;aise aurait ouvert ses fronti&#232;res &#224; l'Espagne, non pour l'intervention mais pour le commerce, permettant au nouveau r&#233;gime de s'assurer des marchandises &#8211; ou bien elle aurait eu &#224; affronter imm&#233;diatement la r&#233;volution chez elle. La r&#233;publique ouvri&#232;re espagnole n'aurait pas, comme le firent Caballero et Negrin, aid&#233; et encourag&#233; la &#034; non-intervention &#034;. L'Angleterre, indissolublement li&#233;e au sort de la France, n'aurait pas pu intervenir, non seulement &#224; cause du poids de la France, mais aussi &#224; cause du poids de sa propre classe ouvri&#232;re, pour laquelle la r&#233;volution ib&#233;rique aurait ouvert une nouvelle &#233;poque. Le Portugal aurait d&#251; imm&#233;diatement faire face &#224; la r&#233;volution. L'Allemagne et l'Italie auraient, bien entendu, cherch&#233; &#224; augmenter leur aide &#224; Franco. Mais la politique anglo-fran&#231;aise aurait toujours &#233;t&#233; : ni une Espagne socialiste, ni une Espagne tenue par Hitler ou Mussolini. En voulant jouer indistinctement sur les deux tableaux, l'imp&#233;rialisme anglo-fran&#231;ais aurait &#233;t&#233; contraint de restreindre l'intervention italo-allemande dans les limites qui puissent emp&#234;cher l'axe Rome-Berlin de dominer la M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins que tout autre, nous avons &#224; apprendre que toutes les puissances capitalistes ont comme commun int&#233;r&#234;t, et cherchent toutes la destruction de toute menace de r&#233;volution sociale. Il est n&#233;anmoins clair que les deux facteurs qui sauv&#232;rent la r&#233;volution russe de l'an&#233;antissement par l'intervention auraient jou&#233; en mai 1937 : en 1917, le prol&#233;tariat mondial, inspir&#233; par la r&#233;volution, imposa l'arr&#234;t de l'intervention, tandis que les imp&#233;rialistes ne pouvaient pas oublier suffisamment leurs divergences pour ne pas s'unir autour d'un plan unique d'an&#233;antissement de la r&#233;publique ouvri&#232;re. Le prol&#233;tariat europ&#233;en &#233;tant &#224; nouveau mobilis&#233;, c'est &#224; leurs risques et p&#233;rils que les imp&#233;rialistes auraient cherch&#233; &#224; &#233;teindre l'incendie espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui nous invoquons par-dessus tout l'aide du prol&#233;tariat mondial Vous, les staliniens pour qui les masses ne sont d&#233;sormais rien d'autre que des carcasses que vous offrez en sacrifice sur l'autel de l'alliance avec les imp&#233;rialistes d&#233;mocratiques ; vous les bureaucrates dont le m&#233;pris des masses, sur le dos desquelles vous vous dressez, vous fait oublier que ces m&#234;mes masses, qui vous servent encore de capital moral et mat&#233;riel, et qui s'amenuise sous votre gestion incomp&#233;tente, ont conduit victorieusement la r&#233;volution d'Octobre et la guerre civile ! Nous savons que vous n'aimez pas que l'on vous rappelle qu'en 1919-1922, le prol&#233;tariat mondial a sauv&#233; l'Union sovi&#233;tique des imp&#233;rialistes. Les capacit&#233;s r&#233;volutionnaires de la classe ouvri&#232;re sont une chose que vous en &#234;tes venus &#224; ha&#239;r et &#224; craindre, car ils menacent vos privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les staliniens qui croient &#224; la possibilit&#233; d'une coexistence pacifique des Etats capitalistes et ouvriers, pas nous. Il est certain que l'Europe capitaliste ne supporterait pas ind&#233;finiment l'existence d'une Espagne socialiste. Mais la conjoncture sp&#233;cifique de mai 1937 &#233;tait assez favorable pour permettre &#224; une Espagne ouvri&#232;re d'installer son r&#233;gime int&#233;rieur et de se pr&#233;parer &#224; r&#233;sister &#224; l'imp&#233;rialisme en &#233;tendant la r&#233;volution &#224; la France et &#224; la Belgique, puis de mener une guerre r&#233;volutionnaire contre l'Allemagne et l'Italie, dans des conditions qui auraient pr&#233;cipit&#233; la r&#233;volution dans les pays fascistes. C'est la seule perspective r&#233;volutionnaire en Europe, dans cette p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de la prochaine guerre, que la r&#233;volution commence en France ou en Espagne. Qui ne l'accepte pas rejette la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les risques ? &#034; Il serait &#233;videmment fort commode de faire l'histoire si l'on ne devait engager la lutte qu'avec &#034; des chances infailliblement favorables &#034; &#233;crivait Marx pendant que la Commune vivait encore. Clairvoyant, il voyait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; le &#034; hasard &#034; malheureux et d&#233;cisif (. . .) dans la pr&#233;sence des Prussiens en France et dans leurs positions si pr&#232;s de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les travailleurs parisiens devant l'alternative ou de relever le d&#233;fi ou de succomber sans combat. Dans le dernier cas, la d&#233;moralisation de la classe ouvri&#232;re serait un malheur bien plus grand que la perte d'un nombre quelconque de &#034; chefs &#034;. Gr&#226;ce au combat livr&#233; &#224; Paris, la lutte de la classe ouvri&#232;re contre la classe capitaliste et l'Etat capitaliste est entr&#233;e dans une nouvelle phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelle qu'en soit l'issue, nous avons obtenu un nouveau point de d&#233;part d'une importance historique universelle.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Lettre &#224; Kugelmann, du 17 avril 1871, &#233;d. Anthropos.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berneri avait raison. Ecras&#233;e entre les Prussiens-franquistes et Versailles-Valence, la Commune de Catalogne aurait pu faire jaillir une flamme embrasant le monde. Et dans des conditions incomparablement plus favorables que celles de la Commune !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tent&#233; d'analyser le plus s&#233;rieusement possible les raisons que la direction centriste a donn&#233;es pour ne pas engager une lutte pour le pouvoir contre la contre-r&#233;volution. Comme ils ne sont pas des r&#233;formistes inv&#233;t&#233;r&#233;s, mais des centristes, ils sont tent&#233;s de justifier leur capitulation en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la situation &#034;sp&#233;ciale&#034;, &#034; sp&#233;cifique &#034;, de l'Espagne de mai 1937, mais sans donner de d&#233;tails pr&#233;cis. A l'examen, nous avons trouv&#233; que, comme toujours dans le cas d'alibis de ce type, les r&#233;f&#233;rences &#224; la situation sp&#233;cifique sont d&#233;nu&#233;es de sens et cachent un retrait fondamental par rapport &#224; la voie r&#233;volutionnaire. Ce ne sont pas des erreurs de fait, mais des divergences de principe qui, d'un point de vue mondial et de classe, s&#233;parent les r&#233;volutionnaires tant des dirigeants r&#233;formistes que des centristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi 4 mai au matin, les travailleurs arm&#233;s des barricades qui recouvraient Barcelone se sentirent &#224; nouveau, comme le 19 juillet, les ma&#238;tres de leur monde. Comme le 19 juillet, les &#233;l&#233;ments bourgeois et petits-bourgeois terrifi&#233;s se cachaient dans leurs maisons. Les syndicalistes dirig&#233;s par le P.S.U.C. restaient passifs. Seule, une fraction de la police, les gardes arm&#233;s du P.S.U.C. et les voyous arm&#233;s d'Estat Catala se tenaient sur les barricades gouvernementales qui se limitaient au centre de la ville, entour&#233;es par les travailleurs en armes. Le premier discours radiodiffus&#233; de Companys, une d&#233;claration selon laquelle la Generalidad n'&#233;tait pas responsable de la provocation de la Telefonica, indique l'&#233;tat de la situation. Chaque faubourg de la ville, sous la direction des comit&#233;s de d&#233;fense locaux aid&#233;s par les groupes du P.O.U.M., de la F.A.I. et de la Jeunesse libertaire, &#233;tait fermement contr&#244;l&#233; par les travailleurs. Il n'y eut pour ainsi dire aucun coup de feu lundi soir tant la domination ouvri&#232;re &#233;tait totale. Tout ce qui manquait aux travailleurs pour instaurer leur pouvoir, c'&#233;tait la coordination et l'action commune sous la direction du centre... Au centre, la Casa C.N.T., les dirigeants interdirent toute action et ordonn&#232;rent aux travailleurs de quitter les barricades [9] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de la C.N.T. ne s'int&#233;ressaient pas &#224; l'organisation des masses arm&#233;es. Ils &#233;taient occup&#233;s par une n&#233;gociation interminable avec le gouvernement. C'&#233;tait un jeu qui convenait parfaitement &#224; ce dernier : retenir les masses sans direction derri&#232;re les barricades, en les ber&#231;ant de l'espoir que l'on trouverait une solution d&#233;cente. La r&#233;union au palais de la Generalidad tra&#238;na jusqu'&#224; 6 heures du matin. Ainsi, les forces gouvernementales gagn&#232;rent assez d'espace vital pour fortifier les b&#226;timents gouvernementaux, et, &#224; l'instar des fascistes en juillet, elles occup&#232;rent les tours de la cath&#233;drale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi matin &#224; 11 heures, les dirigeants se rencontr&#232;rent, non pour organiser la d&#233;fense, mais pour &#233;lire un nouveau comit&#233; pour n&#233;gocier avec le gouvernement. Alors Companys trouva un nouveau truc : Bien sur, nous pouvons en arriver &#224; un accord &#224; l'amiable, nous sommes tous des antifascistes, etc., etc., disaient Companys et le Premier ministre Taradellas. &#8211; Mais nous ne pouvons pas engager de n&#233;gociations tant que les rues ne sont pas d&#233;sert&#233;es par les hommes arm&#233;s. Sur quoi le comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. passa le mardi avec un micro, appelant les travailleurs &#224; quitter les barricades. &#034; Nous vous appelons &#224; baisser vos armes. Pensez &#224; notre grand but, commun &#224; tous... L'unit&#233; avant tout. D&#233;posez vos armes. Un seul mot d'ordre : Nous devons travailler &#224; abattre le fascisme ! &#034; Solidaridad obrera eut l'audace de para&#238;tre, avec, en page 8, la relation de l'attaque du lundi contre la Telefonica, sans mentionner l'&#233;dification des barricades, ne donnant d'autres directives que &#034; restez calmes &#034; afin de ne pas alarmer les miliciens du front auxquels parvenaient des centaines de milliers d'exemplaires du journal. A 5 heures, des d&#233;l&#233;gations du Comit&#233; national de l'U.G.T. et de la C.N.T. arriv&#232;rent de Valence et publi&#232;rent en commun un appel au &#034; peuple :&#034; pour qu'il d&#233;pose les armes. Vasquez, secr&#233;taire national de la C.N.T., se joignit &#224; Companys dans l'appel radiodiffus&#233;. On passa la nuit en nouvelles n&#233;gociations (le Gouvernement &#233;tait toujours pr&#234;t &#224; passer un accord incluant l'abandon des barricades par les travailleurs !) dont sortit un accord pour un cabinet provisoire de quatre membres, appartenant &#224; la C.N.T., au P.S.U.C., &#224; l'Union paysanne et &#224; l'Esquerra. Les n&#233;gociations furent ponctu&#233;es d'appels aux dirigeants de la C.N.T. qui avaient de l'autorit&#233;, les invitant &#224; se rendre sur les points o&#249; les travailleurs menaient l'offensive. C'est ainsi qu'&#224; Coll Blanch, il fallait persuader ceux-ci de ne pas occuper les casernes. Tandis que d'autres appels arrivaient &#8211; des quartiers g&#233;n&#233;raux des ouvriers du cuir, de l'Union m&#233;dicale, du centre local de la Jeunesse libertaire, qui demandait du renfort au Comit&#233; r&#233;gional, parce que la police attaquait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi : Ni les nombreux appels &#224; la radio, ni l'appel commun de l'U.G.T.-C.N.T., ni l'&#233;tablissement d'un nouveau cabinet n'avaient arrach&#233; les travailleurs aux barricades. Sur les barricades, les travailleurs anarchistes d&#233;chiraient Solidaridad obrera et brandissaient les poings et les fusils vers les radios quand Montseny &#8211; rappel&#233;e de toute urgence de Valence apr&#232;s l'&#233;chec de Vasquez et de Garcia Oliver &#8211; les exhortait &#224; la dispersion. Les comit&#233;s de d&#233;fense locaux transmirent &#224; la Casa C.N.T. que les travailleurs ne se rendraient pas sans conditions. Tr&#232;s bien, donnons-leur des conditions. La C.N.T. fit parvenir par radio les propositions qu'elle faisait au Gouvernement : que les hostilit&#233;s cessent, que chaque parti reste sur ses positions, que la police et les civils qui combattaient aux c&#244;t&#233;s de la C.N.T. (sans en &#234;tre membres) s'en retirent compl&#232;tement, que les comit&#233;s responsables soient avertis d&#232;s que le pacte est rompu quelque part, que l'on ne r&#233;ponde pas aux coups de feu isol&#233;s, que les d&#233;fenseurs des locaux syndicaux restent passifs et attendent d'autres informations. Le gouvernement annon&#231;a bient&#244;t son accord avec la C.N.T. Et comment pourrait-il en &#234;tre autrement ? Le seul objectif du gouvernement &#233;tait de mettre fin au combat des masses, pour mieux briser leur r&#233;sistance, d&#233;finitivement. De surcro&#238;t, &#034; l'accord &#034; n'engageait en rien le gouvernement. Le contr&#244;le de la Telefonica, le d&#233;sarmement des masses n'&#233;taient pas mentionn&#233;s &#8211; et ce, non par hasard. L'accord fut suivi dans la nuit d'ordres de reprise du travail venant des centres locaux de la C.N.T. et de l'U.G.T. (cette derni&#232;re, il faut s'en souvenir, &#233;tant contr&#244;l&#233;e par les staliniens). &#034; Les organisations et les partis antifascistes r&#233;unis en session au palais de la Generalidad ont r&#233;solu le conflit qui a cr&#233;&#233; cette situation anormale &#034;, d&#233;clarait le manifeste commun. &#034; Ces &#233;v&#233;nements nous ont appris que nous devrons d&#233;sormais &#233;tablir des relations de cordialit&#233; et de camaraderie, dont nous avons beaucoup regrett&#233; l'absence ces derniers jours. &#034; Cependant, comme l'admettait Souchy, les barricades rest&#232;rent toutes en place dans la nuit de mercredi. Mais le jeudi matin, le P.O.U.M. ordonna &#224; ses membres de quitter les barricades qui, pour la plupart, &#233;taient encore sous le feu. Le mardi, le manifeste des Amis de Durruti, jusqu'alors assez froid avec le P.O.U.M., avait salu&#233; sa pr&#233;sence sur les barricades, pr&#233;sence qui d&#233;montrait qu'il s'agissait l&#224; d'une &#034; force r&#233;volutionnaire &#034;,. La Batalla du mardi &#233;tait rest&#233;e dans les limites de la th&#233;orie selon laquelle il ne devait pas y avoir de renversement insurrectionnel du gouvernement pendant la guerre civile, mais elle avait appel&#233; &#224; la d&#233;fense des barricades, &#224; la d&#233;mission de Salas et Ayguad&#233;, &#224; l'abrogation des d&#233;crets de dissolution des patrouilles ouvri&#232;res. Si limit&#233; que fut ce programme, il contrastait tellement avec l'appel du Comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. &#224; d&#233;serter les barricades que le prestige du P.O.U.M. s'accrut tr&#232;s fort dans les masses anarchistes. Le P.O.U.M. avait l&#224; une occasion sans pr&#233;c&#233;dent de prendre la t&#234;te du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela, la direction du P.O.U.M. s'en remit une fois de plus &#224; celle de la C.N.T. : elle ne fit pas de propositions publiques d'action commune avec la C.N.T., propositions qui auraient dot&#233; la r&#233;bellion embryonnaire d'un ensemble de revendications auxquelles devait acc&#233;der sa directive en toute une ann&#233;e, le P.O.U.M., d'une d&#233;f&#233;rence servile &#224; l'&#233;gard des dirigeants de la C.N.T., n'avait pas fait une seule proposition pr&#233;sentant un net caract&#232;re de front uni. Mais elle proposa une conf&#233;rence en coulisses avec le Comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. Quelles que fussent les propositions du P.O.U.M., elles &#233;taient rejet&#233;es &#8211; Vous n'&#234;tes pas d'accord ? alors n'en parlons plus Et le matin suivant (5 mai) la Batalla n'eut pas un mot &#224; dire sur les propositions que le P.O.U.M. fit &#224; la C.N.T., sur le comportement timor&#233; des dirigeants de la C.N.T., de leur refus d'organiser la d&#233;fense, etc. [10] . Au lieu de cela : &#034; le prol&#233;tariat de Barcelone a remport&#233; une victoire partielle sur la contre-r&#233;volution &#034;. Et 24 heures plus tard, &#034; la provocation contre-r&#233;volutionnaire ayant &#233;t&#233; repouss&#233;e, il faut quitter la rue. Travailleurs, retournez aux usines &#034; (la Batalla, 6 mai). Les masses avaient r&#233;clam&#233; la victoire sur la contre-r&#233;volution. Les bureaucrates de la C.N.T. avaient refus&#233; le combat. Les centristes du P.O.U.M. avaient ainsi lanc&#233; un pont sur le gouffre qui s&#233;parait les masses des bureaucrates, en assurant celles-ci que la victoire &#233;tait d'ores et d&#233;j&#224; acquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi, les Amis de Durruti avaient couru au front, appelant les travailleurs de la C.N.T. &#224; ne pas tenir compte des ordres de d&#233;sertion de la Casa C.N.T. et &#224; continuer la lutte pour le pouvoir ouvrier. Ils avaient chaleureusement accueilli la collaboration du P.O.U.M. Les masses restaient sur les barricades. Le P.O.U.M., qui comptait au moins 30 000 travailleurs en Catalogne, pouvait faire pencher la balance dans n'importe quel sens. Sa direction la poussa vers la capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coup plus terrible encore contre les travailleurs en lutte le Comit&#233; r&#233;gional de la C.N.T. d&#233;non&#231;a &#224; toute la presse y compris la presse stalinienne et bourgeoise &#8211; les Amis de Durruti comme des &#034; agents provocateurs &#034; (en fran&#231;ais dans le texte) ; ce qui, naturellement, fut publi&#233; partout en premi&#232;re page le jeudi matin. La presse du P.O.U.M. ne d&#233;fendit pas les anarchistes de l'aile gauche contre cette calomnie r&#233;pugnante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi fut rempli d'exemples de &#034; victoires &#034; au nom desquelles le P.O.U.M. appela les travailleurs &#224; quitter les barricades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin, on trouva le corps bris&#233; de Camillo Berneri l&#224; o&#249; les gardes du P.S.U.C., qui avaient enlev&#233; cet homme fragile chez lui, la nuit pr&#233;c&#233;dente, l'avaient abandonn&#233;. Berneri, chef spirituel de l'anarchisme italien depuis la mort de Malatesta, chef de la r&#233;volte d'Anc&#244;ne en 1914, &#233;chapp&#233; des griffes de Mussolini, avait combattu les r&#233;formistes (les dirigeants de la C.N.T. compris) dans Guerra di Classe, son journal tr&#232;s influent. Il avait caract&#233;ris&#233; la politique stalinienne en trois mots &#034; cela pue Noske &#034;. Il avait d&#233;fi&#233; Moscou par des mots retentissants : &#034; Ecras&#233;e entre les Prussiens et Versailles, la Commune de Paris avait allum&#233; un incendie qui enflamma le monde. Que le g&#233;n&#233;ral Goded de Moscou s'en souvienne. &#034;Il avait d&#233;clar&#233; aux masses de la C.N.T. : &#034; Le dilemme : guerre ou r&#233;volution n'a plus aucune signification. Le seul dilemme, c'est : la victoire sur Franco, gr&#226;ce &#224; la guerre r&#233;volutionnaire, ou la d&#233;faite. &#034; Son identification des staliniens &#224; Noske &#233;tait terriblement juste. Les staliniens-d&#233;mocrates ont assassin&#233; Camillo Berneri comme Noske, le social-d&#233;mocrate, avait enlev&#233; et assassin&#233; Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honneur &#224; notre camarade Camillo Berneri. Souvenons nous de lui avec l'amour que nous portons &#224; Karl et &#224; Rosa. En &#233;crivant, camarades, je ne peux m'emp&#234;cher de pleurer, de pleurer Camillo Berneri. La liste de nos martyrs est aussi longue que la vie de la classe ouvri&#232;re. Heureux ceux qui tombent en combattant l'ennemi de classe, qui tombent en pleine lutte au milieu de leurs camarades. Il est bien plus terrible de mourir seul du poignard de ceux qui se disent socialistes ou communistes, comme Karl et Rosa, comme nos camarades qui meurent dans les chambres d'ex&#233;cution de l'exil sib&#233;rien. Le supplice de Camillo Berneri fut sp&#233;cial. Il mourut entre les mains de &#034; marxistes-l&#233;ninistes staliniens &#034;, tandis que ses amis les plus proches, Montseny, Garcia Oliver, Peiro, Vasquez, abandonnaient le prol&#233;tariat de Barcelone &#224; ses bourreaux. Le jeudi 6 mai 1937. Gardons ce jour en m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants anarchistes et gouvernementaux &#233;taient all&#233;s &#224; Lerida le mercredi pour arr&#234;ter une force sp&#233;ciale de 500 membres du P.O.U.M. et de la C.N.T. qui se h&#226;taient depuis Hucsca, pourvus d'artillerie l&#233;g&#232;re. Les repr&#233;sentants de Valence et de la Generalidad avaient promis que si les troupes ouvri&#232;res n'avan&#231;aient pas, le gouvernement ne tenterait pas d'envoyer des troupes suppl&#233;mentaires &#224; Barcelone. Les troupes ouvri&#232;res s'&#233;taient arr&#234;t&#233;es, gr&#226;ce &#224; cette promesse et aux exhortations des dirigeants anarchistes. Cependant, le jeudi, on re&#231;ut des appels t&#233;l&#233;phoniques de militants de la C.N.T. des villes qui sont sur la route de Valence &#224; Barcelone : &#034; 5 000 gardes d'assaut sont en route. Devons-nous les arr&#234;ter ? &#034; demand&#232;rent les travailleurs de la C.N.T. Leurs Dirigeants leur ordonn&#232;rent de laisser passer les gardes, ne dirent rien aux troupes ouvri&#232;res qui attendaient &#224; Lerida, et turent la nouvelle de la venue des gardes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi &#224; 3 heures, la Casa C.N.T. ordonna &#224; ses gardes d'&#233;vacuer la Telefonica. Le gouvernement et la C.N.T. avaient pass&#233; un accord : chaque partie devait retirer ses forces arm&#233;es. D&#232;s que les gardes de la C.N.T. furent partis, la police occupa le b&#226;timent tout entier, et fit entrer des partisans du gouvernement pour accomplir le travail technique ex&#233;cut&#233; auparavant par des travailleurs de la C.N.T. La C.N.T. s'en plaignit au gouvernement qui n'avait pas tenu sa promesse. La Generalidad r&#233;pondit : On ne peut pas revenir sur le &#034; fait accompli &#034; (en fran&#231;ais dans le texte). Souchy, le porte-parole de la C.N.T., admit que &#034; si les travailleurs des districts ext&#233;rieurs avaient &#233;t&#233; imm&#233;diatement inform&#233;s du cours des &#233;v&#233;nements, ils auraient certainement insist&#233; pour que des mesures plus fermes soient prises, et seraient retourn&#233;s &#224; l'attaque &#034;. Ainsi, les dirigeants anarchistes ultra-d&#233;mocratiques avaient tout simplement censur&#233; les nouvelles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les ordres de la Casa C.N.T., les employ&#233;s du t&#233;l&#233;phone avaient transmis tous les appels pendant les combats r&#233;volutionnaires ou contre-r&#233;volutionnaires. Alors que, d&#232;s que le gouvernement eut pris la place, les locaux de la C.N.T. et de la F.A.I. furent coup&#233;s du centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues que les travailleurs devaient emprunter pour retourner au travail, la police et les gardes du P.S.U.C. fouillaient les passants, d&#233;chiraient les cartes de la C.N.T. et arr&#234;taient ses militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 4 heures, la gare principale de Barcelone, qui &#233;tait aux mains de la C.N.T. depuis le 19 juillet, fut attaqu&#233;e par le P.S.U.C. et les gardes d'assaut, avec des mitrailleuses et des grenades. Les faibles forces de la C.N.T. qui la gardaient tent&#232;rent de t&#233;l&#233;phoner pour obtenir du renfort... A 4 heures, le g&#233;n&#233;ral Pozas se pr&#233;senta lui-m&#234;me au minist&#232;re de la D&#233;fense de la Catalogne (dont le ministre appartenait &#224; la C.N.T.) et informa poliment les camarades ministres que le poste du minist&#232;re catalan de la D&#233;fense n'existait plus, et que les arm&#233;es catalanes constituaient d&#233;sormais la IVe brigade de l'arm&#233;e espagnole dont Pozas &#233;tait le chef. Le cabinet de Valence avait pris cette d&#233;cision sous l'autorit&#233; de d&#233;crets militaires demandant un commandement unifi&#233;, sign&#233;s par les ministres de la C.N.T. Bien entendu, la C.N.T. remit le contr&#244;le &#224; Pozas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des nouvelles terribles arrivaient de Tarragone. Une imposante force de police &#233;tait arriv&#233;e le mercredi matin et avait occup&#233; le central t&#233;l&#233;phonique. Ce sur quoi, la C.N.T. avait appel&#233; &#224; l'in&#233;vitable conf&#233;rence. Tandis que les n&#233;gociations se d&#233;roulaient, les r&#233;publicains et les staliniens s'armaient. Le jour suivant, ils prirent d'assaut le quartier g&#233;n&#233;ral de la Jeunesse libertaire. L&#224;-dessus, la C.N.T. demanda une nouvelle conf&#233;rence, o&#249; on l'informa que la Generalidad avait envoy&#233; des instructions explicites pour d&#233;truire les organisations anarchistes si elles refusaient de rendre les armes. (Il faut se rappeler que ces instructions provenaient d'un gouvernement qui comptait des ministres anarchistes.) Les repr&#233;sentants de la C.N.T. consentirent &#224; rendre leurs armes, si le gouvernement lib&#233;rait tous ceux qui avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, rempla&#231;ait la police et les gardes du P.S.U.C. par l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, et garantissait l'immunit&#233; pour les membres et les locaux de la C.N.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, le capitaine Barbeta, d&#233;l&#233;gu&#233; du gouvernement, accepta. La C.N.T. d&#233;posa les armes et, pendant la nuit, les gardes d'assaut occup&#232;rent ses locaux et tu&#232;rent nombre d'anarchistes, dont Pedro Rua, l'&#233;crivain uruguayen, venu combattre le fascisme, et qui &#233;tait devenu commandant des milices. La Casa C.N.T. remarqua que c'&#233;tait &#034; renier la parole d'honneur donn&#233;e la soir&#233;e pr&#233;c&#233;dente par les autorit&#233;s &#034;. Pas un mot de tout cela ne fut rapport&#233; aux masses de Barcelone, bien que la Casa C.N.T.-F.A.I. ait &#233;t&#233; tr&#232;s t&#244;t au courant des &#233;v&#233;nements [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi, &#224; 18 heures, la nouvelle parvint &#224; la Casa C.N.T. les premiers d&#233;tachements de Valence,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 500 gardes d'assaut, &#233;taient arriv&#233;s &#224; Tortosa, en route pour Barcelone. La Casa C.N.T. avait dit de ne pas s'y opposer, tout &#233;tait arrang&#233;, etc. Les gardes d'assaut occup&#232;rent tous les locaux de la C.N.T.-F.A.I. et de la Jeunesse libertaire de Tortosa, arr&#234;t&#232;rent tous ceux qu'ils trouv&#232;rent, et en conduisirent certains, menottes aux mains, vers les prisons de Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses ne savaient rien des &#233;v&#233;nements de Tarragone, de, Tortosa, de la Telefonica, de Pozas, de l'arriv&#233;e des gardes de Valence. Mais les attaques de travailleurs dans les rues, &#224; la gare, le renouveau des combats sur les barricades, y rappel&#232;rent beaucoup de ceux qui les avaient quitt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre aux &#233;v&#233;nements catastrophiques du jeudi, la Casa C.N.T. &#034; envoya une nouvelle d&#233;l&#233;gation au gouvernement pour savoir ce que celui-ci avait l'intention de faire (Souchy), mais sans attendre de le savoir, elle publia un nouveau manifeste d'apaisement : tandis que les barricades retentissaient toujours, la Casa C.N.T. d&#233;clara :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Maintenant que nous sommes revenus &#224; la normale, que les responsables de la r&#233;volte ont &#233;t&#233; d&#233;mis de leurs responsabilit&#233;s publiques, que tous les ouvriers ont repris le travail, et que Barcelone est &#224; nouveau calme [... ] la C.N.T. et la F.A.I. continuent &#224; collaborer loyalement comme par le pass&#233; avec toutes les organisations politiques et syndicales du front antifasciste. La meilleure preuve en est que la C.N.T. continue &#224; participer au gouvernement central, au gouvernement de la Generalidad et &#224; toutes les municipalit&#233;s. La presse de la C.N.T. a appel&#233; au calme et a appel&#233; la population &#224; retourner au travail. Les nouvelles transmises par radio aux syndicats et aux comit&#233;s de d&#233;fense n'&#233;taient que des appels au calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une preuve suppl&#233;mentaire que la C.N.T. ne voulait pas briser et n'a pas bris&#233; le front antifasciste, c'est que lorsque le nouveau gouvernement de la Generalidad a &#233;t&#233; form&#233;, le 5 mai, les repr&#233;sentants de la C.N.T. de Catalogne ont tout fait pour que sa t&#226;che lui soit facilit&#233;e, et que le secr&#233;taire de la C.N.T. en fasse partie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de la C.N.T. qui contr&#244;laient le conseil de D&#233;fense (minist&#232;re) de la Generalidad ordonn&#232;rent &#224; toutes leurs forces de n'intervenir dans le conflit ni d'un c&#244;t&#233; ni de l'autre. Et ils veill&#232;rent &#224; ce que leurs ordres soient ex&#233;cut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de D&#233;fense de la C.N.T. ordonna &#233;galement &#224; chaque district de Barcelone de ne pas venir au centre r&#233;pondre aux provocations. Ces ordres aussi furent suivis, puisque, effectivement, personne n'y vint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Jusqu'&#224; la fin, nombreux furent ces pi&#232;ges tendus &#224; la C.N.T., mais elle resta fermement sur ses positions et ne r&#233;pondit pas &#224; la provocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Jeudi soir : les gardes d'assaut et du P.S.U.C. continuent leurs raids, leurs arrestations, leurs fusillades. Et [...] la Casa C.N.T.-F.A.I. envoie une nouvelle d&#233;l&#233;gation au gouvernement avec de nouvelles propositions pour cesser les hostilit&#233;s : tous les groupes doivent se contraindre &#224; retirer leurs gardes arm&#233;s et leurs patrouilles des barricades ; rel&#226;cher tous les prisonniers ; &#233;viter les repr&#233;sailles. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des nouvelles arriv&#232;rent de Tarragone et Reus, &#034; o&#249; les membres du P.S.U.C. et d'Estat Catala, profitant (!) de la pr&#233;sence de quelques gardes d'assaut qui passaient en allant vers Barcelone, utilis&#232;rent leur avantage passager fourni par cette occasion pour d&#233;sarmer et tuer les ouvriers &#034; (Souchy).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; La C.N.T. tenta d'obtenir du gouvernement de Barcelone et de Valence la promesse que les gardes d'assaut n'entrent pas imm&#233;diatement (!) dans la ville, mais restent hors de ses limites jusqu'&#224; ce que la situation se soit &#233;claircie... Il y eut quelques sceptiques quant &#224; l'assurance que les troupes qui arrivaient seraient loyales envers les travailleurs. &#034; Mais ce scepticisme (quand surgit-il ?) n'avait pas &#233;t&#233; partag&#233; par les ministres de la C.N.T. des cabinets de Catalogne et de Valence qui avaient vot&#233; pour que le gouvernement central reprenne le contr&#244;le de l'ordre public en Catalogne. Le minist&#232;re de l'Ordre public de Catalogne avait cess&#233; d'exister depuis le 5 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 6 au 7 mai : &#034; Les anarchistes ont propos&#233; maintes et maintes fois de n&#233;gocier, impatients de terminer le conflit. &#034; Naturellement, le gouvernement &#233;tait toujours pr&#234;t &#224; n&#233;gocier, pendant que ses forces brisaient les reins de la classe ouvri&#232;re sous le couvert de la Casa C.N.T. Les travailleurs proches des anarchistes s'&#233;taient rassembl&#233;s pour d&#233;fendre Tortosa et Tarragone. A 4 heures, le Comit&#233; provincial &#8211; la direction de la C.N.T. catalane hors de Barcelone &#8211; informa la Casa C.N.T.-F.A.I. qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; retenir les gardes de Valence. Non, il ne faut pas, r&#233;pondit la Casa C.N.T. A 5 h 15, le gouvernement et la Casa C.N.T. pass&#232;rent un autre accord . armistice, &#233;vacuation des barricades, lib&#233;ration des prisonniers de part et d'autre, reprise de leurs fonctions par les patrouilles ouvri&#232;res. Le comit&#233; r&#233;gional transmit &#224; nouveau par radio aux travailleurs : &#034; Comme nous sommes parvenus &#224; un accord [... ] nous voulons vous informer [... ] du r&#233;tablissement complet de la paix et du calme Gardez ce calme et voire pr&#233;sence d'esprit. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi : Selon les ordres de la Casa C.N.T.-F.A.I., quelques travailleurs commenc&#232;rent &#224; d&#233;molir les barricades. Mais celles des gardes d'assaut, de l'Estat Catala et du P.S.U.C. restaient intactes. Les gardes d'assaut d&#233;sarm&#232;rent syst&#233;matiquement les travailleurs. Voyant que les forces gouvernementales continuaient l'offensive, les travailleurs retourn&#232;rent sur les barricades, contre la volont&#233; de la C.N.T. comme du P.O.U.M. Mais la d&#233;sillusion et le d&#233;couragement gagnaient : beaucoup de travailleurs anarchistes avaient fait confiance jusqu'au bout &#224; la C.N.T.-F.A.I., d'autres l'ayant perdue, s'&#233;taient retourn&#233;s vers la direction des travailleurs du P.O.U.M. jusqu'&#224; ce qu'on leur ordonne de quitter les barricades. Les Amis de Durruti et les bolcheviks-l&#233;ninistes furent capables de ramener les travailleurs sur les barricades les nuits de jeudi et de vendredi, mais ils n'&#233;taient pas assez forts, pas assez implant&#233;s dans les masses pour les organiser pour une lutte de longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du vendredi, les gardes de Valence arriv&#232;rent. Ils s'empar&#232;rent imm&#233;diatement de la presse et de la direction des Amis de Durruti. Des groupes de gardes patrouillaient dans les rues pour intimider les travailleurs. &#034; Le gouvernement de la Generalidad a r&#233;prim&#233; l'insurrection avec ses propres forces &#034;, d&#233;clara Companys. Voyons, s'&#233;cri&#232;rent les dirigeants de la C.N.T., vous savez que &#231;a n'&#233;tait pas une insurrection, vous l'avez dit. &#034; Nous devons d&#233;raciner les incontr&#244;lables &#034;, r&#233;pondit Companys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La promesse de lib&#233;rer les prisonniers ne fut pas tenue. Au contraire, les arrestations de masse commenc&#232;rent. On avait &#233;galement promis qu'il n'y aurait pas de repr&#233;sailles ; mais les semaines suivantes, il y en eut de brutales contre les villes et les quartiers qui avaient os&#233; r&#233;sister. Le gouvernement, naturellement, garda le contr&#244;le de la Telefonica &#8211; ce pour quoi il s'&#233;tait lanc&#233; dans la lutte. Valence d&#233;tenait maintenant le contr&#244;le de la police, qui allait vite revenir aux staliniens. Valence s'&#233;tait appropri&#233; le minist&#232;re de la D&#233;fense et l'arm&#233;e de Catalogne, qui allaient rapidement tomber sous le contr&#244;le de Prieto. Les patrouilles ouvri&#232;res seraient dissoutes sans retard, avec l'application du d&#233;cret de Ayguade sur l'ordre public. L'autonomie catalane avait cess&#233; d'exister avec l'arriv&#233;e des forces arm&#233;es de Valence. Ayguade, &#034; d&#233;missionn&#233; &#034; d'apr&#232;s la C.N.T., allait dans une semaine si&#233;ger &#224; Valence en tant que repr&#233;sentant de la Generalidad au gouvernement central... auquel la C.N.T. participait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'entr&#233;e des gardes d'assaut &#224; Barcelone, la Batalla se plaignit : &#034; C'est une provocation. Ils tentent de changer notre victoire en d&#233;faite par une d&#233;monstration de force. &#034; Et de pleurnicher : &#034; C'est le P.O.U.M. qui a conseill&#233; d'arr&#234;ter la lutte, d'abandonner les rues, de retourner au travail. Nul ne peut douter qu'il lut de ceux qui contribu&#232;rent le plus au retour &#224; la normale. &#034; La pusillanimit&#233; de l'agneau poumiste ne l'avait donc pas sauv&#233; de la gueule du loup. Pauvres politiciens en v&#233;rit&#233;, qui ne savent pas distinguer la victoire de la d&#233;faite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi, un membre de l'ex&#233;cutif central du P.O.U.M. avait dit &#224; Charles Orr &#034; nous ne nous sentons pas assez forts spirituellement ou physiquement pour prendre la t&#234;te de l'organisation des masses pour la r&#233;sistance &#034;. Ainsi... ils avaient th&#233;oris&#233; leur impuissance en &#034; victoire &#034;, pour justifier l'arr&#234;t de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que le P.O.U.M. se soit mis en avant et, en d&#233;pit de la C.N.T., ait essay&#233; de diriger les travailleurs au moins vers un r&#233;el armistice, c'est-&#224;-dire, ait maintenu les travailleurs en armes et les entreprises pr&#234;tes &#224; r&#233;sister &#224; une offensive ult&#233;rieure. Supposons m&#234;me que cela ait &#233;chou&#233;, et que le P.O.U.M. et les travailleurs aient &#233;t&#233; battus par la pure force des armes. &#034; Dans le pire des cas, fit remarquer l'opposition au sein du P.O.U.M., on aurait pu organiser un comit&#233; central de d&#233;fense, fond&#233; sur la repr&#233;sentation des barricades. Pour cela, il aurait suffi de tenir d'abord un meeting des d&#233;l&#233;gu&#233;s de chacune des barricades du P.O.U.M. et de quelques barricades de la C.N.T., et de nommer un comit&#233; central provisoire. C'est ce &#224; quoi travaillait le comit&#233; local du P.O.U.M., le mardi apr&#232;s-midi. Mais il ne rencontra aucune volont&#233; d'ex&#233;cution de la part de la direction centrale. &#034; A tout le moins, un tel organe central directement enracin&#233; dans les masses aurait pu organiser la r&#233;sistance aux raids, aux arrestations, &#224; l'interdiction de la presse, &#224; la mise hors la loi des Amis de Durruti et du P.O.U.M. qui suivirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que l'organisation de la r&#233;sistance n'aurait pas fait plus de victimes que la capitula-&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tion : 500 morts et 1 500 bless&#233;s, surtout le mardi apr&#232;s midi, lorsque la C.N.T. commen&#231;a &#224; se retirer ; des centaines d'autres morts ou bless&#233;s dans les &#034; rafles &#034; des semaines suivantes ; &#034; l'&#233;puration &#034; des troupes du P.O.U.M. ou anarchistes envoy&#233;es les semaines suivantes sur la ligne de feu sans protection de l'aviation ou de l'artillerie ; l'assassinat de Nin et Mena, et d'autres dirigeants du P.O.U.M., des milliers et des dizaines de milliers de prisonniers dans la p&#233;riode qui suivit. La capitulation fit au moins autant de victimes que n'en auraient fait la lutte et la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition du P.O.U.M. &#8211; et elle n'&#233;tait pas trotskyste n'avait que trop raison lorsqu'elle d&#233;clarait dans son bulletin du 29 mai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette retraite, ordonn&#233;e sans conditions, sans avoir obtenu le contr&#244;le de l'ordre public, sans la garantie des patrouilles ouvri&#232;res, sans organes concrets du front uni des travailleurs, sans explications satisfaisantes &#224; la classe ouvri&#232;re, mettant tous les &#233;l&#233;ments en lutte (r&#233;volutionnaires ou contre-r&#233;volutionnaires) dans le m&#234;me sac, constitue l'une des plus grandes capitulation et trahison du mouvement ouvrier.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de fer de la politique est inexorable. Un cours erron&#233; entra&#238;ne ses partisans dans des gouffres insoup&#231;onnables. La direction anarchiste, d&#233;termin&#233;e &#224; poursuivre sa politique de collaboration avec l'Etat bourgeois &#8211; il semble pourtant que ces hommes d&#233;fiaient hier encore la monarchie au risque de leur vie &#8211; sacrifiait la vie et l'avenir de ses partisans de la mani&#232;re la plus l&#226;che. S'agrippant aux basques de la C.N.T., les dirigeants du P.O.U.M. chassaient les travailleurs des barricades en plein combat. Moins que tout autre, ils se seraient cru capables de tomber aussi bas une ann&#233;e auparavant. Des dirigeants qui ont trahi les travailleurs de telle fa&#231;on sont irr&#233;vocablement perdus pour le mouvement r&#233;volutionnaire. Ils ne peuvent pas revenir en arri&#232;re, admettre leur terrible complicit&#233;. Ils sont &#233;galement pitoyables, car, au lendemain de leur trahison, la bourgeoisie renforc&#233;e se dispensera de leurs services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons aux partisans du P.O.U.M. un autre point sur lequel leur comparaison avec P&#233;tersbourg en juillet, 1917 ne tient pas. L'&#233;chec de la &#034; manifestation arm&#233;e &#034; fut suivi d'une chasse sauvage aux bolcheviks. Trotsky fut emprisonn&#233;, L&#233;nine et Zinoniev durent se cacher, les journaux bolcheviques furent interdits. On cria &#034; les bolcheviks sont des agents de l'Allemagne &#034;. Toutefois, en quatre mois, les bolcheviks en arriv&#232;rent &#224; la r&#233;volution d'Octobre. J'&#233;cris six mois apr&#232;s les journ&#233;es de mai, et le P.O.U.M. est toujours &#233;cras&#233;, mort. L'analogie ne tient pas sur ce point parce que telle est la diff&#233;rence : les bolcheviks s'&#233;taient mis courageusement &#224; la t&#234;te du mouvement de Juillet, et ils &#233;taient devenus de ce fait la chair et le sang des masses, tandis que le P.O.U.M. leur tourna le dos, et, en retour, elles ne virent pas l'urgence de le sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La question &#233;pineuse de la justification de la reprise par les arm&#233;es de la Telefonica fut &#034; r&#233;solue &#034; dans la presse stalinienne par quatre explications diff&#233;rentes, au moins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 &#8211; &#034; Salas envoya la police r&#233;publicaine arm&#233;e pour y d&#233;sarmer les employ&#233;s, dont la plupart &#233;taient membres des syndicats de la C.N.T. Pendant tr&#232;s longtemps, le service t&#233;l&#233;phonique avait &#233;t&#233; dirig&#233; d'une mani&#232;re qui appelait les critiques les plus graves, et il &#233;tait imp&#233;ratif pour toute la conduite de la guerre que l'on rem&#233;die aux d&#233;fauts du service. &#034; (Le Daily Worker de Londres, 11 mai.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &#8211; La police &#034; occupa le central t&#233;l&#233;phonique. Ce faisant, la police n'entendait en aucune mani&#232;re porter atteinte aux droits des travailleurs garantis par la loi (comme l'ont pr&#233;tendu par la suite les provocateurs trotskystes). Ce que la police voulait, c'&#233;tait mettre toutes les connections t&#233;l&#233;phoniques sous le contr&#244;le imm&#233;diat du gouvernement. &#034; (Imprecorr, 22 mai.) Toutefois, ce qui &#233;tait &#034; garanti par la loi &#034;, c'&#233;tait le contr&#244;le ouvrier, sanctionn&#233; par le d&#233;cret de collectivisation du 24 octobre 1936 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &#8211; Une semaine plus tard, ce fut une nouvelle histoire , &#034; Le camarade Salas se rendit &#224; la Telefonica qui avait &#233;t&#233; occup&#233;e la nuit pr&#233;c&#233;dente par cinquante membres du P.O.U.M. et plusieurs &#233;l&#233;ments incontr&#244;lables. Les gardes p&#233;n&#233;tr&#232;rent par la force dans l'immeuble et chass&#232;rent ses occupants. L'affaire fut rapidement r&#233;gl&#233;e. Surpris par la rapidit&#233; de mouvement du gouvernement, les cinquante individus quitt&#232;rent le b&#226;timent et le central t&#233;l&#233;phonique fut &#224; nouveau ( ! )) aux mains du gouveriieinent. &#034; (Inprecorr, 29 mai.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &#8211; La version finale fut publi&#233;e par la section catalane du Komintern comme l'histoire rapport&#233;e par Salas : &#034; Tout d'abord, il n'y eut pas d'occupation de la Telefonica, pas plus qu'il ne fut question de l'occuper. Je re&#231;us un ordre sign&#233; de Ayguade, ministre de l'Ordre public, selon lequel un d&#233;l&#233;gu&#233; du gouvernement devait y &#234;tre install&#233;, et j'avais la responsabilit&#233; de veiller &#224; ce qu'il le soit. Dans ce but, nous p&#233;n&#233;tr&#226;mes dans le central t&#233;l&#233;phonique, le capitaine Menendez et moi, avec une escorte personnelle de quatre hommes. J'expliquai mon affaire et j'&#233;mis le souhait de parler avec un membre responsable du comit&#233;. On nous dit qu'il n'y en avait pas dans l'immeuble. Nous attend&#238;mes toutefois en bas de l'escalier pendant qu'ils allaient voir. Deux minutes plus tard, quelques individus commenc&#232;rent &#224; nous tirer dessus du haut des escaliers. Aucun de nous ne fut touch&#233;. Je t&#233;l&#233;phonai imm&#233;diatement aux gardes de venir, non pour occuper l'immeuble dans lequel nous &#233;tions d&#233;j&#224;, mais pour l'entourer d'un cordon et emp&#234;cher quiconque d'entrer [...] Eroles [fonctionnaire anarchiste de la police] et moi sommes mont&#233;s au sommet de l'immeuble, o&#249; ils &#233;taient install&#233;s avec une mitrailleuse, des grenades &#224; main et des fusils. Nous sommes mont&#233;s ensemble sans escorte et sans arme. Au sommet, j'ai expliqu&#233; le but de ma visite. Ils sont descendus. Le d&#233;l&#233;gu&#233; fut install&#233; selon les ordres. Les forces ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es. Il n'y eut ni heurts ni arrestations. &#034; Le t&#233;moignage de la C.N.T. stigmatise cette histoire comme un mensonge. Salas commen&#231;a par d&#233;sarmer les gardes et contraindre les travailleurs du t&#233;l&#233;phone &#224; lever les mains. Les gardes des &#233;tages sup&#233;rieurs ne sortirent que le jour suivant, apr&#232;s un accord selon lequel les deux parties devaient &#233;vacuer les lieux &#8211; accord promptement viol&#233; par le gouvernement. Les quatre versions staliniennes diff&#233;rentes attestent la difficult&#233; de camoufler la simple v&#233;rit&#233; ; ils voulaient la fin du contr&#244;le ouvrier sur la Telefonica et ils l'ont obtenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] M&#234;me le dirigeant de l ' I.L.P., Fermer Brockway, toujours &#224;la droite du P.O.U.M., conc&#232;de dans ce cas que &#034; pendant deux jours les travailleurs domin&#232;rent la situation. Une action audacieuse et unie des dirigeants de la C.N.T. aurait renvers&#233; le gouvernement &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Partisans fran&#231;ais de Marceau Pivert, dirigeant du Parti socialiste ouvrier et paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L&#233;on Trotsky, la R&#233;volution espagnole (1930-1940), les Editions de Minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Un dirigeant anarchiste bien connu m'a dit &#034; Vous, trotskystes, vous &#234;tes des utopistes encore pires que nous ne l'avons jamais &#233;t&#233;. Le Maroc est aux mains de Franco, dirig&#233; d'une main de fer. Notre d&#233;claration d'ind&#233;pendance du Maroc serait sans effet. &#034; Je lui ai rappel&#233; que la d&#233;claration d'&#233;mancipation des esclaves de Lincoln avait &#233;t&#233; publi&#233;e alors que la Conf&#233;d&#233;ration tenait toujours le Sud. Les marxistes au moins devraient savoir que Marx et Engels donn&#232;rent &#224; cet acte politique un poids &#233;norme dans la d&#233;faite du Sud. Un autre anarchiste disait : &#034; Nos paysans ont d&#233;j&#224; pris beaucoup de terres, et cependant cela n'a eu aucun impact sur les paysans domin&#233;s par Franco. &#034; A force de questions, il admit toutefois que les paysans craignaient que le gouvernement ne tente de reprendre la terre apr&#232;s la guerre. En Russie aussi, les paysans s'empar&#232;rent de beaucoup de terres en novembre 1917. Toutefois, ils la cultiv&#232;rent maussadement et craintivement. Le d&#233;cret sovi&#233;tique de nationalisation des terres eut un effet psychologique sur les paysans, et en fit dans leur grande maiorit&#233; des partisans du r&#233;gime sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Discours de Paris, l'Espagne et le monde (anarchiste), 2 juillet 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Fermer Brockway, secr&#233;taire de l'I.L.P. (Parti ind&#233;pendant du travail), la V&#233;rit&#233; sur Barcelone, Londres 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La politique militaire du gouvernement est analys&#233;e en d&#233;tail dans les chapitres XV et XVI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Pour les t&#233;moignages critiques des &#233;v&#233;nements des jours suivants, je suis redevable &#224; deux camarades am&#233;ricains, Lois et Charles Orr (ce dernier &#233;tait l'&#233;diteur de Spanish Revolution, journal du P.O.U.M. de langue anglaise), et au rapport long et document&#233; des bolcheviks-l&#233;ninistes espagnols paru dans la Lutte ouvri&#232;re du 10 juin 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le bulletin du P.O.U.M. en langue anglaise (cf. note 29) du 19 mai 1937 dit &#034; Pris dans les r&#234;nes du gouvernement, [la C.N.T.] tenta de m&#233;nager les deux c&#244;t&#233;s par une &#034; union &#034; des opposants [...] L'attitude de la C.N.T. ne manqua pas de provoquer des r&#233;sistances et des protestations. Le groupe des Amis de Durruti fit &#233;merger la volont&#233; des masses de la C.N.T., mais il ne fut pas capable d'en prendre la direction [ ] Les travailleurs, profond&#233;ment &#233;prouv&#233;s par la capitulation de leur f&#233;d&#233;ration syndicale, regardent ailleurs pour trouver une nouvelle direction. Le P.O.U.M. devrait la leur fournir. &#034;Ces lignes radicales n'&#233;taient destin&#233;es qu'&#224; l'exportation. Rien de tel ne parut dans la presse r&#233;guli&#232;re du P.O.U.M. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale Spanish Revolution a donn&#233; aux lecteurs anglais qui ne pouvaient pas suivre sa presse espagnole une image d&#233;form&#233;e de la conduite du P.O.U.M. : ce fut sa &#034; face gauche &#034;. Ceci dit sans aucune volont&#233; de mettre en doute l'int&#233;grit&#233; r&#233;volutionnaire du camarade Charles Orr, son &#233;diteur, qui ne peut gu&#232;re &#234;tre tenu pour responsable de la disparit&#233; existant entre le bulletin anglais et la volumineuse presse du P.O.U.M. en espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ils ne rapport&#232;rent l'&#233;v&#233;nement que dans Solidaridad obrera des 15 et 16 mai.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La commune de Narbonne de 1871</title>
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		<dc:date>2026-05-05T04:19:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La commune de Narbonne (1871) &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'importance de la Commune de Paris de 1871 ne peut &#234;tre diminu&#233;e, celle-ci ayant repr&#233;sent&#233; l'alternative au pouvoir central &#233;tatique de la bourgeoisie, celle des communes de province ne doit pas non plus &#234;tre diminu&#233;, et elles montrent que les villes de France connaissaient une transformation r&#233;volutionnaire elles aussi. Les r&#233;volutions de Marseille et de Lyon sont les premi&#232;res &#224; donner naissance &#224; &#171; des communes r&#233;volutionnaires &#187;, respectivement le 8 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La commune de Narbonne (1871)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'importance de la Commune de Paris de 1871 ne peut &#234;tre diminu&#233;e, celle-ci ayant repr&#233;sent&#233; l'alternative au pouvoir central &#233;tatique de la bourgeoisie, celle des communes de province ne doit pas non plus &#234;tre diminu&#233;, et elles montrent que les villes de France connaissaient une transformation r&#233;volutionnaire elles aussi. Les r&#233;volutions de Marseille et de Lyon sont les premi&#232;res &#224; donner naissance &#224; &#171; des communes r&#233;volutionnaires &#187;, respectivement le 8 ao&#251;t 1870 et le 13 ao&#251;t 1870 (alors que la Commune de Paris n'est proclam&#233;e que le 28 mars 1871). Mais ce ne sont pas des cas isol&#233;s. La m&#234;me r&#233;volution a lieu au Creusot, &#224; Montpellier, &#224; Perpignan, &#224; Narbonne, &#224; Brest, &#224; Nimes, &#224; Saint-Etienne, &#224; Limoges&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commune de Narbonne a de nombreux points commun, par son radicalisme social et politique, avec celle de Paris...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commune insurrectionnelle et prol&#233;tarienne, ce n'est pas seulement la Commune de Paris de 1871, il y en a eu bien d'autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7366&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7366&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune n'a pas commenc&#233; &#224; Paris en 1871 mais &#224; Marseille et Lyon en ao&#251;t-septembre 1870 ! Ou les contreperformances de Bakounine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3275&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3275&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16571 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.org/IMG/jpg/proclamation-au-peuple-de-narbonne_1871z.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH810/proclamation-au-peuple-de-narbonne_1871z-67d42.jpg?1779680507' width='500' height='810' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Proclamation : &#8220;Peuple de Narbonne !&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Proclamation-au-Peuple-de-Narbonne_1871.jpg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Proclamation-au-Peuple-de-Narbonne_1871.jpg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le 18 mars marque l'anniversaire de la Commune de Paris en 1871, ce mouvement r&#233;volutionnaire inspira d'autres villes fran&#231;aises, dont celle de Narbonne, ma ville natale, 17 000 habitants &#224; l'&#233;poque, dans le d&#233;partement de l'Aude, le 24 mars de cette m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Louis-Napol&#233;on Bonaparte, pr&#233;sident de la R&#233;publique, par son coup d'&#233;tat du 2 d&#233;cembre 1851, viole la Constitution et r&#233;tablit l'Empire h&#233;r&#233;ditaire, 32 d&#233;partements sont mis en &#233;tat de si&#232;ge par le nouveau pouvoir, dont celui de l'Aude. Et lors du dernier pl&#233;biscite intent&#233; par Napol&#233;on III, la ville de Narbonne vote NON par 1 917 voix contre 1 494 OUI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ville, existent deux clubs qui structurent la vie politique : Celui de l'Union, conservateur, qui rallie le Second Empire, puis la IIIe R&#233;publique d'Adolphe Thiers et celui de Lamourguier, r&#233;publicain, qui si&#232;ge dans l'ancienne &#233;glise d&#233;saffect&#233;e du m&#234;me nom. En janvier 1871, la majorit&#233; des membres se constitue en Club de la R&#233;volution. Baptiste Limouzy en est alors &#233;lu pr&#233;sident et d&#233;clare : &#034;pour arriver &#224; la R&#233;publique, il faut passer par la R&#233;volution&#034;, le 22 janvier 1871. C'est au club de la R&#233;volution qu'Emile Digeon, journaliste &#224; La Fraternit&#233; de Carcassonne, invit&#233; le 12 mars devant une salle comble, lance un appel aux armes pour la d&#233;fense de la R&#233;publique et demande d'arborer le drapeau rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la nouvelle de l'insurrection parisienne du 18 mars 1871, le club de la R&#233;volution tente d&#232;s le 20 mars d'engager la municipalit&#233; narbonnaise dans le mouvement. Mais le conseil municipal, majoritairement favorable au gouvernement de Thiers r&#233;fugi&#233; &#224; Versailles, refuse de s'inscrire dans l'adresse du club de la R&#233;volution qui se termine ainsi : &#034;les soussign&#233;s d&#233;clarent ne plus reconna&#238;tre le gouvernement de Versailles et viennent demander aux conseillers municipaux de Narbonne d'avoir &#224; se prononcer et &#224; informer leurs concitoyens s'ils sont pr&#234;ts &#224; ob&#233;ir au gouvernement de Paris ou &#224; celui de Versailles&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des Narbonnais s'arment, envahissent la place de l'h&#244;tel de ville en criant &#034;Vive la Commune !&#034; et occupent la mairie. Emile Digeon se pr&#233;sente au balcon et proclame la &#034;constitution de la Commune centrale de l'arrondissement de Narbonne, avec union &#224; celle de Paris&#034;. Il en est le &#034;chef provisoire&#034;, et Baptiste Limouzy le pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Narbonne renferme 1 500 soldats du 52e r&#233;giment de ligne. Plus de 200 sont envoy&#233;s &#224; l'h&#244;tel de ville pour en d&#233;loger les communards. Mais voil&#224; qu'ils fraternisent avec ces derniers. Le commandant du 52e de ligne barricade alors le restant de ses hommes dans sa caserne pour &#233;viter la contamination r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La garnison ainsi neutralis&#233;e, les communards occupent la sous-pr&#233;fecture, la gare et le service du t&#233;l&#233;graphe. Ils prennent la communication au s&#233;rieux, pr&#233;parant des t&#233;l&#233;grammes, recevant des d&#233;l&#233;gu&#233;s pour porter la Commune &#224; l'ext&#233;rieur, pr&#233;voyant m&#234;me une exp&#233;dition arm&#233;e sur B&#233;ziers le 29 mars. Pourtant, ils &#233;chouent. Les environs sont tenus par les grands propri&#233;taires viticoles. La tentatives de soul&#232;vement synchronis&#233;e &#224; Perpignan, pr&#233;fecture des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales voisines, est un &#233;chec. La Commune de Toulouse ne tient que du 24 au 25 mars. Les grandes villes voisines (Carcassonne, B&#233;ziers ou S&#232;te) suivent le gouvernement versaillais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci envoie la troupe sur Narbonne dont notamment un r&#233;giment de Turcos, des tirailleurs alg&#233;riens. La fusillade est assassine : 3 Narbonnais tu&#233;s et de nombreux bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Versaillais occupent et quadrillent militairement Narbonne Des mandats d'arr&#234;t sont lanc&#233;s. Les citoyens impliqu&#233;s sont emprisonn&#233;s. Ceux qui ont r&#233;ussi &#224; s'enfuir, dont Baptiste Limouzy, sont condamn&#233;s &#224; la d&#233;tention &#224; perp&#233;tuit&#233; et contraints &#224; demeurer exil&#233;s. Plus de 200 soldats communards sont aussi arr&#234;t&#233;s. La majorit&#233; est mut&#233;e dans des bataillons disciplinaires. 19 sont condamn&#233;s &#224; morts, puis graci&#233;s et envoy&#233;s en d&#233;portation en Nouvelle-Cal&#233;donie. Cach&#233;, Emile Digeon se rend pour &#233;viter &#224; la ville d'autres exactions militaires et est incarc&#233;r&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 novembre 1871, les prisonniers sont conduits au palais de justice de Rodez. Ils sont accus&#233;s d'avoir, du 24 au 31 mars 1871, fait partie d'une bande arm&#233;e, &#034;laquelle a ex&#233;cut&#233; un attentat ayant pour but de d&#233;truire ou de changer le gouvernement, et d'exciter &#224; la guerre civile, en portant les citoyens ou les habitants &#224; s'armer les uns contre les autres&#8230; &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pr&#233;sident du tribunal qui conteste &#224; Emile Digeon le droit &#224; l'insurrection, le pr&#233;venu riposte : &#034;Personne ne d&#233;teste plus que moi la guerre civile. Mais il est une chose que je d&#233;teste plus que la guerre civile, c'est la tyrannie. &#187; Le pr&#233;sident lui reproche alors d'avoir arbor&#233; le drapeau rouge. Il r&#233;pond : &#034;Le drapeau rouge est mon drapeau depuis que le drapeau tricolore a &#233;t&#233; souill&#233; &#224; Sedan.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malade et oubli&#233;, &#201;mile Digeon meurt le 24 mars 1894, jour anniversaire de la proclamation de la Commune de Narbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au bout, il avait mis en garde les travailleurs contre tous ceux qui flattent le peuple pour mieux le duper : &#034;(&#8230;) Au point de vue social, je regarde comme nuisibles &#224; l'humanit&#233; tous les individus qui aspirent &#224; gouverner les autres, sous une forme quelconque et surtout ceux qui causent la mis&#232;re des travailleurs en accaparant les richesses que ces derniers produisent (&#8230;)&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.le-blog-de-roger-colombier.com/2021/03/le-24-mars-1871-vive-la-commune-de-narbonne.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.le-blog-de-roger-colombier.com/2021/03/le-24-mars-1871-vive-la-commune-de-narbonne.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16572 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.matierevolution.org/IMG/jpg/image_0618370_20210323_ob_e93335_image.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.matierevolution.org/local/cache-vignettes/L500xH282/image_0618370_20210323_ob_e93335_image-b3787.jpg?1779680507' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lire le r&#233;cit de la r&#233;volution, de la commune et de la repression &#224; Narbonne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Commune_de_Narbonne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Commune_de_Narbonne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/dossier-thematique/les-communes-en-province/597-emile-digeon-et-la-commune-de-narbonne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/dossier-thematique/les-communes-en-province/597-emile-digeon-et-la-commune-de-narbonne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pupvd/3869?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pupvd/3869?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pupvd/3870&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pupvd/3870&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pupvd/3871?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pupvd/3871?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pupvd/3872&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pupvd/3872&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.senat.fr/leg/ppr16-275.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.senat.fr/leg/ppr16-275.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lindependant.fr/2024/04/11/narbonne-une-commemoration-en-souvenir-de-la-commune-de-narbonne-de-1871-toujours-vivante-11885143.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lindependant.fr/2024/04/11/narbonne-une-commemoration-en-souvenir-de-la-commune-de-narbonne-de-1871-toujours-vivante-11885143.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.commune1871.org/nos-actualites/vie-de-l-association/2022/1536-notre-voyage-sur-les-traces-de-la-commune-de-narbonne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.commune1871.org/nos-actualites/vie-de-l-association/2022/1536-notre-voyage-sur-les-traces-de-la-commune-de-narbonne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.midilibre.fr/2015/08/01/expansion-ratee,1197633.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.midilibre.fr/2015/08/01/expansion-ratee,1197633.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article24608&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article24608&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article51435&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article51435&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article9316&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article9316&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article60902&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article60902&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article182633&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article182633&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article51609&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article51609&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article67042&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article67042&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article56247&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article56247&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article87562&amp;id_mot=23&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article87562&amp;id_mot=23&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le souvenir de la commune par un de ses massacreurs :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310718c&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310718c&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Commune de Paris de 1871 - Lettres et t&#233;moignages de communards</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8923</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.matierevolution.org/spip.php?article8923</guid>
		<dc:date>2026-05-02T22:45:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Commune de Paris de 1871 - Lettres et t&#233;moignages de communards &lt;br class='autobr' /&gt;
1871, dans une ville, c'est bien vieux et bien petit pour en faire une r&#233;f&#233;rence historique et mondiale et pourtant&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand une avanc&#233;e historique va loin, elle peut influencer le monde &#224; longue distance de temps et d'espace... &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.org/spip.php?article4296 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.org/spip.php?article2143 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.org/spip.php?article3314 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, Auto-organisation, Comit&#233;s, Conseils ouvriers, Coordinations, Assembl&#233;es interprofessionnelles, Soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Commune de Paris de 1871 -
Lettres et t&#233;moignages de communards&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1871, dans une ville, c'est bien vieux et bien petit pour en faire une r&#233;f&#233;rence historique et mondiale et pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une avanc&#233;e historique va loin, elle peut influencer le monde &#224; longue distance de temps et d'espace...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4296&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4296&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3314&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3314&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2091&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2091&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k53276861.r=narbonne%201871?rk=386268;0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k53276861.r=narbonne%201871?rk=386268;0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97623796&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97623796&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36518g/f4.item&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36518g/f4.item&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10732741&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10732741&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8539374&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8539374&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/html/und/histoire/temoignages-de-communards?mode=desktop&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/html/und/histoire/temoignages-de-communards?mode=desktop&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9942225.r=guerre%20civile%20en%20france%20marx?rk=171674;4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9942225.r=guerre%20civile%20en%20france%20marx?rk=171674;4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k718167.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=21459;2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k718167.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=21459;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53325148.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=21459;2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53325148.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=21459;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332513w/f21.item.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332513w/f21.item.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53339032.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=85837;2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53339032.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=85837;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332512h.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=107296;4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332512h.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=107296;4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332446r.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=171674;4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332446r.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=171674;4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53327514.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=214593;2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53327514.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=214593;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332508f.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=193134;0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332508f.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=193134;0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53325114.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=128756;0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t53325114.r=vuillaume%20mes%20cahiers%20rouges?rk=128756;0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332497v.r=t%C3%A9moignages%20communards?rk=85837;2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5332497v.r=t%C3%A9moignages%20communards?rk=85837;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6152&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6152&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7085&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7085&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7152&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7152&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6965&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6965&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8231&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8231&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4754&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4754&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1873/06/18730600.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1873/06/18730600.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3140&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3140&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5586&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3747&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3747&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2910&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2910&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4251&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4251&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4414&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4414&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2982&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2982&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2909&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2909&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article667&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article667&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5627&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5627&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quand Boukharine expliquait que Trotsky &#233;tait le tribun brillant et courageux du soul&#232;vement, l'ap&#244;tre infatigable et enflamm&#233; de la R&#233;volution </title>
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		<dc:date>2026-02-23T23:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De la dictature de l'imp&#233;rialisme &#224; la dictature du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
(extrait de La lutte des classes et la R&#233;volution en Russie) &lt;br class='autobr' /&gt;
1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
N.I. Boukharine &lt;br class='autobr' /&gt;
A la glorieuse m&#233;moire des ouvriers et soldats de Moscou fusill&#233;s par les assassins bourgeois dans les grandes journ&#233;es d'octobre. &lt;br class='autobr' /&gt; La contre-r&#233;volution se h&#226;te trop de f&#234;ter sa victoire. Les balles ne nourrissent pas les affam&#233;s. La cravache des cosaques ne s&#232;che pas les larmes des m&#232;res et des &#233;pouses. Ni les cha&#238;nes, ni les n&#339;uds (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la dictature de l'imp&#233;rialisme &#224; la dictature du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(extrait de La lutte des classes et la R&#233;volution en Russie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N.I. Boukharine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la glorieuse m&#233;moire des ouvriers et soldats de Moscou fusill&#233;s par les assassins bourgeois dans les grandes journ&#233;es d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La contre-r&#233;volution se h&#226;te trop de f&#234;ter sa victoire. Les balles ne nourrissent pas les affam&#233;s. La cravache des cosaques ne s&#232;che pas les larmes des m&#232;res et des &#233;pouses. Ni les cha&#238;nes, ni les n&#339;uds coulants n'&#233;puisent la mer des souffrances. La ba&#239;onnette ne calme pas les peuples. Les ordres des g&#233;n&#233;raux n'arr&#234;tent pas la d&#233;b&#226;cle de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait le manifeste des bolch&#233;viki de juillet, publi&#233; le 12 ao&#251;t, le jour de la convocation de la Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'&#233;tait pas pass&#233; trois mois depuis la victoire de la clique imp&#233;rialiste, o&#249; les galons des g&#233;n&#233;raux et les coffres-forts incombustibles des banquiers &#233;taient devenus le symbole du gouvernement russe de pair avec la pique cosaque et les tribunaux &#171; &#224; tir rapide &#187;, lorsqu'un bond dialectique de l'histoire renversa compl&#232;tement l'ancien rapport du &#171; peuple &#187; au pouvoir. Dans l'incendie d'une affreuse guerre civile, le front imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; enfonc&#233; par la pouss&#233;e vigoureuse de la masse des ouvriers et des soldats. La &#171; poign&#233;e d'espions allemands &#187;, comme les bourgeois haineux appelaient les chefs du prol&#233;tariat, a &#233;t&#233; port&#233;e par la vague r&#233;volutionnaire au sommet de l'appareil nouveau du pouvoir des Soviets. La dictature de l'imp&#233;rialisme s'est chang&#233;e en dictature du prol&#233;tariat et des soldats-paysans, qui ont saisis leurs ennemis de classe dans leurs mains de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on la r&#233;volution russe a pass&#233; &#224; une phase nouvelle, la phase de la r&#233;volution socialiste. Les millions d'hommes dont se composent les classes laborieuses sont entr&#233;s en mouvement ; par leur soul&#232;vement victorieux, ils ont provoqu&#233; en m&#234;me temps une incroyable exasp&#233;ration de la part de toutes les couches de la soci&#233;t&#233;, li&#233;es au capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute du r&#233;gime imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par toute l'histoire pr&#233;c&#233;dente de la r&#233;volution. Mais cette chute et la victoire du prol&#233;tariat appuy&#233; par le peuple pauvre des campagnes, victoire qui a ouvert des horizons inappr&#233;ciables &#224; l'univers entier, n'est pas encore le commencement d'une &#233;poque organique. La r&#233;sistance de la bourgeoisie est seulement transport&#233;e dans d'autres centres et un autre milieu, et le pouvoir prol&#233;tario-paysan est plac&#233; devant la n&#233;cessit&#233; de briser cette r&#233;sistance &#224; quelque prix que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital international qui &#224; tous les carrefours lance l'anath&#232;me sur &#171; la grande &#233;meute &#187; des ouvriers et des soldats, soutient par tous les moyens la lutte arm&#233;e de la contre-r&#233;volution et la &#171; sape lente &#187; des intellectuels et de leurs protecteurs par patriotisme. Et devant le prol&#233;tariat se pose, plus aigu que jamais, le probl&#232;me de la r&#233;volution internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les hommes ne se posent que des probl&#232;mes qu'ils peuvent r&#233;soudre. Tout l'ensemble des rapports qui se sont form&#233;s en Europe, m&#232;ne &#224; cette fin in&#233;vitable. Ainsi la r&#233;volution permanente en Russie se transforme en r&#233;volution europ&#233;enne du prol&#233;tariat, arm&#233; par ce m&#234;me &#201;tat imp&#233;rialiste sur la t&#234;te duquel il l&#232;ve d&#233;j&#224; le couteau luisant de la guillotine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le minist&#232;re &#171; ind&#233;pendant &#187;. &#8212; La Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de la contre-r&#233;volution lors des journ&#233;es de juillet a abouti &#224; un minist&#232;re form&#233; de ministres ne &#171; d&#233;pendant de personne, que de leur conscience &#187;, c'est-&#224;- dire tout simplement d&#233;pendant compl&#232;tement du capital. L'organe officiel de Milioukov, Retch, l'a d&#233;clar&#233; urbi et orbi : &#171; Les exigences des cadets &#8212; &#233;crivait ce journal &#8212; ont certainement &#233;t&#233; pos&#233;es &#224; la base de l'activit&#233; du gouvernement tout entier... C'est justement pour cela, puisque les exigences fondamentales des cadets ont &#233;t&#233; accept&#233;es, que le parti n'a pas cru possible de poursuivre la discussion pour des diff&#233;renciations sp&#233;cifiques de parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la forme o&#249; s'est moul&#233;e la victoire effective de la contre-r&#233;volution ne fut pas une forme de gouvernement purement cadet, mais l'instauration du r&#233;gime bonapartiste de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de juillet, qui constitu&#232;rent un moment critique de la lutte r&#233;volutionnaire, ont &#233;t&#233; en fait un demi-soul&#232;vement contre la bourgeoisie. La masse des ouvriers et des soldats, pouss&#233;e par la politique du gouvernement, est sortie dans la rue, mais elle n'&#233;tait pas capable alors d'une action d&#233;cisive. Le parti prol&#233;tarien, qui d&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque, avait conquis les sympathies des ouvriers et des soldats p&#233;tersbourgeois, comprenant toute la complexit&#233; de la situation et le caract&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233; du soul&#232;vement, se pronon&#231;ait contre l'action. Cette derni&#232;re a pris ainsi le caract&#232;re ind&#233;cis d'une d&#233;monstration &#224; demi-pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'action de juillet fut un demi-soul&#232;vement, en revanche la victoire de la contre-r&#233;volution a &#233;t&#233; dans une certaine mesure aussi une demi-victoire. Les ultra-imp&#233;rialistes ne purent organiser la boucherie, malgr&#233; tous leurs efforts. L'offensive de la contre-r&#233;volution commen&#231;a sur le front entier. Mais les forces du patriotisme de clinquant des fabricants et des manufacturiers, malgr&#233; la protection des cravaches cosaques, des mitrailleuses, du contre-espionnage et de l'appareil judiciaire tsariste, n'en furent pas moins insuffisantes pour sucer d&#233;finitivement &#224; mort le prol&#233;tariat et la garnison. La contre-r&#233;volution n'&#233;tait pas encore assez forte pour disperser les Soviets, alors que les Soviets &#233;taient d&#233;j&#224; trop faibles pour mener une contre-attaque d&#233;cisive et puissante : tra&#238;tres au prol&#233;tariat, le sceau de Ca&#239;n sur le front, ils souffraient maintenant eux-m&#234;mes sous le fardeau des suites de cette trahison. Ils s'&#233;taient transform&#233;s en un paravent, en une forme d&#233;corative derri&#232;re laquelle se cachait un contenu r&#233;actionnaire. Mais la d&#233;mocratie authentique &#8212; la d&#233;mocratie ouvri&#232;re en premier lieu &#8212; &#233;tait, elle aussi, hors d'&#233;tat de rejeter en arri&#232;re par un coup subit l'imp&#233;rialisme dont l'impudence croissait sans cesse : car elle &#233;tait, sinon compl&#232;tement en d&#233;route, du moins affaiblie et temporairement d&#233;sorganis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'&#233;tait cr&#233;&#233; cet &#233;quilibre relatif des forces sociales qui forma une base au bonapartisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bonapartisme est caract&#233;ris&#233; par le fait que des individus distincts acqui&#232;rent une importance hors de toute proportion avec leur r&#244;le r&#233;el. Ils ne poss&#232;dent pas de base sociale autonome comme appui. Mais c'est &#224; eux n&#233;anmoins qu'appartient le pouvoir dans l'&#201;tat. La personnalit&#233; du bonapartiste peut avoir de l'importance par elle-m&#234;me &#8230; tel fut Napol&#233;on Ier, tel fut C&#233;sar. Mais elle peut &#234;tre mis&#233;rable et m&#233;prisable par essence, telle la personnalit&#233; de Napol&#233;on III, ce &#171; passager sur le tr&#244;ne royal &#187;, ou telle encore celle de Kerensky. Dans l'un et l'autre cas cependant, le sens social du bonapartisme reste le m&#234;me : il exprime une forme cach&#233;e de la victoire de la contre-r&#233;volution, le dernier degr&#233; avant le pouvoir tout nu, d&#233;couvert, de la clique r&#233;actionnaire. Subjectivement, le bonapartiste s'imagine qu'il se tient entre les classes, utilisant pour soi la lutte des classes, &#171; tirant des bord&#233;es &#187; entre les classes. Objectivement, il n'est que l'instrument des classes poss&#233;dantes, qui l'utilisent. Dans ces conditions, ce qu'on appelle la lutte sur deux fronts est la lutte cach&#233;e du front contre la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement, le h&#233;ros du jeu bonapartiste est un ren&#233;gat. Il doit passer d'abord par un stage d&#233;mocratique donn&#233;, avant que d'&#234;tre re&#231;u dans les salons politiques des dominateurs du monde. Il lui faut l'aur&#233;ole du &#171; h&#233;ros populaire &#187;, du &#171; sauveur de la patrie &#187;. Il lui faut la popularit&#233; parmi les masses, les ovations et &#171; l'amour du peuple &#187;. Cela peut &#234;tre un aventurier au pass&#233; suspect, ou un r&#233;volutionnaire honn&#234;te dans le pass&#233;, se tournant vers un pr&#233;sent suspect ; cela peut &#234;tre un civil qui devient un militaire, cherchant &#224; se cr&#233;er une garde pr&#233;torienne, ou un militaire qui s'empare des affaires civiles ; cela peut &#234;tre un homme d'action, qui, par ses &#171; exploits &#187;, met en valeur son h&#233;ro&#239;sme, ou un h&#233;ros phraseur, un charlatan de la langue, laquelle se meut d'autant plus vite que plus grande est l'infirmit&#233; intellectuelle de son possesseur. Mais il faut absolument qu'il &#171; sauve &#187;. Le r&#244;le du lib&#233;rateur-messie, &#8212; voici l'&#233;tiquette professionnelle de tout bonaparte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que, lorsque le capital financier eut besoin d'un homme de paille, cet homme ait &#233;t&#233; Kerensky. Il renfermait en lui les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires pour que l'aristocratie de l'argent appos&#226;t bienveillamment sur ce &#171; d&#233;mocrate &#187; le sceau de son approbation et de sa reconnaissance. Dans le pass&#233; &#8212; r&#233;volutionnaire, mais pas des plus fermes ; h&#233;ros de la r&#233;volution du printemps avec ses &#233;lans sentimentaux et sa fraternisation des soldats-paysans avec l'agrarien Rodzianko ; cabotin et phraseur jusqu'&#224; la moelle des os, qui sait et pleurer et rire, et s'arracher tragiquement les cheveux et embrasser la terre &#8212; lorsque les circonstances l'exigent ; favori du grand public et aventurier qui promet ; sp&#233;cialiste de la prostitution de la r&#233;volution, qui abrite habilement le pillage imp&#233;rialiste sous le drapeau rouge ; poltron qui traite bravement ses adversaires politiques de poltrons ; membre du parti socialiste, qui en &#233;lude &#224; chaque pas les dispositions ; cr&#233;ature des &#171; organes pl&#233;nipotentiaires &#187;, qui au fond se moque de ces organes ; homme qui a sauv&#233; Nicolas II de la peine de mort, mais qui a introduit, pour des consid&#233;rations &#171; d&#233;mocratiques &#187;, la peine de mort pour les soldats ; partisan de la r&#233;volution, qui soufflette cette r&#233;volution &#224; la face ; ennemi de l'imp&#233;rialisme allemand, qui vend sous &#171; la sauce r&#233;volutionnaire &#187; le sang des soldats russes &#224; l'imp&#233;rialisme anglais, et qui, derri&#232;re les coulisses de la diplomatie secr&#232;te, rampe &#224; genoux devant le capital alli&#233; ; enfin, lib&#233;rateur jur&#233; de la patrie, qui ne prononce le nom de celle-ci qu'avec un enrouement plein de v&#233;n&#233;ration, magicien et enchanteur, qui par les attributs de la splendeur imp&#233;riale fait habilement apercevoir le chemin du salut, &#8212; n'&#233;tait-ce pas l&#224; le petit homme convenant aux industriels unifi&#233;s et aux gros bonnets des exploitations mini&#232;res, aux maraudeurs et aux sp&#233;culateurs, aux endosseurs des commandes de l'Etat et des gros dividendes, aux grands rentiers et aux agrariens, aux propri&#233;taires d'immeubles et aux cocottes, aux chevaliers de la Bourse et aux archev&#234;ques de l'Eglise orthodoxe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir bonapartiste de Kerensky devait servir de pont transitoire pour le sauvetage des b&#233;n&#233;fices capitalistes et de la rente fonci&#232;re hors des atteintes des ouvriers et des paysans. Entre le peuple et le bloc des grands propri&#233;taires, ce pouvoir a pris le r&#244;le d'un arbitre, d'un &#171; pouvoir omni-national &#187; qui &#233;tait cens&#233; se tenir au-dessus des classes, mais qui dans les replis des chancelleries de minist&#232;re, agiotait avec les ennemis d&#233;clar&#233;s du peuple. Les sommit&#233;s de la bancocratie pensaient d&#233;j&#224; parvenir &#224; l'&#233;tablissement de leur domination inexpugnable, en passant par le pont du r&#233;gime de Kerensky. Cependant, ils n'avaient pas escompt&#233; une circonstance, qui diff&#233;renciait essentiellement le fruit h&#226;tif du bonapartisme russe de ses mod&#232;les de l'Europe occidentale. A l'Occident, le bonapartisme poussait, alors que les probl&#232;mes pos&#233;s par la r&#233;volution &#233;taient d&#233;j&#224; r&#233;solus ; et le bonapartisme &#171; suo-modo &#187; de Kerensky cr&#251;t &#224; une p&#233;riode o&#249; presque tous les probl&#232;mes de la r&#233;volution attendaient d'&#234;tre r&#233;solus : les paysans commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; perdre patience, ne recevant pas la terre ; les ouvriers et toutes les couches pauvres souffraient cruellement de la d&#233;sorganisation ; toutes les classes inf&#233;rieures de la ville et de la campagne, avec la masse des soldats, avaient soif de paix. En un mot, les aspirations subjectives des larges masses du peuple, comme la situation objective des affaires, ne pouvaient &#234;tre r&#233;solues par les m&#233;thodes dont disposaient Kerensky avec le Milioukov-des-Dardanelles qui regardait derri&#232;re son dos. La faillite de cette politique &#233;tait in&#233;vitable, et elle arriva plus t&#244;t que l'on ne pouvait s'y attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement &#171; ind&#233;pendant &#187; proclama solennellement la paix civile, et, comme il sied &#224; des prostitu&#233;s de la r&#233;volution, d&#233;clara que &#171; toute l'invincible puissance de la r&#233;volution russe serait employ&#233;e au salut de la Russie et &#224; la restauration de son honneur souill&#233; par la l&#226;chet&#233; et par une honteuse poltronnerie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; salut de la Russie &#187; ces messieurs entendaient le service du capital. Par &#171; honteuse poltronnerie &#187;, &#8212; l'esprit r&#233;volutionnaire des soldats, qui en d&#233;pit de la peine de mort marchaient contre leurs bourreaux. Par &#171; puissance de la r&#233;volution &#187;, &#8212; les assauts furieux d'une bande de contre-r&#233;volutionnaires. Comment les dirigeants bourgeois n'auraient-ils pas employ&#233; comme troupes de couverture un &#171; pouvoir r&#233;volutionnaire &#187; aussi excellent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte contre la r&#233;volution sous le pavillon de la lutte avec la contre-r&#233;volution &#8212; telle &#233;tait l'essence de la politique du gouvernement &#171; ind&#233;pendant &#187;. La presse bourgeoise, avec ses mercenaires hautement qualifi&#233;s, pr&#234;chait sur tous les tons, de pair avec la th&#233;orie de l'espionnage, la th&#233;orie de la &#171; contre-r&#233;volution de gauche &#187;, encourageant avec bienveillance &#8212; et quelquefois m&#234;me les grondant un peu &#8212; les adroits serviteurs des appartements minist&#233;riels. &#171; La contre-r&#233;volution &#8212; &#233;crivait le journal des millionnaires moscovites, le Roussko&#239;e Slowo, &#8212; est venue de nos jours, non du c&#244;t&#233; dont on l'attendait selon la th&#233;orie et l'habitude, non de droite, mais de gauche, non des bourgeois, mais de la part de l'extr&#234;me aile gauche de la r&#233;volution russe &#187; (Roussko&#239;e Slowo du 6/19 VIII 1917). Et pour cette raison, vive la lutte avec la &#171; contre-r&#233;volution &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la directive que donnaient au gouvernement ind&#233;pendant les dirigeants de la banque, de la bourse et des syndicats. Au Congr&#232;s du commerce et de l'industrie de Moscou, le millionnaire et le m&#233;c&#232;ne bien connu Riabouchinsky mit ouvertement en avant un programme cynique pour l'&#233;tranglement criminel de la r&#233;volution, la dissolution des Soviets, le blocus de la classe ouvri&#232;re par la faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre Gouvernement Provisoire &#8212; a d&#233;clar&#233; Riabouchinsky &#8212; se trouvait sous l'influence de personnes &#233;trang&#232;res. En fait, nous &#233;tions domin&#233;s par une poign&#233;e de charlatans... Le pouvoir ne favorise pas les classes commer&#231;antes et industrielles... Il est n&#233;cessaire que l'Etat se place un tant soit peu (!) au point de vue de la classe commer&#231;ante et industrielle. Le gouvernement doit &#234;tre bourgeois par ses pens&#233;es et bourgeois par ses actions... Il est possible que pour sortir de cette situation, il soit n&#233;cessaire de faire appel au bras d&#233;charn&#233; de la faim, &#224; une mis&#232;re du peuple qui saisisse &#224; la gorge les faux amis du peuple, les Soviets et les comit&#233;s d&#233;mocratiques &#187;. Les applaudissements furieux des gros porte-monnaies couvrirent ce discours v&#233;ritablement cannibale. Et c'est dans ce discours que le gouvernement du bonapartiste puisait d&#233;j&#224; son inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si durant la p&#233;riode des &#171; gouvernements d&#233;pendants &#187; la bourgeoisie financi&#232;re et capitaliste avait eu recours au sabotage organis&#233;, en cet instant, alors que l'appareil de l'Etat &#233;tait en fait tomb&#233; entre ses mains &#224; elle, elle d&#233;cida, par des coups simultan&#233;s dans le domaine politique comme dans le domaine &#233;conomique, de s'assurer la consolidation de sa victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en juillet avait eu lieu le Congr&#232;s des treize organisations d'entreprises les plus importantes avec, en t&#234;te, le Conseil des Congr&#232;s des Banques par Actions, rois du naphte et du sucre, barons de la houille et marchands de bois, &#171; as &#187; des chemins de fer et monopolisateurs du cuir, empereurs de la m&#233;tallurgie et fabricants de papier, &#8212; tous ils en vinrent &#224; la conclusion unanime, qu'une union panrusse du capital &#233;tait n&#233;cessaire. Ainsi surgit le &#171; Comit&#233; Principal de l'Industrie Unifi&#233;e &#187;, alias &#171; Comit&#233; de D&#233;fense de l'Industrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; D&#233;fense de l'Industrie &#187;, apr&#232;s plus ample examen, se r&#233;duisait &#224; l'attaque contre les ouvriers. Apr&#232;s la d&#233;faite du parti prol&#233;tarien en juillet, le grand capital se d&#233;lectait d&#233;j&#224; d'avance de la restauration de l'autocratie dans les fabriques ci les usines, o&#249; les organisations des ouvriers r&#233;volutionnaires avaient brid&#233; leurs propres seigneurs. Le programme du capital financier fut formul&#233; bri&#232;vement et clairement par son organe officiel L'Industrie et le Commerce : &#171; Restauration de l'ordre dans les fabriques et les usines &#187;, &#171; Discipline de fer &#224; l'arri&#232;re et sur le front &#187; (Industrie et Commerce, n&#176; 26-27). En se fondant sur cette &#171; base &#187;, messieurs les industriels esp&#233;raient bien b&#226;tir une superstructure correspondante, limitant le salaire des ouvriers, s'assurant des dividendes maxima, introduisant pour les ouvriers le travail obligatoire des for&#231;ats et faisant comprendre aux ouvriers que &#171; le pouvoir ferme &#233;tait ressuscit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sycophantes, savants ou non, des classes dominantes qui, &#224; la solde du capital, se sentent aussi bien que l'Isra&#233;lite dans le sein d'Abraham, compl&#233;taient et &#171; motivaient &#187; ce programme. Le chien de garde des int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires fonciers, le professeur Migouline, le m&#234;me qui dans son livre Pour le Tricentenaire de la maison des Romanoff, l&#233;chait tour &#224; tour les bottes de tous les repr&#233;sentants de cette &#171; maison &#187;, excusez-moi d'en parler, ornait les pages du Nouvel Economiste de ses exigences d'une discipline militaire pour les chemins de fer et par sa d&#233;fense du Droit fondamental de l'homme et du citoyen, &#8212; le droit &#224; la propri&#233;t&#233;. Et la presse d&#233;veloppait d&#233;j&#224; des plans de ch&#226;timents et de r&#233;pression in concreto...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gouvernement Provisoire &#171; correspondait &#187; d'une fa&#231;on assez r&#233;ussie &#224; ce programme. Il est vrai qu'il ne sortait pas d'un &#233;tat permanent d'accablement, et que son caract&#232;re provisoire ne contredisait nullement le caract&#232;re permanent de cet accablement. Chaque s&#233;ance presque du gouvernement s'achevait d'une fa&#231;on tragique : il &#233;tait arriv&#233; une d&#233;l&#233;gation du front &#8212; son rapport produisait une &#171; impression accablante &#187; ; on annon&#231;ait des d&#233;lits forestiers, &#8212; le gouvernement en &#233;tait &#171; accabl&#233; &#187; ; les bolch&#233;viki obtenaient des succ&#232;s &#8212; le gouvernement en &#233;tait &#171; accabl&#233; &#187; ; les paysans exigeaient de la terre &#8212; il en &#233;tait de nouveau &#171; accabl&#233; &#187; ; les ouvriers se mettaient en gr&#232;ve &#8212; cela agissait &#171; p&#233;niblement &#187; sur le gouvernement. Les comptes rendus de toutes ses s&#233;ances s'ach&#232;vent sans exception par ces mots. &#199;a aurait pu &#234;tre une trag&#233;die, si en r&#233;alit&#233; ce n'e&#251;t &#233;t&#233; une com&#233;die. Car l'accablement du gouvernement ne l'emp&#234;chait par extraordinaire en aucune fa&#231;on de r&#233;primer le peuple ainsi que l'exigeaient le capital et la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les paysans, le gouvernement de Kerensky partit en guerre au moyen d'arrestations, d'exp&#233;ditions, de r&#233;pression, de jugements. On jugeait pour la transgression des vieux trait&#233;s du temps du servage et pour la mise &#224; ex&#233;cution des instructions de Tchernov ; on mettait en prison les paysans ordinaires et les d&#233;l&#233;gu&#233;s aux comit&#233;s terriens ; on arr&#234;tait les simples membres et les pr&#233;sidents de ces comit&#233;s. Les uns et les autres &#233;chouaient au banc des accus&#233;s et allaient peupler les appartements gratuits de sa nouvelle &#171; Majest&#233; &#187;. C'est ainsi que le pouvoir r&#233;primait dans les gouvernements de Pskov, Moguilev, Podolie, etc., oubliant sans doute de penser &#224; la socialisation des terres qui figure dans le programme du parti pr&#233;sid&#233; par Kerensky. Ici s'est d&#233;voil&#233; avec une extr&#234;me clart&#233; le sens social du pouvoir bonapartiste. En apparence &#8212; le gouvernement &#171; moujik &#187; d'un socialiste paysan. En r&#233;alit&#233; &#8212; le poing rapace du capital usurier. En paroles &#8212; terre et libert&#233;. En fait &#8212; la d&#233;fense arm&#233;e de la propri&#233;t&#233; agraire. &#171; En principe &#187; &#8212; la libre initiative des organisations paysannes. En r&#233;alit&#233; &#8212; la camisole de force, le tribunal criminel et les policiers de province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les ouvriers, on menait la politique qu'exigeaient les industriels unifi&#233;s. Ceux-ci ne pouvaient encore prendre le prol&#233;tariat &#224; la gorge. Mais presque tous les produits de l'activit&#233; l&#233;gislative dans le domaine &#233;conomique se ramenaient &#224; toutes sortes de chausse-trappes pos&#233;es par le pouvoir d'Etat imp&#233;rialiste aux ouvriers &#171; n&#233;gligents &#187; qui se hasardaient &#224; porter atteinte au droit sacr&#233; utendi et abutendi.1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore moins dissimul&#233;e fut l'offensive contre les organisations politiques du prol&#233;tariat et contre ses &#171; droits et franchises &#187;. La presse a &#233;t&#233; mise presque hors la loi, les assembl&#233;es abandonn&#233;es &#224; la disposition de deux minist&#232;res, la Guerre et l'Int&#233;rieur. Le parti prol&#233;tarien a &#233;t&#233; serr&#233; dans l'&#233;tau d'une position sp&#233;ciale, laquelle empirait &#224; mesure que les administrateurs z&#233;l&#233;s avaient plus de libert&#233; d'initiative. Et, comme r&#233;sultat d'un aplatissement sans exemple devant les pillards de la guerre mondiale, et du triomphe d'un byzantinisme servile, les l&#233;gislateurs du Palais d'Hiver annonc&#232;rent au monde entier une nouvelle loi sur les offenses faites aux Majest&#233;s &#233;trang&#232;res et &#224; leurs repr&#233;sentants, ch&#226;tiant de prison toute r&#233;v&#233;lation du pillage international !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e paysanne partagea le sort du peuple entier. Elle fut livr&#233;e par le &#171; d&#233;mocrate &#187; Kerensky au bon plaisir et aux d&#233;pr&#233;dations des g&#233;n&#233;raux du tzar, qui organis&#232;rent dans le quartier-g&#233;n&#233;ral l'&#233;tat-major de la contre-r&#233;volution arm&#233;e. &#171; Discipline de fer &#187;, c'est-&#224;-dire f&#233;roce r&#233;pression des soldats ; justice militaire de campagne &#224; tir rapide, que les tra&#238;tres &#224; la r&#233;volution avaient le front et l'audace d'appeler r&#233;volutionnaire ; calomnie syst&#233;matique la plus &#233;hont&#233;e des soldats, organis&#233;e par le m&#234;me quartier-g&#233;n&#233;ral, tout cela se m&#234;la en un peloton de boue et de sang, au moyen duquel on pensait &#233;touffer l'esprit r&#233;volutionnaire de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature imp&#233;rialiste, qui dans la personne de l'aventurier cr&#233;&#233; par la &#171; r&#233;volution &#187;, avait pos&#233; sa botte ensanglant&#233;e sur le pays entier, se fit sentir aussi sur les r&#233;gions fronti&#232;res. Etait-il possible, en effet, d'oublier le grand droit des nations &#224; l'autod&#233;termination ? Et par la d&#233;monstration de ce droit, les filous du &#171; d&#233;mocratisme &#187; dispers&#232;rent la Di&#232;te finlandaise, la mena&#231;ant de la force arm&#233;e, et en Ukraine mirent en avant une argumentation sous forme de cuirassiers pour le plus grand triomphe de la &#171; libert&#233; et de la r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que l'imp&#233;rialisme russe montrait les dents &#224; ses colonies, sous le couvert du secret diplomatique, Kerensky et Terechtchenko jouaient la d&#233;go&#251;tante com&#233;die de la vente aux ench&#232;res de leur pass&#233; socialiste, s'entendant avec Lloyd George au sujet de la liquidation de la Conf&#233;rence internationale des social-patriotes &#224; Stockholm. Ayant d&#233;chir&#233;, derri&#232;re les coulisses des secrets d'Etat, le malheureux projet des &#171; socialistes &#187;, Lloyd George d&#233;clara au nom des quatre puissances de l'Entente, que les passeports pour la Conf&#233;rence ne seraient pas donn&#233;s, car &#171; au moment o&#249; en Russie l'on prend les premi&#232;res mesures pour r&#233;tablir la discipline et pour enrayer la fraternisation sur le front, rien ne saurait &#234;tre plus nuisible qu'une Conf&#233;rence avec la participation de sujets ennemis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'accompagnateur temporaire de l'imp&#233;rialisme britannique en Russie annon&#231;a solennellement que la &#171; d&#233;cision des questions de la guerre et de la paix lui appartenait &#224; lui seul, en union &#233;troite avec les gouvernements des pays- alli&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le gouvernement central de l'Etat incarnait d&#233;j&#224; la dictature imp&#233;rialiste, par cela m&#234;me une large carri&#232;re s'offrait &#224; la mobilisation des forces contre-r&#233;volutionnaires. Pour autant que le vieil appareil tzariste (l'Okhrana, transmu&#233;e en contre-espionnage, comprenant les juges, les fonctionnaires, tout ce que l'on appelait l' &#171; administration &#187;, les g&#233;n&#233;raux et les officiers) existait encore, pour autant qu'il n'avait pas &#233;t&#233; r&#233;duit en miettes par la r&#233;volution du printemps, il recommen&#231;a &#224; fleurir, absorbant les sucs vivifiants de la r&#233;action. A son aide arrivaient les volontaires de la bourgeoisie, la presse, les cellules contre-r&#233;volutionnaires multipli&#233;es, les conf&#233;rences et les congr&#232;s de toutes les esp&#232;ces, les organisations monarchiques demandant une &#171; r&#233;publique &#187;, et les cercles &#171; r&#233;publicains &#187; r&#233;clamant &#224; grands cris une monarchie, les conspirations des g&#233;n&#233;raux et des P&#232;res de l'Eglise, des chevaliers de la croix militaire de St-Georges et des &#171; as &#187; de l'industrie, des agrariens-propri&#233;taires-fonciers aux cheveux gris et des casse-cous junkers et banquiers, des grands seigneurs &#224; h&#233;morro&#239;des et des &#171; hardis cosaques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces personnalit&#233;s, ces groupes, ces organisations et ces soci&#233;t&#233;s, teint&#233;es de la couleur noir-vert de la r&#233;action bourgeoise, exprimaient par elles-m&#234;mes le bloc des poss&#233;dants, le &#171; parti de l'ordre &#187; unifi&#233;, qui marchait en rangs serr&#233;s contre le parti du soul&#232;vement prol&#233;tarien. Le centre d'affaires organisateur de cette clique fut ce que l'on appelait la &#171; conf&#233;rence des hommes politiques de Moscou &#187;, dirig&#233;e par les millionnaires avec en t&#234;te Rodzianko et Riabouchinsky ; parmi les savants consultants qui se mirent &#224; leur service, se trouvait, entre autres, toute la &#171; troupe des hommes c&#233;l&#232;bres &#187; : &#171; l'auteur du premier manifeste social-d&#233;mocrate &#187; prof. Strouv&#233; ; le sp&#233;cialiste de la philosophie id&#233;aliste prof. Novgorodsev, qui mit l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de Kant au service des bourreaux, de Kerensky et des coffre forts des Riabouchinsky ; le prof. Boulgakov, marxiste transform&#233; en un &#171; P&#232;re savant &#187; qui par erreur ne portait pas la soutane ; M. Berdiaev, unissant adroitement le culte de l'Aphrodite C&#233;leste au culte du m&#233;tal d'origine des plus terrestre &#8212; les mots &#171; Bildung und Besitz &#187; ( &#171; les hommes cultiv&#233;s et les poss&#233;dants &#187; ), &#171; union de la science et de l'industrie &#187;, form&#232;rent pour ainsi dire le rempart de l'offensive d&#233;cisive qui se pr&#233;parait. Ces hommes s'unirent, repr&#233;sentant la &#171; force militaire &#187;, les g&#233;n&#233;raux du tsar et les chefs des Cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions centrales du parti de la libert&#233; du peuple, ce parti classique du capital financier et de l'imp&#233;rialisme russe, constitu&#232;rent l'&#233;tat-major des id&#233;es et de la politique de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La banque domine maintenant les syndicats, la Bourse, le commerce et l'industrie. Et, comme la petite industrie d&#233;pend actuellement de la grande et qu'en m&#234;me temps e&#252;e d&#233;pend des banques, comme les propri&#233;taires d'immeubles et les petits-bourgeois, les propri&#233;taires fonciers et les manufacturiers, les rois des trusts et les loups de Bourse sont tous soumis &#224; l'h&#233;g&#233;monie du capital &#8212; leurs groupements politiques sont devenus seulement un appareil de secours du parti dominant de tous les poss&#233;dants exasp&#233;r&#233;s, du parti de la &#171; libert&#233; du peuple &#187;. L'&#233;tendard vert de l'esp&#233;rance en la conservation de l'ordre capitaliste, contre l'&#233;tendard rouge du socialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d&#233;cisif que la r&#233;action voulait porter &#224; la r&#233;volution, devait s'abriter sous le pavillon &#171; omninational &#187;. Il fallait accommoder les &#171; conqu&#234;tes &#187; du capital &#224; la sauce de &#171; l'ordre et la patrie &#187;. Il fallait cr&#233;er l'apparence d'une sanction omninationale pour le coup d'Etat d&#233;finitif qui arrivait, pour la restauration et le retour &#224; la monarchie, &#224; laquelle les &#171; r&#233;publicains &#187; de mars aspiraient comme le poisson aspire &#224; l'eau. Il fallait enfin se cr&#233;er une base solide d'organisation. Ainsi naquit l'id&#233;e de la Conf&#233;rence d'Etat de Moscou, des nouveaux Etats g&#233;n&#233;raux, o&#249; les &#171; cadavres &#187; de la Douma d'Empire devaient saisir &#224; la gorge la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que la bourgeoisie se consolidait, ses app&#233;tits croissaient toujours davantage. Maintenant les sommit&#233;s bourgeoises trouvaient d&#233;j&#224; insuffisante la politique de Kerensky et de sa clique. Kerensky personnifiait sa dictature. Mais Kerensky &#233;tait un &#233;tranger, &#233;chou&#233; dans la bourgeoise. Kerensky servait le capital sans y &#234;tre forc&#233;, pour ses propres int&#233;r&#234;ts. Mais Kerensky avait des &#171; p&#233;ch&#233;s de jeunesse &#187;. Kerensky &#233;tait pr&#234;t &#224; l&#233;cher les bottes du capital. Mais Kerensky n'en &#233;tait pas moins un h&#233;ros en phrases et non en action. Sa destin&#233;e, il l'avait d&#233;j&#224; accomplie : par l'offensive de juillet, il avait aid&#233; le capital &#224; attacher les masses du peuple au char de l'imp&#233;rialisme ; par la d&#233;faite de juillet du prol&#233;tariat, il avait aid&#233; le capital &#224; brider les ouvriers et les soldats, il avait introduit la peine de mort sur le front. Mais il avait d&#233;j&#224; presque fini d'user sa popularit&#233;. Ayant r&#233;alis&#233; tout ce qu'exigeait de lui la bourgeoisie, il avait perdu tout cr&#233;dit aupr&#232;s de la masse. Ayant rempli son mandat en faveur des &#171; capitaines de l'industrie &#187;, il avait d&#233;j&#224; fait ha&#239;r son nom par le prol&#233;tariat et les soldats. Il &#233;tait r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de citron exprim&#233;, de beau parleur dont les phrases ne sont que ridicules. Il continuait &#224; parler au nom de la r&#233;volution, mais on lui jetait d&#233;j&#224; &#224; la face le nom de tra&#238;tre &#224; la r&#233;volution. Ses objurgations n'agissaient pas. Sa figure avait cess&#233; d'en imposer. Derri&#232;re l'&#233;clat ext&#233;rieur et le murmure tragique, les masses avaient d&#233;j&#224; distingu&#233; le vagabond vulgaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie exigeait maintenant un dictateur militaire et Kerensky n'&#233;tait qu'un bavard civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que se pr&#233;para le terrain favorable &#224; l'apparition d'un nouveau pr&#233;tendant au r&#244;le historique de &#171; sauveur de la patrie &#187;. Pour &#234;tre ce pr&#233;tendant, l'aristocratie d'argent, les cercles commerciaux et industriels et les propri&#233;taires de latifundia d&#233;sign&#232;rent Kornilov. La Conf&#233;rence de Moscou devait proclamer dictateur ce g&#233;n&#233;ral-sauveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187; ? Elle se trouvait dans un &#233;tat de confusion et de prostration compl&#232;te. Les organes sovi&#233;tistes, le C.C.E. en t&#234;te, continuaient &#224; pr&#234;cher l'union de toutes les &#171; forces vives &#187;, mais troubl&#233;s par les mots d'ordre de Riabouchinsky, ils commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; regarder avec inqui&#233;tude de tous les c&#244;t&#233;s. Ils tent&#232;rent de convoquer une &#171; Conf&#233;rence de d&#233;fense &#187;, mais elle n'eut pour r&#233;sultat que des attaques contre les bolch&#233;viki. Ils tent&#232;rent de &#171; critiquer &#187; les Riabouchinsky, mais leurs critiques ne furent que les pitoyables balbutiements d'un esclave peureux. Ayant exclu les bolch&#233;viki de la d&#233;l&#233;gation, pour &#171; antipatriotisme &#187;, ils s'unirent en fait aux mots d'ordre &#171; omninationaux &#187; du gouvernement, qui avait fui la r&#233;volution &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le prol&#233;tariat veillait. Il voyait le danger terrible qui approchait de plus en plus, et il mobilisait ses forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Conf&#233;rence de Moscou. &#8212; Le complot de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une gr&#232;ve de protestation, d'indignation et de m&#233;pris que le prol&#233;tariat de Moscou opposa aux repr&#233;sentants du &#171; peuple &#187; arriv&#233;s de toutes parts, en galons de g&#233;n&#233;raux, en fracs et en mitres archi&#233;piscopales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vive la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, notre premier et terrible avertissement &#224; messieurs les contre-r&#233;volutionnaires ! &#187; &#8212; &#233;crivait l'organe de Moscou du parti du prol&#233;tariat, le Social-d&#233;mocrate. 41 unions professionnelles d&#233;cid&#232;rent &#224; une majorit&#233; &#233;crasante de d&#233;clarer cette gr&#232;ve. Il est vrai que les poltrons &#171; r&#233;volutionnaires &#187; du Soviet de Moscou, socialistes-r&#233;volutionnaires et mench&#233;viki, &#233;tant en paroles les repr&#233;sentants des masses, ne craignaient rien tant qu'une action de ces masses, et se h&#226;t&#232;rent de &#171; contremander &#187; la gr&#232;ve pour adopter une r&#233;solution d&#233;clarant que la gr&#232;ve &#233;tait &#171; funeste &#224; la r&#233;volution &#187;. Mais le prol&#233;tariat de Moscou confirma de nouveau sa d&#233;cision, et quatre cent mille ouvriers, comme un seul homme, relev&#232;rent le mot d'ordre de leurs organisations de classe. Et cependant qu'au nom du pr&#233;sident de la Douma noire, Rodzianko, arrivaient chaque jour des t&#233;l&#233;grammes de congratulation de la part des comit&#233;s de Bourse, des unions de propri&#233;taires fonciers et des organisations commerciales et industrielles, de toutes parts arrivaient les nouvelles des gr&#232;ves et des d&#233;monstrations du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la &#171; conscience publique &#187; des sommit&#233;s bourgeoises-militaires agraires entra en une collision extr&#234;mement aigu&#235; avec la &#171; conscience publique &#187; du prol&#233;tariat. &#171; Vive la dictature militaire ! &#187; criaient les &#171; hommes du cens &#187;. &#171; A bas la contre-r&#233;volution ! &#187; d&#233;clarait avec d&#233;cision le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clique bourgeoise-monarchiste s'&#233;tait impos&#233; le but d'agir par deux voies : par la voie de l'action &#171; parlementaire &#187; &#224; la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; et par la voie de l'action extra-parlementaire des junkers, des Cosaques et des officiers, en t&#232;te desquels les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires et sous la dictature personnelle de Kornilov. Le terrain d'une telle action &#233;tait soigneusement pr&#233;par&#233;. On appelait &#224; Moscou les r&#233;giments de Cosaques. Les chevaliers de la croix de St-Georges mobilisaient en h&#226;te leurs &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les directeurs des &#233;coles militaires mettaient au point leurs mitrailleuses et en appelaient aux junkers, leur offrant de se &#171; lever en masse &#187;. Et pour les citadins, les petits boutiquiers, les marchands de grains, les nombreux fonctionnaires, les comm&#232;res, les &#171; intellectuels &#187;, tous ces avocats et ces journalistes, ces instituteurs et ces professeurs, ces popes et ces anciens brigadiers de police, ces rats de Palais et ces ing&#233;nieurs, ces artistes et ces docteurs en m&#233;decine &#8212; on leur pr&#233;parait l'entr&#233;e triomphale de Kornilov, qui devait, passant &#224; cheval sous des arcs de triomphe, aller &#171; baiser &#187;, &#224; l'exemple des tsars, l'ic&#244;ne d'Iversky devant les troupes &#233;chelonn&#233;es et criant &#171; un hourra enthousiaste &#187; pour le sauveur du monde bourgeois, et devant le public semant des fleurs sur son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citadin, qui applaudissait auparavant Kerensky apr&#232;s avoir, en mars, pleur&#233; des larmes d'attendrissement devant le &#171; premier r&#233;volutionnaire &#187; Rodzianko, le petit bourgeois attach&#233; au char de l'imp&#233;rialisme aspirait vraiment &#224; l'&#171; ordre &#187; et &#224; un &#171; pouvoir ferme &#187;. Il s'indignait positivement de tout : il s'indignait de voir les soldats suspendus absolument inutilement aux marchepieds des tramways, et il se r&#233;jouissait sinc&#232;rement lorsqu'ils se cassaient le cou ! il s'indignait des femmes de chambre et des concierges qui gagnaient maintenant un peu plus de 10 roubles par mois et qui avaient l'audace d'exiger une existence humaine ; il s'indignait des Soviets qui &#171; pillaient &#187; les propri&#233;taires et r&#233;quisitionnaient les locaux vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme une marchande des halles il accueillait avidement toutes les calomnies dirig&#233;es contre la r&#233;volution, et les r&#233;pandait imm&#233;diatement dans ses feuilles, ses journaux, ses proclamations, ses conversations &#224; haute voix et ses insinuations &#224; l'oreille. Le veston graisseux du charcutier et le costume &#233;l&#233;gant de la danseuse d'Op&#233;ra s'y rencontraient d'une fa&#231;on touchante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce citadin-l&#224; qui devait jouer le r&#244;le du &#171; peuple &#187; couronnant, de concert avec la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187;, le nouveau Messie qui devait sauver les &#171; gens comme il faut &#187; de la &#171; tyrannie des soldats ne faisant pas la guerre et des ouvriers ne travaillant pas &#187;2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou, d&#233;j&#224; proclam&#233;e &#171; d'Etat &#187; fut une com&#233;die historique de premi&#232;re grandeur. A peine serait-il possible de trouver un exemple d'hypocrisie plus profonde que les sc&#232;nes qui se jouaient dans la salle d'op&#233;ra du Grand Th&#233;&#226;tre, comme d'apr&#232;s une partition. Tout ce qui s'y passait &#233;tait un march&#233; o&#249; se jouait une lutte fictive, un march&#233; sans l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence repr&#233;sentait un march&#233; entre les chefs petits-bourgeois et les gens du cens, mais c'&#233;tait aussi un march&#233; entre deux dictateurs dont l'un &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent, et l'autre, dont on ne faisait encore qu'attendre la venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;galisation du front avait lieu suivant les mots d'ordre du parti de la libert&#233; populaire &#187; &#8212; &#233;crivait l'officieux cadet Retch3, en bouclant le bilan de la com&#233;die. Ainsi, semblait-il, cette pi&#232;ce avait plus ou moins atteint son but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence parlait au nom de la &#171; nation &#187;. En r&#233;alit&#233;, les fondements de la nation, le prol&#233;tariat et les paysans pauvres en avaient &#233;t&#233; exclus. En revanche, toutes les nuances du bloc des poss&#233;dants avaient &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233;es. Le marchandage avait lieu en l'absence du ma&#238;tre. Mais il n'en &#233;tait pas moins un marchandage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enrouements imp&#233;rialement arrogants de Kerensky lorsqu'il promettait du fer et du sang au prol&#233;tariat, seraient d'introduction aux sc&#232;nes &#233;c&#339;urantes de fraternisation entre les gouvernants gav&#233;s par le capital et les h&#233;ros des perfidies petit-bourgeoises, entre le Bonaparte ex-avou&#233;, juriste et le dictateur des g&#233;n&#233;raux cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky savait que Kornilov concentrait des troupes pour tenter un coup d'Etat arm&#233;. Mais il le saluait comme &#171; le premier soldat de la R&#233;volution &#187;, au milieu des hurlements enthousiastes de tous les buffles et requins de la Bourse. Et en m&#234;me temps, &#171; &#224; toute &#233;ventualit&#233; &#187;, on faisait des contre-pr&#233;paratifs, et les deux adversaires allaient prudemment passer la nuit dans des wagons, pr&#234;ts &#224; chaque instant &#224; un d&#233;part pr&#233;cipit&#233;. Tseretelli savait que la d&#233;mocratie n'avait rien &#224; attendre de la r&#233;action qui se d&#233;veloppait &#224; toute vitesse. Mais il serrait avec effusion la main de la clique financi&#232;re Boublikoff, la suppliant &#8212; comme l'&#233;crivirent plus tard les Izvestia du C.C.E. d&#233;fensiste &#8212; d'&#171; effacer pour un temps les malentendus de classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triumvirat : Alexeiev, Kornilov, Kal&#233;dine &#8212; d&#233;veloppa pleinement le programme de tortures &#233;labor&#233; par les capitalistes de la finance. Coup de gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution, destruction des &#171; Soviets et comit&#233;s &#187;, balayer compl&#232;tement ou rendre absolument inoffensives les organisations militaires &#8212; tel &#233;tait le programme des g&#233;n&#233;raux, approuv&#233; par l'usine, la propri&#233;t&#233;, la banque et la Bourse. Mais pas uniquement par ceux-ci, ni directement. Le discours-programme lu par Kornilov avait &#233;t&#233; &#233;crit pour le g&#233;n&#233;ral, par le lieutenant de Kerensky, Philonenko, le m&#234;me Philonenko qui avait, avec Savinkov, &#233;tabli pour Kerensky le projet de la peine de mort dans l'arm&#233;e. Inutile de dire que les Milioukov et les Riabouchinsky s'&#233;taient fix&#233; la m&#234;me ligne de conduite que leurs amis militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on appelait la &#171; d&#233;mocratie &#187;, c'est-&#224;-dire les Soviets, les conseillers municipaux, les employ&#233;s des coop&#233;ratives, qui agissaient sous le manteau de la r&#233;volution, arriva &#224; la Conf&#233;rence avec une d&#233;claration qui diminuait encore la plateforme d&#233;j&#224; si fragile des d&#233;fensistes. La lutte pour la paix avait presque compl&#232;tement cess&#233; (ce n'est pas en vain que le journal de l'Okhrana, le Novo&#239;e Vr&#233;mia, &#233;crivait que &#171; la Russie avait montr&#233; qu'elle n'&#233;tait nullement un troupeau internationaliste ! &#187;) &#8212; tout avait &#233;t&#233; ramen&#233; .m mot d'ordre &#171; omninational &#187; de la d&#233;fense. &#171; Prudence &#187; et &#171; r&#233;alisme &#187; sur toute la ligne ! Pas un pas sans la permission du ma&#238;tre qui crie d&#233;j&#224; : &#171; coucher &#187; ! M&#234;me l'organe de la r&#233;volution mod&#233;r&#233;e et de la mod&#233;ration r&#233;volutionnaire, la Nova&#239;a Jizn, appr&#233;ciant la d&#233;claration de Tchkheidz&#233;, demandait avec stup&#233;faction : &#171; La fantaisie la plus folle de Milioukov et de Goutchkov aurait-elle pu exiger quelque chose de plus il y a deux mois ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les app&#233;tits de la bourgeoisie croissaient sans cesse, il &#233;tait inutile d'en attendre de la reconnaissance envers les capitulants de la &#171; d&#233;mocratie &#187;. Et lorsque Tchernov, ce menu filou de la politique, qui cache sa poltronnerie sous des r&#233;flexions sur l'&#233;thique, se mit &#224; applaudir Kal&#233;dine alors que celui-ci protestait contre les accusations de contre-r&#233;volution dont on accablait les Cosaques, le brave g&#233;n&#233;ral lui fit une r&#233;ponse insultante, en d&#233;clarant qu'&#171; il n'y avait pas de place pour les d&#233;faitistes au sein du gouvernement ! &#187;. En vain s'&#233;tendit-on sur les &#171; sacrifices &#187;, sur les &#171; concessions mutuelles &#187;, sur les &#171; probl&#232;mes omninationaux &#187; ; en vain le &#171; g&#233;n&#233;reux &#187; Tseretelli versa-t-il des torrents de larmes, en vain le &#171; chef retrait&#233; &#187; Plekhanov multiplia-t-il les anecdotes ; en vain le n&#233;gateur de tout Etat, admirateur de la Conf&#233;rence d'Etat, le prince Kropotkine, prodigua-t-il ses enseignements, second&#233; de tous les grands-p&#232;res et de toutes les grands-m&#232;res de la r&#233;volution russe : les capitalistes et leurs id&#233;ologues maintinrent leur point de vue. Ils le maintinrent dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de l'affaire : la &#171; d&#233;mocratie &#187; se montra ob&#233;issante. On pouvait lui faire pleine confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le petit boutiquier me chante victoire m&#234;me lorsqu'on soufflette l'une de ses joues : ne comprenez-vous pas qu'il a encore une force qui aurait pu &#234;tre soufflet&#233;e ? C'est pourquoi les chefs &#171; d&#233;mocrates &#187; regardaient chacune de leurs d&#233;faites comme une victoire. Quelques-uns d'entre eux reconnaissaient que la &#171; d&#233;mocratie &#187; avait recul&#233;. Mais c'est justement &#8212; assurait &#171; l'organe de la pens&#233;e socialiste &#187; le Dien, qui a mis sa pens&#233;e &#224; la solde du capital des banques &#8212; &#171; c'est justement parce qu'elle (la d&#233;mocratie) &#233;tait forte, qu'elle a eu l'audace de reculer &#187;. &#171; L'audace de reculer ! &#187; &#8212; telle &#233;tait &#171; l'audace &#187; de messieurs Tseretelli et Tchkheidz&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le r&#233;sultat de la Conf&#233;rence de Moscou fut un march&#233; comportant un coup de barre &#224; droite, ce fait ne servit pas seulement les r&#233;actionnaires naturels : le capital international y &#233;tait, lui aussi, profond&#233;ment int&#233;ress&#233;. Les ambassadeurs alli&#233;s, entass&#233;s dans la loge imp&#233;riale ne salu&#232;rent personne avec autant de chaleur que le trio sanguinaire des g&#233;n&#233;raux. L'on comprend que le &#171; plus proche r&#233;sultat de la Conf&#233;rence de Moscou ait &#233;t&#233; la possibilit&#233; de conclure un emprunt de cinq milliards sur le march&#233; &#233;tranger4 &#187;. Ce fut d'autant plus &#171; possible &#187; que le g&#233;n&#233;ral Kornilov mena&#231;ait ouvertement de rendre Riga, exigeant la peine de mort &#224; l'arri&#232;re. Il &#171; ex&#233;cuta &#187; plus tard cette menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; ne se transforma pas en un Long Parlement, comme l'esp&#233;raient ces messieurs du Novo&#239;e Vr&#233;mia. Mais aussi il n'y eut pas de coup d'Etat ext&#233;rieur, comme celui qu'invoquaient ardemment les bourgeois de toutes les nuances. Il est vrai que le &#171; nom &#187; du &#171; h&#233;ros &#187; volait d&#233;j&#224; sur toutes les bouches. L'aventurier militaire, l'&#171; honn&#234;te &#233;p&#233;e &#187;, born&#233;, mais allant droit au but, ce g&#233;n&#233;ral trapu &#224; la physionomie de Kalmouk, qui avait la ferme r&#233;solution de noyer les rues des villes dans le sang des ouvriers et, au moyen des fusillades, d'en finir avec les soldats r&#233;volutionnaires, &#233;tait tout &#224; fait l'homme qu'il fallait &#224; Milioukov et &#224; Riabouchinsky. A ses audiences, on arrivait avec des rapports comme l'on arrive avec des rapports chez les &#171; personnes augustes &#187; : Poutilov et Riabouchinsky, le diplomate suspect Aladyine, le chef du parti cadet Prilioukov, &#8212; tous se prosternaient successivement aux pieds du bourreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si fort que d&#233;sirassent ceux qui aspiraient &#224; la dictature du g&#233;n&#233;ral, que la Conf&#233;rence de Moscou sanctionn&#226;t le coup d'&#201;tat, celui-ci n'eut pas lieu. Messieurs les g&#233;n&#233;raux s'aper&#231;urent que le prol&#233;tariat, qui avait salu&#233; de sa gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale les rapaces assembl&#233;s, avait r&#233;agi. Il fallait gagner du temps. Il convenait donc de mobiliser les forces militaires de la contre-r&#233;volution, afin de saigner &#224; blanc d'un coup d&#233;cisif les ouvriers rebelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le complot fut remis, mais non supprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus importante des op&#233;rations pr&#233;paratoires &#224; ce complot fut la monstrueuse provocation sur le front. Kornilov rendit Riga en &#233;change de la peine de mort. A dessein, par fractions, on envoya &#224; une perte certaine les meilleurs r&#233;giments des tirailleurs lettons, enti&#232;rement bolch&#233;vistes. Kornilov jouait &#224; coup s&#251;r. S'ils avaient refus&#233; d'ob&#233;ir &#224; l'ordre, on aurait pu leur attribuer la responsabilit&#233; de la d&#233;faite et les d&#233;truire par la main des bourreaux. La peine de mort aurait alors envahi le pays tout entier. S'ils ob&#233;issaient, ils &#233;taient d&#233;truits par les balles allemandes. Ils ob&#233;irent, pour ne pas donner aux chevaliers de la contre-r&#233;volution la possibilit&#233; de calomnier les bolch&#233;viki. Et ils p&#233;rirent. Mais la mort ne les pr&#233;serva pas de la calomnie. En m&#234;me temps que Kornilov &#171; rassurait &#187; les pillards alli&#233;s par des renseignements secrets, leur communiquant les v&#233;ritables motifs de la reddition de Riga, de son quartier-g&#233;n&#233;ral il r&#233;pandait les calomnies les plus honteuses sur ses soldats. C'est en vain que les organisations militaires protestaient : c'est en vain m&#234;me que protestaient les commissaires du Gouvernement Provisoire : en vain Vo&#239;tinsky, qui aux journ&#233;es de juillet pr&#234;chait les fusillades d'ouvriers, jurait-il &#171; &#224; la face du pays tout entier &#187;, que les soldats se comportaient h&#233;ro&#239;quement. Le quartier-g&#233;n&#233;ral mentait sans interruption, racontant des histoires d'abandons illicites des positions, d'insubordination aux ordres, d'agents allemands. Une nouvelle vague boueuse de mensonges sans pr&#233;c&#233;dent et de perfide pers&#233;cution des soldats avait inond&#233; le pays entier. Les journaux &#171; hautement patriotiques &#187; des magnats du capital repr&#233;sentaient l'arm&#233;e comme une cohue de mis&#233;rables poltrons, comme une bande sauvage de pillards. Et en r&#233;ponse aux communiqu&#233;s officiels russes, envoy&#233;s par le &#171; commandant en chef &#187;, arrivait l'&#233;cho de la presse capitaliste d'Occident et d'Am&#233;rique. Le Matin et le Times, le Temps et le Daily Chronicle fourmillaient d'&#233;pith&#232;tes choisies, d'injures &#224; l'adresse d'une arm&#233;e trahie par les g&#233;n&#233;raux et par la bourgeoisie : &#171; fuite sans combat &#187;, &#171; d&#233;sob&#233;issance aux ordres &#187;, &#171; ridicules comit&#233;s d'arm&#233;e &#187;, &#171; esprit de trahison que l'on observe parmi les troupes russes &#187;, &#171; r&#233;tablissement d'une discipline de fer &#187;, &#8212; en un mot, toute la terminologie russe des policiers du Novo&#239;e Vr&#233;mia et des imp&#233;rialistes de la Retch &#233;tait brillamment assimil&#233;e par les &#171; alli&#233;s &#187;, qui &#233;taient secr&#232;tement inform&#233;s de tout et ne faisaient qu'aider les Milioukov &#224; atteindre le but d&#233;sir&#233; : la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171; d&#233;mocratie &#187; ? L'arm&#233;e de l'union sacr&#233;e poursuivait son ancienne politique : terroris&#233;e par les cris d'&#171; anarchie &#187;, pitoyable, battue, cette &#171; d&#233;mocratie &#187; de Tchkh&#233;&#239;dz&#233; et de Tseretelli, de Liber et de Dan ne trouvait en soi que le courage de tomber sur les bolch&#233;viki qui menaient une campagne &#233;nergique contre les fusillades et les supplices. Les choses en vinrent au point que le Novo&#239;e Vr&#233;mia &#233;crivait avec pleine raison : &#171; Ouvrez les Izvestia des Sov. des D&#233;p. Ouv. &#187; Cela m&#234;me qu'imprimait le Novo&#239;e Vr&#233;mia en avril, remplit maintenant les colonnes de ce journal gouvernemental. Avec un retard de deux mois ? &#8212; C'est en g&#233;n&#233;ral la norme pour la lente r&#233;flexion des camarades &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec un retard de deux mois &#187;, la d&#233;mocratie (!) r&#233;volutionnaire (! !) s'&#233;tait approch&#233;e des positions des gens de Souvorine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le bloc des partis petit-bourgeois, qui perdait la confiance des masses, s'amusait &#224; une capitulation permanente devant les forces contre-r&#233;volutionnaires, le bloc de ces derni&#232;res continuait &#224; se pr&#233;parer en vue de l'organisation de l'action. A l'arri&#232;re et sur le front, dans les capitales et sur le Don, des centres de combat de la contre-r&#233;volution se formaient. Le &#171; commandant en chef &#187; et le &#171; premier soldat de la r&#233;volution &#187; redistribuaient fi&#233;vreusement les forces militaires, &#233;vacuant les troupes r&#233;volutionnaires des centres de la r&#233;volution et remplissant ceux-ci d'unit&#233;s de cavalerie &#171; s&#251;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce travail pr&#233;paratoire &#233;tait men&#233; sous le mot d'ordre invent&#233; par les provocateurs des cadets et des g&#233;n&#233;raux : lutte contre le complot des bolch&#233;viki. Pr&#233;parant le complot des agrariens et des capitalistes, ils protestaient contre un complot des ouvriers ; emmenant les troupes du front, ils accusaient de trahison les partis du prol&#233;tariat ; organisant la contre-r&#233;volution, l'esprit contre-r&#233;volutionnaire des ouvriers et des soldats provoquait leurs hurlements ; allant vers la guerre civile, ils trompettaient que le prol&#233;tariat la pr&#233;parait ; d&#233;fendant les armes &#224; la main les b&#233;n&#233;fices du capital, ils d&#233;claraient que le mot d'ordre des ouvriers &#233;tait le mot d'ordre de la bourgeoisie fran&#231;aise : &#171; enrichissez- vous ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour les journaux capitalistes &#171; fixaient la date &#187; du soul&#232;vement bolch&#233;vik. Chaque jour, &#233;crivant sur les &#171; pogroms &#187; &#224; venir qu'&#233;taient cens&#233;s devoir produire les bolch&#233;viki, excitant le petit propri&#233;taire, qui par nature est poltron, mais devient sanguinaire d&#232;s qu'il se sent en s&#251;ret&#233;, les filous du gros capital &#171; cr&#233;aient l'atmosph&#232;re &#187; pour le coup d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Evaluant sobrement la situation &#8212; t&#233;l&#233;graphiait secr&#232;tement au minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res, le directeur de la chancellerie diplomatique aupr&#232;s de l'&#233;tat-major dans le G. Q.-G., Troubetsko&#239;. &#8212; il faut reconna&#238;tre que l'effectif entier du commandement, la majorit&#233; &#233;crasante de l'effectif des officiers et les meilleures unit&#233;s de combat de l'ann&#233;e suivront Kornilov. De son c&#244;t&#233; se mettront &#224; l'arri&#232;re, tous les Cosaques, la plus grande partie des &#233;coles militaires, ainsi que les meilleures unit&#233;s de ligne. A la force physique il faut ajouter... la sympathie morale de toutes les couches non-socialistes de la population, et dans les classes inf&#233;rieures... une indiff&#233;rence qui se soumettra &#224; chaque coup de cravache. Il est hors de doute qu'une quantit&#233; &#233;norme des socialistes de mars ne tarderont pas &#224; passer de leur c&#244;t&#233;... L'on ne peut dire que Kornilov pr&#233;pare le triomphe de Guillaume II, car au moment pr&#233;sent, les troupes allemandes n'ont plus &#224; triompher que de nos espaces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le &#171; rapport r&#233;el des forces &#187; &#233;tait &#233;valu&#233; par les conspirateurs de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ensemble, le complot contre-r&#233;volutionnaire embrassait trois milieux. Le cercle le plus vaste comprenait entre autres le Gouvernement Provisoire avec Kerensky en t&#234;te. C'&#233;tait le march&#233; de deux dictateurs contre la r&#233;volution, march&#233; qui avait &#233;t&#233; consolid&#233; dans de multiples pourparlers de derri&#232;re les coulisses, cach&#233;s non seulement aux yeux du peuple mais aussi &#224; ceux des chefs de cette m&#234;me &#171; d&#233;mocratie &#187; qui suivait encore Kerensky. Le second cercle, plus &#233;troit, comprenait la conspiration de Kornilov dans son sens propre. Ici &#233;taient mobilis&#233;es toutes les forces les plus s&#251;res de la contre-r&#233;volution avec les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires en t&#234;te. Enfin, le troisi&#232;me cercle, la conspiration dans la conspiration, contenait la conspiration monarchique d'une poign&#233;e d'anciens courtisans de Nicolas II, sous la direction d'une paire de s&#233;nateurs, d'officiers titr&#233;s de la garde, de l'ex-demoiselle d'honneur Marguerite Dournovo, des grands-ducs et des ma&#238;tres-chanteurs filous de la clique du Palais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky, qui comprenait fort bien que la bourgeoisie avait besoin non plus de lui, mais de Kornilov, allait toujours plus loin sur le chemin de l'adaptation au courant contre-r&#233;volutionnaire. Mais il lui fallait l'apparence au moins d'une liaison avec les masses. Sa position &#233;tait en fait la m&#234;me que la situation d'un agent provocateur qui s'est emp&#234;tr&#233; dans les filets de l'Okhrana : s'il ne trahit pas, on le renvoie ; mais on le renvoie tout aussi bien lorsqu'il est d&#233;voil&#233; par les r&#233;volutionnaires qu'il trahissait. Kerensky avait d&#233;j&#224; perdu presque tout cr&#233;dit aupr&#232;s des masses. Mais pour remplir ses honorables fonctions, il devait encore faire un geste de menace &#224; droite, pour en r&#233;alit&#233; remplir son r&#244;le de massacreur par rapport aux gauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'avancer ouvertement contre Kornilov &#8212; cela e&#251;t signifi&#233; rompre avec la clique des financiers et des g&#233;n&#233;raux ; mais entrer ouvertement en alliance avec eux, &#8230;. e&#251;t signifi&#233; d&#233;truire les derniers restes de confiance envers sa propre personne, dont la r&#233;putation &#233;tait d&#233;j&#224; sans cela fortement avari&#233;e. En pr&#233;sence de ces conditions, il ne restait qu'une chose &#224; faire : tout en jouant la com&#233;die de la lutte, entrer en r&#233;alit&#233; dans des marchandages de coulisses, c'est-&#224;-dire en fait entrer dans la conspiration contre la r&#233;volution. Ceci &#233;tait d'autant plus facile &#224; faire, que tous les lieutenants de Kerensky &#233;taient d'enrag&#233;s kornilovistes : Savinkov, Philonenko, Bourtsef, sans m&#234;me parler des membres du parti cadet, &#233;taient de chaleureux partisans du coup d'&#201;tat en faveur de la propri&#233;t&#233; des nobles et des bureaux des banquiers. C'est pourquoi les premiers pr&#233;paratifs pour la lutte (et pour la lutte non plus contre les &#171; bolch&#233;viki &#187; seulement, mais contre les soviets mench&#233;viki et social-r&#233;volutionnaires) furent faits selon les dispositions des com&#233;diens bonapartistes ; et Savinkov, de l'aveu m&#234;me de Kerensky, concentrait vers P&#233;tersbourg le 3me corps de cavalerie pour venir &#224; bout de cette m&#234;me d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, pour un partisan de laquelle il se donnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t, Kornilov pr&#233;senta son ultimatum par l'interm&#233;diaire du prince Lvov, un des ministres du premier gouvernement &#171; r&#233;volutionnaire &#187;. Kerensky &#171; arr&#234;te &#187; Lvov. Kornilov, dans le quartier-g&#233;n&#233;ral duquel s'&#233;taient embusqu&#233;s les &#171; hommes politiques &#187;, &#233;dite un manifeste solennel &#171; au peuple russe &#187;, o&#249; il d&#233;clare que le gouvernement est aux mains des Allemands et des bolch&#233;viki. Les &#171; op&#233;rations militaires &#187; commencent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Goutchkov, Rodzianko, Nabokov et les autres chefs de la bourgeoisie des cadets et des bandes noires organisent l'incursion des brigands du quartier-g&#233;n&#233;ral, les ministres cadets font sauter le gouvernement de l'int&#233;rieur, afin d'affaiblir leurs nigauds de coll&#232;gues &#171; socialistes &#187;. Le cabinet se disperse avec bruit et fracas. Une confusion incroyable commence parmi les &#171; dirigeants &#187;. Apr&#232;s des supplications, des pourparlers, des menaces et des pri&#232;res, dans le r&#233;seau des plus sales intrigues, le monde voit poindre le gouvernement Kerensky-Kichkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bourse r&#233;pond &#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne de Kornilov par un rel&#232;vement g&#233;n&#233;ral des valeurs. Le capital international applaudit dans sa presse avec une rare unanimit&#233; au &#171; sauveur de la Russie &#187;. Non seulement les organes de la bancocratie alli&#233;e, tels que le Times, le Temps ou les mercenaires des trusts am&#233;ricains, mais la presse imp&#233;rialiste allemande, elle aussi, salue avec enthousiasme le nouveau h&#233;ros. Le gouvernement anglais met &#224; la disposition de Kornilov ses automobiles blind&#233;es, afin d'aider &#224; la r&#233;pression de P&#233;tersbourg rouge. L'armement et les finances sont dirig&#233;s contre les ouvriers et les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment avec le mouvement des troupes korniloviennes vers P&#233;tersbourg, l'ultimatum de la contre-r&#233;volution est soutenu par la menace d'ouvrir le front aux Allemands. La main droite de Kornilov, le g&#233;n&#233;ral Loukomsky, d&#233;clare que le front sera ouvert et qu'un armistice s&#233;par&#233; sera conclu, afin de jeter les troupes dans le bain sanglant de la capitale. Patriotes brevet&#233;s, gardiens jur&#233;s de la &#171; fiert&#233; nationale &#187;, Saint-Georges au c&#339;ur noir et &#224; la doublure rouge, ces g&#233;n&#233;raux &#233;taient pr&#234;ts &#224; ramper bassement devant la ba&#239;onnette prussienne, uniquement pour pouvoir diriger une partie de leurs troupes contre le prol&#233;tariat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vent d'orage passa sur le pays. Le prol&#233;tariat, qui avait veill&#233; tout le temps, qui avait vainement appel&#233; et averti la d&#233;mocratie petite-bourgeoise du danger mena&#231;ant, tressaillit. Les ouvriers des capitales et des provinces coururent aux armes. Partout o&#249; il y avait la moindre possibilit&#233; de trouver des d&#233;fenseurs d'acier pour la libert&#233;, les prol&#233;taires s'armaient. En un instant P&#233;tersbourg cr&#233;a une garde rouge. Les ouvriers des fabriques de canons doubl&#232;rent d'un coup la productivit&#233; de ces fabriques et se mirent &#224; fournir des mitrailleuses, des canons et des munitions pour la d&#233;fense contre leurs adversaires de classes. Le parti prol&#233;tarien, les bolch&#233;viki, proclama le mot d'ordre de la lutte jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de sang, de la lutte, non pour Kerensky, mais pour la r&#233;volution. Et pourtant, en cet instant critique, la marche m&#234;me de la lutte fit occuper les postes dangereux par la classe ouvri&#232;re et par son parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Soviets et la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, pris d'une mortelle terreur, se pr&#233;cipit&#232;rent vers les prol&#233;taires. Les matelots bolch&#233;vistes de Kronstadt, que l'on avait tant calomni&#233;s, que l'on avait nomm&#233; contre-r&#233;volutionnaires et ennemis de la libert&#233;, furent proclam&#233;s ses meilleurs d&#233;fenseurs et appel&#233;s en toute h&#226;te &#224; P&#233;tersbourg. Les ouvriers, contre lesquels, en juillet, on faisait venir les r&#233;giments de cavalerie &#171; s&#251;rs &#187; et les &#171; unit&#233;s de choc &#187;, furent d&#233;clar&#233;s rempart de la r&#233;volution. Le parti du prol&#233;tariat, auparavant trait&#233; comme un ramassis de criminels, de provocateurs et d'espions, fut r&#233;habilit&#233; dans les vingt-quatre heures et reconnu un alli&#233; bienvenu. Les chefs sovi&#233;tistes de la petite bourgeoisie se jet&#232;rent pr&#233;cipitamment du c&#244;t&#233; de la classe ouvri&#232;re : ils comprenaient parfaitement que la contre-r&#233;volution avait sa logique ; ils savaient que la bande kornilovienne victorieuse balayerait non seulement les bolch&#233;viki, mais tous les coalitionnistes ; ils voyaient que la r&#233;action &#233;tait pr&#234;te &#224; tout d&#233;truire, les &#171; Soviets et les comit&#233;s &#187;, suivant la demande de Milioukov et de Riabouchinsky. Et, tremblant de tous leurs membres, ils se mirent &#224; glapir plaintivement sur l'&#171; unit&#233; du front r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e des masses fut extraordinairement forte. Litt&#233;ralement toutes les organisations ouvri&#232;res se lev&#232;rent. Dans les Soviets, malgr&#233; la majorit&#233; coalitionniste, on sentit les pulsations d'une nouvelle art&#232;re combative. Partout &#8212; dans les capitales et dans les villes perdues des provinces &#8212; il se cr&#233;ait des organes r&#233;volutionnaires du pouvoir. A P&#233;tersbourg et &#224; Moscou, le peuple arm&#233; r&#233;apparut sur la sc&#232;ne. Et partout o&#249; il &#233;tait question seulement de mobilisation des forces, de pression sur les troupes, de collectivit&#233;s de combat responsables, le parti du prol&#233;tariat se trouvait &#234;tre l'organisation la plus hardie, la plus d&#233;cid&#233;e et la plus capable de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov se fl&#233;trit avant d'avoir eu le temps de fleurir. Les forces militaires de Kornilov, qui marchaient sur P&#233;tersbourg, ayant &#233;t&#233; tromp&#233;es par leurs g&#233;n&#233;raux, se d&#233;composaient d&#232;s leur premier contact avec les troupes envoy&#233;es contre elles, non par Kerensky, qui jouait la com&#233;die, mais par les organisations sovi&#233;tistes, auxquelles avait pass&#233; en fait la direction militaire. Et dans les centres urbains, o&#249; les chevaliers de la Croix de St- Georges, les soldats de choc et les femmes de choc, les officiers et les g&#233;n&#233;raux, avaient tant parl&#233; du &#171; jour &#187; de joie, et o&#249; ils avaient avec une telle &#171; intr&#233;pidit&#233; &#187; arbor&#233; les cocardes korniloviennes, d&#233;montrant leur m&#233;pris souverain envers la &#171; pl&#232;be d&#233;cha&#238;n&#233;e &#187; &#8212; ces h&#233;ros ne se d&#233;cid&#232;rent pas du tout &#224; agir. Ils connaissaient la valeur de leurs alli&#233;s &#8212; la masse des petits propri&#233;taires, qui n'est audacieuse que lorsqu'elle est en s&#233;curit&#233;. L'appui de Kal&#233;dine, qui devait marcher venant du sud et couper le nord des transports de bl&#233;, s'exprima seulement par le fait que l'on envoya vers Moscou durant quelques jours, des wagons de melons d'eau et de tournesols au lieu de bl&#233;. L'attaque des brigands contre le peuple avait &#233;chou&#233;. Les conspirateurs avaient &#233;videmment trop pr&#233;sum&#233; de leurs forces. Mais ils avaient aussi trop m&#233;pris&#233; les forces de la r&#233;volution. &#171; Les bas-fonds des villes &#187; ne montraient aucune disposition &#224; se soumettre aux &#171; coups de cravaches &#187;, comme l'esp&#233;raient les bandits du capital. Ces bas-fonds, en r&#233;ponse &#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne du g&#233;n&#233;ral s'&#233;taient &#233;cri&#233;s unanimement : &#171; La mort ou la victoire ! &#187; et avec un enthousiasme que seul est capable de d&#233;velopper une classe de travailleurs, brillants d'inspiration, comprenant leurs grandes destin&#233;es historiques ; jeunes et h&#233;ro&#239;ques, ils s'&#233;taient pr&#233;cipit&#233;s aux avant- postes de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraternisation fut la m&#233;thode fondamentale de dissolution des troupes korniloviennes. M&#234;me les Turkm&#232;nes-Tekk&#233;s &#224; moiti&#233; sauvages, dont le fougueux g&#233;n&#233;ral avait donn&#233; des cohortes choisies pour le salut de la civilisation bourgeoise, m&#234;me ces &#171; sauvages &#187; que l'on avait imagin&#233; d'apprivoiser pour ma&#238;triser les Huns du &#171; socialisme, du communisme et de l'anarchie &#187;, perdaient leur d&#233;vouement servile &#224; Kornilov. L'offensive militaire sur le front int&#233;rieur, que l'on pr&#233;parait dans les salons les plus &#233;l&#233;gants des m&#233;c&#232;nes russes, au sujet de laquelle la presse bourgeoise avait sonn&#233; les grands carillons de toutes ses cloches, cette offensive s'&#233;tait soudain rid&#233;e comme une vessie o&#249; l'on pique une aiguille, et l'aust&#232;re h&#233;ros de la bourgeoisie ne repr&#233;sentait plus qu'un homme stupidement ent&#234;t&#233;, qui se distingue par tout ce que l'on voudra, sauf par le g&#233;nie d'un triomphateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;meute kornilovienne joua un r&#244;le diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; celui que cherchait la cabale bourgeoise : elle ouvrit les yeux non seulement aux ouvriers retardataires, mais aux paysans, non seulement aux hommes de l'arri&#232;re, mais aux soldats du front ; elle provoqua un immense regroupement de forces et consolida extraordinairement la position du parti du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir coalitionniste, qui avait ouvert toutes grandes les portes pour l'entr&#233;e solennelle de la contre-r&#233;volution, n'avait pu surgir ni se maintenir qu'en se basant sur la confiance inconsciente des masses capitalistes et sur leur d&#233;fensisme de bonne foi. Et c'est &#224; ce m&#234;me titre que les masses avaient pu reconna&#238;tre pour guides les socialistes- r&#233;volutionnaires et les mench&#233;viki. L'excitation joyeuse, sentimentalement na&#239;ve, de la r&#233;volution de mars, de cette r&#233;volution &#171; omninationale &#187;, o&#249; m&#234;me les filous br&#251;l&#233;s de l'oligarchie financi&#232;re faisaient semblant d'&#234;tre attendris et approchaient des mouchoirs blancs de leurs yeux bouffis de graisse, la confiance des masses tromp&#233;es envers les pesants &#171; chefs de la r&#233;volution &#187; v&#234;tus de noir, tels que les Rodzianko et les Lvov &#8212; s'en allait maintenant en fum&#233;e. Le d&#233;veloppement de la lutte des classes brisait toutes les illusions, faisait tomber tous les voiles, arrachant impitoyablement leurs masques &#224; tous les h&#233;ros du mensonge et montrant aux masses le v&#233;ritable visage de rapaces de ces &#171; bienfaiteurs du peuple &#187;. Les imp&#233;rialistes bourgeois et la presse de la social-trahison, auxquels l'on croyait auparavant, &#224; ce point que pendant les journ&#233;es de juillet la bourgeoisie avait r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un &#233;tat de si&#232;ge contre le parti prol&#233;tarien traqu&#233; &#224; tous les carrefours, avaient maintenant perdu la confiance des masses, d&#233;finitivement et irr&#233;vocablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, qui d&#233;j&#224; au temps de la Conf&#233;rence de Moscou suivait en sa majorit&#233; la social-d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, perdait rapidement tout ce qui lui restait d'illusions petites-bourgeoises autrefois inh&#233;rentes &#224; ces couches attard&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans avaient vu dans l'action de Kornilov une attaque de la part des propri&#233;taires fonciers et une menace r&#233;elle &#224; leurs r&#234;ves terriens. Si jusque-l&#224; les paysans, &#224; la grande joie de tous les grands propri&#233;taires, avaient &#171; support&#233; &#187; et remis la d&#233;cision de la question &#171; jusqu'&#224; la r&#233;union de l'Assembl&#233;e Constituante &#187;, ce &#224; quoi s'appliquaient et s'occupaient messieurs les socialistes-r&#233;volutionnaires, en revanche leur patience m&#234;me &#233;tait maintenant &#224; bout. Aussit&#244;t apr&#232;s le mouvement kornilovien des propri&#233;taires, un immense mouvement des paysans se dessina, se muant parfois en un v&#233;ritable soul&#232;vement des paysans. La presse capitaliste signalait avec terreur ce fait, inscrivant les &#171; d&#233;sordres &#187; agraires dans la rubrique de &#171; l'anarchie &#187; et des &#171; pillages &#187;. En r&#233;alit&#233;, le mouvement agraire &#233;tait l'indice du d&#233;veloppement de la conscience des paysans, qui ne se contentaient plus des &#233;ternelles promesses. Les &#171; usurpations illicites &#187;, si ha&#239;es de la bourgeoisie, &#233;taient devenues des &#233;v&#233;nements ordinaires. La terre fuyait rapidement des mains des propri&#233;taires et commen&#231;ait &#224; se d&#233;poser solidement entre les mains des paysans. L'arm&#233;e, qui jadis croyait aveugl&#233;ment en Kerensky, attir&#233;e dans la honteuse offensive de juin, &#233;tait maintenant, apr&#232;s le coup de cravache du bourreau, remplie de haine envers tout l'effectif de commandement, y compris les officiers. L'effectif de commandement, qui s'&#233;tait montr&#233; enti&#232;rement korniloviste, avait introduit la peine de mort, avait calomni&#233; et pers&#233;cut&#233; les soldats, les trahissant &#224; chaque pas, traitant l'ancien &#171; saint animal &#187; comme une vile pl&#232;be &#8212; cet effectif de commandement avait senti se poser sur lui le regard fixe et rempli de haine d'une arm&#233;e de plusieurs millions d'hommes. La lutte de classes qui secouait la soci&#233;t&#233; enti&#232;re, s'&#233;tait transport&#233;e sur le front avec une force incroyable. Une fois pour toutes, l'arm&#233;e avait rejet&#233; de dessus soi le joug des imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'&#233;pop&#233;e kornilovienne avait aiguis&#233; &#224; l'extr&#234;me les questions nationales. Cette aventure avait &#233;t&#233; une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de l'imp&#233;rialisme de grande puissance russe. Sous le faux mot d'ordre d'une &#171; Russie une et indivisible &#187;, que mettaient en avant les g&#233;n&#233;raux patriotisants et les patriotes g&#233;n&#233;ralisant de la &#171; classe commerciale et industrielle &#187;, se dissimulait la politique habituelle de strangulation des pillards imp&#233;rialistes, qui s'en d&#233;lectaient encore aux temps b&#233;nis du tsarisme. Et si les g&#233;n&#233;raux &#224; cravache et sans cravache mettaient en avant le mot d'ordre &#171; une et indivisible &#187;, cela signifiait que ceux que l'on appelait &#171; allog&#232;nes &#187; devaient commencer &#224; crier au secours. Aussi l'&#171; aventure &#187; kornilovienne et sa d&#233;faite provoqu&#232;rent-elles la croissance des tendances nationalistes et s&#233;paratistes et la d&#233;composition de l'imp&#233;rialisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement politique de la conscience de classes de larges masses populaires, s'exprima dans la compl&#232;te banqueroute des partis coalitionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mench&#233;viki s'appuyaient en majeure partie sur les couches arri&#233;r&#233;es, contamin&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s, les esp&#233;rances et les croyances petite-bourgeoises de la classe ouvri&#232;re ; car la banqueroute des illusions allait particuli&#232;rement vite parmi le prol&#233;tariat pr&#233;cis&#233;ment : ces illusions s'usaient avec une rapidit&#233; presque catastrophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;taient entr&#233;s dans une p&#233;riode de d&#233;composition int&#233;rieure, se divisant avec toujours plus d'acuit&#233; en id&#233;ologues du solide moujik qui doit triompher du monde entier et en id&#233;ologues des paysans les plus pauvres ; ce processus a trouv&#233; son expression dans la d&#233;marcation chez les socialistes-r&#233;volutionnaires d'une aile gauche, qui se renfor&#231;ait chaque jour. Enfin, formant boule de neige, le parti du prol&#233;tariat s'&#233;tait augment&#233;. Le pays se s&#233;parait de plus en plus en deux camps ennemis : l'un, &#8212; en t&#234;te duquel se tenait le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et son parti &#8212; devenait le camp de tous les travailleurs, le camp &#171; populaire &#187; ; et l'autre &#8212; r&#233;unissait toutes les fractions des classes dominantes, depuis l'ex-demoiselle d'honneur jusqu'au marchand de grains et l'usurier de village ; &#224; la t&#234;te de ce camp se trouvait le capital financier et le parti de la trahison populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche des &#233;v&#233;nements avait pos&#233; maintenant devant la camarilla bourgeoise le probl&#232;me direct de la guerre civile. La confiance disparue des masses envers le capital, la compl&#232;te d&#233;composition des partis coalitionnistes, la croissance fi&#233;vreusement rapide du parti du prol&#233;tariat, tout cela for&#231;ait la bourgeoisie &#224; s'orienter vers la guerre civile. Gouverner par le mensonge, la flatterie, la coalition ; gouverner par l'interm&#233;diaire des tra&#238;tres &#171; socialistes &#187; ; jouer aux d&#233;mocrates en brandissant le glaive de la peine de mort, devenait impossible. Il restait une chose &#224; faire : une nouvelle tentative de contre-r&#233;volution arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant que d'en arriver &#224; la bataille d&#233;finitive, l'histoire for&#231;a le pays &#224; passer encore une fois sous les fourches caudines d'une com&#233;die panrusse : la &#171; Conf&#233;rence D&#233;mocratique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; liquidation &#187; de l'aventure Kornilov. &#8212; La Conf&#233;rence D&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e d'en bas avait fait d&#233;vier le n&#339;ud coulant qu'avait d&#233;j&#224; savonn&#233; pour le peuple Saurus Kornilov, lequel avait recueilli par avance, les lauriers de la reconnaissance bourgeoise. Que le gouvernement bonapartiste le voul&#251;t ou non &#8212; le fait restait un fait. Il n'y avait plus qu'&#224; compter d'une fa&#231;on ou d'une autre avec ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la situation de Kerensky tra&#231;ait une ligne de conduite : continuer la fiction de la &#171; lutte avec la contre- r&#233;volution &#187; et en r&#233;alit&#233; lutter &#224; gauche. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l&#224; l'essentiel de cette farce (politique) que signifiait par elle-m&#234;me la &#171; liquidation &#187; de l'aventure de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; pouvoir &#187; lui-m&#234;me commen&#231;a &#224; se montrer sous un aspect vraiment tragi-comique. Une crise succ&#233;dait &#224; l'autre. A l'arri&#232;re-plan de la corruption politique g&#233;n&#233;rale des milieux dirigeants, s'agitait une bande d'&#233;perviers bonapartistes, form&#233;e d'&#233;l&#233;ments de la plus grande diversit&#233;, pr&#233;tendant aux premiers r&#244;les : Savinkov, ex-militant et terroriste, plus tard auteur d'une hom&#233;lie larmoyante contre l'assassinat et enfin auteur de la peine de mort : Philonenko, homme dont, selon son propre aveu, &#171; les paupi&#232;res ne clignaient pas &#187; et &#171; la voix ne tremblait pas &#187; en pronon&#231;ant la peine de mort pour les soldats, &#171; socialiste &#187; qui &#233;dulcorait les aphorismes korniloviens d'une certaine proportion de sadico-sologoubisme de son propre cru ; Kerensky en personne, et toute une compagnie de ses &#171; aides &#187; cad&#233;tomorphes et m&#234;me cadets, qui se tenaient devant la porte et ne faisaient que &#171; convoiter &#187;. Enfin, l'&#233;cume boueuse des duperies mutuelles et des march&#233;s de derri&#232;re les coulisses, donna naissance &#224; un directoire russe, suspect sous tous les rapports et dont les parrains furent d'un c&#244;t&#233; Tseretelli-Gotz, et de l'autre, les h&#233;ros du parti cadet qui pr&#233;f&#233;raient demeurer derri&#232;re les coulisses. Le &#171; Conseil des cinq &#187; ne brillait pas par les noms : &#224; sa t&#234;te se mit naturellement Kerensky, qui en investit quatre autres &#224; &#171; son image et &#224; sa ressemblance &#187; : Tereschtchenko, Verkhovsky, Verderevsky et Nikitine, un r&#244;le technique &#233;tant r&#233;serv&#233; &#224; Verkhovsky et &#224; Verderevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se forma le directoire, qui devait &#233;videmment &#234;tre un pont conduisant au consulat. Le na&#239;f travailliste Boulat reconnut ouvertement l'habilet&#233; du citoyen Kerensky : &#171; Pendant que nous nous disputions et que nous discourions ici, le pouvoir fut cr&#233;&#233; sans notre aide... Qui sait, peut-&#234;tre m&#234;me n'aurons-nous plus &#224; nous r&#233;unir ici [c'est-&#224;-dire dans le Com. Ex&#233;c. Centr. &#8212; note de N. Bouk.]. La loi martiale est d&#233;cr&#233;t&#233;e chez nous. On arrivera chez nous, on invoquera tel ou tel paragraphe et l'on nous dispersera... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, le pouvoir s'&#233;difia simplement : il fut &#233;lu par Kerensky, approuv&#233; par Kerensky, rendu responsable devant Kerensky. Kerensky &#8212; telle est l'unique source du pouvoir ind&#233;pendant. Kerensky &#8212; tel est le seul vase d'&#233;lection de la gr&#226;ce d&#233;vers&#233;e encore par le gouvernement de la premi&#232;re heure. Kerensky &#233;tait le chef &#171; reconnu de tous &#187; dans l'&#171; Etat russe &#187;. Ainsi du moins, semblait-il. Et il en &#233;tait effectivement ainsi. Mais en fait, c'&#233;taient l&#224; les derniers efforts de la clique des tra&#238;tres &#224; la d&#233;mocratie, qui commen&#231;ait &#224; r&#233;v&#233;ler un &#233;quilibre de plus en plus instable, ayant perdu d&#233;j&#224; tout point d'appui &#224; gauche, et perdant rapidement &#8212; malgr&#233; tous ses efforts pour le retenir &#8212; son point d'appui &#224; droite. L'organisation d'un directoire signifiait en fait la victoire pacifique du g&#233;n&#233;ral Kornilov : c'&#233;tait le fruit l&#233;gal du march&#233; ill&#233;gal entre le h&#233;ros de la cravache et l'aventurier de la langue. Le plan de Kornilov consistait pr&#233;cis&#233;ment en la formation d'un directoire. Il est vrai qu'au moment d&#233;cisif, Kerensky n'avait pas soutenu Kornilov ; autrement, &#224; la t&#234;te du directoire l'on aurait vu Kornilov. Mais, de fait, un pouvoir personnifi&#233; en cinq dictateurs et ne d&#233;pendant de personne que d'un dictateur-chef, un tel pouvoir constituait la victoire compl&#232;te des principes du g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu correspondait pleinement &#224; la forme. La &#171; liquidation &#187; de la r&#233;volte de Kornilov prit le caract&#232;re d'un v&#233;ritable persiflage des masses. Tout d'abord, Kornilov solennellement proclam&#233; tra&#238;tre, demeura en fait commandant en chef jusqu'&#224; son remplacement. Puis Kerensky se nomma commandant en chef, d&#233;signant comme chef d'&#233;tat-major &#8212; c'est-&#224;-dire encore une fois comme commandant en chef effectif &#8212; le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;eff, le bourreau tsariste, le meilleur ami du g&#233;n&#233;ral Kornilov, le participant direct de la conspiration kornilovienne et l'interm&#233;diaire entre Kornilov, Riabouchinsky et Milioukov ; Alex&#233;&#239;eff, qui au d&#233;but de la r&#233;volution mena&#231;ait de fusiller &#171; les bandes r&#233;volutionnaires qui venaient de P&#233;tersbourg ! &#187;, Alex&#233;&#239;eff, que lui-m&#234;me il avait d&#251; chasser sous la pouss&#233;e de la col&#232;re et de l'indignation g&#233;n&#233;rale !, Alex&#233;&#239;eff, qui, &#224; la &#171; petite conf&#233;rence &#187; des hommes politiques de Moscou avait prononc&#233; des &#171; paroles d'or &#187;, qu'il r&#233;p&#233;ta &#224; la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; et qui furent imprim&#233;es par Riabouchinsky sur la recommandation de Milioukov ! Et c'est cet individu-l&#224; qui fut d&#233;sign&#233; pour &#233;purer l'arm&#233;e des &#233;l&#233;ments de la contre-r&#233;volution ! Bien plus. Lui-m&#234;me, un participant de la conspiration, fut charg&#233; d'instruire l'affaire de la conspiration. Kerensky lui-m&#234;me, souill&#233; de cette boue, chargea son complice d'instruire l'affaire de leur principal associ&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proclam&#233; tra&#238;tre, le commandant en chef arriva donc dans un h&#244;tel de premi&#232;re classe au lieu d'arriver &#224; l'&#233;chafaud, et re&#231;ut pour le &#171; surveiller &#187; les troupes qui lui &#233;taient fid&#232;les. Le cadet Paltchinsky fut charg&#233; de la surveillance de P&#233;tersbourg. Les g&#233;n&#233;raux les plus r&#233;actionnaires, qui seulement par n&#233;gligence n'avaient pas eu le temps de passer ouvertement du c&#244;t&#233; de Kornilov (ou par poltronnerie ne l'avaient pas voulu), furent laiss&#233;s &#224; leurs postes ou re&#231;urent de l'avancement. Les comit&#233;s r&#233;volutionnaires qui avaient &#233;t&#233; nomm&#233;s aux journ&#233;es korniloviennes et qui avaient dirig&#233; les op&#233;rations militaires contre Kornilov, furent d&#233;clar&#233;s hors la loi. Eux, qui avaient sauv&#233; la r&#233;volution et la r&#233;publique, furent d&#233;clar&#233;s &#171; ennemis de la r&#233;publique ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les actes ind&#233;pendants &#8212; disait l'ordre du 4 septembre &#8212; ne doivent pas &#234;tre admis dans l'avenir, et le Gouvernement Provisoire luttera contre eux, comme &#233;tant des actes anarchiques et nuisibles &#224; la r&#233;publique &#187;. Ceci se passait en m&#234;me temps que la &#171; lutte &#187; contre Kornilov, cette lutte ne rev&#234;tant &#233;videmment aucun caract&#232;re &#171; anarchique &#187;, est exerc&#233;e par une bande d'aigrefins kornilovistes. Cela, au moment o&#249; des pourparlers officiels sont engag&#233;s pour faire entrer dans le cabinet des chefs du parti cadet, compromis dans la conspiration ; au moment o&#249; Maklakov est nomm&#233; ambassadeur &#224; l'&#233;tranger !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les masses, il fallait malgr&#233; tout trouver une &#171; couverture &#187;. On la trouva en tombant sur les gardes dirig&#233;s par l'ex-demoiselle d'honneur. En g&#233;n&#233;ral, il &#233;tait impossible de dissimuler la conspiration. Eh bien ! que Marguerite Khitrovo paie en bloc ! &#8212; tel &#233;tait le plan de la respectable compagnie qui livra volontiers le groupe de ses presque partisans, afin de sortir elle-m&#234;me plus ou moins s&#232;che de l'eau. Une ridicule &#171; r&#233;pression des conspirateurs &#187; commen&#231;a : on nettoya l'&#171; Aigle Imp&#233;rial &#187; &#224; Kiev, la soci&#233;t&#233; &#171; le H&#233;ros Russe &#187;, on arr&#234;ta (pour les rel&#226;cher imm&#233;diatement apr&#232;s) une paire d'ex-grands ducs, mais on laissa prudemment de c&#244;t&#233; l'&#226;me de la conspiration v&#233;ritable, et non d'op&#233;rette : Milioukov et Goutchkov, Rodzianko et Riabouchinsky, Poutilov et Vychnegradsky, Kornilov et Kal&#233;dine, le comit&#233; central du parti de la trahison populaire et la &#171; petite conf&#233;rence &#187; des hommes politiques-conspirateurs &#8212; en un mot tous ceux qui, de connivence avec Kerensky, avaient men&#233; les pourparlers pour le plan de la &#171; dictature collective &#187; de sang et de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux capitalistes qui, aux jours o&#249; l'on attendait la glorieuse venue de Kornilov, aiguisaient f&#233;rocement leurs dents, et avaient commenc&#233; &#224; se calmer aux jours de sa d&#233;faite, relev&#232;rent de nouveau la t&#234;te et recommenc&#232;rent &#224; passer &#224; l'offensive. Les personnages officiels repr&#233;sentant l'autorit&#233; judiciaire blanchissaient Kornilov avec la m&#234;me impudence qui leur avait permis auparavant de noircir le parti du prol&#233;tariat. Et de connivence avec le procureur r&#233;actionnaire Alexandrov, le &#171; d&#233;mocrate &#187; Stahl d&#233;clarait, en montrant du doigt les bolch&#233;viki : &#171; J'estime que la conspiration de droite et celle de gauche sont &#233;galement criminelles devant le pays &#187; et les obligeants juristes-journalistes expliquaient qu'il n'y avait pas eu de la part de Kornilov de crime &#171; contre l'ordre existant &#187;, pour la simple raison qu'&#171; il n'y a pas maintenant en Russie d'ordre existant &#187;5. Ceux que l'on qualifie d'intellectuels &#8212; les historiens, les avocats, les po&#232;tes, les savants et les dilettantes &#8212; s'&#233;lanc&#232;rent de nouveau &#224; l'attaque contre les ouvriers : le presque-marxiste professeur Wipper, oubliant ses esquisses de la th&#233;orie de la connaissance historique, racontait dans l'organe de Riabouchinsky que la r&#233;volution russe tout enti&#232;re engendra la mauvaise volont&#233; des g&#233;n&#233;raux allemands, et son coll&#232;gue au journal, Balmont, qui jadis avait chant&#233; le soul&#232;vement ouvrier, commen&#231;ait &#224; composer des odes inspir&#233;es &#224; Kornilov, nommant avec servilit&#233; ce possesseur d'une physionomie obtuse d'Asiatique, le &#171; fier cygne &#187; de la civilisation russe. Cependant, messieurs les capitalistes &#233;taient &#233;galement tr&#232;s m&#233;contents de la conduite de Kerensky, dont ils exigeaient une plus grande d&#233;cision, ou sa d&#233;mission en faveur de Kornilov. Ceci &#233;tait un plan &#233;labor&#233; par les conspirateurs. Kerensky n'avait-il pas, au lieu de soutenir Kornilov par la force arm&#233;e au moment le plus critique, jou&#233; la com&#233;die de la lutte contre lui ? Un tel r&#244;le ne convenait plus du tout aux tentatives r&#233;elles, aux rois des industries textile et m&#233;tallurgique. Et ils commenc&#232;rent une campagne &#233;nergique qui d&#233;voila enti&#232;rement le double jeu du &#171; d&#233;mocrate &#187; ha&#239; de la d&#233;mocratie, Kerensky. La campagne fut ouverte par l'organe de Riabouchinsky Outro Rossii. On d&#233;montra documentairement la participation de Kerensky &#224; l'&#233;laboration du plan de dictature militaire, ainsi qu'&#224; l'intention d'&#233;craser P&#233;tersbourg et Kronstadt, &#224; l'appel du troisi&#232;me corps militaire, &#224; la provocation du &#171; complot des bolch&#233;viki &#187; et &#224; la pr&#233;paration de la dissolution des Soviets ; il surnagea tout un fatras d'intrigues, de tromperies et de duperies mutuelles. Chaque jour nouveau apportait des informations plus sensationnelles les unes que les autres. Il devenait &#233;vident pour tout le monde qu'&#224; c&#244;t&#233; de l'aventure Kornilov, il existait une aventure Kerensky, qui ne se diff&#233;renciait &#171; principiellement &#187; de la premi&#232;re que par plus de duplicit&#233; et de poltronnerie. &#171; Tu veux te d&#233;filer ? Mais tu es n&#244;tre, tu as d&#233;j&#224; vendu ton &#226;me et tu as re&#231;u une avance consid&#233;rable ! &#187; &#8212; disait le diable bourgeois au minist&#233;riable pan Twardovsky, qui poss&#233;dait d&#233;j&#224; alors un compte-courant de presque un million.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les efforts du directoire de Kerensky pour effacer ses p&#233;ch&#233;s devant la bourgeoisie, cette derni&#232;re, sauvant Kornilov, montait &#224; l'assaut. Il est vrai que Kerensky avait proclam&#233; la r&#233;publique, afin de d&#233;montrer qu'en Russie &#171; il y a de l'ordre &#187;. Mais il avait supprim&#233; &#224; P&#233;tersbourg le Rabotchy6 et la Nova&#239;a Jizn. Sous pr&#233;texte de lutte contre l'anarchie, il pr&#233;parait en h&#226;te des exp&#233;ditions de r&#233;pression contre le Soviet de Tachkent et menait des pourparlers avec les gros bonnets de Moscou : Konovalov, Bourychkine, Tchetverikov, Tretiakov et Smirkov, c'est-&#224;-dire la fleur de la &#171; petite Conf&#233;rence &#187; de Moscou. Il tentait de dissoudre la &#171; Centre-flotte &#187;. Il nommait au Conseil Militaire le kornilovien av&#233;r&#233; Klembovsky. Et cependant la bourgeoisie ne graciait plus son commis : il lui en fallait un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'en haut l'on jouait sans interruption aux &#171; chevaux-fondus &#187; de minist&#232;res, ce petit jeu qui &#233;tait si caract&#233;ristique du r&#233;gime tsariste, lequel s'imaginait pouvoir par des substitutions de personnes arranger les choses, dans les basses couches il se passait un processus de &#171; gauchissement &#187; rapide. Ce processus trouva aussi son expression dans le changement de position des principaux Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs petit-bourgeois perdaient de plus en plus, m&#234;me leur propre assiette. Si auparavant ils exprimaient heureusement le caract&#232;re irr&#233;solu de la petite bourgeoisie &#8212; des paysans, des gueux des villes, des couches arri&#233;r&#233;es de la classe ouvri&#232;re, &#8212; en revanche, ils tournaient maintenant assez nettement &#224; droite : la masse de la petite bourgeoisie t&#233;moignait d'une forte attraction vers le prol&#233;tariat ; ses chefs t&#233;moignaient d'une attraction plus forte encore vers le grand capital. Le sommet bureaucratis&#233; du Com. Cent. Ex&#233;c., qui sous la pression des masses, avait pour un certain temps mod&#233;r&#233; quelque peu son ardeur r&#233;actionnaire et son empressement servile, s'&#233;tait de nouveau pr&#233;cipit&#233; &#224; toute vitesse vers le bloc avec la bourgeoisie du cens, et, craignant de reconna&#238;tre ouvertement son respect pour les cadets compl&#232;tement compromis par l'aventure Kornilov, les tra&#238;nait au gouvernement en qualit&#233; de &#171; candidatures d'affaires &#187; &#8212; masque sous lequel agissent constamment les jongleurs politiques et les menteurs de profession. Dans ces conditions, craignant la contagion bolch&#233;vik grandissante, ces messieurs, d&#233;j&#224; &#224; moiti&#233; entr&#233;s en accord avec les gens du cens, et transform&#233;s eux-m&#234;mes en &#171; petits bonapartes &#187;, devaient chercher un point d'appui social autre que celui qu'ils avaient auparavant. Et d'autre part il leur fallait, en pr&#233;sence du rapide accroissement du bolch&#233;visme non seulement dans le pays, mais dans les organisations sovi&#233;tistes, opposer aux Soviets quelque autre force &#171; &#233;galement &#8212; d&#233;mocratique &#187;, et avec cela panrusse. Refouler les Soviets en arri&#232;re, sanctionner la coalition, cr&#233;er l'organisation d'une solide bourgeoisie moyenne, pour que gr&#226;ce &#224; celle-ci p&#251;t gouverner l'oligarchie des finances ; enfin, pr&#233;venir la pouss&#233;e des bolch&#233;viki en opposant une solide barri&#232;re &#171; d&#233;mocratique &#187; &#224; l'&#171; anarchie &#187; r&#233;volutionnaire, tel &#233;tait le plan des Liber et des Dan, dont les noms sont d&#233;j&#224; devenus des qualificatifs pour les personnages du type social-tra&#238;tre7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ces besoins que surgit le plan de la &#171; Conf&#233;rence d&#233;mocratique &#187;. Le but pos&#233; par les sommit&#233;s du Com. Cent. Ex&#233;c. consistait en la cr&#233;ation d'une d&#233;mocratie &#224; la margarine. Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que ce but ne put se r&#233;aliser que par la voie d'un faux. Si la Conf&#233;rence &#171; d'&#201;tat &#187; de Moscou devait falsifier la voix de la &#171; nation &#187;, en substituant &#224; cette nation des bourreaux galonn&#233;s et sans galons, la Conf&#233;rence D&#233;mocratique devait falsifier la voix de la d&#233;mocratie, en substituant aux paysans, aux soldats et aux ouvriers, le bourgeois moyen ais&#233; et l'intellectuel korniloviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Soviets, ces uniques repr&#233;sentants de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, avaient acquis la troisi&#232;me place. Au premier rang l'on avait dispos&#233; les repr&#233;sentants des zemstvos, des villes, des coop&#233;ratives, auxquels se joignait toute une queue d'organisations professionnelles-intellectuelles. Les zemstvos pouvaient d'autant plus facilement servir de nouvelle base aux chefs d&#233;&#231;us dans leurs calculs, que beaucoup d'entre eux n'avaient m&#234;me pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;lus, et de cette fa&#231;on, le sceau du tsarisme au front, pouvaient servir &#224; n'importe quel truquage, pourvu qu'il f&#251;t &#224; reculons. Les villes exprimaient d&#233;j&#224; une lassitude de la r&#233;volution ; la majorit&#233; soc.-r&#233;volut. de droite et cadette des conseils municipaux, qui approuvait les ex&#233;cutions, ne correspondait plus &#224; aucun titre &#224; la disposition d'esprit des grandes masses des villes. Enfin, les employ&#233;s des coop&#233;ratives, que les paysans ais&#233;s &#233;lisaient pour se livrer au commerce des harengs et du savon et auxquels ils n'avaient jamais remis aucun mandat politique, poss&#233;daient la confiance enti&#232;re du citoyen Tseretelli ; car la Jeanne d'Arc des politiciens de coop&#233;rative, Mme Kouskova, avait d&#233;clar&#233; au Congr&#232;s des coop&#233;ratives, parmi les hurlements enthousiastes de ses partisans du camp des cadets, qu'elle se ferait couper la main, si cette main venait &#224; d&#233;poser un bulletin portant les candidats de ce m&#234;me parti auquel appartenait la belliqueuse coop&#233;rante ; m&#234;me les mencheviki liberdanovites lui semblaient trop rouges !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant falsifi&#233;e par essence, la Conf&#233;rence D&#233;mocratique ne pouvait manquer de s'occuper de falsifications durant toute la p&#233;riode de son activit&#233;. D&#233;j&#224; Kerensky, qui avait pr&#233;alablement d&#233;fini par la voie de la presse le caract&#232;re priv&#233; de la Conf&#233;rence (pour &#234;tre &#171; d'Etat, &#187; il y manquait tout de m&#234;me Riabouchinsky et Kal&#233;dine !) avait &#171; donn&#233; le ton &#187; &#224; la respectable assembl&#233;e en d&#233;clarant : &#171; l'aventure Kornilov a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e par moi (c'est-&#224;-dire par Kerensky) jusqu'au bout &#187;. (Ceci pr&#233;cis&#233;ment alors que la commission d'enqu&#234;te avait dit publiquement qu'il lui &#171; &#233;tait p&#233;nible d'interroger Kornilov ! &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis les discours sans fin des ministres pass&#233;s et pr&#233;sents se mirent &#224; couler, et &#224; leur suite des repr&#233;sentants innombrables d'innombrables organisations. Tchernov racontait comment dans le minist&#232;re de coalition, on l'emp&#234;chait de travailler, &#8212; et il se pronon&#231;ait pour le minist&#232;re de coalition. Skobelev, qui jadis avait promis de pr&#233;lever 100 % sur la bourgeoisie, narrait d'une voix inintelligible les difficult&#233;s du travail et prenait parti pour la coalition. Zaroudny amusait le public de mauvaises anecdotes de la vie des ministres, affirmant qu'il n'avait rien compris et qu'il ne comprenait rien, et parlait aussi en faveur de la coalition. En un mot, tous les ministres habitu&#233;s aux commodit&#233;s de la coalition la d&#233;fendaient de toutes leurs forces. Et la &#171; masse &#187; habilement cuisin&#233;e par des sp&#233;cialistes de la duperie, fournit 766 voix &#224; la coalition, et 688 contre. Les Soviets avaient par une majorit&#233; &#233;crasante vot&#233; contre ; par une majorit&#233; plus &#233;crasante encore, avaient vot&#233; contre, les unions professionnelles ; la flotte s'&#233;tait prononc&#233;e contre sans une exception ; m&#234;me une moiti&#233; des anciennes organisations d'arm&#233;e avait rejet&#233; la coalition. Les coalitionnistes triomph&#232;rent gr&#226;ce &#224; ceux auxquels ils avaient d'avance assur&#233; la sup&#233;riorit&#233; : gr&#226;ce aux membres des zemstvos, aux conseillers municipaux, aux coop&#233;rateurs, unis aux social-tra&#238;tres de toutes les autres institutions. Mais lorsque l'on posa la question des cadets, m&#234;me cette majorit&#233; choisie n'osa pas voter pour le parti korniloviste de la trahison populaire. Les rossignols de la social-trahison eurent beau chanter, ce num&#233;ro n'eut aucun succ&#232;s. Et lorsqu'il fut d&#233;montr&#233; jusqu'&#224; l'&#233;vidence que la coalition avec la bourgeoisie sans les cadets &#233;tait un non-sens ; lorsque les mench&#233;viki et les soc.-r&#233;volut. virent se poser devant eux la question de l'organisation du pouvoir socialiste &#171; sans bourgeois &#187;, ils recul&#232;rent avec horreur devant une telle perspective et vot&#232;rent contre la R&#233;volution dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulta que la Conf&#233;rence D&#233;mocratique vit s'&#233;crouler sa propre r&#233;solution, prouvant ainsi son indigence, d&#233;couvrant sa nudit&#233; s&#233;nile et de loqueteuse apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici parurent sur la sc&#232;ne les prestidigitateurs de profession, dont le premier &#233;tait le &#171; noble Tseretelli. &#187; Gr&#226;ce &#224; une v&#233;ritable fraude, c'est tout juste s'ils ne parvinrent pas &#224; faire triompher la r&#233;solution la plus honteuse, proposant de cr&#233;er un organe &#171; sanctionn&#233; &#187; par le bonaparte et destin&#233; &#224; &#171; seconder &#187; le gouvernement pour la cr&#233;ation du pouvoir. Les bolcb&#233;viki, Trotski en t&#234;te, dont les discours brillants et courageux mettaient hors d'eux-m&#234;mes tous les buffles et tous les valets de la bourgeoisie, firent une sortie d&#233;monstrative en r&#233;ponse &#224; des sc&#232;nes de moquerie et d'infamie. Les amendements gliss&#233;s par Tseretelli furent toutefois retir&#233;s. Mais la politique effective qui r&#233;sultait du march&#233; conclu entre Kerensky, Tseretelli, Gotz &amp; Cie, entre les gens des coop&#233;ratives et ceux du cens, derri&#232;re lesquels se tenait aussi le ha&#239;ssable parti de la trahison populaire, cette politique continua &#224; &#234;tre mise en &#339;uvre par les h&#233;ros de la Conf&#233;rence, m&#234;me apr&#232;s tous ces &#233;v&#233;nements. Les r&#233;solutions vot&#233;es offraient, lors de la cr&#233;ation du pouvoir, d'&#171; exiger la r&#233;alisation du programme du 14 ao&#251;t &#187;, c'est-&#224;-dire de ce programme que Tchkheidz&#233; avait si chaudement d&#233;fendu en pr&#233;sence de Kal&#233;dine et en l'absence du prol&#233;tariat, &#224; la Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Conf&#233;rence de Moscou au Grand Th&#233;&#226;tre avait &#233;t&#233; la sage-femme du complot de Kornilov, la montagne de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique aurait accouch&#233; avant tout de la ridicule souris du &#171; pr&#233;-parlement &#187;. Un organe de promulgation des lois plac&#233; aupr&#232;s de Kerensky et priv&#233; de tout pouvoir, un mis&#233;rable bureau dans lequel l'effectif fortement r&#233;duit de la Conf&#233;rence &#233;tait compl&#233;t&#233; par une masse compacte d'hommes du cens, les cadets en t&#234;te, contre lesquels la Conf&#233;rence avait jadis vot&#233; &#8212; tel fut le r&#233;sultat des discussions &#171; sur le pouvoir &#187;. Le probl&#232;me qui consistait &#224; mettre fin &#224; l'irresponsabilit&#233; du bonaparte avait trouv&#233; sa solution dans la cr&#233;ation d'une pr&#233;-Douma, responsable pr&#233;cis&#233;ment devant celui dont elle devait vaincre l'irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence D&#233;mocratique se montra st&#233;rile comme le figuier de l'&#201;vangile. Mais lorsque messieurs les cadets se r&#233;jouissaient malignement de l'&#171; impuissance de la d&#233;mocratie &#187;, ils comprenaient parfaitement que leur joie &#233;tait toute de fa&#231;ade. Ils savaient parfaitement que l'impuissance du charroi de &#171; d&#233;mocrates &#187; amen&#233; par Tseretelli et approuv&#233; par Kerensky, avait peu de chose de commun avec la d&#233;mocratie qui se renfor&#231;ait tous les jours derri&#232;re les murs du th&#233;&#226;tre Alexandre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la suite des &#233;v&#233;nements &#8212; &#233;crivait l'organe de la banque, Rousska&#239;a Volia, &#224; l'ouverture de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique &#8212; des &#233;v&#233;nements remplissant la p&#233;riode allant du moment de la d&#233;faite sur le front, au moment de la d&#233;faite de la contre-r&#233;volution, est que le bolch&#233;visme d&#233;magogique a relev&#233; la t&#234;te et que la &#171; d&#233;mocratie organis&#233;e &#187; de P&#233;trograd s'est trouv&#233;e prisonni&#232;re des l&#233;ninistes. On peut dire aussi que ce r&#233;sultat politique du sixi&#232;me mois de la r&#233;volution est &#171; bouleversant &#187;, si relative que puisse &#234;tre sa signification... La Conf&#233;rence des organisations d&#233;mocratiques s'est ouverte sous l'action pesante de ces -&#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irr&#233;sistible croissance du parti du prol&#233;tariat, qui, comme l'a d&#233;clar&#233; avec toute la profondeur de sentiments dont elle est capable, une dame patronnesse, Mme Breschkovska&#239;a &#8212; &#171; g&#226;te nos braves, nos bons ouvriers, paysans et soldats &#187;. Ce renforcement de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire du travail mettait la bourgeoisie dans une situation v&#233;ritablement critique. Dans le pays, un conflit succ&#233;dait &#224; l'autre : gr&#232;ve des ouvriers des chemins de fer, troubles paysans toujours croissants --- mobilisation des forces sovi&#233;tistes &#8212; n'&#233;tait-il pas clair que la vague de la guerre civile submergerait le piteux &#233;difice du pr&#233;-parlement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de la guerre civile. La R&#233;volution d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout le pouvoir aux Soviets ! &#187; &#171; Convocation du Second Congr&#232;s ! &#187; &#8212; tel &#233;tait le mot d'ordre avec lequel les bolch&#233;viki allaient &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique et au pr&#233;-parlement. Le parti du prol&#233;tariat comprenait parfaitement l'in&#233;vitabilit&#233; objective de la guerre civile. Il ne restait &#224; la grande bourgeoisie d'autre issue que d'attaquer ouvertement le peuple, contre lequel elle menait une guerre de partisans permanente. En r&#233;ponse au mot d'ordre du prol&#233;tariat, Kerensky saccageait le Soviet de Tachkent ; en r&#233;ponse &#224; la voix des paysans, &#171; son &#187; Gouvernement continuait les arrestations de comit&#233;s terriens ; en r&#233;ponse aux supplications des ouvriers des chemins de fer et des mineurs du Don, on les &#171; r&#233;primait &#187; ; en r&#233;ponse aux demandes de reconnaissance des droits de la Finlande, on y envoyait des exp&#233;ditions destin&#233;es &#224; la pacification et l'on en &#233;loignait les unit&#233;s r&#233;volutionnaires ; en r&#233;ponse aux r&#233;solutions des ouvriers r&#233;clamant la mise en libert&#233; des bolch&#233;viki, on lib&#233;rait les anciens ge&#244;liers et les gendarmes ; enfin, en r&#233;ponse &#224; la clameur unanime du peuple entier : &#171; &#224; bas les tra&#238;tres-cadets ! &#187;, Kerensky forma un minist&#232;re cadet &#224; l'aide de laquais en livr&#233;e, anciens socialistes. Apr&#232;s toutes les r&#233;v&#233;lations, apr&#232;s la pers&#233;cution de l'arm&#233;e par les cadets, apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volte et de la trahison des cadets, apr&#232;s la tra&#238;trise de Riga, apr&#232;s le jeu monstrueux de provocation, dont l'enjeu &#233;tait la peine de mort &#8212; Kerensky jette le d&#233;fi, nommant au minist&#232;re des tra&#238;tres stigmatis&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de guerre civile &#8212; c'est sous ce nom qu'est entr&#233; dans l'histoire le nouveau cabinet de la r&#233;publique russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Konovalov, le plus important des industriels moscovites, l'id&#233;ologue et le praticien du sabotage panrusse &#8212; est nomm&#233; ministre du commerce et de l'industrie, et suppl&#233;ant du premier ministre. Tout n'est-il pas fini d&#233;sormais pour les lock-outers ? Tretiakov, encore un industriel et un boursier, l'un des monopolisateurs du rayon textile &#8212; est nomm&#233; pr&#233;sident du Conseil &#233;conomique. La d&#233;sorganisation ne va-t-elle pas &#234;tre maintenant &#233;cart&#233;e ? Comme contr&#244;leur d'Etat on d&#233;signe Smirnov, Smirnov, qui non seulement dans, sa fabrique donnait &#224; ses ouvriers un salaire de famine, les privait de feu et d'eau, mais faisait mourir de faim ses chevaux, afin d'avoir plus tard la possibilit&#233; de fermer son entreprise pour des raisons politiques. N'y aura-t-il pas maintenant un contr&#244;le suffisant sur les finances de l'Etat ? Est-ce que cet anthropophage ne remettra pas en ordre le m&#233;nage d&#233;sorganis&#233; du peuple ? Terechtchenko reste ministre des Affaires Etrang&#232;res. Mais n'a-t-il pas prouv&#233; l'ardeur de son z&#232;le pour la cause de la paix ? Efremov est nomm&#233; ministre pl&#233;nipotentiaire et envoy&#233; extraordinaire en Suisse. Mais ne s'est-il pas recommand&#233; comme le meilleur ami de l'imp&#233;rialisme anglais ? Et n'est-ce pas l&#224; la meilleure garantie pour la paix et la libert&#233; ? Kichkine, avec lequel les Soviets de Moscou ont refus&#233; d'avoir aucune esp&#232;ce de rapport, est confirm&#233; dans son titre de ministre de l'Assistance. Qui donc peut douter qu'il ne remplisse son devoir envers la R&#233;volution ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;bulosit&#233; &#171; socialiste &#187; &#8212; le collaborateur du Roussko&#239;e Slowo, Bernatzki, l'&#171; ouvrier &#187; Gvozdev, l'avocat Maliantovitch et les autres dii minores dispos&#233;s autour du noyau fortement imp&#233;rialiste (noyau &#171; d'affaires &#187;) des cadets et des korniloviens &#8212; &#233;tait d'avance destin&#233;e &#224; rester accroch&#233;e derri&#232;re le char triomphal du &#171; commerce et de l'industrie &#187;. Il est vrai que le cabinet avait &#233;t&#233; approuv&#233; par Monsieur Buchanan. Bien plus, les bons amis anglo-fran&#231;ais avaient eu recours tout simplement &#224; des exactions politiques et au chantage, afin d'obtenir du Gouvernement de leur nouvelle demie-colonie l'effectif d&#233;sir&#233;, et ce Gouvernement ne parvint au pouvoir qu'apr&#232;s de myst&#233;rieuses conf&#233;rences des petits bonapartes de Russie avec l'ambassadeur de Sa Majest&#233; George. Mais le peuple russe n'en recevait aucun soulagement. Le r&#244;le objectif du nouveau cabinet ne pouvait &#234;tre douteux : c'&#233;tait la provocation &#224; la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs du Gouvernement Provisoire esp&#233;raient avec cela &#234;tre soutenus par les petits propri&#233;taires et par les gens du juste milieu qui s'&#233;taient group&#233;s &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique sous l'h&#233;g&#233;monie politique des coop&#233;rateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dois le dire franchement &#187; &#8212; &#233;crivait dans le journal &#171; banquier-d&#233;mocratique &#187; Den &#8212; l'un de ses collaborateurs les plus importants : &#171; partageant compl&#232;tement le programme politique de la coop&#233;ration &#187; &#8212; &#171; il est impossible de ne pas voir et de ne pas sentir que c'est de l&#224; que partira la masse des combattants aspirant &#224; la revanche pour tout ce que le bolch&#233;visme, dans le sens le plus large de ce mot, a apport&#233; et apporte avec lui de sombre et de mauvais. Et j'en suis convaincu : ce ne sera pas seulement une lutte de paroles &#187;. Et l'organe officieux de Kerensky, Savinkov et C&#176;, Volia Naroda, sonnait le tocsin et appelait tout le monde au ralliement sous l'&#233;tendard de la lutte contre le bolch&#233;visme, affirmant qu' &#171; il n'y avait pas de place pour le coalitionnisme &#187; et que la &#171; d&#233;mocratie devait s'unir et, d'une main de fer, forcer le bolch&#233;visme &#224; ob&#233;ir &#224; sa volont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'exasp&#233;ration croissante du marchand de grains, de l'avocat et du coop&#233;rateur se refl&#233;tait la terreur du poss&#233;dant devant le communisme mena&#231;ant. Cette terreur les inondait d'une sueur froide : leur imagination effray&#233;e se repr&#233;sentait d&#233;j&#224; les horreurs des pillages, des massacres, du &#171; partage &#187; g&#233;n&#233;ral, des pogroms et du &#171; carnage &#187;. Le bourgeois moyen, malgr&#233; son r&#233;alisme indigent et sali de petit commer&#231;ant, n'est au fond jamais r&#233;aliste, et malgr&#233; son rationalisme qui veut &#234;tre sobre, il est domin&#233; tout entier par deux sortes d'&#233;motions : la peur, quand ses affaires vont mal, et la vengeance quand &#171; il &#187; a triomph&#233;. Il ferme d'une cha&#238;ne la porte de sa demeure et glisse son portefeuille sous son oreiller, lorsqu'aucune n&#233;cessit&#233; ne s'en fait sentir m&#234;me au point de vue de ses int&#233;r&#234;ts ; il devient taciturne comme un asc&#232;te, en lisant avec volupt&#233; les articles braillards de ses id&#233;ologues, alors qu'on lui laisse encore pleine libert&#233; de parole. Mais il cr&#232;ve de sa canne les yeux de ses ennemis vaincus, et il est pr&#234;t &#224; amener sa femme, sa fille et sa s&#339;ur pour assister &#224; l'ex&#233;cution de ses adversaires politiques. Son abjection et sa vindicte sont directement proportionnelles &#224; sa l&#226;chet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si exag&#233;r&#233;es que fussent les &#171; horreurs &#187; que pr&#233;voyait ce bourgeois, son instinct presque animal lui permettait de deviner que la collision &#233;tait in&#233;vitable. Pendant ce temps, le capital financier la pr&#233;parait en toute connaissance de cause et mobilisait toutes ses forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la pouss&#233;e des classes dans ce sens gagnait toutes les directions &#224; la fois. Dans le domaine &#233;conomique, on introduisait syst&#233;matiquement et avec obstination le plan de Riabouchinsky &#8212; prendre les ouvriers par la &#171; main osseuse de la faim &#187;. Les lockouts &#171; cach&#233;s &#187; et &#171; ouverts &#187; se multipliaient toujours. En pr&#233;sence de l'effondrement complet de l'industrie et de la d&#233;sorganisation &#233;conomique compl&#232;te, la &#171; classe commerciale-industrielle &#187; versait savamment de l'huile sur le feu par un sabotage consciencieusement calcul&#233; et toujours croissant. Messieurs les ministres d&#233;cid&#232;rent enfin de centraliser cette affaire et d'organiser la d&#233;sorganisation, en &#233;levant le sabotage &#224; la hauteur de principe d'un probl&#232;me int&#233;ressant l'Etat et la nation. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans ce but, c'est-&#224;-dire dans le but de l'augmentation artificielle du ch&#244;mage et de la famine, d&#233;j&#224; grands par ailleurs, que les Smirnov et les Konovalov commenc&#232;rent &#224; provoquer avec tout le z&#232;le dont ils &#233;taient capables le &#171; d&#233;chargement &#187; &#8212; de P&#233;tersbourg d'abord (c'&#233;tait le point le plus rouge, et par cons&#233;quent le plus dangereux), puis ensuite du district de Moscou. Et pendant que les commer&#231;ants et les industriels op&#233;raient dans les fabriques et les usines, les &#233;tablissements financiers commenc&#232;rent &#224; suivre dans des proportions encore plus grandes la m&#234;me politique par rapport aux conseils municipaux &#171; nouveaux &#187;, et surtout aux bolch&#233;vistes, leur refusant n'importe quel cr&#233;dit. En effet, pouvait-on inventer une affaire plus &#171; pan-nationale &#187; que le lent resserrement du n&#339;ud coulant d&#233;j&#224; savonn&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique compl&#233;tait l'&#233;conomie nationale. Et avant tout, la politique internationale. Les ardents patriotes &#233;taient tout pr&#234;ts &#224; conclure n'importe quelle paix en &#233;change de la pacification des ouvriers et des paysans. Les myst&#233;rieuses conf&#233;rences &#224; l'&#233;tranger, au sujet desquelles il sourdait quelques informations dans la presse, exprimaient ce besoin arriv&#233; &#224; maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;parer la reddition de P&#233;trograd en m&#234;me temps que sa destruction par les canons allemands &#8212; &#233;tait devenu la pens&#233;e secr&#232;te des bourgeois russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, des coups de main arm&#233;s se pr&#233;paraient aussi &#224; l'int&#233;rieur. L'on vit la mobilisation g&#233;n&#233;rale et les organisations d&#233;faites lors des journ&#233;es de Kornilov, retranch&#233;es le plus solidement possible sur le Don. De cette Vend&#233;e russe devait sortir la croisade contre la r&#233;volution du peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re de son c&#244;t&#233; tendait tous ses efforts, se pr&#233;parant &#224; passer de la d&#233;fensive &#224; l'offensive. Pour les grandes masses ouvri&#232;res, la n&#233;cessit&#233; de la lutte pour le pouvoir se faisait sentir plus que jamais. Les gr&#232;ves &#233;conomiques par lesquelles le prol&#233;tariat avait tent&#233; de r&#233;pondre &#224; la pouss&#233;e du capital n'&#233;taient d'aucun secours. Elles &#233;taient directement suscit&#233;es par provocation du capital, qui transformait cet instrument de lutte en des knock-out de la part des ouvriers. Le pouvoir aux Soviets ! Le pouvoir au Congr&#232;s des Soviets ! A bas le Gouvernement ! &#8212; ces mots d'ordre &#233;taient devenus si populaires qu'ils n'avaient besoin d'aucune explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans augmentaient toujours plus leur activit&#233;, passant au soul&#232;vement direct contre les propri&#233;taires du sol ; les r&#233;pressions quelles qu'elles fussent ne pouvaient plus les intimider, bien qu'elles lui tombassent en abondance sur la t&#234;te. La crise m&#251;rissait avec une rapidit&#233; stup&#233;fiante...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration publi&#233;e par le nouveau Gouvernement confirmait pleinement les pires craintes : conduire la guerre &#171; en union avec les alli&#233;s &#187; ; &#171; mettre en ordre les rapports fonciers sans violation des droits de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re existante &#187; ; relever les imp&#244;ts indirects ; enfin, mener &#171; la lutte la plus d&#233;cid&#233;e, la plus suivie, la plus syst&#233;matique contre toutes les manifestations de la contre-r&#233;volution et de l'anarchie &#187; &#8212; tel &#233;tait ce &#171; programme &#187;. Traduit en langue vulgaire, il signifiait : brigandage international, protection des agrariens, spoliation des masses, &#233;tranglement de la R&#233;volution. Tel devait &#234;tre et tel fut le programme du Gouvernement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la question de l'&#233;dification du pouvoir, elle devait &#234;tre &#171; r&#233;solue &#187; par la &#171; situation du Conseil Provisoire de la R&#233;publique Russe &#187;, publi&#233;e sous la signature du citoyen Konovalov. Cette &#171; position &#187; r&#233;v&#233;la avec une clart&#233; surprenante le r&#244;le des tra&#238;tres du social- patriotisme : ils avaient atteint le but de leurs d&#233;sirs ! Les droits d&#233;j&#224; fort &#233;court&#233;s de la d&#233;mocratie y &#233;taient plum&#233;s de tous les c&#244;t&#233;s. On autorisait avec bienveillance le &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187; &#224; &#171; discuter les projets l&#233;gislatifs, au sujet desquels le Gouvernement Provisoire reconna&#238;t n&#233;cessaire de prendre l'avis du Conseil &#187; &#8212; telles furent les honorables fonctions de cette chancellerie de cour de Kerensky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187; consultatif, qui devait &#234;tre en m&#234;me temps un rempart contre l'Assembl&#233;e Constituante (Lvov, Karavulov et d'autres criaient d&#233;j&#224; &#224; la n&#233;cessit&#233; de remettre encore une fois les &#233;lections), et contre les Soviets des ouvriers, soldats et paysans &#8212; fut, au fond, de prime abord d&#233;truit par le parti du prol&#233;tariat. Les bolch&#233;viki se retir&#232;rent de ce pr&#233;-parlement &#171; r&#233;form&#233; &#187;, et il perdit imm&#233;diatement la signification d'un centre o&#249; se refl&#232;te enti&#232;rement le degr&#233; de tension de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat mobilisait avec toujours plus de pers&#233;v&#233;rance les forces des Soviets. Le Comit&#233; R&#233;gional de l'arm&#233;e, de la Flotte et des Ouvriers de Finlande publia un appel tranchant contre le Gouvernement, qui envoyait des troupes contre-r&#233;volutionnaires en Finlande ; on commen&#231;a &#224; pr&#233;parer une s&#233;rie de Congr&#232;s r&#233;gionaux et de soldats. Un travail fi&#233;vreux commen&#231;a pour la convocation du Congr&#232;s panrusse d&#233;cid&#233; &#233;galement en son temps &#8212; sous une forte pression de la part des masses &#8212; par le Comit&#233; Central Ex&#233;cutif. Le foyer de la vie politique devenait ainsi non le lamentable Conseil de la R&#233;publique, mais le Congr&#232;s approchant de la R&#233;volution russe. Au centre de ce travail de mobilisation se tenait le Soviet de P&#233;tersbourg, qui avait d&#233;monstrativement &#233;lu pr&#233;sident Trotsky, le tribun le plus brillant du soul&#232;vement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, les sommit&#233;s de la vieille bureaucratie des Soviets, ceux qui encore au temps de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique reniaient les Soviets, sentant que leur terrain &#233;tait enfin d&#233;finitivement perdu, &#233;tablirent alors leur trahison compl&#232;te. L'organe officiel des Soviets engagea donc la lutte pour la destruction de ces Soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous (!) voulons remplacer &#8212; &#233;crivaient les Izvestia &#8212; l'organisation provisoire des Soviets par une organisation permanente compl&#232;te et g&#233;n&#233;rale de l'ordre, de la vie de l'Etat et des r&#233;gions. Lorsque l'autocratie fut tomb&#233;e et avec elle tout l'ordre bureaucratique, nous (!) avons construit les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, comme des baraques provisoires o&#249; p&#251;t trouver un refuge la d&#233;mocratie enti&#232;re. Maintenant, au lieu de baraques, l'on construit un b&#226;timent d&#233;finitif en pierres de taille, et, naturellement, les gens quittent constamment les baraques pour des installations plus commodes, &#224; mesure que l'on ach&#232;ve de construire un &#233;tage apr&#232;s l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fensistes sans abri d&#233;cid&#232;rent de passer aux &#171; installations plus commodes &#187; de la nouvelle Douma de Boulyguine, qui pouvait &#171; poser des questions &#187; &#224; la clique incontr&#244;l&#233;e de la bourgeoisie... Des &#171; d&#233;mocrates &#187; et des &#171; socialistes &#187; &#233;taient tomb&#233;s si bas ! Mais ils ne se content&#232;rent pas de proclamer leur reniement : ils commenc&#232;rent une campagne acharn&#233;e pour couler le Congr&#232;s d&#233;j&#224; fix&#233; au 20 octobre. Dans le Bureau du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif, le citoyen Dan, ce vieux renard du coalitionnisme, de l'hypocrisie et des transactions de derri&#232;re la coulisse, posa le premier la question de contremander le Congr&#232;s. Cela ne lui r&#233;ussit pas. Mais tous les agents locaux du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif, tous les mench&#233;viki et les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite cherch&#232;rent &#224; couler le Congr&#232;s ou tout au moins &#224; le discr&#233;diter : &#171; par ce Congr&#232;s on d&#233;pr&#233;cie la Constituante &#187; ; ce congr&#232;s est inutile, car &#171; pour le moment nous avons le Conseil de la R&#233;publique &#187; , ce congr&#232;s, c'est la d&#233;magogie bolch&#233;viste qui jette la d&#233;mocratie dans les bras de la contre-r&#233;volution &#187;, etc., etc., &#8212; ainsi trompettaient partout et &#224; tout moment, ceux qui, en fait, n'avaient pas de place dans les grandes organisations de classes des ouvriers et des paysans ressuscit&#233;s &#224; une vie nouvelle au milieu des temp&#234;tes de la bataille sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des d&#233;fensistes contre le Congr&#232;s &#233;tait cependant d'avance vou&#233;e &#224; un &#233;chec complet par la marche progressive de la lutte des classes dont la flamme ne faisait que grandir de jour en jour. Les propri&#233;taires fonciers, les marchands, les industriels, suppliaient d&#233;j&#224; t&#233;l&#233;graphiquement le Gouvernement de leur envoyer de l'artillerie et des troupes pour la r&#233;pression des paysans, &#8212; le Gouvernement satisfaisait &#224; leurs demandes et enjoignait par circulaire &#224; ses commissaires d'appliquer la loi avec la plus grande s&#233;v&#233;rit&#233; ; il amenait de tous c&#244;t&#233;s &#224; P&#233;tersbourg des junkers et des troupes de choc ; Tachkent, et en particulier le Soviet de Tachkent, form&#233; de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, &#233;tait devenu le but constant des aspirations conqu&#233;rantes de Kerensky-Konovalov ; contre les Finnois, on menait la m&#234;me campagne de violence, et m&#234;me le plus &#171; d&#233;mocrate &#187; des ministres, Verkhovsky, donnait secr&#232;tement des ordres pour qu'on arr&#234;t&#226;t des commissaires du Comit&#233; R&#233;gional en cas de &#171; r&#233;sistance &#187; de leur part ; le contr&#244;leur d'Etat, le saboteur Smirnov, avait d&#233;j&#224; accompli une offensive directe contre tous les soviets, en &#233;laborant un projet pour leur r&#233;vision, comme s'ils avaient form&#233; un d&#233;partement de police aupr&#232;s du minist&#232;re de l'int&#233;rieur ; &#224; Minsk l'on avait ferm&#233; le tr&#232;s populaire Molot ; chez les Lettons, l'on avait ferm&#233; le Volnyi Stri&#233;lok ; pour &#233;difier la classe ouvri&#232;re, dans les myst&#232;res des chancelleries minist&#233;rielles, on pr&#233;parait d&#233;j&#224; la loi sur l'arbitrage obligatoire, c'est-&#224;-dire la loi contre les gr&#232;ves. Les bandes contre-r&#233;volutionnaires avaient commenc&#233; &#224; mener presque ouvertement une propagande antis&#233;mite de pogroms, contre laquelle le Gouvernement ne trouvait aucune mesure &#224; prendre. En revanche, ce Gouvernement approuva tacitement l'ex&#233;cution des soldats russes en France, dont certaines nouvelles &#233;taient arriv&#233;es jusqu'au pays, puis par l'organe de Terechtchenko, il mit &#224; la retraite Skobelev, que le Comit&#233; Central Ex&#233;cutif envoyait saluer les diplomates alli&#233;s, avec des instructions plus que mod&#233;r&#233;es : m&#234;me lui ne paraissait d&#233;j&#224; plus convenir &#224; la cordiale compagnie Terechtchenko-Maklakov-Alexeiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avec tout cela les cheminots ont le dessus ; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Bakou brise la r&#233;sistance du capital ; les &#233;lections aux Doumas de districts &#224; Moscou, donnent une brillante victoire aux bolch&#233;viki, &#233;levant le nombre de leurs voix de 11 &#224; 50 % ; le Congr&#232;s de la flotte Baltique se d&#233;clare enti&#232;rement pour les bolch&#233;viki ; le district entier de Moscou s'agite et bouillonne : les tanneurs sont en gr&#232;ve, les employ&#233;s de la ville se pr&#233;parent &#224; entrer en gr&#232;ve, avec les travailleurs sur bois, les ouvriers des industries textiles, les m&#233;tallurgistes ; dans les Soviets, l'on d&#233;molit radicalement tout le pass&#233; : les r&#233;&#233;lections proclament unanimement le triomphe des bolch&#233;viki ; &#231;&#224; et l&#224;, les ouvriers descendent dans les rues et exigent d&#233;j&#224; que les Soviets passent des paroles &#224; l'action ; enfin, la III&#232;me conf&#233;rence de Zimmerwald et le soul&#232;vement des matelots allemands font concevoir de nouveaux espoirs en un mouvement de l'autre c&#244;t&#233; des tranch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 septembre arrive la nouvelle de l'occupation par les Allemands d'Oesel. Puis l'on re&#231;oit les d&#233;tails sur les combats maritimes, d&#233;tails qui font d&#233;couvrir une nouvelle et monstrueuse provocation internationale sur le front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se d&#233;voile que la flotte anglaise avait tranquillement laiss&#233; p&#233;rir en h&#233;ros la flotte baltique rouge qui &#233;tait all&#233;e au combat. Il se d&#233;voile que le Gouvernement avait lui-m&#234;me pris des dispositions pour l'enl&#232;vement des canons qui prot&#233;geaient la route de P&#233;tersbourg. Il se d&#233;voile que le chef de la petite conf&#233;rence des politiciens moscovites, peu auparavant convaincu de livraisons frauduleuses, Rodzianko, avait dans son rapport presque exig&#233; la reddition de P&#233;tersbourg et de Kronstadt et s'&#233;tait extasi&#233; devant les ex&#233;cutions et l' &#171; ordre &#187; qu'avaient introduit &#224; Riga les Schutzleute de Guillaume II. C'est peu de Riga ! Il faut que l'on d&#233;truise la &#171; flotte pervertie ! &#187; Il faut que p&#233;risse Kronstadt ! A bas P&#233;tersbourg ! Le mot d'ordre du Gouvernement : &#171; &#224; Moscou ! &#187; &#8212; devint clair pour tout le monde : ils fuyaient la R&#233;volution, ces tra&#238;tres, ils filaient, comme jadis Thiers avait fil&#233; de Paris &#224; Versailles. Qu'il ne s'agissait pas du tout l&#224; du p&#233;ril allemand, &#8212; c'est ce qu'avait r&#233;v&#233;l&#233; le g&#233;n&#233;ral Alexeiev en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;tendue du nouveau complot s'&#233;tait maintenant r&#233;v&#233;l&#233;e. A P&#233;tersbourg, Paltchinsky devait venir &#224; bout des ouvriers, en aggravant le ch&#244;mage et en &#171; d&#233;chargeant &#187; la ville, transformant le prol&#233;tariat conscient en des va-nu-pieds chroniques, incapables d'aucune esp&#232;ce de r&#233;sistance ; les centres de la r&#233;volution &#8212; la Finlande, P&#233;tersbourg, Kronstadt, la flotte &#8212; qu'ils soient tous, au pis-aller d&#233;truits avec tous leurs maudits Soviets et Comit&#233;s, par le feu des pi&#232;ces allemandes, avec la neutralit&#233; bienveillante des &#171; alli&#233;s &#187; ; le Gouvernement s'organise &#224; Moscou, &#224; c&#244;t&#233; de la petite conf&#233;rence, dans la patrie des Konovalov et des Tretiakovski ; sur le Don il se forme une &#171; arm&#233;e d&#233;vou&#233;e &#187;. Tel &#233;tait, en d&#233;sespoir de cause, le dernier des gros enjeux du capital russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces militaires de la contre-r&#233;volution se mobilisaient en effet &#224; fond. Les g&#233;n&#233;raux cosaques avaient introduit la lev&#233;e en masse, fortifi&#233; les stanitzi, s'armaient de mitrailleuses et commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; exp&#233;dier leurs unit&#233;s dans la Russie centrale ; les officiers organisaient en secret des d&#233;tachements de marche, form&#233;s d'officiers ; les junkers prenaient le fusil de nouveau &#8212; comme au temps de Kornilov. &#8212; Les militaires professionnels disaient d&#233;j&#224; avec orgueil que ce qui allait venir ne serait pas l'&#171; essai sur le papier &#187; de Kornilov, mais quelque chose de beaucoup plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dissolvant la Douma d'Empire, le Gouvernement n'avait fait un geste &#224; gauche, qu'afin de continuer sa politique de droite en g&#233;n&#233;ral. Il &#233;tait, par le fait, devenu le centre dirigeant de la contre-r&#233;volution des Cosaques et des cadets ; il s'&#233;criait d&#233;j&#224; : &#171; b&#233;ni soit qui vient au nom de Kornilow &#187;, t&#226;chant par tous les moyens de provoquer la &#171; r&#233;volte des bolch&#233;viki. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti du prol&#233;tariat comprenait tout le s&#233;rieux de la situation. Il n'&#233;tait plus question maintenant de d&#233;monstrations seulement ou de demi-d&#233;monstrations. Les masses se pr&#233;paraient au v&#233;ritable combat, non plus au combat de com&#233;die. Elles ne seraient pas all&#233;es &#224; une simple d&#233;monstration. Tous comprenaient fort bien que l'&#233;poque des paroles, de l'agitation, de la propagande, le temps de la pr&#233;paration &#233;tait pass&#233; : il faut agir, ou autrement on nous &#233;crasera &#8212; telle &#233;tait la disposition d'esprit presque aust&#232;re des masses. Aucun tapage, aucune excitation joyeuse ni sentimentale : des pens&#233;es d'affaires, des paroles d'affaires, une ferme r&#233;solution de lutter jusqu'au bout, d'accepter le combat et de le continuer de toutes ses forces jusqu'&#224; la d&#233;faite ou jusqu'&#224; la victoire &#8212; voici ce que pensaient, voici ce que sentaient les prol&#233;taires, en se pr&#233;parant &#224; la lutte. Le parti discutait la question du soul&#232;vement : l'extr&#234;me aile droite avait d&#233;j&#224; arbor&#233; le pavillon de combat &#8212; il fallait relever le gant et passer imm&#233;diatement &#224; l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier coup de feu fut tir&#233; par la contre-r&#233;volution : des unit&#233;s cosaques saccag&#232;rent le soviet de Kalouga. Ce ne fut qu'&#224; un pur hasard que les membres du Soviet durent de n'&#234;tre pas fusill&#233;s. Tout subit un saccage barbare, uniquement parce que la vague du m&#233;contentement populaire avait mis &#224; la t&#234;te du Soviet de Kalouga les bolch&#233;viki ; les troupes cosaques avaient r&#233;solu de s'entra&#238;ner contre eux, dirig&#233;es par le commissaire du gouvernement provisoire et avec la participation bienveillante des politiciens de la Douma locale. Le commissaire comme les &#171; politiciens &#187; se trouv&#232;rent &#234;tre des &#171; socialistes-r&#233;volutionnaires &#187;. Le premier mot dans la trahison et l'assassinat leur appartenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de Kalouga forc&#232;rent les Soviets &#224; aller rapidement de l'avant. Pendant ce temps, le Soviet de P&#233;tersbourg adoptait d&#233;j&#224; la position de combat : une r&#233;solution tranchante contre le Gouvernement indiquait que les op&#233;rations militaires &#233;taient proches. Les matelots de Kronstadt vouaient &#224; la mal&#233;diction le &#171; mis&#233;rable bonaparte &#187; ; le Congr&#232;s des Soviets de la r&#233;gion septentrionale se d&#233;roula comme une parade r&#233;gl&#233;e et ordonn&#233;e de l'arm&#233;e de la R&#233;volution ; le Congr&#232;s des repr&#233;sentants du VIe corps d'arm&#233;e d&#233;clara refuser quelque aide que ce f&#251;t au Gouvernement de Kerensky et proclama la n&#233;cessit&#233; du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 octobre, le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de P&#233;tersbourg d&#233;cida d'organiser un Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. Le Comit&#233; central de la flotte de la Baltique, le Comit&#233; r&#233;gional de Finlande, les Comit&#233;s de fabrique et d'usine, les unions professionnelles, le Soviet de P&#233;tersbourg des d&#233;put&#233;s paysans, l'organisation militaire du parti, etc., y envoy&#232;rent leurs repr&#233;sentants. C'&#233;tait l&#224; l'&#233;tat-major militaire de la nouvelle R&#233;volution et du soul&#232;vement contre la dictature imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant ce temps, au sein du &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187;, la droite organisait des ovations bruyantes au g&#233;n&#233;ral Alexeiev, et l'ap&#244;tre de l'imp&#233;rialisme russe, le cadet Pierre Strouv&#233;, d&#233;clarait que &#171; pour le nom glorieux du g&#233;n&#233;ral Kornilov nous donnerions notre vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#233;tersbourg, sous les yeux de la population tout enti&#232;re, on se met ouvertement &#224; pr&#233;parer le soul&#232;vement. Les ouvriers s'arment. Les soldats s'arment. De tous c&#244;t&#233;s on concentre des forces. Des unit&#233;s d'arm&#233;e, des corps d'arm&#233;e entiers envoient leurs salutations et la promesse de leur soutien. Le congr&#232;s de la Ve arm&#233;e se prononce pour le passage imm&#233;diat de la terre aux paysans. Toutes les forces tendues, l'on attend la solution de la crise, se pr&#233;parant &#224; s'y m&#234;ler au moment d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le branle est donn&#233; par le conflit entre le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire et l'&#233;tat-major du district, qui refuse de reconna&#238;tre les pleins pouvoirs du Comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient &#233;vident pour tous qu'une collision est in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 octobre (4 novembre), l'on fixe le &#171; jour du Soviet de P&#233;tersbourg &#187; qui se transforme en une revue g&#233;n&#233;rale des forces de la R&#233;volution. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire prend des mesures pour la protection de la ville, nomme des commissaires dans toutes les unit&#233;s militaires et aux points les plus importants. La disposition effective des forces militaires passe de cette fa&#231;on au Soviet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit du 24 au 25 octobre (6 au 7 novembre), les troupes r&#233;volutionnaires occup&#232;rent les gares, la poste, le t&#233;l&#233;graphe, la Banque d'Etat, l'Agence t&#233;l&#233;graphique de P&#233;tersbourg (P. T. A.). Des ministres isol&#233;s furent arr&#234;t&#233;s. A 6 h. du soir, la veille encore, le Gouvernement Provisoire avait tent&#233; de supprimer le journal Rabotchiy i Soldat8. Et la m&#234;me nuit, une partie de ce m&#234;me Gouvernement se trouvait d&#233;j&#224; sous cl&#233;. Le pouvoir bonapartiste &#233;tait renvers&#233; sans qu'on e&#251;t vers&#233; une goutte de sang &#8212; si unie, si r&#233;guli&#232;re et si puissante avait &#233;t&#233; la pouss&#233;e des ouvriers et des soldats marchant au combat pour le pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 octobre (7 novembre), Trotsky, le tribun brillant et courageux du soul&#232;vement, l'ap&#244;tre infatigable et enflamm&#233; de la R&#233;volution, d&#233;clara au nom du Comit&#233; r&#233;volutionnaire militaire au Soviet de P&#233;trograd, sous le tonnerre d'applaudissements des assistants, que &#171; le Gouvernement Provisoire n'existait plus &#187;. Et comme une preuve vivante de ce fait, para&#238;t &#224; la tribune, salu&#233; d'une formidable ovation, L&#233;nine, que la nouvelle r&#233;volution lib&#233;rait du myst&#232;re dont il avait d&#251; s'entourer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 10 heures du soir s'ouvre le second Congr&#232;s panrusse des Soviets. D&#232;s les premiers mots, il devient clair qu'il n'y a pas de place l&#224; pour les d&#233;fensistes. Ma&#238;tres de la situation dans le pass&#233;, ils quittent maintenant le Congr&#232;s ; &#224; leur suite sort aussi la poign&#233;e des &#171; internationalistes &#187; dirig&#233;s par Martoff, qui se sont tout &#224; coup mis &#224; hurler &#224; la &#171; violence &#187; et &#224; la &#171; conspiration &#187;. Les r&#233;solutions du Congr&#232;s n'en devinrent que plus unanimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky avait introduit la peine de mort. Le Congr&#232;s l'abolit en premier lieu. Kerensky mettait en prison les membres des Comit&#233;s fonciers. Le Congr&#232;s mit en libert&#233; les paysans, les ouvriers, les soldats qui souffraient dans les cachots du Gouvernement bonapartiste. Les d&#233;crets relatifs &#224; la paix et &#224; la terre, qui offraient des pourparlers de paix imm&#233;diats et la remise des terres aux paysans, furent accept&#233;s avec un enthousiasme comme on n'en avait encore jamais vu. La proclamation du pouvoir des Soviets et l'&#233;lection du Conseil des Commissaires du Peuple, avec L&#233;nine en t&#234;te, souleva une joie imp&#233;tueuse du c&#244;t&#233; des ouvriers et des soldats et d&#233;cha&#238;na une haine rageuse, brutale, du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie devenue folle de peur. L&#233;nine &#224; la t&#234;te du Gouvernement russe &#8212; cela ne devait-il pas sembler le monde renvers&#233; &#224; tous les &#171; &#233;l&#233;ments bien intentionn&#233;s &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; P&#233;tersbourg le pouvoir avait &#233;t&#233; conquis presque sans un coup de feu, en revanche dans l'autre centre &#8212; &#224; Moscou &#8212; la lutte avait &#233;t&#233; acharn&#233;e et cruelle. Ici s'&#233;taient dessin&#233;s plus nettement que partout ailleurs, tous les groupements de classes, qui s'&#233;taient instruites dans l'action, dans le processus de la lutte arm&#233;e, les positions des classes, des groupes, des partis, des organisations. Les ouvriers, dirig&#233;s par le parti du prol&#233;tariat &#8212; avaient assum&#233; la plus grande responsabilit&#233;. Les soldats,&#8212; toute la garnison comme un seul homme &#8212; marchaient de pair avec les ouvriers. Les bolch&#233;viki et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche &#8212; d'un c&#244;t&#233; de la barricade. La grande bourgeoisie, les propri&#233;taires, les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les sommit&#233;s des organisations mench&#233;vistes, les g&#233;n&#233;raux, les officiers, les junkers et les Cosaques &#8212; de l'autre. Fusil contre fusil ! Mitrailleuse contre mitrailleuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat de Moscou &#233;tait entr&#233; dans la lutte sans y &#234;tre pr&#233;par&#233;. Son but &#233;tait un but unique &#8212; soutenir les camarades de P&#233;tersbourg. P&#233;rir, mais soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le signal du soul&#232;vement fut donn&#233; par le parti du prol&#233;tariat, en occupant le poste de ses d&#233;tachements arm&#233;s. Plus loin, les &#233;v&#233;nements se d&#233;veloppent vertigineusement vite. Organisation du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, occupation du Kremlin, sa reddition, combats au centre et &#224; la p&#233;riph&#233;rie ; moment tragique o&#249; les d&#233;tachements des junkers expulsent presque les troupes sovi&#233;tistes du centre ; leur &#233;chec, et, enfin, h&#226;t&#233;e par le feu de l'artillerie lourde, la victoire &#8212; sous le tonnerre des pi&#232;ces de si&#232;ge, le p&#233;tillement des mitrailleuses et le sifflement des balles de fusil, toutes ces sc&#232;nes paraissaient et disparaissaient devant la &#171; tr&#232;s pieuse &#187; capitale de la Russie, qui vivait d&#233;j&#224; pour la seconde fois un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire fut obtenue uniquement gr&#226;ce &#224; l'h&#233;ro&#239;sme exclusif des ouvriers et des soldats eux-m&#234;mes. Les gardes-rouges se battaient comme de v&#233;ritables lions de la R&#233;volution, avec un d&#233;vouement aveugle, avec une bravoure ne connaissant pas la peur. Coude &#224; coude avec eux marchaient les soldats, le d&#233;tachement de Dvinsk &#224; leur t&#234;te, le d&#233;tachement de choc de la R&#233;volution. Ces soldats de Dvinsk avaient &#233;t&#233; jet&#233;s dans les prisons du front, puis dans la prison de Boutyr par le socialiste-r&#233;volutionnaire Kerensky. Ils avaient &#233;t&#233; d&#233;livr&#233;s par les ouvriers de Moscou. Et ils avaient jur&#233; de lutter jusqu'au bout. La lutte de Moscou fut r&#233;ellement la lutte des masses elles-m&#234;mes, &#233;nergiques, d&#233;brouillardes, actives et braves, comme seuls peuvent &#234;tre braves des fils du peuple qui rejettent les cha&#238;nes de l'esclavage et de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le peuple se battaient les d&#233;tachements des junkers sous le commandement du soc.-r&#233;volut. Riabtzev. Le centre organisateur g&#233;n&#233;ral &#233;tait la Douma municipale, qui avait cr&#233;&#233; le &#171; Comit&#233; de Salut &#187; contre-r&#233;volutionnaire. Le soc.-r&#233;volut. Roudnev compl&#233;tait heureusement le soc.-r&#233;volut. Riabtzev, ayant cr&#233;&#233; et arm&#233; la garde blanche de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande bourgeoisie avait pr&#233;f&#233;r&#233; agir dans l'ombre. N'avait-elle pas des agents suffisamment s&#251;rs dans les terroristes du pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine quelques jours auparavant, ces social-tra&#238;tres avaient protest&#233; dans les Soviets contre la garde-rouge, craignant, disaient-ils, une &#171; scission entre les soldats et les ouvriers &#187;. Maintenant que soldats et ouvriers s'&#233;taient mis &#224; verser en commun leur sang, ces messieurs avaient arm&#233; les fils de famille, propri&#233;taires et bourgeois, dirigeant leurs fusils contre les soldats et contre les ouvriers ! Le Soviet de Moscou des d&#233;put&#233;s des soldats, o&#249; la majorit&#233; appartenait aux soc.-r&#233;volut. et aux mench&#233;viki, si&#233;geant dans le m&#234;me &#233;difice que les chefs des prol&#233;taires et des paysans soulev&#233;s, avait fourni des cadres choisis d'espions de Kerensky, qui suivaient, livraient, trahissaient et jugeaient les bolch&#233;viki faits prisonniers. Les soldats le destitu&#232;rent. Mais les g&#233;n&#233;raux &#171; socialistes &#187; des coalitionnistes continu&#232;rent son &#339;uvre. Ayant adopt&#233; tout d'abord le &#171; noble &#187; mot d'ordre : &#171; Assez de sang vers&#233; &#187;, ces mis&#233;rables imprimaient par centaines de mille exemplaires des nouvelles mensong&#232;res annon&#231;ant que Kerensky avait d&#233;j&#224; pris P&#233;tersbourg ; il leur fallait (car c'&#233;tait l&#224; ce qu'il fallait au capital) briser les forces des ouvriers et des soldats, non seulement par la force de la garde blanche, mais aussi par la force du mensonge et de la calomnie massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais trop profonde &#233;tait la haine envers les oppresseurs. Moscou fut pris de force. Mais il fut pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 octobre (11 novembre), &#224; P&#233;tersbourg, les anciens chefs de la petite bourgeoisie tent&#232;rent de soulever une r&#233;volte des junkers. La r&#233;volte fut r&#233;prim&#233;e en quelques heures, et son organisateur &#8212; G&#246;tz &#8212; s'enfuit. Kerensky, ayant rassembl&#233; le reste de ses troupes, marcha un instant sur P&#233;tersbourg. Mais les troupes rouges le battirent &#224; plate couture sous Gatchina, et lui, qui avait solennellement d&#233;clar&#233; que ceux qui tenteraient de renverser la coalition, passeraient par-dessus son cadavre, prit la fuite honteusement, tel un l&#226;che et un perfide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;sistance arm&#233;e, la R&#233;volution avait vaincu dans les centres importants. Ce fait tranchait la destin&#233;e de l'ancien pouvoir. La dictature des imp&#233;rialistes avait &#233;t&#233; remplac&#233;e par la dictature du prol&#233;tariat, soutenu par les campagnes pauvres. Plus tard commen&#231;a son offensive contre l'ennemi qui avait d&#233;j&#224; rendu sa principale position, et sa lutte h&#233;ro&#239;que contre l'imp&#233;rialisme mondial, lutte pour la destruction du capital, pour la mise en ex&#233;cution active de la r&#233;organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie distingue toutes les r&#233;volutions en &#171; glorieuses r&#233;volutions &#187; et en &#171; grandes r&#233;voltes &#187;. Les glorieuses r&#233;volutions &#8212; c'est lorsque les ouvriers et les paysans tirent les marrons du feu pour la bourgeoisie ; les &#171; grandes r&#233;voltes &#187;, c'est lorsque les ouvriers ne veulent pas se contenter d'un r&#244;le aussi modeste ; c'est lorsqu'ils d&#233;passent les limites fix&#233;es par le capital. &#171; Nec plus ultra &#187; dit la &#171; glorieuse r&#233;volution &#187; au prol&#233;tariat : &#171; le pouvoir et la propri&#233;t&#233; appartiennent &#224; la bourgeoisie &#187;. &#171; En avant, au-del&#224; de ce trait maudit ; en avant, place au socialisme &#187; dit la &#171; grande r&#233;volte &#187;. La R&#233;volution d'octobre a &#233;t&#233; une &#171; grande r&#233;volte &#187; pour la bourgeoisie. Mais pour le prol&#233;tariat elle a &#233;t&#233; r&#233;ellement une glorieuse r&#233;volution. Sous ce rapport, entre mars et octobre, il y a un ab&#238;me profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde a &#233;t&#233; forc&#233; de &#171; saluer &#187; la R&#233;volution d'octobre ; elle &#233;tait &#171; claire &#187;, sous des &#171; v&#234;tements purs &#187;, &#171; lumineuse &#187;, &#171; innocente &#187;, &#8212; car elle &#233;tait &#171; omninationale &#187;. Puisqu'elle avait re&#231;u le sceau, m&#234;me des ennemis de toutes les r&#233;volutions comment n'e&#251;t-elle pas &#233;t&#233; bonne et belle ? Aux yeux de la bourgeoisie, la R&#233;volution de mars &#233;tait, en somme, acceptable, parce qu'ayant renvers&#233; les sauvages agrariens, elle avait livr&#233; le pouvoir &#224; la bourgeoisie imp&#233;rialiste. A cela, les bourgeois &#171; consentaient &#187;. Ici, le r&#244;le lib&#233;rateur de la R&#233;volution leur semblait clair : n'&#233;taient-ils pas parvenus les premiers &#224; se placer derri&#232;re le bouclier du pouvoir ! Il est vrai que d&#232;s le premier jour ils avaient senti que la R&#233;volution irait de l'avant, qu'il leur fallait &#234;tre sur leurs gardes ; mais, tout en pr&#233;parant la corde, ils souriaient joyeusement, s'extasiaient et pleuraient de cet &#171; enthousiasme r&#233;volutionnaire &#187; dont soudain furent saisis tous ceux qui, quelques jours auparavant, se donnaient encore le mot d'ordre &#171; plut&#244;t la d&#233;faite que la R&#233;volution &#187;. Les publicistes et les po&#232;tes appelaient la R&#233;volution : la R&#233;surrection du Christ, parce que le pouvoir agrarien tsariste qui &#233;crasait quelque peu les pieds de la &#171; classe commerciale et industrielle &#187; avait &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233;, et que le Christ bourgeois s'&#233;tait dress&#233; sur ses deux pieds aupr&#232;s du pouvoir. Tous les &#171; intellectuels &#187; vivant des aum&#244;nes de la table des seigneurs, en commen&#231;ant par les ex-solistes de S. M. et en finissant par la boh&#232;me irr&#233;ductible, applaudirent unanimement &#224; la R&#233;volution de mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre se pr&#233;sentait devant la &#171; soci&#233;t&#233; instruite la R&#233;volution ouvri&#232;re d'octobre. Inanim&#233;e, &#233;troitement de classe, couverte de sang, vandalesque, &#171; sans un grain d'id&#233;alisme &#187;, violente, conspiratrice, quelque chose comme une r&#233;volution &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187; &#8212; telle &#233;tait, aux yeux des pillards capitalistes, la plus grande r&#233;volution du prol&#233;tariat qu'ait vu le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; capitaliste est une loi de la nature &#8212; c'est l&#224; un axiome de la r&#233;volution bourgeoise qui d&#233;livre cette propri&#233;t&#233; et son annexe personnelle, des biens du f&#233;odalisme. La propri&#233;t&#233; capitaliste est destin&#233;e &#224; &#234;tre d&#233;truite avec les restes du f&#233;odalisme &#8212; c'est l&#224; l'axiome de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est pourquoi la r&#233;volution prol&#233;tarienne est la n&#233;gation de la r&#233;volution bourgeoise ; elle est la n&#233;gation de l'ordre bourgeois en g&#233;n&#233;ral. Dans la r&#233;volution bourgeoise, la soci&#233;t&#233; ne perd que sa vieille coquille politique, le pouvoir passe des mains d'un groupe de poss&#233;dants aux mains d'un autre, des mains des nobles aux mains de la bourgeoisie. Il est vrai que comme la bourgeoisie accomplit cette op&#233;ration tout de m&#234;me un peu risqu&#233;e, par les mains des ouvriers, des paysans, de la petite bourgeoisie, quelque chose change pourtant dans les rapports de production. Mais le monopole de classe des poss&#233;dants reste intact. En principe, non seulement il n'est pas aboli, mais il en re&#231;oit son fondement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre est la r&#233;volution socialiste ; c'est avant tout la r&#233;volution des rapports de production. Car elle ne modifie pas la monopolisation des moyens de production par une poign&#233;e de poss&#233;dants : elle d&#233;truit cette monopolisation. Elle ne signifie pas le changement de place des groupes poss&#233;dants : mais leur expropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution bourgeoise actuelle est la r&#233;p&#233;tition des &#233;v&#233;nements que l'Occident a v&#233;cus il y a cent ans. La r&#233;volution socialiste est un nouveau levier qui renverse tous les rapports constitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement victorieux d'octobre a montr&#233; que non seulement la r&#233;volution socialiste est possible en Russie, mais qu'elle y est historiquement indispensable. Contre les forces r&#233;unies de l'ennemi s'est avanc&#233;e la masse innombrable, qui a balay&#233; cet ennemi dans les centres principaux de la vie sociale avec une facilit&#233; &#224; laquelle personne ne s'attendait. Les bavards pu&#233;rils de la pens&#233;e &#171; socialiste &#187; tournant &#224; vide, qui voient leur vocation historique dans la critique du communisme ouvrier, ne comprenaient et ne comprennent pas que le fait m&#234;me de la dictature victorieuse t&#233;moigne d&#233;j&#224; de la justesse historique du bouleversement socialiste. Mais l'unique activit&#233; cr&#233;atrice dont les chefs en retraite de la petite bourgeoisie soient capables durant la lutte h&#233;ro&#239;que, est l'invention d'&#233;pith&#232;tes injurieuses nouvelles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande R&#233;volution d'octobre, accueillie par les hurlements sauvages et les grincements de dents de la bourgeoisie, devait immanquablement trouver son &#233;cho parmi le prol&#233;tariat de l'Europe occidentale : pour la premi&#232;re fois, depuis qu'existe la lutte de classes, le prol&#233;tariat a pris d'une main ferme le pouvoir d'Etat. Le spectre rouge du communisme est apparu, gigantesque ! La bancocratie europ&#233;enne commence &#224; s'agiter et &#224; se pr&#233;cipiter. Elle aspirait &#224; une d&#233;pression d&#233;finitive des bolch&#233;viki &#8212; elle a vu venir la r&#233;pression de la bourgeoisie russe. Au pouvoir se trouve le parti qu'elle ha&#239;t le plus, le plus extr&#234;me, le plus cons&#233;quent, le plus anticapitaliste, le plus r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le magasin &#224; poudre de la vieille Europe ensanglant&#233;e, est tomb&#233; le brandon de la R&#233;volution socialiste russe. Elle n'est pas morte. Elle vit. Elle s'&#233;largit. Et elle se confondra in&#233;vitablement avec l'immense soul&#232;vement triomphal du prol&#233;tariat mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Dans le droit romain , la propri&#233;t&#233; est d&#233;finie par le &#171; droit d'user et d'abuser &#187; (jus utendi et abutendi). (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Novo&#239;e Vremia, 11/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Retch, 16/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Birjev&#239;a Vi&#233;domosti, 17/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Rousko&#239;e Slovo, 25/VII 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Rabotchy Put, nom sous lequel est publi&#233; la Pravda entre le 3(16) septembre et le 26 octobre (8 novembre) 1917. (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 En Russie, l'on dit couramment maintenant &#171; un liberdanovetz &#187; pour un social-patriote du type Liber et Dan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Titre utilis&#233; alors par la Pravda. (Note de la MIA)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Martine Tavitian, dit Tarov, d&#233;nonce le stalinisme contre-r&#233;volutionnaire</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8567</link>
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		<dc:date>2026-02-22T23:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Martine Tavitian, dit Tarov, d&#233;nonce le stalinisme contre-r&#233;volutionnaire &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/4int/bios/tarov.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Arm&#233;nien Arven A. Davtian &#171; Tarov &#187; qui a pris part aux deux premi&#232;res gr&#232;ves de la faim de Verkhn&#233;ouralsk est rest&#233; dans l'isolateur. C'est par lui qu'on conna&#238;t le d&#233;roulement d'une troisi&#232;me gr&#232;ve de la faim dans le c&#233;l&#232;bre isolateur, apr&#232;s la visite de la commission du G.P.U. qui &#171; renouvelle &#187; en d&#233;cembre 1933 les peines de tous les d&#233;tenus. La gr&#232;ve (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Martine Tavitian, dit Tarov, d&#233;nonce le stalinisme contre-r&#233;volutionnaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/bios/tarov.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/bios/tarov.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Arm&#233;nien Arven A. Davtian &#171; Tarov &#187; qui a pris part aux deux premi&#232;res gr&#232;ves de la faim de Verkhn&#233;ouralsk est rest&#233; dans l'isolateur. C'est par lui qu'on conna&#238;t le d&#233;roulement d'une troisi&#232;me gr&#232;ve de la faim dans le c&#233;l&#232;bre isolateur, apr&#232;s la visite de la commission du G.P.U. qui &#171; renouvelle &#187; en d&#233;cembre 1933 les peines de tous les d&#233;tenus. La gr&#232;ve commence le 11 d&#233;cembre. Laissons la parole &#224; ce communiste arm&#233;nien :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le 20 d&#233;cembre, on transporta sur les bras les gr&#233;vistes d'une cellule &#224; l'autre. Cela pour perquisitionner. Puis on commen&#231;a &#224; nous alimenter de force. Ce fut un spectacle inoubliable : il y eut de v&#233;ritables batailles entre les gr&#233;vistes et les garde chiourmes. Naturellement les premiers furent battus. Epuis&#233;s, nous f&#251;mes aliment&#233;s par la gorge avec des pompes appropri&#233;es. Les tourments furent inou&#239;s. On nous introduisit dans la bouche de gros tuyaux de caoutchouc, les gr&#233;vistes &#233;taient tra&#238;n&#233;s comme des chiens crev&#233;s dans la &#171; cellule d'alimentation &#187;. Personne ne capitula s&#233;par&#233;ment. Le quinzi&#232;me jour de la gr&#232;ve, notre comit&#233; de gr&#232;ve d&#233;cida d'y mettre fin &#224; midi, car beaucoup de gr&#233;vistes tentaient de se suicider. Un des collaborateurs du G.P.U. vint chez nous, dans l'isolateur et commen&#231;a &#224; menacer d'envoyer les gr&#233;vistes aux Solovietsky. Nos camarades le chass&#232;rent de leurs cellules. La d&#233;cision du comit&#233; de gr&#232;ve fut approuv&#233;e &#224; l'unanimit&#233; par l'ensemble des gr&#233;vistes. Le repr&#233;sentant du G.P.U. dut promettre verbalement (il se refusait pour des raisons qu'il ne donna pas &#224; &#233;crire) de lib&#233;rer ceux qui avaient termin&#233; leur peine. C'est ainsi que, le 22 janvier 1934, ma peine se terminant, je fut transport&#233; dans la cellule des &#171; lib&#233;rables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000h.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000h.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tarov r&#233;v&#232;le la torture des vrais bolcheviks dans les prisons de Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4 ao&#251;t 1935)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centaines et des milliers de bolcheviks-l&#233;ninistes croupissent dans les prisons staliniennes. Hier encore, j'&#233;tais l'un d'eux et, avec eux, j'ai subi toutes les brutalit&#233;s imaginables de la part des gardiens de prison staliniens. Aujourd'hui, je me trouve dans un pays semi-capitaliste, un &#171; homme libre &#187;. C'est triste &#224; dire, mais il me semble qu'il n'y a pas de place libre pour un r&#233;volutionnaire sur notre plan&#232;te. Mais pour le meilleur ou pour le pire, j'ai aujourd'hui l'occasion de m'exprimer publiquement pour protester contre les usurpateurs staliniens. Mon devoir de r&#233;volutionnaire m'oblige &#224; me tourner vers le prol&#233;tariat mondial avec un appel &#224; l'aide pour lib&#233;rer des prisons staliniennes les r&#233;volutionnaires d&#233;vou&#233;s et v&#233;ritables, les martyrs &#8211; les bolcheviks-l&#233;ninistes. Le prol&#233;tariat mondial doit apprendre que le pays des Soviets en tant que tel est en train de p&#233;rir insensiblement, car le pouvoir sovi&#233;tique est impensable sans un parti de communistes actifs et autonomes. C'est pourquoi la lutte pour un v&#233;ritable parti communiste, la lutte contre les usurpateurs et le r&#233;gime pl&#233;biscitaire est une lutte pour sauver le syst&#232;me sovi&#233;tique d'une d&#233;g&#233;n&#233;rescence fatale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour familiariser la classe ouvri&#232;re avec la condition des bolcheviks-l&#233;ninistes en URSS sous le r&#233;gime stalinien, j'ai l'intention d'esquisser bri&#232;vement ma propre exp&#233;rience personnelle, sous sa forme sans fard. Le 30 juin 1934, je m'enfuis de l'exil, de la ville d'Andijan, avec l'intention de me rendre &#224; Moscou pour me pr&#233;senter personnellement devant le Comit&#233; central de l&#224;-bas et d&#233;fendre mon cas aupr&#232;s des personnes comp&#233;tentes. En mars 1934, j'ai envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme au Comit&#233; central d&#233;clarant que, en tant qu'opposant et partisan de Trotsky, j'&#233;tais pr&#234;t &#224; cesser la lutte id&#233;ologique et organisationnelle contre la direction du parti et pr&#234;t &#224; ex&#233;cuter fid&#232;lement tous les ordres du Parti. parti dans la lutte pour la d&#233;fense des conqu&#234;tes d'Octobre et de la construction socialiste, et en m&#234;me temps j'ai soulign&#233; la n&#233;cessit&#233; d'une action commune de tous les communistes contre la r&#233;action fasciste qui avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; r&#233;compense &#187; de la capitulation&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir envoy&#233; ce t&#233;l&#233;gramme au Comit&#233; central, j'attendais une r&#233;ponse qui me lib&#233;rerait du paragraphe 58 et me r&#233;tablirait dans mes droits de parti. L&#233;galement, bien s&#251;r, je n'avais &#233;t&#233; condamn&#233; en vertu de ce paragraphe par aucun juge. Mais en r&#233;alit&#233;, j'ai &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; la prison et &#224; l'exil &#224; vie. J'avais pass&#233; quatre ans en prison, trois ans en exil. Pendant tout ce temps, je n'ai vu &#226;me qui vive que le juge d'instruction de la Gu&#233;p&#233;ou et le directeur. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le juge d'instruction proc&#233;dait &#224; un interrogatoire formel et le cl&#233; en main fermait et d&#233;verrouillait la porte de ma cellule chaque fois que cela devenait urgent. J'ai &#233;t&#233; &#171; condamn&#233; &#187; &#224; l'isolement, sans aucune preuve mat&#233;rielle. Ma chambre a &#233;t&#233; fouill&#233;e trois fois &#8211; et absolument rien n'a &#233;t&#233; trouv&#233;. N&#233;anmoins, j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et incarc&#233;r&#233;. Quiconque est trotskyste doit rester en prison ou en exil. Si l'on renonce &#224; l'opposition, on obtient alors un &#171; moins &#187;, c'est-&#224;-dire le droit de vivre en URSS, &#171; moins &#187; tous les centres cl&#233;s du pays. Dans une certaine mesure, cela constituerait une am&#233;lioration. Par exemple, on pourrait &#234;tre transf&#233;r&#233; du nord de la Sib&#233;rie vers le sud de la Sib&#233;rie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les opposants de base sont impitoyablement tortur&#233;s alors qu'on leur conseille de renoncer &#224; leurs opinions. Apr&#232;s un interrogatoire, le magistrat, avant de prononcer la sentence, propose au pr&#233;venu de renoncer aux vues de l'opposition. Et lorsque j'ai r&#233;pondu par un refus cat&#233;gorique, j'ai eu la chance d'entendre dans la phrase toutes les &#233;pith&#232;tes imaginables et horribles : &#034;... pour activit&#233;s antisovi&#233;tiques, anticommunistes, contre-r&#233;volutionnaires et autres activit&#233;s innommables...&#034; J'ai purg&#233; ma derni&#232;re peine le 22 janvier 1934 &#8211; une peine de trois ans de prison dans les principales prisons de la Gu&#233;p&#233;ou &#8211; mais je n'ai n&#233;anmoins &#233;t&#233; &#171; lib&#233;r&#233; &#187; qu'apr&#232;s une gr&#232;ve de la faim de 14 jours, c'est-&#224;-dire que j'ai &#233;t&#233; envoy&#233; en prison. exil&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les opposants emprisonn&#233;s au p&#233;nitencier de Verkhne-Ouralsk, au nombre d'environ 150 &#8211; nous &#233;tions 485 dans cette prison, mais beaucoup ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s dans d'autres prisons jusqu'&#224; ce qu'il n'en reste plus que 150 &#8211; ont entam&#233; une gr&#232;ve de la faim pour protester contre les mesures suppl&#233;mentaires. de nouvelles peines de prison. Avant la gr&#232;ve de la faim, au cours de l'&#233;t&#233; 1932, une commission dirig&#233;e par une femme, une certaine Andreyev, arriva de Moscou &#224; Verkhne Ouralsk afin d'am&#233;liorer les &#171; conditions &#187; des communistes emprisonn&#233;s. &#192; tous ceux qui avaient purg&#233; leur peine en cellule d'isolement, elle a ajout&#233; de nouvelles conditions. En un seul jour, 103 hommes ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; une nouvelle peine de deux ans. Ce fut l'unique r&#233;alisation de cette commission charg&#233;e d'&#171; am&#233;liorer les conditions &#187; des bolcheviks-l&#233;ninistes emprisonn&#233;s au p&#233;nitencier de Verkhne-Ouralsk. Nous n'avions re&#231;u aucune visite pr&#233;alable d'aucune commission. Nous avions nous-m&#234;mes r&#233;clam&#233; cette commission, pour protester contre le traitement bestial de l'administration p&#233;nitentiaire. Nous avons &#233;t&#233; souvent battus, les gardes ont tir&#233; avec leurs armes &#224; travers les fen&#234;tres de nos cellules, ce qui a fait qu'un de nos camarades, Yessayan, a re&#231;u une balle dans la poitrine. Nous avons exig&#233; une commission, mais, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, nous avons &#233;t&#233; refus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de la faim&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, 485 communistes emprisonn&#233;s ont entam&#233; une gr&#232;ve de la faim qui a dur&#233; 18 jours. Une commission arriva, transf&#233;ra les &#171; prisonniers actifs &#187; dans d'autres p&#233;nitenciers et exila Yessayan bless&#233; en Sib&#233;rie. Ainsi, cela a &#171; am&#233;lior&#233; &#187; notre position. Et puis, une autre commission est venue l'ann&#233;e prochaine et a prolong&#233; nos peines. C'est pour cette raison que nous tous qui &#233;tions emprisonn&#233;s au p&#233;nitencier de Verkhne-Ouralsk avons entam&#233; une gr&#232;ve de la faim pour protester contre cette anarchie inou&#239;e. Nous avons commenc&#233; la gr&#232;ve le 11 d&#233;cembre 1933. Le 20 d&#233;cembre, les gr&#233;vistes de la faim ont &#233;t&#233; arrach&#233;s de leurs cellules &#8211; afin de les fouiller. Puis ils ont commenc&#233; &#224; nous nourrir de force. Des sc&#232;nes inou&#239;es se d&#233;roul&#232;rent, des combats d&#233;sesp&#233;r&#233;s &#233;clat&#232;rent entre les ge&#244;liers et les gr&#233;vistes. Ces derniers ont &#233;t&#233; ignominieusement tabass&#233;s grossi&#232;rement. Dans notre &#233;tat d'&#233;puisement, nous avons &#233;t&#233; soumis &#224; une alimentation forc&#233;e au moyen de tubes en caoutchouc. Le traitement &#233;tait indescriptible : on nous enfon&#231;ait un gros tuyau de caoutchouc dans la gorge, les gr&#233;vistes &#233;taient tra&#238;n&#233;s dans la &#171; cellule de nourrissage &#187; comme du b&#233;tail mort. Il n'y a pas eu un seul cas de reddition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 15&#232;me jour de gr&#232;ve, notre comit&#233; de gr&#232;ve a d&#233;cid&#233; d'y mettre fin parce que de nombreux communistes affam&#233;s avaient tent&#233; de se suicider. Un des fonctionnaires du GPU du district de l'Oural est apparu au p&#233;nitencier et a menac&#233; les communistes affam&#233;s de transfert vers les &#238;les Solovsky. Bien entendu, nos camarades l'ont chass&#233; de leurs cellules. La d&#233;cision du comit&#233; d'arr&#234;ter la gr&#232;ve de la faim a &#233;t&#233; accept&#233;e &#224; l'unanimit&#233; par tous les gr&#233;vistes. Le repr&#233;sentant du GPU a &#233;t&#233; contraint de promettre verbalement (pour une raison quelconque, il a refus&#233; de le mettre par &#233;crit) que tous ceux qui avaient purg&#233; leur peine seraient lib&#233;r&#233;s. Depuis que ma peine a pris fin le 22 janvier 1934, j'ai &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; dans la cellule de ceux qui &#233;taient sur le point d'&#234;tre &#171; lib&#233;r&#233;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 22 janvier, j'ai donc &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;. Sous haute surveillance, j'ai &#233;t&#233; exp&#233;di&#233; en Asie centrale, sous la juridiction de la Gu&#233;p&#233;ou d'Asie centrale. Nous sommes arriv&#233;s &#224; Tachkent, nous &#233;tions deux &#8211; moi et le camarade Jahntnev. A Tachkent nous avons &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;s ; le lendemain, apr&#232;s de tenaces protestations, nous avons &#233;t&#233; exil&#233;s, sans avoir &#233;t&#233; condamn&#233;s. Zhantnev &#224; la ville de Frunze, moi &#224; Andijan. Et puis, en mars, j'ai envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme au Comit&#233; central pour annoncer que j'&#233;tais pr&#234;t &#224; renoncer &#224; toute activit&#233; oppositionnelle. Deux mois se sont &#233;coul&#233;s sans r&#233;ponse. J'ai envoy&#233; une lettre sp&#233;ciale au Comit&#233; central. Deux mois se sont &#233;coul&#233;s et encore une fois, il n'y a pas eu de r&#233;ponse. Ni dans le t&#233;l&#233;gramme ni dans la lettre, je n'ai fait aucune mention de mes opinions. Je ne consid&#233;rais pas mes opinions et ma position comme &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187;, comme le disent habituellement les capitulateurs, mais j'ai soulign&#233; que je cesserais la lutte id&#233;ologique et organisationnelle contre la direction. Bref, de mes communications, le Comit&#233; central et la Gu&#233;p&#233;ou pouvaient conclure que la direction, sous la pression de l'opposition, n'avait pas encore trahi la r&#233;volution et avait m&#234;me corrig&#233; ses erreurs sur certains points. Et ce qui &#233;tait le plus important maintenant &#233;tait de purger l'appareil du parti des d&#233;bris de la bureaucratie et de mener une lutte contre la progression du fascisme par les forces combin&#233;es des communistes et des forces r&#233;volutionnaires en URSS et dans le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants bureaucratiques ont &#233;videmment jug&#233; offensant de r&#233;pondre &#224; une telle communication. Aucune r&#233;ponse n'est venue de Moscou. Mais le d&#233;partement local du GPU a envoy&#233; ses propres agents qui m'ont pos&#233; les questions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#034;Interview&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dites-moi, s'il vous pla&#238;t, consid&#233;rez-vous vos opinions comme contre-r&#233;volutionnaires, ou non ? Selon vous, l'opposition et ses activit&#233;s sont-elles contre-r&#233;volutionnaires ou non ? Pensez-vous que Trotsky, par exemple, est le chef de l'avant-garde contre-r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie, n'est-ce pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;ponse, j'ai expos&#233; en d&#233;tail mes vues sur l'opposition, dirig&#233;e par Trotsky, et j'ai pos&#233; &#224; mon tour des questions telles que :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Et qu'en dites-vous, cher camarade, ces vues contraires aux miennes sont-elles contre-r&#233;volutionnaires ? Consid&#233;rez-vous comme contre-r&#233;volutionnaire notre travail oppositionnel de 1923 &#224; 1930 contre la tendance opportuniste de droite du parti ? En effet, d&#232;s 1930, le centrisme commen&#231;a &#233;galement &#224; lutter contre les droits. Faut-il consid&#233;rer cette lutte comme contre-r&#233;volutionnaire ? Quant &#224; Trotsky, il est &#224; mon avis le r&#233;volutionnaire le plus in&#233;branlable et d&#233;vou&#233; &#224; la cause du prol&#233;tariat mondial. Je le consid&#232;re comme mon compagnon et camarade id&#233;ologique. Je ne veux pas tromper le parti, je ne peux pas consid&#233;rer comme contre-r&#233;volutionnaires les vues r&#233;volutionnaires de l'opposition. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon interlocuteur s'asseyait maman, la t&#234;te sur la poitrine. &#192; propos, ce type &#233;tait un brave gar&#231;on dot&#233; d'un certain cerveau. Mais apparemment il n'avait pas eu l'occasion d'&#233;couter les opposants eux-m&#234;mes, mais il en avait beaucoup entendu parler par les sources officielles... J'ai eu une conversation identique avec l'un des repr&#233;sentants de la section locale du Gu&#233;p&#233;ou. autres choses :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Que pensez-vous d'un tel acte d'anarchie : j'ai d&#233;j&#224; pass&#233; six mois en exil sans qu'aucune condamnation ne soit prononc&#233;e, apr&#232;s avoir purg&#233; une peine de trois ans de prison.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;ponse, le chef adjoint du GPU a sorti d'un tiroir une sorte de papier et m'a lu une nouvelle phrase, trois ans d'exil. Mais pour une raison inconnue, il a refus&#233; de me permettre de lire la phrase moi-m&#234;me. Bien entendu, c'&#233;tait une astuce courante de la part des mercenaires de l'appareil. Ils ont probablement voulu me faire peur avec une nouvelle phrase pour me faire d&#233;noncer l'opposition. L&#224;, j'&#233;tais compl&#232;tement convaincu que ces mis&#233;rables fonctionnaires n'&#233;taient plus depuis longtemps des communistes, que j'avais affaire &#224; une bande de bureaucrates endurcis, incapables de comprendre l'int&#233;grit&#233; des paroles r&#233;volutionnaires sinc&#232;res. N&#233;anmoins, j'ai d&#233;cid&#233; d'aller &#224; Moscou et de parler personnellement avec les hautes sph&#232;res de l'appareil du parti, afin de d&#233;couvrir enfin pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il repr&#233;sente, quel genre de gens &#233;taient ceux qui criaient &#224; la r&#233;volution, au socialisme et au communisme et m'obligeaient &#224; consid&#233;rez mes opinions purement communistes comme contre-r&#233;volutionnaires. En mai, j'ai envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme &#224; la CEC pour demander l'autorisation de me rendre &#224; Moscou pour avoir des entretiens personnels concernant mon cas. Cette fois, j'ai envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme, avec une r&#233;ponse pr&#233;pay&#233;e. Mais c'&#233;tait inutile &#8211; il n'y avait pas de r&#233;ponse. Mes tentatives pour obtenir l'autorisation de me rendre &#224; Moscou pour des entretiens personnels n'ont pas abouti. Ensuite, j'ai d&#233;cid&#233; d'y aller sans aucune autorisation. En chemin, il m'est apparu clairement que personne ne m'&#233;couterait &#224; Moscou et que je serais imm&#233;diatement arr&#234;t&#233; pour avoir fui l'exil. Je n'avais plus d'autre recours que de m'enfuir &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrach&#233; &#224; sa famille&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon renoncement &#224; la lutte oppositionnelle &#233;tait sinc&#232;re. M&#234;me &#224; l'heure actuelle, je maintiens ce point de vue. D&#232;s 1933, apr&#232;s la victoire du fascisme en Allemagne, j'ai pris position selon laquelle toutes les forces communistes et r&#233;volutionnaires du monde entier devaient s'unir contre la r&#233;action fasciste, quel qu'en soit le prix, sans &#233;gard aux diff&#233;rences internes entre les organisations prol&#233;tariennes. , quelle que soit leur gravit&#233;. C'est le point de vue que j'ai d&#233;fendu parmi les camarades. Mais je n'accepterais en aucun cas de me solidariser avec la bureaucratie, comme je le soulignais dans ma lettre d'avril 1934 au Comit&#233; central. J'ai toujours soutenu et je maintiens toujours le point de vue d'une lutte obstin&#233;e et sans merci contre la bureaucratie effront&#233;e qui a usurp&#233; les droits de notre parti. Ma lettre sinc&#232;re et mon t&#233;l&#233;gramme &#224; la CEC et &#224; la Gu&#233;p&#233;ou ont cependant &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s par la bureaucratie comme le premier pas d'une capitulation ignominieuse. Le mis&#233;rable bureaucrate consid&#233;rait que j'&#233;tais &#233;puis&#233; par les prisons et l'exil au cours de ces longues ann&#233;es, arrach&#233; &#224; ma famille, &#224; ma femme et &#224; mon enfant, que je ne pouvais plus supporter et qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; m'agenouiller enfin devant le GPU qui plaidait pour mis&#233;ricorde. Le mis&#233;rable bureaucrate a oubli&#233; que dans ma lettre je ne demandais aucune piti&#233;, mais que j'exigeais le r&#233;tablissement de mes droits de parti. Le mis&#233;rable bureaucrate n'attachait &#233;videmment aucune importance &#224; mes paroles lorsque je disais :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je ne peux pas tromper le parti, je ne suis pas un spectateur, je suis un r&#233;volutionnaire et je ne suis pas capable de servir passivement pour garder mon ventre plein. J'&#233;tais un communiste actif &#8211; je le suis toujours et je le resterai ; il n'y a rien ni personne au monde qui puisse me s&#233;parer de mes convictions authentiquement communistes ; J'ai consid&#233;r&#233; et je consid&#232;re toujours les opinions de Trotsky et de ses partisans comme de v&#233;ritables opinions communistes. Ces vues sont une continuation directe des vues de Marx et de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bureaucrate et un communiste&lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais de ma vie je n'ai rencontr&#233; un fonctionnaire aussi m&#233;chant et cynique que le chef adjoint de la section locale du GPU, nomm&#233; Margolin, qui, apr&#232;s avoir lu mon t&#233;l&#233;gramme &#224; la CEC et au GPU, m'a adress&#233; les paroles suivantes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Maintenant, que pouvez-vous nous dire sur votre organisation ? Qui &#233;tait le leader du mouvement d'opposition dans le Caucase ? O&#249; avez-vous travaill&#233; activement ? Nous devons mettre la pression sur ces trotskystes. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mis&#233;rable fonctionnaire est devenu confus lorsque j'ai refus&#233; cat&#233;goriquement. Je lui ai dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Jusqu'&#224; pr&#233;sent, je me suis battu contre la CEC et. J'ai combattu selon toutes les r&#232;gles de l'opposition ; J'assume la responsabilit&#233; de cette lutte contre la direction sans partir de consid&#233;rations li&#233;es &#224; mon propre bien-&#234;tre personnel. Je pense &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une lutte commune de toutes les forces r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat contre la contre-r&#233;volution qui avance. Je mets fin &#224; la lutte, non pas parce que je suis d'accord avec les vues opportunistes de la haute bureaucratie du parti, mais parce que j'esp&#232;re que notre parti r&#233;ussira quand m&#234;me &#224; restaurer ses droits et &#224; chasser de ses rangs les usurpateurs effront&#233;s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; qui dis-tu &#231;a ? Bien entendu, la bureaucratie de l'appareil comprenait bien mes lettres et mes t&#233;l&#233;grammes. C'est pourquoi il a refus&#233; de r&#233;pondre &#224; ma candidature. Je suis rest&#233; en exil, sans qu'aucune nouvelle condamnation n'ait &#233;t&#233; prononc&#233;e contre moi. D'une mani&#232;re ou d'une autre, le gouvernement a du mal, sans m&#234;me un faux document, &#224; condamner l'un de ses citoyens &#224; une sorte de sanction. La t&#226;che de la bureaucratie du parti se r&#233;sume &#224; isoler et &#224; torturer les opposants jusqu'&#224; ce qu'ils se transforment publiquement en haillons, c'est-&#224;-dire en spectateurs politiques mis&#233;rables. Le bureaucrate ne veut tout simplement pas que vous soyez un vrai communiste. Il n'en a pas besoin. Il trouve cela nuisible et mortellement dangereux. Le bureaucrate ne veut pas d'un communiste autonome, il veut de mis&#233;rables larbins, des fraudeurs et des spectateurs de la pire esp&#232;ce. C'est ce dont il a besoin. Les h&#233;ros ne veulent pas d'un parti communiste, il en tol&#232;re seulement le nom pour l'utiliser &#224; ses fins usurpatrices. Malheureusement, la bureaucratie a atteint son objectif dans de nombreux cas. De nombreux opposants n'ont pas pu r&#233;sister &#224; cet isolement dur et interminable &#8211; et ils ont capitul&#233;. Mais dans mon cas, la bureaucratie a commis une erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Communiste malgr&#233; tout !&lt;br class='autobr' /&gt;
En prison, en exil et en &#233;migration, je suis rest&#233; ce que j'&#233;tais : un communiste, un fervent d&#233;fenseur du pouvoir sovi&#233;tique et de la construction socialiste. La terre des Sovi&#233;tiques est ma patrie, au sens socialiste du terme. Sous un autre r&#233;gime, sous celui des ennemis du prol&#233;tariat, cela me serait &#233;tranger. Je suis toujours pr&#234;t jusqu'au dernier moment de ma vie &#224; me battre pour le pays des Sovi&#233;tiques. Est-il concevable que, sous un v&#233;ritable r&#233;gime prol&#233;tarien, la lutte contre les bureaucrates, les voleurs et les pilleurs qui s'approprient sans scrupules les richesses sovi&#233;tiques et qui sont &#224; l'origine de la ruine de centaines de milliers de personnes dans la faim et le froid &#8211; est-il concevable qu'une lutte, ou m&#234;me une simple protestation contre ces canailles serait consid&#233;r&#233; comme un crime contre-r&#233;volutionnaire ? Car mon combat &#233;tait pour la d&#233;mocratie interne du parti prol&#233;tarien ; Je me suis battu pour un programme l&#233;niniste et pour les statuts l&#233;ninistes de notre parti. J'ai combattu et je continuerai de lutter contre la direction autoproclam&#233;e et contre un appareil du parti li&#233; par un serment mutuel. Car, selon les statuts de notre parti, le parti &#233;lu, les organes syndicaux et sovi&#233;tiques doivent &#234;tre r&#233;&#233;lus chaque ann&#233;e de haut en bas. Mais que voit-on aujourd'hui ? Le poste de secr&#233;taire du parti est devenu une sorte de sp&#233;cialit&#233;. Si, par exemple, un Kahyani avait servi 8 ans comme secr&#233;taire de la CEC de G&#233;orgie jusqu'&#224; ce que les membres ne le tol&#232;rent plus non seulement comme secr&#233;taire de la CEC g&#233;orgienne mais aussi dans le parti dans son ensemble, alors ce sp&#233;cialiste du m&#233;tier de Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral quitte Tiflis, sur les bons conseils des autorit&#233;s supr&#234;mes bien s&#251;r, et se rend &#224; Alma Ata, &#224; nouveau en tant que secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Kazakstan. Et Mirzoyan appartient &#224; la m&#234;me esp&#232;ce que Kahyani &#8211; de Bakou &#224; Ouralsk, en tant que secr&#233;taire du comit&#233; de district. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que la direction du parti ne se sent absolument pas oblig&#233;e envers les masses du parti qui l'ont vraisemblablement &#233;lu. Ils ne reconnaissent que l'autorit&#233; supr&#234;me de la couche sup&#233;rieure de l'appareil du parti. D'o&#249; la servilit&#233; &#233;hont&#233;e et la dissimulation mutuelle honteuse de la couche sup&#233;rieure bureaucratique. Bien entendu, dans ces conditions, la masse du parti n'accorde aucune confiance &#224; la direction. Quant aux masses ouvri&#232;res sans parti, elles ne voient le parti que sous la forme de l'appareil et n'ont aucune confiance dans le Parti communiste dans son ensemble. De l&#224; d&#233;coule la pression administrative sur le parti et la classe ouvri&#232;re. C'est pourquoi toutes les prisons, les &#238;les Solovsky et les zones d'exil sont aujourd'hui remplies de travailleurs du parti et des non-partis. Et il n'est pas n&#233;cessaire de parler des paysans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas l'intention d'entrer dans les controverses entre l'opposition et la direction, mais je crois n&#233;cessaire de dire quelques mots sur la question de la lutte contre le bureaucratisme, sur laquelle on &#233;crit tant de choses dans la presse officielle et tant d'&#233;minents fonctionnaires &#8211; comme si eux aussi n'&#233;taient pas r&#233;ticents &#224; lutter contre le bureaucratisme. Mais en r&#233;alit&#233;, que quelqu'un ose pointer du doigt un bureaucrate &#8211; et c'est la prison, ou l'exil, ou, en tout cas, le ch&#244;mage. Et est-ce que l'un d'entre vous sait ce que signifie &#234;tre au ch&#244;mage sous le r&#233;gime actuel ? Cela signifie la ruine totale pour la famille des ch&#244;meurs. Il erre d'un bureau &#224; l'autre et est refus&#233; partout, alors qu'il existe un emploi convenable. Partout o&#249; tout personnage imaginable trouve un emploi, il y a des emplois pour les voleurs et les escrocs. Mais il n'y a pas de travail pour un homme qui s'&#233;l&#232;ve contre la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;truire la r&#233;volution&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les r&#233;unions du parti et des ouvriers, les gens rassembl&#233;s sont dans une apathie compl&#232;te. Il faut presque les conduire aux r&#233;unions. Non seulement les non-partis, mais m&#234;me les militants du parti sont tr&#232;s r&#233;ticents &#224; se rendre aux r&#233;unions. Lors des r&#233;unions, les discours &#171; audacieux &#187; ne peuvent &#234;tre prononc&#233;s que par les perroquets du parti et des syndicats. Ils peuvent avoir l'audace de faire toujours et partout l'&#233;loge des dirigeants, en commen&#231;ant par Staline, puis en fonction de leur rang. Ensuite, une r&#233;solution est pr&#233;sent&#233;e, et l'assembl&#233;e est terroris&#233;e en qualifiant de contre-r&#233;volutionnaire quiconque ose s'opposer ne serait-ce qu'&#224; un seul point de la r&#233;solution. Naturellement, une telle situation dans le pays tend &#224; discr&#233;diter l'autorit&#233; du pouvoir sovi&#233;tique et de la R&#233;volution. La direction du parti a terroris&#233; de mani&#232;re despotique l'ensemble du parti. Dans le parti, il y a un manque total de la discipline de parti consciente qui faisait autrefois la fiert&#233; de notre parti. La discipline de caserne r&#232;gne dans le parti, l'ex&#233;cution m&#233;canique des ordres. On comprend donc facilement pourquoi toutes sortes de greffeurs, de charlatans et de personnages louches de toutes sortes &#8211; des voleurs du type &#171; gentleman &#187; &#8211; se sentent tr&#232;s &#224; l'aise et font preuve d'une grande audace dans les appareils du parti, des soviets et des syndicats. et consid&#232;rent comme leur devoir indig&#232;ne de consid&#233;rer la richesse sovi&#233;tique comme leur propre &#171; propri&#233;t&#233; &#187;. Et qui est l&#224; pour les superviser ? Qui est l&#224; pour les punir du pillage des ressources nationales ? Les communistes de base ? Malheureusement, ces derniers ont &#233;t&#233; effray&#233;s par les prisons et les &#238;les Solovsky, o&#249; croupissent depuis de longues ann&#233;es les travailleurs communistes et sans parti les plus audacieux, sous les verrous et derri&#232;re les barreaux. Est-il vraiment possible que le prol&#233;tariat mondial garde le silence pendant qu'au pays des Sovi&#233;tiques, les communistes emprisonn&#233;s d&#233;ploient le drapeau rouge de leurs cellules &#224; l'occasion des anniversaires de la R&#233;volution d'Octobre et que les porte-cl&#233;s l'arrachent &#224; coups de r&#226;teaux ? ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les nourrissons pers&#233;cut&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne peux malheureusement pas m'&#233;tendre ici sur toutes les abominations perp&#233;tr&#233;es dans les prisons sovi&#233;tiques sous le r&#233;gime des usurpateurs. Je ne d&#233;crirai qu'une seule sc&#232;ne dont j'ai &#233;t&#233; t&#233;moin. Dans la prison de Petropavlovsk, dans une petite cellule d'environ 25 m&#232;tres cubes de volume, sont incarc&#233;r&#233;es 35 femmes, dont huit avec des enfants allait&#233;s. La cellule est ventil&#233;e par un judas. Je n'oublierai jamais ces minuscules corps &#233;maci&#233;s &#8211; je les ai vus &#224; travers le judas de notre cellule. Les enfants faisaient la queue, serrant le sein de leur m&#232;re pour obtenir leur infime ration d'air frais au judas. Que le prol&#233;tariat mondial regarde cette honte sur le visage des gardiens de prison du r&#233;gime pl&#233;biscitaire. Est-il concevable qu'il n'y ait pas eu de communistes dans cette ville ? Est-il possible qu'ils soient rest&#233;s indiff&#233;rents aux prisons de leur ville o&#249; des milliers de personnes souffraient de la faim, du froid et de la salet&#233; ? N'y avait-il pas un procureur ? On a m&#234;me honte de mentionner ce titre. Il y avait ! Ils &#233;taient tous l&#224; ! M&#234;me un membre du Comit&#233; central se trouvait dans cette ville &#224; cette &#233;poque &#8211; Mikoyan, de son nom. Sa photo a &#233;t&#233; publi&#233;e en premi&#232;re page du journal local. Mais Mikoyan &#233;tait un personnage de passage, son arriv&#233;e ne pouvait servir que de signal pour arr&#234;ter une centaine de femmes suppl&#233;mentaires avec leurs b&#233;b&#233;s allait&#233;s. On peut s'abstenir de mentionner Mikoyan. Mais que faisaient les communistes locaux ? Rien ! Ils n'ont pas de voix ind&#233;pendante. Ils n'ont pas le droit de penser. Par exemple, si un b&#233;b&#233; allait&#233; est entre les mains d'une ouvri&#232;re ou d'une paysanne arr&#234;t&#233;e, cela signifie que le b&#233;b&#233; est coupable, il doit s'asseoir sur les genoux de sa m&#232;re dans une petite cellule avec 35 femmes et faire la queue pour &#034; air frais.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bureaucratie effront&#233;e du r&#233;gime stalinien qualifiera mes paroles de contre-r&#233;volutionnaires. Laissez-les les &#233;tiqueter comme bon leur semble. Mon devoir est de dire la v&#233;rit&#233;, et seulement la v&#233;rit&#233;, car la v&#233;rit&#233; est l'arme la plus fiable entre les mains du prol&#233;tariat contre ses ennemis. En effet, si toutes les organisations de la classe ouvri&#232;re disaient seulement la v&#233;rit&#233; et rien que la v&#233;rit&#233;, alors la victoire du prol&#233;tariat mondial sur ses ennemis aurait &#233;t&#233; assur&#233;e depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 ao&#251;t 1935&lt;br class='autobr' /&gt;
Note de A. Tarov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'ETOL&lt;br class='autobr' /&gt;
A. Tarov &#233;tait un pseudonyme adopt&#233; par Arben Davitian (1895-1944), un r&#233;volutionnaire arm&#233;nien qui rejoignit les bolcheviks en 1912. Pendant la guerre civile, il fut commissaire de l'Arm&#233;e rouge dans le Caucase. Au cours des ann&#233;es 1920, il rejoint l'Opposition de gauche et en 1927, il est expuls&#233; du parti et exil&#233; en Sib&#233;rie. En 1931, il fut emprisonn&#233;. Apr&#232;s la victoire d'Hitler en Allemagne, comme Christian Rakovsky, il a d&#233;cid&#233; de capituler devant Staline et de proposer de servir dans la lutte contre le fascisme &#224; quelque titre que ce soit. Il a tent&#233; de quitter son lieu d'exil et de se rendre &#224; Moscou pour d&#233;fendre sa cause (comme d&#233;crit dans cet article), mais en chemin, il s'est rendu compte de la futilit&#233; de cette d&#233;marche et s'est enfui en Iran, o&#249; il est entr&#233; en contact avec le mouvement trotskyste international. Avec l'aide d'eux et d'autres sympathisants, il r&#233;ussit finalement &#224; rejoindre la France. Pendant l'occupation allemande, sous le pseudonyme d'Armenak Manoukian (ou Manouchian), il rejoint le Groupe Manouchian, une unit&#233; de la R&#233;sistance fran&#231;aise compos&#233;e principalement d'exil&#233;s &#233;trangers. Il fut captur&#233; avec d'autres membres du groupe par la police secr&#232;te de Vichy en novembre 1943 et fusill&#233; par les Allemands en f&#233;vrier 1944.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Trotski&lt;br class='autobr' /&gt;
Oppression croissante&lt;br class='autobr' /&gt;
la voie de la bureaucratie&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky analyse les r&#233;v&#233;lations du bolchevique Tarov&lt;br class='autobr' /&gt;
(6 septembre 1935)&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons un document remarquable dans la lettre du camarade Tarov, un des bolcheviks-l&#233;ninistes sovi&#233;tiques, un m&#233;canicien qui se trouve aujourd'hui n&#233;cessairement hors de l'Union sovi&#233;tique. Au d&#233;but de 1928, Tarov fut arr&#234;t&#233; comme &#171; opposant de gauche &#187; ; il a pass&#233; trois ans en exil, et a pass&#233; quatre ans en prison, dans un isolement s&#233;v&#232;re, puis, une fois de plus, il a pass&#233; plusieurs mois en exil. Quels crimes Tarov a-t-il commis contre la R&#233;volution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble que d&#232;s 1923, il pensait que la r&#233;volution d'Octobre avait cr&#233;&#233; des possibilit&#233;s d'industrialisation infiniment plus rapides que ce ne fut le cas pour les pays capitalistes. Avec d'autres Tarov, il tira la sonnette d'alarme contre la politique consistant &#224; tout miser sur le koulak, ce qui conduirait &#224; une crise pour l'ensemble du syst&#232;me sovi&#233;tique. Il a exig&#233; que les efforts soient concentr&#233;s sur les paysans pauvres et que l'&#233;conomie rurale soit syst&#233;matiquement orient&#233;e vers la collectivisation. Tels furent ses principaux crimes pour la p&#233;riode 1923-1926. Il &#233;tait plus p&#233;n&#233;trant et plus clairvoyant que la haute soci&#233;t&#233; dirigeante. Tels &#233;taient en tout cas les crimes de tendance dont Tarov portait la responsabilit&#233;. En 1926, tous les Tarov exigeaient que les syndicats sovi&#233;tiques mettent fin &#224; l'amiti&#233; politique avec le Conseil g&#233;n&#233;ral des syndicats britanniques qui trahissait la gr&#232;ve des mineurs, ainsi que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : c'est pr&#233;cis&#233;ment pour ce service que Citrine , le chef du Conseil g&#233;n&#233;ral, ancien alli&#233; de Staline et de Tomsky, a &#233;t&#233; fait chevalier par Sa Majest&#233; Royale lors des c&#233;l&#233;brations du Jubil&#233;. Avec d'autres l&#233;ninistes, Tarov protesta en 1926 contre la th&#233;orie stalinienne d'un &#171; &#201;tat d&#233;mocratique ouvrier et paysan &#187; &#8211; une th&#233;orie qui poussa le parti communiste polonais &#224; soutenir le coup d'&#201;tat de Pilsudski. Mais m&#234;me cela n'&#233;puise pas la liste des crimes de Tarov. En tant qu'internationaliste, il s'int&#233;ressait au plus haut point au sort de la r&#233;volution chinoise. Il consid&#233;rait comme criminelles les d&#233;cisions du Kremlin qui contraignaient le jeune et h&#233;ro&#239;que parti communiste chinois &#224; entrer dans le Koumintang et &#224; se soumettre &#224; sa discipline ; en outre, le Koumintang lui-m&#234;me, parti purement bourgeois, fut accept&#233; dans l'Internationale communiste en tant qu'organisation &#171; sympathique &#187;. Le moment arriva o&#249; Staline, Molotov et Boukharine envoy&#232;rent de Moscou un t&#233;l&#233;gramme appelant les communistes chinois &#224; r&#233;primer le mouvement agraire des paysans, afin de ne pas &#171; effrayer &#187; Chiang Kai Shek et ses officiers. Tarov, ainsi que d'autres disciples de L&#233;nine, consid&#233;raient une telle politique comme une trahison de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Tarov avaient &#224; leur actif plusieurs autres crimes similaires. &#192; partir de 1923, ils r&#233;clam&#232;rent la poursuite des travaux d'&#233;laboration du Plan quinquennal ; et quand, en 1927, le projet du premier plan quinquennal fut finalement &#233;labor&#233;, tous les Tarov affirm&#232;rent que l'augmentation annuelle de l'industrie ne devait pas &#234;tre fix&#233;e &#224; 5-9 pour cent, comme le faisait le Bureau politique, mais &#224; deux ou trois pour cent. fois plus grand. Il est vrai que tout cela fut bient&#244;t confirm&#233;. Mais puisque les Tarov, gr&#226;ce &#224; leur pr&#233;voyance, avaient r&#233;v&#233;l&#233; le retard de la couche sup&#233;rieure dirigeante, ils &#233;taient donc coupables d'avoir sap&#233; la r&#233;volution (c'est-&#224;-dire le prestige de la bureaucratie). Les Tarov accordaient une grande attention &#224; la jeunesse ouvri&#232;re. Selon eux, il fallait donner aux jeunes la possibilit&#233; de r&#233;fl&#233;chir de mani&#232;re ind&#233;pendante, d'&#233;tudier, de faire des erreurs et d'apprendre &#224; voler de leurs propres ailes. Ils protestaient contre le fait que la direction r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; remplac&#233;e par un r&#233;gime de caporaux pass&#233;s au bulldozer. Ils pr&#233;voyaient que cet &#233;tranglement de la jeunesse dans les casernes devait conduire &#224; la d&#233;moralisation et &#224; la croissance d'humeurs purement hooliganes et r&#233;actionnaires en son sein. Ces avertissements ont &#233;t&#233; qualifi&#233;s de tentative d'opposer la jeune g&#233;n&#233;ration &#224; l'ancienne, de mutinerie contre la &#171; vieille garde &#187; &#8211; cette m&#234;me &#171; vieille garde &#187; qui a &#233;t&#233; calomni&#233;e, &#233;cras&#233;e et envoy&#233;e en prison, ou d&#233;moralis&#233;e par Staline avec l'aide de Staline. de ses pr&#233;toriens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tels sont les crimes de Tarov. Il faut ajouter &#224; cela que les bolcheviks-l&#233;ninistes, y compris Tarov, n'ont jamais tent&#233; d'imposer leurs id&#233;es par la force. Ils n'ont pas appel&#233; &#224; un soul&#232;vement contre la bureaucratie. Pendant pr&#232;s de dix ans, ils cherch&#232;rent et esp&#233;r&#232;rent convaincre le parti. Ils se sont battus avant tout pour leur droit de faire valoir leurs critiques et leurs propositions devant le parti. Mais la bureaucratie qui s'&#233;tait &#233;lev&#233;e au pouvoir autocratique suite aux d&#233;faites du prol&#233;tariat mondial, n'opposa pas &#224; l'opposition l&#233;niniste la force de l'argumentation, mais les d&#233;tachements arm&#233;s de la Gu&#233;p&#233;ou. Tarov se trouvait parmi les milliers de personnes arr&#234;t&#233;es lors de l'an&#233;antissement thermidorien. de l'opposition en 1928. Par la suite, il passa plus de trois ans en exil et environ quatre ans en prison. A partir de cette br&#232;ve histoire, le lecteur peut se familiariser avec les conditions qui pr&#233;valent dans ces prisons : abus, ch&#226;timents corporels. la torture d'une gr&#232;ve de la faim de 14 jours et, en r&#233;ponse, le gavage forc&#233; et de nouveaux abus. Tout cela parce que les bolcheviks-l&#233;ninistes ont pos&#233; le probl&#232;me de la collectivisation avant Staline, parce qu'ils ont mis en garde &#224; temps contre les cons&#233;quences de l'alliance perfide avec Chiang Kai Shek et le futur Sir Walter Citrine... L'erreur de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tarov&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ensuite, un nouveau coup de tonnerre est venu : Hitler est arriv&#233; au pouvoir en Allemagne. La politique de l'Internationale Communiste lui avait ouvert la voie. Lorsque Hitler se hissait en selle, son &#233;trier n'&#233;tait autre que Staline. Tous les flots d'&#233;loquence d&#233;vers&#233;s par le Septi&#232;me Congr&#232;s n'effaceront pas des dirigeants anoblis les taches de ce crime historique. La haine de la clique stalinienne envers tous ceux qui avaient pr&#233;vu et pr&#233;venu &#224; temps &#233;tait d'autant plus enrag&#233;e. Les l&#233;ninistes captifs ont d&#251; payer de leurs c&#244;tes la politique meurtri&#232;re qui combinait l'ignorance et la perfidie : c'est pr&#233;cis&#233;ment cette combinaison qui constitue l'essence du stalinisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, Tarov, alarm&#233; par le triomphe du national-socialisme, s'est adress&#233; aux autorit&#233;s de Moscou avec la proposition suivante : il s'engage &#224; renoncer &#224; toute activit&#233; oppositionnelle, en &#233;change de quoi, lui, Tarov, aura le droit de retourner au pays. rangs du parti, en tant que soldat disciplin&#233;, et y poursuivre la lutte contre le danger fasciste. Il n'est pas difficile d'expliquer les causes psychologiques de la d&#233;marche de Tarov. Il n'y a pas de position plus tortueuse pour un r&#233;volutionnaire que d'&#234;tre pieds et poings li&#233;s tandis que la r&#233;action imp&#233;rialiste s'empare d'une tranch&#233;e prol&#233;tarienne apr&#232;s l'autre. Mais la proposition politique de Tarov &#233;tait doublement irr&#233;aliste. En premier lieu, soutenir sans r&#233;serve la lutte de Staline contre le fascisme, c'est, en derni&#232;re analyse, aider le fascisme &#8211; cela a &#233;t&#233; prouv&#233; de mani&#232;re irr&#233;futable par toute l'histoire des 12 derni&#232;res ann&#233;es ; en deuxi&#232;me lieu, la proposition de Tarov n'&#233;tait pas acceptable et n'aurait pas pu &#234;tre accept&#233;e par la bureaucratie. M&#234;me un seul l&#233;niniste accomplissant avec altruisme et courage les t&#226;ches qui lui sont assign&#233;es, au vu et au su de tous, sans se r&#233;tracter publiquement et sans cracher sur les meilleures traditions du bolchevisme, serait une r&#233;futation silencieuse de la l&#233;gende intitul&#233;e &#171; Le trotskisme comme avant-garde de la contre-r&#233;volution bourgeoise &#187;. . &#187; Cette l&#233;gende stupide vacille sur ses fondements mythiques et doit &#234;tre soutenue quotidiennement. Parall&#232;lement, l'exemple de Tarov, s'il r&#233;ussissait, susciterait in&#233;vitablement des &#233;mules. Cela ne pouvait pas &#234;tre permis. Il est inadmissible de laisser revenir dans le parti des hommes audacieux qui renoncent uniquement &#224; l'expression publique de leurs opinions &#8211; non, ils doivent renoncer compl&#232;tement &#224; leurs id&#233;es, &#224; leur droit de penser. Ils doivent cracher sur des opinions qui ont &#233;t&#233; confirm&#233;es par l'ensemble du cours des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Panneau de la corruption stalinienne&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien ne caract&#233;rise mieux le r&#233;gime stalinien, dans sa corruption et sa fraude internes, que sa totale incapacit&#233; &#224; assimiler un r&#233;volutionnaire sinc&#232;re, pr&#234;t &#224; servir docilement, mais qui refuse de mentir. Non ! Staline a besoin d'apostats, de ren&#233;gats hurlants, de gens qui sont pr&#234;ts sans vergogne &#224; qualifier le noir de blanc, qui se frappent path&#233;tiquement la poitrine creuse, alors que leur esprit est en r&#233;alit&#233; occup&#233; par les cartes &#224; tarte, les automobiles et les stations baln&#233;aires. Le parti et l'appareil d'&#201;tat sont envahis par de tels escrocs, trafiquants et cyniques corrompus. Ils sont peu fiables mais indispensables : l'absolutisme bureaucratique, entr&#233; en contradiction irr&#233;conciliable avec les exigences &#233;conomiques et culturelles de l'Etat ouvrier, a cruellement besoin d'escrocs pr&#234;ts &#224; tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, la tentative de Tarov de revenir dans les rangs du &#171; parti &#187; officiel s'est sold&#233;e par un &#233;chec complet. Tarov n'a eu d'autre recours que de fuir l'Union sovi&#233;tique. Son exp&#233;rience, pour laquelle il a pay&#233; si cher, est une le&#231;on inestimable tant pour le prol&#233;tariat sovi&#233;tique que pour le prol&#233;tariat mondial. La Lettre ouverte des organisations regroup&#233;es sous la banni&#232;re de la Quatri&#232;me Internationale trouve dans le cas Tarov une nouvelle et nette confirmation. La lettre ouverte d&#233;clare : &#171; Par le biais de pers&#233;cutions, de fraudes, d'amalgames et de r&#233;pressions sanglantes, la clique dirigeante cherche &#224; &#233;touffer dans l'&#339;uf tout mouvement de la pens&#233;e marxiste. Nulle part au monde le v&#233;ritable l&#233;ninisme n'est-il pourchass&#233; de mani&#232;re aussi bestiale qu'en URSS. &#187; Ces lignes, superficiellement consid&#233;r&#233;es, semblent exag&#233;r&#233;es : le l&#233;ninisme n'est-il pas traqu&#233; sans piti&#233; en Italie et en Allemagne ? En fait, il n'y a aucune exag&#233;ration dans la Lettre Ouverte. Dans les pays fascistes, les l&#233;ninistes sont pers&#233;cut&#233;s avec d'autres opposants au r&#233;gime. Hitler, comme on le sait, a d&#233;vers&#233; sa plus grande m&#233;chancet&#233; sur ses fr&#232;res d'armes opposants au sein du parti, &#171; l'aile gauche &#187;, qui lui a rappel&#233; le sien hier. La bureaucratie stalinienne exerce la m&#234;me cruaut&#233; bestiale sur les bolcheviks-l&#233;ninistes, les v&#233;ritables r&#233;volutionnaires, qui incarnent les traditions du parti et de la r&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences politiques &#224; tirer du cas du camarade Tarov sont &#233;videntes. Ce serait une pure folie de penser aujourd'hui &#224; &#171; r&#233;former &#187; et &#224; &#171; r&#233;g&#233;n&#233;rer &#187; le PCUS. Une machine bureaucratique dont le but principal est de maintenir le prol&#233;tariat dans un &#233;tau ne peut en aucun cas &#234;tre con&#231;ue pour servir les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat. La terreur r&#233;volutionnaire, qui, pendant la p&#233;riode h&#233;ro&#239;que de la r&#233;volution, servait d'arme aux mains des masses &#233;veill&#233;es contre les oppresseurs et de sauvegarde directe de la domination du prol&#233;tariat, a &#233;t&#233; compl&#232;tement supplant&#233;e par la terreur froide et venimeuse de la bureaucratie qui lutte comme une b&#234;te folle pour ses postes et ses sin&#233;cures, pour son pouvoir incontr&#244;l&#233; et autocratique &#8211; contre l'avant-garde prol&#233;tarienne. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que le stalinisme est condamn&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels sur Staline&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 20 f&#233;vrier 1889, Engels &#233;crivit &#224; Kautsky une lettre vraiment remarquable &#8211; publi&#233;e r&#233;cemment &#8211; sur les rapports de classes &#224; l'&#233;poque de la Grande R&#233;volution fran&#231;aise. Entre autres choses, il affirme ce qui suit : &#171; en ce qui concerne la terreur, tant qu'elle avait un sens, elle &#233;tait par essence une mesure de guerre. La classe, ou une partie de celle-ci, qui &#233;tait seule capable de garantir la victoire de la r&#233;volution, non seulement est rest&#233;e au pouvoir gr&#226;ce &#224; la terreur... mais s'est &#233;galement assur&#233; une marge de man&#339;uvre, une libert&#233; de mouvement, une possibilit&#233; de se concentrer. forces aux points d&#233;cisifs, c'est-&#224;-dire aux fronti&#232;res. Mais une fois les fronti&#232;res sauvegard&#233;es gr&#226;ce aux victoires militaires, et apr&#232;s la destruction de la Commune forcen&#233;e qui cherchait &#224; apporter la libert&#233; aux autres peuples &#224; coups de ba&#239;onnette, la terreur a surv&#233;cu comme arme de la r&#233;volution. Robespierre, il est vrai, &#233;tait au fa&#238;te de sa puissance ; mais, dit Engels, &#171; d&#233;sormais la terreur devint pour lui un moyen de conservation, et elle fut ainsi r&#233;duite &#224; une absurdit&#233; &#187; (soulign&#233; par Engel). Ces lignes sont des remarques ; capables pour leur simplicit&#233; et leur profondeur. Il n'est pas n&#233;cessaire ici de s'&#233;tendre ici sur la distinction entre l'&#233;poque pr&#233;sente et l'&#233;poque pass&#233;e : elle est bien connue. La diff&#233;rence entre les r&#244;les historiques jou&#233;s par Robespierre et Staline n'est pas moins claire : le premier a assur&#233; la victoire de la r&#233;volution sur ses ennemis int&#233;rieurs et ext&#233;rieurs pendant la p&#233;riode la plus critique de son existence ; mais en Russie, cette &#339;uvre fut accomplie sous la direction de L&#233;nine. Staline n'est apparu sur le devant de la sc&#232;ne qu'apr&#232;s la fin de cette p&#233;riode. Il est l'incarnation vivante d'un Thermidor bureaucratique. Entre ses mains, la terreur &#233;tait et reste avant tout l'instrument pour &#233;craser le parti, les syndicats et les Sovi&#233;tiques, et pour &#233;tablir une dictature personnelle &#224; laquelle ne manque que... une couronne imp&#233;riale. La terreur, qui a rempli sa mission r&#233;volutionnaire et s'est transform&#233;e en une arme d'auto-conservation pour les usurpateurs, se transforme ainsi en une &#171; absurdit&#233; &#187;, pour reprendre l'expression d'Engels. Dans le langage dialectique, cela signifie qu'elle est vou&#233;e &#224; un effondrement in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base de la terreur&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bestialit&#233;s insens&#233;es, n&#233;es des m&#233;thodes bureaucratiques de collectivisation, ainsi que les viles repr&#233;sailles et la violence contre les meilleurs &#233;l&#233;ments de l'avant-garde prol&#233;tarienne suscitent in&#233;vitablement l'exasp&#233;ration, la haine et le d&#233;sir de vengeance. Cette atmosph&#232;re engendre des sentiments de terrorisme individuel parmi les jeunes. Le petit Bonaparte ukrainien S. Kossior, c&#233;l&#232;bre pour son audace, a d&#233;clar&#233; il n'y a pas longtemps que Trotsky &#171; appelle dans la presse &#224; l'assassinat des dirigeants sovi&#233;tiques &#187;, tandis que Zinoviev et Kamenev, comme le prouve &#8211; s'il vous pla&#238;t par le cas Enoukidz&#233; &#8211; y participaient. directement dans la pr&#233;paration de l'assassinat de Kirov. Puisque quiconque a acc&#232;s aux &#233;crits de Trotsky peut facilement v&#233;rifier si Trotsky a appel&#233; ou non &#224; &#171; l'assassinat des dirigeants sovi&#233;tiques &#187; (si l'on admettait, en g&#233;n&#233;ral, qu'il y a des adultes qui doivent v&#233;rifier des canards de ce genre). ), cela &#233;claire suffisamment l'autre moiti&#233; du mensonge de Kossior qui concerne Zinoviev et Kam&#233;nev. Nous ne savons pas si l'on est actuellement en train de fabriquer des documents frauduleux avec l'aide des &#171; consuls lettons &#187; ou des &#171; officiers Wrangel &#187;. Les Kossiors du r&#233;gime bonapartiste sont encore capables de traquer, d'&#233;trangler et de fusiller un bon nombre de r&#233;volutionnaires impeccables, mais cela ne changera rien au fond : leur terreur est une absurdit&#233; historique. Il sera balay&#233; avec ses organisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erreur des tentatives individuelles&lt;br class='autobr' /&gt;
Appelons-nous &#224; l'assassinat des dirigeants sovi&#233;tiques ? Les bureaucrates qui se sont d&#233;ifi&#233;s ont peut-&#234;tre sinc&#232;rement l'illusion qu'ils &#233;crivent l'histoire, mais nous, de notre c&#244;t&#233;, ne partageons pas cette illusion. Ce n'est pas Staline qui a cr&#233;&#233; l'appareil. L'appareil a cr&#233;&#233; Staline &#8211; &#224; sa propre image. Le remplacement de Kirov par Jdanov n'a absolument rien chang&#233; &#224; la situation. Contrairement &#224; la situation qui pr&#233;vaut avec les biens de consommation de masse, l'assortiment de Kossiors est illimit&#233;. Ils varient les uns des autres d'environ un centim&#232;tre en hauteur et de quelques centim&#232;tres en circonf&#233;rence. C'est tout ! Pour le reste, ils se ressemblent autant que leurs propres &#233;loges de Staline. Le remplacement de Staline lui-m&#234;me par l'un des Kaganovitch apporterait presque aussi peu de nouveaut&#233; que le remplacement de Kirov par Jdanov. Mais un Kaganovitch aurait-il une &#171; autorit&#233; &#187; suffisante ? Il n'y a aucune raison de s'inqui&#233;ter, tous les Kossior &#8211; le premier, le quinzi&#232;me et le mille et uni&#232;me &#8211; lui fourniraient imm&#233;diatement l'autorit&#233; n&#233;cessaire par le biais du convoyeur bureaucratique, tout comme ils ont cr&#233;&#233; &#171; l'autorit&#233; &#187; de Staline, c'est-&#224;-dire &#171; autorit&#233; &#187; pour eux-m&#234;mes, pour leur domination incontr&#244;l&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi la terreur individuelle appara&#238;t &#224; nos yeux si path&#233;tique et si ch&#233;tive. Non, nous n'avons pas d&#233;sappris l'ABC du marxisme. Non seulement le sort de la bureaucratie sovi&#233;tique, mais aussi celui du r&#233;gime sovi&#233;tique dans son ensemble, d&#233;pend de facteurs d'une ampleur historique mondiale. Seuls les succ&#232;s du prol&#233;tariat international peuvent redonner confiance au prol&#233;tariat sovi&#233;tique. La condition fondamentale des succ&#232;s r&#233;volutionnaires est l'unification de l'avant-garde prol&#233;tarienne mondiale autour de la banni&#232;re de la Quatri&#232;me Internationale. La lutte pour cette banni&#232;re doit &#234;tre men&#233;e &#233;galement en URSS : avec prudence mais sans rel&#226;che. L'absurdit&#233; historique d'une bureaucratie autocratique dans une soci&#233;t&#233; &#171; sans classes &#187; ne peut pas durer et ne durera pas ind&#233;finiment. Le prol&#233;tariat qui a r&#233;alis&#233; trois r&#233;volutions rel&#232;vera &#224; nouveau la t&#234;te. Mais l'&#171; absurdit&#233; &#187; bureaucratique ne r&#233;sistera-t-elle pas ? Le prol&#233;tariat trouvera un balai assez grand. Et nous les aiderons.&lt;br class='autobr' /&gt;
6 septembre 1935&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Lire aussi :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/09/lt19350926.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viser juste de Tarov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/tarov/viser_juste.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/tarov/viser_juste.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/divers/tarov.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/divers/tarov.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=QiilS862vVoC&amp;pg=PA127&amp;lpg=PA127&amp;dq=Martine+Tavitian,+dit+Tarov.&amp;source=bl&amp;ots=3kXHcODe6u&amp;sig=ACfU3U1e7gfvQcB0NpacVWnMXpeK00ZKyw&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjA69vh-MyCAxUOTaQEHR4OAcwQ6AF6BAgIEAM#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=QiilS862vVoC&amp;pg=PA127&amp;lpg=PA127&amp;dq=Martine+Tavitian,+dit+Tarov.&amp;source=bl&amp;ots=3kXHcODe6u&amp;sig=ACfU3U1e7gfvQcB0NpacVWnMXpeK00ZKyw&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjA69vh-MyCAxUOTaQEHR4OAcwQ6AF6BAgIEAM#v=onepage&amp;q&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;volution de 1917 en &#8230; Espagne</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article8555</link>
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		<dc:date>2026-02-21T23:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;volution de 1917 en &#8230; Espagne &lt;br class='autobr' /&gt;
Rapport&#233;e par Victor Serge : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/serge/works/1917/00/espagne.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
La p&#233;riode 1917-1920 garde aujourd'hui le nom de &#171; Trienio bolchevique &#187;, trois ann&#233;es de bolchevisme espagnol. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les images &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&amp;sca_esv=581841001&amp;q=CNT+1917+revolucion+espana&amp;tbm=isch&amp;source=lnms&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwiQ3cT20cCCAxWQXaQEHVXQB3MQ0pQJegQICBAB&amp;biw=1155&amp;bih=951&amp;dpr=0.9 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volution de 1917 en &#8230; Espagne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rapport&#233;e par Victor Serge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1917/00/espagne.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1917/00/espagne.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode 1917-1920 garde aujourd'hui le nom de &#171; Trienio bolchevique &#187;, trois ann&#233;es de bolchevisme espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&amp;sca_esv=581841001&amp;q=CNT+1917+revolucion+espana&amp;tbm=isch&amp;source=lnms&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwiQ3cT20cCCAxWQXaQEHVXQB3MQ0pQJegQICBAB&amp;biw=1155&amp;bih=951&amp;dpr=0.9&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&amp;sca_esv=581841001&amp;q=CNT+1917+revolucion+espana&amp;tbm=isch&amp;source=lnms&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwiQ3cT20cCCAxWQXaQEHVXQB3MQ0pQJegQICBAB&amp;biw=1155&amp;bih=951&amp;dpr=0.9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la pr&#233;cipitation de l'appel, au d&#233;but de la gr&#232;ve, les activit&#233;s ont &#233;t&#233; paralys&#233;es dans presque toutes les grandes zones industrielles (Biscaye et Barcelone, et m&#234;me dans certaines zones plus petites comme Yecla et Villena), les zones urbaines (Madrid, Valence, Saragosse, La Corogne) et les zones mini&#232;res (R&#237;o Tinto, Ja&#233;n, Asturies et Le&#243;n), mais seulement pendant quelques jours, tout au plus une semaine. Dans les petites villes et les zones rurales, elle n'a quasiment pas eu de r&#233;percussions. Les communications ferroviaires, un secteur cl&#233;, n'ont pas &#233;t&#233; perturb&#233;es longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 13 ao&#251;t, un train a d&#233;raill&#233; &#224; Bilbao, faisant 5 morts et 18 bless&#233;s. Pour le journal &#034;El Nervi&#243;n&#034; et pour les autorit&#233;s, les gr&#233;vistes ont soulev&#233; les rails &#224; l'origine de l'accident. Selon les socialistes, comme l'a d&#233;clar&#233; plus tard Prieto, l'&#233;v&#233;nement &#233;tait d&#251; au mauvais &#233;tat de la voie et &#224; la vitesse excessive du train pour &#233;viter d'&#234;tre arr&#234;t&#233; par les gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Madrid, dans la nuit du mardi 14 ao&#251;t, le Comit&#233; de gr&#232;ve est arr&#234;t&#233; par la police et l'&#233;meute qui &#233;clate dans la prison mod&#232;le est r&#233;prim&#233;e avec une grande duret&#233;, entra&#238;nant la mort de plusieurs d&#233;tenus, parmi lesquels sept militants socialistes de renom. C'est ainsi qu'en quelques jours, la gr&#232;ve a &#233;t&#233; ma&#238;tris&#233;e. &#192; Barcelone, en revanche, o&#249; la CNT a jou&#233; le r&#244;le principal, ce n'est qu'apr&#232;s plusieurs jours de combats de rue et de fusillades que la normalit&#233; est revenue. &#192; Sabadell, l'arm&#233;e a d&#251; recourir &#224; l'artillerie, qui a r&#233;duit le quartier g&#233;n&#233;ral des travailleurs en ruines, pour mettre fin au mouvement. Des affrontements violents ont &#233;galement eu lieu, faisant des morts et des bless&#233;s &#224; Alicante, Valence, Guip&#250;zcoa et Saragosse. Le 18 ao&#251;t, le gouvernement a pu proclamer que l'ordre &#233;tait r&#233;tabli, mais il a fallu encore plusieurs jours pour r&#233;duire le dernier bastion de la gr&#232;ve r&#233;volutionnaire, &#224; savoir les bassins miniers des Asturies, o&#249; l'arm&#233;e a appliqu&#233; une r&#233;pression tr&#232;s dure au moyen de ce que l'on a appel&#233; le Train de la mort, entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Catalogne, certains anarchistes ont utilis&#233; des grenades artisanales, qui n'ont pas fonctionn&#233; comme pr&#233;vu, pour le plus grand bonheur des forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan officiel de la r&#233;pression fu de 71 morts, 156 bless&#233;s et 2 000 arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement eu quelques morts parmi les forces de l'ordre, dont quatre gardes civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_g%C3%A9n%C3%A9rale_de_1917_en_Espagne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_g%C3%A9n%C3%A9rale_de_1917_en_Espagne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1917 : gr&#232;ve r&#233;volutionnaire pour renverser la monarchie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-elnortedecastilla-es.translate.goog/valladolid/el-cronista/1917-huelga-revolucionaria-20200721185006-nt.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-elnortedecastilla-es.translate.goog/valladolid/el-cronista/1917-huelga-revolucionaria-20200721185006-nt.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-bilbaopedia-info.translate.goog/huelga-general-1917?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-bilbaopedia-info.translate.goog/huelga-general-1917?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-eldiario-es.translate.goog/madrid/somos/tetuan/historia/huelga-revolucionaria-1917-bailaban-verbena-paloma-extrarradio-peleaban-ejercito_1_8240502.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-eldiario-es.translate.goog/madrid/somos/tetuan/historia/huelga-revolucionaria-1917-bailaban-verbena-paloma-extrarradio-peleaban-ejercito_1_8240502.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-ideal-es.translate.goog/hemerotecadegranada/huelga-general-revolucionaria-20170824234254-ntvo.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-ideal-es.translate.goog/hemerotecadegranada/huelga-general-revolucionaria-20170824234254-ntvo.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne n'a pas particip&#233; &#224; la guerre, mais les capitalistes ont fait de bonnes affaires en vendant tout le n&#233;cessaire, sans tenir compte du c&#244;t&#233; de la tranch&#233;e. Au d&#233;but, cela repr&#233;sentait une forte demande d'emplois, les salaires augmentaient mais bien moins que les prix et, &#224; mesure que la guerre progressait, les conditions de vie de la classe ouvri&#232;re se d&#233;t&#233;rioraient. Le prix des produits du quotidien comme les pommes de terre, le sucre, la morue, le charbon, le papier, etc. a augment&#233; de plus de 150 % de 1914 &#224; 1917, tandis que les salaires ont augment&#233; entre 20 et 40 % au cours de la m&#234;me p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1916, la situation commen&#231;a &#224; atteindre ses limites. En juillet de la m&#234;me ann&#233;e, des d&#233;l&#233;gations de l'UGT et de la CNT se sont r&#233;unies &#224; Saragosse et ont sign&#233; un accord pour agir conjointement. Le 18 d&#233;cembre, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 24 heures a &#233;t&#233; convoqu&#233;e, &#171; la plus unanime qui ait &#233;t&#233; men&#233;e dans notre pays &#187;, selon les mots d'&#193;ngel Pesta&#241;a, leader de la CNT. Le gouvernement, pr&#233;sid&#233; par le comte de Romanones, n'a pas tenu sa promesse de r&#233;pondre aux demandes des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1917, une gr&#232;ve des chemins de fer fut d&#233;clar&#233;e, qui paralysa &#233;galement le bassin houiller du nord et la r&#233;gion du Levant. En mars, une nouvelle r&#233;union de l'UGT et de la CNT s'est mise d'accord sur un manifeste annon&#231;ant que : &#171; il est impos&#233; au prol&#233;tariat espagnol d'utiliser la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, sans d&#233;lai de cessation d&#233;fini, comme l'arme la plus puissante dont il dispose pour faire valoir ses droits &#187;. Comme &#224; son habitude, le gouvernement a poursuivi et arr&#234;t&#233; certains des signataires, ferm&#233; la Casa del Pueblo &#224; Madrid et suspendu les garanties constitutionnelles. Les protestations l'ont contraint &#224; reculer et &#224; lib&#233;rer les d&#233;tenus. En juin, un accord a &#233;t&#233; sign&#233; entre les partis r&#233;publicains bourgeois et les socialistes pour g&#233;n&#233;rer un mouvement pacifique dans le but d'&#233;tablir un gouvernement provisoire qui convoquerait les Cortes constituantes. La CNT &#233;tait absente. Ce comit&#233; n'aurait pratiquement aucune activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 juillet, alors que se tenait l'Assembl&#233;e des parlementaires &#224; Barcelone, une gr&#232;ve des cheminots a &#233;clat&#233; &#224; Valence, &#224; laquelle se sont joints les travailleurs du port et d'autres secteurs. Le 20, selon la presse, &#171; m&#234;me les caf&#233;s fermaient &#187;, &#171; tout &#233;tait ferm&#233; et aucun tramway, aucune voiture, aucune voiture ne circulait &#187;. Le 21, le g&#233;n&#233;ral Tovar d&#233;clare l'&#233;tat de guerre et deux ouvriers meurent dans les affrontements. La r&#233;pression a pris fin avec la gr&#232;ve du 23. Apr&#232;s les mobilisations, 43 travailleurs ont &#233;t&#233; licenci&#233;s, ce qui a &#233;t&#233; l'un des d&#233;clencheurs de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du mois d'ao&#251;t. Marx a &#233;crit que les gouvernements sont comme le conseil d'administration de la classe capitaliste. Celle de cette &#233;poque en Espagne &#233;tait un fid&#232;le reflet de cette affirmation. Le pr&#233;sident du gouvernement, Eduardo Dato, ainsi que le pr&#233;sident du Tr&#233;sor, Gabino Bugallal, faisaient partie du conseil d'administration des chemins de fer Madrid-Saragosse-Alicante (MZA). Le ministre du D&#233;veloppement, Vizconde de Eza, &#233;tait le gendre du pr&#233;sident du conseil d'administration de la Compagnie des chemins de fer du Nord. D'autres ministres &#233;taient de grands propri&#233;taires fonciers ayant des liens directs avec le secteur bancaire (d'ailleurs, pas aussi diff&#233;rents qu'aujourd'hui).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet, le mouvement de gr&#232;ve s'est acc&#233;l&#233;r&#233;. &#192; Vizcaya, les m&#233;tallurgistes &#233;taient en gr&#232;ve pour une journ&#233;e de 9 heures et une augmentation de salaire d'une peseta. &#201;galement les m&#233;tallurgistes de Saragosse et de Vitoria, les boulangers de Saint-S&#233;bastien et les mines de Murcie, des Asturies et de Pe&#241;arroya (Cordoue). Le 29 juillet, le ministre S&#225;nchez Guerra a admis que dans cette situation &#171; de grands mat&#233;riaux r&#233;volutionnaires s'&#233;taient accumul&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheminots ont fait pression pour la r&#233;int&#233;gration des licenci&#233;s de Valence, ce qui a acc&#233;l&#233;r&#233; l'appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 13 ao&#251;t. &#192; Madrid, un comit&#233; de gr&#232;ve a &#233;t&#233; form&#233; avec les dirigeants du PSOE et de l'UGT Largo Caballero, Besteiro, Anguiano et Saborit et Virginia Gonz&#225;lez, de l'Organisation des femmes socialistes. &#192; Barcelone, un autre s'est form&#233; avec les dirigeants de la CNT, Segu&#237; ( El Noi del Sucre ) Vidiella, Pesta&#241;a et autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve a eu lieu dans la plupart des zones industrielles du pays. Il fut g&#233;n&#233;ral dans pratiquement toutes les zones mini&#232;res, ainsi qu'&#224; Madrid, Barcelone - avec Terrassa et Sabadell -, Valence et Biscaye. Elle a dur&#233; cinq jours et a &#233;t&#233; prolong&#233;e de quelques jours suppl&#233;mentaires dans le bassin minier des Asturies et de Le&#243;n ; Dans la ville de Cistierna (Le&#243;n) la R&#233;publique fut proclam&#233;e. Elle &#233;tait &#233;galement importante &#224; Santander, Alicante, G&#233;rone et La Corogne, mais faible en Andalousie et dans les deux Castilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Madrid , la construction, les principales usines et les arts graphiques s'arr&#234;tent. Le 13, seuls deux journaux paraissent, l'agitation se r&#233;pand dans toute la ville et la fermeture des commerces se g&#233;n&#233;ralise. De nombreux affrontements ont eu lieu aux portes des usines et pour tenter d'arr&#234;ter la circulation des tramways. Le gouvernement a d&#233;clar&#233; l'&#233;tat de guerre et d&#233;ploy&#233; la police et l'arm&#233;e, d&#233;clenchant une &#233;norme r&#233;pression. La crainte que l'arm&#233;e ne r&#233;ponde pas s'est rapidement dissip&#233;e. Le 15, &#224; Cuatro Caminos, les &#233;v&#233;nements les plus violents ont eu lieu. Face &#224; une concentration de gr&#233;vistes, avec de nombreuses femmes et enfants, la cavalerie chargea la premi&#232;re, et ne parvenant pas &#224; les disperser, les soldats commenc&#232;rent &#224; tirer. Selon le t&#233;moignage du propri&#233;taire d'un magasin de vin de la rue Bravo Murillo : &#171; Il y a eu un incendie ici [&#8230;] ils ont install&#233; les deux mitrailleuses et ont tir&#233; trois coups de semonce. Au d&#233;but, ils ont tir&#233; en l'air, mais comme les groupes ne se sont pas dissous, ils ont tir&#233; sur la population. &#187; ( El Liberal , 15 ao&#251;t 1917). Quelques jours plus tard, le politicien conservateur Miguel Maura &#233;crivait : &#171; Les troupes se portent extraordinairement bien, car elles ont frapp&#233; violemment et n'ont &#233;pargn&#233; aucun moyen pour semer le d&#233;sordre. &#187; La m&#234;me nuit, la police a arr&#234;t&#233; le comit&#233; de gr&#232;ve, rue Desenga&#241;o, 12. La r&#233;pression et le manque d'orientation ont d&#233;gonfl&#233; le mouvement, qui s'est dissous le 18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone , des usines, des ateliers et des entreprises ont soutenu la gr&#232;ve et d&#232;s le premier jour il y a eu des affrontements. La paralysie des tramways &#233;tait essentielle au succ&#232;s du mouvement, car ils avaient &#233;t&#233; pris en charge par les militaires et il &#233;tait impossible d'arr&#234;ter leur passage. Un m&#233;tallurgiste du quartier de Poble Nou a r&#233;solu le probl&#232;me. Il s'est pr&#233;sent&#233; au syndicat avec une nouvelle &#171; arme &#187;, une pi&#232;ce de fer en forme de T adaptable aux rails, martel&#233;e et emp&#234;chant les tramways de bouger. La circulation &#233;tait paralys&#233;e dans pratiquement toute la ville. A Sabadell, les locaux de la F&#233;d&#233;ration syndicale des travailleurs, o&#249; s'&#233;taient &#233;tablis les gr&#233;vistes, ont &#233;t&#233; bombard&#233;s. La r&#233;pression, dirig&#233;e par le colonel M&#225;rquez, chef des juntes militaires, a fait 32 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve &#224; Biscaye a &#233;t&#233; totale et a mobilis&#233; quelque 100 000 travailleurs. Le caract&#232;re pacifique de la mobilisation &#8211; &#171; aucune violence n'a &#233;t&#233; commise &#187;, a d&#233;clar&#233; le leader socialiste Indalecio Prieto &#8211; a &#233;t&#233; interrompu par la mort d'un gr&#233;viste le 15 et par une r&#233;pression plus forte les jours suivants. Dans les Asturies et dans le bassin minier de Le&#243;n , la gr&#232;ve a &#233;galement &#233;t&#233; totale et la dure r&#233;pression n'a pu y mettre fin que quelques jours plus tard. Le gouverneur militaire, le g&#233;n&#233;ral Burguete, a proclam&#233; que &#171; la vermine, et non les hommes, s'est r&#233;fugi&#233;e dans les mines &#187; et a menac&#233; de les chasser &#171; comme des animaux sauvages &#187;. Un observateur conservateur, Salvador Canals, a reconnu qu'&#171; en r&#233;alit&#233;, le mouvement a pris fin dans les Asturies lorsque l'organisation des mineurs l'a voulu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les chiffres officiels, il y a eu 71 morts, un nombre ind&#233;termin&#233; de bless&#233;s et environ 2 000 personnes arr&#234;t&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque toutes les opinions politiques et tous les historiens s'accordent sur les raisons de l'&#233;chec de la gr&#232;ve. &#171; Pourquoi la gr&#232;ve a-t-elle &#233;chou&#233; ? Au fond, parce qu'il n'&#233;tait pas encore pr&#233;par&#233;, parce que l'arm&#233;e l'a affront&#233; et parce que la bourgeoisie et les partis r&#233;publicains l'ont ignor&#233; ; Parall&#232;lement &#224; cela, le prol&#233;tariat a agi de mani&#232;re d&#233;sunie et la paysannerie n'a pas particip&#233; au mouvement &#187; (Jos&#233; Antonio Lacomba. La crise espagnole de 1917 ). La gr&#232;ve a &#233;t&#233; &#171; vaincue, plus que par la r&#233;pression de l'arm&#233;e, m&#234;me si elle a &#233;t&#233; tr&#232;s dure. , par le manque de leadership absolu, la d&#233;fection des dirigeants politiques bourgeois... (et) l'absence de lutte des ouvriers agricoles&#034; (Manuel Tu&#241;&#243;n de Lara. Histoire de l'Espagne du XXe si&#232;cle ). Tu&#241;&#243;n de Lara lui-m&#234;me explique que &#171; D&#232;s le premier instant, la direction du mouvement &#233;tait incoh&#233;rente ; Tr&#232;s vite, comme nous le verrons, il dispara&#238;tra compl&#232;tement [&#8230;] La d&#233;sorientation fut totale, puisque les nouveaux slogans atteignirent certains endroits et pas d'autres. Les crit&#232;res &#233;taient loin de faire l'unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblait que les conditions &#233;taient pr&#233;par&#233;es : un pr&#233;c&#233;dent mouvement de gr&#232;ve, une grave crise du r&#233;gime politique, une division dans les rangs de la bourgeoisie (un secteur continuait &#224; soutenir l'oligarchie au pouvoir tandis qu'un autre participait &#224; l'Assembl&#233;e des parlementaires en juillet) et m&#234;me une certaine crise dans l'Arm&#233;e... mais tout cela n'a pas suffi. Il faut ajouter &#224; cela que l'unit&#233; entre l'UGT et la CNT n'a pas &#233;t&#233; efficace, puisque chaque syndicat avait son propre projet et qu'il n'y avait pratiquement aucune coordination. Victor Serge, qui a v&#233;cu et particip&#233; &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Barcelone, a &#233;crit : &#171; Nous sommes all&#233;s au combat dans une sorte d'obscurit&#233;. &#187; Les objectifs de la gr&#232;ve elle-m&#234;me &#233;taient assez diffus : elle exigeait une r&#233;ponse aux revendications de la population ouvri&#232;re et l'ouverture d'un processus constituant, c'est-&#224;-dire la fin du r&#233;gime de la Restauration. Cependant, le leader socialiste Largo Caballero dira des mois plus tard qu'&#171; en nous mettant en gr&#232;ve, notre objectif &#233;tait celui de l'Assembl&#233;e des parlementaires &#187;. C'est-&#224;-dire ce secteur de la bourgeoisie qui a tourn&#233; le dos &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et qui, quelques mois plus tard, conclurait un accord avec la monarchie et ferait partie de son gouvernement. Les organisations syndicales et de gauche n'avaient pas pr&#233;par&#233; leur propre alternative. Trotsky &#233;crivait en 1915 : &#171; Et la pire illusion du prol&#233;tariat a toujours &#233;t&#233;, tout au long de son histoire, l'espoir dans les autres. &#187; A cette &#233;poque, il y avait encore une prise de conscience et une organisation dans notre pays. Enfin, et &#224; la lumi&#232;re de ce qui se passait en Russie, il n'a pas &#233;t&#233; possible de cr&#233;er ses propres organisations repr&#233;sentant la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re, comme des soviets ou des comit&#233;s, qui auraient permis une plus grande ampleur et une plus grande organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'oligarchie dirigeante et la monarchie, l'&#233;chec de la gr&#232;ve repr&#233;sentait un soulagement, car ils avaient r&#233;ussi &#224; surmonter les trois crises : militaire, des secteurs bourgeois et de l'organisation territoriale, et la crise ouvri&#232;re, mais leur tranquillit&#233; fut de courte dur&#233;e. . En septembre, un Conseil de guerre a condamn&#233; le comit&#233; de gr&#232;ve de Madrid &#171; &#224; la peine d'emprisonnement perp&#233;tuel, de peines accessoires et d'interdiction absolue perp&#233;tuelle &#187;. De grandes manifestations eurent lieu dans toute l'Espagne pour exiger leur libert&#233; et lors des &#233;lections de f&#233;vrier 1918, les membres du comit&#233; de gr&#232;ve furent &#233;lus d&#233;put&#233;s et quitt&#232;rent la prison pour entrer au Parlement. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale a &#233;t&#233; un premier test d'action ind&#233;pendante de la classe ouvri&#232;re. Cette proposition a &#233;t&#233; rejet&#233;e, mais elle a fait prendre conscience qu'il faudrait la tenter encore et encore. Cet esprit a &#233;t&#233; captur&#233; par V&#237;ctor Serge dans son r&#233;cit La Naissance de notre force lorsqu'il a mis ces mots dans la bouche de Dar&#237;o, l'alter ego de El Noi del Sucre : &#171; Nous, les travailleurs, avons construit cette ville, la bourgeoisie nous l'a prise, mais un jour nous le vaincrons et il sera &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-sinpermiso-info.translate.goog/textos/agosto-1917-huelga-general-en-espana?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-sinpermiso-info.translate.goog/textos/agosto-1917-huelga-general-en-espana?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de 1917 se nouent &#224; Barcelone par la conjonction de trois mouvements : la r&#233;volte de Juntes militaires constitu&#233;es d'officiers de l'arm&#233;e fut relay&#233;e &#224; la fin juillet par la convocation d'une assembl&#233;e de parlementaires espagnols par les d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs catalans pour promouvoir une r&#233;forme de la constitution en faveur de la Catalogne, et par un soul&#232;vement prol&#233;tarien (affrontement des ouvriers de la CNT contre le patronat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=s8V2DwAAQBAJ&amp;pg=PT240&amp;lpg=PT240&amp;dq=Les+%C3%A9v%C3%A9nements+de+1917+se+nouent+%C3%A0+Barcelone+par+la+conjonction+de+trois+mouvements+:+la+r%C3%A9volte+de+Juntes+militaires+constitu%C3%A9es+d%27officiers+de+l%27arm%C3%A9e+fut+relay%C3%A9e+%C3%A0+la+fin+juillet+par+la+convocation+d%27une+assembl%C3%A9e+de+parlementaires+espagnols+par+les+d%C3%A9put%C3%A9s+et+s%C3%A9nateurs+catalans+pour+promouvoir+une+r%C3%A9forme+de+la+...&amp;source=bl&amp;ots=f_OVqQZ87Z&amp;sig=ACfU3U3h9fSJ1w1akYU-9YssP616JRT88g&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjF-eWaxMCCAxW4VqQEHWz5CN8Q6AF6BAgFEAM#v=onepage&amp;q=Les%20%C3%A9v%C3%A9nements%20de%201917%20se%20nouent%20%C3%A0%20Barcelone%20par%20la%20conjonction%20de%20trois%20mouvements%20%3A%20la%20r%C3%A9volte%20de%20Juntes%20militaires%20constitu%C3%A9es%20d'officiers%20de%20l'arm%C3%A9e%20fut%20relay%C3%A9e%20%C3%A0%20la%20fin%20juillet%20par%20la%20convocation%20d'une%20assembl%C3%A9e%20de%20parlementaires%20espagnols%20par%20les%20d%C3%A9put%C3%A9s%20et%20s%C3%A9nateurs%20catalans%20pour%20promouvoir%20une%20r%C3%A9forme%20de%20la%20...&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; crise de 1917 &#187; est le nom que les historiens espagnols ont donn&#233; &#224; la s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements qui ont eu lieu au cours de l'&#233;t&#233; 1917 en Espagne . En particulier, trois d&#233;fis simultan&#233;s mena&#231;aient le gouvernement et le syst&#232;me de la Restauration : un mouvement militaire (les Juntas de Defensa ), un mouvement politique (l'Assembl&#233;e parlementaire, organis&#233;e par la Ligue r&#233;gionaliste de Catalogne &#224; Barcelone ) et un mouvement social (une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neutralit&#233; de l'Espagne pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale a augment&#233; un certain nombre de ses exportations, depuis les mati&#232;res premi&#232;res agricoles et min&#233;rales jusqu'aux produits manufactur&#233;s du secteur industriel &#233;mergent , en particulier les textiles catalans et les forges basques . La balance commerciale est pass&#233;e d'un d&#233;ficit de plus de cent millions de pesetas &#224; un exc&#233;dent de cinq cents millions de pesetas. Ce boom &#233;conomique a favoris&#233; la classe moyenne industrielle et commerciale et l'oligarchie financi&#232;re et fonci&#232;re, mais a &#233;galement produit une hausse de l'inflation tandis que les salaires stagnaient. Alors que les profits connaissaient des taux de croissance extraordinaires, le niveau de vie de la population en g&#233;n&#233;ral a diminu&#233; de mani&#232;re significative, en particulier pour le prol&#233;tariat urbain et industriel, m&#234;me s'il a r&#233;ussi &#224; maintenir la pression pour obtenir des salaires plus &#233;lev&#233;s. Dans les campagnes, la situation &#233;tait diff&#233;rente : l'inflation avait un impact plus important, mais la disponibilit&#233; alimentaire plus directe att&#233;nuait ses effets sur les petits propri&#233;taires fonciers et les fermiers, pr&#233;dominants dans la structure agraire du nord de l'Espagne. C'&#233;tait tout le contraire, cependant, pour les travailleurs sans terre, une partie fondamentale de la main-d'&#339;uvre dans la moiti&#233; sud de l'Espagne, notamment en Andalousie et en Estr&#233;madure . Le r&#233;sultat de ce processus, d&#233;j&#224; clairement visible en 1917, fut une redistribution radicale du revenu national, tant entre classes sociales qu'entre territoires. L'exode rural et le d&#233;veloppement disproportionn&#233; entre les secteurs industriel et agricole ont progressivement aggrav&#233; les tensions entre zones rurales et urbaines et entre centre et p&#233;riph&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Juntes de D&#233;fense ( Juntas de Defensa ) &#233;taient un mouvement syndical militaire cr&#233;&#233; sans l'approbation du corps l&#233;gislatif espagnol et repr&#233;sentaient un d&#233;fi &#233;vident au gouvernement lib&#233;ral de Manuel Garc&#237;a Prieto , qui, incapable de les contr&#244;ler, fut contraint de d&#233;missionner. Son rempla&#231;ant, le conservateur Eduardo Dato, a l&#233;galis&#233; les Juntes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Juntes ont choisi un nom commun parmi les institutions espagnoles et qui &#233;tait cr&#233;dible gr&#226;ce &#224; son utilisation lors du soul&#232;vement populaire de la guerre d'ind&#233;pendance . Ils pr&#233;tendaient que leur objectif &#233;tait de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des responsables militaires de rang interm&#233;diaire, mais leur objectif d'intervention politique &#233;tait clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obsession de l'arm&#233;e pour l'unit&#233; nationale &#233;tait devenue l'un de ses principaux facteurs de mobilisation, comme en t&#233;moigne l' attaque de 1905 contre la publication satirique catalane &#161;Cu-Cut ! . Apr&#232;s l'attaque, le gouverneur a tent&#233; de les apaiser en adoptant la loi sur les juridictions , qui donnait &#224; l'arm&#233;e la comp&#233;tence sur &#171; les d&#233;lits oraux et &#233;crits contre l'unit&#233; nationale, le drapeau ou l'honneur militaire &#187;. Les militaires se trouvaient dans une situation sociale particuli&#232;re : les soldats de presque toutes les autres arm&#233;es du monde connaissaient une grande mobilit&#233; sociale bas&#233;e sur les m&#233;rites de la guerre et la n&#233;cessit&#233; de recruter un grand nombre de soldats, tandis que les soldats espagnols &#233;taient r&#233;duits &#224; l'inaction. Ils ne pouvaient m&#234;me pas &#234;tre compens&#233;s par des postes dans les colonies, puisque ceux-ci avaient &#233;t&#233; perdus lors de la guerre hispano-am&#233;ricaine de 1898. En fait, l'arm&#233;e espagnole disposait d'une surabondance d'officiers, avec 16 000 officiers pour 80 000 soldats, contre 29 000 officiers en France pour 500 000 soldats. Les ressentiments au sein de l'arm&#233;e se d&#233;veloppaient entre les seules destinations coloniales du Maroc et le reste. L'inflation a continu&#233; &#224; diminuer le pouvoir d'achat des salaires des militaires, qui &#233;taient fix&#233;s par le budget rigide de l'&#201;tat , contrairement aux contrats plus flexibles des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s des Juntas ont commenc&#233; au premier trimestre de 1916, en raison d'une partie du programme de modernisation du gouverneur Conde de Ramanones , qui obligerait les soldats &#224; passer des tests d'aptitude pour pouvoir pr&#233;tendre &#224; des promotions. Le gouverneur a d'abord accept&#233; leurs protestations, mais apr&#232;s avoir vu le danger d'un mouvement quasi-syndical dans l'arm&#233;e, il a ordonn&#233; aux Juntes de se dissoudre, mais sans grand effet. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me agissant ill&#233;galement, ils &#233;taient devenus plus francs depuis la fin de 1916. Surtout, la Junta de Defensa de l'infanterie de Barcelone, dirig&#233;e par le colonel Benito M&#225;rquez , &#233;tait devenue le promoteur le plus actif du mouvement. Fin mai 1917, ils subirent une forte r&#233;action disciplinaire de la part du nouveau gouvernement, alors dirig&#233; par Garc&#237;a Prieto. Le ministre de la Guerre, le g&#233;n&#233;ral Aguilera, ordonna l'arrestation de divers membres de la junte au ch&#226;teau de Montju&#239;c : deux lieutenants, trois capitaines, un commandant, un lieutenant-colonel et le colonel Benito M&#225;rquez, le leader le plus visible du mouvement. N&#233;anmoins, la cr&#233;ation imm&#233;diate d'une Junte par int&#233;rim, soutenue par les Juntes de l'artillerie et du g&#233;nie, et m&#234;me par la Garde civile dans sa demande &#171; respectueuse &#187; du 1er juin de lib&#233;rer les personnes arr&#234;t&#233;es, a entra&#238;n&#233; une augmentation spectaculaire de la tension militaire, ce que Garc&#237;a Prieto a fait, sans le soutien n&#233;cessaire pour y faire face. Prieto choisit de d&#233;missionner et le roi Alphonse XIII , qui entretenait des relations &#233;troites avec l'arm&#233;e, ordonna &#224; Eduardo Dato de former un gouvernement. Le gouvernement de Dato a d&#233;cid&#233; de c&#233;der aux demandes des militaires, de lib&#233;rer les personnes arr&#234;t&#233;es et de l&#233;galiser les Juntes. Afin de maintenir un contr&#244;le strict de la situation, le nouveau gouvernement a suspendu les garanties constitutionnelles et renforc&#233; la censure de la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirig&#233;e par Fransesc Camb&#243; , la Ligue r&#233;gionaliste de Catalogne repr&#233;sentait la bourgeoisie catalane. Ils avaient r&#233;cemment acquis une base de pouvoir local gr&#226;ce &#224; la formation du Commonwealth de Catalogne , n&#233; en 1914 sous la forme d'une agr&#233;gation de conseils provinciaux . Prat de la Riba fut le premier dirigeant du Commonwealth et mourut en 1917. Face &#224; la crise ouverte, Camb&#243; demanda au gouvernement de convoquer le Parlement, mais il re&#231;ut un refus. Face &#224; ce d&#233;ni et &#224; l'impossibilit&#233; d'utiliser la voie parlementaire ordinaire parce que les sessions du Congr&#232;s n'avaient pas &#233;t&#233; convoqu&#233;es, une grande partie des d&#233;put&#233;s &#233;lus par les circonscriptions catalanes (48, tous sauf ceux des partis dynastiques), se sont r&#233;unis dans ce que l'on appelle Assembl&#233;e des Parlements de Barcelone d&#233;but juillet 1917. L'Assembl&#233;e exigea la convocation d'une assembl&#233;e constitutionnelle dans le but de restructurer le gouvernement pour reconna&#238;tre l'autonomie r&#233;gionale. Ils ont &#233;galement exig&#233; des mesures dans les secteurs militaire et &#233;conomique. Il &#233;tait hautement improbable que l'Assembl&#233;e puisse relier son mouvement au m&#233;contentement &#233;conomique des officiers subalternes des Juntas de Defensa, mais elle a tent&#233; de le faire explicitement dans une proclamation qui d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'acte commis par l'arm&#233;e le 1er juin sera suivi d'une profonde r&#233;novation de la vie publique espagnole, entreprise et r&#233;alis&#233;e par les &#233;l&#233;ments politiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'Assembl&#233;e repr&#233;sentait moins de 10% du total des d&#233;put&#233;s, persistait une atmosph&#232;re pr&#233;-r&#233;volutionnaire, qui remettait en question les fondamentaux du syst&#232;me politique de la Restauration : le tour des partis dynastiques fond&#233;s par C&#225;novas et Sagasta , la nette pr&#233;dominance du le pouvoir ex&#233;cutif sur le pouvoir l&#233;gislatif et le r&#244;le d'arbitre du roi. Dato a r&#233;pondu en d&#233;clarant l'Assembl&#233;e s&#233;ditieuse, en suspendant les journaux et en envoyant l'arm&#233;e occuper Barcelone. &#192; la mi-juillet, l'Assembl&#233;e s'est &#224; nouveau r&#233;unie au Sal&#243;n de Juntas du palais du Parc de la Ciutadella . Au total, 68 d&#233;put&#233;s &#233;taient pr&#233;sents, auxquels s'ajoutaient d'autres r&#233;gions comme le r&#233;publicain Alejandro Lerroux , le r&#233;formateur Melquiades &#193;lvarez et un seul d&#233;put&#233; socialiste, Pablo Iglesias , qui pr&#233;parait d&#233;j&#224; le mouvement de gr&#232;ve pr&#233;vu pour le mois suivant. Les d&#233;put&#233;s r&#233;unis ont convenu que &#171; la convocation du Parlement, qui, dans ses fonctions constituantes, peut d&#233;lib&#233;rer sur ces probl&#232;mes [du pays] et les r&#233;soudre, est essentielle &#187;. Mais, ont-ils ajout&#233;, le Parlement ne peut pas &#234;tre convoqu&#233; par un gouvernement divis&#233;, mais seulement par &#171; un gouvernement qui incarne et repr&#233;sente la volont&#233; souveraine du pays &#187;. Ils ont convenu de se r&#233;unir &#224; nouveau le 16 ao&#251;t &#224; Oviedo , mais la dissolution de l'Assembl&#233;e par les forces de s&#233;curit&#233; le 19 juillet et les &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs les ont emp&#234;ch&#233;s. La participation recherch&#233;e d' Antonio Maura n'a jamais eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barcelone, la capitale &#233;conomique de l'Espagne, &#233;tait particuli&#232;rement en conflit, comme l'a d&#233;montr&#233; la Semaine tragique de 1909, et la crise sociale &#233;tait confront&#233;e &#224; un mouvement ouvrier. Les socialistes et les anarchistes se sont battus contre les employeurs, ceux-ci utilisant toutes sortes de tactiques, des jaunes au pistolerisme . Les socialistes et les anarchistes ont eu recours &#224; des tactiques pacifiques telles que des gr&#232;ves, ainsi qu'&#224; des actions directes qui ont parfois pris la forme d'attaques aveugles, comme l'attentat &#224; la bombe contre le Liceu de Barcelone en 1893. Le mouvement ouvrier dans d'autres r&#233;gions d'Espagne &#233;tait moins d&#233;velopp&#233;, mais y voyait l'opportunit&#233; d'exploiter la faiblesse du conflit entre la bourgeoisie industrielle et le gouvernement. L' UGT , un syndicat socialiste &#233;tabli &#224; Madrid et au Pays basque, organisa une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire en ao&#251;t 1917, qui re&#231;ut le soutien de la CNT , un syndicat anarchiste op&#233;rant principalement en Catalogne. Les deux syndicats &#233;taient sur le point de s'unir, du moins dans leurs actions, depuis la gr&#232;ve de d&#233;cembre 1916 et le soi-disant Pacte de Saragosse. L'accord de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fut conclu &#224; Madrid fin mars 1917 par les membres de l'UGT Juli&#225;n Besteiro et Francisco Largo Caballero et les membres de la CNT Salvador Segu&#237; et &#193;ngel Pesta&#241;a , et comprenait un vaste manifeste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le but de contraindre les classes dirigeantes &#224; ces changements fondamentaux du syst&#232;me qui garantissent au minimum au public des conditions de vie d&#233;centes et le d&#233;veloppement de leur auto-&#233;mancipation, le prol&#233;tariat espagnol doit recourir &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, sans date de fin pr&#233;cise, comme l'arme la plus puissante dont elle dispose pour r&#233;clamer ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les objections des anarchistes, des n&#233;gociations s'engagent avec les partis bourgeois, notamment les r&#233;publicains d'Alejandro Lerroux. Ils ont discut&#233; de la formation d'un gouvernement provisoire, avec le mod&#233;r&#233; Melquiades &#193;lvarez comme pr&#233;sident et Pablo Iglesias comme ministre du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appels &#224; la gr&#232;ve &#233;taient ambigus, les premiers messages d&#233;crivant une gr&#232;ve r&#233;volutionnaire et les communications ult&#233;rieures insistant sur son caract&#232;re pacifique. L'UGT a surtout essay&#233; d'&#233;viter consciemment les gr&#232;ves partielles, sectaires ou locales. N&#233;anmoins, les longs pr&#233;paratifs de la gr&#232;ve ont jou&#233; contre elle. L'arrestation des signataires du manifeste, la fermeture du lieu de rassemblement des socialistes, la Casa del pueblo , et un certain nombre de man&#339;uvres gouvernementales ont dispers&#233; les efforts des gr&#233;vistes, notamment lors de la gr&#232;ve des cheminots de l'UGT &#224; Valence le 9 ao&#251;t en signe de protestation. des d&#233;tentions, mais avec des motivations internes au travail qui ont pr&#233;cipit&#233; l'ajout d'autres sections du syndicat &#224; travers le pays entre le 10 et le 13 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cela, la gr&#232;ve a d'abord r&#233;ussi &#224; arr&#234;ter l'activit&#233; dans presque toutes les grandes zones industrielles ( Biscaye et Barcelone , ainsi que certaines plus petites comme Yecla et Villena ), les centres urbains ( Madrid , Valence , Saragosse , La Corogne ) et les mines ( R&#237;o Tinto , Ja&#233;n , Asturies et Le&#243;n ), mais seulement pour une semaine au total. Les petites villes et les zones rurales ont &#233;t&#233; &#224; peine touch&#233;es. Les communications ferroviaires, un secteur cl&#233;, n'ont &#233;t&#233; que bri&#232;vement perturb&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois d&#233;fis lanc&#233;s au gouvernement par l'arm&#233;e, le catalan et le prol&#233;tariat ont fait craindre une r&#233;volution, comme cela s'&#233;tait produit en Russie. Cependant, l'arm&#233;e a rapidement ex&#233;cut&#233; les ordres du gouvernement et a r&#233;prim&#233; la gr&#232;ve en trois jours, &#224; l'exception de certaines zones comme les bassins miniers des Asturies, o&#249; le conflit a dur&#233; pr&#232;s d'un mois. Le colonel M&#225;rquez lui-m&#234;me s'est distingu&#233; dans la r&#233;pression de la r&#233;volte de Sabadell . L'intervention de l'arm&#233;e, en plus de sa violence contre les gr&#233;vistes, a eu recours &#224; des mesures extr&#234;mes, peu respectueuses des normes institutionnelles, comme la violation de l'immunit&#233; parlementaire d'un d&#233;put&#233; r&#233;publicain d&#233;tenu par le capitaine g&#233;n&#233;ral de Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pendant ce temps, la Ligue r&#233;gionaliste de Catalogne, m&#233;fiante face aux troubles sociaux, a choisi de soutenir un gouvernement d'unit&#233; nationale avec le soutien actif du roi. Garc&#237;a Prieto a de nouveau pr&#233;sid&#233; le gouvernement, qui comprenait Camb&#243; et s'est engag&#233; &#224; organiser des &#233;lections en f&#233;vrier 1918, dont l'issue &#233;tait incertaine, sans majorit&#233; claire pour aucun parti. Cette situation &#233;tait sans pr&#233;c&#233;dent. G&#233;n&#233;ralement, les gouvernements &#171; unicolores &#187; n'arrivent pas au pouvoir en remportant les &#233;lections, mais gr&#226;ce &#224; leur nomination par le roi. Ils pr&#233;pareraient eux-m&#234;mes les &#233;lections en mettant en place un parlement facilement contr&#244;l&#233; et en classant leurs candidats, qui &#233;taient assur&#233;s d'&#234;tre &#233;lus par le caciquismo , le pucherazo ou la fraude ouverte lorsque cela &#233;tait n&#233;cessaire. Ce sc&#233;nario typique a &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233; dans ce cas par une composition multipartite, obligeant ainsi &#224; un nouveau gouvernement unifi&#233; au niveau national, dirig&#233; cette fois par Maura. Cela se reproduisit lors des &#233;lections suivantes de juin 1919, et le retour au turnismo traditionnel ne se produisit qu'aux &#233;lections de d&#233;cembre 1920, organis&#233;es &#224; lui seul par Dato.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1917, les membres du comit&#233; de gr&#232;ve, parmi lesquels se distinguent les futurs dirigeants socialistes Francisco Largo Caballero et Juli&#225;n Besteiro ( Pablo Iglesias &#233;tait dans les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie) furent arr&#234;t&#233;s, jug&#233;s et emprisonn&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233;, bien qu'ils fussent tous condamn&#233;s &#224; la prison &#224; vie. toujours &#233;lus d&#233;put&#233;s aux &#233;lections de f&#233;vrier 1918 . Le scandale du maintien en prison de d&#233;put&#233;s b&#233;n&#233;ficiant de l'immunit&#233; parlementaire a conduit &#224; leur lib&#233;ration apr&#232;s une vaste campagne qui a compt&#233; parmi ses partisans des intellectuels tels que Manuel Garc&#237;a Morente , Gumersindo de Azc&#225;rate et Gabriel Alomar . Indalecio Prieto s'&#233;tait enfui en France et pouvait revenir r&#233;cup&#233;rer son poste de d&#233;put&#233; en avril 1918. Les membres du comit&#233; de gr&#232;ve Daniel Anguiano et Andr&#233;s Saborit avaient &#233;galement &#233;t&#233; emprisonn&#233;s. Le r&#233;publicain Marcelino Domingo a &#233;t&#233; graci&#233; en novembre. La r&#233;pression de la gr&#232;ve a fait au total 71 morts, 156 bless&#233;s et environ deux mille arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;pressions ont renforc&#233; les relations &#233;troites entre le roi et l'arm&#233;e, ainsi que leur r&#244;le dans la vie publique. Une grande partie de la population, y compris les intellectuels et les classes populaires et moyennes, est devenue de plus en plus m&#233;contente du syst&#232;me politique, qui avait fait l'objet de nombreuses critiques r&#233;g&#233;n&#233;ratrices depuis la fin du XIXe si&#232;cle, comme les appels de Joaqu&#237;n Costa &#224; un chirurgien de fer . L'identit&#233; de cette figure rh&#233;torique a &#233;t&#233; contest&#233;e, mais elle surgirait finalement lors de la prochaine crise grave, la Bataille d'Annual . En tant qu'institution dot&#233;e de la plus grande puissance, l'arm&#233;e a produit le chirurgien de fer en la personne du capitaine g&#233;n&#233;ral de Barcelone, Miguel Primo de Rivera. Avec l'accord du roi et habilit&#233; par la bourgeoisie catalane, il assume le pouvoir du dictateur en 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Spanish_crisis_of_1917?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Spanish_crisis_of_1917?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le catalanisme tenta d'acc&#233;l&#233;rer le processus autonomique par une sorte de coup d'Etat int&#233;rieur : on sait bien que ce nationalisme &#233;tablissait un lien indissoluble entre la satisfaction de ses revendications nationales et la direction d'une r&#233;forme globale de l'Etat espagnol. L'&#233;chec de cette exp&#233;rience fut caus&#233; par le d&#233;sordre social qui enflamma l'Espagne : le conflit social fut particuli&#232;rement violent en Catalogne o&#249; les progr&#232;s du militantisme anarchiste port&#232;rent les effectifs de la CNT de 14 000 affili&#233;s en 1914 &#224; plus de 700 000 en 1919. La Lliga se rangea du c&#244;t&#233; de la r&#233;pression et encouragea m&#234;me l'instauration d'une dictature qui nierait jusqu'&#224; l'absurde la moindre manifestation de catalanit&#233;. La politique possibiliste &#233;tait condamn&#233;e et Primo de Rivera arrive au pouvoir en plein d&#233;clin des mouvements nationalistes. Cependant, l'&#233;chec patent du nationalisme conservateur annon&#231;ait un double renouveau : celui d'un nationalisme socialisant radical qui additionnerait aux forces nationalistes petites-bourgeoises celles du monde ouvrier, et celui de nationalismes nouveaux en Aragon, en Andalousie, aux Canaries, &#224; Valence, aux Bal&#233;ares&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/l-europe-des-nationalismes-aux-nations-1--9782718193526-page-423.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/l-europe-des-nationalismes-aux-nations-1--9782718193526-page-423.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne, qui l'&#233;tait rest&#233;e pendant la Grande Guerre, fr&#244;la la guerre civile d&#233;clar&#233;e lors de son Trienio Bolchevique (&#171; trois ann&#233;es bolcheviques &#187;), de 1918 &#224; 1920, quand l'agitation ouvri&#232;re, d&#233;j&#224; courante avant la guerre, gagna le Sud rural et embrasa les villes. Les combats entre les syndicalistes, les employeurs et les forces de police de l'&#201;tat firent plus de 750 morts. En Catalogne, et surtout &#224; Barcelone, la Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail (CNT) d&#233;sirait &#233;tablir une R&#233;publique catalane des travailleurs qui romprait tout lien avec la capitale d&#233;test&#233;e, Madrid. La CNT s'&#233;tait associ&#233;e &#224; l'Union g&#233;n&#233;rale des travailleurs (UGT) en ao&#251;t 1917 pour appeler &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Barcelone, qui fut r&#233;prim&#233;e avec une grande violence : elle fit soixante-dix morts et envoya croupir en prison des milliers d'individus suspect&#233;s d'&#171; activit&#233;s r&#233;volutionnaires &#187;. Au printemps 1919, encourag&#233;e par les r&#233;volutions en Russie et en Europe centrale, la CNT appela &#224; une nouvelle gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : 100 000 ouvriers barcelonais descendirent dans la rue et cess&#232;rent le travail pendant un mois entier. La gr&#232;ve &#233;choua &#224; apporter une solution qui aurait satisfait toutes les parties en pr&#233;sence. En quelques semaines, des gr&#232;ves de solidarit&#233; furent organis&#233;es un peu partout en Espagne, surtout dans le sud du pays&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/les-vaincus-violences-et-guerres-civiles-sur-les-d--9782021121704-page-195.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/les-vaincus-violences-et-guerres-civiles-sur-les-d--9782021121704-page-195.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis au moins la crise de 1917, l'aggravation de la situation pr&#233;caire des travailleurs, tant dans les campagnes (journaliers sans terre) que dans les usines (prol&#233;tariat industriel) &#233;tait intenable (baisse de la production, augmentation du ch&#244;mage, baisse des salaires r&#233;els en face &#224; la hausse des prix, etc.) La r&#233;ponse des partis dynastiques (les seuls ayant de r&#233;elles possibilit&#233;s d'atteindre le gouvernement dans le syst&#232;me turnista) &#224; ce qu'on appelait encore une question sociale comprenait des mesures similaires &#224; celles des pays les plus avanc&#233;s (comme l'Allemagne) avait initi&#233; ce qu'on appelle l' &#201;tat social , mais d'une port&#233;e tr&#232;s limit&#233;e. L'inefficacit&#233; de la Commission de R&#233;forme Sociale avait c&#233;d&#233; la place aux programmes les plus actifs mais insuffisants d'un ensemble d'institutions &#224; l' esprit r&#233;g&#233;n&#233;rateur : l' Institut des R&#233;formes Sociales (1903), l'Institut National de la S&#233;curit&#233; Sociale (1908) et le Minist&#232;re du Travail. (1920). Le gouvernement du Comte de Romanones (d&#233;cembre 1918 - avril 1919) s'est caract&#233;ris&#233; par sa r&#233;action au m&#233;contentement social avec des mesures telles que le d&#233;but du syst&#232;me public de retraite &#224; travers la soi-disant retraite ouvri&#232;re et le travail de huit heures. jour (3 avril 1919, non appliqu&#233; avant le 23 septembre). La loi sur le repos dominical , du gouvernement d' Antonio Maura , &#233;tait entr&#233;e en vigueur en 1907.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les zones paysannes d'Andalousie, de La Manche et d'Estr&#233;madure, o&#249; les mobilisations ouvri&#232;res &#233;taient rest&#233;es faibles depuis les grands mouvements de 1903-1904, on a assist&#233; &#224; un fort processus de politisation des journaliers, qui ont massivement adh&#233;r&#233; aux syndicats (un total de 100 854 membres de la Conf&#233;d&#233;ration r&#233;gionale andalouse de la CNT en d&#233;cembre 1919, 23 900 affiliations d'ouvriers agricoles &#224; l'UGT entre octobre 1918 et juillet 1919), qui obtient dans un premier temps certaines concessions (reconnaissance des syndicats et n&#233;gociation salariale, suppression du travail aux pi&#232;ces) . Entre l'automne 1918 et l'&#233;t&#233; 1919, le niveau maximum des mobilisations est atteint, avec de nombreuses gr&#232;ves, comme la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans la province de Cordoue convoqu&#233;e par le congr&#232;s de Castro del R&#237;o (octobre 1918) et la deuxi&#232;me gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mars 1919, qui se r&#233;pandit dans toute l'Andalousie. A cette &#233;poque, les mobilisations se sont radicalis&#233;es &#224; travers des mouvements d'occupation des terres avec l'intention de distribuer les propri&#233;t&#233;s (parmi les slogans diffus&#233;s &#233;taient l' unit&#233; fait la force et la terre est pour ceux qui la travaillent), l'incendie des r&#233;coltes, l'occupation des mairies, etc. La peur qui s'est propag&#233;e parmi les propri&#233;taires et les employeurs a provoqu&#233; leur retrait vers les grandes villes, alors que les augmentations de salaires &#233;taient accept&#233;es (D&#237;az del Moral a estim&#233; une augmentation nominale de 150% entre 1917 et 1921, bien que bas&#233;e sur des donn&#233;es de fauche des salaires qui ne peuvent pas &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;es). &#192; partir de mai 1919, les mobilisations des journaliers sont durement r&#233;prim&#233;es et l'&#233;tat de guerre est d&#233;clar&#233;. Les soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res furent interdites et leurs dirigeants emprisonn&#233;s. Le mouvement syndical andalou a entam&#233; une phase de d&#233;clin et les effectifs syndicaux ont diminu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e 1920, d'autres luttes ouvri&#232;res eurent &#233;galement lieu dans le sud de l'Espagne. Dans la province de Huelva, un important mouvement de gr&#232;ve paralysa le bassin minier de Riotinto-Nerva , et il finira rapidement par s'&#233;tendre &#224; d'autres parties de la province, avec la g&#233;n&#233;ralisation des arr&#234;ts de travail et des conflits importants. La gr&#232;ve de Riotinto a atteint une intensit&#233; extraordinaire et a eu un fort impact m&#233;diatique dans le reste de l'Espagne. Cette ann&#233;e-l&#224; &#233;galement, un autre grand mouvement de gr&#232;ve a eu lieu parmi les mineurs du bassin houiller de Pe&#241;arroya-Belmez-Espiel , au nord de la province de Cordoue . Dans la ville de Barcelone, il y a eu une v&#233;ritable &#233;poque de violence extraordinaire, avec une escalade des attaques de groupes arm&#233;s (gunslinging) li&#233;s aux employeurs et aux travailleurs, et la politique de r&#233;pression s&#233;v&#232;re &#224; leur encontre par le gouverneur Severiano Mart&#237;nez Anido. Au probl&#232;me dit militaire et aux difficult&#233;s croissantes de la colonisation du Maroc , qui culmin&#232;rent avec le d&#233;sastre annuel (22 juillet 1921), correspondait, de la part du mouvement ouvrier, une opposition historique au militarisme (comme le celui qui avait jou&#233; dans La Semaine Tragique de 1909). La crise politique qui a commenc&#233; apr&#232;s Annual a conduit au coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Primo de Rivera (13 septembre 1923) et &#224; la p&#233;riode de dictature qui a suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://es-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Trienio_Bolchevique?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://es-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Trienio_Bolchevique?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Front Populaire en Roumanie</title>
		<link>http://www.matierevolution.org/spip.php?article7856</link>
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		<dc:date>2026-01-09T23:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Roumanie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Front Populaire en Roumanie &lt;br class='autobr' /&gt;
par Barta &lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s la troisi&#232;me p&#233;riode de la politique aventuriste &#8211; dont le point culminant r&#233;side dans les &#233;v&#233;nements sanglants de Grivila [1] &#8211; la r&#233;solution prise en f&#233;vrier 1935 par le Comit&#233; Central du parti communiste roumain marque un nouveau tournant, cette-fois-ci dans un sens compl&#232;tement oppos&#233; : le parti sombre dans la boue opportuniste. Il est dit dans cette r&#233;solution que le parti doit lutter pour la cr&#233;ation &#034;d'un front unique et d'un large (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot240" rel="tag"&gt;Roumanie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Front Populaire en Roumanie
&lt;p&gt;par Barta&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la troisi&#232;me p&#233;riode de la politique aventuriste &#8211; dont le point culminant r&#233;side dans les &#233;v&#233;nements sanglants de Grivila [1] &#8211; la r&#233;solution prise en f&#233;vrier 1935 par le Comit&#233; Central du parti communiste roumain marque un nouveau tournant, cette-fois-ci dans un sens compl&#232;tement oppos&#233; : le parti sombre dans la boue opportuniste. Il est dit dans cette r&#233;solution que le parti doit lutter pour la cr&#233;ation &#034;d'un front unique et d'un large front populaire, contre l'attaque patronale, la guerre et le fascisme&#034;. Laissons pour le moment de c&#244;t&#233; le &#034;Front unique&#034;. Cette tactique r&#233;volutionnaire, clairement d&#233;finie par le III&#232;me et le IV&#232;me congr&#232;s de l'Internationale Communiste et que les staliniens d'ailleurs ont priv&#233; de tout contenu de combat, ne leur sert que pour mieux brouiller les cartes, pour mieux masquer le tournant pourri : l'abandon complet de la lutte de classe remplac&#233;e dor&#233;navant par le nouveau crit&#232;re : le statu quo sur tous les terrains. La lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie c&#232;de la place &#224; une alliance de sommets avec les d&#233;mocrates les plus pourris pour la d&#233;fense du r&#233;gime actuel (dictature militaire) contre le fascisme, les actions r&#233;volutionnaires sont remplac&#233;es par des actions l&#233;gales sous pr&#233;texte qu'il faut &#034;utiliser&#034; la &#034;l&#233;galit&#233;&#034; ; et pour ne pas effrayer les alli&#233;s &#034;d&#233;mocrates&#034;, aussi bien dans la presse l&#233;gale qu'ill&#233;gale, le terme marxiste &#034;prol&#233;tariat&#034; est remplac&#233; par le terme vague (si cher aux fascistes ! ) de &#034;peuple laborieux&#034; ! Par son contenu, la presse ill&#233;gale ne se distingue en rien de la presse l&#233;gale, sinon par un langage plus impudent encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour obtenir l'alliance des politiciens bourgeois &#034;d&#233;mocrates&#034; dans la &#034;lutte&#034; contre le fascisme, le Front Populaire devient le d&#233;fenseur du r&#233;gime existant en Roumanie, c'est-&#224;-dire de la dictature militaire qui y s&#233;vit, qui y condamne les ouvriers &#224; la terreur et &#224; la mis&#232;re compl&#232;te. Pour cela ils y ont d&#233;couvert ... des traces de d&#233;mocratie ! [2] Hier ces messieurs hurlaient qu'en Roumanie il y a un r&#233;gime fasciste, aujourd'hui, sur ordre de Moscou et microscope &#224; la main, ils d&#233;couvrent des &#034;traces&#034; de d&#233;mocratie, pour justifier leur bloc infecte avec des personnages odieux, tel ... Dobrescu, ancien maire de Bucarest, ou M. Petre Pandrea, l'exemple vivant du &#034;cam&#233;l&#233;on&#034; politique. [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratiquement, le Front populaire n'a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; que partiellement. Les &#034;unitaires&#034; l'ont repouss&#233;, en lui opposant le &#034;front unique prol&#233;tarien&#034;. [4] D'accord sur le fond du probl&#232;me avec les communistes (collaboration avec les partis bourgeois), mais ne voulant &#224; aucun prix une action commune avec eux (malgr&#233; les efforts de ces derniers qui ont fait toutes les concessions pour obtenir leur adh&#233;sion), les social-d&#233;mocrates ont repouss&#233; le Front Populaire en lui opposant le &#034;Front d&#233;mocratique&#034; (c'est-&#224;-dire l'action commune des partis &#034;d&#233;mocratiques&#034; sans les communistes). Le Front populaire en Roumanie, c'est l'alliance du Parti communiste avec quelques &#233;l&#233;ments du parti national-paysan (on cherche &#224; y entra&#238;ner les dirigeants tel Mihalache [5], etc..., mais jusqu'&#224; pr&#233;sent ils ont refus&#233;), les &#034;Iunianistes&#034; [6], le parti de Gheorghe Br&#224;tianu,[7] et divers personnalit&#233;s d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant le front populaire &#224; l'&#339;uvre. Une premi&#232;re action a &#233;t&#233; men&#233;e pour obtenir l'amnistie des emprisonn&#233;s politiques. Au lieu de d&#233;clencher une agitation intense dans le prol&#233;tariat en faveur des emprisonn&#233;s, ce qui aurait eu pour r&#233;sultat l'action directe du prol&#233;tariat, on a substitu&#233; &#224; cette lutte r&#233;volutionnaire l'action l&#233;gale. Des personnages tels Mme Elle Negruzzi &#034;premi&#232;re femme avocate&#034; (comme se plait &#224; le rappeler r&#233;cemment La Correspondance Balkanique) soutenue &#034;par toutes les forces d&#233;mocratiques du pays&#034;, ont commenc&#233; une campagne en mendiant au roi Carol, pour la journ&#233;e du 8 juin, [8] l'amnistie des emprisonn&#233;s politiques. Ainsi, m&#234;me si l'amnistie avait &#233;t&#233; accord&#233;e, aux yeux des masses cela serait apparu comme une g&#233;n&#233;rosit&#233; de la part du roi, et aurait contribu&#233; &#224; relever son prestige. Bien entendu, aucune amnistie n'a &#233;t&#233; accord&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me action de Front populaire, d'une importance beaucoup plus grande, c'est la manifestation du parti national-paysan, qui devait avoir lieu &#224; la veille de la rentr&#233;e parlementaire. Pour renverser le gouvernement T&#224;t&#224;rescu, les satrapes nationaux-paysans [9] ont annonc&#233; une grande manifestation, qui devrait r&#233;unir plusieurs dizaines de milliers de paysans &#224; Bucarest. Le Parti communiste a d&#233;cid&#233; d'appuyer cette manifestation, parce qu'elle est &#034;l'expression de l'indignation des masses&#034; ! Le gouvernement a naturellement interdit la manifestation, ainsi que celle des nationaux-chr&#233;tiens qui devait avoir lieu le m&#234;me jour (cette deuxi&#232;me manifestation avait pour but de neutraliser la premi&#232;re). Malgr&#233; cette interdiction, les chefs nationaux-paysans avaient annonc&#233; que la manifestation aurait lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, quatre jours avant, effray&#233;s par la contre-manifestation des nationaux-chr&#233;tiens d'une part, ayant re&#231;u probablement aussi l'assurance du roi Carol que la succession leur reviendra prochainement, sous pr&#233;texte qu' &#034;apr&#232;s cette audience, la situation est compl&#232;tement chang&#233;e&#034;, ils d&#233;commandaient la manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vue de cette manifestation, on a alert&#233; des couches larges de paysans, on leur promettait que la victoire de cette &#034;r&#233;volution&#034; leur apportera du nouveau, et tout cela, avec l'appui des communistes ! Naturellement, l'indignation des paysans adroitement exploit&#233;e par les fascistes de tout poil, se retourna non seulement contre le parti national-paysan, mais aussi contre son alli&#233;, le parti communiste. Extr&#234;mement &#233;difiant de la d&#233;ch&#233;ance compl&#232;te du parti communiste et ses rampements devant le parti national-paysan, est le fait qu'apr&#232;s avoir constat&#233; que &#034;cette attitude constitue une trahison&#034; (Correspondance Balkanique), au lieu de d&#233;noncer devant les masses prol&#233;tariennes et les paysans pauvres ce parti, il s'accroche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; lui (pour des raisons de politique ext&#233;rieure), sous pr&#233;texte qu'&#034;il faut aider le parti national-paysan &#224; comprendre la gravit&#233; de la d&#233;cision de sa direction, qui compose avec la camarilla (terme bourgeois pour d&#233;signer la clique bonapartiste) et lui faire comprendre la n&#233;cessit&#233; de sa participation &#224; un rassemblement antifasciste&#034; ! (Correspondance Balkanique, 25/11/1935, page 186)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Lothar Radaceanu (chef social-d&#233;mocrate) d'&#233;crire un article dans Lumea Noua en exprimant sa satisfaction que &#034;les communistes aient enfin appris qu'il est utile de collaborer avec un parti bourgeois&#034;, mais en regrettant toutefois qu'ils ne sachent pas encore &#034;quand et comment&#034; soutenir un parti bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; o&#249; en sont les choses, voil&#224; o&#249; m&#232;ne la politique opportuniste qui ne profite qu'aux fascistes. Le m&#233;contentement de plus en plus grand des paysans pauvres contre les chers &#034;d&#233;mocrates&#034;, (ils ont appris &#224; leur propres d&#233;pens, pendant le gouvernement national-paysan, ce qu'ils valent en r&#233;alit&#233;) sous le fouet de la crise qui s'aggrave constamment, ne voyant pas d'issue &#224; gauche, parce qu'ils voient les communistes alli&#233;s &#224; leurs pers&#233;cuteurs, c'est vers les bandes fascistes qu'ils se tournent, et ces derniers revendiquent d&#233;j&#224; le pouvoir (bloc Vaida-Goga [10] &#224; la Chambre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de radicalisation &#224; la campagne, qui entra&#238;ne des couches de plus en plus larges, n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts. Mais le prol&#233;tariat &#233;cras&#233; de Roumanie, trahi par les social-d&#233;mocrates et par les staliniens, n'est pas capable d'entra&#238;ner les paysans pauvres des villages et la petite bourgeoisie opprim&#233;e des villes, dans la lutte contre la bourgeoisie. La t&#226;che actuelle, pour redresser le prol&#233;tariat est la m&#234;me que partout ailleurs : cr&#233;ation d'un parti r&#233;volutionnaire. Il se cr&#233;era dans la lutte contre le stalinisme et la social-d&#233;mocratie d'une part, contre le centrisme &#034;unitariste&#034; d'autre part. Cette lutte, les bolch&#233;viks-l&#233;ninistes roumains l'ont d&#233;j&#224; engag&#233;e, et par la justesse et intransigeance, ils r&#233;ussiront &#224; vaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En f&#233;vrier 1933, une gr&#232;ve avait &#233;clat&#233;e aux ateliers de &#034;Grivita&#034;, pour des revendications &#233;conomiques. Apr&#232;s une lutte enrag&#233;e, les cheminots ont r&#233;ussi &#224; arracher des concessions &#233;conomiques ; mais comme les r&#233;solutions de Moscou caract&#233;risaient la situation comme &#233;tant &#034;r&#233;volutionnaire&#034;, ainsi que pour des questions de prestige (la gr&#232;ve a &#233;t&#233; conduite au commencement par le social-d&#233;mocrate Bogatolu), les laquais qui dirigent le Parti communiste roumain ont pouss&#233; les choses &#224; l'aventure en demandant des revendications politiques telle que &#034;La Roumanie Sovi&#233;tique&#034;. En r&#233;ponse, le gouvernement, n'attendant qu'un bon pr&#233;texte, a fait fusiller quelques dizaines de travailleurs [Note de Barta].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voici la d&#233;claration d'un bureaucrate du Parti communiste roumain : &#034;Tant que des journaux l&#233;gaux comme... peuvent para&#238;tre, il y a encore d&#233;mocratie&#034; [Note de Barta].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sa biographie, faite par le journal fasciste Ax&#224; [L'Axe] (&#034;O lichea de st&#226;nga&#034; [&#034;Une canaille de gauche&#034;]) nous apprend que ce triste personnage a chang&#233; plusieurs fois de th&#233;orie, correspondant &#224; diff&#233;rentes politiques [Note de Barta].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Malgr&#233; leur position &#034;de principe&#034; juste sur le probl&#232;me (le groupe Popovici a m&#234;me &#233;t&#233; exclu comme partisan du Front populaire), les &#034;unitaires&#034; s'accrochant &#224; tout prix &#224; la l&#233;galit&#233; bourgeoise (leur journal a &#233;t&#233; suspendu par le gouvernement), ils n'ont pas lev&#233; le petit doigt pour lutter pour ces positions [Note de Barta].&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#034;groupe Popovici&#034; &#233;tait le parti socialiste dissident fond&#233; en 1935 par le dirigeant syndical Constantin Popovici (1876-1940). Dans les ann&#233;es 1935-37 le Partidul Socialist (Popovici) participa &#224; l'action dirig&#233;e par le Parti communiste de Roumanie en vue de former un front commun de lutte antifasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ion Mihalace (n&#233; en 1883) &#233;tait l'un des chefs historiques du Parti national-paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Du nom de Grigore Iunian (1882-1944), un politicien bourgeois membre du Partidul Radical-T&#224;r&#226;nesc (Parti radical-paysan). Il &#233;tablit des liens avec la camarilla du roi Carol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Gheorghe Br&#224;tianu (n&#233; en 1898) avait &#233;t&#233; l'un des fondateurs du Parti national-lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Le 8 juin 1930 le roi Carol est revenu en Roumanie [Note de Barta].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Il est suffisamment connu que leurs m&#233;thodes de gouvernement sont les m&#234;mes &#8211; souvent pires &#8211; que celles des lib&#233;raux [Note de Barta].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Alexandru Vaida-Voevod (1872-1950) avait &#233;t&#233; l'un des dirigeants du Parti national-paysan. Premier ministre d&#232;s janvier 1933, il ordonna la r&#233;pression sanglante des gr&#232;ves de janvier-f&#233;vrier. Partisan de la Garde de Fer fasciste, en 1935 il rompit avec le Parti national-paysan pour former un groupement fascisant, le Frontul Rom&#226;nesc (Front roumain).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;volution des Ta&#239;pings, la plus grande guerre civile de l'histoire de l'humanit&#233; avant le XXe si&#232;cle</title>
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		<dc:date>2025-11-26T23:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Chine China</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

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&lt;p&gt;La r&#233;volution des Ta&#239;pings, la plus grande guerre civile de l'histoire de l'humanit&#233; avant le XXe si&#232;cle &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;volution, la plus vaste connue &#224; l'&#233;poque, a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e dans le sang par l'empire et ses alli&#233;s occidentaux : 30 millions de morts ! &lt;br class='autobr' /&gt;
https://laviedesidees.fr/La-premiere-grande-guerre-civile &lt;br class='autobr' /&gt;
L'empire commence &#224; conna&#238;tre des jacqueries importantes, qui vont d&#233;boucher sur le soul&#232;vement Taiping (1851-1864), pr&#233;lude &#224; la d&#233;composition du pouvoir imp&#233;rial. Cette r&#233;bellion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Chine China&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volution des Ta&#239;pings, la plus grande guerre civile de l'histoire de l'humanit&#233; avant le XXe si&#232;cle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;volution, la plus vaste connue &#224; l'&#233;poque, a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e dans le sang par l'empire et ses alli&#233;s occidentaux : 30 millions de morts !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://laviedesidees.fr/La-premiere-grande-guerre-civile&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://laviedesidees.fr/La-premiere-grande-guerre-civile&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empire commence &#224; conna&#238;tre des jacqueries importantes, qui vont d&#233;boucher sur le soul&#232;vement Taiping (1851-1864), pr&#233;lude &#224; la d&#233;composition du pouvoir imp&#233;rial. Cette r&#233;bellion massive contre la &#171; bureaucratie c&#233;leste &#187; &#233;tait anim&#233;e par un ardent messianisme &#233;galitaire. Partie du sud du pays, elle se propagea jusqu'&#224; contr&#244;ler durablement plusieurs provinces, &#233;tablissant sa capitale &#224; Nankin. Elle ne put &#234;tre jugul&#233;e puis &#233;cras&#233;e qu'au prix de millions de morts - et avec l'active complicit&#233; des puissances occidentales pr&#233;datrices, monnay&#233;e par la soumission de l'empire aux imp&#233;rialismes occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3680&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3680&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1851 &#224; 1864, r&#233;volte des Ta&#239;pings. La r&#233;volte des Taiping est un soul&#232;vement majeur qui eut lieu dans le sud, puis le centre de la Chine, entre 1851 et 1864 ; cette r&#233;volte, dont la dynastie des Qing mit pr&#232;s de quinze ans &#224; venir &#224; bout, tire son nom du royaume que les rebelles avaient fond&#233; en Chine du sud et en Chine centrale, le Taiping Tian Guo, ou &#171; Royaume c&#233;leste de la Grande Paix &#187;, d'o&#249; provient le nom de T&#224;ip&#237;ng (&#171; Grande Paix &#187;) qui d&#233;signe cette r&#233;volte. Cette guerre civile totale est g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;e comme l'un des conflits les plus meurtriers de toute l'Histoire. Le fondateur du mouvement, Hong Xiuquan (1812-1864), qui avait lu des brochures religieuses remises par des missionnaires, se disait fr&#232;re cadet de J&#233;sus-Christ. Il promulgua une r&#233;forme agraire apr&#232;s la prise de Nankin en 1853, dans laquelle il instituait de profondes r&#233;formes sociales telles que l'&#233;galit&#233; des sexes, accompagn&#233;es toutefois d'une stricte s&#233;paration entre les hommes et les femmes. Cette r&#233;forme s'accompagnait de mesures r&#233;volutionnaires : la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re priv&#233;e &#233;tait abolie ; nourriture, v&#234;tements et autres biens de consommation courante &#233;taient mis en commun dans des entrep&#244;ts publics, et distribu&#233;s &#224; la population selon leurs besoins par leurs chefs militaires ; l'opium, le tabac et l'alcool &#233;taient d&#233;sormais interdits. La figure embl&#233;matique de cette r&#233;volte est le chef des Taiping, Hong Xiuquan (1813-1864), Hakka originaire de la classe sociale paysanne. Le nom qu'il avait re&#231;u &#224; la naissance &#233;tait Hong Huoxiu, qu'il changera apr&#232;s avoir eu ses visions en 1837. En 1836, il rencontre un &#233;tranger barbu, un missionnaire (probablement Edwin Stevens) dont l'interpr&#232;te, un cantonnais chr&#233;tien du nom de Liang Afa, lui remet neuf fascicules, intitul&#233;s &#171; Bonnes Paroles pour exhorter notre &#233;poque &#187; (Quanshi liangyan) qu'il avait lui-m&#234;me r&#233;dig&#233;s sur la foi chr&#233;tienne. Hong Xiuquan ne les lit pas, mais les conserve. Apr&#232;s son troisi&#232;me &#233;chec aux examens de la fonction publique de la Chine imp&#233;riale, en 1837, il tombe gravement malade, et est pris de d&#233;lires ; il a des visions, qu'il ne sait pas interpr&#233;ter. Apr&#232;s son quatri&#232;me et ultime &#233;chec au shengyuan, en 1843, le premier degr&#233; des examens d'entr&#233;e dans la fonction publique (le fait d'y r&#233;ussir lui aurait conf&#233;r&#233; le statut de lettr&#233;, et lui aurait permis de percevoir une subsistance r&#233;guli&#232;re de la part du pouvoir), Hong Xiuquan, aigri par son insucc&#232;s, lit enfin les brochures qui lui avaient &#233;t&#233; donn&#233;es en 1836, et donne d'un coup un sens aux visions qu'il avait eu en 1837. Pour lui, elles signifient qu'il est en r&#233;alit&#233; le deuxi&#232;me fils du Dieu de la religion chr&#233;tienne et qu'il a pour mission de combattre la domination du mal, qu'il n'identifie que beaucoup plus tard, &#224; la fin de 1849, comme &#233;tant la dynastie mandchoue des Qing. &#192; la fin de 1844, l'un de ses tout premiers disciples, Feng Yunshan, commence &#224; pr&#234;cher, et cr&#233;e le Bai Shangdi Hui, la &#171; Soci&#233;t&#233; des adorateurs de Dieu &#187;, qui faisait la synth&#232;se de l'Ancien Testament et des traditions des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes chinoises, obtenant ainsi l'adh&#233;sion des minorit&#233;s Hakka, Zhuang et Yao de la province du Guangxi, en Chine du Sud. En effet, dans les ann&#233;es 1840 et au d&#233;but des ann&#233;es 1850, le Guangxi &#233;tait secou&#233; par des famines, des &#233;meutes, de la contrebande, et l'ensemble de la province &#233;tait quadrill&#233; par de nombreuses soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes ; un clivage social se rajoutait aux diff&#233;rences ethniques entre les populations Han et les minorit&#233;s locales. L'&#233;loignement de P&#233;kin, la capitale, faisait du Guangxi un lieu propice &#224; la r&#233;volte. Peu &#224; peu se rassemblent dans la Soci&#233;t&#233; des adorateurs de Dieu de nombreux arrivants d'humble extraction, et, en particulier, des mineurs travaillant dans les mines d'argent de la Montagne du Chardon, dans la r&#233;gion de Yong'an, au sud de Guilin. &#192; l'automne de 1847, Hong Xiuquan et Feng Yunshan vivent dans la Montagne du Chardon, et &#233;crivent des textes sur leur nouvelle religion. En 1848, le groupe compte deux nouveaux membres qui jouent un r&#244;le important : tout d'abord Yang Xiuqing (le futur roi de l'Est), un Hakka comme Hong Xiuquan, qui est pris de transes &#224; la fin du printemps 1848 et devient alors le &#171; porte-parole de Dieu le P&#232;re &#187; ; et Xiao Chaogui (le futur roi de l'Ouest), un paysan qui, de son c&#244;t&#233;, devient le &#171; porte-parole de J&#233;sus &#187;. En novembre 1849 enfin, la femme de Hong Xiuquan accouche de son fils, Tiangui Fu, &#224; qui il abandonnera le tr&#244;ne du Royaume c&#233;leste peu avant la catastrophe finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2821&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2821&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etienne Balazs dans &#171; La bureaucratie c&#233;leste &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La crise sociale et la philosophie politique &#224; la fin des Han&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; (...) Nous sommes au milieu du 2&#232;me si&#232;cle. L'immense empire des Han jouit depuis de longues ann&#233;es d'une paix relative, la population a presque doubl&#233; depuis la restauration, aux environs de l'&#232;re chr&#233;tienne et les richesses s'accumulent. Mais l'accumulation m&#234;me de la richesse et la diff&#233;renciation des professions qui marquent le passage d'une &#233;conomie naturelle vers une &#233;conomie d'&#233;change ont comme ran&#231;on une plus grande in&#233;galit&#233; dans la distribution des revenus et le renversement des rapports sociaux traditionnels. Le signe le plus &#233;vident de ce d&#233;s&#233;quilibre est l'affaiblissement du pouvoir imp&#233;rial. (...) La pointe de la pyramide hi&#233;rarchique commence &#224; s'&#233;br&#233;cher, et une lutte serr&#233;e s'engage pour l'exercice du pouvoir r&#233;el. (...) Tandis que l'avant-sc&#232;ne retentit des querelles des diverses fractions de la classe dirigeante, toute occup&#233;e &#224; se tailler la plus grande part des revenus et sourde aux avertissements des philosophes, le peuple des campagnes se pr&#233;pare &#224; se soulever contre l'exploitation intol&#233;rable des grands propri&#233;taires et les exactions vexatoires des mandarins. La population agricole, c'est-&#224;-dire la presque totalit&#233; de la nation, vivait dans une mis&#232;re indicible. Le paysan libre &#233;tait en train de dispara&#238;tre. Constamment menac&#233; sur son lopin par la famine, les imp&#244;ts, les corv&#233;es et pressur&#233; par de multiples demandes des fonctionnaires mal pay&#233;s, ou encore menac&#233; d'expropriation par quelque grand seigneur d&#233;sireux d'agrandir son domaine, il &#233;tait condamn&#233; t&#244;t ou tard &#224; aller rejoindre les rangs du prol&#233;tariat agricole. (...) Cette &#233;norme masse des meurt la faim et des cul-terreux vit dans une sourde fermentation, travaill&#233;e depuis une dizaine d'ann&#233;es par les &#233;missaires d'une nouvelle foi : la &#171; Voie de la Grande Paix &#187; taiping dao. (...) Ils ne se contentent plus d'annoncer &#224; leurs adeptes la venue d'une nouvelle &#232;re, celle de la prosp&#233;rit&#233;, de l'&#226;ge d'or de l'&#233;galit&#233;, car c'est le v&#233;ritable sens de l'expression Taiping (...) ils les organisent en de v&#233;ritables phalanst&#232;res, des communaut&#233;s rustiques (...). Et ils mettent sur pied une &#233;tonnante organisation militaire en trente-six divisions qui, mises en branle le jour de l'an 184, occuperont le pays en une marche foudroyante. (...) Les turbans jaunes &#8211; c'est le nom le plus connu de la secte &#224; cause du jaune qu'ils portent en tant que couleur symbolique de la terre - vont mettre &#224; feu et &#224; sang toute la Chine du Nord. De deux foyers, les r&#233;gions les plus peupl&#233;es du bas Fleuve Jaune et du Sichuan, la r&#233;volte se propage comme une tra&#238;n&#233;e de poudre et gagne toute la Chine (...). Les premiers actes, et combien significatifs, de cette &#233;norme jacquerie mi-sociale mi religieuse seront de prendre d'assaut les pr&#233;fectures et sous-pr&#233;fectures, de tuer ou de chasser les fonctionnaires, d'en nommer d'autres, de lever des imp&#244;ts et de r&#233;parer les chemins. (...) La r&#233;pression est f&#233;roce, elle fait, au cours de la seule ann&#233;e 184, un demi million de victimes. (...) Le pays est boulevers&#233; de fond en comble par le combat entre troupes imp&#233;riales et Turbans Jaunes, battus sur un point pour se retrouver plus nombreux sur un autre. C'est l'exode des riches et des lettr&#233;s vers un coin tranquille, la fuite &#233;perdue des vagabonds et des r&#233;fugi&#233;s : des masses humaines se d&#233;placent dans toutes les directions. (...) Les dirigeants se ressaisissent et organisent des exp&#233;ditions punitives. (...) C'est l'heure des militaires, la lutte de tous contre chacun (...) jeu sanglant de l'&#233;limination des concurrents dans la course effr&#233;n&#233;e au pouvoir. Cette lutte durera encore pendant une g&#233;n&#233;ration et transformera la Chine d'un puissant empire en un vaste cimeti&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5494&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5494&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;bellion des Ta&#239;pings (principal et plus &#171; pur &#187; mouvement de la paysannerie chi&#172;noise, qui &#233;clata en 1850 contre la dynastie mandchoue et ne fut totalement d&#233;fait qu'en 1864) avait montr&#233; les limites de la lutte de la paysannerie. Les Ta&#239;pings voulaient ins&#172;taurer le r&#232;gne de Dieu sur Terre, une so&#172;ci&#233;t&#233; sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e individuelle, sur laquelle r&#233;gnerait un monarque l&#233;gitime, v&#233;ritable fils de Dieu, qui serait le d&#233;posi&#172;taire de toute la richesse de la communaut&#233;. Cela veut bien dire que s'ils avaient bien re&#172;connu la propri&#233;t&#233; priv&#233;e comme source de tous leurs maux, cette conscience n'&#233;tait pas accompagn&#233;e -et ne pouvait l'&#234;tre en aucune fa&#231;on- d'un projet viable de soci&#233;t&#233; future mais d'un utopique retour &#224; la dynastie idyl-lique perdue. Durant les premi&#232;res ann&#233;es, les puissances militaires qui p&#233;n&#233;traient d&#233;j&#224; en Chine laiss&#232;rent faire les Ta&#239;pings, les utilisant pour affaiblir la dynastie, et la r&#233;bellion s'&#233;tendit &#224; tout le royaume, mais les paysans furent incapables de former un gouvernement central et d'administrer les terres. Le mouvement atteint son point culminant en 1856 lorsque la tentative de prise de P&#233;kin, capitale imp&#233;riale, &#233;choua. Le mouvement commen&#231;a alors &#224; s'&#233;teindre, victime d'une r&#233;pression massive &#224; laquelle collabor&#232;rent bien s&#251;r les puissances imp&#233;&#172;rialistes susnomm&#233;es. Ainsi, la r&#233;volte des Ta&#239;pings affaiblit la dynastie mandchoue, mais ce ne fut que pour ouvrir les portes &#224; l'expansion imp&#233;rialiste de la Grande-Bretagne, de la France et de la Russie. La paysannerie avait servi la table de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/rinte84/chine.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.internationalism.org/rinte84/chine.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la r&#233;volte contre la dynastie Qing, comme d'autres grandes r&#233;voltes paysannes. Ainsi, la fin de la dynastie des Han a &#233;t&#233; marqu&#233;e par la r&#233;bellion des Turbans jaunes, la fin de la dynastie Song par la r&#233;volte de Fang Xi, et la fin de la dynastie des Yuan par la Secte du lotus blanc. En m&#234;me temps que la r&#233;volte des ta&#239;pings ont lieu d'autres r&#233;voltes contre la dynastie Qing : la r&#233;volte des Nian en Chine du Nord, la r&#233;volte des Panthay au Yunnan, et la r&#233;volte des Dounganes dans le Turkestan chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_des_Taiping&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_des_Taiping&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ta&#239;pings &#233;taient partisans de l'&#233;galit&#233; entre hommes et femmes, de la mise en commun et de la redistribution des biens, autant d'id&#233;aux s&#233;duisants pour la population pauvre de la r&#233;gion compos&#233;e d'agriculteurs, d'ouvriers et de mineurs. Chaque membre &#233;tait un soldat du royaume, sans distinction d'origine ou de classe sociale. Leur nombre grandissant &#233;tait une source de pr&#233;occupation pour les plus hautes instances de la dynastie Qing qui d&#233;p&#234;cha l'arm&#233;e en 1851. La victoire des troupes Taiping fut sans appel. Un an plus tard, le royaume comptait un million de sujets. Se d&#233;jouant de l'autorit&#233; Qing, les Taiping firent route vers le nord-est en gonflant leurs rangs de nouvelles recrues &#224; mesure qu'ils progressaient vers le bassin fluvial du Yangzi Jiang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nationalgeographic.fr/histoire/la-revolte-des-taiping-cauchemar-de-la-derniere-dynastie-imperiale-de-chine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nationalgeographic.fr/histoire/la-revolte-des-taiping-cauchemar-de-la-derniere-dynastie-imperiale-de-chine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;connue en Europe, la r&#233;volte des Taiping est l'un des conflits les plus meurtriers de l'Histoire et amorce, en Chine, plus d'un si&#232;cle de violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engag&#233;e dans une Seconde guerre de l'opium contre les troupes occidentales, l'imp&#233;ratrice Cixi manque de vigueur pour mater cette r&#233;bellion qui dure et s'&#233;tend &#224; de nombreuses provinces. Mais Hong Xiuquan commet l'erreur de s'attaquer au port de Shanghai.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le point de d&#233;part d'une alliance in&#233;dite : le pouvoir imp&#233;rial s'associe &#224; ses ennemis occidentaux, dont les int&#233;r&#234;ts commerciaux sont alors menac&#233;s. Men&#233;e par l'aventurier am&#233;ricain Frederick Ward, puis par le g&#233;n&#233;ral britannique Charles Gordon, cette &#171; Arm&#233;e toujours victorieuse &#187;, comme elle sera surnomm&#233;e, met en d&#233;route les rebelles Taiping.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1864, Nankin est repris et le Royaume c&#233;leste s'effondre, apr&#232;s le suicide de Hong Xiuquan. En treize ans, cette terrible r&#233;volte aura fait plus de vingt millions de morts, la pla&#231;ant parmi les guerres civiles les plus sanglantes de l'Histoire. Et si la dynastie Qing parvient &#224; se maintenir au pouvoir, ce n'est qu'une question de temps pour qu'elle vacille &#224; nouveau et d&#233;finitivement cette fois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.telepro.be/mon-telepro/decouverte/histoire-la-sanglante-revolte-des-taiping/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.telepro.be/mon-telepro/decouverte/histoire-la-sanglante-revolte-des-taiping/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; en anglais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/The_Taiping_Rebellion/Tnp0DwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=ta%C3%AFping&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/The_Taiping_Rebellion/Tnp0DwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=ta%C3%AFping&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/Taiping_Rebel/eO48AAAAIAAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=ta%C3%AFping&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/Taiping_Rebel/eO48AAAAIAAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=ta%C3%AFping&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir ta&#239;ping&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte des Taiping commence en 1850 au Guangxi. Le 11e jour du 1er mois lunaire de l'an 1851 (soit le 11 janvier), date de l'anniversaire de Hong Xiuquan, ce dernier se proclame &#171; Roi c&#233;leste &#187; d'une nouvelle dynastie, le &#171; Royaume c&#233;leste de la Grande Paix &#187;7. Apr&#232;s quelque affrontements mineurs, la situation d&#233;g&#233;n&#232;re et en f&#233;vrier de la m&#234;me ann&#233;e a lieu le soul&#232;vement de Jintian, au cours duquel une arm&#233;e rebelle forte de 10 000 hommes vainc et met en d&#233;route une arm&#233;e Qing de moindre importance. A priori, Feng Yushan est le strat&#232;ge de la r&#233;bellion et l'administrateur du royaume depuis la fondation dudit royaume, jusqu'&#224; sa mort, qui survient en 1852.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1853, les troupes Taiping s'emparent de Nanjing et en font leur capitale. La ville est renomm&#233;e Tianjing (&#034;capitale c&#233;leste&#034;). Hong convertit le bureau du vice-roi de Liangjiang (en) en &#034;palais du roi c&#233;leste&#034;. Selon les &#034;messages&#034; qu'il a re&#231;us dans ses r&#234;ves, Hong Xiuquan a pour mission d'exterminer tous les &#034;d&#233;mons&#034;, que les Taiping assimilent aux Mandchous. Par cons&#233;quent, ils d&#233;cident de tuer et d'exterminer toute la population mandchoue du royaume. Quand Nanjing tombe entre leurs mains, les Ta&#239;ping se d&#233;cha&#238;nent en tuant, br&#251;lant et pillant les 40 000 Mandchous habitant dans la ville9. Ils commencent par tuer tous les hommes mandchous, puis forcent les femmes mandchoues &#224; quitter la ville avant de les br&#251;ler vives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son apog&#233;e, le Royaume c&#233;leste contr&#244;le une portion du sud-est de la Chine centr&#233;e sur la fertile vall&#233;e du Yangzi Jiang, le contr&#244;le de ce fleuve permettant aux Taiping d'approvisionner facilement leur capitale. De l&#224;, les rebelles Taiping envoient des arm&#233;es &#224; l'ouest, vers l'amont de la vall&#233;e du Yangzi et au nord pour s'emparer de P&#233;kin, la capitale de la dynastie Qing. Mais la tentative de prise de P&#233;kin &#233;choue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Royaume_c%C3%A9leste_de_la_Grande_Paix&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Royaume_c%C3%A9leste_de_la_Grande_Paix&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention occidentale : la formation d'une arm&#233;e chinoise entrain&#233;e par des occidentaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_toujours_victorieuse&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_toujours_victorieuse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vaste que soit l'empire chinois, la r&#233;volte de provinces enti&#232;res ne pouvait manquer d'avoir un grand retentissement. Les populations opprim&#233;es ou qui regrettaient leur ind&#233;pendance ne tard&#232;rent pas &#224; s'agiter : les musulmans de l'Yunnan furent les premiers &#224; m&#233;conna&#238;tre l'autorit&#233; imp&#233;riale et &#224; massacrer les fonctionnaires chinois ; les Miao-tse chass&#232;rent les mandarins : une sourde agitation s'empara des populations musulmanes du Nord-Ouest, et les partisans des Khodjas se montr&#232;rent en armes dans le Turkestan. Tien-Wang, laissant &#224; un de ses lieutenans la t&#226;che d'achever la conqu&#234;te de la vice-royaut&#233; de Canton, se d&#233;cida &#224; marcher vers le nord, et il envahit simultan&#233;ment les provinces de Hounan et de Sze-Chuen. Il se faisait pr&#233;c&#233;der par une proclamation dans laquelle il pr&#233;tendait avoir &#171; re&#231;u la mission divine d'exterminer les Mandchous et de prendre possession de l'empire, comme son souverain l&#233;gitime. &#187; Sa marche ne rencontrait point de r&#233;sistance s&#233;rieuse : &#224; mesure que les Ta&#239;pings avan&#231;aient, les populations se soulevaient ; elles se saisissaient des mandarins qui les avaient opprim&#233;es et des Tartares, et les faisaient p&#233;rir dans d'horribles supplices. La crainte de ces effroyables vengeances d&#233;termina les mandarins et les fonctionnaires &#224; se r&#233;fugier dans les grandes villes et &#224; s'y d&#233;fendre avec obstination. Mal arm&#233;s et d&#233;pourvus de tout mat&#233;riel de si&#232;ge, les Ta&#239;pings ne pouvaient s'emparer des places fortifi&#233;es avec quelque soin ; c'est ainsi qu'ils durent lever le si&#232;ge de Kweiling, capitale du Kouan-Si, dans laquelle les commissaires imp&#233;riaux s'&#233;taient enferm&#233;s. Ils &#233;chou&#232;rent &#233;galement devant Changshu, capitale du Hounan. Un des membres du coll&#232;ge des Hanlin, Tseng-Kouofan, dont le fils a &#233;t&#233; ambassadeur &#224; Paris, s'&#233;tait retir&#233; aux environs de cette ville, pendant la p&#233;riode de retraite que la perte d'un parent impose &#224; tout dignitaire chinois. Il se jeta dans la place avec ce qu'il put ramasser d'hommes et il en organisa la d&#233;fense. Apr&#232;s, quatre-vingts jours d'attaque et trois assauts, les Ta&#239;pings abandonn&#232;rent le si&#232;ge et reprirent leur marche vers le nord, sans s'inqui&#233;ter des fortes positions qu'ils laissaient entre les mains des imp&#233;riaux. Ce fut une des causes de l'&#233;chec d&#233;finitif de la r&#233;bellion, parce que ces places fortes devinrent autant de points d'appui pour les op&#233;rations des g&#233;n&#233;raux de Hien-Fung. Une autre cause de faiblesse r&#233;sulta des rivalit&#233;s et de la division qui &#233;clataient dans leurs rangs. Deux de leurs chefs principaux, Nun-Wang et Shih-Wang, avaient d&#233;j&#224; succomb&#233; en combattant : leur succession &#233;veilla beaucoup d'ambitions, et m&#233;contens de la position qui leur &#233;tait faite, plusieurs des chefs les plus influens de la Triade abandonn&#232;rent la cause des insurg&#233;s. De ce nombre fut Chang-Kwolian, dont la d&#233;sertion fut r&#233;compens&#233;e par un commandement militaire important et qui devint l'auxiliaire le plus actif de Tseng-Kouofan. Impuissante &#224; opposer une r&#233;sistance efficace &#224; l'insurrection, la cour de P&#233;kin en &#233;tait r&#233;duite &#224; provoquer et &#224; r&#233;compenser les d&#233;sertions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Ta&#239;pings, suivant le cours de la rivi&#232;re Yuan, atteignirent le grand lac Tungting. L'&#238;le de Chun-Shan, situ&#233;e au milieu de ce lac, a la r&#233;putation de produire le meilleur th&#233; de la Chine : aussi la r&#233;colte en &#233;tait-elle r&#233;serv&#233;e pour l'empereur et les hauts personnages de la cour. Les Ta&#239;pings d&#233;truisirent toutes les plantations ; elles ne se r&#233;tablissent que lentement, et le prix du th&#233; de Chun-Shan est devenu exorbitant. La ville d'Yao-Tchou, situ&#233;e sur une langue de terre entre le lac et le Yang-tse, avait alors une extr&#234;me importance ; des milliers de barques y amenaient les grains des divers districts du Hounan, la r&#233;gion de la Chine la plus fertile en c&#233;r&#233;ales : leur cargaison y &#233;tait transbord&#233;e &#224; bord des jonques qui descendaient le Yang-tse pour approvisionner Nankin et les autres villes situ&#233;es sur le cours du fleuve, ou pour remonter vers P&#233;kin par le Grand Canal. C'est l&#224; aussi que s'acquittaient les droits dus au gouvernement pour le transport des grains. Les Ta&#239;pings trouv&#232;rent dans cette ville d'immenses approvisionnemens et tarirent une des principales sources qui alimentaient le tr&#233;sor imp&#233;rial. Yao-Tchou contenait, en outre, le grand arsenal de guerre et les poudreries fond&#233;es au XVIIe si&#232;cle par Won-Sankoue&#239;. Les Ta&#239;pings furent d&#232;s lors abondamment fournis d'armes et de munitions. Ils organis&#232;rent une flottille de jonques dont le concours les aida puissamment &#224; r&#233;duire toutes les villes situ&#233;es sur le cours du fleuve. Leurs succ&#232;s furent d'autant plus rapides que des recrues nouvelles accouraient de toutes parts se ranger sous la banni&#232;re de Tien-Wang, Hankow, Wousang et Hanyarig ; les trois villes jumelles situ&#233;es au confluent du Han et du Yang-tse et qui comptent ensemble deux millions d'habitans, se rendirent &#224; eux. La forteresse de Kinkiang fut emport&#233;e d'assaut, et, le 8 mars 1853, apr&#232;s une marche victorieuse de pr&#232;s de 400 lieues, l'arm&#233;e du roi c&#233;leste arriva sous les murs de Nankin. Le 24, l'explosion d'une mine fit sauter une des portes et ouvrit la ville aux assi&#233;geans ; la population fraternisa aussit&#244;t avec eux. La garnison et les 4,000 familles tartares qui occupaient un quartier de la ville furent impitoyablement massacr&#233;es ; les vainqueurs n'&#233;pargn&#232;rent m&#234;me pas les petits enfans. &#171; Il ne faut pas, disaient-ils, qu'il demeure une seule souche d'o&#249; puisse sortir un rejeton. &#187; Ce n'&#233;tait l&#224;, du reste, qu'une repr&#233;saille : lorsque les Tartares s'empar&#232;rent de la capitale des Mings, ils ne se content&#232;rent pas d'en passer la garnison au fil de l'&#233;p&#233;e, ils y &#233;gorg&#232;rent plus de 50,000 des partisans de la dynastie d&#233;chue. D&#232;s le 1er avril, les Ta&#239;pings &#233;taient ma&#238;tres de la forteresse de Chin-kiang, &#233;tablie &#224; la jonction du Grand Canal et du Yang-tse. Tout le cours du fleuve, jusqu'&#224; la mer, tomba en leur pouvoir : rien ne leur r&#233;sistait plus : les garnisons fuyaient &#224; leur approche, jetant leurs armes et abandonnant les forteresses et les positions qu'elles &#233;taient charg&#233;es de d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces succ&#232;s &#233;tourdissans enivr&#232;rent Tien-Wang : il crut que ses r&#234;ves &#233;taient r&#233;alis&#233;s et que rien ne troublerait plus le cours de sa prosp&#233;rit&#233;. Il d&#233;cerna &#224; Nankin le titre de capitale c&#233;leste ; il fit proc&#233;der &#224; la cons&#233;cration de ses places et de ses rues. Il y organisa un gouvernement complet, sur le mod&#232;le du gouvernement imp&#233;rial ; il nomma des ministres et cr&#233;a toute une hi&#233;rarchie de fonctionnaires. Il rendit des d&#233;crets et fit promulguer des r&#232;glemens de police d'une grande s&#233;v&#233;rit&#233;. Les fortifications de Nankin furent r&#233;par&#233;es et augment&#233;es ; on y ajouta de nouveaux forts et on y accumula des approvisionnemens suffisans pour nourrir pendant plusieurs ann&#233;es cette population de huit cent mille &#226;mes. Nankin devait &#234;tre non-seulement la capitale, mais la principale forteresse, la place d'armes de la nouvelle monarchie. D&#232;s que cette ville eut &#233;ternise en &#233;tat de d&#233;fense, une arm&#233;e de quatre-vingt mille hommes franchit le Yang-tse, et suivant les bords du Grand-Canal, atteignit le Fleuve-Jaune : apr&#232;s avoir inutilement assi&#233;g&#233; la forteresse de Ka&#239;fong, elle franchit le fleuve sur un autre point, for&#231;a la passe de Sin-Simming, d&#233;fendue par un corps d'arm&#233;e tartare, et p&#233;n&#233;tra, le 30 septembre, dans la vall&#233;e du Pe&#239;ho, qui forme la province de Pe-Tchili ; le 21 octobre, elle occupa la ville de Tsing &#224; 30 kilom&#232;tres au sud de Tien-Tsin, qui n'est elle-m&#234;me qu'&#224; 120 kilom&#232;tres de P&#233;kin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consternation fut extr&#234;me &#224; P&#233;kin : la capitale &#233;tait d&#233;garnie de troupes, parce qu'on avait envoy&#233; au sud tous les corps d'arm&#233;e qu'on avait successivement recrut&#233;s. La direction prise par les Ta&#239;pings avait compl&#232;tement tromp&#233; les commandans imp&#233;riaux, qui avaient cru &#224; une invasion de la province de Shansi. Si les Ta&#239;pings, au lieu de continuer leur marche dans la direction de Tien-Tsin, avaient brusquement tourn&#233; &#224; l'ouest et remont&#233; une des branches du Pe&#239;ho, ils seraient arriv&#233;s jusqu'&#224; P&#233;kin sans rencontrer de r&#233;sistance s&#233;rieuse ; mais ils croyaient les imp&#233;riaux en force ; ils &#233;taient &#233;puis&#233;s par la rude campagne qu'ils venaient de faire ; la saison &#233;tait d&#233;j&#224; fort rigoureuse ; la terre se couvrait de neige ; ils manquaient d'approvisionnemens et de moyens de transport. Lorsqu'ils virent para&#238;tre un corps d'imp&#233;riaux devant eux, ils r&#233;trograd&#232;rent jusqu'aux fortes positions de Tsingha&#239;, o&#249; ils s'&#233;tablirent et se retranch&#232;rent pour y passer l'hiver. Le gouvernement imp&#233;rial avait appel&#233; sous les armes tous les hommes valides de la Mandchourie et de la Mongolie : toutes ces nouvelles lev&#233;es furent mises sous les ordres d'un prince tartare, Sankolinsin, &#233;lev&#233; au rang de g&#233;n&#233;ralissime. A la fin de l'hiver, en mars 1854, Sankolinsin se trouva &#224; la t&#234;te de forces suffisantes pour prendre l'offensive, et les Ta&#239;pings, craignant d'&#234;tre envelopp&#233;s, &#233;vacu&#232;rent leur camp pour se replier sur des positions plus faciles &#224; d&#233;fendre. Ils furent rejoints dans cette retraite par une arm&#233;e que Tien-Wang envoyait &#224; leur secours ; ils d&#233;firent Sankolinsin, s'empar&#232;rent de la forteresse de Sintsing et se born&#232;rent &#224; se maintenir fermement entre le Pe&#239;ho et le Grand Canal, en renon&#231;ant &#224; toute id&#233;e d'une marche sur P&#233;kin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fortune, jusque-l&#224;, avait presque constamment souri aux Ta&#239;pings : ils &#233;taient ma&#238;tres d'une grande partie de l'empire, ils avaient &#233;tabli un gouvernement qui se pr&#233;tendait national et auquel les populations se montraient favorables ; les imp&#244;ts se percevaient, les lev&#233;es d'hommes s'effectuaient avec autant de facilit&#233; et de r&#233;gularit&#233; que si ce gouvernement e&#251;t compt&#233; de longues ann&#233;es d'existence. Avec un peu plus d'habilet&#233; ou avec une plus exacte connaissance de leur situation, ils auraient pu mettre fin &#224; la domination des Mandchous. Les missionnaires protestans se pronon&#231;aient chaleureusement en leur faveur et r&#233;clamaient pour eux les sympathies de l'Angleterre. Les n&#233;gocians, &#233;tablis dans les grands ports, ne leur devinrent hostiles que lorsque les adeptes de la Triade eurent provoqu&#233; des insurrections &#224; Canton, &#224; Amoy, &#224; Shangha&#239;, et, non contens de vouloir y renverser l'autorit&#233; de l'empereur, eurent tent&#233; d'incendier les factoreries et menac&#233; la vie des Europ&#233;ens. Ils ne virent plus alors dans les Ta&#239;pings que des bandits, des ennemis de la paix publique, des destructeurs du commerce. Lorsque Tien-Wang eut pris- possession de Nankin et &#233;tendu son autorit&#233; sur tout le cours du Yang-tse, le surintendant anglais, sir G. Bonham, crut n&#233;cessaire de se mettre en rapport avec le chef du nouveau gouvernement. Il se rendit &#224; Nankin sur un bateau &#224; vapeur : il fut renvoy&#233; &#224; Pe&#239;-Wang, qui occupait les fonctions de premier ministre et qui se montra aussi arrogant vis-&#224;-vis de l'envoy&#233; anglais que l'aurait pu &#234;tre un dignitaire de la cour de P&#233;kin. Sir G. Bonham venait, cependant, porter &#224; la connaissance des Ta&#239;pings le texte du trait&#233; de Nankin et leur offrir la neutralit&#233; de l'Angleterre &#224; la condition que les stipulations de ce trait&#233; seraient fid&#232;lement observ&#233;es. L'offre &#233;tait trop avantageuse pour n'&#234;tre pas accept&#233;e, mais elle le fut avec des airs de sup&#233;riorit&#233; et dans un style qui prouvaient que ce gouvernement de parvenus avait pour les Europ&#233;ens autant de m&#233;pris que les Tartares eux-m&#234;mes. N&#233;anmoins, les assurances donn&#233;es par Pe&#239;-Wang suffirent pour que les commandant anglais repoussassent toutes les demandes de secours que leur adressaient les autorit&#233;s des provinces maritimes. Les Ta&#239;pings, s'ils n'avaient pas partag&#233; les pr&#233;jug&#233;s et les pr&#233;tentions de leurs adversaires, et s'ils avaient su tirer parti du nouveau conflit qui s'&#233;leva entre les Europ&#233;ens et la cour de P&#233;kin, auraient pu voir cette neutralit&#233; de l'Angleterre se changer en une coop&#233;ration d'un prix inestimable pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le diff&#233;rend qui existait entre les autorit&#233;s chinoises et les Anglais au sujet du droit de r&#233;sidence &#224; Canton n'avait jamais re&#231;u de solution, La cour de P&#233;kin avait donn&#233; au vice-roi de Canton pleins pouvoirs pour r&#233;soudre toutes les questions qui seraient &#224; d&#233;battre avec les barbares. Tant que Canton fut s&#233;rieusement menac&#233; par les rebelles, les autorit&#233;s chinoises tram&#232;rent les pourparlers en longueur. Mais les marchands de Canton, que le blocus de la ville ruinait, mirent &#224; la disposition du gouverneur Yeh des sommes consid&#233;rables pour lever des troupes. Les rebelles furent battus et rejet&#233;s hors de la province de Kouan-Tung : tous ceux des habitans qui &#233;taient soup&#231;onn&#233;s d'avoir pris parti pour la r&#233;volte forent mis &#224; mort ; les ex&#233;cutions se compt&#232;rent par dizaines de mille et dur&#232;rent plusieurs semaines. Yeh, que la cour de P&#233;kin &#233;leva au rang de vice-roi, rentra dans Canton, couvert de sang et ivre de ses succ&#232;s. Son ton vis-&#224;-vis des Europ&#233;ens changea imm&#233;diatement. Il refusa de recevoir sir John Bowring et r&#233;pond&#238;t &#224; ses lettres avec la derni&#232;re insolence. La guerre de Crim&#233;e absorbait alors l'attention et les forces de l'Angleterre ; celle-ci ne put mettre &#224; la disposition de son ambassadeur les moyens de coercition qu'il demandait. La pr&#233;somption de Yeh s'en accrut et, sous pr&#233;texte de faire ch&#226;tier un criminel, il ordonna de saisir un b&#226;timent anglais, la c&#233;l&#232;bre lorcha l'Arrow, et d'en jeter l'&#233;quipage en prison. C'&#233;tait &#224; la fois un outrage au pavillon anglais et une violation du trait&#233; de Nankin, parce que, si l'&#233;quipage de l'Arrow &#233;tait coupable, le droit des autorit&#233;s chinoises &#233;tait de le traduire devant le tribunal anglais, mais non de se faire justice elles-m&#234;mes. Il fut impossible d'obtenir de Yeh aucune satisfaction, et les hostilit&#233;s &#233;clat&#232;rent entre l'Angleterre et la vice-royaut&#233; de Canton : c'&#233;tait, en effet, une guerre purement locale, &#224; laquelle la cour de P&#233;kin &#233;tait &#233;trang&#232;re, puisqu'elle n'avait &#233;t&#233; ni avertie ni consult&#233;e ; elle &#233;tait le fait d'un haut dignitaire agissant avec l'ind&#233;pendance presque compl&#232;te que la guerre civile lui assurait. Les hostilit&#233;s se born&#232;rent d'abord &#224; la destruction de la flottille chinoise : les forces exp&#233;di&#233;es d'Europe pour appuyer les r&#233;clamations britanniques furent d&#233;tourn&#233;es de leur destination par lord Canning et employ&#233;es &#224; dompter l'insurrection des cipayes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Yeh croyait avoir impun&#233;ment brav&#233; les barbares, lord Elgin arriva dans la rivi&#232;re de Canton avec une escadre et un corps de d&#233;barquement et adressa au vice-roi, le 12 d&#233;cembre 1857, un ultimatum qui fut d&#233;daigneusement repouss&#233;. On sait ce qui advint : Canton fut emport&#233; d'assaut par les Anglais, qui y mirent garnison, et Yeh, fait prisonnier dans son propre palais, fut envoy&#233; &#224; Calcutta, o&#249; il mourut deux ans apr&#232;s. Lord Elgin se dirigea ensuite vers Shangha&#239;, pour revendiquer, conform&#233;ment &#224; ses instructions, le droit de communiquer directement avec le gouvernement imp&#233;rial et mettre ainsi fin &#224; l'irresponsabilit&#233; de ce gouvernement. Il avait adress&#233; une lettre au premier ministre, Yuching. Il re&#231;ut en r&#233;ponse, &#224; Shangha&#239;, une lettre du vice-roi des deux Kiangs, lui transmettant copie d'une d&#233;p&#234;che que lui-m&#234;me venait de recevoir d'Yuching. Apr&#232;s avoir rappel&#233; les &#233;v&#233;nemens de Canton, cette d&#233;p&#234;che se terminait ainsi : &#171; Sa Majest&#233; est magnanime et pleine de mod&#233;ration. Elle a daign&#233;, par un d&#233;cret que nous avons eu l'honneur de recevoir, d&#233;grader Yeh de son rang de gouverneur g&#233;n&#233;ral des deux Kouans en punition de sa mauvaise administration, et envoyer Son Excellence Houang comme commissaire imp&#233;rial en place de Yeh, avec mission de faire une enqu&#234;te et de prononcer avec impartialit&#233;. Il conviendra donc, en cons&#233;quence, que le ministre anglais se rende &#224; Canton et y n&#233;gocie. Aucun commissaire imp&#233;rial ne traite jamais d'affaires &#224; Shangha&#239;. Un cercle particulier d'attributions est assign&#233; &#224; chacun des ministres du C&#233;leste-Empire, et la r&#232;gle qu'il ne peut y avoir de rapports entre eux et les &#233;trangers est religieusement observ&#233;e par tous les serviteurs du gouvernement. Il ne serait donc pas convenable de ma part de r&#233;pondre en personne &#224; la lettre du ministre anglais. Que Votre Excellence lui transmette donc tout ce que je viens de dire ci-dessus, et ainsi sa lettre ne demeurera pas sans r&#233;ponse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sultait de cette curieuse d&#233;p&#234;che que le gouvernement chinois, fid&#232;le &#224; sa tactique invariable, voulait d&#233;placer le si&#232;ge des n&#233;gociations et le reporter le plus loin possible de la capitale, et que le premier ministre refusait d'entrer en relations directes avec les envoy&#233;s europ&#233;ens et de communiquer avec eux autrement que par des interm&#233;diaires susceptibles d'&#234;tres d&#233;savou&#233;s. Lord Elgin et le pl&#233;nipotentiaire fran&#231;ais, le baron Gros, remont&#232;rent &#224; bord de la flotte et parurent avec elle &#224; l'embouchure du Pe&#239;ho. Un ultimatum de leur part d&#233;termina la venue de trois commissaires imp&#233;riaux de second ordre, qui se trouv&#232;rent avoir pour unique mission de s'enqu&#233;rir des demandes des &#233;trangers et n'avoir re&#231;u aucun pouvoir pour traiter avec eux. Les envoy&#233;s refus&#232;rent de les voir. Un nouvel ultimatum plus cat&#233;gorique que le premier n'eut point un meilleur r&#233;sultat, et le ministre de Russie, comte Poutiatine, qui avait offert ses bons offices, fit savoir aux deux pl&#233;nipotentiaires que l'empereur se refusait &#224; recevoir &#224; P&#233;kin des envoy&#233;s &#233;trangers. La r&#233;ponse ne se fit pas attendre. Les forts de Takou, qui d&#233;fendaient l'embouchure du Pe&#239;ho et tous les ouvrages qui prot&#233;geaient la jonction du Grand-Canal avec le fleuve furent bombard&#233;s et enlev&#233;s par les alli&#233;s, malgr&#233; le courage de la garde imp&#233;riale tartare, qui &#233;tait charg&#233;e de les d&#233;fendre et dont beaucoup d'officiers se suicid&#232;rent pour se soustraire au d&#233;shonneur de la d&#233;faite ; deux dignitaires mandchoux, du plus haut rang, accoururent &#224; Tien-tsin, que les alli&#233;s occupaient d&#233;j&#224; et y sign&#232;rent la paix le 4 juillet 1858. Le gouvernement chinois l&#233;galisa le commerce de l'opium et se r&#233;signa &#224; ce que les puissances europ&#233;ennes entretinssent &#224; P&#233;kin des repr&#233;sentans qui communiqueraient directement avec lui. On sait comment la guerre se ralluma presque aussit&#244;t. On &#233;tait convenu d'&#233;changer les ratifications du trait&#233;, et pour que la fraude dont on soup&#231;onnait que le trait&#233; de Nankin avait &#233;t&#233; l'objet ne p&#251;t &#234;tre renouvel&#233;e, le gouvernement anglais tenait &#224; ce que l'&#233;change e&#251;t lieu &#224; P&#233;kin m&#234;me. Il avait confi&#233; cette mission au fr&#232;re de lord Elgin, &#224; M. Fr&#233;d&#233;ric Bruce, en lui donnant pour instruction de ne se laisser dissuader &#224; aucun prix d'aller &#224; P&#233;kin. M. Bruce trouva l'entr&#233;e du Pe&#239;ho ferm&#233;e, et comme on refusa de lui livrer passage, il donna &#224; l'amiral Hope l'ordre, d'employer la force ; mais l'escadre et les troupes qu'elle d&#233;barqua furent repouss&#233;es avec des pertes sensibles. On &#233;tait au 23 juin 1859, c'est-&#224;-dire &#224; une ann&#233;e de la signature du trait&#233; de Tien-tsin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce succ&#232;s inesp&#233;r&#233; rendit aux Chinois toute leur pr&#233;somption, et lorsqu'en mai 1860, une escadre anglo-fran&#231;aise arriva devant l'embouchure du Pe&#239;ho et qu'un ultimatum r&#233;clamant l'ex&#233;cution du trait&#233; fut envoy&#233; &#224; P&#233;kin, il y fut r&#233;pondu par un refus hautain. Les troupes anglo-fran&#231;aises d&#233;barqu&#232;rent, et les deux victoires de Tchanchin et de Palikao leur ouvrirent les portes de P&#233;kin. Hien-Fung s'enfuit &#224; l'approche des alli&#233;s et d&#233;l&#233;gua la t&#226;che de traiter avec eux &#224; son fr&#232;re, le prince Kung. La paix fut conclue &#224; P&#233;kin m&#234;me, les ratifications en forent &#233;chang&#233;es sur place, et les troupes alli&#233;es n'&#233;vacu&#232;rent le territoire chinois que lorsque toutes les conditions du trait&#233; eurent re&#231;u leur ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hien-Fung s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; dans les montagnes voisines de P&#233;kin, au palais de Jehol, dont ses pr&#233;d&#233;cesseurs faisaient leur r&#233;sidence pendant la saison des chasses. Il ne voulut jamais rentrer dans sa capitale, apr&#232;s qu'elle eut &#233;t&#233; souill&#233;e par la pr&#233;sence des barbares, Une inexorable n&#233;cessit&#233; avait pu seule le contraindre &#224; subir le trait&#233; de P&#233;kin, mais il ne se r&#233;signait pas &#224; cette humiliation ; il cherchait &#224; se consoler par l'abus des plaisirs, et il s'entourait exclusivement de ceux des membres de sa famille ou des personnages de sa cour qui se montraient le plus hostiles &#224; toute concession aux &#233;trangers. L'absence prolong&#233;e de l'empereur causait un vif m&#233;contentement &#224; la population de P&#233;kin, parce qu'elle entra&#238;nait la suppression des distributions de vivres qui se faisaient quotidiennement &#224; la porte du palais pendant le s&#233;jour du souverain, et qui &#233;taient la principale ressource des pauvres gens ; mais il ait impossible de vaincre l'obstination de Hien-Fung. Un &#233;dit imp&#233;rial avait cr&#233;&#233;, en janvier 1861, sous le nom de Tsung-li-Yamen, un conseil charg&#233; sp&#233;cialement des relations de la Chine avec les &#233;trangers, et avait appel&#233; le prince Kung &#224; le pr&#233;sider. Le fr&#232;re de l'empereur conduisait en r&#233;alit&#233; toute l'administration, d'accord avec le vieux ministre Kweiliang, dont il &#233;tait devenu le gendre, et avec le premier secr&#233;taire Wansiang ; mais une sourde m&#233;sintelligence divisait profond&#233;ment le minist&#232;re et la petite cour de Jehol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exc&#232;s auxquels Hien-Fung se livrait achev&#232;rent de ruiner sa sant&#233; ; il &#233;tait atteint de consomption, et d&#232;s le mois de juillet ses jours parurent compt&#233;s. Il n'avait qu'un fils, alors dans sa sixi&#232;me ann&#233;e : comment serait-il pourvu &#224; la r&#233;gence ? Le changement de r&#232;gne n'am&#232;nerait-il pas un changement de politique ? Hien-Fung mourut le 22 ao&#251;t 1861 : d&#232;s le lendemain, des d&#233;crets furent affich&#233;s qui constituaient, sous la pr&#233;sidence du prince Tsa&#239;, un conseil de r&#233;gence de huit membres, compos&#233; des membres de la famille imp&#233;riale les plus hostiles aux ministres en exercice. La retraite r&#233;glementaire, impos&#233;e par la mort de l'empereur, en suspendant compl&#232;tement l'exp&#233;dition des affaires, emp&#234;cha le conflit d'&#233;clater imm&#233;diatement ; mais le conseil d&#233;signa le 1er novembre pour l'entr&#233;e solennelle du jeune souverain dans la capitale, et le m&#234;me jour il devait prendre la direction du gouvernement. Le cort&#232;ge imp&#233;rial traversa P&#233;kin en grande pompe ; le jeune empereur &#233;tait tenu sur les genoux de sa m&#232;re, et la premi&#232;re en rang des veuves de Hien-Fung, qualifi&#233;e d'imp&#233;ratrice douairi&#232;re, suivait dans un autre char magnifiquement orn&#233;. Le lendemain matin, le prince Kung faisait arr&#234;ter dans le palais imp&#233;rial ceux des r&#233;gens qui avaient pr&#233;sid&#233; &#224; la c&#233;r&#233;monie de la veille, tandis que son fr&#232;re, le prince Chun, p&#232;re de l'empereur actuel, &#224; la t&#234;te d'une troupe de Tartares, arr&#234;tait le r&#233;gent, qui ramenait &#224; P&#233;kin le corps de Hien-Fung pour la c&#233;l&#233;bration des fun&#233;railles solennelles. Tous les membres du conseil de r&#233;gence furent d&#233;grad&#233;s de leurs titres et de leur rang, et condamn&#233;s &#224; s'&#233;trangler eux-m&#234;mes avec le cordon de soie. Les deux imp&#233;ratrices, avec lesquelles le prince Kung s'&#233;tait secr&#232;tement entendu, furent proclam&#233;es r&#233;gentes. Pour justifier cette r&#233;volution, il fallait un pr&#233;c&#233;dent, et l'on n'en trouva point dans l'histoire de la dynastie tartare. Le conseil du Hanlin ou s&#233;nat dut remonter jusqu'aux premiers temps de la dynastie des Mings pour d&#233;couvrir que, l'empereur Chit-Song &#233;tant mont&#233; sur le tr&#244;ne &#224; l'&#226;ge de dix ans, l'administration de l'empire avait &#233;t&#233; dirig&#233;e par les deux imp&#233;ratrices. Ce pr&#233;c&#233;dent levait toute objection : il fut seulement d&#233;cid&#233; que les rapports et les d&#233;crets seraient d&#233;sormais r&#233;dig&#233;s en mandchou et en chinois, les imp&#233;ratrices ne sachant lire qu'en cette derni&#232;re langue. En r&#233;alit&#233;, la direction des affaires demeura entre les mains du prince Kung, &#233;troitement uni avec son fr&#232;re et avec le premier ministre Wansiang ; ils eurent soin de combler d'honneurs leurs complices et de remplir de leurs cr&#233;atures tous les hauts emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_D%C3%A9clin_de_la_puissance_chinoise&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_D%C3%A9clin_de_la_puissance_chinoise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1789 - 1889 - 1905</title>
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		<dc:date>2025-11-14T23:08:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;1789 - 1889 - 1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
par Karl Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis qu'elle existe, la f&#234;te de Mai n'a pas encore &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e une ann&#233;e dans une situation aussi orageuse, aussi r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution a &#233;clat&#233; en Russie, s'est empar&#233;e des masses et est en marche de fa&#231;on &#224; ne pouvoir &#234;tre arr&#234;t&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la v&#233;rit&#233;, &#171; entre la coupe et les l&#232;vres, il y a place pour un malheur &#187; et entre le moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (la mi-mars) et le I&#176; mai, il peut se produire bien des choses inattendues, bien du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1789 - 1889 - 1905&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Karl Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'elle existe, la f&#234;te de Mai n'a pas encore &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e une ann&#233;e dans une situation aussi orageuse, aussi r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution a &#233;clat&#233; en Russie, s'est empar&#233;e des masses et est en marche de fa&#231;on &#224; ne pouvoir &#234;tre arr&#234;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, &#171; entre la coupe et les l&#232;vres, il y a place pour un malheur &#187; et entre le moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (la mi-mars) et le I&#176; mai, il peut se produire bien des choses inattendues, bien du sang peut couler, bien des d&#233;faites peuvent &#234;tre essuy&#233;es. Mais &#224; quelques coups de force et des r&#233;sistances que le tsarisme puisse avoir recours encore, ce ne sont plus que les derni&#232;res convulsions d'une b&#234;te de proie agonisante, et plus longtemps les souverains et exploiteurs des bords de la N&#233;va persisteront dans leur lutte obstin&#233;e contre l'ennemi du dehors et du dedans, plus formidable sera l'&#233;croulement final, plus terrible le chaos qu'ils sont occup&#233;s &#224; &#233;voquer. La Russie, et avec elle le syst&#232;me de domination et d'exploitation du monde &#171; civilis&#233;e &#187; tout entier, marche au devant d'une catastrophe telle qu'il ne s'en est pas vu d'aussi gigantesque depuis les jours de la grande R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces circonstances qu'&#224; lieu cette fois la manifestation du Premier Mai. Elle se rapproche ainsi, plus qu'aucune de celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, du caract&#232;re que portait sa fondation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fut fond&#233;e non seulement &#224; titre de d&#233;monstration pour la journ&#233;e de huit heures et la paix universelle, mais encore comme manifestation de la R&#233;volution sociale. C'est le centenaire de la grande R&#233;volution qui lui a donn&#233; naissance et elle fut d&#233;cid&#233;e &#224; une &#233;poque que nous consid&#233;rions comme la vieille de grands &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1885, Fr&#233;d&#233;ric Engels, dans sa pr&#233;face &#224; la nouvelle &#233;dition des R&#233;v&#233;lations sur le proc&#232;s des communistes &#224; Cologne par Karl Marx, d&#233;clare que &#171; le prochain bouleversement ne tardera pas &#187; et il remarque &#224; ce propos : &#171; L'&#232;re p&#233;riodique des r&#233;volutions europ&#233;ennes, 1815, 1830, 1848-1852, 1870, occupe dans notre si&#232;cle de quinze &#224; dix-huit ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si par &#171; bouleversement europ&#233;en &#187; il fallait entendre une grande r&#233;volution politique, ce pronostic d'Engels ne s'est pas, il est vrai, r&#233;alis&#233;. Et le philistin, dont toute la philosophie culmine dans cette id&#233;e profonde : &#171; Rien ne sert &#224; rien &#8211; nous pouvons faire ce que nous voulons, tout reste dans l'ancien &#233;tat &#187; &#8211; ce philistin n'a pas manqu&#233; de se donner le plaisir de railler sous cape Engels et ses amis, qui partageaient ses pr&#233;visions, &#224; cause de leurs &#171; vaines proph&#233;ties &#187;. Et, cependant, le triomphe du philistinisme ne se fondait que sur sa courte vue. Engels a eu parfaitement raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son pronostic reposait en tout cas sur la constatation g&#233;n&#233;rale que les conflits des classes comme des nations, provenant du mode de production capitaliste, vont, durant des p&#233;riodes d&#233;termin&#233;es, s'accumulant et grandissant, jusqu'&#224; ce qu'il ne soit plus possible de les r&#233;soudre par la pratique journali&#232;re ; mais qu'aussi, &#224; mesure que deviennent plus consid&#233;rables les t&#226;ches politiques provenant de ces conflits, les classes dominantes redoutent de plus en plus de grandes transformations dont elle ne peut mesurer la port&#233;e et qui menacent de lui monter au-dessus de la t&#234;te. Ainsi les obstacles au progr&#232;s social et politique vont croissant dans la mesure m&#234;me o&#249; l'anxi&#233;t&#233; sociale croissante rend n&#233;cessaire des progr&#232;s &#233;nergiques. La fin de cette &#233;volution est toujours un puissant &#233;branlement politique, une r&#233;volution qui fait violemment dispara&#238;tre les obstacles aux progr&#232;s et rend de nouveau possible pour quelque temps l'&#233;volution &#224; sociale de se poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que le mode de production capitaliste engendre n&#233;cessairement, au point de vue &#233;conomique, le cycle qui va de l'essor &#233;conomique &#224; la crise, de m&#234;me, au point de vue politique, elle engendre le cycle qui va de la stagnation politique ou de la r&#233;action &#224; la r&#233;volution. Mais si l'exp&#233;rience enseigne que le cycle &#233;conomique s'accomplit en g&#233;n&#233;ral dans une p&#233;riode de dix ann&#233;es, elle montre que le cycle politique est plus long, qu'il lui faut de quinze &#224; vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait donc parfaitement justifi&#233; qu'Engels et ses amis s'attendissent &#224; un nouvel &#233;branlement politique pour la fin des ann&#233;es 89 ou suivantes du si&#232;cle dernier. Toute la situation politique justifiait cette vue. Le centre de gravit&#233; politique de l'Europe, qui auparavant se trouvait en Angleterre et en France, avait &#233;t&#233; depuis 1870 transf&#233;r&#233; en Allemagne. Mais l&#224;, les obstacles &#224; un progr&#232;s politique pacifique avaient &#233;t&#233; port&#233;s &#224; leur comble dans la loi contre les socialistes ; le r&#233;gime bismarckien allait s'usant de plus en plus compl&#232;tement et ne pouvait se maintenir que par le moyen de la force : mais il subissait de ce fait un &#233;chec apr&#232;s l'autre. L'&#233;croulement de ce syst&#232;me &#233;tait proche : or, que pouvait-elle amener d'autre qu'un fort &#233;branlement europ&#233;en ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'avant-veille de cet &#233;croulement que la manifestation de mai fut d&#233;cid&#233;e par le Congr&#232;s international de Paris 1889. Ainsi, d&#232;s sa naissance, les esprits de la r&#233;volution &#233;taient &#224; ses c&#244;t&#233;s comme gardiens &#8211; l'esprit non seulement de la grande r&#233;volution pass&#233;e qui inaugura en Europe le syst&#232;me des cycles &#233;conomiques et politiques, mais aussi l'esprit de la r&#233;volution future, dont tant d'entre nous attendaient qu'elle serait aussi une grande r&#233;volution, la derni&#232;re des r&#233;volutions, la fin des cycles de crises politiques, et par cons&#233;quent &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, cette grande r&#233;volution n'est pas venue et de l&#224; les philistins conclurent que la proph&#233;tie d'Engels &#233;tait mis&#233;rablement tomb&#233;e dans l'eau. Mais ce qui est venu, c'est l'&#233;branlement europ&#233;en, quoique sous une forme moins visible, si bien que peu le reconnurent d'abord. La loi contre les socialistes disparut, et le manteau tomb&#233;, le duc s'&#233;vanouit &#8211; le r&#233;gime de Bismarck croula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, si consid&#233;rable qu'ait &#233;t&#233; cet &#233;branlement, il n'atteignit pas la force d'une r&#233;volution. Le prol&#233;tariat &#233;tait encore trop faible et le lib&#233;ralisme bourgeois d&#233;j&#224; trop en d&#233;cadence pour &#234;tre en &#233;tat de profiter de la situation nouvelle en balayant &#233;nergiquement tous les obstacles s'opposant au progr&#232;s. Et, cependant, il fut assez fort pour amener quelques ann&#233;es de vie politique intense et de progr&#232;s multiples dans toute l'Europe. Alors la France obtenait la journ&#233;e de dix heures (1892) et une importante repr&#233;sentation socialiste au Parlement ; la Belgique, le droit de suffrage universel, quoique non &#233;gal (1893) ; le minist&#232;re Gladstone, sous la pression du nouvel unionisme qui prenait un puissant effort, pensait s&#233;rieusement &#224; la journ&#233;e de dix heures ; on peut encore consid&#233;rer comme une derni&#232;re pouss&#233;e de cette p&#233;riode de progr&#232;s l'agitation pour le suffrage universel en Autriche (1896) &#8211; non pas seulement la derni&#232;re, il est vrai, mais la plus faible, car la nouvelle loi &#233;lectorale constituait la plus am&#232;re ironie contre la revendication du droit de suffrage &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l' &#171; &#233;branlement europ&#233;en &#187; &#233;tait venu juste au moment o&#249; il devait se produire s'apr&#232;s le calcul de Fr&#233;d&#233;ric Engels. Mais il n'avait pas &#233;t&#233; une r&#233;volution &#224; proprement parler, il laissait subsister une foule d'entraves au progr&#232;s, rester sans solution une foule de questions br&#251;lantes pos&#233;es ant&#233;rieurement. Le souffle lui manqua bient&#244;t, il arriva &#224; l'accalmie. Plus grandes avaient &#233;t&#233; les esp&#233;rances que l'on avait mises sur l'&#233;branlement futur, plus grande fut la d&#233;sillusion caus&#233;e par ses effets minimes. Plus d'un se prit alors, dans les derni&#232;res ann&#233;es du XIX&#176; si&#232;cle, &#224; douter compl&#232;tement que nous pussions jamais atteindre ce but. D'autres firent de n&#233;cessit&#233; vertu, trouvant que pr&#233;cis&#233;ment cette stagnation politique &#233;tait la vraie m&#233;thode du progr&#232;s, que de cette fa&#231;on nous avancions puissamment et que seuls pouvaient encore compter sur des catastrophes et des bouleversements des hommes dont la pens&#233;e &#233;tait compl&#232;tement ankylos&#233;e dans les traditions du pass&#233;. Les partisans de cette conception nouvelle disaient &#224; la r&#233;volution adieu pour toujours, m&#234;me encore &#224; un moment o&#249; s'accumulaient les indices annon&#231;ant l'approche d'une nouvelle &#233;poque r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gens ne flairent jamais le diable, quand m&#234;me il les tiendrait &#224; la gorge. &#187; Cela n'est pas vrai seulement du diable, mais aussi de la R&#233;volution, qui, pour tout brave bourgeois, est l'incarnation du Malin &#8211; Dieu soit avec nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le mouvement de 1890 avait eu l'haleine courte, plus t&#244;t devait venir le plus prochain &#171; &#233;branlement europ&#233;en &#187;, et il vint, ponctuellement et exactement ; quinze ans apr&#232;s les &#233;lections de carnaval qui donn&#232;rent le coup mortel au r&#233;gime de Bismarck, s'accomplit le soul&#232;vement des ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg, au 22 janvier, qui ouvrit la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sera l&#224; une r&#233;volution d'une puissance bien plus forte que l'&#233;branlement de 1890. Elle poursuivra &#224; fond tout ce que ce dernier a laiss&#233; inachev&#233;. Elle a plus de puissance d&#233;j&#224; du fait qu'elle s'attaque au refuge de toutes les r&#233;actions et le transforme en centre de la r&#233;volution. Si, en 1890, l'&#233;branlement europ&#233;en a eu un cours si paisible, cela tenait entre autres raisons &#224; ce qu'il co&#239;ncida avec l'&#233;touffement complet de tout mouvement d'opposition en Russie. Le tsarisme avait r&#233;ussi une fois encore &#224; l'abattre apr&#232;s le gigantesque effort de 1878 &#224; 1881 et &#224; l'&#233;craser, et c'est pr&#233;cis&#233;ment aux approches de 1889 que le silence du tombeau r&#233;gna compl&#232;tement dans l'immense empire russe. Il fallait &#234;tre un &#171; dogmatique marxiste &#187; pour avoir le courage, au Congr&#232;s international de Paris en 1889, de s'aventurer &#224; la proph&#233;tie faite par Plekhanoff, en ces termes : &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire triomphera en Russie comme mouvement ouvrier. &#187; Maintenant enfin ce triomphe a commenc&#233;, triomphe non seulement du mouvement ouvrier, mais aussi du &#171; dogme marxiste &#187; qui permettait de reconna&#238;tre, non seulement la r&#233;volution approchante, mais encore son repr&#233;sentant et son agent, en un temps o&#249; l'on ne pouvait d&#233;couvrir le plus l&#233;ger souffle d'un mouvement dans l'empire des tsars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, il y a en Russie une r&#233;volution et m&#234;me, &#224; ce qu'il semble une r&#233;volution o&#249; les fourches paysannes jouent leur r&#244;le ; c'est la ruine d'un r&#233;gime qui a employ&#233; tous les &#233;normes moyens d'action de la civilisation moderne &#224; accro&#238;tre son exploitation et &#224; prolonger sa lutte contre la mort dans des proportions qui d&#233;passent de beaucoup ce qu'&#224; fait l'ancien r&#233;gime en France au XVIII&#176; si&#232;cle. Et si la ruine de la royaut&#233; f&#233;odale, lors de la grande R&#233;volution fran&#231;aise, a &#233;t&#233; la ruine d'une aristocratie qui avait h&#233;rit&#233; de l'esprit et de l'affinement de la plus haute civilisation qui e&#251;t exist&#233; jusqu'alors, l'&#233;croulement de maintenant est celui d'un despotisme barbare, que sa stupidit&#233; et sa sauvagerie met au plus bas degr&#233; de la vie intellectuelle en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut encore qu'&#224; peine pressentir quelles formes va rev&#234;tir cet &#233;croulement gigantesque et inou&#239;, quelles forces il va d&#233;cha&#238;ner, quels &#233;v&#233;nements il va faire &#233;clore. Mais une chose est certaine d&#232;s &#224; pr&#233;sent : Il ne restera pas limit&#233; &#224; la Russie ; il m&#232;ne &#224; un bouleversement europ&#233;en. La ruine &#233;conomique de l'Etat russe portera un coup terrible au capitalisme en Europe, notamment &#224; ceux de France et d'Allemagne qui ont &#224; l'envi d&#233;pens&#233; &#224; soutenir le r&#233;gime assassin de Russie les milliards qu'ils tirent du prol&#233;tariat de leur pays ; il &#233;branlera la constitution politique des Etats voisins de la Russie, et s'&#233;tendra aux nationalit&#233;s fragment&#233;es, qui sont repr&#233;sent&#233;es aussi dans l'empire russe ; il portera une profonde excitation dans le prol&#233;tariat du monde entier et l'appellera &#224; l'assaut contre tous les obstacles qui s'opposent &#224; son progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas encore ce qui va se produire, si le mouvement n'est qu'une de ces secousses qui se r&#233;p&#232;tent r&#233;guli&#232;rement dans la soci&#233;t&#233; capitaliste europ&#233;enne, ou si elle sera d&#232;s &#224; pr&#233;sent le d&#233;but de la R&#233;volution, de la derni&#232;re grande r&#233;volution mettant fin au cycle des r&#233;volutions du capitalisme pour cr&#233;er de nouvelles formes d'&#233;volution. Mais, quoi qu'il doive advenir, de grandes choses sont devant nous, de grandes luttes, de grandes victoires. Et c'est ce dont le prol&#233;tariat a le sentiment partout ; il s'&#233;meut et s'appr&#234;te avec plus d'ardeur que jamais depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation de mai de cette ann&#233;e le prouvera de la fa&#231;on la plus claire. Si, &#231;&#224; et l&#224;, sous l'influence du calme et de la stagnation de ces derni&#232;res ann&#233;es, elle est devenue parfois une innocente f&#234;te populaire, cette ann&#233;e elle sera plus que jamais ce qu'elle devait &#234;tre &#224; son d&#233;but : la revue annuelle du prol&#233;tariat pr&#233;par&#233; &#224; la lutte sociale et syndicale. Ce ne sera pas une parade pacifique, mais la lev&#233;e de l'arm&#233;e se pr&#233;parant au combat, &#224; la guerre, &#224; la guerre sainte contre l'exploitation capitaliste, contre l'oppression politique, guerre dans laquelle se livre actuellement en Russie une bataille d&#233;cisive, amenant peut-&#234;tre bient&#244;t l'Europe &#224; une crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non pas seulement en Europe ; non, c'est partout o&#249; il y a un prol&#233;tariat combattant pour son &#233;mancipation que la manifestation du Premier mai sera cette fois domin&#233;e par l'id&#233;e de la R&#233;volution, qui a cess&#233; d'&#234;tre un r&#234;ve dont rient les &#171; politiques &#187;, qui du jour au lendemain est devenu une r&#233;alit&#233;, une force vivante, troublant et paralysant nos adversaires, nous entra&#238;nant nous-m&#234;mes en avant, nous excitant &#224; de grandes choses, pour notre grand but, pour la suppression de toute exploitation et de tout servage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Contre la guerre... par la r&#233;volution...</title>
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		<dc:date>2025-10-21T22:21:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

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&lt;p&gt;par Romain Rolland &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai cont&#233;, dans Quinze ans de combat[1], comment la guerre mondiale avait &#233;t&#233; pour nous, intellectuels &#8212; (une poign&#233;e d'intellectuels) &#8212; une &#233;cole obligatoire d'&#233;ducation politique. &#201;cole &#233;l&#233;mentaire : car nous avions tout &#224; apprendre. Les intellectuels grandissent englu&#233;s dans une id&#233;ologie, qui est plus ou moins riche et nuanc&#233;e, mais toujours d&#233;vid&#233;e des entrailles de l'esprit, comme le fil de l'araign&#233;e, et, bien moins que lui, capable de s'agripper aux ar&#234;tes du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.matierevolution.org/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;par Romain Rolland&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cont&#233;, dans Quinze ans de combat[1], comment la guerre mondiale avait &#233;t&#233; pour nous, intellectuels &#8212; (une poign&#233;e d'intellectuels) &#8212; une &#233;cole obligatoire d'&#233;ducation politique. &#201;cole &#233;l&#233;mentaire : car nous avions tout &#224; apprendre. Les intellectuels grandissent englu&#233;s dans une id&#233;ologie, qui est plus ou moins riche et nuanc&#233;e, mais toujours d&#233;vid&#233;e des entrailles de l'esprit, comme le fil de l'araign&#233;e, et, bien moins que lui, capable de s'agripper aux ar&#234;tes du r&#233;el. Il se peut que cette id&#233;ologie ait &#233;t&#233;, au temps jadis, la synth&#232;se ou la raison finale, arbitrairement d&#233;gag&#233;e, d'actes et d'exp&#233;riences ant&#233;rieurs ; mais elle n'a plus, depuis longtemps, pris la peine de se contr&#244;ler au mouvement incessant de la r&#233;alit&#233; en marche ; elle continue de d&#233;signer, imperturbablement, des formes de la pens&#233;e sociale, qui sont contradictoires et souvent n&#233;gatrices de la pens&#233;e premi&#232;re, depuis longtemps trahie. Imperturbablement, elle aide &#224; la trahison, en couvrant de sa robe toute cette confusion. Et l'on ne saurait dire ce qui, dans l'&#233;quivoque de cette id&#233;ologie inadapt&#233;e au r&#233;el, proc&#232;de davantage de la force d'inertie inh&#233;rente au poids mort du pass&#233; que tra&#238;ne apr&#232;s lui l'esprit, ou de la ruse &#224; ne pas voir ce qui le contraindrait &#224; un nouvel effort, afin de s'en d&#233;gager. Ajoutons tous les risques, qu'entra&#238;ne une vue nouvelle de la soci&#233;t&#233;. Car voir oblige &#224; agir. Et agir est p&#233;rilleux, aux &#226;ges des grandes mutations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi notre g&#233;n&#233;ration d'intellectuels fran&#231;ais a trouv&#233;, parmi nos a&#238;n&#233;s, si peu d'aide &#224; sortir de l'enchev&#234;trement des id&#233;ologies &#224; double et triple faces. Bien plut&#244;t, ces a&#238;n&#233;s, ainsi que pendant la guerre les ma&#238;tres de l'intelligence, se sont-ils acharn&#233;s &#224; nous y emprisonner. Il a fallu faire seuls notre trou&#233;e, au travers. Et ce fut une rude t&#226;che. Nous nous y sommes ensanglant&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions des novices. D&#233;shabitu&#233;s d'agir sur le plan du r&#233;el, c'&#233;tait &#224; coups d'id&#233;ologies que, r&#233;sistant &#224; la guerre, nous avions, pendant la guerre, lutt&#233; contre les id&#233;ologies. Nous ne connaissions pas d'autres armes. Nous ne savions qu'opposer l'Esprit abstrait &#224; la force, les droits de la conscience &#224; la raison d'&#201;tat, et &#224; la violence sans frein la non-violence absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que nous abord&#226;mes, au sortir de la guerre, en 1919, la confrontation des d&#233;crets de notre esprit &#224; l'exp&#233;rience sociale, qui s'effectuait, en ces jours, dans des conditions tragiques. &#192; vrai dire, nous ne f&#251;mes pas beaucoup, parmi les intellectuels, &#224; poursuivre longtemps cette confrontation. D&#232;s les premiers soup&#231;ons qu'elle tournerait peut-&#234;tre &#224; nos d&#233;pens, la plupart s'&#233;clips&#232;rent, &#8212; de ceux m&#234;mes, en nombre si r&#233;duit, qui avaient tenu t&#234;te &#224; la guerre, &#8212; du moins id&#233;ologiquement. C'&#233;tait assez, pour eux, d'avoir institu&#233; le proc&#232;s de la guerre, par l'esprit. Ils n'&#233;taient pas dispos&#233;s &#224; faire le proc&#232;s de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, il le fallait, pour pouvoir avancer. Nous nous sommes trouv&#233;s, et d&#232;s les premiers pas, dans une effrayante confusion de l'esprit, en partie exploit&#233;e par les ma&#238;tres du pouvoir et de l'opinion qu'il contr&#244;le. Experts &#224; remuer la bourbe et troubler la rivi&#232;re, pour p&#234;cher le poisson, ils avaient r&#233;ussi &#224; nous escamoter, une fois de plus, nos id&#233;es, pour s'en faire des drapeaux, au service des pires int&#233;r&#234;ts qui les niaient. Cette ruse de guerre, continu&#233;e pendant la paix, jetait le d&#233;sarroi parmi les &#171; braves gens &#187;, cette foule de na&#239;fs, qui pensent par la voix de ceux qui parlent le plus haut. Ce n'&#233;tait pas nouveau. Ainsi, pendant la guerre, nous avions vu subtilis&#233;s &#171; le Droit &#187;, &#171; la Libert&#233; &#187;, aux fins de l'asservissement moral et militaire des peuples qu'on envoyait ensuite se faire massacrer, pour le profit exclusif d'une caste d'imp&#233;rialistes d'industries et d'affaires. Nous &#233;tions avertis. Nous nous sommes laiss&#233;s prendre, une deuxi&#232;me fois. Aurions-nous pu pr&#233;voir (il faut toujours pr&#233;voir) qu'on viendrait nous piller, jusque dans nos retranchements de &#171; l'ind&#233;pendance de l'esprit &#187;, de &#171; la paix &#187;, de &#171; l'internationalisme &#187;, voire de &#171; la non-violence &#187;, et retourner contre nous les fant&#244;mes de nos grands mots, honteusement d&#233;form&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est que, pr&#233;cis&#233;ment, il ne faut plus de grands mots. La premi&#232;re t&#226;che &#224; faire est de les d&#233;couronner, afin qu'ils rentrent dans le rang. La mesure d'une id&#233;e s'&#233;value &#224; la toise de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai revis&#233; les miennes. J'ai demand&#233; &#224; chacune, &#8212; non pas : &#171; Que penses-tu ? Qui es-tu ? &#187; &#8212; mais : &#171; Que fais-tu ? Et comment agis-tu ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle revision m'a caus&#233; des surprises&#8230; Elle &#233;tait salutaire. En jugeant de ces id&#233;es, &#224; l'user dans l'action, j'ai vu se d&#233;gager leur essence vivante des sophismes insidieux ou hostiles, qui s'enroulaient autour d'elles, comme un lierre, et, dans l'action, les tuaient. L'action m'a appris qu'on peut, qu'on doit se tenir &#171; au-dessus de la m&#234;l&#233;e &#187; des nations, et revendiquer sa place dans le combat social ; &#8212; que qui d&#233;fend la paix, est tenu de d&#233;noncer &#171; la piraterie de la paix &#187; ; &#8212; que de se faire le porte-voix de &#171; l'ind&#233;pendance de l'esprit &#187;, n'est pas autoriser les privil&#232;ges de l'esprit &#233;go&#239;ste, qui pr&#233;tend se s&#233;parer, comme une caste, de la masse des travailleurs, &#8212; que lorsqu'on dit adieu &#224; la vieille patrie nationaliste, c'est pour mieux saluer la venue de la nouvelle patrie internationale ; &#8212; et qu'on peut &#234;tre enfin l'auteur de Clerambault, et vouloir que, contre la r&#233;action fasciste et contre la guerre, le refus de conscience donne la main &#224; la R&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de ces th&#232;ses (au sens strict de positions de l'esprit, command&#233;es par les faits) s'expriment dans les articles qu'on lira plus loin. Mais il sera utile que je commente ici la premi&#232;re, &#8212; &#171; l'au-dessus de la m&#234;l&#233;e &#187;, &#8212; que des milliers de lecteurs, plus d&#233;sireux de condamner ou d'apologiser que de comprendre, se sont victorieusement appliqu&#233;s &#224; lire de travers. Et du coup, s'&#233;clairera la seconde formule, fille de la premi&#232;re, qui n'a pas eu moindre fortune et infortune : &#171; l'ind&#233;pendance de l'esprit &#187;. C'est un coup de barre n&#233;cessaire, afin de remettre l'esprit dans la vraie direction, qu'il a trop souvent perdue. &#8212; Et vogue la gal&#232;re !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin de la guerre, la paix non encore sign&#233;e, j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; fixer les limites de l'&#171; au-dessus de la m&#234;l&#233;e &#187;, par le heurt amical d'une correspondance avec Bernard Shaw.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je venais de r&#233;diger la D&#233;claration d'ind&#233;pendance de l'esprit, qui devait para&#238;tre d'abord (d&#233;capit&#233;e de son titre) dans l'Humanit&#233; du 26 juin 1919, et j'en avais soumis le texte, afin qu'ils l'approuvassent ou qu'ils le critiquassent, aux principaux &#233;crivains d'Europe que j'estimais[2]. Bernard Shaw la critiqua. Je n'en fus point surpris. Moi-m&#234;me, je donnais raison, in petto, &#224; plusieurs de ses critiques. Mais avec son outrance coutumi&#232;re de grand auteur comique, pour qui le monde entier est un th&#233;&#226;tre, Shaw en venait, dans sa r&#233;pulsion justifi&#233;e de tout pharisa&#239;sme, &#224; faire l'apologie cynique des errements d'intellectuels, de la haine et du mensonge, comme d'une n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable pendant la guerre. Je pense que le public aura quelque int&#233;r&#234;t &#224; conna&#238;tre la petite joute d'armes, qui se livra entre nous :&lt;br class='autobr' /&gt;
I. &#8212; Bernard Shaw &#224; Romain Rolland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ayot St. Lawrence, Welwyn, Herts, 7 mai 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mon cher Romain Rolland,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut une confession plut&#244;t qu'un reproche : sans cela nous aurons l'air d'&#234;tre Pharisien, m&#234;me snob. Pour l'&#233;viter, j'ai os&#233; raccommoder un peu votre brouillon. Qu'en pensez-vous ? Naturellement, vous saurez r&#233;diger mon baragouin : je suis vil linguiste&#8230; Bonne poign&#233;e de main.&lt;br class='autobr' /&gt;
G. Bernard Shaw.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette lettre &#233;tait jointe la copie que j'avais envoy&#233;e de ma D&#233;claration, et que Shaw avait r&#233;vis&#233;e. J'en donnerai ici seulement les passages qu'il a substitu&#233;s ou ajout&#233;s &#224; mon texte. Pour celui-ci, on te trouvera, &#224; la fin de mon volume : &#171; Les Pr&#233;curseurs &#187;, et au d&#233;but de : &#171; Quinze ans de Combat &#187; : car cette D&#233;claration forme, dans ma pens&#233;e, la borne entre deux p&#233;riodes, &#8212; tout &#224; la fois point d'arriv&#233;e et point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [Travailleurs de l'esprit, compagnons dispers&#233;s &#224; travers le monde&#8230; ; la guerre a jet&#233; le d&#233;sarroi dans nos rangs.] Elle nous a oblig&#233;s de mettre notre science, notre art, notre raison, au service de nos gouvernements. &#192; la guerre, comme au naufrage, on n'est plus savant, artiste, philosophe, on est poilu, loup de mer, patriote : il faut sacrifier et m&#234;me prostituer &#224; la d&#233;fense nationale non seulement la vie, mais l'&#226;me, l'esprit, la conscience, et manier le mensonge aussi peu scrupuleusement que la ba&#239;onnette et la bombe. Nous avons beau chercher &#224; planer au-dessus de la m&#234;l&#233;e. Inutile &#224; la guerre, le premier devoir est au foyer, au voisin, la t&#226;che supr&#234;me d'en d&#233;tourner la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avouons que sous le joug de cette d&#233;testable n&#233;cessit&#233;, nous, les artistes, les penseurs, avons ajout&#233; au fl&#233;au qui ronge l'Europe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suit le r&#233;quisitoire, que j'avais prononc&#233;, contre la prostitution de la pens&#233;e par les intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [&#8230;Compromise dans les luttes des nations, elle sort, avec elles, d&#233;chue.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout cela (reprend Shaw) n'est peut-&#234;tre pas plus horrible pour nous, penseurs et artistes, que ne l'est le meurtre, l'incendie, surtout la famine voulue, pour nos fr&#232;res poilus. Mais c'est infiniment plus difficile d'en arr&#234;ter l'op&#233;ration. &#192; l'arm&#233;e, on donne l'ordre : &#171; Bas le feu partout ! &#187; et le feu cesse. Qui sait donner pareil ordre &#224; la pens&#233;e fausse, &#224; l'empoisonnement de l'esprit ? Pourtant, il faut faire l'essai. La menace qui nous a forc&#233;s de piller les tr&#233;sors et profaner les temples de l'esprit n'existe plus. La paix nous rend la libert&#233;. H&#226;tons-nous donc de nous d&#233;gager de ces alliances, de ces servitudes d&#233;natur&#233;es, impos&#233;es par la guerre. [L'esprit libre n'est le serviteur de rien. C'est nous qui sommes les serviteurs de l'esprit&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suit le texte original de ma D&#233;claration, jusqu'&#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;pondis, de Paris, le 28 mai :&lt;br class='autobr' /&gt;
II. &#8212; Romain Rolland &#224; Bernard Shaw.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8230; Vous ayez raison de me mettre en garde contre le danger qu'il y aurait &#224; para&#238;tre se vanter aux d&#233;pens des autres. Aussi, je suis tout dispos&#233; au mea culpa g&#233;n&#233;ral. Mais o&#249; je ne puis vous suivre, c'est quand des agissements pass&#233;s vous faites une n&#233;cessit&#233; &#171; d&#233;testable &#187;, il est vrai, mais, semble-t-il, in&#233;luctable. Vous dites : &#171; Dans la guerre, on n'est plus savant, artiste, philosophe&#8230; il faut sacrifier et m&#234;me prostituer &#224; la d&#233;fense nationale non seulement la vie, mais l'&#226;me, l'esprit, la conscience, et manier le mensonge&#8230; etc. &#187;. Jamais je n'admettrai que le premier devoir de l'homme de pens&#233;e soit la d&#233;fense nationale ; c'est, pour moi, la d&#233;fense de la pens&#233;e. Je ne mets pas la nation, la patrie, le foyer avant tout. Avant tout, je mets la conscience libre. Vous dites : &#171; La paix nous rend la libert&#233;. &#187; Ni vous, ni moi, n'avons attendu la paix pour parler librement. Et il s'agit de savoir si nous donnons d'avance &#224; la guerre prochaine (qui ne sera pas lente &#224; venir) un blanc-seing pour &#233;touffer la libert&#233;. Vous me direz qu'elle se passera de notre permission. Soit ! Mais elle ne l'aura point. Que l'esprit reste sauf ! Je ne vois aucun avenir dans les efforts de la pens&#233;e libre pour s'adapter aux n&#233;cessit&#233;s de la politique. Elle est entra&#238;n&#233;e dans la faillite criminelle et honteuse de celle-ci. Si elle veut sauver les autres, qu'elle commence par se sauver elle-m&#234;me ! Qu'elle t&#226;che &#224; constituer, par-dessus les nations, une Internationale de la pens&#233;e, une conscience mondiale !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Shaw me r&#233;pliqua, un peu rageusement :&lt;br class='autobr' /&gt;
III. &#8212; Bernard Shaw &#224; Romain Rolland.&lt;br class='autobr' /&gt;
Londres, 27 juin 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cher Romain Rolland, vous flattez la guerre et l'homme. Il n'existe pas &#171; l'homme de pens&#233;e &#187;. Moi, je ne suis pas la Pens&#233;e. Je suis Bernard Shaw. Vous &#234;tes Romain Rolland. Nous mangeons, et huit heures apr&#232;s, nous oublions notre philosophie, et sentons seulement la faim. Un soldat allemand nous approche pour nous ba&#238;onnetter : nous nous en fichons de la pens&#233;e et lui br&#251;lons la cervelle en l'injuriant comme deux grognards. Je n'ai pas su parler librement pendant la guerre. Lisez mes Peace Conf&#233;rence Hints. Un soldat m'a dit : &#171; Si j'avais su tout cela en 1915, pas de khaki pour moi ! &#187; &#8212; J'ai r&#233;pondu : &#171; C'est justement pourquoi je ne vous en avais rien dit. &#187; &#8212; Tout ce que vous dites de la Pens&#233;e est vrai. Donc que la Pens&#233;e signe votre manifeste. Mais John Smith et Pierre Duval ne peuvent signer. Ils ont combattu pour nous ; et nous avons au moins pay&#233; l'imp&#244;t. Nul homme n'a &#233;t&#233; au-dessus de la m&#234;l&#233;e. Une telle pr&#233;tention r&#233;pugnerait le monde et briserait notre influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pardonnez-moi ma brusquerie : en &#233;crivant l'anglais, j'ai assez de tact ; mais dans une langue &#233;trang&#232;re, on &#233;crit comme on peut. &#192; vous toujours.&lt;br class='autobr' /&gt; G. Bernard Shaw.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je r&#233;pondis, le 29 juin :&lt;br class='autobr' /&gt; IV. &#8212; Romain Rolland &#224; Bernard Shaw.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cher Bernard Shaw, il n'est pas indispensable d'oublier ses id&#233;es, lorsqu'on sent la faim. Dans tous les temps, il y a des hommes qui sont morts pour leurs id&#233;es. Il y en a eu dans cette guerre. Il y en aura dans cette paix. Je crois que j'en pourrais &#234;tre. Et vous aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne suis pas au-dessus des m&#234;l&#233;es, &#8212; de toutes les m&#234;l&#233;es. J'ai &#233;t&#233;, je suis, je serai toujours &#171; au-dessus de la m&#234;l&#233;e &#187; des nations et des patries. Mais je suis dans le combat contre les nations, contre les patries, contre les castes, contre toutes les barri&#232;res qui s&#233;parent les hommes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et je lui envoyai ma &#171; Liluli &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sur ce plan de l'ironie, l'accord se fit instantan&#233;ment. Et Bernard Shaw me cria : &#171; Bravo ! &#187; en jubilant[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand je relis, &#224; distance, notre controverse, je vois mieux qu'elle &#233;tait moins de fond que de forme, et que celle-ci &#233;tait, chez Shaw, non seulement la plus conforme &#224; son g&#233;nie, mais probablement la plus efficace &#224; fl&#233;trir le servile &#233;garement de la pens&#233;e enr&#233;giment&#233;e pendant la guerre. Car quelle satire plus outrageante que cette persiflante confession, o&#249; Bernard Shaw, sous l'apparence d'une orgueilleuse mea culpa, &#233;tale au monde les pires hontes des intellectuels d&#233;grad&#233;s, et se fustige sur leur dos !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais l'essentiel, dans le d&#233;bat qui s'est ouvert, apr&#232;s la guerre, pour nous tous, minorit&#233; d'intellectuels ind&#233;pendants, &#8212; et que j'expose dans ce volume, c'est l'occasion que Bernard Shaw m'a fournie de d&#233;finir la position de l'esprit &#171; au-dessus de la m&#234;l&#233;e &#187;. &#8212; Au-dessus de la m&#234;l&#233;e du pass&#233; nationaliste, qui se survit en Europe, en se baignant dans des torrents de sang, &#8212; sang inf&#233;cond, sang maudit, qui ne fait qu'appeler le sang vengeur, comme une mal&#233;diction des Atrides. &#8212; Mais dans la m&#234;l&#233;e, d&#233;lib&#233;r&#233;ment, ou, d'un terme plus digne, dans le combat organis&#233; contre toutes les forces oppressives du pass&#233;, pour &#233;difier un monde nouveau, l'Union des R&#233;publiques Socialistes Sovi&#233;tiques du Travail humain. Et ce grand titre, cet &#233;tendard, n'est point celui de la seule U.R.S.S. de Russie, puisque son vrai sens, sa raison d'&#234;tre, est d'&#234;tre universel : la Russie n'a fait qu'ouvrir le chemin, dans des circonstances catastrophiques, et en d&#233;pit d'elles, gr&#226;ce au g&#233;nie de quelques hommes et &#224; la foi de millions d'autres. Si nous suivons le m&#234;me chemin, ce n'est pas elle que nous suivons : car le chemin est &#224; tous ; et c'est la n&#233;cessit&#233; m&#234;me de l'histoire qui l'a trac&#233; au progr&#232;s humain. Il faut le suivre. L'humanit&#233; le suivra. Ou elle mourra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais, aux premiers jours apr&#232;s la guerre, le devoir ne paraissait pas aussi net qu'il l'est, &#224; mes yeux, aujourd'hui. Il a fallu bien des ann&#233;es de discussion avec soi-m&#234;me, &#8212; &#171; Quinze ans de combat &#187; &#8212; pour se d&#233;gager du fourr&#233; de tant de probl&#232;mes qui nous entravaient dans l'action, pour d&#233;mailloter l'esprit de tant d'incertitudes et de troubles. Il a fallu surtout, pour moi, mettre d'accord ces deux principes antagonistes : la Non-Violence, cet acte de foi d'&#226;mes sto&#239;ques de l'Occident comme de l'Orient de tous les temps, qui avait &#233;t&#233; la foi meurtrie de mon Olivier, fr&#232;re de Christophe, avant de l'&#234;tre de mon Clerambault, fr&#232;re de Gandhi &#8212; et l'absolue n&#233;cessit&#233; de la R&#233;volution sociale, qui nettoie le monde, comme en ses Douze Travaux le h&#233;ros grec, de ses pestilences et de ses monstres, qui l'affranchisse et qui le sauve de la destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est &#224; quoi je n'ai cess&#233; de travailler, en t&#226;chant de me faire le trait d'union entre les deux p&#244;les de l'action lib&#233;ratrice.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une note de l'Introduction &#224; mes &#171; Quinze ans de combat &#187; dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai du &#233;carter de ce livre toute une suite de discussions sur le Pacifisme, sur le D&#233;sarmement, sur l'Alliance n&#233;cessaire, dans le combat contre la guerre et contre le fascisme, des non-violents, des objecteurs de conscience, avec les partis de la R&#233;volution prol&#233;tarienne. Comme j'attribue &#224; ces questions une grande importance, &#224; l'heure actuelle, et qu'une de mes t&#226;ches propres a &#233;t&#233; de travailler au rapprochement entre ces deux formes de l'action r&#233;volutionnaire, je compte publier en brochure s&#233;par&#233;e ce groupe d'articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est cette brochure que je pr&#233;sente ici au public, &#233;largie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle comprend trois ordres d'articles diff&#233;rents, mais apparent&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1&#176; Les lettres et messages pour le rapprochement entre les deux formes de l'action R&#233;volutionnaire : la non-violence et le combat organis&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2&#176; Le groupe d'appels et de d&#233;clarations qui ont pour centre le Congr&#232;s international d'Amsterdam contre la guerre et le fascisme, en ao&#251;t 1932, &#8212; les pol&#233;miques qui se rattachent &#224; cette lev&#233;e en masse contre les forces ennemies de la vraie paix internationale, contre &#171; la piraterie de la paix &#187;, la fausse paix des imp&#233;rialismes industriels et militaires, &#8212; et une suite de discussions sur le pacifisme et le d&#233;sarmement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3o Quelques adresses aux intellectuels, pour &#233;clairer leur id&#233;ologie et pour les aider &#224; se lib&#233;rer de l'idol&#226;trie nationaliste, qui fut le legs le plus dangereux de la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; l'int&#233;rieur de ces trois groupes, je me suis moins souci&#233; de grouper les articles d'apr&#232;s l'ordre chronologique (sauf en ce qui concerne le Congr&#232;s d'Amsterdam)[4], que d'apr&#232;s l'ordre logique : car, dans l'espace assez bref o&#249; ce livre est enferm&#233;, les id&#233;es en discussion ont moins &#233;volu&#233; qu'elles ne se sont pr&#233;cis&#233;es ; et j'ai jug&#233; pr&#233;f&#233;rable de les exposer d'une fa&#231;on li&#233;e, que de les &#233;parpiller au cours des ans.&lt;br class='autobr' /&gt; R. R.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mars 1935.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;ditions Rieder, 1935.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;ponses ont &#233;t&#233; enregistr&#233;es dans mon Journal des ann&#233;es de guerre, qui sera publi&#233; plus tard. La correspondance qui suit, avec Bernard Shaw, est extraite du Cahier XXIX.&lt;br class='autobr' /&gt;
V. &#8212; Bernard Shaw &#224; R. R. &#8212; 10 juillet 1919. &#8212; &#171; &#8230; Liluli est kolossal, grossartig, wundersch&#246;n, magnificent. Je l'ai go&#251;t&#233; &#233;norm&#233;ment, sons bornes, avec extase. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous son &#233;gide, Liluli fut pr&#233;sent&#233;e au public anglais par Massingham, directeur de The Nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais on trouvera toujours la date de chacun des articles inscrite en note.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA PIRATERIE DE LA PAIX[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne songeais pas, au temps o&#249; je flagellais la guerre, que j'aurais un jour &#224; souffleter la paix, &#8212; la paix menteuse et pestilente. Mais le souffle qu'exhale celle qui est en train de m&#251;rir est d'une telle puanteur qu'elle menace d'empoisonner l'Europe. Barrons le chemin &#224; ce chol&#233;ra, que nous pr&#233;parent les tueurs de peuples, &#8212; la Sainte-Alliance militaire franco-allemande des &#171; grands capitaines d'industrie &#187; &#8212; (jadis ils se contentaient du titre de &#171; chevaliers &#187; !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici trois ans qu'ils la fabriquent, et nous n'aurions rien su de leurs men&#233;es, sans les rivalit&#233;s de ces brigands. Par leurs propres d&#233;nonciations, nous avons appris avec un sursaut les pourparlers qui avaient lieu entre des repr&#233;sentants qualifi&#233;s de nos partis nationalistes fran&#231;ais et les magnats des grandes industries allemandes, flanqu&#233;es de leurs condottieri de la Reichswehr noire. Une enqu&#234;te men&#233;e sur place par notre ami Charles Reber et publi&#233;e dans l'hebdomadaire r&#233;publicain La Lumi&#232;re (12 octobre 1929) nous a livr&#233; les fils secrets du complot[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant s'&#233;clairent bien des faits, qui &#233;tonnaient : le brusque changement dans l'atmosph&#232;re, le vent qui soudain avait saut&#233;, de la vieille idole : &#171; Droit ou Non-droit, ma Patrie ! &#187; au nouveau culte qu'on nous instaure et qui nous sera demain officiellement impos&#233; : l'Europe&#8230; (Mais quelle Europe ?&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, pour nous, il n'est pas nouveau. Nous &#233;tions Europ&#233;ens, quand il y avait du danger &#224; l'&#234;tre ; et nous sommes bien aises qu'&#224; l'&#234;tre aujourd'hui, pour d'autres, il y ait du profit. Nous nous sommes r&#233;jouis de voir la politique franco-allemande s'acheminer bon gr&#233; mal gr&#233; ; par la n&#233;cessit&#233; m&#234;me des lois &#233;conomiques, vers cette coop&#233;ration des deux peuples que nous avions, d&#232;s avant la guerre et pendant, d&#233;clar&#233;e indispensable &#224; leur mutuel d&#233;veloppement et &#224; leur dur&#233;e. C'est pourquoi nous rendons hommage aux efforts pers&#233;v&#233;rants des deux ministres clairvoyants, Stresemann et Briand, qui se sont faits les serviteurs de cette id&#233;e de r&#233;conciliation active et reconstructrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand nous avons vu les organes m&#234;me de notre presse nationaliste les plus criards, les plus grossi&#232;rement enracin&#233;s dans la haine de l'Allemagne et battant monnaie avec elle, changer du jour au lendemain, sans prendre la peine d'une transition, et recommander &#224; leur public ahuri qui les suit, comme le veau suit le boucher, la coop&#233;ration et l'amiti&#233; franco-allemande&#8230; nous avons eu un mouvement de recul : &#171; Hol&#224;, hol&#224; !&#8230; Qui paie le demi-tour ?&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, nous avons vu fleurir toute une litt&#233;rature politique de jeunes hommes tr&#232;s habiles &#224; flairer l'air du temps. Ils c&#233;l&#233;braient, comme sur commande, l'Europe unie, tout en c&#233;l&#233;brant les mar&#233;chaux et Poincar&#233;. Et je veux croire &#224; leur sinc&#233;rit&#233;. Ils sont, comme on l'est souvent &#224; cet &#226;ge, tout &#224; la fois na&#239;fs et rou&#233;s. Mais le malheur est que cette sinc&#233;rit&#233; ne se manifeste que juste &#224; l'heure o&#249; les pouvoirs publics l'encouragent. Quand il pleuvait, sur &#171; l'Europe unie &#187;, des horions, ils restaient tous &#224; la maison. &#8212; Ils ont raison, si la raison est le sens de l'opportunit&#233;. Et je les regarde comme de bonnes grenouilles-barom&#232;tres. Quand on les voit monter l'&#233;chelle, chacun peut s'aventurer dehors&#8230; La paix est sans danger, aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans danger, pour ceux qui la portent &#224; la boutonni&#232;re&#8230; Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cet instant qu'elle sent mauvais. Elle sent la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme je cherchais d'o&#249; vient l'infection, l'enqu&#234;te de La Lumi&#232;re nous a d&#233;couvert la fosse &#8212; la fosse de la prochaine &#171; Derni&#232;re guerre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;sume l'enqu&#234;te en quelques mots. &#192; vous, lecteurs, de compl&#233;ter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux associations secr&#232;tes militaires allemandes : le Casque d'Acier (Stahlhelm) et le Jungdo (Jungdeutscher Orden). Toutes deux, stipendi&#233;es par les grosses industries du Reich : le Casque d'Acier, par l'industrie du fer et les industries chimiques ; le Jungdo, par celle de la potasse (les fr&#232;res Rechberg). Entre elles, des luttes &#226;pres et sourdes, &#224; qui arrachera &#224; l'autre la plus grosse part du g&#226;teau. Rechberg (Arnold) a deux Id&#233;es fixes : la lutte &#224; mort contre le bolch&#233;visme, et l'alliance militaire avec la France. Le Jungdo, en 1925, adopte ses vues et ses cr&#233;dits. En 1926 et 1927, des pactes franco-allemands de la potasse, du fer et des grandes industries chimiques pr&#233;ludent aux travaux d'approche pour l'&#233;laboration de l'alliance militaire. Rechberg et les agents du Jungdo viennent &#224; Paris et s'abouchent avec des leaders de la droite fran&#231;aise, de hauts personnages militaires (le mar&#233;chal Foch, au dire de Rechberg), et des hommes de gouvernement (M. Reynaud). Au printemps dernier, ces tractations sont plus serr&#233;es et plus br&#251;lantes, &#224; Paris et &#224; Berlin. Une entente de principe est &#233;tablie, sur la base de certaines conditions que Rechberg a lui-m&#234;me communiqu&#233;es &#224; la presse, et dont les pens&#233;es de derri&#232;re la t&#234;te ont &#233;t&#233; livr&#233;es indiscr&#232;tement par l'une des associations militaires allemandes, furieuse d'&#234;tre &#233;vinc&#233;e par l'autre. Il ne s'agirait de rien moins que d'un accord militaire allemand, dont le premier gage serait la cr&#233;ation d'une arm&#233;e franco-allemande de 800.000 hommes, avec un &#233;tat-major mixte, ayant droit d'inspection sur tous les corps de troupes fran&#231;ais et allemands, et &#233;laborant les plans pour la d&#233;fense commune. La Pologne et la Belgique seraient englob&#233;es d'office dans la Grande Arm&#233;e. Et l'on ne refuserait pas d'y accepter l'Angleterre, si elle se montrait dispos&#233;e &#224; entrer dans la danse[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monstrueuse machine ! Et contre qui ? On ne mobilise pas de pareilles forces, pour rester ensuite les bras crois&#233;s !&#8230; Des ben&#234;ts de France se sont h&#226;t&#233;s de r&#233;p&#233;ter docilement la le&#231;on serin&#233;e par Rechberg : &#171; Nous allons refaire l'empire de Charlemagne !&#8230; &#187; &#8212; Grand merci ! Pauvres idiots !&#8230; Et o&#249; sera le Charlemagne ? Qui ne voit qu'ils vont refaire d'abord une Allemagne-Autriche, livr&#233;e &#224; la caste militaire ? Et, dans l'association europ&#233;enne, qui donc sera de taille &#224; lui tenir t&#234;te ?&#8230; &#8212; Mais en attendant que l'Empire du Centre reconstitue sa domination, je r&#233;p&#232;te ma question : contre qui le bloc franco-belgo-polono-germanique, grossi peut-&#234;tre du British Empire, dirigera-t-il ses batteries ? &#8212; &#192; en juger par les indiscr&#233;tions &#233;chapp&#233;es &#224; certains interlocuteurs de M. Reber, tout le reste du monde serait vis&#233; : aussi bien l'Italie fasciste que la Russie bolchevique, voire l'Am&#233;rique, contre laquelle se ferait la gr&#232;ve des d&#233;biteurs, montrant les dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est gu&#232;re prudent de l'annoncer. M. Rechberg s'est h&#226;t&#233; de d&#233;mentir (14 octobre 1929) les dangereux bavardages de ses lieutenants, en ce qui concerne l'Italie ; et il s'en est tenu aux d&#233;clarations qu'il avait sign&#233;es et publi&#233;es dans les journaux fran&#231;ais et allemands[4]. Mais dans ces d&#233;clarations authentiqu&#233;es, je lis, &#224; la suite de l'article 7, que &#171; le bolch&#233;visme &#224; l'Est est l'ennemi de tous les &#201;tats civilis&#233;s &#187;. Parmi tous les projets con&#231;us par les partenaires de l'accord militaire, c'est le plus ferme, celui sur lequel l'organisateur Rechberg n'a jamais vari&#233;, et qui le rend si sympathique &#224; nos bourgeois fran&#231;ais : l'&#233;crasement de la Russie des Soviets. On a publiquement d&#233;sign&#233; &#171; l'ennemi commun &#187; de l'ordre et de la paix europ&#233;ens. La &#171; Pan-Europe &#187; du bloc militaire et des Affaires franco-allemandes serait pay&#233;e de cette premi&#232;re op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous disons : &#171; Halte-l&#224; ! &#187; Nous qui avons, depuis quinze ans, affront&#233; tous les outrages pour la cause de la paix et qui serions pr&#234;ts &#224; subir pour elle bien davantage, &#8212; nous cracherions sur cette paix, si on nous la vendait &#224; ce prix d'ignominie et d'imb&#233;cillit&#233; ! Une Pan-Europe, sans la Russie, est ridicule. Contre la Russie, elle est sc&#233;l&#233;rate.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8258;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la v&#233;rit&#233; &#8212; (un homme averti en vaut deux) &#8212; ces plans de r&#233;action &#233;vent&#233;s, nous devrions nous sentir plus forts et mieux gard&#233;s par nos partis r&#233;publicains socialistes, qui repr&#233;sentent des masses profondes de la nation. &#8212; Mais je ne suis pas tr&#232;s rassur&#233; ! Depuis dix ans, nos r&#233;publicains, nos socialistes, nos hommes de gauche ont montr&#233; une telle pusillanimit&#233;, un tel manque de foi en leur pouvoir et leur devoir, qu'ils ont laiss&#233; leurs adversaires prendre toutes les initiatives. Rien ne para&#238;t pr&#233;occuper plus ces bonnes gens que de s'excuser &#224; l'avance contre l'accusation qu'on pourrait leur faire de n'&#234;tre pas de solides patriotes fran&#231;ais. Et tout leur effort est de d&#233;montrer que l'internationalisme le meilleur est le meilleur gardien de la patrie. C'est fort bien ; et la galerie a plaisir &#224; leur voir faire un pas en avant, pour le refaire aussit&#244;t en arri&#232;re. Mais pendant ces &#233;volutions de ballet, leurs adversaires ne s'embarrassent point de tant de scrupules. Et ce sont les messieurs de droite, les conservateurs, les gens du sac, les gens du sabre, qui, lorsque l'int&#233;r&#234;t le leur conseille, jettent par-dessus bord la vieille patrie et vous fabriquent, en un tour de main, l'Internationale du capital et de la guerre. Et cette Internationale des bien-pensants sera demain la Sainte-Alliance pour l'&#233;crasement de toutes les libert&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que, dans le cas sp&#233;cial de la Russie, nos gens de gauche sont une m&#233;diocre garantie contre les dangers d'une intervention. Certes, ils seraient oppos&#233;s &#224; toute guerre contre l'U.R.S.S. Mais ils ne cachent pas leur intention de se servir de la Pan-Europe, plus habilement, pour faire pression sur le communisme de Moscou et obliger l'immense Union des R&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques &#224; revenir &#224; cet &#233;tat de f&#233;licit&#233; d&#233;mocratique, dont nos R&#233;publiques parlementaires ont gratifi&#233; l'Occident. Il ne faut point disputer des go&#251;ts ; et si c'est celui de l'Occident, je trouve tr&#232;s bien qu'il le garde : qu'il savoure son bonheur ! Mais qu'il ne se m&#234;le pas de le faire partager &#224; ceux qui ne le lui demandent pas ! Nous estimons, nous, que l'U.R.S.S. a fait, depuis dix ans, une exp&#233;rience sociale grandiose et douloureuse &#8212; dont le succ&#232;s est encore incertain &#8212; mais qui est l'unique effort puissant de la vieille Europe pour cr&#233;er un monde nouveau. Nous ne permettons point qu'on l'interrompe ou qu'on la brise, au profit de formules surann&#233;es, dont nous ne sommes que trop &#224; m&#234;me d'appr&#233;cier l'insuffisance suffisante et ruineuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, bas les mains devant l'U.R.S.S. ! Et nous, veillons ! On n'est jamais gard&#233; mieux que par soi-m&#234;me. Et puisque les peuples n'ont pas encore appris, dans cet Occident d&#233;mocratique, &#224; se d&#233;fendre ; &#224; se grouper, &#8212; puisque leur &#233;ducation politique n'est pas encore faite depuis cent quarante ans qu'a &#233;t&#233; faite la pseudo-R&#233;volution de 1789, &#8212; nous qui voyons, voyons pour eux ! Homme de vigie, regarde et crie ! La seule force qui ne soit pas encore aujourd'hui asservie &#224; l'argent, totalement &#8212; (elle le sera demain !) &#8212; c'est l'opinion. L'opinion existe encore. Elle n'est point morte encore. Mais elle dort. &#201;veille-la !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; dans la revue Europe de Paris, le 15 novembre 1929, et dans Izvestia de Moscou.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crit en octobre 1929. Depuis cette date, les gouvernements, en Allemagne, en France, ont chang&#233;. La R&#233;publique de Weimar a &#233;t&#233; mise en terre par Hitler. Mais le double jeu s'est continu&#233;. Sans perdre de vue les revendications post&#233;rieures contre la France, le ma&#238;tre occulte de la politique &#233;trang&#232;re du Troisi&#232;me Reich, Rosenberg, a poursuivi, mais sans adresse, le plan d'un rapprochement franco-allemand, favorisant l'expansion germanique vers l'Est et le d&#233;p&#232;cement de l'U. R. S. S. L'article ci-dessus a &#233;t&#233; le premier cri d'alarme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un second article du 26 octobre 1929, par Charles Reber, a montr&#233; les liens entre les organisations militaires secr&#232;tes de l'Allemagne et le tout-puissant Hugenberg, l'ancien directeur des &#233;tablissements Krupp, &#171; le roi sans couronne de la presse nationaliste &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On trouvera dans l'&#233;nonc&#233; de l'accord militaire franco-allemand publi&#233;, sous la signature de Arnold Rechberg, par l'Agence Havas du 30 septembre 1929, les autres conditions souscrites par la France, toutes en faveur de l'Allemagne imp&#233;rialiste, et n'h&#233;sitant pas &#224; lui sacrifier, si besoin est, ses alli&#233;s, &#224; commencer par &#171; la Sainte Pologne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;l&#233;gramme de M. Rechberg, publi&#233; dans La Lumi&#232;re du 19 octobre 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POUR LIRE INTEGRALEMENT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83095v.image&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83095v.image&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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